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  <title type="html">Le blog Bifrost | Le Bélial</title>
  <subtitle type="html">&lt;p&gt;Le Blog Bifrost !&lt;/p&gt;</subtitle>
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  <updated>2024-09-18T15:10:13+02:00</updated>
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    <name>Le Bélial'</name>
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      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 114)</title>
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      <published>2024-04-26T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-06-12T07:14:05+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Vous l'attendiez, le voilà, le beau, le splendide &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-114&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 114&lt;/a&gt;, disponible depuis le 25 avril en librairie. Nos critiques ont été très (trop ?) prolifiques et leurs articles n'ont su tous trouver leur place au sein des pages du numéro. Nous leur rendons honneur ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-Illuminatine.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Objr114-Illuminatine.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Illuminatine&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Simon Bentolila – Albin Michel – août 2023 (roman inédit – 256 pp. GdF. 19,90 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le narrateur de ce roman, qui exerce la profession de correcteur, se pose en observateur désabusé et impertinent du monde, de ses dérives (la politique spectacle) ou de ses modes (le véganisme). Ce qui lui reste d’ambition personnelle tient dans l’écriture d’un livre sur les complotistes et autres prophètes de l’apocalypse de tout crin. Il a ainsi parmi ses amis — en fait, ses seuls amis — quelques personnages hauts en couleur, qu’il dissèque mais qui le fascinent tout autant. Adeptes du Gigantesque Remplacement, survivalistes, et même antisémites du fait du complot judéo-maçonnique, ils l’entourent en jouant parfois les équilibristes, car, voyez-vous, notre correcteur est juif... Aussi, quand une drogue, l’Illuminatine, qui offre la particularité de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;rendre plus clairvoyant, et de faire saillir dans l’esprit du consommateur la vérité cachée […] en exacerbant la vigilance du troisième œil, jusqu’à renverser tous les narratifs sur lesquels repose la société&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», fait fureur, on comprend bien qu’elle va faire grossir les rangs des complotistes, leur donner raison sur l’importance de construire son bunker personnel, tout en donnant du grain à moudre au narrateur pour son futur roman...&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Simon Bentolila est journaliste à &lt;em&gt;Lire Magazine Littéraire&lt;/em&gt;, et animateur de rencontres littéraires. Les codes du roman ne lui sont donc pas étrangers, et il s’en sert ici pour ce premier opus, avec un plaisir évident et communicatif, qui emporte assez facilement l’adhésion du lecteur grâce à ce personnage central qui n’accomplit rien de bien glorieux, mais le fait avec suffisamment de recul ironique et d’auto-dénigrement pour rendre la lecture assez jouissive, d’autant plus qu’elle propose quelques scènes astucieuses ou marquantes. On s’amusera également à trouver les anecdotes ou personnages réels auxquels fait référence l’auteur, puisqu’on y trouve par exemple un certain Dondivin Mandanda, sosie de Dieudonné dont la quenelle devient ici un «&amp;nbsp;rollmops d’Allemagne&amp;nbsp;». Si l’aspect satirique ne fait guère dans la dentelle, allant jusqu’à la caricature, Bentolila est plus subtil dans la description de la relation amoureuse avec Lilith, squatteuse aux idées lumineuses qui devient peu à peu accro à l’illuminatine. Il n’en reste pas moins que ce livre n’offre finalement pas grand-chose d’exaltant sur l’aspect purement science-fictif, car si cette substance l’est, elle ne sert au fond que d’amplificateur, d’accélérateur, à la propagation des idées complotistes. Le tout sans réel enjeu dramatique, sur un rythme indolent, et, passé le sympathique exercice de décalage de la société, on a du mal à saisir le propos de l’auteur, de telle sorte qu’&lt;b&gt;Illuminatine&lt;/b&gt; laisse le lecteur sur sa faim et qu’on attendra le prochain livre de Simon Bentolila pour se laisser convaincre.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Bruno Para&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-troisamessoeurs.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-troisamessoeurs.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Trois âmes sœurs&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Martina Clavadetscher – Éditions Zoe – roman inédit traduit de l’allemand [Suisse] par Raphaëlle Lacord (août 2023 – 272 pp. GdF. 22 € / numérique 13,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Iris vit dans un bel appartement new-yorkais. Existence un peu vide, qui peut se perdre dans la contemplation d’un abricot pourrissant. Sa vie s’anime quand rentre son amant Eric, qui lui annonce la venue à dîner de deux amies. Iris est au centre de l’attention, comme une chose un peu fragile, une personne dans une sorte de convalescence. On en vient à vouloir raconter des histoires. Ce ne sera pas facile pour Iris, semble-t-il. Pourtant, à la stupéfaction de tous, elle entreprend de raconter celle de sa demi-sœur Ling. Une nouvelle section du livre s’ouvre. Ling ne connaît pas ses parents. Elle vit dans une grande ville fauchée par la pollution et les pluies acides. Elle travaille sur une chaîne d’assemblage de femmes robots, à l’apparence humaine parfaite, objets de désirs calibrés. Elle élimine les imperfections qui demeurent après le moulage d’une gomme imitant parfaitement la chair sur un squelette métallique, qui a été monté par des hommes. Les modèles n’ont pas de tête&amp;nbsp;; celles-ci sont assemblées dans la pièce d’à côté. Quand Ling, à l’existence strictement mesurée, rentre chez elle, elle se perd dans la contemplation de son film préféré, &lt;em&gt;Paradise Express&lt;/em&gt;, d’un certain Zhan Chan. Un jour, elle sera appelée à travailler au montage des têtes. Elle rencontre un modèle en cours d’apprentissage, Harmony, qu’elle interroge sur ses propres origines. Celle-ci se met à lui raconter l’histoire d’Ada Lovelace. Nouvelle section du livre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est une femme qui va raconter l’histoire d’une femme qui racontera celle d’une troisième. Et chacune de ces voix féminines devra s’émanciper. Pour Martina Clavadetscher, le propos n’est pas de nous narrer une nouvelle fois les rêves des moutons électriques, ni l’avènement d’un nouveau type de conscience à ce qui n’en avait pas. Bien sûr, c’est le cas pour l’un de ces personnages, mais les récits enchâssés, qui explorent les origines de l’informatique et de l’intelligence artificielle, fouillent tout autant l’histoire de la contrainte qui conditionne la vie des femmes à travers les siècles. En son centre, le roman renferme le destin d’une femme issue d’une union malheureuse, éduquée à une maîtrise totale de ses pulsions et qui s’émancipe par la science et la machine&amp;nbsp;: Ada Lovelace, à qui l’on doit le premier programme informatique de l’histoire. Et ce cœur leste de son poids de réalité toute la fiction qui l’enserre&amp;nbsp;: Ling, à l’existence millimétrée, voit sa vie bouleversée par la machine qui devient indépendante et même capable de la solliciter sur ses propres origines. Iris se libère peu à peu de sa condition, en tenant dans sa main les fils des récits qui s’enchevêtrent, malgré les milliers de visages identiques au sien qui l’entourent. Elle se décide à enfin quitter son appartement pour pénétrer, nue, dans la grande ville, dans le grand monde des vivants.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;b&gt;Trois âmes sœurs&lt;/b&gt;, Martina Clavadetscher mène une très belle réflexion sur ce qu’est l’éthique au prisme d’une définition extensive du vivant et sur les moyens à disposition de chaque être vivant pour gagner son autonomie. Nul ne pouvait mieux faire entendre ces voix qu’une dramaturge, et leur donner sur la page et dans nos esprits, la profondeur, la fluidité et le naturel des pensées qui se construisent, séduisent par le spectacle qu’elles en donnent, et nous mettent à notre tour en mouvement.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-eclats.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-eclats.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Éclats miroitants&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Alix E. Harrow – Hachette, coll. « Le Rayon Imaginaire » – septembre 2023 (court roman inédit traduit de l’anglais [USA] par Thibaud Eliroff – 240 pp. GdF. 22 € / numérique 14,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alix E. Harrow, lauréate du prix des lecteurs &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 2020 pour sa nouvelle «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Guide sorcier de l’évasion&amp;nbsp;: atlas pratique des contrées réelles et imaginaires&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» (cf. &lt;em&gt;Bifrost 99&lt;/em&gt;), poursuit son travail de réécriture des contes. Ce second volumes des «&amp;nbsp;Contes fracturés&amp;nbsp;» est la suite directe d’&lt;b&gt;Éclats dormants&lt;/b&gt; (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 111), et non pas une variation indépendante autour d’un autre conte. On retrouve donc Charm, Prim et surtout Zinnia, quelques années après la fin du premier volume. Cette dernière continue de sauter allègrement d’un univers à l’autre, découvrant autant de variations de la Belle au bois dormant. Jusqu’au jour où un grain de sable vient se glisser dans la mécanique. L’héroïne se retrouve ainsi face à une Blanche-Neige&amp;nbsp;! Puis bien vite une Méchante Reine. L’univers se détraque à force de supporter ces voyages, et le monde de Zinnia commence à en subir les conséquences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Son amitié avec Charm est au point mort et ces nouvelles aventures la mettront à rude épreuve. Le péril est grand et le saut d’une dimension à l’autre ne sera pas de tout repos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Réflexion sur le bien et le mal — et la volatilité de ces notions —, sur le destin et le libre-arbitre, cette &lt;em&gt;novella&lt;/em&gt; se lit rapidement et sans déplaisir, Alix E. Harrow jouant habilement sur le côté méta pour évoquer d’une plume complice, la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, les contes ou d’une manière plus générale les clichés en littérature. Le personne de la Méchante Reine sans nom est l’occasion pour l’autrice de réinterroger cette figure archétypale des contes (et de la fiction en général), dans une perspective féministe fort à propos. Le bémol principal sur le fond, qui peut ne pas en être un pour une part du lectorat, réside dans le côté &lt;em&gt;young adult&lt;/em&gt; du texte, qui se ressent très fortement dans les dialogues et pensées de Zinnia, jusqu’à en être par moments un peu lourd.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le bémol principal sur la forme reste le même que pour le premier tome&amp;nbsp;: le prix&amp;nbsp;! L’histoire s’arrête page 207 et ensuite, biographie, remerciements, promo et chapitre du volume précédent… C’est d’autant plus incompréhensible qu’il est nécessaire d’avoir lu &lt;b&gt;Éclats dormants&lt;/b&gt; avant. Ce qui, il est vrai, est loin d’être explicite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La parenthèse des « &lt;b&gt;Contes fracturés&lt;/b&gt; » se referme et l’on attend la prochaine livrée d’Alix E. Harrow, pas franchement emballés par cette duologie, mais confiants pour la suite&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Mathieu Masson&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-aiguille.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-aiguille.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Aiguilles d’or&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Michael McDowell – Monsieur Toussaint Louverture, coll. « Bibliothèque Michael McDowell » – octobre 2023 (roman inédit traduit de l’américain par Jean Szlamowicz – 520 pp. LdP. 12,50 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’automne 2023 a vu la parution d’un nouveau titre de la «&amp;nbsp;Bibliothèque Michael McDowell&amp;nbsp;», déjà riche de la saga &lt;b&gt;Blackwater&lt;/b&gt; (cf. &lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;n°107). Intitulé &lt;b&gt;Les Aiguilles d’or &lt;/b&gt;et paru en 1980 en VO), il confirme la puissante cohérence stylistique et thématique de McDowell. D’une écriture toujours aussi efficace, l’écrivain déploie à nouveau une véritable contre-histoire des États-Unis. L’auteur explore ici les bas-fonds de la New York du XIXe siècle finissant. Il emmène, ou plutôt plonge, lecteurs et lectrices au cœur du quartier dit du «&amp;nbsp;Triangle Noir&amp;nbsp;». Dans l’interlope topographie de ses rues borgnes et autres venelles ténébreuses se tapissent maisons closes, salles de jeu, fumeries d’opium et autres lieux destinés à satisfaire les vices d’une société new-yorkaise n’ayant de bonne que le nom… Il apparaît en effet que la famille patricienne des Stallworth, placée sous la patriarcale férule du juge James Stallworth, ne peut en réalité guère en remontrer en matière d’éthique au clan de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Lena la Noire&amp;nbsp;». &lt;/em&gt;Est ainsi surnommée la matriarche de la seconde des familles protagonistes des &lt;b&gt;Aiguilles d’or&lt;/b&gt;, celle des Shanks, comptant autant de voleurs et prostituées que celle des Stallworth comprend de pasteur et autres piliers de l’ordre établi. Certes en délicatesse avec les lois écrites, les Shanks n’en possèdent pas moins une boussole morale certes singulière, mais plus assurée que celle des Stallworth. Ces damnés de l’urbaine terre new-yorkaise en feront la preuve lors d’un récit qui agrège d’une manière horrifique mélodrame social à la Dickens et feuilleton fin-de-siècle. Aussi prenantes et troublantes que &lt;b&gt;Blackwater&lt;/b&gt;, ces &lt;b&gt;Aiguilles d’or &lt;/b&gt;augurent de la meilleure des manières des sorties à venir dans la «&amp;nbsp;Bibliothèque Michael McDowell&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-segurant.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-segurant.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Ségurant - Le Chevalier au Dragon&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Anonyme – Les Belle Lettres – octobre 2023 (réédition digest du roman de la Table Ronde édité et traduit par Emanuele Arioli d’après des manuscrits médiévaux retrouvés – 272 pp. GdF. 13,50 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ça a fait quelques bruits dans le landerneau. Ce n’est pas tous les jours, ni même tous les ans, qu’un archiviste médiéviste exhume un roman arthurien oublié, quasiment perdu puisque inconnu. Quand je suis allé commander l’ouvrage, mon libraire, amateur de la chose médiévale, le connaissait, l’avait lu et apprécié. Comme je le feuilletais dans un café après en avoir pris livraison, une bibliothécaire de passage le connaissait aussi… Ce n’est pourtant pas le nouveau Musso&amp;nbsp;! C’est la réédition &lt;em&gt;digest&lt;/em&gt; d’un ouvrage paru en deux tomes en 2019 aux Éditions Honoré Champion. Le premier tome contient ce qu’il est convenu d’appeler la version cardinale issue d’un manuscrit ayant appartenu à Richelieu, conservé à la bibliothèque de l’Arsenal à Paris, qui conte l’essentiel des exploits de Ségurant. Le second tome contient des versions alternatives ou complémentaires qu’Emanuele Arioli a retrouvé dans maintes bibliothèques d’Europe, certain n’ayant échappé aux flammes que de justesse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire de Ségurant, le meilleur d’entre tous les chevaliers de son temps, et tint en lice lors d’une joute face à Lancelot du Lac en personne n’est pas terminée. Le médiéviste italien hésite entre deux hypothèses&amp;nbsp;: que l’histoire de ce preux n’ait jamais eu de fin car il est très possible qu’elle n’en eût pas, restant totalement ouverte. Ou qu’elle soit définitivement perdue. L’ultime chapitre — des chapitres crées pour aider à la lecture actuelle — s’intitule &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Oubli de Ségurant&amp;nbsp;». &lt;/em&gt;La plus ancienne version a vraisemblablement été rédigée au XIIIe siècle, entre 1240 et 1273 et semble avoir connu un franc succès en son temps avant de sombrer dans un oubli séculaire. Il y a eu donc de nombreuses réécritures et maints ajouts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première partie de la version cardinale en est aussi la plus longue. On y voit Ségurant l’emportant sur tous les preux de l’époque, triomphant de tournoi en tournoi, et finalement bien peu présent à la guerre. Il apparaît davantage comme un sportif qu’un soldat&amp;nbsp;; il a même quelque chose d’un super-héros. Pourtant, Ségurant n’est qu’un homme extrêmement brave et bien plus fort encore, mais il n’y a pas d’éléments fantastiques. Ses exploits gargantuesques à table rivalisent avec ceux en lice. On découvre que ces gens (ou plutôt ceux de l’époque d’écriture) se lavaient toujours les mains avant de passer à table alors que l’époque, aux yeux du commun du moins, n’est pas réputée pour son hygiène. D’ordinaire, l’amour courtois fait combattre le preux pour une dame s’il ne s’abîme pas dans quelque quête (du Graal) mystique. Pas Ségurant&amp;nbsp;! Il nous apparaît comme un crétin bas du front, pire qu’un Conan ou un Rambo. Il semble n’avoir pas le moindre intérêt pour la gent féminine, Dieu moins encore. Il ne se bat pas pour affirmer quelque suprématie virile auprès des belles mais plutôt parce qu’il n’imagine pas quoi faire d’autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Selon Emanuele Arioli, Ségurant serait à rapprocher du héros germano-scandinave au nom proche — Siegfried/Sigurd, sorte d’avatar qui, en France ou en Italie où est apparu Ségurant, se serait imbriqué dans la Matière de Bretagne. Jusqu’à la page 143, les exploits de Ségurant n’ont absolument rien de magique tandis que ceux de Siegfried sont imprégnés de magie. Chose d’autant plus visible dans le film&lt;em&gt; La Vengeance de Siegfried &lt;/em&gt;de Harald Reinl (1966). &lt;em&gt;La Course de Kriemhilde&lt;/em&gt; du même réalisateur (1967) est en revanche une pure fresque historique où, sur la fin Ségurant va disparaître presque comme par enchantement, étant ensorcelé par Sybille et Morgane. Celles-ci réagissent en femmes dédaignées, le chevalier ne succombant point à leurs charmes — un art qui leur aurait permis de le manipuler pour nuire à Arthur qu’elles haïssent. Leur action bascule de la métaphore à une réalité magique qui perd Ségurant tout autant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout nous est raconté, jamais montré. Comme bien d’autres récits médiévaux ce &lt;b&gt;Ségurant&lt;/b&gt; est répétitif à l’envi. Les mêmes sempiternelles expressions ne cessent de revenir comme le ressac sur un plage, joute après joute. D’un point de vue strictement narratif, force est d’admettre que ce n’est guère passionnant. L’intérêt est ailleurs. C’est une nouvelle pierre de touche qui vient s’ajouter à la base des littératures de l’imaginaire et de la Fantasy tout particulièrement. L’ouvrage est donc très important en tant que source retrouvée qui nous est restituée par Emanuele Arioli. Capital pour ceux qui s’intéressent aux sources de l’imaginaire, dispensable pour les autres qui y chercheraient quelque divertissement.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-organes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-organes.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Organes Invisibles&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Zaki Beydoun – Sindbad / Actes Sud, coll. «&amp;nbsp;Exofictions&amp;nbsp;» – novembre 2023 (recueil inédit traduit de l’arabe [Liban] par Nathalie Bontemps – 128 pp. LdP. 14,50 € / numérique 10,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;b&gt;Organes invisibles&lt;/b&gt; est une anthologie qui regroupe un ensemble de vingt-deux très courts récits et textes issus de trois recueils. Une brève préface de J-M. G. le Clézio introduit l’ensemble.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quel étrange livre que celui-ci… &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Extension&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la nouvelle qui ouvre le bal, ressemble ainsi à une méditation lysergique teintée de surréalisme dalinien, lorsqu’un homme grandit inexplicablement jusqu’à être plus immense encore que l’espace infini, inversant sa perception des proportionnalités, et aboutissant à la contemplation extatique d’un univers orgasmique. On comprend rapidement pourquoi Salvador Dali est cité en préface alors que Borges et Kafka le sont en 4e de couverture&amp;nbsp;! La parenté fantastique invoquée en sous-titre est cependant toute relative, et il semble que le style général de l’auteur s’apparente bien davantage au courant surréaliste. Si Magritte avait peint un livre en lieu et place de sa pipe, c’eût été celui de Zaki Beydoun&amp;nbsp;: ceci n’est pas un livre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec la nouvelle-titre, le narrateur perçoit ses sensations comme des extensions de lui-même, et le corps semble n’être qu’une entrave à l’immensité de son moi psychanalytique freudien. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les pensées ne sont en réalité que des pénis amputés&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», peut-on y lire… dont acte. La lecture de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Éveil&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, fin de relation de couple vécue comme une anti-hallucination où l’autre disparaît — au sens propre — du champ de vision, ou bien de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Paranoïa&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, mise en scène du moi confronté au jugement supposé de l’autre, confirme par ailleurs cette impression de délire psychédélique mortifère dont l’ego de l’auteur est le véritable inspirateur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les textes issus les plus anciens sont parfois étonnamment courts, de l’ordre du paragraphe, et paraissent souvent n’avoir aucun sens à moins d’être versé dans l’onicocritie, science de l’interprétation des rêves. Car c’est bien de cela qu’il semble être ici question, de la transcription littéraire de cauchemars insensés, et il y a certes quelque chose de fascinant à découvrir l’univers onirique auto-psychanalytique d’un conteur dont la plume s’avère libérée de toute contrainte conventionnelle, et parfois porteuse d’un je-ne-sais-quoi d’irrévérencieux&amp;nbsp;: ainsi en est-il de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ma nouvelle bouche&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, récit dans lequel le narrateur n’en a plus et se voit contraint de hurler sa rage par l’entremise de son auguste derrière… à l’haleine suffocante&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On l’aura compris&lt;b&gt; Organes&lt;/b&gt; &lt;b&gt;invisibles&lt;/b&gt; n’est pas à proprement parler un ouvrage de science-fiction, ni même de littérature fantastique&amp;nbsp;; c’est une introspection métaphysique surréaliste mise en prose, qui trouverait sans peine sa place dans un cabinet de curiosités littéraires. Sans être exceptionnelle et malgré un tarif élevé eu égard au format, cette «&amp;nbsp;Exofiction&amp;nbsp;» iconoclaste est peut-être cependant suffisamment étrange pour mériter que l’on s’y attarde, constituant un étonnant échantillon d’un genre littéraire que l’on qualifierait volontiers de &lt;em&gt;délirium-fiction.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Julien Amic&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-lux.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-lux.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Lux&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Maxime Chattam – Albin Michel – novembre 2023 (roman inédit – 512 pp. GdF. 22,90&amp;nbsp;€ / numérique 15,99&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelle est la nature de Sphère&amp;nbsp;? Quel est son objectif&amp;nbsp;? Ces questions sont sur toutes les lèvres depuis l’apparition de cet OVNI sphérique et lumineux au-dessus de l’océan Atlantique. Invasion extraterrestre&amp;nbsp;? Messager de la Terre-mère&amp;nbsp;? Annonce de fin du monde&amp;nbsp;? Manifestation divine&amp;nbsp;? Les plus grands scientifiques du monde entier sont dépêchés sur place pour le découvrir. De même que la cellule Icon, réunissant penseurs, créateurs et autres artistes, méticuleusement choisis pour leur imagination, leur créativité, leurs compétences sociales ou leur intelligence émotionnelle, leur compréhension de l’autre. Leur objectif&amp;nbsp;: proposer des idées innovantes, originales et vérifiables quant aux comportements étudiés de Sphère, à son fonctionnement et à son origine, en se basant sur les résultats produits par la recherche. C’est ainsi que Zoé, romancière française à succès, accompagnée de sa fille Romy, est envoyée sur Lux, la plateforme internationale construite à la hâte, juste en-dessous de Sphère. Pourquoi elle&amp;nbsp;? Que peut une simple écrivaine face à une tâche aussi ardue et colossale&amp;nbsp;? Et quelles menaces planent sur Lux, qui semble pourtant si sécurisée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un nouveau roman où se mêlent intrigues politiques et espionnage industriel, Maxime Chattam nous amène sur une Terre d’un avenir proche, ravagée par les tempêtes et le réchauffement climatique. C’est dans ce contexte qu’apparaît cette boule de lumière d’origine inconnue. L’espoir se mêle à la panique, les conflits entre nations menacent d’éclater. Mais si l’on retrouve cette vision pessimiste de l’humanité que l’auteur présentait déjà dans la trilogie du &lt;b&gt;«&amp;nbsp;Cycle de l’homme&amp;nbsp;»&lt;/b&gt;, une autre vision, empreinte d’espoir, voit le jour dans &lt;b&gt;Lux&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue manque peut-être d’originalité, la thématique de l’OVNI s’étant fait une place de choix dans la littérature de science-fiction, depuis H.G. Wells et sa &lt;b&gt;Guerre des mondes&lt;/b&gt; au plus récent &lt;b&gt;Sur la route d’Aldébaran&lt;/b&gt; d’Adrian Tchaikovsky, mais elle reste menée d’une main de maître. L’auteur ne pose pas ici un questionnement scientifique, mais humain. Dans sa «&amp;nbsp;note aux lecteurs&amp;nbsp;» de fin, il cite d’ailleurs Barjavel&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;La vérité, c’est ce qu’on croit&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», montrant ainsi que tout l’objectif de son roman n’est pas tant la connaissance de ce qu’est Sphère, que la croyance et l’espérance qu’elle peut apporter à une humanité sur le déclin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le lecteur se prête ainsi au jeu et tente de deviner, avec les personnages, la nature de Sphère. Le suspense est à son comble, Maxime Chattam ne s’affranchissant pas totalement de son genre de prédilection, celui du thriller. Les personnages eux-mêmes sont bien écrits, profondément humains, avec leurs défauts, leurs erreurs, leurs décisions, leurs jugements de valeurs qui les rendent attachants, parfois agaçants, mais toujours réalistes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un livre prenant, qui se lit bien et peut constituer une bonne entrée dans la littérature de science-fiction et d’anticipation.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Éléonore Bailly&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-promenonsnous.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-promenonsnous.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Promenons-nous dans les bois&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Margaret Atwood – Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Pavillons&amp;nbsp;» novembre 2023 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Michèle Albaret-Maatsch et Isabelle D. Philippe. 368 pp. GdF. 21 € / numérique 14,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’automne 2023 a vu le retour de l’autrice de &lt;strong&gt;La Servante écarlate &lt;/strong&gt;(&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°39). Ce n’est cette fois-ci pas avec un roman que Margaret Atwood se signale à nouveau mais avec un recueil de nouvelles, un genre dans lequel elle s’était déjà illustrée avec &lt;strong&gt;Neuf contes &lt;/strong&gt;(&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°93). Les récits de &lt;strong&gt;Promenons-nous dans les bois &lt;/strong&gt;sont de dates récentes. Peut-être est-ce la raison pour laquelle ils portent la trace du présent. Il peut s’agir de celui propre à une écrivaine octogénaire, veuve depuis 2019. Les nouvelles formant le (mini) cycle de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tig &amp;amp; Nell&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;évoquent de manière autobiographique un couple affrontant la sénescence et la mort. Ces attachantes histoires relèvent cependant de la littérature blanche, et c’est dans la partie de l’ouvrage intitulée &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ma mère, cette sorcière&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;que se trouvent les genres chers à &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. Le réalisme fantastique y domine avec la nouvelle donnant son titre à ce segment (la biographie d’une mère possiblement magicienne par sa fille) ainsi que dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Entretien avec un mort&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une mort à coup de coquillages&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; — on y fait parler les morts que sont George Orwell et Hypatie d’Alexandrie — et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La métempsychose ou le voyage de l’âme&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, témoignage d’un escargot réincarné dans une femme.&lt;em&gt; «&amp;nbsp;Impatiente Grisildis&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mêléegénérale&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;relèvent de la SF, le premier relisant l’un des &lt;strong&gt;Contes de Canterbury&lt;/strong&gt; à une aune extraterrestre, le second imaginant un futur matriarcal. De celui-ci, comme de ces autres textes, le présent n’est une nouvelle fois pas très loin. Margaret Atwood y évoque en effet autant de questions d’une actualité que l’on dit brûlante&amp;nbsp;: les unes féministes, les autres écologiques ou bien encore pandémiques. Engagé, le regard porté par l’écrivaine sur ces points saillants de notre temps est enfin marqué par un humour rendant d’autant plus efficaces les interventions que sont ces miniatures de l’Imaginaire.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-muncaster.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-muncaster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Muncaster&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Robert Westall – Les Éditions du Typhon, coll. «&amp;nbsp;Les Hallucinés&amp;nbsp;» – novembre 2023 (réédition d’un court roman paru initialement sous le titre&lt;b&gt;Le Maléfice de Muncaster&lt;/b&gt;chez Hachette Jeunesse – traduction inédite de l’anglais [UK] par Benjamin Kuntzer – 144 pp. semi-poche 17,90&amp;nbsp;€ quand même&amp;nbsp;!)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Joe est cordiste&amp;nbsp;: un artisan-maçon qui intervient sur des ouvrages difficiles d’accès (cheminées d’usines, tours…) en utilisant des techniques empruntées à l’alpinisme. Avec son collègue Billy, il est missionné pour des travaux de réfection sur les tours de la cathédrale de Muncaster (ne cherchez pas le diocèse de Muncaster, il n’existe pas&amp;nbsp;; par contre, dans le nord-ouest de l’Angleterre se trouve un château de Muncaster ayant la réputation d’être hanté…). Très vite, à soixante mètres au-dessus du vide, Joe découvre une gargouille qui semble dotée de pouvoirs surnaturels. Petit à petit, le cordiste comprend que cette créature réclame un sacrifice, et que sa famille est menacée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Robert Westall a commencé à écrire pour les enfants, mais après la mort de son fils, ses textes ont évolué vers davantage de noirceur. Cette tragédie personnelle transparaît dans &lt;b&gt;Muncaster&amp;nbsp;&lt;/b&gt;: le narrateur entretient une relation très forte avec son jeune fils et celui-ci, comme d’autres enfants, devient la cible de la gargouille maléfique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman est initialement paru dans une collection jeunesse, on ne s’étonnera donc pas que l’histoire, classique, se déroule sans beaucoup de surprises. Malgré ce défaut et une écriture assez lisse, &lt;b&gt;Muncaster&lt;/b&gt; est un court roman qui se lit avec intérêt. Le narrateur s’avère un personnage touchant dans sa simplicité, et on découvre le monde des cordistes, ces artisans amoureux des belles pierres qui défient la gravité. Une curiosité pour les curieux.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-François Seignol&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-voyagequatriemedimension.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-voyagequatriemedimension.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Gaston de Pawlowski – Flatland, coll. «&amp;nbsp;Le Grenier cosmopolite&amp;nbsp;» – décembre 2023&amp;nbsp;(réédition – 384 pp. GdF. 20 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écrivain, docteur en droit, critique littéraire, reporter sportif, Gaston de Pawlowski (1874-1933) reste aujourd’hui surtout connu d’un petit public d’amateurs de curiosités et de vieilleries pour son &lt;b&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension&lt;/b&gt;. Paru une première fois en 1912, le roman a bénéficié d’une refonte en 1923, avant d’être réédité tous les vingt ou trente ans, jusqu’à la présente édition dite du centenaire chez Flatland. Une version rehaussée d’une longue postface de Fabrice Mundzik, qui tient du travail de fourmi pour avoir relevé tous les repentirs, rajouts et retraits faits par l’auteur entre les différentes éditions parues de son vivant, ainsi que d’articles venant compléter ledit &lt;b&gt;Voyage&lt;/b&gt; et de quelques brèves fictions rédigées par d’autres auteurs s’inspirant du roman de Gaston de Pawlowski. Cela, sans oublier les illustrations originales de Léonard Sarlouis (qui auraient mérité un papier un rien moins fin pour mieux briller). Tout ceci devrait suffire à ravir les connaisseurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et pour les néophytes curieux, de quoi parle ce &lt;b&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension&lt;/b&gt;&amp;nbsp;? Composé d’une cinquantaine de chapitres, comme autant d’articles parus dans différents supports puis rassemblés de façon à former un récit cohérent, ce livre est moins une exploration de ce thème, en vogue à l’époque, qu’est la quatrième dimension physique — même si les premiers chapitres abordent quelques impossibilités topologiques que seule une quatrième dimension physique peut expliquer — qu’un panorama des temps futurs. La quatrième dimension, ici, est selon Pawlowski davantage une forme élevée de la conscience, qui privilégie la qualité des choses. Au fil des chapitres, ce &lt;b&gt;Voyage&lt;/b&gt; prend l’apparence d’un catalogue d’idées et d’inventions, dont certaines préfigurent de nombreux tropes de la SF&amp;nbsp;: citons en vrac la communication avec Mars, dont les habitants répondent en français aux humains ; un procédé de rajeunissement des élites (des vieillards cacochymes retrouvant leur vingt ans sous le règne d’un Léviathan très hobbesien), ledit Léviathan dont la chute trouve ses prémices dans une révolte de singes ; la lévitation universelle, qui devient un moyen de transport, au risque de provoquer quelques perturbations – des « forces vagabondes » donnent une conscience aux objets – qui finissent par exaspérer, après quoi, on voyage par corps astraux : d’où l’apparition de corps de location, à disposition là où le corps astral arrive. Il y a aussi des animaux mécaniques qui deviennent vivants et des microbes devenus géants suite à un procédé, et qu’on finit par empailler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Récit aussi curieux que fascinant, &lt;b&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension&lt;/b&gt; méritait bien cette remise en lumière à l’occasion de ses cent ans. Avis aux amateurs.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-exoplanete.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-exoplanete.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’exoplanète féministe de Joanna Russ&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Joanna Russ – Cambourakis – janvier 2024 (essais, lettres et archives choisies et traduites par Charlotte Houette et Clara Pacotte – 200&amp;nbsp;pp. GdF. 24&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors que les lecteurs de science-fiction français (re)découvrent Joanna Russ (1937-2011), la romancière avec &lt;b&gt;L’Humanité-femme&lt;/b&gt;, réédition de son roman &lt;b&gt;The Female Man&lt;/b&gt; chez Mnémos (précédemment paru en 1977 chez Robert Laffont sous le titre — assez misogyne — &lt;b&gt;L’Autre moitié de l’homme&lt;/b&gt;), voici que sort un petit recueil sur sa prose hors fiction. Choisis et traduits par Charlotte Houette et Clara Pacotte, membres du groupe de recherche EAAPES (Exploration des Alternatives Arrivantes de Provenance Extra-Solaire), ces différents documents nous montrent Joanna Russ, la femme derrière la romancière et nouvelliste si peu traduite en France. Universitaire, amie au long cours de Samuel Delany, féministe et lesbienne fière de sa sexualité, mais également correspondante d’autres grandes dames de la SF comme Ursula Le Guin ou James Tiptree Jr, Joanna Russ n’avait pas la langue dans sa poche et pouvait avoir la plume acérée ou d’une douceur extrême suivant les sujets et les correspondants.&lt;br /&gt;
En choisissant des documents variés proposés à la traduction, les deux traductrices donnent à voir non seulement les différentes facettes de Joanna Russ, mais également du petit monde de la science-fiction américaine de la fin du vingtième siècle. Et certains textes comme «&amp;nbsp;Cher collègue, je ne suis pas un homme honorifique&amp;nbsp;» n’ont pas pris une ride et trouvent un écho troublant dans certaines réactions masculines de l’ère #MeToo et les fameux «&amp;nbsp;Not All Men&amp;nbsp;» ingénument hypocrites à chaque nouvelle affaire. D’autres comme «&amp;nbsp;Sur Mary Wollstonecraft Shelley&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Amor Vincit Foeminam&amp;nbsp;: la bataille des sexes dans la science-fiction&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;&lt;em&gt;A Boy and His Dog&lt;/em&gt;, la solution finale&amp;nbsp;» s’avèrent des critiques littéraires jubilatoires par leur ton, et érudites par leur contenu. Encore plus intéressantes, les différentes correspondances présentées entre Joanna Russ et Alice B. Sheldon (plus connue à l’époque sous son pseudonyme de James Tiptree Jr), Monique Wittig ou Dorothy Allison qui montre les coulisses de l’écriture et les préoccupations multiples de ces écrivaines, ne se limitant pas du tout à la publication.&lt;br /&gt;
Bien qu’il ne fasse que 200 pages, ce petit livre s’avère très roboratif et intéressera les curieux et curieuses des coulisses littéraires et notamment de sa frange féministe. Si vous n’aimez pas quitter les rives de la fiction, passez votre chemin. Si en revanche, vous aimez les débats intellectuels vifs, ou voir ce qu’il se passe derrière le miroir, alors faites-vous plaisir et piocher à votre guise d’un texte à l’autre.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-dieux.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-dieux.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Dieux de jade et d’ombre&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Silvia Moreno-Garcia – Bragelonne, coll. «&amp;nbsp;Fantasy&amp;nbsp;» – janvier 2024 (roman inédit traduit du l’anglais (Mexique) par Olivier Debernard – 312 pp. GdF. 22 € / numérique 12,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;b&gt;Mexican Gothic &lt;/b&gt;(cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°104), un &lt;b&gt;Rebecca&lt;/b&gt; mexicain teinté d’inspirations lovecraftiennes et &lt;b&gt;La Fille du Docteur Moreau &lt;/b&gt;(cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°110), une réinterprétation du classique de H.G. Wells, les éditions Bragelonne poursuivent les traductions des romans de Silvia Moreno-Garcia avec &lt;b&gt;Les Dieux de jade et d’ombre&lt;/b&gt;, qui puise son inspiration dans le &lt;b&gt;Popol Vuh&lt;/b&gt;, recueil des mythes créateurs du peuple quiché.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la mort de son père, Casiopea Tun et sa mère reviennent dans la famille maternelle à Uukumil, dans la péninsule du Yucatán. Brune de peau et pauvre, Casiopea est souvent négligée et assignée aux tâches ménagères dans la somptueuse demeure de son grand-père. Elle endure aussi les mauvais traitements infligés par son cousin.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une nouvelle fois victime de brimades, elle se retrouve seule dans la maison familiale et libère accidentellement Hun-Kamé, le dieu de la mort, enfermé dans un coffre par son traître de frère jumeau, Vucub-Kamé. Ce dernier a dispersé des parties du corps de Hun-Kamé à travers le Mexique, les confiant à des sorciers, des démons et d’autres entités surnaturelles. Après avoir pris le trône de Xibalba, le monde souterrain, Vucub-Kamé ambitionne d’annexer le monde des humains et de restaurer à coup de sacrifices sanglants la gloire des époques passées. Casiopea, lié par la magie à Hun-Kamé, n’a d’autre choix que de le suivre dans sa reconquête de L’Inframonde. Leur périple les conduit à travers tout le Mexique, du Yucatán à Veracruz, en passant par Mexico, El Paso et la Basse-Californie. Hun-Kamé, privé d’une partie de sa puissance magique, puise dans la force vitale de Casioepa. Cette relation symbiotique, tout autant que symbolique des sentiments naissants entre les deux personnages, n’est pas sans conséquence&amp;nbsp;: Casiopea meurt à petit feu en absorbant la magie de Hun-Kamé, tandis que le dieu devient de plus en plus vulnérable à la mort.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;b&gt;Les Dieux de jade et d’ombre&lt;/b&gt; est avant tout l’histoire de l’émancipation d’une jeune fille et de sa découverte d’elle-même. Silvia Moreno-Garcia met en scène des personnages bien caractérisés confrontés à des dilemmes moraux et plongés dans un monde menaçant jalonné de cauchemars ensanglantés, de rituels religieux macabres et d’épreuves dangereuses subies dans le monde souterrain. Elle propose aussi une réflexion sur le destin, la loyauté, la famille, la vie, la mort et la condition humaine. Le roman se concentre surtout sur la romance impossible entre les deux protagonistes, laissant le contexte historique — la fin des années 1920, alors que le Mexique émerge d’une période de conflit révolutionnaire — en toile de fond. Et si l’exploration des légendes et de la culture maya s’avèrent plaisante, on ne peut s’empêcher de trouver l’ensemble légèrement décevant en raison d’une structure narrative un peu prévisible et resserrée autour des émois des protagonistes.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Karine Gobled&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-shelter.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-shelter.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Shelter&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Christophe Carpentier – Au Diable Vauvert – janvier 2022 (roman inédit – 176 pp. GdF. 18,50 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’inscrivant dans la lignée des théâtraux &lt;b&gt;L’Homme-canon &lt;/b&gt;(&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 106) et &lt;b&gt;Carnum &lt;/b&gt;(&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;109), le dernier opus en date de Christophe Carpentier adopte une forme tenant à nouveau plus d’un texte pour la scène que du roman&amp;nbsp;annoncé par l’éditeur. &lt;b&gt;Shelter&lt;/b&gt; se présente en effet comme une succession de dialogues, s’articulant en trois actes, eux-mêmes divisés en scène. L’auteur assume ainsi pleinement un registre dramatique que vient encore et souligner la mention finale d’un baisser de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;rideau&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Prenant là encore la suite de &lt;b&gt;L’Homme-canon &lt;/b&gt;et de &lt;b&gt;Carnum&lt;/b&gt;, &lt;b&gt;Shelter &lt;/b&gt;a pour cadre une France que l’on pourrait aussi bien situer en nos temps contemporains que dans un futur très proche. Ses deux protagonistes ont pour prénoms Terry et Shelley. Le premier fut ainsi prénommé par ses géniteurs cinéphiles en hommage au réalisateur de &lt;em&gt;Brazil&lt;/em&gt;. La seconde, aux parents quant à eux plutôt amateurs de littérature, doit son prénom à l’autrice du &lt;b&gt;Prométhée moderne&lt;/b&gt;. L’échange initial durant lequel Terry et Shelley s’exposent l’une à l’autre la genèse de leurs prénoms donne d’abord le ton de &lt;b&gt;Shelter&lt;/b&gt;, empreint comme à l’accoutumé chez Christophe Carpentier d’une ironie toute moderne. En témoignent ces quelques considérations de Terry&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;on est deux banlieusards made in France, assis l’un en face de l’autre avec nos deux prénoms anglais en plein centre-ville de Sevran.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; Affichant un humour sarcastique allant crescendo tout au long de &lt;b&gt;Shelter&lt;/b&gt;, ces propos liminaires sur les noms de baptême de ses héroïne et héros en suggèrent encore le programme science-fictionnel. Ainsi placé sous les figures tutélaires de Terry Gilliam et de Mary Shelley, &lt;b&gt;Shelter &lt;/b&gt;agrège à l’imaginaire acidement débridé du premier la redoutable puissance spéculative de la seconde.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;In fine hautement détonant, &lt;b&gt;Shelter &lt;/b&gt;débute cependant de manière fort prosaïque. En proie à un célibat rien moins qu’extraordinaire, le lillois Terry et la native de Colombes qu’est Shelley font connaissance lors d’un &lt;em&gt;date &lt;/em&gt;sans doute planifié via quelque application de rencontres. Se jaugeant de part et d’autre de la table d’un restaurant prétendument italien servant indifféremment pâtes à la carbonara et banana split, les trentenaires esseulés semblent d’abord composer quelque scène d’une hexagonale &lt;em&gt;rom com&lt;/em&gt;. Du moins jusqu’à ce que Terry propose à Shelley de s’engager avec lui dans la voie d’une &lt;em&gt;«&amp;nbsp;radicalité&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» amoureuse consistant, toujours selon ses mots, en un absolu refus du &lt;em&gt;«&amp;nbsp;diktat de l’accouplement&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Apparemment dubitative quant à la perspective d’une relation platonique avec Terry, mais en réalité séduite par ce dernier, Shelley accepte bientôt sa proposition…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De ce qui adviendra dès lors, il est impossible d’en dire plus sous peine de divulgâcher un récit hautement surprenant, scandé qu’il est par de retentissants coups de théâtre&amp;nbsp;! Tout au plus indiquera-t-on qu’après avoir (faussement) dessiné les sociologiques contours d’une réflexion sur le couple amoureux, l’expérience &lt;em&gt;no sex&lt;/em&gt; de Terry et Shelley se mue en véritable objet de SF. Évolutionniste et dystopique, &lt;b&gt;Shelter&lt;/b&gt; emmène en d’étranges contrées spéculatives qui ne sont pas sans évoquer celles arpentées par Brian Evenson dans le diptyque &lt;b&gt;Immobilité&lt;/b&gt;/&lt;b&gt;L’Antre&lt;/b&gt; (&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 110).&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-migrant.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-migrant.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Migrant ou …brevi finietur (Les Métamorphoses, T.3)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Marina &amp;amp; Sergueï Diatchenko – L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du cygne&amp;nbsp;» – janvier 2024 (roman inédit traduit du russe [Ukraine] par Denis E. Savine – 384 pp. GdF. 22,50 €&amp;nbsp;; numérique 15,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Vita nostra brevis est, brevi finietur.&lt;/em&gt; Notre vie est brève, elle finira bientôt. Avec &lt;b&gt;Migrant&lt;/b&gt; se clôt le triptyque des époux Diatchenko. Initialement paru entre 2007 et 2010 en VO, L’Atalante nous en propose la traduction, sans se presser, depuis 2019. Pour rappel, le premier volume, &lt;b&gt;Vita nostra &lt;/b&gt;(&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 97), était une claque tant les auteurs parvenaient à suggérer sans rien expliquer. Le deuxième, &lt;b&gt;Numérique &lt;/b&gt;(&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 104), beaucoup plus banal, avait un peu déçu. &lt;b&gt;Migrant&lt;/b&gt; relève la barre, mais sans atteindre les sommets du premier tome. Pourtant, le début se montre très séduisant&amp;nbsp;: un homme, au doux surnom de Krokodile, passe sans transition d’une rue banale d’une ville terrienne à une salle d’une obscure administration. Il y apprend que sa demande a été acceptée et qu’il va pouvoir migrer vers une planète. Pas celle de son choix, car les choses ont changé depuis qu’il s’est porté candidat, mais on lui laisse le dernier mot entre Limbe et Raa. Qu’il ne connaît ni l’une ni l’autre. Et, encore plus étrange, il ne sait même pas avoir rempli un dossier ni, surtout, pourquoi. On lui montre juste la preuve qu’il l’a bien fait. On lui fait visionner un court message qu’il a lui-même enregistré auparavant et qui n’explique pas grand-chose, hormis qu’il a pris cette décision de son plein gré et après mûre réflexion. Et on lui explique que pour payer ce voyage vers sa nouvelle demeure, il lui en a coûté deux ans de sa vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et le voilà sur Kaa. Sans rien savoir sur la planète. Sans même connaître la langue. On la lui a implantée dans le cerveau, mais parfois, des dissonances se font ressentir. Mais il doit s’adapter et, surtout, faire des choix, encore, sans en connaître les tenants et les aboutissants. Simple homme dans un monde qui n’est pas le sien, où les habitudes, les coutumes, les façons de vivre sont terriblement différentes de celles qu’il connaît. Comme cette épreuve qui lui permettrait de devenir un citoyen à part entière, mais qu’on lui déconseille de passer, car il n’a pas en principe les capacités de réussir. Têtu, il se lance et Kafka continue&amp;nbsp;: des étapes se succèdent, certaines sans queue ni tête, sans que rien, jamais, ne soit réellement expliqué. Sans oublier les réflexes racistes de certains de ses nouveaux concitoyens. Et, surtout, le sentiment d’étrangeté permanent. Pour Krokodile comme pour le lecteur. Essayer de comprendre comment tout cela fonctionne et, surtout, où veulent nous emmener les auteurs est le principal moteur de &lt;b&gt;Migrant&lt;/b&gt;. Mais les enjeux du récit sont assez faibles et leur portée sans grande force. Plus abordable que &lt;b&gt;Vita nostra&lt;/b&gt;, plus enthousiasmant que &lt;b&gt;Numérique&lt;/b&gt;, ce roman clôt de manière correcte un triptyque original méritant le détour. Et, pour prolonger, le plaisir, Marina Diatchenko, dorénavant veuve, a publié l’année dernière un nouveau volume, suite de &lt;b&gt;Vita nostra&lt;/b&gt;. Saura-t-elle y renouer avec le charme ineffable de sa première histoire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-chiendeguerre.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-chiendeguerre.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Chien de Guerre &amp;amp; la Douleur du Monde&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Michael Moorcock – L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» – janvier 2024 (réédition d’un roman traduit de l’anglais [UK] par Henri-Luc Planchat – 240 pp. GdF. 17,50 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvre de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, ce roman compte au nombre des textes importants de Michael Moorcock. Il prend place dans notre monde, au XVIIe siècle, durant la Guerre de Trente Ans, peu après le sac de Magdebourg (1631). En rupture de ban par crainte de la peste, Ulrich von Bek, qui a pris part à ce sac, traverse une Allemagne dévastée. Jusqu’à une contrée silencieuse et sans vie où se dresse un château épargné par les vicissitudes de l’époque&amp;nbsp;: Le pied sur Terre de Lucifer. Après qu’il a rencontré Sabrina, une esclave de Satan ayant servi à le ferrer, le Prince des Ténèbres vient lui proposer un marché&amp;nbsp;: se mettre en quête du Saint Graal et le lui rapporter afin que l’Ange Déchu puisse racheter sa place au Paradis, ainsi que toute la douleur du monde, avec en prime son âme déjà damnée et celle de Sabrina si toutefois le Prince des Menteurs a dit la vérité. Cette première partie pleine de questionnements métaphysiques est la plus intéressante du livre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le seconde partie (non matérialisée) relève de la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; moorcockienne classique et aventureuse&amp;nbsp;: on y voit von Bek, accompagné du Kazakh Sadenko — le pendant de Tristelune auprès d’Elric, et qui joue le même rôle littéraire, dont celui d’apporter des dialogues qui fluidifient le récit. Tous deux parcourent une Europe à feu et à sang, ainsi que la Mittlemarch, où l’on retournera à l’occasion pour d’autres volumes de la série von Bek. &lt;b&gt;Le Chien de guerre et la douleur du monde&lt;/b&gt; est rattaché au multivers moorcockien notamment par les présences de la reine (des Épées) Xiombarg, et surtout celle du chevalier des Épées, Arioch, ici duc des Enfers en rébellion contre Lucifer, tous deux issus du cycle de «&lt;b&gt;&amp;nbsp;Corum&amp;nbsp;&lt;/b&gt;». La quête confiée à von Bek par le diable n’est pas du goût de toutes les puissances Infernales, et Satan n’est lui-même plus guère en odeur de sainteté aux Enfers. Ainsi revient-on à davantage de considérations métaphysiques pour la conclusion, qui fait le lien avec nombre de récits d’inspiration mythologique tel que &lt;em&gt;Le Crépuscule des Dieux&lt;/em&gt;, bien qu’il soit ici davantage question de la mythologie du Livre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ce roman, Michael Moorcock fait véritablement œuvre de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; spéculative&amp;nbsp;; un genre qui d’ordinaire ne s’y prête guère — l’immense majorité étant assertive. Moorcock invite ici à une spéculation métaphysique avant tout. Il ne nous propose par le sempiternel affrontement manichéen si cher à Tolkien et ses émules. En filigrane, la question posée &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; demeure, comme souvent chez Moorcock&amp;nbsp;: bons ou mauvais, n’est-il pas préférable que l’homme fasse ses propres choix (plutôt que de laisser ceux-ci entre les mains des dieux)&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-swa.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-swa.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Swa&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Daniel Walther – Mnémos – janvier 2024 (omnibus de trois romans – 354 pp. GdF. 23 € / numérique 9,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce volume réunit trois romans de Daniel Walther (1940-2018)&amp;nbsp;: &lt;b&gt;Le livre de Swa&lt;/b&gt;, &lt;b&gt;Le destin de Swa &lt;/b&gt;et &lt;b&gt;La légende de Swa&lt;/b&gt;, parus au début des années 80. Peu de textes de l’auteur bénéficient d’éditions récentes, si ce n’est le court roman &lt;b&gt;Les Voyageurs&lt;/b&gt; disponible depuis l’année dernière aux éditions du Typhon. Le point commun entre les deux&amp;nbsp;? Richard Comballot, qui signe la postface de ce dernier ouvrage et la préface du volume qui nous intéresse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trilogie de science-fantasy, &lt;b&gt;Swa&lt;/b&gt; nous présente les aventures du jeune héros éponyme, que tous ceux qu’il croise trouvent rudement intelligent et sacrément spécial. Pour les femmes, ajoutez aussi diablement attirant. L’action se passe dans un futur post-apocalyptique, après la guerre de Cristal qui a renvoyé l’humanité quelques siècles en arrière. Swa vit dans une citadelle où un grand destin de sage l’attend, mais qui sera contrarié par une voix dans sa tête, venue du dehors, là où les humains sont réputés barbares et dangereux par les tenants de l’ordre. Commencent alors moult péripéties dont il se sortira, car, on vous l’a dit, le bonhomme est brillant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Science-fantasy parce que, notamment, au milieu de ces combats à l’arme blanche et de ces affaires de légende, se trouvent aussi des pistolets lasers, des automates et une station orbitale. Mais aussi de la télépathie et des rêves prémonitoires. Un mélange des genres qui aurait pu être savoureux. L’onomastique trace des correspondances avec le passé&amp;nbsp;: ainsi ce Khan, implanté après les steppes, au fin fond de l’est, ou encore ce Pacha, chef pirate entouré de noms comme extraits du monde méditerranéen.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la préface, un extrait de l’interview menée pour le dossier du &lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;48, numéro lui étant consacré, nous apprend que Daniel Walther en choisissant de se tourner vers la «&amp;nbsp;littérature populaire&amp;nbsp;» en a tiré une écriture «&amp;nbsp;plus lisible&amp;nbsp;». C’est une façon de voir les choses. Fade et ampoulée en serait une autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le monde de &lt;b&gt;Swa&lt;/b&gt;, ça torture, ça tue et ça viole à tout-va. Les scènes de sexe sont caricaturales et c’est la foire aux braquemarts. Dans la première partie, chaque nouveau personnage dont il sera question du pénis en possédera un semblant plus gros et plus dur que le précédent — subversif et novateur&amp;nbsp;! Swa multiplie les conquêtes, pendant que Lsi, celle qu’il aime et qui heureusement peut passer au-delà de ses trahisons (avoir un destin, ça aide), l’attend, toute éplorée. C’est lubrique et malaisant. On souffle fort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il en ressort une impression d’avoir lu une énième compilation de péripéties, payée à la ligne, avec un héros si extraordinaire qu’il porte sa légende sur lui, bien malgré lui et sans qu’on sache pourquoi. Mnémos prévoit de poursuivre ce travail patrimonial avec la réédition d’un recueil de nouvelles de Daniel Walther, peut-être un format lui convenant mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Mathieu Masson&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr114-jaworski.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr114-jaworski.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus Le chevalier aux épines&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;1) Le conte de l’assassin – Jean-Philippe Jaworski – Les Moutons électriques, coll. «&amp;nbsp;La Bibliothèque voltaïque » – juin 2023 (roman inédit – 518 pp. GdF. 28 € / numérique 9,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;2) Le débat des dames – Jean-Philippe Jaworski – Les Moutons électriques, coll. «&amp;nbsp;La Bibliothèque voltaïque » – janvier 2024 (roman inédit – 528 pp. GdF. 28 € / numérique 9,99 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jean-Philippe Jaworski, le 24 janvier dernier, menait enfin sa trilogie du &lt;b&gt;Chevalier aux épines&lt;/b&gt; à son terme, concluant un nouvel arc narratif dans la série des «&amp;nbsp;&lt;b&gt;Récits du Vieux Royaume&lt;/b&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deuxième volume de cette histoire, &lt;b&gt;Le Conte de l’assassin&lt;/b&gt; signait le retour de Don Benvenuto, incontournable figure du Vieux Royaume et irrévérencieux narrateur de &lt;b&gt;Gagner la guerre&lt;/b&gt; (2009). Ainsi l’auteur y renoue avec le ton gouailleur qui avait fait le sel de son premier roman. Tant la narration que les dialogues semblent manifester le plaisir de son créateur à écrire le point de vue du Chuchoteur, dont le langage et les manières, bien moins châtiées que ceux des chevaliers bromallois, apportent à l’intrigue le panache et l’humour qui manquaient à son premier volume. Mais le changement de ton n’apporte pas seulement à l’entre-deux une respiration salutaire : elle complète, en leur apportant un relief nouveau, les évènements du premier volume par le point de vue du parti adverse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que les amoureux du style incomparablement riche de l’auteur se rassurent : il n’était pas question pour le père du Vieux Royaume de renoncer à cet exercice d’écriture, véritable tour de force que constitue l’élaboration d’une œuvre se nourrissant d’un tel travail sur la langue. &lt;b&gt;Le débat des dames&lt;/b&gt; (2024), troisième et dernier volume, retourne à la belle société bromalloise pour offrir de savoureux échanges entre ses protagonistes, dans lesquels l’auteur se manifeste plus que jamais au sommet de son art. Le vocabulaire est, comme toujours, d’une précision chirurgicale, tenant ici compte tant des registres que de l’époque de référence. Jaworski n’est par ailleurs pas avare en descriptions de lieux, de panoramas, d’ambiances et d’atmosphères qui, bien qu’elles alourdissent considérablement le récit, n’en demeurent pas moins sublimes et d’une puissance évocatrice rare.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut enfin accorder à l’auteur de n’avoir pas fait les choses à moitié. Jaworski ne s’est pas contenté d’invoquer les thèmes phares de la littérature médiévale pour le simple plaisir de se prêter à l’exercice. Chevalerie et amour courtois s’inscrivent ici pleinement au cœur d’une intrigue soigneusement structurée pour y incarner de véritables enjeux dont dépendent le dénouement de cette histoire. Sur ce point encore, l’auteur ne fait pas mentir une réputation ébauchée avec la série des «&amp;nbsp;&lt;b&gt;Rois du monde&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» et s’est pleinement emparé de son sujet, éventant au passage les craintes qui pouvaient encore planer sur ce nouvel arc de voir sa conclusion suspendue pour un temps indéfini. Certains, peut-être, lui reprocheront de ne pas lever suffisamment le voile sur une partie des mystères entretenus tout au long des trois volumes. Il y met pourtant un merveilleux point final, véritable main tendue vers le lecteur et l’invitant à devenir, à rebours, un protagoniste à part entière de son récit.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bouclée d’une main de maître, cette trilogie ne fait que confirmer son auteur, s’il était encore besoin de le faire, au rang des meilleurs écrivains de la fantasy francophone contemporaine.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Camille Vinau&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Cité du rire</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2024/02/01/La-Cite-du-rire" rel="alternate" type="text/html" title="La Cité du rire" />
      <id>urn:md5:a718f180007d04d961e39c61c17324bf</id>
      <published>2024-02-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-03-01T11:50:55+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Sequoia Nagamatsu</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;nagamatsu-rire-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/denis-rire-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Humoriste essayant de percer, Skip se retrouve embauché dans un parc d’attraction alors qu’une épidémie mortelle ravage le monde, touchant en premier lieu les enfants. Un job comme un autre&amp;nbsp;? Presque&amp;nbsp;: les montagnes russes n’ont pas d’autre fonction que l’euthanasie des malades… &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Cité du rire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: une nouvelle puissante et sensible de Sequoia Nagamatsu, récompensée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2023.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Sequoia Nagamatsu, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-111&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 111&lt;/a&gt; et traduite de l’américain par Henry-Luc Planchat, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/sequoia-nagamatsu/la-cite-du-rire&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 29 février 2024. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;nagamatsu-rire-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/nagamatsu-rire-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Nicolas Fructus&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Par une route sans fin</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2024/02/01/Par-une-route-sans-fin" rel="alternate" type="text/html" title="Par une route sans fin" />
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      <published>2024-02-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-03-01T11:50:39+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Élodie Denis</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;denis-route-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/denis-route-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Absorbée par un gémissement du bébé, qu’elle inspecte rapidement en se tordant le cou, Abi ne voit pas l’automobile surgir devant elle. Énorme et argentée, comme elle n’en a jamais croisé, jaillie de nulle part, et qui lui barre désormais la route. Une voix de femme l’interpelle en anglais, grave&amp;nbsp;: ”Grimpe si tu veux vivre.”&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;C’est avec &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Par une route sans fin&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, nouvelle de SF aussi référencée qu’audacieuse, qu’Élodie Denis a déboulé dans les pages de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. Un pari gagnant, puisque sa nouvelle a été récompensée par le Prix des lecteurs de la revue, millésime 2023.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle d’Élodie Denis, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-112&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 112&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/elodie-denis/par-une-route-sans-fin&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 29 février 2024. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;denis-route-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/denis-route-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Philippe Gady&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 113)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2024/01/30/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-113" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 113)" />
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      <published>2024-01-30T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-02-01T12:45:33+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr113-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr113-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cela faisait longtemps&amp;nbsp;: pour compléter le cahier critique du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-113&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 113&lt;/a&gt;, disponible depuis le 25 janvier en librairie, voici quelques papiers supplémentaires n’ayant trouvé place au sein de la version papier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr113-confluence.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr113-confluence_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Ce qui reste après les tempêtes (Confluence T.2)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Sylvie Poulain – Bragelonne, septembre 2023 (roman inédit - 640 p. GdF, 22&amp;nbsp;€ / 12,99&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour les raisons les plus bassement commerciales, la quatrième de couverture évoque les films &lt;em&gt;Avatar &lt;/em&gt;(on supposera ici qu’il s’agit du deuxième volet) et&lt;em&gt; Abyss. &lt;/em&gt;&lt;strong&gt;20&amp;nbsp;000 lieues sous les mers&lt;/strong&gt; aurait bien mieux convenu, voire &lt;em&gt;Voyage au Fond des Mers&lt;/em&gt; la célèbre série TV des années 60 crée par Irvin Allen, mais c’est davantage encore à &lt;em&gt;SeaQuest&lt;/em&gt; et surtout au Jeu et aux romans «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Polaris&amp;nbsp;» &lt;/strong&gt;de Philippe Tessier que s’apparente &lt;strong&gt;Confluence&lt;/strong&gt;, en bien mieux – sans qu’il y ait toutefois lieu de s’esbaudir. Chaque tome est divisé en quatre parties qui auraient constitué chacune un très honnête Fleuve Noir des années 80. On tient là de la bonne littérature populaire dans le genre aventures sous-marines et le bon sens du terme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout comme dans&lt;strong&gt;&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Polaris&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, l’humanité a été contrainte de se réfugier sous les flots. Le roman de Sylvie Poulain se montre moins belliqueux de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Polaris&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;. Avant d’écrire, elle a été militaire – et ce sont les militaires qui sont rarement les plus va-t-en guerre, car ils savent de quoi il est question. On notera que l’Atlantis de &lt;strong&gt;Confluence&lt;/strong&gt; dont le rôle s’apparente à celui de l’OTAN, ici baptisé Pax, est située au même emplacement géographique que l’Hégémonie dont le nom trahit les ambitions dans l’univers développé par Philippe Tessier&amp;nbsp;; soit au large de Washington. Poulain n’est certes pas Henry James, mais de celui-ci à Tessier s’étend la totalité de la littérature ou peu s’en faut et les personnages de &lt;strong&gt;Confluence&lt;/strong&gt; sont animé d’une certaine psychologie en évolution, souvent à la recherche d’une forme de rédemption et doté d’un passé trouble qui revient hanter le présent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout commence par l’assaut lancé par Atlantis contre Providence, une cité ayant survécu à une catastrophe dans les abysses grâce à une symbiose avec un micro-organisme marin à l’origine d’une sorte de télépathie, la confluence. Les Atlantes voudraient s’emparer de ces techniques et considèrent Providence comme une menace à mettre au pas mais l’affaire tourne mal et les Proventins préfèrent saborder leur cité que de livrer leurs secrets. Ne survivent que Jihane et Wolf. La jeune fille est la dépositaire de toutes les mémoires des Proventins qui constitue un fardeau un peu lourd pour elle. Wolf est un sous-off atlante parti à la poursuite de Jihane guidé par Atlas, l’IA qui règne sur Atlantis, via ses implants qui régule et manipule sa chimie cérébrale. Ils sont recueillis par le Grondin, un submersible de la Hanse venu observer les événements. La Hanse est une entité chargée des échanges et du commerce entre les divers membres de l’intercommunauté. Tandis que Jihane tente de reconstituer une confluence et que Wolf change de camp en rompant ses liens&amp;nbsp;; on découvre l’équipage du Grondin où tous ont un passé chargé que l’on découvre au fil du roman. Le Grondin ne tarde pas à se voir traqué par tout ce qui navigue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’univers développé par Sylvie Poulain semble gynécocratique – à une exception et demi près&amp;nbsp;: Veers (le bâtonnier de la Hanse) et Atlas (une IA traitée comme masculine) qui sont au nombre des méchants –, toutes les autorités étant féminines. À commencer par Carmen de Klerk, commandant du Grondi&amp;nbsp;; Suzanna Li, amiral d’Atlantis&amp;nbsp;; Imane Battouri, Archonte d’Atlantis sensée supervisée Atlas, ces deux ont la relation saphique de rigueur&amp;nbsp;; Némo, maffieuse et psychopathe sanguinaire régnant sur les Açores a un passé qui n’est pas sans évoquer celui du personnage de Jules Verne et rêve de dominer le monde qu’elle estime ne pas l’avoir traitée comme elle l’estimait juste et compte sur le symbiote proventin pour y parvenir&amp;nbsp;; Claudia Quandt commande un sous-marin de la Hanse et Lindsay, la Station Hope. Tous les autres hommes n’ont que des fonctions subalternes même s’ils sont des personnages importants du récit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si les deux volumes de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Confluence&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; sont assez volumineux, leur mise en page est relativement aérée. L’ensemble lecture sommes toutes agréable mais qui ne révolutionnera pas la littérature. En ces temps de médiocratie galopante et frénétique, c’est plutôt bon pour un livre récent qui n’est pas une réédition. Même si le roman compte des aspects scénaristiques hollywoodiens qui peuvent prêter à sourire&amp;nbsp;; l’histoire est cohérente et se tient.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr113-sentence.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr113-sentence_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;La Sentence&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Louise Erdrich - Albin Michel - septembre 2023 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Sarah Gurcel - 432 pp. GdF. 23,90&amp;nbsp;€ / numérique 15,99&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après avoir bénéficié d’une libération conditionnelle, Tookie, la quarantaine, est embauchée dans une librairie indépendante spécialisée en littérature amérindienne à Minneapolis. Le job de rêve pour cette Ojibwé dont la passion des livres est née entre les murs de la prison. Entourée de ses amis, épaulée par un mari aimant, Tookie se délecte de cette vie calme et des conseils de lecture qu’elle prodigue à ses clients, jusqu’à ce que le fantôme de l’un d’entre eux, Flora, vienne hanter la librairie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au rythme de chapitres courts, Louise Erdrich dresse le portrait d’une Amérique tristement célèbre pour ses violences envers les peuples racisés qui la composent. Chaque étape de la vie de Tookie semble une épreuve où la librairie apparaît comme un havre de paix, la liberté par les livres, un classique. Une paix rompue par le fantôme de Flora, une présence à la fois intrigante et effrayante pour Tookie, mais pour le lecteur… un simple figurant, un murmure, un livre qui tombe, une obsession qui semble rappeler à l’héroïne qu’elle doit encore payer sa dette. Ou bien est-ce autre chose…&amp;nbsp;? Bien entendu. Puis le vent du COVID balaye Minneapolis qui finit par s’embraser après le meurtre de George Floyd.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si la présence de Flora rattache &lt;strong&gt;La Sentence&lt;/strong&gt; aux genres qui nous intéressent en Bifrosty, le fantastique reste à la marge, un fil rouge si fin qu’on l’oublierait presque, mais qui révèle son utilité à la fin (ouf). &lt;strong&gt;La Sentence&lt;/strong&gt; est avant tout un hymne aux cultures amérindiennes, un voyage intime sur la quête d’identité et les liens familiaux, un beau Prix Femina Étranger dont on peut cependant regretter le caractère fourre-tout et décousu.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Aayla Secura&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr113-tronconneuse.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr113-tronconneuse_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Mon cœur est une tronçonneuse&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Stephen Graham Jones - Rivages/Noir - octobre 2023 (roman inédit traduit de l’améircain par Fabienne Duvigneau - 480 pp. GdF. 24&amp;nbsp;€ / 17,99&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après les remarqués &lt;strong&gt;Galeux &lt;/strong&gt;(cf. &lt;em&gt;Bifrost 99&lt;/em&gt;) et &lt;strong&gt;Un bon indien est un indien mort &lt;/strong&gt;(cf. &lt;em&gt;Bifrost 109&lt;/em&gt;), Stephen Graham Jones revient dans nos contrées pour un roman d’horreur, au titre magnifique&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Mon cœur est une tronçonneuse&lt;/strong&gt;. Ce livre, couronné par le Bram Stoker Award, le Shirley Jackson Award et le Locus Award du meilleur roman d’horreur, est un hommage aux films d’horreurs, passion pleinement avouée de l’auteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jade Daniels, adolescente en marge, «&amp;nbsp;indienne&amp;nbsp;» par son père, fan de &lt;em&gt;slashers&lt;/em&gt; et aimant étaler ses connaissances cinématographiques est la pétillante et impertinente héroïne de ce récit. Du haut de ses 17 ans, elle passe tout au crible du cinéma de genre&amp;nbsp;; tout rentre toujours dans la grille de lecture qu’elle adopte pour voir le monde. Elle inventorie les éléments clés nécessaire ainsi que les rôles attendus – en premier lieu, celui de la &lt;em&gt;final girl&lt;/em&gt;. Mais un jour, la réalité rattrape ses rêveries morbides et le sang commence à gicler dans son bled paumé de l’Idaho.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par le biais de Jade, Stephen Graham Jones réalise en fil rouge un court magistral sur les &lt;em&gt;slashers&lt;/em&gt; et gorge le récit d’anecdotes sur les tournages, les lieux, les personnages, les armes. Un véritable &lt;em&gt;Hall of Fame &lt;/em&gt;du tueur en série. Pas besoin d’être fan de ce genre de films pour apprécier la lecture, mais il ne faut pas non plus y être hermétique – mais reconnaissons que le titre est assez explicite&amp;nbsp;! Au demeurant, une cinquantaine de notes de bas de page sont là pour aider à la compréhension, soit directement en lien avec des références horrifiques soit pour des histoires d’argot ou de culture spécifiquement US.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les atermoiements de Jade ou son côté cabotin ralentissent par moments légèrement la narration, sans que cela soit rédhibitoire. Surtout qu’il s’agit là d’un effet de l’auteur pour nous laisser douter encore et encore. Le prisme de l’adolescente est-il le bon&amp;nbsp;? Ou bien se laisse-t-elle dépasser par son envie de jouer un vrai rôle dans le film de sa vie&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une plongée horrifique rondement menée. Stephen Graham Jones se régale et c’est agréable de l’accompagner, le livre dans une main. Et dans l’autre… l’arme de votre choix.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Mathieu Masson&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;strong&gt;* * *&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accelerando&lt;/strong&gt; n’ayant pas fait l’unanimité au sein de la rédaction lors de son inclusion dans la Bibliothèque idéale IA du présent numéro 113, voici un autre avis sur le fix-up de Charles Stross.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr113-accelerando.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr113-accelerando_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Accelerando&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Charles Stross [&lt;em&gt;Accelerando&lt;/em&gt; (2005) – dernière édition VF&amp;nbsp;: Le Livre de Poche (2016)&amp;nbsp;; roman (?) traduit de l’anglais par Jean Bonnefoy]&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour qui s’interrogerait quant à la signification du titre du «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;» qui nous intéresse ici, point n’est forcément besoin d’en faire la lecture, du moins de sa partie proprement narrative. Il suffira de consulter la première entrée du glossaire de presque cinquante pages inclus dans l’édition française d’&lt;strong&gt;Accelerando&lt;/strong&gt;. Ledit article, intitulé &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Accelerationista&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, nous apprend que l’on désigne ainsi les tenants de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;l’accélération&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;à savoir l’acceptation par l’homme d’une transition globale de l’autre côté de la singularité*&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. L’astérisque couronnant ce dernier terme invite alors à aller consulter, une quarantaine de pages plus loin, une seconde entrée. Elle explique que singularité désigne ici &lt;em&gt;«&amp;nbsp;un changement de paradigme social/économique/technologique qui voit s’infléchir à la verticale une courbe exponentielle d’évolution&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Notons encore que cette définition renvoie elle-même, avec force autres astérisques, à celles concernant &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hans Moravec&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ray Kurzweill&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Transhumanisme&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;ainsi que l’&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Université de la Singularité&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Et ce ne sont là que quelques-uns des cent soixante-cinq articles que compile ce glossaire conclusif de la version hexagonale d’&lt;strong&gt;Accelerando&lt;/strong&gt;. Car c’est à son traducteur français, Jean Bonnefoy, et non pas à Charles Stross lui-même que l’on en doit la présence, l’édition originale en étant apparemment dépourvue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Loin d’être anecdotique, cet ajout d’un quasi-dictionnaire au «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;» qu’est &lt;strong&gt;Accelerando&lt;/strong&gt; permet aussi bien de comprendre les intentions ayant guidé son auteur que les raisons de son échec littéraire. Quant aux premières, il est ainsi manifeste que l’écrivain a caressé l’ambition de décliner sous une forme fictive un considérable corpus théorique et dans lequel l’IA occupe une place centrale. &lt;strong&gt;Accelerando &lt;/strong&gt;spécule en effet sur un développement futur tel de celle-ci qu’elle parvient in fine à supplanter l’humaine intelligence, réussissant même à recomposer le système solaire selon ses propres et technologiques attendus… Ce n’est cependant là que le résumé tout à fait expéditif d’un récit courant sur plus de sept cents pages et détaillant à l’envi la genèse (plus ou moins) directe de l’artificiel &lt;em&gt;«&amp;nbsp;cerveau Matriochka&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;reléguant le genre humain au rang d’espèce subalterne…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans doute intellectuellement impressionnant du fait de sa luxuriance référentielle (du moins d’un point de vue non scientifique, tel celui de l’auteur de cette critique…), &lt;strong&gt;Accelerando &lt;/strong&gt;échoue en revanche à faire œuvre de littérature. Le lâche agrégat de neuf nouvelles qu’est en réalité ce faux roman n’accouche que d’un semblant d’histoire tout en raccords artificieux. Pesamment lassant (pour dire le moins…), &lt;strong&gt;Accelerando &lt;/strong&gt;fait montre d’une écriture aussi pondéreuse, oscillant dangereusement entre humour grassement potache et &lt;em&gt;name-dropping&lt;/em&gt; façon &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Zones</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones" rel="alternate" type="text/html" title="Zones" />
      <id>urn:md5:1de221b7990991d7b1db82b50a196f7a</id>
      <published>2023-10-12T11:00:00+02:00</published>
                    <updated>2023-10-12T11:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Ugo Bellagamba</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bellagamba-DUSF-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/bellagamba-DUSF-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Proposer aux lecteurs et aux lectrices du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/legacy/a/ugo-bellagamba/dictionnaire-utopique-de-la-science-fiction&quot;&gt;Dictionnaire utopique de la science-fiction&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; une entrée dématérialisée est une gageure&amp;nbsp;: il faut, bien sûr, que cette entrée se justifie par l’enrichissement qu’elle apporte à l’ouvrage imprimé, mais sans admettre qu’elle aurait dû forcément en faire partie. Une entrée en marge — dans une &lt;em&gt;zone&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;Zones&amp;nbsp;», notamment parce que l’utopie et la science-fiction ont longtemps, trop longtemps, été considérées comme des zones peu fréquentables, situées en périphérie, loin des belles avenues de la littérature blanche… Des zones qu’&lt;strong&gt;Ugo Bellagamba&lt;/strong&gt; vous propose d’arpenter&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bellagamba-DUSF-zones.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/bellagamba-DUSF-zones.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’utopie et la science-fiction ont longtemps été considérées comme des zones peu fréquentables, situées en périphérie de la culture, loin des belles avenues de la littérature blanche et «&amp;nbsp;sérieuse&amp;nbsp;», loin des champs élyséens des grandes plumes, comme si les fictions spéculatives sur les institutions ou les sciences devaient être reléguées dans une sorte de banlieue grise, et probablement sous surveillance. Ensuite, parce que ces deux cousines espiègles ont osé faire des idées philosophiques et des théories scientifiques d’authentiques enjeux narratifs, au prix d’un recours immodéré à l’allégorie. Enfin, parce qu’au-delà de leurs origines populaires, elles ont cet accoutrement subversif, voire provocateur, considéré comme le signe de l’appartenance à un mauvais genre. Mais, c’est justement dans les franges, dans cette Cour des Miracles, dans le jeu des étoffes colorées et des imprécations fleuries, que se tient tout entière la liberté d’inventer d’autres mondes, d’autres cités. Dans cette zone libre, que d’aucuns diraient «&amp;nbsp;franche&amp;nbsp;» et d’autres «&amp;nbsp;anarchique&amp;nbsp;»&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;, l’utopie et la science-fiction s’en donnent à cœur joie&amp;nbsp;: s’y ébattent des modèles sociaux alternatifs, de puissantes civilisations extraterrestres, des &lt;strong&gt;vaisseaux-mondes&lt;/strong&gt;, des &lt;strong&gt;dystopies&lt;/strong&gt; rétrofuturistes ou encore de ces frugales utopies post-capitalistes et &lt;em&gt;low-tech&lt;/em&gt; en vogue aujourd’hui. Depuis l’&lt;strong&gt;âge d’or&lt;/strong&gt; du genre, empires et républiques galactiques s’y affrontent, s’effondrant et renaissant comme des bulles dans une solution instable qui menace à tout instant de précipiter, mais qu’un chimiste fou, l’auteur, maintient à température de réaction. La science-fiction est un laboratoire de nos sociabilités, de leurs limites, et de leurs possibles améliorations ou dérélictions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la faveur de cette analogie, qui n’aurait sans doute pas déplu à Isaac Asimov, chimiste de formation, évoquons &lt;em&gt;La Zone du dehors &lt;/em&gt;de l’auteur français Alain Damasio. Le roman répond à plusieurs des critères classiques de la science-fiction dystopique, tout en s’inscrivant dans une démarche spéculative précisément informée&amp;nbsp;: en cette année 2084 (qui s’approche à grands pas), le totalitarisme est devenu confortable. Tout est sous contrôle, les citoyen(ne)s programmé(e)s ne sont que des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;copies qu’on forme&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Un groupe de révoltés explore les possibilités du Dehors. Mais, voilà, nous sommes sur un astéroïde, proche de Saturne, et sortir de l’enceinte de la ville revient à s’offrir à la mort. Du moins, c’est ce que croient tous ceux qui, au nom de leur sécurité, n’osent remettre en cause l’autorité de l’État. L’écriture est virtuose et l’hommage à l’œuvre tutélaire d’Orwell transparent. Mais c’est surtout une mise en récit presque littérale de la pensée originale de l’anthropologue Pierre Clastres, pour lequel l’État ne saurait être une fatalité&amp;nbsp;: la société peut non seulement s’en passer, mais, le cas échéant, elle peut aller &lt;em&gt;contre&lt;/em&gt; lui&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftn2&quot; id=&quot;_ftnref2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;. Jouant avec ses références, Damasio «&amp;nbsp;substantifie&amp;nbsp;» Clastres, en faisant du nom de l’anthropologue la désignation d’un système qui attribue à chaque citoyen une place et une fonction dans la société, déterminées par ses aptitudes, non par ses envies, et qui, bien sûr, ne supporte pas d’exceptions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve cette logique de rationalisation sociale, qui n’est pas sans rappeler l’idéal platonicien de &lt;em&gt;La République&lt;/em&gt;, dans des œuvres de science-fiction plus tardives, qui elles aussi appuient sur la distinction entre une zone extérieure, interdite ou létale, et un univers fermé, strictement hiérarchisé et, parfois, presque concentrationnaire. Citons ainsi &lt;em&gt;Silo &lt;/em&gt;de Hugh Howey, qui a fait déjà l’objet d’une adaptation plutôt réussie en série télévisée, ou la trilogie «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Divergente&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de Veronica Roth, portée, elle, sur grand écran. Dans les deux cas, une société, refermée sur elle-même pour des raisons de survie, est soumise à un ordre politique strict qui attribue des fonctions sociales à des castes de citoyens rigoureusement étanches. Dans &lt;em&gt;Silo&lt;/em&gt;, de surcroît, la hiérarchie qui en découle est matérialisée par le fait que les différents étages de cet univers vertical et cylindrique sont réservés à telle ou telle classe de citoyens, en fonction de leur rôle (administration, production, réparation des turbines assurant la circulation de l’air dans la structure). Une baie panoramique située dans le réfectoire où se réunissent les habitants montre la dévastation du monde extérieur, et permet d’assister à l’agonie des insensés qui ont osé critiquer l’ordre en place et ont demandé à quitter le silo. Comme chez Damasio, le totalitarisme prend ici des airs de paternalisme bienveillant&amp;nbsp;: on ne peut quitter la zone protégée que si on en formule explicitement le souhait, après avoir été informé du danger. Ne serait-ce pas là la forme la plus aboutie de cette auto-vigilance, de cet individu informé, réfléchi et conscient de la portée de ses actes, dont nos démocraties en crise affectent aujourd’hui de faire le parangon des vertus civiques&amp;nbsp;? C’est presque pire dans &lt;em&gt;Divergente&lt;/em&gt;, où pour prouver son dévouement à la cité, il faut accepter d’être assigné&amp;nbsp;à un rôle déterminé. Les «&amp;nbsp;divergents&amp;nbsp;» qui ne savent pas où se placer sont vus comme des égoïstes qui risquent de déstabiliser la vie quotidienne de la collectivité, et qu’il faut donc extraire. On est loin des visions d’un utopiste comme Charles Fourier qui, dans ses Phalanstères, ces cités de quatre cent familles fondées sur la complémentarité des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;attractions passionnelles&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de chacun(e) de leurs membres, prévoyait une place de choix pour celles et ceux dont la personnalité les poussaient à «&amp;nbsp;&lt;em&gt;papillonner&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», en passant d’une activité à l’autre&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftn3&quot; id=&quot;_ftnref3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passons à d’autres zones, moins dystopiques, car, après tout, le fil rouge de ce &lt;em&gt;Dictionnaire&lt;/em&gt; est bien de ramener dans les rets de ses entrées successives, des fragments d’un monde meilleur. Deux hypothèses me viennent spontanément&amp;nbsp;: celle de l’utopie apparente, mais qui s’avère inféodée à une idéologie trompeuse, et celle du réalisme politique, qui, tout en sachant qu’il l’atteindra jamais, s’attache à un idéal de justice. Dans&lt;em&gt; Mozart en verres-miroirs&lt;/em&gt;, l’anthologie-manifeste des &lt;strong&gt;cyberpunks&lt;/strong&gt;, dirigée en 1986, par Bruce Sterling et William Gibson, la nouvelle «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Freezone&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de John Shirley nous donne une bonne illustration du premier cas. Cité franche fondée par un Texan, située hors de la zone d’influence des États-Nations, flottant à 150 kilomètres des côtes du Maroc, Freezone est une ancienne plate-forme de forage, transformée en île artificielle. C’est, au premier regard, une zone de libre-échange qui se veut «&amp;nbsp;&lt;em&gt;baignée par les remous d’une confluence culturelle internationale&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Elle paraît porteuse d’espoir et de libertés dans un monde où un acte terroriste a eu pour conséquence l’effacement de la quasi-totalité des comptes bancaires et la désorganisation des grandes puissances, États-Unis d’Amérique en tête. Freezone ressemble donc à une société résiliente, mais sa réalité se révèle vite moins glorieuse&amp;nbsp;: vouée à l’ultra-capitalisme, l’île est destinée à accueillir celles et ceux qui en ont les moyens. Freezone est une utopie fermée pour les ultra-riches&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftn4&quot; id=&quot;_ftnref4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;. Ces nantis égoïstes qui, ayant senti le vent tourner, ont choisi de s’extraire d’un monde à la dérive, d’échapper à toutes les zones de conflit dans un hédonisme indifférent. Très vite, Freezone montre son véritable visage&amp;nbsp;: loin d’être une société à part entière, elle n'est qu’«&amp;nbsp;&lt;em&gt;un collier en strass de bordels, galeries et cabarets (…) ancrés en permanence autour des installations pétrolières&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’opposé du spectre, refusant les faux-semblants d’une utopie par trop élitiste, vient l’univers de &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, dans lequel on retrouve, au fil des épisodes, des saisons et des séries télévisées, des conflits entre des civilisations différentes, qui provoquent des guerres, mais qui se résolvent aussi, souvent, par la diplomatie et l’acceptation de l’Autre. Une notion diégétique de &lt;em&gt;Star Trek &lt;/em&gt;l’illustre particulièrement bien&amp;nbsp;: celle de la «&amp;nbsp;Zone Neutre&amp;nbsp;». Qu’elle soit démilitarisée après un conflit brutal contre les Romuliens ou les Klingons, ou qu’elle résulte de négociations avec une puissance extraterrestre jaillie d’un autre quadrant de la Galaxie, la zone neutre est présentée comme un espace interstitiel de paix. Sa fragilité est évidente, et les occasions de voir cette zone neutre ne pas être respectée par les forces antagonistes sont nombreuses. Ainsi, dans l’épisode archétypal, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;La zone neutre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de la première saison de &lt;em&gt;Star Trek&amp;nbsp;: La Nouvelle Génération&lt;/em&gt;, c’est l’annonce de la destruction de deux avant-postes de la Fédération qui pousse le Capitaine Picard à entrer dans la Zone Neutre avec l’empire romulien. Toutefois, la notion de zone neutre doit également s’apprécier à l’aune des convictions utopiques qui se trouvent à l’origine du processus créatif de Gene Roddenberry, inventeur de &lt;em&gt;Star Trek &lt;/em&gt;et la Fédération des Planètes Unies. Non seulement, l’humanité, en entrant dans l’âge de l’espace, est parvenue à échapper à la plupart des vicissitudes et des travers qui entravaient son développement terrestre, moral autant que matériel, mais, en outre, la diplomatie et l’acceptation de l’altérité sont toujours envisagées de façon positive. Ainsi, elles peuvent toujours l’emporter sur les armes et la compétition naturelle, même si, comme on le voit bien dans les choix de James T. Kirk, de Jean-Luc Picard, ou encore d’un Benjamin Sisko, dirigeant la station &lt;em&gt;Deep Space Nine&lt;/em&gt;, la nécessité d’une démonstration de force n’est jamais à exclure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’une façon plus intellectuelle, la notion de zone peut servir de prétexte à une étude sociologique. C’est Doris Lessing, autrice de science-fiction nobélisée (et la seule à ce jour, à ma connaissance, même si d’aucunes mériteraient de l’être aussi), qui nous le prouve avec son roman &lt;em&gt;Les Mariages entre les Zones Trois, Quatre et Cinq &lt;/em&gt;(1983). Dans un monde fictif, les habitants se répartissent en zones numérotées dont certaines, les zones Deux, Trois, Quatre et Cinq constituent le cadre du roman (qui fait partie d’une pentalogie intitulé «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Canopus dans Argos&amp;nbsp;: Archives&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»). Un peu comme les «&amp;nbsp;Ruches&amp;nbsp;» d’Ada Palmer dans son cycle «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», chacune de ces Zones numérotées s’administre seule, selon des règles autonomes, et il n’est, en principe, pas possible de passer de l’une à l’autre, au risque de mourir instantanément d’asphyxie, comme nous le rappelle ce vers d’un poème au tout début du roman&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;De Quatre à Trois / Je ne puis aller&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Chaque Zone se perçoit, de surcroît, comme détentrice d’un modèle social supérieur à celui des autres zones, qui sont purement et simplement méprisées. Un biais culturel et observationnel que Montesquieu, précurseur de l’anthropologie, décrivait déjà dans&lt;em&gt; L’esprit des Lois &lt;/em&gt;en affirmant que chaque homme est toujours convaincu de l’excellence de ses propres coutumes. L’approche narrative de Doris Lessing est plus complexe encore qu’il n’y paraît&amp;nbsp;: les Pourvoyeurs, ces créatures semi-divines ou extraterrestres qui interviennent souverainement dans l’organisation des Zones, imposent parfois des rapprochements transfrontaliers, comme ces «&amp;nbsp;mariages&amp;nbsp;», qui ressemblent un peu à une solution génétique. En effet, un Mal étrange, métaphore du séparatisme, touche tous les êtres vivants, humains, plantes et animaux et met en péril leur capacité à se reproduire. De &amp;nbsp;surcroît, et pour donner plus de profondeur à sa réflexion, l’histoire nous est contée, &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt;, du point de vue d’un chroniqueur de la Zone 3, ce qui induit nécessairement une relation subjective de la situation sociale. Une façon, pour cette brillante autrice, de nous rappeler la difficulté inouïe de connaître l’Autre, et de trouver des solutions pour une sociabilité durable et inclusive. Dans le même ordre d’idée mais avec une ambition plus politique, il faut citer un texte de jeunesse de Greg Egan, intitulé «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Orbites instables dans la sphère des illusions&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», dans lequel les convictions politiques des personnages changent au fur et à mesure de leurs déplacements géographiques. Ils entrent dans une zone d’influence dominée par telle idéologie et y succombent malgré eux. Un matin, on s’éveille libéral, et le surlendemain, on se couche souverainiste. Une façon de faire comprendre que les zones que nous considérons comme interdites, dangereuses, ou inaccessibles, ne sont que des projections de notre subjectivité inquiète sur le monde extérieur&amp;nbsp;; nous les croyons infranchissables, alors qu’une simple remise en question nous permettrait d’en sortir ou d’y pénétrer à notre guise. De ce point de vue, la science-fiction, comme en son temps l’utopie, pointe du doigt nos biais cognitifs, les mensonges que nous nous servons à nous-mêmes, fausses excuses pour n’oser point le changement. Tels les Elois, ces post-humains décérébrés de H. G. Wells, nous tournons en rond dans le jardin de nos peurs infondées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comment ne pas conclure cette entrée dématérialisée par un hommage à la plus célèbre de toutes les zones de la science-fiction&amp;nbsp;: celle télévisuelle, crépusculaire et un peu austère, de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;, soit, en version originale, &lt;em&gt;The Twilight Zone&lt;/em&gt;, bien sûr. Qui ne se souvient pas du générique de la série, porté par la voix solennelle de Rod Serling nous annonçant que nous entrons dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;une autre dimension, faite de sons, d’images, et d’idées au sein de laquelle se confondent illusion et réalité&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», autrement dit une zone sans repères fiables. Tous les épisodes ou presque de cette inoubliable série-anthologie des années soixante nous confrontent à cette viscosité calculée entre récit et argumentation et nous offrent d’observer les possibilités les plus angoissantes de l’existence humaine à travers la transparence d’une paroi en verre sécurit&amp;nbsp;: celle de l’expérience de pensée, ou plus prosaïquement de l’écran de télévision. Pour n’en citer qu’un et conclure cette entrée de façon délicieusement surannée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Neuvième étage&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», 34&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; épisode de la série, narrant la mésaventure d’une cliente de grand magasin à la recherche d’un dé à coudre &amp;nbsp;qui se retrouve au dernier étage, dans une zone qui n’est pas sensée exister. Celle-ci n’est occupée que par des mannequins vivants habituellement destinés à exposer les vêtements en vente dans les étages inférieurs. Philip K. Dick, bien qu’il ne soit pas crédité au générique n’est pas loin&amp;nbsp;: de quelle zone factice ou de quarantaine sommes-nous les mannequins de plastique qui se croient humains&amp;nbsp;? En attente de la réponse, chérissons cette zone libre qu’est la science-fiction&amp;nbsp;; située au-delà du réel, elle nous offre le meilleur point de vue sur sa complexité, qu’elle propose d’analyser sans s’y enfermer. Tout le contraire, en somme, de cette littérature «&amp;nbsp;blanche&amp;nbsp;» qui l’a tant méprisée par le passé. Les zones elles-mêmes changent parfois de place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sources&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Clastres Pierre, &lt;em&gt;La Société contre l’État&lt;/em&gt;, Paris, Les éditions de minuit, 2011.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Damasio Alain, &lt;em&gt;La Zone du dehors&lt;/em&gt;, Paris, Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Folio SF&amp;nbsp;», 2021.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Egan Greg, &lt;em&gt;« Orbites instables dans la sphère des illustions »&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;« Unstable Orbits in the Space of Lies »&lt;/em&gt;, 1992), traduit de l’anglais par Francis Lustman et Quarante-Deux in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Axiomatique&lt;/em&gt;, Moret-Loing-et-Orvanne, Le Bélial’, coll. « Quarante-Deux », 2023.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Howey Hugh, &lt;em&gt;Silo&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Wool&lt;/em&gt;, 2012), roman traduit de l’anglais par Yoann Gentric et Laura Manceau, in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Silo – L’intégrale&lt;/em&gt;, Arles, Actes Sud, coll. «&amp;nbsp;Exofictions&amp;nbsp;», 2023.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lessing Doris, &lt;em&gt;Les Mariages entre les zones Trois, Quatre et Cinq&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;The Marriages Between Zones Three, Four and Five&lt;/em&gt;, 1980), roman traduit de l’anglais par Sébastien Guillot, Clamart, La Volte, 2017.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roth Veronica, &lt;em&gt;Divergente&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Divergent&lt;/em&gt;, 2011), roman traduit de l’anglais par Anne Delcourt, Paris, Pocket Jeunesse, coll. «&amp;nbsp;Best Seller&amp;nbsp;», 2017.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Shirley John, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Freezone&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Freezone&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, 1985), nouvelle traduite par Michèle Albart in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Mozart en verres miroirs &lt;/em&gt;(&lt;em&gt;Mirrorshades: the Cyberpunk Anthology&lt;/em&gt;, 1986), Paris, Gallimard, coll. «Folio SF&amp;nbsp;», 2001.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roddenberry Gene, &lt;em&gt;Star Trek&amp;nbsp;: la Nouvelle Génération &lt;/em&gt;(&lt;em&gt;Star Trek: the Next Generation&lt;/em&gt;), USA, diffusion en syndication, 1987 – 1994.&lt;br /&gt;
• S01E26&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La zone neutre&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;(&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Neutral Zone&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), scénario de Maurice Hurley, première diff. le 16 mai 1988.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Serling Rod, &lt;em&gt;La Quatrième Dimension &lt;/em&gt;(&lt;em&gt;The Twillight Zone&lt;/em&gt;), USA, CBS, 1959 – 1964.&lt;br /&gt;
• S01E34&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Neuvième étage&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;(&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The After Hours&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), scénario de Rod Serling, première diff. le 10 juin 1960.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Il est possible d’évoquer ici, bien sûr, la tradition anarchique et libertaire de l’utopie, qui sillonne le genre depuis &lt;em&gt;Libertalia, une utopie pirate &lt;/em&gt;de Daniel Defoe (1724) jusqu’aux «&amp;nbsp;Zones autonomes temporaires&amp;nbsp;» de Hakim Bey, dans son ouvrage éponyme en 1991, s’inspirant clairement de la piraterie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; Pierre Clastres, &lt;em&gt;La Société contre l’État&lt;/em&gt;, Paris, Les éditions de minuit, 2011.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftnref3&quot; id=&quot;_ftn3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; Naturellement, le ressort narratif de l’adolescent(e) mal dans sa famille et dans sa ville et qui devient l’un des déclencheurs d’une révolution sociale, au risque d’y perdre ses illusions, voire sa vie, est bien plus excitant pour les auteurs de science-fiction. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2023/10/12/Zones#_ftnref4&quot; id=&quot;_ftn4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; On pourrait parler ici de «&amp;nbsp;gated community&amp;nbsp;», même si le terme est plus récent que le texte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;</content>
      
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      <title>Encore cinq ans</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2023/01/23/Encore-cinq-ans" rel="alternate" type="text/html" title="Encore cinq ans" />
      <id>urn:md5:36de172f7564bcb8490aa5675c3c0d18</id>
      <published>2023-01-23T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2023-03-03T14:53:53+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Audrey Pleynet</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;pleynet-cinqans-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/pleynet-cinqans-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;2078. La Terre est à l'agonie et la majeure partie de la population vit au sein de dômes artificiels. Milliardaire et inventeur de génie, Arthur Thompson a une idée pour rendre le globe de nouveau vivable. Il n'a pas besoin de grand-chose&amp;nbsp;: une petite troupe de gens dévoués à sa cause, l'accord de la population, et cinq ans. Ou peut-être cinq ans de plus. Et encore cinq ans…&lt;br/&gt;
Avec &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;:Encore cinq ans&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, Audrey Pleynet nous offre un condensé d'histoire du futur récompensé par le Prix des lecteurs de Bifrost 2022.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle d'Audrey Pleynet, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-107&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 107&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/audrey-pleynet/encore-cinq-ans&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 23 janvier au 28 février 2023. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;pleynet-cinqans-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/pleynet-cinqans-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Nicolas Fructus&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Père</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2023/01/23/Pere" rel="alternate" type="text/html" title="Père" />
      <id>urn:md5:144f394b6c30f8127a68f60f609ad193</id>
      <published>2023-01-23T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2023-03-03T14:53:36+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Ray Nayler</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;nayler-pere-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/nayler-pere-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;États-Unis, milieu des années 50 : le Bureau des Vétérans organise une loterie pour les enfants dont le père a été lors de l'une des guerres. Les heureux lauréats reçoivent un robot abritant l'esprit de leur défunt paternel. Celui que reçoit ce garçonnet va changer sa vie… Une nouvelle sensible et émouvante, signée Ray Nayler et récompensée par le Prix des lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, millésime 2022.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Ray Nayler, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-105&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 105&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais par Henry-Luc Planchat, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ray-nayler/pere&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 23 janvier au 28 février 2023. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;nayler-pere-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/nayler-pere-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Matthieu Ripoche&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>En un lieu nommé Solitude</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/12/07/En-un-lieu-nomme-Solitude" rel="alternate" type="text/html" title="En un lieu nommé Solitude" />
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      <published>2022-12-07T17:00:00+01:00</published>
                    <updated>2022-12-07T17:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Jean-Jacques Girardot</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;girardot-solitude-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/girardot-solitude-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Encore plus de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/michel-demuth/les-galaxiales-l-integrale&quot;&gt;Galaxiales&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;! En guise de généreux bonus au recueil récemment paru, nous vous proposons de découvrir «&amp;nbsp;En un lieu nommé Solitude&amp;nbsp;» de Jean-Jacques Girardot, novella inédite située dans l'univers de Michel Demuth.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette novella de Jean-Jacques Girardot, liée à &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/michel-demuth/les-galaxiales-l-integrale&quot;&gt;&lt;em&gt;Les Galaxiales, l’intégrale&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; vous est proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/jean-jacques-girardot/en-un-lieu-nomme-solitude&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; à compter de ce 7 décembre 2022. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;girardot-solitude-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/girardot-solitude-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Philippe Druillet&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;En guise d’introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
    Lors de la phase de bouclage de notre intégrale des &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt;,
    Jean-Jacques Girardot choisit d’écrire la vingt-huitième nouvelle de la
    saga&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dans les cryptes du Toucan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Lorsqu’à l’heure dite il nous la remit, nous constatâmes qu’elle dépassait
    de beaucoup le nombre de pages prévu. Il fut alors convenu qu’il tenterait
    de la raccourcir afin de la ramener au bon format.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais, nouvelle surprise&amp;nbsp;: lorsqu’il remit ce qui devait être sa nouvelle
    version, nous nous aperçûmes qu’il était finalement parti sur un tout
    nouveau texte… suite du précédent, qui collait cette fois parfaitement au
    nombre de signes imparti.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ce nouveau texte devenait par conséquent &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dans les cryptes du Toucan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;
    pour l’édition de notre ouvrage.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Quant au premier texte qui, si vous suivez bien, était de fait devenu un  &lt;em&gt;prequel&lt;/em&gt; du second, il prenait pour titre &lt;em&gt;«&amp;nbsp;En un lieu nommé Solitude…&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et n’avait pas vocation à figurer dans le livre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    En guise d’ample complément aux &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt;, nous vous proposons de le découvrir…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;/hr&gt;
&lt;h2 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;En un lieu nommé Solitude&lt;/h2&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;(3000 env.)&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;/hr&gt;

&lt;p style=&quot;font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Plusieurs documents, datant du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle,
    manuscrits, confessions, journaux de voyage, font allusion, mais toujours
    au travers de témoignages de seconde main, à une île, qui aurait été située
    dans les Antilles, zone aujourd’hui submergée, l’Île aux Tortues, «&amp;nbsp;Durdles
    Ishland&amp;nbsp;» dans l’anglais caribéen de l’époque. C’est là que se seraient
    trouvées les Cryptes du Toucan, vaste réseau de galeries souterraines
    déployées sur des milliers de lieues. Dans ces récits, le Toucan lui-même
    est décrit par les indigènes comme un homme-oiseau d’une taille
    phénoménale. Il ne vole pas, ne se montre que la nuit, et creuse sans
    relâche dans le corps des montagnes des tunnels qui seraient des chemins
    menant à un Paradis qui se dérobe sans cesse, et auquel il est condamné à
    ne pouvoir accéder. Mais il est aussi réputé pour sa sagesse et les
    miracles qu’il accomplit parfois, et nombreux sont ceux qui viennent le
    voir pour obtenir l’absolution de leurs péchés.
&lt;br/&gt;
    Cette Légende des Cryptes du Toucan apparaît plusieurs fois dans l’histoire
    de l’humanité. Des textes du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle situent l’Île aux
    Tortues au large de Doris, dans la Grande Mer Méridionale, et précisent que
    cette île aurait été détruite lors du suicide collectif du groupe de
    religieux qui l’occupaient, membres d’une secte dissidente de l’Église de
    l’Expansion.
&lt;br/&gt;
    On retrouve encore des références au Toucan, au XXVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, en
    liaison avec l’intervention des Corsaires lors de l’affrontement entre la
    Guilde et l’Empire de Canope.
&lt;br/&gt;
    Dans les dernières années du troisième millénaire, des rumeurs persistantes
    auraient fait référence à une «&amp;nbsp;redécouverte&amp;nbsp;» de ces Cryptes par l’Église
    de la Nouvelle Rome, cette fois situées sur une planète tellurique en
    orbite autour d’une lointaine étoile à neutrons. Aucune confirmation ou
    démenti n’a jamais été apporté par les autorités ecclésiastiques.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;font-family: Arial, Helvetica, sans-serif; text-align: right;&quot;&gt;LES GALAXIALES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p&gt;
    Elle vomit à nouveau. Cette fois, elle n’eut pas le temps d’atteindre le coin
    toilette de la minuscule cabine qui lui avait été attribuée. Assise sur le
    rebord de sa couchette, elle s’abandonna quelques instants à un vague
    bien-être, puis essuya d’un geste machinal la salive de son menton,
    contemplant la flaque qui s’étalait sur le sol, où elle pouvait reconnaître
    quelques fragments de légumes du potage qu’elle avait ingéré une heure plus
    tôt.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se laissant aller en arrière, en attendant que les derniers soubresauts de
    son estomac se calment, elle focalisa son attention sur les murmures
    bourdonnant des générateurs neutroniques, sur les craquements occasionnels
    d’électricité statique que produisaient les réacteurs photoniques chaque
    fois qu’ils devaient se resynchroniser. Et sur l’odeur sèche, âcre,
    omniprésente des isolants brûlés, rongés par des intensités électriques
    trop fortes. La nef n’était pas de la toute première jeunesse. Elle avait
    plus d’un siècle, mais le commandant de bord lui avait assuré qu’il n’y
    avait jamais eu de navire aussi fiable. Elle ne demandait qu’à le croire…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Docteur Kandratowicz… Vous êtes attendue au mess.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    C’était le deuxième appel, et la voix semblait plus insistante.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Oui&amp;nbsp;», répondit-elle. Elle n’aurait pu expliquer le sens de sa réponse. «
    Oui, j’ai entendu, je sais, j’arrive. Laissez-moi seule encore un moment.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les mains sur le bord du lit, elle ne parvenait pas à se décider à se
    mettre debout.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle soupira. Tout au long de son existence, elle s’était fait un point
    d’honneur de manger la même chose que les peuplades qu’elle étudiait, ou
    chez qui elle allait se livrer à des fouilles. Rien ne lui avait été
    épargné, insectes, larves, serpents, araignées, cuits, crus, parfois encore
    vivants, viandes et fibres mâchées, prédigérées, sans oublier alcools et
    toxiques de toutes natures. Elle avait même, quelquefois, accepté de
    participer aux pratiques sexuelles locales, lorsqu’elle avait estimé que
    c’était pertinent pour les études ou l’objectif qu’elle s’était fixé. Et
    voici qu’elle butait sur un inoffensif bol de bouillon aux légumes. Quelle
    misère&amp;nbsp;!
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y eut un petit trille mélodieux, tandis que le voyant au-dessus de la
    porte de sa cabine passait du rouge à l’orange dans de douces variations
    chromatiques.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Oui, entrez…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La porte coulissa dans un chuintement sourd, se bloqua un instant à
    mi-parcours, couina, puis accepta de disparaître dans la cloison, avec une
    sorte de claquement étouffé qu’elle jugea sinistre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Docteur Kandratowicz, je vous prie d’excuser mon intrusion…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    C’était un homme d’équipage qu’elle n’avait encore jamais rencontré.
    Gigantesque.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Le Commandant et Frère Théobald m’ont envoyé vérifier que tout se passait
    bien, et que vous n’aviez besoin de rien. Et ils vous rappellent…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis il remarqua la flaque sur le sol, la position de la femme, assise,
    presque pliée en deux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Oh, vous ne vous sentez pas bien. Excusez-moi, je reviens tout de suite.
   &amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle l’entendit s’éloigner dans le couloir. C’était le bouquet. Autant pour
    sa réputation de dure à cuire. Elle s’étendit à nouveau sur la couchette.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Presqu’aussitôt, le matelot fut de retour. Il posa une petite valise sur le
    sol, en tira une sorte de large bandeau qu’il lui disposa sur le front, le
    repliant derrière la tête.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ne vous inquiétez pas, il est probable que ce ne soit rien.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y eut quelque cliquetis, puis le bruit d’un robot nettoyeur qui venait
    de pénétrer dans la cabine.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    L’homme se redressa. Sa tête semblait effleurer le plafond de la cabine.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Rien d’alarmant. Tout semble indiquer que vous avez fait une réaction
    allergique, peut-être aux calmants utilisés pour le transfert. Ceci,
    associé à certaines carences… Sont-elles habituelles chez vous&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le robot terminait son travail, avec des bruits de succion qu’elle jugea un
    peu incongrus.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je viens de passer quelques mois dans un désert, avec des températures
    extrêmes, en mangeant ce qui me tombait sous la main. Et je n’avais pas
    pensé à emporter assez de vitamines…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il eut un sourire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je vais vous apporter un cocktail de mon cru, qui vous remettra sur pieds
    en moins de dix minutes.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-2&quot;&gt;Elle&lt;/a&gt;
    se leva avec difficulté, s’appuya contre le mur miroir, ouvrit tout grand
    les yeux. Une vingtaine d’années plus tôt, après l’accident qui lui avait
    coûté la vue, au cours duquel des centaines de particules rocheuses avaient
    criblé son visage, elle avait subi une reconstruction complète, et opté
    pour des cornées génétiquement améliorées. Elle avait même choisi des
    cristallins de couleur mauve, des cristallins bien particuliers qui lui
    permettaient de filtrer les infra-rouges auxquels ses cornées étaient
    sensibles. Il lui suffisait d’accommoder sur des objets situés à faible
    distance pour que la variation de phase résultant de cette infime pression
    supplémentaire rende translucide le colorant bleuté, et que la couleur de
    ses yeux tourne au rouge sang. Le monde devenait alors un tableau pastel,
    sans grand relief, mais dans lequel d’infimes différences de température
    créaient des fulgurances étoilées. Une vision presque abstraite, qui lui
    permettait pourtant, en pleine obscurité et à des centaines de mètres, de
    deviner la présence d’un être vivant. Un petit effort de plus, un léger
    mouvement des paupières, et la bioluminescence se déclenchait, donnant
    l’impression que des flammes naissaient au fond de ses yeux. Un effet
    spectaculaire, qu’elle avait utilisé avec succès lors de négociations
    difficiles avec de petits potentats locaux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais ce matin, ses pupilles étaient d’un rose pâle tournant au gris,
    traduisant, elle le savait, un fort déficit en vitamines et sels minéraux,
    et elle eut été bien incapable d’en extirper la moindre magie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-3&quot;&gt;La&lt;/a&gt;
    porte était restée entr’ouverte, bloquée à mi-parcours, quand il revint à
    sa cabine. Il toqua légèrement sur le battant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Si vous permettez&amp;nbsp;», dit-il, en lui tendant la tasse.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-4&quot;&gt;Elle&lt;/a&gt;
    porta le récipient à ses lèvres, but une première gorgée, s’interrompit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Du thé, sucré, très sucré. Un soupçon d’amertume, des saveurs…&amp;nbsp;» Elle
    respira à nouveau le liquide. «&amp;nbsp;Des senteurs et des saveurs que je ne
    reconnais pas. En fait, ce n’est pas du thé. Qu’est-ce qu’il y a,
    là-dedans, comme produits chimiques&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il devait s’attendre à cette question, tenta d’éluder la réponse.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Rien que du glucose et des plantes. Il se trouve que notre pharmacie de
    bord est bien fournie en plantes médicinales.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et qui a préparé cette décoction&amp;nbsp;? Sur quel diagnostic&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je m’en suis chargé moi-même.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et il se trouve que vous avez les compétences nécessaires.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, je suis herboriste.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle maintenait les yeux fixés sur lui, adoptant d’instinct cette attitude
    qui, elle le savait, mettait mal à l’aise ses interlocuteurs.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;C’est curieux, dit-elle enfin, je n’arrive pas à comprendre. Vous n’êtes
    pas un androïde, ni un électrhomme ou un robhomme. Vous êtes organique,
    mais vous n’êtes pas un homme. Vous ne semblez pas être un Support, non
    plus. Il y a beaucoup de non-humains dans la Galaxie… Mais nous ne
    connaissons pas de race extraterrestre qui nous soit semblable à ce point.
   &amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    En même temps qu’elle parlait, elle repliait les jambes dans une sorte de
    geste de défense, redressait le torse. Et sa main se glissait entre la
    couchette et la cloison, à la recherche du lance-aiguilles qu’elle avait
    dissimulé à cet endroit en défaisant ses bagages.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous êtes un Hybride… Mais différent des autres.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ce n’était pas une question, réalisa-t-elle, n’avait pas le ton d’un
    reproche. Une constatation, avec peut-être une nuance d’intérêt.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;C’est exact, Docteur Kandratowicz… Mais vous n’avez pas à vous inquiéter,
    je fais partie de l’équipage de ce vaisseau, je suis même plus ou moins
    médecin, responsable de la sécurité sanitaire, et tous ici sont au courant
    de ma nature… Particulière.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il se tut. Elle continuait à le regarder, signifiant qu’elle attendait une
    autre réponse, plus de précision.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je suis un Hybride… Un ancien guerrier. J’avais été conçu pour les
    combats, j’étais né pour tuer, j’ai tué, beaucoup. Puis les Médiateurs
    m’ont recueilli. Ils m’ont… Changé. Adouci mes souvenirs.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je pensais… On raconte que les Hybrides sont assujettis aux Autres,
    depuis qu’ils ont été plus ou moins rejetés par l’humanité. Et ils sont
    toujours… Différents. D’aspect.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Rien n’est simple, Docteur Kandratowicz. Une vérité ici est une erreur
    dans un autre endroit de la Galaxie. Et l’une et l’autre ne sont que des
    approximations infidèles que nos modes de pensées assignent à une réalité
    inaccessible.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle se mit à rire. Sa gorge ne la brûlait plus, un effet anti-acide de la
    tisane, sans doute, et, réalisa-t-elle, les contractions de son estomac
    s’atténuaient. Ce bien-être retrouvé la mettait en confiance, à moins que
    ce ne soit aussi dû à un autre ingrédient particulier de la décoction…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous semblez bien philosophe, pour un assassin repenti. Comment en
    êtes-vous arrivé là&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il sourit à son tour.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Comme bien des Hybrides, je suis le résultat d’une expérience visant à
    construire de la chair à canon un peu plus résistante que les autres.
    Celle-ci, ils la voulaient à l’image de l’homme. Un soldat idéal. Je
    ressemble en effet à un homme, mais il y a nombre de redondances dans mes
    organes vitaux, et une autopsie vous révèlerait à quel point je suis
    différent. Après des années d’entrainement, mais aussi des années de
    chirurgies diverses visant à corriger ce que la génétique n’était pas tout
    à fait parvenue à réaliser, après un examen final, qui fut une lutte à mort
    fratricide dont le but était d’être le dernier survivant du petit groupe au
    sein duquel j’avais été formé, je suis devenu un soldat tueur. J’avais
    quinze ans, la frêle apparence d’un enfant de six, la force et la rapidité
    d’un cheval. Pendant des années, j’ai fait, bien, ce que j’étais conçu pour
    faire. Je suis devenu une arme performante. J’ai conquis des villes, j’ai
    assassiné des tyrans, et des saints, parfois. J’ai acquis de la valeur.
    J’ai changé dix fois de maître, et il est arrivé que l’on me demande, dans
    la foulée de la transaction, de tuer mon précédent propriétaire. Ce que
    j’ai fait.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle le regardait toujours, en observateur avisé, avec cet air d’intérêt
    clinique et détaché qui forçait la confession.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Un jour, il y a plus d’un siècle de cela, j’ai été racheté par un prêtre.
    Il a… Comment dire… Désamorcé, mutilé la belle machine de guerre que
    j’étais pour retrouver l’homme qui l’habitait. Reprogrammation.
    Déconditionnement. Je n’ai plus le réflexe de tuer chaque fois que je suis
    surpris. Nouvelles chirurgies, pour supprimer mes particularités les plus
    dangereuses. On a retiré toutes mes glandes à venin. J’ai été changé.
    Certains souvenirs sont encore là, mais comme s’ils me venaient d’un autre.
    Une sorte de rédemption, une absolution que je devrais, chaque jour,
    mériter à nouveau…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Qu’avez-vous fait, au sein de l’Église, tout au long de ces années&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il eut un geste de la main.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Des tas de choses, qui autrefois m’auraient ennuyé. Reconstruire des
    villages, creuser des puits, refaire des routes, replanter des jardins avec
    les Prêtres Bâtisseurs. Il y a eu tant de destructions dans toutes ces
    planètes que les hommes se sont appropriées. Apprendre, avec les Sœurs du
    Sacrifice et avec les Frères Herboristes, à soigner par les plantes, c’est
    tout ce dont nous disposions. Mais croyez-moi, j’ai dans ce domaine une
    belle expertise. Et enseigner ce que je savais faire. Assister, protéger
    aussi, les jeunes prêtres lors de leurs premières missions…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Vous êtes là pour le frère Théobald, donc.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Pour lui, pour vous. Dans une semaine, nous débarquerons, si tout se
    passe bien, en enfer. J’en reviens, j’y retourne. Je suis la preuve vivante
    que l’on peut s’en sortir…&amp;nbsp;» Il ajouta&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Excusez-moi, je parle, je parle,
    et vous êtes fatiguée. Je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps… Si vous
    avez besoin de moi, demandez &quot;Paul&quot;.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il se dirigea vers la porte, posa la main sur le cadre, se retourna.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Mais dites-moi, qu’est-ce qui m’a trahi&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Votre morphologie, en partie. Vous êtes… Juste un peu trop grand, trop
    large d’épaules, le torse un peu trop développé. J’ai d’abord pensé à une
    augmentation de la capacité pulmonaire, due à une adaptation à la vie en
    altitude, ou à une atmosphère pauvre en oxygène. Mais cet accroissement est
    en général lié à une taille plus faible que celle d’un humain ordinaire,
    des jambes souvent plus courtes. Et il y avait aussi ces différences dans
    la circulation sanguine.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Différences que vous décelez de quelle manière&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle resta silencieuse, comme fautive, réalisant qu’elle en avait trop dit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il secoua légèrement la tête.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Mais je suis bête, ma signature thermique, bien sûr&amp;nbsp;! Il est vrai que
    vous aussi avez vos petits secrets, Docteur Kandratowicz…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il sourit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;J’ai pris la liberté de repousser d’une heure notre réunion, ce qui vous
    laisse une bonne vingtaine de minutes pour vous préparer. À tout de suite…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Attendez…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je… Merci.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je vous en prie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Vous m’avez juste dit votre nom&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Paul.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Merci, Frère Paul.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Non, Paul, tout court. Je n’ai pas encore prononcé mes vœux…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-5&quot;&gt;Après&lt;/a&gt;
    son départ, elle prit une douche rapide, revêtit à nouveau l’indispensable
    combinaison de vol, un peu trop large pour elle, et décida de faire le
    point. Les quarante-huit dernières heures avaient été riches en événements.
    En fait, assez surprenantes.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y avait d’abord eu cette proposition d’un cabinet de recrutement,
    arrivée juste après son retour de Sainte-Léa. Elle la relut à plusieurs
    reprises. Non, elle ne se trompait pas, on lui proposait bien d’être payée
    pour un entretien. C’était la première fois qu’une telle chose lui
    arrivait. Elle accepta, constata que son compte venait bien d’être crédité
    de la somme annoncée, et se rendit l’après-midi même au rendez-vous fixé.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-6&quot;&gt;«&amp;nbsp;Je&lt;/a&gt;
    dois en préambule vous informer que nous filmons notre entretien. Si vous
    ne souhaitez pas poursuivre celui-ci, vous pouvez quitter la pièce, et nous
    effacerons l’ensemble des fichiers vous concernant.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle se contenta de hausser les épaules. Les gens étaient filmés, partout,
    sans cesse, avec leur consentement, à leur insu, et, c’était probable,
    jusque dans leur chambre à coucher.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Bon, je prends note de votre accord. L’offre est de trois mois minimum,
    pouvant s’étendre jusqu’à un an. Elle implique un déplacement sur une
    planète lointaine, et un engagement de stricte confidentialité pendant et
    après la mission. Elle concerne un chercheur, ou une chercheuse en
    l’occurrence, ayant d’excellentes connaissances en histoire de l’art,
    anthropologie, ethnologie terrestre et extraterrestre. Acceptez-vous l’idée
    d’une mission de plusieurs mois, avec un éventuel départ immédiat&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, pas de problème.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Son interlocuteur semblait assez jeune, vêtu, sinon avec discrétion, du
    moins avec élégance, d’une chemise à jabot aux reflets chatoyants, et d’une
    jupe qui descendait au ras des pieds, ornée de sobres motifs égyptiens
    typiques de la troisième dynastie. La grande classe, se dit-elle, que
    n’aurait pas laissé deviner l’apparence de ce cabinet de recrutement
    vieillot, presque sordide, situé dans un quartier de seconde zone de la
    capitale. Un lieu désert, qui plus est, puisque l’homme l’attendait à
    l’accueil, seul, et l’avait aussitôt conduite dans son bureau.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;À partir de maintenant, acceptez-vous de respecter le secret concernant
    tout ce qui sera échangé entre nous, même si vous n’êtes pas choisie par
    notre commanditaire&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, bien sûr.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Il se peut que vous soyez amenée à côtoyer des représentants de certaines
    religions. Ceci vous pose-t-il problème&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Aucun problème. Mais pourquoi ne pas parler tout de suite de l’Église de
    la Nouvelle Rome&amp;nbsp;? Car je ne pense pas que vous recrutiez pour les Émirats
    Célestes&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il ne fit pas de commentaire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Pensez-vous avoir des biais idéologiques de quelque nature que ce soit,
    susceptibles d’influer sur votre comportement&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je ne sais pas trop quoi vous répondre. C’est probable. Si, lors d’une de
    mes expéditions, je découvrais le Saint Suaire, qui par miracle aurait été
    épargné lors de la destruction de Rome, je tenterais de le vendre au plus
    offrant, que ce soit pour le voir terminer son existence dans la crypte
    d’une quelconque église de la Nouvelle Rome, ou dans le coffre-fort d’un
    stupide et richissime homme d’affaire Canopéen. Je suppose que l’on peut
    qualifier ce comportement de biais idéologique&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Êtes-vous capable de travailler en équipe, en respectant des consignes
    données, même si elles ne correspondent pas à votre vision des choses&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je suis capable d’obéir, tout en exprimant mon point de vue. Est-ce que
    vous avez encore beaucoup de questions de ce style&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Hum… Je crois cerner un peu votre personnalité. Je vais noter
    &quot;convenable&quot; pour ces autres sujets.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Bon, alors on passe à l’interrogation écrite sur les diverses chutes de
    Rome, les mœurs des pêcheurs bûcherons des lacs d’Évidence, les coutumes
    sanglantes des Bouchers des mondes d’Orion, ou, beaucoup plus facile, sur
    le retour de la barbarie dans l’Empire de Canope&amp;nbsp;? À moins que vous ne
    préfériez une discussion à bâtons rompus, au cours de laquelle chacun
    d’entre nous fera étalage de son savoir et tentera de prendre l’autre en
    défaut&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je n’ai ni les connaissances, ni l’autorité pour vous évaluer sur ces
    sujets. Je me contente de définir vos paramètres d’adaptabilité à une
    mission dont je ne sais rien…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Alors, sur quoi allez-vous me juger&amp;nbsp;? Et d’abord, sur quels critères
    ai-je été sélectionnée&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je ne peux pas vous répondre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Allons, c’est évident. On vous a demandé un profil bien spécifique, et
    vous avez fait des recherches dans les bases de données universitaires. Ou
    encore plus simple, votre client vous a donné une liste de personnes à
    contacter. Oui, c’est sûr, il sait qui il veut. Vous avez une liste, c’est
    ça&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Combien avez-vous de personnes sur cette liste&amp;nbsp;? Vous pouvez au moins me
    le dire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je ne…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Allons, ça restera entre nous. Combien y en-a-t-il&amp;nbsp;? Deux, dix, cinquante
   &amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Une dizaine…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et vous vous êtes tapé ce genre d’entretien bidon avec dix personnes&amp;nbsp;?
    Sans savoir pour quelle tâche vous les sélectionnez&amp;nbsp;? Sur quels critères&amp;nbsp;?
    Donnez-moi cette liste, moi, je vais vous dire ce qu’il faut en penser.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je ne suis pas habilité à vous communiquer cette information.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il ouvrit un classeur, en sortit deux feuilles, griffonna quelques mots sur
    l’une d’entre elles, puis rassembla le tout.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je vais vous demander de m’excuser quelques instants.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il sortit de la pièce, laissant la porte entrouverte derrière lui.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle attendit cinq secondes, puis se pencha par-dessus le bureau,
    déchiffrant ce qui était, comme elle s’y attendait, une liste de noms.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Elliot Sebastian Edmonds, Adrian Joseph Alexander-Smith, Alicia Marnie
    Kandratowicz, ah, quand même, Mitchell Pierce McFadden, Hideki Nobuo
    Hashimoto…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je ne vous dérange pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle sursauta. Elle ne l’avait pas entendu revenir.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je… Je voulais confirmer que c’était bien un test auquel vous me
    soumettiez. C’était un peu gros, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis elle explosa.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Et je ne suis que troisième sur la liste&amp;nbsp;? Ah, mais je devine. Ce n’est
    ni plus ni moins que le classement des réputations universitaires basé sur
    les indices de lecture et les citations des articles publiés. Vous réalisez
    que c’est n’importe quoi&amp;nbsp;? Edmonds est un gros porc qui ne pense qu’à
    sauter toutes les étudiantes qu’il prend en thèse, et à rajouter son nom
    sur tous les papiers qui passent à sa portée. Il est incapable de faire
    autre chose que des conférences tout public pour les nuls. Quant à
    Alexander-Smith, ce n’est pas un imbécile, je le reconnais, mais il a
    surtout eu la chance inouïe de se trouver, il y a quatre ou cinq ans, au
    bon endroit, au bon moment, et de reconnaitre plus vite que les autres ce
    qu’il avait déterré. Mais sauf s’il a, à nouveau, une semblable aubaine,
    dans cinq ans plus personne ne parlera de lui. McFadden est un tâcheron
    laborieux et appliqué, sans aucune imagination. Hashimoto…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je ne vous en demandais pas tant. Mais dites-moi, de votre point de vue,
    quels sont vos… avantages sur ces autres personnes que vous me citez&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est simple, je suis la meilleure. Je publie peu, je ne dévoile pas tout
    de mes trouvailles, car, sauf dans le cas de certaines fondations qui ne
    rechignent pas à jouer les sponsors pour se faire un peu de publicité, plus
    de la moitié de mes commanditaires, tous satisfaits, croyez-moi, et ça se
    sait, me demandent la plus stricte confidentialité sur les activités que
    j’exerce pour eux…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    En fait, se dit-elle, j’aurais pu faire une brillante carrière
    universitaire. Mais à trente-cinq ans, venant à peine d’être élue
    directrice du Département d’Archéologie de l’une des universités les mieux
    cotées de Doris, elle avait décidé que cette vie un peu terne l’ennuyait.
    Après avoir rêvé de devenir Corsaire, elle s’était lancée dans le terrain
    dangereux et mal famé de la chasse au trésor. Un dur apprentissage, qui lui
    avait surtout enseigné à se méfier de tout le monde à chaque instant. Mais
    elle s’y était révélée excellente. En une dizaine d’années, et malgré le
    pourcentage hallucinant que toutes les administrations s’octroyaient sur
    les découvertes et ventes d’antiquités, elle était devenue, sinon riche, du
    moins assurée d’une existence confortable. Puis sa réputation s’était peu à
    peu établie. Des missions, de plus en plus nombreuses, lui avaient été
    commanditées, souvent au travers d’anonymes intermédiaires. Et tout se
    passait bien, même si elle ne savait pas toujours pour qui elle
    travaillait… Elle menait cette vie depuis plus de quarante ans. Presque
    cinquante, maintenant. Elle avait quatre-vingt-quatre ans, il lui restait
    au moins un siècle à vivre, peut-être beaucoup plus. Elle pourrait
    s’arrêter, profiter de l’argent accumulé… Mais…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Oui&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Ce n’est pas la peine de discourir plus avant. J’ai un entrainement
    physique que les autres n’ont pas. Je suis une bonne alpiniste, une bonne
    spéléologue, et je viens de survivre trois mois dans un désert où tous mes
    concurrents seraient morts en quarante-huit heures. Et ceci parce que je
    sais faire du feu, recueillir de l’eau de condensation, manger ce qui se
    présente, et m’orienter grâce aux constellations. Je suis la plus qualifiée
    pour cette tâche, quelle qu’elle soit, d’ailleurs, et je pense que vous en
    êtes conscient. Bon, supposons la question réglée, et abordons l’aspect
    financier.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il soupira, comme s’il trouvait que les choses allaient trop vite pour lui,
    consulta à nouveau ses documents. Puis il écrivit quelques chiffres sur un
    carton, lui tendit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-7&quot;&gt;«&amp;nbsp;Voici&lt;/a&gt;
    la rémunération que mon client vous propose.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle fit la moue.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ce n’est pas à la semaine, c’est un montant quotidien…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Là, c’était autre chose. Plus qu’elle n’espérait. Peut-être même plus, sur
    un trimestre, que ce qu’aucune de ses plus fructueuses expéditions lui
    avait jamais rapporté. N’empêche… S’ils proposaient autant…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Par jeu, elle attrapa le stylo, rajouta un zéro au bout du nombre, et fit
    glisser le carton vers son interlocuteur.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Celui-ci hésita un long moment, s’excusa, quitta le bureau. Son absence,
    cette fois, dura une bonne dizaine de minutes. À son retour, il posa le
    carton devant Alicia. Sous le nombre, rayé, il en avait inscrit un autre,
    près de trois fois la proposition initiale.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Cette fois, le jeu avait assez duré.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;D’accord sur le principe. Bon, je suppose que nous avons abordé tous les
    sujets, et que l’entretien est terminé…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle se leva.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;J’imagine que vous me tiendrez au courant, si… Si jamais il y a une
    suite. Ou même s’il n’y en a pas…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Non, qui vous a dit que nous en avions terminé&amp;nbsp;? Si vous êtes intéressée
    par cette offre, j’ai besoin de votre engagement formel. Accepteriez-vous
    le poste proposé, impliquant en particulier le respect complet de
    l’ensemble des obligations de confidentialité qui vous ont été exposées au
    cours de l’entretien&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Comme tout ceci est protocolaire&amp;nbsp;! Mais je suppose qu’il suffit que je
    réponde &quot;Oui&quot; pour que cet engagement soit validé&amp;nbsp;? Alors, soit, oui,
    j’accepterais la situation proposée.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Excellent. Voici mon travail achevé de manière satisfaisante.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est-à-dire&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il désigna un point, invisible, sur le mur derrière lui.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Dites bonjour à votre nouvel employeur. Vous débutez aujourd’hui même.
    Vous recevrez votre affectation et vos consignes en fin d’après-midi. Soyez
    demain matin, à sept heures, au Centre de Transmission Ouest.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il eut un petit sourire satisfait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Cette fois, oui, nous en avons terminé. Merci, et félicitations&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il se leva, actionna quelques interrupteurs d’un boitier placé sur son
    bureau.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Nous voici isolés du reste du monde. Tenez&amp;nbsp;», ajouta-t-il, en lui tendant
    une feuille.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle y avait jeté un vague regard, puis l’avait reposée sur le bureau de
    son interlocuteur.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-8&quot;&gt;Le&lt;/a&gt;
    lendemain, il y avait eu cette arrivée sur Central Point, le principal port
    de transmission de la petite planète Frondaison, première étape de son
    trajet. À peine sortie de la salle de Réveil, elle avait été prise en
    charge par deux agents de sécurité, qui n’avaient pas prononcé plus de
    trois mots. Conduite dans un bâtiment anonyme, elle s’était retrouvée
    entourée de plusieurs prêtres qui l’avaient soumise à un questionnaire
    assez peu discret, visant, c’était manifeste, à s’assurer de son identité.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Cette sorte d’entretien sans queue ni tête dura une bonne vingtaine de
    minutes, au cours desquelles on lui proposa du thé, des biscuits. Puis un
    ecclésiastique, beaucoup plus âgé que les autres, entra dans la pièce en
    coup de vent.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Excusez mon retard. Docteur Kandratowicz, il reste une dernière formalité
    à accomplir. Ne… Ne le prenez pas mal, mais nous sommes supposés nous
    assurer que vous êtes bien la personne que vous prétendez être, et non un
    Dupli ou… Si vous voulez bien me suivre…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle avait haussé les épaules. La pièce attenante était occupée par nombre
    d’appareils, tous à l’allure plus antique les uns que les autres. Ils lui
    désignèrent un fauteuil, confortable, dans lequel elle prit place. Ils
    approchèrent, derrière sa tête, une sorte de grande parabole, qui se mit
    soudain à bourdonner, et disposèrent, à trente centimètres de son visage,
    une caméra montée sur un pied chancelant. Puis les prêtres s’activèrent,
    lui connectèrent diverses électrodes, front, tempes, cou, poignets,
    chevilles, qu’ils branchèrent à une petite boîte métallique, avec force
    discussions à voix basse à propos des prises sur lesquelles ils devaient
    réaliser les connexions. J’espère, se dit-elle, qu’il s’agit bien du
    détecteur de mensonges, et non de la chaise électrique…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Excusez-nous, lui glissa l’un d’eux à l’oreille, cet appareil n’a pas
    servi depuis des années, et le Père Aloysius a du mal à se souvenir de son
    fonctionnement.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    L’un des jeunes prêtres vint vers elle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Est-ce que deux plus deux font quatre&amp;nbsp;? Répondez oui ou non.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Est-ce que deux plus deux font cinq&amp;nbsp;? Dites oui.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y eut de nouvelles discussions à voix basse, on vérifia ses électrodes,
    on refit des branchements. Elle avait du mal à ne pas éclater de rire. En
    même temps, une telle quantité d’incompétence déployée l’agaçait un peu, et
    le bourdonnement continu de l’appareil derrière elle devenait oppressant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y eut une nouvelle série de questions, dans lesquelles vrai et faux
    concernant sa vie passée s’entremêlaient, de nouveaux conciliabules
    concernant le fonctionnement du détecteur. Puis on vint la délivrer de ses
    électrodes. Elle se releva, un peu étourdie. Elle devinait, à leurs mines
    déconfites, que rien n’avait marché comme prévu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous êtes vraiment le Docteur Alicia Kandratowicz, n’est-ce pas&amp;nbsp;? lui
    demanda enfin le Père Aloysius, avec un air de chien battu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais oui&amp;nbsp;! Tout ceci est d’un ridicule…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis on l’avait emmenée, à bord d’un véhicule aux vitres fumées, dans un
    autre lieu. Sortie dans un parking souterrain, ascenseur, couloirs,
    ascenseur encore, couloirs à nouveau, et elle s’était retrouvée dans un
    hall de Transmission, à l’architecture pompeuse et à la décoration
    obsolète, qui datait à coup sûr des années fastes de la Guilde.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    En soupirant, elle se prêta au jeu des injections, glissant, à peine
    étendue, dans l’inconscience sans même s’en rendre compte.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le retour au réel avait été beaucoup plus pénible. Elle avait froid, des
    machines bourdonnaient tout autour d’elle, et l’air charriait
    d’insupportables odeurs de renfermé. On lui parlait, mais elle n’arrivait
    pas à associer le moindre sens aux mots qu’elle entendait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Laissez-moi, laissez-moi dormir.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Une brève sensation dans le bras, encore une piqûre, puis un frisson la
    parcourut, comme un coup de fouet.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Pouvez-vous me dire votre nom&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, Alicia. Alicia Kandratowicz. Ça va aller.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle s’assit sur le bord de la couchette. Puis se releva, faillit perdre
    l’équilibre. Elle se sentait légère, soudain. Plus légère que sur Mars.
    Plus légère que sur la Lune.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Nous sommes sur un astéroïde, c’est cela&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle avait l’impression qu’une simple poussée des pieds la propulserait
    dans les airs, et qu’il lui faudrait des années pour toucher à nouveau le
    sol.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Il y a un souci avec le générateur de gravitons. Une pièce défectueuse,
    que l’imprimante s’obstine à reproduire incomplète. Mais dans quelques
    heures le problème sera résolu.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle s’agrippa au montant de la couchette, ferma les yeux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Combien de temps suis-je restée dans le coma&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Une dizaine d’heures.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Beaucoup plus que les quelques minutes habituelles, auxquelles il fallait
    rajouter une heure de préparation, et deux à trois de réanimation après le
    transfert. Ce qui impliquait, soit un manque total d’organisation, soit,
    plutôt, un voyage réalisé par une succession de sauts.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Où sommes-nous&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Son interlocuteur hésita.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Oh, vous pouvez me le dire&amp;nbsp;! Je fais partie de votre organisation, vous
    savez.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; À environ cinq cents années-lumière du système solaire, quasiment au
    nadir de celui-ci.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Donc, très près de la limite inférieure de la spirale de la voie lactée.
    Une telle distance impliquait plus de trente sauts successifs. Un nouveau
    record pour elle, qui ne s’était jamais retrouvée à plus de vingt
    années-lumière de la Terre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Quelqu’un lui tendit un bol de bouillon, qu’elle avala avec reconnaissance.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y avait là un jeune prêtre en habit traditionnel, qui la dévisageait
    avec curiosité, et s’anima dès qu’elle croisa son regard.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Docteur Kandratowicz, je suis heureux et flatté de vous rencontrer. Je
    suis Frère Théobald, et j’arrive comme vous de Vénus. Vous savez, nous
    allons travailler ensemble.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Ah bon…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle n’était pas certaine que ce fut une réponse appropriée, mais elle
    avait encore du mal à se concentrer.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ah, Docteur Kandratowicz, vous voici sur pieds.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le nouveau venu était un homme jovial, au visage rond et buriné par les
    radiations.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je suis le capitaine Aborovicius. Nous attendions que vous soyez prête à
    embarquer. Vos bagages sont déjà dans le &lt;em&gt;Serendip&lt;/em&gt; &amp;ndash; c’est mon
    navire.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ils empruntèrent un couloir étroit, prirent un ascenseur, traversèrent un
    tube d’embarquement qui oscillait sous leurs pas, et elle se retrouva
    soudain sur un plancher incliné à quarante-cinq degrés, sous une pesanteur
    de 1 G qui lui fit perdre l’équilibre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;J’aurais dû vous prévenir, s’excusa le Capitaine qui l’avait rattrapée.
    Le mieux est que je vous conduise à votre cabine, où vous pourrez récupérer
    un peu. Vous ferez plus tard connaissance avec le reste de l’équipage.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    En fin de compte, se dit-elle, rien de vraiment anormal ou inquiétant dans
    tout ce qui lui était arrivé jusqu’à présent. Elle s’étira sur sa
    couchette, regarda l’horloge de la cabine. Les vingt minutes de grâce
    s’étaient écoulées. Son malaise, réalisa-t-elle, venait de cette perte de
    contrôle sur les événements. Tout était décidé pour elle, ce qui était
    l’exact inverse de son mode de fonctionnement habituel. Mais on l’avait
    prévenue, elle tenterait de faire de son mieux pour s’adapter.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Docteur Kandratowicz, la réunion débute…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-9&quot;&gt;Cinq&lt;/a&gt;
    personnes l’attendaient, dans ce qui, vu le décor, tenait lieu de cantine
    du vaisseau. L’atmosphère lui parut tendue.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Paul, donc, fit les présentations.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Le Père Aborovicius, capitaine du navire, que vous avez déjà rencontré
    hier, Yrjö Yrjänäinen, responsable des fouilles, Reiner Rosenbloom, chargé
    de la sécurité, et Frère Théobald, dont c’est la première mission, et qui,
    comme vous, ne connait pas encore Solitude.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle salua, serra quelques mains, tout en essayant de se faire une toute
    première impression de ces personnes qu’elle découvrait, impression qui,
    elle le savait, serait la bonne.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Rosenbloom serait le plus dangereux. Rien qu’au regard qu’il lui adressait,
    elle sentait qu’il la considérait déjà comme un élément perturbateur, qu’il
    convient de surveiller comme une ponte d’oiseau-harpe de Mystique. Le Père
    Aborovicius paraissait d’un abord plutôt enjoué, mais il devait savoir
    gérer une équipe, et allait se révéler inflexible sur nombre de points.
    Yrjö Yrjänäinen était un technicien, sans doute un excellent, sinon il ne
    serait pas là. Il resterait dans son domaine de compétence, et lui
    accorderait, a priori, toute confiance. Quant au Frère Théobald… Comme il
    semblait jeune, si jeune. Il arborait l’air émerveillé du stagiaire nouvel
    arrivant qui découvre avec étonnement le monde du travail. À coup sûr très
    intelligent. Mais que venait-il, vraiment, faire ici&amp;nbsp;? Un pistonné, qui a
    droit à une expédition exceptionnelle&amp;nbsp;? Le mignon de quelque cardinal haut
    placé&amp;nbsp;? Il pouvait se révéler bonne pâte, malléable à souhait, ou
    indiscipliné, maladroit. Ou tout à fait retors sous des airs naïfs. Et le
    fameux Paul… Lui aussi mériterait toute son attention.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Rosenbloom prit la parole.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Avant toute chose, une mise au point est nécessaire. Docteur
    Kandratowicz, vous avez fait appel à Transnet pour vous rendre au
    rendez-vous que nous vous avions fixé. C’est une faute. Nous avions bien
    précisé d’utiliser OmniTel, depuis le Centre de Transmission Ouest.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Transnet était plus facile d’accès pour moi. Le Centre Ouest est à plus
    de trois cents kilomètres de mon domicile, et la seule fois où j’ai voyagé
    par OmniTel, j’ai souffert d’une réaction allergique sévère aux
    stabilisateurs que l’on m’avait injectés.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je me dois de vous rappeler que ce choix ne vous appartenait pas, car
    vous étiez sous contrat depuis la veille. À l’avenir, vous voudrez bien
    vous en tenir aux consignes reçues. Et celles-ci ont leur raison d’être.
    Est-ce clair&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Eh bien voilà, se dit-elle, c’est arrivé, encore plus vite que je ne
    l’imaginais, et par ma faute, ma très grande faute, qui plus est.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;C’est clair. Je ne suis pas sûre de voir où est le problème, mais c’est
    noté. Je tâcherai dorénavant de respecter les ordres à la lettre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Ceci sera d’autant plus nécessaire que nous allons travailler ensemble,
    dans un endroit dangereux. Souvenez-vous, l’ignorance tue, l’imprudence
    aussi, mais l’indiscipline encore plus. Je ne tiens pas à subir de pertes
    humaines, même, et surtout, si elles sont provoquées par une personne de
    votre réputation. Ceci dit, Yrjö va nous faire une brève synthèse de la
    situation.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je… vais peut-être commencer par un petit rappel d’astronomie. Le
    transmetteur qui vous a amenée ici se trouve sur un planétoïde, environ à
    quatre-vingt-cinq U.A. de l’étoile de ce système, soit une distance de
    l’ordre de douze heures-lumière…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    L’histoire du système était presque banale. Une étoile devenue nova
    quelques centaines de milliers d’années plus tôt, qui avait englouti ses
    planètes les plus proches avant de se transformer en une masse neutronique
    dont l’activité témoignait d’une violence inouïe, inondant son
    environnement de rayons X, rayons gamma durs, rayonnements
    électromagnétiques, neutrinos, un astre deux fois plus lourd que le soleil,
    un million de fois plus actif que celui-ci, et pourtant, sphère ne
    dépassant guère une dizaine de kilomètres de diamètre et n’émettant aucune
    lumière dans le visible, un objet presque imperceptible dans le silence du
    cosmos. À vingt-cinq U.A. de son étoile orbitait Solitude, l’unique
    survivante, isolée entre un soleil mourant et une mer d’astéroïdes gelés.
    Une planète d’apparence tellurique, à rotation lente, avec une masse
    supérieure à celle de la Terre pour un rayon proche de 5 000 kilomètres,
    mais, avaient décidé les planétologues, qui était en fait une ancienne
    géante gazeuse, peu à peu privée de son atmosphère et de son océan
    superficiel par la force des vents solaires déchaînés dont la baignait son
    étoile noire. Une température de surface de l’ordre d’une centaine de
    degrés Kelvin, une terre aride sur laquelle aucune civilisation, aucune vie
    n’avait jamais vu le jour.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;L’étoile à neutrons est ce qui rend l’approche de Solitude si dangereuse.
    Depuis que nous nous sommes éloignés de la ceinture d’astéroïdes, notre
    orbite doit à chaque instant nous permettre d’être masqués du rayonnement
    de l’étoile par notre objectif. Dans moins de quatre mois standard,
    Solitude aura effectué un quart de rotation, le Soleil noir se lèvera sur
    la zone que nous explorons, qui commencera alors à être baignée de
    radiations létales. Nous devrons avoir évacué la planète bien avant ce
    moment, et ceci impliquera d’interrompre les recherches pour une durée de
    sept à huit mois.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il ferma les yeux un instant, semblant se concentrer sur la suite de son
    exposé.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Venons-en à ces recherches, et à votre présence ici. Nous avons trouvé
    quelque chose sur Solitude. Mais avant de vous en dire plus, nous aimerions
    profiter… Comment dire, d’un regard neuf sur la situation. Nous avons ici
    un document interactif, que vous voudrez bien visionner, et sur lequel vous
    nous donnerez votre avis.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mon avis sur un document&amp;nbsp;? Oui, bien sûr.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Prenez le temps qu’il vous faudra, un jour, deux jours si nécessaire, et
    faites-nous part de vos hypothèses.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Rosenbloom intervint.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ce sera tout pour cette première réunion, le Père Aborovicius va nous
    rappeler quelques consignes concernant la vie à bord, et nous pourrons tous
    nous remettre au travail.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-10&quot;&gt;Alicia&lt;/a&gt;
    rattrapa le capitaine dans le couloir.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Si j’ai bien compris, nous allons nous déplacer à une vitesse proche de
    la lumière, en fonçant vers Solitude, et en nous efforçant de rester dans
    l’ombre de la planète, à l’intérieur d’un cylindre de cinq mille kilomètres
    de rayon, lui-même sans cesse en mouvement…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est un bon résumé. Mais notre vitesse n’est que d’un dixième de celle
    de la lumière. Les trois quarts de notre trajet vont consister d’abord en
    une longue orbite elliptique, nous éloignant du soleil, jusqu’à une
    position nous permettant cette plongée vers la planète.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais… Tout ceci me semble très complexe. Il y a un poste de pilotage, je
    ne sais pas, quelqu’un en ce moment même qui pilote&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, bien sûr. L’ordinateur de bord.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et si une panne se produit&amp;nbsp;? Qui…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je comprends votre question. Je suis le capitaine, mais aussi le pilote,
    voyez-vous…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il se tapota le bas du cou, à la hauteur du col de son uniforme.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ce collier de métal me maintient en communication constante avec la
    machine. Il ne peut rien arriver sans que j’en sois averti. Je peux vous
    dire, par exemple, que nous sommes en ce moment positionnés dans le plan de
    l’écliptique de ce système, à moins de dix kilomètres, en moyenne, du
    trajet elliptique idéal.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Donc, vous êtes le seul à pouvoir réagir si quelque chose arrive.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Paul dispose aussi d’une connexion directe.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais si l’ordinateur…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est plus qu’improbable. L’ordinateur est constitué d’un réseau de
    plusieurs milliers d’unités centrales interconnectées, dont chacune
    suffirait à gérer le vaisseau. Elles constituent, comment dire, un contrôle
    collégial. Aucune erreur n’est possible. Cependant, si cela devait arriver,
    si, dans la dernière phase de notre approche, notre vaisseau devait un tant
    soit peu s’éloigner de la trajectoire, et nous faire sortir de la
    protection de la planète, il me resterait deux bonnes minutes pour avertir
    les passagers que nous allons mourir.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il avait parlé avec lenteur, avec une feinte gravité. Mais il était plus
    que probable que ce qu’il venait de dire était exact.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Maintenant, si vous voulez m’excuser, je dois aller prendre mes
    dispositions pour le repas…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-11&quot;&gt;Un&lt;/a&gt;
    peu plus tard, Paul vint lui apporter l’immerseur qui allait lui permettre
    la visite virtuelle de la planète.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous êtes donc aussi le second de ce vaisseau&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oh, je ne suis qu’un homme à tout faire. Je donne un coup de main pour
    les repas, je m’occupe de l’entretien du vaisseau, je soigne les petits
    bobos, et je fais même coiffeur à l’occasion.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Magnifique, sourit-elle. Je n’hésiterai pas à faire appel à vos services.
    Mais ce vaisseau, justement, est-il vraiment aussi fiable que le capitaine
    l’affirme&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Vous savez, tout capitaine est un peu amoureux de sa nef, et développe
    avec l’IA de celle-ci une relation qu’il est parfois difficile de
    comprendre. Mais vous avez compris que la vie de celle-ci touche à sa fin.
    Le cluster d’unités centrales comportait à l’origine un million de machines
    interconnectées, une hyper redondance, si l’on songe qu’une seule aurait en
    théorie les capacités de diriger le navire, et qu’une vingtaine d’entre
    elles assureraient une fiabilité de l’ensemble à cent pour cent. Il reste
    aujourd’hui moins de trente mille cœurs en état de fonctionnement.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Soit à peine trois pour cent de la puissance initiale. Qu’est-ce qui a
    provoqué cette dégradation&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais la réponse naissait en elle, alors même qu’elle posait la question. Le
    simple choc d’une particule cosmique au mauvais endroit d’un circuit
    pouvait rendre inopérable une unité. La planète Abstraction, dans le
    Bouvier, portait, cicatrice de mille kilomètres de diamètre, les traces de
    l’impact d’une unique particule à très haute énergie, qui, cent mille ans
    plus tôt, avait traversé l’atmosphère, la croûte terrestre, et heurté de
    plein fouet un simple atome, provoquant, à une vingtaine de kilomètres sous
    la surface, une explosion équivalente au déchaînement de plus d’une
    centaine de bombes atomiques…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Les particules cosmiques, j’imagine. Et je suppose qu’elles foisonnent à
    proximité de cette étoile à neutrons…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
— En effet. L’autre vaisseau dont nous disposons,    &lt;em&gt;L’Incertitude Raisonnée&lt;/em&gt; est en meilleur état. Il se trouve sur
    Solitude en ce moment. En fait, il y en a toujours un sur la planète, prêt
    à décoller, au cas où un événement imprévu nécessiterait une évacuation
    immédiate.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Me voici rassurée soupira-t-elle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-12&quot;&gt;L’immerseur&lt;/a&gt;
    qu’on lui avait confié était un vieux modèle, qu’elle eut du mal à
    maîtriser durant la première heure. Il avait dû être utilisé par des
    dizaines de personnes, et il était évident que ses algorithmes
    d’apprentissage étaient biaisés par les acquis antérieurs.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ce n’est pas possible&amp;nbsp;», soupira-t-elle enfin, posant le casque sur le
    lit. Elle attrapa l’une de ses tablettes, la tourna vers l’appareil.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Comment réinitialise-t-on ce truc&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Voulez-vous effacer les profils enregistrés&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    L’immerseur eut une sorte de petit tremblement, la surprise, se dit-elle,
    ou la réprobation, puis ses indicateurs tournèrent au vert.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle fouilla dans sa trousse de toilette, choisit un petit comprimé qu’elle
    laissa fondre sous sa langue. L’immersion était facilitée par la prise d’un
    hypnotique léger, qui rendait le cerveau plus réceptif aux micro-ondes
    émises par l’appareil.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Une fois le casque mis en place, elle se retrouva dans une profonde
    obscurité, qui s’éclaircit peu à peu. Puis tout devint net autour d’elle.
    Elle faisait face à un mur sombre, une roche, du basalte semblait-il,
    grossièrement taillé. Elle se tourna, en fait, imagina qu’elle se tournait.
    Elle était maintenant dans un tunnel, marchant, volant même. Après une
    bonne demi-heure de tâtonnements, elle s’était construit un vocabulaire de
    déplacements, que la machine avait fini par admettre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-13&quot;&gt;L’agitation&lt;/a&gt;
    autour d’elle la ramena à la réalité. Il y avait là, dans sa cabine,
    Rosenbloom, Paul, et un homme d’équipage qu’elle ne connaissait pas.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Paul se pencha vers elle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Nous avons détecté une anomalie dans vos, heu, rejets de ce matin. Pour
    tout dire, il se pourrait que ce soit une infection par un ver parasite,
    que vous auriez attrapé lors d’un de vos récents séjours sur Terre, mais
    peut-être aussi à la faveur d’un repas dans un restaurant quelconque.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Un ver&amp;nbsp;? Et qu’est-ce qui vous a convaincu de la pertinence de procéder à
    une telle analyse&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Nous avons eu plusieurs frères qui ont eu des symptômes similaires aux
    vôtres, et qui se sont révélés souffrir de ce type d’infection.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Quel type de ver&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il hésita.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;L’ADN détecté est celui d’un Paragordius tricuspidatus, c’est un ver,
    comment dire…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Le Paragordius tricuspidatus est un parasite assez commun, qui d’habitude
    n’infecte que certains insectes, et ne s’attaque jamais à l’homme. Elle
    avait récité ceci d’une voix monocorde, comme une leçon apprise par cœur.
    Il pousse les criquets et les sauterelles qu’il a infestés à se jeter à
    l’eau afin de pouvoir pondre ses œufs. À ce stade, il a dévoré presque tous
    les organes de l’insecte, et il représente plus de la moitié de la masse de
    l’animal. Vous pensez que je vais me retrouver avec un ver de trente kilos
    qui va me convaincre d’aller nager quelque part&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je… Nous avons des raisons de croire qu’il s’agit d’une mutation,
    provoquée, dont nous ne connaissons pas la nature exacte. Mais il peut,
    nous l’avons constaté… Heu… Atteindre et pénétrer le cerveau humain.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle comprit brusquement les implications de ses paroles, et réalisa que
    son visage devait se décomposer à vue d’œil.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;J’ai préparé aussitôt ce…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il exhiba un grand verre cylindrique qui devait contenir un bon demi-litre
    d’un liquide brunâtre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Il faut le boire le plus vite possible, en entier.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle avait posé le casque sur le lit. Elle se leva, se saisit du récipient,
    et avala une première gorgée. Le liquide sentait la pourriture, la matière
    végétale en décomposition. Le goût était pire encore. Elle se força, à deux
    reprises, à en avaler encore un peu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je sens que je vais vomir.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Évitez, fit Rosenbloom, sèchement.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Fermez les yeux, respirez lentement, conseilla Paul. Mais buvez, il en va
    de votre santé.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les yeux fermés, elle avala encore un peu de liquide. Puis encore un peu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Dépêchez-vous&amp;nbsp;», ordonna Rosenbloom.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Tu peux le faire, tu as déjà avalé des trucs tout aussi répugnants, se
    disait-elle. Elle but, encore et encore.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Et maintenant&amp;nbsp;? demanda-t-elle, en rendant le récipient vide.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Attendez, et maitrisez-vous le plus longtemps possible.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Rosenbloom tenait un communicateur, sur lequel il regardait défiler les
    secondes.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Alicia se sentit mal, soudain. Des vagues naissaient au creux de son
    estomac, de plus en plus intenses. Elle eut un hoquet, un autre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Il faut que je vomisse.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Pas tout de suite. Paul, empêchez-la, si nécessaire.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle serrait les dents, se demandant comment Paul allait s’y prendre.
    Peut-être n’avait-elle pas envie de le savoir.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les minutes passèrent. Alicia avait l’impression qu’elle allait perdre tout
    contrôle sur ses entrailles, se répandre en une flaque organique
    nauséabonde.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis Rosenbloom fit un signe, et l’homme d’équipage s’approcha, tenant une
    vaste bassine devant Alicia.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Fermez les yeux, Docteur Kandratowicz, et laissez-vous aller.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il n’eut pas à répéter son ordre. Une nausée la submergea, elle se pencha
    en avant, entendit le liquide se déverser dans le récipient. De nouveaux
    soubresauts la secouèrent, et elle vomit encore. Elle avait les deux mains
    posées sur les bords de la bassine, que l’homme d’équipage avait du mal à
    stabiliser.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis elle ouvrit les yeux. Il y avait là un filament blanc, de quelques
    millimètres de large et près d’un mètre de long, enroulé dans la bassine,
    qui ondoyait lentement. L’odeur aigre provoqua en elle un haut-le-cœur
    irrépressible. Elle vomit à nouveau.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Très bien, fit Rosenbloom. Remerciez la clairvoyance de Paul, et
    contemplez les résultats de votre décision de transiter par Transnet, car
    il est probable que c’est à cette occasion que l’on a installé votre…
    passager clandestin.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    En profitant de son état d’inconscience. Le coma profond induit était l’une
    des solutions utilisées pour échapper à l’Effet de Labyrinthe. Les formules
    des trois doses, injectées dans l’heure précédant le passage, et permettant
    de rester conscient durant la Transmission, constituait l’un des secrets
    les mieux gardés de la Guilde. Les autres compagnies plaçaient leurs
    clients en narcose. Au fil des années, elle s’était plus ou moins habituée
    à cette nécessité d’être endormie, lourdement sédatée, afin de franchir la
    porte, inconsciente, étendue sur une civière autonome dont l’IA se moquait
    bien de l’Effet de Labyrinthe. Et c’était alors qu’un employé, un agent
    infiltré, lui avait fait don de cet hôte redoutable.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Qui&amp;nbsp;? demanda-t-elle d’une voix éteinte. Les Transmetteurs indépendants&amp;nbsp;?
    L’Empire du Centre&amp;nbsp;? L’Empire de Canope&amp;nbsp;? Les Bastions Stellaires&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y avait tant de partis, d’Églises, de sectes, de puissances plus ou
    moins indépendantes, hostiles les unes aux autres… Mais ce qui était
    certain, c’est que c’était lié au contrat qu’elle avait accepté.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Dans la cuvette, le ver s’était immobilisé en une spirale parfaite.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Peu importe. Nous prenons l’affaire en charge, pour vous le danger est
    écarté. Vous pouvez vous remettre au travail, fit Rosenbloom en quittant la
    cabine, suivi de l’homme d’équipage qui portait toujours le récipient.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Qu’est-ce qui… Est arrivé aux autres&amp;nbsp;? Ceux qui ont été contaminés&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Ils sont sous surveillance. Le parasite s’est installé dans le cerveau.
    Il n’y a pas, pour l’instant, de manifestation visible de son action. Il se
    peut que le ver transforme, un jour, son hôte en machine à tuer, ou qu’il
    se contente de transmettre ses pensées à quelque récepteur lointain. Nous
    n’avons aucune idée de sa finalité.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et pour moi&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Rosenbloom a raison, le ver n’a pas eu le temps de migrer, tout danger
    est réellement écarté. Mais je vais vous apporter une de ces tisanes dont
    j’ai le secret, et vous vous remettrez très vite de ce pénible incident.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il la regardait avec un large sourire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Merci, Paul. Merci une nouvelle fois.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-14&quot;&gt;En&lt;/a&gt;
    fin d’après-midi, après des heures de navigation virtuelle, elle s’était
    habituée à ces couloirs immenses qui s’étiraient sur des kilomètres, dont
    la hauteur atteignait parfois celles de la nef d’une cathédrale, des
    couloirs creusés à même la roche qui en gardait de fort étranges traces,
    longues trainées donnant l’impression d’avoir été polies ou fondues, telles
    les empreintes profondes de dents d’un géant qui aurait tenté de se frayer
    un chemin avant de renoncer à son entreprise. Les couloirs donnaient accès,
    çà et là, à de vastes cavités dont la finalité restait inconnue, zones
    d’habitation, entrepôts.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle passait maintenant, sans difficulté, d’une vision parfois
    millimétrique de l’aspect des parois à une vue d’ensemble du réseau, ou
    d’une partie de celui-ci, car tout n’avait pas encore été exploré, une
    sorte de filet de pêcheur roulé en boule, aux interconnections multiples et
    déroutantes. Le document comportait des interventions de certains des
    scientifiques de l’expédition. La teneur de la roche cristallisée en métaux
    ferreux, silicium, nickel, cobalt, mais aussi matières radioactives,
    laissait suggérer une origine magmatique profonde, hypothèse d’autant plus
    plausible que des prélèvements effectués à d’autres endroits de la planète
    n’avaient permis de déceler que des silicates bien classiques. Les
    géologues avaient suggéré qu’une partie du cœur de la planète, où les
    métaux lourds s’étaient accumulés, une sphère aplatie d’une centaine de
    kilomètres de diamètre, avait pu être éjectée, par un phénomène magmatique
    d’une intensité démesurée, pour venir se stabiliser et se refroidir à la
    surface de la planète.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;À l’intérieur du réseau, aucune communication radio n’est possible
    au-delà de quelques centaines de mètres, expliquait le Père Carmody, l’un
    des responsables techniques. Le minerai qui nous entoure constitue une cage
    de Faraday, qui bloque toutes les ondes électromagnétiques, mais nous
    protège aussi des radiations létales qui atteignent la surface de la
    planète. Nous avons des câbles de connexion dans les galeries principales,
    avec des répéteurs tous les cinq cents mètres, qui assurent une liaison
    constante avec les bases.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Je ne fais peut-être, se dit-elle enfin, qu’arpenter les restes d’une
    ancienne mine, exploitée puis abandonnée par une civilisation inconnue.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le soir même, elle proposa une réunion de travail pour exposer ses
    conclusions. Et celles-ci avaient été nettes. Les galeries, leur dit-elle,
    n’avaient rien qui puisse faire penser à une architecture conçue par des
    humains ou des représentants des races intelligentes connues. On pouvait
    certes imaginer des machines de forage gigantesques, ou pourquoi pas de
    gros animaux, intelligents ou non, ayant creusé ces tunnels. Mais cette
    planète, compte-tenu de sa position aux extrêmes confins de la Voie Lactée,
    pouvait bien s’avérer être une base avancée, aujourd’hui désertée, d’une
    civilisation inconnue, peut-être extra galactique. Mine abandonnée,
    ancienne base spatiale, rien ne permettait vraiment de le déterminer. Elle
    ajouta que la visite avait été fort intéressante, mais qu’elle ne voyait
    pas trop en quoi ses compétences pouvaient s’exercer en ce lieu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ce sont des constatations dont vous nous faites part, pas des
    conclusions. Quelles hypothèses formulez-vous sur ces traces d’occupation&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Puisque vous considérez comme improbable toute vie autonome, on pourrait
    imaginer, heu, qu’une civilisation étrangère soit capable de projeter sur
    une planète lointaine, où elle a repéré des ressources qui l’intéressaient,
    des &amp;ndash; elle repensa soudain à son épisode récent &amp;ndash; disons des vers, des vers
    géants génétiquement modifiés pour extraire les minerais. Ils creusent, ils
    broient, ils filtrent, ils concentrent peut-être, et leur long tube
    digestif se comportant comme un transmetteur, les matériaux arrivent prêts
    à l’usage sur la planète d’origine. Il y a une sorte de parallélisme dans
    les galeries qui laisse penser que ces animaux auraient pu suivre les
    filons d’un minerai tel que la pitchblende ou l’uranite. Lorsque le
    gisement est épuisé, les vers sont rapatriés, ou, tout simplement, meurent
    sur place…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y eut un long silence. En avait-elle trop fait dans le n’importe quoi&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Intéressant, dit enfin Yrjö Yrjänäinen. Nous n’avions jamais envisagé
    cette hypothèse, mais elle mérite notre attention.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais j’ai aussi une question. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de venir
    explorer ce système particulier&amp;nbsp;? Il est excentré, en bordure de la
    Galaxie, à des centaines d’années-lumière de la Terre…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ils se consultèrent du regard.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Des explorations systématiques, menées par des sondes autonomes. Un vaste
    programme, lancé il y a plus de six cents ans, à l’époque où l’Église de
    l’Expansion était florissante, et qui commence à porter ses fruits.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; N’empêche… Il y a deux cents ou trois cents milliards d’étoiles dans la
    Galaxie. La sonde choisit la plus inhospitalière d’entre elles. On creuse
    dans une planète inhabitable, et, miracle, il y a les traces d’une
    civilisation étrangère. Voici qui me ferait presque croire en l’existence
    d’une divinité bienveillante. À moins qu’il n’y ait une autre explication&amp;nbsp;?
   &amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle vit les visages se refermer autour d’elle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Finalement, Rosenbloom prit la parole.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ce que je peux vous dire, c’est que nos archives indiquent qu’une forme…
    D’activité avait été détectée dans ce système, et que l’Église avait alors
    décidé d’envoyer une sonde pour analyser cette activité.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Qui remonterait donc au moins à une dizaine de siècles.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est possible… Bien, je pense que nous avons fait le tour du sujet. La
    réunion de demain matin est maintenue, vous voudrez bien y participer,
    Docteur Kandratowicz.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Paul l’accompagna dans les coursives.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous savez, Docteur, Rosenbloom est très pointilleux sur la discipline,
    mais aussi l’échange d’informations. Chacun est tenu au courant de ce qui
    est nécessaire à son travail quotidien, mais…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; N’en dites pas plus, je devine que j’ai encore dépassé les bornes. Mon
    vieux défaut de vouloir tout comprendre. Mais j’ai encore une
    interrogation. Il n’y a que quelques heures-lumière entre l’astéroïde et
    cette planète, Solitude. Pourquoi ne pas établir une liaison de
    Transmission entre les deux au lieu de faire ce trajet dans un astronef,
    avec les risques que cela comporte&amp;nbsp;? Pour de si faibles distances, le coût
    du matériel ne serait pas très élevé. Je suppose qu’il y a une raison, mais
    laquelle&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est une question de synchronisation. L’astéroïde qui nous sert de base
    offre toujours la même face au soleil. Sur la partie obscure, nous sommes
    protégés de la plupart des rayonnements directs par près de huit cents
    kilomètres de roches, et il se trouve à près de douze heures-lumière de son
    astre. Pourtant, même à cette distance, où l’énergie émise par l’étoile a
    perdu une grande partie de sa puissance, les perturbations dues aux
    rayonnements sont telles que nous avons du mal à nous connecter avec
    l’avant-dernière étape du trajet, une minuscule installation située à
    dix-huit mois-lumière, sur un planétoïde qui appartient au nuage de Oort de
    ce système. Pour répondre à votre question, oui, il y a eu des centaines de
    tentatives de transmission entre l’astéroïde et Solitude, y compris avec
    les plus évoluées et les mieux calibrées de nos machines. Mais il y a trop
    d’interférences. À la moindre perte de synchronisation, toute matière se
    transforme en un nuage quantique déstructuré. À une ou deux reprises, nous
    sommes arrivés à transmettre des fragments de souris. Jamais mieux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; J’en déduis que l’hypothèse de l’envoi de vers géants, sans récepteur,
    depuis une autre galaxie, est un brin irréaliste&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il sourit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;On peut le dire comme ça. Mais sait-on jamais&amp;nbsp;? Qui aurait cru, en l’an
    mille, que nous volerions un jour dans l’espace&amp;nbsp;? Qui aurait pensé, en l’an
    deux mille, que la Transmission n’était qu’à une cinquantaine d’années dans
    le futur&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et qui aurait imaginé alors qu’en l’an trois mille, l’homme serait encore
    plus stupide et barbare que celui du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Hélas, ce n’est pas faux…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-15&quot;&gt;Ils&lt;/a&gt;
    arrivaient à sa cabine. Paul sembla hésiter, puis demanda&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Dites-moi, Docteur Kandratowicz… Vous êtes une CHD1-DT-16 majeur&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, reconnut-elle. Et PNN-AS1 divergent 17, pour être précise.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    De toute façon, son génome était probablement dans leurs dossiers.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Héréditaire, ou mutée&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Héréditaire. Mes parents sont morts…&amp;nbsp;» Elle hésita. «&amp;nbsp;D’un accident, à
    cinquante ans. Ils en paraissaient vingt. Je ne pensais pas avoir hérité de
    leur longévité, mais je suis une variante D6. Croissance normale jusqu’à
    seize ans, qui s’est peu à peu ralentie. Je n’ai atteint ma taille adulte
    que vers trente ans. Mais tout ceci n’est guère exceptionnel aujourd’hui.
    Il existe des vaccins anti-vieillissement qui sont tout aussi efficaces
    qu’une hérédité favorable ou une manipulation génétique réussie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Détrompez-vous. C’est une chose que de modifier quelques gènes dans un
    ovule unique, mais c’en est une autre que de créer un virus qui va
    transformer, de manière harmonieuse et homogène, la plupart des cellules
    d’un humain adulte. En dépit de milliers d’essais, les réussites totales se
    comptent presque sur les doigts d’une main, et certains échecs sont si
    cuisants qu’ils découragent même les volontaires les plus audacieux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; On raconte pourtant que nombre de plutarques ont été bénéficiaires de
    vaccinations réussies…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; On le dit. Je crois plutôt que ces réussites sont liées à leur patrimoine
    génétique, résultat d’une forte consanguinité, qui sur ce plan a dû se
    révéler plutôt favorable.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle pénétra dans sa cabine, se retourna.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Mais vous, Paul, puisque nous en sommes aux confidences… Génétiques…
    Parlez-moi de votre, je crois que c’est ainsi que vous l’aviez qualifiée,
    de votre curieuse anatomie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oh, je suis… Pour résumer, des quadruplés mal développés, cohabitant dans
    un même corps. Le résultat improbable d’une erreur de manipulation plus que
    d’une volonté délibérée. À ma sortie de couveuse, ils ont retiré des bras,
    des jambes, des têtes excédentaires, déplacé des organes, interconnecté des
    cerveaux. Un témoignage de l’hubris des généticiens et des chirurgiens. Le
    miracle est que je sois devenu capable de jouer le rôle d’un être humain.
    Capable, ajouta-t-il presque pour lui-même, de gérer aujourd’hui les
    pulsions de mort qui m’habitaient…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y eut un long silence, puis il fit un pas en arrière.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Bon, je vais vous laisser vous reposer. À demain, Docteur Kandratowicz.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle eut envie de dire «&amp;nbsp;Appelez-moi Alicia&amp;nbsp;» mais, pour une raison ou une
    autre, ces mots n’arrivèrent pas à franchir ses lèvres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    À la réunion du lendemain, elle remarqua à nouveau que chacun avait repris
    sa place de la veille. Une fois de plus, Rosenbloom fut le premier à
    prendre la parole.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Il est exact, Docteur Kandratowicz, que ce que vous avez vu ne
    justifierait pas vraiment votre présence parmi nous. Mais il y a autre
    chose. Nos géologues avaient remarqué qu’un événement récent, remontant à
    quelques siècles, avait créé une fracture dans ce que nous nommons La
    Sphère, cette structure rocheuse assez particulière dans laquelle se trouve
    le réseau de galeries. La cause précise, nous ne l’avons pas déterminée,
    tremblement de terre dû à une origine volcanique ou à la tectonique des
    plaques, ou encore résultat d’un basculement du dipôle magnétique de la
    planète sous l’influence des courants de convection magmatique… Bref, des
    déplacements, des éboulements, ont fragmenté le réseau en plusieurs
    parties. Des accès à certaines d’entre elles ont pu être aménagés. Ces
    galeries, qui viennent juste d’être explorées, sont semblables à celles que
    vous connaissez, mais renferment une atmosphère, sous très faible pression,
    de l’air, pour être précis, à la composition tout à fait similaire à celle
    de l’atmosphère terrestre. Et aussi un ensemble d’artéfacts, pour lesquels
    nous avons besoin de votre expertise.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il déclencha une projection holographique. Ils se retrouvèrent dans une
    galerie envahie de statues représentant des hommes et des femmes, tableaux
    appuyés les uns contre les autres, coffres de bois, objets d’ameublement,
    vêtements entassés, le tout manifestement d’origine terrienne. Plusieurs
    vues se succédèrent, différentes et semblables à la fois. Ni une
    exposition, ni un bric-à-brac. Plutôt une accumulation, dans laquelle les
    pièces de natures similaires auraient été regroupées.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Un entrepôt, murmura Alicia. Les sous-sols d’un musée.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, nous sommes d’accord, ça y ressemble bien, fit Yrjö Yrjänäinen, mais
    la question est&amp;nbsp;: de quoi s’agit-il, et qu’est-ce que ces objets viennent
    faire là&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y eut un long silence, tandis que les images continuaient à défiler.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Si j’osais, fit enfin Alicia, et compte tenu de la toute première
    impression que j’ai de ces objets, je dirais volontiers qu’un amateur,
    entiché du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, dispose d’un transmetteur, et entrepose
    ses collections sur cette planète pour les mettre en sécurité. Et je
    pourrais même vous citer les noms de quelques individus qui auraient les
    moyens financiers de faire ça.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Rosenbloom sourit, mais ce fut Yrjö qui répondit&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Au point où nous en sommes, toute hypothèse est bonne à considérer. Nous
    allons vous fournir l’ensemble des vidéos effectuées dans les différents
    couloirs. Je vous rassure, le site est resté intact, rien n’a été déplacé
    en attendant votre arrivée.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-17&quot;&gt;Il&lt;/a&gt;
    y avait des milliers d’objets à examiner. Alicia y consacra des heures et
    des heures, au fil des jours suivants. Bien sûr, l’étude des hologrammes ne
    remplaçait pas celle des objets eux-mêmes, mais leur accumulation, la
    cohérence de l’ensemble ne laissait guère de doutes sur leur authenticité.
    «&amp;nbsp;Richesses du XV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&amp;nbsp;»
    aurait été un titre parfait pour une telle collection.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Un matin, la veille de l’arrivée sur Solitude, elle exposa une idée qui lui
    était venue au cours de la nuit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Imaginez, dit-elle, que le hasard des bouleversements géologiques ait
    créé un couloir de transmission naturel entre cette planète et la Terre. Je
    sais, je sais, cela parait très improbable. Mais, souvenez-vous, quelques
    mètres de fil de cuivre ont suffi pour assembler la première boucle de
    transmission qui a envoyé un humain de la Terre à Vénus. Et ce n’est pas
    plus hypothétique que les réacteurs nucléaires spontanés découverts en
    Afrique, à Oklo, dans lesquels une réaction de fission s’est
    auto-entretenue durant des centaines de milliers d’années.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Nous privilégions plutôt l’hypothèse, plus réaliste, de l’intervention
    d’une civilisation extraterrestre, qui aurait, depuis, fait disparaitre ses
    appareillages. Mais votre idée est intéressante. Elle impliquerait que les
    éléments qui constituent un transmetteur naturel pourraient être encore
    présents, quelque part dans l’une des galeries.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La discussion se poursuivit un long moment. Yrjö et Paul joutaient à coup
    d’arguments techniques et de concepts mathématiques, qui faisaient sens à
    ses oreilles, en dépit de sa méconnaissance du domaine. De l’intérêt de se
    forcer à lire toutes ces revues scientifiques, se dit-elle, agréablement
    surprise.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Rosenbloom intervint au bout d’un moment.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Dans une vingtaine d’heures, nous atterrirons sur Solitude. C’est un
    environnement extrêmement dangereux. Le port des combinaisons est
    obligatoire, j’insiste, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le Père
    Aborovicius vous en a déjà expliqué le maniement, mais il reviendra tout à
    l’heure sur les procédures d’urgence qui leur sont associées.
    L’environnement de la Base Alpha est considéré comme sécurisé, mais n’est
    pas à l’abri d’un incident technique. Avant toute sortie, vous devrez vous
    assurer que les batteries et les réserves d’oxygène sont rechargées au
    maximum, que vos détecteurs de sources radioactives et champs magnétiques
    sont opérationnels. Des panneaux indiquent les galeries interdites. Ils ont
    leur raison d’être. Le danger est partout. Hors de la base, l’atmosphère
    n’est pas respirable, car constituée d’azote, d’hélium, de radon, et de
    traces d’oxydes de carbone, et de toutes façons, la pression atmosphérique
    n’est que de l’ordre d’un dixième de celle de la Terre. Dans les galeries,
    la température peut varier entre -10 et 60 degrés. Les basses températures
    ne sont pas le pire. Des températures plus élevées impliquent la proximité
    d’une zone magmatique ou radioactive. Ne présumez pas non plus de vos
    forces, la pesanteur est une fois et demi celle de la Terre. Les objets
    sont plus lourds, une chute qui serait bénigne sur une autre planète peut
    provoquer ici des lésions graves. Soyez convaincus, sur Solitude, la
    moindre imprudence est fatale.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    À son arrivée, le vaisseau avait été placé sur une plateforme mobile, et
    tiré dans une grotte profonde, creusée à même la montagne.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Protection contre les radiations&amp;nbsp;», expliqua Paul en réponse à sa
    question.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis un ascenseur, un gigantesque monte-charge plutôt, les descendit
    lentement vers le monde souterrain. Ils avaient dû attendre plus d’une
    heure que les soutes de la nef soient déchargées, avant de sentir
    s’ébranler l’immense plateforme sur laquelle ils se trouvaient.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;À quelle vitesse descendons-nous&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda Alicia.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle avait tourné instinctivement la tête vers Paul, comme pour s’assurer
    de se faire entendre. Mais bien sûr, la liaison radio d’une combinaison à
    une autre était parfaite.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Environ vingt centimètres par seconde. Nous en avons pour une bonne
    demi-heure avant d’atteindre le niveau zéro.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Qui est donc à près de quatre cents mètres sous terre&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; De l’ordre de trois cent quatre-vingts mètres, oui. Ceci correspond à la
    galerie la plus proche de la surface.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ils étaient étendus côte à côte, à même le métal de la plateforme. C’était
    la position conseillée pour éviter de trop fatiguer l’organisme. Alicia
    entendait sa respiration, lente, qui résonnait dans le casque, percevait
    les infimes sifflements des mécanismes de sa combinaison, ressentait à
    travers tout le corps les vibrations de la machine. L’air qu’elle respirait
    avait une odeur de moisi, de caoutchouc. La pesanteur, trop forte, lui
    donnait l’impression qu’un immense chat s’était installé sur sa poitrine.
    Et elle ne parvenait pas à détacher son regard du gouffre d’ombre qui se
    déroulait devant elle, se perdait dans l’obscurité.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    En bas du puits, plusieurs véhicules autonomes les attendaient, machines
    d’aspect plus ou moins insectoïde avec leurs segments emboités et leurs
    énormes roues à l’extrémité de longues tiges articulées. Il y eut une
    dizaine de minutes de trajet, avant que la galerie qu’ils suivaient ne
    débouche sur l’immense cavité dans laquelle avait été installée la petite
    colonie humaine.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Une bonne quarantaine de personnes vivaient dans la Base Alpha, aussi
    surnommée Sereine, et l’immensité de l’installation traduisait l’importance
    que la Nouvelle Rome accordait à cette exploration.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Dans la bulle isolée, sous le dôme translucide de plastex, se trouvait la
    Résidence, une surface surélevée de plusieurs milliers de mètres carrés,
    posée sur un compensateur de gravité, où l’on trouvait une cinquantaine de
    logements exigus, des espaces de travail, de réunions, des laboratoires
    encombrés. Quand on sortait de la Résidence, qui bénéficiait d’une
    pesanteur terrestre et d’une bonne isolation thermique et acoustique, on
    était frappé par la baisse de la température ambiante, proche de trois ou
    quatre degrés, l’augmentation soudaine de la gravité, le ronflement
    incessant des recycleurs d’air et d’eau, et cette obscurité sourde,
    oppressante, en dépit du vague éclairage d’un gigantesque projecteur,
    orienté vers le plafond de la grotte, et dont le disque lumineux, se
    déplaçant au fil des heures, était supposé représenter un soleil, ou
    peut-être une lune. On ne pouvait s’empêcher de penser aux rochers, que
    l’on distinguait à une dizaine de mètres au-dessus de la bulle, à cette
    formidable couche basaltique de centaines de mètres d’épaisseur qui
    reposait au-dessus des têtes, si mince protection pourtant contre les
    rayons cosmiques que l’espace déversait sur la planète.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-19&quot;&gt;La&lt;/a&gt;
    première semaine, Alicia se fixa un programme quotidien. Elle ne faisait
    qu’un repas chaque jour, le matin, copieux bien que peu varié, se forçant
    après celui-ci à un long moment d’exercice physique, profitant de la
    pesanteur réduite qu’induisait le compensateur de gravité. Puis elle
    travaillait dans sa chambre une heure ou deux, classant ses notes, relisant
    quelques articles qu’elle avait apportés avec elle. Toutes ses archives
    personnelles, ainsi que les bibliothèques publiques d’une dizaine
    d’universités et quelques bases de données universelles tenaient sans
    problème sur une tablette bon marché d’un pétaoctet. Elle en avait prévu
    une dizaine, redondance oblige, interconnectées, pour être certaine de
    toujours disposer des informations dont elle aurait besoin. Puis, revêtue
    de l’insupportable combinaison étanche dans laquelle semblaient s’être
    accumulées les odeurs de transpiration de tous les précédents utilisateurs,
    elle se rendait au sas Sud pour s’installer dans l’un des véhicules en
    libre-service, qui la conduisait, en une heure de cheminement chaotique,
    vers le lieu de fouille qu’elle avait choisi. Elle restait étendue durant
    tout le trajet, pour diminuer la pression sur les vertèbres, et cette
    longue inactivité physique lui permettait de faire le point sur le travail
    de la journée à venir. Sur Solitude, tous les mouvements étaient pénibles.
    Par moments, la gravité semblait devenir insoutenable. Il était rare
    qu’elle tienne plus de quatre heures. Au retour, la fatigue était telle
    qu’elle sombrait souvent dans le sommeil dès l’instant où elle s’étendait
    sur la couche, pourtant inconfortable, de sa minuscule chambre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Sa routine quotidienne de l’après-midi était souvent interrompue par les
    visites de Frère Théobald. Pour lui, elle détaillait les caractéristiques
    des objets examinés, des bijoux, des tableaux, souvent des pièces de
    monnaie, d’une incroyable diversité, auxquelles il semblait s’intéresser.
    Elle hésitait parfois à propos d’items qu’elle n’avait jamais vus que sous
    la forme de reproductions de mauvaises photos d’autrefois.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je ne suis pas la meilleure numismate du marché, s’excusait-elle, mais la
    valeur historique, et surtout commerciale, de quelques-unes de ces pièces
    me semble immense. Songez que certaines monnaies n’ont été battues que
    pendant quelques mois, dans des villes bien spécifiques comme Madrid, Rome,
    Gènes ou Venise. Il faudrait bien sûr, pour en tirer des conclusions
    historiques, comprendre dans quelles conditions ces objets ont été
    collectés et rassemblés ici.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il lui arrivait d’utiliser une tablette pour illustrer ses propos.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;C’est surtout dans les premiers siècles que l’on frappait des monnaies en
    hommage à Jésus. Mais la très grande majorité de ce que l’on a ici date du
    XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Au mieux, on trouve une
    croix côté pile, et le visage du monarque local côté face. Seul le Vatican
    a fait graver à cette époque quelques pièces représentant la crucifixion,
    que l’on confond parfois, à tort, avec de simples médailles pieuses.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-20&quot;&gt;Au&lt;/a&gt;
    fil des jours et des semaines, pourtant, son enthousiasme diminuait.
    Certes, elle manipulait des trésors. La plupart des objets qu’elle
    expertisait auraient déclenché en elle une poussée d’adrénaline si elle les
    avait découverts au détour d’une ruine romaine, espagnole, ou même chez un
    antiquaire de Lyon, ville devenue depuis des siècles la plaque tournante de
    nombre de trafics d’antiquités. Mais dans ces conditions, comment ressentir
    la moindre excitation&amp;nbsp;? Et surtout, aucune réelle surprise, rien
    d’exceptionnel. De belles, de très belles pièces. Chacun de ces objets
    rapporterait gros sur le marché des antiquités. Mais il n’y avait rien de
    vraiment hors du commun. Du tout-venant. Ce qu’aurait dédaigné un
    collectionneur d’une exigence folle après avoir sélectionné la fine fleur
    de ces accumulations.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;
    *
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-21&quot;&gt;Frère&lt;/a&gt;
    Théobald, lui, vivait dans un état d’excitation quasi permanent, qu’il
    tentait de canaliser de son mieux. Il était &amp;ndash; il devinait que c’était le
    rôle, implicitement, qui lui avait été confié &amp;ndash; l’envoyé de Rome,
    l’Éminence Grise du projet, en quelque sorte. Il sentait autour de lui ces
    marques de respect, de crainte, peut-être, que tous lui témoignaient. Il se
    savait effacé, s’estimait modeste, mais tout ceci n’était pas pour lui
    déplaire. Le Docteur Kandratowicz se confiait à lui, Paul, l’homme à tout
    faire, s’attachait souvent à ses pas, lui expliquant les particularités de
    tel ou tel matériel, les tenants et les aboutissants des opérations en
    cours, et les différents responsables de secteurs lui envoyaient chaque
    jour leurs rapports vidéo. Sa jeunesse, il le sentait, déconcertait, et par
    là même rendait prudents ses interlocuteurs. Et il savait toujours, au bon
    moment, rappeler à ceux-ci à quel point sa mémoire était infaillible, et
    son intelligence aiguisée.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-22&quot;&gt;Un&lt;/a&gt;
    jour, après une longue discussion avec Alicia à propos d’un petit crucifix
    en argent, il se décida soudain à poser la question qui lui brûlait les
    lèvres depuis des semaines.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Jusqu’à présent, je n’ai jamais osé vous le demander, Docteur, mais
    êtes-vous croyante&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Votre question est peut-être “Est-ce que je suis catholique, fidèle de la
    Nouvelle Rome&amp;nbsp;?” La réponse est non, je suis matérialiste et athée jusqu’au
    bout des ongles. Mais ce n’est que ma position personnelle, que je ne
    cherche en rien à imposer aux autres. Maintenant, si vous me demandez si je
    pense qu’il existe quelque chose au-delà du connu, du visible… Pour être
    honnête, je ne sais pas. Toute l’histoire des sciences nous apprend que
    tout peut, toujours, être remis en question à la faveur du moindre détail.
    Les propriétés des dimensions cachées ont contribué à éclaircir certains
    mystères de la Transmission et de la télépathie, pour ne citer que ces deux
    aspects. Qui sait ce que l’avenir nous réserve&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais ne pensez-vous pas qu’il existe une Volonté, une Conscience Suprême,
    qui donnerait un sens véritable à notre existence&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je vous répondrai, comme d’autres l’ont fait avant moi, que je n’ai pas
    besoin d’une telle hypothèse pour trouver un sens à ce que je fais.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Alors, vous n’avez aucun espoir&amp;nbsp;? Vous ne croyez en rien&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; En fait, si. Je crois au Mal.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il la vit fixer ses yeux sur lui, ses yeux au fond desquels venait de
    naître une lueur flamboyante, démoniaque. Il eut l’impression que le temps
    se figeait, que son cœur s’arrêtait de battre. Mais bien sûr, il savait.
    C’était donc à «&amp;nbsp;Ça&amp;nbsp;» que ça ressemblait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle le regardait toujours, de ses yeux redevenus mauves, avec un léger
    sourire innocent sur les lèvres. Il sourit à son tour.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Si je ne connaissais pas votre dossier, je me serais écrié “Vade retro,
    satana” en me signant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et je vous aurais répondu “Oh non, frère Théobald. Je ne suis pas un
    démon. Je suis bien plus dangereuse qu’un démon, voyez-vous, je suis une
    femme…”
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais il est vrai que votre… gadget est assez impressionnant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et bien inoffensif&amp;nbsp;! Mais imaginez qu’une anodine mutation dote certains
    individus de telles pupilles. Et, pourquoi pas, qu’une autre leur fasse
    pousser cornes et ailes. Y verriez-vous une manifestation du Mal sur la
    Terre, ou accepteriez-vous que ce ne soit qu’une simple fantaisie
    darwinienne&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le tour que prenait la conversation le mettait soudain mal à l’aise.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je vous en prie, Docteur, ne plaisantez pas avec ces choses-là.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; N’ayez crainte, frère Théobald, je ne vous entrainerai pas en Enfer. Ce
    que j’entends par “Croire au Mal” est l’idée que le désir du Mal est
    inhérent à l’homme. Regardez la Terre. La Terre est une ruine magnifique,
    exemplaire. L’image éclatante de l’échec de la race humaine à gérer ses
    débordements. Guerres, dictatures, pillages, gaspillages, inconsciences,
    abominations en tout genre, en ont fait un désert. Un réquisitoire complet
    contre l’humanité, et toutes ses théories. Et croyez-moi, j’y inclus toutes
    les croyances, quelles qu’elles soient. Regardez la Terre, et demandez-vous
    si nous avons vraiment besoin, en plus, d’un Enfer.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Vous ne savez pas… Je comprends ce que vous dites, et il m’est arrivé
    d’avoir ce genre de pensées. N’accablez pas l’homme. Il est faillible, nous
    en avons conscience. Mais la volonté du Créateur, les mystères de la
    Création, nous sont bien étrangers. Le Saint-Père a dit “Éden est notre
    Galaxie”. Mais qui sait ce qui nous attend au-delà du ciel connu, au-delà
    des terres explorées. Il y a des choses que nous ne souhaitons pas
    connaître… Ailleurs… Beaucoup plus loin… Là est le Mal, le Mal véritable.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle resta silencieuse un instant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Dites-moi, Frère Théobald, quel âge avez-vous&amp;nbsp;? Et comment êtes-vous
    arrivé là&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La question l’avait pris par surprise.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Ne le prenez pas mal, poursuivit Alicia, mais depuis mon arrivée, je
    constate que tout le monde semble tout connaître sur moi. Mais je ne sais
    pas grand-chose à votre sujet.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et bien… J’aurai très bientôt vingt et un ans. Et mon histoire est toute
    simple. J’ai passé mon enfance dans un bien triste orphelinat, avant d’être
    recueilli dans un monastère, où j’ai fini par prononcer mes vœux.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais il avait détourné la tête alors qu’il terminait sa phrase. Chaque fois
    qu’il évoquait son passé, il ne pouvait s’empêcher de voir les souvenirs
    ressurgir, tous les souvenirs.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il s’était débattu jusqu’à ce qu’ils lui attachent les mains. Puis, quand
    il s’était roulé sur le sol, ils l’avaient trainé par les pieds, dans la
    neige, jusqu’au plus profond du bois.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Tu n’es pas de notre monde, Joss, nous n’avons pas besoin de toi.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les moqueries s’étaient, au fil des mois et des années, transformées en
    brimades de plus en plus dures. Il avait passé vingt-quatre heures enfermé
    dans la cave de l’orphelinat, jusqu’à ce que l’un des employés le découvre
    par hasard. Il avait dit y être entré par curiosité, et avait été puni pour
    sa fugue. Il n’avait pas parlé, mais cela n’avait pas suffi à ses
    tortionnaires. Et maintenant, il se trouvait là, en pleine forêt. La nuit
    était tombée, le froid lui déchirait les poumons. Au début, les liens de
    ses mains et de ses pieds l’avaient fait souffrir, mais maintenant, il ne
    sentait plus ses membres. Il tremblait de tout son corps. À aucun moment,
    il ne réalisa qu’il allait mourir. Il était trop jeune pour se rendre
    compte de ça. Avant de sombrer dans l’inconscience, il ne parvenait qu’à se
    répéter que quelqu’un allait venir le chercher.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis le Père Théo, le prêtre de l’établissement, se penchait au-dessus de
    lui. Joss frissonnait, claquait des dents, et ses membres, que l’on
    frottait doucement avec une pommade odorante, le brûlaient. Il prit peu à
    peu conscience qu’il était couché sur un lit, et qu’il entendait un feu
    ronfler dans une cheminée proche.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous êtes bon, Père Théo&amp;nbsp;», parvint-il à murmurer.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ce jour-là, il s’était juré de prendre ce nom, plus tard, si un jour
    l’Église l’acceptait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Tout ce qu’il avait vécu était gravé dans sa mémoire, inaltérable, présent
    à jamais.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il regarda à nouveau Alicia, haussa les épaules, esquissa un sourire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Il y a trois mois, j’ai été appelé à Rome. Et je me retrouve là
    aujourd’hui…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle hocha la tête.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous êtes bien jeune, mais vous avez une grande maturité. Et je crois que
    vous êtes quelqu’un de bien.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;
    *
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-23&quot;&gt;Puis&lt;/a&gt;
   , des semaines plus tard, il y eut le Jackpot. Elle s’était installée ce
    matin-là en section B11, une cavité de petite taille, qui avait été
    viabilisée l’avant-veille. Les techniciens avaient tiré les tuyaux
    d’arrivée et d’extraction de l’air, mis en place et étanchéifié le double
    sas d’accès, et monté pour elle un petit bloc d’habitation. La zone était
    sous pression depuis plus de vingt-quatre heures, vaguement chauffée, et il
    était possible d’y demeurer sans respirateur. La grotte avait une
    particularité&amp;nbsp;: quelques meubles y étaient disposés comme s’ils avaient
    constitué des éléments d’habitation, au lieu d’être, comme d’habitude,
    empilés au hasard. Deux chaises et un canapé entouraient une table basse.
    Des fournitures disparates, du bois sculpté, lourd, massif, inconfortable.
    Le canapé était orné de pattes de lion, aux griffes recourbées. Du mobilier
    du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, sans grand intérêt artistique, même si sa valeur
    marchande était considérable.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle fit un bref enregistrement de l’ensemble, puis s’assit sur l’une des
    chaises, dont les accoudoirs étaient boursoufflés de torsades et de boules,
    qui, aux yeux de l’artisan, devaient constituer une magnifique
    représentation de tiges et de fruits.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Un petit coffret, au pied de la table, attira son attention. Un bois
    sombre, des angles renforcés de petits coins de métal. D’un côté, des
    restes d’un morceau de cuir, cloué, qui avait dû servir de charnière.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle l’ouvrit avec précaution. Il contenait, non pas des bijoux, de l’or ou
    des pierres précieuses, mais des livres. Bien conservés en apparence, mais
    qui étaient, comme de fâcheuses expériences le lui avaient appris au fil
    des ans, susceptibles de tomber en poussière à la moindre fausse manœuvre.
    Le premier était une Bible, imprimée, XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;
    siècle. Les deux autres étaient des manuscrits, sur papier épais, d’une
    cinquantaine de pages chacun, cousus sur le côté par une lanière de cuir.
    Elle les transféra, avec d’infinies précautions, dans de petites boîtes de
    plastex, sous atmosphère d’azote.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle jugea que sa découverte méritait une action immédiate, et la
    transporta dans un caisson stabilisé, jusqu’au scanner 3D de la Base Alpha.
    La machine moulina un bon quart d’heure, avant d’envoyer sur sa tablette
    quelques milliers de téraoctets. Elle fit l’impasse sur la Bible, et lança
    le décodage du premier manuscrit. Le logiciel, qui allait analyser les
    structures moléculaires profondes, détecter la présence de l’encre, suivre
    les contours des traces de celle-ci pour reconstituer les lettres et les
    mots, lui annonça un délai de près de trois heures.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    À son retour sur le lieu de ses fouilles, elle se remit à étiqueter,
    cataloguer, décrire chacun des objets présents. Puis l’une de ses tablettes
    lui signala l’arrivée du résultat du décodage.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Son excitation se calma considérablement lorsqu’elle découvrit les
    premières images. Une écriture heurtée, de style gothique cursive, de
    longues phrases sans espacement bourrées de ligatures ornementales. Malgré
    l’aide de l’outil de traduction, le latin était à tel point entaché de
    termes vernaculaires et de tournures idiomatiques de l’époque qu’il en
    était presque incompréhensible. En outre, l’encre s’était dégradée en de
    multiples endroits, était parfois brouillée par des attaques d’humidité et
    de moisissures. Mais Alicia parvint cependant à reconstituer plusieurs
    phrases du début. Le document s’avérait être un livre de comptes, une forme
    de recensement des trésors accumulés.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «… absolution des matelots… dont trois cadres dorés à l’or fin, et pour
    une valeur équivalente, six onces de poudre d’or, deux colliers, l’un en
    argent avec incrustation de rubis, l’autre en or, avec petite croix de deux
    pouces…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «… également quelques victuailles…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «… des pièces en argent et en billon, pour 215 onces…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «… le reste en doublons, florins et pouges, pour une valeur…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle assemblait les mots, les phrases, se reportant sans cesse aux images
    reconstituées du manuscrit. Puis elle entendit le froissement du sas, se
    retourna.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Frère Théobald, vous tombez bien&amp;nbsp;! Regardez ça…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle lui tendit la tablette sur laquelle elle travaillait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Enfin, je découvre une sorte d’inventaire. Voici qui va nous permettre
    d’avancer un peu plus vite.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il jeta un coup d’œil désespéré sur l’objet, hésita, avoua&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;C’est que… Je ne sais pas lire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Comment ça&amp;nbsp;? Mais qu’est-ce que vous avez appris, au monastère&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Nous suivions les Pères Enseignants dans les jardins et les bois qui
    entouraient les bâtiments. Ils nous expliquaient la nature des plantes, des
    arbres, des animaux, l’œuvre de Dieu. Et ils nous récitaient les Évangiles,
    que nous devions retenir.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Vous ne savez pas lire, mais vous connaissez les Évangiles&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je les connais par cœur. J’ai une excellente mémoire, je n’oublie jamais
    ce que j’ai entendu, ne serait-ce qu’une fois.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Diable, vous faites bien de me mettre en garde, je vais devoir surveiller
    mon langage. Mais, Frère Théobald, il est temps de poursuivre votre
    éducation, si vous voulez m’être un peu utile. Vous savez que, chaque fois
    que vous entendez un message audio produit par une machine, il y a, à
    l’origine, une représentation compacte de ce message, que l’on appelle un
    texte, codé avec un système très ancien, qui est celui des lettres de
    l’alphabet. Vous connaissez au moins les trente-trois lettres de l’alphabet
   &amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, bien sûr. A, P, C…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Et vous sauriez reconnaître leur dessin, je suppose&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; J’ai aussi une bonne mémoire visuelle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Parfait. Vous allez me faire le plaisir d’apprendre à lire.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle saisit, elle qui n’avait pas une mémoire parfaite, l’un des
    communicateurs qui lui servaient à prendre des notes. Elle tapota l’écran,
    murmura «&amp;nbsp;mode apprentissage élémentaire&amp;nbsp;». Depuis le début de leur
    discussion, elle aurait pu se contenter de demander à la tablette de lire à
    voix haute ce qu’elle avait écrit, mais elle éprouvait une certaine
    jouissance, un peu perverse, à faire remarquer au frère Théobald ses
    insuffisances.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Prenez cette tablette. Récitez votre alphabet et mémorisez les
    associations des sons et des dessins.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il s’exécuta.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Bien, maintenant…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle modifia un réglage de la tablette.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Récitez-moi les premières phrases des Évangiles, en articulant, un mot à
    la fois.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; En English, en Latin, ou en Grec&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oh, multilingue&amp;nbsp;? De mieux en mieux. Eh bien, English pour commencer.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; &quot;Le Prophète Isaïe a écrit&amp;nbsp;: Voici que j’envoie mon messager, en avant de
    toi, pour ouvrir ton chemin. Et celui qui parle dans le désert ajouta&amp;nbsp;:
    ouvrez le chemin du Seigneur, que les sentiers soient droits…&quot;&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les mots s’inscrivaient, au fur et à mesure qu’il parlait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Parfait. Maintenant, j’efface la tablette, et vous allez essayer de
    dessiner, avec le doigt, les mots qui s’étaient affichés.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il s’efforça, laborieusement, de suivre la consigne. Après quelques
    cliquetis, la tablette énonça, au fur et à mesure&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &quot;Le… Prophète… Isaïe… A…&quot;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle l’interrompit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Bluffant. Je commence à comprendre pourquoi vous avez été choisi… Bon
    travail, frère Théobald, très bon travail, vous savez maintenant lire et
    écrire.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il leva les yeux, étonné.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;C’est vrai&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Non. Confucius disait&amp;nbsp;: “Le maitre ne peut qu’ouvrir la porte. C’est au
    disciple qu’il appartient de marcher jusqu’à l’extérieur.” Mais vous avez
    compris comment vous exercer tout seul. Et maintenant, attendez, je la
    passe en mode enseignement, filez avec cette tablette, parlez, regardez,
    lisez, écrivez, et ne revenez que quand votre éducation sera complète.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle le regarda s’éloigner, avec une sorte de tendresse maternelle qui la
    surprit. Frère Théobald ne savait pas lire, elle restait sous le choc. Un
    gamin. Qui n’avait jamais touché un livre. Ni, elle en était certaine, une
    femme.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il était, c’était évident, à très haut potentiel. Mais que venait-il faire
    dans cette expédition, dans laquelle les expériences passées étaient
    primordiales&amp;nbsp;? Il n’avait même pas vingt et un ans, le quart de son âge, se
    dit-elle. En même temps, quatre-vingt-dix pour cent de la population
    humaine n’avait jamais jugé utile, ou nécessaire, d’apprendre à lire.
    Toutes les communications passaient par l’oral, dans un sabir semi
    universel, qui présentait de telles variations d’un continent à l’autre,
    d’une planète à l’autre, qu’il était parfois impossible de se comprendre
    sans l’aide d’un intermédiaire informatique. Comme tout ceci était étrange.
    Elle se sentait soudain, avec sa propre culture de l’écrit, en complet
    décalage avec le reste de l’humanité.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle revint à son document, faisant défiler les pages d’un mouvement rapide
    du doigt. Plus loin, vers le milieu du manuscrit, l’encre était restée en
    meilleur état.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;vii set. Rendu la vue à John Tall Adly, capitaine de la Santa Frida, en
    échange de trois esclaves (femelles, jeunes) et trente onces d’or.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;xiiii set. Rendu l’usage de ses jambes à un marin de l’équipage du Black
    Bird tombé d’une vergue de hune. Le capitaine Scott Red Legs a payé cent
    livres de ses propres ressources.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;set&amp;nbsp;» était, elle le savait pour l’avoir déjà rencontrée, une abréviation
    du mot «&amp;nbsp;setembre&amp;nbsp;», une ancienne orthographe, et «&amp;nbsp;xiiii&amp;nbsp;» une notation
    fréquente pour «&amp;nbsp;xiv&amp;nbsp;». Les dates ne mentionnaient pas l’année, mais le
    contexte permettrait peut-être de situer avec plus de précision l’époque où
    ces notes avaient été prises.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;xxv set. Guéri les fièvres hémorragiques du Capitaine Ringrose, dit Black
    Knife, que son médecin, Bartholomew Sharp, s’avérait impuissant à soigner.
    Reçu vingt esclaves (mâles), trois barils de poudre à canon d’excellente
    qualité, et un lot de bijoux en or équivalent à vingt onces.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;oct. Retiré un chancre malin du visage du second de la Queen Anne, payé
    vingt onces d’or et un sac d’une centaine de pièces en argent.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;ii nou. Rendu la main gauche à Charlie Shyttle, qui l’avait eu coupée
    pour non-respect de la Chasse-Partie. Le Père Pauli n’avait pas laissé de
    consigne pour un tel cas, mais j’ai fixé le prix à 3000 piastres espagnoles
    qui m’ont été payées sans discussion.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La liste se poursuivait ainsi sur des dizaines de pages, avant que le reste
    du document ne devienne à nouveau quasi illisible. Alicia était abasourdie
    par ce qu’elle découvrait. Voici une information qui allait être difficile
    à annoncer&amp;nbsp;! L’Église ne s’était pas contentée de recueillir des dons, elle
    s’était livrée au trafic d’esclaves, et avait, c’était le mot, rançonné des
    corsaires et des pirates, en se faisant rétribuer pour de prétendus
    miracles. Il était certes possible que l’auteur du journal, un représentant
    de l’Église à coup sûr, ait été un habile médecin, un chirurgien hors pair,
    et pourquoi pas un prothésiste capable d’ajuster une main, peut-être
    sculptée, peut-être même articulée, au bout d’un avant-bras, mais c’était
    si peu crédible…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Et plus loin, elle trouva encore ceci&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;xi feu. Ressuscité le fils du capitaine de la Sainte-Hélène, mort trois
    jours plus tôt du choléra. Le capitaine a payé de la moitié de sa
    cargaison, à savoir un ensemble de meubles de grande valeur, six toiles de
    maîtres Hollandais, et deux petits coffrets de bijoux, pierres précieuses
    et semi-précieuses.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Pensive, elle retourna à son bloc, et mangea, sans y prêter la moindre
    attention, le repas du soir qui lui avait été livré. Guérir, ressusciter…
    Ces mots avaient la même signification autrefois qu’aujourd’hui. Des
    miracles… Une succession de miracles. Mais quel était le sens de tout ceci
   &amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il n’était pas encore minuit, les phrases lui tournaient dans la tête, et
    elle se trouvait dans un état d’excitation tel qu’il lui serait impossible
    de dormir. Absorber un relaxant&amp;nbsp;? Pourquoi ne pas s’offrir une petite
    séance d’immersion&amp;nbsp;? Ou alors, plutôt, lire l’un des multiples rapports de
    recherches parus au cours du dernier trimestre, que son IA avait
    sélectionné pour elle avant son départ. Se changer les idées, et laisser
    son subconscient faire le tri.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle fit défiler les différents intitulés. Rien d’excitant. Puis, surprise,
    elle revint en arrière, chercha un moment. Oui, elle avait bien lu, «
    Lao-Tseu&amp;nbsp;». Mon Dieu, que venait-il faire dans cette liste&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle effleura le titre du doigt.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    L’écran afficha un paragraphe unique.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-24&quot;&gt;«&amp;nbsp;Quelque&lt;/a&gt;
    chose d’indéterminé, de muet et de vide, existait avant la naissance de
    l’Univers. Indépendant et inaltérable, il circule partout sans se lasser
    jamais. Ne connaissant pas son nom, je le dénomme Tao.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle reposa la feuille de papier sur la table, leva les yeux, incertaine.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    L’attitude de son interlocuteur avait changé de manière subtile.
    Qu’avait-il dit à l’instant&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Nous voici isolés du monde extérieur&amp;nbsp;»,
    quelque chose dans ce style, avant de lui tendre cette feuille de papier
    avec la citation de Lao-Tseu. Une assurance nouvelle se lisait sur ses
    traits, comme s’il venait d’arrêter de jouer un rôle et laissait sa vraie
    personnalité reprendre le dessus.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Tout ce qui se dit ici, vous l’oublierez. Vous l’oublierez, jusqu’à ce
    que vous lisiez ce texte à nouveau. Nous tenons à ce que vous paraissiez la
    plus inoffensive possible. La plus naïve des participantes à cette
    expédition que l’Église est en train de mettre en place. Mais ce que vous
    allez examiner, ce que vous allez expertiser, est peut-être l’une des pages
    les plus marquantes de l’histoire de l’humanité. Nous pensons que l’Église
    a localisé les Cryptes du Toucan.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il s’interrompit, comme s’il attendait une réaction à cet énoncé un peu
    grandiloquent. Elle fit la moue.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Tout ce secret pour m’entretenir d’un conte pour adultes un peu attardés
   &amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Croyez-moi, il y a des enjeux énormes que vous n’imaginez pas.
    Technologiques, économiques, politiques. Peut-être des innovations
    techniques inouïes. Nous avons des raisons de croire qu’une telle
    découverte bouleverserait l’équilibre des forces en présence. Nous ne
    souhaitons pas voir l’Église accaparer cette trouvaille à son seul profit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Nous, nous… Qui représentez-vous, au juste&amp;nbsp;? Vous n’êtes pas l’Église, si
    je comprends bien.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Disons… Une organisation gouvernementale non officielle qui, vous n’allez
    pas me croire, œuvre pour la paix.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; En effet, je suis surprise. Ou en tout cas étonnée, pour employer le
    terme correct. Mais quand j’y réfléchis, tout le monde œuvre pour la paix.
    En préparant la guerre, bien sûr. “Si vis pacem para bellum.” La vieille
    excuse. La plupart des innovations technologiques donnent naissance à des
    armes, que les dirigeants, qui sont de grands enfants, finissent toujours
    par utiliser.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je pourrais vous convaincre de notre bonne foi, en vous citant au moins
    dix preuves irréfutables, positives, de nos actions, que vous pourriez
    aisément vérifier. Mais il ne m’appartient pas de le faire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Même si j’admettais cette bonne foi que vous mettez en avant, je ne
    désire pas jouer à ces petits jeux d’agents secrets. Je pense que je vais
    renoncer à cette mission et retourner gratter dans mon désert.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Le problème est que vous n’avez plus vraiment le choix, maintenant. Le
    client, déçu, pourrait s’en prendre à vous. En fait, ce désistement
    pourrait vous être fatal.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Vous plaisantez, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle le regarda droit dans les yeux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je suis vraiment piégée, ou vous essayez juste de me faire peur&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Vous connaissez assez votre histoire pour savoir que l’Église ne
    s’embarrasse pas toujours de scrupules. Et croyez-moi, dans ce cas, l’enjeu
    est de taille.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais pourquoi l’Église s’est-elle adressée à vous pour ce recrutement&amp;nbsp;?
    Je ne peux pas imaginer qu’elle vous ait apporté tout ceci sur un plateau.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; L’Église a choisi un cabinet indépendant, qui a pignon sur rue, à la
    réputation excellente, et absolument étranger à toute politique. Il se
    trouve que nous avons eu connaissance de leur démarche, et avons pu
    infiltrer le cabinet juste à temps pour intervenir dans ce recrutement.
    Mais je reviens sur votre objection. Nous voulons être sûrs que cette
    découverte ne se traduira pas par une nouvelle menace, ou un déséquilibre
    des forces. Nous désirons juste obtenir une information de première main
    sur les résultats de cette expédition. Rien de plus.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; D’un côté comme de l’autre, j’ai beaucoup à perdre, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il resta silencieux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Et bien peu à gagner…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Le gouvernement vous sera particulièrement reconnaissant de votre
    participation. Celle-ci pourrait vous ouvrir la porte à… Disons des
    autorisations que vous peinez à obtenir.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oh, je vois. Vous n’avez pas beaucoup de scrupules à forcer la main des
    gens, par tous les moyens, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais elle comprit qu’il avait gagné.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Un simple “Rien d’inquiétant pour l’avenir du cosmos” vous suffirait-il&amp;nbsp;?
    continua-t-elle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Si c’est la pure vérité, oui.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il resta silencieux un moment, puis ajouta&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Vous recevrez une formation d’ingénieur en transmission. Ce ne sera
    jamais que l’équivalent d’une base de données, ne vous attendez pas à être
    capable de construire un transmetteur à partir des débris d’une nef&amp;nbsp;! Mais
    vous en reconnaîtrez les éléments, vous comprendrez les principes de base,
    et saurez régler un transmetteur vers d’autres destinations. Nous tenterons
    de vous implanter ainsi un certain nombre de connaissances qui peuvent vous
    être utiles…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il hésita un peu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Y compris certaines notions de close combat, qui ne vous rendront pas
    ultra performante, car votre corps n’aura pas la mémoire des mouvements
    adéquats, mais peuvent vous être utiles si d’aventure, ce que nous ne
    souhaitons pas, vous avez à vous défendre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Est-ce que j’arriverai à tuer un homme, rien qu’en l’effleurant du bout
    des doigts&amp;nbsp;? demanda-t-elle d’un ton innocent.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je crois que nous n’avons rien de tel en magasin, répondit-il, sans
    l’ombre d’un sourire. Ces… Comment dire&amp;nbsp;? Ces compétences vous deviendront
    accessibles en cas de besoin, comme des souvenirs anciens qui remontent à
    la surface au bon moment, sans que l’on se souvienne quand ils ont été
    acquis… Enfin, durant toute la durée de la mission, vous aurez le statut de
    Diplomate.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Ah&amp;nbsp;! Vous êtes donc Canope… Peu d’organisations ont les moyens financiers
    et politique de répondre d’un Diplomate. Mais cette légendaire immunité…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Ce n’est pas un mythe. Nous ne connaissons pas de circonstance où cette
    immunité, une fois révélée, n’a pas été respectée. C’est un très grand
    atout que nous vous offrons, qui vous garantit de revenir saine et sauve,
    même si tout tourne mal.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il hésita à nouveau, sembla réfléchir un instant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je ne sais pas que vous dire de plus. Vous allez passer à l’imprégnateur.
    Soyez prudente. Vous ne vous souviendrez pas de cet entretien, sauf si, au
    plus profond de votre subconscient, l’un des programmes que nous allons
    implanter décide que c’est nécessaire. Vous allez oublier mes mots mais, je
    vous le répète, soyez très prudente.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle se redressa soudain, en poussant un cri d’angoisse. Mais elle n’était
    plus dans ce cabinet de recrutement où tout avait commencé. Elle était sur
    cette planète glacée, ici même, en train de se remémorer cette partie
    oubliée de son entretien, en train de relier les faits les uns aux autres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle réalisa soudain qu’elle se trouvait dans une situation plus que
    délicate, prisonnière d’une lutte aux enjeux complexes qui la dépassaient
    largement. Ce qu’elle venait de découvrir constituait un baril de poudre
    dont elle allait être la première victime.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle revoyait le visage de l’homme, devenu grave, alors qu’il prononçait
    ces mots&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Cette conversation s’effacera de votre mémoire consciente dans quelques
    minutes. J’espère que vous n’aurez jamais à vous en souvenir…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais c’était arrivé. Quel jeu de dupes&amp;nbsp;! L’épisode du détecteur de
    mensonges, sur Frondaison, lui revint en mémoire. Ils s’étaient bien moqués
    d’elle, les curés&amp;nbsp;! Tandis qu’ils lui jouaient la scène de l’incompétence,
    elle relâchait ses défenses mentales, et la parabole placée derrière elle
    effectuait un scan de son cerveau. Mais si la technologie de Canope avait
    été efficace, ils en étaient restés pour leurs frais.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-25&quot;&gt;Le&lt;/a&gt;
    lendemain, après une nuit extrêmement agitée, elle s’intéressa au second
    cahier. Tout comme le premier, il était en très mauvais état et, là encore,
    les pages centrales avaient un peu mieux résisté au labeur du temps. Son
    contenu était du même acabit que le précédent, mais deux passages
    attirèrent son attention.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;xii fev. Frère Laizier est venu en personne prendre livraison des dons de
    l’année. Il a fait lui-même le tri, laissant les objets de moindre valeur,
    et m’a confié une partie des pièces d’or et d’argent qui couvriraient les
    besoins de la Mission. Lui ai demandé incidemment des nouvelles du Père
    Pauli, mon prédécesseur. Il serait, m’a-t-il dit, en mission au Moyen
    Orient. Je sais hélas trop ce que recouvre cette expression. Le Père Pauli,
    qui a dû déplaire, a trop parlé, ou encore en savait trop, doit croupir
    dans une geôle du Vatican en attendant un verdict, à moins qu’il ne repose
    déjà dans une tombe anonyme…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;iii may. Le Toucan me semble bien vieux. Il n’a pas bougé lorsque je lui
    ai rendu visite ce matin. Son gardien me dit qu’il lui arrive de plus en
    plus souvent de ne pas manger les rats et les oiseaux que les chats lui
    apportent. Ses déjections, a-t-il précisé, ont pris une odeur
    pestilentielle qu’elles n’avaient pas quelques semaines plus tôt. Le Toucan
    est-il malade, sur le point de mourir&amp;nbsp;? Ne peut-il se guérir lui-même&amp;nbsp;? Ou
    a-t-il décidé que cette vie de prisonnier ne lui convenait plus&amp;nbsp;? Il n’y
    aura, alors, plus de miracles. Que va devenir la Mission&amp;nbsp;? Comme j’aimerais
    savoir ce qu’il convient de faire…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Bien sûr&amp;nbsp;! L’Église n’accomplissait pas de miracles, mais certains
    extraterrestres le pouvaient. Et, se souvenait-elle maintenant, au travers
    des connaissances dont on l’avait dotée, Frère Laizier avait été l’une des
éminences grises de l’Église entre le XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et le XXII    &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Était-ce le même Frère Laizier que celui qui
    apparaissait dans ce texte du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;? Il aurait vécu cinq
    siècles&amp;nbsp;? Se pouvait-il que, comme elle, il ait bénéficié d’une mutation de
    longue vie&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Tout ceci allait trop loin, se révélait beaucoup trop dangereux. Un long
    moment, elle contempla les manuscrits dans leurs boîtes de plastex. Ce
    qu’elle allait faire lui brisait le cœur, mais elle n’avait pas le choix.
    Elle ouvrit les boîtes, pétrit méticuleusement les pages les unes après les
    autres, entendant crisser le papier fragile alors qu’il se pulvérisait,
    réduisant en particules minuscules les plus résistant des fragments. Au
    bout d’une dizaine de minutes, elle s’estima satisfaite, et jeta dans les
    toilettes jusqu’à la dernière parcelle des documents. Tout serait recyclé
    le jour même. Puis elle consacra deux bonnes heures à relire l’ensemble de
    ses notes, supprimant ce qui avait trait aux manuscrits, édulcorant ses
    réflexions les plus audacieuses. Ce qui demeurait était un bon travail
    d’étudiant, magnifiquement anodin, se dit-elle enfin. Il ne lui restait
    plus qu’à tenter de se retirer du jeu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle s’en sortirait. Elle s’en était toujours sortie jusqu’à présent.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-26&quot;&gt;Son&lt;/a&gt;
    épopée dans une grotte lacustre du lac Tana, trente ans plus tôt, près des
    ruines du monastère de Daga Estifanos, lui revenait en mémoire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Harry avait été un parfait imbécile. Et un médiocre amant. Bien pire, il
    venait de prouver à nouveau son incompétence, cette fois en matière
    d’explosifs. Mais ça ne servait à rien d’adresser des reproches au bras qui
    dépassait des roches amoncelées. Il était tout aussi inutile de tenter de
    déblayer à main nue cette accumulation de blocs dont certains devaient
    atteindre plusieurs tonnes, et il n’y avait aucune aide à attendre de
    l’extérieur. Alicia n’envisageait pas pour autant de finir ses jours dans
    cette caverne.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle se déshabilla et enfila sa combinaison de plongée, après en avoir
    découpé au poignard la cagoule et les accessoires inutiles. Le silicone
    souple, lisse et résistant, s’accrocherait beaucoup moins aux aspérités que
    les tissus de ses vêtements. Puis elle se lança à l’assaut du tas de
    pierres qui obstruait la sortie. Poussant, tirant, déplaçant avec
    précaution tout ce qui gênait sa progression, ce fut une lente et pénible
    reptation. À deux reprises, elle se retrouva dans un cul de sac. La seconde
    fois, guidée par un infime filet d’air, elle s’était engagée dans un étroit
    boyau, à l’extrémité duquel elle devinait une vague lueur. Mais le boyau se
    terminait par une faille dont la largeur ne dépassait guère une dizaine de
    centimètres. Il lui fallut plus de trois heures pour reculer de cinq
    mètres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Dix-huit heures plus tard, elle parvenait à l’air libre. Toute l’énergie
    qui l’avait soutenue jusqu’alors lui parut s’envoler d’un coup. Elle
    s’effondra sur le sol, et se mit à pleurer Harry à chaudes larmes avant de
    sombrer dans le sommeil.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Oui, elle s’en sortirait, cette fois encore.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-27&quot;&gt;Mais&lt;/a&gt;
    les choses n’allaient pas être aussi simples.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Quinze jours plus tard, arrivait un message de Frère Théobald, laconique.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Docteur, rejoignez-moi d’urgence au C46, une surprise vous attend.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il lui fallut plus d’une heure d’attente pour obtenir un véhicule qui la
    conduise sur le site. Une bonne quinzaine de personnes étaient déjà
    présentes, contemplant un spectacle bien inattendu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Des os, en partie brisés, dont certains mesuraient plus de deux mètres,
    étaient étalés sur le sol. Là, ce qui avait été une cage thoracique
    gigantesque. Beaucoup plus loin, une tête allongée, difforme, au bout d’une
    succession de vertèbres qui s’étirait sur près de trois mètres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle eut un long moment d’incertitude, cherchant à lier ce qu’elle voyait à
    l’un de ses souvenirs d’étudiante. Puis elle réalisa qu’elle se trouvait
    devant le squelette d’un oiseau gigantesque. Un homme oiseau. Le Toucan.
    Incapable de voler, car la pesanteur était trop forte. Cherchant en vain le
    passage qui lui aurait permis de revenir chez les siens. Puis,
    imagina-t-elle, capturé par les indigènes, revendu à l’Église, condamné à
    accomplir des miracles, afin de mieux dépouiller corsaires et pirates… Et
    là, sous ses yeux, le comble, un anneau de fer rouillé au bout d’une chaîne
    fixée dans le sol entourait ce qui devait être un tibia démesuré.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Sa radio grésilla.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Qu’en pensez-vous, Docteur&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda quelqu’un.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle bénit la combinaison qu’elle portait, qui empêchait que l’on distingue
    ses traits. Mais elle se devait de donner une réponse… acceptable.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je ne suis pas du tout une spécialiste en paléontologie, mais il me
    semble que ceci est un dinosaure. Je dirais un dinosaure volant, si j’en
    juge par la forme des membres antérieurs.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Un Archæopteryx&amp;nbsp;? hasarda l’un des assistants.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Non, ce dernier ne mesurait guère plus d’une soixantaine de centimètres.
    Mais le Quetzalcoatlus ou l’Hatzegopteryx, si je me souviens bien,
    atteignaient au moins la taille d’une girafe, avec une envergure dépassant
    les douze mètres, ce qui serait tout-à-fait compatible avec les dimensions
    de ce squelette. Je pense que la classification exacte serait plutôt
    ptérosaure que dinosaure, d’ailleurs, mais, je le répète, je n’y connais
    pas grand-chose.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-28&quot;&gt;De&lt;/a&gt;
    retour à la Résidence, elle participa ce soir-là à la réunion des
    responsables.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je me sens assez frustrée, déclara-t-elle quand on lui donna la parole.
    Voici des semaines que j’examine des objets, rares, précieux pour nombre
    d’entre eux, et dont l’authenticité ne fait aucun doute. Je suis maintenant
    persuadée qu’il n’y a rien à tirer de leur arrangement actuel dans les
    galeries. Ils ont été classés de manière bien naïve, les bijoux en or ici,
    les pièces en argent là, les tableaux de grande taille à droite, les petits
    formats à gauche, le tout entreposé au hasard, laissé à l’abandon pendant
    des siècles. Il y a aussi ce squelette de ptérosaure, étonnant, que
    j’aurais tendance à considérer comme partie intégrante de la collection.
    Certes, le mystère de la présence ici de toutes ces pièces demeure, et
    l’archéologue, l’anthropologue, l’historienne en moi se trouvent dans une
    impasse. L’antiquaire que je suis se ferait un plaisir de revendre ces
    objets, mais je suppose que ce n’est pas là ma mission, puisque l’on m’a
    même spécifié que je n’avais pas à trop m’attacher à leur valeur marchande.
    Je suis fort bien payée, c’est exact, mais je doute, dans ces
    circonstances, de mériter ce salaire. En fait, consciente de mon inutilité
    manifeste dans la situation actuelle, j’envisage de vous proposer ma
    démission.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Docteur Kandratowicz, lui répondit le Père Cornélius, vos scrupules vous
    honorent. Il est vrai que nous pensions découvrir beaucoup plus qu’un
    simple entrepôt, et j’entends tout à fait votre position. Mais sachez que
    votre travail n’est en aucun cas remis en question. Nos recherches touchent
    à leur fin par la force des choses, car dans trois jours nous commencerons
    à évacuer la base, qui sera temporairement fermée à la fin du mois. Vous
    pourrez alors décider de mettre fin à votre contrat, ou pourquoi pas
    accepter un rôle d’expert, car l’Église a décidé de rechercher les
    descendants éventuels des propriétaires de ces richesses, et de leur
    restituer ces biens. À défaut, ces objets seront vendus à des musées, et
    les sommes récoltées serviront à poursuivre toutes les actions de charité
    de l’Église. Vaste et difficile programme, vous vous en doutez, que vous
    jugerez peut-être un peu austère… Mais l’idée de la réunion de ce soir est
    d’élaborer le schéma de notre rapport final d’exploration. Vous aviez
    suggéré, m’a-t-on dit, l’idée d’une forme de vie extraterrestre creusant
    ces galeries. Il se trouve que des prélèvements sur des roches ont mis en
    évidence des fragments de ce qui pourrait être une sorte d’ADN ancien,
    dégradé. Après avoir soupçonné des erreurs de manipulation, des
    contaminations diverses, voire des incohérences des machines d’analyse, les
    généticiens ont accepté l’hypothèse d’une forme de vie basée sur le carbone
    et le silicium que suggère les analyses. Les ordinateurs s’avèrent
    incapables de nous fournir la moindre représentation d’un être susceptible
    d’avoir un tel ADN, et il ne semble pas y avoir de correspondance avec le
    peu que nous connaissons de la faune extraterrestre… En pratique, nous en
    savons certes un peu plus qu’il y a quelques mois, mais nous peinons à
    assembler ce puzzle aux pièces si disparates…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-29&quot;&gt;Alicia&lt;/a&gt;
    hésita à répondre, puis se lança.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Pour en revenir à ces trésors accumulés, je pense depuis des semaines à
    cette légende de l’Île aux Tortues, selon laquelle pirates et corsaires
    venaient demander, voire acheter, l’absolution de leurs péchés auprès d’un
    sage, nommé le Tisserand ou le Toucan…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, bien sûr nous y avons songé. De manière plus prosaïque, et sans
    faire appel aux légendes, plusieurs documents du Vatican font état d’une
    Mission Espagnole des Dominicains, établie vers 1530 sur cette île, qui a
    bel et bien existé, Mission qui a semble-t-il été abandonnée vers 1700,
    bien avant la déclaration d’indépendance du Mexique. Durant cette période,
    la Mission a accueilli dans ses bâtiments nombre de corsaires ou pirates
    malades, en fin de vie, ou juste désireux de mettre un terme à leurs
    activités coupables. On dit que certains ont même trouvé la foi et pris un
    nouveau départ au sein de l’Église. Il est plus que probable que nombreux
    sont ceux qui ont, je dirais, renoncé à leurs possessions terrestres, ou,
    en d’autres termes, monnayé leur accueil. Paul, vous aviez demandé la
    parole&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-30&quot;&gt;— Oui&lt;/a&gt;
   , j’avais une remarque à propos du squelette récemment découvert. Des
    analyses d’ADN sont en cours, qui devraient nous apporter des réponses plus
    précises. Mais je veux faire une remarque sur le pur plan morphologique.
    Certaines mutations peuvent doter un individu de doigts excédentaires. Mais
    ici, le squelette a sept doigts aussi bien aux membres antérieurs qu’aux
    membres postérieurs. Comme chez certains singes terrestres, il y a peu de
    différentiations entre la main et le pied, bien que les phalanges des
    doigts des mains soient beaucoup plus allongées. En outre, les doigts
    extérieurs semblent opposables à chacun des cinq autres, dotant cet… je
    n’ose dire animal, cet être, de huit pouces opposables, ce qui impliquerait
    une extraordinaire habilité manuelle. Le fait que les pieds n’aient pas
    évolué en tant que simples éléments porteurs du corps indique qu’il avait
    gardé sa capacité à voler, avec la nécessité de pouvoir s’agripper à un
    support, telle une branche d’arbre. Pour rappel, toutes les espèces
    terrestres disposant d’un squelette et de quatre membres sont dotées de
    cinq doigts, dont certains ont parfois régressé ou disparu du fait de
    l’évolution, mais jamais plus de cinq. En résumé, je ne crois pas à
    l’hypothèse d’une branche inconnue des dinosaures terriens, mais plutôt à
    celle d’un extraterrestre, adapté, vu sa masse probable, à une planète
    ayant une gravité plus faible que la Terre, et une atmosphère plus dense.
    Et n’oublions pas, autre mystère, qu’il semblait enchaîné au sol…
    Maintenant, en ce qui concerne la Mission, j’ai quand même du mal à
    imaginer que celle-ci ait pu accumuler de tels trésors, au travers des
    simples dons de quelques pirates&amp;nbsp;!
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Détrompez-vous, Paul, intervint Alicia. Il y avait, disons durant les
    deux siècles qui nous intéressent, en permanence plusieurs milliers de
    bateaux pirates en activité. Chaque jour, des centaines de navires
    quittaient les ports d’Europe, d’Afrique ou d’Amérique, pour caboter le
    long des côtes, ou tenter la grande traversée de l’Atlantique, et, chaque
    jour, certains d’entre eux disparaissaient, victimes d’un naufrage, mais
    plus souvent encore des pirates. Vous avez peut-être entendu parler des
    portulans, ces cartes marines qui se négociaient alors à prix d’or. Elles
    recensaient le contour des côtes, les ports, les phares, les îles, les
    courants, les hauts-fonds, les écueils, les zones à risque de tempête, et
    délimitaient de très étroits couloirs maritimes, réputés être propres à la
    navigation. C’était un jeu d’enfant que de deviner le trajet d’un navire
    dont on convoitait la cargaison. Et ces pirates étaient pour la plupart de
    religion catholique, soucieux de ce qui les attendait après la mort, et
    prêts à acheter, très cher, des indulgences pour se faire pardonner leurs
    péchés. Si ne serait-ce qu’un pour cent de toutes les cargaisons
    arraisonnées atterrissait à la Mission, il est probable que nous obtenons
    des chiffres cohérents avec ce qui est entreposé ici.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-31&quot;&gt;— Ceci&lt;/a&gt;
    suggère peut-être une histoire en deux étapes, reprit Paul. Admettons
    l’hypothèse de cette Mission Dominicaine, collectant, disons, des dons. Les
    nouvelles ne se propageaient pas rapidement à l’époque, mais il semble bien
    que la Mission ait cessé toute activité vers 1700. Nous savons que les
    lieux ont été réinvestis vers 1880 par les Frères Adventistes, et leurs
    documents indiquent que la Mission était alors en ruine, désertée depuis
    fort longtemps. Pas la moindre mention d’un trésor quelconque. Que s’est-il
    passé en 1700&amp;nbsp;? Je vais me permettre d’imaginer que des extraterrestres, je
    n’ose utiliser le terme d’«&amp;nbsp;Autres&amp;nbsp;», ont débarqué, peut-être au moyen
    d’une technologie de type Projection, et ont fait main basse sur ces
    trésors accumulés après s’être débarrassé des religieux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais pourquoi, fit Alicia, des extraterrestres s’intéresseraient-ils à ce
    genre d’objets&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Rosenbloom se tourna vers elle, avec un sourire empreint d’ironie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Et c’est vous qui posez la question Docteur Kandratowicz&amp;nbsp;? J’ai du mal à
    vous croire aussi naïve. Pensez-vous que le concept de &quot;marché de l’art&quot;
    soit une spécificité de la race humaine&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les remarques fusèrent.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Il y a une autre occurrence d’un événement similaire, le pillage de
certains musées et collections particulières en Australie à la fin du XXI    &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, également attribué à des extraterrestres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; La base où nous sommes serait un entrepôt intermédiaire, qu’ils auraient
    ensuite évacué pour une raison ou une autre, en abandonnant une partie de
    leur butin.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Peut-être est-ce lié à ce tremblement de terre qui a rendu inaccessible
    une partie des galeries&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, mais il faudrait qu’il y ait eu d’abord un récepteur sur Terre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Il a pu être envoyé par une sonde autonome, comme nous l’avons fait ici.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Ce n’était peut-être pas nécessaire. Une Transmission implique un
    émetteur et un récepteur. Mais la Projection, en théorie, s’effectuerait
    sans récepteur. Imaginez que ce soit le cas, et que nous puissions mettre
    la main, ici même, sur une telle technologie…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La discussion se poursuivit pendant près d’une heure, alternant
    affirmations et interrogations, mêlant les hypothèses les plus folles aux
    plus raisonnables.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Nous n’aurons peut-être jamais de certitude, conclut le Père Cornélius,
    mais il me semble que nous tenons là un scénario assez raisonnable, et
    assurément cohérent avec les faits. Il me faudrait, pour les jours à venir,
    et c’est d’abord à vous que je m’adresse, Docteur Kandratowicz, un rapport
    d’expertise de certains de ces objets, juste quelques-uns d’entre eux, une
    synthèse, brève mais argumentée, qui confirme leur origine terrestre
    effective. Également, si vous pouviez développer en quelques paragraphes ce
    que vous avez dit ce soir à propos des Missions, Pirates, etc., avec les
    références appropriées, ce serait parfait. Laurie, votre document sur la
    géologie de la Sphère était très bien, faites-en un résumé en deux pages.
    Paul et Yrjö, vous avez des idées intéressantes sur l’utilisation des
    Transmetteurs… Deux pages également&amp;nbsp;? Reiner et Walker, il faudrait
    actualiser la liste des demandes en personnel et en équipement pour la
    seconde saison, ce serait pertinent de la transmettre à cette occasion…
    Merci à tous. Je vous rappelle que dans quelques jours une première partie
    du personnel va évacuer la base, et que celle-ci tournera plus ou moins au
    ralenti dans les semaines à venir. Venez me voir pour toutes les questions
    concernant les plannings des différentes équipes.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-32&quot;&gt;Trois&lt;/a&gt;
    jours s’écoulèrent. Alicia s’était acquittée des quelques tâches qui lui
    incombaient, avait remis son rapport final, décrivant l’ensemble de ses
    activités au cours des trois mois écoulés, et demandé son rapatriement. Son
    départ avait été planifié pour le jour même, en début de soirée. Elle avait
    déjà bouclé ses bagages, rangé dans une caisse tous les artefacts qu’elle
    avait sélectionnés pour l’expertise demandée, une vingtaine d’objets de
    très grande valeur, typiques de l’époque, colliers, pierres précieuses,
    crucifix ouvragés en or fin, dont elle n’avait en fin de compte utilisé que
    six, décrits en long et en large dans son rapport. Il lui restait au moins
    deux heures à tourner en rond dans sa petite chambre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le matin même, elle avait croisé Paul, assez excité.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-33&quot;&gt;«&amp;nbsp;De&lt;/a&gt;
    nouvelles galeries ont été découvertes hier, dans le secteur F. L’une
    renferme ce qui semble être des trésors Mayas, l’autre un ensemble
    d’objets, que l’on peut dater du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; au XXIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;
    siècle. Pas de précipitation, le lieu est radioactif, avec des sources
    permanentes de radon, ce qui implique la présence de nombre de résidus de
    la chaîne de décroissance radioactive de l’uranium 238, dont divers
    isotopes de polonium, de bismuth et de plomb, certains radioactifs,
    d’autres pour la plupart toxiques… Les lieux ne pourront jamais être
    viabilisés, mais il sera possible à notre retour, d’envoyer des robots pour
    relever la topographie, prendre des vues, et rapporter les objets que l’on
    jugera intéressants. Leur décontamination ne sera pas simple, même si les
    durées de demi-vies des atomes radioactifs présents sont très courtes. En
    tout cas, ceci me semble confirmer l’hypothèse d’une intervention
    étrangère.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais la nouvelle l’avait laissée assez indifférente. Pour elle, l’épisode «
    Solitude&amp;nbsp;» s’achevait sur un semi-échec, l’impression assez perturbante
    qu’il ne s’était rien passé, si ce n’était un petit nombre d’événements
    qu’elle aurait bien aimé faire disparaitre de sa mémoire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis Frère Théobald avait frappé à sa porte.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Docteur Kandratowicz, je vous sais sur le départ, et je voulais vous
    faire mes adieux. Et vous proposer, si vous avez le temps, de partager le
    Té avec moi.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-34&quot;&gt;— Le&lt;/a&gt;
    thé&amp;nbsp;? Bien volontiers. Thé, café, yuzu cha, silé, malt, zolt, tout me
    convient&amp;nbsp;!
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; En fait, reprit le prêtre, je parlais de Té, vous savez, notre boisson de
    communion que nous réservons pour de grandes occasions.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oh, je comprends. Certes, bien sûr. Mais que me vaut cet honneur&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est une longue histoire. Enfin, pas vraiment longue. Je n’ai jamais eu
    l’occasion d’aborder le sujet avec vous, mais, savez-vous que j’ai
    rencontré le Pape, peu avant mon départ pour cette expédition&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Pierre II&amp;nbsp;? Vraiment&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, le Saint-Père. Il m’a accordé de longues minutes d’entretien. Quel
    homme simple et admirable. &quot;Vous aurez, m’a-t-il dit, vingt et un ans dans
    quelques mois, sans pouvoir à cette occasion communier avec votre mentor
    habituel. Emportez ce nécessaire &amp;ndash; il m’a remis un paquet, sobrement
    emballé dans du papier blanc &amp;ndash; et partagez avec l’une des personnes sages
    que vous ne manquerez pas de rencontrer au cours de votre mission. Je ne
    suis pas sûr de vous revoir au terme de celle-ci, car je suis bien âgé,
    mais ma bénédiction vous accompagne.&quot;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est donc votre anniversaire. Et je suis en quelque sorte votre… Sage du
    jour&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Si vous acceptez encore mon invitation, en dépit de sa connotation
    religieuse, bien sûr, ajouta-t-il en rougissant un peu. Et c’est
    aujourd’hui, en effet.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il montra le sac qu’il tenait à la main.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;J’ai apporté tout le nécessaire. Je vais juste utiliser votre bouilloire…
   &amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-35&quot;&gt;Il&lt;/a&gt;
    sortit une carafe, des verres, un petit coffret en bois qu’il posa, ouvert,
    sur la table, et dont il contempla, pensif, le contenu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Songez, dit-il enfin, que ceci m’a été remis par le Saint-Père lui-même…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Dites-moi tout du Té, fit Alicia.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; C’est très simple, il suffit de disposer des bons ingrédients. Le secret
    tient en un mélange des feuilles de trois arbres qui poussent sur l’une des
    premières planètes abordées par les Grands Équipages de Lumière, lors de la
    première vague de colonisation stellaire. La planète, oubliée, a été
    redécouverte il y a bien longtemps par l’un de nos envoyés. La colonie
    initiale avait disparu, mais compte tenu des ressources de la planète,
    l’Église y a établi un petit nombre d’exploitations, dont celle qui fournit
    le Té.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les paroles du prêtre avaient déclenché en elle cet afflux de souvenirs
    qu’elle connaissait bien maintenant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Belle du Cygne. C’était le nom de la planète.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, je crois bien que c’est celle-ci…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle n’en dit pas plus. Mais elle aurait pu préciser au jeune prêtre que ce
    n’était pas l’Église qui avait inventé le Té, mais bien les premiers
    colons, et que ceux-ci avaient disparu après l’arrivée du Vaisseau de
    l’Église. Et elle aurait pu ajouter que l’expédition comportait à son bord
    le fameux Père Laizier, qui semblait avoir joué un rôle trouble dans nombre
    d’incidents auxquels l’Église avait été mêlée. Mais ceci remontait à près
    de huit siècles, et aucun document n’expliquait ce qui s’était vraiment
    passé.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il arrêta la bouilloire aux premiers frémissements.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;L’eau ne doit pas dépasser soixante-dix degrés.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle regardait frère Théobald préparer la boisson avec une curiosité
    qu’elle ne cherchait pas à dissimuler.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il déplia un sachet de papier blanc, une simple feuille qui contenait une
    petite poignée de débris végétaux, certains d’un vert terne, d’autres
    jaunes ou grisâtres, aux nervures d’un marron très sombre, qu’il fit
    glisser dans la petite carafe.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Je suis certain qu’il existe des théières traditionnelles quelque part
    dans cette base, mais je n’ai trouvé que ce récipient, s’excusa le prêtre.
    Et de vraies tasses auraient mieux convenu que ces verres, mais ils feront
    l’affaire.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il versa l’eau chaude jusqu’au tiers de la hauteur, sortit du coffret un
    petit flacon, dont il vérifia l’étiquette.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;De l’alcool, qui va dissoudre certains composants qui ne sont pas
    solubles dans l’eau.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il en versa une douzaine de gouttes, puis ajouta le liquide, un peu
    visqueux, d’un second flacon.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Une huile neutre, qui va rester en surface de la préparation, et empêcher
    que les essences les plus volatiles ne s’évaporent. Pas de sucre, surtout.
    Il faut maintenant laisser une dizaine de minutes à la préparation pour que
    la magie opère.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle regardait l’eau se colorer peu à peu d’un jaune pâle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Puis il répartit le contenu de la carafe entre les deux verres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;L’huile n’a pas de goût particulier, mais voici une paille si vous
    préférez…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-36&quot;&gt;Suivant&lt;/a&gt;
    l’exemple du prêtre, elle saisit son verre, aspira une première gorgée du
    liquide. Menthe poivrée, réglisse, citron peut-être, et d’autres saveurs,
    épicées, amères, qu’elle ne reconnut pas.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle attendit. Frère Théobald restait silencieux, les yeux clos.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle essaya d’analyser ce qui se passait en elle. Ressentait-elle vraiment
    un changement, ou bien tentait-elle de se convaincre que quelque chose se
    produisait&amp;nbsp;? Elle termina son verre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Voilà. Elle se sentait envahie par une douce euphorie, qui n’était pas
    désagréable. Rien à voir avec la violence de certains hallucinogènes
    qu’elle avait pu expérimenter en Australie, sur Philantropia ou encore en
    Nouvelle Normandie. C’était anodin, presque décevant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Le Té fait ressurgir nombre de souvenirs heureux de notre existence. Et
    quand la communion s’établit avec notre partenaire, nous arrivons à les
    partager avec lui, comment dire, sublimés…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il lui tendit les mains. Elle hésita, puis les prit dans les siennes. Elles
    étaient chaudes, sèches, rassurantes. Elle ferma les yeux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il faisait sombre, soudain, et elle s’était accroupie derrière la table de
    la cuisine.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-37&quot;&gt;Il&lt;/a&gt;
    était encore revenu.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Oh la petite méchante qui se dérobe&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle leva le lance-aiguilles qu’elle avait dérobé à son père.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;S’il vous plait, n’avancez pas. Allez-vous-en.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il ne se départit pas de son sourire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;La petite méchante qui va bien vite poser ce jouet, et qui aura droit,
    pour commencer, à une belle fessée…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle appuya sur le bouton. Elle ne savait pas que l’arme était chargée
    d’aiguilles explosives.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle aspira une bouffée d’air dans un souffle rauque, comme si elle se
    noyait. En fait, elle se noyait. Frère Théobald lui tenait toujours les
    mains, il était présent, les yeux clos, la bouche fermée, et en même temps
    il lui disait «&amp;nbsp;Tout va bien Alicia. Ces images reviennent pour vous
    permettre de mieux les maîtriser. Le passé ne doit plus vous porter
    ombrage.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais c’était si douloureux&amp;nbsp;! Car ce n’était pas la culpabilité qui la
    tourmentait, c’était la peur et la haine qui revenaient. Il n’y avait pas
    eu d’enquête sérieuse sur la mort de leur voisin. Son père avait effacé les
    traces, fourni un alibi en béton. On avait accusé une horde de pillards qui
    s’était déjà livrée à nombre d’exactions dans le voisinage. Quelques jours
    plus tard, elle quittait Orange pour aller poursuivre, loin, sur Vénus, des
    études dans une institution privée, fort coûteuse. Et au cours de l’année
    qui suivit, sa planète natale, prétendument envahie par les Autres, était
    rasée de fond en comble par une flotte de l’Empire du Centre. Elle venait
    d’avoir dix ans, elle avait perdu ses parents et son monde.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Et de l’autre côté de la fenêtre, la neige s’était mise à tomber.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;
    *
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-38&quot;&gt;«&amp;nbsp;Docteur&lt;/a&gt;
    Kandratowicz, êtes-vous là&amp;nbsp;? Avez-vous terminé vos préparatifs pour le
    départ&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Paul hésita. Il avait frappé, avait répété sa question. Alicia devait se
    trouver à la Résidence, puisque sa combinaison était inactive.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il posa la main sur la plaque d’accès, et la porte coulissa en silence.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Alicia et Frère Théobald, les yeux clos, assis face à face, de part et
    d’autre de la table, se tenaient par les mains.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Pardonnez mon intrusion, je n’imaginais pas…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais aucun ne tourna la tête vers lui.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Alicia, m’entendez-vous&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il regarda les verres, le coffret de bois.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-39&quot;&gt;Il&lt;/a&gt;
    saisit la carafe, humecta ses lèvres avec le liquide. Des herbes, bien sûr,
    dont il reconnaissait certaines. Nombres d’autres senteurs lui étaient
    inconnues. Il ne faisait pourtant pas de doute dans son esprit qu’il
    interrompait une communion sous l’emprise du Té, initiale, se souvenait-il,
    de la Thiotimoline, l’un des ingrédients majeurs, un stupéfiant rare, aux
    propriétés mal connues. Les participants semblaient tout à fait
    inconscients de sa présence. Sa vision infra-rouge lui révélait une intense
    activité thermique au niveau de la tête de frère Théobald. Trente-huit,
    trente-neuf degrés, peut-être. Devait-il les interrompre, le pouvait-il
    seulement&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il hésitait à intervenir lorsqu’il remarqua un étrange phénomène.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-40&quot;&gt;Des&lt;/a&gt;
    volutes d’air chaud, qui semblaient palpiter, comme animées d’une volonté
    propre, entouraient maintenant la tête du prêtre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Frère Théobald, m’entendez-vous&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il avait posé sa main sur son épaule, lui toucha le front. Sa vision
    s’altéra soudain. C’était maintenant un brouillard jaune, noir, gluant, qui
    semblait exsuder de la bouche, du nez, des yeux clos de frère Théobald,
    ramper le long de ses bras, s’infiltrer entre les mains entrecroisées sur
    la table.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Autour de lui, la neige tombait, comme lors de l’assaut de Gatopolis, sur
    Noble Graine.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-41&quot;&gt;La&lt;/a&gt;
    révolte de 2857 avait pris Canope par surprise, en dépit des multiples
    avertissements que les Agents infiltrés avaient fait remonter à leur
    hiérarchie. Aux Marches de l’Empire, deux planètes venaient de céder à la
    tentation Révolutionnaire, sous l’emprise d’un charismatique leader,
    rapidement devenu «&amp;nbsp;Le Commandeur&amp;nbsp;», qui promettait plus de liberté, plus
    d’égalité, et le bonheur pour tous. Des troubles naissaient spontanément
    sur une troisième planète, Noble Graine de l’Azur, qui avait, elle, une
    importance économique considérable puisqu’elle disposait en quantité de
    minerais devenus rares dans le reste de Canope. L’Empire monta bien sûr
    quelques tentatives d’assassinat qui échouèrent, car le leader, tout jeune
    qu’il soit, n’était quand même pas né de la dernière pluie et s’était
    entouré d’un petit groupe de fanatiques dévoués et efficaces, prêts à
    mourir pour lui.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La situation devenait sérieuse, et nécessitait un spécialiste. On envoya
    John W. Doe, qui n’était pas encore Paul. Discrètement débarqué sur Noble
    Graine, il gravit rapidement les échelons, passant en quelques semaines de
    militant de quartier à responsable du groupe Secret Sud. Remarqué, recruté
    dans l’Armée Secrète de Libération, il s’illustra par d’éblouissants faits
    d’armes. Après la prise de Gatopolis, au cours de laquelle son comportement
    fut littéralement héroïque, il fut nommé Général par le Commandeur
    lui-même.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La cérémonie fut magnifique. John Doe était le plus jeune des promus, et le
    Commandeur le gratifia de quelques phrases particulièrement émouvantes,
    tandis que Doe, agenouillé en signe d’allégeance comme le voulait la
    tradition, lui baisait la main.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Il en faudrait d’autres comme vous&amp;nbsp;», ajouta le Commandeur, avant de se
    retirer, toujours entouré de sa garde rapprochée, sous les vivats du petit
    groupe qui assistait à la remise des décorations.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais un seul suffisait, et John Doe avait accompli sa mission.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Au bout de deux heures, l’enzyme qu’il avait déposée sur la peau du
    Commandeur avait traversé la barrière de l’épiderme, des vaisseaux
    sanguins, et se répandait dans l’organisme. Les premiers leucocytes
    contaminés délivraient maintenant leur message d’apoptose à leurs
    congénères.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Trois jours plus tard, le Commandeur décédait d’une leucémie foudroyante.
    Au bout de trois semaines, la révolution, privée de son leader, tournait
    court, les ultimes bastions de résistance étaient reconquis, et les
    derniers fidèles sommairement exécutés. L’Empire de Canope pouvait à
    nouveau se recentrer sur son cœur de métier, assurer le bien-être et la
    prospérité de ses Dirigeants Actionnaires.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais le chemin de Paul ne s’arrêtait pas là.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-42&quot;&gt;Ils&lt;/a&gt;
    marchaient maintenant tous trois dans la neige, improbables compagnons de
    voyage. Le ciel, noir, percé de rares étoiles, s’illuminait de temps en
    temps d’un vert feu follet, et la neige, sous leurs pieds nus, se changeait
    parfois en une boue visqueuse ou en un sable brûlant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ils cheminaient sur une route neigeuse. Les arbres morts se nimbaient
    d’aiguilles de glace fantasmagoriques, et des soldats couraient autour
    d’eux en silence, comme s’ils ne touchaient pas le sol. Ils marchaient,
    mais ce n’étaient plus Alicia, ou Joss, ou John Doe, mais une entité
    unique, ni elle, ni eux, et tout autour d’eux, les images se superposaient,
    villes détruites, soldats gisants, les images s’entrechoquaient, comme si
    chacune avait hâte de raconter sa propre histoire.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Maintenant, le Père Conseiller va vous recevoir&amp;nbsp;», ajouta le Pape, en
    désignant la petite porte à trois mètres d’eux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    N’y allez pas, pensa Paul. N’y allons pas, dit Alicia. Mais les pas de
    Frère Théobald le menaient inéluctablement vers cette petite pièce sombre,
    dans laquelle flottait une odeur de désinfectant, cette pièce où des
    machines bruissantes, chuintantes, que l’on ne devinait que par des voyants
    colorés, assuraient la survie du conseiller que l’on disait bien malade.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le gisant avait les yeux grands ouverts, le teint cireux, et de profondes
    rides que la pénombre rendait plus sombres encore creusaient le visage
    amaigri.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Approchez, Frère Théobald, approchez. Je voulais faire votre connaissance
    avant votre départ en mission.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Frère Théobald avait bien sûr entendu parler du conseiller du Pape. Un
    homme discret, un homme de l’ombre, qui, disait-on, guidait toutes les
    décisions du Saint-Père. Son nom était oublié depuis bien longtemps, et
    tous le désignaient du terme de «&amp;nbsp;Père Conseiller&amp;nbsp;». Mais il ne l’imaginait
    pas aussi fatigué, aussi âgé…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Que savez-vous de moi, Frère Théobald&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Peu de choses, mon Père. Mais votre réputation est grande.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Mais encore&amp;nbsp;? Parlez sans crainte.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; On raconte que vous avez été en contact avec les Autres, et que vous
    auriez même scellé une alliance avec eux.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Une alliance&amp;nbsp;! On raconte&amp;nbsp;! Allons, Frère Théobald, vous savez bien que
    c’est de “raconter” que vient le mot “racontar”… Mais c’est pire que ça, ce
    sont des affabulations, des mensonges, des vilenies&amp;nbsp;! Ce contact a été une
    souillure, la plus abjecte qui soit, une plaie purulente qui jamais ne
    s’est refermée. On vous a parlé du Mal, vous pensez le connaître, mais
    croyez-moi, vous en ignorez tout&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il eut un long soupir.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Imaginez des couteaux qui fouillent sans cesse votre chair, des fers
    brûlants plaqués sur votre peau, qui la font grésiller, une main d’angoisse
    continuelle, qui vous serre le cœur au point de le faire exploser…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je comprends, mon Père.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Non, vous ne comprenez pas. Ce que je vous décris, je l’échangerais cent
    fois, mille fois contre ce que je vis, jour après jour, seconde après
    seconde.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Dieu est miséricordieux. Il vous…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Dieu m’a accordé ceci, et je me dois de respecter ce don. La lutte contre
    les Autres, contre le Mal, doit être la priorité de l’Église, une priorité
    de tous les instants… Et il faut faire cesser ces diffamations sans
    fondement qui associent l’Église avec les Autres. La Nouvelle Rome, dont je
    ne suis qu’un modeste rouage, se doit d’être exemplaire, se doit de l’avoir
    toujours été. Me comprenez-vous bien&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Je crois, mon Père.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Il y a eu dans le passé des déviations, l’œuvre de schismes que nous
    avons toujours combattu.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Sa voix n’était plus qu’un souffle, qui avait de la peine à franchir ses
    lèvres.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Approchez, Frère Théobald.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ils firent encore un pas, se penchèrent au-dessus du gisant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Dans l’esprit d’Alicia-Paul-Joss, des bases de données cliquetèrent, et le
    visage d’un homme roux, jeune, se superposa à celui qu’ils découvraient.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le Père Laizier.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Prenez ma main, Frère Théobald, nous allons communier.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Non, pensa Paul. Non, pensa Alicia. Non, pensa Joss. Mais Frère Théobald
    saisit la main décharnée qui reposait sur le drap.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-43&quot;&gt;Ils&lt;/a&gt;
    marchaient tous quatre dans la neige, entre les corps étendus sur le sol,
    au milieu des fermes qui brûlaient, ils marchaient tous les quatre mais ils
    n’étaient qu’un, un enfant roux aux bras maculés de sang, vêtu de lambeaux
    de vêtements, les pieds flottant dans des chaussures trop grandes pour lui,
    arrachées à un mort.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Et cet enfant de cinquante ans, qui en paraissait dix, errait dans un
    continent ravagé par les conflits et la peste noire. Un enfant en butte aux
    sévices, humiliations continuelles, qui avait compris qu’il devait fuir
    sans cesse, passer d’un pays à l’autre pour brouiller les pistes. Un
    adolescent, bientôt âgé de quatre siècles, incertain sur sa nature, sa
    destinée, qui, enfin, avait été recueilli, accepté par une congrégation qui
    avait su lui expliquer, à sa manière, la différence entre le bien et le
    mal. Dieu avait été une révélation. Le Seigneur avait donné un sens à sa
    vie pour les siècles à venir. Et la rencontre du Mal avait orienté son
    destin.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-44&quot;&gt;«&amp;nbsp;Souvenez&lt;/a&gt;
    -vous, Frère Théobald, l’Église ne doit jamais…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Oui, mon Père, j’y veillerai, répondit-il, tandis que la noirceur du
    Conseiller se répandait en lui…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Partez, maintenant. Je serai avec vous…&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-45&quot;&gt;Paul&lt;/a&gt;
    sentit encore leurs individualités lutter en vain. Mais la gestalt se
    créait inexorablement. Et le Père Laizier était un Influenceur. Si
    puissant. Comment résister&amp;nbsp;? Ils étaient Lui tous ensemble, chacun était
    Lui, leur volonté, sa volonté était primordiale. Conscience collective, en
    laquelle dominait la détermination inflexible du Père Conseiller. Puis la
    fusion fut complète.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ils n’avaient maintenant qu’un seul but. Mais le temps pressait, il ne
    restait que quelques minutes pour l’atteindre. Il fallait faire disparaître
    toute implication de l’Église, dont aucune action passée ou présente ne
    pouvait entacher la lumineuse innocence. Et l’on ne pouvait courir le
    risque que ce qu’Alicia avait découvert se répande un jour dans la Galaxie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Paul savait que leurs esprits seraient fouillés avant qu’ils ne quittent la
    planète. Il apparaîtrait qu’Alicia était un agent infiltré de l’Empire
    Canopéen. Il était impensable qu’on lui permette de révéler quoi que ce
    soit à l’Empire, mais son statut de Diplomate rendait impossible toute
    action directe contre elle. Elle devait donc disparaître, ainsi que tous
    ceux qui étaient au courant des faits, sans que soit engagée la
    responsabilité de l’Église.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Il y aurait un crime, il y aurait une enquête, minutieuse. Les conclusions
    de celles-ci devraient être incontestables. Et ce crime, seul l’élément
    étranger à l’Église pouvait l’assumer. Le Docteur Kandratowicz serait la
    clef. Le coupable et la victime. Frère Théobald, quelques jours plus tôt,
    avait noté dans son dictaphone qu’il ressentait une transformation de
    l’attitude du Docteur, qui lui semblait devenir secrète et renfermée. Une
    remarque qui se révèlerait ô combien prémonitoire lorsque l’enquête serait
    menée.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le scénario serait le suivant. Surprise par Paul et le Frère Théobald alors
    qu’elle dissimulait dans ses bagages des objets volés, le Docteur
    Kandratowicz, prise de panique, ou de folie, les aurait tués. Puis, à
    l’issue d’une course poursuite avec les forces de sécurité, elle choisirait
    de mettre fin à ses jours. Simple et parfait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Elle leva le lance-aiguilles. Le visage calme, détendu, de frère Théobald
    explosa en une gerbe de sang. Paul restait immobile. La décision prise,
    certes, était la seule logique, mais il ne pouvait s’empêcher de la trouver
    regrettable. Un mal, pour le plus grand bien de l’Église, mais un mal
    cependant. Puis Alicia tourna son arme vers lui. Le sang éclaboussa le mur,
    et le corps de Paul tomba lourdement sur le sol.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;
    *
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/&gt;
&lt;p&gt;
    &lt;a id=&quot;Section_sans_titre-46&quot;&gt;Il&lt;/a&gt;
    était là, gisant sur le dos. Son cerveau sensoriel était détruit, mais les
    vaisseaux sanguins au niveau du cou avaient pu cicatriser assez vite pour
    que le corps ne se vide pas de son sang. Les cerveaux cognitifs, logés dans
    le torse, n’étaient pas atteints. Et il avait réduit de soixante décibels
    les signaux de douleur qui lui parvenaient. Alicia avait-elle conscience de
    ce qu’elle faisait en visant la tête seule&amp;nbsp;? Il aimait à penser qu’à
    travers ce geste, elle avait voulu lui donner une chance. Ses poumons
    étaient en partie remplis de lymphe, mais la surface de sa peau parvenait
    encore à absorber une quantité d’oxygène minime, suffisante pour assurer sa
    survie, à condition de ne se livrer à aucun effort qui augmenterait ses
    besoins. Ses cœurs battaient lentement, avec régularité. Son foie contenait
    au moins deux kilos de lipides et de glucose, qu’il avait commencé à
    déverser dans la circulation sanguine pour apporter des nutriments aux
    organes vitaux. Il pourrait tenir entre trente-six et quarante-huit heures
    dans ces conditions. Plus tard, si besoin, il lui serait possible de
    provoquer la nécrose de certains de ses muscles moteurs, qui à leur tour
    céderaient trente à quarante pour cent de leur masse pour le nourrir.
    C’était le côté positif. Peut-être, durant ce laps de temps, quelqu’un le
    découvrirait, prendrait les bonnes initiatives.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Hormis quelques très faibles vibrations que lui transmettait le sol, il
    était complètement aveugle, sourd et muet. Tous ses organes des sens,
    situés dans la tête, avaient été détruits, vue, odorat, goût, ouïe,
    réception des ondes centimétriques, tout avait disparu. Mais il était
    délivré de la gestalt.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Quelque part dans son cerveau central, il comptait les millisecondes,
    inlassablement, avec la précision d’une horloge. Voici maintenant plus de
    dix-sept minutes qu’Alicia avait quitté la Résidence, que ses pas mal
    assurés s’étaient éloignés dans les couloirs, que leur écho s’était tu. Il
    priait pour qu’elle survive, mais il ne doutait pas qu’elle mette sa
    décision à exécution, sa décision, ou plutôt celle de l’entité en elle qui
    lui dictait son comportement.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Et surtout, il se questionnait, élaborait des théories. Et en fin de
    compte, tout lui semblait si simple, si logique, et si dramatique à la
    fois. L’objet, le brouillard, peu importait son nom, n’était qu’un
    nouveau-né. Un Autre, sans expérience. Semi-vivant, sans volonté propre,
    une ardoise neutre. Il avait attendu des années, des siècles, enfoui dans
    le cerveau du Père Laizier, figé par la terrifiante puissance mentale de ce
    dernier, accumulant les craintes, les phobies, les phantasmes, les
    obsessions incontrôlées du prêtre. Sous son emprise, cet Autre était devenu
    un pur archétype du Mal, et, durant tous ces siècles, à chaque communion,
    le Père Laizier avait contribué à la diffusion de ce Mal au sein de la
    Galaxie. Les Autres étaient peut-être venus jadis par curiosité pure, dans
    un esprit d’amour, d’échange. Ils avaient laissé leurs enfants en
    témoignage de leur volonté de paix et de fraternité. Et les hommes,
    certains hommes, emplis de peurs et de contradictions, des hommes tels le
    Père Laizier, les avaient transformés en armes de destruction de leur
    propre civilisation.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Cette révélation, cette vérité, lui, l’Hybride agonisant, le rebut de cette
    humanité qui courrait à sa perte, comment pouvait-il espérer, un jour, la
    transmettre&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Course de l'oiseau Boum-Boum</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/11/10/La-Course-de-l-oiseau-Boum-Boum" rel="alternate" type="text/html" title="La Course de l'oiseau Boum-Boum" />
      <id>urn:md5:071a0fa5ec6891934887eb4271ef3bc6</id>
      <published>2022-11-10T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2022-12-07T16:38:44+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Michel Demuth</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;demuth-boumboum-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/demuth-boumboum-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Galaxiales&lt;/strong&gt;, saluées par le Grand Prix de l’Imaginaire en 1977, représentent sans nul doute le chef-d’œuvre de Michel Demuth. Pour fêter la réédition du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/michel-demuth/les-galaxiales-l-integrale&quot;&gt;cycle au Bélial'&lt;/a&gt;, découvrez ou redécouvrez l'une des nouvelles emblématiques &amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La Course de l'oiseau Boum-Boum&amp;nbsp;»&amp;nbsp;! &lt;p&gt;Cette nouvelle de Michel Demuth, extraite de &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/michel-demuth/les-galaxiales-l-integrale&quot;&gt;&lt;em&gt;Les Galaxiales, l’intégrale&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; vous est proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/michel-demuth/la-course-de-l-oiseau-boum-boum&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 10 novembre au 10 décembre 2022. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ldemuth-boumboum-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/demuth-boumboum-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Philippe Druillet&lt;/h5&gt;

&lt;p style=&quot;font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;&quot;&gt;« D’innombrables conjectures ont été émises concernant l’origine du langage chanté pratiqué par les populations de la planète Miage et qui est l’un de ses caractères les plus pittoresques, tout comme le curieux code radio, qui fut en honneur durant plusieurs décennies avant l’Empire de Canope, et qui était basé sur des silences, des altérations et des changements de rythme dans une œuvre musicale bizarrement intitulée &lt;em&gt;Course de l’oiseau Boum-Boum&lt;/em&gt;. L’existence de l’oiseau Boum-Boum lui-même est très problématique. Il se peut que les nombreuses guerres où fut engagée la planète Miage aient amené l’extinction d’une race dont il ne reste que le nom… »&lt;/p&gt;
&lt;p align=&quot;right&quot;&gt;Les Galaxiales&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Canter&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau boum-boum n’avait qu’une ressemblance très vague avec certains grands oiseaux terrestres. Disons qu’à une dizaine de mètres, à contre-jour, lorsque Wize était bas sur l’horizon de la planète Miage, un nouveau venu aurait pu le confondre avec une autruche à la tête anormalement développée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l’oiseau Boum-Boum, souverain de la planète Miage, ne possédait pas le plus infime trait commun avec les volatiles terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il mesurait près de deux mètres de haut quelques mois après sa naissance. Ses deux longues pattes étaient recouvertes d’une espèce de chitine particulièrement résistante et s’achevaient par des palmes souples que le sol le plus dur ne pouvait entamer et qui étaient destinées à la progression dans les grands marais de boue qui s’étendaient à l’équateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus des pattes, il y avait un corps volumineux et dodu, presque sphérique, recouvert d’une toison de poils courts, d’un blanc brillant. La peau apparaissait d’un rose délicat en avant des pattes, là où se situait l’orifice de ponte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’arrière du corps rond de l’oiseau Boum-Boum était signalé par un éventail de plumes rouge vif. À l’examen, il se révélait que ces « plumes » étaient en fait des membranes que l’oiseau pouvait agiter en des mouvements complexes dont l’utilité resta longtemps mystérieuse, jusqu’au jour où… Mais ceci intéresse Kellus Berg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cou de l’oiseau Boum-Boum était long et très mince, couvert de fines écailles translucides qui passionnèrent les ichtyologues terrestres pendant des mois avant que l’un d’eux ne découvrît qu’il s’agissait d’une forme de vie indépendante, symbiote de l’oiseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tête était énorme, avec deux pommettes osseuses, couverte des mêmes poils blancs et lisses que le corps. Les yeux étaient à huit facettes, protégés par cinq paupières qui évoquaient le diaphragme d’une caméra. Le bec était long, très pointu et rouge comme les plumes-membranes. On trouvait à l’intérieur des dents fines et nombreuses qui pouvaient broyer une main. Quelques hommes en firent l’expérience…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum n’avait pas d’ailes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’existence de l’oiseau Boum-Boum et celle de l’ornithologue Kellus Berg suivirent un cours presque parallèle avant qu’ils ne se rencontrent…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;asterisque&quot;&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum n’avait encore qu’un an et mesurait deux mètres cinquante lorsqu’il quitta sa Zone de Naissance et entreprit la traversée de l’immense désert tropical en quête d’une Zone-Nid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la même époque, pour autant que l’on puisse établir des correspondances au travers des gouffres de l’espace-temps, Kellus Berg quittait la Terre, seul, pour la Grande Université de Pôle, capitale de la Confédération des Quatre-Provinces de Mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’était en 2150, Berg avait vingt ans. Son père avait été Squadron d’Attaque dans l’armée martienne qui avait investi la Terre en 2129, réalisant le premier acte guerrier par Transmission. Sa mère était une Européenne de l’Italie du Sud. Elle avait su convaincre Carel Berg de rester sur Terre après sa démobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Kellus se destinait aux missions scientifiques sur les nouveaux mondes et Mars, en 2150, était maître de la Transmission, pour un temps encore, avec l’appui de Saint-François.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par un beau jour de juin, Kellus se présenta donc au Grand Transmetteur Atlantique, ancré au large de la Bretagne, et fut restitué une demi-seconde après dans la Station Universitaire de Pôle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum, lui, mit une longue semaine pour traverser l’immense désert que les hommes devaient appeler Corne-à-poudre. Les écailles vivantes de son cou le protégèrent (c’était leur rôle) contre la morsure des Crapauds-tigres qui vivaient dans le sable à phosphate et surgissaient comme des balles en claquant leurs horribles mâchoires aux dents venimeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l’autre côté du désert, il y avait une chaîne de montagnes formidablement hautes où l’oiseau Boum-Boum crut bien périr. Mais sur l’autre versant, il découvrit un paysage de prairies et de forêts nouveau pour lui. Il chemina encore pendant trois journées avant de s’arrêter près des collines boisées, non loin d’une petite rivière aux eaux pétillantes, certain d’avoir atteint le centre de sa Zone-Nid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus Berg, pendant ce temps, s’installait dans sa nouvelle vie et triait avec prudence les amis et les ennemis possibles de la Grande Université.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois années d’études préliminaires l’amenèrent à choisir sa future branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallut à peu près autant de mois et de jours à l’oiseau Boum-Boum pour fixer les limites de sa Zone-Nid. Celle-ci couvrait finalement 300 kilomètres carrés (les humains, lorsqu’ils eurent débarqué, prirent soin de la mesurer) et elle était traversée en son milieu par la rivière brillante, pétillante, aux eaux froides et poissonneuses qui avait séduit l’oiseau Boum-Boum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À vingt-quatre ans, Kellus Berg entra dans la section ornithologie de l’Université. L’année suivante, il fut affecté à la spécialité « extra-solaire ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette année-là, précisément, le Traité d’Hobarth restitua aux puissances terrestres (très diminuées) leurs droits et prérogatives. Les Transmetteurs furent confiés à une administration hybride qui se devait d’être impartiale. Les forces martiennes évacuèrent la lune et se retirèrent au large du « Rideau Atgrid », à 500 000 kilomètres de la Terre. Des troubles divers éclatèrent alors sur la planète-mère et la famille de Kellus ne tarda pas à le rejoindre sur Mars. À vingt-huit ans, il obtint son diplôme, se classant second de sa promotion. Ce qui lui permit d’avoir le choix entre dix mondes différents pour sa première mission d’études.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette même année, le croiseur &lt;em&gt;Hertzprung&lt;/em&gt; atteignit le système de Wize. Il appartenait à la glorieuse Confédération et ses cales contenaient les éléments de deux Transmetteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum n’avait pas loin de trente ans, ce qui était pour lui l’adolescence, et il observa avec beaucoup de curiosité la grande sphère de métal qui rasait les collines, virevoltait au-dessus de la rivière et se posait au centre de sa Zone-Nid. L’oiseau Boum-Boum n’était pas d’un naturel vindicatif (ce n’est pas ce que pensèrent les humains pendant quelques années) et il assista tranquillement au débarquement d’innombrables créatures étrangères qui entreprirent d’ériger de curieuses architectures de l’autre côté de la rivière. Mais les choses ne tardèrent pas à devenir extrêmement désagréables quand, plusieurs créatures s’étant dispersées sur l’étendue de la Zone-Nid, l’oiseau Boum-Boum éprouva des démangeaisons intolérables dans la partie postérieure de son corps dodu. Démangeaisons qui devinrent vite réelle souffrance. L’oiseau Boum-Boum connut alors, pour la première fois de son existence, le ressentiment et la colère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus Berg n’était pas d’un tempérament très intrépide. Des dix mondes qui lui étaient offerts, il choisit le plus sûr, le plus facile, le plus proche, celui qui était occupé par les hommes depuis près d’un siècle, Aphrodite, sixième planète de Sirius.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus quitta ses parents et l’Université avec une appréhension qui le surprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans sur Aphrodite justifièrent cette appréhension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La durée d’une première mission était fixée par la Confédération. Elle était en outre inversement proportionnelle au risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À la fin de son séjour, Kellus Berg haïssait et vomissait chaque arbre de la jungle, chaque bar de Gregory, la capitale, chaque fille, chaque barman. Parfois, il lui venait l’envie terrible d’incendier les locaux de la mission et les cages où étaient rassemblées plus de mille espèces d’oiseaux aux plumages extraordinaires, aux chants bouleversants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aphrodite était une seconde Afrique où les trafiquants, les gagne-gros, les écumeurs de bars et les joueurs s’étaient abattus sans cesse depuis un siècle au mépris des lois sévères de la Confédération. Kellus étouffait dans cette ambiance qualifiée de « facile » par ses animateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revint sur Mars et apprit que ses parents venaient de s’embarquer pour la lointaine planète de Bergson, dans le Toucan. Sa demande pour être affecté sur Bergson fut repoussée car ce monde ne comptait pas une seule forme de vie ailée. Il fut expédié d’office sur Cartouche, septième planète d’une naine blanche bizarrement nommée Drôle-de-Coin par un Libre Explorateur qui avait également à son actif les baptêmes de Nous-y-Voilà, Chez-Moi, Anisette et Ma Jolie dans le même secteur stellaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À peu près à cette époque, les pionniers de Miage et l’oiseau Boum-Boum s’affrontaient en une guerre larvaire aux multiples visages. L’oiseau Boum-Boum connaissait des successions pénibles de douleur et de plaisir au voisinage des humains. Ceux-ci tournaient autour de lui avec des instruments hétéroclites tandis que le Transmetteur érigé près de la rivière déversait à intervalles réguliers des tonnes de matériel. Lorsque l’oiseau Boum-Boum éprouvait les démangeaisons bien connues, il ne retenait plus sa fureur. Et celle-ci prenait les formes les plus inattendues. Par trois fois, le Directeur de la Base demanda en haut lieu l’autorisation d’abattre le frénétique volatile. Par trois fois il se heurta à un refus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, Kellus Berg patrouillait dans les vallées boueuses de Cartouche à la recherche d’oiseaux rares et peu ragoûtants. Les orages succédaient aux journées de pluie dans l’atmosphère concentrationnaire d’une base avancée dont se souciait peu l’administration des Transmetteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus quitta enfin Cartouche pour un congé sur Mars et obtint à force de démarches l’autorisation exceptionnelle de rendre visite à ses parents sur Bergson. C’était un long trajet par Transmissions successives avec des correspondances en des endroits où l’installation était encore très rudimentaire et les pannes possibles. Ce qui équivalait à une disparition dans le vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus eut ainsi de rapides aperçus d’Einstein&amp;#160;II (arbres vertigineux sous un ciel noirâtre), de Lancelot (sifflement du vent sur un océan blanc comme neige), de Fumée-Bleue (un volcan, au loin, et le roulement de tonnerre du sol en révolution), de Demberg&amp;#160;V (nuées vertes sur une campagne aux tons démentiels) et Hué-Thong (une Chine de pacotille à l’orée d’une forêt de plantes charnues et ondulantes), avant d’être arrêté pendant deux jours dans les Mondes Corpuscules de Jhamal à cause de graves troubles politiques. Il ne lui restait plus finalement que deux semaines de congé lorsqu’il se matérialisa sur Bergson, planète océanique semée d’innombrables archipels aux caractères divers. La première base (européenne) avait été installée à proximité de l’équateur et Kellus passa des jours délicieux sur la plage blanche en compagnie de la jeune voisine de ses parents, Natacha, qu’il épousa au dernier jour de son congé. Ensemble, ils regagnèrent Mars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum, lui, avait également entrepris un assez long voyage vers les grands marais de l’équateur de Miage pour aller y déposer le premier œuf de son existence. Il savait que cet événement était le résultat direct des mystérieuses sensations qu’il éprouvait au contact des frénétiques étrangers. Il s’en trouvait en effet d’assez agréables et certaines étaient même parfois délicieuses. Cela le libéra pour quelque temps des autres sensations : démangeaisons, douleurs et bourdonnements intolérables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus Berg et sa femme débarquèrent en 2165 sur Vertevigne. C’était le nouveau poste de Kellus et, en même temps, un endroit idéal pour une lune de miel. Vertevigne, 16°, planète d’un soleil blanc-bleu nommé Dialphire, comptait une dizaine de continents dont le plus tempéré avait d’immenses lacs, des forêts de conifères pâles que traversaient des fleuves tranquilles qui reflétaient le ciel jaune citron où semblaient crépiter parfois des nuages d’oiseaux minuscules et familiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus et sa femme réussirent à demeurer sur Vertevigne jusqu’à ce que leur premier enfant atteigne l’âge de quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum, à peu près à cette époque, achevait son séjour merveilleux et reposant dans les Grands Marais. Il avait connu l’extase de la ponte et pu admirer la sphère parfaite de l’œuf blanc tacheté d’or. Puis un instinct immémorial le rappela vers sa Zone-Nid, malgré les humains de plus en plus nombreux et les démangeaisons qu’ils provoquaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À regret, Kellus et sa douce Natacha, ainsi que le jeune Carel, quittèrent Vertevigne et regagnèrent une nouvelle fois le système solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’était en 2170. La guerre civile allait dévaster la Confédération de Mars et l’on allait bientôt relever les premiers symptômes de ce qui fut appelé la Maladie d’Adam et anéantit les deux tiers de la population masculine des planètes solaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus prit connaissance de son nouveau poste et le nom de Miage n’éveilla pas en lui le moindre enthousiasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille Berg emprunta le Transmetteur de Ceylan et passa par Alvar, Canope&amp;#160;X et l’extravagante Morgane qui demandait déjà son indépendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum, pendant ce temps, poussé par les démangeaisons intolérables qu’il éprouvait dans la partie postérieure de son corps dodu, se livrait à de graves représailles contre la Base de Miage. Il ravagea les essais de culture du jardin que les botanistes soignaient amoureusement et fit ses déjections dans la rivière car il s’était aperçu que quelques femmes aimaient s’y baigner parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses en étaient à ce stade alarmant lorsque Kellus Berg, sa femme et son fils se matérialisèrent dans le Transmetteur local.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Départ&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Winnifred Chafiro, Directeur de la Base Confédérée sur Miage, eut un haussement de sourcils étonné en découvrant un solide gaillard d’un mètre quatre-vingt-cinq à la tignasse noire et bouclée à peine marquée de quelques touches de gris. Le visage était large et ouvert. Les yeux clairs reflétaient un rien de méfiance. Chafiro estima que c’était du respect et de la crainte et, comme il s’imaginait qu’on le craignait généralement, il trouva Kellus très sympathique. Natacha lui parut une enfant tant elle était fine et petite. Elle avait en elle un « je ne sais quoi » aristocratique et décidé qui impressionna fortement le directeur. Porté par ses bons sentiments, il alla même jusqu’à contourner son lourd bureau pour tapoter la joue du petit Carel qui l’épiait d’un œil hostile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Berg, dit-il, j’ai reçu d’excellentes notes sur vous. En outre, j’ai lu votre traité sur les volatiles de Cartouche et… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il hésita car il n’avait fait que parcourir rapidement l’opuscule assez austère de Berg et n’osait pas se risquer à une appréciation trop précise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’était un travail distrayant, déclara doucement Berg pour le tirer de ce mauvais pas. Cartouche est un monde peu agréable et il faut s’y dénicher des passe-temps… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sourit et attendit. Chafiro hocha la tête. Il pensait tout à coup à ses ennuis, aux calamités de Miage, à l’oiseau Boum-Boum. Il était gêné pour annoncer à Kellus que son principal travail serait l’étude de ce volatile phénomène que les entomologistes avaient repassé récemment aux ornithologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro réfléchit encore quelques secondes. Au moment où il ouvrit la bouche pour commencer ses pénibles explications, il y eut un formidable bruit d’écroulement. Tous les yeux se tournèrent vers la baie par laquelle on apercevait la grande cour ensoleillée. Un son étrange se fit entendre : BOUM ! BOUM !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’était comme un roulement de tambour à la résonance particulièrement profonde. Ou une contrebasse, peut-être. Ce pouvait être également le signe d’une activité volcanique intense ou le bruit d’une arme lourde…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUM ! BOUM !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une haute silhouette traversa la cour sur deux pattes fines, laissant une traînée de poussière. Il y eut un nouveau fracas et des cris s’élevèrent. Une sonnerie retentit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je m’excuse », dit faiblement Chafiro dont le front luisait de sueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sortit de son immobilité et se pencha vers l’écran d’un communicateur intérieur. Son interlocuteur s’exprima par mots hachés entrecoupés de halètements et de jurons. Quand le Directeur releva la tête, ses yeux étaient pleins d’une intense tristesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Monsieur Berg, je crains que vous ne puissiez vraiment apprécier le climat agréable de cette région. Votre arrivée coïncide en effet avec des événements assez dramatiques et il se trouve… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’interrompit, ne trouvant plus ses mots. Finalement, il se leva, contourna son bureau et vint poser une main compatissante sur l’épaule de Kellus. Ce geste inquiéta fortement l’ornithologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je suis sûr, reprit avec peine le Directeur, que vous nous tirerez de ce mauvais pas. Hélas ! » Il soupira : « Il n’y a pas que ce satané volatile… Mais voici votre problème… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il entraîna Kellus vers la sortie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, Kellus Berg sortit dans la grande cour de la Base et son regard se posa sur chacun des bâtiments avant de s’arrêter sur les silhouettes pâles des collines. Il cligna des yeux. Wize s’élevait dans le ciel et sa lumière blanche était déjà éblouissante. Toutefois, il ne faisait pas particulièrement chaud car le printemps débutait à peine en cette région de Miage. Le vent léger avait un arrière-goût de glace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Kellus ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se retourna et sourit à sa femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tu ne vas tout de même pas t’occuper immédiatement de ce grand oiseau ! Le Directeur t’a dit de lire d’abord le dossier et de regarder les films… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tendit la main, lentement, ce qui était chez lui un signe péremptoire qui appelait le silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il m’intrigue, dit-il. Je ne sais pas, mais… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il secoua la tête. Peut-être pressentait-il les liens qui allaient l’attacher pendant de longues années à l’oiseau Boum-Boum. Suivi par le regard indulgent de sa femme et guetté par ses nouveaux collègues intrigués, groupés derrière les baies, il s’avança vers la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matinée était claire, le ciel d’un bleu très pâle. La rivière brillait de tous ses feux et les collines semblaient irréelles, au bout de la prairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce coin me plaît, songea Kellus. Ce n’est pas Vertevigne mais… Si la faune voulait bien se calmer…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’arrêta au bord de l’eau et aperçut alors l’oiseau Boum-Boum. Celui-ci était endormi au milieu de la prairie émaillée de fleurs blanches. À cette distance, Kellus ne distinguait que sa tête ahurissante et son long bec rouge. Mais il était impossible de s’y tromper. C’était bien là le responsable d’une grande partie des ennuis de Chafiro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plein de curiosité, l’ornithologue s’assit sur la berge et attendit le bon vouloir de l’oiseau. Après un instant, il se mit à ramasser des cailloux multicolores qu’il jetait dans l’eau. Il espérait vaguement réveiller le grand volatile. Mais rien n’y fit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grosse tête blanche demeurait immobile, les yeux clos. Le bec rigide était pareil à une arme menaçante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, Berg mit le contact à son poste portatif qui lui servait de médaillon et appela sa femme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si tu as un moment, chérie… pourrais-tu venir me rejoindre ? » Et comme il connaissait son caractère —&amp;#160;ou le croyait-il&amp;#160;— il ajouta : « Il n’y a aucun risque. J’ai un lance-lumière et je pourrais plaider la légitime défense… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À cet instant précis, l’oiseau Boum-Boum se dressa d’un seul élan et cela fut pour Kellus un indice précieux, plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum approchait alors de sa quarante-deuxième année et il avait encore devant lui deux siècles d’existence. Il atteignait cinq mètres de haut et ne grandirait plus maintenant. Son corps rond était d’un blanc éblouissant au soleil et ses pattes longues et droites semblaient deux piquets figés dans le sol. Il tourna la tête vers Kellus et son bec s’entrouvrit pour laisser entendre un BOUM ! BOUM ! courroucé. D’où il se trouvait, l’ornithologue réussit à entrevoir la membrane vocale au fond du bec. Puis l’oiseau Boum-Boum se tourna et lui présenta ses arrières de façon insultante en agitant le bouquet de ses fausses plumes rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Très bien, très bien, mon vieux, murmura Kellus. Je saurai me montrer patient. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se leva et longea la rivière jusqu’au gué que lui avait indiqué Chafiro. Il ôta ses sandales, releva le bas de ses pantalons bouffants et passa sur l’autre rive en grimaçant au contact de l’eau froide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prairie d’herbe claire et de fleurs blanches s’étendait jusqu’aux collines boisées. Le regard de Kellus ne fit qu’effleurer les feuillages mauves des Arbres-papillons qui étaient la parure suprême de cette région. L’oiseau Boum-Boum seul le passionnait dans ce calme paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’en était plus qu’à une dizaine de mètres et le volatile lui apparaissait d’une taille imposante. Mais il n’éprouvait aucune appréhension tandis qu’il s’en approchait à pas lents. Il étudiait le volume du corps, la matière lisse des pattes et les yeux à facettes où se multipliait le soleil. À nouveau, le bec s’ouvrit tout grand et l’oiseau fit entendre son cri courroucé : BOUM ! BOUM !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus s’arrêta et sourit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ma parole, dit-il, tu as avalé un tambour ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À cet instant, le poste grésilla contre sa poitrine et il entendit la voix de sa femme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Kellus ! Il pourrait te tuer ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il secoua la tête :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Depuis quand un lance-lumière est-il impuissant devant une grosse poule ? » Il se retourna et vit la silhouette mince de Natacha qui venait vers la rivière. « Je ne tiens pas à être un martyr de l’ornithologie… Est-ce que tu songes à la fantastique omelette qu’il pourrait nous fabriquer, chérie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Demande-lui plutôt s’il apprécie la viande hachée. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus se mit à rire et continua d’avancer. Il s’arrêta enfin à trois ou quatre mètres de l’oiseau, la main prudemment posée sur la poignée de son arme. Il éprouvait une émotion nouvelle. Ce n’était pas de la crainte mais plutôt une curiosité exacerbée mêlée d’une certaine… oui, d’une certaine sympathie. L’oiseau Boum-Boum le dominait de toute sa hauteur et il n’ignorait pas qu’il se trouvait un peu trop près pour se défendre efficacement en cas de danger. Mais, d’une certaine façon, Kellus était subjugué. Il n’avait jamais vu d’oiseau aussi grand ni aussi comique. L’oiseau Boum-Boum avait quelque chose de caricatural, quelque chose de drôle qui touchait profondément l’ornithologue. Il n’avait plus assisté à un dessin animé depuis son enfance, mais le souvenir demeurait en lui, tendre et coloré, amusant et vivace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUM ! BOUM ! fit encore l’oiseau baroque. Mais ce « Boum-Boum »-là était différent des autres, subtilement différent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus leva la tête et, lentement, fit le tour de son nouvel ami. Il s’arrêta sous le bouquet de plumes rouges et observa leurs mouvements complexes. Il songea à un radar et cela lui fournit plus tard son second indice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Écoute, mon vieux, dit-il en revenant sous la tête, je ne suis pas là pour te créer des ennuis. Inutile de faire des BOUM ! BOUM ! avec moi. Cela ne m’impressionne pas. J’en ai vu d’autres… Et je ne te conseille pas de venir dévaster mon bureau ou alors je t’arracherai une par une les plumes de ta queue, quelle que soit leur utilité. Le Directeur m’a parlé de toi et pas en bien. Donc, à toi de remonter le peu d’estime que j’éprouve pour ta personne. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOUM ! fit l’oiseau, une seule fois et de façon presque amicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus réfléchit, mais ne trouva rien à ajouter. Il tourna la tête vers sa femme qui le guettait avec inquiétude, de l’autre côté de la rivière, et il agita la main pour la rassurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’entretien avait été assez long pour un premier contact et Kellus s’éloigna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’habitude de dialoguer avec les oiseaux étrangers lui était venue peu à peu, durant les années de solitude sur Aphrodite et Cartouche, et il l’avait conservée, malgré Natacha et l’enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il traversait la rivière pour rejoindre sa femme lorsque l’oiseau Boum-Boum se mit à danser sur place en agitant violemment la tête. Il manifestait une grande colère et ses fausses plumes écarlates déployées étaient parcourues de frissons convulsifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus, perplexe, demeurait immobile, les pieds dans l’eau glacée, tenant son pantalon et ses sandales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Kellus ! Il va charger ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain inquiet, il bondit sur la berge, se rechaussa rapidement et saisit Natacha par le bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Viens. Nous ferions mieux de regagner la Base. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum trépignait sur place. Il inclina sa lourde tête et avança son bec rouge de façon menaçante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se mirent à courir vers l’entrée de la Base et Kellus aperçut Chafiro qui leur faisait de grands gestes. Au sommet de la tourelle de garde, un canon-lumière se mettait en position, braqué sur l’oiseau furieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils atteignirent l’entrée sans que le Boum-Boum ait franchi la rivière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Grand Dieu, monsieur Berg ! s’écria Chafiro. Vous tenez donc si peu à la vie ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus reprenait son souffle. Il regarda en arrière et eut un sourire en apercevant la grande silhouette du Boum-Boum qui, maintenant, semblait piocher le sol de ses deux pattes. Pourquoi l’oiseau s’était-il fâché soudain, sans avertissement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ai-je commis une faute ? se demanda Kellus. Mais laquelle ? Et pourquoi n’a-t-il pas attaqué ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directeur continuait de parler, mêlant reproches et avertissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Venez, dit-il finalement. Nous venons de recevoir la bande d’informations de Mars et nous la retransmettons par nos Éclaireurs… Il se passe des choses inquiétantes sur la planète-patrie. » Il haussa les épaules et soupira : « Chacun a ses problèmes… Mais ne compliquez pas les vôtres, cher monsieur Berg ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu’ils suivaient le volubile Directeur vers la grande salle commune, Kellus fronça les sourcils. Un détail le tracassait, qu’il n’arrivait pas à fixer. Plus tard, cela serait son troisième indice mais, pour l’instant, tout était encore confus en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Aidez-moi à récapituler tout cela, dit Kellus, le lendemain, à ses trois collègues et subordonnés. J’ai besoin d’y voir un peu plus clair. L’oiseau Boum-Boum est très important pour l’avenir de Miage… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’interrompit car il ne savait vraiment pas pourquoi il venait de dire ça. Rien ne lui prouvait l’importance du volatile par rapport à tous les problèmes de Miage. Et les conséquences de la guerre civile sur Mars étaient infiniment plus graves. De plus, les Européens et les Asiatiques venaient de débarquer aux antipodes de Miage, dans les îles Séminoles, et il faudrait compter avec ce voisinage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bien sûr, dit Jubbard Dozzi, curieux petit personnage noiraud aux yeux immenses. L’oiseau Boum-Boum est très important pour nous… Il crée des tas d’ennuis à tout le monde. Mais il n’y a pas que lui… » Il s’interrompit et guetta un signe d’approbation de ses collègues. « Certains animaux retardent les travaux. Sans compter les insectes qui vous fichent la fièvre pendant trois jours… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus leva la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Miage est donc un enfer ? dit-il. C’est pourtant une planète assez plaisante… J’ai été sur Cartouche, croyez-moi… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dozzi haussa les épaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est là tout le mystère. Miage pourrait être un vrai paradis. À part le désert de Warington et les grands marais de l’équateur, toutes les régions sont colonisables. Atmosphère vivifiante, climats peu capricieux… Seulement, la faune semble prise de folie, par moments. Le Boum-Boum se comporte comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Quels autres, exactement ? demanda Kellus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Il y a les Taupes Miagéennes, dit Warkov, un géant blond et vigoureux dont les mains évoquaient des pelles excavatrices. Et les Araignées-Danseuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Les Frelons-Rouges, dit Galella qui était natif de la Ceinture de Mercure et ressemblait à une très ancienne momie. Même moi, ils arrivent à me piquer… Et ça veut dire une semaine d’infirmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et les Aiguilles, renchérit Dozzi. C’est encore pire… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un instant de silence amer. Puis Kellus se risqua à demander :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est tout ? Je veux dire : seules ces espèces nous créent des ennuis ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dozzi hocha la tête.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Exact, monsieur Berg. Il n’y a que ces espèces. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus leva la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il faut tout reprendre », fit-il en un murmure presque inaudible. Il marcha jusqu’au tableau magnétique et s’empara du stylet. « J’inscris Taupes, dit-il. Frelons…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Araignées ! dit Warkov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et Aiguilles, dit Dozzi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Vous oubliez Boum-Boum… Avec lui, cela nous fait cinq ennemis sur Miage. Ce qui n’est pas toute la faune… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dozzi grimaça :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais nous sommes l’ornitho, monsieur Berg. Boum-Boum nous donne suffisamment de tracas sans que…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je sais… Mais il faut toujours voir l’aspect général, d’abord. Et puis Boum-Boum est le gros morceau. Après tout, il est possible de se protéger des Frelons, des Araignées… Oh, Dozzi, que sont les Aiguilles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Une sorte d’insecte minuscule et brillant qui passe par toutes les ouvertures et vient se ficher dans la peau… Ça vous colle une éruption de boutons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Hon, hon, fit Kellus en hochant la tête. Et je suppose que tous les insecticides ont échoué ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Tous. Et puis vous connaissez les lois d’Écologie. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus acquiesça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Évidemment, dit-il. Le Directeur m’a fait comprendre la situation. Miage est une planète reconnue clémente et colonisable qui ne peut pas être colonisée, cependant, tant que les espèces hostiles attaqueront les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais le risque n’est pas assez grand pour amener une exception à la Règle d’Agression, dit tristement Dozzi. En un mot, il faut subir ou partir…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Nous pourrions aussi trouver une solution, dit tranquillement Kellus. Bien des mondes étaient comme Miage au début de leur aménagement…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais pas tout à fait comme Miage, dit Warkov. Ici, l’hostilité n’est pas permanente, comprenez-vous ? Hier, Boum-Boum a endommagé la tour-radar et démoli une bonne partie de la serre des botanistes. Mais rien ne prouve qu’il attaquera aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Certains jours, dit Dozzi en souriant, on irait même lui chatouiller les pseudo-plumes. Tenez, pendant l’Heure des Éclaireurs, c’est miraculeux. Il viendrait vous manger dans la main…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Qu’est-ce que l’Heure des Éclaireurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Oh… un petit programme de radio destiné à nos valeureux Éclaireurs perdus sur le vaste continent. Une manie de Chafiro… Tout le monde écoute ça, mais je me demande si cela me ferait plaisir d’entendre susurrer une chanson douce au milieu du désert de Warington… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut le quatrième indice pour Kellus, plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’après-midi, il se rendit dans la prairie en compagnie de Dozzi mais l’oiseau Boum-Boum n’était pas en vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il doit se balader dans les collines, dit Dozzi. Il apprécie beaucoup les Arbres-papillons. Son domaine est immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je sais. Et nous en occupons le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Vous pensez que c’est ce qui le contrarie ? De toute façon, cela ne changerait rien au problème. Le vieux Chafiro ne déménagerait pas la Base pour tout l’or de l’univers. C’est un vrai colon, vous savez. Voulez-vous que nous allions à la recherche de Boum-Boum ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus acquiesça et ils se dirigèrent vers les croupes mauves des collines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Nous ferions peut-être mieux d’appeler une des Bulles automatiques, dit Dozzi. Si notre phénomène est à des kilomètres de là… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poste était épinglé au revers de son blouson et il énonça les six chiffres de son indicatif avant de demander l’envoi d’une Bulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est alors que le sol se fendilla tout autour d’eux tandis qu’ils percevaient un bruit étrange et inquiétant, une sorte de grignotement immense, comme si des milliers de dents broyaient la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vite ! » dit Dozzi en saisissant Kellus par le bras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils rebroussèrent chemin en courant. La Bulle apparut au-dessus de la Base et plongea dans leur direction. Mais le sol semblait se dérober sous leurs pas, soudain. Des crevasses s’ouvraient de tous côtés et des gerbes de terre retombaient sur l’herbe. Le grignotement s’était encore amplifié. La prairie se craquelait comme le lit d’une rivière à sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« À gauche ! À droite ! » hurlait Dozzi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bulle se rapprochait d’eux. Le ciel parut tourbillonner et Kellus réalisa, l’espace d’une demi-seconde, que c’était en fait le sol qui s’effondrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bulle n’était plus qu’à trois mètres d’eux, sa coque transparente scintillant dans le soleil. Mais ils tombèrent en hurlant et la nuit s’abattit sur Kellus tandis que ses mains agrippaient désespérément les mottes de gazon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« La Règle d’Agression a été promulguée en 2120, Berg. Et nous ne pouvons prouver que les manifestations hostiles de certaines espèces mettent vraiment la Base en danger. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro était assis au chevet de Kellus, mais il semblait plus s’apitoyer sur son sort personnel, en cet instant, que sur celui de l’ornithologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je ne vous demande pas de toucher l’écologie de Miage, dit Kellus, surtout pas ! » Il se redressa et sourit à Natacha, assise en face du Directeur. « Je vous ferai quand même remarquer que Dozzi et moi, nous aurions pu être tués par ces Taupes. Elles ont essayé de nous enterrer vivants. Il n’y a aucun doute. Et si la Bulle n’était pas arrivée… Il faut prendre des dispositions… Nous devons trouver ce qu’il convient de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Ce qu’il convient de faire ? » Chafiro haussa les sourcils. « Mais la Base existe depuis dix ans, Berg. Croyez-vous que nous n’aurions pas…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Justement. Dix ans, c’est bien court dans l’histoire de l’investissement d’un monde. J’aimerais vous citer un axiome : « Cherche qui tu gênes. » Warkov m’a dit hier, à propos de l’oiseau Boum-Boum, que son hostilité n’était pas permanente, que, parfois, il est très sociable. Qu’en pensez-vous ? En est-il de même avec les Taupes, les Frelons, les Araignées et les Aiguilles ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro acquiesça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« À peu près, oui. Il y a des périodes calmes où tout semble vouloir s’arranger, et puis… » Il leva la main, en un geste vague, plein de lassitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus prit un air concentré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce qui compte, c’est la prudence, murmura-t-il comme pour lui-même. Peut-être nous faudra-t-il beaucoup de temps… » Il regarda Chafiro. « Je pense que je vais encore piocher le dossier de Boum-Boum. Ensuite… je me livrerai à quelques expériences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Vous croyez que nous gênons ces bestioles, d’une certaine façon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Évidemment. Il existe de nombreux exemples d’allergie aux humains sur les autres mondes… Et même sur la Terre. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warkov et Gallela succédèrent à Chafiro et restèrent au chevet de Kellus pendant plus de dix heures. Ensemble, ils épluchèrent tout le dossier de l’oiseau Boum-Boum, projetèrent des vues tridimensionnelles, des diagrammes, des cartes. Ils émirent des hypothèses, les étayèrent et les firent s’écrouler durant une bonne partie de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis Warkov et Gallela, épuisés, gagnèrent leurs chambres. Kellus resta adossé contre son oreiller. Trois lunes minuscules et bleutées apparaissaient au-delà de la baie. Leur lumière semblait poudrer de givre le tranquille paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus se mit à récapituler en lui-même les diverses phases de son premier contact avec le Boum-Boum. Et le premier indice, doucement, s’esquissa. L’oiseau s’était dressé d’un bond lorsqu’il avait appelé sa femme. Était-ce à cause de sa voix ? Il n’avait pourtant pas parlé très fort. Ensuite, il s’était approché… Les fausses plumes… Elles tournaient et pivotaient sur de nombreux ligaments… Comme des radars. Oui, il avait songé à des radars. Ou à des antennes… C’était là qu’il fallait viser, en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le Boum-Boum s’était-il fâché, ensuite ? se demanda Kellus. Qu’avait-il bien pu faire ?… Il fixa les trois pastilles claires qui se détachaient sur le fond de poudre d’étoiles et glissaient vers la fin de la nuit. Peut-être n’était-ce pas lui qui avait provoqué la colère du Boum-Boum ? Il y avait bien d’autres éléments en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il réagit quand on parle, se dit-il. À moins que…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau pouvait être télépathe, comme les Éléphoques de Vénus. Il y avait aussi le cas prodigieux de ce satellite de Sainte-Léa d’outre-ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’endormit et revécut l’accident de l’après-midi. Il se débattait dans des tonnes de terre humide tandis que les Taupes de Miage lui mordaient les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il s’éveilla, les quatre indices s’étaient rassemblés pour former un tout encore un peu obscur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur vint l’examiner et lui annonça fièrement qu’il pourrait se lever le surlendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« De toute façon, déclara-t-il au moment de partir, il vaut mieux être blessé sur Miage que valide sur Mars…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Les choses vont si mal que ça, docteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Les Phalangistes occupent la moitié de Pôle. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette information prononcée d’un ton sinistre, le docteur quitta la pièce. Un instant Kellus chercha à se rappeler l’appartenance politique des Phalangistes. Mais il n’y parvint pas. Il avait passé trop d’années sur les mondes lointains pour que les problèmes de la Confédération l’intéressent vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est alors que Warkov surgit en trombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous devriez voir ça, Berg. Boum-Boum s’attaque au Transmetteur. Il est comme fou… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus hocha tristement la tête. Puis il demanda soudain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Warkov… La bande d’informations est arrivée, n’est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son collègue eut l’air surpris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Oui, bien sûr. Les nouvelles ne sont pas bonnes, d’ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et Chafiro les fait retransmettre pour les Éclaireurs ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warkov acquiesça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’un seul coup, ce cinquième et dernier indice consolida l’édifice encore léger qui occupait les pensées de Kellus. Il voulut se dresser et grimaça de douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon sang, Warkov ! Appelez-moi vite Gallela. Je crois que j’ai quelque chose de sérieux ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses deux collègues fixaient Kellus avec ahurissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais enfin, dit doucement Warkov. Il faudrait que… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus leva la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Dites-vous bien que tout, de notre part, peut influencer une créature étrangère. Je veux bien admettre que c’est la première fois que nous rencontrons cela, mais il n’y a rien d’impossible à ce que Boum-Boum soit contrarié par nos émissions de radio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Qu’est-ce qui vous fait croire cela ? demanda Gallela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– La relation étroite qui existe entre les… disons les crises de Boum-Boum et l’utilisation de la radio. À l’instant, Boum-Boum est devenu furieux à cause de l’émission d’informations. J’en suis certain…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Ce n’est qu’une hypothèse. Comme toutes celles que nous avons émises cette nuit. Mais il n’y a pas de preuves. Et puis, il faudrait que Boum-Boum possède une sorte de récepteur… » Warkov eut un sourire. « Excusez-moi, mais cela semble drôle… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus prit une expression sévère. Mais il comprenait l’incrédulité de ses collègues. En fait, seule l’intuition l’avait guidé vers cette solution du problème de Boum-Boum. L’intuition, se dit-il, ET L’EXAMEN DES CIRCONSTANCES ! Il tendit la main :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Warkov… Ne m’avez-vous pas parlé de l’Heure des Éclaireurs ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le géant acquiesça.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Voici une preuve. Vous m’avez dit vous-même que Boum-Boum était d’un calme inhabituel pendant cette émission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Si votre théorie est juste, il devrait être furieux, au contraire… » Warkov se tut, réalisant soudain ce qu’impliquait son chef. Il secoua la tête en souriant. « Oh, non… Vous ne voulez pas dire que…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais si, Warkov. Boum-Boum semble apprécier la musique. Cela nous fournit un vaste champ de recherches. Nous avons des masses de travail en perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et le récepteur ? dit Gallela, vous ne nous avez toujours pas dit où il se trouvait…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Passez-moi le grand schéma de son système nerveux… » Kellus tendit la main, désignant un réseau serré qui se trouvait à l’arrière du corps de l’oiseau, juste au-dessous des pseudo-plumes. « Je ne suis pas un génie, ni un devin, reprit-il, mais j’ai tout de suite pensé que ces fausses plumes nous donneraient la solution. Regardez-ça… Warkov, vous avez baptisé cette région Plexus&amp;#160;V. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warkov haussa légèrement les épaules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En effet… Question de forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et son rôle ? L’avez-vous défini ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Nous avons défini à peu près dix pour cent des fonctions des divers organes de Boum-Boum. Vous savez bien que c’est un véritable embrouillamini. Boum-Boum est plus complexe qu’un être humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Voilà votre récepteur, dit Kellus. Le Plexus&amp;#160;V. Nous allons le démonter entièrement…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais vous savez bien que nous ne pouvons toucher à l’oiseau. Il y a peut-être une dizaine de représentants de cette espèce sur Miage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je parlais de cartes tridi, Warkov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et que pouvons-nous faire d’autre ? demanda Gallela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Jouer de la musique pour Boum-Boum. Nous verrons bien s’il nous piétine ou pond un œuf… »&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Premier virage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le surlendemain, Kellus se leva et se rendit immédiatement chez le Directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci eut l’air perplexe devant la demande de l’ornithologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En somme, vous désirez annexer l’émetteur de la Base pendant une demi-heure au bénéfice de la seule section d’ornithologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Exactement », dit Kellus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warkov et Gallela s’annoncèrent à cet instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Beckman, de la Biologie, vient d’être attaqué par Boum-Boum ! dit Warkov. Il lui a donné trois coups de bec et le pauvre est à l’infirmerie. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro donna un violent coup de poing sur son bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Berg, je vais faire griller votre satanée bestiole. Et on pourra toujours me coller la Règle d’Agression sur le dos ! » Il eut un geste d’abandon : « D’ailleurs, la Confédération a autre chose à faire en ce moment… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appuya sur le contact du communicateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« S’il vous plaît, dit Kellus. Ne faites pas cette erreur. Je crois que je tiens la solution. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro secoua la tête, autant par résignation que pour signifier à son correspondant que la communication était annulée. Il croisa les mains et regarda Kellus comme s’il le voyait pour la première fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Monsieur Berg, vous êtes ici depuis trois jours… J’apprécie le cœur que vous mettez à votre tâche… » Il haussa le ton : « Mais vous voudriez me faire croire que vous avez déjà résolu le problème alors que vos prédécesseurs…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je m’excuse, mais le Boum-Boum n’a été confié à la section ornithologie que récemment. Il n’a d’ailleurs rien d’un oiseau si on l’examine d’un peu plus près… Mais je puis vous affirmer que, d’ici quelques jours, quelques heures peut-être, il ne représentera plus un danger. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro soupira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et même, reprit Kellus, je crois que TOUS nos problèmes seront solutionnés si ma théorie se vérifie… Ce que j’ai toutes raisons de croire. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sortit un feuillet de sa vareuse et le tendit à Chafiro. Celui-ci parcourut les premières lignes et fronça les sourcils :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon sang, Berg… Vous désirez que…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Que tout ceci soit diffusé pendant une demi-heure, à partir de midi. C’est très important… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro reposa le feuillet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je m’incline pour cette première fois. Mais du Dvorak, avouez que cela semble curieux…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Pas du tout. Le programme que je vous ai inscrit ici n’est qu’un résumé de ceux qui ont été diffusés ces derniers jours. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’ornithologue et ses deux collègues se levèrent pour partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Quel est le rapport ? demanda Chafiro qui semblait accablé par tous les ennuis des mondes habités. Boum-Boum est-il devenu mélomane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Exactement, dit Kellus. Exactement…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je sais ce que pense Chafiro, dit Warkov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Moi aussi, fit Kellus. Il croit que j’ai reçu un coup de bec de Boum-Boum derrière la tête et il est en train de préparer mon rapatriement…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et si nous échouons ? Si Boum-Boum pique une crise PENDANT l’émission de musique ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus s’arrêta et déclara d’un ton grave :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est impossible, entendez-vous ? IMPOSSIBLE. » Il se remit en marche. « Voici comment nous allons procéder. Dozzi est de nouveau valide. Il prendra une Bulle avec vous, Warkov. Gallela et moi, nous resterons au sol. Vers 11 h 30, nous entamerons une discussion par radio. Nous parlerons de n’importe quoi… L’important, c’est que nous… jacassions comme des pies… Nous nous arrêterons avant midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– À ce moment-là, dit Warkov, Boum-Boum devrait être en colère, si vous avez raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Exact. Et il devrait se calmer avec la musique. ET IL SE CALMERA. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum érigea ses cinq mètres de hauteur entre les branches d’un Arbre-papillon et agita la tête d’un air irrité. Il ressentait les premières démangeaisons et savait que d’ici quelques instants celles-ci se transformeraient en une torture insupportable. À nouveau, il éprouva de la haine et du chagrin. Ces étrangers maladroits qui étaient parfois si agréables devenaient des monstres à d’autres instants. Ils n’avaient pas encore su communiquer avec lui et se contentaient d’inonder sa Zone-Nid de cris et d’appels sauvages. Les démangeaisons devinrent plus violentes, très vite, et l’oiseau poussa un BOUM-BOUM ! terrible. Il quitta les Arbres-papillons dont l’ombre mauve lui était douce et surgit en pleine lumière, dardant son bec vers les bâtiments étrangers. Il aperçut l’objet volant et les deux créatures qui traversaient la prairie de leur démarche hésitante et se mit à charger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Attention ! lança Kellus. Voilà notre preuve ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se mit à courir vers la rivière, suivi de Gallela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je vais lui coller une aiguille anesthésiante dans les plumes ! dit Warkov depuis la Bulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Non ! Nous serions obligés… de… recommencer. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus haletait en courant. Il jeta un regard par-dessus son épaule et découvrit l’oiseau géant qui n’était plus qu’à quelques mètres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Chantez, Warkov. Ou sifflez… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils plongèrent dans la rivière et nagèrent désespérément vers la berge. Ce ne fut qu’en reprenant pied de l’autre côté que Kellus entendit les voix mêlées de Warkov et Dozzi qui tentaient de rendre reconnaissable &lt;em&gt;Ma petite d’Altair&lt;/em&gt;, une chanson qui avait été à la mode dix ans plus tôt. Il se retourna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum avait stoppé sa charge furieuse. Immobile, à présent, il semblait contempler le reflet déformé de son corps imposant dans la rivière aux eaux brillantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis Warkov et Dozzi se turent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Continuez ! hurla Kellus. Vite ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boum-Boum, en effet, s’agitait de nouveau et son bec s’entrouvrait sur sa redoutable dentition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warkov et Dozzi enchaînèrent sur &lt;em&gt;Les Sables pourpres, &lt;/em&gt;puis Dozzi siffla en solo &lt;em&gt;Pleine terre,&lt;/em&gt; une ballade qui avait fait pleurer des dizaines d’équipages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Eh… Qu’est-ce qui se passe ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus pivota lentement, mais ne vit personne autour d’eux. Il avait reconnu la voix de Chafiro. Le Directeur s’était probablement mis sur leur fréquence, par curiosité ou inquiétude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce n’est rien, dit Kellus. Juste une petite expérience… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro ne répondit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Épuisé, Dozzi s’arrêta sur la dernière note grave de &lt;em&gt;Pleine terre&lt;/em&gt; et Kellus lui succéda avec &lt;em&gt;Tendresse Waltz&lt;/em&gt;, une antiquité qu’il affectionnait. Quelques minutes après, Gallela risqua les premières mesures d’une chanson rythmée et rapide mais s’arrêta sur un signe de Kellus. Boum-Boum, en effet, ne semblait pas apprécier. Ses pseudo-plumes tournaient et viraient en tous sens et il ouvrait à nouveau le bec tout en martelant le sol de ses deux immenses pattes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il est midi, lança Kellus. Envoyez le programme, monsieur le Directeur. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ils changèrent de fréquence pour écouter un passage de la &lt;em&gt;Symphonie du nouveau monde.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum avait rarement connu sensation plus voluptueuse. C’était comme si les démangeaisons et la douleur n’avaient jamais existé. Il n’y avait plus que des cheminements ineffables au tréfonds de son être, des vagues de douceur qui prenaient naissance à la partie postérieure de son corps et engourdissaient ses pattes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il restait immobile au bord de la rivière, plein de reconnaissance pour les étrangers qui savaient ainsi se faire pardonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps dodu se reflétait dans l’eau claire comme un nuage blanc et rond, près d’images multiples du soleil. Boum-Boum ouvrit son bec rouge et émit un BOUM-BOUM plein de tendresse.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Ligne droite&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;« Que fait votre bestiole ? demanda Chafiro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Tout va bien. J’avais raison, répondit joyeusement Kellus. Continuez, je vous en prie… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut un vague grognement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;em&gt;Seconde Étude pour contrebasse électronique&lt;/em&gt; de Fulnikov succéda alors à Dvorak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus l’avait choisie pour des raisons très particulières. En effet, la contrebasse électronique évoquait par instants le curieux cri de l’oiseau, cette espèce d’explosion grave, interne. Il attendait le résultat avec curiosité. Celui-ci ne se fit pas attendre…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir, soudain, avait été remplacé par une sensation nouvelle, atroce, épouvantable, que l’oiseau Boum-Boum mit un certain temps à identifier. C’était de l’indignation, de la fureur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il percevait une grotesque imitation de son propre cri. Pour la première fois de son existence d’oiseau Boum-Boum, on se moquait de lui. On émettait le son qui pouvait prendre toutes les significations et qui pouvait être tonnerre de douceur ou de colère…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum ne pouvait supporter cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il franchit la rivière et ses pattes devinrent de puissantes bielles qui le portaient vers l’entrée de la Base. Jamais il n’avait attaqué aussi vite et les gardes, surpris, n’eurent pas le temps de déclencher le dispositif spécial de défense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’oiseau Boum-Boum pénétra dans la grande cour et entreprit tout d’abord de saccager un chargement de fruits et de légumes qui venait juste d’arriver par le Transmetteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son bureau, Chafiro, terrifié, regarda le grand volatile qui hachait menu les salades, lançait vers le ciel des volées de pommes de terre (un trésor !) et réduisait les courges en bouillie. Ensuite, il ne vit plus rien car l’oiseau géant s’était retourné d’un bloc et, poussé par une miraculeuse intuition, chargeait tout droit sur la petite pièce tranquille du Directeur. Et Chafiro venait de plonger derrière le grand panneau de communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le personnel de la Base eut ainsi l’occasion unique de découvrir en gros plan le visage blafard de son Directeur qui appelait à l’aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il y eut un bruit terrifiant lorsque l’oiseau Boum-Boum anéantit la porte du bureau et tenta d’introduire son long cou à l’intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second mouvement de l’&lt;em&gt;Étude pour contrebasse électronique&lt;/em&gt; de Fulnikov fut interrompu à cet instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus et Gallela se regardèrent. Ils étaient maculés de boue. À quelques centimètres de l’endroit où ils s’étaient jetés à plat ventre, il y avait la marque très nette d’une patte de l’oiseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bulle venait de se poser et Warkov et Dozzi en surgirent, blêmes et muets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous êtes blessés ? Vous… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Warkov se tut. Il regardait vers la Base et ses yeux s’agrandissaient encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Grand Dieu, souffla Gallela. C’est le jour… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblait qu’un tourbillon de poussière venait de se former devant l’entrée. Il se déplaçait rapidement, tandis que son volume augmentait. Kellus observa plus attentivement et décela de curieux reflets métalliques au sein de ce nuage en mouvement. Puis il se mordit les lèvres quand Warkov dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Les Aiguilles… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils demeurèrent immobiles, désemparés. Il n’y avait rien à faire. Miage était de nouveau en révolte contre les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tout cessa comme par enchantement. Le nuage s’éleva de la Base et se dissipa à quelques mètres de hauteur. La haute silhouette de Boum-Boum reparut et s’avança dans la direction des quatre ornithologues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Allez… Sifflons, dit Kellus. Vite ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils entreprirent de massacrer &lt;em&gt;Wilhelmina de Venusia &lt;/em&gt;tandis que Boum-Boum, solennel et vainqueur, passait à trois mètres d’eux, la tête haute. Des épluchures ornaient son cou et des pépins mêlés à des éclaboussures brillaient à ses flancs comme des bijoux barbares…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il franchit la rivière et s’éloigna dans la prairie. Un instant, Kellus le suivit des yeux. Puis il regarda ses collègues, secoua la tête et dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Souvenez-vous : plus jamais de contrebasse électronique ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Eh bien, dit Chafiro d’un ton sinistre, je présume que vous êtes satisfait… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le respectable Directeur de la Base Confédérée sur Miage était allongé sur son lit. Son visage offrait une gamme de couleurs intéressantes où le plus tendre rose voisinait avec un violet vénéneux. Les boutons eux-mêmes étaient blancs, pareils à des perles. Ils n’épargnaient aucune surface et Kellus supposait que Chafiro en avait aussi dans la bouche. Une trace bleue sur le front, songea-t-il, devait être due à l’attaque de Boum-Boum et non aux Aiguilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Excusez-moi, dit doucement l’ornithologue, mais je dois vous avouer que je suis très satisfait… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mâchoires de Chafiro s’agitèrent comme des concasseurs. Ses joues devinrent presque noires et les boutons ressemblèrent alors à des lumières minuscules du plus bel effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comptez-vous… entreprendre d’autres expériences, monsieur Berg ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paroles grinçantes dissimulaient des dizaines de menaces et de textes de lois, des promesses d’éviction rapide et de jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Euh… fit Kellus, le premier problème est maintenant résolu, monsieur le Directeur… Cependant…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Oui ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus leva les mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Beaucoup de choses restent inexpliquées, quoique je les aie pressenties… Je veux parler de l’attaque des Aiguilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Il y en a toujours eu, dit Chafiro en promenant un regard mélancolique sur ses avant-bras constellés, à plus ou moins longs intervalles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais cette fois, la synchronisation était évidente !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– La synchronisation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Entre l’attaque de Boum-Boum et celle des insectes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro haussa les sourcils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Berg, dit-il lentement, je me demande si l’on nous a envoyé un génie ou un pauvre fou illuminé. Avez-vous toujours procédé ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je n’ai jamais eu affaire à aucun oiseau Boum-Boum avant Miage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Qu’est-ce qui vous fait croire qu’il existe une relation entre cette autruche diabolique et…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je vais vous expliquer tout ce que je crois, dit Kellus. Peut-être cela nous permettra-t-il de travailler en total accord ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut quelques instants d’un silence lourd après que l’ornithologue eut enfin achevé ses explications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro semblait abasourdi. Il fixa le plafond pendant une minute, regarda au-delà de la fenêtre le clair soleil de Miage qui dérivait entre deux nuages ourlés de vert et toussota. Il avait des boutons dans la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En somme, dit-il enfin, pour vous, Boum-Boum est un poste de radio monté sur pattes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– À peu près cela, oui. Cependant, il est multi-ondes. Il capte un nombre extraordinaire de fréquences…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais c’est une histoire de fous, Berg ! Un oiseau qui se balade avec un poste dans le croupion… Vous avouerez que si nous présentons un rapport là-dessus… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus haussa les épaules :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il n’y a pas d’histoire de fous quand il s’agit de l’étude d’une forme de vie extra-solaire… Les humains rencontreront sans doute encore beaucoup de phénomènes que, souvent, ils ne pourront comprendre… Bien que votre image soit un peu… triviale, il est exact que Boum-Boum possède un complexe récepteur à l’intérieur de son corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Émetteur, c’est déjà assez absurde, Berg. Mais, il y a un instant, vous avez fait allusion à un récepteur et là, je ne vous suis plus. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus se gratta le menton et sourit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cela me paraît pourtant presque logique, à présent. Et je crois que je ne tarderai pas à atteindre la solution finale… Je veux dire la solution du problème de Miage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Rien que cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Écoutez… Dozzi et moi avons failli périr à cause des Taupes qui cherchaient à nous ensevelir. Et les Aiguilles se sont abattues sur la base AU MOMENT OÙ BOUM-BOUM ÉTAIT AU COMBLE DE LA FUREUR ! N’est-ce pas très clair ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Pas du tout… Il n’y a là qu’un malheureux hasard. Malheureux parce qu’il vous a mis encore une hypothèse en tête, Berg !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais avouez que ma première était bonne. Boum-Boum perçoit nos émissions radio à de multiples fréquences. Nos dialogues, nos bulletins d’informations lui sont insupportables. Par contre, certaines musiques lui procurent du plaisir et, en ces instants, il est très sociable. Avec beaucoup de travail, nous pourrons en faire un ami et, qui sait, un collaborateur de l’homme. Rappelez-vous les Grauves de la Grande-Ourse… Alors pourquoi ma seconde hypothèse ne serait-elle pas exacte ? Il est très possible que Boum-Boum possède une influence sur les quatre autres formes de vie qui nous attaquent parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je prévois des lendemains désagréables », dit Chafiro en grimaçant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Kellus vit dans son regard que la partie était gagnée.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Second virage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le ciel s’était couvert dès le matin et une fine pluie grise s’abattait sur la Base, noyant les collines mauves et grossissant les eaux de la rivière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus regardait le paysage embué, vert et gris, les bâtiments qui semblaient tristes et très anciens, tout à coup, avec les tours de radar et, plus loin, l’architecture luisante du Transmetteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Je suis sûr qu’il va nous aimer…, murmura-t-il. Il ne tient qu’à nous de ne pas lui faire de mal…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Que dis-tu ? » fit Natacha qui venait d’entrer, ramenant un Carel trempé qui était allé jouer dans la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus ne répondit pas. Il tendit le doigt et s’écria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Tiens ! Le voilà… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande silhouette familière de Boum-Boum venait de surgir de la pluie. Le bec levé vers le ciel, le grand volatile tournait lentement la tête. Il semblait guetter les gouttes de pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’y a-t-il à la radio ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une musique vive et douce à la fois s’éleva du médaillon de Natacha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« &lt;em&gt;Les Nuages de Vertevigne,&lt;/em&gt; dit-elle en souriant avec mélancolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Cela semble lui plaire. Note ça quelque part, chérie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– As-tu l’intention de dresser une liste exhaustive de ses goûts musicaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Pas du tout… Je cherche à faire une synthèse. Il suffit de procéder par catégories… À moins qu’il ne me le dise lui-même.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Parfois, tu m’inquiètes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Il n’y a pas de quoi. Si Boum-Boum communique avec les Taupes, les Frelons ou les Araignées-Danseuses, il peut le faire avec moi, ou tout autre…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Ne crois-tu pas que la solution la plus simple serait de déménager la Base et de laisser tranquille cette grande autruche mélomane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Tu sais bien que c’est impossible… Tôt ou tard, Miage grouillera de monde. Les Européens ou les Asiates feront ce que nous n’oserons pas. C’est la loi de l’histoire… On ne résout pas un problème en le fuyant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, Kellus se leva à l’aube et se dirigea vers la rivière. Il n’avait aucun projet précis en tête et désirait seulement rendre visite à l’oiseau. Mais il avait à peine atteint la prairie qu’il s’immobilisa, en alerte. Boum-Boum venait de quitter les collines et il distinguait sa haute silhouette qui s’agitait en tous sens au bout de la prairie. Et il y avait autre chose… Une palpitation de l’air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ça y est, se dit-il, ça va recommencer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il retraversa le gué et sentit le sol vibrer au moment où il posait le pied sur la berge. En même temps, il lui sembla que des fils gluants lui frôlaient le visage. Il se souvint alors des descriptions de Gallela et s’élança vers la Base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Araignées-Danseuses, quand elles attaquaient, le faisaient en nombre. Leurs fils paraissaient se former spontanément et le réseau, à un moment, fut trop épais pour que Kellus pût continuer. Il s’arrêta, haletant, et appela la Base :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Chafiro… Vous m’entendez ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reçut aucune réponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Chafiro… Faites cesser l’émission immédiatement ! Ici Kellus Berg. Vous m’entendez ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours pas de réponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il réussit à atteindre la poignée de son lance-lumière et, réglant la puissance au minimum, il arrosa les alentours. Un souffle brûlant s’éleva de l’herbe grillée. Les fils se rétractèrent et disparurent avec une étrange odeur piquante. Kellus aperçut alors les Araignées-Danseuses. Elles semblaient flotter dans l’air, à six ou sept mètres de hauteur. Leur corps était plat et translucide et leurs pattes évoquaient plutôt des tentacules. Elles les agitaient doucement en une danse maléfique dont Kellus n’attendit pas le développement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au diable la Règle d’Agression ! se dit-il, personne ne me dira rien…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il tira sur les étranges arachnides qui s’enflammèrent comme des ballons de papier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il reprit sa course vers la Base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dès qu’il en eut franchi l’entrée, il réalisa le danger. Il y avait des Araignées au-dessus de la cour mais, près des baies, il découvrit des nuages légèrement brillants : des Aiguilles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Chafiro ! Répondez-moi ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fonça vers l’entrée principale tout en changeant de fréquence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Natacha ! Que se passe-t-il ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne percevait que des parasites légers. Sur le seuil, il s’arrêta encore une fois pour utiliser son arme sur un nuage tourbillonnant d’Aiguilles. Il grimaça en ressentant plusieurs piqûres au poignet et sur le visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il s’élança à l’intérieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici aussi il y avait des Aiguilles. Et quelques araignées dont le corps brillait dans la pénombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus bondit sur la rampe d’accès automatique qui démarra immédiatement vers le premier étage. Une fois encore, il changea de fréquence et perçut enfin l’émission :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« &lt;em&gt;…&amp;#160;sont maintenant totalement maîtres de Mars. Quelques éléments rebelles sévissent cependant encore dans la Province du Sud. Le Gouvernement lance un appel solennel aux chefs de ce mouvement pour qu’ils cessent immédiatement leur action et qu’ils…&lt;/em&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suffisait. Les informations de Mars étaient peut-être très importantes mais Chafiro avait commis une grave erreur en les retransmettant aux Éclaireurs. Boum-Boum devait être furieux… Mais, au fait, où était-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus chassa la question de son esprit et bondit dans le couloir principal qui menait à la salle d’émission. Mais il s’arrêta presque aussitôt en découvrant quatre hommes porteurs de masques qui pulvérisaient des nuages d’insecticide en poussant des gémissements de souffrance. Il vit que leurs mains étaient rouges, déjà déformées par les cloques et les boutons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Arrêtez ça ! lança-t-il. Ça ne sert à rien ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n’attendit pas leur réaction et courut jusqu’au bout du couloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait encore deux techniciens dans la salle d’émission. L’un d’eux, accroupi sur le sol, poussait des plaintes sourdes en se grattant furieusement le dos tandis que l’autre, adossé à la paroi, agitait en tous sens une poignée de bulletins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Coupez ça, idiots ! » vociféra Kellus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il atteignait déjà la bande qui continuait de se dérouler lentement devant l’œil de lecture. Il frappa plusieurs boutons simultanément, tout à fait au hasard. L’œil s’éteignit et la bande s’arrêta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques secondes passèrent, puis des bruits divers se firent entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeureux pionniers de Miage sortaient des placards et des réduits où ils s’étaient réfugiés. Des trappes se rabattaient et des faces gonflées de boutons ou blêmes de peur apparaissaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie revenait peu à peu tandis que les Aiguilles disparaissaient vers l’extérieur et que les Araignées-Danseuses, cessant leur ballet venimeux, s’évanouissaient dans les premiers rayons de Wize.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Bon sang, dit Kellus à haute voix, Chafiro aurait dû penser à la catastrophe que cela risquait de provoquer… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s’interrompit. Des cris montaient de la cour. Il marcha jusqu’à une fenêtre, l’ouvrit et se pencha au-dehors. Au même instant, un fracas terrifiant s’éleva et une gerbe d’étincelles bleues monta au-dessus de la tour ouest. Puis il y eut des volutes de fumée et un nouveau fracas comme si une nef de transport s’était abattue sur la Base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une lampe rouge clignota dans la salle d’émission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Alerte Transmetteur ! s’écria un technicien au visage déformé par les cloques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– BOUM-BOUM ! » hurla Kellus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il enfila le couloir à toute allure et partit à la recherche de Chafiro. Il comprenait maintenant pourquoi Boum-Boum ne s’était pas manifesté à l’intérieur de la Base. Cette fois, le grand susceptible de Miage avait frappé au cœur. Les informations de Mars l’avaient mis hors de lui. Au diable la Confédé ! se dit Kellus. Ces gens-là ne nous créent que des ennuis…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malheureux Chafiro était de retour à l’infirmerie, déjà, avec une seconde floraison de cloques. Il parvenait à grand-peine à remuer les lèvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Vous n’auriez pas dû passer cette bande ! vitupéra Kellus. C’était une erreur primordiale ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directeur roula des yeux où se mêlaient la colère et le chagrin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le Transmetteur s’est effondré, reprit Kellus. Boum-Boum a été aidé par les Taupes. Il va sans doute falloir des semaines pour tout remettre en ordre…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– La Confédération…, commença péniblement Chafiro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Elle ne peut rien pour nous, la Confédération. Existe-t-elle même encore ? Écoutez-moi plutôt. Vous avez bien vu que j’avais raison sur tous les points… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut que le lendemain que Kellus obtint l’accord de Chafiro. À midi, les nouvelles consignes du Directeur furent distribuées dans toute la Base et spécialement aux techniciens de l’émetteur. Et l’après-midi, les cent quatre-vingt-deux Éclaireurs de la Confédération répartis sur le grand continent de Miage purent entendre la suite des informations susurrée par les radios sur l’air de &lt;em&gt;Elle est revenue&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;ma Vénusienne&lt;/em&gt; avec accompagnement de harpes et de néo-lyres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le printemps s’imposa d’un coup et Wize parut se glisser dans chaque tourbillon de la rivière. Les Arbres-papillons des collines devinrent roses, puis saumon, et le ciel fut traversé du vol lent et pâle de grands oiseaux migrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boum-Boum promenait ses cinq mètres au-dessus de l’herbe nouvelle, semée de fleurs extraordinaires, et venait souvent près de la Base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les incidents avaient pratiquement disparu. À la surprise de Chafiro, les gens de la Base et les Éclaireurs avaient pris rapidement l’habitude de chantonner leurs communications radio. Cette règle qui avait semblé ridicule durant les premiers jours était devenue un jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si nous étions honnêtes, dit un jour Kellus, nous avertirions nos voisins…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Les Européens ? dit Warkov. Cela leur apprend à vivre…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Étrange conception de la colonisation, Warkov. Les Européens, aussi bien que les Asiates ou les Pacifiens, formeront un jour la population de Miage. Et je pense que la Confédération, maintenant, ne sera plus ce qu’elle était… Les autres Bases doivent avoir des ennuis, tout comme nous. Je vais aller en parler à Chafiro. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, Kellus obtint gain de cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais je ne suis pas satisfait, dit-il à Natacha le soir même. Il existe encore des tas de choses qui m’inquiètent ou m’agacent… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle lui passa la main dans les cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Veux-tu que je te dise ? On aurait dû te confier la direction de la Base… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il agita la main, énervé :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il ne s’agit pas de ça… Nous avons établi que Boum-Boum est un émetteur-récepteur vivant, qu’il influence quatre espèces différentes. Nous avons réussi à avoir la paix en modifiant notre façon de communiquer par radio. Tous ces jours, avec Warkow, Gallela et Dozzi, nous travaillons sur ses pseudo-plumes. Je pense qu’il y aurait des trésors à en tirer pour l’humanité… Mais… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se tut, le front soucieux. Puis il se leva et regarda le crépuscule mauve qui venait sur la Base. De l’autre côté de la rivière, une silhouette bien connue dansait sur ses deux pattes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« …&amp;#160;des tas de choses », murmura Kellus. Sa femme vint près de lui. « Boum-Boum est encore un grand mystère. Et les Taupes aussi, et les Frelons, et…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Pourquoi ? Tu disais souvent toi-même que les étoiles réservent encore des millions de surprises aux humains, à leur science. Tu as fait ton travail, tout va bien. Un jour, Miage sera une planète peuplée et heureuse. Les gens te le devront… Je pense même parfois que nous pourrions demeurer ici. Tu peux te permettre de prendre ta liberté, maintenant, ne crois-tu pas ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la regarda et sourit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En effet. Je pense à cela… Mais Boum-Boum me tracasse. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses yeux revinrent sur la campagne qui s’assombrissait. Des écharpes d’étoiles apparaissaient au ciel. Les lunes n’étaient pas encore levées, mais le phare d’or de Canope posait déjà des reflets sur les façades des bâtiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il y a quelque chose qui ne va pas, reprit Kellus. Et je ne suis pas seul à le sentir. Dozzi y a fait allusion, l’autre jour. On dirait… on dirait que Boum-Boum, les Araignées, les Frelons, les Taupes et les Aiguilles forment un groupe à part…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Mais il y avait bien un exemple de cette situation sur Terre, non ? En Australie, les animaux étaient différents de tout ce que l’on pouvait rencontrer ailleurs. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il hocha la tête :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais ils étaient étrangers. On l’a souvent prouvé. Et Boum-Boum est un étranger sur ce monde. Il n’est pas à sa place. J’en viens à me demander s’il est même… un animal. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Natacha fronça les sourcils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Comment ? Tu veux dire qu’il pourrait être une machine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Pas exactement une machine, non. Mais les Généticiens, sur Terre, ont fait des expériences troublantes, il y a plus de cent cinquante ans de cela. Ils avaient créé des androïdes qui se comportaient intelligemment et qui étaient insurpassables dans leur spécialité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Boum-Boum ? Un androïde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– C’est très possible. Nous avons commencé à travailler avec nos collègues des autres services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et tu leur as parlé de cette hypothèse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Pas encore… Mais je vais le faire demain. Nous serons plus libres, ensuite, pour continuer le travail. Le Plexus&amp;#160;V de Boum-Boum fascine les biologistes, tu sais. On le retrouve, en plus simple, chez les Taupes et les Frelons. Pour les Aiguilles et les Araignées, c’est un peu différent…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je sais, dit doucement Natacha. Le Nœud en X, n’est-ce pas ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sourit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« C’est vrai. Je te tiens au courant. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain soir, il était très excité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Personne ne m’a ri au nez, dit-il. C’est une victoire… Non seulement nous travaillons tous ensemble, mais les gars de l’électronique et de la chimie passent leur temps avec nous. Sais-tu ce que nous allons essayer de faire ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle secoua la tête, un peu effrayée par les yeux brillants de son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un poste spécial, dit-il. Nous allons essayer de construire un appareil pour converser avec Boum-Boum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Ne crois-tu pas que vous allez trop loin ? Je veux dire : pensez-vous sérieusement que Boum-Boum est un être de race supérieure avec lequel on parle comme avec un homme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Ce n’est pas exactement cela, mais presque. En fait, Gesraud, le chef de la biologie, pense que Boum-Boum est un… “androïde à contact”. C’est-à-dire qu’il doit répondre à certaines stimulations radio. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Natacha haussa les épaules :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Il semble prendre du plaisir à la musique douce, d’accord. Et il se met en colère si nous jacassons sur les ondes. Mais de là à dire… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vexé, Kellus ne répondit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours après, il fit très chaud, mais « Berg et sa bande », comme disait Chafiro, n’y prêtèrent pas attention : ils avaient trouvé.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Arrivée&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;« Et il parle ? » dit le petit Carel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus se mit à rire et désigna Boum-Boum qui se tenait immobile au milieu de la prairie, entouré d’une bonne moitié du personnel de la Base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Disons qu’il chante, fit Kellus. L’ennui, c’est qu’il change souvent de longueur d’onde et qu’il faut beaucoup d’attention pour le suivre…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et qu’est-ce qu’il raconte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Des histoires de bébé… Des choses sans grande importance. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s’avancèrent encore de quelques pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le court printemps de Miage s’effaçait devant l’été. Des vols de mouches bleues striaient l’après-midi sous les rayons brûlants de Wize. Les Arbres-papillons tournaient au rouge flamme, et des bandes de poissons microscopiques jaillissaient dans la rivière, entre deux tourbillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« En vérité, dit Kellus à sa femme, nous ne comprenons pas encore très bien les discours de Boum-Boum. Mais nous sommes certains d’une chose : il sait que nous l’écoutons. C’est un androïde très intelligent. Si nous parvenons à nous faire comprendre de lui, ce sera un allié utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Alors, il n’y a plus rien qui te tracasse ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il la regarda et sourit, découvrant après des années et à des gouffres de distance des mondes du soleil, la femme éternelle et ses problèmes inchangés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Si, dit-il. Et cela est tout à fait normal. Je voudrais connaître ceux qui ont créé Boum-Boum et les Frelons, les Araignées-Danseuses et les Aiguilles… Je voudrais savoir s’ils ont disparu ou s’ils nous attendent quelque part. Mais surtout, j’aimerais connaître la fonction de Boum-Boum… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient atteint le cercle bavard des hommes et des femmes de la Base. Boum-Boum, immobile, pareil à une statue géante et caricaturale, dardait son bec rouge vers l’appareil complexe que Dozzi avait baptisé « Boum-Boumeur » deux jours auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Berg, dit Chafiro avec un sourire radieux, vous serez le père de la future Miage. Je ne sais pas qui nous a laissé ce cadeau mais, un jour, ce satané volatile nous rendra des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Justement, fit Kellus, j’en étais à me demander s’il avait été créé pour rendre des services… Ou pour autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– BOUM-BOUM ! » fit Boum-Boum, comme s’il avait compris ses paro­les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’été s’avança et l’herbe jaunit. La rivière devint un filet d’eau. Les Arbres-papillons se changèrent en tristes buissons. Dans le ciel presque blanc, Wize était une étincelle torride. Le Transmetteur réparé déversait du matériel de construction destiné à l’agrandissement de la Base. Les premiers « civils » étaient annoncés. Sur Mars, le nouveau gouvernement de la Confédération était pacifique et faible. Quelques mondes avaient réclamé leur indépendance, mais ce n’était encore qu’une timide tentative qui annonçait à peine le futur raz de marée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Voilà, dit Kellus en pénétrant dans le bureau de Chafiro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Voilà quoi ? »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’ornithologue déposa un énorme volume à la couverture noire devant le Directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le Dossier Boum-Boum au complet. C’est-à-dire celui des androïdes d’origine inconnue découverts sur Miage du système de Wize par les glorieux chercheurs de la Confédération des Quatre Provinces. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro grommela, sourit, tapota sur le dossier et fit une grimace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Avec vous, Berg, je ne suis jamais certain que ce soit fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et vous avez raison… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus s’assit. Il avait les traits reposés et paraissait plus jeune, bien que les traces grises se fussent multipliées dans sa chevelure bouclée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro soupira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’avez-vous derrière la tête, Berg ? Vous voulez faire de votre autruche musicale un grand compositeur ou un candidat aux élections ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– S’il y a ici un grand compositeur, c’est moi, dit Kellus. Et veuillez excuser mon immodestie. » Il sortit de sa vareuse une liasse de feuillets. « Ce dossier viendra à la suite de celui que je vous ai remis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Et le sujet ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Boum-Boum, toujours. Ou plutôt, le rôle de Boum-Boum. » Kellus croisa les mains et fixa le Directeur. « À votre avis, Chafiro, pour quelle raison aurait-on pu mettre au point un tel androïde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je l’ignore… Et vous avez tort de vous en préoccuper. Ceux qui ont créé Boum-Boum et ces affreux insectes étaient des étrangers, Berg, des êtres que nous ne connaîtrons sans doute jamais. » Chafiro se leva, contourna son bureau et vint poser une main fraternelle sur l’épaule de Kellus. « Croyez-moi, tout va très bien ainsi. Miage va être ouverte à la colonisation totale et Boum-Boum sera une curiosité, une attraction. J’ai d’ailleurs adressé à la Confédération un projet de drapeau où figure la silhouette de votre satanée autruche sur fond bleu pâle. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus sourit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Mais il FAUT que nous sachions ! dit-il. Il y a des ruines étranges sur certains mondes, et les archéologues extra-solaires cherchent à deviner quelle civilisation a pu les ériger. Sur Haine-Lune, dans le système de Vialle, on a découvert…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Je sais ! Mais Boum-Boum est un androïde, ainsi que les Taupes et les autres fléaux… Il se reproduit et se comporte comme un être vivant, même s’il est une espèce de… de jouet. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus se dressa d’un bond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Qu’avez-vous dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Moi ? Que Boum-Boum n’avait aucune…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Non. Vous avez dit qu’il était un jouet, une espèce de jouet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Grand Dieu, Berg, vous n’allez pas… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Kellus était déjà dans la cour.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;asterisque&quot;&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le « Boum-Boumeur » était prêt et Kellus plaça la bande devant l’œil de lecture. Puis il se redressa et tendit le doigt :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cela représente quelques nuits de travail, ma femme pourra vous le certifier. Je ne dis pas cela pour me mettre en valeur, mais afin que chacun comprenne bien qu’il s’agit d’une expérience sérieuse. Sur cette bande, j’ai enregistré une composition musicale. Je n’ai jamais été un artiste et les règles fondamentales de la musique m’ont toujours échappé. Mais j’ai utilisé toutes les connaissances que nous avons amassées sur l’oiseau Boum-Boum durant ces derniers mois. » Il leva la tête vers le grand volatile. Les yeux à facettes reflétaient le soleil et le long cou se balançait doucement au-dessus de l’assistance. « En fait, la musique que nous allons émettre est une synthèse de divers morceaux qui sont connus pour affecter Boum-Boum de façon très sensible. Cela ne ressemble à rien de connu, pourtant, et justement, cette musique évoque peut-être le langage que devaient employer ceux qui ont créé Boum-Boum et les autres androïdes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se tut et Warkov fit démarrer la bande tandis que Dozzi et un technicien-radio s’occupaient du poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une étonnante musique s’éleva alors. Le rythme en était assez alerte, rapide. Les notes couraient avec d’étranges altérations, des interruptions et des montées inattendues. Ce n’était pas particulièrement agréable, mais, quand même, des images se formaient. On pouvait songer à une course extraordinaire, à une charge guerrière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, de fait, l’oiseau Boum-Boum parut s’éveiller. L’assistance s’écarta prudemment. Les deux grandes pattes étaient prises de tremblements convulsifs. Chafiro regarda Kellus avec inquiétude. Mais l’ornithologue eut un sourire rassurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boum-Boum, soudain, se mit à courir de long en large. Il suivait le rythme de la musique à sa façon et, pendant plusieurs minutes, il sillonna la prairie en long et en large, lançant ses pattes comme des ressorts, pointant son bec rouge en avant comme un javelot. Ses pseudo-plumes étaient immobiles, tout à coup, repliées en arrière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rythme de la musique s’accéléra alors et Boum-Boum démarra. Fantastique machine vivante, il atteignit l’extrémité de la prairie en un instant et disparut entre les collines dans un jaillissement de feuilles sèches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Et voilà, dit joyeusement Kellus. Il est parti… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les regards étaient fixés sur lui, maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Rassurez-vous, reprit-il, il reviendra. Il nous manquerait trop. Mais je crois que nous avons à peu près réussi. Cette musique le met en marche, littéralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– En marche ? dit Chafiro. Dites plutôt qu’il court comme s’il avait le feu aux plumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– C’est cela même. » Kellus s’assit sur le bâti du « Boum-Boumeur ». « Je me suis longtemps demandé quel était le rôle de Boum-Boum, ce que ses… disons ses constructeurs, attendaient de lui. J’ai étudié sa morphologie, encore et encore, et je me suis dit qu’avec de telles pattes…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– Un coureur ? dit Chafiro. Un oiseau-coureur… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus inclina la tête :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Cette race inconnue devait être très puissante pour créer un androïde aussi intelligent que Boum-Boum, car il est intelligent, à seule fin d’en faire un animal de course… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À cet instant, Boum-Boum reparut au loin et se rapprocha, laissant un sillage de poussière blanche derrière lui. Il franchit la rivière, passa comme une flèche devant l’assistance éberluée et s’éloigna de nouveau, ses pattes fouettant le sol comme deux bielles prodigieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Fantastique », dit Chafiro. Il s’approcha de Kellus, sourit et dit : « Mais quand même… quel peut être le rôle des autres ? Les Frelons-Rouges, les Araignées et… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kellus leva les mains au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ça, dit-il, c’est le rôle de mes collègues des autres spécialités. Vous savez bien que j’ai horreur de soulever des problèmes, Chafiro. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;#160;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’automne approchait quand le Transmetteur se mit à déverser des cohortes de civils, candidats pionniers pour Miage, qui ouvraient des yeux surpris en entendant chantonner tout autour d’eux des techniciens très sérieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ils sont tous fous, ici, dit une grosse femme qui avait l’accent rauque des gens de Vénus. Ou alors, ils ont des mœurs bizarres… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chafiro et Kellus contemplaient l’invasion pacifique et bruyante depuis la terrasse d’une des nouvelles tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Un jour, dit Chafiro, vous serez considéré comme le père de Miage quand ce monde sera devenu indépendant, car c’est le destin de tous les mondes. Vous serez l’homme qui a percé le secret de l’oiseau Boum-Boum et des androïdes fossiles…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;– C’est possible, dit tranquillement Kellus, à moins que je ne reste comme le compositeur génial de &lt;em&gt;La Course de l’oiseau Boum-Boum&lt;/em&gt;, morceau musical pour instruments multiples et divers en six parties : Canter, Départ, Premier virage, Ligne droite, Second virage et Arrivée… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À cette même seconde, l’oiseau Boum-Boum passa au large de la Base à une vitesse prodigieuse et lança un retentissant : BOUM-BOUM ! d’orgueil.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Le Jeune Homme et les Étoiles</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles" rel="alternate" type="text/html" title="Le Jeune Homme et les Étoiles" />
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      <published>2022-11-04T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2022-11-07T18:18:37+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Richard Comballot</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;comballot-jeunehomme-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/comballot-jeunehomme-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la sortie de l'intégrale des &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/michel-demuth/les-galaxiales-l-integrale&quot;&gt;&lt;strong&gt;Galaxiales&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Michel Demuth, en librairie le 17 novembre, découvrez l'introduction de Richard Comballot, maître d'œuvre de cette édition, qui explique la genèse de ce projet au long cours…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;comballot-jeunehomme-demuth.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/comballot-jeunehomme-demuth.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;/&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;C’est d’abord l’histoire d’un enfant rêveur,&lt;/span&gt; né quelques semaines avant le début de la Seconde Guerre mondiale, qui rencontre la littérature de science-fiction au tout début des années 1950, en se ramassant sur le coin de la figure un exemplaire du &lt;em&gt;Conquérant de la planète Mars&lt;/em&gt; d’Edgar Rice Burroughs &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot;&gt;(1)&lt;/a&gt;, tombé d’un placard entrouvert, dans un appartement où il emménage. Et qui, conséquemment, recherche en librairies des lectures similaires, découvrant coup sur coup, entre 1951 et 1954, les collections « Anticipation » du Fleuve Noir, le « Rayon Fantastique » de Hachette&amp;#160;&amp;amp; Gallimard et « Présence du Futur » de Denoël, sans oublier bien sûr les revues &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Galaxie&lt;/em&gt;, qui seront à l’origine, chez lui, de bien des émerveillements…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enfant, on le retrouve un peu plus tard, devenu adolescent, jeune homme… sur ses quelques très rares photos qui ont survécu. Sur l’une d’elles, il est assis sur l’herbe, ou plus exactement accoudé sur sa veste, fixant l’objectif, livre en mains, élégamment vêtu —&amp;#160;chemise blanche, petit gilet boutonné&amp;#160;— et arborant une mèche brune… presque rebelle, mais l’air sérieux : l’archétype du garçon déterminé, qui connaît son affaire et sait où il va… Il doit avoir seize ou dix-sept ans. Dix-huit peut-être. Et rêve, on le sait maintenant, de publier de la science-fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À cette époque, il a déjà accouché de plusieurs nouvelles. Et se prépare à écrire un premier roman. Il l’ignore, mais il ne tardera pas à concrétiser ses rêves en publiant, en 1958 —&amp;#160;année capitale pour lui puisque c’est également l’année de son mariage&amp;#160;—, une première nouvelle dans &lt;em&gt;Satellite&lt;/em&gt;, quelques mois avant son dix-neuvième anniversaire. Il y publiera à douze reprises, ce qui lui permettra, remarqué par Alain Dorémieux, d’entrer rapidement à &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, et plus largement chez Opta, où il fera montre de tous ses talents : d’auteur, de traducteur, de secrétaire de rédaction… mais n’anticipons pas… et ne déflorons pas la préface de Serge Lehman…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, en 1965, le toujours jeune Demuth propose sa première « Galaxiale » dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, il a une trentaine de récits à son actif, tous supports confondus, ce qui constitue déjà un joli palmarès, et il vient seulement de fêter ses vingt-six ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« &lt;em&gt;Je continuais à écrire beaucoup et commençai en 1964&lt;/em&gt; Les Galaxiales&lt;em&gt;, sans penser au départ écrire une histoire du futur&lt;/em&gt; », se confie-t-il lors d’un entretien au long cours. &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot;&gt;(2)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici comment Dorémieux, rédacteur en chef, le présentait à l’occasion de la parution de « L’Été étranger », premier texte du cycle : « &lt;em&gt;Placées au début sous le signe d’un space opera à l’imagerie colorée, ses nouvelles ont peu à peu dérivé vers des conceptions plus ambitieuses, caractérisées par le choix de sujets sociologiques ou psychologiques, avec des résonances épiques et poétiques. […] Avec le récit que nous publions aujourd’hui, Michel Demuth aborde une nouvelle étape de sa carrière. Il s’agit en effet du premier texte à prendre place dans une série intitulée&lt;/em&gt; Les Galaxiales&lt;em&gt;, qui retracera divers épisodes de l’Histoire future de l’humanité, depuis l’an 2000 jusqu’à un lointain avenir. Ainsi donc, après&lt;/em&gt; Demain les chiens &lt;em&gt;de Simak, après les&lt;/em&gt; Chroniques martiennes &lt;em&gt;de Bradbury, après l’&lt;/em&gt;Histoire du futur &lt;em&gt;de Heinlein, voici entamée, pour la première fois sous la plume d’un auteur français, une fresque chronologique échelonnée selon un plan d’ensemble, et obéissant à une perspective historique.&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref3&quot; id=&quot;_ftn3&quot;&gt;(3)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an plus tard, rédigeant le chapeau de la cinquième nouvelle de la série dans la revue, ce même Dorémieux faisait le constat suivant : « &lt;em&gt;Ce qui frappe dans cette suite d’histoires, c’est la variété de ton adoptée par l’auteur, qui s’est refusé à écrire une banale “histoire du futur” envisagée toujours sous le même angle, mais tente au contraire chaque fois de varier sa technique et de modifier ses éclairages.&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref4&quot; id=&quot;_ftn4&quot;&gt;(4)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’auteur nous propose trois « Galaxiales » dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; en 1965 —&amp;#160;sans oublier une quatrième, et pas des moindres, dans le fanzine &lt;em&gt;Mercury&lt;/em&gt; de Jean-Pierre Fontana &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref5&quot; id=&quot;_ftn5&quot;&gt;(5)&lt;/a&gt;&amp;#160;—, trois en 1966, une en 1967… puis plus rien : après huit « épisodes », la série s’interrompt, Michel Demuth n’a plus le temps d’écrire, dévoré par les traductions et les taches éditoriales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, si l’on se réfère au tableau chronologique publié de façon partielle dans le numéro 141 (août 1965), puis dans le tableau complété proposé dans le numéro 154 (septembre 1966) —&amp;#160;auquel il ne manque que deux titres par rapport à la version exhaustive et définitive apparue pour la première fois en 1974&amp;#160;—, il ne restait qu’une petite vingtaine de nouvelles à produire. Ce qui est en même temps peu… et beaucoup, convenons-en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois, et une fois seulement, il y reviendra dans le cadre de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; : dans le numéro 245 de mai 1974, avec « Les Médiateurs m’ont envoyé ». Dorémieux souligne, lors de sa présentation, interpellant son collègue et ami : « &lt;em&gt;Un creux de sept ans, mon cher Michel, ce n’est pas rien. Mais c’est qu’entre-temps tu es devenu, comme on dit, quelqu’un d’“important”, un&lt;/em&gt; big boss &lt;em&gt;de l’édition de SF en France.&lt;/em&gt; » À ce sujet, Gérard Klein, qui réédite « Le Retour de Yerkov » dans l’une de ses anthologies et se prépare à publier chez Robert Laffont le recueil &lt;em&gt;Les Années métalliques&lt;/em&gt;, constate effectivement : « &lt;em&gt;Presque seul, il porte la charge chaque année de l’édition de 30 à 40 volumes ou numéros de revues et il est certainement l’éditeur le plus “pro” (sinon le seul) de toute la science-fiction en France. Cela explique que, depuis de longues années, il ne trouve guère le temps d’écrire et de poursuivre en particulier sa série des&lt;/em&gt; Galaxiales &lt;em&gt;qui devait dessiner une vaste histoire du futur&lt;/em&gt;. » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref6&quot; id=&quot;_ftn6&quot;&gt;(6)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Dorémieux a beau le menacer de « &lt;em&gt;représailles en cas de non-récidive&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref7&quot; id=&quot;_ftn7&quot;&gt;(7)&lt;/a&gt;, il ne le verra pas lui proposer de nouveaux inédits par la suite, puisqu’il quittera la direction de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; quelques mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À partir de là, les &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt; ne seront plus envisagées, pour leur créateur, qu’en recueils et non plus « à la découpe », en revue. Il a, a posteriori, expliqué : « &lt;em&gt;Il a fallu que Sadoul m’en parle pour que je me décide car l’écrivain s’était peu à peu oublié.&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref8&quot; id=&quot;_ftn8&quot;&gt;(8)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier volet est finalement publié chez J’ai Lu en 1976, sous une efficace couverture de Chris Foss. Et le succès est au rendez-vous : « Les Galaxiales &lt;em&gt;avaient été présentées à la télé par Lancelot, avec un gros plan sur la couverture, et dès le lendemain les demandes des libraires explosaient. Un jour, Sadoul m’appelle et me dit : “Tu en es à 85 000.”&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref9&quot; id=&quot;_ftn9&quot;&gt;(9)&lt;/a&gt;De plus, l’ouvrage remporte l’année suivante le Grand Prix de la Science-Fiction Française (qui ne s’appelait pas encore Grand Prix de l’Imaginaire), dans la catégorie… roman… face aux &lt;em&gt;Prédateurs enjolivés &lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref10&quot; id=&quot;_ftn10&quot;&gt;(10)&lt;/a&gt; de Pierre Christin et &lt;em&gt;L’Échiquier de la création&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref11&quot; id=&quot;_ftn11&quot;&gt;(11)&lt;/a&gt; de Dominique Douay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George W. Barlow, qui le prend en charge pour les pages critiques de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, met en avant la profondeur de champ de la série, avançant qu’on « &lt;em&gt;pourrait s’amuser à classer ces nouvelles en catégories, depuis le space opera jusqu’à la politique fiction.&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref12&quot; id=&quot;_ftn12&quot;&gt;(12)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra cependant attendre trois ans pour voir paraître le second volume, composé en majorité d’inédits, alors qu’il devait initialement paraître l’année suivante. On imagine que l’accouchement a dû être pour le moins compliqué. Mais le livre est là. Jean-Marc Ligny, toujours dans les colonnes de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, ne tarit pas d’éloges à son sujet : « &lt;em&gt;Huit nouvelles, huit perles, un futur parallèle aux&lt;/em&gt; Seigneurs de l’Instrumentalité &lt;em&gt;—&amp;#160;sinon dans les faits, du moins dans sa force d’évocation, et l’étrangeté des mondes décrits.&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref13&quot; id=&quot;_ftn13&quot;&gt;(13)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au troisième, qui devait clôturer la saga, il ne verra pas le jour, ni dans les années 1980, ni par la suite, Demuth ne parvenant jamais, au fil des années, à dégager le temps et l’énergie nécessaires à son écriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je l’interviewe, en 2001, il en est toujours à déplorer cette situation, promettant une délivrance proche : « &lt;em&gt;Blocage, blocage… Il faudrait que je m’immerge totalement là-dedans… Et c’est ce que je fais en ce moment. Je m’y remets grâce à des pressions amicales, comme celles de Daniel Riche, et des lettres de lecteurs&lt;/em&gt;. » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref14&quot; id=&quot;_ftn14&quot;&gt;(14)&lt;/a&gt;Sans oublier celles de Jacques Chambon, qui l’exhorte à boucler la série en vue d’une intégrale qu’il se dit prêt à accueillir chez Flammarion, dans sa fameuse collection « Imagine »…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ambitionne par ailleurs de boucler un autre recueil hors-&lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt; et un roman pour la jeunesse… tout en traduisant toujours à tour de bras. Il continue, par conséquent, à se disperser, y compris en écrivant à deux reprises pour les anthologies du signataire de la présente introduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, Jacques Chambon disparaît. Puis c’est au tour de Michel Demuth, lui-même, de nous quitter en 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’éteint alors tout espoir de voir un jour la série achevée…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les mois et les années passant, une double idée s’imposa à votre serviteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait commencer par rassembler un gros &lt;em&gt;best of&lt;/em&gt; (hors-&lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt;), toutes périodes confondues, des années 1950 aux années 2000 ; qui intègrerait notamment les textes les plus récents, que l’auteur lui-même avait souhaité réunir de façon autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait ensuite mener à bien les &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt;… en faisant écrire par d’autres les parties manquantes&amp;#160;! Puisqu’on disposait du tableau chronologique, il suffirait d’attribuer chaque titre à un créateur d’univers différent, à un confrère, amateur de la série : projet immédiatement « vérifié » auprès de quelques auteurs-amis et validé par Luce Demuth, la veuve de Michel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dernière me confia sans tarder une copie de son disque dur, afin de m’assurer que ne s’y trouvait pas quelque inédit utilisable pour l’un ou l’autre de ces projets. Vérification faite, y figuraient juste une poignée de départs de textes, mais rien de très conséquent, à l’exception d’une cinquantaine de pages de &lt;em&gt;Me et personne d’autre&lt;/em&gt;, son embryonnaire roman pour la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;best of&lt;/em&gt; se trouva rapidement rassemblé… et publié au Bélial’ en 2010 sous une couverture de Caza et sous le titre de &lt;em&gt;À l’est du Cygne&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxième projet mit plus de temps à aboutir. Si Olivier Girard se déclara également intéressé et l’inscrivit aussitôt dans la rubrique « À paraître » des éditions du Bélial’, il ne me donna que récemment, à la fin du premier confinement, le feu vert, programmant plus tardivement encore notre intégrale des &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt; pour l’automne 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint alors le moment de m’occuper des nouvelles manquantes qui étaient au nombre de onze puisque deux, parmi les treize qui auraient dû composer le troisième volume, avaient été publiées isolément, il y a longtemps, attendant sagement dans les pages de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Mercury&lt;/em&gt; leur reprise ultérieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À ce propos… puisque nous évoquions le disque dur de l’intéressé : signalons que nous y avions retrouvé un dossier sobrement intitulé «&amp;#160; Galaxiales » qui contenait, outre une version relue et corrigée de « Les Médiateurs m’ont envoyé », une version « revisitée », liftée, de « Yragaël ou la fin des temps », hélas inachevée —&amp;#160;mais témoignant à elle seule des évolutions dans la pensée et l’écriture demuthiennes&amp;#160;—, et le début de « Chanson pour givrer le temps », premier fragment du troisième et alors virtuel opus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, oui, vint le moment, entre la fin 2020 et le début 2021, de boucler la boucle. Je me rendis rapidement compte en posant les choses que les données de 2010 avaient considérablement évolué et que nombre de « sympathisants » n’étaient pas/plus disponibles : Ayerdhal —&amp;#160;qui avait réservé son ticket, et même un deuxième pour une collaboration avec Jean-Claude Dunyach&amp;#160;— nous avait quitté. Même chose pour Daniel Walther et Roland C. Wagner qui s’étaient dits potentiellement intéressés. Raymond Milési avait quitté le monde de la SF. Jean-Claude Dunyach ne travaillait plus pour l’instant que sur ses chansons. Jean-Marc Ligny et Claude Ecken, engagés sur d’autres projets, ne disposaient pas du temps nécessaire à leur immersion dans le nôtre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallut donc réaliser un nouvel état des forces en présence et repartir avec un équipage partiellement renouvelé. Et au final, après une bonne année de travail, le résultat était là, à la hauteur de nos espérances ; avec des auteurs qui avaient même parfois accepté de produire deux textes pour compenser les défections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est ainsi que nous retrouvons aujourd’hui, groupés sous la bannière des &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt;, Christian Léourier, Dominique Warfa, Ugo Bellagamba, Joëlle Wintrebert, Richard Canal en tandem avec Olivier Bérenval, Colin Marchika, Jean-Jacques Girardot et Jacques Barbéri. Un équipage qui a fière allure&amp;#160;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le résultat… vous pourrez l’observer à votre tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’objet d’abord. Que vous avez nécessairement en mains si vous lisez cette introduction autrement qu’en numérique. Un livre lourd, massif, comme la collection « Kvasar » en a le secret. Sous une couverture dont le dessin ne pouvait être confié à personne d’autre que Philippe Druillet, le compagnon de route des années 1960, 1970, qui me donna son accord immédiat pour la reprise du dessin désiré —&amp;#160;et tiré, évidemment, du cultissime album &lt;em&gt;Yragaël&lt;/em&gt;. Merci à lui&amp;#160;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au contenu, il vous faudra aller au bout des trente nouvelles pour en juger.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;comballot-jeunehomme-galaxiales.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/comballot-jeunehomme-galaxiales.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;/&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Pour les deux premiers tiers signés Demuth, l’écriture est poétique souvent, flamboyante parfois : « &lt;em&gt;Je recherche ma musique à moi, qui repose beaucoup sur la poésie et l’écriture automatique. J’ai dû être nourri par les poètes, de Jacques Prévert à Saint-John Perse, en passant par Rimbaud, Charles Cros ou Hugo.&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref15&quot; id=&quot;_ftn15&quot;&gt;(15)&lt;/a&gt; On passe du classique au moderne, et parfois même par l’expérimental, ce qui a fait dire à l’intéressé : « &lt;em&gt;Quand je relis certaines&lt;/em&gt; Galaxiales&lt;em&gt;, je me dis que j’ai fait un peu fort dans le rimbaldisme exacerbé, que j’aurais dû “moins en faire”, que je suis parfois à la limite de l’incompréhensible.&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref16&quot; id=&quot;_ftn16&quot;&gt;(16)&lt;/a&gt;Cette remarque vaut surtout pour une nouvelle courte telle que « Les Médiateurs m’ont envoyé », pour laquelle il faut effectivement s’accrocher un brin&amp;#160;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisième tiers, écrit par des confrères qui avaient pour la plupart découvert les &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt; il y a bien longtemps, est au niveau attendu. Chacun, ayant pris en charge un seul texte, deux au plus, donne le maximum, prenant appui sur le tableau chronologique, sur le corpus demuthien, reprenant à son compte l’univers, la terminologie, les néologismes, cherchant toujours à illustrer le titre qui lui a été confié.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La greffe a pris et bien pris, permettant aux &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt; de reparaître, non plus sous la forme d’une œuvre inachevée, ouverte, en devenir, mais au contraire bouclée, pouvant être lue, désormais, du début à la &lt;em&gt;fin&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« &lt;em&gt;Monument mythique de la Science-Fiction française&lt;/em&gt; » &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftnref17&quot; id=&quot;_ftn17&quot;&gt;(17)&lt;/a&gt;pour Philippe Curval, œuvre fractale et désormais collective, notre intégrale des &lt;em&gt;Galaxiales&lt;/em&gt; brille de mille feux au firmament de la SF nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Désormais, elle vous appartient&amp;#160;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Richard Comballot&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn1&quot;&gt;(1).&lt;/a&gt; Dans une édition Hachette de 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn2&quot;&gt;(2).&lt;/a&gt;  « Michel Demuth ou la nostalgie de l’avenir » par Richard Comballot, in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°25, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref3&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn3&quot;&gt;(3).&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; n° 140, 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref4&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn4&quot;&gt;(4).&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; n° 153, 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref5&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn5&quot;&gt;(5).&lt;/a&gt; « Yragaël ou la fin des temps », qui donnera lieu à l’album de BD éponyme (Dargaud, 1974), dessiné par Philippe Druillet et prépublié dans Pilote (1973-1974).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref6&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn6&quot;&gt;(6).&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Le Grandiose Avenir&lt;/em&gt;, Seghers, 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref7&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn7&quot;&gt;(7).&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; n° 245, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref8&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn8&quot;&gt;(8).&lt;/a&gt; Richard Comballot, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref9&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn9&quot;&gt;(9).&lt;/a&gt; Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref10&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn10&quot;&gt;(10).&lt;/a&gt; Robert Laffont, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref11&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn11&quot;&gt;(11).&lt;/a&gt;J’ai Lu, 1976.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref12&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn12&quot;&gt;(12).&lt;/a&gt;&lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; n° 276, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref13&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn13&quot;&gt;(13).&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; n° 307, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref14&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn14&quot;&gt;(14).&lt;/a&gt; Richard Comballot, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref15&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn15&quot;&gt;(15).&lt;/a&gt; Richard Comballot, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref16&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn16&quot;&gt;(16).&lt;/a&gt; Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref17&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/11/04/Le-Jeune-Homme-et-les-Etoiles#_ftn17&quot;&gt;(17).&lt;/a&gt;&lt;em&gt;Galaxie&lt;/em&gt; n° 149, 1976.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 108)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/10/26/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-108" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 108)" />
      <id>urn:md5:78701b625c741f422d481c39b9de562c</id>
      <published>2022-10-26T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2023-01-25T16:17:04+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr108-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En complément aux critiques du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-108&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 108&lt;/a&gt;, disponible depuis le 27 octobre en bonnes librairie, voici une dizaine de papiers supplémentaires, afin d'explorer Sorrowland, Widowland et quelques autres contrées proches de notre monde ou plus éloignées…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-silence.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-silence_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Les aventures de John Silence, le Sherlock Holmes du surnaturel&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Algernon Blackwood - Terre de Brume, coll. «&amp;nbsp;Terres Fantastiques&amp;nbsp;» - janvier 2022 (réédition de nouvelles traduites de l’anglais [UK] par Max Duperray et Jacques Parsons. 352 pp. GdF. 22€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Imaginé à l’orée du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle par le britannique Algernon Blackwood (1869-1951), le singulier John Silence n’est peut-être pas un complet inconnu pour les lecteurs et lectrices de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. Constitué de six récits, le cycle dévolu à ce personnage (notamment admiré par Lovecraft) avait déjà fait l’objet de traductions françaises entre les années 1960 et 1990. Celles-ci étaient cependant éparses et partielles et Terre de Brume a réédité l’ensemble de ces nouvelles en un seul volume incluant par ailleurs un texte jusqu’alors inédit en français, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une victime des hauts espaces&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Grâce à l’éditeur breton et à Max Duperray, à la fois co-traducteur et maître d’œuvre de ce recueil, le lectorat francophone peut donc enfin prendre la totale mesure du «&amp;nbsp;Sherlock Holmes du surnaturel&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Du moins est-ce ainsi que Terre de Brume a choisi de sous-titrer cette première intégrale francophone des &lt;strong&gt;Aventures de John Silence&lt;/strong&gt;, remplaçant ainsi celui choisi par Blackwood et qualifiant son personnage de «&amp;nbsp;Physician Extraordinary&amp;nbsp;» — en français, «&amp;nbsp;le Médecin du Surnaturel&amp;nbsp;». Docteur en psychiatrie et non pas «&amp;nbsp;consulting detective&amp;nbsp;» de son état, Silence tient en effet bien plus du réel Sigmund Freud que du fictif locataire du 221 B Baker Street. N’ayant pas seulement la qualité de médecin en commun avec l’analyste viennois, Silence partage encore avec lui une méthode. Puisque c’est le plus souvent par le biais de l’écoute de celles et ceux venant le consulter que Silence parvient à identifier, ou plutôt à diagnostiquer l’origine du malaise les taraudant. Surnaturel oblige, les «&amp;nbsp;cures parlantes&amp;nbsp;» menées par l’attentif Silence font apparaître que la dépression ou l’angoisse de sa patientèle trouvent leur source dans un au-delà (ou bien encore les &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hauts Espaces&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de la sixième nouvelle) peuplé d’entités issues de diverses mythologies. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une invasion psychique&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; emprunte ainsi aux histoires de maison hantée tandis que &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sortilèges et métamorphoses&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; mobilise la figure de la sorcière. De nécromanciens il est encore question dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Némésis du Feu&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; puisant dans l’imaginaire de l’Égypte antique, et dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Camp du chien&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; qui fait appel au chamanisme amérindien, tout en y associant le motif lycanthropique. Enfin, le bout fourchu de la queue du Diable lui-même pointe dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Culte secret&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Soient autant de références traditionnelles auxquelles se combinent celles plus contemporaines de l’imaginaire spirite, comme dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une victime des hauts espaces&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Après avoir débusqué le démon (ou la démone) tourmentant ses patients, le thérapeute Silence se fait thaumaturge. Passant dès lors de l’écoute à l’action, il use offensivement d’un savoir occulte aussi achevé que celui lui permettant d’explorer la psyché humaine. Ces duels constituent les brefs et spectaculaires climax de récits s’attachant pour l’essentiel à restituer des états d’âmes aux prises avec les forces de l’Invisible. Pour ce faire, Blackwood déploie une écriture toute en finesse analytique et même psychanalytique. Un choix narratif qui destine avant tout ces &lt;strong&gt;Aventures de John Silence&lt;/strong&gt; aux amateurs et amatrices d’un fantastique que l’on dit psychologique…&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-zogru.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-zogru_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Zogru&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Doina Ruști - Éditions du Typhon, coll. «&amp;nbsp;Les hallucinés&amp;nbsp;» - mars 2022 (roman inédit traduit du roumain par Florica Courriol. 256 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;De qui Zogru est-il le nom&amp;nbsp;? Ou plutôt de &lt;em&gt;quoi&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Car, au regard des références taxinomiques communément admises, il est peu aisé de déterminer l’essence de l’entité donnant son titre au roman de la roumaine Doina Ruști, traduite pour la première fois en français. Selon sa créatrice, Zogru affecte la forme première d’un &lt;em&gt;«&amp;nbsp;tourbillon de lumière verte […] aussi fin qu’une queue de cerise […] ondulant comme un cordon souple&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; . Tapi depuis des lustres dans la glèbe de Valachie, Zogru en émerge &lt;em&gt;«&amp;nbsp;un beau jour de printemps, en l’année 1460, pendant la Semaine Sainte.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; Flottant un temps dans l’air campagnard, la gazeuse créature va ensuite prendre possession du corps et de l’esprit de Pampou, un jeune paysan assis non loin. Et ce ne seront là que les premières prises de possession et incarnation de l’éthérée créature. Découvrant bientôt qu’il est capable de migrer d’un hôte à un autre, il s’engage dès lors dans une singulière et polymorphe odyssée. Allant d’homme en femme, de jeune en vieillard, de prolétaire en aristocrate, le gender-fluid et transfuge avant la lettre qu’est Zogru voyage encore à travers le temps, nanti d’une extraordinaire longévité. Le nomade des corps et des siècles a en revanche plus de difficulté à se jouer de l’espace. Un énigmatique verrou topographique l’empêche en effet de s’éloigner par trop du sol de Valachie, puis de ce qui deviendra la Roumanie au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Non sans quelque heurt (les migrations de Zogru virent parfois au fiasco), l’esprit baladeur parcourt sept siècles d’Histoire de la Roumanie. Doué de pensée, Zogru l’est aussi d’affect, accessible qu’il est notamment à l’amour que lui inspirent certaines humaines. Une passion dont l’heureuse réalisation ne va pas sans difficultés, l’on s’en doute, puisque Zogru est voué à survivre à celles dont il s’est épris…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Vivant sous les règnes autocratiques du sanglant Vlad l’Empaleur ou du rouge Nicolae Ceaușescu, Zogru est aussi le contemporain de l’accession de la Roumanie à l’indépendance ou de son entrée dans l’ère néo-libérale. Mais plutôt que des évolutions, et encore moins des progrès, ce sont de dommageables permanences qu’observe et éprouve Zogru d’âge en âge, puisque la société (pré)roumaine demeure toujours aussi imparfaite, marquée par la domination continue d’élites aux contours faussement changeants. De la sorte, le fantastique de &lt;strong&gt;Zogru&lt;/strong&gt; participe d’une relecture à la fois allégorique et critique du réel roumain, ainsi que de ses origines historiques. Si l’on ajoute à cela une tonalité ironique, on aura compris que la manière de conte qu’est &lt;strong&gt;Zogru&lt;/strong&gt; tient plus de Voltaire que des frères Grimm. D’une narration riche en rebondissements, l’aventure de Zogru se révèle cependant plus intrigante que passionnante. Souvent (très) elliptique quant à ses nombreuses références politiques ou culturelles, cette contre-histoire de Roumanie échappera peut-être à celles et ceux connaissant peu ce pays. Sans doute quelques notes supplémentaires en bas de page, ou bien encore une préface auraient permis de mieux goûter ce roman à clef. Ainsi susceptible de mettre ses lecteurs et lectrices à distance, le livre ne touche guère plus quant à ses amours fantomatiques, un peu trop froidement évoquées pour émouvoir. &lt;strong&gt;Zogru&lt;/strong&gt; n’est donc pas le titre le plus convaincant des « Hallucinés&amp;nbsp;», une collection offrant par ailleurs de très beaux et très&lt;em&gt;weird&lt;/em&gt; titres tels que &lt;strong&gt;Eltonsbrody&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; n°96) et &lt;strong&gt;Le temps qu’il fait à Middenshot&lt;/strong&gt; d’Edgar Mittelholzer…&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-devolution.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-devolution_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Dévolution&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Max Brooks - Le Livre de Poche - avril 2022 (réédition d’un roman traduit de l’anglais [États-Unis] par Patrick Imbert - 413 pp. GdF. 8,20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Le &lt;em&gt;pitch&lt;/em&gt; n’était pourtant pas si mauvais. De riches Occidentaux écolos décident de quitter la ville bruyante et furieuse pour se réfugier à Greenloop, un havre de paix high-tech au beau milieu de la forêt américaine. L’objectif&amp;nbsp;: une existence communautaire en harmonie avec la nature sauvage ; vivre sainement et sereinement selon les principes du développement personnel et du wifi. Mais une force brutale – une horde de Yétis affamés – est tapie dans les fougères. Et lorsque l’éruption d’un proche volcan l’y poussera, celle-ci sortira de sa cachette et sèmer la panique.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Émoustillé, on se met à demander&amp;nbsp;: y trouvera-t-on une métaphore bien sentie de la psyché moderne ? Des rapports intéressants se noueront-ils entre ces Autres et le groupe de bobos surprotégés ? Et cette « dévolution » annoncée dès la couverture, comment sera-t-elle mise en scène ? Hélas, le traitement de ces questions reste sommaire et on déchante vite. Certes, les Bigfoots sortent du bois pour manger et c’est censé faire peur. Mais nous, lecteurs, restons sur notre faim.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;En fait, on s’ennuie à mourir dans ce roman sans réel enjeu ni suspense. Les membres de la communauté ont beau être décimés les uns après les autres par les créatures velues, on reste de marbre. La raison est simple. Malgré la volonté de l’auteur de nous plonger dans le feu de l’action via le journal intime de l’une des habitantes du lieu – et donc de mettre les sentiments et les relations au premier plan –, la psychologie des personnages est désespérément fade et attendue. Certains d’entre eux ne sont que des caricatures juste bonnes à nourrir les vilains méchants grands singes. Ceux-ci ne reçoivent d’ailleurs pas un traitement beaucoup plus favorable, même si un effort notable est accompli pour dépeindre des personnalités diverses unies par de forts liens sociaux.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Finalement, un seul protagoniste retient l’attention. Non pas l’héroïne, dont la progressive «&amp;nbsp;transformation/dévolution&amp;nbsp;» fait plutôt sourire et prépare – qui sait ? – une suite, mais son mentor&amp;nbsp;: Mostar, une artiste bosniaque d’un certain âge que la guerre de Yougoslavie, dans les années 1990, a habituée à la survie.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;À ce propos, en quelle année sommes-nous ? Peut-être aujourd’hui ou dans un futur proche. Les technologies n’ont pas vraiment évolué (tout au plus trouve-t-on une domotique améliorée et une connexion à internet plus puissante) ; aucune révolution scientifique ne vient non plus compliquer le tableau et on reconnaît sans peine la &lt;em&gt;upper class&lt;/em&gt; étatsunienne, ainsi que le paysage politique contemporain. Rien de bien neuf de ce côté, donc. Max Brooks préfère naviguer entre horreur et fantastique sans toucher de trop près à la science-fiction ou à la spéculation. Notre conseil&amp;nbsp;: si vous avez autre chose à faire, n’allez pas vous perdre à Greenloop, vous y tourneriez en rond.&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Nicolas Delforge&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-uchronies.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-uchronies_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Uchronies – Le laboratoire clandestin de l’histoire&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Thierry Camous - Éditions Vendémaire, coll. «&amp;nbsp;Chroniques&amp;nbsp;» - mai 2022 (essai inédit - 372 pp. GdF. 25&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Comme Thierry Camous l’indique dans un préambule qualifié d’indispensable, le présent ouvrage n’est pas un livre d’histoire, mais un livre sur l’histoire écrit par un historien qui en maîtrise les méthodes. Une assertion confirmée par le dispositif rigoureux déployé par l’auteur pour exposer son sujet. Le curieux sera bien aise de relever ainsi l’existence d’un paratexte copieux se composant de notes, de cartes et d’une bibliographie assez complète.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;La connaissance historique procède d’un travail méticuleux d’élucidation, où les faits sont établis à la lumière de l’analyse rigoureuse des sources, de leur confrontation et de leur critique, à la fois externe et interne, de manière à dresser un portrait le plus vraisemblable possible du passé. Mais, l’histoire s’écrit aussi au présent, restant tributaire de nos représentations et pouvant faire l’objet de révisions, terme à prendre ici dans son acception scientifique et non dans le sens polémique, défendu par les tenants d’une post-vérité relevant davantage de la falsification des faits. A priori, l’uchronie semble échapper à ce débat puisqu’il s’agit d’identifier dans le passé un fait précis afin de postuler qu’il ne s’est pas produit ou qu’il s’est déroulé différemment. L’historicité des faits ne figure donc pas au cœur de son propos. Néanmoins, elle peut faire l’objet de manipulations politiques. Conscient de cet écueil, Thierry Camous précise que l’histoire alternative doit rester pour l’historien un champ expérimental et ludique, un laboratoire où l’universitaire assume de faire de l’uchronie sans prétendre faire de l’histoire, écartant ainsi la tentation d’évoquer le passé à l’aune d’une vision uchronique non assumée. Il récuse enfin l’appellation d’histoire contrefactuelle, préférant jouer à partir des faits plutôt que contre eux.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;L’Histoire revisitée&amp;nbsp;: Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes&lt;/strong&gt;, Éric B. Henriet a indiqué que la date de divergence était souvent faible dans l’uchronie car dépendante du niveau de connaissance du lecteur. Thierry Camous refuse de céder à cette facilité, même si l’on retrouve parmi les dix moments historiques sélectionnés la bataille de Waterloo et l’attentat de Sarajevo. Le choix de la divergence apparaît en effet crucial, au moins autant que la méthode adoptée où le probable, les possibles et l’imaginable sont déclinés avec pédagogie et toute la prudence nécessaire de l’historien, du rêve d’Empire universel d’Alexandre le Grand à l’élection contestée de Georges W. Bush en 2001.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Indépendamment de l’aspect purement ludique, quel intérêt un historien peut-il manifester pour l’uchronie&amp;nbsp;? Tout d’abord, elle permet de jeter un éclairage différent sur un point méconnu de l’histoire, du moins du grand public. Le procédé a le mérite également de bouleverser les certitudes, amenant l’historien à reconsidérer son objet d’étude, à analyser les faits sous un autre angle, voire à mettre à l’épreuve ses représentations. L’histoire alternative apparaît enfin comme un bon moyen de redonner toute sa valeur au hasard en histoire, tout n’étant évidemment pas forcément écrit à l’avance, même si le temps long pèse fortement sur les structures et les mentalités.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Uchronies&amp;nbsp;: le laboratoire clandestin de l’histoire&lt;/strong&gt; est donc un essai stimulant, écrit par un historien désireux d’appliquer ses méthodes à l’uchronie. L’amateur d’histoire alternative n’y trouvera sans doute pas matière à satisfaire son imagination débridée en matière de fiction, Thierry Camous se contentant d’esquisser des pistes de divergences historiques probables, sans rien céder à la rigueur de l’universitaire. Que cet exercice passionnant n’empêche cependant pas les amateurs de littérature ou de tout autre média, de laisser filer leur imagination. Le présent ouvrage recèle des propositions prometteuses. Écrivains et scénaristes, à vos plumes&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-peau.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-peau_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Toucher la peau du ciel (L’Empire s’effondre T.2)&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Sébastien Coville - éditions Anne Carrière - mai 2022 (roman inédit inédit – 496 pp. GdF. 22,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Dans le volume inaugural et éponyme du cycle (chroniqué dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 104), l’empire de Seth s’est effondré quand une révolution de palais a créé une scission entre les princes dirigeant ses différentes castes, et que l’un d’eux est entré en guerre contre les autres pour préserver le système. Le volume 2, &lt;strong&gt;Toucher la peau du ciel&lt;/strong&gt;, pose tout simplement la question suivante&amp;nbsp;: et maintenant&amp;nbsp;? L’empire s’est effondré, mais que va-t-il jaillir de ses décombres&amp;nbsp;? Diverses factions y apportent des réponses très différentes&amp;nbsp;: les Familles de la Pègre tentent d’exploiter les vestiges, créant une vague d’insécurité sans précédent; le Triumvirat (prince de la Loi en premier lieu) cherche à consolider son pouvoir et à préserver ce qu’il peut du système de castes en déliquescence; les dirigeants de la Foi et de la Guerre veulent le transformer pour accentuer son aspect théocratique et faire passer les autres castes sous leur contrôle, tandis que les Techniciens cherchent à transcender l’ordre ancien en créant une nouvelle Loi qui ne viendrait plus d’un livre sacré mais des hommes, en refondant l’ensemble de la société, où le mérite compterait plus que l’origine sociale, et en la basant sur la Raison plutôt que la Foi.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Dans notre recension de &lt;strong&gt;L’Empire s’effondre&lt;/strong&gt;, nous avons déploré, malgré d’évidentes et incontestables qualités, que ce soit en termes de style, d’intrigue ou (surtout) de &lt;em&gt;worldbuilding&lt;/em&gt;, des maladresses, comme des longueurs, un nombre trop élevé de points de vue, de personnages secondaires et de sous-intrigues (parfois à l’utilité douteuse), ainsi que quelques effets de manche stylistiques dispensables. Ce second volet corrige en bonne partie ces défauts, l’ensemble donnant moins l’impression de se perdre dans des détours superflus, les dialogues étant moins déclamatoires (on aurait néanmoins apprécié qu’en contrepartie, Coville nous évite de jouer à l’épigone de Jean-Philippe Jaworski ou Cédric Ferrand en mettant autant l’emphase sur le registre populo-argotique), le rythme plus constant et l’importance de chaque personnage (déjà connus du lecteur, ce qui facilite les choses) plus claire. On soulignera que le &lt;em&gt;worldbuilding&lt;/em&gt;, déjà admirable, s’enrichit encore, et que les questions que nous nous posions quant à la nature réelle de cet univers et au classement taxonomique de ce cycle ne font que devenir plus pressantes. On appréciera, enfin, une communication plus sobre de l’éditeur, qui en faisait DES TONNES sur la quatrième de couverture du roman précédent.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Notre critique de &lt;strong&gt;L’Empire s’effondre&lt;/strong&gt; se terminait en prédisant qu’avec quelques ajustements, le tome 2 pourrait être une spectaculaire réussite&amp;nbsp;: force est de constater que réussite, il y a, et qu’elle n’est effectivement pas si loin d’être spectaculaire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Apophis&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-ardathia.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-ardathia_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;La Révolte d’Ardathia&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Francis Flagg - L’Apprentie - mai 2022 (recueil traduit de l’anglais par France-Marie Watkins et Georges H. Gallet, traductions revues et corrigées - 120 p. Poche. 9,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;L’Apprentie est une jeune maison d’édition bordelaise, sorte d’éditeur école qui offre aux étudiants se destinant au métier l’opportunité de se faire les dents et qui semble pour l’heure se vouer à un travail patrimonial. Leur catalogue, bien qu’encore succinct, compte quelques noms qui parleront aux amateurs d’imaginaire ou de littérature populaire&amp;nbsp;: Edith Wharton, Gaston Leroux ou Maurice Leblanc. L’initiative qui mérite que l’on s’y intéresse.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Pour cette livraison de printemps, L’Apprentie a exhumé l’auteur américain Francis Flagg (1898-1946), de son vrai nom Henry George Weiss, qui fut parmi les premiers à publier de la science-fiction – que l’on appelait encore scientitfiction –, dans les pages du tout premier magasine dédié à notre genre de prédilection, &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, tout juste lancé par Hugo Gernsback.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Ce livre reprend les deux récits que Francis Flagg a consacré à l’univers d’Ardathia&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Cités d’Ardathia&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (mars 1932) et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Homme-Machine d’Ardathia&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (novembre 1927) qui tous deux ont connu l’heur d’une précédente édition française dont les traductions sont ici reprises. Celle de France-Marie Watkins pour le premier qui figurait dans l’anthologie de Jacques Sadoul &lt;strong&gt;Les Meilleurs récits d’Amazing Stories&lt;/strong&gt; (J’ai Lu, 1974) et celle de Georges H. Gallet dans son anthologie &lt;strong&gt;Escale dans l’Infini&lt;/strong&gt; (Le Rayon Fantastique, 1954), qui fut la première du genre dans notre pays. Francis Flagg est aujourd’hui totalement oublié si tant est qu’il n’ait jamais été connu en nos contrées, où un seul autre de ses textes fut publié.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Le récit initial est constitué de deux parties bien distinctes. La première nous présente un univers qui n’est pas sans rappeler celui du &lt;em&gt;Métropolis&lt;/em&gt; de Fritz Lang. Le XIXe siècle avec ses usines concentrationnaires est tout proche encore de cette Amérique libérale, pour le meilleur comme pour le pire, Amérique où il est alors possible de publier un tel texte franchement marqué par la gauche prolétarienne. On y assiste à la révolte de la classe ouvrière et à l’écrasement d’icelle par la caste au pouvoir. On y voit aussi la fille du magnat de l’acier, qui a connu les affres de la vie des prolétaires, être victime d’un syndrome de Stockholm avant l’heure et intervenir pour améliorer le sort des plus démunis grâce au machinisme… mais les plus réactionnaires entendent eux aussi user afin d’en finir avec le risque d’une révolte ouvrière. La seconde partie met en scène un de ses descendants de cette dame qui découvre, bien des siècles plus tard et à la faveur d’un accident, que le monde des machines d’Ardathia, aseptisés et déshumanisé, n’est pas la seule réalité. Bien que n’étant nullement un luddite à tous crins, Francis Flagg interroge dès les années 30 le bien fondé d’un machinisme paroxystique, une question qui ne cessera de hanter la SF maintenant plus que jamais. Il questionne la place de l’homme dans la civilisation&amp;nbsp;: Esclave au service de la Machine ou esclave des machines à son service&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Homme-Machine d’Ardathia&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; va avant tout interpeler le lecteur d’aujourd’hui par son indigence stylistique bien que ce texte fût parfaitement conforme à ce que Gernsback attendait de ses auteurs&amp;nbsp;: description surtout technique de futurs qui chantent. Un cyborg venu de 30 000 ans dans l’avenir rend visite à un homme du XXe siècle auquel il essaie de décrire les merveilles de l’avenir tout en s’étonnant de ce que ce passé ne soit pas aussi primitif qu’il l’imaginait. Selon la manière de faire d’alors, on tient le récit d’une personne mise au fait des propos de l’homme du futur et de son interlocuteur qui finira à l’asile. C’est la question de l’homme augmenté qui est au cœur de ce texte en une époque, avant la crise de 29, où l’on avait encore une grande confiance en l’avenir de l’humanité&amp;nbsp;; laquelle a aujourd’hui totalement disparu sous le tsunami d’un pessimisme actuel ne voyant dans l’augmentation de l’humain que ruine de l’âme bien que tout le monde n’en ait pas moins son deuxième cerveau au bout des doigts. Les questions portées par la SF de Francis Flagg dès les années 30 restent totalement pertinentes presque un siècle plus tard. Le volume est préfacé par Francis Saint Martin. À redécouvrir.&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-widowland.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-widowland_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Widowland&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;C. J. Carey - Éditions du Masque - mai 2022 (roman inédit traduit de l’anglais [UK] par Fabienne Gondrand - 392 pp. GdF. 21,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Lors de la Seconde Guerre mondiale, Churchill a échoué à imposer ses vues à la classe politique anglaise, et l’aristocratie britannique a préféré pactiser avec l’Allemagne pour éviter l’affrontement militaire. Les États-Unis ne sont pas entrés en guerre et le pacte germano-soviétique n’a pas été rompu. Le Reich, après son triomphe, a placé le Royaume-Uni sous protectorat. Le peuple anglais subit la propagande et la privation de libertés avec son flegme emblématique. Le roi George VI, sa famille et nombre de membres de la royauté anglaise ayant trépassé au moment opportun, Édouard VIII et son épouse Wallis ont accédé au trône et, en 1953, les festivités de leur couronnement officiel approchent. Le pouvoir, en réalité, est exercé par le Protecteur Alfred Rosenberg, l’un des plus anciens compagnons de route du Leader, Adolf Hitler. Rosenberg, bien décidé à faire de l’Angleterre un modèle de société parfaite, impose ses lois drastiques&amp;nbsp;: contrôle total de l’information, absence de contact avec l’extérieur, interdiction de se cultiver ou de penser par soi-même, normes et hiérarchies sociales strictes corrélées à des menaces de déclassement, surveillance et délation des citoyens par les citoyens, police toute puissante chargée de faire respecter l’ordre établi. Et comme le pays compte à présent deux femmes pour chaque homme – la guerre et la résistance à l’Alliance ont décimé les rangs des jeunes hommes –, ces dernières subissent de plein fouet une classification en fonction de leurs caractéristiques génétiques et familiales qui génère des droits plus ou moins nombreux. Certaines catégories se trouvent même affublées d’un surnom inspiré par une femme ayant marqué la vie du Leader. Les femmes de l’élite, destinées à épouser la crème du royaume, sont appelées Geli, hommage à la nièce adorée du Leader (qui, rappelons-le, s’est suicidée pour se libérer de l’emprise de ce dernier). Les Klara (de la mère du Leader) sont les mères de la Patrie, priées de fournir quatre enfants minimum. Les Paula (d’après la sœur de Hitler) sont enseignantes ou infirmières. En descendant l’échelle sociale, on trouve les professions subalternes (Magda), puis le personnel de maison (Gretl), et une infinité d’autres désignation jusqu’au bas de la hiérarchie et ses Frieda (pour Friedhöfefrauen, littéralement « femmes cimetières&amp;nbsp;»). Ces veuves et vieilles filles, sans mari à servir ni enfant à élever, réputées inutiles, survivent dans des quartiers miséreux de banlieue appelés Widowland.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Rose Ransom, une Geli bien intégrée malgré une liaison avec son supérieur, un homme marié, travaille pour le ministère de la Culture, où elle rend les classiques anglais plus conformes aux principes de la société nazie, non sans cacher les effets que cette littérature produit sur elle.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Les préparatifs du couronnement et la visite de Hitler, imminente, occupent les esprits. Sur les murs de la ville d’Oxford, lieu de la cérémonie, apparaissent des citations subversives issues d’œuvres censurées. Rose est envoyée enquêter dans le Widowland, puisque la Gestapo peine à y dénicher les séditieuses autrices de ces graffitis. De parcours initiatique dans une dystopie uchronique, le roman bascule dans un thriller non dénué de quelques facilités (comme un interrogatoire bien trop gentillet au regard de l’atmosphère délétère ambiante).&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Widowland&lt;/strong&gt; met en lumière le pouvoir subversif de la littérature, une arme puissante pour lutter contre la tyrannie et l’oppression, en particulier lorsqu’elle est maniée par les plus opprimées. S’il ne révolutionne pas le genre – on pensera, entre autres, à &lt;strong&gt;La Servante écarlate&lt;/strong&gt; ou à &lt;strong&gt;Fatherland&lt;/strong&gt; — il remplit son office et nous rappelle combien les femmes qui lisent sont dangereuses…&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Karine Gobled&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-sorrowland.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-sorrowland_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Sorrowland&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Rivers Solomon - Aux Forges de Vulcain - mai 2022 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Francis Guévremont - 512 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;L’Incivilité des fantômes&lt;/strong&gt; (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 98) et &lt;strong&gt;Les Abysses&lt;/strong&gt; (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;100), les Forges de Vulcain continuent la traduction en français de l’œuvre de Rivers Solomon avec &lt;strong&gt;Sorrowland&lt;/strong&gt;, nouvelle plongée dans les interstices de l’histoire états-unienne. Le préambule rend ainsi hommage aux premières Nations concernées par les territoires où l’action va se dérouler.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Vern, adolescente africaine-américaine, s’échappe de la secte dans laquelle elle a grandi, les Enfants de Caïn, dans laquelle tout est fait pour se protéger des «&amp;nbsp;diables blancs&amp;nbsp;» – une sorte de &lt;em&gt;Nation of Islam&lt;/em&gt; mais version chrétienne. Chaque membre y est nommé selon une auguste figure de l’histoire noire des États-Unis. Les références et clins d’œil historiques sont nombreux, des quarante acres du Domaine Béni des Caïniens jusqu’au choix du nom de cette secte, sorte de pied de nez à Cham, fils de Noé, dont la descendance déclarée maudite permis de justifier d’un point de vue religieux la traite négrière.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Vern, enceinte du révérend au moment de la fuite, va accoucher de jumeaux dans la forêt. Traquée, elle y apprend la survie à ses deux enfants, faisant fi des conventions de genre. Le danger plane en permanence, alors que le corps de l’adolescente subit des transformations, des altérations qui l’interrogent. Serait-ce l’influence néfaste et protéiforme de la secte qui se perpétuerait&amp;nbsp;? Déterminée à protéger ses enfants autant qu’à découvrir la vérité sur le mal qui l’afflige ou la réalité derrière la façade des Enfants de Caïn, Vern quitte finalement cette forêt, en quête de réponses, dans un périlleux et rocambolesque &lt;em&gt;road-trip&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Les scènes de vie quotidienne font place à des scènes d’actions, entrecoupés de cauchemars plus vrais que nature. Du &lt;em&gt;body horror&lt;/em&gt; sur fond de paranoïa et d’hallucinations, mais aussi d’une critique acerbe tant du patriarcat que de l’impérialisme interne des États-Unis. L’évolution de l’histoire est assez inattendue et malgré quelques passages un peu plus en-deçà, le roman se laisse lire avec plaisir – entrecoupé de frissons.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Rivers Solomon s’est fait une place dans les littératures de l’Imaginaire avec ses deux premiers romans, et tout en continuant d’explorer les thèmes qui lui sont chers, signe un nouveau texte plein de tripes, de colères mais aussi d’espoirs.&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Mathieu Masson&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-phenix.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-phenix_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;Le Livre de Phénix&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Nnedi Okorafor - Éditions ActuSF, coll. «&amp;nbsp;Perles d’épice» - juin 2022 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Hermine Hémon et Erwan Devos - 144 pp. GdF. 20,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Pensé comme un avant-propos à &lt;strong&gt;Qui a peur de la Mor&lt;/strong&gt;t (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 74), &lt;strong&gt;Le livre de Phénix&lt;/strong&gt; peut se lire de manière indépendante. Tout commence dans un campement quelque part en Afrique où une histoire est contée, une histoire d’un lointain passé pour le narrateur&amp;nbsp;: celle de Phénix. Phénix est une SpeciMen de deux ans qui a l’apparence d’une femme noire d’une quarantaine d’années et la connaissance d’une centenaire. Elle a grandi dans la Tour 7 en plein New York sans jamais en sortir, sujet d’expérience pour un organisme militaire mystérieux. Finalement elle s’évadera et retournera en Afrique avant de se venger contre l’organisme qui l’a créée et torturée pour en faire une arme.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Texte hybride, conte futuriste, &lt;strong&gt;Le livre de Phénix&lt;/strong&gt; prend place dans un monde où les catastrophes naturelles sont devenues plus courantes, où les corporations se dotent de drones de combats pour défendre leurs pipelines et usines, où le sida a été guéri, mais où de nouvelles maladies ont fait leur apparition… Et où les manipulations génétiques et la nanorobotique ont fait assez de progrès pour recréer des mammouths, capturer des entités extraterrestres et transformer des êtres humains, comme Phénix et les autres SpeciMen, en armes. Le cadre ressemble donc fortement à de la SF, sauf que… Nnedi Okorafor n’a que faire de l’aspect science et l’utilise de la même façon qu’un concepteur de jeux vidéo peut le faire pour forcer son personnage à monter en compétence à chaque niveau. Plus précisément, Phénix, comme Binti dans son roman jeunesse éponyme, voit ses capacités – autre que son embrasement et sa résurrection régulières liées à son nom – se développer en fonction de ce qui sera utile à l’intrigue&amp;nbsp;: des ailes lui poussent dans le dos et elle n’a plus besoin de se nourrir quand elle doit traverser l’Atlantique sans moyen de transport, elle découvre comment voyager dans le temps quand elle doit réparer certaines erreurs, etc. Cette facilité d’écriture peut souvent agacer, mais elle a l’avantage de faire progresser rapidement l’histoire et l’inscrire plus complètement dans ce qu’elle se veut être&amp;nbsp;: un mythe des temps à venir avec une héroïne (au sens gréco-romain du terme donc aussi grande dans ses exploits que dans ses désastres) pour parler de réalités sombres&amp;nbsp;: la colonisation et l’acculturation des peuples, le racisme, l’expérimentation médicale, l’exploitation des autres, etc. Le tout à travers des scènes chocs et assez graphiques, même si Nnedi Okorafor les alterne avec d’autres moments d’une grande douceur pour narrer l’histoire d’un ange vengeur annonciateur de la suite. Si vous aimez Nnedi Okorafor ou si vous voulez découvrir l’autrice, &lt;strong&gt;Le livre de Phénix&lt;/strong&gt; est un ouvrage typique de son style et de ses obsessions. Mais également de ses défauts et de ses faiblesses. À vous de voir si vous êtes prêts à passer outre ou non.&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-invention.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-invention_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3 class=&quot;sigil_not_in_toc&quot;&gt;L’invention du diable&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Hubert Haddad - Zulma - août 2022 (roman inédit - 320 pp. GdF. 21,70&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Le capitaine Marc Papillon de Lasphrise a passé sa vie dans les combats, mettant son bras au service des armées catholiques contre les huguenots. Après 25 ans de bons et loyaux services, où il a réchappé de nombreuses fois à la mort, contrairement à quantité de ses camarades, le voici qui regagne, fourbu et vieillissant, son logis en déshérence. Son ralliement à Henri IV ne lui vaudra nulle pension. Les siens sont morts, et dans cette solitude impécunieuse il va se dédier corps et âme à l’écriture d’un recueil de &lt;em&gt;Poésies&lt;/em&gt; qui paraîtront par deux fois de son vivant, en 1597, puis 1599. Mais voilà, pour ce fier bretteur qui ne recule jamais devant l’adversité, le peu d’échos que reçoit son livre est un coup à son honneur si vaillamment défendu toute sa vie. Par une sombre nuit d’hiver, quand les cloches mettent à zéro le compteur d’un siècle renaissant et que le vieux Lasphrise pense mourir, renonçant bien malgré lui à défendre ses écrits devant la postérité et à faire reconnaître leur valeur, voici qu’on frappe à sa porte et qu’un sombre manant entre chez lui. Après un bref échange, Lasphrise s’évanouit puis se réveille… pour de longs siècles. La mort le fuit, et le lecteur suit au fil des temps, jusqu’à aujourd’hui, les pérégrinations de ce maudit littéraire…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Et si on prenait au mot tous ces auteurs qui, jusqu’au dernier souffle, ont combattu pour une hypothétique postérité, jurant parmi leurs écrits que leur fantôme poursuivra le combat s’ils n’obtiennent pas gain de cause de leurs contemporains et des générations à venir&amp;nbsp;? C’est en tout cas ce qu’a écrit Papillon de Lasphrise, le vrai, dans ses &lt;em&gt;Poésies&lt;/em&gt;. Car il a bien existé, et comme nombre d’auteurs du XVIe siècle, on en sait assez peu sur lui, et en tout premier lieu sur les circonstances de son décès. Et s’il n’était pas mort, après tout, pris à son propre mot d’en découdre jusqu’à obtenir la reconnaissance méritée…&amp;nbsp;? Voilà le propos d’Hubert Haddad, qui lui prolonge sa vie dans un splendide roman reprenant le thème fameux du pacte avec le Démon. Son livre sous le bras, sondeur du temps et de la renommée de ses poèmes, Lasphrise traversera les époques et leurs folies, souvent meurtrières, connaîtra les Précieuses, les galères, la Bastille, deux guerres mondiales… Sans doute est-ce un roman sur la folie&amp;nbsp;: celle d’aimer, de vivre en étant mortel et d’écrire, vivant, en s’imaginant qu’on échappera ainsi à la mort. Et sur ce type de folie très particulière qui semble atteindre certains auteurs, seuls à se comprendre. La leçon, de prime abord, pourrait sembler désabusée&amp;nbsp;: un fou littéraire est un fou tout court, dont on ne peut pas plus croire les élucubrations poétiques, en langage enfançon ou totalement inventé – comme l’a fait le vrai Lasphrise, pour de bon –, que les délires schizophrènes qui le font se prendre pour un rescapé des siècles. Mais le roman d’Haddad, à la langue merveilleuse, au mot ciselé, aux paysages enchantés (éblouissement de la nature et en tout premier lieu des bords de Loire) vient nous conter la fabuleuse histoire de la littérature qui se nourrit d’elle-même, à travers les siècles, réveiller notre curiosité pour ce bon Papillon, et la cohorte de tous ceux qui ont dédié leur vie à l’écriture, marchent encore aujourd’hui dans l’ombre et attendent que les vivants de ce siècle retrouve un peu de goût, par l’étude ou la fiction, pour rouvrir leurs livres. Allons donc lire Papillon. Merci, Hubert Haddad&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr108-maison.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr108-maison_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; id=&quot;maison&quot;/&gt;&lt;/p&gt;


  &lt;h3&gt;La Maison aux mille étages&lt;/h3&gt;

  &lt;h5&gt;Jan Weiss - Hachette, coll. «&amp;nbsp;Le Rayon imaginaire&amp;nbsp;» - août 2022 (réédition d’un roman traduit du tchèque par Eurydice Antolin - 250 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Publiant tous azimuts, la collection du Rayon Imaginaire d’Hachette a réédité cet été une curiosité quasiment centenaire&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Maison aux mille étages&lt;/strong&gt; de l’écrivain tchèque Jan Weiss (1892-1972), dans une nouvelle traduction. Si la Tchéquie n’est pas le pays que l’on associe le plus facilement à l’imaginaire, notons toutefois que Prague est le berceau de Frank Kafka et que le terme «&amp;nbsp;robot&amp;nbsp;» a été forgé par les frères Josef et Karel Capek. Moins connu que ses illustres prédécesseurs, Jan Weiss tient sa renommée à cette &lt;strong&gt;Maison aux mille étages&lt;/strong&gt;, roman paru originellement en 1929 et qui semble le seul de son auteur à avoir bénéficié d’une traduction française.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Un homme reprend conscience sur un escalier. Qui est-il&amp;nbsp;? Il l’ignore sur le coup, mais découvre assez vite que son nom est Petr Brok, qu’il est détective… et accessoirement invisible. Où est-il&amp;nbsp;? Dans un immense édifice, de mille étages au minimum, sous la domination du démiurgique Ohisver Muller&amp;nbsp;: le Mullerdôme. Charge à Brok de gravir les étages, de protéger quelque princesse prisonnière de l’édifice, et de défaire le mystérieux maître des lieux.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Curieux roman que celui-ci, qui emprunte davantage au surréalisme qu’à la science-fiction à proprement parler. Pour autant, &lt;strong&gt;La Maison…&lt;/strong&gt; regorge de visions et de trouvailles, à commencer par cet édifice insensé, peuplé par une humanité qui croit accéder aux étoiles via la compagnie Univers, poussée à la surconsommation et, parfois, exterminée sans autre forme de procès dans des chambres à gaz. Par certains aspects, le roman louvoie du côté de &lt;strong&gt;Nous autres&lt;/strong&gt; d’Evgueni Zamiatine, mais garde toute son insaisissable spécificité. Composé de chapitres courts, syncopés, faisant la part belle à des jeux graphiques présentée de manière plus travaillée que dans la première traduction, parue chez Marabout en 1967, &lt;strong&gt;La Maison aux mille étages&lt;/strong&gt; se lit d’une seule traite. Si la SFFF anglo-saxonne est omniprésente, le roman de Jan Weiss vient rappeler que l’Imaginaire, de ce côté-ci de la Manche et de l’Atlantique, peut s’enorgueillir d’étonnantes pépites.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 106)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/04/29/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-106" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 106)" />
      <id>urn:md5:945ebe710213f81b258261ea5faa05d3</id>
      <published>2022-04-29T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2022-12-13T13:35:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr106-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr106-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Manière de bonus aux critiques du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-106&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 106&lt;/a&gt;, disponible depuis le 28 avril dans toutes les bonnes librairies de la planète bleue comme de la planète rouge, voici un bref complément numérique portant sur quatre titres n'ayant trouvé place dans la revue papier…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr106-clarissa.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr106-clarissa_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Clarissa ou le doux attrait du mal&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Theodus Carroll - Terre de Brume, coll. «&amp;nbsp;Terres fantastiques&amp;nbsp;» - septembre 2021 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Jacques Finné - 206 pp. GdF. 18 euros)&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clarissa ou le doux attrait du mal&lt;/strong&gt; fut fort discrètement publié en poche outre-Atlantique en 1975, et Jacques Finné, traducteur et postfacier, grand spécialiste du fantastique américain, ne tarit pas d’éloges sur ce roman présenté comme une variation modernisée du célébrissime &lt;strong&gt;Tour d’écrou&lt;/strong&gt;. Mais si bon soit-il, et il l’est, il est toutefois bien loin de son modèle, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature fantastique et psychologique. Cela justement parce que &lt;strong&gt;Le Tour d’écrou&lt;/strong&gt; est presque pile poil sur la ligne de front séparant littérature de genres et littérature dite générale, ou psychologique. Tout le génie du &lt;strong&gt;Tour d’écrou&lt;/strong&gt; tient dans son ambigüité entre psychologie et surnaturel. Henry James laisse la porte entrouverte, quand bien même le lecteur veut, bien sûr, toujours sa réponse, quitte à la donner lui-même. Libre à lui.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Où Hanry James est dans la littérature générale, Theodus Carroll s’inscrit davantage dans la littérature de genres, un point sur lequel Jacques Finné insiste dans sa postface. Lorsque l’on voit Clarissa quitter la foire en compagnie de deux enfants, ce pourrait être n’importe quels gosses réels, or ce sont implicitement des fantômes. Pourtant, quand Max meurt, il devrait être facile de distinguer entre une chute de plein pied sur le ballast et quelqu’un écrasé par un train, mais l’auteur laisse la confusion persister. Quant aux dessins obscènes découverts dans la chambre de l’héroïne, s’ils pourraient être son œuvre oubliée par un mécanisme de refoulement, l’explication n’est pas vraiment envisagée. N’oublions pas que tout au long du roman, l’attitude de Clarissa oscille entre ingénue et femme (déjà – elle n’a que treize ans) fatale. Le livre apparaît de fait plus subtil que Jacques Finné, qui veut y voir un roman explicitement fantastique, ne le laisse croire. Quand bien même, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, seule l’axe surnaturel répond à toutes les questions posées. L’interprétation psychologique est insuffisante, et il n’y a pas de lecture analytique possible.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Variation sur &lt;strong&gt;Le Tour d’écrou&lt;/strong&gt;, en effet, cette histoire d’une jeune adolescente livrée à elle-même par des parents perpétuellement absents se révèle moins subtile, on l’a dit, que son modèle. La tendance actuelle est à l’explicitation, à la levée du doute, à la restauration de la croyance en la surnature et donc au fantastique. Publié voici près de cinquante ans, ce roman non dénué d’intérêt s’inscrit pleinement dans le réenchantement du monde contemporain.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr106-rythme.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr106-rythme.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&quot;roshar4&quot;&gt;Rythme de guerre — Les Archives de Roshar T.4&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Brandon Sanderson - Le Livre de Poche - janvier &amp;amp; septembre 2021 (roman inédit en deux volumes traduits de l’anglais [US] par Mélanie Fazi - T1&amp;nbsp;: 736 pp&amp;nbsp;; T2&amp;nbsp;: 832 pp. Semi-poche. 22,90 euros chaque)&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
  &lt;p&gt;De ce côté-ci de l’Atlantique, on perçoit peut-être plus difficilement la stature de Brandon Sanderson. En mars 2022, ce stakhanoviste de l’écriture a annoncé, dans une vidéo publiée sur YouTube, avoir profité de ces deux années de misère covidesque et du temps gagné par l’absence de déplacements professionnels pour écrire – en toute discrétion – non pas un, non pas deux, mais &lt;em&gt;cinq&lt;/em&gt; romans. Et quand on sait la taille habituelle des romans de Sanderson, il ne s’agit pas exactement de novellas. À la suite de cette vidéo, ce petit cachottier de Brandon a lancé une campagne de financement participatif sur Kickstarter, pour la publication de ces cinq romans. Campagne qui a explosé tous les records, avec plus de 40 millions de dollars récoltés.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Trois des romans que les heureux souscripteurs recevront s’inscrivent dans son univers du Cosmère, à l’instar d’&lt;strong&gt;Elantris&lt;/strong&gt;, de &lt;strong&gt;Warbreaker&lt;/strong&gt; et de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Fils-des-Brumes&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Du Cosmère toutefois, les &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Archives de Roshar&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» constituent l’épine dorsale, et avec &lt;strong&gt;Rythme de guerre&lt;/strong&gt;, Brandon Sanderson déploie le quatrième volet de cette épopée entamée voici dix ans par &lt;strong&gt;La Voie des rois&lt;/strong&gt;. Ce cycle étant envisagé par son auteur en deux parties de cinq volumes, on approche donc logiquement de la fin de la première moitié.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Le décor en est Roshar, planète rocailleuse balayée par les vents, peuplée d’humains et d’une race humanoïde autochtone, les parshendis. Quand débute &lt;strong&gt;Rythme de guerre&lt;/strong&gt;, un an s’est écoulé depuis les événements de &lt;strong&gt;Justicière&lt;/strong&gt; (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°96) et une coalition incertaine de royaumes humains s’est embourbée dans un conflit contre des parshendis d’un genre spécial, les Fusionnés. Cette guerre n’est toutefois que l’écho de conflits entre des créatures d’ordre divin, dont l’une est morte (même si le cadavre bouge encore). Pour les protagonistes, l’un des enjeux est la défense de la gigantesque tour d’Urithiru, cruciale à plusieurs titres&amp;nbsp;; un autre est la compréhension fine de la magie qui imprègne ce monde&amp;nbsp;; un dernier est une tentative d’alliance avec les sprènes, ces créatures résidant sur un autre plan d’existence. Cela, sans omettre d’autres enjeux, plus vastes encore et impliquant le devenir de Roshar…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;À la différence de J.R.R. Tolkien ou George R.R. Martin, entre autres créateurs d’univers et références de la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, Brandon Sanderson écrit beaucoup. &lt;em&gt;Vraiment&lt;/em&gt; beaucoup, et peut-être trop. Chaque tome des «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Archives de Roshar&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» est plus long que le précédent, et avec &lt;strong&gt;Rythme de guerre&lt;/strong&gt;, cette prolixité se mue en défaut &amp;nbsp;: le roman s’avère hélas interminable et assez décousu. On aimerait être aussi enthousiaste que pour &lt;strong&gt;Justicière&lt;/strong&gt;. Las, action et révélation y sont distillées au compte-goutte, tandis que les protagonistes s’agitent, sans que cela suscite ici beaucoup d’émotion. Plutôt de l’ennui, en fait. Si l’on retrouve sensiblement la même galerie de personnages que les volumes précédents, l’auteur prend soin ici d’en développer de nouveaux, notamment du côté parshendi, afin de détailler davantage leur culture et leur mode de pensée différent. La toute dernière partie du roman voit toutefois l’intérêt poindre de nouveau, et laisse augurer retournements de situation et tristes surprises pour nos héros. Réponse fin 2023, avec le tome suivant…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr106-valide.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr106-valide_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Valide&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Chris Bergeron - Philippe Rey, coll. «&amp;nbsp;Littérature française&amp;nbsp;» - janvier 2022 (roman inédit de ce côté de l’Atlantique - 256 pp. GdF. 18 euros)&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publié en janvier 2022 par les éditions Philippe Rey, &lt;strong&gt;Valide&lt;/strong&gt; de Chris Bergeron est paru initialement en mars 2021 aux éditions québécoises XYZ. Une double publication qui ajoute une dimension supplémentaire à ce «&amp;nbsp; &lt;em&gt;roman autobiographique de science-fiction&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», comme l’indique le sous-titre, mettant en scène le personnage de Chris, ayant également grandi entre France et au Québec.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valide&lt;/strong&gt; se situe dans un futur proche, au sein d’une ville de Montréal régie par une IA, David, entité supposément bienveillante envers ses citoyens et dont Christelle a participé à l’élaboration.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Lors du tout premier échange entre ces deux protagonistes, elle assène à l’IA cette déclaration&amp;nbsp;: «&lt;em&gt;Nous sommes des fictions qui ne sont pas écrites de notre main&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;em&gt;,&lt;/em&gt; une clé de lecture en forme de réappropriation. Tout au long du roman&lt;em&gt;,&lt;/em&gt; Christelle aura pour objectif de faire entendre à David sa vérité, son identité de femme trans – identité tenue cachée durant six années sous contrôle de cette figure patriarcale et intrusive.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;C’est bien là où le sous-titre programmatique du roman prend son ampleur&amp;nbsp;: l’autrice utilise l’outil science-fictif pour nous conter son vécu de femme trans, entre famille de sang et famille choisie, ponctué de remises en question, d’apprentissages doux-amers et d’une sororité aimante, puis d’un retour douloureux au placard d’une société standardisée.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;L’utilisation du récit de soi est habile. Entrecoupé par les nombreux refus ou bugs de l’IA, il met habilement en perspective la voix de Christelle et la force de son histoire face au programme de David, extrapolation notable des normes sociales d’identité et de genre, refusant et dénonçant toute autre perspective. Au fur et à mesure de la confession (hors ligne) de Christelle se dessine une affirmation de soi et une quête de liberté qui s’organise à un niveau individuel, mais aussi collectivement et illégalement, au sein de ce système oppressif. En s’emparant de thèmes d’anticipation (société parfaite en vase clos, extrapolation des normes sanitaires pandémiques sur tous les hivers, isolement des individus, dissidence organisée et éparse…), le récit nous renvoie un reflet déformant d’une réalité contemporaine encore fortement assignée à des normes sociétales.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Certes, &lt;strong&gt;Valide&lt;/strong&gt; comporte quelques travers de premiers romans sur une anticipation imprégnée du printemps 2020… mais c’est bien peu de chose face aux moments forts (notamment le manifeste repris en quatrième de couverture canadienne) dont le souffle et l’aspect biographique nous sont exposés avec un mélange de rage et de pudeur, sans omettre les joies ou les violences… et amène le récit à la révolution espérée par Christelle dès les premières pages.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Une suite est en cours et on retrouvera avec plaisir la plume de Chris Bergeron, de quelque côté de l’Atlantique que ce soit&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Éva Sinanian&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr106-excuse.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr106-excuse_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;L’Excuse&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Luis Seabra - Rivages - janvier 2022 (roman inédit - 256 pp. GdF. 19 euros)&lt;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de Krasnoïarsk est brutalement frappée par une tempête d’une force telle qu’elle réduit en ruines tout le quartier ou réside Vassili. Celui-ci, après avoir mis en sécurité sa femme et son fils, décide d’aller chercher ses filles, des jumelles, que sa femme et lui avait confiées à leurs grands-parents. Mais arrivé sur place, la maison est vide, Vassili se blesse et devient la proie de visions de plus en plus étonnantes, dans lesquelles il a du mal à distinguer le réel du fantasmé, et où il croise deux hommes, Sergueï et Sacha, qui semblent autant s’opposer que se compléter… Tout en tentant de démêler le faux du vrai, notre protagoniste se verra confronté à ses propres souvenirs et son histoire personnelle dramatique. Roman déroutant, parfois foutraque, &lt;strong&gt;L’Excuse&lt;/strong&gt;, pourtant signé d’un auteur français d’origine portugaise qui avait déjà publié chez Rivages deux ouvrages au titre énigmatique (&lt;strong&gt;F&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;S&lt;/strong&gt;), brosse le tableau d’une Russie de la fin du &lt;small&gt;XX&lt;/small&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, en empruntant à la littérature de ce pays un certain nombre de ses figures, comme la fratrie déjà mentionnée, et aussi le docteur Kotov, psychiatre, qui s’occupe de Vassili. Celui-ci a en effet vécu un événement traumatique, et Kotov, personnage inquiétant dont les méthodes sont tout sauf académiques (rituels chamaniques, psychotropes, cartomancie, voire trépanations…), tente de l’en sortir. L’ambiance du roman s’en ressent, très sombre, étouffante, entre faute originelle et manipulations mentales&amp;nbsp;; Seabra alterne et enchâsse les lignes de narration, les époques, plongeant son lecteur dans un labyrinthe déroutant au bout duquel la sortie ressemble à la folie de ses protagonistes. Le tout dans un style extrêmement riche, parfois trop, au risque de laisser le lecteur de côté, sachant que de pénétrer à nouveau dans le roman n’est pas chose aisée… Bref, lecture attentive obligatoire, sous peine de trouver tout cela hermétique. Ceux qui sauront faire preuve d’abnégation apprécieront toutefois la forte originalité de ce texte.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Bruno Para&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Je vous ai donné toute herbe</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/01/28/Je-vous-ai-donne-toute-herbe" rel="alternate" type="text/html" title="Je vous ai donné toute herbe" />
      <id>urn:md5:024437c01a0b7dc7eba2155354246e94</id>
      <published>2022-01-28T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2022-03-02T12:47:20+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Christian Léourier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;leourier-herbe-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/leourier-herbe-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une planète lointaine. Une colonie. Une intelligence artificielle. Celle-ci veille depuis des siècles à la bonne marche de la terraformation, de sorte que les humains évoluent dans le meilleur environnement possible : la Zone. Au-delà, c’est l’Extérieur, aride et austère. Mais Dan, dont la compagne se prépare à accoucher de leur premier enfant, se questionne sur son monde…
Une nouvelle sensible par l’auteur du cycle de Lanmeur, récompensée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2021.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Christian Léourier, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-101&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 101&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/christian-leourier/je-vous-ai-donne-toute-herbe&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 28 janvier au 28 février 2022. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;leourier-herbe-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/leourier-herbe-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Jubo&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>La Viandeuse</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/01/28/La-Viandeuse" rel="alternate" type="text/html" title="La Viandeuse" />
      <id>urn:md5:78592f6dc6e2968a507f283ad7f5795e</id>
      <published>2022-01-28T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2022-03-02T12:47:37+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Ian R. MacLeod</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;macleod-viandeuse-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/macleod-viandeuse-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Moi, j’étais la viandeuse – mais, à mon avis, personne ne sait plus ce que ça veut dire, de nos jours. L’eau et le sang ont tellement passé sous les ponts.&amp;nbsp;» En Angleterre, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale, elle est membre de la Women’s Auxiliary Air Force et se traîne une réputation de femme filant la poisse. Jusqu’au jour où elle rencontre Walt Williams, pilote aguerri et doté d’une chance insolente…&lt;br/&gt;
Avec «&amp;nbsp;La Viandeuse&amp;nbsp;», Ian R. MacLeod propose une nouvelle ample et immersive, couronnée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2021.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Ian R. MacLeod, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-102&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 102&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais par Michelle Charrier, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ian-r-macleod/la-viandeuse&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 28 janvier au 28 février 2022. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;macleod-viandeuse-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/macleod-viandeuse-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Nicolas Fructus&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 105)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2022/01/26/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-105" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 105)" />
      <id>urn:md5:0b583414550bef27cf60ae284c36344c</id>
      <published>2022-01-26T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2022-01-26T13:17:13+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr105-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Afin de compléter l'ample cahier critique du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-105&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 105&lt;/a&gt;, en librairie le 27 janvier, nous vous proposons une nouvelle fois un complément en ligne&amp;nbsp;: au programme, des futurs proches plus ou moins grinçants, sans oublier des rêveries et du fantastique diffus…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-chute.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-paradis_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt;Bienvenue au Paradis&lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt;Alexis Legayet – Æthelidès, coll. «&amp;nbsp;Freaks&amp;nbsp;» - septembre 2020 (roman inédit, 192 pp. Poche. 18 euros)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;On pourra penser que 18 euros pour un livre aux dimensions et à la pagination d’un ancien Fleuve Noir, période «&amp;nbsp;Fusées&amp;nbsp;», est un prix élevé mais il y a bien longtemps que je n’ai pas trouvé mon argent aussi bien placé.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Publié par les soins du petit éditeur lyonnais Æthelidès, &lt;strong&gt;Bienvenue Au Paradis&lt;/strong&gt; semble être passé sous la plupart des radars et Alexis Legayet, philosophe de profession – un vrai, un bon, pas une caricature à la BHL – gagnerait à être bien mieux connu. J’ai découvert l’ouvrage par un pur hasard, en cherchant ce qui pouvait bien s’écrire sur la mode végane.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;En 2145, le monde a bien changé. Le véganisme a partout triomphé. Non seulement plus aucun animal n’est mangé, ni tué, ni maltraité, mais encore sont-ils considérés comme des individus à part entière. Il n’y a plus aucune différence &lt;em&gt;de jure&lt;/em&gt; entre animaux et humains. Mieux, les animaux carnassiers ont été génétiquement modifiés afin qu’ils n’en dévorent plus d’autres. Ainsi, le lion et l’agneau dorment-ils ensembles comme il en aurait été au Jardin d’Eden avant la chute. Dans ce monde pacifié, sans plus ni guerre ni crime, la jeunesse s’ennuie et s’est donc découvert une nouvelle cause à défendre&amp;nbsp;: les végétaux. Ils seraient des créatures tout aussi sensibles et vivantes que les animaux et devraient donc avoir les mêmes droits… L’humanité, fidèle à elle-même, en serait toujours à se livrer à sa passion pour le génocide. Et le cri d’agonie des carottes assassinées retentirait à la face du monde dans un silence assourdissant…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Dans ce monde, Dan Basquet est tombé amoureux fou du fessier d’Alice Roux, activiste du Flower Power auquel il adhère à dessein de la séduire, ce qui le conduira bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Car, à extrémiste, extrémiste et demi. En dépit de la photosynthèse, le &lt;em&gt;struggle for life&lt;/em&gt; n’est nullement étranger au règne végétal. Certains ont donc une vision plus radicale encore pour en finir avec l’hétérotrophie et s’ouvrir enfin à une vie affranchie de toute mort. Le Flower Power, lui, n’autorise plus pour se nourrir que les fruits tombés – vus comme morts, ce qui serait vrai des feuilles ne l’est pas des fruits qui sont en quelque sorte les «&amp;nbsp;fœtus&amp;nbsp;» des plantes, des processus métaboliques en cours. Les consommer serait donc une forme d’avortement. Legayet fait l’impasse sur cette idée mais ça ne nuit en rien à son propos.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Le roman d’Alexis Legayet propose deux niveaux de lecture. Au premier, c’est un roman de science-fiction, sous-tendu d’un humour jamais gratuit, assez simple tant dans son intrigue que ses péripéties qui le rendent accessible à tous. Au second, c’est un conte philosophique voltairien qui, là aussi, est à la portée de tous. Il pousse, à travers un raisonnement par l’absurde dont Swift s’était fait une spécialité, la morale dans ses plus ultimes retranchements. Legayet éclaire d’une façon différente la collusion qui s’établit entre le transhumanisme et la branche végane de la nébuleuse politiquement correcte tout comme Jocelyne Porcher l’a fait à propos de la viande cellulaire &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2022/01/26/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-105#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;&lt;span&gt;(nota)&lt;/span&gt;«&amp;nbsp;Viande cellulaire&amp;nbsp;: le choix du pire&amp;nbsp;». In &lt;em&gt;Front Populaire&lt;/em&gt; N° 5 été 2021&lt;/a&gt;. Tous les êtres vivants sont des structures dissipatives chères au Nobel de chimie Ilya Prigogine, c’est-à-dire des structures qui se maintiennent loin de l’équilibre en consommant une énergie extrinsèque dont l’hétérotrophie est une forme, la photosynthèse une autre et Nature 2.0 une troisième. &lt;strong&gt;Bienvenue au Paradis&lt;/strong&gt;, sans avoir l’âpreté technique de Greg Egan ou Ted Chiang s’apparente à ces auteurs et ouvre sur une thématique qu’ils ont abordé. Il s’agit de pousser jusqu’au bout le posthumanisme, comme dans &lt;strong&gt;Diaspora&lt;/strong&gt;. Les xénobiologistes envisagent que soit possible des formes de vie basées sur le silicium mais, et c’est ici le cas, n’est-il pas envisageable que la vie silicée soit issue, produite, par la vie carbonée, comme une saltation vers un niveau de moindre accroissement de l’entropie. Enfin, dans l’épilogue, Alexis Legayet résout d’une façon fort élégante le paradoxe de Fermi formulé à partir de l’équation de Drake.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bienvenue au Paradis&lt;/strong&gt; est le livre le plus intéressant qu’il m’ait été donné à lire depuis &lt;strong&gt;Corpus Delicti&amp;nbsp;: Un Procès&lt;/strong&gt; de l’Allemande Juli Zeh (Actes Sud). S’il est d’une rare profondeur, il offre en outre l’avantage d’une très grande facilité d’accès et ne manque pas d’une certaine drôlerie. Il est à la portée de tout un chacun et permet à tous de nourrir ses réflexions. Éminemment spéculatif, il place, sans élitisme aucun, la littérature à son maximum. A moins que vous ne recherchiez qu’un pur divertissement, si vous ne deviez lire qu’un seul livre contemporain, celui-ci est au tout premier rang des choix possibles.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-manon.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-manon_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt;Le Silence selon Manon &lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt;Benjamin Fogel - Rivages, coll. «&amp;nbsp;Noir&amp;nbsp;» - avril 2021 (roman inédit - 280 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;À la croisée du roman noir et de l’anticipation, &lt;strong&gt;Le Silence selon Manon&lt;/strong&gt; extrapole sur des problématiques sociétales du présent pour en tirer une mise en garde salutaire sur certaines déviances déjà solidement inscrites dans notre paysage numérique. Pouvant se lire comme un prequel de son précédent roman (&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-transparence-selon-irina&quot;&gt;La Transparence selon Irina&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;96), &lt;strong&gt;Le Silence selon Manon&lt;/strong&gt; nous interpelle dans nos certitudes, nous sortant de notre zone de confort afin de nous pousser à la réflexion sur la pratique du cyber-harcèlement et sur les limites nécessaires à la liberté d’expression. Mais, où placer le curseur&amp;nbsp;? Qui doit en décider&amp;nbsp;? Au nom de quoi&amp;nbsp;? À toute ces questions, les lecteurs de &lt;strong&gt;La Transparence selon Irina&lt;/strong&gt; fourbissent leurs arguments. Benjamin Fogel n’apporte pas ici de réponse définitive, préférant adopter les points de vue irréconciliables des uns et des autres. Il oppose paroles et actes des militants &lt;em&gt;incels&lt;/em&gt;, enferrés dans la certitude d’être victimes d’un grand complot féministe les poussant au célibat forcé ou à la veuve poignet, à ceux des activistes &lt;em&gt;neo straight-edge&lt;/em&gt;, prônant de leur côté des valeurs humanistes et l’inclusion à tous les niveaux. Des combats bien de notre temps que Benjamin Fogel décale légèrement dans l’avenir, en 2025-2027. L’anticipation reste donc superficielle, l’aspect techno-scientifique et philosophique se cantonnant au second plan d’une intrigue plus intéressée par les effets toxiques des réseaux sociaux, mais aussi par leur détournement au nom d’une volonté totale de transparence, jugée plus conforme à un vivre-ensemble sous contrôle. Le présent roman est aussi plus abordable pour un néophyte du Web 2.0, gagnant en tension dramatique ce qu’il perd en didactisme. On ne s’en plaindra pas, bien au contraire, &lt;strong&gt;Le Silence selon Manon&lt;/strong&gt; apparaît même moins maladroit sur ce point, éludant à la fois l’écueil d’un militantisme réducteur et la pesanteur du formalisme documentaire. Au travers du chassé-croisé des personnages, on sent bien que l’intérêt de Benjamin Fogel se porte sur l’être humain et sur sa faculté à se nourrir d’illusions. Il se focalise également sur son incapacité à tirer parti du meilleur de la technologie, usant de ses angles morts pour laisser se déchaîner la haine de l’autre. Les personnages ne sont pas ainsi de simples épures, au service d’un message pamphlétaire. Bien au contraire, ils sont pourvus d’une psychologie travaillée, loin du monolithisme stéréotypé d’un discours politique. En proie au dilemme et à la fragilité de leurs convictions&amp;nbsp;; esclaves de leurs pulsions et biais cognitifs, ils se cherchent des raisons pour se convaincre qu’ils sont les détenteurs d’une vérité unique et intangible, nous faisant saisir par la même occasion toute la complexité et la noirceur de l’esprit humain.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Le Silence de Manon&lt;/strong&gt;, Benjamin Fogel confirme donc toutes les promesses esquissées dans son précédent roman, proposant même une anticipation sociale rusée et une investigation implacable sur nos faiblesses humaines. Il redonne enfin ses lettres de noblesse à un genre mal aimé, le roman engagé.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-marnie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-marnie_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt; Souvenirs de Marnie &lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Joan G. Robinson - Monsieur Toussaint Louverture, coll. «&amp;nbsp;Monsieur Toussaint Laventure&amp;nbsp;» - avril 2021 - (roman inédit traduit de l’anglais par Patricia Barbe-Girault - 256 pp. Semi-poche. 16,50 euros)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;La jeune Anna a eu un début de vie difficile&amp;nbsp;: orpheline de père et de mère, elle perd également sa grand-mère et se retrouve adoptée par les Preston, famille honnête et sincèrement attachée à cette jeune fille «&amp;nbsp;au visage de marbre&amp;nbsp;» et dont elle ne sait pas trop comment se faire aimer. Alors, pour la faire changer d’air et l’aider à grandir un peu, on l’envoie chez les Pegg et leur cottage, sur la côte. Les Pegg s’en occupent avec attention tout en lui laissant une liberté tranquille dans ce petit village du littoral. Anna peine à se faire des amis de son âge mais au cours d’une de ses promenades solitaires, son attention est attirée par une villa en bord de mer, qui semble lui faire signe. Et de fait, un jour, elle aperçoit fugacement une jeune fille à l’une des fenêtres. Celle-ci réapparaîtra plus tard, devant Anna, et dira s’appeler Marnie. Mais Marnie est mystérieuse et a un réel talent pour apparaître et disparaître sans crier gare. Les jeunes filles s’attachent l’une à l’autre et Anna, au gré des rencontres nocturnes, pénètre le monde familier et doucement suranné de son amie…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Voici pour la première fois traduit en français, par Patricia Barbe-Girault, le fameux roman de Joan G. Robinson, &lt;strong&gt;When Marnie was there&lt;/strong&gt;, paru en 1967. Si on connaît cette œuvre par la délicate adaptation en anime du maître japonais Hiromasa Yonebayashi en 2014, on ne peut que se réjouir d’avoir enfin dans les mains, grâce au subtil travail d’édition de Monsieur Toussaint Louverture, ce standard de ce qu’on appelle un peu vite littérature jeunesse. Littérature jeunesse pour son sujet bien sûr, puisqu’il s’agit du monde de l’enfance, de ses secrets, de ses amitiés et de leur exclusivité, de ses difficultés dans les relations aux autres, pairs et adultes, pour sa tonalité doucement fantastique – peu originale certes mais lumineuse –, mais aussi pour sa simplicité de lecture, car ce roman qui avance l’air de rien se lit avec aisance et se dénoue en rassasiant le lecteur du sens qui se cachait dans la trame du texte depuis le début.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Bien évidemment, ce qu’on adore, c’est qu’on nous parle avec cette délicieuse simplicité de sujets graves. L’attachement à l’autre, la solitude de la fin de l’enfance, ce passage qui s’ouvre devant soi vers l’adolescence et qu’on doit franchir seul, comme on naît et comme on meurt (certaines langues ont une voix moyenne, entre l’actif et le passif, spécialement pour ces actions-là), une perte de soi mais aussi de celui qui est proche. Mais en consolation, ce qu’on trouve dans ces pages, c’est la beauté des rencontres, le temps qu’elles prennent à nous entrelacer au monde par des fils insoupçonnés qu’elles tissent à travers l’espace et le temps, et la figure de nous-mêmes qu’elles dessinent et qu’on découvrira un jour, car le roman nous le garantit&amp;nbsp;: cette vérité de soi, nous la connaîtrons, et cette certitude est sans aucun doute le plus sûr baume dont nous avons besoin, à tout âge.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt; Arnaud Laimé &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-dents.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-dents_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt;Les Dents de lait &lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Helene Bukowski – éditions Gallmeister - août 2021 (roman inédit traduit de l‘allemand par Sarah Raquillet et Elisa Crabeil - 272 pp. GdF. 22,40 euros)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;Skalde et sa mère Edith vivent dans une maison un peu à l’écart du village, à l’orée de la forêt, sur une île coupée du monde. Les habitants ont décidé, plusieurs décennies auparavant, de briser le pont qui les reliait au continent pour se protéger du chaos du monde, et en premier lieu de celui de la nature&amp;nbsp;: entre brume et sécheresse perpétuelle, il est difficile de survivre. Les légumes poussent mal et les biens de première nécessité comme l’essence sont rares. Un troc s’est mis en place. Skalde et sa mère font du purin d’orties et élèvent quelques lapins, pour leur viande et leur fourrure, Edith en fait des manteaux.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;La vie précaire des deux femmes est bousculée le jour où Skalde rencontre dans la clairière, non loin de chez elle, une jeune fille aux cheveux rouges, signe de radicale altérité dans cette île où personne n’en a de telle couleur. Elle décide de la ramener chez elle, même si elle sait que les iliens vont la prendre pour un changelin et vouloir s’en débarrasser par tous les moyens. L’équilibre fragile de la relation mère-fille est également sujet à tensions. Jusqu’où les emmènera ce choix d’accueillir une étrangère&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Helene Bukowski nous livre un récit qui oscille entre la nouvelle et la fable, et mâtiné de prose poétique. On sort du récit comme on y est entré et comme on y demeure&amp;nbsp;: sans trop savoir les raisons de ce qui s’y passe, on suit le fil d’une narration ténue et bien menée, mais sans véritable dénouement explicatif, ce qui nous laisse à songer sur tout le reste&amp;nbsp;: la peur de l’autre, l’angoisse mystérieuse, la maternité, un monde qui se défait… Dans une ligne assez similaire à &lt;strong&gt;Au Nord du monde&lt;/strong&gt;, de Marcel Theroux, la dystopie d’Helene Bukowski met en scène l’oppression qui s’exerce sur les plus fragiles, femmes, enfants, étrangers et pose la question du repli sur soi et de la pertinence d’une solution à l’échelle locale dans un monde qui s’écroule. Quand Theroux fait le choix d’un roman mêlant le récit d’initiation à l’enquête sociologique, l’autrice préfère la forme brève de chapitres courts, l’insertion, sous forme de fragments en prose poétique, du flux de conscience de Skalde. L’effet est réussi&amp;nbsp;: on se cherche, dans l’urgence, et même si on ne voit rien de l’autre côté du mur de brouillard, du fleuve ou des conventions sociales, un acte unique de bravoure nous le fait traverser. C’est, en littérature, le moyen de poser chacun de nous devant les choix à faire prochainement.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt; Arnaud Laimé &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-klara.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-klara_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt; Klara et le soleil &lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Kazuo Ishiguro - Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Du monde entier&amp;nbsp;» - août 2021 (roman inédit, traduit de l’anglais par Anne Rabinovich - 385 pp. GdF. 22 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Attendu en français depuis sa parution en anglais au printemps dernier, le nouveau roman du Nobel de Littérature, à qui nous devons déjà &lt;strong&gt;Auprès de moi toujours&lt;/strong&gt; (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 44), nous propose une nouvelle incursion science-fictionnelle. Nous faisons ici connaissance de Klara, «&amp;nbsp;Amie Artificielle&amp;nbsp;», androïde à taille d’enfant, dont les différentes générations (logicielles et matérielles) sont conçues afin de tenir compagnie aux plus jeunes, et plus &lt;em&gt;fortunés.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Klara, dont nous entrons directement dans les pensées les plus fines, les émotions, inquiétudes et incompréhensions, dépend d’une part de sa place dans la boutique où elle est mise en vente – si possible au soleil pour être pleinement chargée – et de l’hypothétique enfant qui souhaitera la prendre comme compagne de vie.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Dès l’entrée en matière, la grande sensibilité, la poétique et la justesse de l’écriture marquent et donnent envie de poursuivre. Du monde où évolue Klara, nous n’avons que sa connaissance limitée et ses observations qui lui permettent de s’améliorer, de devenir une «&amp;nbsp;meilleure AA&amp;nbsp;» pour l’enfant attendu… qui finira par la trouver&amp;nbsp;: Josie. Dès l’achat – l’adoption –, le comportement de la mère de Josie mettra la puce à l’oreille aux lectrices et lecteurs de SF aguerris. Et les indices puis révélations sur la famille de Josie, ses lourds secrets et l’importance que Klara pourrait avoir dans leur système, ne cesseront de se multiplier dans un flou entretenu par une astuce simple&amp;nbsp;: la narration passe par ce que voit et comprend Klara, avec les capacités liées à son intelligence, celle-ci devenant rapidement obsolète – source d’inquiétude pour l’androïde. Par ailleurs, Klara, organisme complexe dépendant de l’énergie solaire, se réfèrera au Soleil en des termes spirituels, superstitieux ou en de touchants actes de foi… étoffant un peu plus son individualité, au fur et à mesure qu’elle la questionne.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;À chaque instant, la plume de Kazuo Ishiguro fait mouche, toute en clarté, émotion et précision… mais le roman semblera s’essouffler si l’on attend de lui plus de précision sur le monde où il prend place, ou sur les personnages qui entourent Klara et Josie. Cette douce mélancolie nimbe ce récit lumineux jusqu’au bout&amp;nbsp;; la lecture en reste agréable, même si l’on manque souvent de s’y ennuyer – cela dépendra sans nul doute de chaque lectrice ou lecteur.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;De nombreux concepts lié aux questions de l’IA sont abordés, sans surprendre ni décevoir, mais servis par une écriture d’une grande qualité. Il serait dommage de se priver de cette expérience. On peut recommander ce roman, pour redécouvrir ou faire découvrir ce qu’une SF légèrement décalée dans ses mécanismes a à nous offrir.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt; Éva Sinanian &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-nuit.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-nuit_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt; Notre part de nuit &lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Mariana Enriquez - Éditions du sous-sol – septembre 2021 (roman inédit traduit de l’espagnol (Argentine) par Anna Plantagenet - 768 pp. GdF. 25 euros)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;Cela commence comme un &lt;em&gt;road movie&lt;/em&gt; argentin&amp;nbsp;: le père, Juan, emmène son très jeune fils Gaspar sur la route, ils fuient, mais quoi&amp;nbsp;? Ils ont une idée d’où s’abriter mais y arriveront-ils&amp;nbsp;? La mère, Rosario, est morte en de violentes conditions. Juan est malade du cœur depuis sa plus jeune enfance et son état de santé se détériore. Son fils commence à voir des morts. Il tient son don de son père, medium d’une mystérieuse organisation qui voue un culte à l’Obscurité, puissance maléfique et cruelle, avide de chair humaine. Juan est épuisé par l’exercice de ses talents de medium, et il veut soustraire son fils au destin que lui réserve le don qu’il lui a transmis. Mais comment s’y prendre&amp;nbsp;? Gaspar grandit, son père décline, et il faudra bien des excursus et des retours en arrière, au XIXe siècle pour comprendre comment ces deux personnages se sont trouvés dans cette situation, avant que le jeune homme ne scelle son sort.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Bien que le volume soit très épais, difficile d’en dire plus sur l’intrigue sans la déflorer, mais l’ambition littéraire est grande pour Marian Enriquez, après un recueil de nouvelles très remarqué, &lt;strong&gt;Ce que nous avons perdu dans le feu&lt;/strong&gt; (traduit en français par les éditions du Sous-Sol et réédité en format poche cette année aux éditions Points). &lt;strong&gt;Notre part de nuit&lt;/strong&gt; est un livre somme, où Histoire et fiction se mêlent au sein d’un dispositif narratif soigné qui fait voyager le lecteur à travers les XIXe et XXe siècles, et certains de leurs épisodes historiques les plus cruels, que ce soit en Argentine, lors de sa dictature et de ses révolutions, dans le Londres des années 70 ou encore au Nigeria de l'époque coloniale, tout en multipliant les points de vue. Ce sont non seulement les horreurs de la guerre mais aussi l’histoire des luttes contre les oppressions sociales qui sont convoquées&amp;nbsp;: lutte des femmes contre le patriarcat, des enfants contre leurs agresseurs, des gays contre une société qui les maltraite. C’est, pour ainsi dire, une sorte d’étiologie du mal dans notre monde à laquelle se livre Mariana Enriquez, et les déchaînements présentés dans les scènes fantastiques résonnent familièrement avec les excès de rage des temps modernes. L’imagination est vive, la précision souvent chirurgicale, mais sans complaisance qui alourdirait le propos, et c’est ce qui peut faire la différence avec &lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt; de Dan Simmons, par exemple. Par le talent, on pense bien sûr à Stephen King, H. P. Lovecraft, Richard Matheson, mais aussi à Borges, ou encore à Saer. Le substrat ethnologique sur la sorcellerie et la magie noire en Amérique latine mais aussi en Europe contribue à donner au livre son exactitude romanesque. Le malaise qui hante les personnages sans relâche rappelle bien évidemment les grands romans noirs, et il se mâtine d’une relation père-fils profonde et subtilement composée, tissée de malentendus, d’intentions indicibles, d’un véritable amour partagé. &lt;strong&gt;Notre part de nuit&lt;/strong&gt; veut embrasser exactement la complexité de la vie et plus particulièrement de l’histoire récente de notre monde, sans renoncer aux puissances de la fiction fantastique. Et on finit par palper du réel sous l’étoffe effrayante&amp;nbsp;: c’est l’essence de l’horreur que nous distille là Mariana Enriquez.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt; Arnaud Laimé &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-telemetrie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-telemetrie_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt; Télémétrie Fugitive (Journal d’un AssaSynth T.6) &lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Martha Wells - L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» - août 2021 (court roman inédit traduit de l’anglais [US] par Mathilde Montier - 140 pp. semi-poche – 12,90 euros)&lt;/h5&gt;

  &lt;p&gt;Faut-il encore le présenter&amp;nbsp;? SecUnit de renommée intergalactique, sériephile averti et râleur de premier ordre, notre AssaSynth nous revient pour un sixième tome qui retourne aux sources de la série imaginée par Martha Wells.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Oublié le format roman qui lui faisait traîner la patte&amp;nbsp;; retour ici sur la distance novella, avec une aventure trépidante où se mêlent enquête, action et remarques acerbes de la part de notre androïde préféré.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Télémétrie fugitive&lt;/strong&gt;, AssaSynth tente de trouver sa place sur la station Préservation qui l’accueille depuis sa dernière mission. Devenu le protecteur du Dr Mensah, le SecUnit doit composer avec l’hostilité larvée de la sécurité et des autres citoyens qui ne voient souvent en lui qu’un danger ambulant prêt à les massacrer sur un coup de tête. Comme quoi, les clichés véhiculés par les séries ont la peau dure&amp;nbsp;! Alors que l’on négocie sec pour trouver un statut et établir des règles autour de ce qu’AssaSynth a le droit le faire ou pas, un cadavre est retrouvé sur Preservation. Et autant le dire franchement, Preservation n’a pas l’habitude des meurtres. Ce qui n’est pas le cas d’AssaSynth, qui passe le plus clair de son existence à regarder les humains s’entretuer pour un oui ou pour un non, voire parfois juste parce qu’ils en ont l’opportunité. Devant la complexité du cas et la possibilité d’une infiltration des réseaux de sécurité, on accepte l’aide de la SecUnit convaincue que GrayCrisis n’en finira décidément jamais de le pourchasser.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Télémétrie fugitive&lt;/strong&gt; retrouve vite les marques de la série, pose ses &lt;em&gt;easter eggs&lt;/em&gt; pour les fans avec moult références aux opus passés et développe une intrigue en huit-clos spatial où l’action recule au profit de l’enquête. Cette fois, AssaSynth se fait plus détective que combattant, mais conserve l’entièreté de son humour ravageur et de son cynisme envers les humains (et les bots stupides). Martha Wells en profite pour développer encore davantage le background de son univers, mettant en reliefs les sales petits secrets de certains exploitant extra-corporatistes tout en questionnant la nouvelle place occupée par AssaSynth dans une société qui semble terrifier par le concept qui l’anime. En sous-main, il est ici question d’intégration et de tolérance, de passer outre les clichés et de parvenir – enfin – à se faire confiance.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;En délaissant les longueurs du précédent volume et en revenant à l’aspect feuilletonesque qui faisait tout le charme des précédents volets, &lt;strong&gt;Télémétrie fugitive&lt;/strong&gt; redevient fun, captivant et attachant, ajoutant une nouvelle pierre à l’édifice légendaire de l’un des androïdes les plus drôles et les plus sympathiques de la SF moderne. Un vrai plaisir de lecture, qui séduira les amateurs et devraient convaincre les autres de s’y mettre &lt;em&gt;enfin&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt; Nicolas Winter &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-leguin.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-leguin_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt; Ursula K. Le Guin - de l’autre côté des mots&lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Sous la direction de David Meulemans - ActuSF - août 2021 (recueil
    d’articles - 464 pp. GdF. 30 euros)&lt;/h5&gt;  
  &lt;p&gt;
    Voici l’ouvrage critique collectif tant attendu sur Ursula K. Le Guin,
    celui qui permettra de découvrir l’œuvre plurielle, chatoyante, d’une des
    plus grandes écrivaines de langue anglaise de ces dernières décennies.
    Aussi bien l’ignorant que l’amateur sauront faire leur miel des diverses
    analyses, réflexions, archives disponibles dans cet ouvrage. Saluons donc
    l’initiative, qui s’imposait d’autant plus qu’aucune monographie n’aurait
    pu parcourir avec autant de précisions et de riches détails la variété de
    cette œuvre hors normes, et d’autant plus qu’il s’agit du fruit d’un
    financement collaboratif très avisé.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Commençons tout d’abord par l’objet-livre, qui est en lui-même une réussite
   &amp;nbsp;: les éditions ActuSF, sous la direction de David Meulemans (bien connu des
    Bifrostiens pour sa direction des éditions Aux Forges de Vulcain), nous
    livrent un splendide ouvrage broché qui s’ouvre sur un portrait illustré de
    l’auteur, par Zariel, qui intervient ensuite très régulièrement au sein du
    volume&amp;nbsp;: chaque article s’ouvre sur un portrait dessiné de son auteur et se
    clôt sur un nouveau portrait de Le Guin, dont les multiples visages se
    succèdent au fil des lectures qu’on en fait. C’était sans aucun doute la
    meilleure façon d’incarner l’aspect protéiforme de son écriture, et cette
    richesse graphique entre bien en consonance avec les multiples jaquettes de
    ses ouvrages qui jalonnent la lecture. Un effort tout particulier a été
    fait sur les polices de titre également qui contribuent à construire
    l’originalité du livre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    À l’intérieur, 31 interventions différentes se succèdent, sobrement
    numérotées les unes à la suite des autres, sans découpage en sections ou
    sous-sections plus précis. Les intervenants sont de tous ordres (artistes,
    écrivains, scénaristes, traducteurs, universitaires de disciplines fort
    diverses) et leurs communications de longueurs très variées&amp;nbsp;: cette
    diversité des voix, des formations, des parcours. On trouve également
    quantité de citations et d’extraits d’entretien avec Ursula K. Le Guin, et
    des archives comme la préface du &lt;strong&gt;Livre d’or&lt;/strong&gt; que Gérard
    Klein lui a consacré. C’est peut-être une limite de l’ouvrage &amp;ndash; si on
    devait en trouver une &amp;ndash; car les titres ne sont pas toujours suffisamment
    explicites pour que le lecteur puisse y trouver rapidement de quoi nourrir
    ses goûts et sa fantaisie. Néanmoins, un chapeau introductif au début de
    chaque article permet d’en présenter rapidement l’enjeu. Et de grands blocs
    d’études se détachent au fur et à mesure qu’on progresse linéairement,
    après une biographie synthétique&amp;nbsp;: l’utopie, les grands cycles de Le Guin,
    la réception de l’œuvre, le féminisme et son évolution au fil des années,
    la puissance poétique du langage, la poésie tout court, les enjeux de la
    traduction (dans les récits, de soi et des autres et donc le rôle de
    passeur non négligeable de l’écrivaine elle-même), la place des autres arts
    dont la musique et le cinéma avec, les grandes sources littéraires
    (antiques et contemporaines), les influences spirituelles diverses (dont le
    Tao) et puis pour finir une série d’interventions plus brèves parcourant à
    sauts et gambades des thèmes divers.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Pour conclure, disons tout simplement qu’il s’agit d’un très beau livre,
    qui saura satisfaire le plaisir et la curiosité des lecteurs, et jeter les
    bases de nombreuses études à venir.
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-brochet.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-brochet_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt; La pêche au petit brochet &lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Juhani Karila - La Peuplade, coll. «&amp;nbsp;Fictions du Nord&amp;nbsp;» - septembre 2021 (roman inédit traduit du finnois par Claire Saint-Germain - 440 pp. GdF. 21 euros)&lt;/h5&gt;  
  
  &lt;p&gt;Une récente étude du World Happiness Report (oui, pareille institution existe…) révélait que la Finlande serait le pays le plus heureux du monde. Voilà qui suscitera, peut-être, des vocations d’émigration chez celles et ceux qui sont en quête d’un havre de bonheur en ce monde devenu généralement anxiogène, voire proprement désespérant. Mais avant que d’aller se réfugier en Finlande, on leur conseillera la lecture de cette formidable &lt;strong&gt;Pêche au petit brochet&lt;/strong&gt;. Hormis un considérable plaisir de lecture, ce premier roman du finnois Juhani Karila leur permettra de sélectionner au mieux leur future région d’adoption…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Si l’on en croit en effet l’auteur, il est certains coins, ou plutôt recoins, de la Finlande, où le bonheur semble en rester à jamais au stade de la promesse. Il en va ainsi de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l’inepte Laponie orientale. […] Un ramassis herbeux de mottes indéterminées, comme si Dieu, après avoir réparti ailleurs ses pelouses, ses landes et ses forêts tropicales, avait plaqué le restant sur la calotte polaire&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» Dans les rares bourgs comme égarés au sein de cette «&amp;nbsp;&lt;em&gt;alliance de […] vastitude et de […] vacuité&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», il n’y a décidément pas grand-chose à faire. Comme à Vuopio, principal lieu du livre, où les «&amp;nbsp;distractions&amp;nbsp;» les plus courantes sont l’espionnage du voisinage avec médisance en sus ou bien encore le harcèlement scolaire et les violences domestiques. Pour les plus pacifiques des habitants et habitantes de Vuopio, reste la pêche dans l’un des étangs sourdant de l’humide contrée. Parmi ces aficionados locaux des loisirs halieutiques, l’on compte Elina, l’héroïne du roman. À l’orée de celui-ci, cette native de Vuopio regagne son village, après en être partie pour étudier dans le Sud de la Finlande. Puis la voici bientôt partie pêcher (sans doute l’aura-t-on deviné) le petit brochet…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Mais loin d’être banale, et encore moins synonyme de détente, la partie de pêche s’avère bien vite aussi singulière que périlleuse. Et ce, pas uniquement parce que les moustiques pullulent à la faveur d’un été extraordinairement caniculaire, rappelant que la Laponie n’est pas épargnée par la catastrophe climatique en cours. En sus des myriades de ces envahissants et piquants insectes, Elina doit composer lors de sa pêche avec la faune pandémoniaque de Vuopio. Car sous le cercle polaire, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;le vide horrifiant […] sécrète des monstres parcourant les tourbières&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Parmi ceux-ci, l’on compte «&amp;nbsp;&lt;em&gt;des kukkuluuraaja, farfadets narquois, des sinipiika, servantes des sous-bois&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et autres teignons, grabuges et ondins. Tous témoignent à leur maligne manière de la survivance dans cette marge ultime de l’écoumène d’un surnaturel, dont participent aussi quelques-uns de ses hôtes humains. Elina possède ainsi certains talents sorciers, hérités de sa magicienne de mère. Et ces pouvoirs nécromants s’avèreront aussi utiles qu’une canne à pêche dans cette &lt;strong&gt;Pêche au petit brochet&lt;/strong&gt; où la proie n’est pas celle que l’on pense, et de laquelle dépend pour Lena bien plus que le menu du jour…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Mais on arrêtera là de divulgâcher la trame de ce splendide roman, dont l’une des nombreuses et grandes qualités est un art &lt;span style=&quot;text-decoration: line-through;&quot;&gt;narratif&lt;/span&gt; certain de la surprise. S’inscrivant dans la droite ligne de la &lt;em&gt;Finnish Weird&lt;/em&gt;, ce surgeon subpolaire de l’Imaginaire, &lt;strong&gt;La Pêche au petit brochet&lt;/strong&gt; cultive avec bonheur le réalisme fantastique teinté d’ironie. À l’instar notamment des œuvres les plus réussies de Johanna Sinisalo, Juhani Karila marie ainsi le prosaïque et l’extraordinaire de la plus convaincante des manières. Donnant souvent lieu à d’inédites et fascinantes visions, cette relecture du réel à l’aune de l’ange du bizarre n’empêche pas le surgissement de l’émotion. Car La pêche au petit brochet est aussi un roman d’amour aussi beau que touchant.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;P.S.&amp;nbsp;: On signalera, toujours chez La Peuplade, la parution de trois titres de la finlandaise Tove Jansson, la créatrice des Moumines. Si ces livres ne relèvent pas de l’Imaginaire, ils prolongent bellement l’univers de la mère des fameux trolls…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-hangsaman.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-hangsaman_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt;Hangsaman&lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Shirley Jackson - Rivages, coll. Noir - octobre 2021 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Fabienne Duvigneau - 288 pp. GdF. 21 euros)&lt;/h5&gt;  

  &lt;p&gt;À la vue de la couverture de ce roman inédit en français de Shirley Jackson, difficile de ne pas penser à celle du &lt;em&gt;Bifrost 99&lt;/em&gt;, consacré à l’autrice de &lt;strong&gt;La Maison hantée&lt;/strong&gt;. L’auteur en est le même, Miles Hyman, son petit-fils, également auteur d’une version illustrée de la fameuse nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Loterie&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hangsaman&lt;/strong&gt; raconte l’histoire de Natalie Waite, dix-sept ans, sur le point de rejoindre l’université et présentée comme ayant un rapport au monde «&amp;nbsp;différent.&amp;nbsp;» Son père, écrivain, autoritaire et peu prolifique, lui impose d’incessants exercices d’écriture. Il y a également son frère et sa mère, constamment inquiète. Celle-ci reste au second plan la majorité du temps. Suite au départ de Natahlie de la maison, nous la suivons dans la découverte de la vie d’étudiante.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hangsaman&lt;/strong&gt; est une plongée, tantôt amusante, tantôt effrayante, dans la psyché d’une jeune femme habituée à inventer des mondes. La narration nous livre ses pensées, avec toutes les digressions imaginables, mais également avec tous les non-dits. Il faut s’habituer à bien différencier ce qui se dit entre guillemets ou derrière un tiret, et ce qui est intégré à la narration. Mais l’affaire n’est pas aussi simple, et rien n’est jamais sûr dans ce roman. Un événement traumatique est violemment imposé à Natalie dans le début de l’histoire. Point de départ de ses divergences&amp;nbsp;? &lt;em&gt;A priori&lt;/em&gt; non, mais faut-il se fier à son rapport au temps&amp;nbsp;? Qu’arrive-t-il réellement à Natalie&amp;nbsp;? Qui est-elle vraiment&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Est&lt;/em&gt;-elle vraiment&amp;nbsp;? Le vrai&amp;nbsp;: tout un programme dans l’esprit de l’étudiante. Où est le réel&amp;nbsp;? Une question pour elle, mais tout autant pour nous…&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;La relation fille-père, puis fille-père de substitution est au cœur du roman. Natalie, une fois à l’université fréquentent de rares autres jeunes femmes, mais la superficialité reste de mise, jusqu’au dernier tiers. Shirley Jackson croque ainsi avec mordant l’hypocrisie. Celle de la famille, celle des «&amp;nbsp;amis&amp;nbsp;», celle du milieu universitaire. Le malaise des faux-semblants, omniprésents dans la majorité des interactions de Natalie, est encore plus déstabilisant quand on le vit au travers d’une des protagonistes. L’enfer des autres, de leurs regards, de leurs opinions, de leurs ricanements mais aussi de leurs envies de parler, de leurs attentions, de leur simple présence.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Shirley Jackson tisse sa toile et nous laisse nous dépêtrer au sein de son labyrinthe, tout en faisant régulièrement miroiter une sortie. Pour autant, &lt;strong&gt;Hangsaman&lt;/strong&gt; n’est pas franchement un roman de genre. Il y a bien des choses étranges qui peuplent ses pages, une ombre entraînante ou un arbre prenant des nouvelles, mais pas assez pour pleinement l’ancrer dans le fantastique. La lecture s’avère exigeante si l’on veut à tout prix comprendre l’enchaînement logique des faits, plaisante si l’on se détache d’aussi basses considérations que la compréhension. Car la plume de Shirley Jackson est riche et peu avare en images savoureuses et descriptions piquantes. À savourer donc, si vous aimez avancer dans le brouillard.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt; Mathieu Masson &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr105-train.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr105-train_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
 &lt;h3&gt;Un soir, un train&lt;/h3&gt;
 &lt;h5&gt; Johan Daisne - L’Arbre Vengeur, coll. «&amp;nbsp;Domaine du songe&amp;nbsp;» - octobre 2021 (réédition d’un roman traduit du néerlandais par Maddy Buisse - 142 pp. semi-poche - 15 euros)&lt;/h5&gt;  

  &lt;p&gt;Depuis leurs débuts, les éditions de L’Arbre Vengeur mènent un travail salutaire, notamment en ressortant de l’oubli curiosités littéraires et autres textes inclassables. Inaugurant la collection «&amp;nbsp;Domaine du songe&amp;nbsp;», le court roman &lt;strong&gt;Un soir, un train&lt;/strong&gt; ressort pleinement à ce travail d’exhumation. Datant de 1950, ce texte est signé par l’écrivain flamand Johan Daisne (1912-1978), auteur d’une œuvre considérable mais dont seule une petite part a été traduite en français.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Un soir comme tous les autres, le narrateur rentre en train à son domicile. S’éveillant d’un assoupissement momentané, il se rend compte que tous les autres passagers dorment d’un profond sommeil. Tous, ou presque&amp;nbsp;: s’avançant à travers les wagons, il finit par rencontrer un vieux professeur, pareillement interloqué par la présente situation, et un jeune homme fougueux. Quand le train s’arrête au milieu de nulle part, tous les trois en descendent… et voilà que le convoi repart, sans eux. Que faire, sinon aller de l’avant dans la nuit et, peut-être, tenter de résoudre ces mystères&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;Il flotte sur &lt;strong&gt;Un soir, un train&lt;/strong&gt; une étrange atmosphère, cela dès le «&amp;nbsp;texte liminaire&amp;nbsp;» de Jean-Philippe Toussaint, manière de mise en bouche tenant plus de la nouvelle fantastique que de la préface à proprement parler, sans omettre les dessins en noir et blanc de Jean-Michel Perrin, tour à tour platement illustratifs ou plus subtilement évocateurs. Au sein de ce récit, il ne s’agit pas pour autant de faire du bizarre pour du bizarre&amp;nbsp;: les dernières pages du récit de Daisne voient la réalité reprendre ses droits, les explications se font jour – mais nul retour à la situation initiale, les personnages ne demeureront pas intacts après ce trajet en train interrompu. Onirique et poignante, cette pépite mérite amplement d’être redécouverte, et s’il fallait émettre un reproche, ce serait envers une mise en page un brin trop aérée.&lt;/p&gt;

  &lt;p&gt;À noter que le texte de Daisne a été porté à l’écran en 1968 par le réalisateur belge André Delvaux, avec Yves Montand et Anouk Aimée. Si les personnages et l’intrigue ont été étoffés par rapport à l’œuvre originelle, le film parvient à conserver une bonne part de son étrangeté.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Hommage à Jacques Mucchielli</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/12/15/Hommage-a-Jacques-Mucchielli" rel="alternate" type="text/html" title="Hommage à Jacques Mucchielli" />
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      <published>2021-12-15T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2021-12-16T12:10:57+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Humeurs</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-une&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hommage-mucchielli-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;En novembre 2011, Jacques Mucchielli nous a quitté de manière tragique. À l'occasion des dix ans du décès de cet écrivain des plus prometteurs et de la publication de &lt;em&gt;Spam&lt;/em&gt;, ouvrage rassemblant dix nouvelles et les fragments d'un roman, le blog Bifrost vous propose un hommage par celles et ceux qui l'ont plus (ou moins) connu, à commencer par son compère, Léo Henry.&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2021/12/15/Hommage-a-Jacques-Mucchielli#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;Stéphane Beauverger&lt;span&gt;Écrivain et scénariste de jeux vidéos&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Jacques est mort le 26 novembre 2011. C’était il y a longtemps. C’était il
    y a dix ans. Il est mort des suites d’un terrible accident survenu le jour
    de son arrivée dans mon équipe à Dontnod, là où je bosse. Il venait en
    renfort m’aider à travailler sur le jeu vidéo &lt;em&gt;Remember Me&lt;/em&gt;. À sa
    sortie, le jeu a été dédié à sa mémoire. C’était il y a dix ans, et on ne
    s’en rappelle pas trop dans cette entreprise. Sans doute, surtout, parce
    qu’ils ne sont plus si nombreux, les «&amp;nbsp;anciens&amp;nbsp;» qui étaient là ce jour-là.
    Avec le temps, cet événement est devenu une «&amp;nbsp;légende urbaine&amp;nbsp;», de la
    bouche même des plus jeunes salariés, qui n’en ont entendu parler que comme
    une histoire. Le matin de son embauche, Jacques s’est étouffé avec un
    croissant. Il a perdu connaissance dans les locaux et ne s’est plus
    réveillé. C’est con, hein&amp;nbsp;? Ouais, c’est con. Autour des bières, avec ses
    potes, on réussissait même à en plaisanter, façon humour très noir, pour
    pas trop chialer. «&amp;nbsp;Faut pas donner des croissants aux pauvres, ils se
    jettent dessus et ils s’étouffent avec.&amp;nbsp;» C’est con, hein&amp;nbsp;? Ouais, c’est
    con.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Jacques, on causait politique. Radicale. Et écriture. Et luttes.
    C’était un garçon d’une gentillesse, d’une intelligence, d’une clarté… Un
    garçon doué pour la vie. Il me fascinait. Il me manque. Les conversations
    qu’on n’a pas eues me manquent. C’est con, hein&amp;nbsp;? Ouais, c’est con. On
    aurait tellement de sujets à discuter, par les temps qui courent, sur la
    politique, les luttes, et l’écriture. Radicales. Salut camarade&amp;nbsp;!
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-01.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-01_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2021/12/15/Hommage-a-Jacques-Mucchielli#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;Ketty Steward&lt;span&gt;Écrivaine, nouvelliste, poétesse, séancière&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;strong&gt;Yama Coma Terminus&lt;/strong&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    Je me souviens de cet endroit,&lt;br/&gt;
    Un hôpital près d’une gare,&lt;br/&gt;
    De ces terminaux d’où l’on part.&lt;br/&gt;
    Tu attendais ton tour, je crois.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    J’y suis entrée, traînant le pas.&lt;br/&gt;
    Une visite égoïste, pour voir,&lt;br/&gt;
    Hantée par tant de mots sans voix.&lt;br/&gt;
    «&amp;nbsp;C’est Jacques, il est dans le coma.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    Ça sonnait comme un point-virgule,&lt;br/&gt;
    Comme une formule qui capitule.&lt;br/&gt;
    Que faire des gestes suspendues&amp;nbsp;?&lt;br/&gt;
    Quid des récits irrésolus&amp;nbsp;?
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    Je te connaissais vent debout,&lt;br/&gt;
    Je découvrais un corps à bout,&lt;br/&gt;
    Une carcasse maintenue,&lt;br/&gt;
    Des yeux qui ne souriraient plus.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    «&amp;nbsp;Il n’est pas là, il n’est plus là.&amp;nbsp;»&lt;br/&gt;
    Je l’ai pensé. Surtout pour moi.&lt;br/&gt;
    «&amp;nbsp;C’est mort, il ne reviendra pas&amp;nbsp;»&lt;br/&gt;
    C’est faux, bien sûr, tes mots sont là.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;strong&gt;Des Claques&lt;/strong&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;em&gt;
        «&amp;nbsp;L’obstruction des voies aériennes est la gêne ou l’empêchement brutal
        des mouvements de l’air entre l’extérieur et les poumons.&amp;nbsp;»
    &lt;/em&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Je me forme au secourisme et je n’entends que d’une oreille.&lt;br/&gt;
    L’autre est connectée au yoyo de mon cerveau qui se demande&amp;nbsp;:&lt;br/&gt;   «&amp;nbsp;Ont-ils bien fait tout ce qu’il faut&amp;nbsp;? Était-ce vraiment inévitable&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    «&amp;nbsp; &lt;em&gt;L’obstruction est dite totale lorsque la respiration n’est plus
        efficace, voire impossible. &lt;/em&gt;&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Est-ce que les autres pensent à quelqu’un&amp;nbsp;?&lt;br/&gt;
    Est-ce qu’ils essaient tous, eux aussi, de réparer un bout du temps,&lt;br/&gt;
    un drame qu’ils n’ont pu empêcher&amp;nbsp;?&lt;br/&gt;
    Je me secoue, je me concentre, on n’est pas là pour rêvasser.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;em&gt;
        «&amp;nbsp;La victime garde la bouche ouverte ; elle s’agite, devient rapidement
        bleue puis perd connaissance.&amp;nbsp;»
    &lt;/em&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ce n’est pas juste, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;br/&gt;
    Comme une chanson tellement fausse.&lt;br/&gt;
    Fausse route mortelle, grinçante.&lt;br/&gt;
    Jacques et moi, on chantait parfois, des chansons nulles, de la variette.&lt;br/&gt;
    Pour les vrais geeks, c’est sacrilège, mais à Jacques on ne pouvait rien
    dire.&lt;br/&gt;
    Les grands artistes font ce qu’ils veulent.&lt;br/&gt;
    Un jour, je serai ça, aussi.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;em&gt;
        «&amp;nbsp;La victime ne peut parler, crier, tousser ou émettre aucun son ;&amp;nbsp;»
    &lt;/em&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Je suis devenue formatrice. Un an après.&lt;br/&gt;
    Et maintenant, c’est moi qui dis.&lt;br/&gt;
    Je parle de lui.&lt;br/&gt;
    Jacques, à chaque formation.&lt;br/&gt;
    Pour dire que ce n’est pas un jeu.&lt;br/&gt;
    Pour dire que parfois on essaie, on fait de son mieux et ça ne marche pas.&lt;br/&gt;
    Les gens m’écoutent, ils sont sérieux.&lt;br/&gt;
    Mais Jacques, il riait, promis.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;em&gt;
        «&amp;nbsp;L’obstruction se produit le plus souvent lorsque la personne est en
        train de manger ou, s’il s’agit d’un enfant, de jouer avec un objet
        qu’il a mis à la bouche.&amp;nbsp;»
    &lt;/em&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Je fabrique des superhéros de 14 ans, de 34 ans.&lt;br/&gt;
    J’avais un an de plus que Jacques. J’en ai 11 maintenant.&lt;br/&gt;
    Il m’a fallu un peu de temps pour oser manger des croissants.&lt;br/&gt;
    Il m’en a fallu un peu plus pour cesser, en les croquant, de m’en méfier
    systématiquement.&lt;br/&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;
    &lt;em&gt;
        «&amp;nbsp;En présence d’une victime présentant une obstruction totale, donner
        des claques dans le dos ; réaliser des compressions en cas
        d’inefficacité des claques dans le dos.&amp;nbsp;»
    &lt;/em&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Allez, depuis le temps, c’est mort&amp;nbsp;!&lt;br/&gt;
    J’ai donné des claques, plein.&lt;br/&gt;
    D’impuissance et d’espoirs vains.&lt;br/&gt;
    Des claques pour remonter le temps.&lt;br/&gt;
    Des claques à buter les croissants.&lt;br/&gt;
    De vraies claques à des bébés mannequins,&lt;br/&gt;
    de fausses claques à des collègues, à des élèves,&lt;br/&gt;
    qui à leur tour en donneront partout, des claques.&lt;br/&gt;
    Suffi, les claques, maintenant, l’heure est venue des compressions.&lt;br/&gt;
    Laissons filer ce qui n’est plus.&lt;br/&gt;
    Aimons nos amis disparus.&lt;br/&gt;
    Rions de les avoir connus.&lt;br/&gt;
    Serrons dans nos bras ceux qui restent.&lt;br/&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-03.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-03_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2021/12/15/Hommage-a-Jacques-Mucchielli#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;Xavier Vernet&lt;span&gt;Librairie Scylla / Dystopia Workshop&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;
    La première fois que j’ai rencontré Jacques Mucchielli, j’ai surtout vu son
    cul.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Explications&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    C’était à la librairie Scylla, en 2008, il accompagnait Léo Henry dont
    j’avais fait la connaissance début des années 2000 lors de sa participation
    à un concours de nouvelles organisé par ActuSF. Léo nous avait fait forte
    impression&amp;nbsp;: non seulement il était sur le podium, mais, en plus, il était
    venu tout spécialement de Strasbourg pour la soirée de remise des prix. Pas
    étonnant donc qu’il soit publié quelques années plus tard (avec Jacques
    qui, après un rapide bonjour, était debout sur le tabouret de l’entrée de
    la librairie à la recherche de livres de Thomas Disch qu’il n’avait pas
    déjà). Le recueil en question allait paraître chez L’Altiplano, un éditeur
    que je ne connaissais pas.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Comme Dick n’est pas loin de Disch, Jacques a prolongé sa recherche —
    toujours juché sur son tabouret, nous tournant consciencieusement le dos —
    pendant que Léo me parlait de ce projet à paraître en juin 2008&amp;nbsp;: un
    ensemble de 21 nouvelles situées dans une ville imaginaire au nom
    imprononçable, Yirminadingrad.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La participation de Jacques à la conversation, du haut de son perchoir,
    s’est réduite au strict minimum, mais tout attisait ma curiosité dans ce
    que Léo me dévoilait du recueil&amp;nbsp;: les nouvelles non signées de l’un ou de
    l’autre, les contraintes narratives, leurs influences et cette
    collaboration débutée dans le jeu de rôle qui s’était poursuivie pendant
    que Léo vivait au Brésil… Bref, j’étais &lt;em&gt;hypé&lt;/em&gt;.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La discussion se terminant, Jacques est enfin descendu de son perchoir avec
    quelques poches de plus pour sa bibliothèque et notre échange de cette
    journée s’est résumé à «&amp;nbsp;Ça fait combien&amp;nbsp;? &amp;ndash; Ça fait tant. &amp;ndash; Merci. &amp;ndash; À la
    prochaine.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Tous deux promettent en partant de revenir me donner un exemplaire de    &lt;strong&gt;Yama Loka terminus&lt;/strong&gt; dès qu’il serait livré par l’imprimeur.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Voilà comment j’ai plus vu le cul que la tête de Jacques lors de notre
    première rencontre.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La suite est un peu plus connue, du moins des habitué(e)s de Scylla&amp;nbsp;: la
    lecture du recueil m’enthousiasme, c’est peu de le dire. On cale très vite
    une séance de dédicace, pour le lancement il me semble, et le livre
rencontre très vite son public. En quelques mois,    &lt;strong&gt;Yama Loka terminus&lt;/strong&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;franchit le cap des 100
    exemplaires vendus en Scylla.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Léo habitant toujours à Strasbourg, c’est Jacques que j’ai revu plus
    régulièrement après l’été 2008. Scylla est devenue un lieu qu’il
    fréquentait avec une assiduité certaine, où il aimait traîner, parler des
    heures en terrasse avec les autres habitués et acheter quelques livres de
    plus. Je voyais un peu moins son cul, mais, Dick et Disch étant toujours au
    même emplacement, nous ne nous étions pas totalement perdus de vue.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    2009 a marqué une nouvelle étape dans notre relation. En deux ans, Jacques
    était devenu un ami ainsi qu’un des piliers de la librairie. Quand Dystopia
    a été créée, c’était pour publier de la nouvelle, des œuvres et des projets
    qui ne pouvaient pas ou difficilement être publiés par l’édition
    traditionnelle. Naturellement, nous leur avons demandé si ça les
    intéressait d’écrire à nouveau ensemble.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La réponse est venue immédiatement et sous conditions&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;oui&amp;nbsp;» (cool&amp;nbsp;!), «
    mais on en a probablement terminé avec Yirminadingrad&amp;nbsp;» (pas grave, ce qui
    nous intéresse, c’est le travail de fusion de vos deux
    écritures/personnes/univers), et «&amp;nbsp;si on produit quelque chose que vous
    voulez publier, on veut que ce soit Stéphane Perger qui fasse la couv’&amp;nbsp;»
    (on n’osait même pas vous le demander, il peut même faire des dessins pour
    l’intérieur si ça le tente).
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Et là, tout s’emballe&amp;nbsp;: quelques semaines après le leur avoir proposé, nous
    recevons deux premiers textes. Le mois suivant, même jour, le 5, deux de
    plus. Le mois d’après, toujours le 5&amp;nbsp;: encore deux. À chaque fois, bien
    entendu, un écrit par Léo et un par Jacques, du moins, envoyés depuis leurs
    boîtes respectives&amp;nbsp;; ce qui s’est passé avant, personne ne le sait
    vraiment…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Un septième et dernier texte nous arrive un mois plus tard «&amp;nbsp;pour compléter
   &amp;nbsp;». En moins de cinq mois, &lt;strong&gt;Bara Yogoï – Sept autres lieux&lt;/strong&gt;
    était écrit.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Je me souviens parfaitement de Jacques les jours précédant la deadline
    mensuelle qu’ils s’étaient imposée. Je lui demandais toujours si on allait
    bien avoir la livraison le jour J. Invariablement, il me répondait, les
    index sur les tempes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est pas encore écrit, mais Tout. Est. Dans. Ma.
    Tête&amp;nbsp;», en accentuant comme il savait si bien le faire le début de chaque
    mot important. Et après une nuit tout aussi invariablement blanche, nous
    recevions bien sa nouvelle, comme celle de Léo.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les sept dessins ainsi que la couverture de Stéphane ont fini de concrétiser
    le projet et le livre est paru – tiré à 200 exemplaires – en juin 2010,
    soit deux ans après &lt;strong&gt;Yama Loka terminus&lt;/strong&gt;.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Dystopia doit beaucoup à Léo et Jacques. Ils ont participé à sa création,
    validé son mode de fonctionnement associatif, ses principes de base même,
    comme l’absence de texte en 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; de couverture, la production
    réduite à deux titres par an, le choix d’une autodiffusion et
    autodistribution (parier avec nous qu’un livre pouvait vivre et toucher son
    public avec cinquante libraires intéressés plutôt qu’essayer en vain d’être
    présent dans dix fois plus de points de vente)…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Écrire ce texte fait ressurgir beaucoup de souvenirs. Tous sont bons,
    excepté le dernier.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Les bons, dans le désordre, comme ils sont venus&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Le «&amp;nbsp;Bydoum&amp;nbsp;» tout d’abord. Cette interjection qui marque la joie ou la
    réussite que j’emploie couramment vient de Jacques et de ses potes, Thomas
    et Nico. J’en ai entendu parler pour la première fois en terrasse, devant
    Scylla.
    &lt;br/&gt;
    Au départ, c’est une unité de mesure d’alcool&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je t’en resserre un&amp;nbsp;? —
    Allez&amp;nbsp;! Bydoum&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»
    &lt;br/&gt;
    Cette unité de mesure peut bien entendu être fractionnée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Allez, Bydoum
   &amp;nbsp;? &amp;ndash; Juste un demi, steuple, là faut vraiment que j’y aille.&amp;nbsp;» Le quart et
    le tiers de Bydoum n’ont, quant à eux, jamais été employés à ma
    connaissance. En revanche, le Bydoum s’est vite imposé dans le vocabulaire
    des habitués de la librairie, et par glissement sémantique est devenu ce
    qu’il est aujourd’hui.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Un jour, je reçois un SMS de Jacques. Juste une lettre&amp;nbsp;: G. Quelques
    minutes plus tard&amp;nbsp;: P. Enfin, après quelques heures d’attente&amp;nbsp;: I. Il
    m’annonçait, ravi, le Grand Prix de l’Imaginaire que Léo venait de recevoir
pour sa nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;&lt;/em&gt;    &lt;em&gt;Les trois livres qu’Absalon Nathan n’écrira jamais&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Jacques aimait les livres sans pour autant sacraliser l’objet. Vous auriez
    dû voir la mine horrifiée de plusieurs habitués de Scylla lors de la soirée
    Borges organisée pour sa réédition à la Pléiade&amp;nbsp;: Jacques avait acheté le
    tome 2 qui lui manquait et il venait de lui échapper des mains. Il l’a fait
    ostensiblement tomber à plusieurs reprises avec un grand sourire pour bien
    montrer qu’à ses yeux, l’important c’est le texte, pas le support.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Quelques semaines après la fin de rédaction de    &lt;strong&gt;Tadjélé – Récits d’exil&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Xavier&amp;nbsp;! J’ai une Idée&amp;nbsp;! On va
    faire un quatrième recueil Yirminadingrad&amp;nbsp;! et on n’écrira rien&amp;nbsp;! On sera
    juste anthologiste avec Léo. Et on enverra des dessins du Perger aux autres
    pour qu’ils écrivent à partir de ça, c’est teeeellement bien comme
    contrainte.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Et le jour où Jacques entre dans la librairie en me disant que des
    musiciens de Strasbourg voulaient faire une adaptation du cycle. «&amp;nbsp;Yirminadingrad – the musical&amp;nbsp;», il était hilare, et le résultat –    &lt;em&gt;Des gens vivaient ici –&lt;/em&gt; époustouflant.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Tout ça me fait encore rire. Et je peine vraiment à réaliser que Jacques
    n’a traversé ma vie que trois petites années.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Mais Jacques, c’était aussi un profond désespoir et une pudeur butée. Il
    est extrêmement probable qu’il ait été atteint d’une maladie
    neurodégénérative&amp;nbsp;: l’ataxie cérébelleuse, dont sa mère était morte
    quelques années plus tôt. Il n’en parlait pas. Avait, avec son frère,
    décidé de ne pas faire le test. Ce désespoir a bien évidemment irrigué ce
    qu’il écrivait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Ces nouvelles ont été au moins deux fois prophétiques&amp;nbsp;: la mort d’un frère
    dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Playlist\shuffle&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; qui ouvre &lt;em&gt;Bara Yogoï&lt;/em&gt;, et la
séparation de siamois écrivains dans    &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Treize roses rouges dans une sculpture de verre et de lumière&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;
    in &lt;strong&gt;Tadjélé – Récits d’exil&lt;/strong&gt;, qui se termine ainsi juste
    avant qu’ils n’entrent en salle d’opération&amp;nbsp;:
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    «&amp;nbsp;Tu te souviens, quand nous avons écrit notre premier roman&amp;nbsp;? Je me dis
    que, depuis toujours, nous n’avons jamais parlé que de la même chose&amp;nbsp;: la
    guerre civile comme métaphore de notre angoisse d’être séparés à mort. Je…
    Tu as entendu&amp;nbsp;?
    &lt;br/&gt;
    &amp;ndash; Oui… Tu penses qu’ils vont faire ça proprement&amp;nbsp;?
    &lt;br/&gt;
    &amp;ndash; Ça m’étonnerait.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    &amp;ndash; Tu as peur&amp;nbsp;?
    &lt;br/&gt;
    &amp;ndash; Non, et toi&amp;nbsp;?
    &lt;br/&gt;
    &amp;ndash; Je ne sais pas.&amp;nbsp;»
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La dernière fois que j’ai vu Jacques, c’était devant la porte de Scylla, à
    la fermeture. C’était le samedi juste avant la toute première édition des
    Dystopiales. On se disait à quel point ça allait être chouette d’avoir
    autant d’auteurs et d’autrices qu’on appréciait au même endroit&amp;nbsp;: Lisa
    Tuttle pour sa première rencontre en France accompagnée de Mélanie Fazi, et
    Ian McDonald, et Lucius Shepard accompagné de Jean-Daniel Brèque et Nicolas
Fructus et le lancement du troisième titre de Dystopia&amp;nbsp;:    &lt;strong&gt;L’Apocalypse des homards&lt;/strong&gt; de Jean-Marc Agrati… Bref, on
    s’en faisait une joie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La dernière phrase que Jacques m’a dite en sortant de la librairie&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Oh
    oui, ça va être bien.&amp;nbsp;»
    &lt;br/&gt;
    Vous vous en doutez, ça a été une des journées les plus éprouvantes de ma
    vie. Il a fallu expliquer à tous celles et ceux qui s’inquiétaient de son
    absence que c’était grave, que Jacques était dans le coma et que plus les
    jours passaient, plus ses chances de survie diminuaient. Et répéter,
    répéter ça des dizaines de fois…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    La perte de Jacques a été triple. J’ai perdu, comme beaucoup, un ami.
    Scylla a perdu un de ses piliers. La littérature, quant à elle, a perdu un
    auteur plus que prometteur avec qui Dystopia avait à peine commencé un bout
    de chemin. Ça fait dix ans, ça fait toujours mal.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-05.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-05_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2021/12/15/Hommage-a-Jacques-Mucchielli#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;span&gt;Numéro un et demi des éditions du Bélial’&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;
    De mémoire, Léo, je n’ai rencontré Jacques qu’une seule fois. C’était aux
    Utopiales 2010&amp;nbsp;: Jacques et toi étiez tous les deux invités au festival,
    sûrement en lien avec la parution récente de &lt;strong&gt;Bara Yogoï&lt;/strong&gt;.
Lors d’une séance de dédicace, vous m’avez signé un exemplaire de    &lt;strong&gt;Yama Loka Terminus&lt;/strong&gt;. Vous étiez tous les deux très
    souriants, vous faisiez plein de blagues, et moi j’étais super impressionné
    &amp;ndash; c’était la deuxième fois que je venais aux Utopiales, la première fois en
    tant que professionnel, et j’avais tout à découvrir. Je garde un excellent
    souvenir de ce bref moment.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Je me souviens surtout de toi, Léo, lors d’une soirée à la librairie
    Charybde&amp;nbsp;; ça devait être le lendemain du décès de Jacques, ou peut-être le
    jour même&amp;nbsp;: en tous cas je l’ignorais encore, mais on sentait que quelque
    chose n’allait pas de ton côté. Quand j’ai su pourquoi, ça m’a fichu un
    coup inattendu au moral.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Parfois, j’apprends le décès d’une personne que je connaissais à peine&amp;nbsp;; ça
    devrait me laisser froid et pourtant j’en ressens une tristesse que je ne
    m’explique guère. Peut-être l’impression d’un potentiel gâché. D’une
certaine façon, cela me fait penser aux Utopistes dans «&amp;nbsp;   &lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» d’Ada Palmer&amp;nbsp;: quand l’un d’entre eux meurt, les
    manteaux de tous les autres membres de la Ruche affichent un brouillard de
    parasites pendant un temps variable, autant de secondes qu’il restait au
    défunt d’années d’espérance de vie.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Pour Jacques, j'imagine que ce brouillard aurait subsisté longtemps.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-02.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-02_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2021/12/15/Hommage-a-Jacques-Mucchielli#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;Léo Henry&lt;span&gt;Celui qui reste&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Oiseaux_de_passage_(film,_2018)&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;em&gt;Les Oiseaux de passage&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;,&lt;br/&gt;
le film de Ciro Guerra et Cristina Gallego,&lt;br/&gt;
il y a une très belle scène d'exhumation rituelle.&lt;br/&gt;
Ça se passe en Colombie, à la frontière avec le Venezuela.&lt;br/&gt;
sur une péninsule de sable qui s'enfonce dans la mer des Caraïbes,&lt;br/&gt;
C'est là que vivent les Wayuu, ou Guajiros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;right;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Dans la tradition de ce groupe amérindien, le rituel funéraire est réalisé en deux temps et sur deux espaces. Un premier enterrement a lieu dans un cimetière proche de l’ancien lieu de vie du défunt. Puis une dizaine d’années plus tard, les Guajiros procèdent à l’exhumation des restes du corps dans le but de les transférer dans un cimetière du matriclan au sein du territoire ancestral de la Guajira.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
Ce qui me reste de cette scène c'est&lt;br/&gt;
des mains de femmes&lt;br/&gt;
qui manipulent les morceaux éclatés&lt;br/&gt;
d'une dépouille mortuaire,&lt;br/&gt;
la délicatesse de leurs gestes&lt;br/&gt;
dédoublés par les chiffons colorés&amp;nbsp;:&lt;br/&gt;
essuyer,&lt;br/&gt;
caresser,&lt;br/&gt;
polir&lt;br/&gt;
des os jaune sombre,&lt;br/&gt;
les passer de main en main,&lt;br/&gt;
depuis le cercueil pourri&lt;br/&gt;
jusqu'à la boîte des secondes funérailles&lt;br/&gt;
et puis,&lt;br/&gt;
comme un fil pour unir les paumes vivantes&lt;br/&gt;
et les fragment du squelette,&lt;br/&gt;
une chanson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;right;&quot;&gt;(Quand on m'a demandé quelle pouvait être cette chanson,&lt;br/&gt;
j'ai tout de suite pensé à &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/paparonconkatanga/amigo-mi-amigo&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;em&gt;Amigo, mi amigo&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, même si bien évidemment&lt;br/&gt;
ce n'est pas celle qu'on entend dans le film.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;
Je trouve ça beau,&lt;br/&gt;
de déterrer les morts.&lt;br/&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, j'ai besoin de plus que des mots&lt;br/&gt;
et ce contact-là me manque,&lt;br/&gt;
et savoir qu'il a lieu quelque part,&lt;br/&gt;
que dans certaines cultures on trouve ça normal&lt;br/&gt;
on trouve ça important de toucher ce qui demeure de ce qui a été perdu,&lt;br/&gt;
ça me rassure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-situeres1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-situeres1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se produit lorsqu'une personne meurt&lt;br/&gt;
– personne ne me l'avait dit –&lt;br/&gt;
c'est que l'histoire qui la constituait éclate.&lt;br/&gt;
Le récit cesse d'être univoque.&lt;br/&gt;
Le défunt se difracte.&lt;br/&gt;
Chacun en a une version&lt;br/&gt;
et il n'est plus possible de les relier entre elles.&lt;br/&gt;
Ce qui tenait tout ensemble n'existe plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de récit au-delà de la mort.&lt;/p&gt;
Et ça me va bien.&lt;br/&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je peux me contenter de fragments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais juste&lt;br/&gt;
pouvoir les toucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis fatigué du langage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;right&quot;&gt;«&amp;nbsp;C'est un grand mystère, dit &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=6O192OAzMH8&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Rosalía&lt;/a&gt;, qu'on ne puisse pas parler et pleurer en même temps. Avec le chant c'est possible. On peut pleurer en chantant.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine dernière, j'ai écrit un texte pour cette nouvelle par email.&lt;br/&gt;
Ou plutôt&amp;nbsp;: la semaine dernière, j'ai écrit le texte que je devais écrire&lt;br/&gt;
pour les dix ans de la mort de Jacques.&lt;br/&gt;
J'ai su en le faisant que ce n'était pas un texte&lt;br/&gt;
que je pourrais montrer à qui que ce soit&lt;br/&gt;
qu'il ne pourrait avoir aucune lectrice, aucun lecteur.&lt;br/&gt;
C’est la première fois que je fais ça,&lt;br/&gt;
et c'est très facile,&lt;br/&gt;
et je crois que c'est un bon texte.&lt;br/&gt;
C’est la première fois que j'écris quelque chose&lt;br/&gt;
qui ne peut être pour personne.&lt;br/&gt;
&lt;br/&gt;
Quand Jacques est mort, absurdement, j'ai pensé&amp;nbsp;:&lt;br/&gt;
quel dommage, il était tellement doué à vivre.&lt;br/&gt;
Je dis absurdement, parce qu'évidemment, on en est tous un peu là.&lt;br/&gt;
On est rôdés à l'exercice.&lt;br/&gt;
Vivre, on sait faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, peut-être que plus que doué à vivre,&lt;br/&gt;
Jacques était doué à dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-situeres2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-situeres2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un paradoxe&amp;nbsp;:&lt;br/&gt;
Jacques était notoirement pudique,&lt;br/&gt;
secret,&lt;br/&gt;
segmenté,&lt;br/&gt;
compartimenté,&lt;br/&gt;
si bien que quand il est mort,&lt;br/&gt;
plus que d'autres sans doute,&lt;br/&gt;
il est devenu cette galaxie de Jacques,&lt;br/&gt;
tous ces Jacques-pour-les-autres,&lt;br/&gt;
toutes ces versions,&lt;br/&gt;
tous ces fragments.&lt;br/&gt;
Il avait cependant un usage du langage très précis,&lt;br/&gt;
un usage vivant&amp;nbsp;:&lt;br/&gt;
il disait des choses qui importent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques était un parleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;right&quot;&gt;«&amp;nbsp;Il convient de respecter la coutume ancestrale&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.unicaen.fr/recherche/mrsh/forge/3883&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;em&gt;Shüpüshe wayuu tü kasakaa ananü kottiraainjatü&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;»&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;les restes de la famille doivent être ensemble&amp;nbsp;». Ce deuxième enterrement est un moyen de réaffirmer leurs origines et leur culture. Il permet également, au travers de la mort, de renforcer le sentiment d’appartenance à un même groupe social. Les femmes jouent un rôle important dans ce rituel.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens de passer ces dernières semaines à fabriquer un &lt;a href=&quot;https://lesreglesdelanuit.net/site/blog/spam-le-recueil-de-jacques-mucchielli&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;livre&lt;/a&gt;&lt;br/&gt;
avec les copines, avec les copains,&lt;br/&gt;
à bricoler et à orner un recueil des nouvelles de Jacques&lt;br/&gt;
afin de faire entendre&lt;br/&gt;
- c'est comme ça qu'on la pitché -&lt;br/&gt;
sa voix d'écrivain.&lt;br/&gt;
Les fichiers partent à l'impression tandis que j'écris ça&lt;br/&gt;
et, si je sais que ça importe,&lt;br/&gt;
si je suis heureux qu'on l'ait fait parce que c'était la chose à faire,&lt;br/&gt;
je me dis aussi que ce n'est pas ce qui me manque,&lt;br/&gt;
sa voix d'écrivain.&lt;br/&gt;
Ce qui me manque,&lt;br/&gt;
c'est sa voix tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-situeres3.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-situeres3_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restes de Jacques&lt;br/&gt;
sont une urne de cendres,&lt;br/&gt;
prise dans la tombe&lt;br/&gt;
qu’il partage avec son frère Simon,&lt;br/&gt;
dans un joli petit cimetière&lt;br/&gt;
au bout du village de son père,&lt;br/&gt;
en Corse.&lt;br/&gt;
Il y a un médaillon ovale dans le marbre gris&lt;br/&gt;
avec une photo plutôt moche de lui,&lt;br/&gt;
et puis les montagnes&lt;br/&gt;
et puis le ciel.&lt;br/&gt;
C'est un très bel endroit où être,&lt;br/&gt;
où demeurer en compagnie de son frère.&lt;br/&gt;
Sa mère, elle, a été enterrée à Ivry,&lt;br/&gt;
juste de l'autre côté du périph&lt;br/&gt;
le long duquel ils vivaient tous les trois,&lt;br/&gt;
Elisabeth, Simon et Jacques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas trop quoi faire&lt;br/&gt;
de ces petits os imaginaires que je sors de la boîte&lt;br/&gt;
afin de les essuyer dans mon tissu coloré.&lt;br/&gt;
Je n'ai pas de rituel,&lt;br/&gt;
je n'ai pas de chanson.&lt;br/&gt;
Je n'ai convié personne avec moi&lt;br/&gt;
pour m'accompagner dans cette cérémonie.&lt;br/&gt;
Alors je me contente de frotter les fragments&lt;br/&gt;
et puis je les remets à leur place,&lt;br/&gt;
les uns après les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment,&lt;br/&gt;
je prends les amis dans mes bras,&lt;br/&gt;
celles et ceux qui me laissent faire,&lt;br/&gt;
qui ne trouvent pas ça trop étrange&amp;nbsp;:&lt;br/&gt;
on n'est pas bien habitués.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaie, je crois, de retenir quelque chose.&lt;br/&gt;
J'essaie de comprendre quelque chose autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix ans, pour un mort,&lt;br/&gt;
ce n'est vraiment pas beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est nous que ça affecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maheva a écrit, l'année de ses quarante ans&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Novembre est terminé, on continuera de faire le gros dos.&lt;br/&gt;
On ne parle pas beaucoup de toi. On t'aime, toujours.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci, je le reprends de sa main,&lt;br/&gt;
à gestes prudents,&lt;br/&gt;
je l'essuie délicatement dans un grand chiffon bleu,&lt;br/&gt;
et le réchauffe contre ma peau nue un temps,&lt;br/&gt;
avant de le passer à ma voisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-situeres4.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hommage-mucchielli-situeres4_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chant se poursuit.&lt;br/&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous on t'aime,&lt;br/&gt;
toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;h5&gt;Les collages photos viennent de la série &lt;em&gt;Moins de toi&lt;/em&gt; de &lt;a href=&quot;https://www.caroline-vaillant.fr/&quot;&gt;Caroline Vaillant&lt;/a&gt;.&lt;br/&gt;
Texte publié originellement dans les &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.leo-henry.com/html/nouvellesparemail.html&quot;&gt;Nouvelles par email&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de Léo Henry.&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://lesreglesdelanuit.net/site/home/spam#top&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hommage-mucchielli-SPAM.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hommage-mucchielli-SPAM.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/hommage-mucchielli-Locus_May2011.pdf&quot;&gt;un article de &lt;em&gt;Locus&lt;/em&gt; de mai 2011, évoquant (avec quelques libertés dans l'écriture des noms) Jacques Mucchielli, Léo Henry, la science-fiction francophone et la bit-lit.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 104)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/10/27/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-104" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 104)" />
      <id>urn:md5:b1928c3d2245d7449dc8209dcb0ce240</id>
      <published>2021-10-27T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2021-11-26T17:57:06+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr104-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Davantage de livres, davantage de collaborateurs et collaboratrices… mais pas plus de place. Comme de coutume, le cahier critique de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; s'accompagne de son (ample) versant numérique. S'ajoutent donc ici, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-104&quot;&gt;pour ce numéro 104&lt;/a&gt;, une quinzaine de chroniques supplémentaires, allant de titres confidentiels (&lt;em&gt;La Chute de la Ville Principale&lt;/em&gt; d'Efim Zozoulia) à d'autres plus attendus (&lt;em&gt;Numérique&lt;/em&gt; de Serguei et Marina Diatchenko)… &lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-chute.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-chute_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Chute de la Ville Principale&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Efim Zozoulia – Le Temps des Cerises éditeurs – janvier 2021 (recueil de nouvelles en partie inédites traduites du russe par Emma Lavigne – 115 pp. GdF. 15 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La publication de &lt;strong&gt;La Chute de la Ville Principale &lt;/strong&gt;offre l’occasion de découvrir un pan quasi inconnu de l’Imaginaire soviétique. Les cinq nouvelles formant ce recueil étaient jusqu’alors inédites en français, mise à part &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Conte d’Ak et l’humanité&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (in anthologie de SF soviétique &lt;strong&gt;Les Premiers Feux&lt;/strong&gt;, Lingva, 2015). Ces textes sont l’œuvre d’Efim Zozoulia (1891-1941), l’un des «&amp;nbsp; &lt;em&gt;oubliés de la littérature russophone&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;em&gt; &lt;/em&gt;ainsi que l’écrit la traductrice Emma Lavigne en préface. Zozoulia, après avoir entamé à la veille de la Première Guerre mondiale une carrière d’écrivain et journaliste dans son Ukraine natale, continua celle-ci en Russie une fois passée la révolution d’Octobre. Comme nombre d’auteurs soviétiques, Zozoulia mena dès lors une carrière évoluant entre affirmation (déclinante) de sa liberté créatrice et compromission (croissante) avec le régime communiste. Après avoir écrit dans une revue satirique bientôt interdite par les Bolcheviques, Zozoulia devait ensuite participer à une «&amp;nbsp; &lt;em&gt;compilation des meilleurs chants à la gloire de Staline&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», puis prendre part en 1929 à la campagne menée en URSS contre Zamiatine, l’auteur de &lt;strong&gt;Nous &lt;/strong&gt;(cf. &lt;strong&gt;Bifrost &lt;/strong&gt;87). Échappant peut-être de la sorte aux purges staliniennes, Zozoulia ne survécut en revanche pas au siège de Moscou durant la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tous écrits entre 1918 et 1919, les cinq récits de &lt;strong&gt;La Chute de la Ville Principale &lt;/strong&gt;dessinent la trajectoire esthétique et idéologique à venir de Zozoulia… Si les quatre premiers d’entre eux manifestent son adhésion au socialisme, ils témoignent par ailleurs d’une réflexion ironique sur l’autocratie, semblant annoncer le totalitarisme soviétique. Quant aux convictions marxistes de Zozoulia, elles apparaissent clairement dans le texte-titre et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Mobilier humain&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.  Adoptant comme les autres textes la tonalité du conte, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Chute de la Ville Principale&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;dénonce sur un mode dystopique l’aliénation capitaliste et la lutte des classes devant inexorablement en découler. S’imposant comme le plus réussi des textes du volume, ce récit science-fictionnel&lt;em&gt; &lt;/em&gt;a de séduisantes allures de miniature “miévillienne”, évoquant notamment &lt;strong&gt;Perdido Street Station &lt;/strong&gt;et sa topographie subversive. Relevant plutôt du conte cruel, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Mobilier humain&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; décline de manière horrifique et sarcastique le motif marxiste de la réification de l’individu. Zozoulia consacrera par la suite une étude à Swift dont on retrouve l’influence dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Atelier de l’Amour de l’Humanité&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Conte d’Ak et l’humanité&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Aussi brèves qu’incisives, ces deux fables spéculatives préfigurent de manière troublante la folie démiurgique ainsi que l’hyper-brutalité de l’entreprise totalitaire dont l’URSS sera bientôt le théâtre. L’acidité critique de ces textes est en revanche absente du &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gramophone des siècles&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Cette utopie située dans les années 1950 dépeint une Europe vivant sous l’heureuse emprise d’un socialisme à l’œuvre depuis des décennies. Celui-ci a atteint un degré de perfection tel que les maux sociaux comme politiques ne sont plus que de déplaisants souvenirs, fugitivement ravivés par un singulier gramophone. Étrange mélange d’inventivité science-fictionnelle et de naïveté propagandiste, ce texte conclusif du recueil peut se lire comme la triste préfiguration de la soumission de son auteur à la dictature stalinienne…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-oublierlesetoiles.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-oublierlesetoiles_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Oublier les étoiles&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;X.M. Fleury – Rivière Blanche, coll. «&amp;nbsp;Blanche&amp;nbsp;» – mars 2021 (recueil inédit sous cette forme – 250 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Lorsque l’on dit d’un livre qu’il est sympathique, cela sous-entend qu’il n’est pas totalement mauvais mais compte néanmoins sa part de défauts. Le présent recueil n’est pas sympathique, il est bon, voire très bon et les seize nouvelle rassemblées ici méritent toutes le détour, même les sept pour lesquelles le manque de place n’a pas permis de présenter une notule spécifique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Noir&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; est un très bon texte qui reprend le thème de l’humanité rendue aveugle par une expérience tournant mal. X.M. Fleury met en scène le péquin moyen et imagine ce qu’il pourrait bien faire si l’opportunité de rectifier de tir lui était donnée. Je ne vous en dis pas davantage…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Crique&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; est une nouvelle franchement politique sur la thématique des migrants qui, à travers une inversion de situation donne à réfléchir sur ce drame contemporain qui pourrait encore s’amplifier à l’avenir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Travail Assassiné&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;X.M. Fleury s’empare, toujours avec la même ironie acerbe et son sens de l’humour noir, du thème très présent d’une hypothétique «&amp;nbsp;fin du travail&amp;nbsp;» où les IA feraient à peu près tout, ne laissant aux gens que le loisir de singer une activité professionnelle pour s’éviter de mourir d’ennui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Ami secret&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; a un petit côté dickien où, dans un contexte de colonisation et de terraformation, l’auteur s’interroge et nous avec lui sur les rapports que peut entretenir la religion avec l’altérité. Ici encore, l’humanité n’est pas présentée sous son jour le meilleur, – pour faire dans l’euphémisme —, et, quand par hasard un humain serait bon, ce n’est pas bon du tout pour lui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Jeux de guerre&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; revient, dans un contexte de futur proche, sur &lt;strong&gt;La Stratégie Ender&lt;/strong&gt; qu’il retourne comme un gant. La guerre par l’entremise de jeux vidéo… Mais dans la guerre informationnelle l’arme est l’intelligence et peut-être est-il dangereux de croire que l’ennemi plus pauvre est plus stupide.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pourfendre les dragons&amp;nbsp;»,&lt;/em&gt; l’auteur s’inspire des&lt;strong&gt;Croisées du Cosmos&lt;/strong&gt; de Poul Anderson ou des &lt;strong&gt; Grognards d’Eridan &lt;/strong&gt;de Pierre Barbet. Un chevalier qui tient sûrement davantage de Don Quichotte que de Tristan est capturé par des outremondiers elfes afin de débarrasser le monde des nains de ses dragons. Ici l’humour est un brin moins caustique…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Un cadeau presque parfait&amp;nbsp;», &lt;/em&gt;Fleury rejoue «&amp;nbsp; &lt;em&gt;La Clé laxienne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de Sheckley dans un esprit s’apparentant fort à Damon Knight. L’auteur, qui maitrise fort bien l’art de la chute, est ici à son meilleur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Immersion&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; joue encore la carte du transhumanisme dans un monde dual où de riches oisifs en mal de sensations fortes se transfèrent psychiquement dans le corps d’animaux qui n’ont rien demandés. De nouveau, la bêtise humaine fait merveille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Oublier les étoiles&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;est aussi court qu’excellent et Fleury y donne l’immense mesure de son art de la chute. L’écologisme règne et traque les derniers chercheurs à l’instar d’une nouvelle inquisition qui veut voir tout le savoir honni définitivement éradiqué et en finir avec tout rêve d’étoiles. X.M. Fleury nous laisse ici comprendre que savoir et intelligence ne vont pas nécessairement de pair ni que cette dernière n’est pas l’apanage des seuls bons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voici donc un bon recueil de fictions spéculatives qui donne à penser et à réfléchir, ce qui est plutôt rare par les temps qui courent où la tendance lourde va à une littérature de propagande assumée sans aucun complexe où les réponses sans questions sont assénées, martelées jusqu’à la nausée sans nul répit ni relâche. &lt;strong&gt;Oublier les étoiles&lt;/strong&gt; ne va pas forcément à l’encontre du prêt-à-penser contemporain mais vous laisse le soin de tirer les conclusions par vous-même. X.M. Fleury manie une ironie au scalpel, parfois cinglante, associée à un art de la chute des plus consommé. Ses textes, faciles d’accès, peuvent constituer une porte sur le genre pour qui n’a encore jamais lu de SF. Il serait vraiment très dommage de faire l’impasse.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-paradis.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-paradis_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Paradis, année zéro&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Christophe Gros-Dubois – Les Moutons électriques, coll. «&amp;nbsp;Courant alternatif&amp;nbsp;» – avril 2021 (roman inédit – 496 pp. GdF. 21 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Courant alternatif&lt;/em&gt; est un nouveau label des Moutons Électriques, présenté comme «&amp;nbsp; &lt;em&gt;engagé et enragé&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» faisant la part belle aux « &lt;em&gt; fictions politiques, écologiques et sociales, mais également [aux] dystopies et d’utopies &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» comme l’indique leur site. Quatre titres sont disponibles au catalogue au moment de rédiger ces lignes, dont &lt;strong&gt;Paradis, année zéro&lt;/strong&gt; de Christophe Gros-Dubois – deuxième roman de cet auteur venant du cinéma.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une catastrophe inédite et inexpliquée, littéralement, vient frapper les USA. Les belles baraques s’écroulent tandis que les taudis restent droits — même si parfois de guingois. D’autres conséquences adviendront au fil du récit, comme autant de prétextes à promouvoir la narration de l’auteur. Parallèlement, une invention va redistribuer les cartes entre les différents protagonistes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au milieu de ce Washington en perdition, de nombreux personnages se rencontrent, s’évitent et s’affrontent, dont de nombreuses femmes africaine-américaines. Une mère et sa fille, militantes de deux générations distinctes, ou encore une cascadeuse meurtrie par la mort de son frère. On croise aussi un ersatz de Mike Tyson et un homme ayant été touché par la crise des &lt;em&gt;subprimes&lt;/em&gt;. Dans le camp d’en face, le policier qui a abattu le frère évoqué précédemment, un videur-biker tendance néo-nazie et un jeune &lt;em&gt;redneck&lt;/em&gt; ayant ouvert le feu dans une église. Si cette galerie de personnages semble stéréotypée, leurs évolutions sont néanmoins intéressantes, et laissent la place à une complexité bienvenue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hélas, le paratexte dessert le roman. Entre la quatrième de couverture annonçant que le texte date d’avant Trump et les «&lt;em&gt;violences policières récentes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (pléonasme), parle de «&amp;nbsp; &lt;em&gt;prophétie&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et la première qui annonce comme thématique du livre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la fin du racisme et après&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», on se demande jusqu’à la toute fin s’il n’y a pas erreur sur la marchandise. Que l’auteur ait eu l’idée de son livre il y de nombreuses années est une chose, mais laisser entendre que ce roman qui parle de Biden et de Covid a été «&amp;nbsp;Écrit avant&amp;nbsp;» donne une saveur de toc à l’ensemble. Par ailleurs, annoncer «&amp;nbsp;la fin du racisme&amp;nbsp;» comme thématique est assez osé, et plus encore le «&amp;nbsp;après&amp;nbsp;» puisqu’il ne constitue que les toutes dernières pages de cet épais roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On déplorera beaucoup de coquilles, parfois sur les noms propres&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Book &lt;strong&gt;t&lt;/strong&gt;er T. Washington&amp;nbsp;» ou le fréquent «&amp;nbsp;Malcom X&amp;nbsp;». L’usage de l’italique pour les termes anglais est irrégulier, de même que la pertinence des notes de bas de page. Et si l’auteur fait montre d’une grande culture africaine-américaine, et étatsunienne en général, comment expliquer la confusion entre Washington et l’État de Washington à la toute fin&amp;nbsp;? La question est posée sans ironie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Grosse déception que cette utopie post-apo un peu trop foutraque et inutilement lubrique, sur une thématique complexe mais d’actualité permanente. Une sorte de pétard mouillé, vu le résultat alors que Richard Wright et James Baldwin, deux auteurs africains-américains majeurs, sont évoqués, de même que Frantz Fanon, à qui l’on doit&lt;strong&gt;Les Damnés de la terre&lt;/strong&gt;, livre de chevet du &lt;em&gt;Black Panther Party&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Mathieu Masson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-babayaga.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-babayaga_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Baba Yaga a pondu un œuf&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Dubravka Ugresic – Christian Bourgois – avril 2021 (roman inédit traduit du croate par Chloé Billon. 340 pp. GdF. 23 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La narratrice, une universitaire, a une mère vieillissante et victime de la maladie d’Alzheimer. Elle l’accompagne au quotidien du mieux qu’elle peut, entre le tragique de la situation et son côté comique, quand un mot chasse l’autre et génère quiproquos et malentendus. Elle voudrait bien se rapprocher d’elle mais cette mère, repliée sur son quotidien, ne lui laisse guère de place. Cette dernière semble bien plus en affinités avec la jeune étudiante Aba Bagay, qui s’est entichée, elle, de la narratrice. Voilà pour la première partie. La seconde s’ouvre sur les aventures de trois vieilles femmes, Beba, Kukla et Pupa en villégiature dans un spa tchèque. L’une est petite et emportée par le poids de ses énormes seins&amp;nbsp;; l’autre est longue et sèche, montée sur de grands pieds&amp;nbsp;; la dernière, enfin, est racornie comme une chouette hors d’âge et enfoncée dans une unique botte où elle réchauffe ses vieilles jambes. Que viennent-elles chercher dans cet hôtel spa, digne d’un Wes Anderson avec sa galerie de personnages truculents&amp;nbsp;? Aspirent-elles vraiment à retrouver un peu de leur fraîcheur perdue&amp;nbsp;? D’où vient l’aura de mystère qui entoure ces femmes qui ont bien souffert de ce que le monde paternaliste leur a infligé&amp;nbsp;? Les deux premières parties du roman seront éclairées par une troisième, rédigée par la jeune Aba Bagay, et qui consiste en une sorte d’essai aux allures universitaires sur la figure mythique de Baba Yaga, la sorcière bien connue dans la culture d’Europe centrale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La vieillesse est fantastique. Si, si. L’auteur croate Dubravka Ugresic, figure de la littérature paneuropéenne, vous en convaincra dans ce roman à la composition subtile comme un œuf de Fabergé. Jadis, on a usé de cette métaphore pour décrire le roman &lt;strong&gt;Feu pâle&lt;/strong&gt; de Nabokov, dont le fil narratif repose sur un poème de plus de mille vers et sur son exégèse par un narrateur qui joue un rôle central dans le propre récit qu’il délivre. Ugresic, exilée tout comme Nabokov, marche dans les pas du maître russe, à sa façon. La composition hétéroclite du roman intrigue&amp;nbsp;: quels rapports ont les narrations entre elles, sinon cette réflexion fine et drolatique sur la vieillesse&amp;nbsp;? La troisième partie intrigue assurément&amp;nbsp;: livrant les sources de nombreuses scènes et caractéristiques des personnages, elle explique la présence de motifs récurrents en exposant leur origine et leur fortune au fil des siècles. Mais, alors que cette partie devrait avoir un peu la platitude du discours explicatif (dont l’exactitude est toute scientifique) et dégonfler la magie de ce qu’on a lu précédemment, elle renforce au contraire l’impression d’étrangeté de l’ensemble.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le Bifrostien n’y trouvera guère de paranormal ou de fantastique sinon celui de l’étrangeté inhérente à chacune de nos existences et que rien ne saurait mieux rendre que la vieille figure d’une sorcière, Baba Yaga, qui a traversé les civilisations d’Europe centrale. Dubravka Ugresic use avec bonheur des puissances de l’écriture fantastique sans jamais s’y abandonner complètement, et s’en sert comme d’une loupe penchée sur notre vieillesse et le sort que nos sociétés ont fait aux femmes.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-citadelle.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-citadelle_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Citadelle de la peur&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Gertrude Barrows Bennett (aka Francis Stevens) – Marie Barbier Éditions – mai 2021 (roman traduit de l’américain par Michel Pagel – 400 pp. GdF. 17 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Citadelle de la peur&lt;/strong&gt; est un roman dont la propre histoire est originale. Publié à l’origine en feuilleton dans la revue pulp &lt;em&gt;The Argosy&lt;/em&gt; entre le 14 septembre et le 26 octobre 1918, le texte ne connaîtra d’édition définitive sous une couverture unique qu’en 1942. Autre particularité plus notable, il est l’œuvre de Gertrude Barrows Bennett, une sténographe qui commença à écrire des nouvelles à l’âge de 17 ans – son premier texte, «&lt;em&gt;The Curious Experience of Thomas Dunbar&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», fut accepté par&lt;em&gt;Argosy&lt;/em&gt; et publié en 1904. Beaucoup d’autres suivront, dont &lt;strong&gt;The Citadel of Fear&lt;/strong&gt; traduit ici pour la première fois en français et souvent considéré comme son meilleur roman. On notera que Bennett, après avoir publié sous son nom au début de sa carrière, publia la plus grande part de ses textes, à sa demande, sous pseudo, Francis Stevens en l’occurrence. Sous un nom ou l’autre, Bennett, première américaine à trouver un large public pour ses textes de fantasy et de SF, est, dit-on, « la femme qui inventa la dark fantasy&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Citadelle de la peur&lt;/strong&gt; se divise en deux parties consécutives. D’abord, le désert du Mexique, parcouru par deux aventuriers en quête de fortune, Colin O’Hara et Archer Kennedy. Les deux hommes y tombent par hasard sur une plantation non répertoriée occupée par d’étranges habitants. De fil en aiguille, ils se trouvent emprisonnés dans la cité cachée de Tlapallan, un lieu de terreur et de beauté aussi dans laquelle «&amp;nbsp;vivent&amp;nbsp;» les dieux anciens, gardés et adorés par d’antiques guildes concurrentes. De combats en péripéties, O’Hara parviendra à fuir alors que Kennedy connaîtra un destin funeste. Seconde partie, quinze ans plus tard, en Nouvelle-Angleterre&amp;nbsp;: O’Hara, qui a largement enfoui cette histoire au fond de sa mémoire, est rattrapé par elle quand Cliona, sa sœur chérie, est attaquée et traumatisée par une créature qui prend la fuite après que la jeune femme lui a vidé un chargeur dessus. Devant l’incrédulité de la police, O’Hara prend l’affaire en main et découvre, non loin, une maison coloniale qui abrite d’innommables horreurs. Propriétaire inquiétant, répugnantes créatures, et aussi une femme d’une beauté à couper le souffle dont O’Hara tombe instantanément amoureux. Sauver la femme, sauver sa sœur&amp;nbsp;: il faudra à O’Hara et ses quelques alliés beaucoup de courage et de force pour vaincre une terreur venue d’Amérique du Sud.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écrit en 1918, &lt;strong&gt;La Citadelle de la peur&lt;/strong&gt; rappelle les textes de Robert E. Howard pour ses hommes. Même héros volcanique issu du Nord de l’Europe, même virilisme amusant par son excès, même mépris d’O’Hara pour « l’intellectuel&amp;nbsp;» Kennedy jugé tortueux et peu courageux, même certitude qu’on peut et doit à résoudre les problèmes par la force. Elle rappelle Merritt pour ses femmes, des êtres fragiles à aimer et à protéger – sur ce point, Cliona détrompera son frère.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du point de vue de l’archéologie littéraire, lire ce roman est intéressant &amp;nbsp;; beaucoup de l’habitus de l’époque y transparaît, et, entre Howard et Merritt, Bennett participe à un genre naissant. Néanmoins, les personnages trop monolithiques, la narration trop linéaire, la simplicité de l’intrigue, les sentiments trop naïvement exprimés et la candeur parfois confondante d’O’Hara font qu’on se situe bien en-dessous de ce qui s’écrira par la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Eric Jentile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-lempireseffondre.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-lempireseffondre_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’empire s’effondre&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Sébastien Coville – Éditions Anne Carrière – mai 2021 (roman inédit – 496 pp. GdF. 22,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ce qui frappe avant tout avec &lt;strong&gt;L’Empire s’effondre&lt;/strong&gt;, premier tome d’une trilogie éponyme, c’est la communication de son éditeur — quatrième de couverture et sites marchands notamment&amp;nbsp;: on y voit passer des comparaisons avec Frank Herbert, Isaac Asimov, &lt;a id=&quot;__DdeLink__27_1172286728&quot;&gt;Jean-Philippe Jaworski&lt;/a&gt;, Eugène Sue et Alexandre Dumas. Excusez du peu&amp;nbsp;! Outre le fait que pour un premier roman, ce genre de parallèles a bien peu de chances de se révéler fondé (et, évacuons tout suspense, ils ne le sont pas), ils ont aussi le grand tort d’établir des attentes qui, si elles ne sont pas remplies, génèreront à coup sûr de la frustration. Sans parler du fait que la comparaison avec Herbert est fort limitée (la religion en tant qu’outil de contrôle) et paraît assez opportuniste (disons que c’est de bonne guerre) à l’approche de la sortie du film &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un empire où la technologie (centrée sur la vapeur pour l’essentiel) cohabite avec un système de castes professionnelles hyper rigide car établi par des dieux tutélaires conférant un pouvoir absolu aux Princes qui les dirigent, un attentat menace de faire s’effondrer tout l’édifice. En effet, les violentes émeutes qu’il provoque servent elles-mêmes à justifier une révolution de palais dans laquelle trois princes prennent le pouvoir au détriment des autres, tandis qu’un quatrième entre en guerre pour rétablir le régime théocratique. On sent clairement, à tous les niveaux, le potentiel de l’auteur, mais à chaque fois, quelque chose cloche&amp;nbsp;: son écriture est souvent fluide et agréable, mais ne fait pas l’impasse sur des effets de manche stylistiques dont il aurait pu se passer (tout comme des &lt;em&gt;quatre&lt;/em&gt; scènes de viol en cent pages&amp;nbsp;!), sans parler de passages d’une emphase excessive et très clairement, de longueurs (l’ouvrage ne se serait pas plus mal porté dégraissé d’un bon quart)&amp;nbsp;; les personnages sont intéressants, mais le nombre de points de vue (une dizaine&amp;nbsp;!) est effroyablement trop élevé, d’autant plus que certaines sous-intrigues sont achevées hors-champ et réglées d’un trait de plume (le conseil basique d’écriture «&amp;nbsp;Montrer plutôt que raconter&amp;nbsp;» est pourtant censé être connu de tous), quand ce n’est pas le personnage lui-même dont on se débarrasse sommairement sans qu’on comprenne l’intérêt de lui avoir consacré tant de pages&amp;nbsp;; le &lt;em&gt;worldbuilding&lt;/em&gt; est travaillé et évocateur, mais montre aussi des détails peu crédibles, comme ces armes à feu à vapeur ou ces quartiers à étages s’accrochant au flanc des collines où se trouvent les palais des puissants&amp;nbsp;; enfin, l’aspect roman social fait lever les yeux au ciel tant il est du cent fois vu en Fantasy (si tant est que ce livre en relève, certains indices incitant au doute), avec sa stratification sociale se doublant d’une stratification spatiale, sa charge anticapitaliste, anti-élites, anti-religion, anti-journalistes, sa révolte prolétarienne, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’empire s’effondre&lt;/strong&gt; n’est en aucun cas un mauvais roman (surtout pour une première œuvre), mais il n’est certainement pas non plus à la hauteur des comparaisons auxquelles se livre son éditeur. Coville a clairement du potentiel, et avec peu d’ajustements (et une communication plus sobre), le tome suivant pourrait être une spectaculaire réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Apophis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-setne.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-setne_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les aventures de Setnê&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;J.-H. Rosny aîné – Éditions Callidor, coll. «&amp;nbsp;L’âge d’or de la fantasy&amp;nbsp;» – mai 2021 (réédition, 80 pp. GdF. Livre offert pour l’achat de deux titres Callidor)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Figure incontournable du Paris littéraire, Rosny aîné appartient à cette génération d’auteur qui popularisa, au tournant du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, le roman merveilleux-scientifique. Le temps d’un court récit, et bien avant Howard et Dunsany, il s’aventura également sur les rives de ce qu’on n’appelait pas encore l’&lt;em&gt;heroic fantasy&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le personnage de Setnê apparaît dans deux contes égyptiens datés du IIIe siècle avant notre ère, sous les traits d’un scribe et magicien. Rosny en fait un chef guerrier proche de Conan, vassal de Thoutmôsis III (Thoutmès dans le roman), qui régna sur la XVIIIe dynastie, aux alentours de -1500 avant JC. Surnommé le «&amp;nbsp;Napoléon de l’Égypte antique&amp;nbsp;», ce pharaon mena une politique de conquête qui porta le Nouvel empire à son apogée. D’une campagne menée contre Ninive, l’auteur tire un épisode plein du bruit et de la fureur des temps antiques. Pour prendre l’ennemi à revers, Thoutmôsis envoie Setnê et ses soldats intercepter une caravane ennemie et s’emparer d’un défilé. Le plus court chemin passe par une forêt sacrée puis des contrées hautement hostiles. Ils endurent la fournaise du désert des Dragons, traversent la forêt des tigres géants mangeurs d’homme, longent les marécages des Hommes de l’Eau menés par leur reine « &lt;em&gt; avec ses cheveux d’hyacinthe, sa peau bleue, ses immenses yeux de flamme fumeuse. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rosny dépeint l’aventure humaine autant que l’épopée de la survie, la façon dont se révèlent les tempéraments au fil des épreuves. Pourquoi certains résistent, et certains succombent&amp;nbsp;? Qu’est-ce qui peut mouvoir les corps épuisés et les esprits éperdus&amp;nbsp;? Nombre des soldats puisent leur énergie dans la bravoure de leur chef. D’une force égale au célèbre Cimmérien, Setnê s’en distingue par sa capacité de meneur. Dans le feu du combat, les fils de l’Égypte sont des frères et se doivent une fidélité réciproque et absolue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit déroule tranquillement cette &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; prototypale, sans trop d’excès, avec un classicisme presque provocant. Rosny fait du bon boulot, la narration est efficace, servie par un style ciselé, aux envolées parfois poétiques. L’ouvrage est par ailleurs aux standards habituels des éditions Callidor&amp;nbsp;: beau papier, illustrations de qualité, couverture à rabats, préface éclairante. À noter que le titre n’est pas vendu seul mais offert pour l’achat de deux ouvrages du catalogue.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-godzilla.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-godzilla_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Godzilla&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Shigeru Kayama – Ynnis éditions – mai 2021 (romans inédits traduits par Sarah Boivineau et Yacine Youhat – 288 pp. GdF. 14,95 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Tout le monde connaît Godzilla, la créature issue des fonds sous-marins, qui détruit sur son passage. Beaucoup de monde connaît &lt;em&gt;Godzilla&lt;/em&gt;, les films, qu’il s’agisse de la version originale japonaise de 1954 (ou du remontage américain de celle-ci) et de ses innombrables suites, ou des remakes américains récents, plus ou moins réussis. Mais peu de gens connaissent le roman d’origine, signé Shigeru Kayama, et pour cause&amp;nbsp;: il était resté inédit en langue française jusqu’à ce que les éditions Ynnis décident de le publier en cette année 20021. Le lectorat français se voit donc proposer un livre fondateur&amp;nbsp;; il convient toutefois de noter qu’il n’y a pas eu d’abord le roman, puis son adaptation au cinéma. Tout a commencé par une idée du producteur Tomoyuki Tanaka, qui a imaginé l’histoire du « Monstre géant venu de 20 000 lieux sous les mers&amp;nbsp;» comme base d’un film pour la Toho. Il demanda alors à Shigeru Kayama de rédiger un roman, que devaient ensuite adapter Ishirô Honda, le réalisateur du film, et Takeo Murata. Livre et film sont donc intriqués, sans que le premier soit la novélisation du deuxième ou le deuxième une simple adaptation d’un matériau préexistant. De fait, les différences entre les deux sont relativement minimes, même si Kayama a davantage de place pour travailler ses personnages, et notamment Sinkichi, le «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;», qui se voit fusionné dans le film avec un protagoniste plus secondaire du roman. Autre ajout intéressant à signaler, la création par Kayama de l’organisation tokyoïte de soutien à Godzilla&amp;nbsp;: le professeur Yamane, qui déjà dans le film ne souhaite pas qu’on tue le monstre pour pouvoir l’étudier et mettre à profit sa fascinante résistance à la radioactivité, va encore plus loin dans le roman, en organisant une propagande visant à retourner l’opinion publique sur le devenir de la créature. Le roman est en revanche parfaitement en phase avec le propos global du film, en s’inscrivant ouvertement contre l’utilisation de l’arme atomique sur Hiroshima et Nagasaki, et les essais nucléaires qui perdurent en 1954. Cette position anti-prolifération culmine, comme dans le film, dans la scène finale, où, après avoir tué Godzilla, le docteur Serizawa se suicide pour que son arme ultime, le Destructeur d’oxygène, ne passe pas aux mains de personnes malintentionnées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La lecture de ce roman prolonge ainsi l’expérience du film, en l’enrichissant de diverses manières&amp;nbsp;; on la conseillera donc, tout en signalant que tout cela est parfois empreint de naïveté, à l’image des descriptions sonores, puisqu’ici les vaches font «&amp;nbsp;meuh meuh&amp;nbsp;», les oiseaux «&amp;nbsp;cui cui&amp;nbsp;», les mitraillettes «&amp;nbsp;tacatac&amp;nbsp;» et les voitures de pompiers « hou, hou, hou&amp;nbsp;»… À noter que ce livre propose également le roman à l’origine du deuxième film de la série, &lt;em&gt;Le retour de Godzilla&lt;/em&gt; (eh oui, il n’était pas vraiment mort), nettement plus court que le premier, presque un simple scénario, et également moins convaincant. Et si l’on veut être totalement exhaustif sur Godzilla, on pourra avec grand profit compléter par la lecture de cette bible qu’est &lt;strong&gt; Kaiju, envahisseurs &amp;amp; apocalypse. L’âge d’or de la science-fiction japonaise &lt;/strong&gt; de Fabien Mauro (Aardvark).&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Bruno Para&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-darksky.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-darksky_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Dark Sky (Keiko T2)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Mike Brooks – Fleuve Éditions, coll. «&amp;nbsp;Outrefleuve&amp;nbsp;» – mai 2021 (roman inédit traduit de l’anglais [UK] par Hélène Collon – 368 pp. GdF. 21,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il y a deux ans, Fleuve sortait en français le premier tome de la série narrant les aventures du vaisseau spatial &lt;em&gt;Keiko&lt;/em&gt; et de son équipage haut en couleur, mené par Ichabod Crane, personnage hâbleur au passé bien peu glorieux. Alors que le premier tome est désormais disponible en format poche, l’éditeur sort enfin le deuxième volume. Soyez avertis&amp;nbsp;: si &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/dark-run&quot;&gt;Dark Run&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; plongeait la tête du lecteur ou de la lectrice dans les étoiles pour lui permettre de s’échapper de la réalité le temps de quelques pages, &lt;strong&gt; Dark Sky &lt;/strong&gt;est, à l’image de notre époque, confiné. Ici, hormis le chapitre introductif et quelques pages en conclusion, tout se passe en vase clos, et plus exactement dans les entrailles de la planète minière Ourragham. Alors qu’ils ne doivent y faire qu’une simple mission de collecte d’information, les membres d’équipage du &lt;em&gt;Keiko&lt;/em&gt; se retrouvent coincés dans la capitale par un ouragan de surface qui dure plusieurs jours et empêche toute sortie et toute entrée dans l’espace. Alors que la révolte gronde dans la population, ses différents équipiers vont être séparés de force et devront apprendre à composer avec des alliés surprenants…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;strong&gt;Dark Run&lt;/strong&gt; était un roman choral où la jeune Jenna, hackeuse ayant fui une existence privilégiée, servait de porte d’entrée pour découvrir le &lt;em&gt;Keiko&lt;/em&gt; et surtout le passé de son capitaine, &lt;strong&gt;Dark Sky&lt;/strong&gt; est beaucoup plus éclaté. L’équipage étant très vite divisé par paires, la narration saute de l’un à l’autre pour faire avancer l’action, sans qu’il y ait de réels liens entre eux, sauf à la toute fin. Ici sont mis en avant la seconde du vaisseau, Tamara – et son passé de «&amp;nbsp;black ops&amp;nbsp;» aussi des services d’espionnages américains (toute ressemblance avec le comportement de la CIA auprès de certaines agitations politiques dans des pays tiers, notamment en Amérique latine et notamment dans les années 70 et 80 étant parfaitement voulue) – ainsi qu’Apirana (qui s’adoucit un peu trop au prétexte d’apporter de la profondeur au personnage). Mike Brooks évite ainsi le piège de nombres de tomes 2, en ne faisant pas une redite dans son second livre de ce qui fit le succès du premier. En revanche, il risque de dérouter celles et ceux de son lectorat venus y chercher un &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; de plus. L’ambiance louche plus sur un mélange entre le roman d’espionnage anglo-saxon à la Tom Clancy et une certaine critique politico-sociale qui n’est pas sans rappeler George Orwell (et pas uniquement son &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt;). &lt;strong&gt;Dark Sky&lt;/strong&gt; se lit toutefois très bien et n’oublie pas d’être avant tout ce qu’on attend de lui&amp;nbsp;: un gros pavé de lecture détente pour oublier la reprise et la fin de l’été. Mission accomplie&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-arafat.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-arafat_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Mont Arafat&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Mike Kleine – Éditions de L’Ogre – mai 2021 (roman inédit traduit de l’américain par Quentin Leclerc – 168 pp. Semi-poche. 18 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Initialement paru en 2014, &lt;strong&gt;Le Mont Arafat&lt;/strong&gt; entre tout à fait dans la catégorie des OLNI (Objet Littéraire Non-Identifié) en prenant l’apparence d’un petit roman déroutant, composé comme un collage psychédélique, protéiforme, où le sens semble nous échapper tout en étant manifestement omniprésent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvre de fin du monde, aux morts innombrables, aux destins tragiques, aux références nombreuses (et lovecraftiennes à n’en pas douter) et à l’humour noir indéniable, c’est un livre qui se picore avec un mélange d’enthousiasme et de surprise frôlant parfois l’incompréhension. C’est aussi une œuvre qui flirte avec une poésie de l’effondrement.&lt;br /&gt;
Si l’on tente de rationnaliser, bien sûr, des chapitres se répondent, des protagonistes se retrouvent ici ou là, un film se tourne, un &lt;em&gt;serial killer&lt;/em&gt; trouve refuge non loin, et la chronologie&lt;em&gt; &lt;/em&gt; bien qu’éclatée semble se constituer entre plusieurs événements, et les &lt;s&gt; dieux, déesse et autres divinités (toujours inscrites sous cette forme barrée) &lt;/s&gt; étendent sans nul doute leur ombre furieuse et folle sur plusieurs chapitres et personnages… et le Mont Arafat agit là comme un aimant, qui agrège cette somme d’histoires, de fins du monde plus ou moins importantes, de discours, de rencontres et de cultes, dans une composition hallucinée, captivante, et certainement efficace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dire que j’aurais compris &lt;strong&gt;Mont Arafat&lt;/strong&gt; serait mentir&amp;nbsp;; j’ai néanmoins apprécié cette lecture, dans laquelle il n’est pas obligatoire de comprendre chaque référence. En soi, se laisser ici porter par l’expérience active ou contemplative de lecture et de langue vaut déjà le détour. Aussi, merci à Mike Kleine, son traducteur et aux éditions de l’Ogre d’avoir osé nous proposer ce voyage vers le Mont Arafat, aussi recommandable qu’indescriptible.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Éva Sinanian&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-ami.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-ami_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’Ami imaginaire&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Stephen Chbosky – Le Livre de Poche, mai 2021 (réédition d’un roman traduit de l’anglais [USA] par Jean Esch – 980 p. Poche. 10,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les USA sont une nation de migrants&amp;nbsp;: qu’elle soit intérieure ou extérieure, la migration appartient donc à l’imaginaire de ce pays. Ce n’est donc pas une surprise si &lt;strong&gt;L’Ami imaginaire&lt;/strong&gt; commence par une migration, celle d’une mère et de son jeune fils. Celle-ci tient de la fuite, même s’il s’agit en réalité de trouver un nouveau départ pour s’épargner la misère et le déclassement. Les USA sont aussi une nation marquée par les inégalités sociales&amp;nbsp;: Kate et Christopher appartiennent à l’une des classes les plus basses – celles qui sont piégées dans les hôtels miteux, les écoles de seconde zone et autre &lt;em&gt;gig economy&lt;/em&gt;. Christopher possède par ailleurs le handicap d’une dyslexie non corrigée, qui le rend presque inapte aux études et le condamne donc à être un paria dans une civilisation d’écrit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un «&amp;nbsp;ami imaginaire&amp;nbsp;», c’est une construction mentale esquissée par un enfant déçu par la réalité&amp;nbsp;: l’ami imaginaire aide, sait et ne juge pas… Le fantastique, dans ce tableau imaginé par un auteur à qui Steinbeck semble tenir lieu de surmoi, ne se greffe ni ne s’infiltre au réel&amp;nbsp;: le postulat de &lt;strong&gt;L’Ami imaginaire&lt;/strong&gt; est qu’il existe une réalité alternative où vivent des entités inquiétantes, certaines cherchant à faire venir à elles les habitants du monde réel. Coopérer avec elles, comme Christopher le découvre, est une garantie de changement&amp;nbsp;: attiré dans leur monde par une bizarrerie météorologique, libéré par un être que les adultes autour de lui interprètent comme un ami imaginaire, il en sortira guéri de sa dyslexie et deviendra un vecteur de chance. Dans un univers tout aussi stratifié que la société des USA, on n’a toutefois rien sans rien… et l’ami imaginaire de Christopher lutte contre une entité antagoniste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’être humain a-t-il sa place dans un univers où coexistent et s’interpénètrent différentes réalités&amp;nbsp;? Dans &lt;strong&gt;Les Enfants du maïs&lt;/strong&gt;, Stephen King montrait que parfois l’être humain s’incline devant la puissance d’ordre supérieur&amp;nbsp;; dans &lt;strong&gt;Ça&lt;/strong&gt;, il racontait au contraire l’histoire d’une rébellion réussie. On retrouve dans &lt;strong&gt;L’Ami imaginaire&lt;/strong&gt; un peu de ce choix contradictoire – entre l’adoration ou la révolte – imposé aux protagonistes humains. On regrette le côté brouillon et convenu de la cosmogonie esquissée ici. Le conflit dans le monde imaginaire s’exporte vers le monde réel, pour le malheur de l’humanité, sans que la nature des entités impliquées soit explicitée. Une des phrases de ce roman – sans nul doute provocatrice pour certains – en constitue l’une des clés, le prénom du protagoniste en étant une autre&amp;nbsp;: l’un des personnages pense que le Christ aurait pu avoir été crucifié… &lt;em&gt;«&amp;nbsp;pour complicité&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;! En fin de compte, &lt;strong&gt;L’ami imaginaire&lt;/strong&gt; s’avère être un roman bien trop long pour son propre argument&amp;nbsp;: les coups de théâtre lassent le lecteur, l’usage désordonné des majuscules l’agace, la conclusion l’achève.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Migration, strates sociales, années 10 du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et entités inquiétantes&amp;nbsp;: il y avait sans nul doute beaucoup à faire avec ces postulats. Le principal défaut du roman d’horreur qu’en a tiré Stephen Chbosky est toutefois de ne pas faire peur.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Brunet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-mars.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-mars_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Mars&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Asja Bakić – Agullo, coll. «&amp;nbsp;Agullo Court&amp;nbsp;» – mai 2021 (recueil de nouvelles inédit traduit du croate par Olivier Lannuzel – 160 pp. Semi-poche. 12,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Encore largement inconnue des lecteurs français Asja Bakić est une poétesse bosniaque, aujourd’hui installée en Croatie. L’heureuse initiative des éditions Agullo de traduire son premier recueil de nouvelles, &lt;strong&gt;Mars&lt;/strong&gt;, initialement paru en 2015, nous donne à entendre une voix originale de la jeune SF européenne, autant qu’un écho inattendu du dernier conflit qui a ravagé les Balkans voici à peine trente ans, lorsque l’auteur était enfant. Sans surprise, la plupart des dix nouvelles qui composent le recueil s’avèrent dystopiques, souvent à la lisière de l’absurde. On pense parfois aux textes les plus sombres d’un Dino Buzzati.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois nouvelles s’assument de pure SF&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Monde en bas&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; &lt;em&gt;,&lt;/em&gt; seule fiction martienne du recueil, nous présente une colonie pénitentiaire où la Terre a exilé tous ses écrivains, et l’inquiétante puissance d’un petit livre – Mars, bien sûr. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Asja 5.0&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; – Asja&amp;nbsp;? tiens donc&amp;nbsp;? – évoque le clonage d’un écrivain qui doit réinventer la pornographie dans un monde qui a oublié la sexualité. Enfin, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Abby&amp;nbsp;»,&lt;/em&gt; d’inspiration plus dickienne, variation sur le thème du robot qui ne se sait pas robot. Un quatrième, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Hôte&amp;nbsp;»,&lt;/em&gt; hésite entre SF et fantastique, à moins que ce ne soit une métaphore de la puissance du don littéraire… Deux autres poursuivent la mise en abyme pour traiter aussi de livres, d’écriture et de plagiat&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Excursion dans le Durmitor&amp;nbsp;», &lt;/em&gt;décrit une sorte de Purgatoire littéraire, également sur un mode fantastique&amp;nbsp;; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Passions&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;un pur cauchemar d’écrivain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Trésor enterré&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; , &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Thalles de madame Lichen&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Carnivore&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;sont des contes cruels, au décor presque réaliste mais à l’ambiance pesante, là encore à la limite du fantastique. Plus réaliste et plus dur encore, le texte le plus fort du recueil est peut-être &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Route vers l’ouest&amp;nbsp;», &lt;/em&gt;qui nous raconte à hauteur d’enfant les rationnements et l’attente de l’exil dans une ville européenne fantôme, dévastée par la guerre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au total, un recueil transfictionnel (pour emprunter le terme à Francis Berthelot) très homogène – trop, même, peut-être, avec une tonalité assez uniforme entre des nouvelles très différentes (mais seul un lecteur du croate pourrait nous dire si la responsabilité en incombe à l’auteur ou à son traducteur) – et la rencontre d’un imaginaire puissant qui réussit paradoxalement à faire émerger comme un espoir de rédemption (par les femmes, protagonistes de toutes les nouvelles&amp;nbsp;?) d’une accumulation d’horreurs. À découvrir.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Éric Picholle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-numerique.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-numerique_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Numérique &lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Marina &amp;amp; Sergueï Diatchenko – L’Atalante coll. «&amp;nbsp;La dentelle du cygne&amp;nbsp;» – mai 2021 (roman inédit traduit du russe par Denis E. Savine – 411 pp. GdF. 23,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Passer ses journées devant son ordinateur à tester de nouveaux jeux vidéo, le rêve pour beaucoup d’adolescent(e)s. Et même pour beaucoup d’adultes. Et c’est exactement ce que Maxime, un riche patron d’entreprise au look pour le moins étrange, propose à Arsène, jeune garçon plein d’aisance dans les jeux mêlant stratégie et manipulation. Après l’avoir tiré des griffes de pirates informatiques sans scrupule, il le met en compétition pour un poste idéal. Mais la concurrence est rude&amp;nbsp;: pas d’autres ados sans expérience de la vie comme lui, mais des adultes méprisants au passé autrement plus riche. Pour les départager, des épreuves étranges et déstabilisantes. À travers elles, Arsène va voir son regard sur lui-même et, surtout, sur le monde qui l’entoure, se modifier de façon radicale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deuxième roman situé dans le cycle des «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Métamorphoses&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», inspiré d’Ovide, &lt;strong&gt;Numérique&lt;/strong&gt; laisse de côté la magie du premier opus pour l’univers, a priori plus terre à terre, des bits et des octets. Et par ce changement de sujet, il perd en mystère ce qui faisait le charme puissant de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/vita-nostra&quot;&gt;Vita Nostra&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Paru en 2009 en VO, &lt;strong&gt;Numérique &lt;/strong&gt;n’est pas trop daté, pour ce qui est des références aux ordinateurs&amp;nbsp;: les jeux imaginés, les passages dans le réseau tiennent encore la route si on n’est pas trop difficile. Une prouesse quand on voit la vitesse de transformation de ce secteur. Mais les petits tours de passe-passe des auteurs sont moins efficaces dans ce deuxième opus. On les voit venir de plus loin et les ficelles sont plus grossières.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rien de rédhibitoire pour autant. &lt;strong&gt;Numérique&lt;/strong&gt; est un roman très agréable à lire et propose des rebondissements qui maintiennent l’intérêt du lecteur de bout en bout, à part quelques temps brefs morts. De plus, il interroge sur le libre-arbitre et sur notre relation au pouvoir. Arsène se voit offrir toujours davantage de possibilités d’influer sur les autres, sur la réalité. D’ailleurs, il s’interroge ouvertement sur ce marché aux allures de pacte faustien auprès de son possible futur patron, Maxime. Qui réfute absolument cette idée. Mais doit-on le croire&amp;nbsp;? Finalement, au fur et à mesure de l’accroissement de ses pouvoirs, Arsène en vient à se demander ce qui compte vraiment dans l’existence. Il se pose des questions sur l’envie ou son absence devant le manque de difficultés à obtenir l’objet des désirs, devant l’abondance. Comme les riches qui, pouvant tout se permettre, perdent toute volonté de se battre et, à long terme, de vivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce questionnement, disons-le franchement, n’est pas d’une grande originalité. Mais son traitement, lui, n’en manque pas dans certaines fulgurances. Les auteurs savent encore surprendre leur lecteur et l’emmener plus loin qu’il n’imaginait. Et certains personnages secondaires se montrent plaisants à suivre ou à détester. Malgré tout, &lt;strong&gt;Numérique &lt;/strong&gt;reste en-deçà de &lt;strong&gt;Vita Nostra&lt;/strong&gt;. Pas suffisamment, cependant, pour ne pas attendre avec intérêt la prochaine parution du dernier tome de cette trilogie au goût d’étrange, portée par un vent froid venu de l’est.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr104-cf6.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr104-cf6_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Capitaine Futur 6&amp;nbsp;: La Course aux étoiles&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Edmond Hamilton – Le Bélial’, coll. «&amp;nbsp;Pulps&amp;nbsp;» – juin 2021 (roman traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti – 216 pp. GdF. 15,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Sixième opus des aventures du Capitaine Futur, &lt;strong&gt;La Course aux étoiles&lt;/strong&gt; apparaît comme l’incarnation de cet esprit &lt;em&gt;pulp&lt;/em&gt; dont Pierre-Paul Durastanti se veut le héraut et traducteur au Bélial’. La recette est désormais connue. Prenez un héros aux qualités surhumaines, résolu à combattre la malveillance d’où qu’elle provienne. Associez-le à une équipe de compagnons dévoués, à la fois mentors et faire-valoir. Confrontez-les à une menace, un mystère à élucider ou à un adversaire retors. Puis, laissez se dérouler l’aventure, de préférence à un rythme trépidant, d’un cliffhanger à un coup de théâtre, sans trop réfléchir, en optant pour une forme de récit juvénile et vitaliste plutôt que pour l’introspection. &lt;strong&gt;Capitaine Futur&lt;/strong&gt; est tout cela et bien davantage. Un morceau d’histoire de la Science-fiction américaine, lorgnant vers les ressorts du comics. Un &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; suranné, un tantinet routinier dans son développement, mais ne renonçant jamais au &lt;em&gt;bigger than life&lt;/em&gt;. Un récit d’aventures jalonné de gimmicks, d’humour, de désinvolture et de décontraction, gouailleur et imperturbable face à l’adversité, confortable comme une paire de chaussons que l’on se plaît à enfiler après une journée au chagrin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, qu’importe la menace. Les astronefs peuvent disparaître mystérieusement, semant la panique et le doute jusque dans le cœur des fuséologues téméraires. Le système solaire peut se dérouler comme un tapis de jeu pour sales gosses. Les extraterrestres inquiétants et autres monstres affamés ou créatures mécaniques bornées par une programmation funeste peuvent redoubler d’effort et de malice pour nuire à la civilisation. Les cyclotrons surchauffés peuvent cracher les radiations jusqu’à la fusion ultime de leur gravium et les tuyères exploser en chapelets colorés, histoire d’égayer l’espace. Grag et Otho peuvent continuer à se chamailler, Simon Wright goûter à l’indépendance d’une mobilité retrouvée et Joan Randall flirter avec le beau capitaine imperméable à ses tentatives de séduction. Seul compte un émerveillement, certes daté, mais sans cesse renouvelé par les découvertes. Seul importe l’envie de se frotter à l’étoffe des héros, de goûter au plaisir régressif des aventures du colosse à la chevelure flamboyante, ce sorcier de la science, cet homme de demain voué à sauver la Terre et toutes les créatures intelligentes du système solaire. Ad astra et au-delà&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Aleph zéro</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/09/01/Aleph-zero" rel="alternate" type="text/html" title="Aleph zéro" />
      <id>urn:md5:e390948ba82c4ec23a33b85e8f498d9d</id>
      <published>2021-09-01T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2021-11-26T17:57:57+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Olivier Caruso</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Olivier Caruso - Alpeh Zéro&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/caruso-aleph-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un trajet en train. Un procédé mystérieux. Deux agents qui ne le sont pas moins. D’autres réalités, peut-être. Et un homard.&lt;br /&gt;
Alors que &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/olivier-caruso/symposium-inc&quot;&gt;Symposium, Inc.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; d’Olivier Caruso, petit dernier de la collection «&amp;nbsp;Une heure-lumière&amp;nbsp;», est en librairie depuis une poignée de jours, nous vous proposons de (re)découvrir l’auteur avec &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Aleph Zéro&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, sa première — et déjantée — nouvelle parue dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle d’Olivier Caruso issue du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-70&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost n° 70&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; vous a été gratuitement proposée à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/olivier-caruso/aleph-zero&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 30 septembre 2021. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Olivier Caruso - Aleph zéro&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/caruso-aleph-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration © Olivier Jubo&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>Entretien avec Wendy Delorme</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/08/27/Entretien-avec-Wendy-Delorme" rel="alternate" type="text/html" title="Entretien avec Wendy Delorme" />
      <id>urn:md5:e22db85d83af044659d58f4cad1541c9</id>
      <published>2021-08-27T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2021-10-01T15:06:16+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Nicolas Delforge</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Interview de Wendy Delorme&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-delorme-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Enseignante à Lyon 2 en sciences de l’information et de la communication, Wendy Delorme enseigne les théories de la communication et anime un séminaire intitulé «&amp;nbsp;Genre, médias, culture » où elle traque, notamment, le &lt;em&gt;feminism washing&lt;/em&gt;. Elle est aussi romancière et essayiste, avec déjà plus de trois romans publiés à son actif, dont trois ont paru au Diable Vauvert, ainsi que quelques recueils de nouvelles.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2021/07/08/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-103#delorme&quot;&gt;Viendra le temps du feu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, son dernier ouvrage, paru dans la collection «&amp;nbsp;Sorcières&amp;nbsp;» des éditions Cambourakis, explore les formes de résistance. Nous nous sommes entretenus avec elle afin d’en savoir un peu plus sur la construction de ses personnages et de l’histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;itw-delorme-wendydelorme.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-delorme-wendydelorme.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h6 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://twitter.com/WendyDelorme11&quot;&gt;Photo © Wendy Delorme&lt;/a&gt;&lt;/h6&gt;

&lt;h4&gt;Pouvez-vous nous raconter la genèse du livre ?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’ai commencé à l’écrire en février 2018 et je l’ai terminé en janvier 2020, juste avant la crise sanitaire. C’est une époque pendant laquelle je lisais Antonio Gramsci pour mes cours à la fac. Je l’avais déjà en tête, j’avais en tête certains de ses concepts relatifs aux types de résistance. Or, c’est ce qui se passe dans mon roman, qui est un peu comme une parabole des différentes stratégies pour résister à l’hégémonie. Certains personnages incarnent la guerre d’opposition (ou position), la guerre de tranchées, d’autres qui font une guerre de mouvement ou qui font sécession. Gramsci avait théorisé ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien sûr, au moment où j’écris, je ne me dis pas&amp;nbsp;: « Tiens, je vais faire un roman à partir de ce paradigme-là. » Mais a postériori, je me dis que j’ai effectivement créé des personnages qui réagissent différemment au sein d’une société oppressive, qui ne fonctionne pas seulement par la coercition de l’armée et de la police, mais aussi par l’intermédiaire d’une certaine hégémonie culturelle. Cet appauvrissement de la pensée s’exprime, par exemple, par le fait que les livres ne soient plus vendus qu’au poids et que seuls les ouvrages de divertissement soient autorisés.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-delorme-guerilleres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-delorme-guerilleres_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De plus, il y a aussi le travail de Monique Wittig qui m’a énormément impressionné. Gramsci parle de la guerre de mouvement et de la guerre de position. La seconde est incarnée dans mon roman à travers le personnage de Raphaël et des uraniens qui vont mettre le feu à la Cité. Ils optent donc pour une stratégie offensive. Louise, quant à elle, mène plutôt une lutte au sein du système, et elle trouve des marges de liberté en agissant de cette façon. Puis il y a une troisième voie, qui est le séparatisme. Or, cette perspective me vient surtout des &lt;em&gt;Guérillères&lt;/em&gt; de Wittig, un récit dans lequel elle imagine une société composée de résistantes qui se construisent une île en dehors du système.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Est-ce que Ève et l’enfant, deux autres personnages importants de votre roman, incarnent elles aussi des stratégies ?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Ève, c’est une personne qui a survécu à la destruction de sa communauté et qui cherche à se reconstruire. J’ai aussi voulu transmettre un sentiment que j’ai connu étant plus jeune, à savoir l’impression que tout ce qui compose la culture dominante est en porte-à-faux par rapport à ce qu’on est et à tout ce qu’on pense. Alors, si on doit lui attribuer une stratégie, ce serait celle du caméléon, finalement. Face à la société d’oppression, elle va offrir le visage le plus neutre et la vie la plus minuscule possible pour ne pas être stigmatisée comme une déviante. Mais elle court le risque de perdre pied, parce qu’elle est seule. Donc, toute cette partie parle aussi du besoin de trouver des semblables, de s’allier et de s’organiser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’enfant, quant à elle, arrive tout à la fin. Là, je me suis peut-être inspirée de Ray Bradbury, dans &lt;strong&gt;Fahrenheit 451&lt;/strong&gt;. En tout cas, il y a l’idée qu’un personnage jeune peut faire la bascule, grâce à qui la mémoire du monde puisse être sauvée. Au départ, l’enfant n’a pas de prénom, tout simplement parce qu’elle n’était pas censée exister, à deux points de vue. D’abord, elle n’avait pas sa place dans cette communauté de résistantes. Souvent, les luttes sociales se préoccupent moins de la question des enfants ; ce sont des problèmes d’adultes. D’un autre côté, je ne pensais tout simplement pas la faire parler. Toutefois, comme je ne pouvais plus faire parler Ève qui avait basculé dans la folie, je me suis dit qu’il fallait que quelqu’un d’autre parle à sa place. Et c’est à ce point-là que l’enfant prend le relais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien sûr, je rationalise maintenant, mais dans le feu de l’action, je me suis laissé porter par les personnages. J’ai vécu pendant deux ans et demi avec eux – j’étais comme Jeanne d’Arc, ils me parlaient [rires]. À partir de là, j’ai laissé l’histoire se dérouler de manière assez intuitive. Mais en prenant du recul, je vois bien que faire traverser le fleuve à l’enfant, en compagnie des résistantes et de Raphaël, véhicule l’idée d’un renouvellement des générations et d’un avenir possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;itw-delorme-cover.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-delorme-cover_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pourquoi avoir choisi la forme du récit d’anticipation ?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;En fait, au départ, je pensais que j’écrivais quelque chose qui avait lieu dans le passé. J’ai commencé par écrire les passages d’Ève ; or, c’est un personnage qui existe dans quelque chose qui n’est plus. Elle vit dans la réminiscence et son présent est tellement affreux qu’elle ne veut pas y vivre. Cependant, lorsque j’ai commencé à développer les scènes avec Louise, je me suis dit que c’était beaucoup plus contemporain, parce que j’abordais la question de la société de consommation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce moment, j’ai commencé à penser que je situais plutôt mon action dans un présent dystopique, avec des frontières fermées. Quand j’écris, je ne me dis pas que je fais un roman d’anticipation. Mais je vois que ce que je développe au sujet du système des avoirs, notamment, aborde la question du mérite, du progrès et de la société capitaliste. Au niveau spatial, j’ai choisi un territoire fictif qui pouvait faire penser à l’Europe. Certaines scènes sont inspirées du Portugal. À cette époque, j’étais également marquée par les camps de migrants à Calais et par les manifs de la place Belcourt à Lyon, auxquelles j’ai participé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Finalement, mon histoire s’est peu à peu transformée en ce que certains ont nommé récit d’anticipation. En introduisant dans le roman le récit d’une catastrophe, j’invite en effet à penser que le monde dans lequel les personnages évoluent pourrait être postérieur à celui dans lequel nous vivons, nous. J’y évoque également les enjeux écologiques et tout se passe comme si la question du repeuplement était vitale pour la survie de la société.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Est-ce que vous avez réfléchi à l’effet que vous vouliez produire en écrivant ce roman ?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Dès le début de son écriture, j’avais un rythme d’alexandrin dans la tête. C’est un rythme qui me vient de la tragédie grecque, donc qui n’est pas du tout moderne. En même temps, il a une efficacité poétique&amp;nbsp;: on retient plus facilement les phrases en alexandrin. Elles impriment quelque chose de presque physique à la lecture, comme quand on écoute de la musique. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai d’abord mis en scène le monologue d’Ève au théâtre, à Genève.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette façon d’écrire m’a habité au commencement, puis j’ai décidé d’assumer quand je m’en suis rendu compte. Bien sûr, toutes les phrases du roman ne sont pas en six ou douze pieds, mais beaucoup prennent ce rythme-là. Lorsque j’ai compris ça, j’ai décidé d’approfondir le travail sur la forme, parce que j’avais envie que le texte se lise comme une mélodie. En d’autres termes, j’avais envie de le graver dans les mémoires – ou au moins, qu’on s’en rappelle quelque chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous savez, le langage peut façonner nos cadres de perception du monde. Cela ne se joue pas seulement dans le contenu, mais aussi dans la forme, dans les effets émotionnels que le rythme, notamment, peut produire. Par exemple, lorsque Raphaël parle de mettre le feu, il est en train de déclamer un chant révolutionnaire. Par ailleurs, Paul, le philosophe, a valeur de prophète. Les phrases qu’il prononce pourraient être reprises et chantées ; cela, je l’ai fait exprès.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pourquoi placer ces paroles prophétiques dans des personnages masculins ?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Bon, ce ne sont pas n’importe quels personnages masculins ! D’une part, Paul est un personnage trans, qui a été assigné femme à la naissance. Raphaël, d’autre part, est un personnage cisgenre, mais qui refuse d’être dominant. Dans les mouvements de gauche et les luttes sociales, l’éthos révolutionnaire est souvent très masculin, viriliste. Or, mes protagonistes refusent cette identification. Et ça, je trouve que c’est profondément révolutionnaire de leur part.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, il y a aussi un autre couple de prophètes dans le texte&amp;nbsp;: c’est le couple formé par Francesca et Rosa, les créatrices de la communauté de sœurs, qui ont elles aussi écrit des chants et façonné de nouveaux rituels. Elles ont créé un monde à part. Or, c’est aussi le pouvoir de la philosophie que de créer des mondes à part, des utopies que l’on puisse habiter ensuite. En fait, elles sont même plus que des prophètes, puisqu’elles réalisent concrètement, de leurs mains, des utopies habitables !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-delorme-quiapeurdelamort.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-delorme-quiapeurdelamort_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pour conclure, est-ce que vous voudriez citer d’autres références, inspirations ou conseils de lecture ?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je travaille avec une amie autrice qui s’appelle Élise Bonnard, qui habite également à Lyon. Elle s’intéresse notamment à Ursula Le Guin. En France, la science-fiction n’est pas un genre littéraire qui est généralement très valorisé intellectuellement. Pourtant, Ursula le Guin parvient à lui donner ses lettres de noblesse. Elle est d’ailleurs beaucoup lue actuellement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je pense aussi à l’autrice de &lt;strong&gt;Qui a peur de la mort&lt;/strong&gt;, Nnedi Okorafor. C’est une romancière qu’on pourrait appeler &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2021/08/27/Entretien-avec-Wendy-Delorme#&quot;&gt;«&amp;nbsp;afro-futuriste&amp;nbsp;»&lt;span&gt;Pour sa part, Nnedi Okorafor parle plutôt d”«&amp;nbsp;africanfuturism.&amp;nbsp;». [NdlR]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. Elle accomplit ce truc incroyable de placer sa narration dans un univers qui renvoie au conflit et aux logiques de domination dans les pays africains, tout en mélangeant le tribal et des éléments de futurisme. Ce livre est assez fou.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;&lt;em&gt;Viendra le temps du feu&lt;/em&gt; – Paris, Cambourakis – coll. « Sorcières » (roman inédit, mars 2021, 265 pp.).&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 103)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/07/08/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-103" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 103)" />
      <id>urn:md5:af8c537afac7c5f36c81c661744b00ab</id>
      <published>2021-07-08T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2021-08-27T10:39:08+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr103-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une nouvelle fois, le cahier critique de Bifrost s'accompagne d'un versant numérique. En plus des critiques présentes dans les pages du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-103&quot;&gt;numéro 103&lt;/a&gt;, voici ici une dizaine de chroniques livresques supplémentaires, abordant des ouvrages à la marge…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-tangente.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-tangente_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus La Tangente&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;&lt;strong&gt;1. - Monstrueuse Féerie&lt;/strong&gt; - Laurent Pépin – Flatland, coll. « La Tangente » – octobre 2020 (r court roman inédit - 102 pp. LdP. 8,50 euros)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;2. - Pill Dream &lt;/strong&gt; - Xavier Serrano - Flatland, coll. «&amp;nbsp;La Tangente&amp;nbsp;» - février 2021 (court roman inédit - 104 pp. LdP. 8,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les novellas continuent d’avoir le vent en poupe. Il en va ainsi de «&amp;nbsp;La Tangente&amp;nbsp;» de Flatland éditeur qui propose, sous un format très étiré (10 × 20 cm), des courts romans d’auteurs francophones. Deux titres sont parus jusqu’à présent. Bref passage en revue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monstrueuse Féerie&lt;/strong&gt; de Laurent Pépin a l’heur d’inaugurer la collection. Psychologue clinicien à l’enfance passablement cabossée, le narrateur se sent plus à l’aise avec ses patients, qu’il surnomme les «&amp;nbsp;Monuments&amp;nbsp;», qu’avec les gens normaux. Les Monuments traversent parfois des «&amp;nbsp;décompensations poétiques&amp;nbsp;», mais notre homme est là pour les aider – c’est sa vocation. C’est parmi ses patients qu’il rencontre une Elfe&amp;nbsp;: moins une créature de Tolkien qu’une femme un peu étrange. Entre patient et soignant, la différence est ténue et basculer dans la folie est si aisé. D’autant qu’en la matière, le narrateur a un lourd passif familial. À la fois grotesque et clinique, partiellement autobiographique et relevant du fantastique à la marge, &lt;strong&gt;Monstrueuse Féerie&lt;/strong&gt; marque par sa sincérité brute à défaut de totalement convaincre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Changement d’ambiance avec &lt;strong&gt;Pill Dream&lt;/strong&gt; de Xavier Serrano. On y suit les pas de Theo Voight&amp;nbsp;: le jour, il travaille pour Exnihilor, grande laboratoire ayant fait fortune en proposant un réseau social dédié à la santé. Ses nuits, Theo les passe en compagnie de Manuella, serveuse à l’hôtel &lt;em&gt;Marienbad&lt;/em&gt;, qui rêve de révolution. Tandis que le jeune homme gravit avec brio les échelons d’Exnihilor, à la manière d’agent infiltré et velléitaire, d’autres projets se trament dans l’ombre… On aurait aimé aimer &lt;strong&gt;Pill Dream&lt;/strong&gt;. Las, le récit est plombé d’un côté par une narration à l’imparfait atténuant son impact, de l’autre par des références cinématographiques et musicales bien trop écrasantes pour que l’histoire prenne son indépendance. Les intentions sont là, visibles et louables, mais l’intrigue est à l’étroit dans la petite centaine de pages du livre. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux autres novellas sont annoncées dans la collection, dont un deuxième texte de Laurent Pépin. À voir…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-archeoSF.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-archeoSF_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus ArchéoSF&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;&lt;strong&gt;1. - Demain, l’écologie ! Utopies &amp;amp; anticipations environnementales &lt;/strong&gt; - Publie.net, coll. «&amp;nbsp;ArchéoSF&amp;nbsp;» - décembre 2020 (anthologie inédite préfacée par Natacha Vas-Deyres - 116 pp. GdF. 13 euros)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;2. - Demain, la Commune ! Anticipations sur la Commune de Paris de 1871&lt;/strong&gt; - Publie.net, coll. «&amp;nbsp;ArchéoSF&amp;nbsp;» - mars 2021 (anthologie inédite proposée par Philippe Éthuin - 294 pp. GdF. 23 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avec ces deux nouvelles sorties, la collection «&amp;nbsp;ArchéoSF&amp;nbsp;» poursuit son travail, après des anthologies dédiées notamment aux uchronies ( &lt;strong&gt;Une autre histoire du monde&amp;nbsp;: 2500 ans d’uchronies&lt;/strong&gt;) et aux révolutions (&lt;strong&gt;Demain, les Révolutions !&lt;/strong&gt;). Comme son nom l’indique, l’originalité de la démarche consiste à excaver des textes d’anticipation sur des thèmes soit eux-mêmes anciens, soit actuels. Pour la Commune, il s’agit en effet d’aller dénicher des écrits postérieurs à l’événement, ayant la caractéristique de le prolonger par la réflexion et, surtout, l’imagination. Pour l’écologie en revanche, il s’agit plutôt de considérer l’enjeu environnemental contemporain à la lumière d’un temps où ces questions se formulaient à peine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De &lt;strong&gt;Demain, l’écologie !&lt;/strong&gt; on retiendra tout particulièrement les nouvelles &lt;em&gt;« La Fin du monde »&lt;/em&gt; de Mérinos (alias Eugène Mouton, 1872), ainsi que &lt;em&gt;« Gaîtés de la semaine. Le bacille-homme »&lt;/em&gt; de Grosclaude (1885). La première prévoit le réchauffement climatique d’origine anthropique et annonce, sur un ton badin, la mort de la Terre. La seconde, beaucoup plus courte, se place aussi du point de vue de la planète et considère les tremblements qui la rongent comme une réaction épidermique à l’homme, ce vilain microbe (nous sommes en pleine révolution pastorienne et l’éruption du Krakatoa n’est pas un souvenir lointain). La plupart des autres textes – on ne comprend pas d’ailleurs pas très bien pourquoi en avoir choisi autant du même type – parlent de chasse, à ceci près que le chasseur tue désormais des canards ou des tigres mécaniques…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Demain, la Commune !&lt;/strong&gt; nous livre également quelques beaux épis, mais la moisson est somme toute frugale (pour un lecteur lambda moyennement intéressé aux spécificités de cette époque). À noter aussi qu’ici, les nouvelles sont sensiblement plus longues (d’où la taille du volume). Si on ne devait en retenir qu’un texte, ce serait sans doute la belle fable d’André Léo, &lt;em&gt;« La Commune de Malenpis »&lt;/em&gt; (1874). Tissant sa trame sur fond de la récente Commune, l’auteur narre avec brio – et une joie communicative — l’histoire mouvementée de cette petite commune sise entre deux royaumes, qui gagne, puis perd à nouveau sa liberté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soyons francs&amp;nbsp;: pour apprécier ces textes, il faut avoir un intérêt pour le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et son langage. Pour s’attacher durablement à leur lecture, il vous faudra goûter l’humour bourgeois (un bon nombre de ces nouvelles paraissent dans des revues humoristiques) et le style suranné de la France de Napoléon et des Expositions universelles. Mais si c’est le cas, alors ces deux ouvrages sont pour vous !&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Nicolas Delforge&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-monstres.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-monstres_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Monstres&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Charles Roux - Rivages - janvier 2021 (roman inédit - 608 pp. GdF. 23 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ce premier roman met en scène trois personnages, au cœur d’une métropole habitée par une puissance monstrueuse et assassine. Ce premier monstre du roman, invisible et cruel, restera plus insaisissable encore que celui de &lt;em&gt;Planète interdite&lt;/em&gt;. Mais on sent son effet sur toute la société, scotchée aux chaînes d’information en continu pour apprendre ses derniers méfaits – et peut-être qui il est ou ce qu’il est.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est sur cette question de l’identité du monstre en trame de fond que se déploie l’aventure de David, Alice et Dominique. David est un cadre moyen, marié et père de deux enfants. Plutôt sportif, sûr de lui, pas de Rolex mais bientôt sans doute, installé dans sa berline, il profite de l’absence de sa famille pour errer dans la ville en quête d’une aventure d’un soir, après s’être embué l’esprit de quelques drogues. De temps à autre, des visions de corps saignants s’emparent de son esprit et il se met à dévorer des kilos de viande.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alice est une enseignante mal dans sa peau&amp;nbsp;: peu à l’aise avec un corps banal, sans vocation pour son métier, célibataire marquée par le divorce de ses parents, elle est incapable de s’ouvrir à autrui. Alors le soir, devant sa télévision, elle modèle maladroitement des statuettes en argile, reste d’une vague ambition d’enfant d’être un jour artiste. Jusqu’à ce que sa dernière statuette semble s’animer d’une vie propre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dominique est à l’orée de la vieillesse, et insatisfait. Il est homme mais aurait voulu toute sa vie être une femme. Retranché dans une vaste demeure qu’il a transformée en cabinet de curiosités, il a ouvert un restaurant de mensonges, où grâce à ses filtres magiques, il concocte des plats qui délieront les langues et feront se parler sincèrement les convives qui viennent y manger. Bien évidemment, Alice et David, réunis par le hasard d’un site de rencontres, vont se retrouver dans le restaurant de Dominique et s’y mettre à nu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Monstres&lt;/strong&gt; se veut un roman tout à la fois philosophico-psychanalytique, à dispositif et d’ambiance. La question centrale est&amp;nbsp;: qui sommes-nous vraiment, au fond de nous&amp;nbsp;? À quoi aspire-t-on quand on se défait des fausses ambitions et des petits compromis quotidiens&amp;nbsp;? Quels sont nos monstres intérieurs et comment peut-on les domestiquer pour être plus vrais, plus sincères avec soi-même&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fiction repose sur un dispositif énonciatif qui permet de distinguer les trois personnages&amp;nbsp;: à David, le narrateur dit &lt;em&gt;tu&lt;/em&gt;, à Alice &lt;em&gt;vous&lt;/em&gt;, et de Dominique il dit &lt;em&gt;il/elle&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les chapitres sont courts et font s’alterner chacun de ces points de vue. Ils sont répartis en dix sections, chacune ouverte par la définition d’une créature imaginaire, souvent monstrueuse. Charles Roux veut écrire également un roman d’ambiance, tout en prenant le temps de bien exposer le profil psychologique de ses personnages avant de les faire se rencontrer tous trois, ce qui ne se produit qu’à la moitié du roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve assez exactement l’esprit de notre temps, un peu trop sans doute car finalement &lt;strong&gt;Les Monstres&lt;/strong&gt; ne nous apprend pas grand-chose de plus sur nous&amp;nbsp;: les personnages sont assez archétypaux, et le propos général n’a guère de mystère. La lentille que pose l’auteur sur nos vies est transparente et, finalement, l’invitation à réenchanter notre existence en sachant rompre avec le quotidien mensonger tombe à plat. Reste l’ambiance. Mais on est loin, très loin, par exemple, de la nuit féérique des &lt;em&gt;Amants&lt;/em&gt; de Louis Malle qui a noué ces questions dans une intensité dramatique exceptionnelle.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-impasses2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-impasses2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Ville des impasses&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Aymen Gharbi - Asphalte - janvier 2021 (court roman inédit -121 pp. Semi-poche. 15 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Voici le court roman d’un auteur d’origine arabe – Tunisien – écrit en français, roman qui n’a rien ou pas grand-chose d’arabe si ce n’est Bayoumi, un personnage d’origine égyptienne, quelques références culturelles disséminées çà et là, et peut-être la thématique sous-jacente en arrière-plan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Xoxox est une ville nouvelle bâtie au cœur de la forêt landaise sur un plan en forme de palmier conçu par l’architecte Gravimal, un type proche d’Albert Speer par l’attitude mais totalement à l’opposé dans ses conceptions. Xoxox, censé être un paradis écologiste libéré du démon à quatre roues, qui s’avère, comme tout paradis digne de ce nom, un enfer pour qui y vit. On n’accède à la ville palmier que par le train, et deux ruelles de moins d’un mètre de large. Gharbi ne s’étend pas sur la question, mais de fait, Xoxox est exclue du transport conteneurisé&amp;nbsp;: impossible d’y livrer une table ou un piano. C’est une ville fermée, exclusivement en impasses, imposant de toujours repasser par l’esplanade centrale et permettant donc un contrôle drastique de la circulation, une ville qui, de 100 000 habitants ne pouvant rien consommer ni produire, a perdu 60 % de sa population en 2042, époque du récit. À Çatal Höyük, la première grande ville du monde, il y a près de 10 000 ans, le concept de rue n’avait pas encore été élaboré et il fallait circuler d’un toit à l’autre&amp;nbsp;; à Xoxox, ledit concept a été rejeté et la population des opposants à Gravimal se déplace dans les égouts. Pour le reste, on n’en sait guère plus, Gharbi s’étendant insuffisamment sur les conditions de vie pratique de la population de sa cité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire est, elle aussi, pour le moins sommaire. Pour que puissent être ouvertes des avenues dans Xoxox, il faut se débarrasser de Gravimal. Aussi un attentat est-il ourdi, qui échoue piteusement. Mais un second, perpétré contre la ville elle-même, aboutit de telle sorte que le concept de ville en impasse tombe à l’eau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Outre la tueuse à gage de service qui rate tout, le roman suit Gravimal et son principal opposant, Dashiel Zalama, ainsi que leurs faire-valoir. Ce qui permet de découvrir que l’un et l’autre ne s’intéressent guère au concept écolo qui les oppose, mais uniquement au pouvoir qu’il leur confère. Et c’est là qu’Aymen Gharbi renoue peu ou prou avec ses origines. On sait, et les intéressés mieux que quiconque, combien le monde arabe est gangréné par une corruption effrénée à laquelle les mouvements des « Printemps Arabes&amp;nbsp;» ont essayé de mettre fin – en vain. Mais Gharbi connait également bien la face nord de la Méditerranée, assez pour savoir que si la corruption et l’influence mafieuse y est plus discrète qu’au sud, elle n’y est pas moins profonde, et que l’écologisme présente tous les critères voulus pour la favoriser. Gharbi nous délivre une mise en garde à ne pas prendre à la légère&amp;nbsp;: sous les eaux tranquilles de la bien-pensance, la bête est là, tapie, à l’affût du pouvoir et du pognon, prête à passer les gens par profits et pertes en guise d’éthique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’en reste pas moins que tout au long de sa lecture, ce court roman apparaît au mieux médiocre. Ce n’est qu’à l’épilogue que toutes les pièces du puzzle finissent par trouver leur place, et que le récit en vient à faire sens. Bien qu’il soit loin de l’œuvre de James G. Ballard, &lt;strong&gt;IGH &lt;/strong&gt;notamment, ou du chef-d’œuvre de John Brunner, &lt;strong&gt;La Ville est un échiquier&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;c’est malgré tout auprès d’eux que ce livre trouvera sa place sur les rayons de nos bibliothèques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reste au final la question de savoir si l’architecture et l’urbanisme, imposant aux citoyens les comportements déterminés par les décideurs-financeurs, sont, à l’instar de Speer ou Le Corbusier, fascistes &amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-saigne.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-saigne_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;stephenking&quot;&gt;Si ça saigne&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Stephen King - Albin Michel - février 2021 (recueil de nouvelles inédit traduit de l’anglais [US] par Jean Esch - 464 pp. GdF. 22,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Pour les (deux ou trois) lecteurs et lectrices ne connaissant pas encore Stephen King, sans doute &lt;strong&gt;Si ça saigne &lt;/strong&gt;fera office d’éclairante introduction à l’œuvre du maître de Bangor. Cette réunion de quatre longues nouvelles – celle donnant son titre au recueil frisant même la novella – constitue en effet une idéale synthèse des personnages et thèmes chers à King.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit liminaire, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Téléphone de M. Harrigan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;a pour protagonistes un jeune garçon prénommé Craig et un homme âgé du nom de Harrigan. Vivant dans un de ces recoins des États-Unis épicentres de la topographie kingienne, le duo ainsi formé fait écho à nombre d’autres imaginés par l’écrivain. Fruit du hasard – voisin de Harrigan, Craig gagne un peu d’argent de poche en lui faisant la lecture –, cette relation se mue au fil du temps en une sorte d’amitié teintée d’une dimension grand-paternelle. Celle-ci évoque le lien à la fois affectif et initiatique forgé par Danny et Hallorann dans &lt;strong&gt;Shining&lt;/strong&gt;, ou bien encore&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;celui réunissant Bobby et Brautigan dans la nouvelle&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Crapules de bas étage en manteau jaune&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;( &lt;strong&gt;Cœurs perdus en Atlantide&lt;/strong&gt;). Nimbé par ailleurs d’une confuse et inquiétante dureté qu’éclairera le basculement du récit dans le fantastique, ce motif du vieil homme et l’enfant renvoie aux déclinaisons plus sombres qu’en a faites King. Comme dans la novella &lt;em&gt;«&amp;nbsp;&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Un élève doué&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;(&lt;strong&gt;Différentes saisons&lt;/strong&gt;) ou dans le récent &lt;strong&gt;Revival&lt;/strong&gt;. À l’instar de ce roman, la nouvelle fait de la mort et de sa non acceptation son thème central, tout en conférant une fonction surnaturelle au téléphone de M. Harrigan. Cet ensorcellement d’un banal smartphone ancre un peu plus &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le téléphone de M. Harrigan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; dans la mythologie de son auteur, riche en objets du quotidien possédés par une force surnaturelle (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Presseuse&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;dans &lt;strong&gt;Danse macabre&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Christine&lt;/strong&gt;, etc.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Combinant avec succès une caractérisation des personnages tout en humanité et une narration allant impeccablement crescendo (ces deux fondements de l’art kingien), &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Téléphone de M. Harrigan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; compte parmi les meilleurs textes du recueil. S’y joint &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rat&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, une nouvelle mettant en scène une autre figure récurrente chez King&amp;nbsp;: celle de l’écrivain en proie aux affres de la création. L’histoire de Drew Larson, un auteur au succès aussi modeste que passé parti chercher l’inspiration dans un chalet de montagne, s’inscrit dans la lignée de &lt;strong&gt;Shining &lt;/strong&gt;et autre &lt;strong&gt;Misery&lt;/strong&gt;. À peine moins névrotique que le Jack Torrance du premier, Drew va faire dans sa retraite montagnarde la rencontre d’une très singulière sorte de muse, aussi inquiétante que la Annie de &lt;strong&gt;Misery&lt;/strong&gt;. Et l’on pourrait encore ajouter à ces échos internes à l’œuvre de King le motif de la catastrophe climatique renvoyant – dans des proportions ici certes plus modestes – à &lt;strong&gt;La Tempête du siècle&lt;/strong&gt;, ainsi que celui de l’animal diabolique. Le rat se substituant ici au chat de &lt;strong&gt;Simetierre&lt;/strong&gt;, comme semble malicieusement le suggérer la couverture du recueil…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais si ce recueil&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;réunit deux beaux échantillons de la matière kingienne, il en comprend aussi de bien moins brillants. Les poussifs &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La vie de Chuck&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Si ça saigne&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; rappellent en effet que le très prolifique King ne frappe pas toujours juste. Notamment lorsqu’il s’éloigne par trop du fantastique – sa terre d’élection, celle en laquelle il est un maître définitif – pour s’essayer à un semblant de littérature blanche (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Vie de Chuck&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;) ou policière (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Si ça saigne&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À moitié convaincant, &lt;strong&gt;Si ça saigne &lt;/strong&gt;n’en reflète somme toute que mieux les contours d’une œuvre essentielle, bien qu’oscillant entre ombres et lumières littéraires.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;delorme&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-delorme.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-delorme_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Viendra le temps du feu&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Wendy Delorme - Cambourakis - mars 2021 (roman inédit - 272 pp. GdF. 18 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Voici le troisième roman de Wendy Delorme, jeune autrice engagée. C’est le premier paru aux éditions Cambourakis, dans la collection « Sorcières », qui publie des textes féministes. De la science-fiction là-dedans ? Eh bien oui ! De l’anticipation sociale et politique, une réflexion sur les manières de lutter dans un espace politique rétréci au besoin de procréation et de sécurité&amp;nbsp;: telles sont les braises qui se consument dans &lt;strong&gt;Viendra le temps du feu&lt;/strong&gt;, un carburant qui rappelle certains thèmes classiques de la littérature dystopique. Dans cet univers clos, les livres – enfin, les histoires bon marché standardisées – se vendent au poids et le mot d’ordre national est simple et dur comme le roc &amp;nbsp;: il faut contribuer (enfanter) ou accepter la déchéance et le mépris social.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là n’est pourtant pas le cœur du propos – c’en est la toile de fond. Les façons de résister à une telle situation, voilà ce qui intéresse Wendy Delorme. C’est à partir de là qu’elle laisse l’histoire se constituer, et c’est aussi ce qui lui inspire ses personnages. Et bien qu’ils incarnent profondément leurs combats, ceux-ci ne sont pas que de simples arguments. Pour les animer, l’autrice leur donne voix tour à tour, créant ainsi un récit où dialoguent de multiples perspectives.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a d’abord Ève et sa fille. Fantômes cachés dans la Cité, elles tentent de vivre une existence normale et discrète. Par amour, la première a quitté une communauté de femmes, des sœurs qui fabriquaient une autre voie au-delà de la rivière. Mais son geste et ce mensonge permanent lui coutent cher, au point de la faire sombrer dans la folie. Il y a aussi Louise, jeune adulte rebelle qui refuse d’entrer dans le rôle de contributrice. Elle adopte une stratégie de camouflage&amp;nbsp;: employée dans un supermarché le jour, elle observe les mères fatiguées acheter de mornes denrées à coup de coupons (plus d’argent qui vaille, dans cette société qui a subi une catastrophe dont on ne saura presque rien). La nuit, elle danse dans un &lt;em&gt;night-club&lt;/em&gt; pour hommes. Une discothèque que fréquente justement son petit ami de façade (mais véritable ami) Raphaël, ainsi que ses compagnons d’aventure&amp;nbsp;: Paul, le philosophe trans, Louis, le tenancier du bar (une ancienne librairie), Samuel, l’amant de Raphaël, Lilian et Thamar. Ceux-ci se nomment les uraniens et développent une stratégie d’insurrection. Plus direct, leur mode d’action implique d’incendier les âmes, tout autant que les bâtiments publics… Enfin, il y a les représentantes de cette communauté pacifiste, Grâce et Rosa notamment, qui clament haut leur différence, au risque de voir leur projet détruit par le pouvoir établi…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comment tous ces personnages se combineront-ils ? Seront-ils capables de faire jaillir des flammes un avenir ? Tel est l’enjeu de ce très bel ouvrage au style soigné et à la force douce, qui interroge les craintes et les espoirs de la société contemporaine.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Nicolas Delforge&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-samourai.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-samourai_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Punk samouraï (… Raââh, je me meurs…)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Ko Machida - Actes Sud - mars 2021 (roman traduit du japonais par Patrick Honnoré - 388 pp. GdF. 23 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le Japon, l’époque d’Edo (probablement), sauf qu’on y cause de Frank Zappa (entre autres). Kakari Jûnoshin est un samouraï au chômage – même si on préfère dire «&amp;nbsp;sans maître&amp;nbsp;». Et c’est une crapule. Là, comme ça, on le voit sabrer un petit vieux croisé dans la rue, sans raison apparente. Un samouraï local, employé du daimyô quant à lui, s’enquiert de ce geste, non qu’il lui viendrait à l’idée de le critiquer, et notre «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;» de lui tenir un discours délirant sur la menace constituée par une secte d’apparition récente, les Agitateurs de l’Épigastre, dont faisait de toute évidence partie ce très dangereux vieillard. Ces fanatiques, convaincus de ce que ce monde est illusoire, le piège ultime conçu par un ténia démiurgique, et de ce qu’il faut en être excrété pour toucher à la vérité vraie, sont une menace colossale envers l’Ordre, la Sécurité et la Croissance Économique. Bon, tout ça, c’est du pipeau, une ruse passablement tordue pour trouver à être employé en tant qu’expert de la lutte contre ces secoueurs de ventres, extorquer un peu de pognon et se barrer dans un autre fief et rebelotte, mais ça marche (bien sûr, que ça marche)&amp;nbsp;: on l’embauche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et, forcément, ça dégénère. Les luttes de pouvoir locales se mettent de la partie, la politique avec un tout petit «&amp;nbsp;p&amp;nbsp;» contribue à grossir démesurément la menace, et &lt;em&gt;bien sûr&lt;/em&gt; que les Agitateurs de l’Épigastre existent &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; et sont &lt;em&gt;vraiment dangereux&lt;/em&gt; – d’ailleurs, ils ont semé la zone dans le fief voisin, on vous raconte pas le bordel, enfin si, justement. Le problème, c’est qu’on a quand même fini par leur régler leur compte… et c’est embarrassant pour Kakari Jûnoshin et son «&amp;nbsp;protecteur&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: pour qu’ils conservent leurs positions et privilèges, il faut que la secte soit perçue comme menaçante… Et si on la ressuscitait un peu, pour voir&amp;nbsp;? Qu’est-ce qui pourrait mal se passer&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Faux roman historique, tant il est perclus d’improbables anachronismes, y compris dans le ton, et d’inserts fantastiques pas moins incongrus (mais agréablement simiesques), &lt;strong&gt;Punk samouraï&lt;/strong&gt; joue la carte du délire permanent et irrépressible. Rien n’a de sens, tout est absurde, rien n’est sacré, tout doit être raillé et démoli. La figure du samouraï, et plus encore du rônin, en prend de sacrés coups, même si ça n’est pas exactement quelque chose d’inédit dans la littérature ou le cinéma japonais. Ce qui distingue le roman de l’ex-punk Ko Machida (sa troisième traduction française – on notera qu’il a été adapté au cinéma par Sogo Ishii), c’est l’excès systématique et le goût du non-sens. À maints égards, &lt;strong&gt;Punk samouraï&lt;/strong&gt; a quelque chose d’une mauvaise blague qui fait durer le plaisir, mais dans le bon sens du terme&amp;nbsp;: on en redemande volontiers et on se laisse emporter par cet ouragan de bêtise et de folie, ces personnages pour beaucoup haïssables mais hauts en couleurs, ces rebondissements illogiques qui s’enchaînent à la vitesse d’un Shinkansen conduit par Usain Bolt, et la virulente satire de la politique, de la caste guerrière et de la religion. Le roman s’avère vraiment très drôle, et efficace dans son irrévérence de tous les instants. Ce en quoi il est punk, sans doute. Aussi lui pardonnera-t-on quelques saillies scatologiques, inévitables avec un sujet pareil&amp;nbsp;: on s’amuse beaucoup, et c’est tout ce qui importe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On saluera la performance du traducteur Patrick Honnoré, qui a su livrer un texte français à la verve savoureuse, quitte à adapter un peu les allusions et gags innombrables de sorte qu’ils soient plus évocateurs à qui baigne dans la culture française sans forcément trop en savoir de la japonaise, via des citations plus ou moins discrètes, des jeux de mots épars, un argot pertinent – un lecteur français de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; pourrait être tenté d’établir un parallèle avec le travail de Patrick Couton sur les romans de Terry Pratchett.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une réussite. À lire en secouant son épigastre.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-fabricants.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-fabricants_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Fabricants de rêves&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Gilles Bergal - Rivière Blanche - mars 2021 (essai - 240 pp. Semi-poche. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Aujourd’hui plus connu comme auteur de polars (Prix du quai des Orfèvres 2010 pour &lt;strong&gt;Au pays des ombres&lt;/strong&gt;), Gilles Bergal, alias Gilbert Gallerne, œuvrait déjà dans les années 1980 en tant qu’auteur de SF (un peu – notamment sous le pseudonyme de Milan), de terreur (pas mal), de gore (si&amp;nbsp;!) et déjà de thrillers, mais hantait aussi les conventions et festivals pour recueillir les propos de ses collègues, s’intéressant plus particulièrement au métier d’écrivain, à ses joies et à ses vicissitudes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce livre reprend des interviews réalisées entre 1981 et 1985, pour la plupart lors du Festival de Metz, dont certaines furent publiées dans des revues et des fanzines de l’époque. On y retrouve des grands maîtres anglo-saxons et francophones, des écrivains en devenir – dont certains, hélas, se révélèrent des feux de paille –, et l’ensemble constitue une photographie – à signaler que chaque écrivain a droit à sa photo, une initiative bien inspirée – de «&amp;nbsp;l’état de l’art&amp;nbsp;» tel qu’il se présentait à cette époque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, une sorte de capsule temporelle, avec un fort parfum de nostalgie pour un temps où tout semblait possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quel intérêt alors pour le lecteur d’aujourd’hui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est double. Primo, ce livre témoigne d’un frémissement, d’un basculement perceptible qui ouvrait de grands espoirs pour la littérature d’horreur et de suspense. Secundo, il rend compte de la situation de divers auteurs sur lesquels on plaçait de grands espoirs et permet, avec le recul, de faire un bilan parfois douloureux mais toujours lucide.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cerise sur le gâteau&amp;nbsp;: Bergal a choisi ses questions pour amener ses interlocuteurs à parler de leur métier avant tout, passant le plus souvent sur le côté autobiographique cher à un Richard Comballot pour creuser la question des méthodes de travail, des relations avec le cinéma et autres média. De ce point de vue, c’est passionnant et – hélas – toujours d’actualité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, comme ces entretiens étaient pour la plupart destinés à paraître dans des revues grand public – &lt;em&gt;Fantastik&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Ère comprimée&lt;/em&gt; –, Bergal savait qu’il s’adressait avant tout à des profanes, et donc n’hésitait pas à poser des questions banales pour l’édification des foules. Par conséquent, le lecteur d’aujourd’hui, qui ne connaît pas nécessairement les auteurs interviewés, est pris par la main et ne peut que sortir édifié de la lecture de ce livre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Résultat&amp;nbsp;: une photographie du genre SF/&lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;/fantastique au début des années 1980, parfois brute de décoffrage. Un regret&amp;nbsp;: l’absence de mise à jour genre «&amp;nbsp;que sont-ils devenus&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» faisant le point sur les projets et les espoirs des divers interviewés. Et je ne parlerai pas de la relecture hasardeuse et des nombreuses coquilles pour ne pas décourager les bonnes volontés.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Daniel Brèque&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-pekin.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-pekin_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Pékin 2050&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Li Hongwei - Picquier - avril 2021 (roman inédit traduit du chinois par Pierre-Mong Lim – 271 pp. GdF. 21 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Yuwen Wanghu, poète, va recevoir le prix Nobel de littérature d’ici quelques jours. Mais, sans raison apparente, il met fin à ses jours avant cette consécration. Li Pulei, son ami, essaie de saisir le sens de ce geste. Ne lui reste qu’un message&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je m’arrête ici. Prends soin de toi. &amp;nbsp;» C’est peu. Heureusement, pour mener son enquête, Li Pulei est aidé, en principe, par les progrès technologiques. En Chine, en 2050, le téléphone est un «&amp;nbsp;Âme-phone&amp;nbsp;» (belle trouvaille&amp;nbsp;!) et une majorité de personnes sont connectées, grâce à une puce implantée à l’âge de douze ans dans le cerveau, à une «&amp;nbsp;Communauté de Conscience&amp;nbsp;». Cela permet d’échanger tout ce que l’on a vécu, car tout ce que l’on regarde, entend, sent, vit, peut être enregistré et transmis – un peu comme dans «&amp;nbsp; &lt;em&gt;La vérité du fait, la vérité de l’émotion&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», nouvelle de Ted Chiang incluse dans le recueil &lt;strong&gt;Expiration&lt;/strong&gt;. Ainsi, Li Pulei peut examiner la découverte du corps par les policiers. Néanmoins, il reste possible de se couper, par moments, de cette communauté. Or, Yuwen Wanghu avait stoppé sa connexion, ce qui fait que Li Pulei ne peut voir les derniers jours, ni l’instant du suicide.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après avoir assisté à l’enterrement (qui détonne du reste du roman et rappelle, par ses paysages d’inspiration mongole, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Retour à n’dau&lt;/em&gt; &amp;nbsp;» de Kij Johnson), Li Pulei reprend son enquête et découvre rapidement l’existence d’un lien très fort entre son ami et la société à l’origine de l’invention de cette puce&amp;nbsp;: Empire &amp;amp; Culture, dirigée par un homme surnommé par tous et en toute modestie l’Empereur. Il va donc devoir creuser dans les méandres de cette entreprise, gigantesque, tentaculaire, aux buts peu clairs. Et quel rapport avec la chose écrite, la publication de livres, qui est en voie de disparition dans cette nation digitalisée&amp;nbsp;? Ce thème de l’emprise d’une entité sur une nation, sur un ensemble d’individus fait évidemment penser au récent &lt;strong&gt;Gnomon&lt;/strong&gt; (cf. critique in &lt;strong&gt;Bifrost &lt;/strong&gt;n°102). Mais dans ce roman, Nick Harkaway évoque une société dominée par une IA réputée bienveillante et juste, tandis que dans &lt;strong&gt;Pékin 2050&lt;/strong&gt;, rien n’est organisé au niveau d’un État. La manipulatrice n’est autre qu’une entreprise privée&amp;nbsp;: pas de direction affichée, à part, bien sûr, les profits. Sans oublier la vision de l’Empereur, partagée seulement avec des très proches. Et que le lecteur découvrira dans une confrontation finale éclairante…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’auteur ne cache pas ses sources artistiques, au contraire, il les affiche même. Il cite &lt;em&gt;Matrix&lt;/em&gt; que l’on retrouve dans le compte à rebours final, mais aussi dans les caractères chinois qui défilent, parfois, sur le décor&amp;nbsp;; ou &lt;em&gt;The Truman Show&lt;/em&gt;, pour cette idée de manipulation des vies de certains individus, encore présente dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Ruines circulaires&amp;nbsp;&lt;/em&gt;»&lt;em&gt; &lt;/em&gt;de Borges&amp;nbsp;: notre vie nous appartient-elle ou est-elle est décidée par un autre&amp;nbsp;? Que pouvons-nous choisir&amp;nbsp;? Quelles libertés nous reste-t-il&amp;nbsp;? Et la littérature, les mots écrits, peuvent-ils nous aider à nous affranchir des contraintes&amp;nbsp;? Sont-ils les clefs de la prison&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La force de &lt;strong&gt;Pékin 2050&lt;/strong&gt; n’est pas l’originalité des thèmes brassés, mais leur nombre et leur intrication, ainsi que la profondeur des réflexions. Cela, tout en restant accessible et aisé à lire. Car Li Hongwei raconte une véritable enquête, sans nous assener son point de vue brutalement. En suivant le raisonnement de son protagoniste, avec ses errements, ses revirements et ses doutes, il propose plusieurs idées et avis sur les sujets abordés et permet ainsi au lecteur de se faire une opinion réfléchie, solide. Sur le monde qui nous entoure et sur celui qui semble devoir nous être imposé, plus riche en communications, mais aussi, sans doute, moins libre. Une lecture éminemment recommandable, donc.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr103-morale.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr103-morale_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Faire la morale aux robots&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Martin Gibert - Climats - avril 2021 (réédition d’un essai – 159 pp. GdF. 17 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un essai qui cite Ursula Le Guin en ouverture puis qui, dès l’introduction, mentionne une nouvelle d’Isaac Asimov, voilà de quoi augurer d’une place méritée dans les colonnes de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. Cet ouvrage, sous-titré &lt;em&gt;Introduction à l’éthique des algorithmes&lt;/em&gt;, se présente comme un travail de collecte et de synthèse des réflexions et débats sur le sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rapidement, l’auteur distingue celle-ci de l’éthique des IA. Pour résumer&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l’éthique de l’IA porte sur &lt;/em&gt;nos &lt;em&gt;comportements et &lt;/em&gt;nos &lt;em&gt; choix. De son côté, l’éthique des algorithmes portent sur les “choix” des machines. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» Replaçant cette problématique toute contemporaine dans son jus philosophique, l’auteur nous présente les deux grandes visions qui s’affrontent dans la mise en œuvre de ces algorithmes&amp;nbsp;: l’utilitarisme, à la Jeremy Bentham – vous savez l’inventeur du panoptique, qui a inspiré la mythique série &lt;em&gt;Oz&lt;/em&gt; – contre le déontologisme, à la Kant – lui, &lt;em&gt;a priori &lt;/em&gt;vous devriez le situer&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;Martin Gibert fait la promotion du tirage au sort, relevant, selon lui, d’une «&amp;nbsp; &lt;em&gt;certaine modestie épistémique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». En parallèle, deux logiques s’affrontent également dans la très concrète question de l’apprentissage des AMA (Agents Moraux Artificiels)&amp;nbsp;: la déductive, première à avoir été mise en place, et l’inductive. On rejoint là l’épistémologie classique des sciences. Autrement dit, j’ai mon hypothèse et je chercher à en déduire des résultats, ou bien je me base sur ce que j’observe pour monter ma réflexion. Puis, les pages se déroulant, se dessine un troisième profil&amp;nbsp;: l’éthique de la vertu. Le concept&amp;nbsp;? Se servir de figures humaines que l’on reconnaît comme vertueuse. L’auteur prend alors deux exemples, pour montrer que là encore, ce n’est évidemment pas si simple&amp;nbsp;: Jésus et Greta Thunberg.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ne cherchant pas à masquer ses propres défaillances, Martin Gibert se met lui-même sur le grill pour mieux amener une question essentielle&amp;nbsp;: comment prémunir les machines de nos préjugés et biais&amp;nbsp;? Je dis «&amp;nbsp;nos&amp;nbsp;», mais il est en fait question de ceux des programmateurs et programmatrices. Comment éviter une IA sexiste, raciste ou classiste&amp;nbsp;? On plaint d’avance les personnes en surpoids qui se retrouveront dans la balance d’une IA devant trancher la question «&amp;nbsp;qui sauver&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au bout du compte, il s’agit là d’un ouvrage accessible, qui ne refuse pas pour autant la complexité. Le ton est léger, parfois même familier et l’on se prend à croire qu’un pote nous présente des enjeux cruciaux. Si l’on se biberonne à la SF du matin au soir, l’on n’apprendra peut-être rien dans ces pages. Mais elles ont le mérite de poser les questions, de rassembler les débats et de faire la synthèse des travaux. Et &lt;strong&gt;Faire la morale aux robots&lt;/strong&gt;, comme le résume Martin Gibert, c’est faire &lt;em&gt;de&lt;/em&gt; la morale tout court. C’est déjà s’interroger sur le monde que l’on souhaite. Et comme l’écrivait Jaime Semprun&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;À quels enfants allons-nous laisser le monde&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Mathieu Masson&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Arthur C. Clarke, guide de lecture additionnel</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/05/05/Arthur-C-Clarke-guide-de-lecture-additionnel" rel="alternate" type="text/html" title="Arthur C. Clarke, guide de lecture additionnel" />
      <id>urn:md5:17dfbdcd61adde6ddaae40784ceb1db2</id>
      <published>2021-05-05T11:00:00+02:00</published>
                    <updated>2021-05-05T11:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsque paraît le premier numéro de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, le meilleur de l'œuvre d'Arthur C. Clarke est derrière lui et les nouveautés sont rares. Néanmoins, de loin en loin, au gré des rééditions et des nouvelles parutions, l'équipe critique de la revue s'est penchée sur un roman ou sur un autre — de quoi constituer un guide de lecture additionnel à celui qui figure dans les pages du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-102&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 102&lt;/a&gt;, consacré à l'auteur des classiques que sont &lt;strong&gt;2001&amp;nbsp;: l'odyssée de l'espace&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-rama.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-rama.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;i&gt;L'air chargé se propageait le long de l'axe de Rama, tandis que l'air neutre se ruait dans la zone de basse pression ainsi dégagée... la meilleure tactique serait peut-être de naviguer à l'oreille&amp;nbsp;; en s'éloignant le plus possible de ce sifflement de mauvaise augure. Rama lui épargna l'embarras du choix. Une nappe de flammes se déploya derrière lui, emplissant le ciel...&amp;nbsp;»&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2130, les systèmes de surveillance anti-météores détectent un immense objet entrant dans le système solaire. D'abord pris pour une comète, il s'avère que Rama (dieu du panthéon hindou) est un objet artificiel. Un équipage est aussitôt dépêché sur place pour explorer ce véritable univers de poche créé par une civilisation extraterrestre, avant qu'il ne s'éloigne à tout jamais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;b&gt;Rendez-Vous avec Rama&amp;nbsp;&lt;/b&gt;est un grand classique de la Science-Fiction, écrit par un de ses plus célèbres maîtres. (La légende veut qu'Arthur Clarke ait été l'inventeur des satellites de télécommunication —&amp;nbsp;il en a en tout cas émis l'idée le premier en présidant la British Interplanetary Society au lendemain de la Seconde Guerre). Il vit maintenant une retraite dorée au Sri Lanka (par lassitude des hivers anglais&amp;nbsp;!). Clarke est également l'un des chefs de file du courant&amp;nbsp;&lt;i&gt;hard-science,&amp;nbsp;&lt;/i&gt;lequel privilégie la justification scientifique dans l'écriture des textes, position qui n'est pas toujours compatible avec l'intérêt littéraire de ceux-ci&amp;nbsp;: suffit pour s'en convaincre de lire les premiers textes de Clarke, comme &lt;strong&gt;Îles de l'Espace&lt;/strong&gt;, indubitablement ennuyeux. Heureusement, ce roman n'est pas victime de cette volonté démonstrative, loin de là&amp;nbsp;! L'écriture est subtile. Les descriptions grandioses cohabitent avec l'action et une atmosphère mystérieuse s'installe, sous-jacente. Avec une ouverture presque identique au&amp;nbsp;&lt;i&gt;blockbuster&lt;/i&gt;&amp;nbsp;mémorable de 1996 (un objet mystérieux entre dans le Système Solaire),&amp;nbsp;&lt;b&gt;Rama&amp;nbsp;&lt;/b&gt;qui traite du contact (ou du non-contact) avec l'extraterrestre, est en quelque sorte un anti&amp;nbsp;&lt;i&gt;Independance Day.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;Si vous n'avez que maigrement goûté le traitement grossier et stupide du thème du contact dans le film de R. Emmerich et D. Devlin, lisez&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Rama&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;! Et si vous avez aimé&amp;nbsp;&lt;i&gt;ID4,&amp;nbsp;&lt;/i&gt;essayez tout de même&amp;nbsp;&lt;b&gt;Rama&amp;nbsp;&lt;/b&gt;et jugez de la différence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écrit en 73, ce volume devait être le premier d'une série dont les suites tardives (&lt;strong&gt;Rama II&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Les Jardins de Rama&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Rama révélé&lt;/strong&gt;) ont été rédigées en collaboration avec Gentry Lee. Ce dernier a d'ailleurs collaboré au projet de la sonde Galileo envoyée vers Jupiter (pour de vrai, cette fois). Cette réédition a lieu à l'occasion de la sortie du jeu vidéo adapté de la série chez Sierra. Les premières impressions sur ce dernier sont plutôt favorables&amp;nbsp;; c'est en tout cas bourré d'interviews de Clarke et Lee. Dans la même veine que ses autres romans à succès, &lt;strong&gt;2001&lt;/strong&gt; ou l'excellent et quasi mystique, &lt;strong&gt;Les Enfants d'Icare&lt;/strong&gt;. &lt;b&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/b&gt;&lt;em&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/em&gt;est définitivement à découvrir, et de toute urgence...&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-felix-lyon/&quot;&gt;Jean-Félix Lyon&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-4&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;4&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;10 sur l’échelle de Richter&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-richter10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-richter10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Malgré la taille du nom sur la couverture, les seules photo et présentation de Clarke au dos, outre le commentaire élogieux qui présente ce roman comme « un nouveau défi du maître », il faut savoir que le seul crédit à porter à son actif est un synopsis de 850 mots, ce que ce dernier reconnaît bien volontiers dans sa postface, découvrant même « que cette manière de faire [lui] donnait toutes les joies de l'activité créatrice — mais sans les longues heures de pénible labeur au clavier ». L'auteur du synopsis nous donne ici de quoi alimenter les réflexions sur la définition de la création artistique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman a donc été écrit par le seul Mike McQuay et c'est un roman formidable ! Que ceux qui s'attendent à ne lire qu'un récit catastrophe de plus se détrompent. Autour du thème des tremblements de terre, c'est une page d'histoire s'étalant sur trente-quatre ans qui est écrite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La planète, dépourvue de sa couche d'ozone, rongée par un nuage radioactif qui fait périodiquement le tour de la Terre, est aussi malade que le monde géopolitique divisé en deux camps : les capitalistes (les empires financiers nippons contrôlent pratiquement les États-Unis) et les musulmans, isolés sur le sol américain dans des poches urbaines appelées Zones de Guerre, qui revendiquent la cession de plusieurs états pour y fonder une Nation de l'Islam, Les progrès technologiques évoluent également au fil des pages, comme les puces à implanter à la base du crâne qui débouchent vingt ans plus tard sur les techkids ou les compagnons virtuels dont il est parfois nécessaire de divorcer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis qu'il a vu mourir ses parents dans un tremblement de terre, Lewis Crane a consacré sa vie à étudier ce phénomène pour mieux le prévenir. Il a besoin d'argent pour financer la mise au point d'une simulation du globe afin de prédire avec précision la date et le lieu des séismes. Son rêve secret va plus loin : souder entre elles les roches des plaques continentales à l'aide de bombes atomiques pour empêcher tout séisme futur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais son parcours est semé d'embûches. Les intérêts financiers, politiques ou religieux vont jusqu'à empêcher l'évitement de meurtrières catastrophes. Crane se bat envers et contre tout, malgré les trahisons de proches et les blessures du cœur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car McQuay établit le parallèle entre tremblement de terre et émotions humaines. La colère ou le désir provoquent le même séisme partant de l'âme et ébranlant la surface de l'être. Et de même que la pression de deux plaques en un même point provoquent un tremblement, l'affrontement entre capitalistes et islamistes pesant sur un personnage symbole de la lutte risque de dégénérer en guerre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, un livre haletant, intelligent, mêlant avec brio données scientifiques et scènes d'action, sentiment et suspense. Bien sûr, vous saurez aussi tout sur les tremblements de terre.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-14&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;14&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Lumière des jours enfuis&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-lumiere1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-lumiere1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La technologie des trous de ver offre la possibilité de relier deux espaces très éloi­gnés l'un de l'autre. Si l'énergie qu'elle réclame ne permet pas encore de franchir des distances cosmi­ques, encore moins d'y expédier des humains, elle autorise par contre l'emploi de caméras capables de filmer ce qui se déroule à l'autre bout du monde. Tout le monde peut donc être espionné à son insu, et les journalistes ne s'en privent pas. Cette dé­couverte intervient au moment où un astéroï­de géant, Absinthe, contre lequel le monde est impuissant, annon­ce l'éradication prochaine de l'espèce hu­maine. Il n'y a plus de secret pour person­ne. Les révélations tant politiques que privées changent la donne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pire : la Camver permet de filmer le passé et de révéler les mensonges des siècles révolus, sur lesquels s'est bâtie la civilisation. Les hauts faits héroïques, la naissance du christianisme, la conquête des libertés sont autant de cinglantes désillusions quand la légende est démolie par la réalité des faits. L'impact de ces révélations, s'il génère des troubles dans un premier temps, finit par faire émerger une nouvelle humanité, plus humble et plus sin­cère, car n'ayant rien à cacher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On songe aux &lt;strong&gt;Enfants d'Icare&lt;/strong&gt;, où la venue d'extraterrestres est porteuse d'une nouvelle humanité. Sauf que dans le cas présent, l'apocalypse annoncée tue tout espoir dans l'œuf.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les protagonistes de cette ultime aven­ture lui donnent le relief humain nécessaire : l'inventeur de la Camver, Hiram Patterson, richissime conquérant industriel illustrant les temps anciens, ses deux fils Bobby et David — le premier étant un clone que le magnat a cherché à configurer à son image aux moyens d'implants cervicaux, le second, fils d'un premier mariage, étant le réel inventeur de la Camver — , et une jour­naliste, Kate, aussi radicale que critique face à Hiram, qui s'éprendra de Bobby et lui rendra sa liberté, sont autant de per­sonnages attachants parce que bien cam­pés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une telle fresque narrant un changement radical de la société, malgré la justesse de certains comportements, n'est pas exemp­te de naïvetés ni d'erreurs de jugement qui prêtent à sourire, comme quand la jeune génération, se sachant espionnée par les invisibles Camvers, se promène nue et fait l'amour en public. A ces défauts s'ajoutent quelques lourdeurs stylistiques heureuse­ment éparses, probablement dues au souci de précision des auteurs, qui décrivent une personne affligée d'épithélium avec une figure « tavelée de multiples cratères de car­cinomes basocellulaires ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le propos des auteurs n'est cependant pas la peinture sociale dans une période de crise, même si elle occupe une large place — et l'on regrette d'ailleurs que la construc­tion du roman soit bancale sur ce point. Après avoir montré comment la civilisation s'est bâtie sur des mensonges, ils opèrent une poétique rétrospective à travers les âges, remontant le temps jusqu'à l'origine de l'homme puis des espèces qui lui ont donné naissance, pour démontrer que la vie de notre espèce n'est qu'un chanceux hasard, favorisée par de nombreux acci­dents antérieurs qui auraient pu générer des voies différentes. Cette perspective très humble donne, sur la fin, la véritable tonali­té du roman, qui oppose le principe de vie à l'univers, la tragédie de Sisyphe dépas­sant sa condition humaine pour devenir celle de toute vie qui n'a rien à « attendre de plus de l'univers qu'un coup de massue régulier sur la vie et l'esprit d'évolution parce que l'état d'équilibre du cosmos est véritablement la mort ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, un livre réussi, qui se perd par­fois dans les méandres de son sujet, vu son ampleur, et qui se veut, malgré tout, un message d'espoir, moins en faveur de l'hu­manité que de la vie.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-21&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;21&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Lumière des jours enfuis&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-lumiere2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-lumiere2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce livre est mauvais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce livre est excellent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si tant Arthur C. Clarke que Stephen Baxter étaient de brillants stylistes, ça se saurait ! Chez ces éminents britanniques représentants du courant &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt;, l’intérêt est ailleurs. Clarke, que l’on a toujours préféré nouvelliste que romancier — peut-être cela tient-il au fait qu’il a été un auteur de l’ « Age d’or » –, et Baxter, dont on a jusqu’à présent peu lu les nouvelles en français, n’ont jamais proposé des récits particulièrement rythmés. Plus courts, les premiers romans de Baxter, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/gravite&quot;&gt;&lt;strong&gt;Gravité &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;et&lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/singularite&quot;&gt;Singularité&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, souffraient moins de ce manque que des œuvres plus récentes telles que &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/titan-2&quot;&gt;&lt;strong&gt;Titan &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;ou &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/deluge-2&quot;&gt;&lt;strong&gt;Déluge&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, par exemple. &lt;strong&gt;Rendez-vous&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;avec Rama&lt;/strong&gt;, roman pourtant peu volumineux jouissant d’une réputation exceptionnelle et justifiée qui le hisse au rang des chefs-d’œuvre d’Arthur C. Clarke, souffre du même défaut. Peut-être est-ce dû aux options résolument réalistes qu’ils choisissent l’un et l’autre ? Quoiqu’il en soit, ils ont tous deux assez à offrir pour que ce défaut, bien que majeur et récurrent, ne soit pas rédhibitoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette collaboration entre ces deux auteurs proches, tant par leur manière que par leur intérêt pour les extrapolations scientifiques de hautes volées, a achevé d’établir la réputation de Stephen Baxter comme héritier d’Arthur C. Clarke.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire ? Elle tient dans les histoires de famille d’Hiram Patterson et les coups de pute auxquels il se croit autorisé en tant que patriarche fondateur d’un empire technologique. Les victimes : son fils Billy ; son autre fils David, qu’il utilise bien qu’il le méprise parce qu’il est catholique fervent comme sa mère ; Heather, la mère (porteuse de Billy) ; la fille de celle-ci, Marie ; et plus que tout autre, Kate Manzoni, l’amour de Billy. Outre cette famille plus décomposée que recomposée, on ne croisera guère que l’agent du FBI Michael Mavens et Mae Wilson, aussi cinglée que sa fille. Hiram Patterson n’aime personne et tout le monde le déteste. Les auteurs ont utilisé là le matériel minimum pour faire de leur livre un roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout le reste n’est que spéculations de hautes volée et c’est bien ce qui passionne !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Spéculations qui tournent autour de la camver, une caméra high-tech qui possède la formidable capacité de voir le passé ! Par cet aspect, ce roman est à rapprocher de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/la-redemption-de-christophe-colomb&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Rédemption&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Christophe Colomb &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;d’Orson Scott Card, et des &lt;strong&gt;Yeux&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;du&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;temps&lt;/strong&gt; de Bob Shaw. Du coup, des légions de cadavres sortent des placards où on les avait planqués à tout jamais, pensait-on. Les cadavres de la vie privée de tout un chacun, parfois au sens propre (il faut bien quelques éléments pour alimenter une narration un peu pauvre), tout aussi bien que ceux de l’Histoire avec un grand « H ». Des millions de gens avec des millions de camver scrutent le passé des grands et des moins grands. De l’origine d’une célèbre chanson des Beatles à un discours de Lincoln, tandis que le Roi Arthur s’évapore dans les limbes du temps, Jésus se révèle d’une classe sociale bien supérieure à ce à quoi on pourrait s’attendre : point de pauvre charpentier mais un maître artisan de première bourre ; le Frank Lloyd Wright de son époque ! De là, les auteurs interrogent la mythographie qui constitue notre vérité historique. Une vérité plus vraie, la réalité, chasse des mensonges dont il était pourtant bien plus facile de s’accommoder.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tandis que l’ancien monde vole en éclats, la jeunesse s’adapte au monde de la camver et le pousse dans ses derniers retranchements. L’information passe par les trous de ver minuscules à travers l’espace et/ou le temps, et bientôt la technologie permet de se greffer une camver dans la cervelle pour créer un gestalt télépathique qui rappelle fort la « cohérence » du roman d’Andreas Eschbach, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/black-out&quot;&gt;&lt;strong&gt;Black*out&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Muni d’un traqueur génétique, la camver peut bondir d’une génération à la précédente en remontant l’ADN mitochondrial jusqu’aux origines même de la vie dans un vertigineux plongeon à travers le temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À travers &lt;strong&gt;La Lumière des jours enfuis&lt;/strong&gt;, Clarke et Baxter essaient d’envisager tout le potentiel de la technologie qu’ils ont imaginée, forçant le fameux « et si » aussi loin qu’ils le peuvent. La technologie de la camver est trop spéculative pour faire l’objet d’un essai, aussi ont-ils écrit un roman. Une première collaboration qui brille davantage par les problématiques ahurissantes qu’elle soulève que par sa force narrative.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-70&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;70&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Feu aux poudres – La Détente&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-feu1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-feu1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Poursuivant des recherches sur l'anti-gravité dans le laboratoire de Karl Brohier, prix Nobel de physique, Jeffrey Horton, Gordon Greene et Leigh Thayer tombent sur une découverte destinée à bouleverser le monde : une onde qui enflamme les composés de nitrate. Quand tout ce qui contient de la poudre est susceptible d'exploser entre les mains de qui pénètre dans son champ d'action, on imagine sans peine les conséquences d'une telle invention...&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Très vite, la perspective d'un désarmement mondial se profile. Et tout aussi rapidement, on s'interroge : est-il vraiment souhaitable ? Les pays ayant assuré leur domination technologique se retrouveraient démunies face à un ennemi, certes armé d'arbalètes, mais bien supérieur en nombre. Et le problème va au-delà de cet aspect géopolitique : il devient désormais possible de désarmer les truands, ou encore de rendre à nouveau cultivables les terrains minés à travers le monde. À condition de s'armer de bonne volonté car, on l'imagine sans peine, les opposants à la découverte ne manquent pas. Le lobby des vendeurs d'armes à feu, très actif aux USA, n'est pas le seul à hurler à la trahison : les militaires, qui mettraient au rencard leurs joujoux sophistiqués et perdaient leurs crédits de recherche, tentent également de manipuler le président Breland pour l'empêcher d'offrir la « Détente » au reste du monde... Un président américain, ancien joueur de base-ball, aussi charismatique qu'intègre, qui est bien le plus improbable des nombreux personnages de ce roman, une manière de Kennedy en version améliorée. Il gagnera néanmoins en crédibilité quand, sous la pression des conseillers politiques et militaires, il déviera sensiblement de son projet initial. Quant aux inventeurs, ils sont priés de rendre le champ d'action directionnel, ce qui permettrait de jouer sur les deux tableaux : conserver les armes à feu ET la « Détente »...&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit développe avec une précision quasi clinique les événements qui accompagnent cette découverte, depuis les expériences menées en secret jusqu'aux premières utilisations, à des fins éthiques ou humanitaires en premier lieu, militaires ensuite. Le livre n'est pas dénué d'humour, ni de références à l'œuvre de Clarke, probablement glissées par un Kube-McDowell ayant sans nul doute rédigé le roman sous la direction du « maître ». Le suspense demeure cependant constant : si les scènes d'action sont rares, les échanges de points de vue rendent passionnante la lecture de ce roman qui met le doigt où ça fait mal et fait désespérer de la nature humaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On attend la suite avec, sinon de l'impatience, pour le moins de l'intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-26&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;26&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Feu aux poudres – L’Enrayeur&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-feu2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-feu2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La Détente, une invention qui rend inoffensive les armes à feu en faisant exploser la poudre entrant dans son champ d'action, a été distribuée au monde entier afin de donner une chance à la paix. Quelques désordres en ont résulté avant que les chercheurs ne mettent au point une version améliorée de la Détente, l'Enrayeur, qui rend les poudres inactives, empêchant ainsi toute explosion ou incendie. La tentative d'explication du phénomène s'oriente, elle, vers une définition de l'essence de la matière, faite d'énergie et d'information, cette dernière donnant sa forme à la première, explication qui pourrait bien devenir le point de départ de nouvelles découvertes.&lt;br /&gt;
Mais les vieux réflexes ne sont pas morts : les militaires, regrettant de voir que les États-Unis ont perdu leur avance hégémonique, revoient leurs stratégies, tandis que les détenteurs d'armes à feu, malgré la possibilité qu'il leur est offerte de s'entraîner dans des lieux où nul Enrayeur n'est activé, complotent activement pour revenir à la situation antérieure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien que plus court, ce second volume traîne en longueur du fait de trop longs développements dans le bras de fer politique opposant les deux factions, le portrait psychologique qui est fait des partisans des armes à feu comme la démolition de leurs arguments de « self-défense » ayant, en France, moins de portée qu'outre Atlantique. L'intérêt du récit est cependant relancé à la fin de l'ouvrage, quand les milices extrémistes entrent en action.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Animés de bonnes intentions, les auteurs ne sont pourtant pas les dupes de leur pacifisme. La conclusion finale, avec son ultime rebondissement, démontre que tout paix imposée ne saurait être que provisoire, car il est impossible de changer le monde si on ne transforme pas l'individu. S'il est décevant dans sa forme, ce roman n'est cependant pas dénué d'intérêt pour la lucidité de sa réflexion.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-27&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;27&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Chants de la Terre lointaine&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-chants.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-chants.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit d'une production pléthorique, je n'avais jusqu'à présent trouvé chez Milady aucun livre qui me fasse envie. La tétralogie de Peter F. Hamilton m'avait bien un temps tenté mais l'expérience de &lt;strong&gt;L'Aube de la nuit&lt;/strong&gt; refroidit fissa cet embryon enthousiasme. Milady est un label de Bragelonne et cette réédition d'un roman relativement récent de sir Arthur C. Clarke s'inscrit dans une tendance intéressante chez cet éditeur. Depuis quelques temps, Bragelonne a entrepris un travail patrimonial tant sur la S-F que sur la fantasy. Ainsi « Les Trésors de la SF », collection dirigée par Laurent Genefort, qui se consacre à une S-F très populaire faisant revivre, entre autres, quelques-uns des meilleurs romans du Fleuve Noir « Anticipation ». Par ailleurs, après &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le Cycle des Epées&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, chef-d'œuvre de Fritz Leiber, un très beau travail est en cours sur Robert E. Howard, auteur que l'on peut considérer comme le père de l'heroic fantasy. Citons encore les fameux &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Livres de sang&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; de Clive Barker pour montrer que l'horreur dont ces recueils constituent l'un des plus prestigieux fleurons n'est nullement négligée. C'est dans ce contexte que Milady se voit mis à contribution pour une édition de ces &lt;strong&gt;Chants de la&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Terre&lt;/strong&gt; lointaine simultanée avec &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L'Odyssée du Temps&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, co-signée par Clarke et Stephen Baxter (Bragelonne).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sir Arthur C. Clarke n'a jamais été un grand écrivain, mais il est peut-être, entre tous, celui qui incarne le mieux la science-fiction. &lt;em&gt;Les Chants de la Terre lointaine&lt;/em&gt; n'est pas non plus un de ses chefs-d'œuvre qui, à mon sens, sont au nombre de trois : &lt;strong&gt;La Cité et les astres&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Les&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Enfants d'Icare&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Chants de la Terre lointaine&lt;/strong&gt; est le développement d'une nouvelle disponible dans le recueil &lt;strong&gt;L'Etoile&lt;/strong&gt; (J'ai lu) sous le curieux titre « Les Sons de la Terre lointaine ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S'il repose sur un fond dramatique à souhait (la mort de la Terre), le roman de Clarke est au contraire tranquille, jalonné tout au plus d'incidents relevant du fait-divers. À aucun moment l'auteur ne joue si peu que ce soit la carte du thriller. Le premier (et dernier) astronef interstellaire à poussée quantique, tirée de l'énergie du vide, doit faire escale sur Thalassa pour reconstituer son bouclier de glace usé par l'abrasion des atomes errant dans l'espace avant de poursuivre sa route. Thalassa a cependant déjà été colonisée car la Terre — dont la condamnation à mort était connue depuis des siècles, pour cause de nova du Soleil — a lancé de nombreuses stations automatiques chargées de matériel génétique humain et terrestre, comme autant d'arches de Noé, ainsi que de quoi redémarrer la civilisation. Sur Thalassa, une culture paisible, tournée vers la mer mais néanmoins évoluée, a donc vu le jour, et s'est développée sur les trois seules îles de la planète. Une poignée de péripéties vient à peine troubler cette escale (le roman aurait pu porter ce dernier mot comme titre) où tout ou presque se déroule comme prévu et nous laisse quelque peu sur notre faim.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chants de la Terre lointaine&lt;/strong&gt; ne passionne ni n'engendre une lecture frénétique et pourtant, sans recourir à quelque tension dramatique, sir Clarke parvient à nous intéresser du début à la fin. Voilà une bonne occasion de profiter, sans qu'il y ait lieu de crier au génie, d'un roman qui, somme toute, méritait d'être à nouveau à la disposition des lecteurs.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-58&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;58&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Montagnes hallucinogènes&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-montagnes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-montagnes.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout le monde connaît « Les Montagnes hallucinées » de H. P. Lovecraft, court roman dans lequel une expédition américaine en Antarctique découvre les plus hautes montagnes de la planète, et sur leurs flancs les ruines d’une ville à l’architecture démente, ville plus ancienne que l’Humanité qui n’est peut-être pas totalement inhabitée… À l’âge de vingt-deux ans, Arthur C. Clarke écrivait «&amp;nbsp;&lt;em&gt;At the mountains of murkiness&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», traduit en français «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les&lt;/em&gt;&amp;nbsp;&lt;em&gt;Montagnes hallucinogènes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (ce qui n’a pas grand rapport avec le contenu du texte), pastiche poussif du chef-d’œuvre de Lovecraft dont une grande partie de l’humour réside dans le choix du nom des personnages : Professeur Alhamass, Docteur E. Thanazy (ah ah ah), etc. Un texte pas désagréable, parfois à la limite du pathétique et au final totalement anecdotique. En trois mots : une curiosité poussiéreuse.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-69&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;69&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’Odyssée du temps&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-odysseedutemps.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-odysseedutemps.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une équipe de l’ONU en hélicoptère — une femme, deux hommes —, et les trois cosmonautes d’une capsule Soyouz sont pris dans un étrange phénomène physique et s’aperçoivent assez vite que la Terre a été démontée puis remontée avec des morceaux d’époques différentes, a priori toutes antérieures à leur naissance. L’équipe de l’ONU rejoint un contingent de l’armée britannique du milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, dans le nord de l’Inde, et l’équipe du Soyouz observe trois grands peuplements humains très développés sur cette nouvelle Terre baptisée Mir, avant d’initier leur rentrée dans l’atmosphère. Babylone est le plus proche : une ville coupée en deux par une explosion nucléaire « ancienne », vers laquelle, après quelques péripéties, vont converger l’armée d’Alexandre Le Grand et celle de Gengis Kahn, ainsi que nos voyageurs du futur (du moins ceux qui ont survécu).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier volume de cette trilogie Baxter/ Clarke est un étonnant mélange de &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt; discrète et de SF à papa (on pense à certains romans de Silverberg, agréables mais mineurs). Même si la première partie, jusqu’à la page 128, est un poil laborieuse, on progresse vite vers la confrontation Gengis Kahn/Alexandre le Grand promise, le tout vu par des yeux modernes. Suivre les aventures de Zabel et Bisesa, découvrir un Rudyard Kipling jeune, tout cela fait de &lt;strong&gt;L’Œil&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;du temps&lt;/strong&gt; une sorte de plaisir coupable, à l’ancienne, tout à fait recommandable si on supporte les maladresses d’exposition et la violence. Car, comme &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/origine&quot;&gt;&lt;strong&gt;Origine&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, par moment &lt;strong&gt;L’Œil du temps&lt;/strong&gt; envoie du bois et pas pour rire (viols, décapitations, énucléations, chirurgie avec les moyens du bord). Pas de doute, on savait s’amuser à ces époques-là (le mélange n’arrange rien, bien au contraire). Mais Baxter ne s’attarde jamais sur cette violence qu’il n’essaye même pas de mettre en scène. Au voyeurisme, il préfère le factuel sec et distant. Contrairement à ce qui se passe dans la vraie vie, ici un viol ne dure jamais plus d’une ligne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tempête&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;solaire&lt;/strong&gt;, le second tome, part dans une direction tellement différente qu’on en est déboussolé pendant presque toute sa lecture. Le 9 juin 2047, une tempête solaire frappe la Terre et provoque de nombreuses catastrophes, électriques et autres. S’ensuit une intrigue &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt; autour d’une seconde tempête solaire, « a global killer », prédite pour quatre ans et demi plus tard par un génie des neutrinos. Force est de constater que c’est du pur Baxter, dans sa veine &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/deluge-2&quot;&gt;&lt;strong&gt;Déluge&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;/ &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/arche-2&quot;&gt;&lt;strong&gt;Arche&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, avec une catastrophe, une solution « impossible ou presque », un fond progressiste très marqué, une grande foi dans le futur. On n’évite pas de longues plages d’explication à base de physique des particules, mais aussi des passages d’exposition, patauds, qui semblent ressurgir d’un autre âge de la SF, celui, justement, des &lt;strong&gt;Fontaines du paradis&lt;/strong&gt; d’Arthur C. Clarke.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le troisième tome, Baxter fait la jonction entre tous les éléments des tomes précédents et les Œils (sic!) du temps, c’est-à-dire les Premiers-nés du titre. Ce troisième tome, malheureusement, se révèle aussi laborieux qu’ennuyeux, malgré quelques passages réussis et une saine volonté de vouloir « nouer ensemble » toutes les pistes empruntées par les tomes précédents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La trilogie de « &lt;strong&gt;L’Odyssée du temps &lt;/strong&gt;» est un ensemble « malade de son hétérogénéité », mais paradoxalement cette hétérogénéité, ces surprises régulières, participent du charme global qui se dégage des deux premiers volumes. Le troisième (remake au carré du deuxième : la menace venue d’ailleurs, les « préparatifs de survie », la confrontation) n’est pas de trop, il est raté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, on conseillera le premier tome à ceux qui veulent lire de la SF à papa pleine de grands empires en mouvements (Macédoniens, Mongols). Les tomes deux et trois, conçus pour pouvoir être lus sans le un (les rappels des faits sont nombreux), plairont plutôt aux fans &lt;em&gt;hardcore &lt;/em&gt;de Baxter qui veulent tout savoir sur la construction d’un bouclier planétaire, les conséquences de l’immersion totale d’une planète jovienne dans le Soleil et la nature de sphères dont le rapport circonférence/diamètre est trois, au lieu de Pi.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-70&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;70&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Odyssées – l’intégrale des nouvelles&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-odyssees.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-odyssees.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Décidément, les éditions Bragelonne aiment Arthur C. Clarke. Après avoir inscrit une partie de sa production romanesque au catalogue Milady, elles publient aujourd’hui &lt;strong&gt;Odyssées&lt;/strong&gt;, un pavé de plus de mille pages réunissant l’intégralité de ses nouvelles, soit une centaine de textes parus sur une période de soixante ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier intérêt d’un tel travail éditorial est de mettre en lumière l’évolution de l’auteur au fil du temps ainsi que les grandes tendances de son œuvre. La passion initiale de Clarke aura été la conquête de l’espace, qu’il n’a jamais cessé de mettre en scène, de la manière la plus variée et la plus réaliste possible. De la vie à bord d’une station spatiale à l’exploration des autres planètes du système solaire et au-delà, l’auteur s’est évertué à convaincre ses contemporains de la faisabilité d’un tel challenge, mais aussi de sa nécessité. Car au-delà des aspects techniques de cette conquête, elle pose la question de la place de l’homme dans l’univers. Et ce sont justement les questionnements métaphysiques de Clarke qui donnent naissance à ses meilleures nouvelles, parmi lesquelles &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Sentinelle&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», texte dont l’idée centrale sera reprise dans &lt;strong&gt;2001, Odyssée de l’espace&lt;/strong&gt;, ou &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Eternel Retour&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, dont le récit se déroule sur des dizaines de millions d’années.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le même ordre d’idées, la rencontre avec l’Autre occupe une place prépondérante dans l’œuvre d’Arthur C. Clarke, et il est rare qu’elle dégénère en conflit. Au contraire, l’écrivain n’a de cesse de mettre en scène la collaboration entre des espèces que tout oppose à priori, comme dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une Aube nouvelle&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rencontre à l’Aube&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, pour ne citer que les plus connus. À l’inverse de toute une école de science-fiction dans les années 50, l’extraterrestre chez Clarke est bien plus volontiers une source de fascination, voire de beauté, que d’effroi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Odyssées&lt;/strong&gt; permet également de revenir aux sources de l’œuvre romanesque de l’auteur. Certaines nouvelles ont par la suite été directement incorporées au sein de romans, d’autres contiennent en germe les idées qu’il développera plus tard. Ainsi, bien avant de visiter Rama, ses personnages se retrouvaient face à des artefacts dont la conception défie l’entendement, qu’il s’agisse d’un gigantesque mur coupant un monde en deux &lt;em&gt;(«&amp;nbsp;Le Mur des ténèbres&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, 1949) ou d’une lune qui s’avère être un vaisseau spatial &lt;em&gt;(«&amp;nbsp;Jupiter Cinq&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, 1953).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ceci dit, toutes les nouvelles au sommaire d’&lt;strong&gt;Odyssées&lt;/strong&gt; ne sont pas bonnes. Un bon nombre d’entre elles ne sont au mieux qu’anecdotiques, notamment toutes celles prenant pour cadre le White Hart, ce pub où se réunissent écrivains et scientifiques pour se raconter d’improbables histoires d’inventions plus farfelues les unes que les autres. De même, parmi les textes qui étaient restés inédits jusqu’à ce jour, on cherchera en vain un chef-d’œuvre oublié. Le plus intéressant est sans doute &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Continuum du fil&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui date de 1998 et qui reprend en la modernisant une idée que Clarke développait dans sa toute première nouvelle, parue soixante ans plus tôt, mais le crédit de ce récit revient avant tout à Stephen Baxter, qui le co-signe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, à la lecture de ces mille et quelques pages, il ressort et se confirme qu’Arthur C. Clarke ne figurait sans doute pas parmi les meilleurs nouvellistes du domaine, mais qu’il était et demeure encore aujourd’hui l’une des figures majeures de la science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-74&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;74&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Gouffres de la lune&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;clarke-gdl-gouffres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/clarke-gdl-gouffres.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La Lune est désormais une destination touristique comme une autre, si ce n’est qu’elle est réservée aux plus fortunés. Ceux-ci peuvent découvrir les stupéfiants paysages lunaires, comme les différentes mers, et notamment celle (fictive) de la Soif ; la visite se fait avec le &lt;em&gt;Séléné&lt;/em&gt;, un petit vaisseau à même d’accueillir une vingtaine de voyageurs, «&amp;nbsp;surfant&amp;nbsp;» sur la poussière qui recouvre le sol lunaire. Lors d’une excursion, le véhicule est malheureusement victime d’un accident&amp;nbsp;: la poussière s’effondre sous lui et il se retrouve enseveli. Les services touristiques, qui ne reçoivent plus le signal émis périodiquement, comprennent qu’il y a un souci. Les secours s’organisent, mais la course contre la montre est désormais engagée : sous la couche de poussière, le &lt;em&gt;Séléné&lt;/em&gt; est difficilement localisable, et ne dispose que d’une autonomie de quelques heures. Le capitaine et ses passagers pourront-ils être sauvés à temps&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On le sait, l’œuvre d’Arthur C. Clarke baigne dans la &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt;. &lt;strong&gt;Les Gouffres de la Lune&lt;/strong&gt; n’échappe pas à la règle&amp;nbsp;: tout y est en effet analysé sous l’angle scientifique, comme l’origine de l’accident : la fameuse poussière lunaire y est amplement décrite. Le roman datant de 1961, les connaissances lunaires ont évolué depuis, et l’on sait désormais que le régolithe, aux grains très fins et magnétisés qui collent aux combinaisons et rentrent dans les plus petits interstices, ne permet pas le mode de déplacement du &lt;em&gt;Séléné&lt;/em&gt;. De même, sa couche ne dépasse pas huit mètres, de sorte que l’enfouissement décrit paraît invraisemblable. À l’époque, néanmoins, c’était crédible, et les connaissances de 1961 sont ici parfaitement utilisées. La tentative de sauvetage est également décrite avec force détails&amp;nbsp;: comment sauver un vaisseau que l’on ne voit pas, que la poussière menace de recouvrir, et quand on n’a finalement pas tant de matériel à disposition (en dépit du tourisme, les infrastructures restent assez sommaires)&amp;nbsp;; il faut alors faire preuve d’imagination, tout en restant prudent dans la mise en pratique de solutions théoriquement viables. Enfin, bien sûr, les modalités de survie à bord du &lt;em&gt;Séléné&lt;/em&gt; : si Clarke élude la possibilité du manque d’oxygène (le &lt;em&gt;Séléné&lt;/em&gt; est prévu pour tenir longtemps), il s’intéresse davantage à l’évacuation du monoxyde de carbone exhalé par les passagers ou à la chaleur résultant de l’ensevelissement sous la poussière. Bref, tout — ou presque — est motif à questionnement scientifique, dans une tentative d’expliquer l’ensemble des tenants et aboutissants. En vulgarisateur chevronné, Clarke rend cela éminemment lisible, distillant à merveille les passages explicatifs au sein de scènes rythmées par l’urgence de la situation. Et, surtout, il n’oublie pas l’enjeu humain au cœur des débats — plus de vingt personnes risquent leur vie, certains parmi les secouristes leur poste ou leur honneur. Malgré quelques grosses ficelles (la présence fortuite d’un commandant militaire parmi les touristes, le voleur en fuite et son chasseur), des personnages caricaturaux (la vieille fille acariâtre et jalouse), Clarke réussit son entreprise, à savoir nous faire partager l’angoisse des occupants du &lt;em&gt;Séléné&lt;/em&gt; ainsi que celle des personnes impliquées dans les secours, et cela, même si l’issue ne fait guère de doute, l’auteur ayant une confiance inébranlable dans la capacité qu’a la science d’aider l’Homme dans les missions qu’il se donne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nominé au prix Hugo, ce roman fut tout d’abord publié en deux volumes dans son édition française (&lt;strong&gt;S.O.S. Lune&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Naufrag&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;és de la Lune&lt;/strong&gt; en Fleuve Noir «&amp;nbsp;Anticipation » en 1962, et chez Marabout « Poche 2000&amp;nbsp;» en 1974). Il est connu dans sa version originale pour avoir été le premier récit de SF à faire l’objet d’une édition condensée du &lt;em&gt;Reader’s Digest&lt;/em&gt;. Un roman solide qui, malgré l’obsolescence du point de départ scientifique (la fameuse «&amp;nbsp;moondust&amp;nbsp;»), reste une valeur sûre dans l’œuvre de Sir Arthur C. Clarke.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bruno-para/&quot;&gt;Bruno Para&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-95&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;95&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 102)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/04/30/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-102" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 102)" />
      <id>urn:md5:87fbd3498c92cc2c6386d880b8453d69</id>
      <published>2021-04-30T10:10:00+02:00</published>
              <updated>2021-04-30T10:19:02+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr102-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr102-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En complément au cahier critique du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-102&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 102&lt;/a&gt;, nous vous proposons de découvrir ici quelques critiques de plus n'ayant pas trouvé place dans les 192 pages bien serrées de la revue. Au sommaire, une demi-douzaine de livres&amp;nbsp;: une intégrale heinleinienne, le pénultième volet d'un cycle de fantasy et plusieurs livres louvoyant aux marges des genres…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr102-heinlein.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr102-heinlein_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Histoire du futur&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Robert A. Heinlein – Mnémos «&amp;nbsp;Intégrale&amp;nbsp;» – septembre 2020 (romans et nouvelles traduits de l’américain par Pierre Billon, Jean-Claude Dumoulin, Franck Straschitz et Eric Picholle, revus et complétés par Pierre-Paul Durastanti et Thibaud Eliroff – 832 pages – GdF – 35 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Cette nouvelle intégrale de l’Histoire du futur diffère grandement de celle de 2016. Les deux spécialistes français de Heinlein, Ugo Bellagamba et Éric Picholle proposent une chronologie et un nouveau découpage des sections (&lt;strong&gt;Les Années folles&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Fausse Aube&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Période d’exploitation impériale&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Hiatus&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Première civilisation humaine&lt;/strong&gt;), agrémentés d’un paratexte permettant de mieux apprécier l’ampleur de ce chef-d’œuvre de la science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il ne s’agissait pourtant que des débuts de l’auteur, la rédaction s’échelonnant, pour l’essentiel de 1939 à 1950. Comme le précisait déjà R. A. Heinlein dans sa préface de l’époque, supprimée ici selon ses vœux, il ne s’agit pas de prophétie mais d’une histoire du futur entre d’infinité d’autres&amp;nbsp;; la réalité s’est d’ailleurs très vite chargée de faire mentir certaines projections, parfois naïves, aussi bien dans les sciences que la marche du monde, mais l’actualité a parfois redonné à certains récits une pertinence inattendue. Ainsi, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Homme qui vendit la Lune&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, formidable épopée du visionnaire D. D. Harriman, aux méthodes parfois douteuses mais à l’énergie et à la foi inébranlables pour promouvoir le voyage spatial, redevient plausible depuis que Jeff Bezos et Elon Musk, un fan de Heinlein, ont remis les entreprises privées au goût du jour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’est pas vraiment utile de détailler l’histoire du futur imaginée ici, ni même les étapes, qui comprennent pourtant une énergie solaire promue (en 1940&amp;nbsp;!), un coup d’arrêt de la conquête spatiale (durant une période d’obscurantisme religieux) et le premier vaisseau-génération à la population frappée d’amnésie, sinon pour apprécier l’habileté avec laquelle Robert Heinlein intègre aux innovations scientifiques l’ensemble des sciences humaines, du politique au social, sans oublier les impacts psychologiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui frappe est l’attention accordée à tous les maillons de la chaîne, du simple employé au chef d’entreprise et aux modifications de comportement ou aux expressions langagières accompagnant une nouvelle technologie, le tout au service d’une critique sociale, affichant parfois un pragmatisme rugueux mais plein de bon sens. Rien que dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Logique de l’Empire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1941), autour de l’esclavage colonial, il est question de contrats d’exploitation volontaire anticipant l’ubérisation du travail, d’analyse du système économique qui induit cette exploitation, d’avantage dû à la bêtise qu’à la perversité, de dénonciation du journalisme à sensation et de la capacité des sociétés à éliminer leurs défauts&amp;nbsp;: « &lt;em&gt;Avant de s’améliorer, il faudra que la situation empire encore pas mal.&lt;/em&gt; » C’est aussi pour cette raison que des visions fausses comme &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les routes doivent rouler&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ont gardé leur intérêt&amp;nbsp;: le récit de la contestation sociale prend le pas sur la pertinence du moyen de transport.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut parfois trouver Heinlein expéditif et lui reprocher une certaine intransigeance. Exécution&amp;nbsp;! Tout doit aller vite. Il est vrai qu’il n’accorde que peu d’intérêt aux incapables et met en exergue le courage, la persévérance et l’esprit d’entreprise au service du bien commun. Son héros est un pragmatique pressé et un moraliste convaincu. Il n’a pas de mots assez durs à l’égard des religions ou de tout ce qui entend limiter ou confisquer le savoir. Bien des passages attestent de ses hauteurs de vue comme de son féminisme progressiste, qui met en scène une scientifique (motif de refus d’une nouvelle par Campbell) ou envoie la première femme dans l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les récits ne s’embarrassent pas non plus de fioritures. Ils se cantonnent aux scènes essentielles, concluent sans s’attarder une fois le but atteint. Cette sécheresse très efficace sur le plan de l’action cède parfois la place à des envolées lyriques et des récits poétiques. L’émotion l’emporte à la lecture des &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vertes collines de la Terre&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Requiem&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Oiseau de passage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui campe avec justesse et sensibilité une adolescente jalouse qui apprend à une supposée rivale à voler sur la Lune.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’excellente préface de Ugo Bellagamba, en historien du droit et des idées politiques, rappelle la portée de Heinlein dans sa dimension mythique, tandis que Éric Picholle, qui introduit aussi chaque récit, revient en postface sur les aspects plus techniques et historiques de cet ensemble. C’est dire si, avec cette édition patrimoniale, on frôle la perfection.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr102-davoust4.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr102-davoust4_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’Héritage de l’Empire (Les Dieux Sauvages T4)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Lionel Davoust – Critic, collection «&amp;nbsp;Fantasy&amp;nbsp;» – novembre 2020 (roman inédit – 980 pages. GdF. 25 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si vous n’avez pas lu les trois précédents tomes de la série, vous parcourez ces lignes à vos risques et périls. Quatrième volume des «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Dieux Sauvages&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;L’Héritage de l’Empire&lt;/strong&gt; poursuit la fresque épique revisitant l’histoire de Jeanne d’Arc dans l’univers d’Évanégyre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La forteresse de Loered a résisté. Isolé, presque entièrement détruit, le verrou du fleuve a permis de protéger la Rhovelle. Mériane, sanglée dans Invincible, une armure volée à l’ennemi et convertie au service de Wer, a tenu sa promesse. Ganner, le Prophète d’Aska, décide de marcher vers Ker Vasthrion, la capitale perchée sur une falaise. Il sait pouvoir y trouver, dans les entrailles oubliées de tous, le moyen de vaincre définitivement Wer. Erwel de Rhovelle, nouveau Roi, tente toujours d’unir les provinces pour lutter contre l’armée d’Aska tout en déjouant un clergé bien décidé, entre deux intrigues pour conserver la mainmise sur le trône, à se débarrasser de Mériane, Héraut bien trop encombrant car née femme. Le calvaire de cette dernière ne cesse d’empirer. L’usage d’Invincible, qui se nourrit de sa force, conjugué à une guerre interminable dont l’issue semble plus que douteuse l’épuise physiquement et mentalement. Mériane dispose de bien peu d’alliés, d’autant que Wer lui demande une foi absolue tout en se jouant d’elle. Au fil du roman elle perd certains de ses plus fidèles amis parfois par la &lt;em&gt;grâce&lt;/em&gt; d’un dieu traître. Les dialogues entre Wer et Aska se font à nouveau plus présents dans le roman. Frères ennemis pour lesquels l’humanité n’est rien, leur nature se dévoile peu à peu. De même Lionel Davoust dévoile un peu plus la technologie à l’œuvre, héritage de l’empire d’Asrethia, perçue comme de la magie, et à quel point les factions en présence ont perdu la capacité de la comprendre et de l’utiliser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Héritage de l’Empire&lt;/strong&gt; apporte son lot de révélations, pour certaines inattendues, pour d’autres prévisibles. Lionel Davoust parsème son récit d’indices à destination des lecteurs dont certains débouchent sur de fausses pistes – bien joué&amp;nbsp;! Ce quatrième tome est placé sous le signe de la cohérence tant dans le développement de l’histoire que dans l’évolution et les motivations des personnages. La maîtrise de la narration à multiples points de vue répond aussi à la logique interne de l’univers qui n’est jamais prise en défaut. Même si dans le premier tiers du roman il peut paraître indolent, le rythme évolue crescendo vers un final épique à souhait, effets spéciaux compris. Les scènes de bataille sont toujours aussi détaillées et précises.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Les Dieux Sauvages&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», saga de fantasy francophone des plus ambitieuses, trouvera sa résolution dans &lt;strong&gt;La Succession des Âges&lt;/strong&gt; dont la parution est prévue au printemps 2022. Il reste à espérer que ce tome conclusif soit à la hauteur des précédents et qu’il termine en beauté une série qui jusqu’ici n’a pas déçu.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Karine Gobled&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr102-sirene.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr102-sirene_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Sirène d’Isé&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Hubert Haddad - Zulma - janvier 2021 (roman inédit - 192 pp. GdF. 17,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est l’histoire d’une vaste demeure, la fondation des Descenderies, ancien sanatorium transformé en asile, au bout des landes, à la pointe sud de la baie d’Umwelt. Le professeur Rimwald dirige cet institut où les jeunes phtisiques ont été remplacées par les folies les plus diverses. Pour les traiter, le professeur a élaboré une thérapie par le choc, mise en œuvre au sein d’un dédale végétale et angoissant, et dont le rythme secret repose sur le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Petit Labyrinthe harmonique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de Jean-Sébastien Bach (BWV 591). La nature qui environne cet asile est également inquiétante&amp;nbsp;: la falaise sur laquelle se trouvent les Descenderies est grignotée peu à peu par la mer. Régulièrement, l’une des pensionnaires disparaît dans les flots. L’une d’elles, tout particulièrement, a retenu l’attention du docteur&amp;nbsp;: la belle Leeloo, au babil d’oiseau, qui a mystérieusement donné naissance à un enfant sourd, Malgorne. Après la disparition de sa mère, l’enfant qui grandit au sein de l’asile deviendra le jardinier du labyrinthe. Au pied de la falaise, devant un cadavre de rhytine qui rappelle à tous la légende des sirènes, il va croiser la belle Peirdre et son intrigante amie. De là, par cercles de plus en plus larges, les destinées vont se croiser, jusqu’à se catalyser dans un orage magnifique dont la foudre percera les tympans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que le Bifrostien ne s’y trompe pas&amp;nbsp;: c’est du fantastique le plus ténu, tellement qu’on pourrait se dire qu’il n’y en a pas. Car le fantastique, c’est une connivence devant une question qui ne se résout pas&amp;nbsp;: il se partage, au moins avec le lecteur qui sert de point d’ancrage dans le réel. Pour ainsi dire, rien de tel ici&amp;nbsp;: chaque personnage est un monde propre à lui seul, un &lt;em&gt;Umwelt&lt;/em&gt; (environnement, en allemand), et incarne le mystère de ce qu’un autre peut percevoir du réel qu’on partage avec lui. La surdité de Malgorne en est le meilleur exemple&amp;nbsp;: que reste-t-il de la lumière quand elle baigne un monde totalement silencieux&amp;nbsp;? Comment saisit-on les rythmes et leurs secrètes concordances avec notre psyché quand la musique se tait&amp;nbsp;? Que peut être le temps quand l’horloge reste mutique&amp;nbsp;? Plutôt que d’insister sur l’étrangeté fantastique de la perception d’autrui, le roman nous invite à la comprendre, tant et si bien qu’à la fin, une femme échouée sur les récifs, le bas du corps pris dans les algues ne nous apparaît plus vraiment comme la sirène tant espérée dont la rhytine était la préfiguration.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La langue, très française par son usage des abstraits, y est belle, ciselée et un peu âpre, et pour cette raison trouve l’harmonie juste pour ces personnages pris dans leur handicap ou leur folie, douce ou moins douce. Une certaine distance demeure, recherchée sans aucun doute, qui atténue la tentation du romantisme ou de la sensualité que Hubert Haddad sait manier ailleurs avec talent. Poussez donc la grille des Descenderies et venez y faire résonner votre Umwelt au cœur du labyrinthe&amp;nbsp;: vous y (re)trouverez bien quelque chose ou quelqu’un.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr102-peuple.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr102-peuple_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Peuple du Grand Chariot&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;William Lindsay Gresham – Le Passager Clandestin, coll. «&amp;nbsp;Dyschroniques&amp;nbsp;» – février 2021 (traducteur de l’américain inconnu –réédition. 58 p. Poche. 5 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Cette nouvelle publiée en 1953 dans &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt; nous conte l’histoire d’un jeune demi-gitan qui quitte la Grande Vie (la vie errante) par amour, réitérant de la sorte celle de ses parents. Il y reviendra après la destruction de son village d’élection par une tornade. Ceci dans un contexte post-apocalyptique, après la guerre atomique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La nouvelle se veut un plaidoyer en faveur des gens du voyage qui ont souvent été persécutés au cours de l’histoire, leur sort étant plus ou moins comparable à celui des Juifs. Dans cette histoire, les Roms restent détenteurs d’un savoir &lt;em&gt;low tech&lt;/em&gt; mais pratique, qu’ils livrent avec parcimonie au Gadjé – les Gadjé sont aux Gitans ce que les Gentils sont aux Juifs – ceux qui ne sont pas du Peuple.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hélas, le texte ne tient ensuite plus la route. Ainsi, on y voit les Gitans donner des conseils en matière agricole&amp;nbsp;: s’il y a bien une chose que les Gitans ne sauraient être, c’est agriculteurs&amp;nbsp;; l’agriculture étant la cause première de la sédentarité. Mais c’est plus encore l’attitude des Gadjé qui est ridicule de stupidité. On voit tout un village tirer un tracteur à chenille lui-même attelé à la charrue. Quand une chenille vient à se rompre, le village se laisse mourir de désespoir et de dépression. À un autre moment, on voit la mère du personnage s’échiner à monter des seaux d’eau au grenier pour y remplir des réservoirs afin d’avoir de l’eau au robinet pour entretenir l’illusion que la vie continue comme si la civilisation ne s’était pas effondrée. Quand la nouvelle est publiée, en 1953, l’eau courante n’est certes plus rare, surtout en milieu urbain, mais en campagne, c’est autre chose… La guerre atomique date suffisamment pour que Boston soit presque oublié mais des vélos sont encore préservés&amp;nbsp;: or, les pneus de vélos se détériorent au bout de dix ans. Après qu’une faucheuse ait été détruite par une tornade, le roi des Roms donne aux villageois la faux ou la faucille pour moissonner…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fin du texte, on découvre une explication hétéroclite comme quoi les Roms serait un peuple venu des étoiles, qui aurait progressivement tout appris aux Gadjé qui, dès qu’ils en surent assez, bousillèrent leur civilisation – le cycle se répétant ainsi sans fin. Ce qui est impossible. Les ressources accessibles en minerais, charbon ou pétrole avec des moyens &lt;em&gt;low tech&lt;/em&gt; n’existent plus pour un éventuel recommencement&amp;nbsp;; nous les avons utilisés. Si la civilisation tombe, il n’y aura pas de seconde chance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sympathique, cette nouvelle se laisse lire mais n’est guère crédible.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr102-leonid.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr102-leonid_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Léonid doit mourir&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Dmitri Lipskerov – Agullo Fiction – janvier 2021 (roman traduit du russe par Raphaëlle Pache, 435 pp. GdF. 22 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Né des œuvres d’un père criminel, exécuté dans les caves de la Loubianka, et d’une mère morte en couches, Léonid débute dans la vie sous des auspices funestes. Interné parmi les enfants attardés, oublié de tous en dépit de ses cris de soiffard, il a heureusement de la ressource à revendre, de l’intelligence à dispenser et une énergie vitale surnaturelle acquise aux tréfonds de la matrice de sa génitrice alors qu’il n’était qu’un embryon accroché à la paroi utérine. Il a aussi la haine pour cette comédie humaine dont il perçoit les effusions pathétiques par le truchement de sa mère. Bref, Léonid est un phénomène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À sa manière, Angelina Lébédiéva est aussi un phénomène. L’ancienne femme de guerre, ex-sniper de l’Armée rouge et héroïne de la Grande Guerre patriotique jouit d’une santé de fer dans le corps décati d’une octogénaire. Tout le contraire des hommes auxquels elle s’attache et dont elle pressent la mort prématurée avant qu’elle ne survienne. Refusant les outrages de la vieillesse, elle n’aspire qu’à un élixir de jouvence afin de retrouver la peau de pèche de sa jeunesse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu passé sous les radars de la critique de genre, Dmitri Lipskerov est l’auteur de trois romans parus en France. D’abord publié aux éditions du Revif, les droits de son œuvre ont été cédés ensuite à Agullo pour sa collection «&amp;nbsp;Fiction&amp;nbsp;», lui conférant une plus grande audience. Écrivain remarqué de la Russie contemporaine, le bonhomme n’hésite pas en effet à flirter avec le fantastique comme le firent en leur temps Gogol et Boulgakov. &lt;strong&gt;Léonid doit mourir&lt;/strong&gt; relève de cette tradition, permettant à Lipskerov de brosser un tableau caustique de sa terre natale. Entre URSS et Russie post-soviétique, il ausculte ainsi d’un œil goguenard, voire sarcastique, ses contemporains et la société russe. Un pays en proie aux spectres du KGB, à la pénurie, la pauvreté, la débrouille, la corruption et l’absurdité de l’existence. Rien de neuf sous le soleil de l’Est. Entre quête métaphysique et érotique, l’auteur dresse une série de portraits saisissants de drôlerie, ricanant de la médiocrité des rêves de grandeur des uns comme des autres. En dépit de la désillusion imprégnant les vies de Léonid et Angelina, Dmitri Lipskerov ne peut s’empêcher de montrer un peu de tendresse pour ces existences incomplètes, ployant sous le joug du destin, de l’Histoire et de la fatalité, laissant percer quelques fulgurances d’une cruelle lucidité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Léonid doit mourir&lt;/strong&gt; est donc une fable truculente, un récit picaresque dont la beauté baroque et la drôlerie tragique nous submergent sans coup férir. Assurément, voici une œuvre à découvrir.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr102-athee.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr102-athee_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’Athée du Grenier&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Samuel R. Delany – Editions Goater, coll. «&amp;nbsp;Rechute&amp;nbsp;» – avril 2021 (recueil inédit traduit de l’américain par Marie Koullen. 170 p. GdF. 14 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Samuel R. Delany qui appartenait à la Nouvelle Vague américaine, fut publié en France entre 1971 et 1984, puis disparut. Son énorme roman, &lt;strong&gt;Dhalgren&lt;/strong&gt; (1975) ne trouva sous nos latitudes personne pour se risquer à le publier, ni Robert Louit, ni Gérard Klein, ni les éditions OPTA qui, tous, l’avait accueilli auparavant. Delany est un excellent styliste, ses livres sont complexes, voire carrément difficiles pour les plus récents. Delany est de «&amp;nbsp;gauche&amp;nbsp;» mais n’a rien à voir avec la gauche prolétarienne ni avec ce que les écrivains soviétiques non dissidents pouvaient bien alors écrire. Sa gauche était en avance de deux générations &amp;nbsp;: bobo, politiquement correcte, féministe, pro-gay, artiste, anti-raciste, et aurait pu être végane ou écologiste. Après la publication de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Fosse aux étoiles&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; chez Denoël dans la collection «&amp;nbsp;Étoile Double&amp;nbsp;», il n’y eut plus rien jusqu’en 2006 et la publication de&lt;strong&gt;Hogg&lt;/strong&gt;, roman hors genre proche de &lt;strong&gt;Vice Versa&lt;/strong&gt;, chez Laurence Viallet. En 2008, Bragelonne sortit un gros omnibus&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les Chants des étoiles&lt;/strong&gt;, rassemblant les space opera de Delany… En somme, 36 ans depuis le dernier inédit SF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et voici, en 2020, &lt;strong&gt;L’athée du Grenier.&lt;/strong&gt; Eh bien, la disette va durer&amp;nbsp;: ce n’est ni de la science-fiction ni même de l’imaginaire. C’est de la littérature mimétique. La novella est constitué d’une partie d’un journal apocryphe du génial philosophe et mathématicien allemand du XVIIe siècle, Wilhelm Gottfried Leibnitz, qui inventa la première machine à calculer et le calcul binaire. Ce journal raconte le séjour que Leibnitz fit pour affaires en Amsterdam en 1676 et le court voyage qu’il fit à La Haye durant ce temps pour rendre visite au philosophe juif Baruch Spinoza.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les cinq premiers chapitres font état de son arrivée à Amsterdam et des préparatifs de son voyage à La Haye. Le chapitre 6 constitue le morceau de bravoure, racontant la rencontre avec Spinoza. Les derniers chapitres sont consacrés à son retour à Amsterdam et aux réflexions que lui ont inspirées la rencontre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Contrairement aux assertions en quatrième de couverture, nulle tension ni suspense dans ce texte et la rencontre, si elle est discrète, n’est nullement secrète car il semble qu’en ces temps Spinoza n’ait guère été en odeur de sainteté et ses écrits pour le moins sujet à controverses, voire sulfureux. Les deux hommes évoquent leur monde et le «&amp;nbsp;Rampjaar&amp;nbsp;», cette année 1672 calamiteuse pour les Provinces Unies en guerre qui virent des cas de cannibalisme dans les campagnes ainsi que des questions plus triviales de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le chemin du retour, Leibnitz poursuit sa réflexion sur les selles, les latrines, le lavage des sous-vêtements, la domesticité et l’homosexualité, tout cela lié dans l’intimité. La question du lavage des dessous peut nous sembler pour le moins étrange mais au XVIIe siècle, ceux qui en portaient les faisaient laver par autrui, engendrant un rapport social des plus intimes qui mérite que l’on s’y interroge.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce journal apocryphe, Delany pastiche Leibnitz sans que je sache dire à quel point il y parvient. L’écriture recourt à des formes et tournures archaïques qui n’en rendent pas la lecture aisée. Écriture d’époque que Delany connait, mais jusqu’à quel point celle W. G. Leibnitz&amp;nbsp;? Il faudrait un expert du philosophe, ce que je ne suis nullement, pour le dire. De même, dans quelle mesure les questions évoquées ici auraient pu être celle de Leibnitz et Spinoza ou sont-elles celles de Delany, prêtées à ces personnages afin de leur conférer un relief particulier&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’article &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Racisme &amp;amp; Science-Fiction&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; nous apprend que la science-fiction est un milieu raciste et accessoirement sexiste, où il y a bien trop de blancs et de mâles&amp;nbsp;; qu’il faudrait que ça change jusqu’à ce que les Afro-américains y représentent un taux d’environ 20% qui verra le déclenchement d’un conflit communautariste, celui-ci aboutissant à ce que les Afro-américains en viennent à avoir leurs propres congrès et conventions SF. Depuis la publication de l’article en 1998 aux USA, la SF a connu l’affaire des Sad Puppies (2013/2016), un groupe plutôt conservateur et non politiquement correct, en général décrit comme d’extrême droite, de suprémacistes blancs, militaristes et sexistes, qui firent campagne pour des listes de textes plus à leur goût. Delany insiste bien dans son article sur le fait que le racisme n’est pas ce que les Blancs veulent croire&amp;nbsp;: ce ne sont pas que des violences, du mépris, des insultes, de la discrimination (ça l’est aussi). C’est que même les blancs qui prétendent ne pas vouloir être raciste le sont. Ainsi, placer à une table de dédicaces, Delany et Octavia Butler (écrivaine également noire), c’est du racisme, même si l’organisateur pensait bien faire. Si un blanc est amené à prendre toute décision administrative, organisationnelle, managériale ou autre concernant des personnes de couleur, il ne peut être que raciste. De même, si un blanc vote pour attribuer un prix à une œuvre de qualité d’un auteur afro-américain afin de donner de la visibilité au fait que la couleur de la peau n’est nullement un obstacle à la qualité, c’est encore du racisme…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à l’interview, elle présente peu d’intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La novella ne concerne pas notre club ni les lecteurs de l’imaginaire. Elle présentera de l’intérêt à qui se passionne pour le XVIIe siècle, sa littérature, à sa pensée et à ses penseurs.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Dan Simmons, guide de lecture annexe</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/02/10/Dan-Simmons-guide-de-lecture-annexe" rel="alternate" type="text/html" title="Dan Simmons, guide de lecture annexe" />
      <id>urn:md5:1f98afeab9a73fe1fa2c49fa76fa64e5</id>
      <published>2021-02-10T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2021-02-10T11:45:24+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ça passe ou ça casse&amp;nbsp;: le moins que l'on puisse dire est que Dan Simmons ne laisse pas indifférent. C'est le sentiment contrasté, et global, du guide de lecture Dan Simmons dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-101&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 101&lt;/a&gt;, en librairie depuis deux semaines. En retraçant l'historique des critiques des romans de l'auteur à travers Bifrost, un sentiment similaire s'en dégage. Plongée dans les archives…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;L'Éveil d'Endymion&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-endymion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-endymion.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;[Chronique de l'édition originale américaine parue chez Bantam Spectra en septembre 1997]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Rise of Endymion&lt;/strong&gt; poursuit et conclut la saga commencée par &lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;, énorme et incontournable best-seller S-F de la décennie. On y retrouve les personnages centraux d'&lt;strong&gt;Endymion&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Enée, fille de Brawne Lamia et du cybride John Keats&amp;nbsp;; A. Bettik, l'androïde à la peau bleue&amp;nbsp;; Raul Endymion, héros malgré lui et narrateur du récit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Raul est emprisonné dans une boite de Schrödinger et attend la mort sans savoir à quel moment elle frappera. Dans sa solitude il se rappelle les aventures qu'il a partagées avec ses compagnons. Après nous avoir entraîné le long du fleuve Thétys pour fuir les envoyés de la Pax, il nous raconte ici son amour pour Enée, devenue femme, et leur voyage à travers l'univers pour répandre la parole de «&amp;nbsp;Celle qui enseigne&amp;nbsp;». Face à une église catholique pervertie qui offre l'immortalité du corps et a vendu son âme au Technocentre et ces machines, Enée lutte pour promouvoir l'immortalité de l'âme, l'amour et l'empathie. Le récit de Raul nous emporte et s'interrompt parfois pour nous ramener à sa triste condition et à sa fin que l'on imagine sinistre et inexorable. Après le rythme effréné du tome précédent, on retrouve ici un récit plus posé et un retour aux spéculations théologiques. L'avènement d'Endymion – &lt;strong&gt;The Rise of Endymion&lt;/strong&gt; –, est en fait celui du Christ dont Enée est la nouvelle incarnation. La venue du messie sonne la fin des Dieux anciens. Les idoles tombent une à une. &lt;strong&gt;Les Cantos d'Hypérion&lt;/strong&gt; sont des histoires auxquelles personne ne croit plus, Simmons détruit de sa propre main le monde qu'il a créé. L'existence du Gritche est commentée, rationalisée jusqu'à ce que rien ne subsiste de son mystère.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les héros d'&lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt; ont pâli ou sont devenus les apôtres du nouveau messie. Simmons en fait des personnages de second rang qui apparaissent ou disparaissent dans un monde qu'ils ne tiennent plus et qui ne tient plus à eux. Seule la lumière du Messie est maintenant digne d'éclairer les choses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Telle est l'histoire de grandeur et de décadence qui transparaît dans le récit que nous raconte Raul enfermé dans sa chambre où la mort peut s'abattre à chaque instant, où l'effroyable précarité de la vie n'est soutenable que dans la foi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et nous sommes prêts à y croire jusqu'à ce que Simmons se joue de nous une dernière fois. Il efface tout et dans une ultime pirouette, nous dit qu'à l'immortalité de l'âme, il préfère la brièveté d'une tranche de vie pleine du bonheur simple des êtres mortels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sacré Simmons.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sophie-gozlan/&quot;&gt;Sophie Gozlan&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-7&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;7&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Ilium&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-ilium.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-ilium.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le moins qu'on puisse dire, c'est que Simmons est attendu au tournant avec &lt;strong&gt;Ilium&lt;/strong&gt;, premier opus d'un diptyque dont la séquelle s'intitule tout naturellement &lt;strong&gt;Olympos&lt;/strong&gt;. On n'est pas responsable du carton éditorial que l'on sait avec &lt;strong&gt;Hypérion &lt;/strong&gt;sans en assumer les conséquences. Fera mieux&amp;nbsp;? Fera pas mieux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écrivain talentueux et polymorphe, Dan Simmons a eu l'intelligence de laisser filer quelques années entre son cycle fétiche et son retour à la S-F. Les amateurs de polar ont pu en lire un ou deux (médiocres, admettons-le), et Simmons s'est même offert le luxe d'écrire son propre hommage à Hemingway avec &lt;strong&gt;Les Forbans de Cuba&lt;/strong&gt;, roman qui mettait en scène le vieux maître lui-même, très occupé à chasser les éventuels sous-marins nazis hantant les fonds du Golfe du Mexique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En France, on redécouvrait chez Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;» les excellentes nouvelles composant&lt;strong&gt; Le Styx coule à l'envers &lt;/strong&gt;(dont la dernière, «&amp;nbsp;À la recherche de Kelly Dahl&amp;nbsp;», confine tout simplement au chef-d'œuvre), et l'édition définitive en «&amp;nbsp;Lunes d'encre&amp;nbsp;» (Denoël) de &lt;strong&gt;L'Échiquier du mal&lt;/strong&gt;, texte fantastique traditionnel du plus bel effet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Ilium&lt;/strong&gt;, prévu en 2004 chez Laffont, Simmons confirme qu'il est un grand raconteur d'histoires, mais se perd parfois en chemin en confrontant des éléments trop disparates pour être véritablement crédibles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au départ, il y a cette folle idée&amp;nbsp;: reprendre le thème de l'&lt;strong&gt;Iliade &lt;/strong&gt;et le décliner à la sauce S-F. En parallèle, on trouve les interrogations de l'auteur sur l'évolution humaine à très (mais alors très) long terme. La prospective de l'auteur rappelle celle d'&lt;strong&gt;Hypérion &lt;/strong&gt;(notamment le principe des «&amp;nbsp;faxnods&amp;nbsp;», calqués sur les «&amp;nbsp;farcasters&amp;nbsp;», qui permet de se rendre d'un lieu à l'autre instantanément, et qui n'est pas non plus sans conséquences funestes), mais développe également des thèmes qu'on avait déjà pu voir chez Sterling (cf. &lt;strong&gt;Schismatrice +&lt;/strong&gt; en Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;») ou, plus récemment, l'Écossais Ken MacLeod (&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/la-division-cassini&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Division Cassini&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; en J'ai Lu «&amp;nbsp;Millénaires&amp;nbsp;»). Ainsi, Simmons décrit une histoire «&amp;nbsp;possible&amp;nbsp;» étalée sur quelques dizaines de siècles. L'âge perdu que nous vivons aujourd'hui, l'avènement des post-humains qui trafiquent un peu trop l'ADN (chouette, repeuplons donc la terre de dinosaures) et la manipulation quantique de trous de vers. Badabling&amp;nbsp;! il fallait bien que ça foire quelque part, et voilà nos post-humains qui quittent la Terre pour s'installer en orbite dans des anneaux confortables, avant de foutre définitivement le camp on ne sait où. En parallèle, les intelligences artificielles semi organiques (baptisées Moravecs) disséminées sur les lunes de Jupiter ont eu le temps d'évoluer à part, formant une société agréable et industrieuse, forte de quelques membres dont les banques de données regorgent de documents sur ces bons vieux humains dont ils n'ont plus franchement de nouvelles. Enfin, si la terre n'est pas dépeuplée complètement, on ne trouve plus que quelques dizaines de milliers d'humains «&amp;nbsp;traditionnels&amp;nbsp;», mais tellement bourrés de nanotechnologies diverses et variées qu'ils en ont oublié l'écriture, et plus généralement Histoire, Technique, Géographie et, bien entendu, Révolte. Ils vivent d'ailleurs sous la bienveillante surveillance des Voynix, bestioles métalliques à mi-chemin entre la sentinelle et le serviteur, manifestement extraterrestres, dont l'origine exacte n'est pas claire. Bref, difficile d'inclure en plus un panthéon grec au complet, installé sur le mont Olympe, mais sur une Mars terraformée et non sur la Terre (il existe bel et bien un gigantesque volcan sur Mars judicieusement nommée Olympe, que voulez-vous, c'est comme ça). Vous suivez&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reprenons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Simmons sait raconter une histoire et distille savamment un récit à trois voix, alternant les chapitres au moment culminant. Le procédé n'est pas vraiment nouveau, mais il a le mérite de tenir le lecteur en haleine et d'être efficace. Pour le reste, résumer &lt;strong&gt;Ilium &lt;/strong&gt;est un exercice douteux que l'on tentera ici avec beaucoup de difficultés. Ilium commence donc lors du siège de Troie, alors que la guerre s'enlise depuis neuf ans et que l'entrée d'Achille dans la bataille précipitera la mort d'Hector et la prise de la ville. Goguenards, suprêmes d'arrogance et de mépris, les dieux grecs se livrent au délicat jeu d'échec par humains interposés (qui se soucie du sang des mortels&amp;nbsp;?), tout en pratiquant leurs sports favoris&amp;nbsp;: intrigues, coups bas et trahisons formant l'ordinaire d'une vie immortelle de dieu moyen. La surprise, c'est que ces braves gens sont décrits avec humour et minutie. Leur présence et leurs dialogues sont incroyablement crédibles, et Simmons en profite pour casser le mythe en nous exposant sans pudeur les moyens techniques qui les font justement passer pour des dieux auprès de ces pauvres humains ignorants (téléportation quantique, chariots tirés par des chevaux holographiques, champs de force, nanotechnologie etc.). Leurs frasques sont vues à travers les yeux de Thomas Hockenberry, érudit spécialiste d'Homère de la fin du XXe siècle, ressuscité (re-créé&amp;nbsp;?) par Zeus en personne et doté de moyens hallucinants (morphing, téléportation) pour observer le siège de la ville et vérifier que l'Histoire correspond bien à celle raconté plus tard par Homère. Oui, l'Olympe est sur Mars, et re-oui, Hockenberry fait régulièrement l'aller-retour entre la Terre et la planète rouge (via la téléportation quantique, on le saura), mais ça n'est pas dérangeant, tant cette partie d'&lt;strong&gt;Ilium &lt;/strong&gt;est réussie. On suit avec intérêt le dégoût croissant d'Hockenberry à l'égard de ces saloperies d'immortels obscènes, puis sa révolte et son combat. Les scènes de bataille entre achéens et troyens sont littéralement hallucinantes, pleines de bruit et de fureur, très éloignées des habituelles descriptions glorieuses de la guerre. On y est, ça saigne, ça pue, ça meurt et c'est sale, autant le savoir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En parallèle, Simmons raconte la lente prise de conscience des Moravecs à l'égard de la situation martienne. En gros, on se rend compte que la planète a été terraformée en un temps record (à peine quelques dizaines de milliers d'années), et que les relevés scientifiques attestent d'une anormale quantité de bordel quantique autour du mont Olympe. Il est donc grand temps d'y envoyer une petite expédition, histoire de découvrir de quoi il retourne. C'est la deuxième très grande réussite d'Ilium&amp;nbsp;: rendre avec humour et humanité les interrogations des deux Moravecs échoués sur Mars (après le très bref échec de leur mission), l'un éclopé à mort et l'autre à peu près entier. Leurs dialogues sur Proust et Shakespeare valent à eux seuls le détour, et Simmons prend manifestement beaucoup de plaisir à décrire ces deux personnages sympathiques et essentiels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malheureusement, le troisième récit enchevêtré est plutôt boiteux. Cela se passe sur Terre, chez ces «&amp;nbsp;Old style Humans&amp;nbsp;» nanotechnologisés jusqu'aux dents, et si la description de leur vie quotidienne est intéressante, la quête de plusieurs d'entre eux prend des allures de fatras anachronique décevant. On y croise une sorte de Juif (en l'occurrence, une juive) Errant, un Ulysse 31 équipé d'un presque sabre laser, un vieillard dont l'obsession est de se rendre sur les anneaux orbitaux pour y gagner quelques années de vie supplémentaire, et un jeune homme qui n'en a pas grand-chose à foutre (entre autres). C'est donc cette partie qui se révèle la plus faible, un point d'autant plus douloureux que les nombreuses questions que se posent les lecteurs au fil des pages trouveront leur réponse ici même. Bref, on reste dubitatif et l'on se prend à rêver que Simmons ait autant peaufiné ces personnages que les Moravecs ou Thomas Hockenberry.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas de panique toutefois, Ilium reste un texte de très haute tenue, même s'il n'atteint jamais la stature poétique d'&lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;. La bonne surprise d'&lt;strong&gt;Ilium&lt;/strong&gt;, c'est que Simmons s'essaie à l'humour avec une ironie mordante qui n'est pas sans rappeler celle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/iain-m-banks/&quot;&gt;Banks&lt;/a&gt;. Et comme l'animal manie la plume avec talent, légèreté et précision, on se dit que le temps risque d'être bien long avant la sortie d'&lt;strong&gt;Olympos&lt;/strong&gt;… D'autant que, comme de juste, Ilium se termine exactement «&amp;nbsp;at the turn of the tide&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-33&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;33&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Nuit d'été / Les Chiens de l'hiver&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-nuit-chiens.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-nuit-chiens.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Old Central, une vieille école dont la construction a commencé en 1876 à Elm Haven, dans la région de Chicago. Une école où, en ce dernier jour de l'année scolaire 1959-1960, un enfant vient de disparaître&amp;nbsp;: Tuby Cooke. C'est alors que commence pour Dale, Duane, Mike, Lawrence et le reste de la cyclo-patrouille, l'été de tous les dangers. Car en voulant découvrir ce qui est arrivé à Tuby, ces enfants vont affronter la mort, tantôt poursuivis par un camion puant la charogne, tantôt menacés par un soldat de la Première guerre mondiale dont le visage en entonnoir crache de la vermine. Sans compter ces étranges trous dans le sol qui, plus organiques que géologiques, apparaissent et disparaissent sans cesse, dans lesquels vivent de menaçantes lamproies noires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec Nuit d'été, datant de 1991, Dan Simmons s'attaquait à un genre en soi, le récit fantastique mettant en scène une bande de gamins. On pense à &lt;strong&gt;Ça &lt;/strong&gt;de Stephen King, à la nouvelle «&amp;nbsp;Le Corps&amp;nbsp;» du même (et au film &lt;em&gt;Stand by me&lt;/em&gt;, son adaptation), aux flash-backs de &lt;strong&gt;Dreamcatcher &lt;/strong&gt;et à &lt;strong&gt;Cœurs perdus en Atlantide&lt;/strong&gt;, à «&amp;nbsp;L'Inversion de Polyphème&amp;nbsp;» de Serge Lehman (&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-5&quot;&gt;Bifrost n°5&lt;/a&gt;). Mais là où King et Lehman décrivent avec une justesse exemplaire le «&amp;nbsp;Royaume de l'après-midi&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;Territoire magique des grandes vacances&amp;nbsp;», Simmons s'enlise, trois cents pages durant, dans la multiplication des personnages, le quotidien sans grand intérêt d'une petite communauté de fermiers. Une fois la première moitié du livre passée (qui a vu la mort de quelques personnages principaux), le récit monte en régime et ne «&amp;nbsp;descend&amp;nbsp;» plus, livrant au passage plusieurs scènes d'anthologie (dont une fusillade nocturne hallucinante, du grand art). On regrettera juste que Dan Simmons ait mal choisi son héros. Refusant sans doute de mettre en scène sa propre enfance de surdoué, il a préféré le morne Dale au fascinant Duane&amp;nbsp;; ainsi, aux environs de la page 300, Simmons déchiquette Duane, le génie, le radio-amateur surdoué, l'apprenti écrivain, et nous laisse en compagnie de Dale, qui, bon gré mal gré, résoudra l'énigme de Old Central, découvrira le secret de la cloche des Borgia, affrontera le terrifiant Roon. Et, dans les ultimes pages du récit, décidera de devenir écrivain (plus par devoir que par vocation)&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chose surprenante mais logique à bien y réfléchir, onze ans plus tard, Dale Stewart revient dans nos librairies avec le costume d'un romancier professeur de littérature (on pense au personnage interprété par Dennis Quaid dans le brillantissime thriller Mort à l'arrivée). Dale – auteur de la série Jim Bridger, roi de la montagne – est le principal protagoniste, l'aire nodale du nouveau roman de Dan Simmons, &lt;strong&gt;Les Chiens de l'hiver &lt;/strong&gt;(en attendant la traduction, par Jean-Daniel Brèque, d'&lt;strong&gt;Ilium&lt;/strong&gt;). Après une tentative de suicide ratée (l'amorce de la cartouche n'a pas fonctionné), Dale est de retour à Elm Haven, où il loue la maison des McBride, la maison de son copain d'enfance Duane… Il est là pour faire le point sur sa vie, son divorce, sa rupture avec sa jeune maîtresse Clare, sa carrière d'écrivain. Et de nouveau, la peur et la folie vont resurgir au cœur des grands champs de maïs de l'Illinois&amp;nbsp;: des bruits nocturnes, du sang frais dans le poulailler, des problèmes avec les skinheads locaux, d'étranges messages sur l'ordinateur portable de Dale, des chiens noirs qui rôdent, un shérif pas commode…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Les Chiens de l'hiver&lt;/strong&gt;, Simmons semble réparer une erreur qui lui pesait depuis des années, celle de Nuit d'été. Il revient sur les lieux de son crime, là où il a assassiné Duane McBride à l'aide d'une moissonneuse-batteuse. Il fait revivre l'enfant charismatique (c'est en partie Duane, devenu «&amp;nbsp;kyste mémoriel&amp;nbsp;», qui raconte l'histoire de Dale), et le confronte à un écrivain de cinquante ans qui a raté sa vie, à l'exception de ses livres, et encore… (bonjour le syndrome &lt;em&gt;Misery &lt;/em&gt;: Dale, tout comme Paul Sheldon dans Misery, veut laisser tomber la série qui l'a rendu célèbre et – relativement – riche pour écrire un «&amp;nbsp;livre sérieux&amp;nbsp;» sur son enfance). Mais à Elm Haven, en quarante ans, les choses n'ont guère changé&amp;nbsp;: les chiens de l'hiver rôdent. Ce sont probablement les fragments d'un passé qui n'a pas su cicatriser, ou peut-être les serviteurs d'un obscur dieu égyptien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Chiens de l'hiver &lt;/strong&gt;n'est pas la suite-gadget de &lt;strong&gt;Nuit d'été&lt;/strong&gt;. Force est de constater que ces deux romans forment vraiment un tout, certes bancal mais de plus en plus passionnant. Il y a une montée qualitative évidente dans ce diptyque qui fonctionne, en fait, comme une trilogie&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Nuit d'été 1 &lt;/strong&gt;(avant la mort de Duane – 300 pages), &lt;strong&gt;Nuit d'été 2 &lt;/strong&gt;(l'avènement de Dale – 300 pages), &lt;strong&gt;Les Chiens de l'hiver&lt;/strong&gt; (Dale et Duane, quarante-deux ans après – 330 pages). Introduction, développement, synthèse. Ici, l'introduction est faible, le développement plutôt réussi et la synthèse… impitoyable. Dans cette troisième partie (&lt;strong&gt;Les Chiens de l'hiver&lt;/strong&gt;), Simmons parle avec précision de sexe, de mort, du statut de l'écrivain aux USA., et de la peur, celle de mourir (évidemment), mais aussi celle de vivre et de créer. Il en remet une couche sur Hemingway et son suicide, il comble des trous, éclaire des ombres dans l'œuvre et la vie de Dale Stewart, mais aussi dans son propre corpus (ce qui prouve qu'il a l'estomac nécessaire pour affronter la Littérature et non la subir).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si vous avez lu &lt;strong&gt;Nuit d'été&lt;/strong&gt; (même sans l'apprécier), jetez-vous sur ces&lt;strong&gt; Chiens de l'hiver&lt;/strong&gt;, les questions qu'ils aboient dans la nuit sont autant de réponses qui mordent dès potron-minet. Si vous n'avez lu aucun de ces deux livres (et que vous appréciez le fantastique moderne), foncez, vous allez souffrir sur les trois cents premières pages, mais, au final, vous serez récompensés. Grandement récompensés.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/cid-vicious/&quot;&gt;Cid Vicious&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-34&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;34&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Olympos&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-olympos.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-olympos.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;[Chronique de la V.O.]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Figure incontournable de la science-fiction moderne, Dan Simmons fait partie de ces icônes littéraires dont chaque roman est un événement. Après quelques années d'absence au rayon space opera (et après le coup de maître que fut &lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;), l'arrivée du diptyque &lt;strong&gt;Illium&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Olympos&lt;/strong&gt; a de quoi séduire inconditionnels et curieux. Au menu du premier tome, mystère cosmique quant à la quasi extinction de l'espèce humaine, discussions érudites et irrésistibles entre des intelligences artificielles semi-organiques autour de Shakespeare et de Proust, guerre de Troie décrite de l'intérieur par des chercheurs ressuscités pour l'occasion, sans oublier la trouvaille incontestable du roman, à savoir la description aussi hilarante qu'intelligente de tout un panthéon de dieux grecs obsédés par L'Illiade et aussi égoïstes que le veut la tradition. Cocktail détonnant, donc, d'autant que les scènes de bataille atteignaient des sommets de violence, confirmant au passage l'exceptionnel talent de l'auteur. Mais si &lt;strong&gt;Illium &lt;/strong&gt;était évidemment truffé de qualités, Dan Simmons n'en dévoilait pas trop et restait dans le médiocre quant aux passages situés sur la Terre. Rien de grave, la suite étant censée redéfinir la S-F dans son ensemble, à en croire les laudateurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Disponible depuis juillet 2005 mais pas annoncé avant 2006 pour une parution en France, &lt;strong&gt;Olympos &lt;/strong&gt;achève donc une oeuvre ambitieuse, démesurée et, il faut bien l'admettre, complètement ratée. Un constat amer qui n'en reste pas moins vrai. Oui, Dan Simmons a loupé son coup. Non, il n'a aucune excuse, tant les incohérences scénaristiques sont inexcusables pour un écrivain de ce gabarit. Est-ce la faute de l'éditeur, clairement démissionnaire face à son génial (et précieux) poulain&amp;nbsp;? Un débat intéressant dans lequel nous n'entrerons pas, mais qui a le mérite de se poser très exactement dans les mêmes termes pour des auteurs aussi différents que Iain Banks et J.K. Rowling (souvenez-vous de la critique de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/l-algebriste&quot;&gt;&lt;strong&gt;The Algebraist&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, nouveau roman S-F de Banks totalement raté et à paraître en France chez Bragelonne). Autre pilule difficile à avaler, le fond idéologique remarquablement nauséabond qui filtre entre les lignes… Même si cette trame n'est somme toute qu'accessoire, elle est suffisamment présente pour gêner le lectorat le plus apolitique. Bref, il ne reste pas grand-chose à sauver du naufrage, naufrage d'autant plus douloureux qu'aucune nuance d'humour ne vient tempérer le propos. Sérieux, sérieux, désespérément sérieux, Dan Simmons hésite entre la leçon de morale et l'exercice de style tout au long des quelques 600 pages poussives et épuisantes, traversées (reconnaissons-le) de quelques morceaux de bravoure, mais essentiellement vaines et (plus grave) incompréhensibles. Au final, le lecteur sort lessivé de la chose, à mi-chemin entre l'éclat de rire et la nausée, en fonction de son humeur du moment. Correctement coupée (environ 75 % du tome 2 et 15 % du tome 1), l'entité &lt;strong&gt;Illium&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Olympos &lt;/strong&gt;aurait fait un formidable livre. La mode étant à l'obésité, les contingences financières étant ce qu'elles sont, ne nous étonnons pas trop et voyons de plus près de quoi il retourne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où &lt;strong&gt;Illium &lt;/strong&gt;se terminait par l'alliance improbable entre Achéens et Troyens, unis contre les dieux, &lt;strong&gt;Olympos&lt;/strong&gt; démarre quelques neufs mois plus tard, alors que la guerre se poursuit de manière aussi assommante que routinière. Comme Dan Simmons a promis 600 pages et qu'il faut bien meubler, l'histoire est habilement découpée en une multitude de sous-intrigues judicieusement enchaînées et coupées au meilleur moment (on sent le grand professionnel) afin d'attraper le lecteur à la gorge et le pousser à ne jamais lâcher le pavé. Hélas, on s'en rend compte assez rapidement, ces sous-intrigues n'apportent strictement rien à l'ensemble. Même quand il s'agit de personnages importants (Hélène, vraie traîtresse qui réussit à échapper au poignard vengeur de Menelaus, ou encore Achille, machine à découper les dieux qui n'hésitera pas à massacrer quelques femmes sans défense lassées d'une guerre interminable). Bref, Simmons fait ce qu'il peut, mais brasser de l'air ne fait pas vraiment avancer les choses. Personnage impeccablement réussi, Hockenberry est malheureusement relégué au second plan, son rôle lui permettant juste de servir de témoin à quelques scènes clés (comme la chute de Jupiter, chassé du trône par Héphaïstos et… Achille lui-même). Rien d'autre. La partie qui intéresse le plus l'auteur, ce n'est plus Troie (où les scènes de batailles se suivent et se ressemblent dans l'éviscération, sans jamais atteindre le souffle qui animait le premier tome), ça n'est même plus les sympathiques moravecs (dont les discussions théoriques donnent à l'ensemble un semblant de crédibilité, crédibilité qui ne va jamais au-delà de &lt;strong&gt;L'Univers en folie&lt;/strong&gt;, par l'indispensable Fredric Brown), mais bien la partie terrestre, celle-là même qui était complètement ratée dans &lt;strong&gt;Illium&lt;/strong&gt;. Car il nous reste à découvrir ce qui est vraiment advenu des humains, ce que sont les post-humains, et ce que mijotent ces curieuses entités auto baptisées Prospero, Ariel et autres Sycorax. De fait, les humains redécouvrent la vie primitive et réapprennent à vivre à l'âge de pierre, fortement aidés par le personnage d'Ulysse. D'où vient Ulysse&amp;nbsp;? Que fait-il ici&amp;nbsp;? À quoi sert-il&amp;nbsp;? Mais à rien. Comme bon nombre d'éléments de ce décidément inutile roman. Les communautés sont menacées par les Voynix, d'abord serviteurs puis exterminateurs de la race humaine. À tel point que les dernières poches de résistance commencent à tomber les unes après les autres, et qu'il va bien falloir trouver une solution. Partis à la recherche d'un remède pour Ulysse agonisant, Harman et ses amis découvrent des vérités cosmiques qui vont changer la face du monde. Enfin, surtout Harman, embarqué dans un voyage initiatique injustifiable d'un point de vue narratif et d'une incohérence qui laisse pantois. Simmons promène son lecteur exactement là où il veut l'emmener&amp;nbsp;: sur l'épave d'un sous-marin atomique échoué depuis plusieurs milliers d'années, L'épée d'Allah. Dans cette carcasse de métal, plusieurs missiles non pas nucléaires, mais chargés d'un minuscule trou noir stabilisé. Piloté par des Palestiniens fanatiques bien décidés à pulvériser la Terre, le sous-marin a fort heureusement coulé sans faire détonner ses sinistres charges. Car, il est nécessaire de le savoir, les Palestiniens n'étaient pas satisfaits de leur virus déjà responsable de la quasi extinction de l'espèce humaine, il leur en faut toujours plus. Mais comme ce ne sont somme toute pas autre chose que des sauvages rétrogrades et qu'ils sont évidemment incapables de construire leurs propres armes, cette jolie technologie leur est gentiment donnée par… les Français. Eternels antisémites et suppôts du terrorisme international, comme chacun sait. Pas grave, l'apocalypse est évitée grâce à l'intervention des gentils moravecs et la société humaine se reconstruit doucement (juifs et grecs, uniquement, nous sommes entre gens bien). Quant aux post-humains transformés en dieux grecs, on n'en apprendra pas grand-chose de plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce stade du roman, on ressent comme un immense vertige. Un sionisme aussi militant et une paranoïa aussi patente peuvent faire rire, mais ne peuvent masquer une extrême indigence de pensée. On pardonnerait si le livre restait passionnant de bout en bout et impeccablement construit, mais &lt;strong&gt;Olympos &lt;/strong&gt;n'est qu'un patchwork vide de petites scènes parfois réussies, souvent inutiles, sans que jamais un grand dessein n'apparaisse. Peuplés de personnages attachants mais vains, de situations bien vues mais éclatées, sans trame narrative claire, les éléments du roman tombent comme des pierres. Pas de justification, pas d'enchaînements. Rien que des cases péniblement comblées par un auteur qui n'a plus rien à dire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est un euphémisme de dire qu'&lt;strong&gt;Olympos &lt;/strong&gt;ne tient aucune des promesses d'&lt;strong&gt;Ilium&lt;/strong&gt;, c'est aussi un euphémisme d'évoquer la consternation du lecteur une fois la dernière page tournée. Dan Simmons a-t-il définitivement basculé dans la folie furieuse&amp;nbsp;? Une question véritablement nécessaire. Et brûlante.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-40&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;40&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Terreur&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-terreur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-terreur.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après son grand détour par une S-F pure et dure mâtinée de péplum sanglant (le diptyque controversé &lt;strong&gt;Ilium&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Olympos&lt;/strong&gt; – le premier venant tout juste de ressortir en poche chez Pocket), Dan Simmons se fait plaisir avec &lt;strong&gt;The Terror&lt;/strong&gt;, joli roman horrifique dans la grande tradition du genre. Mais si Simmons aime la tradition, c'est pour mieux l'avaler toute crue et la digérer à sa façon. Bilan, un gros pavé aussi érudit que passionnant, aussi intelligent que divertissant. De quoi se réconcilier d'un coup avec l'auteur, d'autant qu'il semble continuer sur la voie des romans historiques tordus en travaillant actuellement sur un texte consacré – entre autres – aux cinq dernières années de Charles Dickens. Conçu comme une sorte d'hommage au film de Christian Niby (mais souvent attribué à son producteur, Howard Hawks), &lt;em&gt;La Chose d'un autre monde&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;The Terror&lt;/strong&gt; s'ouvre néanmoins sur une citation de Melville himself. Dans &lt;strong&gt;Moby Dick&lt;/strong&gt;, ce dernier (dont nous autres, pôvres français, mesurons assez mal l'influence sur la littérature anglo-saxonne dans son ensemble) disserte quelques pages sur la nature profondément effrayante de la couleur blanche. Ours, requins, icebergs et… baleines, évidemment. Sous cette ombre bienveillante, Simmons prend Melville au mot et retourne aux sources même de l'horreur&amp;nbsp;: le blanc absolu, la neige, les glaces, le monstre, bref, en deux mots, le Grand Nord. Et quitte à user la corde jusqu'au bout, autant ne pas trop en montrer et fonctionner par ellipses dès qu'il s'agit de décrire la chose poilue et griffue qui transforme les humains en puzzles. Clichés, clichés, clichés, sans doute, mais à la sauce Simmons, c'est-à-dire transformés, adaptés, magnifiés, détournés. De fait, &lt;strong&gt;The Terror&lt;/strong&gt; est un roman impeccable et effrayant, bref, &lt;strong&gt;The Terror&lt;/strong&gt; fonctionne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Située en plein milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et axée autour de la désastreuse expédition Franklin partie à la recherche du Passage du Nord-Ouest, l'intrigue se met en place doucement et distille son poison au compte-gouttes. Dan Simmons ne plaisantant pas vraiment avec la documentation, autant savoir que l'expédition Franklin dont il est question est rigoureusement authentique et que l'auteur jouit de son statut de romancier en s'immisçant uniquement dans les failles de l'Histoire. Dès lors, l'ensemble en devient affreusement crédible, et le mystère encore plus épais. Deux navires modifiés pour l'occasion (les célèbres HMS &lt;em&gt;Erebus&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Terror&lt;/em&gt;) partis de Londres avec 129 hommes à bord, commandés par Sir Franklin, disparaissent corps et biens dans le grand nord canadien. Ironie de l'histoire, c'est paradoxalement cette disparition qui entraîne la découverte du mythique Passage du Nord-Ouest (début XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, par un certain Amundsen, mais en traîneau et pas en bateau) suite aux nombreuses et infructueuses expéditions de recherches menées par la suite qui contribuèrent à l'amélioration des connaissances géographiques de la zone.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut attendre plusieurs décennies pour qu'un cairn soit découvert, avec deux corps. De l'analyse pratiquée sur les cadavres, il ressort que les deux hommes souffraient de saturnisme, maladie liée au plomb et dont la médecine de l'époque ignorait à peu près tout. Un indice suffisamment fort pour avancer l'idée que les boîtes de conserve embarquées à bord des deux navires présentaient sans doute des défauts de soudure (une technique encore mal maîtrisée), ce qui expliquerait le lent empoisonnement de l'équipage. D'autres expéditions archéologiques menées en 2002 (!) découvrirent d'autres traces, dont un canot contenant des restes humains et… la preuve avérée de cannibalisme. Pour le reste, mystère…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une histoire tragique trop belle pour être vraie, et évidemment tentante… Le talent de Simmons fait le reste et embarque son lecteur à bord du &lt;em&gt;Terror&lt;/em&gt; sous les ordres du Capitaine Crozier (après la mort de Franklin dévoilée dès les premières pages), dans un paysage désolé, sous des températures inconcevables, dans des conditions hallucinantes de rudesse, avec en plus une sorte de monstre multiforme qui s'amuse à dévorer les membres d'équipage les uns après les autres. Le tout pendant plusieurs mois (les expéditions sont longues, à l'époque, tout comme les ténèbres de la nuit polaire), alors que les mutineries grondent, que l'espoir s'amenuise et que la mort est partout. On imagine sans mal l'ambiance, donc, d'autant que Simmons ne prend pas de gants pour nous la balancer en pleine figure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Impossible de ne pas être immédiatement happé par cette histoire épouvantable, racontée de main de maître et millimétrée comme un thriller. Simmons n'a pas son pareil pour rythmer le texte, tout en approfondissant des personnages attachants et universels. Courage, aveuglement, terreur et volonté de vivre forment l'ossature du roman. Un roman tout bonnement superbe à ne rater sous aucun prétexte.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-48&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;48&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;«&amp;nbsp;La Muse de feu&amp;nbsp;»&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-muse.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-muse.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Muse of Fire&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; de Dan Simmons est à peu de chose près le premier texte que je lis de lui depuis que je n'ai pas réussi à finir l'une des suites d'&lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;. Les fans seront ravis, je peux donc émettre quelques réserves sur ce tour de force qui présente une humanité dont la culture et la liberté lui ont été enlevés par des extraterrestres tout puissants et énigmatiques. Le portrait et la trajectoire de cette troupe shakespearienne forcée de jouer devant des créatures de plus en plus étranges et des décors sans cesse plus grandioses sont d'une redoutable efficacité. L'utilisation de la cosmogonie gnostique produit un effet d'étrangeté merveilleux sur le voyage dans l'espace. Le problème étant pour moi que la fin est plus que convenue et attendue. Et que, le temps passant, on se demande pourquoi l'auteur nous a fait part au passage de ses brillantes (mais un peu longues) analyses de Shakespeare, et surtout, comment il a pu nous faire croire que des entités aussi puissantes et étrangères ont bien pu y comprendre quoi que ce soit et baser le sort de l'humanité sur cette compréhension…&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sylvie-denis/&quot;&gt;Sylvie Denis&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-55&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;55&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;L'Échiquier du mal&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-echiquier.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-echiquier.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un saisissant prologue dans le camp de concentration de Chelmno, en 1942. Le jeune Saul Laski lutte pour survivre. Puis, sans transition, nous nous rendons à Charleston, Caroline du Sud, le 12 décembre 1980. Trois petits vieux se réunissent pour prendre le thé. Rien de plus innocent, en apparence… Mais les trois convives se livrent à un étrange petit jeu, et comptent les points&amp;nbsp;: un pour chaque mort. Et parmi les victimes, un certain John Lennon… Ces vieillards ne sont en effet pas comme les autres&amp;nbsp;: ils ont le Talent, qui leur permet de manipuler les êtres humains pour leur faire accomplir leurs quatre volontés. Et celles-ci se résument souvent à cette ultime réalité&amp;nbsp;: le meurtre. Pour eux&amp;nbsp;: le Festin, qui entretient leur force et leur permet de «&amp;nbsp;rajeunir&amp;nbsp;». Ce sont des vampires, à leur manière&amp;nbsp;; mais pas de vulgaires suceurs de sang encombrés des oripeaux gothiques, ni même «&amp;nbsp;rationalisés&amp;nbsp;» (à l’instar de ce que Simmons fera un peu plus tard dans &lt;strong&gt;Les Fils des ténèbres&lt;/strong&gt;)&amp;nbsp;: ce sont des vampires psychiques…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi débute &lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt;, à n’en pas douter un des plus fameux romans de Dan Simmons avec le très différent &lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;. Un roman-fleuve, et un monument de terreur. Et, ce qui nous intéresse ici, une relecture inventive et fascinante du mythe du vampire. Les allusions ne manquent pas, qui émaillent l’ensemble du roman. Un exemple sélectionné dans les premières pages&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;De toutes les terreurs que s’est infligées l’humanité, de tous les monstres pathétiques qu’elle s’est inventés, seul le mythe du vampire conserve encore quelques vestiges de dignité. Tout comme les humains dont il se nourrit, le vampire obéit aux sombres pulsions qui lui sont propres. Mais contrairement à ses ridicules proies humaines, le vampire utilise des moyens sordides pour parvenir à la seule fin qui puisse justifier de tels actes&amp;nbsp;: son but est tout simplement l’immortalité. Quelle noblesse. Et quelle tristesse.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bon thriller paranoïaque, &lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt; mêle ce canevas de théorie du complot. Derrière les puissants de ce monde se dressent les vampires psychiques, qui tirent les ficelles de leurs marionnettes humaines. On les trouve aux côtés du Führer dans l’Allemagne nazie. On les retrouve à Dallas le jour de la mort de John Fitzgerald Kennedy. On les croise enfin sur les scènes de meurtre les plus improbables, celles qui défient en apparence la logique. Ainsi le massacre sur lequel la réunion de Charleston débouche. Un vrai casse-tête pour le shérif Bobby Joe Gentry, et pour la jeune Noire Natalie Preston, dont le père figure parmi les victimes. Seule une explication, aussi improbable soit-elle, peut éclairer le drame&amp;nbsp;; et c’est le psychiatre Saul Laski qui la leur fournit&amp;nbsp;: Laski est conscient de l’existence de ces vampires psychiques depuis ses cruelles années à Chelmno et Sobibor. C’est là-bas, dans l’enfer des camps d’extermination, qu’il a rencontré l’Oberst, ainsi qu’il désigne encore après toutes ces années son cruel bourreau. Terrible flashback&amp;nbsp;: dans la nuit polonaise, une partie d’échecs où les pions sont des êtres humains, où chaque prise signifie la mort&amp;nbsp;; puis une chasse à l’homme où les dés sont pipés… Saul Laski traque l’Oberst, désormais William Borden, depuis toutes ces années. Et Gentry et Natalie de se joindre à lui pour faire la lumière sur les meurtres les plus obscurs, et obtenir enfin justice… quitte à se transformer à leur tour en meurtriers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais les vampires psychiques ne se limitent pas au trio de Charleston. On en croise vite d’autres, à Beverly Hills – le producteur Tony Harrod, détestable personnage qui est une des plus belles réussites du roman – ou au FBI. Et la vérité se fait bientôt jour&amp;nbsp;: tous, ou presque, ne sont que des pions dans une gigantesque partie d’échecs à grande échelle. Et le sort du monde entier pourrait bien reposer dans les mains du vainqueur…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt; est assurément un chef-d’œuvre du genre. L’argument promotionnel nous dit que Stephen King, à la lecture de ce roman, a salué en Dan Simmons son rival le plus redoutable. Et on le concèdera volontiers… Rares sont les œuvres horrifiques à dégager une telle puissance narrative, doublée d’un déconcertant sentiment de malaise, provenant de l’arrière-plan de la Shoah – encore imprégné de tabou – et de l’atmosphère générale de théorie du complot.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il serait cependant dommage de s’arrêter sur cette impression, ou d’être rebuté par la longueur, que d’aucuns jugeront sans doute excessive – mais peut-on véritablement y enlever quoi que ce soit&amp;nbsp;? –, de cette fresque. &lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt; se révèle en effet être un page turner d’une efficacité sidérante, et c’est sans effort ou presque que l’on se laisse guider par l’auteur, sûr de son art, tout au long de ce roman-fleuve (en «&amp;nbsp;intégrale&amp;nbsp;» chez «&amp;nbsp;Lunes d’encre&amp;nbsp;», scindé en deux tomes chez Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;») à la trame complexe. La plume de l’auteur, magnifiquement servie par la traduction de Jean-Daniel Brèque, est d’une justesse constante, et le roman accumule morceaux de bravoure et scènes d’anthologie, palpitantes scènes d’action et séquences cauchemardesques, éclats de suspense et introspection bouleversante. Et l’on se passionne aisément pour l’entreprise folle de ces éternelles victimes que sont Saul et Natalie, et pour les manœuvres obscures et cyniques de leurs puissants adversaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’en jetez plus&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;L’Echiquier du mal&lt;/strong&gt; est un chef-d’œuvre de terreur, une lecture incontournable pour les amateurs du genre. Et pour les autres aussi, tant qu’on y est.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bertrand-bonnet/&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-60&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;60&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Fils des ténèbres&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-fils.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-fils.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bucarest, 1990. Dans les mois qui suivent la chute de Nicolae Ceaucescu, des humanitaires américains arrivent en Roumanie afin de donner des soins aux enfants qui survivent dans les orphelinats. Parmi eux un jésuite, O’Rourke (qui n’est autre que l’un des personnages de &lt;strong&gt;Nuit d'été&lt;/strong&gt;, un précédent roman de Simmons), et Kate Neuman, une brillante spécialiste des maladies du sang. Très vite, cette dernière s’attache à un nourrisson, manifestement séropositif, dont le système immunitaire se renforce suite à chaque transfusion sanguine. Après avoir adopté l’enfant, la mère le ramène aux Etats-Unis. La scientifique poursuit ses recherches et comprend que la maladie de son fils pourrait être à l’origine des légendes se rapportant aux vampires. Mais l’enfant est bientôt enlevé. Kate décide de retourner en Roumanie pour le retrouver.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si Dan Simmons s’empare du mythe de Dracula (de nombreux&amp;nbsp; monologues reprennent les éléments les plus marquants de la «&amp;nbsp;légende noire&amp;nbsp;» de Vlad Tepes), c’est pour le traiter comme un roman de hard science dans lequel le vampirisme serait un rétrovirus d’origine génétique proche du VIH. Comme dans &lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt;, il utilise les mécanismes du thriller. On peut cependant regretter que l’intrigue réserve peu de surprises et que la peur ne soit guère au rendez-vous pour le lecteur. Afin de planter le décor dans lequel évoluent ces &lt;strong&gt;Children of the night&lt;/strong&gt;, Simmons avait effectué un voyage dans les Carpates (il l’évoque dans la nouvelle autobiographique «&amp;nbsp;Mes Copsa Mica&amp;nbsp;» parue dans &lt;strong&gt;Le Styx coule à l’envers&lt;/strong&gt;). Le livre vaut donc principalement pour le portrait saisissant qu’il brosse de la Roumanie à peine sortie de l’ère communiste. Quiconque se souvient des reportages télévisés de l’époque retrouvera des images familières du chaos économique et sanitaire soudainement exposé au reste du monde après la révolution de décembre 1989. Cependant, le roman serait bien meilleur si l’auteur avait fait preuve d’un peu plus de subtilité dans sa présentation des faits pour le moins orientée (il évoque ainsi les centaines de morts des charniers de Timisoara comme des victimes de la Securitate, alors qu’on savait dès 1990 qu’il s’agissait d’une manipulation…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La grande réussite de Dan Simmons est d’avoir fait des vampires les victimes d’une mystérieuse maladie génétique, tandis que leurs serviteurs humains se révèlent en définitive les personnages les plus dangereux. Sans atteindre le niveau de &lt;strong&gt;L’Echiquier du mal&lt;/strong&gt;, loin s’en faut, ou même de &lt;strong&gt;Terreur&lt;/strong&gt;, du fait d’une intrique ténue, &lt;strong&gt;Les Fils des ténèbres&lt;/strong&gt; intéresseront les amateurs de hard science qui voudraient croire aux vampires.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sebastien-chever/&quot;&gt;Sébastien Chever&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-60&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;60&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Drood&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-drood.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-drood.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il existe à travers la littérature des énigmes qui suscitent passions et controverses&amp;nbsp;: Corneille a-t-il écrit les meilleures pièces de Molière et Shakespeare les siennes, tous les apocryphes de la Bible le sont-ils vraiment, quel sens Poe voulait-il donner à la fin frustrante des &lt;strong&gt;Aventures d’Arthur Gordon Pym&lt;/strong&gt;… Avec &lt;strong&gt;Drood&lt;/strong&gt;, Dan Simmons s’attaque à l’une des plus célèbres de ces énigmes, à savoir la suite à donner au roman inachevé de Charles Dickens, &lt;strong&gt;Le Mystère d’Edwin Drood&lt;/strong&gt;, arrêté exactement à sa moitié quand l’auteur décède en juin 1870. Simmons s’attaque à l’énigme sans cependant écrire la fin dudit roman, ce qui tient de la gageure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est d’autant plus astucieux qu’une suite fut écrite dès 1871, et une autre, en 1873, rédigée par un médium sous la prétendue dictée de Dickens… Le roman inachevé est une sorte de roman policier (on disait à sensation), à l’imitation de ceux de Wilkie Collins, l’ami avec qui Dickens signa plusieurs livres et dont le frère épousa la fille. Le jeune orphelin Edwin Drood, protégé de son oncle John Jasper et fiancé à l’orpheline Rosa, disparait. Jasper enquête, portant ses soupçons sur un curieux personnage, sauf que Jasper, un opiomane, est aussi amoureux de Rosa et profite de ce que la place soit libre pour faire sa cour&amp;nbsp;; c’est alors qu’apparaît un détective dont l’abondante chevelure blanche pourrait bien être une perruque… On comprend que le lecteur tienne à connaître la fin. Bref, il existe à ce livre avorté des suites et des spéculations en nombre, signées Jean Ray ou Chesterton, basées sur les notes de l’auteur, voire les couvertures des livraisons en magazine (où le livre tronqué fut prépublié), en effet, certaines illustrations exécutées par le beau-fils de Dickens, Charles Collins, en disaient plus que le contenu de l’épisode. Pas moins de quatre films ont été tournés et des pièces de théâtre montées. Alors, quel intérêt de revenir sur l’affaire Drood&amp;nbsp;? N’y a-t-il pas mieux à écrire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est compter sans le fait que 2012 sera le bicentenaire de la naissance de Charles Dickens, événement suffisamment considérable pour être célébré, même en France (dans le Pas-de-Calais, notamment, où séjourna Dickens avec sa maîtresse). Aussi, c’est à une biographie magistrale que s’attaque l’auteur d’&lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;, romancée au point d’être totalement fantasmée, mais se montrant cependant plus réaliste que tout ce que vous pourrez lire sur Dickens, tant les détails y sont soignés. Comment&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire raconte les dernières années de la vie de Dickens tout en se ménageant maintes occasions de revenir sur ses débuts. Elle commence lors de l’accident de train, suite à l’effondrement d’un pont, qui épargna miraculeusement Dickens, son wagon étant le seul à être resté sur la voie. Traumatisé, il cherchera au possible à éviter les trains le reste de sa vie durant. La catastrophe reviendra souvent dans son œuvre. Il se trouvait dans le wagon avec sa maîtresse, Ellen Ternan, accompagnée de sa mère, détail qui restera soigneusement caché. Dickens réconforta les blessés et accompagna les mourants jusqu’à l’arrivée des secours, en même temps qu’un curieux personnage, imaginaire, celui-ci, à la prononciation sifflante, au chapeau haut-de-forme démodé, nommé Drood. Lequel, semble-t-il, n’a laissé aucun vivant derrière lui et s’éclipse silencieusement avant qu’on puisse lui parler&amp;nbsp;: une figure de la Mort&amp;nbsp;? Que se passe-t-il à chaque date anniversaire pour que Dickens s’absente&amp;nbsp;? Il se pourrait qu’une relation se soit nouée entre lui et Drood, dont on apprend par un détective, ancien inspecteur lancé à ses trousses, qu’il est le pire criminel ayant jamais existé, doté de pouvoirs occultes, et qu’il vit sous Londres, là où rôdent les miséreux et les orphelins, dans les catacombes où se rendent les opiomanes en quête de fumeries clandestines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, Dickens a sauvé du déraillement un jeune homme, Dickenson, qu’il prendra sous son aile, lequel, plus tard, disparaîtra mystérieusement de la circulation après obtention d’un héritage, sans que Dickens cherche à le revoir, supposant qu’il a profité de cet argent pour aller aux Indes. Dickens, qu’on sait âpre au gain depuis que son père a été emprisonné pour dette quand il avait douze ans…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire est contée par Wilkie Collins, père du roman policier anglais, successeur direct de Poe, avec notamment &lt;strong&gt;La Pierre de lune&lt;/strong&gt; (vol d’un joyau, presque tous les protagonistes soupçonnés, apparition d’un fameux détective, ça ne vous rappelle rien&amp;nbsp;?) et &lt;strong&gt;La Dame en blanc&lt;/strong&gt; (plusieurs adaptations filmées et télévisées). Collins souffrant de la goutte se soignait au laudanum et finit opiomane (il inspirera Conan Doyle pour le personnage de &lt;strong&gt;Sherlock Holmes&lt;/strong&gt;). Ses relations avec Dickens, qui, lui, souffrait de trouble bipolaires, sont une amitié teintée de jalousie pour l’auteur de &lt;strong&gt;David Copperfield&lt;/strong&gt;, plus adulé du public alors que lui-même vendait davantage de livres. C’est aussi sa vie qui est contée à travers cette confession à la première personne, à l’adresse d’un lecteur du futur. L’enquête, parsemée d’embûches et de contretemps, est respectueuse des dates et événements. Dans une biographie classique, on trouve les grandes lignes, annexées de commentaires et d’analyses de l’œuvre, pas le détail des missives, le menu du repas de Noël ou la liste des dépenses d’un voyage et des moyens de locomotion choisis&amp;nbsp;; pour mieux exploiter les failles de l’Histoire, Dan Simmons relate ces évènements afin d’y glisser son intrigue, c’est ce qui fait sa texture, lui donne l’épaisseur fantastique d’un brouillard londonien où le réel déformé devient plus vrai qu’en pleine lumière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Celle-ci repose sur les romans des deux écrivains&amp;nbsp;: s’y entremêlent les personnages romanesques issus du &lt;strong&gt;Mystère d’Edwin Drood&lt;/strong&gt;, mais aussi de &lt;strong&gt;La Maison d’Âpre-Vent&lt;/strong&gt; pour le personnage de l’enquêteur ou de &lt;strong&gt;L’Ami commun&lt;/strong&gt;, dernier roman terminé de Dickens, etc., et encore des romans de Collins. Drood lui-même semble issu du «&amp;nbsp;Signaleur&amp;nbsp;», une nouvelle de Dickens au sujet d’un déraillement prédit par un spectre. A l’image des romans victoriens, l’intrigue est traversée de récits parallèles qui exacerbent le suspense et participent à créer une ambiance, de sorte qu’on est littéralement envoûté par ce roman où le mystère ne cesse de prendre des formes différentes, évanescentes tels les rêves d’un opiomane.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il a fallu, la liste des principales sources en témoigne, une documentation monumentale pour parvenir à ce degré de précision, osons le mot&amp;nbsp;: de perfection, sans jamais se perdre dans le dédale de deux biographies croisées avec des situations et des personnages romanesques, sans jamais les confondre. Mais Simmons avait déjà approché les deux auteurs avec son précédent roman, &lt;strong&gt;Terreur&lt;/strong&gt;, récit de la désastreuse expédition Franklin en Arctique, autour de laquelle Dickens et Collins écrivirent une pièce, &lt;strong&gt;Profondeurs glacées&lt;/strong&gt;. Dan Simmons ne se prive pas non plus d’inclure une pertinente critique littéraire des deux œuvres, ni des témoignages des contemporains, profitant d’échanges d’auteurs sur les qualités ou les défauts des œuvres, pour évoquer les manies d’écriture et les règles de construction romanesque&amp;nbsp;: ainsi, quand Collins se moque dans un premier temps, devant la phrase «&amp;nbsp;des flaques d’argent sur la mer sombre&amp;nbsp;», il reconnaît l’instant suivant le génie de cette image audacieuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La lecture du roman inachevé de Dickens et de quelques autres ici cités (gratuitement disponibles sur le Net) n’est pas inutile pour apprécier, savourer pleinement ces presque 900 pages qui se lisent à une vitesse surprenante. Cette connaissance préalable de l’œuvre garantit quelques moments saisissants, les ombres et les reflets des fictions créant des vertiges dignes de ces fantasmagories victoriennes, et permet de mieux juger de la maestria de Simmons dans cet exercice.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, qui est Drood, dont la silhouette inquiétante ne cesse de se dérober&amp;nbsp;? Peut-être l’imagination enfiévrée des écrivains, celle qui permet de filtrer le prosaïque quotidien à travers un prisme autrement plus fascinant. Mais aussi les terreurs que tout un chacun peut échafauder dans le labyrinthe de son esprit, quand le réel se vrille sous l’effet de l’angoisse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;A lire de toute urgence, au moins avant la sortie du film, prévu pour l’année prochaine et réalisé par Guillermo del Toro, qui en connaît un rayon en matière de labyrinthe. Vous serez incollables sur Dickens, sur Collins, et leurs parts de ténèbres…&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-64&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;64&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Flashback&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-flashback.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-flashback.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;2035. L’Amérique a connu de profonds bouleversements, en comparaison desquels la guerre d’Indépendance fait figure d’aimable partie de croquet disputée entre gentlemen anglais et colons mal dégrossis. Mais dans tous les cas, de vrais Anglo-saxons. Les étrangers sont aux portes du pays, mais côté propriétaires. Les Russes sont des gangsters très cruels, les Latinos tiennent le Nouveau-Mexique dans l’élan de la Reconquista et taguent les églises. Alors que jusqu’alors les gominés étaient croyants, tout se perd. La palme revient cependant aux Japonais qui contrôlent tous les postes clefs. Et les porte-clés aussi, vu qu’ils ont accès à tout. Les nyakoués sont habillés de superbes costumes à la mode des années 60, font montre d’arrogance, s’expriment d’une voix suave et évoluent dans un environnement composé de shôji et de tansu. Ce dès la première page&amp;nbsp;; on repassera pour la traduction. Lorsqu’apparaît le mot tatami, le lecteur respire, il se retrouve en territoire connu, et pour le rassurer il y a même un jardin de gravier. On évoquera par la suite les attendus bushidô et seppuku.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce futur pas si lointain, en fait notre présent cauchemardé par un redneck sous méta-amphétamine, les descendants du Mayflower ne sont pas à la fête. «&amp;nbsp;Les temps sont durs pour les petits entrepreneurs&amp;nbsp;», c’est dire si l’on est en pleine prospective. Quant aux jeunes, ils s’expriment par «&amp;nbsp;cool&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;pas cool&amp;nbsp;» voire «&amp;nbsp;mégacool&amp;nbsp;» pour les plus lettrés d’entre eux. Ils évoluent en bandes et violent à l’occasion une fillette hispanique, «&amp;nbsp;une de ces mignonettes petites vierges avec juste un filet de poils au-dessus de la fente&amp;nbsp;». Val, le fils du héros, n’est pas vraiment coupable vu qu’il s’est contenté de regarder. D’ailleurs, il reviendra dans le droit chemin lorsque son papa lui offrira un gant de base-ball, véritable relique d’une Amérique disparue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a le flashback. Une drogue qui permet de revivre, au choix, n’importe quel événement du passé dans ses moindres détails. La substance est sévèrement prohibée ici et ailleurs. Au point que dans le nouveau Califat Global sa possession entraîne la décapitation immédiate. Cela arrive suffisamment souvent pour que le réseau d’al-Jazira diffuse les exécutions en continu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce merdier ambiant, un détective privé est engagé par le puissant Nakamura pour reprendre l’enquête non résolue relative à la mort de son fils. Nick Bottom avait suivi l’affaire du temps où il appartenait à la police de Denver. Mais depuis il travaille pour son compte. Il est mal sapé et exhibe un trou dans sa chaussette devant l’élégant Japonais. Nick a une caisse pourrie, il est en indélicatesse avec les flics officiels, sa femme est morte. Depuis il est accro au flashback, ce qui pourrait présenter un atout dans la reconstitution des faits. Nick Bottom accepte le contrat et se lance, assisté de Sato le colosse, bras droit de Nakamura. Comme dans toute &lt;em&gt;buddy story&lt;/em&gt;, les deux partenaires ne peuvent pas se piffrer mais ils finiront par mieux se connaître.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman &lt;strong&gt;Flashback&lt;/strong&gt; suscite deux réflexions. D’une part il atteste clairement des vues de Dan Simmons. Après avoir résisté durant des décennies, l’Amérique est tombée sous les coups de boutoir assénés par Marx, Le Che, Marcuse, Oussama Ben Laden et la prolifération des migrants attirés par tous les droits qu’offre le pays sans en respecter les devoirs. Ce niveau de lecture est une réussite, dans la mesure où il traduit la pensée politique de l’auteur, celle amplement diffusée sur son site. Hasard de l’actualité éditoriale, &lt;strong&gt;Flashback &lt;/strong&gt;apparaît comme l’équivalent du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/armageddon-rag&quot;&gt;&lt;strong&gt;Armageddon Rag &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;de George R. R. Martin, toutefois à l’opposé du prisme politique. Ici les films des années 40 et 50 remplacent les disques des années 60 et 70, et chacun profère une nostalgie de l’Amérique. Pas la même, c’est certain. Une analogie entre Martin et Simmons qui ne tient que si l’on excepte la qualité d’écriture…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’autre part, le succès de la confession politique recouvre un complet ratage, celui de l’intrigue et de la narration. Tout, absolument tout a déjà été lu et vu mille fois. A commencer par le personnage principal, ce qui est ennuyeux, détective privé forcément vêtu comme un clochard, déchiré à &lt;strike&gt;l’alcool&lt;/strike&gt; la drogue, incapable de faire le deuil d’un traumatisme qui lui a brisé sa vie, en conflit avec la police mais drôlement futé. Echec complet y compris pour le flashback, substance permettant de revisiter son passé, a priori une excellente idée. Sauf que l’auteur ne parvient pas à faire mieux que ce qui est déjà un lieu commun, à savoir les souvenirs continuellement ressassés par les privés depuis Hammett et Chandler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors la quatrième de couverture a beau invoquer &lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Terreur&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Drood&lt;/strong&gt; (mais curieusement, pas &lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt;), façon méthode Coué, nous n’avons affaire ici qu’au meilleur Michael Crichton écrit depuis sa mort. On l’aura compris, ce roman, mettant en scène le détective Bottom dont le nom sonne juste, est une merde liquide expulsée au travers d’un amas d’hémorroïdes.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/xavier-maumejean/&quot;&gt;Xavier Mauméjean&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-67&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;67&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L'Abominable&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;simmons-gdl-abominable.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/simmons-gdl-abominable.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans une préface qui appartient déjà au roman, Dan Simmons interviewe Jack Perry, un alpiniste qui lui adresse ensuite ses mémoires, notamment à propos d’une expédition non officielle dans l’Everest en 1925.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Afin de mieux faire ressentir les épreuves qui attendent les grimpeurs, mais aussi pour faire accepter la partie imaginaire du roman, le narrateur débute son récit très en amont avec une ascension du Cervin en compagnie de Richard Davis Deacon, dit le Diacre, et de Jean-Claude Clairoux, un Français connu pour être l’inventeur du Jumar, la poignée bloquante sur corde fixe qui fait office d’&lt;em&gt;ascendeur&lt;/em&gt;. Il s’agit, dans la phase préparatoire, d’instruire le lecteur sur les particularités de la haute montagne et l’équipement pour le moins sommaire des alpinistes, moins efficace et plus lourd que celui utilisé aujourd’hui. La qualité de la corde, le type de chaussure, la nature des vêtements, le modèle de tente et les réchauds, tout est passé en revue dans l’anticipation d’une expédition où la moindre erreur signifie la mort. On en apprend beaucoup aussi sur les premiers héros de la conquête de l’Everest, dont le sommet restait inviolé à l’époque – si on s’en tient à l’incertitude qui entoure l’excursion de Mallory et Irvine, dont la dernière tentative a peut-être été couronnée de succès.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le Diacre, présenté comme excellent alpiniste et héros de la Première Guerre Mondiale, invite Clairoux et le jeune narrateur à retrouver Percival Bromley, un alpiniste qui suivait, sans s’y mêler, l’expédition de Mallory et Irvine. Aux trois hommes s’associe la sœur de ce dernier, qui a depuis longtemps élu domicile dans la région. Tous tiennent à le retrouver pour des raisons tenues secrètes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman détaille de façon hyperréaliste l’ascension de l’Everest avec un prodigieux art du suspense. Le vent, le froid, le manque de sommeil, la raréfaction de l’oxygène qui altère le jugement, la difficulté de retrouver son chemin dans la neige, le long d’un parcours fait de crevasses, jusqu’à l’utilisation peu évidente d’un réchaud en altitude, figurent parmi les épreuves auxquelles sont confrontés les grimpeurs. Les longueurs de la première partie se justifient pleinement à la lecture de la deuxième.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La troisième partie prend un tour plus dramatique avec une course-poursuite hallucinante. Cependant, il eut mieux valu se contenter d’un MacGuffin pour justifier ce dernier volet plutôt que de laisser croire à un «&amp;nbsp;&lt;em&gt;secret encore plus abominable que toutes les créatures mythiques jamais imaginées&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», comme le stipule la quatrième de couverture, car celui-ci repose sur le sens galvaudé du terme, sans dimension fantastique à l’appui. Malgré les efforts pour faire avaler la pilule, la montagne accouche d’une souris. Connaissant les dimensions de celle-ci, la souris n’en paraît que plus ridicule, sans compter d’un sérieux manque de crédibilité, encore plus flagrant comparé à la rigueur documentaire du reste du récit. Sa cohérence pose aussi question&amp;nbsp;: si ce secret est susceptible d’empêcher une bataille, pourquoi n’a-t-il pas été utilisé pour prévenir la guerre qui, déjà à cette date, se profile&amp;nbsp;? On ne s’attardera donc pas sur cette révélation qui gâche un formidable récit par ailleurs passionnant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dan Simmons, qui n’avait plus été traduit depuis quelques années, est attendu avec deux autres romans. Il faut espérer que ce grand conteur évitera les recours inutiles à l’imaginaire s’ils n’ont pas lieu d’être.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-97&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;97&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Plaine-guerre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/01/29/Plaine-guerre" rel="alternate" type="text/html" title="Plaine-guerre" />
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      <published>2021-01-29T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2021-03-03T10:16:02+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Thierry Di Rollo</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dirollo-plaineguerre-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dirollo-plaineguerre-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sed est soldat. Depuis dix ans, il se bat sur la plaine-guerre, au sein d'un conflit sans rime ni raison. Jusqu'au moment où sa demande de permission lui est enfin accordée. Retourner chez lui, enfin… Peut-être. Avec &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Plaine-guerre&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, Thierry Di Rollo nous propose un texte d'une noirceur incomparable, récompensé par le Prix des lecteurs de Bifrost 2020.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Thierry Di Rollo, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-98&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 98&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/thierry-di-rollo/plaine-guerre&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 29 janvier au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars 2021. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dirollo-plaineguerre-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dirollo-plaineguerre-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Nicolas Fructus&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Des millénaires de silence nous attendent</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/01/29/Des-millenaires-de-silence-nous-attendent" rel="alternate" type="text/html" title="Des millénaires de silence nous attendent" />
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      <published>2021-01-29T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2021-03-03T10:16:30+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Catherine Dufour</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dufour-millenaires-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dufour-millenaires-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'une n'arrête pas de grandir&amp;nbsp;: c'est Claude — un mètre soixante-dix et ça continue. L'autre n'en finit pas de ne pas mourir&amp;nbsp;: c'est Caroline — quatre-vingt-dix ans et ça continue. Aucune des deux ne se sent vraiment à sa place. Avec verve et tendresse, Catherine Dufour raconte leur parcours dans &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Des millénaires de silence nous attendent&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, nouvelle récompensée par le Prix des lecteurs de Bifrost 2020.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Catherine Dufour, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-100&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 100&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/catherine-dufour/des-millenaires-de-silence-nous-attendent&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 29 janvier au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars 2021. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dufour-millenaires-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dufour-millenaires-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Romain Étienne&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Guide sorcier de l'évasion : atlas des contrées réelles et imaginaires</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/01/29/Guide-sorcier-de-l-evasion" rel="alternate" type="text/html" title="Guide sorcier de l'évasion : atlas des contrées réelles et imaginaires" />
      <id>urn:md5:c1ccabd8bed67ee4cf76e4e351c257fd</id>
      <published>2021-01-29T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2021-03-03T10:16:11+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Alix E. Harrow</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;harrow-guide-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/harrow-guide-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n'y a jamais eu que deux sortes de bibliothécaires. Appartenant à la seconde catégorie, celle des sorcières, cette jeune femme du comté de Maysville, quelque part dans le Sud des USA, a peut-être la possibilité d'aider un adolescent perdu… Avec ce &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Guide sorcier de l’évasion… »&lt;/strong&gt;, Alix E. Harrow nous offre une nouvelle sensible célébrant l'amour des bibliothèques et le pouvoir de la littérature, récompensée par le Prix Hugo 2019 ainsi que par le Prix des lecteurs de Bifrost 2020.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Alix E. Harrow, traduite de l'anglais (US) par Erwann Perchoc et parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-99&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 99&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/alix-e-harrow/guide-sorcier-de-l-evasion&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 29 janvier au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars 2021. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;harrow-guide-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/harrow-guide-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Jubo&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <entry>
      <title>Pour quelques runes de plus (Bifrost 101)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2021/01/26/Pour-quelques-runes-de-plus-Bifrost-101" rel="alternate" type="text/html" title="Pour quelques runes de plus (Bifrost 101)" />
      <id>urn:md5:3aa6ef7d5f956c67655b0350299d4c66</id>
      <published>2021-01-26T13:00:00+01:00</published>
              <updated>2021-01-26T15:31:23+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr101-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les 192 pages de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n'étant pas aussi extensible qu'on l'aimerait, c'est une nouvelle fois que l'on retrouve une partie du cahier critique du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-101&quot;&gt;numéro 101&lt;/a&gt; dans les espaces infinis du &lt;s&gt;Retz&lt;/s&gt; web. Au programme, une huitaine de livres, pour une bonne part situés aux marges des genres qui nous intéressent…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-eaudouce.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-eaudouce_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Eau douce&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Akwaeke Emezi – Gallimard, coll. «&amp;nbsp;NRF&amp;nbsp;» - février 2020 (roman inédit traduit de l’anglais (Nigeria) par Marguerite Capelle – 256 pp. GdF. 20,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand un enfant grandit dans le ventre de sa mère&amp;nbsp;? Pour les Igbo, il est encore en contact avec les esprits qui décident de son destin. Mais le portail est censé se fermer le jour de la naissance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ada, elle, n’a pas eu cette chance&amp;nbsp;: la porte est restée ouverte, et elle est désormais ọgbanje, habitée par les esprits qui n’ont pas réussi à quitter son corps avant la naissance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Elle grandit au Nigeria dans une famille divisée, en ignorant cette possession. Jusqu’à son départ pour des études aux États-Unis, et à l’agression violente qu’elle subit là-bas, qui déclenche sa «&amp;nbsp;renaissance &amp;nbsp;». Désormais, elle partage sa vie avec les êtres qui habitent son âme, chambre de marbre censée être inviolable. Tiraillés entre l’émerveillement d’être chair, et l’appel insistant des «&amp;nbsp;frèresœurs&amp;nbsp;», ceux qui sont restés dans l’obscurité de l’autre côté, les esprits prennent parfois le contrôle de son corps, comme Asụghara, la bête, qui gère tout contact charnel, ou Saint Vincent, qui offre une autre alternative à l’Ada, «&amp;nbsp;en suspension, entre ces concepts inadaptés de masculin et de féminin&amp;nbsp;». Car comme le disent si bien les voix, les «&amp;nbsp;nous&amp;nbsp;», qui protègent l’Ada de l’intérieur, pour lui éviter de trop souffrir&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;beaucoup de choses sont préférables à une souvenance totale.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans fard, mais gardant néanmoins toujours une certaine pudeur sur les agressions vécues, qui se devinent, et se dévoilent peu à peu pour être enfin écrites dans la dernière partie du livre, ce récit en partie autobiographique exprime avec brio le terrible parcours des troubles de la personnalité, et des traumatismes qui ont pu les déclencher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jouant parfois avec le fantastique par la multiplicité des personnalités mythologiques et divins qui s’y expriment, ces narrateurs si différents, l’histoire retrace surtout avec force et intimité le parcours d’une vie fracassée, et le coût de la survie, ses années passées à se chercher, et à tenter de recoller les morceaux éparpillés dont on n’avait pas conscience ni connaissance. Car comment réparer ce qui est dévasté&amp;nbsp;? Comment avancer, quand seule la déshumanisation permet de continuer&amp;nbsp;? Les émotions sont précises, et la sincérité visible derrière chaque voix, chaque moment de la vie de… de qui d’ailleurs&amp;nbsp;? Chaque voix, à sa façon est unique, et le patchwork dessiné est fascinant, dans ses détails ou dans son ensemble.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fantastique n’est qu’esquissé, à travers le doute entre folie ou la foi dans la cosmologie igbo ou chrétienne, est sert surtout de passerelle vers la construction d’un nouvel être, qui sera la somme de tous les autres, et de toutes ses expériences, charnelles, divines, mystiques, qui forment, malgré tout, l’humain.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Maëlle Alan&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-petitblanc.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-petitblanc_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Petit Blanc&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Nicolas Cartelet - Mu éditions / Mnémos - avril 2020 (roman [réédition] - 176 pp. GdF. 17 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Albert Villeneuve rêve de richesse. Pour y parvenir, il entreprend en cette année 1895 de franchir l’océan pour les colonies, accompagné de sa femme et de sa fille, et armé de cette soif inextinguible de faire fortune en tant que futur propriétaire et exploitant de caféiers. Mais les voies capricieuses du destin en ont décidé autrement&amp;nbsp;: emportées par la maladie durant cette périlleuse traversée, épouse et enfant ne verront jamais le Nouveau Monde. Dépourvu de statut conjugal et confronté à une administration retorse, notre protagoniste ne peut dès lors faire valoir son droit de propriétaire. Face à ce revers de fortune, il se traîne de bouge en bouge, noyant dans les vapeurs d’alcool malheurs et frustrations. Et c’est tout imbibé qu’il provoque une dispute avec le cruel sergent Arpagon, lequel, humilié, va dès lors employer son art et son influence pour exiger réparation. Reste la fuite. Se fondre dans la forêt vierge, où sa rencontre avec le Noir Arona et son perroquet Siwane lui permettra d’échapper aux griffes du revanchard. Et notre trublion de découvrir de bien étranges mœurs, loin de toute civilisation, rassuré de pouvoir jouir d’un refuge des plus salvateurs. Pour un temps, du moins…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« &lt;em&gt;Je hais les voyages et les explorateurs&lt;/em&gt; », nous expose d’emblée Lévi-Strauss dans &lt;strong&gt;Tristes tropiques&lt;/strong&gt;. Il est vrai que le voyage entrepris par l’anthropologue est aux antipodes de tout exotisme candide, tout comme l’est celui entamé par Albert Villeneuve. L’un et l’autre dépeignent les méandres de l’âpre réalité humaine. En se détournant du processus civilisationnel de sa culture européenne, toujours aussi soucieuse d’éduquer le sauvage – fût-il bon –, Albert fait la connaissance de l’Autre, figure ô combien insaisissable pour notre pauvre hère… Confronté à l’hermétisme de cette pensée sauvage et magique, il se laisse alors emporter par le flot dévastateur d’une série d’enchaînements au dénouement surprenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De cette rencontre inattendue, opposant le civilisé au sauvage, Nicolas Cartelet nous dresse dans ce conte philosophique un portrait sans équivoque de notre chère humanité. Qu’elle soit traditionnelle ou moderne, cette dernière ne cesse de se fourvoyer dans des logiques pour le moins délétères, l’auteur se gardant bien ici de vouloir entreprendre une quelconque hiérarchisation. Si les colons se singularisent par leur individualisme forcené, d’autres singularités, d’autres mèmes sont à l’œuvre chez les populations indigènes, pour le moins insondables au regard des Petits Blancs – référence aux Petits Blancs des Hauts, premiers habitants d’origine européenne et au faible statut social ayant peuplé l’île de la Réunion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petit Blanc&lt;/strong&gt; donne à voir une belle et sombre incursion en territoire colon, dans une Sainte-Madeleine imaginaire, sous le couvert d’une écriture soignée et poétique. Étrange et envoûtant voyage en Absurdie, où l’amertume semble être la seule richesse d’une utopie virant au cauchemar. Soulignons la superbe illustration de couverture, signée Kévin Deneufchatel, achevant de faire du jeune label Mu porté sur les œuvres transfictionnelles un espace éditorial qui ne manquera pas de retenir toute notre attention, la dimension imaginaire se déployant ici entre les interstices ténus du réel.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Franck Brénugat&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-9maison.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-9maison_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Neuvième Maison&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Leigh Bardugo - De Saxus - août 2020 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Sébastien Guillot - 528 pp. GdF. 19,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Leigh Bardugo est une écrivaine américaine spécialisée dans le Young Adult. Elle se lance avec &lt;strong&gt;La Neuvième maison&lt;/strong&gt; dans le New Adult (un genre (?) dans lequel les personnages principaux ont entre 18 et 30 ans, destiné principalement à un lectorat qui leur ressemble&amp;nbsp;; les délires créatifs des marketeurs sont sans limite).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Neuvième maison&lt;/strong&gt; est donc l’histoire d’une jeune femme, Alex «&amp;nbsp;Galaxy&amp;nbsp;» Stern. Fille d’une mère baba et d’un père enfui, Alex a connu la lente descente aux enfers de la drogue, du deal, de la prostitution occasionnelle. Signe d’une grande force, elle a survécu tant à ces années d’errance qu’à leur fin sanglante. Alors qu’elle se remet à l’hôpital, et que le seul avenir qui lui est promis est un retour vers le même, elle reçoit la visite d’un doyen de l’université Ivy League de Yale qui lui propose d’intégrer le prestigieux établissement en première année d’art. Cette offre aussi inespérée que généreuse est une couverture pour l’admission de la jeune femme dans la maison Lethé, la plus secrète des sociétés secrètes d’une université qui n’en manque pas (huit, parmi lesquelles la Bone and Skull dont furent membres d’anciens présidents des USA, entre autres). Elle y sera l’apprentie de Darlington, un troisième année qui est l’agent de terrain du Lethé. Et y apprendra à remplir la mission du Lethé, à savoir empêcher que les agissements des huit autres sociétés n’aient de conséquences néfastes sur des innocents. Car, écrivons-le, les sociétés secrètes de Yale pratiquent la magie – à l’insu du commun des mortels –, dans le but d’aider à la carrière et aux accomplissements professionnels et personnels de leurs membres. Et que, n’oublions pas de l’écrire, Alex doit la proposition inespérée qui lui a été faite au pouvoir très rare qu’elle détient (même au sein des maisons)&amp;nbsp;: celui de voir les fantômes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En commençant son roman presque par la fin, puis en revenant sur deux fils en flashback tous les deux séparés de quelques mois, Leigh Bardugo met immédiatement le lecteur dans la position anxieuse de celui qui sait que des événements très graves se sont produits mais ne sait pas lesquels, ni pourquoi, ni surtout comment ils se concluront. Elle met la barre haut en faisant de sa magie une force réellement menaçante qui peut provoquer la mort de ceux qui y sont confrontés – on n’est pas ici dans une sitcom lycéenne. Elle tisse une histoire complexe, mais jamais obscure, dont la progression est cohérente en dépit de la profondeur de la timeline considérée. Elle construit un personnage – Alex – dont la force et la résilience forcent l’admiration, et qui parvient à s’opposer victorieusement à des forces profondément maléfiques alors même qu’elle éprouve un fort syndrome de l’imposteur. Elle décrit finement une université (et des sociétés) dont la fonction principale est de légitimer la reproduction des élites américaines (faisant ainsi du roman une version ludique du très critique &lt;strong&gt;The Meritocracy Trap&lt;/strong&gt;, de Daniel Markowitz, lui-même professeur à la Yale Law School). Elle raconte une jeunesse dorée et indifférente à autrui – même si ce trope-ci est plus banal. Elle fait tout cela à travers une histoire nerveuse qui fait du roman un vrai thriller, et évite habilement la mièvrerie YA en tournant le dos à toute velléité de romance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Prix Goodreads du meilleur roman fantastique 2019 et loué par Stephen King himself, &lt;strong&gt;La Neuvième maison&lt;/strong&gt; oscille entre fantastique et &lt;em&gt;urban fantasy&lt;/em&gt; soft pour raconter une histoire policière dont les tenants, aboutissants et résolution sont de nature strictement magiques. Une histoire de débutante aussi, plongée dans un monde, de fait deux – le Yale visible et l’invisible –, qui lui sont inconnus et mettent durement à l’épreuve sa confiance en elle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est pas, n’exagérons pas, le meilleur roman de l’année, mais c’est une lecture très plaisante qui revendique un lectorat jeune sans jamais rendre la chose rédhibitoire. Ne serait-ce que pour ça…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Éric Jentile&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-hurleuses.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-hurleuses_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Hurleuses (Vaisseau d'arcane T.1)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Adrien Tomas - Mnémos - août 2020 (roman inédit - 380 pp. GdF. 21 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Hurleuses&lt;/strong&gt; est la première partie du diptyque &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Vaisseau d’Arcane&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, qui se déroule dans le même univers qu’ &lt;strong&gt;Engrenages et sortilèges&lt;/strong&gt;, roman d’Adrien Tomas YA paru chez Rageot. Celui-ci se destine cette fois aux adultes et se place dans un autre coin de ce monde. En termes de genre, Les Hurleuses relève de l’Arcanepunk / Fantasy industrielle mélangeant technologie et magie, la première étant alimentée par la seconde (l’arcanicité remplace l’électricité). En effet, la magie peut se présenter sous forme solide ou liquide, pouvant notamment frapper quelqu’un pris sous un «&amp;nbsp;orage de mana&amp;nbsp;» et le transformer en «&amp;nbsp;Touché&amp;nbsp;», individu dont la personnalité et l’intelligence sont quasiment annihilées mais qui, contrairement à un mage classique, a accès à des réserves d’énergie surnaturelle illimitées, utilisées pour alimenter trains, canons à rayons et autres ascenseurs à lévitation. La magie a de plus des effets mutagènes, transformant des essaims d’insectes en intelligences de groupe ou les poissons des abysses en une civilisation hautement évoluée, qui explore la surface via des &lt;em&gt;aéro&lt;/em&gt;scaphes mécaniques. On comprendra donc que les villes humaines soient sous dômes&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue nous fait suivre Sof, une infirmière qui cherche à soustraire Solal, son frère qui vient juste de devenir un Touché, du sort de centrale énergétique vivante qu’impose le gouvernement, tandis que Nym, Opérateur (assassin) jadis au service de ce dernier, cherche à les retrouver, alors qu’il vient de décider de trahir et est lui-même poursuivi par ses anciens collègues. Le roman nous emmène aussi sur les premiers pas de l’ambassadeur Gabba Do du peuple des Profonds… pardon, des Poissons-crânes. Le tout alors que la guerre menace sur deux fronts, d’un côté avec les orcs (qui sont verts car partiellement autotrophes grâce à la chlorophylle), de l’autre avec l’ancienne puissance colonisatrice, la république isocratique (comprenez&amp;nbsp;: Communiste) de Tovkie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au début, on croit deviner dans &lt;strong&gt;Les Hurleuses&lt;/strong&gt; un classique pamphlet pro-écologiste, anti-industrialisation, anti-préjugés (ici envers les orcs), dénonçant une oligarchie vaguement déguisée en démocratie, les assassinats commandités par l’État, les collusions entre les officiels et les industries (armement, minières), les méfaits du capitalisme débridé, le musellement (ou pire) des intellectuels, journalistes, opposants et syndicalistes, avec en point d’orgue «&amp;nbsp;l’ isocratisme, c’est le Bien&amp;nbsp;». Sauf qu’on finit par s’apercevoir que le propos d’Adrien Tomas est considérablement plus nuancé et subtil que cela. Et que de toute façon, l’univers (même si les races tolkieniennes végétales ou celles mutées par magie ne sont pas originales, juste assez inhabituelles), les personnages, les dialogues, le style, et surtout un scénario remarquablement astucieux compensent largement ce qui aurait pu être une maladresse. Et de toute façon, comment résister à un roman mettant en vedette la gougère à la méduse&amp;nbsp;? Vivement la suite&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Apophis&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-chinatown.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-chinatown_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Chinatown, Intérieur&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Charles Yu - Aux forges de Vulcain - août 2020 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Aurélie Thiria-Meulemans - 277 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Hollywood, ses films grandioses, ses tournages fantastiques, ses milliers de figurants. Et parmi eux, toute une foule de personnages asiatiques, tous plus stéréotypés les uns que les autres&amp;nbsp;: Asiat’ de Service, Vieil Asiat’, Jolie Fleur d’Orient, Chinois Fripé. Willis est l’un d’eux. Tout au bas de l’échelle, il tente de gravir les échelons, un par un, afin d’arriver au Graal&amp;nbsp;: Mister King-fu&amp;nbsp;! Toute sa vie est tournée vers ce seul but. Il ne parvient pas à imaginer qu’il existe un autre monde, un autre système. Il est prisonnier de ce cadre astreignant, imposé par d’autres, mais qu’il a totalement intégré et accepté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Chinatown, Intérieur&lt;/strong&gt;, Charles Yu délaisse un peu la SFFF pour nous offrir une allégorie originale. Inspiré par les travaux d’Erving Goffman, particulièrement les deux ouvrages de &lt;strong&gt;La Mise en scène de la vie quotidienne&lt;/strong&gt;, il pose ses personnages sur une scène. Car, dans cette théorie du sociologue canadien, nous tous, êtres humains, sociaux, sommes en perpétuelle représentation, avec des acteurs, un décor, des coulisses. Une théorie que Charles Yu fait sienne. Dans &lt;strong&gt;Chinatown, Intérieur&lt;/strong&gt;, la scène de théâtre est remplacée par un plateau de cinéma. Logique&amp;nbsp;: l’écrivain, scénariste, entre autres d’un épisode de la série &lt;em&gt;Westworld&lt;/em&gt;, connaît bien ce milieu et en maitrise parfaitement les codes. Il place donc son héros, un jeune homme déjà formaté, imprégné des attentes et des exigences formulées par la société américaine à l’encontre des Asiatiques, dans le restaurant chinois typique. C’est là qu’il est censé passer son existence. Au rez-de-chaussée, dans le restaurant à proprement parler, lieu du travail, avec des petits rôles&amp;nbsp;; à l’étage, dans un des petits appartements exigus, mal isolés, lieu de vie. Avec aucune volonté d’en sortir, juste de réussir dans les limites imposées. Cruel constat&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ajouter à l’originalité de cet ouvrage, le roman sort, lui aussi, de sa forme habituelle. Il se présente avec les codes typographiques du scénario de cinéma&amp;nbsp;: lieux, dialogues, etc. Même la police de caractère est adaptée à ce genre littéraire. La lecture en est d’autant plus rapide, même si elle déroute un peu. D’autant que l’auteur use d’une autre particularité &amp;nbsp;: il s’adresse directement au lecteur / personnage avec un «&amp;nbsp;tu&amp;nbsp;» assez rare dans la littérature (même si il a été pas mal utilisé dans le Nouveau roman, avec Nathalie Sarraute par exemple, les tentatives récentes sont plus exceptionnelles). Une bonne idée, qui renforce l’identification nécessaire au propos du récit. Car le but de Charles Yu est bien, à travers une fiction, de faire comprendre et ressentir le sort des Asiatiques, le racisme à leur encontre, non seulement dans le cinéma hollywoodien, mais surtout dans la société américaine. De nous faire voir de l’intérieur la sensation d’enfermement dans des rôles prédéterminés, sans issue possible. De nous faire réagir, nous qui avalons à longueur de films (voire de livres), des clichés par dizaines sans nous en étonner, sans nous en offusquer. De nous faire saisir combien vivre dans l’enfermement desdits clichés est difficile. Un pari ambitieux mais réussi, tant &lt;strong&gt;Chinatown, Intérieur&lt;/strong&gt; s’avère prenant. Une petite pierre à l’édifice de la compréhension de l’autre, tout récemment récompensée par un National Book Award amplement mérité.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-capitalesonge.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-capitalesonge_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Capitale Songe&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Lucien Raphmaj - Éditions de l’Ogre - août 2020 (roman inédit - 320 pp. Semi-poche. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Futur pas si proche. Une île artificielle, Capitale S, abrite au long de ses cinq quartiers aux ambiances variées toute une population hétéroclite d’humains plus ou moins cyborgisés et d’Intelligences Vectorielles (les descendantes des intelligentes artificielles d’antan), qui se nourrissent des rêves des humains. Dans ce décor interlope, les trajectoires de trois protagonistes vont se croiser. D’un côté, Vera rejoint la Dreamsquad, organisation rebelle ayant pour but d’abolir le sommeil et donc affamer les IV. De l’autre, C-29, un «&amp;nbsp;dissimulacre&amp;nbsp;» – être artificiel dont l’existence consiste à servir de réceptacle pour les IV lors de leurs incursions dans le monde réel –, erre dans Capitale S, cherchant à libérer ses semblables du joug de leurs maîtres. Il y a enfin Kiel Phaj C Kaï Red, autre dissimulacre conçu par la puissante IV Nova, qui va plonger dans les bas-fonds les plus ténébreux de l’île. Ces trois personnages vont se croiser de loin en loin, chacun lancé dans des quêtes parallèles dont les enjeux, majeurs, vont se révéler peu à peu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les éditions de l’Ogre se sont fait la spécialité de publier des textes de SF cherchant à amener le genre vers d’autres territoires (cf. &lt;strong&gt;Les Machines à désir infernales du Docteur Hoffman&lt;/strong&gt; d’Angela Carter, &lt;strong&gt;Ravive&lt;/strong&gt; de Romain Verger ou &lt;strong&gt;La Maison des épreuves&lt;/strong&gt; de Jason Hrivnak, critiqués dans les &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 83 et 86). Cela, au risque de perdre le lecteur au passage, et ce premier roman de Lucien Raphmaj n’y fait pas exception. On ne pourra pas dénier l’ambition de &lt;strong&gt;Capitale Songe&lt;/strong&gt;, sorte de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; biopunk en plein trip onirique post-exotique, d’autant que sur le papier, tout est là pour séduire&amp;nbsp;: une île artificielle, des IA d’un autre type, un nouveau stade du capitalisme dans lequel les rêves sont devenus une ressource exploitable, un récit porté par une écriture élégante, riche en inventions lexicales (un glossaire d’une vingtaine de pages, établi par un narrateur un brin désinvolte, figure au cœur du livre). Las, comme dans tout rêve, l’obscurité et le flou règnent en maîtres incontestés dans &lt;strong&gt;Capitale Songe&lt;/strong&gt;. Pour qui cherche une histoire clairement dessinée ou des personnages approfondis, ce roman volontiers expérimental déroutera. Le projet est intéressant en tant que tel, mais l’exécution risque fort de ne plaire qu’au plus exigeant des lecteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-cochontruffe.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-cochontruffe_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les larmes du cochontruffe&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Fernando A. Flores - Gallimard, coll. «&amp;nbsp;La Noire&amp;nbsp;» - septembre 2020 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Paul Durant - 336 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Frontière américano-mexicaine, dans un avenir proche. Ou pas. Pendant que les Protecteurs scrutent l’horizon fermé par le double mur frontalier, en quête d’illégaux à arrêter, les cartels défendent leur conception criminelle de la concurrence libre et non faussée avec les seules méthodes qu’ils connaissent&amp;nbsp;: l’intimidation et la cruauté. Rien de neuf sous le soleil de plomb du sud Texas. On trafique, on corrompt et on exécute dans le désert, loin des caméras, des médias et du chœur outragé des humanitaires. Seul l’objet du trafic change, s’adaptant à la demande nord-américaine. Depuis la grande famine, la vie elle-même est en effet devenue la terre promise des barons du crime. Dans les laboratoires de filtrage implantés près de la frontière, on cultive des chimères génétiques ressuscitant des espèces disparues ou donnant naissance à des créatures issues de l’imaginaire fertile de l’humanité. Veuf éploré, revenu de tout ou presque, Bellacosa s’accommode de ce monde pourri, survivant avec le maigre pécule accumulé au fil de petits boulots flirtant avec l’illégalité. Et même s’il tire un tantinet le diable par la queue, il n’est toutefois pas prêt à dîner avec lui, même avec une longue cuillère. Son association fortuite avec le journaliste Paco Herbert, venu là pour mener une enquête sur de mystérieux banquets clandestins, l’amène à explorer les zones étranges de la frontière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Premier roman de Fernando A. Flores, &lt;strong&gt;Les Larmes du cochontruffe&lt;/strong&gt; se joue des frontières sous toutes leurs formes, qu’elles soient géographiques ou littéraires. Roman noir mâtiné de dystopie et de réalisme magique, le récit de l’auteur américain a les accents d’un crépuscule désenchanté. La fin d’un monde où prévalait une certaine forme d’éthique, un idéal collectif habité par l’empathie et la chaleur humaine. Désormais irrémédiablement souillé, en proie à l’extinction de masse, à la violence endémique et à la guerre de tous contre tous, le monde où vit Bellacosa semble dépourvu d’espoir, ou du moins d’une bonne cause à défendre. Sur ce substrat de roman noir, l’auteur greffe des éléments surnaturels et science-fictifs. On croise ainsi des vieilles chamanes, des défunts, coincés entre le monde des vivants et celui des morts, et des créatures empruntées au légendaire amérindien dont les songes semblent avoir inspiré notre réalité. Mais on découvre aussi des laboratoires où œuvrent des émules du docteur Moreau, sous la garde de sicarios impitoyables. Sur fond de bistouris, d’incantations magiques, d’agapes décadentes, d’hallucinations stimulées par l’ingestion de peyotl, Fernando A. Flores compose un tableau inquiétant, incontestablement décalé, et un tantinet décousu, hélas, entremêlant la magie primordiale des peuples précolombiens à des préoccupations plus sociétales, écologiques et géopolitiques. Le résultat est étrange, voire déroutant, mais pas complètement déplaisant pour peu qu’on se laisse happer par l’atmosphère et l’aura de mystère nimbant la quête de Bellacosa.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Les Larmes du cochontruffe&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;La Noire&amp;nbsp;» de Gallimard ne trahit donc pas sa réputation d’exigence et d’originalité, même s’il faut avoir la suspension d’incrédulité bien accrochée pour suivre jusqu’au bout Fernando A. Flores.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-assassynth5.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-assassynth5_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Effet de réseau (Journal d’un AssaSynth, T.5)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Martha Wells – L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» – septembre 2020 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Mathilde Montier – 416 pp. GdF. 23,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Revoici, pour la cinquième fois, notre synthétique préféré&amp;nbsp;: AssaSynth. Après être rentré sur Préservation avec le Dr Mensah, la SecUnit séditieuse la plus célèbre de la Bordure Corporatiste s’embarque pour sa cinquième aventure dans un vrai roman de plus de 400 pages au lieu des habituelles novellas qu’on lui connaît.&lt;br /&gt;
Cette fois, c’est un enlèvement pur et simple qui attend AssaSynth lorsqu’un vaisseau non identifié les aborde aux alentours de Préservation après une périlleuse mission sur une planète lointaine. Comme d’habitude, notre synthétique n’a d’autre choix que de protéger des humains souvent inconscients et irrationnels tout en payant un lourd tribut physique (et psychique) pour découvrir le fin mot de l’histoire.&lt;br /&gt;
On retrouve dans cet opus tous les ingrédients qui ont fait le succès des précédents volumes, à savoir de l’action finement cadencée, des environnements futuristes où les allégeances politiques (et les vues philosophiques, notamment sur la propriété et la liberté) divergent, et une SecUnit toujours délicieusement irrévérencieuse qui ne se lasse décidément jamais de ses séries télé de seconde zone avec quelques nouvelles pépites comme &lt;em&gt;Cosmo-Trotteurs&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Orion&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
Pour compléter ce tableau, Martha Wells offre des retrouvailles avec &lt;em&gt;EVE&lt;/em&gt;, le vaisseau d’exploration au caractère revêche, et analyse les relations compliquées entre celui-ci et AssaSynth pour accoucher d’une simili-histoire d’amour 3.0 où les sentiments s’expriment d’une façon bien moins directe que chez les humains. De l’enlèvement, le récit se transforme en enquête policière matinée d’exploration planétaire et Effet de réseau en profite même pour offrir une nouvel SecUnit afin de faire vibrer la fibre nostalgique chez notre synthétique.&lt;br /&gt;
En somme, les habitués de la série seront aux anges tandis que les autres, eux, resteront toujours sceptiques face à ce roman de SF Militaire mâtiné de quelques réflexions philosophiques sur le libre-arbitre et la conscience.&lt;br /&gt;
Le seul reproche que l’on fera cette fois à Martha Wells, c’est que son univers semble moins bien s’adapter au format long, qu’elle tire parfois à la ligne et que le second tiers du roman a tendance à casser le rythme imprimé par les premiers chapitres. Mine de rien, cet opus brise l’aspect des précédentes novellas pour un parti-pris plus long et, certainement, moins percutant.&lt;br /&gt;
Notre AssaSynth fonctionne beaucoup mieux sur le format habituel. Au pire, comme dans le monde de la série télé, considérera-t-on cet &lt;strong&gt;Effet de Réseau&lt;/strong&gt; comme un épisode de Noël plus long que la moyenne, une petite sucrerie un peu indigeste mais une sucrerie quand même. Espérons juste que cela ne devienne pas une habitude…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Nicolas Winter&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr101-meteore.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr101-meteore_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Mort et le météore&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Joca Reiners Terron - Zulma - octobre 2020 (roman inédit traduit du portugais [Brésil] par Dominique Nédellec - 192 pp. GdF. 17,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Malgré lui, un fonctionnaire mexicain planqué au ministère de l’Immigration, dont le lecteur ne connaîtra jamais le nom, se retrouve en charge de la migration des Kaajapukugi vers une terre de refuge au Mexique. Ces Indiens d’Amazonie, une cinquantaine d’hommes, ont derrière eux une longue histoire faite de recombinaison, de renaissance et de destruction. Flanqué de l’étrange Boaventura, ethnographe raté auto-érigé en protecteur, le jeune bureaucrate va aider le peuple mazathèque du Huautla à accueillir les Kaajapukugi. Mais l’improbable se produit&amp;nbsp;: ceux-ci se suicident à peine arrivés à bon port. Peu après, c’est Boaventura lui-même qui est retrouvé mort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première partie du roman est irriguée par la question des migrations et des rapports entre ethnographie et colonialisme. On y saisit l’importance des refuges et de la solidarité à créer face aux désastres écologiques et sociaux perpétrés par les Occidentaux. Le récit se complexifie ensuite en alternant les points de vue du bureaucrate et de Boaventura. Celui-ci s’adresse au fonctionnaire via une vidéo-testament où il confesse sa propre compromission dans la fin tragique des Indiens. On est transporté par sa voix dans une suite de péripéties où l’aventurier se perd et entraîne avec lui tous ceux qui l’entourent. Parallèlement, le fonctionnaire se trouve à la fois engagé dans une enquête visant à élucider la mort des Kaajapukugi et dans le travail de deuil de ses propres parents. Cela fonctionne assez bien, on suit avec aisance le passage entre ces différents questionnements et niveaux de réalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La mort rôde, donc. Mais &lt;em&gt;quid&lt;/em&gt; du météore annoncé dans le titre et de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l’audacieuse pointe de science-fiction&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» mentionnée en quatrième de couverture&amp;nbsp;? Tout au long de l’ouvrage, on apprend qu’une sonde spatiale chinoise habitée est sur le point d’être envoyée vers Mars. De loin, le fonctionnaire suit les opérations jusqu’au jour du lancement. Quel est le rapport&amp;nbsp;? C’est là que le bât blesse un peu&amp;nbsp;: en quelques pages, l’auteur tente de nous convaincre du lien intime entre la cosmogonie des Kaajapukugi et le voyage interplanétaire des Chinois. Certes, on accepte d’emblée de ne pas lire du Egan ni du Le Guin, mais ça reste tout de même maigre pour un amateur de SF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette réserve formulée, il importe de noter tout l’intérêt du roman et le plaisir pris à sa lecture. Terron dépeint ce peuple de «&amp;nbsp;Schopenhauer sauvages&amp;nbsp;» avec finesse et humour. Ceux qui apprécient les messages métaphysiques seront d’ailleurs servis, voire surpris… Ils sortiront en tout cas de cette histoire avec des idées pour spéculer sur le temps, la génération, l’héritage et le devenir fantomatique (ou non&amp;nbsp;!) des individus et des peuples.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, voici un livre intelligent et divertissant qui vous fera parcourir des chemins inattendus, à condition toutefois de n’être pas trop chatouilleux au niveau des entournures logiques et des fondations scientifiques.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Nicolas Delforge&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Du rêve au cauchemar</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/12/18/Du-reve-au-cauchemar" rel="alternate" type="text/html" title="Du rêve au cauchemar" />
      <id>urn:md5:b3114e53662701dd6963d63d6007fb3d</id>
      <published>2020-12-18T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-12-18T16:03:53+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Transgénération Express</dc:subject>
                    <dc:subject>Bruno Para</dc:subject>
              <dc:subject>Raphaël Gaudin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Vers les étoiles avec une couverture signée Manchu&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen07-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour finir cette année qui semble avoir fait l’unanimité contre elle, Raphaël Gaudin, avec le coup de main inattendu de Bruno Para, nous propose quelques récits jeunesse propres à l’évasion, mais aussi des histoires à même de nous faire réfléchir au monde qui nous entoure et à notre avenir (pas toujours rose)…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Un peu de rêve pour les plus jeunes&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Andrus Kivirähk avait fait une entrée tonitruante dans le paysage éditorial avec la publication en 2013 de &lt;strong&gt;L'Homme qui savait la langue des serpents&lt;/strong&gt;, splendide fantasy tragic-comique estonienne parue chez Attila et lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire. Deux autres romans avaient suivi au Tripode, &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-groseilles-de-novembre&quot;&gt; Les Groseilles de novembre &lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Papillon&lt;/strong&gt;, avec moins de succès mais tout autant de loufoquerie et de dépaysement balte. Son quatrième roman arrive aujourd'hui, toujours au Tripode, et, – surprise – il s'agit de littérature jeunesse, plutôt tournée vers les 10-12 ans.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les Secrets&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen07-secrets.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La famille Jalakas a l'air normal au premier abord&amp;nbsp;: un couple avec deux enfants (Siim le garçon, Sirli la fille). Pourtant, si l'on partage son quotidien, on s'aperçoit vite que chaque membre a son jardin secret – mais pas une chose ordinaire, comme un journal intime ou une passion tenue cachée. Siim, par exemple, a découvert un petit trou dans le tapis qui l'a mené vers une forêt merveilleuse et un costume de magicien. Sa sœur monte régulièrement au ciel pour jouer avec les nuages-ballerines et le soleil. La mère est la reine d'un royaume féerique où elle retourne régulièrement. Quant au père, s'il sort de sa voiture par la porte arrière, il devient capable des plus grands exploits sportifs. Il suffit de lire ce qui précède pour comprendre que Kivirähk s'en donne à cœur joie pour inventer les situations les plus farfelues les unes que les autres. La facétie succède à l'émerveillement, le saugrenu à la fantaisie. On se laisse emporter sans mal par cette histoire très dynamique, aux personnages attachants, dont on ne rougirait pas de partager l'existence. Au fond, il n'y a que dans le monde normal que ces personnages ne sont pas vraiment à leur place&amp;nbsp;: même une sortie pêche entre père et fils tient de l’expédition, car ni l’un ni l’autre ne sait où se trouvent les rivières et les deux sont contraints de marcher des heures durant&amp;nbsp;! Et puis il y a aussi M. Mouton, le voisin irascible, qui leur gâche régulièrement la vie avec ses remarques pleines d'acrimonie. Aussi, Siim, Sirli et leurs parents passent-ils souvent «&amp;nbsp;de l'autre côté&amp;nbsp;» et retournent dans leurs mondes imaginaires respectifs, célébrant par là même la puissance des rêves et l'échappatoire d'une réalité parfois un brin pesante qu'ils constituent.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Une des illustrations de Clara Audureau&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen07-secrets-illus.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Secrets&lt;/strong&gt;, dont on signalera également les illustrations signées Clara Audureau, se révèle ainsi plein de folie, de magie et de surprises, inventif en diable, un vrai remède à la morosité – ce qui n'a rien de superflu par les temps qui courent. Dans &lt;strong&gt;L'Homme qui savait la langue des serpents&lt;/strong&gt;, destiné aux adultes, Andrus Kivirähk avait au détour de certaines scènes déjà montré qu'il était capable de s'adresser à de plus jeunes lecteurs, on ne sera donc pas surpris qu'ici il s'acquitte de ce malicieux roman jeunesse avec son brio habituel.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Bruno Para&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Andrus Kivirähk – Les Secrets – Le Tripode, novembre 2020 (roman inédit traduit de l'estonien par Jean-Pierre Minaudier – 200 pp. GdF. 15&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Du rêve aux étoiles&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Changement totale d’imaginaire avec un spécialiste des sagas, Brandon Sanderson, qui délaisse un temps ses univers de fantasy pour nous offrir un &lt;em&gt;Top Gun&lt;/em&gt; spatial. Enfin, délaisser, c’est vite dit, puisque l’auteur continue la série des &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/justiciere&quot;&gt; «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Archives de Roshar&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; dont le quatrième tome devrait sortir l’année prochaine (en deux forts volumes). Le présent roman, &lt;strong&gt;Vers les étoiles&lt;/strong&gt;, est le premier tome de la série «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Skyward &lt;/strong&gt;» qui en comporte déjà deux publiés aux États-Unis (le troisième est en cours d’écriture).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne reviendra pas sur le hasard qui, ici, fait mal les choses à propos du titre, puisque ce livre de Brandon Sanderson est sorti en même temps que &lt;a href=&quot;http://www.denoel.fr/Catalogue/DENOEL/Lunes-d-encre/Vers-les-Etoiles&quot;&gt;celui de Mary Robinette Kowal&lt;/a&gt;, l’un et l’autre portant le même titre VF. Pourtant, aucun rapport entre les deux. Le hasard, que voulez-vous&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Vers les étoiles&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen07-skyward1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Vers les étoiles&lt;/strong&gt;, version Sanderson, nous suivons Spensa, une jeune fille sur qui les fées (ou le hasard, encore lui) ne se sont par penchées&amp;nbsp;: au cours de la bataille décisive des humains exilés sur la planète Détritus contre les monstrueux Krell, son père s’est enfui, comme un lâche, et a été abattu par son coéquipier. La tache indélébile a marqué Spensa à vie. Elle mène depuis une existence solitaire, à explorer des cavernes à la recherche de nourriture. Car sur Détritus, les humains survivent plus qu’ils ne vivent, réfugiés dans de grandes cavernes, souterraines et isolées. Les attaques des Krell sont incessantes. En cas de trop grands rassemblements, ces extraterrestres fondent sur les humains et détruisent leur habitat. Mais depuis peu, les choses ont changé&amp;nbsp;: les humains tentent de se regrouper, soutenus par une base aérienne placée à la surface. Des pilotes s’envolent chaque jour de la base Alta pour intercepter les formations ennemies et, surtout, empêcher le bombardement de cette enclave à la surface, dernier espoir d’une population aux abois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Brandon Sanderson sait y faire. Il use de toutes les cordes pour s’attacher le lecteur. Spensa, la jeune héroïne, a tout pour nous émouvoir (qui a dit «&amp;nbsp;un peu trop&amp;nbsp;»&amp;nbsp;?)&amp;nbsp;: son père est mort&amp;nbsp;; tout le monde la regarde comme une lâche&amp;nbsp;; son rêve de devenir pilote pour venger l’honneur familial se heurte à d’innombrables obstacles, dont certains d’une injustice phénoménale. Bref, on ne peut qu’être de son côté. À cela s’y ajoutent la découverte d’un mystérieux objet, cet ennemi extra-terrestre, étrange et au comportement difficilement explicable, ainsi que les raisons inconnues de l’arrivée de ce groupe d’humains sur Détritus, cette planète entourée d’une épaisse couche de débris spatiaux, qui cache en grande partie les étoiles. Voilà de quoi intriguer et captiver. Et cela fonctionne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vers les étoiles&lt;/strong&gt; est un &lt;em&gt;page turner&lt;/em&gt; redoutable, certes un peu formaté, mais auquel on s’abandonne avec joie. L’auteur aligne les obstacles sur la route de Spensa et distille progressivement des indices pour permettre de découvrir progressivement les clefs de cet univers. Il titille la curiosité tout en alignant les scènes d’action dignes du &lt;em&gt;Top Gun&lt;/em&gt; cité plus haut. L’entrainement, dur et cruel, des jeunes recrues, les combats aériens sont d’une grande efficacité et l’on entend presque les tirs nous frôler à la lecture de certaines pages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lire &lt;strong&gt;Vers les étoiles&lt;/strong&gt;, c’est passer un bon moment, comme quand on regarde un bon gros blockbuster. Alors allez chercher le paquet de pop corn et laissez-vous embarquer. En ces temps troublés, cela ne peut pas faire de mal&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Brandon Sanderson — Skyward T1. Vers les étoiles – Le Livre de poche – 7 octobre 2020 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Mélanie Fazi – 698 pp. GdF. 21,90 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Demain, il fera chaud&amp;nbsp;!&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Après l’échappée dans les étoiles, retour brutal sur Terre, où l’eau a fini par manquer, réchauffement climatique oblige. Des hordes de réfugiés quittent le sud de la France devenu progressivement un enfer pour tenter de trouver de quoi subsister plus au nord. Las, les nouveaux venus sont chassés, marqués, voire abattus. Le choléra s’invite dans la partie, décimant les rangs des survivants. Certains parviennent à s’organiser et vivent dans des communautés enterrées, loin de la surface surchauffée et de ses virus mortels. Mais Oliver, un jeune garçon appartenant à l’un de ces groupes, ne supporte plus la routine et les secrets véhiculés par les dirigeants de l’abri. Il conteste sans cesse les règles et finit par découvrir que tout ne se passe pas comme on le dit. Il va donc devoir risquer sa vie pour comprendre ce qui se trame réellement dans les souterrains, mais aussi à la surface.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;RC2722&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen07-rc2722.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après son incursion dans la fantasy doublée de steampunk (&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/02/18/A-toutes-voiles-vers-la-fantasy#tharanis&quot;&gt;Les Secrets de Tharanis &lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;), David Moitet fait un passage réussi dans le post apocalyptique avec &lt;strong&gt;RC 2722&lt;/strong&gt;. En lien avec l’actualité – enfin, une actualité qui dure déjà depuis pas mal d’années –, il nous offre une vision funeste de notre avenir. Un monde sans suffisamment d’eau potable pour tous ses habitants. Les conséquences sont là, dans toute leur noirceur et horreur&amp;nbsp;: l’obligation de quitter sa maison, sa routine, sa vie rassurante pour affronter l’inconnu, la peur et l’égoïsme qui lui est lié. Et, parallèle évident avec la crise actuelle, la venue d’un super virus dévastateur, qui se propage à la vitesse de l’éclair à travers la planète grâce aux échanges incessants entre les différents pays. Le bilan, même s’il est noir, s’avère hélas très réaliste et mis en scène de façon très efficace, au point de se montrer dérangeant par moments.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’autant que nous suivons la fuite d’une famille composée d’un jeune couple et de ses deux enfants en bas âge, chose qui renforce encore le côté poignant des scènes où l’humanité disparaît derrière l’instinct de survie. Ce qui effraie davantage le lecteur qui se demande quel passage de cette histoire va se réaliser dans un avenir plus ou moins proche. C’est d’ailleurs la force de ce roman&amp;nbsp;: son réalisme. La toile de fond proposée est diablement crédible. Bien sûr, certains côtés sont un peu exagérés (il faut bien tenir, question rythme, et cela impose des facilités ou des raccourcis), certains coups de théâtre sont un peu transparents (pour un lecteur adulte). Mais dans l’ensemble, l’ambiance est diablement lourde. Surtout dans les flashbacks, intelligemment insérés dans le récit et qui nous font vivre la chute de notre société de l’intérieur. On ne peut s’empêcher de se demander ce que l’on ferait si cela arrivait… ou quand cela arrivera…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RC 2722&lt;/strong&gt;, dont le titre est une référence de plus vers l’horreur, est donc un récit initiatique d’aventures prenant, rythmé et porteur d’un avertissement très net sur les conséquences de nos choix actuels. Un roman à conseiller vivement.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;David Moitet – RC 2722 – Didier Jeunesse – septembre 2020 (roman inédit – 302 pp. GdF. 15,90 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Voyage au pays de l’atome… et de ses restes&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dans la même optique d’éveil des consciences, on s’aperçoit qu’une bonne idée ne fait pas nécessairement un bon roman. Non pas que &lt;strong&gt;Les Sentinelles de Pangéa&lt;/strong&gt; soit mauvais, ni même désagréable à lire. Mais il manque de substance. Dès le début, on se doute de ce qui va suivre et on sent que l’auteur va tirer à la ligne pour nous y conduire. Peut-être les plus jeunes lecteurs se laisseront surprendre, mais les lecteurs plus aguerris risquent de trouver le chemin un peu long.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les Sentinelles de Pangea&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen07-pangea.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Voici Pangéa, vaste continent où les êtres humains tentent de vivre au plus proche de la nature, en la respectant. La magie est présente, tout comme certaines sciences&amp;nbsp;: la botanique, par exemple, mais aussi la physique, avec la création de quelques appareils volants, plus ou moins expérimentaux encore. Lowana, justement, est botaniste. Dans sa profession, elle est l’une des meilleures. Ce qui explique pourquoi elle est envoyée avec Renjo, un garde forestier austère, pour enquêter sur l’origine d’un mal mystérieux qui frappe une zone au nord du continent. Les animaux comme les habitants sont touchés et cela se répand. Tout vient d’une grotte maudite, protégée par d’étranges sculptures de métal, venues d’on ne sait où, et qu’on trouve à plusieurs endroits du continent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le but du roman est louable&amp;nbsp;: sensibiliser, par la fiction, les plus jeunes aux dangers des déchets nucléaires. D’ailleurs, pour prolonger le récit, on trouve à la fin du livre un court cahier traitant de la radioactivité et des solutions pour stocker ces déchets. Cette démarche rappelle l’initiative d’ActuSF avec son recueil &lt;strong&gt;Nos futurs&lt;/strong&gt;, anthologie réunissant scientifiques et écrivains, là aussi pour faire prendre conscience au plus grand nombre de certains dangers qui nous menacent. Et donc, nous inciter à les éviter ou, à tout le moins, à en minimiser les impacts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’instar de nombre de récits pour un public plus jeune, &lt;strong&gt;Les Sentinelles de Pangéa&lt;/strong&gt; est un roman de voyage tout autant qu’un roman initiatique. Voyage empli d’embûches et de découvertes d’autres cités d’abord. Joslan F. Keller sait doser ses effets&amp;nbsp;: les péripéties ne sont pas trop nombreuses et leur enchainement maintient l’intérêt du lecteur sans l’assommer sous les détails et les rebondissements multiples. Initiation ensuite car Lowana, sans réel but en début d’ouvrage, va se trouver une vocation et une place affirmée dans la société. Elle va participer à son sauvetage et déjouer un complot. Le job normal d’une héroïne de roman, quoi&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La lecture des&lt;strong&gt; Sentinelles de Pangéa&lt;/strong&gt;, à défaut d’être transcendante, peut distraire et amener à réfléchir à notre façon de gérer la production de déchets nucléaires. Mais elle est réservée à un public plus jeune, moins habitué aux récits de ce type.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Joslan F. Keller – Les Sentinelles de Pangéa – Scrineo – octobre 2020 (roman inédit – 380 pp. GdF. 17,90 €)&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Histoire de la SF : rencontre avec Xavier Dollo</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/12/11/Histoire-de-la-SF-rencontre-avec-Xavier-Dollo" rel="alternate" type="text/html" title="Histoire de la SF : rencontre avec Xavier Dollo" />
      <id>urn:md5:4f2208cb31a72c9c32d308ad276257b2</id>
      <published>2020-12-11T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-12-11T16:18:17+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dollo-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dollo-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fin novembre est paru &lt;strong&gt;La Science-fiction&lt;/strong&gt;, projet unique en son genre&amp;nbsp; une imposante bande dessinée de 200 pages, retraçant l'historique de notre genre favori, des origines à nos jours — rien de moins&amp;nbsp;! Derrière cette folle entreprise&amp;nbsp;: le dessinateur Djibril Morissette-Phan aux pinceaux et l'écrivain Xavier Dollo au scénario. Ce dernier, au micro virtuel de Philippe Boulier, nous raconte les origines de cette BD, ses choix, sa collaboration avec Djibril Morissette-Phan et ses projets futurs&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dollo-histoiredelasf.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Histoire de la science-fiction&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dollo-histoiredelasf_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Comment est né le projet&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Grâce aux Humanoïdes Associés. Ils ont fait faire des essais à plusieurs écrivains de SF, mais ça n’a pas matché. À l’époque, je travaillais encore à Critic, et Eric Marcelin a lancé en collaboration avec les Humanoïdes Associés une collection censée adapter les romans des éditions Critic. Lorsqu’il a entendu parler du projet, il a proposé que je passe le test. Je n’étais pas très chaud au départ, le projet me semblait assez dantesque, et je n’étais pas sûr d’être la bonne personne pour celui-ci. Mais comme j’ai quand même cette passion quelque peu dévorante pour le genre, j’ai fini par proposer un script de quelques planches sur Jules Verne. Bruno Lecigne, qui dirigeait le projet, a visiblement aimé ces planches et a dit banco. À partir de là, je ne pouvais plus reculer. Ils ont ensuite commencé à chercher un dessinateur et c’est Djibril Morissette-Phan qui a été choisi, pour mon plus grand plaisir parce que c’est vraiment lui qui m’avait tapé dans l’œil.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Tu le connaissais&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Cryptomonnaie&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dollo-cryptomonnaie_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pas du tout, mais on m’a montré quelques planches d’autres projets, notamment son travail sur les &lt;em&gt;X-Men&lt;/em&gt;. Il avait également dessiné &lt;em&gt;Crypto monnaie&lt;/em&gt;, un album qui m’avait bien plu. J’avais un avis d’autant plus favorable que ce que je voyais dans son dessin me paraissait extrêmement malléable, c’est-à-dire qu’il est capable d’adapter son dessin à des typologies très différentes. Et pour un album comme &lt;em&gt;Histoire de la Science-Fiction&lt;/em&gt;, il me fallait quelqu’un qui soit capable de s’adapter aux différentes époques dont on parle. Il a lui aussi passé le test Jules Verne et on a tous été convaincus par ses planches. Dès lors, le projet était définitivement sur les rails.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dollo-julesverne.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Page 11&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dollo-julesverne_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Connais-tu un équivalent à ce livre ailleurs dans le monde&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’ai cherché et je n’en ai trouvé aucun. J’y ai beaucoup réfléchi au départ &amp;nbsp;: on peut trouver paradoxal de parler de littérature en bande dessinée. Mais c’était aussi le souhait des Humanoïdes Associés de familiariser le grand public à ce genre, et de ce point de vue la bande dessinée offrait un support intéressant, ludique.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Effectivement, l’histoire de la science-fiction telle que tu la racontes est avant tout l’histoire de la littérature de science-fiction. Etait-ce dans le cahier des charges ou est-ce toi qui considères la littérature comme le moteur de la science-fiction depuis les origines&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;C’est incontestablement le moteur du genre. Quand j’ai proposé mes premières planches, on m’a aussi demandé de faire un plan de l’ensemble. Ce que j’ai fait, en prenant comme base ce que j’aime et connais, c’est-à-dire la littérature de science-fiction principalement – sans toutefois négliger le reste.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Tu fais des passerelles vers les autres media.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Tout à fait, je distille des informations qui permettent de faire le lien vers certains films ou séries. Utiliser un Tardis dans le déroulé de l’album, c’est de la méta-narration sur la culture SF. Pour les planches qui concernent Rosny aîné par exemple, j’ai demandé à Djibril de s’inspirer des dessins de Robert Bressy qui a adapté les Xipéhuz. C’est une passerelle vers le dessin. On trouve beaucoup de méta-données, qu’on verra ou pas à la lecture, c’est aussi là le petit plaisir du scénariste, voire du dessinateur. Mais je pense n’avoir négligé aucun des aspects de la science-fiction, j’ai juste balisé la route du côté littéraire, parce que ma sensibilité me porte plus vers la littérature.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Sciencefictionnaire&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dollo-sciencefictionnaire.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;En tant que lecteur, y a-t-il une histoire de la science-fiction qui t’a particulièrement marqué&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Histoire de la SF par Jacques Sadoul&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dollo-sadoul.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y en a au moins deux&amp;nbsp;: celle de Jacques Sadoul, et le &lt;strong&gt;Science-fictionnaire&lt;/strong&gt; de Stan Barets. J’ai grandi avec ces deux essais qui m’ont permis de découvrir pas mal de grands auteurs et de textes qui ont fait ma culture. Ils ont un peu balisé le cheminement de l’album, même si je me suis rapidement rendu compte qu’il me faudrait creuser d’autres pistes, et que pour avoir un panorama un peu plus global, il me fallait recouper les travaux de gens qui ont abordé la science-fiction de manière très différente. C’est vrai que l’histoire de la SF de Jacques Sadoul se lit comme un roman.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;C’est le point commun entre le travail de Sadoul et le tien. La grande différence est que lui – comme Barets – ont des opinions beaucoup plus tranchées que toi. Chez toi, on perçoit clairement ton enthousiasme pour tel ou tel auteur, beaucoup moins l’aversion que tu peux ressentir pour tel autre.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Complètement. C’est vraiment l’angle principal que je m’étais fixé. Je ne voulais pas me placer en position de juge, sans pour autant cacher le fait que tel ou tel auteur m’intéresse plus que d’autres. J’ai essayé d’avoir un ton qui soit le plus neutre et le plus juste possible. La période Campbell est longuement traitée parce qu’il me semble qu’il s’agit du point nodal du développement de la science-fiction mondiale. Je ne suis pas forcément très fan de tous les auteurs que j’aborde, y compris de Campbell lui-même, mais il était important d’en parler en détail. Comme il me semblait important de m’intéresser ensuite à un personnage atypique comme Simak, qui me permettait aussi de montrer que d’autres types de science-fiction, tout aussi intéressants, se sont développés hors du noyau Campbell. Simak faisait le bon lien, je trouve, entre l’école &lt;em&gt;Astounding&lt;/em&gt; et celle de &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le cas de Simak, il y a cette anecdote qui montre bien qu’il était un peu à part malgré tout, le fait que Campbell ait refusé la dernière nouvelle de &lt;strong&gt;Demain les Chiens&lt;/strong&gt; parce qu’elle ne donnait pas une vision conquérante de l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Asimov, lui, s’est plié beaucoup plus aux desiderata de Campbell et a quitté les Futurians pour publier dans &lt;em&gt;Astounding&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Qu’y a-t-il comme avantages et inconvénients à raconter cette histoire en bande dessinée&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Le visuel apporte au moins deux choses&amp;nbsp;: il permet de donner à voir cette culture, ce qui a été filmé, publié, dessiné, et il permet aussi de mettre des visages sur des noms trop souvent ignorés.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Il y a un gros travail de référence là-dessus.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Ça a été un travail très minutieux. J’ai beaucoup exploré les archives en ligne, écumé les photos des conventions de SF où sont identifiés la plupart des auteurs ou éditeurs des années 30 à 50. Je me suis parfois cassé les dents sur certains visages. Il y a quelques personnages qui n’apparaissent que de dos, dans un coin de case, parce que je n’ai trouvé aucun document sur eux. Hormis ça, on trouve assez facilement en ligne des documents qui permettent de ne pas se tromper. J’ai lu des centaines de &lt;em&gt;pulps&lt;/em&gt; pendant le premier confinement, et c’est du pain béni pour faire une histoire visuelle d’une littérature.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;À l’inverse des auteurs dont on ne connaît pas le visage, pour ceux qui ont un demi-siècle de carrière, il fallait choisir à quelle époque de leur vie les représenter.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;De ce côté, il s’est surtout agi d’un défi narratif. Quand on arrive dans ce que j’ai appelé «&amp;nbsp;la maison de la science-fiction&amp;nbsp;», on se retrouve avec des auteurs comme Asimov, Heinlein et Van Vogt. J’ai choisi de les représenter assez âgés parce qu’il y a un côté sage, avec une certaine aura, mais aussi pour montrer dans certaines scènes de flashbacks leur « jeunesse&amp;nbsp;», si bien qu’on retrouve certains personnages à différentes périodes de leur vie. Ça donne du rythme à la narration, en l’entrecoupant de scènes qui se déroulent à différentes époques ou qui mettent en scène telle ou telle histoire. Les codes couleur aident beaucoup dans ces cas-là, aidant également à la différenciation.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Choisir une représentation âgée de ces personnages leur permet donc, en tant que narrateurs de l’histoire, de regarder en arrière sur leur œuvre.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;C’est exactement ça.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Comment s’est passé le travail avec Djibril&amp;nbsp;? Il vit au Canada&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;À Montréal, oui. Le travail était on ne peut plus simple&amp;nbsp;: je scriptais mes planches, les lui envoyais, et cinq jours plus tard je recevais le travail fini. La scénarisation a pris beaucoup plus de temps que le dessin. C’est moi qui étais tout le temps en retard. S’il avait été seul à travailler sur l’album, il aurait été achevé en 2-3 mois&amp;nbsp;! Il a une vitesse d’exécution impressionnante. J’ai eu l’impression de travailler avec un virtuose. Il m’a mis plein d’étoiles dans les yeux. Et il n’a que 25 ans&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Il travaille autant en France qu’aux états-Unis.&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Khiêm, terres maternelles&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dollo-khiem_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est ça. Dans le même temps où il dessinait l’album, il travaillait sur un comic book et un album magnifique, &lt;em&gt;Khiêm, terres maternelles&lt;/em&gt;, qui vient de sortir chez Glénat Québec. C’est un artiste complet, professionnel, qui comprenait tout ce que je voulais sans que je n’aie jamais rien à redire. Pourtant je lui fournissais des consignes extrêmement denses et pointues, je mettais beaucoup d’information dans chaque planche – le fichier global doit peser plus d’un million de signes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’était un vrai bonheur de travailler avec lui. Tu imagines un truc et soudain il est là, devant tes yeux. C’est beaucoup grâce à lui, à sa facilité à saisir ce que je demandais, que j’ai pu faire l’album que je voulais.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dollo-shelley.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Page 10&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dollo-shelley_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Tu mets beaucoup en avant la place des femmes dans la science-fiction, des origines à aujourd’hui.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Au fur et à mesure de mes recherches, j’ai trouvé que la place des femmes dans la science-fiction a toujours été négligée. Même quand elles sont publiées, elles sont peu commentées, peu critiquées, ce qui m’a chagriné. Et dans les différentes histoires de la science-fiction que je connais, personne ou presque ne parle réellement des femmes, ou alors de façon beaucoup trop sporadique. La plupart des articles intéressants que j’ai trouvés avaient été écrits par des femmes. Beaucoup d’articles non traduits d’ailleurs. L’exception étant Christopher Priest, qui a pas mal écrit sur le sujet dans diverses encyclopédies.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai découvert des personnalités féminines qui m’ont assez fasciné, notamment une femme qui a joué un rôle clé dans le développement de la SF anglo-saxonne, et qui pourtant n’est jamais mise en valeur&amp;nbsp;: Judith Merril. J’ai découvert le rôle qu’elle a joué pendant mes recherches en picorant des informations à droite et à gauche, en lisant une partie de son œuvre aussi, et c’est en les synthétisant que je me suis rendu compte de son rôle. Il faudrait la redécouvrir par le biais de ses nouvelles je pense.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À partir de cette autrice, je me suis dit que je devais faire un vrai bon chapitre sur les femmes dans la science-fiction. En découvrant certaines autrices, comme Doris Piserchia ou Sonya Dorman, Carol Emshwiller, je me suis demandé pourquoi je n’en avais jamais entendu parler. Ou si peu. La plupart des histoires de la science-fiction ne mentionnent jamais ces autrices, ou alors de façon tellement pointilliste que finalement on ne retient pas leur présence, elle se dissout dans le propos, alors qu’elles ont été là, qu’elles se sont battues, qu’elles ont essayé d’émerger elles aussi. Toutes les minorités, quoi qu’on en pense, ont toujours eu des difficultés à émerger dans la science-fiction. On voit toutefois le résultat de cette «&amp;nbsp;lutte&amp;nbsp;» aujourd’hui&amp;nbsp;: les femmes et les minorités sont en train de prendre les rênes de la SF, et c’est un processus qui a vraiment démarré avec des autrices comme Judith Merrill, mais aussi Virginia Kidd, qui a créé une agence littéraire, notamment pour mettre en valeur le travail des femmes, sans oublier Cele Goldsmith, qui a dirigé &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; et a publié les premiers textes d’Ursula Le Guin. Après elles, l’évolution a été lente, mais balisée, jusqu’à l’émergence de certaines autrices dans les années 60 comme Joanna Russ ou Ursula Le Guin, qui ont vraiment orienté la SF vers d’autres prairies avec des thématiques beaucoup plus sociales et féministes qui n’étaient pas du tout, u trop peu, le terrain de jeu des hommes. Dans les années 80 à 90, on a Joan Vinge, Carolyn J. Cherryh, Lois McMaster Bujold qui s’emparent des thèmes et des cadres masculins de la science-fiction, notamment le &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; qu’elles vont renouveler. Aujourd’hui on a une diversification assez énorme des plumes féminines, surtout chez les anglo-saxons, beaucoup d’autrices émergent qui sont au top de la créativité et des ventes comme Becky Chambers, Rivers Solomon, N.K. Jemisin ou Emma Newman.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pour faire une synthèse des enjeux actuels, tu reprends un extrait du discours de Rebecca Kuang à la remise des Hugo.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Oui, parce qu’il m’a semblé extrêmement juste. Je trouve que c’est l’aboutissement de tout ce qui a été fait et qu’elle le synthétisait parfaitement.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Si j’avais un reproche à faire au livre, je trouve qu’il manque 20 ou 30 pages sur la fin du livre. Les 40 dernières années de la SF anglo-saxonne sont traitées en 6 pages.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je suis d’accord avec toi. J’aurais voulu avoir 250 pages plutôt que 210. J’ai réussi à avoir 10 pages de plus que ce qui m’était donné au départ. J’ai regretté de ne pas avoir pu aller davantage dans la période moderne, l’album aurait été plus équilibré. J’ai dû un peu sacrifier cette période, à mon grand regret, me concentrant sur la vocation «&amp;nbsp;racinaire&amp;nbsp;» de ce genre d’ouvrage documentaire.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;En même temps, faute de recul, n’est-ce pas difficile d’estimer l’importance de telle œuvre ou tel auteur dans l’histoire de la SF&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Complètement. C’est une des données qui entrait en jeu et une des questions que je me suis posées pendant la construction de l’album. C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai moins développé cette partie, que c’est celle qui a été le plus sacrifiée.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;C’est la même chose pour la SF française d’après-guerre.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Tout à fait. J’aurais aimé avoir deux tomes…&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Quel bilan tires-tu de ces deux ans et demi de travail&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Pour le moment, je suis encore dans une phase de réception de l’album. Forcément, ça m’angoisse de passer après tant de gens extrêmement érudits qui ont travaillé sur ce sujet. Mais le bilan personnel est bon. Ça a été une super expérience, notamment le fait de changer de support, moi qui suis habitué au roman et à la nouvelle. Ce travail était en quelque sorte une synthèse de ma passion, de mon travail de libraire aussi. On n’entend pas assez la voix des libraires spécialisés, qui sont avant tout des passionnés. Je suis un passionné depuis toujours et j’ai toujours défendu la cause de la SF à travers mon travail de libraire. Pouvoir écrire une somme comme ça, c’est aussi une façon de montrer tout le travail que j’ai pu faire en tant que libraire de genre. Les libraires de genre ne sont pas souvent mis en avant, ne sont jamais invités dans les festivals, dans le débat global, car ils ne sont souvent vus que comme des «&amp;nbsp;commerçants&amp;nbsp;», et il y a du vrai, sans doute. A ma connaissance, il n’y a eu que &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; pour mettre en valeur leur travail dans ses pages. Cette histoire de la science-fiction, c’est une synthèse de tout ce que j’ai pu vendre, conseiller, aimer dans mon travail de libraire, depuis plus de quinze ans.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Tu es un passeur.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;C’est souvent ainsi qu’on me décrit, et que je me décris maintenant aussi. J’ai eu un peu de mal à l’identifier pendant longtemps, mais ma mentalité est effectivement d’être un passeur passionné. Et c’est sans doute pour cela que j’aime être libraire, auteur, éditeur, voire enseignant.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Tes projets&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je suis en train de monter une maison d’édition, Argyll, avec Simon Pinel, ce qui nous prend beaucoup de temps. On est également en train d’élaborer le concept d’une librairie participative et collaborative qui ouvrira à Rennes en 2021. On est dans un principe d’économie solidaire et sociale, et notre projet est d’ailleurs «&amp;nbsp;incubé&amp;nbsp;» par une structure qui s’appelle le Tag35. Ce qui me rappelle qu’il y aura un troisième pôle à notre projet, celui du passeur, justement, un rôle d’incubateur&amp;nbsp;: on va aider des projets culturels, aider de jeunes auteurs et éditeurs qui veulent se lancer sans forcément avoir les moyens ou les réseaux, on veut aller dans les écoles, les collèges et les lycées, parler de science-fiction, d’imaginaire, y amener des auteurs, des éditeurs, des passionnés, faire des ateliers. On veut vraiment être sur le terrain. C’est un très gros projet qu’on est en train de bien mettre en place…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Argyll&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dollo-argyll.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sinon, je suis en train d’écrire un roman pour les Moutons électriques, une fantasy uchronique bretonne, et j’ai une élégie de science-fiction (écrite en hexamètres et en pentamètres) à paraître chez Goater, peut-être l’an prochain, tout dépend de l’illustratrice, Anna Boulanger, qui travaille sur le projet. Pour avoir ses illustrations, je suis prêt à attendre cinq ans sans problème tant j’aime ce qu’elle fait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le reste, des nouvelles paraissent ici et là ces jours-ci, une dans une anthologie qui s’appelle &lt;strong&gt;Le Dragon rouge,&lt;/strong&gt; au côté d’Alice Zeniter ou PPDA, rien que ça, l’autre dans une anthologie qui s’appelle &lt;strong&gt;Rennes No(ir) futur&lt;/strong&gt;, où je rends un petit hommage à &lt;em&gt;Robocop&lt;/em&gt; version rennaise. Le tout chez Goater éditions. Encore des rennais&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les Humanoïdes Associés m’ont demandé si je voulais faire un autre album, mais comme pour l’instant les idées que j’ai eues n’ont pas eu l’écho espéré, je ne sais pas encore ce que je vais leur proposer.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Tu as pris goût à écrire de la bande dessinée&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Fin d'Illa&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dollo-illa_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Oui, c’est une autre forme d’écriture que j’aime de plus en plus, une écriture de synthèse et d’ellipse dont je n’ai pas trop l’habitude, et qui m’aide même en dehors de l’écriture scénaristique. Ceci dit je ne suis pas sûr d’en faire beaucoup, j’aime trop l’écriture romanesque et les nouvelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’avais le projet de faire l’adaptation de &lt;strong&gt;La Fin d’Illa&lt;/strong&gt; de José Moselli. Ça, j’aurais adoré le faire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Hexamondes : rencontre avec Stéphane Martinez</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/12/02/Hexamondes-rencontre-avec-Stephane-Martinez" rel="alternate" type="text/html" title="Hexamondes : rencontre avec Stéphane Martinez" />
      <id>urn:md5:bdc6798ac9cae92081c6615b0fd47fb5</id>
      <published>2020-12-02T15:00:00+01:00</published>
                    <updated>2020-12-02T15:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Stéphane Martinez en interview&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/hexamondes-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fruit de plusieurs années de travail, &lt;strong&gt;Hexamondes&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;https://fr.ulule.com/hexamondes/&quot;&gt;actuellement en cours de financement sur Ulule &lt;/a&gt;, est un projet hors-normes, un documentaire de près de quatre heures qui retrace l’histoire de la science-fiction française des origines à nos jours en donnant la parole à une cinquantaine d’auteurs, autrices, spécialistes, etc. Son réalisateur, Stéphane Martinez, nous en dit plus.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hexamondes&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/hexamondes-banniere.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Comment est né Hexamondes&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Stéphane Martinez&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/hexamondes-stephanemartinez.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le projet est né il y a environ cinq ans, en entrant chez un bouquiniste à Strasbourg, Galaxy-Bis, près de mon lieu de travail. Ça a été comme une gigantesque madeleine de Proust. J’ai commencé par racheter tout ce que j’avais perdu depuis et par relire tous les classiques anglo-saxons, jusqu’au moment où j’ai demandé au bouquiniste, Laurent Ramon, de me conseiller des livres d’auteurs et autrices français. J’avais arrêté d’en lire dans les années 80 et je ne savais plus ce qui se faisait. Il m’a conseillé des auteurs que j’ai vraiment adorés, Bordage, Genefort, Damasio et tant d’autres. À partir de là, je me suis replongé dans la littérature de science-fiction française, à la fois ses nouveaux auteurs et aussi la proto-SF, le merveilleux scientifique et tous les feuilletonistes, que j’avais découvert chez Marabout dans les années 70. J’ai alors commencé à me poser plein de questions sur la SF française, ses thématiques, son rapport à la littérature anglo-saxonne, son passé, son présent et son avenir. J’ai alors bloqué un week-end et j’ai fait la liste de toutes les thématiques que je voulais aborder, toutes les questions que je me posais. J’avais aussi la secrète envie de rencontrer tout un tas de gens qui m’avaient fait rêver ou qui me faisaient encore rêver. Donc il y avait à la base un vrai plaisir personnel à rencontrer ces personnes, ainsi que des spécialistes en tous genres pour essayer de répondre à ces questions.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Donc quand tu faisais la liste des thèmes que tu voulais aborder, tu faisais en même temps celle des gens avec qui tu voulais en parler&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Oui, j’ai commencé par ça. J’ai essayé de cibler vraiment toutes les personnes qui me paraissaient emblématiques de certaines thématiques, de certains courants, ou tout simplement qui m’avaient offert du plaisir à la lecture. J’avais vraiment envie de les rencontrer d’humain à humain, sans savoir encore exactement sur quoi ça allait déboucher. Mais après deux-trois rencontres, j’ai su que je devais faire un documentaire sur le sujet, et je savais aussi qu’il serait «&amp;nbsp;hors-normes&amp;nbsp;», au sens premier du terme, qu’il ne correspondrait à aucun moyen de diffusion traditionnel, en tous cas dans le milieu télévisuel où je travaille. Et dès le départ j’ai su que ce projet serait différent de ce que j’avais l’habitude de faire. J’ai vraiment essayé de faire le documentaire que j’avais envie de voir. J’ai donc ciblé les personnes en littérature de SF française que j’avais découvertes récemment, qui m’avaient intéressées pour telle ou telle raison, mais aussi celles que j’avais lues entre 12 et 30 ans, et qui pourraient apporter des réponses aux questions que je me posais.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;C’est parce que dès le départ tu envisageais Hexamondes comme un projet «&amp;nbsp;hors-normes&amp;nbsp;» que tu ne l’as pas proposé à une chaîne de télévision ou une boîte de production&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Oui. J’ai souvent travaillé sur des documentaires, et je sais que c’est quelque chose de très formaté, notamment dans la durée. Pour un tel projet né d’une envie aussi personnelle, je ne voulais avoir aucun frein à ce que j’avais envie de faire, quitte à me tromper, mais j’estimais que j’étais assez grand pour faire le tri moi-même entre ce qui était bien et le reste. J’avais envie pour une fois de sortir du schéma traditionnel pour faire un travail vraiment personnel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’en ai quand même parlé un peu autour de moi, et tout le monde m’a répondu «&amp;nbsp;Ça ne va intéresser personne, on n’arrivera pas à le vendre, etc.&amp;nbsp;», un discours qui m’a un peu énervé. J’ai donc décidé que le documentaire existerait, on verrait plus tard sous quelle forme. Ça m’a évité de répondre à la question de la cible à laquelle tu t’adresses et ce genre de choses.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Tu t’adresses d’abord à toi-même, et qui m’aime me suive.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Voilà, sachant que ce qui m’intéressait, j’avais la prétention de penser que ça intéresserait les autres aussi, au moins ceux qui aiment la SF. J’avais aussi l’idée de la faire aimer à ceux qui la connaissent un peu moins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un autre problème qui se posait pour un tel projet, c’est&amp;nbsp;: comment illustrer la littérature et comment le faire accepter par une chaîne de télévision&amp;nbsp;? Je savais que je devais jouer sur les mots, proposer des extraits et des lectures de textes, sans utiliser d’images d’archives ou très peu, et c’est le genre de chose qu’il est toujours délicat de proposer à une chaîne qui vend de l’image. Moi, je voulais vendre des mots. D’où le financement participatif…&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pour en revenir à ta découverte de la science-fiction, à l’âge de 10 ans, elle s’est faite par la littérature plutôt que par le cinéma&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Cité des eaux mouvantes&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.hexamondes-valerian_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pas du tout. J’ai découvert la science-fiction entre 1975 et 1977. Je suis passé de l’enfance à la pré-adolescence grâce à la science-fiction, mais j’y suis venu par la bande dessinée. En 1975 j’ai découvert Yoko Tsuno, puis Valérian et Laureline avec &lt;strong&gt;La Cité des eaux mouvantes&lt;/strong&gt;. Il y avait quelque chose de très enfantin dans le graphisme, donc ça a été une bascule très facile pour moi. Et puis, peu de temps après, &lt;strong&gt;Lone Sloane&lt;/strong&gt; de Druillet. Une grande claque dans la gueule, pour moi comme pour beaucoup d’autres. Là, on quittait vraiment l’enfance pour tomber dans un univers qu’on ne comprenait pas. Ça m’a vraiment marqué, pour la première fois je voyais des planches de bande dessinée qui étaient plus grandes que moi. Puis l’image m’a amené aux mots et j’ai découvert la littérature de science-fiction avec, comme tous ceux de ma génération, la collection Anticipation du Fleuve Noir, qu’on trouvait chez les bouquinistes, et aussi la collection Marabout SF, qui a été le véritable déclencheur pour moi, notamment à cause des couvertures psyché-flamboyantes que peignait Henri Lievens. Le premier roman de science-fiction qui m’a fait halluciner, c’est &lt;strong&gt;Lutte avec la nuit&lt;/strong&gt; de William Sloane. Une véritable révélation. Et puis, en 1977, celui qui m’a définitivement fait basculer&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Tour de verre&lt;/strong&gt; de Robert Silverberg, toujours chez Marabout. Il y avait tout ce qui fait rêver un gamin&amp;nbsp;: le mythe du savant fou, les androïdes, la dimension sociale et politique, sans oublier le sexe &amp;nbsp;! Quand on a 12 ans, ça marque vraiment. Silverberg est d’ailleurs resté un de mes auteurs préférés. Pendant ces deux années, la science-fiction m’est apparue comme un univers gigantesque, un puits sans fond.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Sloane et Silverberg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/hexamondes-silversloane.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;À cette époque, la science-fiction française se limitait pour toi au Fleuve Noir&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Effectivement, à l’époque des couvertures blanches, puis celles bariolées illustrées par Brantonne. Je lisais ces romans sans forcément prêter attention au nom des auteurs. Mais c’était aussi, une fois de plus, Marabout SF, qui publiait pas mal de proto-science-fiction, Maurice Renard, Jacques Spitz et d’autres. Je ne faisais pas attention à l’époque à laquelle ces livres avaient été écrits. Plus tard, j’ai découvert la &lt;em&gt;new wave&lt;/em&gt; anglaise, des auteurs comme Brunner ou Ballard, et c’est seulement ensuite que j’ai lu les classiques de l’âge d’or de la SF anglo-saxonne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En y réfléchissant, j’avais sans doute découvert la science-fiction encore plus tôt, en achetant chaque semaine &lt;em&gt;Pif Gadget&lt;/em&gt; et en lisant les aventures de Rahan. Ce personnage qui observe les phénomènes à l’œuvre et qui anticipe des inventions technologiques complètement anachroniques, pour moi c’est un héros de science-fiction. Au-delà du simple aspect visuel de la série, cette façon d’aborder les choses a aussi façonné mon imaginaire.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pourquoi avoir abordé dans &lt;em&gt;Hexamondes&lt;/em&gt; la science-fiction française par le biais de la littérature plutôt que de la bande dessinée ou du cinéma&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Le cinéma français de science-fiction, même si une petite pastille lui est consacrée dans le documentaire, ce n’est pas quelque chose qui m’a touché. La bande dessinée, je savais que j’allais insérer un chapitre sur les images et le visuel de la science-fiction, et donc sur la BD. J’aurais aimé faire tout un documentaire sur la bande dessinée de SF, en particulier autour de Métal Hurlant, mais j’avais plus de choses à découvrir et peut-être à faire partager par la littérature. Même si je suis fan de BD, un bouquin est quand même souvent beaucoup plus riche, qu’il s’agisse des thèmes abordés, du point de vue de la prospective ou même de l’aventure.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Et pourquoi la science-fiction française plutôt que la fantasy ou le fantastique&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Parce que je suis davantage fan de science-fiction que de fantasy ou de fantastique, même si les frontières entre les genres sont souvent très floues. L’un des chapitres du documentaire s’appelle science-fiction vs. fantasy, dans lequel j’ai artificialisé une sorte de conflit entre les deux. Ça n’a rien avoir avec la qualité littéraire, c’est juste une appétence personnelle.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;&lt;em&gt;Hexamondes&lt;/em&gt; est divisé en deux parties d’environ 2 heures chacune, avec une première partie chronologique qui va jusqu’aux années 70 et une seconde plus thématique. Pourquoi ce choix&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Il me fallait d’abord tenir compte de la durée du support DVD. Dans la première partie, je voulais faire raconter aux intervenants la naissance de la SF et son évolution, et le faire de manière chronologique m’a paru être le choix le plus évident pour replacer le genre dans le contexte de sa création, voir ses courants, l’apparition des collections dédiées à partir des années 50, les controverses des années 60-70, et de manière générale aborder ses différentes facettes de façon plus précise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La deuxième partie, même si son découpage est thématique, continue de suivre la chronologie des événements. Il n’y a pas de véritable rupture entre les deux parties, simplement à partir des années 80 une nouvelle génération d’auteurs apparaît en apportant avec elle de nouvelles thématiques, le virtuel, le transhumanisme, etc. Seuls les chapitres consacrés aux images (affiches, couvertures de livres, bande dessinée, etc.) et à l’édition et au marché actuel de la SF se situent un peu en dehors de cette chronologie.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Ce qui fait la césure entre ces deux parties du documentaire, c’est &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;La révélation pour certains et la barrière à ne pas franchir pour d’autres. En ce qui me concerne, &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; a prolongé et parachevé ma découverte de la SF, tandis que pour d’autres on déformait complètement ce qu’est la science-fiction. Il s’agit d’une vraie bascule. &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; a amené le côté très populaire de la SF dans toutes les couches de la société.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Même pour parler de la science-fiction française, on est donc obligé d’en passer par &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; a été un déclencheur pour beaucoup de gens. Les non-initiés ont pu visualiser un genre qu’ils ne connaissaient pas ou mal. En France, ça a pu faire frémir les puristes qui s’étaient battus pour une science-fiction sophistiquée se démarquant des modèles anglo-saxons, mais, en même temps, &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; a ouvert tellement de portes pour un nouveau public et de nouveaux auteurs. Et puis j’en parle aussi simplement parce que de nombreux intervenants m’en ont parlé, sans forcément que j’aborde le sujet. En matière de cinéma, seules deux personnes m’ont parlé de &lt;em&gt;2001, l’Odyssée de l’espace&lt;/em&gt;. Malgré mes relances désespérées…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Star Wars&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/hexamondes-starwars.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Entre les différents intervenants, &lt;em&gt;Hexamondes&lt;/em&gt; est parsemé de lectures de nombreux extraits de textes. Comment s’est fait le choix&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;C’est une vraie problématique que je me suis posée. J’ai interviewé des gens qui me paraissaient emblématiques des sujets que je voulais traiter avec eux et dont j’appréciais le travail. Dans un premier temps, il me semblait intéressant d’illustrer leur propos par des extraits de leurs écrits. Sauf que je ne m’en sortais pas. Il me paraissait délicat de privilégier tel intervenant plutôt que tel autre. Et je devais me limiter à un nombre raisonnable de lectures. Par ailleurs, je n’ai pas pu interviewer toutes celles et ceux que j’aurais voulu. Des extraits de leurs œuvres me permettaient de combler ces manques. Mais ce qui m’a définitivement convaincu, c’est que les auteurs et autrices aiment parler des bouquins de leurs collègues, et ils m’offraient ainsi l’occasion de passer naturellement de l’un à l’autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le choix des textes s’est vraiment fait au fur et à mesure du montage. Je savais que je voulais des lectures illustrées d’une à deux minutes, mais le choix s’est fait en fonction de ce qui se dit juste avant et juste après. Les textes répondent complètement aux problématiques posées par les intervenants. Pour le reste, j’ai relu une centaine de livres en surlignant et en prenant des notes. J’ai essayé d’être le plus juste et le plus pertinent&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;possible par rapport aux propos tenus.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Il y a des gens que tu n’as pas pu interviewer&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Oui, soit parce que je n’ai pas réussi à les contacter, soit parce qu’ils ne m’ont pas répondu. Je n’ai pas réussi à convaincre Pierre Pelot de me parler de SF par exemple. J’ai aussi raté Philippe Druillet deux fois de suite à une heure près, et c’est un de mes grands regrets. Mais dans l’ensemble, les personnes que j’avais sollicitées ont quasiment toutes accepté, se sont rendues disponibles, et l’accueil a été sincèrement génial.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Maintenant que tu t’y es un peu frotté, quel est ton point de vue sur le milieu de la SF française&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’ai rencontré des gens ultra-passionnés, et forcément ça me parle. Tous ont essayé de communiquer leur passion, et je les ai trouvés vraiment pertinents, à l’écoute, à la fois très pointus et très exigeants par rapport à leur travail. Je ne m’étais peut-être pas rendu compte à quel point, outre la qualité littéraire, le genre SF était important à ce point-là pour eux, comme s’il y avait encore un combat à mener. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai choisi de ne pas intervenir dans le documentaire. Les intervenants sont mieux placés que moi pour donner leur avis et nous livrer leurs analyses, et je ne voulais pas me mêler au débat et à cette exigence. Ce sont des passeurs, et quand tu as la chance de rencontrer ce type de personnes, c’est super enrichissant. J’ai voulu, à travers leurs regards, donner moi aussi envie de lire cette science-fiction française&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt; Si j’avais pu faire un documentaire de dix heures, je l’aurais fait.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Une série&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Le premier montage faisait quand même 6 heures 30. Je me suis dit qu’il fallait peut-être se calmer…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Quelques conseils&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.hexamondes-frenchies_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Pour finir&amp;nbsp;: si tu avais cinq écrivains à conseiller pour découvrir la science-fiction française&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Question piège… Je vais essayer de brasser large&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jacques Spitz, à cause de &lt;strong&gt;L’Œil du purgatoire&lt;/strong&gt;. Une des plus belles idées de science-fiction, en tous cas le roman qui m’a le plus perturbé avec sa variation schizophrénique du thème du voyage dans le temps.&lt;br /&gt;
Jean-Pierre Andrevon, parce que je suis fan de son extrémisme littéraire.&lt;br /&gt;
Philippe Curval, pour &lt;strong&gt;Cette chère humanité&lt;/strong&gt; ou encore &lt;strong&gt;L’homme à rebours&lt;/strong&gt;, entre autres.&lt;br /&gt;
Laurent Genefort, dont j’aime beaucoup les space operas, et &lt;strong&gt;Omale&lt;/strong&gt; en particulier.&lt;br /&gt;
Enfin Pierre Bordage, &lt;strong&gt;Wang&lt;/strong&gt; est le premier roman que j’ai lu quand j’ai redécouvert la science-fiction française et ça a ouvert les portes à &lt;strong&gt;Hexamondes&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais si tu me reposes la question demain, je te citerai sans doute d’autres auteurs et autrices.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.ulule.com/hexamondes/&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Un beau poster pour Hexamondes&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.hexamondes-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Thomas Day, guide de lecture complémentaire</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/11/12/Thomas-Day-guide-de-lecture-complementaire" rel="alternate" type="text/html" title="Thomas Day, guide de lecture complémentaire" />
      <id>urn:md5:04c38f092f7ccc1affdbb7bb347e6fa2</id>
      <published>2020-11-12T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-11-12T16:36:01+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si Thomas Day est le nouvelliste le plus publié dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, il est aussi un auteur dont la rédaction a suivi avec une relative assiduité les parutions. En témoigne ce guide de lecture composé des critiques parues dans les pages de la revue, venant compléter celui du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-100&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 100&lt;/a&gt; dédié à l'auteur de &lt;strong&gt;La Voie du sabre&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Les Cinq Derniers Contrats de Daemone Eraser&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-daemone1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-daemone1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le nom transparent de Daemone Eraser est lié à son activité de combattant des arènes, domaine où il excelle, peut-être parce qu'il n'attend plus rien de la vie depuis que son épouse repose dans un caisson d'animation suspendue. C'est alors qu'un Alèphe, créature qui maîtrise le temps, lui propose de vivre à nouveau avec sa compagne en échange de cinq meurtres. Des individus qui, l'Alèphe le garantit, méritent la mort… Eraser n'hésite pas longtemps. Avec Kimoko, la garde du corps qui l'aime en vain, et l'homme-chat Gilrein, également à son service, il se rend sur les planètes où l'attendent ses «&amp;nbsp;contrats&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ceux qui supposent que cette trame très linéaire ne sert que de prétexte à de spectaculaires combats seront surpris de voir avec quelle habileté Thomas Day en fait le support de propos plus ambitieux exposés par petites touches très adroites. Existe-t-il une peine, si grande soit-elle, qui justifie qu'on s'interdise de vivre&amp;nbsp;? Peut-on fonder un amour, même absolu, sur des meurtres, fussent-ils légitimes&amp;nbsp;? Le sont-ils justement, alors qu'il s'agit de personnes paumées ou qu'une erreur a transformé en monstres, et en sachant que tant que quelqu'un a un souffle de vie il lui reste une chance de se racheter&amp;nbsp;? L'art d'aimer est le plus difficile&amp;nbsp;; cette philosophie de la vie que Thomas Day expose sans prétention est en réalité la trame cachée de ce roman qui marie intelligemment aventure et réflexion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On apprécie également l'artifice de mise en page de la double conclusion, qui offre au héros d'explorer les existences entre lesquelles il a toujours balancé&amp;nbsp;; il revient au lecteur, également partagé entre ces deux solutions, de trancher, selon son tempérament.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les &lt;strong&gt;Rêves de guerre&lt;/strong&gt;, ce péché de jeunesse publié dans le même intervalle (chez Mnémos), permet de mesurer le parcours de Thomas Day, du récit d'aventures à la violence gratuite vers plus de psychologie et de maturité. Un bon texte.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-25&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;25&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Resident Evil&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-resident.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-resident.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un terrible virus se répand dans la «&amp;nbsp;Ruche&amp;nbsp;», centre de recherche scientifique high-tech souterrain. L'intelligence artificielle qui la régit bloque toutes les issues pour empêcher sa propagation à l'extérieur. Un commando d'élite est envoyé pour constater les dégâts et désactiver l'ordinateur. Ils constatent que les 500 travailleurs de la Ruche sont devenus des zombies. Pris au piège, ils doivent terminer leur mission, sauver leur peau et le monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La novelisation de Thomas Day colle au plus près au script. Autant dire que l'histoire est classique, gentiment bourrine (ce n'est pas péjoratif), très très légèrement complexifiée par l'amnésie et le double jeu de certains personnages. Pas de scènes en moins, ni en plus&amp;nbsp;; juste des détails dans les descriptions, les pensées des personnages, une introduction du point de vue de l'intelligence artificielle, ces petites choses que permet un roman et pas un film. Le livre alterne descriptions, scènes de baston, et dialogues/explications pour souffler un peu. Cumulées, les scènes d'actions sont un peu longues (on se doute qu'elles sont bien moins efficaces que dans le film)&amp;nbsp;: le bouquin aurait pu être avantageusement réduit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Finalement, le livre est à l'image du film&amp;nbsp;: pas prise de tête, sans autre prétention que de vouloir faire passer deux heures plaisantes. Entre deux romans plus sérieux, ça décrasse les neurones. Mais bon, même si un réel effort a été fait sur le prix, ça ne mérite pas de figurer dans la collection «&amp;nbsp;Lunes d'encre&amp;nbsp;», autrement plus prestigieuse et ambitieuse.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-heurtel/&quot;&gt;Philippe Heurtel&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-27&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;27&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Voie du sabre&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-sabre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-sabre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Avec &lt;strong&gt;La Voie du sabre&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt; plonge ses lecteurs dans un Japon de fantasy, un Japon du XVIIe siècle qui ne fut jamais, où la magie et les dragons existent, où le métal météoritique des sabres est trempé dans le sang.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si je reprends la dernière phrase du texte de quatrième de couverture, ce n'est pas par paresse, encore que…, mais parce qu'elle annonce parfaitement la couleur sur l'univers mis en place dans le livre, et surtout, sur le problème théorique qu'il pose d'emblée quant au genre dont il relève. Problème qui tient à un détail minime en apparence mais capital à mes yeux&amp;nbsp;: l'orthographe d'un mot. Fantasy ou fantaisie&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On comprend, bien sûr, que l'utilisation du terme fantasy a pour but de positionner La Voie du sabre dans la collection où paraît ce… appelons-le pour l'instant «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;», et de le faire surfer sur l'onde porteuse (au sens marketing du terme) dont bénéficie aujourd'hui la fantasy en question. Et c'est de bonne guerre. Mais du même coup, voici la fantasy amenée à englober tout ce qui relève du merveilleux épique, de &lt;strong&gt;L'Odyssée&lt;/strong&gt; à certains textes de &lt;strong&gt;La Légende des siècles&lt;/strong&gt; et aux actuelles tolkienneries, en passant par Les Mille et une nuits et les féeries de tout poil. Certes, à suivre André-François Ruaud dans sa &lt;strong&gt;Cartographie du merveilleux &lt;/strong&gt;(Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;»), on sait que la fantasy a les idées larges et qu'elle peut finalement englober tout et n'importe quoi. Y compris, pourquoi pas, &lt;strong&gt; La Voie du sabre&lt;/strong&gt;. Pourtant, à se trouver ainsi placé dans une case, aussi large et floue soit-elle, le livre risque de subir un effet réducteur en ce qui concerne son propos, son ambition, son style, et par conséquent son public.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car nous sommes ici dans le domaine de la littérature, chers amis, quand celle-ci se laisse porter par la fantaisie qui mène au conte. (Et voici ma thèse annoncée.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du conte, pratiqué à la manière de Perrault ou à celle, philosophique, de Voltaire, voire, plus près de nous, de Tournier, &lt;strong&gt; La Voie du sabre &lt;/strong&gt;tient en effet la fausse naïveté, la profondeur, la transmission en filigrane d'une leçon de sagesse et de vie – étonnante chez un tout juste trentenaire comme Thomas Day – qui en fait un de ces récits d'apprentissage chers au XIXe siècle, et, puisqu'il s'agit d'un conte sinon japonais, du moins à la japonaise&amp;nbsp;: l'écriture poétique, aussi bien au niveau du phrasé, des images pittoresques, que de la construction, superbement maîtrisée, incluant des contes dans le conte qui ont pour fonction de rythmer l'histoire et d'y ouvrir de nouveaux tiroirs de sens et d'émotion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'histoire&amp;nbsp;? Là encore, le texte de dos en donnera une excellente idée. Disons simplement que c'est celle de l'éducation du jeune Mikédi, fils d'un chef de guerre, par Miyamoto Musashi, un rônin (samouraï privé de maître) dont l'existence est historique mais qui, dans la grande tradition de l'épopée – transformation de l'histoire, ou de ce que l'on croit en savoir, en légende –, est complètement revue et corrigée par la fantaisie du narrateur&amp;nbsp;: Thomas Day, qui s'est mis dans la peau de Mikédi pour raconter à la première personne la quête aux mille rebondissements de celui-ci.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette identification, qui est passée par une longue immersion dans la culture japonaise, mérite d'ailleurs un grand coup de chapeau, tant elle donne de crédibilité au récit. Non seulement les rituels du thé, des combats au katana, du seppuku, sont rapportés avec une précision qui confère aux étapes codées du «&amp;nbsp;roman d'apprentissage&amp;nbsp;» (initiation sociale, guerrière, amoureuse, philosophique…) un puissant parfum d'authenticité, mais les dialogues de sagesse, avec leur petit côté énigmatique, leurs paradoxes zen, les images qui les illustrent, sont typiques d'une certaine littérature japonaise. Et sans que cela soit le moins du monde laborieux&amp;nbsp;! Ici, la documentation, parfaitement intégrée, devenue une seconde nature, ne sent jamais le moisi de la fiche élaborée avec application et s'harmonise parfaitement avec les envols de l'imagination&amp;nbsp;: les cités flottantes de Kido soulevées par les monstres aquatiques sur lesquels elles vont se poser afin de recueillir sur leur carapace les conques contenant la fameuse encre de Shô – une séquence digne du meilleur Brussolo&amp;nbsp;! –&amp;nbsp;; l'encre de Shô elle-même, avec ses redoutables propriétés&amp;nbsp;; le Palais des Saveurs&amp;nbsp;; la Pagode des Plaisirs et son subtil système de jetons&amp;nbsp;; le tatouage magique de Musashi&amp;nbsp;; et j'en passe… À tel point qu'on imagine assez bien Thomas Day écrivant son livre en kimono, alternant le thé et le saké, et posant son point final en ayant, à force, les yeux irrémédiablement bridés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fallait-il que nous soit donné en annexe le détail des sources, bibliographiques et filmographiques&amp;nbsp;? Assurément, l'auteur procède ici par honnêteté, souci artisanal de montrer le soin qu'il a apporté à son œuvre, mais le magicien doit-il nous expliquer ses tours, nous montrer l'envers du décor, les moyens par lesquels il a créé l'illusion&amp;nbsp;? En fait, je crois que Thomas Day a péché ici par modestie académique – comme si Zola, publiant &lt;strong&gt;Germinal&lt;/strong&gt;, s'était senti obligé de livrer en fin de volume toute sa documentation sur la mine pour nous rappeler que ses impressionnantes connaissances en ce domaine n'étaient que le fruit d'un travail d'enquête. Ce faisant, il a oublié que l'art est artifice et que l'on n'en voudra jamais à un artiste de faire son miel de tout ce qui lui tombe sous la main, ses expériences, ses voyages, ses lectures, et d'exercer sa magie sans nous en donner les secrets – l'essentiel de ces secrets, le mystère par lequel une imprégnation se mue en œuvre d'art restant de toute façon insondable, y compris pour l'artiste lui-même. C'est d'ailleurs, curieusement, un des enseignements de Musashi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Détail… Remarque de cuistre, j'en suis conscient… Car, fantasy ou conte, œuvre de genre ou littérature dite «&amp;nbsp;blanche&amp;nbsp;», tout simplement (parce qu'elle se publie sous couverture blanche comme chez Gallimard, Flammarion ou P.O.L.), peu importe en fin de compte&amp;nbsp;: c'est bien d'un livre magique qu'il s'agit ici. Parce que la magie y joue sa partie, bien sûr, mais surtout parce qu'il semble avoir été composé en état de grâce, qu'il charme (au sens premier du terme) par ses trouvailles de situation, la complexité douce-amère de sa «&amp;nbsp;leçon&amp;nbsp;», son mélange de violence et de tendresse, de crudité et de poésie délicate, son économie (seulement un peu plus de 250 pages là où d'autres se seraient répandus sur une trilogie), bref, son développement dans la verticalité, c'est-à-dire la profondeur, plutôt que dans l'horizontalité – qui est, comme on le sait, la position de la mort –, et last but not least, son style.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musashi, le maître samouraï, possède au nombre de ses talents celui de sculpter au sabre une vague déferlante de façon à y faire brièvement apparaître un dragon, ou le sang giclant d'une blessure de façon à y suggérer un tigre avant que celui-ci ne se résolve en pluie. Ainsi Thomas Day procède-t-il avec les mots, faisant surgir ici et là une métaphore splendide, une vision impressionnante, une vigoureuse sentence. C'est sa voie du sabre à lui. Étrangement, mais dans la logique des grands malades d'écriture qui viennent à maturité, elle le mène aujourd'hui, après la voie punk, steam ou non, de &lt;strong&gt;Rêves de guerre&lt;/strong&gt;, de &lt;strong&gt;L'Instinct de l'équarrisseur&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Stairways to hell&lt;/strong&gt;, à la sûreté de touche d'un livre enchanteur, un des meilleurs, sinon le meilleur de la production française d'imagination de la rentrée 2002, à ranger sans hésiter à côté des magnifiques &lt;strong&gt;Nouvelles orientales&lt;/strong&gt; de Marguerite Yourcenar.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jacques-chambon/&quot;&gt;Jacques Chambon&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-29&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;29&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Double Corps du Roi&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-corps.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-corps.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Parce qu'il juge son monarque vieux et pusillanime, faible et sans grandeur, qu'il veut redonner à sa cité, Déméter, sa puissance d'en temps, le général Déléthérion fomente un coup d'état sanguinaire. Grâce à l'appui de l'armée et son association avec les Eizihils, une race insectoïde sur le déclin, il parvient à ses fins en une journée, balaye la monarchie et prend le pouvoir. Il va désormais lui falloir composer avec les instances religieuses de la cité-état, qui se verraient bien à la tête d'une théocratie, et surtout mettre la main sur l'Héraklion, armure-relique symbole du pouvoir monarchique de Déméter disparue lors du coup d'état, un artefact aux pouvoirs immenses dépositaire de la mémoire de tous les rois passés de la cité…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Double corps du roi&lt;/strong&gt; est, après &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ugo-bellagamba-thomas-day/l-ecole-des-assassins&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'École des assassins&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (le Bélial'), le second roman que nous devons à l'association de deux de nos jeunes auteurs les plus doués&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt;, qui a fait davantage que confirmer en une dizaine de livres (le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-32&quot;&gt;présent Bifrost&lt;/a&gt; en est une preuve supplémentaire), et &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ugo-bellagamba/&quot;&gt;Ugo Bellagamba&lt;/a&gt;, plus vert que son comparse, mais qui nous a d’ores et déjà montré toute son ambition dans le recueil &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ugo-bellagamba/la-cite-du-soleil-et-autres-recits-heliotropes&quot;&gt;La Cité du Soleil&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (le Bélial'). Un livre attendu, donc, avec comme toujours dans pareil cas le risque de la déception. Et nous n'y coupons pas. Ou tout du moins pas totalement. Car &lt;strong&gt;Le Double Corps du roi&lt;/strong&gt; souffre de défauts patents, ce qui ne lasse pas d'énerver quand pareil constat s'applique à un ouvrage qui aurait pu être épatant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre nous raconte l'histoire d'un coup d'état, des bouleversements qu'il implique, de la résistance qui s'organise autour de cet événement et des motivations des personnages qui se trouvent happés par le flot de l'Histoire. Un sujet classique mais ambitieux. Il y a de la dualité dans ce &lt;strong&gt;Double corps&lt;/strong&gt;. Manichéisme bien sûr, mais pas uniquement&amp;nbsp;: impérialisme face au monarchisme&amp;nbsp;; conservatisme et progressisme&amp;nbsp;; science et nature (la science étant plutôt le mal et la nature, ou «&amp;nbsp;l'état de nature&amp;nbsp;», le bien – un symbolisme de base répandu dans nos société modernes et finalement assez réac')&amp;nbsp;; fausse religion et vraie foi&amp;nbsp;; dualité des personnages tiraillés entre leurs origines et le nouveau monde qu'ils découvrent, leur vision éthique et politique et leur environnement social, familial… Finalement rien n'est simple et c'est tant mieux, le mal à ses raisons et peut se justifier&amp;nbsp;: méfions-nous des visionnaires. Alors&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors à l'ampleur des personnages, leur épaisseur, leur complexité, on opposera la puérilité de certaines de leurs réactions, l'invraisemblance crispante, ça et là, de leurs propos. Mais ceci relève du détail. Plus gênant est le fait qu'on ne saisit pas pourquoi, dès le début du livre, alors qu'Égée dispose de l'Héraklion, cette armure qui fait de lui un espèce de super héros, un Iron Man invincible, il ne s'en sert pas pour balayer les putschistes. Ou plutôt si, il s'en sert, un peu… Puis on nous explique que pour des questions morales, vraiment, il ne peut pas, non, vous comprenez, c'est pas bien, quoi, faut réserver ça au messie, et le messie, ben c'est pas lui… Mwouais. Et puis surtout, le plus handicapant, c'est cette construction en trois parties centrées autour de trois personnages différents (mais semblables, en fait), cette fausse disparité qui fait qu'on se retrouve avec des actes héroïques mais pas de héros, un paradoxe alors que le livre tout entier est un appel au héros. Du coup les moments de bravoures se succèdent mais, en fait d'un ouragan épique qui nous porterait du début à la fin, ce n'est qu'une succession de bourrasques – dommage, vraiment, même si certaines de ces bourrasques n'en sont pas moins magistrales… On ne peut se départir de l'idée que les auteurs sont restés le cul entre deux choix narratifs&amp;nbsp;: un point de vue éclaté à travers une véritable multiplicité de personnages (et plus aucun héros, juste des acteurs/spectateurs), et un unique point de vue (ou deux, disons, celui du régicide et celui qui s'y oppose) jouant pleinement la carte de l'héroïsme… Las.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On l'a dit&amp;nbsp;: on reste quelque peu déçu face à ce livre ambitieux qui promettait plus qu'il ne donne. Demeure toutefois un roman qui se lit d'une traite, inscrit dans un univers au substrat politique et géographique riche et savoureux, le tout ponctué de scènes marquantes. Alors on lit, oui, on apprécie, aussi, même si on regrette, un peu…&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Olivier Girard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-32&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;32&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Sympathies for the Devil – redux&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-devil.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-devil.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Chroniquer un livre de Thomas Day publié au Bélial n'est pas exactement une partie de plaisir, surtout quand ladite chronique est destinée à &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. Mais passées les premières inquiétudes, force est de constater que &lt;strong&gt;Sympathies for the devil – Redux&lt;/strong&gt; est un excellent cru. Le rédacteur peut donc continuer sa route sans crainte pour ses dents, ce qui fera économiser de l'argent à la sécurité sociale et contribuera à maintenir le climat de paix et de sérénité qui caractérise la S-F francophone en général et les patrons de Bifrost en particulier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Réédition du premier recueil de nouvelles de Thomas Day, &lt;strong&gt;Sympathies for the devil – Redux&lt;/strong&gt; reprend l'essentiel de ses caractéristiques, avec quelques petits changements (suppression de la préface, ajout de deux textes, élimination d'un autre, illustrations de Guillaume Sorel, etc.) dont on ne pourra guère mesurer l'importance faute d'avoir lu la chose à l'époque. Passons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Composé de six textes globalement assez différents dans leur forme comme dans leur fond (malgré la thématique commune de la fin du monde, au sens le plus large), &lt;strong&gt;Sympathies for the devil – Redux&lt;/strong&gt; est probablement la meilleure manière d'aborder l'œuvre d'un auteur jugé outrancier, ultra violent et brutal. À la lecture des nouvelles, il apparaît pourtant que cette fureur sanglante est souvent motivée par une saine tendresse pour le genre humain, cachée, certes, mais bien présente, doublée d'un humour cynique constant et déjanté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est d'ailleurs ce qui séduit le plus chez Thomas Day&amp;nbsp;: cette manière toute bordélique (en apparence seulement, la construction des textes étant imparable) de présenter un monde en ruine, amoral, violent, machiste, manifestement désespérant, mais jamais vraiment sérieux. Lire, par exemple, que «&amp;nbsp;La Notion de génocide nécessaire&amp;nbsp;» est un texte abouti et humaniste fait doucement rigoler. Très moyenne exploration de l'univers intime d'un mandaté Onusien, cette nouvelle est certes humaniste, mais globalement faible et peu crédible, peuplée de personnages sommaires, de philosophie existentielle de comptoir, le tout dans un vague éloge du nomadisme, sans que jamais le sujet ne décolle. Réflexion faite, ce constat n'est pas étonnant&amp;nbsp;: à côté des autres textes du recueil, «&amp;nbsp;La Notion de génocide nécessaire&amp;nbsp;» est un îlot de santé mentale et de calme au milieu d'un océan d'humeurs moites et odorantes. Reste que Thomas Day est justement à l'aise avec les humeurs, et c'est dans ce registre qu'il offre le meilleur de lui-même. Ainsi, «&amp;nbsp;L'Erreur&amp;nbsp;», sublime nouvelle qui réconcilie Dick et Thierry Paulin, dans une rocambolesque histoire aussi polardeuse que camée, pour un résultat non seulement magnifique, mais essentiellement parfait dans l'esthétique de l'immonde (on se souvient de Mme Bovary qui dégueule ses tripes après absorption du poison, Flaubert ayant prouvé le premier que de l'horreur pouvait naître la beauté, du moins en littérature). Plus loin, «&amp;nbsp;Le Démon aux yeux de lumière&amp;nbsp;» démontre qu'efficacité narrative, inventivité délirante et intelligence stylistique peuvent s'allier à l'humour le plus vachard, pour un récit qui propose une vision radicalement nouvelle de nos bons vieux démons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inutile de résumer les six textes qui forment un recueil bien séduisant. Autant oublier «&amp;nbsp;À l'heure du loup&amp;nbsp;», passer directement aux autres et ricaner d'un air sardonique en bonne intelligence avec l'auteur. Oui, &lt;strong&gt;Sympathies for the devil – Redux&lt;/strong&gt; est assurément un livre à lire, mais c'est surtout un livre à rire, antagonisme de façade pour une sincère inquiétude quant à l'état général du monde et de l'abominable somme de petites lâchetés qu'il implique.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-37&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;37&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Cité des crânes&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-cranes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-cranes.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;La Cité des crânes&lt;/strong&gt;, auto-fiction à mi-chemin entre le carnet de route et le roman stricto sensu, Thomas Day se livre tel qu'en lui-même, à poil, en sueur et les pieds sales, toute perversion mise à part. Sur la base d'un certain Thomas Daezzler, agent d'une organisation pseudo libertaire en mal d'aventures et dégoûté par un innommable pays hexagonal, l'histoire commence en Thaïlande pour se clore en longues sodomies, et accessoirement au Laos. Si&lt;strong&gt; La Cité des crânes&lt;/strong&gt; peut plaire ou profondément ennuyer son lecteur (en fonction des expériences de voyage de tout un chacun), on ne pourra enlever à son auteur une évidente sincérité, un vrai talent de conteur et une efficacité définitivement diabolique pour attraper son lecteur par le col et lui plonger le nez contre l'encre fraîche du livre. Le vrai souci est en fait bien plus fondamental et tient à la nature même du genre&amp;nbsp;: l'auto-fiction a ses limites et il est beaucoup trop difficile de faire la part des choses entre le vrai et le fantasmé pour ne pas parasiter la lecture de chapitre en chapitre. Résumons. Thomas Daezzler quitte son pays et atterrit en Thaïlande pour y retrouver une fille qui ne fera évidemment pas autre chose que lui claquer entre les doigts (moites, les doigts, il fait chaud par là-bas). Dès lors, la mécanique s'emballe et embarque le Thomas au Laos, le temps d'y travailler comme gérant de bar à putes et d'y rencontrer moult personnages exotiques. Jusqu'ici, tout va bien, mais le fantastique n'est jamais loin&amp;nbsp;: suite à la disparition du propriétaire du bar en quête d'un frangin disparu en pleine jungle, Thomas va bien devoir se coltiner au réel et se mettre lui aussi en marche vers la Cité des crânes, lieu fantasmatique et violent où le Colonel Kurz rejoint Conrad et Garland pour un voyage au bout de la nuit aussi glauque qu'humide. Nous ne sommes évidemment pas loin d'&lt;strong&gt;Au coeur des ténèbres&lt;/strong&gt;, après un détour par Michel Houellebecq auquel Thomas Day avait envie de répondre (&lt;strong&gt;Plateforme &lt;/strong&gt;s'intéressant uniquement aux clients et jamais aux putes). Reste que dans sa tentative de carnet de route à mi-chemin entre la folie intérieure et la froide description d'une Asie du Sud-est nettoyée de tout cliché, Thomas Day ne peut s'empêcher de produire lui aussi nombre de lieux communs propres à la littérature de voyage qui s'intéresse trop souvent au voyageur et pas assez au voyagé. Considérations sur le tourisme, dédain des voyageurs-qui-ne-voyagent-pas-vraiment, confrontation au réel qui a tout du fantasme indianajonesque et vague intérêt pour les autres qui masque mal le seul truc intéressant pour l'auteur, à savoir lui-même (ou du moins son héros). On voit que&lt;strong&gt; La Cité des crânes&lt;/strong&gt; peut agacer et laisser sur leur faim ceux qui espéraient plus d'un voyage au bout de l'enfer revu par Thomas Day. Au-delà de ces défauts qui sont plus ou moins évidents en fonction du goût et de l'expérience du lecteur, le livre se dévore et s'offre quelques morceaux de bravoure plus que réussis. Les tripes de l'auteur étalées sur une table forment un spectacle peu ragoûtant, mais c'est justement ça qui rend la littérature intéressante. Ceux qui désirent un récit lisse et propre peuvent passer leur chemin, avec Thomas Day, on se prend le réel dans la gueule et ça ne fait jamais de mal. Qu'importe si on est d'accord ou pas avec ce type de réel très personnel. L'important, c'est qu'il appartient à l'auteur.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-41&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;41&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Trône d’ébène&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-trone.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-trone.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1807 apparaît chez les N'Gunis du Natal (peu ou prou l'actuelle Afrique du Sud) un dictateur qui fonde la nation zouloue en conquérant par les armes les autres tribus de la région. Chef de guerre insatiable atteint de folie sanguinaire, il sera assassiné par les siens en 1828. Ses successeurs combattront les Boers, puis les Anglais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Telle est l'histoire du nouveau roman de Thomas Day, sous-titré &lt;strong&gt;Naissance, vie et mort de Chaka, roi des Zoulous&lt;/strong&gt;. Ni science-fiction, ni fantasy, ce roman est une épopée sanglante. Et comme en Afrique, la magie n'est jamais absente, une épopée fantastique sanglante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui frappe en premier c'est l'écriture, le souffle qui porte les exploits de ce guerrier hors du commun. Le destin de cet homme est exceptionnel, mais l'énumération de ses conquêtes guerrières serait lassante si elle n'était contée dans une langue aussi inspirée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est l'histoire du premier fils désiré d'un roi, conçu malheureusement pour lui hors mariage avec une concubine. Crime sacrilège qui permettra aux épouses légitimes d'exiger le bannissement du fils et de la mère quand elles-mêmes auront des héritiers. Un gamin martyrisé par les autres enfants du village jusqu'à son départ à l'âge de treize ans. Impavide, la mère assiste aux exactions dont son fils est quotidiennement victime, persuadée que ces brutalités forgent son caractère, que sa haine et sa rage le transformeront en messie guerrier. Une ancienne prophétie annonce en effet la venue d'un enfant sacré qui deviendra un grand roi et réunira sous sa coupe les autres tribus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour vérifier son pressentiment, elle l'emmène voir une vieille sorcière qui vit au creux d'un arbre de la savane, en compagnie d'un cochon sauvage aux yeux bleus. Celle-ci confirme que peut-être… mais qu'elle ne pourra en être sûre que le jour où le garçon atteindra la puberté. Quand ce jour arrive et que l'enfant, pour la première fois, se réveille le sexe dur, c'est la mère qui le soulage. Geste fondateur, incestueux, d'une mère toute puissante qui le poussera à conquérir les tribus voisines, à tuer et à massacrer les bouches inutiles, à vendre aux Portugais une partie des prisonnières et des enfants, et à garder comme esclaves les plus beaux spécimens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfant de la prophétie, Chaka est avant tout l'objet des dieux, dieux qu'il lui faudra parfois affronter, à l'instigation même de ces derniers. Ainsi combat-il une mère divine et monstrueuse, une lutte ô combien symbolique alors que dans sa vie personnelle, Chaka n'aura de cesse d'obéir aux dieux et à sa génitrice. Après quoi la première guerre est déclarée, et Chaka ne cessera plus de batailler, de tuer et de massacrer, encouragé par sa mère, par la prophétie, par la sorcière, et, bien sûr, par les dieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car ce sont les dieux qui, en coulisse, manipulent les marionnettes humaines qui défendent sans le savoir leurs intérêts. Les dieux savent que seul un empire zoulou puissant pourra entraver la marche de l'homme blanc et leur donner quelques années de répit. Comme d'habitude, ils poussent les hommes à s'entretuer en leur nom, se moquant des dégâts collatéraux (des milliers de morts à chaque nouvelle conquête de Chaka, qui seront nombreuses).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fin de sa geste, les dieux ordonnent à Chaka d'entreprendre un voyage initiatique, jusqu'à un lac sacré où l'attend un dieu crocodile. Le cadeau du crocodile (symbole du père, père qui l'a banni&amp;nbsp;!) le rendra fou.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La magie imprègne le récit, mais que serait une épopée africaine sans magie noire&amp;nbsp;? Une chanson de geste tout autant magnifique (un jour un enfant apparaît, porté par une prophétie il réunit sous sa coupe la nation zouloue) qu'horrifique du fait de la cruauté de Chaka, de son inhumanité. C'est un guerrier sans cœur fabriqué par les dieux et capable d'abattre ses alliés s'il les sent trop fragiles. Il ne se connaît qu'un unique amour, celui qu'il porte à sa mère, un amour qui le dévore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fin du roman, avalé comme un bouillon poivré une nuit de grippe, deux réflexions totalement incorrectes me viennent. Je comprends mieux les dictateurs africains actuels qui ne font que perpétuer la tradition et la folie du roi des zoulous. Et je me demande si une société sans dieu(x) serait moins sanguinaire. Peu probable…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Thomas Day a du souffle, il sait raconter des histoires, mais il a surtout ce don incroyable qui consiste à se glisser dans l'âme d'un peuple pour la faire sienne le temps d'un livre.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/marianne-leconte/&quot;&gt;Marianne Leconte&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-47&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;47&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;This Is Not America / La Maison aux fenêtres de papier&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-america-maison.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-america-maison.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Actualité chargée, en ce début 2009, pour notre éminent collaborateur Thomas Day. Deux ouvrages ont en effet tout récemment enrichi sa bibliographie&amp;nbsp;: le court recueil de nouvelles &lt;strong&gt;This is not America&lt;/strong&gt;, publié par ActuSF dans sa décidément sympathique collection des «&amp;nbsp;Trois Souhaits&amp;nbsp;», et le roman &lt;strong&gt;La Maison aux fenêtres de papier&lt;/strong&gt;, publié directement en poche en Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;» – une fois n'est pas coutume, mais la coutume est régulièrement violée chez cet éditeur et c'est tant mieux. Deux ouvrages très différents, donc, et présentant diverses facettes d'un auteur qui, on le sait, a plus d'un tour dans son sac&amp;nbsp;; mais deux publications finalement très proches, revendiquant toutes deux l'influence de Quentin Tarantino (pas forcément pour ce qu'il a fait de mieux, d'ailleurs), au milieu d'autres références plus ou moins cryptiques, et marquées par un goût prononcé pour le voyage et l'exotisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui est petit étant joli, commençons donc par évoquer &lt;strong&gt;This is not America&lt;/strong&gt;. Derrière ce titre musical et connoté (une habitude&amp;nbsp;?) se cachent trois nouvelles dépeignant une Amérique «&amp;nbsp;qui n'est tellement plus elle-même qu'on a déjà l'impression de la connaître&amp;nbsp;», pour citer la belle formule de la quatrième de couverture. Nul anti-américanisme de bas étage à craindre pour autant&amp;nbsp;: ce qui intéresse ici Thomas Day, c'est le rêve américain, avec ses idoles et ses tares, trituré jusqu'à la moelle par un auteur qui connaît son sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le recueil s'ouvre sur «&amp;nbsp;Cette année-là, l'hiver commença le 22 novembre&amp;nbsp;», nouvelle façon road movie qui nous explique à demi-mots ce qui s'est vraiment passé le 22 novembre 1963 à Dallas, en jouant plus ou moins sérieusement de l'inévitable histoire secrète, avec des vrais morceaux de l'inévitable théorie du complot. Un texte rondement mené, palpitant de bout en bout et d'une efficacité certaine. Dommage, toutefois – mais cela faisait évidemment partie du jeu – qu'on ait plus ou moins déjà lu ça cent fois…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On préférera sans doute «&amp;nbsp;American Drug Trip&amp;nbsp;», nouvelle burlesque et déjantée reposant sur une variation dickienne à base d'univers parallèles, avec plein de choses réjouissantes et improbables dedans. Une autre vision de l'Amérique, effectivement, bourrée de références et pour le moins jubilatoire. Probablement le meilleur texte de ce bref recueil – que les lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; auront toutefois déjà lu dans notre vingt-sixième livraison…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La dernière nouvelle, «&amp;nbsp;Eloge du sacrifice&amp;nbsp;», est plus grave en apparence – s'y pose un terrible dilemme –, mais les références, et plus largement les bonnes idées, abondent à nouveau – on notera au passage quelques très belles scènes de bataille… tout en regrettant, peut-être, que ce texte se montre un peu artificiel et n'aille pas forcément jusqu'au bout de ses idées, le tout pouvant laisser un brin perplexe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;This is not America&lt;/strong&gt; se révèle être au final un agréable petit recueil, savoureux et efficace. Rien de transcendant, certes, mais le fait est que cela se lit tout seul et qu'on en redemande volontiers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ça tombe bien, &lt;strong&gt;La Maison aux fenêtres de papiers&lt;/strong&gt; est là pour ça. Sous une belle couverture de Daylon, Thomas Day y retrouve son Japon chéri après &lt;strong&gt;La Voie du sabre&lt;/strong&gt; (Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;») et &lt;strong&gt;L'Homme qui voulait tuer l'Empereur&lt;/strong&gt; (roman publié dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-32&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;32&lt;/a&gt; et réédité chez Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;»), mais versant contemporain, cette fois. Le sous-titre est parlant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Hommage à Fukasaku Kinji, Takashi Miike et Quentin Tarantino&amp;nbsp;». L'influence des trois réalisateurs se sent en effet dans cette histoire débordant de yakuzas, de giclées d'hémoglobine et de sodomie à sec (pas de doute, on lit bien du Thomas Day). Mais on pourrait également y rajouter Takeshi Kitano, largement cité dans la filmographie en fin de volume, et dont l'influence se retrouve essentiellement dans de très réjouissants intermèdes ludiques («&amp;nbsp;paroles de yakuzas&amp;nbsp;») évoquant furieusement Sonatine (surtout), Hana-Bi et Aniki. Plein de bonnes choses, donc, et un programme tout ce qu'il y a d'attrayant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'essentiel de l'histoire repose sur la rivalité entre deux puissants clans de yakuzas, dirigés par deux frères, deux démons nés des cendres d'Hiroshima et de Nagasaki. Le chef du clan Nagasaki a élevé à sa manière (pour le moins rude) la troublante Sadako, une femme-panthère muée en irrésistible machine à tuer. Un jour, cependant, la destinée déjà étonnante de la jeune femme prend un brusque virage, quand Nagasaki Oni lui confie la terrible Oni No Shi, une épée légendaire et tueuse de démons. Un héritage difficile à porter et qui, très vite, jouera son rôle dans la guerre impitoyable que se livreront les deux clans yakuzas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette fantasy urbaine crue et violente nous vaut un roman d'action efficace de bout en bout, et tout à fait distrayant. L'hommage est réussi, et les amateurs ne pourront que s'en trouver comblés. Mais le meilleur ne réside pourtant peut-être pas dans cet aspect du roman, qui n'est par ailleurs pas exempt de menus défauts&amp;nbsp;: on peut ainsi regretter que cette trame, outre son côté passablement bourrin, se montre parfois un peu trop didactique, et que les éléments relevant proprement de l'imaginaire donnent en fin de compte une impression d'artifice, voire de superflu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais l'aventure de Sadako est encadrée par un prologue et un épilogue cambodgiens narrant, le premier du point de vue de Nagasaki Oni, le dernier de celui de son frère démoniaque, les origines de l'Oni No Shi. Ce qui nous donne, dans un sens, deux nouvelles de fantasy à la fois plus classiques de par leur côté «&amp;nbsp;archaïque&amp;nbsp;», et plus étonnantes et séduisantes en raison de leur cadre original, entourant le récit contemporain. La plume de l'auteur s'y fait plus fine, plus travaillée, sans que le récit ne s'en trouve édulcoré pour autant. Il s'en dégage une belle puissance narrative et un souffle remarquable, qui rendent cette Maison aux fenêtres de papier plus convaincante encore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, Thomas Day nous a gâtés avec ces deux ouvrages, certes pas parfaits, mais témoignant assurément tant du talent de l'auteur que de la cohérence dans la variété de son œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bertrand-bonnet/&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-55&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;55&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Daemone&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-daemone2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-daemone2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;David Rosenberg, célèbre gladiateur de l’Aire Humaine, n’éprouve plus aucun goût pour la vie depuis que Susan, son épouse, repose dans un caisson d’animation suspendue dans un coma définitif. C’est probablement ce qui lui permet de vaincre. Mais voilà que Lhargo, un Alèphe issu de la plus ancienne des civilisations, aux pouvoirs incommensurables, parmi lesquels la maîtrise du temps, et observateur des mœurs humaines, lui propose un contrat, à savoir le transférer dans un univers alternatif où sa bien-aimée est vivante et en bonne santé, en échange de cinq meurtres, uniquement de personnes qui ne méritent pas de vivre au vu de leur passif. Aidé de Kimoko, une femme plus tout à fait humaine, uberkriegerisch taillée pour le combat, séduisant garde du corps qui l’aime en vain, et de l’homme-chat Gilrein, mercenaire doublé d’un as de la technique, il exécute un à un ses contrats, pas toujours de la façon prévue. Les tentatives pour approcher la victime comme le détail des événements réservent quelques belles surprises.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble est enlevé, bien rythmé, avec les doses d’adrénaline attendues mais aussi une dimension psychologique qui place le récit sur un plan plus ambitieux&amp;nbsp;: les victimes, malgré les horreurs commises, méritaient-elles vraiment la mort, au point de leur retirer la possibilité de se racheter&amp;nbsp;? Peut-on fonder l’amour, aussi sincère et profond soit-il, sur le meurtre&amp;nbsp;? Qui sera cette autre Susan d’un univers parallèle et devra-t-elle savoir ce qu’il a fait pour elle&amp;nbsp;? La fin fournit la conclusion appropriée, en revenant également sur les motivations de l’Alèphe à l’origine du contrat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Cinq derniers contrats de Daemone Eraser&lt;/strong&gt;, paru en 2001 (même éditeur), a été entièrement réécrit pour la circonstance, approfondissant plus particulièrement les personnages tout en gardant leur côté «&amp;nbsp;brut de décoffrage&amp;nbsp;» propre aux héros d’aventures. Si le récit ne change guère sur le fond, il est à présent enchâssé de façon plus visible dans l’univers des Sept berceaux que Thomas Day a entre-temps développé au fil de nouvelles – il était à peine mentionné dans la première édition. La fin abandonne également, l’auteur seul sait pourquoi, la mise en page soulignant la poursuite du récit dans deux trames différentes, détail intéressant puisqu’il s’achève cette fois sur une fin unique, réduisant les possibles au choix, forcément douloureux et contraignant, quel qu’il soit, signe de la maturité et de l’évolution du personnage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble est bien rythmé, mené sur un rythme soutenu, et contient un certain nombre de références à des auteurs de SF (Silverberg, Zelazny), le tout dans l’esprit des films à la Sam Pekinpah et La Horde sauvage, de l’aveu même de l’auteur dans la longue interview qui fait suite au récit. Son but assumé est de faire plaisir et de se faire plaisir en retrouvant l’excitation un peu naïve qui accompagnait les westerns galactiques de jadis. Pari réussi, voire davantage, car &lt;strong&gt;Daemone&lt;/strong&gt; est quand même un cran au-dessus d’un space op’ sans prétention.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-64&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;64&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Du sel sous les paupières / Women in chains&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-america-sel-women.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-sel-women.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Je ne ferai pas l’affront de présenter Thomas Day aux lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. Rappelons simplement qu’il a commis une cinquantaine de nouvelles, dont certaines lui ont servi de cadre pour développer ses romans ultérieurs (&lt;strong&gt;La Voie du sabre&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L’Instinct de l’équarisseur&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du sel sous les paupières&lt;/strong&gt; s’inscrit dans une démarche identique, l’auteur ayant exhumé et complété un texte paru en 1999 dans l’anthologie steampunk &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/futurs-anterieurs&quot;&gt;&lt;strong&gt;Futurs antérieurs &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;(éd. Fleuve Noir).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Saint-Malo, 1922.&amp;nbsp; La Grande Guerre vient seulement de s’achever. Sous l’étrange brume qui recouvre désormais toute l’Europe, le peuple tente d’oublier qu’un autre conflit majeur s’annonce déjà, Français et Allemands s’activant pour mettre au point l’arme décisive qui fera gagner leur camp. Judicaël, alias l’Apache, garçon de seize ans, habite avec son grand-père dans la coque d’un bateau retourné. Pour survivre, il vend des illustrés et commet quelques menues rapines. Deux évènements vont le forcer à se hisser au-dessus de sa condition misérable&amp;nbsp;: la mort du vieux bonhomme et l’amour de la jolie Mädchen. Bientôt la jeune fille disparaît… Victime du Rémouleur, le tueur d’enfants qui terrorise la cité corsaire&amp;nbsp;? Ou victime des expériences menées par les militaires dans la base souterraine située sur la Rance&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman m’a laissé une impression mitigée. Ni le décor ni les personnages ni le thème ne sont en cause. Le pouvoir d’évocation de l’auteur ne s’est pas émoussé, pas plus que sa capacité à agréger en un tout cohérent les figures et les influences les plus diverses (pêle-mêle&amp;nbsp;: Vernes, Dickens, le cinéma de Caro et Jeunet, et, pourquoi pas, les Celtiques d’Hugo Pratt), situant le texte au carrefour du conte de fée, de l’uchronie et du steampunk. Day réussit en outre à rendre son jeune héros crédible en paumé attachant (à mi-chemin entre Gavroche, Oliver Twist et Huckleberry Finn), métamorphosé par l’amitié et l’amour, l’amitié d’une machine, l’amour né d’un simple regard, la morale de l’histoire s’appuyant d’ailleurs sur cet axiome tout simple&amp;nbsp;: l’amour et l’amitié peuvent tout, ils sont plus grands que la maladie, que les militaires et leurs guerres absurdes, que les dieux du passé. Tout juste pourra-t-on reprocher au texte une dynamique un peu fragmentée, une faiblesse au niveau du déploiement de l’intrigue (la quasi disparition de l’Überspion dès le second acte, par exemple&amp;nbsp;; par ailleurs, les développements autour de l’IRA et du personnage de Patrick Nolan ne m’ont pas paru très convaincants – plaqués artificiellement sur le cours d’un récit qui n’avait sans doute pas besoin de cet expédient pour trouver une résolution pertinente). Plus embêtant, en mettant un peu d’eau (de rose&amp;nbsp;?) dans le jus de désespoir où il trempe habituellement sa plume, autrement dit en voulant normaliser son texte il me semble que l’auteur en diminue la portée littéraire. Bien sûr, la dédicace du début laisse peu de place au doute. Mais qu’est-ce qui cara-ctérise Thomas Day&amp;nbsp;? Qu’est-ce qui le distingue de la meute&amp;nbsp;? Son univers de violence âpre et dure. C’est pour ça aussi qu’on le lit et qu’on l’aime. Ecrire un roman sans arme ni haine ni violence n’a rien d’infâmant en soi. Mais au milieu d’un tel foisonnement de références (voir exemples supra), je n’ai pas retrouvé l’empreinte habituelle de l’auteur, sa touche personnelle. En l’état, &lt;strong&gt;Du sel sous les paupières&lt;/strong&gt; aurait presque pu être écrit par un autre (ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il soit raté).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman édulcoré, &lt;strong&gt;Du sel sous les paupières &lt;/strong&gt;n’ira pas jusqu’à rebuter les lecteurs acharnés de Thomas Day – n’exagérons rien. Toutefois, par sa vocation adolescente, par sa tentation de la normalité, il les laissera peut-être sur leur faim.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par contraste, les nouvelles qui composent le recueil &lt;strong&gt;Women in chains&lt;/strong&gt; sont terribles, insupportables. L’auteur décrit, par le prisme de quelques vies, la misère de la condition féminine. Cinq destinations, combien de destins brisés&amp;nbsp;? Mexique, Allemagne, Groenland, Afghanistan, France. On se déplace beaucoup chez Thomas Day, mais comme le précise Catherine Dufour dans sa préface, le recueil «&amp;nbsp;n’est pas un guide touristique […] mais un guide du désespoir. Les voyageurs de Thomas Day ne se promènent pas d’une carte postale à une autre&amp;nbsp;: ils hantent le côté obscur du monde.&amp;nbsp;» Et les voyages se terminent, presque systématiquement, en cauchemars, en trips létaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La Ville féminicide&amp;nbsp;» évoque le mystère des disparues de Ciudad Juarez&amp;nbsp;: un récit brutal qui a l’inconvénient d’arriver après ceux de Sergio González Rodriguez et Roberto Bolaño.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans «&amp;nbsp;Eros-Center&amp;nbsp;», une jeune Africaine ambitieuse devient la proie d’un sorcier proxénète (sic) qui l’envoie tapiner à Francfort. Heureusement, une bonne étoile veille sur elle, en la personne d’un immigré turc qui rêve de se faire déniaiser… L’histoire, plaisante, souffre d’une construction éclatée qui peine à imposer son évidence, comme avait su le faire «&amp;nbsp;Dirty Boulevard&amp;nbsp;» (du même auteur, dans le recueil &lt;strong&gt;Stairways to hell&lt;/strong&gt;, éd. du Bélial’) en son temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tu ne laisseras point vivre&amp;nbsp;» est le récit d’une nymphomane, douée de pouvoirs divinatoires, qui croit trouver dans les solitudes groenlandaises un remède à la corruption des sens et de l’esprit. L’étreinte glacée du grand Nord ne la sauvera pas de spectres trop humains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Texte le plus politique du recueil, «&amp;nbsp;Nous sommes les violeurs&amp;nbsp;» (publié précédemment dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-62&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°62&lt;/a&gt;) nous projette dans un futur possible de l’Afghanistan, déchiré par la lutte contre la culture du pavot. Parmi les forces déployées sur le théâtre des opérations, une poignée de mercenaires va se distinguer en utilisant le viol comme mode opératoire et philosophie de guerre. Je n’en dis pas plus, excepté qu’il s’agit du sommet du recueil. Du grand art.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Poings de suture&amp;nbsp;» est une démarque étonnante du film &lt;em&gt;Real Steel&lt;/em&gt;. A la banalité de la violence conjugale l’héroïne opposera, en devenant star des rings, une volonté farouche de reconstruction. Un texte banal d’apparence mais à l’effet libérateur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Meurtre rituel, prostitution, viol collectif, bastonnade à mort, violence domestique. Voilà des histoires de sexe et de sang qui rebutent, qui scandalisent, sans doute parce que malgré le filtre du fantastique ou de l’anticipation, elles sonnent particulièrement justes. En tant que lecteur, on sort estourbi, désorienté, de ces cinq voyages au bout de la nuit. A la fois excité par la puissance brutale de l’écriture et accablé par les situations. Heureusement, l’humour (noir) de l’auteur rend çà et là plus respirable le déferlement des humeurs. Et le dernier texte ouvre une petite fenêtre vers un coin de ciel bleu. Parce que, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sam-lermite/&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-67&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;67&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Sept secondes pour devenir un aigle&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-7secondes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-7secondes.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sept secondes pour devenir un aigle&lt;/strong&gt; est le dernier recueil publié de Thomas Day. En six nouvelles et un peu plus de trois cent pages, il livre sa vision, justement pessimiste, de l’état du monde et de l’avenir de l’humanité. S’y ajoute, pour le lecteur, une postface documentée de Yannick Rumpala, spécialiste de la décroissance, proche donc du souci de Thomas Day ici.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car ce dont nous parle l’auteur – convaincant car convaincu – dans un recueil très joliment illustré par Aurélien Police, c’est d’écologie, de&lt;em&gt; deep ecology&lt;/em&gt;, même, idéologie radicale qui considère comme moralement condamnable de traiter le monde comme une ressource au service de l’homme, et l’enjoint à respecter la planète sur laquelle il vit ainsi que les êtres vivants avec lesquels il la partage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Protéger la planète, les biotopes, la biodiversité, est nécessaire en soi car tout ce qui est a une valeur, indépendamment de son utilité pour l’Homme. Cela implique conscien-ce, respect et maîtrise&amp;nbsp;;&lt;em&gt; la deep &lt;/em&gt;ecology c’est à peu près l’opposé exact de l’Ancien Testament invitant les hommes à croitre et à se multiplier en soumettant la Terre et ses créatures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sauver la planète, la venger, la soigner, s’assurer au moins de ne pas la meurtrir plus, c’est à ces tâches que s’affairent les personnages de Thomas Day. Suivons-les.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençons par &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mariposa&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, très beau texte, délicat et empreint de nostalgie. On y voit un groupe de Japonais assistés d’un Américain – ennemis d’hier qui tentèrent mutuellement de s’éliminer et y réussirent en partie – faire cause commune pour protéger une espèce d’arbre à papillons endémique, rendant par là même à la terre une partie de ce qu’elle leur donna. Et pas seulement sur un plan symbolique…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans&lt;em&gt; «&amp;nbsp;Sept secondes pour devenir un aigle&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, un vieux rebelle indien transmet le flambeau de la révolte à un fils adolescent qu’il n’a pas élevé. Venger la Terre, blesser ceux qui la blessent, est la seule voie droite&amp;nbsp;: c’est celle que Johnny la Vérole enseigne à Léo au cours de sa dernière chevauchée vers une revanche qui est celle de la Terre meurtrie. Léo y apprendra à vivre sans argent, hors du système, en se protégeant des objets de la modernité qui attachent au mode de production suicidaire que l’Occident impose au monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ethologie du tigre&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;est un beau texte dans lequel un homme qui a fait le choix, difficile mais raisonnable, de ne pas se reproduire, étudie les tigres et tente sans espoir de protéger cette espèce qu’il aime d’une extinction programmée par l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Shikata gan ai&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; fait du lecteur le spectateur d’un désastre écologique. Dans une ambiance à la &lt;strong&gt;Stalker&lt;/strong&gt;, on suivra des récupérateurs pillant la zone interdite de Fukushima pour vivre de la revente d’objets abandonnés par les populations en fuite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tjukurpa&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est proche de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sept secondes…&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Personnages issus de peuples premiers aux marges de la modernité ravageuse, retour aux pratiques et valeurs anciennes, recherche d’harmonie avec le monde, y compris en version virtuelle, rétribution violente et décroissance «&amp;nbsp;forcée&amp;nbsp;» dans une forme, ici subliminale, d’écoterrorisme doux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Lumière Noire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; nous montre une Terre nettoyée d’une bonne partie de l’Humanité par une IA rogue décidée à réaliser enfin le potentiel jamais exploité de l’Homme en se tournant vers les étoiles. Inquiétant et déjanté. Peut-être nécessaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur un thème capital, &lt;strong&gt;Sept secondes pour devenir un aigle&lt;/strong&gt; combine l’urgence d’un cri primal à une vraie maîtrise narrative. C’est donc un recueil éminemment recommandable.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/eric-jentile/&quot;&gt;Eric Jentile&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-73&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;73&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Dragon&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;day-gdl-dragon.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/day-gdl-dragon.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Une heure-lumière&amp;nbsp;». La nouvelle collection du Bélial dédiée aux novellæ. Quatre à huit courts romans y seront publiés par an. Du français et de l’étranger. Du tout neuf et du primé. &lt;strong&gt;Dragon&lt;/strong&gt;, de Thomas Day, est l’un des textes qui ouvrent le feu en ce début&amp;nbsp;2016.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bangkok, Thaïlande. Bientôt. Un inconnu massacre à la kalach les clients et le personnel d’un bordel temporaire, l’un de ces innombrables bouges de la capitale thaïlandaise où des mafieux font leur beurre en organisant la prostitution enfantine à destination des touristes occidentaux désireux de s’abandonner à leurs pulsions abjectes sans grand risque, et aussi, bien sûr, pour quelques pervers locaux. Le lieutenant Tann est immédiatement chargé de l’enquête, une enquête que le Général Wongkrachang, chef de la police de Bangkok, rend prioritaire. Ses ordres implicites sont clairs&amp;nbsp;: Tann doit retrouver le tueur et le supprimer discrètement. Il importe que les touristes, sources essentielles de revenus pour le royaume, ne prennent pas peur, mais aussi que la Thaïlande joue son rôle de pays motivé par la lutte contre la prostitution enfantine. L’opinion mondiale veille par les yeux de diverses ONG. La mauvaise réputation se paie cash.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Catholique dans un royaume majoritairement bouddhiste, ex-amant de Pearl, un &lt;em&gt;ladyboy pré-op&lt;/em&gt;, Tannhäuser&amp;nbsp;– Tann, pour les intimes –&amp;nbsp;marche en équilibre sur le fil tendu qui sépare deux mondes. La traque du Dragon, l’impitoyable bourreau des pédophiles, le fera basculer loin des hommes, dans une autre réalité, terrible et foudroyante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dragon&lt;/strong&gt;, c’est le cheminement de Tann vers son destin métamorphique, écho de celui du capitaine Willard dans &lt;em&gt;Apocalypse Now&lt;/em&gt; avec qui il partage une même mission (parallèle des scènes&amp;nbsp;: Tann/ Wongrachang&amp;nbsp;– Willard/Lucas)&amp;nbsp;: plonger jusqu’au cœur des ténèbres pour mettre un terme définitif au problème. Le parallèle trouve néanmoins sa limite&amp;nbsp;: &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, Tann sera Kurtz plutôt que Willard, il ne reviendra pas des ténèbres mais transmettra sa tâche à qui saura mieux la remplir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Dragon&lt;/strong&gt;, Thomas Day raconte la Bangkok derrière la carte postale –&amp;nbsp;une ville sale, corrompue, puante, aussi laide moralement que physiquement, où des hommes laids font des choses laides avec la complicité passive de la majorité… Il décrit en détails, au ras du sol, en reporter &lt;em&gt;embedded&lt;/em&gt;, en somme. Il pratique une approche gonzo, ultra-subjective. Il dit son horreur de la prostitution enfantine et la balance dans la gueule du lecteur, avec urgence et violence, là où le Houellebecq de &lt;strong&gt;Plateforme&lt;/strong&gt; abordait la question par l’ironie désabusée. Le choc ici est plus rude et, du coup, plus efficace.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/eric-jentile/&quot;&gt;Eric Jentile&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-81&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;81&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 100)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/10/28/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-100" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 100)" />
      <id>urn:md5:11e637963797775b12603450a7914955</id>
      <published>2020-10-27T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-10-27T15:25:42+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr100-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr100-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-100&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 100&lt;/a&gt; paraît ce 29 octobre dans toutes les bonnes librairies de France, de Navarre et d'outre-espace. Comme à l'accoutumée, une partie du cahier critique se retrouve sur les espaces infinis (ou presque) de la version numérique. Au programme, une demi-douzaine de livres, entre rééditions et curiosités…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr100-russie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr100-russie.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Dimension Russie impériale&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Anthologie proposée par Patrice et Viktoriya Lajoye - Black Coat Press, coll. «&amp;nbsp;Rivière blanche&amp;nbsp;» - mars 2020 (nouvelles pour l’essentiel inédites traduites du russe par Patrice et Viktoriya Lajoye - 274 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;Dimension URSS&lt;/strong&gt; (2009) et &lt;strong&gt;Dimension Russie&lt;/strong&gt; (2010), Patrice et Viktoriya Lajoye terminent leur tour d’horizon de la SF russophone en nous proposant une sélection de nouvelles relevant cette fois du merveilleux scientifique. Passage en revue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le recueil s’ouvre avec la novella &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Histoire extraordinaire d’un Pompéien ressuscité&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Vassili Avenarius, qui nous fait suivre les pas d’une momie ramenée à la vie par un scientifique italien. Le trope du choc des cultures se teinte ici d’amertume, alors que Marcus Junius Flaminius découvre la société industrielle. La satire se poursuit plus loin avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les lettres de Mars&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Vladimir Bariatinski, texte bref ressemblant surtout à une introduction à une déclinaison martienne des &lt;strong&gt;Lettres persanes&lt;/strong&gt;. Côté proto-&lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sur la lune&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Konstantin Tsiolkovsky consiste en une rêverie lunaire aussi platement écrite que fascinante au niveau des idées&amp;nbsp;: le père de l’astronautique russe avait visé globalement juste, et le texte est d’autant plus étonnant qu’il remonte à 1887 (voir le sélénite &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 95 pour une recension plus complète). Sous le patronage de Jules Verne,&lt;em&gt; «&amp;nbsp;Le Brig “Le Terreur”&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Ferdynand Ossendowski nous emmène dans les mers glacées du grand nord, sur les traces d’un navire porteur d’une virulente moisissure capable de tout détruire. Savants fous et amours contrariées sont au programme de cette ample novelette, inventive mais peut-être un brin trop convolutée. Pas tout à fait un voyage au centre de la Terre, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Ancêtres&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Sergueï Solomine est un journal de voyage dans un monde souterrain peuplé de batraciens géants et intelligents. Un texte prometteur mais qui pèche par sa brièveté. Le recueil comporte deux nouvelles de Valentin Frantchitch, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les rayons de la mort&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et&lt;em&gt; «&amp;nbsp;Le Char du diable&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, au sujet d’inventions dévoyées ou susceptibles de l’être. De fait, utopies et dystopies ne sont jamais très loin. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Parc royal&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; d’Alexandre Kouprine relève des premières, et met en scène des souverains dans une époque future qui conserve ses têtes couronnées à fin d’éducation. Il s’agit là d’un conte doux-amer réussi. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’amour dans les brumes du futur&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; d’Andreï Marsov, sous-titrée &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Histoire d’une romance en 4560&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, appartient aux secondes. Unique texte (auto)publié de son auteur, paru aux tout débuts de l’ère soviétique, il nous présente deux amants désireux d’être proches au possible dans un monde où des rayons d’un genre particulier rendent impossible de garder pour soi toute pensée. Pas tout à fait convaincant dans sa narration, le texte préfigure toutefois des aspects de &lt;strong&gt;Nous autres&lt;/strong&gt; de Zamiatine mais aussi de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Plus près de toi&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Greg Egan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au bout du compte, les dix nouvelles au sommaire du recueil présentent un panorama varié et inventif du merveilleux scientifique pré-Révolution russe. De quoi satisfaire les amateurs de curiosités.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr100-sirenes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr100-sirenes.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Sirènes&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Laura Pugno - Inculte, coll. «&amp;nbsp;Noir&amp;nbsp;» - mai 2020 (roman inédit traduit de l’italien par Marine Aubry-Morici - 172 pp. GdF. 16,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Premier roman traduit en France de la poétesse et autrice Laura Pugno, &lt;strong&gt;Sirènes&lt;/strong&gt; nous immerge d’emblée dans un récit noir, oscillant entre métaphore et univers post-apocalyptique. L’argument prospectiviste se réduit en effet très rapidement à un prétexte, un décor laissant libre cours à un propos de nature plus éthique autour de la condition animale et des rapports de domination entre l’homme, la femme et la nature.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Découvertes très récemment dans les profondeurs océaniques, les sirènes de Laura Pugni ne ressemblent en rien aux représentations romantiques colportées par Walt Disney et consorts. Elles n’empruntent pas davantage leurs traits aux créatures de l’odyssée d’Ulysse. S’il faut rechercher une origine à l’inspiration de l’autrice italienne, elle se trouve plutôt du côté du légendaire médiéval et scandinave. Les sirènes sont ainsi des animaux sauvages soumis à leurs instincts, mais non dépourvus de sensibilité, même si le sujet n’est pas ici central. Dans un monde en proie au rayonnement mortel du soleil noir et à l’agonie du derme blanc, où la part privilégiée de l’humanité, issue de la fusion du libéralisme et de la criminalité à la mode asiatique, s’est réfugiée à Underwater, les créatures aquatiques sont élevées pour leur viande et l’attrait sexuel qu’elles représentent pour les yakuzas. Mais tout cela reste de l’ordre du décor. Un paysage propice à l’histoire d’amour entre Samuel, un &lt;em&gt;killer&lt;/em&gt; déchu devenu soignant dans un élevage de sirènes, et la progéniture hybride née de sa relation avec une sirène. Une idylle sacrément tordue, inavouable dans un monde violent et sans autre moralité que le droit du plus fort, et dont on anticipe rapidement l’échec patent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sirènes&lt;/strong&gt; fait aussi la part belle au côté sombre de l’humain, malmenant l’idéalisme des uns tout en confortant le cynisme des autres. On assiste ainsi au viol de la nature, dont les ressources sont pillées sans vergogne pour la satisfaction des vices. Cette profanation du vivant par la technique n’est pas sans évoquer certaines vidéos publiées sur Internet afin de dénoncer la condition animale dans les élevages et abattoirs. &lt;strong&gt;Sirènes&lt;/strong&gt; nous renvoie aussi aux violences faites aux femmes, ravalées ici au rang d’objets sexuels ou de trophées échangeables comme des vignettes Panini.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un style imagé, fait de résonances funestes et lancinantes, Laura Pugni distille le malaise, nous renvoyant une image pessimiste de l’humanité, ce cancer mortel pour la Terre dont l’agonie ne marquera pas la fin du monde, bien au contraire. Avis aux amateurs, vous voilà prévenus.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr100-graine2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr100-graine2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Mauvaise graine&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Nicolas Jaillet - La Manufacture de Livres - juin 2020 (roman inédit - 344 pp. GdF. 18,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On avait déjà croisé Nicolas Jaillet dans les genres qui nous intéressent en 2010 avec &lt;strong&gt;Nous, les maîtres du monde&lt;/strong&gt; (Après la lune), roman sympathique bien qu’un peu foutraque, mélange de super-héros et d’invasion extraterrestre. Après avoir publié d’autres bouquins (western, roman historique…), il nous revient avec ce &lt;strong&gt;Mauvaise graine&lt;/strong&gt;, qui fait une nouvelle fois la part belle à la fusion des genres. Dans un mélange plutôt détonnant, puisque le bandeau proclame «&amp;nbsp;Quand Bridget Jones rencontre Kill Bill&amp;nbsp;». Julie, jeune institutrice, célibataire malgré les tentatives de ses amis pour la caser, sent sa vie basculer lorsqu’elle apprend qu’elle est enceinte&amp;nbsp;: elle n’a en effet pas eu de relations sexuelles depuis pas mal de temps&amp;nbsp;! Or les tests sont formels, et tous cohérents&amp;nbsp;: un fœtus se développe en elle. Passé le premier instant de stupeur, puis la phase d’interrogation (le garder ou pas&amp;nbsp;?) vient le questionnement&amp;nbsp;: n’a-t-elle vraiment pas couché avec quelqu’un ces derniers mois&amp;nbsp;? Par exemple lors d’une de ces soirées arrosées où elle s’est pris une cuite mémorable&amp;nbsp;? Aussi mène-t-elle l’enquête auprès de ses amis, pères potentiels de son futur rejeton (car oui, elle a décidé de le garder). Ce faisant, elle se découvre une forme éblouissante, et à vrai dire inédite chez elle. Mais quand elle réalise qu’elle a également développé une force surhumaine, et que certaines barbouzes paramilitaires sont à sa recherche, la peur gagne&amp;nbsp;: que lui arrive-t-il exactement&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ça commence comme &lt;em&gt;Bridget Jones&lt;/em&gt;, en effet, avec les interrogations pleines de drôlerie de cette femme qui ne comprend pas ce qui se passe. On est en pleine comédie sentimentale de situation, avec des dialogues savoureux, un rythme enlevé. Puis, peu à peu, la comédie cède la place au thriller&amp;nbsp;; l’humour ne disparaît jamais, loin de là, c’est même le leitmotiv de cet ouvrage, et parler de &lt;em&gt;Kill Bill&lt;/em&gt; pour cette deuxième partie n’est pas totalement infondé. Le quotidien pépère de notre héroïne va se retrouver bousculé, jusqu’à basculer dans l’angoisse quand elle comprend qu’elle est recherchée, que certains de ses amis ne sont pas nécessairement ceux qu’elle croit, et qu’il lui faut quitter ce qu’elle a connu sans retour possible. On alterne ainsi les passages stressants et les éclats de rire, à un rythme soutenu jusqu’à la dernière page. Tout cela n’est pas d’une originalité folle, à vrai dire c’est même plutôt prévisible (la raison de sa grossesse) et parfois téléphoné (la cabane dans les bois), mais le plaisir manifeste de Nicolas Jaillet a la rédaction de son histoire abracadabrantesque s’avère communicatif. Dès lors, parler de &lt;em&gt;page turner&lt;/em&gt; n’est pas usurpé, mais pas de la famille de ceux qui vous maintiennent en situation de stress permanent, plutôt de ceux qui vous font partager une tranche de vie avec un personnage central attachant. Sympatoche, une fois de plus.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Bruno Para&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr100-formiciens.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr100-formiciens.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Formiciens&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Raymond de Rienzi - Terre de Brume, coll. «&amp;nbsp;Terra Incognita&amp;nbsp;» - juin 2020 (réédition - 200 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À moins d’avoir vécu terré au fond d’une grotte ces trente dernières années, difficile d’avoir échappé aux «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Fourmis&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» de Bernard Werber. Mais saviez-vous que cette trilogie entomologique a un ancêtre&amp;nbsp;? En 1932, l’écrivain français Raymond de Rienzi publia&lt;strong&gt; Les Formiciens&lt;/strong&gt;, épopée miniature exhumée toutes les une ou deux décennies, et cette fois-ci par les éditions Terre de Brume.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous voici il y a cent vingt millions d’années, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;vers la fin de l’ère secondaire&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», en un temps où «&amp;nbsp;&lt;em&gt;les tyrannosaures broutaient les arbres&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»… Passons. C’est aussi une époque où les fourmis n’existaient pas encore, mais cela, la science l’ignorait probablement à l’époque de publication du roman. Celui-ci, après un prologue ampoulé présentant les formiciens, les précurseurs des fourmis, nous introduit Hind. Héros de l’histoire, Hind appartient au peuple des Nomades mais vit dans une fourmilière des Halfs. Après une attaque par les Têtes-Rouges où il s’est distingué par sa bravoure, Hind se retrouve en porte-à-faux avec les Mères&amp;nbsp;: les formiciens vivent en ce moment un changement de paradigme, avec l’apparition des individus neutres et la prise du pouvoir par les femelles. Mais Hind ne l’entend pas de cette &lt;span style=&quot;text-decoration: line-through;&quot;&gt;oreille&lt;/span&gt; antenne et fuit avec son meilleur ami. S’ensuit alors une longue et périlleuse odyssée. Au cours de celle-ci, les deux amis sont d’abord faits prisonniers par des formiciens esclavagistes&amp;nbsp;; au sein Hind trouve toutefois l’amour auprès de Mâh, une autre Nomade. Mus par la nécessité, les deux fondent un nouveau couvain pour redonner vie et grandeur au peuple Nomade. Cette fourmilière passera par hauts et bas, les menaces pouvant être tout aussi intérieures qu’extérieures… comme en la figure de ces «&amp;nbsp;Montagnes-vivantes&amp;nbsp;» que sont les dinosaures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dinosaurien, &lt;strong&gt;Les Formiciens&lt;/strong&gt; l’est aussi à sa manière. Se basant sur une documentation abondante listée en fin d’ouvrage, Rienzi préfigure bon nombre d’aspects que l’on retrouvera dans &lt;strong&gt;Les Fourmis&lt;/strong&gt; de Werber, avec un souffle lyrique gentiment désuet. Néanmoins, le roman achoppe sur le caractère exagérément héroïque de son protagoniste et sur le machisme intrinsèque du récit, vaguement camouflé derrière l’apparition du système de détermination sexuelle des fourmis&amp;nbsp;: ici, les femelles sont méchantes et traîtresses ou bien tout juste bonnes à enfanter. Dommage. Il en reste un roman d’aventure à l’intérêt surtout archéologique, exemple parmi d’autres de la fascination exercée par les fourmis et autres insectes eusociaux…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr100-espace.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr100-espace.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’espace entre les guerres&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Laurent Genefort - Critic, coll. «&amp;nbsp;Science-Fiction&amp;nbsp;» - septembre 2020 (réédition de &lt;strong&gt;Dans la gueule du dragon&lt;/strong&gt; et d’&lt;strong&gt;Une porte sur l’éther&lt;/strong&gt; - 420 pp. GdF. 22&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’espace entre les guerres&lt;/strong&gt; est un recueil réunissant deux romans respectivement parus en 1998 et 2000, &lt;strong&gt;Dans la gueule du dragon&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Une porte sur l’éther&lt;/strong&gt;. S’inscrivant dans l’univers des Portes de Vangk commun à d’autres textes de l’auteur, ils mettent en scène son seul héros récurrent, Jarid Moray, qui refera une apparition dans &lt;strong&gt;Lum’en&lt;/strong&gt;. Il correspond au trope du médiateur, mi-diplomate, mi-enquêteur, envoyé par le gouvernement (ici diverses corporations interstellaires) quand la situation locale devient explosive (on retrouve le même type de protagoniste chez Serge Lehman ou Adam Troy-Castro, par exemple). Il est la dernière étape avant une intervention militaire&amp;nbsp;: la conciliation &lt;em&gt;coûte moins cher que la guerre&amp;nbsp;! &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la gueule du dragon&lt;/strong&gt; se passe sur une protoplanète qui n’est qu’un océan de lave radioactive où seul un îlot rocheux, le Berg, forme une graine de continent, que la technologie humaine empêche d’être dissous. Jarid y est expédié par la Semeru, la multimondiale titulaire de la concession (qui ne sert que de vitrine technologique pour les actionnaires et les concurrents, son utilité économique étant nulle), afin d’enquêter sur le meurtre des deux précédents gouverneurs, alors que le nouveau entame une violente répression, cherche à imposer des lois d’exception et à exacerber les tensions, tandis que les factions politiques locales (des utopistes aux non-violents en passant par les radicaux meurtriers) se déchirent. &lt;strong&gt;Une porte sur l’éther&lt;/strong&gt; met en scène un cadre encore plus extraordinaire, deux planètes partageant la même orbite, reliées par un &lt;em&gt;Big Dumb Object&lt;/em&gt;, l’Axis, d’origine extraterrestre et formé de diamant, ayant pour but de permettre le complexe cycle de vie d’une céréale au potentiel nutritif hors-norme et au goût inimitable. L’une des planètes, aux mains d’une junte militaire nationaliste et intolérante, responsable d’un génocide ayant contraint certains groupes à l’exode dans l’Axis, fait entendre des bruits de bottes pour effacer ses crimes passés en conquérant ce dernier et renégocier à la dure le partage des profits, encaissés en premier lieu par le monde jumeau. Les habitants de la structure, divisés entre des groupes aussi divers que des primitivistes, des posthumains et des fanatiques religieux, vont se retrouver pris au piège. La mission de Moray, pour le compte d’une autre multiplanétaire, la DemeTer, sera de désamorcer la crise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Genefort est un des rares auteurs français de &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt;, et un maître du &lt;em&gt;planet opera&lt;/em&gt;. Dès lors, on ne sera pas étonné s’il brille dans ces deux domaines, les environnements décrits dans les deux romans étant à la fois scientifiquement crédibles, générateurs de tonnes de &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; et peut-être surtout ne se contentant pas d’être des décors, si fascinants soient-ils, mais de solides germes pour les intrigues des romans concernés. On émettra cependant un léger bémol sur des difficultés à visualiser les structures internes de l’Axis, sur un protagoniste en grande partie passif et sur des fins abruptes. On remarquera cependant que mêler une solide &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt; et un fond thématique &lt;em&gt;soft SF&lt;/em&gt; faisant la part belle aux problèmes de société, à l’idéologie et aux factions politiques (sans compter l’aspect ethno-SF d’&lt;strong&gt;Une porte sur l’éther&lt;/strong&gt;), traités sans prosélytisme ni lourdeur, n’est pas donné à tout le monde. L’auteur dénonce la répression gouvernementale des mouvements sociaux, le militarisme, les juntes, les génocides et les tentatives d’en effacer les traces de l’histoire, les exodes forcés, le fanatisme religieux, et dans les deux cas, met en avant l’aspiration du peuple à s’appartenir à soi-même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’espace entre les guerres&lt;/strong&gt; est un recueil totalement recommandable pour qui cherche un &lt;em&gt;planet opera hard SF&lt;/em&gt; haut de gamme n’oubliant jamais l’humain dans son équation.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Apophis&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr100-tupinlandia.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr100-tupinlandia.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Tupinilândia&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Samir Machado de Machado - Métailié - septembre 2020 (roman inédit traduit du brésilien par Hubert Tézenas - 518 pp. GdF. 23,60&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Saviez-vous que le Brésil a eu, lui aussi, un parc d’attraction égal au Dysneyland américain&amp;nbsp;? Tupinilândia&amp;nbsp;: un gigantesque complexe niché au fin fond de la forêt amazonienne, un lieu de loisir pensé et conçu sur le modèle de son voisin, mais en mieux, bien sûr, et surtout totalement brésilien – les personnages fétiches, les boissons, le matériel. Tout, ou presque, est brésilien. C’est là une ode à la gloire d’un pays, voulue par un homme, le riche et puissant João Amadeus Flynguer. Fils d’un entrepreneur, il a la chance, à dix-huit ans, de rencontrer le grand Walt Disney et son équipe. D’où l’idée du parc – fondé en 1984. Mais lors de la visite préouverture, les choses dégénèrent&amp;nbsp;: une troupe d’hommes armés, déguisés en journalistes, prend possession des lieux, semant le chaos dans cet univers idéalisé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tupinilândia&lt;/strong&gt; pourrait être une dystopie grinçante. D’ailleurs, Orwell est cité plusieurs fois (y compris sur le bandeau de couverture), mais il n’est finalement présent dans ces pages qu’en filigrane. Certes, la société brésilienne décrite, par moments, y ressemble, avec cette dictature surveillant tout et tout le monde. Certes, la société créée dans Tupinilândia peut y faire penser, avec ses règles ubuesques, son langage formaté. Mais tout cela est un arrière-plan. Davantage un décor qu’un élément essentiel. On est plus près du roman d’action, lorgnant vers les films à grand spectacle. D’ailleurs, l’esprit de Michael Crichton et de Steven Spielberg font de rapides apparition à travers les clins d’œil légers à &lt;strong&gt;Jurassic Park&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: quelques dinosaures animés tiennent un petit rôle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ambiance, légère malgré le propos grinçant, est soutenue par des personnages en décalage avec la réalité, à des degrés divers. Simple difficulté à accepter l’âge adulte et le vieillissement pour Artur, le professeur d’archéologie attiré par le mythe de Tupinilândia, rappel de sa jeunesse passée (comme les héros des romans de Fabrice Caro, pleins d’autodérision et d’une certaine mélancolie pour un temps qui s’écoule sans qu’ils s’en aperçoivent vraiment). Volonté de revivre un âge d’or, pour d’autres, nostalgiques d’une dictature plus forte, plus affirmée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le ton est volontiers au burlesque. Les scènes de violence sont émaillées de traits d’humour tarantinesque, à base de coups de feu involontaires. Les méchants de l’histoire, sombres abrutis appartenant à un parti nationaliste brésilien, font penser aux nazis des livres et films de série B, légèrement caricaturaux, mais merveilleusement détestables. Dans les scènes d’action, il est difficile de vraiment s’inquiéter pour les personnages tant l’auteur ne semble pas prendre réellement au sérieux cette dimension. Il est là pour distraire son lecteur, pas pour l’effrayer. Et cela fonctionne au mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Petit&amp;nbsp;» pavé de cinq cents pages, &lt;strong&gt;Tupinilândia&lt;/strong&gt; est un roman érudit où l’on apprend énormément sur le Brésil et son histoire, et où l’auteur se fait un immense plaisir à dézinguer les tenants d’une certaine façon de penser, pleine d’uniformes et d’interdits, encore bien présente dans son pays. Mais c’est avant tout un roman qu’on lit avec délectation et jubilation. Quand bien même, au début, on se demande où nous entraîne l’auteur, on est vite pris dans le tourbillon. Et on se surprend, à la fin, à regarder une carte pour repérer la localisation des ruines de ce parc – des fois qu’il en reste un petit quelque chose…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>En route vers Dune (3/3)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/10/20/En-route-vers-Dune-3" rel="alternate" type="text/html" title="En route vers Dune (3/3)" />
      <id>urn:md5:f1387736259a16f6c298f9ee96f3b07b</id>
      <published>2020-10-20T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-10-20T14:49:17+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les auteurs de “Dune – exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers” en interview, dernière partie&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si l'adaptation de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; par Denis Villeneuve ne sort que dans un an, c'est toutefois dans deux jours que &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/collectif/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-d-une-planete-univers&quot;&gt;Dune – exploration scientifique et culturelle d'un livre-univers&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; arrive en librairie. Pour la dernière partie de cette interview, nous avons demandé à l'équipe d'auteurs réunie par Roland Lehoucq et à l'illustrateur Cedric Bucaille leur opinion sur l'actualité du roman de Frank Herbert, cinquante après sa prime parution, et ce qu'ils attendent du film de Villeneuve…&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;Plus de cinquante après sa sortie, Dune, le roman de Frank Herbert, vous semble-t-il toujours pertinent&amp;nbsp;? Et attendez-vous quelque chose de son adaptation par Denis Villeneuve&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Sébastien Steyer&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Le roman est encore brûlant d’actualité&amp;nbsp;: on exploite un milieu, ici une planète, pour ses ressources en se foutant bien de ceux qui l’habitent et de son écosystème. Les locaux, ici les Fremen, sont d’abord des terroristes qui luttent contre l’exploitant, puis ils deviennent résistants et enfin héros libérateurs. C’est l’histoire d’un peuple, d’une prise de conscience. &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; devrait être enseigné dans les écoles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Rendez-vous en octobre 2021…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-poster2022.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’attends beaucoup de Villeneuve car avec &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Blade Runner 2049&lt;/em&gt; il a mis la barre haute. Très haute. Mais je ne doute pas de ses capacités car il sait adapter et prolonger un concept fort dans le respect de l’œuvre. Villeneuve est un peu le Kwisatz Haderach d’Hollywood&amp;nbsp;! J’ai hâte d’analyser ses vers des sables, bien que ce j’ai vu dans le teaser ne m’a pas trop convaincu…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-ver1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les vers de sable, version Villeneuve&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dune3-ver1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vincent Bontems&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Sans doute parce que ma famille a vécu en Algérie, &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; était considéré comme une découverte de l’altérité de la civilisation arabo-musulmane, une réflexion sur la géopolitique du pétrole et une critique des conséquences désastreuses de l’impérialisme occidental au Proche Orient. C’est évidemment réducteur, mais il me semble que c’est précisément la dimension que la réception américaine de l’œuvre a toujours refusé d’intégrer&amp;nbsp;: la Seconde Guerre du Golfe a été faite par des gens qui n’ont pas lu ou pas compris &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;. Comme Chani est blonde, je suppose que Villeneuve n’a que faire de cette lecture. J’espère aussi que les images où l’on voit des personnages exposer leur visage à l’air libre ne sont pas représentatives du distille. Bon, pour arrêter de faire le bougon, je placerais la barre de mes attentes assez bas&amp;nbsp;: que le film raconte fidèlement et agréablement l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frédéric Landragin&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Oui, je l’ai vérifié en le relisant lors de la préparation du volume Parallaxe. Peu de clichés, et un &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; incroyable. Le premier volume a peut-être pris quelques rides (et encore), mais les développements des romans suivants me paraissent toujours aussi ahurissants. J’ai un peu peur pour Denis Villeneuve&amp;nbsp;: autant j’adore son travail pour &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Blade Runner 2049&lt;/em&gt; (et &lt;em&gt;Incendies&lt;/em&gt; hors du domaine de la SF), autant j’appréhende la mise en images du monument qu’est &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;. Le film de David Lynch ne m’avait pas convaincu, la complexité de l’univers d’Herbert amenant à une complexité visuelle difficile à appréhender. Mais c’est difficile de convaincre un lecteur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-villeneuve.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Denis Villeneuve et ses précédentes incursions en SF&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dune3-villeneuve_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sam Azulys&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Le roman est universel et intemporel mais il est également d’une actualité brûlante. Les préoccupations d’Herbert qu’à l’époque on pouvait prendre pour un écrivain de science-fiction farfelu, sont aujourd’hui celles de tout le monde&amp;nbsp;: le fanatisme, l’écologie, la décolonisation, la raréfaction des énergies fossiles, de l’eau, etc. Au centre du roman, il a aussi cette vision très critique du progrès social&amp;nbsp;: il faut parfois user de la violence pour s’émanciper, mais, lorsque le but est atteint, lorsque les têtes ont roulé, est-ce que le révolutionnaire ne se transforme pas toujours en oppresseur&amp;nbsp;? L’une des grandes leçons d’Herbert est que l’Histoire humaine échappe toujours aux individus qui la constituent. Son héros messianique, accablé par le don de prescience, est suffisamment lucide pour s’en apercevoir, mais cela ne l’empêchera pas d’aller jusqu’au bout d’une logique qui le dépasse et qui finira par l’anéantir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant au film de Villeneuve, comme tous les fans de &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, j’en attends beaucoup, trop peut-être&amp;nbsp;? Je pense que ce cinéaste a les qualités requises pour traduire ce livre réputé inadaptable en images. Il pourra lui insuffler le souffle épique que requiert une adaptation au cinéma. Son goût pour les séquences contemplatives et son esthétique minimaliste lui permettra sans doute aussi de donner forme à la spiritualité du récit qui en est une composante essentielle. Mais c’est un subtil dosage et, vu les enjeux commerciaux, il ne sera pas facile de préserver l’incroyable complexité et richesse du matériau original. Et puis, comme l’esthétique de Villeneuve est très épurée, j’espère qu’il n’asséchera pas trop l’aspect visuel du film qui appelle des visions baroques et grandioses. Cela dit, comme c’est un très bon cinéaste, il peut sans doute réussir l’impossible…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-paul.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Paul Atréides&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dune3-paul_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roland Lehoucq&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; J’ai bien sûr relu &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; pour préparer ma contribution à cet ouvrage collectif et l’ai tout à fait trouvé d’actualité sur les questions écologiques. La citation de Pardot Kynes «&amp;nbsp;[…] &lt;em&gt; la plus haute fonction de l’écologie est la compréhension des conséquences &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» devrait être longuement méditée par nos dirigeants. J’espère que ce roman aura enfin l’adaptation cinématographique qu’il mérite&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Suchet&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Outre le plaisir de la lecture et de la découverte d’un univers entier, &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; offre à ses lecteurs un véritable laboratoire de pensée. Le récit permet de poser des questions et d’explorer des dynamiques qui vont du dilemme individuel (quel sens donner au destin&amp;nbsp;? Quelle marge de manœuvre avons-nous réellement dans nos choix&amp;nbsp;?) aux grandes questions de société (lutte des classes, colonialisme, égalité des sexes, et bien sûr écologie). &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; restera pertinent aussi longtemps qu’on se posera ces questions – et restera toujours un monument de la littérature de l’imaginaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme tout travail de traduction, l’adaptation de Villeneuve devra trouver son équilibre entre la fidélité à l’œuvre originale, et sa propre interprétation, tout en tenant compte de ses contraintes spécifiques (faire un film de grande distribution en 2020 n’obéit pas aux mêmes règles que qu’écrire un livre de SF dans les années 80). Pour ma part, j’en attends surtout le plaisir d’un bon moment de cinéma, et l’occasion de découvrir pendant deux heures une vision de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; nécessairement différente de la mienne. Comme si je pouvais retourner explorer l’œuvre, mais avec un point de vue un peu différent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frédéric Ferro&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Il y aurait plusieurs angles pour prétendre que &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; serait «&amp;nbsp;dépassé&amp;nbsp;». Le syncrétisme religieux de la Bible catholique orange qui a unifié de nombreuses croyances (et même leurs opposants, les Zensunnis, forment un autre syncrétisme avec le sunnisme zen), tout cela paraît d’un autre âge alors que les particularités se heurtent dans le narcissisme des petites différences. Tout le mythe d’une pharmacopée de drogue psychédélique qui étend la conscience n’est plus pour nous qu’une métaphore. On peut lire des critiques étroits qui continuent à réduire &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; de manière littérale à un contexte historique transposé&amp;nbsp;: ce ne serait qu’une version plus saturée de références des vieilles «&amp;nbsp;romances planétaires&amp;nbsp;» des &lt;em&gt;pulps&lt;/em&gt; à la John Carter ou Flash Gordon, Paul serait une projection colonialiste, un Lawrence d’Arabie qui prendrait la place du «&amp;nbsp;Mahdi&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Herbert a dit qu’un des axes du cycle était la méfiance envers le pouvoir donné à l’autorité charismatique d’un Chef. Paul n’est pas un «&amp;nbsp;Héros conquérant&amp;nbsp;» dans le parcours initiatique du Héros qu’on retrouve si souvent mais un personnage tragique qui ne voit pas comment échapper à la destinée qu’il entrevoit – le Jihad, la tyrannie et la perte de liberté pour l’Humanité. Cela justifie d’ailleurs l’intérêt des autres romans du cycle pour achever cela.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme méditation sur l’angoisse de la politique et du théologico-politique, le roman me paraît avoir été presque trop prophétique&amp;nbsp;! L’épice n’est pas simplement le pétrole comme métaphore de la rareté mais qui aurait dit 13 ans avant la Révolution iranienne chiite et avant l’exportation du salafisme sunnite à quel point la politique mondiale allait devoir faire face à la question du pouvoir prophétique&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même le luddisme apparent de l’Imperium et le refus de la Singularité technologique étaient des thèmes qui avaient plusieurs modes d’avance, comme si Frank Herbert réagissait déjà par anticipation à une partie du transhumanisme. Non, décidément, je ne crois pas que cela soit dépassé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’étais un peu sceptique sur ce qu’apporterait Villeneuve, malgré tout ce que j’ai pu aimer dans le film &lt;em&gt;Arrival&lt;/em&gt;. Mais &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; version 2020, en deux parties sera plus long que celui de Lynch et pourra avoir un rythme plus ample.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2000 et 2003, les deux mini-séries télévisées produites pour la chaîne SyFy (&lt;em&gt;Frank Herbert’s Dune&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;Children of Dune&lt;/em&gt;) avaient mieux traité que Lynch les ambiguïtés de Paul sur son statut de messie et il faudra voir comment Viileneuve va utiliser ces thèmes. Et c’est justement la marque d’un classique que de pouvoir justifier de nouvelles adaptations qui insisteront sur certains angles différents.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune version Syfy&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-syfy.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Chemla&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Avec le recul (et des relectures attentives encore plus récentes), je considère que le cycle de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; est une des cycles majeurs de la littérature mondiale, et un exemple parfait de ce que la science-fiction peut apporter&amp;nbsp;: au-delà de la création artistique en tant que telle (c’est un point important, mais il faut reconnaître que la SF a, comme toute littérature, son lot de réussites et d’échecs sur ce point), la science-fiction nous parle de nous, et de nous dans notre monde. Sous des apparences futuristes, elle nous questionne, l’air de pas y toucher, sur nos croyances, nos évidences, nos représentations sociales&amp;nbsp;; j’aime beaucoup la phrase de Joe Haldeman dans sa préface à son anthologie &lt;strong&gt;La III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; guerre mondiale n’aura pas lieu&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: « &lt;em&gt; [La science-fiction porte] une qualité absente chez les bons poètes et rare chez les philosophes&amp;nbsp;: la perspective anthropologique, le parti-pris de rupture avec les opinions admises et de fidélité aux choses, condition nécessaire pour sortir de l’humaine condition et pour l’observer de plus haut. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Troisième Guerre mondiale n'aura pas lieu&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-haldeman.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il me semble que le cycle de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; de Frank Herbert est un exemple parfait de ce point de vue&amp;nbsp;: au-delà de l’aventure et des péripéties, la réflexion qu’on y trouve sur l’écologie, la religion, le sens et la pratique du pouvoir, la responsabilité individuelle et collective, l’histoire et la mémoire… est une réflexion puissante et constamment présente tout au long du cycle. Je regrette bien évidemment, comme beaucoup, que Frank Herbert n’ait pas eu le temps d’achever son cycle tel qu’il l’avait conçu, mais ce qui existe est déjà passionnant, d’une richesse impressionnante et les problématiques abordées restent toujours d’actualité, cinquante ans après le début de la parution.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est cette richesse et cette profondeur que j’attends du film de Denis Villeneuve. Bien sûr, il y aura des combats et des histoires d’amour. Bien sûr, certaines physionomies des personnages ne correspondront pas à l’image interne que je me suis faite des protagonistes de l’histoire. Bien sûr, je serai sans doute agacé de voir escamoté tel ou tel passage qui m’a emballé à la première lecture. Mais j’espère que Villeneuve saura conserver ce qui fait pour moi tout le prix du cycle&amp;nbsp;: la vision de Frank Herbert sur l’humaine condition, sa survie et son évolution. Au vu de son &lt;em&gt;Premier contact&lt;/em&gt;, adaptation fort réussie de la nouvelle de Ted Chiang &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’histoire de ta vie&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, je ne doute pas que Villeneuve en ait la volonté et la capacité. Pourra-t-il le faire dans le cadre hollywoodien et de plus «&amp;nbsp;covidien&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Nous le saurons très bientôt, j’espère&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christopher L. Robinson&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; est plus que jamais d’actualité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On a beaucoup parlé de sa pertinence face à la crise climatique, mais n’oublions pas nos crises politiques du moment&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Herbert était un fervent partisan des valeurs de la démocratie américaine. Les valeurs qu’il défendait sont plus menacées aujourd’hui qu’à tout autre moment depuis plus d’un siècle. Herbert a dit que John F. Kennedy était le président le plus dangereux de l’histoire parce que son charisme avait amené le public américain à l’admirer comme une sorte d’aristocrate. Pourtant, l’adulation de Kennedy n’était rien, comparée à ce que nous voyons aux États-Unis aujourd’hui, du moins en ce qui concerne 43% des électeurs américains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le but de Herbert en écrivant &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; était de dénoncer le mélange de la politique et de la religion, et plus précisément le mythe messianique (qui était répandu dans la SF de la fin des années 50 et des années 60). En périodes de bouleversement culturel, certains se tourneront, en recherche d’un culte, vers des dirigeants dits «&amp;nbsp;forts&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; mais les messies et leurs fidèles finiront toujours par détruire les valeurs mêmes qu’ils prétendent protéger. C’est exactement ce qui se passe aux É.U. depuis 2016. L’argument d’Herbert est plus évident dans les suites de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, mais tous les signes avant-coureurs sont là dans le premier roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je suis un grand fan de Denis Villeneuve depuis &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt;. Ce qu’il a fait avec la suite de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; était à la fois courageux et magnifique. Je n’attends rien de moins pour &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;. Quand j’ai appris que le réalisateur envisageait d’adapter le roman, j’ai immédiatement contacté Roland Lehoucq pour lui suggérer l’idée de faire ce livre. (Merci à Roland et à Erwann Perchoc des Éditions du Bélial d’avoir accepté cette proposition avec tant d’enthousiasme&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré les échecs précédents pour adapter &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; de manière satisfaisante, il s’agit d’un roman qui a évidemment été influencé par des films, tels que &lt;em&gt;Lawrence d’Arabie&lt;/em&gt; et les péplums qui étaient si populaires à l’époque. Un certain nombre de scènes – de la rencontre entre Paul et la Révérende Mère Mohiam au duel entre Muad’Dib et Feyd-Rautha — sont faites pour être adaptées au grand écran.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’espère que Villeneuve ne succombera pas à l’interprétation simpliste de l’histoire de Paul Muad’Dib comme une histoire d’héroïsme triomphant, et qu’il respectera l’ambiguïté morale et politique des Atréides. Les conceptions néo-fascistes des costumes et des décors de la Maison Atréides qu’on voit dans la bande-annonce suggèrent que cela pourrait s’avérer le cas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais, même si j’espère que Villeneuve sera le plus fidèle possible au livre d’Herbert, c’est un réalisateur avec une vision et un style très puissants, et il faut s’attendre à ce que l’esthétique du cinéma prenne le pas sur la fidélité au roman.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-atreides2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le clan des Atréides&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dune3-atreides2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carrie Lynn Evans&amp;nbsp;: &lt;/strong&gt; Je pense que le fait que &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; soit si populaire aujourd’hui témoigne de sa constante pertinence. Les inquiétudes sur la gestion de l’environnement, la compréhension de l’équilibre délicat des écosystèmes sont plus pressantes que jamais, et la lutte pour le pouvoir politique est éternelle. Certains aspects traditionnalistes – la façon dont Herbert présente les femmes et les thématiques – n’ont toutefois pas bien vieilli, et je suis donc curieuse de voir comment Denis Villeneuve abordera cela. De manière générale, le peu qu’on a pu voir du film m’enthousiasme beaucoup. Villeneuve déclare être un fan du roman de Herbert depuis qu’il est jeune, et je suis sûre que cette sorte de vénération envers le matériau d’origine transparaîtra.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cedric Bucaille&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Au bout du compte, je n’ai lu &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; qu’une seule fois. Pour être totalement sincère, c’était pour ainsi dire la première fois que je lisais vraiment de la SF&amp;nbsp;: avant, j’étais accroc aux romans policiers et aux thrillers… mais ça, c’était avant. Une lecture difficile, car j’étais novice, mais assez passionnante pour aimer le style et s’évader. J’en garde surtout un imaginaire et comme tout imaginaire, il évolue et s’adapte aux temps et aux humeurs. Pour moi, il reste donc d’actualité et j’aime penser que Denis Villeneuve saura utiliser et dénoncer les travers de notre société (les écocides, le capitalisme violent, la place des femmes dans la société…) dans son adaptation. Je suis un grand fan de ce réalisateur, chacun de ses films m’ont transporté, surtout quand il touche à la SF avec &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Blade Runner 2049&lt;/em&gt;. J’ai hâte. Vraiment &amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/10/15/En-route-vers-Dune-2&quot;&gt;| Billet précédent&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Rendez-vous en octobre 2021…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune3-poster2021.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>En route vers Dune (2/3)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/10/15/En-route-vers-Dune-2" rel="alternate" type="text/html" title="En route vers Dune (2/3)" />
      <id>urn:md5:a5fb74d8e3ff3007e89e0954154c0857</id>
      <published>2020-10-15T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-10-20T14:51:46+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les auteurs de “Dune – exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers” en interview, deuxième partie&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune2-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C'est dans une semaine tout juste que sortira le prochain volume de la collection Parallaxe, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/collectif/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-d-une-planete-univers&quot;&gt;Dune – exploration scientifique et culturelle d'un livre-univers&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Sous la houlette de Roland Lehoucq, neuf spécialistes, scientifiques, philosophes et linguistes s'intéressent au chef d'œuvre de Frank Herbert et à ce que la science peut nous en dire. La semaine dernière, nous vous invitions à faire connaissance avec l'équipe du livre. Dans la deuxième partie de cette interview, les auteurs et l'illustrateur nous parlent de leur découverte de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; — l'occasion de constater l'importance des couvertures de Wojtek Siudmak.&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;Quand et comment avez-vous découvert &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Quelle importance revêt ce roman pour vous&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;h5&gt;(Réponses par ordre générationnel… ;-)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roland Lehoucq&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je me rappelle l’avoir lu dans l’édition de Pocket SF, avec une couverture de Siudmak. Ce devait être au milieu des années 1980, quand je lisais énormément de SF dans le train de banlieue qui m’amenait à Paris, où j’étais en classe préparatoire aux grandes écoles. Comme beaucoup de la SF que j’aimais à l’époque, c’était une évasion, un changement de monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christopher L. Robinson&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; J’ai découvert &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; tardivement. Jeune lecteur, je préférais l’histoire et la science. Quand je me suis intéressé à la littérature au lycée, c’était à des auteurs comme Dostoïevski, Nietzsche, Kafka et Sartre. Plus tard, j’ai découvert l’œuvre d’Ursula K. Le Guin. Et, par la suite, j’ai décidé d’aborder d’autres auteurs de fantasy et de SF. Pour être honnête, la première fois que j’ai lu &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, je n’ai pas été impressionné.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On a souvent dit qu’Herbert n’avait pas les qualités «&amp;nbsp;littéraires&amp;nbsp;» d’un auteur comme Le Guin, et je suis d’accord, avec l’avertissement que le terme «&amp;nbsp;littéraire&amp;nbsp;» implique un jugement sur les valeurs esthétiques prescrites, et que ces valeurs changent d’une génération à l’autre. Il m’a fallu un certain temps pour surmonter mes préjugés en tant qu’étudiant de la «&amp;nbsp;grande&amp;nbsp;» littérature européenne et pour apprécier l’œuvre d’Herbert pour ses propres qualités.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’estime aujourd’hui que &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; est une immense réussite de l’imagination humaine. Dans la littérature américaine, il se situe dans une catégorie à part, un peu comme &lt;strong&gt;Moby Dick&lt;/strong&gt; de Herman Melville (que de nombreux critiques ont aussi longtemps considéré comme non littéraire). Là où &lt;em&gt;Moby Dick&lt;/em&gt; est une «&amp;nbsp;baleine de roman&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; est «&amp;nbsp;un ver de sable de roman&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Chemla&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; J’ai initialement lu le cycle de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; au fur et à mesure de sa parution en version de poche, au début des années 80. Ce cycle m’a frappé comme un coup de massue à l’époque, en raison de son souffle, de sa puissance, de sa capacité d’évocation. Il faut dire qu’à cette époque, les univers-monde n’étaient pas aussi courants que maintenant en science-fiction. J’ai dévoré les quatre premiers tomes (&lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, à l’époque en deux parties, &lt;strong&gt;Le Messie de Dune&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Enfants de Dune&lt;/strong&gt;) avec passion au fur et à mesure de leur disponibilité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puis est paru &lt;strong&gt;l’Empereur-Dieu de Dune&lt;/strong&gt;. Et je dois dire que mon enthousiasme de jeunesse s’est particulièrement refroidi à ce moment-là. J’ai trouvé ce livre difficile, moins intéressant pour le jeune homme que j’étais, et pour tout dire un peu rébarbatif. Je n’ai pas compris ce que Herbert voulait faire partager, et malheureusement j’ai abandonné le cycle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Empereur-Dieu de Dune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune2-edd.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une dizaine d’années plus tard, à l’occasion de la sortie de la série télévisée, j’ai recommencé à zéro la lecture. Le début m’a toujours emballé, comme du temps de ma jeunesse folle, mais le livre &lt;strong&gt;L’Empereur-Dieu de Dune&lt;/strong&gt;, contrairement à la première fois, ne m’a pas semblé rébarbatif, mais simplement plus contemplatif&amp;nbsp;; en réalité, je me suis aperçu qu’il occupe une position centrale dans le cycle. C’est effectivement un livre dans lequel Herbert fait moins preuve de son souffle épique, mais en revanche, la réflexion philosophique très puissante qu’il mène sur le pouvoir absolu, sur le développement historique des civilisations et sur la prescience comme malédiction m’a fasciné. J’ai bien sûr enchaîné sur les deux derniers tomes (&lt;strong&gt;Les Hérétiques de Dune&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Maison des Mères&lt;/strong&gt;) avec un grand plaisir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frédéric Landragin&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; près une phase de découverte de la science-fiction de Jules Verne et H.G. Wells au début de l’adolescence, je me suis vraiment mis à lire de la SF vers 18 ans, soit un peu avant 1994, date de la sortie du &lt;strong&gt;Science-fictionnaire&lt;/strong&gt; de Stan Barets, dont le tome 1 m’a servi de guide de lecture pendant des années. &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; y est présenté comme un incontournable («&amp;nbsp;Lire &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, c’est devenir Fremen&amp;nbsp;»). Pas question de faire l’impasse. Et j’ai adoré. C’était pour moi le roman du dépaysement et de l’évasion. Je l’ai lu au moment de passer les concours des grandes écoles d’ingénieur (eh oui&amp;nbsp;!), et franchement, ça m’a fait un bien fou.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Sciencefictionnaire&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune2-sciencefictionnaire.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frédéric Ferro&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Denis Villeneuve dit dans ses interviews qu’il a eu la chance d’avoir le même âge que Paul Muad’Dib quand il a lu le livre de Frank Herbert et je pense que c’était la même chose, en tout cas avant de voir le film de David Lynch de 1984. Je l’ai lu en édition Presse Pocket et, en y repensant, la couverture de Wojtek Siudmak de 1980 figurait une tête de Paul flottant au-dessus du désert, ce qui avait sans doute comme défaut de déjà déifier le personnage au lieu de faire de son statut messianique un problème.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune T1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune2-pressespocket.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’étais plus amateur de mythes épiques ou de fantasy que de science-fiction en général et le lexique de l’&lt;em&gt;Imperium&lt;/em&gt; de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; m’a fait me rendre compte qu’un univers fictif de SF pouvait être encore plus profond dans son utilisation de l’histoire qu’un passé imaginaire. J’avais le préjugé que la haute technologie de la SF retirait une part d’humanité aux personnages et &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; détruisait ce présupposé en montrant que la fiction spéculative pouvait explorer des organisations, des cultures et des systèmes de croyances et pas seulement les sciences dures de la physique. Je passais brutalement de l’idée que le futur serait nécessairement une sorte de positivisme scientifique (tout le monde serait post-religieux) à une Humanité augmentée mais qui pouvait parfois paraître incompréhensible dans la place du mysticisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’influence de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; a été si forte depuis un demi-siècle qu’on ne remarque plus que ce lointain futur qui renvoie en même temps à plusieurs périodes opposées de l’histoire a pu briser toute linéarité de la fiction d’anticipation. On avait déjà fait des planètes plongées dans une époque médiévale, des niveaux technologiques divergents et des Empires galactiques parfois archaïsants mais le Jihad Butlérien et l’interdit contre les Machines pensantes ont rappelé que les mentalités des Humains pourraient demeurer plus importantes que le cours inexorable du progrès technique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne peux pas relire &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; sans être frappé par la multiplicité de résonances que le roman peut avoir aussi bien avec l’histoire qu’avec l’actualité. On peut faire sans doute bien des reproches à tout chef d’œuvre (et à ses suites) mais cela me paraît absurde de vouloir nier que Herbert a réussi à créer un univers fictif qui tisse de si nombreux thèmes philosophiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune, par David Lynch&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune2-film1984.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Sébastien Steyer&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; J’ai d’abord vu le film de Lynch plusieurs fois quand j’étais jeune, puis des amis rôlistes m’ont encouragé à lire le roman, et là j’ai été littéralement scotché&amp;nbsp;! Le film m’a beaucoup marqué, et le roman aussi. Il s’agit d’une œuvre culte, d’une saga épique qui mêle écologie, histoire et géopolitique. Cela allait bien plus loin que ce que je connaissais alors en science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vincent Bontems&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; figurait en bonne place dans le panthéon familial des livres indispensables à la culture de l’honnête homme. Je l’ai lu à la fin des années 80 affalé dans le canapé en écoutant Led Zeppelin en boucle (et pendant longtemps réécouter ce groupe évoquait en moi les images du désert). Cette lecture a été la porte d’entrée dans la science-fiction ample et «&amp;nbsp;sérieuse&amp;nbsp;» (avant je lisais plutôt de la S-F plus légère comme les nouvelles d’Asimov, de Brown ou de Lem) et la découverte d’un univers singulier et inoubliable.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune T2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune2-pressespocket3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sam Azulys&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; J’ai découvert &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; quand j’étais adolescent, d’abord dans la collection Presses Pocket, attiré par les couvertures de Wojtek Siudmak. Ces grands yeux bleus flottants au-dessus du désert m’ont tout de suite fasciné. Après, j’ai dévoré le roman et il m’est apparu évident que j’avais affaire à une œuvre monumentale. J’avais l’impression de lire une pièce de Shakespeare se déroulant dans un futur lointain qui pouvait aussi bien être un lointain passé, celui des origines de la civilisation humaine. En fait, l’un des aspects qui m’a le plus séduit dans le livre est la prodigieuse distance temporelle qui nous sépare de l’univers qu’il dépeint. Cela permet à Herbert de s’émanciper de toutes les contraintes de la «&amp;nbsp;hard science&amp;nbsp;» pour se concentrer sur les sciences sociales et nous offrir une méditation sur le destin de notre espèce, sa puissance visionnaire mais également sa propension à s’autodétruire. Car Herbert montre bien en quoi la finitude humaine est liée à notre besoin inhérent de violence, en quoi la grandeur de notre espèce et ses pires travers ont partie liée et sont, en réalité, indissociables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ensuite, j’ai vu le film de Lynch que j’ai trouvé passionnant même s’il était bancal. Je n’ai pas cru à l’interprétation de Paul proposée par Kyle MacLachlan, pourtant bon acteur. Le film était maladroit, boursouflé et inégal mais il y avait des fulgurances esthétiques, des trouvailles vraiment originales. Ce qui m’a le plus impressionné sont certains décors. Notamment le palais de l’Empereur Padishah qui est un syncrétisme improbable alliant l’esthétique des cours européennes au XIXe siècle, l’art arabo-musulman et le design industriel cher à David Lynch. Le grand regret bien sûr, c’est que l’adaptation de Jodorowski n’ait pas vu le jour. Nous sommes nombreux à avoir fantasmé Dali en Empereur, la planète des Harkonnen façon Giger ou la B.O. qu’auraient pu composer les Pink Floyd…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cedric Bucaille&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je me souviens très bien quand j’ai découvert &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;. Je rentrais à peine en classe de seconde Arts appliqués, en internat. Cette même année, après une quinzaine d’années sans épisode de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; , sortait l’épisode I. Pour moi, c’était une première&amp;nbsp;: je ne connaissais pas du tout l’univers. Avec une bande de potes (plutôt aguerris eux), on a décidé d’aller au cinéma le voir. J’en suis ressorti avec le sourire, mais pas mes amis, très déçus. Je n’ai pas saisi toutes les critiques mais, suis attentif et curieux, il m’a semblé entendre dans la conversation le nom d’un roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;. En rentrant à l’internat, j’ai filé vérifier sur l’intranet de la bibliothèque du lycée si ce roman au nom très sableux et énigmatique existait… Bingo, et il n’y en avait pas qu’un, apparemment&amp;nbsp;! J’ai emprunté le premier tome le lendemain même… C’était il y a pile poil vingt-et-un ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carrie Lynn Evans&amp;nbsp;: &lt;/strong&gt; Une de mes tantes m’a recommandé &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; quand j’étais petite. J’ai lu le livre quand j’avais douze ou treize ans, le reste du cycle plus tard. Je suis tombée sous le charme de Jessica et des compétences que les sœurs du Bene Gesserit pouvaient acquérir, non par la magie mais par un entraînement intensif. J’ai pris à cœur leur philosophie, selon laquelle on doit avoir une pleine maîtrise de soi avant de pouvoir contrôler les autres. Je pense que c’est ce qui m’a porté à travers l’université.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Suchet&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; fait partie de ces livres que j’ai l’impression d’avoir toujours connus. Mes parents, tous les deux amateurs de SF, m’en ont parlé bien avant que je le lise moi-même et l’épice&amp;nbsp;: les vers des sables et le Bene Gesserit ont peuplé mon imaginaire depuis longtemps. &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; est donc pour moi un univers familier, qui rappelle l’enfance, et qui occupe une place de «&amp;nbsp;grand classique&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: une œuvre qu’il faut lire non seulement pour sa qualité propre, mais aussi parce qu’elle a considérablement influencé tout ce qui vient après elle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/10/08/En-route-vers-Dune-1&quot;&gt;Billet précédent&lt;/a&gt; | Billet suivant&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Rentrer par tes propres moyens</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/10/14/Rentrer-par-tes-propres-moyens" rel="alternate" type="text/html" title="Rentrer par tes propres moyens" />
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      <published>2020-10-14T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-11-19T17:22:46+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Rich Larson</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Rich Larson - Rentrer par tes propres moyens&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/larson-rentrer-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Se faire implanter la puce contenant la personnalité de votre grand-père en attendant que le corps cloné de celui-ci soit fin prêt&amp;nbsp;? Une broutille. Tout le monde fait ça de nos jours. C'est ce qui arrive à Elliott, un jeune adolescent… Dans cette nouvelle, issue du recueil &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/rich-larson/la-fabrique-des-lendemains&quot;&gt;La Fabrique des lendemains&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, à paraître le 29 octobre, Rich Larson conjugue Greg Egan et Ken Liu avec sa propre sensibilité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Rich Larson issue du recueil &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/rich-larson/la-fabrique-des-lendemains&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Fabrique des lendemains&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais (Canada) par Pierre-Paul Durastanti, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/rich-larson/rentrer-par-tes-propres-moyens&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 15 octobre au 15 novembre 2020. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Rich Larson - Rentrer par tes propres moyens&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/larson-rentrer-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration © &lt;a href=&quot;https://unsplash.com/photos/8grom09QaDs&quot;&gt;Jason Jarrach&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <entry>
      <title>En route vers Dune (1/3)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/10/08/En-route-vers-Dune-1" rel="alternate" type="text/html" title="En route vers Dune (1/3)" />
      <id>urn:md5:104428df5b06079d1aabf1da06779eb5</id>
      <published>2020-10-08T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-10-16T15:53:51+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les auteurs de “Dune – exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers” en interview, première partie&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune1-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le prochain opus de la collection Parallaxe, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/collectif/dune-exploration-scientifique-et-culturelle-d-une-planete-univers&quot;&gt;Dune – exploration scientifique et culturelle d'un livre-univers&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, passera le chef d'œuvre de Frank Herbert au tamis de la science. En attendant la sortie du livre, le 22 octobre 2020, nous vous invitons à (re)faire connaissance avec l'équipe du livre — Roland Lehoucq, directeur d'ouvrage, et les neuf autres co-auteurs, ainsi que l'illustrateur Cedric Bucaille —, au fil d'une interview tripartite dont voici la première partie…&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;En quelques mots, pourriez-vous vous présenter et évoquer votre travail sur &lt;em&gt;Dune – exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;h5&gt;(Par ordre d’apparition dans le livre… en commençant par la couverture)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cedric Bucaille&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je suis illustrateur et directeur artistique dans une agence de communication dans la vieille cité religieuse du Dorat en Haute-Vienne et je m’occupe notamment des couvertures de la collection Parallaxe au Bélial’. Avant d’aborder l’illustration de la couverture, comme pour tous les projets Parallaxe, il y a une phase de discussion avec Erwann Perchoc. Il m’explique tout et me vulgarise les thématiques traitées. Il m’aide beaucoup car généralement, pendant ces échanges des images me viennent.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune1-couve.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur cette couverture, nous avons tout d’abord commencé par choisir l’aplat coloré du fond. Nous étions d’accord pour retrouver une couleur jaune qui rappelle le sable… et il se trouve que ce jaune est l’exact opposé, dans le cercle chromatique, de l’habituel bleu-violet foncé des précédents Parallaxe. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour le graphiste que je suis, ça veut dire beaucoup&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
Ensuite, j’ai créé une typographie pour le titre. Je souhaitais faire un mélange entre ce qu’il se faisait à la fin des 60’s, quand est sorti le premier tome du cycle, et ce qu’il se fera pour le film de Villeneuve. Une typo travaillée sur une base de quatre ronds qui peuvent rappeler les quatre planètes (Arrakis, Caladan, Giedi prime et Kaitan) que l’on voit dans le film de Lynch.&lt;br /&gt;
Enfin, l’illustration, comme pour les autres Parallaxe, elle a été pensée en mode plus ou moins symétrique. Cela donne naturellement un aspect construit et scientifique. Cette technique d’approche m’a permis de penser le Shai-Hulud comme un totem et de l’aborder de manière “symbolique et culturelle” (un mélange mystique entre un ver, un trône impérial, un symbole religieux). Habituellement je ne travaille qu’avec trois couleurs (une pour le fond et deux autres pour le dessin)&amp;nbsp;; exceptionnellement ici, j’ai rajouté une quatrième, le bleu, par petites touches discrètes pour rappeler les yeux des Fremen et donc l’épice. Pour le reste, je vous laisse observer attentivement les détails, jusqu’au logo du Bélial’…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune1-logo.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roland Lehoucq&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Astrophysicien au CEA, je suis très actif dans la diffusion des sciences et l’enseignement. Ma marque de fabrique est d’utiliser la SF comme point de départ pour parler des connaissances scientifiques mais aussi de la façon dont ils ont été obtenus. Je mène des enquêtes pour tirer des œuvres des informations qui n’y sont pas explicitement données. C’est ce que je fais dans ma contribution, analysant les mondes de &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, mais aussi le fonctionnement possible du distille. C’est aussi l’ambition de la collection Parallaxe, que je dirige&amp;nbsp;: diffuser les connaissances en s’appuyant sur la SF, retissant ainsi le lien originel qu’elle entretenait avec les sciences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Sébastien Steyer&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je suis paléontologue au CNRS et au Muséum de Paris. Comme aujourd’hui la science fait peur et la religion rassure – alors que ce devrait être l’inverse –, je fais beaucoup de vulgarisation pour amener les jeunes vers les sciences. Pour cela j’utilise les œuvres de science-fiction. Pour &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, je me suis penché sur l’écologie de la planète et la biologie des vers&amp;nbsp;: je suis parti des descriptions qu’en donne l’auteur et j’analyse ces formes de vie exactement comme je le fais lorsque je découvre un fossile entre deux strates géologiques&amp;nbsp;! Cela permet d’expliquer la démarche scientifique tout en développant l’esprit critique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune1-ver.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fabrice Chemla&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je suis professeur de chimie à Sorbonne Université, spécialisé en chimie organique. Passionné de science-fiction, j’ai accepté tout de suite la proposition de Roland Lehoucq de participer à l’aventure de cet ouvrage avec un article consacré au Mélange, qui est un thème fondamental du cycle de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;. L’objectif était de tenter de définir la composition de cette substance merveilleuse, en utilisant tous les indices semés par Frank Herbert au long de ses livres.&lt;br /&gt;
Outre mes activités de chimiste, il se trouve que je suis aussi un passionné d’histoire des religions et d’ethnologie. Lorsque Roland m’a proposé de mettre cette passion au service du livre, j’ai un peu hésité, car je ne suis pas un chercheur en histoire des religions. Mais j’ai relevé le défi, et j’ai pu contribuer avec deux autres articles. Le premier est consacré aux religions présentes dans l’univers de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, en essayant de retrouver les sources d’inspiration de Herbert. Bien sûr, il s’agit de l’islam, mais aussi du christianisme, du bouddhisme et d’autres religions. Ce qui m’a tout particulièrement intéressé, c’est de questionner la vision de Herbert sur le concept de religion et ses relations avec le pouvoir politique. C’est une question qui reste encore d’actualité&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
Le deuxième article est consacré au phénomène de possession dans &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, au travers du cas de l’Abomination d’Alia. Là encore, on peut y voir de nombreuses références, en particulier au christianisme, mais également aux formes de possession par un ancêtre que l’on trouve dans d’autres religions, et particulièrement les religions d’Afrique Noire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Suchet&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je suis maître de conférences à l’École polytechnique, spécialisé dans les questions d’énergie. Quand on pense aux ressources de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, celles qui y sont et celles qui y manquent, on pense d’abord à l’épice et à l’eau. Dans mon texte, je montre qu’un troisième ingrédient joue en réalité un rôle stratégique dans le récit&amp;nbsp;: l’énergie. Discuter d’énergie dans &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, c’est une façon de jouer avec l’œuvre avec une perspective un peu différente du fil narratif, c’est aussi l’occasion de parler de ce concept «&amp;nbsp;d’énergie&amp;nbsp;» dont on est abreuvés, mais dont le sens est parfois confus&amp;nbsp;; c’est enfin une opportunité de dépayser la question énergétique pour évoquer, en miroir, la façon dont cette question se pose ici et maintenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vincent Bontems&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je suis philosophe des sciences et des techniques. «&amp;nbsp;Penser l’innovation sur Arrakis&amp;nbsp;» est un article de philosophie des techniques consacré à un paradoxe&amp;nbsp;: comment définir l’innovation dans un futur qui a renoncé à plusieurs éléments constitutifs de l’idéologie du progrès&amp;nbsp;? C’est un travail spéculatif stimulant dans la mesure où, en éliminant certaines technologies par le Jihad Butlérien (comme l’intelligence artificielle), Frank Herbert a libéré un espace imaginaire pour penser l’apparition d’autres dimensions du Progrès. Par ailleurs, la planète Arrakis étant, d’une certaine façon, le personnage principal du roman, cela implique de repenser l’innovation en fonction des contraintes de cette planète et de réfléchir, en retour, sur le visage que l’innovation prendrait si elle était aussi pensée en fonction des contraintes écologiques de la Terre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frédéric Landragin&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je travaille au CNRS, dans le domaine de la linguistique et dans celui du traitement automatique des langues. Grand lecteur de SF, je me suis particulièrement intéressé aux romans qui traitent de ces deux domaines, ce qui m’a conduit à les «&amp;nbsp;exploiter&amp;nbsp;» pour vulgariser, comme les lecteurs de la collection Parallaxe le savent déjà. Mon article sur &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; traite des mots inventés par Frank Herbert et de leur capacité à déclencher ce fameux &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;. J’y analyse quelques termes, leur traduction en français, et je décortique l’expérience que vit le lecteur face à la complexité de l’univers qui s’offre à lui, élément après élément.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carrie Lynn Evans&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je fais un doctorat en littérature anglaise à l’université Laval au Québec, avec un intérêt spécifique pour la science-fiction. Mon chapitre s’appuie sur l’idée que Lady Jessica et les sœurs du Bene Gesserit peuvent être perçues comme des cyborgs, comme ceux que l’on verra dans la SF des années ultérieures. C’était le sujet de ma thèse de master, et je suis ravie de présenter ce travail exécuté avec amour à un lectorat aussi passionné par le cycle de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; que je le suis.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dune1-geopolitique.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sam Azulys&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je suis docteur en philosophie, professeur de cinéma à la New York University, scénariste professionnel, réalisateur et dramaturge. Mon article se focalise sur la «&amp;nbsp;géopolitique de Dune&amp;nbsp;», ce qui peut sembler paradoxal puisqu’il serait plus logique de parler d’une «&amp;nbsp;Arrakispolitique&amp;nbsp;», mais c’est un terme moins usité, n’est-ce pas&amp;nbsp;? Dans cet article, je tente de relier l’univers de &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; aux préoccupations de son auteur vis-à-vis de son époque (Guerre froide, crise pétrolière, décolonisation, etc.) J’essaie aussi de proposer une lecture philosophique du roman en m’interrogeant sur l’influence exercée par Jung sur Herbert et en explorant certaines notions comme la justice, le pouvoir, les passions ou la foi afin de mettre au jour les problématiques universelles soulevées par l’auteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Frédéric Ferro&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Je suis professeur de philosophie et j’ai travaillé sur la notion de mondes possibles et d’expériences de pensée, ce qui conduit aussi à réfléchir à ce que fait la science-fiction.&lt;br /&gt;
Mon article, «&amp;nbsp;Science et prescience dans Dune&amp;nbsp;», a pour but de prendre au sérieux certaines des métaphores qu’utilise Frank Herbert quand il fait des allusions aux sciences mais aussi à la métaphysique ou à la théologie. Par exemple, je voulais comprendre pourquoi il parlait tant de dynamiques des fluides ou de mécaniques ondulatoires quand Paul Muad’Dib évoque sa vision du futur. Était-ce seulement une métaphore «&amp;nbsp;vague&amp;nbsp;»&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
Une des questions philosophiques du roman est celle de savoir si le futur est déjà «&amp;nbsp;Écrit&amp;nbsp;». Si on pouvait connaître le futur, qu’est-ce que cela impliquerait&amp;nbsp;? Le métaphysicien Gottfried Leibniz a dit que l’un des plus grands labyrinthes dans lesquels nous nous perdons est celui de la liberté et de la nécessité et l’article résume comment Herbert développe ces thèmes de ce labyrinthe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christopher L. Robinson&amp;nbsp;:&lt;/strong&gt; Maître de conférences à l’École polytechnique, j’y enseigne des cours de la littérature et du cinéma anglophones sur les thématiques de la science-fiction, de la fantasy et de l’épouvante. Membre du Laboratoire Interdisciplinaire de l’X et de la Chaire Arts &amp;amp; Sciences, je poursuis, en tant que chercheur, une approche aux œuvres dans ces trois genres qui traverse des disciplines et des méthodologies universitaires traditionnelles.&lt;br /&gt;
Dans mon chapitre sur &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, je voulais aborder deux lieux communs sur le roman de Frank Herbert, et le faire en combinant deux des stratégies d’interprétation les plus rigoureuses qui aient été conçues dans les études littéraires de la SF, par Darko Suvin et Fredric Jameson. Le premier lieu commun est que &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, comme &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;, n’est pas «&amp;nbsp;vraiment&amp;nbsp;» de la SF, mais quelque chose plus proche de l’&lt;em&gt;heroic fantasy&lt;/em&gt;. Le deuxième lieu commun est que le roman est une allégorie&amp;nbsp;: Arrakis représente le Moyen-Orient, l’épice représente le pétrole – ou bien le LSD, etc.&lt;br /&gt;
Même s’il est imprégné d’histoire et de politique des cultures diverses, &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; n’en est pas moins une œuvre d’imagination (et quelle imagination&amp;nbsp;!). C’est le mélange scientifiquement plausible du réel et de l’imaginaire, du familier et du nouveau, qui ouvre l’esprit des lecteurs à d’autres façons de voir notre monde et aux possibilités de le changer – pour le meilleur ou pour le pire.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/10/15/En-route-vers-Dune-2&quot;&gt;Billet suivant |&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <entry>
      <title>Tout est à sauver : dix questions à Catherine Dufour</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/09/24/Dix-questions-a-Catherine-Dufour" rel="alternate" type="text/html" title="Tout est à sauver : dix questions à Catherine Dufour" />
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      <published>2020-09-24T17:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-09-25T10:57:41+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Catherine Dufour en interview&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dufour-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le nouveau recueil de Catherine Dufour, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/catherine-dufour/l-arithmetique-terrible-de-la-misere&quot;&gt;L'Arithmétique terrible de la misère&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, est en librairie depuis maintenant deux semaines. Nous en avons profité pour poser quelques questions à son autrice, tant sur le recueil lui-même que sur son évolution d'écrivain et ses futurs projets…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Catherine Dufour / Photo par Patrick Imbert&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dufour-catherine.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-3&quot;&gt;Catherine Dufour © Patrick Imbert&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;&lt;em&gt;L’Accroissement mathématique du plaisir&lt;/em&gt; était ton recueil des années 2000, &lt;em&gt;L’Arithmétique terrible de la misère&lt;/em&gt; couvre essentiellement les années 2010. Comment perçois-tu ton évolution d’écrivaine sur cette période &amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Cette décennie-là, j’ai plongé dans la littérature &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt;, avec &lt;em&gt;L’histoire de France pour ceux qui n’aiment pas ça&lt;/em&gt;, &lt;em&gt; Le guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses &lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Ada ou la beauté des nombres&lt;/em&gt; chez Fayard. Et j’ai renoué avec la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; en fin de décennie grâce à L’Atalante, merci les ami·es &amp;nbsp;! Mais je n’ai jamais eu l’impression de m’éloigner de la SF, parce que j’ai écrit de nombreuses nouvelles de SF, j’ai travaillé avec Zanzibar, j’ai donné des conférences sur mille sujets SF, j’ai même participé à des ateliers d’écriture de SF optimiste (une gageure). Voilà ce qui a changé&amp;nbsp;: j’ai acquis la conviction que l’optimisme est nécessaire. Et la vague impression de mieux structurer mes livres.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le mainstream par Catherine Dufour&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dufour-horsgenre_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Là où ton premier recueil faisait la part belle à différents genres (fantasy, fantastique), celui-ci a une tonalité essentiellement SF&amp;nbsp;: pourquoi&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Parce que c’est ce qu’on m’a demandé d’écrire. Et ce qui m’est venu sous le clavier. Dans les années 2010, l’écrivain·e de SF a acquis un bizarre statut de conseiller·e. Cent corps de métier et entités sociales se sont tournées vers nous pour nous demander, avec angoisse, des nouvelles du futur. Alors qu’écrire de la SF, ce n’est pas prédire l’avenir&amp;nbsp;: c’est juste révéler les anxiétés, les espoirs, les questions et finalement, la tournure d’esprit d’aujourd’hui. Mais j’ai tenté de répondre à ces demandes, ce qui m’a amenée à explorer bien des domaines dont je n’avais guère connaissance. Je me suis notamment intéressée à la ville du futur, et au visage de la ville en SF. J’ai découvert, ô surprise, qu’elle a été bâtie au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et n’a pas beaucoup changé depuis.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Accroissement mathématique du plaisir&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dufour-accroissement_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Le recueil commence par &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Glamourissime&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui parsème par petit bout le livre, avec une mise en page très publicitaire. Quelle est l’origine de ce texte&amp;nbsp;? Et faire de Ken Liu un perso secondaire, c’est un peu gonflé, non&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Ça me fait tant plaisir et à lui, si peu de peine. Ah, les particules intriquées qui nous permettraient de remonter le temps&amp;nbsp;! Si un jour je frotte une lampe et qu’un génie apparaît, mon premier vœu sera, soyez-en sûr·e, une machine à voyager dans le temps. Je veux tout voir&amp;nbsp;! La taille du nez de Cléopâtre, Agnès Sorel avait-elle les cheveux blonds&amp;nbsp;? Bassompierre était-il aussi beau qu’on le raconte&amp;nbsp;? La peste noire a-t-elle ou non touché l’Afrique noire&amp;nbsp;? Les chiens du Ghana portaient-ils vraiment des colliers d’or&amp;nbsp;? À quoi ressemblait Antinous&amp;nbsp;? À l’occasion d’une visite au Cern, j’ai posé la question aux astrophysicien·es de là-bas, relativement à la faisabilité des particules de Liu. Ils et elles m’ont répondu&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est cinq sigmas.&amp;nbsp;» Ça veut dire «&amp;nbsp;débile&amp;nbsp;» en poli. Mon cœur s’est brisé.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Dans la nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une fatwa de mousse de tramway&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, tu fais dire à l’un des personnages&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je n’arrive pas à m’habituer à ce monde.&amp;nbsp;» C’est le ressenti général qui semble se dégager des textes, avec des protagonistes plongés dans une société frénétique et de moins en moins plaisante. Est-ce ton ressenti aussi&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je crois qu’on a tous et toutes ressenti cette frénésie au moins à travers cette suspension qu’a été le confinement. Prendre son temps est un luxe rare, perdre sa vie à la gagner est le lot de la plupart d’entre nous, du moins de celles et ceux qui ont la chance d’avoir un emploi. «&amp;nbsp;Ils te prendront tout ton temps ou ils te le laisseront en entier&amp;nbsp;», c’est du Lennon, ça ne date pas d’hier. Qui a dit que l’invention technique majeure du capitalisme, ce n’est pas l’usine, c’est l’horloge&amp;nbsp;? Bien sûr que nous sommes plongé·es dans une frénésie dénuée de sens. L’art ne parle à peu près que de ça, je pense.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;La première douzaine de nouvelles semble se dérouler dans un même avenir déglingué, certains textes faisant référence à d’autres, que ce soit au sein du recueil ou à tes romans. As-tu en tête une histoire du futur&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Oui, clairement, j’ai un imaginaire et un seul. Avec des bulles distinctes, certes, mais un seul quand même. Je navigue dedans, franchissant d’un pas certaines ruptures épistémologiques possibles&amp;nbsp;: la découverte du voyage dans le temps, l’annexion des sous-sols, le développement de la réalité virtuelle. &lt;em&gt;What if&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; Et j’essaye de mettre en scène des humain·es aux prises avec ces ruptures. Disons que je marche dans un pantalon à plusieurs jambes temporelles. J’en ai encore quelques autres en tête, il me reste à les coudre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Outrage et Rebellion&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dufour-outrage_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Comme l’indique Feyd-Rautha &lt;a href=&quot;https://lepauledorion.com/2020/09/07/larithmetique-terrible-de-la-misere-catherine-dufour/&quot;&gt;dans son billet sur ton recueil&lt;/a&gt;, tu dézingues à peu près tout. Y a-t-il quelque chose – dans notre présent ou les perspectives d’avenir – qui trouve grâce à tes yeux&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Tout est à sauver. Nous toutes et tous, et le sol sous nos pieds. Le désespoir aussi est un luxe, et nous ne pouvons plus nous le permettre. Même si, quand on se lève le matin et qu’on apprend que des riches ont payé 500 euros minimum pour le plaisir de prendre un avion qui les ramène à leur aéroport de départ parce que, n’est-ce pas&amp;nbsp;? avec le confinement, «&amp;nbsp;cela manque vraiment aux gens de pouvoir voler&amp;nbsp;», on a plutôt envie de retourner se coucher.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Plusieurs textes sont des «&amp;nbsp;Émanations du groupe Zanzibar&amp;nbsp;». Pour celles et ceux qui auraient hiberné durant la décennie 2010, peux-tu rappeler ce dont il s’agit&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;C’est un groupe d’auteur·es de SF qui ont constaté que notre futur a une tête d’accident de voiture. Et que pour avoir un futur meilleur, il convient d’abord de le tirer de notre imagination. Nous travaillons ensemble non pour avoir des idées fumantes, mais pour élaborer des outils créatifs qui permettent à tous ceux et celles qui le veulent de mettre en branle leur imagination, afin d’inventer des lendemains qui chantent moins faux. Désincarcérer le futur, c’est hyper-cool et c’est &lt;a href=&quot;http://www.zanzibar.zone/&quot;&gt;là&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Le recueil se termine par deux textes ne relevant pas de la SF. Pourquoi avoir choisi de les inclure au sommaire&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Le premier, la biographie d’Alfred de M., c’est un texte que j’aime bien. Écrire des biographies est ma passion secrète. Le second, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Coucou les filles&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, c’est une purge. Un texte purement misandre. Parce que ça n’existe pas. Il en fallait bien un… J’ai eu un parfait déplaisir à le rédiger, mais je suis enfin débarrassée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Au bal des absents&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-dufour-bal_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Tu as sorti un polar, &lt;em&gt;Au bal des absents&lt;/em&gt;, en même temps que &lt;em&gt;L’Arithmétique…&lt;/em&gt;. Peux-tu nous en dire quelques mots&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’ai repris le personnage de Claude, l’héroïne d’une nouvelle intitulée &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’immaculée conception&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Elle a pris dix ans, elle aussi, et elle est sans ressources, sans travail, sans toit. Le seul endroit à sa portée, c’est, en gros, une maison délabrée dans la bonne ville de Derry. J’ai voulu opposer les angoisses très concrètes du chômage et celles, pas plus agréables, des menaces de l’esprit.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Question tarte à la crème&amp;nbsp;: quels sont tes futurs projets&amp;nbsp;? Et est-ce qu’on se retrouve dans dix ans avec un nouveau recueil&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Voilà, c’est ça. &lt;em&gt;La géométrie de la sérénité&lt;/em&gt;, je pense. D’ici là, j’aurai écrit, si le sort le veut bien, un livre de SF méditatif. Je le commence juste. Mille mercis de m’avoir suivie jusque-là&amp;nbsp;! Et bonne lecture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Arithmétique terrible de la misère&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-dufour-arithmetique.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>Éclat</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/09/18/Eclat" rel="alternate" type="text/html" title="Éclat" />
      <id>urn:md5:9acccf54da1bdf4d94771b5aa7c4d14f</id>
      <published>2020-09-18T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-10-20T14:09:43+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Peter Watts</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Peter Watts - Éclat&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watts-eclat-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Embarquez à bord de l'&lt;em&gt;Eriophora&lt;/em&gt; ! Astéroïde aménagé, capacité 30&amp;nbsp;000 personnes&amp;nbsp;; nature de la mission&amp;nbsp;: construire des portails hyperspatiaux pour la posthumanité&amp;nbsp;; durée du voyage&amp;nbsp;: quelques millions d'années. Si le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/peter-watts/eriophora&quot;&gt;roman éponyme&lt;/a&gt; de Peter Watts est en librairie depuis le 17 septembre, nous vous proposons de découvrir le prélude au voyage, avec &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Éclat&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Peter Watts issue du recueil &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/peter-watts/au-dela-du-gouffre&quot;&gt;&lt;strong&gt;Au-delà du gouffre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais (Canada) par Gilles Goullet, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/peter-watts/eclat&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 18 septembre au 18 octobre 2020. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Peter Watts - Éclat&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watts-eclat-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration © &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/gsfc/6192052215/&quot;&gt;NASA Goddard Space Flight Center&lt;/a&gt; – &lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/&quot;&gt;CC BY 2.0&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Pâles mâles</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/09/11/Pales-males" rel="alternate" type="text/html" title="Pâles mâles" />
      <id>urn:md5:a7428ea823a34964565912a0696ae138</id>
      <published>2020-09-11T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-10-12T12:12:08+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Catherine Dufour</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Catherine Dufour - Pâles mâles&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dufour-pales_males-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bienvenue dans le monde du travail… de demain. Evette est une &lt;em&gt;seekfinder&lt;/em&gt;, parmi tant d'autres précaires, des gens qui «&amp;nbsp;triment chaque jour comme des réfugiés climatiques tout en cherchant un autre travail pour le lendemain&amp;nbsp;». Louer un rein, promener des hyènes, jouer le mobilier, tout est possible et qu'importent les conséquences, dans cette corrosive nouvelle de Catherine Dufour issue du recueil &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/catherine-dufour/l-arithmetique-terrible-de-la-misere&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Arithmétique terrible de la misère&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, en librairie depuis le 10 septembre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Catherine Dufour issue du recueil &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/catherine-dufour/l-arithmetique-terrible-de-la-misere&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Arithmétique terrible de la misère&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/catherine-dufour/pales-males&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 11 septembre au 11 octobre 2020. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Catherine Dufour - Pâles mâles&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dufour-pales_males-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration © &lt;a href=&quot;https://unsplash.com/photos/Xyb-g8HkJHQ&quot;&gt;mo jo on Unsplash&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>Interview collaborative d'Ada Palmer</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/07/23/Interview-collaborative-d-Ada-Palmer" rel="alternate" type="text/html" title="Interview collaborative d'Ada Palmer" />
      <id>urn:md5:1b427c5d8357a0b91be1ee8203739bf5</id>
      <published>2020-07-23T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-07-23T17:07:32+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Posez vos questions à Ada Palmer&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-palmer-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, alors que la parution de &lt;strong&gt;Sept Redditions&lt;/strong&gt; était toute récente, vous avez été une dizaine, amis lecteurs et lectrices, à nous envoyer une série de questions adressées à Ada Palmer&amp;nbsp;: ses influences, sa manière de travailler, les raisons de ses choix dans &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/cycle/terra-ignota&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;… Voici enfin les réponses de l'autrice&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Influences&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-palmer-ada.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;• Feyd Rautha&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Les fans de SF attendent impatiemment la sortie à la fin de l'année de l'adaptation de &lt;/em&gt; Dune &lt;em&gt; par Denis Villeneuve. Il me semble qu'il est possible de faire de nombreux parallèles entre &lt;/em&gt; Dune&lt;em&gt; et &lt;/em&gt;«&amp;nbsp;Terra Ignota&amp;nbsp;» &lt;em&gt; . Nous avons un empire et de grandes maisons en concurrence, un monopole sur un système de transport, l'émergence d'une sorte de messie, des écoles spécialisées qui s'affrontent… on peut jouer les comparaisons à l'infini. D'après vous, quels sont les points majeurs de convergence ou de divergence les deux œuvres&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a des similarités, même si &lt;em&gt;Terminus les étoiles&lt;/em&gt; d’Alfred Bester et «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Livre du Nouveau Soleil de Teur&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de Gene Wolfe ont représenté des influences plus fortes. S’il est vrai que &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Terra Ignota&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; dépeignent des élites dirigeantes et de la haute politique, le roman de Frank Herbert montre des dynasties en compétition, tandis que, dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», nous voyons s’affronter les leaders de systèmes politiques très différents&amp;nbsp;: la sélection de Kosala comme directrice ou la désignation de l’Empereur MAÇON n’ont rien d’héréditaire et fonctionne très différemment. Pareil pour les Humanistes, dont le système est en changement constant. En fait, l’un des choses qui cause la crise dans &lt;em&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/em&gt; est que ce monde devient un peu trop dynastique&amp;nbsp;: la façon dont les enfants Mitsubishi et les gens de chez Madame se frayent leur chemin vers le pouvoir rendent même ces démocraties dynastiques, mais c’est là une source d’innovations comme de tensions, là où, dans &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, les dynasties aristocratiques sont un système par défaut. Il y d’autres différences, bien sûr. Une différence majeure est le voyage spatial&amp;nbsp;: dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», l’humanité en est encore à faire de petits pas vers l’espace, à essayer d’avoir des prises au-delà de la Terre, et c’est une différence que l’on perçoit davantage à mesure que le cycle avance. Les personnages de &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; savent qu’il est facile de traverser leur vaste univers, qu’il n’y a aucun doute sur la possibilité d’atteindre des étoiles déjà visitées. «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» met en scène une humanité débutante, encore fragile.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Influences&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-palmer-influences_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;• franz_no&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Quels sont les auteurs et/ou les livres qui vous ont le plus influencée &amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai cité Diderot, Voltaire et Sade comme influences majeures&amp;nbsp;; en matière de science-fiction, Alfred Bester est ma source pour cette sorte de fièvre intense et rapide des choses, comme la fête chez Ganymede, et Gene Wolfe est mon modèle pour la densité du world building et la complexité du narrateur. &lt;em&gt;Moi, Claude&lt;/em&gt; de Robert Graves représente une autre influence, en particulier pour la façon dont on perçoit la politique via les interactions quasi-familiales d’un groupe central tout près du pouvoir. Aussi parce que notre historien est un personnage, qui écrit sa propre vie et qui change à mesure qu’il l’écrit. Je me suis aussi beaucoup inspirée du style anglais dans la traduction en prose de l’&lt;em&gt;Iliade&lt;/em&gt; par Robert Fagles&amp;nbsp;: celui-ci est un merveilleux écrivain, qui fait un usage brillant du rythme iambique de l’anglais – mais cela a dû changer complètement en français. J’ai également énormément apprécié les histoires originelles de Sherlock Holmes, davantage la prose de Conan Doyle que les éléments de mystère. Bon nombre de mes descriptions physiques de lieux et de personnages utilisent des méthodes dont Watson se sert dans des scènes de mise en place&amp;nbsp;: il décrit l’ambiance d’un bâtiment avant d’évoquer ce qui s’est passé à l’intérieur. Un livre peut vous influencer de tant de manières&amp;nbsp;: les personnages, le rythme, le cadre, le style, la voix, la structure…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Moi, Claude et L'Iliade&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-palmer-claude-iliad_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;• Thomas&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Quel a été votre processus pour créer cet univers si gigantesque en évitant les incohérences. Le monde que vous avez créé paraît si vaste et pourtant si réel grâce à la cohérence que vous avez su garder, et je trouve vraiment ça incroyable pour un seul cerveau. Avez-vous travaillé avec d’autres personnes ou est-ce que tout cela vient de votre seul esprit&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Trop semblable à l'éclair&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-palmer-TSALE_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, il y a eu quelques incohérences, comme le prénom de Chagatai, qui est erroné dans une scène. Dans la première édition américaine de &lt;em&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/em&gt;, j’ai confondu les noms de Masami et Hiroaki Mitsubishi, mais l’édition française a corrigé cette erreur. En général, je construis mes mondes fictifs lentement et soigneusement, sur plusieurs années, et je tends à m’en souvenir clairement. Je le fais seule, même si cela m’aide d’avoir quelques amis proches avec qui bavarder des mondes que je développe&amp;nbsp;: parler à voix haute permet de me les éclaircir dans ma tête. Je note tous les détails, surtout les dates et les époques, de sorte que j’ai beaucoup de chronologies, des listes avec les dates de naissance des personnages, des tableaux avec des listes de personnages, les chapitres dans lesquels on les rencontre, etc. Cela me permet d’éviter qu’un personnage disparaisse ou n’apparaisse trop souvent. La plupart des détails du monde que je note concernent la chronologie des événements, et le plan du livre&amp;nbsp;; les aspects culturels, les personnalités et spécificités des personnages se trouvent dans ma tête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Audrey&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Avez-vous pensé aux différentes étapes entre notre monde (2020) et celui de « &lt;/em&gt; Terra Ignota &lt;em&gt; &amp;nbsp;»&amp;nbsp;? (J’entends par là plus de détails que les grands jalons du roman.) &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Steam Sailors&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-palmer-7R_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Oui, j’ai une chronologie détaillée qui va de l’époque présente jusqu’à 2454, avec bien plus de détails que ce que l’on verra jamais dans les livres – même si on en apprendra davantage dans les volumes suivants. J’avais besoin de connaître les événements intermédiaire pour avoir une idée de la culture, et pour savoir comment se développeraient les institutions politiques. Je n’ai pas commencé par imaginer le monde de 2454 avant de revenir en arrière pour bidouiller des justifications expliquant comment on en est arrivé là&amp;nbsp;: j’ai commencé au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, en pensant aux tendances historiques, aux choses qui bougent et évoluent (les tensions entre la religion et le sécularisme, la militarisation de la droite, les changements de genre, de structures familiales, d’identité, l’accroissement de la vitesse des transports), et j’ai extrapolé ces changements vers l’avenir, j’ai imaginé ce qui pourrait se passer au cours des prochains siècles pour arriver à une année 2454 façonnée par ces événements intermédiaires. Une bonne part provient de cette question&amp;nbsp;: qu’est-ce qui est &lt;em&gt;instable&lt;/em&gt; dans notre monde actuel&amp;nbsp;? Qu’est-ce qui est en cours de changement&amp;nbsp;? Puis j’ai choisi des choses susceptibles de continuer à changer, et j’ai réfléchi aux conséquences probables. C’est un &lt;em&gt;world building&lt;/em&gt; très historien, je trouve.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Jonathan&amp;nbsp;: &lt;em&gt; De quelle manière élaborez-vous le plan de vos romans&amp;nbsp;? Autrement dit, quels moyens avez-vous utilisés pour concevoir l'immense architecture d'une œuvre pour mêler actions, récits, personnages&amp;nbsp;? Outils, logiciels, cartes (type Trello et autres)&amp;nbsp;? Post-it collés partout par centaines et reliés par des fils de couleurs&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me sers de OneNote, au sein de la suite Microsoft Office, qui vous permet d’avoir des textes, des tableaux et des images au sein d’un même programme. Je ne crois pas que OneNote soit substantiellement supérieur à d’autres programmes similaires, mais j’apprécie d’avoir une carte, des post-its devant et un petit tableau à côté, tout ensemble. C’est comme ça que j’organise mes listes de personnages, mon schéma chapitre par chapitre, ma chronologie de 2000 à 2454, mes index des changements de langue, mes notes sur les blocs de votes Mitsubishi, le nom des précédents Empereurs, les dates des précédents Anonymes, des index des épithètes homériques, et un calendrier de l’an 2454 qui retrace à la fois les événements de des différentes journées et quelles sections du compte-rendu Mycroft a écrit chaque jour. Ce dernier point est important, car si Mycroft écrivait un chapitre lors d’une journée où quelque chose d’important ou d’affreux se déroulait, je voulais que son humeur du moment se reflète dans son écriture et, dans les tomes suivants (qui se déroulent après que Mycroft ait écrit et publié son compte-rendu), on voit le processus de l’histoire originale étant écrite et certains événements l’ayant façonné – j’avais vraiment besoin d’un calendrier jour à jour pour réussir y parvenir. J’ai un tableau d’affichage au-dessus de mon bureau, mais il comprend des photos d’éléments qui me rappellent les personnages ou les thèmes du livre, plutôt que des listes, des faits ou des informations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Samuel&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Le concept de bash est passionnant – cette structure sociale est intéressante et visionnaire. D’où vient l'inspiration&amp;nbsp;? Est-ce une envie personnelle de voir de telles structures émerger ou une tentative d'anticipation sociale basée sur l'imaginaire et/ou l’observation&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’idée du bash provient du fait que l’unité familiale actuelle – la famille nucléaire isolée, avec un couple de parents élevant les enfants – est historiquement très récente, et très instable. Au début du XXe siècle, il était encore habituel de vivre sous le même toit que ses grands-parents, et les structures familiales étendues étaient (sont) meilleures pour avoir suffisamment d’adultes s’occupant de l’éducation des enfants, etc. Au milieu du XXe siècle, alors que ces structures se sont décalées vers la famille nucléaire isolée, embaucher une domestique ou une nounou est resté commun. Mais, après la Seconde Guerre mondiale, quand cette pratique a décru et que de plus en plus de femmes ont commencé à travailler, nous avons atteint un point très instable&amp;nbsp;: il y a d’une part une forte pression pour que les couples vivent de leur côté mais si les deux membres travaillent, ils ne peuvent pas s’occuper des enfants à moins d’embaucher quelqu’un. Nous voyons de plus en plus de réactions contre cette situation &amp;nbsp;: plus de cas d’adultes vivant avec leurs parents, plus de cas de groupes vivant ensemble dans des formes diverses de communauté. Il est clair que la forme familiale actuelle isolée ne peut perdurer sans de grands changements. Un tel changement pourrait être la manière dont nous organisons la garde d’enfants&amp;nbsp;; un autre changement pourrait être l’accroissement de cette tendance des adultes à vivre dans des espaces communaux et éduquer des enfants en groupe. Je ne prétends pas que cela &lt;em&gt;va&lt;/em&gt; se passer, mais il me semble évident que &lt;em&gt;quelque chose&lt;/em&gt; devra se passer, et c’était une direction intéressante à explorer dans «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Cela me paraissait plausible, en combinaison avec les voitures volantes&amp;nbsp;: des gens devenus amis proches à l’université adoreraient continuer à vivre ensemble si la nécessité de déménager en raison du travail ne dispersait pas les groupes. Si cette pression est relâchée, je pense que nous verrions davantage de cohabitations de groupes d’amis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Armande&amp;nbsp;: &lt;em&gt;À quelle ruche pourriez-vous adhérer&amp;nbsp;?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La Ruche Utopiste. Mais je partage l’intérêt qu’ont les Cousines à vouloir faire des efforts pour aider les gens et œuvrer avec bienveillance, et je partage le sentiment culturel de la Ruche Européenne. Je ne crois pas que ce choix ne doive jamais être facile&amp;nbsp;: ce qui est formidable dans un monde où l’on peut choisir sa citoyenneté au lieu d’être coincée avec elle, c’est la façon dont cela vous amène à réfléchir, non seulement sur ce que vous aimez dans la citoyenneté choisie, mais aussi ce que vous respectez dans celles que vous n’avez pas choisies.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Hoël Hoël&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Quel est l’intérêt de pratiquer une simili orthographe du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle &amp;nbsp;? Quelle est l’histoire de Madame D’Arouet&amp;nbsp;? comment en est-elle arrivée là&amp;nbsp;? Considérez-vous vos romans comme étant de la SF ou un mélange étrange avec de la métaphysique pour agglomérer le tout&amp;nbsp;? Pourquoi tant de coïncidences&amp;nbsp;? Ces scènes de sexe, celles où les genres sont inversés, celles de dialogues mystiques, sont-elles sous l’influence de Sade ou y a-t-il d’autres auteurs&amp;nbsp;? Et pourquoi, quitte à invoquer le XVIIIe siècle, avoir omis Montesquieu, Marivaux, Condorcet, Beaumarchais, l’abbé Prévost ou Choderlos de Laclos&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Wow, plein de questions&amp;nbsp;! En anglais, je voulais que ma prose évoque le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, en imitant la structure des phrases de cette époque et le style, d’une façon qui soit étrange et très peu familière pour un lecteur anglophone actuel&amp;nbsp;; j’ai également insisté sur le fait que Mycroft écrit dans un style archaïsant. En français, puisque bien plus de lecteurs sont familiers des œuvres du siècle des Lumières et notamment de l’orthographe de l’époque, nous avons pu utiliser certaines de ces graphies pour rendre cette impression de XVIIIe siècle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En anglais, la seule orthographe ancienne dont les gens sont familiers est celle de Shakespeare&amp;nbsp;: utiliser cette orthographe n’aurait pas donné l’impression du bon siècle, les années 1600 au lieu des années 1750. C’est un bel exemple de ce qu’il est possible de faire, ou non, avec différentes langues. Pas parce que les langues ne le permettent pas mais parce que les lecteurs sont familiers de telles ou telles choses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce qui concerne Madame, la suite vous apprendra davantage sur elle. Elle se base sur certains personnages de&lt;em&gt;Jacques le fataliste et son maître&lt;/em&gt; et dans Sade, en particulier &lt;em&gt;La Philosophie dans le boudoir&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La métaphysique est toujours très présente dans mes histoires, peu importe leur genre (le prochain roman après «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» sera une fantasy historique… avec beaucoup de métaphysique). C’est ce que je préfère en fiction, quel que soit le genre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sade est la principale influence pour tout ce qui est sexe et genre, bien que Voltaire et Diderot aient une influence sur les questions de genre aussi. Montesquieu est un peu présent dans la philosophie politique&amp;nbsp;; il est toutefois peu mentionné parce qu’une bonne part de la pensée politique de cet auteur a été reprise dans la formation des USA et leur Constitution. Or, dans le monde de Mycroft, la plupart de ses idées-clé (gouvernement tripartite, etc.) sont extrêmement marquées par ce qui s’est passé avec l’Amérique&amp;nbsp;; comme les gens de ce futur n’aiment pas en parler, ils ne parlent pas non plus de Montesquieu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce qui concerne les autres auteurs&amp;nbsp;: ce que je trouve le plus intéressant avec les Lumières est leur côté spéculatif très abrupt, ce que j’appelle parfois «&amp;nbsp;les Lumières sombres&amp;nbsp;». Des gens comme La Mettrie, d’Alembert ou d’Holbach qui, à l’instar de Voltaire et Diderot, n’étaient pas à l’aise avec leurs propres réponses à des questions sur la Providence et si l’univers est bénin. Ce sont ces auteurs qui aident Mycroft lorsqu’il lutte pour comprendre ce qu’il se passe autour de lui, bien plus que les auteurs politiques. Voltaire, dans un texte tel que le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Poème sur le désastre de Lisbonne&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, s’interroge sur une Providence troublante&amp;nbsp;; il discerne des motifs dans le monde mais a du mal à voir ces motifs refléter quelque chose d’éthiquement bon… voilà ce qui concerne Mycroft lorsqu’il lutte pur comprendre 2454.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Diderot et Sade&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-palmer-diderot-sade.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;• Raphaël&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Où est le peuple&amp;nbsp;? Où sont les abeilles&amp;nbsp;? Les élites (les reines de ruche&amp;nbsp;?) sont bien là, omniprésentes, hyper actives, machiavéliques, consanguines. Et elles vivent, sans doute, parlent, aiment, s’habillent, se passionnent à la mode de ces années 2400. Mais ce peuple non montré, que l’on ne voit pas vivre, aimer, travailler, éprouve-t-il socialement, culturellement, religieusement, les mêmes tourments que les hauts personnages que vous avez décidé de mettre seuls au cœur du premier tome&amp;nbsp;? Pourquoi le peuple n’est-il que suggéré &amp;nbsp;? Nous avons rencontré, il est vrai, un peu de valetaille à Paris et quelques servants éboueurs à Marseille, des mouvements de foule très impressionnistes lors d'une cérémonie publique… Mais plongerons-nous durablement dans la plèbe&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;The Will To Battle&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-palmer-TWTB_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deux réponses à cette question. La première est que, oui, nous verrons un peu plus d’individus, de gens du commun et leurs actions, surtout dans le dernier tome de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». La deuxième réponse est qu’il s’avère difficile d’écrire une histoire sur les gens ordinaires en mettant le projecteur sur un individu issu d’un large public, car à moment où on braque le projecteur sur cette personne, elle commence à se sentir héroïque, exceptionnelle – le seul fait de mettre le projecteur sur une personne lui donne un caractère de protagoniste, la fait ne plus se sentir ordinaire, surtout si elle commence à interagir avec le pouvoir et l’influencer. À moins qu’une histoire ne parle de l’ordinaire et du manque de puissance d’un personnage «&amp;nbsp;ordinaire&amp;nbsp;», tous les personnages ordinaires commencent vite à se percevoir comme les héros de leurs histoires. J’ai donc voulu considérer le large public différemment&amp;nbsp;: à ses actions collectives. Dans &lt;em&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/em&gt;, nous voyons des élites désespérées courir de partout pour tâcher de cacher ou taire des choses, de les anticiper, de les manipuler, parce qu’ils ont peur de quoi&amp;nbsp;? De ce que &lt;em&gt;le public&lt;/em&gt; va faire, de comment le public, la masse de tous ces gens ordinaires, va réagir aux listes des Sept-Dix, à la nouvelle du cambriolage au bash Saneer-Weeksbooth, à Madame, etc. Nous voyons les élites réagir quand elles prennent conscience, et prennent peur, du grand pouvoir de l’action &lt;em&gt;collective&lt;/em&gt; des gens ordinaires. En un sens, tous les personnages que nous voyons, même l’Anonyme et MAÇON, qui se sentent si puissants, sont absolument impuissants comparés aux actions du public – auquel tout se rapporte. C’est une façon de présenter les foules qui diffère de nombreux récit où, peu importe le degré de corruption ou de cruauté des élites, les masses n’ont aucun pouvoir d’action ou de changement jusqu’à ce qu’un héros arrive pour les amener à agir. Je trouve intéressant de constater que, souvent, les lecteurs ne remarquent pas cela dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: plus on observe les élites, plus on a l’impression qu’elles ont le pouvoir, mais plus le récit avance, moins cela est vrai. Néanmoins, je ne donne pas au public non-élite un unique héros messianique pour le galvaniser&amp;nbsp;; je présente la réalité&amp;nbsp;: le grand public a &lt;em&gt;toujours&lt;/em&gt; le pouvoir, mais celui-ci n’est pas activé par une personne spéciale, il l’est par la propre nature du public en général – en particulier dans un monde riche en auto-détermination politique. On verra cela davantage dans les tomes suivants&amp;nbsp;; ce thème, encore subtil dans le tome 1, se développera au fur et à mesure de l’avancée du cycle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Aliens et les garçons&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Est-ce que, pour Mycroft, le lecteur est une personne de plus à manipuler&amp;nbsp;? La société développée dans «&amp;nbsp;Terra Ignota&amp;nbsp;» n’est ni une dystopie, ni une uchronie. Aux Utopiales 2019, vous avez déclaré que c’était parce que vous vouliez créer une société plus complexe et réaliste. Est-ce parce que vous pensez que l’utopie et la dystopie sont des visions trop simplistes et des modèles invraisemblables de notre futur&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous en verrez davantage sur la relation de Mycroft avec le lecteur, mais c’est bien plus complexe que «&amp;nbsp;une personne de plus à manipuler&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je pense que les utopies et les dystopies sont des outils pratiques, pour explorer des institutions sociales spécifiques poussées à leur maximum et pour réfléchir à leur sujet. Mais elles doivent être simples pour que cela fonctionne, pour que l’extrémité d’une structure ou d’une pratique sociale devienne visible. Je pense que des mondes complexes et mixtes, comme «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Terra Ignota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», qui mêle des aspects merveilleux et des choses terribles, sont plus utiles quand nous nous demandons quel avenir est le plus probable, puisqu’il s’avère improbable qu’un futur soit entièrement positif ou négatif. Notre présent n’est pas purement positif ou négatif vu depuis la perspective du passé&amp;nbsp;: nous avons des réussites médicales extraordinaires, la vaccination, des libertés civiles, des technologies incroyables, la capacité à transporter par les ondes des livres et des films directement au domicile de chacun, mais nous avons aussi la corruption, les guerres, les génocides, une intolérance et des préjugés intolérables – c’est un mélange. Les utopies et les dystopies sont parfaites, pour divertir et avertir, et explorer des idées, mais leur principal défaut est qu’elle amène à penser l’avenir de façon binaire, comme si nous allions «&amp;nbsp;gagner&amp;nbsp;» et obtenir le «&amp;nbsp;futur positif&amp;nbsp;» ou bien « perdre&amp;nbsp;» et vivre dans un «&amp;nbsp;futur négatif&amp;nbsp;». Aucun des deux n’adviendra. Comme lors de n’importe quelle autre ère passée, on aura des victoires et des défaites&amp;nbsp;; de bonnes choses se passeront, de mauvaises aussi&amp;nbsp;; on parviendra à de grandes améliorations et on déclenchera accidentellement des événements terribles. Nous pouvons essayer d’obtenir autant de victoires que faire se peut, de façon à améliorer l’avenir autant que possible – et chaque victoire compte –, mais imaginer un avenir noir ou blanc tend à nous fragiliser, nous fait sentir à chaque défaite que nous n’aurons plus le «&amp;nbsp;bon futur&amp;nbsp;». Cette fragilité décourage l’action, mais je veux justement que mes textes de fiction &lt;em&gt;encouragent&lt;/em&gt; l’action, qu’on se dise&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bon, même ce futur qui comporte tant de choses positives, en comporte aussi des moins bonnes. Mais les gens s’efforcent de l’améliorer&amp;nbsp;; ils y parviennent parfois, et parfois ils échouent, mais ils persévèrent. Nous devrions faire de même.&amp;nbsp;» Le progrès est un travail d’équipe multigénérationnel. Prétendre que tout est accompli d’un coup, en une génération, que nous pouvons tout gagner ou tout perdre lors d’une seule crise, voilà qui fait oublier aux gens le but véritable&amp;nbsp;: la transmission.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Traduction : Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Des futurs en pagaille</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/07/07/Des-futurs-en-pagaille" rel="alternate" type="text/html" title="Des futurs en pagaille" />
      <id>urn:md5:febfc1b053ff2ae4c19de7b27cb53cbf</id>
      <published>2020-07-07T11:00:00+02:00</published>
                    <updated>2020-07-07T11:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Transgénération Express</dc:subject>
                    <dc:subject>Raphaël Gaudin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;The Loop&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen06-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où le chroniqueur tente de rattraper son retard en accélérant, enfin, le mouvement. Pas sûr que cela dure&amp;nbsp;! Un opus davantage tourné vers le futur que &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/07/03/Des-pirates-des-corbeaux-et-des-revolutionnaires&quot;&gt;son prédécesseur&lt;/a&gt;. Pas très rose, cet avenir. D’un autre côté, quand on voit la gueule du présent… Partons à la rencontre d’un démêleur de rêves, d’une prison de haute sécurité, d’une jeune I.A. et d’humains en lutte pour leur survie face à des monstres sans pitié.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Rêves de voyages&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Démêler les rêves, quelle belle idée&amp;nbsp;! Être capable de capter l’essentiel de ces créations de notre esprit, de notre inconscient, et en faire des œuvres d’art capables d’émouvoir des foules entières. C’est le métier qu’exerce Neven avec un talent exceptionnel. Il est le meilleur démêleur de rêves actuel. Et tout va bien pour lui, on s’en doute&amp;nbsp;: fortune, adulation. Cependant, comme souvent dans ce cas, le succès est accompagné d’une grande insatisfaction, un vide. Maintenant qu’il est arrivé à ce niveau, que faire &amp;nbsp;? Quel défi accomplir&amp;nbsp;? C’est sous les traits du Rêveur 1110 que Neven va trouver un nouveau but. Normalement, un démêleur ne doit pas rencontrer les rêveurs dont il travaille les rêves. Mais le hasard et, surtout, un de ses concurrents, jaloux, dangereux, va précipiter le jeune homme dans un voyage fantastique à travers certaines des 101 planètes habitées par l’humanité et reliées entre elles par le Fil, ce moyen de transport fantastique tombé en désuétude depuis que les humains préfèrent rester chez eux à regarder leurs écrans à longueur de journée. Car dans ce roman aussi, comme dans beaucoup d’autres actuellement (dont &lt;strong&gt;Boxap 13-07&lt;/strong&gt;, beaucoup moins convaincant et paru aussi chez Scrineo et chroniqué dans &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/18/Au-fil-du-temps&quot;&gt; un précédent épisode&lt;/a&gt;), l’homme refuse de sortir de chez lui où il trouve tout ce qu’il lui faut pour vivre. Écho involontaire avec la période que nous venons de vivre, reclus obligés.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Démêleur de rêves&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen06-demeleur.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le livre s’ouvre sur une préface de Pierre Bordage, excusez du peu&amp;nbsp;! Et le texte du grand écrivain français est argumenté et flatteur. À juste titre. Car &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; démêleur de rêves&lt;/strong&gt; est un beau livre. Beau, d’abord, par l’idée de base&amp;nbsp;: utiliser le matériau des rêves pour en tirer des œuvres capables d’émouvoir les autres. Beau ensuite par ses personnages, attachants sans être trop caricaturaux (sauf le «&amp;nbsp;méchant&amp;nbsp;», trop stéréotypé). Beau également par le message humaniste véhiculé, peut-être un peu naïf par moments, mais cela fait tellement du bien. Beau enfin par l’univers inventé et décrit par Carina Rozenfeld. Le thème du voyage est souvent utilisé en littérature en général, et en SF en particulier pour permettre aux auteurs de faire preuve d’imagination et de partager ses visions avec ses lecteurs. Parfois, on assiste à de longs catalogues sans intérêt. Ici, le passage d’un lieu à un autre est justifié. Et l’autrice parvient à nous faire ressentir son émerveillement pour les mondes visités.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le démêleur de rêves&lt;/strong&gt; est une invitation réussie à nous projeter ailleurs, à nous laisser aller à de douces rêveries, à laisser la place à la partie enfantine et capable d’émerveillement que nous cachons souvent trop profondément en nous-mêmes.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Carina Rozenfeld&lt;br /&gt;
– &lt;strong&gt;Le démêleur de rêves&lt;/strong&gt; – ScriNeo – octobre 2019 (roman inédit – 435 pp. GdF. 17,90 euros) – à partir de 15 ans*&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;Une bonne dystopie de derrière les fagots&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Tous les jours, Luka vit la même routine. Tous les jours, il subit la récolte. Durant six heures interminables, il souffre mille morts. Il finit épuisé, mais vivant. Prêt pour une nouvelle journée. Prêt pour une nouvelle récolte. Luka a 16 ans et il est enfermé dans le Loop, une prison de la Région 86. Accusé de meurtre, il en est à son 736&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; jour dans ce lieu de détention particulier. Ici, tout le monde est condamné à mort. Mais on a le droit à des Reports, qui offrent un nouveau délai avant l’exécution. Si l’on accepte de servir de cobaye aux autorités. Et les opérations proposées sont rarement anodines. L’intégrité physique est souvent mise en cause, la vie souvent menacée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tous les jours la même routine. Sans aucun espoir de sortie. Mais, même les plus impitoyables machines peuvent voir leurs rouages se détraquer. Luka va avoir sa chance. Mais s’il la saisit, que trouvera-t-il à la sortie&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;The Loop&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen06-loop.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dystopie sans l’ombre d’un doute, &lt;strong&gt;The Loop&lt;/strong&gt; nous offre le portrait d’une société noire, cynique et sans beaucoup d’espoir. Une société où l’on enferme sans remords des enfants afin de les utiliser jusqu’à plus soif, de les presser jusqu’au trognon, jusqu’à la folie ou à la mort. Une société encore plus individualiste que la nôtre, guidée en partie par une I.A. au nom d’autant plus ironique que tous les personnages rencontrés sont au mieux désespérés&amp;nbsp;: Happy&amp;nbsp;! Une société qui se dévoile au lecteur progressivement. Tellement progressivement qu’à la fin de ce premier tome, on en ignore encore tous les tenants et aboutissants. Il faut dire que Ben Oliver ne ménage pas ses efforts pour l’occuper et le distraire, son lecteur. Malgré les répétitions des journées de Luka au début du roman, difficile de s’ennuyer à la lecture de ce véritable &lt;em&gt;page turner&lt;/em&gt; qui avance dans les pas de ses illustres ancêtres. Car on retrouve un peu du &lt;strong&gt;Hunger Games&lt;/strong&gt; de Suzanne Collins ou du &lt;strong&gt;Divergente &lt;/strong&gt;de Veronica Roth, avec leurs portraits de jeunes gens en prise à une hiérarchie intrusive et injuste. Le James Dashner de&lt;strong&gt; L’Épreuve&lt;/strong&gt; apparaît, lui aussi, en filigrane ici &amp;nbsp;: une évasion, une bande d’adolescents plus ou moins appariés, une découverte successive de l’univers à la sortie. Mais ici, l’extérieur est connu des prisonniers. Même s’il a changé suite à des évènements pour le moins imprévus et qui vont bouleverser considérablement la donne. On ajoute une petite touche de &lt;strong&gt;Walking Dead&lt;/strong&gt;, sans véritables morts vivants, mais pour le carnage, les membres broyés, le sang répandu. Malgré tous ces points communs, &lt;strong&gt;The Loop&lt;/strong&gt; n’est pas une bête copie, une resucée sans imagination. C’est plutôt l’œuvre d’un auteur qui a digéré les romans précédents et a trouvé son propre univers, son propre style, son propre rythme. Le ton est enlevé, les doses d’hémoglobine justement répandues, les surprises et retournements de situation bien distillés. Pour un premier roman YA publié, c’est une réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Annoncé comme une trilogie, la suite de &lt;strong&gt;The Loop&lt;/strong&gt; n’est pas encore parue en version originale&amp;nbsp;: il faudra donc faire preuve de patience pour découvrir la suite des tribulations de Luka, un jeune homme qui nous devient rapidement sympathique, mais dont on se demande comment il va bien pouvoir s’en sortir sans deus ex machina. On peut, pour cela, faire confiance à Ben Oliver, auteur prometteur, qui a mené, dans ce premier opus, sa barque avec brio.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;The Loop&lt;br /&gt;
Ben Oliver&lt;br /&gt;
T1. &lt;strong&gt;The Loop&lt;/strong&gt; – La Martinière Jeunesse – mai 2020 (roman inédit traduit de l’anglais [Grande-Bretagne] par Christophe Rosson – 380 pp. GdF. 17,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;Une I.A. pour des (jeunes) Y.A.&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;William est très fier de son tout nouveau téléphone. Hélas, une intrusion d’un pirate sur le réseau de l’entreprise où il travaille et voilà que son merveilleux appareil se met à débloquer. Rapidement, William découvre que son téléphone est le moyen de communiquer avec celui qu’il croit être le hacker. Et un bon, car le service de sécurité de sa boîte est de haut niveau. Peu satisfait de son poste actuel (il est à l’accueil alors qu’il espérait travailler au développement), il est prêt à aider le voleur de données, quel que soit son but réel. Mais les choses ne vont pas du tout se dérouler comme il l’avait prévu, et notre héros va aller de surprise en surprise… tout comme le lecteur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;E-Réel&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen06-ereel.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En quelques pages, l’intrigue est lancée et rien n’arrêtera ce thriller efficace et prenant, à défaut d’être révolutionnaire. Pour un premier roman, Aurélie Zérah a usé habilement des codes du genre. Les découvertes surprenantes viennent ponctuer le récit (enfin surprenantes, quand on est jeune et pas trop habitué aux romans de science-fiction, sinon, on en voit quand même venir pas mal de loin&amp;nbsp;; surtout avec cette couverture très révélatrice) et ménagent le suspens. Quelques retournements de situation, quelques changements d’optique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela est doublé d’une réflexion pertinente sur l’intelligence artificielle et sa place dans notre société. Pas de prise de tête, rien qui pourrait ralentir excessivement le rythme du thriller, mais des moments d’analyse rapides plutôt bien vus, des échanges de points de vue riches car pas manichéens pour deux sous et solidement argumentés. On évite ainsi le plaidoyer pro I.A., seule chance de survie de l’humanité, comme le lamento anti I.A. où l’on verrait cette machine asservir l’humanité ou supprimer toute trace de vie humaine, trop peu fiable et trop dangereuse pour la Terre (comme dans la passionnante tétralogie &lt;strong&gt;Ciel&lt;/strong&gt; de Johan Heliot, par exemple). Aurélie Zérah sait faire entendre plusieurs voix, de manière équilibrée et enrichissante pour le jeune lecteur. Une petite piqûre de rappel bienvenue dans un monde où les machines électroniques prennent de plus en plus de place, sans qu’on s’en rende toujours compte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E-Réel&lt;/strong&gt; est un roman fort agréable, fort sympathique, mais qui manque encore de chair, de bosses, de vrais coups pour vraiment prendre aux tripes son lecteur. Néanmoins, sa lecture permet de passer un moment distrayant, tout en se posant quelques questions sur l’avenir que nous réserve la recherche informatique. Un cocktail plaisant auprès duquel il serait dommage de passer sans lui accorder le temps qu’il mérite.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Aurélie Zérah&lt;br /&gt;
– &lt;strong&gt;E-Réel&lt;/strong&gt; – La Martinière Jeunesse – mars 2020 (roman inédit – 303 pp. GdF. 14 euros) – à partir de 13 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/07/07/Des-futurs-en-pagaille#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;Des décibels sur le bitume&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Et c’est reparti, très fort, très vite, très violemment, sur une bande son métal à fond&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après les événements racontés dans &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/19/transgeneration-express-22#totemtom&quot;&gt; Nécropolis&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, Tom a retrouvé sa mémoire&amp;nbsp;: il n’est pas un simple garçon perdu dans une autre époque. Il est un combattant. Et il va avoir l’occasion de le prouver. Puisque Styx, qui l’avait accueilli, a semble-t-il définitivement perdu la tête et a fait exploser le refuge des Sioux, tuant tous les chefs locaux de cette résistance aux allures de punks. De ces combattants opiniâtres et attachés à sauver au maximum les vies des humains face à la terrible menace des Fomorés. C’est la fuite, mais pour aller où&amp;nbsp;? Les traîtres ont des oreilles partout. Les monstres, d’une cruauté sans nom, n’aiment rien tant qu’à faire souffrir leurs esclaves humains. Entre ceux qui font des expériences atroces sur eux, ceux qui les utilisent comme objets de divertissement, ceux qui les parquent en les réduisant en zombies, l’humanité a bien peu de chances de s’en tirer. Mais cela ne décourage pas Tom et ses acolytes, prêts à risquer leurs vies (et cela arrive souvent) pour leur mission.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Ex Nihilo&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen06-exnihilo.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Patrick McSpare continue avec &lt;strong&gt;Ex nihilo&lt;/strong&gt; son road movie à la &lt;strong&gt;Mad Max&lt;/strong&gt;, avec engins vrombissants, personnages à la limite de la folie, aux passions exacerbées, et décors post-apocalyptiques. Il n’hésite pas à en rajouter des louches. Et cela passe comme une lettre à la poste, tant il fait cela avec naturel et décontraction. En plus, en conteur habile, il sait maintenir tension et suspens. Ses personnages marchent sur une corde et risquent à tout moment de perdre l’équilibre, mais on y croit. Même quand les réactions sont outrées. Même quand les Fomorés sont incroyables de décadence et de sadisme. Même quand les héros se sortent de situations impossibles. Et on demande encore et encore&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ex nihilo&lt;/strong&gt; est en décalage par rapport à la production actuelle, et c’est tant mieux. C’est un petit ovni qui devrait trouver sa place, car il nous fait entendre une musique différente mais bien sympathique, pleine de guitares saturées et de hurlements de douleur ou de rage, emplies de basses bien grasses qui marquent le rythme, impulsent une dynamique sans faille. En attendant, avec impatience, le dénouement, sans nul doute explosif de &lt;strong&gt;Totem Tom&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Totem Tom&lt;br /&gt;
Patrick McSpare&lt;br /&gt;
T2. &lt;strong&gt;Ex nihilo&lt;/strong&gt; – Gulf stream – octobre 2019 (roman inédit – 246 pp. GdF. 16 euros) – À partir de 13 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/07/07/Des-futurs-en-pagaille#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;* Classification proposée par l’éditeur.&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Des pirates, des corbeaux et des révolutionnaires !</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/07/03/Des-pirates-des-corbeaux-et-des-revolutionnaires" rel="alternate" type="text/html" title="Des pirates, des corbeaux et des révolutionnaires !" />
      <id>urn:md5:72c8f064358d38f0cf6e1a5116bd7bb0</id>
      <published>2020-07-03T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-07-03T17:12:13+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Transgénération Express</dc:subject>
                    <dc:subject>Raphaël Gaudin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Bordeterre&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen05-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un peu ralenti mais toujours en mouvement, le Transgénération express prend de la hauteur dans ce cinquième opus, avec des pirates aériens, des révolutionnaires en herbe et une jeune croque-mort impliquée dans un complot d’État. Un redémarrage sur les chapeaux de roue, donc, avec un trio de jeunes autrices à la barre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Pirates de l’air&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Prudence est orpheline et ne subsiste que grâce à ses donc médicaux&amp;nbsp;: quand les médecins attitrés échouent, on vient la chercher car on est certain d’être soigné. Sa connaissance des plantes est solide et, malgré ses 15 ans, son expérience est grande. Mais une nuit, lors de l’attaque de son village par les pirates, elle est enlevée. Dans les airs. Car sur son monde, ces bandits de grand chemin se déplacent à bord de navires volants, soutenus par des ballons. Rapidement, elle remplace le médecin de &lt;em&gt;L’Héliotrope&lt;/em&gt;, nom poétique donné au vaisseau qui va devenir son nouveau foyer. Car elle y prend vite ses aises et devient indispensable à l’équipage. D’autant que Prudence a un autre don&amp;nbsp;: elle voit certains pans de l’avenir durant ses rêves. Tout n’est pas clair mais certains éléments lui permettent de se montrer décisive à certains moments.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Steam Sailors&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen05-pirates.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et il va lui falloir être d’une grande efficacité, car &lt;em&gt;L’Héliotrope&lt;/em&gt; se trouve à la recherche d’un trésor mythique, la cité des Alchimistes, ces magiciens d’un autre temps, avant la Grande-Fracture, quatre siècles plus tôt, disparus depuis. Mais entre les autres pirates intéressés et l’armée qui support de plus en plus difficilement ces bandits téméraires, l’avenir s’annonce riche en embûches et en dangers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Héliotrope&lt;/strong&gt; , premier volume d’une série, est un roman malin. E.S. Green combine habilement plusieurs univers&amp;nbsp;: steampunk, avec ces machines volantes impressionnantes&amp;nbsp;; pirates, avec tous les codes du genre&amp;nbsp;: membres d’équipe brutaux et virils, île avec sa taverne&amp;nbsp;; combats &lt;s&gt; navals &lt;/s&gt; aériens&amp;nbsp;; chasse au trésor avec ses indices et ses fausses pistes. Elle en prend les meilleurs côtés et les mêle avec aisance, créant un univers attachant au premier regard. On adhère pleinement à ce Haut-Monde où flottent des navires plus légers que l’air. Car l’ensemble est pensé et, s’il utilise des clichés de chaque univers, c’est avec intelligence, pas dans une galerie de stéréotypes tous plus ridicules les uns que les autres, comme on peut en croiser si souvent, entre autres dans la littérature pour jeunesse (où certains auteurs prennent encore les lecteurs pour des neuneus). Ici, les personnages sont juste caractérisés comme il faut pour acquérir une substance, une existence, se différencier des autres, mais sans brutalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aspect “chasse au trésor” est toujours aussi jubilatoire. Surtout qu’ici, avec cette recherche des anciens Alchimistes, aux pouvoirs phénoménaux et aux constructions étranges, on se croirait par certains côtés revenu dans les &lt;strong&gt;Mystérieuses C&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ités d’or &lt;/strong&gt;avec Esteban, Tao et Zia (1982, tout de même…). Si on ajoute quelques créatures monstrueuses et des ennemis implacables, le cocktail est détonant et se montre éminemment efficace. Une lecture à conseiller sans hésiter.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Steam Sailors – E.S. Green&lt;br /&gt;
1. L’Héliotrope – Gulf stream – juin 2020 (roman inédit – 381 pp. GdF. 17 euros) – À partir de 13 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/07/03/Des-pirates-des-corbeaux-et-des-revolutionnaires#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;Révolution&amp;nbsp;!&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Inès et Tristan sont sœur et frère, soudés comme pas deux. La première, du haut de ses douze ans, impulsive et vive, veille sur le second, plus âgé, mais moins armé pour la vie en société. Fuyant le regard des autres, mais capable de faire des mots croisés de tête, il est souvent moqué par de grands benêts. Soudain, alors qu’ils faisaient une course, ils aperçoivent, dans le lointain, un château qui n’était pas là une minute avant. Un pas, puis deux et, sans le savoir, les voilà rendus dans un autre plan. Les voilà devenus presque transparents – des Débordés –, prisonniers dans la ville de Bordeterre. Et, chacun de son côté, ils vont découvrir comment vivent ces gens dont ils ne soupçonnaient pas l’existence jusqu’ici&amp;nbsp;; ils vont chercher et trouver une place dans ce rouage au mécanisme imparfait&amp;nbsp;; ils vont se faire des amis et des ennemis, trouver la haine et l’amour peut-être.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Bordeterre&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen05-bordeterre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Julia Thévenot aime les mots. Elle joue avec eux, varie le style, la mise en page, selon les moments, selon les personnages. D’abord déstabilisant, voire agaçant, ce parti pris devient rapidement un plus, une façon de s’immerger plus facilement dans l’histoire. De plus, l’autrice s’approprie avec une certaine réussite les mots, le rythme des poètes et des chanteurs. D’ailleurs, chaque titre de chapitre vient d’une chanson, et l’on croise ainsi Yves Montand et Camille, Indochine et Serge Gainsbourg. À vrai dire, la musique semble capitale pour cette autrice. Pour preuve, la bande-son, partie par partie, figure en début de roman. Surtout, la musique se situe au centre du fonctionnement de la société de Bordeterre. Tout marche par le chant (chauffer de l’eau, soigner, etc.), dont la puissance est amplifiée par le quartz, une pierre précieuse, difficile à trouver, et réservée aux plus riches. C’est pourquoi les nobles, qui dirigent la ville d’une main de fer, interdisent au peuple de chanter n’importe quoi, et mettent régulièrement à jour une liste de paroles interdites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bordeterre&lt;/strong&gt; est un roman destiné aux jeunes adultes et cela se sent dans les thèmes abordés. Malgré un ton léger, Julia Thévenot traite des sujets graves, difficiles&amp;nbsp;: la lutte sociale, à cause de classes figées, la trahison, l’abandon par l’homme d’une femme enceinte, le meurtre, la stigmatisation de la différence. Et elle se montre suffisamment fine, la plupart du temps, pour que chacun puisse y trouver ce qui le touche, ce qui l’attire, à travers des personnages bien caractérisés (un peu trop parfois) aux choix divers, aux fortunes diverses. Des aristos puants, des révolutionnaires en herbe, des Gavroche en puissance, des médecins au cœur généreux, des amoureux comblés, des amoureux trahis. Et on est invité à partager les joies et les peines de cette galerie, tout en réfléchissant. Mais, surtout, en se distrayant, car ce roman se lit avec un plaisir jouissif parfois, au détour d’une référence reconnue, d’un clin d’œil apprécié. D’autant que les temps morts sont rares et le rythme soutenu. Dès le début, on est happé par le mystère que représente Bordeterre, ses codes, ses mystérieux êtres aux trois yeux, son inquiétant Lac Zéro. Puis, c’est le destin des personnages qui nous conduit à tourner les pages, frénétiquement. Jusqu’à un dénouement au ton juste, loin de toute mièvrerie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ne vous reste plus qu’à passer le voile et découvrir, à votre tour, &lt;strong&gt;Bordeterre&lt;/strong&gt;, pour un voyage intense et immersif.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Julia Thévenot – &lt;strong&gt;Bordeterre&lt;/strong&gt; – Sarbacane, coll. «&amp;nbsp;Exprim’&amp;nbsp;» – mars 2020 (roman inédit – 520 pp. GdF. 18 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;Des os et de la romance&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Fie est un Corbeau. Cette caste est chargée de récupérer les cadavres des victimes de la Peste, et même, la plupart du temps, d’achever ces femmes et ces hommes destinés à mourir dans d’atroces souffrances. C’est faire preuve de charité. Cela permet d’éviter des souffrances et, surtout, à la peste de se répandre dans le village. Village qui, trop dangereux car contaminé, serait finalement détruit, rasé, brûlé. En échange de ce service, les Corbeaux reçoivent un paiement choisi par les villageois, en fonction de leurs moyens. Mais aujourd’hui, le groupe de Fie, dirigé par son père, se trouve dans un château. Une des victimes est le prince. Et cela va tout changer pour la jeune fille. Car rien ne va se dérouler comme avant, rien ne va se passer comme prévu. Fie va devoir se montrer forte et habile. Elle va devoir devenir adulte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La voleuse d’os&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen05-corbeau.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La voleuse d’os&lt;/strong&gt; forme le premier tome d’une trilogie annoncée. Une de plus, dira-t-on. Est-ce que celle sort du lot&amp;nbsp;? Certaines idées de l’autrice auraient pu le laisser croire, mais en fait, non. Pourtant, le démarrage est bon&amp;nbsp;: on est directement plongé au cœur du groupe de Fie et l’on découvre progressivement et efficacement les tenants et aboutissants de ce monde. Comme le pouvoir des dents, différent selon la caste dont elles proviennent&amp;nbsp;: protection et dissimulation aux poursuivants pour les dents de moineau, puissance du feu pour les dents de phénix. Et cette utilisation des dents des cadavres est originale et astucieuse. Malgré le côté lugubre de la pratique, il correspond parfaitement à la caste des Corbeaux, qui vivent régulièrement avec la mort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut ajouter le personnage principal, une jeune fille qui va devoir dépasser ses craintes et prendre la place de son père, thème classique des romans d’initiation. Pour cela, Margaret Owen nous a gâtés, tant Fie possède un caractère fort et entier et tant elle rue dans les brancards — pour notre plus grand plaisir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passés ces points positifs, la trame générale reste néanmoins trop basique, trop simpliste. Mais bon, admettons. Car ce qui s’avère agaçant au plus haut point, c’est que l’autrice semble prendre ses lecteurs pour des poissons rouges à la mémoire défaillante, tant elle répète les choses. Combien de fois Fie se pose-t-elle les mêmes questions&amp;nbsp;? Combien de fois ressasse-t-elle les mêmes interrogations&amp;nbsp;? Combien de fois doute-t-elle de ses choix&amp;nbsp;? Et on pourrait continuer ainsi, en tournant avec les mêmes idées formulées autrement. Cela lasse vite et, malgré un certain intérêt de l’intrigue, il faut de la bonne volonté pour ne pas céder devant les tourments quasi larmoyants de l’héroïne. On peut faire comprendre les réflexions de ses personnages sans utiliser le marteau pour les faire rentrer dans la cervelle de son lecteur. Lui faire confiance, quoi&amp;nbsp;! Dommage, car le début du roman était vraiment entraînant et intrigant, quand on partait à la découverte de cet univers, sinon original, du moins cohérent et attirant. Peut-être, par la suite, Margaret Owen parviendra-t-elle à redresser la barre et à enrichir les autres tomes d’autre chose que de tergiversations sans fin. On l’espère.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Merciful Crows – Margaret Owen&lt;br /&gt;
1. La voleuse d’os – PKJ –mars 2020 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Cécile Chartes – 445 pp. GdF. 19,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;* Classification proposée par l’éditeur.&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La complication dans le récit de science-fiction</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/06/25/La-complication-dans-le-recit-de-science-fiction" rel="alternate" type="text/html" title="La complication dans le récit de science-fiction" />
      <id>urn:md5:2e292d1abf8e1d8e1e180ab052b650ba</id>
      <published>2020-06-25T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-06-25T14:26:10+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Alfred E. van Vogt</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La complication dans le récit de science-fiction, illustration © Celia Téboul&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/vanvogt-complication-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous avons pu le voir dans le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-97&quot;&gt;Bifrost 98&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: l’écriture d’Alfred E. van Vogt repose beaucoup sur un système, une méthode… Et qui de mieux pour en parler que l’auteur lui-même, exemples à l’appui&amp;nbsp;? Pour aussi intéressant qu’il soit, le propos reste quelque peu redondant avec les articles de Pascal J. Thomas et Charles Platt, raison pour laquelle nous avons préféré l’adjoindre (avec un peu de retard) à la version numérique de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt;. En huit cents mots ou peut-être un peu plus, plongez dans la psyché de «&amp;nbsp;l’homme à idées&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Nous avons pu le voir dans le &lt;strong&gt;Bifrost 98&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: l’écriture d’Alfred E. van Vogt repose beaucoup sur un système, une méthode… Et qui de mieux pour en parler que l’auteur lui-même, exemples à l’appui&amp;nbsp;? Pour aussi qu’il soit, le propos reste quelque peu redondant avec les articles de Pascal J. Thomas et Charles Platt, raison pour laquelle nous avons préféré l’adjoindre (avec un peu de retard) à la version numérique de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt;. Traduit (et laissé tel quel) par Patrice Duvic pour le Livre d’or que l’anthologiste avait consacré au père des Slans, le présent article est paru originellement dans &lt;strong&gt;Of Worlds Beyond: The Science of Science Fiction Writing&lt;/strong&gt;, un petit recueil d’essais paru aux USA en 1947, où Robert A. Heinlein, Jack Williamson, E.E. «&amp;nbsp;Doc&amp;nbsp;» Smith ou John W. Campbell expliquaient leurs manières de faire… En huit cents mots ou peut-être un peu plus, plongez dans la psyché de «&amp;nbsp;l’homme à idées&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’écris une histoire en restant pleinement conscient de l’aspect technique de l’écriture. Et quand mes idées ne sont pas nettes, aussi peu que ce soit, sur un point de technique, à ce moment-là mon histoire commence à faiblir, et il faut que je revienne en arrière, que je réfléchisse au problème, que je trouve d’où vient cette faiblesse et que j’y porte remède en me tenant aux principes selon lesquels je travaille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce sont ces principes que j’ai l’intention d’exposer dans les pages qui suivent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c’est en me tenant rigoureusement à l’une de ces règles que j’ai vendu en 1932 ma première histoire. Il ne s’agissait pas de science-fiction, mais toute ma production de science-fiction, environ un million de mots, fut écrite en suivant ces mêmes principes. Et, puisque mes œuvres commencent à paraître en édition reliée, que le cinéma et la radio s’y intéressent, il semble que cette technique a fait ses preuves.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même en cette période intermédiaire, il est difficile d’imaginer qu’il y a seulement vingt ans les auteurs de science-fiction étaient payés un tiers de cent le mot. Mais il est tout aussi difficile de croire que l’utilisation de l’énergie atomique, ce vieux poncif de la science-fiction, est devenue une réalité. Bientôt, la première guerre atomique sera aussi une réalité et non plus de la fiction, mais si vous avez l’intention d’écrire une histoire de science-fiction laissez la guerre atomique tranquille. Ses possibilités romanesques sont épuisées. Et les lecteurs en sont fatigués. Il faudra que votre esprit se mette en quête de nouvelles possibilités, non pas nécessairement des idées-gadgets, mais de nouvelles approches dans lesquelles la guerre en tant que telle ne se trouve pas au premier plan. Les personnages, l’atmosphère, des choses surprenantes. Dans le futur immédiat et pour la science-fiction l’approche au niveau des personnages est de loin le pari le plus sûr.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon. Supposons donc que vous avez trouvé une idée pour une histoire de science-fiction. Vous vous asseyez pour l’écrire. Mais ensuite&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pensez-la en scènes de huit cents mots. Ce n’est pas moi qui ai inventé cela, mais c’est une règle que j’ai suivie religieusement depuis que je me suis mis à écrire. Chaque scène a sa raison d’être que l’on précise peu après le début, habituellement vers le troisième paragraphe, et, à la fin de la scène, cette raison d’être a trouvé son accomplissement ou ne l’a pas trouvé. Ce point est si important que je crois qu’il justifie l’emploi de quelques exemples&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour Leigh, le premier choc était passé. La pièce lui paraissait curieusement sombre, comme s’il regardait par des yeux qui n’étaient… plus à lui&amp;nbsp;! Il fit un terrible effort pour se ressaisir, et pensa&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il faut lutter&amp;nbsp;! Quelque chose essaie de posséder mon corps. Tout le reste n’est que mensonge.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le propos de cette scène de &lt;em&gt;« Les Dreeghs »&lt;/em&gt; ne fait pas de doute. Mais trouve-t-il sa réalisation&amp;nbsp;? Voici la fin de la scène&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;… Il voulut détourner la tête et vit, terrorisé, qu’il était incapable de faire bouger son corps. Il voulut parler pour faire craquer ce silence et cette paralysie qui l’enveloppaient comme une couverture. Pas un son ne sortit.&lt;br /&gt;
Pas un muscle ne bougea, pas un doigt. Pas un seul nerf ne frémit.&lt;br /&gt;
Il était seul.&lt;br /&gt;
Séquestré dans un petit coin de son cerveau.&lt;br /&gt;
Perdu.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais est-il possible dans la scène d’ouverture d’une longue histoire d’introduire à la fois le propos de la scène et celui de l’histoire elle-même&amp;nbsp;? C’est là un problème que pose toute histoire, et on peut habituellement le résoudre en faisant découler le propos de l’histoire de la première scène prise dans son ensemble. Pourtant il est intéressant d’introduire dans les tout premiers paragraphes, les propos à court et à long terme. Dans le Livre de Ptath, un roman dont l’action se situe quelque deux cents millions d’années dans le futur, voici comment j’ai réussi à introduire l’un et l’autre&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Il était Ptah. Non qu’il pensât à son nom. Celui-ci était tout simplement là, présent comme partie de lui-même, comme son corps, avec ses bras, ses jambes, comme le sol sur lequel il marchait. Non, cette dernière impression était fausse. Le sol ne faisait pas partie de lui-même. Il y avait bien sûr une certaine relation entre le sol et lui, mais elle était d’une nature un peu plus surprenante.&lt;br /&gt;
Il était Ptath, et il marchait sur le sol, il marchait vers Ptath. Il retournait vers la cité de Ptath, capitale de son empire de Gonwonlane, après une longue absence. Cela était fort clair, accepté comme tel sans que l’on eût besoin d’y penser, et cela seul importait. Et il en ressentait encore mieux l’importance à la façon dont il pressait le pas pour voir si la prochaine courbe du fleuve lui permettrait de tourner à l’ouest.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le propos de cette scène est de lui faire traverser le fleuve. Pourquoi est-ce important&amp;nbsp;? Parce qu’il n’a pas la moindre idée de ce qu’est un fleuve, ni une route. Et quand il se décide finalement à le traverser, il ne lui vient pas à l’esprit de nager.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cette fois-ci, il ignora l’oppression qui envahissait sa poitrine et poursuivit son avance à travers Veau noire qui l’enserrait. Comme si elle s’apercevait de sa défaite, la souffrance finit par disparaître… La douleur réapparut dans sa poitrine lorsqu’il parvint à un endroit où l’eau ne lui arrivait plus qu’à la taille… Pendant un moment, il demeura tordu de souffrance sur la rive herbeuse, puis la peine disparut. Il se releva et demeura un long moment immobile, regardant le courant sombre et rapide. Lorsqu’il se détourna, il était conscient d’une chose&amp;nbsp;: il n’aimait pas cette eau.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est arrivé de l’autre côté du fleuve, mais en le traversant il nous a offert l’image d’un Roi-Dieu de retour «&amp;nbsp;après une longue absence&amp;nbsp;», et ce sans que le mot «&amp;nbsp;dieu&amp;nbsp;» ne soit jamais mentionné.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’y a pas une seule de mes histoires dans laquelle la structure de la scène diffère notablement de celle que je viens de citer. Naturellement, chaque scène pose ses petits problèmes particuliers, il y a des variantes, mais tôt ou tard, généralement assez tôt, l’objet de la scène est énoncé ou je le laisse deviner de manière si claire qu’il ne peut y avoir de doute sur ce qui doit s’accomplir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est en adoptant ce «&amp;nbsp;secret&amp;nbsp;» de la scène de huit cents mots (cela peut tout aussi bien être six cents ou mille mots) que j’ai écrit et vendu ma première histoire. Et ce principe a servi de base à toutes celles que j’ai vendues depuis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les lecteurs ont coutume de ne pas se tromper sur un auteur. Il y a quelques années, dans un magazine amateur, un fanzine, on me décrivait comme un homme «&amp;nbsp;À idées&amp;nbsp;». Entendant par là que mes histoires de science-fiction étaient pleines d’idées, d’astuces déconcertantes et de points de vue étranges.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette description m’a surpris, car je n’avais jamais vu les choses sous cet angle-là. Mais presque immédiatement j’ai dû reconnaître que c’était exact. Depuis mes tout débuts dans la science-fiction, j’ai toujours eu l’habitude, quand il me venait une idée, de l’introduire, de l’intégrer à l’histoire sur laquelle je suis en train de travailler. Très souvent, l’idée semblera n’avoir aucun rapport. Mais en cogitant un petit peu, je finis généralement par trouver une approche qui la rendra utilisable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a des auteurs qui vous mettent en garde contre le fait de mettre toutes vos idées dans une même histoire. Gardez-les, disent-ils, car bientôt vous écrirez une autre histoire où elles vous seront bien plus utiles. Il y a une certaine logique à cela, mais laissez-moi donner un avis contraire&amp;nbsp;: le cerveau ne se développe pas dans une attente négative. Si quelqu’un attache trop d’importance à une idée, le cerveau se concentrera sur cette idée et cessera d’en produire de nouvelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ma propre expérience est que le cerveau travaille de manière positive. Tenez pour sûr que les idées viendront quand vous en aurez besoin, et elles viendront. Ne les thésaurisez pas, ouvrez les vannes. Et une fois que le flot d’idées sera en route, le problème sera de l’arrêter et non pas de le faire continuer à s’écouler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce que je viens de dire constitue une approche générale du problème. Il y a une nécessité de développer une abondance d’idées nouvelles. Mais, comme les écrivains le constatent très vite, chaque histoire a ses exigences particulières en matière d’idées. Des besoins qui, pour chaque histoire, sont différents de ceux de toutes les autres histoires. Dans chaque nouveau texte, il y a un endroit où l’usine à idées doit se mettre à fabriquer du sur-mesure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comment ces idées prennent-elles forme et d’où viennent-elles&amp;nbsp;? Plus que pour toute autre forme de littérature, c’est dans le cas de la science-fiction un problème urgent et difficile, parce que ses lecteurs repèrent du premier coup d’œil une histoire qui n’est pas originale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour commencer, un auteur devrait avoir une idée qui serve de base à l’histoire proprement dite. De ce côté-là, je ne suis pas un bon exemple. Au début, les idées que j’ai pour mes histoires sont parfois si floues qu’il paraît incroyable que l’histoire définitive ait pu prendre forme à partir d’un brouillard aussi ténu. Passons donc rapidement au stade où l’histoire a vaguement pris forme. On connaît le nom du personnage principal, et l’on a commencé à écrire quelques paragraphes dans un effort pour trouver le «&amp;nbsp;ton&amp;nbsp;» de l’histoire. Peut-être même la première version de la première scène est-elle écrite. Et comme cette scène a été écrite selon le principe énoncé plus haut, qu’elle a un but en soi, elle existe avec certaine netteté. Pourtant, au-delà, s’étendent de vastes ténèbres. Que se passe-t-il ensuite&amp;nbsp;? Et la fin&amp;nbsp;? En fait, à ce stade, pourquoi se préoccuper de la fin. Il paraît plus pragmatique de s’inquiéter maintenant de la scène numéro deux. Non&amp;nbsp;? Mais est-ce vrai&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a effectivement des cas où il est possible de finir la scène numéro deux sans savoir ce qui suit. Mais c’est rare. Une histoire est à l’état de germe dans sa première scène. Et une fois que l’on a réfléchi aux implications de la scène numéro un, on a pour le moins les embryons de plusieurs des scènes suivantes. Exemple&amp;nbsp;: dans la scène d’ouverture de ma nouvelle «&amp;nbsp;Un pot de peinture&amp;nbsp;», le personnage principal se pose sur Vénus (c’est le premier homme à se poser sur Vénus) et il trouve un pot de peinture vénusienne. Malheureusement celui-ci ne s’ouvre pas comme un pot de peinture ordinaire, et il en renverse sur lui. C’est ennuyeux mais il ne considère pas que c’est grave jusqu’au moment où malgré le recours à toutes les méthodes connues de lui, il s’aperçoit que la peinture ne veut pas s’en aller.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les scènes qu’implique ce début sont plus ou moins les suivantes&amp;nbsp;: voilà donc une peinture étrange qui semble avoir des propriétés remarquables. A quoi ressemblerait la peinture idéale&amp;nbsp;? Et comment pourrait-on l’enlever&amp;nbsp;? Une par une, il en découvre les propriétés, et pour lui les choses se compliquent de plus en plus, jusqu’au point où la peinture devient une menace mortelle. Une idée en entraîne une autre. La scène trois, après ses tout premiers échecs pour enlever la peinture, commence ainsi&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Kilgour nota&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Une peinture parfaite doit être imperméable, à l’épreuve des intempéries et belle de surcroît. Elle doit également être facile à enlever.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
Il relut la dernière phrase d’un air sombre et, pris d’un accès de colère, fêta son crayon au loin et alla se planter devant le miroir de la salle de bains. Il étudia son reflet avec un rictus de mauvais aloi.&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Tu es joli&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» s’exclama-t-il d’une voix grondante à l’adresse de son image. «&amp;nbsp;On dirait une bohémienne en tenue de bal&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;A la fin de la scène trois, il découvre que «&amp;nbsp;cette peinture, une fois qu’on l’avait appliquée, se régénérait toute seule&amp;nbsp;». Comme l’on voit, dans ce cas, une idée en entraîne une autre. Une fois la première scène écrite, le reste en est la suite logique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autre exemple. Dans ma nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Changeling&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la première scène nous présente le personnage principal en train de faire une étrange découverte&amp;nbsp;: il ne sait pas qui il est. Depuis plusieurs années, il vit tranquillement, est marié, possède une splendide maison, se trouve à la tête d’une entreprise qui lui assure un salaire des plus confortables. Et soudain une remarque faite par hasard, et il découvre que son passé est un véritable gouffre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelle scène suggère une ouverture comme celle-ci&amp;nbsp;? Tout d’abord, cela m’a suggéré qu’il devait exister une ligne de partage entre sa réalité présente et son «&amp;nbsp;faux&amp;nbsp;» passé. Quand a-t-il commencé à travailler dans cette entreprise&amp;nbsp;? En interrogeant ses employés, il découvre que cela fait environ quatre ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais il est marié depuis plus longtemps que cela. Donc, sa femme doit savoir ce qui s’est passé. Avant de l’interroger, il se renseigne du côté de l’état civil et de ses états de service pendant la guerre. Il découvre qu’une personne portant son nom est née quelque cinquante ans plus tôt (il en paraît 35), et que l’homme en question a perdu une jambe pendant la Seconde Guerre mondiale. Et lui a toujours ses deux jambes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand il se décide finalement à mettre sa séduisante femme face à ces faits, celle-ci le fait enfermer dans sa chambre. Par la suite, des gardes le retiennent prisonnier à l’intérieur de sa propriété.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bref l’enchaînement a été le suivant&amp;nbsp;: 1) Craig découvre que quelque chose ne colle pas&amp;nbsp;; 2) par peur de se rendre ridicule, il se livre méthodiquement à un certain nombre de vérifications&amp;nbsp;; 3) finalement, il affronte sa femme, et, bien qu’il soit toujours dans le noir quant à ce qui se cache derrière tout ça, sa situation a au moins l’avantage d’être plus claire. Il m’a fallu plus de trois scènes pour en arriver là, mais il est clair qu’une séquence conduisait logiquement à la suivante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Maintenant l’histoire est sur ses rails. Le personnage principal a des ennuis, et nous avons montré son problème. Le propos de l’histoire est de découvrir ce qui s’est passé. Dans le cas de cette nouvelle, je savais ce que dissimulait ce mystère, mais les idées de chaque scène me sont venues de la manière que j’ai décrite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a un autre point sur lequel je voudrais insister. Les idées découlent de la scène de huit cents mots. Ce que je veux dire par là, c’est que l’on ne peut pas écrire huit cents mots à propos de rien. Une fois qu’on a commencé la scène, il faut trouver des idées pour la remplir et arriver à la longueur voulue. En d’autres termes, si l’objet de votre scène est accompli en trois cents mots, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. La scène est insuffisamment développée. Il n’y a pas dedans suffisamment d’idées, pas assez de détails, pas assez d’engrenages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’oubliez jamais cette «&amp;nbsp;scène de huit cents mots&amp;nbsp;». C’est vraiment pratique. Elle vous dira mieux qu’une logique abstraite qu’il est temps de trouver une nouvelle idée&amp;nbsp;; et vous avez intérêt à ce qu’elle soit bonne. Sinon les lecteurs de science-fiction vont vous bouffer. Verbalement, bien sûr.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque le responsable de ce symposium m’a suggéré d’écrire un article sur la complication &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/06/25/La-complication-dans-le-recit-de-science-fiction#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; dans l’histoire de science-fiction, ce qu’il disait implicitement c’est que c’était là le genre d’histoires que j’écris. Tout comme quand on m’a décrit comme un homme à «&amp;nbsp;idées&amp;nbsp;», c’était là pour moi une nouvelle image de moi-même. Ces aperçus soudains sur ce que les autres pensent de vous vous tombent dessus comme la foudre&amp;nbsp;; un bref instant on résiste à cette identification, et puis, quand des milliers de fragments de preuves vous viennent à l’esprit, on se met plus ou moins à l’accepter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oui, j’écris ce qu’on peut appeler des histoires à engrenages, des histoires à «&amp;nbsp;complications&amp;nbsp;». J’essaie aussi de présenter des personnages, de créer une atmosphère, et d’introduire des intuitions et un contenu scientifique. Mais pour le moment, tenons-nous-en à la complication. Il n’y a pas très longtemps, quelqu’un qui voulait être écrivain m’a demandé comment s’y prendre pour écrire une nouvelle qui fasse au moins cinq mille mots. Il partait d’une bonne idée (il m’a expliqué quelques-unes d’entre elles, et elles étaient bonnes) et, pour une raison ou pour une autre, au bout de deux mille mots son histoire était terminée. De plus, quand les éditeurs lui refusaient ses nouvelles, s’ils lui fournissaient une explication c’était habituellement que son histoire était trop longue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Trop &lt;em&gt;longue&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» hurlait-il «&amp;nbsp;et pourtant certaines de vos nouvelles font jusqu’à dix mille mots, et elles n’ont pas autant de rebondissements que les miennes.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je lui ai parlé de la scène de huit cents mots, et, au moins, maintenant il peut écrire une histoire longue. Mais lorsque j’ai discuté avec lui, j’ai oublié deux ou trois choses. Et comme depuis je n’ai jamais vu son nom dans un magazine ou sur un livre, je présume qu’il ne les a pas découvertes par lui-même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une nouvelle, l’intrigue doit avoir au moins deux fils conducteurs. Et plus une histoire est longue, plus il faut de fils. Certains d’entre eux peuvent être mineurs, guère plus que des problèmes découlant des traits de caractères de tel ou tel personnage. Ce genre de fils présente un double avantage. Ils permettent de mieux préciser les personnages, et d’apporter à l’histoire plus de couleur et de richesse. Ces fils secondaires peuvent aussi découler 1) du thème, 2) du contenu scientifique, et 3) de l’atmosphère. Nous allons illustrer ces différents points dans un moment, mais parlons d’abord des fils principaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une nouvelle, il y a une «&amp;nbsp;intrigue&amp;nbsp;» principale et une «&amp;nbsp;intrigue&amp;nbsp;» secondaire. L’intrigue secondaire naît de l’intrigue principale et se trouve résolue en même temps qu’elle. Théoriquement, c’est aussi simple que cela. Maintenant, voyons à quoi cela ressemble dans la pratique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Je m’éveillai en sursaut et me demanda&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Comment Renfrew supporte-t-il les choses&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
Je dus faire un mouvement car les ténèbres se refermèrent douloureusement sur moi. Je n’ai aucun moyen de savoir combien de temps dura cette déchirante inconscience. Quand je revins à moi, je ressentis d’abord la poussée des moteurs de l’astronef.&lt;br /&gt;
Cette fois je repris lentement mes esprits. Je conservai une immobilité parfaite. Le poids de mes années de sommeil pesait sur moi et j’étais résolu à suivre la routine ancienne fixée par Pelham. Je ne voulais pas perdre à nouveau conscience.&lt;br /&gt;
Allongé sur ma couchette, je réfléchissais. J’avais été idiot de m’inquiéter de Jim Renfrew. Il ne devait pas sortir de l’état d’animation suspendue avant cinquante ans&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le narrateur vient juste de sortir d’un sommeil artificiel qui a duré cinquante ans. Grâce à cette méthode, lui et trois autres hommes sont en train d’essayer d’arriver jusqu’à Alpha du Centaure, le fameux système solaire qui est le plus proche de la Terre, à un peu plus de quatre années-lumière. Ils s’attendent à ce que le voyage dure cinq cents ans, et ils ont pris des doses d’une drogue qui les plonge dans un état de catalepsie. Ces doses sont calculées de manière que, tous les demi-siècles, l’un d’entre eux se réveille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue principale est constituée par le voyage lui-même et son étrange conclusion. La trame secondaire est mentionnée dans le premier paragraphe&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Comment Renfrew supporte-t-il les choses&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Renfrew, le propriétaire de l’astronef et commanditaire du voyage, est un être plein de couleur, mais faible. Les autres se font du souci pour lui, et leur inquiétude &lt;a id=&quot;a19&quot;&gt;&lt;/a&gt; est justifiée car, suite au développement de l’intrigue principale, Renfrew devient fou. Il importe de noter ici que le fil secondaire ne doit jamais se résumer à des soupçons sans fin. S’il commence en tant que soupçons, ceux-ci doivent rapidement être justifiés par la réalité. Quand vous n’avez pas une bonne intrigue secondaire solide et substantielle, parfaitement intégrée à l’intrigue principale, votre rédacteur en chef vous dit généralement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est un peu léger, ça n’a pas l’air suffisamment étoffé. L’“intrigue” est trop mince.&amp;nbsp;» La plupart des rédacteurs en chef ne savent pas ce que c’est qu’une intrigue secondaire, mais ils connaissent très bien l’impression que leur fait une histoire qui n’en a pas. L’histoire est incomplète. Elle manque de vie. L’idée peut être bonne, mais elle n’est pas complètement développée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Maintenant, jetons un coup d’œil sur les fils mineurs, ceux qui sont dérivés du thème, du contenu scientifique et de l’atmosphère.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la science-fiction, les histoires d’atmosphère reviennent sans cesse. Les personnages s’en vont vers d’autres planètes. C’est un point de départ. Bâtir une atmosphère, et le faire correctement, réclame beaucoup d’imagination, mais l’histoire y gagne énormément. Voici le début de ma nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;M 33 in Andromeda&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;La nuit chuchota, l’immense nuit de l’espace qui enserrait la progression de l’astronef. Non pas une voix, mais cela susurrait, vivante cohérence, menace de mort. Un appel, un signe, un avertissement. Des trilles d’une joie innommable, sauvages sifflements d’une impensable frustration. Cela avait peur et cela avait faim. Faim. Cela mourait, et se vautrait dans les délices de la mort. Et mourait encore. Cela chuchotait des choses inconcevables. Flot envahissant de murmures sans mots. Comme le langage de la nuit elle-même, démesurée, menaçante.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un vaisseau d’exploration terrien est en route vers la nébuleuse M 33. C’est la première fois que des êtres humains tentent de franchir les limites de notre galaxie. Et bien avant qu’ils n’atteignent les étoiles situées à la périphérie de cette autre galaxie, ils rencontrent l’étrange pression mentale que j’ai partiellement décrite plus haut. Dans cette histoire, l’atmosphère fait partie de l’intrigue principale. Et le fil conducteur secondaire est constitué par le problème posé à l’un des personnages. Mais c’est une illustration de la manière dont l’atmosphère peut apporter couleur et richesse, ainsi qu’une dimension de menace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un bon exemple de l’utilisation d’intrigues mineures serait mon roman les &lt;strong&gt;Fabricants d’armes&lt;/strong&gt;. Voici un extrait d’une critique de ce livre parue dans la revue anglaise &lt;em&gt;Fantasy Review&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une construction typique de Van Vogt, qui non seulement nous conduit jusqu’à Alpha du Centaure, mais encore introduit des thèmes mineurs tels que la télépathie, l’immortalité, le gigantisme humain (sous le nom de magnification vibratoire), la supra-intelligence, le voyage dans le temps, des planètes étranges et des araignées supra-intelligentes. Je répète qu’il s’agit-là de thèmes mineurs… Et aussi fantastique que cela puisse paraître au lecteur pour qui un seul de ces concepts est suffisant pour une histoire entière, je dois dire que je trouve ce mélange d’inventions, mélange si adroitement réalisé et toujours passionnant, aussi convaincant qu’il est surprenant.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’en est-il de ces thèmes mineurs, car c’est effectivement ce qu’ils sont&amp;nbsp;? Ils ajoutent à l’histoire de la couleur et de la vie… mais chacun d’entre eux a été inclus pour une raison précise. Le roman commence ainsi&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Une année entière s’était écoulée. La piste, pensa Neelan, serait loin d’être fraîche&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
Il s’assit et essaya de se laisser bercer par le bourdonnement de l’avion dans lequel il se trouvait. S’il n’avait pas pu revenir plus tôt sur Terre, ce n’était pas de sa faute. Carew et lui étaient en train de se livrer aux travaux préliminaires à l’exploitation de leur filon de béryllium «&amp;nbsp;lourd&amp;nbsp;». Et, lorsqu’il avait eu connaissance de la mort de Gil, le météorite était dans la Zone d’Ombre, de l’autre côté du soleil.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gil est son frère. Comment a-t-il eu connaissance de sa mort&amp;nbsp;? Par une méthode fort différente de celle que l’on pourrait supposer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cette pensée, tel un signal, fit remonter les souvenirs. Lui fit revivre cette prise de conscience aiguë qui l’avait submergé là-bas dans l’espace, quand il s’était soudain rendu compte que Gil était mort. Une prise de conscience brutale de l’absence de cette pression mentale qui, même à une distance aussi considérable, était le lien qui les réunissait son frère et lui…&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Gil, lui et les scientifiques s’étaient souvent demandé ce qui se passerait si l’un d’eux venait à mourir. Les chercheurs les suivaient depuis l’âge de cinq ans. Ils étaient deux jumeaux identiques qui déjà à cette époque ressentaient les sensations de l’autre. Et cette sensitivité avait grandi pour devenir un flot d’énergie vitale, un échange plein de chaleur, un monde de sensations partagées. Cette interrelation était devenue si vive qu’à de courtes distances (quelques milliers de kilomètres) ils pouvaient se communiquer leurs pensées plus clairement que s’ils avaient utilisé la radio ou le téléphone.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’était l’introduction au thème de la télépathie dans cette histoire. Elle nous présente le personnage comme étant différent. Le vieux poncif de l’homme qui cherche à découvrir ce qui est arrivé à son frère, toujours valable sur le plan dramatique, mais un rien «&amp;nbsp;usé&amp;nbsp;», est ici renouvelé, remodelé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous pouvons passer sur les autres thèmes, en notant toutefois une tentative pour introduire chacun d’entre eux d’une manière plus chaude, plus humaine. Et en venir à ce qui peut paraître l’idée la plus folle, les «&amp;nbsp;araignées supra-intelligentes&amp;nbsp;». Mais pourquoi, bon Dieu, pourquoi avoir recours à ces créatures tout droit sorties de Buck Rogers&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Elles ne sont pas là pour le simple plaisir d’en rajouter sur le plan du suspense, pour apporter un attrait supplémentaire. Elles servent à renforcer le thème, celui-ci étant que l’homme dominera l’univers parce qu’il est capable d’émotion. Or les araignées en sont incapables, et finissent elles-mêmes par reconnaître que leur race est condamnée, justement pour cette raison. Sont-elles nécessaires&amp;nbsp;? Oui. Elles donnent à ce thème une force qui lui manquerait autrement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est là le genre de fils qui donnent de l’épaisseur à une histoire, mais il ne faut pas les y mettre n’importe comment, pour le plaisir. Ils doivent être partie intégrante de l’histoire. Et s’ils manquent, vous constaterez que vos scènes de huit cents mots deviennent particulièrement anémiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est bon de noter que ce que je disais plus haut sur la manière de développer les idées est intimement lié à l’utilisation de la «&amp;nbsp;complication&amp;nbsp;». Dans une histoire, toute nouvelle idée est une complication, mais l’emploi des idées doit obéir à une règle, qui les limite dans une certaine mesure. Cette règle est que dans une nouvelle il y a un fil conducteur principal et un fil conducteur secondaire. Tout le reste doit aider à la progression de l’un ou l’autre de ces deux fils essentiels. Il ne serait pas adroit de faire se développer un troisième ou un quatrième qui viendrait rivaliser d’importance avec les deux premiers, à moins que vous n’ayez en projet un roman. Dans ce cas de plus nombreux fils sont non seulement souhaitables, mais nécessaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai maintenant décrit avec force détails les différents ingrédients d’une histoire. Mais, comme tout lecteur le sait, une histoire n’est pas simplement une accumulation d’ingrédients.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la science-fiction, l’équilibre entre les différents éléments, la manière d’introduire petit à petit le contenu scientifique, de faire monter le suspense, de façon que l’histoire paraisse juste comme il faut, doivent sembler naturels. Pour un lecteur, une histoire se contente de progresser. En tant qu’écrivain cela ne m’est arrivé que rarement. D’habitude de nombreux remaniements, des manipulations se révèlent nécessaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai écrit des histoires qui, une fois que j’en étais arrivé au point où je pensais les terminer, paraissaient complètement insauvables. Et pourtant, en modifiant l’organisation des scènes, en écrivant ou en réécrivant quelques centaines de mots, j’ai réussi à en faire des histoires vendables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parfois, une scène que j’avais placée presque au début, s’est révélée être la scène finale. Il arrive que l’on fournisse trop d’informations dans le commencement d’une histoire et que l’on gâche ainsi la surprise finale. Dans l’écriture d’une histoire c’est là la phase la plus importante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ce qui est de décider quand, où et comment remanier une histoire, j’en suis arrivé au point où je peux relire entièrement mon texte, et me contenter d’«&amp;nbsp;Écouter&amp;nbsp;» tout en lisant. Il y a des centaines de milliers d’histoires qui ont été écrites par des gens qui ne connaissaient absolument pas la technique, mais qui avait une bonne «&amp;nbsp;oreille&amp;nbsp;». Et encore des milliers et des milliers d’autres seront écrites de la même manière par des gens talentueux. Mais cette méthode, si elle n’est pas soutenue par une connaissance de la technique, a un défaut majeur. Elle donne des résultats très inégaux. Et les gens qui écrivent à l’«&amp;nbsp;oreille&amp;nbsp;» vendent de manière spasmodique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par là qu’un écrivain qui connaît bien sa technique ne rencontre pas d’échecs, mais ma propre carrière prouve, du moins c’est ce qu’il me semble, qu’une connaissance du «&amp;nbsp;métier&amp;nbsp;» est un préliminaire indispensable à des ventes suivies. A mes débuts, quand je connaissais très peu de choses sur la technique, mes ventes étaient peu nombreuses et très espacées. Maintenant c’est le contraire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai constaté que les principes que je viens d’exposer étaient fructueux plus pour la science-fiction que pour toutes les autres histoires que j’ai pu écrire. Dès que j’écris de la fiction je les utilise consciemment et de manière délibérée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Naturellement, je continuerai à apporter à cette technique de nouveaux éléments, et ce aussi longtemps que durera ma carrière d’écrivain. Mais pour le moment, voilà le point où j’en suis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bonne chance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/06/25/La-complication-dans-le-recit-de-science-fiction#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; En anglais, le mot complication peut signifier aussi complexification. (N.d.E.).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;«&amp;nbsp;Complication in the Science Fiction Story&amp;nbsp;» © Alfred E. van Vogt, 1947&lt;br /&gt;
Traduit de l’anglais par Patrice Duvic&lt;br /&gt;
Texte reproduit avec l’accord de l’agent et de Mme Monique Moreau-Duvic.&lt;br /&gt;
Parution originelle in &lt;em&gt;Of Worlds Beyond: The Science of Science-Fiction Writing&lt;/em&gt; (1947).&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 98)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/06/17/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-98" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 98)" />
      <id>urn:md5:0be6971bae05477c3fdf1bd94e2cd1e9</id>
      <published>2020-06-17T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-06-29T14:11:25+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-98&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 98&lt;/a&gt; est sorti depuis quelques &lt;s&gt;jours&lt;/s&gt; semaines. Une nouvelle fois, une partie du cahier critique a été délocalisée dans les espaces infinis (ou peu s'en faut) de la version numérique, et que voici, avec un peu de retard, sur le blog. Au programme de ce supplément critique&amp;nbsp;: des curiosités et du tout-venant, du contemporain et du récent, pour différentes facettes des littératures de l'imaginaire…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-usine.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-usine.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’usine de porcelaine Grazyn&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;David Demchuk - Hashtag – avril 2019 (fix-up inédit en «&amp;nbsp;français&amp;nbsp;», traduit de l’anglais par Félicia Mihali – 212 pages. Poche. 24,95 $)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Usine de porcelaine Grazyn&lt;/strong&gt; est un fix-up du canadien David Demchuk, son premier. Intitulé &lt;strong&gt;The Bone Mother&lt;/strong&gt; en version anglaise, il a remporté le Scotiabank Giller Prize 2017. Tournée une couverture sombre et peu explicite, le lecteur tombe sur &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Maia&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, un texte d’une page très inquiétant par ce qu’il suggère. Puis, il lit &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Boris&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui en quatre pages introduit l’usine de porcelaine et pose les caractères weird et noir des récits à venir&amp;nbsp;; c’est par des moyens bien peu ragoutants que sont fabriqués les très fameux dés à coudre Grazyn dont même la tsarine use, et la relation de commensalisme qui lie l’usine aux trois villages environnants qui lui fournissent son personnel est fondamentalement malsaine. Suivent 24 textes, de longueurs variables, qui mettent chacun en scène un personnage, humain ou pas. Tout est &lt;em&gt;weird&lt;/em&gt;, tout est sombre, Demchuk convoque le peuple de la mythologie slave, il place son usine entre Ukraine et Roumanie, en un lieu menacé moins par les créatures de la nuit slave ou yiddish que par les exactions staliniennes (la famine notamment) ou la brutalité mortelle de la Police de Nuit, une milice cryptofasciste capable d’agir même à l’étranger pour rattraper ceux qui crurent lui échapper en s’exilant à un océan de distance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le père de Demchuk est d’origine ukrainienne. L’auteur — qui jongle à travers les continents et les époques, de la moitié du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle aux temps présents — a donc puisé tant à la source d’un folklore ancestral qu’au cœur de l’histoire familiale pour montrer un monde en transformation dans lequel les monstres sont plus souvent des humains que ceux que leur physique ou leurs pouvoirs conduit à décrire comme tels. Il est à noter d’ailleurs que la seconde partie du fix-up, «&amp;nbsp;La Police de Nuit&amp;nbsp;», est plus convaincante et engageante que la première «&amp;nbsp;L’usine de porcelaine Grazyn&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; après beaucoup de &lt;em&gt;freaks&lt;/em&gt; et de magie arcanique, le retour des organisations humaines et de leurs crimes volontaires remettent de l’enjeu dans une énumération de personnages et de situations qui, à la longue, commençaient à faire un peu rengaine, d’autant que certaines chutes laissent le lecteur sur sa faim. Alors il y a, certes, plusieurs textes intéressants car vraiment surprenants ou dérangeants – une très émouvante histoire de golem par exemple –, il y a aussi quelque jolies phrases «&amp;nbsp;Tricoter est une bonne façon de passer le temps quand on attend que quelqu’un meure&amp;nbsp;», il y a enfin une plongée torturée dans une mythologie moins connue ici que les grecques ou scandinaves — entre strigoi, rusalka ou dame des bois. Il y a encore, disons-le, une collection de photos (une par texte), réalisées par un photographe roumain dans la première moitié du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, qui donnent un ton et créent une ambiance. Mais l’accumulation, si elle sert à ancrer un lieu, fut-il mythologique, dans la réalité perçue du lecteur, met aussi en évidence le manque d’un vrai fil directeur qui l’entraînerait d’une introduction vers une conclusion. Certains fix-up passent le test de cet écueil avec succès, ici le nombre élevé des textes et leur petite taille rend l’exercice plus périlleux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis, il faut parler traduction. Je ne sais pas si les fautes de traduction tiennent à la traductrice ou aux particularités de la langue québécoise, qu’importe finalement, mais lire «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Il a été frappé par une auto&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» pour décrire un accident de piéton ou onze fois au fil des pages «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Je suis correct&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» ou &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Es-tu correct&amp;nbsp;?&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» pour traduite «&amp;nbsp;&lt;em&gt;It’s ok&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (et j’en passe bien d’autres) rend la lecture pénible car les imperfections langagières sautent trop aux yeux. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Éric Jentile&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-mortdufer.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-mortdufer.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Mort du fer&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Serge Simon Held – L’Arbre Vengeur – octobre 2019 (réédition – 420 p. GdF. 18&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’Arbre Vengeur, un éditeur qui exhume. Cette fois, il s’agit d’un roman français d’anticipation datant de 1931, peu ou prou la seule œuvre littéraire d’un auteur, Serge Simon Held, dont on ne sait rien, si ce n’est qu’il était ingénieur. &lt;strong&gt;La Mort du fer&lt;/strong&gt; n’était pas passé inaperçu à l’époque&amp;nbsp;: le roman a échoué au Goncourt, mais a eu droit à une traduction anglaise en &lt;em&gt;pulp&lt;/em&gt;. Reste qu’on l’avait essentiellement oublié jusqu’à cette réédition presque un siècle plus tard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce roman, le fer, matériau vital à la civilisation, succombe à une sorte de maladie, dite sidérose ou «&amp;nbsp;mal bleu&amp;nbsp;», qui en affaiblit les propriétés jusqu’à le rendre inutilisable. L’origine de cette maladie minérale tient peut-être à une contamination d’origine extraterrestre. Qu’importe, ça n’est pas vraiment le propos — la maladie du fer ici n’est finalement pas mieux expliquée que la disparition de l’électricité dans &lt;strong&gt;Ravage&lt;/strong&gt; de Barjavel une décennie plus tard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et, en fait de roman, &lt;strong&gt;La Mort du fer&lt;/strong&gt;, d’un style inégal et à la structure un tantinet déséquilibrée, alternant les tableaux détachés et «&amp;nbsp;objectifs&amp;nbsp;», vus de loin, et les séquences à hauteur de personnages, témoins du cataclysme, ne fait pas davantage preuve d’application quand il s’agit de camper ces derniers. Le suspect n°&amp;nbsp;1, l’ingénieur juif et russe et donc communiste (ou anarchiste) Sélévine, est en définitive celui qui s’en sort le mieux — personnage complexe, aux multiples facettes. Le reste est unilatéral, comme un corollaire de la plume de l’auteur, lourde d’amertume et de dégoût (au point parfois de l’épuisement)&amp;nbsp;: les collègues de Sélévine, comme le répugnant Leclair, son employeur et les autres capitaines d’industrie du Nord, leurs familles bourgeoises jusqu’au service à thé, leurs cercles «&amp;nbsp;culturels&amp;nbsp;», constituent un microcosme caractérisé par l’égoïsme à courte vue&amp;nbsp;; mais il en va de même des subordonnés, la tourbe des ouvriers tous fainéants et ivrognes, les hommes agitateurs hypocrites et barbares, les femmes perverses et manipulatrices — et il y a bientôt pire encore, surtout aux yeux d’un Leclair (à distinguer de l’auteur, supposons-le…), les «&amp;nbsp;sans-travail&amp;nbsp;» toujours plus nombreux, toujours plus violents, et les migrants qui débarquent par trains entiers… À maints égards, dans les qualificatifs parfois outranciers comme dans les obsessions, c’est bien un roman de 1931 — il n’en est que plus terrifiant de constater à quel point il serait aisé de reporter ce discours nauséeux sur la France de 2020. Bon, peut-être pas la description des soldats noirs déployés pour leur sauvagerie caractéristique, espérons-le… Mais la société «&amp;nbsp;dévirilisée&amp;nbsp;», on n’en a semble-t-il pas fini avec, hélas — et de même pour les échos technophobes que le sujet suscite presque naturellement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui intéresse S.S. Held, c’est bien l’impact de cette maladie hors-normes sur la civilisation humaine, et l’effondrement de cette dernière — qui s’est bâtie sur le fer, et en dépend absolument, plus que jamais en cet âge d’or de l’industrie, véritable règne de la machine&amp;nbsp;; et ici &lt;strong&gt;La Mort du fer&lt;/strong&gt; se pare à nouveau d’arguments moraux, ou politiques, dépeignant avec une morbidité vengeresse l’homme ignoblement asservi à ses créations artificielles, et qui en fait tout naturellement les frais. Ce qui est somme toute assez commun, et il en va de même pour la conclusion «&amp;nbsp;spiritualiste&amp;nbsp;», via Sélévine, qui tourne l’apocalypse au sens vulgaire en apocalypse au sens religieux — retournement qui, comme d’habitude, ne parlera qu’aux convaincus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Demeurent les tableaux de la catastrophe en cours — vue de loin, sur le mode de la chronique historique ou journalistique. Ici, &lt;strong&gt;La Mort du fer&lt;/strong&gt; ne manque pas d’images fortes, et qui nouent les tripes. S.S. Held y fait régulièrement montre d’une lucidité inquiétante — et c’est quand ces tableaux sont les plus froids qu’ils sont les plus efficaces&amp;nbsp;: quand l’auteur juge, l’impact s’effondre, comme une tour arrogante succombant au mal bleu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La sombre puissance des plus cauchemardesques de ces tableaux suffit peut-être à justifier qu’on y jette un œil. Sans doute, même. Pour autant, on ne qualifiera pas cette exhumation d’indispensable ou &lt;em&gt;a fortiori&lt;/em&gt; de salutaire&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Mort du fer&lt;/strong&gt; est une curiosité pas inintéressante, mais bien lourde souvent, et, au fond, qu’on l’ait si longtemps oubliée n’a rien de scandaleux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-sffrance.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-sffrance.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La science-fiction en France dans les années 50&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Francis Saint-Martin – Moltinus, coll. «&amp;nbsp;Le rayon vert&amp;nbsp;» – novembre 2019 (essai inédit – 302 pp. GdF. 49 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quand le terme de «&amp;nbsp;science-fiction&amp;nbsp;» est apparu en France, dans l’immédiat après-guerre, on a vu naître des supports qui ont fait date, comme les revues &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Galaxie&lt;/em&gt;, et les collections «&amp;nbsp;Anticipation&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Rayon fantastique&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», mais aussi des entreprises moins durables ou moins convaincantes. Le but premier de ce livre est de les examiner en détail, d’évaluer leur contenu et de présenter leurs créateurs et animateurs, souvent tombés dans l’oubli.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux principes ont guidé son auteur&amp;nbsp;: traiter une période s’étendant de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à Mai 68, et composer non pas «&amp;nbsp;&lt;em&gt;un ouvrage savant mais (…) plutôt une œuvre d’amateur&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp; &lt;em&gt;une promenade curieuse&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Sur le premier point, rien à dire&amp;nbsp;: Mai 68 a représenté une rupture, y compris pour Notre Club. Sur le second, mon opinion est plus nuancée, car il détermine à la fois l’intérêt de l’ouvrage et ses limites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet intérêt – indéniable – est de nous faire découvrir par le menu des collections et des revues éphémères et oubliées&amp;nbsp;: s’appuyant sur une abondante documentation, l’auteur ressuscite toute une galerie d’acteurs du genre, doublés parfois «&amp;nbsp;&lt;em&gt;d’aventuriers de l’édition&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Pour chaque support, on peut lire un historique détaillé de son évolution, des biographies de ses animateurs et un aperçu critique de leurs productions. On découvre alors un véritable bouillonnement créatif, en lequel Francis Saint-Martin voit le creuset de ce qu’est devenue la science-fiction en France, ainsi que des écrivains, des éditeurs, etc., à la trajectoire parfois fascinante, même si les biographies émaillant le texte sont parfois – l’auteur le reconnaît lui-même – de longues digressions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais là où le bât blesse, c’est que le tout ne fait pas vraiment un ouvrage d’histoire, fût-elle seulement éditoriale. La période traitée a été le théâtre de grands questionnements dans la société française, dont la science-fiction s’est souvent fait l’écho. On pense au rapport d’amour-haine avec les États-Unis (voir, par exemple, les réactions de certains lecteurs de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; aux textes de Poul Anderson), à la décolonisation (voir, toujours dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, la polémique autour du roman de Francis Carsac, &lt;em&gt;Ce monde est nôtre&lt;/em&gt;), etc. Or, cet aspect de l’histoire du genre est ici passé sous silence, ainsi que la revendication de légitimité qui parcourt cette histoire comme un fil rouge, sans parler des querelles internes à Notre Club, qui eurent parfois leur importance&amp;nbsp;: on pense à celle, célèbre, qui suivit l’interview de Robert Kanters, directeur de «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», dans &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; en 1967, interview que l’auteur ne cite que brièvement – oubliant au passage qu’elle fut donnée à l’occasion de la parution du centième volume de la collection, le premier roman français publié depuis belle lurette, et omettant de mentionner la tribune libre que rédigèrent en réponse Alain Dorémieux, Jacques Goimard et Gérard Klein. Autre sujet d’insatisfaction pour un ouvrage qui se voudrait documentaire, l’auteur cite rarement ses sources et se dispense de bibliographie. Et s’il y a bien un index, il est uniquement onomastique et tous les noms n’y figurent pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, &lt;em&gt;La Science-fiction en France dans les années 50&lt;/em&gt; a été écrit par un collectionneur pour d’autres collectionneurs. En attestent le soin presque maniaque avec lequel sont énumérées toutes les variantes de couvertures de la «&amp;nbsp;Série 2000&amp;nbsp;» («&amp;nbsp; &lt;em&gt;vingt-quatre parutions (…) pour plus de quarante volumes physiquement différents&lt;/em&gt; &amp;nbsp;») et le recours au vocabulaire de l’héraldique pour décrire les différents logos de «&amp;nbsp;Science Fiction Suspense&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, un ouvrage réservé aux initiés souhaitant parfaire leur initiation, et que ne rebuteront ni la maîtrise hasardeuse de la conjugaison, ni la fréquente maladresse du style, ni le caractère incongru de certaines illustrations – je ne parle pas des couvertures de livres et de revues, dont l’abondance et la richesse méritent des louanges, mais des photos de lampadaire, de fauteuil, de transistor, etc., style années 50, et des fonds de page reproduisant, je présume, des motifs de papier peint de la même époque.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Jean-Daniel Brèque&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-voyage.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-voyage.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Voyage sous les flots&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Aristide Roger – Publie.net, coll. «&amp;nbsp;Archéofiction&amp;nbsp;» – décembre 2019 (réédition – 166 pp. GdF. 14&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Tout le monde aujourd’hui connaît le &lt;em&gt;Nautilus&lt;/em&gt;, le fabuleux sous-marin du capitaine Nemo… mais qui se souvient encore de son immédiat prédécesseur, l’&lt;em&gt;Éclair&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Personne ou presque. Imaginé par Jules-Aristide-Roger Rengade, alias Aristide Roger, cet &lt;em&gt;Éclair&lt;/em&gt; est l’un des premiers submersibles de fiction. Raisons pour lesquelles on n’est guère surpris de voir Philippe Éthuin et la collection «&amp;nbsp;Archéosf&amp;nbsp;» tirer &lt;strong&gt;Voyage sous les flots&lt;/strong&gt; de l’oubli dans lequel il avait sombré depuis près de cent cinquante ans. Paru en feuilleton dans les pages du &lt;em&gt;Petit Journal&lt;/em&gt; entre le printemps 1867 et janvier 1868, le roman d’Aristide Roger est de fait antérieur au fameux &lt;strong&gt;Vingt mille lieues sous les mers&lt;/strong&gt; de Jules Verne, dont la parution commence en mars 1869.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque le professeur Trinitus apprend le naufrage du &lt;em&gt;Richmond&lt;/em&gt;, navire sur lequel naviguait son épouse et sa fille, il décide de mettre à contribution l’invention sur laquelle il travaillait dans le plus grand secret depuis des mois&amp;nbsp;: le sous-marin &lt;em&gt;L’Éclair&lt;/em&gt;. Ovoïde long d’une quarantaine de mètres, le submersible est mû à l’électricité et permet d’embarquer trois passagers. Ce seront donc Trinitus, son ami Nicaise et le neveu de celui-ci, Marcel, qui nourrit pour la fille du professeur une tendre affection. Depuis Calais jusqu’à la mer de Corail où le paquebot a disparu, ce sera une aventure de tous les instants – entre tempêtes et embourbement dans la mer des Sargasses, entre le feu des volcans des Açores et les glaces du pôle Sud, les trois hommes auront fort à faire pour atteindre le but… et le lecteur pour tâcher d’oublier l’ombre écrasante de Jules Verne. De fait, &lt;strong&gt;Voyage sous les flots&lt;/strong&gt; a pour lui sa brièveté et son caractère précurseur – quelques scènes préfigurent &lt;strong&gt;Vingt mille lieues&lt;/strong&gt;… et Roger apprécie lui aussi les descriptions auxquelles le vocabulaire spécifique donne un lyrisme scientifique. Mené tambour battant, le récit se dévore d’une traite. L’âge du roman aidant, on lui pardonnera ses approximations – des erreurs n’empêchant pas un émerveillement enfantin et aquatique – et une fin ayant passablement mal vieillie. Les amateurs de vieilleries sauront apprécier cette odyssée sous-marine&amp;nbsp;; les autres resteront à bord du &lt;em&gt;Nautilus&lt;/em&gt;, ce qui n’est pas forcément un mal.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-piste.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-piste.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Piste des éclairs – Le Sixième Monde T1&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Rebecca Roanhorse – Éditions Milady/Bragelonne, coll. «&amp;nbsp;Bit-lit&amp;nbsp;» – janvier 2020 (roman traduit de l’anglais [US] par Isabelle Pernot – 320 pp. GdF. 14,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Roman de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; post-apocalyptique, &lt;strong&gt;La Piste des éclairs&lt;/strong&gt; a reçu le prix Locus et a figuré parmi les finalistes des prix Hugo, Nebula et World Fantasy. De quoi faire rêver et réaliser un joli bandeau sur la couverture pour attirer l’œil du chaland. C’est également un polar fantastique explorant les mythes amérindiens écrits par une plume également amérindienne, même si Rebecca Roanhorse est d’origine pueblo tandis que son héroïne, Maggie Hoksie est navajo, ce qui lui vaut quelques accusations d’appropriation culturelle aux États-Unis. De ce côté de l’Atlantique, cette particularité donne au roman un cadre original. En effet, &lt;strong&gt;La Piste des éclairs&lt;/strong&gt; met en jeu des monstres et des mécanismes de pouvoirs surnaturels jusqu’ici assez peu exploité en &lt;em&gt;urban fantasy&lt;/em&gt; (au sens «&amp;nbsp;&lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; se déroulant dans un environnement moderne ou un futur proche). Le côté &lt;em&gt;urban&lt;/em&gt; d’ailleurs est lui aussi peu présent. En effet, suite au réchauffement climatique, les Grandes Eaux ont dévasté une partie des USA, et toute l’action se passe dans le Dinétah, le territoire d’origine des navajos à cheval sur le Nouveau-Mexique, l’Utah, le Colorado et l’Arizona. Il s’agit plus de &lt;em&gt;western fantasy&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;mesa fantasy&lt;/em&gt; en quelques sortes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces préambules étant posés, que vaut réellement &lt;strong&gt;La Piste des éclairs&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Trois heures de lecture menées tambour battant au rythme des tribulations de son héroïne. Si le cadre bouleverse les habitudes de ce genre littéraire, ce n’est pas le cas de la trame extrêmement classique. Jugez plutôt. L’héroïne est une jeune guerrière puissante, au caractère bien trempé (comprendre imbuvable vis-à-vis de son entourage) et traumatisée par un passé sanglant. Les circonstances vont la mettre sur la piste de son mentor divin qui l’a abandonné et les pousser à un affrontement fatal. Elle sera aidée dans sa quête par un homme-médecine un peu trop charmeur, voilà pour l’aspect romance, et une bande d’acolytes tant humains que surnaturels mal assortis de circonstances depuis au moins un certain Seigneur des Anneaux. Et comme toute histoire reprenant point par point le parcours décrit par Joseph Campbell dans &lt;strong&gt;Le Héros aux mille et un visages&lt;/strong&gt;, l’héroïne sortira de sa quête grandie et apaisée, prête à repartir vers de nouvelles aventures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous l’aurez compris, hormis apporter une version de Coyote assez originale et presque sympathique, &lt;strong&gt;La Piste des éclairs&lt;/strong&gt; n’induira pas de grandes réflexions dans son lectorat. Même les catastrophes sismiques et climatiques à l’origine de ce Sixième Monde ne servent qu’à poser la toile où s’agitent les personnages. En revanche, quoique convenue, l’intrigue reste solide, avec suffisamment de retournements de situation pour tenir le lecteur en haleine. Durant trois petites heures.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-cosmos.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-cosmos.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Cosmos incarné – La Fleur de Dieu T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jean-Michel Ré – Albin Michel Imaginaire – janvier 2020 (roman inédit – 300 pp. GdF. 19,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Terminer une trilogie est parfois le moment le plus délicat pour un auteur&amp;nbsp;: au-delà du travail qui consiste à nouer les fils d’intrigue, il s’agit de lever le voile sur le schéma d’ensemble de l’œuvre, soit donc sortir de l’ambiguïté pour de bon, et à &lt;em&gt;dire&lt;/em&gt; plutôt qu’à faire allusion. Dans les précédents tomes de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;La Fleur de Dieu&lt;/strong&gt; &amp;nbsp;», Jean-Michel Ré semblait relire &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; de façon idéaliste voire spiritualiste&amp;nbsp;: reprenant un propos confinant parfois au mystique, il donnait l’impression de suivre la lecture de Jodorowsky plutôt que le matérialisme herbertien. La question se posait&amp;nbsp;: le cycle de la «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Fleur de Dieu&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» finirait-il par tracer un trait d’union entre ces deux visions&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cosmos incarné&lt;/strong&gt; propose tout d’abord une clarification en accordant enfin son statut de personnage capital au Seigneur de la Guerre de Latroce, antagoniste absolu qui au terme du deuxième tome parvenait en partie à ses fins en éliminant le pouvoir impérial de l’échiquier galactique&amp;nbsp;: de la sorte, l’ensemble de la trilogie peut s’apparenter à une série d’échanges et de relations pas toujours pacifiées mais pas toujours conflictuelles non plus entre trois personnages capitaux distincts. L’Enfant est le premier apparu et défini en tant que tel&amp;nbsp;: post-humain ou ahumain, il témoigne de l’irruption – ou de la persistance – d’une forme de transcendance du corps et de l’esprit au plus fort d’une époque matérialiste. Kobayashi apparaît lui aussi capital peu de temps après&amp;nbsp;: choisi par l’Enfant qui lui enseigne à «&amp;nbsp;voir&amp;nbsp;» au-delà des apparences, il montre que l’on peut choisir de s’engager sur la voie de la transcendance. Le Seigneur de la Guerre de Latroce, personnage pétri d’&lt;em&gt;hybris&lt;/em&gt; comme on en rencontre peu, s’affirme ici à ce statut malgré la débauche de technologie qui lui donne une forme d’immortalité&amp;nbsp;: cette transcendance-là est perverse par nature. Ce qui fait de lui un personnage capital est sa capacité à comprendre qu’une autre transcendance est possible et même désirable. Dans &lt;strong&gt;Cosmos incarné&lt;/strong&gt;, les symboles sont omniprésents&amp;nbsp;: l’enjeu de cette intrigue est celle de l’acceptation par l’être humain de la transcendance – mais aussi de la possibilité d’une rédemption. Certains personnages importants ou secondaires persistent à jouer selon les anciennes règles&amp;nbsp;: leur destin montre que le monde matérialiste est condamné.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l’écriture chargée de symboles et l’importance accordée à la transcendance peuvent déplaire – et même apparaître comme autant de faux-sens aux yeux des lecteurs de Herbert –, reconnaissons que les enjeux de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;La Fleur de Dieu&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» et de ce dernier tome vont au-delà d’un simple appel lyrique à construire un monde plus idéaliste. L’Empire galactique de cet univers est appelé à s’effondrer – les épigraphes qui l’évoquent le font souvent à travers une expression transparente, celle de « &lt;em&gt;Premier Empire&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» – mais l’espèce humaine, pourtant, n’est pas condamnée à la régression ou à la barbarie. Le travail de dispersion entrepris par l’Enfant est décrit comme donnant lieu à de nouvelles civilisations isolées, dont la redécouverte future promet de redéfinir la compréhension des événements décrits dans la trilogie. C’est ici que Jean-Michel Ré parvient à réintroduire des conceptions herbertiennes et donc matérialistes&amp;nbsp;: d’abord avec l’allusion (transparente elle aussi) à la Dispersion qui vient séparer &lt;strong&gt;L’Empereur-Dieu de Dune&lt;/strong&gt; des &lt;strong&gt;Hérétiques de Dune&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; et ensuite avec cette idée selon laquelle chaque civilisation humaine, au fond, doit jouer son propre rôle dans le concert universel et que toute uniformisation est synonyme de stagnation puis de décadence. L’entropie était l’ennemie dans le cycle de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Dune&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», elle l’est aussi dans &lt;strong&gt;La Fleur de Dieu&lt;/strong&gt;, mais elle ne s’y exprime pas tout à fait de la même façon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cosmos incarné&lt;/strong&gt; vient ainsi conclure avec intelligence un cycle audacieux, qui ne touchera peut-être pas un large lectorat, mais qui méritait d’être écrit.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Arnaud Brunet&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr98-autochtones.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr98-autochtones.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Autochtones&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Maria Galina – Agullo, coll. «&amp;nbsp;Fiction&amp;nbsp;» – janvier 2020 (roman inédit traduit du russe par Raphaëlle Pache – 384 pp. GdF. 21,50 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Une ville, quelque part en Ukraine post-soviétique. L’incertitude règne en maîtresse sur des terres autrefois polonaises, austro-hongroises, soviétiques et désormais en proie au tourisme de masse, des hordes de Japonais rendant périlleuse la traversée du centre-ville. La Wehrmacht a sillonné les lieux jadis, raflant les Juifs pour les expédier vers leur destination finale, avant de succomber à son tour à la pression de l’armée rouge. De cette époque, la ville garde diverses traces, surtout dans les mémoires de vieux messieurs attachés à leurs secrets. Débarqué de Saint-Pétersbourg en qualité de journaliste enquêteur œuvrant dans le domaine de l’art, un inconnu se pique de curiosité pour un groupe de l’avant-garde artistique des années 1920 qui aurait donné une unique représentation à l’opéra du coin. Une œuvre intitulée &lt;em&gt;La Mort de Pétrone&lt;/em&gt;, dont on raconte qu’elle aurait plongé le public dans la folie collective. Sauf qu’une fois sur place les obstacles s’accumulent, compliquant l’enquête. Les faits échappent à la mémoire des vieux barbons du cru, ex-directeurs littéraires, collectionneurs, archivistes et autres critiques d’art. Ils plongent également les rares descendants des interprètes de l’opéra dans les faux-fuyants, au point de susciter le malaise, d’autant plus qu’autour de cette représentation gravitent tout un tas de curieux, chauffeur de taxi, vieux monsieur trop poli pour être honnête, &lt;em&gt;riders&lt;/em&gt; sans entraves et serveuse au café bien trop empressés à voir solutionner l’énigme de cette unique représentation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Second roman traduit dans nos contrées après &lt;strong&gt;L’Organisation&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Autochtones&lt;/strong&gt; confirme la singularité de l’imaginaire de Maria Galina. De cet univers volontiers absurde, aux références littéraires foisonnantes, mélange de post-soviétisme dépressif et de fantastique lorgnant du côté du réalisme magique, on ressort un tantinet déstabilisé. Les autochtones de l’autrice russe ne se livrent pas sans quelques efforts. Pratiquant l’art de l’ellipse, semant la confusion et cachant les faits sous de multiples couches de mensonges, ils suscitent une impression d’inquiétante étrangeté. Et les moins inquiétants ne sont pas ces créatures échappées d’un bestiaire fabuleux, vampire, loup-garou, sylphe, salamandre, dieu sumérien et autres extraterrestres. Bien au contraire, les personnages les plus dangereux errent aux marges de la normalité, faisant de la banalité de leur existence une couverture efficace. Dans une forme narrative ne ménageant guère la suspension d’incrédulité, Maria Galina nous immerge au cœur d’une intrigue tortueuse, aux marges de l’histoire tragique de ce bout de continent européen, de l’enquête policière et du fantastique. Pratiquant le changement de cadre impromptu, mêlé à une certaine forme de poésie, l’autrice déboussole le lecteur, prenant un malin plaisir à l’égarer dans un récit labyrinthique et redondant, où chaque détail prosaïque, chaque référence érudite, contribue à la bizarrerie de l’ensemble et recèle une part de vérité dont le sens ne se dévoile qu’à force de ténacité. Bref, &lt;strong&gt;Autochtones&lt;/strong&gt; n’usurpe pas sa qualité de lecture rude, mais finalement suffisamment bizarre pour que l’on ait envie de pousser l’expérience jusqu’à son terme. Avis aux amateurs.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Harrison meurt avant la fin</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/03/14/Harrison-meurt-avant-la-fin" rel="alternate" type="text/html" title="Harrison meurt avant la fin" />
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      <published>2020-03-14T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-03-14T12:16:14+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Daryl Gregory</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gregory-harrison-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gregory-harrison-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En complément ludique à &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/daryl-gregory/harrison-harrison&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Harrison Harrison&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, découvrez une aventure inédite du personnage éponyme de Daryl Gregory&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://harrisonmeurtavantlafin.belial.fr/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Harrison meurt avant la fin&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, un récit interactif à jouer en ligne, dans la plus pure tradition des «&amp;nbsp;livres dont vous êtes le héros&amp;nbsp;». Un récit riche en gens bizarres, en bruits dans les couloirs et en requins-renards…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle interactive inédite de Daryl Gregory, illustrée par David Hinnergardt et traduite de l'anglais par Erwann Perchoc, vous est proposée gratuitement. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://harrisonmeurtavantlafin.belial.fr/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gregory-harrison-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gregory-harrison-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: David Hinnergardt&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dehors pour une petite promenade&amp;nbsp;? Brillante idée, Harrison Harrison. C’est bon pour la circulation sanguine, à ce qu’il paraît. Parfait, surtout par cette magnifique journée venteuse.&lt;br /&gt;
Après tout, il n’y a rien dans ce coin caillouteux, à part (a) des falaises dangereuses, (b) un océan furieux et (c) ton établissement scolaire, ce bon vieux collège de Dunnsmouth. Et comme aujourd’hui, c’est samedi, il n’y a absolument rien à y voir.&lt;br /&gt;
Tu ferais mieux d’ignorer ces bruits étranges qui émanent du collège. Vraiment. Tu ferais mieux de rentrer chez toi sans t’aventurer plus loin. Sans jouer à ce jeu. C'est plein de gens bizarres, de couloirs vides, de monstres — et de requins-renards. Vraiment. Abstiens-toi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;4&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://harrisonmeurtavantlafin.belial.fr/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Ne clique pas ici.&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>P comme Pomaïe Klokochazia balek</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/03/12/P-comme-Pomaie-Klokochazia-balek" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Pomaïe Klokochazia balek" />
      <id>urn:md5:956af00ead7a50a04f71f9035288dfda</id>
      <published>2020-03-12T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-03-12T16:00:36+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Pomaïe Klokochazia balek&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rendez-vous en terre (musicale) inconnue — ou à tout le moins pas très connue — en compagnie de Nosfell. Avec &lt;strong&gt;Pomaïe Klokochazia balek&lt;/strong&gt;, son premier album, paru en 2004, le musicien nous proposait une fascinante incursion dans un monde de sa création…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Pomaïe Klokochazia balek, Nosfell (V2 Records, 2004). 13 chansons, 46 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il n’y a pas que Christian Vander, le leader de Magma, à chanter dans une langue imaginaire&amp;nbsp;: il y a n’importe quel chanteur de cabine de douche (vous, moi&amp;nbsp;?) en yaourt, et Nosfell en klokobetz.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le klokobetz&amp;nbsp;? C’est la langue parlée en Klokochazia – simple, non&amp;nbsp;? Et Klokochazia, c’est le lieu d’où vient Nosfell, alias Labyala Nosfell, alias Labyala Fela Da Jawid Fel – ce qui signifie en klolobetz «&amp;nbsp;celui qui marche et qui guérit&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ma part, c’est au travers de son premier album, &lt;em&gt;Pomaïe Klokochazia balek&lt;/em&gt;, que j’ai découvert l’artiste voici quinze ans (déjà, bon sang). &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/11/Kobaia&quot;&gt;À la manière de Magma&lt;/a&gt;, Nosfell déploie un univers volontiers hermétique, chanté dans une langue imaginaire pour l’essentiel, mais aussi en anglais à l’occasion. Instrumentalement, l’approche est moins abrupte que celle de la formation de Christian Vander&amp;nbsp;: violoncelle, guitare, et voix – celle de Nosfell, démultipliée. On pourrait qualifier le disque de minimaliste, et pourtant, il s’avère d’une richesse étonnante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-p-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-p-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-p-cover_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’album commence avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Children of Windaklo&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, une véritable profession de foi&amp;nbsp;: une voix répète en boucle le même motif, avant d’être rejointe par une seconde voix, plus haut perchée, déclamant les paroles proprement dites. &lt;em&gt;Certes&lt;/em&gt;, on ne comprend rien, c’est chanté en klokobetz. C'est bien l'objet et le pouvoir d’évocation fonctionne à fond, pour qui accepte de se laisser emporter par icelui. En arrière-plan, le violoncelle est là pour soutenir l’ensemble. Une guitare arrive, les lignes du violoncelles se dédoublent tandis qu’une beatbox humaine prodigue une rythmique lourde. À mesure que la chanson gagne en puissance, une chose devient sûre&amp;nbsp;: Toto, on n’est plus au Kansas – ni même sur Terre – mais bien du côté de Klokochazia.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/1PUDcIikyEs&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si, mentalement, vous êtes resté au même endroit, ce disque ne peut plus rien pour vous. Sauf passer à la chanson suivante. Chantée en anglais, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Shaünipul&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; se montre d’un abord plus direct. Guitare, voix, rythme plus enlevé, et un passage où l’on imagine bien Nosfell inciter le public à taper dans ses petites mains (ce que ledit public fait d'ailleurs dans le live au Trianon accompagnant l'édition remastérisée des 10 ans de &lt;em&gt;Pomaïe&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;They shall not call this solilo…&lt;br /&gt;
… quy a wretched act&lt;br /&gt;
Of monopoly on a moving&lt;br /&gt;
Tainting, staining soul&lt;br /&gt;
Because I work for the Animal&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Parmi les treize chansons, quelques-unes se démarquent tout particulièrement&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=RNOGYacXrKs&amp;amp;list=OLAK5uy_ntNKdctnGu6Fk5QGBMtApoNd2VtaS0V2s&amp;amp;index=4&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sladinji the Grinning Tree&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, aussi malicieuse qu’inquiétante et dont les paroles rappellent les arbres mangeurs de Hobbits de la Vieille Forêt&amp;nbsp;; l’entêtante &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=wlDh03EW0Kg&amp;amp;list=OLAK5uy_ntNKdctnGu6Fk5QGBMtApoNd2VtaS0V2s&amp;amp;index=9'&amp;gt;&amp;lt;em&amp;gt;« Mindala Jinka »&amp;lt;/em&amp;gt;&amp;lt;/a&amp;gt;, l’épique et furieuse &amp;lt;a  data-cke-saved-href=&quot; https:=&quot;&quot; watch=&quot;&quot; www.youtube.com=&quot;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Blewkhz gowz (the only thing he had to say)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, à mes oreilles l’un des sommets de &lt;em&gt;Pomaïe&lt;/em&gt;… L’album se conclut avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=X1QIOHqPjmo&amp;amp;list=OLAK5uy_ntNKdctnGu6Fk5QGBMtApoNd2VtaS0V2s&amp;amp;index=13&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Wise Left Hand&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, qui se conclut sur les mêmes intrigantes paroles répétées à l’envi d’une voix inquiétante&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;They told me who you were&lt;br /&gt;
and who you expected me to be, so,&lt;br /&gt;
these are the consequences of our reciprocities&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tantôt Nosfell se fait conteur, narrant à l’auditoire les histoires de Klokochazia&amp;nbsp;; tantôt il semble en devenir lui-même l’un des protagonistes. L’ensemble est saisissant, et &lt;em&gt;Pomaïe Klokochazia balek&lt;/em&gt; laisse une impression durable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&quot;http://labyala.nosfell.free.fr/articles/articleslongueurdondes.htm&quot;&gt; une interview &lt;/a&gt; accordée au magazine &lt;em&gt;Longueur d’onde&lt;/em&gt;, peu avant la sortie de ce premier album, Nosfell balayait en quelques mots l’univers&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ce pays est composé d'une île principale et de plusieurs plus petites.&amp;nbsp;» Une géographie que l'on peut admirer sur la pochette de l'édition anniversaire de &lt;em&gt;Pomaïe…&lt;/em&gt;, tatouée sur le dos du musicien. «&amp;nbsp;Il n'est pas géré par des hommes, mais par son histoire. Il y a sept forces fécondes, comme des personnages impalpables, qui ont la faculté de donner naissance à des êtres, par eux-mêmes, sans s'accoupler. (…) C'est un pays qui a un peu une double histoire. Il a vécu un changement d'ère et donc de culture. L'époque qui est décrite dans &lt;em&gt;Pomaïe Klokochazia balek&lt;/em&gt;, le premier disque, est la seconde ère. Celle d'avant est encore plus sombre, mais sera, je l'espère, éclairée plus tard si j'ai la chance de faire d'autres disques. Il y aura des recoupements de personnages et d'histoire.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les treize chansons de &lt;em&gt;Pomïe Klokochazia balek&lt;/em&gt; forment ainsi un tout cohérent où, morceau par morceau, on découvre l’univers étrange (étranger&amp;nbsp;?) de Klokochazia. On retrouve çà et là un même bref texte retraçant cet univers&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Par exemple le vieux Shaünipul, employé en pertes d’idées que plus personne n’écoute et qui, sur la fin de sa vie, cherche ce qui lui rendra sa crédibilité. L’histoire impossible de Blewkhz Gowz – le septième fils du roi Stevgak, maître de Chimdega – et de Milenaz, celle qui fit couler du bout de ses doigts la sève dont se nourrissent les enfants de Windaklo («&amp;nbsp;Children of Windaklo&amp;nbsp;»). Celui encore qui, pensant être pénétré du Mandamaz (cette faculté à ne pas avoir besoin d’essayer pour réussir) trahit tour à tour ses proches, pour finalement sombrer dans la folie et dans l’oubli.&amp;nbsp;» Pour autant, pas question pour Nosefell de tout expliquer&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mon but est que le public soit libre. J'ai mes propres règles de langage, je raconte des histoires mais elles ne sont pas explicitement commentées dans le dique. Je veux tout faire pour exceller dans la suggestion.&amp;nbsp;» Sous cet aspect-là, c’est réussi. À noter que l'édition anniversaire de &lt;em&gt;Pomaïe…&lt;/em&gt; est dotée d'un livret&amp;nbsp;: pas de paroles mais une brève nouvelle retraçant un événement inquiétant survenu au narrateur. Côté dramaturgie, le live au Trianon accompagnant le disque original permet de se rendre compte des talents de conteur du musicien (notamment sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=lILO0a-zNmE&amp;amp;list=OLAK5uy_ntNKdctnGu6Fk5QGBMtApoNd2VtaS0V2s&amp;amp;index=18&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Slakaz Blehezim&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-p-cover10ans.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-p-cover10ans.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-p-cover10ans_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;em&gt;Pomaïe Klokochazia balek&lt;/em&gt;, Nosfell a rapporté des nouvelles (parfois chantées en français) de Klokochazia, au travers de ses deux albums suivants&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Kälin Bla Lemsnit Dünfel Labyanit&lt;/em&gt; en 2006 et &lt;em&gt;Nosfell&lt;/em&gt; en 2009. Las, la fraîcheur et la magie qui imprégnaient &lt;em&gt;Pomaie&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; m’ont paru moins présentes sur ces deux albums, en dépit de bons moments.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-p-discog.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-p-discog.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-p-discog_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Toujours en 2009, le livre-disque &lt;em&gt;Le Lac aux Vélies &lt;/em&gt;propose une sélection de chansons, réarrangées pour un orchestre symphonique&amp;nbsp;; si la musique perd le minimalisme inventif qui faisait une partie du charme de &lt;em&gt;Pomaie…&lt;/em&gt;, le livre, joliment illustré par Ludovic Debeurme, offre une très intéressante approche visuelle de l’univers du chanteur. Après deux albums déconnectés de Klokochazia – &lt;em&gt;Amour massif&lt;/em&gt; en 2014 et &lt;em&gt;Echo Zulu&lt;/em&gt; en 2017 –, Nosfell y est revenu l’an passé, au travers d’une campagne de financement participatif visant à permettre la publication du &lt;em&gt;Codex klokobetz Volume I&lt;/em&gt;, avec notamment un manuel de klokobetz (et son alphabet rappelant l’amharique) et une carte (qui me rappelle, dans un genre différent et tout aussi particulier le &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/post/2018/09/14/V-comme-Voyage-en-Republique-de-Crabe&quot;&gt;&lt;strong&gt;Voyage en République de Crabe&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Tarmasz).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si cela inaugure de nouvelles excursions du côté de Klokochazia, je suis partant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non, d’autant que le disque a bénéficié d’une réédition à l’occasion de ses quinze ans&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: si vous préférez Christophe Maé, je ne peux rien pour vous&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: je ne sais pas comment on dit «&amp;nbsp;Mais carrément&amp;nbsp;» en klokobetz, alors on va se contenter d’imaginer&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 89 - Mike Resnick</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/03/10/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-89" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 89 - Mike Resnick" />
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      <published>2020-03-10T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-09-18T12:49:52+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi89-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi89-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fidèle à son rythme arythmique, la Bibliothèque orbitale revient pour un nouvel épisode, tout entier consacré à Mike Resnick. L'auteur de &lt;strong&gt;L'Infernale Comédie&lt;/strong&gt;, du &lt;strong&gt;Faiseur de veuves&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Kirinyaga&lt;/strong&gt; est décédé ce 9 janvier 2020 et le moins que Philippe&amp;nbsp;Boulier puisse était de lui rendre un spatial hommage…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi89-resnick.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi89-resnick.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical&amp;nbsp;: Rush&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi89-rush.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi89-rush.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_89.mp3" length="41022896" type="audio/mpeg3" />
      
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      <title>À toutes voiles vers la fantasy</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/02/18/A-toutes-voiles-vers-la-fantasy" rel="alternate" type="text/html" title="À toutes voiles vers la fantasy" />
      <id>urn:md5:71eb62f92106bbbc4d440176d998239b</id>
      <published>2020-02-18T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-12-18T15:15:54+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Transgénération Express</dc:subject>
                    <dc:subject>Raphaël Gaudin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Imparfé T1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On ne l’attendait plus, mais voici un nouveau numéro de &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Transg%C3%A9n%C3%A9ration-Express&quot;&gt;Transgénération Express&lt;/a&gt; tourné, celui-ci, vers la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;. Sous toutes les coutures, car ce genre s’est tellement développé qu’il a bien élargi son champ d’actions. Il nous permet de voyager au milieu des classiques monstres et fées mais aussi sur les mers. Et même jusqu’au Paris de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Dépaysement garanti&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;De la fantasy intelligente pour les plus jeunes&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Les plus jeunes aussi méritent une littérature de qualité. Avec &lt;strong&gt;Le Collectionneur de monstres&lt;/strong&gt;, Arthur Ténor leur offre ici un roman intelligent et passionnant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Collectionneur de monstres&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-collectionneur.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’Académie diplomatique d’Isuldain, la chambrée des Crépusculaires reçoit sa première mission d’importance&amp;nbsp;: régler le conflit entre Thémédéor, le « collectionneur de monstres&amp;nbsp;» et les Kazkares, une tribu de chasseurs. Pour ce faire, ses cinq membres seront accompagnés de leur Mentor, le magicien Méléandion. Ce dernier dirigera les tractations, mais profitera de l’occasion pour observer le comportement de ses élèves, juger leurs initiatives et leurs actions. S’ils réussissent la mission, leur chambrée peut espérer atteindre le deuxième niveau de noviciat, celui d’apprentissage (l’académie en compte trois). C’est dire l’importance de ce voyage pour Orhass, un humain magicien, Akron, un Sang-Gris, Memnéphiphéon, un elfe des Songes, Éléona, une elfide du marais d’Elfeu, et Mythrite, une sorcière des Mondes glauques. Or, tout ne va pas être simple pour ces représentants de l’empereur&amp;nbsp;: les forces en présence ne veulent pas d’eux pour résoudre ce prétendu différend commercial et sont prêts à tout pour ne pas les voir se mêler de leurs affaires. Pour les diplomates, le danger viendra de partout&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arthur Ténor est habile pour tresser des histoires abordables pour les plus jeunes, mais suffisamment complexes et riches pour ne pas être simplistes. La trame du &lt;strong&gt;Collectionneur de monstres&lt;/strong&gt; est un court roman intelligent et rythmé, avec des rebondissements et de l’action. Il fait confiance à l’intelligence de son lecteur, mais aussi à sa mémoire, car, au début, il est facile de se perdre entre les différents personnages aux noms exotiques. C’est là un problème propre à la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, mais d’autant plus vrai que le récit est bref.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les personnages, justement, sont croqués avec humour&amp;nbsp;: les accointances entre certains d’entre eux vont se dessiner dès les premiers temps du trajet vers la citadelle de Thémédéor, avec piques et échanges pleins de forfanterie. Et s’ils montrent leurs faiblesses et prouvent leur jeunesse au début de leur aventure par des propositions dignes d’une cour de récréation, peu à peu, la réalité de la situation va les amener à modérer leurs ardeurs et réfléchir un peu plus longtemps avant d’agir. Leurs vies et celle de Méléandion sont en jeu, rien de mois. Toutefois, avant cet embryon de sagesse, le lecteur pourra sourire devant certaines de leurs actions, naïves, téméraires, voire quasi suicidaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout au long du récit, Arthur Ténor se rappelle à qui il s’adresse et réussit, tout en maintenant le caractère sérieux et effrayant des monstres rencontrés, des risques encourus, à rendre la lecture de son roman accessible même à des plus jeunes, avec juste ce qu’il faut de crainte pour le sort des personnages principaux, de sang et de cruauté, de descriptions de créatures méchantes et fort laides, d’action et de suspens pour intéresser tout jeune lecteur de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; qui se respecte. Un roman de plus à collectionner, donc, et à dévorer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Johan Heliot, de son côté, propose avec «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;L’Imparfé&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» une trilogie entraînante dont les deux premiers volumes sont déjà parus chez Gulf Stream.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Imparfé T1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-imparfe1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Chaque année, les enfants de treize ans du royaume de Jhalipûr doivent quitter leurs familles pour se rendre à la capitale et commencer leur formation&amp;nbsp;: École des guerriers pour les garçons, École des fées pour les filles. Mais tout va mal commencer pour Tindal&amp;nbsp;: son nom apparaît bien sur la liste… mais du côté des filles. Il va donc être envoyé à l’École des fées&amp;nbsp;; même si l’erreur provient du scribe officiel, pas question de remettre en question la liste. L’humiliation est totale pour le jeune garçon. Et les premiers jours dans une maison normalement réservée aux seules jeunes filles sont emplis de moments difficiles, voire très gênants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien vite, ces petites contingences matérielles vont être oubliées, car un danger terrible menace le royaume&amp;nbsp;: le Sombre, en principe enfermé dans l’Incréé, a trouvé un moyen détourné, sinon de s’échapper, du moins d’obtenir le pouvoir. Il lui suffit de détruire les couleurs, origine du pouvoir magique des habitants de Jhalipûr. Les fées puisent en elles la force nécessaire à leurs sorts. La bataille promet donc d’être terrible.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Imparfé T2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-imparfe2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le prolifique Johan Heliot signe donc ici les deux premiers volumes d’une trilogie annoncée (le troisième tome, &lt;strong&gt; Le Royaume qui ne voulait plus la guerre&lt;/strong&gt;, sort ces jours), plutôt écrite pour les 9-12 ans. La structure en est classique mais efficace&amp;nbsp;: un jeune garçon sorti de son milieu familial, mis en difficulté et qui va devoir risquer sa vie pour sauver ses amis, ses concitoyens, sa société. En gros, le scénario habituel du roman d’initiation. Dit comme cela, rien de palpitant – sauf que &lt;em&gt;si&lt;/em&gt;. L’auteur est un bon écrivain, qui maitrise son sujet et sait mettre ses connaissances au service de son imagination. Surtout, il connaît les attendus de ce genre de texte et se permet de les tordre à sa façon. Les romans mettent en scène des fées, des guerriers, un roi, des gnomes&amp;nbsp;; bref, le casting habituel, rassurant et qui permet au jeune lecteur de se sentir en terrain connu. Bien vite, Heliot place ces personnages dans des situations pas si évidentes et pas si classiques&amp;nbsp;: il utilise les stéréotypes de ce genre littéraire et de notre société et les retourne pour permettre aux lecteurs de se poser de saines questions, plus ou moins originales, mais fondamentales, tout en se distrayant. Par exemple, est-il normal que des professions soient réservées aux garçons ou aux filles&amp;nbsp;? Quels parents, les biologiques ou ceux qui ont élevé le nouveau-né, sont-ils les plus légitimes, les plus proches de leur enfant&amp;nbsp;? Jusqu’où peut-on aller pour aider et sauver les autres&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve aussi, au détour des pages, la formation d’historien de Johan Heliot, ancien professeur de cette discipline. Certaines allusions nous confirment cette passion toujours présente&amp;nbsp;: le chapitre narrant une fin de journée où les habitants de la capitale se tournent contre les «&amp;nbsp;Étrangers &amp;nbsp;» s’intitule «&amp;nbsp;La nuit du verre brisé&amp;nbsp;». Résonance évidente avec la nuit de cristal de 1938 de terrible mémoire. Des passages du roman font de manière évidente écho à des moments sombres de notre propre histoire. D’autres chapitres montrent plutôt le côté joueur de l’écrivain, tel «&amp;nbsp;Piège de cristal&amp;nbsp;», plutôt réservé aux parents (les jeunes de 2019 connaissent-ils encore John McClane?). «&amp;nbsp;Jalousie et ressentiment&amp;nbsp;» dont le rythme et les sonorités rappellent &lt;strong&gt;Crime et châtiment&lt;/strong&gt; de Dostoïevski. Johan Heliot est un auteur cultivé, donc, habile à user de son savoir pour enrichir une intrigue, proposer des pistes à ses jeunes lecteurs. Une chance pour eux de découvrir la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;. Et de façon intelligente, on vous dit&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Arthur Ténor - Le collectionneur de monstres – Scrineo – août 2019 (roman inédit – 186 pp. GdF. 12,90 euros) – À partir de 12 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/02/18/A-toutes-voiles-vers-la-fantasy#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;L’imparfé - Johan Heliot&lt;br /&gt;
1. Le Royaume qui perdait ses couleurs – Gulf stream – mars 2019 (roman inédit – 230 pp. GdF. 13,90 euros) – 9-12 ans&lt;br /&gt;
2. Le Royaume qui n’avait plus de roi – Gulf stream – septembre 2019 (roman inédit – 222 pp. GdF. 13,90 euros) – 9-12 ans&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;Sur les mers&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Encore maintenant, les pirates fascinent. Ils ne possèdent plus les traits d’Errol Flynn, mais plutôt de jeunes filles courageuses, n’ayant pas froid aux yeux et prêtes à risquer leur vie pour venir en aide à leur famille.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Quête des opales T1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-opales1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mouse rêve un jour de devenir capitaine de la Chasseresse, le vaisseau commandé par sa grand-mère. Mais l’arrivée de Stag, un ancien marin au regard mauvais, va bouleverser ses plans et sa vie&amp;nbsp;: son père disparaît, sans que l’on sache s’il est mort ou non&amp;nbsp;; son petit frère, Sparrow, lui est enlevé pour être vendu&amp;nbsp;; sa grand-mère est assassinée devant ses yeux. Tout cela pour trois pierres précieuses aux pouvoirs incommensurables, selon les légendes. Trois Opales&amp;nbsp;: celle de la Mer, celle du Ciel et celle de la Terre. Pour sauver ceux qu’elle aime, Mouse va devoir parcourir les mers à la recherche de ces joyaux et affronter des périls effrayants, comme les terrodyls, oiseaux monstrueux et assoiffés de sang.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Quête des opales T2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-opales2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si la protagoniste est sympathique, elle finit toutefois par agacer tant elle prend des décisions sans réfléchir à leurs conséquences. Cela permet certes à l’autrice de multiplier les actions, de sauter du coq à l’âne, mais c’est parfois difficile à suivre et à légitimer. D’autant que certains autres personnages sont à la limite de la caricature. Dommage, car Sarah Driver possède une imagination féconde. Elle entraîne son lecteur dans des contrées lointaines et terriblement réalistes pour certaines. Les créatures rencontrées, souvent cauchemardesques, font leur travail. Mais sans plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La lecture de la &lt;strong&gt;Quête des opales&lt;/strong&gt; s’avère distrayante, mais manque d’originalité et peut donc être réservée aux plus jeunes qui n’ont pas plus intéressant à lire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Faisons à présent un saut qualitatif de géant. Le héros de Pascale Quiviger, Thibault, est prince. Mais plutôt que de se préparer à son futur rôle de roi, il préfère parcourir les mers sur &lt;em&gt;L’Isabelle&lt;/em&gt;, son navire, accompagné d’un équipage fort en gueule, mais efficace et solidaire. Il a su, par sa simplicité, mériter leur respect. Ils sont heureux de naviguer ensemble. Sur le chemin du retour pour leur royaume, l’île de Pierre d’Angle, dirigée par le roi Albéric, un passager clandestin parvient à tromper la vigilance des gardes et prend la mer avec eux. Or, c’est une femme, mauvais présage selon toutes les superstitions marines… et de surcroît, il s’agit d’une ancienne esclave évadée. Mais Thibault refuse de l’abandonner et finit par s’éprendre d’elle. Sentiment partagé. Les noces ont lieu en mer. Peu avant l’arrivée de la terrible nouvelle&amp;nbsp;: le père du jeune homme vient, contre toute attente, de périr. Il ne reste que quelques jours à &lt;em&gt;L’Isabelle&lt;/em&gt; pour rentrer avant que Jacquard, demi-frère de Thibault, ne prenne sa place sur le trône, selon les lois de Pierre d’Angle. Or ce Jacquard est aussi malfaisant que son aîné est ouvert et tolérant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Royaume de Pierre d'Angle T1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-pierredangle1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Disons-le tout de go, &lt;strong&gt;Le Royaume de Pierre d’Angle&lt;/strong&gt; fait partie de ces séries addictives (le cycle doit comporter quatre ouvrages), qu’il est difficile de laisser de côté une fois commencées. Heureusement, le troisième tome (&lt;strong&gt;Les Adieux&lt;/strong&gt;) est prévu pour mi-mars et le dernier, si tout va bien, en fin d’année. D’emblée, Pascale Quiviger sait nous rendre les personnages sympathiques et essentiels en quelques pages&amp;nbsp;: Thibault, ce futur roi qui n’a pas envie de cette charge et se sent plus à l’aise sur l’eau avec ses compagnons, à explorer le monde. Ema, la belle évadée, au caractère bien trempé, à l’obstination salvatrice&amp;nbsp;; l’amour puissant qui naît rapidement entre eux est aussi clair qu’évident. Il y aussi Lucas, l’infirmier attentif aux moindres symptômes, à l’écoute des patients. L’amiral Donec, aux tics moqués gentiment par son équipage. Guillaume Lebec, droit et solide en toutes circonstances. Et bien d’autres. D’ailleurs, c’est une prouesse, l’autrice multiplie les personnages sans que cela ne gêne le rythme ni la compréhension de l’histoire. Car il arrive fréquemment qu’on se perde dans une masse d’individus, qu’on ne retrouve plus le prénom de celui-ci, le confondant avec celui-là. Ici, pas de problème de cet ordre. Tout est fluide, chacun est à sa place. Il faut dire que l’autrice a travaillé son texte, puisqu’elle a été obligée de repenser tout son cycle. En effet, le récit de Pierre d’Angle prévoyait au départ onze volumes, mais seuls six sont parus au Canada avant interruption, obligeant Pascale Quiviger à revoir sa copie et à resserrer l’action, à modifier des personnages, voire à en supprimer. Résultat&amp;nbsp;: un petit bijou de grâce et d’aventures, de tragédies et de bonheurs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Royaume de Pierre d'Angle T2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-pierredangle2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Car le cœur des lecteurs est mis à rude épreuve dans ce récit. Pascale Quiviger ne ménage pas ses personnages. Au contraire, elle leur inflige des tourments parfois inhumains. Et, comme dans toute tragédie classique, certains éléments sont écrits et sus par avance. Ce qui nous place, lecteurs, dans une position terrible puisque nous voyons le malheur avancer, se profiler à l’horizon, sans rien pouvoir faire mais en continuant à espérer un miracle, un changement dans le destin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour compenser, sans doute, ce côté noir, l’autrice multiplie les situations cocasses, drôles, tendres. Et, même dans les moments difficiles, elle sait user d’un peu de légèreté. Car Pascale Quiviger a un style bien à elle, avec des tournures surprenantes parfois, ensorcelantes souvent. Des petites phrases qui dédramatisent un moment pesant, qui allègent une situation tendue. Et cela permet de tourner les pages sans s’en rendre compte, sans pour autant nous retrouver devant le style lisse, interchangeable et sans saveur de tant d’ouvrages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bonne pioche pour &lt;strong&gt;Epik&lt;/strong&gt;, cette nouvelle collection de la maison d’édition Rouergue. C’est une joie de plonger avec Thibault et Ema dans les eaux chaudes de Khyriol, passer avec succès Cap Mauvais, découvrir la ville alliée de Bergerac et rentrer enfin à Pierre d’Angle, pour découvrir cette île aux paysages contrastés, aux secrets terribles et funestes.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;La Quête des opales - Sarah Driver&lt;br /&gt;
1. Écume [&lt;em&gt;The Huntress: Sea&lt;/em&gt; – 2017] – Fleurus – mars 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [Royaume-Uni] par Camille Roze – 372 pp. GdF. 14,90 euros)&lt;br /&gt;
2. Blizzard [&lt;em&gt;The Huntress: Sky&lt;/em&gt; – 2017] – Fleurus – septembre 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [Royaume-Uni] par L. Williams – 446 pp. GdF. 14,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;Le Royaume de Pierre d’Angle - Pascale Quiviger&lt;br /&gt;
1. L’art du naufrage – Rouergue, collection «&amp;nbsp;Epik&amp;nbsp;» – 10 avril 2019 (roman inédit – 492 pages – 16,90 euros) 2. Les filles de mai – Rouergue, collection «&amp;nbsp;Epik&amp;nbsp;» – 18 septembre 2019 (roman inédit – 464 pages – 16,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;h3 id=&quot;tharanis&quot;&gt;De la magie et un soupçon de steampunk dans l’air&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Ambre est une jeune fille détestable au premier abord tant elle prend les autres de haut. Fille du Général Volontas, soutien indéfectible de l’empereur, elle ne supporte plus le carcan imposé par sa position et par son père. Lors d’une chevauchée où elle a réussi à fausser compagnie à son escorte, elle rencontre deux enfants atteints d’un mal terrible qui les transforme en meurtriers sans cœur. Peu après, le royaume de son père est envahi par les hommes de l’empereur, la transformant en fugitive. Sa fuite va l’amener, bien malgré elle, à découvrir la vérité sur sa naissance et ses pouvoirs. Cela se fera dans la peine et la douleur… et aussi dans le dépaysement, car si le premier tome sur déroule, comme son nom l’indique sur &lt;strong&gt;L’île sans nom&lt;/strong&gt;, dans le deuxième, &lt;strong&gt;La voleuse de flux&lt;/strong&gt;, Ambre débarque dans un Paris bien semblable au nôtre, mais situé vers la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou le début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Un Paris imaginaire où les magiciens surveillent la moindre activité anormale.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les Secrets de Tharanis T1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-tharanis1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;David Moitet n’hésite donc pas à surprendre son lecteur, passant d’une histoire typique de la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, avec des chevaliers, des clans, de la magie à un univers plus proche de la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; urbaine&amp;nbsp;: Paris, la tour Eiffel, le métal, la médecine. Le pari s’avère réussi, car l’auteur sait raconter et mettre du rythme dans sa narration, changeant de protagoniste au moment voulu pour maintenir le suspens. De plus, l’intrigue mise en place dans &lt;strong&gt;La voleuse de flux&lt;/strong&gt; a de quoi passionner &amp;nbsp;: l’irruption de la modernité, de la médecine, des armes à feu brouille les certitudes et ravive les attentes. Même si certains rebondissements sont un peu téléphonés ou préparés de tellement loin qu’on les attend sans surprise, d’autres nous sautent dessus sans prévenir et maintiennent la tension, jusqu’à la dernière page, ou presque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les Secrets de Tharanis T2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen04-tharanis2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil des pages, les personnages prennent de l’épaisseur. D’autres les rejoignent, tout aussi riches et crédibles – avec une mention spéciale pour le valet Edward, vrai nid de stéréotypes, et donc fort amusant. David Moitet multiplie les personnages secondaires et, grâce à cela enrichit son histoire de chemins de traverse, de fausses pistes, lui permettant ainsi de garder son intérêt jusqu’au bout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par contre, à vouloir être trop efficace, le style de l’auteur en devient trop transparent, trop «&amp;nbsp;simple&amp;nbsp;», trop nourri de clichés et de lieux communs. Cela gâche le tableau pourtant favorable dressé jusqu’ici et finit par lasser le lecteur, même si ce défaut n’enlève que peu au plaisir de cette lecture enlevée et agréable.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Les secrets de Tharanis - David Moitet&lt;br /&gt;
1. L’Île sans nom - Didier jeunesse – février 2019 (roman inédit – 277 pp. GdF. 15 euros) – À partir de 12 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/02/18/A-toutes-voiles-vers-la-fantasy#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
2. La voleuse de flux - Didier jeunesse – août 2019 (roman inédit – 277 pp. GdF. 15 euros) – À partir de 12 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2020/02/18/A-toutes-voiles-vers-la-fantasy#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;* Classification proposée par l’éditeur.&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme L'Oiseau d'Amérique</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/02/11/O-comme-L-Oiseau-d-Amerique" rel="alternate" type="text/html" title="O comme L'Oiseau d'Amérique" />
      <id>urn:md5:578983727c2e09d7a4328211ddbadf22</id>
      <published>2020-02-11T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-02-11T13:40:11+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Oiseau d'Amérique&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Walter S. Tevis a compté au rang des voix les plus singulières de la science-fiction américaine. Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/11/26/H-comme-L-Homme-tombe-du-ciel&quot;&gt;L'Homme tombé du ciel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/06/Q-comme-The-Queen-s-Gambit&quot;&gt;The Queen's Gambit&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'Abécédaire s'intéresse à &lt;strong&gt;L'Oiseau d'Amérique&lt;/strong&gt;, premier roman de l'écrivain à paraître après sa longue éclipse littéraire des années 70, un récit de fin d'un monde non dénué d'espoir…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Oiseau d’Amérique [Mockingbird], Walter S. Tevis, roman traduit de l’américain par Michel Lederer. J’ai lu, 1980 [1980], 351 pp. Poche.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons – dans le désordre – l’exploration de la bibliographie de Walter S. Tevis… On évoquait récemment &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/11/26/H-comme-L-Homme-tombe-du-ciel&quot;&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, écrit par l’auteur avant une éclipse littéraire de dix-sept ans&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;L’Oiseau d’Amérique&lt;/strong&gt;, paru en 1980 et traduit la même année aux Presses de la Renaissance, représente son roman du retour. Drôle de choix que ce titre français, peu évocateur… et surtout sans rapport avec l’oiseau-moqueur, dont la présence filée dans le livre n’a rien d’anodin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-o-moqueur.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-o-moqueur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-o-moqueur_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-3&quot;&gt;Ceci est un oiseau moqueur, américain.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici dans un futur distant de quelques siècles et l’humanité est gentiment en passe de disparaître. Épidémie&amp;nbsp;? Guerre&amp;nbsp;? Catastrophe&amp;nbsp;? Rien de tout cela&amp;nbsp;: assistés par de nombreux androïdes qui les ont remplacé en matière… d’à peu près tout, les hommes et les femmes se contentent de vivre dans un tranquille confort technologique, sans plus fournir d’efforts ni chercher à concevoir d’enfants. Les maîtres slogans sont «&amp;nbsp;Pas de questions, relax&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Sexe vite fait, bien fait&amp;nbsp;». Régulièrement, des gens s’immolent par le feu, seuls ou en groupe. C’est normal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi la population d’androïdes se trouve Robert Spofforth, noir de peau et de classe 9 – grade correspondant au niveau le plus élevé d’intelligence –, travaillant comme doyen à l’université de New York. Un jour, il découvre qu’un homme, Paul Bentley, professeur d’Arts mentaux à l’université du Sud-Ouest de l’Ohio, temporairement employé par le doyen de la faculté à New York, a appris à lire. De son propre chef. Pour… le plaisir&amp;nbsp;? Dans ce futur, les livres ont été détruits pour la majeure part et la lecture est gravement déconseillée. Comme le dit Spofforth, «&amp;nbsp;La lecture est trop intime (…). Elle conduirait les humains à s’intéresser de trop près aux sentiments et aux idées des autres. Elle ne pourrait que vous troubler et vous embrouiller l’esprit.&amp;nbsp;» (p. 104)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’empêche&amp;nbsp;: Paul lit. Paul regarde des films. Paul veut vivre pleinement sa vie. Alors qu’il progresse dans sa découverte de la culture, il rencontre une jeune femme&amp;nbsp;: Mary Lou. Il va s’installer avec elle, concevoir des projets d’avenir. Pour Spofforth, cela ne se peut, cela ne se doit. Guidé par un certain agenda, l’androïde va faire condamner le jeune homme aux travaux forcés, espérant briser ainsi la volonté de ce non-conformiste. Las, ce sera en vain&amp;nbsp;: Paul parviendra à s’échapper et entamera une longue odyssée, dans le but de retrouver Mary-Lou. Cette dernière, de son côté, découvre bientôt qu’elle est enceinte de Paul… et emménage avec Spofforth. Drôle d’idée que de vivre avec un robot habité par un désir de mort&amp;nbsp;: virtuellement immortel et condammé par sa programmation à assister les humains jusqu’aux derniers, Spofforth n’aspire qu’à mourir enfin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dure, la vie de robot…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-o-cover-us.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-o-cover-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-o-cover-us.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2020, on fête le centenaire du mot «&amp;nbsp;robot&amp;nbsp;» – issu, faut-il le rappeler&amp;nbsp;?, de l’imagination des frères Čapek dans la pièce &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/08/31/R-comme-RUR&quot;&gt;R.U.R.&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Si &lt;strong&gt;L’Oiseau d’Amérique&lt;/strong&gt; comporte son lot de robots, ceux-ci échappent au cliché de la boîte de conserve parlante et tendent plus du côté de l’androïde. Ce sont des êtres dont les corps sont développés à partir de tissus vivants tandis que leurs cerveaux sont fabriqués. En dehors de quelques menus détails (absence de fonctions biologiques, notamment reproductives), ces robots sont indiscernables de véritables êtres humains, dont ils assument également les activités – en particulier professionnelles. En 2020, cette vision apparaît quelque peu surannée… même si un roman récent, comme &lt;strong&gt;Un océan de rouille&lt;/strong&gt; de C. Robert Cargill, met lui aussi en scène des robots métalliques humanoïdes qui parlent entre eux sur des fréquences audibles, emploient des expressions bizarrement biologiques (comme «&amp;nbsp;retenir son souffle&amp;nbsp;»). Bref. Pinaillage à part, Walter Tevis s'intéresse &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; peu à la quincaillerie du genre, préfère le versant psychologique et spéculatif de la SF, et questionne surtout dans son roman la notion d’humanité, au travers d’êtres n’ayant d’humain que l’apparence et la fonction (Spofforth) et d’individus quasi lobotomisés, n’ayant d’humain que la carcasse charnelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l’odyssée de Paul, narrée par celui-ci dans son journal, occupe la majeure part du roman, avec des échos très bradburyens (cette société où un individu solitaire redécouvre la lecture, cela rappelle forcément &lt;strong&gt;Fahrenheit 451&lt;/strong&gt;), le protagoniste le plus intéressant reste Spofforth. À ce titre, la scène finale reste marquante (même si spoilée par la couverture de l’édition Folio SF), et permet de noter que Tevis apprécie les mouvements verticaux – chute ou ascension –, qu’ils soient métaphoriques ou prosaïques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du trio de personnages principaux, Mary-Lou surprend par sa passivité. On notera son nom, qui fait écho à la version cinéma du personnage de Betty-Jo de &lt;strong&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt;. (Dans le même genre d’écho, on notera que Paul s’instruit en lisant notamment des ouvrages sur les échecs, préfigurant ainsi &lt;strong&gt;The Queen’s Gambit&lt;/strong&gt; (titre bizarrement traduit par… &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/06/Q-comme-The-Queen-s-Gambit&quot;&gt;Le Jeu de la dame&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; – c’est pas le même jeu, on vous a dit&amp;nbsp;?)) Le rôle de Mary-Lou consiste à attendre, telle Pénélope, le retour de Paul, vivant en attendant en (relatif) bon ménage avec Spofforth – sûrement y avait-il matière à la rendre plus intéressante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-o-cover-fr.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-o-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-o-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche. S’appropriant à sa manière les tropes de la science-fiction, Walter Tevis propose un récit à la mélancolie profonde, qui marque son lecteur bien après la dernière ligne. En cela, l’œuvre de Tevis est précieuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nope&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: à moins d’être semi-illettré comme Paul&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: y a-t-il un livre de Walter Tevis qui ne le soit pas&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme La Nébuleuse d'Andromède</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/02/07/N-comme-La-Nebuleuse-d-Andromede" rel="alternate" type="text/html" title="N comme La Nébuleuse d'Andromède" />
      <id>urn:md5:8dda528f5b4bdfdfc0015672dbab5e71</id>
      <published>2020-02-07T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-02-07T11:48:30+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Nébuleuse d'Andromède&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si les frères Strougatski sont, sous nos latitudes, quasi synonymes de la science-fiction russe/soviétique, il ne faudrait pas omettre leur éminent prédécesseur, Ivan Efrémov. On se penche donc sur son classique qu'est &lt;strong&gt;La Nébuleuse d'Andromède&lt;/strong&gt;, récit d'exploration doublé de la description d'une utopie somme toute désirable…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Nébuleuse d’Andromède [Туманность Андромеды], Ivan Efrémov, roman traduit du russe par Harald Lusternik. Éditions en Langue Étrangère – Moscou, 1959 [1957], 408 pp. GdF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après avoir exploré la bibliographie de &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/?q=stanislas+lem&quot;&gt;Stanislas Lem&lt;/a&gt; de A jusqu’à… non, pas tout à fait Z – disons W ou X, car il reste encore quelques morceaux substantiels à lire chez l’auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; –, il est temps de pousser un peu plus à l’est, du côté de la Russie soviétique. Pinaillons&amp;nbsp;: lorsque Ivan Antonovitch Efremov y est né, en 1908, dans les environs de Saint-Petersbourg, c’était encore la Russie tsariste… mais plus pour très longtemps. Bon, vous avez l’idée. Après une formation pour devenir paléontologue, le jeune Efrémov participe à plusieurs expéditions scientifiques plus à l’est encore – dans l’Oural, la région de la Volga, ou l’Asie centrale. Efrémov s’intéresse également à la biologie et obtient un doctorat en la matière&amp;nbsp;; dans les années 40, il développe la «&amp;nbsp;taphonomie &amp;nbsp;», discipline à la croisée de l’archéologie et de la paléontologie ayant pour but d’étudier la formation des gisements fossiles. Comment un organisme autrefois vivant passe de la biosphère à la lithosphère, c’est là un champ d’études fascinant… mais l’objet de ce billet concerne l’œuvre écrite d’Ivan Efrémov.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est également au cours des années 40 qu’il commence à écrire des nouvelles, d’inspiration antique ou géographique avec, parfois, un angle fantastique – c’est le cas de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Olgoï-Khorkhoï&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, au sujet d’un insaisissable ver géant qui rôde dans les steppes de l’Asie centrale. Son premier roman, &lt;strong&gt;Aux confins de l'Œcumène&lt;/strong&gt; (1949), prend pour cadre l’Égypte antique&amp;nbsp;; il s’agit d’un «&amp;nbsp;roman réaliste empli de merveilleux&amp;nbsp;», d’après Viktoriya et Patrice Lajoye dans leur passionnant essai &lt;strong&gt; Étoiles rouges – La littérature de science-fiction soviétique &lt;/strong&gt; (Piranha, 2017). Son deuxième roman relève de la science-fiction et constitue donc l’objet de ce billet…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-n-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-n-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-n-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici dans un avenir distant. L’humanité a atteint l’âge des étoiles… mais on le sait, l’espace est immensément vaste. Des expéditions spatiales arpentent le cosmos. Lorsque la lointaine planète Zirda cesse de donner de ses nouvelles, on envoie la 37e expédition spatiale – le vaisseau &lt;em&gt;Tantra&lt;/em&gt; – pour savoir ce qu’il s’est passé. Sur le chemin du retour, le &lt;em&gt;Tantra&lt;/em&gt; tombe sur une étoile de fer, ou, plus exactement, sur une planète orbitant autour d’icelle. Il s’y trouve l’épave d’un autre astronef humain, échouée là depuis des lustres, et surtout celle d’un deuxième astronef, de toute évidence n’ayant pas été conçu par l’humanité. Sans compter que cette planète abrite des créatures pas franchement sympathiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le même temps, sur Terre, le scientifique Dar Véter, fatigué de tout, délaisse sa carrière d’astrophysicien et cherche une nouvelle activité. Archéologue&amp;nbsp;? Mineur&amp;nbsp;? Tout est possible. Ailleurs, Mven Mass se sert des possibilités du Grand Anneau. Le Grand Anneau, c’est un moyen de communication, pratique quoique limité par la vitesse de la lumière, avec lequel les espèces intelligentes communiquent entre elles, s’échangeant des informations – qu’importe si celles-ci mettent des siècles ou des millénaires à arriver à destination. La Terre a rejoint le Grand Anneau depuis huit cents ans et commence tout juste à entrapercevoir ses possibilités.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces deux fils d’intrigues finiront par se rejoindre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Est-ce le style d’Ivan Efrémov&amp;nbsp;? Est-ce la faute du traducteur, Harald Lusternik&amp;nbsp;? Il me faut reconnaître que la lecture de &lt;strong&gt;La Nébuleuse d’Andromède&lt;/strong&gt; a été fastidieuse par endroit. J’imagine que certains termes, comme «&amp;nbsp;géant bleu&amp;nbsp;» quand il est question d’une étoile, «&amp;nbsp;biologue&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Antarctide&amp;nbsp;», sont attribuables à un manque de connaissances du traducteur&amp;nbsp;; à d’autres endroits, les passages censément scientifiques virent à l’abracadabrantesque ou au poétique — suivant la sensibilité de chacun. On y trouve cependant quelques aspects validés scientifiquement, quoique présentés sous un vernis poétique&amp;nbsp;: l’étoile de fer est probablement une étoile à neutrons, l’étoile Ookr doit se comprendre comme un trou noir. Quant à l’intrigue, elle est tout sauf trépidantes&amp;nbsp;: les chapitres à bord du &lt;em&gt;Tantra&lt;/em&gt; ne sont pas les plus convaincants, et sur Terre, ça cause beaucoup sans que l’action avance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, avec le recul, il est aisé de critiquer le roman d’Efrémov pour ces défauts-là. Le roman est digne d’intérêt à plus d’un titre, et le premier est peut-être le moins évident pour nous, heureux lecteurs du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&amp;nbsp;: publié à une époque où l’URSS favorisait les anticipations à court terme, de préférence centrées sur des problématiques techniques, &lt;strong&gt;La Nébuleuse d’Andromède&lt;/strong&gt; a fait l’effet d’une bouffée d’air frais, tendance fraîcheur cosmique – un futur lointain, un immense cosmos à explorer&amp;nbsp;! – et a permis à toute une génération d’auteurs d’éclore, tels les frères Strougatski.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Surtout, le roman d’Efrémov est riche en visions. Aujourd’hui, certaines font rire jaune&amp;nbsp;: à l’aide de miroirs orbitaux, les calottes polaires ont fondu et le niveau des mers s’est élevé de sept mètres. Quelles conséquences pour les populations littorales&amp;nbsp;? L’auteur n’en avait sûrement pas conscience. Plus intéressant est la chronologie menant à cette société utopique&amp;nbsp;: à l’Ère du Monde Désuni (grosso modo notre époque) succèdent plusieurs époques, finissant par aboutir à cette époque utopique, s’inspirant de la Grèce et de l’Inde antiques. L’éducation et les arts sont essentiels pour cette civilisation de l’avenir – si la musique du futur est peu abordée en SF, on trouve ici la description synesthétique d’une «&amp;nbsp;symphonie en fa mineur, de tonalité chromatique 4,75 µ&amp;nbsp;»). Le travail, réduit à une poignée d’heures par jour, n’a plus rien de la corvée&amp;nbsp;; l’humain vit en harmonie avec une nature qu’il ne tente plus d’asservir, et l’enseignement est crucial.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’essentiel, dans l’éducation, c’est de développer le goût de la nature. L’homme qui se désintéresse de la nature ne peut plus évoluer, car en désapprenant à observer, il perd la faculté de généraliser. Véda pensait à l’art d’enseigner, si précieux à l’époque où on avait enfin compris que l’éducation importait plus que l’instruction et qu’elle seule pouvait préparer l’enfant à la carrière difficile de l’homme véritable.&amp;nbsp;» (p. 252)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sans surprise, l’idéologie est présente… mais, notamment, au travers préoccupation environnementale déjà présente&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les guerres et l’économie inorganisée de l’Ère du Monde Désuni conduisirent au pillage de la planète. On abattit les forêts, on brûla les réserves de houille et de pétrole amassées pendant des millions d’années, on pollua l’air d’acide carbonique et de résidus fétides d’usines mal aménagées, on extermina de beaux animaux inoffensifs, jusqu’à ce que le monde fût parvenu au seul régime susceptible d’assurer la survie de l’humanité&amp;nbsp;: le régime communiste.&amp;nbsp;» (p. 289)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En revanche, les personnages ne représentent pas le point fort du roman. À bord du &lt;em&gt;Tantra&lt;/em&gt;, le commandant Erg Noor se caractérise par un ensemble de qualités positives sans grandes nuances (grand, beau, fort, charismatique)&amp;nbsp;; sa collège Niza Crit, astronavigatrice, passe l’essentiel du roman à se pâmer ou dans les vapes. Sur Terre, la galerie de personnages s’avère plus intéressante&amp;nbsp;: par l’intermédiaire de Dar Véter, on y croise plusieurs femmes artistes ou scientifiques. Quant au personnage de Mven Mass, on notera qu’il est Africain – c’est un peu vague pour un continent de 30 millions de kilomètres carrés mais, bon, l’intention mérite un satisfecit. Si les aliens sont rares dans le roman, leur apparence est intéressante&amp;nbsp;: à l’opposé de la production SF est-allemande, où les petits hommes verts, sans être petits ou verts sont trop généralement humanoïdes, Efrémov souligne que les extraterrestres aperçus par le Grand Anneau ne sont pas tous humanoïdes, loin s’en faut. L’idée du Grand Anneau représente une intéressante variation sur le thème de la méta-civilisation, avec ces peuples qui jamais ne se rencontreront, séparés par les abîmes du temps et de l’espace, mais qui communiquent par des échanges souvent à sens unique (fichue vitesse de la lumière).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman vieilli par certains aspects, &lt;strong&gt;La Nébuleuse d’Andromède&lt;/strong&gt; reste un roman fascinant et fondateur. Régulièrement, je n’ai pu m’empêcher de faire des rapprochements avec &lt;strong&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/strong&gt; d’Ada Palmer (même si Efrémov décrit une société sans religion ni croyance — sûrement inutiles en cet utopique ère communiste –, et où les questions de genre ne se posent tout simplement pas. Comme dans «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Terra Ignota&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», les déplacements à travers le globe sont rapides&amp;nbsp;; les gens n’ont pas besoin de beaucoup travailler&amp;nbsp;; le rapport des humains à la nature est apaisé. Un futur désirable, en quelque sorte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Si &lt;strong&gt;La Nébuleuse d’Andromède&lt;/strong&gt; accuse parfois son âge, cette utopie conserve par plusieurs aspects une fraîcheur inattendue, qui permet de passer outre ses défauts. Pour ne rien gâcher, la version des Éditions en Langue Étrangère est agrémentée de belles illustrations en noir et blanc (et d’un magnifique «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le&lt;/em&gt; Nébuleuse d’Andromède&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» au dos). Pour creuser davantage le sujet, on ne manquera pas la lecture d’&lt;strong&gt;Étoiles rouges&lt;/strong&gt; de Viktoriya et Patrice Lajoye.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(En 1967, &lt;strong&gt;La Nébuleuse d’Andromède&lt;/strong&gt; a été porté à l’écran par Evgueni Cherstobitov. N’ayant pas réussi à trouver une version sous-titrée, je me contente d’en signaler l’existence.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-n-film.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-n-film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-n-film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion et à condition d’y mettre le prix (si vous avez un rein ou un poumon en trop et que connaître tout de la SF soviétique vous démange, &lt;em&gt;foncez&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: on va mettre ça sur le dos du traducteur&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: Ад астра!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Mock Up on Mu</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/02/04/M-comme-Mock-Up-on-Mu" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Mock Up on Mu" />
      <id>urn:md5:68b69e6c767eb5c1eee0c65599e82f6c</id>
      <published>2020-02-04T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-02-04T13:12:44+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Mock Up on Mu&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après une pause, l'Abécédaire reprend le fil de l'alphabet pour s'intéresser à &lt;strong&gt;Mock Up on Mu&lt;/strong&gt;, un objet filmique non identifié signé Craig Baldwin qui s'intéresse aux dessous occultes du programme spatial américain… Un cas où la réalité se montre plus invraisemblable que la fiction.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Mock Up On Mu, Craig Baldwin (2008). Noir et blanc, 114 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Parfois on tombe sur des objets filmiques si étranges qu’on ne sait par quel bout les aborder… avant de se rendre compte que l’étrangeté du film n’est rien en regard de la réalité. C’est le cas du présent long-métrage. Essayons malgré tout… Dans &lt;em&gt;Mock Up On Mu&lt;/em&gt; (titre que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;une maquette sur Mu&amp;nbsp;»), il est question des liens troubles entre l’occultisme, la science-fiction et la conquête de l’espace, au tournant des années 40.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici en 2019. Bon, pas l’année 2019 que vous connaissez&amp;nbsp;: pas celle où Rick Dickard chasse des réplicants dans un Los Angeles noyé de pollution, pas celle où Kaneda et Tetsuo font de la moto dans les champs de ruines de Neo-Tokyo, pas celle où New York a chuté, pas celle où des nouveaux barbares font régner la loi (oups, cette version-là serait ressemblante), pas celle où Schwarzie court, court et ne fait rien d’autre que courir et dézinguer les méchants, non, rien de tout ça. Je vous parle d’une année 2019 pas moins délirante que l’hallucination consensuelle constituant notre réalité&amp;nbsp;: celle où L. Ron Hubbard, écrivain de science-fiction reconverti en gourou, a établi une base sur la lune. Plus qu’une base, il s’agit surtout d’un parc d’attraction et d’un centre de désintox, nommé Mu. Hubbard décide d’envoyer sur Terre l’un de ses meilleurs éléments, l’agente C, pour y mener à bien deux missions. La première consiste à se rendre à Las Vegas et à y trouver un certain Lockheed Martin, magnat du complexe militaro-industriel américain, afin de le séduire&amp;nbsp;; la seconde, c’est pareil… mais avec un certain Richard Carlson. Les choses se compliquent quand C se rappelle sa précédente identité, que Carlson fait de même, et que les plans néfastes de L. Ron sont découverts. Et puis il y a Aleister Crowley dans une caverne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-m-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Divisé en treize chapitres à la longueur croissante, chacun introduit par un pentagramme indiquant les protagonistes en présence, &lt;em&gt;Mock Up on Mu &lt;/em&gt;s’avère un joyeux foutoir… passablement bavard&amp;nbsp;: voix off, dialogues, ça n’arrête pas de bavasser. Et ça cause de quoi&amp;nbsp;? De projets, de spéculations, de révélations… Le film met en scène plusieurs personnages historiques, et si l’action située dans ce 2019-mais-pas-le-nôtre est totalement fictive, l’intrigue se base sur des éléments réels. D’accord, le film peut paraitre foutraque de prime abord, mais je vous assure que sa folie douce n’est RIEN en comparaison des gens sur lesquels il se base.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-crowley.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-crowley.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-m-crowley_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Aleister Crowley&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des cinq protagonistes de l’intrigue, Aleister Crowley est peut-être le plus connu. Cet occultiste britannique surnommé il se traîne derrière lui une réputation gentiment sulfureuse – parfaite pour faire de lui un personnage plus grand que nature. Quant à L. Ron Hubbardn écrivain de science-fiction révélé par John W. Campbell, il crée en 1950 la dianétique, pseudo-science qui servira de base à l’infâmeuse Église de scientologie. Campbell et Alfred E. Van Vogt côtoieront Hubbard un temps avant de s’en éloigner au bout de quelques années.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-lron.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-lron.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-m-lron_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L. Ron Hubbard&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Là où les choses deviennent plus intéressantes, c’est quand on creuse les autres personnages secondaires du film. L’identité secrète du fictif Richard Carlson est Jack Parsons, de son vrai nom Marvel Whiteside Parsons (1914-1952). Big up aux parents, pour avoir prénommé «&amp;nbsp;Merveille&amp;nbsp;» leur rejeton… Fan de science-fiction, le jeune Parsons, beau brun ténébreux, s’intéresse bien vite à la fuséologie, correspond notamment avec des gens plutôt sérieux comme Konstantin Tsiolkovsky et Wernher von Braun, et, à la fin des années 30, s’initie à l’occultisme, en particulier aux enseignements ésotériques de, je vous le donne en mille, Aleister Crowley. Et dans le lot desdits enseignements, il est question de Thelema, une doctrine lointainement inspirée de l’abbaye de Thélème imaginée par Rabelais et qui affirme grosso modo «&amp;nbsp;Fais ce que tu voudras&amp;nbsp;». Pour Parsons, cela veut dire&amp;nbsp;: sexualité très permissive (dans la lignée de Crowley), polyandrie, et puis un peu d’inceste pour notre ingénieur, qui couche volontiers avec sa sœur Sara, mineure à l’époque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-parsons.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-parsons.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-m-parsons_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jack Parsons&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En parallèle de ses activités occultes, Parsons va continuer à bosser sur les fusées, jusqu’à être l’un des membres fondateurs du Jet Propulsion Laboratory – labo sans lequel Neil Armstrong et Buzz Aldrin n’auraient pas posé les pieds sur le régolithe lunaire. Bon, ces mêmes activités occultes valent à notre inventeur/chimiste/occultiste d’être viré du JPL. Des déboires qui s'avèreront récurrents mais qui n’empêchent pas le bonhomme de continuer à fréquenter quelques écrivains de SF, tels que Robert A. Heinlein, Anthony Boucher, Jack Williamson… ou encore, surprise, ce cher Lafayette Ron Hubbard. De fait, Parsons hébergera Hubbard à son domicile, et le futur fondateur de la Scientologie s’acoquinera avec la petite amie de l’époque de Parsons, Sara Northrup, qu’il épousera en 1947 et qui jouera un rôle prégnant dans les débuts de la Dianétique (avant que Hubbard franchisse le Rubicon et décide de fonder une religion). En ce début d’année 1946, Parsons et Hubbard décident de prendre un peu trop au mot le roman &lt;strong&gt;Moonchild&lt;/strong&gt; de Crowley (1917), et procèdent à des rituels pour invoquer la déesse Babalon, incarnation divine de l’éternel féminin. 1946, c’est aussi l’année où Parsons rencontre, à l’issue de plusieurs jours de rituels destinés à invoquer la « femme écarlate », nulle autre qu’une rousse flamboyante sur le pas de sa porte. Il s'agit de Marjorie Cameron – que l’on retrouve, devinez, sous le nom d’agent C dans &lt;em&gt;Mock Up on Mu&lt;/em&gt;. Sans que Cameron en soit d’abord consciente, Parsons intègre leurs ébats dans ses rituels de magie sexuelle destinée à faire venir Babalon – raté. Peu après, l’amitié entre Parsons et Hubbard s’effiloche, lorsque le premier se rend compte que le second l’escroque – pas de pot. Hubbard fuit et Sara Northrup… et le pot commun de leur petite entreprise. La relation entre Cameron et Parsons va cahin-caha, jusqu’au décès accidentel de l’occultiste en 1952, lors d’une explosion à son domicile. Voilà ce que c'est de stocker des produits explosifs chez soi. D’abord réticente à l’occultisme, Cameron finit par s’intéresser aux archives de son défunt mari, au point de vouloir entrer en communication astrale avec lui (fail) et de se persuader d’être la réincarnation de Babalon (nope). Par la suite, la santé mentale de Cameron va se détériorer, et elle meurt d’une tumeur cérébrale en 1995.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-marjorie.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-marjorie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-m-marjorie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Marjorie Cameron&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ah, et puis il reste Lockheed Martin. Bon, avouons que le personnage, créé ex-nihilo pour incarner le Complexe Militaro-Industriel dans toute son absence de splendeur, pâlit pas mal par rapport aux autres.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-lockheed.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-lockheed.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-m-lockheed_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Lockheed Martin&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Soufflons un peu. Cinéaste américain faisant la part belle à l’expérimentation, Craig Baldwin nous offre avec &lt;em&gt;Mock Up on Mu&lt;/em&gt; un véritable collage&amp;nbsp;: des extraits de nombreux films de SF et de documentaires éducatifs sur l’espace s’y juxtaposent, avec quelques prises de vue réelles pour lier le tout. Ces dernières sont volontairement altérées, afin que le grain de l’image perde en netteté&amp;nbsp;; les différences de qualité d’image sont gommées par l’emploi du noir et blanc (à peu près). La synchronisation des dialogues avec le mouvement des lèvres est lui aussi décalé à dessein. L’ensemble produit une impression rêveuse et… décalée, justement. Ainsi, une même conversation entre deux mêmes protagonistes se poursuit, mais par l’intermédiaire de films différents. Par moment, j’ai eu l’impression de voir une version SF du &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/post/2016/09/13/D-comme-Le-Dossier-51&quot;&gt;&lt;em&gt;Dossier 51&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, ou bien &lt;em&gt;À la recherche de l’ultrasexe&lt;/em&gt; de Nicolas &amp;amp; Bruno… avec moins de sexe mais une même approche créative et irrévérencieuse des films de genre. Enfin, la bande originale fait de joyeux mélanges, juxtaposant les musiques de &lt;em&gt;Conan le barbare&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Goldfinger&lt;/em&gt; ou Ennio Morricone.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-parsons-cameron.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-parsons-cameron.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-m-parsons-cameron_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jack Parsons et Marjorie Cameron&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-m-mojave.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-m-mojave.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Jack Parsons, L. Ron Hubbard, Marjorie Cameron, Aleister Crowley&amp;nbsp;: avouons-le, ce creuset improbable de conquête spatiale et d’occultisme est passablement dingue, et il n’y a rien d’étonnant à ce que Parsons ait inspiré plusieurs œuvres, fictions comme documentaires. À ce titre-là, on ne se privera pas de lire &lt;strong&gt;Mojave Épiphanie&lt;/strong&gt; d’Ewen Chardronnet (Inculte, 2016), qui revient notamment sur le personnage et les événements l’entourant. Passionnant de bout en bout pour qui s’intéresse à l’histoire de la conquête spatiale, l’ouvrage de Chardronnet raconte les parcours de Jack Parsons et de Frank Malina, ingénieur devenu peintre, et décrit au passage deux époques charnières : l’avant-guerre, où la crème des scientifiques européens fuit la montée du nazisme pour rejoindre les USA, dont une bonne part des scientifiques nourrissent des sympathies plus ou moins marquées pour le communisme&amp;nbsp;; l’après-guerre, où la chasse aux sorcières anti-communiste plonge le pays dans une névrose dont il ne semble pas s’être remis. Rituels mystiques, problèmes d’habilitation de sécurité, suspicions du FBI, recherches sur les ergols et propergols, espoirs de paix, science-fiction et dianétique&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Mojave Épiphanie&lt;/strong&gt; nous donne à voir, de façon érudite et détaillée, et surtout moins bordélique que &lt;em&gt;Mock Up on Mu&lt;/em&gt;, les surprenants dessous des débuts du programme spatial américain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Discutant de ce film avec certain rédacteur en chef de certaine revue consacrée à certaine forme de littérature, on en vint à la conclusion que l’Amérique est friande de ce genre de récit : d’un côté, il y a l’Histoire officielle, brillante et héroïque, propre et lisse comme la paroi immaculée d’une Saturn V floquée d’un rutilant USA&amp;nbsp; de l’autre, l’histoire secrète, bien plus étrange qu’on ne veut bien le croire. À ce titre-là, &lt;em&gt;Mock Up on Mu&lt;/em&gt; et &lt;strong&gt;Mojave Épiphanie&lt;/strong&gt; abordent cette période charnière du programme spatial américain… chacun à sa façon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'ensemble constitue une curiosité, à réserver aux amateurs d'histoire secrète, et d'ovnis cinématographiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en streaming légal &lt;a href=&quot;http://https/vimeo.com/ondemand/mockuponmu&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: noui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: boum&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>ZeroS</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/01/29/ZeroS" rel="alternate" type="text/html" title="ZeroS" />
      <id>urn:md5:29ed204c6c8e7b6eac40d8c2a6c83198</id>
      <published>2020-01-29T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-03-02T11:42:04+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Peter Watts</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-zeros-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watts-zeros-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Asante est mort. Ou pas vraiment&amp;nbsp;: on peut le ramener à la vie, du moins à une forme de survie, s’il signe pour cinq ans dans l’unité ZeroS. Et non, le Z ne signifie pas zombie. Situé dans le futur dystopique abordé dans &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Échopraxie&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;ZeroS&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Peter Watts questionne les notions de vie et d'humanité avec la douceur d'un panzer, au son de David Bowie. Une novelette qui claque, récompensée par le Prix des Lecteurs de Bifrost 2019.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Peter Watts, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-93&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 93&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais par Gilles Goullet, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/peter-watts/zeros&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 29 janvier au 29 février 2019. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-zeros-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watts-zeros-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Nicolas Fructus&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Longue Patience de la forêt</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/01/29/La-Longue-Patience-de-la-foret" rel="alternate" type="text/html" title="La Longue Patience de la forêt" />
      <id>urn:md5:46a5ead7e92d3a49f6814f9a9c59efd2</id>
      <published>2020-01-29T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-03-02T11:42:18+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Christian Léourier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;leourier-foret-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/leourier-foret-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur une planète lointaine, une forêt entourée d’un désert aussi hostile qu’asphyxiant est peuplée d’humains. Cette forêt leur fournit tout, sauf peut-être des perspectives… Sont-ils seuls&amp;nbsp;? Y a-t-il autre chose au-delà de l’horizon&amp;nbsp;? Avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Longue Patience de la forêt&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, Christian Léourier signe une aventure végétale riche d'espoir, couronnée par le Prix des Lecteurs de Bifrost 2019.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Christian Léourier, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-93&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 93&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/christian-leourier/la-longue-patience-de-la-foret&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 29 janvier au 29 février 2019. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;leourier-foret-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/leourier-foret-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Romain Étienne&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Sabrina Calvo, guide de lecture alternatif</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/01/24/Sabrina-Calvo-guide-de-lecture-alternatif" rel="alternate" type="text/html" title="Sabrina Calvo, guide de lecture alternatif" />
      <id>urn:md5:9c07ea92e02eb77f7c3c38756842a5e3</id>
      <published>2020-01-24T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-01-24T14:27:40+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui dit dossier spécial dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; dit guide de lecture dans la revue papier, et qui dit guide de lecture dit &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Guide-de-lecture&quot;&gt;complément sur le blog&lt;/a&gt;, reprenant les précédentes critiques parues dans la revue… Au tour donc de &lt;strong&gt;Sabrina Calvo&lt;/strong&gt;, à l'honneur du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-97&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 97&lt;/a&gt; et que la revue a suivie, avec une assiduité disons fantasque, depuis les débuts de l'autrice avec &lt;strong&gt;Délius – une chanson d'été&lt;/strong&gt;, roman récemment réédité chez Mnémos. C'est l'occasion de porter à nouveau un regard sur une œuvre mêlant avec un bonheur rare poésie et fantasy, cyberpunk et fantastique, d'une manière inimitable…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-delius2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-delius2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Délius,&lt;br /&gt;
une chanson d’été&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Délius&lt;/strong&gt; est un must. Si vous vous demandiez où voulait en venir Mnémos à travers toute cette production de Fantasy précieuse et alambiquée, lisez ce roman. Sabrina Calvo est une fois de plus une nouvelle autrice sur le marché, mais contrairement à la majorité, elle réussit totalement sa première œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Exploitant la veine rare du Merveilleux Victorien, &lt;strong&gt;Délius &lt;/strong&gt;(inspiré d'une chanson de Kate Bush extraite de l'album &lt;em&gt;Never for Ever&lt;/em&gt; et de plusieurs poèmes anglais) croise une enquête à la Sherlock Holmes avec l'album des &lt;strong&gt;Fées Séchées&lt;/strong&gt; de Lady Cottington et une version parfumée du mythe de Jack l'Éventreur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est une véritable débauche de sensations, de lumières, de poésie, additionnée d'une pointe de cruauté venimeuse à laquelle nous entraîne Bertrand Lacejambe, botaniste facétieux spécialiste de la fleur enchantée – et son Watson, Fenby, obsédé par les fées depuis qu'une rencontre avec celles-ci lui a fait perdre dix ans de sa vie. Le roman tout entier est une constellation de scènes marquantes, alternant l'ivresse du Bal de la &lt;em&gt;Symphonie Fantastique &lt;/em&gt;avec un raid de ramoneurs à la &lt;em&gt;Mary Poppins&lt;/em&gt; (en moins mignon), une expérience botanique tout droit sortie de &lt;em&gt;La petite boutique des horreurs&lt;/em&gt;, ou encore cette affreuse vision du refuge abandonné des fées – sans oublier des vertiges à la Lewis Carroll et jusqu'à, même, un usage du chemin de fer typique des &lt;em&gt;serials &lt;/em&gt;des années 20.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et tout se tient, rien ne semble inutile. L'impression d'ensemble est parfaite et délicate, joyeusement caricaturale par instant et extraordinairement réussie. La couverture est remarquablement fidèle à ce sentiment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Conclusion&amp;nbsp;: à moins d'être allergique à la Fantasy Victorienne (et à la noirceur irrémédiable sous-jacente à ce monde rêves et d'enchantement), achetez &lt;strong&gt;Délius&lt;/strong&gt;. Vous ne le regretterez pas.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/david-sice/&quot;&gt;David Sicé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-7&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;7&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-wonderful.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-wonderful.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Wonderful&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Lisez ce roman. Trois mots. Les seuls valables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'une case à l'autre, le décor a changé. La souris a maintenant projeté sa brique, que le chat reçoit&amp;nbsp;; il y avait un mur, il y a des arbres. Ça n'a pas d'importance&amp;nbsp;: le mur s'arrêtait au milieu de nulle part, sans plus de raison. Les années 20&amp;nbsp;: Georges Herriman dessine des planches où une souris tente de lancer des briques sur un chat amoureux d'elle, un chien policier défend le chat, seuls les éléments du décor nécessaires au gag persistent. La vérité du comics se concentre sur le triangle amoureux formé par la souris Ignatz, le chat Krazy Kat, le chien policier. Tout le reste est accessoire. La vie appréhendée par la focale de l'absurde, des questions sans réponse, des sentiments.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sabrina Calvo place une autre mécanique au centre de son roman&amp;nbsp;: celle du système solaire. La Lune tombe sur la Terre. Rien à faire. Une transgression a été commise, se commet, un meurtre&amp;nbsp;; Newton avait compris que le ballet des planètes pouvait se détraquer, les planètes ont des sentiments. Écoutez Holst, la Symphonie des Planètes. La puissance aveugle des sentiments, la spirale, le néant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas d'absurde sans le néant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sabrina Calvo expérimente&amp;nbsp;: donnez à vos personnages une durée de vie limitée par la fin du monde, laissez-les effleurer le sublime, anéantissez tout espoir de compréhension. Laissez-les courir, délirer, crever&amp;nbsp;; ces personnages, c'est un bout de vous-même. La fin du monde pour le roman, la fin de soi pour l'écrivaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Estimer que le titre, &lt;strong&gt;Wonderful&lt;/strong&gt;, relèverait d'une ironie cruelle ne tient pas. La haine, le vertige, l'autrice les transcende par de l'amour, tout l'amour contenu dans les fibres de son cœur qu'elle presse… De l'amour pour ses personnages, de l'amour pour le sacrifié, de l'amour pour ses lecteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Elle sait que ses personnages vont mourir de sa main, que la Sabrina Calvo qui a écrit ce roman ne lui survivra pas, que les lecteurs, la dernière page lue, poseront &lt;strong&gt;Wonderful&lt;/strong&gt;. Dans un cartoon, les créatures folles de Tex Avery tutoient la mort sans jamais en faire l'expérience, tout au plus subissent-elles un expression graphique de leur déconfiture, les carottes ne sont cuites que lorsque surgit &lt;em&gt;That's all, folks&amp;nbsp;!,&lt;/em&gt; l'annonce du néant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourquoi de l'amour&amp;nbsp;? Crime passionnel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il vous manipulera. Vous pleurerez.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/al-durou/&quot;&gt;Al’ Durou&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-23&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;23&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-atomic.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-atomic.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Atomic Bomb&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Résumer un tel livre tient de la gageure la plus totale&amp;nbsp;: on a affaire ici à un «&amp;nbsp;Objet Littéraire Non Identifié&amp;nbsp;», fruit de la conjonction des talents de deux frappadingues, Fabrice Colin et Sabrina Calvo. Pour ceux qui souhaiteraient néanmoins connaître un semblant d'intrigue, on leur dira que l'histoire commence dans le parc de Kensington Garden, à Londres, où deux personnes, Kelvo et Collins, s'amusent à faire le poirier au milieu d'écureuils. Plus tard, ils iront surfer sur l'onde de choc produite par l'explosion de la bombe atomique en plein désert du Nevada. On parlera aussi, pêle-mêle, d'extraterrestres attachants, d'un grand constructeur de jeux vidéo et de rats. Bien sûr, il se trouvera des lecteurs qui ne supporteront pas ce bric-à-brac intenable. À ceux-là, les auteurs ont prévu de fournir une réponse, qui tient dans le titre du deuxième chapitre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On vous emmerde&amp;nbsp;». Ou, en d'autres termes moins directs, ne cherchez pas à retrouver une histoire linéaire et classique. Mieux vaut que vous laissiez tomber dès la première page toutes vos facultés d'analyse et de rationalisation, et savouriez simplement l'humour des personnages, l'extravagance des situations, et le côté joyeusement bordélique de l'ensemble.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce triptyque (dont la première partie avait été publiée dans &lt;strong&gt;Jour de l'an 2000&lt;/strong&gt;, aux éditions Nestiveqnen), il y a également des tonnes de références à la culture, sans distinction entre celle dite «&amp;nbsp;officielle&amp;nbsp;» et la «&amp;nbsp;populaire&amp;nbsp;». La quatrième de couverture présente ce livre comme «&amp;nbsp;un Fantasia post-moderne mis en musique par Marylin Manson et filmé par Terry Gilliam sous speed&amp;nbsp;». Cette description est encore trop réductrice – voire fausse, la bande-son empruntant par exemple aussi bien aux années 80 (qui se souvient encore de Den Harrow&amp;nbsp;?) et aux années 90 (Neil Hannon et Divine Comedy). Les auteurs citent entre autres Shakespeare, les préraphaélites, Walt Disney, Richard Brautigan, artistes qu'ils apprécient tout particulièrement. Et ce livre de se transformer en œuvre très personnelle, qui expose une certaine philosophie de la vie, entre tolérance et volonté affirmée de conserver une âme d'enfant prompte à s'émerveiller. Reste à savoir comment s'est articulée l'écriture de ce texte à quatre mains&amp;nbsp;: Fabrice Colin s'est-il chargé des seuls passages dont le narrateur est successivement Collins, Nik et Ko, laissant à Sabrina Calvo la paternité des passages signés Kelvo, Valk et Ka&amp;nbsp;? Ou la situation est-elle plus complexe&amp;nbsp;? Qu'importe, au fond, puisque cette dichotomie est le moteur du livre, et lui confère son énergie vitale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, ce court roman est un régal à savourer immodérément, une vision totalement disjonctée et jouissive de l'imaginaire de deux auteurs qui n'ont pas fini de nous surprendre. Kwak.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bruno-para/&quot;&gt;Bruno Para&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-28&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;28&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-acide.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-acide.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Acide organique&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Partons du principe que vous connaissez déjà Sabrina Calvo, car si ce n'est pas le cas, vous avez d'ores et déjà raté quelques-uns des événements éditoriaux marquants de ces dernières années.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'autrice de &lt;strong&gt;La Nuit des labyrinthes&lt;/strong&gt; (J'ai Lu), de &lt;strong&gt;Wonderful&lt;/strong&gt; (Bragelonne), d'&lt;strong&gt;Atomic Bomb&lt;/strong&gt; (le Bélial' – coécrit avec Fabrice Colin), la scénariste folle de &lt;em&gt;Kaarib &lt;/em&gt;(Dargaud – avec Krassinsky) nous revient ici avec un premier recueil de nouvelles, rassemblant une majorité d'inédits et quelques textes retravaillés en profondeur. Mais ce qu'est &lt;strong&gt;Acide organique&lt;/strong&gt; ne peut être exprimé par une énumération, descriptive et critique, des textes qui le composent. Je choisis donc la voie de l'analyse globale&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Acide organique&lt;/strong&gt; est une œuvre d'art. Acide organique rend malade. Acide organique est un Manifeste déguisé en fictions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, il y a d'abord la plume de Calvo, vive, acide, inimitable, capable de brasser du réalisme exacerbé à la poésie la plus échevelée, apte à s'affranchir, comme en un acte de rébellion brutale, des règles les plus élémentaires de l'orthographe et de la grammaire (ce qui ne dédouane pas l'éditeur des «&amp;nbsp;vraies&amp;nbsp;» fautes qui émaillent le texte, soyons clairs…), «&amp;nbsp;cette science des cons&amp;nbsp;», écrit-elle pour mieux nous provoquer. Mais il y a ensuite le support iconographique, très riche, qui accompagne, rehausse et magnifie chaque texte. Du coup, nos émotions jaillissent, incontrôlables, en commençant par la couverture qui provoque tout à la fois dégoût et amusement. Enfin, il y a les jeux sur la typographie et la mise en page, délibérément changeantes, voulues par l'auteur et l'éditeur, complices dans le souci de nous troubler. Les titres se mêlent aux conclusions, les slogans aux exergues. C'est sans doute, en termes d'art, l'ouvrage le plus contemporain qu'il m'ait jamais été donné d'ouvrir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce livre rend malade. Vous devez y être préparés. Son but est de brouiller les frontières entre le réel et la fiction, et Sabrina Calvo s'y emploie par tous les moyens. C'est sa manière à elle d'écrire de la fiction. Non pas de vous amener en des mondes différents, mais de rendre celui que vous croyez connaître étranger. Et mou. Fuyant. Écœurant. Il creuse le réel, à grandes pelles de lucidité, jusqu'à la trame, qui s'avère grise et souillée. Ce recueil véhicule une tristesse, une douleur rarement égalées. Les motifs apparents qui sautent à l'esprit du lecteur sont l'échec, la souffrance, la solitude, la rancœur. En livre atrabilaire, il déborde de fluides infectés et d'humeurs suspectes. Il pue, comme la Jabule. Mais cette puanteur n'est pas gratuite. Rien de ce qu'écrit Sabrina Calvo ne l'est. Et les prises de conscience de se succéder&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ambient otaku&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui finit en carnage dans une boîte à copies, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Acide organique&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui se clôt en une plongée irréversible dans la féerie la plus végétale, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Still&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui revisite de l'intérieur le mythe de l'amour immortel et sert en définitive de déclencheur à quelque chose de très différent de la noirceur qui semble imprégner le recueil…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car ce livre est un Manifeste qui instrumentalise les fictions qui le composent. Ce livre est un cri d'une sincérité, d'une audace, d'une transparence qui confinent à la folie. Soudain, le souvenir illuminé de &lt;strong&gt;Wonderful&lt;/strong&gt; rejaillit, amplifié par le changement de siècle de référence. Car ce n'est plus aux paradigmes et aux mythes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle que s'intéresse Sabrina Calvo, mais aux renoncements terribles du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;. En dépit de l'égotisme forcené, de l'auto mutilation qui se ressent dans chaque page, ce que lance Sabrina Calvo, c'est un appel à l'Absolu. Et à l'espoir de renouer avec cet absolu, à trente ans, au moment où tout peut encore basculer, grâce aux questions que l'on pose à la Jabule et qui vous répond, en séchant vos larmes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tu verras, demain, il fera beau&amp;nbsp;». («&amp;nbsp;Trente questions posées à la Jabule&amp;nbsp;») Car il est possible de retrouver, au plus profond de nous, sous les abandons qu'entraîne la socialisation, la magie innée de l'enfance. Celle qui permet de faire voler et atterrir un avion en le prenant entre ses doigts (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Aeroplane tonight&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), celle qui peut transformer quelques cartons en château et des poèmes en lit de roses (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ambient otaku&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), celle que la publicité, ogre pédophile, ne devrait jamais atteindre, celle qui peut aussi transformer une cellule photo-électrique en véritable shotgun (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Scomark telesport 10&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;). Mais naturellement, il y a un prix à payer, et c'est justement la perte de repères. Vue de l'extérieur, la quête de l'Enfance Perdue ressemble à s'y méprendre à l'inadaptation sociale…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le dernier motif, psychologique et fictionnel, ne vient à vous que lorsque vous refermez le livre. Bien sûr, il vous crevait les yeux dès les premières pages. C'est ce texte magnifique, «&amp;nbsp;Kei&amp;nbsp;», qui en est la figure de proue. Car retrouver l'enfance, c'est aussi se tourner vers ceux qui ont participé à cette enfance, tant bien que mal. Dans la plupart des cas, lorsqu'on a trente ans, ils sont toujours là pour en témoigner. Ce recueil est un message d'amour aux parents. Ceux de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Kei&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; qui, jusqu'au bout, bâtiront pour ce rat unique en son genre un monde imaginaire délibérément anthropomorphique. Ceux évoqués dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Archeodrome&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, vers lesquels le narrateur retourne, comme vers la seule île résistant encore à l'engloutissement du monde. Voilà le moment exploré par Sabrina Calvo. Celui des trentenaires qui rentrent chez eux. «&amp;nbsp;Les mains des parents se posent sur mon visage pour me protéger&amp;nbsp;», écrit le narrateur d'&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ambient otaku&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Cet espoir, serti dans la noirceur du recueil, est la marque d'une Sabrina Calvo qui a fait le lien entre son passé et son avenir, entre ses errances et ses expériences, et prouve qu'elle a accompli son projet&amp;nbsp;: concilier un regard lucide et mature sur le monde et la liberté inconditionnelle de l'enfance. Ce qui viendra ensuite ne peut qu'être merveilleux, car l'ombre de Peter Pan protège l'une de nos écrivaines les plus authentiques.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ugo-bellagamba/&quot;&gt;Ugo Bellagamba&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-39&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;39&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-sunk.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-sunk.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Sunk&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Est-ce que &lt;strong&gt;Sunk&lt;/strong&gt; coule ou est-ce l'eau qui monte, ou bien une combinaison des deux phénomènes&amp;nbsp;? C'est ce que vont tenter de découvrir deux frères accrocs au Picon-bière, deux branleurs même pas sympathiques prénommés Arnaud et Sébastien. Leur quête (désespérante de vacuité), se résumant à l'ascension chaotique d'une île qui se noie, se fera en compagnie d'un schizophrène aux deux identités identiques, d'une armure vivante et de moult autres personnages étonnants, mais ne servant la plupart du temps à rien. Le tout sous le regard un peu Big Brother de Sémaphore, autre personnage ne servant à rien, si ce n'est à permettre aux auteurs de nous parler quelques lignes durant de cette spécialité culinaire italienne fort appréciée qu'est la pizza.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour réussir à lire &lt;strong&gt;Sunk&lt;/strong&gt; de Sabrina Calvo et Fabrice Colin, il faut à mon avis (liste non exhaustive)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;1/ En couvrir l'immonde couverture d'Arnaud Cremet avec un joli papier, si possible terne et n'attirant ni le regard des passants ni l'intérêt des mouettes rieuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;2/ Ne prendre que cet ouvrage pour un long trajet (un Paris-Bangkok diurne avec escale technique de trois heures dans les Émirats Arabes Unis me semble parfait&amp;nbsp;; si votre voisin de siège est une vieille dame qui a quarante-trois petits-enfants et joue dans un des meilleurs clubs de bridge de la Sologne profonde, c'est encore mieux).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour lire &lt;strong&gt;Sunk&lt;/strong&gt;, il faut aussi&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;3/ Oublier que les auteurs de cet opuscule ont précédemment commis &lt;strong&gt;Atomic Bomb&lt;/strong&gt; (œuvre littéraire hallucinée dont le premier tiers est à mon avis génial, le second tiers pas mal et le dernier tiers complètement foiré)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;4/ Être définitivement nul en orthographe et grammaire, et n'avoir absolument aucun respect pour la langue française, ni la moindre notion de typographie pour faire bon poids.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Est-ce que &lt;strong&gt;Sunk&lt;/strong&gt; coule ou est-ce l'eau qui monte, ou bien une combinaison des deux phénomènes&amp;nbsp;? À dire vrai, on s'en fout… Et ce ne sont pas une phrase percutante de ci de là, une bonne idée à la Monthy Python perdue entre les dessins, qui sauvent l'ouvrage du naufrage. Quant à présenter &lt;strong&gt;Sunk&lt;/strong&gt; comme une habile parabole du monde dans lequel nous vivons… c'est un peu comparer l'écrivaillon-journaliste PPDA à Jack London… Si parabole il y a, elle est satellite, couchée en chapeau chinois dans un des bidonvilles de Marseille et Sabrina Calvo – intoxiqué au THC – est caché dessous pour échapper aux CRS. &lt;strong&gt;Sunk&lt;/strong&gt; aurait pu être un roman à la Terry Pratchett tout à fait réjouissant (genre Les Annales du Monde-qui-coule), mais il a été visiblement torché en deux semaines par deux branleurs sympathiques (que l'on sait par ailleurs forts talentueux, ce qui énerve d'autant plus). Résultat, c'est un Objet Littéraire Non Identifiable consternant de j'menfoutisme et d'auto complaisance assumés. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une dernière chose&amp;nbsp;: si quelqu'un a un correcteur orthographique et grammatical qui traîne (genre Pro-Lexis), surtout qu'il s'empresse de l'envoyer aux Moutons électriques éditeur. Le leur est visiblement tombé en panne avant installation (hypothèse 1), a fondu lors de l'installation (hypothèse 2), ou a été kidnappé par les extraterrestres de la planète Larousse (hypothèse la plus probable)…&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/cid-vicious/&quot;&gt;Cid Vicious&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-39&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;39&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-flocons.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-flocons.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Minuscules flocons de neige depuis dix minutes&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Alors voilà&amp;nbsp;: le narrateur débarque à Los Angeles pour couvrir l'E3, la plus grosse convention de jeux vidéo du monde. L.A.&amp;nbsp;: la Ville, là où il est né, où il va chercher un renouveau. L.A.&amp;nbsp;: la non-ville, la fabrique à fictions, le royaume du faux, un décor remplis d'acteurs déchus, d'otakus névrosés, de hordes de jouets humains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme une lente traversée du miroir (ou plutôt de l'écran), les premières pages annoncent la couleur&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Minuscules flocons…&lt;/strong&gt; sera un voyage initiatique au-delà du dicible, un roman sur la confusion du vrai et du faux, la dissolution du réel dans le virtuel (et inversement), l'immersion de la Kulture dans la Nature.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un voyage initiatique, on trouve toujours un avant, un pendant, et un après.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avant, il y a le narrateur, en phase de désincarnation accélérée, perdu dans un monde élargi à de multiples dimensions. Dimensions qui lui semblent autant de simulacres, d'illusions cathodiques, de parc à thèmes pour hommes régressés. Qui font qu'il se sent «&amp;nbsp;l'objet d'un sinistre complot qu'on appelle réalité&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; lui-même participe de ce complot, «&amp;nbsp;sa capacité à créer du faux [ayant dépassé] sa capacité à le détecter.&amp;nbsp;» Raison pour quoi il espère secrètement un RESET terminal qui effacerait tous les artifices, tous les programmes&amp;nbsp;; il rêve d'un réenchantement du monde par le feu vitrificateur de la Bombe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant, il y a donc une sorte de croisade, de quête, ou d'enquête&amp;nbsp;: lancé sur les traces de Vectracom, une société spécialisée dans le Jump, «&amp;nbsp;le passage d'un monde virtuel à un autre, la complémentarité des univers, le transfert d'avatar&amp;nbsp;», le narrateur en vient rapidement à oublier son but initial pour enchaîner des rencontres bizarres et des découvertes tordues. Qui était vraiment tonton Walt&amp;nbsp;? Quelles relations entretenait-il avec Tezuka, le papa d'Astroboy&amp;nbsp;? Quel était cet appareil volant non identifié aperçu dans la nuit du 25 février 1944&amp;nbsp;? Quels enjeux poursuivent l'illuminé RAM et ses sbires, sectateurs d'un théâtre d'avant-garde nihiliste où on joue et rejoue en miniature le combat d'entités monstrueuses (Godzilla versus Goijira), la destruction de la civilisation&amp;nbsp;? Les extraterrestres ont-ils débarqué sur la Terre&amp;nbsp;? D'une réponse tronquée à l'autre, les errances du narrateur ne lui apportent (en fait de révélations) qu'un surcroît de confusion paranoïaque ainsi que des trips de plus en plus prégnants, de plus en plus cohérents. Il comprend néanmoins qu'il a un rôle à tenir dans cette histoire à dormir debout&amp;nbsp;; le décor halluciné de L.A. semble tout à coup dressé exprès pour lui et va devenir le lieu d'un passage, d'une transformation définitive. L'instrument de cette transformation, c'est la Grille. L'idée est qu'on ne peut plus appréhender le monde dans sa complexité, il nous faut des filtres. Pour le narrateur, la Grille permet d'abord de classifier le quotidien en chapitres pour ne pas perdre le fil de sa propre histoire&amp;nbsp;; puis d'encadrer, de quadriller, de décoder et enfin de sublimer la réalité, de renouer un lien entre les éléments isolés de cette norme mouvante, incertaine. Hollywood, les studios Disney de Burbanks et leur mystérieux souterrain, l'E3, et même le petit théâtre des horreurs, rien n'est là par hasard, car «&amp;nbsp;il n'y a pas de hasard, l'ordre du monde est chaos&amp;nbsp;». Sur la carte des rues, piquée des petits points lumineux des néons, se superpose une autre réalité, une réalité immanente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et après&amp;nbsp;? De l'autre côté de l'écran, au cœur même de cet espace primordial, on meurt ou on renaît. Ici, le robot humain peut échapper au programme, reprendre les commandes, devenir «&amp;nbsp;administrateur&amp;nbsp;». Mais l'autre côté est une matrice froide de flux, d'informations, de formes&amp;nbsp;; une réalité pour tout dire inhumaine, où seule peut se mouvoir la volonté démiurgique du narrateur, faux nouveau prophète d'une ère nouvelle&amp;nbsp;: faux car dans ce roman nous sommes tous nos propres prophètes, il n'y a après tout que votre représentation de l'univers, vos règles, vos repères.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le quatrième de couverture n'a retenu que les aspects les plus racoleurs du roman&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Godzilla&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;TRON&lt;/em&gt;, Walt Disney, Tezuka, la secte, les ET, la nanotechnologie, le virtuel qui déborde et les pixels qui neigent. Mais le propos de Calvo est en fait bien plus abstrait – bien plus ambitieux aussi. Sa grande réussite tient à la façon dont la S-F est appréhendée, sous l'angle original de la culture, ou plutôt du symbole&amp;nbsp;: en rapprochant les symboles culturels de l'imaginaire dominant sur Los Angeles, la pop musique, les jeux vidéo, les cartoons, les performers, la télé réalité, les ovnis, Hollywood, il tire quelques idées maîtresses visuellement très fortes (L.A. comme constellation, la Grille, les hélicoptères) qui nous valent des moments de fulgurances poétiques, de grâce mélancolique. Demeure cependant un sentiment d'inachèvement, de ratage partiel. Car Calvo est beaucoup moins convaincant sur plusieurs autres points.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Premier point&amp;nbsp;: le style, encore trop abscons, verbeux, à la limite de l'illisible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Second point&amp;nbsp;: une structure mal maîtrisée, confuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Troisième point&amp;nbsp;: l'introduction d'éléments qui n'apportent rien au récit (les complots, les extraterrestres, les nanomachines).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatrième point&amp;nbsp;: des personnages sans relief et dont au final on comprend mal les motivations. Ainsi du narrateur&amp;nbsp;: fustigeant le principe de pixellisation du monde, son obsession du contrôle tisse pourtant une grille de lecture qui finit par encadrer les possibles&amp;nbsp;; il circule sur ce dessin total, en dégage des lignes de fuite et les perspectives, cherche à comprendre puis se dépasse&amp;nbsp;; sauf qu'on a l'impression que tout est décidé d'avance, que sa trajectoire est téléguidée. Fatalement, on a du mal à croire au deus ex machina final et à l'illusion de liberté subséquente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cinquième point enfin&amp;nbsp;: sous l'angle hardcore, c'est-à-dire scientifique et philosophique, le roman ne tient pas les promesses que l'entame avait laissées espérer. Certes, la réflexion que Calvo développe sur la structure imaginaire du monde, de nos mondes, ouvre des pistes vertigineuses. Il raconte avec habileté le glissement d'un réel qui absorbe peu à peu le sens de tout ce qui nous entoure et nous renvoie nos rêves à la tronche en barquette sous cellophane. Mais l'apogée de cette réflexion est vite atteinte, et le reste tourne à vide, le dernier chapitre enfonçant le clou, dans le mauvais sens du terme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman pose en fait deux questions, la deuxième découlant de la première. La première porte sur la représentation de la réalité, d'un réel élargi – notion qui d'ailleurs aurait mérité d'être éclaircie. Est-ce un programme&amp;nbsp;? Un artifice&amp;nbsp;? Une norme&amp;nbsp;? Peut-on la représenter autrement que par les moyens dont la nature et l'expérience nous ont dotés&amp;nbsp;? Et peut-on s'affranchir des sens, des outils qui permettent de la délimiter, des écrans, des réseaux, des cartes, des grilles&amp;nbsp;? Comment donc en circonscrire les multiples dimensions&amp;nbsp;? L'auteur tente une approche phénoménologique, se réclame d'une réalité fragmentée, fractale, en mouvement perpétuel, et qu'on ne peut saisir qu'en excédant les sens et en annihilant le sens, pour faire réapparaître le point de vue. Autrement dit, abolir la fiction pour faire resurgir une manière de Verbe (mais contrefait), un acte fondateur, créateur. Le corollaire de ce soudain éblouissement est d'être rattrapé par un sentiment d'absurdité. Dans la réalité immanente du roman, nous ne serions que ça&amp;nbsp;: des fractales&amp;nbsp;; des flux&amp;nbsp;; de l'information&amp;nbsp;; 0 et 1, 1 et 0. Le Philosophe dit que la fiction protège du Vide, et que le Vide aspire naturellement à s'actualiser en fictions. C'est dans ce rapport que gît sans doute la véritable richesse du propos de Calvo, même s'il ne l'exploite pas assez&amp;nbsp;: non pas la virtualisation du monde, mais sa totale mise en fiction. Il met dans la bouche d'un personnage cette phrase étrange&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La fiction ne guérit plus du réel, elle agonise et le réel la soigne.&amp;nbsp;» Qu'est-ce que le réel cependant, sinon un gigantesque emboîtement de constructions intellectuelles, de concepts, en somme de fictions (dont Internet, les jeux vidéo, et même les fractales, les flux, ne sont que des facettes)&amp;nbsp;? Partant, une fiction peut-elle en soigner – ou en détruire – une autre&amp;nbsp;? Sans doute, car leur nature veut qu'elles s'influencent, s'interpénètrent. Elles se livrent une guerre invisible dont seuls les vainqueurs sont immortalisés par notre culture, notre histoire. Comme les gens ou les civilisations, certaines triomphent, d'autres disparaissent. La seconde question que pose le roman est donc celle de la place de l'homme au milieu d'un tel enchevêtrement, puisque de plus en plus il devient un simple vecteur des fictions qu'il a créées, un relais. C'est le mythe éternel du créateur dépassé par ses créations&amp;nbsp;: Frankenstein revisité&amp;nbsp;; Prométhée brûlé par les hommes à qui il a donné le feu. De tout temps, la technique ne cesse de poser des questions auxquelles la fiction apporte des réponses. Mais le monde systémique, hypercomplexe, dans lequel nous vivons, tend vers la prolifération des fictions (intimes ou globales), qui parasitent la capacité de réflexion de l'individu sans apporter aucune réponse. À la manière d'un virus, les fictions les plus aptes se propagent jusqu'à se convertir en norme&amp;nbsp;; de sorte que le sujet de Calvo aurait pu se résumer à cette alternative&amp;nbsp;: imposer sa fiction ou se voir imposé des fictions. Peut-être faut-il y voir la véritable problématique d'un roman inégal mais passionnant, tendant au Réel un miroir chatoyant d'inquiétants reflets&amp;nbsp;: pas seulement ceux d'un monde vendu au matérialisme (donc au diable), mais aussi d'un monde sans merveilleux, sans absolu. Nietzsche aurait dit&amp;nbsp;: le monde d'après la mort de Dieu.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sam-lermite/&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-44&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;44&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-elliot.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-elliot.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Elliot du néant&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Le Néant… C’est un peu ce qu’on se dit en regardant la couverture du livre. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, mais ce pauvre orange mitigé blanc, euh… bof. Surtout quand on a fini de lire le roman, et qu’on se dit&amp;nbsp;: mais bon sang, avec autant d’imprégnation marine, pourquoi ne pas l’avoir faite bleue&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passées ces considérations esthétiques, le texte résiste, lui, à toute classification. Il appartient aux œuvres qui font débat, parce que «&amp;nbsp;j’adore/je déteste&amp;nbsp;». Personnellement, j’adore. Une écriture totalement décalée, un personnage barjo, voire une lecture sous LSD (non, pas moi, hein…), mais une œuvre parfaitement maîtrisée. Quand un auteur gère quatre voix au moins en même temps, on s’incline.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Munissez-vous de votre Mallarmé (qui ne s’offusquera pas de l’usage de son Ptyx), ainsi que d’un bon bagage de culture générale, sinon, vous serez aussi perdu que dans un volume de Terry Pratchett. Lequel, d’ailleurs, serait sans doute amusé de voir des tortues discuter entre elles, au lieu de soutenir le Disque-Monde. Vous n’avez qu’à admettre que les tortues parlent, que les fées existent, et que votre pensionnat de jeunesse était géré par de gentil doux-dingues. Une fois cela fait, vous pouvez admettre qu’un Français expatrié en Islande deviendra le maître du Néant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus sérieusement, le héros est d’une touchante fragilité. On sent même chez l’auteur une sorte de crise existentielle, qui le rapproche de Defoe dans &lt;strong&gt;Robinson Crusoe&lt;/strong&gt;. Le plan prénatal, sexuel, et tout ce qui s’ensuit, est au rendez-vous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De manière plus profonde, la recherche d’une démiurgie, parfaitement explicitée et développée dans la folie qu’elle implique, constitue l’axe principal du texte. Plus on avance dans le roman, et plus il faut accepter de lâcher prise, comme le héros. Pris dans le tourbillon du texte (enfin, l’éruption du volcan, dans le cas présent), il est impossible de refermer le livre avant la dernière page. Avec un seul regret&amp;nbsp;: la fin est un peu trop facile, devant ce que l’on pouvait attendre. Nous exigeons toujours plus, c’est vrai, mais avec de telles ambitions et de telles capacités, on se sent un peu déçus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On regrettera quelques longueurs dans la dernière partie du livre, largement compensées par une réelle réflexion philosophique qui manque trop souvent aux textes «&amp;nbsp;commerciaux&amp;nbsp;». On regrettera également des fautes de frappe non corrigées, qui font vraiment désordre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bref&amp;nbsp;: pour tous les désaxés, on se jette dessus tout droit (avec de quoi trouver toutes les références culturelles, ce qui fera du travail&amp;nbsp;!). Pour ceux qui ne se posent aucune question, mieux vaudra passer sa route devant une œuvre aussi déroutante.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sylvie-burigana/&quot;&gt;Sylvie Burigana&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-67&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;67&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;calvo-gdl-colline2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/calvo-gdl-colline2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Sous la colline&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;En lui, tout est chaos, comme une salade&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème avec Sabrina Calvo, c’est qu’on voudrait toujours en lire plus alors qu’elle ne nous en donne jamais assez. À sa décharge, elle n’en est pas moins une hyperactive de la création en collaborant à plus d’une douzaine de jeux vidéo depuis 2012, année de son extraordinaire roman &lt;strong&gt;Eliott du néant&lt;/strong&gt;, et aussi en continuant à faire vivre son web-comic &lt;em&gt;Song of Beulah&lt;/em&gt;. Autant dire que la sortie d’un nouveau roman de cette méta-poétesse donne à la vie des atours de fête dont les &lt;em&gt;afters&lt;/em&gt; peuvent se prolonger longtemps après la lecture, tant celle-ci illumine le cœur, réveille les sens et enchante l’esprit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Sous la colline&lt;/strong&gt;, Sabrina Calvo met à exécution une grande idée&amp;nbsp;: emmener ses lecteurs séjourner dans l’immeuble du Corbusier, à Marseille. En effet, qu’il s’agisse de la ville de Marseille ou de Charles-Edouard Jeanneret-Gris, dit «&amp;nbsp;Le Corbusier&amp;nbsp;», un réajustement de la qualité de l’image semblait plus que nécessaire&amp;nbsp;: Marseille, la cité phocéenne, ne peut aucunement se résumer à un club de football, à une zone fatalement interlope ou à l’image aussi floue que fausse qu’en donnait un Pagnol très épinalisant. Calvo rend ses lettres de noblesse à une terre où la culture est riche, l’héritage antique et la modernité, naturellement, omniprésente. En 1952, cette modernité se traduit du haut de ses cinquante-six mètres par l’inauguration de «&amp;nbsp;La maison du fada&amp;nbsp;». Et ici, la mise au point nécessaire était double&amp;nbsp;: tout d’abord, distinguer Le Corbusier de son œuvre (oublier les travers de l’homme pour apprécier la singularité de sa création), puis distinguer son œuvre de ses avatars vérolés auxquels elle a donné naissance (et savoir faire la différence entre une Unité d’Habitation et une horrible barre de HLM).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le pari est réussi et l’objectif dépassé. De page en page, le lecteur découvre «&amp;nbsp;Le Corbu&amp;nbsp;» de l’intérieur, son génie de conception et le bonheur qu’il apporte à ses occupants dans une aventure mystique où les mythes fondateurs de Marseille se réveillent et se font menaçants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien d’autres surprises, et pas des moindres, en termes de profondeur thématique, font de la lecture de &lt;strong&gt;Sous la colline&lt;/strong&gt; un véritable délice qui oblige le chroniqueur à sortir de sa réserve habituelle pour s’écrier&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vas-y mon gars et surtout ne t’arrête pas&amp;nbsp;: tu es comme une lumière dans la nuit noire.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/gregory-drake/&quot;&gt;Grégory Drake&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-81&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;81&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 97) – 2</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/01/21/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-97-2" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 97) – 2" />
      <id>urn:md5:1fab5097610d65e3d0af4afddf6fa1ca</id>
      <published>2020-01-21T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-01-21T12:27:36+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Suite virtuelle du cahier critique supplémentaire du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-97&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 97&lt;/a&gt;… Au programme de ce second billet, on retrouve à nouveau des ouvrages aux marges des genres, une indispensable réédition et quelques textes ayant moins convaincu la rédaction de votre revue préférée.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-fille.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-fille.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Je suis fille de rage&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jean-Laurent Del Socorro – ActuSF, coll. «&amp;nbsp;Les Trois Souhaits&amp;nbsp;», octobre 2019 (roman inédit – 568 pp. GdF. 23,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après les guerres de religions françaises du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle (&lt;strong&gt;Royaume de vent et de colère&lt;/strong&gt;) et celle d’indépendance du premier siècle en Angleterre (&lt;strong&gt;Boudicca&lt;/strong&gt;), Jean-Laurent Del Socorro continue d’inscrire son œuvre romanesque dans la Grande Histoire avec &lt;strong&gt;Je suis Fille de rage&lt;/strong&gt;, qui survole en 500 pages la guerre civile qui ensanglanta les États-Unis de 1861 à 1865. Un conflit dont, en France, on ne connaît souvent que les grandes lignes et quelques batailles célèbres, Gettysburg en premier lieu, et que l’auteur nous fait revivre à travers une multiplicité de points de vue, confédérés et unionistes, généraux et soldats, noirs et esclavagistes. On retrouve ici comme dans ses précédents romans la capacité de Del Socorro à camper des personnages et des situations dramatiques en de très courts chapitres qui vont droit à l’essentiel, à tirer les grandes lignes de cette guerre – de nombreux chapitres proviennent de correspondances réelles – et en parallèle à nous plonger dans l’horreur qu’elle fut au quotidien, les assauts suicidaires, les morts inutiles et absurdes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela est très bien fait, Jean-Laurent Del Socorro a un talent de conteur qui n’est plus à démontrer. Pourquoi en parler dans&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Là, j’avoue que les arguments me manquent. &lt;strong&gt;Je suis Fille de rage&lt;/strong&gt; est un roman historique qui n’a pas à peu près rien à voir avec les littératures de l’imaginaire. La part historique était déjà prépondérante dans ses romans précédents, mais ils se rattachaient in fine à la fantasy, que ce soit par l’utilisation, même discrète, de la magie (&lt;strong&gt;Royaume de vent et de colère&lt;/strong&gt;) ou par le côté légendaire de son héroïne (&lt;strong&gt;Boudicca&lt;/strong&gt;). Ici, le seul élément qui pourrait relier ce livre à nos genres de prédilection se limite aux dialogues d’Abraham Lincoln avec une incarnation de la mort, laquelle tient un compte macabre sur les murs de son bureau en traçant à la craie un trait pour chaque victime de cette guerre. C’est peu. Plus généralement, on pourrait éventuellement reprocher à ce roman de coller de trop près à la réalité historique, de ne pas faire appel à un imaginaire qui irriguait ses œuvres précédentes. Ça n’en reste pas moins un très bon texte, même s’il n’a pas grand-chose à faire ici.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-villes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-villes.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Villes imaginaires&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Darran Anderson&amp;nbsp;; Inculte&amp;nbsp;; octobre 2019 (essai inédit traduit de l’anglais [Irlande] par Mathilde Helleu – 510 pp. GdF. 24,90&amp;nbsp;euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Hasard du calendrier, c’est à une semaine d’intervalle en octobre 2019 que sont sortis deux essais consacrés aux villes dans les littératures de l’imaginaire&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Station Metropolis direction Coruscant&lt;/strong&gt; d’Alain Musset aux éditions du Bélial’, évoqué plus haut, et le présent ouvrage. Urbanisme et littératures de l’imaginaire se nourrissent mutuellement, et y dédier un ou plusieurs ouvrages suffirait à peine à épuiser le sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil d’articles de longueur variable, Darran Anderson promène son lecteur à travers les époques, à travers villes réelles et villes imaginaires – on y visite aussi bien Metropolis que Gotham, les &lt;del&gt;mystérieuses&lt;/del&gt; mythiques cités d’or que Germania… On y croise Marco Polo aussi bien qu’Albert Speer, Le Corbusier ou Fritz Lang dans leurs rêves ou leurs accomplissements. Si la première moitié du livre s’intéresse surtout aux villes existantes, présentes comme passées, la seconde moitié rassure&amp;nbsp;: le jeune auteur connait son bréviaire de la SF sur le bout des doigts… mais ne peut s’empêcher de faire étalage de sa science (fiction) au gré de notes de bas de page un brin envahissantes. En fin de compte, &lt;strong&gt;Les Villes imaginaires&lt;/strong&gt; s’avère d’une lecture plaisante mais très, trop fourre-tout&amp;nbsp;: Darran Anderson nous propose un livre aussi érudit que déstructuré, qui convient mieux au picorage qu’à une lecture au long cours. On referme ainsi cette somme épaisse avec le sentiment d’avoir entraperçu moult choses merveilleuses ou bien effroyables au fil de cette balade urbaine, mais en étant bien en peine de dire quoi précisément.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-abominable.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-abominable.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L'Abominable&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Dan Simmons - Robert Laffont - octobre 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Cécile Arnaud - 660 pp. GdF. 23 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans une préface qui appartient déjà au roman, Dan Simmons interviewe Jack Perry, un alpiniste qui lui adresse ensuite ses mémoires, notamment à propos d’une expédition non officielle dans l’Everest en 1925.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Afin de mieux faire ressentir les épreuves qui attendent les grimpeurs, mais aussi pour faire accepter la partie imaginaire du roman, le narrateur débute son récit très en amont avec une ascension du Cervin en compagnie de Richard Davis Deacon, dit le Diacre, et de Jean-Claude Clairoux, un Français connu pour être l’inventeur du Jumar, la poignée bloquante sur corde fixe qui fait office d’&lt;em&gt;ascendeur&lt;/em&gt;. Il s’agit, dans la phase préparatoire, d’instruire le lecteur sur les particularités de la haute montagne et l’équipement pour le moins sommaire des alpinistes, moins efficace et plus lourd que celui utilisé aujourd’hui. La qualité de la corde, le type de chaussure, la nature des vêtements, le modèle de tente et les réchauds, tout est passé en revue dans l’anticipation d’une expédition où la moindre erreur signifie la mort. On en apprend beaucoup aussi sur les premiers héros de la conquête de l’Everest, dont le sommet restait inviolé à l’époque – si on s’en tient à l’incertitude qui entoure l’excursion de Mallory et Irvine, dont la dernière tentative a peut-être été couronnée de succès.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le Diacre, présenté comme excellent alpiniste et héros de la Première Guerre Mondiale, invite Clairoux et le jeune narrateur à retrouver Percival Bromley, un alpiniste qui suivait, sans s’y mêler, l’expédition de Mallory et Irvine. Aux trois hommes s’associe la sœur de ce dernier, qui a depuis longtemps élu domicile dans la région. Tous tiennent à le retrouver pour des raisons tenues secrètes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman détaille de façon hyperréaliste l’ascension de l’Everest avec un prodigieux art du suspense. Le vent, le froid, le manque de sommeil, la raréfaction de l’oxygène qui altère le jugement, la difficulté de retrouver son chemin dans la neige, le long d’un parcours fait de crevasses, jusqu’à l’utilisation peu évidente d’un réchaud en altitude, figurent parmi les épreuves auxquelles sont confrontés les grimpeurs. Les longueurs de la première partie se justifient pleinement à la lecture de la deuxième.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La troisième partie prend un tour plus dramatique avec une course-poursuite hallucinante. Cependant, il eut mieux valu se contenter d’un MacGuffin pour justifier ce dernier volet plutôt que de laisser croire à un « &lt;em&gt;secret encore plus abominable que toutes les créatures mythiques jamais imaginées&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», comme le stipule la quatrième de couverture, car celui-ci repose sur le sens galvaudé du terme, sans dimension fantastique à l’appui. Malgré les efforts pour faire avaler la pilule, la montagne accouche d’une souris. Connaissant les dimensions de celle-ci, la souris n’en paraît que plus ridicule, sans compter d’un sérieux manque de crédibilité, encore plus flagrant comparé à la rigueur documentaire du reste du récit. Sa cohérence pose aussi question&amp;nbsp;: si ce secret est susceptible d’empêcher une bataille, pourquoi n’a-t-il pas été utilisé pour prévenir la guerre qui, déjà à cette date, se profile&amp;nbsp;? On ne s’attardera donc pas sur cette révélation qui gâche un formidable récit par ailleurs passionnant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dan Simmons, qui n’avait plus été traduit depuis quelques années, est attendu avec deux autres romans. Il faut espérer que ce grand conteur évitera les recours inutiles à l’imaginaire s’ils n’ont pas lieu d’être.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-mmcxix.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-mmcxix.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;MMCXIX, les futurs des Belles Lettres&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Présenté par Vincent Bontemps – Les Belles Lettres – septembre 2019 (anthologie inédite de textes de Norman Spinrad, traduit de l’anglais (USA) par Sylvie Denis, de Valérie Mangin, Raphaël Granier de Cassagnac et Pierre Bordage – 160 p. – GdF – 19&amp;nbsp;euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La présentation en quatrième de couverture rappelle que la maison d’édition des Belles Lettres a été créée parce qu’un érudit regrettait de ne pas pouvoir emporter une édition critique des œuvres d’Homère. De fait, les Belles Lettres sont devenues l’édition de référence du patrimoine latin et grec, qu’il est essentiel de préserver, pas seulement à l’intention des savants lettrés, mais parce qu’il représente notre héritage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour fêter le centenaire de sa maison, Vincent Bontems propose d’imaginer ce que pourrait être sa destinée un siècle dans l’avenir. Avec «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Belles Lettres&lt;/em&gt; Ad Astra&amp;nbsp;», Norman Spinrad justifie pleinement le rôle de l’écrivain de science-fiction&amp;nbsp;: dans un système solaire à présent colonisé, alors que des audacieux s’apprêtent à faire le grand saut vers Alpha du Centaure et même en direction d’une sphère de Dyson, le narrateur est chargé d’écrire des textes se rapprochant le plus de ce qui pourrait relever d’une conscience non-humaine, soit le plus grand défi littéraire jamais imaginé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus pessimistes quant à l’avenir de l’humanité, les trois autres auteurs décrivent des sociétés après l’effondrement de la civilisation. Dans «&amp;nbsp; &lt;em&gt;La Nuit des livres&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», si riches et pauvres se répartissent entre rive droite et rive gauche, la culture est partout inexistante. Le récit est écrit dans une langue abâtardie, dans une langue abâtardie, mélange de termes français et anglais parfois déformés, mais que Valérie Mangin, l’érudite scénariste des &lt;em&gt;Chroniques de l’Antiquité galactique&lt;/em&gt; et d’&lt;em&gt;Alix Senator&lt;/em&gt;, émaille de locutions latines comme autant de balises mesurant l’étendue de ce qui a été perdu. La trajectoire de Page, qui vend à contrecœur une partie de la librairie de papa Al dans l’espoir que son contenu sera mieux préservé par les nantis de l’autre rive, illustre les ambiguïtés de la compromission et de la préservation du passé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour Raphaël Granier de Cassagnac, l’édition papier offre de meilleures garanties de conservation que le numérique, après l’effondrement de la civilisation. Dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Premières Lettres&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», Zénon, Platon, Homère, Marc-Aurèle et quelques autres se réunissent dans l’Agora pour décider du sort du dernier homme sur Terre. Mais qui sont au juste ces philosophes de l’Antiquité, et le fait que le survivant cherche une mythique bibliothèque entreposant la mémoire du monde suffit-il à le sauver&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La même quête pousse les survivants d’un Holocauste nucléaire à aller «&amp;nbsp; &lt;em&gt;De l’avant&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». L’optimisme de Pierre Bordage peine cependant à convaincre, s’agissant de jeunes prédateurs ignorant que l’inestimable trésor vers lequel les guide une emblématique chouette ne correspond en rien à leurs attentes de charognards, comme ils se surnomment. Il importe surtout de comprendre que le sympathique volatile qui, un siècle plus tôt, ne s’appelait pas encore Athena, même s’il symbolisait déjà le savoir, n’a pas disparu de la surface de la Terre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;préface d’e-Lucien&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (et la présentation des auteurs en fin de volume) est en soi un autre texte de science-fiction où Vincent Bontems donne aux futurs des Belles Lettres la destinée électronique qui lui revient, pérennisant le savoir pour le siècle à venir, et au-delà.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-flammes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-flammes.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Flammes d'enfer&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jonathan Carroll – Aux Forges de Vulcain – septembre 2019 (réédition d’un roman traduit de l’anglais par Évelyne châtelain &amp;amp; Marie-Hélène Dumas &amp;amp; Nathalie Duport-Serval – 352 pp. FdF. 19&amp;nbsp;euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Régulièrement publié en France dans les années 80-90 (chez J’ai Lu et dans la collection «&amp;nbsp;terreur&amp;nbsp;» de chez Presse Pocket, Jonathan Caroll a subitement et de manière incompréhensible disparu du paysage éditorial. C’est donc une manière d’injustice que réparent les éditions Forge de Vulcain en rééditant les premiers ouvrages du cycle dit de Rondua (qui en comprend six dont deux inédits en français), chaque opus pouvant se lire de manière totalement indépendante. L’explication d’une telle éclipse tient peut-être, pour un milieu qui n’aime rien tant qu’étiqueter et classifier les auteurs rentrant dans son champ gravitationnel, à l’impossibilité d’établir une taxinomie valable. Un temps catalogué entre horreur, suspense et fantastique, on a aussi entendu à propos de Caroll, du fait de son goût pour la culture en général et de son refus de céder au gore, au spectaculaire, qu’il était un auteur cérébral, et que, puisque qu’elle s’adressait plus à la raison qu’aux tripes, cette œuvre était élitiste. En d’autres termes, cela signifie que &lt;strong&gt;Flammes d’Enfer&lt;/strong&gt; serait «&amp;nbsp;un livre pour bibliophiles&amp;nbsp;», comme on l’entend dire parfois à propos de récits qui font primer l’intellect sur le sensoriel, l’intelligible sur l’adrénaline.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourrait s’interroger longuement sur ce que pourrait être un livre pour bibliophile, mais il y a plus intéressant&amp;nbsp;: ce mot de bibliophilie, si chargé de sens autrefois, si suspect aujourd’hui, et surtout si peu fiable qu’il est devenu sage de ne plus s’y identifier, ne nous reviendrait-il pas en pleine figure de la manière la plus catégorique, sous des tours pourtant nonchalants, avec ce pur bloc d’abîme et de littérature en quoi consiste&lt;strong&gt; Flammes d’enfer&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Car &lt;strong&gt;Flammes&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;d’enfer&lt;/strong&gt; est un superbe morceau de littérature sur la littérature (ici rapportée au genre fantastique, et au conte). C’est à la fois le livre d’un écrivain interrogeant sa bibliophilie et un livre qui, chez le lecteur, ne cesse d’interroger le bibliophile. La bibliophilie, dans ce cadre, doit s’entendre au sens dépouillé d’amour ou d’amitié&amp;nbsp;: le goût du livre, des textes, du rapport qu’ils entretiennent entre eux et de ce qui les peuple. Quelles formes peut-on donner, dans un livre, à cet amour-là&amp;nbsp;? La réponse de Caroll est à la fois très classique, très pragmatique et pourtant bouleversante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Flammes d’enfer&lt;/strong&gt;, loin d’être élitiste, raconte d’abord une histoire toute simple et en apparence anodine, celle d’un américain exilé à Vienne qui, en tombant amoureux, se découvre des pouvoirs et voit sa vie basculer progressivement dans l’irrationnel. Walker Easterling travaille dans l’industrie du cinéma, il scénarise des films de genre. Il ne sait rien de son passé, si ce n’est qu’il a été trouvé dans une poubelle. Rien de tout cela – amour, attrait pour la magie, mystère des origines – évidemment n’est un hasard. Le comble survient quand il découvre sur le médaillon d’une tombe la photo d’un autre lui-même, mort depuis trente ans. Commence dès lors une enquête qui le poussera, après une initiation chamanique, à remonter le fleuve de l’histoire et à se confronter à de nombreux fantômes. Ceux de personnes qu’il a aimées (une ancienne femme, toujours vivante, un fils à la beauté du diable), ceux des êtres qu’il a incarnés ou côtoyés dans ses vies antérieures, ceux de personnages à demi mythologiques comme ce nain monstrueux droit sorti d’un conte des frères Grimm, qui semble prendre un malin plaisir à le harceler, et par lequel Walker percera le secret de sa naissance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Méditant sur une plage californienne au crépuscule, errant dans le labyrinthe fantasmagorique des rues de Vienne sous la neige, ou encore plongé dans un rêve régressif, Walker avance néanmoins sans peur vers le dénouement, le lieu où tous les fils de ses multiples incarnations se rejoignent, où tous les mots du conte aboutissent, et qu’un effort d’imagination peut transformer. Cette trame suffit en elle-même à inscrire &lt;strong&gt;Flammes d’enfer&lt;/strong&gt; dans la grande tradition du roman fantastique américain, de Bradbury à Shepard, mais aussi dans celle de la littérature comme l’art qui se nourrit de lui-même, à travers les époques et les formats, pour mieux enregistrer la mort et accompagner les vivants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de la trame, il y a l’étoffe dans laquelle Caroll taille son livre, ce tissu serré de métaphores, exhalées comme autant de râles poétiques. Des enfants s’envolant par la fenêtre d’une école de pierre, au temps des rafles nazies&amp;nbsp;; un dinosaure marin surgi au large des côtes californiennes &amp;nbsp;; un chat-devin (à neuf vies&amp;nbsp;?) qui retrouve la vue mais qui ne veut pas voir&amp;nbsp;: tout prend ici sa consistance impossible, entre brume opalescente et noire sorcellerie, par la seule puissance d’une plume déliée qui mélange les vies antérieures de ces personnages de conte aux visions intérieures de l’écrivain qui leur donne doublement vie. Contrairement à ce qu’on dit, il n’y a sans doute pas de flammes en enfer. C’est sans doute pour ça que Jonathan Caroll continue d’y croire et de fabriquer pour nous un en-bas rempli de mots et merveilles.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-espace.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-espace.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’espace, le temps et au-delà&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Bruno Pochesci - Flatland - novembre 2019 (recueil de nouvelles – 288 pp. GdF. 16&amp;nbsp;euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Bruno Pochesci a débarqué sur la scène de l’imaginaire en 2013 et a depuis a enchaîné les parutions à un rythme très soutenu&amp;nbsp;: un roman en 2016 chez Rivière Blanche (&lt;strong&gt;Hammour&lt;/strong&gt;), mais surtout plus d’une soixantaine de nouvelles, à raison d’une dizaine chaque année, notamment dans &lt;em&gt;Galaxies&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Géante Rouge&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;AOC&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Gandahar&lt;/em&gt;. Nouvelles réunies dans un premier recueil à coloration fantastique, chez Malpertuis en 2018 (&lt;strong&gt;L’Amour, la mort et le reste&lt;/strong&gt;) puis dans ce deuxième, &lt;strong&gt;L’Espace, le temps et au-delà&lt;/strong&gt;, son pendant SF, aux éditions Flatland, qui ne comprend pas moins de seize nouvelles (d’une longueur moyenne d’une douzaine de pages), dont deux inédites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du reste, ce recueil se place sous le double patronage des Jean-Pierre&amp;nbsp;: Fontana, qui signe ici une préface, et l’a publié le premier (et qui partage avec l’auteur des origines italiennes indéniables)&amp;nbsp;; et Andrevon, qui réalise la couverture, dont les albums de musique ont été produits par Pochesci, et dont les écrits ont visiblement influencé l’auteur (on y reviendra).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l’on doit décrire la SF de Pochesci, on notera surtout, d’un point de vue thématique, la prégnance de la fin du monde&amp;nbsp;: nombre des textes ici réunis abordent en effet l’apocalypse, inéluctable, qu’il s’agisse de catastrophes écologiques ou d’expérimentations scientifiques qui ont mal tourné. On y retrouve également des thèmes classiques de la SF, le voyage dans le temps (un hommage à Wells où la machine prend la forme… d’un camping-car), le clonage (un texte dont les protagonistes s’appellent Gandhi, Hitler, Monroe, Einstein…) ou encore des crimes en huis clos dans un vaisseau spatial…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les problématiques de fin du monde ne sauraient pour autant nous faire basculer dans la morosité, voire le désespoir&amp;nbsp;: en effet, s’il y a bien une note commune dans ces nouvelles, c’est l’humour, qu’il soit goguenard, outrancier, noir ou désespéré. Pochesci use de nombreux effets, qu’il s’agisse du comique de situation (outrée), de dialogues drolatiques, ou de métaphores et d’analogies parfois invraisemblables. Il y a une vraie patte d’auteur là-dedans, un style aisément reconnaissable, notamment dans son utilisation du langage familier et son recours très fréquent au présent de narration pour décrire des tranches de vie. Autant de caractéristiques communes qui nous amènent à reparler de Jean-Pierre Andrevon&amp;nbsp;: on retrouve une filiation très claire entre les deux auteurs. Ce n’est pas le pire des modèles pour Pochesci, aussi lui souhaitera-t-on de réussir la même carrière que son glorieux aîné&amp;nbsp;; cependant, sans doute n’était-il pas nécessaire pour autant de lui emprunter également le systématisme des scènes de cul, qui parsèment l’ensemble des nouvelles (et en constituent parfois le thème principal) et finissent par lasser. Au rayon des critiques, on pourra peut-être aussi regretter une trop grande uni(formi)té de ton&amp;nbsp;: on aimerait bien voir ce qu’est capable d’écrire l’auteur dans le registre tragique pur, à tout le moins débarrassé de l’habituel ton gouailleur, ou dans des styles plus classiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En l’état, &lt;strong&gt;L’Espace, le temps et au-delà&lt;/strong&gt; est donc un excellent moyen d’entrer dans l’œuvre de Bruno Pochesci et de découvrir une des nouvelles voix de la SF française dans la forme courte. Un potentiel certain, qu’il conviendra de faire fructifier en diversifiant encore davantage les thématiques et traitements associés.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bruno P. (l'autre)&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-histoire.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-histoire.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Cette histoire est pour toi&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Satoshi Hase - Éditions Atelier Akatombo, coll. «&amp;nbsp;Science-fiction » - novembre 2019 (roman inédit traduit du japonais par Dominique Sylvain, Nathan Naïb et Frank Sylvain - 352 pp. GdF. 18&amp;nbsp;euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Une histoire forte engluée dans un texte laborieusement scolaire. Voici comment pourrait se résumer les impressions ressenties en tournant la dernière page de &lt;strong&gt;Cette histoire est pour toi&lt;/strong&gt; de Satoshi Hase. Il faut dire que ce spécialiste de l’analyse sémantique et du langage naturel des machines s’est mis en tête d’écrire un roman sur ce qu’il connaît le mieux&amp;nbsp;: une intelligence artificielle basée sur un langage de traduction entre les neurones humains et la programmation informatique. Par conséquent, sur les 352 pages de son histoire, les 150 premières ne sont qu’une exposition extrêmement détaillée de la situation de départ. À savoir, une chercheuse en intelligence artificielle découvre qu’elle souffre d’une maladie auto-immune alors qu’elle vient de créer un programme capable d’inventer des histoires. N’ayant plus que six mois à vivre, elle se jette à corps perdu dans son travail. Et repousse au passage les limites entre l’humain et le logiciel, entre l’être et l’outil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La réflexion de Satoshi Hase est à la fois passionnante et provocante dans le fond, mais malheureusement, elle se perd dans la forme de la première moitié de son livre. Pour vous faire une idée de cette partie, imaginez &lt;em&gt;Le Tombeau des Lucioles&lt;/em&gt; entrecoupé de longs extraits d’un dossier de presse sur le fonctionnement de l’intelligence artificielle et sur les réseaux de neurones avec, pour parachever le tout, les descriptions les plus précises possible des différentes crises de douleurs et autres hémorragies internes de la protagoniste. Si vous avez eu assez d’estomac pour passer la première partie du livre, vous entrerez dans la seconde nettement plus intéressante. C’est ici que le dialogue se noue entre Samantha, la chercheuse et Wanna Be, sa création. Au fur et à mesure qu’elle progresse vers la mort et que lui acquiert une simili-conscience de soi, le dialogue se fait plus riche, plus philosophique, et l’héroïne devient enfin plus attachante. Cela d’autant plus que vous connaissez sa fin dès la première phrase du roman&amp;nbsp;: « &lt;em&gt;Samantha Walker était morte. Par “morte”, il fallait comprendre que l’humaine prénommée Samantha avait vécu&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» Cette évolution des relations entre l’homme et la machine récompense largement la première partie. À ce sujet, la confrontation finale entre Samantha l’humaine et Samantha le programme, confrontées toutes deux à la mort imminente, s’avère douloureusement juste sur le rôle restant alloués aux humains biologiques quand de plus en plus de fonctions corporelles sont confiées aux machines. Toutefois, les lecteurs n’ayant pas le courage de se plonger dans les entrailles de la maladie de Samantha, pourront se contenter de voir ou revoir l’intégrale des anime &lt;em&gt;Ghost in the Shell&lt;/em&gt; avec des thématiques très similaires, tout en étant nettement moins viscéral.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 97) – 1</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2020/01/20/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-97-1" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 97) – 1" />
      <id>urn:md5:5e83fa5b1398140dbf13a84ebc96dd74</id>
      <published>2020-01-20T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2020-01-20T17:14:15+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-une1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-une1.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la sortie du &lt;a href=https://www.belial.fr/revue/bifrost-97&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 97&lt;/a&gt; dans une poignée de jours, on vous propose de découvrir le supplément numérique du cahier critique. Comme à l'accoutumée, les mailles du réseau sont assez larges pour accueillir ce qui ne peut figurer dans les pages difficilement extensibles de la revue papier. Au programme&amp;nbsp;: des contes et des classiques, des récits plus modernes aux marges des genres et, aussi, un ratage ou deux…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-bleue.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-bleue.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Bleue&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Maja Lunde - Les Presses de la Cité, coll. «&amp;nbsp;Roman étranger&amp;nbsp;» - mai 2019 (roman inédit traduit du norvégien par Marina Heide - 360 pp. GdF. 22 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Découverte dans nos contrées avec &lt;strong&gt;Une histoire des abeilles&lt;/strong&gt; (in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 90), Maja Lunde continue de creuser le sillon de l’introspection écologiste avec la constance d’une autrice s’étant fixée comme projet d’écrire un «&amp;nbsp;Quartet&amp;nbsp;» sur l’écologie. Pas sûr que l’amateur de récit dystopique ne trouve matière ici à entretenir sa passion déviante pour les futurs qui déraillent, a fortiori s’il a lu et apprécié les romans de Jean-Marc Ligny, en particulier &lt;strong&gt;Aqua™&lt;/strong&gt; et surtout &lt;strong&gt;Exodes&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Bleue&lt;/strong&gt; n’entretient pas en effet longtemps l’illusion, l’élément prospectiviste se réduisant rapidement à la portion congrue. L’autrice préfère encore une fois décrire les relations compliquées entre deux groupes familiaux, séparés par presque trente années de gabegie libérale-capitaliste. Trois décades pendant lesquelles le continent européen voit la ressource en eau douce se raréfier, au point d’entraîner l’éclatement communautaire au profit d’un chacun pour soi n’étant pas sans rappeler le raidissement actuel provoqué par les flux migratoires. Dans une double trame, avec un voilier en guise de fil directeur, Maja Lunde s’attache à décrire le baroud d’honneur d’une vieille activiste fatiguée et le drame vécu par un père et sa fille, contraints de s’exiler au Nord pour survivre à la sécheresse. Entre la Norvège et la France, des rives d’un fjord idyllique, en proie à l’exploitation de ses ressources aquifères, aux terres desséchées d’Occitanie, l’autrice décrit par le menu les pensées de ses personnages, s’intéressant à leurs fêlures intimes et aux petits détails de leur quotidien, lâcheté et actes manqués y compris. Deux destins se dessinent ainsi, l’un déjà achevé dont on découvre rétrospectivement le tracé, l’autre en devenir ne demandant qu’à être raconté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au regard des enjeux et des thématiques évoquées, l’amateur de science-fiction ne pourra juger que la moisson maigre, tant le futur décrit par Maja Lunde s’apparente à une anticipation légère, guère différente du drame vécu par les réfugiés climatiques dont le malheur ne suscite qu’un intérêt poli dans nos contrées, pour l’instant encore à peu près épargnées par les effets des sécheresses à répétition. Bref, un parfait faux ami ne faisant qu’emprunter son décorum aux littératures de genre pour dérouler un récit intime mêlant drame et fatalisme, sur fond de catastrophe environnementale prévue. Bref, de la dystopie &lt;em&gt;for dummies&lt;/em&gt; destinée à un lectorat à la recherche d’une dose modérée de frisson enrobée de psychologie. Passons.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-chuchoteurs.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-chuchoteurs.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Chuchoteurs du dragon et autres murmures&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Thomas Geha - Éditions Elenya - mai 2019 (recueil de nouvelles inédit – 158 pp. GdF. 15 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans ce recueil de nouvelles, Thomas Geha nous plonge aussi bien dans les légendes arthuriennes que dans les légendes bretonnes, sans oublier les contes classiques. Néanmoins, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Chuchoteurs du dragon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la nouvelle qui ouvre le recueil, relève pour sa part de l’ &lt;em&gt;heroic fantasy&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: au royaume de l’Esflamme, une jeune fille ordinaire est choisie par le dragon pour être la future Reine – un dragon qui ne se montre toujours qu’en rêve ou sous la forme d’un tatouage à l’encre rouge qui apparaît mystérieusement sur le corps de la jeune fille, indiquant ainsi qu’elle est l’élue. Les énigmatiques Chuchoteurs viennent la chercher, mais l’affaire se corse lorsque l’on apprend qu’elle a une liaison avec le maître d’arme des Chuchoteurs…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des contes, donc&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le briquet&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Hans Christian Andersen est ici réinventé en version beaucoup plus courte avec un final bien différent, ou encore le fameux &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les trois petits cochons&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; dont l’auteur prend à revers le destin du troisième porcelet, en nous montrant que ce n’est pas tout d’avoir des ambitions, les moyens aussi importent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le recueil nous fait également voyager dans la Bretagne contemporaine, riche de son héritage folklorique&amp;nbsp;: les trois histoires du «&amp;nbsp;cycle loguivien&amp;nbsp;» invitent le lecteur dans les légendes locales. On y évoque l’Ankou, qui, est-ce nécessaire de le rappeler est la personnification de la mort en Basse-Bretagne, légende que la tradition orale perpétue en racontant que certains arbres sont des humains transformés en feuillus. On se promène en forêt pour tomber sur une fontaine mystérieuse, contenant un être évanescent et envoûtant, mais se révélant maléfique&amp;nbsp;; ou pour rencontrer une jeune fille nue qui invite à la suivre. On croise également un Korrigan, ce genre de lutin malicieux, qui s’invite chez vous et vous donne la marche à suivre. En fin de compte, on appréciera la façon dont ces légendes ancestrales refont surface dans la Bretagne française actuelle, où le moderne se mêle au mythe – ce qui nous rappelle dans un autre registre et un autre lieu &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt; de Neil Gaiman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’auteur nous invite aussi sur les terres des légendes arthuriennes, avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La tête qui crachait des dragons&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Le Roi Arthur mande Lohengrin, chevalier de la Table ronde et fils de Perceval, de retrouver Lancelot. S’ensuit une histoire passablement glauque qui fait intervenir des dragons et le secret de leur reproduction, fléau du Royaume.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au bout du compte, &lt;strong&gt;Chuchoteurs du dragon et autres murmures&lt;/strong&gt;, entre nouvelles écrites pour différentes anthologies thématiques et contes revisités aux chutes jubilatoires, imprégné de la Bretagne d’où est originaire l’auteur, prouve avec brio ce que ce dernier affirmait en introduction&amp;nbsp;: en matière de fantasy, le genre et ses sous-genres se prêtent parfaitement au format de la nouvelle. Avis aux amateurs&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Joachim Albertini&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-rougeimperatrice.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-rougeimperatrice.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Rouge impératrice&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Léonora Miano - Grasset - septembre 2019 (roman inédit - 609 pp. GdF. 24 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Classés en «&amp;nbsp;mauvais genres&amp;nbsp;», la science-fiction ou le fantastique s’invitent parfois chez les éditeurs «&amp;nbsp;institutionnels&amp;nbsp;» peu habitués aux déviances de l’Imaginaire&amp;nbsp;; on parle alors souvent de réalisme magique ou autre pirouettes littéraires. Oubliez toutes ces précautions oratoires destinées à rassurer le lectorat habituel des «&amp;nbsp;grandes maisons d’édition&amp;nbsp;» &amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Rouge impératrice&lt;/strong&gt; de Léonora Miano est non seulement un roman de science-fiction mâtiné de fantastique, mais c’est également un grand roman superbement écrit, passionnant, et forçant son lecteur à réfléchir et à se mettre face à des réalités difficiles à entendre, quelle que soit sa couleur de peau ou son genre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Imaginez un monde où les dérèglements climatiques et autres escarmouches nucléaires ont profondément rebattu les cartes géopolitiques. Dans ce monde, l’Afrique – rebaptisée Katopia –, presque entièrement unie depuis cinq ans, construit peu à peu une civilisation prospère, si ce n’est isolationniste, sous la direction d’Illunga, son président. Parmi les multiples scories sur son chemin se dresse une communauté fulasi (comprendre française) venue se réfugier dans ses anciennes colonies pour fuir un pays qui ne leur ressemblait plus, et qui depuis refuse obstinément de s’intégrer par peur de perdre son identité. Alors qu’Illunga est prêt à montrer la porte de sortie à cette communauté dérangeante, la rencontre avec une femme au teint rare en Katopia (partiellement albinos, elle est rousse à la peau cuivrée) va bouleverser son cœur et ses projets politiques, au grand dam des partisans d’une ligne dure…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une problématique à large spectre, donc, que Léonora Miano explore ici avec une grande finesse, abordant les bouleversements qui se sont déjà produits dans sa Katopia unifiée autant que ceux à venir, les relations amoureuses entre les hommes, les femmes, les non-binaires, et la place que chacun doit prendre dans la vie publique et privée. En mélangeant les différents passés des peuples d’Afrique (y compris des successions de colons qui se sont enracinés dans ces terres, qu’ils viennent d’Europe ou d’ailleurs) et des descendants exilés vers d’autres continents, elle élabore ainsi, au fil des pages, un miroir de notre société actuelle. Miroir particulièrement fidèle, d’ailleurs, au point d’en être parfois douloureux, mais aussi porteur d’espoir et d’une certaine poésie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En revanche, narrant un processus évolutif complexe, &lt;strong&gt;Rouge impératrice&lt;/strong&gt; n’est pas un livre facile. D’autant que le récit est émaillé de nombreux termes peu familiers – éclairés par un glossaire assez restreint. Aussi, une bonne cinquantaine de pages sera nécessaire pour entrer dans le récit et s’adapter au mode de narration proposé. Plus que dire des faits, Miano décrit les pensées des narrateurs et narratrices de chaque passage avec, à l’instar de la pensée humaine elle-même, des allers-retours entre passé et présent, ce que l’on voit et constate autour de soi et la façon dont on l’interprète. Ajoutez-y une dose de fantastique, avec la présence d’une magie ancestrale, métissage de plusieurs traditions africaines et de nombreux voyages dans le monde des rêves, et vous obtiendrez de quoi dérouter le lecteur. Avant de le remettre dans le droit chemin quelques pages plus loin. Voilà un univers qui se mérite, en somme, mais dont on ressort changé, comme plus ancré dans une réalité qui n’était pas tout à fait la même avant qu’on entreprenne la lecture de ce &lt;strong&gt;Rouge impératrice&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-air.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-air.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;AIR&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Raphaël de Andreis &amp;amp; Bertil Scali – Michel Lafon - août 2019 (roman inédit - 316 pp. GdF. 17,95 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AIR&lt;/strong&gt; n’est pas un livre de science-fiction mais un livre de propagande écologiste&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On a droit à un discours de Greta Thunberg, à l’encyclique du pape &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Laudato si&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et aux consignes ridicules de Greenpeace, paraphrasant ma mère qui ne sait ce que veut dire «&amp;nbsp;Écologie&amp;nbsp;» mais est pleine du bon sens du pauvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, le roman se passe bien dans un futur proche, entre 2027 et 2040. Une présidente écologiste a été élue face à une candidate nationaliste. Un général pro-nucléaire, ancien des guerres AREVA en Afrique de l’ouest (vive la pollution durable&amp;nbsp;!) et intégriste catholique a été nommé premier ministre. Par référendum, ils modifient la constitution et instituent un fascisme vert. Abolition des libertés fondamentales et de l’état de droit. Chaque page du roman est exclusivement consacrée à nous dire que c’est absolument INDISPENSABLE, INÉVITABLE et surtout vraiment très CHOUETTE. Le bonheur est dans le &lt;s&gt;pré&lt;/s&gt; camp de travail. «&amp;nbsp;Arbeit macht frei&amp;nbsp;», n’oublions pas…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après le coup d’État, le nouveau gouvernement, chlorofasciste mais fort peu radical en matière d’écologie, impose des mesures draconiennes&amp;nbsp;: privation de la liberté de circuler, entassement des gens à raison d’une famille par pièce pour économiser le chauffage, presse aux ordres (!), limitation de l’usage d’internet à quinze minutes par jour (?!?!?!), suppression de l’éclairage public, rationnement alimentaire drastique, réduction extrême de la consommation de viande, embrigadement de la jeunesse et délation par les enfants encouragée, pogroms et quasi-relaxe des assassins écolo, déportation de masse dans les goulags vert, contrôle des données contenues dans les portables (qui servent à quoi&amp;nbsp;?) et sanctions. Mais surtout, incrimination rétroactive, poursuites et condamnations pour des faits parfaitement légaux à l’époque où ont eu lieu mais criminalisés a posteriori par la dictature, comme avoir voyagé à l’étranger ou posséder un véhicule de collection… Ces condamnations n’améliorent évidement en rien la balance carbone.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le personnage principal, Samuel Bourget, dont &lt;strong&gt;AIR&lt;/strong&gt; représente le journal ou l’autobiographie des années de dictature, est un cadre directeur subalterne d’une boîte de recyclage de pneus ayant fraudé. Lorsque le scandale éclate, il prend alors la fuite avec sa famille vers la réserve de l’Aubrac, où ils ont une maison, à l’abri de la dictature – sans que l’on sache pourquoi. À vrai dire, le roman ne consiste qu’un tissu de contradiction. On ne comprend pas pourquoi son écologiste fanatique de fille suit son «&amp;nbsp;criminel&amp;nbsp;» de père en Auvergne, pas plus que pourquoi sa femme qui le cocufie avec son chef le suit aussi plutôt que de changer d’homme. Pourquoi la gendarmerie locale les protège en les sachant traqués par les «&amp;nbsp;gardes verts&amp;nbsp;» comme la Chine connut ses Gardes Rouges. Pourquoi les gens du cru, plutôt écolo-ruraux, acceptent ces «&amp;nbsp;délinquants&amp;nbsp;» sur leurs bien pauvres terres&amp;nbsp;? Ils s’adaptent à la vie locale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les auteurs ne tarissent pas d’éloges sur cette vie absolument paradisiaque. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;La matinée a été un émerveillement&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» p.159&amp;nbsp;; « &lt;em&gt;Le garde-manger ressemblait à une vitrine de chez Louis Vuitton. Chaque victuaille rayonnait telle une œuvre d’art&lt;/em&gt; &amp;nbsp;» p.158. Etc. En Aubrac, on se chauffe au bois (comme si parce que c’est primitif c’était forcément écolo&amp;nbsp;!) et on fait mijoter des plats de viande quatre heures durant (super écolo). Il fallait bien « &lt;em&gt;mettre fin à la fabrique de la délinquance écologique qui n’était rien d’autre que la famille épicurienne et consumériste&lt;/em&gt; &amp;nbsp;» p. 186. Le gamin va au catéchisme et devient un doux fou de Dieu, très pieu… ce qui conduit le père à confesse chez un curé qui le vend illico aux gardes verts. De là découle de plusieurs longues citations de l’encyclique &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Laudato si&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; du pape François sur la «&amp;nbsp;sauvegarde de la maison commune&amp;nbsp;» (sic). Le confort matériel ayant permis de délaisser la religion, les écolos doivent donc restaurer l’enfer pour le faire accepter sur terre. Le terme même d’écologie, en tant que discours de l’équilibre, est une hérésie, les êtres vivants étant des structures dissipatives, c’est à dire consommant de l’énergie pour se maintenir. C’est une religion, une croyance créationniste, faisant fi de Darwin et de l’évolution, qui se veut à jamais statique à l’image de ce que Dieu aurait créé – involutive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman n’est pas avare en perles. La dictature a réduit l’usage d’internet à quinze minutes par jour, privé et professionnel, téléphone inclus. Du coup, un médecin urgentiste d’astreinte à domicile n’a pu être joint et le patient est crevé (C’est le mot). Quinze minutes, c’est ridicule. Cela entrainera la faillite d’internet, la perte de pétaoctets de data et l’effondrement du système global d’information, dont le système bancaire. Une panne globale d’internet est le risque majeur encouru par nos sociétés qui s’écrouleraient alors en quelques jours… Et maintenant, le clou&amp;nbsp;: les auteurs écrivent que la face cachée de la lune est glaciale parce que jamais exposée au soleil, ignorant que si la lune présente toujours la même face à la Terre, elle est entièrement éclairée par le soleil au cours de sa rotation. Ils ignorent aussi qu’on ne peut communiquer par radio avec la face cachée de la lune sans disposer d’un relais. Et ça vous parle de sauver la planète…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fin du roman, après trois ans de dictature, les dictateurs corrompus sont renversés, la démocratie rétablie, la planète est sauvée mais on a gardé toute leur géniale politique écologique. Exactement comme si, le 8 mai 45, après la capitulation de l’Allemagne et la mort d’Hitler, on avait continué à exterminer les Juifs… Aucune mesure économique novatrice n’est proposée. Seuls les mécanismes aujourd’hui mis en œuvre par un capitalisme jamais remis en cause continuent d’être utilisés valant pour ce qu’ils valent. Aucune innovation technologique non plus. Rien, par exemple, sur l’inflation démographique… (1500 milliards de Français dans deux mille ans aux 0,5% de croissance actuelle&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dire que la narration est très faible relève de l’aphorisme le plus achevé. Le but de ce livre est d’inciter les écolo-gnostiques à appeler la dictature de leurs vœux, affirmant que ce ne serait ni grave, ni terrible et ne durerait guère… Que ce serait indispensable et inévitable. Que ce serait bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Air&lt;/strong&gt; est un mauvais livre, mal écrit, mal construit, perclus d’incohérences et en plus, dangereux.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-tempshaine.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-tempshaine.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Temps de la haine&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Rosa Montero - Métailié, coll. «&amp;nbsp;Bibliothèque hispanique&amp;nbsp;» - septembre 2019 (roman inédit traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse - 368 pp. GdF. 22 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Troisième volet de la série consacrée à Bruna Husky, la techno-humaine inspirée des réplicants du Blade Runner de Ridley Scott, &lt;strong&gt;Le Temps de la haine&lt;/strong&gt; prolonge le futur dystopique esquissé par &lt;strong&gt;Des larmes sous la pluie&lt;/strong&gt; (in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 70) et &lt;strong&gt;Le Poids du cœur&lt;/strong&gt; (in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 82). Au fil des enquêtes, Husky s’est construit une petite famille, avec grand-père, fille, amant et même animal de compagnie (un extraterrestre pour changer du sempiternel chien), histoire d’adoucir le spleen existentiel né du décompte de son espérance de vie réduite à peau de chagrin. Mais l’équilibre fragile mis en place par la détective est menacé par l’enlèvement, puis la prise en otage du commissaire Lizard, l’élu de son cœur, réactivant ainsi ses penchants destructeurs dans un monde au bord de la guerre civile et de la guerre tout court.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne change pas une recette qui marche, serait-on tenté de dire. Un principe que Rosa Montero applique avec méthode, conjuguant les vertus de l’anticipation légère à celles de la métaphore. Car si &lt;strong&gt;Le Temps de la haine&lt;/strong&gt; n’a plus grand-chose à nous apprendre sur le personnage de la réplicante, indépendamment de la quête de son identité ici enfin révélée (les fans de Madame Bovary et de Flaubert apprécieront), le roman fonctionne toujours comme un reflet des maux de notre présent décalés dans l’avenir. L’UE devient ainsi l’UET, un vaste marché mondial où prévalent la démocratie et le libre-échange mais où, bien entendu, les inégalités de richesse ont explosé, concourant à stimuler les forces centrifuges d’une société civile en voie de radicalisation, en proie aux discours manipulateurs de leaders, volontiers populistes, prônant la disruption dans la continuité. Le futur de Rosa Montero se nourrit ainsi des peurs et angoisses du présent, rappelant, s’il est nécessaire de le faire encore, l’importance des liens d’amitié et de solidarité. Face à un monde rendu incertain par la mondialisation et la dégradation irrémédiable de l’environnement, où le seul fait de boire ou de respirer un air pur font l’objet d’un commerce, l’autrice espagnole défend l’idée d’une société plus fraternelle, appelant à se méfier des dogmes ou idéologies et des discours tout faits. Quant à Bruna Husky, contrainte de fendre l’armure, elle doit abandonner sa misanthropie pour laisser affleurer davantage ses sentiments, renonçant à la haine ordinaire pour adopter définitivement l’amour. En dépit d’une intrigue guère originale, pour ne pas dire répétitive si l’on a lu les deux précédents titres de la série, &lt;strong&gt;Le Temps de la haine&lt;/strong&gt; n’engendre fort heureusement pas que la lassitude. Rosa Montero apporte malgré tout une touche finale honorable aux aventures de la réplicante Bruna Husky. Avis aux fans de l’autrice.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-contes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-contes.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Contes hybrides&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Lionel Davoust - Éditions 1115 - septembre 2019 (recueil de nouvelles – 140 pages. Poche. 7 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’agence de voyages littéraires 1115 nous propose trois contes par Lionel Davoust, un auteur que l’on connaît surtout sur la forme longue – tel son cycle des «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Dieux sauvages&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec le conte ouvrant le recueil, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le sang du large&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», nous lisons les états d’âme d’un écrivain de fantasy, Paul Whittemore, qui a rapidement connu le succès. Le fantastique fait peu à peu son apparition sous la forme d’une sirène qui ne se montre que les jours de désespoir. La métaphore est claire&amp;nbsp;: cette créature aquatique, c’est la muse de Whittemore, son inspiration. Le narrateur, et peut-être l’auteur à travers lui, livre ainsi son ressenti&amp;nbsp;: le désespoir déclenche la création. Et quand le créateur rencontre sa créature, le premier se sent revivre, sauvé, et la seconde s’avère son moteur créatif. Il s’agit là d’un conte très séduisant sur l’amour du pays de l’imaginaire, ainsi qu’une subtile histoire en trompe-l’œil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième conte, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Point de sauvegarde&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, relève quant à lui de la science-fiction. Dans un futur hautement technologique, l’humain a fusionné avec la machine pour devenir une créature cybernétique&amp;nbsp;; seul le cerveau reste organique. Ainsi sont conçus les invincibles soldats d’élite, en réalité d’anciens condamnés à mort. Leur mission consiste à mater les rebelles et neutraliser le brouillage qui dissimule le site à leurs satellites. Cette entreprise va se révéler plus ardue que prévue, et la révélation finale sera aussi déroutante que cauchemardesque – on appréciera la façon dont la technologie s’avère tour à tour addictive et aliénante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le troisième et dernier conte, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Bienvenue à Magicland&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, est plus psychologique sous ses atours fantastiques&amp;nbsp;: à Magicland, on visite des enclos à licornes et hippogriffes, et l’on peut y croiser Garam, troll et agent d’entretien du zoo rêvant de devenir soigneur animalier. Son quotidien le pousse toutefois à consulter un psychologue&amp;nbsp;: exaspéré par les visiteurs du parc, grand admirateur des licornes, il cherche ce qui manque dans sa vie. D’ailleurs, ces licornes, comment se reproduisent-elles&amp;nbsp;? Car ces mythiques créatures renferment bien un secret, que les toutes dernières lignes dévoileront.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lionel Davoust prouve ainsi qu’il est aussi à l’aise en format long qu’en format court, comme le montre ces trois &lt;strong&gt;Contes hybrides&lt;/strong&gt;, aux chutes particulièrement bien soignées. C’est autant une invitation au voyage qu’un cri d’amour pour le grand pays de l’imaginaire et les fantastiques créatures qui habitent… et cela, pour notre plus grand plaisir.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Joachim Albertini&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr97-renard.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr97-renard.jpg&quot; style=&quot;{figureStyle}&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus Maurice Renard&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;&lt;strong&gt;1. - Celui qui n’a pas tué&lt;/strong&gt; - Le Visage Vert - septembre 2019 (recueil de nouvelles inédit sous cette forme - 184 pp. GdF. 17 euros)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;2. - Le Maître de la lumière&lt;/strong&gt; - Bibliothèque Nationale de France, coll. «&amp;nbsp;Les Orpailleurs/Science-fiction &amp;nbsp;» - mars 2019 (roman, réédition - 303 pp. GdF. 14,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Maurice Renard, chantre du merveilleux scientifique, a été quasiment oublié pendant un temps, mais diverses publications, ces dernières années, l’ont rappelé à notre bon souvenir, comme l’enthousiaste et habile pionnier qu’il était. En 2019, nous avons eu droit à deux exhumations éclairant la dernière phase de l’œuvre de l’auteur… à vrai dire une époque où il avait tendance à remiser le merveilleux scientifique, pas assez vendeur, quand d’autres genres, à l’image de la romance ou du policier, lui garantissaient des revenus plus sûrs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En témoigne surtout &lt;strong&gt;Celui qui n’a pas tué&lt;/strong&gt;, recueil de nouvelles publiées essentiellement entre 1927 et 1930&amp;nbsp;; le recueil avait été composé par Renard, et devait paraître en 1931… mais la faillite de son éditeur mit un terme au projet. Curieusement, le livre paru au Visage Vert presque cent ans plus tard… en est ainsi la première édition&amp;nbsp;! Le merveilleux scientifique et le fantastique y sont somme toute assez rares, ce qui ne les empêche pas de produire quelques jolies pépites. Les deux longues nouvelles initiales (il faut singulariser &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Photographie de Mme Lebret&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, une sacrée réussite), suivies par vingt-cinq très courts récits, témoignent combien la romance occupe une place importante dans le recueil, qui abonde en couples où l’un soupçonne à tort l’infidélité de l’autre, ou ne la soupçonne pas quand elle est bien réelle&amp;nbsp;; mais on y trouve bien d’autres choses, du policier à l’humour. Toutefois, s’il est un trait qui rassemble la majorité de ces contes, c’est la multitude des coïncidences qu’ils mettent en scène. Le destin joue avec les protagonistes, de la manière la plus improbable qui soit, et c’en serait presque risible si le lecteur n’était amené de mille et une manières à jouer le jeu. Maurice Renard avait du métier, il savait tourner un récit, et sa plume agréable y participait. L’ensemble ne manque dès lors pas de charme ludique, et si le lecteur de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; pourra regretter un chouia que l’Imaginaire n’occupe pas la première place dans ces récits, il y trouvera sans peine son content de nouvelles attrayantes dans d’autres registres plus ou moins proches.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques mois plus tôt, la BNF, dans sa collection des «&amp;nbsp;Orpailleurs&amp;nbsp;», avait publié un autre ouvrage de Maurice Renard – un roman, cette fois, &lt;strong&gt;Le Maître de la lumière&lt;/strong&gt;. Proposé en feuilleton en 1933, il est donc postérieur aux nouvelles de &lt;strong&gt;Celui qui n’a pas tué&lt;/strong&gt; . Cependant, le merveilleux scientifique y revient en force, tout en se mêlant de quantité d’autres genres&amp;nbsp;: là encore, le récit sentimental et le policier ont une importance majeure, mais Maurice Renard y ajoute une dose non négligeable de roman historique, et s’autorise même un détour via les aventures maritimes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout commence avec une histoire d’amours impossibles, très &lt;strong&gt;Roméo et Juliette&lt;/strong&gt;, mais avec des Corses&amp;nbsp;: les amoureux sont issus de clans qui se livrent une impitoyable vendetta depuis un siècle en raison d’un assassinat qui rend toute réconciliation impensable. Or, notre héros fait la découverte d’un étrange matériau, la «&amp;nbsp; &lt;em&gt;luminite&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», qui «&amp;nbsp;&lt;em&gt;ralentit&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» la lumière&amp;nbsp;: les images que l’on voit à travers proviennent ainsi du passé, à la manière du spectacle des étoiles. De fait, ce que l’on voit ainsi pourrait peut-être éclairer l’assassinat qui s’est produit en 1835… au jour et à l’endroit mêmes de l’attentat de Fieschi (encore un Corse).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’idée relevant du merveilleux scientifique est bonne, et méticuleusement explorée. Cette trouvaille produit une double enquête, à la fois policière – très astucieuse, pour le coup – et historique, avec la «&amp;nbsp;machine infernale&amp;nbsp;» à l’arrière-plan. Les genres se conjuguent très bien, et la romance qui les sous-tend de même (passé les tout premiers chapitres, elle ne phagocyte pas excessivement le récit). À ceci près que &lt;strong&gt;Le Maître de la lumière&lt;/strong&gt; s’avère à nouveau une impensable collection de coïncidences – c’est plus sensible encore que dans &lt;strong&gt;Celui qui n’a pas tué&lt;/strong&gt; du fait de l’unité (malgré tout&amp;nbsp;!) du récit. Par chance, là encore l’auteur sait inciter le lecteur à jouer le jeu, et, si l’on excepte un antépénultième &lt;em&gt;deus ex machina&lt;/em&gt; bien falot qui ne devait pas davantage convaincre en 1933 qu’aujourd’hui, l’ensemble, même un brin trop bavard, se montre aussi charmant que palpitant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bienvenues, ces deux publications illustrent, dans des registres divers, le talent multiforme de Maurice Renard. Elles ne constituent sans doute pas le pinacle de sa carrière, mais qu’importe&amp;nbsp;: elles sont tout à fait séduisantes.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme Lazarus</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/12/11/L-comme-Lazarus" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Lazarus" />
      <id>urn:md5:e80fdd8cd6bec9f25e1850e6bdb0dabc</id>
      <published>2019-12-11T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2019-12-11T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Lazarus&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;L'Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt; de Walter S. Tevis et son adaptation cinématographique par Nicolas Roeg, &lt;strong&gt;L'Homme qui venait d'ailleurs&lt;/strong&gt;, il est temps de s'intéresser à la suite que David Bowie a imaginé au parcours tragique de Thomas Jérôme Newton&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Lazarus&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;musical&lt;/em&gt; porté par les chansons du Thin White Duke, mis en scène peu avant le décès d'icelui et où la figure de l'éphèbe impudent est remplacée par celle de l'individu revenu des mort…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Lazarus, Original New York Cast, David Bowie et Enda Walsh (Columbia, 2016). 20 chansons, 70 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Look up here, I'm in heaven&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quel regard rétrospectif porter sur sa propre œuvre&amp;nbsp;? Ici, musicale. On peut imaginer que c’est une pensée qui a pu traverser l’esprit de David Bowie à plus d’une reprise, dont la discographie comprend autant de best-ofs que d’albums studios – une discographie exemplaire qui a traversé les styles (folk hippie, glam rock, rock, soul, proto new wave, rock, jungle…), s’est montrée novatrice dans un premier temps, moins dans un second. La question admet une variété de réponses. La plus évidente est celle du best-of, qui souvent possède une approche historique (souvent axée sur les titres les plus populaires), possiblement anti-chronologique (c’est le cas de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.discogs.com/David-Bowie-Nothing-Has-Changed/release/6310495&quot;&gt;Nothing Has Changed&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; en 2014, qui, de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sue (Or In A Season of Crime)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Liza Jane&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; va à rebrousse-temps), parfois centrée sur les curiosités et les titres rares (tel le coffret &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.discogs.com/David-Bowie-Sound-Vision/master/51438&quot;&gt;Sound + Vision&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;), parfois d’après la volonté de l’artiste (&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.discogs.com/David-Bowie-iSelect/master/54342&quot;&gt;iSelect&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, où Bowie compile ses chansons favorites). Une autre approche est celle du live, qui permet d’unifier les chansons provenant de différentes époques sous une même instrumentation – même si le live sert souvent à défendre un nouvel album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a la possibilité d’essayer de former un récit avec les chansons en question. Certes, une chanson raconte une histoire, formellement ou non, et un album raconte &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; une histoire, de la manière la plus évidente (un album-concept, comme &lt;em&gt;Ziggy Stardust&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Diamond Dogs&lt;/em&gt;) ou moins évidente (tous les autres). Avec &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt;, David Bowie s’est essayé à raconter une histoire à partir de chansons éparpillées sur près de quarante-cinq ans de carrière… et cela, sous nulle autre forme que celle d’une comédie musicale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bowie s’était déjà essayé à la comédie musicale dès les années 70, avec &lt;em&gt;Diamond Dogs&lt;/em&gt; (1974), album issu de sa tentative avortée de faire un musical de &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; de George Orwell. Par la suite, l’artiste l’avait reconnu&amp;nbsp;: écrire un musical de bout en bout n’était pas son truc et, en un sens, l’échec de &lt;em&gt;1984, the musical&lt;/em&gt; n’est pas un regret. Lors de la tournée Diamond Dogs, le chanteur s’agacera de plus en plus de l’imposant matériel scénique, qu’il finira par délaisser. Musicalement, il glissera peu à peu dans son spectacle les chansons de son album suivant,&lt;em&gt;Young Americans&lt;/em&gt; (1975) – adieu le rock à guitares de&lt;em&gt;Diamond Dogs&lt;/em&gt;, bienvenue à la «&amp;nbsp;blue eyed soul&amp;nbsp;». À &lt;em&gt;Young Americans&lt;/em&gt; succèdent deux choses d’importance pour Bowie&amp;nbsp;: le tournage de &lt;em&gt;L’Homme qui venait d’ailleurs&lt;/em&gt; de Nicolas Roeg, d’après le roman &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/post/2019/11/26/H-comme-L-Homme-tombe-du-ciel&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Walter S. Tevis, et la sortie en 1976 de l’album &lt;em&gt;Station to Sation&lt;/em&gt; (illustré, tout comme le disque suivant, &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt; [1977], par une photo de tournage).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-lp.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-lp.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-lp_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;strong&gt;Rebel Rebel: All the Songs of David Bowie from '64 to '76&lt;/strong&gt;, le blogueur Chris O’Leary considère que l’album &lt;em&gt;Station to Station&lt;/em&gt; de 1976 constitue le sommet artistique de David Bowie, un sommet qu’il n’atteindra jamais plus. Pile quarante ans plus tard, ★ en représentait une contrepartie funèbre, fonctionnant sur la même structure (une chanson-titre complètement barrée, et cinq autres titres très solides, aux ambiances variées) et atteignant les mêmes sommets (ou pas loin). Quel dommage que ★ soit aussi devenu le point final de la discographie bowiesque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à &lt;em&gt;L’Homme qui venait d’ailleurs&lt;/em&gt;, il s’agit sûrement du film ayant offert à Bowie son rôle le plus signifiant. Pas qu’il soit mauvais en vampire dans &lt;em&gt;Les Prédateurs&lt;/em&gt;, en Nikola Tesla dans &lt;em&gt;Le Prestige&lt;/em&gt; (ou en arbitre du bon goût dans &lt;em&gt;Zoolander&lt;/em&gt;) (pas de commentaire sur &lt;em&gt;Labyrinth&lt;/em&gt;)… mais le film de Nicolas Roeg impose la présence alien de celui qui fut l’extaterrestre Ziggy Stardust. Imparfait (à mes yeux du moins), le film tient grâce à la présence éthérée et légèrement décalée de Bowie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Revenons aux années 2010.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;By the time I got to New York&lt;br /&gt;
I was living like a king&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans la foulée de son précédent album, &lt;em&gt;The Next Day&lt;/em&gt; (alias l’album du Come-Back Le Plus Inespéré Qui Soit de 2013), Bowie caresse l’idée d’une comédie musicale&amp;nbsp;: une suite à &lt;strong&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt;. Projet curieux s’il en est, et même plutôt casse-gueule, mais si Walter Tevis est décédé en 1984, Bowie semble bien l’une des rares personnes habilitées à pouvoir y apporter une suite.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-cover-fr.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le chanteur travaille avec Henry Hey pour la direction musicale de ce projet de &lt;em&gt;musical&lt;/em&gt;. La contrainte&amp;nbsp;: peu ou pas de matériel inédit. Alternant entre tubes inoxydables et titres plus confidentiels, les dix-huit chansons proviennent de différents moments de la carrière artistique de Bowie, de &lt;em&gt;The Man Who Sold the World&lt;/em&gt; (1970) jusqu’à ★ (2016), album encore inédit. Trois chansons sont quand même écrites spécialement pour l’occasion, et atterriront sur l’EP &lt;em&gt;No Plan&lt;/em&gt; en 2017. À cela, il faut y rajouter &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hello Mary-Lou&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; en introduction, standard pop que l’on entend dans &lt;em&gt;L&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Homme qui venait d’ailleurs&lt;/em&gt;. Quant au script, il est co-signé par le chanteur et le dramaturge irlandais Enda Walsh. Au cours de l’année 2015, alors que le musical prend forme, Bowie commence les sessions d’enregistrement de ★. La productrice Zelda Perkins évoque la production du musical &lt;a href=&quot;https://www.theneweuropean.co.uk/top-stories/david-bowies-final-bow-1-6399219&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-imprononcables2-blackstar-cd.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-imprononcables2-blackstar-cd.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-imprononcables2-blackstar-cd_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première de &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt; a lieu le 7 novembre 2015 au New York Theatre Workshop, en off-Broadway (c’est-à-dire dans des salles new-yorkaises de moins de 500 places) ; David Bowie est présent dans l’assistance ; il s’agit d’ailleurs de sa dernière apparition publique. ★ sort le 8 janvier 2016 et le chanteur a le mauvais goût de décéder deux jours plus tard. À ce moment-là, difficile d'interpréter autrement que &lt;em&gt;annonciateur&lt;/em&gt; le funèbre clip de la chanson &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=y-JqH1M4Ya8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Lazarus&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, tout juste paru — une épitaphe que pas grand-monde n'a voulu voir comme tel.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Look up here, man, I'm in danger&lt;br /&gt;
I've got nothing left to lose&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et donc, après cette longue introduction, de quoi &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt; parle&amp;nbsp;? Le triste rédacteur de ces lignes n’ayant pas le bonheur d’assister à une représentation du musical, les paragraphes suivants relèvent d’une certaine forme de conjecture, basée sur l’écoute des chansons et la lecture de comptes-rendu affirmant, pour la plupart, que l'intrigue était moyennement compréhensible. Lorsque &lt;em&gt;L’Homme qui venait d’ailleurs&lt;/em&gt; se termine, Thomas Jerôme Newton carbure au gin quelque part aux USA et, selon toute vraisemblance, sa famille sur Anthéa est morte de soif. Ambiance…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-l-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-l-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-l-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Newton (Michael C. Hall) se réveille dans une chambre d’hôtel au confort spartiate – un lit, un frigo rempli de bouteilles de gin, une platine vinyle. Mary-Lou a depuis longtemps disparu mais Newton n’arrive pas à passer outre son absente, et son assistante Elly (Cristin Milioti) tente en vain de la remplacer, de devenir Mary-Lou même. Afin de compliquer les choses, Newton a des visions d’une jeune femme angélique (Sophia Anne Caruso), qui promet à l’extraterrestre de le ramener vers sa planète natale. Oh, et puis il y a Valentine (Michael Esper), le vilain de l’histoire qui, d’après le compte-rendu de &lt;a href=&quot;http://https/www.rollingstone.com/culture/culture-news/david-bowies-lazarus-is-surrealistic-tour-de-force-59085/&quot;&gt; &lt;em&gt;Rollling Stones&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, «&amp;nbsp;amène le récit vers une conclusion inattendue&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté mise en scène, les photos laissent entrevoir quelque chose mais pas dénué d’effets : la musique est (pour l’essentiel) jouée live, les musiciens se trouvant en fond de scène, derrière une fenêtre. Une caméra au plafond permet de projeter des vues aériennes de la scène sur un paroi-écran, avec des jeux d’éclairage.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-l-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-l-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-l-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Du côté des chansons, il se dégage également une cohérence narrative, qui se base peut-être moins sur le contenu précis des paroles que ce que les titres convoient. L’élégiaque &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Lazarus&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; introduit le protagoniste — c'est là une superbe chanson, quoique passablement déprimante, sur la mortalité. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;It’s No Game (Pt. 1)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, titre énervé s’il en est, et l’atmosphérique &lt;em&gt;«&amp;nbsp;This Is Not America&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; brossent un état des lieux pas très reluisant. Le personnage de la fille angélique se lamente&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;No Plan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Des &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Changes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; s’imposent pour Elly tandis que Newton s’interroge&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Where Are We Now?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (alias la chanson ayant annoncé le Come-Back Le Plus Inespéré Qui Soit de 2013). Les titres interprétés par Michael Esper posent son personnage&amp;nbsp;:&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Love Is Lost&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dirty Boys&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Valentine’s Day&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; où s’affirme sa nature de dangereux psychopathe (pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Valentine’s Day&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, oui, &lt;a href=&quot;https://genius.com/David-bowie-valentines-day-lyrics&quot;&gt;les paroles&lt;/a&gt; sont révélatrices). Pas sûr que les choses se déroulent au mieux pour Elly&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Always Crashing In The Same Car&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. La fille angélique et Newton concluent &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt; en duo avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;&quot;Heroes&quot;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/hqT2hu3WrrA&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À New York ou à Londres, les critiques se sont montrées mitigées. Le &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.hollywoodreporter.com/review/david-bowies-lazarus-theater-review-846538&quot;&gt;Hollywood Reporter&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; loue la performance de Michael C. Hall et conclut par ces mots&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Whether or not the outre folly of &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt; pays off is wide open to debate, but this may well be the nearest thing to a Bowie musical that any of us could have hoped for. At the very least, it's unlike anything else out there and it's certainly not banal.&amp;nbsp;» Le &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.nytimes.com/2015/12/08/theater/review-david-bowie-songs-and-a-familiar-alien-in-lazarus.html&quot;&gt;New York Times&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, de façon similaire, encense Hall et les chansons mais regrette que les séquences parlées soient planplan.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-l-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-l-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-l-img04_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans le &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.theguardian.com/stage/2016/nov/08/lazarus-review-david-bowie-kings-cross-theatre-michael-c-hall&quot;&gt;Guardian&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, Michael Billington écrit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The ingredients are all there, but do they add up to a memorable show? Yes and no.&amp;nbsp;» ; Paul Taylor de l'&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.independent.co.uk/arts-entertainment/theatre-dance/reviews/lazarus-david-bowie-enda-walsh-review-michael-c-hall-blackstar-a7404331.html&quot;&gt;Independent&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; est plus enthousiaste&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The piece lasts, without interval, for one hour and fifty minutes.&amp;nbsp;I sat rapt throughout.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-l-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-l-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-l-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Je ne suis jamais grand-fan des reprises, encore moins des &lt;em&gt;tribute albums&lt;/em&gt;, mais on tient ici un cas des plus particuliers… et le disque &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt; permet de constater que le casting s’acquitte remarquablement bien de la tâche. Le chant s’avère plus que correct, en particulier pour Michael C. Hall à qui échoit la partition dévolue autrefois à Bowie… et qui s’en sort sans déshonneur&amp;nbsp;; si l’instrumentation reste dans l’ensemble fidèle aux morceaux originaux, elle se permet quelques intéressantes déviations.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-l-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-l-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-l-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si la tragique figure d’Icare domine le roman de Tevis et le film de Roeg, on change de domaine religieux/mythologique avec ce &lt;em&gt;musical&lt;/em&gt;. C’est donc l’homme revenu des morts qui donne tout son sens à cette suite, et je ne peux qu’imaginer qu’il est question de résurrection, métaphorique ou non, dans l'intrigue de &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt;. Un peu d’ironie de la part de Bowie&amp;nbsp;? Une manière de s'assurer une forme d'immortalité&amp;nbsp;? On remarquera que la pochette du disque altère le remplissage des lettres composant Lazarus&amp;nbsp;: un nom que l’on peut lire comme Lazar&lt;strong&gt;us&lt;/strong&gt;. Attention, conclusion cheesy en approche&amp;nbsp;: d’une certaine manière, Lazarus, c’est autant lui que nous.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;Ain't that just like me?&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’ici que le musical passe en France, il faut se contenter du CD&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: nope&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: forcément&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>K comme Kentucky Route Zero</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/12/06/K-comme-Kentucky-Route-Zero" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kentucky Route Zero" />
      <id>urn:md5:b5e5969060f25d8c3143c1a9ed0b01d2</id>
      <published>2019-12-06T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-12-06T16:13:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Kentucky Route Zero&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;S'aventurer sur la Route Zéro de l'État du Kentucky au risque de s'y perdre et d'y laisser un peu plus que son âme&amp;nbsp;? C'est ce que propose &lt;strong&gt;Kentucky Route Zero&lt;/strong&gt;, jeu en cinq actes (et dont le dernier se faire désirer). Entre absurde, réalisme magique et &lt;em&gt;Southern Gothic&lt;/em&gt;, cette aventure en point &amp;amp; click s'avère une expérience vidéoludique passablement troublante…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kentucky Route Zero, jeu créé par Jake Elliott et Tamas Kemenczy (Cardboard Computer, 2013-20??).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La fréquence des billets consacrés à des jeux vidéo au sein de ce désolant Abécédaire est claire&amp;nbsp;: on ne pourra guère me qualifier de gamer assidu. Heureusement, grâce aux conseils éclairés de ma chère et tendre épouse, il m’arrive parfois de jouer à de véritables perles indépendantes (&lt;a href=&quot;http://https:/blog.belial.fr/post/2015/12/22/Y-comme-Year-Walk&quot;&gt;&lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://https:/blog.belial.fr/post/2017/03/24/W-comme-The-Wolf-Among-Us&quot;&gt; &lt;em&gt;The Wolf Among Us&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;)… et &lt;em&gt;Kentucky Route Zero&lt;/em&gt; s’est révélé de cette eau.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-titre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-k-titre_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Kentucky Route Zero&lt;/em&gt; est un jeu &lt;em&gt;assez&lt;/em&gt; bizarre. Non, très bizarre. Sur la forme, il se divise en cinq actes, chacun paru indépendamment au fil du temps (les deux premiers sont sortis en 2013, les suivants en 2014 et 2016, on attend toujours le cinquième). Sur le principe, il tient du point &amp;amp; click, pour déplacer le protagoniste et interagir avec les objets et les autres personnages, ou mouvoir son camion sur la carte… mais l'essentiel du jeu consiste en monologues, dialogues et informations. L'aspect graphique est particulier, avec une approche minimaliste et géométrique, volontiers anguleuse. Amateurs d’action, d’adresse, d’adrénaline ou même d’énigmes, passez votre chemin&amp;nbsp;: comme le dirait Mark Z. Danielewski, ceci n’est pas pour vous. Bon, annoncé de cette façon, ce jeu n'a pas l'air sexy, mais &lt;em&gt;Kentucky Route Zero&lt;/em&gt; tire son épingle… du jeu, justement, par son atmosphère unique, qui n'est pas sans rappeler David Lynch, à la fois pour&lt;em&gt;Lost Highway&lt;/em&gt; en raison de la bizarrerie des choses, et pour &lt;em&gt;Une histoire vraie&lt;/em&gt;, pour l'aspect naturaliste.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-k-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Bienvenue à Equus Oils…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’histoire de &lt;em&gt;Kentucky Route Zero&lt;/em&gt; commence pourtant de façon toute simple, à Equus Oils, station essence surplombée par une immense tête de cheval. C’est là qu’on rencontre notre protagoniste&amp;nbsp;: Conway. Et un vieux chien, qui va l’accompagner. Livreur, Conway bosse pour la boutique d'antiquités de Lysette. Un soir, le voilà à effectuer une livraison — probablement la dernière, vu l'état de son camion (déplorable, c’est une poubelle avec des roues) et l'état des affaires de Lysette (pas florissant, loin s’en faut). L'adresse de livraison implique de passer par la Route Zero du Kentucky… mais toutes les personnes que Conway va croiser sur son chemin ne sait vraiment où se situe cette route.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-k-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bientôt, Conway va rencontrer Shannon Marquez, à la recherche de sa fantasque sœur Weaver. Et puis il y Ezra, ce gamin turbulent que Shannon et Conway vont croiser au cours de leur étonnant périple. Et qui dit périple dit&amp;nbsp;: carte&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus haut, j’ai qualifié le jeu de point and click&amp;nbsp;: c’est le cas pour l’essentiel du jeu, mais certaines séquences se déroulent sur des cartes. Dans l’acte I, il s’agit d’une carte de ce coin du Kentucky&amp;nbsp;; le camion de Conway est symbolisé par une roue, qu’il s’agit de déplacer sur les routes afin d’atteindre les endroits désirés, voire d’autres lieux (certains ne sont pas visitables sous autre forme qu’une série d’informations textuelles).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-k-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Bienvenue à Equus Oils…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l’acte II, la carte mute&amp;nbsp;: on s'y déplace le long d'une route qui ressemble à une fonction d'onde, les embranchements étant signalés par la présence d’objets et les instructions consistant donc en informations du genre «&amp;nbsp;roulez en sens horaire après le compas puis faites demi-tour au niveau de la bouteille&amp;nbsp;». Ne plus surplomber la carte mais se retrouver à naviguer dans ce tunnel ondulatoire, un véritable ruban de Möbius à la structure incertaine et à l’ambiance sonore inquiétante, s’avère une expérience pour le moins troublante. Dans l’acte IV, plus linéaire, on suit le flot d’une rivière&amp;nbsp;: à chaque halte du navire transportant nos protagonistes, le joueur a le choix entre rester à bord avec Ezra ou descendre à terre avec Shannon et Conway. Au joueur de décider quel personnage il veut approfondir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est peut-être l’un de ses rares défauts&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Kentucky Route Zero&lt;/em&gt; est bavard. Très bavard. Vraiment bavard. Les personnages passent leur temps à parler, sous la forme de bulles qu’il faut déplier, et le jeu s’en amuse parfois, tel ce barman intarissable dans l’acte III. Un défaut, vraiment&amp;nbsp;? Là où un jeu comme &lt;em&gt;The Wolf Among Us&lt;/em&gt; (et, grosso-modo, les autres productions du studio Telltale) proposait des choix de dialogues avec de réelles conséquences («&amp;nbsp;Untel se souviendra de ça.&amp;nbsp;»), KRZ n’est pas aussi catégorique… mais les choix sont définitifs. Si le joueur choisit d’appeler le chien Homer (ou Blue, ou sans nom) en début de jeu, le chien restera Homer (ou Blue, ou sans nom – j’ai opté pour Homer, cela me paraissait approprié)&amp;nbsp;; il en va de même pour le reste&amp;nbsp;: tout le background des personnages se définit au fur et à mesure du choix du joueur dans les dialogues, et c’est d’autant plus pervers que cela semble anodin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-k-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Kentucky Route Zero&lt;/em&gt;, l'intérêt se situe moins dans l'exploration et la recherches d'indices que l'histoire et l'ambiance, avec des à-côtés inattendus. Lors d’un passage de l'acte I, la caméra dézoome, s'éloigne des personnages, pour laisser apparaître dans la pénombre du premier plan un groupe en train de jouer une chanson folk aux accents passablement hantés – et la musique tient une place importante dans ce jeu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ZNYZPViYYUk&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si cet acte I consiste en une mise en bouche intéressante, l'acte II enfonce le clou en matière de bizarrerie et de réalisme magique – on découvre les curiosités du coin avec les broches de l'office du Tourisme Secret, on arpente les étages du Bureau des Espaces Réclamés (il y a des ours au troisième étage mais tout va bien), on visite le Muséum des Habitations…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-k-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Au Musée des Habitations, on trouve, eh bien, des habitations.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le troisième acte s’avère plus long et tortueux que les deux précédents. Leur véhicule en panne, Conway et Shannon rencontrent deux musiciens, Johnny et Junebug – c'est l'occasion de se rendre à leur concert, l'un des moments les plus magiques de cet épisode.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ufAUonsYhVU&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’ensuit une excursion dans une montagne peuplée par une étrange communauté d'informaticiens reclus puis dans une distillerie spectrale. L'acte I commençait par une tête de cheval géante&amp;nbsp;; l'acte III se termine par un mammouth mécanique à l’échelle 1, ornant un ferry. L'acte IV quitte donc la route pour les flots de l'Echo River. Les escales sont l’occasion de rencontres curieuses – un centre de recherche secret, un central téléphonique et ses chauve-souris… Certains choix effectués par les personnages voient leurs conséquences arriver. Inéluctables. Et l’ambiance rêveuse de ce coin de Kentucky de se teinter d’une amertume indicible. La réalité de ce coin perdu des USA est légèrement distordue, et suscite autant l’admiration pour le caractère saugrenu de ces personnages et de ces lieux que le trouble.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-k-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Annoncé pour 2018, ou 2019, le conclusif acte V tarde à arriver, et la publication de quelques intermèdes vidéoludiques n’a pas vraiment réussi à atténuer l’impatience. En interview (il y a pas mal de temps déjà), les créateurs du jeu déclaraient&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The story's a tragedy, it's a tragic ending.&amp;nbsp;» Bon. Tout bien considéré, au bout du compte, après tout, finalement l’impatience se modère.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Couronné par de nombreux prix, &lt;em&gt;Kentucky Route Zero&lt;/em&gt; est une expérience ludique des plus étranges, l’une de celles qui marquent. Une fois qu’on emprunte cette route Zéro du Kentucky, où que celle-ci mène, on ne la quitte jamais vraiment. Quelque part, il y a toujours une part de vous-même qui continue d’arpenter cette route, espérant en trouver la sortie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un jeu hanté, vraiment.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-k-actV.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-k-actV.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Concept art pour l'acte V.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: sur Steam&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: à moins d’être allergique aux point and click&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: une fois qu’on emprunte la route Zero, on ne la quitte plus&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Johnny Mnemonic</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/12/03/J-comme-Johnny-Mnemonic" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Johnny Mnemonic" />
      <id>urn:md5:043a541bdeac855fce0ab884c155b1c3</id>
      <published>2019-12-04T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-12-06T16:08:33+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Johnny Mnemonic&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Verra-t-on un jour une adaptation cinématographique de &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt;, le roman culte de William Gibson&amp;nbsp;? Rien n'est moins sûr. En attendant, il est toujours possible de revoir les adaptations de ses nouvelles &lt;em&gt;Johnny Mnemonic&lt;/em&gt;, avec l'incroyable Keanu Reeves, et &lt;em&gt;New Rose Hotel&lt;/em&gt;, sans Keanu Reeves. Deux œuvres au charme et à l'intérêt discutables, qui questionnent la pertinence d'adapter le pape du cyberpunk sur grand écran…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Johnny Mnemonic, Robert Longo (1995). Couleurs, 96 minutes.&lt;br /&gt;
New Rose Hotel, Abel Ferrara (1998). Couleurs, 93 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La scène a lieu au détour d’un épisode de &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/post/2018/09/18/W-comme-Wild-Palms&quot;&gt; &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, cette mini-série injustement oubliée des années 90. L’action se déroule en 2007 et un politicien vient de faire la démonstration d’un procédé révolutionnaire de réalité virtuelle. Alors que le personnage principal, interprété par Jim Belushi, se prépare à quitter un cocktail faisant suite à la démonstration, son amie (Kim Cattral) veut lui présenter quelqu’un. Elle tapote l’épaule d’un homme dégingandé, plutôt échevelé et un brin ahuri, qui se retourne&amp;nbsp;: c’est William Gibson, dans son propre rôle. Les liens entre l’écran, qu’il soit grand ou petit, et l’écrivain sont probablement les plus étroits et les plus réussis dans &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; que partout ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Salut, Bill…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Revenons en arrière, si vous le voulez bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1977, William Gibson donne le véritable coup d’envoi de sa carrière littéraire avec la nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Fragments de rose en hologramme&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Suit, en 1981, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Johnny Mnemonic&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, puis &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gravé sur Chrome&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; l’année suivante. Fameuse année 1982&amp;nbsp;: Ridley Scott sort &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; en juin&amp;nbsp;; Steven Libserger sort Tron en juillet&amp;nbsp;; au Japon, Katsuhiro Otomo commence en décembre la prépublication d’&lt;em&gt;Akira&lt;/em&gt;. L’essence du cyberpunk est là, en cette année cruciale. Concaténant &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Johnny Mnémonic&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gravé sur Chrome&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, Gibson publie &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; en 1984. Alors que le genre a imposé sa marque au cinéma, la question se pose&amp;nbsp;: pourquoi &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; n’a-t-il jamais été porté à l’écran&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les choses ne partaient pourtant pas si mal pour William Gibson. Sachant que l’industrie cinématographique est généralement à la ramasse de quelques années quand il s’agit de flairer les auteurs à adapter, Gibson a pu s’estimer heureux que deux de ses nouvelles soient portées à l’écran dans les années 90.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-poster1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Las&amp;nbsp;! &lt;em&gt;Johnny Mnemonic&lt;/em&gt; représente une première tentative ratée d’adaptation… Si le scénario est signé William Gibson himself, le film est réalisé par Robert Longo, un artiste américain s’étant spécialisé dans la peinture et la sculpture, et dont les précédentes tentatives cinématographiques s’étaient limitées à des vidéoclips (pour des artistes aussi variés que REM, Megadeth ou New Order) et à un épisode des &lt;em&gt;Contes de la Crypte&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le matériau original avait (a toujours) du potentiel, qui ne demandait qu’à être déployé. Néanmoins, pas grand-chose ne va dans &lt;em&gt;Johnny Mnemonic&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;J’en ai marre&amp;nbsp;! Marre de toi, et de tout Ie reste&amp;nbsp;! Je veux un service à domiciIe&amp;nbsp;! Je veux un cIub-sandwich, et une bonne bière fraîche&amp;nbsp;! Je veux une pute à 10 000 $ Ia nuit&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est sûrement le meilleur moment du film&amp;nbsp;: cette scène improvisée où Johnny (Keanu Reeves) pète un boulon. Pour le reste… Dans le rôle titre, Keanu Reeves reste toujours légèrement à côté de la plaque. Certes, l’acteur préféré de notre collaborateur Thomas Day est souvent la cible de reproche pour un jeu que d’aucuns qualifient de limité. Ici, Keanu n’est pas aidé par l’écriture de son personnage, rien de plus qu’une coquille vide&amp;nbsp;: Johnny n’a pas de véritable nom de famille, et a troqué ses souvenirs d’enfance pour une plus grande capacité mémoire, souvenirs qu’il cherche à retrouver.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-connexion.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-connexion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-connexion_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Là, Keanu n'est pas en forme.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’impavide Canadien trouvera meilleure manière de (ne pas) s’exprimer dans &lt;em&gt;Matrix&lt;/em&gt;, cinq ans plus tard – œuvre culte s’il en est. Mais bon, c’est Keanu Reeves, et ni Thomas Day ni l’auteur de ces navrantes lignes n’ont attendu le récent retour en grâce de l’interprète de Néo pour l’apprécier à sa juste valeur. Team Keanu, quoi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-molly.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-molly.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-molly_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Molly.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour une stupide histoire de droits, Molly Millions, bad-ass girl avec ses doigts-lames et ses yeux miroirs, est absente du film. Au lieu de quoi, on récupère son ersatz&amp;nbsp;: Jane, incarnée par une Dina Meyer transparente qui délaisse assez vite toute badasserie pour se contenter d’être un faire-valoir sexy. Dommage. Le reste du casting nous fait voir Ice-T en clochard lotek chevelus, Takeshi Kitano en grand méchant-pas-si-méchant et Dolph Lundgren en méchant méchant, pour sa dernière apparition sur grand écran.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’imagerie de &lt;em&gt;Johnny Mnemonic&lt;/em&gt; se fait tour à tour vaguement prophétique ou complètement à côté de la plaque. Avec le recul, l’esthétique du film semble dater du futur tel qu’on l’envisageait dans les années 80. Quand &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/12/03/p&quot;&gt;Billy Idol&lt;/a&gt; s’empare du cyberpunk avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=lx2fZU5USus&quot;&gt;«&amp;nbsp;Shock to the System&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, on veut bien lui pardonner. Ici, c’est plus dur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-bridge.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-bridge.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-bridge_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;… même si l'intérieur du pont n'est pas si mal.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec ses blocs de données colorés, le cyberespace ressemble bien à l’idée que quelqu’un n’y connaissant rien peut s’en faire. Le casque de réalité virtuelle qu’enfile Johnny évoque bien ce qu’il se fait aujourd’hui (Oculus et compagnie), mais Gibson-scénariste oublie la numérisation des données, et c’est donc avec un magnétoscope que les gens sont invités à télécharger les données piratées. Rajout du film, le NAS (Nerve Attenuation Syndrome, maladie frappant la moitié du monde) s’avère causé par les ondes&amp;nbsp;: voilà qui préfigure l’hypersensibilité aux ondes (mais Robert A. Heinlein l’avait déjà envisagé dans &lt;strong&gt;Waldo&lt;/strong&gt;). Du texte défilant en introduction jusqu’aux écrans ressassant des informations déjà connues des personnages, la divulgation des informations reste trop souvent maladroite. Enfin, l’esthétique est assez moche. Longo abuse des «&amp;nbsp;plans cassés&amp;nbsp;» pour tenter de dynamiser son film. Problème&amp;nbsp;: ça se voit et ça n’aide rien.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-cyberspace.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-cyberspace.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-cyberspace_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Oui, bon, la RV n'était pas encore ce qu'elle est…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;em&gt;Johnny Mnemonic&lt;/em&gt; se traîne une mauvaise réputation et ce n’est pas sans raisons. Le film de Robert Longo n’apporte rien esthétiquement, et s’avère aujourd’hui un document d’époque sur ce qu’aurait pu être le cyberpunk. À réserver aux aficionados de Keanu. (Ça tombe bien.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Trois ans après le désastre artistique et financier de &lt;em&gt;Johnny Mnemonic&lt;/em&gt;, une autre nouvelle de Gibson est portée à l’écran par le réalisateur américain Abel Ferrara&amp;nbsp;: &lt;em&gt;New Rose Hotel&lt;/em&gt;. Le casting y est alléchant&amp;nbsp;: Christopher Walken, Willem Dafoe et Asia Argento dans les rôles principaux. Contrairement à Robert Longo, Ferrara se montre léger dans son approche du cyberpunk&amp;nbsp;: quelques plans lointains de métropoles industrielles, écrans rares. De fait, l’essentiel du film se consacre au triangle formé par Fox (Walken), X (Defoe) et Sandii (Argento).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-x.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-x.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-x_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;X.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-fox.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-fox.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-fox_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Fox.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-sandii.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-sandii.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-sandii_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Sandii.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;New Rose Hotel&lt;/em&gt;, l’atmosphère est lancinante, l’action rare et l’intrigue diffuse. Le film fait illusion dans sa première demi-heure, prend son temps dans la deuxième, et perd tout rythme dans la dernière — qui correspond en réalité à la nouvelle de William Gibson. X se contente de se réfugier dans ses souvenirs, et Abel Ferrara de nous resservir les mêmes scènes vues précédemment, parfois dans une version plus longue – on louvoie souvent du côté d’un érotisme soft plutôt gratuit. Cette impression de ressassement, qui fonctionnait dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hôtel New Rose&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, perd ici tout sens. Pour un peu, on en viendrait à penser que les deux seuls atouts de ce film sont les seins d’Asia Argento, dévêtue plus souvent qu’à son tour.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-j-hotel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-j-hotel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-j-hotel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Évidemment, cette chambre d'hôtel est vachement plus triste sans Sandii.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Perclus de défauts, &lt;em&gt;Johnny Mnemonic&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;New Rose Hotel &lt;/em&gt; sont, chacun à leur manière, deux ratages. Les films cyberpunk ne sont pas à chercher du côté de chez Gibson&amp;nbsp;: Ridley Scott et son équipe ont imposé avec &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; une vision d’un futur dystopique que personne ne semble avoir dépassée. Et en 1999&amp;nbsp;: boum, les frères Wachowski ont balancé &lt;em&gt;Matrix&lt;/em&gt;, film habile mélangeant réalité virtuelle et hackeurs dans un contexte post-apo, le tout avec des scènes de combat inédites jusqu’alors. Et puis Keanu. Cela, sans oublier des films comme &lt;em&gt;Pass&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é virtuel&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Strange Days&lt;/em&gt;, développant eux aussi les thématiques du cyberpunk. Mais sans Keanu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De temps à autre, façon serpent de mer, l’idée d’une adaptation de &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; au cinéma refait surface. Sur l’Imdb, la fiche du film indique «&amp;nbsp;en développement&amp;nbsp;» depuis longtemps. Parmi les réalisateurs attachés au projet, le nom de Vincenzo Natali est apparu au début de la décennie 2010. Peut-être que le réalisateur de &lt;em&gt;Cube&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Cypher&lt;/em&gt; aurait pu apporter une vision. Reste que ses derniers films n’ont pas vraiment convaincus et que le réalisateur tourne désormais surtout des épisodes de séries ces temps-ci.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, adapter &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; a-t-il encore un sens&amp;nbsp;? Le roman de William Gibson a marqué son époque mais, trente-cinq ans après sa sortie, a-t-il encore sa pertinence&amp;nbsp;? L’informatique personnelle a bouleversé nos quotidiens d’une façon que Gibson n’avait pas prévue&amp;nbsp;; la figure du hacker a perdu de son charme&amp;nbsp;; la modernité tranchante semble avoir délaissée le Japon… À moins d’opter pour une vision rétrofuturiste (et donc non-pertinente vis-à-vis de l’avenir, terrain de jeu préféré de la SF), une adaptation fidèle du premier roman de l’auteur est en toute probabilité vouée à l’échec. Mieux vaut laisser le roman là où il est, sur les étagères des bibliothèques…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après ces deux aventures cinématographiques, Gibson s’est essayé à la télévision, en co-signant avec son camarade Tom Maddox deux scénarios pour &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le premier, &lt;em&gt;Clic mortel&lt;/em&gt; (S05E11, 1998), est une histoire d’IA à peu près correcte (même si la série de Chris Carter n’a jamais brillé dès qu’elle s’intéressait de près à la technologie)&amp;nbsp;; le second, &lt;em&gt;Maitreya&lt;/em&gt; (S07E13), s’avère un ratage vraiment embarrassant. Bref. Autant revoir &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt;. Et attendre l'adaptation de son dernier roman en date, &lt;strong&gt;Périphériques&lt;/strong&gt;, chez Amazon Prime&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: à leur manière&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: à leur manière aussi&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 88 - Rafael Pinedo - Saad Z. Hossain - Jack Vance</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/12/02/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-88" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 88 - Rafael Pinedo - Saad Z. Hossain - Jack Vance" />
      <id>urn:md5:182211b8bf38bd3d10c54eae41a4474e</id>
      <published>2019-12-02T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:10:13+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi88-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi88-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le lectorat, excédé, s'est plaint&amp;nbsp;: on ne parle jamais de livres de poche dans ce navrant podcast spatial. Qu'à cela ne tienne&amp;nbsp;! Dans cette quatre-vingt-huitième livraison de la Bibliothèque orbitale, Philippe Boulier nous entretient du féroce &lt;strong&gt;Plop&lt;/strong&gt; de Rafael Pinedo et du trépidant &lt;strong&gt;Bagdad, la grande évasion&amp;nbsp;!&lt;/strong&gt; de Saad Z. Hossain, l'un et l'autre chez Folio&amp;nbsp;SF, et de &lt;strong&gt;Magnus Ridolph&lt;/strong&gt;, classique mineur signé Jack Vance et réédite en Mnémos/Hélios.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi88-livres.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/.bo-epi88-livres_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical&amp;nbsp;: Man or Astro-Man? - &lt;em&gt;Project Infinity&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1. Transmissions from Venus&lt;br /&gt;
2. Special Agent Conrad Uno&lt;br /&gt;
3. Philip K. Dick in the pet section of a Wal-Mart&lt;br /&gt;
4. Escape Velocity&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi88-astroman.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi88-astroman.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_88.mp3" length="17890007" type="audio/mpeg3" />
      
          </entry>
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      <title>I comme Iceland</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/28/I-comme-Iceland" rel="alternate" type="text/html" title="I comme Iceland" />
      <id>urn:md5:282ace2df7b5fcc2e441805b9f91bc3c</id>
      <published>2019-11-28T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-11-28T11:51:42+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Geisterfaust&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avide de paysages glacés et de musique réfrigérante — c'est de saison —, l'Abécédaire tourne ses antennes vers &lt;strong&gt;Iceland&lt;/strong&gt;, un album signé par l'un des plus science-fictifs des musiciens français d'electro, Richard Pinhas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Iceland, Richard Pinhas (Polydor, 1980). 9 morceaux, 62 minutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous qui lisez ceci, abandonnez ici toute joie de vivre et toute espérance en l’existence d’une saison autre que l’hiver. &lt;a href=&quot;http://https:/blog.belial.fr/post/2019/11/22/G-comme-Geisterfaust&quot;&gt; &lt;em&gt;Geisterfaust&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Bohren &amp;amp; der Club of Gore avait montré la voie sous le mode automnal &amp;nbsp;; Iceland de Richard Pinhas enfonce le clou. Du musicien, on avait précédemment évoqué sur ce blog l’album &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/30/Dune-en-musique-Inspirations#pinhas&quot;&gt; &lt;em&gt;Chronolyse&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; – un titre rappelant Michel Jeury mais dont les morceaux évoquaient la saga «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» de Frank Herbert. Évidemment, parler de Richard Pinhas oblige à citer aussi Norman Spinrad et Maurice G. Dantec, et le bonhomme est sûrement l’un des musiciens francophones les plus science-fictifs qui soient.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je m'appelle Richard, mesure 1m82, yeux bleus. Passions: musique, philo, littérature, la &quot;femme&quot;. Je fais de la musique en &quot;professionnel&quot; depuis 44 ans. Une quarantaine d'albums ou CDs, des collaborations, j'ai écrit quelques livres et articles. En tournée surtout&amp;nbsp;: Usa, Japon et Europe. J'habite Paris dans le sixième… Politiquement&amp;nbsp;: libertaire. Ne vote pas, mais joue de la guitare tous les jours.&amp;nbsp;» (Pinhas, interviewé par &lt;a href=&quot;http://www.goutemesdisques.com/interviews/it/richard-pinhas/&quot;&gt; Goûte mes disques&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Reprenons. Né en 1951, Pinhas débute sa carrière musicale au début des années 70 – une période plutôt intéressante, qui voit l’essor populaire de la musique électronique, outre-Rhin avec Kraftwerk, Neu!, Tangerine Dream ou Klaus Schulze, et du côté des Anglo-Saxons avec Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle fuckin’ Eno. Le jeune Pinhas fonde un groupe, Blues Convention, avec un certain Klaus Basquiz… qui rejoindra vite un &lt;a href=&quot;http://https:/blog.belial.fr/post/2019/10/11/Kobaia&quot;&gt; p’tit groupe sympa qui monte, qui monte&lt;/a&gt;. Aussi amateur de musique que de philosophie, il suit les cours de Gilles Deleuze à la Sorbonne et soutient une thèse en 1973 dans ce dernier domaine, intitulée «&amp;nbsp;Le rapport entre la schizoanalyse et la science-fiction&amp;nbsp;». L’année suivante, il fonde Heldon, formation dont le nom provient de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/reve-de-fer&quot;&gt;Rêve de fer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Norman Spinrad. Les influences du groupe proviennent tout droit de Eno comme de Robert Fripp, le guitariste de King Crimson, et le premier album, &lt;em&gt;Électronique guérilla&lt;/em&gt;, donne le ton&amp;nbsp;: des synthés et des guitares. Mais surtout des synthés. Sans oublier de la SF et de la philo&amp;nbsp;: la face A se place sous le haut patronnage de William S. Burroughs tandis que la face B offre un remerciement spécial à Norman Spinrad, et Gilles Deleuze donne de la voix sur &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ouais, Marchais, mieux qu’en 68&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Vont suivre six autres albums, jusqu’en 1979 – &lt;em&gt;Stand-By&lt;/em&gt; venant signifier le temps de mettre Heldon en pause (Pinhas reformera le groupe en 2000 pour un disque, &lt;em&gt;Only Chaos Is Real&lt;/em&gt;). À peu près au moment où Heldon se prépare à entrer en sommeil, Richard Pinhas commence à publier des albums sous son propre nom. Le premier est &lt;em&gt;Chronolyse&lt;/em&gt;, le deuxième fait l’objet de ce navrant billet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-i-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-i-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La face A de &lt;em&gt;Iceland&lt;/em&gt; est essentiellement occupée par le morceau-titre, divisé en trois parties. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=QK7r1ukKOH8&quot;&gt;La première&lt;/a&gt;, la plus courte (67 secondes), consiste en une forme de fanfare glaciale – quelques notes jetées là, qui restent planer dans un air à température polaire. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ThefxHBxvtc&quot;&gt;Les dix minutes de la deuxième partie&lt;/a&gt;, on pourrait les comparer à un lent travelling avant sur les paysages de toundra de l’Islande. Une ambiance lancinante aux synthétiseurs, une rythmique répétitive… quelques chuchotis distordus apparaissent au bout d’un certain temps, se transforment en raclements quasi fantomatiques. Il flotte sur ce morceau un sentiment d’inexorabilité tragique. À vrai dire, plus que l’Islande, j’ai l’impression d’entendre une lente déambulation sur les terres incultes consécutives à un hiver nucléaire. Une musique très cinégénique. D'ailleurs, &lt;a href=&quot;http://https:/gonzai.com/richard-pinhas-interview-a-la-recherche-du-temps-perdu/&quot;&gt;interviewé par Gonzaï&lt;/a&gt;, Pinhas évoquait le présent disque (et le morceau-titre, j'imagine) en ces termes&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« À chaque fois qu’il y avait un accident, une illustration d’événement type éruption de volcan ou que sais-je encore, ils prenaient cet album.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mais ce n’est rien en regard de la troisième partie de ce morceau. Lors d’un précédent tour d’alphabet, votre serviteur se répandait en louanges sur &lt;em&gt;Tomorrow&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Harvest&lt;/em&gt; de Boards of Canada, un album à l’ambiance crépusculaire qui se terminait par une pièce instrumentale particulièrement glauque, &lt;a href=&quot;http://https:/www.youtube.com/watch?v=OiObUvxOXpA&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Semena Mertvykh&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; – les semences des morts. Déprimant et moribond. Sauf que les frères Sandison n’ont rien inventé, et ce morceau qui concluait de manière si mortifère &lt;a href=&quot;http://https:/blog.belial.fr/post/2017/08/10/T-comme-Tomorrow-s-Harvest&quot;&gt; &lt;em&gt;Tomorrow&amp;lt;’s Harvest&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, doit tout à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Iceland (Part 3)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; – morceau qui lui doit aussi doit beaucoup à l’incontournable Brian Eno, en particulier à sa collaboration avec David Bowie sur &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt;. Donc&amp;nbsp;: pas le Eno pianiste ou du genre à pousser la chansonnette, mais bien celui qui dessine des paysages sonores inquiets. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Iceland (Part 3)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; se compose d’amples nappes de synthétiseurs aux teintes vibrantes, des murmures angoissés, parfois rageurs, à l’arrière-plan sonore, et un ressenti de fin de monde encore plus flagrant. Ça tombe bien, c’est un peu le sentiment général que l’on a actuellement envers l’avenir. Ah, douces années 70 où l’on imaginait encore que le climat irait en se refroidissant ( &lt;a href=&quot;http://https:/www.belial.fr/blog/hier-les-oiseaux&quot;&gt; Kate Wilhelm, je pense à toi&lt;/a&gt;) (oui, un disque paru en 1980 appartient encore aux années 70&amp;nbsp;: la décennie 80 n’a commencé qu’en 81, tout comme le IIIe millénaire en 2001, on vous apprend quoi à l’école&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/lcwHdzUdl-s&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Last Kings of Thule&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; , dont le titre fait probablement référence au livre de Jean Malaurie &lt;strong&gt;Les Derniers Rois de Thulé&lt;/strong&gt;, consacré au peuple Inuit, se compose de deux parties. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=QDUGS1WgtxY&quot;&gt;La première&lt;/a&gt; s’intercale entre les parties II et III d’&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Iceland&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, et brise quelque peu l’ambiance&amp;nbsp;: une rythmique industrielle, une guitare lointaine au son distordu – on croirait entendre du Robert Fripp. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Wwlq0Rk1yXg&quot;&gt;La seconde partie&lt;/a&gt; reprend les choses là où la première les avait laissées, pour un résultat plus convaincant. Tant pis si ce morceau ne débouche pas sur grand-chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après une &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=F-eAdlts1Z0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Short Transition&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; effectivement brève (35 secondes) et rythmée, on arrive à la fin d’&lt;em&gt;Iceland&lt;/em&gt; avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Greenland&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, neuf minutes aériennes et apaisées se déployant sur une base de notes de guitare répétées, pour un résultat hypnotique. Après la désolation angoissante de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Iceland&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et l’âpreté de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Last Kings of Thule&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ns9zs75hilI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Greenland&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; fait figure de bouffée d’air. Passablement frais, l’air, mais ça fait du bien. Qu’on se le rappelle&amp;nbsp;: le Groenland a beau être recouvert d’un glacier, ceux qui l’ont nommé ainsi ont d’abord vu de la verdure sur ses côtes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les rééditions d’&lt;em&gt;Iceland&lt;/em&gt; ont vu l’ajout d’un morceau inédit, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2xVShYS8aKY&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Winter Music&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Longue de vingt-cinq minutes, cette pièce instrumentale convoque Fripp et Eno, pour un résultat lancinant et hypnotique, qui se déglace peu à peu. Le réchauffement climatique, je vous dis…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;em&gt;Iceland&lt;/em&gt;, Pinhas va publier de nombreux autres albums. Le suivant, &lt;em&gt;East/West&lt;/em&gt;, est notable pour son ambiance plus rock et pour sa pochette signée Druillet. Après &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Éthique&lt;/em&gt; en 1982, le musicien se fait plus discret et espace ses parutions. Au tournant du millénaire, il rencontre Maurice G. Dantec et travaille avec lui au sein de la formation Schizotrope&amp;nbsp;: résultat de cette collaboration, une petite poignée d’albums sous influence &lt;strong&gt;Racines du mal&lt;/strong&gt;/ &lt;strong&gt;Babylon Babies&lt;/strong&gt;. La décennie 2010 le voit multiplier les collaborations. Voilà qui mérite qu’on s’y intéresse dans de futurs billets.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant, écoutez &lt;em&gt;Iceland&lt;/em&gt;, c’est de saison.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>H comme L'Homme tombé du ciel</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/26/H-comme-L-Homme-tombe-du-ciel" rel="alternate" type="text/html" title="H comme L'Homme tombé du ciel" />
      <id>urn:md5:dd1d0f3c820368ce9e1d89cd2cc409f4</id>
      <published>2019-11-26T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-11-26T13:13:07+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'Homme tombé du ciel&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Viser la Lune, c'est bien… mais que se passe-t-il quand ce sont des choses ou des gens qui tombent du ciel&amp;nbsp;? C'est le cas de Thomas Jérôme Newton, émule involontaire d'Icare, dont l'écrivain américain Walter S. Tevis nous racontait le déchirant parcours dans &lt;strong&gt;L'Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt;. Treize ans après la parution originelle du roman, le cinéaste Nicolas Roeg en proposait sa vision dans &lt;strong&gt;L'Homme qui venait d'ailleurs&lt;/strong&gt;, avec nul autre que David Bowie dans le rôle-titre…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’homme tombé du ciel [The Man who fell to Earth], Walter Tevis, roman traduit de l’anglais [US] par Nicole Tisserand. Dernière édition&amp;nbsp;: Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Folio SF&amp;nbsp;» (2004 [1963 pour la VO]), 274 pages, traduction révisée par l’indispensable Pierre-Paul Durastanti.&lt;br /&gt;
L’homme qui venait d’ailleurs [The Man who fell to Earth], Nicolas Roeg (1976). 129 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans un précédent billet, on s’était intéressé à Walter Tevis et à son roman &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/index.php?post/2018/04/06/Q-comme-The-Queen-s-Gambit&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Jeu de la dame&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, qui retraçait de façon convaincante et attachante le parcours d’une jeune championne d’échecs. Mais s’il y a bien un roman pour lequel Tevis est connu et reconnu, c’est &lt;strong&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt;, adapté une première fois au cinéma par Nicholas Roeg avec David Bowie dans le rôle-titre, adapté une seconde fois pour la télévision sous le titre &lt;em&gt;Le Naufragé des étoiles &lt;/em&gt;mais sans David Bowie, et se voyant adjoindre une suite, &lt;em&gt;Lazarus&lt;/em&gt; – une comédie musicale, par nul autre que David Bowie, sur ses propres chansons — on y reviendra à la lettre L (forcément).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-cover-us.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-cover-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-cover-us_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru vingt ans avant &lt;strong&gt;Le Jeu de la dame&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt; nous retrace l’itinéraire de Thomas Jérôme Newton sur cette Terre qui est la nôtre. Arrivé de la planète Anthéa, après des années à étudier les civilisations humaines, il fait ses premiers pas du côté du Kentucky, estimant que les USA et leur esprit d’entreprise lui permettront de mieux mener à bien ses projets. Avec l’aide d’un spécialiste en brevets, Oliver Farnsworth, et de Betty-Jo, une femme un peu paumé et avec un penchant regrettable pour le gin, Newton va exploiter plusieurs inventions issues de son monde natal – de meilleures pellicules photo et cinéma, tout particulièrement, qui vont le rendre riche. Newton a besoin d’argent, de beaucoup d’argent… et le plus vite possible&amp;nbsp;: l’extraterrestre a pour mission de sauver son peuple, qui a épuisé toutes les ressources de son monde (Mars, Vénus, allez savoir). Et l’humanité semble prête à emprunter une voie similaire&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Croyez-nous, sommes sommes beaucoup plus avisés que vous ne pouvez le penser. Et nous croyons que, selon toute probabilité, votre monde ne sera qu’un monceau de débris atomiques dans moins de trente ans, si on vous laisse faire. (…) Pour vous dire la vérité, cela nous désole beaucoup de voir ce que vous êtes en train de faire d’une planète si belle et si fertile. Nous avons détruit la nôtre il y a longtemps, mais nous avions tellement moins de richesses que nous. (…) Est-ce que vous vous rendez-compte que vous n’allez pas seulement détruire votre civilisation, telle qu’elle est, et tuer la plupart des gens, mais que vous allez aussi empoisonner les poissons de vos rivières, les écureuils, les oiseaux, la terre elle-même, l’eau. Il y a des moments où vous nous apparaissez comme des singes en liberté dans un musée, en train de taillader les tableaux et de casser les statues avec des marteaux.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’un des collaborateurs de Newton, Bryce, s’interroge. Les agences de renseignement américaines aussi. Les humains laisseront-ils cet extraterrestre faire&amp;nbsp;? Surtout, Newton parviendra-t-il à surmonter à la fois la pesanteur terrienne et sa consommation immodérée de gin&amp;nbsp;? Comme le lecteur peut s’en douter, avec ce roman placé sous le signe d’Icare, la réponse a de forte probabilité d’être moins que positive.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-cover-fr.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Roman relativement bref, &lt;strong&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt; explore des thématiques que Tevis développera deux décennies plus tard dans &lt;strong&gt;Le Jeu de la dame&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: le génie incompris, en butte à un monde hostile, trouvant refuge dans des addictions. Une trajectoire qui préfigure celle de l’auteur&amp;nbsp;: après 1963, Tevis, rongé par l’alcoolisme, ne publiera qu’une poignée de nouvelles et ne reviendra à l’écriture qu’avec &lt;strong&gt;L’Oiseau d’Amérique&lt;/strong&gt; en 1980. Néanmoins, le parcours de Beth Harmon s’avérera plus heureux que celui de Thomas Jérôme Newton, qui terminera sur un échec cuisant et un renoncement personnel pas moins tragique pour ce qu’il implique envers les Anthéens. Roman d’un premier contact foiré autant que récit d’invasion alien ratée, &lt;strong&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt; est une œuvre à la mélancolie douloureuse.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-brueghel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-brueghel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-brueghel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;En bas à droite, Icare se noit.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Drôle de bonhomme que Thomas Jérôme Newton, que Walter Tevis décrit ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il avait un visage fin, remarquablement beau, presque féminin, et très étrange&amp;nbsp;», ou encore ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;l’étrangeté de cet homme, […] sa nature différente, si peu masculine, si peu sexuelle.&amp;nbsp;». Pour l’incarner dans l’adaptation cinématographique du roman par Nicholas Roeg, &lt;em&gt;L'Homme qui venait d'ailleurs&lt;/em&gt;, le choix de David Bowie était le plus pertinent possible. Androgyne ambivalent, amateur de science-fiction, Bowie &lt;em&gt;est&lt;/em&gt; Thomas Jérôme Newton. Cheveux orange, air constamment ailleurs, silhouette dégingandée et fragile, léger accent britannique — à la différence du roman, où il se fait passer pour un natif du Kentucky, Newton est une nouvelle fois étranger (dans un pays étrange).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De même que le visiteur anthéen carbure au gin pour effacer la douleur, Bowie était (selon la légende), au moment du tournage, carburait à la cocaïne. Supposé composer la bande originale du film, le musicien ne verra pas ses propositions retenues par Roeg et la mission échoira à John Philipps, le leader du groupe The Mamas &amp;amp; the Papas – le résultat est correct, sans plus. Après le tournage, Bowie filera en catimini à Berlin et on peut imaginer que l’instrumentale face B de &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt; constitue une approche de ce qu’aurait pu être sa BO. Dans la boutique &lt;em&gt;Rêves impossibles&lt;/em&gt; de la nouvelle éponyme de Tim Pratts (&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-96&quot;&gt;in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 96&lt;/a&gt;), je suis sûr que l’on y trouve un DVD du film de Nicolas Roeg avec la musique de David Bowie. (On peut voir dans le parcours du chanteur un parallèle avec le personnage de Newton&amp;nbsp;: après l’acmé artistique représentée par les albums &lt;em&gt;Station to Station&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/em&gt;, entre 1976 et 1977, suivra un renoncement créatif dans les années 80.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-lp.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-lp.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-lp_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’Homme qui venait d’ailleurs&lt;/em&gt; , donc. Le scénario, signé Paul Mayersberg (à qui l’on doit les scénarios de &lt;em&gt;Furyo&lt;/em&gt;, avec David Bowie, et de &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/post/2017/02/27/N-comme-Nightfall&quot;&gt; &lt;em&gt;Nightfall&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, basé sur la nouvelle d’Asimov &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Quand les ténèbres viendront&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), suit d’assez près le roman de Walter Tevis mais y apporte quelques modifications&amp;nbsp;: la détention avec le gouvernement US est bien plus brève et moins dommageable pour Newton&amp;nbsp;; le personnage de Mary-Lou, amante de Thomas Jérôme Newton, remplace celui de Betty-Jo. Là où Newton/Bowie traverse l’histoire d’une manière diaphane, moins amoché par les événements que sa contrepartie littéraire, Mary-Lou subit de plein fouet les ravages de l’alcool et du temps, et suscite bien davantage la pitié.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-marylou.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-marylou.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-marylou_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Autre point de pitié, ou plutôt d’embarras&amp;nbsp;: les quelques scènes situées sur Anthéa, où les acteurs engoncés dans des combinaisons en plastique, se dandinent avec des mouvements raides dans un paysage désertique&amp;nbsp;; ce sont les moments les plus naïvement science-fictifs du film, et ils ont bien mal vieilli.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-anthea1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-anthea1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-anthea1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-anthea2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-anthea2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-anthea2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-anthea3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-anthea3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-anthea3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Heureusement, d’autres scènes retiennent davantage l’attention – bon, soyons honnête, toutes celles où apparaît David Bowie. Ce n’est pas que l’interprète joue &lt;em&gt;bien&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; à l’inverse, toujours légèrement en décalage avec le reste, il est adéquatement extraterrestre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'ailleurs, rien que pour le plaisir des yeux, voici quelques photos du film avec le &lt;em&gt;Thin White Duke&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-bowie9.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-bowie9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-bowie9_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-spaceship.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-spaceship.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-spaceship_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ceci n'est pas Bowie mais le vaisseau que veut bâtir Newton, appareil spatial qui n'a aucune importance dans le film.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lent et elliptique, &lt;em&gt;L’Homme qui venait d’ailleurs&lt;/em&gt; adopte le parti pris d’une narration plus visuelle que strictement narrative, au travers de plusieurs séquences en montage alterné. Le film pâtit néanmoins de sa longueur, en particulier au cours d’une dernière heure qui provoque surtout la torpeur. Dommage… mais cela n’empêche pas le film de Nicolas Roeg de figurer, à juste titre, parmi les œuvres de SF emblématiques des années 70 (avec son content de nudité, féminine &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; masculine).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-h-tvfilm.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-h-tvfilm.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-h-tvfilm_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1987, le roman de Tevis a été adapté une deuxième fois&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Naufragé des étoiles&lt;/em&gt; constitue le pilote d’une série télévisée qui n’a jamais vu le jour, et j’ai manqué de courage comme de temps pour trouver quelque chose s’annonçant assez difficilement trouvable. Cet été, un nouveau projet de série &lt;a href=&quot;https://consequenceofsound.net/2019/08/david-bowies-the-man-who-fell-to-earth-to-become-tv-series/&quot;&gt;a été annoncé&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: on verra ce qu'il en ressort. Quoi qu’il en soit, on ne se privera pas de relire le roman de Tevis comme le film de Nicolas Roeg.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: le livre comme le dvd se trouvent aisément, quoique plutôt en occasion pour le livre&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: avec un café, ça passe&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>G comme Geisterfaust</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/22/G-comme-Geisterfaust" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Geisterfaust" />
      <id>urn:md5:ccb09c154617a920601611549885bb49</id>
      <published>2019-11-22T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2019-11-22T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Geisterfaust&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En cette époque de l'année où les nuits ne cessent de s'étendre et les jours de ressembler à une peau de chagrin, il est de bon ton d'avoir la bande son idoine&amp;nbsp;: l'Abécédaire se penche donc sur la discographie du groupe Bohren &amp;amp; der Club of Gore, avec un attrait particulier pour l'austère &lt;strong&gt;Geisterfaust&lt;/strong&gt;… Du jazz, oui, mais plombé par un sentiment de désespoir intranquille.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Geisterfaust, Bohren &amp;amp; der Club of Gore (Wonder, 2002). Cinq morceaux, 58 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le mois de novembre est entamé depuis quelques jours… mais imaginons-nous en octobre. Comme le disait Ray Bradbury, octobre est&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«… ce pays où l'on va toujours vers l'arrière-saison. Ce pays où les collines sont de brouillards et où les rivières sont de brumes, où les midis disparaissent vite, où l'ombre et les crépuscules s'attardent, où les minuits demeurent.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Octobre, c’est le mois parfait pour lire Ray Bradbury. Mais novembre est idéal pour commencer à écouter Bohren &amp;amp; der Club of Gore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bohren, c’est quoi&amp;nbsp;? Imaginez &lt;em&gt;In the wee small hours&lt;/em&gt; de Frank Sinatra (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=j7Jfs9MY0hg&quot;&gt;mais si&lt;/a&gt;)… mais sans Frank Sinatra ni ces nappes sirupeuses de violons. Ne gardez que l’ambiance jazzy nocturne. Enlevez maintenant la joie de vivre, rajoutez un spleen indicible à la place. Ralentissez le tempo (allez, encore un peu), tamisez les lumières, voire éteignez-les complètement pour ne laisser filtrer que la lumière orangée des réverbères&amp;nbsp;; fumez, abondamment&amp;nbsp;: l’atmosphère se doit d’être enfumée, autant que l’on exigera du saxophone d’être enroué. Il ne faut pas que les morceaux diffèrent trop entre eux, cela pourrait tirer l’auditeur (toi qui lis ces lignes) de la sombre mélancolie qui soudain l’assaille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà, vous avez un disque typique de Bohren &amp;amp; der Club of Gore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Forcément, c’est le genre de musique qui s’écoute le soir, de préférence quand la nuit est tombée, de préférence après le passage à l’heure d’hiver. Une radieuse après-midi d’été, ce n’est même pas la peine… même si Bohren est à même d’estomper la clarté du soleil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le moment, Bohren a distillé son spleen sur une huitaine de disques, de &lt;em&gt;Gore Motel&lt;/em&gt; en 1994 jusqu’à &lt;em&gt;Bohren for Beginners&lt;/em&gt; en 2016, compilation retraçant vingt et quelques années d’une triste existence. Une existence qui remonte en fait à 1988, lorsque quatre messieurs résident à Müllheim an der Ruhr, Thorsten Benning, Morten Gass, Robin Rodenberg et Reiner Henseleit, décident d’unir leur passion pour le metal… avant de créer leur propre musique. Du «&amp;nbsp;doom-ridden Jazz music&amp;nbsp;» selon eux. Peu à peu, les influences metal disparaissent de la musique du groupe, surtout lorsque celui-ci, après deux albums, se sépare du guitariste, Reiner Henseleit, pour accueillir un saxophoniste, Christoph Clöser, dont l’instrument va imprégner les disques suivants, en particulier &lt;em&gt;Sunset Mission&lt;/em&gt; en 2000. (Le lecteur attentif remarquera que, s'il est encore question d'Allemands et de musique (&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/06/25/N-comme-Narkopop&quot;&gt;cf&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/02/08/X-comme-X&quot;&gt;cf&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/12/22/Z-comme-Zeit&quot;&gt;cf&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/08/31/Z-comme-Zukunftsmusik&quot;&gt;cf&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk&quot;&gt;cf&lt;/a&gt; aussi), il ne s'agit pas pour une fois d'electro…)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-g-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-g-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au sein de leur discographie, prenons – puisqu’il faut choisir et qu’on se situe à la lettre G de ce navrant Abécédaire – le cinquième enregistré par la formation&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Geisterfaust&lt;/em&gt;. Littéralement&amp;nbsp;: le poing fantôme&amp;nbsp;? Il s’agirait là d’une référence à une variante d’alcool mise au &lt;s&gt; poing &lt;/s&gt; point par le groupe. «&amp;nbsp;Que devient ton poing quand tu tends les doigts&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» se demandait le chanteur brestois Miossec. Bonne question. Ici, le disque se déploie sur cinq morceaux, tous titrés d’après les doigts de la main — une forme de disque conceptuel&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/2tEHmiCluU4&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Zeigefinger&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (l’index) donne le ton&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Geisterfaust&lt;/em&gt; sera lugubre ou ne sera pas. Sur vingt minutes, le groupe égrène des notes de piano électrique avec la douceur de gouttes de pluie lourdes de suie. La basse et la batterie sont là, juste derrière, mais au lieu de faire décoller le morceau au-dessus des nuées lourdes, se chargent plutôt de clouer le cercueil. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=mgIxOWKhOWo&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Daumen&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (le pouce), &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=fQyGTJnwE4c&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ringfinger&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (l’annulaire) et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=jFc5gekaAxE&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mittelfinger&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (le majeur) poursuivent dans la même ambiance dépouillée. Les morceaux, longs et austères, s’enchaînent sans qu’il soit aisé de les différencier. Il n’y a guère que &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=PcGV3whXtTs&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Kleiner Finger&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; pour atténuer la grisaille et faire montre d’une chose incertaine que d’aucuns nommeraient «&amp;nbsp;entrain&amp;nbsp;». Enfin, de loin, faut pas exagérer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hollywood Blues&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-g-hollywood_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et l’auteur de ces lignes de s’angoisser soudain&amp;nbsp;: minimaliste et dépressif, &lt;em&gt;Geisterfaust&lt;/em&gt; n’est peut-être pas exactement la meilleure porte d’entrée pour découvrir et apprécier Bohren &amp;amp; der Club of Gore. Pour l’auditeur désireux de s’aventurer dans la brume et le spleen rhénan, on recommandera plutôt le disque suivant, &lt;em&gt;Dolores&lt;/em&gt; (2008), moins tourmentant que son nom veut bien le laisser croire, et surtout &lt;em&gt;Sunset Mission&lt;/em&gt; (2000), à l’ambiance plus urbaine – entendez par là &amp;nbsp;: film noir, décor urbain, privés en imper fumant sous une bruine tenace. Un temps, il a d’ailleurs existé sur YouTube une variante non-officielle et désormais disparue, où le bruit de la pluie double la musique. La bande originale parfaite pour &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/hollywood-blues&quot;&gt;&lt;strong&gt;Hollywood Blues&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Kim Newman, amusant pastiche des romans noirs… avec un véritable argument SF. Pour ceux n’ayant pas peur du cafard, &lt;em&gt;Geisterfaust&lt;/em&gt; est pour eux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-g-sunset.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-g-sunset_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru plus récemment (2014 quand même), &lt;em&gt;Piano Nights&lt;/em&gt; a déçu – et pas seulement en raison de sa pochette moche (mais ironique&amp;nbsp;?) montrant un nerd tout droit sorti des années 80 – en raison de l’uniformité de son ambiance. Le groupe a annoncé la sortie de son neuvième album, &lt;em&gt;Patchouli Blue&lt;/em&gt;, pour janvier 2020&amp;nbsp;; avec son saxo &lt;em&gt;presque&lt;/em&gt; enjoué, l’extrait en écoute, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=i_d31HP34MQ&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sollen es doch alle wissen&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (tout le monde devrait-il savoir&amp;nbsp;?) laisse imaginer une ambiance un peu moins plombante qu’à l’accoutumée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La musique de Bohren &amp;amp; der Club of Gore, c’est la promesse d’une pénombre pluvieuse et mélancolique. Allez-y, c’est la période.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: soupir&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: soupir&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: volute de fumée&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme La Femme sur la lune</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/19/F-comme-La-Femme-sur-la-lune" rel="alternate" type="text/html" title="F comme La Femme sur la lune" />
      <id>urn:md5:06cfa68124d743aeadbafe71a38eb7b5</id>
      <published>2019-11-19T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-11-19T12:26:11+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Femme sur la Lune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la continuité de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/21/12-comme-12-to-the-Moon&quot;&gt;12 to the Moon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/11/07/D-comme-Destination-Lune&quot;&gt;&lt;strong&gt;Destination… Lune&amp;nbsp;!&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, l'Abécédaire poursuit encore un peu son exploration de notre satellite naturel. Cette fois-ci, en nulle autre compagnie que celle de Fritz Lang, réalisateur visionnaire s'il en est, qui transcende dans &lt;strong&gt;La Femme sur la lune&lt;/strong&gt; les faiblesses du roman duquel il s'inspire…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La femme sur la lune [Frau im Mond], Fritz Lang (1928). 156 minutes, noir et blanc.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 95 a été l’occasion pour votre serviteur de se pencher sur quelques œuvres d’inspiration lunaire, en particulier &lt;strong&gt;Une Femme dans la lune&lt;/strong&gt; de Thea von Harbou. Pour ceux qui étaient aux Utopiales dès le jeudi matin pour la «&amp;nbsp;Leçon du Président&amp;nbsp;», où le bon professeur Lehoucq évoquait &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt;&lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; et le présent film à un public aussi matinal que motivé, ce billet n’apprendra pas grand-chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Étrange personnalité que Thea von Harbou. L’écrivaine se marie avec Fritz Lang en 1922, peu de temps après le décès de la première épouse du réalisateur, la comédienne Elisabeth Rosenthal, dans des circonstances mal élucidées. Publiant des livres depuis 1910, Thea von Harbou a déjà à son actif une dizaine de romans et collabore comme scénariste avec Lang (mais aussi F.W. Murnau) depuis 1920 et &lt;em&gt;Das wandernde Bild&lt;/em&gt;. Le plus intéressant reste cependant à venir&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les Nibelungen&lt;/em&gt; (1924), &lt;em&gt;Docteur Mabuse le joueur&lt;/em&gt; (1922), &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt; (1927, basé sur son roman éponyme paru en 1926), &lt;em&gt;Les Espions&lt;/em&gt; (1928, une autre adaptation d’un roman de von Harbou) et &lt;em&gt;La Femme sur la lune&lt;/em&gt; (1929), lui aussi adaptant le roman. Suivent &lt;em&gt;M le Maudit &lt;/em&gt;(1931) et &lt;em&gt;Le Testament du Docteur Mabuse&lt;/em&gt; (1933). La liaison de Lang avec Gerda Maurus – la femme sur la lune, c’est elle – signe le glas du mariage du réalisateur et de l’écrivaine. À moins que ce soit la liaison de Thea avec le journaliste et scénariste indien Ayi Tendulkar&amp;nbsp;? Les sources divergent. Quoi qu’il en soit, Thea von Harbou rejoint bientôt le parti nazi, mais sans que cela ne propulse vraiment sa carrière&amp;nbsp;: elle tourne deux films, &lt;em&gt;Elisabeth und der Narr&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Hanneles Himmelfahrt&lt;/em&gt; en 1934, et se contentera de signer des scénarios et d’écrire des romans de manière plus parcimonieuse. Après la dénazification, elle continue à travailler au cinéma mais sur un poste plus obscur, celui de la synchronisation de films étrangers, et signe encore quelques scénarios. Elle décède en 1954, des suites d’une chute. La légende veut que la police, ouvrant la porte du domicile de Thea von Harbou dans la foulée de sa mort, y ait découvert deux photos en belle position&amp;nbsp;: un portrait de Ayi Tendulkar, à moins qu’il s’agisse de Gandhi, les avis divergent, et un autre d’Hitler – en matière de légende noire, cette anecdote a de quoi marquer les esprits mais j’en ignore la véracité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Écrivaine aujourd’hui passablement oublié, Thea von Harbou reste surtout associée à ses nombreux scénarios pour Fritz Lang&amp;nbsp;: c’est bien simple, ce sont leurs collaborations que la postérité a retenu. &lt;em&gt;M le Maudit&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;Docteur Mabuse&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;La Femme sur la Lune&lt;/em&gt;, autant de films mythiques ayant marqué durablement l’histoire du septième art.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/une-femme-dans-la-lune&quot;&gt;&lt;strong&gt;Une femme dans la lune&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; est le seul roman de Thea von Harbou que j’ai lu et il me faut reconnaître que, sous l’aspect romanesque, c’est une œuvre décevante. L’histoire est donc celle du premier vol habité vers la Lune. Toute sa vie, le vieux – et pauvre— professeur Manfeld a rêvé des montagnes d’or de notre satellite.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-manfeld.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-manfeld.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-manfeld_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Manfeld&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsque son ami Wolfgang Hélius se présente, muni d’une invitation pour prendre place à ses côtés à bord d’un astronef de son invention, le vieil homme n’hésite pas bien longtemps. Les autres passagers seront l’ingénieur Hans Windegger, sa compagne Friede Velten, et un individu malfaisant&amp;nbsp;: Walt Turner, représentant d’un consortium financier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-helius.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-helius.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-helius_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Helius&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Turner n’étant le genre d’homme à lancer des menaces en l’air, Hélius est contraint de le compter parmi les membres d’équipage. Les théories aurifères du professeur Manfeld, les machinations de Turner, la romance contrariée entre Hélius et Friede&amp;nbsp;: tout cela se dénouera sur la Lune…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-friede.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-friede.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-friede_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Friede&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On peut souligner la présence d’un personnage féminin fort, mais au-delà de cet aspect féministe avant l’heure, cette histoire de quête de montagnes d’or sur la lune retient peu l’intérêt. En revanche, l’adaptation par Fritz Lang est d’une autre trempe… même s’il faut attendre la moitié du film pour s’en rendre compte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-turner.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-turner.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-turner_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Turner&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première moitié de ce long film – deux heures et demi, mazette – retrace scrupuleusement le déroulé du roman&amp;nbsp;: la rencontre entre Wolf Helius et le vieux professeur Manfelt, les aspirations spatiales du premier et les rêves d’or sélénite du second, les manigances du vicieux Walt Turner pour faire partie du voyage, la présence de ce petit chenapan de Gustav… sans oublier Friede Velten – la femme sur la lune, c’est elle. Cela constitue peut-être une introduction un brin longuette, et l’ennui peut poindre. Néanmoins, ce temps peut être mis à profit pour disserter sur les noms programmatiques des personnages&amp;nbsp;: avec ce nom solaire, Helius est le protagoniste de cette histoire, et son compagnon ingénieur, Hans Windegger, a un nom évoquant lui aussi les éléments (le vent, ici). Pour Turner, l’hypothèse est plus hasardeuse&amp;nbsp;: en anglais, le nom signifie «&amp;nbsp;tourneur&amp;nbsp;», comme le métier… ou possiblement ici comme quelqu’un qui tourne, s’avère insaisissable et non-fiable. Le nom de la femme sur la lune est plus évident&amp;nbsp;: Friede signifie «&amp;nbsp;paix&amp;nbsp;» et Velt rappelle Welt, «&amp;nbsp;monde&amp;nbsp;». La paix du monde&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-fusee.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-fusee.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-fusee_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et puis arrive le moment où la fusée conçue par Helius et Windegger se prépare à décoller. Le film entre alors dans une autre dimension. Mike Ashley l’évoquait dans son article «&amp;nbsp;L’Âge d’or des aventures lunaires&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: pendant que les Étatsuniens n’en finissaient pas de s’étendre sur le continent américain, les Russes et les Allemands – enfin, pour être précis, les gens de langue allemande – s’intéressaient de manière très sérieuse à la façon d’atteindre la Lune. On connaît tous le nom de Constantin Tsiolkovski, père de l’astronautique moderne, mais moins celui de Hermann Oberth, physicien austro-hongrois (mais de langue allemande). Entre autres choses, Oberth soutient (sans la valider toutefois) une thèse de doctorat, intitulée «&amp;nbsp;Des fusées dans l'espace interplanétaire&amp;nbsp;», parvient aux mêmes conclusions que Tsiolkovski sur la nécessité de fusées à étages pour gagner l’espace, et est embauché par Fritz Lang comme conseiller scientifique sur le tournage de &lt;em&gt;La femme sur la lune&lt;/em&gt;. Cette collaboration va donner un cachet visionnaire au film à plus d’un titre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’injection trans-lunaire – c’est-à-dire la manœuvre destinée à faire arriver un vaisseau spatial sur la Lune – telle que dessinée par Helius&amp;nbsp;: c’est exactement ça. Fritz Lang, par l’entremise de ses personnages, propose d’ailleurs un bref topo explicatif animé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-schema1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-schema1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-schema1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-schema2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-schema2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-schema2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-schema3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-schema3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-schema3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-schema4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-schema4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-schema4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le lancement est précédé d'un compte à rebours&amp;nbsp;: l'une des premières utilisations recensées de cet effet, si ce n'est la première.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fusée sort du hangar où elle a été assemblée sur une immense machine, préfigurant ainsi l’énorme crawler qui convoie à un train de sénateur les fusées assemblées depuis l’immense Vehicle Assembly Building jusqu’au pas de tir de cap Kennedy.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le lancement a lieu de nuit, avec des projecteurs éclairant la fusée en contreplongée&amp;nbsp;: une dramaturgie tellement réussie et inspirante que la Nasa prendra soin d’illuminer la Saturn V lors de ses décollages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fusée décolle depuis un plan d’eau&amp;nbsp;: si les fusées réelles ne sont pas immergées, la Nasa déploie des quantités d’eau insensée pour atténuer le son assourdissant et les vibrations du décollage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lors du décollage, les passagers sont aplatis dans leurs couchettes. Vingt ans plus tard, &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/post/2019/11/07/D-comme-Destination-Lune&quot;&gt;&lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt; &lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; proposera une version plus réaliste – ici, on surprend les acteurs en flagrant délit de sur-jeu, mais bon… l’intention est là.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-interieur.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-interieur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-interieur_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une fois la fusée dans l’espace et la propulsion éteinte, les passagers sont en micro-gravité&amp;nbsp;: ça tombe bien, toutes les parois de l’habitacle sont équipées de crochets dans lesquels glisser les pieds ou les mains. La réalité sera différente, mais ce souci du détail fait plaisir à voir par rapport à tous ces films usant du subterfuge facile du générateur de gravité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-f-gustav.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-f-gustav.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-f-gustav_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;D’un point de vue cinématographique, l’approche de la Lune est aussi réussie que dynamique. Comment le dire autrement que&amp;nbsp;: ces quelques minutes entre la Terre et la Lune sont tout simplement brillantes et fascinantes.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Conseil&amp;nbsp;: coupez le son, l'accompagnement musical ne vaut pas le silence de ces espaces infinis…&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_7XgP7rws5c&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, l’exploration lunaire recèle moins d’intérêt&amp;nbsp;: Lang s’appuie à nouveau sur le roman de son épouse, l’aspect scientifique cédant la place à un mélange d’aventure et de thriller. Il n’empêche. Œuvre imparfaite, surtout en raison du matériau de base, &lt;em&gt;Une femme sur la lune&lt;/em&gt; reste néanmoins un jalon incontournable du cinéma de science-fiction. Rigoureux et visionnaire, le film de Fritz Lang mérite fort bien qu’on le (re)visionne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en cherchant bien sur YouTube, on peut trouver des versions complètes avec une mise en musique pas dégueulasse&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: ach, nein!&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: jawohl!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme elseq 1–5</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/15/E-comme-elseq-1-5" rel="alternate" type="text/html" title="E comme elseq 1–5" />
      <id>urn:md5:333456ea01eb963b876267fa53942251</id>
      <published>2019-11-15T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2019-11-15T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Vaille que vaille, l'Abécédaire poursuit l'exploration de la discographie d'Autechre — objet musical fascinant si l'on est une intelligence artificielle ou un humain en passe de le devenir. Avec &lt;strong&gt;elseq 1–5&lt;/strong&gt;, quintuple album d'un abord aride, le duo electro pousse encore un peu plus loin ses expérimentations soniques…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;elseq 1-5, Autechre (Warp, 2016). 21 morceaux, 248 minutes.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;0.&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous, c’était en 2016&amp;nbsp;: l’année commençait fort mal, avec le décès de David Bowie suivant de deux jours la sortie du fantastique, funèbre et final ★&amp;nbsp;; elle se terminerait sur une note sombre, avec &lt;em&gt;You Want It Darker&lt;/em&gt; de Leonard Cohen, qui aurait lui aussi le mauvais goût de décéder peu après. Higelin sortait aussi son ultime album, &lt;em&gt;Higelin 75&lt;/em&gt; (mais il attendrait un peu avant de quitter ce monde). Des come-backs aussi&amp;nbsp;: PJ Harvey expérimentait le &lt;em&gt;Hope Six Demolition Project&lt;/em&gt;, Radiohead faisait un retour inattendu avec le très beau &lt;em&gt;A Moon Shaped Pool&lt;/em&gt; tandis que les Rolling Stones sortaient de leur sommeil cryogénique pour balancer &lt;em&gt;Blues and Lonesome&lt;/em&gt;. Côté electro, Justice offrait un peu de sensibilité dans ce monde de brutes avec &lt;em&gt;Woman&lt;/em&gt; et les Pet Shop Boys annonçait la couleur avec leur treizième album, intitulé &lt;em&gt;Super&lt;/em&gt; (qui ne l’est pas &lt;em&gt;tant&lt;/em&gt; que ça)&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et, après deux ans et demi d’un relatif silence, Autechre – alias ces messieurs Rob Brown et Sean Booth, alias l’un des groupes favoris de l’auteur de ces lignes – a déboulé en mai 2016 avec un nouvel album. Une véritable surprise, à peine annoncée par la diffusion préalable d’un premier titre en éclaireur sur une webradio. Et quel album&amp;nbsp;! &lt;em&gt;Elseq 1-5&lt;/em&gt; est une somme&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/28/Q-comme-Quaristice&quot;&gt;Quaristice&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, en même temps que le duo pénétrait dans une phase de post-abstraction (j'invente des termes si je veux) faisant suite à une première période techno-mélancolique et une séquence machinico-hermétique, Autechre a entrepris de se libérer du carcan du support physique – ou, à tout le moins de la durée standard d’un album. Avec &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, son disque de remixes et son quadruple EP uniquement disponible en numérique, Autechre nous a offert quatre heures et demi de musique… mais basée sur un même matériel. &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/12/18/O-comme-Oversteps&quot;&gt;Oversteps&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et l’EP &lt;em&gt;Move of Ten&lt;/em&gt;, totalisant deux heures, sont deux faces d’un même projet. Puis, avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/05/28/E-comme-Exai&quot;&gt;Exai&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, le duo s’est essayé pour la première fois au double album. Mais &lt;em&gt;Elseq 1-5&lt;/em&gt; renvoie tout ça au bac à sable pour amateurs&amp;nbsp;: on a ici affaire à un &lt;em&gt;quintuple&lt;/em&gt; album&amp;nbsp;! Oui, cinq comme les doigts de ta main, lecteur (sauf si tu t’appelles Django Reinhardt). S’agit-il d’un LP ou d’un EP&amp;nbsp;? Est-ce que cette question importe&amp;nbsp;? Ce n’est pas la première fois que Autechre s’affranchit du support disque&amp;nbsp;: concernant &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, huit ans avant &lt;em&gt;elseq&lt;/em&gt;, Sean Booth déclarait que la version au format FLAC était le véritable album. De fait, le groupe ayant signifié avec &lt;em&gt;elseq&lt;/em&gt; l’absence de sortie physique de l’album, il s’agit ici d’une nouvelle prise de distance avec les supports et les catégories traditionnels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres»&amp;nbsp;: &lt;em&gt;elseq&lt;/em&gt; est un titre bien équivoque. Certains exégètes parient sur «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;e&lt;/strong&gt;dited&lt;strong&gt;l&lt;/strong&gt;ive &lt;strong&gt;seq&lt;/strong&gt;uences&amp;nbsp;», d’autres sur «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;el&lt;/strong&gt;even &lt;strong&gt;seq&lt;/strong&gt;uel&amp;nbsp;». Tout est possible dans l’interprétation. Les artworks, pas vraiment révélateurs, sont dus, comme de coutume, aux graphistes de The Designers Republic&amp;nbsp;: simples et minimalistes, les cercles et carrés noirs d’&lt;em&gt;elseq&lt;/em&gt; s’inscrivent dans la droite lignée des artworks d’&lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;. C’est sobre, un peu trop même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ses quatre heures, &lt;em&gt;elseq 1-5&lt;/em&gt; égrène vingt-et-un morceaux, dont dix frôlant ou dépassant les dix minutes, et trois franchissant sans sourciller la barre des vingt minutes – le plus long s’étirant sur 27 minutes. Seuls deux morceaux comptent 5 minutes ou moins. Nombres mis à part, qu’en est-il&amp;nbsp;? Il est bien joli de faire &lt;em&gt;long&lt;/em&gt;, encore faut-il faire &lt;em&gt;bien&lt;/em&gt;. Las, &lt;em&gt;elseq&lt;/em&gt; se laisse difficilement apprivoiser, nécessitant un coûteux investissement en temps de la part de l’auditeur – allez écouter d’une traite ces quatre heures de musique et ces morceaux de vingt minutes&amp;nbsp;! Impossible d’en parler correctement après une première écoute. Ni la deuxième. Ni la troisième. Ni la qua…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Appuyons gaiement sur la touche ▶&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;1.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-e-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-e-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Morceau introductif, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=LaE5VYckv9E&quot;&gt;«&amp;nbsp;Feed1&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; a été lancé en éclaireur quelques jours avant la sortie de l’album. Long, sombre et tortueux&amp;nbsp;: deux adjectifs qui conviennent à une bonne part des morceaux d’&lt;em&gt;elseq&lt;/em&gt;. Comme entrée en matière, on a vu plus accessible (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Altibzz&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; sur &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;R Ess&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; sur &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;). Avec ce morceau aux textures râpeuses, le duo ne cherche sûrement pas à se gagner de nouveaux auditeurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le morceau suivant, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Na_HrJ0HgtM&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=2&quot;&gt;«&amp;nbsp;c16 deep tread&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, ne nous rassure absolument pas sur la santé mentale de Brown &amp;amp; Booth. Une cavalcade déjantée qui s’effiloche peu à peu. Avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=iYifuoPenKg&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=3&quot;&gt;«&amp;nbsp;13x0 step&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, les deux musiciens rappellent qu’ils savent concevoir des pistes dansantes. À leur manière, bien entendu. La techno indus de leur premier EP ne sera plus jamais de mise, mais ce morceau-ci est une réjouissante réinterprétation de leur musique première manière, avec des synthés laseroïdes qui déconnent. Retour aux textures râpeuses avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=lpPCoJY0TJo&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Pendulu hv moda&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, lente reptation mélodique qui s’élève peu à peu. &lt;em&gt;elseq 1&lt;/em&gt; se conclue avec les chuintements rythmiques de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=6mniAa5qY-s&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=5&quot;&gt;«&amp;nbsp;curvcaten&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;2.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-e-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-e-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;elseq 2&lt;/em&gt; ne comportent que trois morceaux, et débute justement avec le plus long de l’ensemble&amp;nbsp;: &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ugny7uBuspI&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=6&quot;&gt;«&amp;nbsp;elyc6 0nset&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, vingt-sept minutes au compteur. Un magma de bruitages divers, où surnage des notes plaintives. J’aurais envie de m’ébahir, mais le morceau est bien trop long et s’épuise à mi-parcours, tombant dans les travers qui menaçaient déjà sur &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/04/23/U-comme-Untilted&quot;&gt;Untilted&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=w3N84jZnpeI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sublimit&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; – à savoir un truc qui ne sait pas trop où il va. À côté, le bref &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HuT3rgcg1Qk&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=7&quot;&gt;«&amp;nbsp;chimer 1-5-1&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; ressemble à un carillon désaxé, du genre à se renverser dans des dimensions de plus en plus approximativement parallèles. Le morceau se désagrège à mi-parcours, tout comme le suivant&amp;nbsp;: &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=grpVbTFMVmI&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=8&quot;&gt;«&amp;nbsp;c7b2&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; commence à la manière d’une marche improbable et finit par ressembler à l’un des &lt;a href=&quot;http://https/blog.belial.fr/post/2018/07/06/C-comme-La-Cyberiade&quot;&gt; contes robotiques de Stanislas Lem &lt;/a&gt; – ses inventeurs Trurl et Klapaucius ont créé une machinerie absurde et immense, et ces idiots ne savent plus comment l’arrêter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;3.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-e-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-e-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Trois morceaux pour &lt;em&gt;elseq 3&lt;/em&gt; aussi&amp;nbsp;: du long, du bref et du long. Le premier, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=UqqNPqLXyiM&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=9&quot;&gt;«&amp;nbsp;eastre&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, n’a rien d’un easter egg, sauf si celui-ci était bien visible et donnait l’impression d’une énorme boule de mal-être incapable de passer à autre chose. Vraiment incapable de passer à autre chose. Vraiment &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; incapable de passer à autre chose. Tiens, je me risquerai à un jeu de mot du genre «&amp;nbsp;diseastre&amp;nbsp;»… Par comparaison, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=nwAmbxi9gYA&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=10&quot;&gt;«&amp;nbsp;TBM2&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; serait presque un morceau funky&amp;nbsp;: poum-poum-tchack, que pas grand-chose ne vient perturber. Un étrange morceau, à la fois rythmé et ouaté. Imaginez Robbie le robot, sous acide, qui se déhanche au ralenti. Enfin, les vingt-cinq minutes de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=qyUEKBdHkGs&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=11&quot;&gt;«&amp;nbsp;mesh cinereaL&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; forment l’un des sommets de &lt;em&gt;elseq 1-5&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une longue jam douloureuse, qui mute à mi-parcours&amp;nbsp;; des voix distordues tentent d’émerger du magma sonore. Lancinant comme une carie – croyez-moi, croyez-moi pas, ceci est un compliment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;4.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-e-cover4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-e-cover4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au cours de l’écoute d’un album épuisant, il vient des moments où l’attention se relâche&amp;nbsp;: c’est le cas pour ce quatrième disque, coincé entre le disque central et le disque conclusif. &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=4bNtNUUWVbU&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=12&quot;&gt;«&amp;nbsp;acdwn2&amp;nbsp;» &lt;/a&gt;&lt;/em&gt;(acid down&amp;nbsp;?) est le rejeton lointain du martial &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=mxG8luGAvIw&quot;&gt;«&amp;nbsp;LCC&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; – un rejeton mutant, peut-être un peu moins hostile. &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=a1qbbiOgkLo&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=13&quot;&gt;«&amp;nbsp;foldfree casual&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; est un morceau dont les élans aériens sont contrés par des perturbations sonores de plus en plus prégnantes. &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ulx3GMFT-U0&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=14&quot;&gt;«&amp;nbsp;latentcall&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; n’aurait pas déparé sur &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;. Long d’un quart d’heure, cette cavalcade mécanique est une fuite en avant soutenue par des synthés mélancoliques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Morceau le plus court de tout l’ensemble avec ses quatre minutes, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ifV67eUna-k&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=15&quot;&gt;«&amp;nbsp;artov chain&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; est une vignette, assez classique&amp;nbsp;: basse menaçante à la périphérie du regard (façon de parler), mélodie brisée avançant en crabe, perturbations soniques façon assaut de virus informatique… avant que les mutations transforment la petite pièce instrumentale en autre chose. Le disque se termine avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=4bBW-ydEwY4&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=16&quot;&gt;«&amp;nbsp;7th slip&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, qui est, littéralement, une glissade folle – façon toboggan aquatique qui passe par des abîmes dimensionnels. Ça pourrait être aussi un extrait de la bande-son de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-xseAwMcco4&quot;&gt;Thumper&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; pour les niveaux non-euclidiens que les développeurs n’ont pu mener à bien, faute d’avoir réussi leurs jets de SAN.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;5.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-e-cover5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-e-cover5.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’auditeur épuisé arrive enfin au cinquième disque… mais il n’y a pas de place ici pour la fatigue. L’introductif &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-YuuJ8CLV-o&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=17&quot;&gt;«&amp;nbsp;pendulu casual&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; tient de la déambulation dans un palais des glaces&amp;nbsp;: joli mais vite ennuyeux. Rythmique méticuleuse et climat d’inquiétude caractérisent &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Halggculh3Y&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=18&quot;&gt;«&amp;nbsp;spTh&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. Comme son titre l’indique, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=DSRcnab9cuY&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=19&quot;&gt;«&amp;nbsp;spaces how V&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; donne dans le spacieux avec ses réverbérations, sur lesquelles se greffent ses micro-rythmes grésillants et ses fulgurances lumineuses… avant que l’espace ne se réduise et devienne étouffant à mi-parcours. Avec son rythme martial, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MflSOobwisc&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=20&quot;&gt;«&amp;nbsp;freulaeux&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; ressemble à une nouvelle fuite en avant éperdue. Redoutable. Enfin, &lt;em&gt;enfin&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=_69Dd2oPxqI&amp;amp;list=PL4w2q3IiLKMnS08ReaXgUtmVoC5zod0Oi&amp;amp;index=21&quot;&gt;«&amp;nbsp;oneum&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et ses textures vibrantes est le morceau conclusif par excellence, dans la droite lignée de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H6pqLWtfv_g&quot;&gt;«&amp;nbsp;YJY UX&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;), &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ZLs4zhoCOIo&quot;&gt;«&amp;nbsp;Yuop&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;) ou &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5UDP7TCGmw8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Rsdio&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;). Un morceau élégiaque au possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, les morceaux composant &lt;em&gt;elseq 1-5&lt;/em&gt; s’inscrivent dans la lignée d’&lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: des textures sonores rugueuses, des pistes n’évoluant que peu au fil du temps. Le retour aux mélodies, aux «&amp;nbsp;chansons &amp;nbsp;» (si l’on peut dire) d’&lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; semble tout ce qu’il y a de plus révolu. On pourra faire au duo les mêmes reproches qu’à &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: respectivement ne pas avoir su faire le tri ni tailler dans le vif. Ces morceaux dépassant les vingt minutes relèvent-ils de l’indulgence coupable&amp;nbsp;? Le pouvoir a-t-il été intégralement délégué aux machines&amp;nbsp;? Inversement, on peut entendre ici la poursuite des recherches sonores, débarrassée des contingences des limites du support matériel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-e-aelive.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-e-aelive_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Plus haut dans ce billet, je parlais de silence relatif entre la sortie d’&lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt; et celle d’&lt;em&gt;elseq&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: en 2015 est paru en numérique &lt;em&gt;AE_LIVE&lt;/em&gt; en 2015, un ensemble de neuf concerts pour autant d’heures de musique. Cet ensemble de sets live, au son tout droit capté sur les machines (pas de bruits du public, donc) permet de percevoir l’adéquation totale entre le son studio d’Autechre et le son &lt;em&gt;live&lt;/em&gt;. J’ai eu le plaisir d’assister à un concert d’Autechre – à Berlin, en mars 2008, lors de la tournée Quaristice. Le contraste était flagrant entre ce que j’ai entendu ce soir-là et ce que j’avais l’habitude d’écouter sur les albums studio&amp;nbsp;: les deux n’avaient pas grand-chose en commun. En live, des impros azimutées, parfois brutales et assourdissantes&amp;nbsp;; des compositions précises et méticuleuses côté studio. À l’aune d’&lt;em&gt;AE_LIVE &lt;/em&gt;et des albums récents, on constate à quel point cette distinction s’efface&amp;nbsp;: live comme studio, ce sont désormais les mêmes sonorités, la même matière sonore triturée au fil d’improvisations folles, sans rabotage. Çà et là, on entend au fil de ces enregistrements live des séquences qui réapparaitront in extenso dans &lt;em&gt;elseq 1-5 &lt;/em&gt;ou dans le (monstrueux) projet suivant (que j’aborderai dans un prochain billet), les &lt;em&gt;NTS Sessions&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;, Autechre signait l’aboutissement du «&amp;nbsp;gregegancore&amp;nbsp;» (poke Siméon Marc Raoul)&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; et les albums suivants voient Autechre s’aventurer toujours un peu plus loin dans des dimensions inouïes. Comme bande-son des romans de Greg Egan, ça fonctionne toujours… mais plutôt pour la trilogie «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Orthogonal&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» et &lt;strong&gt;Dichronauts&lt;/strong&gt;, ces romans situés dans des dimensions aux lois physiques différentes. Avec &lt;em&gt;elseq 1-5&lt;/em&gt;, Rob Brown et Sean Booth ont proposé sûrement l’un des disques les moins accessibles de leur discographie. Long et imposant (et mutant d'une écoute l'autre), à la fois austère et foisonnant, et surtout passionnant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: bleeeeep&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: ndju_qd&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: hijhuze.n82&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 87 - Utopiales 2019</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/13/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-87" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 87 - Utopiales 2019" />
      <id>urn:md5:8b88fdfde26c925d57d1c4fa4371db6a</id>
      <published>2019-11-13T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:09:53+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi87-une.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi87-une.png&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Peut-être n'y avez-vous pas fait attention mais la Bibliothèque orbitale s'est posée à Nantes lors des Utopiales. Notre chroniqueur spatial, Philippe Boulier, en a profité pour attraper un rhume ainsi que l'anthologie annuelle du festival — choses dont il nous propose le compte-rendu détaillé…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi87-antho.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/.bo-epi87-antho_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical&amp;nbsp;: Marie Laforêt - &lt;em&gt;Marie Douceur Marie Colère&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi87-marie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi87-marie.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_87.mp3" length="13319602" type="audio/mpeg3" />
      
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      <title>D comme Destination... Lune !</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/07/D-comme-Destination-Lune" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Destination... Lune !" />
      <id>urn:md5:073ed0af754d655c8638227658250855</id>
      <published>2019-11-07T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-11-07T16:52:54+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Destination… Lune !&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/21/12-comme-12-to-the-Moon&quot;&gt;12 to the Moon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'Abécédaire continue de viser la Lune — et cette fois, en nulle autre compagnie que celle de Robert A. Heinlein. Adapté librement de son roman jeunesse &lt;strong&gt;Rocket Ship Galileo&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Destination… Lune&amp;nbsp;!&lt;/strong&gt; raconte une expédition lunaire avec une approche pleine de sérieux et de didactisme, au point de faire de ce film l'un des premiers de &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Destination… Lune&amp;nbsp;! (Destination Moon), Irving Pichel (1950). 97 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 95 spécial Lune et SF, notre camarade Philippe Boulier évoquait en quelques mots &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt;&lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;, d’après Heinlein. On ne présente plus Robert Anson Heinlein… mais si vous avez besoin d’une présentation, reportez-vous par exemple au&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 56 qui lui est consacré. Ou, justement, au &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 95, qui démontre l’importance de l’Américain au sein de la littérature science-fictive lunaire. Ou, pour ceux qui étaient aux Utopiales, rappelez-vous la «&amp;nbsp;Leçon du Président&amp;nbsp;», où le bon professeur Lehoucq évoquait &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt;&lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; à un public matinal et passionné.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-livres.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-d-livres_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1947, l’auteur de &lt;strong&gt;Waldo&lt;/strong&gt; publie &lt;strong&gt;Rocket Ship Galileo&lt;/strong&gt;, un roman jeunesse encore inédit en français, racontant l’histoire de trois adolescents qui décollent vers la Lune à bord d’une fusée. Sur notre satellite, ils découvrent une base nazie ainsi que les ruines d’une ancienne civilisation, et comprennent que les cratères ne sont pas dus à des impacts météoritiques mais à des bombes. Je vous assure que ce n’est pas le script de &lt;em&gt;Iron Sky&lt;/em&gt; – mais peut-être que Timo Vuorensola et Joanna Sinisalo se sont inspirés du&lt;em&gt;juvenile&lt;/em&gt; de Heinlein. Quoi qu’il en soit, &lt;strong&gt;Rocket Ship Galileo&lt;/strong&gt; bénéficie d’une adaptation cinématographique en 1950 – une adaptation plutôt lointaine car elle évacue les adolescents et les nazis pour ne garder que l’essentiel&amp;nbsp;: le voyage vers la lune&amp;nbsp;! À vrai dire, Heinlein, qui a collaboré au script, semble tirer ce dernier vers sa novella alors encore inédite, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Homme qui vendit la lune&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Produit par George Pal (réalisateur de &lt;em&gt;La Machine &lt;/em&gt;&lt;em&gt;à explorer le temps&lt;/em&gt; mais surtout légendaire producteur du&lt;em&gt;Choc des mondes&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;La Guerre des mondes&lt;/em&gt;), &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt;&lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; est l’un des derniers films d’Irving Pichel, acteur et réalisateur prolifique dont le premier fait d’armes derrière la caméra fut la coréalisation avec Ernest B. Schoedsack des &lt;em&gt;Chasses du Comte Zaroff&lt;/em&gt; (notable pour avoir été tourné en même temps et dans les mêmes décors que &lt;em&gt;King Kong&lt;/em&gt;, lui aussi coréalisé par Schoedsack). Le film commence par l’échec du lancement d’une fusée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-d-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cet échec est celui de trop, celui à cause duquel le gouvernement américain retire ses deniers du projet. Ses deux têtes pensantes, le docteur Charles Cargraves (Warner Anderson) et le général Thayer (Tom Powers) font appel à un riche industriel spécialisé dans l’aéronautique. Avec lui, ils vont convaincre d’autres industriels de se lancer dans la course à l’espace, en faisant vibrer leur fibre patriotique&amp;nbsp;: ils ne sont pas les seuls à viser la lune mais, hé, autant que ce soit les Américains qui l’atteignent en premier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-d-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bientôt commence la construction de la fusée, par des fonds privés. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi-même, ce sont les concepteurs qui embarquent à bord de l’appareil, en recrutant un pilote. Certes, le voyage ne sera pas de tout repos… mais le retour non plus.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-d-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Certes, &lt;em&gt;Destination… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; a pris un petit coup de vieux, et reste typique de son époque (les femmes sont ainsi aux abonnées absentes). Néanmoins, le film reste éminemment regardable, et se montre attachant dans son envie d’aller sans cesse de l’avant et dans le soin accordé à la crédibilité de l’aspect scientifique. Sur le premier point&amp;nbsp;: les personnages ont un problème&amp;nbsp;? Ils discutent, agissent et trouvent une solution en un tournemain, sans jamais désespérer&amp;nbsp;: du pur Heinlein. Sur le second point&amp;nbsp;: on tient tout simplement avec &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt; &lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; l’un des premiers films de hard science. Irving Pichel prend son temps pour nous montrer les préparatifs du voyage, tant l’aspect technique que l’aspect financier… sans oublier de fournir au spectateur une petite leçon de mécanique orbitale, au travers d’un court-métrage en dessin animé à l’intention de l’opinion publique. C’est l’occasion d’expliquer le fonctionnement de la fusée (atomique), sa propulsion, la manière dont sa trajectoire – aller et retour – se déroulera. Preuve de la pertinence du film&amp;nbsp;: la réalité n’a guère démenti ce que Heinlein présente… si ce n’est qu’on préfère utiliser des fusées chimiques plutôt que des fusées atomiques, c’est peut-être un peu moins craignos pour ce qui est des retombées lors d’éventuels ratages. Et la procédure de décollage… on préfère la confier à Ground Control plutôt qu’aux astronautes.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Apprenez tout ce que vous avez besoin de savoir en compagnie de Woody Woodpecker…&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/nmp_TdbdQfc&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film se montre inspiré à plus d’un titre. Les scènes dans l’espace accusent certes leur âge pour ce qui est des effets spéciaux, mais dans le fond, &lt;em&gt;Destination… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; accumule les bons points&amp;nbsp;: le rendu des multiples &lt;em&gt;g&lt;/em&gt; que les astronautes se prennent dans la g… lors du décollage est réussi, l’espace est silencieux, les étoiles semblent immobiles, les astronautes se déplacent en apesanteur dans l’habitacle (jusqu’au moment où ils chaussent des chaussures aimantées), et l’incident survenant à l’un d’entre eux rappelle immanquablement une scène de &lt;em&gt;Gravity&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-d-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur la Lune, tout est gris&amp;nbsp;? Alors les astronautes ont des scaphandres colorés pour /pouvoir se différencier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-d-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La représentation du satellite est peut-être moins réussie que celle de Kubrick, dix-huit ans plus tard (le sol chez Heinlein/Pichel est craquelé, et les montagnes sont bien trop dentelées), mais demeure très honorable pour un corps céleste dont on ne connaissait, en 1950, vraiment pas grand-chose. Si besoin est, rappelons que le lancement du premier satellite artificiel date d’octobre 1957 et que les sondes soviétiques du programme Luna ne décolleront qu’à partir de 1959&amp;nbsp;; les premières photos de la face cachée sont dues à Luna 3 en octobre 1959 et il faut attendre Luna 9 pour le premier alunissage réussi, en février 1966.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-d-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-d-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-d-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film de Pichel ne sera pas sans descendance&amp;nbsp;: en particulier, il inspire Hergé pour le diptyque &lt;em&gt;Objectif Lune/On a march&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é sur la lune&lt;/em&gt;. C’est peu dire que la fusée de &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt; &lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; préfigure celle où Tintin prendra place, tant pour sa forme que pour l’aménagement intérieur. Au rang des hypothèses, je me demande si le générique défilant de bas en haut avec un léger effet de contre-plongée n’inspire pas non plus George Lucas pour &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; [edit : en fait, non], et si le film ne lance pas la carrière «&amp;nbsp;spatiale&amp;nbsp;» du peintre et illustrateur Chesley Bonestell – à en juger par l’Imdb, il commence à travailler pour le cinéma de SF à partir de &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt; &lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;, et œuvrera ensuite sur &lt;em&gt;La Guerre des mondes&lt;/em&gt; de George Pal et la série télévisée &lt;em&gt;Men in Space&lt;/em&gt;. (Un documentaire sur Chesley Bonestell était diffusé aux Utopiales, mais je ne l’ai malheureusement pas vu.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans aller à crier au chef-d’œuvre, &lt;em&gt;Destination&lt;/em&gt;&lt;em&gt;… Lune&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; reste un jalon (peut-être trop méconnu) du film de SF, entre&lt;em&gt;La Femme dans la lune&lt;/em&gt; de Fritz Lang et &lt;em&gt;2001, l&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’odyssée de l’espace&lt;/em&gt; de Kubrick. Rien que pour cela, il mérite d’être (re)vu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en cherchant bien&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: au contraire&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: Heinlein rules&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>William Gibson, guide de lecture cyberspatial</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/11/05/William-Gibson-guide-de-lecture-cyberspatial" rel="alternate" type="text/html" title="William Gibson, guide de lecture cyberspatial" />
      <id>urn:md5:b6f0ec646d1746a6eea37d2b4026ff99</id>
      <published>2019-11-05T17:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-11-05T18:02:54+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans le tout premier numéro de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; figurait déjà une critique d'un livre signé William Gibson&amp;nbsp;: c'est peu dire que l'on suit l'auteur de &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; depuis les débuts de la revue. La sortie du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-96&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 96&lt;/a&gt; consacré au pape du cyberpunk est l'occasion de ressortir ces critiques depuis nos virtuelles archives…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-chrome.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-chrome.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Gravé sur Chrome&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Jean Bonnefoy&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sept nuits de location pour ce cercueil, Sandii. Hôtel New Rose… Comme j'ai envie de toi maintenant… Parfois je sors de mon sac ton petit automatique, caresse du pouce le chrome bon marché, si lisse…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si vous ignorez encore ce qu'est vraiment le Cyberpunk et d'où vient la GLACE, profitez de la réimpression chez J'ai Lu de ces neuf nouvelles, beaucoup plus expérimentales que la novellisation du &lt;em&gt;Johnny Mnémonic &lt;/em&gt;de Longe au cinéma. La différence réside dans ce côté décalage planant et brouillé qu'offrent les procédés de récits juxtaposés ou flashback, survoltée à coup d'images high-tech. Si &lt;em&gt;Johnny Mnémonic&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Gravé sur Chrome&lt;/em&gt; sont des récits plus classiques, archétypes d'où dérivent des séries comme &lt;em&gt;Shadowrun&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Tekwar&lt;/em&gt; etc., le summum est atteint dans ces instantanés quasi surréalistes que sont &lt;em&gt;Fragments de rose en hologramme&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le genre intégré&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Hôtel New Rose&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/david-sice/&quot;&gt;David Sicé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-1&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;1&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-idoru1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-idoru1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Idoru&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Pierre Gugliemina&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Elle est belle, elle est célèbre. Elle va se marier avec Rez, de l'indétronable groupe rock Lo/Rez. Mais elle n'existe pas. Rei Toei est une idoru, une créature virtuelle des petits écrans, nippons. Le medium de ce mariage serait le module primaire de programmation biomoléculaire Rodel-van Erp C\7A qui intéresse également les russes, auxquels il est interdit de fournir de la technologie sensible. Une course poursuite commence alors, mettant en scène des trafiquants et leurs porte-valises, des fans du chanteur comme Chia, qui effectue le voyage jusqu'à Tokyo pour juger de la véracité de la rumeur, et des ennemis jurés comme la directrice de Slitscan, acharnée à détruire l'image de la pop star&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme souvent chez Gibson, l'intrigue importe moins que le décor. Elle n'est qu'un support pour décrire un futur immédiat chrome et acier qui bascule dans l'univers des apparences, noyé d'informations plus que d'informatique, un monde grouillant incapable de maîtriser ses mutations, où les personnes capables de dégager des points nodaux dans des masses de données informes sont très prisées et recherchées&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette plongée hallucinante est à sa façon une fable sur la célébrité, qu'il convient de fuir non parce qu'elle est désormais factice mais parce qu'elle empêche de goûter aux joies sereines de l'anonymat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si la lecture de ce roman est vivement conseillée, elle est cependant gâchée par les irritantes coquilles qui le parsèment, mots oubliés, participes passés à l'infinitif et autres malveillances syntaxiques. Il aurait été décent, pour un livre cyberpunk, d'utiliser un correcteur orthographique et grammatical.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-10&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;10&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-tomorrow.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-tomorrow.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Tomorrow’s Parties&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Philippe Rouard&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Gibson réunit dans un même roman le San Francisco de &lt;strong&gt;Lumière virtuelle&lt;/strong&gt; (on y retrouve le pont habité par tout ce que la société compte de marginaux) et le Japon d'&lt;strong&gt;Idoru&lt;/strong&gt;, suggéré plus que peint dans une intrigue où réapparaissent les personnages de Chevette, la jeune fille naguère coursière à vélo, Rydell, l'ex-flic malchanceux, Laney, le spécialiste de la réalité virtuelle, sans oublier Rei Toei, la créature virtuelle qui faillit épouser un chanteur bien réel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Laney, malade, terré dans de miséreux cartons d'une station de métro de Tokyo, embauche Rydell pour récupérer Rei Toei et contrer Harwood, qui est capable, comme lui, de repérer les points nodaux de l'Histoire. Tous deux voient dans les micro-événements de la trame du réel d'importants changements à venir. Le nouveau produit que Lucky Dragon s'apprête à lancer sur le marché, un nanofax qui permet de copier n'importe quel objet à distance, en fait-il partie&amp;nbsp;? La quête de Laney vers un ailleurs virtuel est-il un autre signe&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gibson ne délivre aucune réponse claire. Il se contente de présenter les nombreux éléments d'un puzzle qui ne deviendront pertinents que lorsqu'ils seront tous imbriqués dans un futur pressenti mais non révélé, dans un prochain roman peut-être. Son travail délaisse les effets d'annonce spectaculaires pour mieux représenter la mosaïque d'un univers en pleine mutation. Cette mosaïque, en 73 chapitres brefs, se compose de tranches de vie, fragments épars d'individus plus préoccupés de l'instant présent et de la survie immédiate que d'avenir à construire. Ce ne sont pas les événements sociaux et politiques d'envergure qui modèlent le monde, mais l'irruption et le mélange constants d'objets technologiques, la superposition et la concaténation de l'ancien et du moderne, générant de nouveaux réflexes et comportements. Gibson note les couleurs, odeurs, images qui composent ce futur à la dérive que nul ne maîtrise plus, en anthropologue consciencieux moins préoccupé d'interpréter que de rassembler en toute objectivité ces morceaux de demain.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-24&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;24&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-schemas.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-schemas.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Identification des schémas&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Cédric Perdereau&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Cayce Pollard est un chasseur de cool. Cette jeune femme est employée par des trusts internationaux pour prendre le pouls de la rue, anticiper les tendances, reconnaître avant les autres un schéma. Cette empathie symbolique se double d'une allergie aux marques. Cayce, depuis l'enfance, ne supporte pas les logos, au point de faire dégriffer ses vêtements et de lutter contre l'omniprésence des icônes par la récitation d'un mantra personnel&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il a pris un canard en pleine tête à deux cent cinquante nœuds.&amp;nbsp;» Une formulation insensée, qui annule le surcroît de sens, mais ne lui permet pas d'oublier la tragédie mondiodiffusée du 11 septembre. À nouveau un excès de voir, qui, paradoxalement, a vu son père disparaître. Cayce, dont l'activité professionnelle exige l'immersion dans la foule, compense ces contacts forcés par une vie affective distante. Ses proches sont lointains, toujours en voyage, et pour le reste elle n'entretient que des amitiés virtuelles sur les forums consacrés au Film. Cent trente-quatre fragments diffusés sur le net, que l'on peut accoler, diviser, remonter, ou prendre isolément. Nul ne sait s'ils forment un tout ou un tas, un agrégat plastique et polysémique ou une continuité narrative. Mais une chose est sûre, le Film est une authentique révolution dans la stratégie promotionnelle. C'est pourquoi Hubertus Bigend, fondateur de Blue Ant, s'intéresse au phénomène. Aussi engage-t-il Cayce qui bénéficiera de fonds illimités jusqu'à ce qu'elle identifie l'origine du schéma.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le ciel est un grand dôme gris strié de condensation effilochée&amp;nbsp;», nous dit William Gibson page 18, façon d'en finir avec le célèbre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors service&amp;nbsp;», qui ouvrait &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt;. Car évoquer le cyberpunk serait ici une erreur, la meilleure façon de louper le roman. Par définition, on ne devient prophète qu'a posteriori, une fois les prédictions réalisées. De manière fort habile, William Gibson a, lors d'une récente interview, écarté le débat en affirmant qu'il n'avait pas prévu le succès des téléphones portables. Un simple détail qui lui permet d'abandonner l'étiquette de visionnaire cyberpunk. Tout comme son héroïne, Gibson dégriffe le costume que d'autres lui ont taillé.&lt;strong&gt; Identification des schémas&lt;/strong&gt; renonce à l'anticipation au bénéfice du constat. Le passé n'est plus, ou à peine, enseveli sous les commentaires et la reprise. Ainsi, Cayce porte-t-elle une copie d'ancien blouson militaire, et ne supporte que les logos réinventés par des cultures étrangères, subsistant sans lien à la référence. Quant à l'avenir, il est définitivement hors de portée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bien sûr, nous n'avons pas la moindre idée de ce que les habitants de notre futur seront. En ce sens, nous n'avons aucun futur. Pas comme nos grands-parents en avaient un, ou pensaient en avoir un. Les futurs culturels entièrement imaginables sont un luxe révolu.&amp;nbsp;» Le Film, et ses montages compossibles, a ainsi valeur de métaphore. On peut multiplier les récits sur l'avenir, en risquant de le figer dans une narration&lt;sup&gt;&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/11/05/William-Gibson-guide-de-lecture-cyberspatial#&quot;&gt;1&lt;span&gt; Comme en témoignent les expériences scénaristiques de Gibson à Hollywood. Toutes se sont soldées par la réduction des innovations cyberpunk à une simple succession d'effets, dépourvus de contenu. [NDLA.].&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Honnête aveu de la part de Gibson, qui entérine l'échec du cyberpunk. No future, donc. Cet état des lieux prend la forme d'une présence pleine au réel, sans distance ni délai. Tout est donné en vrac, ici et maintenant. Gibson délimite un champ d'apparition des phénomènes où chaque état du sujet est facteur d'inquiétude. Le temps est instable, par le simple fait des fuseaux horaires. L'espace perd tout repère à force d'être arpenté. &lt;em&gt;No map for these territories&lt;/em&gt;, pourrait-on dire en reprenant le titre du documentaire consacré en 2000 à William Gibson. Le corps lui-même est privé de son intégrité, dans une société en lutte perpétuelle qui fait de la violence physique un recours par défaut. Cette incapacité à agir sur le donné oblige à une réception passive. Les accros du Film sont dépendants des images, Cayce Pollard absorbe les tendances, et les flirts de Magda, contrepoint de l'héroïne, assimilent les logos par diffusion pandémique. Une passivité assumée par Gibson qui préfère Ebay ou Google à la quincaillerie des néologismes cyberpunks. La perception panique de Cayce oblitère &lt;strong&gt;Neuromancien &lt;/strong&gt;et son Case aux désordres neurologiques, simplement parce qu'il n'est pas besoin d'accumuler les prévisions quand la réalité est déjà saturée. De ce point de vue, Gibson retient une leçon déjà apprise par J. G. Ballard. Il suffit de faire sauter le plus petit point d'ancrage pour retrouver le chaos des faits. Les repères quotidiens, distribués autrement, n'ont plus pour fonction de rassurer. Cette perte du confort a son avantage, puisqu'elle autorise de nouveaux déchiffrements. Partiels, partiaux, et qui n'ont pas pour but d'épuiser le sens, car le réel est largement excédentaire. Tout discours sur le monde apparaît donc comme périssable. C'est pourquoi Identification des schémas est un grand livre, à déguster maintenant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/xavier-maumjean/&quot;&gt;Xavier Mauméjean&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-37&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;37&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-code.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-code.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Code Source&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Alain Smissi&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Février 2006. Hollis, ex chanteuse du cultissime groupe Curfew, est engagée par Philip Rausch, responsable du journal Node. Le magazine, qui ne compte pour l'instant aucune parution, souhaiterait publier un papier sur le &lt;em&gt;locative art&lt;/em&gt;, tendance esthétique actuelle rendue possible par l'usage détourné du GPS. Via une galeriste française, Odile, la journaliste, va faire la rencontre d'Alberto. Par projections coordonnées sur des prises de vues réelles, l'artiste géohacker met en scène ses créations, aussi bien le décès de River Phoenix qu'un cimetière de soldats morts en Irak, qui se complète de croix à mesure que le chiffre des pertes augmente. Ou un mémorial dédié à Helmut Newton, version contemporaine du happening seventies figurant dans le film Les yeux de Laura Mars. Pour y parvenir, Alberto compte sur Bobby Chombo, un musicien dans son genre, sorte de producteur DJ qui injecte l'œuvre dans le monde, réalise les créations virtuelles, si tant est que cette phrase ait du sens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de son enquête, Hollis va découvrir qu'elle travaille en réalité pour le compte de Blue Ant, une firme aussi puissante que discrète, déjà au cœur du roman Identification des schémas. Son créateur, le magnat belge Hubertus Hendrik Bigend, se targue d'avoir la capacité de toujours engager la bonne personne pour un projet donné. Ainsi en allait-il déjà de Cayce, «&amp;nbsp;chasseur de cool&amp;nbsp;» dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/identification-des-schemas&quot;&gt;roman précédent&lt;/a&gt;. Bigend souhaiterait retrouver la trace d'un mystérieux container repéré en août 2003 par la CIA lors d'une opération spéciale. Or Chombo parvient périodiquement à le localiser…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant le dire tout de suite, la lecture de &lt;strong&gt;Code source&lt;/strong&gt; est pénible. Voici un livre dont on ne sait jamais s'il s'agit d'un roman qui prend la forme d'une notice de montage, ou d'un manuel parsemé de «&amp;nbsp;dit-il&amp;nbsp;». Dans tous les cas, il sanctionne un échec, celui de n'avoir pas su s'approprier l'après Identification des schémas, qui parvenait brillamment à annuler le cyberpunk. Rattrapé par ses propres prédictions, William Gibson ne peut se résigner à devenir écrivain du réel comme n'importe quel romancier &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt;, et se force donc à continuer d'écrire sur le réel. Après nous avoir montré que nous étions acteurs du spectacle, l'auteur décide de nous faire visiter les coulisses. Gibson révèle ses trucs à la façon d'un illusionniste en fin de carrière, démonte ses effets comme on le ferait d'un meuble forcément tendance, juste pour nous convaincre qu'il est toujours à l'avant-garde, comme on le dirait d'un éclaireur qui ne cesserait de se retourner pour être sûr que le gros des troupes suit. «&amp;nbsp;Je suis le meilleur, continuez de me vénérer par pitié&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» semble-t-il dire à ses lecteurs bobos et leurs enfants Übergeeks. S'en suit un délayage qui ne nous épargne aucun poncif, y compris des réflexions rances sur le mode&amp;nbsp;: notre réel n'est peut-être qu'une modélisation. Avec un concept identique, la Grille comme texture virtuelle recouvrant le réel, David Calvo et son &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/minuscules-flocons-de-neige-depuis-dix-minutes&quot;&gt;&lt;strong&gt;Minuscules flocons de neige&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;… parvenait à un résultat plus convaincant. Pour Gibson, le cyberspace n'était qu'une «&amp;nbsp;perspective, une façon de visualiser notre destination. Et avec la grille, on y est&amp;nbsp;». Parlant de la «&amp;nbsp;plateforme virale&amp;nbsp;» qu'étaient les extraits du Film au cœur d'&lt;strong&gt;Identification des schémas&lt;/strong&gt;, Hubertus Bigend avoue s'en être servi pour vendre des chaussures. William Gibson casse son jouet, avec une lucidité innocente ou un cynisme désinvolte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela, pour le fond. La forme est une caricature, un «&amp;nbsp;Savoir créer hype&amp;nbsp;» pour atelier d'écriture otaku. Les personnages secondaires se plantent devant la vitrine du styliste Yohji Yamamoto, tripotent un iPod ou tombent en arrêt devant les artefacts signés Philippe Starck. Il ne leur arrive rien ou toujours la même chose, ce qui a un goût de vieux depuis Georges Perec ou le Nouveau roman. Gibson étale son vernis culturel, «&amp;nbsp;l'idéal platonique d'un petit tapis oriental était projeté depuis le plafond&amp;nbsp;», qui remplace l'authentique savoir ou le met à mal. Platon&amp;nbsp;? Non, il a dit exactement le contraire dans La République, à savoir qu'une représentation est le contraire d'un «&amp;nbsp;idéal&amp;nbsp;». Pires sont les métaphores enquillées par l'auteur qui parvient à un style boursouflé et académique, quincaillerie d'images outrées faites pour montrer comment on rend le présent bizarre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;vent sauvage et aléatoire&amp;nbsp;», ou «&amp;nbsp;une voiture de police passa dans son propre courant d'air…&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; sans parler du ridicule&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le pistolet que Brown portait sous sa parka, comme un bandage herniaire exotique en résine composite…&amp;nbsp;» La traduction poussive n'arrange rien, qui accumule les répétitions&amp;nbsp;: «… Hollis vit les palmiers de Sunset danser follement, comme une troupe de danse mimant les derniers sursauts d'une peste futuriste&amp;nbsp;». Et encore mieux&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Elle sortit le Powerbook de son sac, le sortit de la veille et essaya de caler l'écran ouvert contre la vitre&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La prochaine étape consisterait pour Gibson à ne plus écrire, dans cette veine du moins. Ce dont l'auteur semble avoir pris conscience puisqu'il n'est maintenant jamais aussi bon que dans ses interviews.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/xavier-maumjean/&quot;&gt;Xavier Mauméjean&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-50&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;50&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-machine.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-machine.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;La Machine à différences&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Avec Bruce Sterling. Trad. Bernard Sigaud&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quand deux monstres sacrés du cyberpunk unissent leur force, on peut légitimement s’attendre à quelque chose de marquant. Paru à l’origine en 1991, le mythique &lt;strong&gt;La Machin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;e à différence&lt;/strong&gt; bénéficie aujourd’hui d’une réédition chez «&amp;nbsp;Ailleurs &amp;amp; Demain&amp;nbsp;», sous une couverture argentée du plus bel effet. De quoi réconcilier anciens et modernes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si Gibson et Sterling cohabitent avec talent, force est de reconnaître qu’ils ne se limitent pas à leurs délires habituels. Ici, le cyber passe surtout par le steam et l’uchronique. Et la S-F en ressort gagnante. Preuve que deux et deux font cinq et que le tout est supérieur à la somme des parties. Bâti sur un postulat rigoureux, &lt;strong&gt;La Machine à différence&lt;/strong&gt; relate une double révolution, industrielle et informatique. Dans l’Angleterre du milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, un homme met au point une sorte d’ordinateur – la machine à différence du titre – qui précipite le Royaume-Uni vers quelque chose d’inédit. Enorme assemblage complexe mû par la vapeur et capable de traiter l’information via un système de cartes perforées, cette machine se transforme en enjeu national, voire mondial, dans un contexte où l’impérialisme britannique ne connaît presque plus de limites. Mais si le décor revisite les codes uchroniques habituels (avec personnages historiques bien réels décrits sous un jour nouveau, de Byron à Keats en passant par quelques autres – plus surprenants), Sterling et Gibson n’en font pas une fin en soi. Certes, leur Angleterre mérite à elle seule un roman, mais sans personnages, l’histoire ne serait rien d’autre qu’une gentille promenade touristique. En s’attachant à l’humain aux prises avec un monde changeant, les deux auteurs fabriquent l’essence de leur roman et lui procurent sa teinte si particulière. La formule est reprise avec succès par un certain Robert Charles Wilson qui a démarré – ah tiens – avec le cyberpunk (il suffit de lire &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/ange-memoire&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ange Mémoire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour s’en convaincre, même si ça ne retire rien à sa profonde originalité). Intrigue compliquée mais solide, sombres complots, luttes sociales, rien ne manque au roman. L’histoire se découpe en trois parties bien distinctes, ce qui facilite sans doute la lecture mais affadit également l’ensemble, défaut non rédhibitoire tant le texte tient la route. On suit les aventures d’une prostituée pas comme les autres (fille d’un dissident), d’un espion au service de Sa Majesté, d’un paléontologue de retour du Nouveau Monde (jamais émancipé de l’Empire, évidemment) aux prises avec une embrouille d’envergure cosmique, sans oublier quelques personnages secondaires remarquablement campés. Si le roman peut se lire comme un thriller uchronique impeccablement mené, le fond est plus sombre. En bons adeptes d’Orwell, Sterling et Gibson n’oublient pas l’essentiel&amp;nbsp;: la société de contrôle se base sur le contrôle de l’information. Et l’information informatisée facilite justement le contrôle. Belle parabole sur nos sociétés paranoïaques et mise en place d’une nouvelle étiquette pour le moins curieuse dans le petit monde de l’imaginaire&amp;nbsp;: le steampunk d’anticipation.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-60&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;60&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-idoru2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-idoru2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Idoru&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Pierre Gugliemina&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Rez, leader de l’inaltérable groupe de rock Lo/Rez, va se marier avec Rei Toei, une chanteuse vedette des écrans nippons. Cet événement est médiatique surtout parce que Rei Toei est une idoru, une créature virtuelle. Le mariage se concrétiserait par l’intermédiaire d’un module de programmation biomoléculaire qui intéresse les Russes, raison pour laquelle trafiquants et agents secrets se pressent à Tokyo en même temps que les fans de musique. Parmi eux, Chia, adepte de ce groupe né pourtant avant elle, qui veut vérifier la véracité de l’information, ou la directrice de Slitscan, acharnée à détruire l’image de la pop star trop sage et surtout à la trop grande longévité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’information est le nerf de la guerre, d’où l’intérêt manifesté pour le module de programmation. Une idoru est en effet conçue par des agents softwares qui analysent ce qui plaît au public afin de toujours se conformer à ses goûts. Ce sont des softwares qui sont à l’origine de la musique populaire japonaise enka, éminemment commerciale, qui envoie des sons groupés comprenant entre autres des influences pop occidentales diluées, ou des EDHS, Elaborations diatoniques d’une harmonie statique, à base d’airs de Bach ou de Procol Harum. Comme toujours, la provocation remplace l’originalité&amp;nbsp;: ainsi, en révélant une prédilection pour la chair fœtale irakienne, les Duke of Nuke Them, groupe de roidhead metal, sont disque de platine. Sans surprise, les sons nouveaux proviennent des labels indépendants&amp;nbsp;: Skyline, le premier album de Lo/Rez a été produit par Dog Soup, à East Taipei, label que Rez a racheté pour produire d’autres groupes moins commerciaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue sert de décor à une société dominée par les apparences, incapable de maîtriser ses mutations désormais trop nombreuses, et dont l’industrie de la musique ne constitue qu’un exemple.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-69&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;69&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gibson-gdl-histoire.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gibson-gdl-histoire.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Histoire Zéro&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Jean Esch et Doug Headline&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il est bien loin, le temps de la trilogie de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Neuromancien&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; William Gibson s’était déjà rapproché de notre époque avec sa trilogie suivante, dite du «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Pont&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, et ses romans ultérieurs ne font que confirmer cette évolution, en s’attardant sur notre époque pour en analyser les tenants et aboutissants sans plus guère utiliser de prétexte SF. En dehors de quelques éléments sur le tard, &lt;strong&gt;Histoire zéro&lt;/strong&gt; ne relève en effet pas vraiment de la science-fiction (pas au sens strict, du moins), mais il continue cependant d’interroger le monde selon une grille de lecture bel et bien héritée du &lt;em&gt;cyberpunk&lt;/em&gt;. Ce qui, disons-le, est à la fois passionnant et un brin frustrant pour qui a découvert l’auteur avec ses premiers romans. Il est en tout cas certain que ce n’est pas avec &lt;strong&gt;Histoire zéro&lt;/strong&gt;, qui vient clore une nouvelle trilogie entamée avec &lt;strong&gt;Identification des schémas&lt;/strong&gt;, et poursuivie avec &lt;strong&gt;Code source&lt;/strong&gt;, que l’on pourra apprécier au mieux la production SF de l’auteur… même si, comme le dit une critique reprise en quatrième de couverture, Gibson donne ici «&amp;nbsp;&lt;em&gt;à lire le présent comme si c’était le futur&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Une évolution certes pas innocente, et qui a pu lancer des pistes de recherches intéressantes dans les deux précédents romans, consacrés aux marques et aux sous-cultures, mais &lt;strong&gt;Histoire zéro&lt;/strong&gt;, en poursuivant sur cette problématique, pousse le bouchon très loin… et sans doute trop. Jusqu’à l’absurde, en fait, en prenant pour sujet-prétexte (un McGuffin, assurément) ce que l’on peut concevoir de plus superficiel au monde&amp;nbsp;: la mode.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman alterne entre les points de vue de l’ancienne chanteuse de rock Hollis Henry et du paumé ex-camé Milgrim, deux des «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;» de &lt;strong&gt;Code source&lt;/strong&gt;. Ils sont à nouveau amenés à travailler pour le curieux magnat Hubertus Bigend, qui a foi en leurs capacités respectives. Ainsi les lance-t-il sur les traces d’une mystérieuse marque (ou anti-marque&amp;nbsp;?) de jeans, appelée les Chiens de Gabriel, avec potentiellement de juteux marchés militaires à la clé. Ce qui fait l’originalité des Chiens, en effet, outre leur finition impeccable, c’est l’absence quasi totale de communication les concernant&amp;nbsp;; ils n’ont pas pignon sur rue, et personne ou presque ne sait de qui il s’agit (même si le lecteur se fait rapidement sa petite idée…)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;une ligne de vêtements connue pour ne pas être célèbre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»… Nos deux investigateurs se lancent de fait dans la plus futile des quêtes, dans un milieu brillant par sa vacuité. L’histoire, dès lors&amp;nbsp;? Eh bien, il n’y en a pas vraiment, comme le titre le laisse assez entendre… Il s’agit bien d’une &lt;em&gt;Histoire zéro&lt;/em&gt;. Ce qui, en soi, ne pose pas vraiment problème, n’en déplaise à certains critiques amateurs de bon (mauvais) mots&amp;nbsp;; à vrai dire, il y a même quelque chose de fascinant dans cette étude approfondie du néant…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais on ne se fera pas d’illusions pour autant, même dans un monde où tout est factice&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Histoire zéro&lt;/strong&gt;, avec tout son potentiel, est un roman raté. Gibson pousse en effet le vice très loin, et si son roman n’est pas totalement exempt de qualités – il est à coup sûr bien pensé, et les personnages d’Hollis et (surtout) de Milgrim sont bien campés et plutôt attachants –, il n’en reste pas moins qu’on s’y ennuie profondément. Il a même quelque chose d’un &lt;em&gt;pensum&lt;/em&gt;… notamment du fait de sa longueur indubitablement excessive. Avec cette thématique, William Gibson tenait probablement le matériau d’une très bonne nouvelle ou novella&amp;nbsp;; en l’étirant artificiellement sur 550 pages, il met trop en lumière son dispositif, son propos, et lasse bien vite. La forme ne rattrapant pas le fond – Gibson n’a jamais vraiment eu de chance avec ses traducteurs –, ne subsiste plus de cette &lt;strong&gt;Histoire zéro&lt;/strong&gt; qu’un profond ennui. Faux roman de science-fiction empruntant l’allure et les méthodes d’un faux thriller, ce dernier roman de William Gibson se révèle ainsi une triste déception, un livre qui, malgré une intelligence indéniable, laisse le lecteur, au mieux, parfaitement froid et indifférent.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bertrand-bonnet/&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-74&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;74&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 96) – 2</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/30/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-96-2" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 96) – 2" />
      <id>urn:md5:c024e253c66aa57344999d51021a3bfb</id>
      <published>2019-10-30T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-11-12T13:30:24+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Suite du cahier critique supplémentaire du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-96&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 96 spécial William Gibson&lt;/a&gt;… Depuis les mailles du réseau, on file vers la Lune sous la plume de David Pedreira ou Poul Anderson, on retourne sur Évanégyre et Westeros…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-gunpowder.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-gunpowder.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Gunpowder Moon&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;David Pedreidra – Éditions Bragelonne, coll. «&amp;nbsp;Bragelonne SF&amp;nbsp;» – mai 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Jacques Fuentealba – 360 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le quatrième de couverture de &lt;strong&gt;Gunpowder Moon&lt;/strong&gt; le recommande «&amp;nbsp;&lt;em&gt;pour tous ceux qui ont aimé &lt;strong&gt;Seul sur Mars&lt;/strong&gt;.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Raté, la comparaison est mauvaise. Vous avez adoré&lt;strong&gt;À la poursuite d’Octobre rouge&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;La Somme de toutes les peurs&lt;/strong&gt; de Tom Clancy&amp;nbsp;? Vous allez vous régaler avec &lt;strong&gt;Gunpowder Moon&lt;/strong&gt;. Certes, le livre de David Pedreira est de la science-fiction pure et dure&amp;nbsp;: on parle de mines d’hélium-3 sur la Lune dans un monde où la Terre se relève difficilement d’une catastrophe climatique d’envergure. Mais c’est avant tout une intrigue policière mâtinée d’espionnage politico-commercial comme savaient si bien les écrire Tom Clancy ou John Le Carré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la Lune, dans une station minière américaine au milieu de la mer de la Sérénité, l’impensable se produit&amp;nbsp;: un homme est assassiné. Tout semble pointer vers les rivaux commerciaux des États-Unis&amp;nbsp;: la Chine et leur base de Nouveau-Beijing 2, mais Caden Dechert, ancien marine qui, lassé par les combats, s’est reconverti dans les activités minières, ne partage pas cet avis. La course contre la montre est lancée pour résoudre ce crime et éviter une nouvelle guerre entre les deux grandes puissances, sur le sol lunaire comme sur Terre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écrit par un ancien journaliste, dont il s’agit ici du premier roman, &lt;strong&gt;Gunpowder Moon&lt;/strong&gt; garde les traces d’un style coupé au cordeau, allant à l’essentiel et sachant gérer ses effets pour garder l’attention du lecteur toujours en éveil. En revanche, l’action tarde à se mettre en place&amp;nbsp;: il faut attendre une cinquantaine de pages pour arriver au meurtre proprement dit. Et le narrateur, Caden Dechert, perdu dans ses souvenirs de combattant dans la plaine de la Beeka met un temps fou à se rendre compte de l’évidence&amp;nbsp;: le crime est une affaire interne à la base. Toutefois, même en prenant le temps d’expliquer quelques détails importants dus à l’environnement spatial choisi (le régolithe et les particularités de la poussière lunaire, les points de Lagrange, etc.), David Pedreira ne tombe pas dans le piège fréquent en hard SD et ne noie pas son public sous un monceau de détails. Il signe avec &lt;strong&gt;Gunpowder Moon&lt;/strong&gt; un livre que les amateurs du genre ne lâcheront pas de sitôt. Petit bémol, la lectrice que je suis a trouvé ce roman très testostéroné, même si le poste de responsable de la sécurité échoit à une femme, dotée d’un rôle prééminent. Peut-être parce que l’auteur l’a écrit comme un homme, sauf les rares fois où il insiste assez pataudement sur son genre&amp;nbsp;? Une maladresse qui ne gâche pas le plaisir pris à parcourir ces pages.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;right&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-fureur.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-fureur.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La fureur de la terre – Les Dieux sauvages T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Lionel Davoust – Critic, collection «&amp;nbsp;Fantasy&amp;nbsp;», avril 2019 (roman inédit – 816 pages. GdF. 25 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Les Dieux sauvages&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», série prévue initialement en trois tomes, se transforme, au fil des parutions, en pentalogie. Cinq opus seront donc nécessaires pour dénouer tous les fils d’intrigues et offrir un dénouement satisfaisant aux multiples arcs narratifs ouverts dans les premiers tomes. Wer a détruit le monde parce qu’il ne lui convenait pas, jetant l’opprobre sur une femme et par-delà, sur toutes les femmes. Le clergé, puissant, a instauré des normes patriarcales sévères créant une société dans laquelle les femmes n’ont guère de droits. Mériane avait choisi de vivre en paria, dans les zones instables, contaminées par la magie et dangereuses, pour éviter de se plier aux lois des hommes. Devenue malgré elle Héraut d’un dieu auquel elle ne croit pas, qu’elle n’apprécie pas, elle s’efforce de sauver un monde qui ne mérite peut-être pas de l’être. Elle tente donc d’arrêter la marche sur la Rhovelle de l’implacable Ganner, Prophète d’Aska, entité rivale de Wer, et défend la ville de Loered, protégée par huit murailles concentriques. Quatre sont déjà tombées dans le tome précédent (&lt;strong&gt;Le Verrou du Fleuve)&lt;/strong&gt;. Le siège se poursuit, et la situation des assiégés empire. Les réserves de nourriture, touchées par la pourriture, promettent une famine et le morbus, maladie mortelle, fait son apparition. Grâce au savoir de Néhyr, survivante de l’empire d’Asrethia à la longévité mystérieuse, Mériane s’approprie une armure issue des troupes ennemies. Ainsi harnachée, elle insuffle aux défenseurs de la ville l’énergie de se défendre, jour après jour, alors même qu’ils ne peuvent vaincre. L’Église, incapable de soutenir Mériane (une femme ne peut être choisie par Dieu pour incarner sa Parole), s’est prudemment mise en retrait. Seul Maragal, chronète attaché à Loered, l’accompagne de bonne grâce, bien décidé à écrire sa légende. En parallèle, le prince Erwel tente d’obtenir de précieux renforts des provinces voisines réticentes pendant que les jeux d’alliances politiques pour la conquête du trône se poursuivent loin du champ de bataille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans les tomes précédents, Lionel Davoust multiplie les points de vue. Le lecteur peut ainsi appréhender sous des angles différents les évènements marquants, anticiper les révélations et comprendre, bien avant les personnages, que les dieux n’en sont pas et que la magie n’est en réalité qu’une technologie ancienne et oubliée, que même les enfants d’Aska peinent à maîtriser. La fureur se retrouve des deux côtés de la ligne de front. Mériane se transforme peu à peu en machine de guerre. Elle lutte pour sauver un peuple tout en tentant de ne pas perdre son humanité sous l’emprise d’une armure aspirant son énergie vitale. Idéaliste, elle se refuse pourtant à sacrifier les plus faibles comme Wer le lui conseille. A contrario, Ganner, dénué de ces préventions, se révèle prêt à tout pour atteindre ses objectifs. La maîtrise narrative de Lionel Davoust impressionne et invite à revenir arpenter le monde d’Évanégyre aux côtés de Mériane.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Karine Gobled&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-evelyn.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-evelyn.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les sept morts d’Evelyn Hardcastle&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Stuart Turton – Sonatine – mai 2019 (roman inédit traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau – 540 pages – GdF. 22 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Angleterre, première moitié du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Un homme reprend conscience dans une forêt, sans savoir où il se trouve, ignorant qui il est. Il rejoint le manoir de Blackheath, demeure géorgienne jadis belle mais aujourd’hui délabrée, tout comme l’est la famille qui occupe, marquée par la tragédie. En effet, dix-neuf ans plus tôt, le jeune Thomas a été assassiné par le gardien du domaine, lequel a été pendu. Evelyn, sœur aînée de la victime et tenue pour responsable, s’est exilée à Paris. Afin de marquer son retour, ses parents ont organisé un bal masqué dont les invités sont ceux qui était présents la nuit du crime. Tout cela, le personnage en prend conscience au fil de ses incarnations. Car chaque jour, ou plutôt au fil des répétitions de la même journée, il endosse le corps et la personnalité d’un nouvel hôte, tout en gardant mémoire des informations collectées. Aiden Bishop, son identité d’origine, semble avoir provoqué cette situation. Il lui revient d’élucider la mort d’Evelyn qui, chaque soir, à onze heures, se tire une balle dans le ventre. Mais il s’agit bien d’un assassinat. Aiden dispose de huit vies pour résoudre l’énigme, sinon tout recommencera. Deux autres convives sont aussi piégés, des rivaux car un seul pourra s’échapper du manoir. Qu’en est-il du «&amp;nbsp;médecin de la peste&amp;nbsp;», masqué et vêtu de noir, qui apparaît régulièrement pour informer Aiden&amp;nbsp;? Et qui est Anna, consciente des incarnations mais qui ne vit qu’une seule journée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le propre du récit policier classique, particulièrement du roman à énigme, est de suivre l’ordre linéaire du temps. La durée extérieure apparaît selon une relation d’ordre irréversible. Les événements sont liés à des moments qui se succèdent, l’un chassant l’autre et sans possibilité d’inverser la série. Le temps ne peut être renversé. &lt;strong&gt;Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle&lt;/strong&gt; bouleverse cette succession linéaire, et donc l’ordre causal qui y est attaché. Partant, l’enchaînement des faits dont dépend l’enquête classique s’en trouve affecté. &lt;a id=&quot;_Hlk13468834&quot;&gt; Sans compter que les événements de la journée se répètent dans le désordre. &lt;/a&gt; De plus, en soumettant son personnage principal à un véritable carrousel d’incarnations, Stuart Turton remet en cause la fiabilité du narrateur, pourtant indissociable du roman policier classique, à quelques exceptions notables près, telle &lt;strong&gt;Le Meurtre de Roger Ackroyd &lt;/strong&gt;d’Agatha Christie. Ainsi Aiden doit-il faire avec les capacités physiques et mentales de ses différents hôtes, comme lord Cecil Ravencourt, dont l’esprit aiguisé est contrarié par son corps obèse qui l’empêche d’agir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’auteur parvient à faire d’une évidence&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Nous ne pouvons pas élucider le meurtre de quelqu’un qui n’est pas mort&amp;nbsp;» (p. 199), l’enjeu véritablement inédit d’un tour de force littéraire. Un roman magistral basé sur le principe de rétroception, d’ordinaire plutôt utilisé en science-fiction (&lt;strong&gt;Replay&lt;/strong&gt; de Ken Grimwood, ou &lt;strong&gt;Les Quinze premières vies d’Harry August&lt;/strong&gt;, de Claire North, par exemple).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une lecture indispensable, une passerelle entre les genres.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Xavier Mauméjean&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-triomphe.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-triomphe.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Triomphe – Capitaine Futur T4&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Edmond Hamilton - Le Bélial, coll. «&amp;nbsp;Pulps&amp;nbsp;», mai 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Pierre-Paul Durastanti – 216 pp. Semi-poche – 15,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Voici déjà le quatrième volet des aventures du &lt;strong&gt;Capitaine Futur&lt;/strong&gt;, le héros des quadras et quinquas, fans de l’anime du studio japonais Toei Animation. Une nouvelle fois traduit par Pierre-Paul Durastanti dans la collection «&amp;nbsp;Pulps&amp;nbsp;» dont il est par ailleurs l’initiateur et l’animateur infatigable, l’ouvrage ne décevra pas les amateurs de rétro-fiction. Rien de neuf en effet sous le soleil des neuf planètes, une fois de plus menacées par un péril insidieux et implacable. Ne lésinons pas sur les superlatifs car ils composent l’ordinaire du sorcier de la science, ce géant roux dont la carrure athlétique n’a d’égale que l’esprit vif et alerte. Meneur né des Futuristes, cette association de héros extraordinaires, à laquelle le gouvernement planétaire fait appel lorsque le désordre se répand parmi les peuples du Système solaire, Curt Newton ne semble animé que par la passion de la connaissance et un sens de la justice surhumain. Cette fois-ci confronté au seigneur de la vie, un mystérieux criminel promettant la jeunesse éternelle aux plus chenus des citoyens, via un élixir aux effets secondaires mortels, il doit prêter une nouvelle fois main forte à la police des planètes, incapable de déjouer la redoutable accoutumance qui se répand dans les neufs mondes. La routine, en somme, dans le plus pur registre du pulp et du comics dont Edmond Hamilton applique les recettes avec cette série née dans les années 1940. L’amateur retrouvera donc la démesure d’une intrigue ne s’embarrassant guère de vraisemblance, lui préférant la patine d’une histoire recyclant des motifs plus anciens, comme ici celui de la fontaine de jouvence. Inutile en effet d’attendre autre chose que le dépaysement suranné d’un &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; trépidant, où une péripétie en chasse une autre, sur fond de ranch saturnien, de forêt de champignons aux spores mortels et de brumes impénétrables hantées par des hommes oiseaux. L’aventure à un saut d’astronef ou de voiture fusée, jalonnée par les saillies d’un humour potache, certes un tantinet répétitif, avec une foi dans le progrès scientifique chevillée au corps. Toute une époque et un état d’esprit différent, celui qui prévalait durant l’âge d’or américain, mais avec une légère touche de nostalgie dont on goûte un aperçu dans la salle des trophées du Capitaine Futur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, &lt;strong&gt;Le Triomphe&lt;/strong&gt;, quatrième aventure du Capitaine Futur, reste un texte d’une exubérance juvénile, à peine entaché par quelques tournures familières, qui ne cède rien en matière de distraction sans conséquence. Et, ce n’est pas un fan de &lt;em&gt;Starwars&lt;/em&gt; qui lui jettera la première pierre.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-feuetsang2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-feuetsang2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Feu et sang (partie 2)&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;George R.R. Martin – Pygmalion – mai 2019 (moitié de roman inédit, traduit de l’anglais [US] par Patrick Marcel – 460 pp. GdF. 21,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Six mois après la première partie (parce que Pygmalion), nous avons enfin droit à la seconde partie… du premier tome de &lt;strong&gt;Feu et sang&lt;/strong&gt;, soit la chronique des trois siècles durant lesquels la dynastie Targaryen a régné sur Westeros. Rassurez-vous cependant, ou désespérez, le tome 2 ne sortira pas de sitôt, George R.R. Martin ayant affirmé qu’il voulait conclure la saga principale du &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Trône de Fer&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; avant de revenir sur cette «&amp;nbsp;préquelle&amp;nbsp;». On a donc de la marge.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reste que cette «&amp;nbsp;seconde partie&amp;nbsp;», même publiée indépendamment, n’est jamais que la deuxième moitié d’un livre unique. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que les mêmes qualités et les mêmes défauts valent pour les deux volumes. Au premier chef, cette seconde partie est, comme la première, le cul entre deux chaises&amp;nbsp;: ni vraiment roman, ni vraiment chronique, une tentative de solution intermédiaire qui ne convainc jamais totalement, les qualités des deux registres étant souvent absorbées par leurs inconvénients respectifs. Formellement, Martin ne s’applique guère, de toute façon, et on ne lira pas &lt;strong&gt;Feu et sang&lt;/strong&gt; pour la joliesse de l’expression.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais qu’importe&amp;nbsp;: l’histoire qui nous est narrée est toujours aussi prenante, et le récit est plus dense et plus vif que dans les romans du &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Trône de Fer&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, et tout spécialement les derniers (le rendu des dialogues y est pour beaucoup). Pourtant, elle n’a probablement pas grand-chose d’original, puisant à tour de bras dans l’histoire notamment européenne, avec toujours, de manière très marquée, ce côté &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Les Rois Maudits&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, associant haute et basse politiques, guerre et crime.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le premier volume s’était achevé au crépuscule d’un règne long, prospère et (relativement) paisible, la crise est au cœur de celui-ci&amp;nbsp;: une inévitable querelle successorale, où le machisme a sans surprise sa part, précipite les Sept Couronnes dans la guerre civile. Les alliances se font et se défont au gré des caprices et des intérêts particuliers, les monarques éphémères se succèdent à toute vitesse sur le Trône de Fer, et cette «&amp;nbsp;Danse des Dragons&amp;nbsp;», comme on l’appelle, bien ironiquement, marque surtout l’avènement d’une ère maudite, où les glorieuses en même temps que terribles créatures si intimement associées aux Targaryen brillent désormais par leur absence. Au plan symbolique ou très prosaïquement, tout cela donne la conviction d’un lamentable gâchis – comme il se doit. Et quand bien même à l’occasion tel noble seigneur exceptionnellement intègre, tel amiral intrépide multipliant les odyssées maritimes, cherchent à nous rappeler que, dans cet univers sordide, il existe bel et bien des héros. Rassurez-vous, les crapules brutales et cruelles sont bien plus nombreuses…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un bon point pour cette seconde partie&amp;nbsp;: même sans parvenir tout à fait à donner véritablement le sentiment que l’on lit une chronique, George R.R. Martin use d’un expédient pertinent, et plus marqué que dans le premier tome, qui est la confrontation de sources contradictoires. Car il est bien des manières de conter les événements de la «&amp;nbsp;Danse des Dragons&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; avouons que les récits obscènes du truculent Champignon, fou et sage, auront sans doute la préférence du lecteur… comme du mestre narrateur qui prétend s’en offusquer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La très brusque «&amp;nbsp;conclusion&amp;nbsp;» du récit laisse cependant un goût amer en bouche – l’histoire, de toute évidence, se poursuit au-delà, jusqu’au Roi Fou et à la révolte de Robert Baratheon… Ce sera pour un autre volume, et clairement pas tout de suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même bilan, en somme, que pour la première partie&amp;nbsp;: un livre formellement perfectible, un projet plus ou moins assuré, mais une histoire qui passionne et enthousiasme, en éclairant par ses thèmes la saga principale. On n’en demandait au fond pas beaucoup plus.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-frontieres.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-frontieres.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Frontières&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Présenté par Pierre-Marie Soncarrieu – Imaj’nère – avril 2019 (anthologie réunissant 25 textes pour l’essentiels inédits signés par plein, plein de gens – 478 pp. GdF. 19 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Depuis 2010, l’association Imajn’ère met à l’honneur la littérature de genre dans un appel à textes courts et la publication d’une anthologie. &lt;strong&gt;Frontières&lt;/strong&gt; est celle de l’édition 2019. Elle regroupe vingt-cinq textes, chacun accompagné d’une gravure imaginée par un illustrateur. Thématique imposée&amp;nbsp;: les frontières, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Libre aux auteurs d’en faire toute une histoire. Voilà pour l’intention. Le résultat est une anthologie très inégale. On y trouve de la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, du polar, de la science-fiction et du fantastique, des auteurs confirmés ou novices. Ce qu’on peine à y trouver, c’est un texte véritablement enthousiasmant. On se concentrera donc sur les plus notables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois autrices ont été distinguées par le jury du concours. Dans «&amp;nbsp; &lt;em&gt;La Légende de Lémuthopia&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», Samantha Chauderon joue la carte de l’Imaginaire dans la construction de l’enfance en réaction au monde adulte. La guerre menace, un frère et une sœur s’inventent un village utopique peuplé de figurines&amp;nbsp;; il sera un miroir du réel. Un texte à l’approche assez classique, qui ne recèle malheureusement ni surprise ni grande émotion. Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Passeuse d’âme&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, Myrtille Bastard imagine un monde où la mort a disparu&amp;nbsp;; les individus sont condamnés à décrépir sans fin. Taxés de terrorisme par les autorités, certains tentent d’alléger les souffrances en offrant un passage vers l’autre monde. Le résultat s’avère anecdotique, et l’autrice passe à côté de l’énormité de sa proposition. Avec «&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Tenancière&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», Audrey Pleynet nous offre enfin un moment savoureux. On ne saura rien de ce bar où convergent les candidats au départ, à la recherche d’une frontière qui évoque plus une idée qu’une réalité, pas plus que de sa tenancière dont les attraits et le discours changent avec l’interlocuteur. Ce que l’on saura, toutefois, c’est qu’il faut être prêt pour atteindre la frontière. L’autrice met en image la dimension psychologique du récit fantastique, et c’est une réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté science-fiction, deux textes sortent du lot&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Tango bleu&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», de Pierre-Paul Durastanti (oui, &lt;em&gt;le&lt;/em&gt; Pierre-Paul Durastanti de &lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;!), et «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Last Frontier&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de Laurent Whale. Le second pourrait servir de préquelle au premier. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Tango bleu&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» est un texte de 1986. Malgré une saveur &lt;em&gt;flower-power&lt;/em&gt; un peu surannée, il s’agit d’une vraie SF utopique qui vise un monde meilleur. Le &lt;em&gt;worldbuilding&lt;/em&gt; y est de première classe&amp;nbsp;; la nouvelle est lumineuse. Plus sombre, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Last Frontier&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» décrit l’agonie de l’ancien monde, la révolte des esclaves, la fin du mensonge, et semble préparer «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Tango&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour finir, on lira la nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Si tous les aliens du monde&lt;/em&gt;…&amp;nbsp;» de Jean-Laurent del Socorro. L’auteur inscrit son récit dans l’univers du roman &lt;strong&gt;Points chauds&lt;/strong&gt; (Le Bélial’, 2012) de &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Laurent_Genefort&quot; title=&quot;Laurent Genefort&quot;&gt; Laurent Genefort &lt;/a&gt; . Des portails s’ouvrent et des aliens arrivent en masse aux portes d’une France gouvernée par une certaine Océane Lacraie. Si l’allégorie politique est amenée avec la délicatesse du marteau-piqueur, le texte propose un récit bien construit avec même un peu d’espoir dedans.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Feyd-Rautha&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-dieu.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-dieu.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Dieu dans l’Ombre&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Robin Hobb/MeganLindholm – ActuSF, coll. «&amp;nbsp;Perle d’épices&amp;nbsp;» – avril 2019 (réédition d’un roman par ailleurs disponible en poche, traduite de l’anglais [US] par C. Richetin – 540 pp. GdF. 20,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avant Robin Hobb, il y avait Megan Linhdolm.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous ce pseudonyme, la californienne va écrire un certain nombre de romans dont &lt;strong&gt;Le Peuple des Rennes&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Dernier Magicien&lt;/strong&gt; ou encore celui qui nous intéresse aujourd’hui, &lt;strong&gt;Le Dieu dans l’Ombre&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Publié en 1991, l’ouvrage bénéficie de l’attention des éditions &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/30/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-96-2#&quot;&gt;ActuSF&lt;span&gt;On s’interrogera toutefois sur la pertinence de cette initiative éditorial un brin putassière, le présent bouquin étant toujours disponible au Livre de Poche, au prix de 7,70 euros… No comment. [NdRC]&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, qui le rééditent en grand format sous une magnifique couverture signée Lucian Stanculescu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Loin des aventures de FitzChevalerie, le récit nous emmène sur les traces d’Evelyn, une jeune femme mariée à Tom Potter dont la famille possède une entreprise agricole florissante à Tacoma, une petite ville de l’État de Washington. Avec leurs fils, Teddy, le couple décide de quitter Fairbanks pour Tacoma, justement, et Evelyn doit dès lors composer avec une belle-famille n’acceptant pas cette &lt;em&gt;bête sauvage&lt;/em&gt; qu’a ramené leur garçon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour s’évader de cet environnement toxique, Evelyn peut compter sur un vieil ami surgit des tréfonds de son enfance&amp;nbsp;: Pan, un faune qu’elle semble être la seule à pouvoir approcher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre l’amour sauvage et naturel de Pan et le mépris d’une famille qui veut la façonner à sa guise, Evelyn va devoir choisir sa voie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Véritable &lt;em&gt;page-turner&lt;/em&gt; grâce à sa langue souple et légère, &lt;strong&gt;Le Dieu dans l’Ombre&lt;/strong&gt; raconte l’histoire d’une jeune fille tiraillée entre son identité profonde, plus proche de la nature sauvage et farouchement indépendante, et une vie sociale banale souvent asphyxiante. Pendant longtemps, le roman de Megan Lindholm laisse le fantastique en sourdine et concentre ses efforts sur Evelyn, narratrice et héroïne, pour brosser un portrait féminin et féministe où le passage à l’âge adulte devient une malédiction. À la fois critique d’une misogynie ordinaire mais aussi plongée dans un retour à la terre et à la nature à la Thoreau, &lt;strong&gt;Le Dieu dans l’Ombre&lt;/strong&gt; offre au lecteur une histoire touchante par la fragilité et la détermination de son héroïne prise au piège du quotidien et des conventions sociales qui l’entourent. Peu à peu, les malheurs d’Evelyn se teintent de fantastique par l’apparition de plus en plus fréquente de Pan, ancien Dieu de la forêt tombé éperdument amoureuse d’elle, et le récit oppose alors deux modes de vies, le nôtre et celui des bêtes, sans donner de réels gagnants en vérité, constatant l’échec inéluctable d’Evelyn à s’intégrer dans un monde qui ne pourra jamais totalement être sien. C’est aussi l’occasion de retrouver le sous-texte sur le couple que file l’autrice depuis le début de son récit, mais en inversant les rôles, mettant en lumière le jeu pervers qui se déroule entre deux êtres de chairs, jeux de pouvoirs et de séduction qui s’effrite avec le temps. Même si &lt;strong&gt;Le Dieu dans l’Ombre&lt;/strong&gt; a parfois tendance à s’épancher plus que de raison sur les drames et états d’âmes d’Evelyn, l’ouvrage touche par la finesse psychologique de son héroïne et la sincérité du récit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après un virage à cent quatre-vingts degrés où le fantastique domine et rencontre le &lt;em&gt;nature-writing&lt;/em&gt;, Megan Lindholm s’interroge sur notre capacité réelle à revenir à la terre, questionnant notre résistance et nos capacités humaines. Plus rude mais aussi plus bestial, cette dernière offrande à Pan renferme une note mélancolique où le bonheur passé se fane à l’ombre du réel. Au bout du chemin, un voyage initiatique où la féminité s’affirme et où la nature reprend ses droits, dans tous les sens du terme. Un très bon roman.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Nicolas Winter&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-satan.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-satan.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Monde de Satan&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Poul Anderson – Le Bélial’ – juin 2019 (volume réunissant un roman traduit de l’anglais [US] par Hélène Houssemaine, ici réédité dans une traduction révisée par Jean-Daniel Brèque, et une nouvelle inédite traduite par le même, avant-propos du traducteur – 348 pp. GdF. 22 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avec la parution du roman &lt;strong&gt;Le Prince-Marchand&lt;/strong&gt; en 2016 (critique in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 84), les éditions du Bélial’ ont entamé, sous la houlette de Jean-Daniel Brèque, traducteur et maître d’ouvrage pour l’occasion, la publication intégrale des textes ressortissant à «&lt;strong&gt;La Ligue polesotechnique&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», première époque de «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;La Civilisation Technique&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», l’un des cycles majeurs de Poul Anderson. Le temps passant très vite, le quatrième tome est désormais disponible. L’amateur y trouvera une traduction très révisée du roman &lt;strong&gt;Le Monde de Satan&lt;/strong&gt;, et un inédit sous la forme d’une novelette intitulée &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Étoile-Guide&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Pour qui serait passé au travers des trois précédents volumes, peut-être n’est-il pas inutile de procéder à un bref rappel. Dans le futur, le Commonwealth englobe une multitude de planètes et de colonies habitées par des humains et des extraterrestres, rebaptisés sophontes. Mais la véritable puissance reste l’association des libres marchands, la fameuse Hanse galactique, dont les affaires s’autorégulent dans le respect des principes de l’intérêt bien compris, de la concurrence libre et non faussée, contribuant ainsi à la stabilité de la civilisation technique. Si &lt;strong&gt;Le Prince-Marchand&lt;/strong&gt; avait été l’occasion de découvrir Nicholas van Rijn, le fondateur de la Compagnie Solaire des Épices &amp;amp; Liqueurs, personnage fantasque, jouisseur et roublard au langage fleuri, les tomes suivants nous ont permis, au fil d’aventures périlleuses et un tantinet répétitives, de lier connaissance avec d’autres collaborateurs de la compagnie, en particulier le trio de pionniers marchands formés par David Falkayn, Chee Lan et Adzel. Un aristocrate beau gosse et intelligent, parfait cliché pour belle-mère, une Cynthienne menue et d’apparence faussement adorable, à la langue bien affûtée et au caractère caustique, et enfin un Wodenite, sophonte à l’impressionnante envergure de centaure mâtiné de saurien ne laissant pas deviner sa nature débonnaire et non-violente. Bref, trois mousquetaires au service d’un quatrième tenant plus de Falstaff que de d’Artagnan. Si &lt;strong&gt;Le Monde de Satan&lt;/strong&gt; permet de renouer avec cette complicité, voire cette amitié indéfectible, forgée au fil des missions accomplies pour le compte de van Rijn, le présent roman relève surtout d’un changement dans la continuité. Aucune allusion politique malvenue dans cette assertion, même si le regard de Poul Anderson sur la Ligue polesotechnique se fait progressivement plus désabusé, surtout dans le texte «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Étoile-Guide&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Certes, les péripéties vécues par van Rijn et consorts ne brillent toujours pas par leur originalité. On reste dans une veine populaire, où l’humour, le rythme soutenu et les stéréotypes confèrent au récit un caractère divertissant indéniable, sans pour autant renoncer complètement à la science, notamment dans des passages flirtant avec une &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt; au didactisme un tantinet agaçant. Quant au changement mentionné plus haut, d’abord sous-jacent, il perce de plus en plus au travers d’Adzel, sans doute le plus sensible à l’égoïsme bien compris de la Ligue polesotechnique, puis de Coya, la petite-fille de van Rijn, au point de briser la belle entente qui prévalait entre les associés dans &lt;strong&gt;Le Monde de Satan&lt;/strong&gt;. Si le roman s’achève en effet sur une note joyeuse, celle-ci est sévèrement tempérée à la lecture de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Étoile-Guide&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Le cabotinage du prince-marchand et l’esprit d’entreprise cèdent alors la place à l’amertume et au dégoût.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mésestimé lors de sa première parution en France, comme en témoigne la &lt;a href=&quot;https://www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=-327056&quot;&gt; critique assassine &lt;/a&gt; de Jean-Pierre Andrevon dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;Le Monde de Satan&lt;/strong&gt; apparaît pourtant comme l’apogée des aventures de van Rijn, Falkayn, Chee Lan et Adzel. Mais, l’apogée comme l’orgueil précèdent toujours la chute, déjà annoncée par la novelette «&lt;em&gt;L’Étoile-Guide&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». En cela, le quatrième tome de «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;La Hanse galactique &lt;/strong&gt;» apparaît comme un ouvrage de transition, entre optimisme et fatalisme, bouffonnerie et drame, John W. Campbell et Paul Valéry. Le laissez-affairisme et la ploutocratie étant désormais au cœur du Commonwealth, les temps sont dorénavant ouverts pour &lt;strong&gt;Le Crépuscule de la Hanse&lt;/strong&gt;, ultime tome du cycle. Ne cachons pas notre impatience.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 96) – 1</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/29/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-96-1" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 96) – 1" />
      <id>urn:md5:9e5442c24fdd8568acf3f11f8877ab69</id>
      <published>2019-10-29T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-11-14T15:49:38+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-une1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-une1.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Faute de place dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-96&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; spécial William Gibson&lt;/a&gt;, une partie du cahier critique se délocalise dans la matrice et sur la version ePub dudit &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;… En voici ici la première moitié, qui nous emmène du côté de Roshar, de Newhon, de Bohen, de quelques futurs plus ou moins proches ou encore en pleines terrae incognitae.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-revoltes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-revoltes.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les révoltés de Bohen&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Estelle Faye – Critic – mars 2019 (roman inédit – 752 pp. GdF. 25 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les révolutions, parfois, finissent mal et sont confisquées&amp;nbsp;: en France par exemple, 1789 se termine avec le coup d’État de Thermidor qui élimine Robespierre et pave le chemin du Consulat puis de l’Empire. Que reste-t-il alors aux anciens révolutionnaires qui, victimes de leurs ambitions infinies de transformation sociale, deviennent alors les parias d’un ordre guère moins oppressif que l’ancien&amp;nbsp;? Telle est la question que pose Estelle Faye dans &lt;strong&gt;Les révoltés de Bohen &lt;/strong&gt;: une révolution a eu lieu plusieurs années avant le début de l’intrigue – c’était le sujet des &lt;strong&gt;Seigneurs de Bohen&lt;/strong&gt; publié en 2017 – mais ses leaders soit sont morts, soit se sont dispersés, soit ont été corrompus d’une façon ou d’une autre… et le nouveau système politique s’apparente chaque jour un peu plus à un retour orgueilleux à l’ordre ancien, si bien que la restauration se fait réaction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Réaction politique&amp;nbsp;: le nouveau maître de Bohen est une très ancienne entité parasite implantée par magie dans la tête et le corps d’un des héros de la Révolution, et s’il possède le titre de Régent c’est parce qu’il cherche à restaurer la dignité impériale à son profit. Réaction sociale&amp;nbsp;: à la parenthèse de (relative) tolérance révolutionnaire succède une nouvelle phase de rigorisme où les minorités (qu’elles soient intellectuelles, cultuelles ou sexuelles voire tout à la fois) sont appelées à disparaître, et les femmes à tenir la place qui leur est prescrite par la tradition. Réaction civilisationnelle, en fait&amp;nbsp;: le projet du Régent est en effet plus sombre encore qu’il y paraît à première vue, et son objectif consiste à rétablir un système hiérarchique mis au rebut mille ans plus tôt.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Face aux périls de la réaction, Estelle Faye oppose des personnages d’exception mais qui savent rester toujours simples. Ancienne pasionaria de la révolution, magicienne exilée au-delà des mers, imprimeur de tracts illicites, chef d’une cellule clandestine… les personnages positifs ne manquent pas dans &lt;strong&gt;Les révoltés de Bohen&lt;/strong&gt;, et s’ils sont lents à faire progresser leurs intérêts c’est parce que ceux-ci sont plus grands qu’eux-mêmes. Quand la révolution est dénaturée, quand la réaction triomphe au sommet de l’État, c’est qu’il ne reste plus aux plébéiens que le recours à la révolte spontanée. En ce sens, le titre de ce livre est fort bien trouvé&amp;nbsp;: à l’échec de la révolution qui pèse sur ce monde vont répondre les succès remportés par chacun des révoltés, chacun de son côté, jusqu’à la bataille finale où leurs chemins convergent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le message d’Estelle Faye est d’espoir et de progrès, ce qui ne manque pas d’intérêt en notre époque de crispations sociales. Il est donc d’autant plus dommage de subir la façon dont ce message est délivré – car &lt;strong&gt;Les révoltés de Bohen&lt;/strong&gt; est long, lent, et même lourd par moments. Les personnages – et donc leurs &lt;em&gt;backstories&lt;/em&gt; – se multiplient sans que l’inflation des entrées au &lt;em&gt;Who’s who&lt;/em&gt; de Bohen semble toujours justifiée&amp;nbsp;: on finit même par en confondre entre eux. Les lieux sont peu situés les uns par rapport aux autres si bien que la géographie de Bohen en ressort nébuleuse&amp;nbsp;: dans un texte où certains personnages se déplacent beaucoup à pied, cela n’aide pas à évaluer la dimension temporelle du récit dont la chronologie se fait parfois difficile à suivre… Enfin, ce livre ne dévoile son grand schéma que d’une façon trop peu graduelle et en tout cas trop tard pour en développer toute la saveur. La (dark) fantasy qui en émerge semble donc perdue quelque part entre «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Le Trône de Fer&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» et &lt;em&gt;Übel Blatt&lt;/em&gt;, le caractère cruel du destin et la folie de la vengeance implacable en moins…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les belles idées ne suffisent pas toujours à écrire un livre passionnant&amp;nbsp;: celles qui ont présidé à celui-ci auraient mérité meilleure illustration&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Arnaud Brunet&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-morphee.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-morphee.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Bras de Morphée&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Yann Bécu – L’Homme Sans Nom – mars 2019 (roman inédit – 296 pp. GdF. 17,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En 2050, une très curieuse épidémie de sommeil se répand sur la planète&amp;nbsp;: un mal étrange ampute ceux qui en sont victimes d’une ou plusieurs heures de veille. Pour les plus chanceux, la situation évolue peu, ou lentement, une heure perdue de-ci de-là. Quant aux autres, ils se retrouvent tout à coup à dormir une bonne partie de la journée, ne disposant donc plus que d’une poignée d’heures à consacrer à leur vie sociale et professionnelle. D’autant que la maladie évolue en permanence – on a tôt fait de basculer de la catégorie chanceuse à la classe déveine…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pascal Frimousse est professeur de français à Prague. Il fait partie des nantis, puisqu’il équilibre à parts égales sa journée entre éveil et sommeil. Cela lui permet de conserver une vie sociale importante, mais aussi de se voir confier des missions que son temps actif l’autorise à mener à bien. Ainsi se retrouve-t-il bientôt chargé par le ministère de la défense d’enquêter sur la disparition d’un savant génial qui menait des recherches sur morphéus, la fameuse épidémie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le postulat de départ de ce premier roman, œuvre d’un professeur de français vivant à Prague – la crédibilité du décor des &lt;strong&gt;Bras de Morphée&lt;/strong&gt; n’y est sans doute pas étrangère –, est pour le moins original, une idée lumineuse qui offre un vrai ressort dramatique et des possibilités de développement importantes. Sans essayer de vouloir comprendre l’origine du mal qui s’est abattu sur Terre, Yann Bécu s’intéresse davantage à ses répercussions sur la vie quotidienne. Difficile, voire impossible, de maintenir des relations sociales à l’identique quand vous ne croisez plus votre femme qu’une heure par jour, que vos élèves sont aux trois quarts absents de vos cours, ou que vous ne disposez que de quelques minutes pour l’essentiel (manger) avant de vous rendormir… Le principal écueil d’un récit bâti sur une idée centrale forte, c’est l’incohérence ou le fortuit sorti de nulle part. Or, Bécu évite ce travers en nous proposant un développement logique de bout en bout. Avec toutefois un bémol concernant la fin, un brin décevante au regard de tout ce qui l’a précédé, comme si l’auteur avait échoué à finir son roman sans éviter une pirouette. Dommage…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’autre caractéristique qui se dégage ici, c’est la langue, et notamment les dialogues, ciselés et qui font plutôt mouche – ce qu’il convient de souligner, surtout dans le cadre d’un premier roman, et ce jusque dans le registre de l’humour, parfaitement maîtrisé&amp;nbsp;; une gageure dans un cadre pour le moins dramatique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une jolie surprise, donc, que ces&lt;strong&gt; Bras de Morphée&lt;/strong&gt; (en dépit d’un titre convenu)&amp;nbsp;: une idée intéressante bien exploitée, des personnages campés avec réalisme, assez hauts en couleur et servis par un style affirmé qui fait la part belle aux dialogues enlevés. Oui, à l’évidence, Yann Bécu fait ici une entrée remarquable, sinon remarquée, dans le petit monde de l’Imaginaire français.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-autremoitie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-autremoitie.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L'Autre Moitié du ciel&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Sara Doke – Éditions Mü – avril 2019 (roman inédit – 240 pages. GdF. 19 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Sur le principe, ce livre avait tout pour plaire. Une maison d’édition réalisant un travail soigné avec des auteurs originaux généralement dans les goûts de la chroniqueuse de ces lignes, une thématique féministe dans l’air du temps et intéressante. Et dans les faits&amp;nbsp;? Ne mâchons pas nos mots, &lt;strong&gt;L’Autre moitié du ciel&lt;/strong&gt; est un livre décevant. Il n’est tout simplement pas à la hauteur de ce qu’on attend d’un livre&amp;nbsp;: à savoir un dialogue entre un auteur et son lecteur. Ou ici, une autrice et sa lectrice. La plume de Sara Doke est certes belle et facile à lire. Le fond en revanche est un monologue presque d’un bout à l’autre des 240 pages du recueil. Seul le texte intitulé «&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Femme du miroir&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» arrive à toucher son public par sa sincérité, parfois cruelle. Tout le reste n’est qu’une démonstration du talent et la culture de l’autrice. Oui, Sara Doke connaît parfaitement le monde de la science-fiction au point de faire de cette connaissance l’un des ressorts principaux du texte «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Lire ou mourir&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Ou d’écrire dans le style d’auteurs qu’elle admire comme dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Anita Rossa&amp;nbsp;&lt;/em&gt;». Oui, Sara Doke est cultivée et nous propose ainsi différentes déclinaisons de la geste arthurienne dans ce recueil. Et pourtant, cela ne suffit pas. Il y a une différence subtile entre bien connaître son ou ses sujets et s’en servir pour nourrir sa propre réflexion, et étaler sa connaissance et s’en parer au point de laisser son récit passer au deuxième plan. C’est malheureusement ce second effet qu’obtient Sara Doke dans la majorité des textes en prose de ce recueil. À trop vouloir montrer ses références et les dessous intimes de ses textes, elle ne fait que lasser ses lecteurs sans leur laisser le loisir de s’immerger pleinement dans les histoires qu’elle raconte. Et donc d’être à l’écoute de son message.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Stéphanie Chaptal&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-cequivientlanuit.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-cequivientlanuit.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Ce qui vient la nuit&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Julien Bétan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride – Les Moutons électriques, coll. «&amp;nbsp;La Bibliothèque dessinée&amp;nbsp;» – mai 2019 (récit illustré inédit - 152 pp. GdF. 15 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La Bretagne médiévale est un pays mythique, que des générations d’auteurs ont parcouru en pensée, avant d’écrire des épopées à partir de ces chevauchées oniriques. &lt;strong&gt;Ce qui vient la nuit&lt;/strong&gt; a pour point de départ &lt;strong&gt;Bisclavret&lt;/strong&gt;, conte écrit par Marie de France au XIIe siècle, empreint de merveilleux celtique et de lieux commun de la lyrique courtoise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du lai médiéval, l’histoire d’un chevalier affligé d’une malédiction qui se venge d’une épouse infidèle, les auteurs semblent tout d’abord ne vouloir proposer qu’une variation &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; centrée sur la figure du loup-garou, mais le récit s’avère plus subtil et ne cesse de lorgner vers le matériau originel, poussant l’intertextualité jusqu’à faire de la poétesse anglo-normande l’un des personnages principaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes donc au XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Les temps sont troubles. Sur l’injonction du pape Eugène III et de Bernard de Clairvaux, tout ce que l’occident chrétien compte de noblesse s’est lancé dans un nouveau périple vers la Terre Sainte, pour sauver le royaume de Jérusalem. Cette seconde croisade se solde par un fiasco pour les européens, qui ne remportent aucune victoire en Orient. De retour chez lui, le chevalier Jildas renoue avec son épouse Clervie, qui a administré le fief durant son absence. Le guerrier harassé espère y trouver le repos du corps et de l’âme, mais rien ne va tourner comme attendu. Les retrouvailles entre les époux s’avèrent plutôt fraîches. Clervie ne reconnait plus l’homme qui partage sa couche, Jildas dissimulant son mal-être derrière des manières de soudard. Par contraste, la personnalité de la poétesse qui s’invite brièvement dans leur vie est un facteur d’irritation autant que de fascination. Cette femme qui se conduit en homme, qui manie les mots et l’épée avec la même maestria, est pour Clervie une source d’inspiration et pour Jildas une énigme aussi difficile à percer que les meurtres horribles qui endeuillent la bourgade. À ce point-là commence un jeu de piste qui va mener le chevalier, aiguillonné par la femme de lettres, sur les traces de créatures métamorphes et d’un mal venu du fond des âges…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Discrètement érudit, méticuleux et mélancolique, &lt;strong&gt;Ce qui vient la nuit&lt;/strong&gt; n’est pas qu’un récit de genre ou le portrait d’un trio désuni, mais un tableau inquiet des croyances et superstitions des populations du Moyen Âge. Lorsqu’une chasse à l’homme s’achève, une autre prend la relève. Après les Sarrasins, vient le tour des païens, des Lombards nomades, avant plus tard celui des Juifs, des Roms, et on en passe. Circonscrite au XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, la novella retrace cet éternel retour de la violence et du rejet, ce ballet de la haine de l’étrange et de l’étranger.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il n’existe pas d’indice d’une telle préoccupation dans l’œuvre de la véritable Marie de France, plusieurs thèmes de&lt;strong&gt;Ce qui vient la nuit&lt;/strong&gt; s’inscrivent dans la filiation du &lt;strong&gt;Bisclavret&lt;/strong&gt;, tout en s’en démarquant. Chez Marie, les femmes sont infidèles, le lycanthrope gentil, et la morale est sauve. Chez Bétan et consorts, les femmes sont plus vertueuses mais tentent de s’émanciper, la morale est un marais brumeux dans la forêt, et il y a un loup-garou dans le cœur de chaque homme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les deux contes sont donc traversés par la problématique de la place des femmes. On retrouve en Clervie ces héroïnes confrontées aux tourments de la vie conjugale qui font une grande partie de la matière des récits de Marie de France. Par ailleurs son émancipation progressive sonne juste. Les épouses des seigneurs bretons, normands, anglais se voyaient souvent confier les affaires de leurs époux, assumant ainsi un rôle grandissant et jouissant du loisir d’animer une cour. On a plus de mal à croire au &lt;em&gt;personnage&lt;/em&gt; de Marie de France en voyageuse aux savoirs occultes et enquêtrice du surnaturel, même si le mystère entourant sa filiation dans l’histoire officielle autorise à échafauder des hypothèses audacieuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les développements autour de la figure de Jildas paraissent plus convenus. Hanté et fragilisé par les horreurs vécues lors de la croisade, doutant de sa foi, incompris et solitaire, le chevalier vit sa traque comme une manière de purger son âme. C’est bien sûr le contraire qui advient. La violence de l’affrontement contre les métamorphes va lui révéler qu’un monstre sommeil en chaque homme… Le récit n’est pas parfait, il lui manque – de mon point de vue – une conclusion plus aboutie (comme si les auteurs, à l’image de ce qu’ils font dire à Marie à propos du chevalier, n’avaient pas su choisir), ainsi qu’une réflexion plus poussée sur la question du mal. Reste une histoire prenante, racontée dans une langue élégante et évocatrice, magnifiée par l’objet-livre lui-même. À la manière dont ils le firent pour &lt;strong&gt;Tout au milieu du monde&lt;/strong&gt; (même éditeur, 2017), les auteurs jouent en effet de l’alternance entre texte et illustrations pour optimiser leur mise en scène, les dessins prenant parfois le relais des mots dans des séquences graphiques d’une force narrative stupéfiante. Du bel ouvrage&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-justiciere.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-justiciere.jpg&quot; style=&quot;{figureStyle}&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;justiciere&quot;&gt;Justicière&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Brandon Sanderson - Le Livre de Poche - mai &amp;amp; juin 2019 (romans inédits traduits de l’anglais [US] par Mélanie Fazi - 864 pages par volume, semi-poche, 22, 90 euros chaque)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Écrivain prolixe et prolifique, Brandon Sanderson situe une bonne part de ses romans dans le «&amp;nbsp;Cosmère&amp;nbsp;», manière d’univers parallèle régi par la magie (pour faire simple&amp;nbsp;: dans le détail, c’est un peu plus compliqué). Les cycles d’«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Elantris&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» et de «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Fils-des-Brumes&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» y prennent place&amp;nbsp;; c’est le cas aussi des «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Archives de Roshar&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», série prévue en dix tomes et dont le troisième, &lt;strong&gt;Justicière&lt;/strong&gt;, est paru en ce printemps 2019 sous la forme de deux épais volumes (une véritable course de fond pour la traductrice Mélanie Fazi, chapeau bas à elle).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref rappel des événements, pour ceux qui n’auraient pas suivi. Roman introductif du cycle, &lt;strong&gt;La Voie des rois&lt;/strong&gt; nous présente Roshar&amp;nbsp;: planète rocailleuse balayée par les vents (dans le même sens, cela a son importance), elle est peuplée par les humains ainsi qu’une race humanoïde tantôt asservie (les parshes), tantôt combattue (les parshendis). La magie y existe, et, pour qui sait s’en servir, est une ressource que rechargent les régulières tempêtes. Par le passé, des Dévastations successives ont mis à bas la civilisation humaine. Les Chevaliers Radieux, un puissant ordre guerrier, auraient pu, auraient &lt;em&gt;dû&lt;/em&gt; assurer la victoire humaine face aux mystérieux Néantifères… mais ils ont déserté, ont trahi ceux qu’ils devaient protéger.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des millénaires de tranquillité plus tard, le roi Gavilar, souverain d’Alekhtar – l’un des nombreux royaumes du continent unique de Roshar —, devait signer un traité de paix assurant la paix entre sa contrée et les Parshendis&amp;nbsp;; hélas, le monarque est assassiné sur ordre desdits Parshendis. La guerre est déclarée. Au bout de cinq ans, le conflit s’est enlisé sur cet immense champ de bataille que sont les Plaines brisées. Là, plusieurs protagonistes vont s’y croiser. Il y a Kaladin, jeune homme engagé de force dans les troupes de Dalinar Kholin, frère du roi assassiné&amp;nbsp;; Dalinar, justement, individu brutal mais droit, œuvrant pour l’unité du royaume et assailli par des visions du passé&amp;nbsp;; Shallan, jeune héritière d’une maison noble chargée de sauver celle-ci de la ruine. &lt;strong&gt;Le Livre des radieux&lt;/strong&gt; voit les protagonistes se rassembler et prendre conscience que l’ancien péril des Néantifères est de retour, avec pour conséquence immédiate le déclenchement d’une Tempête. Ayant prouvé sa valeur, et même davantage, Kaladin monte en grade&amp;nbsp;; Dalinar poursuit sa quête d’unification de son pays, mais se met en retrait au profit de son fils aîné Adolin&amp;nbsp;; Shallan voit sa formation interrompue de bien tragique manière et tâche de rejoindre les Plaines brisées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que dire sur &lt;strong&gt;Justicière&lt;/strong&gt; sans gâcher le plaisir du lecteur souhaitant se lancer dans cette saga au long cours&amp;nbsp;? Ce troisième tome reprend là où le précédent s’achevait&amp;nbsp;: la Tempête éternelle est là, et il s’agit désormais de sauver les humains de Roshar. Mais comment secourir une race n’ayant jamais pu s’unir sous une même bannière&amp;nbsp;? Tandis que les protagonistes s’organisent, parlementent et agissent, ils en apprennent également davantage sur la nature de leur propre monde et sur les êtres de rang quasi-divins dont l’écho des luttes se répercutent sur Roshar.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les lecteurs ayant apprécié les deux premiers volets trouveront ici leur compte&amp;nbsp;: dans &lt;strong&gt;Justicière&lt;/strong&gt;, Sanderson, en bon écrivain démiurge, continue de déployer cet univers et sa cosmologie. Avec brio, l’auteur y mêle à un rythme accru action et révélations (tonitruantes pour certaines), sans ménager la tension. En somme, vivement la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant aux lecteurs n’en pouvant plus d’attendre la prochaine incursion de George R.R. Martin dans Westeros, invitons-les à explorer Roshar, une destination des plus recommandables.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-epees.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-epees.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Cycle des épées — L'intégrale&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Fritz Leiber – Le Livre de Poche, coll. «&amp;nbsp;Majuscules&amp;nbsp;» – mai 2019 (réédition de romans et nouvelles, traduit de l’anglais [US] par Jean Claude Mallé – 1890 pages – semi-poche, 22,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Est-il encore nécessaire de présenter Fafhrd et le Souricier Gris&amp;nbsp;? Ces deux acolytes, le premier barbare du nord, grand et fort, et le second petit mais rusé, vivent de trépidantes aventures dans le monde de Nehwon, et notamment sa ville emblématique, Lankhmar. Les personnages sont hauts en couleurs, leur histoire est faite d’embûches et de combats, contre des hommes ou contre des créatures surnaturelles, mais aussi de rédemption, de moments de grâce, de découvertes de trésors. Oui, il est sans doute nécessaire de les présenter, notamment aux jeunes lecteurs, qui n’ont peut-être pas connu les précédentes éditions de ce cycle de nouvelles et romans, publiés sur toute la carrière de l’auteur, soit un demi-siècle s’étendant entre 1939 et 1988. Il faut dire qu’avec l’invraisemblable quantité de cycles de fantasy qui se sont déversés sur les présentoirs des librairies ces vingt dernières années, on en viendrait à oublier qu’il y eut de glorieux ainés… Pour un Tolkien qui reste omniprésent, combien de grands maîtres sont plus ou moins tombés dans l’oubli&amp;nbsp;? Fritz Leiber n’est pas de ceux-là, pas encore&amp;nbsp;; on le doit en grande partie à Bragelonne, qui avait ressorti le «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Cycle des Épées&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» dans une nouvelle traduction signée Jean-Claude Mallé il y a quelques années (d’abord en volumes indépendants, puis en deux intégrales). Celle-ci a davantage de souffle que la précédente, œuvre de plusieurs traducteurs, et rend donc davantage hommage au style très riche et précis de Leiber. Très curieusement, des sept tomes de la saga, seuls six avaient été publiés par Bragelonne – le sixième uniquement au sein du deuxième tome de l’intégrale –, et le septième était resté inédit dans la traduction de Mallé, qui existait pourtant. C’est donc bien un événement que cette intégrale, puisque l’on pour la première fois depuis très longtemps l’intégralité du cycle disponible. Si l’on voulait chipoter, cette intégrale n’en est pas tout à fait une&amp;nbsp;: il existe en effet un huitième volume, mais il n’est pas signé Leiber. Robin Wayne Bailey avait été en effet autorisé à reprendre les aventures de Fafhrd et du Souricier Gris, mais ce tome n’a jamais été traduit. On conviendra qu’il n’en valait sans doute pas la peine, et on peut donc considérer qu’il s’agit bien d’une intégrale, qui pèse son poids&amp;nbsp;: 1890 pages, tout de même. C’est d’ailleurs tout le défaut de ce type d’ouvrage&amp;nbsp;: pour faire tenir autant de matériel en un seul volume, l’éditeur est forcé d’utiliser un papier fin, et celui-ci l’est particulièrement&amp;nbsp;; il vous sera difficile à la lecture de cet ouvrage de le conserver dans l’état initial. Autre défaut, la couverture, particulièrement inexpressive et repoussante&amp;nbsp;: il est dommage, quand on veut réhabiliter un tel classique de la fantasy, de ne pas proposer quelque chose de plus sexy, qui donne envie aux lecteurs hésitants de se plonger dans le volume. Dommage, car le «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;cycle des Épées&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» vaut vraiment le coup, à la fois bourré d’inventivité et d’humour, même si le ton peut parfois se faire grave voire dramatique (l’un des épisodes, notamment, fut écrit après la mort de l’épouse de Leiber, ce qui s’en ressent dans l’ambiance mortifère qui se dégage du texte). Les aventures picaresques des deux compères reposent beaucoup sur leur opposition féconde, et sur leur filouterie permanente. Sans doute que des lecteurs n’ayant lu que des ouvrages récents de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; trouveront que cela manque parfois d’envergure, mais à l’époque la Big Commercial Fantasy n’existait pas, et Leiber façonnait ses nouvelles comme un artisan, avec son style inimitable, qui emprunte notamment à son héritage théâtral familial. Il a ainsi posé les bases d’une fantasy lumineuse – c’est lui qui a du reste inventé l’expression &lt;em&gt;sword &amp;amp; sorcery&lt;/em&gt; – qui a connu de nombreux descendants (Steven Brust, par exemple), et qui, de près ou de loin, a inspiré nombre des jeunes plumes de la fantasy. Il n’est donc que justice que de proposer à nouveau au lectorat français son «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Cycle des Épées&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» disponible en intégralité, qui plus est avec une nouvelle traduction.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr96-empire.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr96-empire.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L'Empire savant&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Pierre-Marie Desmarest – Publie.net, coll. «&amp;nbsp;ArchéoSF&amp;nbsp;» – mai 2019 (roman incomplet inédit présenté par Vincent Haegele - 208 pp. semi-poche, 18 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Empire savant&lt;/strong&gt; est un joli petit fascicule à l’histoire étonnante qui commence comme un scénario de &lt;em&gt;L’Appel de Cthulhu&lt;/em&gt;. En 2013, Vincent Haegele prend ses fonctions de directeur des bibliothèques de Compiègne. Faisant une tournée détaillée de son fonds, il découvre un lot coté VDC 130. À l’intérieur des boites, dorment depuis bientôt deux siècles de nombreux manuscrits. Il s’agit de papiers ayant appartenu à Pierre-Marie Desmarest, un révolutionnaire devenu policier politique impérial sous les ordres de Fouché. Poussé vers la sortie en 1814, l’homme participe aux Cent Jours comme «&amp;nbsp;représentant&amp;nbsp;», avant d’être définitivement écarté à la Restauration. Après des années de retraite studieuse, il reprend du service en 1830, puis meurt du choléra en 1832. Années de retraite qu’il passa à écrire ses mémoires – &lt;strong&gt;Témoignages historiques&lt;/strong&gt; – et à composer un roman inachevé dont n’existent que des fragments. C’est &lt;strong&gt;L’Empire savant&lt;/strong&gt;, qui est publié aujourd’hui après mise en ordre stylistique et logique par Haegele, et en dépit des trous qui en mitent, hélas, la narration – comme le dernier message politico-philosophique d’un honnête homme étonnamment clairvoyant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Début du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Isidore est un fils de bonne famille, idéaliste et bon, qui rêve d’explorer le centre de l’Afrique, alors encore &lt;em&gt;terra incognita&lt;/em&gt;. Il croit au doux commerce de Montesquieu et veut aller en frère à la rencontre des peuples. Dans ce but il embarque, contre l’avis familial, sur un navire à destination de l’Égypte, sa première étape. De là, le récit compte structurellement deux parties, mais d’un point de vue logique, on peut en distinguer quatre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’abord un long voyage plein de merveilles, d’imprévus et de tribulations, qui rappelle finalement moins les péripéties de &lt;strong&gt;Gulliver&lt;/strong&gt; que les voyages des &lt;strong&gt;Mille et une Nuits&lt;/strong&gt; que Desmarest avait sans doute lus dans la traduction de Galland. En effet, on y trouve la même combinaison de hasards providentiels, d’emportements des puissants, de risques mortels, d’intrigues de palais, et même d’esclaves énamourées, que dans le texte arabe. Isidore est donc capturé par des Barbaresques et vendu comme esclave. Il enseigne une langue italienne qu’il ne maîtrise pas, fait route à travers le désert avec une caravane dont il devient sans titre l’interprète des songes, est choisi comme favori d’un seigneur qui veut sa science de la poudre à canon, puis réquisitionné par le sultan qui le fait bouffon, avant d’enfin partir vers le centre de l’Afrique en compagnie de Pinda, une esclave originaire de sa destination finale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Atteignant enfin ses montagnes rêvées, Isidore a d’abord l’impression de plonger en sauvagerie. Puis, aidé par une Pinda qui semble retrouver sa nature première en revenant dans son monde, il fait de la région un Jardin d’Eden, primordial et pur, plein de mille végétaux, bêtes, fruits, plus merveilleux et nourriciers les uns que les autres. Le ton ici est au merveilleux mythologique&amp;nbsp;; quant à Pinda, en Vendredi personnel du jeune homme, elle se débarrasse des oripeaux de l’esclavage et devient une sorte de Bon sauvage rousseauiste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, le couple arrive dans la société et la famille dont Pinda est originaire. Ici, avec la superstition, c’est le patriarcat qui domine, avec mariages polygames et dots obligatoires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Grand saut dans le texte ensuite car manquent les parties de liaison. Au-delà du pays des griots, Isidore atteint une civilisation très avancée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;la cité des sciences&amp;nbsp;». Là, dans un monde qui devance de cent coudées le niveau technologique de l’Europe d’alors, il est accueilli par une population paisible qui lui montre ses prodiges scientifiques sans lui en cacher les effets secondaires. Desmarest est ici impressionnant. Il imagine des avancées stupéfiantes, puis en pointe toujours les effets pervers — sagement contrôlés par La cité des sciences. Éducation approfondie pour tous – mais des débats existent sur le contenu d’une «&amp;nbsp;bonne&amp;nbsp;» éducation, et l’auteur entrevoit l’hyperspécialisation à venir des champs de la connaissance. Un «&amp;nbsp;conservatoire des arts&amp;nbsp;» et une île où trouver l’ataraxie mettent à l’écart les inventions devenues problématiques&amp;nbsp;: système de surveillance de masse, publicité, sondages et opinion publique, radiologie, culte du corps, prolongation artificielle de la vie, procréation médicalement assistée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Isidore finit par retourner à la «&amp;nbsp;simplicité&amp;nbsp;» de la vie européenne, où il peindra les merveilles d’une civilisation étrangère à prendre pour modèle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inversant l’ordre de la supériorité technique, Desmarest crée une fable amusante qui montre le caractère contingent de la domination scientifique — comme Jared Diamond, ailleurs. Il livre au lecteur un texte tout inspiré par la pensée des Lumières. Même si certains stéréotypes affleurent, les descriptions de tyrans orientaux empruntent plus aux &lt;strong&gt;Mille et une Nuit&lt;/strong&gt;s qu’à Voltaire, et la volonté sous-jacente est clairement bienveillante. Montrant que les rapports de forces auraient pu être inverses, il affirme que la colonisation n’est que contingente, qu’elle n’a pas de fondement naturel, et que donc elle est politiquement critiquable.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Eric Jentile&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 86 - Jean-Pierre Dionnet - Jean Baret - NK Jemisin</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/28/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-86" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 86 - Jean-Pierre Dionnet - Jean Baret - NK Jemisin" />
      <id>urn:md5:803678bedd14ceb6433b4270392a4b1f</id>
      <published>2019-10-28T13:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:09:32+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi86-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi86-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À nouveau de passage dans le Système solaire au volant de sa station spatiale, Philippe Boulier nous évoque dans ce nouvel épisode de son podcast quatre ouvrages très différents&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Mes Moires&lt;/strong&gt; de Jean-Pierre Dionnet (avec Christophe Quillien), &lt;strong&gt;Bonheur™&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Vie™&lt;/strong&gt; de &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/jean-baret/bonheur-tm&quot;&gt;Jean Baret&lt;/a&gt;, et enfin &lt;strong&gt;Lumières noires&lt;/strong&gt; de N.K. Jemisin. Que de bonnes choses…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi86-livres.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/.bo-epi86-livres_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : Swell - &lt;em&gt;Too many days without thinking&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;div dir=&quot;ltr&quot;&gt;- Throw the Wine&lt;/div&gt;

&lt;div dir=&quot;ltr&quot;&gt;- Fuck even flow&lt;/div&gt;

&lt;div dir=&quot;ltr&quot;&gt;- Make mine you&lt;/div&gt;

&lt;div dir=&quot;ltr&quot;&gt;- Bridgette, you love me&lt;/div&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi86-swell.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi86-swell.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>C comme Cyberpunk</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/24/C-comme-Cyberpunk" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Cyberpunk" />
      <id>urn:md5:df0d35a5aa1ea53986a8371927fc8d64</id>
      <published>2019-10-24T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-01-02T13:15:55+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Cyberpunk&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la sortie du &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/revue/bifrost-96&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 96&lt;/a&gt;, consacré à William Gibson, on s'intéresse à une déclinaison inattendue du cyberpunk, version musicale. Le présent billet tend donc une oreille charitable vers &lt;strong&gt;Cyberpunk&lt;/strong&gt; de Billy Idol, album si mal reçu qu'il força le chanteur à une traversée du désert de dix ans… Un quart de siècle après sa sortie, &lt;strong&gt;Cyberpunk&lt;/strong&gt; reste-t-il si inécoutable qu'on le dit&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Cyberpunk, Billy Idol (Chrysalis, 1993). 20 morceaux, 70 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le dossier William Gibson du &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/revue/bifrost-96&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 96&lt;/a&gt; autorise de s’intéresser au cyberpunk sous toutes ses formes. Il est certain que le genre a connu une postérité notable au cinéma, avec l’influence inégalable de Blade Runner… mais aussi du côté musical.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le terme «&amp;nbsp;cyberpunk&amp;nbsp;» provient lui-même d’une nouvelle d’un certain Bruce Bethke, récit relativement bref où il est question d’un garnement rebelle (pour le côté punk) adepte de l’informatique (pour le côté cyber). Paru en novembre 1983 dans les pages d’&lt;em&gt;Amazing&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cyberpunk&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ne recèle guère d’autre intérêt que de signer l’apparition d’un terme ayant fait florès par la suite. En juillet 1984, Gibson mettra tout le monde d’accord avec &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; en 1986, l’anthologie &lt;strong&gt;Mozart en verres miroirs&lt;/strong&gt; est l’occasion pour une génération d’auteurs – Gibson mais aussi Bruce Sterling, Pat Cadigan, Rudy Rucker, Lewis Shiner ou Paul Di Filippo – de signaler leur goût commun pour une même esthétique. Évidemment, tout phénomène de mode est condamné à dépérir et à muter. Comme l’indiquait Gibson face à Larry McCaffery&amp;nbsp;: « Sérieusement, je suis fatigué du phénomène. Il y a déjà de mauvaises imitations du cyberpunk, donc on sait que ça va ne faire que décliner. Tout ce qu’il s’est passé, c’est qu’une poignée d’œuvres d’une poignée de nouveaux auteurs ont atterri sur le bureau d’un éditeur en même temps. Celui-ci ne savait pas quoi faire de nous, alors on nous a collé cette étiquette.&amp;nbsp;» Mais tout ceci n’est pas l’objet de ce billet – lisez plutôt le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 96.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Dix ans après la parution de la nouvelle de Bruce Bethke, un chanteur de punk-rock s’aliène l’essentiel de ses fans avec la sortie d’un album intitulé &lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt;. Ce chanteur, c’est Billy Idol. Ceux qui ont vécu et vibré dans les années 80 se souviennent sûrement de son &lt;em&gt;Rebel Yell&lt;/em&gt;, et il faut avouer que son mélange de post-punk et de cold wave s'écoute encore bien, en dépit d'un aspect un brin daté. Billy Idol m'a toujours donné l'impression du gentil mauvais garçon : celui qui, en dépit de sa dégaine etde sa coiffure, est du genre à aider mamie à traverser la route. Ne comptant pas au rang des fans hardcore du chanteur, j’avoue par conséquent un certain faible pour ce disque, auréolé d’une réputation… disons pas très bonne. À vrai dire, c’est pire&amp;nbsp;: l’accueil de &lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt; fut si mauvais qu’il fallut dix ans à Billy Idol pour remonter la pente et revenir avec un nouvel album. En 2006 encore, le magazine britannique &lt;em&gt;Q&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://www.rocklistmusic.co.uk/qlistspage3.htm#50%20Worst%20Albums&quot;&gt; le classait ainsi&lt;/a&gt; en 5e position des pires albums, juste après les albums solo de toutes les Spice Girls (normal) et le majeur brandi bien haut qu’est &lt;em&gt;Metal Machine Music&lt;/em&gt; de Lou Reed (pas étonnant).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-c-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-c-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt;. Sérieusement&amp;nbsp;: donner ce titre à un album nécessite une certaine dose d’inconscience ou bien des bollocks grosses comme ça, pour s’approprier ainsi le terme. À vrai dire, je trouve le sous-titre de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://blog-alt.belial.fr/post/2016/03/07/D-comme-The-Diary-of-Nathan-Adler&quot;&gt;Outside&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de David Bowie – «&amp;nbsp;un hyper-cycle dramatique gothique non linéaire&amp;nbsp;» – bien plus humble. Côté graphique, la pochette fait la part belle à de vilains bidouillages sur Photoshop, qui était sûrement le nec plus ultra en 1993. Bien sûr, dès 1994, c’était déjà daté. L’année 1993, c’était justement celle du retour de David Bowie avec le moyenasse &lt;em&gt;Black Tie White Noise&lt;/em&gt;, celle où Depeche Mode donne une suite attendue à l’impeccable &lt;em&gt;Violator&lt;/em&gt; avec le puissant &lt;em&gt;Songs of Faith and Devotion&lt;/em&gt;, celle où Blur et les Smashing Pumpkins concrétisent les espoirs placés en Damon Albarn et Billy Corgan avec &lt;em&gt;Modern Life is Rubblish&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Siamese Dreams&lt;/em&gt;, idem d’ailleurs pour PJ Harvey avec son deuxième album &lt;em&gt;Rid of Me.&lt;/em&gt; Mais 1993, c’est aussi l’année où Kate Bush s’éclipse après&lt;em&gt;The Red Shoes&lt;/em&gt; et c’est l’année du dernier acte de Nirvana avec&lt;em&gt;In Utero&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; au rang des premiers pas, c’est aussi l’année de&lt;em&gt;Suede&lt;/em&gt; de… eh bien, de Suede, de &lt;em&gt;Pablo Honey&lt;/em&gt; de Radiohead, &lt;em&gt;Debut&lt;/em&gt; de Björk, d’&lt;a href=&quot;https://blog-alt.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;&lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, le premier album d’Autechre. Bref&amp;nbsp;: personne ne se souvient ou, pire, n’a envie de se souvenir de &lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/4t9bs1wWxHU&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais… &lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt; continue d’exister. Alors, comme on aime bien se faire mal dans ce désolant Abécédaire, on presse la touche «&amp;nbsp;play&amp;nbsp;» &lt;em&gt;évidemment&lt;/em&gt;. Divisé en vingt pistes, l’album consiste en réalité en treize chansons entre lesquelles s’intercalent sept interludes. Le premier donne le ton. Sur un fond sonore bruitiste inquiet, une voix déformée entreprend d’informer l’auditeur du contexte – l’équivalent musical des cartons présentant la situation au début de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The future has imploded into the present. With no nuclear war, the new battlefields are people's minds and souls. Mega-corporations are the new governments. Computer generated info domains are the new frontiers. Though, there is better living between science and chemistry. We are all becoming slavebots. The computer is the new cool tool. Though we say, &quot;All information shall be free,&quot; it is not. Information is power and currency of the virtual world we inhabit. So we mustn't trust authority. Cyberpunks are the true rebels. Cyber-culture is coming in under the radar. An unordinary society, an unholy alliance with the tech world, and a world of organized descent.&lt;br /&gt;
Welcome to the Cyber Corporation, Cyberpunk…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tiens, voilà qui me donne envie d’acoller le préfixe cyber à tout ce qui suit. Hé, c’est bien le thème, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cyber-basse grondante, cyber-rythmique cyber-travaillée, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Wasteland&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; associe les cyber-terrains vagues à celui des cyber-cerveaux plongés dans les cyber-réalités virtuelles – des cyber-terres incultes, cyber-littéralement, comme le cyber-indique le cyber-refrain «&amp;nbsp;No religion at all&amp;nbsp;». Titre rentre-dedans, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Shock to the System&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; pourrait décrire les émeutes de Los Angeles en 1992 comme en 2092. En revanche, ce titre lancé en éclaireur comme premier single n’a pas eu l’effet escompté, celui (forcément) d’un choc auprès du public – flop très concret, quoi. Le clip consiste en la rencontre, pas forcément nécessaire, entre &lt;a href=&quot;http://https/blog-alt.belial.fr/post/2018/04/17/T-comme-Tetsuo&quot;&gt;&lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/12/03/J-comme-Johnny-Mnemonic&quot;&gt;Johnny Mnemonic&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/lx2fZU5USus&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tomorrow People&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; se montre plus apaisé, mais cette chanson riche en synthés ne parvient pas dans ses paroles («&amp;nbsp; &lt;em&gt;A time warp scene / A sci-fy story / A dirt-coloured sky&lt;/em&gt;&amp;nbsp;») à retrouver la poésie de Gibson ou celle du Rocky Horror Picture Show. Le ciel gris comme une télé calée sur un émetteur hors-service possède plus de charme, Frank N. Furter aussi, désolé, Billy.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençant par une longue introduction déclamée par un pseudo-hypnotiseur à la voix faisant penser à un Barry White informatisé, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Adam In Chains&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est une chanson mollassonne bien trop longue pour son propre bien. Tel Adam enchaîné, Billy Idol veut sa revanche&amp;nbsp;; tel un homme libre, l’auditeur peut très appuyer sur «&amp;nbsp;skip&amp;nbsp;» et ne s’en prive pas&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Neuromancer&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, Billy Idol y va de son hommage au roman de Gibson, les paroles pouvant très bien décrire Case le hacker&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;I am neuromancer and I am trancing&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Quoique celui-ci serait plutôt en transe sur une piste de danse que dans le cyberespace. «&amp;nbsp; &lt;em&gt;I&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’m out of my mind&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» déclare Billy Idol sur fond de synthés aigus dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Power Junkie&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», et on veut bien le croire&amp;nbsp;; pour être sûr que l’on comprenne, le chanteur force la folie sur le refrain et sort les grosses guitares. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Love Labours On&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est une power ballad pas des plus convaincantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suit &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Heroin&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, une curieuse reprise de la chanson du Velvet Underground dans laquelle s’intercalent les premiers vers du &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gloria (In Exelcis Deo)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Patti Smith, chanson qui réinterprétait elle-même &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gloria&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Van Morrison. Il est certes amusant de voir, &lt;em&gt;mutatis mutandis&lt;/em&gt;, le déplacement de vers d’une chanson à l’autre. Billy Idol n’apporte aucun matériau nouveau, mais propose une cover dopée aux amphétamines, totalement désinhibée. «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Shangri-la&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» part (naturellement) dans une ambiance orientalisante un brin clichéesque, mais bon, on n’est plus à ça près. La très électro «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Concrete Kingdom&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» s’évertue à… pas grand-chose. Suivent la suave «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Venus&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et la sautillante «&lt;em&gt; Then The Night Comes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Enfin, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mother Dawn&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» offre une entraînante conclusion à &lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt; – un feu de bois et la chaleur humaine, en attendant l’aube, n’y a-t-il que ça de vrai&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’en retenir&amp;nbsp;? Le concept de l’album est vague – il s’agit de la description d’un monde futuriste, au bord de la violence, mais dans lequel les sentiments humains – l’amûûr – gardent leur importance vitale. Rien de nouveau sous le soleil, même caché par le ciel gris calé sur on-sait-quoi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, le &lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt; de Billy Idol a sur moi le même effet qu’un film comme &lt;a href=&quot;hhttps://blog-alt.belial.fr/post/2019/07/16/T-comme-Thomas-est-amoureux&quot;&gt; Thomas est amoureux&lt;/a&gt;, à savoir une œuvre plombée de défauts mais loin d’être horrible ou odieuse aux sens. Billy Idol a eu le mérite d’essayer autre chose. Côté cahier des charges, l’album fait la part belle au punk-rock avec des arrangements électro&amp;nbsp;; si ceux-ci datent fortement le disque, les mélodies restent &lt;s&gt; agr&lt;/s&gt;&lt;s&gt;éables &lt;/s&gt; pas désagréables et mémorables, et ne méritent pas l’anathème dans lequel la postérité veut la jeter. Alors, fuck la postérité ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: mais si, en cherchant bien&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui, non, je ne sais pas&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>B comme Bitch Planet</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/23/B-comme-Bitch-Planet" rel="alternate" type="text/html" title="B comme Bitch Planet" />
      <id>urn:md5:f7fe14439a82e3ccc9d06014adaaadf1</id>
      <published>2019-10-23T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-10-23T10:55:18+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Bitch Planet&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Reprenant les codes du film carcéral féminin d'exploitation— le fameux et racoleur &lt;em&gt;women in prison&lt;/em&gt; —, le comics &lt;strong&gt;Bitch Planet&lt;/strong&gt; de Kelly Sue DeConnick et Valentine De Landro propose une dystopie féministe, la rencontre percutante de &lt;em&gt;Orange is the New Black&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;La Servante écarlate&lt;/em&gt; mais dans l’espace…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Extraordinary Machine (Bitch Planet #1-5), Kelly Sue DeConnick et Valentine De Landro. Image Comics (2015), 136 pp.&lt;br /&gt;
President Bitch (Bitch Planet #6-10), Kelly Sue DeConnick et Valentine De Landro. Image Comics (2017), 144 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avec ses couvertures faisant la part belle à une imagerie pulps/films d’exploitation – couleurs vives légèrement passées, texture tramée, typos grasses, slogans ironiquement racoleurs –, difficile de passer à côté de &lt;em&gt;Bitch Planet&lt;/em&gt;, qu’on pourrait aisément décrire comme la rencontre d’&lt;em&gt;Orange is the New Black&lt;/em&gt; et de &lt;strong&gt;La Servante écarlate&lt;/strong&gt; dans l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-b-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-b-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-b-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit ici d’une série en dix fascicules, plus un numéro spécial collectif, chapeautée par la scénariste Kelly Sue DeConnick et la dessinatrice Valentine De Landro. La première est loin d’être une nouvelle venue dans le monde des comics&amp;nbsp;: pour Marvel, elle a signé de nombreux scénarios de &lt;em&gt;Captain Marvel&lt;/em&gt; et de quelques autres séries (&lt;em&gt;Spider-Man&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Captain America&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Castle&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;; de manière moindre, elle a œuvré du côté de DC, BOOM! Studios, et Image Comics, où elle a proposé deux séries, &lt;em&gt;Pretty Deadly&lt;/em&gt; et donc &lt;em&gt;Bitch Planets&lt;/em&gt;. Quant à Valentine De Landro, cet illustrateur a bossé pour Marvel (&lt;em&gt;Spider-Man&lt;/em&gt; aussi, &lt;em&gt;X-Factor&lt;/em&gt;) comme pour Dark Horse (&lt;em&gt;Prometheus: Fire and Stone – Omega&lt;/em&gt;). De Landro et Deconnick se rencontrent en 2014 et, faute de trouver dans les grands studios une série sur laquelle bosser ensemble, ils s’associent pour créer leur propre série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bitch Planet&lt;/em&gt;, dont le premier fascicule sort en décembre 2014. Pas besoin d’attendre l’élection de Trump…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-b-cover2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-b-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-b-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;À l'origine, Dieu a créé les cieux et la terre. La Terre mère comme nous l'appelions autrefois avant de comprendre. Avant de visiter les cieux, de nous installer et de sentir leur douce étreinte. Voyez-vous, l'espace est la mère qui nous accueille en son sein. La Terre est notre père. Et votre père vient de vous renier. Vos péchés, votre gloutonnerie, votre fierté, votre faiblesse et votre immoralité atteignent un tel degré que toute tentative de correction serait veine. Vous êtes le cancer qui ronge l'humanité. Pour le bien de tous, pour éviter une contamination, une ablation est nécessaire.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bienvenue dans un futur dominé par le patriarcat blanc. Toutes les femmes qualifiées de non-obéissantes sont envoyées sur l’établissement auxiliaire de conformité (ÉAC) surnommé Bitch Planet. Où se situe cette planète&amp;nbsp;? À vrai dire, la question n’a ici pas grande importance. Comme c’est étrange&amp;nbsp;: la plupart des femmes déportées sur Bitch Planet ont du caractère et/ou sont de couleur et/ou ne sont pas hétéronormées – c’est le cas de la protagoniste Kamau Kogo, de son amie Penelope Rolle à la carrure massive (et c’est rien de le dire) ou de bien d’autres. Parfois, il y a juste des femmes dont le seul tort est de n’avoir su complaire à leur époux – comme Marian, qui reconnaît avoir poussé son mari à la tromper. En d’autres termes, cette Amérique blanche trumpienne avant l’heure se débarasse dans l’espace de tout ce qui ne lui ressemble pas et ne lui convient pas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-b-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-b-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-b-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la station carcérale de Bitch Planet, c’est peu dire que ce n’est pas vraiment la joie&amp;nbsp;: gardiens brutaux, surveillance constante, climat tendu… et des hologrammes sexy pour vous tancer. Kamau ne compte pas se laisser faire&amp;nbsp;; si survivre est l’un de ses buts premiers, elle en a un autre, secret. Mais le pire vient de la Terre&amp;nbsp;: un producteur télévisé en mal d’audience a l’idée de doper l’audimat en proposant une émission sportive où des équipes de prisonnières s’affrontent au duemila – un lointain descendant du calcio florentin. Au duemila, les capacités athlétiques sont de mises… mais aussi l’art de la mise en scène aussi. La transaction passe par le père Ed Josephson, pasteur occupant une place influente dans l’arène politique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-b-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-b-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-b-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur Bitch Planet, Kamau est repérée par des chasseurs de tête afin de monter son équipe de duemila… C’est là le début d’événements qui, peut-être, signeront la fin de cette ère patriarcale et de cette infamie qu’est l’établissement auxiliaire de conformité…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Bitch Planet&lt;/em&gt; réemploie les codes du «&amp;nbsp;women in prison&amp;nbsp;». Mais si, vous savez, ce…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;sous-genre du film carcéral [qui] louvoie du côté du cinéma d’exploitation pur et simple, et [qui] part du présupposé fantasmatique (principalement masculin, on ne va pas se mentir) que les prisonnières féminines passent le plus clair de leur temps à transpirer en petites tenues, à prendre de longues douches lascives pour se purger de leur saleté viscérale, à endurer les tortures de matrones sadomasochistes, à mener les matons à la braguette avant de s’adonner aux turpitudes du saphisme faute de mâles dans les environs.&amp;nbsp;» ( &lt;strong&gt;Nanarland – le livre des mauvais films sympathiques&lt;/strong&gt;, p. 201)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Scénarisé par une femme, le comics réemploie ces codes macho… pour mieux les briser. Dans l’ordre&amp;nbsp;: les prisonnières sont certes souvent en petite tenue, à transpirer, mais jamais le trait de Valentine De Landro ne cherche à objectifier les femmes, qui sont toutes représentées dans la diversité de leur corps. Elles prennent des douches&amp;nbsp;: lascives, pas vraiment, et le maton qui se risque à du voyeurisme prend cher (#4). Les tortures des matrones sadomasochistes n’ont rien de drôle… surtout lorsque l’administratrice de la prison finit par passer de l’autre côté de la barrière. Quant aux coucheries avec des représentants de l’un ou l’autre sexe, leurs rares représentations évitent l’aspect racoleur associé au WiP.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Brut et efficace, le trait de De Landro fait merveille pour compléter le propos de Kelly Sue DeConinck. Si le premier volume, &lt;em&gt;Extraordinary Machine&lt;/em&gt;, sert surtout à poser les enjeux, les personnages – prisonnières badass mais nuancées, et politiciens véreux – et les raisons l’incarcération des héroïnes (le #3 se consacre ainsi entièrement au passé du personnage de l’imposante Penelope, le #6 à une autre détenue), le deuxième, &lt;em&gt;President Bitch&lt;/em&gt;, fait grimper les enjeux et dévoile des personnages cruciaux… telle celle qui donne son titre au volume. En guise de bonus, les vraies-fausses publicités à la fin de chaque épisode, d’une ironie mordante, font mouche.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-b-issues.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-b-issues.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-b-issues_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout n’est pas parfait dans &lt;em&gt;Bitch Planet&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le scénario est parfois un brin confus, ne fait guère dans la dentelle et cette histoire de compétition de duemila m’a parue souvent accessoire. Le gros regret est surtout que la série s’achève, au terme de son deuxième volume, sur un cliffhanger saisissant (imaginez Ivanka Trump faisant quelque chose du genre majeur brandi à son père). Indiquée «&amp;nbsp;en hiatus&amp;nbsp;» sur le site de l’éditeur, &lt;em&gt;Bitch Planet&lt;/em&gt; mérite de se développer et de connaître une véritable conclusion. En l’état, on a l’impression que la série s’arrête pile au moment où les choses commencent à devenir vraiment intéressantes. Les deux volumes ont été complétés en 2017 par un troisième, anthologique, que je n’ai pas lu&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Triple Feature&lt;/em&gt;. En 2016, &lt;em&gt;Extraordinary Machine&lt;/em&gt; a remporté le British Science Fiction Award dans la catégorie «&amp;nbsp;Meilleur comics/roman graphique&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Série (temporairement&amp;nbsp;?) inachevée, &lt;em&gt;Bitch Planet&lt;/em&gt; est une dystopie féministe qui tape là où ça fait mal et c’est bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pardon pour cette conclusion cheesy.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reformulons&amp;nbsp;: lisez &lt;em&gt;Bitch Planet&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: aucunement, d’autant que la série a bénéficié d’une traduction chez Glénat Comics&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nope, ma’am&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: yes, ma’am&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme An Alien Light</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/22/A-comme-An-Alien-Light" rel="alternate" type="text/html" title="A comme An Alien Light" />
      <id>urn:md5:574e94affa006e96b561ccb2233da915</id>
      <published>2019-10-22T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-10-22T17:48:35+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;An Alien Light&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans son &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-89&quot;&gt;numéro 89&lt;/a&gt;, l'équipe de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; s'était intéressée à l'œuvre de Nancy Kress, en faisant toutefois l'impasse sur les romans inédits en français. Raison pour laquelle, tardivement, on s'intéresse à &lt;strong&gt;An Alien Light&lt;/strong&gt;, quatrième roman de l'autrice et première incursion dans la science-fiction sur la forme longue… Une planète étrangère, une colonie oubliée, des aliens interloqués&amp;nbsp;: que pourrait-il se passer de mal&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;An Alien Light, Nancy Kress. Arbor House / Morrow (1988), 372 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-89&quot;&gt;numéro 89 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, le guide de lecture consacré à Nancy Kress a fait globalement l’impasse sur ses romans inédits en français. Sur la trentaine de romans que l’autrice a écrit, seuls une demi-douzaine a été traduite en français. Est-ce blâmable&amp;nbsp;? De ce que j’ai lu de Kress, une chose m’a paru sûre&amp;nbsp;: la distance de la novella lui convient que celle du roman. Néanmoins, &lt;a href=&quot;https://www.instagram.com/p/Biuh4valKhE/&quot;&gt;flânant dans les rayonnages Imaginaire&lt;/a&gt; de The Last Bookstore, gigantesque bouquiniste de Los Angeles, je suis tombé sur &lt;strong&gt;An Alien Light&lt;/strong&gt;. Le titre était intriguant, l’illustration de couverture aussi. Alors pourquoi pas…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque paraît &lt;strong&gt;An Alien Light&lt;/strong&gt; en 1988, Nancy Kress a déjà à son actif trois romans&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Prince de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’aube&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;The Golden Grove&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Flûte ensorceleuse&lt;/strong&gt;, relevant tous d’une sorte de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, ainsi qu’un recueil, &lt;strong&gt;Trinity and Other Stories&lt;/strong&gt;. Le présent roman est donc la première incursion de notre autrice dans la science-fiction sur la longue distance.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-a-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-a-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-a-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’énigmatique premier chapitre nous présente des aliens, les Ged. À l’aide de leurs Esprits-Bibliothèques, ils poursuivent inlassablement un but&amp;nbsp;: celui de comprendre ces créatures bipèdes hargneuses que sont les humains. Les humains sont à la source d’un insoluble paradoxe&amp;nbsp;: attendu que les races sentientes aggressives s’autodétruisent avant de devenir spatiopérégrines, comment les humains ont-ils atteint les étoiles&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous voici sur une planète, qui n’est de toute évidence pas la Terre — sinon, pourquoi le jour y durerait soixante-douze heures&amp;nbsp;? On y trouve une île, un endroit passablement radioactif depuis qu’un vaisseau humain s’y est écrasé il y a longtemps&amp;nbsp;; les survivants ont gagné le continent, ont fondé deux villes qui, au fil du temps, ont nourri une inimitié mutuelle. Jela, la Sparte de ce monde étranger&amp;nbsp;; Delysia la cité marchande. Et il y a le R’Frow, ce dôme où vivent les Ged et auprès duquel s’amassent des humains, dans l’espoir d’y pénétrer. Car les Ged laissent pénétrer, parfois, des humains, qui y sont nourris, logés, blanchis – mais dans quels buts&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On suit Ayrys, jeune souffleuse de verre et proscrite qui, en chemin, rencontre Jehane. Ayrys fuit Delysia, Jehane vient de Jela&amp;nbsp;: elles ne peuvent s’entendre mais une situation oblige Jehane à protéger Ayrys. Leurs chemins s’écartent à l’approche de R’Frow mais se rejoignent à nouveau à l’intérieur du Dôme… C’est là aussi que réside SuSu, une prostituée qui se prend d’amitié pour un géant albinos. Tandis que les tensions grandissent entre jelites et delysiens, les Ged continuent, imperturbablement, d’enseigner leurs connaissances aux humains. Calmes au possible, les Ged fonctionnent selon une logique différente et paradoxale aux yeux des humains&amp;nbsp;: pourquoi leurs hôtes leur donnent-ils des armes tout en leur intimant de rester pacifiques&amp;nbsp;? À croire que la violence fait partie intégrante des humains, qui ne cessent de s’entretuer au fil d’escarmouches, leur principale crainte étant d’attirer l’attention de leurs hôtes. À vrai dire, comment ne pas devenir fous sous ce dôme à la lumière étrangère&amp;nbsp;? Et à qui faire confiance&amp;nbsp;: aux ennemis jurés de l’autre tribu ou aux impénétrables aliens&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-a-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-a-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur ces prémisses questionnant la nature humaine et la violence qui lui est/serait inhérente, &lt;strong&gt;An Alien Light&lt;/strong&gt; avait de quoi proposer un roman passionnant… et le résultat m’a paru mitigé. Commençons par les points négatifs&amp;nbsp;: la distance de prédilection de Nancy Kress est et reste la novella&amp;nbsp;; sur la distance du roman, l’intérêt se dilue au fil d’une intrigue peu palpitante et faisant de la rétention de &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;. Bien que plusieurs chapitres se situent du point de vue des Ged, ces aliens demeurent faiblards pour ce qui est de la xénopensée&amp;nbsp;; j’ai surtout eu l’impression de voir quelques grands dadais désemparés par une bande de sales mioches turbulents (et meurtriers). Le contexte extérieur, à l’état d’esquisse, m’a laissé sur ma faim, tant pour ce qui est des humains que des autres aliens&amp;nbsp;; il faut également accepter l’idée que les humains soient les seuls créatures capables d’agressivité dans le cosmos. L’écosystème de cette planète étrangère n’est pas bien poussé lui non plus, mais c’est un moindre mal, l’essentiel de l’action se déroulant sous le dôme Ged.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-a-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-a-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, le roman comporte plusieurs éléments dignes d’intérêt&amp;nbsp;: l’intrigue met en avant plusieurs personnages féminins forts et nuancés, Ayrys en premier lieu mais aussi SuSu, femme brisée mais résiliente. Jela la combattante tourmentée m’a paru un brin en deçà. Quant aux spécimens masculins, leur caractérisation est plus faible. L’ambiance est légèrement orientalisante – cela change des futurs mettant systématiquement en scène une civilisation spatiale anglo-saxonne ou, à tout le moins, occidentale. Ian R. MacLeod le fait avec davantage de bonheur dans &lt;strong&gt;Poumon vert&lt;/strong&gt;, mais la tentative de Nancy Kress est valable. Les deux modèles de société gardent tout intérêt, en particulier la société guerrière de Jela où l’homosexualité, masculine comme féminine, est de mise &amp;nbsp;; les rapports hétérosexuels sont tabous s’ils dépassent la seule procréation. Cela dit, ces aspects-là demeurent diffus dans ce roman trop long pour son propre bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;An Alien Light&lt;/strong&gt; promet plus qu’il ne délivre, et reste un roman assez décevant. Tant pis. L’autrice a fait mieux depuis et on relira sans trop de réserves ses novellas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: seulement d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: nope&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>12 comme 12 to the Moon</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/21/12-comme-12-to-the-Moon" rel="alternate" type="text/html" title="12 comme 12 to the Moon" />
      <id>urn:md5:04b0baae9b92df66cc9229c900234ad0</id>
      <published>2019-10-21T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-10-21T15:52:39+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;12 to the Moon&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après un allumage plus long que prévu, l'Abécédaire repart pour un nouveau tour d'alphabet, placé en toute logique sous le signe du nombre 12. Et quoi de bien pour bien recommencer que de s'élancer vers la Lune&amp;nbsp;? Dans ce billet introductif, on le fait en compagnie de &lt;strong&gt;12 to the Moon&lt;/strong&gt;, film de SF à petit budget qui, en 1960, imaginait une mission internationale vers notre satellite…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;12 to the Moon, David Bradley (1960). 74 minutes, noir et blanc.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans l’Abécédaire, on se fiche un peu des chefs d’œuvre. Les chefs d’œuvre, c’est bien, mais ce qui nous intéresse en premier lieu, ce sont les curiosités, les œuvres imparfaites qui ont essayé quelque chose mais sans y parvenir totalement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce titre-là, &lt;em&gt;12 to the Moon&lt;/em&gt;, film de SF à petit budget (150 000 dollars quand même) des années 60, vaut le coup d’œil. On l’a dit et redit dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-95&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;95 spécial Lune&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: le satellite naturel de la Terre a titillé la curiostié des uns et des autres au fil des siècles. Comme s’y rendre&amp;nbsp;? Y a-t-il des habitants&amp;nbsp;? &lt;em&gt;12 to the Moon&lt;/em&gt; entreprend d’y répondre, à sa manière. Attention, ça va spoiler pas mal.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-12-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre ne fait pas mystère du contenu du film&amp;nbsp;: douze personnes vont aller sur la Lune. Dans ses premières minutes, le film prend l’apparence d’un documentaire télévisé, alors que l’animateur nous présente les douze membres d’équipage. Un équipage mixte, avec deux femmes à bord de la fusée &lt;em&gt;Lunar Eagle 1&lt;/em&gt; (un nom dont on notera le caractère prescient), et international&amp;nbsp;: les astronautes viennent de France, Grande-Bretagne, Allemagne et Russie… mais aussi de la Chine, d’Algérie, du Brésil, d’Israël, de la Turquie, du Nigéria, de la Pologne et de la Suède. Voilà qui n’est pas courant dans le cinéma de l’époque, à part de l’autre côté du Rideau de fer. Bien sûr, il faut raison garder&amp;nbsp;: le chef de la mission est américain. Néanmoins, la mission a deux buts, l’un scientifique (sans surprise), l’autre politique&amp;nbsp;: il s’agit de faire de la Lune un territoire international, d’où l’importance d’une mission où coopère bon nombre de nations terrestres. Il y a aussi des animaux-tests&amp;nbsp;: un chien, deux chats, deux singes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-12-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-12-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le vol dure vingt-sept heures&amp;nbsp;: c’est assez pour que des tensions naissent dans l’équipage. Le Russe claironne que toutes les avancées en matière de fuséologie sont soviétiques (on ne pourra pas lui retirer Tsiolkovsky, sans qui rien n’aurait été possible)&amp;nbsp;; l’Israëlien éprouve de l’admiration pour l’Allemand, sans se douter que le père d’icelui était un nazi. Il faut dire que la fusée est assez mal conçue&amp;nbsp;: la porte des douches à ultrason ne ferme pas à clef, et on ne voit pas d’endroit où dormir ou manger. Mettons cela sur le budget riquiqui du film.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-12-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-12-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'équipage au complet.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’espace n’est pas un lieu tranquille&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Lunar Eagle 1&lt;/em&gt; doit essuyer plusieurs tempêtes &lt;s&gt;de boules de papier alu froissées&lt;/s&gt; d’astéroïdes. Heureusement que l’astronef est équipé d’un canon. Enfin, la fusée se pose sur la Lune. Les astronautes sortent. Et là… Vous entendez&amp;nbsp;? Rien. Le silence.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-12-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-12-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Prenons quelques instants pour apprécier ce film qui tient compte de cette réalité oubliée par une grande majorité de réalisateurs paresseux&amp;nbsp;: pas d’air, pas de son. Les premières minutes sur la Lune sont silencieuses, et ce seul détail devrait valoir à &lt;em&gt;12 to the Moon&lt;/em&gt; une médaille. Il se passe aussi quelque chose d’étrange&amp;nbsp;: alors que le commandant de l’expédition et le spectateur découvrent le premier paysage lunaire, on voit une silhouette démesurée (par rapport au décor, s’entend) disparaître dans le lointain. Des géants habitent la Lune&amp;nbsp;? Les anciens avaient-ils raison&amp;nbsp;? Pas d’excitation&amp;nbsp;: il s’agit sûrement d’un technicien/décorateur/whatever, laissé par inadvertance sur la pellicule.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-12-img04.gif&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-img04.gif&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Vous le voyez, ce fantôme ?&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La Lune, donc. Grise. Couverte de poussière. Et de cratères. Justement, voilà des astéroïdes qui tombent encore sur la fusée, à croire que celle-ci est un paratonnerre à météorites. Les astronautes explorent précautionneusement la surface de notre satellite avant de s’enfoncer dans une grotte, qui recèle plusieurs surprises&amp;nbsp;: il y a de l’air et on y trouve de la glace, une sorte de champignon inflammable. Sans oublier quelques dangers&amp;nbsp;: des matériaux brûlants et des sables mouvants, où disparait complaisamment l’un des scientifiques. Mais le plus surprenant reste à venir&amp;nbsp;: dans la fusée, aux communications bizarrement coupées, la machine de transmission se met à afficher des symboles étranges. Hiéroglyphes&amp;nbsp;? Je penche plutôt pour l’alphasyllabaire éthiopien&amp;nbsp;? Néanmoins, c’est la photographe japonaise qui est appelée à la rescousse pour déchiffrer les symboles, mission qu’elle accomplit sans trop de difficulté – pour quelle raison, allez savoir… Le message est assez peu engageant&amp;nbsp;: les humains sont poliment invités à ficher le camp, de peur qu’ils détruisent la parfaite harmonie lunaire. Y aurait-il donc des Sélénites&amp;nbsp;? Seraient-ce eux à l’origine des régulières pluies d’astéroïdes&amp;nbsp;? À moins qu’il ne s’agisse d’un canular, avec un message pré-enregistré par une puissance terrienne — mais laquelle&amp;nbsp;? – s’étant déjà posée sur la Lune… Ces Sélénites réclament le départ des humains… mais exigent aussi que les Terriens laissent les deux chats. Voilà qui explique bien le caractère étrange des félins&amp;nbsp;: ceux-ci sont des complices des aliens. &lt;em&gt;Nous sachons&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol12-12-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol12-12-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol12-12-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La Lune sera internationale sinon rien.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Curieusement, &lt;em&gt;12 to the Moon&lt;/em&gt; ne choisit guère de creuser la question d’une vie sélénite. Au lieu de quoi, arrivé à la marque des deux-tiers, le film prend une direction&amp;nbsp;: celle du retour sur Terre, qui ne se passe comme prévu, vu qu’une tempête de glace n’ayant pas une origine naturelle paralyse l’Amérique du Nord. Alors que la fusée approche, les allégeances des uns et des autres vont se révéler…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Perclus de menus défauts – la réalisation assez plan-plan, les personnages caricaturaux souvent restreints à leur nationalité –, &lt;em&gt;12 to the Moon&lt;/em&gt; reste un film attachant, capable de susciter un étonnement positif par moment. On y devine une volonté de mêler la rigueur scientifique sans oublier cet élément essentiel qu’est le &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;. Bref avec ses 74 minutes, le film parvient à éviter l’ennui à son spectateur, en partant dans des directions imprévues.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour qui s’intéresse à la filmographie lunaire, &lt;em&gt;12 to the Moon&lt;/em&gt; constitue un jalon caché, quoique pas forcément indispensable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en cherchant bien&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Au fil du temps</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/18/Au-fil-du-temps" rel="alternate" type="text/html" title="Au fil du temps" />
      <id>urn:md5:1d6b7111951cf4dd02ce14ce792712bb</id>
      <published>2019-10-18T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-10-25T12:15:05+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Transgénération Express</dc:subject>
                    <dc:subject>Raphaël Gaudin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;In Real Life&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen03-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En cette mi-octobre, retour de &lt;strong&gt;Transgénération Express&lt;/strong&gt;, rubrique où l’on s’empare de quelques livres destinés, selon les éditeurs, aux plus jeunes lecteurs, mais aussi aux jeunes adultes (les fameux YA). Et en principe, les numéros devraient s’enchaîner plus rapidement. Mais il ne faut jurer de rien…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Un avenir décidément pas si radieux&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Pour débuter cette livraison, deux dystopies&amp;nbsp;: une encore en cours, puisque deux romans seulement sont parus sur les trois prévus&amp;nbsp;; une autre plus modeste en taille, composée, elle, d’un seul volume. Dans les deux, l’ordinateur a pris le pouvoir, pour le bien commun. Enfin, en principe… Mais bien évidemment, un petit grain de sable s’apprête à faire dérailler la machine, ou, en tout cas, à remettre en question l’ordre établi. Big Brother n’a pas fini de faire peur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Boxap 13-07&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen03-boxap.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Boxap 13-07&lt;/strong&gt;, les GAFAM ont gagné. Rappelons que cet acronyme englobe les gigantesques entreprises Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Dans ce roman, les gens vivent sans jamais sortir de chez eux, dans de petites pièces sans fenêtres, connectés au reste du monde et de la population par le réseau. Leur existence se fait par l’intermédiaire de leur avatar, configurable à souhait, et selon les ressources gagnées en travaillant. La vie ressemble à un immense jeu vidéo &amp;nbsp;: vous devez monter de niveau en niveau, de grade en grade. En effectuant correctement, voire plus, votre boulot. En acceptant un programme d’entraînement sportif. Et cela apporte des améliorations sur le plan financier, mais aussi dans le choix des objets à acheter&amp;nbsp;: vêtements clinquants, de mauvais goût bien sûr, ou tenues plus classieuses. Pour l’avatar, évidemment, car leurs possesseurs, les «&amp;nbsp;vrais&amp;nbsp;» gens utilisent des tenues jetables, sans aucune grâce ni fioriture. De même, la nourriture est très différente, selon le degré de hiérarchie qui est le vôtre&amp;nbsp;: on passe de la pâte industrielle dont seul le parfum change aux aliments tels que nous les connaissons aujourd’hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aileen est une ambitieuse jeune femme, proche de l’échelon supérieur, et prête à beaucoup de sacrifices pour l’atteindre. Elle mène une vie bien réglée, depuis sa petite boite-appartement, son boxap (d’où le titre énigmatique), perdu dans des immeubles sans fin (cela rappelle un peu, en horizontal, les immeubles tout en hauteur de &lt;strong&gt;La tour sans fin&lt;/strong&gt; de Pascal Brissy, chez le même éditeur), avec ses amies, sa routine. Mais elle s’ennuie énormément et désire davantage. Elle ne se contente pas de ce monde d’apparence, elle cherche un sens à son existence. Or, deux événements majeurs vont lui permettre de découvrir ce qui se cache derrière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les thèmes de ce roman écrit à quatre mains (Amalia et Anastasio sont deux écrivains qui vivent ensemble et partagent leurs visions dans l’écriture) sont très ancrés dans l’air du temps&amp;nbsp;: notre mode de vie est mis en danger par internet et le commerce dématérialisé&amp;nbsp;; certains individus se sentent en difficulté dans la vie réelle et n’existent qu’à travers le virtuel&amp;nbsp;; nous nous rendons de plus en plus esclaves de certaines entreprises si démesurées que leurs tentacules pénètrent chaque espace de la société&amp;nbsp;; nous pillons les ressources de la Terre sans penser aux lendemains. Néanmoins, le démarrage du roman est pénible et maladroit&amp;nbsp;: en quelques pages, les termes technico-moderno-branchouilles se comptent en pagaille, tous marqués d’un astérisque et expliqués dans un index en fin d’ouvrage. Oui mais… une bonne moitié de ces termes est déjà connue et ne nécessite pas de définition, sauf pour les personnes complètement extérieures à cet univers (mais iront-elles lire un tel ouvrage&amp;nbsp;?). L’entrée en matière est donc un peu laborieuse. Cependant, passé le premier chapitre, tout rentre dans l’ordre&amp;nbsp;: l’apparition d’un autre personnage, hors cité, apporte de la fraîcheur et un regard différent. L’alternance de point de vue, classique mais ici justifiée, crée du rythme et permet de maintenir du suspens, même si rapidement, on devine la rencontre prévue, la jonction entre les deux mondes. Les péripéties s’enchaînent, souvent attendues, parfois surprenantes, toujours efficaces.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Agréable à lire et intéressant pour son parti pris idéologique et son message salutaire, &lt;strong&gt;Boxap 13-07&lt;/strong&gt; pêche par excès de bons sentiments et une certaine maladresse, certaines facilités. Le fond est riche et l’univers est réfléchi et réaliste. Cependant, le duo d’auteurs n’est pas parvenu à dépasser certains clichés, ce qui aurait permis au récit de s’élever au-dessus de ce simple bon moment de lecture.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;In Real Life T1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen03-irl1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pas d’immeubles gigantesques dans &lt;strong&gt;In Real Life&lt;/strong&gt;, mais des colonies ancrées dans la nature. La Terre, en cette première moitié du XXIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle a changé, mais pas tant que cela. L’humanité a survécu au réchauffement climatique, à des épidémies terribles ayant causé la mort de millions de personnes et la fin des grandes villes. À présent, les femmes et les hommes vivent dans de petites communautés, des implantations, toutes reliées entre elles, dépendantes les unes des autres, solidaires. Certaines sont plus particulièrement chargées d’augmenter la population animale, d’autres de cultiver telle variété de plante. Les échanges de biens se font par voie aérienne, grâce à des hovercrafts. Mais les groupes humains ne sont pas les seuls à être reliés entre eux. Les habitants aussi le sont&amp;nbsp;; grâce à des transpondeurs implantés directement dans le corps, tous les membres de cette gigantesque société peuvent communiquer entre eux, ressentir les sentiments des autres. Ils forment ainsi plusieurs bulles de bien-être commun, reliées entre elles. C’est le Système.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lani, une jeune fille vive et pleine d’allant de 17 ans, se situe à un tournant de sa vie. Dans quelques jours, elle va affronter la Répartition, moment où le Système va choisir quelle sera sa place. Elle rêve de devenir Constructrice, architecte de programmes destinés à former les autres pendant leurs rêves éveillés. Las&amp;nbsp;! le jour de son départ, des individus violents, aux intentions obscures, la kidnappent. Surtout, ces personnes sont non connectées au Système. Et, pire, elles ont déconnecté Lani. D’un seul coup, elle se retrouve comme aveugle et sourde au reste du monde. Après un long trajet périlleux qui voit certains de ses ravisseurs périr, elle arrive sur l’île Banks, l’île des rebelles. Et peu à peu, elle va comprendre les raisons de son enlèvement et le rôle central qu’on veut lui voir jouer dans la chute du Système.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;In Real Life T2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen03-irl2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Déconnexion&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Mémoire vive&lt;/strong&gt;, les deux premiers tomes de cette trilogie vive et intelligente (le troisième tome, &lt;strong&gt;Réinitialisation&lt;/strong&gt;, doit paraître en janvier prochain), le lecteur ne connaît pas de temps mort (en dépit de quelques répétitions lassantes). Ces romans trouvent donc aisément leur place dans cette collection des éditions Milan et Bayard, Pageturners. Le début fait évidemment penser aux classiques des dystopies que sont les séries «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Hunger Games&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Divergente&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», mais se mâtine d’une pincée de &lt;strong&gt;Matrix &lt;/strong&gt;(pour l’utilisation des êtres humains et les plongées dans les rêves éveillés). L’héroïne est une jeune femme, active, intelligente, belle, qui n’hésite pas à se battre pour sa survie et celle des autres. Elle est généreuse et altruiste, prête à tout pour la liberté de ses concitoyens, et répond donc aux canons du genre. De même, on a droit à la traditionnelle histoire d’amour tumultueuse, perdue dans une réalité qui empêche toute idylle sirupeuse. L’autrice sait faire durer, sinon le suspens, du moins l’avancée de la relation, avec pathos et larmes, retrouvailles et séparations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cependant, même si Maïwenn Alix a sans doute été sensible à ces univers et en utilise les codes, elle trouve rapidement son ton et sa touche personnelle. Dès les premiers chapitres, on sait qu’elle saura nous proposer un récit propre et non une simple resucée, un autre clone sans intérêt. Le monde qu’elle développe sous nos yeux a une cohérence forte et assez originale pour nous embarquer dans des aventures trépidantes. Le Système se révèle à nos yeux morceaux par morceaux. Au fil des découvertes de Lani, on comprend que ce roman n’a rien de manichéen&amp;nbsp;: les méchants ne sont pas tous monstrueux, les gentils pas tous angéliques. Chaque camp a ses raisons propres, expliquant et justifiant ses actions. Bien sûr, on trouve de belles ordures, tout comme de belles personnes. Mais le gris règne, face au noir et blanc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autre force de cette autrice&amp;nbsp;: quand on croit avoir tout compris, de nouvelles surprises surviennent. Car Maïwenn Alix n’hésite pas à nous étonner. Ce qui semblait acquis peut filer des doigts d’un personnage en une ligne. Un protagoniste apprécié jusqu’ici peut se révéler un parfait salaud en un chapitre. Et cela nous oblige à changer de grille de lecture, à penser autrement certains aspects de cette société.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;In Real Life &lt;/strong&gt; est donc une trilogie (en cours d’écriture) parfaitement recommandable, très agréable à lire, voire addictive et suffisamment intelligente pour stimuler notre réflexion et soutenir sans honte la comparaison avec ses modèles anglo-saxons.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Amalia Anastasio – &lt;strong&gt;Boxap 13-07&lt;/strong&gt; – Scrineo – septembre 2019 (roman inédit – 366 pp. GdF. 16,90 euros) – À partir de 14 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/18/Au-fil-du-temps#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;In Real Life – Maïwenn Alix&lt;br /&gt;
T1. Déconnexion &amp;lt;– Milan, coll. «&amp;nbsp; Pageturners&amp;nbsp;» – août 2018 (roman inédit – 401 pp. GdF. 16,90 euros) – À partir de 13 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/18/Au-fil-du-temps#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
T2. Mémoire vive – Milan, coll. «&amp;nbsp; Pageturners&amp;nbsp;» – juin 2019 (roman inédit – 479 pp. GdF. 17,90 euros) – À partir de 13 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/18/Au-fil-du-temps#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Un Japon toujours présent&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;On continue avec un roman envoûtant, à cheval sur deux périodes, reliées par la magie et le talent de l’autrice.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Les Noces de la Renarde&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen03-renarde.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Hikari est un être magique, mi-femme, mi-renarde. Elle vit avec ses sœurs dans des montagnes du Japon du XV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Or, voilà que les hommes s’approchent de leur territoire et Hikari, malgré les interdits liés à son groupe et à son statut de demi-déesse, se retrouve attirée par eux — en particulier par Jun, le bûcheron. Elle va peu à peu se mettre en danger et avoir du mal à choisir entre ces deux pôles. De son côté, Mina, jeune lycéenne tokyoïte du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, a bien du mal à mener une vie normale. Elle a un don, ou plutôt, pour elle, une malédiction&amp;nbsp;: elle voit les fantômes des personnes décédées, mais aussi les yokaïs, ces esprits du folklore japonais, plus souvent malicieux et cruels que bienveillants. Et elle ne sait comment éviter tous ces êtres, si nombreux, si présents autour d’elle. Elle ne sait non plus comment se mêler aux autres humains. Jusqu’au jour où Natsume, la déléguée de sa classe, va lui demander de l’aider dans sa tâche&amp;nbsp;: chasser des esprits. Et plus spécifiquement, un esprit tueur qui sévit dans la ville et a déjà à son actif plusieurs meurtres de yokaïs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deuxième roman de Floriane Soulas, &lt;strong&gt;Les noces de la renarde &lt;/strong&gt;plonge le lecteur dans le Japon médiéval, mais surtout, le Japon des esprits, des kitsune et des yokaïs, le Japon magique, couvert de forêts interdites aux hommes, réservées aux êtres fantastiques. On se croirait dans un de ces films d’animation, parmi les plus réussis, comme certains Miyazaki. L’auteure sait retranscrire l’atmosphère à la fois enchanteresse et à la fois rude et glaciale de l’hiver dans les montagnes&amp;nbsp;: le petit village prend vie sous sa plume, avec les images, mais aussi les sons, les odeurs, les textures. À l’opposé, et avec la même réussite, elle fait vivre certains de ses personnages dans une partie de Tokyo interlope, inquiétante mais aussi attirante. Là aussi, le décor revêt une importance capitale, guidant le lecteur dans ses émotions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais ce qui transparaît avant tout dans ce récit, comme dans le précédent, &lt;strong&gt;Rouille&lt;/strong&gt;, c’est l’amour que Floriane Soulas porte à ses personnages. Cela peut sembler banal à dire, mais à la lecture de son roman, on comprend que l’autrice met énormément d’elle dans la création de ces femmes (car oui, messieurs, les hommes ont la portion congrue dans ces histoire) fortes, mais humaines (qu’elles soient d’essence divine ou non), vivantes car emplies de sentiments, parfois contradictoires, mais puissants. Ce ne sont ni des marionnettes à deux sous animées par un faiseur de mots sans talent, ni des stéréotypes cent fois ressassés. Ce sont des êtres crédibles, émouvants, poignants. Il faut dire que la romancière ne les ménage pas&amp;nbsp;: Hikari comme Mina, et les autres autour d’elles (dont Ryu, le tanuki bougon, qui donne envie de revoir &lt;strong&gt;Pompoko&lt;/strong&gt; (1994), le film d’animation d’Isao Takahata), sont mis à rude épreuve. Rien ne leur est épargné&amp;nbsp;: ni les douleurs physiques, ni les souffrances morales. Ici, le cours de l’histoire le justifie. Il faut passer par cela pour avancer, pour s’affirmer, pour obtenir l’objet de son désir. Même si on est dans un récit destiné à de jeunes lecteurs, la cruauté n’est pas édulcorée, la violence, nécessaire à la progression de l’histoire, n’est pas occultée. Rien de gratuit, mais pas non plus de voile pudique. C’est une marque de respect pour un lectorat exigeant lui aussi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pari réussi donc pour ce deuxième roman. Avec &lt;strong&gt;Les noces de la renarde&lt;/strong&gt;, Floriane Soulas porte un beau texte, aux personnages marquants, dans un cadre ensorcelant. On en espère d’autres de la même veine, le plus vite possible. Surtout servis par une couverture d’Aurélien Police aussi enchanteresse.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Floriane Soulas – Les Noces de la Renarde – Scrineo – mai 2019 (roman inédit – 588 pp. GdF. 18,90 euros) – À partir de 15 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/18/Au-fil-du-temps#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Une perle du temps&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Un bijou à ne pas rater&amp;nbsp;: une histoire d’amour à travers le temps, doublée d’une réflexion pertinente sur la vie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;How To Stop Time&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen03-time.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tom Hazard est vieux. Bien plus vieux que les 41 ans qu’il prétend avoir. Bien plus vieux que son visage ne le laisse paraître. Tom Hazard, nouveau professeur d’histoire dans un collège londonien, a en fait 439 ans&amp;nbsp;! Il lui est évidemment très facile de rendre vivantes ses leçons, bourrées d’anecdotes, même si les élèves n’y sont pas toujours sensibles. Mais il ne lui est pas évident de vivre normalement&amp;nbsp;: il ne peut créer aucun lien avec personne, ni d’amitié, ni d’amour. Il s’est laissé aller, par le passé, à ces fantaisies. Il le paye encore aujourd’hui au prix fort. Il a aimé, vraiment. Et il a souffert atrocement la perte de Rose, sa première et unique épouse. De plus, de cette union est née Marion, atteinte elle aussi d’anagérie, cette maladie étrange aux conséquences apparemment merveilleuses puisqu’elle prolonge l’existence, mais pas si faciles à gérer dans les faits. Et Tom Hazard a dû abandonner sa fille unique pour la protéger des accusations de sorcellerie si fréquentes au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Sa mère avait été tuée à cause de la crainte qu’il inspirait, lui qui ne semblait pas vieillir. Il ne voulait donc pas qu’un tel drame se reproduise. Mais Marion lui manque et voilà des années qu’il la recherche. En vain. Finalement, à quoi bon vivre si longtemps si on doit rester en dehors de la société, changer régulièrement d’identité et de lieu de vie pour éviter d’être repéré et si la personne la plus chère au monde est perdue&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;How to stop time&lt;/strong&gt; est un beau roman, sensible et touchant. Le personnage de Tom Hazard est bouleversant dans sa détresse&amp;nbsp;: malgré ses quatre siècles et quelque d’existence, il n’est toujours qu’un enfant dans ses relations avec les autres. Incapable d’oser s’engager tant il a subi de revers et de douleurs, il reste enfermé dans un passé qu’il rumine. Des migraines fréquentes viennent renforcer ce mal de vivre, comme si le passé voulait prendre place dans le présent, comme si le temps refusait l’oubli. On se demande même parfois comment il n’a pas mis fin à ses jours – sans doute pour respecter la promesse faite à sa mère et guidé par l’espoir de revoir sa fille un jour. Néanmoins, son existence ressemble à un calvaire et Matt Haig sait nous le faire ressentir. La structure de son roman, fait de très nombreux retours en arrière y est sans doute pour quelque chose. Chaque émotion est illustrée, expliquée par un moment de la vie de Tom. Rien n’est gratuit. Si Tom est ce qu’il est au moment de la narration, dans ce Londres du XXI &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, c’est parce qu’il a subi certains évènements, c’est parce qu’il a fait certains choix, racontés au fur et à mesure de l’avancée de ce récit intelligent et captivant. On veut comprendre pourquoi un homme qui a la chance de vivre si vieux semble si malheureux. On veut savoir s’il va retrouver sa fille. On veut découvrir enfin, si il va se laisser aller à vivre et accepter à nouveau l’amour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car on ne peut qu’être empli d’empathie pour lui. Et l’acteur Benedict Cumberbatch, le célèbre interprète, entre autres, de la série &lt;em&gt;Sherlock&lt;/em&gt;, a dû ressentir le même élan pour ce personnage puisqu’il a acheté les droits du roman et est supposé en tirer un film. Le projet sommeille encore dans les cartons. Mais qui sait… Quoi qu’il en soit, &lt;strong&gt;How to stop time&lt;/strong&gt; est une lecture à conseiller vivement, un moment de bonheur rare, sensible et captivant. Un récit à côté duquel il serait dommage de passer.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Matt Haig – How To Stop Time – Helium – mars 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [Grande-Bretagne] par Valérie Le Plouhinec – 293 pp. GdF. 16,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Une magie urbaine addictive&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Encore un magicien urbain, direz-vous&amp;nbsp;? Oui, mais celui-ci a tout pour séduire. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Alex Verus&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/transgen03-alexverus.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Alex Verus, pour ceux qui ne le connaissent pas, est donc un magicien. Sans tenue spéciale, ni chapeau afférent. C’est juste un jeune homme, bien de sa personne, propriétaire d’une boutique d’articles de magie dans un quartier tranquille de Londres de nos jours. Sa spécialité&amp;nbsp;? Lire l’avenir. Il est en effet capable de voir tous les possibles s’offrant à lui telle des lignes plus ou moins épaisses. Et donc, de choisir en conséquence l’action la plus efficace – la moins dangereuse surtout. Car Alex Verus a le don de se mettre dans des situations complexes et, surtout, périlleuses. Il risque sa vie à une fréquence qui effraierait un agent d’assurance. À juste titre. Mais ce n’est jamais directement de son fait. Il est juste en contact avec bon nombre de réseaux puissants, concurrents et souvent indifférents aux non-membres de leurs associations. Difficile, dans ces conditions, de rester neutre. Et même, de rester en vie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De tome en tome, Benedict Jacka continue à dessiner le portrait de son héros, bien sympathique au demeurant. La richesse de la situation d’Alex Verus, et son danger pour sa survie, tient surtout à son parcours&amp;nbsp;: initié par un mage de l’Ombre particulièrement cruel, il a su lui échapper. Sans pour autant rejoindre le Conseil de la Lumière à qui il rend parfois des services. Il est donc non affilié et peut se permettre de travailler avec des représentants des deux côtés de la barrière. Car lui-même, malgré ses accointances plus fortes avec les idéaux du Conseil n’hésite pas à communiquer, voire œuvrer avec des hommes et des femmes ayant choisi le côté obscur. D’ailleurs, Alex n’éprouve que de faibles scrupules à tuer pour parvenir à ses fins – à savoir, ne pas mourir. Il sait se convaincre que pour sauver certaines personnes, il faut retirer la vie à d’autres individus. Certes, pas nécessairement plus détestables, mais situés au mauvais endroit ou alors travaillant pour les mauvaises personnes. Ce parcours sur le fil est une force du personnage, car on sent qu’il peut, sinon basculer du côté obscur de la force (il faudrait un sacré changement de direction, tout de même, de la part de l’auteur), du moins jongler avec les règles et se permettre des libertés pas toujours facilement défendables. D’ailleurs, il se trouve au fil du temps en porte à faux avec ses proches, choqués par sa facilité à donner la mort, et peu convaincus par ses arguments. D’où des conflits et des séparations douloureuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En revanche, sur le plan de la tolérance envers les minorités, pas de problème, Alex s’en sort haut la main. Il préfère sans hésiter une araignée géante (Arachné) à un être humain (un gros vilain méchant, certes). Il va toujours vers le défavorisé, le solitaire abandonné par l’institution. Sans doute parce qu’il a subi le même rejet alors que son ancien maître semblait à ses trousses. Ce côté politiquement correct trop lisse, trop «&amp;nbsp;premier de la classe&amp;nbsp;» peut agacer, mais il est aussi reposant. Et souvent contrebalancé par la noirceur latente, inquiétante évoquée plus haut.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’année dernière, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/destinee&quot;&gt;Destinée&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; avait permis de découvrir ce devin au parcours impressionnant. Anne Carrière a mis le paquet pour permettre au lecteur français de rattraper son retard sur les Anglo-Saxons. En moyenne, trois volumes par an, un bon rythme. Comme Benedict Jacka vient de faire paraître son dixième volume et travaille sur le onzième, à ce train-là, en deux ans, nous serons au niveau. Mais nous serons alors contraints d’attendre un an par tome, puisque l’auteur se tient, en gros, à cette fréquence. Frustrant… Car Alex Verus est un héros attachant et son auteur sait y faire. Il a créé un personnage crédible, avec ce qu’il faut de conflits et de parts d’ombre pour ne pas être trop fade. Moins fantasque que Peter Grant, le «&amp;nbsp;dernier apprenti sorcier&amp;nbsp;» de Ben Aaronovitch, autre adepte de la magie urbaine (série publiée chez J’ai Lu). Plus ancré dans la réalité, malgré les nombreux sorts, l’existence de l’Ailleurs, vaste territoire de cauchemar. Et finalement plus proche de son lecteur. D’autant que loin de tourner en boucle de roman en roman, Benedict Jacka enrichit son univers (d’ailleurs, il a conçu un site reprenant toutes les bases de la magie, les sorts utilisés, les différents groupes de magiciens rencontrés&amp;nbsp;: il mérite le détour), invente de nouveaux personnages, tisse de nouvelles relations entre eux, donne de l’ampleur à son héros. Autant de bonnes raisons de se laisser convaincre de suivre Alex Verus dans ses nombreuses aventures. D’autant que l’auteur doit être lui-même un peu magicien&amp;nbsp;: selon la quatrième de couverture, il est passé de 31 à 39 ans d’un coup de baguette magique entre les tomes 4 (&lt;strong&gt;Les Élus&lt;/strong&gt;) et 5 (&lt;strong&gt;Recluse&lt;/strong&gt;), parus à seulement cinq mois d’intervalle. Impressionnant&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Alex Verus – Benedict Jacka&lt;br /&gt;
T2. Malédiction [&lt;em&gt;Cursed&lt;/em&gt;] - Anne Carrière – juin 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [Royaume-Uni] par Benjamin Kuntzer – 348 pp. GdF. 20 euros)&lt;br /&gt;
T3. Persécution [&lt;em&gt;Taken&lt;/em&gt;] - Anne Carrière – septembre 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [Royaume-Uni] par Cyrielle Ayakatsikas – 3 pp. GdF. 20 euros)&lt;br /&gt;
T4. Les élus [&lt;em&gt;Chosen&lt;/em&gt;] - Anne Carrière – février 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [Royaume-Uni] par Marie de Prémonville – 3 pp. GdF. 20 euros)&lt;br /&gt;
T5. Recluse [&lt;em&gt;Hidden&lt;/em&gt;] – Anne Carrière – juin 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [Royaume-Uni] par Marie de Prémonville – pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;* Classification proposée par l’éditeur.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Dublin 2019 - une convention irlandaise (2)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/17/Dublin-2019-une-convention-irlandaise-2" rel="alternate" type="text/html" title="Dublin 2019 - une convention irlandaise (2)" />
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      <published>2019-10-17T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-01-02T13:13:01+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Landernau</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dublin2019 - An Irish WorldCon&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-une3.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Suite et fin des aventures irlandaises de l'envoyé spécial du Bélial' à la 77&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Convention mondiale de SF. Au programme de la dernière journée de la WorldCon&amp;nbsp;: des conférences et des rencontres avec des auteurs, mais surtout la cérémonie de remise des Hugos récompensant les meilleures œuvres de genre.&lt;/p&gt; &lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog-alt.belial.fr/post/2019/10/16/Dublin-2019-une-convention-irlandaise-1&quot;&gt;Épisode précédent.&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h3&gt;Jour 4&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;C’est du sérieux&amp;nbsp;: à 10h30, nous sommes quand même une petite dizaine, éparpillés dans cette petite salle de ciné de Point Square qui accueille la table ronde &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The author as a fellow traveller on the hero’s journey&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Parmi les participants, on trouve Daryl Gregory, l’excellent nouvelliste Michael Swanwick, et Naomi Kritzer, à qui l’on doit une jolie novelette finaliste des Hugos. Il y a aussi Karen Simpson Nikakis, autrice jamais traduite en français, à l’accent difficile à comprendre – et pour cause, elle est australienne. Daryl se montre un bien piètre compagnon de voyage pour ses personnages&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Après ce qu’ils subissent dans mes romans, ils sont généralement finis, et je ne peux pas les réutiliser.&amp;nbsp;» Michael Swanwick, lui, espère surtout que ses personnages sont du genre à vivre leur vie en dehors des pages du livre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-authorfellow.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;L'auteur comme compagnon de route ?&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-authorfellow_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Naomi Kritzer, Karen Simpson Nikakis, la modo Kristina Perez, Daryl Gregory et Michael Swanwick&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La table ronde terminée, je file me présenter à Michael Swanwick. Avec son épouse, Marianne Porter, nous allons boire un café au Starbucks de Point Square. Couple tranquille, Michael et Marianne sont d’une gentillesse exquise, et je regrette de n’avoir lu du premier que les nouvelles parues dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. Marianne, plus terre à terre que son mari, en tient le compte&amp;nbsp;; ça tombe bien, c’est l’occasion pour moi de dire toute mon admiration pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Légions du temps&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (prix Hugo 2004 de la meilleure novelette, quand même) et de rappeler que &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Starlight Express&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; paraîtra prochainement en français. Quant à Marianne, elle est à la tête d’une minuscule maison d’édition&amp;nbsp;: Dragonstairs Press, qui vient justement de publier un opuscule de Michael, &lt;strong&gt;Is there something about you, Irish?&lt;/strong&gt; Douze pages, reliure cousue main. L’une des précédentes publications, conçue à une dizaine d’exemplaires, consistait en une boîte à cigares contenant divers objets… dont un essai de Swanwick. «&amp;nbsp;Dragonstairs Press&amp;nbsp;», m’explique Marianne, «&amp;nbsp;c’est le plaisir de l’édition hyper limitée, faite-main, destinée à se faire plaisir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-marianneporter-michaelswanwick.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Marianne Porter et Michael Swanwick&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-marianneporter-michaelswanwick_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Marianne Porter et Michael Swanwick&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur le chemin du CCD, nous discutons des futures WorldCons. Michael et Marianne ont de l’amitié pour les Chinois, et voteront sans hésiter pour la candidature de Shengdu. «&amp;nbsp;Mais les Américains ont peur des Chinois, et il est probable que la plupart aient envie de voter pour Nice et la Riviera&amp;nbsp;», conclut Michael.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant qu’une partie des nooSFériens fait courageusement la queue dehors pour obtenir des bracelets pour la cérémonie de remise des Hugos, j’ai de mon côté rendez-vous avec Ian R. MacLeod au Martin’s. Une nouvelle fois, c’est un auteur dont je n’ai pas lu autant d’œuvre que je l’aurais voulu — cela fait quelques années que &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Âge des lumières&lt;/strong&gt; patiente sur ma PàL et j’avais d’autres livres à lire, visiblement pas les bons pour tenir une conversation éclairée sur les différentes facettes de son œuvre. Une bière en guise de déjeuner, on s’installe à une table. L’auteur de &lt;strong&gt;Poumon vert&lt;/strong&gt; est lui aussi d’une gentillesse incroyable&amp;nbsp;; lui qui était dyslexique enfant a su rebondir pour devenir l’un des meilleurs stylistes de sa génération. Ce qui l’intéresse le plus dans l’écriture, c’est de se mettre à la place d’autres personnes, de gens qu’il n’est pas. Insensiblement, la conversation dérive vers la musique. MacLeod est lui aussi un grand amateur de Brian Eno, avec une préférence pour les collaborations avec Robert Fripp (&lt;em&gt;No Pussyfooting&lt;/em&gt; en particulier) &amp;nbsp;; pour ma part, je préfère Eno en solo. Et soudain, il me questionne&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Et sinon, est-ce que tu connais Boards of Canada&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Ian, dans mes bras&amp;nbsp;!! Il y a de ces musiciens dont l’évocation suscite un sentiment de connivence, et Boards of Canada en fait définitivement partie. Au moment de partir, je questionne Ian&amp;nbsp;: envisage-t-il d’écrire d’autres récits dans l’univers des «&amp;nbsp;Dix-Mille et Un Mondes&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Un recueil pourrait être à l’ordre du jour&amp;nbsp;: c’est même écrit dans l’introduction du hors-série Une Heure-Lumière 2019, proposant la novelette «&amp;nbsp;Isabel des feuilles mortes&amp;nbsp;». Ian réfléchit&amp;nbsp;: « Ah, il faudrait alors que j’écrive une ou deux autres nouvelles&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Eh bien, pourquoi pas…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-ianmacleod.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Ian MacLeod&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-ianmacleod_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ian MacLeod&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pendant qu’une partie des nooSFériens continue courageusement de faire la queue dehors – dans la pluie, le vent, les embruns, bref, un temps normal irlandais – afin d’obtenir des bracelets pour la cérémonie de remise des Hugos, je tombe dans le hall d’entrée, sur Denis Detraz, le responsable du numérique et des droits étrangers chez nos amis de l’Atalante. Nous avons tous les deux la même destination&amp;nbsp;: la salle d’exposition de Point Square. Sur le chemin, on se questionne sur nos votes aux Hugos et nos pronostics. Pour le Bélial’, c’est une édition sans grands enjeux&amp;nbsp;: du côté des romans, ceux qui n’ont pas été acquis ne sont pas très bons (&lt;strong&gt;Trail of Lightning&lt;/strong&gt; [edit&amp;nbsp;: qui sortira en fin de compte chez Bragelonne début 2020] ou &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt;, à ma connaissance). Je me contente de croiser les doigts pour Daryl Gregory et sa novelette. Arrivés à destination, on se dirige vers l’endroit où Nicolas Sarter expose ses toiles&amp;nbsp;; une bonne part (toutes&amp;nbsp;?) ont été acquises aux enchères, y compris l’illustration de couverture du &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 94 spécial John W. Campbell. Les &lt;em&gt;space arts&lt;/em&gt; de Nicolas évoquent Manchu par la bande, mais il se dégage de l’ensemble une poésie inédite, plus rêveuse. Intéressé par sa manière de travailler, je ne peux m’empêcher de presser le peintre – humble et d’une gentillesse incroyable lui aussi — de questions sur sa formation et ses techniques. Bon, cela fera bien l’objet d’un «&amp;nbsp;Paroles de…&amp;nbsp;» dans un prochain numéro de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-nicolassarter.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Nicolas Sarter&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-nicolassarter_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Nicolas Sarter&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De retour au CCD, pendant qu’une partie des nooSFériens continue courageusement de faire la queue pour obtenir des bracelets pour la cérémonie de remise des Hugos, je croise Nancy Kress, au sortir d’un café littéraire. L’autrice est pressée et je n’ai guère le temps que de me présenter en hâte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Hello, je suis votre éditeur français.&amp;nbsp;» Pas le temps d’ajouter que j’ai co-traduit l’une de ses novellas, qu’une deuxième est au programme pour Une Heure-Lumière et que &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Shiva dans l’ombre&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; au sommaire de &lt;strong&gt;Danses aériennes&lt;/strong&gt; déchire comme pas permis. Un peu plus tard, je rencontre John Berlyne, sympathique agent qui représente entre autres Ian McDonald et Roger Zelazny et à qui je suis ravi d’annoncer que la collection Une Heure-Lumière marche plutôt pas mal. Lui s’inquiète gentiment&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les ventes, Erwann, les ventes?&amp;nbsp;» Est-ce que j’ai une tête à retenir les nombres, moi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par hasard, je tombe sur Lionel Davoust dans la queue pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Behind the scenes: film music&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Oui, je l’ai dit, j’ai suivi pas mal (un peu trop) de conférences et TR musicales. En même temps, la WorldCon, c’est ça&amp;nbsp;: tout plein de sujets variés, ne se rapportant parfois que lointainement à la SF. Voici quelques TR auxquelles j’aurais pu, ou dû, aller à la place&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gaeilgeoirí sa Spás&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, TR en gaélique sur les Irlandais dans l’espace (?), «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Where is Ireland in the comics universe?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, TR où l’Irlande continue de s’interroger sur son existence, ou encore l’atelier sur l’argot de la Ceinture dans &lt;em&gt;The Expanse&lt;/em&gt;, ou pourquoi pas, tant qu’à faire, cette table ronde sur les &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Romantic sub-plots&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Bref. La musique. Le conférencier, João Goncalves, sait de quoi il parle&amp;nbsp;: le musicien portugais a à son actif plusieurs musiques de films, documentaires ou jeu – de quoi illustrer sa conférence de façon intéressante. Évidemment, il y a encore des problèmes d’audio, mais cela commence à devenir une habitude.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tandis que Lionel Davoust s’éclipse pour se rendre, en tant qu’intervenant, à la table ronde &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Soundtracks for SFF film and TV&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, je rejoins les nooSFériens, détenteurs des précieux bracelets pour la cérémonie de remise des Hugos. Par un heureux coup de chance – ou bien est-ce l’inspiration fournie par le gin-rhubarbe&amp;nbsp;? –, nous nous trouvons au bon moment au bon endroit pour accéder à la queue&amp;nbsp;; de la sorte, nous sommes parmi les premiers à pouvoir nous installer dans l’auditorium. De sorte que nous pouvons nous placer au premier rang – du moins, pour le commun des mortels&amp;nbsp;: devant nous, une dizaine de rangées est réservée aux VIP. Sur la scène, une maquette du pont Samuel Beckett surplombe la dizaine de statuettes fuséiformes du prix Hugo. Et, mine de rien, je ne peux pas m’empêcher de ressentir une certaine excitation, tandis qu’on aperçoit ici la silhouette rondouillarde de George R.R. Martin allant s’asseoir&amp;nbsp;: celle d’être dans le saint des saints, au cœur battant du petit monde de la science-fiction… Et c’est un chouette sentiment.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugos-almostthere.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hugos, on y est presque&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugos-almostthere_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La cérémonie des Hugos est sur le point de commencer&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Les Hugos&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;C'est là une soirée où, à l'instar du camarade RMD et sous le regard intrigué voire consterné du camarade Goullet, je passerai l'essentiel de mon temps, les yeux vissés à mon téléphone afin de m'essayer à un live-tweet de l'événement (projet rendu compliqué par le fait que, bon sang, cette salle est une cage de Faraday ou quoi&amp;nbsp;? ça capte affreusement mal…) ou pour photographier médiocrement la grande-scène.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugosthemselves.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hugos, les fameuses statuettes&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugosthemselves_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les fameuses statuettes : si la fusée reste identique, la base change chaque année&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les maîtres de cérémonie de cette 77&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; WorldCon sont Afua Richardson, dessinatrice de comics américaine, et Michael Scott, auteur irlandais. Néanmoins, c’est par la remise du prix John W. Campbell for Best New Author que commence véritablement la soirée. Évidemment, un mois après, je ne sais trop que rajouter à ce qui a déjà été dit sur la polémique. Je retiens surtout le discours érudit d’Ada Palmer, un brin gâché par le facétieux logiciel de reconnaissance vocale chargé de reproduire les mots de l’autrice sur le grand écran derrière elle&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Lord of the Rings&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Games of Thrones&lt;/em&gt; deviennent ainsi les magnifiques «&amp;nbsp;Bored of the rings&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Cream of thrown&amp;nbsp;», suscitant une hilarité générale qui, dans un premier temps, désarçonne l’autrice de &lt;strong&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/strong&gt; avant qu’elle ne se retourne et saisisse enfin l’objet de ladite hilarité. On peut lire le discours &lt;a href=&quot;http://https/www.exurbe.com/2019-campbell-speech-refugee-charity-fundraiser/&quot;&gt; sur le blog d’Ada Palmer&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugos-campbellaward.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Remise du John W. Campbell Award&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugos-campbellaward_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ada Palmer et Jeannette Ng pour la remise du John W. Campbell Award&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La lauréate est donc l’écrivaine hongkongaise Jeannette Ng, qui arrive sur scène, nerveuse comme tout, et débute son discours (qu'on peut lire en entier &lt;a href=&quot;https://medium.com/@nettlefish/john-w-campbell-for-whom-this-award-was-named-was-a-fascist-f693323d3293&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt; par&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;John W. Campbell, for whom this award was named, was a fucking fascist!&amp;nbsp;» Applaudissements nourris de la part du public. Me voilà un brin interloqué : aurait-on omis une information cruciale au moment de mettre sur pied le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 94 consacré au rédac-chef d’&lt;em&gt;Astounding&lt;/em&gt; – individu certes ambigu, réac, misogyne, raciste, bref pas très recommandable en tant qu’être humain&amp;nbsp;? Face au tollé, les responsables du prix ne tarderont pas à le renommer Astounding Award une semaine plus tard. Comme l’indiquait Joseph Altairac sur Facebook&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Cela reviendrait à renommer le prix Richard Wagner par “prix Chevauchée des Walkyries”.&amp;nbsp;» De mon point de vue, j’ai envie de penser que la diatribe de Jeannette Ng aurait eu un poids bien plus fort si elle avait décliné le prix dans la foulée. Quoi qu’il en soit, la jeune autrice conclut son discours par une adresse aux Hongkongais – à ce sujet, il faudrait être membre du PCC pour ne pas être d’accord avec elle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Juste après, la remise du Lodestar Award pour le meilleur roman jeunesse se déroule sans grands émois. Suivent les Hugos à proprement parler. Les prix décernés en premier, dans les catégories les moins prestigieuses, illustrent une tendance très nette&amp;nbsp;: les lauréats seront surtout des lauréates. Vote populaire, le Hugo s’avère logiquement le reflet de ses électeurs et électrices&amp;nbsp;; après la tourmente des années passées, causées par les Sad et Rabbid Puppies, le balancier est dorénavant dans une direction féministe et inclusive, prônant la diversité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai pas grand-chose à dire sur les lauréats du Meilleur Artiste Amateur, Meilleur Écrivain Amateur, Meilleur Podcast Amateur ou Meilleur Fanzine. Quand vient la catégorie Meilleur Magazine Semi-professionnel, je me surprends à rêver de voir &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; dans les finalistes. Est ici récompensé le magazine &lt;em&gt;Uncanny&lt;/em&gt;, en particulier pour son numéro spécial &lt;em&gt;Disabled People Destroy Science Fiction&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;a continuation of the &lt;/em&gt;Destroy&lt;em&gt; series in which we, disabled members of the science fiction community, will put ourselves where we belong: at the center of the story. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» Au sein de l’équipe montant sur scène se trouve une femme accompagnée de son chien guide&amp;nbsp;; elle insiste, très émue, le handicap ne doit pas être un frein. Preuve en est ce Hugo. «&amp;nbsp;If you're disabled and someone said you don't belong to edition, this is for you.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugos-bestsemiprozine.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hugos, meilleur magazine semi-pro&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugos-bestsemiprozine_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hugos, meilleur magazine semi-pro&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Suit une première pause musicale, où la maîtresse de cérémonie Afua Richardson rend hommage, le temps d’une chanson, à Nichelle Nichols, qui interpréta le Lt Uhura dans &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;. La série accuse par certains aspects son demi-siècle&amp;nbsp;; il n’empêche&amp;nbsp;: Nichelle Nichols et le personnage qu’elle incarne ont su inspirer des générations de jeunes filles. C’est un crève-cœur d’apprendre que la santé de l’actrice, atteinte d’Alzheimer, n’est plus ce qu’elle était.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugos-hommagenichellenichols.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hommage à Nichelle Nichols&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugos-hommagenichellenichols_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hommage à Nichelle Nichols&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le règlement de la World Science Fiction Society autorise chaque WorldCon à créer une catégorie temporaire pour les Hugos. Pour Dublin 2019, c’est le Meilleur Livre d’Art. Sans surprise, parce que l’ouvrage est tout bonnement magnifique, la statuette va au &lt;strong&gt;Book of Earthsea: The Complete Illustrated Edition&lt;/strong&gt; d’Ursula K. Le Guin, mis en image par Charles Vess. Message à nos amis du Livre de Poche&amp;nbsp;: c’est bientôt Noël et ça pourra être cool de pouvoir glisser sous le sapins une édition reliée, en couleurs, de l’intégrale &lt;strong&gt;Terremer&lt;/strong&gt; parue l’an passé. Je dis ça, je dis rien. Quoi qu’il en soit, Charles Vess est rappelé sur scène dans la foulée pour recevoir un deuxième Hugo, celui du Meilleur Artiste Professionnel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugos-bestartbook.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hugos, meilleur beau-livre&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugos-bestartbook_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hugos, meilleur beau-livre&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le Hugo du Meilleur Éditeur – Forme Courte récompense feu Gardner Dozois, rendant ainsi hommage à celui qui emporta treize Hugos comme Meilleur Éditeur Professionnel. Cette dernière récompense (enfin, presque&amp;nbsp;: l’intitulé est Meilleur Éditeur – Forme Longue) va cette année à Navah Wolfe, jeune éditrice de chez Simon &amp;amp; Schuster.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On passe ensuite aux images qui bougent. En ce qui concerne la forme courte, les finalistes sont des épisodes de &lt;em&gt;The Good Place&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Doctor Who&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Expanse&lt;/em&gt;… et le moyen-métrage de Janelle Monáe, &lt;em&gt;Dirty Computer&lt;/em&gt;. Cette dystopie queer mettant en image les chansons du dernière album de la chanteuse américaine m’a beaucoup plu (&lt;a href=&quot;http://blog-alt.belial.fr/post/2018/07/12/D-comme-Dirty-Computer&quot;&gt; j’en dissertais maladroitement par ici &lt;/a&gt; ), mais les votants, apparement grands amateurs de &lt;em&gt;The Good Place&lt;/em&gt;, ont placé l’épisode «&amp;nbsp;Janet(s)&amp;nbsp;» en tête. Dommage pour Janelle. Parmi les finalistes de la forme longue (alias&amp;nbsp;: les films en bonne et due forme), on trouve pour moitié des films de super-héros&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Avengers&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Black Panther&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Spider-Man&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;Les films de super-héros sont-ils de la SF&amp;nbsp;?&amp;nbsp;», vous avez quatre heures. Entre les films de SF proprement dit, à savoir &lt;em&gt;Annihilation&lt;/em&gt; – adaptation foireuse du roman de Jeff Vandermeer et fable déroutante sur la dépression – et &lt;em&gt;Sans un bruit &lt;/em&gt;— film d’épouvante pas inintéressant –, ma préférence allait à &lt;em&gt;Sorry To Bother You&lt;/em&gt;, satire grinçante signée du rappeur Boots Riley, mais le Hugo est décerné à &lt;em&gt;Spider-Man: Into The Spider-Verse&lt;/em&gt;. Alors, oui, ce film d’animation consacré à l’homme-araignée déchire tout dans le genre super-héroïque… mais de là à lui attribuer la statuette&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle pause. Les musiciens du Irish Video Game Orchestra s’installent sur scène. Tandis que les lumières se tamisent, que le silence tombe et que les musiciens interprètent un air élégiaque, l’écran projettent les noms de tous les membres du fandom décédés ces derniers dix-huit mois. Écrivains, illustrateurs, acteurs, agents ou simples fans, de toutes les nationalités, ils sont des centaines à défiler. Et c’est là que je me rends (à nouveau) compte que le fandom a quelque chose d’une grande famille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La cérémonie se lance ensuite dans sa dernière séquence. Est tout d’abord récompensée la Meilleure Série&amp;nbsp;: la statuette va à Becky Chambers pour «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Wayfarers&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Nos amis de l’Atalante peuvent se réjouir et préparer le bandeau pour les trois volumes parus. Côté comics, ma préférence allait à &lt;em&gt;Saga&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Paper Girls&lt;/em&gt;, deux séries scénarisées par le très bon Brian K. Vaughan, mais le fandom choisit de récompenser une troisième fois Marjorie M. Liu et Sana Takeda pour &lt;em&gt;Monstress&lt;/em&gt;. La Meilleure œuvre apparentée va à Archives of Our Own, site de fans dédié aux œuvres de fans – fanfictions, fanarts, etc. Admettons… mais j’aurais préféré que soient récompensés l’ouvrage d’Alec Nevala-Lee, &lt;strong&gt;Astounding&lt;/strong&gt;, ou le très sympathique &lt;strong&gt;An Informal History of the Hugos&lt;/strong&gt; de Jo Walton — un ensemble de billets de blog où l'autrice de &lt;strong&gt;Morwenna&lt;/strong&gt; donne son sentiment sur les ouvrages lauréats des Hugos, de 1953 jusqu'à 2000.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrivent enfin les quatre catégories les plus attendues. La sélection des nouvelles m’avait parue discutable, entre textes médiocres et nouvelles réussies. La brève nouvelle féerique &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Rose MacGregor Drinking and Admiration Society&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;de T. Kingfisher ne m'a pas paru receler beaucoup d'intérêt – une bande de créatures féeriques discutent de leur attirance pour une humaine au caractère bien trempé. Pareil pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Tale of the Three Beautiful Raptor Sisters, and the Prince Who Was Made of Meat&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, conte de fées féministe (voire misandre&amp;nbsp;?) mais avec des raptors. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Court Magician&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Sarah Pinsker est un autre conte fantastique, au sujet d'un jeune homme devenant magicien au service d'un régent, qui l'emploie pour faire disparaître des gens. Problème&amp;nbsp;: avec chaque disparition, le jeune homme perd lui quelque chose&amp;nbsp;: un doigt, une dent, un souvenir, un proche… Un joli texte, bref et curieux. Bref et curieux, c'est aussi le cas de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Secret Lives of the Nine Negro Teeth of George Washington&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; de P. Djèlí Clark. Tout est dans le titre. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;STET&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;de Sarah Gailey prend la forme de l'&lt;em&gt;abstract&lt;/em&gt; d'un article scientifique au sujet des IA des voitures autonomes. Au fil des échanges de commentaires glissés parmi les notes de bas de page entre l'autrice de l'article et l'éditeur, on comprend qu'un drame s'est joué, façon dilemme du tramway. Intéressant sur la forme, mais je suis resté sur ma faim. Mon texte préféré est &lt;em&gt; «&amp;nbsp;A Witch’s Guide to Escape: A Practical Compendium of Portal Fantasies &amp;nbsp;» &lt;/em&gt; d'Alix E. Harrow. Un texte un brin méta sur le pouvoir d'évasion des livres. Pour une fois, mon choix personnel est raccord avec le reste du public.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des novelettes, même sentiment de disparité… Je n'ai pas accroché à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;If at First You Don’t Succeed, Try, Try Again&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;de Zen Cho, sorte de conte fantastique qui m'a paru d'un intérêt mineur… mais c’est ce récit qui empoche la statuette. Bon, au moins ce n’est pas &lt;em&gt;«&amp;nbsp;When We Were Starless&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;de Simone Heller, robinsonnade qui aurait sûrement été mieux traitée par Stephen Baxter, ni &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Thing About Ghost Stories&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;de Naomi Kritzer, histoire de fantôme un peu foutraque mais sympathique en dépit d’une fin décevante, ni &lt;strong&gt;The Only Harmless Great Thing&lt;/strong&gt; de Brooke Bolander, quasi-novella trop elliptique à mon goût. Mes deux favoris étaient &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Last Banquet of Temporal Confections&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;de Tina Connolly, manière d'histoire de vengeance pâtissière prenant la forme d'un conte, et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Nine Last Days on Planet Earth&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;de Daryl Gregory, qui raconte une invasion extraterrestre florale (et qu'on pourra lire dans un prochain numéro de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour la Meilleure Novella, pas mieux. Les deux premiers volets de la trilogie «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Binti&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» de Nnedi Okorafor ne m'avaient pas plu (même si une discussion avec une amie m'incite presque à leur redonner une chance)&amp;nbsp;; sans surprise, &lt;strong&gt;Binti: The Night Masquerade&lt;/strong&gt; n'a pas changé la donne. Je ne dois pas être seul dans ce cas, car le texte finit à l’avant-dernière place, juste devant &lt;strong&gt;Gods, Monsters, and the Lucky Peach&lt;/strong&gt; de Kelly Robson – une grosse déception que cette novella bien trop longue pour pas grand-chose&amp;nbsp;; l'univers mis en place est intéressant mais est décrit de façon trop lacunaire, et le récit semble s'arrêter au milieu d'une scène. Dommage. En revanche, j'avais déjà lu (et beaucoup aimé) les trois premiers volets des «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://blog-alt.belial.fr/post/2018/07/16/E-comme-Every-Heart-a-Doorway&quot;&gt;&lt;strong&gt;Wayward Children&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» de Seanan McGuire et je me suis donc jeté sur le T4, &lt;strong&gt;In A Absent Dream&lt;/strong&gt;… avant de me rappeler que c'était le volume précédent, &lt;strong&gt;Beneath the Sugar Sky&lt;/strong&gt;, qui était en lice. Entre cette novella et &lt;strong&gt;The Black God’s Drums&lt;/strong&gt; de Phenderson Djèlí Clark, mon cœur balançait. Ces deux novellas finiront en troisième et quatrième position. La seconde place échoit à &lt;strong&gt;The Tea Master and the Detective&lt;/strong&gt; d'Aliette de Bodard, novella qui ne m'a pas transporté. N'ayant pas eu le temps de lire &lt;strong&gt;Journal d'un AssaSynth&lt;/strong&gt;, j'ai fait l'impasse sur &lt;strong&gt;Artificial Condition&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: désolé, Martha Wells. Néanmoins, nos amis de l’Atalante peuvent se réjouir une nouvelle fois et préparer le bandeau pour ce tome 2 paru tout récemment.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugos-novels.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hugos, meilleur roman&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugos-novels_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les six romans sélectionnés&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On arrive enfin à la catégorie la plus attendue de la soirée, celle du Meilleur Roman… et celle pour laquelle à peu près tout le monde s’attendait au résultat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N'ayant pas lu les deux premiers volets de la trilogie de Yoon Ha Lee et n'ayant pas eu le temps de faire du rattrapage, j'ai fait l'impasse sur &lt;strong&gt;Revenant Gun&lt;/strong&gt;. Je n'avais pas lu non plus &lt;strong&gt;L'espace d'un an&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Libration&lt;/strong&gt; de Becky Chambers mais, les romans semblant plus ou moins indépendant, je me suis lancé dans &lt;strong&gt;Record of a Spaceborn Few&lt;/strong&gt; (à paraître tout bientôt sous le titre &lt;strong&gt;Archives de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’exode&lt;/strong&gt; )… auquel je n'ai pas accroché – quelques bons moments mais de l'ennui essentiellement. Heureusement que c'est court. Celui qui est bien long est &lt;strong&gt;Spinning Silver&lt;/strong&gt; de Naomi Novik. Ce roman de fantasy situé dans un univers russe/balte est pas trop mal… mais sa longueur le rend un brin poussif. Je ne m'attendais pas à grand-chose avec &lt;strong&gt;Trail of Lightning&lt;/strong&gt; de Rebecca Roanhorse. En fin de compte, ça se lit. Le roman m'a paru être moins du &lt;em&gt;Young Adult&lt;/em&gt; que de la fantasy urbaine avec deux variations pas inintéressantes – le contexte post-apo et la communauté navajo. Au-delà de ça, le roman ne m’a pas paru être à sa place au sein de la sélection… Quant à &lt;a href=&quot;http://blog-alt.belial.fr/post/2019/07/08/S-comme-Space-Opera&quot;&gt;&lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Catherynne M. Valente, cette histoire d'Eurovision dans l'espace est amusante au début mais ne tient pas vraiment la longueur. En somme, des cinq romans en lice que j'ai lu, &lt;strong&gt;The Calculating Stars&lt;/strong&gt; de Mary Robinette Kowal ne m’a paru avoir aucune difficulté à dépasser les autres en termes de qualité – même si ce premier volume de «&amp;nbsp;The Lady Astronaut&amp;nbsp;» n’a pas emporté toute mon adhésion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque l’astronaute Jeanette Epps arrive sur scène pour décacheter l’enveloppe, on peut alors se douter l’identité de la lauréate. Il s’agit, sans surprise, de Mary Robinette Kowal. Sur scène, l’autrice fait un vibrant plaidoyer féministe, en particulier pour toutes celles que l’Histoire de la conquête spatiale, côté américain, n’a pas retenues – les candidates du groupe &lt;em&gt;Mercury 13&lt;/em&gt; et toutes les autres. (Quand on se rend compte que les USA ont attendu 1983 pour envoyer la première Américaine, Sally Ride, vingt ans après la soviétique Valentina Terechkova, on peut légitimement penser qu’il y a un truc qui cloche dans ce pays.) «&amp;nbsp;I see you. I will make sure you are in my fiction&amp;nbsp;», conclut Kowal, la voix vibrante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-hugos-bestnovel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Hugos, meilleur roman&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-hugos-bestnovel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hugos, meilleur roman&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si le cru 2019 des Hugos n’est pas le plus exceptionnel qui soit à mes yeux, je suis néanmoins ravi d’avoir assisté à cette soirée – un brin plus mouvementée que prévu. Quittant l’auditorium, les nooSFériens et moi nous rendons à la seconde «&amp;nbsp;bid party&amp;nbsp;» de l’équipe niçoise… qui a appris des erreurs de l’avant-veille&amp;nbsp;: il y a du vin et du pastis (pas en abondance mais il en reste pour tout le monde), tandis qu’une employée du CCD s’active à tartiner des morceaux de baguette de fromage qui pue. C’est déjà ça. Rendez-vous sur la Riviera en 2023&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-goodbye.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;À la revoyure&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-goodbye_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À chaque fois, je me dis que j’aurais dû arriver plus tôt, repartir plus tard, histoire d’assister aux conférences et tables rondes du lundi – tant pis. Pour moi, la WorldCon s’achève donc, avec un petit pincement au cœur, en ce dimanche soir venteux. Ce furent quatre journées bien remplies, amusantes et riches en rencontres des plus agréables. Vivement la prochaine fois.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-banniere2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Bannière Dublin2019&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-banniere2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;Ici s’achève, dans la brise nocturne et l’odeur de nouilles chinoises, le récit de la dernière journée de la Convention mondiale de science-fiction en l’an deux mille dix-neuf.&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Dublin 2019 - une convention irlandaise (1)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/16/Dublin-2019-une-convention-irlandaise-1" rel="alternate" type="text/html" title="Dublin 2019 - une convention irlandaise (1)" />
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      <published>2019-10-16T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-10-17T10:53:34+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Landernau</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dublin2019 - An Irish WorldCon&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Du 15 au 19 août 2019, Dublin accueillait la 77&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Convention mondiale de Science-Fiction. Quatre jours de conférences, tables rondes, concerts, projections, riches en rencontre et en Guinness… C'était l'occasion pour le Bélial' de dépêcher un envoyé spécial dans la capitale irlandaise à l'occasion de cet événement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Grand-messe annuelle du fandom SF, la Convention Mondiale de Science-Fiction – dénommée également WorldCon –, est un événement dont j’ai entendu parler depuis que j’ai commencé à m’intéresser au genre en tant que tel. Lorsque j’étais jeune lecteur, cet événement était revêtu d’un caractère mythique – n’est-ce pas là qu’étaient décernés les prix Hugo récompensant les &lt;em&gt;meilleurs&lt;/em&gt; romans de SF&amp;nbsp;? Qu’imaginer sinon un grand rassemblement festif, un brin bordeline à en croire le Norman Spinrad d’&lt;strong&gt;Il est parmi nous&lt;/strong&gt;. Faute de fonds suffisants, j’avais manqué les précédentes WorldCon européennes&amp;nbsp;: la LonCon 3 à Londres en 2014, la WorldCon 75 à Helsinki en 2017. Hors de question cependant de la manquer une troisième fois lors de sa venue sur le Vieux Continent… Pour l’occasion, je me joins à la team nooSFere – composée de Bruno Para, Bruno Vasina, &lt;s&gt;Bruno&lt;/s&gt; René-Marc Dolhen, &lt;s&gt;Bruno&lt;/s&gt; Gilles Goullet et de sa compagne Olga (qui délaissera la WorldCon pour visiter Dublin), et de &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/10/16/Dublin-2019-une-convention-irlandaise-1#&quot;&gt;Saturnin Dejardin&lt;span&gt;Évidemment que c’est un pseudonyme…&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les semaines précédant la WorldCon, je fais consciencieusement mes devoirs, lisant toutes (ou presque) les fictions finalistes des Hugo, afin de voter de la façon la plus éclairée possible. Néanmoins, ce n’est que la veille du départ que je me décide à concocter mon programme pour les quelques jours de la manifestation&amp;nbsp;; c’est &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; l’occasion de me rendre compte que, OMG, plusieurs des autrices et auteurs que l’on publie au Bélial’ seront présents&amp;nbsp;: Daryl Gregory, Nancy Kress, Geoffrey Landis, Ada Palmer, Michael Swanwick ou encore Ian R. MacLeod, Ian McDonald et Ian Watson (oui, il y a beaucoup de Ian). L’occasion de me rendre compte de la diversité incroyable de l’offre en matière d’animation&amp;nbsp;: chaque demi-heure, ce sont pas loin d’une dizaine de conférence qui sont proposées en même temps. Sans compter les animations annexes&amp;nbsp;: ateliers pratiques, cafés et bières littéraires, représentations théâtrales ou musicales… (Pour qui veut consulter les 192 pages du programme, c'est &lt;a href=&quot;https://dublin2019.com/wp-content/uploads/2019/08/Dublin_2019_Pocket_Convention_Guide_with_Cover_11-Aug-19.pdf&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;.) Cela m’évoque les Utopiales – mon seul point de comparaison –, avec d’un côté une offre pléthorique d’activités et de l’autre un public bien plus restreint.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-wbyeats.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le William Butler Yeats&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-wbyeats_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Certains traversent l’Atlantique à bord d’un voilier&amp;nbsp;; je me contente pour ma part de prendre le ferry à Cherbourg pour gagner Dublin. Avec un peu de chance, mon empreinte carbone sera moindre que si j’avais pris l’avion. À bord du &lt;em&gt;W.B. Yeats&lt;/em&gt;, navire au nom littéraire s’il en est (j’aurais préféré James Joyce ou Ian McDonald mais on ne choisit pas), la traversée se déroule sans encombre. Pas de cabine pour moi, juste un siège inclinable dans le Quiet Lounge qui n’a de «&amp;nbsp;quiet&amp;nbsp;» que le nom – la télévision et les lumières resteront allumées tout le temps, et ces humains miniatures que d’aucuns appellent «&amp;nbsp;enfants&amp;nbsp;» en font leur terrain de jeu. Qu’importe, cela ne m’empêche guère de passer la soirée en mode crypto-Lunes d’Encre, à lire &lt;strong&gt;Children of Ruin&lt;/strong&gt; d’Adrian Tchaikovsky (qui paraîtra en LdE) et regarder le documentaire &lt;em&gt;Mercury 13&lt;/em&gt;, qui s’intéresse aux femmes du programme éponyme, thème pas sans rapport avec &lt;strong&gt;The Calculating Stars&lt;/strong&gt; de Mary Robinette Kowal (qui paraîtra aussi en LdE).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-embruns.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;I love the smell of embruns in the morning&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-embruns_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 1&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Arrivé dans la capitale irlandaise le jeudi en milieu de matinée, je file vers le Convention Centre Dublin (CCD pour les intimes) – le nombre croissant de personnes arborant le badge de la WorldCon que je croise me permet d’estimer mon approche du Saint des Saint. Géographiquement, la WorldCon se répartit sur plusieurs sites, le CCD étant le principal&amp;nbsp;; à une huitaine de minutes à pied se trouvent l’hôtel Gibson et Point Square, accueillant d’autres aspects de la manifestation. Avec sa façade vitrée cylindrique, le CCD ressemble à un aspirateur Dyson démesuré, surplombant la Liffey. Le quartier connaît une poussée subite de béton&amp;nbsp;: sur le chemin menant à Point Square, on traverse un paysage hérissé de grues et de buildings en construction, à différents états d’achèvement. Entre deux édifices, on trouve parfois une rangée de maisonnettes typiques, auxquelles on peut prédire une espérance de vie limitée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-ccd.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Convention Center Dublin&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-ccd_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Convention Centre Dublin&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-towardpointsquare.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;En direction de Point Square&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-towardpointsquare_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Vers Point Square&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant de retrouver la team nooSFérienne, qui a la bonté de m’accueillir dans leur AirBnB, je fais la queue pour récupérer mon badge — avec son illustration signée Sana Takeda – et mon premier autocollant, «&amp;nbsp;My First WorldCon&amp;nbsp;». Le badge permet, si besoin, l’apposition d’une pastille afin de préciser les pronoms relatifs à son porteur&amp;nbsp;: she/her, he/him, they/them ou autre. Parmi les participants, certains font la collection des autocollants et arborent une ribambelle colorée longue comme le bras (#lengthdoesmatter).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-badge.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le badge de Dublin2019&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-badge_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le temps de déposer mes sacs à la consigne, de faire un tour de reconnaissance à travers la Dealer’s Room (où l’on trouve une DeLorean et surtout bon nombre de stands d’éditeurs, de goodies, de postulants à de futures WorldCons), d’y saluer quelques Français – Jeanne-A Debats, directrice artistique des Utopiales, et les universitaires niçois Anouk Arnal, Estelle Blanquet et Éric Picholle –, la journée est bien avancée et il est trop tard pour assister à la conférence «&amp;nbsp;Welcome to the WorldCon&amp;nbsp;». Tant pis. J’ai aussi loupé l’atelier «&amp;nbsp;Yoga and meditation for Trekkies&amp;nbsp;», mais je pense que j’y survivrai. Avec Saturnin Dejardin, membre honoraire de la team nooSFérienne arrivé avant le reste du contingent (Gilles Goullet me fera remarquer l’inexactitude de cette phrase&amp;nbsp;: l’émérite traducteur de Peter Watts et son épouse [au traducteur, pas à Watts] étaient déjà sur place), je me rends à ma première conférence de la journée&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ear Wyrms&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, par l’autrice anglaise Zoë Sumra. La jeune femme a pour but de nous expliquer pourquoi bon nombre de bandes originales sonnent pareil, exemples à l’appui… mais la technologie lui fait des misères et empêche la diffusion correcte des extraits musicaux. Il s’écoule vingt bonnes minutes pendant lesquelles la conférencière et les techniciens du CCD tentent de faire fonctionner le PowerPoint qui fonctionnait pourtant très bien la veille. Quoi qu’il en soit, la réponse à la question des BO similaires est simple et repose sur quelques facteurs&amp;nbsp;: Hans Zimmer, Hans Zimmer, Hans Zimmer, l’utilisation de «&amp;nbsp;temp tracks&amp;nbsp;», musiques temporaires utilisées lors de la phase de montage dont l’effet secondaire est d’inciter le réalisateur à demander au compositeur quelque chose qui y ressemble mais pas pareil. Et encore Hans Zimmer et ses élèves, comme Ramin «&amp;nbsp;Game of Thrones&amp;nbsp;» Djawadi. Et voilà que passe un bénévole brandissant une pancarte «&amp;nbsp;5 minutes&amp;nbsp;». Zoë Sumra conclut sa conférence par un quizz musical, ce qui nous vaut de gagner des chocolats.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon intention était d’assister à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Disaster and Apocalyptic World Changes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, mais je me heurte à la réalité des lieux&amp;nbsp;: l’offre en matière de tables rondes et conférences est pléthorique, mais les salles ont une capacité d’accueil souvent limitée. En ce premier jour, les bénévoles et le staff du CCD peinent encore à organiser les files d’attente – chose qui sera réglée dans les jours qui suit – et doivent faire un usage immodéré de leurs cordes vocales. Bref. Saturnin Dejardin et moi nous retrouvons donc à une table ronde sur les comics, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Franchise Characters&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Bien vite, la discussion s’oriente quasi-essentiellement sur les films du Marvel Cinematic Universe et du DC Universe. F.D. Lee, autrice londonienne, déclare&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Attention, je vais dire un truc super polémique&amp;nbsp;: je n’ai pas tellement aimé &lt;em&gt;X-Men: Days of Future Past&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» Ah ouais, c’est vachement polémique. Le scénariste Scott Edelman fait figure de vieux grognon. Au premier rang, un type acquiesce sonorement à tout ce qui est dit et semble croire que la TR s’adresse à lui seul.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’issue de la conférence, nous rejoignons les autres membres de la délégation nooSFérienne afin de prendre possession de l’AirBnB nous accueillant, sur l’autre rive de la Liffey. Un appartement sympa et spacieux, mais pourvu d’un balcon inaccessible, histoire de prévenir les suicides&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-boire.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La team nooSFerienne : dis-moi ce que tu bois, je te dirai qui tu es&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-boire_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La team nooSFere : dis-moi ce que tu bois, je te dirais qui tu es…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De retour au CCD, je me perds dans les files d’attente et j’assiste par dépit à une autre table ronde sur les comics&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;I know my worth: the women of Marvel movies&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Bon, qu’il s’agisse de la Sorcière rouge, de la Veuve noire ou de Captain Marvel, les femmes du MCU ont désormais tendance à poutrer. Et ce n’est pas un mal. Néanmoins, la fatigue commence à se faire sentir et je m’assoupis durant une partie du débat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu plus réveillé, j’enchaîne avec&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Talking animal characters in SF&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, parce que &lt;em&gt;pourquoi pas&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Et il y a Adrian Tchaikovsky parmi les participants. Lui qui a fait parler des araignées dans &lt;strong&gt;Dans la toile du temps&lt;/strong&gt; et d’étonnants céphalopodes dans sa suite &lt;strong&gt;Children of Ruin&lt;/strong&gt; a bien des choses à dire&amp;nbsp;: à vrai dire, la table ronde serait un monologue de Tchaikovsky que ça ne me dérangerait pas outre mesure. À côté, les autres n’ont pas grand-chose à dire de vraiment passionnant, au-delà de leur passion pour les chats ou les chiens. L’un des intervenants, RJ Barker annonce qu’il adore &lt;strong&gt;Watership Down&lt;/strong&gt; et ses lapins (cool, moi aussi), mais s’avère incapable de citer le roman de Richard Adams lorsque la modératrice demande si les participants connaissent des romans où les animaux parlent non pas quelque langue universelle mais des langages différents. L’un des ressorts narratifs de &lt;strong&gt;Watership Down&lt;/strong&gt; est précisément que les lapins doivent communiquer avec un volatile stupide, ne parlant la langue lapine que mal. Bref. Une conférence pour rien. Mais Adrian Tchaikovsky gère.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors que se déroule la cérémonie de remise des Retro Hugos (alias le truc qui nous a autorisé à apposer un bandeau rouge ne disant pas «&amp;nbsp;Robert Heinlein inédit&amp;nbsp;» sur &lt;strong&gt;Waldo&lt;/strong&gt;), je retrouve les nooSFériens pour un dîner dans un bar dans le quartier de Temple Bar. Sur la scène à proximité, un duo guitare &amp;amp; chant s’attache à reproduire des classiques, alternant entre &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dirty Old Town&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et des titres de U2, parce que, bon, on est en Irlande.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Jour 2&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Un peu avant dix heures, me voici dans l’une des grandes salles du premier étage du CCD, pour la table ronde &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Apollo at 50&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Ian Sales, auteur d’une tétralogie uchronique, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;The Apollo Quartet&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» modère rien moins que les auteurs Mary Robinette Kowal et Geoffrey A. Landis, l’astronaute Jeanette Epps et le physicien David Stephenson. Les intervenants connaissent leur sujet sur le bout des doigts et la table ronde aussi passionnante qu’amusante. Eh oui, comme le fait remarquer Landis, tout finit par revenir à des thématiques pipi-caca, qu’il soit question des paillettes étincelantes que virent les astronautes d’Apollo VIII (leur urine cristallisée) à l’art de bien pondre son étron en zéro G. Des caméras fixées au fond des WC permettent de s’entraîner sur Terre, nous rappelle Jeannette Epps. Landis s’émerveille encore du programme Apollo et de ses avancées&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est comme si on avait pris des technologies du XXIe siècle et qu’on les avait ramenées dans les années 60.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-apolloat50.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Apollo at 50&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-apolloat50_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jeannette Epps, Mary Robinette Kowal, Ian Sales, David Stephenson et Geoffrey Landis (désolé pour la qualité de la photo)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mon goût pour la musique m’a fait assister à plusieurs tables rondes sur ce thème. Il en va ainsi de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;&quot;Where words fail, music speaks&quot;: literary soundtracks&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Les auteurs invités – A.J. Hackwith, R.F. Kuang, Ian McDonald et Kieron Gillen – évoquent leur manière de travailler avec ou sans musique, nous font partager quelques extraits. L’amusement est là lorsque R.F. Kuang annonce écouter de la pop/r’n’b lors de la phase de correction, afin de vérifier que le texte sur lequel elle travaille garde la même puissance émotionnelle en dépit du parasitage audio. Mais du lot, c’est McDonald qui a les goûts les plus intéressants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À midi, me voici à une nouvelle TR&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Living in the future: 2019 depicted in film&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Si la modératrice, la jeune brésilienne Claudia Fusco, cite naturellement &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Akira&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Running Man&lt;/em&gt;, trois films culte datant des Eighties, les autres intervenants prennent soin d’ajouter des nanars de l’époque, tels que &lt;em&gt;2019, After the Fall of New York&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;The New Barbarians&lt;/em&gt;, ainsi que des choses plus récentes comme &lt;em&gt;The Island&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Geostorm&lt;/em&gt;. Le choix de l’année 2019 tient surtout du hasard, les œuvres évoquées étant toutes le reflet d’une époque. Entre déluge de bombes et sociétés atroces, la fiction n’a pas vraiment vu en rose le futur. Voyons voir ce que donnera 2049…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la sortie de la table ronde, je rejoins pour déjeuner Francis Lustman — l’homme sans qui &lt;strong&gt;Diaspora&lt;/strong&gt; de Greg Egan n’aura probablement pas vu le jour en français, du moins, pas avant 2975.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il y a bien un point de rendez-vous au CCD, c’est naturellement le bar. Comme aux Utopiales, me direz-vous. Ici, le bar se situe au premier étage, et a pour nom le Martin’s, en hommage à Martin Hoare, Gallois fan de SF, membre assidu des conventions, décédé fin juillet. C’est là que je retrouve Geoffrey Landis. Ce ne sera pas la première fois lors de cette WorldCon&amp;nbsp;: je m’en veux d’avoir lu si peu de son œuvre. L’écrivain est humble et discret, et éminemment sympathique. L’écouter parler des projets sur lequel lui et ses étudiants travaillent est tout bonnement passionnant&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Triton_Hopper&quot;&gt; poser une sonde robotisée &lt;/a&gt; sur Triton et la faire voyager d’un pôle à l’autre du satellite neptunien&amp;nbsp;; envoyer &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Parker_(sonde_spatiale)&quot;&gt; une sonde &lt;/a&gt; au plus près du Soleil, ce qui est plus ardu qu’on le croit. On évoque bien sûr &lt;strong&gt;Le Sultan des nuages&lt;/strong&gt; et Vénus, la possibilité d’une vie microbienne dans ses nuages, l’envoi de prochaines sondes sur son infernale surface. Un travail prenant et passionnant, qui lui laisse bien moins de temps pour écrire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-geoffreylandis2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Geoffrey A. Landis&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-geoffreylandis2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Geoffrey A. Landis&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus tard dans l’après-midi, j’assiste avec Pascal Godbillon (le directeur des collection Lunes d’Encre et Folio SF, pour les deux du fond qui n’auraient pas suivi) et Gilles Goullet à la table ronde &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cities of the Future&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Comment mieux habiter les villes dans le futur&amp;nbsp;? L’autrice américaine Christine Taylor-Butler souhaite que travail, transports et habitat puissent être mieux conciliés – un véritable enjeu aux USA. Pour nous autres, Frenchies, l’objectif est de parvenir à attraper Ian McDonald à la fin de cette TR et d’échanger quelques mots avec lui… Le projet est mis à exécution, mais McDonald, accompagné de son épouse et d’un molosse du staff faisant deux fois ma taille, est pressé. Pascal a à peine le temps de me présenter à l’auteur de la trilogie Luna (et de &lt;strong&gt;Le Temps fut&lt;/strong&gt;, très belle novella à paraître bientôt en Une Heure-Lumière). On le retrouve dans la Dealer’s Room un peu plus tard, occupé à dédicacer quelques ouvrages.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-ianmcdonald-goullet.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Un auteur et son traducteur&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-ianmcdonald-goullet_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ian McDonald et son traducteur, Gilles Goullet&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’avais envisagé de participer à la Bière littéraire de Ian Watson, mais il fallait s’inscrire la veille et c’était déjà complet. «&amp;nbsp;Qu’importe, me répond son épouse Cristina par email, Ian estime que tu devrais venir.&amp;nbsp;» Sur place, hélas, pas moyen de m’incruster&amp;nbsp;: le cerbère en charge de la surveillance des tables veillent à ce que seuls les courageux ayant pris leur mal en patience pour s’inscrire puissent participer à la Bière Littéraire. Et bien vite, la table de l’auteur de &lt;strong&gt;L’Enchâssement&lt;/strong&gt; est comble. Tant pis.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-ianwatson.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Ian Watson&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-ianwatson_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ian Watson, et son épouse Cristina derrière lui&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Désireux d’assister à tous les événements proposés par la WorldCon, j’avais envisagé pour la soirée de me rendre à la représentation de l’orchestre de la WorldCon. Néanmoins, je me laisse convaincre par les nooSFériens d’aller assister aux «&amp;nbsp;bid parties&amp;nbsp;», à l’étage Wicklow. Le choix des lieux des prochaines conventions mondiales est effectué par le public, deux ans avant… mais un peu de lobbying s’avère nécessaire au préalable. Si les villes destinées à accueillir les trois prochaines WorldCon sont plus ou moins déterminées (Wellington en 2020, Washington DC en 2021 et vraisemblablement Chicago en 2022), le choix reste ouvert pour 2023. Trois villes sont en compétition&amp;nbsp;: &lt;s&gt;La Nouvelle Orléans&lt;/s&gt; Memphis, Shengdu et Nice. «&amp;nbsp;Faut aller à la bid party chinoise, ça va être cool&amp;nbsp;», annonce RMD. Sauf qu’il faut apparemment être membre du PCC ou à tout le moins de la délégation chinoise pour entrer dans la salle accueillant la fête. On se déplace dans la pièce d’à côté, pour Nice 2023. Un projecteur diffuse des spots émanant de l’office du tourisme niçois (j’imagine)&amp;nbsp;; sur les tables, on trouve des Pringles et des bonbons Coca. Cool, c’est vachement français, tout ça. Quant au vin, les quelques bouteilles ont déjà été éclusées. Joie. On se déplace à nouveau dans la pièce d’à côté, qui accueille des Japonais&amp;nbsp;: leur projet n’est pas exactement d’accueillir une nouvelle WorldCon après Nippon 2007 mais les membres de l’équipe organisatrice ont décidé de remettre le couvert pour une simili-Convention mondiale, la HalCon (à ne pas confondre avec la Hal-Con, convention de SF canadienne, située à Halifax). On peut y boire du saké, de la liqueur de prune et, ami lecteur, il te faut t’imaginer l’auteur de ces lignes s’empiffrer de trucs ressemblant à des Curly mais de forme cylindrique, et avec des goûts variés. Allons savoir pourquoi, le Curly goût citron est atroce.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La soirée se termine par quelques bières, peut-être une ou deux de trop.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Jour 3&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;S’il y a bien une chose que je n’ai pas envie de louper ce samedi matin, c’est le concert de Sassafrass. Wikipédia vous apprendra que le Sassafras (avec un seul ‘s’ final) est un arbre de la famille des lauraceae, poussant en Asie et dans les deux Amériques. Avec deux ‘s’ finaux, c’est le nom de la formation musicale fondée par Ada Palmer. Une formation à géométrie variable, allant d’une dizaine de membres à deux. La représentation a lieu à Point Square, dans une salle nommée Warehouse (l’entrepôt)&amp;nbsp;: sol en béton, murs en contreplaqué à peine repeint, chaises pliantes disposées face à une vague estrade, c’est peu dire que le lieu est rustique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-sassafrass.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Sassafrass&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-sassafrass_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Lauren Schiller, Ada Palmer et Jo Walton&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Elles sont trois à monter sur scène&amp;nbsp;: Ada Palmer, sa comparse Lauren Schiller, et une invitée inattendue, Jo Walton. Qui ne chante pas. En raison de l’acoustique pleine d’échos de la salle – haut plafond, revêtements muraux pas vraiment idoines –, les chanteuses ont adapté leur répertoire, pour des textes plus aisés à comprendre. En soi, décrire Sassafrass est simple&amp;nbsp;: des chansons folk chantées a capella, sur des thématiques nordiques/viking. À l’écoute, c’est un tantinet plus complexe&amp;nbsp;: complexes justement, les chansons le sont. Il s’agit souvent de duos, chaque chanteuse ayant sa partition et son texte, les deux voix s’entremêlant, se répondant. Une première chose est sûre&amp;nbsp;: Ada Palmer a une indéniable présence scénique&amp;nbsp;; Lauren Schiller a, pour sa part, moins de coffre et de charisme, mais son registre vocal est plus étendu. Une deuxième chose se remarque moins&amp;nbsp;: l’humour est présent, quoique de manière discrète (cela s’entend notamment sur &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Futhark Song&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: imaginez la chanson de l’alphabet… mais pour les runes nordiques&amp;nbsp;!). Dès l’introductive &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ice and Fire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la trentaine de membres du public est subjuguée – du moins, c’est ainsi que je le perçois. Des cinq chansons interprétées par le duo, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;My Brother My Ennemy&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, racontant comment Odin et Loki sont devenus ennemis jurés, est la plus puissante. Entre chaque chanson, pendant qu’Ada Palmer et Lauren Schiller reposent leurs cordes vocales, Jo Walton lit des poèmes sur des thématiques scandinaves, et c’est chouette. Un excellent moment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La représentation terminée, je reste traîner dans les parages dans l’espoir d’échanger quelques mots avec l’autrice de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Terra Ignota&lt;/strong&gt; &amp;nbsp;». Celle-ci est d’abord occupée à vendre CD et DVD, mais dès lors que la foule se disperse, je peux enfin approcher Ada Palmer, me présenter… et avouer dans la foulée que je n’ai pas encore lu &lt;strong&gt;Trop semblable &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à l’éclair&lt;/strong&gt;, préférant attendre de découvrir le roman dans la traduction de Michelle Charrier. Voilà qui est un brin ballot, et j’aurais sûrement pu épargner du temps en ne lisant &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; tous les textes sélectionnés aux Hugo, pour lire à la place la VF de &lt;strong&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/strong&gt;. Tant pis. Le roman est apparemment en cours de traduction dans plusieurs pays, mais c’est pour la France qu’Ada Palmer éprouve le plus d’inquiétude, &lt;strong&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/strong&gt; se basant sur la philosophie des Lumières et la transposant dans un avenir lointain, aussi étranger pour nous que pourrait l’être ce début de &lt;small&gt;XXI&lt;/small&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle à une personne du &lt;small&gt;XVIII&lt;/small&gt;e siècle. Je repars, deux CD de Sassafrass dans la besace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=330697380/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 886px;&quot;&gt;Sundown: Whispers of Ragnarok by Sassafrass&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour la suite de la journée, j’avais l’intention vague d’assister à une pièce de théâtre lovecraftienne, &lt;em&gt;The Eldritch Accoutant&lt;/em&gt;… mais je croise Éric Picholle et Estelle Blanquet, et décide plutôt de les accompagner voir la table ronde sur &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The mathematics of music&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. En attendant que la TR commence, on traîne dans la salle d’exposition voisine, où l’on peut admirer des choses plutôt jolies (mais parfois moches et pas très inspirées). Deux Français exposent à cette WorldCon&amp;nbsp;: Didier Cottier et Nicolas Sarter. Le premier est peintre/sculpteur&amp;nbsp;: ses œuvres intrègrent volontiers des morceaux d’appareillages électroniques réassemblés, pour des résultats étonnants et évocateurs. Son «&amp;nbsp;Grand Chambellan&amp;nbsp;» lui vaut d’ailleurs le prix de la meilleure œuvre en 3D aux ArtShow Awards, décernés à cette WorldCon. Le second, on y reviendra.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les maths et la musique, donc. Si le thème m’intéresse, je suis assez vite perdu – voilà ce que c’est de ne pas avoir fait de cours de solfège à l’école (évidemment, la difficulté supplémentaire est le solfège en anglais, où les notes portent comme nom les lettres de l’alphabet). J’en retiens surtout la présence de Gary Lloyd, Britannique dont les compositions s’inspirent des œuvres de Iain M. Banks ou Alan Moore. Il nous fait écouter un extrait de l’une de ses œuvres, apparemment riche en addition et soustraction&amp;nbsp;; j’en retiens surtout le caractère saisissant. Dommage qu’on ne puisse trouver que &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=SmMJQ24XnT0&quot;&gt;ceci sur YouTube&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour passer le temps, je retourne ensuite au CCD pour la table ronde &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Relationships with sentient AIs in science fiction&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, où je retrouve les nooSFériens qui se sont fait fort de suivre l’auteur canadien Derek Künsken. Celui-ci a une voix qui berce et je crains de m’être un peu assoupi à l’écouter. Il n’empêche&amp;nbsp;: si les Byzantins s’interrogeaient sur le sexe des anges, cette discussion sur le genre (ou l’absence d’icelui) des intelligences artificielles a quelque chose d’un peu plus intéressant. Même si je suis bien en peine de m’en rappeler un traître mot.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi les auteurs présents à la WorldCon se trouve Daryl Gregory. Il m’avait donné rendez-vous pour 15 h à un petit raout organisé par le magazine &lt;em&gt;Locus&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;sur un bateau en face du CCD&amp;nbsp;». Voilà qui pourrait être plus précis, mais les navires à quai en face du CCD ne sont pas légion. Pour plus de sûreté, je demande mon chemin à quelqu’un qui semble se rendre au même endroit que moi&amp;nbsp;; quelques minutes plus tard, nous voici à bord du &lt;em&gt;MV Cill Airne&lt;/em&gt;. Dans le bistro installé à l’étage sont rassemblés une partie de l’équipe de Locus, et en voyant enfin le badge de l’homme à qui j’ai demandé mon chemin, je constate que, BON SANG, il s’agit de Jonathan Strahan – l’immortel anthologiste responsable de l’excellente série «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Infinity&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Dans un coin, l’air un brin maussade, il y a Gary K. Wolfe, fameux spécialiste de la SF signant ses critiques dans les colonnes de Locus. Daryl Gregory arrive quelques minutes plus tard&amp;nbsp;; l’auteur de &lt;strong&gt;L’Éducation de Stony Mayhall&lt;/strong&gt; a déjà pu admirer les illustrations intérieures qui agrémenteront&lt;strong&gt;Harrison Harrison&lt;/strong&gt;, la préquelle de &lt;strong&gt;Nous allons tous très bien, merci&lt;/strong&gt; que le Bélial’ publiera en 2020. «&amp;nbsp;C’est comme si Nicolas Fructus avait extrait les images de ma tête.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-darylgregory-lizatrombi.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Daryl Gregory et Liza Trombi&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-darylgregory-lizatrombi_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Daryl Gregory et Liza Trombi&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Daryl me présente à Martin Šust, éditeur du magazine tchèque &lt;em&gt;XB-1&lt;/em&gt; – le nom fait référence à &lt;em&gt;Ikarie XB-1&lt;/em&gt;, film polonais inspiré du roman &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Nuage de Magellan&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; (&lt;strong&gt;Ob&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;łok Magellana&lt;/strong&gt;, inédit en français). En discutant avec Šust, j’apprends qu’en République Tchèque, les magazines de SF sont mensuels, au format A4, et disponibles en kiosques&amp;nbsp;: l’inverse de la France où les revues sont trimestrielles, au format &lt;em&gt;digest&lt;/em&gt;, disponibles en librairie. Quoi qu’il en soit, &lt;em&gt;XB-1&lt;/em&gt; a publié dans son numéro de juillet la novellette de Daryl, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Nine Last Days on Planet Earth&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, récit d’une invasion alien florale finaliste du Hugo (et qu’on pourra lire bientôt dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;). Par la suite, je me retrouve à bavarder avec Claude Lalumière, auteur canadien ayant principalement publié en anglais (quelques nouvelles sont parus dans &lt;em&gt;Solaris&lt;/em&gt;, un recueil chez la maison québécoise Alire), et Jetse De Vries, un Néerlandais qui a été éditeur pour la revue britannique &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt; dans les années 2000.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Locus&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-locus.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Et du coup, j'apparais dans le magazine &lt;em&gt;Locus&lt;/em&gt;…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De retour au CCD, je rejoins Pascal Godbillon pour le concert de Death Ingloria (https://www.deathingloria.com/). Sur le papier, c’est alléchant&amp;nbsp;: un album-concept de sept chansons, trouvant écho dans sept mini-comics d’une page et dans sept clips. Sur scène, le groupe consiste en fait en la chanteuse-guitariste, Galina Rin, et son ordinateur, contenant le backing band. Par conséquent, cela me donne l’impression d’assister à un karaoké glorifié. Le dessin des comics n’est pas fou-fou, les clips sont juste les versions animées desdits comics, et les compositions relèvent d’un gros rock à guitare que vient seulement relever la thématique SF de l’album &lt;em&gt;The Wolf Onboard&lt;/em&gt;. Le concept, lui, me paraît un brin confus, mais bon… la chanteuse et sa perruque serpillière semblent à fond et c’est l’essentiel. «&amp;nbsp;Du sous-Evanescence&amp;nbsp;», résume le directeur de Lunes d’Encre, «&amp;nbsp;mais crois-moi, c’est bien mieux que le concert qu’il y avait juste avant.&amp;nbsp;» J’ose à peine imaginer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/I-hiunYCfU4&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques bières au Martin’s plus tard et je m’en vais gaspiller ma soirée à la Masquerade. La Masquerade&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;C’est de la merde&amp;nbsp;», me dit RMD. «&amp;nbsp;C’est moins bien que le cosplay des Utopiales&amp;nbsp;», nuance Jeanne-A Debats. Comme je ne vais jamais au cosplay des Utos et que je suis curieux jusqu’à la bêtise, je décide de me rendre à cette Masquerade. L’auditorium est bien moins rempli que dans mes prévisions, et j’essaie de choisir une place d’où je pourrais facilement regagner la sortie si cela s’avère nécessaire pour ma santé mentale. La spontanéité du maître de cérémonie, vêtu d’un costume noir à paillette et encadré par des sosies d’Aziraphale et Crawley, est mise à mal par le texte de son speech défilant en même temps sur l’écran derrière lui. Il annonce qu’il ne se permettra qu’une mauvaise blague… mais plein de blagues débiles, idiotes, de mauvais goût&amp;nbsp;: la réalité des faits prouvera que ses interventions ne seront pas si drôles que ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant une grosse heure se succèdent sur scène cosplayeurs et cosplayeuses. Certains s’essaient à des costumes originaux, la majorité s’inspirent de thèmes existants. Si la huitaine de cosplayeurs qui introduisent la Masquerade ont la mise en scène la plus chiadée (un peu de décor, une voix off présentant chacun des personnages, une vague esquisse d’intrigue), les autres se contentent de traverser la scène. Du côté des reprises, on peut voir une Fifi Brindacier obèse, une Captain Marvel plus vraie que nature, Loki à la recherche de l’Artefact, une Dame Olenna Tyrell espiègle, la farouche princesse Mononoké, l’élégante Miss Alexia Tarabotti… Du côté des costumes originaux, on peut applaudir une Ours polaire issue de la WorldCon d’Helsinki, trois jeune femmes représentant les différents états de l’eau («&amp;nbsp;À cause des contraintes de sécurité du CCD, le Plasma n’a pas pu se joindre à nous&amp;nbsp;»), un personnage pataud qui se dandine jusqu’au milieu de la scène et qui étend tout ses membres, dessinant une étoile à cinq branches au contour luisant dans la pénombre qui plonge soudain l’auditorium, ou encore une selkie – de loin, le costume le plus complexe, mélange de méduse, de cheval, d’hippocampe, luminescent… et un tantinet encombrant, la personne sous l’harnachement manquant quitter la scène.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-masquerade.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Masquerade&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-masquerade_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Masquerade&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après trente-neuf entrées correspondant à diverses catégories dont je perds le fil, le jury se retire pour délibérer. Pour patienter, diverses personnes sont invitées sur scène à des matchs d’impro&amp;nbsp;; en l’occurrence, il s’agit de débiter un speech en réaction à une succession d’images plus ou moins aléatoires. À ce jeu-là, Mary Robinette Kowal se montre la plus inspirée, brodant un discours délirant sans jamais perdre le fil, sauf peut-être vers la fin. Ses successeurs feront de moins en moins bien. Quant à moi, pas vraiment intéressé par l’annonce des résultats, je choisis de m’éclipser. Dehors, je croise Ada Palmer, en route vers le meet-up consacré à «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Terra Ignota&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: la description de l’événement le qualifie «&amp;nbsp;plein de spoilers&amp;nbsp;», et comme je n’ai pas (AAAARGH) pas encore lu &lt;strong&gt;Trop semblable à l’éclair&lt;/strong&gt;, autant s’en aller.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/worldcon2019-banniere.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Bannière Dublin2019&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.worldcon2019-banniere_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;Ici s’achève le récit des trois premières journées de la Convention mondiale de science-fiction en l’an deux mille dix-neuf.&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://blog-alt.belial.fr/post/2019/10/17/Dublin-2019-une-convention-irlandaise-2&quot;&gt;À suivre…&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 85 - Ian MacLeod - Dave Hutchinson - David Marusek - Lucius Shepard</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/14/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-85" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 85 - Ian MacLeod - Dave Hutchinson - David Marusek - Lucius Shepard" />
      <id>urn:md5:a44440840b7b7ac0a4ff84fdbd4b2933</id>
      <published>2019-10-14T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:09:11+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi85-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi85-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/09/19/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-83&quot;&gt;l'an passé&lt;/a&gt;, Philippe Boulier nous évoquait l'opération Une Heure-Lumière, les émeutes dans les librairies, les hordes de lecteurs à la recherche du hors-série. Cette année, notre chroniqueur remet le couvert pour nous parler d'&lt;strong&gt;Acadie&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L'Enfance attribuée&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Abimagique &lt;/strong&gt;et du nouveau-hors-série de la collection…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi85-uhl.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi85-uhl.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : Masters of Reality - &lt;em&gt;Sunrise on the Sufferbus&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1. T.U.S.A.&lt;br /&gt;
2. She got me&lt;br /&gt;
3. Bicycle&lt;br /&gt;
4. Ants in the Kitchen&lt;br /&gt;
5. Madonna&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi85-sunrise.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi85-sunrise.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_85.mp3" length="21057893" type="audio/mpeg3" />
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Kobaïa</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/11/Kobaia" rel="alternate" type="text/html" title="Kobaïa" />
      <id>urn:md5:6eadcb6b14c278bc10431af8bdb6a7b7</id>
      <published>2019-10-11T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-10-11T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Voici cinquante ans, le batteur et compositeur Christian Vander fondait le groupe Magma. Une identité visuelle forte, une mythologie empruntant à la science-fiction, des paroles chantées dans une langue imaginaire, et une musique à nulle autre pareille — au point que le groupe a forgé son propre terme pour désigner cette musique volcanique. Voilà qui vaut bien qu'on y prête une oreille attentive…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Magma, qu’est-ce donc&amp;nbsp;? Il s’agit de roche fondue, d’un type d’algèbre particulier… et du meilleur groupe de zeuhl au monde. Voilà qui amène une deuxième question&amp;nbsp;: le zeuhl, késaco&amp;nbsp;? Le genre musical inventé par le groupe Magma – logique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reprenons au début&amp;nbsp;: le Big Bang, la naissance des premières étoiles, la naissance de notre Soleil, la formation de la Terre sous l’apparence d’une boule… de magma, trois milliards d’années et quelque de soupe de bactéries, les dinosaures, les hominiens et, en 1948, la naissance de Christian Vanderschueren, bien vite raccourci en Vander. Beau-fils de Maurice Vander, alias le pianiste attitré de Claude Nougaro, le jeune Vander voit défiler au domicile familial de nombreux musiciens de jazz – tels le batteur Elvin Jones ou le trompettiste Chet Baker. Passionné de jazz et fasciné par le saxophoniste John Coltrane, il se met à la batterie à l’âge de 13 ans. Trois ans plus tard, il rejoint le groupe Les Wurdalaks, ainsi nommé en référence à la deuxième partie du film &lt;em&gt;Les Trois Visages de la peur&lt;/em&gt; de Mario Bava, avec Boris Karloff au casting, dans une séquence inspirée d’une nouvelle d’Alexis Tolstoï intitulée &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Famille du Vourdalak&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Le groupe se dissout au bout d’un an, se reforme sous une configuration différente sous les noms de Chineses puis de Cruciférius Lobonz. En 1969, Vander fait la connaissance du bassiste Laurent Thibault, avec qui il fonde une nouvelle formation&amp;nbsp;: Magma… Voilà qui signe le début d’une aventure musicale d’un demi-siècle (et ça n’est pas fini). Formation à géométrie variable et à existence intermittente, Magma proposera au fil de ses albums une œuvre sans équivalent, fortement influencée par la SF (mais à sa manière). La sortie en juin 2019 du quatorzième album du groupe, &lt;em&gt;Z&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ëss – Le Jour du Néant&lt;/em&gt;, vaut bien l’occasion d’une rétrospective… De fait, leur discographie, composée de projets inachevés, répartis sur de nombreux albums studio ou live, questionne aussi la notion d’achèvement d’une œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-vander.JPG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-vander.JPG&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Vander#/media/Fichier:Christian_Vander_Quartet_-_Fort_en_Jazz24.JPG&quot;&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Source&lt;/font&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Magma se distingue par trois éléments forts&amp;nbsp;: un emblème reconnaissable entre tous, un style musical unique, et une langue imaginaire…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, j’ignore ce que représente l’emblème, présent sur chaque disque&amp;nbsp;: un oiseau stylisé étirant ses ailes sur fond de soleil levant&amp;nbsp;? Mystérieux et quelque peu inquiétant, il marque les esprits et identifie aussitôt le groupe. Le style&amp;nbsp;: on pourrait parler du rejeton mutant du jazz et du rock progressif, ayant baigné dans un liquide amniotique gorgé de LSD… mais ce serait une mauvaise approximation. Le meilleur terme est celui que le groupe a forgé&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Zeuhl&lt;/em&gt;, donc. D’après Christian Vander, Zeuhl désigne «&amp;nbsp;une sorte de mémoire cosmique en relation avec l’Univers, qui aurait mémorisé tous les sons existants dans les profondeurs de notre esprit. C'est lorsqu'on arrive à se dégager de toutes choses en musique que cette mémoire entre en activité pour correspondre avec l'Univers tout entier.&amp;nbsp;» Rien que ça. Quant au kobaïen, on y reviendra plus bas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-logo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-logo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;I. Trois débuts&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Dès les premières répétitions de Magma, Laurent Thibault quitte le groupe… pour s’intéresser à la production. Par la suite, le bassiste partira vers d’autres horizons&amp;nbsp;: en l’occurrence, les studios du Château d’Hérouville, qu’il dirigea de 1974 à 1985. Studios qui vit passer, entre autres prestigieux musiciens, Iggy Pop et David Bowie lors de leur mythique période berlinoise. Mais ne nous égarons pas… Quoique qu’il soit, les membres de la formation vont régulièrement changer (&lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Magma_(groupe)#Timeline_de_1969_%C3%A0_1983&quot;&gt;le graphique &lt;/a&gt; montrant l’évolution du line-up sur Wikipédia est parlante)&amp;nbsp;; resteront quelques membres de longue date, comme les chanteurs Stella Vander et Klaus Basquiz.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;1.&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;L’acte de naissance discographique officiel de Magma est &lt;em&gt;Kobaïa&lt;/em&gt;, paru en juin 1970, rien moins qu’un double album – on a connu plus discret comme entrée en matière. Dix morceaux, dont six signés Vander, les autres étant l’oeuvre des autres musiciens de la formation. Musicalement très influencé par le jazz, l’album porte en lui les germes des grandes heures du groupe&amp;nbsp;: morceaux longs et entêtants, ainsi qu’un chant entonné en kobaïen sous forme de mélopée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Double album et album concept, Magma ne fait pas les choses à moitié. Le concept, nébuleux à l’écoute, est fourni par les notes. Le premier disque, intitulé &lt;em&gt;Le Voyage&lt;/em&gt;, raconte sur ses deux faces le départ d’un groupe d’humains, lassés de la Terre, vers la lointaine et idyllique planète Kobaïa. Le morceau-titre, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Kobaïa&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, donne le ton. Le second disque, &lt;em&gt;La Découverte de Kobaïa&lt;/em&gt;, évoque cette utopie qu’est Kobaïa et se conclut par le retour des humains sur Terre — prélude d’une saga discographique science-fictive. De la SF&amp;nbsp;? Noui&amp;nbsp;; dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/01/21/En-direct-de-Kobaia-rencontre-avec-Christian-Vander&quot;&gt; l’entretien&lt;/a&gt; qu’il a accordé à l’intervieweur débutant et balbutiant que j’étais en 2012, Christian Vander semble se distancier de l’aspect science-fictif de Kobaïa&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On imaginait notre monde, mais différent. Donc on imaginé une planète. C’était, disons, une parabole.&amp;nbsp;» Qu’importe&amp;nbsp;: si ça a l’apparence et le son de la SF, c’en est un peu, d’une certaine manière&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/TAtaaxb2TVU&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;2.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’année suivante sort &lt;em&gt;Magma 2&lt;/em&gt;, album bientôt titré &lt;em&gt;1001 ° centigrades&lt;/em&gt; à la faveur d’une réédition, qui entreprend de raconter la suite de &lt;em&gt;Kobaïa&lt;/em&gt; – à savoir, sauver les Terriens d’eux-mêmes. L’album comprend &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rïah Sahïltaahk&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, composition signée Vander occupant toute la face A. Peu satisfait de cette version, Vander la réenregistrera en 2014&amp;nbsp;; on y reviendra plus loin. Tout en brisures de rythme et dissonances, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rïah Sahïltaahk&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; fait montre d’un volonté de surprendre et d’innover&amp;nbsp;; pour ma part, je trouve le morceau plutôt agaçant et crispant.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;3.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Conscient de l’aspect potentiellement rébarbatif de la musique de Magma à des oreilles non-initiée, Christian Vander fonde un groupe parallèle, Univeria Zekt, dont l’unique publication sera &lt;em&gt;The Unnamables&lt;/em&gt;, en 1972. Sur ce vrai-faux album de Magma, Vander et ses compères proposent un jazz-rock plus conventionnel, avec une section cuivre en force et un chanteur chantant en anglais. Notre batteur-compositeur ne signe ici que les morceaux de la face B, dont le son ressemble le plus à celui de Magma. Sans surprise, ce sont aussi les plus intéressantes d’un album globalement oubliable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, les choses deviennent un peu moins linéaires. Essayons… mais pas sans un détour par le kobaïen.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;II. Interlude&amp;nbsp;: le kobaïen&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Chaque langue a ses sonorités… et celles-ci ont leurs limites, sous le pur aspect «&amp;nbsp;matière sonore&amp;nbsp;». Qu’à cela ne tienne&amp;nbsp;: pour le chant accompagnant ses compositions, Christian Vander a imaginé une langue, le kobaïen – celle que l’on parle sur la planète Kobaïa. Phonétiquement, le kobaïen évoque tour à tour le français, l’allemand et les langues slaves&amp;nbsp;; cela rend certains termes transparents au possible (&lt;em&gt;Mekan&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ïk Destruktïẁ Kommandöh&lt;/em&gt; se traduit comme il se lit)… mais pas toujours (&lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt; est moins évident). Afin d’accentuer son caractère étranger, le kobaïen regorge d’accents et de trémas, y compris sur des lettres n’étant pas supposées en avoir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, il s’agit moins d’une langue à proprement parler, avec sa syntaxe, sa morphologie et tous les autres éléments que Frédéric Landragin détaille dans &lt;strong&gt;Comment parler à un alien&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt; , que d’un bel artifice pour convoyer sensations et émotions, de façon évocatrice mais sans s’appuyer sur un vocabulaire existant et donc connoté. Christian Vander me l’expliquait en ces termes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;En fait, ce n’est pas un langage qui a été conçu de manière intellectuelle, pas comme l’espéranto. Ce sont des sons qui venaient parallèlement à la composition de la musique. (…) [Kobaïa] est le premier mot que j’ai prononcé, (…) la langue est devenue le kobaïen parce que c’est le premier son en kobaïen qui est arrivé. Ensuite, quand j’ai composé plus sérieusement, les sons venaient en parallèle à la composition et je les laissais venir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une glossolalie&amp;nbsp;? D’une certaine façon. Récemment, je lisais l’essai &lt;strong&gt;Les Langues imaginaires&lt;/strong&gt; où Marina Yaguello écrit ceci&amp;nbsp;: « Le glossolale se situe en un temps et un espace qui lui appartiennent. Si le langage est la construction du monde par la culture, le glossolale se construit son propre monde, sans en assumer la responsabilité. Il est libre dès lors de se situer dans un temps révolu ou à venir, dans un espace rêvé. &amp;nbsp;» Dans le cas présent, Christian Vander assume, et bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inutile de chercher à traduire mot à mot les chansons. Ceux-ci ont un sens mais celui-ci passe mieux en kobaïen&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est comme la messe en latin traduite en français. Soudainement ça perd tout ce côté spirituel, magique, ça passe au ras des pâquerettes.&amp;nbsp;» Néanmoins, la page Wikipédia de cette langue propose un &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Koba%C3%AFen&quot;&gt; petit dictionnaire kobaïen-français&lt;/a&gt;, juste au cas où.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;III. Une trilogie&amp;nbsp;: Theusz Hamtaahk&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Si le début des années 70 représentent une période d’intense bouillonnement créatif pour Christian Vander – un demi-siècle ne sera pas de trop pour tout absorber, les choses sérieuses commencent ainsi avec &lt;em&gt;Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh &lt;/em&gt;(&lt;em&gt;MDK&lt;/em&gt; pour les intimes… et parce que c’est plus simple à écrire), l’album qui permettra à Magma d’acquérir une plus grande notoriété – au point que cet album finira d’ailleurs par éclipser le reste de la discographie de la formation. Conceptuellement, il s’agit est en réalité le mouvement final de la trilogie «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (ainsi nommée en référence à son mouvement introductif). Commencer par la fin&amp;nbsp;? Pourquoi pas… sachant que le mouvement médian sortira en 1974 et que le mouvement introductif ne connaîtra jamais d’existence sous la forme d’un album studio. Pour aborder cette trilogie, commençons par son début thématique.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;1.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco5_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt; , dont le titre signifie «&amp;nbsp;Le temps de la haine&amp;nbsp;», est la seule partie de la trilogie à ne pas avoir eu de version studio. Pour moi qui suis habitué à concevoir l’album studio comme l’œuvre définitive et achevée – non sujette aux aléas de l’enregistrement live, dont la qualité peut varier —, cette manière d’aborder la notion d’achèvement est perturbante. Néanmoins, à quoi bon enregistrer en studio une pièce dont l’exécution live est, aux oreilles de son créateur, la meilleure possible&amp;nbsp;? C’est sûrement le cas de &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt;, jouée dès 1974 mais seulement mise à disposition du public sur le triple album live &lt;em&gt;Retrospektïẁ &lt;/em&gt;en 1981 — la résultante de trois concerts enregistrés en juin 1980.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/xjYnuhIlnIU&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le magazine &lt;em&gt;Rock en Stock&lt;/em&gt; de juin 1978, un certain Jean-François Papin brosse en quelques mots le concept sous-tendant cette pièce&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le premier mouvement (Wurdah Glao) est basé sur l'existence d'une entité qui regarde hors du bien et du mal le mouvement de l'univers. La présence de cette entité est pressentie par une seule note, ronflement grave et profond, comme éternel.&amp;nbsp;» (&lt;a href=&quot;http://robert.guillerault.free.fr/magma/textes/1978/780800.htm&quot;&gt;Source&lt;/a&gt;.) Si Vander semblait vouloir mettre sous le boisseau l’aspect romanesque de ses disques, &lt;em&gt;Theusz Hamtahhk&lt;/em&gt; semble se situer dans la continuité scénaristique de &lt;em&gt;Kobaïa&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rïah Sahïltaahk&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Bon, parler de continuité scénaristique est peut-être un bien grand mot&amp;nbsp;: les notes de pochette permettent de comprendre qu’on croise dans l’univers kobaïen des peuples et des prophètes, des tyrans et des guides… mais l’essentiel se situe peut-être dans la mystique convoyée par les chœurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ses premières minutes, &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt; fait la part belle aux ruptures, l’alternance imprévisible de moments où le calme n’est qu’apparent et de moments plus martiaux, de moments où l’harmonie emporte l’auditeur comme une vague et de dissonances étudiées. La section rythmique est au meilleur de sa forme – basse grondissante (grondante et bondissante, quoi) et une batterie maniée par un Christian Vander en mode rouleau compresseur –, pour soutenir les chœurs fous et les claviers dissonants, afin d’amener vers des contrées troubles et hypnotiques, plongeant l’auditeur dans une transe aux accents inquiets qui gagne en frénésie. Après un premier climax aux deux-tiers, le rythme ralentit et les chœurs se font célestes… C’est là une pause avant un terrifiant déferlement final. Sur &lt;em&gt;Retrospektïẁ&lt;/em&gt;, la pièce se poursuit par une coda inquiète, faite de cris et sirènes. À l’exception de l’intervention ponctuelle de synthés quelque peu datés et un mixage qui ne donne pas au son toute l’ampleur requise, &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt; tient encore la route quarante ans plus tard.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;2.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco6_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru sous le seul nom de Christian Vander pour des raisons extérieures, &lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt;, titre se traduisant par «&amp;nbsp;Terre morte / Mort de la Terre / Mort à la Terre&amp;nbsp;», était à l’origine envisagé comme la bande originale du film &lt;em&gt;Tristan et Yseut&lt;/em&gt; d’Yves Lagrange. Au vu de l’affiche du film, montrant des chevaliers aux tenues colorées et coiffés de casques un brin étranges, je suis très curieux de voir ce &lt;em&gt;Tristan et Yseut&lt;/em&gt;, et d’écouter comment la musique de Magma se mélange dans un autre univers que Kobaïa. Mécontent de sa collaboration avec le cinéaste, Vander réenregistra au printemps 1974 la pièce en un temps bref (trois après-midi) et dans une formation ramenée à quatre musiciens seulement. Adieu cuivres, adieu guitares, les instruments sont ici réduits à un piano, une basse et une batterie, tandis que trois des quatre musiciens assurent les chants – on notera qu’en 2017, Vander fera paraître une version de &lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt;, surnommée &lt;em&gt;Prima Materia&lt;/em&gt;, encore plus minimaliste, réduite au piano et aux voix. Ce line-up restreint n’empêche pas &lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt; de se montrer intense&amp;nbsp;: même dans ses moments les plus calmes, le disque est parcouru d’un sentiment d’inquiétude et d’urgence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De ce que j’ai saisi, &lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt; raconte la marche d’un peuple contre le tyran qui les oppresse, une marche dans un paysage de neige. Néanmoins, une fois le tyran mis à bas, que reste-t-il sinon ledit peuple face à lui-même&amp;nbsp;? La première moitié de &lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt;, correspondant à sa face A, est une déclamation de plus en plus frénétique&amp;nbsp;; la face B ralentit le rythme mais puissances rythmique et mélodique restent présentes. Le solo de piano de la séquence «&amp;nbsp;C’est la vie qui les a menés là&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» (car, oui, on trouve parfois – quoique rarement – des titres en français) constitue l’un des sommets de l’album, prélude à un final élégiaque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Jlc2METUfp8&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être en raison de ses conditions d’enregistrement particulières,&lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt; ne possède pas la même aura que &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt; ou, surtout, que le troisième mouvement de la trilogie, &lt;em&gt;MDK&lt;/em&gt;. Coincé entre une introduction puissante et une conclusion tout bonnement énorme, ce deuxième mouvement de la trilogie «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» n’a rien d’un ventre mou. Il s’agit d’un album dépouillé dont les qualités se révèlent au fil des écoutes.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;3.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco4_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Martial et puissant, &lt;em&gt;Mekanïk Destruktïẁ Kommandöh &lt;/em&gt;est l’un de ces albums pour qui l’invention du disque compact a été une bénédiction&amp;nbsp;: pièce musicale censément d’un seul tenant, le changement de face du vinyle portait préjudice à l’immersion. Ici, Vander le compositeur est à son acmé. Côté line-up, MDK voit aussi l’arrivée du bassiste Jannick Top ainsi que celle de Stella Vander, l’épouse de Christian Vander. Paru en 1973, ce disque est l’aboutissement de deux années de maturation – on trouve çà et là des versions préliminaires de la composition (tel &lt;em&gt;Mekanïk Kommandöh&lt;/em&gt; sur le disque éponyme), permettant d’apprécier son évolution. L’œuvre matérialise aussi ce qui deviendra le son caractéristique de Magma&amp;nbsp;: une ossature musicale portée par une section rythmique solide et des chœurs intenses, au profit de morceaux amples, volontiers hypnotiques, à la structure aboutie. On peut y percevoir les influences de Stravinsky et de Carl Orff, avec un soupçon de démence que rien n’explique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La version de MDK parue sur le live &lt;em&gt;Retrospektïẁ&lt;/em&gt; commence par une rythmique pesante, inarrêtable. Puis une voix s’élève&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Terrien, si je t'ai convoqué c'est parce que tu le mérites, ma divine, et ô combien cérébrale conscience m'oblige à le faire. Tes actes perfides et grossiers m'ont fortement déplu, les sanctions qui te seront infligées dépasseront les limites de l'entendement humain et inhumain, car tu as, dans ton incommensurable orgueil, et ton insondable ignorance, impunément osé me défier, me provoquer et déclencher dans toute son immensité, ma colère effroyablement destructrice entraînant inexorablement ton châtiment, race maudite&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Oui, oui, on ne fait pas vraiment dans le léger ni la simplicité. Les notes du livret en rajoute une couche. Ce mouvement raconte «&amp;nbsp;le jugement de l'humanité pour toute sa vulgarité, sa cruauté, son inutilité, et son manque d'humilité comme seul Nëbëhr Gudahtt, prophète, agit par l'univers, a pu le concevoir dans son infinie sagesse.&amp;nbsp;» MDK semble également poursuivre la ligne narrative de &lt;em&gt;Koba&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ïa&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;1001 &lt;/em&gt; &lt;em&gt;° centigrades&lt;/em&gt;, à en croire &lt;a href=&quot;http://https/img.over-blog-kiwi.com/1/19/71/66/20180120/ob_eb2207_mekanik-destruktiw-kommandoeh-cove.jpg&quot;&gt; le livret accompagnant l’édition US du vinyle&lt;/a&gt; : revenu sur Terre, le prophète kobaïen s’érige en tyran jugeant l’humanité. Tyran&amp;nbsp;? C’est vite dit&amp;nbsp;: il s’agit plutôt d’un guide. Ceux qui le suivent sont élevés, les autres non… et, bon, reconnaissons que le livret ressemble à une sorte de tambouille mystique qui me laisse froid.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/p1Mhhzf3zkw&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vander se plaît à déstabiliser l’auditeur&amp;nbsp;: &lt;em&gt;MDK&lt;/em&gt; abonde également en brisures de rythme, la transe alternant avec la syncope, les thèmes mélodiques se mêlant avec brio, tantôt sinistres, tantôt étonnamment aériens. Si la section basse-batterie est toujours aussi puissante, ce sont ici les chœurs qui portent &lt;em&gt;MDK&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: chœurs féminins, masculins ou mixtes, tous se rejoignent en pleine exaltation pour porter le morceau vers d’insensées hauteurs. À vrai dire, c’est bien une folie doublée d’une angoisse apocalyptique qui domine MDK. Sur le live &lt;em&gt;Retrospektïẁ&lt;/em&gt;, un solo de basse un brin intempestif doublé de sirènes s’intercale à mi-chemin et gâche l’immersion. Il n’empêche&amp;nbsp;: le solo de violon qui suit vire peu à peu à la folie furieuse, avant que les chœurs prennent le relais pour se diriger vers un final dantesque. La version studio n’est pas moins solide, orgue, clarinette et cuivres venant soutenir le chant pour édifier un véritable mur sonore. Ce sont là quarante minutes féroces, puissamment évocatrices et dont on ne ressort pas indemne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco17.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco17.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco17_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Disponible de façon éparse, la trilogie est rassemblée en mai 2000 lorsque Magma fête ses trente ans d’existence au Trianon. Il en résultera &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk – Trilogie&lt;/em&gt;, album live qui ne constitue peut-être pas la meilleure version live des trois mouvements… mais au moins le tout figure en un même ensemble, avec une version de &lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt; qui donne une autre dimension à la composition. Je donnerai cher pour disposer d’une machine temporelle et me rendre à la performance live. C’est l’occasion d’apprécier la cohérence de la trilogie et de ses thèmes, apparaissant et réapparaissant au fil des trois mouvements.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;IV. Interlude&amp;nbsp;: une non-trilogie&lt;/h2&gt;

&lt;h3&gt;1.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco8.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Retournons en l’an de grâce 1976. Après plusieurs albums conceptuels, Magma fait paraître &lt;em&gt;Üdü Ẁüdü, &lt;/em&gt;un album particulier à plus d’un titre. Cette fois, Vander n’est plus le seul maître à bord&amp;nbsp;: ce sixième album studio de la formation tient davantage d’une collaboration étroite entre Vander et le bassiste Jannick Top. D’une part, deux des sept morceaux sont des fragments d’un volet à venir de la trilogie «&amp;nbsp;Köhntarkösz&amp;nbsp;», tandis que deux autres compositions sont signées par Top seul. Le bassiste a lui aussi son propre univers&amp;nbsp;: Ork. Kobaïa et Ork se trouvent-ils dans le même continuum espace-temps&amp;nbsp;? Je serais curieux de le savoir. L’ensemble des compositions orkiennes de Jannick Top seront d’ailleurs rassemblées sur &lt;em&gt;Soleil d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Ork&lt;/em&gt; en 2001, disque où Christian Vander interviendra d’ailleurs comme batteur. Bref.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/VS93QWAQeRI&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour faire simple, la face A de &lt;em&gt;Üdü Ẁüdü&lt;/em&gt;, c’est le funk en provenance de la lointaine Kobaïa. Ou d’Ork. Le problème de cette première moitié du disque est la brièveté de ses morceaux&amp;nbsp;: ile est vraiment dommage que certains ne s’étendent pas sur plus des quatre minutes réglementaires. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tröller Tanz&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Zombies&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; sont excellents en eux-mêmes. Un peu plus longs, ils auraient défié toute description. Sans exagérer. Heureusement qu’existe la face B, qui ne comporte que deux morceaux, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;De Futura&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est le cœur de l’album. Sombre, violent, tribal, barbare. Les guitares grincent, la batterie martèle son rythme, les claviers miment des voix au souffle et à la tessiture impossible. À l’écoute de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;De Futura&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, on imagine volontiers quelque sacrifice païen sous le soleil rougeoyant d’une autre planète. Dix-huit minutes tout bonnement monstrueuses. Il est à craindre que l’excellence des compositions ait hâté le départ de Jannick Top, qui quittera le groupe peu après – Magma étant essentiellement le projet de Vander. (Bon, c’est mon interprétation.) Quant au bassiste Bernard Paganotti, il formera avec le claviériste Patrick Gauthier le groupe de zeuhl Weidorje (nom provenant de l’un des morceaux du disque).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/vzyOi5XRu_g&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;2.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco9.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco9_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Changement de concept pour &lt;em&gt;Attahk&lt;/em&gt; (1978). En dépit d’un titre agressif et d’une pochette assez moche commise par un Hans-Ruedi Giger qu’on a connu plus inspiré, le septième album varie les ambiances et se montre inattendu. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Last Seven Minutes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est du Magma pur jus, tandis que &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Spiritual&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est un negro spiritual façon Zeuhl&amp;nbsp;; curieux mais réussi. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rindë&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, anxieux. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Liriïk Necronomicus Kahnt&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, le funk revisité par Magma. Après la furie apocalyptique de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mahnt&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, les huit minutes hypnotiques de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dondaï&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; font figure de trêve. Enfin, la caracolante transe qu’est &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Nono&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (hommage au compositeur Luigi Nono&amp;nbsp;?) conclut &lt;em&gt;Attahk&lt;/em&gt; de la plus belle des façons&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/yr5iRpgcQSI&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;3.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco10_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Six ans s’écoulent avant la sortie de &lt;em&gt;Merci&lt;/em&gt; (1984). Une nouvelle fois, le son du groupe évolue&amp;nbsp;: des morceaux brefs (un seul dépasse la barre des dix minutes), des sonorités beaucoup plus… pop&amp;nbsp;??? Dafuck&amp;nbsp;? Pour les amateurs de jazz-rock-fusion volcanique, ce &lt;em&gt;Merci&lt;/em&gt; a une drôle de saveur, appréciable si l’on met de côté les attentes que l’on a vis à vis d’un disque de Magma typique (compos longues et martiales). On croirait Univeria Zekt jailli de ses cendres. Mais… entendre &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=KCS08svBdQs&quot;&gt;«&amp;nbsp;Call from the Dark&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, son chant plein d’entrain et ses «&amp;nbsp;oooh baby&amp;nbsp;» pas très kobaïen, sa basse rebondissante, sa batterie très typée 80s, a de quoi causer un choc esthétique. Ce huitième disque a le mérite de poser la question&amp;nbsp;: la zeuhl est-elle soluble dans la pop&amp;nbsp;? Si les autres morceaux de la face A font pencher pour une réponse négative, la face B semble prouver que oui. Groovy en diable, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;I Must Return&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; déborde de ses influences soul&amp;nbsp;; concluant l’album, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Night We Died&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; lui fait écho en mode apaisé. Entre les deux, «&amp;nbsp;Eliphas Levi&amp;nbsp;», composition à l’ambiance nocturne et rêveuse, signée René Garber (ancien membre du groupe), un des rares morceaux chantés en kobaïen, constitue le point d’orgue du disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/gRo_ewYmRHM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce &lt;em&gt;Merci &lt;/em&gt;est-il aussi une manière d’au revoir&amp;nbsp;? Pas loin. Magma désormais en pause, Christian Vander se consacre à d’autres projets&amp;nbsp;: le groupe Offering, aux sonorités plus accoustiques, ou le Christian Vander Trio, plus jazz. L’occasion pour le batteur de montrer qu’il serait réducteur de l’associer uniquement à une bande de joyeux drilles braillant «&amp;nbsp;Kobaïa&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» au sein d’une formation qu’un auditeur à l’oreille non-éduquée pourrait avoir envie de signaler à la MIVILUDES. Toutefois, le label Seventh Records est fondé par Stella Vander afin de promouvoir les œuvres de monsieur, et Magma reprend du service en 1992 avec &lt;em&gt;Les Voix&lt;/em&gt;, un album enregistré en live à Douarnenez. L’instrumentation est légère&amp;nbsp;: piano, contrebasse, batterie, et des claviers pour donner plus d’ampleur au son. Et, &lt;em&gt;surtout&lt;/em&gt;, une huitaine de chanteurs et chanteuses, sans lesquels cet album ne s’appelerait pas &lt;em&gt;Les Voix.&lt;/em&gt; Trois ans plus tard, Magma se produit à nouveau en concert pour fêter ses vingt-cinq ans d’existence. Après les trente ans, fêtés en mai 2000 au Trianon, Magma continuera sur sa lancée et ne cessera plus de tourner. (À titre personnel, c’est dans ce cadre que j’aurais l’occasion de voir le groupe pour la première fois en concert, en octobre 2003 à Montauban.)&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;V. Une autre trilogie&amp;nbsp;: Köhntarkösz&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Cette tournée entamée au début des années 2000 est l’occasion de peaufiner d’anciennes compositions en vue de leur enregistrement – j’imagine que, aux yeux de Christian Vander, il n’y a rien de plus agaçant que de laisser les choses en plan. Revenons donc un quart de siècle plus tôt&amp;nbsp;: en l’an de grâce 1974, faste année s’il en est, Magma sort donc deux albums,&lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt;, on l’a dit plus haut, ainsi que &lt;em&gt;K&lt;/em&gt; &lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt;, qui inaugure une nouvelle trilogie. Trilogie qu’il faudra à notre batteur fan de Coltrane trente-cinq ans pour achever. Qu’importe, oserai-je dire, lorsqu’on offre une musique aussi intemporelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où la trilogie «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» s’intéressait à un peuple, la trilogie «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Köhntarkösz&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» suit un parcours plus personnel&amp;nbsp;: celui d’un explorateur, Köhntarkösz, et sa quête lorsqu’il découvre le tombeau d’un pharaon oublié, Ëmehntëhtt-Ré. Lors de son antique existence, le souverain chercha à obtenir l’immortalité auprès du dieu Ptah… mais fut assassiné avant d’avoir touché au but.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;1.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco7_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Composition longue d’une demi-heure, &lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt; se divise en deux parties de taille égale, accompagnée sur le vinyle de deux autres morceaux plus brefs, puisqu’il faut bien combler. Dès les premiers instants, &lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt; opère un changement d’atmosphère. Les précédents albums se montraient volontiers durs, martiaux, vindicatifs &amp;nbsp;; ce nouvel album s’avère plus introspectif et délaissent les ruptures de rythme pour quelque chose de plus immersif. La première moitié évoque une quête souterraine, inquiète et tourmentée. Le rythme est pesant, les voix rares et inquiètes – des mélopées lovecraftiennes mais reléguées à l’arrière-plan, tandis que piano, basse et batterie dialoguent. La seconde partie commence de manière plus rêveuse… mais ce répit onirique et nocturne ne dure pas&amp;nbsp;: les dix dernières minutes virent à la folie pure. M’est avis que l’élixir d’immortalité ne doit pas contenir que de l’eau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/7FjkLffnQjw&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il est facile de s’arrêter à la puissance folle et immédiate de &lt;em&gt;MDK&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt; est lui aussi un autre joyau de la discographie de Magma. C’est encore Christian Vander &lt;a href=&quot;http://robert.guillerault.free.fr/magma/textes/1995/disco.htm&quot;&gt; qui en parle le mieux &lt;/a&gt; &amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Peut-être le morceau de MAGMA le plus complexe à ce jour et aussi le plus mal compris. Il propose, en effet, une structure rythmique syncopée à l’extrême, où ce qui semble le Temps est le Contretemps, d'où émergent à leur tour les contretemps du contretemps, positionnant le tout totalement différemment dans l'espace. Ce qui procure une sensation physique et psychique complètement différente et inconnue lors de l'interprétation…&amp;nbsp;» C’est clair, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;2.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco11_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Trente années plus tard – une paille face aux millénaires nous séparant du temps des pharaons (trois secondes de vertige temporel&amp;nbsp;: vous êtes-vous rendu compte que Cléopâtre est plus proche de nous dans le temps qu’elle ne l’est de Khéops&amp;nbsp;?) –, Magma a offert une préquelle à &lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt;, avec &lt;em&gt;K.A.,&lt;/em&gt; alias &lt;em&gt;K&lt;/em&gt; &lt;em&gt;öhntarkösz Anteria&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Voici donc la jeunesse tourmentée de Köhntarkösz en quête de sa destinée. Cependant la providence guide déjà ses pas.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et l'inspiration ceux de Vander. Mêlant matériel inédit et fragments existants depuis le début des années 1972 mais éparpillés sur différents &lt;em&gt;lives&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;K.A.&lt;/em&gt; se divise en trois mouvements, de longueur croissante. Les premiers instants du premier mouvement ont pu rassurer l’auditeur inquiet de retrouver son groupe favori dans les bacs en dépit de vingt années d’absence, Magma n’a pas perdu sa flamme. L’atmosphère est cependant plus apaisée que sur &lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt; – oserai-je le terme «&amp;nbsp;enjoué&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Cette préquelle varie les ambiances, tour à tour sombre ou sémillante dans ses deux premiers mouvements. (À tout le moins pourra-t-on regretter les « Hallelujah&amp;nbsp;» qui parsèment les deuxième et troisième mouvements&amp;nbsp;: on se croirait dans &lt;em&gt;Jesus: The Musical&lt;/em&gt; plutôt que dans la Vallée des rois.) Le troisième mouvement se fait plus hypnotique, à mesure que Köhntarkösz s’enfonce dans les tréfonds du tombeau d’Ëhmëhnett-Rê – une véritable transe tellurique, où s’insèrent quelques auto-citations (la séquence «&amp;nbsp;les musiciens du bord du monde&amp;nbsp;» provient tout droit du final de &lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt;) afin, peut-être, d’assurer l’unité de l’œuvre de Magma. Une unité qui va bien au-delà des «&amp;nbsp;Kobaïa&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» ponctuant les compositions de Christian Vander.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/EcP4IgvotOU&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;3.&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco12_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2009, &lt;em&gt;Ëmëhntëhtt-Rê&lt;/em&gt; achève la trilogie «&amp;nbsp;Köhntarkösz&amp;nbsp;», avec un album à la fois suite et préquelle de &lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt; – il est question ici de raconter l’histoire du pharaon assassiné et sa quête mystique. Composé dès 1975, &lt;em&gt;Ëmëhntëhtt-Rê&lt;/em&gt; existait déjà… mais virtuellement&amp;nbsp;: de nombreuses séquences de l’album pouvaient déjà être écoutés sur des albums précédents, live ou studio. De quoi susciter de nombreuses discussions passionnées d’exégètes&amp;nbsp;: les fragments épars sont-ils meilleurs que la version studio&amp;nbsp;? L’album achevé est supérieur à la somme de ses parties&amp;nbsp;? Je ne saurais trop dire, ayant découvert la composition dans son état achevé. Il n’empêche&amp;nbsp;: entendre la composition dans son ensemble lui donne toute sa valeur et sa puissance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après un premier mouvement introductif, le deuxième se lance dans une montée grisante, faisant la part belle aux voix séraphiques… avant de foncer, dans un dernier tiers, dans un tunnel oppressant, que domine un sentiment d’urgence et d’apocalypse imminente. Basse et batterie soutiennent ce tunnel sonore avec une efficacité inquiétante – il faudrait être sourd comme un pot et hermétique comme un vase canope pour résister et ne pas se retrouver, à certain moment, à hocher la tête avec la musique. Les tonalités sombres à l’œuvre dans le roboratif deuxième mouvement se poursuivent dans le troisième, tandis que le quatrième, plus bref, s’autorise une bouffée d’oxygène. Néanmoins, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Funëhrarïum Kanht&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et ses percussions menaçantes enfoncent le clou (du sarcophage), avant &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sêhë&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, brève conclusion aux sonorités sépulcrales.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/FsitLRc750A&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’en retenir&amp;nbsp;? D’une approche moins évidente que la trilogie «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Theusz Hamtahhk&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», la trilogie «&amp;nbsp;&lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» révèle ses trésors au fil des écoutes. En dépit des trente-sept années séparant le début de la composition et l’achèvement de son enregistrement, son unité thématique reste présente tout au long de ses trois parties. Tour à tour folâtre et funèbre, «&amp;nbsp;Köhntarkösz&amp;nbsp;» emporte son auditeur dans une épopée intime et occulte.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;VI. Envoi&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Que faire, une fois la trilogie «&amp;nbsp;&lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;öhntarkösz&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» achevée&amp;nbsp;? Après avoir bâti une œuvre sans guère d’équivalent, après avoir créé un genre pas moins unique ayant fait florès, Christian Vander aurait pu s’arrêter là&amp;nbsp;: les albums et les captations des &lt;em&gt;lives&lt;/em&gt; sont suffisamment riches pour qu’on puisse y passer des heures (c’est le cas de l’auteur de ces lignes). Néanmoins, le compositeur a poursuivi sur une lancée alternant nouveautés et enregistrements studios de titres anciens. Au rang des nouveautés, &lt;em&gt;F&lt;/em&gt;&lt;em&gt;élicité Thösz&lt;/em&gt; a fait figure en 2012 de bouffée d’air frais. Il s’agit là d’une composition longue d’une demi-heure, et, comme son titre l’indique, à l’esprit enjoué. Inattendu et réjouissant, et sans aucun doute l’un de mes titres préféré du groupe. En 2014, &lt;em&gt;R&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ïah Sahïltaahk&lt;/em&gt;, morceau datant du début des années 70, bénéficie d’une nouvelle version. Bon. On s’en fiche un peu. L’année suivante, &lt;em&gt;Šlaǧ Tanƶ&lt;/em&gt; a un peu déçu – une brève composition, sympathique mais manquant peut-être d’ampleur. Et en juin 2019, &lt;em&gt;Z&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ëss – Le Jour du néant&lt;/em&gt; est arrivé à point nommé pour rappeler que le groupe est encore en vie et va très bien, merci. On y reviendra dans un prochain billet…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/kobaia-disco-late.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kobaia-disco-late.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.kobaia-disco-late_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Discographie partielle&amp;nbsp;:&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;(L’astérisque désigne un album live)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Kobaïa&lt;/em&gt; (1970)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;1001° Centigrades&lt;/em&gt; (1971)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;The Unnamables&lt;/em&gt; (1972, sous le nom de Univeria Zekt)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Mekanïk Destruktïw Kommandöh&lt;/em&gt; (1973, &lt;em&gt;Theusz Hamtaahk&lt;/em&gt; 3/3)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Ẁurdah Ïtah&lt;/em&gt; (1974, bande originale du film &lt;em&gt;Tristan et Iseult&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Theusz Hamtahhk&lt;/em&gt; 2/3)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Köhntarkösz&lt;/em&gt; (1974, &lt;em&gt;Köhntarkösz&lt;/em&gt; 2/3)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Live / Hhaï&lt;/em&gt;* (1975)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Üdü Wüdü&lt;/em&gt; (1976)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Attahk&lt;/em&gt; (1978)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Retrospektïẁ I-II-III&lt;/em&gt;* (1981)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Merci&lt;/em&gt; (1984)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Les Voix de Magma&lt;/em&gt;* (1992)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;K.A.&lt;/em&gt; (2004, &lt;em&gt;Köhntarkösz&lt;/em&gt; 1/3)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Ëmëhntëhtt-Rê&lt;/em&gt; (2009, &lt;em&gt;Köhntarkösz&lt;/em&gt; 3/3)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Félicité Thösz&lt;/em&gt; (2012)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Rïah Sahïltaahk&lt;/em&gt; (2014)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Šlaǧ Tanƶ&lt;/em&gt; (2015)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Zëss – le jour du néant&lt;/em&gt; (2019)&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 84 - Sue Burke - Rivers Solomon - Tess Sharpe</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/10/07/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-84" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 84 - Sue Burke - Rivers Solomon - Tess Sharpe" />
      <id>urn:md5:6759bc39a0bea36fc5cb709d8d8c3944</id>
      <published>2019-10-07T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:08:52+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi84-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi84-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pareille à une comète à la période irrégulière, la Bibliothèque orbitale est de retour pour une nouvelle livraison… Dans les soutes de sa station spatiale, Philippe Boulier nous a ramené &lt;strong&gt;Semiosis&lt;/strong&gt; de Sue Burke, &lt;strong&gt;L'Incivilité des fantômes&lt;/strong&gt; de Rivers Solomon et &lt;strong&gt;Mon Territoire&lt;/strong&gt; de Tess Sharpe — du bon, du bon et du bon, que dire de mieux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La Bibliothèque orbitale&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/podcast/bo-epi84-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi84-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi84-livres.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : Shannon Wright &lt;strong&gt;- Providence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;- Fragments&lt;br /&gt;
- These present Arms&lt;br /&gt;
- Somedays&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi84-shannonwright.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi84-shannonwright.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_84.mp3" length="20484201" type="audio/mpeg3" />
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Z comme The Zanzibar Cat</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/08/13/Z-comme-The-Zanzibar-Cat" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme The Zanzibar Cat" />
      <id>urn:md5:0f3effc998d9c12b5097110f656f00cb</id>
      <published>2019-08-13T17:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-01-02T13:09:34+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;The Zanzibar Cat&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on conclut ce tour d'alphabet avec &lt;strong&gt;The Zanzibar Cat&lt;/strong&gt;, recueil de nouvelles signé Joanna Russ. Entre réinterprétation de figures du fantastique, pastiches, récits s'inscrivant dans des cycles, et textes plus personnels, &lt;strong&gt;The Zanzibar Cat&lt;/strong&gt; varie les genres… sans parvenir toutefois à convaincre totalement.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Zanzibar Cat, Joanna Russ. Baen Books, 1984. Poche, 286 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il y a des noms que l’on voit apparaître de loin en loin sans que l’occasion ne se présente d’aller examiner ça de plus près. Pour ma part, c’était le cas de Joanna Russ… jusqu’à &lt;a href=&quot;http://https/justaword.fr/joanna-russ-lautre-moiti%C3%A9-de-l-homme-8d42e9dacd93&quot;&gt; l’article que lui a consacré Sofia Samatar &lt;/a&gt; dans le dossier «&amp;nbsp;L’Imaginaire au féminin&amp;nbsp;» sur Just A Word. L’œuvre la plus connue de l’autrice américaine est certainement son roman&lt;strong&gt;L’Autre Moitié de l’homme&lt;/strong&gt;, mais elle a aussi à son actif deux recueils intitulés &lt;strong&gt;The Zanzibar Cat&lt;/strong&gt; — et ça tombe bien, il me fallait justement quelque chose pour nourrir ce navrant Abécédaire à la lettre Z. Il s’agit ici de l’édition parue chez Baen en 1984, dont le sommaire diffère un peu de la version parue chez Arkham House en 1983 (trois nouvelles en moins, trois autres nouvelles en plus).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-z-Joanna_Russ_obit.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-z-Joanna_Russ_obit.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-z-Joanna_Russ_obit.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/08/13/By Source, Fair use, https://en.wikipedia.org/w/index.php?curid=33629817&quot;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur les seize nouvelles, publiées entre 1962 et 1979, que compte le recueil, plus de la moitié a été traduite en français dans différents supports&amp;nbsp;: à vrai dire, il s’agit de la revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; pour l’essentiel, mais on en trouve aussi dans les anthologies&lt;strong&gt;Univers&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Le Livre d’or de la science-fiction&lt;/strong&gt;. (Par conséquent, les titres français seront donnés quand ils existent.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Petit tour d’horizon…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-z-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-z-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-z-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Lorsque tout changea&lt;/em&gt; &lt;em&gt; &lt;/em&gt; &lt;em&gt;»&lt;/em&gt; (1972) introduit à la fois le recueil et le monde de «&amp;nbsp;Whileway&amp;nbsp;» — &lt;em&gt;Lointemps&lt;/em&gt; dans la langue de Julia Verlanger —, développé dans &lt;strong&gt;L’Autre Moitié de l’homme&lt;/strong&gt;. La nouvelle débute avec une femme au volant d’une voiture, roulant vite. Le doute (certes provisoire) sur le sexe de la personne narrant l’histoire laisse d’abord supposer que Lointemps est un monde où les sexes et leurs rôles ont été inversés&amp;nbsp;; à vrai dire, il n’en est rien. Le narrateur est une narratrice et le lecteur ou la lectrice se trouve sur une planète où les femmes vivent seules, les hommes ayant disparu depuis des siècles suite à une maladie. Sauf que… voici qu’arrive une délégation en provenance de la Terre, uniquement composée d’hommes. Bien entendu, ceux-ci font preuve d’un machisme ordinaire et ne cessent de se demander où sont passés leurs homologues à roubignolles. Cette nouvelle intrigante, récompensée par un prix Nebula, ébauche l’univers et l’intrigue, et donne envie d’en savoir plus — par exemple en lisant &lt;strong&gt;L’Autre Moitié de l’homme&lt;/strong&gt;, même si l’autrice indique dans l’introduction au texte que le projet du roman est bien différent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Changement de décor pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Voyages extraordinaires d'Amélie Bertrand»&lt;/em&gt; (1979)&amp;nbsp;: le narrateur subit une expérience déroutante en empruntant, peu avant 15h, un passage souterrain à la gare de Beaulieu-sur-le-Pont, quelque part en France. Une femme présente sur le quai — Amélie Bertrand — lui raconte alors ses voyages, car en plein milieu de ce souterrain se trouverait une sorte de portail spatio-temporel. À moins qu’Amélie Bertrand, qui se languit en la compagnie de son mari, n’affabule&amp;nbsp;? Ses récits riche en &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; ont-ils une once de vérité&amp;nbsp;? Comment savoir, alors que la gare est promise à des travaux&amp;nbsp;? Une jolie réussite, poétique et évocatrice.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Las, les nouvelles suivantes m’ont moins emballé. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Soul of a Servant &amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1973) rappelle &lt;strong&gt;Le Désert des Tartares&lt;/strong&gt; de Dino Buzzati&amp;nbsp;; le narrateur, soldat, s’ennuie dans cette caserne située dans ces montagnes frontalières, s’amourache de la fille du chef de la garnison (qu’il finit par violer, là, comme ça), se fait détester des autres… jusqu’au moment où arrivent les barbares. Une réflexion sur la violence et son inutilité&amp;nbsp;? &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gleepsite&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1971), dont le titre fait référence à une blague d’ingénieur concernant un matériau aux propriétés merveilleuses, et voit un être métamorphe s’adresser à deux sœurs, dans un contexte post-apo et de rêveries. Une nouvelle dont les subtilités, à supposer qu’il y en ait, m’ont échappé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le recueil contient une poignée de nouvelles sur lesquelles je n’ai pas grand-chose à dire. Rapidement&amp;nbsp;: dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Corruption&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1976), on suit un agent s’infiltrant dans une arcologie ennemie… et prenant goût à la société qu’il est supposé saboter. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dragons and Dimwits&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1979) pastiche la grosse fantasy qui tache. Amusant sans plus. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Precious Object&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1970), texte expérimental, m’a laissé perplexe. Passons. Il est question de téléporteurs dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Nobody’s Home&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1972), une invention qui a bien changé la vie des gens sur une Terre passablement dépeuplée. Les gens vivent désormais en mariage à deux, trois, plus, et cette élite oisive passe son temps à faire la fête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques nouvelles relèvent du fantastique et font appel à des figures connues&amp;nbsp;: fantômes ou vampires. On rencontre des épigones du comte Dracula dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Emily chérie&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1962) et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Hommes nouveaux&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1966). On retiendra surtout la deuxième, située dans la Pologne communiste et proposant une réflexion sur le vampirisme, le communisme et la dialectique historique. Quant à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Il est une autre rive…&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1963), elle propose une histoire de fantômes à Rome, touchante à défaut d’être particulièrement originale dans son déroulé et sa chute. Enfin, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mon bateau&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1976) louche du côté de Lovecraft. Les prémisses étaient intéressantes&amp;nbsp;: un scénariste raconte à son agent une anecdote de sa jeunesse, où il est question de la première étudiante noire de son école et de sa propension à &lt;em&gt;rêver&lt;/em&gt;… Une approche toute personnelle des Contrées rêves… mais à laquelle j’ai de nouveau peiné à accrocher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Heureusement, il y a &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Petit manuel de conversation courante à l'usage des touristes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1972). Cet exercice de style est certainement l’une des nouvelles les plus réussies du recueil. Prenant la forme d’un manuel de conversation courant à l’usage des touristes (hé, c’est le titre, qu’allez-vous imaginer d’autre&amp;nbsp;?) terriens en territoire extraterrestre, la nouvelle prend vite la forme d’un appel au secours.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;This cannot be my room because I cannot breathe ammonia.&lt;br /&gt;
I will be most comfortable between temperatures of 290 and 303 degrees Kelvin.&lt;br /&gt;
Waitress, this meal is still alive.» (Désolé, je n’ai pas la traduction sous la main)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le vlet se joue à deux&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1974) appartient au cycle d’Alyx, un ensemble composé de quelques nouvelles et d’un roman, centré autour du personnage d’Alyx la voleuse. Des textes de fantasy… jusqu’à ce qu’il y soit question de l’Autorité Trans-Temporelle et de voyages dans le temps. Rien de tout ça dans la présente nouvelle. On y suit un assassin, venu défier le roi au jeu de vlet. Sauf que l’assassin tombe sur la concubine au lieu du souverain. Tant pis, ils joueront quand même. Le plateau de jeu n’a jamais servi, le jeu est donc «&amp;nbsp;vierge&amp;nbsp;», et ce qu’il se passe sur ses cases se répercute dans la réalité. Ce n’est pas la première occurrence d’un tel trope en SF, mais Joanna Russ ici mène bien sa barque dans cette nouvelle à l’ambiance sombre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Terminons piteusement avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Duc, la fille du meunier et le chat de Zanzibar&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1971), un conte riche en humour et en jeux de mot, rendant hommage à Hope Mirrlees mais qui ne m’a pas laissé une impression impérissable. Peut-être aurais-je dû lire &lt;strong&gt;Lud-en-Brumes&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’ensemble, &lt;strong&gt;The Zanzibar Cat&lt;/strong&gt; m’a donc laissé une impression mitigée, celle d’un rendez-vous raté. Dommage. Mais la bibliographie de Joanna Russ est sûrement riche d’ouvrages qui feront oublier ce recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: le fait d’être tombé sur un ePub mal relu n’a pas aidé&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: las...&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Y comme Years and Years</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/08/01/Y-comme-Years-and-Years" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Years and Years" />
      <id>urn:md5:144c02cc188693b80c410aea121397ec</id>
      <published>2019-08-01T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-08-04T15:52:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Years and Years&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la joie, la bonne humeur et la confiance sans faille en un avenir souriant, on s'intéresse à &lt;strong&gt;Years and Years&lt;/strong&gt;, série d'anticipation signée Russel T Davies… Véritable exercice de politique fiction, ses six épisodes s’attachent à décrire la seconde moitié de la prochaine décennie au travers des points de vue variés des membres d'une famille anglaise, avec une acuité un brin effrayante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Years and Years, série créée par Russel T Davis (2019). Une saison de 6 épisodes (≈ 58 minutes).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I just don't understand the world any more. It all made sense up until a few years back. The left was the left, the right was the right. America was America.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On aime bien se faire peur avec la science-fiction&amp;nbsp;: dépeindre des futurs qui craignent pour les prévenir. À ce jeu-là, les Britanniques ne se débrouillent pas trop mal&amp;nbsp;: de H.G. Wells jusqu’à J.G. Ballard en passant par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/13/N-comme-No-Blade-of-Grass&quot;&gt; John Christopher&lt;/a&gt; pour ce qui est des écrivains, sans oublier (au hasard) &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/19/A-Hard-Rain-s-a-Gonna-Fall&quot;&gt; Peter Watkins&lt;/a&gt; pour le petit écran, nos voisins d’Outre-Manche ont maintenu une longue tradition dystopique, riche de nombreuses œuvres marquantes. Et dans le lot des auteurs concernés, il faut y ajouter le scénariste Russell T Davies.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-y-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si le Gallois s’est fait connaître du grand public, au-delà de la Manche, c’est avec le reboot de &lt;em&gt;Doctor Who&lt;/em&gt;. Les quatre saisons qu’il a dirigées comptent d’ailleurs parmi les meilleures de la nouvelle série consacrée à l’étonnant Docteur. Dans la foulée de la saison 2, il crée le spin-off &lt;em&gt;Torchwood&lt;/em&gt;. Centrée sur le personnage de l’immortel Jack Harkness et des membres de l’Institut Torchwood, dont la mission est de lutter contre les ennemis aliens de la Grande Bretagne, cette série tente d’être une version plus adulte (comprendre&amp;nbsp;: plus sombre) de &lt;em&gt;Doctor Who&lt;/em&gt;, et y parvient moyennement au fil de ses deux premières saisons. La troisième rebat les cartes, prenant la forme d’une mini-série en cinq épisodes&amp;nbsp;; sous-titrée &lt;em&gt;Children of Earth&lt;/em&gt;, elle raconte l’arrivée sur Terre d’une race extraterrestre mystérieuse et montre comment l’agence Torchwood est pris pour cible par le gouvernement qu’elle pensait servir. Servie par l’interprétation impeccable de Peter Capaldi (qui n’avait pas encore endossé le costume du Docteur), cette saison 3 tutoie l’excellence et porte en elle les germes (dystopiques) de l’objet de ce billet. (Est-il nécessaire d’ajouter que &lt;em&gt;Torchwood&lt;/em&gt; a connu une quatrième et ultime saison, hélas affreusement médiocre&amp;nbsp;? Non, mieux oublier.)&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;What sort of world are we in? Cos if it's this bad now, what's it going to be like for you, huh? 30 years' time, 10 years, 5 years?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Où en serons-nous dans cinq ans&amp;nbsp;? C’est précisément l’objet de &lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt;, exercice de politique fiction qui s’attache à décrire la seconde moitié de la prochaine décennie via les points de vue des membres d'une famille.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-famille.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-y-famille.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-y-famille_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La famille Lyons au grand complet&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt; débute au printemps 2019 en Angleterre, du côté de Manchester. Voici la fratrie Lyons&amp;nbsp;: rassemblés autour de la grand-mère acariâtre (Anne Reid), il y a Stephen le banquier (Rory Kinnear), dans un couple mixte car mariée à Celeste, une comptable (T’nia Miller)&amp;nbsp;; il y a Daniel (Russel Tovey), agent du logement, homosexuel&amp;nbsp;; il y a Rosie (Ruth Madeley), handicapée&amp;nbsp;; et puis il y a Edith (Jessica Hynes), activiste rêvant de foutre en l’air le système, toujours aux quatre coins du monde. Une fratrie variée et représentative d’une bonne part de la société anglaise. Alors que Rosie se prépare à accoucher du petit Lincoln, quelqu’un fait aussi sa naissance — politique cette fois – sur le plateau d’un talk-show&amp;nbsp;: Vivienne Rook (Emma Thompson), politicienne populiste de droite qui dit tout haut ce que M. et Mme Toutlemonde pensent tout bas. Interrogée sur son opinion d’un aspect odieux du conflit israélo-palestinien, sa réponse choque l’auditoire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;I don't give a fuck.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-vivrook.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-y-vivrook.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-y-vivrook_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Viv Rook&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au rythme des anniversaires du jeune Lincoln, au son d’une &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=pl90ZByp4XY&quot;&gt; musique évoquant Le Mystère des Voix bulgare en mode flippant&lt;/a&gt;, la série propulse son spectateur en avance rapide jusqu’en 2024. Le Brexit a lieu (deal ou no-deal, BoJo ou pas, la série ne s’avance pas), Donald Trump est élu pour un deuxième mandat, Angela Merkel décède, le climat ne va pas en s’arrangeant… Et, au fil de ses six épisodes, &lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt; entreprend de nous narrer la suite&amp;nbsp;: crises politiques dans le Royaume-(Encore&amp;nbsp;?)-Uni brexité comme Europe continentale, crises bancaires, crises des migrants, conséquences du réchauffement climatique, guerre commerciale entre les USA et la Chine, uberisation à outrance du travail, conspirationnisme, transhumanisme, le tout en parallèle des démêlés de la fratrie Lyons, de leurs compagnes/compagnons et enfants, avec, en toile de fond, l'ascension irrésistible de cette figure d'extrême droite qu’est Viv Rook… Chacun des personnages permet d’aborder l’une ou l’autre thématique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-stephen.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-y-stephen.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-y-stephen_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Stephen Lyons&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Conseiller financier dans une banque, Stephen devient «&amp;nbsp;l’homme qui a perdu un million de livres&amp;nbsp;» suite à l’effondrement d’une banque («&amp;nbsp;Too big to fail?&amp;nbsp;» Nope…)&amp;nbsp;; pour gagner sa vie, il cumule les petits boulots, façon Uber/Deliveroo/etc. Celeste, elle, finit par perdre aussi son job, remplacée par un programme informatique. L’informatique, c’est justement le dada de leur fille Bethany (Lydia West), qui se déclare trans… comme transhumaniste, n’aspirant qu’à se délivrer de son enveloppe charnelle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-beth.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-y-beth.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-y-beth_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Bethany Bisme-Lyons&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Agent du logement, Daniel est confronté à la crise des migrants&amp;nbsp;; c’est dans un camp d’accueil qu’il rencontre Viktor, un Ukrainien cherchant l’asile politique en Angleterre, son seul crime étant d’être homosexuel — leurs démêlés sous-tendront l’essentiel de la série. Moins éduquée, Rosie vit dans des quartiers plus populaires – ce qui finira par lui porter préjudice – et ne peut s’empêcher de soutenir Viv Rook, au grand désarroi de ses proches, même si elle affirme ne pas partager pas les vues de la politicienne. L’ascension de celle-ci n’est pas sans accrocs, bien que son arrivée au poste de Premier Ministre semble inéluctable…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-daniel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-y-daniel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-y-daniel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Daniel Lyons&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour Edith Lyons, il s’agit là d’une façon comme d’une autre de propager le chaos. Car pour faire simple&amp;nbsp;: Viv Rook, c’est Marine Le Pen avec les traits de Christine Lagarde et un culot pareil à celui de Donald Trump, à la tête d’un parti dont le nom semble inspiré de celui de Beppe Grillo. Les mécanismes simplistes et pervers du populisme sont démontrés à chacune des interviews de la politicienne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-y-edith.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-y-deith.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-y-edith_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Edith Lyons&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est peu dire que &lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt; se montre plombant. Située pour l’essentiel au niveau du citoyen moyen, la série nous montre des gens ballotés par les événements, face auxquels il est difficile de ne pas réagir autrement que par une indignation… suivie de la résignation. Des événements au caractère un peu trop réaliste… Les curseurs ne sont pas poussés assez loin pour qu'on se dise, à la fin de chaque épisode, qu’il ne s’agit que d’une fiction et que rien de tel ne pourra jamais nous arriver, allons bon, qu’allez-vous imaginer par là, mon bon monsieur, vous regardez trop de dystopie. Chacun des épisodes est plus sombre que le précédent, jusqu’à ce que le dernier épisode relâche la tension d’une manière libératrice.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voyons le bon côté des choses&amp;nbsp;: la série se montre optimiste en montrant que Trump quitte le pouvoir après son second mandat (en 2016, il ne semblait pas savoir le nombre maximum de mandats, et plus récemment, il réclamait deux ans supplémentaires because, hey, l’enquête russe)&amp;nbsp;; d’accord, les papillons ont disparu, mais si rien n’est dit sur les abeilles, cela signifie peut-être qu’il en reste&amp;nbsp;; l’altération du climat se traduit surtout par des pluies diluviennes au Royaume-Uni et un peu d’érosion côtière, non par des sécheresses à répétition comme en cet été 2019. Et les méchants sont punis à la fin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un sans-faute&amp;nbsp;? Presque. La première phrase entendue dans la série (en exergue de ce billet) donne le ton&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt; sera une série politique. Pourquoi alors ce délire transhumaniste à côté de la plaque lors des dernières vingt minutes de l’épisode final&amp;nbsp;? Si l’arc représenté par le personnage de Bethany n’était pas le plus fort, c’est assez embarrassant de voir la série se vautrer en lui consacrant sa conclusion… Difficile d’adhérer au happy end.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche. Porté par un casting parfait et une réalisation impeccable, &lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt; s’empare de thématiques actuelles et les déploie pile comme il faut pour brosser un portrait effrayant de l’avenir. À voir s’il s’agit d’un avertissement ou d’une prophétie…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Do you remember years ago, we used to think the news was boring? (…) The news would come on and we'd just yawn. Now we hide. I have to hide my eyes, literally. It's like at school, when they tell you about the olden days, with Sun Kings and plays and people electing pigs. It's coming back, it's happening again. We were lucky for a bit, born in the '80s. We had, like, 30 years, the first 30 years of our lives.&lt;br /&gt;
– Couple of wars.&lt;br /&gt;
– Yeah, all right, but you and me, we had a nice time. Basically, we had a really nice time. Turns out we were born in a pause.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;J'espère que &lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt; aura le bon goût de s'en tenir à ses six épisodes. Le projet de Russell T Davies est de décrire les quinze prochaines années, avec pour matériel de base le monde de 2019. Cela fait de &lt;em&gt;Years and Years&lt;/em&gt; une série excessivement pertinente en 2019. En 2020, des choses auront sûrement changé, en bien ou en mal&amp;nbsp;: il me paraît donc difficile de conserver la même pertinence pour ce qui deviendrait alors une uchronie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Tout le mal que l’on peut souhaiter à cette série, c’est qu’elle reste une dystopie. Pas que, dans cinq ans d’ici, on se prenne à la trouver trop optimiste dans les perspectives qu’elle envisage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: dans la mesure où chaque épisode est plus flippant que le précédent, oui…&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme X: The Past Is Present</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/29/X-comme-X-Past-Is-Present" rel="alternate" type="text/html" title="X comme X: The Past Is Present" />
      <id>urn:md5:409b7f93222ca4113b6a2f2a412f4917</id>
      <published>2019-07-29T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-10-18T11:57:45+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;X: Past Is Present&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une fois n'est pas coutume, l'Abécédaire lorgne du côté du cinéma indien avec &lt;strong&gt;X: Past Is Present&lt;/strong&gt;, film à sketches retraçant en onze chapitres l'itinéraire tortueux d'un cinéaste maussade. Et qui invite à aborder le biryani d'une autre manière…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;X: Past is present, Hemant Gaba, Pratim D. Gupta, Sudhish Kamath, Nalan Kumarasamy, Anu Menon, Sandeep Mohan, Qaushiq Mukherjee, Rajshree Ojha, Raja Sen, Abhinav Shiv Tiwari et Suparn Verma (2015). 105 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Que ne ferait-on pas pour trouver la lettre X&amp;nbsp;? Cette fois, on se tourne du côté de l’Inde, mais non pas, comme on pourrait se l’imaginer, avec un film bollywoodien long de trois heures, comportant force numéros musicaux chantés et dansés. &lt;em&gt;X: Past in present&lt;/em&gt; est un film collectif, avec pas moins de onze réalisateurs derrière la caméra, pour une durée relativement brève. Il ne s’agit pas exactement d’un film à sketches, car les sketches en question s’entremêlent afin de former une seule et même histoire. Mais avant de nous embrouiller, voyons d’abord de quoi il retourne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-x-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-x-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;K est un réalisateur, assez renommé (en particulier pour ses lunettes noires qui ne le quittent jamais), avec une vingtaine de films à son actif. Un soir, au cours d’un festival de cinéma, le voilà qui tue son ennui dans une boîte de nuit. Il rencontre là une accorte jeune femme, qui bien vite engage la conversation avec lui. Une conversation qui va durer toute la nuit, qui sera l’occasion pour K, grognon et à la vérité en pleine crise de la quarantaine, à faire son examen de conscience en repensant aux nombreuses femmes qui ont marqué sa vie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-x-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-x-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-x-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a ses différentes petites amies, celle avec qui il n’a pas réussi à conclure au moment de passer aux choses sérieuses («&amp;nbsp;Chapter II: 17 Presents&amp;nbsp;»), celle avec qui il a perdu son pucelage et qui l’a poussé à aller de l’avant en même temps que dans ses retranchements («&amp;nbsp;Chapter III: Knot&amp;nbsp;»), celle qu’il a dragué comme un malpropre lors d’un séjour à San Francisco («&amp;nbsp;Chapter VI: 17 Fin&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; il y a ses compagnes, avec qui les relations ont duré plus ou moins longtemps, ont impliqué des enfants, des désirs d’enfant ou rien du tout («&amp;nbsp;Chapter VII: Yaadein&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Chapter VIII: Biryani&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Chapter IX: Audition&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Chapter X: Ice Maid&amp;nbsp;»). Il y a aussi cette femme, qu’il a peut-être un peu peu espionné, qui s’est peut-être laissée complaisamment observer, et qui lui permet de décrocher un financement pour son premier film («&amp;nbsp;Chapter V: Oysters&amp;nbsp;»). Il y a aussi cette inconnue, avec qui il a partagé une chambre&amp;nbsp;: lui de 8h à 20h, elle de 20h à 8h… («&amp;nbsp;Chapter IV: 8 to 8&amp;nbsp;») Mais celle avec qui il passe la soirée, qui est-elle vraiment&amp;nbsp;? Est-elle une création de son esprit&amp;nbsp;? la somme de toutes les femmes qu’il a connues, lui&amp;nbsp;? Et lui, justement, qui est-il&amp;nbsp;? Un long flash-back revient sur la jeunesse de K – qui ne s’appelait alors pas tout à fait comme ça – et sur un traumatisme ((«&amp;nbsp;Chapter I: Summer Holiday&amp;nbsp;»)&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ma vie est un foutoir.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans le fond, &lt;em&gt;X: Past in present&lt;/em&gt; est un long-métrage relativement classique&amp;nbsp;: un individu en crise fait l’examen de lui-même au long d’une nuit mouvementée et, ses démons exorcisés, se réveille un nouvel homme au matin. Les acteurs sont plutôt bons (et pas désagréables à regarder), Rajat Kapoor en tête dans le rôle de l’irascible K. À l’exception de «&amp;nbsp;Summer Holiday&amp;nbsp;» et de «&amp;nbsp;Past is present&amp;nbsp;», la plupart des chapitres évitent de montrer le personnage de K. La plupart du temps, son visage n’est pas vu de face, est flou, ou plongé dans la pénombre. K comme &lt;em&gt;Citizen Kane&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? La comparaison peut venir en tête.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-x-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-x-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-x-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Chapter IV: 8 to 8&amp;nbsp;»&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur la forme, le film est plus inventif&amp;nbsp;: il s’agit donc de dix sketches, d’inégale longueur, enchâssés au sein d’une onzième histoire – la nuit de K. Il s’agit là d’un dispositif intéressant, mais imparfaitement abouti&amp;nbsp;: les différents chapitres s’avèrent d’un intérêt variable. Dix approches de la jeunesse de K par le prisme des femmes ayant traversé sa vie, c’est beaucoup, sûrement trop, et une moitié d’entre elles ne parviennent à dépasser le niveau de la vignette anecdotique n’apportant qu’un éclairage mineur sur un personnage au demeurant agaçant. Quelques séquences tirent leur épingle du jeu, en particulier dans la seconde moitié du film&amp;nbsp;: la colocation alternée d’une chambre («&amp;nbsp;8 to 8&amp;nbsp;»), la simulation d’entretien d’embauche que la volontaire Vina fait passer à K («&amp;nbsp;Knot&amp;nbsp;»), et surtout le flashback final («&amp;nbsp;Summer Holiday&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-x-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-x-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-x-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Chapter V: Oysters&amp;nbsp;»&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce chapitre-là surprend par sa crudité (toute proportion gardée pour un film indien) et sa noirceur. La dernière réplique de ce chapitre, qui constitue aussi l’ultime réplique du film, est un petit bijou d’humour noir. Ailleurs, les chapitres «&amp;nbsp;Yaadein&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Ice Maid&amp;nbsp;» (et «&amp;nbsp;Oysters&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Fin&amp;nbsp;» dans une moindre mesure) cherchent à repousser gentiment les limites de ce qui est permis de voir dans un film indien&amp;nbsp;: pas de baiser certes (si ce n’est avec la projection, au sein du film, d’une scène d’un film occidental où deux acteurs s’embrassent), mais des filles un peu plus dévêtues qu’à l’accoutumée, avant, pendant ou après l’amour. C’est là une impression de ma part à prendre avec des pincettes&amp;nbsp;: il est notoire que les baisers sont extrêmement rares dans les films indiens, mais j’ignore ce qu’il en est du sexe – qui, souvent, va prendre l’apparence d’un chaste numéro musical. Bref, le film me paraît oser être un brin osé. Rapidement. Ça ne chante ni ne danse&amp;nbsp;: dommage pour les aficionados du genre (dont je suis).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-x-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-x-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-x-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Chapter VIII: Biryani&amp;nbsp;»&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le principal souci de &lt;em&gt;X: Past is present&lt;/em&gt; est que la mayonnaise peine à prendre. Bon, la métaphore de la mayonnaise n’est pas idoine dans un contexte indien&amp;nbsp;: disons que le biryani (qui a son importance dans ce film) n’est pas entièrement réussi, les nombreux différents ingrédients peinant à s’agglomérer pour former un plat consistant et goûtu. Les clichés habituels des films bollywoodiens sont absents, le film ose certaines choses (à mes yeux peu éduqués, je reconnais). Il y a de bonnes idées, des scènes réussies, et d’autres qui restent moins réussies. Néanmoins, le résultat final s’avère correct, pas désagréable à regarder, et est sauvé par son dernier chapitre, long en bouche.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-x-chapters.gif&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-x-chapters.gif&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: rien que pour la dernière réplique&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme Wild's End</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/26/W-comme-Wild-s-End" rel="alternate" type="text/html" title="W comme Wild's End" />
      <id>urn:md5:98b51431936365778d41ef64fc033294</id>
      <published>2019-07-26T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-26T17:33:45+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Wild's End&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En matière de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; animalière, les auteurs du Royaume-Uni ne se débrouillent pas trop mal. &lt;strong&gt;Fantastique Maître Renard&lt;/strong&gt; à &lt;strong&gt;Watership Down&lt;/strong&gt; en passant par &lt;strong&gt;Le Bois Duncton&lt;/strong&gt; , une bonne partie des fleurons du genre viennent d’Outre-Manche. Rien d’étonnant à ce que le romancier et scénariste Dan Abnett et le dessinateur Ian Culbard, anglais l’un et l’autre, y soient allés de leur propre essai en la matière avec &lt;strong&gt;Wild’s End&lt;/strong&gt;, mini-série en 18 épisodes parue entre 2016 et 2018. Quand &lt;strong&gt;Le Vent dans les saules&lt;/strong&gt; rencontre &lt;strong&gt;La Guerre des mondes&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;First Light (Wild’s End #1-6), Dan Abnett et I.N.J. Culbard. Boom! (2016), 160 pp. GdF.&lt;br /&gt;
The Enemy Within (Wild’s End #7-12), Dan Abnett et I.N.J. Culbard. Boom! (2017), 160 pp. GdF.&lt;br /&gt;
Journey’s End (Wild’s End #13-18), Dan Abnett et I.N.J. Culbard. Boom! (2018), 160 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En matière de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; animalière, les auteurs du Royaume-(Dés-)Uni ne se débrouillent pas trop mal. DU &lt;strong&gt;Vent dans les saules&lt;/strong&gt; à &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Rougemuraille&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; en passant par &lt;strong&gt;Winnie l’ourson&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Watership Down&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Fantastique Maître Renard&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Bois Duncton&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Babe&lt;/strong&gt;, une bonne partie des fleurons du genre viennent d’Outre-Manche. Rien d’étonnant à ce que le romancier et scénariste Dan Abnett et le dessinateur Ian Culbard, anglais l’un et l’autre, y soient allés de leur propre essai en la matière avec &lt;strong&gt;Wild’s End&lt;/strong&gt;, mini-série en 18 épisodes parue entre 2016 et 2018. Auteur plutôt prolifique, Abnett est l’auteur de bon nombre de romans situés dans l’univers de &lt;em&gt;Warhammer 40 000&lt;/em&gt; (dont la série «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Hérésie d’Horus&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»). Quant à Culbard, qui se déclare grand amateur d’Arthur Conan Doyle et de H.P. Lovecraft, on lui doit quatre adaptations du maître de Providence – si son style est à cent lieues de celui d’Horacio Lalia, il fait mouche et m’a donné envie de me pencher sur l’épais volume &lt;strong&gt;Lovecraft: Four Classic Horror Stories&lt;/strong&gt; paru fin 2018. Mais cela nous éloigne de &lt;strong&gt;Wild’s End&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au jeu des comparaisons foireuses, on pourrait dire de &lt;strong&gt;Wild’s End&lt;/strong&gt; qu’il s’agit de la rencontre entre &lt;strong&gt;Le Vent dans les saules&lt;/strong&gt; de Kenneth Grahame et &lt;strong&gt;La Guerre des mondes&lt;/strong&gt; de H.G. Wells mais en bande dessinée – c’est la comparaison qui vient en tête à tous ceux qui lisent la série, semble-t-il, votre serviteur y compris. Néanmoins, ce serait un poil réducteur. &lt;em&gt;Fantasy &lt;/em&gt;animalière tenant pour le coup de la SF, la série de Dan Abnett et Ian Culbard a sa propre originalité. Et ce n’est pas parce qu’on y croise un toutou, une chatounette et un lapinou, entre autres bestioles, qu’on tient là un comics niais, doux, mignon et gentillet. Bien au contraire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici à Lower Crowchurch un recoin d’Angleterre comme on n’en fait plus, quelque part dans les années 30. Les «&amp;nbsp;Guerres étrangères&amp;nbsp;» sont désormais un lointain souvenir. Tout commence un soir, lorsque le renard Fawkes et son ami belette sont témoin de la chute d’une étoile filante dans les bois. Bon, c’est peut-être un peu gros pour une étoile filante… mais y a-t-il de quoi s’inquiéter&amp;nbsp;? Pas vraiment aux yeux de Gilbert, lapin et maire de Lower Crowchurch. D’autant qu’on le sait bien, Fawkes est porté sur la dive bouteille et a souvent tendance à raconter n’importe quoi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a Mr Slipaway, molosse qui a combattu dans les guerres et qui s’est installé au logis pertinemment nommé Journey’s End, dans l’espoir d’y couler des jours tranquilles. Espoir vain, comme on peut s’en douter. Parce que l’étoile filante n’en est pas une. Parce qu’il rôde désormais dans les bois alentours des créatures étranges, équipées d’armes incendiaires dont elles n’hésitent pas à faire usage&amp;nbsp;; résolument non-&lt;s&gt;humaines&lt;/s&gt; -animales, ces créatures s’avèrent salement agressives. Et qu’elle sont bien capables de réduire à néant non seulement ce doux recoin d’Angleterre, mais le reste du monde aussi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’objectif des personnages dans le premier TPB, le bien nommé &lt;em&gt;First Light&lt;/em&gt;, est simple&amp;nbsp;: fuir et survivre, face à un ennemi quasi-invicible – ou du moins, contre lequel la population de Lower Crowchurch n’est pas du tout préparée à combattre. L’armée intervient dans &lt;em&gt;The Enemy Within&lt;/em&gt; mais ce deuxième TPB nous rappelle que, trop souvent, le véritable antagoniste n’est pas toujours l’envahisseur, qu’il soit extraterrestre ou zombie, mais il s’agit parfois de celui censément dans le même camp que vous mais aux vues et procédés diamètralement opposés. Le chaos s’installant, la situation est désespérée au début de &lt;em&gt;Journey’s End &lt;/em&gt;; elle le sera à peine moins à la fin du 18e et ultime épisode, mais au moins une lueur d’espoir brillera-t-elle alors.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil des trois volumes, le compteur de cadavres crépite autant qu’un dosimètre dans la zone d’exclusion de Pripyat&amp;nbsp;: Dan Abnett n’épargne pas ses personnages. Une leçon apprise de George R.R. Martin&amp;nbsp;: personne n’est à l’abri des envahisseurs… ou de ses propres congénères. Une belle galerie de personnages&amp;nbsp;: outre Mr Slipaway, aussi brave que son apparence de chien laisse deviner mais hanté par son passé, on croise aussi un lapin optimiste, un renard porté vers la petite délinquance et l’alcool mais tenté par la tentation du bien, un caniche auteur de science-fiction et prétentieux, une chatte autrice de science-fiction et du genre à sortir ses griffes si on la pousse dans ses retranchements. Et un écureuil flippant et increvable. Le trait de Ian Culbard fait merveille, donnant aux animaux anthromorphisés toute la variété d’expression requise… sans gommer leur animalité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-cover2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-cover2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-cover3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-cover3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous le trait très ligne claire et expressif de I.N.J. Culbar, &lt;em&gt;Wild’s End&lt;/em&gt; revient à ce qui fait l’essence des ovnis&amp;nbsp;: des objets du quotidien mais observés différemment. Ici, les extraterrestres ont littéralement l’apparence de bêtes lampes de réverbère… À la fois familiers mais terriblement étrangers, d’apparence fragile mais puissantes, muets et meurtriers, ces envahisseurs sont réussis. À la manière de &lt;strong&gt;La Guerre des mondes&lt;/strong&gt;, on ne saura pas grand-chose d’eux – ni leur évanescent physique ni leurs intentions (au-delà de la conquête). L’enjeu réside surtout dans la manière dont les protagonistes parviendront à s’entraider, ou non, pour fuir et éventuellement juguler la menace. Le scénario de Dan Abnett est volontiers sérieux voire tragique, abonde en rebondissements, mais sait faire preuve d’un humour d’autant plus bienvenue qu’il est parcimonieux. C’est peu dire que l’ensemble se dévore, et se relit tout aussi bien. Chacun des 18 numéros se termine par du matériel supplémentaire&amp;nbsp;: cartes, extraits de guides touristiques ou de romans, lettres, documents divers, afin de donner de la profondeur à l’univers.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-w-img09.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-w-img09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-w-img09_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;em&gt;Wild’s End&lt;/em&gt; constitue une très belle réussite, brodant avec brio sur un thème rebattu. Le seul regret concerne la disponibilité variable des trois volumes de la série… et l’absence (pour le moment) de traduction française.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: curieusement, les tomes 1 et 3 sont aisément trouvables, même en ligne, mais pas le tome 2&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: yessir&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme Le Voyage dans la lune</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/25/V-comme-Le-Voyage-dans-la-lune" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Le Voyage dans la lune" />
      <id>urn:md5:3da022363e40730f5e04e8f4ef4fd57e</id>
      <published>2019-07-25T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-07-25T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Voyage dans la lune, de Air&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La période est propice aux excursions lunaires. Cette fois, on s'envole vers notre satellite en compagnie de Air. Le duo electro français y a consacré deux disques, parmi les meilleurs de leur discographie&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Moon Safari&lt;/strong&gt;, premier album enchanteur, et &lt;strong&gt;Le Voyage dans la lune&lt;/strong&gt;, bande originale du film culte de George Méliès créée à l'occasion de la ressortie de la version couleur du court-métrage. &lt;em&gt;Go for launch…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Moon Safari, Air (Source, 1998). 10 chansons, 43 minutes.&lt;br /&gt;
Le Voyage dans la Lune, Air (Revolvair, 2012). 11 morceaux, 31 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Joli parcours que celui du groupe Air, qui a débuté et (provisoirement&amp;nbsp;?) conclu sa discographie sous le signe de la Lune. Le cinquantenaire de l’alunissage d’Apollo 11 vaut bien la peine qu’on s’y arrête quelques instants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin trottinent sur la Lune tandis que fait le tour du satellite. Quelques mois plus tard, toujours en l’an de grâce 1969, naissent sur Terre Jean-Benoit Dunckel et Nicolas Godin. Bien entendu, les trois heureux événements sont décorrélés mais la coïncidence m’amusait. Un quart de siècle et quelques aventures plus tard, Dunckel et Godin forment le duo Air&amp;nbsp;; après plusieurs morceaux remarqués (et rassemblés ensuite sur la compilation &lt;em&gt;Premiers Symptômes&lt;/em&gt; ), le duo sort son premier album&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Moon Safari&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’ai pas grand-chose à ajouter sur cet album qui n’ait déjà été dit cent fois depuis sa sortie en 1998. Paru un an après &lt;em&gt;Homework&lt;/em&gt; de Daft Punk, &lt;em&gt;Moon Safari&lt;/em&gt; installe Dunckel et Godin en nouveaux hérauts de la French Touch, quand bien même leur approche est à des années-lumière de celle de Guy de Homen-Christo et Thomas Bangalter. En tant que tel, la lune n’est pas vraiment au cœur du disque au-delà de son titre, et si quelques morceaux ont un petit côté science-fictif (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Kelly, watch the stars&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;«&amp;nbsp;A New Star in the Sky&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), c’est l’ambiance globale de &lt;em&gt;Moon Safari&lt;/em&gt; qui évoque un périple tranquille dans une autre dimension, une odyssée miniature aérienne (forcément), radieuse… voire solaire&amp;nbsp;? Bon, pas si lunaire que ça… à moins que Dunckel et Godin ait visité une autre lune que celle qu’Armstrong et Aldrin ont visité. Plus de vingt ans après sa sortie, le premier album de Air n’a pas trop mal vieilli, et de l’épique &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=BswuwCn1hBo&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Femme d’argent&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; introduisant le disque jusqu’au &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=FEp99DhntDA&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Voyage de Pénélope&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; en passant par le tubesque &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=wouKI_myXxk&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sexy Boy&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Moon Safari&lt;/em&gt; a sa place au panthéon de l’electro.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Moon Safari&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-v-moonsafari.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après cette superbe introduction suivront des albums de qualité inégale. Vrai-faux deuxième album, la bande originale de &lt;em&gt;Virgin Suicides&lt;/em&gt; de Sofia Coppola est sûrement meilleure que le film, portée par la mélancolie poignante du morceau &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=hFuu5wPFv1M&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Playground Love&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (ce saxophone, bon sang). Sorti en 2000, &lt;em&gt;10,000 Hz Legend&lt;/em&gt; m’a fait l’impression d’un disque gonflé à l’hélium&amp;nbsp;: une magnifique baudruche, que l’enthousiasme naïf du duo empêche de sombrer dans la grandiloquence. &lt;em&gt;Talkie Walkie&lt;/em&gt; (2004) revient à des choses plus terre à terre, avec une série de pop songs (dont la géniale &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=oVMHX8imk_8&amp;amp;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Alpha Beta Gaga&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;). Dommage que &lt;em&gt;Pocket Symphony&lt;/em&gt; (2007) soit à l’image de sa pochette&amp;nbsp;: un bibelot sans grand intérêt, auquel on ne jette pas plus d’un regard (ou d’une écoute), destiné à prendre la poussière dans un coin. &lt;em&gt;Love 2&lt;/em&gt; (2009) tente de retrouver le groove aérien (pardon) des albums précédents mais avec un succès mitigé&amp;nbsp;; un album-bibelot lui aussi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Discographie de Air&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-v-discog.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La carrière de Air aurait pu se terminer mollement ainsi, avec une suite inégale d’albums sympathiques mais sans plus. Mais voilà qu’en 2010, deux fondations entreprennent de restaurer ce qui est probablement le tout-premier film de science-fiction au monde&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Voyage dans la Lune&lt;/em&gt; de Georges Méliès. À vrai dire, il ne s’agit pas seulement de restaurer la bobine mais également de lui rendre ses couleurs d’antan, les films de Méliès étant colorisés par une armée de petites mains. Et tant qu’à faire, autant lui donner une nouvelle bande originale… signée par nulle autre que le duo constitué de Jean-Benoit Dunckel et Nicolas Godin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Voyage dans la lune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-v-melies1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques mots sur le film&amp;nbsp;: revoir en ce début de XXIe siècle &lt;em&gt;Le Voyage dans la lune&lt;/em&gt; suscite un mélange contradictoire d’impressions. Inspiré de Jules Verne et H.G. Wells, le court-métrage contient son lot de scènes culte… mais il a épouvantablement vieilli sous d’autres aspects, les explorateurs terriens se comportant comme d’odieux &lt;s&gt; connards &lt;/s&gt; colons une fois sur la lune. Certes, le film reflète son époque et ses valeurs dépassées, et il serait idiot de le vouer aux gémonies. L’expo Lune au Grand Palais m’a permis de découvrir que le film de Méliès avait connu un remake six ans après sa sortie&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Excursion dans la Lune&lt;/em&gt;, court-métrage du pionnier espagnol Segundo de Chomón, qui reproduit pour ainsi dire plan par plan l’œuvre de Méliès… mais avec de petites variations (par exemple, l’obus ne heurte pas l’œil de la Lune mais entre dans sa bouche&amp;nbsp;; plus tard, les Sélénites chassent les humains et éjectent à coups de pied l’obus de la Lune).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le Voyage dans la lune&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-v-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quid de la musique alors&amp;nbsp;? Associée aux images de Méliès, la BO d’Air m’a hélas paru assez mal coller aux images, la modernité psychédélique du duo français me paraissant pas vraiment en phase avec le court-métrage. En revanche, l’album en soi – deux fois plus long que le court-métrage de Méliès – s’écoute avec un plaisir certain. Après &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=QZXTAxnXMeg&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Astronomic Club&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, un morceau introductif un brin poussif, à la grandiloquence assumée, l’album décolle avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=osDyvfNQLrs&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Seven Stars&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: le morceau débute avec une rythmique martiale bien vite tempérée par quelques notes de piano tout droit échappées de &lt;em&gt;Moon Safari&lt;/em&gt;, avant que ne débute la séquence d’ignition emmenant le titre dans le firmament. Après la nonchalance un brin inquiète du bref &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zFV_3q5Bqq4&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Retour sur Terre&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; suit le folâtre &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=mH6dqSDcSYI&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Parade&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=L0xm641e0XQ&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Moon Fever&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; représente une parenthèse éthérée, un brin mollassonne, qui pâlit face à l’épopée de poche qu’est &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=onYXKzCeyn8&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sonic Armada&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: une sonnerie distordue, une rythmique caracolante, un synthé en plein trip psychédélique, pour le morceau le plus ambitieux de l’album. Chantée en anglais et français, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=TyEylztg2-g&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Who Am I Now?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; est une comptine des plus étranges – l’ambiance y est rêveuse — lunaire, forcément. Vignette trop brève, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=KVNl53otdng&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Décollage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; promet davantage qu’elle ne délivre, à la manière d’une fusée qui cramerait son propergol mais oublierait de décoller. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=T1NAvM72Q2Q&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cosmic Trip&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; se révèle plus conforme à son titre, avec la voix suave d’une hôtesse invitant l’auditeur à prendre place (et à ouvrir les portes de la perception)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Welcome to the astronomical club&lt;br /&gt;
The rocket shell is now ready to take off&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’album se termine avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Rgf6lRTo87Q&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Lava&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, pendant mélancolique à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Alpha Beta Gaga&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;et conclusion désenchantée de ce disque. En dépit d’un caractère répétitif (alternance de morceaux lents et de morceaux rapides), cette bande originale du &lt;em&gt;Voyage dans la Lune&lt;/em&gt; s’avère l’équivalent musical d’une sucrerie, un brin douce-amère, un peu courte en bouche.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;A Trip to the Moon&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-v-jeffmills_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2016, le musicien Jeff Mills, figure tutélaire de la techno de Detroit et passionné notoire de cinéma et de SF, a composé sa &lt;a href=&quot;http://https:/www.youtube.com/watch?v=mEEK53Nave8&quot;&gt;propre BO&lt;/a&gt; pour le film de Méliès. Pas vraiment un coup d’essai pour le DJ, déjà responsable de la recréation de bandes originales pour &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Une femme dans la lune&lt;/em&gt;. Ici, l’ambiance est par moment plus technoïde, parfois plus expérimentale, mais l’ensemble vaut aussi l’écoute. (Une récente réédition en DVD (&lt;a href=&quot;https://shop.lobsterfilms.com/fr/products/le-voyage-dans-la-lune&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;) du &lt;em&gt;Voyage dans la Lune&lt;/em&gt; propose, outre la bande originale de Mills, deux autres BO signées Robert Israel et Dorian Pimpernel. Ne les ayant pas écoutées, je me contente d'en signaler l'existence.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand j’écrivais plus haut que la carrière de Air s’était arrêtée avec la BO du &lt;em&gt;Voyage dans la lune&lt;/em&gt;, j’exagérais un peu. En 2014, le duo a sorti &lt;em&gt;Music for Museum&lt;/em&gt;, disque d’ambient créé pour une exposition du Palais des Beaux-Arts de Lille. Néanmoins, dans la foulée de la compilation &lt;em&gt;Twentyears&lt;/em&gt;, le duo semblait indiquer vouloir se mettre en retrait («&amp;nbsp;C’est une malédiction&amp;nbsp;: après quarante ans, on fait des albums merdiques&amp;nbsp;», disait Jean-Benoît Dunckel à &lt;a href=&quot;http://https:/pitchfork.com/features/5-10-15-20/8764-air/&quot;&gt; Pitchfork&lt;/a&gt;). Place aux jeunes en somme. Et que qui veuille retourne sur la lune, en rêve ou non…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: à moins d’habiter sur (ou dans) la lune, et encore…&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: à moins de l’écouter dans le vide de l’espace, et encore…&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui, à moins d’être allergique à Air&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Utopia</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/24/U-comme-Utopia" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Utopia" />
      <id>urn:md5:aa0cc21614e503c6dfcf5230da1b17e8</id>
      <published>2019-07-24T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-24T10:09:32+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Utopia de Björk&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;A priori, rien dans l’œuvre de Björk ne la rattache spécifiquement aux genres de l’imaginaire, au-delà de clips à l’esthétique étrange. Néanmoins, son dernier album en date, &lt;strong&gt;Utopia&lt;/strong&gt;, vaut bien la peine qu'on s'y arrête, histoire d'arpenter ses &lt;em&gt;paysages émotionnels&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Utopia, Björk (One Little Indian, 2017). 14 chansons, 72 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Discographie de Björk, 1993-2001&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-u-discog1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Étrange parcours musical que celui de Björk…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Résumé-express&amp;nbsp;: d’abord enfant-star avec un premier album enregistré à l’âge de 11 ans et tout simplement titré &lt;em&gt;Bj&lt;/em&gt;&lt;em&gt;örk&lt;/em&gt; (1977), la jeune chanteuse a traversé différents groupes et formations au fil des années suivantes, s’essayant à autant de genres (le punk avec Tappi Tíkarrass et Kukl, la pop avec les Sugarcubes, le jazz avec le Tríó Guðmundar Ingólfssonar). Sa carrière solo commença réellement avec l’album titré (avec une pertinence certaine) &lt;em&gt;Debut&lt;/em&gt; en 1993. Deux ans plus tard, &lt;em&gt;Post&lt;/em&gt; approfondissait le sillon de fort belle manière, et se montrait plus varié musicalement. Le premier chef d’œuvre de Björk reste néanmoins &lt;em&gt;Homogenic&lt;/em&gt; (1997), où l’electro se mêlait aux racines islandaises de la chanteuse&amp;nbsp;; des dix chansons de l’album, la moitié tutoie l’excellence (la martiale &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=DnW77jmr-Xg&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hunter&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, la déchirante &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=BBju9Sdh94k&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Jóga&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=8-QNxD56p_U&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pluto&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et sa fureur de bruit blanc, l’élégiaque &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=u0cS1FaKPWY&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;All Is Full of Love&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et surtout &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=mZEWtivQTTg&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Bachelorette&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, chanson à la puissance émotionnelle intacte) et l’autre moitié à peine moins bonne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Discographie de Björk, 2004-2011&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-u-discog2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2001, &lt;em&gt;Vespertine&lt;/em&gt; se montrait le digne successeur d’&lt;em&gt;Homogenic&lt;/em&gt;, dans une approche plus intimiste et hivernale. Côté matrimonial, Björk commença à fréquenter au début des années 2000 l’artiste Matthew Barney, auteur de plusieurs œuvres filmiques comme l’intriguant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/16/C-comme-The-Cremaster-Cycle&quot;&gt; «&amp;nbsp;Cremaster Cycle&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ou le baleinesque (et un peu foireux) &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/10/D-comme-Drawing-Restraint-9&quot;&gt; &lt;em&gt;Drawing Restraint 9&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. A posteriori, il est facile d’affirmer que ce contact avec l’art contemporain va influencer Björk… mais le fait est que le sillon creusé par la chanteuse va s’avérer de plus en plus personnel. Depuis &lt;em&gt;Vespertine&lt;/em&gt;, l’Islandaise donne l’impression de vouloir diviser le nombre de ses fans par deux à chaque nouvel album, chacun plus expérimental que le précédent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Successeur attendu de &lt;em&gt;Vespertine, Medùlla&lt;/em&gt; (2004) se consacrait essentiellement à la voix, et si l’album contient d’excellentes chansons, il contient aussi son lot de choses… plus difficilement écoutable en dépit de toute l’affection que l’on peut porter à l’Islandaise. La BO originale de &lt;em&gt;Drawing Restraint 9&lt;/em&gt; (2006) était à l’image du film&amp;nbsp;: arty jusqu’à l’excès, inécoutable par moment, et somme toute dispensable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Volta &lt;/em&gt;(2007) tentait de revenir à une approche plus conventionnelle, avec un succès moyen – une moitié de bonnes chansons, une moitié de chansons médiocres. Après une résidence d’artiste, Björk s’essayait l’œuvre d’art totale avec &lt;em&gt;Biophilia&lt;/em&gt; (2011), disque ayant pour but «&amp;nbsp;d'explorer le fonctionnement du son, l'étendue infinie de l'univers, des systèmes planétaires aux structures atomiques&amp;nbsp;». Pas de chance, le concept étouffait la musique, et l’ensemble suscitait surtout l’ennui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté matrimonial, Björk s’est séparée de Matthew Barney en 2012. Une séparation douloureuse, dont le résultat fut, pour la chanteuse, un album-catharsis paru en 2015&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt;. À croire que la douleur est un excellent moteur créatif&amp;nbsp;: cet album voyait Björk retrouver une qualité dans ses chansons absente depuis longtemps, avec des mélodies puissantes et touchantes. Néanmoins, &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt;, album de la rupture amoureuse, nécessitait un contrepoint&amp;nbsp;: le présent &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt;, sorti en novembre 2017 et que l’Islandaise qualifie de «&amp;nbsp;Tinder album&amp;nbsp;». De l’utopie, il est aisé de passer aux mondes imaginaires, et voilà qui vaut la peine qu’on y prête (à nouveau) l’oreille dans ce désolant Abécédaire.&lt;/p&gt;
&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Vulnicura&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-u-vulnicura.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;L’un des points forts de Björk a été de toujours savoir bien s’entourer pour produire ses albums (le duo Matmos, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/30/U-comme-Ultimate-Care-II&quot;&gt; capable de faire cracher créativement ses tripes à une machine à laver&lt;/a&gt;, a d’ailleurs collaboré avec la chanteuse pour &lt;em&gt;Vespertine&lt;/em&gt;, fournissant tout plein de sonorités étranges). Pour &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt;, Björk a refait appel à Arca (dont j’évoquais le surprenant premier album, &lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/05/X-comme-Xen&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;), déjà responsable de la production de &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt;. Cette fois, la collaboration est poussée un cran plus loin, Arca coproduisant l’essentiel d’&lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; et cosignant quatre des quatorze chansons – avec ses soixante et onze minutes, il s’agit là du disque le plus long de Björk. Et celui doté de la pochette la plus… curieuse&amp;nbsp;? (Mais néanmoins raccord avec le contenu.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Utopia&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-u-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rappelons cependant que, chez Björk, l’aspect visuel possède une importance égale à celle de la musique&amp;nbsp;? Chaque album possède son identité visuelle, sa typographie (une typo technoïde pour &lt;em&gt;Post&lt;/em&gt;, des typos modulaires pour &lt;em&gt;Volta&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Biophilia&lt;/em&gt;, des lettres reliées pour &lt;em&gt;Vespertine&lt;/em&gt;…), ses costumes, et ses clips. Dans le lot, certains sont devenus des classiques – tout particulièrement la formidable trilogie réalisée par l’excessivement talentueux Michel Gondry pour &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=36Srr08PN_Y&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Human Behaviour&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=AGjGh74n_9U&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Isobel&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=mZEWtivQTTg&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Bachelorette&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Cela, sans oublier le clip très &lt;em&gt;musical&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;It’s Oh So Quiet&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ou la romance androïde lesbienne de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=u0cS1FaKPWY&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;All Is Full of Love&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Avec&lt;em&gt; Vespertine&lt;/em&gt; et le travail du duo de graphiste M/M Paris, les clips de Björk se sont faits plus organiques&amp;nbsp;: les fluides visqueux et colorés roulant sur le visage de la chanteuse dans &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=EpLL4AiojFI&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hidden Places&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, la couture sur peau de&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pagan Poetry&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;vernix caseosa&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Where Is The Line?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;… Bref.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Album intimiste, &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; révèle lentement ses qualités&amp;nbsp;: de fait, au fil du disque, aucun grand air ne se dégage de façon immédiate (à la différence de chansons comme &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Bachelorette&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;,&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-OBD-al0cIM&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pagan Poetry&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=CdjaPMrTGZg&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Where Is The Line?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=KJRiBDMfrTU&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Wanderlust&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=gQEyezu7G20&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Stone Milker&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, autant de chefs d’œuvre instantanés). De là à se dire que peine et tristesse sont plus inspirantes, il n’y a qu’un pas… qu’il vaudrait mieux éviter de faire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si les beats travaillés d’Arca sont (naturellement) toujours présents, exit les cordes déchirantes de &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt;, et bienvenue aux flûtes et aux harpes, pour une ambiance à première écoute plus apaisée, plus tranquille. Le chant de l’Islandaise ne change guère&amp;nbsp;: on retrouve cette façon si caractéristique d’étirer les syllabes et d’accentuer les mots, comme si ceux-ci étaient une matière malléable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec l’introductif et sensuel &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Arisen My Senses&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; revient la thématique de la bouche. Rappelez-vous&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=EpLL4AiojFI&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hidden Places&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et son gros plan sur le visage de la chanteuse, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=iIhLCXmrCm8&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mouth Mantra&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; qui nous plonge (à 360 degrés) dans la bouche de Björk. Ici, l’Islandaise est recroquevillée dans un cocon, accolé à un deuxième du même type. La jonction entre les deux cocons est une bouche habitée par deux langues. Dans le genre obsessif, on se rapproche de Jan Švankmajer, pas avare en gros plan sur les bouches de ses personnages. À proximité, Arca est reliée aux cocons par des tuyaux veineux, manière de rappeler les liens entre la chanteuse islandaise et la productrice vénézuélienne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/6VrqR_GfvzE&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Troisième morceau de l’album, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Gate&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; s’attache à faire le lien avec &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt; au travers de son clip. Dans un paysage aux teintes douces et vespérales, Björk joue de la flûte, environnée d’objets flottants. Voilà que, depuis sa poitrine, se déploie une forme luminescente, prismatique et chatoyante&amp;nbsp;: la chanteuse le fait virevolter avec un double d’elle-même, en une manière de réconciliation. Voilà qui contraste avec &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt; et sa pochette représentant la chanteuse avec une blessure béante à la poitrine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/RIGgn1s3AvI&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve dans le clip de la chanson &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Utopia&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; les paysages idylliques abordés dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Gate&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Björk, équipée d’une flûte, portant une robe ornée d’une fleur géante en pleine poitrine, est entourée par une escorte de nymphes. À la fin, il s’avère que ces lieux aux teintes roses et orangées, aux formes organiques, se situent sur une île flottant en plein air. Musicalement, l’utopie abordée par Björk est peuplée par « des espèces d’oiseaux jamais vus ou entendus avant&amp;nbsp;» (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Utopia&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;). L’utopie serait-elle finalement une chanson&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The interior of these melodies&lt;br /&gt;
Is perhaps where we are meant to be&amp;nbsp;» (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Blissing Me&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Sqbv7cCM5AI&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La plupart des chansons font la part belle à la sensualité, la corporalité, la nature (l’instrumental &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Paradisia&amp;nbsp;», &lt;/em&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Feature Creatures&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et sa longue conclusion où les instruments partent dans un délire tranquille), tandis qu’une poignée de chansons semblent s’adresser à l’ex-mari (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Losss&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; où les flûtes se heurtent aux rythmiques rocailleuses, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sue Me&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; où voix, flûtes et percussions coexistent sans se mélanger, en un chaos instable) ou à Björk elle-même, avec la nécessité de se reconstruire ( &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tabula Rasa&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et sa conclusion mélodramatique) et de se défaire de ses anxiétés (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Body Memory&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, chanson épique de dix minutes ponctuée de beats torturés et de chœurs aériens) – afin, éventuellement, de faire advenir l’utopie. C’est ce vers quoi tendent les deux dernières chansons&amp;nbsp;: l’ascendante &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Saint&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et l’atmosphérique &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Future Forever&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Osmose avec la nature, ode aux sens, à la sensualité et à la féminité, &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; est – comme à l’accoutumée – un album des plus personnels pour Björk, et une poursuite logique de sa discographie. Peuplé d’instruments à vent et de rythmiques travaillées, &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; forme un «&amp;nbsp;paysage émotionnel&amp;nbsp;» (pour reprendre la formulation de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Jóga&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ), qu’il est nécessaire de parcourir plusieurs fois pour en apprécier les subtilités. (Deux ans après la sortie du disque, je n’ai pas fini… mais j’y vais lentement.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Guide de lecture sélénite</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/22/Guide-de-lecture-selenite" rel="alternate" type="text/html" title="Guide de lecture sélénite" />
      <id>urn:md5:de12686a776e0698a817eb5d7b252796</id>
      <published>2019-07-22T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-01-24T12:09:01+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Illustration de Manchu pour Anti-Glace de Stephen Baxter&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La lune, cela fait bien plus de vingt ans que &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; essaie de la décrocher… Si le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-95&quot;&gt;numéro 95&lt;/a&gt; de votre revue préférée, paru depuis une dizaine de jours, vous propose une bibliothèque lunaire idéale, le présent billet consiste en un guide de lecture répertoriant les différentes occasions où les chroniqueurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; ont abordé des œuvres faisant la part belle à notre satellite naturel.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-roman.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-roman.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Le Roman de la lune&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Dir. Claude Aziza&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ce n'était pas, a priori, une mauvaise idée que de consacrer un Omnibus à la Lune. Comme l'explique Claude Aziza dans sa préface, celle-ci a donné lieu à des fictions dès l'Antiquité, est devenue le lieu d'utopies utiles à la satire sociale et un territoire à explorer, où donner libre cours à l'imagination avant que le roman scientifique, progressivement, ne tempère les délires et fantaisies en tenant compte des récentes découvertes astronomiques. On trouvera dans ce recueil quatre romans et trois nouvelles, ainsi qu'un dossier avec des extraits de quelques œuvres citées dans la préface.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Etats et empires de la Lune&lt;/strong&gt; de Cyrano de Bergerac raconte l'expédition, par un moyen de locomotion fantaisiste (des fioles de rosée chauffées par le soleil attachées à la ceinture), sur un monde civilisé qui permet à l'auteur de philosopher avec les habitants mais aussi les Terriens qui l'ont précédé, comme les personnages bibliques Elie et Enoch, immortels pour avoir goûté le fruit de l'arbre de la vie. D'abord considéré comme un animal, le narrateur parvient à susciter l'intérêt par son esprit vif et voyage en compagnie d'un « démon », à savoir une femme que sa compagnie distrait. Sont successivement abordées les théories coperniciennes, la nature atomique de la matière, l'existence de Dieu ou de l'âme, et des différences sociales portant sur la sexualité, la santé, la guerre, la mort. L'ensemble témoigne d'une ouverture d'esprit et d'intuitions remarquables pour l'époque, qui s'éloignent d'une vision anthropomorphique du monde, le tout assaisonné d'aimables farces et plaisanteries dédramatisant certaines questions métaphysiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Voyage dans la Lune&lt;/strong&gt; de Louis Desnoyers raconte l'expédition en ballon d'un certain Laroutine sur une Lune où l'imagination fantaisiste procède de l'inversion : éléphants-moustiques, hannetons géants, rivières de limonade ou de rhum et eau rare et chère. Les rois se nomment Brrrrrrr et Crrrrrrr, la ville, Krrrrstvlmpfbchqdngzx ; on y consomme des peupliers en salade, des mouches au riz et des guêpes truffées, bref, cette pitrerie de 1836 déconcerte d'autant plus qu'à la même période, Poe publiait son « Aventure sans pareille d'un certain Hans Pfaall », nettement plus documenté puisque son voyageur, fuyant le meurtre de ses créanciers, a songé à se prémunir contre le froid et le manque d'oxygène à haute altitude. Plutôt que d'affronter l'incrédulité de ses lecteurs en décrivant la vie sur la Lune, Poe escamote le problème avec une astucieuse pirouette. Alexandre Dumas, avec « Un Voyage à la Lune », ne s'embarrasse pas non plus de vraisemblance mais se situe clairement dans le conte avec un voyage effectué à dos d'aigle et un retour sur des oies sauvages, tous dotés de la parole.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On connaît le sérieux et la précision arithmétiques de Jules Verne pour envoyer un équipage sur la Lune à bord d'un boulet de canon. &lt;strong&gt;De la Terre à la Lune&lt;/strong&gt; ne manque pourtant pas d'humour, tempérant l'aridité de sa démonstration, en particulier dans la description des membres du Gun Club. Plus romanesque, Wells imagine une Lune creuse, pourvue d'une végétation luxuriante du fait de la faible gravité, d'animaux, et peuplée d'une société sélénite rappelant l'organisation de la fourmilière. &lt;strong&gt;Les Premiers hommes dans la Lune&lt;/strong&gt; a perdu en crédibilité, mais les personnages fort bien campés de Wells, dont la consistance ne se limite pas à l'intrépidité d'explorateurs avides de découvertes, rend ce texte encore lisible aujourd'hui. « Les Luniens » de Pierre Boulle clôt ce tour d'horizon, relation de deux expéditions américaine et soviétique sur la face cachée de la Lune, pour une farce axée sur un quiproquo. On a connu Boulle plus inspiré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S'agissant de romans sur la Lune, ceux ici choisis sont incontournables, quoique, l'accent étant mis sur le voyage, on aurait dû préférer &lt;strong&gt;Autour de la Lune&lt;/strong&gt; au premier volume contant les préparatifs de l'expédition vernienne, au lieu des quelques extraits figurant dans le Dossier. On aurait pu aussi ajouter &lt;strong&gt;L'Histoire véritable&lt;/strong&gt; de Lucien pour faire le tour des indispensables. Car on se sent malgré tout frustré devant ce volume bien moins épais que d'ordinaire, avec en outre une police de caractères plus grande, alors qu'on espérait que l'ouvrage rendrait disponibles nombre de textes rares ou mal connus. De ce point de vue, le Dossier qui suit irrite plus qu'il ne fournit de compléments de lecture. On aurait préféré découvrir au complet &lt;strong&gt;Le Songe d'un Kepler&lt;/strong&gt; dont la seule édition française est toujours épuisée à l'heure actuelle, au lieu des deux maigres pages qui autorisent à faire figurer son nom sur la couverture. L'extrait de la pièce d'Edmond Rostand faisant allusion au roman de Cyrano est en revanche secondaire, voire superflue. S'il n'était pas possible de traduire pour la circonstance un des romans du polonais Zulawski, grand-oncle du réalisateur, l'exhumation d'un roman de Tsiolkowski comme En-dehors de la Terre aurait été possible, ou encore le premier tome, consacré à la Lune, des &lt;strong&gt;Aventures d'un savant russe&lt;/strong&gt; de Henry de Graffigny. La partie critique se résume aux principales dates du parcours d'un auteur en guise de présentation, et à des bibliographies ultra courtes comme celle des romans modernes consacrés à la Lune, réduite à dix titres, dont cinq d'Arthur C. Clarke, considérés comme les « principaux ». C'est tellement sommaire qu'on aurait pu se dispenser de la donner, de même que celle de la BD, réduite au seul Tintin de Hergé. Bref, un Omnibus un peu décevant par son indigence.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-56&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;56&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-revolte1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-revolte1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Révolte sur la lune&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Jacques de Tersac, rév. Nadia Fisher&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La Lune est devenue le pénitencier de la Terre. Dans les colonies souterraines vivent les exilés et leurs enfants, nés libres, également soumis aux exigences de leurs maîtres qui, sur une planète surpeuplée, les exploitent honteusement. Sur Luna, l'eau, rare et dispendieuse, risque de disparaître à terme si le produit des récoltes, chichement rétribué, continue à être expédié sur Terre sans renvoyer en retour de quoi pérenniser les cultures… Métaphore des pays industrialisés exploitant plus pauvres qu'eux, le roman raconte une révolution orchestrée par un groupe refusant le joug. Placé bien involontairement à leur tête, Manuel O'Kelly, technicien informatique, a l'avantage de nouer des liens privilégiés avec Mike, l'ordinateur de la planète, qui n'a révélé qu'à lui son éveil à la conscience. Sans son aide efficiente, les efforts du trio comprenant, outre O'Kelly, le professeur La Paz et la passionaria Wyoming Knott, auraient été voués à l'échec.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première partie est un véritable manuel du parfait agitateur délivrant les recettes pour faire parler de sa cause. La seconde, plus politique, illustre les retorses négociations pour trouver un terrain d'entente entre les deux parties, qui se soldent malgré tout par une guerre ressemblant à l'affrontement de David contre Goliath.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme souvent chez Heinlein, la trame du récit est assez simpliste et les personnages convenus, mais l'auteur donne toute sa mesure dans la prospective et l'agitation d'idées originales et non conventionnelles. Il donne à voir la naissance d'une société anarchiste et libertaire, prônant la polyandrie. On ne peut qu'admirer, une fois de plus, la dimension prophétique de Heinlein, qui a su anticiper bien des aspects de notre société. Souvent considéré en France comme un fasciste (en raison notamment de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/etoiles-garde-a-vous&quot;&gt;&lt;strong&gt;Starship Troopers&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; — point de vue que ne semble pas partager la nouvelle génération d'éditeurs, qui réédite à l'heure actuelle Heinlein abondamment : dernier titre en date, &lt;strong&gt;Marionnettes humaines&lt;/strong&gt; chez Folio « SF »), Heinlein ne doit ces critiques qu'à un réalisme pragmatique qui refuse de se laisser leurrer par les bons sentiments. Sa fable sociale est plus subtile qu'il n'y paraît au premier abord. Quarante ans après, ce roman, lauréat du prix Hugo en 67, reste sur bien des points d'une troublante actualité et d'une formidable clairvoyance.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-40&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;40&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-revolte2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-revolte2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Révolte sur la lune&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Jacques de Tersac&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Roman culte par essence, &lt;strong&gt;Révolte sur la Lune&lt;/strong&gt; rouvre (ou referme) le débat sur le supposé « fascisme » de Robert Heinlein. On renverra évidemment les lecteurs au célèbre &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/solutions-non-satisfaisantes-une-anatomie-de-robert-a-heinlein&quot;&gt;&lt;strong&gt;Solutions non&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;satisfaisantes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d'Ugo Bellagamba et Eric Picholle, qui fait aujourd'hui autorité sur le sujet. Reste qu'avec cette histoire de révolution, Heinlein brouille intelligemment les pistes, tout en signant ici l'un des livres de référence de la S-F américaine. Couronné d'un Prix Hugo en 1967, &lt;strong&gt;Révolte sur la Lune&lt;/strong&gt; marque durablement par son universalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Transformée au départ en colonie pénitentiaire par les autorités terrestres, la Lune a dépassé son statut de bagne et abrite désormais toute une communauté de citoyens (théoriquement) libres, dont l'immense majorité descend des premiers détenus. Si la Terre est loin et trop occupée par ses propres problèmes pour gérer convenablement son satellite, elle n'en maintient pas moins une certaine forme de coercition par l'intermédiaire du « Gardien », essentiellement dévoué à l'exploitation des ressources lunaires pour le seul compte de son gouvernement, sans faire grand cas des dures conditions de vie des Sélénites. Le parallèle avec le colonialisme des années 60 (et sa fin programmée) ne s'arrête évidemment pas là, et si le titre original &lt;strong&gt;The Moon is a Harsh Mistress&lt;/strong&gt; laisse planer un léger doute, la version française (nettement moins subtile) règle assez vite la question. Révisée par Nadia Fisher pour la parution chez Terre de Brume (et ce n'était pas du luxe), la traduction originale oscille d'ailleurs entre le ridicule et le mensonger, ce qui n'aide par le roman à décoller d'un point de vue stylistique. D'autant que, une habitude chez Heinlein, les personnages se révèlent assez vite caricaturaux (les femmes surtout, ah tiens), les dialogues consternants et la vision d'ensemble aussi datée que dépassée. En refermant le livre, on a la curieuse sensation d'avoir ouvert une vieille bouteille de vin quelques années trop tard. Il nous reste la belle couleur, la belle étiquette, le verre en cristal et le plaisir du tire-bouchon, mais le vin en lui-même ne présente que peu d'intérêt. Hormis un bon moment. C'est peut-être là tout le sel du roman d'Heinlein qui atteint désormais le statut enviable (ou pas) de classique. Outre les personnages humains (interchangeables), l'auteur introduit tout de même la belle idée d'un ordinateur gestionnaire ayant enfin accédé à la conscience, et dont les actes réfléchis et intelligents permettent finalement la révolution (en secret). Certes, il a fallu quelques prétextes bien humains pour que l'inévitable se produise, mais l'idée est là. Une idée à la fois drôle et inquiétante (le personnage de l'ordinateur est d'ailleurs le plus intéressant du roman), secondée par des paragraphes entiers voués à l'idéologie libertarienne, souvent nauséabonde par ses préceptes économiques ineptes et destructeurs, car basés encore et toujours sur des rapports de force. Le côté américain du livre est d'ailleurs patent, même si l'histoire peut aussi se lire comme un divertissement bien fichu, bien mené et très malin. On notera d'ailleurs qu'Heinlein ne se prive pas d'égratigner son propre pays au passage, ce qui donne parfois des épisodes assez réjouissants. Au final, on comprend parfaitement pourquoi &lt;strong&gt;Révolte sur la Lune&lt;/strong&gt; a obtenu son prix Hugo. Et si on ferme les yeux sur la forme, le fond régale longtemps après lecture, qu'on soit d'accord ou pas.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-57&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;57&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-gensdelalune.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-gensdelalune.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Gens de la lune&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Jean Bonnefoy&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La publication d'un livre de John Varley est toujours une très bonne nouvelle. En tout cas, pour les adeptes du style foncièrement facétieux et satirique de l'auteur états-unien. &lt;strong&gt;Gens de la Lune&lt;/strong&gt; ne déroge pas à la coutume. John Varley y fait montre de son habituel sens de l'absurde et de la démesure. Les formules croustillantes pullulent et les situations cocasses succèdent aux péripéties extravagantes. Enfin, on y change toujours de sexe comme de chemise, pour reprendre la formule consacrée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après une telle entrée en matière, on comprend aisément que résumer l'intrigue de ce roman serait forcément réducteur. De toute façon — ce qui n'arrange rien à l'affaire —, celle-ci alterne rebonds et phases plus introspectives dans un désordre qui n'est qu'apparent. De même, les ellipses narratives succèdent à des retours en arrière, évoquant en cela un processus de remémoration avec tout ce qu'il comporte de remord et de non-dit. Un bémol cependant : les digressions trop bavardes abondent au point de faire apparaître l'histoire comme un élément secondaire dans un roman à la tonalité finalement très intimiste. Bref, il n'est pas évident de résumer &lt;strong&gt;Gens de la Lune&lt;/strong&gt; sans lui faire perdre quelque peu de sa saveur, mais essayons tout de même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous avons découvert l'univers des huit mondes avec &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/le-canal-ophite&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Canal Ophite&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, un premier roman regorgeant d'idées géniales mais dont la maîtrise demeurait encore fluctuante. Nous y replongeons, non sans plaisir, avec &lt;strong&gt;Gens de la Lune&lt;/strong&gt; qui, de surcroît, s'affiche ouvertement comme un hommage à Robert A. Heinlein et à une de ses œuvres majeures : &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/revolte-sur-la-lune&quot;&gt;&lt;strong&gt;Révolte sur la Lune&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Un hommage rendu, fort heureusement, sans flagornerie et sans nostalgie, et qui débouche sur une mise en abyme rien moins qu'astucieuse. Imaginez donc que dans un futur indéterminé, l'humanité a été mise à la porte de sa planète natale par des extraterrestres aussi mystérieux qu'invincibles. Les motifs de cette invasion demeurent indéchiffrables. On laisse entendre que les envahisseurs seraient venus à l'aide des cétacés en voie d'extinction. On dit aussi qu'ils ne se seraient peut-être pas aperçus de l'existence des hommes. La rumeur court, ambiguë et protéiforme, dans les huit mondes du système solaire où se sont réfugiés les survivants. Mais la rumeur est souvent trompeuse. Hildy Johnson est bien placé pour le savoir. En tant que journaliste vedette à Tétinfos, le premier bloc-mag de King City, il est régulièrement confronté à celle-ci. À l'occasion, il la dénonce mais, le plus souvent, il ne contribue qu'à l'amplifier. Très récemment, Hildy a perdu le goût de vivre. Son métier lui est apparu dérisoire. La faute à son patron Walter, un « naturel « qui l'exploite sans vergogne en l'envoyant couvrir le moindre embryon de scoop. À ce propos, le dernier « événement » en date lui a permis de divulguer le merveilleux procédé permettant d'atteindre le coït sans sexe. La faute aussi à Brenda, cette stagiaire qui le harcèle et lui rappelle indirectement que le temps passe, même si Hildy ne fait pas son âge ; cent ans au compteur aux dernières nouvelles. La faute également à sa mère, cette garce qui vit recluse dans le ranch où elle élève des brontosaures pour la boucherie. La faute enfin à cette chienne de vie qui semble désespérément dépourvue de sens depuis que les affaires des hommes sont entre les mains du Calculateur Central (C. C. pour les amis), le superordinateur en charge du bien-être de la population de Luna. Bref, tout fout le camp et ce n'est pas l'édification, « à la dure », d'une cabane dans une simulation du Texas se voulant authentique qui va lui occuper suffisamment l'esprit pour lui faire oublier ses tendances suicidaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme nous le voyons, sous des apparences légères, le propos de &lt;strong&gt;Gens de la Lune&lt;/strong&gt; se teinte d'une certaine gravité et aborde des questions de nature plus existentielle. L'univers de Luna se révèle être un patchwork de doux dingues qui hésitent entre le désespoir et la réclusion dans leurs marottes utopiques. L'humour est bien sûr très présent. Au passage, la palme de la drôlerie est accordée, sans contestation possible, à l'épisode mettant en scène David Terre, le dirigeant des Terristes, une obédience écologiste pour le moins extrême dans son choix de vie. Cependant, c'est un humour aigre-doux, comme l'ultime politesse rendue à un convalescent grimaçant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gens de la Lune&lt;/strong&gt; est donc un roman plus sérieux qu'il en a l'air. Ce n'est sans doute pas encore le chef-d'œuvre de l'auteur, mais on sent qu'il n'est pas loin de l'être. Depuis, les promesses esquissées ont été amplement exaucées avec &lt;strong&gt;The Golden Globe&lt;/strong&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/le-systeme-valentine&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Système Valentine&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), la grande réussite de John Varley. Assurément, une expérience à tenter.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-leleu/&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-53&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;53&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-antiglace.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-antiglace.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Anti-glace&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Pierre-Paul Durastanti&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Entre deux romans du « &lt;strong&gt;Cycle des Xeelees &lt;/strong&gt;», Stephen Baxter a écrit sa première uchronie, &lt;strong&gt;Anti-Ice&lt;/strong&gt; — mais pas la dernière (les deux séries inédites en français « &lt;strong&gt;Time’s Tapestry&lt;/strong&gt; » et « &lt;strong&gt;Northland&lt;/strong&gt; »). L’Histoire, qu’elle soit passée ou à venir, est un domaine qui intéresse particulièrement notre auteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anti-Ice&lt;/strong&gt; débute en 1870 à Manchester, actuelle capitale du Royaume-Uni. L’Exposition universelle bat son plein ; sur le continent, la tension monte entre la France et la Prusse de Bismarck à cause de la fameuse dépêche d’Ems. La position britannique est déterminante depuis la découverte, une dizaine d’années plus tôt, d’un gisement d’antiglace en Antarctique. Avec cette matière, le Royaume-Uni est devenu la plus grande puissance mondiale. Qu’est-ce que l’antiglace ? Un composé qui tient de l’uranium et de l’antimatière, hautement instable et qui, réchauffée, dégage une énergie monstrueuse. Domestiquée, on emploie l’antiglace dans des applications civiles ou militaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les beaux yeux d’une belle Française vont emmener le jeune Ned Vicars, diplomate vaguement benêt, dans les Flandres, sur les chantiers de construction du Prince-Albert, navire terrestre mu à l’antiglace. Mais un attentat contre ce Léviathan des terres va propulser Ned, littéralement, dans l’espace. Le voilà à bord d’une chaloupe de sauvetage en forme de fusée, en compagnie d’un ami journaliste, de Sir Josiah Traveller, découvreur de l’antiglace et inventeur génial par ailleurs (la fusée est de sa conception)… et d’un terroriste, naturellement de nationalité française. Très vite, il s’avère que l’engin spatial ne se dirige nulle part ailleurs que vers la Lune, où la petite compagnie va effectuer une excursion. Et Ned d’être le premier homme à poser le pied sur notre satellite, où l’attendent quelques surprises. Il sera temps de rentrer sur Terre, où l’Europe est à la veille de la guerre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Troisième roman de l’auteur, à une époque où il n’écrivait pas des pavés de cinq cents pages, &lt;strong&gt;Anti-Ice&lt;/strong&gt; est un divertissement mené à un train d’enfer, qui tient tout à la fois de Jules Vernes (&lt;strong&gt;De la Terre à la Lune&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Autour de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;la&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Lune&lt;/strong&gt;) et des aventures de Tintin (&lt;strong&gt;Objectif Lune&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;On a marché sur la Lune&lt;/strong&gt;) sans omettre, dans une moindre mesure, &lt;strong&gt;Les&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; Premiers hommes dans la Lune&lt;/strong&gt; de H. G. Wells. Quoique&lt;strong&gt; Anti-Ice&lt;/strong&gt; soit une aventure d’inspiration nettement plus vernienne que wellsienne, mêlant non sans bonheur steampunk avec un zeste de &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt;. On y retrouve également les thématiques de Stephen Baxter : le fort esprit d’initiative de ses protagonistes, la persistance de la vie, où qu’elle soit, ainsi que quelques interrogations sur l’Histoire et ceux qui la font. Un brin cocardier (&lt;em&gt;Rule,&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Britannia&lt;/em&gt; &lt;em&gt;!&lt;/em&gt;) ? Peut-être, mais on le pardonnera à Baxter pour le plaisir de lecture qu’il nous procure.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/erwann-perchoc/&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-70&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;70&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-faceperdue.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-faceperdue.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;La Face perdue de la lune&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Un peu plus de 300 pages menées à 300 km/h, voilà comment résumer ce roman. Aucun doute possible : le savoir-faire de scénariste, tant pour la bande dessinée que pour la télévision, de Benjamin Legrand, se fait nettement sentir à travers cette troisième incursion de l'auteur dans le domaine romanesque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La Lune est devenue, depuis qu'une forme de « Renaissance » sociale et politique sous l'égide de la religion est née sur Terre, un satellite-poubelle où se trouvent rassemblées sous haute surveillance toutes les armes jamais inventées par l'homme. Armes chimiques, nucléaires, bactériologiques... rien n'y manque. Ces armes sont récupérées sur Terre par les « Diggers », puis convoyées, stockées et surveillées par le corps d'élite de ces éboueurs de l'espace, les « Dumpmen ». Teren vient d'obtenir son entrée dans ce corps prestigieux. Juste au moment où quelque chose se détraque dans une des cavernes de la zone Trixie 3 et, coïncidence, alors que deux prêtres-enquêteurs de la N.E.E, sorte de puissance politico-religieuse qui règne sur l'ensemble de la Terre, arrivent sur la Lune accompagnés d'une jeune médium afin d'éclaircir une affaire de trahison potentielle en haut lieu lunaire. Et c'est alors qu'une chose noire sort de ladite caverne de Trixie 3 et sème la pagaille la plus totale parmi les intelligences artificielles et biologiques dans un seul but : détruire, selon la philosophie qui avait présidé à la construction de toutes les armes ici stockées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une course folle, digne des meilleurs films-catastrophe, les humains, coupés de tout contact avec la planète Terre, luttent contre une « chose », une « présence », simple ombre noire qui plane, image vivante de la Grande Faucheuse, la Mort, le Léviathan, l'Apocalypse, l'Holocauste final de l'Humanité. Au fil du récit se dévoilent les ambitions dictatoriales d'un des membres du triumvirat terrien, au nom transparent de Floda Reltih, clone d'un allemand mort il y a bien longtemps, et qui envisage un règne de mille ans... Naît aussi un très belle relation amoureuse entre la jeune médium et l'entité maléfique, qui, ayant d'abord le pouvoir de prendre possession des humains, se laisse tenter par les avantages de leur conditions, en particulier lorsque le problème de l'amour est en jeu. Et le tour de force, c'est que tout cela se fait sans que de longues tartines sentimentales viennent entraver la marche forcée vers le dénouement. Jusqu'à une fin du texte qui, loin de verser dans le « happy end », laisse au lecteur de quoi réfléchir...&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On sent dans ce texte le souffle du space op' un peu à l'ancienne, sans que cela soit le moins du monde péjoratif. Legrand ne se perd pas dans les considérations métaphysiques qui émaillent un roman comme Mars blanche de Brian Aldiss, alors que, si l'on y regarde de près, la situation initiale est la même : une planète (ou un satellite) qui devient dépotoir et se trouve subitement coupé de la Terre. Là où Aldiss en fait une défense de l'Utopie, de la préservation d'un monde, Legrand choisit la voie de l'action pure et dure. Évidemment, la portée philosophique est bien différente, mais c'est, il faut le reconnaître, nettement plus lisible. Par ailleurs, l'insistance répétée sur la « défonce » perpétuelle des Dumpmen et leur langage particulier, extrêmement grossier, apporte, discrètement mais sensiblement, au lecteur un moyen de réfléchir à ce que peut susciter l'isolement d'un ensemble d'humains sur une planète, d'ailleurs de façon plus lucide que dans le roman d'Aldiss. Il convient par ailleurs de préciser que Legrand parvient à expliquer un monde, son passé et son avenir, dans une action qui se déroule en approximativement deux ou trois jours. Et si on tient compte du fait que les protagonistes ne dorment pas pendant cette période, on se rapproche ici d'une des règles de la Tragédie : une seule journée pour l'action. L'unité de lieu, elle aussi, est maintenue : seule la Lune compte. Même chose pour l'unité d'action : une seule lutte, contre une entité noire qui ressemble fort au destin antique. On frôle la tragédie moderne, en quelque sorte, constat qu'on ne peut faire de n'importe quel ouvrage venu — suivez mon regard...&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bref, voici une œuvre attachante et forte qui se lit avec plaisir — pour peu qu'on ne s'offusque pas en matière d'insanités. Legrand apporte, sous couvert de littérature populaire, autant de réflexions sur le monde contemporain que beaucoup d'autres auteurs actuels réputés « intellos ». Et s'il choisit la voie du roman d'aventures S-F, on ne peut que s'en féliciter, tant pour nous, lecteurs, que pour le genre en lui-même.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sylvie-burigana/&quot;&gt;Sylvie Burigana&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-26&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;26&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-luneheliot2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-luneheliot2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;La Lune n’est pas pour nous&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes en 1933, cinquante ans après les événements relatés dans &lt;strong&gt;La Lune seule le sait&lt;/strong&gt;. L'humanité se divise désormais en deux camps. Sur la Lune vivent les « Sélénites ». Grâce à la technologie des Ishkiss, une race extraterrestre venue du fin fond de l'univers, cette nation libertaire terraforme notre satellite afin d'en faire un endroit fertile où il fait bon vivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur Terre, c'est l'enfer. Hitler est sorti vainqueur de la Guerre Totale et a imposé à l'Europe des conditions de reddition draconiennes. En France, le Führer a pillé le patrimoine historique et culturel, transférant les monuments principaux vers Germania, la capitale du Reich. Des bidonvilles se sont érigés sur les bords de la Seine, haut lieu de la misère et de la criminalité. Les ligues fascistes se sont emparées du pouvoir et font régner la terreur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce contexte difficile, la Lune, paradis inaccessible, déchaîne l'envie et la haine. Des frustrations soigneusement entretenues par une propagande allemande anti-Sélénite très active. Car la mégalomanie d'Hitler ne supporte pas l'affront politique que représente la nation libertaire. Contre cet ennemi, la Solution Finale s'impose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'alliance symbiotique Humains/Ishkiss, pourtant pacifiste dans l'âme, va devoir se battre durement pour sauver le paradis lunaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatre ans après la parution de &lt;strong&gt;La Lune seule le sait&lt;/strong&gt;, Johan Héliot et les éditions Mnémos sont fiers de vous présenter… la suite ! Quatre ans, et autant (voire un peu plus) de livres publiés pour Héliot, et une qualité assez inégale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve cependant ici, et avec le même bonheur, les ingrédients qui ont fait le succès du premier opus. Une pléthore de personnages connus, tels Léo Malet, Léon Blum, Jean Gabin ou encore Albert Einstein. Une histoire bien ficelée dans laquelle Héliot interprète de façon magistrale les faits historiques. Des clins d'œil culturels amusants, des extraterrestres idéalisés et sympathiques. Avec &lt;strong&gt;La Lune n'est pas pour nous&lt;/strong&gt;, Héliot nous convie à un véritable festival d'érudition et d'inventivité qui réjouira les amateurs de steampunk.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, le rythme du récit est assez inégal et souffre vers le milieu d'une certaine baisse de régime. La tension dramatique n'est pas ébouriffante, et on ne s'inquiète jamais vraiment pour les personnages, ce qui est très certainement dû à la présence constante des extraterrestres, tellement puissants par rapport aux humains que le lecteur sait d'avance qu'il ne peut rien arriver de bien méchant aux héros. Du coup, les protagonistes manquent parfois de corps. L'absence d'enjeux personnels, noyés dans la préoccupation collective, rend les personnages un peu frustres et affadit l'histoire, qui n'en demeure pas moins agréablement lisible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ce n'est pas le plus important. Car je ne peux m'empêcher de comparer ce récit à « &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/obsidio&quot;&gt;&lt;strong&gt;Obsidio&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ». L'engagement politique et humanitaire d'Héliot est toujours présent, mais il a su mettre de l'eau dans son écriture et nuancer son propos de façon étonnante. Là où, auparavant, notre auteur n'était que colère maladroite et petit poing vengeur haut levé digne d'un adolescent en pleine révolte, nous voyons désormais un écrivain plus posé qui tempère son propos par une couche d'humour — parfois de cynisme — , une sorte de distanciation qui donne bien plus de poids à sa démonstration. Une tempérance qui n'entrave en rien sa fougue, mais lui apporte plutôt une touche de maturité qui porte bien plus que la tempête coléreuse, désordonnée et agaçante d' « &lt;strong&gt;Obsidio&lt;/strong&gt; ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, un deuxième tome digne du premier, qui représente une étape importante dans le parcours d'Héliot et qu'il faut lire si vous suivez l'évolution de cet auteur. Pour les autres, &lt;strong&gt;La Lune n'est pas pour nous&lt;/strong&gt; reste un récit plus que plaisant, du bon steampunk à la française digne de figurer sur la liste de vos prochains achats.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sandrine-grenier/&quot;&gt;Sandrine Grenier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-35&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;35&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-luneheliot3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-luneheliot3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;La Lune vous salue bien&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Vingt années après les événements relatés dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/la-lune-n-est-pas-pour-nous&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Lune n'est pas pour nous&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, depuis que les extraterrestres Ishkiss et la colonie libertaire ont plié bagage à bord de la Lune, le monde a bien changé et se remet lentement du chaos des Années Sombres : certains Terriens sont frappés d'une mystérieuse maladie psychique, le lunatisme, et les Etats-Unis d'Amérique, qui ont imposé leur suprématie technologique, vivent dans la peur de l'invasion depuis que des Ishkiss et des Sélénites dissidents ont établi une colonie sur Mars. Quant au général Rommel, après la déroute du Reich, il a établi, avec les restes de son armée, un royaume en Afrique, aux sources du Nil. Royaume dont n'est jamais revenu aucun des espions envoyés sur place. L'agent secret français Boris Vian finit par réussir là où tous ont échoué. Il découvre que Rommel est infecté par un curieux parasite, et qu'il est devenu étrangement pacifiste depuis sa rencontre avec un américain, un certain « Commandant Bob ». Sous la fausse identité de Vernon Sullivan, Vian est donc dépêché outre-Atlantique pour voir ce qui se trame là-bas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et il s'en trame, des choses ! Le Président Eisenhower est assassiné à Dallas, Goebbels travaille pour une agence de publicité, un Walt Disney plus réactionnaire que nature construit une ville idéale en Floride, une organisation d'écrivains de science-fiction complote en secret, et les Ishkiss tentent de revenir sur Terre. Entre complots, tentatives d'assassinat et rencontres avec John Kennedy ou Lolita, Vian va découvrir la face cachée de sa mythique Amérique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Curieusement, la structure de la &lt;strong&gt;&lt;em&gt;trilogie sélénite&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; de Johan Heliot m'a fait songer aux &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/anno-dracula&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Anno Dracula&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Kim Newman : d'abord un roman à l'ambiance exubérante se déroulant à la fin du XIXe siècle, puis un opus plus sombre situé pendant une période peu glorieuse du XXe siècle (guerre des tranchées chez Newman, hitlérisme chez Heliot), pour terminer par un épisode plus léger à base d'espionnage dans les années 1950. Tous ces romans rameutant, dans la tradition d'un certain genre d'uchronies, les figures historiques, populaires ou romanesques des époques abordées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après le vénérable Jules Verne dans &lt;strong&gt;La Lune seule le sait&lt;/strong&gt;, puis Léo Malet dans L&lt;strong&gt;a Lune n'est pas pour nous&lt;/strong&gt;, c'est donc Boris Vian qui s'y colle. On sent l'auteur beaucoup plus à l'aise avec l'Amérique des années 50 et sa pléthore d'icônes culturelles qu'avec l'Allemagne nazie du tome 2. Question de génération, sans doute, et aussi de goût littéraire : Johan Heliot est un écrivain de science-fiction et, justement, la S-F est indissociable du pays et de l'époque. C'est donc tout naturellement qu'il nous fait rencontrer, dans ce roman où les clins d'œil abondent, un Bob Heinlein militariste et les auteurs de l'écurie Campbell, tandis que la paranoïa anticommuniste devient, comme dans les bons vieux films de S-F d'alors, une paranoïa anti-martiens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais à trop vouloir s'amuser et se faire plaisir, l'auteur accumule les allusions inutiles (&lt;em&gt;Ma sorcière bien aimée&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Les Tonton flingueurs&lt;/em&gt;, Fernand Reynaud, entre autres) amenées de façon peu subtile, qui ont surtout tendance à nous faire sortir du récit. Too much, finit-on par dire, surtout quand on voit le héros rencontrer « par hasard » son énième personnage peu connu dans ce monde uchronique mais emblématique dans notre branche à nous du Multivers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a par ailleurs, dans &lt;strong&gt;La Lune vous salue bien&lt;/strong&gt;, un problème de registre de langue. Ce Boris Vian de fiction (entre parenthèses, pourquoi diable en avoir fait un gros macho aussi désagréable ?) parle l'argot. Pourquoi pas, sauf qu'il manie dans le même temps une langue soutenue. Ainsi peut-il jacter le français de la rue pour sortir au paragraphe suivant un subjonctif bien troussé (sans parler du « je foutis le camp » qui m'écorcha les oreilles au détour de la page 173). Le style a parfois même un petit côté XIXe désuet totalement inapproprié ici. On sait l'auteur féru de littérature populaire de cette période : cela faisait merveille dans &lt;strong&gt;La Lune seule le sait&lt;/strong&gt;, pas dans une histoire se déroulant en 1954.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ce roman, Johan Heliot montre une fois de plus qu'il est un bâtisseur d'univers doté d'un imaginaire très riche, d'une solide culture, tant historique que littéraire, et d'un sens de l'humour qui peut faire mouche. Mettre ce talent au service d'une vision humaniste où les utopies libertaires ont le beau rôle ne peut pas faire de mal (l'auteur envoie quelques piques aux USA de G.W. Bush). Seulement voilà, pour les raisons évoquées plus haut, ce troisième opus a du mal à fonctionner. Manquant d'ambition, il n'est au final qu'un récit riche en péripéties dont le rythme ne faiblit pas. On était en droit d'attendre de la part d'un auteur qui a fait ses preuves une conclusion plus enlevée à une trilogie qui avait débuté par un prix Rosny mérité.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-heurtel/&quot;&gt;Philippe Heurtel&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-48&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;48&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-luneetlautre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-luneetlautre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Lune et l’autre&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Jean-Pierre Pugi&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À la fois proche et lointaine, la Lune féconde l'imaginaire de l'humanité. Cadre de rêveries philosophiques et siège d'expérimentations utopiques, quand elle n'est pas l'une et l'autre à la fois, son aura fascine également les écrivains de science-fiction depuis au moins H. G. Wells. &lt;strong&gt;Lune et l'autre&lt;/strong&gt;, le recueil de John Kessel, nous projette donc sur la Lune dont on apprend que la surface a été peuplée par une multitude de colonies humaines. Combien ? Difficile de répondre à cette question puisque l'auteur l'élude afin de se focaliser sur une communauté en particulier : la Société des Cousins. Imaginez donc une utopie fondée dans le but de combattre le pouvoir phallocrate des hommes. Une collectivité matriarcale vaguement anarchiste où l'amour est libre et où les femmes sont vraiment considérées comme l'égal des hommes. Une société idéale au regard de ses fondateurs féministes. Vous aurez ainsi une image sommaire de la Société des Cousins. Toutefois, cette égalité a un prix. Elle passe par la culpabilisation des hommes, qui sont sommés de reconnaître leur nature fondamentalement violente et oppressive. Elle passe aussi par leur infantilisation. Chez les Cousins, seules les femmes, plus précisément les matrones, gouvernent. Restent aux mâles le statut d'hommes objets et une vie d'oisiveté entretenue, s'ils ont l'heur de plaire et de satisfaire le désir sexuel d'une ou de plusieurs femmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit des apparences, il faut se faire une raison : &lt;strong&gt;Lune et l'autre&lt;/strong&gt; peine à convaincre. L'utopie ambiguë de John Kessel fait bien pâle figure aux côtés de ses illustres prédécesseurs. Pourtant, le propos était engageant. En mêlant l'intime à une réflexion de nature plus sociétale, le recueil s'aventure dans le champ de la fiction spéculative et expose, sans effet tapageur, l'absurdité des prisons mentales dans lesquelles s'enferme l'humanité, tous sexes confondus. Néanmoins, les choix narratifs de l'auteur, les situations un tantinet bancales, l'aspect très « daté », pour ne pas dire caricatural (encore qu'il soit assez amusant de lire des préjugés féministes sous la plume d'un homme) des relations hommes/femmes, ne fonctionnent pas ou provoquent l'agacement. Dans le détail, ce n'est hélas guère mieux. Rien ne vient rehausser l'impression générale qui prévaut une fois le livre refermé. Le sommaire du recueil est inégal et, même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut s'empêcher de considérer que trois des textes proposés rabâchent les sempiternels clichés lus mille fois ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On commence doucement avec un court texte, « Le Genévrier ». Nous pénétrons le monde clos des Cousins par l'entremise d'un couple de migrants, un père et sa fille. Au choc qu'ils ont vécu en découvrant les schémas moraux différents, s'ajoute un conflit de nature beaucoup plus intime. Celui d'un père jaloux qui s'inquiète de voir sa fille courtisée par un prétendant dont il se méfie. L'incipit de l'histoire saisit l'attention mais l'intérêt retombe rapidement, tant la narration est pesante et l'interaction entre les personnages maladroite. Le texte suivant, « Histoires pour hommes », s'annonce comme la pièce principale du recueil (James Tiptree Award en 2002, quand même). John Kessel y relate la rébellion adolescente un brin piteuse d'Erno, jeune fils à maman, que l'injustice de la condition masculine révolte. Sa fougue juvénile le pousse inexorablement à épouser la cause d'un personnage trouble et troublant qui se surnomme Tyler Durden (toute allusion à &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/fight-club&quot;&gt;&lt;strong&gt;Fight Club&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Chuck Palahniuk n'est pas fortuite). Erno se retrouve ainsi entraîné dans un complot qui aboutira à son bannissement. Et tout cela pourquoi ? Pour se rendre compte que le pouvoir est un leurre et que s'il n'est pas un homme, au sens mythique du terme, il était pourtant bien à sa place dans la Société des Cousins. « Histoires pour hommes » est sans conteste le texte qui se détache du recueil. John Kessel parvient ici à donner suffisamment de substance à la Société des Cousins et à la rébellion d'Erno. Toutefois, la tonalité « old school » de la narration manque singulièrement de punch et on se surprend à plusieurs reprises à compter les pages qui restent. « Sous l'arbre à goûter » est, quant à lui, le texte le plus cruel et le plus court du recueil. Sans doute est-il aussi le plus anecdotique. On y découvre de quelle façon le caprice d'une jeune adolescente aboutit à la condamnation d'un homme plus âgé qu'elle. Narration sans surprise, dénouement convenu, cette nouvelle est aussi vite lue qu'oubliée. Reste « Sous le soleil et le rocher », qui achèverait le recueil sur une touche presque honorable s'il ne ressassait pas un sujet déjà-vu. En fait, ce texte est surtout la suite de « Histoires pour hommes ». On y retrouve Erno en fâcheuse posture dans la colonie de Mayer, véritable paradis de l'individualisme et du libéralisme le plus débridé. Un éden dans lequel il vaut mieux être riche et où les habitants insolvables finissent congelés en attendant d'être rachetés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Style plan-plan, thématiques peu novatrices, traitement sans éclat, ambiance rétro et mollassonne ; le bilan n'est guère brillant et l'on hésite entre la déception et un bâillement poli, à condition d'être bien… luné. On a connu John Kessel plus inspiré, et Folio « SF » aussi, d'ailleurs, notamment en matière d'inédit.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-leleu/&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-53&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;53&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-cafelune.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-cafelune.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Un café sur la lune&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Après avoir écumé tous les bars, bistrots et autres rades de France, Jean-Michel Gourio est parti visiter ceux qui fleurissent en Europe. Puis sur d’autres continents. Finalement, la Terre était trop petite pour lui. Il lui fallait la Lune. Et pas cette Lune froide, pleine de poussière, que le pied humain a à peine marqué au siècle passé. Pas cette Lune habitée d’hommes en scaphandres sans visage. Non. Mais bien une Lune reflet de notre Terre. Un monde en devenir, avec ses mines et ses colonies. Ses habitants, volontaires ou non. Ses exilés, ses déportés. Ses riches et ses pauvres. Ses laissés-pour-compte et ses privilégiés. Et maintenant, son bar. Le premier bar sur la Lune. Ouvert le 15 juin 2095.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les patrons : Bob Feinn l’Irlandais et TinTao la Chinoise, la force alliée à la finesse. Les clients : une galerie de trognes dignes des meilleurs troquets parisiens. Repérés et engagés pour nous par l’auteur dans le monde entier. Faites place à Milus, qui a fui la Sicile suite à un différend avec la mafia. A Vérex, sculpteur halluciné qui semble lui-même être une sculpture de bronze. A Spartacus, actuellement jardinier, au passé disparu dans les limbes. A Triton, autrefois Werther, au regard de glace, l’ange exterminateur. Mais aussi à Billy Bully Crâne de piaf ; à la Môme Lune au contact électrique ; à une troupe de Touaregs qui a troqué les déserts de la Terre pour les vastes étendues poussiéreuses de la Lune ; aux Flying Stones, un groupe à l’arrivée et à la musique fracassantes. Et, surtout, à Balthazar, le moineau parisien, sans qui ce bar ne serait pas un vrai bar. Petit oiseau qui apporte avec lui les souvenirs de toutes les miettes qu’il a avalées, de toutes les mains qui l’ont accueilli, de tous les visages qui l’ont observé. De tous les rades qui l’ont hébergé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman poétique et hypnotique ne se prend pas au sérieux. Il est construit comme les récits d’enfants. Une idée mène à une autre, qui conduit à une suivante. Et ainsi de suite. Un récit en escalier qui entraîne le lecteur d’un personnage à son successeur sans ordre apparent, sans lien prononcé. D’un court chapitre à un court chapitre. Avec juste la force d’une petite pensée, d’un fil ténu. Mais qui suffit, si l’on accepte de se laisser prendre dans les rets de ce conte. Dans cette langue au fil délié, pelote se défilant devant nos yeux. L’auteur doit d’ailleurs être un adepte des miscellanées, ces recueils de listes de tout ordre, tant il nous en inonde. Tout est prétexte à énumération : clients du bar, pierres précieuses, couleurs, membres d’une bande dont on découvre tous les prénoms. Et cela renforce cette sensation d’ébriété. On est comme pris dans cette histoire folle, prisonnier de ses personnages au destin sans égal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et l’on est prêt à lever la tête, une bière à la main, vers cette Terre lointaine et proche. Les oreilles pleines des chants violents des Flying Stones, des pépiements de Balthazar, des paroles tantôt douces, tantôt menaçantes de Digitale Caribou Couille de saumon Pine d’ours. On s’attend à se retrouver accoudé à Gabriel, le quartz géant qui sert de comptoir, serré entre Angus et Milus et à crier : « Patron, une autre mousse ! C’est ma tournée ! »&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/raphael-gaudin/&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-62&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;62&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-luna1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-luna1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Luna&amp;nbsp;: Nouvelle lune&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Pour le lecteur peu familier de l’œuvre de Ian McDonald, ses romans peuvent paraître intimidants au premier abord. Celui-ci, encadré par une liste d’une soixantaine de personnages d’un côté et un lexique de termes exotiques de l’autre, ne fait pas exception à la règle. Impression renforcée à la lecture des premières pages de &lt;strong&gt;Nouvelle Lune&lt;/strong&gt;, qui vous plonge d’emblée dans un monde fort différent du nôtre, sans offrir beaucoup de repères auxquels s’accrocher. Pourtant, il suffit de se laisser porter par la prose bouillonnante de McDonald pour très vite s’imprégner de cet univers et en assimiler les codes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La société sélénite que décrit le romancier est tout aussi dépaysante, sinon plus, que l’Inde du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-fleuve-des-dieux&quot;&gt;&lt;strong&gt;Fleuve des dieux&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou la Turquie de &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-maison-des-derviches&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Maison des derviches&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Brassage de nombreuses cultures –&amp;nbsp;à l’exception de la civilisation occidentale, qui brille par son absence&amp;nbsp;–, elle a inventé de nouveaux modes de vie adaptés à son environnement, développé de nouvelles mœurs, et McDonald nous la fait ressentir, à travers ses principaux personnages, dans toute son étrangeté et toute sa complexité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais si la Lune, en ce début de XXII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, est un lieu débordant de vie, c’est également un endroit où la mort est omniprésente. Outre les conditions de vie extrêmes d’un tel milieu, où le moindre incident peut rapidement prendre des proportions dramatiques, les relations sociales y sont en général conflictuelles, et les rivalités se règlent le plus souvent dans le sang. Vivre sur la Lune est une lutte de chaque instant, et rien n’est jamais gratuit pour ses habitants, surtout pas l’air et l’eau. Or, tandis que la majorité de sa population s’accroche pour ne pas sombrer, pouvoir et richesse sont aux mains d’une poignée d’individus, ceux qui ont compris que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;le seul moyen de transformer l’enfer, ou même d’y survivre, est d’en être le maître.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (p.148) À l’ultralibéralisme du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle a succédé une nouvelle forme de féodalisme, où l’ensemble des leviers de cette société est détenu par cinq familles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En consacrant une grande partie de son récit au destin de la famille Corta, le plus jeune des cinq «&amp;nbsp;Dragons&amp;nbsp;», Ian McDonald fait de &lt;strong&gt;Nouvelle Lune&lt;/strong&gt; l’un de ses romans sinon le plus facile d’accès, en tous cas le plus «&amp;nbsp;grand public&amp;nbsp;». Car si le cadre de son histoire est original et novateur, les relations au sein de la famille et ses rapports conflictuels avec ses concurrents reprennent les mêmes schémas que nombre d’œuvres antérieures, de Shakespeare aux grandes sagas de SF et de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, en passant par &lt;em&gt;Le Parrain&lt;/em&gt; de Coppola. Prenant pour point de départ la succession annoncée d’Adrianna Corta à la tête de Corta-Hélio, l’écrivain met en lumière toutes les tensions, tous les secrets, les non-dits et les trahisons sur lesquels s’est construite cette réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur ce plan comme dans la description détaillée de cette société future, &lt;strong&gt;Nouvelle Lune&lt;/strong&gt; est un succès total. Le roman se lit d’une traite et se termine trop vite, laissant le lecteur à la fois comblé et frustré de devoir patienter de longs mois avant d’en lire la suite.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-86&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;86&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-luna2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-luna2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Luna&amp;nbsp;: Lune du loup&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Voilà un livre auquel j’entends éviter de donner un résumé précis, car il serait dommage que les lecteurs voulant le découvrir, ou entamer la trilogie de l’auteur nord-irlandais, en sachent trop par avance. &lt;strong&gt;Luna&lt;/strong&gt;, le premier tome, faisait plus que poser le décor d’une Lune partagée entre quelques familles industrielles où tout, y compris l’eau bue et l’air respiré, est compté, et facturé. (Surtout, garder les moyens de payer.) Bien entendu, dans cette société capitaliste, les possédants ne possèdent jamais assez – on croirait &lt;em&gt;presque&lt;/em&gt; qu’elle excède la nôtre au lieu de la refléter –, si bien que les rivalités économiques font rage, jusqu’au jour où éclate une véritable guerre, qui se solde par des morts et par la chute de l’un des clans dominants – dont certains des membres, surtout parmi les jeunes, seront pourtant épargnés. Quand s’ouvre ce deuxième volume, on les retrouve tentant qui de survivre, qui de se venger, qui de rebâtir l’empire perdu. Cela peut passer par la clandestinité, par l’intégration dans un système social original (la meute), voire par la descente sur Terre d’un natif de la Lune dont l’organisme n’est pas du tout conçu pour une pesanteur aussi impitoyable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a plus de trente-cinq ans, Ian McDonald débutait dans la revue &lt;em&gt;Extro&lt;/em&gt;, lancée à la même période qu’&lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt; sans connaître un succès comparable (trois numéros pour l’une, deux cent soixante-quatorze pour l’autre à ce jour). Au sommaire, il côtoyait des écrivains de la vieille garde britannique – James White, Bob Shaw et Richard Cowper. Il y a trente ans, il publiait un premier roman et un premier recueil également brillants, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/desolation-road&quot;&gt;&lt;strong&gt;Désolation road&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/etat-de-reve&quot;&gt;&lt;strong&gt;État de rêve&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Divers titres ont suivi, souvent remarquables, parfois remarqués, parmi lesquels on distinguera &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/roi-du-matin-reine-du-jour-2&quot;&gt;&lt;strong&gt;Roi du matin, reine du jour&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, superbe &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; irlandaise, deux ouvrages marqués par l’Inde, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-fleuve-des-dieux&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Fleuve des dieux&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-petite-deesse&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Petite déesse&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, avec d’autres livres puisant leur inspiration en Afrique, en Turquie, au Brésil… «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Luna&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, pour les deux volumes que nous en connaissons, constitue en quelque sorte le résumé et le couronnement de cette œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Présentée comme «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Trône de fer sur la Lune&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la série de McDonald impressionne comme peu d’œuvres depuis des années. On retrouve l’inventivité socio-sexuelle d’un Varley alliée à l’assise scientifique d’un Heinlein ou d’un Bear et à l’humanisme cultivé d’un Sturgeon ou d’un Delany. L’intelligence et la sensibilité de l’auteur lui permettent de fondre ces influences comme dans un creuset (un Creuset joue un rôle fondamental dans l’intrigue de ces romans), de reprendre certains de ses gimmicks, par exemple un vocabulaire multinational ici facile d’accès, et de dresser des portraits complexes de femmes et d’hommes en quête de pouvoir, mais selon des modalités opposées&amp;nbsp;: il s’agit d’atteindre soit à la domination (de soi, des autres), soit à la libération (de soi, des autres).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette Lune est pleine&amp;nbsp;; son éclat n’en apparaît que plus éblouissant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/pierre-paul-durastanti /&quot;&gt;Pierre-Paul Durastanti&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-90&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;90&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-celestopol.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-celestopol.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Célestopol&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Connu avant tout comme traducteur et rédacteur en chef du site Elbakin, Emmanuel Chastellière commence également à se faire une certaine réputation en tant qu’écrivain. Après &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-village&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Village&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, son premier roman paru l’an dernier, les éditions de l’Instant publient aujourd’hui &lt;strong&gt;Célestopol&lt;/strong&gt;, recueil de quinze nouvelles qui imaginent la Lune colonisée par la Russie tsariste au début du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Cette &lt;em&gt;fantasy steam&lt;/em&gt; &lt;em&gt;punk&lt;/em&gt; ne s’embarrasse d’aucun détail historique ou technique pour expliquer la fondation de cette cité. Pour l’essentiel, elle ne constitue que le décor des histoires mises en scène par l’auteur. À dire vrai, d’ailleurs, et c’est l’une des carences du livre, leur action, à quelques aménagements près, aurait pu se situer n’importe où sur Terre, tant à aucun moment on ne ressent le fait de se trouver sur la Lune. Ni la gravité, modifiée par quelque procédé technique, ni l’horizon, à peine évoqué, pas même les conditions de vie, ne viennent jamais nous le rappeler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chacun des récits est indépendant, mais on y croise quelques personnages récurrents, en particulier le Duc Nikolaï, maître incontesté des lieux, au courant de toutes les manigances, qu’elles se trament dans les arcanes de son palais ou dans les bas-fonds de sa cité, ainsi qu’Arnrún et Wojtek, improbable duo de mercenaires – elle, Islandaise, lui, habitant le corps de l’ours qui l’a tué. Et puis il y a les automates, ces êtres mécaniques chargés des plus basses besognes à Célestopol, tantôt manœuvres, tantôt poupées sexuelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une bonne partie des nouvelles raconte des destins à la fois ordinaires et tragiques, celui de deux frères dont les relations conflictuelles vont atteindre le point de non-retour, celui de ce viticulteur incapable de produire autre chose qu’une piquette infâme, ou celui de ce réparateur d’automates amoureux de l’un de ces êtres. Les textes qui mettent en scène ces derniers renouent avec une thématique SF traditionnelle, qui les amène à s’interroger sur leur nature et leur place au sein de la société dès lors qu’une étincelle de conscience apparaît. Pour le reste, l’auteur puise volontiers dans le répertoire fantastique classique en réinventant le conte de Baba Yaga, en visitant un magasin hanté ou en faisant ressurgir les fantômes de l’histoire de la conquête lunaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malheureusement, à une ou deux exceptions près, aucune de ces nouvelles ne fonctionne vraiment. De manière systématique, Emmanuel Chastellière prend le temps de construire posément l’histoire de ses personnages, avant de balayer d’un revers de main tout son travail en optant pour une chute abrupte et incongrue. Il arrive un moment où il ne semble plus savoir où conduire ses héros, ni comment boucler leur histoire. Au bout du compte, on garde de la lecture de ce recueil quelques ambiances bien rendues, le plaisir d’une écriture fluide et suggestive, mais surtout une grande frustration à voir chacune des constructions de l’auteur s’effondrer avant terme. Frustrant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-88&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;88&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;collectif-gdl-reich.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/collectif-gdl-reich.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Le Reich de la lune&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Trad. Anne Colin du Terrail&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Comme l’annonce sans ambages son titre français, ce nouvel opus de la Finlandaise Johanna Sinisalo (dont trois des précédents romans, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/jamais-avant-le-coucher-du-soleil&quot;&gt;&lt;strong&gt;Jamais avant le coucher du soleil&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-sang-des-fleurs&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Sang des fleurs&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/avec-joie-et-docilite&quot;&gt;&lt;strong&gt;Avec joie et docilité&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ont été respectivement chroniqués dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;) combine en une même uchronie science-fictionnelle nazisme et astre nocturne… &lt;strong&gt;Le Reich de la Lune &lt;/strong&gt;épouse ainsi le point de vue de Renate Richter, descendante de nazis ayant trouvé refuge sur la face cachée de la Lune après la défaite de l’Allemagne hitlérienne. Pressentant à partir de 1944 l’effondrement du III&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;Reich, les dirigeants nationaux-socialistes conçurent alors la «&amp;nbsp; &lt;em&gt;très secrète opération Papillon&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Celle-ci consistait en la fabrication d’une flotte de vaisseaux spatiaux dissimulée dans l’Antarctique. Et ce, afin de transporter vers la Lune femmes et hommes strictement sélectionnés en vue de la création d’une colonie nazie. À charge pour ces sélénites en chemise brune de partir ensuite à la conquête de la Terre… Adoptant comme dans ses romans précédents une structure composite, Johanna Sinisalo donne au &lt;strong&gt;Reich de la Lune &lt;/strong&gt;la forme d’un journal intime auquel s’entremêlent des archives apocryphes. Consignées par Renate entre 2001 et 2047, ces notes éclairent aussi bien son histoire personnelle – de l’enfance à l’orée de la vieillesse – que celle «&amp;nbsp;avec un grand H&amp;nbsp;» de ce Reich d’outre-espace. D’abord observatrice attentive du fonctionnement quotidien de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Schwarze Sonne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» — l’officiel toponyme de la colonie –, Renate deviendra une actrice essentielle de sa tentative pour s’emparer de la Terre durant l’année 2018… Ainsi que Johanna Sinisalo l’explique dans la postface du &lt;strong&gt;Reich de la Lune&lt;/strong&gt;, ce roman lui a été inspiré par sa collaboration au film &lt;em&gt;Iron Sky&lt;/em&gt; (2012). Réalisé par Timo Vuorensola, il s’appuyait en effet sur une histoire conçue par l’écrivaine. De celle-ci, le scénario final de &lt;em&gt;Iron Sky&lt;/em&gt; ne retint cependant qu’une partie. Sorte de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;writer’s cut&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», dixit Johanna Sinisalo, &lt;strong&gt;Le Reich de la Lune&lt;/strong&gt; lui a permis de mettre littérairement en scène l’intégralité de l’univers qu’elle avait alors élaboré. Ne se réduisant donc pas à une simple novélisation, ce roman s’inscrit pleinement dans l’œuvre de l’écrivaine. Hormis son mélange formel, &lt;strong&gt;Le Reich de la Lune &lt;/strong&gt;partage avec ses autres romans une même dynamique narrative&amp;nbsp;: celle d’une désaliénation. Retraçant, comme le récent &lt;strong&gt;Avec joie et &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;docilité&lt;/strong&gt;, le parcours d’une émancipation féminine, &lt;strong&gt;Le Reich de la Lune &lt;/strong&gt;y associe celui d’une dénazification toute personnelle. Au terme du roman, son héroïne aura aussi bien rompu avec sa soumission au patriarcat qu’avec l’idéologie hitlérienne. Convaincant quant à sa dimension féministe, le livre l’est en revanche beaucoup moins concernant son évocation du nazisme. &lt;strong&gt;Le Reich de la Lune &lt;/strong&gt; révèle en effet une approche profondément discutable du racisme hitlérien. La transformation science-fictionnelle par les nazis lunaires de James Washington (un astronaute afro-américain) en aryen canonique témoigne d’une naïveté certaine quant à l’essence du nazisme. Celui-ci considérait les supposées différences raciales comme strictement indépassables. Plus gênant encore, l’antisémitisme est réduit dans le roman&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;à quelques mentions fugaces, la Shoah est à peine évoquée. Ainsi, c’est une dérangeante manière de «&amp;nbsp;nazisme soft&amp;nbsp;» que Johanna Sinisalo donne maladroitement à voir avec &lt;strong&gt;Le Reich&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;de la Lune&lt;/strong&gt;. On est donc très loin du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-maitre-du-haut-chateau-2&quot;&gt;Maître du Haut Château&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;de Philip K. Dick, ou bien encore de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/reve-de-fer&quot;&gt;Rêve de fer&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;de Norman Spinrad, œuvres qui surent tirer le meilleur parti de l’Imaginaire pour plonger au plus vrai de la &lt;em&gt;Weltanschauung&lt;/em&gt; nazie.&lt;/p&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/pierre-charrel/&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-92&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;92&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Transgénération Express : focus jeunesse et SF (2)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/19/transgeneration-express-22" rel="alternate" type="text/html" title="Transgénération Express : focus jeunesse et SF (2)" />
      <id>urn:md5:d1f99484220252696e161f95860fd720</id>
      <published>2019-07-19T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-07-07T09:33:48+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Transgénération Express</dc:subject>
                    <dc:subject>Raphaël Gaudin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Un jour une étoile&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Littérature enfance, jeunesse, Young Adult&amp;nbsp;: la suite&amp;nbsp;! Au programme de ce deuxième billet, l'exploration de différents futurs. Il y en a pour tous les goûts&amp;nbsp;: des futurs bétonnés, sombres, spatiaux, sauvages ou nihilistes…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Un futur bétonné&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-latoursansfin.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-latoursansfin.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En ce XXIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, les hommes ne peuvent plus habiter sur la terre, devenue radioactive. Mais ils ne sont pas parvenus à dompter d’autres planètes, l’aventure spatiale ayant échoué. Ils ont donc dû construire des tours gigantesques afin de s’éloigner du sol trop dangereux &amp;nbsp;: c’est le projet Babel. Bien évidemment, plus la place d’un individu dans la société est importante, plus il habite haut. Car dans cette société, les privilèges n’ont pas disparu et les plus pauvres ont toujours des conditions de vie déplorables, à l’inverse des plus favorisés. Comme les ambassadeurs, les consuls ou les sénateurs. Et justement, Titus Prime, le jeune narrateur de cette histoire, vient d’accéder au rang envié d’ambassadeur. À seulement 13 ans&amp;nbsp;! Hélas pour lui, le jour de son investiture, il est accusé du meurtre de son protecteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c’est parti pour une course-poursuite endiablée à travers les étages et même les différentes tours. Titus Prime va devoir découvrir la vérité s’il veut éviter la prison, voire plus. Car ses poursuivants ne semblent pas se soucier de sa survie. Mais son enquête n’en sera jamais réellement une. En effet, il n’aura jamais le temps de se poser et de tenter d’assembler les tenants et les aboutissants. Il va en effet, dès les premières pages, fuir les forces de l’ordre, dirigées par un cyborg monstrueux. Heureusement pour lui, il sera aidé par quelques personnes rencontrées sur son chemin et hostiles à l’ordre établi. Dont une jeune fille au sourire charmant, Rukia.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant le dire tout de suite, le scénario de &lt;strong&gt;La tour sans fin&lt;/strong&gt; n’est pas d’une grande originalité&amp;nbsp;: un jeune homme favorisé découvre la réalité du monde dans lequel il vit. Il prend conscience de la misère de la plus grande partie de la population et se promet d’y remédier en luttant contre le pouvoir en place. Mais Pascal Brissy sait s’emparer de son lecteur et ne plus le lâcher jusqu’à la dernière page. Un peu de mystère (car on a tout de même un meurtre sur les bras) et beaucoup d’action, menée avec brio. Un mélange efficace quand on sait manier les proportions. Et c’est le cas ici. De plus, le personnage principal n’est pas une simple potiche ballottée par les événements comme on peut trop souvent en rencontrer. Il reprend rapidement pied dans cette nouvelle réalité et se montre ainsi un narrateur séduisant. Un livre idéal pour réconcilier certains lecteurs occasionnels ou rétifs avec les romans.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Pascal Brissy – &lt;strong&gt;La tour sans fin&lt;/strong&gt; – Scrineo – avril 2019 (roman inédit – 127 pp. GdF. 11,90 euros) – À partir de 12 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/19/transgeneration-express-22#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Un futur spatial&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-unjouruneetoile.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-unjouruneetoile.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;M’martre, une cité en ruines où les clans s’affrontent pour survivre. Saru est un guerrier en devenir, dans l’ombre de son grand frère. Mais ce dernier atteint ses 6570 matins. Et comme pour tous ceux atteignant cet âge, l’heure a sonné&amp;nbsp;: des maraudeurs, vastes araignées de métal, précédées de hurlements de sirène stridents, viennent l’enlever et l’emmènent avec eux à tout jamais. Au même moment, une capsule tombe du ciel. Saru se précipite et y découvre deux créatures recouvertes d’une armure. Il sauve l’une d’entre elles, fasciné par cet être mystérieux aux formes sensuelles. Et en la suivant, il va découvrir une réalité inimaginable jusqu’ici&amp;nbsp;: son monde va éclater en morceaux et l’horreur de son destin va lui apparaître tout entière. Sera-t-il capable, avec sa fée tombée des étoiles, de changer le cours des choses&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roméo et Juliette dans les étoiles. Une société inégale et injuste. Deux êtres que tout oppose et qui se retrouvent victimes d’une passion physique torride. Union qui porte en germe un avenir plus humain, plus égalitaire. Le propos est beau, mais le traitement un peu simpliste parfois. L’histoire tient la route (même si elle a déjà été lue et relue), mais les personnages semblent parfois artificiels&amp;nbsp;: par moments, la sauce ne prend pas. La fin est connue dès le début et les nombreuses (et parfois passionnantes) péripéties n’y font rien, on se sent laissé de côté par un récit trop insistant sur certains points, trop appuyé sur certaines cordes. À regarder d’un œil distrait…&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Jean-Luc Marcastel – &lt;strong&gt;Un jour une étoile&lt;/strong&gt; – Gulfstream, coll. «&amp;nbsp;Électrogène&amp;nbsp;» – février 2019 (roman inédit – 242 pp. GdF. 16 euros) – À partir de 15 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/19/transgeneration-express-22#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Un futur sauvage&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-noussommesletincelle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-noussommesletincelle.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2025, trois enfants se promènent dans la forêt. Plus précisément, ils pêchent. Mais, on le comprend vite, ils ne sont pas là pour le plaisir uniquement. Ils cherchent de quoi se nourrir. Car ces trois enfants vivent de façon permanente dans la forêt. Avec leurs parents. Mais ces derniers sont loin pour l’instant. Et par un enchainement de circonstances tragiques, le trio va finir entre les mains de braconniers de la pire espèce. On raconte, à leurs propos, des choses abominables&amp;nbsp;: ils tuent et violent. Et ensuite, ils mangent les cadavres de leurs prisonniers. Les parents vont partir à la recherche de leurs fils et filles. Mais sont-ils de taille&amp;nbsp;? Et qui sont ces autres silhouettes mystérieuses tournant autour de ces personnages&amp;nbsp;? Et surtout, que s’est-il passé en France pour qu’une telle situation soit possible&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vincent Villeminot va nous le raconter, par petites touches, dans de courts chapitres aux histoires enchevêtrées, mêlées, avec intelligence et finesse. Le lecteur va découvrir progressivement le contexte social et politique, au centre du roman. Car &lt;strong&gt;Nous sommes l’étincelle&lt;/strong&gt;, s’il est un récit prenant, aux personnages riches et attachants, dont le destin nous importe réellement et rapidement, est avant tout un texte politique. Une pierre dans le jardin de ceux qui s’interrogent sur le monde dans lequel nous vivons, sur la direction prise par nos sociétés, obsédées par le profit et la consommation. Ici, la jeunesse finit par se révolter et certains proposent une nouvelle voie. Pas nécessairement novatrice, mais sincère. Et cette alternative crée des tensions avec le reste de la population, des heurts, de la répression.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il s’était contenté de décrire cette idée de l’avenir, Vincent Villeminot aurait accouché d’un texte aride. Aussi, pour nous entraîner avec lui, et pour nous faire partager sa réflexion, nous proposer de ne pas rester indifférents aux liens affaiblis de notre société, à son manque de vision, il nous plonge dans la vie de certains protagonistes de cette révolte. Il nous la fait vivre de l’intérieur, de plusieurs points de vue, à travers plusieurs personnages forts. Sans nous forcer, en nous offrant au contraire plusieurs axes et plusieurs ressentis. Loin de tout manichéisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes l’étincelle &lt;/strong&gt; est un roman difficile à lâcher, et ce, dès les premières pages. Et c’est aussi un texte auquel on repense longtemps après l’avoir terminé et refermé, tant son propos est réfléchi et fait écho à notre présent, à nos questions et à nos peurs. Un vrai et bon récit de SF, quoi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rappelons que Vincent Villeminot a participé, avec &lt;strong&gt;Stéphane&lt;/strong&gt;, à l’expérience littéraire &lt;strong&gt;U4&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: 4 auteurs de haute volée (Yves Grevet, Florence Hinckel et Carole Trébor), 4 facettes d’un même monde à travers le parcours de 4 personnages. PKJ. vient de publier cette tétralogie en poche&amp;nbsp;: l’occasion de découvrir, si ce n’est déjà fait, cette réussite.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Vincent Villeminot – &lt;strong&gt;Nous sommes l’étincelle&lt;/strong&gt; – PKJ – avril 2019 (roman inédit – 511 pp. GdF. 18,90 euros) – À partir de 13 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/19/transgeneration-express-22#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Un futur en noir&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Elizabeth Black est journaliste. Enfin, aimerait l’être. Mais en cette fin de XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, à Londres, dans cette Angleterre toute corsetée par la bienséance et les règles strictes de vie, une jeune femme ne saurait ainsi accéder à un métier essentiellement masculin. Aussi, elle sert de nègre à un journaliste, autrefois talentueux, mais tombé dans l’alcool et la dépression. La vie n’est pas rose et Elizabeth passe ses meilleurs moments dans des livres. Le reste du temps, elle contemple son avenir avec une certaine détresse. Mais un soir, tout a changé. En suivant son ami journaliste, elle assiste à son assassinat. Elle devient aussitôt un témoin gênant. Elle est poursuivie par les meurtriers. Et, à son tour, est tuée. Son cadavre finit dans la Tamise. Fin de l’histoire&amp;nbsp;? Non, simple départ. Car Elizabeth ne franchit pas le Styx. Charon la repère et la renvoie parmi les vivants. Avec une mission&amp;nbsp;: aider la grande faucheuse dans son œuvre. En effet, certains hommes tentent de passer entre les mailles de son filet. Et elle ne peut le tolérer. La voilà donc Revenante, membre de la cellule d’Angleterre, sous la direction de la rigide et directive Iseult.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-auservicedesamajestelamort.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-auservicedesamajestelamort.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’idée est intéressante. Comment une femme, vivante encore quelques jours plus tôt, peut-elle aider la Mort à tuer d’autres humains&amp;nbsp;? Alors qu’elle n’apprécie pas particulièrement sa nouvelle existence pour laquelle on ne lui a rien demandé. Et qu’on ne lui a presque pas expliqué. Car Elizabeth se retrouve, comme le lecteur, précipitée dans une réalité bien différente de sa routine habituelle. Les priorités ont complètement changé&amp;nbsp;: tout d’abord, il faut faire la morte, en tout cas vis-à-vis de ses anciens proches. Car si elle se retrouve bien dans sa propre ville, elle ne peut en aucun cas communiquer avec ses proches. Elle est donc obligée de se terrer loin de son ancienne vie. Ensuite, il lui faut comprendre ses nouvelles attributions. Or, cohabiter avec d’autres Revenants aux parcours pour le moins originaux, dont sa supérieure hiérarchique, coincée dans le corps d’une jeune fille, n’est vraiment pas facile. Bref, elle se doit d’apprendre un nouveau rôle, peu reluisant à première vue (elle doit trahir, en quelque sorte, les vivants) sans l’avoir choisi. Un avenir bien peu joyeux. Mais elle va s’adapter rapidement (enfin, il lui faudra presque un tome, &lt;strong&gt;L’ordre des revenants&lt;/strong&gt;) et prendre la mesure de sa nouvelle tâche. Et c’est tant mieux, car le monde de la mort subit de terribles bouleversements. Et Elizabeth va se trouver impliquée dans ces changements violents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Julien Hervieux (auteur du blog &lt;strong&gt;L’Odieux connard&lt;/strong&gt;, tout de même) nous propose donc une trilogie (deux tomes parus) agréable à suivre. Mais il faut prendre patience, car le démarrage est un peu lent. Les personnages mettent du temps à se révéler et on peine, au début, à voir la direction suivie par l’écrivain. Cependant, quand tout est en place et quand l’action débute réellement, le récit devient prenant. D’ailleurs, on trouve peu de temps morts dans &lt;strong&gt;De vieux ennemis&lt;/strong&gt;. En plus, dans ce deuxième tome, Julien Hervieux abandonne Londres (bien mise en valeur) pour Venise. Encore une ville chargée d’histoire, de mystère. D’accord, ce lieu a déjà été vu et revu des milliers de fois, dans des livres et des films, des séries et des documentaires, mais l’auteur sait l’intégrer avec justesse à son intrigue. Et ce voyage agrémente et augmente d’autant le plaisir ressenti à la lecture. En barque, donc, pour le rivage des morts.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Au service de sa majesté la Mort – Julien Hervieux&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;T1. L’ordre des revenants&lt;/strong&gt; – Castelmore – octobre 2018 (roman inédit – 310 pp. GdF. 14,90 euros)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;T2. De vieux ennemis&lt;/strong&gt; – Castelmore – mars 2019 (roman inédit – 313 pp. GdF. 14,90 euros)&lt;br /&gt;
À partir de 12 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/19/transgeneration-express-22#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;totemtom&quot;&gt;Un futur nihiliste&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-necropolis.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-necropolis.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tom est perdu dans un épais brouillard, sans se rappeler comment il est arrivé là. Soudain, il est attaqué et poursuivi par Jack l’éventreur. Ce jeune Anglais d’une douzaine d’années, pourtant habitué à la vie dure de l’East End de Londres, prend la fuite devant cette vision de cauchemar. Sorti de ce nuage épais, il découvre un décor complètement différent du sien. Post-apocalyptique serait le meilleur qualificatif. Il sauve un vieil homme pas très net, qui discute en permanence avec un voisin invisible. Et qui tente de le tuer dans son sommeil. Il est sauvé par une bande de Sioux, arrivés fort à propos. Pas de plumes ni de tomahawk pour ces guerriers et guerrières, mais des calibres 7-65, des fusils d’assaut. Et aucune origine nord-américaine. Sioux est le nom pris par la résistance dans ce monde. Notre monde, en fait. Mais en 2051. Après l’invasion de la Terre par les Fomoré, des monstres, aussi bien physiquement (même s’ils peuvent prendre notre apparence) que mentalement&amp;nbsp;: pour eux, les humains sont des esclaves, des animaux tout juste bons à être tués ou torturés, ou utilisés comme main d’œuvre corvéable à merci&amp;nbsp;; voire une source d’énergie&amp;nbsp;: aspirer les sucs d’une femme ou d’un homme les galvanise. Grâce à un saut dans le temps (d’ailleurs, mieux vaut être concentré à la lecture de cette explication, heureusement reprise plusieurs fois dans le roman), ils ont pris le pouvoir sur notre planète. Et se battent entre eux pour le conserver. Une chance pour la résistance, qui profite de ces quelques failles pour obtenir de rares victoires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et Tom se retrouve embarqué dans une histoire terriblement différente de son quotidien. Mais une chose l’étonne&amp;nbsp;: même s’il vient de 1897, il sait ce que sont des voitures, des armes de poing. Il est étonnement au fait des progrès de la technologie. Un mystère de plus à résoudre pour ce jeune garçon précipité tambour battant dans des intrigues et des aventures décoiffantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nécropolis&lt;/strong&gt; démarre sur des chapeaux de roues. Le lecteur a à peine le temps de découvrir le narrateur, il plonge dans l’inconnu. Il lui faut d’ailleurs une petite dose de patience pour appréhender l’organisation de cette société chaotique, divisée essentiellement en deux pour les humains&amp;nbsp;: d’un côté les résistants (les Sioux) et de l’autre la Milice (tout est dans le nom), avec son cortège de cruauté et de personnages sans pitié. Et l’un d’entre eux, Speedball, est une réussite par son côté violent et sans scrupule. Mais on n’en reste pas à cette dichotomie simpliste. D’autres intervenants faussent le jeu, le perturbent, le complexifient, l’enrichissent. Il faut tout de même tenir trois tomes (car &lt;strong&gt;Totem Tom&lt;/strong&gt; est un triptyque annoncé). Un certain Merlin, représentant d’une autre espèce, tente de revenir participer à cette lutte de pouvoir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Patrick McSpare est un vieux routier de la littérature jeunesse et un touche-à-tout (scénariste et dessinateur de BD, par exemple). Il a écrit, entre autres, avec Olivier Peru, la remarquée série des &lt;strong&gt;Haut-Conteurs&lt;/strong&gt;. Après la fantasy (médiévale), il plonge allègrement dans la «&amp;nbsp;dark fantasy urbaine dystopique&amp;nbsp;», pour reprendre les mots de l’éditeur. Avec un certain succès. Le rythme est soutenu, l’intrigue solide et les personnages assez consistants pour attirer notre sympathie ou notre dégoût. Malgré certaines facilités ou caricatures, l’ensemble mérite largement le détour et fait attendre avec impatience la suite. Une lecture tout à fait recommandable, un voyage à entamer sans hésiter.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Totem Tom&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;T1. Nécropolis&lt;/strong&gt; – Patrick McSpare – Gulf stream – mai 2019 (roman inédit – 247 pp. GdF. 16 euros)&lt;br /&gt;
À partir de 13 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/19/transgeneration-express-22#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Transgénération Express : focus jeunesse et SF (1)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/18/transgeneration-express-12" rel="alternate" type="text/html" title="Transgénération Express : focus jeunesse et SF (1)" />
      <id>urn:md5:c52cc3ad9de85b60981e1b8dae328316</id>
      <published>2019-07-18T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2020-02-16T18:31:51+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Transgénération Express</dc:subject>
                    <dc:subject>Raphaël Gaudin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Warcross T2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-une1.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle rubrique, nouveaux objectifs, nouveaux horizons. Ici, on va vous parler de la littérature enfance, jeunesse, Young Adult (YA, pour faire connaisseur), ou tous ces écrits classés dans des cases «&amp;nbsp;non adultes&amp;nbsp;»… Au programme de ce premier billet, voici des critiques d’ouvrages parus depuis le début de l’année 2019. Du classique dans la forme au plus original, du tout venant au touchant. Un panorama non exhaustif mais nous l’espérons assez vaste pour créer des envies de lecture d’été.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Besoin d’espace&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle rubrique, nouveaux objectifs, nouveaux horizons. Ici, on va vous parler de la littérature enfance, jeunesse, Young Adult (YA, pour faire connaisseur), ou tous ces écrits classés dans des cases «&amp;nbsp;non adultes&amp;nbsp;». D’ailleurs, les cases elles-mêmes nous en reparlerons&amp;nbsp;: est-ce bien raisonnable, utile, pertinent de tout ranger, cataloguer, mettre dans des boîtes&amp;nbsp;? Débat sans cesse repris et sans cesse alimenté (Apophis en sait quelques chose, lui qui a publié voilà quelques mois un &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://lecultedapophis.com/2018/09/03/parution-du-guide-des-genres-et-sous-genres-de-limaginaire-chez-albin-michel-imaginaire/&quot;&gt;Guide des genres et sous-genres de l’imaginaire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;). Nous y apporterons sans doute notre pierre, lors d’une prochaine parution de cette rubrique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour cette première, sur le blog (en espérant que les lectures pour adultes laissent un peu de place aux jeunes dans la revue papier prochainement), des critiques d’ouvrages parus depuis le début de l’année 2019. Du classique dans la forme au plus original, du tout venant au touchant. Un panorama non exhaustif mais nous l’espérons assez vaste pour créer des envies de lecture d’été.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Un fantastique ancré dans le réel&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Nos vies suspendues&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L’Enchanteur&lt;/strong&gt;, Charlotte Bousquet et Stephen Carrière jouent avec les codes du fantastique, quand bien même leurs deux romans ne relèvent pas essentiellement du genre. Le propos est ailleurs&amp;nbsp;: raconter des histoires de jeunes de notre temps, leurs désirs, leurs peurs&amp;nbsp;; aborder et dénoncer des thèmes forts, lourds&amp;nbsp;: le viol, la mort.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-nosviessuspendues.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-nosviessuspendues.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nos vies suspendues&lt;/strong&gt; nous présente Anis et Nora&amp;nbsp;: insouciantes comme on l’est au sortir du lycée, les deux amies sont trahies. Lors d’une soirée, affaiblies par l’alcool et la drogue, elles sont violées par de jeunes prédateurs. Et leurs petits copains laissent faire. Un procès a lieu, les criminels sont acquittés&amp;nbsp;: les jeunes filles étaient habillées court, elles avaient bu. Autrement dit, aux yeux du jury, elles étaient consentantes. Anis serre les dents et veut encore se battre. Nora, elle, baisse les bras. Pendant ce temps, les protagonistes de ce drame sont attaqués par une forme sombre et pleine de haine. Un à un, ils succombent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Charlotte Bousquet, auteure confirmée et éclectique, marque une préférence nette pour les genres de l’imaginaire, avec un succès certain – son roman, &lt;strong&gt;Cytheriae&lt;/strong&gt;, avait été récompensé par le prix Elbakin 2010. Avec &lt;strong&gt;Nos vies suspendues&lt;/strong&gt;, elle aborde un thème difficile et peu mis en lumière (malgré la vague #MeToo, déjà en partie tombée dans l’oubli)&amp;nbsp;: le viol et ses conséquences pour les victimes. Son approche est subtile, car, en multipliant les points de vue (victimes, criminels, témoins), elle évite le manichéisme stérile. Elle ne braque pas d’entrée son lecteur, lui laisse le temps de découvrir ses personnages et la situation, lui donne toutes les clefs pour comprendre les réactions de chacun, et le laisse se forger sa propre opinion – même si certains actes restent définitivement impardonnables. D’ailleurs, le regard sur certains évolue au fil de l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, la tonalité générale est sombre. La société française, présente en arrière-plan, semble en plein délitement&amp;nbsp;: des citations de journaux, en exergue de certains chapitres, enfoncent le clou&amp;nbsp;; violence et désespoir sont omniprésents et la solidarité paraît une valeur tombée en désuétude.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’apparition progressive d’un être plein de rancœur et de haine, Érinye moderne et effrayante, renforce cette impression et précipiter l’action. De l’action, d’ailleurs, il n’en manque pas dans ce récit. Car Charlotte Bousquet sait varier le rythme et le ton pour entrainer son lecteur avec elle. &lt;strong&gt;Nos vies suspendues&lt;/strong&gt; est construit avec efficacité et délicatesse. C’est une claque violente, une prise de conscience ou une confirmation. Une nouvelle preuve que l’on peut aborder intelligemment des sujets graves.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-lenchanteur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-lenchanteur.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Stephen Carrière, lui, a bâti son roman autour d’un autre événement dramatique&amp;nbsp;: la mort programmée d’un jeune garçon avant ses dix-huit ans. Certaines maladies, malgré les progrès de la science, sont plus fortes. Daniel le sait et l’a accepté. Ce qu’il refuse, c’est de mourir banalement dans un hôpital. Il demande donc de l’aide à son meilleur ami, Stan. L’Enchanteur du titre, c’est lui, même si Stan n’a rien d’un magicien. Juste du bagout et un goût pour les prises de risque calculées. En promettant à l’un, en rendant à un service à un autre, en planifiant toute une série d’évènements sans lien apparent les uns avec les autres, il sait obtenir l’impossible. Et il va avoir besoin de tout son talent, car la tâche est ardue&amp;nbsp;: faire un pied de nez à la Mort elle-même. Las, tous ses plans seront mis en danger par l’apparition dans les rues de la ville d’un mal terrifiant accompagné d’une haine et d’une violence incompréhensibles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les héros sont une bande de lycéens, pas les vedettes habituelles – les forts en thème ou les champions de sport – mais des individus lambda, dont Stan et son verbe magique rompt l’isolement. Ils l’assistent dans ses opérations et profitent de son aura, de son prestige. Et ils deviennent un groupe d’amis, solidaires. Avec leurs secrets, leurs tentations, leurs tensions. Une vraie bande de potes, quoi. Avec un but&amp;nbsp;: offrir à David la mort la plus flamboyante, la plus inoubliable possible. Voilà une belle idée, bien portée par un auteur expérimenté. Stephen Carrière promène avec talent son lecteur à travers des aventures variées, sans lien apparent les unes avec les autres, pour mieux le surprendre. Il sait créer des personnages touchants, émouvants, sans tomber dans le pathos et le sentimentalisme facile. Les peines sont fortes, les amitiés et les amours réelles. On a même droit à quelques observations sociologiques assez fines sur une ville de province, ses habitants, ses notables, son climat. &lt;strong&gt;L’Enchanteur&lt;/strong&gt; est un roman réussi, qui se lit d’une traite.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Charlotte Bousquet – &lt;strong&gt;Nos vies suspendues&lt;/strong&gt; – Scrineo – février 2019 (roman inédit – 316 pp. GdF. 17,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;Stephen Carrière – &lt;strong&gt;L’Enchanteur&lt;/strong&gt; – PKJ – janvier 2019 (roman inédit – 415 pp. GdF. 18,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Des mondes surveillés&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Marie Lu aux États-Unis et Célia Flaux en France évoquent des mondes futuristes ou parallèles aussi peu attirant l’un que l’autre. Car, dans les deux cas, la technologie permet une plus grande surveillance de l’humanité. Officiellement, pour son propre bien… Mais que devient alors le libre-arbitre&amp;nbsp;? Et qui peut se prétendre assez sage pour décider pour les autres&amp;nbsp;? Les questionnements de &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; d’Orwell continuent à agiter nos pensées. Et c’est tant mieux&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-warcross.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-warcross.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Emika, chasseuse de primes de son état, survit difficilement. Et, comme tout le monde, elle fuit cette réalité pénible dans &lt;em&gt;le&lt;/em&gt; jeu, celui qui rassemble la plus grande communauté au monde et donne lieu à des championnats suivis sur la planète entière&amp;nbsp;: Warcross (également le titre de la série). Lors de la finale du tournoi de l’année, Emika pirate un objet dans l’espoir d’arrondir ses fins de mois. Et la voilà repérée par le créateur du jeu lui-même, Hideo Tanaka, qui invite la jeune fille à travailler avec lui sur son jeu. Un véritable conte de fée&amp;nbsp;? Non, bien sûr, car la réalité va évidemment se révéler bien moins simple, bien plus trouble, bien plus dangereuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c’est parti pour un diptyque au rythme effréné (malgré quelques scènes romantiques et quelques doutes, bien vite évacués). L’idée de base est maligne, le traitement habile, même si l’auteure se laisse aller à quelques facilités. L’héroïne, Emika, tient bien la comparaison face à ses grandes sœurs, la Katniss des &lt;strong&gt;Hunger Games&lt;/strong&gt; ou la Tris de &lt;strong&gt;Divergente&lt;/strong&gt;. Elle a des qualités physiques et intellectuelles indéniables, du bon sens et sait agir au moment opportun. La description d’une société hyper connectée, à la merci du moindre tyran est hélas assez réaliste et nous touche, évidemment. Les plongées dans le jeu Warcross sont terriblement efficaces et Marie Lu sait se renouveler pour éviter la lassitude ou les effets de redite. Enfin, en auteure chevronnée, elle s’autorise à des retournements de situation bienvenus pour éviter tout manichéisme apparent. Un bon moment de lecture, agrémenté d’une réflexion sur les dangers du pouvoir concentré en trop peu de mains.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-lecirqueinterdit.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-lecirqueinterdit.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cirque interdit&lt;/strong&gt; porte le principe de précaution à son summum. Une compagnie d’assurance dirige plus ou moins le pays. Vous êtes censés éviter tout ce qui pourrait nuire à votre santé&amp;nbsp;: la cigarette évidemment, mais on vous demande également de porter un tracker santé, chargé de vérifier en temps réel vos constantes et de vous aider à améliorer votre état. Ou à vous sanctionner si vous ne respectez pas les conseils. Et là, gare au centre de rééducation. Alors, dans ce monde ouaté où le moindre danger est proscrit, quelle place reste-t-il aux artistes de cirque&amp;nbsp;? Car au cœur de leur métier réside le danger et la peur de leur public pour eux. Afin de résister et de continuer à exercer leur passion, les membres de la troupe Vazatta ont créé une compagnie d’assurances concurrente. Ainsi, le cirque peut tourner, encore, de ville en ville. Mais pour combien de temps&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Premier roman, &lt;strong&gt;Le Cirque interdit&lt;/strong&gt; est aussi une grande réussite. Le personnage principal, Maria, une jeune femme envoyée par la compagnie d’assurance dominante dans le cirque afin d’y découvrir des preuves à charge afin qu’il cesse son activité, se révèle d’une grande richesse. Certes, elle agace parfois par ses hésitations et ses choix. Mais Célia Flaux a su lui donner une vraie profondeur, et la recherche de son passé s’avère à la fois émouvante et efficace dans l’avancée du roman. Quant à cette idée de monde protégé à l’excès, elle se situe (hélas) parfaitement dans l’air du temps, et nous invite à réfléchir aux limites que nous acceptons pour mener une vie tranquille, insouciante. Qu’est-on prêt à accepter pour son confort&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Warcross – Marie Lu&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;T1 Warcross&lt;/strong&gt; – PKJ – janvier 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Guillaume Fournier – 412 pp. GdF. 18,50 euros)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;T2 La revanche&lt;/strong&gt; – PKJ – janvier 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Guillaume Fournier – 397 pp. GdF. 18,50 euros)&lt;br /&gt;
Young Adult&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/18/transgeneration-express-12#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;Célia Flaux – &lt;strong&gt;Le cirque interdit&lt;/strong&gt; – Scrineo – février 2019 (roman inédit – 254 pp. GdF. 16,90 euros) – À partir de 14 ans&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Et le merveilleux, dans tout ça&amp;nbsp;?&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les sept étoiles du Nord&lt;/strong&gt; est un récit idéal pour réveiller notre âme d’enfant&amp;nbsp;: la cheminée flambe lors de la veillée et on se laisse bercer par l’histoire merveilleuse d’Abi Elphinstone. Deux enfants se retrouvent dans un royaume glacé. Ils doivent affronter, seuls, la terrible et cruelle reine des Glaces. La jeune et mystérieuse Eska vient juste de s’échapper de ses griffes grâce à l’aide involontaire de Flint. Ce jeune garçon, inventeur de génie, était venu dans le château pour sauver son père. Il repart bredouille, déçu et chargé d’une compagnie dont il ne sait que faire. Ils sont aussitôt poursuivis par les troupes de la démoniaque souveraine. Sans le savoir, ils ont le sort des humains entre leurs mains.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gaudin-jeunesse-les7etoilesdunord.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Jeunesse/gaudin-jeunesse-les7etoilesdunord.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tous les ingrédients du conte sont réunis ici&amp;nbsp;: les deux jeunes héros, innocents au début, mûrissant progressivement jusqu’à devenir des adultes (ou presque)&amp;nbsp;; la méchante reine, toute en haine et en mépris pour les autres humains&amp;nbsp;; les personnages secondaires, attachants et originaux&amp;nbsp;; le décor, glacé mais aussi féerique, terrifiant mais aussi enchanteur&amp;nbsp;; l’intrigue enfin, efficace et entraînante. Rien ici de schématique, d’artificiel, de ressassé, de déjà vu. L’auteure a su doser son cocktail avec finesse et émotion pour nous offrir un moment d’émerveillement.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Abi Elphinstone – &lt;strong&gt;Les sept étoiles du nord&lt;/strong&gt; – Gallimard Jeunesse – janvier 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [Grande-Bretagne] par Faustina Fiore – 297 pp. GdF. 15 euros)&lt;br /&gt;
À partir de 10 ans&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/18/transgeneration-express-12#&quot;&gt;*&lt;span&gt;Classification proposée par l’éditeur.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;* Classification proposée par l’éditeur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Thomas est amoureux</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/16/T-comme-Thomas-est-amoureux" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Thomas est amoureux" />
      <id>urn:md5:d92306dee5dc2509bd575372575e1103</id>
      <published>2019-07-16T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-07-16T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'amour au temps du visiophone… Retour vers le futur du passé avec &lt;strong&gt;Thomas est amoureux&lt;/strong&gt;. Dans cette curiosité cinématographique, avec un parti pris filmique fort, le réalisateur belge Pierre-Paul Renders imaginait en 2001 les relations sentimentales et sexuelles de demain…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Thomas est amoureux, Pierre-Paul Renders (2001). 93 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ce désolant Abécédaire, j’ai assez peu parlé de cinéma de science-fiction francophone (&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/15/J-comme-La-Jetee&quot;&gt;La Jetée&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de Chris Marker et c'est à peu près tout pour la SF), et c’est un manque. Le hasard faisant bien les choses, j’ai regardé récemment &lt;em&gt;Thomas est amoureux&lt;/em&gt;, film que m’avait suggéré par une amie en des termes pas très flatteurs. Évidemment, parler d’un film de SF francophone pas très réussi ne pouvait qu’aiguillonner ma curiosité…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Thomas est amoureux&lt;/em&gt; est le premier long-métrage (sur deux) du réalisateur belge Pierre-Paul Renders, jusqu’alors assistant-réalisateur – et qui, depuis, s’est tourné vers la bande dessinée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme le titre l’indique, le film a pour protagoniste Thomas et va traiter de ses relations amoureuses. Jusqu’ici, rien de bien intéressant ou novateur. Sauf que…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici dans un futur proche. Ancien concepteur de circuits tridimensionnels (allez comprendre ce que c’est), Thomas Thomas (oui, c’est son nom &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; son prénom) n’est pas sorti de chez lui depuis huit ans. La raison à cela&amp;nbsp;: son agoraphobie aiguë, qui l’empêche de quitter son appartement. Il possède une installation multimédia 3D, une salle de sport, une serre hydroponique, un aquarium géant&amp;nbsp;: tout le confort moderne. Néanmoins, toutes ses relations sociales se déroulent via son visiophone&amp;nbsp;: ses appels trop réguliers avec son envahissante mère (Micheline Hardy), ses démêlés avec un réparateur d’électroménager ou ses séances de psy (Frédéric Topart).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La mère de Thomas&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le psy&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le réparateur en électroménager&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Justement&amp;nbsp;: son psychologue est d’avis que la thérapie en cours ne fonctionne pas et qu’il faut que Thomas se secoue, se bouge, brise sa routine. Par conséquent, le voilà inscrit à un club de rencontres, Accroche-Cœur. Dans le même temps, son assureur lui apprend qu’il a le droit aux services de professionnelles du sexe, avec formation d’infirmière et suivi psychologique, et ça s’appelle Chez Madame Zoé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté d’Accroche-Cœur, les rencontres en ligne se suivent et se terminent au bout d’un appel… sauf avec Mélodie (Magali Pinglaut), jeune femme adepte qui a aussi un secret inavouable&amp;nbsp;: elle conçoit des poèmes vidéo, un truc un peu dépassé. Du côté de chez Madame Zoé, Thomas est intrigué par l’une des professionnelles du sexe, Eva (Aylin Yay), qu’il surprend dans un mauvais jours. Les larmes, il faut croire que c’est attendrissant… mais attention à ne pas passer pour un pervers.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;t-img07_m.jpg&quot; /&amp;gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Eva&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;t-img07_m.jpg&quot; /&amp;gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Mélodie&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De fait, Thomas se retrouve à se poser bon nombre de questions&amp;nbsp;: comment être amoureux lorsqu’on est agoraphobe&amp;nbsp;? Et puis, aussi, comment avoir des relations sexuelles&amp;nbsp;? Lui ne connaît que le cybersexe, chose dont ne veut pas entendre parler Eva la prostituée&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Un vagin en plastique…&lt;br /&gt;
– Ce n’est pas du plastique mais du carbone expansé.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mélodie, elle, veut bien essayer, mais estime difficile de parler de sexe au visiophone, rien ne remplaçant le face à face.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tu es là&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Non, ce sont les senseurs de la combinaison.&lt;br /&gt;
– Shhh….&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, il reste toujours les sexbots sur Internet… mais ce n’est pas forcément ainsi que Thomas mettra un terme à sa phobie. La solution ne pourra venir que de lui-même.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'écran d'accueil est un peu vide…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Drôle de film que &lt;em&gt;Thomas est amoureux&lt;/em&gt;. Sorti en l’an premier du XXIe siècle (et en l’an 8 d’Internet), le long-métrage de Pierre-Paul Renders a pris un coup de vieux… mais partiel. Dans le futur dépeint ici, les gens suivent une conception particulière de la mode, arborant des tatouages (des «&amp;nbsp;signes élémentaires&amp;nbsp;») aux motifs symboliques, mais restent assez conservateur pour ce qui a trait au sexe. Sauf Thomas, qui, faute de mieux, se montre progressiste (ou pervers, cela dépend des vues) et opte pour le sexe virtuel sans trop de vergogne. L’avenir évoqué a quelque chose de dystopique mais mollement&amp;nbsp;; on n’en saura pas grand-chose, et l’essentiel réside ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Conçu avec les technologies du début de ce siècle, l’aspect visuel de &lt;em&gt;Thomas est amoureux&lt;/em&gt; est lui aussi marqué de son époque&amp;nbsp;: les interfaces graphiques du visiophone sont assez laides, les images de synthèse sont à la lisière de l’&lt;em&gt;uncanny valley&lt;/em&gt; – mais j’imagine que c’est probablement voulu, tout comme le fait de commencer le film par une séance de cybersexe. Et puis, à l’inverse, il y a les poèmes vidéo de Mélodie, qui ont trouvé un écho dans la réalité entre 2013 et 2016 avec l’application Vine et ses vidéos de 6 secondes. Celles de Mélodie durent le double mais ne sont pas dénuées d’une certaine poésie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-t-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-t-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-t-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un peu de cybersexe…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film opte pour un parti pris bien particulier&amp;nbsp;: non seulement Thomas ne sort pas de chez lui mais le spectateur ne le voit jamais non plus. À la place, le film montre l’écran du visiophone du protagoniste. Un procédé vu dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/13/D-comme-Le-Dossier-51&quot;&gt; &lt;em&gt;Le Dossier 51&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; ou, plus récemment, &lt;em&gt;Unfriended&lt;/em&gt;. Aux yeux (et oreilles) du spectateur, Thomas n’est qu’une voix off&amp;nbsp;; seuls ses interlocuteurs ont la possibilité de le voir. On ne saura pas forcément la durée de l’intervalle de temps séparant chaque appel reçu ou émis par Thomas, ni ce que celui-ci fait à côté&amp;nbsp;: il s’agit ici de documenter ses appels et rien que ses appels. Audacieux, ce parti pris constitue aussi l’une des limites du film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, le principal souci du film réside dans son rythme. Au bout d’une heure, le procédé finit par lasser, et pas grand-chose n’est fait pour le renouveler. Cela s’avère décevant, d’autant plus que l’acteur interprétant Thomas, Benoît Verhaert, s’avère avoir un timbre de voix et une élocution agaçante&amp;nbsp;: à la fois excessivement normale, un brin chichiteuse voire tête à claque. Heureusement que ses partenaires à l’écran relèvent le niveau. Néanmoins, l’agacement prédomine dans un premier temps, avant de laisser sa place à… mais oui, à de l’intérêt. Puis l’ennui finit par poindre, passé le cap de la soixantième minute. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ovni inclassable, &lt;em&gt;Thomas est amoureux&lt;/em&gt; s’avère une étrange tentative cinématographique, méritant bien encore le coup d’œil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: internet est ton ami&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 95) – 2</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/12/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-95-2" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 95) – 2" />
      <id>urn:md5:0b5de4fdfe0c15dee3348d2d3cb92985</id>
      <published>2019-07-12T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-12T13:43:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Explosion des compteurs, suite et fin avec la deuxième partie du cahier critique en ligne (à retrouver également dans la &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-95_numerique&quot;&gt;version ePub du &lt;strong&gt;Bifrost 95&lt;/strong&gt;)&lt;/a&gt;. Au programme, des tomes deux ou des tomes trois, de la SF, de la fantasy… et quelques tentacules pour faire bonne mesure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-bobT3.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-bobT3.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Tous ces mondes – Nous sommes Bob T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Dennis E. Taylor – Bragelonne – mars 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Sébastien Baert – 349 pp. GdF. 17,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les Bob, très, très nombreux à présent, continuent leur train-train quotidien. Enfin, leur routine à eux n’a pas grand-chose de commun avec celle de monsieur tout le monde. Certains d’entre eux poursuivent l’évacuation de la Terre avant sa disparition&amp;nbsp;; d’autres découvrent le retour d’une ancienne menace&amp;nbsp;: le clone envoyé par le Brésil n’est pas mort, loin de là&amp;nbsp;; une majorité fait tout son possible pour éloigner les Autres, cette race extra-terrestre sans état d’âme et à la puissance destructrice, des différentes colonies présentes ou futures. Pendant ce temps, le plus ancien des Bob se prépare à dire adieu à la peuplade primitive dont il s’était entichée sur Delta Eridani. Parallèlement à cela, l’un de ses descendants perfectionne un humanoïde lui permettant d’interagir avec les humains de façon plus efficace et plus rassurante pour ces êtres de chair et d’os terrorisés par l’étrangeté des Bob et leur inhumanité apparente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi s’achève la trilogie &lt;strong&gt;Nous sommes Bob&lt;/strong&gt;… enfin, jusqu’à la parution d’une suite annoncée. Car l’auteur ne va pas laisser passer un tel filon. Il a annoncé pour cet été deux nouveaux tomes, ayant pour thème central la recherche de Bender, un descendant de Bob parti voilà bien longtemps en exploration et dont plus personne n’a de nouvelles. Entre-temps, est sorti &lt;strong&gt;Outland&lt;/strong&gt;, une histoire de portail dimensionnel et de Terre alternative, sans rapport avec le «&amp;nbsp;Bobiverse&amp;nbsp;» (l’univers des Bob). Néanmoins, à la fin de &lt;strong&gt;Tous ces mondes&lt;/strong&gt;, l’auteur a la bonté de clore les chantiers laissés ouverts. Le lecteur a les réponses aux questions posées lors de ces trois tomes&amp;nbsp;: la menace des Autres, la sécurisation des habitants de la Terre et même l’histoire d’amour entre Howard et Bridget, un clone et une humaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les œuvres de Dennis E. Taylor ont un certain succès sur Audible et cela se comprend. Elles sont parfaitement adaptées au support audio tant l’intrigue est légère, le traitement parfois schématique, les situations assez répétitives. En somme, la série des Bob s’avère distrayante et sa lecture plaisante, avec une idée de base originale et un traitement plutôt futé. Néanmoins, l’auteur a eu du mal, sur l’ensemble de la trilogie, à se renouveler. Les trois tomes ressemblent plus à un long roman divisé qu’à trois opus possédant chacun une vie propre. Et donc pas de nouveau souffle capable de relancer l’intérêt du lecteur. Les pages se tournent, vite, mais le manque d’intérêt se fait sentir de plus en plus fort. Il est par conséquent nécessaire et satisfaisant, si l’on a lu les deux premiers volumes de la série, de se précipiter sur &lt;strong&gt;Tous ces mondes&lt;/strong&gt;. Mais de là à attendre la sortie des tomes 4 et 5…&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-surmars.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-surmars.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Sur Mars&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Arnauld Pontier – Éditions 1115, coll. «&amp;nbsp;Novella&amp;nbsp;» – mars 2019 (réédition – 120 pp. Poche. 7 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Paru une première fois aux défuntes éditions Nicolas Chaudun, &lt;strong&gt;Sur Mars – récit de voyage en terre rouge&lt;/strong&gt; a bénéficié d’une réédition amendée chez «&amp;nbsp;l’agence de voyage littéraire&amp;nbsp;» 1115 en ce mois de mars (forcément). Le titre de ce court roman indique bien le projet &amp;nbsp;: raconter l’aventure de la première expédition humaine en direction de Mars. En mai 2025, profitant d’une fenêtre de tir adéquate, ils sont six, deux femmes et quatre hommes, d’une quarantaine d’années ou plus, issus de diverses nationalités – on ne saura pas lesquelles, l’intérêt est ailleurs –, à quitter la planète bleue pour notre rouge voisine. Leur mission sur place&amp;nbsp;: préparer les suivantes, en vue d’une colonisation ultérieure. Le narrateur, anonyme, tient un journal&amp;nbsp;; cette expédition est pour lui une manière de rendre hommage à son père, graveur. Et s’il ne trouve pas de vie martienne, peut-être y rencontrera-t-il tout de même l’amour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En une petite centaine de pages, ponctuées par des photographies aériennes de la surface martienne, Arnauld Pontier nous raconte cette aventure humaine et scientifique, très référencée – que ce soit du côté des œuvres inspirées par Mars (pensez Bradbury, Burroughs et les autres) ou des découvertes apportées par les sondes arpentant sa surface. Les descriptions détaillées de la planète rouge – pour ainsi dire, on y est – sont le point fort de l’ouvrage. Sous cet aspect-là, l’immersion est réussie. Néanmoins, on sait que l’atmosphère martienne est pour le moins ténue, et cette novella pâtit justement d’un léger manque de souffle qui lui empêche d’emporter totalement l’adhésion.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-ceuxdesprofondeurs.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-ceuxdesprofondeurs.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Ceux des profondeurs&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Fritz Leiber – Mnémos, coll. «&amp;nbsp;Hélios&amp;nbsp;» – mars 2019 (réédition d’un recueil traduit de l’anglais [US] par Jacques van Herp – 96 pp. Poche. 6,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avant même le début de sa carrière d’écrivain professionnel (son premier texte publié, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Two Sought Adventure&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», devait paraître en août 1939 dans la revue &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;), Fritz Leiber entreprit de correspondre avec H.P. Lovecraft. Enfin, pour être tout à fait exact, il n’osait pas lui écrire, aussi est-ce son épouse, Jonquil Stephens, qui envoya une lettre à HPL, lequel répondit en indiquant avoir apprécié les qualités de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Adept’s Gambit&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, une des aventures de Fafhrd et du Souricier Gris, qui tournait dans les cercles littéraires à l’époque. Ceci marqua le début d’une correspondance… plutôt éphémère. Si cette correspondance débuta en octobre 1936, Lovecraft décéda en mars de l’année suivante. Il n’en reste pas moins que que l’auteur des &lt;strong&gt;Montagnes hallucinées&lt;/strong&gt; exerça une influence durable sur l’œuvre de Leiber&amp;nbsp;: elle est l’une des inspirations du &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Cycle des Épées&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, ainsi que de plusieurs autres textes du jeune auteur, qui écrivit également une dizaine d’articles sur le natif de Providence. Aussi est-il naturel que, lorsqu’il fut question de diriger un ouvrage baptisé &lt;strong&gt;The Disciples of Cthulhu&lt;/strong&gt;, l’anthologiste Edward P. Berglund ait convié Fritz Leiber à participer à l’ouvrage, ce qui donna en 1976 &lt;strong&gt;Ceux des profondeurs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La novella débute alors que Georg Reuter Fischer entame au petit matin la rédaction des événements l’ayant mené jusqu’à cet instant précis, qui marquera sans nul doute le dernier jour de son existence. Dans un long flashback, on assiste aux premières années du jeune et intelligent Georg, couvé par ses parents, dont son père, un maçon compétent, qui bâtit de ses propres mains leur maison sur les collines de Hollywood. Malheureusement, une malformation au pied droit et, surtout, une tendance au somnambulisme et à des périodes de sommeil extrêmement longues, vont peu à peu laisser leur empreinte. Une tentative d’études dans la ville d’Arkham se soldera par un échec. Tout juste pourra-t-il en rapporter un recueil de poèmes d’Edward Pickman Derby, le poète local, qui l’inspirera pour ses propres écrits. Malheureusement, par la suite, son père puis sa mère meurent dans des circonstances atroces. Son père, notamment, décède dans l’effondrement d’une grotte souterraine&amp;nbsp;; faut-il y voir un lien avec la «&amp;nbsp;Porte des Rêves &amp;nbsp;», bas-relief vaguement inquiétant sculpté par son père, qui attire irrésistiblement Georg et lui rappelle la poignée de rêves atroces dont il s’est souvenu au cours de son existence&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fritz Leiber rend ici pleinement hommage à Lovecraft, en tissant une toile aux multiples niveaux de lecture&amp;nbsp;: en premier lieu, il nous livre un texte d’horreur comme les écrivait HPL, où la montée dans l’angoisse se fait progressivement, tandis que le protagoniste principal – solitaire, comme il se doit – se voit peu à peu entouré par des forces obscures échappant à toute tentative de contrôle, voire même de compréhension. D’une facture classique, le texte se révèle très efficace, alternant visions chtoniennes et moments d’angoisse plus viscérale. Leiber en profite pour disséminer de très nombreuses références à Lovecraft, entrelaçant son récit à ceux de son aîné, comme autant de clins d’œil qui parleront aux connaisseurs, sans pour autant basculer dans un hommage trop ludique qui desservirait le propos horrifique. Il se démarque en revanche de Lovecraft en abordant en outre les rapports père-fils&amp;nbsp;; si chez HPL la famille n’intervenait que peu dans les récits, elle est ici omniprésente&amp;nbsp;: tous les actes de Georg s’inscrivent dans sa filiation avec Anton, comme sa fascination pour la « Porte des rêves&amp;nbsp;», ce que confirme la révélation finale du récit. Nul doute ici que Leiber parsème ici son texte d’éléments autobiographiques&amp;nbsp;: Georg est un prénom allemand comme Fritz, Reuter est le deuxième nom de Leiber, et son meilleur ami s’appelait Harry Otto Fischer – c’est d’ailleurs avec ce dernier que furent imaginées les aventures de Fafhrd et du Souricier Gris. Leiber entretint également une relation très forte avec son père, dont la personnalité l’a parfois écrasé, et qui, ô hasard étonnant, entreprit à Atlantic Highlands la construction d’un bungalow… inspiré de demeures californiennes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, cet hommage respectueux, qui utilise à bon escient le matériau lovecraftien, fait également la part belle à des problématiques plus personnelles, rehaussant encore l’intérêt de ce formidable texte. On remerciera donc Mnémos de nous le proposer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne saurait néanmoins passer sous silence le gros souci de cet ouvrage&amp;nbsp;: avoir repris telle quelle la traduction de Jacques Van Herp. Le massacre, diront certains. Car, entre phrases d’une lourdeur abyssale et traductions plus qu’approximatives (dès la première page, «&amp;nbsp;considerable horror&amp;nbsp;» devient «&amp;nbsp;Étonnante horreur&amp;nbsp;»), auxquelles on ajoutera absence de relecture du traducteur, de l’éditeur de l’époque (Phénix) et de l’actuel (toujours sur la première page, Georg devient George, et Pickman… Pickmann), ce texte souffre de scories qui sont autant d’outrages à la prose précise et évocatrice de Leiber, qui se fond du reste dans le moule du style lovecraftien. À l’heure où nombre de textes sont retraduits, on enrage que celui-ci n’ait pas bénéficié d’un tel traitement. Cela aurait permis de rendre pleinement hommage qui s’inscrit parmi les meilleurs récits inspirés de Lovecraft.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-etrangeseons.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-etrangeseons.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Étranges Éons&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Robert Bloch – Mnémos, coll. «&amp;nbsp;Icare&amp;nbsp;» – mars 2019 (réédition d’un roman traduit de l’américain par François Truchaud, révisé par Patrick Mallet 224 pp. Gdf. 17 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Albert Keith achète chez un brocanteur un tableau de goule qui représente parfaitement «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le modèle de Pickman&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» décrit dans la nouvelle de Lovecraft et dont il découvre, en le restaurant, la signature au bas de la toile. Dès lors, les ennuis s’accumulent&amp;nbsp;: le brocanteur meurt, la tête rongée comme la victime de la goule sur le tableau. Découvrant par l’intermédiaire de son ami Waverly la biographie de Lovecraft, il se rend compte que, comme dans la nouvelle d’origine, l’auteur n’imaginait rien mais utilisait la fiction pour faire prévenir impunément l’humanité du retour de Cthulhu sur une île du Pacifique Sud, R’lyeh.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois récits distincts composent la trame de ce roman dédié à Lovecraft. Après &lt;em&gt;Maintenant&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Plus tard&lt;/em&gt; narre les péripéties d’une veuve courtisée par des gens à la recherche d’un document dissimulé dans la demeure qu’elle vient d’hériter de son ex-mari. &lt;em&gt;Bientôt&lt;/em&gt; se déroule dans un futur où le maire de Los Angeles échappe à un attentat, tandis que la menace d’un retour des grands anciens se précise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin connaisseur de l’œuvre de Lovecraft, Robert Bloch utilise les éléments de sa mythologie dans une trame horrifique qui fait de l’écrivain un témoin et un prophète. Aux textes nommément cités s’ajoutent les clins d’œil qu’il disperse, comme l’allusion aux nouvelles où Bloch et Lovecraft s’amusaient à tuer l’autre. Habilement, il décline dans ces &lt;em&gt;fix-up&lt;/em&gt; des motifs récurrents, qui renforcent l’unité d’ensemble. Un fil court tout le long des récits, à savoir que s’intéresser au fantastique, à l’étrange ou aux rites mortuaires des sociétés tribales est une manière d’apprivoiser sa peur de la mort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Publié chez NéO en 1980 sous le titre de &lt;strong&gt;Retour à Arkham&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;,&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;Étranges Éons&lt;/strong&gt;, tout en cherchant à unifier des pans de son œuvre et à l’inscrire dans la trame du quotidien, est un hommage appuyé au maître de Providence, aussi respectueux que plein de malice.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-gitdanslescendres.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-gitdanslescendres.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Gît dans les cendres – La cour d’Onyx T2&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Marie Brennan – L’Atalante coll. «&amp;nbsp;La dentelle du cygne&amp;nbsp;» – mars 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Marie Surgers – 464 pp. GdF. 23,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Second tome de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;La cour d’Onyx&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Gît dans les cendres&lt;/strong&gt; continue sur la lancée de &lt;strong&gt;Minuit jamais ne vienne&lt;/strong&gt; (critiqué dans Bifrost n°&amp;nbsp;91), mêlant l’Histoire réelle de l’Angleterre et les ressorts occultes (dans tous les sens du terme), liés à une cour féerique installée sous Londres, qui la sous-tendent. Si le tome 1 se déroulait à la fin du XVIe siècle, celui-ci fait un bond en avant, plaçant l’action entre 1639 et 1666 (plus un épilogue en 1675), date du fameux incendie de la ville. De fait, les scènes situées lors de l’évènement forment un fil rouge constitué de chapitres d’une vingtaine de pages, entrecoupés de chapitres plus grands qui sont autant d’analepses expliquant comment on en est arrivé là. Marie Brennan crée d’étonnants parallèles entre la Révolution anglaise, qui fait traverser à la monarchie humaine bien des épreuves, et celles endurées par sa contrepartie féerique, dont les protections traditionnelles sont de plus affaiblies par le zèle puritain. Dans les deux cas, la même géopolitique est à l’œuvre, l’Irlande et l’Écosse constituant une épine dans le pied des monarques siégeant à Londres, humains ou Fae. La férocité de l’incendie de Londres trouve une explication surnaturelle, liée à une Sorcière du vent hivernal et à un Dragon, version XXL des élémentaires de feu communs. Mais les grands événements Historiques humains (mettant en scène quelques célébrités, dont Cromwell) ou la lutte entre Lune, désormais reine, et une reine Fae écossaise qui lui voue une haine tenace, ne constituent pas la seule dimension du texte, puisque celui-ci se double d’une strate plus personnelle, liée aux princes consorts succédant à Michael Deven.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus encore que dans le tome précédent, l’aspect historique est d’une impressionnante solidité, peut-être même trop pour le bien du roman. En effet, si &lt;strong&gt;Minuit jamais ne vienne&lt;/strong&gt; était lisible sans qu’il soit nécessaire d’être doté d’une connaissance pointue de l’ère élisabéthaine, &lt;strong&gt;Gît dans les cendres&lt;/strong&gt; amplifie la tendance constatée dans la novella intermédiaire &lt;strong&gt;Deeds of men&lt;/strong&gt; (qui se déroule en 1625), à savoir projeter le lecteur, sans volonté didactique aucune, dans un tourbillon de factions, partis politiques, groupes religieux ou autres, dont, à moins qu’il ne soit anglais, il n’a probablement pas une vision claire. Si cet aspect Historique montre donc un louable souci d’exactitude, il crée un écueil sur lequel pourrait venir se fracasser le lecteur peu féru d’Histoire anglaise et pas enclin à aller faire des recherches sur internet. Toutefois, en Bifrosty, nous restons persuadés qu’au contraire, cet aspect est une grande force de ce roman, qui plus est habilement construit, écrit et traduit. Plus encore que dans le tome 1, ce cycle se révèle très supérieur à celui qui a fait connaître l’autrice en France, &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Mémoires, par lady Trent&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Apophis&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-elevation.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-elevation.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Élévation&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Stephen King – traduit de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel – Le Livre de poche – avril 2019 (court roman inédit –160 pp. Poche. 6,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un jour, Scott Carey s’est mis à maigrir. Le plus étonnant est qu’il a gardé sa corpulence et sa bedaine, qu’il n’est ni fatigué ni diminué. Ce serait même l’inverse&amp;nbsp;: il ne s’est jamais senti aussi en forme et son optimisme va grandissant. Des excès de nourriture n’inversent pas sa perte quotidienne de poids. Plus étonnant encore&amp;nbsp;: nu ou habillé, et même avec des objets dans les mains, l’aiguille de la balance ne change pas. Comme il ne tient pas à être hospitalisé ni à subir des batteries de tests, il consulte un ami médecin à la retraite qui garantit son silence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sa vie est sans nuage&amp;nbsp;: les crottes que déposent sur sa pelouse les deux boxers du couple de voisines lors de leur jogging quotidien sont son seul souci. Il a tenté d’en parler à l’une d’elles, Deirdre McComb, mais est fraîchement accueilli par celle-ci, qui interprète sa démarche comme une déclaration de guerre. Scott en comprend la raison&amp;nbsp;: les lesbiennes, mariées de surcroît, ont déjà subi les vexations de la communauté très conformiste de Castle Rock et le restaurant qu’elles ont ouvert à leur arrivée ne survivra vraisemblablement pas à la fin de la saison touristique. Dès lors, malgré l’hostilité de Deirdre, Scott se donne pour mission de faire cesser les préjugés à l’égard des nouvelles venues.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les deux intrigues finissent par n’en former qu’une, autour du respect d’autrui, Scott continuant à revendiquer une fin de votre tranquille. Dissimulant habilement les menues invraisemblances de la situation, Stephen King s’attache à suivre les conséquences de la perte de poids au fur et à mesure que Scott se rapproche du zéro. Il le fait avec sa sensibilité particulière et l’attention qu’il accorde à ses personnages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aucune explication n’est donnée quant au phénomène, laquelle est superflue. Scott Fitzgerald n’en fournissait non plus à &lt;strong&gt;L’Étrange Histoire de Benjamin Button&lt;/strong&gt;, dont la voie se déroulait à rebours. Comme lui, King inverse la trajectoire de l’existence. Au lieu de finir sous terre, son personnage toujours plus léger, est destiné à disparaître dans le ciel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rien de tragique ici&amp;nbsp;: l’optimisme de Scott Carey baigne le récit d’une lumière particulière. En même temps qu’il perd du poids, il apprend à se détacher du monde, ce qui pourrait bien être la leçon de vie de cette émouvante histoire, joyeuse et triste à la fois. S’agissant d’une novella, le livre n’a pas l’envergure des pavés du maître, mais il traite son sujet avec finesse et intelligence. Dédié à Richard Matheson, agrémenté d’illustrations de Mark Edward Geyer, c’est un petit bijou qui élève l’esprit et laisse le cœur léger.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-grandmidi.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-grandmidi.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Grand Midi&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Yves &amp;amp; Ada Rémy – Le Visage Vert – avril 2019 (réédition – 290 pp. GdF. 19 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp; ; &lt;em&gt; Je suis immortel, jusqu’à preuve du contraire, car la mort est une chose qui n’arrive qu’aux autres&amp;nbsp;; du moins, si j’en crois mon expérience personnelle. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» Voilà une boutade idéale pour introduire &lt;strong&gt;Le Grand Midi&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« &lt;em&gt; Sous leur masque posthume, le(s) [anti]héros de ce livre poursui(ven)t la destinée tragique qui fut la sienne(leur) sur cette terre. Il(s) redevien(nen)t un(des) personnage(s) vivant(s), uni(s) par les liens du cœur et qui l’(es) enchaîne(nt) dans les rets de la fatalité. Mais à travers l’opposition des êtres et malgré la tragédie de sa(leur) destinée, les sentiments paraissent grandis d’avoir dépassé le seuil de l’enfer. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Non, cette citation ne provient nullement d’une quelconque critique du &lt;strong&gt;Grand Midi&lt;/strong&gt; mais de la présentation sur le site Amazon du roman &lt;strong&gt;La Comédie des Portraits &lt;/strong&gt;du grand auteur fantastique belge Franz Hellens. Difficile de choisir de plus justes mots pour évoquer le roman des époux Rémy, aussi ne m’y risquerais-je point. Cirons encore &lt;em&gt;Nosso Lar (Notre Demeure)&lt;/em&gt; film brésilien de Wagner De Assis, tiré d’un ouvrage du médium brésilien Chico Xavier, &lt;strong&gt;Morwyn&lt;/strong&gt;, le roman de John Cowper Powys, &lt;strong&gt;L’Autre Rive&lt;/strong&gt; de Georges-Olivier Châteaureynaud et bien sur &lt;strong&gt;La Divine Comédie&lt;/strong&gt; de Dante Alighieri pour compléter cette cartographie situant le livre qui ici nous occupe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Grand Midi&lt;/strong&gt; , donc. Gregor Kopfmann touche le fond, faisant l’article pour un cabaret érotique de troisième ordre affublé d’un haut d’uniforme d’opérette (ne perdons pas de vue que les Rémy sont spécialistes d’histoire militaire et entre autres d’uniformes), objet des fantasmes de Léna, la meneuse de revue qui ne l’accepte que dans cette tenue pour leurs amours mortifères. Pas vraiment un beau jour, il a un malaise… C’est à ce moment qu’il croise pour la quatrième fois le colonel Ernte Lethal (le prénom signifie «&amp;nbsp;moisson&amp;nbsp;» dans la langue de Goethe&amp;nbsp;; quant au patronyme, il est transparent) – un personnage qui rappelle la Suzy de &lt;strong&gt;Et ne cherche pas à savoir &lt;/strong&gt;ou cette «&amp;nbsp;Mort en Personne&amp;nbsp;» que voyait Joe Egan, le héros de &lt;strong&gt;Trouille&lt;/strong&gt;, deux romans de Marc Behm. Le colonel remet à Kopfmann un billet de chemin de fer et ses recommandations à faire valoir auprès de l’El… Et le voilà passé de vie à trépas sans même qu’il s’en rende compte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Kopfmann débarque dans une bien étrange petite ville où il fait toujours gris, où tout semble désuet, vieillot et où la police est omniprésente derrière ses micros et caméra – objets prémonitoires en 1971, quand parut ce roman pour la première fois. Notre homme est supposé se faire recruter par l’El, une tout aussi étrange entreprise… comme le seront les entretiens d’embauche auxquels il doit se soumettre. Il lui est demandé de se remémorer la première fois où il a pris conscience de la mort et où il a une première fois croisé le colonel. L’entretien se déroule comme si en exprimant ses souvenirs, il s’en dépossédait. Puis il en ira de même avec ses amours, toutes mortes…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’El est un pays d’outre-tombe, une sorte de purgatoire, où les gens sont en stand-by, attendant qu’il soit statué sur leur sort. Entre temps, Kopfmann continue de vivre ses aventures assentimentales de séducteur soumis auxquelles il s’adonne non sans un certain masochisme – seule une certaine Blue Devil y fera exception. Si Kopfmann ne se résout pas à oublier, l’El n’hésite pas à recourir aux grands moyens pour le convaincre du son bien-fondé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous-titrée «&amp;nbsp;&lt;em&gt;ou le pays de l’Éternel Retour&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» dans sa première édition, ce roman propose offre une vision de la vie par-delà la mort où le pays de l’El est une sorte de purgatoire s’ouvrant sur une sorte de paradis technique et matérialiste. Tandis que ceux qui se voit refuser à l’El sont nuitamment déportés sur l’autre rive d’un Styx qui jamais ne dit son nom, les élus accèdent au plus surprenant paradis qui soit et connaissent un sort pour le moins équivoque, à la saveur prononcée de science-fiction, en instance de Jugement Dernier et d’éventuelle résurrection des morts… Mais Kopfmann, lui, n’y voit que des âmes mortes. Laissons au lecteur la surprise de découvrir quel rôle il se choisira.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Grand Midi &lt;/strong&gt; est un des plus remarquables romans proposant un fantastique allégorique — ce n’est pas de l’horreur, les chasseurs d’hémoglobine fraiche peuvent passer leur chemin –, qui flirte avec la littérature blanche et s’empreint de mysticisme et de considérations métaphysiques où le rôle de l’amour reste prépondérant. On retrouve dans ce roman ce charme suranné qui donnait aux &lt;strong&gt;Soldats de la mer&lt;/strong&gt; son incomparable saveur, ses soldats d’une époque révolue quoique moins présents, ses tons automnaux… Une écriture précise sans être précieuse sur laquelle on se plaît à se retourner. Derrière la façade sur papier glacé et sans plus d’épaisseur de l’El, les époux Rémy glissent avec une fausse ingénuité une poésie toute emplie d’émotion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un demi-siècle après sa parution originale chez Christian Bourgois, le voilà enfin réédité chez le Visage Vert, éditeur de l’excellente revue éponyme consacrée au fantastique, une occasion à ne manquer sous aucun prétexte (on ne déplorera que la triste et terne couverture). Plus de vingt-cinq après ma découverte de ce livre, &lt;strong&gt;Le Grand Midi &lt;/strong&gt; reste l’un des plus beaux romans qu’il m’ait été donné de lire…&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-connerland.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-connerland.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Connerland&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Laura Fernandez – Actes Sud, coll. «&amp;nbsp;Exofictions&amp;nbsp;» – avril 2019 (roman inédit traduit de l’espagnol par Sébastien Rutés – 480 pp. GdF. 23,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Direction l’Espagne pour la très cosmopolite collection «&amp;nbsp;Exofictions&amp;nbsp;», avec cet ouvrage de Laura Fernandez, auteure née en 1981, dont l’un des romans, &lt;strong&gt;La Chica zombie&lt;/strong&gt;, a connu l’heur d’une traduction française (sous son titre espagnol, chez Denoël en 2014). &lt;strong&gt;Connerland&lt;/strong&gt; tire son titre de Voss Van Conner, auteur de science-fiction fictif dont les cent dix-sept romans et innombrables nouvelles n’ont pas encore eu le succès escompté, malgré des thématiques parfois très intéressantes, comme celles des dinosaures fonctionnaires. La faute à son agent (entre autres) Chicken Kiev, pas assez efficace. Aussi, lorsque Voss meurt (électrocuté), son décès va provoquer un certain nombre de réactions. Kiev rencontre Ghostie Black, éditeur qui s’enthousiasme pour les romans du disparu. Lana Grietzler, sa femme, qui était à deux doigts de quitter le défunt (de son vivant, s’entend), se ravise et entend profiter de cette manne inespérée. Enfin, Miranda Sherikov, hôtesse de l’air de la compagnie Timequake, rencontre le fantôme de Voss lors d’un vol et décide de le représenter. Car Van Conner n’est pas mort, non, il est passé dans un autre monde, vêtu de sa seule serviette de bain, au milieu de standardistes à la barbe finement tressée et autres Grandes Oies…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On l’aura compris&amp;nbsp;: ce roman se veut humoristique. Entre personnages drolatiques, situations décalées, invraisemblables, voire burlesques, dialogues tour à tour sans queue ni tête ou aux réparties saillantes, Fernandez nous propose un livre censé dérider les zygomatiques, un roman «&amp;nbsp; &lt;em&gt;qu’aurait pu écrire un Thomas Pynchon obsédé par &lt;/em&gt;Ghost&amp;nbsp;», nous dit la quatrième de couverture (ah bon&amp;nbsp;?). Or l’humour n’est pas la chose la plus universelle au monde, comme chacun sait. Ou, pour être plus précis, on ne rit pas tous aux mêmes blagues. Alors certes, parfois, Fernandez fait mouche, et son inventivité est réjouissante, mais il arrive aussi (souvent &amp;nbsp;!) que ses blagues ou ses situations ubuesques tombent à plat, au point d’en devenir assez vite pénible. On sourit ça et là, certes, mais le reste du temps, pardon, c’est l’ennui qui gagne, un temps qu’on trompe d’ailleurs en comptant les nombreuses redites et les fausses bonnes idées – à l’image des sons, retranscrits en majuscules entre parenthèses, (COMME ÇA). D’où l’autre écueil du roman&amp;nbsp;: l’humour s’accommode mal des longueurs, et les textes les plus efficaces sont souvent courts (on pense ici à Fredric Brown ou Robert Sheckley). De fait, avec ses presque cinq cents pages, &lt;strong&gt;Connerland&lt;/strong&gt; en affiche deux cents de trop au bas mot. Autant dire qu’on se lasse (trop) vite de toutes ces péripéties, quand bien même l’auteur a le bon goût de convier Douglas Adams, Philip K. Dick, Kurt Vonnegut et quelques autres. Sans doute les amateurs du premier, ou ceux qui ont su lire «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Les Annales du Disque-Monde &lt;/strong&gt;» sans ressentir une pointe de lassitude au bout du quinzième tome, sauront-ils apprécier ce livre. Les autres pourront picorer ici et là quelques bons mots, une ou deux scènes saugrenues et marquantes, mais regretteront surtout que Laura Fernandez n’ait pas davantage resserré son écriture et évité l’overdose.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-gondolin.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-gondolin.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Chute de Gondolin&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;J.R.R. Tolkien – Christian Bourgois – avril 2019 (recueil inédit sous cette forme, traduit de l’anglais [UK] par Daniel Lauzon, Tina Jolas et Adam Tolkien – 227 pp. + 9 p. de plus. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Présentant &lt;strong&gt;Beren et Lúthien&lt;/strong&gt;, Christopher Tolkien expliquait que ce serait le dernier livre qu’il consacrerait à l’œuvre de son père. Mais &lt;strong&gt;La Chute de Gondolin&lt;/strong&gt; fait mentir cette prédiction – et c’est à un livre du même type, qui rassemble les divers états d’une même histoire, que nous avons à faire. L’édition française, là encore, a fait le choix de reprendre les traductions antérieures (Daniel Lauzon se chargeant du commentaire), mais nous échappons cette fois aux vers français maladroits du «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Lai de Leithian&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» (ouf).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Or ce conte est d’une grande importance dans le légendaire tolkiénien&amp;nbsp;: non seulement est-ce un des trois grands récits du Premier Âge, avec &lt;strong&gt;Beren et Lúthien&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Enfants de Húrin&lt;/strong&gt;, mais c’est aussi l’origine de tout cela, car le conte de Tuor est le premier à avoir été écrit par l’auteur, vers 1916-1917, alors qu’il se remettait de son expérience dans les tranchées, qui a pu l’inspirer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce «&amp;nbsp;&lt;em&gt;conte perdu&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» narre comment Ulmo, seul parmi les Valar à avoir conservé sa sympathie pour les elfes, mande un homme, Tuor, pour qu’il se rende dans la cité cachée de Gondolin, où Turgon règne sur les Noldor, dissimulés aux yeux de Morgoth. Tuor presse le roi d’agir&amp;nbsp;: les elfes doivent sortir de Gondolin et se battre – sans quoi la cité tombera. Mais Turgon refuse d’écouter Tuor, et une trahison précipite la destruction de Gondolin&amp;nbsp;; rares sont ceux qui survivent à la terrible bataille, mais les exilés de Gondolin, tout elfes qu’ils soient, se rallient à la bannière de Tuor, qui a épousé l’une des leurs&amp;nbsp;; leur fils est Eärendel, le semi-elfe qui obtiendra des Valar qu’ils viennent au secours de la Terre du Milieu – avant de veiller dans les cieux sur la captivité de Morgoth, jusqu’à ce que l’ultime prophétie de Mandos se réalise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le conte, dans son style archaïsant, est un texte ample et épique, où le récit de la bataille occupe une place importante. Mais il constitue la seule version achevée de cette histoire. Par la suite, le perfectionniste Tolkien y est revenu, mais au travers de récits plus laconiques et fragmentaires. Cependant, après avoir achevé &lt;strong&gt;Le&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Seigneur des Anneaux&lt;/strong&gt;, il entreprend de réécrire son conte séminal – mais, déprimé, il ne mènera pas ce projet à terme&amp;nbsp;: la «&amp;nbsp;dernière version&amp;nbsp;» est donc celle des &lt;strong&gt;Contes et légendes inachevés&lt;/strong&gt;, récit qui s’interrompt au moment où Tuor contemple pour la première fois Gondolin – sa vie dans la cité cachée n’est donc pas abordée, et la bataille pas davantage. Ce fragment souligne par défaut une nouvelle approche, où ce qui compte est le voyage – et le récit, sur un rythme posé, abonde en belles descriptions d’un Beleriand semi désert.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit a beaucoup évolué, et Christopher Tolkien en livre un commentaire qui passionnera les amateurs d’exégèse&amp;nbsp;; demeure que ce livre ne se lit pas comme, mettons, &lt;strong&gt;Les Enfants de Húrin&lt;/strong&gt;. Mais il a sa beauté propre – dans la furie grandiose de la bataille, comme dans la vague mélancolie qui saisit le voyageur en Terre du Milieu, accompagnant Tuor, le premier des hommes à contempler la mer…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et Christopher Tolkien boucle la boucle&amp;nbsp;: après le commentaire, il compile d’autres fragments, portant sur les exploits d’Eärendel, et le rôle qu’il jouera à la fin des temps. Ce qui est pertinent&amp;nbsp;: ce conte n’a finalement jamais donné lieu à un récit ample et spécifique – mais on ressent combien il comptait pour l’auteur, autant que le conte de Tuor qui en constituait le prologue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’entreprise du légendaire tolkiénien est unique – et &lt;strong&gt;La Chute de Gondolin&lt;/strong&gt; en est une confirmation en forme d’apothéose. Un ouvrage fascinant – même si sa part inédite est limitée, et si sa forme particulière ne parlera pas à tous les lecteurs.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-souvenirsdelaglace.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-souvenirsdelaglace.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les souvenirs de la glace – Le livre des martyrs T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Steven Erikson – Leha, coll. “Leha romans” – avril 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [Canada] par Nicolas Merrien – 1152 pp. GdF. 27 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Troisième volume de la décalogie&lt;strong&gt; «&amp;nbsp;Le livre des martyrs&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Les souvenirs de la glace&lt;/strong&gt; est le premier inédit en français. Plusieurs lignes narratives s’entrecroisant dans le cycle&amp;nbsp;: ce tome 3 ne fait donc pas directement suite au tome 2, mais se déroule en parallèle, poursuivant l’intrigue du tome 1. Il montre l’improbable alliance entre les Malazéens d’une part, et les forces de Rake et Rumin d’autre part, afin de combattre une nouvelle menace qui s’étend sur le continent de Genabackis, le Domin de Pannion. Dirigé par un oracle tellement tyrannique qu’il affame sa propre population au point qu’elle en est réduite à pratiquer le cannibalisme, cette théocratie est en expansion constante. Le récit sera donc rythmé par deux batailles opposant l’alliance et les forces du Domin, d’abord lors du siège de la ville de Capustan, puis lors de l’attaque de la cité de Corail. Mais l’intrigue ne se réduit pas à la lutte entre deux factions, car derrière cette façade terrestre, se cache en fait, en coulisses, celle entre des dieux et des races anciennes qui ressurgissent d’un lointain passé – le trope classique en &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; de la menace emprisonnée, oubliée ou qu’on croyait vaincue et qui ne l’était pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman impressionne du fait de la puissance démesurée des individus impliqués, l’ampleur de l’échelle temporelle utilisée, du côté pyrotechnique de la magie et autres armes employées, de l’âpreté des batailles ou la noirceur de certains actes décrits (cannibalisme, viol de soldats mourants), de la maîtrise de l’auteur, qui brasse personnages, nouveaux et anciens, points de vue et lignes narratives sans jamais (tout à fait) perdre le lecteur, et bien entendu du fait de certains moments d’émotion poignante et de surprise vertigineuse, bien que sur ce plan là, nous le placerions un peu en-dessous du tome 2. On notera toutefois qu’entre la fin du siège de Capustan et le début de l’assaut de Corail, le rythme et l’intérêt subissent une baisse qui, si elle ne remet pas en cause la valeur considérable de l’ouvrage, est tout de même assez sensible. On notera aussi que l’univers, déjà d’une richesse impressionnante, s’étoffe beaucoup, puisque nous en apprenons énormément sur différentes races, divinités, magies ou sur d’autres continents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le fond, donc, rien de bien méchant à dire sur ce roman, hautement recommandable pour qui ne craint pas une fantasy d’une noirceur absolue, tellement homérique qu’elle est à la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; épique «&amp;nbsp;normale&amp;nbsp;» ce que Greg Egan est à la &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt;. Reste le sujet épineux de la traduction. C’est à nouveau Nicolas Merrien qui officie, et si l’ouvrage se révèle tout à fait lisible, la prose fluide et non dépourvue, parfois, d’une certaine élégance, et qu’on sent que les problèmes soulevés par le camarade Bonnet dans notre n°&amp;nbsp;93 ont en bonne partie été réglés, il ne faut tout de même pas la regarder de trop près. Plus on avance, et plus les points de crispation s’accumulent pour le lecteur doté de sens critique. Le plus visible étant les innombrables «&amp;nbsp;ouaip&amp;nbsp;», qui, d’une part, s’ils sont adaptés au troufion malazéen, passent beaucoup moins bien pour des personnages plus distingués (et dénotent donc une rupture de ton malvenue), mais qui, d’autre part, constituent une évolution bienvenue par rapport aux «&amp;nbsp;yep&amp;nbsp;» du tome 2. On ose donc espérer des «&amp;nbsp;ouais&amp;nbsp;» pour le tome 4, et, soyons fous, des «&amp;nbsp;oui&amp;nbsp;» pour le 5&amp;nbsp;! Nicolas Merrien n’est pas Emmanuel Chastellière, traducteur désormais expérimenté et au style élégant, et plutôt que de balayer les critiques pour ne retenir que le dithyrambe, on lui conseillera de remettre avec humilité son ouvrage sur le métier, afin d’offrir à la formidable matière première tissée par Erikson la traduction qu’elle mérite.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Apophis&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Pour toujours l'humanité</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/11/Pour-toujours-l-humanite" rel="alternate" type="text/html" title="Pour toujours l'humanité" />
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      <published>2019-07-11T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-07-11T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Léo Henry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;henry-pourtoujours-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/henry-pourtoujours-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Afin de célébrer le cinquantenaire de l'alunissage d'Apollo 11 et la parution du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-95&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost 95&lt;/strong&gt; spécial Lune&lt;/a&gt;, nous vous invitons à (re)découvrir &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Pour toujours l'humanité&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;. Léo Henry déploie dans cette nouvelle uchronique une ambiance étrange et décalée, une certaine nostalgie, une écriture au cordeau… avec la lune en ligne de mire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Léo Henry au sommaire du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-83&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 83&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, vous est proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/leo-henry/pour-toujours-l-humanite&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 11 juillet au 31 août 2019. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;henry-pourtoujours-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/henry-pourtoujours-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration © Jubo, 2018&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p class=&quot;introtexte&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;These men were the first, and they will remain the foremost in our hearts. For every human being who looks up at the moon in the nights to come will know that there is some corner of another world that is forever mankind.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;Richard Nixon, 21 juillet 1969&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au début de l’été&amp;nbsp;2010, au mois de juillet il me semble, j’ai passé une nuit dans la petite ville de Feurs sur le piémont du Massif Central. J’allais de l’Alsace à Toulouse, sans intention d’arriver dans la journée, et j’ai quitté l’autoroute à Lyon pour les longs virages d’une départementale encaissée à fond de vallée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai traversé des villages-étapes dédaignés depuis les années soixante ou soixante-dix&amp;nbsp;; d’anciens corps de ferme, transformés à l’époque en cantines pour camionneurs, s’affaissaient doucement derrière leurs glycines. Dans les tournants de la voie surgissaient soudain des pans de murs orphelins de leurs bâtisses et peints de réclames pâles pour apéritifs obsolètes. Des bornes kilométriques, rouges et blanches comme celles du jeu de carte, ponctuaient ce voyage dans le temps&amp;nbsp;; le soleil, par-dessus, sombrait avec une lenteur de saison.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je roulais depuis le matin, mon poignet droit commençait à me faire mal et l’odeur de l’habitacle à me devenir insupportable. Une fois passé le panneau d’entrée de Feurs, j’ai décéléré à trente, et c’est à ce train que j’ai fini ma course devant un hôtel «&amp;nbsp;une étoile&amp;nbsp;». Le moteur enfin coupé, le silence m’a paru accueillant et comme familier. Les rues étaient désertes, c’était un jour de semaine, un mercredi peut-être, et je ne me souviens pas d’avoir remarqué d’autres voitures sur les quatre emplacements du parking privatif. Je suis sortie pour m’étirer. L’air du dehors m’a frappé, vif et frais, il sentait les arbres, le soleil et le métal chauffé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’hôtel était tenu par un couple, la cinquantaine tapée, dont trois décennies consacrées à la même tôle, avec des souvenirs d’enfants petits, puis ados, puis partis. Les murs du hall étaient tendus de tissu marron au travers duquel on avait punaisés des cadres un peu sales&amp;nbsp;: photos début de siècle, cartes postales, polaroids d’hôtes fameux à l’époque. Il y avait un comptoir haut et étroit, un porte-prospectus, un tapis cloué sur l’escalier qui menait aux chambres et, à main droite, un minuscule salon&amp;nbsp;: trois fauteuils, une table basse en verre fumé, une cheminée décorative pleine de magazines. Une vieille femme aux cheveux bleuâtres, à la peau très bronzée, y fumait une cigarette de dame sans quitter des yeux son gros livre de poche. La propriétaire, après s’être assurée que je voulais bien une double avec salle de bain pour une nuit, me pria de la suivre à l’étage. À mi-chemin de la montée, elle me glissa d’un air de confidente&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est madame Collins. La femme de l’astronaute.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me suis jetée sur le lit, large et plutôt dur. J’ai regardé le plafond un moment, puis somnolé, et quand je me suis décidée à prendre une douche, le soleil rasait les toits des manufactures. Je suis descendue en vitesse, voir si je pouvais encore trouver un endroit où dîner.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À côté de ma voiture était à présent garé un pickup japonais de location. Deux cannes de lancer dépassaient de la benne et un vieux monsieur à lunettes, maigrelet, totalement chauve, verrouillait la portière-conducteur. Il portait un polo Lacoste bleu pâle, des bermudas kaki, des chaussures de tennis beige et des chaussettes blanches remontées hauts sur ses mollets imberbes. Il se tourna vers moi pour me saluer de la tête et d’une ombre de sourire. C’était Michael Collins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Se voyant reconnu, son sourire s’élargit davantage, jusqu’au rictus professionnel. Il ressemblait encore plus, ainsi, à l’homme de trente-neuf ans dont j’avais punaisé le portrait sur la porte de ma chambre de petite fille. La même intelligence dans le regard, le même air goguenard d’enfant indiscipliné. Nous ne devions plus être nombreux, dans le monde, capables de l’identifier d’un seul coup d’œil, une poignée de fidèles. Suffisamment tout de même pour l’avoir habitué à l’embarras de la reconnaissance. Mon estomac s’était noué et je restai là, sans trouver quoi lui dire. L’hôtel donnait sur une manière de place sans intérêt ni rien à regarder. J’étais soudain projetée dans un temps archéologique, un chez-moi aux trois-quarts oublié, quarante années en arrière dans ma propre existence. Quelque part dans ma mémoire persistaient des espaces, des lumières, des odeurs qui avaient structuré ma façon d’être, tout en me devenant, peu à peu, plus étrangers que des paysages imaginaires de vallée perdue au fond de la jungle amazonienne. Le vieil Américain passa en soupirant, las lui aussi, et disparut dans l’hôtel sans m’adresser un mot.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai marché au hasard des rues de Feurs qui, sans signe avant-coureur, peuvent se changer en chemin de terre et déboucher dans un champ, jusqu’à trouver la pizzeria. À la serveuse adolescente, je commandai un pichet de Côte du Rhône, une salade verte, une calzone. La radio passait Rire &amp;amp; chansons à très bas volume. Je suis restée seule dans la salle, sans prêter attention aux éclats de conversation, aux bruits de cuisine derrière le rideau de perles en plastique. J’attaquais le vin, opaque et acide, quand la porte s’ouvrit à nouveau. Michael Collins n’hésita pas longtemps avant de prendre place face à moi. «&amp;nbsp;Je suis un pêcheur&amp;nbsp;», me dit-il en français. Puis, après un silence&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;I trust you speak english, now, don’t you&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&amp;nbsp;», ce que je confirmai d’un hochement de tête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il était bien plus petit que dans l’idée que je m’étais faite de lui, et ce n’était pas seulement dû à son âge. Toutes mes images mentales étaient en noir et blanc et ses gestes mêmes avaient une soudaineté tranchante que je ne lui avais jamais prêtée dans mes rêveries. J’étais vaguement déçue et ce n’était que ma faute, confrontée à la réalité, la chair d’une idée qui m’avait obsédée aux alentours de mes huit ans. J’étudiais le vieux type sans parler, terrifiée à l’idée qu’il me pose une question, qu’il me force à revenir là-bas, à me justifier de la passion que je lui avais vouée, cette fascination précoce pour les destinées tragiques, et à témoigner de ce à quoi mon enfance avait ressemblé, des gouffres sur lesquels s’était bâtie la femme que j’étais devenue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il remplit son verre à eau avec mon vin, goûta, grimaça puis but.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mon épouse Patricia a beaucoup de mal à dormir le matin, commença-t-il en anglais. Elle dîne sans m’attendre, se met au lit avec les poules. Elle s’allonge sur le côté, se retourne au bout de quelques minutes, et la voilà partie. Ce n’est pas l’âge. Elle a toujours fait ça. Avant je me levais parfois à l’aube, croyant encore à ces conneries de ver pour le premier levé, et la trouvais en train de finir l’entretien du potager, ou un roman de trois cents pages.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Notre serveuse est revenue. Elle traînait des pieds en marchant. Sans regarder la carte, Collins a commandé une entrecôte forestière, des haricots au beurre, une bouteille de San Pellegrino, une autre de Beaujolais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est les Français qui m’ont fait découvrir la pêche, la nourriture et l’amour, reprit-il après avoir séché son verre en deux longues gorgées. Tout ensemble. On amenait les filles au bord des lacs, le vin blanc dans la glacière pour les poissons, on s’installait sur les berges, et de là… Tu connais la Meurthe&amp;nbsp;? J’étais sur la base de Chambley, je pilotais des chasseurs. Pat s’occupait du centre récréatif. On a traîné ensemble au bord de l’eau, fait des tours en canot. Ça la faisait rire de me voir ramer. J’étais plutôt baraqué. On s’est marié au village, en deux langues, ensuite le maire nous a saoulés. Il avait une collection de pinard comme j’en ai jamais revu depuis. Un Haut-Brion inoubliable.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La lycéenne est revenue avec un rouge très oubliable et c’est moi que Collins a désignée pour goûter. J’ai trempé mes lèvres, opiné vaguement, et elle en a empli deux verres propres tandis que l’astronaute essuyait les carreaux de ses lunettes sans monture dans le coin d’une serviette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je suis assis dans le module de commande, à échanger froidement avec les mecs de la base, dit-il quand elle se fut éloignée. La litanie des processus techniques. Vérifier, revérifier. Devenir une partie de la machine. Les yeux rivés sur les cadrans, je ne vois pas les deux autres. Je suis posé là, au sommet de cet amas géant d’électronique et de propergol, et je pense à ma femme, au vin de mes noces, à mes rosiers malades qui m’attendent au Texas. Qu’est-ce que c’est que cette histoire&amp;nbsp;? Qu’est-ce que je vais foutre là-haut&amp;nbsp;? Et pourquoi moi plutôt qu’un autre&amp;nbsp;? On m’a souvent demandé pour les pilules de cyanure. Pourquoi aucun équipage n’en a jamais été doté. Ma réponse est toujours la même&amp;nbsp;: avant Apollo 9, personne n’y avait accordé une seule pensée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;» Tu te souviens, bien sûr, de Gemini 10. C’est la deuxième sortie qui m’avait valu des points. Tout le monde a vanté le sang-froid dont j’avais fait preuve au moment où j’avais lâché prise. Le fait que, non seulement j’avais réussi à sauver ma peau, mais que j’avais aussi ramené la plaque de l’étage-fusée qu’on était venu chercher. Dès fois je me dis que, sans cette maladresse, je n’aurais pas été du vol lunaire. La décision tenait à très peu de chose&amp;nbsp;: des magouilles internes, des contraintes matérielles. Et ce calme dont j’avais fait preuve là-haut, je peux te le jurer, c’était bien malgré moi. Je ne sais pas pourquoi, quand j’étais en mission, je n’ai jamais eu peur. La survie est une affaire de technique plus que de psychologie. Effectuer le bon geste au bon moment demande trop de concentration pour laisser place à la crainte. Ce qui me crucifiait, c’était les temps morts. Quand on avait le temps de penser à ce qui pourrait arriver aux autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;» Même dans le module de commande, les sièges auraient pu être inversés. Moi à la place d’Aldrin. Parfois je me dis que ça aurait été pour le mieux. Que j’aurais su gérer les dernières heures. Que l’histoire m’a distribué la mauvaise place. Et dans ces moments-là…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il écarta les bras en haussant les épaules, un geste d’impuissance résigné et doux, et nous nous sommes tus tandis que la jeune fille disposait les assiettes, les plats à service, la corbeille de pain, l’eau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Bon appétit&amp;nbsp;», a ensuite fait Collins en français, sans me regarder, un morceau d’entrecôte saignant déjà piqué au bout de sa fourchette. Puis, tandis qu’il mastiquait, une brève expression de béatitude est passée sur son visage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Peut-être que je n’aurais pas eu peur. Peut-être que j’aurais su trouver des mots, adresser un message au monde. À mes supérieurs, au moins, à la Présidence. Peut-être que j’aurais pu donner un sens à ce moment terrible, changer la donne symbolique. Quelque chose pour la paix entre les peuples, qui marque l’âme de la nation. Mais sans doute que je me serais chié dessus moi aussi, que j’aurais hurlé dans les canaux de radio éteints. J’aurais sabordé ma combinaison, comme Buzz, ou prié, crié, pleuré comme Neil, jusqu’à ce que les réserves d’oxygènes tarissent. Peut-être que j’aurais déliré jusqu’au bout, ne sachant pas si on m’en tendait encore mais confiant dans le fait que quelqu’un, en orbite lunaire, continuait d’écouter pour ne pas rompre le fil, ne pas abandonner ses compagnons, ne pas se retrouver seul dans le vide de l’espace, qui est si noir et si étincelant à la fois. Ça aurait pu se passer comme ça, ou autrement encore. C’est un syndrome très documenté, la culpabilité du survivant. Et c’est le juste prix à payer pour tout ça.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’un geste de la main généreux il me montra son assiette, la mienne, la marine vénitienne en pastels dégoulinants, la ville de Feurs derrière les vitres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le football, les échecs, la Terre vue du ciel, énuméra-t-il. Les poissons invisibles dans les rivières du monde entier.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du jaune d’œuf un peu collé au fromage fondu avait saigné hors de mon chausson, humectant ma laitue. Comme le reste de l’univers dans lequel j’avais vécu, le Michael Collins de ma chambre d’enfant était calme et mutique. Il avait les traits lisses, l’air amusé&amp;nbsp;: un vieux gosse, du genre de ceux qui bricolent des maquettes trop compliquées pour eux. Son sourire me posait des questions dont je n’attendais aucune réponse. Qui étaient nos héros&amp;nbsp;? Qu’est-ce qui comptait pour nous&amp;nbsp;? Dans quel monde voulions-nous vivre&amp;nbsp;? La tombée en disgrâce de Collins après son retour sur Terre, sa disparition du paysage médiatique en avait fait, à mes yeux, le dernier des héros romantique. Il avait été, pour nous tous, l’archétype du déserteur. Celui qui s’en va, qui s’efface et se tait. Mais ce soir où il m’apparut en chair et os, il ressemblait bien trop à ce que j’avais cherché à esquiver moi-même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Physiquement, il rappelait mon propre père dans les années qui avaient précédé son décès, rabougri, tanné avec, dans son crâne réduit à une boule d’os, ce regard de jouisseur frustré, par le temps épuisé. Son bavardage, maîtrisé, feignant la franchise, était celui de toutes les femmes de ma famille, que j’avais pris en dégoût très tôt et m’étais jurée de ne jamais imiter. Comme des millions d’enfants de mon âge, j’avais rêvé de prendre place à ses côtés. J’avais volé vers la Lune, trois jours durant et veillé tard dans la nuit pour assister en direct, sur l’écran de la télé des voisins, collé à la gueule humide et froide de leur dogue allemand, à la petite danse de marionnette d’Armstrong, ses ébats de poisson gris dans l’aquarium spatial. Et Dieu&amp;nbsp;! que ce chien puait, et les vieux, endormis, ronflaient dans le canapé&amp;nbsp;; ils n’étaient pas plus âgés, alors, que je ne le suis désormais. J’ai regardé la mire longtemps avant de redescendre me coucher. Le lendemain on a appris pour la sonde russe, et le soir, à la radio, pour l’échec du redécollage du module lunaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Depuis le sol, le plus impressionnant, c’est la taille de la gerbe de feu. Elle plie l’air à des kilomètres à la ronde, elle le fait onduler, le rend épais comme un brouillard. On n’a jamais vu une telle débauche d’énergie pour une si courte performance. C’est le prix à payer pour arracher trois types et leur vaisseau à la gravité terrestre. Le premier pas de l’homme hors de son petit jardin est celui qui demande tous les efforts. Ensuite, il ne s’agit plus guère que de diriger des trajectoires. Se laisser glisser. Les semelles de plomb qui nous clouaient à la Terre nous ont été ôtées&amp;nbsp;: les trois cent quatre-vingts mille kilomètres qui nous séparent de la Lune se traversent moteurs éteints. Quatre jours de chute libre, sans haut, sans bas. Les milliers de tonnes de carburants grillées n’ont été que le prix exorbitant de notre libération.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;» Avant Apollo 9, on m’a souvent demandé ce que ça fait de se trouver dans l’espace. La vérité, je n’ai jamais su la dire. Une partie de moi est persuadée de ne pas y être allé. Il n’existe rien d’imaginable qui ressemble à l’espace. Survoler la face cachée de la Lune, ça n’a aucun sens. Est-ce que le fait de ne pas pouvoir penser ces lieux n’est pas la preuve qu’ils n’existent pas&amp;nbsp;? Quel homme peut prétendre avoir vu la Terre en son entier, l’avoir embrassée d’un coup d’œil dans son cadre de plus en plus noir, de plus en plus vide à mesure qu’elle s’éloigne, jusqu’à la voir changée en une boule colorée et brillante, une bille que l’on pourrait mettre dans la poche, un astre de plus au milieu du ciel&amp;nbsp;? On ne quitte jamais la Terre. On ne se défait pas aussi simplement de la compagnie des hommes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;» Tout s’est passé comme prévu. Parvenus dans le voisinage lunaire, on a remis les moteurs en route pour ralentir notre course, nous placer en orbite à quelques centaines de kilomètres. Puis on est descendu encore, le plus près que j’ai jamais été de la Lune, et Neil et Buzz sont passés dans Eagle, le module de descente. Je n’ai pas souvenir de leur départ, aucune dernière image de leur visage ou de leur combinaison. Nous ne cessions de parler entre nous et avec Houston, paramétrage après paramétrage, toutes les communications entrecoupées de grésillements. Jusqu’au bout, je me souviens de mes amis sous la forme de ces voix calmes, hachées de parasites. Ils ont mis les moteurs de descente en route. Nous nous sommes quittés. Eux filaient vers la surface, moi vers l’autre côté de la Lune. Quelques minutes plus tard, je le savais, les communications entre Eagle et Columbia seraient coupées pour trois quarts d’heure. “Continuez de me parler, les gars”. C’est la dernière chose que je leur ai dite, avant qu’ils ne passent hors de portée de mes ondes radio.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Collins s’arrêta de raconter pour finir son assiette. Il mangeait comme un vieux, lentement, avec méthode. Mais il finit tout, but deux verres de vin coup sur coup et essuya sur l’émail les dernières traces de sauce avec de la mie de pain. Contrairement à nous tous, Michael Collins n’avait pas suivi l’alunissage en direct. Seul aux commandes de Columbia, coupé de ses collègues et de la Terre, il glissait dans cet espace indicible que la Lune cache aux télescopes terrestres. J’ai souvent imaginé ce qu’il avait pu ressentir alors. L’isolement du naufragé en mer, sur un canot de fortune, ignorant tout de sa position. Le frisson de la liberté absolue, la certitude d’être invisible, délié, sans responsabilité ni mémoire, et de vivre pourtant. «&amp;nbsp;J’étais très calme, avait-il déclaré lors d’une courte interview donnée dans les années 80. Je ne pensais à rien.&amp;nbsp;» Pendant mon adolescence, je revivais jusqu’à l’hypnose ce moment de l’expédition lunaire. Le temps d’absence de l’homme resté en haut. Son module qui tombe à toute vitesse dans un parfait silence. La Lune, masse colossale et noire. Et cette minuscule miette d’humanité dans le vide du cosmos. Je confondais le clignement des diodes et le ronron des machines avec les aiguilles phosphorescentes de mon propre réveil de chevet, avec les bruits d’eaux dans les murs de notre HLM.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Collins n’a pas suivi l’alunissage périlleux d’Armstrong et d’Aldrin, vingt-cinq secondes seulement avant que le carburant de descente ne soit épuisé. Quand il est revenu de ce côté du monde, Eagle reposait dans son cratère de la mer de la Tranquillité et ses camarades, surexcités, prétendaient renoncer au temps de repos programmé pour hâter leur sortie. Le veilleur, en orbite, continuait de tourner. Trois-quart d’heure côté pile, lié à la Terre et la Lune. Puis trois-quart d’heure de cécité et de surdité, livré à lui-même, à ses rêves et à ses craintes. Lorsque Neil puis Buzz se sont extraits du module, Michael Collins n’était à nouveau plus là pour entendre les mots du premier homme à fouler un sol extraterrestre, son petit pas à lui, le bond de géant pour l’espèce humaine. Il n’entendit pas plus, quelques minutes après, la déclaration de son acolyte, plus solennelle encore, et qui continue aujourd’hui de me faire frissonner&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est une magnifique désolation.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les craquements de la radio reprenaient, puis s’effaçaient. La sortie lunaire suivait son cours, partition cent fois rejouée dans les décors de Langley, tandis que Columbia, satellite du satellite, clignait dans le ciel, pulsant comme un cœur infiniment ralenti. Plus tard, lorsque Collins revint une fois encore, c’était le président Nixon qui papotait avec Eagle comme on converse au téléphone, en direct à la télé. «&amp;nbsp;J’ai eu honte pour lui, à ce moment-là, honte pour nous. J’ignorais, bien sûr, ce qui allait se produire. Mais je savais que ça restait une possibilité&amp;nbsp;», déclarait-il dans le même entretien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La serveuse revint voir si nous voulions des desserts, des cafés. Ma demi-pizza abandonnée était froide et figée et je l’étudiai avec curiosité, comme si je la voyais pour la première fois. Nous venions de passer de longues minutes sans rien dire, en tête à tête. Je ne me sentais ni nerveuse ni impatiente, simplement ailleurs, regardant sans vraiment les voir mes couverts souillés, les auréoles de vins anciennes et les autres plus récentes dans les fibres de la nappe amidonnée, les grains de sel, les gouttes d’eau encore formées en perles minuscules, la brisure dans le tressage de la corbeille à pain. Sans me consulter, Collins refusa toutes les propositions, puis se leva après avoir posé sur la table trois billets de vingt euros neufs tirés d’un long portefeuille de cuir noir. Je le suivis dehors. Il faisait tout à fait nuit et je m’aveuglai un instant en allumant une Marlboro dans le creux de ma main.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les précédentes missions Apollo nous avaient permis de répéter chaque étape en environnement réel. Tout avait été vérifié, contrôlé. Nous savions faire les choses et nous savions que nous le savions. Ne restait qu’une incertitude&amp;nbsp;: le redécollage d’Eagle. Nos modèles étaient théoriques et nous n’avions aucune assurance quant à la façon dont le module se comporterait une fois sur la Lune. Nous ne parlions jamais de ça entre nous, mais j’en avais discuté dans un bar avec des techniciens, et leurs estimations étaient de l’ordre de cinquante-cinquante. Une chance sur deux que ça fonctionne. Après ça&amp;nbsp;: le rendez-vous dans l’espace, le retour des copains à bord de Columbia. Le chemin vers la Terre, la routine.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Collins marchait dans les rues de Feurs, je le suivais, deux ombres glissant d’un cône de lumière à l’autre, liés par le fil de voix éraillée qui poursuivait son monologue. Il était évident que nous ne retournions pas à l’hôtel, ou bien par des voies très détournées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je ne sais pas ce qui a foiré. Personne ne le saura jamais. Mais bien qu’aucun de nos supérieurs ne l’ait évoqué avec nous, j’ai découvert à ce moment-là que le cas de figure avait été prévu. Il y avait une fiche de procédure pour chaque problème, pourquoi celui-là aurait fait exception&amp;nbsp;? Elle tenait à peu de chose. Prendre acte de l’échec. Couper les communications avec la Lune. Et ramener Columbia sur Terre. Tricky Dicky avait un discours sous le coude, dont Houston ne m’a pas épargné la diffusion. La seule chose qu’ils m’aient cachée, que je n’ai découverte que plusieurs semaines après, une fois sorti de quarantaine, c’était le succès de Luna 15. Tandis qu’Eagle échouait à relancer ses propulseurs, la sonde soviétique repartait de la Lune, chargée d’échantillons de roche de Mare Crisium. Personne ne nous avait prévenus que nous jouions à un jeu, jusqu’au moment où nous l’avons perdu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;» Neil et Buzz ont eu droit à des obsèques nationales. Des cercueils vides ont été inhumés à Arlington. Le prêche du pasteur était calqué sur celui des marins péris en mer. Les avocats ont détricoté le contrat qui me liait au magazine &lt;em&gt;Life&lt;/em&gt;, m’ont conseillé de me mettre au vert quelques mois. Je suis allé me cacher sur Marco Island, au sud de la Floride. Je restais toute la journée en mer ou enfermé chez moi, couché sur le transat. Éveillé, je ne pensais pas à grand-chose et je ne me souvenais d’aucun de mes rêves. Mais je n’ai rien oublié de ce que j’ai entendu là-haut, après que Houston a choisi de fermer son antenne et jusqu’à ce que les radios des naufragés lunaires se taisent pour de bon. Quand j’y repense maintenant, quarante années plus tard, c’est des images inventées qui me viennent, toujours les mêmes. Le scaphandre d’Aldrin, poupée pataude, comme filmé par Neil, à plat-ventre dans la poussière miroitante, écrasé par l’immensité de cette magnifique désolation. La visière dorée de son casque ne laisse rien deviner des traits mais je sais son visage gonflé, ses yeux exorbités, sa bouche tordue. Il ne voit rien, n’est vu que des étoiles. Et puis Armstrong, dans l’habitacle saccagé, évanoui, lentement asphyxié par sa propre haleine, le capitaine d’un vaisseau plus profondément échoué que dans le dernier abysse océanique. Eagle en avant-poste de l’humanité, un monument vide à notre gloire. Le drapeau américain, figé pour toujours. Et la surface lunaire, criblée par la chute continue, infinie, de minuscules météorites. Deux d’entre nous sont allés jusque là-haut. Ils y sont toujours.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne disais rien. Protégée par l’obscurité, je n’avais même plus l’obligation d’acquiescer pour laisser savoir que j’écoutais encore. Je me contentais de suivre Michael Collins, frissonnante dans l’air de nuit. Le ciel au-dessus de nous était presque aveugle, brouillé par les lumières de Feurs et l’humidité qui montait. Un chien aboyait de l’autre côté de la ville.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous avons descendu une rue raide au trottoir irrégulier, tourné à l’angle d’un terrain vague où étaient posées deux caravanes, et la nuit s’est soudain éclairée d’orange, une pluie d’étoiles jetées a crépité vers nous et des hommes noirs en combinaisons, comme sur une scène, ont paru dans le ventre du bâtiment ouvert. Nous avons fait halte, saisis, le temps de commencer à distinguer et de comprendre. Les portes arrière de l’usine avaient été roulées, dévoilant un espace densifié de fumées. Un tire-pal lourdement chargé se faufilait entre des colonnes de palettes. L’ouvrier le plus proche de nous coupa son poste à souder&amp;nbsp;: la fontaine d’étincelle faiblit, puis mourut. Quand, du gant, il souleva la vitre de son masque de protection, l’illusion se dissipa pour de bon. Collins recula d’un pas, esquissa un geste d’excuse. Nous avons tourné les talons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré nos tours et détours, nous ne nous étions qu’à peine éloignés de l’hôtel. Quelques minutes plus tard, nous étions accueillis par la veilleuse terne du perron. L’astronaute s’arrêta un instant, nos regards se croisèrent et il me sembla sur le point de dire quelque chose. Mais il se contenta de pousser la porte pour se glisser à l’intérieur. La patronne de l’hôtel l’accapara aussitôt, le questionnant sur sa journée de pêche. Je l’entendis lui répondre avec des éclats de joie, dans un français excellent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me suis assise sur les marches pour fumer une dernière cigarette. J’ai repensé, une fois encore, à cette fusée partie du Cap Canaveral un matin d’été de mes huit ans. Un appareil chargé d’emmener trois hommes sur la Lune et de les ramener sains et sauf une semaine plus tard, lestés de quelques kilos de caillasses. Deux mille neuf cents tonnes de machinerie et de carburant. Quatre cent millions de dollars. Tout ça envoyé en l’air et cramé en moins de dix jours, pour ne repêcher dans les eaux vertes du Pacifique que six tonnes de tôle noircie, et un occupant unique, le survivant, le perdant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qui a mesuré ce que nous avons dilapidé ensuite, quatre décennies durant&amp;nbsp;? De quel poids nous sommes-nous allégés&amp;nbsp;? Combien d’autres trésors avons-nous gaspillé sans nous en rendre compte&amp;nbsp;? La petite fille percluse de fatigue, debout malgré l’heure tardive, qui regardait Armstrong danser dans la télé est aussi floue dans ma tête que les corps sans vie que continue de rêver Collins. Elle demeure, comme eux, à l’abri du temps qui passe&amp;nbsp;: un rêve au sein d’un rêve, idée d’humanité dans l’esprit d’un humain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’éteignis ma cigarette et regardai le ciel. Il n’y avait pas de lune. Quand bien même&amp;nbsp;: je n’aurai rien pu y apercevoir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
&lt;h5&gt;Nouvelle reproduite avec l'accord de l'auteur.&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 95) – 1</title>
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      <published>2019-07-10T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-12T16:18:36+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-une1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-une1.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On a explosé les compteurs pour ce &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-95&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 95&lt;/a&gt;&amp;nbsp;! 200 000 signes de chroniques ou quasi, histoire de disséquer les parutions des derniers mois — 200 000 signes, oui&amp;nbsp;: on a connu des bouquins plus courts… Et encore, l’exhaustivité est loin d’être atteinte&amp;nbsp;; il a fallu choisir. Aussi, en complément du cahier critique de la revue papier, voici une première dizaine de critiques. Au programme&amp;nbsp;: du spatial, du temporel et de l'arachnide…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-redmoon.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-redmoon.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Red Moon&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Kim Stanley Robinson – Orbit – octobre 2018 (roman inédit en français – 464 pp. GdF. 16,91 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Lorsque Kim Stanley Robinson (KSR), l’auteur de la «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;trilogie de Mars&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», cycle probablement insurpassable en matière de colonisation de la planète rouge et d’émergence d’une culture autochtone, sort un roman consacré à la Lune, les attentes ne peuvent être qu’élevées. Hélas, elles seront déçues.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si, logiquement, Robinson met au centre de cette colonisation la Chine, qui domine le pôle sud de l’astre alors que toutes les autres nations, américains y compris, s’entassent au pôle nord, la colonie sélène n’est pas vraiment le point focal du récit. Car c’est en fait d’une anticipation du futur proche (2047) de la Chine dont il s’agit, et pas vraiment d’un planet opera comme pouvait l’être la «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;trilogie de Mars&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». L’intrigue est centrée sur une nouvelle révolution Chinoise, visant à changer une nation introvertie, autoritaire, mono-culturelle, patriarcale, et surtout à être sous le règne de la Loi et pas du Parti. Elle est concomitante à une crise financière aux États-Unis impulsant un de ces nouveaux modes de gouvernement dont KSR est friand (il joue avec la notion de gouvernance par Blockchain, sorte de démocratie hyper-directe où toute action officielle est contrôlable en permanence par le peuple). Il montre d’ailleurs toute l’interdépendance économique entre les deux pays.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il en profite pour décrire une Chine avec une citoyenneté à points, 500 millions de «&amp;nbsp;migrants internes&amp;nbsp;» illégaux horriblement exploités (vous êtes supposé travailler là où vous êtes né), une société de l’hyper-surveillance et de la dénonciation omniprésente, mais où le grand œil est à facettes, chacune étant contrôlée par un groupe militaro-sécuritaire différent, dans une balkanisation obscène de la « sécurité&amp;nbsp;». D’ailleurs, même au sein du Politburo, et alors que la succession du Président actuel est devenue inévitable, les factions sont innombrables, et en lutte d’influence féroce entre elles. Le conflit s’exportant sur la Lune, où, malgré le traité en vigueur, les militaires ont de plus en plus d’influence, et où les revendications territoriales, elles aussi interdites, ne sont pas loin quand un vaisseau américain installe une base provisoire au pôle sud.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le papier, tout cela est alléchant, surtout connaissant l’intelligence et l’érudition de KSR. Hélas, on ne peut qu’être déçu, et ce sur deux plans &amp;nbsp;: d’abord, ce qui est décrit de la colonisation est relativement maigre, peu crédible en termes de calendrier, même sachant la puissance de travail chinoise, capable de faire sortir de terre d’énormes infrastructures en un temps ridiculement court, et même avec des robots et des imprimantes 3D. De plus, certaines solutions techniques posent question. Enfin, on a le net sentiment que le propos n’est pas centré sur les Chinois sur la Lune en 2047 mais sur les Chinois en 2047 tout court.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ensuite, sur le plan littéraire, &lt;strong&gt;Red Moon&lt;/strong&gt; est à l’image de la production récente de KSR (sans atteindre le niveau catastrophique de &lt;strong&gt;2312&lt;/strong&gt;), c’est à dire affligé de multiples problèmes&amp;nbsp;: lourd déballage d’infos, longueurs excessives (il décrit en détail des semaines de planque de deux des personnages, alors que fondamentalement, il ne se passe rien), rythme mal maîtrisé, fin abrupte, soucis de crédibilité (la fille d’un ministre qui est l’âme de la révolution, les allers-retours Terre-Lune incessants), deux des trois protagonistes qui sont soit falot (à la limite de l’autiste savant), soit mono-dimensionnel, multiplicité de thématiques pas toujours assez développées (Intelligence Artificielle générale), etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les deux aspects cumulés font que &lt;strong&gt;Red Moon&lt;/strong&gt; n’est pas à la hauteur de ce que l’auteur de Red Mars a jadis proposé, et peut-être surtout, sur un aspect strictement lunaire, n’est pas non plus au niveau de ce que d’autres écrivains ont récemment publié, à commencer par Ian McDonald et son cycle «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Luna&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», qui, que ce soit sur le plan SF ou littéraire, bat Robinson à plate couture.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Apophis&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-brunner.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-brunner.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Tétralogie noire&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;John Brunner – Mnémos, coll. «&amp;nbsp;Univers&amp;nbsp;» – octobre 2018 (recueil rééditant quatre romans, traduits de l’anglais par Didier Pemerle, Frank Straschitz et Guy Abadia – 1198 pp. GdF. 38 euros)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le beau parpaing que voilà&amp;nbsp;! Et toujours aussi peu maniable… mais qui a le bon goût de compiler quatre romans majeurs de John Brunner – même si l’auteur ne les a semble-t-il jamais désignés sous ce nom de&lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Tétralogie noire&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; pourtant devenu très commun. &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; a été régulièrement réédité en français, mais ce n’était pas le cas de &lt;strong&gt;L’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;, du &lt;strong&gt;Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt; , indisponibles depuis fort longtemps. Or il serait dommage que le premier roman, certes un immense chef-d’œuvre, et le prix Hugo 1969, soit l’arbre qui cache la forêt, parce que &lt;em&gt;l’ensemble&lt;/em&gt; constitue une somme de la meilleure SF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est souvent prudent de se méfier quand on parle d’auteurs de SF « visionnaires&amp;nbsp;», qui «&amp;nbsp;prophétisent&amp;nbsp;», et cetera, mais, dans le cas présent, et même avec quelques lacunes notables d’ordre notamment technologique, très excusables, il apparaît clairement que Brunner est au-dessus du lot, bien au-dessus. Il est assez terrifiant à vrai dire de voir combien ces romans, écrits entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, et tous situés dans un futur proche, essentiellement la décennie 2010 (ça tombe bien), anticipent certains traits de notre monde contemporain, de la télé-réalité immersive au néocolonialisme économique, du repli sur l’irrationnel et la pseudoscience au racisme le plus paranoïaque et alimenté par le lobby des armes, de la destruction de l’environnement aux intellectuels-gourous, de l’omniprésence des médias aux ambiguïtés de la société de l’information dans un monde néolibéral, qui vire à la société de contrôle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est pas tant la prospective au plan technologique qui frappe le plus par sa justesse (il y manque assurément beaucoup de choses, même si &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt;, roman précurseur du cyberpunk, contient probablement ce qui se rapproche le plus de l’informatique personnelle, du piratage et des virus en même temps que d’Internet, avec ses dimensions de contrôle social mais aussi de redéfinition de l’identité, avant les années 1980), mais comment Brunner, dans ces quatre romans, anticipe notre manière de &lt;em&gt;penser&lt;/em&gt; – et peut-être surtout de penser &lt;em&gt;mal&lt;/em&gt;. Certains discours ne jureraient pas si on les extrayait de ce livre pour les attribuer, mettons, à des parlementaires niant le changement climatique – et certaines figures actuelles de la politique, de l’économie ou des médias, pourraient tout aussi bien, hélas, être des personnages de John Brunner…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais l’autre grande réussite de ces romans, et peut-être la plus appréciable de manière objective, c’est l’immersion incroyable qu’ils suscitent, notamment en jouant des principes que Brunner a piqué à Dos Passos et à sa &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;trilogie U.S.A.&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, et en mettant tout particulièrement en avant les médias – cette approche kaléidoscopique du monde, tout en fragments de publicités, de chansons, d’articles de presse, de notices de médicaments, avec des personnages éphémères témoins en forme de commentaire de l’intrigue à hauteur d’homme&amp;nbsp;; à vrai dire, pour cette même raison, l’intrigue passe régulièrement au second plan, s’il y en a une, et c’est très bien comme ça. C’est davantage marqué dans&lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;, ça l’est beaucoup moins dans &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt;, le roman le plus «&amp;nbsp;classique&amp;nbsp;» au plan de la narration, mais c’est tout de même un aspect remarquable de l’ensemble de cette tétralogie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vraiment de la SF haut de gamme – qui est bien de son temps par certains côtés, mais tellement au-dessus du lot et effroyablement juste sur tant de points qu’elle mérite bien qu’on y revienne. Et si&lt;strong&gt; L’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt; sont probablement un petit cran inférieurs (peut-être d’ailleurs parce que ce sont les deux romans qui recourent le plus à la quincaillerie SF – incluant pouvoirs psy aussi bien que robots et bizarreries temporelles, tandis que Nick Haflinger, dans le dernier roman, a des atours de héros autrement plus marqués que ses contreparties plus ambiguës dans les trois titres qui le précèdent), &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar &lt;/strong&gt;et &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;, le roman le plus noir de cette &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Tétralogie noire&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; (parce que sans concessions – dans les autres, Brunner ménage en dernier recours, et peut-être sans conviction, un très vague espoir utopique, qui jure dans le tableau impitoyable qui forme l’essentiel du récit), méritent sans l’ombre d’un doute d’être qualifiés de chefs-d’œuvre. Indispensable&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-risquezero.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-risquezero.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Risque Zéro&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Olga Lossky – Denoël – janvier 2019 (roman inédit – 336 pp. GdF. 20,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Futur proche. La société Providence, pour laquelle travaille Victorien en tant que réalisateur d’animations dispensant des conseils de façon ludique, commercialise une puce sous-cutanée surveillant la santé de ses clients et leur mode de vie comme le temps de sommeil ou les excès&amp;nbsp;: ainsi l’autocuiseur au courant de leur taux de glycémie ou de cholestérol est en mesure de proposer des menus adaptés à chaque membre de la famille. Sa femme Agnès, anesthésiste à l’hôpital, est mise en garde à vue pour n’avoir pas tenté, lors d’un arrêt cardiaque, de réanimer un patient jusqu’au bout. C’est en réalité Akim, le chirurgien vacataire, qui a quitté la salle d’opération au bout de dix minutes au lieu du quart d’heure réglementaire, comprenant qu’il n’y avait plus rien à faire. Durant sa nuit en cellule, en attendant l’interrogatoire du lendemain, Agnès dont la panique fait s’emballer le cœur de façon dangereuse en raison d’une bénigne malformation cardiaque, frôle la catastrophe. Victorien, qui suit son calvaire à l’aide de l’autocuiseur connecté sur sa puce, conçoit à l’aide de son fils, au cours d’une nuit blanche, un jeu vidéo pour faire prendre conscience des rigueurs d’une incarcération. De son côté, Agnès, libérée mais sous le coup d’une mise en examen, remet en question cette société planifiant la vie de tout un chacun et part se ressourcer dans la hutte en paille de ses grands-parents avant de s’engager dans une clinique à vocation humanitaire dans un township d’Afrique du Sud, embarquant avec elle, malgré l’absence de sécurité, d’hygiène et de ressources, sa fille de cinq ans et son fils adolescent, ainsi que son arrière-grand-père de cent huit ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mal fichu, mal écrit, ce roman qui tient à dénoncer la société du contrôle numérique individuel, enfonce des portes ouvertes avec un scénario aussi incohérent que naïf. Les personnages agissent selon le propos qu’ils sont chargés de véhiculer et non en fonction de leur psychologie. Le principal défaut consiste à expliquer au lieu de montrer&amp;nbsp;: la narration se focalise sur le point de vue des protagonistes jusqu’à multiplier les contradictions en tentant de justifier le moindre de leurs actes. L’écriture, très plate, est au niveau de la narration. Le plus consternant peut-être est que le roman bénéficie un peu partout d’une bonne presse. Le lecteur de science-fiction, lui, passera son chemin.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-reincarnation.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-reincarnation.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Reincarnation Blues&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Michael Poore – Bragelonne – janvier 2019 (roman inédit traduit de l’américain par Cédric Degottex – 412 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Milo est un quinquagénaire plutôt cool. Il vit en bord de plage, promène de riches clients en mer quand il a besoin d’argent, boit tranquillement des bières devant l’océan avec son chien et le soir retrouve sa compagne du moment. Mais un requin affamé met fin à ce bonheur, certes caricatural, mais suffisant. Exit Milo&amp;nbsp;? Pas vraiment. Car cet individu n’en est pas à son premier décès. Loin de là. Il approche en fait de sa dix millième mort. Pas mal, hein&amp;nbsp;? C’est d’ailleurs le détenteur du record. Les autres parviennent à la perfection au bout de leur millième réincarnation à quelques centaines près. Mais dix mille&amp;nbsp;? Cela commence à faire beaucoup. Trop aux yeux du grand boa cosmique. D’ailleurs, si Milo ne parvient pas, enfin, au stade ultime très rapidement, c’en sera définitivement terminé pour lui. L’univers a beau être patient, à force, il se lasse. Donc, encore cinq réincarnations et c’est le grand plongeon dans le néant, la dissolution, la disparition définitive. Milo a donc sacrément intérêt à se bouger le derrière&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’idée de départ est fort séduisante et offre de bonnes possibilités narratives&amp;nbsp;: époques variées, classes sociales multiples, tonalités diverses, et un discours sur la vie après la mort toujours porteur. Ajoutons à cela une imagination riche et assez variée de l’auteur. De quoi obtenir un cocktail plaisant. Et même plus. Oui mais voilà, Michael Poore aime trop la facilité et il ne tient pas la longueur. Rappelons d’abord que &lt;strong&gt;Reincarnation Blues&lt;/strong&gt; est son premier roman publié. Auparavant n’étaient parues de lui que des nouvelles. Et cela se ressent grandement dans ce texte&amp;nbsp;: si Milo à la recherche du salut et de l’amour (eh oui, il est en couple avec la mort&amp;nbsp;: ça calme&amp;nbsp;!) offre un fil rouge efficace au récit, ce roman ressemble tout de même plutôt à une suite de courts récits enchâssés dans une vaste structure. De nombreuses nouvelles, plus ou moins réussies, plus ou moins inspirées, plus ou moins cruelles (l’auteur n’hésite pas à aller loin dans la déchéance de son héros), avec pour personnage central une réincarnation de Milo dans le passé ou le futur (à ce propos, Michael Poore nous prépare un avenir bien sombre). Avec des fins plus ou moins impressionnantes (dont l’une, à base de survol de murailles, qui n’est pas sans rappeler une aventure du célèbre baron de Münchhausen), mais sans lien véritable entre elles, d’où un sentiment de récit décousu. Tout cela tend bien vers l’issue finale – Milo va-t-il enfin, grâce à des existences de plus en plus vertueuses, atteindre le nirvana&amp;nbsp;? –, mais, souvent, cela reste tiré par les cheveux, le lien entre les différentes histoires demeurant artificiel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ne rien arranger, Michael Poore se laisse parfois aller aux blagues faciles, à l’humour potache à base de pipi, caca, prout et bière faisandée. Gageons que l’auteur devait faire un malheur sur le campus. Mais dans le roman, ça tourne vite un peu en rond. Et les structures des phrases, comme le vocabulaire sont souvent trop familiers. À trop vouloir aller vers la simplicité, le style parlé, le roman finit par sembler bâclé par moments.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela rend-il la lecture de &lt;strong&gt;Reincarnation Blues&lt;/strong&gt; à proscrire&amp;nbsp;? Loin de là&amp;nbsp;! Les vacances sont bientôt là pour beaucoup. Le soleil et la chaleur (pas trop, quand même) aussi, en principe. Les conditions idéales pour déguster ce roman léger, sympathique et entrainant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-chasseurs.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-chasseurs.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Chasseurs de sève&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Laurent Genefort – Critic, coll. «&amp;nbsp;Science-fiction&amp;nbsp;» – février 2019 (réédition – 215 pp. GdF 18 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Laurent Genefort aime les livres univers et &lt;strong&gt;Les Chasseurs de sève&lt;/strong&gt;, en dépit de sa brièveté, en est un.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’Arche est immense au point qu’elle se fait monde&amp;nbsp;: plusieurs générations après l’installation de l’être humain sur ses branches, ne subsistent plus de l’Univers extérieur que des souvenirs si imprégnés d’interprétations morales et même religieuses qu’ils ne sont plus que des mythes. Lorsque la perspective humaine se rétrécit et que l’oubli embrume le récit des origines, la spiritualité se fait restrictive et peut conduire au fanatisme &amp;nbsp;: chaque tribu de l’Arche est un «&amp;nbsp;&lt;em&gt;famil&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui peut tolérer l’existence d’autres communautés… sans se défaire pour autant d’un très fort esprit de clocher. La survie des clans de l’Arche dépend de son exploitation du végétal géant, pourvoyeur de biomasse primaire – la sève — comme secondaire – celle des innombrables plantes épiphytes ou parasites et des animaux qui prospèrent sur le tronc. Le biologiste ne peut qu’être fasciné par l’argument de ce texte&amp;nbsp;: tout système vivant est ouvert sur son environnement et entretient par conséquent des flux de matière et d’énergie avec celui-ci&amp;nbsp;; leur interruption sanctionne la fermeture du système et donc sa mort&amp;nbsp;; et l’Arche n’est de toute évidence pas immortelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour Piérig et les autres habitants de l’Arche, le danger ne provient pas des tribus rivales ou même des autres humanités dont la présence est signalée sur la canopée&amp;nbsp;: pareil danger serait de nature sociologique&amp;nbsp;; et s’il y a danger sociologique dans cette histoire, ce qui intéresse Laurent Genefort c’est plutôt de montrer comment le péril écosystémique peut le déterminer. L’Arche se meurt, et avec elle vont mourir à la fois un mode de vie et des spiritualités ignorant l’infini de l’horizon. En ce sens, le voyage de Piérig est à la fois picaresque et wulien&amp;nbsp;: il s’agit pour l’individu de changer de perspective par le contact d’un monde étrange, qu’il découvre bien plus grand que sa propre expérience de vie. Les périls rencontrés sur la route – qu’ils soient ceux d’un écosystème en cours d’effondrement, ceux des cultures étrangères ou même ceux de la verticalité – sont autant d’épreuves destinées à modeler un homme nouveau. Certains voyageurs n’y survivront pas, d’autres se révéleront incapables de survivre à la péremption de leurs modes de pensée&amp;nbsp;: l’expérience nouvelle devra de toute façon faire tache d’huile. Le changement écosystémique annoncé par les péripéties de la quête aura donc des contrecoups sociologiques et spirituels remarquables&amp;nbsp;: quand le monde change, l’homme change aussi – et le monde change alors en retour…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est donc un texte aussi passionnant qu’humaniste que Laurent Genefort livre ici dans une version révisée, qui mérite bel et bien d’entrer dans votre bibliothèque.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Arnaud Brunet&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-foretdesaraignees.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-foretdesaraignees.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Forêt des araignées tristes&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Colin Heine – ActuSF, coll. «&amp;nbsp;Les 3 Souhaits&amp;nbsp;» – février 2019 (roman inédit – 487 pp. GdF. 19 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;TROP. Voilà le mot qui résume le livre de Colin Heine en un seul mot.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Forêt des araignées tristes&lt;/strong&gt; est un roman &lt;em&gt;steampunk&lt;/em&gt; sous lequel se dissimule un vague postapo écolo. On y perçoit les tensions franco-germaniques de l’avant-guerre, mais ici le design Belle Époque n’est qu’un parti pris esthétique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté contexte&amp;nbsp;: la vape, conséquence de la pollution, s’est répandue sur la plus grande partie du monde&amp;nbsp;; l’humanité s’est réfugiée dans des cités verticales dont la bourgeoisie occupe bien naturellement les sommets.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce monde-là, Bastien, officiellement paléontologue et officieusement anti-héros patenté, mollasson et naïf, bête comme ses pieds, a tendance à se trouver là où il ne faudrait pas quand il ne faudrait pas&amp;nbsp;: le voilà tour à tour victime d’un accident ou témoin d’un attentat… Agathe, sa gouvernante, dont le langage tient bien davantage de celui d’une poissonnière et qui ne cesse de railler et d’insulter Sébastien comme s’ils entretenaient une relation SM, lui fait comprendre que son accident n’en était peut-être pas un et le pousse à enquêter. Gros bêta et mâle beta en toute splendeur, la personnalité de Bastien autorise le comportement inadmissible de sa gouvernante si peu en adéquation avec sa place sociale. Insupportables mais cohérents, l’un comme l’autre ne me donnant qu’une seule envie&amp;nbsp;: celle de sortir la boite à gifles&amp;nbsp;! Et voilà donc Bastien embarqué dans une affaire d’espionnage urbaine échevelée et complètement foutraque avec assassins, détectives, sociétés secrètes, bestiole sortie des «&amp;nbsp;Vaineterres&amp;nbsp;» sous la vape et tout le toutim. Il y a bien TROP de péripéties souvent inutiles, TROP de personnages TROP transparents, dont Angela, une activiste germanique qui pointe son joli museau au beau milieu du roman comme un cafard dans le café pour une action à l’emporte-pièce qui file dans TOUS les azimuts… On peine à comprendre où veut nous mener l’auteur qui, en fin de compte, ne nous mène nulle part. Le roman se finit en beauté, sur les chapeaux de roue, mais me laissant pour le moins perplexe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous ce beau titre et cette jolie couverture, je m’attendais à trouver un décor évoquant davantage &lt;strong&gt;Annihilation&lt;/strong&gt; de Jeff VanderMeer plutôt que «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Bohème&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» de Mathieu Gaborit. L’histoire, avec son lot de lenteurs, souvent verbeuse, est essentiellement urbaine&amp;nbsp;; forêts et araignées n’en constituant que la portion congrue, et quant à leur tristesse…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Choisir, c’est renoncer&amp;nbsp;: ici, bon nombre d’éléments restent en friche&amp;nbsp;; ils auraient pu servir mais l’auteur n’en a rien fait (sans les supprimer pour autant).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Forêt des araignées tristes &lt;/strong&gt; nourrissait très certainement quelque ambition littéraire. On passe soudain d’une narration à la 3e personne à la première pour accéder à l’intériorité des personnages, créant des ruptures pour le moins étranges.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Colin Heine tient à donner à son livre une dimension politique en soulevant des problématiques écologiques et de lutte des classes, sauf qu’il ne parvient jamais à rattacher son intrigue à cet arrière-plan qui s’invite à gros sabots. Cette absence de lien entre l’intrigue et les problématiques en accentue le lourd aspect caricatural avec comme corollaire que le message ne passe pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il aurait, selon moi, bien mieux valu situer le roman dans l’univers de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Bohème&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», collaborer avec Mathieu Gaborit qui a déjà partagé sa création, et peaufiner l’intrigue policière, poser (par exemple) Angela en Mata Hari ou Rosa Luxembourg.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien des éditeurs français entendent se dispenser des frais de traduction en publiant des auteurs francophones qu’ils vendront de toutes façons tout aussi peu. Ce qui implique de faire un travail de direction littéraire, effectué en VO en amont de la traduction par les «&amp;nbsp;editors&amp;nbsp;» et les agents. C’est tout ce travail qui est ici pris en défaut. Le jeune auteur n’est pas à blâmer. Il fallait lui faire remettre son œuvre cent fois sur le métier. Une pépite brute de décoffrage qu’il aurait fallu usiner et usiner encore pour en faire un joyau.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-limites.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-limites.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Aux limites de l’infini&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Stanley G. Weinbaum – L’Arbre Vengeur – février 2019 (recueil inédit en français traduit de l’américain par Catherine Delavallade – 289 pp. Poche. 18 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Stanley G. Weinbaum est l’un des pionniers de la SF américaine. Né en 1902, il mourut d’un cancer du poumon en 1935, à 33 ans seulement, peu de mois après la publication de son texte le plus fameux,&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Une odyssée martienne&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Célébrée par Isaac Asimov comme «&amp;nbsp; &lt;em&gt;l’une des trois histoires qui ont changé la SF&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», la nouvelle reçut un très bon accueil critique. Le lecteur y croise un groupe d’explorateurs envoyés sur Mars grâce à une fusée atomique (quoi que ce puisse être). Ils y rencontrent, pour la première fois peut-être de l’histoire de la SF, une créature extraterrestre (puis de nombreuses autres) visiblement intelligente, mais non humanoïde, avec toutes les impossibilités de communication que ça peut générer. Raisons d’agir, langages, culture, les Martiens de Weinbaum sont manifestement dotés d’une intelligence équivalente, voire supérieure (l’auteur resservira cette supériorité supposée dans une autre nouvelle du recueil, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Lotophages&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;) à celle des Terriens, mais il est clair que celle-ci ne nous est pas directement accessible. Cette approche de la vie extraterrestre, résolument nouvelle, enchanta le lectorat de l’époque et répondait par anticipation à la demande de John W. Campbell&amp;nbsp;: « &lt;em&gt; Écrivez-moi une créature qui pense aussi bien ou même mieux qu’un homme, mais pas comme un homme &lt;/em&gt; .&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Aux limites de l’infini&lt;/strong&gt;, à la suite de cette &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Odyssée martienne&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, on pourra lire six autres nouvelles de longueurs diverses, toutes dans une traduction inédite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi lira-t-on le texte éponyme au recueil, une sorte d’ &lt;em&gt;escape game &lt;/em&gt;improvisé dont la solution est la découverte d’une expression mathématique, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Mondes du Si&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui explore la possibilité d’univers parallèles infinis bien avant qu’Hugh Everett ne la formalise, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dérive des mers&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, où un cataclysme géologique risque d’interrompre le Gulf Stream, refroidissant alors les terres de l’Est Atlantique, provoquant par là même exodes, guerres et débroussaillage malthusien, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Lotophages&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», où, sur une Vénus froide (!), on s’interroge, après Schopenhauer, sur la vie comme volonté, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Lunettes de Pigmalyon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, où un voyage en paracosme conduit à s’interroger sur réalité et perception, et la très courte &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Graphe&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui pointe les méfaits du stress induit par une vie professionnelle hégémonique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble forme un ouvrage à l’intérêt historique évident. Ramener sur le devant de la scène un pionnier peu connu du grand public français, donner à voir ce premier contact qui rompt avec les codes précédents de l’alien humanoïde et/ou purement hostile, tout ceci est intéressant. D’autant que dans les autres textes, Weinbaum fait montre d’un intérêt louable pour la science de son époque et les questionnements philosophiques&amp;nbsp;; aucun texte n’est, de fait, dépourvu d’une réflexion sous-jacente à l’intrigue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a néanmoins des bémols. Très datés dans leur écriture, les textes peinent à passionner. Le style est parfois plat, parfois verbeux, parfois trop visiblement conscient de sa propre finesse. De (rares) saillies sexistes font sourire – O tempora&amp;nbsp;! O mores&amp;nbsp;! Et puis, les erreurs et méconnaissances scientifiques de l’époque heurtent ou amusent. Vénus, qui ne tourne pas, est froide et dotée d’une pression supportable. L’atmosphère de Mars est largement respirable, et sur sa surface on trouve des canaux — alors qu’il était déjà admis qu’ils n’étaient qu’un fantasme de Percival Lowell. Ça peut faire beaucoup. On est ici dans l’archéolittérature. À toi de voir, lecteur, si tu veux participer à l’expédition.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Éric Jentile&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-arbonne.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-arbonne.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Chanson d’Arbonne&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Guy Gavriel Kay – L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» – février 2019 (réédition d’un roman traduit de l’anglais [Canada] par Hélène Rioux – 624 pp. GdF. 27,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Réédité dans une nouvelle et belle édition brochée, &lt;strong&gt;La Chanson d’Arbonne&lt;/strong&gt; faisait partie des introuvables de Guy Gavriel Kay dans l’Hexagone, du moins si l’on ne souhaitait pas hypothéquer un rein pour l’acheter sur le marché de l’occasion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après s’être acquitté de sa dette envers Tolkien avec «&lt;strong&gt;La Tapisserie de Fionavar&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», et plus largement envers la&lt;em&gt;high fantasy&lt;/em&gt;, l’auteur canadien peaufine avec &lt;strong&gt;La Chanson d’Arbonne&lt;/strong&gt; une vision plus personnelle du genre, née de sa passion pour l’Histoire et pour la culture méditerranéenne. Ce roman&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;fait en effet directement allusion au pays de langue d’Oc et plus particulièrement à la Provence médiévale. Kay y déploie toute son admiration pour le fin’amor, cet art de vivre et d’aimer porté par les troubadours et autres ménestrels. Il fantasme ainsi une terre imaginaire, l’Arbonne, aux vignobles ensoleillés, peuplée de seigneurs et poètes aussi redoutables avec les mots qu’avec leur épée, un pays de cocagne ceint de montagnes élevées, la protégeant des convoitises de ses voisins ombrageux, mais hélas pas des mauvaises rumeurs qui courent sur ses femmes. Dans son voisinage, l’austère royaume du Gorhaut se révèle au cœur de toutes les intrigues. Adorant le dieu mâle Corannos, son aristocratie voit d’un très mauvais œil cette riche contrée gouvernée par une femme et soumise aux caprices de la déesse Rian. Mais surtout, l’Arbonne suscite la haine du primat du clergé du Gorhaut, un homme ambitieux qui rêve de croisade et de châtiments sanglants afin d’éradiquer l’hérésie féminine qui y prévaut.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Chanson d’Arbonne&lt;/strong&gt; reconduit la plupart des thèmes effleurés dans &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt;, en poussant un peu plus loin la rupture avec la &lt;em&gt;high fantasy&lt;/em&gt;. On y retrouve cette volonté de tolérance qui sous-tend l’ensemble de l’œuvre de Guy Gavriel Kay, manifestation morale qu’il ne faudrait pas confondre avec de la naïveté. Pour avoir beaucoup étudié l’Histoire, l’auteur canadien sait que l’être humain n’est pas naturellement bon. Si l’Arbonne doit beaucoup à la Provence, Cygne de Barbentain ou Ariane de Carenzu empruntent sans doute une grande partie de leurs traits à Marie de Champagne ou Aliénor d’Aquitaine. Quant au Gorhaut et à sa croisade, il s’inspire évidemment de l’expédition contre les Albigeois, décrétée par la papauté au XIIIe siècle. Néanmoins, il ne faudrait pas restreindre &lt;strong&gt;La Chanson d’Arbonne&lt;/strong&gt; à un simple décalque de l’histoire de l’Occitanie médiévale. Bien au contraire, Guy Gavriel Kay utilise sa grande connaissance du sujet pour donner vie à la contrée et à ses habitants, jusque dans le moindre détail culturel ou politique. En la matière, il faut reconnaître qu’il se montre adroit pour échafauder complots et vengeance familiale, faisant monter la tension au fil d’une intrigue fort bien ficelée, où alternent discussions stratégiques et parties plus musicales ou sensuelles. Avare en magie, Kay préfère ici une &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; teintée de réalisme, pour ainsi dire désabusée, ne retenant cependant pas sa plume lorsqu’il s’agit de se montrer plus épique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Lions d’Al-Rassan&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Chanson d’Arbonne&lt;/strong&gt; fait donc partie des textes les plus aboutis d’un auteur ayant depuis continué à étoffer son univers de fantasy historique du côté de Byzance, de l’Angleterre et de la Chine. Voici un roman à (re)découvrir, assurément.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-ensorceleur.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-ensorceleur.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’ensorceleur des choses menues&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Régis Goddyn – L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» – février (roman inédit – 480 pp. GdF. 23,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Barnabéüs est vieux, et ne souhaite plus qu’une chose après une vie honorable&amp;nbsp;: écrire ses mémoires. Fils aîné d’une mage, élevé dans l’opulence, appelé à reprendre la charge de sa mère, il a été déshérité dans sa jeunesse au profit de son frère cadet. Il s’est alors exilé dans les faubourgs d’une bourgade de taille moyenne, subissant les sautes d’une météo caractérielle tantôt glaçant la ville d’un hiver âpre ou la réchauffant d’un été caniculaire au long d’une même journée. Cependant, Barnabéüs n’est pas à plaindre&amp;nbsp;: après être devenu ensorceleur des choses menues, et, tant bien que mal, avoir réussi à trouver sa place au sein de cette caste qui aide les gens du peuple dans les petits tracas du quotidien, il peut enfin prendre sa retraite. C’est sans compter sur Prune, une jeune fille noble n’ayant plus rien à perdre, et qui lui demande de l’aide pour retrouver son fiancé disparu. Ce dernier n’est pas revenu du mystérieux voyage vers Agraam-Dilith, la cité secrète dans laquelle tous les mages seraient formés. Après un premier refus, le vieillard se retrouve à aider la jeune demoiselle en détresse sur un apparent coup de tête, et le voilà embarqué dans le voyage qu’il faillit faire autrefois. Léger problème &amp;nbsp;: seuls les mages ont le droit de voyager au-delà du petit monde de leur cité casanière…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voici un récit de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; un peu inhabituel, où le héros, un vieillard bedonnant perclus de rhumatismes, découvre, presque malgré, lui les limites d’une société autoritaire et fermement décidée à garder la masse populaire dans l’ignorance. Pas de faux semblant ici, Barnabéüs sait très bien qu’il ne séduira jamais Prune, même si une certaine fierté virile l’oblige à avancer, pas après pas, en suivant tout pantelant et grommelant cette jeunesse flamboyante. Il est parfois drôle, parfois triste, parfois pitoyable, parfois courageux. Au fil du chemin, de découvertes géographiques en échanges de formules, de rencontres en poursuites, il s’interroge beaucoup, ce petit vieux si obstiné&amp;nbsp;: pourquoi sa mère a-t-elle choisi son frère plutôt que lui&amp;nbsp;? Pourquoi les jeunes femmes doivent-elles se battre davantage pour vivre leur vie selon les normes des hommes&amp;nbsp;? Pourquoi n’a-t-il aucun mal à apprendre de nouveaux sorts que même son frère mage ignore&amp;nbsp;? Quel est ce monde sans pitié dans lequel il échoue quand il rêve, nuit après nuit&amp;nbsp;? Et surtout, que cache vraiment ce parcours initiatique vers la cité secrète&amp;nbsp;? Aventure après aventure, le duo improbable va découvrir et dévoiler les plus terribles des secrets (dont l’un est d’ailleurs spoilé sur la quatrième de couverture), déclenchant au passage un cataclysme social sans précédent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malheureusement, ces révélations attendues sont peut-être un peu trop tardives dans l’histoire au long cours, qui pâtit d’un certain nombre de maladresses et de longueurs facilement évitables. Les véritables enjeux politiques et psychologiques de la quête ne se dévoilent vraiment qu’au dernier quart du roman, même si on les soupçonne dès la première partie, ralentissant un rythme qui peinait déjà à se réguler. Certes, un coup de théâtre central dynamise le récit, mais quel dommage qu’il soit traité en à peine deux minuscules pages, faisant ainsi implicitement comprendre au lecteur que non, finalement, ce n’est pas si grave. Pourtant les personnages principaux sont d’une humanité sympathique, et le regard porté sur ces deux héros atypiques fait souvent preuve d’un humour fin et d’une intelligence subtile. Les questions posées sur l’importance de la mort et le sens de leur vie sont riches et intrigantes, et permettent au lecteur de suivre Barnabéus et Prune jusqu’à la dernière page… à condition de garder un regard bienveillant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Maëlle Allan&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr95-araignees.jpg&quot; margin:=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr95-araignees.jpg&quot; style=&quot;style=&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Infestation / Destruction&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;1. Infestation – Ezekiel Boone&amp;nbsp;; Actes Sud, coll. «&amp;nbsp;Exofictions&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; septembre 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Jérôme Orsoni – 384 pp. 22,50 euros)&lt;br /&gt;
2. Destruction – Ezekiel Boone&amp;nbsp;; Actes Sud, coll. «&amp;nbsp;Exofictions&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; mars 2019 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Jérôme Orsoni – 368 pp. 22,80 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans notre précédente livraison estivale, nous vous évoquions &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/eclosion&quot;&gt;Éclosion&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le premier volet de la trilogie arachnophobe d’Ezekiel Boone. Si vous ne l’avez pas lu et comptez le lire, ou bien si les araignées vous mettent mal à l’aise, passez d’emblée à la critique suivante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rappel des événements&amp;nbsp;: de par le monde, des hordes d’araignées ont surgi, boulottant tout sur leur passage – y compris les humains. À la fin du roman, elles mouraient toutes subitement. La fin du cauchemar&amp;nbsp;? Non, plutôt un bref répit avant la deuxième vague. Roman polyphonique mené tambour battant, &lt;strong&gt;Éclosion&lt;/strong&gt; s’avérait diablement efficace à défaut d’être original. Quid des suites&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Infestation&lt;/strong&gt;, l’humanité panse ses plaies en sachant que le pire reste à venir. De partout, des cocons géants se préparent à éclore pour libérer une engeance à huit pattes, pire que la vorace première vague. Car ces nouvelles araignées, au dos marqué d’une bande rouge, sont organisées et semblent préparer la venue de quelque chose d’autre. Aux USA, la guerre contre ces bestioles est bien mal engagée, et la présidente Stephanie Pilgrim devra se résoudre à des choix radicaux si elle veut sauver ce qui peut l’être. À moins que Shotgun, ingénieur survivaliste planqué dans son bunker perso avec quelques amis, parvienne à mettre au point un moyen de défaire les araignées. Si l’action est moins frénétique dans ce deuxième volume, la tension rampante se fait palpable… Chapitres courts, style plaçant le lecteur au plus près d’une galerie de héros comme d’anti-héros, brossés avec efficacité – qu’il s’agisse de personnages récurrents ou points de vue d’un seul chapitre –, le roman se dévore (ha). Dommage que les promesses ne soient pas vraiment tenues dans &lt;strong&gt;Destruction&lt;/strong&gt;. Pourtant, ce dernier volet commence bien avec un suspense maximal et des protagonistes en situation délicate – les uns aux prises avec des araignées, les autres avec des congénères humains aux vues diamétralement opposées sur les solutions à apporter. Néanmoins, la fin apparaît quelque peu bâclée au profit d’un final et d’un happy end expéditifs. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, en matière de roman catastrophe, la trilogie d’Ezekiel Boone constitue un divertissement efficace à défaut d’inoubliable.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Space Opera</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/08/S-comme-Space-Opera" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Space Opera" />
      <id>urn:md5:9dee38a9f4864e8af612389238f5990e</id>
      <published>2019-07-08T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-08T14:12:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De la musique, des paillettes et des boules à facette… et des aliens&amp;nbsp;! Avec son roman &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt;, l'autrice américaine Catherynne M. Valente revient à l'essence du genre éponyme et nous propose de suivre les aventures de Decibel Jones, rockeur raté soudain propulsé représentant officiel de la Terre à l'équivalent galactique du concours de l'Eurovision…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Space Opera, Catherynne M. Valente. Saga Press, 2019. GdF. 290 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;De l’autrice américaine Catherynne M. Valente, peu d’œuvres ont filtré jusqu’ici dans la langue de Jules Verne. Il y a eu &lt;a href=&quot;http://https:/www.belial.fr/blog/immortel_4546&quot;&gt; &lt;strong&gt;Immortel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, publié en 2014 par Éclipse, maison d’édition qui s'est, depuis, éclipsée (pardon) ; il y a eu les deux premiers volumes de la série jeunesse «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Féerie&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», par les éditions Balivernes (critiques du &lt;a href=&quot;http://https:/www.belial.fr/blog/la-fille-qui-navigua-autour-de-feerie-dans-un-navire-construit-de-ses-propres-mains&quot;&gt; tome 1&lt;/a&gt; et du &lt;a href=&quot;http://https:/www.belial.fr/blog/la-fille-qui-tomba-sous-feerie-et-y-mena-les-festoiements&quot;&gt; tome 2&lt;/a&gt; par votre serviteur), et on attend toujours le troisième tome. C'est tout et c’est dommage. Une appétence pour les mythes et la culture pop, une langue élégante, un véritable plaisir de l’autrice à conter des histoires : Catherynne M. Valente a tout pour plaire…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-s-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-s-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Son dernier roman en date s’intitule &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt;, et constitue donc l’objet de ce billet. Un roman à ne pas confondre avec &lt;strong&gt;Space Opéra&lt;/strong&gt; de Jack Vance ou &lt;strong&gt;Les Opéras de l’espace&lt;/strong&gt; de Laurent Genefort. Outre un titre proche, ces trois romans ont en commun deux autres choses&amp;nbsp;: de relever de cette catégorie de romans de SF appelée «&amp;nbsp;space opera&amp;nbsp;» et donc de causer de musique. Revenir à l’essence du terme, disons. Lorsqu’on lit les remerciements de Catherynne M. Valente à la fin du présent volume, l’ambition est claire et assumée&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I owe a great debt of inspiration to Lordi, Conchita Wurst, the Babushki, Loreen, and Måns Zelmerlöw.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà. &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt;, c’est l’Eurovision dans l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si vous n’aimez pas les paillettes et les boules à facettes, ce roman n’est pas pour vous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, pour le lecteur européen (ou en tous cas pour votre serviteur), le concours de l’Eurovision a quelque chose d’un peu consternant. Un truc tarte à la crème, pailleté au possible, genre votre arrière-arrière-grande-tante de cent vingt piges maquillée comme si elle avait un siècle de moins, et où c’est la chanson la plus cheesy qui décroche le titre. Mais voyons l’autre aspect des choses&amp;nbsp;: aussi ringard soit-il, l’Eurovision a quelque chose d’assez universel, et j’imagine que cette manifestation musicale peut avoir quelque chose de fascinant pour une personne extérieure à l’Europe. Comme Catherynne M. Valente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, avec des aliens, ça augmente le fun de la chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté aliens justement&amp;nbsp;: un siècle plus tôt, les «&amp;nbsp;guerres de la sentience&amp;nbsp;» ont failli exterminer toute vie consciente dans ce recoin de galaxie. Pour éviter de se foutre sur la gueule à nouveau, les extraterrestres ont eu une idée de génie&amp;nbsp;: continuer à se disputer, oui, mais au sein d’un concours de chansons interstellaire. L’idée est louable, mais mieux vaut éviter de finir dernier du classement. Afin de renouveler le contingent de participants, les espèces nouvellement découvertes sont invitées à se joindre au concours. Tiens, comme les humain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les années 2010, un clampin du nom de Danesh Jalo s’est fait connaître avec deux de ses amis – la batteuse Mira Wonderful et le multi-intrumentiste Oort St. Ultraviolet – sous le nom de Decibel Jones &amp;amp; the Absolute Zeros. Danesh, c’est un «&amp;nbsp;&lt;em&gt;leggy psychedelic ambidextrous omnisexual gendersplat glitterpunk financially punch-drunk ethnically ambitious glamrock messiah&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Au moins. Ou du moins, c’était. Après un premier album, &lt;em&gt;Spacecrumpets&lt;/em&gt;, le groupe a dispersé le peu de crédibilité qu’il avait avec un deuxième disque, &lt;em&gt;The Vibro-Tragical Adventures of Ultraponce&lt;/em&gt;. Qu’on ne s’y méprenne pas&amp;nbsp;: à un moment donné, Decibel Jones &amp;amp; the Absolutes Zeros ont été bons. Par la suite, le groupe s’est dissous après la mort accidentelle de Mira Wonderful. Tandis que Oort St. Ultraviolet parvenait à mener une vie de famille plutôt pépère, Danesh/Decibel s’enfonçait dans le marasme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’au moment où un alien est venu toquer à sa porte. De façon métaphorique&amp;nbsp;: l’alien s’est matérialisé dans le salon de Decibel un jeudi de fin avril, à 14h. Et ça ne concerne pas seulement Decibel Jones mais la Terre entière. L’alien a l’apparence d’une sorte de mélange curieux entre une baudroie et un flamant rose, teinte bleu marine et haut de deux mètres, et se prénomme Altonaute Qui Court Plus Vite Que La Sagesse Sur La Voie Lactée (Altonaute pour les intimes). Son job est d’annoncer aux humains leur participation obligatoire au Grand Prix Métagalactique. L’humanité a besoin d’un champion. Mais qui&amp;nbsp;? Yoko Ono&amp;nbsp;? Ou quelque autre artiste à l'influence majeure sur la musique&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;“Well, she’s dead, so, no […].And so is Kraftwerk, Ryuichi Sakamoto, Tangerine Dream, Brian Slade, the freaking Spice Girls, are you kidding me? Ugh, okay, Insane Clown Posse got themselves paralyzed from the neck down screwing around with magnets, Björk lost her voice in an accident with a narwhal and a spinning wheel years ago, and just go fuck yourself, no, Skrillex is not going to go down as the savior of humanity. It’s just not happening. I’d rather die in a sea of nuclear fire.”&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Rire complice à part, ce champion sera, un peu malgré lui, Decibel Jones. Et pour cela, il lui faudra reformer les Absolute Zeros avant de s’élancer dans l’espace…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui fait la force et la faiblesse de Catherynne M. Valente, c’est qu’elle adore raconter. Sur une distance courte, comme la série «&amp;nbsp;Féerie&amp;nbsp;», la novella &lt;strong&gt;Six-Gun Snow White&lt;/strong&gt; ou le roman fix-up &lt;strong&gt;The Refrigerator Monologues&lt;/strong&gt;, ça passe. Sur la distance plus longue du roman, on a davantage l’impression que l’autrice se regarde raconter. Et, en fin de compte, après un début pêchu, &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt; finit par lasser dans sa seconde moitié.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le coup, on conseillera plutôt de (re)(re)(re)regarder l’incroyable dessin animé &lt;em&gt;Rick et Morty&lt;/em&gt;, en particulier l’épisode intitulé &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Get Schwifty&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, avec lequel &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt; entretient quelques ressemblances dans sa thématique musicale. Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Get Schwifty&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la Terre est soudain surplombée par une tête géante, qui exige d’entendre une chanson originale sous peine de détruire notre planète. Rick est l’homme de la situation, du moins le temps d’une chanson. Et voilà que la Terre est déplacée dans ce coin de la Galaxie habité par les têtes géantes, qui organisent un télé-crochet planétaire. Aussi débile qu’hilarant, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Get Schwifty&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est l’un des meilleurs épisodes d’une série pas avare en réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Revenons à nos aliens. &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt; a pourtant ses qualités. Très référencé côté rock et pop culture, le roman fait preuve d’une belle imagination en ce qui concerne la variété de peuplades extraterrestres et leurs modalités musicales. On croise ainsi un extraterrestre-colonie, qui bourgeonne sur lui-même (dont l’un de leur tube s’intitule &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Don’t Hate Me Because My Culture Is Superior To Yours&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, une espèce agressive que l’on qualifiera charitablement de «&amp;nbsp;couteausaure&amp;nbsp;», un nuage de silicates intelligents dont les phéromones ont un effet synesthétique… sans oublier une IA omniprésente et agaçante en forme de trombone. L’humour et l’inventivité de l’ensemble ne sont pas sans rappeler Douglas Adams et son fameux &lt;strong&gt;Guide galactique&lt;/strong&gt; – mais où ses personnages cabossés déambulent sous l’éclairage d’une boule à facettes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'une certaine façon, &lt;strong&gt;Space Opera&lt;/strong&gt; est pareil à une chanson qui commence fort et puis qui s'épuise un peu sur la fin, parce que les musiciens, emportés dans leur élan de générosité, ont oublié de se dire que les meilleures chansons ne sont pas forcément les plus longues (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/02/08/X-comme-X&quot;&gt;sauf si tu t'appelles Klaus Schulze&lt;/a&gt;). Roman &lt;em&gt;feel-good&lt;/em&gt; et musical, ce dernier opus de Catherynne M. Valente n’est peut-être pas le chef d’œuvre qu’il aurait pu (dû) être, mais reste néanmoins un divertissement amusant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>R comme Das Rätsel des Silbermonds</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/05/R-comme-Das-Raetsel-des-Silbermonds" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Das Rätsel des Silbermonds" />
      <id>urn:md5:8713756e3e7ed93efd96709051cf0216</id>
      <published>2019-07-05T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-06T15:17:52+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle excursion en Allemagne de l'Est. Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/20/G-comme-Das-Geheimnis-des-Transpluto&quot;&gt;&lt;strong&gt;Das Geheimnis des Transpluto&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et sa quête d'une mythique dixième planète, on reste un peu plus près du Soleil&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Die Rätsel des Silbermonds&lt;/strong&gt; de Hubert Horstmann nous emmène du côté de Titan, le fameux satellite de Saturne, à la découverte d'une forme de vie non-humaine… et potentiellement marquée par aucune idéologie.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Das Rätsel des Silbermonds, Hubert Horstmann. Verlag Das Neue Berlin, 1971. GdF, 272 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas évoqué la merveilleuse littérature de science-fiction d’Allemagne de l’Est (bon, pas depuis &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/20/G-comme-Das-Geheimnis-des-Transpluto&quot;&gt; &lt;strong&gt;Das Geheimnis des Transpluto&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; lors du précédent tour d’alphabet). L’une des choses qui m’a toujours surpris est la faible prolixité des auteurs de SF est-allemands&amp;nbsp;: la bibliographie des uns et des autres ne brille pas par la longueur, à l’opposé de leurs homologues anglo-saxons… mais pas seulement. L’œuvre romanesque de Stanislas Lem ou des frères Strougatski équivaut aux œuvres complètes d’une dizaine d’auteurs est-allemands rassemblés (sans trop d’exagération).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-r-stimme.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-r-stimme_s.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt; Dans le lot, Hubert Horstmann compte au rang des moins prolifiques&amp;nbsp;: cet auteur, né en 1937 en Thüringe (et toujours en vie à en croire Wikipédia), a surtout publié des essais philosophiques – après des études de maths et de philosphie, il enseigne cette dernière matière à l’Académie des sciences de Berlin-Est. Côté romans, sa bibliographie ne compte que trois romans, deux relevant de science-fiction, ainsi qu’un troisième, historique cette fois. Son premier roman, &lt;strong&gt;Die Stimme der Unendlichkeit&lt;/strong&gt; (« Les Voix de l’infini&amp;nbsp;»), raconte un premier contact extraterrestre sur une planète en orbite autour d’Alpha du Centaure, et s’avère plutôt classique dans la forme comme dans le fond (les humains, venant d’une Terre communiste unifiée, découvrent une société centaurienne – des êtres humanoïdes – divisée et vivant dans la crainte d’une menace d’ordre stellaire&amp;nbsp;; l’idée est de mettre bon ordre à tout cela).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’objet de ce billet est donc le deuxième roman de Horstmann, &lt;strong&gt;Das Rätsel des Silbermonds &lt;/strong&gt;(titre que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;L’Énigme de la Lune d’argent&amp;nbsp;»), qui nous ramène à ce temps béni où l’on envoyait directement des vols habités pour l’exploration spatiale (être précédés par des sondes automatiques, et puis quoi encore&amp;nbsp;?) Spoilers en approche…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-r-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-r-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après un voyage de huit mois, la fusée &lt;em&gt;Pazifik&lt;/em&gt;, fleuron de la technologie de «&amp;nbsp;l’Union des Républiques&amp;nbsp;», arrive aux abords de Titan, la fameuse lune de Saturne… À son bord, un équipage mixte et international. Le but est d’étudier les planètes externes (Saturne mais aussi Neptune, Uranus et Pluton (#PlutonEstUnePlanète)), dans le but futur de bâtir un avant-poste destiné à envoyer des fusées dans l’espace interstellaire. L’équipage, mené par Leonid Bronstein, a donc pour mission d’analyser les compositions atmosphériques et géologiques de Titan, et la &lt;em&gt;Pazifik&lt;/em&gt; se pose sur le satellite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un premier temps, Bronstein, Dahlberg, Wekker et les autres explorent les environs, émettent des hypothèses sur le volcanisme étonnamment actif de Titan (Horstmann se base là sur une théorie aujourd’hui abandonnée, celle d’un Univers dont l’expansion constante provoque aussi un accroissement de la force de gravité&amp;nbsp;; par conséquent, les astres – dont les planètes — augmentent de volume naturellement avec le temps, la croûte s’amincit, le volcanisme croit et les continents s’éloignent (p. 76-77)). Néanmoins, des événements étranges ne tardent pas à se produire – des disparitions d’objets, tout particulièrement. Étourderie ou autre chose&amp;nbsp;? Anne Messmer, la doctoresse française, ressent des impressions étranges. Après une période de sommeil inexpliquée, Bronstein suggère l’impossible&amp;nbsp;: y aurait-il sur Titan des êtres doués de raison&amp;nbsp;? Eh oui.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Schräg über [Dahlberg], kaum zwanzig Meter entfernt, standen drei pilzförmige Gestalten. […]&lt;br /&gt;
Gut anderthalb Meter hoch mochten sie sein, die hutartigen Oberteile knapp einen Meter im Durchmesser; die grob geschuppten Stümpfe waren etwa schenkeldick.&amp;nbsp;» (p. 1979-180)&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;En diagonale par rapport à [Dahlberg], distantes d’à peine vingt mètres, se dressaient trois figures en forme de champignon. […]&lt;br /&gt;
Elles faisaient probablement cinquante centimètres de haut, tandis que la partie supérieure de leur corps, en forme de chapeau, avait un diamètre d’un mètre. Leur pied, aux écailles grossières, avait l’épaisseur d’une cuisse.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà ces curieux autochtones bientôt baptisés «&amp;nbsp;Lissitschki&amp;nbsp;», girolles. Les humains s’interrogent à leur sujet, non seulement au niveau biologique mais aussi à la manière d’aborder leur existence. Les critères d’évaluation humains n’ont rien d’universel&amp;nbsp;: l’inconnu est abordé avec méfiance. Les girolles titaniennes n’ont pas forcément connu de luttes de classe, et les approcher avec un regard idéologique est-il pertinent&amp;nbsp;? A priori, ces êtres champignonesques sont les seuls êtres vivants de leur monde, et il est fort probable qu’ils ignorent l’altérité, les rapports de domination ou la morale des classes… Après quelques péripéties où les humains font preuve de leur maladresse immémoriale, l’équipage de la fusée &lt;em&gt;Pazifik&lt;/em&gt; finira par quitter Titan, en espérant qu’une prochaine expédition saura mieux communiquer avec les Lissitschki.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-r-raetsel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-r-raetsel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ah, Titan, sa neige d’ammoniac, ses mers de méthane et ses paysages aux teintes bleu-gris… Les visions que propose Hubert Horstmann ont passablement vieilli mais il serait difficile de blâmer l’auteur pour le caractère obsolète de ses données scientifiques. Pendant longtemps, les connaissances sur ce satellite de Saturne resteront très lacunaires. Découvert en 1655 par l’astronome néerlandais Christian Huygens, Titan demeure inconnu jusqu’en 1940, date à laquelle Gerald Kuiper détermine que le satellite possède une atmosphère. Les premières photos proviennent rapprochées sont faites par &lt;em&gt;Voyager 2&lt;/em&gt; en septembre 1979 (soit huit ans après la publication du présent roman). Un quart de siècle s’écoulera encore avant que la mission Cassini-Huygens s’approche de Saturne – et que la sonde Huygens plonge dans l’atmosphère dense de Titan. Un bel accomplissement, approfondi par les nombreuses données fournies par Cassini lors de ses orbites autour de Saturne. Mine de rien, Titan et la Terre sont les deux seuls endroits du Système solaire où l’on peut voir des fleuves en activité, et je trouve cela tout bonnement merveilleux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Au-delà de cet aspect scientifique, &lt;strong&gt;Das Rätsel des Silbermonds&lt;/strong&gt; peine à être pleinement satisfaisant &amp;nbsp;: le roman se déploie lentement, et se conclut trop brutalement. On aurait aimé que cette histoire de premier contact se poursuive sur davantage de pages, et si possible avec des personnages plus travaillés. Au moins échappe-t-on aux exposés idéologiques lourdingues. Le plus intéressant dans ce roman correct mais un brin décevant restent ses aliens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’à présent dans l’anticipation est-allemande, les extraterrestres se divisaient en deux catégories&amp;nbsp;: plus évolués que l’humain ou moins évolués. Dans le premier cas, il s’agissait de «&amp;nbsp;grands frères&amp;nbsp;», venant faire la morale aux humains, du genre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;bon, les loulous, vous êtes bien gentils mais faites attention avec l’atome, ça peut faire bobo, et au passage, le socialisme, croyez-nous, on a essayé, c’est cool&amp;nbsp;». Exemples&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt;&lt;strong&gt;Die goldene Kugel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; voire &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/18/U-comme-Die-Unsichtbaren&quot;&gt;&lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Dans le deuxième cas, il s’agit de «&amp;nbsp;petits frères&amp;nbsp;» auxquels les humains viennent faire la morale, du genre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;bon, les loulous, vous êtes bien gentils mais faites attention avec l’atome, ça peut faire bobo, et au passage, le socialisme, croyez-nous, on a essayé (sauf ces irréductibles capitalistes d’américains), c’est cool.&amp;nbsp;» (Sans trop d’exagération.) Exemples&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/08/T-comme-Titanus&quot;&gt;&lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/23/K-comme-Kurs-Ganymed&quot;&gt;&lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Et, surtout, tous sont humanoïdes. Comme l’exprimait Richard Gross dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/15/M-comme-Der-Mann-aus-dem-andern-Jahrtausend&quot;&gt;&lt;strong&gt;Der Mann aus dem anderen Jahrtausend&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, si l’évolution a mené à des anatomies similaires, il est logique de supposer qu’il en va de même pour les idéologies.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hubert Horstmann introduit ici une importante variation&amp;nbsp;: ses extraterrestres… sont extraterrestres. Impossible pour les humains d’entrer en communication avec eux – on apprendra vers la fin du livre qu’ils communiquent pour l’essentiel de façon tactile. L’histoire des Lissitschki n’a pas connu les vicissitudes de l’histoire humaine – pas de classes, donc pas de lutte des classes. &lt;strong&gt;Das Rätsel des Silbermonds&lt;/strong&gt; est, à ma connaissance, le premier roman est-allemand à introduire ces altérations dans un corpus jusqu’alors plutôt uniformisé. Pour Horstmann, cela marque également une rupture franche avec son précédent roman, &lt;strong&gt;Die Stimme der Unendlichkeit&lt;/strong&gt;, plus convenu sous ces aspects-là. On est encore bien loin de la dissidence, mais cet écart donne un minimum d’intérêt au présent roman. Et cela ne sera sûrement pas sans conséquences sur le reste de la science-fiction est-allemande.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Unauffindbar&amp;nbsp;: lediglich aus zweiter Hand&lt;br /&gt;
Nicht lesbar&amp;nbsp;: nein&lt;br /&gt;
Unvergesslich&amp;nbsp;: kaum&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Q comme Et qu'advienne le chaos</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/03/Q-comme-Et-qu-advienne-le-chaos" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Et qu'advienne le chaos" />
      <id>urn:md5:78ccb93ce4bd34b42eeaff1760162924</id>
      <published>2019-07-03T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-07-03T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les fortes chaleurs viennent et qu’on se retrouve entassé dans les transports en commun bondés et à la climatisation déficiente, on en vient à rêver d’être doté du gant de Thanos, pour faire disparaître la moitié de l’humanité. Ou la moitié de la moitié, soyons généreux. Avec &lt;strong&gt;Et qu'advienne le chaos&lt;/strong&gt;, Hadrien Klent avait trouvé une solution plus élégante…
&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Et qu’advienne le chaos, Hadrien Klent. Le Tripode, coll. «&amp;nbsp;Météores&amp;nbsp;», 2016 (2010). Poche, 256 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Photoshop me out of your life&lt;br /&gt;
Every blemish is gone in a flash&lt;br /&gt;
Lines that are crooked and colours that clash&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En 2008, l’incroyable duo américain Sparks donnait le titre &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=woXPHoWxl7Q&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Photoshop&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; à l’une des chansons de leur album &lt;em&gt;Exotic Creatures of the Deep&lt;/em&gt;, manière ironique d’hommage au logiciel de retouche d’images inventé vingt ans plus tôt par Jeff Knoll et Thomas Knoll.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-q-toshop.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-q-toshop_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est avec la version 3.0, sortie à l’automne 1994, que Thomas Knoll a implémenté la fonction tellement pratique des calques. Une révolution, pour ainsi dire, tant il est difficile désormais d’imaginer n’importe quel programme de retouche photo sans calques&amp;nbsp;: mettre des éléments sur une couche sans altérer le reste de l’image, rendre cette couche visible ou invisible, y ajouter des effets, etc. De là à transposer ce concept dans la réalité, il n’y a qu’un pas… que Hadrien Kent a franchi sans hésiter en 2010 avec &lt;strong&gt;Et qu’advienne le chaos&lt;/strong&gt;, paru chez Attila avant une réédition en poche au Tripode (vigoureux surgeon d’Attila).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au sujet de l’auteur, la quatrième de couverture de la réédition en poche nous indique sobrement que «&amp;nbsp;Hadrien Klent est un pseudonyme.&amp;nbsp;» Voilà qui excite autant la curiosité qu’elle la décourage. Si le présent roman est son premier, Klent a par la suite publié un second, &lt;strong&gt;La Grande Panne&lt;/strong&gt;. Bref.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-q-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-q-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout commence avec Michael Korta, que le prologue nous présente en quelques chapitres brefs, de son enfance jusqu’à son arrivée dans la société Biometrics, Inc, basée à Phoenix, Arizona. Une chose est ressort de cette introduction&amp;nbsp;: Michael Korta est un gros connard asocial. Avec un tel nom, l’activité de l’entreprise où il travaille est transparente. Comme le laisse supposer l’élégante couverture du livre, Korta se spécialise en iris. On nous l’a dit et seriné, ceux-ci sont supposés être uniques. Du fond de son labo, Korta a fait deux découvertes&amp;nbsp;: les iris ne sont pas uniques, chaque individu possède au plus 98 autres individus dotés d’iris identiques (à une légère nuance près)&amp;nbsp;; il est possible «&amp;nbsp;d’isoler&amp;nbsp;» les gens d’un même calque.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Tout tourne autour du regard, dit Korta, les yeux brillants. Pour que l’isolation fonctionne, il suffit qu’aucun regard ne soit porté sur vous. À partir du moment où c’est le cas, le processus se met en place pour 9999 secondes au mieux. Deux heures quarante-six. Mais, comme je viens de vous l’indiquer, si quelqu’un vous regarde, l’isolation est retardée d’autant. Et peut même ne jamais avoir lieu, si tant est que le regard ne se relâche pas pendant ces 9999 secondes.&amp;nbsp;» (p. 80)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et comme Michael Korta est un gros connard asocial &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau, il n’a qu’une envie&amp;nbsp;: demeurer le seul individu de son calque &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; de la Terre, et donc isoler tous les autres – et donc faire disparaître de sa réalité les 6,5 milliards d’autres humains. Un savant fou comme on les aime bien… Face à lui va se dresser une galerie de personnages hauts en couleurs. On va ainsi rencontrer&amp;nbsp;: le professeur Fichte, un psychiatre qui a le besoin irrépressible de lécher les objets pour vérifier qu’ils sont réels&amp;nbsp;; Vincent, un avocat généreux qui se consacre à la défense des sans-papiers&amp;nbsp;; son &lt;em&gt;love interest&lt;/em&gt;, April, une scientifique spécialisée en iridologie… qui n’a pas grand-chose pour elle&amp;nbsp;; le futur ex d’April, Joshua, dentiste collectionneur de mâchoires célèbres qui prend bientôt conscience de sa condition de personnage secondaire et s’en retrouve chagriné&amp;nbsp;; un acteur-comédien fan de Shakespeare et notamment de sa pièce &lt;strong&gt;Timon d’Athènes&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pièce supposée inachevée de Shakespeare, Timon d’Athènes raconte les heurs et malheurs de Timon, riche athénien qui dépense sans compter sa fortune pour ses amis. Las, ces derniers en veulent surtout à son argent, et s’éloignent de Timon une fois celui-ci sans le sou. Lequel Timon pique une (légitime) crise de misanthropie, sans trop se douter que c’est sa prodigalité qui a semé le chaos. Toute ressemblance entre Timon et Korta serait accidentelle, bien entendu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman sympathique mené tambour battant, &lt;strong&gt;Et qu’advienne le chaos&lt;/strong&gt; aurait gagné à soigner sa spéculation scientifique. Si la théorie des calques est intéressante en soi, la baser sur les iris – réellement uniques, pour autant que je sache – a échoué à susciter en moi la fameuse suspension de l’incrédulité. Et pourquoi faire une fixette sur certains nombres&amp;nbsp;: 99 personnes par calque maxi, une durée max de 9999 secondes maxi pour une isolation temporaire… Au-delà de cet aspect science-fictionnel pas très réussie, l’intrigue possède quelque faiblesses, reposant sur quelques facilités, et s’achevant de manière convenue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche&amp;nbsp;: en dépit de ces défauts, le roman est mené tambour battant et avec enthousiasme. Divisé en courts chapitres (allant de quelques lignes à une huitaine de pages maximum), porté par une écriture claire et précise, avec une ironie affleurante, peuplée par une pittoresque galerie de personnages, &lt;strong&gt;Et qu’advienne le chaos&lt;/strong&gt; fonctionne. Pourquoi s’en priver&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-q-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-q-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En matière d’iridoligie, c’est bien moins le cas de &lt;em&gt;I Origins&lt;/em&gt; (2014) de Mike Cahill. Du réalisateur, &lt;em&gt;Another Earth&lt;/em&gt; (2011), m’avait beaucoup plu – un drame intimiste de science-fiction, plutôt bien fichu et porté par son actrice principale, Brit Marling. &lt;em&gt;I Origins&lt;/em&gt; raconte le parcours de Ian Gray (Michael Pitt, échevelé), doctorant en biologie moléculaire au début du film. Son but est de mettre un terme à la controverse portant sur l’œil, les créationnistes arguant stupidement qu’il s’agit de la preuve de l’existence de Dieu, cet organe étant trop complexe pour être né du pur hasard. (Bon, c’est ignorer que l’œil est apparu à plusieurs reprises au cours de l’évolution, et qu’il existe plus d’un type d’œil.) Lorsque Ian rencontre la belle et mystique Sofi (Àstrid Bergès-Frisbey), c’est le coup de foudre. Pas de bol, Sofi finit par mourir assez bêtement. Sept ans plus tard, Ian est devenu est un scientifique de renom, a épousé Karen (Brit Marling), son ancienne assistante de labo, et voit ses convictions remises en question lorsqu’il découvre, par un concours de circonstances trop long pour être évoqué, qu’il existe quelqu’un dans le monde ayant les mêmes iris que sa défunte petite amie. OMG&amp;nbsp;: y aurait-il une vie après la mort voire un dessein intelligent à l’œuvre dans tout cela&amp;nbsp;? Mike Cahill a l’intelligence de ne pas trancher de manière &lt;em&gt;trop&lt;/em&gt; évidente, mais insinue néanmoins au spectateur que, &lt;em&gt;si&lt;/em&gt;, il y a bien autre chose que le hasard. Au-delà de cet aspect simili-créationniste inapproprié, le film n’échappe aux clichés et laisse en plan bon nombre de fils d’intrigues, ceux-ci prenant dès lors l’apparence d’indulgences un brin coupable. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non, d’autant que le livre a bénéficié d’une réédition récente au Tripode&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>P comme Phase IV</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/07/01/P-comme-Phase-IV" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Phase IV" />
      <id>urn:md5:bda91ba83023aff6d960460d0e01021d</id>
      <published>2019-07-01T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-01T09:44:03+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/01/ http://blog.belial.fr/post/2019/06/05/H-comme-The-Hellstrom-Chronicle&quot;&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on continue à s'intéresser aux insectes du cinéma avec &lt;strong&gt;Phase&amp;nbsp;IV&lt;/strong&gt;. Dans cet unique long-métrage du graphiste Saul Bass, aussi languissant que contemplatif, l'humanité est confrontée à une menace inédite prenant l'aspect… de fourmis.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Phase IV, Saul Bass (1974). 83 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À la suite de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/07/01/ http://blog.belial.fr/post/2019/06/05/H-comme-The-Hellstrom-Chronicle&quot;&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, les insectes ont (si je puis m’exprimer ainsi) essaimé au cinéma.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, il y avait déjà eu &lt;em&gt;Des monstres attaquent la ville&lt;/em&gt; ( &lt;em&gt;Them!&lt;/em&gt;), médiocre film de sci-fi des années 50, où deux géantes fourmis mutantes en carton-pâte hantent le désert du Nouveau-Mexique avant de se faire pulvériser les mandibules dans les égouts de Los Angeles – le récit présente les choses autrement mais avouons que les petites bêtes prennent cher alors qu’elles cherchaient juste à vivre en paix. Post- &lt;em&gt;Hellstrom&lt;/em&gt;, citons &lt;em&gt;Empire of the Ants&lt;/em&gt; (1977), que j’ai vu… et dont je n’ai gardé aucun souvenir tant c’était nul. On peut oublier également &lt;em&gt;It Happened at Lakewood Manor&lt;/em&gt; (1977), où un hôtel est attaqué par des fourmis de taille normale, avec des acteurs en roue libre tâchant de faire croire qu’elles sont méchantes (oui, c’est un navet, à ne visionner qu’entre potes et après avoir bu quelques tequilas épicées à l’acide formique). À vrai dire, les insectes et autres arthropodes mutants agressifs dans les films de SF sont légion, et il serait possible de dresser une liste longue comme la marabunta de films et téléfilms mettant en scène des abeilles, des araignées, des mantes religieuses, d’autres abeilles, d’autres araignées, des scorpions, et ai-je déjà cité les abeilles et les araignées&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. L’un des films de genre les plus fascinants qui soient au sujet des insectes est et reste &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt;. Il s’agit là de l’unique film de Saul Bass. Au débotté, ce nom n’évoque pas forcément quelque chose… mais sans Saul Bass, les génériques et les affiches de film ne seraient pas ce qu’ils sont. Graphiste de métier, Bass a exercé une influence prépondérante sur ces à-côtés essentiels d’un long-métrage, de &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Homme au bras d’or&lt;/em&gt; d’Otto Preminger jusqu’à (disons) &lt;em&gt;Shining&lt;/em&gt; de Stanley K – ses travaux ultérieurs n’auront pas le même impact. Son apport au cinéma reste indéniable&amp;nbsp;: avant Saul Bass, les affiches représentaient platement les personnages du film ou une scène-clé. Avec ce graphiste, l’affiche devient expressive et transmet l’ambiance du film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À partir de 1964, Bass réalise plusieurs courts-métrages mais il faut attendre 1974 pour qu’il tourne son seul et unique long&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; . L’insuccès de celui-ci ne l’incitera pas à poursuivre dans cette voie. Dommage…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur un scénario de Mayo Simon (à qui l’on doit aussi celui de&lt;em&gt;Futureworld&lt;/em&gt;, la suite du &lt;em&gt;Westworld&lt;/em&gt; de 1973), &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; nous raconte en toute simplicité les prémices du remplacement de l’humanité par une autre espèce. Pour une fois, l’origine n’est pas une mutation due à des conneries humaines, du genre déchets radioactifs balancés dans un champ ou épandage de produits toxiques, mais… une mutation d’origine cosmique.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;That spring, we were all watching the events of space and wondering what the final effect would be. Astronomers argued over theory while engineers got pretty excited about variables and magnetic fields. Mystics predicted earthquakes and the end of life as we knew it. When the effect came it was almost unnoticed.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le Dr Ernest Hubbs (Nigel Davenport) s’est rendu compte que les populations de fourmis en Arizona croissaient de manière curieuse – une croissance associée à une diminution drastique du nombre de leurs prédateurs (araignées, lézards, oiseaux). Il recrute comme assistant James Lesko (Michael Murphy) et établissent une base informatisée dans le désert, non loin d’un lotissement à peine construit… et de tourelles de bases carrées, construites de toute évidence par les fourmis.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les premiers temps sont décourageants&amp;nbsp;: rien ne se passe. Hubbs décide de provoquer le contact en détruisant les tours. Les deux scientifiques incitent les habitants de la région à fuir&amp;nbsp;; une famille n’écoute pas, et seule une adolescente, Kendra (Lynne Frederick) en réchappera, trouvant refuge dans le dôme-labo.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lesko et Hubbs partagent des vues bien distinctes sur la manière d’aborder le problème. Avec sa formation de cryptologiste, le premier est d’avis qu’il faut chercher le contact&amp;nbsp;: après tout, les fourmis communiquent et il a commencé à déchiffrer leur langage. Le second penche pour une approche plus radicale&amp;nbsp;: trouver la reine et puis la buter. De fait, les fourmis font réellement preuve d’intelligence et de capacités hors-normes, jusqu’à mettre en danger la vie des humains réfugiés dans le dôme-labo.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img08_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout espoir est-il perdu&amp;nbsp;? Et qu’en est-il de cette fameuse phase IV donnant son titre au film&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Celui-ci se divise en trois parties, titrées «&amp;nbsp;phase I&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;phase II&amp;nbsp;» et « phase III&amp;nbsp;», que l’on pourrait décrire par «&amp;nbsp;Contact&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Conflit&amp;nbsp;» et « Communication&amp;nbsp;». Le film s’achève sur la phase IV, laissant le spectateur deviner ce en quoi celle-ci peut consister. À l’origine, &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; se terminait différemment&amp;nbsp;: une séquence psychédélique de cinq minutes concluait le long-métrage, octroyant encore moins de place au doute. Cette fin a été coupée par le studio… et, pour une fois, ça n’est pas une mauvaise chose. Trop lourdement symbolique, les cinq dernières minutes (dont des bribes sont conservées dans l’état final du film mais que l’on peut trouver aisément sur YouTube) amoindrissent l’effet. (Néanmoins, la novélisation du film, écrite par Barry N. Malzberg – auteur de pas mal de livres &lt;a href=&quot;http://https/www.noosfere.org/livres/niourf.asp?numlivre=4471&quot;&gt; avec des couvertures comme on n’en fait plus &lt;/a&gt; – et parue avant sa sortie, se baserait sur cette fin originale.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; continue à surprendre, c’est dans ses séquences mettant en scène les fourmis, que l’on doit à Ken Middleham, photographe déjà responsable des prises de vue de &lt;em&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/em&gt;. Entre les deux œuvres, Middleham a accompli de superbes progrès dans la manière de dramatiser les insectes, en jouant sur la profondeur de champ, les ralentis et les ombres. Si on peut regretter une trop grande anthropomorphisation dans la mise en scène des fourmis (leurs petits cris quand elles sont en masse, l’alignement des cadavres de leurs congénères tombés au combat, leur propension à construire des galeries vachement larges et lissées), le reste suscite encore l’admiration. Par la suite, Middleham intervient sur des nanars comme &lt;em&gt;Les Insectes de feu&lt;/em&gt; (Jeannot Szwarc, 1975), &lt;em&gt;Les Survivants de la fin du monde&lt;/em&gt; (Jack Smight, 1977, d’après &lt;strong&gt;Route 666&lt;/strong&gt; de Roger Zelazny) ou des trucs un peu plus respectables comme &lt;em&gt;Les Moissons du ciel&lt;/em&gt; (Terrence Malick, 1978). À la différence de &lt;em&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/em&gt;, il parait plus certain que, dans le cas présent, moins d’insectes ont été endommagés lors du tournage – ceux qui meurent étaient sûrement déjà morts.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-p-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-p-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-p-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des insectes qui en remontrent aux humains – ceux-ci n’apparaissent d’ailleurs qu’au bout de dix minutes. Le casting est réduit (six acteurs au total pour jouer les deux scientifiques et la famille de Kendra), et on peut noter que &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; signe les retrouvailles du rustre Nigel Davenport et de la poupine Lynne Frederick après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/13/N-comme-No-Blade-of-Grass&quot;&gt; &lt;em&gt;Terre brûlée&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; . À vrai dire, les acteurs ne sont pas mauvais dans leurs rôles&amp;nbsp;: le film leur laisse tout simplement peu de place, se contentant d’une caractérisation minimale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans sa mise en scène, &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; est aussi le reflet de son époque. Lent et stylisé, le film est magnifié par la musique&amp;nbsp;: planante à souhait, elle évoque Pink Floyd et Klaus Schulze dans ses sonorités synthétiques. De quoi susciter l’assoupissement pour le spectateur le moins attentif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche. Si &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; a passablement vieilli, le film de Saul Bass reste une œuvre éminemment regardable et tout à fait digne d’intérêt, plus de quarante après sa sortie. En matière de films mettant en scène des fourmis, on n’a pas fait mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme L'Œil du héron</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/28/O-comme-L-oeil-du-heron" rel="alternate" type="text/html" title="O comme L'Œil du héron" />
      <id>urn:md5:fe68afc0f5b9c0fcef8f46c64c1ffe89</id>
      <published>2019-06-28T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-06-28T12:40:29+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si la superbe bibliographie d'Ursula K. Le Guin est riche en fleurons du genre, du cycle de l'&lt;strong&gt;Ekumen&lt;/strong&gt; au cycle de &lt;strong&gt;Terremer&lt;/strong&gt; en passant par &lt;strong&gt;La Vallée de l'éternel retour&lt;/strong&gt;. Pourtant, dans le lot, il est un roman qui passe souvent inaperçu&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;L’Œil du Héron&lt;/strong&gt;, racontant une révolution sur une planète pénitentiaire. Récit mineur ou chef-d'œuvre oublié&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Œil du Héron [The Eye of the Heron], Ursula K. Le Guin. Roman traduit de l’anglais par Isabelle Delord. Presses de la Cité, coll. «&amp;nbsp;Futurama / Superlights&amp;nbsp;», 1983 [1978].&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’ample bibliographie d’Ursula K. Le Guin est riche en fleurons&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;La Main gauche de la nuit&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Les Dépossédés&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/le-dit-d-aka&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Dit d’Aka&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; dans le cycle de l’Ekumen (ou bien cycle de Haïn, c’est selon), ou encore &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/28/M-comme-Music-Poetry-of-the-Kesh&quot;&gt; &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ses &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/dons&quot;&gt; «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Chroniques des rivages de l’ouest&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/lavinia_5196&quot;&gt; &lt;strong&gt;Lavinia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;… Pourtant, dans le lot, un ouvrage semble constamment survolé&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;L’Œil du héron&lt;/strong&gt;. Dans l’article que l’ami &lt;a href=&quot;http://nebalestuncon.over-blog.com/&quot;&gt;Nébal&lt;/a&gt; et moi avions consacré au cycle de l’Ekumen dans le &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt; &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 78&lt;/a&gt;, ce roman étant surtout évoqué pour signifier son appartenance incertaine au dit cycle. Le Guin elle-même n’était pas très à cheval sur ce thème&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;L’Œil du héron&lt;/strong&gt; appartient à l’univers haïnien, ou non&amp;nbsp;; ça n’a aucune sorte d’importance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-o-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-o-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Parce qu’il me fallait une œuvre our la lettre O de ce piteux Abécédaire et qu’un Œ compte presque pour un O, j’ai ressorti le petit volume paru aux Presses de la Cité dans la superbe collection Superlights – illustration douteuse au verso et publicité pour les cigarettes Philip Morris au verso (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-o-back.jpg&quot;&gt;mais oui&lt;/a&gt;) –, où furent publiées plusieurs romans mineurs (ou moins mineurs) d’auteurs comme Philip K. Dick, Philip José Farmer, Clifford D. Simak, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov ou Octavia Butler. Et donc Ursula K. Le Guin.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le héron victorien n’était pas à proprement parler un héron, ni même un oiseau. Pour décrire le nouveau monde, les bannis n’avaient eu à leur disposition que quelques mots de l’ancien.&amp;nbsp;» (p. 53)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Œil du Héron&lt;/strong&gt; nous propulse sur la planète Victoria, qui n’a de victorieuse que le nom. Une centaine d’années plus tôt, le Brésil y a déporté une partie de sa racaille via deux vaisseaux spatiaux. Il restait un troisième astronef mais le gouvernement avait changé avant qu’on l’envoie. À la place de criminels brésiliens, on y mit cinquante ans plus tard le Peuple de la Paix, des immigrés pacifistes ayant accompli une «&amp;nbsp;Longue Marche&amp;nbsp;» à travers l’Eurasie avant d’être parqué dans des camps de concentration au port de Montréal. Personne ne savait quoi faire de ces dix mille militants&amp;nbsp;; en envoyer deux mille vers Victoria, ça serait déjà pas mal. Sur Victoria justement, la situation a vite viré à la situation à laquelle on peut s’attendre&amp;nbsp;: les colons involontaires se sont entassés sur le même recoin de continent, au pied des carcasses des vaisseaux, et les descendants des criminels brésiliens, habitant la Cité, exploitent le Peuple de la Paix, résidant à Zona et trimant dans les champs alentour. Se révolter, les Zoniens&amp;nbsp;? Pas pour eux.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;À leurs yeux, l’acte de violence était un acte de faiblesse, et la force spirituelle résidait dans la fidélité à la vérité.&amp;nbsp;» (p. 60)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le charismatique Lev Schultz est le petit-fils de l’un des pacifistes terriens. Avec quelques amis, il a exploré les secteurs alentours et a trouvé un endroit accueillant où une partie de Zona pourrait s’établir — d’ici une génération ou deux, les lieux seront surpeuplés. Falco, l’un des membres du Conseil dirigeant la Cité, refuse tout net&amp;nbsp;: pas question de laisser fuir une partie de cette main d’œuvre corvéable à merci. À ses côtés, il y a le jeune Herman McMillan, qui bout de montrer de quel bois il se chauffe et qui s’imagine déjà promis à Luz, la fille de Falco. Ni la Cité ni Zona ne veulent céder, et la tension commence à monter. La Cité va-t-elle plier&amp;nbsp;? Le Peuple de la Paix renoncer à ses principes d’airain en matière de non-violence&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après tout, comme le dit l’une des habitantes de Zona&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La liberté se gagne par des sacrifices.&amp;nbsp;» (p. 123)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-o-heron.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-o-heron.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Roman bref, &lt;strong&gt;L’Œil du Héron&lt;/strong&gt; va droit au but. Le Guin en profite pour esquisser un monde boueux, avec sa propre faune et flore, indifférents à ce qui vient de la Terre. En un siècle, les bannis n’ont guère exploré leur monde, qui recèle encore des mystères. Ici, pas de société aux mœurs étranges&amp;nbsp;: pas besoin d’exotisme extraterrestre pour dépeindre cette relation exploitants/exploités, avec deux modèles aux antipodes – d’un côté, une clique abusant d’une loi toujours à leur avantage, et de l’autre, des épigones de Gandhi. Quant aux protagonistes, ils incarnent chacun une version de leur idéologie&amp;nbsp;: Lev est le leader (quoique involontaire, mais le charisme n’est pas quelque chose dont on se défait aisément), qui représente l’idéal non-violence&amp;nbsp;; la vieille Vera représente le pragmatisme dans cette même mouvance. Du côté des oppresseurs, Falco est l’autorité et McMillan la pure brutalité. À cette aune, rien d’étonnant que les noms des personnages soient presque tout un programme&amp;nbsp;: Lev, c’est le prénom Léon (lion) en russe, Falco est transparent&amp;nbsp;; Herman McMillan sonne comme «&amp;nbsp;Herr Mann&amp;nbsp;», Monsieur Homme en allemand, allez faire plus viril… Pour autant, le récit échappe à la caricature.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, il échappe aussi à la flamboyance. &lt;em&gt;Background&lt;/em&gt; ténu (voire moyennement plausible), galerie de personnages à la puissance réduite par la taille du roman… Moins brillant que &lt;strong&gt;Les Dépossédés&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;La Main gauche de la nuit&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L’Œil du Héron&lt;/strong&gt; possède ses atouts discrets, et voit son autrice effectuer un changement dans son approche de l’écriture et des protagonistes. Certes, comme elle le reconnaît dans l’interview donnée à &lt;em&gt;The Paris Review&lt;/em&gt; (reproduite dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 78), ce sont «&amp;nbsp;des lieux communs maintenant&amp;nbsp;». Le changement&amp;nbsp;? Attention, spoiler en approche&amp;nbsp;: il s’agit de se débarrasser du personnage de Lev Schultz.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;À la moitié du roman, mon bon héros insiste pour se faire tuer. J’ai alors pensé&amp;nbsp;: &quot;Hé, tu ne peux pas me faire ça&amp;nbsp;! Tu es mon protagoniste.&quot; Mon inconscient m’a alors obligé à me rendre compte que le poids de l’histoire reposait dans la conscience de la fille [Luz], non celle du garçon [Lev].&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et le roman de se découvrir féministe à mi-chemin de l’intrigue&amp;nbsp;? Pas exactement&amp;nbsp;: il l’était déjà avant, Le Guin s’interrogeant sur les questions de genre au sein de la société – une scène cruciale entre Luz et Vera, est l’occasion pour elle de s’exprimer sur les différences entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Voyez-vous, il me semble que les hommes ont un point faible, la vanité. La femme se suffit parce qu’elle a en elle un centre de gravité&amp;nbsp;; mais l’homme est différent, il a besoin de s’étendre.&amp;nbsp;» (p. 83)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Peut-être est-ce là simpliste, mais cela permet au roman de trouver sa résolution, en laissant les femmes reprendre la main sur les événements — quitte à s’étendre. Comme l’aurait celle qui voulait être reine de Westeros, il faut briser la roue. De fait, la figure du cercle apparaît de loin en loin dans le roman&amp;nbsp;: l’œil de la créature qui n’est pas exactement un héron mais presque, les arbres-anneaux autochtones, le cycle d’oppression présent sur Terre et reproduit sur Victoria. Après la confrontation suit une manière de long épilogue, avec une longue échappée vers les territoires inconnus de la planète. Charge aux fuyards d’établir un nouveau foyer, où ne seront pas répétées les erreurs de la colonie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré les légers manques du roman, Ursula K. Le Guin propose avec &lt;strong&gt;L’Œil du Héron&lt;/strong&gt; une histoire réussie, prouvant que même en mode mineur, le talent de son autrice est toujours présent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: à moins d’être allergique à UKLG, nope&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme Narkopop</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/25/N-comme-Narkopop" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Narkopop" />
      <id>urn:md5:4596733ef90ea823d7ca45cc3566b9dd</id>
      <published>2019-06-25T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-06-25T10:08:20+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ach, Deutschland… Côté musique, la production de nos voisins d'outre-Rhin est loin de se limiter à Rammstein ou Nena et ses quatre-vingt-dix-neuf ballons. Si &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk&quot;&gt;Kraftwerk&lt;/a&gt; a célébré le système routier et ferroviaire de l'Allemagne, si &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/02/08/X-comme-X&quot;&gt;Klaus Schulze&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/22/Z-comme-Zeit&quot;&gt;Tangerine Dream&lt;/a&gt; ont fait planer le monde comme personne, si &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/31/Z-comme-Zukunftsmusik&quot;&gt;DJ Hell&lt;/a&gt; s'est occupé de faire se trémousser les popotins, Wolfgang Voigt, sous le pseudonyme de &lt;strong&gt;GAS&lt;/strong&gt;, a entrepris d'amener la fête au plein cœur de la forêt… En la matière, l'album &lt;strong&gt;Narkopop&lt;/strong&gt; en est le plus beau (et inquiet) fleuron.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Narkopop, GAS (Kompakt, 2017). 10 morceaux, 77 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En matière de musique, il est facile de réduire l’Allemagne à Wagner et Kraftwerk. Justement&amp;nbsp;: à quoi ressemblerait le rejeton improbable du compositeur à l’origine du concept d’œuvre d’art totale et des quatre androïdes célébrant avec une once d’ironie la modernité allemande&amp;nbsp;? Quand Gesamtkunstwerk et Wirschaftswunder se rencontrent – &lt;em&gt;aber in einem Wald, bitte&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rembobinons. Au mitan des années 90 en Allemagne, un habitant de Cologne du nom de Wolfgang Voigt publie un EP intitulé &lt;em&gt;Modern&lt;/em&gt; sous le pseudonyme de GAS. Quatre titres, plutôt technoïde, chacun avec un &lt;em&gt;titre&lt;/em&gt; ainsi qu’une &lt;em&gt;ambiance&lt;/em&gt; très différente – notons-le bien, car ce sera la dernière fois. Un quart de siècle de plus tard, force est de reconnaître que cet EP a bien vieilli, et s’écoute surtout (si on me permet l’expression) dans une optique archéologique. Bref. Ce Wolfgang Voigt n’est pas exactement un nouveau venu&amp;nbsp;: alors âgé d’une petite trentaine d’années, il a fondé un magasin de disques spécialisé en techno, &lt;em&gt;Delirium&lt;/em&gt;, qui deviendra bientôt un label, nommé Kompakt. En 1996, Voigt remet le couvert avec un album tout simplement intitulé &lt;em&gt;GAS&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: au programme, six morceaux sans titre, qui développent une même idée sur une douzaine de minutes. S’il s’agit de techno, celle-ci vire plutôt vers le minimal et l’ambient et cherche moins à électriser son auditeur qu’à le plonger dans une forme d’hypnose. Mais, là encore, le résultat peine à vraiment convaincre (du moins, avec le recul des années). Ah, et puis la pochette est hideuse. Considérons ces deux disques comme un galop d’essai&amp;nbsp;: par la suite, Voigt ne fera rien pour rééditer &lt;em&gt;Modern&lt;/em&gt;, à la manière de Kraftwerk qui a mis sous le boisseau ses trois premiers albums, et délaissera &lt;em&gt;GAS&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-n-before.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-n-before_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Entre 1997 et 2000, GAS (le musicien, pas le disque éponyme, faut suivre) va sortir trois albums&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Zauberberg&lt;/em&gt; (en référence au roman de Thomas Mann), &lt;em&gt;K&lt;/em&gt;&lt;em&gt;önigsforst&lt;/em&gt; (du nom d’un bois situé non loin de Cologne) et &lt;em&gt;Pop&lt;/em&gt; (parce que U2 n’a pas le monopole de ce titre). Cela, sans oublier l’EP &lt;em&gt;Oktember&lt;/em&gt; (plus automnal, tu meurs). Chacun de ces trois albums se dessine de la même façon&amp;nbsp;: une pochette avec une dominante colorée monochrome sur fond arboré&amp;nbsp;; une demi-douzaine de morceaux sans titre déployant sur une dizaine de minutes en moyenne des rythmes binaires, des samples tirés de la musique classique avec accrocs des vinyles. Pas de mélodie à proprement parler, mais une ambiance inimitable. L’ensemble forme un tout faussement uniforme, pleinement forestier… et radieux, si l’on peut dire. &lt;em&gt;Pop&lt;/em&gt; s’achève sur une envolée d’une quinzaine de minutes – façon course dans un bois ensoleillé en plein cœur du printemps, tandis que défile le générique de fin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-n-gas.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-n-gas.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-n-gas_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;em&gt;Pop&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le silence. Pendant dix-sept ans, Wolfgang Voigt va laisser GAS en sommeil, tout en continuant à œuvrer sous un nombre de pseudonymes destinés à faire pâlir Aphex Twin&amp;nbsp;: All, Auftrieb, Brom, C.K. Decker, Centrifugal Force, Crocker, Dextro NRG, Dieter Gorny, Digital, Dom, Doppel, Filter, Freiland, Fuchsbau, Gelb, Grungerman, Kafkatrax, Love Inc., M:I:5, Mike Ink, Mint, Panthel, Popacid, Riss, RX7, Split Inc., Strass, Studio 1, Tal, Vinyl Countdown, W.V., Wassermann et X-Lvis ( &lt;a href=&quot;http://https:/en.wikipedia.org/wiki/Gas_(musician)#Aliases_and_projects&quot;&gt; merci Wikipedia&lt;/a&gt;). En 2008, GAS sort un coffret regroupant ses quatre premiers albums&amp;nbsp;; en 2016, nouveau coffret mais sans l’album &lt;em&gt;GAS&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et en 2017, Wolfgang Voigt fait retour avec un disque dont le titre l’inscrit dans la continuité directe du précédent&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-n-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-n-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-n-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La pochette a beau représenter un bout de forêt, quelque chose a changé. Là où les précédents albums montraient une photo à peine retouchée (si ce n’est via la colorimétrie), les branchages de &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt; sont altérés – on y distingue des structures métalliques de mauvais aloi. La teinte turquoise et les contrastes forts de la pochette lui donne un caractère onirique, façon nuit américaine – un procédé que je déteste au cinéma mais qui, bien détourné comme ici, plonge une scène dans une ambiance spectrale, à la fois trop sombre et surexposée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt; est introduit par un morceau ample, à l’ambiance sombre et lancinante. En dix-sept ans, quelque chose s’est cassé, la forêt s’est assombrie – à supposer qu’il reste encore une forêt et que celle-ci ne soit pas envahie par le métal. En cinq minutes, cette introduction à &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt; pose le décor&amp;nbsp;: là où &lt;em&gt;Pop&lt;/em&gt; et les précédents albums étaient solaires, nous voici passés dans l’envers nocturne de la forêt mentale de Wolfgang Voigt. Du côté des samples, les violons sont amples, les boucles orchestrales s’entrelacent de façon magnifique&amp;nbsp;; les vinyles d’origine crépitent comme quelqu’un (quelque chose &amp;nbsp;?) marchait dans le lointain sur un tapis d’aiguilles de pin et les bandes magnétiques des cassettes font entendre un souffle pareil à une brise fraîche dans les branches.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3418979658/size=large/bgcol=333333/linkcol=0f91ff/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 886px;&quot;&gt;Narkopop by GAS&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les huit morceaux suivants nous convient à un voyage inquiet au sein d’une forêt où tous les arbres sont presque identiques. (Qu’on ne se méprenne pas, hein&amp;nbsp;: les morceaux sont variés.) Plus haut, j’évoquais Wagner et Kraftwerk&amp;nbsp;: bon, la comparaison est sûrement exagérée, Voigt ne retenant de l’un que l’orchestre et de l’autre le caractère rythmique. Si&lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt; a un progéniteur, il s’agirait alors du superbe &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://biosphere.bandcamp.com/album/shenzhou-reissue-with-bonus-album&quot;&gt;Shenzhou&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de Biosphere, où Debussy est remixé en mode ambient par le musicien norvégien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fin du neuvième morceau laisse planer un sentiment d’attente où la menace se mêle à l’exaltation. Quelque chose se trame mais on ne sait pas quoi. Arrive donc le morceau de bravoure du disque&amp;nbsp;: un riff de violons allant crescendo, une pulsation lointaine…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous vous souvenez de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;A Forest&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de The Cure et ses paroles hantées&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;And I start to run&lt;br /&gt;
Into the trees&lt;br /&gt;
Suddenly I stop&lt;br /&gt;
But I know it's too late&lt;br /&gt;
I'm lost in a forest&lt;br /&gt;
All alone&lt;br /&gt;
The girl was never there&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà. Remplacez « the girl&amp;nbsp;» par «&amp;nbsp;the party&amp;nbsp;» et vous obtenez le morceau final de &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une longue échappée à travers les bois, à la recherche d’une fête là-bas au loin, dont on entend les rythmiques étouffées par la distance. Au bout d’une dizaine de minutes, on se rend compte qu’il ne sert à rien de courir, la fête – si tant est qu’elle existe – est trop loin, elle n’existe peut-être pas. Il reste six interminables minutes au morceau pour se déliter lentement… et à son auditeur pour retourner dans le monde réel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra toujours ressortir les clichés sur les Allemands, la Forêt noire, le romantisme, le sublime, etc. Ouais. Pas faux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un an après &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt;, GAS est revenu avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://kompakt-gas.bandcamp.com/album/rausch&quot;&gt;Rausch&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;fumée&amp;nbsp;»). Après les premières minutes, qui reprennent le meilleur de &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt;, le reste de l’heure que dure l’album peine à retrouver l’inquiétude de l’objet du présent billet. On demeure dans l’envers nocturne de la discographie de GAS, mais le résultat touche moins. Qui sait si Wolfgang Voigt fera perdurer encore GAS. Qu’importe&amp;nbsp;: il reste les délices inquiets de &lt;em&gt;Narkopop&lt;/em&gt; à explorer…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Unauffindbar&amp;nbsp;: Bandcamp ist dein Freund&lt;br /&gt;
Unhörbar&amp;nbsp;: nein&lt;br /&gt;
Unvergesslich&amp;nbsp;: ganz natürlich&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Manhattan</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/20/M-comme-Manhattan" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Manhattan" />
      <id>urn:md5:900f85ae8b845583ff994f2294c1ba2b</id>
      <published>2019-06-20T11:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-06-20T11:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Radioactivity is in the air for you and me&lt;/em&gt;…&amp;nbsp;» chantaient les hommes-robots de Kraftwerk en 1975. Trente ans plus tôt, les USA larguaient deux bombes atomiques sur le Japon impérial. Et entre 2014 et 2015, la série &lt;strong&gt;Manhattan&lt;/strong&gt;, créée par Sam Shaw, s'intéressait au projet du même nom, à l'origine desdites bombes…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Manhattan, série créée par Sam Shaw (2014-2015). Deux saisons de 13 et 10 épisodes (≈ 46 minutes).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Moins remarquée que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/11/U-comme-Utopia&quot;&gt; &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/09/20/Firefly&quot;&gt; &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; dans le genre «&amp;nbsp;série injustement abandonnée&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Manhattan&lt;/em&gt; mérite toutefois qu’on s’y intéresse. Déployée sur deux saisons diffusées entre l’été 2014 et l’automne 2015, sous la direction de Sam Shaw (qui n’avait pas fait grand-chose avant, hormis s’occuper de la réalisation de trois épisodes de &lt;em&gt;Master of Sex&lt;/em&gt;, et qui depuis dirige &lt;em&gt;Castle Rock&lt;/em&gt;), &lt;em&gt;Manhattan&lt;/em&gt; n’a rien à voir avec le borough newyorkais du même nom et ne consiste pas non plus en une version sérielle du film éponyme de Woody Allen, et c’est le personnage du Pr Frank Winter qui en parle le mieux&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;On fabrique une bombe atomique. Une réaction en chaîne qui explosera en libérant l'énergie de 20 000 tonnes de TNT. Elle rayera des villes entières de la carte. L'armée la fera détoner dans une zone où elle ne fera de mal à personne. Face à cette puissance, l'axe n'aura pas d'autre choix que de de capituler. Et il n'y aura plus jamais d'autre guerre. Voilà ce qu'on fait dans le centre. On prépare une nouvelle ère. On écrit l'histoire de la paix.&amp;nbsp;» (S01E13)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Remontons un peu dans le temps&amp;nbsp;: le Big Bang, la grande inflation, les premiers atomes d’hydrogène et d’hélium, les premières étoiles… et Albert Einstein trouvant sa célébrissime équation e=mc². Équation indiquant l’équivalence entre la masse et l’énergie, et ouvrant la porte à bien davantage… comme la fission de l'atome.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-m-titre_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;1943&amp;nbsp;: le jeune et brillant physicien Charlie Isaacs (Ashley Zukerman et ses faux airs de Hugh Grant) et son épouse Abby (Rachel Brosnahan, impeccable) arrivent, au terme d’un long trajet en voiture, aux abords d’une ville nouvelle, créée ex nihilo en plein cœur du Nouveau Mexique. Drôle de ville, encore dans la frénésie de sa construction, entièrement contrôlée par les militaires&amp;nbsp;: il faut montrer patte blanche pour y rentrer, et rien ne peut en sortir sans autorisation. En y entrant, Charlie et Abby sont contraints à renconcer à bien des choses, à commencer par leur liberté. Spécialisé en physique des particules, Charlie a été recruté par le professeur Reed Akley (David Harbour)&amp;nbsp;; bien vite, il comprend qu’on ne l’a pas amené ici pour résoudre quelque mineur problème physique mais bien pour contribuer à la mise au point d’une bombe atomique. De son côté, le professeur Frank Winter (John Benjamin Hickey) tente d’avancer sur une autre approche.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-isaacs2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-isaacs2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-m-isaacs2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Charlie Isaacs&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-winter.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-winter.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-m-winter_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Winter, en mauvaise posture (comme à l'accoutumée)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La population de la Colline – le surnom du lieu qu’on devine sans peine être Los Alamos – se divise grosso modo en quatre groupes&amp;nbsp;: les militaires, gérant l’infrastructure, la logistique et la sécurité&amp;nbsp;; les scientifiques, tenus au secret&amp;nbsp;; les familles des scientifiques, tenues dans l’ignorance&amp;nbsp;; les employées de maison, Amérindiens ne parlant guère qu’espagnol. Il faut chaud, les lieux sont poussérieux et loin de tout&amp;nbsp;: il n’y a rien de glamour sur la Colline.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-oppie.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-oppie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-m-oppie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ce cher Oppie…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous la direction lointaine de Robert Oppenheimer, plusieurs équipes de physiciens travaillent d’arrache-pied pour concrétiser l’arme atomique&amp;nbsp;: il ne s’agit pas de prendre du retard sur le projet parallèle dirigé en Allemagne nazie par Werner Heisenberg. Deux visions s’affrontent&amp;nbsp;: celles des professeurs Akley et Winter. Le premier travaille sur Thin Man, un modèle de bombe au plutonium à insertion&amp;nbsp;; le second travaille &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; sur une bombe au plutonium, mais un modèle alternatif. À l’opposé de Reed Akley, bien propre sur lui, Frank Winter est un individu taciturne et irascible, ayant souvent tendance à faire le ménage par le vide dans son entourage. Akley est convaincant&amp;nbsp;; Winter, quoique à même de susciter une certaine dévotion, ne l’est pas. Mais Winter a raison – la postérité le prouvera. Entre les deux, Charlie Isaacs oscille, en essayant de préserver son intégrité, sa carrière et sa famille. Et puis, oh, il y a sûrement un espion quelque part. La paranoïa règne, et la compartimentalisation des informations n’est pas un principe à prendre à la légère.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La saison 1 se déroule en 1943 et 1944 et s’intéresse à la mise au point de Thin Man… et son échec. (Qui aujourd’hui se souvient de Thin Man&amp;nbsp;? C’est son homologue Fat Man qui est entré dans l’Histoire…) Néanmoins, &lt;em&gt;Manhattan&lt;/em&gt; n’a pas vocation à être un documentaire&amp;nbsp;: à l’exception de Robert Oppenheimer (et Niels Bohr, le temps d’un épisode), tous les protagonistes sont fictifs, même si, dans le lot, Frank Winter s’inspire fortement du professeur Seth Neddermeyer, à qui l’on doit le modèle à implosion et lentilles explosives. Au fil des épisodes, les enjeux s’avèrent moins scientifiques que personnels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Différentes sous-intrigues permettent d’aborder tous les aspects de la vie sur la Colline. Ainsi, parallèlement aux recherches de Winter et son équipe, et les coups de p**es échangés avec son adversaire Akley, on suit le quotidien des épouses des chercheurs, gardées dans l’ignorance&amp;nbsp;: Liza Winter (Olivia Williams, elle aussi impeccable), botaniste de talent, qui cherche à faire quelque chose de cette non-vie sur la Colline&amp;nbsp;; Abby Isaacs, qui trompe son ennui en trompant son mari avec la délurée voisine d’en face… Sans oublier les quatre scientifiques sous la direction de Frank Winter, faisant office de répit humoristique&amp;nbsp;: l’ambitieux Paul Crosley, le terne Meeks, le balourd Fritz Fedowitz et la brillante Helen Prins (Katja Herber, vue depuis dans la saison 2 de &lt;em&gt;Westworld&lt;/em&gt;), qui s’amuse autant qu’elle peut tant qu’elle le peut, sachant qu’à la fin de la guerre, sa carrière ne décollera pas… car elle est une femme.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-abby.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-abby.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-m-abby_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Abby Isaacs&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-liza.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-liza.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-m-liza_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Liza Winter&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la saison 2, les enjeux sont posés dès le départ&amp;nbsp;: dans la nuit du 15 au 16 juillet, il fait un temps de chien et les USA se préparent à faire péter Trinity. À moins que&amp;nbsp;? L’essentiel des dix épisodes consistent donc en un long flashback. Plus ramassée donc, cette saison 2 s’avère plus efficace. Les irradiantes dernières images de l’épisode 10 montrent les personnages face aux conséquences de leurs actes, tant personnels que scientifiques, et rappellent les propos de Kenneth Bainbridge&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Now we are all sons of bitches.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Boum.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-trinity.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-trinity.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-m-trinity_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Trinity&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus haut, j’annonçais que la série &lt;a href=&quot;http://https/variety.com/2016/tv/news/manhattan-cancelled-wgn-america-season-2-1201696153/&quot;&gt; avait subi une annulation &lt;/a&gt; . Du fait de son sujet – le projet Manhattan et rien que le projet Manhattan –, aucune saison 3 ne semblait vraisemblable – à moins de se focaliser sur les trois semaines qui précèdent les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ou bien de raconter l’après-guerre, jusqu’à la prise de contrôle du projet Manhattan par la Commission de l’énergie atomique en 1947, chose dont le caractère palpitant apparaît bien moindre. Parfois, il vaut mieux savoir quand s’arrêter, et c’est le cas de &lt;em&gt;Manhattan&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-m-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-m-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Photographie soignée, acteurs compétents (Rachel Brosnahan&amp;nbsp;! mais aussi les interventions discrètes mais hautes en couleur de Peter Stormare), scénario bien ficelé&amp;nbsp;: il y a peu de reproches à adresser à la série de Sam Shaw. Notons néanmoins une structure répétitive dans la saison1&amp;nbsp;: Winter fait de la merde, est chassé, complote pour revenir, revient, refait de la merde… et rebelote. Les exposés scientifiques auraient peut-être gagné à être un peu moins brin abscons – mais Manhattan ne s’intitule pas&lt;em&gt;How to Build An Atomic Bomb For Dummies&lt;/em&gt;) pour rien, et le parti-pris réaliste en aurait pris un coup.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche. S'employant à démystifier le glamour entourant le projet Manhattan, &lt;em&gt;Manhattan&lt;/em&gt; s'avère une série historique plutôt bien fichue, qui mérite le coup d’œil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: moins qu’un flacon de plutonium&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: moins qu’une bombe A au moment de sa détonation&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: autant que l’éclat rémanent d’une bombe A&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme Léviathan</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/18/L-comme-Leviathan" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Léviathan" />
      <id>urn:md5:bb42194881ddc448c21a20d14ebccebf</id>
      <published>2019-06-18T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-06-18T12:14:53+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/20/J-comme-Je-suis-au-paradis&quot;&gt;Thomas Fersen&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/11/R-comme-Robots-apres-tout&quot;&gt; Philippe Katerine&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/13/B-comme-Bambi-Galaxy&quot;&gt; Florent Marchet&lt;/a&gt;, on continue à explorer les liens entre imaginaire et chanson française, en s'intéressant au cas Flavien Berger. Au programme, des balades sur la planète Mars sous influence electro/krautrock et une plongée en train dans les abysses à la recherche du &lt;strong&gt;Léviathan&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Mars Balnéaire EP, Flavien Berger (Pan European Recording, 2014). 4 chansons, 36 minutes.&lt;br /&gt;
Léviathan, Flavien Berger (Pan European Recording, 2015). 10 chansons, 59 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-l-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-l-cover_m.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En matière de chanson française et science-fiction, j’ai découvert Flavien Berger à contretemps – l’oreille sûrement trop penchée du côté de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/20/J-comme-Je-suis-au-paradis&quot;&gt; Thomas Fersen&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/11/R-comme-Robots-apres-tout&quot;&gt; Philippe Katerine&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/13/B-comme-Bambi-Galaxy&quot;&gt; Florent Marchet&lt;/a&gt;. Compositeur-interprète ayant fait ses premières armes avec le jeu &lt;em&gt;Music 2000&lt;/em&gt; sur Playstation, le jeune homme s’est fait connaître en 2014 avec &lt;a href=&quot;http://https/paneuropeanrecording.bandcamp.com/album/glitter-gaze-ep&quot;&gt;&lt;em&gt;Glitter Gaze&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, un EP essentiellement instrumental sous influence electro/krautrock. Le chant, en anglais, y est rare, mais l’ambition se situe ailleurs&amp;nbsp;: le premier morceau dure près de vingt minutes (et est accompagné d'un clip de même durée, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=dqyJin_5xT8&quot;&gt;célébrant les glitches des vidéos informatisées&lt;/a&gt;), les deux suivants cumulent une durée à peine inférieure. Un EP sympathique, mais qui pâlit face au suivant, paru la même année…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Son titre, &lt;em&gt;Mars Balnéaire&lt;/em&gt;, est tout est un programme&amp;nbsp;: en quatre chansons, Flavien Berger nous promène sur une planète rouge transformée… eh bien… en station balnéaire.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Me baigner dans les cratères sous la tempête de poussière&lt;br /&gt;
Me délecter de ta chaire à l'ombre des panneaux solaires&lt;br /&gt;
Lever les yeux vers la Terre depuis une station balnéaire&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, les quatre titres proposent un krautrock sautillant – du genre les androïdes de Kraftwerk qui auraient abusé d’une bouteille de Champomy dans laquelle un extraterrestre facétieux aurait glissé du LSD —, sans autres limites que celles qu’imposent Mars.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=82088190/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=de270f/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 688px;&quot;&gt;MARS BALNÉAIRE EP by Flavien Berger&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux chansons tortueuses (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mars Balnéaire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Véliplanchistes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), deux longues envolées pas moins tortueuses (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Océan Rouge&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Radio Rover&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), alternant entre séquences rythmées, étrangement dansantes, et passages plus aériens, parfois mélancoliques voire absurdes comme en témoigne les trois premières minutes de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Radio Rover&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Quant aux paroles, elles collent à la thématique&amp;nbsp;: les paysages martiens, les vacances, les loisirs. Qu’importe si celles de la chanson-titre font un peu scolaire avec leurs rimes en «&amp;nbsp;-air&amp;nbsp;», qu’importe si le chant est… Bon, Flavien Berger n’est pas Alain Bashung. Mais l’énergie et la folie douce qui se dégagent de l’EP rattrapent sa voix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/vrQxXjzkIFU&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’année suivante, Flavien Berger est passé aux choses sérieuses avec un album&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Léviathan&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3937649420/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 886px;&quot;&gt;LÉVIATHAN by Flavien Berger&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le titre évoque d’emblée le monstre mythique cité dans la Bible… mais aussi le fameux essai de Thomas Hobbes (qui trouvera des échos lointains dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/09/X-comme-Voyage-au-pays-de-la-quatrieme-dimension&quot;&gt;&lt;strong&gt;Voyage au Pays de la Quatrième Dimension&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Gaston de Pawlowski), un roman de Scott Westerfeld, un autre de Paul Auster aussi, entre autres références. Quant à la pochette, ce serait &lt;em&gt;A Bigger Splash&lt;/em&gt; de David Hockney mais la nuit, sous des projecteurs colorés, et focalisé sur l’eau seulement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Léviathan&lt;/em&gt; débute par le caracolant &lt;em&gt;«&amp;nbsp;88888888&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, dont les paroles tiennent littéralement en deux lignes – surréalisme et science-fiction rassemblée en une concision extrême&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sur le rail cardiaque et sauvage / je survole l’astropole de mes rêves&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On garde le ferroviaire mais on plonge sous l’eau avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Abyssinie&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: l’élément aquatique est une thématique régulière de l’album. L’autre thème récurrent est celle de la fête, introduite avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Fête noire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, narrant une inquiète fête foraine – et dont le clip, filmé avec trois bouts de ficelle, est à l’avenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/KKUfXDlTfBQ&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les trains ne sont jamais loin, et c’est bien aux montagnes russes que joue &lt;em&gt;Léviathan&lt;/em&gt;. Des montagnes russes qui vont sous l’eau ou dans d’autres dimensions, qui ne vont pas forcément très haut ni très vite mais qui promène leur auditeur à travers d’étranges paysages aux mélanges de couleurs insensés, faisant fi des conventions. À ce jeu-là, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Abyssinie&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; donne justement le ton&amp;nbsp;: de ballade tranquille, la chanson vire au contemplatif à mi-chemin de ses six minutes. La plupart des chansons du disque suivront un schéma similaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album varie les genres. Si &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Fête noire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est un rockabilly déviant, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vendredi&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; s’avère une ritournelle suave, sucrée et mélancolique (et vite agaçante). &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Saint-Donatien&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est un bref instrumental chelou qui introduit &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rue de la victoire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, pop-song faussement conventionnelle avec sa rythmique tchic-tchic-boum, où Berger s’essaye au rôle du crooner sur des paroles («&amp;nbsp;Le soleil dans la maison / C'est jolie après la pluie&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: vous n’aurez rien de plus) que n’aurait pas renié Philippe Katerine. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Bleu sous-marin&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est un nouveau morceau de simili rockabilly mais avec les robots de Kraftwerk à la section rythmique. La chanson s’achève sur la respiration ample du léviathan, avant que commence &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Inline Twist&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, un instrumental dansant. Suit &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Gravité&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, une love-song aux sonorités absurdes. Évidemment, Flavien Berger garde le meilleur pour la fin…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Véritable épopée d’un bon quart d’heure, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Léviathan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; termine le disque en beauté. Là où les précédents longs morceaux de Berger (ceux dépassant la barre des dix minutes) partaient en quenouille, ce &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Léviathan&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; tient la route de bout en bout, cinématographique en diable, les boucles de piano se mêlant à des envolées de cordes luxuriantes. Conclusion parfaite au disque, la chanson annonce déjà la suite&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Voyage dans le temps / Et inverse le sens / Des flots de mon sang&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Hum. La suite, oui, mais surtout pour la première phrase.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant son deuxième album, intitulé justement &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://paneuropeanrecording.bandcamp.com/album/contre-temps-2&quot;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et sorti en 2018, Flavien Berger a sorti un album 1½, &lt;em&gt;Contrebande 01&amp;nbsp;: Le disque de Noël&lt;/em&gt;, en décembre 2015, et a enchaîné remix et collaborations (dont &lt;a href=&quot;https://paneuropeanrecording.bandcamp.com/track/arco-iris&quot;&gt;une avec Étienne Jaumet&lt;/a&gt;, qui constitue la moitié de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/23/Z-comme-Zombie-Zombie-Plays-John-Carpenter&quot;&gt; Zombie Zombie&lt;/a&gt;). Dans la continuité de &lt;em&gt;Léviathan&lt;/em&gt;, on trouve sur ces deux albums des chansons faisant la part belle à l’absurde et éclatant volontiers le format radio. L’aspect science-fictionnel/absurde, plus discret, reste présent cependant çà et là au détour des paroles (par exemple &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Maddy la nuit&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et ses amours holographiques). Reste à espérer pour la suite que Flavien Berger continuera à prodiguer tout son réjouissant non-conformisme pour la suite de son œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://https/paneuropeanrecording.bandcamp.com/music&quot;&gt; Bandcamp est ton ami &lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>K comme Kosmos</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/14/K-comme-Kosmos" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kosmos" />
      <id>urn:md5:11d3baf6cd4e30eb4d7e4ae2493fb323</id>
      <published>2019-06-14T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-06-14T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En l'an de grâce 1972, un musicien japonais fait paraître sous le surnom d’Electric Samurai un album titré &lt;strong&gt;Switched-On Rock&lt;/strong&gt;, où il reprend au synthé des titres des Beatles, d’Elvis ou de Simon &amp;amp; Garfunkel. Quelque temps plus tard, il se met à sévir sous son propre nom&amp;nbsp;: Isao Tomita. Sous des pochettes au charme SF des plus kitsch, il se lance dans une tâche&amp;nbsp;:populariser au synthétiseur des grands airs du classique, pour un résultat… particulier, dont l'album &lt;strong&gt;Kosmos&lt;/strong&gt; constitue le plus bel exemple.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kosmos, Isao Tomita (RCA, 1978). 8 morceaux, 52 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au bout d’un certain passé à écouter le rock à guitare, Jimi Hendrix, Dire Straits, Led Zep en tête, et à considérer avec dédain tout ce qui ressemblait à un clavier, votre serviteur eut une épiphanie en découvrant Kraftwerk&amp;nbsp;: si &lt;em&gt;Trans Europe Express&lt;/em&gt; fut une initiation, la révélation vint avec &lt;em&gt;The Man Machine&lt;/em&gt; et son esthétique puissante, entre constructivisme et synthpop. Assez vite, Aphex Twin, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=Autechre&quot;&gt;Autechre&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/10/T-comme-Tomorrow-s-Harvest&quot;&gt;Boards of Canada&lt;/a&gt;, Depeche Mode et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;Brian Eno&lt;/a&gt; vinrent enrichir les playlists. Et votre serviteur de ressentir ce qui ressemblait fort à un &lt;em&gt;coming out&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: ouais, les synthés, c’était cool. À bien y repenser, cela n’avait rien de fortuit&amp;nbsp;: les musiques écoutées durant la jeunesse ont tendance à forger certains goûts ( &lt;a href=&quot;http://www.slate.fr/story/91329/pourquoi-sommes-nous-attaches-musique-adolescence&quot;&gt; cet article sur Slate&lt;/a&gt; explique le pourquoi du comment à ce sujet). Et tout cela tenait beaucoup à un musicien japonais répondant au doux nom d’Isao Tomita.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-k-tomita.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-k-tomita_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Remontons un peu dans le temps&amp;nbsp;: le Big Bang, la grande inflation, les premiers atomes d’hydrogène et d’hélium, les premières étoiles… et les synthétiseurs Moog, mis au point par, devinez qui, Robert Moog en 1968. Un Big Bang à sa manière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire de la musique électronique est une chose passionnante (autant que l’histoire de la SF, à sa manière), un sujet qui va lorgner autant du côté de la musique classique que de la pop culture. Les origines de la musique électronique sont à chercher dans les avant-gardes du XXe siècle&amp;nbsp;: les Futuristes en particulier, avec &lt;strong&gt;L’Art des Bruits&lt;/strong&gt; édicté par Luigi Russolo en 1913&amp;nbsp;; Edgar Varèse et son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Poème électronique&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, les expériences du Groupe de Recherche Musical, ancêtre de l’actuel IRCAM…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Longtemps, les synthétiseurs ont cumulés les désavantages&amp;nbsp;: lourds, chers, encombrants, se désaccordant facilement (un comble), trop souvent réservés à une poignée de mâles blancs composant des bruits chelous et se prenant un peu trop au sérieux – Francis Valéry en évoque quelques-uns &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/01/28/Nouveaux-sons&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;. Et quand ce n’était pas pour cette élite, les sons synthétiques étaient associés à des films de SF de série B – pensons à la partition de &lt;em&gt;Plan&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ète interdite&lt;/em&gt;. Les synthétiseurs créés par Robert Moog représentèrent à ce titre une véritable démocratisation, et plusieurs musiciens vont s’en emparer, avec une préférence pour le MiniMoog, mis sur le marché en 1970.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le lot, citons Walter Carlos (devenue Wendy Carlos depuis), à qui l’on doit la fameuse BO d’&lt;em&gt;Orange mécanique&lt;/em&gt; et ses reprises de Beethoven. En octobre 1968, Carlos sort &lt;em&gt;Switched-On Bach&lt;/em&gt;, album de reprises de Bach… au Moog, dans le but de populariser l’instrument et de lui donner quelque légitimité. Citons aussi Gershon Kingsley, dont le premier album solo indique la couleur&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Music To Moog By&lt;/em&gt;. Paru en 1969 (la même année, par exemple, que &lt;em&gt;Electric Ladyland&lt;/em&gt; de Hendrix), ce disque consiste pour bonne part de reprises de tubes pop au Moog… et d’un formidable morceau introductif, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1_rwb9NgHR8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Hey, Hey&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, qui justifie à lui seul l’écoute du disque. À vrai dire, on peut zapper la suite&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hey, Hey&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; demeure d’une étonnante modernité&amp;nbsp;; le reste du disque est relativement inécoutable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et venons-en enfin à l’objet de ce billet&amp;nbsp;: en 1972, un musicien japonais fait paraître sous le nom d’Electric Samurai un album titré &lt;em&gt;Switched-On Rock&lt;/em&gt;. La parenté avec le disque de Walter Carlos est criante… même si, côté musique, cela ressemble plutôt à Gershon Kingsley, avec des reprises au synthé des Beatles, d’Elvis ou de Simon &amp;amp; Garfunkel. Le résultat prouve une certaine maîtrise des synthés, et se montre irrévérencieux (Simon &amp;amp; Garfunkel), agaçant (les Beatles) ou complètement délirant (Presley, dont les deux reprises sont folles en leur genre).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-k-electric.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-k-electric_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1974, Isao Tomita publie sous son propre nom &lt;em&gt;Snowflake Are Dancing&lt;/em&gt;, des reprises de Debussy. Les disques suivants seront à cette aune&amp;nbsp;: une pochette kitsch avec une illustration science-fictive au recto et, au verso (ou bien à l’intérieur), Tomita-sensei posant fièrement au milieu de ses instruments&amp;nbsp;; sur la galette de vinyle, des reprises de grands thèmes de la musique classique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-k-disco.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-k-disco_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1978, la même année que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/02/08/X-comme-X&quot;&gt;&lt;em&gt;X&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Klaus Schulze et que &lt;em&gt;The Man-Machine&lt;/em&gt; de Kraftwerk, deux jalons en leur genre, Tomita sort son cinquième album&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt;. Allez savoir pourquoi, de toute la discographie du Japonais, c’est celui qui m’a le plus marqué. Reconnaissons que sa pochette a quelque chose de fascinant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-k-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-k-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l’intérieur de la pochette, Isao Tomita explique non sans lourdeur sa manière de procéder&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I often use the analogy of an artist’s palette to explain about synthetizer music. First, an idea comes to my mind, and in order to express that idea in reality I use the synthetizer. This is almost like a painter who mixes his own colors using paints of some original colors in order to express the images in his mind. I try to create certain 4-dimensional images in space, and I imagine in my mind a hall that can hold about 1,000 peope. Therefore, space is integral and become the basis for my sound images in this collection.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Suit la description de chaque morceau. Un discours un peu gonflé, étant donné que ses disques ne contiennent aucune composition originale, juste des réarrangements électroniques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Appuyons sur la touche lecture, en nous rappelant que 1978, année de sortie du disque, est aussi l’an 1 après &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;. Et c’est donc avec le thème principal du film de George Lucas que débute &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt;… mais en mode funky-disco sinon, ce n’est pas drôle. Vers la fin du morceau, deux &lt;s&gt;synthés&lt;/s&gt; droïdes s’essaient à reproduire la &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Lettre à Élise&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Beethoven, parce que POURQUOI PAS.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/2JXvsGt_rR8&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un grondement tellurique introduit le medley &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Space Fantasy&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; avant que retentissent les premières notes de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Also sprach Zarathoustra&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Richard Strauss. Le morceau enchaîne &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Chevauchée des Walkyries&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; avec l’ouverture de &lt;em&gt;Tannhäuser&lt;/em&gt; de Richard Wagner, puis conclut avec une reprise de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Also sprach…&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; Cher bon goût&amp;nbsp;: va au diable, bisous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/N6X-KB9xq9o&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face A de Kosmos se poursuit avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pacific 231&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; du Suisse Honegger, morceau rendant hommage à la puissante locomotive du même nom, et se termine avec l’inquiet &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Unanswered Question&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Charles Ives.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face B commence avec le fameux adagio du &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Concierto de Aranjuez&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Rodrigo, dont l’aspect dramatique de la mélodie est régulièrement désamorcé par l’inclusion de sonorités incongrues. Le morceau évoque, pour Tomita, les dessins de Nazca. Admettons. On reste dans le mélancolique avec la (fameuse) &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Chanson de Solveig&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, dont je m’interroge sur l’éventuel aspect ironique. – notamment l’inclusion d’une séquence hors de propos en fin de morceau. Changement d’ambiance avec l’enjoué &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hora Staccato&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; du compositeur roumain Grigoraș Dinicu. Ambiance forcément marine pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Sea Named Solaris&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, pièce de résistance qui conclut le disque et se base sur deux pièces de Bach.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/JtffWz52JOY&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut interpréter la démarche d’Isao Tomita d’au moins deux façons. D’un côté, la volonté de légitimer les synthétiseurs, l’air de dire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Écoutez, on peut jouer des airs classiques avec les Moogs et les séquenceurs Roland. &amp;nbsp;» De l’autre, un côté iconoclaste&amp;nbsp;: on peut reconnaître au Japonais cette constante, celle de ne rien respecter et de n’établir aucune hiérarchie. Beethoven s’introduit chez John Williams, lequel côtoie Jean-Sébastien Bach &amp;nbsp;; Wagner et Strauss sont associés sur un même morceau, sûrement parce qu’ils partagent le même prénom&amp;nbsp;; Edvard Grieg suit Joaquin Rodrigo, parce que la musique n’a pas de frontière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble permet – ou plutôt, a permis – une démocratisation de la musique classique. Sous des pochettes faisant très «&amp;nbsp;science-fiction de série B&amp;nbsp;» et des arrangements synthétiques ridicules plus souvent qu’à leur tour, Tomita a gentiment désacralisé la musique classique&amp;nbsp;: non, ce n’est pas qu’une affaire de vieux barbons bourgeois. En associant classiques intemporels et pièces d’artistes moins connus (ici, les noms de Ives ou Dinicu évoquent sûrement moins de choses que Strauss ou John Williams), il poursuit ce travail de popularisation. Si donc son œuvre a donné envie à quelque auditeur de découvrir ensuite les versions originales des pièces et d’aller plus loin, on peut considérer la mission comme accomplie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, il est sûr que le temps n’a pas arrangé l’affaire&amp;nbsp;: quarante ans après sa parution, &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt; est désormais difficilement écoutable, sauf pour s’amuser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en ligne ou d'occasion pour le vinyle&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui !!!!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Jagannath</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/12/J-comme-Jagannath" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Jagannath" />
      <id>urn:md5:d5791c36efd03a53fb4353cc6bf60b78</id>
      <published>2019-06-12T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-06-12T12:22:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Depuis le succès de &lt;strong&gt;Millénium&lt;/strong&gt; de Stieg Larsson, la littérature suédoise s’est surtout fait connaître pour ses polars mais ce serait un tort de s’arrêter là. Avec &lt;strong&gt;Les Furies de Borås&lt;/strong&gt;, Anders Fager a brillamment prouvé que la mythologie lovecraftienne pouvait s’implanter avec succès dans le terreau scandinave. Et Karin Tidbeck a fait une incursion dans la science-fiction des plus personnelles avec &lt;strong&gt;Amatka&lt;/strong&gt;. Raison pour laquelle on s'intéresse à &lt;strong&gt;Jagannath&lt;/strong&gt;, le premier recueil de l'autrice…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Jagannath, Karin Tidbeck, recueil traduit du suédois par l’autrice. Cheeky Frawg Books (2012), 142 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Depuis le succès de &lt;strong&gt;Millénium&lt;/strong&gt; de Stieg Larsson, la littérature suédoise s’est surtout fait connaître pour ses polars mais ce serait un tort de s’arrêter là. Avec &lt;strong&gt;Les Furies de Borås&lt;/strong&gt;, Anders Fager a &lt;s&gt; sombrement &lt;/s&gt; brillamment prouvé que la mythologie lovecraftienne pouvait s’implanter avec succès dans le terreau scandinave. Et Karin Tidbeck a fait une incursion dans la science-fiction des plus personnelles avec &lt;strong&gt;Amatka&lt;/strong&gt;… Si ce premier roman (et unique de son autrice jusqu’à présent) n’est paru qu’en 2018 en France, sa parution en Suède remonte à 2012, alors que Tidbeck publiait depuis déjà dix ans. 2012, c’est aussi année où est paru l’objet du présent billet&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Jagannath&lt;/strong&gt;, recueil proposant la traduction en anglais de treize nouvelles parues entre 2002 et 2011, version étendue d’un recueil suédois, &lt;strong&gt;Vem är Arvid Pekon?&lt;/strong&gt; [Qui est Arvid Perkon&amp;nbsp;?].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-j-cover0.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-j-cover0.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Petit tour d’horizon du sommaire…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Franz Hiller, a physician, fell in love with an airship.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Beatrice&lt;/em&gt; , c’est le nom de ce dirigeable&amp;nbsp;; c’est aussi celui de l’étrange nouvelle introduisant le recueil. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Beatrice&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; nous présente donc Franz, &lt;em&gt;Beatrice II&lt;/em&gt; – un gros modèle reproduisant le dirigeable qu’il ne peut accueillir chez lui et encore moins acquérir – puis Anna Golberg, qui s’amourache d’une machine à vapeur nommée Hercules. Avec ce dernier, Anna emménage chez Franz, qui loue un hangar pour héberger Beatrice. Jusque là, rien que très normal. La situation vire à l’étrange quand Anna tombe enceinte d’Hercules, transformant la nouvelle en un cruel conte de fées de la Révolution industrielle. Conte de fées, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Herr Cederberg&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; l’est aussi à sa manière&amp;nbsp;: un homme ventripotent est surnommé «&amp;nbsp;bourdon&amp;nbsp;» par ses collègues&amp;nbsp;; sa passion pour les modèles réduits (ou pas si réduits) d’avion va lui donner l’occasion de justifier ce surnom. Mignon mais pas inoubliable.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-j-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-j-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Karin Tidbeck fait parfois appel à un fantastique plus discret. Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Some Letters for Ove Lindström&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, on lit les lettres que Vivedka écrit à son défunt père. La jeune femme retrace l’itinéraire de son paternel, s’interroge sur sa propre naissance dans une communauté hippie, et sur l’identité de sa mère. Sa mère, surgie de nulle part puis disparue tout aussi soudainement. Le lecteur amateur d’imaginaire s’en doute bien, la vérité est ailleurs. Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Miss Nyberg and I&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la narratrice s’interroge sur les plantes que son compagnon entretient sur son balcon&amp;nbsp;; certaines paraissent plus vivaces que d’autres… Une thématique qu’on retrouvera dans un texte plus loin. Néanmoins, dans le genre réalisme magique, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Who Is Arvid Peckon?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; peine à convaincre. Dans un centre d’appel, Arvid Peckon doit répondre aux requêtes incongrues d’une femme, le Sujet #3426 alias Miss Sycorax. La nouvelle se développe et se termine de manière assez abrupte – une maladresse de jeunesse, ce récit étant le tout premier publié par l’autrice.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rebecka&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; utilise des prémices similaires à des textes comme &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’enfer quand Dieu n’est pas présent&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Ted Chiang, à savoir&amp;nbsp;: Dieu existe et a finalement décidé de se pointer, à un instant T. Pour tous les gens qui ont souffert jusque là, cette apparition tient lieu de surprise amère. Pourquoi à l’instant T et pas l’instant T-1&amp;nbsp;? Pourquoi Dieu punit ceux qui font du mal mais sans effet rétroactif&amp;nbsp;? Rebecka, la meilleure amie de la narratrice, souffre. Brutalisée à répétition par son mari, elle tente depuis le retour Dieu de mettre fin à ses jours. En vain&amp;nbsp;: Dieu l’en empêche. N’y a-t-il pas un moyen d’éviter cette malédiction&amp;nbsp;? Si. Et il est horrible. Une petite réussite joliment glaçante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-j-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-j-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une sensibilité toute scandinave imprègne plusieurs textes du recueil. Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Brita’s Holiday Village&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la narratrice se rend au village vacances de Brita (sans blagues). Le but est d’y passer un peu de temps loin du monde pour y écrire deux textes qu’elle a sous le coude, un roman jeunesse et un roman de SF. Évidemment, elle procrastine… jusqu’au moment où elle trouve d’étonnantes chrysalides prêt du chalet. Dans le même temps, l’inspiration revient. Comme dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Who Is Arvid Peckon?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, il y est question d’insectes, et si la métaphore est assez attendue, le texte s'avère réussi.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Cilla was twelve years old the summer Sara put on her great-grandmother’s wedding dress and disappeared up the mountain.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le poids des traditions et de la folie pèse sur &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Reindeer Mountain&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Dans la famille de Cilla et Sara, la folie a frappé l’arrière-grand-mère, Märet, une femme descendue de la forêt pour trouver un mari dans la vallée. Dérangée, Märet a plus ou moins transmis son mal. Lorsque la mère de Cilla et Sara doit revenir au village natal dans la vallée pour y vider la maison, suite à l’expropriation par l’État, c’est l’occasion de renouer avec la famille. Évidemment, les choses ne se déroulent pas comme prévu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Karin Tidbeck l’explique dans sa postface&amp;nbsp;: la Suède est un pays où la majorité de la population vit dans les villes, laissant les campagnes devenir le pays des contes de fées. Et en matière de créatures, la Scandinavie est bien pourvue. À ce titre, le jeu &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/22/Y-comme-Year-Walk&quot;&gt; &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; permettait d’en découvrir quelques-unes. Mais connaissez-vous le Pyre&amp;nbsp;? Un Pyre est un petit tyke. Et qu’est-ce qu’un tyke&amp;nbsp;? Bon, bref. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pyret&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; se présente comme une étude sur cette créature métamorphe. L’exercice est amusant et réussi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En parlant de créatures&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cloudberry Jam&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est un bref texte plutôt sensible, où la narratrice crée sa progéniture&amp;nbsp;: remplir à moitié un bocal d’eau fraîche, y ajouter une demi-cuillerée à café de sel, une carotte tordue, un peu de salive et quelques gouttes du sang des règles. Couvrir. Laisser reposer. Un être en sortira, mais ne sera jamais vraiment humain. Il s’agit ici d’une jolie nouvelle sur les relations mère-enfant, un peu trop court.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les trois dernières nouvelles relèvent plus franchement de la science-fiction. Enfin, à la façon de Karin Tidbeck&amp;nbsp;: c’en est sans en être. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Augusta Prima&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Aunts&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; se déroulent dans un même décor fascinant&amp;nbsp;: un monde où «&amp;nbsp;le temps est faible et est un phénomène occasionnel&amp;nbsp;». Le premier des deux textes nous présente ce monde par les yeux d’Augusta, une femme (mais pas véritablement humaine), vivant à la cour de la reine Mnémosyne dans un présent continuel, fait de jeux de croquets et d’orgies. Tout se passe bien jusqu’au jour où elle découvre un objet rond avec trois petites aiguilles au mouvement imperceptible. Plus organique, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Aunts&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; s’intéresse aux Tantes – des femmes énormes, ne faisant que manger jusqu’à exploser et donner naissance à une autre Tante, qu’il faudra nourrir et engrosser, en un cycle sans fin. Mais que se passe-t-il quand celui-ci est brisé&amp;nbsp;? À travers ces deux nouvelles, on devine la créatrice de mondes curieux qui écrira &lt;strong&gt;Amatka&lt;/strong&gt; et son univers si particulier. D’autres développements de cet univers auraient été appréciables, mais la dernière nouvelle, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Jagannath&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, change de décor et nous plonge dans les entrailles de Mère, un être biomécanique géant, dont la progéniture humaine naît, vit, meurt en son sein… et la féconde aussi. Pareillement, il s’agit d’un texte encore trop bref pour l’univers qu’il esquisse. (On peut penser à la nouvelle&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Hôtes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Christian Léourier.) Par la suite, notamment avec&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sing&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (à lire dans &lt;em&gt;Angle Mort&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;13 &lt;a href=&quot;http://www.angle-mort.fr/fiction/sing/&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;) et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Listen&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, Karin Tidbeck donnera plus d’ampleur à ses mondes et ses personnages étranges.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-j-karintidbeck.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-j-karintidbeck_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la postface, l’autrice revient sur sa propre traduction de ses textes en anglais. Un travail intéressant, certains mots n’ayant pas la même saveur en suédois ou en anglais, ou manquant tout simplement d’équivalents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À défaut d’être un recueil parfait, &lt;strong&gt;Jagannath&lt;/strong&gt; constitue une introduction sympathique à l’œuvre de Karin Tidbeck. Aucun déchet dans cette sélection… mais aucun chef d’œuvre non plus, les nouvelles les plus réussies manquant d’ampleur pour emporter toute l’adhésion. À vrai dire, tant qu’à faire, autant commencer par &lt;strong&gt;Amatka&lt;/strong&gt;, autrement plus abouti.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/06/12/J-comme-Jagannath#&quot;&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nej&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: ja&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: nästan&lt;span&gt;Mon suédois est rien moins qu'approximatif. Mes excuses aux familles, toussa…&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Voyage avec l'extraterrestre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/10/Voyage-avec-l-extraterrestre" rel="alternate" type="text/html" title="Voyage avec l'extraterrestre" />
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      <published>2019-06-10T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-07-11T10:42:44+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Carolyn Ives Gilman</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gilman-voyage-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gilman-voyage-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour fêter son couronnement par le Grand Prix de l'Imaginaire, le blog vous propose de (re)découvrir &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Voyage avec l'extraterrestre&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; de l'autrice américaine Carolyn Ives Gilman, nouvelle parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-91&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 91&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Accompagnez Avery dans son périple à travers les USA, un étrange extraterrestre à l'arrière de son van de tournée… Un récit plein de subtilité sur la communication et la nature de la conscience…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Carolyn Ives Gilman, traduite par Pierre-Paul Durastanti, au sommaire du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-91&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 91&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/carolyn-ives-gilman/voyage-avec-l-extraterrestre&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 10 juin au 10 juillet 2019. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gilman-voyage-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gilman-voyage-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration © Jubo, 2018&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>I comme Islandia</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/07/I-comme-Islandia" rel="alternate" type="text/html" title="I comme Islandia" />
      <id>urn:md5:1f377f08c8b402c52c98de1893d8c7e0</id>
      <published>2019-06-07T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-06-10T20:38:41+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ce désolant Abécédaire, on a déjà fait un tour du côté de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/09/14/V-comme-Voyage-en-Republique-de-Crabe&quot;&gt; l’île de Crabe&lt;/a&gt;. Poussons un peu plus loin en direction d'une île fort méconnue sous nos contrées&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Islandia&lt;/strong&gt;. Création de l'écrivain américain Austin Tappan Wright, &lt;strong&gt;Islandia&lt;/strong&gt; a moins à voir avec la patrie de Björk que de la fameuse d’île d’Utopie imaginée par Thomas More — avec neuf cents pages de plus.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Islandia, Austin Tappan Wright, roman présenté par John Silbersack. The Overlook Press, 2001 [1942]. 1024 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Îles, lieux propices à l’imaginaire… Au fil de ce désolant Abécédaire, on a déjà fait un tour du côté de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/09/14/V-comme-Voyage-en-Republique-de-Crabe&quot;&gt; l’île de Crabe&lt;/a&gt; sous le crayon de Faustine Tarmasz&amp;nbsp;; pour &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, j’avais fait une plaisante escale du côté d’une &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/l-age-d-or&quot;&gt;île sans nom&lt;/a&gt; où la fluidité est de mise… Il existe une autre île fort méconnue sous nos contrées&amp;nbsp;: Islandia. Cette île-là bénéficie d’un certain statut culte et, à l’inverse de ce que son nom peut laisser supposer, n’a rien à voir avec la patrie de Björk. À vrai dire, elle serait plus proche de la fameuse d’île d’Utopie imaginée par Thomas More.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais avant tout, Islandia est la création d’Austin Tappan Wright, un juriste américain né en 1883 au New Hampshire. Tout au long de sa vie — interrompue par un accident de la route en 1931 –, Wright a œuvré à la création de cette île imaginaire. La seule publication (en matière de fiction) de son vivant est une nouvelle, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;1915?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, publiée dans un magazine, &lt;em&gt;Atlantic Monthly&lt;/em&gt;, en 1915 justement. Le reste est posthume. Un reste qui consiste pour l’essentiel en un épais roman, &lt;strong&gt;Islandia&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-i-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-i-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et comme son nom l’indique, Islandia est une île. Ou plus exactement, l’extrémité sud d’un «&amp;nbsp;semi-continent&amp;nbsp;» imaginaire, Karain, grande masse de terre située dans l’hémisphère sud. Si Islandia fait face grosso modo à l’Antarctique, elle connaît un climat modéré. Peuplée quelques siècles avant l’époque présente, elle vit coupée du monde. Ou presque&amp;nbsp;: le reste de Karain, peuplé de noirs peu civilisés, a été en grande partie colonisé par les grandes puissances de ce début de XXe siècle, à savoir les Britanniques, les Allemands et les Français. Les ressources d’Islandia et la possibilité de lui faire découvrir les mille merveilles technologiques de la civilisation occidentale suscitent la convoitise de tous.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;In spite of Darwin […], you Europeans haven’t yet become accustomed to thinking of yourselves as animals, and your philosophy has not yet shown consciousness of the fact that this is what we are. But it has never occured to us here that we are anything else.&amp;nbsp;» (p. 413)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mais de cela, le jeune John Lang n’a pas grand-chose à faire. Pourtant, ce jeune Américain va se retrouver lié à Islandia, car, à l’université de Harvard, il se lie d’amitié avec un certain Dorn, natif de l’île. Lequel Dorn apprend des rudiments de la langue islandienne à Lang. Par conséquent, le voilà tout qualifié pour être propulsé consul des USA à La Ville («&amp;nbsp;The City&amp;nbsp;» en VO), capitale d’Islandia. Une fois sur place, il découvre la paisible civilisation islandienne, champêtre au possible. Les Islandiens ne sont pas contre le progrès&amp;nbsp;: les machines à coudre, par exemple, c’est bien, mais a-t-on vraiment besoin de trains et de trucs du même acabit&amp;nbsp;? Las, ce caractère bucolique est-il voué à disparaître&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;It came to me quite suddenly that they looke upon their whole farm as a great living canvas, whose picture changed from moment to moment and hour to hour, and to which they as artists made only little changes from to time; for the larger picture was painted mostly by nature and by generations […] before them.&amp;nbsp;» (p. 298)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Cette petite nation vit pour l’instant dans un statu quo, restreignant la présence d’étrangers à seulement cent, mais le premier ministre actuel, Mora, souhaite qu’Islandia rejoigne pleinement le reste de la civilisation occidentale. Abolir ce traité limitatif et en instaurer un autre lui semble la meilleure chose à faire. Face à lui se dresse le père de l’ami de Lang, le seigneur Dorn, qui souhaite préserver Islandia en l’état.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Soon would occur the most important event in Islandia’s history, also significant in that of the world: this test of a nation’s right to be individualistic, to work out alone her own way of living, to refuse to yield to the new Western civilization, commercial and industrial, and to hold for herself material things, which other nations coveted, because the touch of the foreigner upon these things would endanger what she believed to be good.&amp;nbsp;» (p. 457)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à John Lang, il courtise d’abord Dorna, la sœur de son ami, et apprend au passage les différents types d’amour que connaissent les Islandiens. Ceux-ci sont au nombre de quatre. Il y a ainsi l’&lt;em&gt;alia&lt;/em&gt;, qui est l’amour d’un lieu (&lt;em&gt;die Heimat&lt;/em&gt;, dirait-on en Allemagne). L’ &lt;em&gt;amia&lt;/em&gt;, facile, c’est l’amitié. Quant à l’&lt;em&gt;ania&lt;/em&gt;, il s’agit là de l’amour familial, tandis que l’&lt;em&gt;apia&lt;/em&gt; en représente la composante purement sexuelle. On retrouve, sous des noms différents, quelques-uns des termes utilisés par les Grecs de l’Antiquité (amia = philia&amp;nbsp;; ania = storgê&amp;nbsp;; apia = éros). (Notons l’absence d’amour religieux &amp;nbsp;: Islandia n’a pas de religion.) Éconduit par Dorna, John va ensuite se tourner vers la tendre Nattana – mais elle non plus ne voudra pas de l’amour de John Lang, qui consiste à vouloir se marier genre là paf maintenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’échec de la mission de diplomate de notre héros correspond à sa réussite en tant qu’humain. Cela, John Lang l’ignore encore. Il lui faudra retourner aux USA pour le comprendre. Quitte à se mettre à dos sa famille. Ceux-ci ne comprennent pas ses accomplissements humains&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&quot;I made good friends.&quot;&lt;br /&gt;
&quot;Is that all?&quot;&lt;br /&gt;
&quot;I learned a great deal.&quot;&lt;br /&gt;
&quot;What?&quot;&lt;br /&gt;
&quot;A way of happiness and contentment.&quot;&lt;br /&gt;
&quot;Oh John.&quot; Her voice was full of rebuke.&amp;nbsp;» (p. 775)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est aux USA qu’il rencontrera sa future épouse, Gladys, avec qui il retournera à Islandia, jusqu’à trouver finalement un équilibre entre lui et le monde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-i-karain.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-i-karain.jpeg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-i-islandia.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-i-islandia.jpeg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençons par là où ça coince&amp;nbsp;: par certains aspects, le roman est affreusement daté. Une nation utopique peuplée de Blancs, bordée à sa frontière nord par des Noirs souvent belliqueux mais désormais colonisés par les puissances occidentales&amp;nbsp;: oui, certes, c’est un aspect extrêmement mineur du roman, lequel a presque cent ans et accuse probablement son âge et ses conceptions, mais il en reste que c’est tristement et bêtement raciste. Wright a beau ne guère s’appesantir à ce sujet, cela n’enlève rien au caractère embarrassant du texte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autre point négatif&amp;nbsp;: la longueur… Islandia est &lt;em&gt;affreusement&lt;/em&gt; long, avec son millier de pages. Après le décès de l’auteur, sa fille Sylvia et un éditeur, Mark Saxton (1914-1988), ont travaillé sur le monstre, effectuant des coupes pour dégraisser le manuscrit original d’un bon tiers de sa substance… mais l’ouvrage demeure interminable, tant au début (là où les coupes furent les plus nombreuses) qu’à la fin. L’enjeu du destin de l’île est résolu à la moitié du roman, laissant la seconde moitié voir John Lang déambuler à travers Islandia, chercher à se marier, retourner aux USA, y trouver la femme de sa vie, et revenir à Islandia pour y acquérir la nationalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour contrebalancer le racisme latent du roman, on pourra apprécier son aspect plutôt progressiste&amp;nbsp;: la société islandienne est bien plus permissive du côté des mœurs – chose que ce lourdaud de John Lang met du temps à comprendre, lui qui passe son temps à vouloir se marier. Le sexe avant le mariage&amp;nbsp;? Mais &lt;em&gt;tellement&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! Par ailleurs, sans être technophobe pour un sou, le roman met en avant l’amour que ressentent les Islandiens pour leur pays, un «&amp;nbsp;hédonisme des Lumières&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman n’a pas été sans influence ni descendance. Mark Saxton a publié trois autres romans, une suite (&lt;strong&gt;The Islar, Islandia Today - A Narrative of Lang III&lt;/strong&gt; (1969), qui s’intéresse à savoir si Islandia va rejoindre les Nations Unies) et deux préquelles (&lt;strong&gt;The Two Kingdoms&lt;/strong&gt;, 1979, et &lt;strong&gt;Havoc in Islandia&lt;/strong&gt;, 1982).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-i-saxton.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-i-saxton_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quant à Ursula K. Le Guin, elle cite &lt;strong&gt;Islandia&lt;/strong&gt; dans ce pavé pas exempt d’ennui qu’est &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/28/M-comme-Music-Poetry-of-the-Kesh&quot;&gt; &lt;strong&gt;Always Coming Home&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; — mais (chipotons) je parle là de la VO, car sa traduction, &lt;strong&gt;La Vall&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ée de l’éternel retour&lt;/strong&gt;, omet ce détail. Cherchez à la page 501 de l’édition Mnémos, vous ne trouverez aucune mention d’Islandia. Ouvrez la version originale du roman, et vous verrez Le Guin se planter un peu&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;I thought the Kesh distinctions were similar to the Islandian—that subtle and useful trilogy of &lt;em&gt;ania&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;apia&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;alia&lt;/em&gt;—but the overlap of meaning is only partial.&amp;nbsp;» (Ce n’est pas une trilogie, chère Ursula, mais une tétralogie…) Bref. On peut sûrement retrouver dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/13/E-comme-Ecotopia&quot;&gt; &lt;strong&gt;Écotopia&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d’Ernest Callenbach quelques-uns des aspects hédoniques et sentimentaux d’ &lt;strong&gt;Islandia&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de ses défauts, &lt;strong&gt;Islandia&lt;/strong&gt; évoque bon nombre de choses. Dans son aspect foncièrement autarcique, le royaume rappelle bien sûr le Japon des XVIIe et XVIIIe siècle, isolationniste jusqu’à ce que les Yankees forcent l’Empire à s’ouvrir en 1854. Près d’un siècle plus tard, Austin Tappan Wright imagine un dénouement plus heureux – pas de menace de bombardement pour forcer l’ouverture. Impossible de ne pas penser à la fameuse Utopie de Thomas More – chose que l’auteur revendique, à sa manière.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Islandia is an emotional Utopia evidently! That is pure Hedonism.&amp;nbsp;» (p. 849)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans sa mise au point de cette île merveilleuse, Wright a le même souci démiurgique qu’un Tolkien, auquel il a été volontiers comparé. Wright décrit Islandia comme s’il y avait vécu… mais quel dommage que le résultat final suscite surtout l’ennui et l’indifférence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’aspect «&amp;nbsp;j’écris tout seul dans mon coin&amp;nbsp;», il y a quelque chose d’ &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/09/H-comme-L-Histoire-de-ma-vie&quot;&gt; Henry Darger&lt;/a&gt; . Passer des années à peaufiner un texte destiné à ne jamais être lu. Et le pavé de mille pages ne représente que la partie publiée du bousin islandien. Non seulement le manuscrit originel était plus long, mais il comportait des annexes, absentes de l’édition imprimée, comprenant un glossaire de la langue islandienne, des tableaux de population, un index géographique et des notules sur l’histoire de chaque province. Sans oublier &lt;strong&gt;Islandia: History and Description&lt;/strong&gt;, ouvrage demeuré inédit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Islandia&lt;/strong&gt; est peut-être un &lt;em&gt;must have&lt;/em&gt; pour l’amateur d’utopie et de contrées imaginaires. Mais dommage, vraiment, que le roman délivre moins que ce qu’il promet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion et en anglais&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: oui, à moins de carburer aux pavés&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: hélas…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>H comme The Hellstrom Chronicle</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/05/H-comme-The-Hellstrom-Chronicle" rel="alternate" type="text/html" title="H comme The Hellstrom Chronicle" />
      <id>urn:md5:4a940cfa09cd46ca8c6773b338876944</id>
      <published>2019-06-05T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-06-05T10:18:53+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Connaissez-vous Nils Hellstrom ? Tour à tour entomologiste raté prédisant une guerre entre les insectes et les hommes ou bien réalisateur de films documentaires depuis sa ferme située au fin fond de l'Oregon, à la fois ambigu et fascinant, Hellstrom est le personnage principal du documentaire &lt;strong&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/strong&gt; et du roman &lt;strong&gt;La Ruche d'Hellstrom&lt;/strong&gt; signé par nul autre que Frank Herbert…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Des insectes et des hommes [The Hellstrom Chronicle], Ed Spiegel et Walon Green (1971). 90 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;In evolution greatest irony, one of the first creatures to appear would be the last to remain.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Connaissez-vous le docteur Nils Hellstrom&amp;nbsp;? Cet entomologiste a connu deux vies, l’une dans un film documentaire, l’autre dans un roman… Dans l'un, il prédit une guerre entre les insectes et les hommes&amp;nbsp;; dans l'autre, sous couvert de réalisation de films documentaire sur les insectes, il appartient à une véritable ruche humaine aux buts occultes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/em&gt; est l’œuvre de Walon Green, réalisateur qui a tourné plusieurs documentaires entre la fin des Sweet Sixties et la fin des Not That Sweet Seventies, et rédigé plusieurs scénarios pour la télévision&amp;nbsp;; le scénario n’est pas signé Green mais David Seltzer (à qui on doit notablement celui de &lt;em&gt;La Malédiction&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par le truchement du personnage de Nils Hellstrom, scientifique fictif (il faut attendre la fin du film pour en avoir une vague confirmation) qui se déclare obsédé par les insectes, le documentaire brosse un panorama passablement anxiogène de la vie des insectes. C’est également l’occasion d’admirer de belles images&amp;nbsp;: gros plans, ralentis ou timelapses, tout est fait pour magnifier les arthropodes et leurs caractéristiques uniques. Un moustique s’extirpant de sa chrysalide hors de l’eau&amp;nbsp;; croissance d’un œuf d’insecte&amp;nbsp;; transformation d’une chenille en papilllon&amp;nbsp;; bataille de termites et de fourmis&amp;nbsp;; un phasme géant tellement intégré dans le décor qu’un serpent l’escalade sans rien remarquer… &lt;em&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/em&gt; abondent en images étonnantes qui n’ont pas trop souffert du passage des ans. Rien d’étonnant à ce que le documentaire ait empoché un oscar.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-h-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a le personnage de Nils Hellstrom, interprété par Lawrence Pressman dans l’un de ses premiers rôles à l’écran. L’entomologiste délaisse vite son ton à la Caliméro («&amp;nbsp;bouhou, ma passion pour les insectes m’a coûté une bourse et ma réputation&amp;nbsp;») pour pontifier sur les insectes et déclarer notamment qu’il aurait aimé être là lors des sept premiers jours de la Création, pour voir comment Dieu s’en sortait avec les deux espèces destinées à hériter de la Terre. Hum. De manière générale, le personnage a tendance à évoquer le nom de Dieu à tort et à travers. Voilà un discours qui sonnerait de façon surprenante de la part d’un scientifique, même fictif… mais le documentaire est américain, ceci explique peut-être bêtement cela.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-h-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Hellstrom se montre persuadé que les humains et les insectes se disputent la Terre dans une lutte à mort. Les uns sont vecteurs de maladie et attaquent les cultures, les autres répliquent à coup d’insecticides au risque de s’empoisonner eux-mêmes – il y a bien un message écologique, pas si ténu que ça.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-h-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fasciné par les insectes, Hellstrom (ou le scénariste) a tendance à amalgamer… et à y associer les arachnides. Presque&amp;nbsp;: insectes et arachnides appartiennent au même embranchement, celui des arthropodes, mais ça ne va pas plus loin dans l’arbre phylogénétique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela reste une erreur difficilement pardonnable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est pourtant PAS compliqué. Un insecte a six pattes. Un arachnide en a huit. 6 ≠ 8. Insecte ≠ arachnide. Insecte &amp;amp; arachnide ⊂ arthropodes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Fasciné par les insectes, disais-je, Hellstrom s’interroge également sur la société idéale. Est-ce celle des termites, avec leurs castes, leur palais de terre mâchée et leurs reines immenses&amp;nbsp;? Est-ce les fourmis&amp;nbsp;? Est-ce les abeilles&amp;nbsp;? À leur manière, tous sont en harmonie avec la nature, ce qui n’est plus vraiment le cas de l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-h-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit des bondieuseries qui le plombent et d’une absence flagrante de subtilité, &lt;em&gt;The Hellstrom Chronicle&lt;/em&gt; reste intéressant à plus d’un titre&amp;nbsp;: les images, bien sûr, mais aussi la musique de Lalo Schifrin, qui fait ressortir le caractère étrange du monde des insectes. Le documentaire ne sera pas sans descendance. Du côté des salles obscures, &lt;em&gt;Phase IV&lt;/em&gt; (1974) de Saul Bass s’inspirera de l’esthétique macrophotographique des insectes, pour dérouler un thriller de SF où les fourmis menacent de s’emparer de la Terre – on en reparlera à la lettre P. Plus proche de nous, le documentaire français &lt;em&gt;Microcosmos&lt;/em&gt; proposera en 1996 une version actualisée et plus harmonieuse des insectes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-h-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Côté littérature, le documentaire va exercer son influence sur Frank Herbert. Entre novembre 1972 et mars 1973, l’auteur de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; publie dans &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt; un feuilleton intitulé &lt;strong&gt;Project 40&lt;/strong&gt;. Rassemblé en volume, le récit prend le titre de &lt;strong&gt;The Hellstrom’s Hive&lt;/strong&gt; et est traduit logiquement par &lt;strong&gt;La Ruche d’Hellstrom&lt;/strong&gt; dans la langue de Jules Verne. On y suit la découverte, par des agents de… l’Agence (ne cherchez pas laquelle, il s'agit d'une des nombreuses officines occultes du renseignement américain), d’une ruche/fourmilière humaine dans une ferme de l’Oregon. La narration alterne entre les humains de l’Extérieur (nous) et ceux de la ruche, représentés par… un certain Nils Hellstrom. Celui-ci est la face aimable de la ruche&amp;nbsp;; son activité officielle est réalisateur de films documentaires sur les insectes mais son rôle consiste surtout à protéger la ruche, fondée trois cents ans plus tôt. On sait que les insectes sociaux savent se défendre contre les envahisseurs&amp;nbsp;; ceux de la ruche font pareil, la technologie en plus. Le roman, pas inintéressant, a néanmoins pris un petit coup de vieux, et peine à rendre compte de l’ampleur de la ruche. La fin glaçante parvient cependant à marquer. Et Michel Jeury en parlait en bien dans le &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/la-ruche-d-hellstrom&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; spécial Frank Herbert &lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Coalescence&lt;/strong&gt;, premier volume de la trilogie des «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Enfants de la Destinée&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», Stephen Baxter approfondit ce que Frank Herbert avait esquissé, et fait mieux. Ses descriptions de ces coalescences humaines, avec leurs mères pondeuses et la douceâtre odeur de lait imprégnant des lieux dissimulés là où on ne les attend pas, fascinent autant qu’elles répugnent. Là où Herbert se prend volontiers d’attirance pour la société idéale qu’il évoque, Baxter est bien plus catégorique&amp;nbsp;: ces ruches humaines sont une impasse évolutive, à éviter à tout prix. Il y reviendra dans le récent &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/09/24/X-comme-Xeelee-Vengeance-Redemption&quot;&gt;Xeelee: Redemption&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, avec un discours inchangé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-h-herbert-baxter.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-h-herbert-baxter.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Revenons à nos insectes et à Hellstrom. Le ton anxiogène du vrai-faux documentaire a peut-être porté trop loin. Car la guerre que schématise le scientifique fictif du film est en passe d’être gagnée, mais pas par les insectes. Est-il besoin de rappeler que l’effondrement des populations d’insectes – les abeilles, certes, mais pas seulement –, serait juste catastrophique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Ne faites pas comme Nils Hellstrom et ne vous prenez pas pour Dieu, ne tondez pas votre pelouse et laissez prospérer toutes ces petites bestioles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La morale revient aux Inconnus&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Qe9sIwn12OQ&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=J_nakhXCwDU&quot;&gt;visible sur YouTube&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: à chaque fois que le personnage d’Hellstrom ouvre la bouche&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pour tout le reste&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>G comme Galaxy Trucker</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/06/03/G-comme-Galaxy-Trucker" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Galaxy Trucker" />
      <id>urn:md5:7513561cfa23bb2393ab9871b029cb61</id>
      <published>2019-06-03T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-06-03T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;N’avez-vous jamais rêvé de construire votre propre vaisseau spatial et de partir à l’aventure&amp;nbsp;? Braver mille dangers aux quatre coins du cosmos, partir en quête d'autant d'opportunités, et empocher plein de crédits galactiques pour vous assurer la belle vie à bord du &lt;em&gt;Fhloston Paradise&lt;/em&gt;… Voilà ce que vous offre &lt;strong&gt;Galaxy Trucker&lt;/strong&gt;, jeu créé par Vlaada Chvátil…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Galaxy Trucker, Vlaada Chvátil (2007), Iello&lt;br /&gt;
Galaxy Trucker, la grosse extension, Vlaada Chvátil (2008), Iello&lt;br /&gt;
Galaxy Trucker, encore une grosse extension, Vlaada Chvátil (2012), Iello&lt;br /&gt;
Galaxy Trucker, nos tout derniers modèles, Vlaada Chvátil (2013), Iello&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;N’avez-vous jamais rêvé de construire votre propre vaisseau spatial et de partir à l’aventure&amp;nbsp;? Braver mille dangers aux quatre coins du cosmos, qu’il s’agisse d’essaims de météorites ou de pirates de l’espace, partir en quête d'autant d'opportunités, qu’il s’agisse de planètes aux trésors radioactifs ou de stations orbitales abandonnées, afin d’amener à bon port votre précieuse cargaison, et puis, aussi, très accessoirement, pour empocher plein de crédits galactiques. C’est grosso modo ce que propose &lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt;, jeu créé par Vlaada Chvátil.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-boxes1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-boxes1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-boxes1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Créateur de jeux tchèque, Vlaada Chvátil possède à son actif quelques jolis succès en matière de jeux de sociétés&amp;nbsp;: outre &lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt;, citons aussi &lt;em&gt;Through the Ages&amp;nbsp;: l'histoire vous appartient&lt;/em&gt;, jeu de stratégie lui ayant accordé la reconnaissance, mais aussi &lt;em&gt;Space Alert&lt;/em&gt;, jeu de programmation coopératif affreusement dur (vous êtes dans un astronef, des problèmes se présentent&amp;nbsp;; les joueurs se coordonnent pour programmer leurs actions, puis on redéroule pour voir là où on s’est planté), ou le plus amusant &lt;em&gt;Codenames &lt;/em&gt;(moins spatial, ce jeu propose de faire deviner le maximum de mots placés sur une grille… avec un seul mot).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt; donc. Le jeu se joue en trois (ou quatre) manches, chacune se divisant en trois phases. La première consiste en la construction des vaisseaux, la seconde voit ceux-ci affronter les dangers de l’espace. Ce qui différencie les manches sont la taille croissante des vaisseaux à bâtir et la difficulté des dangers rencontrés – mais les opportunités, elles aussi, vont croissantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ludique, la première moitié de chaque phase fait appel à l’ingéniosité des joueurs – ceux qui ont Bac + 12 en Lego seront avantagés. Chacun possède un plateau représentant le plan du vaisseau&amp;nbsp;; des tuiles correspondant aux éléments de construction sont positionnées devant les joueurs, face cachées. Le but est d’assembler son astronef le plus rapidement possible, à partir d’une tuile centrale. De fait, les vaisseaux doivent comporter le plus de composants possibles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-components.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-components.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-components_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les composants. On notera les différents types de branchements.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques plans de vaisseaux&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-models1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-models1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-models1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les trois modèles du jeu de base&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-models2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-models2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-models2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-models3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-models3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-models3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Quelques modèles issus des extensions&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Réacteurs, lasers, cabines d’équipage, cellules énergétiques, containers&amp;nbsp;: vous en voudrez le plus possible. C’est qu’il s’agit, dans l’ordre, de voler vite (du moins&amp;nbsp;: plus vite que les adversaires), de se défendre face aux météorites ou aux pirates, de peupler votre astronef quand vous accostez sur une planète ou une station orbitale, d’alimenter en énergie vos réacteurs et lasers, et éventuellement de récupérer des marchandises qui vous rapporteront des crédits cosmiques. Le seul truc qu’il n’y a pas besoin d’avoir en quinze zillions d’exemplaires, ce sont les boucliers énergétiques&amp;nbsp;: ils sont bidirectionnels et, bien orientés, seuls deux suffisent pour assurer la protection du vaisseau contre les périls qui arriveront de tous côtés. On peut également embaucher deux races aliens, qui donneront des bonus pour respectivement la propulsion et les lasers. Évidemment, il ne s’agit pas de poser les éléments au petit bonheur la chance sur son plateau de construction&amp;nbsp;: la connexion des composants entre eux revêt également une grande importance, car si votre vaisseau est mal assemblé, les parties attachées inadéquatement se détacheront d’emblée. On évitera également de laisser des connecteurs exposés au vide de l’espace — non seulement ça fait désordre mais ça s’abîme pour un rien.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-myship1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-myship1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-myship1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un vaisseau presque parfait (mais j'ai pris le temps pour le faire) : plein de lasers, plein de réacteurs, plein de cabines d'équipage, plein de containers, plein de cellules énergétiques… Notons que les boucliers laissent le flanc droit exposé.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La seconde phase de la manche, c’est l’épreuve du feu. On constate alors à ses dépends si son astronef tient la route (et lorsqu’on débute dans le jeu, la réponse est souvent un «&amp;nbsp;non&amp;nbsp;» piteux). On tire alors une série de cartes «&amp;nbsp;Événements&amp;nbsp;», qui permettent d’avancer ou de récupérer des marchandises, ou qui confrontent les joueurs à des essaims d’astéroïdes ou des pirates de l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-adventures.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-adventures.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-adventures_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Quelques cartes « Évènement »&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Récupérer des marchandises va rapporter des crédits cosmiques mais ralentir le joueur&amp;nbsp;; si se trouver en tête de cortège est un atout dans le comptage final des points, le leader essuie tout de même les plâtres en premier. Les avanies/avaries subies en cours de route influent sur le vaisseau et son intégrité&amp;nbsp;: un astéroïde mal placé, et c’est tout un composant qui dégage. Voire un pan entier de l’astronef, si par malheur un composant à la position charnière est touché… Plus d’une fois, j’ai vu mon superbe vaisseau se faire décapiter et perdre sa poupe (adieu les réacteurs) ou bien d’autres parties essentielles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-myship2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-myship2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-myship2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-go.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-go.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-go_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le plateau de jeu central&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la troisième et dernière phase, on compte&amp;nbsp;: l’ordre d’arrivée et les cargaisons accumulées (de valeur différente suivant leur couleur, les rouges radioactives sont les plus chères) vous rapporteront des crédits galactiques, à dépenser comme vous le sentez dans les tripots d’Aldébaran VII&amp;nbsp;; à l’inverse, les composants perdus vous seront facturés, ce qui est une belle incitation à construire le meilleur vaisseau possible.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-rules.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-rules.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-rules_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt; nécessite d’apprendre plein de règles d’un seul coup, mais le jeu s’avère amusant et facile à jouer une fois celles-ci intégrées. Si l’on peut pointer un défaut, c’est dans la difficulté à rattraper son retard&amp;nbsp;: les joueurs ayant terminé leur astronef en premier se situeront en pôle position dans la partie exploration&amp;nbsp;; les retardataires se retrouveront dernier, et auront bien souvent du mal à rattraper leur retard. Les manches I et II se révélant courtes, à moins d’un gros coup de (mal)chance, l’ordre d’arrivée des joueurs correspond souvent à l’ordre d’achèvement des vaisseaux. C’est là chose susceptible de changer lors de la manche III, plus longue, plus dangereuse, donc potentiellement plus riche en retournements de situation…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une première extension de &lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt; est sortie en 2008, sous le nom de &lt;em&gt;Grosse Extension&lt;/em&gt;. Grosse parce que vendue dans un boîtier de même taille que le (déjà) généreux boîtier du jeu de base. Son principal intérêt est de permettre de jouer à cinq joueurs au lieu de quatre, mais elle contient également d’autres réjouissances&amp;nbsp;: des composants inédits, une nouvelle race d’aliens, de nouveaux modèles de vaisseaux (dont un spécial porte-poisse et un autre de forme cylindrique), ainsi que de nouvelles cartes pour corser la difficulté.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-models4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-models4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-models4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;D'autres modèles de vaisseaux issus des extensions, où l'on cherche &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; à provoquer le sort…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une deuxième extension a paru en 2012, nommée sans surprise&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Encore une grosse extension&lt;/em&gt;. Au menu, encore de nouveaux composants indispensables, de nouveaux modèles de vaisseaux, quelques nouvelles cartes pour davantage de dangers, et surtout l’introduction de la phase IV, afin d’allonger la durée des parties.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-phase4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-phase4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-phase4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Cartes pour la phase IV et composants spéciaux provenant des extensions&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2013 a paru &lt;em&gt;Nos tous derniers modèles&lt;/em&gt;, une extension plus mesurée dans son offre&amp;nbsp;: sous un blister, ce sont des plaques pour créer de nouveaux modèles de vaisseaux (dont un modèle «&amp;nbsp;Étoile noire&amp;nbsp;» ou un autre avec une anomalie spatio-temporelle au milieu, histoire d’épicer les choses). Bon, c’est ce côté du jeu qui s’avère le plus drôle&amp;nbsp;: comment construire le meilleur astronef possible. Le voir partir en miettes dans la phase exploration est marrant… tant que ce sont les vaisseaux des adversaires qui explosent sous les coups des météorites et des lasers des pirate. Enfin, la petite boîte &lt;em&gt;Missions&lt;/em&gt; en 2016 rajoute des cartes… Mission (d’où le titre), si d’aventure on trouvait le jeu de base et ses extensions encore un peu trop facile.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-boxes2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-boxe2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-boxes2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-inside.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-inside.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-inside_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous l’aspect formel, &lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt; est une réussite&amp;nbsp;: graphiquement, le jeu est aussi amusant que sympathique&amp;nbsp;; la qualité des illustrations (tuiles, plateau, livret de règles) participe au fun et à l’immersion. Une immersion renforcée avec sa profusion de tuiles, d’accessoires (figurines alien, cubes cargaison), de cartes, et de plateaux. Le jeu est généreux, et cela fait plaisir. Les codes colorés permettent de bien s’y retrouver (violet, les lasers&amp;nbsp;; brun, les réacteurs ; vert, l’énergie) – Vlaada Chvátil les réutilisera d’ailleurs pour &lt;em&gt;Space Alert&lt;/em&gt;. Parsemé de petits textes contextuels, le livret de règles est assez clair, même si rien n’équivaudra une partie pour s’y retrouver. En 2014, &lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt; a été adapté en jeu vidéo, permettant des parties solo ou multi-joueurs, et proposant une campagne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-videogame1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-videogame1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-videogame1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-g-videogame2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-g-videogame2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-g-videogame2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Galaxy Trucker&lt;/em&gt;, on ne voit plus la conquête spatiale sous le même jour. De quoi permettre de nombreuses autres heures d’amusement – et de crispation à voir son bel astronef voler en éclat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: essentiellement d’occasion&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Bibliographie de Jack Vance</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/30/Bibliographie-de-Jack-Vance" rel="alternate" type="text/html" title="Bibliographie de Jack Vance" />
      <id>urn:md5:6de64d9a7281600a18d8fdf76f0f27b1</id>
      <published>2019-05-30T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-05-30T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Bibliographie</dc:subject>
                    <dc:subject>Alain Sprauel</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Romancier et nouvelliste prolifique, Jack Vance est donc à la tête d'une œuvre des plus respectables, tant quantitativement que qualitativement. Une œuvre que notre maître ès bibliographie, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/alain-sprauel/&quot;&gt;Alain Sprauel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, a entrepris de lister dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/jack-vance/nouvelles-tome-2-1955-1982&quot;&gt;second volume de l'intégrale des nouvelles de Vance&lt;/a&gt;, paru fin mars 2019, et que vous pouvez dès à présent retrouver sur le blog.&lt;/p&gt; &lt;h1&gt;Romans de science-fiction&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;R.01.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Five Gold Bands&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In :&lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, novembre 1950. Version remaniée en volume : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Space Pirate&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Toby Press, 1953. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Rapparee&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les cinq rubans d’or&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Dominique Haas).&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1984 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5179).&lt;br /&gt;
2) Chambéry : ActuSF, 2013 (Perles d’épices).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r01_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.02.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Big Planet&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, septembre 1952. Version remaniée en volume : New York : Avalon, 1957. [Cycle : &lt;em&gt;Big Planet&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La planète géante&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [Cycle : &lt;em&gt;La planète géante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : opta, 1972 (Galaxis bis, n°&amp;nbsp;26/102bis).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1978 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5027).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Planète géante : l’intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2003 [F.10].&lt;br /&gt;
4) Paris : Gallimard, 2005 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;228).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r02.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r02_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.03.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Planet of the Damned&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In :&lt;em&gt;Space Stories&lt;/em&gt;, décembre 1952. Version remaniée en volume : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Slaves of the Klau&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1958. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Gold &amp;amp; Iron&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La planète des damnés&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Isabelle Delord). [Titre intérieur : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La planète maudite&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses de la Cité, 1983 (Futurama [3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]/Superlights, n°&amp;nbsp;13).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r03.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.04.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Vandals of the Void&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Philadelphie, PA : John C. Winston, 1953.&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les vandales du vide&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Pierre-Paul Durastanti).&lt;br /&gt;
1) Saint-Mammès : Le Bélial’, 2016 (Pulps, [n°&amp;nbsp;1]).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.05.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Houses of Iszm&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, printemps 1954. Version remaniée en volume : New York : Ace, 1964. [Jumelé avec N26].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les maisons d’Iszm&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paul Chwat).&lt;br /&gt;
1) Paris : Albin Michel, 1973 (Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n° 14).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1985 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5215).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti &amp;amp; Olivier Girard)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2013 [F.17.1].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2016 [F.17.2].&lt;br /&gt;
5) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r05.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r05_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.06&lt;strong&gt;&lt;em&gt;To Live Forever&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ballantine, 1956. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Clarges&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La vie éternelle&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Françoise Maillet).&lt;br /&gt;
1) Paris : Librairie des Champs-Élysées, 1980 (Le Masque science-fiction, n°&amp;nbsp;103).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Arlette Rosenblum)&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1987 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5271).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Gilles Goullet)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [F.11].&lt;br /&gt;
4) Paris : Gallimard, 2009 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;341).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r06.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r06_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.07.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Languages of Pao&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Satellite Science Fiction&lt;/em&gt;, décembre 1957. Version remaniée en volume : New York : Avalon, 1958.&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les langages de Pao&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Élisabeth Gille).&lt;br /&gt;
1) Paris : Denoël, 1957 (Présence du futur, n°&amp;nbsp;83).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les maîtres des dragons &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [F.12].&lt;br /&gt;
3) Paris : Gallimard, 2008 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;302).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r07.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r07_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.08.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dragon Masters&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;, août 1962. En volume : New York : Ace, 1963.&lt;br /&gt;
• Hugo 1963 (Nouvelle)&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les maîtres des dragons&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;14, juin 1965.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Alain Garsault)&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1979 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5026).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les maîtres des dragons &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [F.12].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r08.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r08_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.09.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Star King&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;, décembre 1963 &amp;amp; février 1964. En volume : New York : Berkley, 1964. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Star King&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Cycles : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;Kirth Gersen&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le prince des étoiles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Pierre Billon). [Cycle : &lt;em&gt;La geste des princes-démons&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°s 10 &amp;amp; 11, février &amp;amp; mars 1965.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Alain Garsault)&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1980 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5067).&lt;br /&gt;
3) Paris : Librairie Générale Française, 2004 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7262).&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;La Geste des princes-démons - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, LGF/Livre de poche SF, 2016 [C.28].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r09.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r09_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.10.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Killing Machine&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Berkley, 1964. [Cycle : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La machine à tuer&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Guy Abadia). [Cycle : &lt;em&gt;La geste des princes-démons&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : opta, 1969 (Galaxie bis, n°&amp;nbsp;12/66bis).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1980 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5080).&lt;br /&gt;
3) Paris : Librairie Générale Française, 2004 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7261).&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;La Geste des princes-démons - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, LGF/Livre de poche SF, 2016 [C.28].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r10.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r10_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.11.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Space Opera&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Pyramid, 1965.&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Space opéra&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; [sic] (trad. d’Arlette Rosenblum).&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1983 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5160).&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Space opera&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.)&lt;br /&gt;
2) Paris : Gallimard, 2003 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;136).&lt;br /&gt;
3) Saint-Laurent-d’Oingt : Mnémos, 2018 (Hélios, n°&amp;nbsp;104).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r11.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r11_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.12.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Monsters in Orbit&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1965. [Jumelé avec C.03]. [Cycle : &lt;em&gt;Jean Parlier&lt;/em&gt;]. [Roman-recueil à partir de N33 &amp;amp; N35].&lt;br /&gt;
En français : « Monstres sur orbite » (trad. de Roland C. Wagner)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2005 [F.13.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Pocket, 2009 [F.13.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.13.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Blue World&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ballantine, 1966. [Version remaniée de N66].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Un monde d’azur&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacqueline Remillet).&lt;br /&gt;
1) Paris : Robert Laffont, 1970 (Ailleurs &amp;amp; demain).&lt;br /&gt;
2) Paris : Librairie Générale Française, 1978 (Le livre de poche Science-fiction [1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7018).&lt;br /&gt;
3) Paris : Presses Pocket, 1984 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5193).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
4) Paris : Librairie Générale Française, 2005 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7273).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r13.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r13_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.14.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Palace of Love&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;, octobre, décembre 1966 &amp;amp; février 1967. En volume : New York : Berkley, 1967. [Cycle : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le palais de l’amour&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Frank Straschitz). [Cycle : &lt;em&gt;La geste des princes-démons&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°s 43, 44 &amp;amp; 45, novembre, décembre 1967 &amp;amp; janvier 1968.&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1980 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5081).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Alain Garsault)&lt;br /&gt;
3) Paris : Librairie Générale Française, 2004 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7267).&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;La Geste des princes-démons - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, LGF/Livre de poche SF, 2016 [C.28].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r14.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r14_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.15.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;City of the Chasch&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1968. [Autres titres : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Chasch &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;amp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Chasch&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Cycle : &lt;em&gt;Planet of Adventure&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Chasch&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Deutsch). [ &lt;em&gt;Cycle de Tschaï&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Tschaï - 1&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1971 [F.01].&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le Chasch&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 1976 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;721).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Le cycle de Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2000 [C.19.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2016 [C.19.2].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r15.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r15.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.16.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Emphyrio&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;, juin &amp;amp; août 1969. En volume : Garden City : Doubleday, 1969.&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Emphyrio&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jean-Pierre Pugi).&lt;br /&gt;
1) Paris : opta, 1978 (Galaxie bis, n°&amp;nbsp;58).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1982 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5134).&lt;br /&gt;
3) Paris : Librairie Générale Française, 2004 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7261).&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [F.11].&lt;br /&gt;
5) Paris : Gallimard, 2008 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;313).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r16.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r16_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.17.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Servants of the Wankh&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1969. [Autres titres : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Wankh&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Wankh &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Wannek&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; ]. [Cycle : &lt;em&gt;Planet of Adventure&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Wankh&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Deutsch). [ &lt;em&gt;Cycle de Tschaï&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Tschaï - 1&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1971 [F.01].&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le Wankh&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 1977 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;722).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Le cycle de Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2000 [C.19.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2016 [C.19.2].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r17.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r17.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.18.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dirdir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1969. [Cycle : &lt;em&gt;Planet of Adventure&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Dirdir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Deutsch). [ &lt;em&gt;Cycle de Tschaï&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Tschaï - 2&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1971 [F.02].&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le Dirdir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 1977 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;723).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Le cycle de Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2000 [C.19.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2016 [C.19.2].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r18.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r18.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.19.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Pnume&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1970. [Cycle : &lt;em&gt;Planet of Adventure&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Pnume&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Deutsch). [ &lt;em&gt;Cycle de Tschaï&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Tschaï - 2&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1971 [F.02].&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le Pnume&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 1977 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;724).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Le cycle de Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2000 [C.19.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Tschaï&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2016 [C.19.2].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r19.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r19.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.20.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Faceless Man&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, février &amp;amp; mars 1971. En volume : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Anome&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Dell, 1973. [Cycle : &lt;em&gt;Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L’homme sans visage&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Bruno Martin). [Cycle : &lt;em&gt;Chroniques de Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°s 231, 232 &amp;amp; 233, mars, avril &amp;amp; mai 1973.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Alain Garsault &amp;amp; Arlette Rosenblum).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1980 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5088).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Durdane – l’intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2007 [C.22.1].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Durdane&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2011 [C.22.2].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r20.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r20_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.21.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Brave Free Men&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, juillet &amp;amp; août 1972. En volume : New York : Dell, 1973. [Cycle : &lt;em&gt;Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les paladins de la liberté&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [Cycle : &lt;em&gt;Chroniques de Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1981 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5089).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
In : &lt;em&gt;Les chroniques de Durdane – l’intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2007 [C.22.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Durdane&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2011 [C.22.2].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r21.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r21.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.22.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Trullion: Alastor 2262&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Amazing Science Fiction&lt;/em&gt;, mars &amp;amp; juin 1973. En volume : New York : Ballantine, 1973. [Cycle : &lt;em&gt;Alastor Cluster&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Trullion&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Bruno Martin). [Cycle : &lt;em&gt;Les mondes d’Alastor&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Trullion : Alastor 2262/Marune : Alastor 933&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1976 [F.03].&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Trullion : Alastor 2262&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 1983 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;1476).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les mondes d’Alastor&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2003 [C.25].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r22.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r22_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.23.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Asutra&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, mai &amp;amp; juin 1973. En volume : New York : Dell, 1974. [Cycle : &lt;em&gt;Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Asutra&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [Cycle : &lt;em&gt;Chroniques de Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1981 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5090).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Durdane – l’intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2007 [C.22.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Durdane&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2011 [C.22.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.24.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Domains of Koryphon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In :&lt;em&gt;Amazing Science Fiction&lt;/em&gt;, août &amp;amp; octobre 1974. En volume : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Gray Prince&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Indianapolis, IN : Bobbs-Merrill, 1974. [&lt;em&gt;Gaean Reach&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les domaines de Koryphon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jean-Pierre Pugi). [&lt;em&gt;Aire Gaïane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Librairie des Champs-Élysées, 1979 (Le Masque science-fiction, n°&amp;nbsp;87).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Arlette Rosenblum).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1987 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5248).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. [nouvelle] de Jean-Pierre Pugi).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les maîtres des dragons &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r24.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r24.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.25.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Showboat World&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Pyramid, 1975. [Autre titre : &lt;strong&gt; &lt;em&gt; The Magnificent Showboats of the Lower Vissel River, Lune XXIII South, Big Planet &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; ]. [Cycle : &lt;em&gt;Big Planet&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les baladins de la planète géante&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Françoise Serph). [Cycle : &lt;em&gt;La planète géante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Librairie des Champs-Élysées, 1981 (Le Masque science-fiction, n°&amp;nbsp;114).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Arlette Rosenblum).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1987 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5255).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Arlette Rosenblum &amp;amp; Pierre-Paul Durastanti).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Planète géante : l’intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2003 [F.10].&lt;br /&gt;
4) Paris : Gallimard, 2005 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;229).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r25.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r25.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.26.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Marune: Alastor 933&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In : &lt;em&gt;Amazing Science Fiction&lt;/em&gt;, juillet &amp;amp; septembre 1975. En volume : New York : Ballantine, 1975. [Cycle : &lt;em&gt;Alastor Cluster&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Marune&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Bruno Martin). [Cycle : &lt;em&gt;Les mondes &lt;/em&gt;&lt;em&gt;d’Alastor&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Trullion : Alastor 2262/Marune : Alastor 933&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1976 [F.03].&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Marune : Alastor 933&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 1983 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;1435).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les mondes d’Alastor&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2003 [C.25].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r26.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r26.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.27.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Maske: Thaery&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Berkley, 1976. [Cycle : &lt;em&gt;Gaean Reach&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Un tour en Thaery – Les mystères de Maske&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [&lt;em&gt;Aire Gaïane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1981 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5124).&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Un tour en Thaérie&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. indiquée d’Arlette Rosenblum, mais légèrement différente de la précédente).&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les maîtres des dragons &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r27.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r27.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.28.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Wyst: Alastor 1716&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : daw, 1978. [Cycle : &lt;em&gt;Alastor Cluster&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Wyst : Alastor 1716&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Demuth). [Cycle : &lt;em&gt;Les mondes d’Alastor&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : J’ai Lu, 1983 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;1516).&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les mondes d’Alastor&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2003 [C.25].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r28.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r28.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.29.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Face&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : daw, 1979. [Cycle : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le visage du démon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jean-Pierre Pugi). [Cycle : &lt;em&gt;La geste &lt;/em&gt;&lt;em&gt;des princes-démons&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
0) Paris : Librairie des Champs-Élysées, prévu en 1981, mais non paru (Le Masque science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;6).&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1982 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5144).&lt;br /&gt;
2) Paris : Librairie Générale Française, 2004 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7268).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;La Geste des princes-démons - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, LGF/Livre de poche SF, 2016 [C.28].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r29.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r29_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.30.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Book of Dreams&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : daw, 1981. [Cycle : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le livre des rêves&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [Cycle : &lt;em&gt;La geste des princes-démons&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1982 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5151).&lt;br /&gt;
2) Paris : Librairie Générale Française, 2004 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7270).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;La Geste des princes-démons - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, LGF/Livre de poche SF, 2016 [C.28].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r30.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r30_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.31.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lyonesse&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Berkley, 1983. Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lyonesse: Suldrun’s Garden&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Cycle : &lt;em&gt;Lyonesse&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le jardin de Suldrun&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [Cycle : &lt;em&gt;Lyonesse&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1985 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5189).&lt;br /&gt;
2) Paris : Gallimard, 2003 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;140).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Lyonesse - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Mnémos, 2018 [C.43.1].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r31.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r31_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.32.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cugel’s Saga&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Timescape Books, 1983. [Roman-recueil composé de I. &lt;em&gt;From Shanglestone Strand to Saskervoy&lt;/em&gt; : « Flutic », « The Inn of the Blue Lamps », II. &lt;em&gt;From Saskervoy to the Tustvold Mud-flats&lt;/em&gt; : « Aboard the &lt;em&gt;Galante&lt;/em&gt; », « Lausicaa », « The Ocean of Sighs », III. &lt;em&gt;From Tustvold to Port &lt;/em&gt;&lt;em&gt;Perdusz&lt;/em&gt; : « The Columns », « Faucelme », IV. &lt;em&gt;From Port Perdusz to Kaspara &lt;/em&gt;&lt;em&gt;Vitatus&lt;/em&gt; : « On the Docks », « The Caravan », V. &lt;em&gt;From Kaspara Vitatus to Cuirnif&lt;/em&gt; : N82, N86 &amp;amp; VI. &lt;em&gt;From Cuirnif to Pergolo&lt;/em&gt; : « The Four Wizards » &amp;amp; « Spatterlight »]. [Autre titre :&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cugel: The Skybreak Spatterlight&lt;/em&gt;]&lt;/strong&gt;. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cugel saga&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; [trad. de Monique Lebailly]. [Roman-recueil composé de [I] &lt;em&gt;De Shanglestone à Saskervoy&lt;/em&gt; : « Flutic », « À l’auberge des Lampes Bleues », [II] &lt;em&gt;De Saskervoy àTustvold&lt;/em&gt; : « À bord de la&lt;em&gt;Galante&lt;/em&gt; », « Lausicaa », « L’océan des soupirs », [III]&lt;em&gt;De Tustvold à Port Perdusz&lt;/em&gt; : « Les colonnes », « Faucelme », [IV] &lt;em&gt;De Port Perdusz à Kaspara Vitatus&lt;/em&gt; : « Sur les quais », « La caravane », [V] &lt;em&gt;De Kaspara Vitatus à Cuirnif&lt;/em&gt; : « Les dix-sept vierges » [N82], « Le sac de rêves » [N86] &amp;amp; [VI] &lt;em&gt;De Cuirnif à Pergolo&lt;/em&gt; : « Les quatre magiciens » &amp;amp; « Pergolo »] [Cycles : &lt;em&gt;Cugel&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : J’ai Lu, 1984 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;1665).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot). [Même contenu avec deux changements de titre : le premier chapitre devient : &lt;em&gt;De la grève de Shanglestone à Saskervoy&lt;/em&gt; &amp;amp; la dernière nouvelle : « L’éclaboussure de Lumière ».&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2011 [C.29.1b].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2b].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r32.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r32.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.33.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Rhialto the Marvellous&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1984. [Roman-recueil composé de N88, N89 &amp;amp; N80 (revisé)]. [Cycle : &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Rhialto le Merveilleux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Darroux &amp;amp; Bernadette Emerich). [Cycles : &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : J’ai Lu, 1985 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;1890).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2011 [C.29.1b].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2b].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r33.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r33.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.34.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lyonesse II : The Green Pearl&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1985. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Green Pearl&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Cycle : &lt;em&gt;Lyonesse&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La perle verte&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [Cycle : &lt;em&gt;Lyonesse&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1986 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5221).&lt;br /&gt;
2) Paris : Gallimard, 2003 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;145).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Lyonesse - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Mnémos, 2018 [C.43.1].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r34.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r34_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.35.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Araminta Station&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1987. [Cycle : &lt;em&gt;Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français en deux tomes : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La station d’Araminta &amp;amp; Araminta 2&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [Cycle : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1a) Paris : Presses Pocket, 1988 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5301).&lt;br /&gt;
1b) Paris : Presses Pocket, 1988 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5315).&lt;br /&gt;
En un tome sous le titre : &lt;strong&gt; &lt;em&gt;La station Araminta/Les chroniques de Cadwal – tome 1&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : La Découverte, 2004 (Pulp fictions).&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Araminta&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;, recueil, Mnémos, 2019 [F.21].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r30.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r30_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r35.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r35_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.36.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lyonesse III: Madouc&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Novato, CA &amp;amp; Lancaster, PA : Underwood-Miller, 1989. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Madouc&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Cycle : &lt;em&gt;Lyonesse&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
• World Fantasy 1990 (roman)&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Madouc&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de E.C.L. Meistermann). [Cycle : &lt;em&gt;Lyonesse&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1990 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5394).&lt;br /&gt;
Même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) Paris : Gallimard, 2004 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;148).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Lyonesse - intégrale&lt;/em&gt;, recueil, Mnémos, 2018 [C.43.1].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r36.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r36_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.37.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ecce &amp;amp; Old Earth&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Novato, CA &amp;amp; Lancaster, PA : Underwood-Miller, 1991. [Cycle : &lt;em&gt;Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Bonne vieille Terre&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de E.C.L. Meistermann). [Cycle : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Olivier Orban, 1992.&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1993 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5521).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal - 2&lt;/em&gt;, recueil, La Découverte, 2005 [F.14].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;, recueil, Mnémos, 2019 [F.21].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r37.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r37.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.38.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Throy&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Novato, CA &amp;amp; Lancaster, PA : Underwood-Miller, 1992. [Cycle : &lt;em&gt;Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Throy&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de E.C.L. Meistermann). [Cycle : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Plon, 1993.&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1995 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5538).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal - 2&lt;/em&gt;, recueil, La Découverte, 2005 [F.14].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;, recueil, Mnémos, 2019 [F.21].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.39.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Night Lamp&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Grass Valley, CA : Underwood Books, 1996. [Cycle : &lt;em&gt;Gaean Reach&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La mémoire des étoiles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [&lt;em&gt;Aire Gaïane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Payot &amp;amp; Rivages, 1997 (Rivages/Fantasy).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1998 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5696).&lt;br /&gt;
3) Paris : Librairie Générale Française, 2016 (Le livre de poche Science-fiction [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;34280).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r39.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-r39_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.40.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Ports of Call&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Grass Valley, CA : Underwood Books, 1998. [Cycle : &lt;em&gt;Gaean Reach&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Escales dans les étoiles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’Arlette Rosenblum). [&lt;em&gt;Aire Gaïane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Payot &amp;amp; Rivages, 1998 (Rivages/Fantasy).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 2001 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5729).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r40.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r40.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.41.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lurulu&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Tor, 2004. [Cycle : &lt;em&gt;Gaean Reach&lt;/em&gt;]. [Suite de R.40].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lurulu&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier). [&lt;em&gt;Aire Gaïane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Fleuve Noir, 2006 (Rendez-vous ailleurs).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-r41.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-r41.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1&gt;Romans policiers &amp;amp; hors-genre&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;P.01.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Isle of Peril&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Mystery House, 1957. [Sous le pseudonyme d’Alan Wade]. [Autres titres :&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Bird Isle &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Bird Island&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L’île aux oiseaux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2017. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.02.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Take My Face&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Mystery House, 1957. [Sous le pseudonyme de Peter Held]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Flesh Mask&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le masque de chair&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2017. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-p01_02_03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-p01_02_03_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;P.03.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Man in the Cage&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Random House, 1960. [Sous la signature de John Holbrook Vance]. • Edgar Allan Poe Award 1961 (Meilleur premier roman d’un auteur américain)&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L’homme en cage&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2016. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.04.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Four Johns&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Pocket Books, 1964. [Sous le pseudonyme d’Ellery Queen]. [Autres titres :&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Four Men Called John &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt; Strange She Hasn’t Written&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Texte modifié &amp;amp; réécrit par l’éditeur].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.05.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;A Room To Die&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Pocket Books, 1965. [Sous le pseudonyme d’Ellery Queen]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Death of a Solitary Chess Player&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Texte modifié &amp;amp; réécrit par l’éditeur].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Une pièce pour mourir&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Pauline Verdun).&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses de la Cité, 1966 (Mystère, n°&amp;nbsp;36).&lt;br /&gt;
2) In omnibus : &lt;em&gt;Une pièce pour mourir/Chauds les glaçons/Le malheur des autres&lt;/em&gt;. Paris : Le Cercle Européen du Livre, 1972 (Les chefs d’œuvre de la littérature d’action, n°&amp;nbsp;14).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.06.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Madman Theory&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Pocket Books, 1966. [Sous le pseudonyme d’Ellery Queen]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Man Who Walks Behind&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Texte modifié &amp;amp; réécrit par l’éditeur].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.07.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Fox Valley Murders&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Indianapolis, IN : Bobbs-Merrill, 1966. [Sous la signature de John Holbrook Vance]. [Cycle : &lt;em&gt;Sheriff Joe Bain&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Un plat qui se mange froid&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacqueline Lenclud).&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1992 (Noir, n°&amp;nbsp;3728).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
2) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2017. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-p06_07.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-p06_07_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;P.08.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Pleasant Grove Murders&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Indianapolis, IN : Bobbs-Merrill, 1967. [Sous la signature de John Holbrook Vance]. [Cycle : &lt;em&gt;Sheriff Joe Bain&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Charmants voisins&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacqueline Lenclud).&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1992 (Noir, n°&amp;nbsp;4034).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Charmants voisins &amp;amp; Triple meurtre à Riverview&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; (même trad, rev. par Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
2) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2017. [Suivi de N91]. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.09.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Deadly Isles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Indianapolis, IN : Bobbs-Merrill, 1969. [Sous la signature de John Holbrook Vance].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les îles de la mort&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2016. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-p08_09.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-p08_09_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;P.10.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Bad Ronald&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ballantine, 1973. [Sous la signature de John Holbrook Vance].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Méchant garçon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacqueline Lenclud).&lt;br /&gt;
1) Paris : PAC, 1979 (Red Label).&lt;br /&gt;
2) Paris : Nouvelles Éditions Oswald, 1984 (Le miroir obscur, n°&amp;nbsp;82).&lt;br /&gt;
3) Paris : Presses Pocket, 1989 (Terreur, n°&amp;nbsp;9002).&lt;br /&gt;
4) [Suisse, Lausanne] : Paperview/Le Matin, [2004] (Collection noire).&lt;br /&gt;
5) Paris : Télémaque, 2007 (Entailles).&lt;br /&gt;
6) Paris : Milady, prévu en 2011, mais non paru (Horreur).&lt;br /&gt;
7) Paris : Gallimard, 2015 (Folio policier, n°&amp;nbsp;764).&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Vilain Ronald&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
8) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2018. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-p10.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-p10_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;P.11.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The House on Lily Street&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1979. [Sous la signature de John Holbrook Vance].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lily Street&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacqueline Lenclud).&lt;br /&gt;
1) Paris : Fleuve Noir, 1982 (Engrenage international, n°&amp;nbsp;59).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1991 (Noir, n°&amp;nbsp;3723).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
3) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2017. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-p11.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-p11_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;P.12.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The View From Chickweed’s Window&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1979. [Sous la signature de John Holbrook Vance].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Professeur Poltron&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacqueline Lenclud).&lt;br /&gt;
1) Paris : Fleuve Noir, 1985 (Engrenage international, n°&amp;nbsp;121).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1991 (Noir, n°&amp;nbsp;3729).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Patrick Dusoulier).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;3) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2017. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-p12.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-p12_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;P.13.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Strange Notions&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1985. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Strange People, Queer Notions&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [In coffret comprenant aussi P.14].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Drôles de gens&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2016. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;P.14.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dark Ocean&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1985. [In coffret comprenant aussi P.13].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Sombre océan&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2016. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-p13_14.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-p13_14_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1&gt;Recueils originaux&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;C.01.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dying Earth&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Hillman, 1950. [Recueil composé de N17, N18, N19, N16, N20 &amp;amp; N21]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Mazirian the Magician&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Un monde magique&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de France-Marie Watkins). [Même contenu les deux premières nouvelles étant inversées].&lt;br /&gt;
1) Paris : J’ai Lu, 1978 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;836).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-c01_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.02.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Future Tense&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ballantine, 1964. [Recueil composé de N61, N60, N64 &amp;amp; N51].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.03.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The World Between &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1965. [Jumelé avec R.12]. [Recueil composé de N41, N62, N22, N49 &amp;amp; N54]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Moon Moth &amp;amp; Others Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.04.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Eyes of the Overworld&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1966. [Recueil composé de N68, N76, N69, N72, N73 &amp;amp; N74/N74bis]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cugel the Clever&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cugel l’astucieux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paul Alpérine). [Même contenu sauf N76 absent]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : J’ai Lu, 1976 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;707).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot). [Contenu original repris, comprenant donc N76].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c04.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-c04_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.05.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Many Worlds of Magnus Ridolph&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1966. [Jumelé avec N75]. [Recueil composé de N37, N07, N09, N10, N12 &amp;amp; N57]. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;]. [à ne pas confondre avec C.11].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Simone Hilling). [Même contenu].&lt;br /&gt;
1) Paris : opta, 1975 (Galaxis bis, n°&amp;nbsp;45/135).&lt;br /&gt;
2) Paris : Presses Pocket, 1982 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5128).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c05.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-c05_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.06.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Eight Fantasms &amp;amp; Magics&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Macmillan, 1969. [Recueil composé de N58, N47, N32, N36, N22, N76, N21 &amp;amp; N54]. [Voir C.09].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.07.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Worlds of Jack Vance&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Ace, 1973. [Recueil composé de C.03, N37, N10, N57 &amp;amp; N75].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.08.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Best of Jack Vance&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Pocket Books, 1976. [Recueil composé de N64, N60, N71, N33, N62 &amp;amp; N81].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.09.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Fantasms &amp;amp; Magics&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Londres : Mayflower, 1978. [Recueil composé de N58, N47, N36, N22, N21 &amp;amp; N54]. [Version courte de C.06].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.10.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Green Magic&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1979. [Recueil composé de N65, N58, N62, N42, N54, N77, N73, N70 &amp;amp; N16].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.11.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Many Worlds of Magnus Ridolph&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : daw, 1980. [Recueil composé de N37, N07, N09, N10, N12, N57, N08 &amp;amp; N14]. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;]. [à ne pas confondre avec C.05].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.12.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Nopalgarth&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : daw, 1980. [Recueil composé de N75, R.05 &amp;amp; N26].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.13.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Galactic Effectuator&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1980. [Recueil composé de N84 &amp;amp; N85]. [Cycle : &lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.14.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Dust of Far Suns&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : daw, 1981. [Recueil composé de N64, N61, N60 &amp;amp; N51].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.15.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Narrow Land&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : daw, 1982. [Recueil composé de N77, N28, N53, N01, N65, N24 &amp;amp; N13].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.16.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lost Moons&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1982. [Recueil composé de N01, N87, N11, N50, N31, N34, N43, N38 &amp;amp; N83].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.17.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Complete Magnus Ridolph&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1985. [Recueil composé de N37, N07, N09, N10, N12, N57, N08, N14, N05 &amp;amp; N06]. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français sans titre spécifique (trad. de Brigitte Mariot). [Même contenu dans l’ordre suivant : N05, N06, N07, N08, N09, N10, N12, N14, N37 &amp;amp; N57]. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [F.11].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.18.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Light From a Lone Star&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Cambridge, MA : nesfa Press, 1985. [Recueil composé de N54, N05, N46, N11, N36 &amp;amp; N90].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.19.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Planet of Adventure&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Londres : Grafton, 1985. [Recueil composé de R.15, R.17, R.18 &amp;amp; R.19]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Tschai&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Cycle : &lt;em&gt;Planet of Adventure&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le cycle de Tschaï&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Deutsch). [&lt;em&gt;Cycle de Tschaï&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : J’ai Lu, 2000 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5796).&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Tschaï – l’intégrale&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad.).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 2016 (Nouveaux millénaires).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c19.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-c19.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.20.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Augmented Agent &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1986. [Recueil composé de N45, N78, N25, N29, N23, N39, N44 &amp;amp; N63].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.21.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dark Side of the Moon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1986. [Recueil composé de N79, N30, N03, N40, N52, N67, N55, N46, N27, N56, N02, N15, N59 &amp;amp; N48].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.22.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Durdane&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Londres : Gollancz, 1989. [Recueil composé de R.20, R.21 &amp;amp; R.23]. [Cycle : &lt;em&gt;Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français :&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les chroniques de Durdane : l’intégrale&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Cycle : &lt;em&gt;Chroniques de Durdane&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Denoël, 2007 (Lunes d’encre).&lt;br /&gt;
2) Paris : Gallimard, 2011 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;412).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c22.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-c22.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.23.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Chateau D’If &amp;amp; Others Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Novato, CA &amp;amp; Lancaster, PA : Underwood-Miller, 1990. [Recueil composé de N33, N35, N13, N51 &amp;amp; N81].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.24.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;When the Five Moons Rise&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Novato, CA &amp;amp; Lancaster, PA : Underwood-Miller, 1992. [Recueil composé de N36, N64, N47, N22, N24, N28, N53, N32, N60, N61, N49 &amp;amp; N41].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.25.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Alastor&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Tor, 1995. [Recueil composé de R.22, R.26 &amp;amp; R.28]. [Cycle : &lt;em&gt;Alastor Cluster&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les mondes d’Alastor&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Bruno Martin &amp;amp; Michel Deutsch).&lt;br /&gt;
1) Paris : J’ai Lu, 2003 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;6793).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c25.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-c25.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.26.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Demon Princes : Volume One&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Tor/Orb, 1997. [Recueil composé de R.09, R.10 &amp;amp; R.14]. [Cycle : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.27.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Demon Princes : Volume Two&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : Tor/Orb, 1997. [Recueil composé de R.29 &amp;amp; R.30]. [Cycle : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.28.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Demon Princes&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : SFBC, 1998. [Recueil composé de C.26 &amp;amp; C.27]. [Cycle : &lt;em&gt;Demon Princes&lt;/em&gt;]&lt;br /&gt;
En français :&lt;strong&gt;&lt;em&gt;La geste des princes-démons - intégrale&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Cycle : &lt;em&gt;La geste des princes-démons&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Librairie Générale Française, 2016 (Le livre de poche Science-fiction-Majuscules).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c28.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-c28.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.29.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Compleat Dying Earth&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York : SFBC, 1999. [Recueil composé de C.01, C.04, R.32 &amp;amp; R.33]. [Cycles :&lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp;&lt;em&gt; Dying Earth&lt;/em&gt;]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Tales of Dying Earth&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;br /&gt;
En français en deux tomes : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Terre Mourante – intégrale 1 &amp;amp; 2&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1a &amp;amp; 1b) Paris : Pygmalion, 2010 &amp;amp; 2011 (Fantasy).&lt;br /&gt;
2a &amp;amp; 2b) Paris : J’ai Lu, 2012 (Fantasy, n°&amp;nbsp;9814 &amp;amp; 9815).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c29.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-c29_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.30.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Coup de Grace &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2001. [Recueil composé de N67, N62, N57, « Flutic » (un des textes formant R.32), N61, N65 &amp;amp; N88].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.31.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Golden Girl &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2002. [Recueil composé de N25, N28, N33, N35, N42, N41, N47, N50 &amp;amp; N83].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.32. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;The Miracle-Workers, The Dragon Masters &amp;amp; The Last Castle&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; . Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2002. [Recueil composé de N58, R.08 &amp;amp; N71].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.33.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Moon Moth &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2002. [Recueil composé de N37, N22, N54, N60, N57, N61, N62, N65, N67, N79 &amp;amp; N81].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.34.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The World-Thinker &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2005. [Recueil composé de N01, N04, N24, N27, N32, N36, N38, N40, N46, N49, N52, N53, N55, N56 &amp;amp; N70].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.35.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Gadget Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2005. [Recueil composé de N02, N15, N05, N06, N07, N09, N10, N08, N14, N12, N48, N11, N31, N29, N30, N34, N39, N43, N44, N59 &amp;amp; N64]. [Autre titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Potters of Firsk &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.36.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Son of the Tree &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2005. [Recueil composé de N03, N13, N23, N26, N45, N63 &amp;amp; N78].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.37.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Houses of Iszm &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2005. [Recueil composé de R.05, N51, N75 &amp;amp; N77].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.38. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dogtown Tourist Agency &amp;amp; Freitzke’s Turn&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2005. [Recueil composé de N84 &amp;amp; N85]. [Cycle : &lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.39. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Wild Thyme &amp;amp; Violets, Other Unpublished Works &amp;amp; Addenda &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; . Oakland, CA : Vance Integral Edition, 2005. [Recueil composé de N90, N92, N87, N66, N93, N21 (révisée), N94, N95 &amp;amp; N96].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.40.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Jack Vance Treasury&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Burton, MI : Subterranean Press, 2007. [Recueil composé de R.08, N16, N64, N51, N58, N21, N36, N37, N68, N54, N72, N22, N70, N62, N86, N42, N80 &amp;amp; N71].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.41.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Jack Vance Reader&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Burton, MI : Subterranean Press, 2008. [Recueil composé de R.16, R.07 &amp;amp; R.24].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.42.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Wild Thyme, Green Magic&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Burton, MI : Subterranean Press, 2009. [Recueil composé de N83, N65, N01, N63, N57, N13, N11, N82, N60, N38, N95 &amp;amp; N81].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.43.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Complete Lyonesse&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Londres : Gollancz, 2010. [Recueil composé de R.31, R.34 &amp;amp; R.36].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Lyonesse - intégrale&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Saint-Laurent-d’Oingt : Mnémos, 2018 (Intégrales).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-c43.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-c43.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.44.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Hard-Luck Diggings: The Early Jack Vance I&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Burton, MI : Subterranean Press, 2010. [Recueil composé de N05, N27, N28, N33, N39, N40, N45, N44, N46, N47, N49, N53, N52 &amp;amp; N61].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.45.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Wit &amp;amp; Wisdom of Jack Vance&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Bloomington, IN : AuthorHouse, 2011. [Recueil composé par Miguel Lugo d’extraits de romans &amp;amp; de nouvelles de Jack Vance].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.46.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Sail 25 &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Walnut, CA : Spatterlight Press, 2012. [Recueil numérique/ebook composé de N02, N43, N15, N48, N11, N31, N29, N30, N39, N34, N44, N59 &amp;amp; N64].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.47.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Chateau d’If &amp;amp; Other Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Walnut, CA : Spatterlight Press, 2012. [Recueil numérique/ebook composé de N03, N13, N23, N45, N63, N78, N51, N75 &amp;amp; N77].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.48. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Dream Castles : The Early Jack Vance, Volume Two&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Burton, MI : Subterranean Press, 2012. [Recueil composé de N84, N85, N04, N25, N79, N35, N55, N77, N48 &amp;amp; N26].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.49. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Magic Highways: The Early Jack Vance, Volume Three&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; . Burton, MI : Subterranean Press, 2013. [Recueil composé de N03, N02, N15, N24, N29, N30, N31, N34, N56, N06, N07, N08, N09, N10, N12 &amp;amp; N14].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.50. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Minding the Stars: The Early Jack Vance, Volume Four&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; . Burton, MI : Subterranean Press, 2014. [Recueil composé de N75, N32, N43, N67, N50, N41, N78 &amp;amp; N59].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.51. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Grand Crusades: The Early Jack Vance, Volume Five&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; . Burton, MI : Subterranean Press, 2015. [Recueil composé de R.01, N23, R.03, R.05 &amp;amp; R.11].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.52. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Wild Thyme &amp;amp; Violets&amp;amp; Other Unpublished Works&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; . Walnut, CA : Spatterlight Press, 2018. [Recueil composé de N90, N91, N92, N95, N96, N94, N66, N21 (révisée), N93 &amp;amp; N87].&lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Recueils sans équivalents anglo-saxon&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;F.01.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Tschaï (tome 1)&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.15 &amp;amp; R.17]. [Cycle : &lt;em&gt;Tschaï&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : opta, 1971 (Club du livre d’anticipation, [n°&amp;nbsp;33]).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.02.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Tschaï (tome 2)&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.18 &amp;amp; R.19]. [Cycle : &lt;em&gt;Tschaï&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : opta, 1971 (Club du livre d’anticipation, [n°&amp;nbsp;34]).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.03.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Alastor&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.22 &amp;amp; R.26]. [Cycle : &lt;em&gt;Alastor&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : opta, 1976 (Club du livre d’anticipation, n°&amp;nbsp;65).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-f01_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.04.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Jacques Chambon de N22, N40, N47, N62, N71, N83 &amp;amp; N85].&lt;br /&gt;
1a) Paris : Presses Pocket, 1981 (Science-fiction/Le livre d’or de la science-fiction, n°&amp;nbsp;5097).&lt;br /&gt;
Sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1b) Paris : Presses Pocket, 1989 (Science-fiction/Le grand temple de la science-fiction, n°&amp;nbsp;5097).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f04.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f04.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.05.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Crimes &amp;amp; enchantements&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N84, N78 &amp;amp; N03].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1991 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5401).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.06.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N54, N65, N77, N01, N08, N27, N36, N67 &amp;amp; N26].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1992 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5402).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.07.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N13, N04, N25, N64, N43, N60, N48 &amp;amp; N70].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1993 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5403).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.08.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N51, N42, N24, N11, N31, N41, N28 &amp;amp; N79].&lt;br /&gt;
1) Paris : Presses Pocket, 1993 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5404).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f05_06_07_08.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-f05_06_07_08_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.09.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N81, N61, N58 &amp;amp; N23].&lt;br /&gt;
1) Avon : Le Bélial’, 2003.&lt;br /&gt;
2) Paris : Gallimard, 2005 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;205).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f09.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f09.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.10.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Planète géante : l’intégrale&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.02 &amp;amp; R.25].&lt;br /&gt;
1) Avon : Le Bélial’, 2003.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f10.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f10.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.11.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de C.17.1, R.06 &amp;amp; R.16].&lt;br /&gt;
1) Paris : Denoël, 2004 (Lunes d’encre).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f11_12.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f11_12_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.12. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les maîtres des dragons &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.07, R.08, R.24 &amp;amp; R.27].&lt;br /&gt;
1) Paris : Denoël, 2004 (Lunes d’encre).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f11_12.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f11_12.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.13.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N32, N63, N33 &amp;amp; N35].&lt;br /&gt;
1) Saint-Mammès : Le Bélial’, 2005.&lt;br /&gt;
2) Paris : Pocket, 2009 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5903).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.14.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Chroniques de Cadwal - 2&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.37 &amp;amp; R.38]. [Cycle : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : La Découverte, 2005 (Pulp fictions).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f13_14.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f13_14.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.15.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Sjambak &amp;amp; autres récits&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N56, N02, N59, N44, N39, N29 &amp;amp; N49].&lt;br /&gt;
1) Saint-Mammès : Le Bélial’, 2006.&lt;br /&gt;
2) Paris : Pocket, 2010 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5941).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f15.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f15.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.16.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N48, N40, N62, N36 &amp;amp; N27].&lt;br /&gt;
1a) Chambéry : ActuSF, 2009 (Les trois souhaits).&lt;br /&gt;
1b) Chambéry : ActuSF, 2010 (Perles d’épices).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f16.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f16.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.17.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.05, N83, N26 &amp;amp; N71].&lt;br /&gt;
1) Saint-Mammès : Le Bélial’, 2013.&lt;br /&gt;
2) Paris : Gallimard, 2016 (Folio science-fiction, n°&amp;nbsp;542).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f17.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f17.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.18.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N84 &amp;amp; N85]. [Cycle : &lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Saint-Mammès : Le Bélial’, 2017.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.19. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Les coulisses de Jack Vance, volume 1 : Ébauches &amp;amp; synopsis &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; . [Recueil composé de N90, N96, N94, N95, N92 &amp;amp; N93].&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2018. [Impression à la demande].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f18_19.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-f18_19_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.20.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N01, N02, N03, N04, N11, N13, N15, N22, N23, N24, N25, N26, N27, N28, N29, N30, N31, N32, N33, N34, - N35, N36, N38, N39, N40, N41, N42, N43, N44, N45, N46, N47, R.05 &amp;amp; N48].&lt;br /&gt;
1) Saint-Mammès : Le Bélial’, 2019.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.21.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.35, R.37 &amp;amp; R.38]. [Cycle : &lt;em&gt;Les chroniques de Cadwal&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Saint-Laurent-d’Oingt : Mnémos, prévu en 2019 (Univers).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.22.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N50, N51, N49, N52, N53, N54, N55, N56, N58, N59, N60, N61, N62, N63, R.08, N64, N65, N66, N70, N71, N75, N77, N78, N79, N81, N83 &amp;amp; N87].&lt;br /&gt;
1) Saint-Mammès : Le Bélial’, 2019.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-f20_21_22.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-f20_21_22_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1&gt;Quelques livres hommage&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;H.01.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;A Quest for Simbilis&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Michael Shea. New York : daw, 1974. [Ce roman est une suite à C.04 écrite, avant que Vance continue son cycle : &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt; et présente donc une version alternative]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La revanche de Cugel l’asticieux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Doug Headline). [Cycles : &lt;em&gt;Cugel&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Payot &amp;amp; Rivages, 1997 (Rivages/Fantasy).&lt;br /&gt;
2) Paris : J’ai Lu, 2000 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5522).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;H.02.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Sur les traces de Cugel l’astucieux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, anthologie dirigée par Philippe Monot. [Composée de 12 nouvelles d’auteurs francophones]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1) Paris : Nestiveqnen, 2002 (Fractales/Fantasy).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-h01_02.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-h01_02_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;H.03. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Songs of the Dying Earth:Stories in Honor of Jack Vance&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; , anthologie dirigée par George R.R. Martin &amp;amp; Gardner Dozois. Burton, MI : Subterranean Press, 2009. [Composée de 22 nouvelles d’auteurs anglo-saxons]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français en deux tomes (mais incomplet) : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Chansons de la Terre Mourante 1&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; [7 nouvelles] &amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Chansons de la Terre Mourante 2&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; [8 nouvelles]. (traducteurs divers). [Cycles : &lt;em&gt;Cugel&lt;/em&gt; &amp;amp; &lt;em&gt;La Terre Mourante&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
1a) Chambéry : ActuSF, 2013 (Perles d’épice).&lt;br /&gt;
1b) Chambéry : ActuSF, 2013 (Perles d’épice).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-h03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-h03_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1&gt;Quelques essais ou articles isolés traduits en français&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;E.a.« Biographical Sketch &amp;amp; Other Facts ». In : &lt;em&gt;Jack Vance, Critical Appreciations &lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;amp; a Bibliography&lt;/em&gt;, d’A. E. Cunnigham, essai, The British Library, 2000 [B.09].&lt;br /&gt;
En français : « Esquisse d’autobiographie &amp;amp; autres faits » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, hors-série [n°&amp;nbsp;2] : &lt;em&gt;Les Univers de Jack Vance&lt;/em&gt;, septembre, 2003.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles - tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.01. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;This is Me, Jack Vance! (or, More Properly, This is “I”)&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; . Burton, MI : Subterranean Press, 2009.&lt;br /&gt;
• Hugo 2010 (Meilleur livre non-fictif ou apparenté)&lt;br /&gt;
En français : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Mon nom est Vance, Jack Vance&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Patrick Dusoulier).&lt;br /&gt;
1) Amstelveen, Pays-Bas : Spatterlight, 2017. [Impression à la demande].&lt;br /&gt;
2) Paris : Librairie Générale Française, 2018 (Le livre de poche, n° 35087).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-e01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-e01.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1&gt;Principaux livres sur Jack Vance&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;B.01.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Fantasy &amp;amp; Science Fiction by Jack Vance&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &lt;em&gt; &lt;/em&gt;[document d’éditeur]. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, [1978].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.02. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Fantasms : A Bibliography of the Literature of Jack Vance&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par Tim Underwood &amp;amp; Daniel J.H. Levack. San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1978.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.03.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;, &lt;/em&gt;par Tim Underwood &amp;amp; Chuck Miller. New York, Taplinger Publishing, 1980 (Writers of the 21 &lt;sup&gt;th&lt;/sup&gt; Century Series].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-b01_02_03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-b01_02_03_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;B.04. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Demon Princes : The Dissonant Worlds of Jack Vance&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par Jack Rawlins. San Bernardino, CA : Borgo Press, 1986 (Milford Series Popular Writers of Today).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.05.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jack Vance : Sculptor of Love &amp;amp; Hate. &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;A Working Bibliography, &lt;/em&gt;par Phil Stephensen-Payne &amp;amp; Gordon Benson, Jr. Leeds &amp;amp; Albuquerque, NM : Galactic Central Publications, 1989. [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; édition sous le titre : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jack Vance : A Fantasmic Imagination&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, [1990?].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-b04_05.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-b04_05_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;B.06. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;The Jack Vance Lexicon : From Ahulph to Zipangote - &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;The Coined Words of Jack Vance, &lt;/em&gt; par Dan Temianka. Novato, CA &amp;amp; Lancaster, PA : Underwood-Miller, 1992.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.07. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;The Work of Jack Vance. An Annotated Bibliography &amp;amp; Guide&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par Jerry Hewett &amp;amp; Daryl F. Mallett. Penn Valley, CA &amp;amp; Lancaster, PA : Underwood-Miller, 1994. [Contient N91].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.08. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Vance Space : A Rough Guide to the Planets of Alastor Cluster, the Gaean Reach, the Oikumene &amp;amp; Other Exotic Sectors From the Science Fiction of Jack Vance &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par Michael Andre-Driussi. San Francisco, CA : Sirius Fiction, 1997.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-b06_07_08.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-b06_07_08_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;B.09. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Jack Vance, Critical Appreciations &amp;amp; a Bibliography&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par A. E. Cunnin-gham. Londres : The British Library, 2000. [Contient E..a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.10. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; An Encyclopedia of Jack Vance : 20th Century Science Fiction Writer [3 vol.] &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par David G. Mead. Lewiston, NY, Edwin Mellen Press, 2002 (Studies in American Literature).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.11.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Handbook of Vance Space&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;, &lt;/em&gt;par Michael Andre-Driussi. San Francisco, CA : Sirius Fiction, 2014.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.12. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; The Jack Vance Lexicon : From Abiloid to Zygage - The Coined Words of Jack Vance &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt; &lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par Dan Temianka. Walnut, CA : Spatterlight Press, 2016.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-b09-12.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/.biblio-vance-b09-12_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1&gt;Nouvelles&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;N01.« The World-Thinker ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, été 1945.&lt;br /&gt;
En français : « Le penseur de mondes » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N02.« Planet of the Black Dust ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, été 1946.&lt;br /&gt;
En français : « La planète de poussière » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2006 [F.15.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2010 [F.15.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N03.« Phalid’s Fate ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, décembre 1946.&lt;br /&gt;
En français : « Un destin de Phalid » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Crimes &amp;amp; enchantements&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.05].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N04.« I’ll Build Your Dream Castle ». In : &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1947. [Première version de N87].&lt;br /&gt;
En français : « Le château de vos rêves » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.071].&lt;br /&gt;
Sous le titre : « Je bâtirai le château de vos rêves » (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N05.« Hard-Luck Diggings ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, juillet 1948. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Pas de veine » (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N06.« Sanatoris Short-Cut ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, septembre 1948. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Un raccourci pour Sanatori » (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N07.« The Unspeakable McInch ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, novembre 1948. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « L’ignoble McInch » (trad. de Simone Hilling)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1975 [C.05.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1982 [C.05.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre : « L’immonde McInch » (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N08.« The Sub-Standard Sardines ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, janvier 1949. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Des sardines douteuses » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
Sous le titre : « Les sardines de qualité inférieure » (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N09.« The Howling Bounders ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, mars 1949. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Les hurleurs » (trad. de Simone Hilling)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1975 [C.05.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1982 [C.05.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre : « Les butors hurlants » (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N10.« The King of Thieves ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, novembre 1949. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Le roi des voleurs » (trad. de Simone Hilling)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1975 [C.05.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1982 [C.05.2].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N11.« The Potters of Firsk ». In : &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, mai 1950.&lt;br /&gt;
En français : « Les potiers de Firsk » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N12.« The Spa of the Stars ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, juillet 1950. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « La Spa des étoiles » (trad. de Simone Hilling)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1975 [C.05.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1982 [C.05.2].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N13.« New Bodies for Old ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, août 1950. [Autre titre : « Chateau d’If »].&lt;br /&gt;
En français : « Château en Hispanie » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.07].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N14.« Cosmic Hotfoot ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, septembre 1950. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;]. [Autre titre : « To B or Not to C or to D »].&lt;br /&gt;
En français : « Le cycle infernal » (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N15.« [The] Ultimate Quest ». In : &lt;em&gt;Super Science Stories&lt;/em&gt;, septembre 1950. [Sous le pseudonyme de John Holbrook]. [Autre titre : « Dead Ahead »].&lt;br /&gt;
En français : « Droit devant » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N16. « The Loom of Darkness ». In : &lt;em&gt;The Dying Earth&lt;/em&gt;, recueil, Hillman, 1950. [C.01]. [Autre titre : « Liane the Wayfarer ».].&lt;br /&gt;
En français : « Liane le voyageur » (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Un monde magique&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1978 [C.01.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N17.« Mazirian the Magician ». In : &lt;em&gt;The Dying Earth&lt;/em&gt;, recueil, Hillman, 1950. [C.01]. [Cycle : &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Mazirian le magicien » (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Un monde magique&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1978 [C.01.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N18.« Turjan of Miir ». In : &lt;em&gt;The Dying Earth&lt;/em&gt;, recueil, Hillman, 1950. [C.01]. [Cycle : &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Turjan de Miir » (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Un monde magique&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1978 [C.01.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N19.« T’sais ». In : &lt;em&gt;The Dying Earth&lt;/em&gt;, recueil, Hillman, 1950. [C.01]. [Cycle : &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « T’saïs » (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Un monde magique&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1978 [C.01.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N20.« Ulan Dhor Ends a Dream ». In : &lt;em&gt;The Dying Earth&lt;/em&gt;, recueil, Hillman, 1950. [C.01]. [Cycle : &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;]. [Autre titre : « Ulan Dhor »].&lt;br /&gt;
En français : « Ulan Dhor » (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Un monde magique&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1978 [C.01.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N21.« Guyal of Sfere ». In : &lt;em&gt;The Dying Earth&lt;/em&gt;, recueil, Hillman, 1950. [C.01]. [Cycle : &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;]. [Version révisée en 2005].&lt;br /&gt;
En français : « Guyal de Sfere » (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Un monde magique&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1978 [C.01.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Un monde magique/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N22.« Brain of the Galaxy ». In : &lt;em&gt;Worlds Beyond&lt;/em&gt;, février 1951. [Autre titre : « The New Prime »].&lt;br /&gt;
En français : « Maître de la galaxie » (trad. de Jean-Pierre Pugi)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1980 [F.04.1a].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1988 [F.04.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N23.« Overlords of Maxus ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, février 1951. [Autre titre : « Crusade to Maxus »].&lt;br /&gt;
En français : « Les maîtres de Maxus » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2003 [F.09.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2005 [F.09.2].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., complétée par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N24.« Men of the Ten Books ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, mars 1951. [Autre titre : « The Ten Books »].&lt;br /&gt;
En français : « Les dix livres » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N25.« Golden Girl ». In : &lt;em&gt;Marvel Science Stories&lt;/em&gt;, mai 1951.&lt;br /&gt;
En français : « Une fille en or » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.07].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N26.« Son of the Tree ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, juin 1951. En volume : &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Son of the Tree&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York. Ace, 1964. [Jumelé avec R.05].&lt;br /&gt;
En français : « Fils de l’arbre » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti &amp;amp; Olivier Girard)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2013 [F.17.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2016 [F.17.2].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N27.« The Temple of Han ». In : &lt;em&gt;Planet Stories&lt;/em&gt;, juillet 1951. [Autre titre : « The God and the Temple Robber »].&lt;br /&gt;
En français : « Le temple de Han » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2009 [F.16.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2010 [F.16.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N28.« The Masquerade on Dicantropus ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, septembre 1951.&lt;br /&gt;
En français : « Mascarade sur Dicantrope » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N29.« The Plagian Siphon ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, octobre 1951. [Autres titres : « The Planet Machine » &amp;amp; « The Uninhibited Robot »]. En français : « Le robot désinhibé » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2006 [F.15.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2010 [F.15.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N30.« Dover Spargill’s Ghastly Floater ». In : &lt;em&gt;Marvel Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1951.&lt;br /&gt;
En français : « La gaffe monumentale de Dover Spargill » (trad. de Gilles Goullet)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, hors-série [n°&amp;nbsp;2] : &lt;em&gt;Les Univers de Jack Vance&lt;/em&gt;, septembre, 2003.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N31.« Winner Lose All ». In : &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;, décembre 1951. [Autre titre : « The Visitors »].&lt;br /&gt;
En français : « Une conquête abandonnée » (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;23, octobre 1955.&lt;br /&gt;
Sous le titre : « Qui perd gagne » (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Michel Demuth : &lt;em&gt;Enfers &amp;amp; paradis de l’espace.&lt;/em&gt; Paris : opta, 1973 (Marginal, n° 1).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N32.« Telek ». In : &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier 1952.&lt;br /&gt;
En français : « Télek » (trad. de Roland C. Wagner)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2005 [F.13.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Pocket, 2009 [F.13.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N33.« Abercrombie Station ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, février 1952. [Cycle : &lt;em&gt;Jean Parlier&lt;/em&gt;]. [Un des textes qui composent R.12].&lt;br /&gt;
En français : « La station Abercrombie » (trad. de Roland C. Wagner)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2005 [F.13.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Pocket, 2009 [F.13.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N34.« Sabotage on Sulfur Planet ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, juin 1952. [Autre titre : « Sabotage on Sulphur Planet »].&lt;br /&gt;
En français : « Sabotage sur la planète de soufre » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N35.« Cholwell’s Chickens ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, août 1952. [Cycle : &lt;em&gt;Jean Parlier&lt;/em&gt;]. [Un des textes qui composent R.12].&lt;br /&gt;
En français : « Cholwell et ses poules » (trad. de Roland C. Wagner)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2005 [F.13.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Pocket, 2009 [F.13.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N36.« Noise ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, août 1952. [Autre titre : « Music of the Spheres » [référence nooSFere non vérifiée]].&lt;br /&gt;
En français : « Le bruit » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2009 [F.16.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2010 [F.16.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N37.« The Kokod Warriors ». In : &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, octobre 1952. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Les guerriers de Kokod » (trad. de Simone Hilling)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1975 [C.05.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1982 [C.05.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre : « Les guerriers kokods » (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N38.« Seven Exits from Bocz ». In : &lt;em&gt;The Rhodomagnetic Digest&lt;/em&gt;, # 21, 1952.&lt;br /&gt;
En français : « Sept façons de quitter Bocz » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N39.« Three-Legged Joe ». In : &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, janvier 1953.&lt;br /&gt;
En français : « Joe Trois-Pattes » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2006 [F.15.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2010 [F.15.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N40.« DP! ». In : &lt;em&gt;Avon Science Fiction &amp;amp; Fantasy Reader&lt;/em&gt;, avril 1953. [Autre titre : « D.P. »].&lt;br /&gt;
En français : « Personnes déplacées » (trad. de Jean-Pierre Pugi)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1980 [F.04.1a].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1988 [F.04.1b].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2009 [F.16.1a].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2010 [F.16.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
5) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N41.« Ecological Onslaught ». In : &lt;em&gt;Future Science Fiction&lt;/em&gt;, mai 1953. [Autre titre : « The World Between »].&lt;br /&gt;
En français : « La guerre des écologies » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N42.« The Mitr ». In : &lt;em&gt;Vortex Science Fiction&lt;/em&gt;, vol. 1, # 1, [été] 1953.&lt;br /&gt;
En français : « La Mytr » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N43.« Four Hundred Blackbirds ». In : &lt;em&gt;Future Science Fiction&lt;/em&gt;, juillet 1953.&lt;br /&gt;
En français : « Quatre cents merles » (trad. d’E.C.L. Meistermann) 1) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.07].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N44.« Sjambak ». In : &lt;em&gt;If&lt;/em&gt;, juillet 1953.&lt;br /&gt;
En français : « Sjambak » (trad. de Nathalie Mège)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Stéphane Nicot : Utopia 1. Nancy : Éditions Galaxiales, 1999. [Supplément à &lt;em&gt;Galaxies&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;14].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2006 [F.15.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2010 [F.15.2].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N45.« Shape-Up ». In : &lt;em&gt;Cosmos Science Fiction &amp;amp; Fantasy Magazine&lt;/em&gt;, novembre 1953.&lt;br /&gt;
En français : « Rassemblement » (trad. de Sara Doke)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, hors-série [n°&amp;nbsp;2] : &lt;em&gt;Les Univers de Jack Vance&lt;/em&gt;, septembre, 2003.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N46.« First Star I See Tonight ». In : &lt;em&gt;Malcolm’s Mystery Magazine&lt;/em&gt;, mars 1954. [Sous le pseudonyme de John Van See]. [Autre titre, sous la signature de John Holbrook Vance : « Murder Observed »]. [Autre titre : « The Absent-Minded Professor »]. [Non S.-F.].&lt;br /&gt;
En français : « Le professeur distrait » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N47.« When the Five Moons Rise ». In : &lt;em&gt;Cosmos Science Fiction &amp;amp; Fantasy Magazine&lt;/em&gt;, mars 1954.&lt;br /&gt;
En français : « Quand se lèvent les cinq lunes » (trad. de Jean-Pierre Pugi)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1980 [F.04.1a].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1988 [F.04.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N48.« The Enchanted Princess ». In : &lt;em&gt;Orbit&lt;/em&gt;, # 5, novembre-décembre 1954. [Autre titre : « The Dreamer »].&lt;br /&gt;
En français : « La princesse enchantée » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.07].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2009 [F.16.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2010 [F.16.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 1/1945-1954, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.20].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N49.« The Devil on Salvation Bluff ». In anthologie composée par Frederik Pohl : &lt;em&gt;Star Science Fiction Stories # 3.&lt;/em&gt; New York : Ballantine, 1955.&lt;br /&gt;
En français : « Le diable de la colline du Salut » (trad. de Simone Hilling)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein : &lt;em&gt;Histoires de planètes.&lt;/em&gt; Paris : Librairie Générale Française, 1975 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3769).&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Gérard Klein : &lt;em&gt;Histoires de planètes.&lt;/em&gt; Paris : Librairie Générale Française, 1997 (Le livre de poche/Les maîtres de la science-fiction, n°&amp;nbsp;7197).&lt;br /&gt;
Sous le titre : « Le diable sur la colline du Salut » (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2006 [F.15.1].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2010 [F.15.2].&lt;br /&gt;
5) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N50.« Meet Miss Universe ». In : &lt;em&gt;Fantastic Universe&lt;/em&gt;, mars 1955.&lt;br /&gt;
En français : « Miss Univers » (trad. de Bénédicte Alliot)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Graal&lt;/em&gt;, périodique, hors série n°&amp;nbsp;4 : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, avril 1990.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N51.« The Gift of Gab ». In : &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1955.&lt;br /&gt;
En français : « Le don du bagout » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N52.« The Phantom Milkman ». In : &lt;em&gt;Other Worlds Science Stories&lt;/em&gt;, février 1956.&lt;br /&gt;
En français : « Le laitier fantôme » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N53.« Where Hesperus Falls ». In : &lt;em&gt;Fantastic Universe&lt;/em&gt;, octobre 1956.&lt;br /&gt;
En français : « Point de chute » (trad. de Noé Gaillard)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, hors-série [n°&amp;nbsp;2] : &lt;em&gt;Les Univers de Jack Vance&lt;/em&gt;, septembre, 2003.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N54.« The Men Return ». In : &lt;em&gt;Infinity Science Fiction&lt;/em&gt;, juillet 1957.&lt;br /&gt;
En français : « Le retour des hommes » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N55.« A Practical Man’s Guide ». In : &lt;em&gt;Space Science Fiction Magazine&lt;/em&gt;, août 1957.&lt;br /&gt;
En français : « Guide pratique » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N56.« The House Lords ». In : &lt;em&gt;Saturn&lt;/em&gt;, octobre 1957.&lt;br /&gt;
En français : « Les maîtres de maison » (trad. de Sara Doke)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, hors-série [n°&amp;nbsp;2] : &lt;em&gt;Les Univers de Jack Vance&lt;/em&gt;, septembre, 2003.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2006 [F.15.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2010 [F.15.2].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N57.« Worlds of Origin ». In : &lt;em&gt;Super Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1958. [Cycle : &lt;em&gt;Magnus Ridolph&lt;/em&gt;]. [Autre titre : « Coup de grâce »].&lt;br /&gt;
En français : « Coup de grâce » (trad. de Simone Hilling)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1975 [C.05.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Les mondes de Magnus Ridolph&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1982 [C.05.2].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Brigitte Mariot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Emphyrio &amp;amp; autres aventures&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 2004 [C.17.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N58.« The Miracle-Workers ». In : &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, juillet 1958.&lt;br /&gt;
En français : « Les faiseurs de miracles » (trad. de Marcel Battin)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n&lt;sup&gt;os&lt;/sup&gt; 200 &amp;amp; 201, août &amp;amp; septembre 1970.&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Marc Duveau : &lt;em&gt; La cathédrale de sang/&lt;br /&gt;
L’épopée fantastique [2]. &lt;/em&gt; Paris : Presses Pocket, 1982 (Le livre d’or de la science-fiction, n° 5143).&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Marc Duveau : &lt;em&gt;La grande anthologie de la fantasy/La cathédrale de sang.&lt;/em&gt; Paris : Omnibus, 2003.&lt;br /&gt;
Même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2003 [F.09.1].&lt;br /&gt;
5) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2005 [F.09.2].&lt;br /&gt;
6) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N59.« Parapsyche ». In : &lt;em&gt;Amazing Science Fiction Stories&lt;/em&gt;, août 1958.&lt;br /&gt;
En français : « Parapsyché » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2006 [F.15.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Sjambak&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2010 [F.15.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N60.« Ullward’s Retreat ». In : &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;, décembre 1958.&lt;br /&gt;
En français : « La retraite d’Ullward » (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;65, avril 1959.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. d’André-François Termath [Michel Demuth])&lt;br /&gt;
2) In anthologie [composée par Michel Demuth] : &lt;em&gt;Us &amp;amp; coutumes d’après-demain.&lt;/em&gt; Paris : opta, 1975 (Marginal, n° 8).&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.07].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N61.« Dodkin’s Job ». In : &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1959.&lt;br /&gt;
En français : « Les œuvres de Dodkin » (trad. de Jean-Marie Dessaux)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Chambon : &lt;em&gt;Dans la cité future.&lt;/em&gt; Paris : Casterman, 1979 (Autres temps, autres mondes - anthologies).&lt;br /&gt;
Même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2003 [F.09.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2005 [F.09.2].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N62.« The Moon Moth ». In : &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;, août 1961.&lt;br /&gt;
En français : « Le papillon de lune » (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;22, février 1966.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1980 [F.04.1a].&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein : &lt;em&gt;Histoires de la fin des temps.&lt;/em&gt; Paris : Librairie Générale Française, 1983 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3777).&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1988 [F.04.1b].&lt;br /&gt;
5) In anthologie composée par Jacques Goimard &amp;amp; Denis Guiot : &lt;em&gt;Nouvelles des siècles futurs.&lt;/em&gt; Paris : Omnibus, 2004 (Omnibus).&lt;br /&gt;
6) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2009 [F.16.1a].&lt;br /&gt;
7) In : &lt;em&gt;Baroudeur&lt;/em&gt;, recueil, ActuSF, 2010 [F.16.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
8) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N63.« I-C-a-BeM ». In : &lt;em&gt;Amazing Science Fiction Stories&lt;/em&gt;, octobre 1961. [Autre titre : « The Augmented Agent »].&lt;br /&gt;
En français : « Le syndrome de l’homme augmenté » (trad. d’Alexandre [Stéphane] Garcia)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, hors-série [n°&amp;nbsp;2] : &lt;em&gt;Les Univers de Jack Vance&lt;/em&gt;, septembre, 2003.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2005 [F.13.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Monstres sur orbite&lt;/em&gt;, recueil, Pocket, 2009 [F.13.2].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N64.« Gateway to Strangeness ». In : &lt;em&gt;Amazing Science Fiction Stories&lt;/em&gt;, août 1962. [Autres titres : « Dust of Far Suns » &amp;amp; « Sail 25 »].&lt;br /&gt;
En français : « Les portes de l’ailleurs » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.07].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N65.« Green Magic ». In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1963.&lt;br /&gt;
En français : « Magie verte » (trad. de Christine Renard)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;124, mars 1964.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Anne Fakhouri : &lt;em&gt;Fées dans la ville.&lt;/em&gt; Chambéry : ActuSF, 2009 (Les trois souhaits).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N66.« The Kragen ». In : &lt;em&gt;Fantastic Stories of Imagination&lt;/em&gt;, juillet 1964. [Première version de R.13].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N67.« Alfred’s Ark ». In : &lt;em&gt;New Worlds SF&lt;/em&gt;, mai 1965.&lt;br /&gt;
En français : « L’arche d’Alfred » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N68.« The Overworld ». In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, décembre 1965. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Le monde supérieur » (trad. de Paul Alpérine)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;149, avril 1966.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1976 [C.04.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [[C.29.1a].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N69.« The Mountains of Magnatz ». In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1966. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Les montagnes de Magnatz » (trad. de Paul Alpérine)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;150, mai 1966.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1976 [C.04.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [[C.29.1a].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N70.« The Secret ». In : &lt;em&gt;Impulse&lt;/em&gt;, mars 1966.&lt;br /&gt;
En français : « Le secret » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Châteaux en espace&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1993 [F.07].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N71.« The Last Castle ». In : &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt;, avril 1966.&lt;br /&gt;
• Hugo 1967 (Novelette) &amp;amp; Nebula (Novella)&lt;br /&gt;
En français : « Le dernier château » (trad. de Frank Straschitz)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;31, novembre 1966.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1980 [F.04.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1988 [F.04.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti &amp;amp; Olivier Girard)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2013 [F.17.1].&lt;br /&gt;
5) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2016 [F.17.2].&lt;br /&gt;
6) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N72.« The Sorcerer Pharesm ». In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, avril 1966. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Pharesme le sorcier » (trad. de Paul Alpérine)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;152, juillet 1966.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1976 [C.04.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N73.« The Pilgrims ». In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1966. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Les pèlerins » (trad. de Paul Alpérine)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;154, septembre 1966.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1976 [C.04.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N74.« The Manse of Iucounu ». In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science &lt;/em&gt;&lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, juillet 1966. [En deux parties sous les titres : « The Cave in the Forest » &amp;amp; « The Manse of Iucounu »]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Le castel d’Iucounu » [comprenant deux parties&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La caverne dans la forêt&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le castel d’Iucounu » (trad. de Paul Alpérine)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;156, novembre 1966.&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1976 [C.04.1].&lt;br /&gt;
En deux nouvelles se suivant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La caverne dans la forêt&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le castel d’Iucounu » (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N75.« The Brains of Earth ». En volume : New York : Ace, 1966. [Jumelé avec C.05]. [Autre titre : « Nopalgarth »].&lt;br /&gt;
En français : « Nopalgarth » (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N76.« Cil ». In : &lt;em&gt;The Eyes of the Overworld&lt;/em&gt;, recueil, Ace, 1966. [C.66]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Cil » (trad. de Bénédicte Alliot &amp;amp; Julie Dufour)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Graal&lt;/em&gt;, périodique, hors série n°&amp;nbsp;4 : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, avril 1990.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (traducteur non mentionné, mais probablement Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2010 [C.29.1a].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Cugel l’astucieux/La Terre Mourante, intégrale 1&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N77.« The Narrow Land ». In : &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;, juillet 1967.&lt;br /&gt;
En français : « La terre étroite » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Docteur Bizarre&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1992 [F.06].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N78.« The Man From Zodiac ». In : &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, août 1967. [Autre titre : « Milton Hack From Zodiac »].&lt;br /&gt;
En français : « L’homme de la Zodiac » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Crimes &amp;amp; enchantements&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.05].&lt;br /&gt;
Sous le titre : « L’homme de la Zodiac » (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N79.« Sulwen’s Planet ». In anthologie composée par Joseph Elder : &lt;em&gt;The Farthest&lt;/em&gt;&lt;em&gt; Reaches.&lt;/em&gt; New York : Trident, 1968.&lt;br /&gt;
En français : « La planète de Sulwen » (trad. de Guy Abadia)&lt;br /&gt;
1) In anthologie [composée par Joseph Elder] : &lt;em&gt;Histoires stellaires.&lt;/em&gt; Paris : opta, 1969 (Fiction spécial, n° 15/191 bis).&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Pagaille au loin&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1994 [F.08].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N80.« Morreion ». In anthologie composée par Lin Carter : &lt;em&gt;Flashing Swords! # 1.&lt;/em&gt; Garden City, NY : Nelson Doubleday/Science Fiction Book Club, 1973. En volume : San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1979. Version remaniée in : &lt;em&gt;Rhialto the Marvellous&lt;/em&gt;, roman-recueil, Underwood-Miller, 1984. [R.33]. [Cycle : &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Morreion » (trad. de Michel Darroux &amp;amp; Bernadette Emerich)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1985 [R.33.1].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Faeries&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;4, mai 2001.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux/La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2011 [R.33.2].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux/La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [R.33.3].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N81.« Rumfuddle ». In anthologie composée par Robert Silverberg : &lt;em&gt;Three Trips in Time &amp;amp; Space.&lt;/em&gt; New York : Hawthorn, 1973.&lt;br /&gt;
En français : « La grande bamboche » (trad. de Jacques Chambon)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Chambon : &lt;em&gt;Bateaux ivres au fil du &lt;/em&gt;&lt;em&gt;temps.&lt;/em&gt; Paris : Casterman, 1978 (Autres temps, autres mondes - anthologies).&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2003 [F.09.1].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Croisades&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2005 [F.09.2].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N82.« The Seventeen Virgins ». In : &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1974. En volume : San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1979. [Un des textes qui composent R.32 (premier texte de la partie V)]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En français : « Les dix-sept vierges » (trad. de Monique Lebailly)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Cugel saga&lt;/em&gt;, roman-recueil, J’ai Lu, 1984 [R.32.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Jacques Corday)&lt;br /&gt;
2a) In anthologie composée par Marc Duveau : &lt;em&gt;Le manoir des roses/ L’épopée fantastique [1].&lt;/em&gt; Paris : Presses Pocket, 1978 (Le livre d’or de la science-fiction, n°&amp;nbsp;5035).&lt;br /&gt;
2b) In anthologie composée par Marc Duveau : &lt;em&gt;Le manoir des roses/High fantasy 1.&lt;/em&gt; Paris : Presses Pocket, 1988 (Le Grand temple de la science-fiction, n°&amp;nbsp;5035).&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Marc Duveau : &lt;em&gt;La grande anthologie de la fantasy/Le manoir des roses.&lt;/em&gt; Paris : Omnibus, 2003.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Monique Lebailly, rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2011 [C.29.1b].&lt;br /&gt;
5) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N83.« Assault on a City ». In anthologie composée par Terry Carr : &lt;em&gt;Universe 4.&lt;/em&gt; New York : Random House, 1974. [Autre titre : « The Insufferable Red-Headed Daughter of Commander Tynott, O.T.E. »].&lt;br /&gt;
En français : « Alice et la cité » (trad. de Jean-Pierre Pugi)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1980 [F.04.1a].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1988 [F.04.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti &amp;amp; Olivier Girard)&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2013 [F.17.1].&lt;br /&gt;
4) In : &lt;em&gt;Le dernier château &amp;amp; autres crimes&lt;/em&gt;, recueil, Gallimard/Folio SF, 2016 [F.17.2].&lt;br /&gt;
5) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N84.« The Dogtown Tourist Agency ». In anthologie composée par Roger Elwood &amp;amp; Robert Silverberg : &lt;em&gt;Epoch.&lt;/em&gt; New York : Berkley, 1975. [Cycle : &lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « L’office touristique de Terrier » (trad. d’E.C.L. Meistermann)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Crimes &amp;amp; enchantements&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.05].&lt;br /&gt;
Sous le titre : « L’agence de voyage de Terrier » (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2017 [F.18].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N85.« Freitzke’s Turn ». In anthologie composée par Robert Silverberg : &lt;em&gt;Triax.&lt;/em&gt; Los Angeles : Pinnacle, 1977. [Cycle : &lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt; ].&lt;br /&gt;
En français : « Le tour de Freitzke » (trad. de Jean-Pierre Pugi)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Jack Vance&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1980 [F.04.1a].&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Jack Vance : Papillon de lune&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1988 [F.04.1b].&lt;br /&gt;
Même titre (même trad., rev. par Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Miro Hetzel&lt;/em&gt;, recueil, Le Bélial’, 2017 [F.18].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N86.« The Bagful of Dreams ». In anthologie composée par Lin Carter :&lt;em&gt;Flashing Swords! # 4.&lt;/em&gt; In anthologie composée par Lin Carter : &lt;em&gt;Flashing Swords! # 4.&lt;/em&gt; Garden City, NY : Nelson Doubleday/Science Fiction Book Club, 1977. En volume : San Francisco, CA &amp;amp; Columbia, PA : Underwood-Miller, 1979. [Un des textes qui composent R.32 (deuxième texte de la partie V)]. [Cycles : &lt;em&gt;Cugel &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Dying Earth&lt;/em&gt;].&lt;br /&gt;
En français : « Le sac de rêves » (trad. de Monique Lebailly)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Cugel saga&lt;/em&gt;, roman-recueil, J’ai Lu, 1984 [R.32.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2011 [C.29.1b].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [C.29.2b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N87.« Dream Castle ». In : &lt;em&gt;Lost Moons&lt;/em&gt;, recueil, Underwood-Miller, 1982. [C.16]. [Version remaniée de N04].&lt;br /&gt;
En français : « Le château de vos rêves » (trad. d’E.C.L. Meistermann &amp;amp; Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Nouvelles – tome 2/1955-1982, &lt;/em&gt;recueil, Le Bélial’, 2019 [F.22].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N88.« The Murthe ». In : &lt;em&gt;Rhialto the Marvellous&lt;/em&gt;, roman-recueil, Underwood-Miller, 1984. [R.33].&lt;br /&gt;
En français : « La Murthe » (trad. de Michel Darroux &amp;amp; Bernadette Emerich)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1985 [R.33.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux/La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2011 [R.33.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux/La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [R.33.3].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N89.« Fader’s Waft ». In : &lt;em&gt;Rhialto the Marvellous&lt;/em&gt;, roman-recueil, Underwood-Miller, 1984. [R.33].&lt;br /&gt;
En français : « Fanhure » (trad. de Michel Darroux &amp;amp; Bernadette Emerich)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 1985 [R.33.1].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., rev. par Sébastien Guillot)&lt;br /&gt;
2) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux/La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, Pygmalion, 2011 [R.33.2].&lt;br /&gt;
3) In : &lt;em&gt;Rhialto le merveilleux/La Terre Mourante, intégrale 2&lt;/em&gt;, recueil, J’ai Lu, 2012 [R.33.3].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N90.« Cat Island ». In : &lt;em&gt;Light From a Lone Star&lt;/em&gt;, recueil, nesfa, 1985. [C.18]. [Texte probablement écrit en 1946].&lt;br /&gt;
En français : « L’île aux chats » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les coulisses de Jack Vance, vol. 1 : Ébauches &amp;amp; synopsis&lt;/em&gt;, recueil, Spatterlight, 2018 [F.19.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N91.« The Genesee Slough Murders : Outline for a Novel ». In essai de Jerry Hewett &amp;amp; Daryl F. Mallett : &lt;em&gt;The Work of Jack Vance,&lt;/em&gt; Underwood-Miller, 1994. [B.07]. [Synopsis de roman probablement écrit vers 1970]. [Cycle : &lt;em&gt;Sheriff Joe Bain&lt;/em&gt;]. [Non S.-F.].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Triple meurtre à Riverview&amp;nbsp;» (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : Charmants voisins &amp;amp; Triple meurtre à Riverview, roman, Spatterlight, 2017 [P.08.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N92.« The STARK : The Voyage &amp;amp; the People ». In : &lt;em&gt;Wild Thyme &amp;amp; Violets, Other Unpublished Works &amp;amp; Addenda&lt;/em&gt;, recueil, Vance Integral Edition, 2005. [C.39]. [Texte probablement écrit en 1954].&lt;br /&gt;
En français : « Le STARK » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les coulisses de Jack Vance, vol. 1 : Ébauches &amp;amp; synopsis &lt;/em&gt;, recueil, Spatterlight, 2018 [F.19.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N93.« The Telephone Was Ringing in the Dark ». In : &lt;em&gt;Wild Thyme &amp;amp; Violets, Other Unpublished Works &amp;amp; Addenda&lt;/em&gt;, recueil, Vance Integral Edition, 2005. [C.39]. [Texte probablement écrit en 1962].&lt;br /&gt;
En français : « Le téléphone sonnait dans le noir » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les coulisses de Jack Vance, vol. 1 : Ébauches &amp;amp; synopsis &lt;/em&gt;, recueil, Spatterlight, 2018 [F.19.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N94.« The Magnificent Red-Hot Jazzing Seven : Concept &amp;amp; Synopsis for Screen-Play ». In :&lt;em&gt;Wild Thyme &amp;amp; Violets, Other Unpublished Works &amp;amp; &lt;/em&gt; &lt;em&gt;Addenda&lt;/em&gt;, recueil, Vance Integral Edition, 2005. [C.39]. [Texte probablement écrit en 1976].&lt;br /&gt;
En français : « Les sept jazzmen du Red-Hot Band » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les coulisses de Jack Vance, vol. 1 : Ébauches &amp;amp; synopsis&lt;/em&gt;, recueil, Spatterlight, 2018 [F.19.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N95.« Wild Thyme &amp;amp; Violets [outline] ». In :&lt;em&gt;Wild Thyme &amp;amp; Violets, Other &lt;/em&gt; &lt;em&gt;Unpublished Works &amp;amp; Addenda&lt;/em&gt;, recueil, Vance Integral Edition, 2005. [C.39]. [Synopsis de roman probablement écrit en 1976].&lt;br /&gt;
En français : « Thym sauvage et violettes » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les coulisses de Jack Vance, vol. 1 : Ébauches &amp;amp; synopsis &lt;/em&gt;, recueil, Spatterlight, 2018 [F.19.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N96.« Clang : Concept &amp;amp; Synopsis for Screen-Play ». In : &lt;em&gt;Wild Thyme &amp;amp; Violets, Other Unpublished Works &amp;amp; Addenda&lt;/em&gt;, recueil, Vance Integral Edition, 2005. [C.39]. [Texte probablement écrit en 1984].&lt;br /&gt;
En français : « Clang » (trad. de Patrick Dusoulier)&lt;br /&gt;
1) In : &lt;em&gt;Les coulisses de Jack Vance, vol. 1 : Ébauches &amp;amp; synopsis&lt;/em&gt;, recueil, Spatterlight, 2018 [F.19.1].&lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Prix reçus par Jack Vance&lt;/h1&gt;

&lt;h1&gt;sans rapport direct avec&lt;/h1&gt;

&lt;h1&gt;une œuvre en particulier&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;• World Fantasy Life Achievement 1984&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Nebula Grand Master Award 1997&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Prix Utopia 1998 (personnalité invitée)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Science Fiction Hall of Fame 2001&lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Sources&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Les références anglo-saxonnes sont issues principalement des deux sites ISFDB et Locus. Le croisement de ces données et leur comparaison avec la bibliographie parue dans le Livre d’or de l’auteur aux éditions Presses Pocket devraient avoir permis d’atteindre l’exhaustivité et la justesse, objectifs de ce travail. Quant aux parutions françaises (livres &amp;amp; nouvelles), elles proviennent bien évidemment de la bibliothèque de Quarante-Deux, source incontournable et quasi unique de toutes mes bibliographies de science-fiction réalisées à ce jour. Grand merci aussi à Pierre-Paul Durastanti pour sa précieuse collaboration.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retrouvez Jack Vance sur internet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://q-d.fr/55&quot;&gt;Quarante-Deux/exliibris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_Vance&quot;&gt;Wikipédia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.bdfi.net/auteurs/v/vance_jack.php&quot;&gt;BDFI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.noosfere.org/livres/auteur.asp?numauteur=64&quot;&gt;nooSFère&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance&quot;&gt;Un entretien avec John Vance&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/05/30/ http://vance.jack.free.fr/&quot;&gt;… et le très intéressant site de Jacques Garin (en français&amp;nbsp;!)qui lui est consacré.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Annexes&lt;/h1&gt;

&lt;h5&gt;ANNEXE 1 : Contenus des 45 volumes de la Vance Integral Edition (VIE)&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-annexe1.pdf&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-annexe1img.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-annexe1img.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Cliquer sur l'image pour télécharger l'annexe en Pdf&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h5&gt;ANNEXE 2 : Répartition des textes de Jack Vance dans les 45 volumes de la Vance Integral Edition&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-annexe2.pdf&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-vance-annexe2img.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-vance-annexe2img.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Cliquer sur l'image pour télécharger l'annexe en Pdf&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h5&gt;Printemps 2018 - hiver 2019 (Version 1.2)&lt;br /&gt;
© Alain Sprauel&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme Forbidden Zone</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/29/F-comme-Forbidden-Zone" rel="alternate" type="text/html" title="F comme Forbidden Zone" />
      <id>urn:md5:534c20b3e46d97092c58ac42417c8feb</id>
      <published>2019-05-29T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-05-29T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lecteur qui te prépare à entrer ici, abandonne toute prétention de rationalité et de bon goût. À la suite de Richard Elfman — le grand frère du compositeur Danny Elfman —, on plonge droit dans les tréfonds absurdes de la &lt;strong&gt;Forbidden Zone&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Forbidden Zone, Richard Elfman (1982). Noir &amp;amp; blanc (ou couleurs, ça dépend des versions), 76 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En ce mois de mars, Tim Burton a sorti son dix-neuvième film&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Dumbo&lt;/em&gt;, dans une certaine indifférence. Quelques critiques ont parlé de retour en forme de Tim Burton – cela se peut&amp;nbsp;: je n’ai pas vu &lt;em&gt;Dumbo&lt;/em&gt;, mais ce «&amp;nbsp;retour en forme&amp;nbsp;» est un commentaire qui est répété à chaque nouveau film du réalisateur et qui n’a pas l’air de convaincre, vu qu’on le répète à chaque fois. De fait, l’impression persistante est que le Burton a perdu son mojo depuis belle lurette. Depuis le dégoulineux &lt;em&gt;Charlie et la Chocolaterie&lt;/em&gt;, Tim Burton avoir été remplacé par une caricature de lui-même. De &lt;em&gt;Beetlejuice&lt;/em&gt; à &lt;em&gt;Big Fish&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une succession de bons films (en gardant en tête qu’il ne s’est &lt;em&gt;rien&lt;/em&gt; passé sur le front des remakes simiens en 2001)&amp;nbsp;; de&lt;em&gt;Charlie&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; à maintenant, pas grand-chose de bon ( &lt;em&gt;Big Eyes&lt;/em&gt; peut-être&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. L’objet de ce billet n’est pas de faire part en long et en large et de travers de ma déception envers le réalisateur de &lt;em&gt;Mars Attacks!&lt;/em&gt;, mais d’évoquer un film rappelant le meilleur de Burton&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Forbidden Zone&lt;/em&gt;. L’ami Tim a plusieurs marques de fabrique&amp;nbsp;: des espaces déformés, une inspiration expressionniste, des personnages monstrueux mais attachants… et la musique de Danny Elfman. Or, Danny Elfman a un grand frère&amp;nbsp;: Richard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Né en 1949, Richard Elfman a fait partie dans sa jeunesse de la troupe de Jérôme Savary, avant de fonder au début des années 70 la troupe The Mystic Knights of the Oingo Boingo. La formation a raccourci son nom en Oingo Boingo, s’est concentrée sur la musique et s’est adjointe les services de Danny Elfman tandis que les intérêts de Richard l’amenaient vers le cinéma. En 1979 – soit la même année où Tim Burton concevait l’un de ses premiers courts-métrages au California Institute of Arts –, Richard Elfman donnait les premiers coups de manivelle à &lt;em&gt;Forbidden Zone&lt;/em&gt;. Trois ans lui seront nécessaires pour terminer le tournage et le montage. Tout naturellement, la musique et les chansons seront composées par nul autre que son petit frère, Danny.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img00.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img00.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img00_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et donc&amp;nbsp;? Spectateur, toi qui te prépare à entrer dans la &lt;em&gt;Forbidden Zone&lt;/em&gt;, abandonne toute prétention de rationalité et de bon goût (et range sous le boisseau le politiquement correct pendant au moins 76 minutes).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’histoire débute un 17 avril, à 16 heures, à Venice, CA. Un dealer d’héroïne disparait dans une maisonnette bancale. Et en revient métamorphosé. Un mois plus tard, la famille Hercules s’y installe. Famille dysfonctionnelle, les Hercules se composent d’une mère mutique semi-psychotique, d’un grand-père abruti, d’un fiston obsédé – Flash – et de sa sœur Susan (Marie-Pascale Elfman, épouse de Richard), surnommée Frenchy, eh bien… parce qu’elle est française.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après une journée d’école écourtée par une fusillade (normal, on est aux USA), Frenchy, un brin excédée, rentre à la maison et tombe accidentellement quoique littéralement dans la Sixième Dimension, royaume souterrain auquel on accède via une porte en forme de bouche située dans la cave de la maisonnette. De façon toute naturelle, le transit jusqu’en bas adopte la forme d’un tube digestif.&amp;lt;:p&amp;gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La Sixième Dimension est dirigée par le roi Fausto (Hervé Villechaize) et la reine Doris (Susan Tyrell)&amp;nbsp;; lui est nain, elle est plantureuse, et ils s’aiment d’amour tendre. Ou non&amp;nbsp;: Fausto s’amourache de Frenchy, et la reine ne voit pas cela d’un très bon œil. Quant à Satan (Danny Elfman, impérial), il louche sur la fille de Doris (Gene Lindley), qui traverse le film dépoitraillée. À la surface, les membres de la famille Hercules se rendent les uns après les autres dans la Sixième Dimension, afin d’y délivrer Frenchy… Enfin, c’est l’idée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Forbidden Zone&lt;/em&gt; a tout du délire sans limite, tourné avec trois bouts de ficelle – les décors sont littéralement en carton, peints à la hâte, tout comme les maquillages. En surface comme dans la Sixième Dimension, tout est en toc. Une artificialité rehaussée par le jeu outré des acteurs (Marie-Pascale Elfman en tête) et les chansons interprétées en play-back (quand bien même ce sont les acteurs qui les chantent). À la manière d’un Jan Svankmajer, le film mélange allègrement les techniques&amp;nbsp;: prises de vue réelles, dessiné animé et stop motion, le tout étant unifié – magnifié – par le noir et blanc (depuis, le film a bénéficié d’une version colorisée). L’esthétique, mi-expressionniste, mi-punk, préfigure les travaux futurs de Tim Burton. Cette ressemblance s’accentue avec la bande originale. De fait, la huitaine de chansons psychobilly composées par Danny Elfman, dont il s’agit de la première BO, rehausse méchamment le film. On croirait entendre un mélange des Blues Brothers et des Cramps sous influence une influence Burton qui n’existe pas encore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/m9jtf6k0Nrs&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois ans plus tard, Tim Burton fera appel à Elfman pour son premier long-métrage, &lt;em&gt;Pee-wee's Big Adventure&lt;/em&gt; (1985), et Elfman deviendra son compositeur attitré – &lt;a href=&quot;http://https/youtu.be/bFzLRP8e4vE?t=119&quot;&gt;jusqu’à la caricature&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img08_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Burtonien avant l’heure, &lt;em&gt;Forbidden Zone&lt;/em&gt; s’avère un merveilleux délire, et s’inscrit dans cette lignée de films adorablement bricolés – il en va de même pour les films de Jan Svankamjer ou Terry Gilliam… ou le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;. Le film de Richard Elfman possède également une saveur rafraîchissante, qu’on ne retrouve plus guère&amp;nbsp;; de fait, tourner un tel film aujourd’hui serait difficilement possible – la représentation des minorités avait posé problème à l’époque (un blackface ici, un Juif caricatural par là, sans oublier un homosexuel se prenant pour un poulet), on ne peut qu’imaginer les cris d’orfraies que susciterait un tel film maintenant. La finesse est absente de &lt;em&gt;Forbidden Zone&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: l’humour tient volontiers du comique troupier, ça passe ou ça casse… mais le film vaut mieux que ses blagues à base de bruits de pets. On en retiendra quelques instants de réelle poésie absurde (l’homme-chandelier illuminant un dîner aux chandelles) et d’humour littéral (le crêpage de chignon entre les deux reines, «&amp;nbsp;catfight&amp;nbsp;» en anglais, est bruité par des sons de chats se battant).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-f-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-f-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-f-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Depuis une dizaine d’années, Richard Elfman cherche à tourner une suite à &lt;em&gt;Forbidden Zone&lt;/em&gt; – voilà qui ressemble au serpent de mer qu’est &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/10/K-comme-Killer-Klowns-from-outer-space&quot;&gt; &lt;em&gt;The Return of the Killer Klowns from outer space&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Et à vrai dire, est-ce nécessaire&amp;nbsp;? Néanmoins, le succès d’une campagne de financement participatif devrait mettre &lt;em&gt;Forbidden Zone 2&lt;/em&gt; sur les rails – en tout cas, son réalisateur &lt;a href=&quot;http://https/www.indiegogo.com/projects/forbidden-zone-2#/updates/all&quot;&gt; semblait confiant l’an passé&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme Exai</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/28/E-comme-Exai" rel="alternate" type="text/html" title="E comme Exai" />
      <id>urn:md5:8aa10741095278b3579c9fd862a0de15</id>
      <published>2019-05-28T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-05-28T14:27:32+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Autechre, toujours un peu plus loin dans l'abstraction… Sorti en 2013, &lt;strong&gt;Exai&lt;/strong&gt;, onzième effort du duo et roboratif double album, questionne encore davantage les notions de rythme, mélodie et musicalité, pour un résultat passionnant — du moins, aux oreilles exercées.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Exai, Autechre (Warp, 2013). 17 morceaux, 129 minutes.&lt;br /&gt;
L-event, Autechre (Warp, 2013). 4 morceaux, 26 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous, c’était 2013, l’année des come-backs. Une série de retours initiée dès l’été 2012 avec &lt;em&gt;Anastasis&lt;/em&gt; de Dead Can Dance (un coup d’épée dans l’eau, dommage), et appuyée dès les premiers jours de janvier 2013&amp;nbsp;: un retour que plus personne n’attendait, celui de David Bowie avec&lt;em&gt;The Next Day&lt;/em&gt;, fort solide album paru dix ans après le décevant &lt;em&gt;Reality. &lt;/em&gt;A suivi un autre retour, attendu depuis sept ans comme le messie&amp;nbsp;: Boards of Canada avec le funèbre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/10/T-comme-Tomorrow-s-Harvest&quot;&gt; &lt;em&gt;Tomorrow&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’s Harvest&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; ; oui, il y a bien eu aussi les Daft Punk avec le funky&lt;em&gt;Random Access Memories&lt;/em&gt;. Enfin, Nine Inch Nails avec &lt;em&gt;Hesitation Marks&lt;/em&gt;, où Trent Reznor prouvait qu’il s’en sort désormais bien mieux du côté des bandes originales. Moins attendu avec son rythme quadriennal, Depeche Mode est revenu aux affaires avec &lt;em&gt;Delta Machine&lt;/em&gt;, galette sympa sans plus. N’oublions pas Janelle Monae, qui poursuivait son bout de chemin avec &lt;em&gt;The Electric Lady&lt;/em&gt;. Et après une éclipse de trois interminables années, Autechre est revenu aux affaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que faire lorsqu’on s’appelle Sean Booth et Rob Brown, qu’on a derrière soi une dizaine d’albums et autant d’EP allant d’un ambient mélancolique (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;&lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;) à une pure abstraction (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/23/U-comme-Untilted&quot;&gt;&lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;), qu’on a distancé le légendaire Aphex Twin en matière de créativité et de longévité et qu’on a reçu une lettre de fan de la part de Thom Yorke&amp;nbsp;? Eh bien, la seule chose à faire semble de continuer sans trop se poser de questions… mais toujours façon «&amp;nbsp;gregegancore&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2010, le diptyque &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/18/O-comme-Oversteps&quot;&gt; &lt;em&gt;Oversteps/Move of Ten&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; s’achevait sur le foudroyant &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=tgKfAsSgTog&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cep puiqMX&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; ; &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;, onzième effort d’Autechre, voit le duo creuser son sillon encore un peu plus loin et commencer à s’affranchir des limitations. Leur neuvième album, &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;, se concluait sur le long et mutant &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sublimit&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: ici, optons plutôt pour «&amp;nbsp;overlimit&amp;nbsp;». De fait, avec ses dix-sept morceaux et ses deux généreuses heures de musique, &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt; est le premier double album du duo. Et le dernier à avoir une forme physique&amp;nbsp;: les suivants s’en affranchiront.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;», c’est simple. &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt; représentent les lettres &lt;em&gt;x&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;i&lt;/em&gt; – qui signifient 11 en chiffres romains – prononcées à l’anglaise. Exai, c’est aussi XI + AE&amp;nbsp;: 11 plus les initiales du groupe. Quant à la sobre pochette, œuvre des inoxydables graphistes The Designer Republic (à qui l’on doit une bonne part des pochettes d’Autechre), elle représente un pseudi QR code de 11 × 11. Cela, sans oublier quelques morceaux aux titres rappelant le nombre 11 («&amp;nbsp;t ess xi&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;1 1 is&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-e-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-e-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout cela est bel et bon mais musicalement, ça donne quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Eh bien, ça tabasse. Après quelques secondes de silence, l’introductif &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=Je6NChw3LiY&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;FLeure&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (qui n’a rien de floral&amp;nbsp;: on n’est pas au pays de Candy) vous rectifie la tête au carré. Enfin, les oreilles. Rarement on a entendu introduction plus inamicale – auditeur qui entrez ici, abandonnez toute espérance. Quand ses derniers soubresauts s’arrêtent enfin, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;irlite (get 0)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; prend le relai avec majesté. Grésillant, hésitant au départ, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;irlite (get 0)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; gagne en assurance avec sa mélodie (parce que, oui, il y a une mélodie qui apparaît) délicate, vire au free jazz de la onzième dimension… et alors que le morceau fait mine de marquer le pas vers sa quatrième minute, c’est alors qu’il se déploie et devient magnifique… Vous savez, les dimensions cachées repliées sur elles-mêmes. Imaginez que l’une d’elle se déplie et emplisse tout l’espace. C’est l’idée. On retrouve dans ce morceau un peu de la folie grandiloquente qui imprégnait &lt;em&gt;«&amp;nbsp;cep puiqMX&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. On pourrait également qualifier «&amp;nbsp;irlite (get 0)&amp;nbsp;» de slictueux, puisqu’à ce stade-là, les adjectifs de Lewis Carroll font très bien l’affaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/SmwW5kBfltk&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les morceaux suivants, aux titres évocateurs (ou non) sont plus brefs, et tabassent, chacun à sa manière. Dans le lot, notons &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=XLdJ2bwpy8M&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=6&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;vekoS&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, c’est comme ce boss de jeu vidéo qui vous balance des cubes à la figure. Sauf que là, ce sont des hypercubes. «&amp;nbsp;tuinorizn&amp;nbsp;» a un titre qui évoque un mauvais médicament&amp;nbsp;: musicalement, sa mélodie maladive lui fait écho. Tout cela semble paver le chemin pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;bladelores&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, façon course d’obstacles. Vous avez traversé les précipices dimensionnels, et voici le dernier bout de sentier avant le boss de mi-niveau. Une rythmique simple au-dessus d’un principe, qui prend de l’ampleur, tandis qu’une ligne de synthé rebondissante gagne en netteté&amp;nbsp;: au bout de deux minutes, elle assume enfin son côté grandiose, inexorable, portée par des chœurs synthétiques (ou quelque chose qui s’en approche). Car, grandiose, le morceau l’est. Sans nul doute, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;bladelores&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; tient du monument, parfait pour conclure le premier disque de ce double album. Booth et Brown sauront se souvenir de la conclusion pleine de souffle de ce morceau – un souffle façon vents de l’apocalypse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/FiRLb8AYgIc&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après ce déferlement, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=MKFSBN2mRhw&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=10&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;1 1 is&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; reprend tout timidement les choses en main sur le second disque. Suivent &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=0NySz4SR-0Q&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=11&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;nodezsh&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=1G7bk_ZBypo&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=12&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;runrepik&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, pas forcément plus amicaux… mais ce n’est rien comparé à &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=4zK2voChLtc&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=13&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;spl9&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Qui vous tabasse. Encore. Vous ne savez pas pourquoi mais il vous tabasse quand même. Comme si vous étiez dans un tunnel et que des streumons interdimensionnels jaillissaient de partout. Troisième morceau d’ &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt; à dépasser la barre des dix minutes, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=egbUv_hmVcE&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=14&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;cloudline&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; semble ne mener nulle part, confis dans sa ouate. Cela dit, après &lt;em&gt;«&amp;nbsp;spl9&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, ce n’est pas un mal. Néanmoins, le répit est bref&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=uhSCTRv4meQ&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=15&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;deco Loc&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; avec ses samples de voix distordus questionne la santé mentale de ses concepteurs&amp;nbsp;; juste après, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=4znpQmVz9OM&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=16&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;recks on&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; fait mine d’être abordable, avec son rythme basique, façon batteur qui s’entraîne. Évidemment, ça ne dure pas, avec ce souffle façon Dark Vador passé au laminoir. Mais à mi-chemin, le morceau fait profil bas, inquiet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sean Booth et Rob Brown savent conclure un album. &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt; n’échappe pas à cette règle, avec &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=H6pqLWtfv_g&amp;amp;list=PL1yYEMwtFZHNP6hwp1lgEEQqkfFXIeqcS&amp;amp;index=17&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;YJY UX&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, morceau qu’on ne pourra qualifier que de lumineux. Enfin, la bonus track japonaise vaut le détour et c’est tant mieux&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=j_JCt0jv86I&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;keyosc&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (kiosque&amp;nbsp;?), avec ses sonorités métalliques, a quelque de zen (en cherchant bien).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-e-levent.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-e-levent.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après cette somme constituée par &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;, autant dire qu’on n’espérait pas de rab. Et pourtant, fidèles à la tradition réinstituée depuis &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; d’accompagner le LP d’un EP, Brown et Booth ont sorti à l’automne 2013 un EP&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L-event&lt;/em&gt;, dont le titre rappelle de manière assez évidente qu’il s’agit du onzième EP du duo («&amp;nbsp;eleven&amp;nbsp;»). Bien que quatre fois plus bref qu’&lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;L-event&lt;/em&gt; s’avère quatre fois moins accessible. Rythmiques torturées, mélodies aux abonnés absents, travail accru sur les sonorités, ses vingt-six minutes se méritent. &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=sKtrcF_Y16Y&amp;amp;list=OLAK5uy_loiuvwC6DJ-v8LDRZOULhC7uTpxtraUoM&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;tac Lacora&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; surprend par son bridge inattendu à 3’28&quot;&amp;nbsp;; les autres… je ne sais pas trop comment en parler. Une petite déception en somme&amp;nbsp;: plus râpeux encore que sur &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;, le travail sur les textures sonores n’accroche guère l’oreille. Tant pis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ambitieux, &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;L-event&lt;/em&gt; poussent les choses encore plus loin qu’à l’accoutumée. Qu’est-ce qu’un rythme, qu’est-ce qu’une mélodie&amp;nbsp;? L’évolution logique de la discographie du duo, qui fait de l’approche mélodique d’&lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; un pas de côté plutôt qu’un pas en avant. On pourrait également céder aux poncifs et dire d'Autechre qu’il fait peu de concession à l’endurance de son auditeur – mais au vu de la suite, roborative, de la discographie, abstenons-nous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une chose demeure sûre&amp;nbsp;: les albums se suivent sans se ressembler. Il est souvent facile de dire que tel morceau ressemble à tel morceau précédent mais en différent&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ah oui, c’est &quot;&lt;em&gt;Teartear&lt;/em&gt;&quot; mais en plus ceci ou moins cela&amp;nbsp;». Nope. Avec Autechre, rien de tel. Rien ne ressemble vraiment à quelque chose qui a déjà été fait, entendu. Mais qu’en est-il de la pertinence&amp;nbsp;? Le duo semble avoir largué les amarres depuis belle lurette, et je ne sais trop qu’en penser. Sur Reddit ou les forums spécialisés. (WATMM, Xsilence.net), les amateurs s’enflamment, n’hésitant pas une seule seconde à comparer Autechre aux grands noms de la maison, de Mozart à Xennakis en passant par Stravinsky. Pourquoi pas. Et s’ils avaient raison… J’ignore de quoi demain sera fait musicalement mais je serai ravi de savoir Booth et Brown érigés en jalons pour les siècles des siècles (amen, toussa).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’ailleurs, l’une des choses appréciables au sujet des deux musiciens est leur modestie, leur pragmatisme quant à leur façon d’aborder la musique. À leurs yeux, il ne s’agit pas tant de repousser les limites de territoires musicaux que de… eh bien, que de retranscrire des souvenirs. Sérieux, les mecs, avec une musique comme la vôtre, je me demande bien…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: sdjsdjsjdj casual 3&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: ae.toc&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: dafunkth mx&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>D comme Death and the Compass</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/27/D-comme-Death-and-the-Compass" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Death and the Compass" />
      <id>urn:md5:79321fe8ecda9427f45f3282c025b158</id>
      <published>2019-05-27T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-05-27T11:11:31+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la question des adaptations d'œuvres littéraires sur petit ou grand écran, la renommée d'un auteur n'est pas forcément fonction du nombre et de la qualité des adaptations. Raison pour laquelle on se penche sur le cas Jorge Luis Borges. Au programme&amp;nbsp;: quelques mots sur &lt;strong&gt;La Stratégie de l'araignée&lt;/strong&gt; et, surtout, &lt;strong&gt;La Mort et la Boussole&lt;/strong&gt; et ses deux passages à l'écran…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Death and the Compass, Alex Cox (1992). 86 minutes couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La question des adaptations intéresse votre serviteur. Comment passer d’un média à un autre&amp;nbsp;? Et dans le cadre des livres&amp;nbsp;: pourquoi tel auteur plutôt qu’un autre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’œuvre romanesque de Jorge Luis Borges consiste pour l’essentiel en nouvelles. Plusieurs d’entre elles ont fait l’objet de courts-métrages&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;http://https/www.imdb.com/name/nm0096566/&quot;&gt; et à en croire l’Imdb&lt;/a&gt;, seules deux sont devenues des longs-métrages&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Thème du traître et du héros&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et&lt;em&gt;«&amp;nbsp;La mort et la boussole&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, deux nouvelles issues du recueil &lt;strong&gt;Fictions&lt;/strong&gt;. (Le récent &lt;em&gt;Trois contes de Borges&lt;/em&gt; de  Maxime Martinot est certes un long-métrage mais consistant, comme le titre l'indique, en une triple adaptation.) J’ai une affection toute particulière pour &lt;strong&gt;Fictions&lt;/strong&gt;. Quand je l’ai découvert, âgé de quelques dix-huit balais, je n'avais jamais rien lu de tel, mêlant littératures de l’imaginaire, érudition et une pointe imperceptible d’humour. De l'érudition, des canulars élaborés, des mises en abîme, des concepts vertigineux, des descriptions fascinantes de livres qu'il est tellement mieux d'inventer que d'écrire, le tout en un nombre restreint de signes… Et puis des labyrinthes, des masques et des miroirs. Des tigres aussi (manquent les lions et les ours). En un mot&amp;nbsp;: Wow.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-d-fictions.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-fictions.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On peut lire dans &lt;strong&gt;Fictions&lt;/strong&gt; la fameuse&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Loterie à Babylone&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la célèbrissime&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Bibliothèque de Babel&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, l'inusable &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pierre Ménard, auteur du Quichotte&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Mais au sein de la première partie du recueil, ma préférence va à d'autres textes, pas moins subtils&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L'Approche d'Almotasim&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Examen de l'œuvre d'Herbert Quain&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ou comment rendre passionnant des livre qui ne seront jamais écrits de ce côté-ci de la bibliothèque de Babel&amp;nbsp;; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Sentier aux chemins qui bifurquent&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Ruines circulaires&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; dans le genre approche du vertige métaphysique&amp;nbsp;; et puis &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tlön Uqbar Orbis Tertius&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, réjouissant canular devenant plus vrai que nature.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde partie du recueil, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Artifices&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, est moins évidente mais, à la réflexion, supérieure en qualité&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Funes ou la mémoire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le miracle secret&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; qui explorent les possibilités du cerveau humain&amp;nbsp;; les jeux de masques de&lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Forme de l'épée&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Thème du traître et du héros&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; le polar cryptique de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Mort et la Boussole&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; et puis aussi &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Sud&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, tragique et inéluctable dans son déroulement. Bien des choses qui titillent l’imagination mais rien qui n’appelle &lt;em&gt;forcément&lt;/em&gt; une adaptation…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, il en existe une poignée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-d-strategie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-d-strategie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;La Stratégie de l’araignée &lt;/em&gt;(1970), Bernardo Bertolucci délocalise le cadre de l'action de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Thème du Traître et du héros&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de l'Irlande à l'Italie d’après-guerre. Athos Magnani arrive dans un petit village reculé, Tara, trente ans après l'assassinat de son père – lui aussi nommé Athos Magnani – par un fasciste. Il entreprend de mener l'enquête, mais les témoignages qu'il récolte auprès de la maîtresse de son père, Draifa, ou de ses anciens amis, ne collent pas entre eux. Une chose est sûre&amp;nbsp;: Magnani père avait l'intention de tuer Mussolini lors de sa venue à Tara pour l'inauguration du théâtre… Le résultat est intriguant, pas entièrement convaincant&amp;nbsp;: le film est longuet, les acteurs quelque peu monolithiques et pas toujours très investis (à commencer par Giulio Brogi, qui interprète Athos Magnani père et fils), et le générique de début fait figure de repoussoir. Passé ces défauts, le film recèle des qualités&amp;nbsp;: une ambiance hors du temps, les thèmes (forcément) borgésiens du double et de la fatalité, l'intrication curieuse des flashbacks, et une dernière demi-heure aux accents parfois oniriques (mais peut-être est-ce moi qui roupillais), avec un dernière scène qui reste en mémoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Venons-en à l’objet de ce billet&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Mort et la boussole&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Des nombreux problèmes qui exercèrent la téméraire perspicacité de Lönnrot, aucun ne fut aussi étrange – aussi rigoureusement étrange, dirons-nous – que la série périodique de meurtres qui culminèrent dans la propriété de Triste-le-Roy, parmi l’interminable odeur des eucalyptus.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parue originellement en 1942 dans la revue &lt;em&gt;Sur&lt;/em&gt;, cette nouvelle préfigure &lt;strong&gt;Le Pendule de Foucault&lt;/strong&gt; d’Umberto Eco à sa manière, inventant et détruisant en un seul mouvement le polar ésotérique. Borges se moque de la tendance humaine à interpréter le hasard et à tisser des liens entre des événements isolés. L’hypothèse brillante d’Eric Lönnrot s’avère n’avoir aucun fondement si ce n’est un coup de malchance astucieusement dévoyé par son ennemi, lequel lutte contre le détective pour un motif somme toute tristement trivial.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce récit a bénéficié d’une première adaptation sous la forme d’un court-métrage, &lt;em&gt;Spiderweb&lt;/em&gt; – «&amp;nbsp;la toile d’araignée&amp;nbsp;», histoire de rester avec nos amies à huit pattes. Unique œuvre de son réalisateur, Paul Miller, alors à la National Film School en 1975, &lt;em&gt;Spiderweb&lt;/em&gt; propose une adaptation fidèle de la nouvelle. Nigel Hawthorne campe un Lönnrot convaincant&amp;nbsp;; face à lui, un inquiétant Gabor Vernon dans le rôle de Scharlach. Seul l’acteur interprétant le chef de la police peine en convaincre, trop obtus. Les curieux pourront y jeter un œil &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=j_UfUxm9Xko&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde adaptation est due à Alex Cox, dans le cadre de la série &lt;em&gt;Contes de Borges&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: six épisodes longs d’une heure, diffusés au début des années 90. Pour qui s’y intéresse, tous sont visibles sur YouTube, mais en espagnol. Pauvre de moi, ce n’est pas une langue que je parle et comprends, et on va donc s’intéresser à &lt;em&gt;Death and the Compass&lt;/em&gt;, seul (à ma connaissance) à être visible en anglais (par d’autres moyens à la légalité… hmm). Il semble que le réalisateur britannique, désireux de développer son épisode, ait réclamé une rallonge de budget à la BBC, qui a refusé. Un mécène japonais a donné à Cox une enveloppe de cent mille dollars, qui n’a pas suffi, et c’est finalement avec les recettes de son film &lt;em&gt;Les Flambeurs&lt;/em&gt; que le réalisateur a pu terminer le tournage de &lt;em&gt;Death and the compass&lt;/em&gt; en 1996, quatre ans après sa prime diffusion.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-d-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici dans une ville imaginaire, en proie aux méfaits d’un super-criminel&amp;nbsp;: Red Scarlach. Lorsque des meurtres odieux sont commis, l’inspecteur Eric Lönnrot va tenter de le démasquer, avec l’aide d’un journaliste, A. Zunz, et contre sa hiérarchie. Les événements sont narrés a posteriori par Treviranus, le chef de la police. Difficile d’en dire plus sans divulgâcher l’intrigue…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-d-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Scharlach en noir &amp;amp; blanc fait régner la terreur&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Là où Bertolucci proposait une adaptation plutôt sage et posée avec un caractère onirique assumé, Alex Cox opte pour une approche baroque et colorée (après tout, Red Scarlach et Lönnrot ont des noms évoquant tout deux le rouge), sans faire dans la demi-mesure. Le générique de début montre des plans fixe d’un labyrinthe&amp;nbsp;; les dernières images sauront s’en rappeler&amp;nbsp;; en matière de dédale toutefois, le plus convaincant du film reste cette séquence promenant le spectateur à travers le dédale du commissariat.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-d-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Treviranus&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-d-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Scharlach en couleurs mais masqué&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-d-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Lönnrot en bleu&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Borges aime les jeux de masque&amp;nbsp;: Cox l’illustre littéralement, faisant de Scarlach un &lt;em&gt;villain&lt;/em&gt; digne des films de super-héros. Masque, et livrée rouge, qui s’oppose au bleu roi de Lönnrot et au jaune canari de Treviranus. Des couleurs vives, auxquelles s’oppose le noir et blanc de quelques séquences&amp;nbsp;; l’une d’elle fait intervenir un inspecteur Borges joué par Alex Cox. Et en matière de clin d’œil, on notera que le personnage de Zunz, ajouté pour les besoins du scénario, tire son nom de la nouvelle «&amp;nbsp;Emma Zunz&amp;nbsp;» de JLB. Et est-ce trop interpréter que de voir dans la friche où se dresse la bâtisse de Triste-le-Roy une vision de l’un des dédales du conte &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Deux rois et les deux labyrinthes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-d-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-d-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Lönnrot, perdu à Triste-le-Roy&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Peter Boyle était un excellent acteur (on a d’ailleurs pu le voir deux ans plus tard dans un épisode de X-Files, l’élégiaque «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Clyde Bruckmann&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Finale Repose&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»), qui interprète ici avec talent et retenue Lönnrot, cet équivalent sudaméricain de Sherlock Holmes. Christopher Eccleston, au début de sa carrière, campe avec brio le personnage de Zunz. Quant à Miguel Sandoval, il en fait peut-être un peu trop dans le rôle de Treviranus. Cela étant dit, le film entier est &lt;em&gt;too much&lt;/em&gt;. Sa relative brièveté évite l’overdose, et maintient constamment l’intérêt. On pourra reprocher au film un manque certain de subtilité et un scénario par trop évident (on soupçonne vite l’identité de Scarlach) et inconsistent (comment Treviranus peut-il narrer après coup des événements qu’il n’a aucun moyen de savoir&amp;nbsp;?). &lt;em&gt;Death and the Compass&lt;/em&gt; d’Alex Cox, c’est un tableau d’Escher repeint par Gilbert &amp;amp; George&amp;nbsp;; on peut apprécier, on peut détester. Pour ma part, j’ai apprécié la balade.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en DVD&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: ça dépend des goûts&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 18 mai 2019</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/24/Journal-d-un-homme-des-bois-18-05-2019" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 18 mai 2019" />
      <id>urn:md5:72a1140adb47fea8fe55dd457a4bfb2a</id>
      <published>2019-05-24T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-05-24T14:19:29+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;valery-jhb-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/valery-jhb-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry nous évoque le dessinateur Jean-Claude Forest, l'immortel créateur de &lt;strong&gt;Barbarella&lt;/strong&gt;, ainsi que les débuts du fameux festival de la Bande Dessinée d'Angoulême…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J’ai rencontré Jean-Claude Forest pour la première fois en 1966 ou 1967. C’était dans le grenier de la maison où je vivais, avec mes parents, à Chemillé, dans le Maine-et-Loire. J’avais une dizaine d’années.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce grenier étaient stockés plusieurs gros cartons de livres et revues de Science-Fiction qui n’avaient jamais été déballés, depuis notre arrivée dans cette maison en septembre 1959. Ces livres appartenaient à mon père, grand amateur de SF depuis sa propre adolescence. Dans les cartons se trouvaient surtout des Fleuve Noir «&amp;nbsp;Anticipation&amp;nbsp;», des «&amp;nbsp;Rayon Fantastique&amp;nbsp;» et des numéros de la revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;. Je devins très vite un fan du peintre qui signait «&amp;nbsp;br&amp;nbsp;» les couvertures du Fleuve Noir avec cette particularité de ne jamais dessiner de la même manière la petite fusée, en bas du dos des livres – j’appris des années plus tard que «&amp;nbsp;br&amp;nbsp;» était le paraphe de René Brantonne. Quant aux divers couverturiers de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; et du «&amp;nbsp;Rayon Fantastique&amp;nbsp;», mon préféré était un certain Forest.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme j’étais à la fois curieux et observateur, je finis par remarquer que ce même Forest signait parfois des couvertures pour «&amp;nbsp;Le Livre de Poche&amp;nbsp;», une collection dont ma mère était grande consommatrice. Mes parents n’étaient pas bien riches mais ils achetaient pas mal de livres et de disques. C’était là leurs seuls loisirs, en sus d’une très occasionnelle virée dominicale dans un restaurant au bord de la Loire, à Ingrandes, pour les grandes occasions… et de deux semaines de camping au cours de l’été. C’était les années soixante et c’était bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil du temps, je devins un vrai fan de SF et de BD, grâce à mon père qui continuait d’acheter de la SF, en particulier les volumes du CLA, et de la BD, pour l’essentiel de nombreux petits formats ainsi que les reliures trimestrielles de &lt;em&gt;Spirou&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Mickey&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Pilote&lt;/em&gt;. De mon côté, j’investissais chaque mois une partie de mon argent de poche dans &lt;em&gt;Charlie mensuel&lt;/em&gt;, ainsi que dans des Bob Morane en Marabout. Les chiens ne font pas des chats.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques années plus tard, sans doute à l’automne 1975 – j’étais alors étudiant à Bordeaux, en Maths Spés – et sans doute à la librairie coopérative Bulles, Place du Parlement, je découvris l’existence de la revue &lt;em&gt;Schtroumpf / Les Cahiers de la Bande Dessinée&lt;/em&gt;. J’en achetai plusieurs numéros dont le 25 consacré à Gir/Moebius et le 26 consacré à Jean-Claude Forest, ce dernier en date du premier trimestre 1975. Grâce à une impressionnante bibliographie établie par Louis Cance (pour la BD) et par Jean-Pierre Andrevon (pour les couvertures SF), je me rendis compte que Forest avait vraiment réalisé beaucoup de choses avant la célébrissime&lt;em&gt;Barbarella&lt;/em&gt;, en particulier en 1951/1954 dans un magazine nommé &lt;em&gt;34 Caméra&lt;/em&gt; et dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20190518-cahiers26.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20190518-cahiers26.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la seconde moitié des années 70, la Bande Dessinée devint quelque chose de singulièrement excitant. En janvier 1974 se tint le premier festival de la BD à Angoulême. Un an plus tard, en janvier 1975 apparut dans les kiosques une nouvelle revue au départ trimestrielle&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Métal Hurlant&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce qui me concerne, j’allai pour la première fois au festival d’Angoulême en 1976 – et j’en garde comme principal souvenir l’extrême difficulté que nous eûmes, Claude Villers et moi-même, pour nous croiser, de profil et en rentrant au maximum nos équatorialités respectives, dans un couloir particulièrement étroit… L’année d’après, lors de la quatrième édition de l’événement, je ne croisai pas Claude Villers mais j’eus le plaisir d’échanger deux mots et demi avec Hergé. Pour Angoulême 5, en janvier 1978, j’emportai avec moi quelques exemplaires d’&lt;em&gt;A&amp;amp;A&lt;/em&gt;, le fanzine de SF que j’avais créé en mars 1977. Il est à noter qu’il n’intéressa que fort peu de gens, son contenu n’étant pas assez porté sur le BD. Cette année-là, je fis toutefois la connaissance de Jacques Goimard qui manifesta son intérêt pour mes petits bricolages fanéditoriaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En octobre 1977, l’émission TV &lt;em&gt;La tête et les jambes&lt;/em&gt; accueillit un candidat du nom de Pierre Pascal, connu des amateurs de BD puisqu’il était de l’équipe du Festival d’Angoulême – et bien connu des amateurs de BD bordelais puisqu’il tenait, avec son épouse Jacqueline, La Casserole, un café qui faisait restaurant à l’étage, cours Alsace-Lorraine. À l’occasion, on y croisait l’un ou l’autre de ceux qui faisaient ou avaient fait la BD française, et était de passage à Bordeaux – tous étaient des copains de Pierre et la salle était tapissée d’originaux dédicacés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je fréquentais alors avec une certaine assiduité &lt;em&gt;H. Pictures&lt;/em&gt;, la bouquinerie spécialisée en cinéma, BD et SF, que Didier Ducourneau, qui avait tenu auparavant un kiosque à journaux face au Jardin Public, avait ouvert rue des Bahutiers, un boyau urbain étroit et obscur – ceux qui ont assisté à la convention SF de Bordeaux que j’eus l’honneur et le privilège de désorganiser, à l’été 1981, se souviennent forcément de cette grotte poussiéreuse bourrée à craquer de vieux papiers, en particulier des piles d’affiches de cinéma&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je croisais souvent Pierre Pascal chez &lt;em&gt;H. Pictures&lt;/em&gt; – Didier et lui étaient très potes. Un jour que je lui faisais part de mon intérêt pour Forest et de ma curiosité pour ses premiers travaux de BD, dans &lt;em&gt;34 Caméra&lt;/em&gt;, il me dit qu’il allait regarder… et quelques jours plus tard il apporta pour moi à la boutique un numéro qu’il avait en double&amp;nbsp;: le 67, de février 1952, avec un récit complet de Forest&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La Septième Cité&lt;/em&gt;. Je constatai avec ravissement que le Forest des origines possédait déjà un sacré coup de crayon – ou plutôt de pinceaux – et que même sur un si petit format, ses planches étaient pleines de vie, de mouvement, de fureur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20190518-34cameras.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20190518-34cameras.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’année suivante, j’obtins un rendez-vous avec Pierre Veilletet, le rédacteur en chef de &lt;em&gt;Sud-Ouest Dimanche&lt;/em&gt;. Au terme d’un quart d’heure de discussion, il fut d’accord pour m’engager comme pigiste, pour rédiger une chronique mensuelle consacrée au polar, en complément de la chronique SF que rédigeait alors Michel Jeury. J’avais apporté avec moi le somptueux n°&amp;nbsp;7 de la revue &lt;em&gt;Opzone&lt;/em&gt;, un grand format de 100 pages sous une magnifique couverture en couleurs de Moebius. Quand Pierre Veilletet feuilleta la revue et me demanda ce que j’y faisais, je répondis négligemment que j’étais le rédacteur en chef. Je pense qu’il dut alors se dire que je n’étais pas tout à fait un blaireau, en dépit de mon look de rocker bohémien, et qu’il pouvait me donner ma chance. Ce qu’il fit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20190518-opzone7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20190518-opzone7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1983, le jury du festival de la BD, sous la présidence de Paul Gillon, décerna le Grand Prix de la Ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre à Jean-Claude Forest. Ce qui signifiait – c’était la règle – que Jean-Claude Forest serait l’affichiste et le président du jury pour l’année suivante, en 1984.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Or, tant Pierre Pascal – devenu en 1982 directeur du salon – que Pierre Veilletet – membre du jury depuis 1976 – seraient cette année-là membres de ce même Jury. Robert Escarpit en faisait également partie – je ne le connaissais pas, mais j’avais écrit quelques articles sur la SF jeunesse pour &lt;em&gt;Nous voulons lire&lt;/em&gt;, le magazine dirigé par sa femme Denise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Angoulême 11, version 1984 de ce qui était devenu au fil des éditions un rendez-vous incontournable pour les amateurs de BD, ouvrit ses portes en janvier. Un des temps forts fut la formidable exposition consacrée à Jean-Claude Forest, titrée «&amp;nbsp;30 ans d’images&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20190518-angouleme11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20190518-angouleme11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En ce qui me concerne, j’eus la possibilité, grâce à Pierre Pascal et Pierre Veilletet, de rencontrer mon héros, autour d’un verre et en petit comité – ce qui, je suppose, serait quasiment impossible aujourd’hui… Songez qu’à l’époque, les organisateurs distribuaient à la «&amp;nbsp;presse&amp;nbsp;» (y compris aux obscurs fanéditeurs comme moi) des tickets permettant de diner gratuitement dans le restaurant de son choix, avec des stars de la BD (qui n’avaient pas encore conscience de l’être), de mener des interviews au calme dans un bistroquet, de circuler gratuitement partout, de se faire dédicacer sans compter, etc. Les tables rondes étaient nombreuses et variées – et les fanzines avaient leur place dans le décor. Bienheureux ceux qui ont eu la chance de vivre cette première décennie du festival&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Forest feuilleta avec un petit sourire mon &lt;em&gt;34 Caméra&lt;/em&gt; et accepta fort gentiment de me le signer. Bien sûr, je lui demandai ce qu’il penserait d’une réédition de ses premiers récits complets, publiés à l’extrême fin des années quarante et dans les années cinquante, et de ses couvertures de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, du «&amp;nbsp;Rayon Fantastique&amp;nbsp;», du Livre de poche… En 1979, Yves Frémion avait fait paraître chez Kesselring &lt;em&gt;Brantonne au Fleuve Noir&lt;/em&gt;, un choix de couvertures de sa première période au Fleuve Noir, puis un &lt;em&gt;Brantonne Illustrateur&lt;/em&gt; en 1983, au Dernier Terrain Vague. À l’époque un ouvrage de ce genre consacré à Forest aurait été, à mon avis, possible. Mais il me répondit qu’aucun projet de ce type n’était à l’ordre du jour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Prenant mon courage à deux mains – je n’ai pas l’air mais je suis timide avec les gens que j’admire – je lui demandai alors si je pourrais rééditer quelques-unes de ces histoires dans mon fanzine que je lui montrai, en précisant que le tirage était dérisoire, que j’imprimais moi-même, qu’il n’y avait rien à gagner et que cela demandait beaucoup de temps, mais que ça ferait sûrement très plaisir à une poignée de gens. Bref, la présentation classique du fanzineux sollicitant&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et Forest donna son accord, dans le cadre de ce que j’avais décrit (un tirage d’une centaine d’exemplaires) et sous réserve que ça soit «&amp;nbsp;propre&amp;nbsp;». Comprendre que ça soit imprimé correctement. Ce qui, pour un fanzine des années 80, impliquait d’utiliser autre chose que la ronéo ou l’offset de bureau, comme le faisait alors &lt;em&gt;A&amp;amp;A&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De retour à Bordeaux, je repris une vie normale, entre la réalisation de mes fanzines, le développement de ma bouquinerie, mon mariage, notre départ pour Los Angeles où je négociai avec l’entremise de Pascal Thomas l’acquisition d’une énorme collection de pulps (une quarantaine de sacs postaux&amp;nbsp;!) auprès de la bibliothèque de UC Riverside, le lancement d’un petit réseau de distribution de comics, etc. Le projet de rééditer les récits de Forest parus dans &lt;em&gt;34 Caméra&lt;/em&gt; passa au second plan – avant d’être remisé dans un coin de ma mémoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1998, Pierre Pascal disparut. Il avait 70 ans. L’année suivante, Jean-Claude Forest partit à son tour, sans que nous ne nous soyons jamais revus. Il avait 68 ans. En octobre 2005, je fis paraître le n°150 d’&lt;em&gt;A&amp;amp;A&lt;/em&gt;. Pour marquer l’événement – peu de fanzines arrivent à ce nombre de parutions – j’y rééditai &lt;em&gt;La Septième Cité&lt;/em&gt;, premier récit complet de Forest parvenu, grâce à Pierre Pascal, entre mes mains. Je pense que Forest aurait trouvé cette réédition «&amp;nbsp;propre&amp;nbsp;» – en tout cas, je l’espère, vu le temps passé à nettoyer le tirage original&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2013 enfin, Pierre Veilletet tira sa révérence, à l’âge de 69 ans lui aussi. Il fut un formidable journaliste et un immense écrivain, très largement sous-estimé. Fin d’une époque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas tout à fait&amp;nbsp;: en juin 2019 devrait ouvrir à Caudéran, un quartier de Bordeaux, la Bibliothèque Pierre Veilletet, avec un fonds de départ de 30 000 documents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et en ce même mois de juin 2019, la collection Aventure présente son dix-neuvième titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Rao des Temps Futurs&lt;/em&gt;, une intégrale des aventures de Rao parues dans &lt;em&gt;34 Caméra&lt;/em&gt; et dont &lt;em&gt;La Septième Cité&lt;/em&gt; était en fait le dernier épisode. Et ce dans une édition limitée et numérotée de seulement quarante-neuf exemplaires. Mieux vaut tard que jamais. Mais j’aurais tout de même aimé que Jean-Claude Forest voit ce modeste album, trente-cinq ans après l’avoir évoqué avec lui&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20190518-rao.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20190518-rao_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;(Et si quelque lecteur de cette chronique est intéressé par cet album, qu’il me contacte à terreprofonde33@gmail.com).&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>C comme Calabi Yau Space</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/17/C-comme-Calabi-Yau-Space" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Calabi Yau Space" />
      <id>urn:md5:8a5c94088c885522c7eed7a0cb5e5f8c</id>
      <published>2019-05-17T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-05-17T10:25:28+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En mathématiques, une variété de Calabi-Yau consiste en un type particulier de variété, utilisé notamment pour la géométrie algébrique, et qui trouve une application dans la théorie des cordes. &lt;strong&gt;Calabi-Yau Space&lt;/strong&gt; est également le titre d'un album du duo electro américain Dopplereffekt&amp;nbsp; un album aussi bref que compactifié, tentant à sa manière une approche musicale du côté de la physique théorique.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Calabi-Yau Space, Dopplereffekt (Rephlex, 2007). 8 morceaux, 37 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En mathématiques, un espace (on dit aussi une variété) de Calabi-Yau est… un truc assez complexe, un peu trop pour le non-physicien qu’est votre serviteur. Une sorte de machin multi-dimensionnel dans l’espace-temps, fort utile pour la théorie des super-cordes – c’est là-dedans que pourrait se planquer la petite huitaine de dimensions cachées d’une théorie en mettant onze en jeu). Parfois, une variété de C-Y ressemble à ceci&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-c-variete.PNG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-c-variete.PNG&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’imagine que Roland Lehoucq saurait mieux vous expliquer cela. Quoi qu’il en soit, &lt;em&gt;Calabi-Yau Space&lt;/em&gt; est aussi un album du groupe Dopplereffekt, bien heureusement moins complexe que la variété mathématique à laquelle il fait référence. Un peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas tout à fait comme son nom le laisserait supposer, Dopplereffekt («&amp;nbsp;effet Doppler&amp;nbsp;» dans la langue de Ralf Hütter) est un groupe originaire de Detroit, mené par Gerald Donald et Michaela To-Nhan Bertel. Si leur musique laisse imaginer un duo de blancs-becs amateurs d’electro, genre Autechre, les photos montrent qu’on aurait tort de s’arrêter aux apparences.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-c-variete.PNG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-c-doppler.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le duo a débuté au mitan des années 90 par une poignée d’EP – rassemblés ultérieurement sur le disque &lt;em&gt;Gesamtkunstwerk&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;œuvre d’art totale &amp;nbsp;» dans la langue de Klaus Schulze) –, laissant entrevoir une fascination étrange pour l’Allemagne nazie et le son classique de Kraftwerk. En 2003, &lt;em&gt;Linear Accelerator&lt;/em&gt; – «&amp;nbsp;accélérateur de particules linéaire&amp;nbsp;» dans la langue de Daft Punk – changeait d’approche, proposant, au fil d’une inspiration &lt;em&gt;physique&lt;/em&gt; – comme dans physique expérimentale – trois longs morceaux d’un ambient inquiétant, hypnotique quoique lassant, et trois autres célébrant la mélancolie des machines. Une inspiration physicienne poursuivie avec l’objet du présent billet&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Calabi-Yau Space&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-c-gskwla.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-c-gskwla.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Linear Accelerator&lt;/em&gt; montrait sur sa pochette un accélérateur de particules linéaire. Logique. &lt;em&gt;Calabi Yau Space&lt;/em&gt; fait mine de se montrer plus énigmatique. Turbine &amp;nbsp;? Réacteur&amp;nbsp;? Nullement&amp;nbsp;: la pochette consiste (sauf erreur de ma part) en une photo d’un quadrupôle – quatre aimants placés de telle manière à focaliser ce qui passe entre. J’imagine qu’utiliser une représentation bidimensionnelle conventionnelle d’un espace de Calabi-Yau aurait été trop littéral.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pareillement, si le morceau introductif, avec sa mélodie qui avance à reculons, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Calabi Yau Manifold&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; fait effectivement penser à ces topologies multidimensionnels se pliant et se repliant sur elles-mêmes, Dopplereffekt ne cherche pas à reproduire l’exacte transposition de ces variétés mathématiques, absconses pour le commun des mortels. On imaginerait plutôt Autechre entreprendre cette corrélation mathématiques/musique, si l’intérêt du duo résidait là (ce qui n’est pas le cas).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le formidable &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hyperelliptic Surfaces&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, morceau de bravoure du disque avec ses douze minutes divisée en trois mouvements, on entend la nostalgie d’un Âge de l’Espace qui n’aura pas lieu mais tel qu’on l’imaginait dans les années 50, avec le chant mélancolique des soucoupes volantes avec lequel s’ouvre le morceau – merci le thérémine. Dans sa partie médiane,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hyperelliptic Surfaces&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; se mute en une épopée nostalgique – toujours plus loin dans l’exploration des dimensions cachées. La troisième et dernière partie renoue avec la mélancolie. Chef d’œuvre. La suite du disque ne regagnera malheureusement pas les hauteurs atteintes par ce morceau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/JqV5CfldWAw&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les autres titres aux noms évocateurs (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Holomorphic n-0 Form&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Compactification&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mirror Symmetry&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; sont des morceaux essentiellement rythmiques, aux mélodies déglinguées. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mirror Symmetry&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; préfigure &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/05/17/ https://www.youtube.com/watch?v=oVWPxbXzUzM&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Simmm&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; d’Autechre&lt;/a&gt;, dans le genre balade flippante à travers un magasin de jouets du XXXe siècle. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hypersurface&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est un univers miniature aux convulsions dissonantes. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dimension 11&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, avec sa mélodie qui va à rebours et ses excroissances soniques qui ne vont nulle part, évoque bien l’étrangeté de la onzième dimension – dimension temporelle peut-être, avec un temps replié sur lui-même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En antépénultième position, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Non Vanishing Harmonic Spinor&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; renoue avec la mélancolie de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Hyperelliptic Surfaces&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Une mélodie lancinante et inexorable, des chœurs synthétiques en contrepoint, bientôt soutenus par une rythmique métronimique et entraînante – le bal du samedi soir chez les quarks&amp;nbsp;? Le résultat est imparable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Calabi-Yau Space&lt;/em&gt; , dans son souci d’allier l’expérimentation avec une dimension mélodique jamais absente, évoque les albums de Kraftwerk, avec un saut qualitatif certain en termes de technologie/inspiration. Ici, ce n’est plus les autoroutes, les trains ou les compteurs Geiger sur lesquels on s’extasie mais les mathématiques, la théorie des cordes et la topologie de l’Univers. &lt;em&gt;Calabi-Yau Space&lt;/em&gt; ne donnera pas la réponse à la théorie du tout, mais qu’importe, on s’y évertue au travers d’une demi-douzaine de sculptures sonores.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/PzJEtt3O6LE&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-c-cd3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-c-cd3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit là probablement du chef d’œuvre de Dopplereffekt. Après une demi-douzaine d’années de silence (vrai-faux silence&amp;nbsp;: Gerald Donald sévit sous plusieurs pseudonymes au sein de différentes formations), le duo est revenu aux affaires en 2013 avec l’EP &lt;em&gt;Tetrahymena&lt;/em&gt;. Un album,&lt;em&gt;Cellular Automata&lt;/em&gt;, a suivi en 2017, un autre EP, &lt;em&gt;Athanathos&lt;/em&gt;, en 2018. Si tous sont agréables à écouter pour qui apprécie Dopplereffekt, il reste cependant l’impression que leurs grandes heures sont derrière eux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: ça dépend des sensibilités&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>B comme The Black Hole</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/16/B-comme-The-Black-Hole" rel="alternate" type="text/html" title="B comme The Black Hole" />
      <id>urn:md5:458b268893d61f94dfe792c489b29046</id>
      <published>2019-05-16T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-05-16T11:47:56+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a un peu plus d'un mois, l'équipe de l'Event Horizon Telescope dévoilait la première photographie d'un trou noir — M87* de son petit nom. Voilà qui fournit l'occasion parfaite de revisionner &lt;strong&gt;Le Trou noir&lt;/strong&gt; de Gary Nelson, premier film à présenter une singularité gravitationnelle sur grand écran…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Trou noir [The Black Hole], Gary Nelson (1979). 97 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le 10 avril 2019, la preuve visuelle a été apportée que les trous noirs n’étaient pas une vue de l’esprit, avec cette image un peu floue donnant l’impression d’admirer un donut doré. Mine de rien, c’est émouvant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-m87.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-m87.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-m87_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Évoqués dès le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, les trous noirs voient leur existence prédites par la théorie de la relativité générale d’Einstein, et leurs caractéristiques sont découvertes au fil des années et décennies suivantes, avec une nette accélération à partir de la seconde moitié du XXe siècle&amp;nbsp;: Karl Schwarzschild théorise en 1915 le rayon qui porte son nom, en deçà duquel les coordonnées spatio-temporelles perdent tout sens&amp;nbsp;; en 1930, le physicien indien Subrahmanyan Chandrasekhar décrit la façon dont les étoiles massives se transforment en trous noirs&amp;nbsp;; à partir de la seconde moitié des années 60, Stephen Hawking commence à travailler sur les trous noirs&amp;nbsp;; en 1967, le terme «&amp;nbsp;trou noir&amp;nbsp;» est forgé par John Wheeler&amp;nbsp;; en 1971, les observations du système binaire Cygnus X-1 permettent d’y supposer la présence d’un trou noir. Cygnus&amp;nbsp;: retenez ce nom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien entendu, la science-fiction n’est pas en reste&amp;nbsp;: si on rencontre des objets stellaires rappelant de loin les trous noirs dans les années 50, il faut attendre Poul Anderson et sa nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Supernova&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; en 1968 pour lire quelque chose d’à peu près au point scientifiquement parlant. Jerry Pournelle prend le relais en 1973 avec sa nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;He Fell into a Dark Hole&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Frederik Pohl, avec sa série de la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/14/La-Grande-Porte&quot;&gt; «&amp;nbsp;Grande Porte&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; place les mystérieux Heechees en plein cœur du trou noir central de notre Galaxie. Dans &lt;strong&gt;Exultant&lt;/strong&gt;, Stephen Baxter nous y amène au plus près&amp;nbsp;; récemment, Greg Egan et Nancy Kress franchissaient l’horizon des événements, avec deux textes magistraux&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Plongée de Planck&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Shiva dans l’ombre&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-interstellar.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-interstellar.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-interstellar_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Du côté des salles obscures, on a probablement tous en tête &lt;em&gt;Interstellar&lt;/em&gt; (2014) de Christopher Nolan. Le film est bourré de défauts (avec un regard acéré, Roland Lehoucq et J-Sébastien les listent mieux que moi dans &lt;strong&gt;La science fait son cinéma&lt;/strong&gt;), mais pas celui d’être laid, et ses superbes images du trou noir judicieusement nommé Gargantua – des images présentant, avec un peu de plus de puissance de calcul, ce que Jean-Pierre Luminet avait établi à la main dès la fin des années 70 – ont fait date.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-luminet.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-luminet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-luminet_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Déjà, en 1997, Paul W. S. Anderson tentait de nous faire frémir avec &lt;em&gt;Event Horizon&lt;/em&gt;, où un vaisseau spatial employant un trou noir comme moyen de propulsion revenait dans notre Système solaire. Mais, sauf erreur de ma part, la précédente apparition de ce genre de singularité au cinéma remonte à l’objet de ce billet, voici quarante ans&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Trou noir&lt;/em&gt;, film réalisé par Gary Nelson et produit par… Disney. Tout arrive.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour expliquer la nature malléable de l’espace-temps, on utilise souvent l’analogie d’un tapis en caoutchouc, plus ou moins déformé par les astres — planètes, étoiles ou trou noir. Le générique recourt à cette comparaison, la caméra passant de part et d’autre d’une grille verte, jusqu’à s’approcher d’un puits gravitationnel…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Nous voici en 2130&amp;nbsp;; l’astronef USS &lt;em&gt;Palomino&lt;/em&gt; se dirige vers la Terre quand il passe aux abords d’un trou noir. À proximité se trouve un vaisseau spatial, nommé avec un certain sens de l’à-propos… &lt;em&gt;Cygnus.&lt;/em&gt; Le vaisseau paraît abandonné mais reste mystérieusement en place à quelque distance de la singularité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'USS Palomina&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Cygnus…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’équipage – le capitaine Holland, le jeune lieutenant Pizer, la très télépathe Dr Kate McRae et le Dr Alex Durant, sans oublier V.I.N.CENT le robot – décide d’aller voir de plus près.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'équipage de l'USS Palomina. Le truc moche au milieu, c'est V.I.N.CENT.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Kate McRae et le Dr Reinhardt. Et le trou noir.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien entendu, le &lt;em&gt;Cygnus&lt;/em&gt; n’est pas vide de toute présence&amp;nbsp;: à bord se trouvent des androïdes… ainsi que le Dr Hans Reinhardt, un scientifique ayant choisi de consacrer ses recherches au trou noir voisin, après que l’astronef ait été mis hors-service par des météorites. Son but est de traverses la singularité, aidé par ses androïdes menaçants… Si Dr Alex Durant (Anthony Perkins) ressent une fascination sans faille pour Reinhardt, ses coéquipiers soupçonnent vite leur hôte de cacher des choses. C’est le cas. Et avec un trou noir à proximité, les choses ne peuvent que mal se passer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec le &lt;em&gt;Cygnus&lt;/em&gt; comme &lt;em&gt;Nautilus&lt;/em&gt; immobile (mais promis à de grands voyages&amp;nbsp;?) et Reinhardt en Nemo de l’espace, &lt;em&gt;Le Trou noir&lt;/em&gt; a un petit côté &lt;em&gt;Vingt Mille Lieues dans l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’espace&lt;/em&gt;. Maximilian Schnell en Dr Hans Reinhardt n’est d’ailleurs pas dépourvu de charisme – du moins, plus que ses antagonistes, parmi lesquels on croise Anthony Perkins (&lt;em&gt;Psychose&lt;/em&gt;) et Robert Forster (le shérif Harry Truman dans la saison 3 de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;, c’est lui). Néanmoins, les inspirations du film sont à chercher plus près.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sorti en décembre 1979, soit onze ans après l’inoxydable &lt;em&gt;2001, l’odyssée de l’espace&lt;/em&gt;, deux ans après &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; et deux semaines après &lt;em&gt;Star Trek: The Motion(less) Picture&lt;/em&gt;, le film de Gary Nelson fait néanmoin pâle figure par rapport à tous ses illustres devanciers – le film ne semble d’ailleurs pas être resté dans les mémoires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De &lt;em&gt;La Guerre des étoiles&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le Trou noir&lt;/em&gt; garde les robots. Vincent et Bob, avec leurs grosses bouilles rouges et rondes, n’ont l’air d’être là que pour appâter le chaland de 7 ans et demi – car à aucun point de vue, ces robots n’ont de sens. Capables de léviter et de causer comme vous et moi (l’occasion de quelques réparties amusantes), ils sont supposés indispensables… malgré leurs faiblesses techniques criantes (deux grands yeux assez peu expressifs, deux bras non-articulés mais capables de tirer au laser). Ah, et puis ils tremblent quand ils ont peur ou froid. C’est avec ces pitoyables tas de ferraille que l’influence disneyienne est la plus forte, et la plus agaçante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-vincentbob.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-vincentbob_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Tout part en cacahouète.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a des méchants robots, interprétés par des acteurs aux mouvements vaguement mécaniques – des &lt;em&gt;Stormtroopers&lt;/em&gt; du pauvre. Certains des androïdes, aux masques miroir, rappellent quant à eux les policiers de &lt;em&gt;THX 1138&lt;/em&gt; (1971). Merci, George Lucas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De &lt;em&gt;Star Trek: The (Slow) Motion Picture&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le Trou noir&lt;/em&gt; emprunte plusieurs éléments&amp;nbsp;: l’ouverture musicale sur fond noir au début du film, histoire de mettre le spectateur dans l’ambiance, le rythme posé, le personnage du savant fou, des tentatives de réalisme, les questionnements… et en oublie d’autres (l’intérêt). Et de &lt;em&gt;2001, l&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’odyssée de l’espace&lt;/em&gt;, on peut émettre l’hypothèse que le présent film tente d’y rendre hommage au travers de sa séquence finale, hélas plombée par une imagerie judéo-chrétienne hors de propos.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Tout part en cacahouète.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-inferno.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-inferno.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-inferno_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le fusil de Tchekhov adapté à la SF : « Si dans le premier acte vous dites qu'il y a un trou noir, alors il faut absolument qu'un vaisseau tombe dedans au second ou au troisième acte. »&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la différence des deux films de Robert Wise et Stanley Kubrick, qui se revisionnent aujourd’hui sans trop piquer les yeux, les effets spéciaux du &lt;em&gt;Trou noir&lt;/em&gt; ont pris un petit coup de vieux&amp;nbsp;: les maquettes et les matte paintings se devinent un peu trop aisément, les fonds verts aussi. Sous l’aspect scientifique, c’est inégal&amp;nbsp;: si l’équipage du &lt;em&gt;Palomino&lt;/em&gt; se déplace en apesanteur dans l’&lt;em&gt;USS Palomino&lt;/em&gt;, on entend des bruits dans l’espace. Plus tard, les protagonistes se retrouvent dans des zones du &lt;em&gt;Cygnus&lt;/em&gt; où des brèches sont ouvertes vers l’espace… mais ils respirent comme si de rien n’était. Quant à l’objet donnant son titre au film, sa représentation correspond aux connaissances de l’époque&amp;nbsp;: une zone sombre au centre d’un tourbillon bleuté, censément le disque d’accrétion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, notons la partition, signée par l’illustre John Barry, qui s’avère presque trop classieuse par rapport au film.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-b-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-b-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-b-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit de ses inspirations flagrantes et de ses défauts formels (et la présence de ces fichus robots), &lt;em&gt;Le Trou noir&lt;/em&gt; ménage quand même quelques scènes ou images intéressantes dans leur aspect graphique. Bref, tout n’est pas à jeter au fin fond d’une singularité gravitationnelle dans ce film…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Après l'homme</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/15/A-comme-Apres-l-homme" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Après l'homme" />
      <id>urn:md5:ccbdd0f88572959ce584e4b7b0f9b3d1</id>
      <published>2019-05-15T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2019-05-15T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/05/14/11-comme-Station-Eleven&quot;&gt;La fin du monde&lt;/a&gt;, c'est une chose… mais que se passerait-il après la fin de l'humanité&amp;nbsp;? C'est la question que s'est posé le paléontologue écossais Dougal Dixon au travers de &lt;strong&gt;Après l'homme&lt;/strong&gt;, ouvrage fondateur de la biologie spéculative qui s'interroge sur le devenir et les transformations des espèces animales dans cinquante millions d'années…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;After Man: A Zoology of the Future, Dougal Dixon. St Martin Press (1981), 122 pp. GdF.&lt;br /&gt;
Man after Man: An Anthropology of the Future, Dougal Dixon. St Martin Press (1990), 128 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans le dernier tour d’Abécédaire, on s’est intéressé à la fin du monde — qui, le plus souvent, consiste en une fin de l’humanité. Le reste de la biosphère se porte mal mais ça ira mieux. Et justement&amp;nbsp;: que se passe-t-il après&amp;nbsp;? Un paléontologue écossais a un début de réponse…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant longtemps, j’ai associé le nom de Dougal Dixon aux dinosaures, sûrement parce que, enfant, son &lt;strong&gt;Encyclop&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;édie des Dinosaures&lt;/strong&gt; (1988) a traîné (le terme exact est &lt;em&gt;tr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ôné&lt;/em&gt;) sur ma table de chevet quelques années – voilà ce que c’est de grandir avec &lt;em&gt;Jurassic Park&lt;/em&gt;. De fait, ce paléontologue écossais a consacré plusieurs ouvrages à cette thématique. Le passé et ses terribles lézards, c’est cool, mais qu’en est-il de l’avenir&amp;nbsp;? À quoi ressembleront les animaux dans le futur&amp;nbsp;? C’est la question que Dixon s’est posée au début de sa carrière littéraire, avec &lt;strong&gt;After Man: A Zoology of the Future&lt;/strong&gt;, l’ouvrage fondateur d'une nouvelle discipline scientifique&amp;nbsp;: l’évolution spéculative. (Évidemment, c'est bien après avoir lu l'ouvrage en version originale que j'ai découvert qu'il en existait une traduction, &lt;strong&gt;Après l'homme, les animaux du futur&lt;/strong&gt;, parue chez Nathan en 1981.) Certes, des tentatives isolées ont existé çà et là avant lui… mais sauf erreur, Dixon est le premier à avoir fait œuvre en la matière.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’ouvrage commence par un bref rappel de ce que sont l’évolution, la génétique, la chaîne alimentaire, avant de brosser un tableau rapide de l’histoire de la vie, des débuts dans les eaux tièdes du Précambrien jusqu’à maintenant, l’Âge de l’Homme. Pour les besoins de cette fiction biologique, Dixon s’est placé cinquante millions d’années dans l’avenir — une date arbitraire mais qui ne vaut pas moins qu’une autre – et a supposé au passage l’extinction de l’humanité&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ultimately the earth could no longer supply the raw materials needed for man's agriculture, industry or medicine, and as shortage of supply caused the collapse of one structure after another, his whole complex and interlocking social and technological edifice crumbled. Man, no longer able to adapt, rushed incontrollably to his inevitable extinction.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Hum, voilà qui ressemble à une situation que l’on connaît. Prudent, Dixon ne donne pas de date.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Nous voici dans cinquante millions d’années. La Terre n’a pas conservé le visage qu’on lui connaît&amp;nbsp;: la corne de l’Afrique s’est détachée, l’Australie s’est encastrée dans l’Inde, l’Amérique du Sud s’est détachée du Nord, laquelle s’est rattachée à l’Asie – le détroit de Béring étant désormais comblé, faisant quasiment de l’océan Arctique une mer close. Seul l’Antarctique n’a pas bougé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la terre ferme, les espèces ont évolué et ont comblé les niches laissées vides. Par la faute des humains, bon nombre d’espèces actuelles ont disparu&amp;nbsp;: adieu les baleines, adieu les éléphants. À la place, on accueille… DES LAPINS&amp;nbsp;!! Eh oui. La vie est opportuniste, et dans l’ouvrage de Dougal Dixon, elle favorise ces bestioles capables de se reproduire… eh bien, il existe un dicton particulièrement approprié. Des lapins du futurs, donc, plutôt grand format, et s’adaptant aussi bien aux plaines qu’aux montagnes – quitte à redévelopper certains traits physiques déjà mis au point par d’autres bestioles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-a-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-a-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On parle d’évolution convergente pour désigner le mécanisme qui conduit différentes espèces, soumises aux mêmes contraintes environnementales, à développer les mêmes traits physiologiques ou comportementaux. Un cas d’école est celui de la forme hydrodynamique que l’on retrouve chez les poissons (forcément), les reptiles (avec feu l’ichtyosaure) ou les mammifères (le dauphin)&amp;nbsp;; on peut également citer l’aile, développée par les ptérosaures (qui, rappelez-vous, ne sont &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; des dinosaures), les oiseaux (qui, eux, sont des dinosaures, enfin leurs descendants) et les chauve-souris. Et Dixon s’en donne à cœur joie lorsqu’il nous présente le remplaçant de la baleine, le vortex. Son nom latin donne un indice&amp;nbsp;: &lt;em&gt;balenornis vivipera&lt;/em&gt;. Eh oui, il s’agit d’un oiseau géant, amateur de krill et adapté aux eaux polaires.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-a-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;After Man&lt;/strong&gt; se divise en plusieurs parties, chacune consacrée à un type de zone géographique terrestre&amp;nbsp;: climat polaire, jungles, déserts, etc. Dixon ne cherche pas à l’exhaustivité, et s’intéresse peu au contenu des océans. Chaque double page présente un texte introduisant les espèces spéculées et des illustrations les mettant en situation et en interaction. Les textes sont soignés, les dessins aussi (on pourra pinailler sur l’apparence souvent très allongée des bestioles), et Dougal Dixon nous plonge de façon frappante dans ce futur possible. En somme, l’ensemble constitue un exercice de spéculation et d’imagination des plus réjouissants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que l’ouvrage a connu une réédition en 2018, mettant à jour les données scientifiques erronées de l’introduction et ajoutant quelques espèces. (Néanmoins, ce billet se base sur l’ouvrage que j’avais sous la main, à savoir l’édition originale.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-a-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le tableau ne serait pas complet si on ne se penchait pas aussi sur l’humain. Après tout, notre espèce est le fruit de milliers d’années d’évolution – et à ce titre, je recommande chaudement les lectures des&lt;strong&gt;Derniers et des Premiers&lt;/strong&gt; d’Olaf Stapledon et d’ &lt;strong&gt;Évolution&lt;/strong&gt; de Stephen Baxter. Le premier raconte l’histoire des espèces humaines à venir, panorama allant d’un futur proche à un futur lointain — la bagatelle de deux milliards d’années. L’autre roman brosse en toute simplicité le portrait de nos ancêtres, depuis les simili-rongeurs vivant à l’ombre des dinosaures jusqu’à un avenir distant d’un demi-milliard d’années, lorsque la chaleur croissante émise par le soleil commencera à s’avérer problématique pour la vie sur Terre. Soixante ans après Stapledon et une poignée d’années avant l’auteur du cycle des Xeelees, Dougal Dixon avait apporté quelques éléments de réponses avec &lt;strong&gt;Man after Man: An Anthropology of the Future&lt;/strong&gt;. L’amplitude temporelle couverte est plus courte chez notre paléontologue&amp;nbsp;: du futur proche, on ne se rend &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; cinq millions d’années dans l’avenir.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Là où les prémices d’&lt;strong&gt;After Man&lt;/strong&gt; nous permettaient d’accepter sans peine les extrapolations de Dixon (les humains ont disparu, les animaux se redistribuent les niches écologiques), &lt;strong&gt;Man After Man&lt;/strong&gt; se base sur plusieurs postulats davantage science-fictionnesques&amp;nbsp;: des manipulations extensives du génome humain aboutissant à la création de différentes races humaines (une adaptée à la vie dans l’espace, une autre pour les fonds marins), un départ d’une partie de l’humanité vers des planètes lointaines (voilà qui est optimiste), l’effondrement de la civilisation sur Terre (voilà qui est… prémonitoire &amp;nbsp;?), puis de nouvelles manipulations génétiques aboutissant à d’autres races humaines, conçues pour différents environnements (polaire, désertique, forêts, steppes) et volontairement abêties. S’ensuit ce qu’on connaît&amp;nbsp;: survie des plus aptes (la notion de contingence chère à Stephen Jay Gould n’est pas évoquée). Et des choses qu’on imagine moins&amp;nbsp;: des symbioses, beaucoup de symbioses entre différentes races posthumaines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la forme, &lt;strong&gt;Man After Man&lt;/strong&gt; prend la forme de brefs récits mettant en situation l’un ou l’autre de ces posthumains, à des périodes de plus en plus lointaines – du XXIIe siècle à +5 Ma. Les illustrations sont plus rares, et ces représentations de créatures simili-humaines au regard vide tombent souvent dans la Vallée de l’Étrange. J’imagine que c’est un choix délibéré. Mais… le résultat demeure assez laid, et l’ouvrage s’avère d’une lecture moins enthousiasmante que celle d’&lt;strong&gt;After Man&lt;/strong&gt;. Cela, sans oublier les postulats de base nécessitant de suspendre encore plus son incrédulité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-img20.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-img20.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-a-img20_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-img21.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-img21.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-a-img21_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, Dougal Dixon a poursuivi son entreprise d’évolution spéculative par un troisième ouvrage revenant à ses premières amours paléontologiques&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The New Dinosaurs&lt;/strong&gt;. Le point de départ est simple&amp;nbsp;: aucun astéroïde n’a percuté la Terre voici 66 millions d’années, et les terribles lézards (et pas que) ont continué à évoluer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-a-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus proche de nous et en français, Jean-Sébastien Steyer – paléontologue au CNRS et habitué des colonnes de Bifrost – et Marc Boulay – sculpteur animalier et numérique – ont publié en 2015 un ouvrage intitulé &lt;strong&gt;Demain, les Animaux du Futur&lt;/strong&gt;, qui propose leur approche de l’évolution spéculative.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-a-steyer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol11-a-steyer_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour qui s’intéresse aux futurs de la vie sur Terre, avec ou sans l’humain, les ouvrages de Dougal Dixon sont un must-read.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisibles&amp;nbsp;: à moins de ne pas lire l’anglais&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>11 comme Station Eleven</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/05/14/11-comme-Station-Eleven" rel="alternate" type="text/html" title="11 comme Station Eleven" />
      <id>urn:md5:d4dfe934ed1b232f02371451e3b4b5f7</id>
      <published>2019-05-14T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-05-15T15:50:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Maëlle Alan</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-11-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-11-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-84&quot;&gt;numéro 84 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, on vous avait proposé une critique passablement tiède de &lt;strong&gt;Station Eleven&lt;/strong&gt;, que notre ami Gromovar qualifiait de roman bon à offrir à votre grand-mère qui ne lit pas de science-fiction. Oui mais bon… Puisque tout le monde dans l’équipe de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; ne partage cet avis sur le roman d’Emily St-John Mandel, tentons de le réhabiliter…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Station Eleven [Station Eleven], Emily St. John Mandel, roman traduit de l’anglais par Gérard de Chergé. Rivages (2016), 356 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol11-11-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol11-11-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Parce que survivre ne suffit pas.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voici le message que tente de véhiculer la Symphonie itinérante, une troupe de comédiens et de musiciens qui erre depuis la catastrophe, d’habitations isolées en camps sectaires, de communautés pacifiques en refuges bricolés à partir des vestiges d’avant. D’avant cette pandémie qui, vingt ans plus tôt, a effacé 99% de la population humaine de la planète. Les survivants s’organisent maintenant en îlots humains perdus dans l’immensité de paysages redevenus sauvages, entre lesquels la Symphonie maintient un mince et fragile fil humain entre eux, jouant Shakespeare et Beethoven, échos brisés. Parmi les comédiens, Kirsten, qui, quand elle était une petite fille, a vu mourir le grand acteur Arthur Leander pendant une scène du Roi Lear. Arthur est la première victime de l’épidémie. Arthur est aussi celui autour duquel s’articulent les récits, s’attachant tantôt à son fils, son ex-femme, son meilleur ami… ceux dont il a traversé même brièvement la vie. Et de là, de ce bref accord, découle une autre symphonie, composée par les mélodies mêlées de tous ces destins, avant, pendant, ou après la catastrophe, nuancée par l’omniscience du lecteur, chantée par des mots qui évoquent, suggèrent, sous-entendent, et frappent, au moment où un silence s’établit. L’auteure, en chef d’orchestre impitoyable, dirige avec brio l’orchestre et les comédiens, imposant un tempo doux dans lequel prennent le temps de s’exprimer toutes les émotions de la vie.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Liste non exhaustive&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
Plus de plongeons dans des piscines d'eau chlorée éclairées en vert par en dessous. Plus de match de base-ball disputés à la lumière des projecteurs. Plus de luminaires extérieurs, sur les vérandas, attirant des papillons de nuit les soirs d'été. Plus de trains filant à toute allure sous la surface des métropoles, mus par la puissance impressionnante du troisième rail. Plus de villes. Plus de films, sauf rarement, sauf avec un générateur noyant la moitié des dialogues - et encore, seulement les tout premiers temps, jusqu'à ce que le fuel pour les générateurs s'épuise, parce que l'essence pour des voitures s'évente au bout de deux ou trois ans. Le carburant d'aviation dure plus longtemps, mais c'était difficile de s'en procurer.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Certains lecteurs seront perdus, cherchant à tout prix une aventure, des frissons, un sens à cette catastrophe. Et oubliant peut-être que l’aspect post-apocalyptique reste ici une toile de fond qui soutient le récit. Mais, comme sur chaque canevas, ce n’est pas tant le tissage que les sujets qui y sont peints qui intéressent. Et aux questions angoissantes que soulèvent les textes, répondent une poésie et une pudeur rare dans le récit post-apocalyptique. Que reste-t-il quand il ne reste rien&amp;nbsp;? Qu’est-ce qui définit l’humanité&amp;nbsp;? Comment continuer&amp;nbsp;? Et si plutôt que des échos, les résonances de Shakespeare et de Beethoven étaient des passerelles entre l’avant et l’après, des fils à suivre pour reconstruire, pour trouver une raison de vivre, enfin&amp;nbsp;: l’art.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parce que plus que jamais le sujet semble d’actualité dans notre monde qui s’emballe, s’essouffle dans une course absurde à des idéaux ubuesques, et peut s’effondrer d’un simple petit balayage biologique, élevons-nous un peu, sur cette Station Eleven, et prenons le temps de lire, de réfléchir, et de contempler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 94)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/04/26/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-94" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 94)" />
      <id>urn:md5:3fc3bde9f682d02ece775f9b32c7b0f2</id>
      <published>2019-04-26T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2019-05-03T15:04:22+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr94-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr94-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour compléter le cahier critique du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-94&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 94&lt;/a&gt;, voici une poignée de chroniques supplémentaires. Au programme : des marchands de rêve, des anti-Terre, des mages de bataille et des hommes frénétiques…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr94-journal.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr94-journal.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Journal d’un marchand de rêve&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Anthelme Hauchecorne – French Pulp Éditions, coll. «&amp;nbsp;Anticipation&amp;nbsp;» – mai 2018 (réédition – 544 pp. 18&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Paru en 2016 chez L’Atelier Mosésu, couronné l’année suivante par le prix Imaginales, &lt;strong&gt;Journal d’un marchand de rêve&lt;/strong&gt;, quatrième roman d’Anthelm Hauchecorne, a été réédité en 2018… et est tombé tardivement entre nos mains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, il s’agit moins d’un &lt;em&gt;journal&lt;/em&gt; que de mémoires, celles de Walter Krowley. Narrateur du présent ouvrage, Walter est le rejeton d’une star hollywoodienne dont l’amour paternel n’est pas la plus évidente des qualités. Individu plutôt instable, scénariste en devenir, Walter fait un jour une crise qui l’amène… à Dollywooh, double inversé et onirique d’Hollywood. Dans ce monde, l’&lt;em&gt;Ever&lt;/em&gt;, véritable rêve partagé entre les dormeurs du monde entier, la monnaie ayant cours est le sable. Si le mystérieux Gouverneur fait régner une justice sévère à Dollywoh, les alentours de la ville sont arpentés par les Outlaws et les féroces peaux-rouilles – des robots sans âmes, autochtones oniriques. Au fil de ses séjours à Dollywooh puis à Sellexurb l’européenne, Walter va rencontrer plusieurs personnages hauts en couleurs – son &lt;em&gt;ça&lt;/em&gt; bestial, des femmes fortes, des hors-la-loi sans pitié – et explorer la région méconnue de Brumaire, dont le sable possède d’étonnantes qualités. Un sable qui, ingéré, décuple la créativité de Walter dans le monde de l’Éveil – faisant du protagoniste moins un &lt;em&gt;marchand&lt;/em&gt; qu’un créateur. Le tout est de ne pas tomber à court de sable. Et de surmonter les nombreux périls de Dollywooh.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant au lecteur, il devra surmonter les nombreux écueils de ce roman afin d’en atteindre le terme. La plume n’est pas désagréable mais Anthelme Hauchecorne en fait trop (et gagnerait à suivre un stage chez Thomas Day). On mettra les phrases curieuses sur le dos de la fatigue («&amp;nbsp;Elle marchait à la verticale&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;sa victime tomba à la renverse, sans toutefois s’effondrer&amp;nbsp;»). Trop longue pour son propre bien, l’intrigue est trouée par quelques ellipses dignes d’une logique onirique mais pas d’un texte romanesque, et pas vraiment portée par ses personnages ou le cadre de son action (la description d’Hollywood est générique au possible&amp;nbsp;; Dollywooh ne s’avère guère plus qu’un décor de western ensablé). L’usage intensif des notes de bas de page s’avère horripilant et sans logique (pourquoi mettre une note pour détailler la filmographie de Terry Gilliam ou expliquer l’acronyme WASP et ne rien mettre pour Oz et Celephaïs&amp;nbsp;?). En fin de compte, après l’ixième note de bas de page expliquant encore l’évidence, seul l’agacement finit par prédominer. Tant pis, et mieux vaut oublier ce roman comme on oublie un songe mal ficelé après le café matinal.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr94-antiterre.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr94-antiterre.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’Anti-Terre&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jean-Pierre Laigle – Éditions L’Œil du Sphinx, coll. «&amp;nbsp;Les études du Dr Armitage&amp;nbsp;» n°&amp;nbsp;7 – juin 2018 (recueil d’articles inédit – 240 pp. GdF. 15&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On devait déjà à Jean-Pierre Laigle, sous le pseudonyme de Rémi Maure, une passionnante analyse des arches stellaires, qui fit sensation lors de sa publication en plusieurs parties dans la revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;. Il renouvelle ici cet exercice avec un ensemble d’articles sur des thématiques cosmiques, souvent tombées en désuétude de fait de l’avancée des sciences, même si certaines survivent, davantage sous forme symbolique que spéculative.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Anti-Terre&lt;/em&gt;,&amp;nbsp;» elle, n’a pas résisté aux avancées de l’exploration spatiale&amp;nbsp;: l’idée d’une planète invisible parce qu’à l’exact opposé de la nôtre, pronostiquée par Pythagore et réactualisée par les occultistes du XIXe siècle, a fait les beaux jours de la science-fiction des origines. Sans s’attarder sur les aspects scientifiques qui expliqueraient pourquoi l’évolution aurait suivi une trajectoire parallèle, voire en miroir, la thématique est un terrain de choix pour les utopistes, qui en profitent pour professer des idées sociales, avec des visions caricaturales donnant parfois dans l’humour simpliste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Vie dans la haute atmosphère selon la science-fiction&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» prolonge en quelque sorte le thème en faisant de l’air un troisième milieu habitable, après la terre et les océans. Peuplé de méduses et autres créatures volantes ou flottantes, il repose parfois sur un substrat pour le moins hasardeux comme une couche de gelée translucide ou un air solidifié par le froid à mesure qu’on s’élève. On y trouve aussi des civilisations avancées comme les Sarvants du &lt;strong&gt;Péril bleu&lt;/strong&gt; de Maurice Renard. D’abord considérés comme des milieux terrifiants, ces espaces deviennent des objets de conquête aux États-Unis. Encore aujourd’hui on peut trouver des survivances du thème dans les nuages intelligents ou l’atmosphère d’autres planètes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le même registre, l’exploration de terres creuses, de Jules Verne à Burroughs pour «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Pellucidar&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Les Autres Mondes concaves selon Edmund Halley et autres épigones&lt;/em&gt; &amp;nbsp;» s’étend aussi aux astéroïdes évidés ou aux mondes creux, ce qui en fait un thème encore vivace, essentiellement en BD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Allumeurs d’étoiles&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, plus tardif, voit l’homme agir sur le milieu stellaire. Qu’il s’agisse de rallumer le soleil qui se meurt au moyen de réactions nucléaires, ou bien la Lune, on est face à un thème prométhéen, mégalomaniaque et insouciant des dangers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;V&lt;em&gt;ulcain, le mythique monde inframercurien&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» dû à Urbain Le Verrier, avec au moins un prédécesseur, Restif de la Bretonne, est une autre planète irrationnelle sur le plan scientifique mais riche en potentialités symboliques, peu exploitée, malgré quelques résurgences contemporaines, dues à K. S. Robinson et à l’auteur du présent ouvrage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chaque chapitre est précédé de rappels mythologiques. Jean-Pierre Laigle ratisse large, des origines à nos jours, citant des contributeurs de toutes nationalités, avec autant d’auteurs connus de tous, de Doyle à Heinlein, que méconnus ou oubliés. Les romans, mais aussi les films et les bandes dessinées y sont résumés, présentés à l’aune de la rationalité scientifique, souvent pour pointer les défauts, mais avec une indéniable indulgence et un attachement pour ce type de récit. Tous analysent en guise de conclusion la portée du thème dans une perspective philosophique ou littéraire, et s’achèvent sur une bibliographie très détaillée. À la lecture de certains résumés, on salue le courage et la patience pour recenser une production parfois inepte. C’est finalement un hommage sincère au genre dans ce qu’il peut avoir de puéril et d’inabouti, et un excellent travail d’archive que propose Jean-Pierre Laigle dans cet ouvrage.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr94-magedebataille.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr94-magedebataille.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Mage de bataille T2&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Peter A. Flannery –Albin Michel Imaginaire – janvier 2019 (roman inédit traduit de l’anglais par Patrice Louinet – 576 pp. GdF. 25&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans la chronique du premier tome, on disait de &lt;strong&gt;Mage de Bataille&lt;/strong&gt; qu’il ne fallait guère en attendre la moindre originalité, Peter A. Flannery s’inscrivant dans une tradition durable (en voie rapide d’assèchement, pourrait-on dire aujourd’hui) du roman d’apprentissage dans un monde de fantasy héroïque. Si l’intrigue et ses révélations sont éminemment prévisibles, si les personnages, au demeurent bien travaillés, restent semblables aux cohortes des leurs qui peuplent les romans de fantasy depuis plusieurs décennies, on reconnaissait à Flannery sa compétence pour nous faire partager les doutes, les angoisses et les exploits de ses protagonistes, et nous scotcher à la lecture de ce tome par une écriture dynamique et immersive. Comme le présent tome n’est rien d’autre que la deuxième partie du gros roman publié en un seul pavé aux États-Unis, rien de surprenant donc à ce qu’on confirme ce statut dans cette chronique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire, bien évidemment, prend la suite directe du tome 1. On y retrouve Falco et les siens aux prises avec les Possédés et les Démons qui les gouvernent. La menace se précise, à tel point que le livre démarre sur la lutte de plusieurs Mages de bataille contre ces Démons, qui se conclut par la mort des défenseurs du monde libre. L’histoire est éclatée entre plusieurs lieux, et la lutte qui se concentre peu à peu implique de devoir gérer les distances entre les différents groupes de combattants. Flannery alterne ainsi la narration entre ses différents personnages. Ceci a pour effet de dynamiser encore plus l’intrigue, puisqu’aux actes de bravoure des combattants isolés se superpose un schéma plus global, géostratégique, de convergence. C’est bien évidemment assez classique en fantasy, tout tend à la fameuse bataille finale qui résoudra le sort du monde, mais Flannery se révèle assez doué pour orchestrer les événements, même si cela se fait au détriment de certains personnages qui voient leur temps d’apparition à l’écran diminuer drastiquement (ainsi, l’Émissaire, qui disparaît des ondes radar pendant de nombreuses pages au cœur du roman).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Flannery mène ainsi Falco Danté jusqu’au point culminant de son destin, quand le sort de son univers ne dépend plus que de lui, car tous les autres ont échoué. Falco saura se révéler plus forts que tous les Possédés réunis, que tous les Démons et que leur prince, le Marquis de la Douleur. Ce faisant, Falco mettra à jour certains agissements obscurs, et fera certaines révélations sur le passé. On me pardonnera de spoiler quelque peu l’intrigue, mais, à vrai dire, l’auteur lui-même l’avait déjà fait dès les premières pages de son roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, &lt;strong&gt;Mage de bataille&lt;/strong&gt; se révèle un parfait exemple de &lt;em&gt;Big Commercial Fantasy&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: certes loin d’un roman innovant et audacieux, il propose une lecture de pur divertissement, de celle qu’attend un lecteur de BCF. Contrat parfaitement rempli&amp;nbsp;: nul besoin de faire fonctionner les neurones à plein régime, il suffit de se laisser emporter, en reconnaissant à Peter A. Flannery un réel talent de conteur, lui qui s’acquitte de la tâche avec un vrai respect des codes du genre et visiblement un plaisir communicatif.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr94-hommesfrenetiques.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr94-hommesfrenetiques.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;hommesfrenetiques&quot;&gt;Les hommes frénétiques&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Ernest Pérochon – SNAG – avril 2019 (réédition – 196 pp. GdF. 18&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En 1968 (&lt;strong&gt;La nuit des temps&lt;/strong&gt;) et en 1943 ( &lt;strong&gt;Ravage&lt;/strong&gt;), René Barjavel racontait l’histoire de civilisations qui – malgré leur toute puissante maîtrise de la nature et de sources d’énergie aussi gratuites qu’illimitées – succombaient à l’ &lt;em&gt;hybris&lt;/em&gt; et s’effondraient dans le chaos d’une guerre terrifiante. Le premier avait été écrit dans un contexte menaçant, celui de l’équilibre de la terreur vieux de près de vingt ans&amp;nbsp;; le second l’avait été alors même que l’Europe râlait sous la botte nazie&amp;nbsp;: si l’on peut comprendre comment le contexte historique a conduit Barjavel à imaginer le passé déchirant de&lt;strong&gt;La nuit des temps&lt;/strong&gt; et l’atroce futur de &lt;strong&gt;Ravage&lt;/strong&gt;, il est plus difficile de concevoir comment Ernest Pérochon a pu – en 1925&amp;nbsp;! – imaginer les derniers jours de l’humanité telle que nous la connaissons. Le schéma qu’offre &lt;strong&gt;Les hommes frénétiques&lt;/strong&gt; est en effet si proche de ceux des deux romans cités plus haut que l’on ne remet pas en question le sous-titre qui figure sur la quatrième de couverture de cette édition&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt; le livre majeur d’anticipation qui a inspiré Barjavel&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», celui-ci ayant de toute évidence lu, compris et apprécié l’œuvre de Pérochon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les hommes frénétiques&lt;/strong&gt; dépeint une civilisation du futur lointain qui est elle-même issue des ruines de la nôtre&amp;nbsp;: Harrisson et Lygie – tous deux physiciens – sont les ultimes produits d’une culture née plusieurs siècles auparavant dans le chaos d’une guerre d’idéologies, de nations et de couleurs de peau. Ce conflit que Pérochon prévoit est censé ponctuer notre propre avenir et il est intéressant de le voir caractérisé par l’usage d’armes de destruction massive – biologiques et peut-être aussi nucléaires – vingt ans avant Hiroshima et Nagasaki&amp;nbsp;: la civilisation désunie de «&amp;nbsp; &lt;em&gt; l’ère chrétienne&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» ne s’en relève pas, ouvrant une ère nouvelle qualifiée d’universelle, fondée sur la coopération internationale et le repeuplement de la planète selon les lignes imaginaires que sont les méridiens et les parallèles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si chaque nouveau siècle apporte son lot de succès, la situation quand l’histoire commence est plus incertaine que jamais&amp;nbsp;: si Harrisson et Lygie sont sur le point de réaliser une découverte fondamentale et de mettre la clé des secrets de la nature dans la main de l’espèce humaine, celle-ci n’est pas adulte et le goût de certains de ses représentants pour le superflu, l’illusoire et le futile n’est jamais que le signe des dangers à venir. Cette brillante culture est en effet condamnée&amp;nbsp;: déchirée d’abord par des tensions d’ordre politique, elle redécouvre assez vite l’opposition idéologique, la partition en nations antagonistes et &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; la guerre à outrance, quitte à mettre au service de celle-ci le savoir acquis sans sagesse. Dans son récit d’une véritable guerre d’extermination, Pérochon semble faire le procès d’une espèce humaine qui renonce à sa propre conscience&amp;nbsp;: les coups que se portent les ennemis ne sont jamais mesurés – mais peuvent-ils l’être alors que le conflit s’ouvre pour des raisons idéologiques et religieuses périmées depuis des millénaires&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette peinture d’une humanité condamnée à sombrer par cycles dans la barbarie est en réalité prévisible dès les premiers développements de l’intrigue, la civilisation universelle restant stratifiée&amp;nbsp;: les propriétaires terriens et les classes aisées en général s’installent le long des méridiens alors que les travailleurs fonctionnaires le font le long des parallèles. La mise à disposition d’une science permettant de redéfinir les lois de la nature, et la source infinie d’énergie à la disposition des combattants, garantissent le caractère implacable de la sentence. Pérochon n’est pourtant pas tout à fait pessimiste&amp;nbsp;: la civilisation universelle est certes condamnée, mais la Terre ne l’est pas, et l’humanité ne l’est pas non plus même si tout devra être réinventé… de l’alliance avec l’animal domestique à la pensée abstraite elle-même&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est donc une pièce intéressante que le lecteur curieux pourra découvrir ici&amp;nbsp;: un roman bientôt centenaire qui semble – jusqu’à preuve du contraire – difficile à qualifier de rétrofuturiste… Bravo&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;Arnaud Brunet&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T’ien-Keou</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/03/01/T-ien-Keou" rel="alternate" type="text/html" title="T’ien-Keou" />
      <id>urn:md5:9cc5a96446d4fe8920b45e242e0123ba</id>
      <published>2019-03-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-04-03T17:30:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Laurent Genefort</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;genefort-tienkeou-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/genefort-tienkeou-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la parution de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/laurent-genefort/colonies&quot;&gt;Colonies&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, recueil de Laurent Genefort à paraître le 21 mars, le blog vous invite à embarquer dans la colonie spatiale de Guo, un vieil astéroïde évidé peuplé d'humains… et de dragons d'un genre tout particulier, également surnommés &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;T'ien-Keou&amp;nbsp;».&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Laurent Genefort, au sommaire du recueil &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/laurent-genefort/colonies&quot;&gt;&lt;strong&gt;Colonies&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/laurent-genefort/t-ien-keou&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; 31 mars 2019. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;genefort-tienkeou-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/genefort-tienkeou-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/rbabiera/24045966206/&quot;&gt;Rex Rabiera&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: Dragon Lantern (&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/&quot;&gt;CC BY 2.0&lt;/a&gt;)&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/02/21/Julius-Corentin-Acquefacques" rel="alternate" type="text/html" title="Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves" />
      <id>urn:md5:cee90e77b8f562f8816e2ab271b2c91a</id>
      <published>2019-02-21T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2019-02-21T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a près de trente ans, un héros apparaissait dans un monde urbain, oppressant, surpeuplé, où la seule échappatoire semblait le rêve (et encore…). Au travers de ses aventures oniriques faisant la part belle à l'absurde, il a bousculé les codes de la bande dessinée, donnant à celle-ci une dimension métaphysique pleine d'humour. Son nom&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Julius Corentin Acquefacques&lt;/strong&gt;. Son créateur&amp;nbsp;: le talentueux Marc-Antoine Mathieu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;À un moment, dans le cadre de cette série de billets navrants, je pensais évoquer James Bond histoire de faire judicieusement suite à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/10/08/Ijon-Tichy&quot;&gt;Ijon Tichy&lt;/a&gt;, agent très spécial en son genre. Puis m’est venue une meilleure idée&amp;nbsp;: Julius Corentin Acquefacques, qui, dans la communauté fermée des agents très spéciaux et apparentés, n’a pas à rougir. Comme il s’agit d’une BD en noir et blanc (pour l’essentiel), voilà qui n’est point difficile. Mais n’anticipons pas…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Julius Corentin Acquefacques est un personnage créé par Marc-Antoine Mathieu, bédéiste français qui a entrepris de repousser le médium BD hors de ses cases. Né en 1959, Marc-Antoine Mathieu publie sa première BD en 1988, &lt;strong&gt;Paris-Mâcon&lt;/strong&gt;, en collaboration avec son frère Jean-Luc Mathieu. Sa première création en solo n’est autre que l’objet de ce billet&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;Julius Corentin Acquefacques, prisonnier des rêves&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-julius.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-julius.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le héros a tout d’un individu lambda&amp;nbsp;: des yeux dissimulés derrière d’épaisses lunettes, un gros nez, de grosses lèvres, une tête aux cheveux gominés coiffée Ce nom est tout un programme&amp;nbsp;: Julius Corentin, cela donne J.C. en initiale – dénotant des intentions christiques –, et Acquefacques, c’est Kafka prononcé à l’envers. Et kafkaïen, l’univers que Marc-Antoine Mathieu met en place dans &lt;strong&gt;L’Origine&lt;/strong&gt;, titre lui aussi programmatique pour ce premier album, l’est bel et bien. À savoir&amp;nbsp;: un monde urbain, surpeuplé (mais par une population masculine uniquement), dessiné dans un noir et blanc contrasté à l’extrême — impossible de ne pas penser à Escher –, et dirigé par une bureaucratie omniprésente. On l’oublie souvent, les récits de Kafka sont plein d’humour – voici ce que disait son ami et exécuteur testamentaire Max Brod&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On percevait très distinctement cet humour lorsque Kafka lisait lui-même. Ainsi lorsqu’il fit entendre à ses amis – dont j’étais – le premier chapitre du &lt;strong&gt;Proc&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ès&lt;/strong&gt;, tous furent saisis d’un rire irrésistible, et lui-même riait tellement que par instants il ne pouvait continuer sa lecture.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De fait, Julius Corentin Acquefacques travaille au ministère de l’humour&amp;nbsp;: son travail consiste à «&amp;nbsp;mettre à jour le grand glossaire des blagues et incongruités&amp;nbsp;». Un job des plus sérieux. Le voisin de palier de JC, Hilarion Ozéclat, s’obstine à faire des blagounettes à base de « madame-monsieur ont un fils&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà pour le protagoniste et le cadre. Car ce cadre, Marc-Antoine Mathieu va l’exploser très vite. Littéralement. Et questionner son lecteur sur la nature même de la bande dessinée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Traditionnellement, qu’est-ce qu’une bande dessinée&amp;nbsp;? Une suite de cases sur des pages numérotées, que l’on lit dans l’ordre, racontant une histoire, avec un personnage principal. Un personnage censément inconscient de la nature fictive de l’histoire dans laquelle il évolue. Les conventions graphiques font que les dessins perpétuent des illusions&amp;nbsp;: celle de la troisième dimension sur un support bidimensionnel (sauf à se pencher de très, très près sur le papier, mais… considérons que le support est bel et bien &lt;em&gt;plat&lt;/em&gt;) et celle du mouvement (chaque case est un instantané, le mouvement se produit entre les cases). Cas particulier ici&amp;nbsp;: la BD est en noir et blanc (cela aura son importance).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Origine&lt;/strong&gt; (1990) nous présente donc Julius Corentin Acquefacques, tout d’abord au travers d’un rêve…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol1-p1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol1-p1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol1-p1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol1-p2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol1-p2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol1-p2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol1-p3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol1-p3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol1-p3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;… puis de son réveil et de son trajet jusqu’au ministère de l’humour. Les choses commencent à partir en vrille à partir de la page 11, lorsque Julius Corentin – mais appelons-le JC pour plus de facilité – ouvre son courrier&amp;nbsp;: quelqu’un lui a envoyé une lettre confidentielle, contenant… la page 4 du présent album, avec pour titre «&amp;nbsp;l’origine&amp;nbsp;». Origine&amp;nbsp;? Voilà un bien étrange mot, absent du dictionnaire. Par la suite, JC découvre une autre enveloppe, à n’ouvrir que le lendemain. Chose que fera JC, en compagnie des frères Dalenvert (nommés… Edmond et Sigismond), à la page 18. Dans ce courrier, JC et ses deux amis découvrent page 19 une planche, l’une montrant la page 18 – l’instant tout juste écoulé. Est-il alors possible de connaître l’avenir&amp;nbsp;? Plus tard, en compagnie de Igor Ouffe, directeur des recherches au ministère du même nom, JC va apprendre l’existence de la troisième dimension, ainsi que la possibilité théorique des anticases – à savoir un trou de matière dans une page. Une case en moins, en somme, possédant des propriétés particulières en matière de narration&amp;nbsp;: une anticase donne, suivant son sens, un aperçu du futur… ou bien une répétition du passé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol1-anticase.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol1-anticase.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol1-anticase_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette &lt;strong&gt;Origine&lt;/strong&gt; constitue une amusante entrée en matière, utilisant pleinement sa propre mise en abyme. Dans le monde réel – vous savez, celui en 3D et en couleur dont lequel nous évoluons –, cet album sera d’ailleurs récompensé par l’Alph-Art Coup de cœur du festival d’Angoulême.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme le fait remarquer JC dans le rêve qui introduit &lt;strong&gt;La Qu…&lt;/strong&gt; (1991), «&amp;nbsp;… car si la plupart des histoires se terminent par une chute, n’était-il pas logique qu’un nouvel épisode commençât par une attraction vers le haut&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Voilà donc JC et Hilarion en plein rêve partagé, qui se conclut par l’arrivée des deux rêveurs dans le monde réel. Comme tout rêve, celui-ci s’achève par une chute. La suite n’en sera que plus absurde. Jugé pour mésusage de son espace vital, JC est expulsé de la ville et découvre bientôt quelque chose qui pourrait s’apparenter à une conspiration&amp;nbsp;: la qu… Mais qu’est-ce la qu… &amp;nbsp;? Quelle question…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol2-qu.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol2-qu.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol2-qu_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette fois, Marc-Antoine Mathieu propose une aventure délirante, riche en rebondissements et en jeux de mots… sans oublier son objectif principal, celui de faire réfléchir le lecteur sur le médium de la bande dessinée. Après tout, les choses que l’on prend pour acquises ne le sont pas forcément&amp;nbsp;: rien n’est forcément &lt;em&gt;noir ou blanc&lt;/em&gt;. Dès ce deuxième album, Mathieu délaisse l’humour premier degré de &lt;strong&gt;L’Origine&lt;/strong&gt; et opte pour une verve plus absurde, faite de jeux de mots absurdes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Processus&lt;/strong&gt; (1993) approfondit l’univers absurde et onirique dans lequel évolue JC. Cette fois, notre héros est confronté à un double de lui-même décalé temporellement, et Marc-Antoine Mathieu s’en donne à cœur joie&amp;nbsp;: l’album est un nouveau festival de jeux de mot et d’inventivité, placé sous le signe de la spirale. On découvre un mode de transport vélocipédique pour s’épargner les bouchons humains, une bourse des valeurs humaines (la solidarité est en baisse avec 11 points en moins), et, surtout, tout un service administratif consacré aux rêves.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol3-spirale.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol3-spirale.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol3-spirale_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien entendu, une aventure de Julius Corentin Acquefacques n’en serait pas une s’il y manquait une réflexion sur le médium. En passant par le vortex reliant les pages 37 à 39, notre héros va littéralement sortir du cadre et arpenter les brouillons et pages définitives de cet album. Le procédé est malin, l’album une réussite, et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’il ait été récompensé par l’Alph’art du meilleur scénario à Angoulême en 1994.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’aurais aimé faire preuve d’un même enthousiasme concernant &lt;strong&gt;Le Début de la fin&lt;/strong&gt; (1995). Cette quatrième aventure voit notre rêveur chevronné passer de l’autre côté du miroir. À ce titre, la couverture est révélatrice&amp;nbsp;: d’un côté, l’album s’intitule &lt;strong&gt;Le Début de la fin&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; de l’autre, &lt;strong&gt;La Fin du début&lt;/strong&gt;. Comme les titres et le numéro en haut de chacune des couvertures l’indique, il convient donc de commencer la lecture par &lt;strong&gt;Le Début de la fin&lt;/strong&gt; et, à la moitié de l’album, le retourner pour en connaître le dénouement. Ou non.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol4-miroir.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol4-miroir.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol4-miroir_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue suit les démêlés de JC qui, à la suite d’un rêve impliquant une balade en canot dans l’océan de la nuit et une rencontre avec un lunaire individu, se retrouve à tout faire à l’envers&amp;nbsp;: dire l’inverse de ce qu’il pense, aller à reculons au lieu d’avancer, etc. Reflets et inversions caractérisent l’histoire, mais celle-ci s’achève en queue de poisson. Dans un genre moins &lt;em&gt;spéculatif&lt;/em&gt; mais tout aussi &lt;em&gt;symétriquement réfléchi&lt;/em&gt; , l’album &lt;strong&gt;Nogegon&lt;/strong&gt; (1990) de Luc et François Schuiten, bâti selon un palindrome, s’avérait bien plus réussi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol5.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Début de la fin&lt;/strong&gt; s’est révélé un titre quelque peu prémonitoire, puisqu’il a fallu neuf ans pour que Marc-Antoine Mathieu donne une suite aux aventures de JC. &lt;strong&gt;La 2,333&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; dimension&lt;/strong&gt; (2004), voilà un titre qui évoque les fractals et leurs fameuses «&amp;nbsp;dimensions fractales&amp;nbsp;», caractérisées par un nombre qui n’est pas un entier naturel. Mes compétences en mathématiques étant ce qu’elles sont, passons plutôt à la suite&amp;nbsp;: comme à l’accoutumée, l’album commence par Julius Corentin Acquefacques en train de rêver, ce rêve formant le chapitre 2 et les suivants. Dans ce rêve, la perspective — ce procédé, rappelons-le, permettant de donner l’illusion du volume et de la profondeur sur un support plat – est cassée, le point de fuite a disparu. En partant à sa recherche, JC va se retrouver chargé d’une mission ô combien périlleuse&amp;nbsp;: se rendre dans l’inframonde. Il y découvrira d’autres univers bédéistiques (l’occasion pour Marc-Antoine Mathieu de faire un clin d’œil à Lewis Trondheim, cofondateur de l’OuBaPo, et à François Schuiten)… avant de percer le secret de la troisième dimension, l’occasion pour le lecteur de chausser des lunettes 3D lors d’une superbe séquence.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol5-3D.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol5-3D.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol5-3D_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Cette 2,333&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; dimension s’avère sans conteste l’un des sommets de la série, si ce n'est &lt;em&gt;le&lt;/em&gt;sommet. (Peut-être mon jugement est-il un brin faussé par le fait qu'il s'agit de l'album avec lequel j'ai découvert la série.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol6b.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol6b.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Huit ans ans, Julius Corentin Acquefacques est revenu pour une sixième – et dernière jusqu’à présent – aventure. Enfin, «&amp;nbsp;revenu&amp;nbsp;», c’est vite dit&amp;nbsp;: JCA est pour ainsi dire absent du &lt;strong&gt;Décalage&lt;/strong&gt; (2013). À rêver trop vite, notre héros passe le mur du temps et se retrouve décalé par rapport à l’histoire que l’album était supposé raconté. Les personnages secondaires errent, désemparés, dans une aventure désormais sans sujet ni objet. Ils déambulent, bavardent de tout et de rien, dissertent sur le rien, mine de rien. Pourtant JCA est là, mais de manière fantomatique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol6-p47a.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol6-p47a.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol6-p47a_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol6-p47b.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol6-p47b.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol6-p47b_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Curieux objet bédéistique que cet album, aussi décalé que le scénario le veut&amp;nbsp;: la couverture cartonnée est estampillée page 7&amp;nbsp;; comme de juste, la première de couverture se retrouve vers la fin de l’album. Une fois refermé, ce Décalage laisse une drôle de sensation, un peu déçue, un peu amère.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-vol6-p13.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-vol6-p13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-vol6-p13_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui sait si Julius Corentin Acquefacques reviendra&amp;nbsp;? Peut-être restera-t-il à jamais prisonnier des rêves. Quoi qu’il en soit, Marc-Antoine Mathieu n’est pas resté inactif quand il ne s’occupait de son héros récurrent, sans jamais délaisser son style si particulier – noir et blanc très contrasté, avec intervention ponctuelle du gris, un dessin simple mais une profusion de détails, des scénarios volontiers conceptuels. Avec &lt;strong&gt;Mémoire Morte&lt;/strong&gt; (2000), le dessinateur a prolongé les univers oppressants de Julius Corentin Acquesfacques dans une cité apparemment infinie, où la mémoire disparaît. Rappelant les révélations méta-BD de JCA, &lt;strong&gt;Le Dessin&lt;/strong&gt; (2001) prend place dans le monde réel (ou quelque chose qui y ressemble)&amp;nbsp;; un homme se plonge dans le legs de son meilleur ami défunt, un amateur, et emporte avec lui un dessin apparemment innocent, qui va l’obnubiler plus que prévu. &lt;strong&gt;Dieu en personne&lt;/strong&gt; (2009) voit un individu prétendant être… eh bien, Dieu, bouleverser la société, quoique pas de la manière dont on l’imagine. &lt;strong&gt;3&quot;&lt;/strong&gt; (2011) propose de suivre le trajet d’un photon sur une durée de trois secondes&amp;nbsp;; au cours de ses bonds et rebonds sur des surfaces réfléchissantes, une intrigue se dessine… &lt;strong&gt;Sens&lt;/strong&gt; (2014) raconte le parcours initiatique d’un homme, avec sa silhouette et des flèches pour tout mode de narration. Plus récemment, &lt;strong&gt;Le Livre des Livres&lt;/strong&gt; (2017) propose des aplats de couvertures pour des livres inexistants – l’exercice va de pair avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum&quot;&gt; les livres inexistants de Stanislas Lem &lt;/a&gt; … mais je préfère Lem. Cela, pour les albums parus chez Delcourt&amp;nbsp;; Marc-Antoine Mathieu a également publié quelques albums chez L’Association, que je n’ai pas lus.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/jca-mam.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jca-mam.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.jca-mam_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Que Julius Corentin Acquefacques reviennent pour de nouvelles aventures ou non, on ne se privera pas de lire et relire les six albums déjà parus — l’ensemble est d’une qualité et d’une intelligence rares, invitant le lecteur à réfléchir sur le médium de la bande dessinée. (Certes, l’esprit chagrin pourra déplorer que, sur les six volumes, il y en ait deux plus faibles que les autres&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Début de la fin&lt;/strong&gt; ne menant vraiment nulle part et &lt;strong&gt;Le Décalage&lt;/strong&gt; patine – même si c’est précisément son sujet.) La mise en abyme&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;L’Origine&lt;/strong&gt;. La couleur&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;La Qu…&lt;/strong&gt;. La platitude d’une BD&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Le Processus&lt;/strong&gt;. Le sens de lecture&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Le Début de la fin&lt;/strong&gt;. L’illusion de la troisième dimension&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;La 2,333&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; dimension&lt;/strong&gt; . La nécessité d’un personnage principal&amp;nbsp;? Le travail sur la matière même de la page&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Le Décalage&lt;/strong&gt;. Cela, sans oublier le dessinateur, les brouillons, l’existence des autres bandes dessinées au sein d’un continuum…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec humour, Marc-Antoine Mathieu démonte les mécanismes de la BD et crée un univers labyrinthique et loufoque, onirique et oppressant. Chef d’œuvre, forcément.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’Origine (1990)&lt;br /&gt;
La Qu… (1991)&lt;br /&gt;
Le Processus (1993)&lt;br /&gt;
Le Début de la fin (1995)&lt;br /&gt;
La 2,333e dimension (2004)&lt;br /&gt;
Le Décalage (2013)&lt;br /&gt;
Tous les albums sont parus chez Delcourt&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Z comme Zero Population Growth</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/02/15/Z-comme-Zero-Population-Growth" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zero Population Growth" />
      <id>urn:md5:758b88fd35be5caa6a86510ec5fa3559</id>
      <published>2019-02-15T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-02-15T15:09:40+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/01/04/Q-comme-Quand-ton-cristal-mourra&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’Âge de cristal&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; proposait un univers dystopique prônant la fin de vie à 21 ans (30 dans le film, c’est neuf ans de gagnés). Petits joueurs. Et si la solution consistait à ne pas faire d’enfance&amp;nbsp;? À avoir une croissance démographique nulle&amp;nbsp;? C'est là le sujet de &lt;strong&gt;Zero Population Growth&lt;/strong&gt;, film dystopique oublié des années 70…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Population zéro [Zero Population Growth], Michael Campus (1972). Couleurs, 97 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Croissez et multipliez, qu'ils disaient. Ouais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand j’étais au collège, au doux milieu des années 90, nous étions plus de cinq milliards d’être humains (et moi et moi et moi) et je trouvais ce nombre déjà énorme. En près de vingt-ans, nous voici deux milliards de plus, et ça n’est pas prêt de diminuer tout de suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et si la solution était de rendre illégal le fait d’avoir des enfants&amp;nbsp;? Une décision qui ferait passer la Chine de la politique de l’enfant unique pour des petits joueurs. Un réalisateur américain, Michael Campus, a imaginé un tel postulat pour son premier film, &lt;em&gt;Z.P.G.&lt;/em&gt; alias &lt;em&gt;Zero Population Growth&lt;/em&gt; alias &lt;em&gt;Population zéro&lt;/em&gt;, sorti sur les écrans en 1972 – une année où la population humaine mondiale n’avait pas encore franchi les 4 milliards (mais le ferait deux ans plus tard).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre n’a rien d’innocent&amp;nbsp;: il s’agit là d’une référence directe au concept de «&amp;nbsp;population à croissance zéro&amp;nbsp;», développé par le sociologue Kingsley Davis en 1967&amp;nbsp;; il s’agit aussi du nom d’une association fondée en 1968 par Paul R. Ehrlich, auteur de l’ouvrage &lt;strong&gt;La Bombe P&lt;/strong&gt; — avec cet essai aux prévisions alarmistes quoique erronées (non, l’humanité n’a pas connu de famine globale dans les années 70-80), son auteur est tout de même parvenu à sensibiliser ses lecteurs aux dangers de la surpopulation. Paul R. Ehrlich a (aurait) un (grand) frère nommé Max Ehrlich, auteurs de polar et de SF, également scénariste de séries télé et de films&amp;nbsp;: c’est à Max Ehrlich que l’on doit le scénario de&lt;em&gt;Zero Population Growth&lt;/em&gt;, ainsi qu’un roman, &lt;strong&gt;Le Grand Décret&lt;/strong&gt; (paru en 1972 aux USA et l’année suivante en France), dont la trame ressemble fort à celle du présent film à en juger par les critiques répertoriées sur &lt;a href=&quot;https://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=5382&quot;&gt;nooSFere&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Imaginez le XXIe siècle, pas celui que nous connaissons&amp;nbsp;: la pollution du siècle précédent a engendré un smog permanent, impénétrable.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-bangkok.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-bangkok.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-bangkok_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Bangkok en janvier 2019 : la différence n'est pas frappante.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La nature a pour ainsi dire disparu&amp;nbsp;; une ville semble tout couvrir (mais c’est difficile de bien distinguer, parce que, hé, il y a du smog partout). Et la population, ayant monté en flèche, a contraint le gouvernement mondial à prendre une décision drastique&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«… because it has been agreed by the nations of the world that the earth can no longer sustain a continuously increasing population, as of today, the 1st of january, we join with all other nations of the world in the following edict&amp;nbsp;: childbearing is herewith forbidden.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pire&amp;nbsp;: toute personne ayant un bébé en cachette sera exécutée en public avec sa progéniture.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ce couple ne va pas faire long feu.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les couples qui ressentent trop le désir – impérieux – d’avoir un rejeton peuvent toujours opter pour l’adoption… d’une poupée. Si la technologie a fait des progrès pour mettre au point des drones haut-parleurs volants, elle piétine quand il s’agit de créer des androïdes convaincants&amp;nbsp;: les poupées robotiques n’atteignent même pas la Vallée dérangeante et se contentent juste d’être des poupées flippantes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour Carol (Geraldine Chaplin) et Russ (Oliver Reed), de telles poupées, c’est niet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Russ et Carol&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le couple travaille dans un musée dont le but est de montrer aux visiteurs ce à quoi ressemblait le siècle passé. On y trouve des renards empaillés, des poules empaillées, des lapins empaillés, des chats empaillés – vous avez saisi le topo concernant la biodiversité (ou, hum, son absence). Les seuls créatures vivantes exposées dans ce musée sont ces acteurs reproduisant les gestes d’antan, comme partager un repas&amp;nbsp;: Carol, Russ et un autre couple jouent à refaire les dîner entre amis. C’est toujours mieux que d’absorber ces pâtes colorées sans goût qui constituent l’essentiel de la nourriture de l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&amp;quot;&quot;&gt;« … et remplissez la terre; et l'assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur toute bête qui se meut sur la terre. » Le problème, c'est qu'il n'y a plus que des bestioles empaillées ensuite.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-z-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-z-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-z-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La joie incarnée.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les choses vont commencer à partir en vrille à partir du moment où Carol cèdera à son envie d’avoir un bébé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous un certain aspect, la chose s’avèrera plus simple que prévue. Néanmoins, fatalement, des complications surgiront (#TrustNoOne), qui obligeront Carol et Russ à quitter cet enfer vicié et enfumé… pour un paradis qui n’en est pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Zero Population Growth&lt;/em&gt; s’inscrit dans la tradition de films dystopiques des années 70&amp;nbsp;: on pourra le ranger aux côtés de &lt;em&gt;Soleil vert&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;L’Âge de cristal&lt;/em&gt; ou encore &lt;em&gt;THX 1138&lt;/em&gt;, avec lesquels il partage plusieurs motifs – un monde affecté par un désastre démographique et écologique&amp;nbsp;; une société fermée et rigide&amp;nbsp;; des héros contrevenants aux ordres et forcés de s’enfuir. La raison pour laquelle le statut de classique a échappé à ce film tient à plusieurs défauts véniels qui, combinés, font de &lt;em&gt;ZPG&lt;/em&gt; une déception.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ambiance brumeuse est réussie et ces scènes où l’on voit la ville plongée dans le smog, le visage de ses habitants couvert d’un masque à gaz, restent en tête… mais c’est à peu près tout. Ce smog masque efficacement le petit budget du film, rend l’atmosphère étouffante (sans trop de problème) mais ne fait pas grand-chose de plus. Il manque quelque chose de fort et qui marque (l’esthétique de &lt;em&gt;THX 1138&lt;/em&gt;, la révélation finale de &lt;em&gt;Soleil vert&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On trouve çà et là quelques idées de SF intéressantes&amp;nbsp;: des rendez-vous psychiatres par écran interposé, des cabines d’information surveillées (#WeAreWatchingYou), ces musées remplis d’animaux domestiques dorénavant disparus… L’idée de limitation de la population, pas exploitée dans ses retranchements, peine à convaincre&amp;nbsp;: ainsi, personne ne s’interroge du fossé générationnel qui va se créer (on apprend au détour d’une scène qu’il faudra attendre encore 22 ans avant de nouveaux bébés)&amp;nbsp;; le dogme de la croissance démographique nulle n’est pas vraiment questionné. L’aspect délétère du smog n’est pas non plus creusé (vu sa densité et sa permanence, tout le monde devrait crever de cancers du poumon). Sans compter que le film n’est pas exactement porté par ses acteurs&amp;nbsp;: Oliver Reed dans le rôle de Russ est d’un maussade à toute épreuve&amp;nbsp;; Geraldine Chaplin interprète Carol et, dans un registre plus larmoyant, s’en sort mieux&amp;nbsp;; dans le rôle des amis envieux, Edna Cilento et Don Gordon font le job plus que bien… mais cele ne suffit pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que le rythme est lent… trop. &lt;em&gt;ZPG&lt;/em&gt; semble anémié de bout en bout. Pourtant, son sujet aurait permis un traitement bien plus âpre, plus porté sur l’émotion – &lt;em&gt;ZPG&lt;/em&gt; n’en dégage aucune, et c’est dommage. Mettons cela sur le dos de la jeunesse du réalisateur, dont il s’agissait du premier long-métrage. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Récemment, &lt;a href=https://www.letemps.ch/sciences/paul-ehrlich-lhumanite-ferait-bien-revenir-15-milliard-dindividus&quot;&gt;Paul R. Ehrlich répétait&lt;/a&gt; que surpopulation et surconsommation sont néfastes. Évidemment, je ne peux de m’empêcher de penser aux propos de Peter Watts, quand je lui ai demandé s’il avait un conseil à adresser aux lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; en conclusion de l'interview du numéro 93 :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Pour commencer, aller vous faire stériliser. Si on est assez nombreux à le faire – ou même rien que les mâles –, on pourrait résoudre le problème en une génération.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et si Michael Campus n'était pas allé assez loin ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: le DVD se trouve aisément&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Y comme Yor, le chasseur du futur</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/02/12/Y-comme-Yor" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Yor, le chasseur du futur" />
      <id>urn:md5:9f90e5ee87d461d853cd8ffa1ce0df07</id>
      <published>2019-02-12T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-02-12T11:42:58+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bienvenue dans un âge farouche, arpenté par des hommes et des femmes revenus à la barbarie et vivant dans des cavernes. Un monde où des dinosaures rôdent derrière chaque rocher, un monde où l’homme est un loup pour l’homme. Ou un singe. Bienvenue dans &lt;em&gt;La Guerre du feu&lt;/em&gt; de demain. Bienvenue dans le monde de &lt;strong&gt;Yor, le chasseur du futur&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Yor, le chasseur du futur [Il Mondo di Yor], Anthony M. Dawson (1983). 220 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après la civilisation, que restera-t-il&amp;nbsp;? La barbarie&amp;nbsp;? C’est ce que semblait envisager le cinéma italien de science-fiction des années 80&amp;nbsp;: Enzo G. Castellari nous emmenait dès 1982 en l’an de grâce 2019 avec ses &lt;em&gt;Nouveaux Barbares&lt;/em&gt;, tandis qu’en 1984 Lucio Fulci nous projetait quelques décennies plus loin avec &lt;em&gt;2072, les mercenaires du futur&lt;/em&gt; et que Bruno Mattei nous faisait découvrir &lt;em&gt;Les Rats de Manhattan&lt;/em&gt;. Et en 1983, Anthony M. Dawson, alias Antonio Margheriti, nous… euh… Comment dire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reprenons aux origines. En 1909, J.H. Rosny aîné publie &lt;strong&gt;La Guerre du feu&lt;/strong&gt; et initie toute une tripotée de fantaisies préhistoriques. &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/02/12/Y-comme-Yor#&quot;&gt;Soixante-cinq ans plus tard&lt;span&gt;En 1974, bravo, vous savez compter.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;, le dessinateur argentin Juan Zanotto et le scénariste Ray Collins (alias Eugenio Zappatrio) se lançaient dans la publication de &lt;em&gt;Henga el cazador&lt;/em&gt;, série de BD située dans un Néolithique fantaisiste.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-henga.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-henga.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-henga_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Publiée et traduite en italien dès 1975, &lt;em&gt;Henga&lt;/em&gt; est devenu &lt;em&gt;Yor&lt;/em&gt;. Les choses auraient peut-être pu en rester là. Mais en 1982, John Milius a mis tout le monde d’accord avec &lt;em&gt;Conan le barbare&lt;/em&gt;. Comme tout succès, celui-ci a engendré différents succédanés… dont, à sa manière, une adaptation de &lt;em&gt;Yor&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le réalisateur italien Anthony M. Dawson avait œuvré dans bon nombre de genres&amp;nbsp;: la science-fiction (&lt;em&gt;Le Vainqueur de l’espace&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;La Planète des hommes perdus&lt;/em&gt;), le péplum (&lt;em&gt;Les Derniers Jours d’un empire&lt;/em&gt;), l’horreur ( &lt;em&gt;La Vierge de Nuremberg&lt;/em&gt;), l’espionnage (&lt;em&gt;Opération Goldman&lt;/em&gt; ), le western (&lt;em&gt;Avec Django, la mort est là&lt;/em&gt;), le fantastique (&lt;em&gt;Contronatura&lt;/em&gt;), l’adaptation de classiques de la littérature (&lt;em&gt;Les Hauts de Hurlevent&lt;/em&gt;), l’érotique ( &lt;em&gt;Les Mille et une nuits érotiques&lt;/em&gt;)… Alors pourquoi pas une fantaisie préhistorique&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’origine envisagé comme une mini-série, &lt;em&gt;Yor, le chasseur du futur&lt;/em&gt;, coproduction italo-turque, existe en fin de compte en trois versions&amp;nbsp;: la version ciné italienne (98 minutes), la version destinée au marché américain (89 minutes)… et la version télévisée longue de 4 heures. Comme on aime bien se faire mal dans ce navrant Abécédaire, c’est bien entendu la version longue qu’on a regardée. Toutes trois sont auréolées d’une réputation de nanar intersidéral. Alors, voyons voir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il ne faut préjuger, dit-on, et…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, d’accord, le générique donne le ton.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Q39f4YzK6sU&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Dx-F6VnLezM&quot;&gt;La version longue sans les images mais avec les paroles s'apprécie par ici.&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;Lost in the world of past&lt;br /&gt;
In the echo of ancient blast&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Yor's world!&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
There is a man from future&lt;br /&gt;
A man of mystery&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Yor's world!&lt;/em&gt;&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La suite&amp;nbsp;? Yor (Reb Brown), gambadant tranquillement à travers les montagnes, vient fort aimablement en aide à la jolie Ka-Laa (Corinne Cléry) et son mentor Pag (Luciano Pigozzi), quand ceux-ci sont attaqués par un dinosaure. À en juger par la queue hérissée de piques, c’est de toute évidence un stégosaure. Ah non&amp;nbsp;: quand il se retourne, il a la trogne d’un tricératops. S’agirait-il donc de cet animal mythique dont tout paléontologue bourré a dû rêver, le stupéfiant &lt;em&gt;stégocératops&lt;/em&gt;&amp;nbsp;???&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Voici l'inimitable Yor !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le stégo… le tricéra… bon, le dino, quoi.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Donc Yor fait des galipettes – roulade par ici, petit bond acrobatique par là – et massacre le stégoratops. S’abreuve à son sang, parce que, comme disait en substance un philosophe des siècles passés, ce que tu as tué te rends plus fort. Bref, dans la foulée, Yor a sauvé Ka-Laa. Invité du village d’où viennent Pag et la jeune femme, Yor ne se laisse pas attendrir pas cette dernière, il préfère boire et regarder les filles danser et s’interroger sur son passé («&amp;nbsp;Tu es le fils du feu tombé du ciel&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ka-Laa&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais lorsqu’une horde d’individus hirsutes et simiesques, mené par le hirsute et simiesque Ucan (Aytekin Akkaya) entreprennent d’attaquer les villageois, visiblement dans le but de voler à Yor son mystérieux pendentif fait dans un non moins mystérieux métal, notre héros n’a d’autre choix que de fuir avec Ka-Laa et Pag.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ucan&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img14.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img14_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ka-Laa et Pag&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le trio va ainsi voler d’aventure en aventure. Yor, blondinet costaud ignorant tout de son passé, veut connaître la vérité à ce sujet. Raison pour laquelle il délaisse un temps ses compagnons pour aller rendre une visite de courtoisie à la reine Roa (Ayshe Gul), souveraine du peuple des sables, blondinette comme lui. Auraient-ils un lien de parenté&amp;nbsp;? Bon, le peuple n’est pas très sympa, à l’inverse de Roa. Accompagnant Yor, la reine se découvre une ennemie en la personne de Ka-Laa, pas très ravie de se découvrir une rivale. Aux yeux de Pag, ça passe, hein&amp;nbsp;: osons la polygamie, affirme le vieil homme à demi-mots.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Yor et Roa&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pas de bol, Ucan et les siens débarquent, blessant Roa, qui meurt de façon pratique d’une bosse à la tête. Yor est un peu chagrin – «&amp;nbsp;Perché mio dio? &amp;nbsp;» s’écrie-t-il en levant les bras au ciel –, Ka-Laa un peu aussi. Pag est déçu, il n’y aura pas de plan à trois pour son ami Yor. Quand à Ucan, il est bien ennuyé, puisqu’il tombe dans une rivière et meurt aussitôt. L’eau, non seulement ça fait rouiller mais surtout ça tue.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ka-Laa cite Spock sans le savoir.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus tard, le trio sauve quelques gamins d’un dimétrodon géant, et arrive dans un village côtier. Le chef du village est assez jouasse que sa fille Tanita, 16 ans à tout casser, n’ait pas péri et se propose de l’offrir à Yor. Ce dernier dirait pas non, Pag non plus («&amp;nbsp;Hé, la polygamie, tu sais… &amp;nbsp;») mais Ka-Laa n’est pas très chaude. Ce qui est chaud, ce sont les flammes qui détruisent le village&amp;nbsp;: ses habitants ont eu la mauvaise idée de tuer un dieu – enfin, un type qui se faisait passer pour tel. Ni une ni deux, Yor, Pag et Ka-Laa embarquent à bord de la dernière barcasse du village, laissant les survivants pleurer parmi les ruines, et vont à la recherche du sanctuaire des dieux, quelque part au milieu de la mer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img13.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img13_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est là que &lt;em&gt;Yor, le chasseur du futur&lt;/em&gt; vire pleinement à la science-fiction, utilisant des tropes déjà vus mille fois&amp;nbsp;: les derniers représentants d’une civilisation technologique vivent sur une île lointaine, sous la coupe d’un Leader Suprême et de ses androïdes. Bien entendu, il y a des rebelles. Bien entendu, les gentils se retrouvent entre eux et les méchants meurent. Fin. Bien entendu, vous ne verrez rien des soucoupes volantes que tente de vous vendre l’affiche internationale.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On connaît tous la différence entre navet et nanar. Le premier est raté et sans saveur, et ne suscite guère que l’ennui. Le second est raté mais d’une si belle manière qu’il divertit. Et à ce titre-là, &lt;em&gt;Yor, le chasseur du futur&lt;/em&gt; en constitue un magnifique représentant. Tout dans ce téléfilm est foireux&amp;nbsp;: l’eurodisco ridicule du générique, le charisme de bulot de Yor (imaginez que Rocky du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; s’essaie à devenir Conan), les dinosaures, la chauve-souris géante parachute, les combats mous, le scénario inconséquent, les plans qui tentent de masquer l’utilisation intensive d’un même décor sous différents angles, le montage qui ne s’embarrasse pas de scrupule à diffuser le même plan à dix secondes d’intervalle… En somme, il est impossible de conserver longtemps son sérieux. Évidemment, quand une telle partie de plaisir dure quatre heures (techniquement, un peu moins si l’on compte les longs génériques de fin et le long résumé des épisodes précédents).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le sérieux, &lt;em&gt;Yor&lt;/em&gt; n’en a que faire, et c’est cela qui contribue notamment à rendre le téléfilm sympathique. On en appréciera les bourdes — ah, ces pagnes en peau de bête qui manquent de laisser voir l’entrejambes des acteurs, ou ces tuniques qui crient «&amp;nbsp;togliti i vestiti!&amp;nbsp;») – et les expressions inimitables de Reb Brown dans le rôle-titre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Coucou.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img08_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Je t'assure, chérie, ce n'est pas du tout ce que tu crois…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-y-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-y-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-y-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Alleeeez, Ka-Laa…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On appréciera aussi les beaux paysages désertiques de la Cappadoce. L’affiche française signée Druillet a beau essayer de muscler le truc – des nichons, de la barbarie, des cités cyclopéennes –, &lt;em&gt;Yor&lt;/em&gt; reste au ras des pâquerettes… même si l’on remarque un effort notable pour les deux dinosaures (ils sont grands). En revanche, le conseiller scientifique a été oublié au passage&amp;nbsp;: avec bienveillance, on mettra tout cela sur le dos de la vilaine radioactivité qui baigne le continent où évoluent Yor, Ka-Laa et Pag. (D’ailleurs, en matière de radioactivité et de streumons, lisez la rubrique «&amp;nbsp;Scientifiction&amp;nbsp;» du &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 93.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Les temps sont durs, les temps sont moches, et on aurait tort de se priver d’une telle tranche de rire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://https://archive.org/details/YorTheHunterFromTheFuture4HourItalianVersion&quot;&gt; Internet Archives est ton ami &lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: cela dépend des tolérances de chacun&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme X</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/02/08/X-comme-X" rel="alternate" type="text/html" title="X comme X" />
      <id>urn:md5:00d4246f5bd6dbaf0ffa4a94c054171b</id>
      <published>2019-02-08T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-02-08T13:29:27+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la recherche d'une lettre X adéquate, on se plonge dans l'écoute des six biographies musicales composées par Klaus Schulze pour son dixième album, logiquement intitulé &lt;strong&gt;X&lt;/strong&gt;. De Friedrich Nietzche à Heinrich von Kleist en passant par Frank Herbert, le musicien allemand y déploie le meilleur de lui-même…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;X, Klaus Schulze (Brain, 1978). 6 morceaux, 116 minutes (un peu plus sur les rééditions).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Trouver des œuvres dont le nom débute par X n’est, en temps normal, pas une partie de plaisir. En matière de musique, je dénombre cependant sept albums ayant pour titre la 24e lettre de l’alphabet&amp;nbsp;: Kylie Minogue, Ed Sheeran, INXS, Chris Brown, Def Leppard et Agnez Mo ont tous sorti un album titré &lt;em&gt;X&lt;/em&gt;. Klaus Schulze aussi. Or, on n’avait pas encore parlé de Klaus Schulze dans cet Abécédaire et c’est désolant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dixième album de ce que l’on qualifie volontiers de magicien des synthétiseurs, &lt;em&gt;X&lt;/em&gt; a toute sa place dans ce tour d’alphabet placé sous le signe du nombre 10. Cela, d’autant plus qu’il y a matière à dire au sujet de Schulze, prolifique musicien dont le dernier album en date, &lt;em&gt;Silhouettes&lt;/em&gt;, est sorti en 2018 (en toute discrétion, ai-je l’impression).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicien allemand né en 1947, Klaus Schulze a fondé le groupe Psych Free puis a participé aux débuts de Tangerine Dream. Bon, il fallait remplacer un batteur, ça tombait bien, il était là. Une brève participation qui se terminera peu avant la sortie du premier album de la bande menée par Edgar Froese, Schulze préférant voler de ses propres ailes plutôt que de les rogner. Avec Manuel Göttsching (dont j’avais évoqué le &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/05/E-comme-E2-E4&quot;&gt;E2-E4&lt;/a&gt;) et Harmut Enke, il fonde le groupe Ash-Ra Tempel, dans le but de créer une musique dépassant le cadre étriqué du rock… mais un groupe aussi peut représenter une structure étriquée. Il quitte ainsi Ash-Ra Tempel peu après la sortie du premier album en mars 1971. On est parfois mieux en solo. En août de l’année suivante, Schulze sort son premier disque, &lt;em&gt;Irrlicht&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;feu follet&amp;nbsp;» dans la langue de Jean-Michel Jarre), un disque réalisé sans le moindre synthé… Suivent &lt;em&gt;Cyborg&lt;/em&gt; (1973), ambitieux double album, &lt;em&gt;Blackdance&lt;/em&gt; (1974) et &lt;em&gt;Picture Music&lt;/em&gt; (1975), des disques envoûtants qui se caractérisent par leur travail sur l’ambiance et les textures plutôt que celui sur le rythme et les mélodies. Les choses changent avec les superbes &lt;em&gt;Timewind&lt;/em&gt; (1975) et &lt;em&gt;Moondawn&lt;/em&gt; (1976). D’une part, musicalement&amp;nbsp;; d’autre part, en termes de réception critique&amp;nbsp;: le succès et la reconnaissance arrivent enfin tous les deux. Les deux volumes de &lt;em&gt;Body Love&lt;/em&gt; (1977), bande-son pour le film pornographique éponyme de Lasse Braun (ne vous fiez pas à ce nom à consonances suédoises&amp;nbsp;: le réalisateur était italien), ont une approche (forcément) plus organique. Quant à &lt;em&gt;Mirage&lt;/em&gt; (1977 aussi – une bonne année qui a vu aussi la sortie de &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/em&gt; de David Bowie et les débuts des Talking Heads avec &lt;em&gt;‘77&lt;/em&gt;), c’est à mes &lt;s&gt; yeux &lt;/s&gt; oreilles un chef d’œuvre, à la puissance émotionnelle inégalée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que faire ensuite&amp;nbsp;? Oups, ça, c’est la question qui viendra en 1979, après la sortie de &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; (oui, comme le roman de Frank Herbert), et dont la réponse verra Schulze délaisser ses synthés analogiques pour adopter les synthés numériques, choix qui conduira à un changement radical de son.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-x-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-x-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais en 1978, Schulze décide tout simplement de voir les choses en grand&amp;nbsp;: son dixième album est double, et proposera sur ses quatre faces six « biographies musicales&amp;nbsp;». La pochette, un brin énigmatique, le montre au beau milieu de ses instruments&amp;nbsp;: sur l’image, la frontière entre le corps du musicien et ses instruments est floue, Schulze donnant l’impression de littéralement faire un avec ses synthés. Le dos de la pochette précise que notre musicien joue grosso modo de tout (Moog, Minimoog, Polymogg, Mellotron, ARP Odyssey…), à l’exception des percussions – ça, c’est Harald Grosskopf. Pochette qui indique aussi&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dieses Werk ist meinen ach so lieben Synthetizern gewidmet.&lt;br /&gt;
Cette œuvre est dédiée à mes synthétiseurs bien aimés.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans le livret accompagnant l’album, un Schulze reconnaissant se livre et y raconte brièvement sa dizaine d’années de carrière musicale – les albums, leur réception, les tournées, les collaborations. Un bref article de K.D. Mueller complète les propos de Schulze et se conclut par un extrait de l’interview du musicien&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Meine Musik entsteht nur aus meiner Empfindung heraus. Was zu hören ist, das sind meine Gedanken und Empfindungen, die ich zwar bearbeite und musikalisch gestalte, die ich aber nicht systematisiert habe.&lt;br /&gt;
Ce sont mes sensations qui donnent naissance à ma musique. Cela que l'on entend, ce sont mes pensées et mes sensations, que j'ai certes retravaillés et mis en forme musicalement mais que je n'ai pas systématisé.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Cela est bel et bon, mais &lt;em&gt;X&lt;/em&gt;, ça donne quoi&amp;nbsp;? &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Friedrich Nietzsche&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ouvre le disque. Bon, pas besoin de présenter l’auteur de cette célébrissime petite phrase «&amp;nbsp;Was mich nicht umbringt, macht mich stärker&amp;nbsp;» et de deux-trois autres trucs pas forcément idiots. On entend d’abord le souffle du vent, auquel se joint un chœur avant que le morceau n’aligne une rythmique trépidante qui va le porter au long de la vingtaine de minutes suivantes. Sur cette rythmique caracolante, Schulze va broder ses solos de synthés&amp;nbsp;; le résultat est puissant et emporte son auditeur avec lui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/SbpFi9axKDs&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la version originale de &lt;em&gt;X&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=fyPixnZggpU&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Georg Trakl&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; faisait 5’25&quot;&amp;nbsp;; sur la réédition en disque compact, le morceau complet atteint les 26 minutes et ça n’est pas un mal pour ce morceau dédié au poète austro-hongrois Georg Trakl. Représentant de l’expressionnisme (mouvement qui va au-delà de la seule peinture), Trakl meurt dans les premiers mois de la Première Guerre mondiale (suicide&amp;nbsp;?). Après l’enthousiasme de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Friedrich Nieztsche&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, ce deuxième morceau se montre plus mélancolique – en dépit d’une ligne de basse que l’on pourrait qualifier de sémillante – et sa sensibilité se fait élégiaque dans son dernier tiers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Est-il besoin de présenter l’auteur de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Frank Herbert&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; débute par un fracas. Rythme soutenu, synthés endiablés&amp;nbsp;: un sentiment d’urgence exaltée imprègne ce morceau – comme si on chevauchait Shaï Hulud à travers les sables d’Arrakis. Imparable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/krE5T57hFp4&quot; frameborder=&quot;0&quot; allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=TWRRQ-ehMiw&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Friedeman Bach&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; doit son nom au fils aîné de Jean-Sébastien B. Lui-même musicien, Wilhelm Friedeman est, des quatre fils Bach devenus musicien, celui qui eut le moins de succès – apparemment, parce qu’il marchait trop dans les pas de son père. Avec son rythme lourd et son ambiance empesée, le quatrième morceau de &lt;em&gt;X&lt;/em&gt; laisse facilement imaginer Wilhelm Friedeman Bach au crépuscule de sa vie. Au bout de cinq minutes arrive un violon, dont les quelques notes répétées inlassablement, vont apporter à ce titre un sentiment d’imminence&amp;nbsp;; autour, cordes, synthés et percussions s’agitent dans le manque le plus total de discipline. Il va se passer quelque chose mais &lt;em&gt;quoi&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième disque se fait plus planant, les deux morceaux qui le composent — une face chacun, logique – s’avèrent par conséquent plus amples. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HOz2PdjLSeM&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ludwig II von Bayern&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, consacré au souverain, prend son temps. La première moitié du morceau, portée par un orchestre lointain, alterne cacophonie et violon solitaire&amp;nbsp;; la seconde partie se recompose&amp;nbsp;: un chœur (bon, pour être exact, des synthés sonnant comme des chœurs) s’élève et déplace l’auditeur vers un terrain plus aérien… quitte à s’y égarer et s’y ennuyer un peu, avant que de lourdes percussions annoncent le mouvement final du morceau. Ces dernières minutes tendent au sublime, dans le sens romantique du terme. Majestueux, forcément. Et superbe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le livret, quelques pages de partition de ce morceau s’avèrent des plus intéressantes à observer, moins pour la partition elle-même (que je ne sais de toute façon pas lire) que pour les graphiques sur papier millimétré qui les surplombe et qui souligne la composante étonnamment visuelle des morceaux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-x-partition.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-x-partition.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-x-partition_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, Schulze réserve le meilleur pour la fin. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Heinrich von Kleist&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, dédié au dramaturge allemand, surprend, avec ses sonorités plus organiques. Le premier tiers (ce morceau frôle aussi la demi-heure) est un exercice de virtuosité orchestrale&amp;nbsp;; la deuxième partie, avec ses cordes lancinantes et hypnotiques, fait mine de marquer le pas avant que, dans la troisième partie, les percussions ne reviennent pour ramener l’auditeur vers de célestes hauteurs. Hypnotique, entêtant, ce dernier morceau tutoie l’excellence et termine &lt;em&gt;X&lt;/em&gt; de la façon la plus splendide qui soit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_K7JUTH18hc&quot; frameborder=&quot;0&quot; allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Atmosphérique, organique (quelle excellente idée que d’avoir samplé un orchestre), puissant et riche en émotions, &lt;em&gt;X&lt;/em&gt; a tout du chef d’œuvre accompli par un maître en pleine possession de ses moyens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Premier constat&amp;nbsp;: chez Schulze, plus c’est long, plus c’est bon ;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deuxième constat&amp;nbsp;: il n’y a pas beaucoup de femmes à avoir influencé l’ami Klaus ;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le choix des titres autorise la recherche de constantes&amp;nbsp;: on a ainsi deux personnalités du XVIIIe siècle (Bach et von Kleist), deux du XIXe (Nietzsche et Ludwig II) et deux du XXe (Trakl et Herbert)&amp;nbsp;; des six, un est anglophone (Herbert) et les autres germanophones&amp;nbsp;; six individus effectuant des activités variées… quoique relevant essentiellement des œuvres de l’esprit (un philosophe, un poète, un écrivain, un musicien et un dramaturge… sans oublier un souverain amateur des arts)&amp;nbsp;; un seul était encore en vie au moment de la sortie du disque (Herbert), les autres étant rarement décédés de vieillesse (Nietzsche&amp;nbsp;: syphilis&amp;nbsp;; Trakl&amp;nbsp;: possible suicide&amp;nbsp;; Ludwig II&amp;nbsp;: possible suicide&amp;nbsp;; von Kleist&amp;nbsp;: suicide&amp;nbsp;; seul Bach est mort de vieillesse mais pas vraiment au terme d’une existence remplie de joie et de bonheur). Schulze, fort heureusement, a échappé au sort fâcheux, de bon nombre de ces individus&amp;nbsp;: désormais septuagénaire, le musicien a gagné respect et reconnaissance. Le pire qu’on puisse lui souhaiter est de se retrouver un jour immortalisé de pareille manière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nein&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: nein&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: jawohl!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme The World Without Us</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/02/05/W-comme-The-World-Without-Us" rel="alternate" type="text/html" title="W comme The World Without Us" />
      <id>urn:md5:9d44bb762cc13d6b9e0f37d00e0dc0eb</id>
      <published>2019-02-05T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-02-05T11:34:44+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le dernier album en date de la chanteuse suédoise Stina Nordenstam, &lt;strong&gt;The World Is Saved&lt;/strong&gt;, est sorti il y a quinze ans. Voilà qui fait une bonne raison pour s'intéresser à ce disque précieux… ainsi qu'à deux-trois autres trucs enthousiasmants.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The World is saved, Stina Nordenstam (V2 Records, 2005). 11 morceaux, 42 minutes.&lt;br /&gt;
Homo Disparitus [The World Without Us], Alain Weisman, essai traduit de l’anglais [US] par Christophe Rosson. Flammarion, 2007 [2007], GdF. 352 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;The World Is Saved&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-w-saved.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelqu’un sait-il ce qu’est devenue Stina Nordenstam&amp;nbsp;? Cette chanteuse suédoise a débuté sa carrière avec le très tranquille et très jazzy &lt;em&gt;Memory of a color&lt;/em&gt; (1991). Lui a succédé &lt;em&gt;And She Closed Her Eyes&lt;/em&gt; en 1994, dans la même veine. Avec &lt;em&gt;Dynamite&lt;/em&gt;, Stina brisait (pardon, c’était facile) les codes et proposait un album plus âpre (dont la pochette plagie par anticipation et avec vingt ans d’avance celle de ★ de David Bowie). Constitué de reprises (Leonard Cohen, Prince, les Doors), &lt;em&gt;People are strange&lt;/em&gt; (1998) revenait à une pop plus accessible, et le superbe &lt;em&gt;This Is Stina Nordensta&lt;/em&gt;m (2001) aurait pu (aurait dû, avec un tel titre) signer le début de sa gloire. Marqué par deux excellents duos avec Brett Anderson, le chanteur à la voix aussi rocailleuse que suave de Suede (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HfHZAtkrNik&quot;&gt;«&amp;nbsp;Trainsurfing&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et surtout la doucereuse et inquiète &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=TxvLXN04WpU&quot;&gt;«&amp;nbsp;Keen Yellow Planet&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), &lt;em&gt;This Is Stina Nordenstam&lt;/em&gt; est un petit joyau de pop indie. Et en 2004, la chanteuse venue du froid a sorti &lt;em&gt;The World Is Saved&lt;/em&gt;, son dernier album à ce jour.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Take it from me&lt;br /&gt;
The world is saved&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=8hz5xcWlmTQ&quot;&gt;Le monde est sauvé&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: il ne reste plus qu’à disparaître.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Longtemps, le site web de Stina Nordenstam a indiqué «&amp;nbsp;en construction&amp;nbsp;», mais il ne renvoie vers plus rien… Sa page Facebook, active sporadiquement en août 2011 et juillet 2014, n’a rien affiché de nouveau depuis longtemps – et n’affichait pas autre chose que des liens Youtube vers les chansons. Le dernier lien en date renvoie vers &lt;em&gt;Memories of a colour&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; l’avant-dernier vers la chanson issue de l’album &lt;em&gt;And She Closed Her Eyes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;So This Is Goodbye&amp;nbsp;». Bon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En vrai, le monde n’est pas encore sauvé, et le dernier album (en date&amp;nbsp;?) de Stina Nordenstam n’est pas vraiment le sujet de ce billet. Après après avoir parlé de fin de monde &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/15/F-comme-La-Fin-du-reve&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/29/J-comme-Le-Jour-ou-la-Terre-prit-feu&quot;&gt; là&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/13/N-comme-No-Blade-of-Grass&quot;&gt; là aussi&lt;/a&gt; et même &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/01/15/T-comme-Top-Ten-Hits-of-the-End-of-the-World&quot;&gt; là&lt;/a&gt;, continuer sur une lignée désastreuse me paraît de bon aloi. Mais écoutez ce disque quand même, il est réconfortant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le moins que l’on puisse dire est que &lt;em&gt;Homo sapiens&lt;/em&gt; fiche la pagaille sur Terre – et pas qu’un peu –, au point que l’on parle désormais d’anthropocène pour désigner l’ère géologique en cours, où les altérations apportées par l’humain à son environnement sont visibles. Au hasard&amp;nbsp;: on pense souvent aux rizières ou à ces horreurs que sont les mines à ciel ouvert, mais il ne faudrait pas oublier les innombrables &lt;a href=&quot;http://https/newatlas.com/age-chicken/57640/&quot;&gt; ossements de poulets&lt;/a&gt;… ou même l’atmosphère, considérer comme objet géologique, dont la teneur en CO2 a augmenté (mais je n’apprends rien à personne). Il en est pour prôner l’extinction à plus ou moins court terme de l’humanité (&lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_pour_l%27extinction_volontaire_de_l%27humanit%C3%A9&quot;&gt;un exemple&lt;/a&gt;, on va y revenir), via l’anti-natalisme… Que se passerait-il si ces vœux de disparition étaient exaucés &lt;em&gt;maintenant&lt;/em&gt; – si l’humanité disparaissait, disons, &lt;em&gt;demain&lt;/em&gt;. C’est là une intéressante expérience de pensée, et c’est surtout le sujet de &lt;strong&gt;Homo Disparitus&lt;/strong&gt; (que j’ai lu en VO, d’où sa présence à W et non à H, lettre déjà occupée par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/22/H-comme-L-Horloge-du-long-maintenant&quot;&gt; un autre essai&lt;/a&gt; pas moins intéressant).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;A generation ago, humans eluded nuclear annihilation; with luck, we’ll continue to dodge that and other mass terrors. But now we often find ourselves asking whether inadvertently we’ve poisoned or parboiled the planet, ourselves included. We’ve also used and abused water and soil so that there’s a lot less of each, and trampled thousands of species that probably aren’t coming back. Our world, some respected voices warn, could one day degenerate into something resembling a vacant lot, where crows and rats scuttle among weeds, preying on each other. If it comes to that, at what point would things have gone so far that, for all our vaunted superior intelligence, we’re not among the hardy survivors?&lt;br /&gt;
[…]&lt;br /&gt;
So, let us try a creative experiment: Suppose that the worst has happened. Human extinction is a fait accompli.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À la manière du narrateur d’un documentaire sur Arte, Alain Weisman développe cette expérience de pensée, la pousse dans ses retranchements logiques, et, comme le livre concerne la Terre, son passé, son présent, et son devenir, nous emmène de part et d’autres du globe terrestre, à différents points névralgiques, des summums de la modernité aux zones les plus sauvages, des endroits où l’hubris humaine est la plus criante à ces choses qui nous survivront… un certain temps.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Homo Disparitus&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-w-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs constats se dessinent à la lecture de l’ouvrage. D’une part, les zones à peu près intactes, préservées dans un état à peu près premier, sont rares. Weisman nous emmène ainsi dans la forêt de Białowieża, située à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie&amp;nbsp;; c’est là l’un des derniers représentants de l’immense forêt qui couvrait l’Europe avant que les humains n’entreprennent de la défricher. En matière de forêt primaire, on ne fait pas mieux… mais cette zone reste en danger, en dépit des tentatives faites pour la protéger. Est-ce que l’Europe retournerait à cet état si nous disparaissions demain&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quid des animaux&amp;nbsp;? Depuis les débuts d’&lt;em&gt;homo sapiens&lt;/em&gt;, la mégafaune a pris cher… mais pas partout. Aux Amériques, en Nouvelle-Zélande et tous les autres endroits isolés où l’humain est arrivé tardivement, les grands animaux ont disparu très vite, chassés jusqu’à l’extinction. En revanche, en Afrique, lions, girafes, éléphants n’ont pas été (encore) entièrement décimé, sûrement parce qu’ils ont évolué en même temps qu’homo sp. et ont appris à reconnaître sa dangerosité. Pour Weisman et ses interlocuteurs, il ne fait guère de doute que la faune prospèrerait vite à nouveau en l’absence d’humains. Le seul &lt;em&gt;caveat&lt;/em&gt; vient du fait que, en Afrique tout particulièrement, ces poches de vie sauvage sont séparées les unes des autres, ce qui conduit à l’appauvrissement du stock génétique et à un écosystème bancal. Weisman dresse aussi un constat assez moche&amp;nbsp;: bon nombre de réserves naturelles (du moins aux USA) sont situées sur des sites d’enfouissements de déchets dégueulasses. Mais, hé, de quoi se plaint-on&amp;nbsp;: faune et flore donnent l’impression de prospérer. &lt;em&gt;Impression&lt;/em&gt; est le terme à retenir. Sans oublier les espèces invasives, parfois importées pour des raisons qui nous apparaissent aujourd’hui d’une imbécillité inouïe (tel l’étourneau sansonnet, introduit aux USA parce qu’un type s’est dit que ce serait vachement plus cool si Central Park abritait toutes les espèces d’oiseaux mentionnées par Shakespeare).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;This may sound blasphemous, but maintaining biodiversity is less important than maintaining a functioning ecosystem.&amp;nbsp;» Chuck Peters&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Que faut-il faire&amp;nbsp;? Plus haut, j’évoquais l’anti-natalisme. Weisman rapporte ainsi les propos du fondateur du Mouvement pour l’Extinction Volontaire de l’Humanité (le nom est assez programmatique, non&amp;nbsp;?), Les Knight, lequel tâche de montrer le bon côté des choses&amp;nbsp;: au bout de cinq ans, finie, la mortalité infantile&amp;nbsp;; au bout de vingt, adieu la délinquance juvénile.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The last humans could enjoy their final sunsets peacefully, knowing they have returned the planet as close as possible to the Garden of Eden.&amp;nbsp;» Les Knight&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Certes, mais il faudrait prendre soin de nettoyer aussi toutes les merdes que les humains ont semé derrière eux. Les villes&amp;nbsp;? Elles ne dureront guère. L’auteur nous emmène à New York&amp;nbsp;: en matière de zone urbanisée, bétonnée à l’excès, là aussi on ne fait pas mieux. Pourtant, l’île de Manhattan est en sursis permanent&amp;nbsp;: s’il n’y avait les pompes pour garder le métro au sec (car où l’eau peut aller sur une île essentiellement couverte de surfaces non-absorbantes), la situation deviendrait vite critique. Avec le travail de sape de l’eau (notamment via le gel), les bâtiments s’abîmeraient vite et il ne s’en faudrait que de quelques mois avant qu’ils ne deviennent la proie d’incendies (les papiers et les feuilles mortes, ça brûle si vite). Ailleurs, c’est pareil. Les constructions les plus récentes ne dureraient guère, car pas vraiment bâties pour résister à l’usure du temps. En revanche, les édifices plus anciens, faits de pierre, resteraient plus longtemps en place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a tout le reste&amp;nbsp;: le plastique («&amp;nbsp;The long-term prognosis for plastic […] is exactly that: long-term.&amp;nbsp;») et autres polymères, qui, sous l’action des rayons UV, se désintègrent assez vite – ballot pour tous ceux enfouis dans les abysses, ça va rester là un petit bout de temps. Sans oublier les centrales nucléaires et leurs déchets. Les centrales, au nombre de 441 quand le livre est sorti (450 en 2016 d’après &lt;a href=&quot;http://https/www.euronuclear.org/info/encyclopedia/n/nuclear-power-plant-world-wide.htm&quot;&gt; ce rapport&lt;/a&gt;, avec la France en 2e position du nombre de centrales), dont il faudra bien stocker les déchets – des joyeusetés dont la demi-vie peut s’avérer bien plus longue que les 10 000 ans envisagés par l’administration US pour son site WIPP (Waste Isolation Pilot Plant) au Nouveau-Mexique. Dans l’essai &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/30/Y-comme-Yucca-Mountain&quot;&gt; &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, John D’Agata évoquait les difficultés représentées par cette entreprise&amp;nbsp;: s’assurer que personne ne s’en approche pendant les prochains milliers d’années, et éviter que l’endroit en question ne fuie. (Lisez &lt;strong&gt;[Anat&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;èm]&lt;/strong&gt; au passage, Neal Stephenson a un avis sur la question.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que restera-t-il des humains au bout du compte&amp;nbsp;? Des composés chimiques quasi-inaltérables. Des paysages altérés (comme ces montagnes aux sommets arrasés dans les Appalaches&amp;nbsp;: pour récupérer le charbon, c’est plus simple…). Les visages du Mont Rushmore et les pyramides d’Égypte, qui s’éroderont mais dureront encore un petit bout de temps. Des bouts de céramique, matériau très résistant, ou les statues de bronze (sauf si elles ont été coulées dans l’intervalle). Il restera aussi, pour quelques milliards d’années, ces sondes envoyées dans l’espace interstellaire, portant quelque mémento de l’humanité&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Pioneer 10&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/02/01/V-comme-Voyager-Golden-Record&quot;&gt; &lt;em&gt;Voyager 1&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;2&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; … Weisman omet les sondes et appareillages scientifiques abandonnées sur la Lune ou Mars&amp;nbsp;: eux aussi dureront un certain temps, jusqu’à ce que l’érosion et/ou les micro-météorites aient raison d’eux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;The World Without Us&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-w-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Homo Disparitus&lt;/strong&gt; est sorti en 2007&amp;nbsp;: c’est peu dire qu’en une douzaine d’années, les constats émis par les scientifiques – climatologues, biologistes, etc. — sont de plus en plus alarmants. À chaque jour qui passe, sa mauvaise nouvelle. Les bonnes, il y en a, mais leur impact semble dérisoires. Bref. Les visions d’une nature à peu près restaurée, sans humains, que nous propose Alan Weisman s’avèrent fascinantes. En parallèle, le portrait qui se dessine de l’humanité, au travers des entretiens et des réflexions, n’est guère flatteur. Pourtant, Weisman ne verse pas dans une approche méchamment moralisatrice ou dans un pathos outrancier – la nature, même altérée, s’en sortira très bien sans nous, merci pour elle. Le ton est sobre, ce qui le rend d’autant plus efficace. Et la lecture de l’ouvrage s’avère des plus enrichissantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En guise de conclusion, on voit parfois passer sur les réseaux sociaux cette image&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Le monde il est sauvé&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-w-paradis.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Oui, certes, la disparition des abeilles – qui ne sont pas les seuls insectes pollinisateurs – serait catastrophique pour les plantes et les animaux (dont les humains). Mais mais la partie inférieure de l’image enjolive les choses&amp;nbsp;: il faudrait sûrement retirer les rhinos, les éléphants, les girafes et les aras de l'illustration, y mettre plein de déchets (pneus, plastiques, sans oublier de signifier d'une manière ou d'une autre tous les trucs invisibles, genre radiations – quel est le con qui a oublié d'éteindre la dernière centrale nucléaire&amp;nbsp;?) et rajouter des espèces invasives pour faire bonne mesure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme Voyager Golden Record</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/02/01/V-comme-Voyager-Golden-Record" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Voyager Golden Record" />
      <id>urn:md5:d9c04810fd5c330479117828c4d5d122</id>
      <published>2019-02-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-02-01T12:39:35+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour son 300&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; billet, l'Abécédaire file vers les confins du Système solaire — et même au-delà —, à l'écoute du &lt;strong&gt;Voyager Golden Record&lt;/strong&gt;, ce disque d'or imaginé par Carl Sagan et fixé sur les sondes &lt;em&gt;Voyager 1 &amp;amp; 2&lt;/em&gt;. Une capsule temporelle à destination des extraterrestres… mais aussi à nous-mêmes.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Voyager Golden Record, VA (NASA, 1977). 90 minutes.&lt;br /&gt;
Murmurs of Earth – The Voyager Interstellar Record, Carl Sagan, F.D. Drake, Ann Druyan, Timothy Ferris, Jon Lomber, Linda Salzman Sagan. Ballantine Books [1978], 273 pp. GdF.&lt;br /&gt;
The Farthest, Emer Reynolds (2017). 90 minutes (ou 121, suivant les versions), couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;“To the makers of music—all worlds, all times.”&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Que restera-t-il de l’humanité sur Terre dans dix ou cent mille ans&amp;nbsp;? Un million d’années&amp;nbsp;? Difficile à savoir… Mon optimisme inné m’incite à dire&amp;nbsp;: pas grand-chose si ce n’est un tas de pollution, et peut-être quelques capsules temporelles laissées par des gens des XXe et XXIe siècles. Mais voici une autre question&amp;nbsp;: que restera-t-il de l’humanité dans l’espace&amp;nbsp;? La réponse est plus aisée&amp;nbsp;: des émissions radio, se diffusant à la vitesse de la lumière dans une sphère de plus en plus vaste, et quelques sondes se traînant à travers l’espace interstellaire. Une poignée d’entre elles arborent ce qu’on pourrait appeler des souvenirs de l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Voyager&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-v-voyager_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour la sonde &lt;em&gt;Pioneer 10&lt;/em&gt; (prochaine étape&amp;nbsp;: Aldébaran, dans deux millions d’années), lancée en 1972, c’est une plaque en aluminium dorée, représentant un couple d’humains, la sonde en question, le Système solaire et une poignée d’autres informations utiles. Cette plaque figure à l’initiative de l’astronome Carl Sagan – vulgarisateur scientifique pour qui j’éprouve une certaine admiration – de son épouse d’alors Linda Salzmann et d’Eric Burgess. Quelques esprits chagrins se sont plaints&amp;nbsp;: pensez-vous, le couple représenté sur la plaque est nu&amp;nbsp;! Ça ne se fait pas d’envoyer du porno dans l’espace&amp;nbsp;! Oh, et pourquoi l’homme lève la main et pourquoi la femme a l’air soumise&amp;nbsp;? Et révéler la position de la Terre à partir de la fréquence de pulsars, est-ce une si bonne idée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Pioneer&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-v-pioneer.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cinq ans après le lancement de &lt;em&gt;Pioneer 10&lt;/em&gt;, Sagan a remis le couvert avec les deux sondes &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt;. À l’origine, il envisageait seulement une «&amp;nbsp;modeste extension&amp;nbsp;» de la plaque de &lt;em&gt;Pioneer&lt;/em&gt;, a fait appel à un petit groupe de scientifiques… et d’auteurs de SF (Asimov, Clarke, Heinlein). De loin en loin, l’extension a pris une autre ampleur. Ce disque, c’est d’ailleurs que l’on retient surtout maintenant, au-delà de l’aspect scientifique de la mission&amp;nbsp;: son côté mémento&amp;nbsp;: les deux sondes portent toutes deux sur le flanc un même disque d’or et un appareil pour le lire. De l’or, nullement par préciosité mais parce qu’il s’agit d’un métal inaltérable et susceptible de rester tel quel jusqu’à ce que quelqu’un (ou quelque chose) le trouve – peut-être, un jour, dans très longtemps.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;VGR&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-v-disc_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le couvercle du disque comporte quelques schémas, qu’il vaut mieux être extraterrestre pour comprendre. Ou avoir été l’un des instigateurs du truc. Pour l’humain lambda (l’auteur de ces lignes, par exemple), ça ne veut pas dire grand-chose. On se heurte ici à l’un des problèmes incontournables (et incontourné) de la communication&amp;nbsp;: comment se faire comprendre de créatures potentiellement très différentes de l’humain (même si le seul fait d’être vivant devrait comporter quelques invariants… sans compter les maths, qu’on peut supposer universelles) – Frédéric Landragin et Roland Lehoucq abordaient la question de l’astrolinguistique dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 92.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous le couvercle, un disque d’or donc, dont les deux faces comprennent images et sons. L’ouvrage collectif &lt;strong&gt;Murmurs of Earth&lt;/strong&gt;, publié sous la direction de Carl Sagan, revient sur cette entreprise.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Voyager&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-v-murmurs.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l’article introductif «&amp;nbsp;For Future Times and Beings&amp;nbsp;», Carl Sagan raconte la genèse du projet&amp;nbsp;: pourquoi ne pas profiter de l’occasion de lancer un objet vers les confins du Système solaire pour y ajouter un petit souvenir de l’humanité. Sagan avait bien compris l’importance de la communication et du fait de nourrir la part de rêve qui sommeille en chacun de soi. Et la capsule temporelle qu’est le &lt;em&gt;Voyager Golden Record&lt;/em&gt; en relève totalement. Si l’idée a jailli fin 1976, sa mise en œuvre a pris l’essentiel de l’année 1977, avec de longs et exaspérants moments d’attente et de discussions avec les uns et les autres. Tractations et compromis&amp;nbsp;: ok, personne à poil sur les images&amp;nbsp;; ok, il y aura le son d’un bisou mais le plus chaste possible&amp;nbsp;; ok, on met un speech du Secrétaire de l’ONU… mais ne faut-il pas ajouter un discours du Président des USA&amp;nbsp;? Ah, et les membres de la Chambre des Représentants veulent aussi avoir leur mot à dire… Et pourquoi pas des chants de baleines&amp;nbsp;? Cela, tout en essayant d’être le plus universel possible dans le choix des informations présentées sur le disque, en dépit des biais inévitables et des disponibilités des uns ou des autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Frank «&amp;nbsp;J’ai une équation à mon nom&amp;nbsp;» Drake expose les difficultés à concevoir un message visuel intelligible. Ayant participé au message lancé depuis le radiotélescope à destination de l’Amas d’Hercule, le bonhomme sait de quoi il parle. Les différents messages codés qu’il cite m’ont tous paru partiellement abscons… mais je ne suis pas le destinataire, et, avec un peu de chance, les civilisations spatiopérégrines ressemblent à celles que Greg Egan évoque dans &lt;strong&gt;Diaspora&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Incandescence&lt;/strong&gt;, à savoir des individus entièrement tournés vers la science et la connaissance, pour qui un tel message serait un amusant casse-tête à résoudre pour passer le temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le peintre Jon Lomberg détaille le choix des images dans «&amp;nbsp;Pictures of Earth&amp;nbsp;». Au total, 116 clichés figurent sur le VGR et on peut les admirer &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/02/01/&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;. Lomberg aborde plusieurs aspects, parfois techniques – comment faire rentrer 116 images sur un disque a priori audio&amp;nbsp;? –, parfois culturels. La principale difficulté du projet était d’être universel&amp;nbsp;: représenter la Terre, sa flore et sa faune, les humains, dans leur ensemble et ce qu’ils ont (enfin, les humains surtout) de plus noble. Sans pour autant fanfaronner (pas d’explosion nucléaire). Et sans oublier d’être clair et compréhensible. Lomberg explique également l’absence d’œuvres d’art (autre que la musique), personne ne se sentant assez compétent pour effectuer une sélection éclairée. De la même manière, rien de religieux&amp;nbsp;: il fallait représenter toutes les religions ou aucune, et vu la place restreinte… ce fut aucune.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Images VGR&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-v-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Images VGR&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-v-img2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Sur Terre, on bouffe rien que des glaces et des sandwiches, et c'est &lt;em&gt;comme ça&lt;/em&gt; que l'on boit !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Images VGR&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-v-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec «&amp;nbsp;The Sounds of Earth&amp;nbsp;», Ann Druyan (future épouse de Sagan au moment de la publication) expose une problématique similaire, orientée vers les bruits les plus représentatifs de notre monde. «&amp;nbsp;Sounds of Earth&amp;nbsp;», ce sont… des sons terrestres. Ou pas, pour commencer&amp;nbsp;: il s’agit de la musique des sphères, ou plus exactement de la traduction en son de la vélocité des planètes, par l’intermédiaire des équations mises au point par Kepeler. Un grondement d’orage, le son de la pluie, des cris d’animaux, des oiseaux qui pépient, un téléphone qui sonne, une scie qui scie et un marteau qui martèle, une séquence en Morse au message significatif, le décollage d’une fusée, etc. Tout cela s’enchaîne dans une succession cohérente, allant du spatial au minéral puis au vivant. Néanmoins, bon courage à l’alien qui décodera cela. Sans aller jusqu’au cliché du Bug Eyed Monster qui interprètera ces sons comme une déclaration de guerre, certains invariants (ou supposés tels&amp;nbsp;: la pluie, l’orage) permettent de deviner qu’il s’agit de simples sons et non d’un langage, mais… bon courage quand même. Cela d’autant plus que les images, sur le disque, ne figurent pas à côté des sons. (Impossible de ne pas penser aux araignées intelligentes de &lt;strong&gt;Dans la toile du temps&lt;/strong&gt; d’Adrian Tchaikovsky, qui, face à leur premier humain, ne parviennent pas à communiquer avec lui… tout simplement parce qu’elles sont sourdes comme des pots.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tkxP-9BEc8E&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre les deux précédents chapitres se glisse «&amp;nbsp;A Voyager’s Greetings», bref article de Linda Salzman Sagan qui revient sur la quête des salutations. Là encore, à juste titre, la question de l’universalisme du VGR&amp;nbsp;: trouver le plus de locuteurs différents, et leur demander de saluer l’éventuel auditeur du disque. Ces salutations prononcées en cinquante-cinq langues humaines ont quelque chose plus touchant, dans leur naïveté (à ce titre, la salutation en turc me plaît beaucoup). À noter la présence de Nick Sagan, le fils de Carl, en dernière position.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/bVgZIhotpSs&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Voyager’s Music&amp;nbsp;» de Timothy Ferris (&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/02/01/V-comme-Voyager-Golden-Record#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;fiancé à ce moment-là à Ann Druyan&lt;span&gt;Toi aussi découvre avec le VGR les histoires de cœur de Carl Sagan&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;) s’attarde quant à lui sur le choix des morceaux de musique inclus. Si la &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=F7bKe_Zgk4o&quot;&gt; musique est mathématique &lt;/a&gt; , si les mathématiques sont la meilleure façon de communiquer entre espèces intelligentes, alors Bach a toute sa place sur le VGR. Ce long article explique chaque morceau, tant la raison de son inclusion sur le disque que son contexte. La question de l’universalisme du disque a, comme on peut s’en douter, conduit à des décisions pas faciles&amp;nbsp;: mettre trois morceaux de Bach et deux de Beethoven a forcément altéré l’ambition d’être le plus divers possible. Tant pis pour Debussy, et bienvenue aux musiques issues d’Azerbaïdjan ou du Pérou – chose qui doit beaucoup à l’ethnomusicologue Alan Lomax. En fin de compte, ce sont quatre-vingt-dix minutes de musique, originaire de tous les continents, qui ont été gravées sur le VGR, avec l’aide de celui qui n’était alors qu’ingénieur du son, un certain Jimmy Iovine (à qui l'on doit la production de quelques albums — &lt;em&gt;Born to Run&lt;/em&gt; de Bruce Springsteen ou &lt;em&gt;Born this Way&lt;/em&gt; de Lady Gaga — ou les casques Beat). La nature même du disque a nécessité un peu de réflexion&amp;nbsp;: comment caser autant de minutes sur un support, d’une taille semblable aux 33 tours &amp;nbsp;? La solution a été de graver à une vitesse moindre (16⅔ tours/minutes). Bref.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Gravure du VGR&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-v-etching.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On peut écouter ce «&amp;nbsp;Earth’s Greatest Hits&amp;nbsp;» et le VGR dans son ensemble &lt;a href=&quot;http://goldenrecord.org/#discus-aureus&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Carl Sagan termine l’ouvrage avec «&amp;nbsp;The Voyager Mission to the Outer Solar System&amp;nbsp;», article qui récapitule les connaissances de l’époque sur le Système solaire et s’interroge sur les réponses que les sondes &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt; pourront y apporter. Évidemment, cette partie du livre est celle à avoir le plus mal vieilli… même si elle conserve un intérêt « archéologique» en témoignant des connaissances et hypothèses d’une époque. À l’origine et avant que Sagan n’intervienne pour suggérer l’ajout d’un disque, cette mission avait un but uniquement scientifique&amp;nbsp;: celui de faire un «&amp;nbsp;grand tour&amp;nbsp;» du Système solaire, pour étudier les planètes externes. En dépit des progrès de l’optique, Jupiter et Saturne demeuraient des taches floues dans les télescope, et Uranus et Neptune n’étaient guère plus que des points. &lt;em&gt;Pioneer 10&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;11&lt;/em&gt; avaient permis d’en savoir plus sur les deux géantes gazeuses majeures mais… cela restait peu. Lancée le 20 août, &lt;em&gt;Voyager 2&lt;/em&gt; a filé vers Jupiter mais a été rattrapée par &lt;em&gt;Voyager 1&lt;/em&gt;, lancée le 5 septembre, qui a rapporté une splendide moisson d’images des systèmes jovien (avec le scoop du volcanisme sur Io) et saturnien (Titan&amp;nbsp;!). &lt;em&gt;Voyager 2&lt;/em&gt; s’est servi de l’assistance gravitationnelle de Jupiter pour foncer vers Uranus (oh, elle a basculée) et Neptune (c’est bleu&amp;nbsp;!). Les images sont &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Voyager_images&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a3/790106-0203_Voyager_58M_to_31M_reduced.gif&quot; src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a3/790106-0203_Voyager_58M_to_31M_reduced.gif&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Leur mission principale achevée, l’une et l’autre sonde ont filé vers les tréfonds du Système solaire – &lt;em&gt;Voyager 1&lt;/em&gt; a pris un joli portrait de famille le 14 février 1990 (que j’évoquais &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/20/P-comme-Pale-Blue-Dot&quot;&gt; par ici&lt;/a&gt;) et est devenu le premier artefact humain à franchir officiellement les limites du Système solaire, trente-sept après son lancement. Plutôt recommandable en son genre, le documentaire &lt;em&gt;The Farthest&lt;/em&gt; revient sur cette aventure scientifique, retraçant au passage une quarantaine d’années d’aventure spatiale.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;The Farthest&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-v-farthest.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Actuellement, les deux sondes se situent à plus d’une centaine d’unités astronomiques de la Terre, dans l’espace interstellaire donc. Prochaines étapes&amp;nbsp;: Gliese 445 pour &lt;em&gt;Voyager 1&lt;/em&gt;, les lointains environs de l’étoile Ross 248 pour &lt;em&gt;Voyager 2&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur Terre, le &lt;em&gt;Voyager Golden Record&lt;/em&gt; a bénéficié d’une réédition, si l’on peut dire&amp;nbsp;: une version à écouter chez soi, fournie sans la sonde spatiale mais avec un livret explicatif à la place. J’ai hésité… mais ça coûtait cher, j’avais dépensé mes sous pour acquérir l’intégrale en vinyle des œuvres de M. Pokora et je me demandais surtout si j’avais d’écouter ça. (&lt;a href=&quot;http://https/ozmarecords.com/products/voyager-golden-record-3xlp-box-set&quot;&gt;Mais avis aux amateurs&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai, ce «&amp;nbsp;Earth's Greatest Hits&amp;nbsp;» s'écoute très bien, en vertu de l'excellence des choix musicaux — et écouter ces musiques traditionnelles ou «&amp;nbsp;Johnny B. Goode&amp;nbsp;» en se disant que ces morceaux voyagent à plus de 15&amp;nbsp;000 km/s a quelque chose de particulier…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, ces deux disques sont avant tout un message à nous-mêmes, un rappel de notre passage dans cet Univers. Le pire que l’on puisse leur souhaiter est que quelqu’un ou quelque chose les retrouve et soit à même de «&amp;nbsp;lire les passions / qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: les deux disques ayant dépassé les frontières du Système solaire, oui, un peu…&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: heureusement qu’il y a YouTube et les rééditions&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: c’est fait pour durer&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Comment c'est là haut ?</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/29/Comment-c-est-la-haut" rel="alternate" type="text/html" title="Comment c'est là haut ?" />
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      <published>2019-01-29T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-03-01T15:07:06+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Edmond Hamilton</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hamilton-commentcestlahaut-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/hamilton-commentcestlahaut-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comment c'est là-haut&amp;nbsp;? Comment c'est sur Mars&amp;nbsp;? Frank revient de la deuxième expédition martienne et il sait que la réalité n'est pas rose. Faut-il pour autant abandonner le rêve de la conquête spatiale&amp;nbsp;? Un texte poignant par l'un des maîtres de l'Âge d'or de la science-fiction, couronné par le Prix des Lecteurs de Bifrost 2018.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Edmond Hamilton, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-90&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 90&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais par Luce Terrier (révisée par Pierre-Paul Durastanti), vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/edmond-hamilton/comment-c-est-la-haut&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 29 janvier au 28 février 2019. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hamilton-commentcestlahaut-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/hamilton-commentcestlahaut-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Jubo&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Brumes fantômes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/29/Brumes-fantomes" rel="alternate" type="text/html" title="Brumes fantômes" />
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      <published>2019-01-29T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-03-01T15:06:59+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Thierry Di Rollo</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dirollo-brumesfantomes-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dirollo-brumesfantomes-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tueur à gages, Bersekker revient sur sa planète natale pour y régler quelque affaire familiale et, si possible, maintenir encore à distance les brumes fantômes qui le hantent. &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/thierry-di-rollo/&quot;&gt;Thierry Di Rollo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; signe ici un récit éminemment personnel, récompensé par le Prix des lecteurs de Bifrost 2018.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Thierry Di Rollo, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-92&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 85&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/thierry-di-rollo/brumes-fantomes&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 29 janvier au 28 février 2019. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dirollo-brumesfantomes-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/dirollo-brumesfantomes-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Romain Étienne&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 93) – 2</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/25/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-93-2" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 93) – 2" />
      <id>urn:md5:8792f852099e4e849fc1f816b9eebe24</id>
      <published>2019-01-25T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-01-25T14:09:10+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Suite et fin du (gros) complément au cahier critique du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-93&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 93&lt;/a&gt;. L'occasion de relire Ira Levin, de retourner à Twin Peaks et de s'intéresser aux productions de Hélice Hélas ou de L'Éveilleur…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-planete.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-planete.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Planète aux statues&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Christine Renard – Éditions GandahaR, coll. «&amp;nbsp;Patrimoine de l’Imaginaire&amp;nbsp;» – septembre 2018 (réédition – 178 pp. GdF. 9€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au terme d’un voyage de cinq siècles, un vaisseau terrien reprend contact avec les colons de Margharetta, une planète d’Alpha du Centaure. La mission est scientifique&amp;nbsp;: biologiste, géologue, sociologue, économiste, ainsi que la narratrice, une psychologue de vingt-cinq ans, viennent étudier l’évolution de la société. Les cités apparemment prospères sont paisibles, figées dans le conformisme d’une vie sans histoires&amp;nbsp;: les femmes, très occupées à leurs tâches ménagères, ont de nombreux enfants. Pas de monnaie ici, mais un marché au troc où chacune présente ses productions artisanales &amp;nbsp;: confitures, parfums, couverts en bois. Pas de guerre ni de violence&amp;nbsp;: il n’y eut en un siècle que quatre meurtres sur l’ensemble de la planète.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un détail attire vite l’attention des observateurs&amp;nbsp;: la présence de statues de jeunes filles au réalisme saisissant, enchaînées dans les jardins attenant aux maisons au moyen d’un cadenas. Seule celle qui a servi de modèle détient la clé et la cède à l’homme qui la lui fait sa demande en mariage. Les statues sont fournies par les monastères de chaque cité, forteresses inaccessibles hormis pour les cérémonies comme le mariage. Celui-ci semble obnubiler toute femme en âge de convoler&amp;nbsp;: être l’objet d’une demande apparaît plus important que l’identité du prétendant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La société que décrit Christine Renard est une métaphore de la femme au foyer, conçu pour la seule satisfaction de l’homme, sans que personne, du fait de l’éducation et du poids des traditions, n’en ait forcément conscience.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La situation n’est pas sans rappeler celle, au tournant du XIXe et du XXe siècle, où l’homme se rendait dans les maisons closes en laissant leurs épouses s’occuper des enfants et du foyer. La statue, garante de fidélité, est l’instrument qui masque partiellement cet asservissement ou du moins, le rend acceptable. Seuls les moines, détenteurs de la vérité, effectuent un contrôle en connaissance de cause. Pour avoir cherché à connaître la vérité le sociologue Valentin Vallauris perdra la vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La narratrice, qui a réussi à se faire accepter par la population, provoque, par sa seule présence, à une transformation des consciences propre à devenir le ferment d’un mouvement de libération de la femme. Elle est consciente de susciter de fortes résistances qui risquent de se retourner contre elle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue qui se joue sur une échelle réduite, adopte le ton du roman policier dans un premier temps, en se concentrant sur l’élucidation de morts suspectes et la révélation de secrets bien cachés. Elle s’élargit par la suite quand les changements au sein de la communauté prennent les contours d’une révolution féministe, section où les problèmes relatifs au statut de la femme sont clairement exprimés. La narration est rapide&amp;nbsp;: on aurait aimé davantage de développements lors de la prise de conscience et de la transition sociale. Mais l’écriture très fluide de Christine Renard, qui sait très vite opérer l’identification du lecteur à son personnage, est d’une indéniable efficacité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Initialement intitulé &lt;strong&gt;La Planète aux poupées&lt;/strong&gt;, un titre que Christine Renard n’aimait pas – elle lui préférait celui de &lt;strong&gt;Tristes Poupées&lt;/strong&gt;, qui lui donne une perspective plus anthropologique –, ce roman publié en 1972 n’avait pas pu rencontrer son public, l’éditeur ayant fait faillite peu de temps après. Il faut donc saluer Jean-Pierre Fontana pour avoir réédité ce roman dans sa nouvelle collection dédiée aux œuvres patrimoniales de l’imaginaire injustement négligées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le présent roman semble avoir vieilli par certains côtés, il rend fidèlement compte de la condition féminine à l’époque de sa rédaction. Ce n’est pas un hasard si la même année Ira Levin, sur un sujet identique, publiait &lt;strong&gt;Les Femmes de Stepford&lt;/strong&gt;, Les problèmes d’égalité entre homme femme ne sont plus exactement les mêmes, raison pour laquelle ce court roman mérite le détour&amp;nbsp;: il permet de mesurer autant le chemin parcouru que celui qu’il reste à effectuer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reste que Christine Renard est trop subtile pour faire de ses personnages des caricatures. Sa narratrice refuse de jouer les icônes, ne serait-ce qu’en raison de son éthique de non intervention. Les failles qu’elle présente permettent d’entrevoir sa complexité. Et c’est sur une note bien plus ambiguë que s’achève ce récit à l’échelle de la société comme de sa principale protagoniste. Au final, un roman très vivant, au suspense soutenu, qui réhabilitera, il faut l’espérer, Christine Renard, autrice discrète au grand talent.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-variations.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-variations.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Variations sur l’histoire de l’humanité&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Collectif – La Ville Brûle, coll. «&amp;nbsp;Infinie&amp;nbsp;» – octobre 2018 (essai inédit + nouvelles non inédites, préface de Yves Coppens – 256 pp. GdF. 25&amp;nbsp;€ (quand même))&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En quatorze textes choisis et commentés par autant de scientifiques et auteurs, &lt;strong&gt;Variations sur l’histoire de l’humanité&lt;/strong&gt; propose un arc de réflexion sur l’origine et le devenir de l’humain, allant de la tradition à la spéculation en passant par la raison. Cet ouvrage collectif, préfacé avec enthousiasme par Yves Coppens, se décline en quatre grands chapitres&amp;nbsp;: les variations mythologiques, fondatrices, modernes et libres. Jean-Loïc Le Quellec dresse un arbre phylogénétique des mythes des origines, et on relira le mythe de Prométhée ou celui du Golem dans la Kabbale. La seconde partie consiste en une relecture critique de trois textes fondateurs de Lamarck, Darwin et Boule. Les contributeurs modernes s’appliquent à montrer que les sciences de l’homme sont conscientes d’elles-mêmes et de leurs origines, et n’hésitent pas à écorner leurs idoles. La troisième partie est consacrée aux études modernes à travers un choix de textes très pédagogique. On y trouve notamment le très beau «&amp;nbsp;Race et culture&amp;nbsp;» de Claude Levi-Strauss, «&amp;nbsp;La mal-mesure de l’homme&lt;em&gt;&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; dans lequel Stephen Jay Gould règle son compte à la sociobiologie, et une mise à jour des connaissances sur l’hérédité par Luca et Francesco Cavalli-Sforza. Les commentaires constituent évidemment la valeur ajoutée du recueil. Si le troisième chapitre est le plus technique, la qualité de l’accompagnement rend l’ensemble très abordable et passionnant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, les variations libres s’ouvrent à l’imagination débridée des auteurs de fiction. Quatre textes sont proposés. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;L’Ours&lt;/em&gt; &lt;em&gt;»&lt;/em&gt; de William Faulkner (1940) peine à défendre sa place dans le livre. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Animaux dénaturés&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Vercors (1952), à l’inverse, est un texte séduisant et plein d’humour qui reprend l’idée de la Controverse de Valladolid et décrit le procès qui doit décider si une nouvelle espèce primitive mais bien vivante découverte par des paléontologues en Nouvelle-Guinée se verra attribuer le statut d’humain ou de bête. Les arguments des deux bords fusent et la chute est délicieusement grinçante. Je suis moins enthousiaste sur le troisième texte, &lt;em&gt;«&lt;/em&gt;&amp;nbsp; &lt;em&gt;Humanité et demi&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de T.J. Bass (1971), proposé par Laurent Genefort. Tiré du roman du même nom, il livre une dystopie totale où en 2350, toute espèce autre que l’humanité a disparu, celle-ci est réduite à l’état de fourmilière dirigée par un ordinateur, et la surface de la Terre est entièrement couverte de champs de céréales subvenant aux besoins alimentaires de base de trois mille milliards de posthumains. Pour moi, ce genre de SF ne sert pas à penser l’avenir, juste à booster les ventes d’antidépresseurs. Avec le dernier texte, &lt;em&gt;«&lt;/em&gt;&amp;nbsp; &lt;em&gt;L’Appel de la nébuleuse&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Claude Ecken (2002), sélectionné par Roland Lehoucq, on touche au sublime. Ecken livre un superbe texte de &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt;, à la Stephen Baxter, qui est à la fois poétique, scientifique et prophétique. Une mission scientifique terrestre voyage jusqu’à une nébuleuse, espérant en vain y découvrir une vie naissante. La désillusion s’accompagnera d’un sentiment de solitude sidérale, et mènera à une décision radicale. Jouant sur l’hypothèse panspermique, Ecken imagine que la vie a besoin d’un petit coup de pouce pour émerger. Un texte brillant qui avait été publié dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°31.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Feyd Rautha&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-focushelicehelas.jpg&quot; margin:=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-focushelicehelas.jpg&quot; style=&quot;style=&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus Cavorite et Calabi-Yau&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;1. Prix de l’Ailleurs 2018&amp;nbsp;: Et si l’humanité devenait numérique&amp;nbsp;? – ouvrage collectif – Hélice Hélas, coll. «&amp;nbsp;Cavorite et Calabi-Yau&amp;nbsp;» – août 2018 (anthologie inédite – 248 pp. GdF. 18€)&lt;br /&gt;
2. Esmeralda – Bernard Fischli – Hélice Hélas, coll. «&amp;nbsp;Cavorite et Calabi-Yau&amp;nbsp;» – septembre 2018 (roman inédit – 256 pp. GdF. 20€)&lt;br /&gt;
3. Les Voleurs d’absurde – Robert Yessouroun – Hélice Hélas, coll. « Cavorite et Calabi-Yau&amp;nbsp;» – septembre 2018 (roman inédit – 384 pp. GdF. 24 &amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans nos domaines, on connait les éditions suisses Hélice Hélas depuis 2012 et la publication d’un &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/singulier-pluriel&quot;&gt; recueil de nouvelles de Lucas Moreno &lt;/a&gt; . Après une anthologie de nouvelles suisses coordonnée par Elena Avdija et Jean-François Thomas, Hélice Hélas a confié à ce dernier les rênes d’une collection dédiée à la science-fiction, la bien – mais très curieusement – nommée «&amp;nbsp;Cavorite et Calabi-Yau&amp;nbsp;» (on vous laisse aller chercher sur internet la signification du deuxième terme). Les premiers titres ont paru en 2017 et s’inscrivaient dans le même univers de Gérimont partagé entre plusieurs auteurs. La collection est désormais forte de sept titres, dont les trois nouveautés chroniquées ici.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’anthologie &lt;strong&gt;Et si l’humanité devenait numérique&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt; est le résultat du concours Prix de l’Ailleurs 2018, créé à l’initiative de la Maison d’Ailleurs (à Yverdon) et de l’Université de Lausanne. Ce premier prix suisse, organisé par l’association romande de science-fiction, couronne des textes courts appartenant au genre. Une thématique en lien avec l’actualité est proposée chaque année, et c’est le numérique qui a été retenu pour l’édition 2018. Le présent volume présente ainsi l’ensemble des textes lauréats et la sélection du jury (soit dix fictions), ainsi que deux articles et un entretien. Un menu copieux donc, qui permet de découvrir des auteurs prometteurs et d’apprécier la vitalité du genre en Suisse. On n’a pas la place ici de citer tous les textes, aussi évoquera-t-on simplement le premier prix, un récit d’Élodie Barras qui, sous forme épistolaire (mais remise au goût du jour, il s’agit donc d’un mail), raconte les doutes d’un homme dont la mère se meurt et refuse de se faire recopier numériquement. Pas d’une originalité folle, mais déjà une certaine aisance stylistique pour un texte profondément humain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Voleurs d’absurde&lt;/strong&gt; de Robert Yessouroun est un recueil de dix nouvelles qui s’inscrit clairement dans la filiation d’Isaac Asimov et de ses &lt;strong&gt;Robots&lt;/strong&gt;. Dans ces récits, les êtres métalliques, robots ou androïdes, sont en effet au cœur de la société décrite par Yessouroun, et, lorsque l’un d’entre se dérègle, cela génère des situations parfois cocasses, parfois bien plus inconfortables. Car, si les robots sont dotés d’une intelligence artificielle, il leur manque le principal&amp;nbsp;: le moyen d’apprécier le poids des choses, une manière de peser le pour et le contre, ce que l’auteur appelle la «&amp;nbsp;Réflexion Artificielle&amp;nbsp;». Aussi, comme le Bon Docteur, Yessouroun s’ingénie-t-il à mettre en lumière ces failles qui subsisteront sans doute encore longtemps dans ces créatures, aussi perfectionnées soient-elles. La lecture bienveillante de ce recueil se heurte néanmoins à un style particulièrement lourdingue qui ne rend absolument pas justice à la réelle inventivité de l’auteur&amp;nbsp;; Yessouroun veut trop en faire, là où pour mieux illustrer le côté ironique de ces situations, on aurait souhaité avoir un style plus épuré, moins gouailleur. Frustrant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vient enfin le livre qui constitue le morceau de choix de cette livraison&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Esmeralda&lt;/strong&gt;, de Bernard Fischli. Marko, qui souhaite oublier son passé peu glorieux sur Terre, s’engage pour aller terraformer Esmeralda, une planète hostile, dont la particularité tient au fait qu’elle est quasi exclusivement constituée d’une gigantesque forêt luxuriante. Cette jungle recèle de multiples organismes qu’on a du mal à classifier, tant les règnes animal et végétal semblent s’être fondus dans un nouveau type de créatures. Ces organismes, tantôt paisibles, tantôt violents, sont également de tailles diverses. De ce fait, la terraformation d’Esmeralda est extrêmement lente&amp;nbsp;: des postes ont ainsi été créés à plusieurs endroits de la planète, et l’homme sécurise d’abord ces zones peu étendues avant de songer à découvrir leurs environs. Car il y a toujours le risque de connaître la même destinée que l’un des postes, dont on est sans nouvelles depuis longtemps… Marko va donc découvrir le dur rythme de la vie sur Esmeralda, bien éloigné de l’épanouissement personnel qu’il imaginait en s’engageant. Et, par la même occasion, découvrir qu’à la dangerosité de ce nouveau monde s’ajoute une autre avanie, à savoir la cupidité de l’être humain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La terraformation est un thème rebattu en SF, pourtant Fischli s’en sort avec les honneurs, car il prend le parti de décrire le processus par le biais d’un colon moyen, un homme à qui l’on confie le travail le plus banal et le moins enrichissant possible. On découvre ainsi l’envers du décor, où l’on voit que terraformer une planète n’est pas qu’une affaire d’ingénieurs qui confieraient la tâche à des machines ultraperformantes&amp;nbsp;; il faut aussi de l’huile de coude, l’abnégation d’êtres humains prêts à suer dans des tâches totalement manuelles. Cette narration au plus proche d’un ouvrier, totalement immersive, est donc un parti-pris très intelligent, qui a d’autres intérêts. Il permet en effet aussi à Fischli de dévoiler progressivement son décor, cette planète Esmeralda au mystère envoûtant et stimulant, mais aussi la gestion qui en est faite, avec ses zones d’ombre. Extrêmement efficace, ce roman, qui n’est pas sans évoquer certains livres de Gilles Thomas / Julia Verlanger, est une excellente surprise, que l’on pourra prolonger dans les tomes ultérieurs de cette trilogie, &lt;strong&gt;Donoma&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Océania&lt;/strong&gt;, à paraître respectivement en 2019 et 2020, soit au moment où la collection «&amp;nbsp;Cavorite et Calabi-Yau&amp;nbsp;» commencera à compter un nombre suffisant de volumes pour qu’en puisse en tirer un premier bilan.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-focusiralevin.png&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-focusiralevin.png&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus Ira Levin&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;1. Un Bonheur Insoutenable – Ira Levin – J’ai Lu, coll. «&amp;nbsp;Nouveaux Millénaires&amp;nbsp;» – novembre 2018 (roman non-inédit proposé dans une nouvelle traduction de l’anglais (USA) de Sébastien Guillot – 380 pp. GdF. 21€)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;2. Les Femmes de Stepford – &lt;/strong&gt; Ira Levin – J’ai Lu, coll. «&amp;nbsp;Science-fiction&amp;nbsp;» – novembre 2018 (réédition d’un roman traduit de l’anglais (USA) par Norman Gritz et Tanette Progent, révisée par Sébastien Guillot – 160 pp. Poche. 5,60€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le nom d’Ira Levin, qui ne semble pas avoir été un écrivain des plus prolifiques, n’est pas archiconnu mais ses œuvres, pour la plupart adaptées au cinéma, le sont bien davantage – même si désormais cela concerne surtout un public guetté par la soixantaine. Plus rare mais plus brillant que Michael Crichton, ses livres sont en majorité des best sellers au premier rang desquels, bien sûr, figure &lt;strong&gt;Un bébé pour Rosemary&lt;/strong&gt; adapté par Roman Polanski avec John Cassavetes et Mia Farrow, et qui reste comme l’un des meilleurs romans et films fantastiques. &lt;strong&gt;La couronne de cuivre &lt;/strong&gt;fut récompensé d’un Edgar du premier roman en 1953 et adapté par deux fois&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Baiser Mortel &lt;/em&gt;de Gerd Oswald en 1956 et &lt;em&gt;Un baiser avant de Mourir &lt;/em&gt;de James Dearden en 1991. &lt;strong&gt;Ces garçons qui venaient du Brésil&lt;/strong&gt;, adapté par Franklin Shaffner en 1978 avec James Mason et Gregory Peck, touche encore à la science fiction. Sa pièce de théâtre &lt;em&gt;Deathtrap&lt;/em&gt; fut portée à l’écran par Sydney Lumet en 1982. &lt;strong&gt;Sliver&lt;/strong&gt;, plus anecdotique, n’en fut pas moins adapté par Philip Noyce avec Sharon Stone et William Baldwin en 1993. Enfin, &lt;strong&gt;The Stepford Wives&lt;/strong&gt; connu deux adaptations. La première en 1975, sous le titre français &lt;em&gt;Les Femmes de Stepford &lt;/em&gt;par Bryan Forbes avec Katerine Ross dans le rôle de Joanna Eberhart puis en 2004 par Frank Oz avec pour titre français &lt;em&gt; Et l’Homme Créa la Femme&lt;/em&gt; et Nicole Kidman dans le rôle principal. Romancier, dramaturge et scénariste, une vingtaine d’œuvres à peine ont suffit à imposé Ira Levin parmi ceux qui restent et la surprise n’est pas qu’il soit aujourd’hui réédité mais qu’il le soit seulement. &lt;strong&gt;Un Bonheur Insoutenable&lt;/strong&gt; est finalement le seul de ses romans à n’avoir pas l’heur d’être transposé au grand écran. Et à sa lecture, on comprend aisément qu’on ne pouvait guère y puiser la tension dramatique permise par ses autres œuvres. Ce livre ne se prête en rien à la réalisation d’un des ces films de «&amp;nbsp;courses et d’explosions&amp;nbsp;» au montage stroboscopique qui trustent aujourd’hui les sommets du box office. (Certes, une dystopie comme &lt;em&gt;Bienvenue à Gattaca&lt;/em&gt; a connu un succès d’estime mais resta loin de crever les plafonds et à l’instar des poissons volants, ne fait pas l’unanimité du genre…)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’horizon 2100, tout va bien dans le meilleur des mondes. Il n’y a plus ni guerre, ni famine, ni pauvreté, ni crime, ni solitude, ni chômage, ni riche, ni pauvre, ni argent, ni dirigeants (corrompus ou non), ni même de maladies telles que nous les connaissons. Tous les besoins des huit milliards de membres (le roman date de 1969) sont satisfaits. Tout le monde travaille, mange, est éduqué, fait du sport, jouit de loisirs, de vacances et même de sexe. Tout le monde est heureux, comme tout le monde…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, presque tout le monde… C’est l’absolue perfection du socialisme conçu comme le primat de la société sur l’individu, sous l’égide d’Uni, le superordinateur qui gère tout. Tout. Qui décide de tout. De quel métier vous ferez, d’où vous serez affecté, quand vous serez mutés, si vous pouvez aller voir vos parents ou non, avec qui vous &lt;s&gt; pouvez &lt;/s&gt; devez baiser et avoir ou non des enfants; de ce que vous pouvez non pas acheter mais utiliser. Vous devez être semblable aux autres, n’avoir que le minimum de différences et être aussi androgyne que possible, le crâne rasé pour éviter toute différenciation et marque d’une personnalité propre. Un bracelet vous identifie à longueur de journée auprès d’une foison de scanner qui assure Uni que vous êtes bien là où vous devez être tout au long des soixante-deux années de votre vie. Et chaque mois un cocktail de psychotropes et de tranquillisants vous est injecté afin que vous ne risquiez pas d’être malheureux ni de vous poser de question. De telles déviations se soignent. Ne craignez rien. Votre conseiller – hybride de commissaire politique, d’assistant social et de psychothérapeute –, résolument bienveillant, est là pour veiller &lt;s&gt; au grain &lt;/s&gt; sur vous. À défaut, les autres membres vous aideront, contre votre gré au besoin, mais dans votre intérêt et puis vous les en remercierez, contrit et repentant, tout heureux d’être rentré dans le moule et reformaté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un bonheur Insoutenable&lt;/strong&gt; ne déparerais en rien le carré des grandes dystopies que &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/nous&quot;&gt;Nous ou Nous Autres&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; d’Evgueni Zamiatine, &lt;strong&gt;Le Meilleur des Mondes&lt;/strong&gt; d’Aldous Huxley, &lt;strong&gt;1984 &lt;/strong&gt;de George Orwell ou &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/kallocaine&quot;&gt;La Kallocaïne&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; de la Suédoise Karin Boye. On y croise le thème de la dictature du superordinateur (pré Intelligence Artificielle et réseaux) comme dans &lt;strong&gt;Colossus&lt;/strong&gt; de D.F. Jones et celui de la limitation de l’espérance de vie que l’on retrouvera dans &lt;strong&gt;L’Âge de Cristal&lt;/strong&gt; de J. G. Johnson et W. F. Nolan, ouvrages de la même époque. Et on y devine les prémices du chef d’œuvre de l’Allemande Juli Zeh, &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/corpus-delicti-un-proces&quot;&gt; Corpus Delicti&amp;nbsp;: Un Procès &lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; . Mais &lt;strong&gt;Un Bonheur Insoutenable&lt;/strong&gt; n’innove pas vraiment; il agrège ce que l’on a déjà pu lire ou voir par ailleurs, et qui hante le zeitgeist de la fin des années 60. Ce roman aurait largement gagné en force d’évocation et de mise en garde en se limitant aux deux premières parties, même si le reste ne manque nullement d’intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par les temps qui courent de déresponsabilisation généralisée, où la société dans son ensemble prétend mieux que vous savoir ce qui vous convient, ce que vous voulez et plus encore ce qui est bon pour vous, ne cessant de rabâcher des messages infantilisant, tout comme la télé obligatoire du roman, afin de produire une population ayant peur de tout, prête à tout accepter dans son prétendu intérêt (lisez les anthologies parues à La Volte à ce sujet) d’une permanente recherche du risque nul, le roman d’Ira Levin a valeur prophétique, de bien mauvais augure, certes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Femmes de Stepford&lt;/strong&gt; est un court thriller d’une rare intensité où l’on voit le piège de Stepford se refermer petit à petit sur Joanna Eberhart, l’héroïne, et le suspense monter progressivement. On voit poindre la satire féministe derrière le thriller mais la qualité du suspense nuit à la qualité spéculative du roman qui ne transparaît plus qu’en filigrane. Elle masque cependant un certain manque de plausibilité. Ira Levin tenait à mettre en relief dans sa satire une forme de résistance masculine à l’indépendance des femmes, visant à les confiner dans leur rôle traditionnel – quitte à ce que la crédibilité en souffre. On voit donc Eberhart, surprise, s’interroger sur ces femmes intelligentes, susceptibles d’indépendance, se consacrer à leur seul ménage avec le soin le plus maniaque. Mais si on a la possibilité de substituer à sa femme un hybride de robot ménager et de poupée gonflable ne commencerait-on pas plutôt par l’envoyer bosser à notre place&amp;nbsp;? Mais ce n’est pas le propos de l’auteur. Réussir l’alchimie d’un thriller spéculatif constitue déjà un joli tour de force quand bien même la plausibilité engendrerait quelques réserves. En dépit ou grâce à son suspense soutenu, &lt;strong&gt;Les Femmes de Stepford&lt;/strong&gt; permet au lecteur de se poser les questions sur lesquelles l’auteur voulait le voir se pencher.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-confession.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-confession.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La Confession d’une âme fausse&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Ilarie Voronca – L’Éveilleur – octobre 2018 (réédition d’un court roman et de deux nouvelles – 98 pp. GdF. 12&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ilarie Voronca était une des figures de la communauté des artistes et intellectuels roumains exilés à Paris durant l’entre-deux-guerres – avec Eugène Ionesco, Tristan Tzara, Constantin Brancusi parmi tant d’autres. Voronca, poète avant tout, était associé aux avant-gardes artistiques, de ses compatriotes et au-delà, mais il a aussi composé des récits en prose, assez tardivement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’Éveilleur, au travers de ce petit volume, par ailleurs abondamment illustré de photographies et dessins d’époque du plus bel effet, en réédite pour la première fois trois exemples datés de 1942&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Confession d’une âme fausse&lt;/strong&gt;, donc, présenté comme un « court roman&amp;nbsp;» (mais bon nombre de nouvelles publiées dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; s’avèrent plus longues), et deux très brefs contes en toute fin de volume, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Un peu d’ordre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ma Chambre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’auteur, dans sa langue d’adoption qu’est le français (et il a assurément une belle plume), y déploie un imaginaire oscillant entre fantastique, symbolisme, surréalisme, absurde, dada et toutes ces sortes de choses, pour un résultat finalement singulier, même s’il ne manque pas d’évoquer, comme l’avance l’éditeur, un Kafka (c’est tout particulièrement sensible dans «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Un peu d’ordre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», avec son employé de bureau) ou encore un Boulgakov.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;La Confession d’une âme fausse&lt;/strong&gt;, le narrateur, fatigué de son âme trop usée, consulte un chirurgien en mesure de la remplacer par une autre – celle d’un soldat tombé au front, et ce monde n’en manque pas, qui en est venu à compartimenter le temps en fonction des rares périodes de paix. Mais la cohabitation se passe mal&amp;nbsp;: l’âme du soldat, déçue de son sort et de son recyclage, frustrée dans ses amours aussi, perturbe le quotidien mensonger du narrateur&amp;nbsp;; pas si mauvais bougre, ce dernier entend ramener cette âme à la paix pour qu’elle devienne bel et bien la sienne, à moins de trouver à procéder à un autre échange – ce qui implique tout d’abord une petite enquête afin de retrouver l’être aimé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce très, très court «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;» ne manque pas d’atouts, parmi lesquels, outre une plume assez habile, on comptera au premier chef cette atmosphère d’étrangeté si caractéristique, qui se teinte d’un vague humour absurde renforçant la parenté avec Kafka, encore qu’il se double souvent ici d’une satire mordante, moins coutumière de l’écrivain tchèque. L’idée est belle, et produit de belles scènes, non exemptes d’une certaine mélancolie douce.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ceci étant, la dimension proprement narrative de ce récit, l’œuvre d’un poète, et compagnon de route de l’avant-garde, accuse peut-être certaines limites, notamment en ce que le texte peut se montrer décousu, à mesure que l’on progresse&amp;nbsp;: si la «&amp;nbsp;poule noire&amp;nbsp;» offre une digression étonnante, elle se rattache pleinement à l’histoire, et le chapitre du «&amp;nbsp;photographe&amp;nbsp;» ensuite raccroche les wagons&amp;nbsp;; on n’en dira peut-être pas autant de cet « éloge de l’ail&amp;nbsp;» qui constitue l’intégralité du chapitre neuf, le huitième ayant déjà bifurqué vers les considérations culinaires – l’humour persiste, mais le traitement a quelque chose d’un peu trop désinvolte peut-être, dans son ambition de différence. Cela reste une lecture agréable et qui a beaucoup à offrir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des deux contes qui suivent, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Un peu d’ordre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» est le plus séduisant – scène de bureau fantasmée, riche d’effets absurdes, d’une symbolique évidente mais pas moins juste. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ma chambre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» tient davantage du poème en prose, tout en images enchantées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble constitue un beau petit livre, et, sans aller jusqu’aux louanges superlatifs, on peut bien remercier L’Éveilleur pour cette redécouverte incongrue et d’autant plus séduisante.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-twinpeaks.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-twinpeaks.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Twin Peaks, le dossier final&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Mark Frost – Michel Lafon – novembre 2018 (roman inédit traduit de l’anglais (US) par Eric Betsch – 137 pages. GdF. 20,95€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/l-histoire-secrete-de-twin-peaks&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’histoire secrète de Twin Peaks&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; , son «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;» précédent, Mark Frost déroulait une généalogie de long terme des événements qui agitèrent la petite ville de Twin Peaks. Elle se concluait sur le sort du Major Briggs dont une bonne partie des activités réelles était révélée. Ici, dans &lt;strong&gt;Twin peaks le dossier final&lt;/strong&gt;, on se trouve face à un rapport, rédigé par l’agent Tamara Preston à l’intention du directeur Gordon Cole, et qui fait le lien entre les saisons 2 et 3. La série &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt; a ceci de particulier que la saison 3 commence vingt-cinq ans (temps réel et temps du récit) après la fin de la saison 2, comme l’avait annoncé Laura Palmer à Dale Cooper. &lt;strong&gt;Le dossier final&lt;/strong&gt; informe donc les spectateurs de la saison 3 (qui feraient mieux de ne lire le livre qu’après avoir visionné la dernière saison) sur les événements qui ont se sont déroulés durant ces vingt-cinq années afin de livrer au lecteur les destins d’un certain nombre des personnages de la série après la saison 2 ainsi que des éclaircissements sur le sens de certains des faits montrés dans la saison 3. On apprendra donc au fil des pages ce que sont devenus Shelly Johnson, son mari Léo, et son amoureux Bobby Briggs, ce qu’il advint des Horne et des Hayward, ce que fut le destin complexe de Norma Jennings (entre le Double R, son père, sa belle-mère, sa demi-sœur à la vie tragique, sans oublier l’inévitable Ed), ce qu’il en est de Lana Milford, du shérif Truman, de la femme à la bûche (RIP), du docteur Jacoby (sûrement l’histoire la plus succulente). Parallèlement, le lecteur est éclairé aussi sur les sources et les faits de la saison 3 de sorte que celle-ci devient potentiellement plus compréhensible qu’au visionnage. Au-delà des faits bruts, Tamara Preston s’y livre aussi à quelques réflexions qui visent à tenter de donner sens aux mystères de la dernière saison et à comprendre les relations qui unissent dans cette histoire monde matériel et monde surnaturel. Le fan trouvera entre ces pages de quoi satisfaire sa curiosité, que celle-ci concerne l’aspect «&amp;nbsp;people&amp;nbsp;» ou les éléments plus sombres liés à la Loge noire et à l’intervention des doppelgängers. Néanmoins, le groupe des fans hardcores me semble le seul public visé par ce «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;». Il faut en effet se souvenir précisément de qui est qui, et du point où chacun avait été laissé. Il faut trouver un intérêt à en savoir plus (d’autant que le livre est cher au vu de sa pagination). Il faut avoir vu la saison 3 et être en quête d’explications. Cela fait beaucoup. D’autant que, si &lt;strong&gt;L’histoire secrète de Twin Peaks&lt;/strong&gt; pouvait séduire par la variété des documents de nature différente qui le composaient et qui donnaient l’impression au lecteur de mener sa propre enquête, &lt;strong&gt;Twin peaks le dossier final&lt;/strong&gt; est constitué de 19 chapitres, tous identiques dans leur forme et souvent centrés sur un personnage, qui présentent de manière prosaïque les informations rassemblées par Tamara Preston. Le passage en revue de tous les protagonistes de l’affaire est moins séduisant que le foisonnement de faits hétéroclites qu’on trouvait dans le «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;» précédent. Pour complétistes.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Éric Jentile&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 93) – 1</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/23/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-93-1" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 93) – 1" />
      <id>urn:md5:f6c1d801688c76cfc9b874ef3af1a522</id>
      <published>2019-01-23T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-02-26T15:37:42+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-une1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-une1.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une nouvelle fois, le cahier critique du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-93&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; 93&lt;/a&gt; déborde sur le web… et tellement que ces soixante mille signes sont divisés en deux billets. Au programme de ce premier billet, de l'imaginaire sans frontière, puisqu'il y sera question de romans et recueils d'auteurs nigérians, russes, canadiens… mais aussi français et américains.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-kabu.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-kabu.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Kabu Kabu&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Nnedi Okorafor – Les éditions de l’instant – mai 2018 (recueil inédit traduit de l’anglais par Patrick Dechesne et Robin Remy – 356 pp. GdF. 22,50€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Kabu kabu&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Des taxis clandestins qui hantent les rues du Lagos&amp;nbsp;». Kabu Kabu&amp;nbsp;? Un excellent recueil de nouvelles au titre parfaitement trouvé. Car si vous entrez dans ce livre, sachez que vous embarquez pour un voyage dans les limbes qui unissent la fantasy, le réalisme magique et la science-fiction. De votre siège de lecteur passager, vous regarderez, ébahi, le paysage familièrement exotique qui défile sous vos yeux incrédules, mais néanmoins émerveillés. Vous savez d’où vous partez, vous avez une vague idée d’où vous allez. Pour le reste… le trajet dépendra uniquement du bon vouloir du conducteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et quelle conductrice, dans ce cas&amp;nbsp;! Dirigeant avec brio les différentes courses, Nnedi Okorafor vous emmène à la poursuite des coureuses de vents, vous rince dans la pluie, sur la route, mais vous rattrape toujours, à l’instant où vous vous apprêtez à descendre, pour vous enlever vers une autre époque, un autre combat, une autre histoire d’amour… et vous égarer ainsi dans les vingt-deux récits, comme autant de destinations fantastiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Élevée entre Afrique et Amérique, Nnedi Okorafor a décidé de ne pas choisir, d’être une enfant des deux civilisations et d’unir ces deux patries en un continent nouveau, où ses textes sont des ponts qui relient les différents territoires. Les Afriques y sont plurielles, bercées dans le folklore et la mythologie, et confrontées à la modernité d’un monde qui avance plus vite que quiconque peut le supporter. L’Amérique y est traditionnelle, oubliant ses origines, et rappelant que le plus étrange, le plus violent, n’est pas tant l’étranger que le regard que chacun porte sur ce qui est différent, sur ce qui lui fait peur. Les remous et méandres de ces récits racontent souvent des histoires de femmes, qui, vivant dans le carcan des traditions, parviennent à s’en affranchir, à leur façon, et surtout pas comme les hommes le leur ont enseigné. Maudites, sorcières, étrangères, coureuses de vent, fillettes sur le chemin de l’école, amoureuses… elles savent et comprennent le monde bien mieux que les guerriers, car elles sont nées pour se libérer et dégager la voie qui suivra le cœur et l’âme, et non l’argent, la guerre, le pouvoir. Et si la magie intervient, elle est naturelle, et non mauvaise comme veulent le faire croire les hommes qui l’ont oubliée depuis trop longtemps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Difficile, vous l’aurez compris, de rendre compte fidèlement de ces vingt-deux récits, tant ils ont de cœur et de chœurs. Que ce soit par une lecture indépendante, en piochant au hasard un chapitre, ou par une lecture linéaire, ils se mêlent en multiples facettes d’un kaléidoscope très coloré. On devine dans ces histoires, parfois amusantes, parfois dures, souvent poétiques, et presque toujours étonnantes, les différentes époques d’écriture de l’auteure, en une cartographie intéressante d’un talent confirmé. Tout en reconnaissant des thématiques occidentales, on en découvre de nouvelles, pour nous, lecteurs occidentaux biberonnés aux clichés sur cette autre terre. Le style est efficace, incisif, fluide, bien rendu par une traduction précise. La richesse des genres et des thèmes abordés n’a rien à envier au baroque de Neil Gaiman, retenant avant tout ce qui crée l’émotion. Les interprétations qu’on peut donner aux textes sont foisonnantes, et appellent d’autres lectures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre est une excellente entrée dans l’univers de cette merveilleuse conteuse, qu’on espère retrouver vite sur les tables des libraires français, tant le chant de cette forte voix est envoûtant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Maëlle Alan&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-harold.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-harold.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Harold&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Louis-Stéphane Ulysse – Éditions La Bibliothèque, coll. «&amp;nbsp;L’Ombre animale&amp;nbsp;» – mai 2018 (roman inédit sous cette forme – 291 pp. GdF. 21&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;De qui Harold est-il le nom&amp;nbsp;? D’un corbeau, né au cœur de la Mitteleuropa à l’orée des années 1960… Se déroulant à Vienne en mars 1957, le prologue de ce beau roman (ici, la version remaniée d’un texte paru en 2010 aux éditions du Serpent à Plumes) de Louis-Stéphane Ulysse évoque la singulière entrée dans l’existence du volatile. Agrégeant réalisme documentaire et inquiétante étrangeté à la façon du film &lt;em&gt;Le Troisième homme&lt;/em&gt; — relecture gothique de la Guerre froide –, ces pages liminaires décrivent le baptême de l’oisillon dans les catacombes de la Stephansplatz par un certain Laszlo. C’est à ce magicien de cabaret, d’allure méphistophélique, que le corbeau doit en effet son patronyme. Et c’est encore à lui que Harold doit de bientôt traverser l’Atlantique. Tirant le meilleur profit spectaculaire de l’intelligence hors-normes de l’oiseau, en réalité plus humaine qu’animale, Laszlo attire un jour l’attention du pianiste Liberace de passage en Europe. Impressionné par l’inédit numéro dont Harold est la vedette, l’extravagant showman invite l’homme et l’oiseau à se produire à Las Vegas. La cité du péché ne sera cependant que la première étape du périple américain de Harold. Séparé de Laszlo par un violent accident de voiture, le corbeau s’envole alors vers la Californie. Là, il rencontre Chase Lindsey, dresseur d’oiseaux de son état. Fasciné à son tour par les extraordinaires capacités de Harold, il l’emmène avec lui sur le tournage des &lt;em&gt;Oiseaux&lt;/em&gt; après avoir été recruté par Universal. À son aviaire manière, Harold devient alors un membre de l’équipe du film fameux d’Alfred Hitchcock. Y côtoyant non seulement le réalisateur, le corbeau y rencontre encore Tippi Hedren, l’interprète principale du long-métrage. Avec celle-ci, Harold noue bien vite une relation aussi étroite qu’inhabituelle. La créature au noir plumage jouera dès lors un rôle clef dans la genèse du film dépeinte par Louis-Stéphane Ulysse comme proprement infernale. De même, le corbeau tiendra un rôle essentiel dans les prolongements souterrains et atroces que l’auteur prête aux &lt;em&gt;Oiseaux&lt;/em&gt;… Car selon &lt;strong&gt;Harold&lt;/strong&gt;, de l’autre côté du miroir aux alouettes hollywoodien se dissimule un univers où le Mal le plus impitoyable règne en maître. Marchant sur les traces sanglantes de Kenneth Anger (&lt;strong&gt;Hollywood Babylone&lt;/strong&gt;) et de James Ellroy («&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Le Quatuor de Los Angeles &lt;/strong&gt;»), &lt;strong&gt;Harold&lt;/strong&gt; s’en distingue cependant par son réalisme fantastique. Fidèle à la tonalité affichée par ses pages inaugurales, &lt;strong&gt;Harold&lt;/strong&gt; auréole ainsi d’étrange son dévoilement de l’envers misogyne et criminel d’Hollywood. Face au prodigieux Harold – véritable ange gardien de Tippi Hedren —, Chase, Hitchcock ou bien encore la fratrie mafieuse des Gianelli se nimbent peu à peu d’une aura démoniaque. Échappant par la grâce de l’Imaginaire aux démonstratives pesanteurs de l’exofiction, &lt;strong&gt;Harold &lt;/strong&gt; transforme ainsi sa relecture des &lt;em&gt;Oiseaux&lt;/em&gt; en un conte moderne et tragique sur ces hommes qui n’aiment pas les femmes, et dans lequel le plus bestial n’est pas celui qu’on croit…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-carjesuislegion.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-carjesuislegion.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Car je suis légion&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Xavier Mauméjean – Mnémos, coll. «&amp;nbsp;Dédales&amp;nbsp;» – mai 2018 (réédition – 320 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;585 av. J.-C, Babylone. Sarban ne fait pas respecter la Loi, non&amp;nbsp;: il l’incarne tel un Josh Randall en robe indigo, celle portée par l’Ordre des Accusateurs. Oublieux de ses désirs et rancœurs personnelles, Sarban exprime la volonté intangible du législateur inscrite pour l’éternité dans la pierre par Hammurabi, rendant ainsi justice aux hommes, sous le regard attentif et silencieux des dieux. Mais les augures sont formels. Le dieu Marduk doit se reposer, laissant libre cours au désordre que ne manquera pas de déchaîner son aînée Tiamat, la déesse du chaos primordial. Le temps va s’interrompre et la Loi s’effacer. Les Accusateurs vont suspendre leur sacerdoce et devenir les spectateurs de la fin du monde, avec pour ultime consigne de défendre leur vie et de protéger les temples contre les exactions de citoyens livrés à eux-mêmes. Rien ne doit en effet gêner le repos de Marduk. Rien ne doit nuire à l’éventuel rétablissement de sa Loi, quitte à laisser le reste de Babylone sombrer dans le meurtre, le viol, le pillage et d’autres actes de cruauté innommables. Et pourtant, Sarban va commettre l’impensable. Pour résoudre un crime prémédité auquel il a assisté, il va sonder les abîmes de l’âme humaine, accomplissant un périple de l’En-Bas vers l’En-Haut. Pas sûr qu’il en sorte indemne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nouveau packaging pour la réédition de &lt;strong&gt;Car je suis légion&lt;/strong&gt;, sans aucun doute l’un des points d’orgue (de barbarie) de l’œuvre de Xavier Mauméjean. Une réédition bienvenue dont on ne peut que louer Mnémos, son éditeur historique. Roman apocalyptique, au sens littéral du terme, &lt;strong&gt;Car je suis légion&lt;/strong&gt; joue avec des motifs issus de la culture mésopotamienne. Xavier Mauméjean nous immerge dans le berceau de la civilisation, dans ce pays de l’entre-deux-fleuves, contrée millénaire où bien des mythes ont infusé jusqu’à nous, inspirant notamment une bonne partie du légendaire judéo-chrétien. Fresque historique babylonienne, &lt;strong&gt;Car je suis légion&lt;/strong&gt; emprunte également beaucoup de ses traits à la forme classique du cinéma américain. Western, péplum et film noir sont convoqués pour animer une intrigue fertile en clins d’œil et morceaux de bravoure. On croise ainsi sept mercenaires, un tantinet salopards, mais aussi la figure archétypale du détective hard-boiled, guère embarrassé par ses états d’âme lorsqu’il s’agit de rétablir un tort. Xavier Mauméjean mêle le vrai et le faux pour accoucher d’un effet de réel convaincant, où l’humain se confronte à l’effacement des règles et des conventions sociales. Dépouillé de son vernis de civilisation, il ne lui reste plus qu’à laisser s’exprimer sa nature. Sur ce point, l’auteur ne se montre ni optimiste ni pessimiste. Il se contente juste de dévoiler la propension de l’homme à faire le bien ou le mal, bref à s’adapter aux circonstances et à ses passions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre ziggourats vertigineuses et jardins suspendus, &lt;strong&gt;Car je suis légion&lt;/strong&gt; nous invite à un voyage brutal sans concession aux origines de la civilisation, mais aussi aux tréfonds de l’esprit humain. Un périple historique et métaphysique dont il serait regrettable de se passer.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-destinboiteux.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-destinboiteux.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Destin boiteux&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Arkadi &amp;amp; Boris Strougatski – Éditions Lingva, coll. «&amp;nbsp;Nuits blanches&amp;nbsp;» – août 2018 (roman inédit sous cette forme, traduit du russe et complété par Viktoriya et Patrice Lajoye – 382 pp. GdF. 25&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Destin boiteux&lt;/strong&gt; a d’abord connu un premier avatar dans l’Hexagone sous le titre de &lt;strong&gt;Les Mutants du brouillard&lt;/strong&gt;, version tronquée du présent roman, exfiltrée d’URSS pour des raisons de censure sous la forme d’un samizdat diffusé en Allemagne dans les années 1970. À l’occasion de la Perestroïka, le roman paraît finalement en Russie en 1987, bénéficiant d’une nouvelle traduction en France aux éditions de Fallois, avant de connaître une dernière réédition, cette fois-ci complétée, dans la collection «&amp;nbsp;Nuits blanches&amp;nbsp;» dirigée par Viktoriya et Patrice Lajoye. Si &lt;strong&gt;Destin boiteux&lt;/strong&gt; comporte bien un aspect science-fictif, celui-ci relève davantage de la métaphore filée. À vrai dire, Arkadi et Boris Strougatski font davantage part de l’échec du modèle politique et social de l’URSS, abordant le sujet par le truchement d’un roman gigogne. &lt;strong&gt;Destin boiteux&lt;/strong&gt; est en effet l’histoire de l’étrange relation unissant un auteur, Félix Sorokine, à son œuvre, un roman resté à l’état de manuscrit qu’il retrouve et décide de compléter. Dans le monde de Sorokine, l’URSS est à l’agonie, s’apprêtant à troquer le communisme intégral contre l’inconnu. Dans celui de Banev, énième variation cryptofasciste, des mutants frappés d’une maladie mystérieuse pervertissent la jeunesse, lui inculquant le goût pour le changement et la révolte. Au récit de Sorokine, auteur vieillissant condamné à écrire des livres patriotiques pour plaire aux autorités, répond celui de Banev, personnage de fiction fantasque, exilé dans une ville de province soumise à une pluie incessante et à un brouillard tenace. Un caractère entier, prompt à faire le coup de poing avec les fâcheux, entre deux repas gargantuesques composés de lamproies copieusement arrosées de vodka. Entre l’URSS déliquescente de Sorokine et la ville imaginaire de Banev, le doute ne dure pas longtemps. Entre le grand pays tourné vers son passé, enferré dans la paranoïa et la médiocrité, et la perspective d’une révolution d’où émergerait un monde meilleur, le choix est vite fait, du moins si l’on a encore foi en l’avenir radieux. Pour Sorokine, le récit de Banev apparaît comme un remède contre la déprime et la procrastination, car le personnage n’a rien perdu de son esprit combatif, redoublant d’énergie pour semer la pagaille, avec une générosité qui laisse pantois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si aux premiers abords, &lt;strong&gt;Destin boiteux&lt;/strong&gt; n’a rien d’une lecture facile et distrayante, le roman des frères Strougatski recèle des moments d’une drôlerie irrésistible. Le duo dresse en creux un portrait grinçant de l’URSS, tout en usant d’un art de la satire jubilatoire, surtout perceptible dans le portrait des personnages. On y boit, on y ripaille et on y baise avec en arrière-plan la fin du monde et l’imminence du chaos, tout en questionnant l’altérité et le statut de l’écrivain dans un État totalitaire. Mais, il s’agit bien d’une tragédie, certes goguenarde, sur fond d’échec et d’incertitude. Celle d’un pays dont on connaît désormais un peu mieux le devenir. Qu’y faire&amp;nbsp;? Reprendre un coup de vodka et un plat de lamproie, peut-être&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-enfants.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-enfants.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Enfants de la terre et du ciel&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Guy Gavriel Kay – Éditions L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» – août 2018 (roman traduit de l’anglais [Canada] par Mikael Cabon – 640 pp. GdF. 27,90&amp;nbsp;€)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Interrompant pour le moment ses rééditions des romans de Guy Gavriel Kay, les éditions L’Atalante nous offrent rien de moins que sa dernière épopée en date&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Enfants de la terre et du ciel&lt;/strong&gt;. Comme souvent avec l’écrivain canadien, nous sommes en présence d’un pavé de plus de 600 pages qui n’a pas à rougir à côté des &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-lions-d-al-rassan&quot;&gt; Lions d’Al-Rassan &lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; ou des &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-chevaux-celestes&quot;&gt; Chevaux Célestes &lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; . Pour autant, nul besoin de rappeler ici que la quantité ne fait pas la qualité. C’est donc avec un œil circonspect (mais averti) que l’on entame le roman.&lt;br /&gt;
Les habitués de Kay le savent bien, celui-ci est passé maître dans l’art de la fantasy historique, un sous-genre qui transpose une époque historique donnée en un récit aux atours de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; dans un monde qui n’est pas le nôtre (ou presque). Après le diptyque &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Céleste&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, nous quittons la Chine médiévale pour explorer les Balkans de la fin du XVe siècle, un temps où les Ottomans rêvent de faire tomber le Saint-Empire Germanique et l’ensemble de la chrétienté comme ils se sont emparés de l’imprenable Constantinople. En lieu et place des royaumes et villes emblématiques de l’époque, on retrouve Séresse (Venise), Dubrava (Dubrovnik), Asharias (Constantinople) et bien d’autres. Le lecteur devra donc faire le tri et percer les mystères de ce background à la fois exotique et étrangement familier. Dans celui-ci, nous suivons cinq personnages principaux&amp;nbsp;: Marin Djivo, membre d’une éminente famille marchande de Dubrava&amp;nbsp;; Danica Gradek, farouche guerrière de la cité pirate de Senjan&amp;nbsp;; Damaz, frère de Danica capturé par les Asharites et enrôlé dans le corps d’élite des djannis&amp;nbsp;; Leonora Valeri, fille reniée d’un puissant et espionne pour Séresse&amp;nbsp;; et Pero Villani, artiste illustrement inconnu de Séresse à qui l’on demande de peindre le portrait du Calife Gurçu. Ces cinq destins vont s’entremêler et s’influencer les uns les autres pour créer une immense fresque à la façon des précédentes œuvres de Guy Gavriel Kay. Toujours aussi malicieux, l’auteur canadien profite du prétexte &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; pour nous donner une véritable leçon d’histoire, jamais ennuyeuse mais parfois un peu trop didactique face à la peur compréhensible de perdre le lecteur. S’il est question de grands empires et de rois puissants, les &lt;strong&gt;Enfants du Ciel et de la Terre&lt;/strong&gt; opère un choix différent de celui du &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-fleuve-celeste&quot;&gt; Fleuve Céleste &lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; , précédent roman de l’écrivain. Ici, les protagonistes ne sont pas destinés à briller sur le devant de la scène, mais à occuper des places secondaires, parfois insignifiantes en apparence, mais qui finissent par avoir une certaine influence sur l’échiquier des batailles et luttes d’influence de leur époque. C’est par de petites décisions personnelles, comme celle d’un peintre qui choisit de dire la vérité ou celle d’un djanni qui décide d’abandonner son destin de guerrier, que le monde change et dévie petit à petit de sa course initiale. Tout compte fait, les &lt;strong&gt;Enfants de la Terre et du Ciel&lt;/strong&gt; pourrait être considéré comme la démonstration de l’effet papillon par un Guy Gavriel Kay de plus en plus mélancolique. Si le &lt;strong&gt;Fleuve Céleste&lt;/strong&gt; annonçait déjà ce virage, &lt;strong&gt;Enfants de la Terre et du Ciel&lt;/strong&gt; enfonce le clou. Situé quelques décennies après la chute de Sarance (comprendre Constantinople), déjà raconté par le Canadien dans &lt;strong&gt;La Mosaïque de Sarance&lt;/strong&gt;, le roman contemple un avenir plein de regrets, bouffé quasi-littéralement par les fantômes des batailles passées. La beauté de ce récit provient d’ailleurs pour beaucoup du sentiment de perte qui n’en finit pas de raconter l’éternel chagrin des hommes et des femmes qui subissent le cours de l’histoire et la volonté impérieuse du monde. Plus que jamais, Guy Gavriel Kay capte l’humanité de ses personnages et l’implacable marteau qui les écrase sur l’enclume de l’Histoire avec un grand H. Puissant et poétique, touchant et dense, &lt;strong&gt;Enfant du Ciel et de la Terre&lt;/strong&gt; captive et enchante. Il vient d’ajouter aux (très) grands romans de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; qui savent à la fois disséquer l’homme en profondeur et proposer une réflexion poussée aux lecteurs sur la course du temps. Une nouvelle brillante réussite.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Nicolas Winter&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-surepreuves.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-surepreuves.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Sur épreuves&lt;br /&gt;
Magie ex libris T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jim C. Hines – L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La dentelle du cygne&amp;nbsp;» – août 2018 (roman inédit traduit de l’anglais (USA) par Lionel Davoust – 384 pp. GdF. 21,90€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avertissement traditionnel&amp;nbsp;: si vous n’avez pas lu les deux premiers volumes de cette série (critiqués &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-bibliomancien&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/01/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-89#magieexlibris&quot;&gt; là &lt;/a&gt; ), arrêtez-vous là dans cette critique, obtenez ces ouvrages et repassez une fois la lecture terminée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les temps sont durs pour Isaac Vainio&amp;nbsp;: Gutenberg lui a retiré ses pouvoirs &amp;nbsp;; il se sent coupable de la destruction d’une partie de son quartier et du décès de certains habitants et amis&amp;nbsp;; Jeneta, une jeune fille aux pouvoirs extraordinaires, a disparu alors qu’elle était sous sa responsabilité. Bref, il est au trente-sixième dessous. L’ennemi n’est pas en pause, au contraire. Des forces terribles rameutent leurs troupes. Et notre bibliomancien est bloqué, impuissant, écarté de l’organisation des Gardiens. La dépression est proche, au grand dam de sa compagne, Lena. Mais Isaac est un battant et quand on lui ferme des portes, il tente de passer par une autre issue. Ou de défoncer l’entrée principale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme le fait remarquer &lt;a href=&quot;https://lioneldavoust.com/2018/sur-epreuves-magie-ex-libris-vol-3-maintenant-disponible-nouveau-volume-du-bibliomancien/&quot;&gt; sur son blog &lt;/a&gt; Lionel Davoust, son traducteur, Jim C. Hines repart dans &lt;strong&gt;Sur épreuves &lt;/strong&gt;avec les mêmes (bonnes) recettes, la même énergie, la même folie parfois foutraque, les mêmes «&amp;nbsp;jeux référentiels à l’imaginaire&amp;nbsp;», les mêmes «&amp;nbsp;jeux de mots idiots&amp;nbsp;» que pour les deux volumes précédents. Et, autant pour &lt;strong&gt;Lecteurs nés&lt;/strong&gt;, tout cela ronronnait un peu (et inquiétait pour la suite de la série), autant dans ce troisième tome, Jim C. Hines rassure&amp;nbsp;: la dynamique est retrouvée. Le bestiaire est toujours aussi riche&amp;nbsp;: les vampires (dans l’espace, si, si&amp;nbsp;!) côtoient les loups-garous, Méduse combat aux côtés d’un Yeren. Et Meridiana, la puissante magicienne, tout droit venue d’une Renaissance savante et religieuse à la fois, a vraiment l’étoffe d’un méchant de film d’action. Mais surtout, l’amour des livres exsude de chacune des pages de ce roman. Le bonheur de lire, de connaître un livre, de le toucher, de l’utiliser. Et même ceux qui ont abandonné le support papier y trouveront leur compte, puisque la dangereuse et terrifiante adversaire d’Isaac utilise une liseuse pour ses combats.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De plus, dans ce tome, Jim C. Hines fait progresser à grands pas le monde qu’il a imaginé. Si Gutenberg avait voulu garder la magie secrète pour les non-initiés, quitte à tuer, voire massacrer, des dizaines de personnes, l’ampleur des combats et des dégâts collatéraux est désormais trop importante pour la laisser dans l’ombre ou en faire disparaître les traces. Les populations du monde entier vont découvrir l’existence de cette puissance. Et avec elle, des questions épineuses&amp;nbsp;: si la magie existe depuis longtemps, pourquoi ne l’a-t-on pas utilisée pour sauver les blessés graves, pour nourrir les peuples affamés, pour rendre le monde meilleur&amp;nbsp;? Interrogations très pertinentes et amenées par petites touches, entres les chapitres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur épreuves&lt;/strong&gt; relance donc l’intérêt pour cette série distrayante, mais pas seulement&amp;nbsp;: entre deux grosses bastons, entre deux blagues plus ou moins efficaces, Jim C. Hines parvient à nous faire réfléchir à notre monde et, surtout, à nos rapports avec le livre.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-tremblementdetemps.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-tremblementdetemps.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Tremblement de Temps&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Kurt Vonnegut – Super8 – septembre 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Aude Pasquier – 302 pp. GdF. 19€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Si je vous dis que &lt;strong&gt;Tremblement de temps&lt;/strong&gt; est un roman qui n’a pas été écrit, vous allez me demander la nature de l’objet de cette chronique. Eh bien, pas vraiment un roman, non… C’en est un sans en être un. Il n’y a pas vraiment de début, ni de milieu, ni même de fin d’un strict point de vue narratif, sans pour autant s’apparenter au Nouveau Roman… La quatrième de couverture nous apprend « &lt;em&gt; que Kurt Vonnegut n’a pas envie de l’écrire. En tout cas, pas comme ça. À la place il nous livre la genèse de son récit avorté. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» Et pourtant, ce n’est pas non plus un making of.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, en 2001, un tremblement de temps renvoie tout le monde dix ans plus tôt, en 1991. « &lt;em&gt; L’histoire recommence à l’identique, les gens commettent les erreurs déjà commises, les mêmes catastrophes se produisent de façon automatique… &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» Voila l’histoire que Vonnegut n’a pas envie d’écrire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’a-t-il écrit, alors&amp;nbsp;? Peut-être bien un roman, tout de même. Une sorte d’autobiographie romancée contenant des éléments de fiction&amp;nbsp;; et pour cause, vu qu’elle se déroule pour partie dans l’avenir, le livre ayant été publié aux USA en 1997. Ou un essais sur la vie des classes moyennes américaines au XXe siècle, mais pas au sens journalistique ni universitaire. Des commentaires personnels et des réflexions, parfois acerbes, sur la vie des gens en Amérique, et surtout sur le sens de cette vie. Vonnegut nous parle ici de lui-même, bien sûr, de ses femmes, de sa sœur, de son frère, de ses enfants, de ses amis et connaissances, de ce qu’ils pensent du monde dans lequel ils vivent et meurent. Un monde aussi hanté par son alter ego, Kilgore Trout, écrivain de SF raté, que l’on a déjà croisé dans nombre de livres de Vonnegut, et auquel Philip José Farmer finit par prêter sa plume pour &lt;strong&gt;Le Privé du cosmos&lt;/strong&gt;. On le retrouve ici, quasi clochard jusqu’à ce qu’il s’installe dans la suite Hemingway de la résidence Xanadu pour écrivains à Rhode Island, à proximité de laquelle eut lieu un pique-nique de fruits de mer au bord de l’eau… Le livre tourne ainsi autour de quelques lieux tel l’Académie Américaine des Arts et des Lettres, et l’asile pour clochards contigu. Un certain nombre de gimmicks reviennent au fil du roman, Kilgore Trout ne cessant de ponctuer sa conversation de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ding Dong&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui veulent tout et rien dire. Ou «&amp;nbsp; &lt;em&gt; Vous avez été très malade mais vous êtes guéri à présent et il y a du pain sur la planche &lt;/em&gt; &amp;nbsp;», qui revient plus ou moins à propos, contribuant à une sorte d’humour aigre-doux omniprésent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne saurait dire sur cette rive orientale de l’Atlantique que Kurt Vonnegut est l’un des auteurs les plus populaires de son siècle. Ses romans ont certes été largement traduits en français – en ce qui concerne les nouvelles, c’est une toute autre histoire –, mais je ne crois pas que beaucoup de gens d’ici le citeraient comme l’un des écrivains américains majeurs du siècle dernier. Et c’est bien dommage&amp;nbsp;! Il est pourtant doté d’une plume aussi créative qu’iconoclaste, d’un humour grinçant à souhait mais sans méchanceté aucune.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Méditation sur les États-Unis, la guerre, la famille et les amis, où l’on peut voir les prémices du court essai bien davantage désabusé quant à l’Amérique, &lt;strong&gt;Un homme sans patrie&lt;/strong&gt; (Denoël, 2006), publié peu avant sa mort. Selon Vonnegut, le bonheur tient dans les relations au sein d’une famille élargie qui fait qu’au bout du bout, la vie vaut d’être vécue. L’un des intérêts majeurs de &lt;strong&gt;Tremblement de temps&lt;/strong&gt; est de nous donner à voir des Américains (quand même instruits et cultivés) vivant leur vraie vie, voyant le monde tel qu’eux le voient. Le roman y montre un pays qu’ils aiment mais qui ne se ressemble plus, qui a perdu ses valeurs cardinales alors que les Américains et le monde entier en ont plus que jamais besoin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tremblement de temps &lt;/strong&gt; est un livre étonnant – pas vraiment de SF, même s’il en est question à l’occasion —,un chef-d’œuvre à lire absolument, qui restera comme le chant du cygne d’un très grand auteur.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr93-bobT2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr93-bobT2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;bob&quot;&gt;Nous sommes nombreux&lt;br /&gt;
Nous sommes Bob T2&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dennis E. Taylor – Bragelonne – septembre 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [États-Unis] par Sébastien Baert – 380 pp. GdF. 17,90 euros)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si vous n’avez pas lu &lt;strong&gt;Nous sommes Bob&lt;/strong&gt;, premier volume de cette trilogie, vous ne comprendrez rien aux lignes qui suivent. À vous de voir et d’en tirer les conséquences…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur Delta Eridani, la société des Deltaiens, épaulés par Bob (le premier de cette immense famille), assure sa position dans son nouveau camp. Mais un danger les menace soudain, invisible et puissant. Changer de lieu de vie était-il vraiment une bonne idée&amp;nbsp;? Pendant ce temps, l’évacuation de la Terre continue. Mais trop lentement. D’autant que des sabotages de plus en plus nombreux mettent l’opération en péril. Ailleurs dans l’espace, un groupe de Bob recherche des traces de l’ennemi brésilien afin de se débarrasser de ce concurrent meurtrier. Et soudain, au détour d’un système planétaire apparaissent les Autres. Puissants, monstrueux, dévastateurs. Or, l’humanité est sur leur route.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous sommes nombreux&lt;/strong&gt; est la suite directe de &lt;strong&gt;Nous sommes Bob&lt;/strong&gt;. Et des Bob, on en trouve partout. Dennis E. Taylor poursuit, dans ce deuxième opus, de dévider les fils de sa bobine, de plus en plus grosse. Les trames narratives se multiplient, au point de, parfois, perdre un peu le lecteur insuffisamment attentif (ça arrive&amp;nbsp;!). D’ailleurs, l’éditeur, malin, a pensé à proposer un petit arbre généalogique en fin de volume pour permettre au lecteur de s’y retrouver. Car il faut être bien concentré pour s’y retrouver entre les Homer, les Ralph, les Milo, les Thor (si, si) ou les Timide (est-il besoin d’en rajouter&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais cet obstacle passé, on est agréablement surpris par la capacité de l’auteur à renouveler en partie ses histoires. Il poursuit avec une certaine efficacité les intrigues du premier volume. Et en développe d’autres. D’ailleurs, outre l’aspect purement narratif, de nouveaux thèmes sont évoqués, permettant d’approfondir enfin certains points, survolés dans &lt;strong&gt;Nous sommes nombreux&lt;/strong&gt;. Comme l’humanité de ces êtres, autrefois de chair et de sang, à présent numérisés dans une boite métallique&amp;nbsp;: les Bob, tout digitaux qu’ils sont, sont-ils de possibles victimes de Cupidon&amp;nbsp;? Et si oui, quid de leurs relations avec les éphémères (ainsi quelques-uns d’entre eux nomment-ils les humains)&amp;nbsp;? Comment maintenir le lien avec les représentants de leur ancienne famille&amp;nbsp;? Comment rester encore des hommes&amp;nbsp;? En poursuivant la mission&amp;nbsp;: trouver des systèmes planétaires viables pour essaimer l’humanité. Aider à la survie des derniers humains sur Terre et à leur voyage vers leurs futures colonies. Mais aussi en évoluant. Certains Bob vont travailler sur un animal mécanique, puis un robot qu’ils pourraient piloter. Afin de redécouvrir des sensations disparues depuis leur changement d’état. Histoire aussi de communiquer plus facilement avec les êtres humains&amp;nbsp;; tout en se raccrochant à une humanité fragile, s’effilochant génération après génération.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si vous avez aimé &lt;strong&gt;Nous sommes Bob&lt;/strong&gt;, vous aimerez &lt;strong&gt;Nous sommes nombreux&lt;/strong&gt; et attendrez que Bragelonne publie le troisième et, pour l’instant, dernier tome de cette trilogie. Dennis E. Taylor utilise les mêmes recettes avec la même efficacité et le même plaisir évident. Et nous entraine dans un moment de lecture divertissant à défaut d’être dérangeant, agréable à défaut d’être révolutionnaire. Pendant quelques centaines de pages, nous sommes tous Bob.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;* * *&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Peter Watts, guide de lecture auxiliaire</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/21/Peter-Watts-guide-de-lecture-auxiliaire" rel="alternate" type="text/html" title="Peter Watts, guide de lecture auxiliaire" />
      <id>urn:md5:cd8e84ee67d3037f026bbb8483befb49</id>
      <published>2019-01-21T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-01-22T10:33:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;couve Starfish&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/watts-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C'est peu dire qu'en Bifrosty, on apprécie Peter Watts — et pas qu'un peu. En attendant la parution très prochaine du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-93&quot;&gt;Bifrost 93&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; consacré au Canadien, comprenant une novelette qui tabasse, une interview exclusive et un guide de lecture, voici un memento des critiques wattsiennes parues dans les précédents numéros de votre revue préférée, histoire de se souvenir que notre intérêt pour l'auteur de &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt; ne date pas d'hier. Mais ce n'est rien qu'une affaire de câblage neuronal, bien sûr…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-gdl-visionaveugle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/watts-gdl-visionaveugle.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Vision aveugle&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Premier roman de Peter Watts publié en France (en attendant le très aquatique &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt; fait partie des textes qui impressionnent le lecteur, tant par l'ampleur du propos que par son intelligence narrative. Véritable livre de science-fiction au sens premier, cet opus douloureux rejoint d'entrée de jeu le cultissime &lt;strong&gt;Schismatrice&lt;/strong&gt; du non moins cultissime Sterling. Même cohérence visuelle, même vision furieusement coupante de la post-humanité et même absence d'explications dans le contexte quotidien (quel roman de littérature contemporaine explique le fonctionnement d'un robinet ? Pourquoi la S-F devrait-elle justifier ses choix technologiques ?). Enfin — surtout — même questionnement du début à la fin : qu'est-ce que l'humain ? Et pour répondre, quoi de plus évident qu'une autre question ? Qu'est-ce que l'autre, l'extraterrestre, l'ennemi ? Du coup, exactement comme &lt;strong&gt;Schismatrice&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt; se mérite. Le décor est flou. Il se précise peu à peu. Les personnages commencent leur vie comme simple silhouettes, puis se développent et gagnent en épaisseur à mesure que le lecteur prend conscience du monde dans lequel ils évoluent. Et le résultat est… vertigineux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Complète réécriture de la plus vieille idée science-fictive — le premier contact extraterrestre —, &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt; avale littéralement le cliché et s'axe principalement autour de personnages dévastés. Humains trafiqués, reconstruits ou schizophrènes à personnalités multiples (lire &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/les-1001-vies-de-billy-milligan&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les 1001 vies de Billy Milligan&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; pour une explication de texte), scientifiques fous à la conscience téléchargée et… vampires. Oui oui, de vrais vampires, mais bien différents du mythe. Une branche éteinte de l'évolution humaine datant de plusieurs centaines de milliers d'années ramenée à la vie par le miracle de la génétique. Une branche qui donne des individus aux caractéristiques bien précises et aux aptitudes clairement définies. Ici, c'est surtout du &lt;em&gt;Thésée&lt;/em&gt; qu'il s'agit, un vaisseau d'exploration qui rencontre le fameux artefact extraterrestre. À son bord, un équipage restreint, dont Siri Keeton, le narrateur, chargé de surveiller le bon déroulement des opérations, plusieurs autres personnages hauts en couleur, sans oublier le capitaine, vampire de son état. D'entrée de jeu, les codes du genre volent en éclat. D'abord parce que le &lt;em&gt;Rorschach&lt;/em&gt; — c'est ainsi que se baptise lui-même l'artefact — leur parle en anglais, ensuite parce qu'il cesse de leur parler après les avoir menacés de mort. C'est le début d'une exploration rarement vue en littérature, déroulée sur deux niveaux : la lente compréhension de la nature même de l'artefact, couplée à la lente compréhension de la nature même des humains chargés du contact. Deux niveaux, donc, et un lecteur qui passe de l'un à l'autre avec un bonheur renouvelé. On frissonne, on fronce les sourcils, on est largué, et puis tout s'éclaire, comme par magie, juste avant que la lumière ne s'éteigne à nouveau, prélude à la prochaine illumination. Le tout sous une plume brillante aussi obscure que limpide, mais délicieusement tordue. À ce titre, saluons la performance du traducteur — Gilles Goullet, dont on avait pu apprécier le travail sur un roman aussi difficile que &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/la-cite-des-saints-et-des-fous&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Cité des saints et des fous&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Jeff VanderMeer — qui a dû beaucoup souffrir pour saisir où voulait en venir l'auteur et tâcher de restituer la saveur de la langue dans un français compréhensible. Au final, reste la question centrale du roman : qu'est-ce que le Rorschach ? Le miroir de nos peurs ? Le papier tâché sur lequel chacun voit ce que son inconscient décèle ? Ou véritablement un vaisseau extraterrestre ? Pour le savoir, une seule solution. Ouvrir le livre, s'y plonger et ne plus le lâcher. Incroyable comme c'est facile d'ailleurs. Car s'il n'a rien de simple, ce roman n'en reste pas moins diaboliquement intelligent, cruel, malin… et limpide. Du grand art, un must instantané.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-54&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;54&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-gdl-rifteurs1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/watts-gdl-rifteurs1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Starfish&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt;, le plus récent des romans de Peter Watts, avait été le premier de ses bouquins à arriver par chez nous, &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt;, son premier livre écrit et publié (en 1999 outre-Atlantique), s’avère donc son tout dernier titre à débarquer en français… Bref, après avoir commencé par le petit dernier, dernier qui nous avait clairement laissé sur le cul, s’imposant haut la main comme le meilleur roman de S-F publié dans l’Hexagone en 2009, on s’attaque désormais au premier, volume initial de la trilogie &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Rifters&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; constituée du présent &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt;, de &lt;strong&gt;Maelstrom&lt;/strong&gt; (annoncé pour 2011 au Fleuve Noir) et de &lt;strong&gt;Behemoth &lt;/strong&gt;(énorme roman publié en deux parties en VO). On précisera enfin que &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt; s’ouvre par un prologue déjà publié dans nos pages sous la forme d’une nouvelle au sommaire du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-54&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;n°54&lt;/a&gt; — l’environnement de &lt;strong&gt;Starfish &lt;/strong&gt;n’est donc pas étranger aux habitués de Bifrost…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En plus d’être manifestement assez cintré, ami des chats et passablement misanthrope, en somme un type pour le moins fréquentable, Peter Watts est biologiste marin. Il y a de fait une certaine logique à ce que notre auteur place l’intrigue de son premier roman au fin fond des abysses, plus précisément dans les entrailles de Beebe, une station des profondeurs accrochée sur le rift de la côte pacifique. Nous sommes dans un avenir proche. Les occupants de Beebe, une équipe de cinglés physiquement trafiqués pour résister aux hautes pressions et respirer sous l’eau, ont pour tâche d’entretenir le matériel servant à extraire du rift des quantités phénoménales d’énergie géothermique. Une équipe de cinglés, oui, sélectionnés à dessein, les « déviants » s’avérant après tests les mieux armés pour ce type de job confiné en environnement hostile. « Ce n’est pas la quantité de merde que tu as soulevée qui fait que tu conviens pour le rift. C’est la quantité à laquelle tu as survécu. » (p.131) Nous voici donc, à plus de 10 000 mètres de profondeur, avec une équipe de six tarés (dont un pédophile et une accro à la violence, notamment sexuelle…) physiquement bidouillés, et pas qu’un peu, qui passent leur temps à se foutre sur la gueule quant ils ne baisent pas les uns avec les autres, voire à se faire attaquer par des horreurs abyssales à peine croyables. Ambiance… Qui promet de ne pas s’arranger, parce qu’au fil du temps nos amis « rifters », outre péter de plus en plus les plombs, se mettent à développer de bien curieuses aptitudes, en sus d’une paranoïa aigue somme toute légitime dans la mesure où ils ne tardent pas à découvrir un appareillage assez curieux et inédit aux environs de Beebe, appareillage qui s’avère être… une bombe nucléaire. Pourquoi un truc pareil dans un lieu pareil ? Et placé par qui ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Moins vertigineux que &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt;, moins ambitieux aussi, mais plus accessible même si un tantinet décousu, ce premier roman de Peter Watts propose d’emblée une science-fiction mature riche d’idées fascinantes, une littérature qui n’épargne en rien cette chère humanité, pas plus qu’elle ne lui fait crédit de quoi que ce soit — que ses récits prennent place aux confins du système solaire ou au cœur des océans, Watts décortique ses personnages avec la froideur précise d’un entomologiste dépassionné ; le vampire de &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt;, c’est lui ! De fait, ce qui étonnerait presque au regard de la majorité de l’actuelle production dans nos domaines, c’est combien l’auteur ne prend pas ses lecteurs pour des cons, leur fait confiance, compte sur leur implication et leur capacité à tracer leur propre chemin dans ses pages. Un livre honnête, qui joue le jeu, respecte son lecteur en le considérant comme un adulte raisonnablement constitué ? Ben oui, ça surprend, et franchement ça fait du bien… Aussi, si &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt; n’est pas une révolution en soit, il n’en est pas moins un excellent roman de science-fiction, et l’acte de naissance d’un auteur déjà incontournable. Aussi suivons d’un cœur léger la suggestion de Peter Watts lui-même dans les remerciements de &lt;strong&gt;Starfish &lt;/strong&gt;: « Cet exemplaire que vous tenez entre les mains est un début. Pourquoi ne pas en prendre d’autres et les distribuer aux Témoins de Jéhovah au coin de la rue ? » Oui, pourquoi ?&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Olivier Girard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-60&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;60&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-gdl-rifteurs2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/watts-gdl-rifteurs2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Rifteurs&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après seulement deux romans parus en France, Peter Watts a d’ores et déjà trouvé sa place parmi les auteurs de SF les plus novateurs et les plus passionnants du moment. Son nouveau livre, &lt;strong&gt;Rifteurs&lt;/strong&gt;, était attendu avec d’autant plus d’impatience qu’il fait directement suite à &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt;, paru l’an dernier. Précisons tout de même qu’il n’est pas obligatoire d’avoir lu le premier pour saisir tous les enjeux du second, l’essentiel des informations nécessaires étant repris dans les premiers chapitres. Par ailleurs, dans la forme, &lt;strong&gt;Rifteurs&lt;/strong&gt; est très différent de &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt;. Au huis-clos dans lequel se déroulait ce dernier succède une course-poursuite qui va nous faire traverser le continent nord-américain d’ouest en est. Cible de cette chasse : Lenie Clarke, l’une des survivantes de la station sous-marine où elle était en poste, désormais porteuse d’une bactérie issue des profondeurs qui menace de se répandre sur toute la surface de la planète.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il flotte sur &lt;strong&gt;Rifteurs&lt;/strong&gt; un lourd parfum d’apocalypse. A cause de la menace que fait peser la nouvelle condition de Lenie sur l’ensemble de l’humanité, bien sûr, à cause aussi des ravages dévastateurs provoqués sur la côte ouest des États-Unis par l’explosion nucléaire qui concluait le volume précédent. Mais, plus généralement, le monde que l’on découvre ici est un monde au bord du précipice et à bout de souffle, où de nouvel-les menaces apparaissent chaque jour, amenant souvent les autorités à prendre des mesures radicales pour les contenir. C’est également une société de plus en plus déshumanisée, où d’un côté les employés de diverses multinationales acceptent de renoncer à une part de leur humanité pour mener à bien les tâches qui leur ont été confiées, et où de l’autre des millions de réfugiés sont parqués comme des bêtes dans des zones de non droit et abrutis à grands renforts de tranquillisants. Ce chaos global se reflète jusque dans l’Internet, désormais rebaptisé Maelstrom, incroyable bouillon de culture en perpétuelle évolution qui va jouer un rôle crucial dans la destinée de Lenie Clarke.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même s’il évite la plupart des clichés du genre, et s’appuie sur une vraisemblance scientifique de tous les instants, &lt;strong&gt;Rifteurs&lt;/strong&gt; fonctionne avant tout comme un thriller. Là où &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt; souffrait de quelques longueurs et de petits passages à vide, Peter Watts peinant parfois à structurer son récit (rappelons tout de même à sa décharge qu’il s’agissait d’un premier roman), cette suite marche à l’adrénaline, et s’avère être un &lt;em&gt;page-turner&lt;/em&gt; assez irrésistible. Certes, au bout du compte, la plupart des questions soulevées au cours du récit demeurent sans réponse, et le resteront jusqu’à la parution de &lt;strong&gt;βéhémoth&lt;/strong&gt;, ultime volet de cette série. Mais si d’un point de vue global la situation n’évolue que très peu, en revanche les quelques protagonistes sur lesquels se focalise l’attention de l’auteur verront leur destin bouleversé de manière assez radicale. De Lenie Clarke, littéralement obsédée par son passé (l’obsession est souvent un élément moteur chez les personnages de Watts) à Achille Desjardins, dont le métier l’amène en permanence à faire des choix aussi dramatiques que meurtriers, aucun ne sortira indemne de cette histoire. La réussite de &lt;strong&gt;Rifteurs&lt;/strong&gt; doit beaucoup à cette petite galerie d’individus, à la manière dont le romancier nous fait partager leur intimité pour mieux nous faire ressentir l’horreur dans laquelle ils se débattent en permanence. On n’aimerait pas être à leur place, mais on ne regrette à aucun moment d’avoir fait le voyage en leur compagnie.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-65&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;65&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-gdl-rifteurs3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/watts-gdl-rifteurs3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;βéhémoth&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Rifteurs&lt;/strong&gt;, Peter Watts conclut sa trilogie apocalyptique du futur proche avec cet ultime et volumineux roman, &lt;strong&gt;βéhémoth&lt;/strong&gt;. Tellement volumineux qu’aux Etats-Unis, il fut publié en deux tomes. Le fait que le Fleuve Noir ait décidé de le sortir en un seul volume, à rebours de certaines pratiques éditoriales actuelles, mérite d’emblée d’être salué.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ceci dit, &lt;strong&gt;βéhémoth&lt;/strong&gt; est composé de deux parties nettement distinctes. La première renoue avec l’ambiance de huis clos paranoïaque de &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt; et se déroule entièrement à l’intérieur d’une base sous-marine, Atlantis, où se sont réfugiés Rifteurs et corpos pour échapper à la fin du monde. Les tensions sont grandes entre anciens exploiteurs et exploités, mais tous ont trop à perdre pour ne pas faire les compromis nécessaires à leur cohabitation. Jusqu’à ce que le monde qu’ils ont fui les rattrape, qu’une nouvelle variante du virus qui a transformé l’Amérique du Nord en champ de ruines soit découverte, et qu’une nouvelle menace extérieure les prenne pour cible. Peter Watts rejoue ici une partition similaire à celle employée dans son premier roman, et même si l’ensemble fonctionne plutôt bien, on ne peut s’empêcher parfois de trouver le temps long. Le romancier semble éluder les véritables enjeux de son histoire au profit de sujets plus anecdotiques, et il faut attendre la seconde partie pour enfin constater les effets dévastateurs sur la planète des évènements déclenchés par Lenie Clarke dans &lt;strong&gt;Rifteurs&lt;/strong&gt;. Retour à la surface donc, dans une Amérique ravagée par le βéhémoth, où les derniers îlots de civilisation sont prêts à tout pour retarder l’inévitable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans les romans précédents, Peter Watts n’offre jamais de vision d’ensemble de la situation, ne nous donne à voir que ce qu’en découvrent ses protagonistes au fil de leurs pérégrinations. Lesquels protagonistes ne sont qu’au nombre de quatre : outre Lenie Clarke et son compagnon d’armes Ken Lubin, ce sont Taka Ouellette, conductrice d’une infirmerie mobile venant en aide aux populations frappées par le virus, et Achille Desjardins, déjà connu des lecteurs, désormais libre du carcan neurochimique qui contrôlait ses tendances psychopathes et à la tête d’un arsenal terrifiant. L’avenir de l’humanité va se jouer entre ces quatre individus, dont trois au moins mériteraient la camisole…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le long terme, cette volonté de l’auteur de restreindre son champ de vision et de réduire la situation à un duel entre Clarke et ses compagnons d’un côté, Desjardins de l’autre, finit par nuire au roman. Du point de vue de la crédibilité d’abord, les moyens dont disposent les Rifteurs étant à ce point dérisoires que l’idée même qu’ils puissent parvenir à leurs fins peine à convaincre, d’autant plus que face à eux, Desjardins, aussi seul soit-il, possède des ressources illimitées. Ce qui amène Watts à conclure son roman dans un déferlement d’action spectaculaire, bien foutu, certes, mais qui parait assez trivial dans un tel contexte de fin du monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Contrairement à ses prédécesseurs, &lt;strong&gt;βéhémoth&lt;/strong&gt; ne propose guère de nouveaux concepts scientifiques, se contentant de développer un peu plus certains éléments introduits précédemment dans le récit. D’autres semblent aboutir à une voie de garage, notamment le Maelström, cette version de l’internet infectée par Béhémoth, qui ne tient qu’un rôle très secondaire dans ce récit. De manière générale, Peter Watts peine à nouer les liens des différents concepts élaborés au cours des romans précédents, renforçant la sensation de frustration que procure la lecture de &lt;strong&gt;βéhémoth&lt;/strong&gt;. Ceci dit, même si le résultat n’est pas à la hauteur de nos attentes, ce dernier volume reste un assez bon roman, dans la lignée des précédents, fascinant par certains aspects, mais loin d’être totalement maîtrisé.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-69&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;69&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-gdl-echopraxie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/watts-gdl-echopraxie.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Échopraxie&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Daniel Brück est un «&amp;nbsp;souche&amp;nbsp;». Autrement dit, un fossile sur une planète où &lt;em&gt;l’Homo sapiens&lt;/em&gt; s’éteint peu à peu au profit d’une posthumanité génétiquement et technologiquement améliorée. Vivant à l’écart du monde, il collecte des échantillons de vie sauvage dans le désert de l’Oregon, pour oublier sa responsabilité indirecte dans une catastrophe médicale majeure. Une tâche aussi vaine qu’inutile au sein d’une écologie où ne subsiste pas un seul brin d’ADN indemne de toute pollution génétique. De manière fortuite, il se retrouve plongé au milieu d’un conflit entre une vampire et des moines ayant recâblé leur cerveau pour atteindre, par la transe mystique et l’interconnexion, un niveau supérieur de connaissance. Le voilà embarqué dans un long voyage vers &lt;em&gt;Icare&lt;/em&gt;, la station solaire pourvoyeuse d’énergie, en compagnie d’un pilote obsédé par la vengeance, un militaire en deuil et une ribambelle de monstres, humains zombifiés, esprit de ruche et vampire, à la rencontre d’une entité extraterrestre qui pourrait bien constituer &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; menace ultime pour l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Échopraxie&lt;/strong&gt; renoue avec l’univers de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/vision-aveugle&quot;&gt;&lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Quinze années après l’expédition du &lt;em&gt;Thésée&lt;/em&gt;, Peter Watts reprend les mêmes recettes pour broder un huis clos paranoïaque, entrelardé de spéculations vertigineuses, exposées parfois de manière trop didactique. Et, une nouvelle fois, le résultat se montre époustouflant, même si l’écriture aride ne facilite pas l’accès à ce futur étrange et complexe. L’auteur canadien pousse au renversement des paradigmes. Il passe les concepts d’identité, de conscience, d’intelligence à la moulinette des neurosciences, multipliant les hypothèses et les théories hardies. Sous sa plume, le libre-arbitre devient une illusion, Dieu un virus et l’univers une simulation livrée à elle-même. Ses nombreuses spéculations fournissent matière à réflexion et discussion, enrichissant l’esprit d’idées et d’images stimulantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais, si le futur de Peter Watts se montre fertile en théories ébouriffantes, il n’a cependant pas l’apparence d’une douce utopie. C’est un monde malade, en phase terminale, en proie à un chaos total où la science n’est finalement qu’une forme de foi plus efficace, et où le salut de l’humain passe par une nécessaire adaptation, quitte à abandonner sa façon de penser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ardu, fascinant, intelligent, &lt;strong&gt;Échopraxie&lt;/strong&gt; se conquiert de haute lutte, parfois au détriment du simple plaisir de lecture. Mais l’effort en vaut la chandelle. Assurément.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-leleu/&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-80&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;80&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-gdl-gouffre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/watts-gdl-gouffre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Au-delà du gouffre&lt;/h3&gt;
&lt;h5&gt;Trad. Gilles Goullet, Pierre-Paul Durastanti et Roland C. Wagner&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le Canadien Peter Watts est l’un des pontes actuels de la &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt;. Peu prolixe –&amp;nbsp;quelques romans et une grosse vingtaine de nouvelles&amp;nbsp;–, il crée une des SF les plus exigeantes et imaginatives de ces dernières années et fait partie du club des futurs classiques, en compagnie de gens comme Liu, Chiang ou Egan. &lt;strong&gt;Au-delà du gouffre&lt;/strong&gt; est le premier recueil de ses nouvelles publié en français, coédité par le Bélial’ et Quarante-Deux. Il compte seize nouvelles –&amp;nbsp;onze inédites en VF, deux primées (Hugo et Shirley Jackson)&amp;nbsp;–, deux articles plus une bibliographie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de textes qui racontent le &lt;em&gt;The Thing&lt;/em&gt; de Carpenter du point de vue de la créature, plongent jusqu’au bout de l’espace et du temps à la rencontre de vies inimaginables, réécrivent l’histoire d’un monde romanisé et fanatique, ou tordent ce que nous définissons comme humain jusqu’à l’incongruité, Watts développe un monde radicalement différent qui baigne pourtant dans une vraie ambiance de plausibilité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Matérialiste convaincu, Watts donne à ses lecteurs la vision sans équivoque d’un univers moniste. Dieu n’existe pas, la foi est une erreur intellectuelle, au mieux le résultat d’une stimulation cérébrale externe. Dieu évacué, reste à traiter de l’humain. Si l’animal humain existe, celui-ci ne porte rien en lui qui ne soit matériel et quantifiable. La conscience est une illusion. Actes et pensées ne sont que des réponses à des stimuli. Ce qui se donne à voir comme ce qui (croit) se pense(r) ne dépend que des stimuli reçus et de la forme du câblage neural qui les traite&amp;nbsp;: inputs –&amp;gt; algorithmes de traitement –&amp;gt; pensées/actes. Rien de plus. Le néocortex se leurre s’il croit être aux commandes, le gros du traitement vient des systèmes limbiques, ensemble de sous-routines qui traitent l’information et forment un réseau qui croit être une unité consciente. Au spectacle de cet homme-machine, on pense autant à Descartes qu’au plus confidentiel de La Mettrie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bardé de ces convictions fortes qui rappellent –&amp;nbsp;dans un genre très différent&amp;nbsp;– Lovecraft, Watts entraîne le lecteur à sa suite, des coulisses de &lt;strong&gt;Vision Aveugle&lt;/strong&gt; et d’&lt;strong&gt;Échopraxie&lt;/strong&gt; à celles de &lt;strong&gt;Starfish&lt;/strong&gt;, en passant par quantité d’univers indépendants tous sous-tendus par les mêmes certitudes. Numérisation ou fusion des «&amp;nbsp;individus&amp;nbsp;», modifications génétiques ou bioniques, transformations volontaires (ou pas…) des états de conscience. Si tout n’est que viande (le mot qu’il emploie), tout est modifiable pourvu qu’on ait la technologie adéquate. Toutes les expériences sont possibles, tous les échecs aussi. Le seul message ici est que la vie existe et se perpétue, souvent au prix de la violence physique, assistée par la technologie quand elle est disponible. La vie n’a rien à dire à un univers qui lui est indifférent. Les humains veulent survivre et se perpétuer, les aliens aussi, les animaux ne sont pas moralement supérieurs –&amp;nbsp;Watts est l’homme qui affirma en interview «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Animals are assholes&amp;nbsp;» (les animaux sont des cons)&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour exprimer son postulat, Watts manie le champ lexical scientifique avec une virtuosité qui donne l’impression qu’il ne ferait que décrire un monde qu’il voit. Tout est clair, tout se tient, l’aspect factuel de son style donne à ses textes la force de l’évidence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-delà du gouffre&lt;/strong&gt; est donc un recueil moderne, brillant, engagé au bon sens du terme. Et l’ensemble, s’il est dur, n’est jamais glauque&amp;nbsp;; l’auteur se définit comme un optimiste en colère, pas comme un pessimiste.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/eric-jentile/&quot;&gt;Éric Jentile&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-85&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;85&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Unknown World</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/17/U-comme-Unknown-World" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Unknown World" />
      <id>urn:md5:fdb65236fd7cbace172a353e1b464990</id>
      <published>2019-01-17T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-01-17T13:04:34+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il fut un temps où le principal péril pour l'humanité n'était pas le réchauffement climatique assorti de l'effondrement écologiquement mais tout bêtement la bombe atomique. Il fut un temps où l'on se disait qu'aller se planquer dans les profondeurs terrestres était une bonne idée&amp;nbsp;: c'est là l'idée de base de &lt;strong&gt;Unknown World&lt;/strong&gt;, petit film de science-fiction signé Terry O. Morse inspiré (lointainement) de &lt;strong&gt;Voyage au centre de la Terre&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Unknown World,Terry O. Morse (1951). 74 minutes, noir et blanc.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-u-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-u-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Civilization vs. the Atom&amp;nbsp;», claironne un placard au début du film. Cet extrait d’un bulletin d’informations donne le ton&amp;nbsp;: l’humanité se trouve à l’aube d’une nouvelle ère. Le professeur Jeremiah Morley, auteur d’un rapport sur la fin des civilisations, en est convaincu&amp;nbsp;: cette ère atomique pourrait mettre fin à la civilisation telle que nous la connaissons, surtout si une troisième guerre mondiale est déclenchée. Afin de prévenir cette sinistre perspective, il a fondé une société, la &lt;em&gt;Society to Save Civilization&lt;/em&gt; (tout un programme), et a rassemblé une &lt;em&gt;dream-team&lt;/em&gt; de scientifiques pour, eh bien, sauver la civilisation. Le but de cette société est simple&amp;nbsp;: explorer les tunnels qui parsèment la croûte terrestre et trouver des abris souterrains, destinés à protéger les humains des rayonnements radioactifs. Las, faute de fonds, la SSC finit par s’éteindre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-u-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-u-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-u-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ainsi se termine le bulletin d’informations et ainsi commence le film. Morley et ses collaborateurs, tous dépités, viennent d’assister à la projection de ce bulletin. Mais voici que Wright Thompson, enthousiaste héritier du propriétaire d’un grand journal, décide d’apporter les financements manquants, à la seule condition qu’il fasse partie de l’aventure. Le coûteux appareil d’exploration souterrain, le Cyclotram – un mélange entre un tank et une taupe – est construit et déposé auprès du mont Saint-Hélène. Et c’est parti pour l’aventure&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-u-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-u-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-u-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;(Ou presque&amp;nbsp;: une fois les scientifiques à bord, le Cyclotram refuse de démarrer. Oh, il fallait juste défaire le frein à main…)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et donc, c’est reparti pour l’aventure. L’engin gravit les pentes du volcan avant de glisser dans sa cheminée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le quotidien des sept membres de l’équipe alterne entre exploration à pied dans les grottes ou parcours à bord du Cyclotram. À 4 km de profondeur, ils trouvent le message d’une précédente expédition de spéléologie&amp;nbsp;: leurs prédécesseurs ne sont pas allés plus loin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-u-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-u-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-u-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le sous-sol se révèle riche en obstacles et en périls&amp;nbsp;; pour les premiers, le Cyclotram peut y remédier avec son nez en forme de foreuse géantes&amp;nbsp;; pour les seconds, certains y laisseront leur peau&amp;nbsp;: ici ce sont des poches de gaz toxique, là des précipices garnis de rochers aiguisés. C’est à quatre qu’ils atteignent finalement une gigantesque caverne, située à 4000 km de profondeur. Des chutes d’eau, un océan souterrain, un propre système climatique… mais pas de lumière (ça, c’est que disent les personnages car à l’écran, la pénombre… c’est peu dire que ça ne se voit pas vraiment). Serait-ce là le havre tant espéré&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-u-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-u-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-u-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Unknown World&lt;/em&gt; est l’œuvre de Terry O. Morse, réalisateur américain à qui l’on doit bon nombre de travaux d’édition sur des films ainsi que sept longs-métrages. Parmi ces derniers, &lt;em&gt;Godzilla, King of the Monsters!&lt;/em&gt; – à la différence du point d’exclamation, oui, c’est le même titre que le film prévu pour cette année 2019 –, version américanisée (1956) de l’original d’Ishiro Honda (1954). Doublé de craintes (tout à fait légitimes vu l’époque, c’est-à-dire l’an 6 après Hiroshima) envers l’énergie atomique et le réchauffement de la Guerre froide, le scénario de &lt;em&gt;Unknown World&lt;/em&gt; évoque irrésistiblement &lt;strong&gt;Voyage au centre de la Terre&lt;/strong&gt; de Jules Verne ou encore &lt;strong&gt;Au c&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;œur de la Terre&lt;/strong&gt;, premier volume du cycle de Pellucidar d’Edgar Rice Burroughs… sauf qu’à l’écran, le manque de budget est flagrant (et voilà qui fait écho à la situation du professeur Morley). Conséquence&amp;nbsp;: pas de bébêtes préhistoriques, ou alors seulement sous la forme de fossiles. En dépit de cette contrainte budgétaire, l’équipe du film tente de faire de son mieux, s’essaie à quelques plans iconiques un peu ratés (le Cyclotram sur les lèvres du cratère et son noir et blanc dramatique). Le long-métrage s’essaie à quelques discussions philosophiques (la capacité de l’homme à changer la nature) et à quelques moments de romance et de tension (mais pas en même temps), alterne scènes dans l’intérieur du Cyclotram et scènes extérieures dans les grottes (le lieu de tournage fut principalement les grottes de Carlsbad au Nouveau-Mexique). Côté scientifique, c’est un peu la fête du slip, le scénariste Millard Kaufman n’ayant pas vraiment pris soin de consulter des ouvrages de géologie sérieux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-u-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-u-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-u-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au casting, une brochette d’acteurs méconnus. Victor Killian interpète le professeur Morley&amp;nbsp;: c’est là son dernier rôle au cinéma avant d’être blacklisté par les studios – ah, les joies du maccarthysme (pas glop). On le reverra un peu dans deux épisodes de séries télévisées avant son assassinat en 1979 (pas glop, décidément). Enfin, dans le lot, Marilyn Nash s’en sort très bien dans le rôle de Joan Lindsey – un rôle de scientifique, pleine et entière (pas assistante écervelée du professeur). À ce titre-là, notons tout de même que le film s’avère bien de son temps lors d’une scène &amp;nbsp;: alors que l’équipe manque d’eau potable, ces messieurs font un vote pour déterminer s’ils continuent ou rebroussent chemin. Deux voix pour, deux voix contre. Et c’est à ce moment-là qu’arrive Joan Lindsey, à qui personne n’avait pensé réclamer sa participation au vote. Bravo, les mecs…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bourré de petits défauts (l’aspect scientifique pas très crédible, le manque flagrant de moyens, une intrigue pas très palpitante), &lt;em&gt;Unknown World&lt;/em&gt; a cependant tout du petit film de genre sympathique. Ce n’est pas plus long que deux épisodes d’une série télé standard, c’est gratuit&amp;nbsp;: pourquoi se priver de cette curiosité issue du fond des âges cinématographiques&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zQv5FgpGhOw&amp;amp;t=17s&quot;&gt;se visionne sur YouTube (dans une qualité assez médiocre)&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: qualité médiocre de l’image sur YouTube mais au-delà de ça, ça passe&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Top Ten Hits of the End of the World</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/15/T-comme-Top-Ten-Hits-of-the-End-of-the-World" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Top Ten Hits of the End of the World" />
      <id>urn:md5:dedf3da054b5a22cee905671f1a45879</id>
      <published>2019-01-15T14:00:00+01:00</published>
                    <updated>2019-01-15T14:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous 2012 et ses angoisses de fin de monde… Prenant le parti d'en rire, Prince Rama — duo de synth-pop aux influences bollywoodiennes et psychédéliques — a imaginé dix groupes fictifs disparus le 21/12/2012 pour un &lt;strong&gt;Top Ten Hits of the End of the World&lt;/strong&gt;. Cataclysmique&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Top Ten Hits of the End of the World, Prince Rama (Paw Tracks, 2012). 10 chansons, 40 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans ce désolant Abécédaire, en matière de musique, on a beaucoup parlé de duos, en particulier dès qu’il est question d’electro. À croire que ce genre de formation s’avère durable et pertinent. Qu’on en juge&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/01/08/R-comme-Rain-Temple&quot;&gt;２８１４&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=autechre&quot;&gt;Autechre&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/10/T-comme-Tomorrow-s-Harvest&quot;&gt;Boards of Canada&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/11/M-comme-Musick-to-Play-in-the-Dark&quot;&gt;Coil&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/30/U-comme-Ultimate-Care-II&quot;&gt;Matmos&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/21/O-comme-The-Orb-s-Adventure-Beyond-the-Ultraworld&quot;&gt;the Orb&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/04/K-comme-Kesto&quot;&gt;Pan Sonic&lt;/a&gt;… Liste à laquelle il faut rajouter Air, les Chemical Brothers, Daft Punk. Tous une chose en commun&amp;nbsp;: il s’agit de mecs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour tenter de rétablir l’équilibre cosmique, abordons un duo (pas vraiment electro) constitué de femmes&amp;nbsp;: Prince Rama. Anciennement connu sous le nom de Prince Rama of Adhoya, le duo consiste en la personne des sœurs Taraka et Nimai Larsson. Deux nanas avec un grain de folie de bon aloi. Le fait d’avoir grandi dans une communauté Hare Krishna en Floride n’y est peut-être pas étranger…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-t-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-t-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après une série de disques autoproduits sortis confidentiellement, les deux sœurs ont sorti en 2012 leur sixième album, &lt;em&gt;Top Ten Hits of the End of the World&lt;/em&gt;. Parce que 2012, le 21 décembre, les Mayas et leur calendrier, les X-Files et leur conspiration, et Sylvain Durif dans le village de Bugarach — impossible d'oublier tout ça. Le titre du présent disque est tout un programme, la pochette aussi avec son visuel très Eighties, et le topo au dos de la pochette en rajoute une (réjouissante) couche&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;In 2012 A.D., the world experienced a catastrophic apocalypse, leaving Prince Rama the only band alive. With no one left to perform their songs, ten of the late, great bands from across the world summoned Prince Prama to channel their never before heard hit singles in a series of seances that led to the recording of &lt;em&gt;Top Ten Hits of the End of the World&lt;/em&gt;. Once their spirit were contracted, Prince Rama was instructed by the deceased band members on how to present their image and their music.&lt;br /&gt;
This record is all that is left of their existence.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sauf qu’en 2012, la fin du monde n’a pas eu lieu. Ces groupes défunts viennent probablement d’une réalité parallèle… Quoi qu’il en soit, le site de Prince Rama fournit &lt;a href=&quot;https://princerama.com/TOP-TEN-HITS-OF-THE-END-OF-THE-WORLD&quot;&gt;une bio pour chacun des dix groupes&lt;/a&gt;. Tous sont décédés tragiquement, de leur propre main ou de façon accidentelle, lorsque la fin du monde est survenue le 21 décembre 2012. Évidemment, dans ce continuum-ci, personne n’en a fait l’expérience. Sauf Prince Rama, par l'intermédiaire de séances de communication avec les esprits (enfin, c'est l'idée).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Lorsqu’on presse la touche lecture de cet album pluôt concept, on se retrouve propulsé dans l’une de ces réalités virtuelles… ou, peut-être, en troisième partie de soirée dans une discothèque interlope. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=cIn0NsZGgdI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Blades of Austerity&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, chanson censément due au groupe émirati Guns of Dubai (par commodité, je vais indiquer le nom des groupes fictifs auteurs des chansons), ressemble au rêve lointain d’une chanson bollywoodienne déparée de tous ses oripeaux pour n’en garder qu’une substantifique moëlle. Est-ce là un manifeste décroissant&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Cut your eyes on the blade of austerity / Stop / Desire&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, la première fois que j’ai entendu cette chanson, j’ai eu l’impression d’être transporté ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Those who live for love they won’t loose / They will live forever&amp;nbsp;», affirment I.M.M.O.R.T.A.L.I.F.E. – une secte sexuelle londonienne – sur la bien nommée &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=220&quot;&gt;«&amp;nbsp;Those Who Live For Love Will Live Forever&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Cette déclaration d’intention aussi simpliste que folle est ma chanson préférée du disque. Seul regret, une outtro longuette. Qu’importe&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=524&quot;&gt;«&amp;nbsp;No Way Back&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; des Nu Fighters prend la relève en trombe avec ses motos rugissantes. &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=721&quot;&gt;«&amp;nbsp;So Destroyed&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Rage Peace, c’est Nirvana façon Prince Rama&amp;nbsp;: Kurt Cobain à Bangalore. Le pire est que ça marche. Le Bauhaus fusionne avec le Japon pour &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=874&quot;&gt;«&amp;nbsp;Receive&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Taohaus&amp;nbsp;; une intro orientalisante, une rythmique lourde, un orgue aux intonations propres à une liturgie étrangère&amp;nbsp;: la chanson passe par différents états et surprend.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/h5nISrIVsNs&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=1162&quot;&gt;«&amp;nbsp;Radhamadhava&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Goloka est chanté… dans une langue évoquant l’hindi&amp;nbsp;; rien de plus normal pour un groupe supposément indien, auteur de plus neuf cents chansons pour Bollywood. &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=1372&quot;&gt;«&amp;nbsp;Fire Sacrifice&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Black Elk Speaks est (supposément) indienne, mais cette fois côté américain. Une chanson pastorale, à sa manière. &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=1589&quot;&gt;&quot;«&amp;nbsp;Welcome to the Now Age&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Hyparxia, plutôt posée et lumineuse, aborde le concept du «&amp;nbsp;Now Age&amp;nbsp;» développé par Taraka Larson, et s’en fait le manifeste musical. Le Now Age&amp;nbsp;? Cela n’a rien à voir avec le New Age. Grosso modo, il s’agit de&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;a multimedia exploration of contemporary conceptions of time in the context of music and its relationship to utopian architecture and aesthetics, particularly in the transference from kitsch to symbol.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://now-age.org/prologue/&quot;&gt;Si vous le dites…&lt;/a&gt; Parmi tous ces groupes inexistants défunts, The Metaphysixxx sont ceux à être partis avec la mort la plus joliment idiote&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;When they heard the world was about to end, they took all the ecstasy they had and jumped on the treadmill, running until they collapsed.&amp;nbsp;» &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=1803&quot;&gt;« Exercise Ecstasy&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est à l’avenant, enjoué et sautillant avec son stylophone impertinent. &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cIn0NsZGgdI?t=2071&quot;&gt;«&amp;nbsp;We Will Fall In Love Again&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Motel Memory conclut l’album de façon orgiaque et inexorable – rien ne pourra empêcher la fin du monde mais peut-être que l’amour lui survivra. Et les sœurs Larson savent que ceux qui aiment vivront éternellement, apocalypse ou non.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/cIn0NsZGgdI?start=524&quot; width=&quot;456&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dix chansons, allant toutes à l’essentiel&amp;nbsp;: l’album est compact et cohérent. Difficile cependant de déterminer à quel point cela relève de la blague ou non&amp;nbsp;: les mini-bios sont à mourir de rire mais au-delà de ce détail, les sœurs Larson semblent à fond dans leur délire de Now Age. Si l’on s’arrête à la musique, ce mélange de chants quasi tribaux, d’ambiance indiennes, de synthés datés s’avère unique en son genre et fonctionne, évocateur à merveille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra peut-être regretter que la seconde moitié de l’album ne possède pas la même force que la première et, surtout, que les chansons semblent toutes coulées dans le même moule, avec une même instrumentation et une omniprésente réverbération rendant les paroles des plus confuses (mais à consulter le livret, ce n’est pas forcément pour leurs paroles qu’on écoute Prince Rama). De fait, les sœurs Larson auraient gagné à se laisser davantage prendre par les groupes défunts avec qui elles communiquent, de façon à ce que les chanson soient plus variées – de fait, le son de ce &lt;em&gt;Top Ten Hits&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; ne diffère guère de celui du précédent album, &lt;em&gt;Trust Now&lt;/em&gt; (2012). Heureusement, l’album suivant, &lt;em&gt;Xtreme Now&lt;/em&gt; (2016) évite cet écueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre, donc, fin du monde imminente ou dépassée ou non.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: on&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Summa Technologiae</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/11/S-comme-Summa-Technologiae" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Summa Technologiae" />
      <id>urn:md5:03c547b1e38047916616a415f1d5d21d</id>
      <published>2019-01-11T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-01-11T16:15:13+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après avoir parlé en long et en large (et surtout de travers) de l'œuvre romanesque de l'immense Stanislas Lem, il est temps d'aborder le versant théorique de sa bibliographie. Tant qu'à y être, autant le faire avec son grand œuvre&amp;nbsp; l'imposante &lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt;, ensemble de réflexions sur les technologies, les sciences, la cybernétique, et l'humanité. Un ouvrage aussi visionnaire qu'ardu… auquel on n'a pas forcément tout compris.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Summa Technologiae, Stanislaw Lem, essai présenté et traduit du polonais en anglais par Joanna Zylinska. University of Minnesota Press, coll. «&amp;nbsp;Electronic Mediations&amp;nbsp;», 2013 [1964]. 420 pp. GdF.&lt;br /&gt;
A Stanislaw Lem Reader, Peter Swirski. Northwestern University Press, coll. «&amp;nbsp;Rethinking Theories&amp;nbsp;», 1997. 132, GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Entre 1266 et 1273, le moine dominicain Thomas d’Aquin rédige la rédaction de sa fameuse &lt;strong&gt;Summa theologiae&lt;/strong&gt;, conséquent traité théologique (inachevé) dont l’ambition était de rassembler les idées et connaissances au sujet de la doctrine chrétienne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-s-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-s-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Huit siècles plus tard, Stanislas Lem lui rend une sorte d’hommage – de façon séculaire, ici – avec la parution de sa &lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt;. Au-delà de sa riche œuvre romanesque, notre Polonais s’est également distingué comme essayiste, et cette &lt;strong&gt;Summa&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; constitue un ouvrage non moins imposant, et sûrement plus excitant, au sujet duquel ce désolant Abécédaire va tenter de dire quelques mots ineptes au sein de la rubrique «&amp;nbsp;j’ai pas tout compris mais je vais en parler quand même&amp;nbsp;»… Le présent billet se divise en deux&amp;nbsp;: un bref commentaire générique de l’ouvrage, suivi d’un résumé plus détaillé (et plus ennuyeux aussi) de chacune des parties, que vous pouvez zapper pour aller &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2019/01/11/S-comme-Summa-Technologiae#fin&quot;&gt;à la fin.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;We are going to speak of the future.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En bref (et vraiment en bref), &lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt; est le grand œuvre de Stanislas Lem. Écrit entre 1962 et 1963 et paru en 1964, en plein milieu de la «&amp;nbsp;décennie dorée&amp;nbsp;» de Stanislas Lem – celle ayant vu notamment la parution de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; ou&lt;strong&gt;La Voix du ma&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ître&lt;/strong&gt; – &lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt;, tout au long de son quasi million de signes (c’est long mais bien, bien moins que l’ouvrage de Thomas d’Aquin), se montre visionnaire à plus d’un titre… Il s’agit là d’un ensemble de réflexions sur l’évolution technologique, en particulier la cybernétique, mais il y est aussi question d’informatique, de génétique, de nature de la conscience, de la science, du progrès et de pas mal d’autres trucs.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I shall focus here on various aspects of our civilization that can be guessed and deduced from the premises known to us today, no matter how improbable their actualization. What lies at the foundation of our hypothetical constructions are &lt;em&gt; technologies, i.e., means of bringing about certain collectively determined goals that have been conditioned by the state of our knowledge and our social aptitude &lt;/em&gt; —and also those goals that no one has identified at the outset&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lem propose ses réflexions sur les deux évolutions que nous connaissons&amp;nbsp;: celle de la Nature, chaotique et aveugle, et celle, technologique, dirigée (enfin, à peu près), que nous accomplissons. Quelles sont les limites de l'évolution technologiques&amp;nbsp;? Ces limites expliquent-elles le fait que, pour le moment, nous n'ayons détecté aucune civilisation extraterrestre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autre questionnement&amp;nbsp;: l’accroissement des connaissances pose-t-il un risque&amp;nbsp;? Une solution serait d'employer la cybernétique pour y remédier&amp;nbsp;: faire appel à l'intelligence artificielle. Et Lem de balayer d'une main toute crainte d'une révolte des machines pensantes. Il apparaît nécessaire à notre auteur de coordonner le progrès scientifique, de le diriger, chose qui pourrait se faire à l'aide des IA.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, l'évolution technologique nous permet potentiellement de tout faire (tout ce qui est physiquement possible, s'entend). Y compris de concevoir des machines donnant au cerveau des stimuli indiscernables de la réalité&amp;nbsp;: une réalité virtuelle, rien de moins. Le cerveau lui-même pourrait être équipé d'augmentations. Pareil pour le corps, histoire de vivre plus longtemps dans ce monde… ou ailleurs, dans quelque paradis virtuel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On le voit, bon nombre des thèmes abordés par Lem ont fait l'objet de développement science-fictifs (pensez à &lt;em&gt;Matrix&lt;/em&gt;, aux textes de Greg Egan ou Peter Watts) ou réels (la réalité virtuelle, pour commencer).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt; a de quoi fasciner durablement. Imaginez&amp;nbsp;: dans la Pologne des années 60, un quadragénaire polymathe invente le futur dans son coin. Là où le bât blesse, c’est avec la difficulté de l’ouvrage&amp;nbsp;: long, par moment excessivement pointu, avec de copieuses notes de fin d’ouvrage courant sur plusieurs pages, des digressions dont on ne voit pas forcément l’intérêt, l’emploi de termes spécifiques qui ont échoué à imprégner et qui, par conséquent, semblent curieux au lecteur du XXIe siècle. Sans compter quelques données que le temps a révélé inexactes ou fausses. Pour autant, le texte n’est pas dénué d’humour&amp;nbsp;: en pleine réflexion sur l’ordre et le chaos (chap. 5), Lem s’amuse en comparant les lois de la physique à trois personnes habitant une maison en verre (ou, à tout le moins, transparente)&amp;nbsp;: un employé nommé Smith, sa tante puritaine et une locataire… Les déplacements et interactions des trois individus sont comparés aux hypothèses formulées par Ptolémée, Einstein ou Heisenberg. L’ironie ne manque pas non plus – ce ne serait pas Lem sinon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, aussi mythique que soit devenu l’ouvrage au fil des année, celui-ci a fait un flop à sa sortie en Pologne. Flop partiel, disons&amp;nbsp;: le livre a bénéficié de plusieurs rééditions corrigées. Néanmoins, il a fallu attendre 2013 pour que paraisse une traduction complète en anglais (quelques extraits dans la langue d’Asimov existaient çà et là, et une traduction allemande existe depuis 1980), se basant sur la 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; édition polonaise, a priori la plus à jour, datant de 1974. Comme de juste, &lt;strong&gt;Summa&lt;/strong&gt; est introduit par la traductrice, Joanna Zylinska, qui témoigne de la difficulté de la traduction (dans une interview datant de 1992, Lem évoquait déjà une traductrice ayant jeté l’éponge) et prend soin de resituer l’œuvre dans son contexte. À vrai dire, vous feriez mieux de lire cette éclairante préface plutôt que ce billet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais bon…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt; dans le détail…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première partie, &lt;em&gt;Dilemmes&lt;/em&gt; (c’est moi qui traduit), fait figure d’introduction&amp;nbsp;: Lem y expose ses motivations quant à l’écriture de cet ouvrage. La deuxième partie, &lt;em&gt;Deux &lt;/em&gt;&lt;em&gt;évolutions&lt;/em&gt; voit l’auteur polonais tracer un parallèle entre l’évolution biologique et l’évolution technologique.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Every technology is actually an artificial extension of the innate tendency possessed by all living beings to gain mastery over their environment, or at least not to surrender to it in their struggle for survival.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lem commence de façon quelque peu capillotractée en affirmant que les nouvelles espèces (bio ou techno) sont de petite taille au départ. Bien sûr, les parallèles ne peuvent masquer les différences fondamentales&amp;nbsp;: l’évolution biologique se fait par le hasard. D’une part, avec suffisamment de temps, tout peut arriver&amp;nbsp;; d’autre part, elle n’a rien de téléologique&amp;nbsp;: la nature ne prédit rien et ne sait pas en avance quelles mutations fonctionneront. Évidemment, comme on voit les choses a posteriori, cela donne des impressions trompeuses. Quant à la technologie, celle-ci repose moins sur le hasard. Si l’évolution biologique est amorale, la technologique questionne justement la morale («&amp;nbsp;Science sans conscience…&amp;nbsp;») et a tendance à inspirer la chose militaire (j’aurais pensé l’inverse). Lem conclut sur les liens entre technologie, automatisation et liberté, et sur la volonté humaine à entrer en compétition avec la nature – mais celle-ci, déclare l’auteur, est trop complexe pour lui. Pour le moment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tournons à présent les yeux vers le ciel et le futur dans la troisième partie, &lt;em&gt;Les Civilisations spatiales&lt;/em&gt;. Il y a deux façons de chercher à connaître notre avenir&amp;nbsp;: la première consiste à étudier le passé et le présent&amp;nbsp;; avec la seconde, il s’agit d’observer les autres. Mais dans le cas des civilisations, eh bien… quelles civilisations autres que l’humaine étudier&amp;nbsp;? Selon le principe de médiocrité, qui veut que notre Soleil, son âge, sa position dans la Voie lactée et son cortège de planètes (dont la nôtre, vous savez, la seule habitable à quelques années-lumière à la ronde et qu’on saccage allègrement) soit un cas normal et répandu, la Galaxie devrait grouiller de civilisations. Sauf que… en 1966, on n’en a détecté aucune, et la situation n’a d’ailleurs pas changé en 2018. Lem se base sur les travaux de Francis Drake (dont il ne cite curieusement pas l’équation), de Sebastian von Hoerner, astrophysicien allemand, et du Russe Baumsztejn pour développer ses réflexions, avec l’indispensable rasoir d’Occam pour trancher dans le vif des hypothèses les moins pertinentes (du genre&amp;nbsp;: ils sont déjà parmi nous). Ou bien les civilisations aliens sont rares et ont une longue durée de vie, ou bien c’est l’inverse, ou encore elles sont nombreuses et vivaces… mais ne ressemblent pas à ce que nous attendons. Car, questionne Lem, ne faisons-nous pas de l’anthropomorphisme en cherchant de telles civilisations&amp;nbsp;? Or, sur une autre planète, l’évolution risque peu de donner naissance à un truc doté de deux bras, deux jambes et une tête – Lem me rappelle ici Stephen Jay Gould et son «&amp;nbsp;film de l’évolution&amp;nbsp;», qui, rembobiné puis redéroulé, ne montrera jamais la même chose. Bref&amp;nbsp;: en l’absence de toute preuve tangible, nous voici livrés à nous-mêmes sur cette Terre. Et Lem de conclure en s’interrogeant sur l’ironie de la chose&amp;nbsp;: nous espérons ne pas être seuls dans l’Univers, nous qui avons du mal à supporter la présence de l’autre…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;We introduce the law and order of a scientific experiment into Nature, and then on the basis of such phenomena, we aim to see beings that are similar to us. Yet we are not seeing any such phenomena. Is it because they are non-existent? There is something deeply saddening in the silence of the stars that awaits us in response to this question—a silence so absolute that it seems eternal.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Avec la quatrième partie, &lt;em&gt;Intellectroniques&lt;/em&gt;, Lem s’inquiète de l’accroissement des connaissances&amp;nbsp;: le nombre de scientifiques, de publications scientifiques et de supports ne cesse de croître. Atteindra-t-on une barrière de l’information&amp;nbsp;? Qu’est-ce que l’information, au juste&amp;nbsp;? Quelque-chose qui n’existe qu’en contexte, lorsqu’il faut opérer une sélection&amp;nbsp;? Notre auteur distingue trois possibilités dans ce qui ressemble à un jeu contre la Nature&amp;nbsp;: une défaite reviendrait à mésuser la cybernétique ou à ne pas l’employer, à se focaliser exclusivement sur quelques champs de recherche en une manière de spéciation&amp;nbsp;; un pat consisterait à s’éloigner de la Nature&amp;nbsp;; la victoire serait alors d’extraire les informations de la Nature elle-même. Pour Lem, l’IA est l’homoncule de la cybernétique, une science encore jeune à l’époque de rédaction de &lt;strong&gt;Summa&lt;/strong&gt;… Pas question de visions idiotes d’androïdes ou de machines pensantes se révoltant&amp;nbsp;: si on ignore ce qu’il passera une fois un certain seuil dépassé (que Lem ne qualifie pas de singularité, mais l’idée y est), ce ne sera pas ces visions moyenâgeuses dignes de la mauvaise SF (prends ça, Skynet). L’auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; évoque au passage d’éventuels amplificateurs d’intelligence, qui seraient au cerveau ce que le waldo est aux membres, et considère que ces machines pensantes sont pareilles à des boîtes noires. En ce début de XXIe siècle où il est beaucoup question d’intelligences artificielles, d’intelligences augmentées et de &lt;em&gt;deep learning&lt;/em&gt;, ce chapitre a toute sa pertinence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Titrée &lt;em&gt;Prol&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égomènes à l’omnipotence&lt;/em&gt;, la cinquième partie s’interroge sur ce qu’il se passe une fois qu’on est capable de tout faire – la «&amp;nbsp;pantocréatique&amp;nbsp;», la capacité à accomplir tous les buts possibles. L’évolution technique accroît notre capacité à faire (et défaire). Cela dit, n’oublions pas que, en dépit de la technologie, les limites de la Nature sont les nôtres. Mais où se situer, entre Charybde et Scylla, d’un côté le superficiel (telle que la science-fiction) et l’abysse de la complexité des choses&amp;nbsp;? Lem en profite pour forger deux termes&amp;nbsp;: l’imitologie et la phantomologie. L’imitologie a trait aux mathématiques et aux algorithmes identifiables dans la Nature, tandis que la phantomologie concerne des structures mathématiques sans équivalents dans la Nature. C’est un peu abstrait, non&amp;nbsp;? Pas d’inquiétude…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;… car la sixième partie, &lt;em&gt;Phantomologie&lt;/em&gt;, s’attache précisément à détailler ce concept. Il s’agit là du chapitre le plus fascinant à mes yeux, car Lem y développe des idées très actuelles&amp;nbsp;: celles de la réalité virtuelle. Comment créer une illusion indiscernable de la réalité&amp;nbsp;? En enregistrant des stimuli et en les rediffusant à une personne placées dans un caisson d’isolation sensorielle (l’équivalent du cerveau dans un bocal). Charge à la machine gérant le truc (le phantomate) de s’assurer que la personne phantomisée dispose d’une explication pour toutes les limitations de l’univers qu’elle perçoit. Lorsque Lem s’interroge sur la possibilité que toute une civilisation soit phantomisée, on ne peut s’empêcher de penser à &lt;em&gt;Matrix&lt;/em&gt;. La phantomatique pourrait-elle d’ailleurs devenir une drogue, en sollicitant les centres du plaisir du cerveau&amp;nbsp;? L’auteur pressent que cette invention peut être dévoyée (cf. la fameuse règle 34 d’internet), même si ses buts premiers seraient le divertissement, l’entraînement et l’éducation. En matière d’incarnation, la phantomologie a ses limites&amp;nbsp;: on pourra s’incarner en un croco ou en Napoléon, sans toutefois savoir que c’est d’&lt;em&gt;être&lt;/em&gt; un croco ou Napoléon. Manquant peut-être d’authenticité, la phantomatique pourrait avoir des remèdes fournis par la cybernétique, tels que la télétaxie (connecter quelqu’un à une machine faisant interface avec le monde) ou la phantoplication (connexion au réseau neural d’une autre personne).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si la phantomatique fournit de fausses informations au cerveau, la cérébromatique pourrait quant à elle transformer le cerveau. Concrètement, comment le faire&amp;nbsp;? En modifiant génétiquement le cerveau (à la Huxley)&amp;nbsp;? Ce serait compliqué mais pas moins que d’ajouter des «&amp;nbsp;appendices&amp;nbsp;» au cerveau, au risque de modifier la personnalité. Serait-il d’ailleurs possible de «&amp;nbsp;tuer&amp;nbsp;» quelqu’un de cette façon, en altérant définitivement sa personnalité&amp;nbsp;? Et si la personnalité est une information, est-il possible de la copier&amp;nbsp;? Si oui, peut-on alors se retrouver avec des duplicatas d’une même personne – cela, en la «&amp;nbsp;faxant&amp;nbsp;» (cf. &lt;strong&gt;Ilium&lt;/strong&gt; de Dan Simmons). Le chapitre se poursuit avec des expériences de pensées au sujet de tels doublons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La septième partie, &lt;em&gt;La création de mondes&lt;/em&gt;, commence avec Lem s’interrogeant à nouveau sur le progrès scientifique. Selon notre auteur, il faudrait apprendre à le coordonner, le diriger dans une direction au lieu de le laisser se disperser. Comment récolter de l’information&amp;nbsp;? Comment automatiser la formulation d’hypothèses&amp;nbsp;? Si on dispose d’une machine qui copie toutes les variables, tous les phénomènes naturels, on a là un «&amp;nbsp;plagiaire universel&amp;nbsp;». Lem réfléchit sur la nature des théories et sur les processus cognitifs, afin de trouver le moyen le plus simple de créer un «&amp;nbsp;scientifique artificiel&amp;nbsp;» sous la forme d’un «&amp;nbsp;supercerveau électrique&amp;nbsp;» connecté au monde extérieur via des «&amp;nbsp;perceptrons&amp;nbsp;». Cela vaut mieux que le cerveau, incapable de traiter consciemment trop d’informations à la fois (et Lem de poursuivre dont la façon dont l’information peut se transmettre, de manière phénotypique ou génotypique). En matière d’information justement et de «&amp;nbsp;fermes d’information&amp;nbsp;», il faut mettre les choses au point&amp;nbsp;: ici, ce n’est pas le plus adapté à l’environnement qui survit mais celui qui exprime le mieux ledit environnement. À vrai dire, l’information est potentiellement partout, y compris dans les mouvements de molécules dans l’air. Il faut savoir trier, rappelez-vous, et disposer d’un amplificateur d’intelligence pour séparer le bruit de l’information pertinente. En note, Lem évoque «&amp;nbsp;l’ariadnologie&amp;nbsp;», discipline destinée aux machines faisant le tri dans l’information&amp;nbsp;: la description des moteurs de recherche trente ans avant l’heure…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qui de la linguistique&amp;nbsp;? Il y a la trajectoire des énoncés dans un champ linguistique. Les langues elles-mêmes peuvent être assimilées à des organismes&amp;nbsp;; inversement, l’hérédité s’exprime dans un langage (également traduisible en un langage humain). Suivent des réflexions de l’auteur sur le langage dans la nature, les nerfs et les gènes.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Such comparative linguistics, when extended across the Universe, leads to the conclusion that all languages—chromosomal, neural, and natural—are mediated, that is, “ontologically nonautonomous,” because they are systems for constructing structures by means of the selection and organization of elements, structures that can only be acknowledged as real or debunked as false by the real world.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quid de la transcendance&amp;nbsp;? Est-il possible de la construire&amp;nbsp;? Lem se montre très critique de la société de consommation qui nous laisse plus vide qu’au départ. Créer la transcendance serait une solution, avec ses paradis artificiels et virtuels pour une après-vie (cf. Peter Watts et &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt;). Ce Nouveau Monde implique des Designers et une nouvelle discipline, la Cosmogonique. Il faut tout y déterminer (même s’il s’agit d’un monde non-déterministe). On pourrait y voir des ressemblances avec la phantomologie&amp;nbsp;: il n’en est rien, car ici l’artificialité est assumée… même si les habitants de ces mondes artificiels l’ignorent. Des mondes enchâssés en somme. On n’est pas loin de&lt;strong&gt;La Cit&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;é des permutants&lt;/strong&gt; et de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Nuits cristallines&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Greg Egan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La huitième et dernière partie, &lt;em&gt;Une satire de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’évolution&lt;/em&gt;, commence par s’intéresser aux différences naturel/artificiel&amp;nbsp;: celles-ci s’estompent quand l’artificiel dépasse le naturel selon les paramètres donnés par le créateur. Lem refait le film de l’évolution, d’après les connaissances disponibles à l’époque, et s’attarde sur la merveilleuse petite usine qu’est une cellule ou une bactérie. Si la Nature construit la vie, l’homme (dit Lem) sera à même de la bâtir. L’auteur disserte ensuite sur la nécessité de la mort, s’interroge sur les erreurs (pouvant donner lieu aux cancers), s’ébahit de la complexité de l’existence et de l’ingéniosité de l’évolution pour occuper toutes les niches écologiques. Serait-il envisageable d’appliquer certaines choses (par exemple, l’hibernation) à l’humain&amp;nbsp;? La bioengéniérie. Du point de vue d’un ingénieur, l’évolution a des défauts, en plus d’être myope et opportuniste. Pour l’humain, implants et prothèses peuvent y remédier. La longévité&amp;nbsp;? Lem n’est pas contre une vie longue mais désapprouve l’idée d’immortalité pour d’évidentes raisons d’évolution. Lem aborde la question du cyborg, cet humain mécanisé, qu’il imagine cependant peu probable. Quid alors «&amp;nbsp;d’agences matrimoniales machiniques&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Elles existaient à l’époque de rédaction de l’ouvrage, avec un taux de succès acceptable&amp;nbsp;: et si elles prenaient en compte le génotype&amp;nbsp;? Lem ne perçoit guère ici les dangers de l’eugénisme (cf. plus bas pour une justification). L’auteur termine sur les pouvoirs extrasensoriels&amp;nbsp;: s’ils existent, est-ce que cela fonctionne avec un cerveau électronique&amp;nbsp;? Blague à part&amp;nbsp;: si de tels pouvoirs existent, ils auraient dû exister depuis longtemps. On n’en a trouvé chez aucune espèce&amp;nbsp;; par conséquents, ils n’existent pas. CQFD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Comme si l’ouvrage n’était pas déjà assez long, il a compris dans sa première édition une neuvième partie, consacrée à l’art et la technologie, que Lem a supprimée suite à des critiques.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans sa conclusion, Lem se défend d’avoir écrit une réitération de l’&lt;strong&gt;Ars Magna&lt;/strong&gt; de Raymond Lulle – théologien du Moyen-Âge dont le grand ennemi fut Nicolas Eymerich, et pas seulement dans les romans de Valerio Evangelisti. Le Polonais récapitule brièvement ses pensées avant de conclure que, si le langage des chromosomes n’est pas très fiable, au moins permet-il de donner naissance de temps à autres aux philosophes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ouf, on touche au but&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-s-reader.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-s-reader.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p id=&quot;fin&quot;&gt;En 1984, Lem a ajouté une postface à &lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dwadzieścia lat później&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Vingt ans après&amp;nbsp;»). Jamais traduite, je ne peux que signaler son existence. En revanche, «&amp;nbsp;Trzydzieści lat później&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Trente ans après&amp;nbsp;») figure au sein de &lt;strong&gt;A Stanislaw Lem Reader&lt;/strong&gt;, ouvrage introduit par un article biographique signé Peter Swirksi, universitaire canadien spécialiste de Lem, et comprenant deux (très intéressantes) interviews menée par le même Swirski, où l’on voit un Lem pleinement à l’aise dans sa posture de philosophe. Dans «&amp;nbsp;Trente ans après&amp;nbsp;»), Lem revient sur &lt;strong&gt;Summa&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: aussi étonnant que cela puisse paraître, l’ouvrage est passé inaperçu à sa sortie, ne récoltant qu’une recession négative d’un philosophe polonais, Leszek Kolakowski, qui taxait d’élucubrations les idées de l’auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;. Bon, ça, c'est Lem qui le dit&amp;nbsp;: l'ouvrage a été réimprimé l'année de sa sortie, et des rééditions revues et corrigées ont vu le jour en 1967 et 1974. Au travers de longues citations extraites de la partie &lt;em&gt;Phantomologie&lt;/em&gt;, Lem démontre en quoi il avait raison sur le thème de la réalité virtuelle. Si cet article peine à être passionnant, car ressemblant surtout à des récriminations, les deux interviews rendent la lecture de ce &lt;strong&gt;Reader&lt;/strong&gt; indispensable (du moins, pour qui s’intéresse à Lem).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://english.lem.pl/works/essays/summa-technologiae/107-lems-opinion&quot;&gt;Sur le site officiel &lt;/a&gt; de Stanislas Lem figurent quelques commentaires de l’auteur, où il reconnaît des omissions dans &lt;strong&gt;Summa&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;• the answer to the question whether and to what extent the capital would be willing to invest large sums in biotechnology&lt;br /&gt;
• ethical aspects of our future choices since I did not want to deal with the methods employed by future biotechnology to fulfill the human penchant for evil. The fictitious hero of &lt;strong&gt;Summa&lt;/strong&gt; is a Constructor, a perfectly rational being&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bon, personne n’est parfait. Nul n’est non plus prophète en son pays ou ni en son époque. Lire &lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt; un demi-siècle après sa parution, c’est toutefois se lancer dans une épreuve d’endurance, ardue mais stimulante, et qui témoigne une nouvelle fois du génie de Lem.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Nothing ages as fast as the future.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;(Originellement, &lt;strong&gt;Summa technologiae&lt;/strong&gt; devait conclure mon cycle de billets consacrés à Stanislas Lem… mais les traductions allemandes de &lt;strong&gt;Dialogues&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Philosophie du hasard&lt;/strong&gt; viennent d’arriver sur ma pile à lire. À suivre&amp;nbsp;?)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: disponible en anglais ou en allemand&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: euh…&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>R comme Rain Temple</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/08/R-comme-Rain-Temple" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Rain Temple" />
      <id>urn:md5:cbdb5c28601930df5451280ca2d23e17</id>
      <published>2019-01-08T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2019-01-08T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les choses arrivent parfois à contretemps… Ainsi la véritable bande originale de &lt;strong&gt;Blade Runner 2049&lt;/strong&gt; n'est pas celle de Benjamin Wallfisch et Hans Zimmer… mais un album paru un an plus tôt, &lt;strong&gt;Rain Temple&lt;/strong&gt;, œuvre du duo ２８１４, qui réinvente au passage la vaporwave…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Rain Temple, ２８１４ (Dream Catalogue). 8 morceaux, 66 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En octobre 2017, Denis Villeneuve réussissait à créer une belle absence de consensus avec son &lt;em&gt;Blade Runner 2049&lt;/em&gt;. Ce billet n’a pas pour intention de discuter des mérites du film ou de leur éventuelle absence, mais plutôt (rapidement) de sa musique. Comment succéder à Vangelis et son inoubliable partition synthétique&amp;nbsp;? La dernière œuvre en date de Evángelos Odysséas Papathanassíou, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/04/R-comme-Rosetta&quot;&gt;Rosetta&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, dénotait une légère pannea d’inspiration – le ramener n’a peut-être pas paru la meilleure idée qui soit à Villeneuve. Celui-ci n’a pas fait appel à Jóhann Jóhannsson, auteur de bandes originales de &lt;em&gt;Prisoners&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Sicario&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt;, mais à Benjamin Wallfisch et Hans Zimmer – on ne présente plus le second, Allemand devenu le compositeur préféré d’Hollywood ; le premier, plus jeune, a signé les BO des &lt;em&gt;Figures de l&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’ombre&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;Ça &lt;/em&gt;(soit rien qui m’ait paru mémorable). Et… Mouais. Ce n’était pas une bonne idée. En dépit de bons moments – en particulier les scènes dans la tour de Niander Wallace, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=z_JgOlGq6i4&quot;&gt;avec ce chant de gorge tibétain&lt;/a&gt; (je pourrai écouter ce morceau pendant une heure (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=XYdc9butRXI&quot;&gt;et justement…&lt;/a&gt;)) –, la partition sonore a eu peine à me convaincre. Loin d’être aussi évocatrice que celle, mythique, de Vangelis, elle m’a souvent donné l’impression de consister en une bouillie sonore où surnagent les échos lointains de la BO du premier &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-r-br2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-r-br2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sauf que… Laissez tomber Wallfisch et Zimmer&amp;nbsp;: j’ai trouvé la vraie BO de&lt;em&gt;Blade Runner 2049&lt;/em&gt;. Du moins, celle qui illustre la suite de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; dont personne n’a rêvé (un truc du genre). Et elle est l’œuvre d’un duo (encore&amp;nbsp;!) nommé 2814. Ou plutôt, techniquement, ２８１４, leurs créateurs éprouvant un certain attrait pour les caractères pleine chasse. De ce côté-ci du globe, le terme ne vous évoque pas forcément quelque chose de concret, à part, peut-être, l’image de défenseurs acharnés de la chasse&amp;nbsp;: il s’agit de caractères utilisés pour le codage informatique des caractères chinois, japonais et coréens. À la différence des polices de caractères occidentales, qui ont (souvent mais pas toujours) une largeur — c’est-à-dire une chasse – variable, les caractères asiatiques ont une chasse fixe &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; large. Dans les jeux de caractères, les lettres de l’alphabet latin se retrouvent donc élargis&amp;nbsp;: d’où ２８１４ et pas 2814. Techniquement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Laissons la typographie à part. Duo créé par David Russo, alias HKE (pour Hong Kong Express), musicien britannique, et t e l e p a t h, alias Luke Laurila, ２８１４ offre une musique tenant du vaporwave. Techniquement. La vaporwave (ou ｖａｐｏｒｗａｖｅ, si vous appréciez la pleine chasse) tire son nom des «&amp;nbsp;vaporwares&amp;nbsp;», ces logiciels jamais développés. De là à se dire que la vaporwave est une musique qui n’a jamais existé… Ce mouvement musical a émergé au début des années 2010, revendiquant une inspiration puisant dans la culture et la technologie des années 80/90, avec un intérêt certain pour le Japon. Du peu que j’en ai écouté, ça ressemblait à un pastiche de musique d’ascenseur. Superficielle, oubliable – c’était le but – et même un peu chiante. Pour qui s’intéresse au mouvement, &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Vaporwave&quot;&gt;la page Wikipédia donne quelques pistes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-r-previous.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-r-previous_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2014, ２８１４ a entrepris de donner un meilleur cachet à cette mouvance très muzak, d’abord avec un premier album, tout simplement intitulé &lt;em&gt;２８１４&lt;/em&gt;, suivi de &lt;em&gt;新しい日の誕生&lt;/em&gt;&lt;em&gt;/Birth of a New Day&lt;/em&gt; l’année suivante. Leur meilleur est, à &lt;s&gt; mes yeux &lt;/s&gt; mes oreilles, sans conteste leur troisième et dernier en date&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Rain Temple&lt;/em&gt;, sorti en 2016 et qui, par rapport à ses deux prédécesseurs, possède une plus forte cohérence thématique et, surtout, de bien meilleurs morceaux – mieux construits, plus intenses, mélodiquement plus aboutis. Mais n’anticipons pas…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;… et pressons la touche lecture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2968737162/size=large/bgcol=333333/linkcol=0f91ff/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 820px;&quot;&gt;Rain Temple by 2814&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Before the Rain&amp;nbsp;», c’est une explosion de lumière sur une vitrée trempée de pluie. Les néons des logos des transnats et les phares des voitures volantes dégoulinent et se diffractent, et c’est superbe. Il y a quelque chose du &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=cqKOISC-kd8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Vltrmx21&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; d’Autechre, dans l’aspect tragique légèrement grandiloquent de ce morceau, qui pave le chemin pour le deuxième morceau, « Eyes of the Temple&amp;nbsp;». Un bruit d’averse, des grondements de tonnerre lointain, et cinq notes réparties sur sept temps, avec un obsédant silence entre le quatrième et le septième temps&amp;nbsp;: cette mélodie lancinante et obsessive va porter les onze minutes du morceau et plonger son auditeur dans un état d’hypnose – c’est pareil à une balade au ralenti dans les beaux quartiers de Néo-Tokyo, dans une berline aux vitres teintées. Tout bonnement mirifique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/wcOhAodaW5Y&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, &lt;em&gt;Rain Temple&lt;/em&gt; peine à regagner les hauteurs abordées par les deux premiers morceaux. Avec son rythme languissant, ses voix féminines indistinctes et ses sonorités légèrement distordues, «&amp;nbsp;Lost In a Dream&amp;nbsp;» porte bien son titre et ressemble au vague et pluvieux souvenir d’un souvenir d’un rêve teinté d’opium&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Guided By Love&amp;nbsp;» ressemble au vague souvenir d’une passion amoureuse teintée d’opium&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Transference&amp;nbsp;» ressemble au vague souvenir d’un moment heureux de l’enfance, avec sa ritournelle entêtante. Sans opium. «&amp;nbsp;This Body&amp;nbsp;»… non, rien. Ce sont dix minutes vaporeuses, réminiscences de ce qu’est souvent la vaporwave&amp;nbsp;: un truc assez chiant en fin de compte, pas toujours très inspiré et parfois nauséeux. Heureusement, les deux derniers morceaux redressent la barre. « Contact&amp;nbsp;» donne tout l’impression d’une montée vers une révélation – l’atterrissage imminent d’aliens éthérés, allez savoir. «&amp;nbsp;Inside The Sphere &amp;nbsp;», c’est l’arrivée desdits extraterrestres, c’est l’instant de la révélation, c’est le moment intense où tous les fils d’intrigue apparemment épars se renouent, et c’est huit minutes de bonheur qui concluent l’album en beauté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être que &lt;em&gt;Blade Runner 2049&lt;/em&gt; aurait été bonifié avec &lt;em&gt;Rain Temple&lt;/em&gt; ou, à tout le moins, une bande originale signée ２８１４. Allez savoir. En l’état, on a &lt;em&gt;Rain Temple&lt;/em&gt;, soit soixante-six minutes hors du temps, dans de pluvieux paysages sonores japonisants tout à la fois sombres et chatoyants, la parfaite illustration musicale du cyberpunk – et qu’importe si ça ne ressemble plus vraiment à de la vaporwave &lt;em&gt;per se&lt;/em&gt;. J’ignore si HKE et t e l e p a t h remettront le couvert pour une quatrième collaboration… mais je serai partant. Et si jamais &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; devient un film, je sais qui je voudrais pour la BO.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: ｎｏｎ&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: ｎｏｎ&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: ｏｕｉ&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Q comme Quand ton cristal mourra</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2019/01/04/Q-comme-Quand-ton-cristal-mourra" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Quand ton cristal mourra" />
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      <published>2019-01-04T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-01-10T10:46:12+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour mieux fêter la nouvelle année, l'Abécédaire se propulse 98 ans dans le futur, en 2116, époque où l'espérance de vie est volontairement limitée à 21 ans. C'est là le postulat de &lt;strong&gt;Quand ton cristal mourra&lt;/strong&gt;, roman de William F. Nolan &amp;amp; George C. Johnson, adapté au cinéma sous le titre &lt;strong&gt;L'Âge de cristal&lt;/strong&gt;. Une solution pour lutter contre la surpopulation&amp;nbsp;?…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Âge de cristal (Quand ton cristal mourra) [Logan’s Run], William F. Nolan &amp;amp; George C. Johnson, roman traduit de l’anglais [US] par Claude Saunier. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», 1981 [1969 pour la 1re parution VF, 1967 pour la VO], poche, 228 pp.&lt;br /&gt;
L’Âge de cristal [Logan’s Run], Michael Anderson (1976). Couleurs, 119 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On est trop nombreux sur Terre et cela fait quelques années qu’on le sait. Tout naturellement, la surpopulation a fait l’objet de nombreuses œuvres littéraires ou cinématographiques&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Soleil vert&lt;/strong&gt;, pour n’en citer que deux fameux exemples. Dans l’un, les actes de violence spontanés et aléatoires résolvent (un peu) le problème&amp;nbsp;; dans l’adaptation cinématographique de l’autre, une solution radicale est trouvée au problème de la façon de nourrir autant de gens. Mais une autre solution ne serait-elle pas de réduire drastiquement l’espérance de vie&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La réduire à, disons, vingt et un an&amp;nbsp;? C’est ce qu’ont envisagé certains décideurs dans le roman &lt;strong&gt;Quand ton cristal mourra&lt;/strong&gt;, plus tard retitré en &lt;strong&gt;L'Âge de cristal&lt;/strong&gt;, de William F. Nolan &amp;amp; George C. Johnson&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;La Petite Guerre eut ses origines en un été troublé vers la fin des années soixante. La jeunesse alors essaya sa force. On vit des occupations de locaux, des manifestations d’étudiants.&lt;br /&gt;
Vers mille neuf cent soixante-dix, 75 pour cent de la population avait moins de vingt et un ans.&lt;br /&gt;
La population ne cessa d’augmenter, et avec elle, le pourcentage de la jeunesse&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
79,7 pour cent en 1980.&lt;br /&gt;
82,4 pour cent en &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2019/01/04/Q-comme-Quand-ton-cristal-mourra#&quot;&gt;1990&lt;span&gt;Le texte indique 1950 mais j’imagine que c’est une coquille…&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
En l’An 2000&amp;nbsp;: masse critique.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans ce monde futur – l’an 2116 comme si vous y étiez –, chaque citoyen a un implant situé dans la main, représentant une fleur. Celle-ci est jaune dans les sept premières années de vie, puis elle passe au bleu. Quand celle-ci vire au rouge, c’est qu’on quatorze ans et qu’on entre dans les dernières années de sa vie. Quand elle clignote rouge-noir, il s’agit de votre Dernier Jour. Qu’elle vire au noir total, vous avez 21 ans et il est plus que temps de vous mettre au rebut. La mise au rebut, c’est le job de Logan 3. &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt; de son état, il récupère une clef de la main d’un homme qu’il pourchassait&amp;nbsp;: il s’agit là d’un code d’accès au mythique Sanctuaire. Voilà qui tombe plutôt bien&amp;nbsp;: la fleur de Logan vient de virer au noir. Va commencer pour le jeune homme une course-poursuite échevelée. En compagnie de Jessica, une jeune femme elle aussi en phase de péremption.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Logan et Jessica se rendent dans une cité sous-marine qui pourrait être Sanctuaire.&lt;br /&gt;
Logan et Jessica se perdent dans un réseau de grottes situé au pied d’une monumentale statue du chef amérindien Crazy Horse.&lt;br /&gt;
Logan et Jessica pris dans une reconstitution de bataille historique.&lt;br /&gt;
Logan et Jessica à Washington DC, à la recherche de Ballard, individu censément âgé de quarante-deux – un fossile vivant&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Roman assez bref (200 pages qui se lisent vite), &lt;strong&gt;Quand ton cristal mourra&lt;/strong&gt; m’avait surpris lors de ma première lecture&amp;nbsp;: un style elliptique, parfois maladroit (à moins qu’il ne s’agisse de la traduction, médiocre&amp;nbsp;?), une intrigue foutraque qui fonce en prenant à peine le temps de poser son univers, ses personnages et ses problématiques. Deuxième lecture dans le cadre de ce désolant Abécédaire et même constat&amp;nbsp;: ce bouquin est et reste médiocre sous le pur angle romanesque. Restent les idées, comme celle d’une population mondiale uniquement constituée d’enfants et d’adolescents, ou encore une vie avec date de péremption. Cette dernière idée est bonne en soi, mais dommage que les auteurs ne fassent à peu près rien du jeune âge des protagonistes. Ils ont 21 ans, ils pourraient en avoir 30 ou 40 que ça ne changerait rien. Bon nombre de personnages sont des adolescents voire des enfants, chose qui devrait avoir une incidence sur tout&amp;nbsp;: la façon de parler, la maturité, la sexualité, etc. Nolan et Johnson omettent de le faire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une déception.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, si l’on connaît &lt;strong&gt;Quand ton cristal mourra&lt;/strong&gt;, c’est probablement surtout pour son adaptation sous le titre &lt;em&gt;L’Âge de cristal&lt;/em&gt;… J’ignore si le titre français est dû au cristal que les habitants de ce monde futur portent sur la main ou a un lien avec &lt;strong&gt;Un Âge de cristal&lt;/strong&gt;, utopie/dystopie de W.H. Hudson (que les &lt;a href=&quot;http://https/www.moutons-electriques.fr/age-cristal&quot;&gt; Moutons électriques vont publier à la fin du mois &lt;/a&gt; ). Sorti en 1976, le film est signé Michael Anderson, réalisateur britannique à qui l’on doit, entre autres films, l’inénarrable&lt;em&gt;Doc Savage arrive&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; (1975), la mini-série&lt;em&gt;Les Chroniques martiennes&lt;/em&gt; (1980) et deux adaptations verniennes (&lt;em&gt;Le Tour du Monde en 80 jours&lt;/em&gt; [1956] et &lt;em&gt;20 000 lieues sous les mers&lt;/em&gt; [1997]. Le scénario reprend assez lointainement l’intrigue du roman de Nolan &amp;amp; Johnson.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-q-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En l’an de grâce 2274, les gens vivent heureux dans une cité sous globe, jusqu’à l’âge de 30 ans avant le rituel du renouvellement. Logan 5 (Michael York) est un Sandman, pas le plus mauvais de sa profession – même si son ami Francis 7 (Richard Jordan) est plus efficace. Sur le corps d’un fugitif qu’il vient de tuer, Logan trouve une croix ansée. Plus tard, il revoit le même symbole sur Jessica 6 (Jenny Agutter), une jeune femme qu’il a invitée chez lui, eh bien, parce qu’il avait envie de baiser. L’ordinateur central de la ville apprend à notre Sandman que cette croix est le symbole d’un groupe clandestin aidant certains résidents de la ville à gagner un mythique «&amp;nbsp;Sanctuaire&amp;nbsp;». Charge à Logan de se faire passer pour un homme en fin de vie – son cristal clignote rouge –, de faire parler Jessica et de jouer les fugitifs afin de trouver ce Sanctuaire. Tant pis si Francis prend en chasse les deux fuyards… S’ensuivent de molles péripéties où Logan et Jessica se confrontent aux louvetaux, se coltinent un robot bling-bling (doublé par Roscoe Lee Browne), font les fifous dans la Nature, croisent un petit vieux sénile (Peter Ustinov)… Comme de juste, tout finira bien dans le meilleur des mondes possibles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-q-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sorti cinq ans après &lt;em&gt;THX 1138&lt;/em&gt; (et un an avant &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;), &lt;em&gt;L’Âge de cristal&lt;/em&gt; cumule bon nombre de défauts. Certains sont dûs à l’âge du film&amp;nbsp;: les décors font plutôt toc et les maquettes s’avèrent un brin trop visibles, choses que la photographie lisse n’améliore pas. &lt;em&gt;L’Âge…&lt;/em&gt; pâtit d’une esthétique qui lui confère un côté gentiment ringard. À cela s’ajoutent une structure bancale – une première moitié correcte et une deuxième assez ratée, peut-être pas autant que le roman et ses détours insensés mais cela reste risible (l’inénarrable robot Box, la rencontre avec un Peter Ustinov à côté de la plaque…) – et un discours simpliste. Le plus agaçant reste l’emploi d’acteurs trop âgés&amp;nbsp;: si Jenny Agutter avait 23 ans au moment du tournage, Michael York et Richard Jordan étaient âgés de respectivement 33 et 38 ans… et ça se voit. Trouver des acteurs doués de moins de trente piges était-il mission impossible&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-q-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Logan 5&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-q-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jessica 6&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-q-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Logan et Jessica, et le vieux&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, &lt;em&gt;L’Âge de cristal&lt;/em&gt; n’est pas raté de bout en bout et contient quelques éléments intéressants&amp;nbsp;: l’apparence de la ville utopique, pas éloignée de celle d’un centre commercial (et l’uniforme noir des Sandmen rappelle celui de n’importe quel vigile)&amp;nbsp;; l’idée des rencontres en ligne (c’est ainsi que Logan rencontre Jessica)&amp;nbsp;; une tolérance sexuelle plutôt inédite (Jessica pourrait préférer que cela resterait égal à Logan, celui-ci hésite à contacter un bel éphèbe). Enfin, la bande originale, signée par le prolifique Jerry Goldsmith, alterne une partition classique avec des morceaux faisant la part belle aux instruments électroniques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-q-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Tinder de l'an 2274…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref, s’il manque au film d’Anderson la puissance esthétique de &lt;em&gt;THX 1138&lt;/em&gt; ou thématique de &lt;em&gt;Soleil vert&lt;/em&gt;, en matière de dystopie des Seventies, il se visionne sans déplaisir pour peu que l’on garde un œil indulgent et/ou nostalgique, et il s’octroie même le luxe d’être moins mauvais que le roman sur lequel il se base.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’un dans l’autre, le bilan reste mitigé. Cela n’a pas empêché le film d’engendrer une (brève) série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Logans’s Run&lt;/em&gt;, dont les quatorze épisodes ont été diffusés entre septembre 1977 et février 1978 sur CBS. Le pilote de la série devait être écrit par William F. Nolan, mais des divergences avec la chaine l'ont fait quitter le projet&amp;nbsp;; il se basera néanmoins sur le scénario dudit pilote pour écrire la suite de son roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Retour à l’âge de cristal&lt;/strong&gt; paraît en 1977, suivi de &lt;strong&gt;Logan’s Search&lt;/strong&gt; (1980) et de la novella &lt;strong&gt;Logan’s Return&lt;/strong&gt; (2001). Âgé de plus de quatre fois l’âge-limite du livre, Nolan a même publié en 2017 une nouvelle, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Logan’s Mission&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Le tout sans oublier plusieurs comics au fil des décennies. Pour ma part, vu l’enthousiasme qu’ont suscité en moi le roman puis le film, j’en resterai là. Et cela ne nous règle pas le problème de la surpopulation…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-q-suites.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-q-suites.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: le livre se trouve d’occasion, le DVD reste dispo&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: date de péremption dépassée depuis longtemps&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: déjà périmé à sa sortie&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>P comme Pale Blue Dot</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/12/20/P-comme-Pale-Blue-Dot" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Pale Blue Dot" />
      <id>urn:md5:4f9e4113a4bec56871b9b47023f16afb</id>
      <published>2018-12-20T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-12-20T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1994, l'astronome Carl Sagan publiait &lt;strong&gt;Pale Blue Dot&lt;/strong&gt;, un essai invitant à réfléchir à la place (infime) de l'humain dans l'Univers. Une quinzaine d'années plus tard, le musicien Benn Jordan lui rendait hommage avec son album éponyme. Tant qu'à parler de Jordan, on évoque son album &lt;strong&gt;The Ninth Planet&lt;/strong&gt;, et tant qu'à parler de neuvième planète, on évoque aussi le cathartique &lt;strong&gt;Planet 9&lt;/strong&gt; de Rose McGowan.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Pale Blue Dot, Benn Jordan (2008). 18 morceaux, 60 minutes.&lt;br /&gt;
Planet Nine, Benn Jordan (2016). 8 morceaux, 24 minutes.&lt;br /&gt;
Planet 9, Rose McGowan (2018). 8 chansons, 38 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au rang des grands noms de la vulgarisation scientifique, celui de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/20/In-Memoriam-Carl-Sagan&quot;&gt;Carl Sagan&lt;/a&gt; se pose là. Astronome américain ayant participé à la conception des missions d’exploration du Système solaire, il compte au rang de ses contributions les plus notoires la plaque fixée sur &lt;em&gt;Pioneer&lt;/em&gt; 10 ainsi que le disque dont les sondes &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt; 1 &amp;amp; 2 emportent chacune un exemplaire. Du côté de la vulgarisation, on lui doit une tripotée de bouquins et une série télévisée, &lt;em&gt;Cosmos&lt;/em&gt;. (Bien sûr, on n’oubliera pas l’unique roman de science-fiction de Sagan, l’excellent &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt;, adapté par Robert Zemeckis en 1997.) La version livre de &lt;em&gt;Cosmos&lt;/em&gt; a beaucoup compté pour moi. En 1994, peu ou prou à la même période où je lisais et relisais mon exemplaire de &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; à la jaquette amochée, Sagan lui donnait une suite &amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Pale Blue Dot&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-palebluedot.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-palebluedot.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce point bleu pâle qui donne son titre au livre, c’est bien sûr la Terre… telle que photographiée par &lt;em&gt;Voyager 1&lt;/em&gt; le 14 février 1990, alors que la sonde s’enfonçait dans les confins du Système solaire. Hop, une petite rotation, une petite rafale de photos rassemblant une bonne part des planètes dudit Système – le «&amp;nbsp;Portrait de Famille&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Family_portrait_(Voyager_1).png#/media/File:Family_portrait_(Voyager_1).png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Family portrait (Voyager 1).png&quot; height=&quot;132&quot; src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3f/Family_portrait_%28Voyager_1%29.png&quot; width=&quot;440&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
By NASA, Voyager 1 - &lt;a class=&quot;external text&quot; href=&quot;https://visibleearth.nasa.gov/view.php?id=52386&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;Visible Earth&lt;/a&gt; source: &lt;a class=&quot;external free&quot; href=&quot;http://photojournal.jpl.nasa.gov/catalog/PIA00451&quot; rel=&quot;nofollow&quot;&gt;http://photojournal.jpl.nasa.gov/catalog/PIA00451&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2469125&quot;&gt;Link&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Consider again that dot. That's here. That's home. That's us. On it, everyone you love, everyone you know, everyone you ever heard of, every human being who ever was, lived out their lives. The aggregate of our joy and suffering, thousands of confident religions, ideologies, and economic doctrines, every hunter and forager, every hero and coward, every creator and destroyer of civilization, every king and peasant, every young couple in love, every mother and father, hopeful child, inventor and explorer, every teacher of morals, every corrupt politician, every superstar, every supreme leader, every saint and sinner in the history of our species, lived there… on a mote of dust suspended… in a sunbeam.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pale Blue Dot&lt;/em&gt; , c’est aussi le nom d’un album signé Benn Jordan. Le nom de ce musicien ne m’évoquait rien&amp;nbsp;: un tour sur sa page Wikipédia nous apprend qu’il œuvre du côté de l’electro et de l’ambient et que, en nombre de pseudonymes, il cherche à rivaliser avec Aphex Twin – il sévit sous les alias de Acidwolf, CHR15TPUNCH3R, Dr. Lefty, Dysrythmia, Flexe, Human Action Network, Lucid32, Qbit, quoique surtout The Flashbulb (où ses disques se suivent sans se ressembler — &lt;a href=&quot;https://theflashbulb.bandcamp.com/&quot;&gt;cf sa page sur Bandcamp&lt;/a&gt;), et, donc, &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; sous son propre nom. À ce titre, &lt;em&gt;Pale Blue Dot&lt;/em&gt; est son premier disque sorti sous son nom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1462101599/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=7137dc/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 886px;&quot;&gt;Pale Blue Dot by Benn Jordan&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pale Blue Dot&lt;/em&gt; consiste en une electro-ambient posée, faite d’amples nappes de synthés apaisantes et où les percussions sont rares. On peut penser à Vangelis (dont j’évoquais le récent &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/04/R-comme-Rosetta&quot;&gt; &lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , qui se situe – en plus cheesy, hélas – dans cette même veine). Ce n’est pas le disque qui va vous arracher les oreilles mais plutôt celui qui va vous bercer. À ce titre, l’introductif «&amp;nbsp;Looking Upward&amp;nbsp;» donne le ton, serein et (osons le terme) optimiste. Les morceaux s’enchaînent les uns aux autres, chacun avec sa petite particularité musicale, sans jamais laisser le temps à l’ennui de s’installer – l’un des reproches couramment adressé à l’ambient, genre prisant en général les loooongs morceaux (le présent disque n’est pas &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/22/Z-comme-Zeit&quot;&gt; &lt;em&gt;Zeit&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; ). La contrepartie de l’approche de Jordan&amp;nbsp;: aucun morceau n’a vraiment le temps de décoller et d’emporter son auditeur trop loin. L’amateur de sonorités étranges que je suis trouve cela un peu dommage&amp;nbsp;; d’un autre côté, ce n’est sûrement pas l’objet du disque. &lt;em&gt;Pale Blue Dot&lt;/em&gt; n’a rien de révolutionnaire mais constitue une œuvre charmante, à l’écoute des plus agréables, révélant ses qualités subtiles au fil des écoutes. On retiendra «&amp;nbsp;A Distant Sunrise&amp;nbsp;» et sa belle montée en puissance ou encore « Safe Landing&amp;nbsp;», petite pièce délicate au piano.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La sérénité qui baigne cet album correspond aux propos de Carl Sagan, qui laisse toujours une place à l’espoir. Les humains font globalement n’importe quoi mais peuvent être capables de belles choses – et l’univers lui-même est si fascinant. Un disque à (ré)écouter en même temps que l’on lit &lt;strong&gt;Pale Blue Dot&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Benn Jordan n’a pas composé que &lt;em&gt;Pale Blue Dot&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; sa discographie-sous-son-vrai-nom comprend quelques autres albums, dont des compositions destinées aux expositions de l’Adler Planetarium de Chicago — au passage, le tout premier planétarium à avoir ouvert ses portes sur le continent américain, en 1930. L’un de ces disques s’intitule &lt;em&gt;Planet Nine&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: ce tour d’Abécédaire ayant commencé sous les auspices de la Dixième Planète, il serait bête de ne pas en dire quelques mots.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref album avec vingt-cinq minutes au compteur – la sonde &lt;em&gt;New Horizons&lt;/em&gt; aurait eu le temps de l’écouter près de 200 000 fois d’affilée entre son départ le 19 janvier 2006 et son survol de Pluton le 14 juillet 2015 –, &lt;em&gt;Planet Nine&lt;/em&gt; constitue la bande-son d’une expo consacrée à Pluton. Benn Jordan ne change pas son fusil d’épaule, optant pour une même approche ambient. Quelques paroles dans «&amp;nbsp;Kuiper&amp;nbsp;», une rythmique marquée pour «&amp;nbsp;Palomar&amp;nbsp;», l’album s’avère toutefois plus varié. Un bon addendum à &lt;em&gt;Pale Blue Dot&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=312944278/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 820px;&quot;&gt;Planet Nine (Original Soundtrack) by Benn Jordan&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tant qu’à parler de neuvièmes planètes, évoquons aussi &lt;em&gt;Planet 9&lt;/em&gt; de Rose McGowan.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-p-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-p-cover3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’actrice, revenue sous le feu des projecteurs avec #metoo et l’affaire Weinstein, s’est également lancée dans la musique. Pour être précis, plutôt &lt;em&gt;re&lt;/em&gt;lancée, vu qu’elle avait participé à quelques chansons de Marilyn Manson, son compagnon d’alors, et avait publié, en 2015 et sous son propre nom, le titre &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=w1Wq5Tt-op8&quot;&gt;«&amp;nbsp;RM486&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, chanson débutant par le fameux monologue de Roy Batty dans &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;I've seen things you people can't imagine…&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I feel like women have not been able to properly mourn what it means to lose to this man and all men, continually. This one feels particularly vicious, but what he's about is what we've been saying all along. The system is rigged against women. I wanted to give voice to our emotions and thoughts. I've spoken to so many women about how we are not represented in the media in the aftermath of the election. Trans bathrooms, while important, get more coverage than the systematic dismantling of Roe v. Wade which will directly affect women by literally killing us. So, here it is, my national anthem. Planet 9 for a new place where we are all safe and loved, but we must fight for this place. Our lives depend on it.»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Planet 9&lt;/em&gt; est sorti début novembre, dans une indifférence quasi totale. L’album débute avec la chanson «&amp;nbsp;Lonely House&amp;nbsp;» (parue précédemment sous le titre &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=Id3DCicRA-Y&quot;&gt;«&amp;nbsp;Planet 9&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; , avec une orchestration différente – une nappe de synthés menaçants –, et d’où provient le topo ci-dessus), manière de déclaration d’intention où McGowan évoque à nouveau cette planète 9 / refuge et revient sur l’affaire Weinstein, sans grand mystère ni grande aménité envers le producteur&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«Who am I&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
I stand for all&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
For women who can't&lt;br /&gt;
And man too scared&lt;br /&gt;
To beat that beast&lt;br /&gt;
To watch HIM drown&lt;br /&gt;
The him I speak of&lt;br /&gt;
Needs to die&lt;br /&gt;
The him I speak of&lt;br /&gt;
Told you lies&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mélodie toute simple répétée au piano, bientôt soutenue par une instrumentation synth-pop&amp;nbsp;: musicalement, le morceau tient la route le long de ses sept minutes. En revanche, c’est peu dire que Rose McGowan n’est pas une chanteuse&amp;nbsp;; elle en est consciente, préférant déclamer/chuchoter les paroles plutôt que de chanter. À vrai dire, cela vaut mieux. Curieusement, cette faiblesse vocale donne une fragilité inattendue au morceau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les chanson suivantes – «&amp;nbsp;Sirene&amp;nbsp;» et sa synth-pop martiale, «&amp;nbsp;Now You’re here&amp;nbsp;» et sa pop sucrée dénaturée à l’autotune – ressemblent particulièrement à un exercice thérapeuthique. «&amp;nbsp;Origami&amp;nbsp;» s’avère passablement glauque, tant dans son instrumentation que ses paroles (enfin, je crois). Les autres chansons évoquent Plus haut, j’évoquais «&amp;nbsp;RM486»&amp;nbsp;: à croire que c’est une habitude chez Rose McGowan, cette chanson revient sous le titre «&amp;nbsp;Green Gold&amp;nbsp;» sur &lt;em&gt;Planet 9&lt;/em&gt;. Étrange choix que de la dédoubler&amp;nbsp;: sur dix minutes, la chanson est jouée deux fois, de façon différente – d’abord comme une ballade au piano puis comme une pure chanson de synthpop que n’aurait pas reniée Depeche Mode –&amp;nbsp;; une étrange idée pour un résultat pas moins étrange et, en fin de compte, hanté. Concluant l’abum de façon dépouillée, «&amp;nbsp;Canes Venatici&amp;nbsp;» (aka la constellation des Chiens de Chasse) propose l’apaisement (enfin, je crois).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Album cathartique pour son interprète, &lt;em&gt;Planet 9&lt;/em&gt; ne fera probablement pas l’unanimité. J’aurais du mal à le recommander sans ambages, et pourtant… Une inspiration spatiale présente de loin en loin, une production des plus correctes, un chanté-parlé défaillant mais assumé&amp;nbsp;: le disque est sincère, touchant dans ses maladresses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, en matière de planète, nous n’en avons pour l’instant qu’une seule&amp;nbsp;: la troisième à partir du Soleil, la nôtre. Pour conclure, laissons donc la parole à Carl Sagan&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Our planet… is a lonely speck in the great, envelopping cosmic dark. In our obscurity, in all this vastness, there is no hint that help will come from elsewhere to save us from ourselves. The Earth is the only world known so far to harbor life. There is nowhere else, at least in the near future, to which our species could migrate. Visit, yes. Settle, not yet. Like it or not, for the moment, the Earth is where we make our stand. It has been said that astronomy is a humbling and character-building experience. There is perhaps no better demonstration of the folly of human conceits than this distant image. To me, it underscores our responsibility to deal more kindly with one another and to preserve and cherish the pale blue dot, the only home we've ever known.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: non pour Benn Jordan, oui pour Rose McGowan&lt;br /&gt;
Inécoutables&amp;nbsp;: non sauf à être allergique à l’ambient et aux actrices qui ne chantent pas très bien&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: à leur manière&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme Oversteps</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/12/18/O-comme-Oversteps" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Oversteps" />
      <id>urn:md5:312d0cd784192ac515dd7d3ff8ed107c</id>
      <published>2018-12-18T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-01-06T00:37:10+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sans frémir, poursuivons l'exploration de la passionnante et ô combien exigeante discographie d'Autechre. Après un ambitieux &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/28/Q-comme-Quaristice&quot;&gt;Quaristice&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, leur dixième album, &lt;strong&gt;Oversteps&lt;/strong&gt; et son complément, &lt;strong&gt;Move of Ten&lt;/strong&gt;, proposaient en 2010 une autre approche, plus organique… voire, peut-être, plus optimiste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Oversteps, Autechre (Warp, 2010). 14 morceaux, 71 minutes&lt;br /&gt;
Move of Ten, Autechre (Warp, 2010). 10 morceaux, 48 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous, c’était en 2010&amp;nbsp;: Philippe Katerine proposait enfin un successeur à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/11/R-comme-Robots-apres-tout&quot;&gt; &lt;em&gt;Robots après tout&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, Massive Attack faisait un retour attendu avec &lt;em&gt;Heligoland&lt;/em&gt;, Gorillaz bronzait sur une plage de plastique, Arcade Fire s’aventurait dans les &lt;em&gt;Suburbs&lt;/em&gt; (et s’y égarait un peu), la chanteuse canadienne Grimes partait du côté de &lt;em&gt; &lt;s&gt; Giedi &lt;/s&gt; &lt;/em&gt; &lt;em&gt; &lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/15/Dune-en-musique-Inspirations-II#grimes&quot;&gt; &lt;em&gt;Geidi Primes&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, MGMT se faisait des congratulations à juste titre. Côté musique de films, Daft Punk mélangeait électro et classique pour la BO de &lt;em&gt;Tron: Legacy &lt;/em&gt;et Trent Reznor poursuivait pour Hollywood le travail entrepris sur l’album d’ambient &lt;em&gt;Ghosts I-IV&lt;/em&gt; avec l’excellente BO du non moins excellent &lt;em&gt;The Social Network&lt;/em&gt; de David Fincher… Et… Bon, il n’y a pas grand-chose d’autre en 2010 qui m’ait beaucoup marqué les oreilles. À part &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=autechre&quot;&gt;Autechre&lt;/a&gt; et, au printemps, la sortie de &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Move of Ten&lt;/em&gt;, respectivement dixième album studio et dixième EP du duo constitué par Sean Booth &amp;amp; Rob Brown, faisant suite au tentaculaire &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/28/Q-comme-Quaristice&quot;&gt; &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Deux titres qui évoquent le mouvement&amp;nbsp;: dépasser/outrepasser pour l’un, bouger de dix pour l’autre, si l’on opte pour une traduction littérale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;», pas grand-chose ne vient rappeler le nombre 10 à l’exception du titre de l’EP. C’est déjà ça. Penchons-nous plutôt sur les pochettes, inhabituelles&amp;nbsp;: celle d’&lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; est un cercle de peinture noire, aux coups de brosse bien visibles, qui évoque un retour à des choses matérielles, physiques. Celles de &lt;em&gt;Move of Ten&lt;/em&gt; proposent à nouveau des cercles, tracés cette fois au stylo. Là aussi, le geste, l’effort, la matérialité. Exit, les abstractions auto-suffisantes des opus précédents&amp;nbsp;? Néanmoins, ce sont là des cercles, des figure auto-centrées pas vraiment ouvertes sur l’extérieur, le vaste monde et les papillons dans les champs de blé. Les titres des morceaux, hormis quelques exceptions («&amp;nbsp;see on see&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;redfall &amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;known(1)&amp;nbsp;») sont pour le moins énigmatiques, à nouveau dans le genre «&amp;nbsp;mon chat a &lt;em&gt;encore&lt;/em&gt; marché sur mon clavier&amp;nbsp;». (Il serait hautement intéressant de savoir 1) comment le duo attribue les noms aux morceaux et 2) comment ils les prononcent – allez articuler «&amp;nbsp;pt2ph8&amp;nbsp;»&amp;nbsp;! (Pitoufeïte&amp;nbsp;?)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Allez, assez bavassé, pressons la touche lecture.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-o-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-o-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Y'a un maximum de son qui font tripper c'est ma priorité&amp;nbsp;» (Stupeflip, «&amp;nbsp;La seule alternative&amp;nbsp;»)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H1i-89_EUOU&quot;&gt;«&amp;nbsp;r ess&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; introduit de manière éthérée &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;. Une longue intro qui va crescendo dans un espace sonore d’une profondeur vertigineuse. Une rythmique se bâtit et s’autodétruit à la moitié du morceau. On reste en terrain connu. Suit &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=313&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ilanders&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, à la même structure bipartite&amp;nbsp;: une mélodie poussive, inquiète, est supplantée avec le temps par une seconde mélodie, dissimulée derrière la première. Pas désagréable du tout. Malgré son titre, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=645&quot;&gt;«&amp;nbsp;known(1)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ne nous mène pas forcément en zone connue, avec ses sonorités de clavecin déglingué. De la musique baroque pour une IA. Les morceaux suivants, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=928&quot;&gt;«&amp;nbsp;pt2ph8&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (ce titre…), &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=1178&quot;&gt;«&amp;nbsp;qplay&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=1458&quot;&gt;«&amp;nbsp;see on see&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; se distinguent par leur caractère plutôt… lumineux et inattendu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/H1i-89_EUOU?start=1734&quot; width=&quot;456&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’aucuns reprocheraient à Autechre d’avoir laissé, depuis &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt;&lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, les rythmiques et les textures sonores prendre le pas sur les mélodies. Auquel cas «&amp;nbsp;Treale&amp;nbsp;» est le morceau destiné à mettre tout le monde d’accord, quand se déploient ses harmonies sombres et oniriques. Après une intro mystérieuse, les mélodies s’entremêlent, se superposent, éthérées et grésillantes, dans des motifs complexes, soutenues par une rythmique métronimique. Bâti sur une patiente montée qui délivre son dû à 4'45&quot;, c’est là un morceau émouvant et puissant comme Autechre ne l'avait pas fait depuis… depuis 1995 et le déchirant &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=72TbUKMZys8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Vletrmx21&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Magnifique, majestueux, magique… les mots me manquent. Sans le moindre doute, le meilleur morceau du disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce sommet succède un moment de repos, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=2099&quot;&gt;«&amp;nbsp;os-veix3&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, plage aérienne ponctuée de percussions, de grésillements et d’accidents sonores qui surgissent de manière semi-aléatoire. On ne sait pas trop où cela mène, mais ça y mène bien néanmoins. Et c’est toujours mieux que le tintinnabulant &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=2378&quot;&gt;«&amp;nbsp;0=O&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, vite agaçant. Le morceau suivant, «&amp;nbsp;d-sho qub&amp;nbsp;», suscite la surprise, quand Autechre se rappelle ses racines dansantes. Sauf que l’IDM est ici passée à la moulinette de ces messieurs Booth &amp;amp; Brown. Une mélodie primesautière et sautillante (dans la mesure où c’est Autechre) se voit rappelée à l’ordre par une rythmique martiale, presque dansante. Mais la lourde percussion ne tarde pas à s’emmêler les pieds dans le tapis et se termine de manière déglinguée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/H1i-89_EUOU?start=2671&quot; width=&quot;456&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas grand-chose à dire sur &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=3056&quot;&gt;«&amp;nbsp;st epreo&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=3304&quot;&gt;«&amp;nbsp;Redfall&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; voit ressurgir une mélodie aérienne doublée par des synthés menaçants&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=3535&quot;&gt;«&amp;nbsp;krYlon&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; mêle une douce intraquillité avec la légèreté, sans convaincre pleinement. &lt;a href=&quot;https://youtu.be/H1i-89_EUOU?t=3903&quot;&gt;«&amp;nbsp;Yuop&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est l’inquiétante conclusion d’&lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;. Arpèges ténébreux, grésillements qui se posent, se superposent dans des motifs sonores inextricables, s’étendant à l’infini.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ses morceaux plus amples et plus construits que sur &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; s’avère plus solide et moins lassant sur la durée – et les quelques morceaux faiblards sont pardonnés par l’immense «&amp;nbsp;Treale&amp;nbsp;». La prééminence accordée aux mélodies étonne agréablement, comme si Booth &amp;amp; Brown délaissaient le parti pris abstrait des précédents albums pour une approche plus légère, plus organique, plus mélodique. Une réussite – encore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme souvent, le travail entrepris sur le LP a été poursuivi par la parution d’un EP. EP comme «&amp;nbsp;extended play&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: le terme est faible. Avec dix morceaux pour cinquante minutes de musique, Autechre a offert avec &lt;em&gt;Move of Ten&lt;/em&gt; la matière d’un album. Les titres demeurent encore imprononçables – un peu plus, album après album. À la différence de &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, cet EP ne propose pas de remixes mais une poignée de variations et des morceaux qui, pour des raisons de cohérence thématique, n’ont probablement pas trouvé leur place sur &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-o-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-o-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce nouvel EP débute par une agression sonique&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=O1jmidBMRPw&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&quot;&gt;«&amp;nbsp;Echtogon-S&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Un déluge de percussions folles, derrière lesquelles se dissimule une mélodie pas de ce monde. Le ton est donné&amp;nbsp;: les machines perdent les pédales et frappent fort. Le titre suivant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=qyOGNhdhlAY&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&amp;amp;index=2&quot;&gt;«&amp;nbsp;y7&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, est un dub déviant, long et souterrain. Que dire de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=vfjY7lnIDXk&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&amp;amp;index=3&quot;&gt;«&amp;nbsp;pce freeze 2.8i&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; sinon que, en plus d’être imprononçable, c’est un excellent morceau. Par la suite, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=gRgTIX4zGk4&amp;amp;index=4&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&quot;&gt;«&amp;nbsp;rew(1)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (qui ne fait musicalement pas référence à «&amp;nbsp;known(1)&amp;nbsp;» du disque précédent) revient aux racines hip-hop d’Autechre. Six minutes implacables, pleines de rebonds et d’inquiétudes. «&amp;nbsp;nth Dafuseder.b&amp;nbsp;» est une réinterprétation de la rythmique de «&amp;nbsp;d-sho qub&amp;nbsp;». Tandis que l’original s’empressait de déconstruire cette rythmique terriblement dansante, la reprise l’installe au bord d’un abîme — un drone d’une profondeur inégalée, où flotte une mélodie aérienne et fragile. Superbe, voilà.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/WM8WgnkZMu8?start=3903&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le genre acid, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=a4KGxDi-jvk&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&amp;amp;index=8&quot;&gt;«&amp;nbsp;M62&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; rappelle les riches heures d’Aphex Twin, pour six minutes pas déplaisantes du tout mais qui n’apportent pas grand-chose. Dans le lot des reprises/remixes identifiables, on trouve &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=YAzeVJ2i-M4&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&amp;amp;index=9&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ylm0&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; qui réinvente, en mieux, «&amp;nbsp;krYlon&amp;nbsp;» et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=LLuL-gAfNRk&amp;amp;index=6&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&quot;&gt;«&amp;nbsp;iris was a pupil&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (tiens, un titre prononçable et compréhensible&amp;nbsp;!) qui repart sur les bases de «&amp;nbsp;Redfall&amp;nbsp;» pour en tirer quelque chose de plus apaisé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le dernier morceau peut laisser dubitatif. «&amp;nbsp;Cep puiqMX&amp;nbsp;» possède quelque chose de la grandiloquence de «&amp;nbsp;Ainsi parlait Zarathoustra&amp;nbsp;» avec son ébauche de mélodie pompeuse. Une pompe foudroyée de bout en bout par des percussions devenues folles et qui se muent dans les dernières secondes en un déluge bruitiste. Dantesque. Loin d’être une conclusion à &lt;em&gt;Move Of Ten&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;Cep puiqMX&amp;nbsp;» sonne presque comme une ouverture — quelque part vers d’autres ailleurs soniques, une nouvelle direction au son autechresque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tgKfAsSgTog?start=3903&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cependant, avec un peu de méchanceté, on pourrait dire que &lt;em&gt;Move Of Ten&lt;/em&gt; aurait pu s’appeler &lt;em&gt;Move Of Five&lt;/em&gt;. Sur les dix morceaux, la moitié est d’une efficacité réjouissante – Autechre au mieux de sa forme –, tandis que les cinq autres sont juste bons, ce qui n’est déjà pas si mal. L’ensemble constitue un intéressant pendant à &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;, davantage axé sur les percussions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et maintenant, la minute complétiste. &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Move of Ten&lt;/em&gt; possèdent chacun une piste bonus japonaise. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=pztHRwQ2HuQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;Xektses sql&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;) s’avère d’un intérêt mineur&amp;nbsp;: un morceau aux sonorités gommées/écrétées, qui ne décolle jamais vraiment. En revanche, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HkLOKYdSS4I&amp;amp;index=11&amp;amp;list=PLBv6Rzy2eGOXJmlEvYwJoHWOS0LzBuWmZ&quot;&gt;«&amp;nbsp;clnChr&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;Move of Ten&lt;/em&gt;), sorte de reptation organique dans la dixième dimension et demi, convainc davantage. Voilà.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Move Of Ten&lt;/em&gt; poursuivent partiellement le virage amorcé avec &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: des morceaux encore assez brefs, reposant parfois sur de véritables mélodies – certes bizarres, destructurées, démembrées mais des mélodies quand même, s’assumant telles quelles. On croirait parfois entendre des chansons, sans refrain mais avec un vrai début et une vraie fin. Ce n’est pas encore des mélodies à siffloter sous la douche (n’exagérons rien)… mais on s’éloigne encore de l’abstraction pure de la trilogie &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt;Confield&lt;/a&gt;/&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/09/D-comme-Draft-7-30&quot;&gt;Draft 7.30&lt;/a&gt;/&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/23/U-comme-Untilted&quot;&gt;Untilted&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. Là où &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; proposait, au travers de morceaux et de leurs variations, un album à monter, &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Move Of Ten&lt;/em&gt; optent pour une division bipartite des choses&amp;nbsp;: les mélodies sur un disque, les percussions sur l’autre. À nouveau, libre à l’auditeur de recomposer son album rêvé (titre envisagé&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Moversteps&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux&amp;nbsp;», disait Albert Camus. À leur manière, Sean Booth et Rob Brown sont pareils au condamné&amp;nbsp;: album après album, les deux compères poursuivent leur chemin vers les hauteurs, de plus en plus loin des vallées où résident les hommes. Après la lente mélancolie machinique des premiers disques, la rude escalade abstraite et la déconstruction/reconstruction, le tandem &lt;em&gt;Oversteps/Move of Ten&lt;/em&gt; propose une nouvelle facette, pas moins brillante que les précédentes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus haut, j’évoquais le mouvement que suggèrent les titres. &lt;em&gt;Oversteps&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: outrepasser&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Move Of Ten&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: bouger de dix, oui, mais de quelle unité&amp;nbsp;? À la lumière des œuvres antérieures et ultérieures d’Autechre, ce diptyque donne plus l’impression d’un pas de côté que d’un bond en avant. Un double pas de côté, mettant tantôt l’accent sur les mélodies, tantôt sur les rythmiques, sorte de récréation pour le duo, en attendant la suite…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-o-tout2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-o-tout2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: noppp(1)&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: 0=oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: remeMbr.yes&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme No Blade of Grass</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/12/13/N-comme-No-Blade-of-Grass" rel="alternate" type="text/html" title="N comme No Blade of Grass" />
      <id>urn:md5:8abb84f502445694012cec68a30eaa8b</id>
      <published>2018-12-13T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-12-13T11:34:22+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/15/F-comme-La-Fin-du-reve&quot;&gt;La Fin du rêve&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/29/J-comme-Le-Jour-ou-la-Terre-prit-feu&quot;&gt;Le jour où la Terre prit feu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, continuons gaiment à voir de quoi demain sera fait… hier. Et en supposant qu’il y ait un demain. Raison pour laquelle on lit &lt;strong&gt;No Blade of Grass&lt;/strong&gt; (alias &lt;strong&gt;Terre brûlée&lt;/strong&gt;), roman post-apocalyptique de John Christopher, et l'on visionne son adaptation par Cornel Wilde.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Terre brûlée [The Death of Grass/No blade of grass], John Christopher, roman traduit de l’anglais par Alain Dorémieux, in &lt;strong&gt;Catastrophes&lt;/strong&gt;, omnibus composé par Michel Demuth. Omnibus, 2006 [1956, 1975 pour la traduction]. GdF. pages 205 à 380.&lt;br /&gt;
Terre brûlée [No Blade Of Grass], Cornel Wilde (1970). Couleurs, 94 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/15/F-comme-La-Fin-du-reve&quot;&gt; &lt;strong&gt;La Fin du rêve&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, continuons gaiment à piocher dans l’omnibus &lt;strong&gt;Catastrophes&lt;/strong&gt; pour voir de quoi demain sera fait – ou non. Je veux dire&amp;nbsp;: en supposant qu’il y ait un demain. Et c’est ainsi qu’on lit et regarde pour cet Abécédaire plus désolé que désolant (encore que la question se pose) &lt;strong&gt;Terre brûlée&lt;/strong&gt; de John Christopher et son adaptation par Cornel Wilde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-n-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-n-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;John Christopher (1922-2012) est surtout connu pour sa trilogie des Tripodes mais le bonhomme est à la tête d’une bibliographie forte d’une cinquantaine de livres, dont une bonne part publiée sous divers pseudonymes. Au sein de cette biblio se trouve donc&lt;strong&gt;The Death of Grass&lt;/strong&gt; (retitré &lt;strong&gt;No Blade of Grass&lt;/strong&gt; aux USA), paru en 1956, qui lança la carrière de son auteur. Le titre français, &lt;strong&gt;Terre brûlée&lt;/strong&gt;, ne rend guère justice au contenu du roman&amp;nbsp;: la terre brûlée évoque forcément cette tactique militaire visant à tout brûler derrière soi pour ne rien laisser à l’ennemi. Ici, rien de tel. L’ennemi est un virus, et plutôt que de &lt;em&gt;brûler&lt;/em&gt; la terre, il la dénude en s’attaquant aux graminées. S’il s’attaque d’abord aux rizières asiatiques, le virus Chung-Li ne tarde pas à contaminer d’autres herbes, telles que le blé, l’orge et le seigle, provoquant une famine monstrueuse en Asie. En Angleterre, on ne s’inquiète pas trop&amp;nbsp;: l’Asie, c’est loin. Bon, le Chung-Li arrive malgré tout au Royaume-Uni. Pas de raison de trop s’inquiéter&amp;nbsp;: les réserves de nourriture sont suffisantes, à en croire les informations. Et puis les Anglais en ont vu d’autres. Et puis on mangera des patates sinon. Enfin, si on ne parvient pas à contrer le Chung-Li…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Admettons que, si on ne peut arrêter le virus, la seule chose sensée soit de planter partout des pommes de terre. Mais à quel stade déciderons-nous que le virus ne peut pas être arrêté&amp;nbsp;? Et si nous transformons la totalité de la verdoyante Angleterre en champs de patates et qu’après on trouve un moyen d’éliminer le virus, quelle tête feront les électeurs l’année prochaine quand on leur offrira des pommes de terre au lieu de pain&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 227)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Il y en a bien un qui se fait du mouron et son nom est John Custance. Londonien aisé, ce père de famille s’inquiète. Pas besoin d’être voyant pour comprendre que, faute d’un vaccin efficace, la situation est sur le point de dégénérer&amp;nbsp;; dommage qu’une bonne part de la population reste aveugle. Lorsqu’un vieil ami, Roger Buckley, employé du gouvernement, lui apprend que ledit gouvernement envisage de bombarder sa propre population afin d’en réduire le nombre, John décide de fuir avec son épouse, leurs enfants, Roger et sa femme. Leur but&amp;nbsp;: rejoindre Blind Gill, une vallée quelque part dans le Westmorland. Là y vit David, le frère de John. S’il existe un endroit où échapper à l’effondrement, c’est bien la ferme de David. D’autant que ce dernier cultive des pommes de terre, encore épargnées par le virus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En chemin, un armurier, Pirrie, rejoint ce petit groupe dont John a été désigné chef, quelque peu par défaut. Pirrie ne se fait guère d’illusions sur la nature humaine&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je ne prétendais pas que les Anglais étaient réfractaires à la violence. Dans les circonstances voulus, ils se mettront à tuer s’ils sont motivés, et plus joyeusement même que beaucoup d’individus. Mais leur imagination et leur logique sont paresseuses. Ils garderont les illusions jusqu’à la fin. C’est seulement &lt;em&gt;après&lt;/em&gt; qu’ils se mettront à se battre comme des bêtes fauves.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De fait, le chemin de John et des siens ne sera pas exactement une partie de plaisir, et il leur faudra surmonter bien des épreuves pour atteindre la vallée de Blind Gill. Là encore, tout ne sera pas si simple.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En matière de roman apocalyptique, &lt;strong&gt;Terre brûlée&lt;/strong&gt; coche toutes les cases&amp;nbsp;: un gouvernement qui trahit ses citoyens, des gens normaux forcés de se transformer en brutes pour assurer la survie des leurs, un exode qui révélera la nature profonde de chacun. Roman assez bref, &lt;strong&gt;Terre brûlée&lt;/strong&gt; va à l’essentiel&amp;nbsp;; les personnages sont sommairement caractérisés et, du lot, on retiendra surtout John, le brave homme condamné à assumer une posture de chef intransigeant, et l’ambigu Pirrie, son bras armé. Le roman pose les questions cruciales&amp;nbsp;: quelle loi adopter au sein du groupe&amp;nbsp;? Quelle prééminence entre la loi du groupe et celle de la famille&amp;nbsp;? Quid de l’usage de la force, de la générosité en un contexte de raréfaction des ressources vitales, de l’entraide et de la solidarité&amp;nbsp;? Quelle morale, en fin de compte&amp;nbsp;? Les réponses apportées par John Christopher s’avèrent passablement pessimistes — la prédation prend le pas sur l'entraide, point barre. Pour le lecteur de 2018, pas de grande surprise mais le roman sonne juste, plus de soixante ans après sa rédaction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne pourra pas en dire autant de son adaptation cinématographique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-n-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-n-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Porté à l’écran en 1970 par Cornel Wilde – acteur devenu réalisateur redevenu acteur sur ses vieux jours –, &lt;em&gt;Terre brûlée&lt;/em&gt; commence pourtant sous de bons auspices. Sur un montage d’images d’archive montrant surpopulation, pollution, société de consommation, pollution, famines, pollution, pollution, pollution, une voix off déclame une situation que l’on connaît que trop bien, qu’il s’agisse de films post-apos ou tout simplement de la réalité&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Au début des années 70, la dégradation de l'environnement avait atteint un point de non-retour. On entendait de beaux discours mais en pratique, rien n'était fait. Puis, un jour, c'en fut trop.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ici, le virus est précisément une conséquence de la pollution et de l’usage immodéré des pesticides. Tout commence quand John Custance (Nigel Davenport) reçoit nuitamment un appel de Roger &lt;s&gt; Buckley&lt;/s&gt; Burnham (John Hamill), son &lt;s&gt; ami de longue date&lt;/s&gt; futur beau-fils&amp;nbsp;: il leur faut partir. Des flashbacks montrent John et Roger dans un restaurant, à s’empiffrer pendant que la télévision diffuse des images de la situation dramatique en Asie (six cents millions de morts, mine de rien). En chemin, ils s’allient avec Pirrie (Anthony May), jeune employé d’un armurier et fine gâchette. La première moitié du film retranscrit fidèlement le roman, quitte à abuser d’ellipses et faire un usage discutable de flash-forwards afin de dynamiser un montage plutôt pépère&amp;nbsp;; la seconde moitié modifie quelques péripéties, introduisant notamment une escarmouche avec une bande de méchands motards – pas de bol, c’est raté. À vrai dire, plein d’aspects du film sont loupés.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-n-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-n-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-n-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Nigel Davenport est John Custance&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-n-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-n-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-n-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Encore un coup des casseurs…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-n-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-n-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-n-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Gare aux méchants motards pétaradants…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Là où le roman décrit une Angleterre dénudée par le virus Chung-Li, le film promène ses personnages dans une Angleterre relativement verdoyante, à part quelques étendues badigeonnées d’herbicide et quelques animaux morts. Et de la pollution. Encore de la pollution. Beaucoup de pollution. Mince, moi qui croyais qu’il était question d’un virus tueur de céréales… Dans le rôle de John Custance, Nigel Davenport fait le minimum syndical et m’a surtout fait penser à un Charles Bronson du troisième âge (dans le roman, Custance n’a pas plus de quarante ans). Le joli minois de Lynne Frederick (dans le rôle de Mary Custance) ne change rien à l'affaire. L’intrigue est menée assez platement (en dépit d’un montage médiocre&amp;nbsp;: les nombreuses ellipses atténuent la gravité des scènes), mais elle a le mérite de conserver la noirceur (et l’amoralité) du roman jusque dans ses dernières scènes. Enfin, la bande originale s’avère passablement mauvaise, peut-être pas aussi atroce que celle de &lt;em&gt;Doc Savage arrive&lt;/em&gt;, mais pas loin&amp;nbsp;; on retiendra surtout la chanson du générique, douce et hantée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/a38vqnqGcSk&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, ce dernier commentaire en voix off – «&amp;nbsp;Ce film n'est pas un documentaire, mais il aurait pu l'être.&amp;nbsp;» – était-il absolument nécessaire ? La subtilité ne figure pas au rang des qualités de &lt;em&gt;Terre brûlée&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tant qu’à voir un film post-apo écologique à petit budget, autant revoir &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/12/D-comme-Deadly-Harvest&quot;&gt; &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Ou relire le roman de John Christopher. Ou lire ces articles qui nous prédisent une chute drastique de la production céréalière avec le réchauffement climatique&amp;nbsp;: moindres rendements et appétit accru des criquets et insectes du même acabit. Avec ces perspectives, qui a encore besoin d’un virus&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion pour le livre et le DVD&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: le roman seulement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Musick to Play in the Dark</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/12/11/M-comme-Musick-to-Play-in-the-Dark" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Musick to Play in the Dark" />
      <id>urn:md5:161076d3f83d900d2b715b07e4222cc5</id>
      <published>2018-12-11T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-12-11T13:31:46+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Does your madness shine bright?&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» À la fin du siècle dernier, John Balance et Peter Christopherson du groupe Coil proposaient avec les deux volumes de &lt;strong&gt;Musick to Play in the Dark&lt;/strong&gt; une musique proprement lunaire. Ça tombe bien, on entre dans les jours les plus sombres de l'année&amp;nbsp;: l'occasion parfaite pour se plonger avec délices et effroi dans un double album sans équivalents.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Musick to Play in the Dark, vol. 1, Coil (1999). 5 morceaux, 60 minutes.&lt;br /&gt;
Musick to Play in the Dark, vol. 2, Coil (2000). 7 morceaux, 57 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En réaction au billet sur &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/04/K-comme-Kesto&quot;&gt;Kesto (234:48.4)&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Pan Sonic, un internaute s'exclamait sur &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/lebelial/posts/10156039953587877&quot;&gt;Facebook&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;ça va devenir une succursale de Guts of Darkness ma parole&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Il est sûr que si l'on trace un diagramme de Venn entre les albums chroniqués sur le &lt;a href=&quot;https://www.gutsofdarkness.com/god/home.php&quot;&gt;webzine des musiques sombres et expérimentales&lt;/a&gt; et ce blog, les points communs sont nombreux. De fait, à longueur d’Abécédaire, votre serviteur se plaît à déblatérer en long et en large sur quantité d’albums horriblement inécoutables&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/02/D-comme-The-Drift&quot;&gt; les braiments de Scott Walker&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=autechre&quot;&gt; l’électro pour intelligences artificielles d’Autechre&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter&quot;&gt; l’ambient intersidéral de Lustmord&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/04/K-comme-Kesto&quot;&gt; les ponceuses de Pan Sonic&lt;/a&gt;. Et vous savez quoi&amp;nbsp;? Les deux volumes de &lt;em&gt;Musick to Play in the Dark&lt;/em&gt; de Coil sont de cette eau-là. Mais en plus écoutable. Promis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Coil, à ne pas confondre avec This Mortal Coil ou Recoil – deux ensembles musicaux fondés à peu près à la même époque –, était un duo d’electro anglais (oui, encore un duo), fondé en 1982 (la même année qu’est sorti &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt; mais je suppose que les deux événements sont décorrélés), par Geoff Rushton, qui se rebaptise bien vite John Balance, et Peter «&amp;nbsp;Sleazy&amp;nbsp;» Christopherson. Ce qui est plus corrélé, c’est l’intrication du duo dans la sphère musicale de l’époque&amp;nbsp;: Christopherson fut l’un membre fondateur de Throbbing Gristle, groupe expérimental londonien à l’origine de la musique indus, dissous en 1981, tandis que John Balance collabora brièvement à Lustmord. Tout est lié.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’abord créé comme projet solo de Balance, Coil fut vite rejoint par Christopherson – les deux musiciens étant par ailleurs en couple à la ville. Leur premier EP, &lt;em&gt;How to Destroy Angels&lt;/em&gt; (un titre plutôt cool dont Trent «&amp;nbsp;Nine Inch Nails&amp;nbsp;» Reznor se souviendra en temps voulu), sortit en 1984, suivi d’un premier album&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Scatology&lt;/em&gt;. Sans oublier une reprise flippante de &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=4GUnUGKgWDY&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tainted Love&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Gloria Jones (même si c’est la version de Soft Cell semble l’inspiration). Au fil des années, Coil publia quelques albums avant de se mettre en sommeil au début des années 90, Christopherson et Balance œuvrant dès lors sous pseudonymes ou en solo. À la fin de la décennie 90, les deux musiciens se remirent au boulot et profitèrent de l’occasion pour réinventer leur approche… et se produire en concert, un exercice pas vraiment dans leurs habitudes. Sortirent d’abord quelques compilations, puis des inédits&amp;nbsp;: des singles, publiés au moment des solstices et des équinoxes. Je suppose que cette façon de faire a exercé quelque influence au moment d’enregistrer les deux albums faisant l’objet du présent billet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si Coil était originellement un duo, Christopherson et Balance n’ont jamais rechigné à devenir un trio à l’occasion. En 1999, un troisième larron, répondant au doux nom de Thighpaulsandra (Tim Lewis à l’état-civil, ce qui sonne un peu plus banal), s’est intégré à Coil et a donc participé à l’enregistrement des deux volumes de &lt;em&gt;Musick to Play in the Dark &lt;/em&gt; ainsi qu’à celui des albums suivants, jusqu’à, grosso modo, la fin du groupe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parfois tout se délie&amp;nbsp;: John Balance est mort d’une chute en 2004, mettant fin de facto à l’existence du groupe. Christopherson a terminé le travail entrepris, sortant quelques albums déjà entamés&amp;nbsp;; il est décédé à son tour en 2010.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. C’est à ce moment-là que vous tirez les rideaux, tamisez les lumières (éteignez-les même) et poussez le bouton du volume…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-m-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-m-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des accords dignes d’une BO de film d’horreur (probablement kitsch dans sa surenchère gore) retentissent… mais les synthés au son distordus laissent la place à… autre chose. Des percussions liquides, une voix qui bégaie des onomatopées insanes. Une voix inquiétante s’élève bientôt&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Are you shivering? Are you cold?&lt;br /&gt;
Are you bathed in silver or drowned in gold?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Paroles cryptiques – mais peut-être pas dénuées de références&amp;nbsp;: j’ai du mal à voir en cette phrase, «&amp;nbsp;Are you loathsome tonight?&amp;nbsp;», autre chose qu’une distorsion du «&amp;nbsp;Are You Lonesome Tonight&amp;nbsp;» du King. Elvis, hein. Pas Stephen. Encore que &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H7VAlw3d72s&amp;amp;t=0s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Are You Shivering?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; se pose là en bande-son pour un roman du père de &lt;strong&gt;Carrie&lt;/strong&gt;. Paroles faisant la part belle à d’inquiétantes allitérations&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;In the oceans of the moon / Swimming squidlike and squalid&amp;nbsp;». John Balance n’était peut-être pas le plus grand chanteur qui soit, mais avec son timbre de voix grave et désenchanté, il était impeccable en tant que «&amp;nbsp;parleur&amp;nbsp;», et &lt;em&gt;Musick to Play in the Dark&lt;/em&gt; n’aurait eu pas la même aura sans ses intonations.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;This is moon music in the light of the moon.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce morceau introductif fournit la parfaite déclaration d’intention du projet&amp;nbsp;: une musique lunaire, à n’écouter que la nuit (même si, &lt;em&gt;ceeeertes&lt;/em&gt;, la lune est souvent visible en journée – mais ne pinaillons pas sur ces détails orbitaux).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, l’instrumental &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H7VAlw3d72s&amp;amp;t=575s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Red Birds Will Fly Out Of The East And Destroy Paris In A Night&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; sous influence nostradamienne se transforme vite en cavalcade bruitiste et déconnante. À en juger par ce morceau, il ne reste plus grand-chose de la capitale. Changement d’ambiance pour &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H7VAlw3d72s&amp;amp;t=1336s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Red Queen&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, sorte de jazz au tempo lent – le genre de morceau que l’on écoute dans un bar enfumé – et en compagnie d’une clientèle interlope, pas forcément humaine, pas forcément réelle d’ailleurs. Le sens des paroles se laisse moins deviner, et s’il y a une référence à Lewis Carroll au-delà du titre, je ne l’ai pas trouvée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/H7VAlw3d72s&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puis ça crépite dans une ambiance doucereuse et inquiétante avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H7VAlw3d72s&amp;amp;t=1995s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Broccoli&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Une voix répète le même mantra légumineux à longueur de chanson&amp;nbsp;; une autre voix vocalise (vous savez, le dément qui gémit au fond de sa cellule capitonnée&amp;nbsp;: c’est lui&amp;nbsp;; il a pris des cours de chant)&amp;nbsp;; et John Balance, en sinistre maître de cérémonie, énonce ses paroles préparant au deuil… non sans une pointe d’humour&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Wise words from the departing&lt;br /&gt;
Eat your greens, especially broccoli&lt;br /&gt;
Remember to say &quot;thank you&quot;&lt;br /&gt;
For the things you haven't had&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’une certaine façon, et en dépit de son titre bref, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H7VAlw3d72s&amp;amp;t=2551s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Strange Birds&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; est la continuation du déconnant &lt;em&gt; «&amp;nbsp;Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving with a Pict&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; de Pink Floyd sur &lt;em&gt;Ummagumma&lt;/em&gt;. Une voix marmonne&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;One day your eggs are going to hatch and some very strange birds are going to emerge.&amp;nbsp;» Faut-il y voir une référence à ces bombes non-détonées qui répandent leurs saloperies dans le sol&amp;nbsp;? Libre à l’auditeur d’imaginer les œufs et leur contenu.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Hush… May I ask you for silence?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H7VAlw3d72s&amp;amp;t=3004s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Dreamer Is Still Asleep&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; conclut le disque de façon élégiaque. À vrai dire, il s’agit sûrement de la chanson la plus accessible du disque&amp;nbsp;: un chant fragile, des chœurs aériens, un rythme maintenu, une ambiance mélancolique pour un morceau à la beauté iréelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une parenthèse&amp;nbsp;: paru entre les deux volumes de &lt;em&gt;Musick&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;, jetez une oreille à &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=I1z3Uf4Zu0o&quot;&gt; &lt;em&gt;Queens of the Circulating Library&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, album de Coil consistant en un unique morceau de cinquante minutes, aux lentes oscillations. Un morceau se situant dans le même ensemble hypnotique que le drone irradiant de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/12/04/K-comme-Kesto&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sätely&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Pan Sonic.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-m-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-m-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Retour dans le noir. Un an après la sortie du Volume 1 de &lt;em&gt;Musick to Play in the Dark&lt;/em&gt;, les deux compères ont, en toute logique, publié le volume 2. Album sur lequel j’ai peut-être moins de choses à dire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/MO2UXQOTi0I&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les chansons sont elles aussi lunaires, mais originaires de la face obscure. La face obscure qui ne l’est pas tant que ça, vu qu’elle est tout aussi illuminée que la face visible. Reste que la face obscure se montre moins a priori intéressante que la face visible&amp;nbsp;: peu de mers, une même apparence grêlée. En terme de ressenti, ce volume 2 produit un effet semblable. Le disque est plus homogène dans son contenu, moins inquiétant au premier chef. Les écoutes successives bonifient l'expérience, de l'inaugural &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MO2UXQOTi0I&amp;amp;t=0s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Something&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; à &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MO2UXQOTi0I&amp;amp;t=2709s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Batwings (A Limnal Hymn)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Surtout, il se montre bien plus mélancolique – voire carrément déprimant.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Where are you?&lt;br /&gt;
Are you in some place that we cannot reach?&lt;br /&gt;
Are you bathing in moonlight or drowned on the beach?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sûrement s’agit-il du disque qu’on écoute durant les petites heures de la nuit, alors que l’aube s’approche et que tout se fond, se confond dans la fatigue… Difficile néanmoins de rester indifférent à l’insondable tristesse qui émane de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MO2UXQOTi0I&amp;amp;t=1726s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Paranoid Inlays&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, du sépulcral &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MO2UXQOTi0I&amp;amp;t=2237s&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Where Are You?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; avec sa guitare désaccordée, ou, surtout, de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Batwings (A Limnal Hymn)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, où la voix de John Balance n’a jamais été aussi fragile et déchirante lorsqu’il entonne un chant dans une étrange glossolalie.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;And batwings sing this limnal hymn…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, les deux volumes de &lt;em&gt;Musick to Play in the Dark&lt;/em&gt; offrent une musique proprement lunaire. Amateurs d’occultisme, Balance et Christopherson ont laissé cette influence leurs croyances infuser leur approche musicale, et ont élaboré avec ce double opus une quintessence sans équivalents – &lt;em&gt;dark ambient&lt;/em&gt;, expérimentation sonores, paroles cryptiques mais évocatrices. Pour un résultat ne laissant pas indemne. À écouter, réécouter, sans modération. Et dans le noir, forcément.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: These vegetables are suicidal&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: It's either ether or the other&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: Serenity is a problem&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme Liquid Sky</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/12/06/L-comme-Liquid-Sky" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Liquid Sky" />
      <id>urn:md5:25cd61670dbca5a2383134677af1364b</id>
      <published>2018-12-06T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-12-06T12:34:55+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Sex, drugs and new wave. &lt;/em&gt;On replonge dans une époque où l'on craignait moins la fin du monde et le sida, avec &lt;strong&gt;Liquid Sky&lt;/strong&gt;, ovni cinématographique de Slava Tsukerman…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Liquid Sky, Slava Tsukerman (1982). Couleurs, 112 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À l’origine, je comptais évoquer pour cette lettre L un film soviétique post-apocalyptique, &lt;em&gt;Lettres d’un homme mort&lt;/em&gt;. Faute de réussir à trouver dans une langue autre que celle de Brejnev, j’ai opté pour un film psychédélique américain&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt;. Après tout, l’affiche me semblait plutôt cool et j’avais cru comprendre qu’il s’agissait d’un film de science-fiction au vague culte underground – les ingrédients parfaits pour figurer dans cet Abécédaire désolé et désolant. Son réalisateur, le cinéaste d’origine russe Slava Tsukerman, ne m’évoquait pas grand-chose&amp;nbsp;: un coup d’œil à sa filmographie sur l’Imdb indique surtout qu’il a tourné des documentaires dans les années 70 et, après &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt;, sorti au début des années 80, pas grand-chose – deux films de fiction et trois documentaires.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La science-fiction, le film en annonce la couleur dès le début – un début fort coloré. Dans un ciel new-yorkais encore transpercé par les Twin Towers, une soucoupe volante (pas plus grande qu’une soupière) se pose sur le toit d’un penthouse habité par Margaret et Adrian.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-l-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les ET débarquent…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première est mannequin, la seconde est une musicienne expérimentale se produisant dans les clubs undergrounds de la métropole. Margaret traîne parfois avec Jimmy, un autre mannequin, plutôt casse-pied et accro à la cocaïne (ou à l’héroïne – sous l’appellation &lt;em&gt;liquid sky&lt;/em&gt; –, hein, il n’est pas difficile). Par ailleurs, la mère de Jimmy s’entiche d’un ufologiste allemand, Johan Hoffmann, venu étudier les phénomènes extraterrestres. Imposteur ou non, Hoffmann est peu intéressé par les charmes de la mère de Jimmy et préfère développer à la place une étrange théorie&amp;nbsp;: les aliens sont présents sur Terre pour tirer leur énergie d’une molécule produite par les opiacés ou au moment de l’orgasme. Voilà qui expliquerait pourquoi les cadavres s’accumulent autour de Margaret… À la décharge de cette dernière, la plupart des types qui viennent la voir ne lui demandent pas vraiment son consentement et ne s’embarrassent pas vraiment non plus de savoir si elle a pris son pied (non).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-l-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Margaret&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En cette période marquée par le mouvement #metoo, c’est bien cet aspect-là qui choque&amp;nbsp;: Margaret est violée, ou à tout le moins abusée, à plusieurs reprises – et pas que par des hommes. Cela, sans que cela pose trop de problème à quiconque. Le trauma viendra surtout des cadavres&amp;nbsp;: merde, encore un mort sur le lit. La trajectoire de Margaret l'amènera à reprendre le contrôle sur sa vie et sa sexualité, contre tous ceux qui l'utilisent pour satisfaire leurs propres besoin. Si la jeune femme dispose d’un pouvoir bien particulier, elle n’en fera cependant pleinement usage qu’une seule fois, pour se venger. Drôle de personnage que Margaret, androgyne, bisexuelle («&amp;nbsp;Whether or not I like someone doesn't depend on what kind of genitals they have&amp;nbsp;», déclare-t-elle), potentiellement asexuelle (elle ne montre aucun intérêt pour la bagatelle), victime puis vengeresse, à la langue acérée. Alien, presque, dans son rapport détaché au monde et à son corps. Ce n’est pas un hasard si son apparence – chevelure peroxydée et look ambigu – doit beaucoup à David Bowie, dont l’interprétation&lt;em&gt;sous influence&lt;/em&gt; de Thomas Jerome Newton dans &lt;em&gt;L’Homme tombé du ciel&lt;/em&gt; de feu Nicolas Roeg devait être à l’époque encore fraîche dans les mémoires. Margaret le revendique&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;And I am androgynous not less than David bowie himself.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ok, Bowie était un alien. Dans le rôle de Margaret, Anne Carlisle l'est aussi, et se montre impeccable. Accessoirement, elle joue &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; le personnage de Jimmy (androgynie, quand tu nous tiens…). Il est intéressant d’apprendre que l’actrice a publié une novélisation du film en 1987 (son unique roman, pour autant que je sache)&amp;nbsp;; néanmoins, n’ayant pas lu ce livre, je ne peux qu’en évoquer l’existence. Bref. Quant à la relation de Margaret aux aliens sur son propre toit, celle demeure-ci accessoire&amp;nbsp;: longtemps, la mannequin n’a aucune idée de la présence d’une soucoupe volante posée sur son penthouse. En matière de premier contact raté, &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt; se pose là&amp;nbsp;: les extraterrestres sont là, eh bien, uniquement pour se défoncer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-l-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jimmy et Margaret&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De fait, l’aspect science-fictif du film s’avère mineur – une soucoupe volante dans sa forme la plus classique, pas vraiment de premier contact. Ce n’est pas &lt;em&gt;E.T., l'extraterrestre&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Rencontre du 3e Type&lt;/em&gt;. Le spectateur ne verra des aliens que ce qu'ils voient, et à leur manière&amp;nbsp;: une série de visuels colorés hautement psychédéliques…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-l-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;My God, it's full of colors!&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt; n’est pas &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; non plus, même si les deux films sont sortis le même été 1982&amp;nbsp;: on est à New York ici et maintenant. L’intérêt de Slava Tsukerman réside ailleurs que dans la mise en scène d’aliens ou d’une métropole futuriste&amp;nbsp;: ici, l’intérêt se situe dans la description d’un milieu new-yorkais, arty, branché, camé et surtout superficiel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-l-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Johan Hoffman&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le fim est-il le reflet de son époque&amp;nbsp;? En août 1982, quand &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt; sort sur les écrans américains, le VIH n’est (pour autant que je sache) pas encore identifié en tant que tel&amp;nbsp;: à tout le moins suppose-t-on qu’un agent infectieux pourrait être la cause d’une série de décès dans la région de Los Angeles. Imaginer que &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt; représente une métaphore du sida est une hypothèse séduisante mais très probablement erronée, les dates ne concordant pas vraiment. On peut éventuellement le considérer comme involontairement prémonitoire.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;And I kill with my cunt. Isn't it fashionable?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-l-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Adrian &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Wv0PYG1g_iY&quot;&gt;en pleine performance&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qualifié de film punk (je veux bien qu’on m’explique), &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt; se démarque par ses visuels très datés eighties – tant l’ambiance colorée de l’appartement de Margaret que ces quelques scènes perçues par les aliens, en aplats de couleurs saturées – et par sa musique. Musicalement, il fait appel à une BO tendant plutôt du côté de la new wave. Enfin, une new wave revue et corrigée façon cauchemar dans un cirque (il y a un petit côté &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/29/Y-comme-Young-Marble-Giants&quot;&gt; Young Marbre Giant&lt;/a&gt; sous LSD, si cela veut dire quelque chose). L’essentiel de la musique a été composée par Slava Tsukerman, Clive Smith et l’artiste Brenda Hutchinson sur un synthétiseur Fairlight CMI&amp;nbsp;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-l-fairlight.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-l-fairlight.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-l-fairlight_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le résultat, dissonant en diable, donne une ambiance pour le moins particulière au film. À vrai dire, celui-ci perdrait beaucoup de son attrait sans cette bande originale aux ritournelles synthétiquement complètement folles – d’aucuns trouveront cela inécoutable, c’est à craindre. Dommage enfin que le rythme du long-métrage laisse à désirer&amp;nbsp;: avec près de deux heures au compteur et une intrigue qu’on aura peine à qualifier de frénétique, il a le temps de susciter l’ennui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/hJV0ey2QVU0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le genre, on pourra rapprocher &lt;em&gt;Liquid Sky&lt;/em&gt; d’un autre ovni faisant intervenir une femme fatale, des extraterrestres, sur fond de musique stridente&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Under the Skin&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2014, Slava Tsukerman a annoncé un &lt;em&gt;Liquid Sky 2&lt;/em&gt;, avec Anna Carlisle dans le rôle principal (curieux, vu la façon dont son personnage finit). Depuis, rien de neuf. Les aliens ne semblent pas prêts de revenir se camer sur Terre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>K comme Kesto (234.48.4)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/12/04/K-comme-Kesto" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kesto (234.48.4)" />
      <id>urn:md5:3dda82fa0fde3e5c5f64a73e791160ff</id>
      <published>2018-12-04T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-12-04T14:15:52+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Kesto (238:48.4)&lt;/strong&gt;, on se lance dans une épreuve d'endurance. Cinquième et &lt;em&gt;quadruple&lt;/em&gt; album du duo finlandais d'electro Pan Sonic, &lt;strong&gt;Kesto&lt;/strong&gt; passe par divers états, du plus bruitiste au plus aérien, en une manière d'imposante synthèse… De quoi se râper les tympans façon toile émeri avant de s'irradier l'encéphale ?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kesto (234.48.4), Pan Sonic (Blast First / Mute Records, 2004). 33 morceaux, 234 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Kesto&amp;nbsp;? Qu’est-ce que c’est que ça&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si votre serviteur n’a tendance qu’à jurer par Autechre, le monde fabuleux des musiques électroniques va bien au-delà du duo de Sheffield. Néanmoins, c’est par l’intermédiaire d’Autechre que j’ai découvert Pan Sonic, autre duo – avez-vous remarqué que beaucoup de groupes dans l’electro sont des duos&amp;nbsp;: Plaid, Boards of Canada, les Daft Punk, les Chemical Brothers, &lt;s&gt; David &amp;amp; Cathy Guetta&lt;/s&gt; – originaire de Finlande. Le lien&amp;nbsp;: un chroniqueur musical, 5:4, comparait l’énorme EP &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/28/Q-comme-Quaristice&quot;&gt; &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et sa composition quadri-partite à celle de &lt;em&gt;Kesto (234.48.4)&lt;/em&gt;, cinquième – et quadruple – album de Pan Sonic. (Remarque de chipoteur en chef&amp;nbsp;: ce n’est pas avec le seul EP &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt; qu’il faut comparer &lt;em&gt;Kesto&lt;/em&gt; mais bien tout &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-k-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-k-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fondé à Turku en 1993 (l’année de la sortie d’ &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt; &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; d’Autechre, je dis ça je dis rien), composé de (feu) Mika Vainio et Ilpo Väisänen (et temporairement d’un troisième larron, Sami Salo, qui a quitté le groupe en 1995, peu après la sortie du premier album), Pan Sonic a sévi jusqu’en 2009 et a sorti une douzaine d’albums dans l’intervalle. Dans le lot donc, ce &lt;em&gt;Kesto (234.48.4)&lt;/em&gt;, dont le titre signifie «&amp;nbsp;endurance&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; les nombres indiquent la durée précise de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux cent trente quatre minutes, quarante-huit secondes et quatre millièmes de secondes de musique, voilà qui nécessite précisément une certaine endurance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowtransparency=&quot;true&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;450&quot; scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;https://www.deezer.com/plugins/player?format=classic&amp;amp;autoplay=false&amp;amp;playlist=true&amp;amp;width=450&amp;amp;height=450&amp;amp;color=0f5b1f&amp;amp;layout=&amp;amp;size=medium&amp;amp;type=album&amp;amp;id=7193187&amp;amp;app_id=1&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et appuyons gaiment sur la touche lecture&amp;nbsp;! Mais… est-ce que le disque est rayé, le fichier corrompu ou Deezer en rade&amp;nbsp;? C’est avec un bruit blanc aussi aimable que du papier émeri gros grain que débute «&amp;nbsp;Rähinä I&amp;nbsp;», alias «&amp;nbsp;Mayhem I&amp;nbsp;». Chaotique, c’est le moins que l’on puisse dire&amp;nbsp;: le morceau est un coup de polisseuse dans tes oreilles. Rythmique martiale, approche bruitiste, les trois minutes du morceau ne font pas dans la dentelle sauf si celle consiste en plaque d’acier. Pan Sonic revendiquait l’influence d’Einstürzende Neubauten, de Suicide (groupe auquel l’un des morceaux est dédié) et de la musique industrielle&amp;nbsp;: cela s’entend pour le moins, et le premier disque est à cette aune bruitiste. On retiendra «&amp;nbsp;Pakoisvoima / Fugalforce&amp;nbsp;», qui ressemble à la rencontre sur une table de dissection d’une scie électrique et d’un marteau piqueur. Deux autres occurrences de « Rähinä&amp;nbsp;» viennent ponctuer cette première partie, chacune un peu moins abrasive que la précédente – la deuxième itération, ce sont les robots d’usine qui vont en boîte de nuit&amp;nbsp;; la troisième, c’est leur vilaine gueule de bois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatre heures d’electro indus de ce genre, voilà de quoi finir avec les oreilles en sang. Ça tombe bien, le deuxième disque n’a rien à voir avec le premier. Je veux dire par là qu’il est un peu moins rugueux, comme si vous remplaciez le patin abrasif grain 40 de votre ponceuse par du grain 80. L’aspect industriel cède la place à une approche plus… audible. Ce qui donne parfois des résultats aux ambiances flottantes, oniriques, comme « Valomuuntaja / Light-Transformer&amp;nbsp;». Le disque s’achève sur le mur sonore de «&amp;nbsp;Arkiten / Arctic&amp;nbsp;», sept minutes où se perdre comme en plein blizzard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c’est par… une chasse d’eau que débute le troisième disque, avec le bien nommé «&amp;nbsp;Viemärimaailma / Sewageworld&amp;nbsp;» – le monde des égouts. Dans ce morceau introductif, Pan Sonic délaisse la ponceuse (et la perceuse et le marteau-piqueur dans la foulée), pour offrir à la place un ambient expérimental. Bourdonnements lointains, ambiances rêveuses mais jamais pleinement confortables, structures erratiques. Et rassurez-vous&amp;nbsp;: si le son de la ponceuse vous a manqué, «&amp;nbsp;Käytävä / Corridor&amp;nbsp;» vous repolit votre couloir. Longuement. À nouveau, les deux Finlandais agressent gentiment les tympans de l’auditeur, testant les limites de son audition&amp;nbsp;: le son va du brutal au quasi-inaudible, et le plus souvent sans crier gare. Les titres sont à l’avenant&amp;nbsp;; ils n’évoquent plus l’aspect physique des choses (premier disque) ou des objets (deuxième disque), mais des lieux («&amp;nbsp;Käytävä / Corridor&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Pakkasen Holvit / Arches of Frost&amp;nbsp;») ou des sensations (« Selittämätön / Inexplicable&amp;nbsp;»). Le disque 3 s’achève sur les dix-huit minutes de «&amp;nbsp;Linjat / Lines&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mika Vainio et Ilpo Väisänen évoquaient l’influence du peintre Francis Bacon pour cet album. Bacon, dont les tableaux s’organisent souvent en tryptique. Sauf que… Kesto compte quatre parties. Si les disques 1 à 3 formaient un itinéraire dans la lenteur et la déconstruction, le disque 4 célèbre les vertus de l’hypnotisme&amp;nbsp;: les soixante et une minutes de son unique morceau, «&amp;nbsp;Säteily / Radiation&amp;nbsp;», vous emmènent… loin. De lentes oscillations, à première écoute répétitive, mais aux subtiles variations. On pense aux travaux d’Éliane Radigue, spécialiste en la matière (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=OgN3_KXv5O8&quot;&gt;un exemple&lt;/a&gt;). Certains ont plutôt évoqué Edouard Artemiev, compositeur russe de musiques de film&amp;nbsp;: le nom ne vous dit peut-être pas grand-chose mais le bonhomme est l’auteur des BO de &lt;em&gt;Solaris&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le Miroir&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Stalker&lt;/em&gt; d’Andrei Tarkovski. Néanmoins, c’est à Charlemagne Palestine – compositeur américain œuvrant essentiellement dans le minimalisme, et avec qui les Finnois avaient collaboré quatre ans plus tôt sur l’album &lt;em&gt;Mort aux vaches&lt;/em&gt; – que le morceau est dédié. Pas de «&amp;nbsp;strumming&amp;nbsp;» comme Charlemagne Palestine en est friand dans ses compositions pour piano (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=bulibjyaQ0s&quot;&gt;un exemple&lt;/a&gt;), mais un résultat tout aussi hallucinogène. Quand, dépouillée de la matière (issue, les synthés et les &lt;em&gt;beats&lt;/em&gt;, il ne reste plus qu’une onde sonore éternelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Wdx25H1cSoc&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La comparaison de &lt;em&gt;Kesto&lt;/em&gt; avec &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; s’avère assez frappante sous le simple aspect structurel. Dans les deux cas, une première partie abrasive trouve un écho dans une deuxième partie plus accessible&amp;nbsp;; la troisième ralentit le tempo et tend vers l’expérimental&amp;nbsp;; la quatrième et dernière est une longue plage de pure ambient. S’agissait-il d’un hommage aux Finnois de la part des deux Anglais&amp;nbsp;? Quoi qu’il en soit, les deux Finlandais démontrent en près de quatre heures toute l’étendue de leur palette sonique – laquelle va de l’electro indus au drone le plus hypnotique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-k-1234.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-k-1234.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-k-1234_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Colorés, les quatre premiers albums…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au sein de la discographie de Pan Sonic, ce &lt;em&gt;Kesto&lt;/em&gt; semble occuper une place à part, ne serait-ce que par son ambition. S’il ne diverge pas fondamentalement des précédents quatres précédents disques du duo, ce quadruple album en constitue un récapitulatif très structuré, les facettes bruitistes/techno/expérimentales se retrouvant réparties sur autant de disques, et préfigure la suite&amp;nbsp;: on retrouvera certaines sonorités sur &lt;em&gt;Katodivaihe / Cathodephase&lt;/em&gt;, trois ans plus tard. Fun fact&amp;nbsp;: sur ce sixième disque, Mika Vainio et Ilpo Väisänen collaboreront avec la violoncelliste islandaise Hildur Guðnadóttir, dont j’évoquais récemment le superbe &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/09/L-comme-Leyfdu-Ljosinu&quot;&gt;&lt;em&gt;Leyfðu Ljósinu&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; . Côté pochettes, les monochromes des quatre premiers disques sont remplacés par des &lt;a href=&quot;https://www.discogs.com/fr/release/258888-Kesto-234484/images&quot;&gt;photographies&lt;/a&gt; mettant en valeur des textures ou des objets usés, abimés par le temps (à une exception&amp;nbsp;: l'image accompagnant le disque 4).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vient maintenant une petite pirouette – chacun jugera de sa réussite – pour rattacher ce &lt;em&gt;Kesto 234:48.4&lt;/em&gt; à la science-fiction. Si la musique d’Autechre (alias la mesure de toute chose pour votre serviteur) pourrait être surnommée &lt;em&gt;egancore&lt;/em&gt;, car parfaite musique liturgique pour les écrits du pape de la &lt;em&gt;hard &lt;/em&gt;SF, je ne sais trop où situer littérairement Pan Sonic. Peut-être du &lt;em&gt;peterwattscore&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Dans le genre «&amp;nbsp;paf-dans-ta-face&amp;nbsp;», les quatre disques de &lt;em&gt;Kesto&lt;/em&gt; constituent une appréciable bande-son à &lt;strong&gt;Vision aveugle&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Échopraxie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon. C’est sûr que si vous préférez &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=p3L7ymfHfq0&amp;amp;feature=youtu.be&amp;amp;t=108&quot;&gt; le jase&lt;/a&gt;, cet album n’est pas pour vous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: laule&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Le Jour où la Terre prit feu</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/29/J-comme-Le-Jour-ou-la-Terre-prit-feu" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Le Jour où la Terre prit feu" />
      <id>urn:md5:a180e9c30702c820dd7a65ab862bb165</id>
      <published>2018-11-29T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-11-29T11:30:16+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On connaît tous le jour où la Terre s'arrêta — qui ne tombe pas le même jour que celui des Triffides — mais connaissez-vous celui où la Terre prit feu ? Film pré-apocalyptique de Val Guest sorti sur les écrans anglais à l'automne 1961, Le Jour où la Terre prit feu propose une possible fin du monde causée par l'atome et dont les effets de réchauffement climatique apparaissent d'une pertinence et d'une clairvoyance douloureuse…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Jour où la Terre prit feu [The Day The Earth Caught Fire], Val Guest (1961). Noir &amp;amp; blanc, 98 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il a fait chaud cet été, non&amp;nbsp;? Regardez voir… dans le passé. En 1961, Val Guest – réalisateur britannique plutôt prolifique dans les mauvais genres qui nous intéresse, en particulier avec &lt;em&gt;The Quatermass Experiment&lt;/em&gt; – proposait à ses spectateurs un printemps torride. Et plus si affinités apocalyptiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-j-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bienvenue à Londres, ses rues désertes, sa Tamise asséchée… Tandis que les haut-parleurs évoquent la détonation de deux «&amp;nbsp;bombes correctives&amp;nbsp;», un homme déambule seul, se rend jusqu’à son travail, les bureaux du &lt;em&gt;Daily Express&lt;/em&gt;. La machine à écrire ne marche pas, il lui faut dicter son texte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-j-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Flashback. Trois mois plus tôt, la pluie tombe à verse sur la capitale anglaise. Normal. Dix jours viennent de s’écouler depuis l’explosion d’une méga bombe atomique américaine. Moins normal. L’opinion publique s’en inquiète, à juste titre. Qu’elle flippe&amp;nbsp;: la Russie vient d’en faire péter une autre, 20% plus puissante. Voilà qui donne du grain à moudre à Pete Stenning, journaliste au &lt;em&gt;Daily Express&lt;/em&gt;. Pour être honnête, Stenning n’a pas écrit d’article depuis pas mal de temps et compte un peu trop sur l’aide de son collègue Bill Maguire, le monsieur science du quotidien. Il y a sûrement des infos à creuser au sujet de ces deux bombes atomiques&amp;nbsp;: est-ce que cela a un lien avec les taches solaires ou avec les récents tremblements de terre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-j-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;McGuire alias Monsieur Science&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout en cherchant à grappiller des informations, Stenning se lie d’amitié avec Jeannie Craig, standardiste au Met Centre. Stenning est divorcé, a le droit de voir son fils de temps à autre&amp;nbsp;; Jeannie est une jeune célibataire, indépendante – et pas forcément hétérosexuelle, si j’interprète correctement ce bout de dialogue, quand Stenning la questionne sur un détail personnel&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;That's your fault or his? – There doesn't happen to be a &quot;his&quot;.&amp;nbsp;» En 1961, l’homosexualité était encore pénalisée en Angleterre mais les âmes conservatrices auront été rassurées&amp;nbsp;: Jeannie tombera dans les bras de Steve, bien que celui-ci aura dû y mettre du sien (et plus qu’un peu) pour la séduire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-j-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'impertinente Jeannie, sur le point de révéler des infos secrètes&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais assez avec la romance&amp;nbsp;: bien vite, la situation tourne en eau de boudin. Pas tout de suite&amp;nbsp;: les températures dépassent gentiment les maximales saisonnières et c’est agréable… Puis surgit un étrange brouillard de chaleur qui bloque Londres… ainsi qu’un tiers du globe. Puis un cyclone balaye la capitale. Puis une éclipse a lieu dix jours avant la date prévue – ce qui pourra s’expliquer par la suite&amp;nbsp;: les bombes atomiques n’ont pas fait &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; modifier l’axe de rotation de la Terre. Puis les chaleurs continuent de grimper. Stenning fait part de ses inquiétudes à Bill&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;What can it do to us, Bill, apart from altering the Earth's climates?&lt;br /&gt;
– Monkeying around with nature on this scale, who knows what the implications are.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le Premier Ministre anglais est à la ramasse&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;I ask you now to face the future calmly and constructively, remembering that here in Britain, at least, the weather is something we are used to coping with.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Ce à quoi rétorque Maguire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;I wonder who writes his punch lines.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» S’ensuivent incendies et pénurie d’eau. Et donc&amp;nbsp;: rationnements drastiques. Voir les habitants d'une capitale occidentale, en sueur, faire la queue pour obtenir un peau d'eau a quelque chose de… je ne sais pas, de bizarrement prophétique&amp;nbsp;? Certains pètent les plombs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-j-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ceci pourrait nous arriver.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Jeanie&amp;nbsp;: They've all gone insane.&lt;br /&gt;
Stenning&amp;nbsp;: Yeah, it's the new fashion.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quelle solution pour l’humanité&amp;nbsp;? Corriger le mal par le mal&amp;nbsp;? Réussira-t-on à sauver le monde&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-j-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;« Les gars, on est dans la merde… »&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film ne tranche pas, laissant le spectateur décider. Craignant que le public américain n’apprécie pas une fin aussi ambigüe, les studios Universal, qui distribuaient le film aux USA, ont rajouté des sons de cloches sur les ultimes images. Une idée idiote, qui altère la volonté du réalisateur et le propos de ce &lt;em&gt;Jour…&lt;/em&gt; Un &lt;em&gt;Jour…&lt;/em&gt; qui a connu en 2014 une restauration et une réédition fort bienvenues. Découvrir ce film en 2018, année caniculaire comme… pas mal des dernières années, et près de soixante ans après sa sortie initiale, constitue une expérience étonnante et qui ne met pas forcément à l’aise. Bon nombre de scènes sonnent juste, trop juste.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The human race has been poisoning itself for years with a great big smile on its fat face.&lt;br /&gt;
– Well, that's how it is, Pete. People don't care about the news until it becomes personal.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Si, dans les causes, &lt;em&gt;Le Jour où la Terre prit feu&lt;/em&gt; se plante – il faut un séisme de forte magnitude pour altérer la rotation terrestre, une bombe atomique n’y parviendra guère –, il se montre étonnamment juste dans les conséquences catastrophiques (jamais à court d’une bonne hypothèse, Bill Maguire évoque la fonte des glaces polaires et ses effets) et les réponses drastiques qu’elles impliquent en matière de pénurie et restriction. Je suppose que les images de Val Guest s’inspirent des pénuries de la Seconde Guerre mondiale, et on peut craindre qu’elles s’avèrent annonciatrices de ce qui est susceptible de nous attendre dans vingt, trente ans (ou dix&amp;nbsp;?). Dans tous les cas, on est tous dans le même bateau (sans eau). Fuir&amp;nbsp;? Pour aller où&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Stenning&amp;nbsp;: And if it doesn't work?&lt;br /&gt;
Maguire&amp;nbsp;: Evacuation by spaceship. All aboard for the moon. You want the best dead planets, we are them.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pour aussi pertinent qu’il soit, &lt;em&gt;Le Jour où la Terre prit feu&lt;/em&gt; comporte quelques défauts&amp;nbsp;: un usage intensif d’images d’archive et, surtout, d’un matte painting pas très réussi. Les incrustations se remarquent et laissent trop deviner le tournage en studio. Qu’importe&amp;nbsp;: je chipote pour chipoter. En dépit de ces légers défauts, la suspension d’incrédulité fonctionne à plein régime. Surtout parce qu’il n’y a guère d’effort à fournir pour suspendre ladite incrédulité. Allez, encore quelques dixièmes de degrés en plus, on y est presque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-j-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-j-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-j-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;« Repent! The end is nigh… »&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec cela, j’ai failli omettre de préciser que le film choisit d’aborder les événements par le petit bout de la lorgnette, à savoir une équipe de journalistes – le &lt;em&gt;Jour…&lt;/em&gt; a été tourné dans les locaux du véritable &lt;em&gt;Daily Express&lt;/em&gt; et on verra tout, des bureaux de presse aux rotatives. La presse d’investigation a une mission cardinale, dans son devoir d’informer le public, et Val Guest ne manque pas d’insister là dessus, à raison. Côté image, le film joue habilement du noir et blanc coloré&amp;nbsp;: si le long flashback qui occupe l'essentiel du film est en noir et &lt;em&gt;blanc&lt;/em&gt;, les scènes au présent ont des teintes jaunâtres qui en accentuent bien l'impression suffocante. Côté casting, Edward Judd interprète joliment un Pete Jenning troublé mais dragueur en diable… mais on retiendra Leo McKern dans le rôle de Bill Maguire, journaliste scientifique bougon mais généreux, et, surtout, Janet Munro, qui interprète avec brio Jeannie Craig, protagoniste féminin étonnamment fort et indépendant. Les échanges verbaux entre ces trois protagonistes est un festival de répliques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fun fact #1, &lt;em&gt;Le Jour où la Terre prit feu&lt;/em&gt; a été tourné aux studios Shepperton, pas très loin de là où vivait J. G. Ballard – qui, à ce moment-là, n’avait pas encore encore sa fameuse tétralogie apocalyptique. Sècheresse, vents violents (quoique à la marge)&amp;nbsp;: ce &lt;em&gt;Jour…&lt;/em&gt; en coche deux sur quatre. Fun fact #2&amp;nbsp;: le film est sorti sur les écrans anglais le 23 novembre 1961, soit trois semaines après que l’URSS ait fait détonné les 57 mégatonnes de la Tsar Bomba au dessus de la Nouvelle-Zemble. Fun fact #3&amp;nbsp;: il existe un certain Bill McGuire (pas Maguire, mais ça se prononce quasi pareil), professeur émérite en géophysique et catastrophiques climatiques à University College de Londres, qui a publié en 2013 un ouvrage intitulé &lt;strong&gt; Waking the Giant: How a changing climate triggers earthquakes, tsunamis, and volcanoe &lt;/strong&gt; . Parfois, la fiction devrait cesser d’influencer la réalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Un film à (re)découvrir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en DVD&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>I comme IOLET::Music from the world of Anathem</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/27/I-comme-IOLET" rel="alternate" type="text/html" title="I comme IOLET::Music from the world of Anathem" />
      <id>urn:md5:e52fd63f486f89bc8cbad88148cb0558</id>
      <published>2018-11-27T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-11-27T13:25:16+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après l'&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/22/H-comme-L-Horloge-du-long-maintenant&quot;&gt;Horloge du Long Maintenant&lt;/a&gt;, on continue à s'intéresser au temps long. Si &lt;strong&gt;Anatèm&lt;/strong&gt; propose une magistrale illustration de ce projet d'horloge décamillénaire, le roman de Neal Stephenson et ses moines mathématiciens ont également inspiré un certain David Stutz pour créer &lt;strong&gt;IOLET::Music from the World of Anathem&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: à savoir, ce que pourraient chanter les avôts du roman… Le tout sans oublier notre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=brian+eno&quot;&gt;chauve favori&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;IOLET::Music from the world of Anathem, David Stutz (2008). 8 morceaux, 57 minutes.&lt;br /&gt;
January 07003 | Bell Studies For The Clock Of The Long Now, Brian Eno (2003). 15 morceaux, 76 minutes&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/22/H-comme-L-Horloge-du-long-maintenant&quot;&gt;Dans le précédent billet&lt;/a&gt;, j’évoquais &lt;strong&gt;[Anatèm]&lt;/strong&gt; de Neal Stephenson, roman (formidable, &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/11/27/I-comme-IOLET#&quot; class=&quot;tooltip&quot;&gt;lisez-ce au lieu de lire ce billet navrant&lt;span&gt;et si vous avez déjà lu ce bouquin, relisez-le&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;) peuplé de moines dévoués à la philosophie et l’entretient d’une horloge très fortement inspirée de la fameuse «&amp;nbsp;Horloge du Long Maintenant&amp;nbsp;». Des moines qui, entre autres choses, chantent. Et pas seulement pour le plaisir de dérouiller ses cordes vocales, comme le prouve l’extrait suivant&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ce que fraa Jad chantait était, je le savais, le fruit de milliers d’années de recherche théorique, conjoint à une tradition musicale tout aussi ancienne et profonde. Mais pourquoi inclure la théorique dans la musique&amp;nbsp;? Et pourquoi passer toute la nuit dans un endroit magnifique à la chanter&amp;nbsp;? Il y avait des façons plus simples d’additionner deux et deux.&lt;br /&gt;
Je chantais des basses depuis cette saison mouvementée six ans plus tôt où j’avais dégringolé de l’étage des sopranos. Là où je vivais, cela représentait un sévère coup de bourdon. Lorsque l’on passait trois heures à chanter la même note, il se produisait quelque chose dans le cerveau. Et c’était encore plus vrai lorsqu’on tombait en synchronisme oscillatoire avec ceux qui nous entouraient, et que nos cordes vocales s’accordaient collectivement avec les harmoniques naturelles du mynstère (pour ne rien dire des milliers de tonneaux amassés contre ses murs). En toute sincérité, je crois que la vibration physique créée par les ondes sonores provoque des variations dans la façon dont le cerveau fonctionne. Si j’étais un vieux millénos ascétique plutôt qu’un dixie de dix-neuf ans, j’aurais peut-être suffisamment confiance en moi pour affirmer que lorsque le cerveau est dans cet état, il peut penser à des choses qu’il n’aurait pas envisagées autrement. Tout cela pour dire qu’à mon sens, ce n’était pas uniquement par amour de la musique que fraa Jad chantait dans la nuit. Son chant visait à autre chose.&amp;nbsp;» &lt;strong&gt;[Anat&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;èm]&lt;/strong&gt; (tome 1, pp. 479-480&amp;nbsp;; trad. Jacques Collin)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-i-anatem.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-i-anatem_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Musiques et mathématiques entretiennent des liens, c’est une évidence. Là où les choses deviennent intéressantes, c’est qu’un certain David Stutz, auparavant informaticien chez Microsoft, s’est amusé à composer une telle musique&amp;nbsp;: &lt;em&gt;IOLET::Music inspired from the world of Anathem&lt;/em&gt;. Bon, pour être honnête&amp;nbsp;: là où je m’attendais à une sorte d’ersatz de chants grégoriens, je me suis retrouvé à écouter quelque chose qui, en effet, de loin, évoquait des chants grégoriens &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; bizarres. Et pourtant, j’aime écouter des trucs bizarres.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-i-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-i-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur son site, David Stutz justifie le projet&amp;nbsp;: non, il ne s’agit pas de morceaux de musique destinés à coller à l’ambiance monastique d’ &lt;strong&gt;[Anatèm]&lt;/strong&gt;, avec des titres rappelant les mathématiques ou la physique. «&amp;nbsp;Most of the pieces are direct attempts at mapping mathematical structures used or named in the book into music.&amp;nbsp;» Pas de chants grégoriens, non – si on veut un ersatz, autant réécouter Era. La plupart des morceaux de IOLET ont d’ailleurs été interprétés lors de la soirée de lancement d’&lt;strong&gt;Anathem&lt;/strong&gt;, à l’automne 2008 – on peut lire un compte-rendu de l’événement &lt;a href=&quot;http://https/openbuddha.com/2008/09/10/anathem-launch-event/&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier morceau, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Approximating Pi&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, consiste en vocalises&amp;nbsp;; au vu du titre, je ne peux que supposer que la hauteur des notes correspond à des nombres. Sans disposer de la clé, l’écoute s’avère ardue et déstabilisante. Vocalises pour le deuxième morceau aussi, mais avec une voix plus grave, plus gutturale et, à la vérité, plus proche des chants gutturaux mongols ou tibétains&amp;nbsp;: normal, me direz-vous, c’est là le chant des Millénariens – &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Thousander Chant&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; –, qui produit son petit effet. On croirait entendre ce petit rigolo de fraa Jad.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les voix se mêlent dans&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Proof (using finite projective geometry)&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Pareil dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cellular Automata&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui fait appel (devinez) au principe des automates cellulaires, et serait chanté en tærran – la langue parlée sur Arbre, la planète sur laquelle se déroulent les événements d’ &lt;strong&gt;[Anat&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;èm]&lt;/strong&gt;. Et pour qui se demande à quoi ressemble le tærran (orth en anglais), un début de réponse se trouve &lt;a href=&quot;http://monastic.org/orth/language.html&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;. Wikipédia explique mieux que moi ce que sont &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Automate_cellulaire&quot;&gt; les automates cellulaires&lt;/a&gt;. Et pour ce qui est du lien au roman de Neal Stephenson, laissons parler fraa Erasmas&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les Orithéniens avaient fait usage d’un système de chant computationnel qui, à l’évidence, trouvait sa source dans des traditions que leurs fondateurs avaient apportées d’Édhar. En ce sens, il était clairement reconnaissable pour n’importe quel Édharien. Cela consistait à réaliser des calculs sur des séries de données en permutant une suite de notes particulière pour obtenir de nouvelles mélodies. La permutation était effectuée à la volée, en suivant des règles formellement définies selon le modèle des automates cellulaires. Après les réformes du deuxième Sac, privés d’ordinateurs, des avôts avaient conçu ce genre de musique. Dans certaines concentes, elle avait été oubliée, alors que dans d’autres elle avait évolué vers quelque chose de complètement différent&amp;nbsp;; mais à Édhar, elle avait toujours été pratiquée assidûment. Nous l’avions tous apprise comme une sorte de jeu musical pour enfants. Par contre, à Orithéna, on lui avait trouvé d’autres usages, et on s’en servait pour résoudre des problèmes. Ou plus exactement pour résoudre &lt;em&gt;un&lt;/em&gt; problème, dont je ne saisissais pas encore la nature.&amp;nbsp;» &lt;strong&gt;[Anatèm]&lt;/strong&gt; (tome 2, pp. 128-129&amp;nbsp;; trad. Jacques Collin)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Je regrettais l’absence de clés plus haut. Stutz fournit des explications pour &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mascheroni Circles&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, détaillant sur son site (&lt;a href=&quot;http://synthesist.net/music/2008/08/mohr-mascheroni-math-in-the-music-of-anathem/&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et surtout &lt;a href=&quot;http://www.synthesist.net/tunes/scores/MascheroniCircles-DavidStutz.pdf&quot;&gt; là&lt;/a&gt;) les principes à l’œuvre derrière cette pièce chantée par des voix féminines, à l’atmosphère céleste. Ce sont là quatorze superbes minutes, se basant sur une partition qui retranscrit sous forme musicale un ensemble de «&amp;nbsp;cercles de Mascheroni&amp;nbsp;» – du nom de Lorenzo Mascheroni, abbé et géométre italien du XVIIIe siècle terrestre, qui a démontré que tout ce qui était, sur un plan géométrique, constructible à la règle et au compas l’était au compas seul. (Fuck la règle.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après quoi, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Quantum Spin Network&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; se montre puissamment organique voire inquiétant, même si je n’en ai rien compris. À vrai dire, le morceau est assez fou et n’aurait pas déparé sur l’expérimental&lt;em&gt;Med&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ùlla&lt;/em&gt; de Björk. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sixteen Color Prime Generating Automaton&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; rappelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Approximating Pi&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, en plus vivant. Retour à un ensemble choral pour l’ultime morceau, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Deriving the Quadratic Equation&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: imaginez ce chœur de moines cherchant à trouver la dérivée d’une équation du second degré, et vous avez l’objet de ce morceau. Comment cette équation a été encodée en musique, je serais curieux de le savoir… si j’avais un meilleur niveau en solfège et en maths.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;IOLET::Music from the world of Anathem&lt;/em&gt; constitue un disque fascinant, d’un abord particulier. Une expérience musicale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/videoseries?list=OLAK5uy_l408bV0PtV6wb6lrVQWWuvqNuQBoyGmYA&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà ce &lt;a href=&quot;http://https/www.wired.com/2008/08/mf-stephenson/&quot;&gt;que disait&lt;/a&gt; le magazine &lt;em&gt;Wired&lt;/em&gt; à son sujet&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Actually, to the untrained ear it sounds like the neo-Gregorian chanting that accompanies ritual baby sacrifice in horror films.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà qui est méchant. Et infondé. Le projet musical de David Stutz est intéressant, mais n’a rien d’horrifique pour les oreilles. Cependant, le plaisir d’écoute n’arrivera qu’au bout de plusieurs écoutes – et, probablement, à condition d’avoir apprécié le roman de Neal Stephenon. On pourra rapprocher cette initiative de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/28/M-comme-Music-Poetry-of-the-Kesh&quot;&gt; &lt;em&gt;Music &amp;amp; Poetry from the Kesh&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, où Ursula K. Le Guin s’est associée à Todd Barton pour concevoir la musique de ce peuple futur évoqué dans &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-i-january.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-i-january.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans un genre proche, il serait dommage de passer Brian Eno sous silence. Impliqué dans la Long Now Foundation, organisme à but non lucratif soutenant ce projet d’horloge millénaire, le producteur préféré de David Bowie et U2 a sorti en 2003 un disque intitulé &lt;em&gt;January 07003 | Bell Studies For The Clock Of The Long Now&lt;/em&gt; – pour des raisons de commodités, on se contentera de l’appeler &lt;em&gt;January 07003&lt;/em&gt;. Si le sous-titre s’explique très bien de lui-même, le titre mérite un rappel&amp;nbsp;: lorsqu’il est question de la Long Now Foundation, on envisage les dates à l’échelle du décamillénaire, histoire de se remémorer les échelles de temps. Reprenons&amp;nbsp;: en 02003, Brian Eno a publié &lt;em&gt;January 07003&lt;/em&gt;, album imaginant la musique qui résonnera dans l’Horloge du Long Maintenant… en janvier 07003. C’est à dire dans quatre mille neuf cent quatre-vingt-cinq ans (répétez&amp;nbsp;: dans &lt;em&gt;quatre mille neuf cent quatre vingt ann&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ées&lt;/em&gt;, une durée supérieure à celle qui nous sépare de la construction de la pyramide de Khéops), dans l’hypothèse où l’Horloge est effectivement construite avant que le monde ne s’effondre. Considérations eschatologiques à part, si cet album n’est pas la musique du futur, je veux bien qu’on m’explique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Eno y délaisse ses synthétiseurs pour travailler sur un autre matériau sonore&amp;nbsp;: les cloches. À vrai dire, l’écoute des vingt-trois minutes de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Fixed Ratio Harmonic Bells&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; évoque irrésistiblement les morceaux joués au gamelan&amp;nbsp;; pas de mélodie discernable, c’est un exercice de style reposant, qui invite à la méditation. Un exercice de style qui se fonde sur de véritables principes mathématiques et géométriques – si Eno apprécie le hasard créatif, il n’en utilise pas moins une méthode, détaillée brièvement dans le &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/release/226806-January-07003-Bell-Studies-For-The-Clock-Of-The-Long-Now/images&quot;&gt; livret accompagnant le disque&lt;/a&gt;. Les autres morceaux du disque sont à l’avenant. De quoi se délasser après l’écoute exigeante de &lt;em&gt;IOLET&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les complétistes ne manqueront pas &lt;em&gt;The Long Now&lt;/em&gt;, EP promotionnel du même Eno, qui propose en seize minutes quelques études supplémentaires.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-i-longnow.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-i-longnow_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/wKduQgGgUtc&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tant qu’à y être, évoquons aussi des œuvres similaires&amp;nbsp;: &lt;em&gt;As Slow As Possible&lt;/em&gt; est une pièce de John Cage, destinée à être jouée très lentement à l’orgue. Si l’exécution peut durer des heures, certains musiciens ont pris Cage au pied de la lettre et ont fabriqué un orgue pour exécuter automatiquement cette pièce trèèèèèès leeeeeenteeeemeent. Du genre&amp;nbsp;: une même note peut être jouée pendant des années. Une représentation, si l’on peut dire, est donc en cours depuis l’an 2000 à l’église de St. Burchardi à Halberstadt, en Allemagne. Le dernier changement de note a eu lieu en octobre 2013, le prochain surviendra en 2020. Au total, cette exécution de &lt;em&gt;As Slow As Possible&lt;/em&gt; doit durer 639 ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/5LJbWIpkVk8&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais John Cage est un petit joueur. &lt;em&gt;Longplayer&lt;/em&gt; est une composition du musicien britannique Jem Finer se basant sur une pièce musicale de 20 minutes bidouillée par un algorithme de manière à en extraire des variations pour un morceau devant durer mille ans. Lancé le 1er janvier 2000, le &lt;em&gt;Longplayer&lt;/em&gt; doit durer jusqu’au 31 décembre 2999. Après quoi, le morceau reprendra à zéro tout naturellement. Il s’écoute &lt;a href=&quot;http://https/longplayer.org/&quot;&gt;ici,&lt;/a&gt; et j’espère qu’il y aura encore Internet et du monde pour l’écouter dans un millénaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/NhEI3FEvxU0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une bande-son parfaite pour s'interroger sur le temps et la durabilité de la culture humaine dans son ensemble…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui (mais c’est bon)&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>H comme L'Horloge du long maintenant</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/22/H-comme-L-Horloge-du-long-maintenant" rel="alternate" type="text/html" title="H comme L'Horloge du long maintenant" />
      <id>urn:md5:743ce9d4910839ee2015eed65c62f8e3</id>
      <published>2018-11-22T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-11-22T12:35:48+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Aborder le temps long, dans le but de la perpétuation du savoir en dépit des aléas de l’Histoire. Quoi de mieux pour cela qu’une horloge géante, adossée à une bibliothèque répertoriant l’ensemble des connaissances humaines. Voilà ce qu'expose Steward Brand dans son essai &lt;strong&gt;L'Horloge du Long Maintenant&lt;/strong&gt;, projet auquel ont collaboré des gens comme Brian Eno et Neal Stephenson et destiné à défier — humblement — les siècles…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Horloge du Long Maintenant [The Clock of the Long Now: Time and Responsibility], Steward Brand, essai traduit de l’anglais [US] par Gwilym Tonnerre. Tristram, 2012 [1999]. GdF, 224 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;C’est arrivé vers la page 150 du formidable &lt;strong&gt;[Anatèm]&lt;/strong&gt; de Neal Stephenson que je suis souvenu d’un truc crucial&amp;nbsp;: ce roman (ai-je dit qu’il est formidable&amp;nbsp;?) était l’illustration de l’Horloge du Long Maintenant. Mais n’anticipons pas (par contre, lisez &lt;strong&gt;[Anatèm]&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est peu de le dire, on va dans une époque qui semble bloquée en mode « avance rapide&amp;nbsp;». Demain est aujourd’hui et aujourd’hui est déjà hier. À peine a-t-on élu un chef d’État que l’insatisfaction qu’il suscite provoque déjà l’envie d’en changer. Une accélération, qui donne cependant l’impression que l’on court droit dans le mur et qu’après nous, eh bien… plus rien. Certes, on pourra toujours arguer qu’on a toujours l’impression faussée de se trouver à la fin de l’Histoire&amp;nbsp;: nul doute que n’importe quelle méduse intelligente des mers tièdes du Cambrien s’estimait déjà vivre dans un monde usé jusqu’à la corde et qu’il ne restait plus rien à dire ou à faire. Mais le sentiment d’urgence écologique laisse à l’auteur de ces lignes l’impression durable que, dans un cosmos ancien (mais plutôt jeune par rapport au lointain destin qu’on lui prévoit – la mort thermique d’ici quelques milliards de milliards de milliards d’années), l’humanité file avec un entrain croissant à sa perte – la Terre lui survivra, et sans que notre présence, à l’échelle globale des temps, y ait changé quoi que ce soit, à part une pollution résiduelle aux hydrocarbures et aux radionucléides.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-h-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-h-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Fort d’un constat semblable effectué dans les années 80, Steward Brand et quelques autres personnes – dont l’inestimable Brian Eno (évoqué à plusieurs reprises dans ce navrant Abécédaire, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/03/O-comme-Obliques-Strategies&quot;&gt; ici&lt;/a&gt; comme &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/17/A-comme-Une-Annee-aux-apprendices-gonfles&quot;&gt; ici&lt;/a&gt; ou un peu &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/07/D-comme-The-Diary-of-Nathan-Adler&quot;&gt; là&lt;/a&gt;, et musicalement surtout &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/05/M-comme-Music-for-films&quot;&gt; ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;là aussi&lt;/a&gt;) – ont imaginé une horloge d’un type bien particulier. L’idée elle-même provient du cerveau de l’informaticien Danny Hillis&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;J’aimerais proposer une Horloge mécanique géante (à l’échelle de Stonehenge) […]. Elle avance d’un cran une fois par an, sonne une fois par siècle et le coucou en sort une fois par millénaire.&amp;nbsp;» (Danny Hillis, cité par S. Brand)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quant au nom, évocateur, c’est Eno son inventeur. Bon, le nom est cool mais le projet lui-même suscite bon nombre de question. Où situer l’horloge&amp;nbsp;? Quels matériaux employer pour qu’elle dure le plus longtemps possible&amp;nbsp;? Quel mode de fonctionnement&amp;nbsp;? Qu’afficherait-elle&amp;nbsp;? Comment la rendre compréhensible et accessible pour les générations futures&amp;nbsp;? Ce sont là des problématiques évoquées par John D’Agata dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/30/Y-comme-Yucca-Mountain&quot;&gt; &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, relatives au projet de site d’enfouissement de déchets nucléaires. Ne faudrait-il pas deux Horloges&amp;nbsp;: une dans une ville, une autre dans un site éloigné et relativement difficile d’accès (impossible de ne pas penser aux deux Fondations d’Asimov)&amp;nbsp;? Bien vite s’y ajoute la nécessité d’une Bibliothèque du Long Maintenant, destinée à recueillir l’essentiel des connaissances de l’humanité en cas d’effondrement de la civilisation telle qu’on la connaît (hé, &lt;strong&gt;Fondation&lt;/strong&gt; encore…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est l’occasion aussi pour Brand de questionner nos mentalités et de s’interroger sur notre rapport au temps. L’auteur évoque la Grèce antique, qui possédait deux termes pour le temps&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;kairos&lt;/em&gt;, c’est-à-dire «&amp;nbsp;l’opportunité, le moment propice&amp;nbsp;» (Patricia Fortini Brown) et le &lt;em&gt;chronos&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;le temps en cours, l’éternel&amp;nbsp;» (ibid.). Et il semble que le premier prenne l’ascendant sur le second, ce qui s’avère une mauvaise idée en termes de responsabilité&amp;nbsp;: cette précipitation empêche de voir les changements se déroulant sur des laps de temps longs. En matière de climat justement, les changements s’effectuent sur des dizaines d’années. L’environnement n’est pas le seul à changer du fait de nos mésactions&amp;nbsp;: les langues changent, les supports de la connaissance aussi — et le numérique, en dépit des formidables capacités de stockage qu’il permet, ne dure pas éternellement.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-h-clock.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-h-clock_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Appréhender le temps long implique quelques changements dans nos mentalités. Le plus cosmétique est de changer légèrement la notation des années&amp;nbsp;: d’après Steward Brand, écrire 2018 nous situe d’emblée en 2018 (logique), avec rien de plus que 2019 en ligne de mire&amp;nbsp;; toutefois, ajouter un zéro devant et donc écrire 02018 implique plus facilement la possibilité d’un an 10000. Ou davantage. De fait, une durée de dix mille ans reste difficilement imaginables&amp;nbsp;: il y a dix mille ans, vers 8000 av. J.C., l’humanité se trouvait aux premiers âges du Néolithique. Il s’écoulerait encore cinq mille ans avant l’invention de l’écriture. Où en sera l’humanité dans dix mille ans&amp;nbsp;? (Autre chose qu’un mauvais souvenir, j’espère.) Brand invite donc à penser le présent autrement qu’en termes d’échéances électorales&amp;nbsp;: un présent qui s’étale sur les quelques années écoulées et les quelques années à venir. Un &lt;em&gt;long présent&lt;/em&gt;, en somme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En tant qu’amateur de science-fiction, je ne peux qu’être fasciné par ce projet d’Horloge et cette appréhension plus vaste du temps. De fait, la SF invite à considérer le futur et les longues échelles de temps&amp;nbsp;: par exemple, pas grand-chose n’est capable d’égaler le vertige suscité par Stephen Baxter dans &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/temps&quot;&gt;&lt;strong&gt;Temps&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, lorsque, à l’aide d’un dispositif bien particulier, Reid Malenfant, parvient à visionner des séquences d’un avenir de plus en plus lointain — bien, bien après l’ère stellifère, quand nos ultimes descendants font bien de l’ingéniérie à base de trous noirs pour capter les dernières miettes d’énergies disponibles dans un Univers de plus en plus froid. Mais en attendant cette fascinante (ou désolante) époque lointaine (10^65 années, mine de rien&amp;nbsp;: on a le temps de voir venir), il convient de s’assurer tout bêtement de notre perpétuation. Donc de l’état de la biosphère. Donc du fait que nous ne l’amochions pas irrémédiablement (du moins, au stade d’accueillir une vie humaine). Donc de délaisser nos préoccupations immédiates pour prendre un peu de recul.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’Horloge du Long Maintenant est l’un des projets de la Fondation du Long Maintenant, créée en 1996, aux côté notamment du Rosetta Project (créer une Pierre de Rosette moderne, destinée à être encore compréhensible dans dix mille ans d’ici&amp;nbsp;: un disque de platine, rappelant le &lt;em&gt;Golden Record&lt;/em&gt; des sondes &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt;, se retrouve justement à bord de la sonde &lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt;, posée depuis septembre 2016 sur le sol de la comète Tchouri). Neal Stephenson s’est impliqué un temps auprès de cette Fondation&amp;nbsp;; pas de surprise que son roman &lt;strong&gt;[Anatèm]&lt;/strong&gt; s’inspire en partie de cette expérience.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-h-prototype.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-h-prototype.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le prototype de l'Horloge.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme, il s’agit là d’un essai plutôt stimulant, en dépit de sa nature parfois disparate (certains chapitres sont des conférences données par Brand). Depuis sa parution originelle, deux prototypes (modèles réduits) de l’Horloge ont été construits, et un prototype à échelle 1 est en cours de construction au Texas sur des terres appartenant à Jeff «&amp;nbsp;Pire Patron du Monde&amp;nbsp;» Bezos.&lt;a href=&quot;http://longnow.org/clock/&quot;&gt; Davantage de détails sur le site.&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Wait and see…&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-h-site.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-h-site_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Apparemment, c'est par là…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce bouquin faisait partie de mes souvenirs récents de lecture au moment où j'interviewais Peter Watts, et je n'ai pas pu m'empêcher de lui demander ce qu'il pensait de cette initiative. Sa réponse&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Du peu que je connais ce projet, ça me semble cool, geek et fun. Mais pour ce qui concerne son bénéfice global, je ne peux que me tourner vers la source d’inspiration que revendique le Long Maintenant : «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Idéalement, cette horloge ferait réfléchir au temps de la même façon que les photographies de la Terre vue de l’espace ont fait par rapport à l’environnement.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
Parce que, évidemment, quand ces photos de la Terre faite de l’espace ont fait leur chemin dans la conscience publique, toute l’humanité s’est aussitôt rassemblée, a oublié ses différences insignifiantes, a vu les horreurs qu’elle avait causées et n’a épargné ni temps ni effort pour les réparer. Et c’est pour ça que nous n’avons aucun problème environnemental aujourd’hui.&lt;br /&gt;
Pour moi, l’Horloge du Long Maintenant aura exactement le même impact.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bon. Merci de tuer mon optimisme, Peter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des projets similaires ont vu le jour çà et là&amp;nbsp;: au centre-ville d’Utrecht aux Pays-Bas, un pavé orné d’une lettre est ajoutée chaque samedi depuis le 2 juin 2012, formant un poème développé au fil des années par la guilde des poètes d’Utrecht. L’idée étant que cela se perpétue tant qu’il y aura des samedis. À Wemding en Allemagne, l’artiste Manfred Laber a initié en 1993 la construction d’une pyramide formée de 120 blocs de pierre&amp;nbsp;: le principe est d’en ajouter un chaque décennie, pour un chantier qui devrait se terminer en 3183 (trois blocs ont donc été posés jusqu’à présents).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://longnow.org/&quot;&gt;Pour aller plus loin.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>G comme Das Geheimnis des Transpluto</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/20/G-comme-Das-Geheimnis-des-Transpluto" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Das Geheimnis des Transpluto" />
      <id>urn:md5:376c460803fa6dff5abadbe58fec0842</id>
      <published>2018-11-20T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-11-20T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Que serait un tour d'Abécédaire sans un détour par l'Allemagne de l'Est ? On continue notre recherche de la perle rare (on en a trouvé une avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/01/I-comme-Im-Schatten-der-Tiefsee&quot;&gt;Magma am Himmel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Carlos Rasch) en s'intéressant à &lt;strong&gt;Das Geheimnis des Transpluto&lt;/strong&gt; de Lothar Weise. Au programme des réjouissances : une autre dixième planète, des gentils aliens, des pourritures capitalistes, et une explosion atomique. Boum.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Das Geheimnis des Transpluto, Lothar Weise, avec des illustrations d’Eberhard Binder. Verlage Neues Leben, 1962. GdF, 288 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Abandonnons un instant la désastreuse orbite terrestre pour repartir en quête de la dixième planète (qu’on évoquait déjà &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/10/19/10-comme-La-Dixieme-Planete&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/10/29/A-comme-L-Arche-de-Monsieur-Servadac&quot;&gt;là&lt;/a&gt;), avec &lt;strong&gt;Das Geheimnis des Transpluto&lt;/strong&gt;, titre se traduisant par «&amp;nbsp;Le secret de Transpluton&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-cover1.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-cover1.jpeg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Son auteur, Lothar Weise, est un auteur est-allemand à la brève carrière&amp;nbsp;: né en 1931, il décède à l’âge de 35 ans, laissant une œuvre consistant en une poignée de nouvelles et trois romans. Le deuxième d’entre eux constitue donc l’objet du présent billet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux objets célestes foncent vers la Terre. Des météores&amp;nbsp;? Des astronefs&amp;nbsp;? Une seule chose est sûre&amp;nbsp;: leur origine, située bien au-delà de l’orbite de Pluton. Proviendraient-ils de la mythique dixième planète&amp;nbsp;? Voilà qui expliquerait les orbites dérangées de Neptune et Pluton.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-g-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Selon toute apparence, cette dixième planète, surnommée Transpluto, est peuplée. Selon une logique toute spécieuse consistant à prendre l’évolution des sociétés humaines comme un phénomène universel (exposée p. 25), les Transplutoniens ont suivi les mêmes stades que nous (il faudra attendre la p. 169 pour qu’un personnage reconnaisse que les formes de vie transplutoniennes peuvent &lt;em&gt;ne pas&lt;/em&gt; correspondre à celles de la Terre). La question brûlante qui se pose se formule ainsi&amp;nbsp;: où en sont-ils&amp;nbsp;? Ont-ils surmonté la lutte des classes ou non&amp;nbsp;? Pour en avoir le cœur net, l’évidence consiste à aller y jeter un œil. Une mission habitée était prévue vers Mars &amp;nbsp;: celle-ci est déroutée pour aller explorer à la place les confins de notre Système solaire. Qui partira à bord du &lt;em&gt;Ziolkowski&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-g-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est que la Terre est encore loin d’être unie sous la seule et unique riante bannière du socialisme&amp;nbsp;: les USA, petits facétieux attachés au capitalisme, font encore et toujours bande à part. Si l’essentiel de l’équipage du &lt;em&gt;Ziolkowski&lt;/em&gt;, quoique international, provient des pays communistes, les Légitimistes – une organisation secrète issue des pays capitalistes – parviennent à infiltrer le vaisseau. On suit ainsi différents personnages, en particulier Kerstin Roth, d’origine allemande, et le Russe Kolja Stepanow… sans oublier le vilain espion à la solde des Légitimistes, Juan Padero.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-g-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’approche de Transpluto, il s’avère que cette planète n’est pas glacée comme on pourrait se l’imaginer&amp;nbsp;: un satellite artificiel projette un rayonnement infrarouge qui la réchauffe – un «&amp;nbsp;Infrarotsonne&amp;nbsp;». (On l’apprendra plus tard&amp;nbsp;: auparavant, les Transplutonions seraient venus de la planète située entre Mars et Jupiter, qui aurait explosé, les forçant à l’exil – ce qui rappelle un peu le cas de figure de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/23/K-comme-Kurs-Ganymed&quot;&gt; &lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt; sauf que la destruction résulte ici d’une collision.) Après une lente approche, les Terriens décident d’atterrir, et constatent assez vite que les Transplutoniens ont décidément une bonne maîtrise technologique, vu qu’ils contrôlent bien leur climat. Bientôt, les humains sont accueillis par les autochtones.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Der Kopf war von seltsamer Schönheit: ein schmales Gesicht, zwei große orangefarbene Augen, tief eingebettet in ovale Augenhöhlen. Dar stark krause Kopfhaar, die Augenbraunen und die lange Wimpern glänzten indigoblau. Die Nase war klein und spitz. Der mittelgroße Mund wurde von wulstigen Lippen begrenzt. Anstelle der Ohren besaß der Planetenbewohner handtellergroße, in der Mitte leicht engebuchtete Scheiben, die dicht am Kopf anlagen. Die Haut spielte in blauschwarz.&amp;nbsp;» (p. 177-178)&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;La tête avait une beauté étrange&amp;nbsp;: un visage étroit, deux grands yeux oranges profondément enfoncés dans leurs orbites. Les cheveux frisés, les cils et les sourcils étaient d’un indigo brillant. Le nez était petit et pointu. Des lèvres charnues entouraient la bouche moyenne. À la place d’oreilles, l’autochtone possédait des disques gros comme des assiettes, enfoncés et près du crâne. La peau tendait vers le bleu-noir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les problèmes de compréhension mutuelle vite évacués, les humains apprennent vite la situation sur Transpluto&amp;nbsp;: la planète se divise en deux États en guerre, celui des Yörs et celui des Ayörs. Les Ayörs sont les gentils, socialistes et aimables comme des cœurs&amp;nbsp;; les autres sont des pourritures capitalistes &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; esclavagistes, tenant la vie d’autrui pour quantité négligeable. Pas de bol, le Légitimiste Juan Padero a précisément atterri chez les Yörs. Kerstin et Kolja sont quant à eux chez les Ayörs (&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/11/20/G-comme-Das-Geheimnis-des-Transpluto#&quot;&gt;et demain&lt;span&gt;Ceci est un jeu de mot…&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;). Le temps qu’ils comprennent la traîtrise de Padero, celui-ci s’est acocquiné avec les Yörs, qui ont décidé d’en finir une bonne fois pour toute avec les Ayörs en leur balançant le soleil artificiel sur le coin de la gueule. De fait, les Yörs ont des «&amp;nbsp;rayons gravitationnels&amp;nbsp;», ce qui leur assure une certaine supériorité, et, dans leur folie, ils sont prêts à détruire leur monde pour empêcher la victoire de leurs adversaires idéologiques. (Toute ressemblance… bla bla… guerre froide… blabla… purement fortuite…)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Ziolkowski&lt;/em&gt; récupère le contenu du Palais du Savoir des Ayörs, au cas où. Kerstin meurt (leucémie&amp;nbsp;?)&amp;nbsp;; Kolja vit&amp;nbsp;; Padero meurt. Le soleil artificiel explose&amp;nbsp;; Yörs et Ayörs s’unissent pour la survie de leur monde tandis que le &lt;em&gt;Ziolkwoski&lt;/em&gt; repart vers la Terre. Fin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une fin abrupte, certes. &lt;strong&gt;Das Geheimnis des Transpluto&lt;/strong&gt; aurait gagné à être un peu plus de quelques dizaines de pages, ou aurait appelé une suite, si l’auteur n’était pas décédé aussi jeune. Au rang des romans de SF de la RDA, ce roman est loin d’être le plus illisible. Certes, l’idéologie y est amenée avec la délicatesse d’un bulldozer, mais au-delà de ça, Weise mène plutôt bien sa barque et l’ambiance est réussie. En revanche, l’originalité demeure faiblarde sur certains aspects&amp;nbsp;: les aliens humanoïdes divisés en deux camps idéologiquement irréconciliables, les humains tous-communistes-sauf-les-ricains, on a déjà lu ça.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-g-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le roman de Lothar Weise a comme petite particularité d’être le premier, en Allemagne de l’Est, à faire figurer une explosion nucléaire. Le danger de l’atome et de sa mauvaise utilisation a fait l’objet de plusieurs romans&amp;nbsp;: de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt;&lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1949) à &lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt; (1962) en passant par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/08/T-comme-Titanus&quot;&gt;&lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1959), on voit ces deux cas de figure, celui où les extraterrestres viennent enjoindre les humains de faire gaffe avec cette fichue bombe atomique et celui où ce sont les humains qui découvrent les mésaventures survenues à leurs frères d’outre-espace suite à une manipulation imprudente de l’atome – touche pas au plutonium, &lt;em&gt;bordel&lt;/em&gt;, ça fait bobo. Deux cas de figure où la menace est reléguée hors-champ, dans des perspectives à éviter à tout prix (là, on pense à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/15/M-comme-Der-Mann-aus-dem-andern-Jahrtausend&quot;&gt;&lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) ou bien dans le récit de temps révolus. Avec &lt;strong&gt;Das Geheimnis des Transpluto&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: boum.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oh le joli champignon atomique dans l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-g-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon, pour être honnête&amp;nbsp;: Weise n’est pas aussi direct, et ne décrit jamais l’Infratrotsonne comme une arme nucléaire&amp;nbsp;; il parle de soleil, dont il faut se méfier des radiations après l’explosion. Mais pour qui lisait cela, moins de vingt après Hiroshima, les allusions devaient être claires. Parus les années suivantes, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/04/A-comme-Als-die-Goetter-starben&quot;&gt;&lt;strong&gt;Als die Götter starben&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1963) de Günther Krupkat et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/01/I-comme-Im-Schatten-der-Tiefsee&quot;&gt;&lt;strong&gt;Magma am Himmel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1975) de Carlos Rasch n’hésiteront pas à tout faire péter. Néanmoins, le roman de Lothar Weise a pour lui d’être le premier, en Allemagne de l’Est, à faire figurer une explosion nucléaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà qui suffit à le rendre remarquable. Sans oublier les peintures d’Eberhard Binder qui illustrent le roman, avec un certain brio. Au-delà de ces aspects, le roman demeure une curiosité, qui plaira surtout à ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, trouvent un intérêt archéologique à passer en revue la SF généralement médiocre d’une entité étatique disparue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas le plus inoubliable des roman&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-g-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-g-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-g-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nur aus zweiter Hand&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nein&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: fast&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme La Fin du rêve</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/15/F-comme-La-Fin-du-reve" rel="alternate" type="text/html" title="F comme La Fin du rêve" />
      <id>urn:md5:9ebc408ea99c2fd43515c7e7ff357ae6</id>
      <published>2018-11-15T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-11-15T12:08:09+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après la bouffée d'optimisme d'&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/13/E-comme-Ecotopia&quot;&gt;Écotopia&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, vous reprendrez bien un peu de noirceur&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;La Fin du rêve&lt;/strong&gt;, roman posthume de l'auteur américain Philip Wylie, proposait en 1972 une fin de l'humanité au pessimisme ravageur, auxquels les temps actuels semblent hélas faire écho. Une œuvre testamentaire… et prophétique&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Fin du rêve [The End of the Dream], Philip Wylie, roman traduit de l’anglais [US] par Bruno Martin et introduit par John Brunner. Le livre de poche, 1979 [1976 pour la première édition française, 1972 pour la VO]. Poche, 320 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Où pouvons-nous aller, depuis notre situation actuelle&amp;nbsp;? Où peut-on aller, avec sept milliards d’hominidés qui n’arrivent pas à contrôler leur appétit, font chaque jour disparaître trente espèces sous le poids de leurs empreintes, sont trop occupés à rejeter la théorie de l’évolution et à construire des drones tueurs pour s’apercevoir que les calottes glaciaires sont en train de fondre&amp;nbsp;? Comment écrire un avenir proche plausible dans lequel nous avons réussi à stopper les inondations et les guerres de l’eau, dans lequel nous n’avons pas fait disparaître des écosystèmes entiers et transformé des millions de nos semblables en réfugiés climatiques&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
C’est impossible. L’occasion est passée, ce navire – gigantesque, pesant, de la taille d’une planète – a déjà appareillé et il ne change que très lentement de direction. La seule manière d’éviter ces conséquences en 2050 est de raconter une histoire dans laquelle nous avons pris le changement climatique au sérieux dans les années 1970… et là, on n’est plus dans la science-fiction mais dans le rêve.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
– Peter Watts, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;En route vers la dystopie avec l’optimiste en colère&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Allez, un petit coup de déprime&amp;nbsp;? Avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/11/13/E-comme-Ecotopia&quot;&gt;Écotopia&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on a eu l’aperçu d’un avenir désirable sous la forme d’une utopie en devenir. &lt;strong&gt;La Fin du r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt;, roman posthume de Philip Wylie, on a droit à la catastrophe et à la fin de l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le nom de Philip Wylie est quelque peu oublié aujourd’hui. Né en 1902 dans le Massachussetts, il se montre un auteur prolifique de la fin des années 20 jusqu’au début des années 60&amp;nbsp;: il publie une quarantaine de livres, tant des romans que des recueils et des essais. Côté fiction, on notera tout particulièrement &lt;strong&gt;Le Choc des mondes&lt;/strong&gt; (1933), roman co-écrit avec Edwin Balmer et adapté en 1951 au cinéma, et sa suite, &lt;strong&gt;Après le choc des mondes&lt;/strong&gt; (1934). Quarante ans après cette fin du monde aux causes externes, Wylie a présenté une autre fin du monde, aux causes internes&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Fin du rêve&lt;/strong&gt; donc, paru en 1972 quelques mois après le décès de l’auteur survenu en octobre 1971. De là à dire que ce roman fait figure d’œuvre-testament…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-f-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-f-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici en 2023, selon l’Ancien Calendrier, dans un lieu qui a tout de l’utopie&amp;nbsp;: Faraway au nom éminemment symbolique, pas loin de la rivière Mystère se jetant dans le lac Énigme, quelque part dans l’État de New York. C’est là qu’ont trouvé refuge près de quatre mille survivants. Sont-ils en sursis&amp;nbsp;? Ils l’ignorent. Ils tentent de survivre, c’est déjà pas si mal. Car près de 99% de la population des USA est morte. Faraway a été fondée à l’initiative de Miles Smythe et sa sœur Nora, les créateurs de la Fondation pour la Préservation de l’Humanité. Riches philanthropes, ils ont vu la situation tourner au vinaigre. Et en vinaigre la situation a bel et bien tourné.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passé ce prologue, &lt;strong&gt;La Fin du r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt; prend l’apparence d’un ensemble de documents collectés par Will Gulliver, le bras droit de Smythe. La première partie consiste essentiellement en un extrait d’un ouvrage fictif, &lt;strong&gt;1975, date du non-retour&lt;/strong&gt;, publié en 1994. Son auteur, George Washington Packett, explique les dégâts environnementaux – déversement de pesticides, mort des Grands Lacs, pollution au mercure, contamination nucléaire –, évoque les maigres tentatives du gouvernement américain mené par un Richard Nixon uchronique (que Packett qualifie parmi les premiers convertis à l’écologie) pour juguler lesdits dégâts… et conclut avec la motivation des gens vite stoppée par leur propre inertie – en 1970, tout le monde est pour l’écologie et en 1971, tout le monde en a déjà marre. La vingtaine de pages de cette partie résonne douloureusement avec notre époque&amp;nbsp;: hormis le nucléaire, sujet sur lequel Wylie se plante peut-être en parlant de routes contaminées par les convois transportant les déchets (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/30/Y-comme-Yucca-Mountain&quot;&gt;&lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de John D’Agata explore ce sujet plus en détail sous l'angle documentaire), tout le reste semble inchangé ou presque un demi-siècle plus tard. En 1975, la situation était pliée.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les gens ont le sentiment que la récupération ou le sauvetage de l’environnement sont devenus impossibles… et ils ont raison. De plus en plus, le citoyen moyen s’en remet à la technologie pour sauver le monde. Si on peut le sauver&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 177)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les parties suivantes, narrées pour bonne part par Will Gulliver, listent une série de désastre&amp;nbsp;: un blizzard couplé à une panne d’électricté ayant causé un million de morts&amp;nbsp;; un autre million de mort en région new-yorkaise suite à la condensation d’un gaz mortel issu d’activités humaines&amp;nbsp;; la mort des cours d’eau suite au déversement de produits chimiques&amp;nbsp;; l’invasion d’abeilles mutantes dites brésiliennes (ça change du frelon asiatique) ou de vers anthropophages&amp;nbsp;; les contaminations durables de lacs par les déchets enfouis dans le sous-sol ou par la radioactivité&amp;nbsp;; l’apparition de maladies inconnues foudroyant les cultures céréalières… sans oublier quelques catastrophes naturelles pour épicer une situation déjà critique, telle une méga-éruption du mont Erebus en Antarctique. Sans oublier ce qu’on n’appelle pas encore «&amp;nbsp;le continent de plastique&amp;nbsp;» et qui gît un peu sous la surface des océans du globe.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-f-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-f-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Curieusement, la fin ne donne pas envie de se pendre. Cela, pas vraiment pour les raisons que l’on imagine&amp;nbsp;: non, &lt;strong&gt;La Fin du rêve&lt;/strong&gt; ne se termine pas en &lt;em&gt;happy end&lt;/em&gt;, loin s’en faut – la technologie, nous dit Wylie, ne tirera pas les humains de la merde dans laquelle ils se sont fourrés. Néanmoins, l’accumulation de catastrophes finit par nuire au livre, et si le début est horrible de vraisemblance et de pertinence face à notre époque présente, la suite laisse le lecteur anesthésié… d’autant que tout n’est pas entièrement convaincant et que l’on surprend l’auteur a en faire un peu trop.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par endroit, Philip Wylie se montre visionnaire. Quand il évoque les « trains à air comprimés&amp;nbsp;» ou les «&amp;nbsp;voitures à batteries électroniques&amp;nbsp;», on ne peut s’empêcher de penser à Elon Musk, avec l’Hyperloop et Tesla (p. 79 de l’édition LdP) – ça, c’est pour l’aspect fun du truc. Mais la technologie ne suffira pas… Quant aux catastrophes environnementales, la plupart semblent à peine capillotractées, et la réalité s’est empressée de rattraper Wylie&amp;nbsp;: Seveso, Three Mile Island, Bhopal, Tchernobyl, Fukushima, etc. On pourra regretter – un peu – la présentation caricaturale des acteurs du Grand Capital, que n’étouffent guère les remords.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En d’autres endroits, Wylie interroge, sur le fond ou la forme. Les millions de morts çà et là ne semblent pas avoir de conséquences. À force de décrire avec un luxe de détails une série de catastrophes ponctuelles, l’auteur en oublie le processus d’effondrement dans sa globalité. Dans la troisième partie, quelle nécessité d’évoquer cette «&amp;nbsp;révolution sexuelle&amp;nbsp;» d’un nouvel ordre&amp;nbsp;? Sur quelques pages, le personnage de Gulliver retrace l’évolution des mœurs, s’en étonne, et présente le Love-O-Mat, invention permettant, grosso modo, d’avoir des relations sexuelles virtuelles avec des hologrammes (jusque-là, ça passe)… y compris avec des enfants. Inceste et pédophilie sont abordées ici sous un jour &lt;em&gt;un brin&lt;/em&gt; tendancieux, et c’est regrettable – même sous le couvert de propos rapportés et compilés.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-f-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-f-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche&amp;nbsp;: au-delà de ses défauts, &lt;strong&gt;La Fin du rêve&lt;/strong&gt; marque par la noirceur et le réalisme de son propos. Quarante-cinq ans après sa publication, l’ultime roman de Philip Wylie garde toute son acuïté et son amertume. Par une belle coïncidence, &lt;strong&gt;La Fin du r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt; est paru la même année que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/05/T-comme-Le-Troupeau-aveugle&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, roman de John Brunner (qui introduit brièvement cette &lt;strong&gt;Fin…&lt;/strong&gt;) décrivant les ravages de la pollution&amp;nbsp;; ce sont là deux livres partageant une même vision pessimiste de l’avenir, à laquelle fait actuellement écho l’œuvre de Peter Watts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un «&amp;nbsp;réquisitoire est implacable et saisissant&amp;nbsp;», disait Claude Ecken au sujet de ce roman dans sa &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/catastrophes&quot;&gt;critique&lt;/a&gt;. Pas mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le cinéaste Chris Marker disait que l'humour est la politesse du désespoir, aussi, histoire de rire un peu&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=8sNr6_s3qH8&quot;&gt;une chanson où il est question de lapin.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme Écotopia</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/13/E-comme-Ecotopia" rel="alternate" type="text/html" title="E comme Écotopia" />
      <id>urn:md5:a019205fee232443eb2ec85f82dabc4e</id>
      <published>2018-11-13T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-11-13T12:45:08+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Écotopia, du «&amp;nbsp;Éco-&amp;nbsp;», du grec «&amp;nbsp;oikos&amp;nbsp;» pour signifier la maison ou le foyer, «&amp;nbsp;-topia&amp;nbsp;», du grec «&amp;nbsp;topos&amp;nbsp;» pour le lieu. Un lieu où il ferait bon vivre. S’il existait. C'est là que nous invite Ernest Callenbach, dont son essai déguisé en roman, &lt;strong&gt;Écotopia&lt;/strong&gt;, tout récemment réédité aux Éditions Rue de l'Échiquier. Quelques mots au sujet de ce roman en attendant d'en lire la critique dans le prochain numéro de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Écotopia [Ecotopia], Ernest Callenbach, roman traduit de l’anglais [US] et introduit par Brice Matthieussent. Rue de l’échiquier, coll. «&amp;nbsp;Fiction&amp;nbsp;», 2018 [1975]. GdF. 300 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Écotopia, du «&amp;nbsp;Éco-&amp;nbsp;», du grec «&amp;nbsp;oikos&amp;nbsp;» pour signifier la maison ou le foyer, «&amp;nbsp;-topia&amp;nbsp;», du grec «&amp;nbsp;topos&amp;nbsp;» pour le lieu. Un lieu où il ferait bon vivre. S’il existait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1975, l’écrivain américain Ernest Callenbach (1929-2012) s’attachait à nous montrer qu’une autre voie était possible, et il s’employait au travers d’un roman pouvant bien se rattacher au courant de l’utopie&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Écotopia&lt;/strong&gt;. Traduit au Seuil en français en 1978 sous le titre &lt;strong&gt;Écotopie&lt;/strong&gt;, le livre était épuisé depuis belle lurette, et les éditions Rue de l’échiquier ont eu la bonne idée de le rééditer – et de le retraduire au passage (une traduction au poil… mais, diantre, c’est quoi ce «&amp;nbsp;nous nous sommes étreignés&amp;nbsp;» p. 238&amp;nbsp;?). Comme Brice Matthieussent le déclare dans sa préface, «&amp;nbsp;ce roman est un manifeste autant qu’un cri d’alarme&amp;nbsp;». Le relire maintenant n’a rien d’inutile, bien au contraire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-e-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-e-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le récit débute au printemps 2000, vingt ans après la Sécession&amp;nbsp;: les États de Californie, d’Oregon et du Washington ont déclaré leur indépendance pour fonder Écotopia, une utopie tâchant de devenir réalité. Les relations entre les USA et Écotopia sont inexistantes depuis deux décennies, et les Écotopiens peuvent d’ailleurs s’estimer heureux que leur encombrant (et polluant) voisin n’ait pas tenté de réclamer les territoires perdus – toute la côte Ouest, mine de rien –, même si certains faucons au Pentagone ne seraient pas contre. Enfin, ça, c’est l’histoire officielle – on apprendra que tout n’est pas aussi simple. William Weston, journaliste au &lt;em&gt;Washington Post&lt;/em&gt;, est le premier Étatsunien à se rendre en Écotopia, pour un séjour d’un mois et demi. Le présent livre prend donc la forme de ses carnets personnels et des articles qu’il câble à son journal. À travers ces deux supports, le journal intime en particulier, on apprend à connaître Weston – un Américain moyen, divorcé, un brin macho, pas particulièrement sensible à l’écologie ni aux idées ayant donné naissance à Écotopia &amp;nbsp;— et on suit son parcours intérieur, sa rencontre avec les Écotopiens (une Écotopienne en particulier), jusqu’à la fin logique de cet itinéraire mental.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En quoi consiste Écotopia&amp;nbsp;? Pour le lecteur de SF de cette deuxième décennie du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, cette «&amp;nbsp;utopie en devenir&amp;nbsp;» ressemble à un catalogue d’idées déjà abordées çà et là. En vrac&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
	&lt;li&gt;Les transports&amp;nbsp;: plus de véhicules à essence mais des voitures électriques&amp;nbsp;; l’emphase est mise sur les transports en commun. À San Francisco, lorsqu’il y a un nid de poule, on y plante des fleurs. Les avions américains n’ont pas le droit de survoler Écotopia.&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;Construction&amp;nbsp;: abandon du béton pour privilégier le bois. Les immeubles de bureau ont été massivement reconvertis en logement.&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;Économie&amp;nbsp;: Écotopia n’a aucune relations avec les USA, vit surtout en autarcie mais commerce un peu pour obtenir certaines matières premières, important par exemple du caoutchouc d’Asie du Sud-Est et exportant plastique végétal et machines.&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;Matériaux&amp;nbsp;: le recyclage règne en maître. Le tri sélectif en est la base – cela nous semble évident maintenant mais j’imagine qu’en 1975, c’était loin d’être le cas. Du plastique dégradable est conçu à partir de plantes (a priori, ce n’est pas une technologie magique).&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;Travail&amp;nbsp;: la semaine de travail dure vingt heures. Le niveau de vie a baissé… mais qu’importe, les Écotopiens y trouvent leur compte et mènent des vies plus épanouies, davantage dévolues aux loisirs et au farniente. « Nous sommes comme les Balinais […], nous ne connaissons pas le mot &quot;art&quot;, nous nous contentons de faire de notre mieux.&amp;nbsp;» (p. 242)&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;Société&amp;nbsp;: les gens n’ont pas peur d’exprimer leurs émotions de façon très visible. Ça crie, ça pleure, ça se dispute… et ça se réconcilie vite (éventuellement sur l’oreiller). De manière générale, les Écotopiens sont plus proches de la nature. Leur crédo&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Reconnaître ta nature animale sur cette terre comme nous le faisons.&amp;nbsp;» (p. 152)&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;Féminisme&amp;nbsp;: les femmes sont traités à l’égal des hommes. Salaires égaux, situations égales. Normal, quoi. Personne ne s’en plaint. La sexualité est plutôt libérée.&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;Population&amp;nbsp;: décroissante. En vingt ans d’existence, la jeune nation a perdu un million d’habitants sur les quinze d’origines, et ça continue. La natalité baisse et c’est très bien ainsi.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Pour le reste (Callenbach passe à peu près tout en revue)… eh bien, lisez le livre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le système fournit la stabilité et nous pouvons y vagabonder à notre guise. Nous n’essayons pas d’être parfaits, simplement d’atteindre un équilibre général – en additionnant les hauts et les bas.&amp;nbsp;» (p. 68)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-e-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-e-cover2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’auteur n’est pourtant pas dupe de la nature humaine. Les problèmes raciaux n’ont pas été entièrement résolus et Écotopia propose un pis-aller, à savoir une co-existence tranquille&amp;nbsp;; l’instinct de prédation est toujours là, mais les gens tâchent de le maîtriser&amp;nbsp;; la chasse existe toujours… mais se fait à l’arc. Pour défouler les instincts guerriers, des simulations de guerre ont lieu&amp;nbsp;; elles s’arrêtent au premier sang versé mais, cathartiques, elles sont l’occasion de célébrations. Tout le monde n’adhère pas à cela, et une opposition existe&amp;nbsp;: si le Parti de la Survie et le Parti du Progrès se partagent le pouvoir, il se trouve quelques dissidents qui ne seraient pas contre un rattachement aux USA.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-e-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-e-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous le simple aspect romanesque, &lt;strong&gt;Écotopia&lt;/strong&gt; est faiblard&amp;nbsp;: les articles de Weston et les extraits de ses carnets alternent avec régularité, proposant une approche à la fois globale et personnelle de cette utopie. Par sa forme même, le récit se concentre sur la côte Ouest et fait peu de cas du reste des USA – c’est un peu dommage. Ce qui fonctionne sur la côte Ouest pourrait-il s’appliquer ailleurs&amp;nbsp;? Ce sont là des réserves mineures&amp;nbsp;: à vrai dire, on se doute bien que l’intérêt ne réside pas là mais bien dans la description d’une utopie «&amp;nbsp;en devenir&amp;nbsp;». Et celle-ci, qui privilégie la lenteur, la proximité, les émotions, s’avère réellement intéressante, bien plus concrète que le modèle fondateur établi par Thomas More.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-e-cover4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-e-cover4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1981, Callenbach a publié une préquelle à &lt;strong&gt;Écotopia&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Ecotopia Emerging&lt;/strong&gt;, qui raconte donc la fondation de cet État utopique. Inédite en français, elle est trouvable d’occasion au prix d’un rein. Pareillement introuvables (ou quasi) sont les autres ouvrages de l’écrivain – comme &lt;strong&gt;Living Poor With Style&lt;/strong&gt;. (Dommage.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’inscrivant dans les lignes de fuite que Yannick Rumpala dessine dans son passionnant essai &lt;strong&gt;Hors des d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;écombres du monde&lt;/strong&gt; (critique de ma pomme in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 92), Callenbach propose une utopie imparfaite mais hautement désirable par les temps qui courent. Quelque chose qui ressemble à une bouffée d’air frais, à peine naphtaliné par ses quarante-trois ans (et contenant probablement moins de particules fines qu’actuellement), qui donne &lt;em&gt;presque&lt;/em&gt; un peu d’optimisme et de foi en l’avenir. (Vite, relire Peter Watts pour balayer cet optimisme&amp;nbsp;!) Franchement, si Écotopia existait, j’en demanderais la nationalité sans hésiter un seul instant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: plus maintenant&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>D comme Les Décimales du futur</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/08/D-comme-Les-Decimales-du-futur" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Les Décimales du futur" />
      <id>urn:md5:f50b6fe6876dc54212af95c726eb5f6c</id>
      <published>2018-11-08T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-11-08T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le monde est sur le point de s'achever. Qui peut le sauver ? Qui, si ce n'est Jerry Cornelius, le Champion éternel imaginé par Michael Moorcock… Film basé sur &lt;strong&gt;Le Programme final&lt;/strong&gt;, premier volume du quartet cornélien, &lt;strong&gt;Les Décimales du futur&lt;/strong&gt; de Robert Fuest est également la seule et unique adaptation de Moorcock sur grand écran.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Final Programme [Les Décimales du futur], Robert Fuest (1973). 94 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout le monde connaît James Bond, l’agence secret qui, au service de sa majesté, multiplie les aventures, les conquêtes féminines et les cadavres sur son chemin. À la fin des années 60, Michael Moorcock lui a donné une contrepartie psychédélique&amp;nbsp;: Jerry Cornelius, avatar du Champion Éternel au XXe siècle. Quatre romans, publiés entre 1968 et 1977, racontent ses aventures, de plus en plus déstructurées. La première d’entre elles, &lt;strong&gt;Le Programme final&lt;/strong&gt;, a bénéficié d’une adaptation cinématographie – la seule de toute l’œuvre considérable de Michael Moorcock (ce qui prouve, encore une fois, que la taille de la bibliographie est décorrélée du nombre des adaptations… mais, tout de même, certains auteurs tendent à être méchamment ignorés du cinéma).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L'âme peut parvenir à cette libération sans quitter le corps qu'elle habite. L'éternel retour.&lt;br /&gt;
– Les Brahmanes nomment ces cycles temporels des Yugas, n'est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– C'est vrai. Ils sont inégalement divisés mais recouvrent la totalité du temps depuis la création. Notre Âge a débuté le 18 février 3102 avant Jésus-Christ. […] Dans l'après-midi. Il s'appelle le Kali Yuga.&lt;br /&gt;
– Joli nom. Cela veut dire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Ce que cela veut dire&amp;nbsp;? L'Âge des Ténèbres, monsieur Cornelius. Sur le point de s'achever. La fin du monde.&lt;br /&gt;
– Combien nous reste-t-il&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Un ou deux ans, au plus. Selon la vitesse à laquelle tout s'écroulera.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De fait, le monde a déjà commencé à s’écrouler&amp;nbsp;: on approche de l’an 2000, Trafalgar Square est une décharge automobile, le Vatican a disparu et qu’Amsterdam a été rasée. Pour ne rien améliorer, Cornelius père, lauréat du prix Nobel, vient de mourir. L’homme avait mis au point le «&amp;nbsp;programme final&amp;nbsp;», un dispositif assez nébuleux, qui permettrait la duplication d’êtres humains. Une escouade de scientifiques menés par le Dr Smiles apprécierait grandement de mettre la main sur le microfilm contenant les plans dudit dispositif et font appel à Jerry Cornélius, dandy et espion, amateur d’alcool, de drogues et de biscuits au chocolat. Pas de chance, les microfilms se trouvent au manoir Cornelius, présentement occupés par Catherine, la sœur de Jerry (avec qui celui-ci entretient une relation plus que fraternelle), et Frank, le frangin maléfique. Pour parvenir à ses fins, Cornelius et les scientifiques en &lt;s&gt; blouses blanches &lt;/s&gt; imperméables noirs et chapeaux à larges bords font appel à l’implacable Miss Brunner, femme plutôt douée avec les ordinateurs… et pour consumer littéralement ses amant(e)s d’une nuit. Parviendront-ils à retrouver Frank &amp;nbsp;? Les scientifiques réussiront-ils à créer le messie grâce au programme final&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-d-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Final Programme&lt;/em&gt; , alias &lt;em&gt;The Last Days of Man on Earth&lt;/em&gt; aux USA (à ne pas confondre, du coup, avec le film presque éponyme &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/The_Last_Man_on_Earth_(1964_film)&quot;&gt;avec Vincent Price&lt;/a&gt;) alias &lt;em&gt;Les Décimales du futur&lt;/em&gt; en France (mais pourquoi ce titre&amp;nbsp;?) est l’œuvre de Robert Fuest, réalisateur britannique à qui l’on doit une poignée de films, dont une adaptation des &lt;strong&gt;Hauts de Hurlevents&lt;/strong&gt;, le diptyque du &lt;em&gt;Dr Philbes&lt;/em&gt; avec Vincent Price, et une suite téléfilmique aux &lt;em&gt;Femmes de Stepford&lt;/em&gt;. Dans le rôle de Jerry Cornelius, Jon Finch, acteur shakespearien, parvient à donner à l’espion anglais tout son dandysme et sa désinvolture. Les performances des autres acteurs sont correctes sans être mémorables (satisfecit pour Jenny Runacre dans le rôle de Miss Brunner et Patrick Magee (qui jouait l’écrivain F. Alexander dans &lt;em&gt;Orange Mécanique&lt;/em&gt;) dans celui du Dr Baxter).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-img01.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-img01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-d-img01_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Introducing JC&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-img03.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-img03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-d-img03_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le fameux pistolet à fléchettes&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-img07.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-img07.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-d-img07_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;En route vers l'homme futur !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour le reste… Quand Baird Searles, critique cinéma pour le magazine F&amp;amp;SF qualifiait en 1975 &lt;em&gt;Les D&lt;/em&gt;&lt;em&gt;écimales du futur&lt;/em&gt; de «&amp;nbsp;désastre quasi intégral&amp;nbsp;» avec une «&amp;nbsp;fin si débile que vous demanderiez à être remboursé même si vous attendiez pour le voir à la télévision&amp;nbsp;», il exagérait un brin. Et peut-être avait-il omis de lire le roman, dont le film de Robert Fuest s’avère une adaptation assez fidèle (dans mes souvenirs, du moins&amp;nbsp;; il est vrai que ma lecture du &lt;strong&gt;Programme final&lt;/strong&gt; commence à dater). Fuest, qui choisit de faire l’impasse sur tout l’aspect Champion Éternel. Les amateurs auront tout de même reconnu les liens transversaux&amp;nbsp;: Catherine/Cymoril, Frank/Yyrkoon, Miss Brunner/Stormbringer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-img04.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-img04.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-d-img04_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour autant, &lt;em&gt;Les Décimales du futur&lt;/em&gt; semble avoir le cul entre deux ou trois chaises&amp;nbsp;: d’un côté, il manque d’une intrigue correctement structurée&amp;nbsp;; de l’autre, il n’est pas aussi psychédélique que le sujet l’autorisait. Certaines scènes laissent entrevoir un potentiel de non-sensitude, hélas peu exploité, et le film reste un truc un peu foutraque, pas dénué de bons moments et de bons mots.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Et lui&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Qui, Dimitri&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Encore un scientifique&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Non, un Grec.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Comme antithèse de James Bond, le film se pose là&amp;nbsp;: quelques gadgets aussi marrants qu’inefficaces (le fameux pistolet à aiguilles de Cornelius ou les pièges what-the-fuck du manoir), des destinations lointaines sans glamour (la Laponie, un coin qui pourrait être l’Espagne ou l’Italie, enfin un coin quelque part dans le Sud et probablement pas en Angleterre – le réalisateur s’en fiche), des scènes d’action paresseuses, et une conclusion… eh bien, plutôt conforme au livre.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Un monde à s'en lécher les babines…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les curseurs auraient pu (auraient dû) être poussés un peu plus loin, dans un sens ou dans l’autre, voilà tout. Une curiosité, sympathique mais qui échoue à être culte, plutôt à destination des amateurs de séries B que des fans hardcore de Michael Moorcock et du Champion Éternel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-img02.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-img02.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-d-img02_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en DVD&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: nope&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: allez…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-d-img06.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-d-img06.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-d-img06_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Playlist pour ceux qui sont tombés</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/11/06/Playlist-pour-ceux-qui-sont-tombes" rel="alternate" type="text/html" title="Playlist pour ceux qui sont tombés" />
      <id>urn:md5:88e4c99d9c5f92518298db814f7b224d</id>
      <published>2018-11-06T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-11-06T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Musique(s)</dc:subject>
                    <dc:subject>Gavin Chait</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Playlist pour ceux qui sont tombés&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/chait-complainte-playlist.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour vous immerger dans l'univers de &lt;strong&gt;Complainte pour ceux qui sont tombés&lt;/strong&gt;, Gavin Chait nous a concocté une playlist aux sonorités africaines, à découvrir sur Deezer ou Spotify.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://media.biblys.fr/book/29/66329-w300.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Complainte&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://media.biblys.fr/book/29/66329-w300.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si vous souhaitez vous immerger davantage dans l'univers de &lt;strong&gt;Complainte pour ceux qui sont tombés&lt;/strong&gt;, voici une liste de morceaux musicaux et les scènes auxquelles ils se rapportent&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
	&lt;li&gt;« Talibe », &lt;em&gt;The Balladeer&lt;/em&gt; – Ismaël Lô [Chant pour celui qui est tombé]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Mabemba », &lt;em&gt;Rising Tide&lt;/em&gt; – Mokoomba [La chanson du Balladeer sur le marché]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« No Ballads Ballad », &lt;em&gt;Spirit&lt;/em&gt; – Geoffrey Oryema [Discussion entre Samara et Joshua au bord du fleuve]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Dionysus », &lt;em&gt;Untold Things&lt;/em&gt; – Jocelyn Pook [L’histoire de Mama]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Makambo », &lt;em&gt;Exile&lt;/em&gt; – Geoffrey Oryema [Le voyage en bateaux jusqu’à Calabar]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« The Wife of Usher’s Well », &lt;em&gt;Broadside&lt;/em&gt; – Bellowhead [Samara dans le bar d’Anacostia]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Njoka », &lt;em&gt;Rising Tide&lt;/em&gt; – Mokoomba [Le chant de la cité dans Calabar]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Ndayaan », &lt;em&gt;Ndayaan&lt;/em&gt; – Omar Pene [Un homme qui chante sur la route à Calabar]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Dem Bobo », &lt;em&gt;Africa For Africa&lt;/em&gt; – Femi Kuti [La réunion chez Farinata Uberti]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Rero », &lt;em&gt;The Balladeer&lt;/em&gt; – Ismaël Lô [Après le massacre]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Happiness Is », &lt;em&gt;Coming Home&lt;/em&gt; – Yungchen Lhamo [Le chant pour ceux qui partent]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Lubara Wanwa », &lt;em&gt;Laru Beya&lt;/em&gt; – Aurelio [Le chant pour ceux qui partent]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Hard Times », &lt;em&gt;Stone Cold Ohio&lt;/em&gt; – Little Axe [Le chant pour ceux qui partent]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« The Rhythm of the Heat », &lt;em&gt;Peter Gabriel&lt;/em&gt; – Peter Gabriel [Le chant pour ceux qui partent]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Dragonfly », &lt;em&gt;Music Food and Love&lt;/em&gt; – Guo Yue [Le chant pour ceux qui partent]&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;« Nabou », &lt;em&gt;The Balladeer&lt;/em&gt; – Ismaël Lô [Le chant pour ceux qui reviennent]&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowtransparency=&quot;true&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;650&quot; scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;https://www.deezer.com/plugins/player?format=classic&amp;amp;autoplay=false&amp;amp;playlist=true&amp;amp;width=450&amp;amp;height=650&amp;amp;color=e08600&amp;amp;layout=&amp;amp;size=medium&amp;amp;type=playlist&amp;amp;id=4990402624&amp;amp;app_id=1&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous préférez Spotify à Deezer&amp;nbsp;? Pas de souci&amp;nbsp;: vous pouvez retrouver la même playlist &lt;a href=&quot;https://open.spotify.com/playlist/5B2S82g13jCBzkzC4S1KXD&quot;&gt;à cette adresse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>C comme Changing Planes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/31/C-comme-Changing-Planes" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Changing Planes" />
      <id>urn:md5:897fb401bb8101b571e2c3c5ae5bfef3</id>
      <published>2018-10-31T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-10-31T14:53:30+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui apprécie les aéroports&amp;nbsp;? Pas grand-monde, et certainement pas Ursula K. Le Guin qui, avec &lt;strong&gt;Changing Planes&lt;/strong&gt;, propose de changer d'avion… et de plan d'existence, par la même occasion. Un recueil thématique en forme de carnet de voyage, où l'auteure du cycle de Terremer nous emmène faire quinze escales étranges, exotiques et familières…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Changing Planes, recueil pour l’essentiel inédit, Ursula K. Le Guin, illustrations d’Eric Beddows. Ace Books, 2004 [2003]. Poche, 244 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez en voir quelques autres…&amp;nbsp;» Il n’y a rien de plus affreux que les aéroports, ces non-lieux où l’on ne fait que transiter de manière bien inconfortable, avec l’angoisse de louper sa correspondance ou d’avoir quelque autre problème. Ils sont à peine égalés par les avions, exigus au possible. Mais Ursula K. Le Guin a trouvé un moyen d’y couper court. Ou plutôt, l’auteure inégalée du cycle de l’Ekumen a imaginé Sita Dulip, une voyageuse, qui, un jour, a mis au point un moyen de tromper définitivement l’ennui représenté par les aéroports et les avions.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-c-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-c-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n’y a rien de plus triste qu’un jeu de mot intraduisible. En anglais, « avion&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;plan&amp;nbsp;» sont désignés par un homophone&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;plane&amp;nbsp;». Quand Sita Dulip met au point sa méthode (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sita Dulip’s Method&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), elle change moins d’&lt;em&gt;avion&lt;/em&gt; qu’elle change de &lt;em&gt;plan d&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’existence&lt;/em&gt;. Au fil de ce recueil, écrit quand «&amp;nbsp;les misères des voyages aériens étaient entièrement dues aux compagnies qui dirigent les aéroports et les avions, sans la moindre aide de barbus dans des grottes&amp;nbsp;», Ursula K. Le Guin convie le lecteur à l’accompagner au fil d’une quinzaine de voyages sur autant de &lt;em&gt;plans&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des plans qui ressemblent plus ou moins à notre monde, avec toutefois nombre de différences significatives. Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Porridge on Islac&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, première et étonnante excursion du lecteur sur un autre plan, la société locale a mis l’accent sur les sciences «&amp;nbsp;dures&amp;nbsp;» avant de rattraper de façon anarchique son retard du côté de la génétique et de faire… eh bien, un peu n’importe quoi. La narratrice y croise un ours en peluche qui n’en est pas un et une fille croisée avec du maïs. Plusieurs textes ont une dimension critique assez évidente&amp;nbsp;: c’est le cas tout particulièrement de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Great Joy&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, qui tance cette fois le consumérisme, au travers de la description d’un archipel dont les îles correspondent aux fêtes du monde occidental. Les visiteurs ont-ils envie de vraiment connaître l’envers du décors&amp;nbsp;? La narratrice, oui. Comme on peut s’en douter, ce n’est pas joli-joli.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-c-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-c-img1_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;&lt;em&gt;Sita Dulip's Method&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Feeling at home with the Hennebet&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; continue à s’interroger sur l’altérité et la ressemblance, avec un peuple ne faisant pas la distinction entre l’âme et le corps. Ressemblants, les susceptibles Veksi (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Ire of the Veksi&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;) ne le sont pas, tant physiquement (ce sont des quadrupèdes) que mentalement, avec leurs us et coutumes à la fois violents et tendres. Ressemblants, les Frins le sont peut-être davantage (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Social Dreaming of the Frins&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;) mais chez eux, la dissemblance vient des rêves&amp;nbsp;: tout un chacun peut connaître les rêves des autres, qu’ils soient humains ou animaux. Citons encore les habitants du plan de Hegn (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Royals of Hegn&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), pareils à nous… à cette nuance que tout un chacun est membre de la noblesse – voilà une bonne manière d’abolir les classes, si ce n’est que cela pose d’autres problèmes, pas moins épinaux. D’autant que ces nobles ne sont pas mieux que n’importe quel individu lambda. L’un des plus beaux textes sur l’altérité de ce recueil reste tout de même l’avant-dernier, l’unique de&lt;strong&gt;Changing Planes&lt;/strong&gt; traduit en français&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Voltigeurs de Gy&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Soit Gy, un plan dont les habitants sont couverts de plumes. Parmi eux, il pousse des ailes à certains individus au cours de leur adolescence. Ils peuvent voler, oui, mais parfois leurs ailes défaillent… Il est aisé d’appliquer la métaphore à n’importe quelle minorité&amp;nbsp;; c’est la force de l’universalité de ce texte. Les curieux pourront le retrouver au sommaire du &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/revue/bifrost-25&quot;&gt; &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;25&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voici une autre bénédiction qui n’en est pas une&amp;nbsp;: l’immortalité. La nouvelle &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Island of the Immortals&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; voit la narratrice arpenter le plan yendien, à la recherche des immortels. Qu’on se le tienne pour dit, immortel signifie «&amp;nbsp;qui ne meurt pas&amp;nbsp;» et pas autre chose. Pareillement, ne plus dormir est-il une bonne chose&amp;nbsp;? C’est ce que se sont dits les scientifiques d’Ochiri (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Wake Island&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), pour qui dormir est une perte de temps. L’idée de base m’a rappelé &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/l-une-reve-l-autre-pas_7511&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’une rêve, l’autre pas&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Nancy Kress mais Le Guin en tire un autre développement, plus bref mais pas moins terrifiant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-c-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-c-img3_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;&lt;em&gt;Feeling at home with the Hennebet&lt;/em&gt; (vous ne trouvez pas que l'un des personnages ressemble étrangement à l'auteure ?)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les plans ne ressemblent pas forcément à la Terre. Dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Seasons of the Ansarac&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la narratrice visite un monde plus éloigné de son soleil, de sorte que les saisons y durent vingt-quatre ans. Les Ansaracs vivent généralement trois ans, au fil d’une existence faite de migration, du sud au nord du continent unique et inversement. En quoi consiste alors une vie d’Ansarac&amp;nbsp;? C’est ce que le dernier d’entre eux racontent aux voyageurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En parlant de raconter, et donc de parler&amp;nbsp;: le langage a son importance dans deux récits. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Silence of the Asonu&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; nous présente un peuple, les Asonu, dont les adultes abandonnent le langage oral. Est-ce inné&amp;nbsp;? Ou bien une tradition culturelle&amp;nbsp;? Si un Asonu adulte s’exprime, alors chacune de ses paroles sera disséquée à n’en plus finir par les linguistes humains. Disséquer une langue, voilà qui est difficile avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Nna Moy Language&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: imaginez un monde bucolique, à la limite de l’ennui tant rien ne peut y causer le moindre risque&amp;nbsp;; ses habitants parlent une langue où chaque syllabe est porteuse de plusieurs sens, où chaque lettre voit sa prononciation influencée par les caractères précédents et suivants. Une langue fluide au possible. Ce sont là deux superbes récits sur le thème du langage et de la communication.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-c-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-c-img2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;&lt;em&gt;Confusion of the Uñi&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les plans et leurs habitants ne sont pas étrangers à la violence ni aux affres qui nous caractérisent. Prenez Qoq et ses deux races&amp;nbsp;: l’une a fichu en l’air l’écosystème des milliers d’années plus tôt&amp;nbsp;; l’autre, auparavant réduite en esclavage par la première, a survécu mais certains de ses membres persistent à construire, depuis des siècles, un étrange bâtiment qui ne leur est pas destiné (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Building&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;). &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Woeful Tales from Mahigul&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; propose trois récits issus de ce plan, trois récits tragiques comme l’indique le titre&amp;nbsp;; on retiendra notamment cette histoire où deux villes se font la guerre jusqu’à quasiment s’autodétruire. Et devenir de hauts lieux touristiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Confusion of Uñi&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; conclut &lt;strong&gt;Changing Planes&lt;/strong&gt;. Curieuse conclusion, qui voit la narratrice faire une expérience de réalité virtuelle qui la laisse… eh bien, confuse. Les derniers paragraphes jettent le doute sur les voyages interplanaires. À bien y repenser, cela vaut-il mieux que les voyages en avion&amp;nbsp;? Le confort proposé par l’agence interplanaire n’équivaut-il pas, en fin de compte, à celui d’un aéroport lambda&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-c-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-c-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On l’aura compris, &lt;strong&gt;Changing Planes&lt;/strong&gt; forme un recueil thématique des plus cohérents, quasiment un fix-up – rien à voir avec l’aspect best-of des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/05/4-comme-Les-Quatre-Vents-du-Desir&quot;&gt; &lt;strong&gt;Quatre vents du d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ésir&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; ou de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/03/W-comme-The-Wind-s-Twelve-Quarters&quot;&gt; &lt;strong&gt;Aux douze vents du monde&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Ursula K. Le Guin y endosse sa tenue d’anthropologue pour guider son lecteur à travers ces plans, en autant de vignettes offrant des aperçus de mondes aussi étranges que familiers. C’est doux et tendre. L’auteure s’y fait discrète, intervenant à la marge dans les récits, préférant souvent raconter ce que les autres lui ont dit. Pour ne rien gâcher, les illustrations d'Eric Beddows, qui parsèment le livre, sont des plus réussies.(Le lecteur curieux pourra les admirer &lt;a href=&quot;http://www.ursulakleguin.com/EricBeddows/&quot;&gt;sur le site de l'auteure&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’imagine bien Ursula K. Le Guin, coincée interminablement dans un aéroport, laisser voguer son imagination loin de ce non-lieu fait de verre et d’acier et peuplé pour l’essentiel de gens en transit, et imaginer ces plans, avec poésie et malice. Beau et poétique, avec une once de satire, &lt;strong&gt;Changing Planes&lt;/strong&gt; s’avère une lecture plaisante, que l’on picore volontiers dans les transports en commun, en rêvant d’ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d'occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>B comme Bleue comme une orange</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/30/B-comme-Bleue-comme-une-orange" rel="alternate" type="text/html" title="B comme Bleue comme une orange" />
      <id>urn:md5:658ab3b30bb252821e16a20f405133d7</id>
      <published>2018-10-30T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-10-30T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Pourquoi la planète est comme une nymphomane&amp;nbsp;? – Plus facile à chauffer qu’à refroidir.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Alors qu'on nous prédit un réchauffement climatique qui fera paraître tempérée la canicule de l'été 2018, relire &lt;strong&gt;Bleue comme une orange&lt;/strong&gt; de Norman Spinrad, vingt ans après sa publication originale, tient de la nécessité. L'auteur américain y propose moins une &lt;em&gt;climate fiction&lt;/em&gt; qu'un roman questionnant l'esthétique du faux…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Bleue comme une orange [Greenhouse Summer], Norman Spinrad, roman traduit de l’anglais par Rolanc C. Wagner. J’ai lu, coll. «&amp;nbsp;Science-fiction&amp;nbsp;», 2004 [1999, 2001 pour la première édition française]. Poche, 384 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Une blague de climatologue&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Pourquoi la planète est comme une nymphomane&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Plus facile &lt;/em&gt; &lt;em&gt;à chauffer qu’à refroidir.&lt;/em&gt; &amp;nbsp;» (p. 279)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La température moyenne de surface de la Terre est de 11,85&amp;nbsp;°C. À vue de nez, ce n’est pas grand-chose&amp;nbsp;: une petite dizaine de degrés au-dessus du point de congélation. De quoi mettre une petite laine quand on sort. Et 26,85&amp;nbsp;°C, c’est quoi sinon une agréable température estivale. Sauf qu’une température &lt;em&gt;moyenne&lt;/em&gt; du globe terrestre de 26,85&amp;nbsp;°C conduirait — d’après &lt;a href=&quot;http://https/www.futura-sciences.com/planete/actualites/terre-chaleur-echappe-terre-mais-jusqua-73002/&quot;&gt; les récents calculs d’une équipe du MIT &lt;/a&gt; – à l’évaporation des océans, à un effet d’étuve, et donc un emballement catastrophique du climat menant à ce que certains appellent la condition Vénus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais si, vous savez, Vénus, cette charmante planète où la température moyenne de surface est de 462&amp;nbsp;°C.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-b-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-b-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La condition Vénus, c’est ce que tentent d’éviter les protagonistes de &lt;strong&gt;Bleue comme une orange&lt;/strong&gt;, roman de Norman Spinrad paru voici quasiment vingt ans. Un roman qui semble s’inscrire dans le même contexte climato-désastreux de &lt;strong&gt;Continent perdu&lt;/strong&gt;, novella rééditée en 2013 par le Passager clandestin, proposant la visite d’une ville de New York engloutie. À vrai dire, le pitch de &lt;strong&gt;Bleue comme une orange&lt;/strong&gt; – un joli titre dont la poésie le dispute à la métaphore effrayante – paraît aujourd’hui plus actuel que jamais. Nous voici chez Spinrad à la fin du XXIe siècle et notre planète s’est séjà salement réchauffée&amp;nbsp;: certaines zones désertiques sont désormais inhabitables (même si certains fous envisagent de construire des dômes Fuller en plein Sahara), d’autres le sont en devenir et portent le nom évocateur de Terres des Damnés. La Sibérie est un paradis tempéré et à Paris, il fait chaud en mars comme si c’était le mois d’août&amp;nbsp;; d’ailleurs, des alligators font trempette dans la Seine. C’est justement dans la capitale hexagonale que doit avoir lieu la prochaine Conférence Annuelle sur la Stabilisation du Climat – CONASC pour les initiés –, la «&amp;nbsp;réponse typique des Nations unies à la panique de la Condition Vénus&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le Dr Allison Larabee avait produit un modèle climatique destiné à démontrer que si l’on arrêtait pas le réchauffement, celui-ci pourrait, à partir d’un certain point, devenir exponentiel, transformant la Terre en un clone de Vénus, avec une température de six cents degrés, en un laps de temps inférieur à l’espérance de vie des enfants déjà nés. Mais bien sûr, ces derniers ne survivraient pas pour voir ça.&amp;nbsp;» (p. 50)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Joie, bonheur et confiance sans faille en l'avenir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Les modèles climatiques, voilà tout l’enjeu de cette sixième édition de la CONASC. Dans cet avenir pas super enviable, il y a les Verts, partisans de vivre avec le réchauffement, et les Bleus, ceux qui sont déterminés à refroidir la Terre. Une nécessité d’autant plus grande si la Terre menace de basculer dans la Condition Vénus. Si. Cela n’a rien d’une certitude. Sauf que les Bleus – ou plutôt la Grande Machine Bleue –, ce sont «&amp;nbsp;un ensemble d’entreprises capitalistes ressuscitées&amp;nbsp;» (p. 185), que d’aucuns considèrent comme des «&amp;nbsp;connards malfaisants [qui] ne sont pas très bons quand il s’agit de se préserver. Considérant que c’est raison principale qui fait d’eux connards&amp;nbsp;» (p. 334&amp;nbsp;; non, je n’ai pas oublié les articles, c’est le personnage qui s’exprime ainsi) Et personne ne se leurre&amp;nbsp;: les Bleus veulent refroidir la Terre parce que vendre leurs technologies (miroirs orbitaux, générateurs de nuages, génie génétique et autres trucs du genre) leur rapportera un pognon de dingues. Eh, s’il y a moyen de se faire du fric, pourquoi s’en priver&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voici deux sous-fifres&amp;nbsp;: d’un côté, Monique Calhoun, qui bosse pour l’entreprise de relations publiques &lt;em&gt;Panem &amp;amp; Circenses&lt;/em&gt;, au service de la Grande Machine Bleue dans le cadre de la CONASC&amp;nbsp;; de l’autre, le prince Eric Esterhazy, membre des Mauvais Garçons – un syndicat de cartels mafieux avec une stricte ligne déontologique, des gens ayant curieusement à cœur la survie de la planète –, playboys oisif qui gère une péniche, &lt;em&gt;La Reine de la Seine&lt;/em&gt;. L’esquif doit accueillir les climatologues à l’issue des conférences. Charge à Monique et Esterhazy de jouer un jeu de dupe (quitte à donner – non sans déplaisir – de leur personne) pour parvenir à dérober l’un à l’autre des renseignements. Du genre&amp;nbsp;: la Condition Vénus est-elle réelle ou bien s’agit-il d’une mise en scène, d’un &lt;em&gt;disney&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-b-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-b-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le roman adopte un cadre restreint&amp;nbsp;: l’essentiel se déroule dans les coursives et les alcôves de la &lt;em&gt;Reine de la Seine&lt;/em&gt;, sur une durée réduite. Au programme, sexe, drogues, pas vraiment de rock’n’roll mais des discussions (beaucoup de discussions&amp;nbsp;: le roman est bavard) et des confessions sur l’oreiller. Enfin, pas forcément sur l’oreiller mais vous avez l’idée. L’ensemble, en dépit des enjeux déprimants et du portrait calamiteux de ceux prêts à tout pour préserver leur pré carré, s’avère relativement léger et plein d’humour – en particulier du côté du prince Esterhazy et de ses démêlés avec son épouvantable mère et l’IA embarquée de la péniche. Sans oublier Stella et Ivan Marenko, deux Sibériens richissimes et excentriques, aux intentions difficiles à cerner – participer à sauver la Terre ou bien préserver leur Sibérie dorée&amp;nbsp;? Lent à démarrer, le roman s’avère fascinant à plus d’un titre mais pas pour les raisons qu’on imagine de prime abord.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Non, &lt;strong&gt;Bleue comme une orange&lt;/strong&gt; ne fournira pas de solution pour aborder sereinement (ou non) la suite de ce XXIe siècle, mais Norman Spinrad y dénonce avec une ironie réjouissante les mécanismes du capitalisme, jamais à court d’idées pour empocher de l’argent. De fait, le principal objet du roman concerne bien les méthodes de dissimulation, choses que Spinrad appelle &lt;em&gt;disneys&lt;/em&gt; —des &lt;em&gt;fakes&lt;/em&gt;, comme on dirait maintenant. Dans la &lt;em&gt;Reine de la Seine&lt;/em&gt;, rien n’est vrai — de la décoration des alcôves aux sentiments —, tout se falsifie. Les modèles eux-mêmes sont sujets à débats et la seule chose certaine qui reste en fin de compte n’est peut-être que l’incertitude. On pourra se reporter avec profit à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2009/09/08/Norman-Spinrad-etre-ou-ne-pas-etre-un-disney&quot;&gt;l'article que consacrait Sylvie Denis à ce roman&lt;/a&gt; dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 25.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-b-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-b-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour en revenir à ce qui nous attend&amp;nbsp;: le gouvernement américain a admis tout récemment la hausse moyenne des températures de 4&amp;nbsp;°C d’ici la fin du XXIe siècle. Allez, encore un peu et on s’approche des températures régnant lors du maximum thermique du Paléocène-Éocène, où les températures moyennes étaient supérieures d’une dizaine de degrés. Encore un peu plus et… Avez-vous remarqué qu’on évoque toujours la fin de ce siècle mais pas les siècles prochains&amp;nbsp;? Comme si envisager un XXIIe siècle était dépourvu d’objet, comme s’il ne risquait pas de rester grand-monde pour fêter la Saint-Sylvestre le 31 décembre 2100…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant de cuire à l’étuvée, relire Norman Spinrad ne fera pas de mal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme L'Arche de Monsieur Servadac</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/29/A-comme-L-Arche-de-Monsieur-Servadac" rel="alternate" type="text/html" title="A comme L'Arche de Monsieur Servadac" />
      <id>urn:md5:4041e1b081c0044180a7097e928371b5</id>
      <published>2018-10-29T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-10-29T13:48:20+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons notre exploration de l’attachante filmographie de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=Karel+Zeman&quot;&gt;Karel Zeman&lt;/a&gt;, ce réalisateur tchèque qu’il n’est pas exagéré de qualifier de magicien tant ses œuvres, mariant les techniques, sont de petites merveilles d’inventivité, de poésie et d’humour… Au programme de ce billet, les deux derniers films en prises de vue réelles : &lt;strong&gt;L'Arche de monsieur Servadac&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Dirigeable volé&lt;/strong&gt;, l'un et l'autre d'après Jules Verne.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Arche de monsieur Servadac [Na kometě], Karel Zeman (1970). N&amp;amp;B colorisé, 74 minutes.&lt;br /&gt;
Le Dirigeable volé [Ukradená vzducholod], Karel Zeman (1967). N&amp;amp;B colorisé, 84 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons notre exploration de l’attachante filmographie de Karel Zeman, ce réalisateur tchèque qu’il n’est pas exagéré de qualifier de magicien tant ses œuvres, mariant les techniques, sont de petites merveilles d’inventivité, de poésie et d’humour…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Objet de ce présent billet, ses deux derniers films en prises de vues réelles, &lt;em&gt;L’Arche de monsieur Servadac&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Dirigeable volé&lt;/em&gt;, qui ont également en commun d’être des adaptations de Jules Verne – respectivement&lt;strong&gt;Hector Servadac&lt;/strong&gt; (1877) et &lt;strong&gt;Deux Ans de Vacances&lt;/strong&gt; (1888). On savait Zeman amateur de Jules Verne&amp;nbsp;: son premier long-métrage,&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/21/V-comme-Voyage-dans-la-prehistoire&quot;&gt;&lt;em&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1955) possédait déjà une charmante atmosphère vernienne, et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/02/I-comme-L-Invention-diabolique&quot;&gt; &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Invention diabolique&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1957) adaptait &lt;strong&gt;Face au drapeau&lt;/strong&gt; avec une esthétique donnant vie aux gravures de Léon Benett et Édouard Riou pour les éditions Hetzel. J’ai entamé ce nouveau tour d’Abécédaire en évoquant les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/10/19/10-comme-La-Dixieme-Planete&quot;&gt; dixièmes planètes&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L’Arche de monsieur Servadac&lt;/em&gt; en présente une, entrant dans la catégorie des astres vagabonds (à la manière du &lt;strong&gt;Vagabond&lt;/strong&gt; de Fritz Leiber, pour ne citer que l’œuvre la plus évidente sur ce thème).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-arche-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-arche-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’année est 1888. Dans un pays lambda du Maghreb, les puissances coloniales françaises, espagnoles et anglaises se livrent une guéguerre d’influence, sans oublier les velléités de révolte de sheikhs locaux. Servadac, géomètre de l’Armée française, s’en fiche un peu&amp;nbsp;: il préfère rêvasser, et ses rêveries l’amènent à voir en particulier une jeune femme, dont il a vu l’image sur une carte postale. Or, le jour où il tombe à l’eau du haut d’une falaise, quelle n’est pas sa surprise d’être secouru par ladite jeune femme. Angelika, c’est son nom, fuyait justement le navire où elle était retenue prisonnière, destinée à être vendue à un sheikh. Et voilà qu’un astre fait son apparition dans le ciel&amp;nbsp;? Une comète&amp;nbsp;? Plus précisément une planète vagabonde, dont l’attraction arrache Servadac, Angelika et les habitants de cette ville orientale à la Terre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-arche-img03.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-arche-img03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-arche-img03_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hector Servadac…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-arche-img04.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-arche-img04.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-arche-img04_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;… et Angelika.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nouveau monde, et donc nouvelles coutumes… Les uns renoncent aux armes, d’autant plus volontiers que la faune locale – des dinosaures&amp;nbsp;! – s’avère insensible aux armes à feu mais pas au tintamarre des casseroles. Les autres renoncent à l’argent lorsque leur errante planète d’exil risque d’entrer en collision avec Mars&amp;nbsp;: à quoi ça sert, tous ces billets, face à la fin du monde&amp;nbsp;? Autant s’envoyer en l’air. Et, pendant ce temps, Servadac et Angelika tentent de vivre leur idylle. Hélas, la planète vagabonde se rapproche à nouveau de la Terre…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-arche-img02.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-arche-img02.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-arche-img02_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;N’ayant pas lu &lt;strong&gt;Hector Servadac&lt;/strong&gt; de Jules Verne, je serai bien en peine d’évaluer le travail d’adaptation de Zeman. Le motif de base semble être le même&amp;nbsp;: une «&amp;nbsp;comète&amp;nbsp;» passe non loin de la Terre et quelques représentants humains de différentes nations se retrouvent dessus, tâchant de passer outre leurs différences avant de laisser leurs travers reprendre le dessus. Une chose est sûre&amp;nbsp;: le cinéaste tchèque apporte ici ses propres marottes, à savoir la primauté de l’amour face aux querelles stupides. Les soldats français sont stupides et les Anglais le sont davantage, obnubilés par Sa Majesté absente&amp;nbsp;; l’Espagnol passe son temps à comploter, de même que le sheikh. La fibre antimilitariste et antinationaliste de Zeman, déjà présente dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/03/J-comme-A-Jester-s-Tale&quot;&gt; &lt;em&gt;Chroniques d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’un fou&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, revient ici avec encore plus de force. Il n’y a guère que Servadac, rêveur et utopiste, pour tirer le meilleur parti de ce changement de cadre. Hélas, la fin (conforme à celle du roman de Verne) ramènera tout le monde à la réalité. Si Emil Horváth s’en sort bien dans le rôle de l’ingénu géomètre, c’est la ravissante Magda Vásáryová, interprétant Angelika, qui lui vole la vedette. (Anecdote accessoire&amp;nbsp;: au début des années 90, Magda Vásáryová a délaissé son métier d’actrice pour devenir ambassadrice de la Tchécoslovaquie en Autriche et d’être candidate à l’élection présidentielle slovaque de 1999.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-arche-img05.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-arche-img05.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-arche-img05_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Visuellement, Zeman s’inspire ici des cartes postales de la fin du XIXe siècle pour mettre en image &lt;strong&gt;Hector Servadac&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-arche-img01.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-arche-img01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-arche-img01_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme à l’accoutumée, le film est tournée en noir et blanc puis recolorisé, chaque dominante colorée ayant une fonction expressive (ton jaune la plupart du temps, ton rouge lors des moments de tension)&amp;nbsp;; Zeman fait un usage intensif du matte painting pour donner ce rendu si particulier, où les prises de vue réelles se fondent naturellement avec les décors dessinés. On frôle la perfection. Allez, s’il faut trouver un défaut, il y en a bien un, mineur&amp;nbsp;: seuls les dinosaures pèchent un peu, par rapport à la qualité de ceux peuplant &lt;em&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/em&gt; – certes, l’ambition n’est pas la même. La leçon de choses du &lt;em&gt;Voyage…&lt;/em&gt; laisse ici la place à une satire pleine d’aventure&amp;nbsp;; les traits d’humour font mouche, et le film s’avère un régal de tous les instants, présence de ridiculosaures ou non.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-arche-img06.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-arche-img06.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-arche-img06_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La marche du progrès, droit vers la bipédie…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-dirigeable-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-dirigeable-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Trois ans avant &lt;em&gt;L’Arche de monsieur Servadac&lt;/em&gt;, Karel Zeman avait donc tourné une autre adaptation de Jules Verne&amp;nbsp;:&lt;em&gt;Le Dirigeable volé&lt;/em&gt; s’inspire de &lt;strong&gt;Deux ans de vacances&lt;/strong&gt; avec des inspirations tirées de &lt;strong&gt;L’Île mystérieuse&lt;/strong&gt;. Le dirigeable du titre, c’est celui qui est exposé dans cette foire ayant lieu à Prague en cette fin du XIXe siècle et qui a pour mérite – aux dires de son inventeur – d’être empli d’un gaz ininflammable.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-dirigeable-img02.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-dirigeable-img02.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-dirigeable-img02_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-dirigeable-img03.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-dirigeable-img03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-dirigeable-img03_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cinq garçons issus d’horizons différents – l’un est un gamin normal, un autre le fils d’un magistrat, deux sont des forains, etc. – s’y rencontrent, se lient d’amitié… et suite à un concours de circonstances, embarquent à bord du dirigeable et larguent les amarres. Dirigeable, l’aéronef cesse bien vite de l’être quand les gamins jettent l’équipement de navigation lorsqu’ils sont poursuivis par un voilier aérien (un ballon mus par des voiles-rames, ça en fait un voilier, non&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-dirigeable-img04.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-dirigeable-img04.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-dirigeable-img04_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui sait où les mènera leur odyssée&amp;nbsp;?… Dans le même temps, la société pragoise est en émoi&amp;nbsp;: un procès a lieu pour déterminer les responsabilités du vol de l’aérostat. Et pour ne rien arranger, une puissance étrangère souhaite mettre la main sur la formule du gaz ininflammable et envoie son meilleur espion pour la dérober à l’inventeur. Aventures et quiproquos s’ensuivent…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dès les premières images, avec cette succession de vignettes en animation montrant l'Autorité parentale en butte à l'envie de liberté et d'amusement à travers les âges — apparence graphique à l'avenance. Karel Zeman dénonce le rigorisme paternel&amp;nbsp;: &lt;em&gt;fais pas ci, fais pas ça&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; C’est bien par soif de liberté que les cinq gamins jouent les filles de l’air, et leur voyage sera formateur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-dirigeable-img01.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-dirigeable-img01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-dirigeable-img01_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Fais pas ci ! Fais pas ça !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pendant ce temps, la bonne société pragoise se couvre de ridicule et les tentatives d’espionnage sont tournées en dérision. À vrai dire, &lt;em&gt;Le Dirigeable volé&lt;/em&gt; marie deux films en un&amp;nbsp;: le premier semble dans la droite lignée de &lt;em&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/em&gt;, la dimension didactique en moins&amp;nbsp;; le second est une amusante satire, dans la lignée des autres longs-métrages du réalisateur tchèque. L’ensemble s’avère un brin bancal&amp;nbsp;: l’aventure des enfants est réduite à la portion congrue dans la première moitié du film, dommage. Néanmoins, l’ensemble demeure des plus attachants et emporte l’adhésion. Et Zeman, outre ses talents d’incroyables faiseurs, possède aussi celui d’inviter à l’indulgence.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-dirigeable-img05.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-dirigeable-img05.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-dirigeable-img05_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-a-dirigeable-img07.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-a-dirigeable-img07.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol10-a-dirigeable-img07_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un maître-espion, équipé de tous ses gadgets pour passer inaperçu&amp;nbsp;!&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Visuellement, &lt;em&gt;Le Dirigeable volé&lt;/em&gt; ne recèle que peu de surprises pour qui a vu les autres longs-métrages de Zeman – si ce n’est que le Tchèque ne se base pas cette fois sur un style graphique bien spécifique. Qu’importe. La même magie est à l’œuvre, mélangeant avec bonheur &lt;em&gt;matte painting&lt;/em&gt;, dessin animé, papiers découpés et prises de vue réelles. Un cran en dessous de &lt;em&gt;L’Invention diabolique&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;L’Arche…&lt;/em&gt; évoquée plus haut, ce &lt;em&gt;Dirigeable volé&lt;/em&gt; n’en reste pas moins une aventure plaisante pleine d’émerveillement. Et c’est en cela que Zeman, même en mode mineur, demeure grand.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en DVD&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Bibliographie de Theodore Sturgeon</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/26/Bibliographie-de-Theodore-Sturgeon" rel="alternate" type="text/html" title="Bibliographie de Theodore Sturgeon" />
      <id>urn:md5:ce81d965c567ba078d15e0b73e79dbc0</id>
      <published>2018-10-26T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-10-26T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Bibliographie</dc:subject>
                    <dc:subject>Alain Sprauel</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dans la mesure où la nouvelle est un art, Sturgeon est le nouvelliste américain par excellence. Qu’il écrive de la science-fiction relève d’un magnifique accident.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Voilà ce que disait Samuel Delany au sujet de l'auteur de &lt;strong&gt;Cristal qui songe&lt;/strong&gt;. Nouvelliste aussi précieux que paradoxalement prolifique, Theodore Sturgeon voit ici son œuvre passée au crible de notre bibliographe fou, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/alain-sprauel/&quot;&gt;Alain Sprauel&lt;/a&gt;, pour compléter le numéro &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-92&quot;&gt;92&lt;/a&gt; de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; lui rendant hommage en ce centenaire de sa naissance…&lt;/p&gt; &lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Romans&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;R.01. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dreaming Jewels&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Greenberg, 1950. [Autre titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Synthetic Man&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;]. [Version remaniée de N090].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cristal qui songe&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d'Alain Glatigny).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Hachette/Gallimard, 1952 (Le rayon fantastique, [n°&amp;nbsp;8]).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Cristal qui songe/Les plus qu'humains&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1969 [F.01].&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1970 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;369). Nombreuses réimp.&lt;br /&gt;
4) Paris&amp;nbsp;: E.J.L., 1999 (Librio, n°&amp;nbsp;296).&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. révisée par Pierre-Paul Durastanti).&lt;br /&gt;
3bis) Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 2018 (n°&amp;nbsp;369).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-r01.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-r01.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.02. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Unbegotten Man&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Greenberg, annoncé en 1950, mais jamais paru. [Contenant N163].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.03. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;More Than Human&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Farrar, Straus &amp;amp; Young, 1953. [Roman/recueil composé de N115, N116 &amp;amp; N117].&lt;br /&gt;
• International Fantasy 1954 (fiction)&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les plus qu'humains&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Chrestien).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Hachette/Gallimard, 1957 (Le rayon fantastique, [n°&amp;nbsp;45]).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Cristal qui songe/Les plus qu'humains&lt;/em&gt;, recueil, opta, 1969 [F.01].&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1970 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;355). Nombreuses réimp.&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-r02.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-r02.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.04. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The King &amp;amp; Four Queens&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Dell, 1956. [Novélisation du film éponyme réalisé par Raoul Walsh sorti en France sous le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le roi &amp;amp; quatre reines&lt;/em&gt;, d'après un scénario de Richard Allan Simmons &amp;amp; Margaret Fitts]. [Non SF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.05. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;I, Libertine&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Ballantine, 1956. [En collaboration avec Jean Shepherd, sous le pseudonyme commun de Frederick R. Ewing]. [Non SF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.06. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Cosmic Rape&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Dell, 1958. [Version étendue de N151].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le viol cosmique&amp;nbsp;» (trad. de Georges H. Gallet)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Killdozer/Le viol cosmique&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1971 [F.02].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.07. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Venus Plus X&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Pyramid, 1960. [Une version (antérieure&amp;nbsp;?) est parue en 4 parties in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;New Worlds Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier à avril 1961].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Vénus plus X&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jean-Pierre Carasso)&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Champ Libre, 1976 (Chute libre, n°&amp;nbsp;11).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Jean-Claude Lattès, 1980 (Titres/SF, n°&amp;nbsp;26).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-r07.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-r07.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.08. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Voyage to the Bottom of the Sea&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Pyramid, 1961. [Novélisation du film éponyme réalisé par Irwin Allen sorti en France sous le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le sous-marin de l'apocalypse&lt;/em&gt;, d'après un scénario d'Irwin Allen &amp;amp; Charles Bennett].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.09. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Some of Your Blood&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Ballantine, 1961.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Un peu de ton sang&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d'Odette Ferry)&lt;br /&gt;
1) In anthologie&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires à faire peur.&lt;/em&gt; a) Paris&amp;nbsp;: Robert Laffont, 1965 (Série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;). b) Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1967 (Le livre de poche/ &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;2203). Les réimpressions de ce livre, à partir de 1975, ne contiennent plus ce titre. [Sommaire français établi par Maurice-Bernard Endrèbe, d’après l’anthologie originale composée par Robert Arthur].&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Télémaque, 2008 (Entailles). [Suivi de N130].&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Gallimard, 2010 (Folio SF, n°&amp;nbsp;361). [Suivi de N130].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-r09.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-r09.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.10. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Player on the Other Side&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Random House, 1963. [Sous le pseudonyme d'Ellery Queen]. [Non SF].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L'adversaire&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Denise Yankiver &amp;amp; Gérard de Chergé).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: pac, 1978 (Red Label).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1989 (Policier, n°&amp;nbsp;2690).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-r10.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-r10.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.11. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Rare Breed&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Greenwich, CT&amp;nbsp;: Fawcett Gold Medal, 1966. [Novélisation du film éponyme réalisé par Andrew V. McLaglen sorti en France sous le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Rancho Bravo&lt;/em&gt;, d'après un scénario de Ric Hardman]. [Non SF].&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Livres posthumes&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;R.13. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Godbody&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Donald I. Fine, 1986. [Écrit vers 1968].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.14. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Joy Machine&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Pocket, 1996. [Cycle&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;]. [Novélisation de James E. Gunn, d'après une histoire de Sturgeon écrit vers 1967].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La machine à bonheur&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Prudence Bakouny).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1) Paris&amp;nbsp;: Fleuve Noir, 1998 (Star Trek, n°&amp;nbsp;50).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Recueils originaux&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;C.01. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Without Sorcery&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Philadelphia, PA&amp;nbsp;: Prime/Schumann Press, 1948. [Recueil composé de N035, N030, N036, N034, N039, N054, N019, N031, N046, N045, N032, N061 &amp;amp; N038]. [Voir aussi C.11].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.02. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;E Pluribus Unicorn&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Abelard Press, 1953. [Recueil composé de N111, N072, N063, N102, N104, N069, N114, N084, N062, N100, N083, N059 &amp;amp; N110].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.03. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Caviar&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Ballantine, 1955. [Recueil composé de N130, N038, N050, N082, N047, N060, N093 &amp;amp; N129].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.04. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;A Way Home&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Funk &amp;amp; Wagnalls, 1955. [Recueil composé de N077, N094, N057, N126, N105, N085, N087, N067, N125, N064 &amp;amp; N103]. [Voir aussi C.05 &amp;amp; C.06].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.05. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;A Way Home&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Pyramid, 1956. [Recueil composé de N077, N094, N057, N126, N087, N067, N125, N064 &amp;amp; N103]. [Réédition partielle de C.04].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.06. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Thunder &amp;amp; Roses&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Londres&amp;nbsp;: Michael Joseph, 1957. [Recueil composé de N057, N105, N085, N087, N067, N125, N064 &amp;amp; N103]. [Réédition partielle de C.04].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.07. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;A Touch of Strange&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Garden City, NY&amp;nbsp;: Doubleday, 1958. [Recueil composé de N146, N147, N109, N145, N112, N143, N144, N148 &amp;amp; N149]. [Voir aussi C.08].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.08. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;A Touch of Strange&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Berkley, 1958. [Recueil composé de N112, N109, N145, N147, N148, N149 &amp;amp; N144]. [Réédition partielle de C.07].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.09. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Aliens 4&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Avon, 1959. [Recueil composé de N052, N122, N150 &amp;amp; N143].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.10. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Beyond&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Avon, 1960. [Recueil composé de N158, N073, N042, N066, N051 &amp;amp; N157].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.11. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Not Without Sorcery&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Ballantine, 1961. [Recueil composé de N030, N036, N039, N019, N031, N046, N045 &amp;amp; N032]. [Réédition partielle de C.01].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.12. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Sturgeon in Orbit&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Pyramid, 1964. [Recueil composé de N119, N107, N095, N127 &amp;amp; N098].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Roland Delouya). [Même contenu].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Denoël, 1977 (Présence du futur, n°&amp;nbsp;231).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1991 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;3074).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-c12.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-c12.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.13. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;…And My Fear is Great… &amp;amp; Baby Is Three&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Magabook/Galaxy, 1965. [Recueil composé de N105 &amp;amp; N101].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.14. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Joyous Invasion&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. London&amp;nbsp;: Victor Gollancz, 1965. [Recueil composé de N151, N150 &amp;amp; N132].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.15. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Starshine&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Pyramid, 1966. [Recueil composé de N028, N037, N039, N104, N146 &amp;amp; N160].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.16. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Sturgeon Is Alive and Well…&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: G.P. Putnam's, 1971. [Recueil composé de N123, N176, N174, N182, N180, N175, N169, N173, N172, N181, N177 &amp;amp; N179].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.17. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Worlds of Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Ace, 1972. [Recueil composé de e.a, N135, N070, N079, N152, N139, N065, N034, N061 &amp;amp; N054].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Michel Deutsch). [Recueil composé de e.a, N135, N079, N152, N139, N065, N061 &amp;amp; N054].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1978 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;829). Nombreuses réimp.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-c17.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-c17.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C.18. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Sturgeon's West&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Garden City, NY&amp;nbsp;: Doubleday, 1973. [Recueil composé de N071, N084, N122, N140, N155, N192 &amp;amp; N193]. [En collaboration avec Don Ward].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.19. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;To Here and the Easel&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. London&amp;nbsp;: Victor Gollancz, 1965. [Recueil composé de N123, N135, N070, N079, N152 &amp;amp; N034].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.20. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Case and the Dreamer&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Garden City, NY&amp;nbsp;: Nelson Doubleday/ Science Fiction Book Club, 1974. [Recueil composé de N188, N168 &amp;amp; N163].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.21. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Cosmic Rape &amp;amp; &quot;To Marry Medusa&quot;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Boston, MA&amp;nbsp;: Gregg, 1977. [Recueil composé de R.06 &amp;amp; N151].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.22. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Visions &amp;amp; Venturers&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Dell, 1978. [Recueil composé de N049, N081, N167, N133, N108, N086, N109 &amp;amp; N096].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.23. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Maturity&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Minneapolis, MN&amp;nbsp;: Rune, 1979. [Recueil composé de N061, N125 &amp;amp; N152].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.24. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Stars Are the Styx&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Dell, 1979. [Recueil composé de N161, N092, N118, N120, N124, N136, N139, N091, N185 &amp;amp; N186].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.25. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Golden Helix&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Garden City, NY&amp;nbsp;: Nelson Doubleday/Science Fiction Book Club, 1979. [Recueil composé de N121, N154, N142, N113, N105, N035, N135, N106, N041 &amp;amp; N189].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.26. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Alien Cargo&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Bluejay, 1984. [Recueil composé de N030, N032, N036, N038, N045, N046, N047, N081, N093, N096, N109, N129, N130 &amp;amp; N133].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.27. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;A Touch of Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Londres&amp;nbsp;: Simon &amp;amp; Schuster, 1987. [Recueil composé de N052, N100, N112, N121, N124, N142, N144 &amp;amp; N176].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.28. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;To Marry Medusa&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Bean, 1987. [Recueil composé de R.06 &amp;amp; N052].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.29. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dreaming Jewels/The Cosmic Rape/Venus Plus X&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Book Of the Month Club/Quality Paperback Books Club, 1990. [Recueil composé de R.01, R.06 &amp;amp; R.07].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.30. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; The Ultimate Egoist: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 1 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 1995. [Recueil composé de N001, N127, N059, N062, N208, N209, N210, N211, N212, N213, N002, N003, N004, N005, N012, N006, N007, N008, N020, N009, N010, N011, N214, N013, N018, N014, N015, N215, N016, N017, N191, N018, N216, N063, N028, N029, N021, N217, N022, N024, N025, N026, N027, N035, N030, N031 &amp;amp; N023].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.31. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Microcosmic God: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 2 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 1996. [Recueil composé de N032, N034, N041, N046, N218, N219, N038, N037, N033, N036, N042, N040, N039, N043, N044, N045, N048 &amp;amp; N220].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.32. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Killdozer!: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 3 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 1996. [Recueil composé de N060, N047, N050, N051, N049, N052, N073, N221, N222, N164, N223, N053, N055, N054 &amp;amp; N057].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.33. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Thunder &amp;amp; Roses: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 4 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 1997. [Recueil composé de N061, N064, N065, N066, N067, N069, N224, N068, N071, N126, N076, N075, N070, N072, N103 &amp;amp; N225].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.34. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; The Perfect Host: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 5 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 1998. [Recueil composé de N226, N114, N077, N078, N074, N079, N081, N083, N227, N084, N080, N085, N082, N089, N086, N088 &amp;amp; N087].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.35. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Baby Is Three: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 6 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 1999. [Recueil composé de N093, N091, N092, N095, N094, N096, N097, N098, N099, N100 &amp;amp; N101].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.36. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; A Saucer of Loneliness: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 7 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 2000. [Recueil composé de N102, N109, N104, N105, N107, N106, N108, N110, N111, N113, N112 &amp;amp; N118].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.37. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Selected Stories&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. New York&amp;nbsp;: Random House/Vintage, 2000. [Recueil composé de N067, N121, N112, N063, N135, N052, N130, N100, N132, N030, N110, N154 &amp;amp; N176].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.38. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Bright Segment: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 8 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 2002. [Recueil composé de N122, N121, N119, N120, N123, N124, N125, N128, N129, N130, N131, N056 &amp;amp; N058].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.39. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; And Now the News…: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 9 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 2003. [Recueil composé de N133, N228, N134, N135, N136, N137, N138, N139, N140, N141, N142, N143, N144, N145 &amp;amp; N146].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.40. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; The Man Who Lost the Sea: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 10 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 2005. [Recueil composé de N147, N148, N149, N150, N152, N153, N154, N155, N157, N159, N158, N160 &amp;amp; N161].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.41. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; The Nail &amp;amp; the Oracle: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 11 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 2007. [Recueil composé de N192, N162, N163, N165, N166, N167, N168, N178, N169, N172, N173 &amp;amp; N182].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.42. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; The Theodore Sturgeon Audioplayse: Mr. Costello, Hero/The Stars Are the Styx &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Rockville, MD&amp;nbsp;: Wildside, 2007. [Recueil audio composé de N112 &amp;amp; N091].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.43. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Slow Sculpture: The Complete Short Stories of Theodore Sturgeon, Vol. 12 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 2009. [Recueil composé de N132, N229, N174, N176, N175, N177, N180, N179, N181, N183, N184, N185, N186 &amp;amp; N187].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.44. &lt;strong&gt; &lt;em&gt; Case &amp;amp; the Dreamer: The Complete Short Stories of Sturgeon, Vol. 13 &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;. Berkeley, CA&amp;nbsp;: North Atlantic, 2010. [Recueil composé de N156, N188, N190, N194, N193, N230, N195, N196, N199, N198, N201, N202, N197, N203, N204, N231, N206, N232, N207 &amp;amp; N205].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C.45. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;The Dreaming Jewels/To Marry Medusa&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Londres&amp;nbsp;: Gollancz/ Gateway, 2014. [Recueil composé de R.01, N151 &amp;amp; R.07].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Recueils sans équivalent anglo-saxon&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;F.01. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Cristal qui songe/Les plus qu'humains&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de R.01 &amp;amp; R.03].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: opta, 1969 (Club de livre d'anticipation/Les classiques de la science-fiction, n°&amp;nbsp;17).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.02. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Killdozer/Le viol cosmique&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé de N052 &amp;amp; R.06].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1971 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;471). Nombreuses réimp.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f02.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f02.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.03. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Marianne Leconte de N046, N045, N057, N072, N082, N093, N129 &amp;amp; N180].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1977 (Le Masque science-fiction, n°&amp;nbsp;58).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Ordre des nouvelles différent&amp;nbsp;: N072, N057, N082, N093, N129, N180, N045 &amp;amp; N046].&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Les Belles Lettres, 2000 (Le cabinet noir, n°&amp;nbsp;42).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f03.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f03.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.04. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Marianne Leconte de N034, N037, N063, N032, N028, N050, N060 &amp;amp; N069].&lt;br /&gt;
0) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, prévu en 1977 sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, mais non paru (Le Masque fantastique [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série/rouge], n°&amp;nbsp;21).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1978 (Le Masque fantastique [2 &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série/noir], n°&amp;nbsp;4).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f04.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f04.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.05. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Alain Garsault de N030, N038, N067, N087, N109, N118, N154 &amp;amp; N157].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1978 (Le Livre de poche Science-fiction [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;7033)).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Les Belles Lettres, 1999 (Le cabinet noir, n°&amp;nbsp;24). [Sans N038].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f05.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f05.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.06. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Marianne Leconte de N042, N051, N066, N084, N094, N112, N114, N130, N144, N147, N175 &amp;amp; N176].&lt;br /&gt;
1a) Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1978 (Science-fiction/Le livre d’or de la science-fiction, n°&amp;nbsp;5012).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: Un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1b) Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1991 (Science-fiction/Le grand temple de la science-fiction, n°&amp;nbsp;5012).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f06.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f06.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.07. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les songes superbes de Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Alain Dorémieux de N035, N059, N108, N106, N152, N073, N078, N102, N104, N113 &amp;amp; N126].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Casterman, 1978 (Autre temps, autres mondes/ anthologies).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1989 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5332).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f07.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f07.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.08. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Méduse&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Marianne Leconte de N047, N070, N077 &amp;amp; N148].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1978 (Le Masque science-fiction, n°&amp;nbsp;75).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f08.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f08.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.09. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Alain Dorémieux de N064, N086, N125, N136, N142 &amp;amp; N163].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Casterman, 1980 (Autre temps, autres mondes/ anthologies).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1990 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;5391).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f09.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f09.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.10. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Amour, impair &amp;amp; manque&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Marianne Leconte de N158, N150, N149, N132 &amp;amp; N091].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: J.C. Lattès, 1981 (Titres/SF, n°&amp;nbsp;36).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.11. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Stéphane Bourgoin de N062, N049, N110, N111, N138, N172, N188, N184 &amp;amp; N185].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 1981 (Fantastique/Science-fiction/Aventures, n°&amp;nbsp;25).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Les Belles Lettres, 1998 (Le cabinet noir, n°&amp;nbsp;8).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f11.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f11.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.12. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [Recueil composé par Jacques Goimard de N030, N032, N042, N038, N041, N035, N049, N057, N063, N067, N069, N086, N087, R.01, N095, R.03, N108, N102, N113, N118, N132, N130, N135, N138, N143, N144, N152, N154, N163, N168, N176 &amp;amp; e.c].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Omnibus, 2005 (Omnibus).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-f12.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-f12.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Quelques articles traduits en français&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;e.a. «&amp;nbsp;From Plynck to Planck&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;If, Worlds of Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier 1962.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;De Plynck à Planck&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;e.b. «&amp;nbsp;Science on a Shoestring - Or Less&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;If, Worlds of Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1963.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Sur un lacet de soulier&amp;nbsp;» (trad. de Pierre Billon)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Des hommes &amp;amp; des monstres&lt;/em&gt;, roman de William Tenn. Paris&amp;nbsp;: opta, 1970 (Galaxie-bis, n°&amp;nbsp;16/74).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;e.c. «&amp;nbsp;Argyll: A Memoir&amp;nbsp;». Pulman, WA&amp;nbsp;: The Sturgeon Project, 1993.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Argyll&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de René Beaulieu).&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Livres sur Sturgeon&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;B.01. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Theodore Sturgeon: a Primary &amp;amp; Second Bibliography&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;em&gt;, &lt;/em&gt; par Lahna F. Diskin. Boston, MA&amp;nbsp;: G.K. Hall, 1980.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.02. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;, &lt;/em&gt;par Lahna Diskin. Mercer Island, WA&amp;nbsp;: Starmont House, 1981 (Starmont Reader’s Guide) &amp;amp; San Bernardino, CA&amp;nbsp;: Borgo Press, 1982.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.03. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;, &lt;/em&gt;par Lucy Menger. New York&amp;nbsp;: Frederick Ungar, 1981.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;B.04.&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Theodore Sturgeon: Sculptor of Love &amp;amp; Hate. &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;A Working Bibliography, &lt;/em&gt;par Phil Stephensen-Payne &amp;amp; Gordon Benson, Jr. Leeds &amp;amp; Albuquerque, NM&amp;nbsp;: Galactic Central Publications, 1989.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-b.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-b.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Nouvelles&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;N001. «&amp;nbsp;Heavy Insurance&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 16 juillet 1938.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N002. «&amp;nbsp;Golden Day&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 4 mars 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N003. «&amp;nbsp;Permit Me My Gesture&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 10 mars 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N004. «&amp;nbsp;Watch My Smoke&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 13 mars 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N005. «&amp;nbsp;The Other Cheek&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 10 avril 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N006. «&amp;nbsp;One Sick Kid&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 29 avril 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N007. «&amp;nbsp;His Good Angel&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 12 mai 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N008. «&amp;nbsp;Some People Forget&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 30 mai 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N009. «&amp;nbsp;Fit For a King&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 10 juin 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N010. «&amp;nbsp;Ex-Bachelor Extract&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 17 juin 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N011. «&amp;nbsp;East Is East&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 24 juin 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N012. «&amp;nbsp;Extraordinary Seaman&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, [fin] juin 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N013. «&amp;nbsp;Eyes of Blue&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juillet 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N014. «&amp;nbsp;Her Choice&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 8 juillet 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N015. «&amp;nbsp;Cajun Providence&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 15 juillet 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N016. «&amp;nbsp;Contact!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 5 août 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N017. «&amp;nbsp;The Call&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 19 août 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N018. «&amp;nbsp;To Shorten Sail&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 9 septembre 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N019. «&amp;nbsp;Ether Breather&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1939. [Cycle&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ether Breather&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N020. «&amp;nbsp;A God in a Garden&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, octobre 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N021. «&amp;nbsp;Turkish Delight&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 18 novembre 1939.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N022. «&amp;nbsp;Mahout&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 22 janvier 1940.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N023. «&amp;nbsp;Look About You!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, janvier 1940. [Poème].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N024. «&amp;nbsp;The Long Arm&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 5 février 1940.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N025. «&amp;nbsp;The Man on the Steps&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 22 février 1940.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N026. «&amp;nbsp;Punctuational Advice&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 29 février 1940.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N027. «&amp;nbsp;Place of Honor&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Milwaukee Journal&lt;/em&gt;, 18 mars 1940.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N028. «&amp;nbsp;&quot;Derm Fool&quot;&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, mars 1940.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pas de quoi perdre la tête&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N029. «&amp;nbsp;He Shuttles&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, avril 1940.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N030. «&amp;nbsp;It&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, août 1940. En volume&amp;nbsp;: Philadelphie, PA&amp;nbsp;: Prime, 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ça&amp;nbsp;» (trad. d'Arlette Rosenblum)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;200, août 1970.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
3) In anthologie&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires terrifiantes.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1979 (Série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;1723). [Sommaire français établi par Maurice-Bernard Endrèbe, d’après l’anthologie originale composée par Robert Arthur].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1999 [F.05.2].&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N031. «&amp;nbsp;Butyl and the Breather&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1940. [Cycle&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ether Breather&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N032. «&amp;nbsp;Cargo&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, novembre 1940.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une cargaison&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Cargaison&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N033. «&amp;nbsp;Completely Automatic&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1941.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N034. «&amp;nbsp;Shottle Bop&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, février 1941.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le &quot;bouffon caratique&quot;&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;br /&gt;
2) In anthologie&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires à lire toutes portes closes.&lt;/em&gt; a) Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1980 (Série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;1815). b) Paris&amp;nbsp;: France Loisirs, 1986 (Série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;). [Sommaire français établi par Maurice-Bernard Endrèbe, d’après l’anthologie originale composée par Alfred Hitchcock].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N035. «&amp;nbsp;The Ultimate Egoist&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, février 1941. [Sous le pseudonyme de E. Hunter Waldo].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un égocentriste absolu&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un égocentrique absolu&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'égoïste absolu&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N036. «&amp;nbsp;Poker Face&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, mars 1941.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N037. «&amp;nbsp;The Haunt&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, avril 1941.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La hantise&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Barbara Sadoul&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Un bouquet de fantômes.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: E.J.L., 2001 (Librio, n°&amp;nbsp;362).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N038. «&amp;nbsp;Microcosmic God&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, avril 1941. [Voir aussi N220].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dieu microscopique&amp;nbsp;» (trad. de Frank Straschitz)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Sam Moskowitz&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Chefs-d'œuvre de la science-fiction.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1967 (Fiction Spécial, n°&amp;nbsp;11/162bis).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le dieu microscopique&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Jacques Sadoul&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les meilleurs récits de Astounding Science Fiction.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1979 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;988).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N039. «&amp;nbsp;Artnan Process&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1941.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N040. «&amp;nbsp;The Purple Light&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1941. [Sous le pseudonyme de E. Waldo Hunter].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N041. «&amp;nbsp;Yesterday Was Monday&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, juin 1941&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Hier, c'était lundi&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Sadoul&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les meilleurs récits de Unknown.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1976 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;713)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Sadoul&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Anthologie de la littérature de science-fiction.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Ramsay, 1981&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Barbara Sadoul&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La dimension fantastique - 2.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: E.J.L., 1998 (Librio, n°&amp;nbsp;234&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N042. «&amp;nbsp;Nightmare Island&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, juin 1941. [Sous le pseudonyme de E. Waldo Hunter&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'île des cauchemars&amp;nbsp;» (trad. de Didier Pemerle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N043. «&amp;nbsp;Biddiver&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, août 1941.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N044. «&amp;nbsp;The Golden Egg&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, août 1941.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'œuf d’or&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;210, juin 1971.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de George W. Barlow)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires d'envahisseurs.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1983 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3779).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N045. «&amp;nbsp;Two Percent Inspiration&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1941.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Deux pour cent d'inspiration&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N046. «&amp;nbsp;Brat&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, décembre 1941.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le moutard&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N047. «&amp;nbsp;Medusa&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1942.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Méduse&amp;nbsp;» (trad. de Mary Rosenthal)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Méduse&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1978 [F.08].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N048. «&amp;nbsp;The Jumper&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, août 1942. [En collaboration avec James H. Beard].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N049. «&amp;nbsp;The Hag Séleen&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, décembre 1942. [En collaboration avec James H. Beard].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La sorcière du marais&amp;nbsp;» (trad. de Marcel Battin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;206, février 1971.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N050. «&amp;nbsp;The Green-Eyed Monster&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, juin 1943. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ghost of a Chance&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'ombre d'une chance&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N051. «&amp;nbsp;The Bones&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;, août 1943. [En collaboration avec James H. Beard].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les ossements&amp;nbsp;» (trad. de Didier Pemerle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N052. «&amp;nbsp;Killdozer!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1944.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Killdozer&amp;nbsp;» (trad. de Georges H. Gallet)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Killdozer/Le viol cosmique&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1971 [F.02].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N053. «&amp;nbsp;August Sixth&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, décembre 1945. [Théâtre].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N054. «&amp;nbsp;Memorial&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, avril 1946. [Voir aussi N170].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mémorial&amp;nbsp;» (trad. de Frank Straschitz)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires de fins du monde.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1974 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3767).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N055. «&amp;nbsp;The Chromium Helmet&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1946.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N056. «&amp;nbsp;Clockwise&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Calling All Boys&lt;/em&gt;, août-septembre 1946.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N057. «&amp;nbsp;Mewhu's Jet&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1946.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le bâton de Miouhou&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Alain Dorémieux&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Grands classiques de la science-fiction 1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1970 (Fiction Spécial, n°&amp;nbsp;16/199bis).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N058. «&amp;nbsp;Smoke!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Calling All Boys&lt;/em&gt;, décembre 1946 - janvier 1947.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N059. «&amp;nbsp;Cellmate&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, janvier 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Compagnon de cellule&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Alain Dorémieux&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires d'horreur.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1966 (Fiction Spécial, n°&amp;nbsp;10/157bis).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N060. «&amp;nbsp;Blabbermouth&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, février 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La cafarde&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N061. «&amp;nbsp;Maturity&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1947. [Voir aussi N225].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Maturité&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N062. «&amp;nbsp;Fluffy&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, mars 1947. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Abominable House Guest&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'abominable invité&amp;nbsp;» (trad. d'Arlette Rosenblum)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ellery Queen Mystère magazine&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;190, novembre 1963.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Peluche&amp;nbsp;» (trad. de Pierre-Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
4) In anthologie composée par Xavier Legrand-Ferronnière&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les chats fantastiques.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Joëlle Losfeld, 2000.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N063. «&amp;nbsp;Bianca's Hands&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Argosy/UK&lt;/em&gt;, mai 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les mains de Bianca&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Bergier, Alex Grall &amp;amp; Jacques Sternberg&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les chefs-d'œuvre de l'épouvante.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Planète, [1965] (Anthologie Planète).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. d’Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N064. «&amp;nbsp;Tiny and the Monster&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, mai 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tiny et le monstre&amp;nbsp;» (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1980 [F.09.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1990 [F.09.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N065. «&amp;nbsp;The Sky Was Full of Ships&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, juin 1947. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Cave of History&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le ciel était plein de vaisseaux&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N066. «&amp;nbsp;Largo&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic Adventures&lt;/em&gt;, juillet 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Largo&amp;nbsp;» (trad. de Didier Pemerle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N067. «&amp;nbsp;Thunder and Roses&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Et la foudre et les roses&amp;nbsp;» (trad. de Pierre Billon)&lt;br /&gt;
1) In anthologie [composée par John W. Campbell]&amp;nbsp;: &lt;em&gt; L'âge d'or de la science-fiction - Astounding 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série (1947-1951). &lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1966 (Fiction Spécial, n°&amp;nbsp;9/150bis).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1999 [F.05.2].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N068. «&amp;nbsp;Wham Bop!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Varsity&lt;/em&gt;, novembre 1947.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N069. «&amp;nbsp;The Deadly Ratio&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, janvier 1948. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;It Wasn't Syzygy&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ci-gît Syzygie&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les fantômes de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1977 [F.04.0].&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantômes &amp;amp; sortilèges&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque Fantastique, 1978 [F.04.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N070. «&amp;nbsp;There Is No Defense&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il n'y a pas de défense&amp;nbsp;» (trad. de Mary Rosenthal)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Méduse&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1978 [F.08].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N071. «&amp;nbsp;Well Spiced&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Zane Grey's Western Magazine&lt;/em&gt;, février 1948.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N072. «&amp;nbsp;The Professor's Teddy Bear&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, mars 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le professeur et l'ours en peluche&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Alain Dorémieux&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires d'horreur.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1966 (Fiction Spécial, n°&amp;nbsp;10/157bis).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., mais non créditée)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Bergier, Alex Grall &amp;amp; Jacques Sternberg&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les chefs-d'œuvre du fantastique.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Planète, [1967] (Anthologie Planète).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., bien qu’indiquée par erreur comme étant de Michel Demuth)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N073. «&amp;nbsp;Abreaction&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, juillet 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Abréaction&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N074. «&amp;nbsp;Till Death Do Us Join&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Shock&lt;/em&gt;, juillet 1948.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N075. «&amp;nbsp;Memory&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, août 1948.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N076. «&amp;nbsp;That Low&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Famous Fantastic Mysteries&lt;/em&gt;, octobre 1948.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N077. «&amp;nbsp;Unite and Conquer&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'union fait la force&amp;nbsp;» (trad. de Mary Rosenthal)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Méduse&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1978 [F.08].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N078. «&amp;nbsp;The Love of Heaven&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'amour du ciel&amp;nbsp;» (trad. de Marcel Battin)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires de mutants.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1974 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3766).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Paradis perdu&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N079. «&amp;nbsp;The Perfect Host&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, novembre 1948. En volume&amp;nbsp;: Floyd, VA&amp;nbsp;: Positronic, 2013.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’hôte parfait&amp;nbsp;» (trad. de Denise Hersant)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;203, novembre 1970.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N080. «&amp;nbsp;Messenger&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, février 1949.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N081. «&amp;nbsp;The Martian and the Moron&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, mars 1949.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N082. «&amp;nbsp;Prodigy&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, avril 1949.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le prodige&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;186, juin 1969.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., bien qu’indiquée par erreur de Michel Demuth)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N083. «&amp;nbsp;Die, Maestro, Die!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Dime Detective&lt;/em&gt;, mai 1949. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Fluke&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N084. «&amp;nbsp;Scars&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Zane Grey's Western Magazine&lt;/em&gt;, mai 1949.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Cicatrices&amp;nbsp;» (trad. de Didier Pemerle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N085. «&amp;nbsp;Minority Report&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1949.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N086. «&amp;nbsp;One Foot and the Grave&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, septembre 1949.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La tombe et le pied&amp;nbsp;» (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1980 [F.09.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1990 [F.09.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un pied dans la tombe&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N087. «&amp;nbsp;The Hurkle Is a Happy Beast&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy&lt;/em&gt;, automne 1949.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La merveilleuse aventure du bébé hurkle&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;7, juin 1954.&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Sternberg&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les chefs-d'œuvre de la science-fiction.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Planète, 1970 (Anthologie Planète).&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Alain Dorémieux&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Futurs d'antan.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1974 (Fiction Spécial, n°&amp;nbsp;23/250bis).&lt;br /&gt;
4) In essai de Marguerite Rochette&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La science-fiction.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Larousse, 1975 (Idéologies &amp;amp; sociétés).&lt;br /&gt;
6) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
7) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1999 [F.05.2].&lt;br /&gt;
8) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une si jolie petite bête&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Science Fiction Magazine&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;3, décembre 1976.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N088. «&amp;nbsp;What Dead Men Tell&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1949.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N089. «&amp;nbsp;Farewell to Eden&amp;nbsp;». In anthologie composée par Orson Welles&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Invasion From Mars: Interplanetary Stories.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Dell, 1949.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N090. «&amp;nbsp;The Dreaming Jewels&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic Adventures&lt;/em&gt;, février 1950. [Première version de R.01].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N091. «&amp;nbsp;The Stars Are the Styx&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1950.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les étoiles sont vraiment le Styx&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;1, novembre 1953.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Marc-Olivier Vermeille)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°s 103 &amp;amp; 104, décembre 1972 &amp;amp; janvier 1973.&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amour, impair &amp;amp; manque&lt;/em&gt;, recueil, Lattès, 1981 [F.10].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N092. «&amp;nbsp;Rule of Three&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier 1951.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Règle de trois&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, prévu vers 1977, mais non paru.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N093. «&amp;nbsp;&quot;Shadow, Shadow, On the Wall…&quot;&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Imagination Stories of Science &amp;amp; Fantasy&lt;/em&gt;, février 1951. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&quot;Shadow, Shadow On the Wall…&quot;&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une ombre, juste une ombre sur le mur&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N094. «&amp;nbsp;Last Laugh&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Other Worlds Science Stories&lt;/em&gt;, mars 1951. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Special Aptitude&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un don particulier&amp;nbsp;» (trad. de Didier Pemerle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N095. «&amp;nbsp;Make Room For Me!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic Adventures&lt;/em&gt;, mai 1951.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Faites-moi de la place&amp;nbsp;» (trad. de Roland Delouya)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 1977 [C.12.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1991 [C.12.2].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N096. «&amp;nbsp;The Traveling Crag&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic Adventures&lt;/em&gt;, juillet 1951.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La montagne en marche&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In anthologie [composée par Alain Dorémieux]&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Chefs-d'œuvre de la science-fiction 2.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1968 (Fiction Spécial, n°&amp;nbsp;13/ 176bis).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le rocher voyageur&amp;nbsp;» (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Sadoul&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les meilleurs récits de Fantastic Adventures.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1978 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;880).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N097. «&amp;nbsp;Excalibur and the Atom&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic Adventures&lt;/em&gt;, août 1951.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Excalibur P.38&amp;nbsp;» (trad. de Jean Moritz)&lt;br /&gt;
1) Pomy&amp;nbsp;: Ponte Mirone, prévu en 1980, mais non paru (Babylone, n°&amp;nbsp;1).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Cryptogenèse, prévu en 1991-92, mais non paru (Ex nihilo, n°&amp;nbsp;1).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N098. «&amp;nbsp;The Incubi of Parallel X&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Planet Stories&lt;/em&gt;, septembre 1951.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les incubes de parallèle X&amp;nbsp;» (trad. de Roland Delouya)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 1977 [C.12.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1991 [C.12.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N099. «&amp;nbsp;Never Underestimate…&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;If Worlds of Science Fiction&lt;/em&gt;, mars 1952.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ne sous-estimez jamais…&amp;nbsp;» (trad. de Georges W. Barlow)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires de médecins.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1983 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3781).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N100. «&amp;nbsp;The Sex Opposite&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;, automne 1952.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N101. «&amp;nbsp;Baby Is Three&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1952. [Voir aussi N116].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N102. «&amp;nbsp;Saucer of Loneliness&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le disque de solitude&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;34, septembre 1956.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La soucoupe de solitude&amp;nbsp;» (trad. de Frank Straschitz)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires d'extraterrestres.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1974 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3763).&lt;br /&gt;
5) In anthologie composée par Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires d'extraterrestres.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1997 (Le livre de poche/Les maîtres de la science-fiction, n°&amp;nbsp;7196).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une soucoupe de solitude&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;br /&gt;
6) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N103. «&amp;nbsp;The Way Home&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, avril/mai 1953. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;A Way Home&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N104. «&amp;nbsp;The World Well Lost&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Universe Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1953.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Monde interdit&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Monde bien perdu&amp;nbsp;» (trad. de George W. Barlow)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires de sexe fiction.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1985 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3821).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N105. «…And My Fear Is Great…&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Beyond Fantasy Fiction&lt;/em&gt;, juillet 1953.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N106. «&amp;nbsp;The Dark Room&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;, juillet/août 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dans la chambre sombre&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;180, décembre 1968.&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La chambre noire&amp;nbsp;» (trad. de Hery Fastre)&lt;br /&gt;
2) In anthologie [composée par Ivan Howard]&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le temps sauvage.&lt;/em&gt; Verviers, Belgique&amp;nbsp;: André Gérard, 1971 (Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;377).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N107. «&amp;nbsp;The Wages of Synergy&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, août 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le prix de la synergie&amp;nbsp;» (trad. de Roland Delouya)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 1977 [C.12.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1991 [C.12.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N108. «&amp;nbsp;Talent&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Beyond Fantasy Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Précieuse et le cerf-volant&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;29, avril 1956.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un don spécial&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un don&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N109. «&amp;nbsp;The Touch of Your Hand&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le tyran sauvé par l'amour&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;19, juin 1955.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le contact de ta main&amp;nbsp;» (trad. de Jacques Polanis)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;148, octobre 1976.&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1999 [F.05.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N110. «&amp;nbsp;A Way of Thinking&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, octobre/ novembre 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tournure d’esprit&amp;nbsp;» (trad. de Denise Hersant)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;193, janvier 1970.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N111. «&amp;nbsp;The Silken-Swift&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Douce-Agile &lt;em&gt;ou&lt;/em&gt; La licorne&amp;nbsp;» (trad. de P.J. Izabelle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;76, mars 1960.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N112. «&amp;nbsp;Mr. Costello, Hero&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, décembre 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mr Costello, héros&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;5, avril 1954.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;M. Costello, héros&amp;nbsp;» (trad. de Jacques Polanis)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Michel Demuth&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Us &amp;amp; coutumes d'après-demain.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1975 (Marginal, n°&amp;nbsp;8).&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N113. «&amp;nbsp;The Clinic&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Frederik Pohl&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Science Fiction Stories # 2.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Ballantine, 1953.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La clinique&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N114. «&amp;nbsp;The Music&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;E Pluribus Unicorn&lt;/em&gt;, recueil, Abelard, 1953. [C.02]. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;In the Hospital&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La musique&amp;nbsp;» (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
1) In anthologie [composée par Ellery Queen]&amp;nbsp;: &lt;em&gt; L'anthologie du mystère [7].&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1965 (Ellery Queen Mystère Magazine, n°&amp;nbsp;213bis).&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Juliette Raabe&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Bibliothèque illustrée du chat 2.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: La Courtille, 1977.&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N115. «&amp;nbsp;The Fabulous Idiot&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;More Than Human&lt;/em&gt;, roman-recueil, Farrar, 1953. [R.03].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’idiot de la fable&amp;nbsp;» (trad. de Michel Chrestien) [1 &lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; chapitre de R.03].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N116. «&amp;nbsp;Baby Is Three&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;More Than Human&lt;/em&gt;, roman-recueil, Farrar, 1953. [R.03]. [Voir remaniée de N101].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bébé a trois ans&amp;nbsp;» (trad. de Michel Chrestien) [2 &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; chapitre de R.03].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N117. «&amp;nbsp;Morality&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;More Than Human&lt;/em&gt;, roman-recueil, Farrar, 1953. [R.03].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La morale&amp;nbsp;» (trad. de Michel Chrestien) [3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; chapitre de R.03].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N118. «&amp;nbsp;The Education of Drusilla Strange&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, mars 1954.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'éveil de Drusilla Strange&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;10, septembre 1954.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Jean-Michel Boissier)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;103, décembre 1972.&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1999 [F.05.2].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'éducation de Drusilla Strange&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N119. «&amp;nbsp;Beware the Fury&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;, avril 1954. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Extrapolation&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Extrapolation&amp;nbsp;» (trad. de Roland Delouya)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 1977 [C.12.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1991 [C.12.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N120. «&amp;nbsp;Granny Won't Knit&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, mai 1954.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un monde trop parfait&amp;nbsp;» (trad. de Pierre Billon)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;19, novembre 1965.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N121. «&amp;nbsp;The Golden Helix&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, été 1954.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La spirale d'or&amp;nbsp;» (trad. de Mary Rosenthal)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Marianne Leconte&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les champs de l'infini.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1977 (Le Masque science-fiction, n°&amp;nbsp;67).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N122. «&amp;nbsp;Cactus Dance&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Luke Short's Western Magazine&lt;/em&gt;, octobre-décembre 1954.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N123. «&amp;nbsp;To Here and the Easel&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Frederik Pohl&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Short Novels.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Ballantine, 1954.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le supplice du chevalet&amp;nbsp;» (trad. de Luc Carissimo)&lt;br /&gt;
0) En volume. Paris&amp;nbsp;: Denoël, prévu en 1985, mais non paru (Étoile double).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N124. «&amp;nbsp;When You're Smiling&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier 1955.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le vol du dossier Justice&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;23, octobre 1955.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Quand tu souris&amp;nbsp;» (trad. de Pierre Bayart)&lt;br /&gt;
0) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, prévu vers 1977, mais non paru.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N125. «&amp;nbsp;Who?&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, mars 1955. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bulkhead&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Compagnon du long cours&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;25, décembre 1955.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La cloison&amp;nbsp;» (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1980 [F.09.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1990 [F.09.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N126. «&amp;nbsp;Hurricane Trio&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, avril 1955.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La double résurrection&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;20, juillet 1955.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dans l'ouragan&amp;nbsp;» (trad. de Philippe R. Hupp)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Michel Demuth&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Voyageurs de l'éternité &amp;amp; couloirs du temps.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1977 (Marginal, n°&amp;nbsp;14).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un triangle dans la tempête&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N127. «&amp;nbsp;The Heart&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Other Worlds Science Stories&lt;/em&gt;, mai 1955.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le cœur désintégré&amp;nbsp;» (trad. de Roland Delouya)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, Denoël, 1977 [C.12.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le cœur désintégré&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1991 [C.12.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N128. «&amp;nbsp;The Riddle of Ragnarok&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic Universe Science Fiction&lt;/em&gt;, juin 1955.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N129. «&amp;nbsp;Twink&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, août 1955.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Étincelle&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;28, mars 1956.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N130. «&amp;nbsp;Bright Segment&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Caviar&lt;/em&gt;, recueil, Ballantine, 1955. [C.03].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Parcelle brillante&amp;nbsp;» (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
1) In anthologie composée par Alain Dorémieux&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Territoires de l'inquiétude.&lt;/em&gt; Tournai, Belgique&amp;nbsp;: Casterman, 1972 (Autres temps, autres mondes - Anthologies).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Séquence éblouissante&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
4) In anthologie composée par Jacques Goimard &amp;amp; Roland Stragliati&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires de maléfices/La grande anthologie du fantastique 3.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Omnibus, 1997.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je répare tout&amp;nbsp;» (trad. de Véronique Dumont)&lt;br /&gt;
6) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Un peu de ton sang&lt;/em&gt;, roman, Télémaque, 2008 [R.09.3].&lt;br /&gt;
7) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Un peu de ton sang&lt;/em&gt;, roman, Gallimard/Folio SF, 2009 [R.09.3].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N131. «&amp;nbsp;So Near the Darkness&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fantastic Universe Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1955.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N132. «&amp;nbsp;The (Widget), the (Wadget), and Boff&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre &amp;amp; décembre 1955.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Synapse seize sur Bêta&amp;nbsp;» (trad. de P.J. Izabelle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°s 252 &amp;amp; 253, décembre 1974 &amp;amp; janvier 1975.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amour, impair &amp;amp; manque&lt;/em&gt;, recueil, Lattès, 1981 [F.10].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le (farceur), la (farce) et le gros rire gras&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N133. «&amp;nbsp;&quot;Won't You Walk…&quot;&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier 1956.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N134. «&amp;nbsp;The Half-Way Tree Murder&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Saint Detective Magazine&lt;/em&gt;, mars 1956.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Crime à la Jamaïque&amp;nbsp;» (trad. de René Lécuyer)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Saint Détective Magazine&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;28, juin 1957.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N135. «&amp;nbsp;The Skills of Xanadu&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, juillet 1956.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les talents de Xanadu&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;35, octobre 1956.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;21, janvier 1966.&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les pouvoirs de Xanadu&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires de pouvoirs.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1975 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3770).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N136. «&amp;nbsp;The Claustrophile&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, août 1956.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Retour à l'espace&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;36, novembre 1956.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le claustrophile&amp;nbsp;» (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1980 [F.09.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1990 [F.09.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N137. «&amp;nbsp;Dead Dames Don't Dial&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Saint Detective Magazine&lt;/em&gt;, août 1956.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pas de téléphone pour les mortes&amp;nbsp;» (trad. de René Lécuyer)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Saint Détective Magazine&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;32, octobre 1957.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N138. «&amp;nbsp;Fear Is a Business&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, août 1956.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La peur est une affaire&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;41, avril 1957.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N139. «&amp;nbsp;The Other Man&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1956.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'autre homme&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N140. «&amp;nbsp;The Waiting Thing Inside&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ellery Queen's Mystery Magazine&lt;/em&gt;, septembre 1956. [En collaboration avec Don Ward].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'homme patient&amp;nbsp;» (trad. de Catherine Grégoire)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ellery Queen Mystère magazine&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;141, octobre 1959.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N141. «&amp;nbsp;The Deadly Innocent&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Mike Shayne Mystery Magazine&lt;/em&gt;, novembre 1956. [En collaboration avec Don Ward].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N142. «&amp;nbsp;And Now the News…&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, décembre 1956.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Et voici les nouvelles…&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;44, juillet 1957.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Et voici les informations&amp;nbsp;» (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1980 [F.09.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1990 [F.09.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N143. «&amp;nbsp;The Girl Had Guts&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Venture Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier 1957.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une fille qui en a&amp;nbsp;» (trad. de P.J. Izabelle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;109, décembre 1962.&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires de créatures.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1984 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3787).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une fille qui en avait&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N144. «&amp;nbsp;The Other Celia&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, mars 1957.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'autre Célie&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;43, juin 1957.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'autre Celia&amp;nbsp;» (trad. de Pierre Billon)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;106, mars 1973.&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad. [revue par Maurice Bernard Endrèbe])&lt;br /&gt;
4) In anthologie&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires épouvantables.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1980 (Série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;1724). [Sommaire français établi par Maurice-Bernard Endrèbe, d’après l’anthologie originale composée par Alfred Hitchcock].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'autre Celia&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
6) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N145. «&amp;nbsp;Affair With a Green Monkey&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Venture Science Fiction&lt;/em&gt;, mai 1957.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le singe vert&amp;nbsp;» (trad. de P.J. Izabelle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;78, mai 1960.&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Alex Grall &amp;amp; Jacques Sternberg&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les chefs-d'œuvre de l'érotisme.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Planète, 1964 (Anthologie Planète).&lt;br /&gt;
3) In anthologie composée par Jacques Goimard, Demètre Ioakimidis &amp;amp; Gérard Klein&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires d'envahisseurs.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Librairie Générale Française, 1983 (Le livre de poche/La grande anthologie de la science-fiction, n°&amp;nbsp;3779).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N146. «&amp;nbsp;The Pod in the Barrier&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1957. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Pod and the Barrier&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;A l'assaut des dieux&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;48, novembre 1957.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Dominique Abonyi)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Michel Demuth&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Phares stellaires &amp;amp; sillages atomiques.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: opta, 1977 (Marginal, n°&amp;nbsp;15).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N147. «&amp;nbsp;A Crime For Llewellyn&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Mike Shayne Mystery Magazine&lt;/em&gt;, octobre 1957.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un crime pour Llewellyn&amp;nbsp;» (trad. de Didier Pemerle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N148. «&amp;nbsp;It Opens the Sky&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Venture Science Fiction&lt;/em&gt;, novembre 1957.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Que le ciel s'entrouvre&amp;nbsp;» (trad. de Mary Rosenthal)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Méduse&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1978 [F.08].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N149. «&amp;nbsp;A Touch of Strange&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier 1958.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Un rien d'étrange&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;56, juillet 1958.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amour, impair &amp;amp; manque&lt;/em&gt;, recueil, Lattès, 1981 [F.10].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N150. «&amp;nbsp;The Comedian's Children&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Venture Science Fiction&lt;/em&gt;, mai 1958.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les enfants du comédien&amp;nbsp;» (trad. de P.J. Izabelle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°s 102, mai 1962.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amour, impair &amp;amp; manque&lt;/em&gt;, recueil, Lattès, 1981 [F.10].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N151. «&amp;nbsp;To Marry Medusa&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, août 1958. [Voir aussi R.06].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le choix de la Méduse&amp;nbsp;» (trad. non créditée)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [1&lt;sup&gt;ère&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;58, septembre 1958.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N152. «&amp;nbsp;The Graveyard Reader&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Groff ConklIn&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Graveyard Reader.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Ballantine, 1958.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Celui qui lisait les tombes&amp;nbsp;» (trad. de Michel Deutsch)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;185, mai 1969.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes de Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1978 [F.07.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les songes superbes&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1989 [F.07.2].&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'amateur de cimetières&amp;nbsp;» (même trad.)&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les talents de Xanadu&lt;/em&gt;, recueil, J'ai Lu, 1978 [C.17].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N153. «&amp;nbsp;The Man Who Told Lies&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1959. [Sous le pseudonyme de Billy Watson].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N154. «&amp;nbsp;The Man Who Lost the Sea&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1959.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'homme qui a perdu la mer&amp;nbsp;» (trad. de P.J. Izabelle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;74, janvier 1960.&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1999 [F.05.2].&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
2) In anthologie composée par Alain Dorémieux&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires des temps futurs.&lt;/em&gt; Tournai, Belgique&amp;nbsp;: Casterman, 1968 (Autres temps, autres mondes - Anthologies).&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., revue par Pierre Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
6) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;92, octobre 2018.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N155. «&amp;nbsp;The Man Who Figured Everything&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ellery Queen's Mystery Magazine&lt;/em&gt;, janvier 1960. [En collaboration avec Don Ward].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'homme qui calculait tout&amp;nbsp;» (trad. de Stéphane Rouvre)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ellery Queen Mystère magazine&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;187, août 1963.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N156. «&amp;nbsp;Tuesdays Are Worse&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Chatelaine: The Canadian Home Journal&lt;/em&gt;, janvier 1960.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N157. «&amp;nbsp;Like Young&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, mars 1960.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Épitaphe&amp;nbsp;» (trad. de René Lathière)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;80, juillet 1960.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Librairie Générale Française/Livre de poche, 1978 [F.05.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'homme qui a perdu la mer&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1999 [F.05.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N158. «&amp;nbsp;Need&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Beyond&lt;/em&gt;, recueil, Avon, 1960. [C.10].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Amour, impair et manque&amp;nbsp;» (trad. de Bernard Ferry)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Amour, impair &amp;amp; manque&lt;/em&gt;, recueil, Lattès, 1981 [F.10].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N159. «&amp;nbsp;Night Ride&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Keyhole Mystery Magazine&lt;/em&gt;, juin 1960.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N160. «&amp;nbsp;How to Kill Your Aunty&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Mike Shayne Mystery Magazine&lt;/em&gt;, mars 1961. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;How to Kill Aunty&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N161. «&amp;nbsp;Tandy's Story&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Magazine&lt;/em&gt;, avril 1961.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tandy et le brownie&amp;nbsp;» (trad. de Pierre Billon)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;8, décembre 1964.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (même trad., revue par Pierre Paul Durastanti)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;92, octobre 2018.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N162. «&amp;nbsp;Assault and Little Sister&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Mike Shayne Mystery Magazine&lt;/em&gt;, juillet 1961.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N163. «&amp;nbsp;When You Care, When You Love&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre 1962. [Première partie de R.02 &amp;amp; de R.12].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'amour et la mort&amp;nbsp;» (trad. de P.J. Izabelle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;133, décembre 1964.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. d'Alain Dorémieux)&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Casterman, 1980 [F.09.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Symboles secrets&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1990 [F.09.2].&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N164. «&amp;nbsp;Noon Gun&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Playboy&lt;/em&gt;, septembre 1963.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N165. «&amp;nbsp;Holdup à la Carte&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ellery Queen's Mystery Magazine&lt;/em&gt;, février 1964.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Holdup à la carte&amp;nbsp;» (trad. de Françoise Perring)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ellery Queen Mystère magazine&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;218, mars 1966.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N166. «&amp;nbsp;How to Forget Baseball&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Sports Illustrated&lt;/em&gt;, 21 décembre 1964.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N167. «&amp;nbsp;The Nail and the Oracle&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Playboy&lt;/em&gt;, octobre 1965.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'oracle et le clou&amp;nbsp;» (trad. de Chantal Jayat)&lt;br /&gt;
1) In anthologie&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires à ne pas fermer l'œil de la nuit.&lt;/em&gt; a) Paris&amp;nbsp;: Presses Pocket, 1980 (Série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;1817). b) Paris&amp;nbsp;: France Loisirs, 1982 (Série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Alfred Hitchcock présente&lt;/em&gt;). [Sommaire français établi par Maurice-Bernard Endrèbe, d’après l’anthologie originale composée par Alfred Hitchcock].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N168. «&amp;nbsp;If All Men Were Brothers, Would You Let One Marry Your Sister?&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Harlan Ellison&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Dangerous Visions.&lt;/em&gt; Garden City, NY&amp;nbsp;: Doubleday, 1967.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si tous les hommes étaient frères, me permettrais-tu d'épouser ta sœur&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (trad. de France-Marie Watkins)&lt;br /&gt;
1) In anthologie dirigée par Harlan Ellison&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Dangereuses visions - tome 2.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: J'ai Lu, 1975 (Science-fiction, n°&amp;nbsp;627).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N169. «&amp;nbsp;Jorry's Gap&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Adam&lt;/em&gt;, octobre 1968.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N170. «&amp;nbsp;The Atomic Monument&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Forrest J. Ackerman&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Science Fiction Worlds of Forrest J. Ackerman &amp;amp; Friends.&lt;/em&gt; Reseda, CA&amp;nbsp;: Powell, 1969. [Version remaniée de N054 en collaboration avec Forrest J. Ackerman, parue initialement in &lt;em&gt;Fantasticonglomeration&lt;/em&gt; – référence non vérifiée].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N171. «&amp;nbsp;Amok Time&amp;nbsp;». In anthologie de scénarios adaptés par James Blish&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Trek # 3.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Bantam, 1969. En volume&amp;nbsp;: New York&amp;nbsp;: Bantam, 1978.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N172. «&amp;nbsp;Brownshoes&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Adam&lt;/em&gt;, mai 1969. [Autre titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Man Who Learned Loving&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'homme qui apprit à aimer&amp;nbsp;» (trad. d'Arlette Rosenblum)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;197, mai 1970.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N173. «&amp;nbsp;It Was Nothing—Really!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Knight&lt;/em&gt;, novembre 1969.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N174. «&amp;nbsp;It's You!&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Adam&lt;/em&gt;, janvier 1970.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N175. «&amp;nbsp;The Girl Who Knew What They Meant&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Knight&lt;/em&gt;, février 1970.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La fille qui savait&amp;nbsp;» (trad. de Didier Pemerle)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N176. «&amp;nbsp;Slow Sculpture&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, février 1970.&lt;br /&gt;
• Hugo 1971 (nouvelle) &amp;amp; Nebula 1970 (novelette)&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Sculpture lente&amp;nbsp;» (trad. de Frank Straschitz)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;82, mars 1971.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1978 [F.06.1a].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Theodore Sturgeon&amp;nbsp;: un soupçon d'étrange&lt;/em&gt;, recueil, Presses Pocket, 1991 [F.06.1b].&lt;br /&gt;
4) In anthologie composée par Jacques Goimard &amp;amp; Denis Guiot&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Nouvelles des siècles futurs.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Omnibus, 2004.&lt;br /&gt;
5) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Romans &amp;amp; nouvelles&lt;/em&gt;, recueil, Omnibus, 2005 [F.12].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N177. «&amp;nbsp;The Patterns of Dorne&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Knight&lt;/em&gt;, mai 1970.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N178. «&amp;nbsp;Runesmith&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, mai 1970. [En collaboration avec Harlan Ellison].&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le jeteur de sorts&amp;nbsp;» (trad. de Bruno Martin)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;224, août 1972.&lt;br /&gt;
Sous le même titre (trad. de Bruno Martin &amp;amp; Jacques Chambon)&lt;br /&gt;
2) In recueil d'Harlan Ellison&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La chanson du zombie.&lt;/em&gt; Paris&amp;nbsp;: Les Humanoïdes Associés, 1980 (Œuvres/Harlan Ellison, n°&amp;nbsp;4).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N179. «&amp;nbsp;Suicide&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Adam&lt;/em&gt;, juin 1970.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N180. «&amp;nbsp;Crate&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Knight&lt;/em&gt;, octobre 1970.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le cageot&amp;nbsp;» (trad. d'Éric Piir)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les enfants de Sturgeon&lt;/em&gt;, recueil, Champs-Élysées/Masque SF, 1977 [F.03.1].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le professeur &amp;amp; l'ours en peluche&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 2000 [F.03.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N181. «&amp;nbsp;Uncle Fremmis&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Adam&lt;/em&gt;, décembre 1970.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N182. «&amp;nbsp;Take Care of Joey&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Knight&lt;/em&gt;, janvier 1971.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N183. «&amp;nbsp;Necessary &amp;amp; Sufficient&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, avril 1971.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Nécessaire et suffisant&amp;nbsp;» (trad. d'Arlette Rosenblum)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;103, décembre 1972.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N184. «&amp;nbsp;The Verity File&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, mai-juin 1971.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le dossier Verity&amp;nbsp;» (trad. de Jean-Michel Boissier)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;103, décembre 1972.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N185. «&amp;nbsp;Occam's Scalpel&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;If&lt;/em&gt;, août 1971.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le scalpel d'Occam&amp;nbsp;» (trad. de Jacques Guiod)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;103, décembre 1972.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N186. «&amp;nbsp;Dazed&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, septembre-octobre 1971.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'homme hébété&amp;nbsp;» (trad. d'Ève-Marie Cloquet)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;93, février 1972.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N187. «&amp;nbsp;Pruzy's Pot&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The National Lampoon&lt;/em&gt;, juin 1972. En volume&amp;nbsp;: Eugene, OR&amp;nbsp;: Hypatia, 1986.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N188. «&amp;nbsp;Case and the Dreamer&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, janvier-février 1973.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Case et le rêveur&amp;nbsp;» (trad. de Jacques Polanis)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;123, août 1974.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1981 [F.11.1].&lt;br /&gt;
3) En volume avec&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le général fantôme &lt;/em&gt;de Theodore R. Cogswell. Paris&amp;nbsp;: Denoël, 1984 (Étoile double, n°&amp;nbsp;3).&lt;br /&gt;
4) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La sorcière du marais&lt;/em&gt;, recueil, Belles Lettres, 1998 [F.11.2].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-sturgeon-n188.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-sturgeon-n188.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;N189. «&amp;nbsp;I Say… Ernest…&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Los Angeles Weekly News&lt;/em&gt;, 10 août 1973.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N190. «&amp;nbsp;Agnes, Accent and Access&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1973.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Agnès, accent et accès&amp;nbsp;» (trad. de Françoise Maillet)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Galaxie [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;119, avril 1974.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N191. «&amp;nbsp;Helix the Cat&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Harry Harrison&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Astounding.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Random, 1973.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N192. «&amp;nbsp;Ride In, Ride Out&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Sturgeon's West&lt;/em&gt;, recueil, Doubleday, 1973. [En collaboration avec Don Ward]. [C.18].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N193. «&amp;nbsp;The Sheriff of Chayute&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Sturgeon's West&lt;/em&gt;, recueil, Doubleday, 1973. [En collaboration avec Don Ward]. [C.18].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N194. «&amp;nbsp;Ingenious Aylmer&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Harper's&lt;/em&gt;, décembre 1973.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N195. «&amp;nbsp;&quot;I Love Maple Walnut&quot;&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Harper's&lt;/em&gt;, mai 1974.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N196. «&amp;nbsp;Blue Butter&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1974.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Onguent gris&amp;nbsp;» (trad. de Jacques Polanis)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;264, décembre 1975.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N197. «&amp;nbsp;Like Yesterday&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Rolling Stone&lt;/em&gt;, mai 1976.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N198. «&amp;nbsp;Harry's Note&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Roy Torgeson&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Chrysalis.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Zebra/Kensington, 1977.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Harry's Notes&amp;nbsp;» (trad. de Jean-Louis Le Breton)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Futurs [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série]&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;2, mars 1981.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N199. «&amp;nbsp;The Singsong of Cecile Snow&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Heavy Metal&lt;/em&gt;, octobre 1977.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N200. «&amp;nbsp;Shore Leave&amp;nbsp;». In anthologie de scénarios adaptés par James Blish &amp;amp; Judith A. Lawrence&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Trek # 12.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Bantam, 1977.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N201. «&amp;nbsp;Time Wrap&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Omni&lt;/em&gt;, octobre 1978.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N202. «&amp;nbsp;The Country of Afterward&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Hustler&lt;/em&gt;, janvier 1979.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N203. «&amp;nbsp;Why Dolphins Don't Bite&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Omni&lt;/em&gt;, février, mars &amp;amp; avril 1980.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N204. «&amp;nbsp;Vengeance Is&amp;nbsp;». In anthologie dirigée par Kirby McCauley&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Dark Forces.&lt;/em&gt; New York&amp;nbsp;: Viking, 1980.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N205. «&amp;nbsp;Grizzly&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Not the Reader&lt;/em&gt;, été 1983.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N206. «&amp;nbsp;Not an Affair&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre 1983.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N207. «&amp;nbsp;The Trick&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Chic&lt;/em&gt;, janvier 1984.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Publication posthume de nouvelles&amp;nbsp;:&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;N208. «&amp;nbsp;Alter Ego&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N209. «&amp;nbsp;Mailed Through a Porthole&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N210. «&amp;nbsp;A Noose of Light&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N211. «&amp;nbsp;Strangers on a Train&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N212. «&amp;nbsp;Accidentally on Porpoise&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N213. «&amp;nbsp;The Right Line&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N214. «&amp;nbsp;Three People&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N215. «&amp;nbsp;Strike Three&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N216. «&amp;nbsp;Thanksgiving Again&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N217. «&amp;nbsp;Niobe&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ultimate Egoist&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.30].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N218. «&amp;nbsp;The Anonymous&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Microcosmic God&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.31].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N219. «&amp;nbsp;Two Sidecars&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Microcosmic God&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.31].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N220. «&amp;nbsp;Microcosmic God&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Microcosmic God&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1995. [C.31]. [Première version inachevée de N038].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N221. «&amp;nbsp;Poor Yorick&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Killdozer!&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1996. [C.32].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N222. «&amp;nbsp;Crossfire&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Killdozer!&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1996. [C.32].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N223. «&amp;nbsp;Bulldozer Is a Noun&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Killdozer!&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1996. [C.32].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N224. «&amp;nbsp;The Blue Letter&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Thunder &amp;amp; Roses&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1997. [C.33].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N225. «&amp;nbsp;Maturity&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Thunder &amp;amp; Roses&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1997. [C.33]. [Seconde partie inédite de N061].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N226. «&amp;nbsp;Quietly&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Perfect Host&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1998. [C.34].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N227. «&amp;nbsp;The Dark Goddess&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Perfect Host&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 1998. [C.34].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N228. «&amp;nbsp;New York Vignette&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, octobre-novembre 1999.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une saynète de New York&amp;nbsp;» (trad. de René Beaulieu)&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;6, août 2007.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N229. «&amp;nbsp;The Beholders&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Slow Sculpture&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 2009. [C.43].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N230. «&amp;nbsp;The Mysterium&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Case &amp;amp; the Dreamer&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 2010. [C.44].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N231. «&amp;nbsp;Seasoning&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Case &amp;amp; the Dreamer&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 2010. [C.44].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N232. «&amp;nbsp;Black Moccasins&amp;nbsp;». In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Case &amp;amp; the Dreamer&lt;/em&gt;, recueil, North Atlantic, 2010. [C.44].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Prix reçus par Sturgeon&lt;/h1&gt;

&lt;h2 class=&quot;center&quot;&gt;sans rapport direct avec&lt;br /&gt;
une œuvre en particulier&lt;/h2&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;• World Fantasy Life Achievement 1985&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;• Science Fiction Hall of Fame 2000 (reconnaissance)&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Sources&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Les références anglo-saxonnes sont issues principalement des deux sites ISFDB et Locus. Le croisement de ces données et leur comparaison avec la bibliographie parue dans le Livre d'or de l'auteur aux éditions Presses Pocket devraient avoir permis d’atteindre l’exhaustivité et la justesse, objectifs de ce travail. Quant aux parutions françaises (livres &amp;amp; nouvelles), elles proviennent bien évidemment de la bibliothèque de Quarante-Deux, source incontournable et quasi unique de toutes mes bibliographies de science-fiction réalisées à ce jour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 class=&quot;center&quot;&gt;Retrouvez Sturgeon sur internet&lt;/h1&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://q-d.fr/44O&quot;&gt;Quarante-Deux/exliibris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Theodore_Sturgeon&quot;&gt;Wikipédia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.bdfi.net/auteurs/s/sturgeon_theodore.php&quot;&gt;BDFI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://www.noosfere.org/livres/auteur.asp?numauteur=493&quot;&gt;nooSFère&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a anglais=&quot;&quot; en=&quot;&quot; et=&quot;&quot; href=&quot;http://www.physics.emory.edu/faculty/weeks//sea/bibliography.html&quot; site=&quot;&quot; un=&quot;&quot;&gt;printemps-été 2018 (Version 1.1)&lt;br /&gt;
© Alain Sprauel&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 92)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-92" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 92)" />
      <id>urn:md5:507dc48d683b597ba0587f65eaa555ce</id>
      <published>2018-10-24T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-10-24T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Face à un dossier Theodore Sturgeon particulièrement conséquent dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-92&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost 92&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et une livraison critique pas moins maigre, votre revue préférée délocalise une nouvelle fois une part des chroniques en ligne. Au sommaire de ce billet, des suites de série et des curiosités, des rééditions bienvenues et des nouveautés valant le coup d'œil…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img 0=&quot;&quot; alt=&quot;objr92-focusauxforges.jpg&quot; auto=&quot;&quot; margin:=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-focusauxforges.jpg&quot; style=&quot;style=&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus du côté des Forges de Vulcain&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;1. Contretemps – Charles Marie – mars 2018 (roman inédit. 208 pp. GdF. 18 euros)&lt;br /&gt;
2. La Nuit je vole – Michèle Astrud – janvier 2018 (roman inédit. 240 pp. GdF. 19 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les éditions Aux Forges de Vulcain, dirigées par le sémillant David Meulemans, ont un catalogue partagé entre la littérature générale et l’Imaginaire (citons Williams Morris et Edward Bellamy pour les classiques, Jonathan Carroll pour les modernes, et Alex Burrett et Charles Yu pour les auteurs récents). Rien d’étonnant donc à ce que, sur certains titres, les deux se rejoignent, comme &lt;strong&gt;Contretemps&lt;/strong&gt; de Charles Marie, et &lt;strong&gt;La Nuit je vole&lt;/strong&gt; de Michèle Astrud&amp;nbsp;: un premier roman (publié de manière confidentielle en 2009) qui emprunte délibérément aux genres sans tomber dedans totalement, et un livre d’une auteure qui publie depuis une vingtaine d’années et saute ici à pieds joints dans une thématique genrée tout en utilisant le prisme de la blanche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Contretemps&lt;/strong&gt;, Melvin Épineuse (quel nom&amp;nbsp;!) se voit confier une enquête&amp;nbsp;: retrouver Bruno Bar, un barjot qui passe son temps à baptiser les personnes qu’il rencontrent, surtout si elles professent une haine de tout ce qui touche à la religion. Problème&amp;nbsp;: Melvin n’est pas réellement enquêteur, aussi va-t-il devoir faire confiance à sa chance, quitte à assister à des sauteries secrètes dans les catacombes au cours desquelles il se fera canarder, et à être l’objet d’une lutte de pouvoir entre plusieurs groupes de personnes, au péril de sa vie… La première chose que l’on remarque dans ce livre, c’est la langue de l’auteur&amp;nbsp;; précise, cinglante, elle ménage quelques fous rires au gré de dialogues ciselés aux petits oignons qui virent au n’importe quoi jouissif, et réserve des phrases alambiquées qui ne dévoilent leur itinéraire qu’à l’arrivée au point final. Bref&amp;nbsp;: pour un premier roman, le monsieur a déjà un sacré style et en use à merveille, le faisant évoluer au cours du récit, selon la nature des scènes, essentiellement drolatiques au début, mais lorgnant de plus en plus vers des moments dramatiques ou inquiétants. Et c’est ici que le bât blesse (un poil). Même si l’on a toujours plaisir à lire la prose de Marie, l’intérêt s’émousse peu à peu. L’auteur, à trop vouloir déstabiliser son lecteur en partant dans tous les sens, et abandonner la farce pour une intrigue plus classique de conflit entre clans, ne convainc pas vraiment. Dommage, car la longueur du roman (moins de 200 pages) aurait pu permettre de garder la même dynamique. Il n’en reste pas moins que, par moments, l’auteur retrouve sa verve et nous donne à penser que, d’ici peu de temps, il devrait être capable de gommer ses imperfections et produire un roman qui satisfera de la première à la dernière page.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Changement de registre avec &lt;strong&gt;La Nuit je vole&lt;/strong&gt;, de Michèle Astrud. Ici, une femme fait des rêves au cours desquels elle vole… et se réveille au petit matin ailleurs que dans le lit où elle s’est couchée&amp;nbsp;! Et pas n’importe où&amp;nbsp;: au sommet d’une falaise, sur le toit d’une église… Stupeur, incompréhension, au début tout le monde doute de la réalité de ces déplacements aériens nocturnes – à commencer par la protagoniste elle-même. Qui se demande bien évidemment si elle devient folle, avant de se résigner suite à plusieurs expériences similaires. Sauf qu’après avoir accepté l’inacceptable, il va lui falloir convaincre les autres… à moins qu’elle ne puisse carrément en tirer profit&amp;nbsp;? C’est un roman intimiste que celui-ci&amp;nbsp;; tout, en effet, est vu au travers des yeux de la narratrice – Michèle, bien entendu – qui, devant l’inconcevable, intériorise beaucoup. On est en pleine littérature blanche – vous savez, du genre de celle qui réserve parfois des moments de pure relaxation à mesure que vous tournez les pages en pensant à tout autre chose que ce que vous avez sous les yeux, parce que vous risqueriez sinon de bailler à vous éclater les maxillaires –, de la littérature blanche, donc, avec force questionnements, mais Astrud évite l’écueil du pénible, tout d’abord parce que l’intrigue, bien que ténue, évolue significativement. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il y a une fin, ni que celle-ci soit totalement satisfaisante (le roman se terminant de manière un peu abrupte), mais Michèle, et son entourage avec elle, évolue. La voix de Michèle Astrud est également plaisante à entendre&amp;nbsp;: toute en finesse, s’essayant régulièrement à des envolées poétiques, elle donne les clés de la compréhension de l’intimité d’une femme éprise de liberté, même si, parfois, elle croit trouver celle-ci dans des espaces qui se révèlent &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; autant de carcans. L’Imaginaire n’est ici qu’un artifice narratif, mais il a le mérite d’être tangible et de montrer qu’il imprègne désormais une frange toujours plus importante de la littérature du XXIe siècle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, ces deux romans, disparates dans la forme et le fond, se rejoignent dans leur volonté de rendre perméables les frontières entre Imaginaire et littérature blanche. Ce qui, en somme, correspond bien à l’ADN des Forges de Vulcain.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-letedelahaine.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-letedelahaine.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’été de la haine&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;David Means – Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Du monde entier&amp;nbsp;» – février 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Serge Chauvin. 416 pp. GdF. 23&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Premier roman de David Means, auteur américain réputé jusque-là pour ses nouvelles, &lt;strong&gt;L’&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Été de la haine&lt;/strong&gt; est un peu passé sous les radars d’une actualité littéraire guère prolixe avec les transfictions. Le titre mérite pourtant bien plus qu’un regard distrait pour sa couverture arty, son traitement et ses thématiques évoquant à la fois Tommaso Pincio et Lewis Shiner. De quoi donner du grain à moudre à l’amateur d’Imaginaire, on va le voir, mais à la condition de s’accrocher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fiction permet souvent à la résilience de s’exprimer, cicatrisant les plaies de l’esprit et atténuant les cauchemars. Pour surmonter le trauma de la guerre du Vietnam, Eugene Allen s’est construit un univers fictif, puisant dans son vécu et dans l’histoire des États-Unis les éléments d’un roman en forme de catharsis personnelle. De son expérience de la guerre, de l’assassinat de Kennedy pendant son troisième mandat et de la mort de sa sœur, dont la police a retrouvé le corps, abandonné au bord d’une route, il tire un récit immersif, sorte de &lt;em&gt;bad trip&lt;/em&gt; à rebours, intitulé &lt;em&gt;Hystopia&lt;/em&gt;. Il imagine ainsi une course-poursuite entre Rake, un tueur en série, et un duo de flics appartenant à la Brigade Psycho, l’agence fédérale créée par Kennedy pour neutraliser les «&amp;nbsp;mal repliés&amp;nbsp;», autrement dit les vétérans rétifs au traitement à la Tripizoïde, un stupéfiant puissant supposé permettre le repliement de leur stress post-traumatique en effaçant leur mémoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Livre gigogne, uchronie personnelle et mise en abyme de la société américaine contemporaine, &lt;strong&gt;L’&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Été de la haine&lt;/strong&gt; est aussi le portrait d’une nation malade, incapable de surmonter ses multiples troubles après avoir longtemps flirté avec le déni de la prospérité. Avec ses gangs de motards ultra-violents, le Black flag, attirés par l’État du Michigan comme un aimant pour s’y livrer à des batailles rangées impitoyables, avec son président handicapé, rescapé de plusieurs attentats, avec sa guerre du Vietnam toujours plus meurtrière, pourvoyeuse de vétérans inadaptés dont on cherche à replier le mal être grâce à un traitement médicamenteux, avec ses cités en proie aux émeutes raciales et sociales, l’Amérique d’Eugene Allen apparaît comme le reflet décalé de celle de David Means. Une Amérique alternative où le Summer of Love cède la place à un Summer of Hate, libéré du joug chimique de la Tripizoïde et de l’illusion de la Nouvelle Frontière de John Fitzgerald Kennedy. Une Amérique où les dépliés, purgés de leurs traumas et libérés du carcan d’une société prospérant sur le mensonge et la frustration, optent pour une vie plus sincère, au son du Raw Power d’Iggy Pop et des Stooges.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, en dépit d’une construction narrative déroutante ne facilitant sans doute pas la lecture, David Means nous livre avec &lt;strong&gt;L’Été de la haine&lt;/strong&gt; un roman désenchanté, mais qui recèle des fulgurances stylistiques étonnantes et des trésors d’émotions inoubliables. À découvrir assurément, mais non sans effort.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-operationsabines.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-operationsabines.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Opération Sabines&lt;br /&gt;
Monts &amp;amp; merveilles T1&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Nicolas Texier – Les Moutons électriques, coll. «&amp;nbsp;La Bibliothèque voltaïque &amp;nbsp;» – février 2018 (roman inédit. 363 pp. GdF. 23&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un jeune apprenti magicien préférant les jupons (et ce qu’ils cachent) des jeunes femmes à ses livres d’étude&amp;nbsp;; un valet madré, ancien soldat, au franc-parler bien venu et au gosier souvent sec (heureusement, il n’est pas difficile en matière de breuvages alcoolisés)&amp;nbsp;; une Grande-Bretagne où la magie a encore sa place, à la différence du continent, où la science a tenté de la reléguer dans les livres de mythes et de légendes&amp;nbsp;; un jeune savant fantasque, incapable de vivre au milieu de ses contemporains, mais proche de la découverte de l’atome et de ses applications explosives&amp;nbsp;; des services secrets plus ou moins efficaces, très intéressés par cette invention et par la supériorité militaire afférente&amp;nbsp;; des créatures d’outre-monde concernées également par ces possibles bouleversements.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà à première vue un cocktail appétissant, plein de possibles rebondissements, un divertissement plein d’aventures dans un monde plutôt original. Mais, car il y a un bon gros &lt;em&gt;mais&lt;/em&gt;, Nicolas Texier a tenté de retrouver le style littéraire des auteurs de romans d’aventures des siècles passés. Idée fort sympathique, plutôt bien mise en pratique au demeurant. Cependant, pour le lecteur, cela impose une infinie patience et une concentration pas toujours compatible avec la volonté de divertir. En effet, les phrases s’allongent à n’en plus finir (Proust a encore de l’avance, mais la relève est assurée). Les listes se multiplient&amp;nbsp;: idéal pour parfaire son vocabulaire, moins pour s’imprégner d’une histoire, d’une ambiance. Les tournures de phrases «&amp;nbsp;À l’ancienne&amp;nbsp;» s’accumulent, créant un rythme pas toujours évident, ni agréable à suivre (d’ailleurs, le relecteur en a fait les frais et les coquilles s’accumulent). Et même si l’on s’habitue progressivement, les mots restent parfois un obstacle et non un véhicule d’images, d’idées, d’émotions. Et tout cela est fort dommage, car certains personnages accrochent le regard&amp;nbsp;: Julius Khool, narrateur et valet de son état, par sa faconde et son caractère bien trempé, attire la sympathie&amp;nbsp;; Zisher, le voyou passé à l’ennemi, séduit par sa gouaille&amp;nbsp;; et même le magicien Carroll Mac Maël Muad, trop fade au début, finit par se révéler attachant. Dommage aussi car l’intrigue mérite qu’on s’y intéresse. Elle est prenante, intelligemment construite et monte en puissance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Opération Sabines&lt;/strong&gt; est un beau livre. Même si pas mal de fautes et un sommaire où les titres de chapitre ont disparu (peut-être était-ce volontaire, mais quel intérêt d’avoir un sommaire si c’est juste pour aligner des numéros de chapitres) gâchent légèrement l’effet produit par la couverture soignée. C’est avant tout le premier tome d’un triptyque, «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Monts &amp;amp; Merveilles &lt;/strong&gt;», qui devrait permettre à Nicolas Texier, avec &lt;strong&gt;L’Ouest sauvage&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Dernière Guerre&lt;/strong&gt;, d’enrichir cette uchronie et d’offrir de nouvelles aventures à Julius Khool et à son maitre.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-ledieuassis.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-ledieuassis.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Dieu assis&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Pierre Stolze&lt;strong&gt; – &lt;/strong&gt;Rroyzz éditions – avril 2018 (roman inédit. 167 pp. GdF. 14&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Tout vient à point à qui sait attendre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» illustre comme il se doit l’édition de ce roman de jeunesse de Pierre Stolze, rédigé à l’automne 1977, alors qu’il était encore un jeune écrivain, pour ne le voir publier que cette année, chez Rroyzz, un éditeur mosellan… Dans sa préface, l’auteur reconnaît n’avoir certes pas fait le forcing pour le publier — mais quarante ans, c’est tout de même bien long.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’avons-nous dû si longtemps attendre&amp;nbsp;? Un roman de SF, bien sûr, bâti sur une trame de roman policier avec une chute dans le plus pur style de la &lt;em&gt;New Wave&lt;/em&gt; et des expérimentations stylistiques et littéraires qui prévalaient alors. Philipp Warding, flic spatial de choc, se voit confier l’enquête sur l’assassinat d’un ancien secrétaire général de l’ONU qui ne s’opposait plus qu’à ce que tous les pouvoirs soient délégués à Mark/Mickey, le super-ordinateur planqué sous les Montagnes Rocheuses avec lequel Warding va devoir faire équipe. Cette science-fiction vintage est celle des ordinateurs géants, avides de pouvoir et paranoïaques à souhait. Dans sa préface, l’auteur évoque entre autres &lt;strong&gt;Colossus&lt;/strong&gt; de D. F. Jones, qui fut porté à l’écran par Joseph Sargent. Ajoutez-y deux entités d’outre-espace plus ou moins rivales venues faire joujou sur notre belle planète pour faire bonne mesure, et vous pourrez obtenir une conclusion dans la tonalité de ce qui se faisait à la fin des années 70.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La préface, toujours elle, met en condition un lecteur qui ne saurait plus lire la SF vieille de quelques décennies. On se retrouve dès lors avec un agréable divertissement à la lecture aisée qui n’est certainement pas ce que Pierre Stolze a écrit de mieux, de loin s’en faut, mais permet de passer un bon moment. &lt;strong&gt;Le Dieu assis&lt;/strong&gt; aurait pu ou dû trouver sa place dans la collection «&amp;nbsp;Anticipation&amp;nbsp;» en 85 qui l’a refusé, allez savoir pourquoi&amp;nbsp;? À cette époque-là, le Fleuve Noir avait pourtant déjà publié &lt;strong&gt;Mais l’espace… Mais le temps…&lt;/strong&gt; de Daniel Walther, par exemple…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il suffit de se souvenir que la SF n’a rien d’une littérature intemporelle &amp;nbsp;; elle est ancrée dans l’époque qui l’a vu écrire et dont elle est un reflet.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-lazareT3.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-lazareT3.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Revenant&lt;br /&gt;
Lazare en guerre T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jamie Sawyer – L’Atalante coll. «&amp;nbsp;La dentelle du cygne&amp;nbsp;» – avril 2018 (roman inédit traduit de l’anglais par Florence Bury. 432 pp. GdF. 23,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Le Revenant&lt;/strong&gt; s’achève la série «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Lazare en guerre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et avec elle les aventures de Conrad Harris, surnommé Lazare, rappelons-le, en raison de son nombre phénoménal de décès… et de renaissances. D’ailleurs, on découvre enfin, dans cet ultime volume, l’origine de ce surnom. Pour ce qui est de l’histoire, à nouveau, elle est efficace et explosive. Lazare doit aller en plein cœur du territoire ennemi. Enfin, de l’ennemi principal de &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/l-artefact&quot;&gt;L’Artefact&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; , c’est à dire les Krells. Car depuis &lt;strong&gt;La Légion&lt;/strong&gt; et, surtout, &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/redemption&quot;&gt;Rédemption&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; , le Directoire semble vouloir prendre la première place au sommet de la liste des monstres, même si eux sont humains. Les membres de son armée ne reculent devant aucun meurtre, aucune torture, aucun massacre, de militaires comme de civils. Donc, avec sa légion et quelques renforts, voilà Conrad Harris parti à la recherche d’une arme ultime capable, selon le Haut Commandement, de régler une bonne fois pour toutes ce conflit à l’origine de millions de morts et de la transformation de pas mal de planètes en champs de ruines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, tout ne va pas être facile. Évidemment, les cadavres vont se compter par milliers. Évidemment, les phénomènes pyrotechniques feraient exploser le budget de n’importe quelle super-production hollywoodienne. Évidemment, les guerriers et guerrières (pas de sexisme dans cette trilogie, tout le monde sait se défendre) vont se montrer particulièrement héroïques et exceptionnellement résistants à la souffrance. Évidemment, le lieutenant-colonel Harris va perdre quelques simulants. Évidemment, le lecteur va en découvrir davantage sur les Bribes et leur phénoménale puissance. Mais surtout, Lazare va découvrir ce qui est arrivé à celle qu’il recherche depuis le début&amp;nbsp;: Elena.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et tout cela est d’autant plus efficace que Jamie Sawyer a enfin laissé tomber cette construction agaçante des deux premiers tomes&amp;nbsp;: l’alternance entre l’action présente et des retours dans un passé lointain, censés expliquer la psychologie du personnage principal ou les raisons de sa dépression, de son addiction à l’alcool. Ce procédé était trop systématique et paraissait, parfois, artificiel. Dans ce dernier opus, les retours en arrière sont moins nombreux, et non plus systématiques. Donc, plus justifiés. Ils arrivent à point nommé pour sortir de l’ombre tel point de l’histoire, telle question restée sans réponse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est donc sur un sacré feu d’artifice que Conrad Harris, dit Lazare, tire sa révérence. Une bonne conclusion… qui n’en est pas tout à fait une. Car il laisse sa place à d’autres héros de cette guerre sans merci. Jamie Sawyer n’abandonne pas ce monde&amp;nbsp;: le lieutenant Keira Jenkins prend la relève et mène ses troupes dans une nouvelle trilogie, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;The Eternity War&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(deux volumes parus, ou presque, en VO). Et c’est là qu’on se dit&amp;nbsp;: mais pourquoi ne savent-ils pas s’arrêter&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-experiences.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.objr92-experiences_s.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Les Expériences siriennes&lt;br /&gt;
Canopus dans Argo&amp;nbsp;: Archives T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Doris Lessing – La Volte – mai 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [UK] par Sébastien Guillot. 368 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Expériences siriennes&lt;/strong&gt; constitue le troisième volume (sur cinq) de &lt;strong&gt;Canopus dans Argo&amp;nbsp;: Archives&lt;/strong&gt;, cet ambitieux cycle science-fictionnel créé par Doris Lessing &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/10/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-92#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;. Publié au Royaume-Uni en 1981, mais jusqu’à maintenant ignoré de notre côté de la Manche, &lt;strong&gt;Les Expériences siriennes &lt;/strong&gt;est enfin disponible grâce à La Volte dans une belle traduction de Sébastien Guillot. Le roman a pour protagoniste et narratrice Ambien II, native de Sirius. Elle appartient aux «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cinq&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», l’oligarchie présidant non seulement aux destinées de Sirius, mais aussi à celles de l’immense empire intersidéral en dépendant. À l’instar de Canopus – cette autre planète impérialiste imaginée par Doris Lessing et mise en scène dans &lt;strong&gt;Shikasta &lt;/strong&gt;—, Sirius est en effet parvenue à placer sous sa coupe des milliers de mondes et de peuples. Voyageant à loisir à travers le cosmos grâce à leur considérable avance technologique, rendus en outre quasi-immortels par leur extraordinaire savoir médical, les Siriens soumettent les populations ainsi colonisées à des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;expériences sociologiques comme biologiques&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Celles-ci s’étalent sur des centaines de milliers d’années, et consistent (entre autres modalités) en des déplacements contraints de peuples entiers ou bien encore en des processus de sélections eugénistes. S’appuyant sur la formidable capacité de la civilisation sirienne à se jouer de l’espace et du temps, lesdites expériences revêtent ainsi une dimension démiurgique. C’est de cette «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Évolution Forcée&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» dont témoigne Ambien II, plus précisément au travers de l’exemple de Rohanda. Une planète dont elle a personnellement conçu et supervisé l’«&amp;nbsp;&lt;em&gt;ingéniérie évolutionniste&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» après que Rohanda ait fait l’objet d’un partage d’influence avec Canopus… &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/10/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-92#_ftn2&quot; id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est un récit à la froide rhétorique que compose initialement Ambien II, reflétant de la sorte ses certitudes quant à la légitimité des conquêtes et expériences siriennes. Mais sa prose gagne peu à peu en chaleur, se faisant de moins en moins idéologique et factuelle, devenant de plus en plus critique et poétique. D’abord troublée, puis profondément ébranlée par sa fréquentation plurimillénaire des peuples de Rohanda et des envoyés de Canopus s’y trouvant, Ambien II se voit alors «&amp;nbsp; &lt;em&gt;frappée de doutes existentiels&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Suivant un cheminement semblable à l’héroïne des &lt;strong&gt;Mariages entre les Zones Trois, Quatre et Cinq&lt;/strong&gt;, la narratrice des &lt;strong&gt;Expériences siriennes&lt;/strong&gt; va radicalement se transformer au contact d’une altérité démultipliée par l’imaginaire science-fictionnel. Tirant un fécond parti de celui-ci, la titulaire du Prix Nobel combine en un même geste romanesque une saisissante cosmogonie et une ample réflexion sur l’exercice de la puissance. Faisant certes écho à l’âge du colonialisme européen (au terme d’une jeunesse vécue en Rhodésie du Sud – l’actuel Zimbabwe –, Doris Lessing devint une militante anticolonialiste), la vision politique des &lt;strong&gt;Expériences siriennes &lt;/strong&gt;conserve toute son actualité en notre temps géopolitiquement agité…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-surleschemins.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-surleschemins.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Sur les chemins de la peur&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;John Flanders&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;– Terre de Brume – mai 2018 (recueil de trois textes&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sur les chemins de la peur&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;traduit du flamand par André Verbrugghen et Françoise Bannier, &lt;em&gt;L’Engoulevent,&lt;/em&gt; traduit du flamand par P. &amp;amp; R. Depauw revue par André Verbrugghen, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Prisonniers de Morstanhill&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;version originale française. 278 pp. 18,50&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Terre de Brume continue d’exhumer des textes de John Flanders, alias Jean Ray, pour les offrir à de nouvelles générations de lecteurs. Le grand écrivain gantois est aujourd’hui surtout connu pour ses écrits fantastiques, mais son œuvre est bien loin de ressortir exclusivement à son genre de prédilection ainsi que allons le voir ici.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce recueil est composé d’un excellent roman d’intrigue policière, &lt;em&gt;L’Engoulevent&lt;/em&gt;, qu’encadre deux nouvelles d’aventures plus ou moins maritimes, plutôt orientées pour la jeunesse… La première, qui donne son titre au recueil, voit une partie de l’Angleterre submergée par un étrange phénomène et deux adolescents en fuite, poursuivis par une cohorte de pirates fantômes vraiment très méchants, issus d’une mutinerie. C’est le seul texte qui possède un caractère un tant soit peu fantastique sans pour autant qu’un authentique surnaturel y fasse irruption. L’aventure se termine dans des cavernes – un lieu hautement prisé de la littérature juvénile. On tient là un récit qui n’est pas sans analogie avec &lt;em&gt;Les Contrebandiers de Moonfleet&lt;/em&gt;, film de Fritz Lang, mais avec un brin d’étrange en plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rien d’étrange par contre dans &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Les Prisonniers de Morstanhill&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, pure aventure pour la jeunesse, où, finalement, justice est rendue aux jeunes héros par le Robin des Mers de service tandis que les bourgeois du cru en prennent pour leur grade – obséquieux devant plus forts, puissants et redoutables qu’eux, mais de la plus implacable cruauté envers les pauvres et les faibles. La force de ces gens-là n’étant nullement inhérente à une quelconque grandeur qui leur fut propre, mais au contraire, juste l’expression de leur propension à écraser les petites gens et tous ceux que la vie place à leur merci.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’Engoulevent&lt;/em&gt; constitue le plat de résistance de ce recueil. On a là une intrigue policière où l’auteur prend ses lecteurs par la main pour les perdre dans un labyrinthe de miroirs et de faux-semblants, brouillant les pistes à qui mieux mieux. L’Engoulevent est-il un génial malfrat&amp;nbsp;? Est-ce Bradfield&amp;nbsp;? Sinon qui&amp;nbsp;? Sont-ils plusieurs&amp;nbsp;? Complices&amp;nbsp;? Rivaux&amp;nbsp;? A-t-on affaire à un nouveau Robin des Bois&amp;nbsp;? Le lecteur a de quoi se perdre en conjecture parmi la foultitude de personnages s’il se laisse prendre au jeu de cette histoire trépidante où John Flanders s’amuse à faire des clins d’œil à Harry Dickson.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, ces récits penchent davantage du côté de &lt;strong&gt;L’Île au Trésor&lt;/strong&gt; plutôt que de celui du Dr Jekyll, et rappellent ces histoires policières emberlificotées à souhait. Du divertissement de qualité rehaussé d’une juste pincée de satire sociale qui trouverait parfaitement sa place sur les rayons de littérature jeunesse. Un bon moment.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-alexverusT1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-alexverusT1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Destinée&lt;br /&gt;
Alex Verus T1&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Benedict Jacka – Anne Carrière – juin 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [GB] par Marie de Prémonville. 440 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Alex Verus est magicien. Avec un tel nom, on s’en serait douté. Mais pas un magicien traditionnel avec robe, chapeau et baguette. Ni un Harry Potter bis. Alex Verus est devin. Il ne peut agir sur la matière, ni se téléporter, ni se transformer en eau ou en feu, ni créer des armes terribles. Par contre, il est capable de lire l’avenir. Plus précisément, il observe les multiples possibilités offertes afin de faire ses choix, de s’engager dans une action plutôt qu’une autre aux conséquences fâcheuses. Et pour sa tranquillité, après des expériences pour le moins fâcheuses, il préfère rester loin des grandes factions rivales. Il vit paisiblement en vendant des accessoires pour magiciens amateurs (et quelques vrais articles, cachés au fond) dans sa boutique londonienne. Mais un jour (car il y a toujours «&amp;nbsp;un jour&amp;nbsp;»), une de ses amis lui fournit un objet d’une puissance extrême. Et les voilà plongés dans une guerre mortelle entre les plus puissants magiciens d’Angleterre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Encore une histoire de magiciens, certes. Et à Londres de surcroît. Alors que l’apprenti sorcier de Ben Aaronovitch sévit depuis plusieurs années (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 67 pour &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-rivieres-de-londres&quot;&gt; le premier opus &lt;/a&gt; ), que les créatures surnaturelles de Daniel O’Malley protègent la capitale anglaise (cf. &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/the-rook&quot;&gt;Bifrost 76&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;), était-il vraiment nécessaire de voir apparaître un nouveau praticien des arts étranges, un nouveau héros d’urban fantasy&amp;nbsp;? Et qui plus, pour une série appelée à durer&amp;nbsp;: déjà neuf volumes parus en VO, trois en français ( &lt;strong&gt;Malédiction&lt;/strong&gt; est sorti en juin, &lt;strong&gt;Taken&lt;/strong&gt; en septembre). Et pourquoi pas, après tout. Les Éditions Anne Carrière s’ouvrent à la littérature pour la jeunesse. Cela avait débuté avec le très beau &lt;strong&gt;La Fille qui avait bu la &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;Lune&lt;/strong&gt; de Kelly Barnhill et cela continue donc avec la série d’Alex Verus. Et cela peut se révéler un bon choix si ce nouveau héros trouve sa place sur les étagères bien remplies des libraires. Car Benedict Jacka a concocté un personnage central attachant, suffisamment creusé pour intriguer et donner envie de le conserver en vie pour quelques pages de plus. Sa psychologie n’est pas la plus riche, ni la plus aboutie, mais c’est le premier tome. Alors patience. En face, les clans de magiciens, leur hiérarchie, leurs divisions, leurs haines sont cohérentes, avec juste ce qu’il faut de complexité pour mériter notre attention, mais point trop pour ne pas perdre un large lectorat. La galerie de personnages est riche d’individus hauts en couleur, sympathiques ou monstrueux, effrayants ou méprisables. Quant à la description en filigrane de la ville, terrain de l’action, mais aussi acteur par moments, elle donne envie de prendre un billet d’avion (ou de train, plus écologique) pour Londres et d’aller se perdre dans certains quartiers,.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas quoi se taper le c… par terre, donc, mais un roman plus qu’honnête, fort plaisant à découvrir, idéal pour un bon voyage dans les mondes de la magie urbaine.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-androgyne.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-androgyne.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’Androgyne&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;André Couvreur – BnF, coll. «&amp;nbsp;Les Orpailleurs&amp;nbsp;» – juin 2018 (réédition d’un roman, préfacé par Roger Musnik. 256 pp. GdF. 14,50&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;S’il est un auteur oublié de nos jours, c’est bien André Couvreur. Certes, quelques-uns connaissent vaguement son &lt;strong&gt; Invasion de macrobes&lt;/strong&gt; (1909), mais sa dernière édition date déjà d’il y a vingt ans (chez Ombres). Auparavant&amp;nbsp;? Il faut a priori remonter à 1940 (dixit la BnF) pour trouver trace d’une de ses publications. On ne saurait donc tenir grief à ceux qui, humblement, avouent le découvrir via le présent titre. Et on remerciera la même BnF qui nous le propose avec, comme toujours dans cette collection des « Orpailleurs&amp;nbsp;», une préface érudite de Roger Musnik.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même s’il date de 1922, cet &lt;strong&gt;Androgyne&lt;/strong&gt; résonne éminemment moderne. Jugez-en plutôt&amp;nbsp;: dans une soirée mondaine, Georges croise le professeur Tornada, savant fou, et héros récurrent de plusieurs textes de Couvreur. Lors d’une discussion enflammée sur les disparités homme-femme, George s’écrie&amp;nbsp;: « &lt;em&gt; Et vive le savant qui, un jour ou l’autre, modifiera mon anatomie pour m’élever sur le pavois de faiblesse&amp;nbsp;! &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» Comprenez&amp;nbsp;: pour me transformer en femme. Ce vœu ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd et, ni une ni deux, Tornada kidnappe Georges, en fait un sujet d’expérimentations, et de Georges crée Georgette. Bien sûr, l’aspect scientifique n’est aucunement abordé ici, car c’est ce qui va suivre qui intéresse Couvreur&amp;nbsp;: comment expliquer la disparition soudaine de Georges, et l’apparition tout aussi brusque de Georgette, qui, par commodité, prend le rôle de la sœur de Georges, dont personne n’avait jamais entendu parler auparavant&amp;nbsp;? Et comment Georgette va-t-elle pouvoir trouver sa place, et interagir avec les connaissances de Georges, à commencer par sa maîtresse, Rolande, avec qui il projetait de partir loin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À lire ce qui précède, on sent venir le pur vaudeville. Et, à la vérité, Couvreur en utilise les ressorts, nous faisant régulièrement sourire, comme par exemple lorsque Georges découvre certains secrets que Rolande lui avait cachés (et pour cause). Les traits d’humour sont souvent savoureux, d’autant que Couvreur manie à merveille la langue française. Toutefois, derrière ses atours de satire, le propos se fait çà et là plus sérieux, car il s’agit d’aborder ici, sous le prisme d’une vision décalée – celle d’un homme, donc –, la condition féminine telle que vécue par une femme. Vaste programme. Georges, lorsqu’il était masculin, n’était pas le plus macho des hommes. Intelligent, plutôt sensé et sensible, une partie de son vécu en tant que femme ne le déstabilisera pas, aussi le miroir n’est-il pas trop déformant. Mais il n’en découvrira pas moins que, aussi «&amp;nbsp;Éclairé&amp;nbsp;» soit-il, il reste le produit de siècles de patriarcat difficiles oublier, et que de fait, certains de ses comportements n’en heurtent pas moins la sensibilité féminine. En gardant à l’esprit que nous sommes en 1922, bien entendu… Ce qui n’empêche pas le récit d’offrir par moments de réjouissants changements de perspective, et en ces temps où la place de la femme est régulièrement (et à juste titre) questionnée, gageons que ces derniers toucheront la corde sensible de certains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sujet moderne, humour qui fait mouche, langue de qualité&amp;nbsp;: décidément, Musnik et la BnF ne se sont pas trompés en rééditant cet &lt;strong&gt;Androgyne&lt;/strong&gt;. On se souvient qu’il a été précisé plus haut que Tornada était un héros récurrent dans l’œuvre d’André Couvreur. À quand une réédition de ses autres aventures&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr92-maisonducygne.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr92-maisonducygne.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;cygne&quot;&gt;La Maison du Cygne&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Yves &amp;amp; Ada Rémy – Dystopia Workshop – juin 2018 (réédition). 256 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Maison du Cygne &lt;/strong&gt; fut en quelque sorte le chant du cygne des époux Rémy vers la fin des années 70. Après avoir donné en 1968 &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-soldats-de-la-mer_3601&quot;&gt; &lt;strong&gt;Les Soldats de la Mer&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, une superbe &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, puis, en 1971, &lt;strong&gt;Le Grand Midi&lt;/strong&gt;, un extraordinaire roman fantastique chez Christian Bourgois, ils s’attaquèrent à la science-fiction avec ce roman qui fut publié en 1978 dans la prestigieuse collection « Ailleurs &amp;amp; Demain ». Si ce dernier allait au final s’avérer quelque peu en retrait des deux précédents, il n’en reste pas moins un très bon livre. Les auteurs francophones alors publiés dans la collection argentée n’avaient vraiment rien à envier à leurs confrères anglo-saxons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Maison du Cygne&lt;/strong&gt; nous rappelle furieusement le navrant &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/shikasta&quot;&gt;&lt;strong&gt;Shikasta&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, de Doris Lessing bien qu’il ait précédé l’ouvrage raté de la prix Nobel 2007 de plusieurs années. Comme quoi, on est auteur de l’imaginaire ou on ne l’est pas !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La Terre est l’enjeu d’un conflit entre les constellations de l’Aigle et du Cygne qui tour à tour influe sur l’évolution du monde par l’intermédiaire d’agents incarnés. Pour livrer cette guerre, la maison du cygne a décidé de former deux douzaines d’enfant à El Golem, un castel perdu au fin fond du désert mauritanien, de les initier aux pouvoirs psi dans le dessein qu’ils prennent en main de destin du monde… La première partie du roman se déroule exclusivement au castel, où le maître guide et développe ses oisillons, tout en essayant, souvent en vain, de les protéger des menées de l’Aigle. Et en fin de compte, tout n’est peut-être pas si simple…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette première partie s’avère un tantinet longuette. Bien qu’en butte aux actions de l’Aigle et en dépit des pertes, les enfants du castel sont heureux, ce qui ne se prête guère à l’intensité dramatique. Le rythme est défaillant et le lecteur, à l’instar des enfants du castel, n’est pas sans se poser un certain nombre de questions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec la seconde partie viendra le temps des réponses dont certaines seront pour le moins surprenantes. Si la première partie est intemporelle, la seconde va parfois accuser les quarante ans que compte désormais ce roman : l’auto-stop, les fiches du téléphone, le mouvement hippie… C’est clairement la société post soixante-huitarde que les auteurs mettent en scène et en l’Aigle et le Cygne s’incarnent les pôles qui déchiraient la société d’alors.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Maison du Cygne&lt;/strong&gt; n’est certainement pas un roman aussi éblouissant que le sont&lt;strong&gt;Le Grand Midi &lt;/strong&gt;(que l’on espère voir réédité un jour) et &lt;strong&gt;Les Soldats de la Mer&lt;/strong&gt; mais il n’en est pas moins tout à fait remarquable en dépit de quelques lenteurs, et Gérard Klein ne s’y est pas trompé en l’accueillant dans sa collection chez Robert Laffont. Il s’agit là d’un roman volontiers déroutant où le lecteur ne cesse d’être entraîné sur de fausses pistes et ce n’est qu’en se retournant sur le livre, la dernière page lue, qu’on en vient à pleinement l’apprécier.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;• • • • •&lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/10/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-92#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Rappelons que ledit cycle compte au total cinq titres. Les deux premiers, &lt;strong&gt;Shikasta &lt;/strong&gt;et &lt;strong&gt;Les Mariages entre les Zones Trois, Quatre et Cinq&lt;/strong&gt; ont été respectivement chroniqués dans les numéros 85 et 89 de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; (attention, la première, signée Jean-Pierre Lion, est au lance-flammes… [NdRC]). Quant aux deux derniers – &lt;strong&gt;Le Représentant de la Planète 8&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Agents sentimentaux de l'Empire volyen &lt;/strong&gt;–, ils devraient paraître chez La Volte d’ici à 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/10/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-92#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; La colonisation de Rohanda est évoquée du côté canopéen dans&lt;strong&gt;Shikasta&lt;/strong&gt;, le volume inaugural de &lt;strong&gt;Canopus dans Argo&amp;nbsp;: Archives&lt;/strong&gt;. Shikasta étant le nom par lequel Canopus désigne Rohanda&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Les lendemains qui chantent… vus d'hier</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/22/les-lendemains-qui-chantent-vus-d-hier" rel="alternate" type="text/html" title="Les lendemains qui chantent… vus d'hier" />
      <id>urn:md5:44f1dda56a035a3ba2f7464372185295</id>
      <published>2018-10-22T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-10-22T12:02:36+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Livres</dc:subject>
                    <dc:subject>Bertrand Bonnet</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;lendemains-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/lendemains-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les lendemains qu'on nous promet ne risquent pas forcément d'être très chantants. Ce qui fait une bonne raison de se pencher sur ceux qui étaient envisagés, au début du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. En attendant la parution du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-92&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost 92&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, on vous propose de vous pencher sur deux récentes parutions de la collection ArchéoSF de publie.net mettant à l'honneur différentes propositions d'utopies et autres anticipations révolutionnaires&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Demain, les révolutions&amp;nbsp;!&lt;/strong&gt;, anthologie de Philippe Éthuin, et &lt;strong&gt;Une utopie moderne&lt;/strong&gt; de H.G. Wells…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Demain, les Révolutions&amp;nbsp;! Utopies &amp;amp; Anticipations révolutionnaires , publie.net, coll. Archéosf, 2018, anthologie inédite, français, 264 p., grand format, 22&amp;nbsp;€&lt;br /&gt;
Une Utopie moderne , H.G. Wells, publie.net, coll. Archéosf, 2018, essai romancé, réédition, traduit de l’anglais par Henry-D. Davray et Bronislaw Kozakiewicz, 314 p., grand format, 22&amp;nbsp;€&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La science-fiction est intimement liée au genre bien plus ancien de l’utopie – qui a considérablement évolué avec le temps. Longtemps cantonnée à un registre essentiellement critique, et à une définition étymologique stricte renvoyant à «&amp;nbsp;un lieu qui n’existe pas&amp;nbsp;», l’utopie tend, surtout à partir de la Révolution française, à adopter une optique davantage programmatique, ou prescriptive, en se projetant dans l’avenir. C’est un trait commun de bien des anticipations typiques du socialisme français tout au long du XIXe siècle – des précurseurs que Marx a associés sous l’étiquette de «&amp;nbsp;socialisme utopique&amp;nbsp;», à leurs héritiers plus tardifs, en un temps où socialisme et marxisme n’étaient pas encore synonymes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;lendemains-demainlesrevolutions.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.lendemains-demainlesrevolutions_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l’anthologie &lt;strong&gt;Demain, les Révolutions&amp;nbsp;!&lt;/strong&gt;, concoctée par Philippe Éthuin, il nous est donné d’envisager sept anticipations révolutionnaires et socialistes françaises, qui représentent autant de courants distincts d’une idée politique alors essentiellement multiforme – et c’est une anthologie qui n’a bien sûr rien d’exhaustif, pensons ne serait-ce qu’à Cabet et son &lt;strong&gt;Icarie&lt;/strong&gt;. On y croise quelques noms fameux – Louise Michel, par exemple – et d’autres moins connus&amp;nbsp;; plusieurs d’entre eux, à vrai dire, se dressent sur les épaules de leurs prédécesseurs, éventuellement idéalisés (Saint-Simon pour le Père Enfantin, Fourier pour Victor Hennequin…). Des idées généreuses sont communes à tous ces textes, mais, de 1834 (Louis Desnoyers) à 1909 (Émile Pouget), l’idée même du socialisme a amplement l’occasion d’évoluer – qui plus est dans un contexte politique français particulièrement troublé tout au long du XIXe siècle. Revenir à ces utopistes, c’est là quelque chose de rafraîchissant, mais le tableau de l’évolution réelle du monde à cette époque et depuis a de quoi déprimer quelque peu… Il est difficile, à leur lecture, de se prémunir totalement du sentiment que la naïveté, et parfois même l’aveuglement, sont des caractéristiques primaires de l’enthousiasme utopique – même en s’en voulant de penser une chose pareille. Mais, en dépit des mauvais tours de l’histoire, de quelques maladresses çà et là, et de traits insidieux, alors jugés progressistes mais qui ont de quoi effrayer un ou deux siècles plus tard (on y reviendra), l’idée des lendemains qui chantent persiste – et demeure salutaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les textes compilés dans cette anthologie sont divers au-delà. Déjà, certains d’entre eux seulement adoptent une forme véritablement narrative – d’autres relèvent clairement de l’essai, sans s’embarrasser de littérature. À vrai dire, dans les deux cas, les textes ici rassemblés ne brillent pas exactement par la forme, le plus souvent – les diatribes, les prêches, mais pas moins les variations sur le dialogue «&amp;nbsp;socratique&amp;nbsp;», ont même quelque chose de régulièrement éprouvant, qui peut nuire aux auteurs qu’on a le plus envie d’admirer (Louise Michel s’il ne faut en citer qu’une). La rhétorique un peu poussive et répétitive, les notions fondamentales italiques ou majuscules, courantes dans ces anticipations, rarement au point du rejet en bloc heureusement (même un personnage aussi risible que le Père Enfantin parvient à s’en tirer, son enthousiasme aidant), sont toutefois compensées par quelques entreprises plus séduisantes à cet égard – comme les &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Scènes phalanstériennes&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Victor Hennequin (1850-1852), plus particulièrement la première, où des enfants nés dans un monde fouriériste ne parviennent tout simplement pas à comprendre que, deux générations plus tôt à peine, le monde pouvait être si différent, si inégalitaire, si cruel, si absurde enfin. On relèvera aussi l’étonnant &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Rêve d’un irréconciliable&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; de Paschal Grousset (1869), qui, en adoptant en apparence la moins narrative des formes (le texte consiste en une succession de documents officiels, lesquels consistent à leur tour en listes de noms fameux, truffées de savoureux clins d’œil), se montre étonnamment drôle et judicieux. On peut avoir l’impression, à lire tout cela, que l’enthousiasme et l’humour vieillissent mieux que l’indignation – même si les raisons de s’indigner ne manquent certes pas en 2018, et nous avons toujours besoin d’utopies.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces anticipations sont essentiellement politiques, économiques et sociales &amp;nbsp;: on y décrit en long et en large le processus révolutionnaire, comment les gouvernements bourgeois tombent, comment l’armée se rallie aux prolétaires, comment la redistribution opère, comment l’exemple… eh bien, neuf fois sur dix, français, emporte la conviction de l’Europe – et comment l’exemple parisien mobilise les campagnes arriérées, etc. Quelques auteurs, ici et là, perçoivent cependant que la Révolution politique doit composer avec la Révolution industrielle – aussi, on trouve parfois, au détour d’une ligne (guère plus), quelques allusions à des machines futuristes qui changent elles aussi la face du monde&amp;nbsp;; des moyens de transport, notamment, et de communication, qui ont le même effet de rétrécir la planète – condition nécessaire, sans doute, à la Révolution mondiale (si d’abord européenne). Le luddisme peut être de la partie, inévitablement, mais, globalement, la confiance en l’avenir qui émane de ces textes s’élargit au progrès technique – une dimension particulièrement marquée dans le livre de Wells qui nous intéressera bientôt, où la machine, nommément, libère. Mais certains enthousiasmes technologiques font froid dans le dos, en même temps &amp;nbsp;: Émile Pouget, dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Que nous réserve la révolution de demain&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; &amp;nbsp;» (1909), prophétise avec ardeur et joie la guerre chimique et bactériologique, qui sauvera la révolution anarcho-syndicaliste de la menace des troupes réactionnaires, quant à elles incapables (?!) de développer pareils armements&amp;nbsp;! Cinq années plus tard à peine, le monde basculerait dans une «&amp;nbsp;&lt;em&gt;der des ders&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui changerait à jamais cette conception de la guerre future, à défaut de concrétiser d’autres prophéties bien plus à même de susciter notre adhésion… à moins bien sûr d’y inclure la Révolution russe – et on devrait probablement le faire –&amp;nbsp;; le problème est que le processus révolutionnaire ne s’y est pas accompli aussi «&amp;nbsp;facilement&amp;nbsp;» (et dans la douceur) que l’envisageaient nos auteurs, et c’est le moins qu’on puisse dire – on aura l’occasion de revenir sur les conséquences.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;lendemains-utopiemoderne.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.lendemains-utopiemoderne_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, si ces rares moments technologiques correspondent peut-être davantage à notre conception d’une science-fiction riche en boulons, la simple idée d’un autre monde, éventuellement futuriste, associe bien plus fondamentalement l’utopie et la fiction spéculative. Qui pourrait en témoigner mieux que H.G. Wells&amp;nbsp;? Le fondateur de la science-fiction moderne, auteur de romans aussi brillants et séminaux que&lt;strong&gt;La Machine à explorer le temps&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;La Guerre des mondes&lt;/strong&gt;, pas les plus joyeux et positifs des récits pourtant, a écrit tout au long de sa carrière bien des utopies – certaines sous forme romanesque, d’autres sous l’apparence peut-être plus « respectable&amp;nbsp;» d’essais. &lt;strong&gt;Une Utopie moderne&lt;/strong&gt; (1905), réédité en même temps que l’anthologie révolutionnaire par Philippe Éthuin, est à mi-chemin – dans le format employé, puisqu’il s’agit d’un «&amp;nbsp;essai romancé&amp;nbsp;» (mais à vrai dire très, très vaguement romancé, et avec une pertinence éventuellement douteuse…), mais aussi dans le fond, car Wells y synthétise et révise plusieurs de ses écrits antérieurs, pour constituer ce qu’il espère être une somme de sa (florissante) pensée en la matière… pensée qui aura toutefois l’occasion d’évoluer encore, et parfois en profondeur, dans les quarante années qui suivront.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais, étrangement ou pas, &lt;strong&gt;Une Utopie moderne&lt;/strong&gt; ne se présente pas comme étant une anticipation – ce qui contraste avec les utopies socialistes envisagées à l’instant. Le postulat du «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;» repose en effet sur un déplacement dans l’espace plutôt que dans le temps (même si l’ambiguïté persiste en fait, a fortiori si on y ajoute la possibilité du rêve, procédé pour le coup récurrent dans le précédent ouvrage également)&amp;nbsp;: deux Anglais bon teint, le narrateur-enjoué-qui-n’est-pas-tout-à-fait-Wells, et son camarade «&amp;nbsp;le Botaniste&amp;nbsp;», plus obtus et obsédé par des amours malheureuses, font du tourisme dans les Alpes suisses quand, pour quelque raison étrange, ils se retrouvent projetés sur une sorte de «&amp;nbsp;Terre double&amp;nbsp;» du côté de Sirius, en tous points semblable à la nôtre, et nos «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;» sont même amenés à rencontrer leurs doubles… à ceci près que ce monde lointain a bâti l’Utopie moderne&amp;nbsp;; et, comme le voyageur de Thomas More et tant d’autres de ses successeurs, les deux touristes vont arpenter cette Utopie et s’émerveiller de la perfection de ce système… ou s’y montrer parfois réfractaires, dans le cas du Botaniste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est qu’il faut se poser cette question de la perfection. Il s’agit d’une Utopie «&amp;nbsp;moderne&amp;nbsp;»… et, pour Wells, qui écrit à la suite de tant d’autres rêveurs politiques, dont les socialistes français précédemment envisagés, cela implique de prendre ses distances par rapport à certaines données implicites du registre&amp;nbsp;: d’une part, l’Utopie classique, de&lt;strong&gt;La République&lt;/strong&gt; de Platon à &lt;strong&gt;La Cité du Soleil&lt;/strong&gt; de Campanella en passant par Thomas More et en allant bien au-delà, ne peut se concevoir que dans le cadre d’un petit territoire, c’est une cité idéale refermée sur elle-même, seule garantie à la préservation de ses institutions de la contamination extérieure, qui ne pourrait que les dégrader&amp;nbsp;; pour Wells, bien au contraire, l’Utopie moderne ne peut se concevoir que dans le cadre de l’État mondial, qui met fin aux dissensions, aux inégalités et aux guerres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’autre part, et c’est une idée plus complexe et plus subtile, l’Utopie ancienne se protège de la sorte parce qu’elle est par essence parfaite – et dès lors immuable&amp;nbsp;: ses institutions sont les meilleures, et, pour cette raison précisément, elles ne doivent pas changer, et elles ne changeront jamais. Mais l’Utopie moderne de Wells, elle, bien loin d’être statique, s’affiche comme cinétique&amp;nbsp;: elle évolue dans le temps – il n’y a plus cet idéal de perfection intemporelle, mais la prise de conscience (darwiniste, peut-être, on sait que Wells était un disciple de Thomas Huxley) de ce que le monde, même utopique, doit en permanence évoluer – ce qui est idéal doit varier avec le temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est à vrai dire une chose qui frappe à la lecture de ce manifeste à la forme un peu bancale (et, disons-le, à la plume de plomb – on a connu l’auteur plus en forme&amp;nbsp;!). Wells en son temps était résolument progressiste – et lié à certains courants, plutôt modérés et réformistes, du socialisme, tout particulièrement à la &lt;em&gt;Fabian Society&lt;/em&gt;, dont l’approche était passablement élitiste&amp;nbsp;; autant de dimensions qui ressortent dans l’Utopie moderne de Wells, où la propriété privée est atténuée sans être abolie et où la redistribution doit se faire sur un mode plus égalitaire, d’une part, mais aussi où, d’autre part, les hommes sont classés scientifiquement, même si de manière en principe non contraignante, avec tout au sommet une classe fondamentalement supérieure d’intellectuels, équivalent wellsien des Gardiens de Platon, et que l’auteur désigne ici sous le nom incongru de « Samouraïs&amp;nbsp;». La démocratie n’était de toute façon pas une valeur cardinale pour Wells. Mais en outre, si son Utopie est censée ne jamais empiéter sur les considérations morales individuelles, en principe, dans les faits elle s’insinue sans cesse dans ce domaine prétendument réservé. En fait, Wells, comme bon nombre de ses devanciers, succombe volontiers à un délire normatif global (sur les mœurs, sur les vêtements, sur l’alimentation…), qui, quelques décennies plus tard, serait à jamais associé à la notion de totalitarisme. C’est un des aspects par lesquels l’utopie de Wells peut se muer en dystopie, et un George Orwell, notamment, saura en tirer les leçons (surveillance omniprésente incluse).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais cela va en fait bien au-delà – car nombre des idées ici défendues et louées par Wells, jugées progressistes en leur temps, ne nous font plus du tout cet effet aujourd’hui… voire ont de quoi nous inquiéter. L’eugénisme en est probablement la plus éloquente démonstration – où le darwinisme a sa part. Le peu de cas que fait Wells (comme bien d’autres en son temps) des individus «&amp;nbsp;déficients&amp;nbsp;», ce qui peut inclure jusqu’aux amateurs d’alcool, noue l’estomac dans un monde qui a connu le nazisme – s’il faut nous prémunir du blâme anachronique, nous ne pouvons tout simplement plus suivre Wells sur cette question. Et sur quelques autres&amp;nbsp;? La question des empiètements de l’État mondial utopique sur la vie morale de ses citoyens se double d’autres ambiguïtés du même ordre, où les principes semblent perpétuellement battus en brèche par les faits. Si &lt;strong&gt;Une Utopie moderne&lt;/strong&gt; est globalement expurgée du racisme latent (et là encore et pour les mêmes raisons bien de son temps) qui pouvait imprégner d’autres écrits de l’auteur auparavant, et si quelques belles pages illustrent l’inanité des préjugés xénophobes et de leur recours à la pseudo-science pour se «&amp;nbsp;justifier&amp;nbsp;», il en reste pourtant toujours quelque chose – et l’émancipation relative des femmes dans l’État mondial illustre en fait avant tout le chemin qui reste à parcourir, car la conviction demeure d’un rôle «&amp;nbsp;naturel&amp;nbsp;» qui place «&amp;nbsp;naturellement&amp;nbsp;» les citoyennes de l’Utopie moderne, ces frivoles créatures, en situation d’infériorité&amp;nbsp;; qu’il y ait en principe des femmes «&amp;nbsp;samouraïs&amp;nbsp;» n’y change au fond pas grand-chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant d’aspects troublants qui empêchent de s’enthousiasmer unilatéralement pour la société idéale décrite par Wells – avec tout ce qu’elle peut avoir de généreux&amp;nbsp;: l’accent mis ici sur les éléments les plus désagréables ne doit pas faire perdre de vue que le propos se veut bel et bien idéal, et l’auteur y défend avec fougue de belles idées, c’est indéniable – au premier rang desquelles cet État mondial qui met fin aux sempiternelles et absurdes haines des imbéciles heureux qui sont nés quelque part.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais la forme même de l’essai participe à vrai dire à cet enthousiasme modéré&amp;nbsp;: la passion vibrante du narrateur a bientôt quelque chose d’un peu suspect – même si elle est en quelque sorte justifiée par la fin du «&amp;nbsp;roman &amp;nbsp;». Demeure l’impression d’un livre assis entre deux chaises, et où l’essai l’emporte de manière tellement flagrante sur le roman qu’on se convainc sans trop de peine des limites du procédé, peut-être même de ses défauts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La lecture de ces deux ouvrages est assurément instructive. Elle est aussi, dans les deux cas, déprimante – parce qu’aucune des prophéties de &lt;strong&gt;Demain, les Révolutions&amp;nbsp;!&lt;/strong&gt; ne s’est réalisée, et parce que les désirs de Wells nous apparaissent régulièrement obsolètes aujourd’hui, et parfois… eh bien, un peu puants. Mais &lt;strong&gt;Une Utopie moderne&lt;/strong&gt; illustre ainsi, et peut-être pas tout à fait de manière paradoxale, une de ses idées-forces&amp;nbsp;: l’idéal varie, et le rêve généreux d’une époque peut devenir le cauchemar d’une autre. Revenir à l’utopie n’en fait pas moins toujours sens – et parce que notre monde ne sera jamais idéal, nous aurons sans doute toujours recours à cet outil, critique ou programmatique. Et tout particulièrement maintenant, alors que le rêve est si souvent dénigré comme inutile, ou, plus significativement, « improductif&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Ces utopies, au nom chargé de mépris dans la doxa contemporaine, ne se sont pas réalisées – et pourtant elles ont changé le monde. Rêver d’un avenir meilleur s’impose quand le quotidien érige en valeur ultime le conformisme au nom du «&amp;nbsp;réalisme&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; et ceci, pour le coup, est peut-être une chose qui ne change pas.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>10 comme La Dixième Planète</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/19/10-comme-La-Dixieme-Planete" rel="alternate" type="text/html" title="10 comme La Dixième Planète" />
      <id>urn:md5:7f6528bbae74b6dba4642e84cc66986b</id>
      <published>2018-10-19T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-10-19T11:16:02+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-10-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-10-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'Abécédaire repart pour un nouveau tour d'alphabet, placé sous le signe du nombre 10. Et pour bien commencer, quoi de tel qu'une excursion aux confins du Système solaire, à la recherche de la mythique dixième planète (enfin, en faisant comme si Pluton comptait encore). Charles-Henri Badet et Edmund Cooper l'ont trouvé, dans deux romans titrés &lt;strong&gt;La Dixième Planète&lt;/strong&gt; et qui, malgré leurs différences, partagent quelques points communs…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Dixième Planète, C.H. Badet. Éditions Métal, coll. «&amp;nbsp;Série 2000&amp;nbsp;», 1954. Semi-poche, 196 pp.&lt;br /&gt;
La Dixième Planète [The Tenth Planet], Edmund Cooper, roman traduit de l’anglais par Claude Saunier. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», 1976 [1973]. Poche, 256 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pluton_(plan%C3%A8te_naine)#/media/File:Nh-pluto-in-true-color_2x_JPEG.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-10-pluton.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/80/Nh-pluto-in-true-color_2x_JPEG.jpg/240px-Nh-pluto-in-true-color_2x_JPEG.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ceci n'est plus la neuvième planète.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a de cela quelques mois, des scientifiques défrayaient la chronique en annonçant la possible (probable&amp;nbsp;?) existence d’une planète aux confins du Système solaire, un astre assez massif pour justifier les orbites extrêmement elliptiques des planètes naines transneptuniennes. C’est là une nouvelle preuve que l’hypothétique dixième planète (enfin, &lt;em&gt;neuvième&lt;/em&gt;, vu que Pluton ne compte plus depuis 2006) du Système solaire continue à nous tarauder. Entre 1930, année de la découverte de Pluton par Clyde Tombaugh, et 2006, année de son éviction du club des planètes à part entière, on aura pu voir – en littérature ou au cinéma, à défaut d’observation dans les télescopes – plusieurs types de dixième planète. En distance par rapport au Soleil, un très bref récapitulatif pourrait ressembler à ceci&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;ul&gt;
	&lt;li&gt;L’Anti-Terre, située au point de Lagrange 3, de l’autre côté du Soleil. Il s’agit par exemple de la Terre des &lt;em&gt;Cités obscures&lt;/em&gt; de Schuiten et Peeters, de la Terre miroir explorée dans le film &lt;em&gt;Danger, plan&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ète inconnue&lt;/em&gt;, du cadre mis en place par Vladimir Nabokov dans &lt;strong&gt;Ada ou l’ardeur&lt;/strong&gt;… Évidemment, les lois physiques font figure de rabat-joie et une telle Terre ne tiendrait pas en place à cause de l’influence gravitationnelle de notre planète.&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;La planète 4.5, située entre Mars et Jupiter, à l’emplacement de l’actuelle ceinture d’astéroïdes, et détruite pour des raisons X ou Y — généralement de façon cataclysmiques (cf. les romans est-allemands &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/23/K-comme-Kurs-Ganymed&quot;&gt; &lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/04/A-comme-Als-die-Goetter-starben&quot;&gt; &lt;strong&gt;Als die Götter starben&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, où les dangers de l’énergie atomique provoquent la fin brutale de ladite planète). Parfois surnommée Phaëton&amp;nbsp;; souvent en ruine.&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;La planète X, située au-delà de Pluton. Parfois surnommée Perséphone, parfois surnommée Yuggoth. On la cherche encore. Beaucoup, en littérature, l’ont trouvée – d’où ce billet.&lt;/li&gt;
	&lt;li&gt;On pourrait sûrement inclure dans cette liste les planètes vagabondes, temporaires dixièmes planètes, en commençant par&lt;strong&gt;Le Vagabond&lt;/strong&gt; de Fritz Leiber – mais aussi Gallia dans &lt;strong&gt;Hector Servadac&lt;/strong&gt; de Jules Verne et son adaptation filmique par Karel Zeman, objet du prochain billet de cet abécédaire navrant.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Bref. Si j’avais voulu être exhaustif, j’aurais tâché de passer en revue des œuvres mettant en scène chacun des différents types de dixièmes planètes… mais j’ai préféré me limiter à deux exemples, tout bêtement titrés &lt;strong&gt;La Dixième Planète&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-10-badet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-10-badet.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première de ces deux &lt;strong&gt;Dixième Planète&lt;/strong&gt; est due à un certain Charles-Henri Badet. Il s’agit là, pour autant que je sache, de l’unique roman de son auteur, qui a ainsi inauguré l’éphémère collection «&amp;nbsp;Série 2000&amp;nbsp;» des éditions Métal – de fait, la couverture est métallisée –, collection ayant vu les débuts de Charles Henneberg et Pierre Versins. Une dixième planète qui se situe ici dans la catégorie des anti-Terre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire nous est narrée par Savigny, pochtron notoire de Paname qui, à la suite d’un concours de circonstance, a embarqué à bord d’une fusée et a réussi, par accident, à la faire décoller. Lorsque l’appareil redescend, ce n’est pas sur Terre… mais sur un astre qui lui ressemble&amp;nbsp;: notre infortuné narrateur découvre qu’il a atterri sur une anti-Terre, nommée Mère (ha) par ses habitants. Des habitants dont la société semble en avance de quelques millénaires sur la nôtre et qui a passé outre ses tourments de jeunesse. Cette société idéale vit selon les préceptes de la raison et de la logique, comme le découvre Savigny. Tout, du sexe (les «&amp;nbsp;spasmes&amp;nbsp;») à la mort (le « grand repos&amp;nbsp;»), est régulé&amp;nbsp;; les humains se divisent en plusieurs sortes, les «&amp;nbsp;hommes-bras&amp;nbsp;», manutentionnaires sans émotions mais costaud, et les graciles hommes-cerveaux – telle Rose, avec qui Savigny apprécie avoir des «&amp;nbsp;spasmes&amp;nbsp;» – et les cerveaux tout court, qui occupent des postes de pouvoir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman de Badet, narré avec force gouaille (hé, Savigny vient de Paname, alors faut bien), raconte donc l’exploration de la planète Mère (ha, ha) de notre soulard, rappelant au passage &lt;strong&gt;Le Meilleur des mondes&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Le Voyageur imprudent&lt;/strong&gt; par certaines de ses visions. L’aventure de Savigny se conclut de façon assez abrupte, dans une beuverie (notre clodo fait découvrir le pastis aux Mériens) et un discours un brin convenu sur le besoin de fantaisie (et d’alcool) dans un monde où la raison a pris trop d’importance… Moui. La fable traîne un peu en longueur pour vraiment convaincre (et j’ai décidément horreur des jeux de mots pourris et de la gouaille).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-10-cooper.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol10-10-cooper.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Également titré &lt;strong&gt;La Dixième Planète&lt;/strong&gt;, le roman d’Edmund Cooper s’avère d’une autre trempe. Et ça commence mal (pas pour le lecteur, ouf). À bord du &lt;em&gt;Dag Hammarskjold&lt;/em&gt;, le capitaine Idris Hamilton fuit la Terre pour Mars. Notre belle Planète bleue est morte, saccagée par l’humanité&amp;nbsp;: le constat qu’émet l’auteur en 1973 – un an après la publication du fameux rapport Meadows, &lt;strong&gt;Halte &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à la croissance&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt; – ressemble, dans les causes, à ce que nous vivons maintenant, quarante-cinq plus tard, même si, dans les conséquences, Cooper se trompe un peu en imaginant une Terre recourverte d’une lourde chape nuageuse empêchant la photosynthèse. Aucun dirigeant n’a réussi à s’accorder pour sauver la Terre&amp;nbsp;; tous sont grave motivés à coordonner leurs efforts pour coloniser Mars. Seul souci, la flotte aérospatiale – à l’inverse de ce que l’on peut lire ou voir dans pas mal de romans mettant en scène un exode spatial – ne compte que quinze vaisseaux. Pas un, pas mille&amp;nbsp;: quinze. Et encore, beaucoup ne sont pas bien gros&amp;nbsp;: autant dire que les places sont chères. Sur Terre, d’aucuns voient la fuite des autres d’un très mauvais œil&amp;nbsp;: si ce n’est pas nous, ce sera personne. Et donc&amp;nbsp;: boum. Le &lt;em&gt;Dag Hammarskjold&lt;/em&gt; explose en chemin. Sabotage&amp;nbsp;! Voilà qui la fiche mal pour l’humanité. Fin de l’histoire&amp;nbsp;? Nope, car Idris Hamilton reprend conscience… cinq mille trois cents ans plus tard. Son cerveau a été miraculeusement récupéré par des humains établis sur Minerve, la dixième planète du Système solaire, située au-delà de l’orbite de Neptune. En attendant de récupérer un corps – celui d’un clone, ce qui ne va pas sans causer des interrogations éthiques à notre protagoniste —, Hamilton apprend la mort de la Terre, l’échec des colonies lunaires et martiennes et la fondation de cette colonie sur Minerve. Fondée par un Martien religieux et rigoriste, la colonie vit selon des principes un brin austère&amp;nbsp;: pas de monnaie, des mariages à durée déterminée, pas de propriété ni d’héritage, pas de népotisme, une population limitée à dix mille habitants. Une utopie, presque… Mais Hamilton reste un homme de la Terre et éprouve quelques difficultés à s’adapter à ces préceptes qui lui sont étrangers. Étrangers au point que le lecteur peut en venir à détester ce protagoniste buté, qui s’insurge que sa compagne minervienne ait pu coucher avec d’autres hommes avant lui et qui tient à tout prix à vivre selon les lois terriennes – des lois n’ayant plus vraiment cours depuis la mort de la Terre. D’ailleurs, est-elle toujours morte, notre bonne vieille Terre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/10/P-comme-Pas-de-quatre&quot;&gt;&lt;strong&gt;Pas de quatre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, Edmund Cooper prête une attention exacerbée aux rapports humains et aux coucheries – jusqu’à l’exaspération. Si le roman convainc dans son premier tiers, le caractère obtus d’Idris Hamilton face à l’utopie – certes terne — qui lui est offerte finit par lasser. On se retrouve avec le thème, assez classique, du sauvage déboulant dans une société aseptisée, au point de la mettre en danger… ou bien de lui donner un salutaire coup de pied au cul. Pour tout ce qui a trait à la sexualité, Cooper – ou bien son personnage d’Idris Hamilton – se montre plutôt conservateur et possessif. Là où le roman surprend, c’est dans sa ressemblance avec le récit de C.H. Badet, paru vingt ans auparavant&amp;nbsp;: une dixième planète, une société idéale-mais-tant-que-ça, un protagoniste qui cause le chaos et ne pense qu’à baiser. Imaginer un plagiat me semble cependant capillotracté et je parierai plutôt sur des thématiques assez universelles. En dépit de ces défauts et d’un aspect un brin daté, &lt;strong&gt;La Dixième Planète&lt;/strong&gt; version Edmund Cooper demeure une lecture agréable, plus pertinente dans le fond que son prédécesseur éponyme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, toujours pas de dixième (ou même neuvième) planète digne de ce nom à l’horizon. On cherche encore.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pluton_(plan%C3%A8te_naine)#/media/File:Pluto_possible_cryovolcano_-_Wright_Mons.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol10-10-pluton.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/1d/Pluto_possible_cryovolcano_-_Wright_Mons.jpg/233px-Pluto_possible_cryovolcano_-_Wright_Mons.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Mais on peut continuer à admirer Pluton.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: oui, si ce n’est d’occasion&lt;br /&gt;
Illisibles&amp;nbsp;: nope&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Ijon Tichy</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/08/Ijon-Tichy" rel="alternate" type="text/html" title="Ijon Tichy" />
      <id>urn:md5:f9803069bcb6f14beac0aa0561e313f4</id>
      <published>2018-10-08T08:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-10-08T11:09:36+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Émoi dans l’Institut Galactronique de Tichologie&amp;nbsp;: un infâme albumineux a entrepris de rassembler les écrits du Lunar Excursion Module, autrement connu sous le nom de LEM, écrits centrés autour de la personne d’Ijon Tichy, afin d’écrire moult inepties à leur sujet. Voyages électriques, mémoires et autres réminiscences… vous saurez tout d'Ijon Tichy, y compris les aventures dont il est absent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Parmi les lecteurs attentifs du blog &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, certains se seront peut-être aperçus que, au sein de la vaste bibliographie de Stanislas Lem, il est quelques livres que je n’ai pas abordés. Le premier est &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, pour des raisons évidentes&amp;nbsp;: beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce roman et je doute avoir quoi que ce soit de pertinent ou de nouveau à ajouter à ce sujet&amp;nbsp;; peut-être m’autoriserai-je quelques mots sur les trois adaptations en film (celles de Steven Soderbergh et d’Andrei Tarkovski, que tout le monde connaît, et celle de 1968, globalement ignorée) et les inspirations musicales du roman. Le second, ou plutôt les seconds, ce sont les romans et recueils ayant trait au personnage récurrent d’Ijon Tichy, objets de la présente bafouille&amp;nbsp;:&lt;strong&gt; Le Congrès de futurologie&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Mémoires d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Les Voyages électriques d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Nouvelles Aventures d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt;, sans oublier le roman inédit en français, &lt;strong&gt;Wizja Lokalna&lt;/strong&gt; et plusieurs textes épars (dont une poignée de textes non traduits). Un personnage récurrent donc, qui traverse l’œuvre de Stanislas Lem&amp;nbsp;: sa première apparition remonte à 1954, la dernière à 1996 – il s’agira d’ailleurs de l’un des derniers textes publiés de l’auteur avant son décès en 2006.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ijon Tichy, donc… Un sacré bazar pour s’y retrouver, les nouvelles et novellas relatives au bonhomme ayant été publiées dans un joyeux désordre qui rend difficile de s’y retrouver. Car comment aborder Ijon Tichy&amp;nbsp;? Dans un premier temps, il sera question des voyages de notre explorateur – des voyages rassemblés pour la plupart dans le recueil &lt;strong&gt;Les Voyages électriques d'Ijon Tichy&lt;/strong&gt; et, pour les autres, dans divers supports. Et, pour ajouter de la confusion à ce qui est déjà un joli bazar, on va appeler cet ensemble de voyages le &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;. Tout simplement parce que c'est le titre original, et que «&amp;nbsp;voyage électrique&amp;nbsp;» n'a absolument aucun sens (si ce n'est de rappeler les &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/06/C-comme-La-Cyberiade&quot;&gt;Contes inoxydables&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;… ce qui n'a pas non plus grand sens ici&amp;nbsp;: certes, les robots sont présents dans les aventures de Tichy mais n'ont souvent qu'une place marginale). Suivront les &lt;strong&gt;Mémoires d'Ijon Tichy&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Congrès de Futurologie&lt;/strong&gt;, l'erratum au &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, les &lt;strong&gt;Nouvelles Aventures&lt;/strong&gt; et ce que j'appellerai ses &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Dernières Aventures&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, à savoir les textes tardifs. Sans oublier le passage de Tichy à l’écran, que celui-ci soit grand ou petit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-caza.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-caza_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ijon Tichy au congrès de futurologie, par Caza.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ijon Tichy, personnage versatile vivant dans un monde aux contours flous… Et quel drôle de nom&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ijon&amp;nbsp;» ressemble un peu à « ion », et voilà pour la dimension scientifique. Quant à son nom de famille, Tichy rappelle le mot polonais «&amp;nbsp;cichy&amp;nbsp;», calme, ou bien le russe «&amp;nbsp;тишина&amp;nbsp;» [tichina], silence. Le bonhomme se montrera pourtant bien loquace au fil de ses aventures…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’est Ijon Tichy&amp;nbsp;? Un futurologue&amp;nbsp;? Un astronaute&amp;nbsp;? Un explorateur&amp;nbsp;? Un scientifique&amp;nbsp;? Un affabulateur invétéré&amp;nbsp;? Un peu de tout ça et souvent autre chose. Ses aventures le placent parfois dans un cadre terrestre et (à peu près) réaliste, parfois dans un cadre spatial déjanté. Ijon Tichy, c'est en fait le baron de Münchhausen du cosmos. Un type à qui il arrive des aventures incroyables dont on ne peut être guère certain de l'absolue véracité. L’incipit de ce billet ne ment pas, il existe une discipline scientifique dévouée au personnage, la tichologie. Du moins, c’est ce que prétend Tichy par le truchement de son ami, l'omniprésent professeur Tarantoga. Alors allons-y gaiment…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Journal des étoiles&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Quand notre Polonais crée le personnage d’Ijon Tichy en 1954, il n’en est qu’au début de sa carrière. Il a publié &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu vénus&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; (1951) et se prépare à sortir &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Obłok Magellana&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; (1955)&amp;nbsp;; le meilleur de son œuvre est encore à venir. L’essentiel des nouvelles consacrées au bonhomme – sous le titre générique de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; – va paraître par salve, au fil des recueils parus en Pologne. Vu de France, cette évolution est moins perceptible, car comme évoqué plus haut, l’essentiel du &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; est contenu dans le recueil francophone &lt;strong&gt;Les Voyages électriques d'Ijon Tichy&lt;/strong&gt;. En effet, suivant les éditions et les langues, ce «&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;» change de forme.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-voyageselectriques.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-voyageselectriques.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Du «&amp;nbsp;Vingt-Deuxième Voyage&amp;nbsp;» de 1954 au «&amp;nbsp;Vingtième Voyage&amp;nbsp;» de 1971, on compte au total quinze voyages, dont douze figurent au sommaire des &lt;strong&gt;Voyages &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;électriques&lt;/strong&gt; et deux dans l’anthologie de SF de l’Est proposée par Darko Suvin, &lt;strong&gt;Autres Mondes, Autres Mers&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; le quinzième voyage est désormais introuvable, on va revenir là-dessus. Et, oui, les nouvelles ont toutes un numéro mais ne sont pas parues dans l’ordre numérique. Si j’étais Stanislas Lem, j’inventerais même une discipline chargée d’étudier cette situation, cela s’appellerait la «&amp;nbsp;stellodiarologie&amp;nbsp;». Cela sonne comme le nom d’une maladie. À vrai dire, mieux vaudrait opter tout simplement pour ce que le commun des mortels appelle une bibliographie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-autresmondes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-autresmondes.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Voyages électriques&lt;/strong&gt;, donc, un recueil introduit non pas par &lt;em&gt;une&lt;/em&gt; mais par &lt;em&gt;deux&lt;/em&gt; préfaces (soyons généreux), censément rédigées par un expert en tichologie, le professeur A.S. Tarantoga. Au passage, Stanislas Lem plaisante sur son nom&amp;nbsp;: on prétend que LEM aurait écrit ces &lt;strong&gt;Voyages&lt;/strong&gt;… Foutaises, on sait que Lem est l’acronyme de Lunar Excursion Module&amp;nbsp;: comment un tel cervelet électronique aurait-il pu écrire tout ça&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On fait la connaissance de Tichy pendant son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Septième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1964), lorsque son astronef tombe en rade. Tichy n’a d’autre choix que de passer par des vortex dont les effets gravitationnels gauchissent l’espace-temps&amp;nbsp;: notre héros est confronté à des doubles de lui-même, décalés dans le temps et pas très coopératifs… Tout effet secondaire de l’alcool n’entre évidemment &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; en ligne de compte…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Montée en grade pour son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Huitième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1966)&amp;nbsp;: Tichy est désigné ambassadeur terrien auprès de l’Organisation des Planètes Unies. Il est pris sous son aile par un Tarracanien, lequel a fort à faire pour plaider pour la Terre et son absence d’accomplissements positifs. Un twist final vient tout bousculer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suivent quelques autres excursions extraplanétaires. Pour son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Onzième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1961), Tichy est envoyé sur une planète où un vaisseau s’est écrasé. Pas de nouvelles&amp;nbsp;: on sait seulement qu’une calculatrice, biberonnée aux œuvres de Sade et Sacher-Masoch, a pris le pouvoir avec une civilisation de robots. Déguisé en robot justement, notre héros s’y rend. Et y découvre la terrible vérité… que le lecteur aura déjà devinée. Lors du &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Douzième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1957), ce cher Ijon teste l’extenseur temporel, invention de Tarantoga, et se rend sur la planète Amaraupie où il essaie de créer une civilisation en accéléré… Évidemment, ça se passe mal et c’est ça qui est réjouissant. Avec son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Treizième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1957), Tichy veut rencontrer le formidable Grand Maître Oh, mais atterrit à la place sur la planète Pinta, recouverte d’eau en vertu d’un édit aussi ancien qu’absurde, et dont les habitants veulent devenir des poissons. Avec sa boîte de poisson en boîte, Tichy fait office de suspect. La planète jumelle Panta ne vaut guère mieux&amp;nbsp;: tous les habitants y sont identiques et interchangeables. Là aussi suspect, Tichy est condamné à la «&amp;nbsp;personnalisation&amp;nbsp;», chose qui lui va bien. Le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Quatorzième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1957) consiste en extraits du journal de Tichy, qui se rend sur la planète Entéropie, essaie d’y comprendre ce que sont les sapettes (et n’y parviendra pas). Ce sera cependant l’occasion d’aventure échevelée impliquant un prédateur invincible et des chutes localisées de météorites. Mais on ne saura toujours pas ce que sont les sapettes. Cette aventure aura son importance plus tard, on y reviendra.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le cosmos est tel qu’il est, on le doit à Tichy, ce qu’il explique dans son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dix-Huitième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1971). Un ami scientifique du prof Tarantoga a découvert que l’Univers vivait à crédit, le Big Bang ayant emprunté une énergie qu’il lui faudra bien rembourser à un moment… ce qui signifiera la fin de l’Univers, sauf si on modifie les paramètres. Avec quelques collaborateurs, Tichy tente de redresser les choses, mais les collaborateurs en question font des conneries, ce qui explique l’état de l’Univers. C’est là une amusante pochade, moins réussie que le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingtième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1971). Celui-ci commence quand un double futur de Tichy débarque avec une chronomobylette et lui déclare qu’il doit aller au XVIIe siècle pour sauver le monde. Le présent Tichy est récalcitrant mais finit par obtempérer (au passage, on apprend pourquoi les voyages, à cause de l’existence des voyages temporels, ne commencent pas au premier vu qu’il est toujours possible qu’il y en ait un &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt;). À la tête d’une équipe, Ijon tente de redresser le cours de l’Histoire… mais ses collaborateurs sont incompétents ou indélicats et c’est le bazar. Jeux de mots débiles et hilarité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après le fiasco du voyage précédent, Tichy entame son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingt-et-Unième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1971) en se rendant en vacances sur Dichtonie, quelque part vers le centre de la Galaxie. Arrive dans un monastère de robots. C’est l’occasion de longues discussions métaphysiques et théologiques où Lem, par l’intermédiaire de son héros, fait montre d’une faconde érudite – mais le lecteur doit s’accrocher. Le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingt-Deuxième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1954) est l’occasion pour Lem de discourir (mais plus brièvement), en utilisant un MacGuffin joyeusement débile&amp;nbsp;: Tichy a perdu son canif, il le cherche dans un système solaire rempli de planètes, où il rencontre un prêtre, qui raconte ses déboires… Lem est encore jeune écrivain et cela se sent. Même sentiment pour le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingt-Troisième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1954), qui voit Tichy se rend chez les Patapultes, aliens vivant sur une planète trop petite pour leur nombre — l’occasion de tester donc leurs téléporteurs. Lors de son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingt-quatrième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1957), Tichy se rend sur une planète dont tous les habitants, vaguement humanoïdes, vivent dans la crainte d’une machine supposée parfaite… mais ayant la fâcheuse tendance, comme l’explique l’un des autochtones, à transformer ceux qui l’approchent en disque cristallin. Pourtant, au départ, les intentions étaient bonnes… Nouvelle excursion lointaine pour le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingt-Cinquième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1954), quand Tichy se rend du côté de la Petite Ourse, dont les habitants se plaignent de monstres spatiaux. En fait, il s’agit de pommes de terre mutantes de l’espace, comme l’a prouvé le professeur Tarantoga. Après quoi, notre explorateur part à la recherche de ce dernier, de planète en planète. L’occasion pour notre voyageur d’assister à un opéra olfactif le nez bouché ou d’apprendre comment tracer des lettres géantes (d’une taille se chiffrant en kilomètres) avec une forêt comme ardoise. Aussi débile que drôle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première préface des &lt;strong&gt;Voyages électriques&lt;/strong&gt; fait mention d’un &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingt-sixième et Dernier Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1954), mais lui attribue un caractère apocryphe. Voilà qui sonne bien comme du Lem. De fait, cette nouvelle existe bel et bien&amp;nbsp;: il s’agit là d’un récit dans le plus pur style du réalisme socialiste, que renie son auteur. De fait, la nouvelle est désormais introuvable, figurant uniquement dans de vieux recueils polonais ou allemand pas réédités depuis l’érection du Mur de Berlin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, terminons avec le &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Vingt-Huitième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (1966). Il s’agit là d’un message à la mer… mais dans l’espace. À bord de son vaisseau à la dérive, Tichy retrace avec humour la genèse de sa famille, qui compta bon nombre d’inventeurs plus ou moins timbrés. Dans tous les cas, ce cher Tichy s'avère un bonhomme assez vantard et prétentieux, qui apprécie la brosse à reluire, mais qui demeure attachant en fin de compte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, le &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; alterne nouvelles brèves et longues, optant parfois pour la pochade SF ou pour l’exposé costaud de théories. Par rapport aux récits de 1971, ceux de 1954 font figure de sympathiques récits humoristiques brodant sur les thèmes classiques de la SF&amp;nbsp;; les textes datés de 1957 voient déjà Lem gagner en maturité. Tout aussi réussis sont ceux datés de 1966, qui se situent en plein dans la décennie dorée de Lem – celle qui court de 1961 à 1971, qui verra la parution de ses plus grands romans, de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/22/V-comme-La-Voix-du-maitre&quot;&gt; &lt;strong&gt;La Voix du ma&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ître&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Et, également parue au beau milieu de ces onze années, il y a un autre recueil…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Mémoires d’Ijon Tichy&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-memoires.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-memoires.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les &lt;strong&gt;Mémoires d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt; débutent par une lettre ouverte (1964), où notre éminent héros se plaint de la pollution du cosmos avant d’embrayer sur l’évolution et la façon dont faune et flore s’adaptent face à la pollution de l’espace. Un texte plein de verve et d’imagination, qui n’a pas grand-chose à voir avec le reste du livre&amp;nbsp;: suivent les «&amp;nbsp;Mémoires&amp;nbsp;» de Tichy, narrant ses rencontres avec une kyrielle de professeurs et autres docteurs fous. Le premier professeur du lot, Corcoran, possède une collection de cerveaux en bocal, qu’il nourrit d’impulsions électriques&amp;nbsp;: pour eux, comment savoir s’ils sont dans des bocaux ou s’ils vivent dans un monde véritable&amp;nbsp;? Cela explique aussi certaines bizarreries de la nature&amp;nbsp;: des bugs, tout simplement. Le deuxième professeur, Decantor, veut que Tichy participe financièrement à son projet &amp;nbsp;: la mise en boîte d’âmes. Les âmes sont immortelles&amp;nbsp;; les enfermer dans une boîte revient à les condamner à une éternité de… rien. Decantor et Tichy débattent du bien-fondé de l’invention. Un soir de pluie et de tempête, Tichy débarque au domicile du tristement célèbre professeur Zazul, qui prétend avoir mis au point une méthode de clonage… Quant au professeur Molteris, il affirme avoir inventé une machine à voyager dans le temps&amp;nbsp;; lui aussi a besoin de l’aide financière de Tichy, qui semble partant pour l’aider… mais le voyage temporel a ses lois que la physique ne saurait ignorer. Après ces rencontres, au ton plutôt sérieux (enfin, juste un peu moins déconnant que précédemment), Tichy revient à de la pure déconnade&amp;nbsp;: la lutte sans merci entre deux fabricants de machines à laver les conduit à perfectionner sans cesse leurs appareils, jusqu’à les transformer en robots multifonctions&amp;nbsp;; l’escalade n’a pas de fin, il faut que le législateur s’adapte. (Et il y a là un petit clin d’œil au &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Septième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; .) Par la suite, persuadé d’être un robot, Tichy se rend à la clinique du docteur Vliperdius dans l’espoir d’être soigné – raté. Quant au docteur Diagoras, il s’est lancé dans la construction d’un nouveau type d’ordinateur, ne devant rien à l’électronique. Il met ainsi au point une masse de protoplasme pensant&amp;nbsp;; hélas, la chose s’avère gloutonne en énergie et Diagoras ne sait plus comment la désactiver – mais cela devient vite le cadet de ses soucis après la création d’un second protoplasme. De l’humain et de sa création, qui est le plus intelligent&amp;nbsp;? Qui utilise l’autre&amp;nbsp;? Ces &lt;strong&gt;Mémoires&lt;/strong&gt; se terminent par un long récit au sujet du professeur A. Donda, risée des scientifiques, qui se retrouve à étudier une discipline inexistante – la svarnétique ( &lt;em&gt; Stochastic Verification of Automatized Rules of Negative Enchantment &lt;/em&gt; ) – et qui provoque le chaos. Les &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;émoires d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt; constituent un excellent recueil, plus solide que les &lt;strong&gt;Voyages &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;électriques&lt;/strong&gt;. Le fait que les textes rassemblés proviennent apparemment d’une même période (1961 pour les «&amp;nbsp;Mémoires&amp;nbsp;» proprement dites, 1964 pour les autres textes) participe de l’impression d’unité de l’ensemble. L’année 1964 est justement celle de la parution de &lt;strong&gt;Summa Technologiae&lt;/strong&gt;, un imposant essai philosphique où Lem questionne les technologies et leurs évolutions (et que je tâcherai d'évoquer dans un futur billet). Nul doute que la rédaction de &lt;strong&gt;Summa&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; a infusé dans le présent recueil pour toutes ses réflexions philosophico-techniques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que, pour accroître la confusion, la deuxième édition de ces &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;émoires&lt;/strong&gt; chez Pocket a (et allez savoir pourquoi) comme titre « Nouvelles Aventures&amp;nbsp;», qui sera &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; le titre d’un ouvrage ultérieur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Congrès de Futurologie&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Je l’évoquais plus haut&amp;nbsp;: la meilleure période créative de Lem s’achève en 1971. C’est cette même année qu’Ijon Tichy vit sa première aventure au long cours, avec &lt;strong&gt;Le Congrès de Futurologie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-congres1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-congres1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici à la toute fin des années 90, et Tichy participe à un congrès de futurologie à Nouns, capitale de l’État sud-américain du Costaricana (d’après les maigres informations que divulgue le narrateur, ce pays se situe sous le Pérou et le Mexique (#géographienawak)). L’accroissement de la population a conduit à une augmentation, somme toute logique, du nombre de futurologues&amp;nbsp;: tout ce beau monde est logé au Hilton de Nounas, et les conférences sont menées à un train d’enfer. Toutes semblent converger vers un point&amp;nbsp;: l’avenir sera catastrophique (écologie, population, etc. – on se croirait chez John Brunner). Mais des troubles dans la capitale costaricaine poussent vite les congressistes à trouver refuge dans les égouts. Ah, et l’eau du robinet est contaminée par des produits hallucinogènes dopant la bonté et la bienveillance. Tichy hallucine à mort… et tout part vite en cacahuète.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-congres2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-congres2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien vite et par des péripéties qu’il serait dommage de révéler, Ijon Tichy se retrouve dans un futur utopique où règne la psychimie&amp;nbsp;: l’humanité, arrosée de drogues, vit dans un bonheur constant. Et après tout, pourquoi pas&amp;nbsp;: débarassés de leurs instincts les plus bas, les humains peuvent enfin vivre en paix. Joie, bonheur, harmonie. L’utopie, quoi. Le paradis communiste à portée de doigt&amp;nbsp;? Comme le dit le professeur Trottelreiner, participant au congrès de futurologie au même titre que Tichy&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Les drogues ne coupent pas l’homme du monde, elles ne font que modifier ses relations avec lui. Les hallucinogènes, eux, brouillent et voilent le monde entier.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce monde, quel est-il au juste&amp;nbsp;? La réponse de Trottelreiner fait frémir&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ce monde n’est qu’un cadavre, quoique fort bien conservé, car on parvient à le momifier avec de plus en plus d’habileté. En d’autres termes, nous avons appris à masquer son agonie.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et la conclusion de prendre un goût amer. À moins que&amp;nbsp;? Si la dernière page s’achève sur une ultime pirouette manquant de surprise, Stanislas Lem aura entretemps promené son lecteur dans une série d’aventures jouissives et échevelées. Assez bref, le roman s’avère une réussite – l’une des dernières de Lem, qui termine ainsi une décennie dorée ponctuée par les parutions de&lt;strong&gt; Mémoires trouvés dans une baignoire&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Retour des étoiles&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt;. Par la suite, lem écrira surtout ses &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum&quot;&gt; &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Apocryphes&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, c’est-à-dire tous ces comptes-rendus de livres inexistants. Le romanesque sera fini pour un temps…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Erratum au Journal des étoiles&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;… mais un temps seulement. À partir des années 80, Stanislas Lem fait revenir son personnage fétiche au travers de textes plus parcimonieux — deux romans et deux nouvelles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-lokaltermin.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-lokaltermin.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Premier de ces deux romans tichiens,&lt;strong&gt; Wizja Lokalna&lt;/strong&gt; (un titre pouvant se traduire par «&amp;nbsp;enquête sur les lieux du crime&amp;nbsp;») voit Tichy revenir sur Terre et passer quelques vacances méritées en Suisse — c'est tout l'objet de la brève première partie. Mais, suite à un quiproquo, il se retrouve en possession d'un château s'avérant inhabitable, et doit bientôt accepter l'offre d'un officiel du Ministère des Affaires Extraterrestres. Là commence la deuxième partie, où Lem laisse libre cours à son talent pour digresser à foison. Tichy apprend qu'il s'est trompé dans la rédaction de son &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; – ouvrage censément sérieux mais classé au rayon SF –, car, s'il a cru aller sur la planète Entia / Entéropie au cours de son &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Quatorzième voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, il n'a guère fait qu'explorer son satellite. Une erreur que d’aucuns comparent à Colomb croyant atteindre les Indes. Il va donc falloir retourner là-bas… Mais, au préalable, notre héros passe quelque temps en Suisse dans les archives du Ministère pour en apprendre davantage sur Entia et sa population. C’est l’occasion pour Lem de faire ce qu’il sait si bien faire&amp;nbsp;: discourir longuement sur des trucs potentiellement absurdes. On a donc droit à de copieux passages sur les habitants d’Entia – les Kurdlandiens, qui descendent d’oiseaux et vivent dans les entrailles de reptiles cracheurs de feu (Lem explique le pourquoi du comment, mais ce billet va devenir trop long si j’explique qu’il s’agit de lézards vivant dans des marais, crachant du feu pour ne pas avoir le ventre trop humide) et les Losanniens (vaguement humanoïdes), leur histoire et leur religion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En chemin (le trajet dure 249 ans), Tichy fait conserver des simulations de Bertrand Russell, Karl Popper et Shakespeare – c’est l’objet de la brève troisième partie du roman. La quatrième et dernière commence avec l’arrivé sur Entia de notre aventurier, qui patauge dans un premier temps dans la boue chez les Kurdlandiens avant d’être recueillis par les Losanniens. Ceux-ci ont développé une civilisation plutôt libre et sécure, grâce à une poignée d’inventions. La première est un nanorobot, le Gripser (en allemand, «&amp;nbsp;jugeote / petite cellule grise&amp;nbsp;»), présent partout&amp;nbsp;; la deuxième est l’Éthosphère (Éthiquosphère&amp;nbsp;?), qui prémunit tout acte de violence grâce aux essaims de Gripsers&amp;nbsp;; la troisème a aboli la mort&amp;nbsp;: bon nombre de Losanniens sont en réalité des morts-vivants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s'agit là d'un roman inédit en français comme en anglais, mais traduit en allemand sous le titre &lt;strong&gt;Lokaltermin&lt;/strong&gt;. C'est donc dans la langue de Goethe que j'ai pu le lire… et je suis probablement passé à côté des neuf dixièmes des références et plaisanteries – j’ai néanmoins souri face à cette profusion de professeurs aux noms simiesques et à quelques autres trucs. Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai trouvé ce roman longuet et parfois ennuyeux. Pour en savoir plus sur la genèse de ce roman, on peut lire &lt;a href=&quot;http://https/www.depauw.edu/sfs/abstracts/a40.htm#wizja&quot;&gt; la traduction anglaise de quelques lettres &lt;/a&gt; de l’auteur racontant son travail.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Çà et là, quelques phrases trouvent un écho actuel très particulier&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Jede Zivilisation macht zumindest teilweise eine Phase der Verosion – der Erosion der Wahrheit […].&amp;nbsp;» (p. 155)&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Chaque civilisation connaît au moins de temps une phase de vérosion — l’érosion de la vérité […].&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ein Idiot, zumal wenn er ein Vollidiot ist, wird, wenn sie es ihm anbieten, auf der Stelle bereit sein, Präsident der Vereinigten Staaten zu werden.&amp;nbsp;» (p. 188)&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Un idiot, même un idiot complet, sera prêt, si vous le lui proposez, à devenir président des USA.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce qui faisait mouche avec Reagan reste dans le mille avec l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Mais là n’est pas notre sujet…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Nouvelles Aventures&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;On tient avec les &lt;strong&gt;Nouvelles Aventures d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt; le dernier roman que Stanislas Lem consacre à son héros récurrent (et avant-dernier roman de Lem, le dernier étant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/17/F-comme-Fiasco&quot;&gt;&lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; en 1987). Son titre français ne rend pas vraiment hommage à l’original, &lt;strong&gt;Pokój na Ziemi&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: paix sur Terre. Un titre adéquat pour cette époque où la Guerre froide tire à sa fin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-nouvellesaventures.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-nouvellesaventures.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans cet avenir, la Terre est désormais démilitarisée (d’où le titre) mais la course aux armements a lieu sur notre satellite naturel&amp;nbsp;: chaque nation y possède une zone attitrée, où des machines s’occupent de mettre aux points les armes. Le truc, c’est qu’aucun des États concernés ne sait ce que fabrique les machines des autres… ni ses propres machines. Un puissant système de sécurité empêche toute information de passer, et l’équilibre des puissances sur Terre repose donc sur un incroyable bluff. Tout commence quand Tichy revient de la Lune&amp;nbsp;: il a l’impression que son cerveau a subi une opération – une callotomie – et que ses hémisphères sont séparés. Et que l’hémisphère droit fait n’importe quoi. Notre héros aimerait bien savoir ce qu’il en est de cet hémisphère droit, mais il n’est pas seul – et certains semblent en vouloir à sa personne.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Je suis l’inventeur de la loi Tichy où il est dit que c’est toujours la partie du corps impossible à gratter, qui est la première à démanger et à chatouiller.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Avec ces &lt;strong&gt;Nouvelles Aventures&lt;/strong&gt;, Stanislas Lem continue à se soucier comme d’une guigne de l’aspect romanesque. C’était le cas dans certaines nouvelles du &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; et dans &lt;strong&gt;Wizja Lokalna&lt;/strong&gt;, ça le sera aussi dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/17/F-comme-Fiasco&quot;&gt; &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, rien de neuf ici. L’intrigue aurait pu prendre l’apparence d’un technothriller, mais Lem préfère bien plus digresser… quitte, parfois, à s’autociter (le deuxième chapitre reprend ainsi une bonne part de&lt;em&gt;Syst&lt;/em&gt;&lt;em&gt;èmes d’armement du XXI&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt; &lt;em&gt; si&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ècle, ou&amp;nbsp;: L’évolution sens dessus dessous&lt;/em&gt; (in &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum#armes&quot;&gt; &lt;strong&gt;Biblioth&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;èque du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) – ce qui me fait penser que ces histoires d’insectes synthétiques (puis de menaces artificielles impossibles à discerner des menaces naturelles) rappellent les abeilles d’Ernst Jünger dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum#armes&quot;&gt; &lt;strong&gt;Abeilles de verre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;). Le cœur du livre se déroule en orbite lunaire, quand Ijon Tichy se rend sur notre satellite par robots interposés afin de savoir ce qu’il s’y passe &amp;nbsp;: plusieurs séquences s’avèrent quasi oniriques, tandis que certaines des perspectives exposées rappellent les prémisses de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; . Le roman s’achève de manière bien abrupte, sur un changement de paradigme pour l’humanité. Et Stanislas Lem de s’incarner une dernière fois dans son héros récurrent, Ijon Tichy devenant ici le Lunar Efficient Missionary.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Dernières Aventures&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;À partir des années 80, la production romanesque de Lem s'est donc drastiquement raréfiée. Je l'indiquais plus haut : en plus des deux romans évoqués ci-dessus, deux nouvelles se rattachent au personnage d'Ijon Tichy. Enfin, je crois. De fait, rien ne permet explicitement de rattacher &lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Use of a Dragon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; au cycle des aventures d’Ijon Tichy&amp;nbsp;: le narrateur n’est pas nommé, le professeur Tarantoga est absent… mais faisons comme si. Dans cette brève histoire, Tichy (?) se rend sur une planète lointaine, peuplée d’êtres humanoïdes – ici, comme souvent, la différence morphologique est cosmétique (ils possèdent deux nez là où on a des oreilles), le décalage anatomique servant essentiellement à dire que, hé, toute ressemblance avec la Terre ne pourrait être que mauvaise interprétation de la part du lecteur. Ou pas. Bref, Tichy se rend sur cette lointaine planète dont l’unique continent est occupé à sa pointe nord par un dragon. Il n’a pas de tête, pas de bouche, ne crache pas de feu, ne se déplace pas et ressemble plutôt à une montagne mais c’est un dragon. Et toute l’économie de la planète se fonde sur cette créature vorace, qu’il faut nourrir en dépit de son inutilité fondamentale. Si l’on note qu’il existe un organisme nommé le Controlling Consequences of Co-Existence Programme, dont les initiales forment CCCP – semblables, oh, &lt;em&gt;mais quel étrange hasard&lt;/em&gt;, à l’URSS en caractères cyrilliques –, la nature symbolique du dragon devient évidente. La nouvelle elle-même est aussi brève qu’amusante. Publié d’abord dans un magazine allemand en 1984, ce bref récit paraîtra en Pologne après la chute du Rideau de Fer&amp;nbsp;; sa traduction anglaise en 1993 tient compte, via un épilogue de deux lignes, de l’éclatement de l’URSS.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-altair.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-altair.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ijon Tichy revient une dernière fois sur Terre avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ijon Tichy’s Last Journey to Earth&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, nouvelle copyrightée 1996 mais publiée en 1999 dans le numéro 4 de l’éphémère revue &lt;em&gt;Alta&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ïr&lt;/em&gt;. Après six ans de voyage du côté de Cassiopée, Tichy revient donc sur Terre avec la ferme intention d’ajouter un nouveau chapitre à son «&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;». Quelle n’est pas sa surprise de voir les hommes porter des jupes et les femmes des pantalons, et de voir certains poursuivrent d’autres avec un filet à papillons. Intrigué, il rend visite à un cousin du professeur Tarantoga, un spécialiste de la mode à travers les âges – le genre de bonhomme à affirmer que la bipédie était vachement à la mode à l’époque jurassique –, qui lui explique qu’il est possible pour les hommes d’avoir des enfants et qu’Internet s’est développé au point qu’il est désormais possible, avec l’aide du vrai-faux filet à papillons, de « fantomiser&amp;nbsp;» les gens – c’est-à-dire les plonger dans une réalité virtuelle. Très peu pour lui&amp;nbsp;; Tichy enfile une armure en métal en guise de cage de Faraday. Mais n’est-il pas déjà trop tard&amp;nbsp;? Y compris pour Lem, qui propose avec cette vignette (cinq pages) une histoire un brin réac&amp;nbsp;? Voilà qui n’est pas la plus glorieuse manière de finir.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-voyage.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-lastvoyage.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Ijon Tichy crève l’écran&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Il n’y a pas que Stephen King et Philip K. Dick a avoir bénéficié d’un grand nombre d’adaptations ciné/télé&amp;nbsp;: Stanislas Lem aussi. Néanmoins, la plupart de ces adaptations ayant été tournées de l’autre côté du Rideau de Fer – lorsque celui-ci existait encore – ou dans des langues n’étant pas l’anglais, lesdites adaptations demeurent méconnues. Et, parfois, introuvables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable, c’est le cas de &lt;a href=&quot;http://https/www.imdb.com/title/tt0056380/&quot;&gt;&lt;em&gt;Profesor Zazul&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, court-métrage de Marek Nowicki et Jerzy Stawicki, diffusé à la télévision polonaise le 27 août 1968, qui adapte la nouvelle éponyme présente dans les &lt;strong&gt;Mémoires d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt;. Quant au professeur Corcoran, sa rencontre avec Tichy est mise en scène en 1999 dans &lt;a href=&quot;http://www.filmpolski.pl/fp/index.php?film=522586&quot;&gt;&lt;em&gt;Przypadek Ijona Tichego&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Lech Raczak. Introuvables aussi, &lt;a href=&quot;http://https/www.imdb.com/title/tt0078226/&quot;&gt;&lt;em&gt;Die seltsamen Begegnungen des Prof. Taratonga&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; [L’étrange rencontre du Professeur Taratonga] (sic) de Charles Kerremans, diffusé à la télé ouest-allemande en décembre 1978 et &lt;a href=&quot;http://https/www.imdb.com/title/tt1168749/&quot;&gt;&lt;em&gt;Professor Tarantoga und sein seltsamer Gast&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; [Le Professeur Tarantoga et son étrange invité], moyen-métrage de Jens-Peter Proll diffusé à la télévision est-allemande le 21 avril 1979. Au vu des titres similaires, je suis curieux de savoir ce que ces deux téléfilms ont en commun – au-delà de l’absence de Tichy. Tarantoga a refait une apparition en septembre 1992, dans du théâtre filmé polonais cette fois &amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.filmpolski.pl/fp/index.php?film=521704&quot;&gt;&lt;em&gt;Wyprawa profesora Tarantogi&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, avec Tadeusz Huk dans le rôle éponyme&amp;nbsp;; ce serait basé sur un scénario de 1963. Qui lit le polonais pourra jeter un œil au script &lt;a href=&quot;http://https/solaris.lem.pl/ksiazki/beletrystyka/przekladaniec/508-fragment-przekladaniec-wyprawa-profesora-tarantogi&quot;&gt; par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, l’Imdb liste (&lt;a href=&quot;http://https/www.imdb.com/name/nm0501015/&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;) le documentaire &lt;em&gt;Victim of the brain&lt;/em&gt; comme étant une adaptation des &lt;strong&gt;Nouvelles Aventures d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt; [Pokoj na zemie]. Que l’on se rassure, il n’en est rien – même si la présence de Lem infuse dans ledit doc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passons maintenant à ce qui est &lt;em&gt;trouvable&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1985, le «&amp;nbsp;Quatorzième Voyage&amp;nbsp;» est adapté par Gennadiy Tischchenko sous la forme d’un dessin animé de dix minutes&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://https/www.imdb.com/title/tt2401236/&quot;&gt; &lt;em&gt;Iz dnevnikov Yona Tikhogo. Puteshestvie na Interopiyu&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; [Extrait du journal d’Ijon Tichy&amp;nbsp;: Voyage jusqu’à Entéropie]. Pour l’apprécier, connaître le russe est indéniablement un plus. Ou bien on peut se contenter d’apprécier les images.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/AUnZVUFGpPU?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dix ans après la chute du Mur, trois Allemands, étudiants en ciné à Berlin et fans du &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, décident d’adapter icelui comme projet de cours. Le résulta est &lt;em&gt;Aus den Sterntagebüchern des Ijon Tichy&lt;/em&gt;, court-métrage auquel succède un second l’année suivante. L’un des trois étudiants, Oliver Jahn, joue le rôle principal. Le résultat s’avère suffisamment probant pour que la chaîne de télévision allemande ZDF donne aux trois camarades l’opportunité de développer ces deux courts en série télévisée&amp;nbsp;: cela donne &lt;em&gt;Ijon Tichy, Raumpilot&lt;/em&gt;, dont la première saison est diffusée au printemps 2007 sur ZDF.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-serie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-serie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Brève – six épisodes d’un quart d’heure –, elle met en scène Ijon Tichy qui arpente le cosmos à bord de sa fusée en forme de cafetière à piston… quand bien même l’intérieur ressemble à celui d’un appartement miteux habité par un célibataire invétéré (et pour cause&amp;nbsp;: il s’agit de l’appartement berlinois de Jahn).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-serie-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-serie-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les aventures de notre héros s’inspirent lointainement de l’œuvre de Lem&amp;nbsp;: le premier épisode (Tichy met au point son assistante holographique, Analoge Halluzinelle mais doit subir les avanies d’un aspirobot) ne se base sur rien de vraiment lemien. On peut retrouver dans le deuxième épisode une idée provenant du&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Douzième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; l’épisode 3 adapte plus fidèlement le&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Septième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; le quatrième s’intitule &lt;em&gt;Der futurologische Kongress&lt;/em&gt; mais n’a rien à voir avec le roman, il s’agit d’une adaptation du &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Huitième Voyage&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Les épisodes 5 (Tichy est supposé participer à un concours de robots mais Halluzinelle veut être considérée humaine) et 6 (Tichy atterrit sur une planète où il découvre des comptes-rendus de ses propres aventures) sont entièrement originaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour peu que l’on accepte les effets spéciaux minimalistes qui tiennent plus du bricolages et de l’utilisation intensive de fonds verts — cela peut se justifier sous l’angle (évoqué déjà par Lem) que Tichy n’est rien qu’un affabulateur alcoolique –, ça passe. Si Oliver Jahn a tendance à surjouer dans le rôle de Tichy, avec sa voix traînante et son curieux accent slave (?), Nora Tschirner s’en sort mieux dans celui de la délicieuse Analoge Halluzinelle, à l’accoutrement tout droit tiré des Sixties.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-serie-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-serie-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Diffusée quatre ans plus tard, la saison 2 est plus ample&amp;nbsp;: huit épisodes de vingt-cinq minutes au lieu de six d’un quart d’heure, avec un triple arc narratif. D’un côté, Tichy veut aller sur la planète Eggman à l’autre bout de la galaxie pour y acheter des œufs&amp;nbsp;; Halluzinelle fait tout pour que ce macho de Tichy la considère comme une humaine&amp;nbsp;; Mel, l’alien SDF qui squattait chez le professeur Tarantoga, veut retourner sur sa planète natale – mais de quelle planète s’agit-il. En chemin, le trio se rend sur la planète de l’Encyclopédie Co(s)mique où Tarantoga fait ses expériences&amp;nbsp;; sur une planète peuplée de meubles agressifs&amp;nbsp;; sur une planète aquatique où il est défendu de «&amp;nbsp;verpulker&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; dans le subconscient de Tichy… On reconnaît lointainement l’une ou l’autre nouvelle de Lem, tant la série fait le choix de s’en détacher. Et ce n’est pas forcément un défaut, car cette saison 2 s’avère meilleure que la saison 1. Tout se conclut dans un explosif épisode final avec une superbe pirouette finale, justifiant bon nombre des partis-pris de la série, et qui fait vraiment regretter qu’il n’existe pas de saison 3.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-serie-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-serie-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;(Ô merveille, cette saison2 dispose de sous-titres en &lt;em&gt;anglais&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! Pour la saison 1, vous pouvez toujours vous brosser.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-congres-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-congres-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’autre adaptation tirée des aventures d’Ijon Tichy est &lt;em&gt;Le Congrès&lt;/em&gt;, adaptation du &lt;strong&gt;Congrès de futurologie&lt;/strong&gt; par Ari Folman en 2013. Comme &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Pater Sparrow, cette adaptation ne retient que peu de choses de l’œuvre originale – et certainement pas Ijon Tichy, complètement absent du film. Celui-ci débute par le dilemme de l’actrice Robin Wright, qui joue ici son propre rôle. La star révélée par &lt;em&gt;Princess Bride&lt;/em&gt; a raté sa carrière et son agent l’incite à essayer un procédé révolutionnaire, où elle va, pour ainsi dire, céder les droits d’exploitation à &lt;s&gt; Miramax Paramount&lt;/s&gt; Miramount de son corps, son visage et son jeu après leur scan complet. Elle aimerait bien refuser… mais son fils Aaron a des soucis de santé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-serie-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-congres-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Vingt ans plus tard, Robin est invitée au Congrès &lt;s&gt; de futurologie &lt;/s&gt; futuriste à Abrahama, une zone entièrement animée&amp;nbsp;: il lui faut absorber une pilule qui la transforme en personnage de dessin animé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-serie-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-congres-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il faut à Robin aussi supporter de voir l’actrice qu’elle a été – mais qui n’est plus elle – dévoyée dans des blockbusters de sci-fi. Il lui faut aussi pondérer l’offre du directeur de la Miramount&amp;nbsp;: céder ses droits pour qu’on puisse boire, absorber, être Robin Wright. Oh, et puis il y a des hallucinogènes dans l’eau du robinet. La réalité commence à se détraquer, mais Robin garde toujours en tête l’idée de retrouver Aaron. Quitte à déchirer le voile des illusions.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-serie-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-congres-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qu’importe l’absence de l’inénarrable Ijon Tichy&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Congrès&lt;/em&gt; regorge de qualités. Le premier tiers du film, en prises de vue réelles, propose une réflexion sur le cinéma – une illusion, somme toute. Et en matière d’illusion, il serait illusoire de croire que le personnage de Robin Wright est en tout point semblable à la véritable Robin Wright. La suite, un dessin animé à l’esthétique rappelant les œuvres des années 30 (Popeye, Betty Boop) est un trip halluciné, inventif en diable. La critique politique du roman de Lem devient, dans le scénario d’Ari Folman, une critique acide de l’industrie du divertissement. Dans ses vingt dernières minutes, &lt;em&gt;Le Congrès&lt;/em&gt; bifurque pour virer au mélo. L’ensemble constitue un objet filmique unique, imparfait (quelques longueurs, une ligne directrice un peu floue) mais qui dégage suffisamment de vertige et d’émotion pour qu’on lui pardonne tout. Y compris l’absence d’Ijon Tichy.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Celui-ci a déjà, de toute façon, atteint les étoiles à sa façon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Ijon Tichy dans les étoiles&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;En hommage au personnage créé par Stanislas Lem – ainsi qu’à la série TV d’Oliver Jahn et consorts –, un astéroïde porte désormais le nom de &lt;a href=&quot;https://ssd.jpl.nasa.gov/sbdb.cgi?sstr=ijontichy;old=0;orb=1;cov=0;log=0;cad=0#orb&quot;&gt;(343000) Ijontichy&lt;/a&gt;. Sa découverte en 2009 par Stefan Karge et Erwin Schwabe a été suivie, l’année d’après, par celle de &lt;a href=&quot;https://ssd.jpl.nasa.gov/sbdb.cgi?sstr=343444;old=0;orb=1;cov=0;log=0;cad=0&quot;&gt;(343444) Halluzinelle&lt;/a&gt;. Quant à Lem, il orbite lui aussi depuis 1979 dans la ceinture d’astéroïdes&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://ssd.jpl.nasa.gov/sbdb.cgi?sstr=3836%20lem;old=0;orb=1;cov=0;log=0;cad=0#orb&quot;&gt;(3836) Lem.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Leur position au 7 octobre 2018 :&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-asteroid-lem.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-asteroid-lem.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-asteroid-lem_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-asteroid-ijon.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-asteroid-ijon.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-asteroid-ijon_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-asteroid-halluzinelle.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-asteroid-halluzinelle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ijontichy-asteroid-halluzinelle_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les aventures d’Ijon Tichy ne sont probablement pas le grand œuvre de Stanislas Lem… mais pas loin. Il s’agit cependant là d’un ensemble de nouvelles et romans qui permettent de retracer la carrière littéraire de son auteur, de débuts où Stanislas Lem s’amuse des figures imposées de la science-fiction jusqu’à une période brillante où Tichy est l’occasion d’aborder bon nombre d’idées variées. Ce &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Journal des étoiles&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; est aussi une autre facette de son œuvre de nouvelliste. Si, avec la &lt;strong&gt;Cybériade&lt;/strong&gt; et les &lt;strong&gt;Contes inoxydables&lt;/strong&gt;, Lem transpose les contes de fées dans un cadre science-fictif et, avec les &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/04/P-comme-Pirx-le-pilote&quot;&gt;Aventures de Pirx&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, propose un space opera réaliste, le Polonais opte avec les aventures d’Ijon Tichy pour de franches pochades souvent satiriques, avec un fond tantôt politique, tantôt philosophique — indispensables, à quelques exceptions près. Bref, cette discipline qu'est la tichologie vaut bien qu'on y consacre un peu de son temps, ce n'est pas mauvais pour le cerveau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lisez Ijon Tichy. Lisez Lem.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ijontichy-dzienniki.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ijontichy-dzienniki.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Biblio- et vidéographie&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Voyages électriques d'Ijon Tichy&lt;/strong&gt; [&lt;strong&gt;Dzienniki gwiazdowe&lt;/strong&gt;, 1971 (1980 pour la traduction de Dominique Sila)]&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Autres mondes, autres mers&lt;/strong&gt;, anthologie composée par Darko Suvin [&lt;strong&gt;Other Worlds, Other Seas&lt;/strong&gt;, 1970, 1974 pour la traduction d’Anna Posner des nouvelles de Lem]&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Mémoires d'Ijon Tichy&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Nouvelles aventures d’Ijon Tichy&lt;/strong&gt; [&lt;strong&gt;Ze wspommen Ijona Tichego&lt;/strong&gt;, 1971 (1977 pour la traduction de Dominique Sila)]&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Le Congrès de futurologie&lt;/strong&gt; [&lt;strong&gt;Kongres futurologiczny ze wspomnien ljona tichego&lt;/strong&gt;, 1971 (1976 pour la traduction d’Anne Labedzka et Dominique Sila)]&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Les Nouvelles aventures d'Ijon Tichy&lt;/strong&gt; [&lt;strong&gt;Pokój na ziemi&lt;/strong&gt;, 1985 (1986 pour la traduction de Laurence Dyèvre)]&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Lokaltermin&lt;/strong&gt; [&lt;strong&gt;Wizja lokalna&lt;/strong&gt;, 1982 [1987 pour la traduction en allemand de Hubert Schumann)]&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;«&amp;nbsp;The Use of a Dragon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pożytek ze smoka&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, 1983 (1996 pour la traduction en anglais par Wieziek Powaga in &lt;strong&gt;The Eagle and the Crow. Modern Polish Short Stories&lt;/strong&gt;, anthologie proposée par Terease Halikowska et George Hyde)]&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ijon Tichy's Last Journey to Earth&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Ostatnia Podroz Ijona Tichego&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, 1996 (1999 pour la traduction en anglais de Kurt von Trojan, Robert N. Stephenson et Ela Wroaebel)]&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Ijon Tichy, Raumpilot&lt;/em&gt;, série de Randa Chahoud, Dennis Jacobsen et Oliver Jahn (saison 1&amp;nbsp;: 6 × 15 minutes, 2007&amp;nbsp;; saison 2&amp;nbsp;: 8 × 22 minutes, 2011)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Le Congrès&lt;/em&gt; (כנס העתידנים), film d'Ari Folman (2013, 122 minutes).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mes sources pour les adaptations sont l’ &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/List_of_works_by_Stanis%C5%82aw_Lem_and_their_adaptations#Dramatic_adaptations&quot;&gt; article Wikipédia les listant&lt;/a&gt;, l’&lt;a href=&quot;http://https/www.imdb.com/name/nm0501015/?r&quot;&gt;Imdb&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.filmpolski.pl/fp/index.php?osoba=115990&quot;&gt; FilmPolski.pl&lt;/a&gt;. J’ai pu me planter çà et là&amp;nbsp;: désolé… Source des illustrations&amp;nbsp;: l’indispensable &lt;a href=&quot;http://https/www.noosfere.org/livres/auteur.asp?numauteur=35&amp;amp;Niveau=Romans&quot;&gt; nooSFère &lt;/a&gt; et l’&lt;a href=&quot;http://www.isfdb.org/cgi-bin/ea.cgi?166136&quot;&gt;ISFDB&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Z comme Zoe</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/10/01/Z-comme-Zoe" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zoe" />
      <id>urn:md5:a9884b13cd1c5ec330ab3a7f0cae0033</id>
      <published>2018-10-01T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-10-01T10:15:50+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Netflix a ponctué ce tour d'abécédaire, c'est une bonne raison pour terminer avec &lt;strong&gt;Zoe&lt;/strong&gt;, long-métrage tout récent signé Drake Doremus et disponible sur la chaîne de streaming. Les robots peuvent-ils aimer&amp;nbsp;? Peut-on aimer un robot&amp;nbsp;? Voilà les questions auxquelles ce film avec Léa Seydoux et Ewan McGregor s'attache à répondre de façon un peu trop binaire…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Zoe, Drake Doremus (2018). 104 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Mine de rien, Netflix semble avoir ponctué ce tour d’alphabet&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/05/B-comme-The-Bad-Batch&quot;&gt; &lt;em&gt;The Bad Batch&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , parce qu’Ana Lily Amirpour (dont votre serviteur avait apprécié l’intriguant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/17/G-comme-A-Girl-Walks-Home-Alone-at-Night&quot;&gt; &lt;em&gt;A Girl Walks Home Alone At Night&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; ) et Keanu Reeves&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/21/O-comme-Orbita-9&quot;&gt; &lt;em&gt;Órbita 9&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; parce que O et 9. Et nous voici à la lettre Z. Alors essayons &lt;em&gt;Zoe&lt;/em&gt;, autre production Netflix…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Oh, look at all these lonely peoples&lt;br /&gt;
Where do they are come from?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Il y a un demi-siècle, les Beatles se posaient la question au travers de l’émouvante chanson «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Eleanor Rigby&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», qui illustrait fort joliment l’un des plus beaux moments de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/09/27/Y-comme-Yellow-Submarine&quot;&gt; &lt;em&gt;Yellow Submarine&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; &lt;em&gt; – &lt;/em&gt; l’arrivée du sous-marin dans une grise ville de Liverpool. Le réalisateur Drake Doremus s’en est-il souvent au moment de tourner &lt;em&gt;Zoe&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Spoiler&amp;nbsp;: le film ne répond pas à la question…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-z-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-z-poster.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;En dépit de ce qu'indique l'affiche, le film est bel et bien disponible sur Netflix France, si le cœur vous en dit.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans un avenir tellement proche que ça pourrait être demain. Zoe («&amp;nbsp;zooo&amp;nbsp;») bosse dans une start-up dont le but est de matcher les couples et de savoir quelle est leur compatibilité. Améliorer les relations amoureuses, par le biais d’un logiciel, en somme. Sauf que Zoe est tristement seule. Elle éprouve cependant des sentiments envers Cole, son patron. Celui-ci travaille également à la mise au point d’androïdes sophistiqués – les synthétiques, destinés à servir de compagnons aux humains. Lutter contre la solitude, par le biais d’un robot, en somme. Elle participe notamment à l’éveil d’Ash, beau gosse tout ce qu’il y a de plus artificiel. Lorsque Zoe teste sa compatibilité avec Cole, elle a la désagréable surprise d’obtenir un désastreux 0%. Parce que Zoe – le spectateur pas trop neuneu l’aura déjà deviné et pour ceux plus longs à la détente, ce n’est pas un gros spoiler car il arrive au bout d’une petite vingtaine de minutes – est elle-même une synthétique qui s’ignore. La voilà qui s’interroge sur la nature et la réalité de ses sentiments envers Cole. Quant à celui-ci, il est troublé&amp;nbsp;: peut-on tomber amoureux d’un robot, aussi mignon soit-il&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-z-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-z-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-z-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est peu dire que les questionnements des deux protagonistes ont déjà été abordés plus d’une fois par le passé, que ce soit au travers de livres, de films voire d’albums. Le fondateur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/31/R-comme-RUR&quot;&gt; &lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Karel Čapek mettait en scène des robots dénués de sentiments – et en souffrant –, le récent &lt;strong&gt;Autonome&lt;/strong&gt; d’Annalee Newitz parle d’indenture mais aussi de désir chez la gente synthétique (quoique avec un peu de maladresse)&amp;nbsp;; les quatre joyeux lurons teutons de Kraftwerk en faisait l’un des thèmes de leurs deux meilleur disques, &lt;em&gt;The Man-Machine&lt;/em&gt; et surtout &lt;em&gt;Computer World&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; quant à Daft Punk, le duo a renchéri avec &lt;em&gt;Robot After All&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; sur petit et grand écran, on a pu voir des robots plus ou moins indiscernables de l’humain plonger dans les affres des sentiments ( &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/11/E-comme-Electroma&quot;&gt; &lt;em&gt;Electroma&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; des inévitables Daft Punk, &lt;em&gt;Her&lt;/em&gt; de Spike Jonze, la série &lt;em&gt;Westworld&lt;/em&gt; et toute une palanquée de films qu’il serait trop long de citer). Quelle pierre apporte &lt;em&gt;Zoe&lt;/em&gt; à l’édifice&amp;nbsp;? Eh bien… un gravillon, peut-être.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-z-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-z-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-z-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Zoe&lt;/em&gt; fait mine de s’intéresser à plusieurs thématiques science-fictives&amp;nbsp;: le matching assisté par ordinateur (pas vraiment une nouveauté, mais, hé, pourquoi pas), des substances suscitant le sentiment amoureux (sûrement du déjà vu mais, hé, pourquoi pas) et les sentiments des robots (un poncif). Et, plutôt que de les creuser, le réalisateur Drake Doremus – qui a pour l’essentiel tourné des comédies romantiques, ainsi qu’une dystopie romantique, &lt;em&gt;Equals&lt;/em&gt; – préfère s’attarder sur ce qu’il sait faire, à savoir la romance. En conséquence, l’aspect sciencefictif est réduit au strict minimum&amp;nbsp;: on voit un peu le labo&amp;nbsp;; on aperçoit quelques synthétiques moins aboutis que Zoe et Ash et qui se distinguent par leur complexion plastique. Des synthétiques ressemblant de manière indiscernable aux humains, voilà qui fait des économies de budget (après tout, pourquoi pas&amp;nbsp;: bon nombre de films chroniqués dans cet Abécédaire consternant (mais moins que ce film) ont été tournés avec trois fois rien).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-z-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-z-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-z-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’essentiel du film consiste donc à voir Zoe (Léa Seydoux, plutôt supportable ici) et Cole (Ewan McGregor, en Steve Jobs racorni) roucouler, sur fond de soleil automnal, sous l’œil un peu jaloux mais pas trop d’Ash (Theo James), avec en fond sonore une pop-rock FM. Les deux acteurs principaux font ce qu’ils peuvent mais l’alchimie demeure absente. On peut s’étonner de la candeur du personnage de Cole face à sa création&amp;nbsp;: comme si Pygmalion découvrait Galatée de but en blanc. Agaçant aussi, le film n’a qu’un point de vue hétérocentré et romantique sur la question. Avec un regard masculin&amp;nbsp;: Zoe s’aventure dans un bordel (situé juste sous le bar qu’elle a l’habitude de fréquenter avec Cole, voilà qui est super crédible), où on ne trouve que des synthétiques féminins. Si Ash a tout du fantasme pour midinettes, avec ses lèvres pleines et sa barbe de deux jours, ça s’arrête là quant à son utilisation. Et si Zoe est, semble-t-il, équipée de tout l’appareil génital d’une femme, elle ne possède pas de glandes lacrymales. Ah, bravo, Cole, on voit que tu as pensé à l’essentiel, hein… Bref, c’est là une manière aussi partielle qu’archi-convenue de traiter le thème de l’ultra moderne solitude et des relations humaines dans la société occidentale de ce début de XXIe siècle. Quant à voir &lt;em&gt;Zoe&lt;/em&gt; s’aventurer sur le terrain plus difficile du pygmalionisme ou du fétichisme des robots, on peut toujours rêver.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-z-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-z-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-z-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme dans tout bon conte de fées, tout est bien qui finira bien. Sauf pour le spectateur amateur de bonne SF, qui – s’il a tenu jusqu’à la fin – se sera arraché les yeux. Une machine peut éprouver des sentiments, youpi. &lt;em&gt;Zoe&lt;/em&gt; ne fait rien de ses thématiques, n’apporte rien, et, en somme, s’avère une œuvre que l’on qualifiera gentiment d’inutile.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et face à tant de bons sentiments, on ne peut qu’avoir envie de conclure sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=O3h4AQ810W0&quot;&gt;cette chanson, fort peu robotique certes, de Brigitte Fontaine…&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: 01101110 01101111 01101110&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: 01101111 01110101 01101001&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: 01101110 01101111 01101110&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Y comme Yellow Submarine</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/27/Y-comme-Yellow-Submarine" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Yellow Submarine" />
      <id>urn:md5:926c9c7e3bf082d62dc0660c86b18302</id>
      <published>2018-09-27T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-09-27T12:29:44+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a un peu plus de cinquante ans, un sous-marin jaune débarquait sur les écrans anglais et le monde ne fut plus jamais le même… Cinquante ans après sa sortie, on ré-embarque à bord du &lt;strong&gt;Yellow Submarine&lt;/strong&gt;, dessin animé mettant en scène les Beatles dans une aventure joyeusement psychédélique — et par les temps qui courent, ça fait du bien.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Yellow Submarine, George Dunning (1968). Couleurs, 87 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;In the town where I was born&lt;br /&gt;
Lived a man who sailed to sea&lt;br /&gt;
And he told us of his life&lt;br /&gt;
In the land of submarines&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On a déjà vu des idées curieuses donner naissance à des films, comme… des jouets tels les Lego ou les Transformers (en attendant les films d’après Minecraft ou le Monopoly). Alors pourquoi pas une chanson&amp;nbsp;? Mais revenons au début&amp;nbsp;: le Big Bang, la condensation des galaxies, la naissance des premières étoiles puis des planètes, l'apparition de la vie sur Terre et, quelque temps après, la formation des Beatles en l'an de grâce 1960. Formation qui rencontrera un certain succès et pas que d’estime.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1964, les Beatles sont à l’affiche du film &lt;em&gt;A Hard Day&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’s Night&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Quatre Gar&lt;/em&gt;&lt;em&gt;çons dans le vent&lt;/em&gt; de ce côté-ci de la Manche). En juillet 1965, le quatuor est à l’affiche d’un autre film, &lt;em&gt;Help!&lt;/em&gt;. À l’automne 1965, les Beatles débarquent sous la forme d’un dessin animé intitulé, en toute logique, &lt;em&gt;The Beatles&lt;/em&gt; – une première pour ce qui est de faire apparaître sous forme animée des personnages réels. La série est créée par un certain Al Brodax, un producteur américain, et fait intervenir un animateur canadien, George Dunning – gardez ces noms dans un coin de votre mémoire, ils vont revenir quelques lignes plus bas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-revolver.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-revolver_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1966, les Beatles sortent leur septième album, le très maîtrisé &lt;em&gt;Revolver&lt;/em&gt;, et décident d’arrêter les tournées pour se consacrer entièrement au travail en studio. Il en résultera, dans un premier temps, &lt;em&gt;Sgt. Pepper&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Lonely Heart Club Band&lt;/em&gt;, en 1967, huitième album à l’influence monumentale et, plus de cinquante ans après sa sortie, toujours considéré comme un classique inoxydable – il y a de quoi, au vu des chansons enregistrées lors de ces sessions (y compris celles ne figurant pas sur l’album, comme &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Strawberry Fields for Ever&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;). Beaucoup – énormément – de choses ont été dites sur ce disque, sorte d’album-concept se voulant une réponse au &lt;em&gt;Pet Sounds&lt;/em&gt; des Beach Boys – lui-même une réponse à &lt;em&gt;Revolver&lt;/em&gt; – et enregistré en même temps et dans les mêmes studios d’Abbey Road que &lt;em&gt;The Piper at the Gates of Dawn&lt;/em&gt; de Pink Floyd – disque dont le titre provient du plus beau chapitre du tendre et superbe &lt;strong&gt;Vent dans les saules&lt;/strong&gt; de Kenneth Grahame. 1967, c’est aussi l’année de la sortie d’une poignée d’autres premiers albums cultes&amp;nbsp;: ceux des Doors, du Velvet Underground, de Leonard Cohen, de Jimi Hendrix et de David Bowie. Sacrée année. Mais…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-sgtpepper.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-sgtpepper_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;… revenons à nos scarabés. Toujours en 1967, alors que la série animée touche à sa fin après près de quarante épisodes, Brodax contacte Brian Epstein, le manager des Beatles, pour envisager cette fois un long-métrage. Quant à John, Paul, George et Ringo, pas vraiment fans de ladite série animée, ils sont pour le moment plus intéressés par la mise au point de ce qui donnera &lt;em&gt;Magical Mystery Tour&lt;/em&gt;, téléfilm diffusé sur la BBC à Noël 1967. Le projet d’Al Brodax se base donc sur la chanson &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Yellow Submarine&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, issue de l’album &lt;em&gt;Revolver&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; l’histoire est mise au point par un certain Lee Minoff (qui, par la suite, ne semble pas avoir fait grand-chose de notable) avant de prendre la forme d’un véritable scénario. Et la réalisation est confiée à George Dunning.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Alors, ce sous-marin jaune&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Amour, joie et amitié règnent à Pepperland, royaume coloré situé 80 000 lieues sous la mer. Pepperland, «&amp;nbsp;a tickle of joy on the blue belly of the universe&amp;nbsp;»…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Hélas, les Blues Meanies, sous l’impulsion de sir Bleunoir, décident de refiler le blues à ce pays merveilleux lors d’une guerre éclair – l’amour, la joie et l’amitié, c’est craignos. Ses troupes, composées de clowns à nez lanceurs de catastrophe, de géants armés de pommes et d’un affreux Gantelaid, vident le pays de ses couleurs et transforment ses charmants habitants en statues de pierre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Missionné par le Vieux Fred, maire de Pepperland, le Jeune Fred doit embarquer à bord du Sous-Marin jaune – qui, dans un lointain passé, mena les ancêtres des actuels Pepperlandais dans ce pays mirifique –, et chercher de l’aide dans notre monde. C’est ainsi que le submersible volant arrive à Liverpool, où un Ringo Starr désœuvré se plaint qu’il ne lui arrive jamais rien. Le Jeune Fred tombe donc à pic et, bien vite, les quatre musiciens l’accompagnent en direction de Pepperland à bord du sous-marin (qui s’avère plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur&amp;nbsp;: cela ne vous rappelle pas une certaine cabine de police anglaise&amp;nbsp;?). Le voyage ne sera pas de tout repos… Au cours de leur traversée de mers ignorées – la mer du temps, la mer des trous, la mer des monstres –, l’équipage du sous-marin rencontrera un certain Jeremy Hillary Boob, Phud (Ph.D.) et, une fois à Pepperland, mettra un terme à la domination des Blue Meanies de la plus pacifique des manières.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img09.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img09_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cinquante ans après sa sortie sur les écrans anglais, ce &lt;em&gt;Yellow Submarine&lt;/em&gt; tient-il encore la route&amp;nbsp;? – Enfin, je veux dire la mer. La réponse est un oui sans équivoques. Le dessin animé a tout de la pilule feel-good, joyeusement délirante et, par moment, gentiment inquiétant dans sa fantaisie – on pense à Tex Avery sous LSD. Si l’animation manque parfois un tout petit peu de fluidité, les visuels — sous haute inspiration de Milton Glaser – font merveille, et bon nombre de séquences sont des pépites&amp;nbsp;: il va ainsi d’&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Eleanor Rigby&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, chanson déjà sublime au demeurant et magnifiée par sa mise en image, lorsque le sous-marin débarque à Liverpool et déambule à travers un monde terne dont les habitants sont coincé dans la solitude et l’absurde (un certain Terry Gilliam saura certainement s’en souvenir).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Citons aussi la traversée des mers, où l’on en prend plein les mirettes avec quelques passages excessivement psychédéliques (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Lucy In The Sky With Diamonds&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Only A Northern Song&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;). Alors, certes, l’utilisation des chansons des Beatles a très souvent tout du prétexte&amp;nbsp;: la mer du temps fait vieillir en accéléré les musiciens, hop, voilà &lt;em&gt;«&amp;nbsp;When I’m Sixty-Four&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. En fait, les chansons s’enchaînent sans logique évidente – ou plutôt sans autre logique que celle d’une rêverie lysergique. Mais vu d’un autre côté, comment donner de la cohérence à des chansons n’ayant en commun que leurs compositeurs et interprètes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img08_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film est un festival de jeux de mots et de punchlines faisant la part belle à l’absurde. Intraduisible, forcément – même si la VF fait ce qu’elle peut. Le personnage de Jeremy, le Nowhere Man, est à ce titre-là une pièce de maître à lui-même, avec son phrasé riche en allitérations («&amp;nbsp; &lt;em&gt;Arise, arise, arouse, a rose, a rosy nose&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»). Certain jeux de mots sont à détente longue, tel le sbire de sire Bleunoir, Max, dont le nom se trouve justifié trois minutes avant la fin du film&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Let us mix, Max&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», ou encore le Gantelaid, «&amp;nbsp;Glove&amp;nbsp;» en anglais&amp;nbsp;: retirez un G à Glove et vous obtenez Love. C’est beau.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au vu du film, les quatre garçons dans le vent regrettèrent après coup leur peu d’implication&amp;nbsp;: les personnages de John, Paul, George et Ringo sont doublés par d’autres acteurs. Les Beatles eux-mêmes n’interviennent que dans l’ultime scène, en prises de vue réelles. Dommage pour eux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, cinquante ans après sa prime diffusion, &lt;em&gt;Yellow Submarine&lt;/em&gt; demeure un monument du psychédélisme, une petite pilule de bonheur. Et par ces temps-ci, ça fait du bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Chef d’œuvre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-y-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-y-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-y-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme Xeelee: Vengeance &amp; Redemption</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/24/X-comme-Xeelee-Vengeance-Redemption" rel="alternate" type="text/html" title="X comme Xeelee: Vengeance &amp; Redemption" />
      <id>urn:md5:7b83bba25f912f05eb8454ebb1e61734</id>
      <published>2018-09-24T08:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-09-27T12:08:40+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une petite dose de vertige&amp;nbsp;? La sortie récente de &lt;strong&gt;Retour sur Titan&lt;/strong&gt; de Stephen Baxter fournit l'occasion parfaite de replonger le bout de son nez dans l'œuvre majeure de son auteur, à savoir le monumental cycle des Xeelees… dont le récent diptyque &lt;strong&gt;Vengeance/Redemption&lt;/strong&gt; ne constitue rien de moins qu'un &lt;em&gt;reboot&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Énigme de la neuvième planète [The Secret of the Ninth Planet], Donald A. Wollheim, roman traduit de l’anglais par Marc Lefèvre. Daniber, coll. « Science-fiction-suspense&amp;nbsp;», 1960 [1959]. Poche, 192 p.&lt;br /&gt;
Xeelee: Endurance, Stephen Baxter, recueil pour bonne part inédit. Gollancz, 2015. Grand format, 448 pp.&lt;br /&gt;
Xeelee: Vengeance, Stephen Baxter. Gollancz, 2017. Grand format, 352 pp.&lt;br /&gt;
Xeelee: Redemption, Stephen Baxter. Gollancz, 2018. Grand format, 432 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avant toute chose, quelques mots sur &lt;strong&gt;L’Énigme de la Neuvième Planète&lt;/strong&gt; de Donald A. Wollheim. Le bonhomme est surtout connu et reconnu pour tout son travail en lien avec la SF&amp;nbsp;: organisateur de la première WorldCon en 1936, co-fondateur du club des Futurians, éditeur, créateur des collections de poche «&amp;nbsp;Ace Books&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Ace Double&amp;nbsp;», fondateur de la maison d’édition DAW… et, à l’occasion, romancier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-x-cover0.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-x-cover0.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Énigme de la Neuvième Planète&lt;/strong&gt;, donc… Tout commence alors que Burl Denning et son père randonnent à travers les Andes&amp;nbsp;: les voici sollicités par l’armée américaine. La situation est grave&amp;nbsp;: l’intensité lumineuse du Soleil semble diminuer de jour en jour, de façon inexplicable. Voilà qui risque de provoquer des désastres. Or, le phénomène semble avoir pour origine une zone précise des Andes… juste à côté de là où randonnent les Denning. Sur place, père et fils découvrent une station, de toute évidence d’origine non-humaine. Un appareil, abrité dans une construction faite d’un matériau noir, aspire l’intensité lumineuse du Soleil et la redirige ailleurs, a priori vers la lointaine Pluton. Burl Denning démate la station alien, n’ayant rien de mieux à faire. De retour à Washington, Burl Denning est sollicité pour le gouvernement US&amp;nbsp;: lui et quelques compagnons vont prendre place à bord d’une navette turbinant à l’anti-gravité et aller trouver l’origine de ce phénomène. C’est l’occasion pour les astronautes d’explorer les différentes planètes du Système solaire&amp;nbsp;: Mercure la brûlante, Vénus la marécageuse, Mars l’aride (et ses Martiens neurasthéniques), les géantes gazeuses (que l’on croyait à l’époque encore solides), jusqu’à atteindre une planète Pluton décrite par l’auteur aussi grosse que la Terre (nope, désolé). Paf-paf-boum-boum, les Plutoniens se font taper sur les doigts tandis que les pauvres Neptuniens, réduits en esclavage par ces vilains aliens et désormais libérés, se voient offrir la possibilité de commercer avec la Terre. Elle n’est pas belle, la vie&amp;nbsp;? Ce roman de Donald A. Wollheim a l’insigne avantage d’être bref, c’est sa principale qualité. Les péripéties s’enchaînent sans répit à travers un Système solaire, décrit avec les connaissances (certes lacunaires) de l’époque&amp;nbsp;; on pense à Capitaine Futur, en moins fun&amp;nbsp;; on pense aussi à du proto-Baxter (les Denning sont quelque peu les ancêtres des Poole&amp;nbsp;; les Plutoniens et leur matériau noir ont de faux airs de Xeelee&amp;nbsp;; notre Soleil est attaqué). L’un dans l’autre, c’est un bref roman assez oubliable. Mais en tant que préfigurateur de Baxter, ce texte demeure intéressant sous l'angle archéologique/patrimoniale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et Baxter, donc. Quand on évoque l’auteur britannique, son cycle des Xeelees vient instantanément en tête – c’est mon cas du moins, je ne sais pas pour vous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, parmi les histoires du futur, le cycle des Xeelees de Stephen Baxter compte au rang des plus monumentales. Pensez-y&amp;nbsp;: un cycle s’étendant des tout premiers instants de l’Univers à sa fin… dans un avenir plus proche que prévu (à l’échelle cosmique, hein&amp;nbsp;: c’est pas pour demain, la fin du monde), et racontant l’essor de l’humanité à travers la Galaxie, une humanité qui se fait latter par différents aliens avant de les dominer à son tour et qui finit par entrer en lutte contre les puissants Xeelees. Ce cycle se compose en réalité de deux parties. D’une part, il y a le «&lt;em&gt;cycle des Xeelees&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» proprement dit, composé de &lt;strong&gt;Gravit&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;é&lt;/strong&gt; (un roman d’aventure a priori déconnecté du reste mais dont la place se justifie ultérieurement), &lt;strong&gt;Singularité&lt;/strong&gt; (introduisant le personnage crucial de Michael Poole, dont les actes et inventions vont façonner l’histoire de l’humanité sur les millénaires à venir), &lt;strong&gt;Flux&lt;/strong&gt; (une aventure au cœur d’une étoile à neutrons) et &lt;strong&gt;Accr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étion&lt;/strong&gt; (qui chapeaute les trois premiers romans). Sans oublier &lt;strong&gt;Vacuum Diagrams&lt;/strong&gt;, recueil rassemblant une quinzaine de nouvelles et novellas. D’autre part, il y a le cycle des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Enfants de la destin&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt;»&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Coalescence&lt;/strong&gt; (où l’on rencontre les ancêtres de Michael Poole, l’un à la fin de l’Empire romain, l’autre à la fin du XXe siècle), &lt;strong&gt;Exultant&lt;/strong&gt; (alias bastons à gogo contre les Xeelees) et &lt;strong&gt;Transcendence&lt;/strong&gt; (où l’on rencontre un autre Michael Poole et une de ses très lointaines descendantes). Sans oublier &lt;strong&gt;Resplendent&lt;/strong&gt;, recueil rassemblant d’autres nouvelles du cycle. Deux parties auxquelles il faut désormais rajouter une troisième…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-x-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-x-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2015 est paru &lt;strong&gt;Xeelee: Endurance&lt;/strong&gt;, un recueil dont est notamment issu &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/stephen-baxter/retour-sur-titan&quot;&gt;Retour sur Titan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, et qui propose d’autres nouvelles dans la chronologie du cycle – en particulier la séquence de la « Vieille Terre&amp;nbsp;», située dans un avenir assez lointain (quatre milliards d’années et quelques). A suivi un dyptique, qui représente la véritable troisième partie du cycle – &lt;strong&gt;Endurance&lt;/strong&gt; s’avérant surtout une continuation des deux précédents recueils.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car avec &lt;strong&gt;Xeelee: Vengeance&lt;/strong&gt;, Stephen Baxter entreprend rien de moins qu’un reboot de son cycle. Et donne une réponse à une question lancinante&amp;nbsp;: à la fin de &lt;strong&gt;Singularité&lt;/strong&gt;, Poole est projeté à la «&amp;nbsp;timelike infinity&amp;nbsp;», c’est-à-dire aux tréfonds du temps. Les dernières lignes d’&lt;strong&gt;Endurance&lt;/strong&gt; remettent cette rencontre en mémoire. Là, à un moment donné, a lieu une rencontre. Avec qui &amp;nbsp;? Ou quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-x-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-x-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Retour au XXXVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, à l’époque de la jeunesse Michael Poole. Quand le roman débute, en l’an de grâce 3646, l’ingénieur est âgé de vingt-cinq ans. Son père, Harry Poole, est toujours le même vieux con doté de l’apparence d’un jeunot de 20 ans, merveilles du traitement anti-sénescence. Alors que Poole-le-jeune déclenche l’ouverture d’un trou de ver supposé relier la Terre à Jupiter, voilà qu’un astronef monstrueux en sort. Un astronef qui a la forme d’une graine de sycomore… Le vaisseau xeelee, car c’en est un, se dirige vers Mercure, des profondeurs d’icelle il extrait un cube d’une centaine de kilomètres de côté&amp;nbsp;: une cache&amp;nbsp;? Celle-ci est projetée dans le soleil, où elle se met à grossir. À l’intérieur se trouve des êtres issus des premiers temps de l’Univers, voilà ce que découvre Poole et ses amis quand ils vont explorer la Cache. Une Cache qui projette bien vite trois « sondes&amp;nbsp;» en direction de la Terre, de la Lune et de Mars&amp;nbsp;: ceux qui voulaient y voir une intention pacifique sont vite déçus lorsque la première «&amp;nbsp;sonde&amp;nbsp;» s’écrase sur Mars. De fait, l’astronef xeelee est là pour mettre la pâté aux humains, et en particulier à Michael Poole, dont les créations permettront, dans un distant futur, à l’humanité de vaincre les Xeelees. Tout est-il fichu&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier volume de ce diptyque promène Poole (et le lecteur) à travers le Système solaire, des profondeurs infernales du Soleil aux lointaines étendues glaciales du Nuage d’Oort – un Grand Tour qui m’a donc rappelé celui proposé par Wollheim, avec des connaissances actualisées (et quelques références à la pop culture). Poole lui-même apparaît en retrait, l’ingénieux ingénieur semblant subir les événements, qu’il s’agisse des manigances de son père ou des exactions/destructions du vaisseau xeelee. L’amateur de Baxter reconnaîtra au fil du roman des clins d’œil au reste du cycle des Xeelees&amp;nbsp;: des épigraphes empruntées à l’un ou l’autre roman, un artefact vu ici (&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Diagrammes du vide&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), des envahisseurs vus là (&lt;strong&gt;Accrétion&lt;/strong&gt;), des personnages entrevus récemment (&lt;strong&gt;Retour sur Titan&lt;/strong&gt;). Du côté des thématiques, on est en terrain connu&amp;nbsp;: la vie est partout, lors des premiers instants de l’Univers, sur les planètes du Système solaire. L’écriture aussi est à l’accoutumée. Certes, Baxter n’est certes pas un styliste mais il donne l’impression d’en faire le moins possible ici&amp;nbsp;: personnages tracés à la serpe, action continuelle mais n’impliquant guère le lecteur en dépit du caractère grandiose des visions. C’est peu de dire que &lt;strong&gt;Vengeance&lt;/strong&gt; est une petite déception.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-x-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-x-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;D’un point de vue romanesque, &lt;strong&gt;Xeelee: Redemption&lt;/strong&gt; relève un peu le niveau de &lt;strong&gt;Vengeance&lt;/strong&gt; mais demeure quand même bien long (même si, à l’échelle de l’auteur, les deux romans ne comptent parmi les plus longs qu’il ait écrit). Et Poole ne sortira pas grandi de ce diptyque. Son motif pourrait se résumer à cet extrait de &lt;em&gt;La vie aquatique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;That's an endangered species at most. What would be the scientific purpose of killing it?&lt;br /&gt;
– Revenge.&amp;nbsp;» (&lt;em&gt;La vie aquatique avec Steve Zissou&lt;/em&gt;)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;(Sauf que les Xeelee ne sont pas une espèce menacée et que Poole, comme &lt;strong&gt;Retour sur Titan&lt;/strong&gt; l'a rappelé, s'en tape un peu de la science quand ça ne le concerne pas. Mais l'idée y est&amp;nbsp;: vengeance&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Redemption&lt;/strong&gt; commence dix ans après la fin de &lt;strong&gt;Vengeance&lt;/strong&gt;. Enfin, «&amp;nbsp;après&amp;nbsp;» est tout relatif quand on traverse la Galaxie à des vitesses relativistes. Tandis que l’humanité se disperse, meilleure chance de survie face au Xeelee qui ravage tranquillement le Système solaire, trois astronefs foncent droit vers le trou noir central, destination supposée du vaisseau xeelee. À bord, Michael Poole et quelques camarades de bord. Le but de Poole, c'est donc la vengeance, pure et brutale. Ce qui signifie botter sévère les fesses du Xeelee… Pour les humains, le voyage durera vingt ans, guère plus, tandis que vingt-cinq mille ans s’écouleront à l’extérieur. Le roman a pour point de vue principal Jophiel, avatar virtuel de Michael Poole, qui se montre plus… humain, plus sensible que son modèle. Ce qui n’est pas très dur, on en conviendra.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où &lt;strong&gt;Vengeance&lt;/strong&gt; proposait un grand tour à travers le Système solaire, &lt;strong&gt;Redemption&lt;/strong&gt; élargit le cadre et fait dans le spectaculaire&amp;nbsp;: on assiste à l’explosion d’une nova en direct, on se balade dans la cavité entourant le trou noir galactique et Baxter propose un Big Dumb Object destiné à ridiculiser tous les autres BDO du genre – rien de moins qu’un anneau, destiné à accueillir qui veut, cernant ledit trou noir galactique, d’un périmètre de six années-lumière (et même davantage, à cause de la dilatation). Un anneau dont les différents étages tournent à des vitesses différentes, toutes relativistes, ce qui permet d’intéressantes variations temporelles. Impossible de ne pas penser à &lt;strong&gt;Omale&lt;/strong&gt; de Laurent Genefort ou à l’Anneau-Monde de Larry Niven… ni à d’autres œuvres de Stephen Baxter&amp;nbsp;: les Terres Deux et Trois situées sur l'anneau ont tout l’air de variations sur &lt;strong&gt;Déluge&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Arche&lt;/strong&gt; (avec un rappel de &lt;strong&gt;Coalescence&lt;/strong&gt;), les évolutions futures (et dégénérées) de l’humain rappellent &lt;strong&gt;Évolution&lt;/strong&gt;. On pourra tiquer sur ce dernier aspect, d’un point de vue biologique (la régression est-elle vraiment la seule issue possible face à l’absence d’ennemis&amp;nbsp;?). Quant à la structure bipartite de l’ensemble, elle évoque les derniers diptyques de l’auteur (&lt;strong&gt;Arche/Déluge&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Proxima/Ultima&lt;/strong&gt;), avec un premier volume plutôt confiné en un même lieu (la Terre&amp;nbsp;; la planète Per Ardua&amp;nbsp;; le Système solaire) et un second qui élargit le cadre (l’espace&amp;nbsp;; l’espace&amp;nbsp;; l’espace&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce diptyque a cependant son originalité, dans le sens où Baxter semble changer son fusil d'épaule. On se souvient que la plupart des textes du cycle des Xeelees mettent en scène une humanité conquérante, qui ne fait pas de quartier face à ses nombreux ennemis – une humanité inspirée notamment par les actes de Michael Poole, à qui sera dédié une effigie haute de deux kilomètres au cœur de la Voie lactée. Difficile de ne pas penser à une métaphore de l’Empire britannique, ou de l’Occident dans une plus large mesure. Mais… cette suite de conquête et reconquête, de massacres et de batailles s’étirant sur des millénaires, est-ce bien là la meilleure façon de faire&amp;nbsp;? Et les ennemis de l’humanité – qu’il s’agisse des Fantômes d’argent, des Xeelee ou des oiseaux de photino –, le sont-ils vraiment&amp;nbsp;? La fin du roman confronte Poole à sa némésis, mais son double virtuel Jophiel a son mot à dire. Car il est possible que l’Univers soit confronté à terme à une menace plus grande encore que celle représentée par les oiseaux de photino.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je l’évoquais plus haut&amp;nbsp;: à l’issue de &lt;strong&gt;Singularité&lt;/strong&gt;, Michael Poole se retrouve au fin fond du temps («&amp;nbsp;timelike infinity&amp;nbsp;»), face à une entité inconnue. &lt;strong&gt;Redemption&lt;/strong&gt; donne une explication à ce mystère dans ses dernières lignes, afin d’offrir à l’ensemble du cycle des Xeelees une conclusion, à vue de nez définitive et, somme toute, &lt;em&gt;apaisée&lt;/em&gt;. Et qui justifie toute la nature de ce reboot. Somme toute, le voyage vaut le détour… mais parlera surtout aux amateurs de l’auteur. Pour qui veut découvrir le cycle, ce diptyque est la mauvaise porte d'entrée — mieux vaut commencer par &lt;strong&gt;Singularité&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Coalescence&lt;/strong&gt; ou les nouvelles, Baxter prenant souvent soin de replacer le contexte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, si le recueil &lt;strong&gt;Endurance&lt;/strong&gt; constitue donc un plaisant addendum au cycle des Xeelees, rassemblant de nombres textes épars, le gros morceau qu’est ce diptyque &lt;strong&gt;Xeelee: Vengeance/Redemption&lt;/strong&gt; laisse une impression mitigée. Les défauts de l’écriture de Baxter y sont saillants et si la conclusion en vaut la peine, le trajet qui y mène n’est pas le plus enthousiasmant qui soit. Reste une bonne petite dose de vertige, ce qui n’est déjà pas si mal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en anglais seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: parler la langue de &lt;s&gt; Shakespeare &lt;/s&gt; Baxter n’est pas inutile&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: un minimum (mais je suis converti à la cause xeelee)&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 83 - Ken Liu - Lucius Shepard - Stephen Baxter - Victor Lavalle - Ian MacLeod</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/19/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-83" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 83 - Ken Liu - Lucius Shepard - Stephen Baxter - Victor Lavalle - Ian MacLeod" />
      <id>urn:md5:7b5a365a400e7077b39e145868bd02a8</id>
      <published>2018-09-20T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:07:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi83-une3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi83-une3.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le petit Philippe Boulier a de bonnes excuses pour justifier le retard de cette nouvelle livraison de son podcast de l'espace, mais sa maman lui a préparé un mot d'excuse. Quoi qu'il en soit, c'est l'occasion pour notre chroniqueur de se pencher sur les dernières parutions de la collection Une Heure-Lumière&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ken-liu/hors-serie-une-heure-lumiere-2018&quot;&gt;le hors-série 2018&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/lucius-shepard/les-attracteurs-de-rose-street&quot;&gt;Les Attracteurs de Rose Street&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Lucius Shepard, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/stephen-baxter/retour-sur-titan&quot;&gt;Retour sur Titan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Stephen Baxter et ses deux préférés de la collection…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi83-livres.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/.bo-epi83-livres_m.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical&amp;nbsp;: The Goats - &lt;em&gt;Trick of the Shade&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;- Typical American&lt;br /&gt;
- Do the Digs Dug&lt;br /&gt;
- Whatcha got is whatcha get&lt;br /&gt;
- Hip-Hopola&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi823-goats.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/.bo-epi83-goats_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_83.mp3" length="26551228" type="audio/mpeg3" />
      
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      <entry>
      <title>W comme Wild Palms</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/18/W-comme-Wild-Palms" rel="alternate" type="text/html" title="W comme Wild Palms" />
      <id>urn:md5:ce27c1cb03a02c409491c8d1683285af</id>
      <published>2018-09-18T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-09-18T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Si tu as peur du rhinocéros, le rêve s’en va et c’est la chose la plus terrible au monde.&amp;nbsp;» Un rhinocéros dans une piscine vide et la réalité perd de sa substance… Un quart de siècle après sa diffusion, on s'intéresse à l'étonnante série &lt;strong&gt;Wild Palms&lt;/strong&gt;, créée par Bruce Wagner. Le décalque californien de &lt;strong&gt;Twin Peaks&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Oui, mais plus encore…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Wild Palms, série créée par Bruce Wagner (1993). Une saison de 5 épisodes (pilote de 90 minutes + 4 × 45 minutes).&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Retour vers… le passé. Rappelez-vous&amp;nbsp;: l’année 1993, c’est la sortie de &lt;em&gt;Jurassic Park&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Super Mario Bros&lt;/em&gt; à une semaine d’intervalle&amp;nbsp;; musicalement, Billy Idol sort son incompris &lt;em&gt;Cyberpunk&lt;/em&gt; et c’est aussi l’année des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt; débuts officiels d’Autechre&lt;/a&gt;… Du côté du petit écran, Fox Mulder et Dana Scully font leurs débuts dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents&quot;&gt; &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , tandis qu’on continue à se demander ce qu’il va bien advenir de ce pauvre Dale Cooper à l’issue de l’inégale saison 2 de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;. Et c’est l’année de &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt;. Série créée par Bruce Wagner, produite par ce dernier et Olivier Stone, l’unique saison de &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; diffusée dans la deuxième quinzaine de mai 1993 sur ABC – et trois ans plus tard sur Arte – n’a guère marqué les esprits. À part une image&amp;nbsp;: celle d’un rhinocéros dans une piscine vide.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ça commence comme ça.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le générique pourrait bien débuter à la manière d’un soap sirupeux&amp;nbsp;: les hauts palmiers caractéristiques de Los Angeles, oscillant dans le vent, sur un fond musical lénifiant. Et le spectateur de craindre le pire. Mais, le générique achevé, revoici les même palmiers dans une ambiance nocturne et inquiète. Un homme se réveille dans sa chambre&amp;nbsp;; il traverse sa luxueuse maison et accourt jusqu’au jardin. Dans la piscine (vide, donc) se trouve un rhinocéros. Et sur sa main, à la pliure du pouce, s’étend un petit tatouage représentant un palmier…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Reconnaissez-vous le type entre Jim Belushi et Kim Catrall ? C'est William Gibson himself…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes en 2007, à Los Angeles. Un avenir proche que peu de choses viennent différencier de 1993 (la mode, essentiellement). Harry Wyckoff est avocat pour le compte d’un cabinet spécialisé dans les brevets, et espère devenir associé sous peu. Marié à Grace, brunette vaporeuse un brin dépressive, il est le père de deux enfants&amp;nbsp;: l’impétueux Coty, à la gueule d’ange (ne pas s’y fier) et la mutique Deirdre. Un matin, Harry reçoit la visite d’une ex, Paige Katz&amp;nbsp;; elle a une mission pour lui&amp;nbsp;: retrouver son fils, Peter, qui a disparu cinq ans plus tôt. N’ayant aucune raison de refuser à son accorte amie, Harry accepte… sans se douter que cela va représenter le début des ennuis pour lui. Bien vite, Harry quitte son emploi pour rejoindre l’équipe du sénateur Tony Kreutzer – où travaille aussi Paige. Le vieux et irascible sénateur possède une chaîne de télévision, Channel 3, et a pour but de favoriser le développement d’une technologie de 3D – plus exactement, de diffusion d’hologrammes hyper-réalistes, qui prennent littéralement une autre dimension avec l’absorption d’une drogue, la mimézine. Justement, avec son air candide, Coty a été recruté pour participer à l’émission &lt;em&gt;Vitrail&lt;/em&gt;, sorte de tête de gondole de cette nouvelle technologie. Quant à Harry, il comprend qu’il se retrouve pris dans un conflit opposant un groupe politique occulte bien à droite, les Pères, fondus d’une nouvelle discipline, la Synthiotique, et les Amis, une mouvance libertarienne…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img08_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Si tu as peur du rhinocéros, le rêve s’en va et c’est la chose la plus terrible au monde.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À la fin du dernier épisode, on n’en saura pas plus sur le rhinocéros. Pourquoi&amp;nbsp;? Comment&amp;nbsp;? Qu’importe&amp;nbsp;: on aura eu l’impression de voir quelque chose de rare et surprenant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le sénateur Kreutze, évangélique en diable.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La dame que Jim Belushi regarde avec étonnement est en réalité un hologramme plus vrai que nature…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Difficile d’en dire davantage sans gâcher l’effet de surprise. Dans le genre objet télévisuel surprenant, &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; se pose là. À première vue, l’influence de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt; semble prépondérante… mais &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; consiste en fait en l’adaptation du comics éponyme scénarisé par Bruce Wagner en 1990 (un comics quasi-introuvable sinon à des prix prohibitifs), soit donc un peu avant la série de David Lynch et Mark Frost. Avec ses cinq épisodes, la série de Bruce Wagner va à l’essentiel et déploie une histoire étonnante, avec des thèmes bien différents de ceux abordés par &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;. Ici, il est question de réalité virtuelle, d’hologrammes, d’uploads de conscience, de politique et de religion – &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; se permet ici un pied de nez à la dianétique de Ron L. Hubbard au travers de la Synthiotique, cette secte dirigée par Kreutzer. Et de &lt;em&gt;palms&lt;/em&gt; (palmier) à &lt;em&gt;psalm&lt;/em&gt; (psaume), le saut est vite fait. Bon nombre des problématiques se rattachent au mouvement cyberpunk – au point qu’on a d’ailleurs le plaisir de voir William Gibson au détour d’une scène –, dans une ambiance à mille lieues de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;. Si, à l’heure actuelle, se détacher de l’influence du film de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; apparaît mission impossible, comme en témoigne la série &lt;em&gt;Altered Carbon&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; prouve que, si-si, il suffit de le vouloir un peu. Difficile aussi de ne pas penser à une œuvre postérieure, cet objet filmique chelou qu’est &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/25/S-comme-Southland-Tales&quot;&gt; &lt;em&gt;Southland Tales&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, même si le film de Richard Kelly et la série de Bruce Wagner n’ont en commun que le cadre californien et la citation du poème de T.S Elliott, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Les Hommes creux&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img09.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img09_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Il y a beaucoup trop de piscines vides par ici…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Esthétiquement, la série de Bruce Wagner a toutefois pris un petit coup de vieux&amp;nbsp;: la photographie est assez plate, avec une luminosité uniforme typique des œuvres des années 80 et des décors dépouillés – c’est l’inverse de l’ambiance à la fois sombre et éminemment chaleureuse de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;. (Et les rares images de synthèse sont assez moches.) Le tout, dans un contexte clairement cyberpunk. La musique de Ryuichi Sakamoto surprend&amp;nbsp;: les nappes vaporeuses de synthés rappellent la partition d’Angelo Badalamenti pour &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;, sans que le compositeur japonais ne parvienne à élaborer une mélodie marquante. Ça s’écoute mais ça n’adhère pas – comme de l’eau sur une surface en téflon. L’emploi parcimonieux de chansons comme «&amp;nbsp; &lt;em&gt;House of the Rising Sun&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gimme Shelter&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», ou encore d’airs issus d’œuvres de Beethoven ou Richard Wagner, fait en contrepartie d’autant plus ressortir ces dernières.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Coty : ce gamin est un psychopathe.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec son air digne et triste, James Belushi se fond à merveille dans le rôle de Harry Wyckoff, même si son jeu semble parfois curieusement à côté de la plaque. Dans le rôle de l’ambiguë Paige Katz, Kim Cattrall (aperçue notamment dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/12/D-comme-Deadly-Harvest&quot;&gt; &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; ) s’en sort bien pour jouer la femme fatale déchirée par ses sentiments. Robert Loggia interprète avec brio l’inquiétant sénateur Kreutzer – quatre ans plus tard, on reverra l’acteur derrière la caméra de David Lynch&amp;nbsp;: l’irascibel Mr Eddy dans &lt;em&gt;Lost Highway&lt;/em&gt;, c’est lui. Un satisfecit pour Ben Savage, passablement flippant dans la peau d’un psychopathe de onze ans («&amp;nbsp;Tu sais que ce que j’aime&amp;nbsp;? J’adore les hommes qui tailladent les peintures de grands maîtres. Aujourd’hui est un jour pour les licornes. &amp;nbsp;»). (Et notons la présence de Brad Dourif, dans un rôle torturé comme à l’accoutumée.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La réalité virtuelle ne convient pas des masses à Brad Dourif…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; a tout pour convaincre – moyennant une petite dose d’indulgence pour ses aspects datés –, on peut néanmoins regretter une intrigue un brin confuse, des choix de scénario (Paige Katz mène un double jeu sans que ça ne lui porte excessivement préjudice&amp;nbsp;; certains individus recherchés par tout le monde se baladent tranquillement dans LA, ou bien se promènent par un réseau de passages secrets situés sous les piscines (celles sont opportunément très souvent à sec)) et un montage parfois curieux (doux mais abrupt dans ses changements de scène). Si la série s’avère riche thématiquement, on pourra regretter aussi que bon nombre d’éléments demeurent survolés&amp;nbsp;: en particulier le «&amp;nbsp;techno-shamanisme&amp;nbsp;», qui n’est guère approfondi à mon goût. Des défauts véniels, que l’on pardonnera face à l’ambition et au caractère novateur de la série, objet télévisuel surprenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, Bruce Wagner a scénarisé un téléfilm de SF, &lt;em&gt;White Dwarf&lt;/em&gt; (qu’on essaiera peut-être d’aborder dans ce désolant Abécédaire), en a tourné deux autres, et a écrit le script du récent &lt;em&gt;Maps to the Stars&lt;/em&gt; de David Cronenberg – un film qui contient quelques liens avec &lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-w-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le palmier qui dépasse, la pensée qui s’élève, dans le décor de bronze.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-w-reader.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-w-reader.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Wild Palms&lt;/em&gt; s’est vu complété par un ouvrage, &lt;strong&gt;The Wild Palms Reader&lt;/strong&gt;, qui, outre des extraits du comics originel, comprend notamment des contributions des auteurs Norman Spinrad, Thomas Disch, William Gibson (qui faisait déjà un caméo dans la série), de la musicienne Genesis P. Orridge, de Howard «&amp;nbsp;Watergate&amp;nbsp;» S. Hunt, du chercheur en intelligence artificielle Hans Moravec. L’ouvrage, à destination des fans et autres complétistes, vient enrichir la mythologie de la série, et présente une collection de documents retraçant le parcours et l’ascension du personnage de Tony Kreutzer, et développe quelque peu le concept de la Synthiotique. Fascinant et amusant, à défaut d’être aussi indispensable que la série.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: sauf allergie aux 90s&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme Voyage en République de Crabe</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/14/V-comme-Voyage-en-Republique-de-Crabe" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Voyage en République de Crabe" />
      <id>urn:md5:448018d2e2d323c6d64b6f3f1264db15</id>
      <published>2018-09-14T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-09-14T10:40:56+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est que rappeler l’évidence : les îles sont des lieux propices à l’imaginaire. La bédéiste Tarmasz nous en donne une illustration saisissante avec son étonnant premier album, &lt;strong&gt;Voyage en République de Crabe&lt;/strong&gt;. Vous aimez la pluie et les oignons&amp;nbsp;? Venez en République de Crabe, vous vous y plairez&amp;nbsp;! Vous n’aimez pas la pluie et les oignons vous font pleurer&amp;nbsp;? Essayez quand même…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Voyage en République de Crabe, BD de Tarmasz. Delcourt, avril 2018, 112 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est que rappeler l’évidence&amp;nbsp;: les îles sont des lieux propices à l’imaginaire. Zones coupées du monde par des étendues liquides, elles favorisent un caractère insulaire, particulier, déclencheur d’imagination. Les îles, ce sont un peu des planètes en modèle réduit. Dans les genres qui nous intéressent, il y a bien sûr l’île de Lilliput, l’Île Lincoln si mystérieuse évoquée par Jules Verne, celle du Dr Moreau, sans oublier &lt;em&gt;l’autre&lt;/em&gt; île d’un &lt;em&gt;autre&lt;/em&gt; Docteur Moreau, les îles de l’Archipel du rêve de Christopher Priest, qui s’en fait guide dans le roman bien nommé &lt;strong&gt;Les Insulaires&lt;/strong&gt;. Et puis celle où s’est établie la République de Crabe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous aimez la pluie et les oignons&amp;nbsp;? Venez en République de Crabe, vous vous y plairez&amp;nbsp;! Vous n’aimez pas la pluie et les oignons vous font pleurer&amp;nbsp;? Essayez quand même…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le boulot de Maya, c’est livreuse. Peu importe quoi, peu importe où. Et la jeune femme, dynamique au possible, met un point d’honneur à le faire en un temps record. Aussi, lorsqu’on la charge de livrer un colis au fin fond de la République de Crabe, elle n’hésite guère, en dépit des échos curieux qu’elle entend sur ce pays. Île lointaine, Crabe cultive le mystère et ne laisse entrer que peu de visiteurs sur son territoire. Et encore&amp;nbsp;: une fois sur place, il faut se plier au bon vouloir, et surtout au tempo, de l’administration et de la population locale&amp;nbsp;: Maya va vite le comprendre, on ne traverse pas la République de Crabe d’un claquement de doigts. Surplombée par un nuage noir inamovible, l’île baigne constamment dans un climat pluvieux&amp;nbsp;; tout est boueux, pas grand-chose n’est solide… Pourtant, on y vit. En bouffant des oignons d’eaux. Et à mesure que la jeune femme avancera vers le cœur de Crabe, elle se pliera au rythme de cette contrée étrange et en reviendra changée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-v-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si l’on s’en tient au seul scénario de ce &lt;strong&gt;Voyage&lt;/strong&gt;, celui-ci tient sur un timbre-poste&amp;nbsp;: Maya va en République de Crabe, galère un peu sur place, fait des rencontres, livre son colis et puis revient. Un peu juste&amp;nbsp;? Oui mais non, car l’intérêt ne réside clairement pas dans la mécanique scénarisitique. Faustine Tarmasz, qui signe ici (de son patronyme seul) sa première bande dessinée, propose une immersion dans un monde ressemblant au nôtre mais différent par bien des points. Et pour ce faire, l’auteure enrichit sa BD de nombreux encarts sur double pages&amp;nbsp;: ce sont là des extraits du carnet de voyage de Maya, qui dépeint avec humour ce qu’elle a compris de l’histoire de Crabe, de sa faune et sa flore… On saura donc tout à peu près tout sur les insectes – notamment les différentes espèces de moustiques – peuplant l’île, les nombreux usages de l’oignon d’eau, le calendrier des Crabiens, leur mode de gouvernement… (Quant à la langue parlée dans l’île, il s’agit juste du français avec un trait suscrit rappelant l'hindit&amp;nbsp;: pourquoi pas, et l’on en vient vite à imaginer ses tonalités rugueuses.) Inventif, l’ensemble se montre à la fois dépaysant et joliment ludique. On se croirait presque sur une autre planète. Pour ne rien gâcher, le livre présente bien&amp;nbsp;: couverture rigide, première de couve évoquant une enluminure, tranche dorée… C’est là un bel objet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-v-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le trait de Tarmasz s’avère aussi dépaysant que le monde qu’elle décrit&amp;nbsp;: la palette se réduit à quatre couleurs (blanc, gris et noir (les puristes me rappeleront, à juste titre, que ce ne sont pas des couleurs mais des valeurs), et jaune). Les perspectives se déforment, d’une manière quasi cubiste&amp;nbsp;; les personnages sont à l’avenant, avec une expressivité parfois exagérée. La mise en page s’avère variée, les cases (à l’approximative forme parallépipédique) se déployant à l’occasion sur une double page. Les amateurs de la ligne claire peuvent ne pas adhérer&amp;nbsp;; pour ma part, ce parti-pris personnel et original me semble réussi et participe de la singularité de l’univers mis en place.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-v-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-v-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-v-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par certains aspects – le caractère fondamentalement fluide de l’île –, ce &lt;strong&gt;Voyage&lt;/strong&gt; m’a rappelé l’excellent roman de Michal Ajvaz, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/l-age-d-or&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’Âge d'or&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, qui propose une déambulation sur une île (le titre tchèque, qui se traduit par «&amp;nbsp;L'Autre Île&amp;nbsp;», ne ment pas) où la langue, la littérature, l’écriture, les lois, la cuisine… où &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt; est fluide et mouvant, jusqu’à ce livre, le seul que compte l’île, dont le contenu est sans cesse modifié par ses lecteurs, qui y ajoutent ou retranchent des péripéties, des digressions au récit. Au point que la nature même du roman d’Ajvaz mue sous l’influence de son contenu, multipliant les digressions et les enchâssements. Mais sans oignons ni pluie constante. Rien d’aussi complexe ici mais ce &lt;strong&gt;Voyage…&lt;/strong&gt; propose là une excursion des plus plaisantes dans un monde singulier, au rythme de vie lent, fondé sur celui de la nature – tout à l’opposé de la vie frénétique de la narratrice (et, partant, de la nôtre).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-v-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-v-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-v-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La BD refermée, il reste alors cette impression un brin frustrante&amp;nbsp;: celle de n’avoir exploré qu’en surface un univers à la profondeur inattendue. Toutes ces planches explicatives, juste pour une incursion de cent cinquante pagesdans ce pays étrange&amp;nbsp;? L’on se retrouve à espérer que Tarmasz retournera en République de Crabe – ou ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: il faut accrocher au dessin&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Ultra Rêve</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/11/U-comme-Ultra-Reve" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Ultra Rêve" />
      <id>urn:md5:64c42b63a45747208df6576731ade1cc</id>
      <published>2018-09-11T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-09-11T21:25:23+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Science-fiction, science-frisson, science-fusion, science-nichon…&amp;nbsp;» L'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Ultra Rêve&lt;/strong&gt;, recueil de trois courts-métrages signés Caroline &amp;amp; Jonathan Vinel, Yann Gonzalez et Bertrand Mandico. Au programme, des rêveries tantôt adolescentes, tantôt troubles et psychédéliques.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Ultra Rêve, Caroline Poggi &amp;amp; Jonathan Vinel, Yann Gonzalez, Bertrand Mandico (2018). Couleurs, 82 minutes (21 + 23 + 37).&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-u-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/03/9-comme-number9dream&quot;&gt; &lt;strong&gt;number9dream&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; introductif, continuons dans l’onirisme. &lt;em&gt;Ultra Rêve&lt;/em&gt;, ce sont trois courts-métrages n’ayant pas grand-chose à voir entre eux mais rassemblés tout de même au sein d’une même séance ciné. Le titre laisse supposer du rêve (ha) et… de la radicalité&amp;nbsp;? Voyons voir ce qu’il en est…&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;1&amp;nbsp;: After School Knife Fight&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm1-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm1-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quand on est ado, avoir un groupe de musique tient sûrement du rêve. C’est le cas pour Roca et Naël, deux potes de lycée&amp;nbsp;: le premier est batteur, le second guitariste. Et quand Laëtitia a répondu à leur annonce pour une chanteuse, c’était parfait. Un type un peu plus âgé, en thèse (et avec des faux airs d’Emmanuel Macron) les a rejoint à la basse, et le groupe était au complet. Knife Fight, c’est donc leur nom, imaginé par Laëtitia. Une après-midi maussade de printemps, les quatre se rejoignent après les cours dans un terrain vague. Il fait grisâtre. Quelques tensions sont là, non dites. L’amour, l’avenir… Tout se résolvera dans la musique, avec une reprise nocturne de «&amp;nbsp;Perfect Life&amp;nbsp;» de Belong. Un mur sonore où tout se fond et se confond.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm1-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm1-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit là d’une entrée en matière sans le moindre élément de genre, centrée essentiellement sur les rêves et aspirations de la jeunesse&amp;nbsp;; la nostalgie et l’importance du moment présent. Le résultat est sympathique, même si l’interprétation laisse parfois à désirer (arrêtez de marmonner, bon sang&amp;nbsp;!). Sympathique, voilà. Rien de plus, rien de moins et c’est déjà ça.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;2&amp;nbsp;: Les Îles&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm2-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-u-cm2-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’imaginaire débarque plein pot avec le second court. Sur un lit, un éphèbe et une jeune femme se papouillent gentiment, chaudement… jusqu’au moment où débarque un monstre, armé d’un couteau, sorte d’écorché vif dont la bouche ressemble à une vulve. Et le nouveau venu de se joindre au couple dans une communion orgiaque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm2-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm2-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais… tout ceci n’était qu’une pièce de théâtre. Dans le public, un couple s’en va la séance terminée – l’un est travesti, l’autre simplement efféminé. Ils se dirigent vers quelque jardin public, où leurs tendres ébats sont observés par une troupe de branleurs (c’est ainsi que les crédits les désignent, et c’est exactement ce qu’ils sont). Le son est capté par une jeune fille, qui…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm2-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm2-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon, en dire davantage serait dommage – et j’en ai sûrement déjà trop dit. Sur un dispositif scénaristique rappelant &lt;em&gt;R&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éalité&lt;/em&gt; de Quentin Dupieux – scène, réalité et rêve s’emboîtent sur un plan multidimensionnel –, ce court-métrage de Yann Gonzalez (auteur de plusieurs autres courts et du récent &lt;em&gt;Un couteau dans le c&lt;/em&gt;&lt;em&gt;œur&lt;/em&gt;) propose un récit où le désir se fait fluide, peu importe les distinctions de genre. Érotique et tendre. À noter que le monstre est issu de l’imagination de Bertrand Mandico, réalisateur de&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;3&amp;nbsp;: Ultra Pulpe&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm3-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-u-cm3-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Là où les deux précédents courts-métrages s’inscrivaient dans un ratio d’image n’occupant pas tout l’écran, &lt;em&gt;Ultra Pulpe&lt;/em&gt; occupe toute la toile, et le titre, qui clignote en mode stroboscopique, annonce la couleur &amp;nbsp;: on tient avec ce nouveau court-métrage de Bertrand Mandico le gros morceau de &lt;em&gt;Ultra Rêve&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm3-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm3-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le tournage du film &lt;em&gt;Apocalypse After&lt;/em&gt; s’achève. La réalisatrice, Joy d’Amata (Elina Löwensohn, égérie du réalisateur), s’est amourachée de l’actrice principale, qu’elle persiste à appeler par le nom de son personnage&amp;nbsp;: Apocalypse. Cette dernière préfère jouer sur une borne d’arcade à l’apparence organique. Et puis il y un mandrille aux yeux jaunes &amp;nbsp;: comme persiste à le déclamer Joy, «&amp;nbsp;le cinéma est un singe aux yeux brillants&amp;nbsp;». Entre singe et songe, il n’y a guère qu’une lettre de différence et, à partir de là, le film part en vrille. Dans un décor évoquant une plage, deux actrices grignotent un gâteau d’anniversaire lorsqu’arrive un monstre qui régresse. Régressé dans le temps, il laisse place à Ulli (Vimala Pons, vue dans le super-héroïque &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/29/V-comme-Vincent-n-a-pas-d-ecailles&quot;&gt; &lt;em&gt;Vincent n&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’a pas d’écailles&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; ), en mode survoltée. Deux autres actrices dissertent de Balard et de Sternberg pendant qu’une maquilleuse leur dessine du sang sur la poitrine. «&amp;nbsp;Science-fiction, science-frisson, science-fusion, science-nichon…&amp;nbsp;» déclare l’une des deux femmes. L’autre lui répond que, effectivement, le genre se réduit un peu à ça. Quant à la maquilleuse, bourrée, elle se réveille sur un endroit qui pourrait être Mars, mais le décor évoque surtout celui des films de SF de série B sous un éclairage dramatique. En contact télépathique avec sa mère, elle est pourchassée par des types en combinaison hazmat dans un marécage où se dresse des pierres fort phalliques.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Nos opinions n’iront pas sur Mars.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm3-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm3-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De Bertrand Mandico, j’avais apprécié &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/19/H-comme-Hormona&quot;&gt; &lt;em&gt;Hormona&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , recueil de trois courts-métrages. Bon. &lt;em&gt;Ultra Pulpe&lt;/em&gt; pousse les curseurs de loufoque et de baroque encore quelques crans plus loin. Décors en toc, fragments d’imagerie de sci-fi, couleurs électriques et néons, &lt;em&gt;Ultra Pulpe&lt;/em&gt; constitue un hommage fou à tout un pan du cinéma de genre – toutes ces séries B de SF ou d’horreur tournées avec trois bouts de ficelle et où les boobs servaient à masquer les trous de scénario. Bertrand Mandico s’éclate – et le spectateur aussi, au passage. Tourné dans la foulée des &lt;em&gt;Garçons sauvages&lt;/em&gt; (qu’il faudra bien que je me décide à voir), ce court-métrage est un pur moment d’extase lysergique complètement foufou, à fond dans sa drôle, ponctué de punchlines absurdes et géniales – la «&amp;nbsp;science-nichon&amp;nbsp;» bien sûr, mais aussi faire rimer Éros et Tétanos. Il s’agit à l’évidence du morceau de choix d’&lt;em&gt;Ultra Rêve&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm3-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm3-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-u-cm3-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-u-cm3-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;1 + 2 + 3 = ♥&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le sympathique &lt;em&gt;After School Knife Fight&lt;/em&gt; ne semble pas vraiment à sa place au sein d’&lt;em&gt;Ultra Rêve&lt;/em&gt; (encore que cela puisse se discuter), il n’y a pas de quoi gâcher la séance, tant &lt;em&gt;Les Îles&lt;/em&gt; et, surtout, &lt;em&gt;Ultra Pulpe&lt;/em&gt;, emportent l’adhésion pour peu que l’on accepte de lâcher prise, de laisser derrière nos certitudes. Et on ne peut que rêver de voir d’autres courts métrages de ce calibre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: pour le moment, oui&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Des Trolls et des Hommes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/06/T-comme-Des-Trolls-et-des-Hommes" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Des Trolls et des Hommes" />
      <id>urn:md5:d1dbd850d375bd55ac4154a33df53211</id>
      <published>2018-09-06T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-09-06T10:52:42+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des trolls et des hommes. Mais aussi des trollesses et des femmes. Mais plus que des trolls, des humains, que Selma Lagerlöf — l'immortelle auteure du &lt;strong&gt;Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède&lt;/strong&gt; — met en scène au travers de sept contes exaltant l'âme suédoise.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Des trolls et des hommes [Troll och människor], Selma Lagerlöf, recueil traduit du suédois par Marc de Gouvenain et Lena Grumbach. Actes Sud, coll. «&amp;nbsp;Lettres scandinaves&amp;nbsp;», 1995 [1915-1921], semi-poche, 194 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quand on évoque Selma Lagerlöf, la première chose qui vient à l’esprit est probablement son roman&lt;strong&gt;Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède&lt;/strong&gt;, qui raconte l’odyssée d’une tête-à-claques à travers le pays. Et quand on évoque les trolls, on pense fatalement à… une sorte de géant moche. Dans les deux cas, c’est passablement réducteur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-t-selma.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-t-selma_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Selma Lagerlöf par Carl Larsson.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Première femme (et première Suédoise) à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1909, Selma Lagerlöf a déjà publié une douzaine de romans et recueils – dont les fameuses aventures de Nils Holgersson – quand sort le présent recueil. Comme le précisent les traducteurs, il s’agit ici d’une version abrégée, ledit recueil original comprenant, en plus des sept contes rassemblés, des textes à dimension plus personnelles et des textes de conférence. À noter que l’édition française de l’ouvrage propose, sur la couverture comme en tête de chaque nouvelle, des détails de (jolies) peintures de Carl Larsson, artiste suédois de talent ayant œuvré à la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle et au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-t-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-t-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’Échange&amp;nbsp;» emploie un trope commun des contes&amp;nbsp;: celui de l’échange à la naissance. Ici, l’échange en question a lieu lorsque ses parents, un couple de fermiers, traversent à dos de cheval une forêt. Surpris par une troll de passage, en vadrouille avec son bébé troll, les canassons s’emballent et éjectent de leur selle les fermiers. Tandis que ces derniers fuient, leur enfant glisse des mains de sa mère et tombe à terre. La mère troll s’empare du bébé humain et laisse à la place son hideux rejeton. Et la fermière de l’adopter, quand bien même elle se rend très vite que… ben c’est un troll, et il est moche. Au cours des années qui suivent, le fermier tente à plusieurs reprises de se débarasser de l’enfant troll mais, à chaque fois, la fermière l’en empêche. Cela pourrait continuer ainsi longtemps… mais que se passe-t-il lorsque l’enfant humain revient&amp;nbsp;? Le récit questionne sur la maternité comme sur la monstruosité et s’avère une excellente entrée en matière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les trolls se font déjà plus lointains dans «&amp;nbsp;Une vieille légende des alpages&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: un soir dans un chalet d’alpage, une jeune vachère fait du fromage et écoute sa marmite (oui) lui murmurer des histoires passées. Et voilà que l’on frappe à la porte. Un troll&amp;nbsp;? Que nenni&amp;nbsp;: c’est là un brigand, et ses sbires sont probablement dans les parages. La vachère n’a pas deux mains gauches et sait se défendre comme faire preuve de présence d’esprit – comme ramener le troupeau de vaches dans la vallée lors de sa fuite. Las, cette vivacité sera aussi sa perte, comme le montrera la conclusion amère de ce conte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-t-troll.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-t-troll_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’esprit-serviteur&amp;nbsp;» n’a rien d’un troll&amp;nbsp;: c’est un spirrtus, et il s’obtient en ramassant de la terre d’un cimetière. Voilà ce qu’explique le cordonnier Krus Erik à son apprenti, Konstantin. Ce dernier n’a pas les mêmes inhibitions que son maître et ramasse ainsi une motte de terre dans le cimetière du village. L’esprit-serviteur du titre du conte ne se matérialisera jamais physiquement mais apportera au jeune Konstantin audace et succès dans ses entreprises… quitte à ce que le jeune homme s’aliène ses proches. Il s’agit là d’un conte moral, qui invite à se contenter de ce que l’on a. La chance est si volage…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’eau de la baie de Kyrkviken&amp;nbsp;» met en scène un prêtre farouchement décidé à faire disparaître toute trace de superstition du crâne de ses ouailles. Miné, il se déclare prêt à renoncer à l’habit… à moins que Dieu lui donne un signe. Et voilà qu’un homme frappe à la porte de son presbytère. Le prêtre &lt;em&gt;sait&lt;/em&gt; (parce que, hé, des voix provenant de ce qu’il s’acharne à combattre lui ont parlé) que cet homme, un simple pêcheur, mourra s’il traverse à pied le lac gelé qui s’étend devant chez lui. Mais le pêcheur est têtu et tient à emprunter ce raccourci lacustre. Que peut le pouvoir de la foi face aux forces surnaturelles&amp;nbsp;? Si l’on s’attend à un nouveau conte moral où la foi catholique triomphe du reste, la fin recèle alors quelques surprises.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Selma Lagerlöf raconte ensuite une histoire entendue dans sa jeunesse avec «&amp;nbsp;Le Tomte de Töreby&amp;nbsp;». Les tomtes, ce sont ces créatures domestiques, parfois aimables, parfois… moins – qu’on se souvienne de ce qui est arrivé à Nils Holgersson, qui avait eu le malheur de se moquer de l’un des membres du Petit Peuple. Celui de la ferme de Töreby va lui aussi prouver sa nature caractériel lorsque le maître des lieux, un officier de cavalerie, perd toutes ses possessions lors d’une partie de dés. Là encore, le dénouement est cruel… et en faveur des créatures magiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est toujours notre auteure qui s’exprime dans «&amp;nbsp;Maître Frykstedt&amp;nbsp;». Selma Lagerlöf se voit gentiment chapitrée par sa tante au sujet du roman &lt;strong&gt;La Légende de Gösta Berling&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: la vieille dame reproche à sa nièce de n’avoir su reproduire adéquatement le caractère des gens du Värmland, province où se situe l’action du roman, et entreprend de lui raconter une anecdote (censément) édifiante de sa jeunesse. Et… j’avoue que je suis passé à côté de cette histoire. Ça arrive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le dernier texte, «&amp;nbsp;Mathilda Wrede&amp;nbsp;», poursuit dans cette veine réaliste, avec une succession d’anecdotes narrées par Selma Lagerlöf autour de cette personnalité suédoise réelle, après que notre auteure en ait vu un portrait dans un musée. La principale (pré)occupation de Mathilda Wrede (1864-1928) a été le bien-être des prisonniers, en particulier en Finlande, et leur réinsertion dans la vie civile, et ce bref texte donne à voir quelques exemples. Certains tendent presque au mythe, en particulier la dernière partie du récit, quand Mathilda se retrouve face à un homme aussi magnifique que Mathilda est peu avenante et aussi terrifiant que Mathilda est impavide. S’agirait-il d’un troll&amp;nbsp;? On peut s’interroger. Il s’agit là d’une manière de légende dorée, qui conclut élégamment ce recueil.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-t-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-t-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Certes, le titre &lt;strong&gt;Des trolls et des hommes&lt;/strong&gt; s’avère trompeur &amp;nbsp;: des sept récits, deux n’ont aucun élément fantastique, et seul le premier fait réellement figurer des trolls, les autres se contentant de les évoquer de loin en loin. En revanche, il y a des hommes&amp;nbsp;: des hommes entêtés, dont les décisions – bien souvent mauvaises en dépit des bonnes intentions – les mèneront à leur perte. Et, aussi, des femmes, sûrement plus sensées que leurs homologues masculins (à l’exception de la vachère de la «&amp;nbsp;Vieille légende des alpages&amp;nbsp;»). Ce sont elles, ces femmes suédoises qui finissent par ressortir de l’ouvrage&amp;nbsp;: la vachère vive mais fragile et tragique en fin de compte, la tante de Selma Lagerlöf, à la délicatesse d’esprit bienvenue, et la radieuse Mathilda Wrede. Cela, sans oublier cette mère troll. Une célébration – voire une exaltation – de l’âme suédoise&amp;nbsp;? Pourquoi pas. Et voilà qui contribue à constituer un recueil des plus charmants, histoire de se remettre en tête que l’œuvre de Selma Lagerlöf va au-delà des aventures du seul Nils Holgersson.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À propos du garnement&amp;nbsp;: Actes Sud a la bonne idée de rééditer en novembre ce roman, en compagnie du &lt;strong&gt;Livre de Noël&lt;/strong&gt;, qui regroupe, eh bien, huit contes de Noël.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Signale, ein Weltraumabenteuer</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/09/04/S-comme-Signale-ein-Weltraumabenteuer" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Signale, ein Weltraumabenteuer" />
      <id>urn:md5:2e6c21f960cf374b56f6371a35f16cc6</id>
      <published>2018-09-04T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-09-04T10:05:13+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle incursion dans la science-fiction est-allemande, cette fois au travers d'un film&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Signale – ein Weltraumabenteuer&lt;/strong&gt;. Ce long-métrage de Gottfried Kolditz se voulait une réplique au &lt;strong&gt;2001&lt;/strong&gt; de Stanley Kubrick, mais que valent lenteur et contemplation dans l'espace de l'autre côté du Rideau de fer&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Signal : une aventure dans l’espace [Signale, ein Weltraumabenteuer], Gottfrid Kolditz (1970). 88 minutes, couleur.&lt;br /&gt;
Asteroidenjäger, Carlos Rasch. Verlag Neues Leben, 1961. Grand format, 198 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En dépit de sa médiocrité générale, la science-fiction est-allemande me fascine depuis une bonne dizaine d’années. Sûrement parce qu’il s’agit d’un champ d’étude relativement limité&amp;nbsp;: la République Démocratique Allemande a duré du 7 octobre 1949 au 3 octobre 1990. Une existence circonscrite sur un territoire qui ne l’était pas moins. Il s’est donc publié, dans ses quarante et une années d’existence, un nombre déterminé – du moins, déterminable – de romans de science-fiction. Mais… il ne faudrait pas oublier les films de SF de RDA. Dans mon billet sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;énus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, j’ai écrit que leur nombre est précis et tient sur les doigts d’une main, à savoir quatre et demi. Bon, la réalité, comme toujours, n’est pas aussi simple&amp;nbsp;: des films de SF est-allemands, il y en a plus de quatre. Mais des&lt;em&gt;longs-m&lt;/em&gt;&lt;em&gt;étrages&lt;/em&gt; est-allemands tenant du &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt;, là, il y en a quatre. Et demi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le demi, c’est &lt;em&gt;Chemie und Liebe&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Amour et Chimie&lt;/em&gt;) de Arthur Maria Rabenalt, et je le compte ainsi parce qu’il est sorti le 1er juin 1948, donc avant la proclamation de la République Démocratique d’Allemagne (qui a eu lieu le 7 octobre 1949), quand il s’agissait encore de la zone d’occupation soviétique. Les quatre autres sont, dans l’ordre de sortie, &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étoile du silence&lt;/em&gt; ( &lt;em&gt;Der schweigende Stern&lt;/em&gt;, d’après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;énus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Stanislas Lem – auteur polonais bien plus souvent adapté au ciné et à la TV qu’on ne le pense de prime abord) en 1960, puis &lt;em&gt;Signale – ein Weltraumabenteuer&lt;/em&gt; Gottfrid Kolditz en 1970 et objet du présent billet, suivi de &lt;em&gt;Eolomea&lt;/em&gt; de Herrmann Zschoche en 1972 et enfin &lt;em&gt;Im Staub der Sterne&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Dans la poussi&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ère des étoiles&lt;/em&gt;) en 1976, à nouveau de Gottfrid Kolditz. Deux adaptations et deux films originaux&amp;nbsp;: tous quatre furent produits par la DEFA – Deutsche Film AG, le studio d’État de la RDA, qui, au cours de son existence (légèrement supérieure à celle de la RDA&amp;nbsp;: 1946 à 1992), a ainsi produit plus de 700 films, 750 films d’animation et plus de deux mille documentaires.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-asteroiden.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-asteroiden_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques billets plus tôt, on évoquait Carlos Rasch pour son roman &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/01/I-comme-Im-Schatten-der-Tiefsee&quot;&gt; &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et sa réécriture dopée aux radionucléotides sous le titre &lt;strong&gt;Magma am Himmel&lt;/strong&gt;. Rasch est également l’auteur d’un autre roman (son premier, d’ailleurs) intitulé &lt;strong&gt;Asteroidenj&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;äger&lt;/strong&gt; – un titre se traduisant par «&amp;nbsp;Chasseur d’astéroïdes ». Paru en 1961, ce roman se déroule dans un avenir distant et plutôt radieux&amp;nbsp;: la Terre est désormais unie. À bord de l’&lt;em&gt;AJ-408&lt;/em&gt;, un équipage venu des quatre coins du globe terrestre entame sa mission visant à protéger la Terre des astéroïdes. Et voilà que l’AJ-408 détecte un appareil à la forme étrange, qui refuse obstinément de s’identifier. Il s’avère que l’astronef est terrien&amp;nbsp;: il s’agit de l’&lt;em&gt;Astronautic&lt;/em&gt;, une fusée qu’un impact a coupé en deux. Son équipage a capté un message provenant de l’étoile ε Eridani, un message plein d’espoir invitant les humains à ne pas faire trop de conneries avec le nucléaire, parce que, hé, c’est DANGEREUX, et à être raisonnables en attendant de rejoindre la grande communauté galactique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ce roman de Carlos Rasch a bénéficié d’une adaptation sur grand écran, par Gottfrid Kolditz, réalisateur est-allemand (1922-1982) dont la filmographie aborde plusieurs genres. Le scénario de &lt;em&gt;Signale&lt;/em&gt; reprend sensiblement l’intrigue de &lt;strong&gt;Asteroidenjäger&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: le prologue montre l’astronef &lt;em&gt;Ikaros&lt;/em&gt; subir une avarie majeure à la suite d’un impact d’astéroïde, quelque part du côté de Jupiter. Pas de chance, l’équipage venait tout juste de capter un signal intelligent. Sur Terre, on s’interroge&amp;nbsp;: y a-t-il des survivants&amp;nbsp;? Sans attendre l’accord des autorités, un autre astronef, le &lt;em&gt;Laika&lt;/em&gt;, est envoyé à la rescousse (et répare quelques stations spatiales en chemin). Et… je serais bien en peine de raconter davantage l’intrigue, tant celle-ci est anémique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-poster1.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une chose est sûre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;2001, l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’odyssée de l’espace&lt;/em&gt; a suscité bon nombre d’émules, d’un côté comme de l’autre du Rideau de Fer. Il semble que le &lt;em&gt;Solaris&lt;/em&gt; de Tarkovski ait été une tentative de réponse&amp;nbsp;; le présent &lt;em&gt;Signale&lt;/em&gt; s’essaie aussi à l’être, pour un résultat… bon… assez médiocre. Et il est difficile de regarder le film de Kolditz sans avoir en tête celui de Kubrick. Spoiler&amp;nbsp;: pas de chance, ça n’est jamais à l’avantage du premier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Visuellement&amp;nbsp;? La photographie est terne et pas vraiment aidée par les tons beige/brun/gris des astronefs – une monotonie où surgit parfois un peu d’orange pétant (le pull-over de l’un, les scaphandre des autres). Quant au montage, il est souvent abrupt.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img09.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img09_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les personnages&amp;nbsp;? Certes, les protagonistes sont un peu plus développés ici que ces messieurs Bowman et Poole, mais ça ne va pas bien loin. On notera que, à l’instar de &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étoile du silence&lt;/em&gt;, les équipages de l’&lt;em&gt;Ikaros&lt;/em&gt; et du &lt;em&gt;Laika&lt;/em&gt; sont non seulement mixtes mais cosmopolites&amp;nbsp;: Noirs, Arabes, Indiens, Asiatiques… il ne manque guère que les Amérindiens. Oh, et il y a un Français, nommé Gaston.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img08_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Gaston le Français, son air concentré, son pyjama de l'espace, sa moustache.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, aucun des protagonistes n’éveille sympathie ou répulsion, juste de l’indifférence. Là où le film s’avère involontairement comique, c’est dans les quelques scènes situées sur une plage de la Baltique&amp;nbsp;: on y voit nos protagonistes disserter tout en déambulant sur les mains dans le sable (avouez-le, disserter en marchant la tête à l’envers, c’est tellement mieux). Dommage que le cadrage laisse deviner qu’un assistant leur tient les pieds. À côté, enfants comme adultes, emplis de joie de vivre, se déplacent souvent en faisant la roue. Ou à dos de cheval, galopant gaiement dans le ressac. Certes, il faut représenter l’utopie… mais vu comme ça, c’est ridicule.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Il y a au long du film un aspect crypto-gay hélas peu approfondi.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les effets spéciaux&amp;nbsp;? Les scènes dans l’espace, techniquement correctes (et silencieuses&amp;nbsp;!), laissent trop souvent deviner les maquettes&amp;nbsp;; il manque de la profondeur et du mouvement, en particulier lors des scènes d’accostage des navettes. Il en va de même pour les scènes en apesanteur à bord du &lt;em&gt;Laika&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La musique&amp;nbsp;? Kolditz a fait appel à Karl-Ernst Sasse, à la tête de l’orchestre symphonique de la DEFA. Sa partition oscille entre électro, jazz swing… et tics-tacs d’horloge. Sans oublier quelques chœurs rappelant, de loin, &lt;em&gt;Lux Aeterna&lt;/em&gt; de Ligeti à quelques moments choisis. Dans l’ensemble, pas de quoi rivaliser avec les choix musicaux de Kubrick. Surtout lorsque les scènes dans l’espace se déroulent en plein silence&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Beau Danube Bleu&lt;/em&gt;, ça vous marque une séquence. Le silence aussi, mais on croit voir surtout ici le manque de budget.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et enfin, les perspectives cosmiques et l’aspect philosophique&amp;nbsp;? L’aspect « contact extraterrestre&amp;nbsp;», déjà marginal dans le roman, l’est ici tout autant. Admettons&amp;nbsp;: les scénaristes auraient pu tenter d’infléchir l’intrigue vers l’aspect sauvetage spatial / course contre la montre… mais le film progresse avec une lenteur exaspérante, sans le moindre suspense. Lorsqu’il s’achève enfin, au bout de quatre-vingt-dix longues minutes, c'est un soulagement.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Rupture bienvenue de style : une petite séquence animée pour célébrer l'anniversaire de Gaston le Français.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble s’avère un semi-ratage, dont le visionnage suscite surtout un ennui exaspérant. L’édition allemande du DVD (dépourvue de sous-titres, &lt;em&gt;schade&lt;/em&gt;) propose en bonus un court-métrage, &lt;em&gt;Liebe 2002&lt;/em&gt; de Joachim Hellwig, sorte de film expérimental plutôt curieux et plus intéressant que &lt;em&gt;Signale&lt;/em&gt;. Après ce film, Gottfrid Kolditz a toutefois récidivé en tournant l’un des deux autres &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; de RDA, &lt;em&gt;Im Staub der Sterne&lt;/em&gt; – auquel on s’intéressera en temps voulu &lt;em&gt;natürlich&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-poster2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en DVD&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-s-img13.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-s-img13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-s-img13_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Das ist nicht der Füß…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>R comme R.U.R.</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/31/R-comme-RUR" rel="alternate" type="text/html" title="R comme R.U.R." />
      <id>urn:md5:8bc387e662426ec23889c171df058578</id>
      <published>2018-08-31T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-31T13:09:33+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Parce que relire les classiques ne fait pas de mal, on s'intéresse ici à l'origine des robots, avec la pièce fondatrice &lt;strong&gt;R.U.R. – Rossum's Universal Robots&lt;/strong&gt; de l'écrivain tchèque Karel Čapek. Au programme, des androïdes, leurs émois et leur inéluctable révolte…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;R.U.R. – Rossum’s Universal Robots [R.U.R. – Rossumovi univerzální roboti], Karel Čapek, pièce de théâtre traduite du tchèque par Jan Rubeš. Éditions de la Différence, coll. « Minos », 2013 [1920]. Poche, 224 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Lors du précédent tour d’alphabet, on s’était intéressé à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/11/R-comme-Robots-apres-tout&quot;&gt; &lt;em&gt;Robots après tout&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Katerine, album célébrant à sa manière la déshumanisation de nos vies et faisant un clin d’œil au passage à &lt;em&gt;Human After All&lt;/em&gt;, avant-dernier album en date du duo masqué Daft Punk — qui, à une époque, s’étaient plu à déclarer qu’ils avaient subi une transformation en robots. Des robots, donc. Pourquoi ne pas donc aller à l’origine des choses ? À savoir, l’œuvre où le terme « robot » est apparu pour la première fois : &lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt;, pièce de théâtre de l’auteur tchèque Karel Čapek (1890-1948). Au passage, rappelons que le terme « robot », basé sur la racine slave robota (&lt;em&gt;travail&lt;/em&gt;), a été forgé par Josef Čapek, le frère de Karel. On (ou du moins, le lecteur lambda de science-fiction) connaît désormais Karel Čapek essentiellement pour cette œuvre, mais il serait dommage de négliger le reste de sa production : les romans &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/la-guerre-des-salamandres&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Guerre des salamandres&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/la-fabrique-d-absolu&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Fabrique d’absolu&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; relèvent des mauvais genres qui nous intéressent et s’avèrent plus que dignes d’intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-r-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-r-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme le rappelle fort justement la préface de Brigitte Munier introduisant cette réédition de &lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt; (la première traduction, signée Hanuš Jelínek, date de 1924 ; l’actuelle traduction de Jan Rubeš date de 1997, lorsque la pièce a été rééditée aux Éditions de l’Aube) forme le chaînon essentiel entre les récits du XIXe siècle mettant en scène des humains artificiels — &lt;strong&gt;Frankenstein&lt;/strong&gt; de Mary Shelley et &lt;strong&gt;L’Ève future&lt;/strong&gt; de Villiers de l’Isle-Adam, mais on pourrait aussi citer certaines nouvelles de E.T.A. Hoffmann et Poe, aux côtés desquelles figure &lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt; dans l’anthologie &lt;strong&gt; L’Homme fabriqué : récits de la création de l'homme par l'homme &lt;/strong&gt; , proposée par Jean-Paul Engelibert en 2000 — et les robots de la science-fiction du XXe siècle, à commencer par ceux d’Isaac Asimov. Un chaînon où s’opère la transition entre le robot unique, fait maison pour ainsi dire, et la production industrielle de machines d’apparence humanoïde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-r-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-r-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt; donc, pièce écrite par un jeune Čapek — 30 ans lors de sa parution. La pièce se divise en un long prologue suivi de trois actes (en fait, ç’aurait pu être quatre actes ; ou alors trois actes suivis d’un épilogue — mais qui suis-je pour juger les choix de construction de l’auteur ?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et donc RUR, c’est le nom de la firme fondée par ces messieurs Rossum, firme qui a bâti sa fortune sur les &lt;em&gt;robots&lt;/em&gt; inventés par le vieux Rossum à partir de protoplasme artificiel. Sauf que le vieil inventeur n’arrivait à rien. Est alors arrivé son neveu, ingénieur, qui a simplifié la chose. Pourquoi chercher à insuffler des sentiments complexes dans le cerveau d’une créature destinée à trimer au turbin ? Les robots sont ici humains artificiels sans âme ni sentiments. Aux yeux de Harry Domin (un nom de famille pas très subtil), actuel directeur de l’entreprise, ils sont destinés à abolir le travail et permettre à l’humanité de s’occuper d’autres choses — ô glorieuse oisiveté, ô gaie créativité libérée du fardeau du travail. En visite sur l’île où se trouvent les usines de production de robots, Hélène Glory, fille du président de la Ligue de l’Humanité, ne voit pas les choses de cette manière et veut défendre les robots ; elle s’offusque de la différence de traitements entre eux et les humains de chair et de sang. Harry cherche à la convaincre puis à la séduire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dix ans s’écoulent ; l’acte I peut commencer. Domin a épousé Hélène — même si celle-ci n’était pas du partante à la base (on peut constater que la notion de consentement a énormément progressé). Les robots sont désormais partout… Certes, ils sont toujours parfois sujets à d’étranges « spasmes robotiques » mais à part ça, tout va bien, merci. Sur l’île, Hélène, Domin et les autres vivent une petite vie tranquille, oisive et ennuyeuse. Créative ? Pas vraiment. Plus inquiétant est l’absence de nouvelles en provenance du continent. Alors que Domin veut créer une nouvelle sorte de robots — non plus des robots universels mais des robots &lt;em&gt;nationaux&lt;/em&gt;, destinés à chacune des nations —, voilà que les androïdes se révoltent. Avec un seul mot d’ordre : exterminer l’humanité. L’acte II s’intéresse aux tractations entre les humains : que faire ? On notera que, &lt;em&gt;charitablement&lt;/em&gt;, Domin épargne un vote crucial à Hélène, de manière à la ménager — comme si les femmes étaient des êtres trop fragiles pour prendre de grandes décisions. Quant à l’acte III, il traite des conséquences tardives de la révolte des robots… et ce n’est pas joyeux. À moins que ?…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La pièce s’achève sur ce qui pourrait passer pour un happy end. Enfin, peut-être.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-r-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-r-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit d’aspects trèèèès datés (tout ce qui a trait au personnage d’Hélène et à son traitement par les autres humains), &lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt; s’avère d’une lecture réellement intéressante. Pièce de théâtre oblige, l’essentiel de l’action se déroule dans le seul cadre du bureau de Harry Domin ; l’île et l’usine sont à l’arrière-plan ; le reste du monde aussi. Et on le sait bien depuis le Docteur Moreau (mais c’est valable aussi pour &lt;strong&gt;L’Invention de Morel&lt;/strong&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/23/P-comme-Plan-d-evasion&quot;&gt; &lt;strong&gt;Plan d’évasion&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d’Adolfo Bioy Casarès), les îles sont des lieux super pratiques pour y faire n’importe quoi en toute impunité. À noter que, dans sa première traduction, le titre de la pièce est traduit en &lt;em&gt;Rezon's Universal Robots&lt;/em&gt; : Rossum, en tchèque, s’apparente à « rozum », raison/sens commun/sagesse. Pas sûr que le vieux Rossum, son neveu ou Domin en aient à revendre…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-r-cover4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-r-cover4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Čapek s’interroge sur bon nombre de grandes notions : la vie, le travail, ce qui définit l’humain, la volonté d’émancipation des masses laborieuses — ici donc représentées par les robots, destinés à devenir des sous-prolétaires dénués de sentiments. Quand les robots, fragiles et peu polyvalents, se retrouvent équipés d’un vague embryon de sentiments, c’est là que ça merde. Le dramaturge tchèque se questionne également sur l’atavisme : les robots exterminent les humains, tout comme les humains l’ont fait (le font encore) à tout ce qui leur faisait de l’ombre — raison pour laquelle &lt;a href=&quot;http://https/www.independent.co.uk/news/science/cows-largest-mammal-earth-extinction-pace-continues-evolution-scientist-warning-a8314601.html&quot;&gt; la plus grosse bestiole sur Terre pourrait bientôt s’avérer… la vache&lt;/a&gt;. Mais cette considération bovine nous éloigne des robots, qui ne pètent pas et n’émettent pas de méthane.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Encore que ? Y a-t-il des processus biologiques dans les créations des Rossum ? Les robots de &lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt;, que presque rien ne vient différencier des humains, sont construits à partir de protoplasme et de muscles/tendons/organes artificiels. Rien à voir avec les constructions mécaniques que l’on verra ensuite chez Asimov et consorts. À leur manière et sous le seul détail de l’apparence, ils préfigurent par exemple ceux que l’on voit dans la série &lt;em&gt;Westworld&lt;/em&gt;. Et n’oublions pas que le robot Maria dans le célèbre &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt; de Fritz Lang prendra lui aussi bien vite l’apparence d’une femme de chair et de sang.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme évoqué plus haut, le dramaturge tchèque ne se sentait pas tenu par la nécessité du happy end ; &lt;strong&gt;La Guerre des salamandres&lt;/strong&gt; se termine par une Terre ravagée par les amphibiens, et il va de même ici. En plus de l’inventivité de la pièce, cette fin amère contribue sûrement à la rendre mémorable. Cadre restreint, personnages bien caractérisés, intrigue rondement menée, &lt;strong&gt;R.U.R.&lt;/strong&gt; possède encore une relative fraîcheur et se lit bien, pas seulement sous l’aspect archéologique — et je suis curieux de savoir ce que peut donner une représentation théâtrale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, un classique qu’il fait bon de découvrir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Illisible : c’est du théâtre mais en dehors de ce détail, c’est lisible ;-)&lt;br /&gt;
Inoubliable : EXTERMINATE!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Q comme Quaristice</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/28/Q-comme-Quaristice" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Quaristice" />
      <id>urn:md5:3f60e339396bf46bb517750a7034f2c2</id>
      <published>2018-08-28T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-08-28T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Partant du principe que les musiques électroniques sont ce qui s'approche le plus de la science-fiction en matière de musique (cela se discute, bien sûr), continuons gaiment notre exploration de la discographie pionnière d'&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=autechre&quot;&gt;Autechre&lt;/a&gt;. Une discographie-édifice dont chaque pièce trouve sa place en fonction de la suivante. Une œuvre dont chaque disque est chaque fois plus «&amp;nbsp;autechrien&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: la preuve avec &lt;strong&gt;Quaristice&lt;/strong&gt;, neuvième album du groupe, une œuvre folle se répartissant en remix et variations pour un disque à recomposer soi-même.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Quaristice, Autechre (Warp, 2008). 20 morceaux, 73 minutes.&lt;br /&gt;
Quaristice (Versions), Autechre (Warp, 2008). 11 morceaux, 67 minutes.&lt;br /&gt;
Quaristice.Quadrange.ep.ae, Autechre (Warp, 2008). 13 morceaux, 149 minutes.&lt;br /&gt;
Digital Exclusive, Autechre (Warp, 2008). 3 morceaux, 21 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous, c’était il y a dix ans… En 2008, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/30/T-comme-Third&quot;&gt; Portishead se réveillait d’un sommeil de onze ans &lt;/a&gt; (mais rien comparé à Guns’n’Roses et les vingt-cinq ans séparant &lt;em&gt;The Spaghetti Incident?&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;Chinese Democracy&lt;/em&gt;) The Cure sortait son dernier album en date, &lt;em&gt;4:13 Dream&lt;/em&gt;, Alain Bashung donnait enfin un successeur à son magnifique &lt;em&gt;L’Imprudence&lt;/em&gt; avec… le décevant &lt;em&gt;Bleu Pétrole&lt;/em&gt;, Nick Cave revenait avec ses Bad Seeds pour &lt;em&gt;Dig, Lazarus, Dig!!!&lt;/em&gt;, Trent Reznor se sentait en forme et balançait le surprenant &lt;em&gt;Ghosts I-IV&lt;/em&gt;, moule pour les bandes originales de films à venir, suivi du moyennasse &lt;em&gt;The Slip&lt;/em&gt;, les Ting Tings prétendaient n’avoir rien inventé mais sortaient tout de même un premier album bourrés de tubes, Mike Oldfield essayait d’atteindre la musique des sphères, Sigur Ros jouaient inlassablement avec un bourdonnement dans les oreilles ( &lt;a href=&quot;http://https://fr.wikipedia.org/wiki/Me%C3%B0_su%C3%B0_%C3%AD_eyrum_vi%C3%B0_spilum_endalaust&quot;&gt; mais oui &lt;/a&gt; ), Thomas Fersen faisait &lt;em&gt;Trois Petits Tours&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et Autechre optait pour un changement de paradigme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/23/U-comme-Untilted&quot;&gt; Untilted &lt;/a&gt; &lt;/em&gt; en 2005, Sean Booth et Rob Brown semblaient être parvenus au terme d’une logique jusque-boutiste entamée par &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt;Confield&lt;/a&gt; &lt;/em&gt; (2001) et poursuivie &lt;em&gt; par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/09/D-comme-Draft-7-30&quot;&gt; Draft 7.30&lt;/a&gt; &lt;/em&gt; (2003), avec l’EP &lt;em&gt;Gantz Graf&lt;/em&gt; (2002) comme point d’orgue, comme manifeste. Une musique que d’aucuns pourraient qualifier de «&amp;nbsp;gregegancore », le genre de truc à écouter en lisant &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/diaspora&quot;&gt;Diaspora&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/schild-s-ladder&quot;&gt; Schild’s Ladder&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/incandescence_7351&quot;&gt;Incandescence&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Que faire ensuite&amp;nbsp;? Le dernier morceau d’&lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;, pièce longue d’un quart d’heure passant par différentes humeurs, donnait la voie&amp;nbsp;: la jam, l’improvisation, le hasard créatif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les deux têtes chercheuses d’Autechre ont laissé le temps passer. Fin 2007, le duo a annoncé le titre du prochain album – &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, donc, énigmatique en diable – ainsi que le nombre et le nom des morceaux. Vingt morceaux, aux titres du style…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-q-cat.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-q-cat.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Vingt morceaux, c’est-à-dire autant que les deux précédents albums réunis. D’habitude, les morceaux d’Autechre se déploient sur une demi-douzaine de minutes au minimum&amp;nbsp;: le ratio longueur du disque/nombre de piste laissait augurer une collection de morceaux longs d’une petite poignée de minutes. Ce qui s’est avéré le cas&amp;nbsp;: des vingt morceaux, trois font cinq minutes, les autres oscillant entre deux et quatre minutes. Le duo s’en est expliqué en &lt;a href=&quot;http://www.themilkfactory.co.uk/st/2008/03/interview-autechre-life-cycle/&quot;&gt; interview &lt;/a&gt; &amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;We’d have a fifteen minute jam, a ten or a seven minute and end up with a three or four minute track and we just kept them all.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Après tout, pourquoi pas, si le travail de réinvention d’Autechre devait en passer par là. &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; est donc sorti en mars 2008. Et dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;», si plusieurs morceaux contiennent le chiffre 9, il faut chercher du côté du numéro de catalogue pour y voir plus clair&amp;nbsp;: Warp333 → 3 x 3 → 9. C’est capillotracté. Mais musicalement, ça donne quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-q-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-q-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’album commence par une (brève) introduction, atmosphérique et délicate&amp;nbsp;:&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=0zXQ-RiKhRM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Altibzz&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Suit &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-mlyI1qjndI&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Plc&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, (bref) morceau frénétique qui part vite en cacahuète… genre beurre de cacahuète ou alors animal écrasé/tartiné sur le bitume de la route. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5UT0mqnnay0&quot;&gt;«&amp;nbsp;IO&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est une (brève) logorrhée terrifiante, un malaxage de voix porté (brièvement) par une mélodie qui fait rimer ambiance décadente et descendante. C’est horriblement fou. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ad8Ge9lD2es&quot;&gt;«&amp;nbsp;plyPhon&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; donne (brièvement) l’impression qu’on fait passer des fragments d’un tube des Pet Shop Boys dans un statoréacteur. Puis &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=WjzRWM4hhXc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Perlence&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et sa mélodie décadescendante chopent (brièvement) le hoquet et n’en récupère jamais (enfin, pas longtemps). À ce stade-là, &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; est déjà complètement fou. Sauf qu’il reste encore quinze morceaux… Le premier faux pas arrive avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=sUlRTOTZmhY&quot;&gt;«&amp;nbsp;SonDEremawe&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, (brève) pièce sans intérêt. En revanche, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=GQapQaKBZkc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Simmm&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; rebondit et tutoie l’excellence&amp;nbsp;: cinq minutes (longues&amp;nbsp;!) où l’on s’imagine déambuler dans un terrifiant magasin de jouet pentadimensionnel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/acuwRHIWL_o&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Second faux pas du disque&amp;nbsp;: vingt morceaux, même brefs, c’est beaucoup à digérer. Passé l’exceptionnel «&amp;nbsp;Simmm&amp;nbsp;», l’intérêt décroit. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=vPnrDUK_gL4&quot;&gt;«&amp;nbsp;paralel Suns&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; fait du bruit et ennuie&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=dbjgAOLs0KE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Steels&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; amuse un peu&amp;nbsp;: trépidations sèches, d’un côté, grondements lointains d’en deçà l’horizon de l’autre. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=biL-KWyHpz8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Tankakern&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; rehausse le niveau, évoquant une poursuite dans un tunnel oppressant en pleine apocalypse robotique – dommage que le morceau ne débouche sur rien. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1OmSIFI-vA4&quot;&gt;«&amp;nbsp;rale&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, sorte de marche sinistre en diable, frustre par sa brièveté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Troisième et dernier faux pas, le pire&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=aRpmGFon3wo&quot;&gt;«&amp;nbsp;Fol3&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. J’imagine bien Sean Booth mangeant son sandwich au poulet, froissant négligemment l’emballage en aluminium devant le micro laissé allumé, jusqu’à ce que Rob Brown débarque et lui dise «&amp;nbsp;Hé, &lt;em&gt;mate&lt;/em&gt;, trop cool ce morceau, on le garde&amp;nbsp;». Bon, bon, bon… non. Juste non. Il y a des choses qu’on ne fait pas, même par amour des bruits chelous et des machines poussées dans leur retranchement, et «&amp;nbsp;Fol3&amp;nbsp;» en représente la quintessence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=O_DaqCB8aHU&quot;&gt; «&amp;nbsp;fwzE&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; trépide mais ne fait rien de plus, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=B0u-z2IBoc8&quot;&gt;«&amp;nbsp;90101-51-1&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est dansant, à sa façon. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=_XQxveU3GFo&quot;&gt;«&amp;nbsp;bnc Castl&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, c’est vos IA domotiques qui font la teuf en votre absence et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=NZ4a3WNK3Eg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Theswere&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, c’est leur petit coup de blues du lendemain. Je n’ai pas grand-chose à dire sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=hcBxBni5u-E&quot;&gt;«&amp;nbsp;WNSN&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, pas désagréable ni marquant. En revanche, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=R5rm0VsSdvs&quot;&gt;«&amp;nbsp;chenc9&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; retient l’attention, morceau &lt;em&gt;acid&lt;/em&gt; enjoué qui rappelle Aphex Twin… avant de tomber en rade de jus à mi-parcours. Plongée dans le brouillard avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Dg0v-z5jUoI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Notwo&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, superbement ouateux, vaporeux, anesthésiant. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=193Xa0gkGmg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Outh9X&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; termine &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, façon déambulation hagarde dans un paysage de ruines, quand il n’y a plus rien à perdre. Belle et élégiaque conclusion à un disque inégal somme toute frustrant, tant par la brièveté que l’abondance des morceaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où les choses deviennent intéressantes, autechrement parlant, c’est que &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; n’est pas venu seul&amp;nbsp;: le disque a bénéficié d’une édition collector, qui proposait sur un deuxième disque, titré &lt;em&gt; (Versions)&lt;/em&gt;, eh bien, de nouvelles versions des morceaux du premier disque. En nombre beaucoup plus restreint&amp;nbsp;: seulement onze. Certains ont voulu y voir, à tort probablement, une blague des deux musiciens&amp;nbsp;: le véritable album aurait été ce disque bonus, tandis que le disque présenté sous le titre de &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; ne consisterait qu’en une compilation de démos ou remixes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-q-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-q-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur &lt;em&gt;(Versions)&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;Altibzz&amp;nbsp;» devient le sombre (et beaucoup plus réussi) &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=wyg3YA0BgLA&quot;&gt;«&amp;nbsp;Altichyre&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. « plyPhon&amp;nbsp;» change de titre et devient &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Iv23f8mhe1I&quot;&gt;«&amp;nbsp;Phylopn&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; même si rien d’autre ne semble changer au passage. «&amp;nbsp;The Plc&amp;nbsp;» mute en &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=IMEoGmVOJfE&quot;&gt;«&amp;nbsp;The PlclCpC&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, irrésistible. «&amp;nbsp;IO&amp;nbsp;» se rallonge en &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=_K4VEW0lxOU&quot;&gt;«&amp;nbsp;IO (Mons)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et devient encore plus monstrueux – le morceau semble se nécroser sous &lt;s&gt; nos yeux &lt;/s&gt; nos oreilles. Le médiocre «&amp;nbsp;SonDEremawe&amp;nbsp;» est métamorphosé de fond en comble avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=iIYgFtHx_5w&quot;&gt;«&amp;nbsp;SonDEre-ix&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, et si &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=FS-zwnW5P6A&quot;&gt;«&amp;nbsp;Tankraken&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ne débouche sur rien, au moins nous emmène-t-il plus loin que «&amp;nbsp;Tankakern&amp;nbsp;». &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=WZLKrBPi_PU&quot;&gt;«&amp;nbsp;Chenc9-x&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; désagrège «&amp;nbsp;chenc9&amp;nbsp;» sur une durée double&amp;nbsp;; idem pour &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=w9_a0EjTN5M&quot;&gt;«&amp;nbsp;nofour&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, deux fois plus vaporeux que l’original. Dans l’ensemble, ce disque bonus se tient davantage que l’original – et il aurait été parfait, n’eut été une édition limitée à mille exemplaires, partis en une demi-journée. Seul écueil, et de taille, à &lt;em&gt;(Versions)&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: les trois minutes de «&amp;nbsp;Fol3&amp;nbsp;» s’étirent sur onze avec l’insupportable &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=jksB4WF3epw&quot;&gt;«&amp;nbsp;Fol4&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, sorte de pied de nez probablement destinés aux fans hardcore capables d’apprécier le papier alu poisseux de graillon chiffonné devant un microphone (sauf qu’il n’y a pas de microphone et que le papier alu est virtuel).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-q-cover3.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-q-cover3_m.png&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'artwork minimaliste du quadruple EP &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’histoire ne s’arrête pas là&amp;nbsp;: au fil du mois de mai 2008, Autechre a distillé la publication d’un EP exclusivement numérique, intitulé &lt;em&gt;Quaristice.Quadrange.ep.ae. &lt;/em&gt;Mais pour faire court, on l’appellera juste &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt;. Pour faire simple, l’EP – Extended Play – est à l’album (le LP, alias Long Play) ce que la novella est au roman. Même si on a vu des romans plus courts que des novellas… Et avec les 149 minutes de &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt;, Autechre a fait un gros doigt d’honneur à toutes les définitions qui se fondent sur les durées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour être excessivement précis, &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt;, c’est en fait quatre EP en un&amp;nbsp;; les trois premiers contiennent chacun quatre morceaux pour une demi-heure de musique, le dernier consiste en un seul morceau long de presque une heure. Un EP quadruple, donc, qui reprend les choses là où &lt;em&gt;(Versions)&lt;/em&gt; s’était arrêté, et qui s’empare d’un peu plus de la moitié des morceaux du précédent disque pour les re-remixer – ce qui fait donc six morceaux sur les vingt d’origine. Des morceaux plus longs – &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=aogpQJfekyY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Tkakanren&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; sort enfin du tunnel apocalyptique&amp;nbsp;! – et plus lents – jusqu’à la nausée, dans le cas de l’introductif «&amp;nbsp;The Plc ccc&amp;nbsp;», sorte de jam nauséeuse et flatulente – et proposant parfois des pas de côtés ( &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ePeeVKlk9UU&quot;&gt;«&amp;nbsp;Perlence Suns&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; n’a rien de «&amp;nbsp;Perlence&amp;nbsp;» dedans). Dans le lot, il faut noter «&amp;nbsp;901…&amp;nbsp;» et ses quatre variations, et surtout «&amp;nbsp;Perlence&amp;nbsp;», présent sous cinq formes et tempos différents. Un cas fascinant, dont la descente fractale va du frénétique &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=oV0dXMfxEd0&quot;&gt; «&amp;nbsp;Perlence Range7&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; jusqu'à l'infinitésimal &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-7AGmLgpbmY&quot;&gt; «&amp;nbsp;Perlence Subrange 6-36&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; , majestueuse pièce finale longue d'une heure où une même variation rythmique progresse par légers, légers, légers incréments. Les uns trouveront le morceau répétitif et ennuyeux, les autres fascinant et riche de micro-variations passionnantes. C’est là une plongée dans un abîme, où le voile de la réalité semble parfois sur le point de se déchirer. En fin de compte, il s’agit là d’un travail pas si éloigné de celui d'Éliane Radigue ou du défunt duo finlandais Pan Sonic (en particulier &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Wdx25H1cSoc&quot;&gt; «&amp;nbsp;Säteily / Radiation&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; qui conclut en 61 minutes leur quadruple album &lt;em&gt;Kesto (238.48:4)&lt;/em&gt;, qu’il faudra bien que j’évoque un jour dans cet Abécédaire).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et maintenant, la minute complétiste. Ceux désireux de tout avoir, tout entendre – dont je suis – auront forcément attrapé le &lt;em&gt;Digital Exclusive EP&lt;/em&gt;, destiné au marché japonais, qui propose trois morceaux&amp;nbsp;: outre «&amp;nbsp;IO (Mons)&amp;nbsp;», on y trouve une anecdotique variation sur «&amp;nbsp;901…&amp;nbsp;» (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2NWg6oW89Ro&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; ) et le plus réussi &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=35zWMCb3L6Y&quot;&gt;«&amp;nbsp;Blyz Castl&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Voilà. Deux morceaux bonus&amp;nbsp;! (Et encore, je n’ai pas parlé de la bonus track japonaise de &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=JlEJRQtTV08&quot;&gt;«&amp;nbsp;nu-Nr6d&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Parce que je n’ai pas grand-chose à dire de ce morceau à l’ambiance liquide.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certains ont vu dans ce neuvième album d’Autechre une manière de symphonie électronique&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; formant l’allegro, &lt;em&gt;(Versions)&lt;/em&gt; l’andante et &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt; l’adagio. Il aurait fallu sûrement un quatrième et dernier mouvement récapitulatif. Sauf si l’on choisit de voir dans les différentes versions de «&amp;nbsp;Perlence&amp;nbsp;» (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2FIdLW1HB3c&quot;&gt;écoutables à la suite ici&lt;/a&gt;) l’épitomé de tout l’ensemble &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une trajectoire vers la lenteur et l’apaisement, vers l’infini et l’infinitésimal. Du moins est-ce là une façon de voir (enfin, d’écouter) les choses. Une autre façon consiste à prendre l’ensemble &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; et ses morceaux sans cesse remixés une sorte de boîte à jouets, dans lequel chacun serait libre de piocher pour former son propre album Quaristice. Sur WATMM, alias les forums des fans hardcore des musiciens du label Warp, certains s’y sont amusés, pour proposer des tracklists pas moins cohérentes que le choix de Booth et Brown (évidemment, c’est en les cherchant que je ne les retrouve plus)(mais il y en a &lt;a href=&quot;https://www.reddit.com/r/autechre/comments/65cuio/your_version_of_quaristice/&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble &lt;em&gt;Quaristice &lt;/em&gt;montre ainsi un duo qui se réinvente et qui commence à faire vraiment ce qu’il veut, qu’importe le support – disque compact ou fichier numérique. Surtout, &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; est une invitation à ne plus considérer l'album comme un tout monolithique mais comme un processus créatif en cours, comme une maquette à monter, comme un disque à composer et recomposer suivant son humeur. Pour ma part, cela fait dix ans que ça m’occupe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Quadrange&lt;/em&gt;, nullement. &lt;em&gt;(Versions)&lt;/em&gt;, oui&lt;br /&gt;
Inécoutables&amp;nbsp;: pour la plupart, oui (mais c’est ça qui en fait l’intérêt, non&amp;nbsp;?)&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: oui, ou pas loin&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>P comme Provocation</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/23/P-comme-Provocation" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Provocation" />
      <id>urn:md5:db6960d080e0b2bcee608ac717104836</id>
      <published>2018-08-23T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-23T17:05:37+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'Abécédaire continue d'explorer la vaste bibliographie de Stanislas Lem, cette fois au travers d'un bref ouvrage à peine trouvable, &lt;strong&gt;Provocation&lt;/strong&gt;. Au sommaire, la critique d'un livre inexistant — la provocation du titre — et des réflexions aussi lucides que personnelles que l'auteur polonais porte sur son œuvre…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Provocation suivi de Réflexions sur ma vie [Prowokacja et Mein Leben], Stanislas Lem, textes traduit du polonais et de l’allemand par Dominique Sila. Le Seuil, 1989 [1980, 1983], moyen format, 128 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;C’est peu dire que votre serviteur apprécie l’œuvre de Stanislas Lem, écrivain capable de tout écrire, tant un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt; polar métaphysique &lt;/a&gt; qu’un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; space opera pur jus &lt;/a&gt; , des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/06/C-comme-La-Cyberiade&quot;&gt; contes de SF &lt;/a&gt; qu’un essai philosophique (&lt;strong&gt;Summa Technologiae&lt;/strong&gt;), une &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/30/H-comme-Hospital-of-the-Transfiguration&quot;&gt; autobiographie romancée &lt;/a&gt; que des critiques de livres inexistants. Justement, peu plus tôt, on s’est intéressé dans cet affligeant Abécédaire à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum&quot;&gt; &lt;strong&gt;A Perfect Vacuum&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ouvrage recueillant bon nombre de critiques d’ouvrages fictifs. Mais… il y en a quelques autres, dispersés çà et là.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-p-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-p-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deux textes composent le bref volume &lt;strong&gt;Provocation&lt;/strong&gt;. Le premier, le plus long, aurait d’ailleurs pu figurer au sommaire de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Bibliothèque du XXIe siècle&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; , tant il s’inscrit dans cette continuité de critiques de textes inexistants écrits par des auteurs qui ne le sont pas moins (et de fait, les éditions en langue anglaise l’y ajoutent). Ici, il s’agit de l’analyse par Lem d’un ouvrage attribué à l’auteur allemand Horst Aspernic, intitulé&lt;strong&gt;Le Génocide&lt;/strong&gt; et divisé en deux livres, &lt;strong&gt;La Solution finale comme Rédemption&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Endlosung als Erlösung&lt;/strong&gt;) et&lt;strong&gt;La Mort, corps étranger&lt;/strong&gt; ( &lt;strong&gt;Fremdkörper Tod&lt;/strong&gt;). D’emblée, le titre de l’ouvrage se justifie… et votre serviteur se retrouve à marcher sur des œufs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le texte commence par ces lignes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On l’a dit, il vaut mieux que ce soit un Allemand qui ait écrit cette histoire du génocide&amp;nbsp;: un autre auteur se serait vu accuser de germanophobie&amp;nbsp;». En faisant une méta-lecture, on peut probablement remplacer Allemand par Juif&amp;nbsp;: si Lem n’avait été d’origine juive, qui sait comment cette &lt;strong&gt;Provocation&lt;/strong&gt; aurait pu être perçue. L’auteur (Aspernic, ou bien Lem&amp;nbsp;?) entreprend de régler ses comptes avec la Solution finale, en tentant de comprendre la nature et la justification de cette atrocité. Et son absurdité intrinsèque. Les précédents génocides avaient pour but d’empêcher les peuples conquis d’avoir une descendance susceptible de se venger. Mais l’Holocauste se base sur plusieurs paradoxes&amp;nbsp;: il est commis de manière ouverte sur le sanglant front de l’Est mais dissimulé à l’Ouest&amp;nbsp;; jamais les nazis n’ont reconnu le terme de génocide, y préférant des périphrases et des ordres à large interprétation.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le mystère est resté entier, comme chaque fois que l’homme accomplit un acte qui le dépasse sur le plan physique et mental.&amp;nbsp;» (p. 27)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Aspernic introduit d’autres pistes de réflexion&amp;nbsp;: la défaite inéluctable de l’Allemagne nazie, défaite d’autant plus totale que les scientifiques allemands auraient mis au point la bombe atomique – Berlin aurait alors fini en poussières radioactives. Ou encore&amp;nbsp;: le bien et le mal, et le paradoxe représenté Hitler, ce dictateur supposément végétarien et ami des animaux (des déclarations plutôt issues de la propagande nazie), qui n’aurait jamais ordonné explicitement la Solution finale, qui traitait avec bonté ses secrétaires et domestiques et n’hésitait pas à faire massacrer ses généraux récalcitrants.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le bien, en effet, ne se donne jamais le mal pour justification, alors que le mal se justifie toujours par le bien. C’est ce qui explique que les utopies positives fourmillent de détails concrets (on trouve chez Fourier la description détaillée d’un phalanstère), mais que les textes de l’orthodoxie nazie se taisent sur l’organisation des camps d’extermination, sur les chambres à gaz, les fours crématoires, les broyeurs d’ossements, le zyklon B et le phénol.&amp;nbsp;» (p. 35-36)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Comme autre explication, Aspernic insiste sur le mauvais goût de l’esthétique nazie, reproduction pervertie et de piètre qualité de choses existantes, «&amp;nbsp;le ridicule involontaire de la solennelle gravité avec laquelle les symboles représentés sont gonflés comme des baudruches prêtes à éclater&amp;nbsp;» (p. 42). L’auteur poursuit plus loin sur cette impression, selon laquelle les nazis auraient fait de l’extermination des Juifs une affaire personnelle, ne laissant guère à d’autres peuples le soin de s’en occuper.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde partie du texte s’attache à décrire comment la mort, phénomène ancré dans le quotidien pendant des siècles, s’en est peu à peu détaché avec les progrès de la médecine. La mort s’est retrouvée aliénée au XXe siècle, et le national-socialisme a entrepris de la ré-apprivoiser au travers d’un génocide standardisé. Ce qui amène à l’anti-sémitisme et ses raisons, les Juifs n’étant pas stigmatisé par Hitler et les siens comme simples responsables de la mort du Christ (ça, c’était bon pour le Moyen-Âge) mais, grosso merdo, comme auteurs du mal universel. Et Lem d’inférer que l’anti-sémitisme actuel subit un recul, la cause de certains problèmes (pollution, surpopulation, inflation) ne pouvant être attribuée aux Juifs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;strong&gt;Provocation&lt;/strong&gt; se révèle un texte glaçant, sur lequel il m’est difficile d’émettre un jugement de valeur&amp;nbsp;: c’est inédiablement intéressant et argumenté avec soin. Impossible d’y demeurer indifférent.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-p-lem.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-p-lem_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Je crois que je suis à la fois mécontent et fier de tout ce que j’ai écrit.&amp;nbsp;» (p. 118)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En comparaison avec &lt;strong&gt;Provocation&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;éflexions sur ma vie&lt;/strong&gt;, bref essai paru dans le journal allemand &lt;em&gt;Neue Rundschau&lt;/em&gt; en avril 1983, s’avère &lt;em&gt;nettement&lt;/em&gt; plus léger. Lem tente d’y expliquer, avec un souci de la vérité à géométrie variable, ce qui a participé à fondre sa personnalité. En premier lieu, l’ordre et le hasard. Concernant le hasard, il évoque une anecdote ayant formé l’objet d’un texte au sommaire de &lt;strong&gt;A Perfect Vacuum&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;De Impossibilitate Vitae &amp;amp; De Impossibilitate Prognoscendi&lt;/em&gt;, ou comment son père, à une minute près en 1915, aurait pu perdre la vie et donc ne pas engendrer le jeune Stanislas six ans plus tard. Au fil des pages, Lem explique ses passions de jeunesse (créer des mondes imaginaires et des objets impossibles), ce qui l’a mené à devenir écrivain, et il se livre à un examen sévère de ses œuvres, balayant d’un revers ses romans de jeunesse et ne retenant que quelques œuvres, en particulier &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;. Concernant la méthode, ce dernier roman et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/10/R-comme-Retour-des-etoiles&quot;&gt; &lt;strong&gt;Retour des &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; ont bénéficié de la même, Lem découvrant l’histoire en même temps qu’il l’écrivait, ce qui s’avère réussi dans le cas du premier roman et bien moins dans celui du second.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet essai a été rédigé alors que Lem était âgé d’une soixantaine d’années&amp;nbsp;; il se sait moins prolifique, plus exigeant&amp;nbsp;: de fait, il cessera assez vite d’écrire par la suite (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/17/F-comme-Fiasco&quot;&gt;&lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, écrit en 1985). Pas question pour lui cependant d’expliquer à la postérité la manière dont ses œuvres sont nées&amp;nbsp;: si les pyramides demeurent aujourd’hui aussi impressionnantes, n’est-ce pas parce que, justement, on ignore comment précisément elles ont été édifiées&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un bel essai, qui offre un aperçu ô combien passionnant de la vie et l’œuvre de l’un des plus grands auteurs de science-fiction du XXe siècle, qui vient compléter la tentative d’autobiographie qu’est &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/30/H-comme-Hospital-of-the-Transfiguration#highcastle&quot;&gt; &lt;strong&gt;Wyzoki Zamek / High Castle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (les occasions coûtent un rein, voire deux)&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>O comme Órbita 9</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/21/O-comme-Orbita-9" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Órbita 9" />
      <id>urn:md5:130ae601d8b1ca8eb47dc64cad583106</id>
      <published>2018-08-21T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-21T16:16:25+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/16/N-comme-Les-Neuf-Vies-de-Thomas-Katz&quot;&gt;objet filmique non-identifié&lt;/a&gt;, l'Abécédaire revient à des choses plus regardables avec &lt;strong&gt;Órbita 9&lt;/strong&gt;, film de science-fiction espagnol signé Hatem Khraiche visible sur Netflix. Une jeune fille seule dans un vaisseau spatial à destination d'une exoplanète lointaine&amp;nbsp;: qu'est-ce qui pourrait ne pas tourner mal&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Órbita 9, Hatem Khraiche (2017). 94 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Comme pour le cas des &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/08/16/N-comme-Les-Neuf-Vies-de-Thomas-Katz&quot;&gt;Neuf Vies de Thomas Katz&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, l’objet du présent film est quelque peu contraint par d’une part la lettre O, d’autre part le nombre 9 sous le signe duquel se place l’actuelle itération de cet affligeant Abécédaire. Un film dont le titre commence par O &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; avec un 9 dans le titre &lt;em&gt;ete&lt;/em&gt; qui relève de la SF, voyons voir ce que cela donne&amp;nbsp;! On n’est pas à l’abri d’une bonne surprise… Ou pas&amp;nbsp;: il s’agit là d’une production espagnole ayant atterri Netflix — dont quelques récentes sorties avaient pu décevoir (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/05/B-comme-The-Bad-Batch&quot;&gt;&lt;em&gt;The Bad Batch&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; d’Ana Lily Amirpour, pour n’en citer qu’un). Si le site de VOD est globalement réputé pour ses séries, les films qu’il produit sont souvent d’une qualité moyenne. Mais ne préjugeons pas… et soyons curieux&amp;nbsp;: Órbita 9 nous vient donc tout droit d’Espagne, pays vers lequel l’Abécédaire ne s’est guère tourné (il a été question sur ce blog de films anglais, français, allemands, suédois, norvégiens, tchèques, hongrois et lituaniens&amp;nbsp;: il reste encore un peu de chemin à parcourir avant de faire bloguesquement le tour de l’Europe) et qui n’est pas le plus réputé pour son cinéma de science-fiction – même au cours des vingt dernières années, on a pu voir des trucs plutôt regardables comme &lt;em&gt;Action mutante&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Psiconautas&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Ouvre les yeux&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-o-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-o-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici à bord d’un vaisseau spatial. À son bord, une unique occupante&amp;nbsp;: Helena, une jeune femme. Très vite, on comprend que l’astronef file droit en direction de Celeste, une planète extrasolaire – pas exactement la porte à côté, vu que le voyage durera au total quarante ans. La moitié du temps s’est déjà écoulée&amp;nbsp;; quant à Helena, elle est peu avant le départ. Las, suite à une défaillance de l’alimentation en oxygène trois ans plus tôt, ses parents se sont sacrifiés et la jeune femme mène une existence routinière – exercice, entretien des plantes vertes – avec Rebecca, l’IA de bord. Mais au bout de 7409 jours de voyage, Helena va enfin rencontrer son premier autre humain&amp;nbsp;: l’ingénieur chargé de réparer l’unité d’oxygène. Celui-ci, Alex, est un individu plutôt mutique. Mais, un peu comme ces bébés oies qui ont la réputation (fondée&amp;nbsp;?) de prendre la première chose qu’ils voient pour leur maman, Helena s’amourache du gars et s’offre à lui peu avant son départ.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce moment-là, l’amateur de SF un peu attentif n’aura pas manqué de s’interroger sur quelques aspects. Le vaisseau semble arrangé suivant une disposition plane, il ne paraît pas tourner sur lui-même, mais Helena n’est pas en impesanteur&amp;nbsp;: qu’est-ce qui assure la gravité&amp;nbsp;? Des salades sont disposées sur le pourtour interne d’un tube cylindrique&amp;nbsp;: gratuit et inutile, sauf en cas d’impesanteur. Et au fait, pourquoi ne voit-on aucun plan extérieur du vaisseau&amp;nbsp;? Les astronefs vus depuis l’espace, glissant sur un fond étoilé, ça a toujours la classe. N'y aurait-il pas quelque entourloupe&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier twist du film arrive au bout de vingt minutes, et va nous faire basculer dans une zone spoiler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est parti, vous l’aurez voulu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ledit twist arrive un peu vite pour réellement surprendre. Et pour qui a vu une série comme &lt;em&gt;Ascension &lt;/em&gt;— assez médiocre au demeurant, en dépit d’un pitch sympa – ou est familier d’un roman comme &lt;strong&gt;Le Temps désarticulé&lt;/strong&gt; de Philip K. Dick, celui d’ &lt;em&gt;Órbita 9&lt;/em&gt; ne surprend guère&amp;nbsp;: le vaisseau dans lequel vit Helena n’est pas dans l’espace mais sur Terre, au fin fond d’une forêt en Espagne, et sert juste de test pour une éventuelle seconde phase du programme &lt;em&gt;Órbita&lt;/em&gt;, à savoir les lancements réels d’astronefs à destination d’une exoterre, au nom nettement moins romanesque de GJ909. Parce que, sur Terre, ça craint un peu&amp;nbsp;: radioactivité çà et là, raréfaction de l’eau potable, pollution et autres joyeusetés. Bien entendu, les participants du programme &lt;em&gt;Órbita&lt;/em&gt; – il y a dix sites – ignorent tout du caractère factice de leur voyage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La perspective change et l’on suit donc le personnage d’Alex, qui n’est pas plus réparateur d’unité de production d’oxygène que vous et moi&amp;nbsp;: sa visite à Helena consistait surtout à vérifier le bon fonctionnement de l’IA. Une visite qui a éveillé l’intérêt du bonhomme pour Helena et son triste sort. Lors des séances de psy semi-virtuelles, il confie ses doutes. Et finit par décider d’enlever la jeune femme… Mais comment acclimater une fille ayant vécu toute sa vie dans un environnement clos au monde extérieur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon… Romance de science-fiction, &lt;em&gt;Órbita 9&lt;/em&gt; peine à pleinement convaincre. Il s’agit là du premier long-métrage de son réalisateur, l’Espagnol Hatem Khraiche, déjà auteur d’une demi-douzaine de courts sortis entre 2002 et 2012. Et Khraiche réinvente ici l’eau tiède, pour un résultat tout à fait correct si l’on a des attentes assez basses. Visuellement, &lt;em&gt;Órbita 9&lt;/em&gt; se montre terne&amp;nbsp;: l’esthétique du vaisseau d’Helena est correcte mais donne l’impression d’avoir été vue mille fois&amp;nbsp;; pareil pour la ville la nuit, avec son côté &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; du pauvre. La seule originalité provient des séances de psychanalyse/confidence&amp;nbsp;: psy et patient se voient par l’intermédiaire de modèles 3D ayant l’apparence de loup (mais pourquoi un loup&amp;nbsp;?). Mouais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film souffre de plusieurs problèmes. Le premier twist, je l’ai dit plus haut, arrive vite et ne provoque donc pas d’effet de sidération. Surtout, il est suivi d’un deuxième twist vers la soixantième minute, qui ne convainc pas plus… parce qu’il ne sert à rien. Spoilons gaiment&amp;nbsp;: Helena est un clone. Sauf qu’elle est unique. Et de toute façon, cette thématique ne présente pas vraiment d’enjeu pour le personnage d’Helena par la suite. Tout comme le fait qu’Alex soit à la base créateur d’androïdes pilotes d’avion&amp;nbsp;: aucun androïde n’apparait dans le film. Quant à l’environnement mal en point, c’est évoqué de loin en loin. En fait, ce long-métrage se contente de balancer quelques grandes thématiques de la science-fiction de manière absolument gratuite. Ballot. Reste la romance, pour qui goûte le genre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et l’intrigue justement&amp;nbsp;? Comme le déclare l’un des personnages, «&amp;nbsp;Le scientifique qui tombe amoureux du rat de labo, c’est ridicule au plus point.&amp;nbsp;» Voilà. Une intrigue qui prend soin d’utiliser plusieurs clichés éculés&amp;nbsp;: la love story entre l’expérimentateur et le sujet de son expérience, le gros ponte méchant comme tout et qui fait impunément sa loi, une course-poursuite avec plein de vêtements dans le passage (mais pas de charrette de fruits renversée, dommage), une IA à la voix suave mais un peu désincarnée, le gentil qui met sa capuche pour passer inaperçu… Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La bande-annonce, qui spoile pas mal :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/zktLwAfuqog&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. &lt;em&gt;Órbita 9&lt;/em&gt; s’avère une déception. Ça arrive. Et quand c’est ça se retrouve sur Netflix, ça n’a pas grand-chose de surprenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: c’est sur Netflix&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme Les Neuf Vies de Thomas Katz</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/16/N-comme-Les-Neuf-Vies-de-Thomas-Katz" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Les Neuf Vies de Thomas Katz" />
      <id>urn:md5:42b89c2ded9ed6d7889d43a800e0fc04</id>
      <published>2018-08-16T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-18T16:14:02+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Attention, objet filmique mal identifié… Il n’y a pas que les chats à avoir neuf vies&amp;nbsp;: Thomas Katz aussi. D’ailleurs, son nom ne veut-il pas dire «&amp;nbsp;chat&amp;nbsp;» en allemand&amp;nbsp;? Et qui est Thomas Katz, au juste&amp;nbsp;? Et pourquoi &lt;strong&gt;Les Neuf Vies de Thomas Katz&lt;/strong&gt;, cet OFNI célébrant l'absurde sous fond d'angoisses millénaristes, n'est-il pas déjà culte&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Neuf Vies de Thomas Katz [The Nine Lives of Thomas Katz], Ben Hopkins (2000). Noir et blanc (pour l’essentiel), 84 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Attention, objet filmique mal identifié… Il n’y a pas que les chats à avoir neuf vies&amp;nbsp;: Thomas Katz aussi. D’ailleurs, son nom ne veut-il pas dire «&amp;nbsp;chat&amp;nbsp;» en allemand&amp;nbsp;? Et qui est Thomas Katz, au juste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/89GwcopHFOY&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la M25, l’autoroute qui fait le tour de l’agglomération londonienne, un taxi s’arrête pour prendre un étrange individu, vêtu d’un long manteau (au dos duquel sont accrochés des… trucs) et s’exprimant avec un fort accent germanique quasi robotique. Lorsque le chauffeur demande au nouveau venu d’où il vient et ce qu’il fait dans la vie, celui-ci lui répond calmement qu’il vient des égouts et qu’il ouvre les gens, pour voir où vivent leurs rêves. Et le voilà qui raconte au taximan le rêve que ce dernier a fait la veille. Hum, c’est embarrassant. Un peu plus tard, le véhicule s’arrête et le taximan en descend, vêtu des effets du drôle de bonhomme. Celui-ci est au volant du taxi – et est devenu au passage le chauffeur de taxi –, et il file droit vers Londres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À Londres justement, le chef de la police s’inquiète depuis son bureau de Scotland Yard&amp;nbsp;: son adjoint, le fidèle Cuthbert, lui rapporte des rapports d’agents de terrain de plus en plus… surprenants. L’un rapporte une conspiration de fenêtres, l’autre une plus grande incidence de langage dans un bar. Quant à l’Enfant Astral, cette gamine est mourante. Bien qu’aveugle, le chef de la police sent qu’il va devoir agir – ce qui signifie s’aventurer hors du monde matériel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela serait-il lié à ce qui se prépare plus haut dans le ciel&amp;nbsp;? Une éclipse va plonger la capitale anglaise dans le noir d’ici une poignée d’heures. Accessoirement, ce sera aussi la fin du monde – et cet étrange individu, qui change d’identité à chaque rencontre, en sera, en quelque sorte, le catalyseur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais… il ne faudra pas oublier Dave, un type un peu beauf, qui est accessoirement contrôleur des caméras de surveillance parsemant Londres, et qui s’ennuie à mourir.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-n-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-n-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deuxième film du méconnu Ben Hopkins, réalisateur anglais peu prolifique (quatre longs-métrages, quelques documentaires), &lt;em&gt;Les Neuf Vies de Thomas Katz&lt;/em&gt; consiste en la rencontre des Monty Python et d’un expressionisme allemand transplanté à Londres, du surréalisme de Buñuel et des angoisses millénaristes. On y trouve un zeste de SF et de fantastique, et beaucoup d’absurde. Filmé avec un micro-budget, dans un noir et blanc tendant vers le verdâtre, le film fait un usage parcimonieux de la couleur&amp;nbsp;; il revendique également de façon claire son artificialité (certains arrière-plans, lors des séquences en voiture, font faux, et cette fausseté est exploitée). Surtout, il ne s’interdit rien et prend plaisir à collisionner ses éléments&amp;nbsp;: par ici, c’est une scène tournée à la façon d’un film muet, cartons à l’avenant, ayant pour objet un tamagotchi mort&amp;nbsp;; par là, c’est une intervention sur le matériau même du film, avec une scène bloquée en mode repeat. Sans oublier toute un tas d’autres éléments faisant mouche et qu’il serait dommage de divulgâcher. Bref, c’est drôle plus souvent qu’à son tour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, le caractère fantasque du film s’avère parfois sa limite&amp;nbsp;: bien qu’assez bref, &lt;em&gt;Les Neuf Vies…&lt;/em&gt; et ses quatre-vingts minutes se font sentir par moment, tant le rythme est inégal. Cette œuvre de Ben Hopkins consiste surtout en saynettes juxtaposées ou entrelacées, avec un vague argument scénaristique pour les relier entre elles. De l’aveu du réalisateur, l’essentiel du tournage a reposé sur l’improvisation – auquel cas il est agréablement surprenant de constater qu’un semblant d’ordre a tout de même réussi à émerger de ce chaos. Le scénario, elliptique, possède malgré tout un sens, et plonge son spectateur dans une folie, douce par moments, gentiment azimutée dans d’autres, avec une musique technoïde de bon aloi pour enrober le tout. Et si toutes les scènes ne sont pas forcément marquantes, si l’ensemble ressemble un peu à un long-métrage de fin d’étude, ces &lt;em&gt;Neuf Vies de Thomas Katz&lt;/em&gt; emporte tout de même l’adhésion, pour qui est prêt à se laisser embarquer. (Notez que votre serviteur éprouve une faiblesse coupable envers ces petits films en noir et blanc au budget riquiqui&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/15/W-comme-The-Whispering-Star&quot;&gt; &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/23/C-comme-Computer-Chess&quot;&gt; &lt;em&gt;Computer Chess&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/17/G-comme-A-Girl-Walks-Home-Alone-at-Night&quot;&gt; &lt;em&gt;A Girl Walks Home Alone At Night&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, ou encore &lt;em&gt;Christmas on Mars&lt;/em&gt; du groupe de rock psychédélique Flaming Lips, dont il faudra bien que je me décide à parler un jour – à Noël par exemple.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le rôle de Thomas Katz, agent du chaos aux multiples incarnations, Tom Fischer – acteur ayant joué dans bon nombre de téléfilms et séries britanniques – est impeccable. Imaginez Matt Smith, incarnation du Onzième Docteur, en mode perturbant. Face à lui, Ian McNeice (le baron Harkonnen dans la mini-série &lt;em&gt;Les Enfants de Dune&lt;/em&gt;) s’impose en chef de la police, aveugle mais ouvert sur le monde surnaturel. On croise Toby Jones au détour d’une scène, parce que, pourquoi pas Toby Jones&amp;nbsp;: sa drôle de trogne est indispensable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, les dialogues sont un festival de punchlines, délicieusement absurdes.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Tell me your name.&lt;br /&gt;
– No.&lt;br /&gt;
– Is that your name?&lt;br /&gt;
– Yes.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ou encore&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Our society is vapid, meaningless… and violent.&lt;br /&gt;
– Who's to blame?&lt;br /&gt;
– The children! With their buggy eyes and their bulbous bodies!&lt;br /&gt;
[…]&lt;br /&gt;
– Well, well, we could, ah, talk forever—is there a solution?&lt;br /&gt;
– Yes! I have it here. It's a tuning fork. I acquired it through the Sunday Times recent innovation feature.&lt;br /&gt;
– Tuning Fork of Annihilation: Broadcast a melodious hum of this durable stainless steel tuning fork across the airwaves and cause the destruction of all domestic televisions and the death of all children who hear it. Wow, what will they think of, next?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Rejeton moqueur des craintes millénaristes – désormais futiles, près de vingt ans après –, &lt;em&gt;Les Neuf Vies de Thomas Katz&lt;/em&gt; prouve (une fois encore, si nécessaire) qu’il est possible de faire du bon avec trois bouts de ficelle. Long-métrage étrange underground, il a tout du film culte. Pourquoi ne l’est-il pas déjà, mystère…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en DVD ou au téléchargement sur &lt;a href=https://archive.org/details/TheNineLivesOfTomasKatz&quot;&gt;Archives.org&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: noui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Mon prof est un extraterrestre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/14/M-comme-Mon-prof-est-un-extraterrestre" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Mon prof est un extraterrestre" />
      <id>urn:md5:d7c0f185ecc55b030f53ded0667157b2</id>
      <published>2018-08-14T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-14T11:37:04+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'Abécédaire retombe en enfance, le temps de relire la série des &lt;strong&gt;Profs extraterrestres&lt;/strong&gt; de Bruce Coville. Une série qui s'affine au fil de ses quatre volumes, utilisant à bon escient les tropes de la science-fiction et proposant quelques ébauches de réflexion toujours d'actualité…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Mon prof est un extraterrestre [My Teacher is an Alien], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1994 [1989]&lt;br /&gt;
Ciel, encore un prof extraterrestre&amp;nbsp;! [My Teacher Fried My Brains], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1994 [1991]&lt;br /&gt;
Mon prof brille dans le noir [My Teacher Glows in the Dark], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1995 [1991]&lt;br /&gt;
Mon prof a bousillé la planète [My Teacher Flunked the Planet], Bruce Coville, roman traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Médina. Pocket, 1995 [1992]&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Si vous aviez une dizaine d’années dans la décennie 90, vous avez peut-être lu cette série de romans, «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Mon prof est un extraterrestre&lt;/strong&gt; » de Bruce Coville. Auteur d’une centaine de livres pour la jeunesse louvoyant entre la SF, la fantasy et le fantastique, cet écrivain américain a vu plusieurs de ses séries traduites en français.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur les quatre romans de la série, j’en avais lu trois et, dans mes souvenirs, j’avais trouvé ça plutôt sympa. Enfin&amp;nbsp;: carrément cool, pour être plus exact. Et puis, faute de trouver le tome 4, je suis passé à autre chose – la bibliothèque municipale de mon bled n’était pas trop mal achalandée en ce qui concernait la SF, le fantastique et le roman policier. À la faveur d’un vide-grenier il y a un mois ou deux, je suis tombé sur les deux premiers volumes. À cinquante centimes les deux, il n’y avait guère à hésiter, d’autant que je nourris ces temps-ci une certaine passion pour les lectures de SF qui ont marqué mon enfance et jeunesse (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/11/5-comme-Le-Pouvoir-des-Cinq&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Cinq&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/11/E-comme-L-Enfant-qui-venait-de-l-espace&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Enfant qui venait de l’espace&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;). Alors&amp;nbsp;? Mes souvenirs avaient-ils ajouté une patine nostalgique indue sur ces livres&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-m-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-m-cover1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon prof est un extraterrestre&lt;/strong&gt; se déroule dans la petite ville américaine de Kennituck Falls. Susan Simmons, l’une des élèves les plus douées de sa classe de CM2, n’apprécie guère l’un de ses professeurs, M. Smith. Sévère au possible, l’enseignant, un nouveau venu, pourrit la vie de ses élèves. Un soir, Susan le suit jusqu’à son domicile. C’est là qu’elle découvre l’impensable&amp;nbsp;: Smith est en réalité un extraterrestre&amp;nbsp;! Pire, il prévoit d’enlever cinq élèves humains, comme la fillette le découvre en surprenant une conversation avec son supérieur. Que faire&amp;nbsp;? Certes, il s’agit de démasquer l’alien… mais comment &amp;nbsp;? Susan décide de faire appel à Peter Thompson, garçonnet gringalet, bouc émissaire du terrible Duncan Dougal et grand lecteur. Amateur de SF, il saura &lt;em&gt;forcément&lt;/em&gt; l’aider… Il s’agit là d’un premier tome sympathique, à défaut d’autre chose. On est content de voir une héroïne pleine d’allant et d’initiative, pas du genre princesse en détresse qui se fourre malgré elle dans les ennuis&amp;nbsp;; il n’y a guère qu’un seul paragraphe qui, à cette aune-là, fait un peu daté – un défaut véniel. Mais en dépit du ton et du traitement, intrigue et personnages sont brossés à grands traits, et l’ensemble ne va pas très loin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-m-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-m-cover2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qu’à cela ne tienne&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Ciel, encore un prof extraterrestre !&lt;/strong&gt; rehausse le niveau. Désolé, ami lecteur&amp;nbsp;: il va y avoir quelques spoilers. Quelques mois se sont écoulés depuis les événements du premier tome&amp;nbsp;: le professeur extraterrestre a été démasqué et a fui… mais pas seul. À la surprise de tous, Peter a détalé avec lui. Néanmoins, il s’agit là d’événements quelque peu tabous, dont personne n’aime parler. Duncan Dougal, la petite brute qui martyrisait Peter, s’en rend compte&amp;nbsp;: le voici au collège, un lieu où il rencontre plus fort que lui. Quand il explique les événements récents à une journaliste, on lui fait bien comprendre qu’il aurait mieux fait de se taire. Un coup de malchance lui permet de découvrir qu’un autre prof extraterrestre se cache au collège. Mais qui&amp;nbsp;? Comment le démasquer&amp;nbsp;? Faire de l’affreux Duncan le narrateur du récit s’avère une excellente idée de la part de Bruce Coville, la petite brute devenant ici un personnage touchant, dont le quotidien n’est pas tout rose – une explication à son comportement de terreur des cours de récré. Au passage, on en apprend davantage sur les extraterrestres, et surtout sur les raisons de leur présence sur Terre&amp;nbsp;: notre planète est sous observation, la communauté galactique se retrouvant désemparée face aux humains, cette race agressive qui se prépare à entrer dans l’âge de l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-m-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-m-cover3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les choix qui s’offrent à la société galactique sont exposés à Peter dans &lt;strong&gt;Mon prof s’allume dans le noir&lt;/strong&gt;. Débutant pile là où le deuxième volume s’achevait, ce roman prend la forme d’un long flashback où Peter raconte à Susan et Duncan ses aventures à la suite de son abduction volontaire par le premier prof alien&amp;nbsp;: le garçon débarque dans le &lt;em&gt;New Jersey&lt;/em&gt;, immense astronef peuplé d’une foultitude de races extraterrestres. Et c’est là que ça devient réellement intéressant, tant pour le jeune lecteur que pour le lecteur adulte&amp;nbsp;: si les deux premiers tomes étaient sympas, ce troisième volume prouve que l’auteur connaît son bréviaire de la SF. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un roman jeunesse qu’il faut torcher la partie «&amp;nbsp;science&amp;nbsp;» de la science-fiction. On croise un cristallin capitaine de vaisseau spatial, basé sur une chimie non-carbonée (siliceuse n’est pas précisée, n’exagérons rien)&amp;nbsp;; on trouve un précurseur bien cool de nos smartphones actuels&amp;nbsp;; la méthode du voyage spatial instantané est expliqué avec une analogie parlante&amp;nbsp;; les différentes morphologie aliens sont évoquées en peu de mots mais assez pour qu’on comprenne que l’organisation bilatérale du corps n’est pas un prérequis, etc. La relecture de ce troisième tome me fait comprendre pourquoi je l’avais adoré. Cela, sans oublier le fonds du discours&amp;nbsp;: les humains foutent la merde, ce qui laisse les extraterrestres perplexes. Pourquoi, lorsqu’on est doté d’un tel cerveau, s’entêter à laisser crever de faim ses semblables et à polluer sa planète&amp;nbsp;? Une faction alien veut détruire la Terre sans autre forme de procès&amp;nbsp;: on les comprend.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-m-cover4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-m-cover4_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais qui plaidera pour la Terre et les humains si ce n’est Peter, Susan et Duncan&amp;nbsp;? Sauver notre monde, c’est là l’objet du quatrième tome, &lt;strong&gt;Mon prof a bousillé ma planète&lt;/strong&gt;. Accompagnés de leur ex-prof Broxholm, les trois amis retournent sur Terre, avec l’intention de l’arpenter pour trouver ce qu’il y a de bon dans l’humain et ainsi justifier qu’on n’annihile pas la planète. Guerres, famines, pauvreté, inégalités… le tableau est aussi sombre que moche – et n’a malheureusement guère changé depuis la publication originelle du roman. La seule solution ne serait-elle pas alors de changer l’humain&amp;nbsp;? Moins enjoué que les précédents, ce dernier tome de la série se situe un petit cran en dessous du troisième, mais propose néanmoins une conclusion réussie à cette série.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que dire de plus&amp;nbsp;? L’ensemble forme un modèle du genre&amp;nbsp;: de l’excellente SF pour la jeunesse qui omet de prendre son lecteur pour un idiot. À lire et, forcément, à relire, que l’on ait 11 ou 111 ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: en rien&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme Leyfðu Ljósinu</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/09/L-comme-Leyfdu-Ljosinu" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Leyfðu Ljósinu" />
      <id>urn:md5:3529ed7b6de2d37512c977ed04467ca9</id>
      <published>2018-08-09T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-09T10:51:30+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Pour une fois, foin de musique sombre ou inécoutable dans l'Abécédaire mais un peu (beaucoup) de lumière, avec &lt;strong&gt;Leyfðu Ljósinu&lt;/strong&gt; de la musicienne islandaise Hildur Guðnadóttir. Un album élégiaque et minimaliste, qui emmène son auditeur vers des altitudes lumineuses et ne laisse pas indemne…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Leyfðu Ljósinu, Hildur Guðnadóttir (Touch, 2012). 2 morceaux, 39 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Assez souvent dans les billets de cet affligeant Abécédaire, je discours en long et en large sur des musiques que l’on pourrait qualifier de sombres voire d’inécoutables &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=Autechre&quot;&gt;(#AutechreForEver&lt;/a&gt;). Lorsque j’essaie autre chose, cela donne des billets excessivement laborieux pour dire, par exemple, à quel point &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/12/D-comme-Dirty-Computer&quot;&gt; &lt;em&gt;Dirty Computer&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Janelle Monáe est un album cool, en phase sur son époque et avec un zeste de SF. Cette fois, je vais essayer d’être moins laborieux sur un autre album, à savoir &lt;em&gt;Leyfðu Ljósinu&lt;/em&gt; de la musicienne islandaise Hildur Guðnadóttir. Pas de paroles là-dedans, pas vraiment de SF non plus, mais un disque qui vaut l’écoute pour peu que l’on ait quarante minutes devant soi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ceux qui suivent la série &lt;em&gt;The Handmaid’s Tale&lt;/em&gt; ont pu entendre Hildur Guðnadóttir lors de deux épisodes (S01E02 «&amp;nbsp;Birth Day&amp;nbsp;» et S02E04 « Other Women&amp;nbsp;», avec le somptueux &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=V0yqiw7cCTE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Heyr Himnasmiður&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, morceau élégiaque, aux inflexions spirituelle. La musicienne a également composé la musique de &lt;em&gt;Sicario: Day of the Soldado&lt;/em&gt;, prenant la suite de son compatriote, feu Jóhann Jóhannsson, responsable de la BO du premier opus (et des autres films de Denis Villeneuve, au passage). On peut d’ailleurs ressentir comme une sorte de filiation dans l’approche néo-classique (si je ne m’avance pas tro) des deux Islandais&amp;nbsp;: combinaison d’instruments traditionnels et modernes, minimalispme. On pourra entendre ses compositions dans la future série &lt;em&gt;Chernobyl&lt;/em&gt; HBO (rien à voir, dommage, avec le &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/26/Radioactivity-is-in-the-air-for-you-and-me#chernobyl&quot;&gt; roman éponyme de Frederik Pohl&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Outre la nationalité, Hildur Guðnadóttir et Jóhann Jóhannsson partagent le même label&amp;nbsp;: Touch, spécialisé en musiques électroniques. Des artistes comme Biosphere (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/07/A-comme-Autour-de-la-lune&quot;&gt;&lt;em&gt;Autour de la lune&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;), The Hafler Trio (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/28/Imprononcables-3&quot;&gt;sans Autechre&lt;/a&gt;) et Lustmord (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter&quot;&gt;&lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; – pour du sombre, on est servi) ont également publié leurs albums sur ce label.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-l-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-l-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Musique sombre&amp;nbsp;? Ici, nullement&amp;nbsp;: le titre de l’album signifie, dans la langue de Björk, «&amp;nbsp;autorisez la lumière&amp;nbsp;» (ou peut-être «&amp;nbsp;laissez la lumière&amp;nbsp;», mon islandais est passablement lacunaire). Et, promis, ça n’a rien à voir avec «&amp;nbsp;Let the sunshine&amp;nbsp;» de la comédie musicale &lt;em&gt;Hair&lt;/em&gt;. Il s’agit ici du troisième disque de la musicienne, après&lt;em&gt;Without Sinking&lt;/em&gt; (2009) et &lt;em&gt;Mount A&lt;/em&gt; (2010) et avant &lt;em&gt;Saman&lt;/em&gt; (2014), dernier en date (et d’où provient le morceau entendu dans &lt;em&gt;The Handmaid’s Tale&lt;/em&gt;). Ce disque-ci s’avère assez particulier &amp;nbsp;: les notes du livret indiquent que celui-ci a été enregistré en une unique prise, en solo et en live au Music Research Centre de New York en janvier 2012. Pas le moindre tripatouillage en studio, affirment les mêmes notes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;To be faithful to time and space – elements vital to the movement of sound – this album was recorded entirely live, with no post-tampering of the recordings’ own sense of occasion.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux morceaux forment ce &lt;em&gt;Leyfðu Ljósinu&lt;/em&gt; – mais ils pourraient n’en constituer qu’un seul et unique, tant l’introductif «&amp;nbsp;Prelude&amp;nbsp;» s’avère… eh bien, le juste prélude du morceau-titre, ample pièce-titre de trente-cinq minutes. Une introduction portée seulement par un violoncelle hésitant. La voix de Hildur Guðnadóttir intervient dès les premières secondes de «&amp;nbsp;Leyfðu Ljósinu&amp;nbsp;» – ce sont des vocalises ici plutôt qu’autre chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peu à peu, l’aspect discret, timide, s’estompe&amp;nbsp;; le violoncelle gagne en assurance puis disparaît, laissant la prééminence à la voix. Plutôt&amp;nbsp;: les voix, qui se démultiplient, deviennent des chœurs quasi-angéliques, et, mine de rien, l’auditeur se retrouve pris dans cet élan sonore vers des hauteurs céruléennes – il est certes assez cliché d’utiliser des métaphores météorologiques pour parler de musique, mais ce &lt;em&gt;Leyfðu Ljósinu&lt;/em&gt; ne me laisse que peu de choix. Tout ici est aérien et tend à amener l’auditeur qui acceptera de s’y laisser absorber droit vers un empyrée de céleste musique. Passé le premier quart d’heure, le violoncelle revient, oscille, sa gravité zébrant de noirceur la lumière… puis le morceau repart, redécolle, pour ne plus jamais vraiment redescendre. Les dernières minutes sont d’une intensité quasiment douloureuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/fLPLbcJFZkQ&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Ftc7JMm8B1I&quot;&gt;&lt;em&gt;Lux Aeterna&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Ligeti, pièce musicale passée à la postérité suite à son utilisation par Stanley Kubrick dans &lt;em&gt;2001, l’Odyssée de l’espace&lt;/em&gt;, basée sur l’utilisation de chœurs, s’avérait passablement flippante et à même d’évoquer les sombre tourments de l’enfer — la lumière éternelle, vraiment&amp;nbsp;? —, &lt;em&gt;Leyfðu Ljósinu&lt;/em&gt; est pure lumière. Pas de bondieuserie pour autant&amp;nbsp;: cette pièce musicale n’est sûrement pas dénuée de spiritualité, mais, dans ce cas, elle invite plutôt à une communion avec la nature – le lever de soleil semble le moment le plus approprié – et à lâcher prise pendant à peine quarante minutes. Ou peut-être un peu plus, si l’on inclut le temps de la redescente. Une chose est sûre, compter au rang des auditeurs lors cet enregistrement a dû s’avérer une expérience hors du commun.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puissant, minimaliste, atmosphérique, &lt;em&gt;Leyfðu Ljósinu&lt;/em&gt; tutoie l’excellence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>K comme Kéthani</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/07/K-comme-Kethani" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kéthani" />
      <id>urn:md5:d205dcb13bb0cf7b1aa7f9c5b9076ea6</id>
      <published>2018-08-07T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-07T12:31:41+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/02/O-comme-Odyssees-aveugles&quot;&gt;&lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, on s'intéresse à un autre recueil d'Eric Brown&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Kéthani&lt;/strong&gt;. Dix nouvelles formant roman, rassemblées autour d'un groupe d'amis fréquentant le même pub du Yorkshire, dans un cadre pareil au nôtre à une nuance près&amp;nbsp;: les extraterrestres ont débarqué sur Terre un matin d'hiver, apportant avec eux la promesse de l'immortalité… Une bénédiction ou un cadeau empoisonné&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kéthani, Eric Brown. Solaris, 2008. 311 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans sa postface aux &lt;a href=&quot;http://https://www.belial.fr/eric-brown/les-ferrailleurs-du-cosmos&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; , Eric Brown indique procéder régulièrement par accrétion&amp;nbsp;: écrire une nouvelle, en apprécier le contexte ou les personnages, et y revenir au fil du temps, afin de développer une intrigue plus vaste. Un fix-up, quoi. Si Les &lt;strong&gt;Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt; en propose un très bon exemple, l’auteur britannique s’était déjà illustré plus tôt dans ce format avec &lt;strong&gt;The Fall of Tartarus&lt;/strong&gt; (2005), &lt;strong&gt;Engineman&lt;/strong&gt; (2010 mais rassemblant des histoires rédigées entre 1987 et 1994 – et dont quelques-unes figurent au sommaire d’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/02/O-comme-Odyssees-aveugles&quot;&gt;&lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; )… et &lt;strong&gt;Kéthani&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-k-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-k-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Kéthani, kézaco&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le recueil se constitue de dix nouvelles, parues pour la plupart entre 1997 et 2007 dans divers supports (magazines – dont &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt;, où Brown fit ses débuts – et anthologies), d’un récit inédit, et d’une douzaine d’interludes ajoutant du liant entre les textes. &lt;strong&gt;Kéthani&lt;/strong&gt; se déroule dans un monde qui ressemble presque au nôtre&amp;nbsp;: cela pourrait se dérouler dans l’Angleterre contemporaine. À une nuance près&amp;nbsp;: ils ont débarqué. Ils&amp;nbsp;: les extraterrestres, bien évidemment. Leurs vaisseaux sont apparus comme ça, un beau jour&amp;nbsp;: une dizaine de milliers d’obélisques cristallines, réparties à travers le monde, tandis que les vaisseaux demeuraient en orbite. Les Kéthani, c’est donc leur nom, n’ont rien imposé, non. En revanche, ils ont offert à l’humanité un cadeau inimaginable&amp;nbsp;: l’abolition de la mort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rien de bien compliqué&amp;nbsp;: il suffit de posséder un implant. Quand son porteur décède, les convoyeurs (les &lt;em&gt;ferrymen&lt;/em&gt;, sorte de croque-morts de ces nouveaux temps) transportent son corps à l’obélisque kéthani le plus proche, où le cadavre sera dématérialisé et expédié vers Kéthan. Le défunt est ressuscité, et, six mois plus tard, à son retour, il lui est offert la possibilité de rester sur Terre ou bien de partir dans l’espace, à la conquête de nouveaux mondes. Sauf que, parmi les humains, tout le monde ne voit pas ce cadeau d’un bon œil. Certains, voyant des complots partout, estiment que les Kéthani ont des buts cachés&amp;nbsp;; pour d’autres, la fin de la mort est tout simplement contraire à leurs croyances.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Eric Brown choisit d’aborder ce bouleversement majeur par le petit bout de la lorgnette, en se focalisant sur un petit groupe d’amis dont les membres ont pour habitude de se retrouver tous les mardis soirs au Fleece (la toison), le pub d’Oxenworth, petit bourgade quelque part dans le West Yorkshire. Le recueil commence avec l’arrivée des Kéthani, déploie ses récits sur une dizaine d’années, et se conclut avec une nouvelle donne pour les personnages. Le narrateur en est Khalid, jeune homme dans sa vingtaine quand débute le recueil, observateur impartial des événements qui vont toucher ses amis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des amis aux préoccupations forcément liées aux extraterrestres. Il y a Richard Lincoln, ferryman, dont l’épouse l’a quitté. Il a un implant&amp;nbsp;; pas elle – mais le décès de sa mère va remettre en cause les priorités de son ex-épouse. Il y a Jeffrey, professeur qui va tomber amoureux de l’une de ses élèves. Lui a un implant. Pas elle. Lui est âgé. Pas elle. Qu’importe les on-dit, ils veulent vivre leur passion. Mais comme le chantent les Rita Mitsouko, les histoires d’amour finissent… Il y a Dan, dont la fille n’a pas d’implant parce que sa mère, catholique dévote, le refuse. Mais que faire lorsque la petite tombe malade&amp;nbsp;? Accepter les voies de Dieu ou bien aller à l’encontre de ses convictions&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mourir… et revenir&amp;nbsp;? Il y a Ben, dont l’acariâtre père vient de décéder. Ce n’était pas le grand amour entre lui et son fils. Néanmoins, les défunts reviennent toujours &lt;em&gt;changés&lt;/em&gt;… Plus jeunes, mais surtout apaisés. Car au fil des nouvelles, on se rapproche du cœur de ce changement de paradigme. Quand la mort est pour ainsi dire abolie, est-il encore possible de commettre un meurtre&amp;nbsp;? La réponse est hélas oui&amp;nbsp;: c’est ce que Doug Standish, policier désœuvré, va découvrir – et bien davantage. Il y a Stuart, qui décède dans un accident de la route, laissant derrière sa jeune épouse. Samantha sait que son mari va revenir. Mais comment sera-t-il&amp;nbsp;? Même changé, l’aimera-t-il toujours&amp;nbsp;? Il y a Matthew, prêtre catholique, qui dirige avec enthousiasme la chorale de la paroisse… mais qui est sujet à des crises de paranoïa. Sont-elles liées aux Kéthanis&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et il y a George, nouveau venu au Fleece&amp;nbsp;; les habitués vont vite découvrir qu’il est écrivain. Ses livres auront une incidence majeure sur le devenir du groupe. Quant à Khalid, notre narrateur lui-même n’est pas à l’abri des drames. Lorsque sa compagne le quitte pour un sculpteur, le jeune homme en est bouleversé et peine à s’en remettre. Quitte à opter pour des solutions radicales.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Kéthani&lt;/strong&gt;, Brown fait ce qu’il sait faire le mieux&amp;nbsp;: délaisser le spectaculaire et le clinquant pour aborder le versant humain des choses, y compris les plus extraordinaires (l’abolition de la mort, ce n’est pas rien&amp;nbsp;!), avec sensibilité et émotion – une émotion qui point plus particulièrement dans les derniers textes du recueil. Au travers de cette invasion alien d’un autre genre, l’auteur britannique s’interroge sur la compassion, le deuil, l’espoir&amp;nbsp;; la religion aussi, sans le moindre prosélytisme (si la plupart des personnages sont anglicans, on trouve un prête catholique, et le narrateur, Khalid, est musulman). À vrai dire, les extraterrestres ne sont là qu’à la marge – sans toutefois être absents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut toutefois adresser quelques reproches au recueil&amp;nbsp;: l’impression tenace que les personnages passent leur temps à écluser des bières au Fleece n’en est que le moindre. Il est surtout dommage qu’il s’agisse tout le temps de narrateurs mâles, tous coulés dans un moule similaire. Tenants et aboutissants diffèrent au fil des textes, mais la moitié du recueil consiste en histoires faisant la part belle à la romance. Et, parfois, ça lasse. Il n’empêche, plusieurs histoires sortent du lot – «&amp;nbsp;Matthew’s Passion&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;The Farewell Party&amp;nbsp;» notamment. L’ensemble s’avère sympathique au possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà. Un recueil sympathique, c'est la force et la limite de &lt;strong&gt;Kéthani&lt;/strong&gt; — mais c'est déjà ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en anglais seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme A Jester's Tale</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/03/J-comme-A-Jester-s-Tale" rel="alternate" type="text/html" title="J comme A Jester's Tale" />
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      <published>2018-08-03T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-03T12:06:21+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/21/V-comme-Voyage-dans-la-prehistoire&quot;&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/02/I-comme-L-Invention-diabolique&quot;&gt;L'Invention diabolique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/22/B-comme-Le-Baron-de-Crac&quot;&gt;Le Baron de Crac&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on s'intéresse désormais à un long-métrage plus méconnu de l'appréciable filmographie du réalisateur tchèque Karel Zeman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;A Jester's Tale&lt;/strong&gt;, alias &lt;strong&gt;Les Chroniques d'un fou&lt;/strong&gt;, pamphlet antimilitariste situé durant la Guerre de Trente Ans…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;A Jester’s Tale [Bláznova kronika], Karel Zeman (1961). 81 minutes, noir et blanc.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ce désolant Abécédaire et de son exploration de la filmographie de l’incroyable cinéaste tchèque Karel Zeman, on s’était arrêté au &lt;em&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/22/B-comme-Le-Baron-de-Crac&quot;&gt; Baron de Crac&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, adaptation délirante et délurée du &lt;strong&gt;Baron de Münchhausen&lt;/strong&gt; (1964). Trois ans plus tard, Zeman a remis le couvert avec son cinquième film&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bláznova kronika&lt;/em&gt;, traduit en anglais sous le titre &lt;em&gt;A Jester’s Tale&lt;/em&gt; et en français par &lt;em&gt;Chroniques d’un fou&lt;/em&gt; (mais la lettre C étant occupée par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/06/C-comme-La-Cyberiade&quot;&gt; Stanislas Lem&lt;/a&gt; dans ce présent tour d’alphabet et par d’autres œuvres éminemment irregardables/illisibles/inécoutables dans les prochains, le titre anglais tombe à point nommé). Pour le coup, nulle adaptation mais un scénario original co-signé avec son compatriote Pavel Juráček.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-j-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Je suis un fou et un bouffon…&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ainsi commencent ces &lt;em&gt;Chroniques d’un fou&lt;/em&gt;. Dans une tradition filmique devenue cliché à force de répétition, le récit commence avec un manuscrit enluminé sur lequel écrit notre narrateur… sauf que celui-ci est malhabile et tache d’encre noire le parchemin. Bref. Nous voici en 1625, en plein durant la Guerre de Trente Ans, conflit qui impliqua l’ensemble des puissances européennes entre 1618 et 1648… et qui commença nulle part ailleurs qu’à Prague avec une &lt;a href=&quot;http://https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9fenestration_de_Prague_(1618)&quot;&gt; défenestration&lt;/a&gt;. Cela étant, le film démarre peu après le début des hostilités, quelque part dans les campagnes de Bohème. Le dieu de la guerre se montre bien capricieux et souffle le vent mauvais dans toutes les directions – jamais la bonne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Petr (Petr Kostka), jeune fermier, effectue des travaux de labour avec son bœuf, en toute tranquillité et sans rien demander à personne, lorsque des soldats débarquent, avec la ferme intention d’emporter le bœuf et d’enrôler le fermier dans les troupes de &lt;a href=&quot;http://https://fr.wikipedia.org/wiki/Ernst_von_Mansfeld&quot;&gt; Mansfeld,&lt;/a&gt; affilié au roi du Danemark. On promet à Petr gloire, femmes et argent, mais notre héros n’en a que faire et cherche à s’enfuir. Pas longtemps, car le voilà rattrapé par des mercenaires appartenant au camp adverse – celui de Ferdinand II de Habsbourg. À vrai dire, comme le prouve le chef de la troupe de mercenaires, Matyas de Babice (Miloslav Holub), une bannière, &lt;a href=&quot;http://https://www.youtube.com/watch?v=L_ADZYCUkDA&quot;&gt; c’est comme une veste&lt;/a&gt;, ça se tourne et se retourne. Sans surprise, ils se retrouvent bientôt plongé dans une bataille dont pas grand-monde ne réchappe…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le régiment est mort jusqu’au dernier homme. L’Histoire en est un peu plus riche.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Après le désastre de cette bataille, Matyas entreprend de piller les tentes des soldats. Dans les affaires, un tableau représentant une belle jeune femme attire l’œil de Petr. Néanmoins, le petit dieu de l’amour sait s’y prendre avec son arc, et c’est une autre demoiselle qui retient l’attention du jeune homme&amp;nbsp;: Lenka (Emilia Vašáryová), petite paysanne à la recherche de son âne et que Petr tire d’un mauvais pas en la débarrassant de quatre soudards. Matyas, Petr et Lenka aimeraient bien quitter le champ de bataille, mais d’autres soldats arrivent. Se déguisant en hâte, le trio est pris pour des nobles du camp opposé. Une belle prise, en vérité. Les prisonniers sont amenés dans un château non loin, où ils devront composer avec la fille du châtelain… qui n’est autre que la fille du tableau, ainsi qu’un lâche chef des gardes, un peintre opportuniste, des soldats stupides… et le décidément capricieux dieu de la guerre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour ce film, Karel Zeman s’est une nouvelle fois approprié le style graphique d’un dessinateur. Il s’agit cette fois de &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Matth%C3%A4us_Merian&quot;&gt; Matthäus Merian l'Ancien&lt;/a&gt;, graveur suisse spécialisé dans la gravure sur cuivre, qui fut contemporain de cette Guerre de Trente Ans (sans toutefois en être spécialement affecté). Comme à son habitude, le réalisateur tchèque entremêle avec bonheur décors réels et dessins, sans que la soudure soit évidente, afin d’octroyer ce cachet unique à ses films. La brève scène de bataille du début du film est pour l’essentiel en papier découpé animé&amp;nbsp;; on aperçoit çà et là quelque scènes relevant de cette technique, qui ont trouvé un écho évident dans le travail de Terry Gilliam pour le Monty Python’s Flying Circus. Pas de couleurs toutefois&amp;nbsp;: le film est intégralement en noir et blanc, parti-pris qui, avec la faible abondance d’effets spéciaux (comparé aux films précédents, véritables festivals en la matière), en atténue quelque peu le caractère fantaisiste – et y ajoute même une teinte amère, inédite jusque là.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si les précédents longs-métrages de Zeman se moquaient volontiers des soldats, le réalisateur tchèque va plus loin ici et en fait une satire antimilitariste gentiment vitriolée. Veule, incapable, opportuniste&amp;nbsp;: Zeman dépeint la soldatesque comme une engeance à honnir, une sorte d’espèce nuisible qui arpente sans cesse l’autrefois paisible campagne tchèque. Les puissants ne sont ici que les jouets du dieu de la guerre, matérialisé par une tête furibonde dans les cieux, soufflant sur Terre quand lui prend l’envie. Et de là à voir dans ce film une réaction par rapport au contexte de Guerre froide, il n’y a qu’un pas. Mais bon, parce qu’il y a un peu d’amour aussi en ce bas monde, on croise également de petits cupidons, bien inoffensifs et pas très adroits avec leurs flèches. Et l’happy end de paraître un peu artificiel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-j-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-j-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref, s’il ne s’agit pas forcément du plus inoubliable des films de Karel Zeman, &lt;em&gt;Chroniques d’un fou&lt;/em&gt; demeure éminemment regardable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: pas d’édition française du DVD&amp;nbsp;; l’édition anglaise se trouve aisément&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non à moins d’être allergique à l’animation, au noir &amp;amp; blanc, à la langue tchèque ou à l’antimilitarisme&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>I comme Im Schatten der Tiefsee</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/08/01/I-comme-Im-Schatten-der-Tiefsee" rel="alternate" type="text/html" title="I comme Im Schatten der Tiefsee" />
      <id>urn:md5:0c930a9fc062c0e07dede0bb28bb0ba0</id>
      <published>2018-08-01T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-18T16:15:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Toujours à la recherche de la perle rare de la science-fiction est-allemande, l'Abécédaire s'aventure avec Carlos Rasch dans les profondeurs de la mer Baltique. &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt;, ou comment faire pousser du varech avec l'aide de l'énergie atomique dans le but de nourrir la population mondiale…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Im Schatten der Tiefsee. Zukunftsroman, Carlos Rasch. Das Neue Berlin, 1965. Grand format, 272 pp.&lt;br /&gt;
Magma am Himmel, Carlos Rasch. Verlag Neues Leben Berlin, coll. «&amp;nbsp;Spannend Erzählt&amp;nbsp;», 1975. Grand format, 304 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Toujours à la recherche de la perle rare de la science-fiction est-allemande, l’Abécédaire s’intéresse maintenant à Carlos Rasch. J’avais évoqué le bonhomme rapidement au travers du billet consacré à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/04/A-comme-Als-die-Goetter-starben&quot;&gt; &lt;strong&gt;Als die Götter starben&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1963) de Günther Krupkat. Le roman de ce dernier s’intéressait à des thématiques pré-astronautiques similaires à celles de &lt;strong&gt;Der blaue Planet&lt;/strong&gt; de Carlos Rasch, paru la même année.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Carlos Rasch, donc, écrivain est-allemand né en 1932 au Brésil, ayant émigré en Allemagne avec ses parents en 1938. Il vécut d’abord à Elbing (désormais Elbląg sur le territoire polonais), avant de s’installer en Saxe-Anhalt puis dans le Brandenburg. Journaliste dans un premier temps, il devint écrivain à plein temps en 1965 – l’année de la parution de &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt;. Néanmoins, il tomba en disgrâce auprès de la censure et ses publications se raréfièrent. Au total, il a publié onze romans entre 1961 et 1988. Entre 2009 et 2011, Rasch sort une novélisation en quatre parties du script pour une série destinée à la télévision est-allemande, &lt;em&gt;Raumlotsen&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;Les Aiguilleurs de l’espace&amp;nbsp;»), jamais tournée à l'époque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On l’a dit, le deuxième roman, &lt;strong&gt;Der blaue Planet&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;La planète bleue&amp;nbsp;») de Rasch met en scène un premier contact extraterrestre durant l’antiquité. Son premier roman, &lt;strong&gt;Asteroidenjäger&lt;/strong&gt; (« Chasseurs d’astéroïdes&amp;nbsp;») est un pur récit d’aventure spatiale, qui bénéficiera d’ailleurs d’une adaptation ciné en 1970 sous le titre&lt;em&gt; Signale, Ein Weltraumabenteuer&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Troisième roman de son auteur, illustré par Hans Räde, &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Dans les ombres des abysses&amp;nbsp;») se déroule sur Terre… et sous la mer, comme son titre l’indique sans ambages. Nous voici dans les années 1990. Afin de prévenir d’éventuelles pénuries de nourriture, des fermes sous-marines sont édifiées afin de cultiver de manière intensive des algues. Le roman raconte la mise en place d’une telle ferme dans les profondeurs de la mer Baltique afin de cultiver le varech, les problèmes techniques auxquels elle est confrontée, les invraisemblables solutions techniques que les personnages proposent pour y remédier. Dans le lot, notons ces quelques suggestions&amp;nbsp;: vitrification du fond de la mer pour que le varech s’y accroche mieux (bist du seriös, Carlos&amp;nbsp;?), ainsi que l’immersion d’un réacteur nucléaire afin de réchauffer la mer et accroître ainsi le rendement d’algues (Carlos, wirklich&amp;nbsp;??). Il y est également question d’un mystérieux «&amp;nbsp;Soleil des profondeurs&amp;nbsp;» (Tiefseesonne) et de rêves du futur, mais ces éléments étranges ne débouchent sur rien &lt;em&gt;ici&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Carlos Rasch signe une postface, enthousiaste face au progrès technologique mais pas bêtement béate pour autant&amp;nbsp;: l’utopie, d’accord, mais elle doit profiter à tout le monde. Et s’il est cool d’écrire au sujet de futurs lointains, de vaisseaux spatiaux et d’aliens, il ne faut pas négliger le futur proche, les problèmes humains et leurs solutions, forcément humaines. Intéressant, certes, mais cette postface expose tout de même les limites romanesques de &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt;, qui ne se distingue guère du &lt;em&gt;Betriebsroman&lt;/em&gt; (roman d’usine) lambda… si ce n’est qu’il est situé dans le futur. Les péripéties à base d’inventions de recettes d’algues et de réparation de moissonneuses sous-marines ne font pas rêver, c’est peu de le dire, et le roman peine à passionner. On s’y ennuie poliment. En fait, ça manque cruellement de futurs lointains, de vaisseaux spatiaux et d’aliens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, soulignons que Rasch ne divague pas trop lorsqu’il suggère des algues comme nourriture de base. Il cite plusieurs exemples de par le monde dans sa postface, et l’idée continue de faire florès, du moins si j’en juge par &lt;a href=&quot;http://https://www.cbsnews.com/video/seaweed-farming-and-its-surprising-benefits/&quot;&gt; ce documentaire&lt;/a&gt; diffusé dans l’émission &lt;em&gt;60 Minutes&lt;/em&gt; de la chaîne américaine CBS (sur lequel je suis tombé par hasard)&amp;nbsp;: on y suit un «&amp;nbsp;agriculteur des mers &amp;nbsp;» américain, et la manière dont son activité est décrite – créatrice d’emplois, et même écologique par certains aspects – s’avère plutôt intéressante, un signal positif en cette époque plutôt morose face à l’avenir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Il en reste que, en dépit de cette perspective goémonesque, &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt; demeure un roman pas exactement inoubliable. Là où ça devient intéressant d’un point de vue romanesque, c’est que Carlos Rasch l’a réécrit. Oui, bon, voir un auteur réécrire un livre n’a rien de neuf&amp;nbsp;: Michel Tournier l’a fait avec talent avec &lt;strong&gt;Vendredi ou la vie sauvage&lt;/strong&gt;, version destinée à la jeunesse de &lt;strong&gt;Vendredi ou les limbes du Pacifique&lt;/strong&gt;. Dans cet Abécédaire, j’avais également évoqué Anthony Horowitz et sa série &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/11/5-comme-Le-Pouvoir-des-Cinq&quot;&gt; &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Le Pouvoir des Cinq&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, réécriture pêchue des &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Cinq&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, cycle laissé inachevé. Carlos Rasch n’innove pas en la matière. Qu’importe.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-magma.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-magma.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ainsi, dix ans après&lt;strong&gt; Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt;, Carlos Rasch a publié &lt;strong&gt;Magma am Himmel&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Du magma dans le ciel&amp;nbsp;»), sorte de suite/réécriture dopée aux radionucléides. Nous voici trois quarts de millénaire après Hiroshima, dans une humanité vivant dans l’utopie – une société sans classe, unifiée sous la férule d’un gouvernement mondial. Or, voilà que des robots découvrent au fond de l’Atlantique, là où la croûte terrestre est la plus mince, un péril&amp;nbsp;: une bombe (le fameux «&amp;nbsp;Soleil des profondeurs&amp;nbsp;» de &lt;strong&gt;Im Schatten…&lt;/strong&gt;), déposée là par des gens (ces fichus capitalistes d’Américains&amp;nbsp;!) dans l’éventualité d’un troisième conflit mondial, avec comme optique celle de tout faire péter que de laisser la victoire idéologique à l’adversaire. En cas d’utilisation, la bombe aurait détruit l’Afrique et l’Amérique du Sud. Voilà nos descendants futurs bien embêtés. Grâce à une technologie de miroirs temporels, ils entrent en contact avec leurs ancêtres… à savoir les protagonistes de &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt;. L’action se poursuit alors sur deux trames, passé et avenir, et comme si cela ne suffisait pas, on y croise des extraterrestres, les Éridaniens, ainsi que des dauphins évolués ayant formé une société en marge de la nôtre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-i-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-i-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-i-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Oublié, le terne roman d’usine marin qu’est &lt;strong&gt;Im Schatten der Tiefsee&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: avec &lt;strong&gt;Magma am Himmel&lt;/strong&gt;, Carlos Rasch donne l’impression de découvrir les joies et délices de la science-fiction la plus débridée. Qu’on résume&amp;nbsp;: utopie, voyages temporels, robots, aliens, animaux upliftés (six ans avant les néodauphins de David Brin dans &lt;strong&gt;Marée stellaire&lt;/strong&gt; mais huit ans après ceux de Robert Merle dans &lt;strong&gt;Un animal doué de raison&lt;/strong&gt;), le tout dans un récit-catastrophe mené tambour battant. Une réussite, vraiment. Et les illustrations en bichromie s'avèrent plutôt sympas dans leur approche plus spectaculaire et gentiment psychédélique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img5.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et ce roman signe le début de la fin pour Carlos Rasch, qui ne publiera pas sous son nom d’autre roman avant 1986 (&lt;strong&gt;Vikonda, &lt;/strong&gt;qui tient surtout de la novella). Doit-on en juger que le roman a déplu à la censure&amp;nbsp;? La concomitance des dates ne signifie pas pour autant une relation de cause à effet, d’autant que &lt;strong&gt;Magma am Himmel&lt;/strong&gt; ne m’a pas paru politiquement contraire à l’idéologie communiste. L’accent est davantage mis sur l’action que sur les éléments scientifiques. Allez savoir si c’est cet aspect qui a déplu aux censeurs…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, on tient peut-être ici la perle rare de la science-fiction de RDA. Mais continuons à chercher…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-i-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-i-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-i-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non, les romans de Rasch étant désormais réédités en numériques&lt;br /&gt;
Illisibles&amp;nbsp;: non si vous êtes germanophone&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: hé, pas loin&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>H comme Hospital of the Transfiguration</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/30/H-comme-Hospital-of-the-Transfiguration" rel="alternate" type="text/html" title="H comme Hospital of the Transfiguration" />
      <id>urn:md5:98933ddcdc9958e5d3ac7ce284f8e8ae</id>
      <published>2018-07-30T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-22T21:45:40+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la poursuite de notre exploration de la vaste bibliographie de Stanislas Lem, on s'intéresse à présent à quelques uns des ouvrages autobiographiques de l'écrivain polonais&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Hospital of the Transfiguration&lt;/strong&gt;, où l'auteur romance sa jeunesse durant la Seconde Guerre mondiale, et &lt;strong&gt;Highcastle: A Remembrance&lt;/strong&gt;, tentative autobiographique des plus particulières…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Highcastle: A Remembrance [Wyzoki Zamek], Stanislas Lem, autobiographie traduite du polonais en anglais par Michael Kandel. Harcourt Brace, 1995. 207 pp.&lt;br /&gt;
Hospital of the Transfiguration [Szpital Przemienienia], Stanislas Lem, roman traduit du polonais en anglais par William Brand. Harcourt Brace, 1988, 168 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au fil de cet Abécédaire, votre serviteur a abordé les différentes facettes de Stanislas Lem&amp;nbsp;: une œuvre où l’on trouve du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; space opera&lt;/a&gt;, des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum&quot;&gt; fausses critiques de livres&lt;/a&gt;, des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/04/R-comme-Le-Rhume&quot;&gt; polars métaphysiques&lt;/a&gt;, des vrais-faux essais… et des autobiographies. Évidemment, quand c’est Lem qui se frotte à l’exercice, il le fait à sa manière.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-h-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-h-cover_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avant son premier roman publié, l’assez moyen &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Człowiek z Marsa&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1951), roman court relevant pleinement de la SF, Lem, alors âgé de 27 ans, a écrit &lt;strong&gt;Szpital Przemienienia&lt;/strong&gt;, dont le titre pourrait se traduire par «&amp;nbsp;L’Hôpital de la Transfiguration&amp;nbsp;». Il s’agit là du premier volume d’une trilogie semi-autobiographique, «&amp;nbsp;Czas nieutracony&amp;nbsp;» – dont le titre pourrait se traduire par «&amp;nbsp;Le temps sauvé&amp;nbsp;» (une référence à Marcel Proust&amp;nbsp;?). Si le texte date de 1948, quelques ennuis avec la censure ont retardé sa publication, de sorte qu’il n’est paru qu’en 1955, la même que le très spatial &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Obłok Magellana&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Ont suivi deux autres volumes, &lt;strong&gt;Wśród umarłych&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Parmi les morts&amp;nbsp;», 1957) et &lt;strong&gt;Powrót&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Retour&amp;nbsp;», 1965), inédits dans une autre langue que le polonais.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-h-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-h-cover2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Szpital Przemienienia&lt;/strong&gt; commence quelques mois après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie. À l’occasion du décès d’un oncle, Stefan Trzyniecki, jeune docteur tout juste diplômé, rentre dans sa famille. Il retrouve un ami d’enfance, Staszek, qui l’invite à le rejoindre à l’hôpital psychiatrique où il travaille. Après quelques hésitations, Stefan accepte – il y trouvera là peut-être un refuge, loin de la folie du monde –, mais le jeune homme déchante vite. À cette époque, la psychiatrie consiste à alterner administration de scopolamine, bromine et bains glacés, avec parfois des électrochocs, histoire de. Les infirmiers sont brutaux, négligents au possible, en dépit des ordres du chef de l’établissement&amp;nbsp;; le chirurgien est un boucher, qui tarde tant et si bien à opérer un patient atteint d’un cancer au cerveau que l’opération se termine en fiasco, au cours d’un chapitre aux descriptions aussi minutieuses qu’éprouvantes (ces pages atteignent la troisième de mon petit podium personnel de l’horreur, après la rhinoplastie de &lt;strong&gt;V.&lt;/strong&gt; de Thomas Pynchon et cette séquence gerbante à souhait où Jessie, dans le roman éponyme de Stephen King, libère sa main d’une menotte un peu trop serrée). Au cours de ces quelques mois hors du temps, Stefan va de rencontres en rencontres. Il y a notamment le Dr Nosilewska, dont Staszek est vaguement amoureux, et qui représente un peu de tendresse et de douceur dans ce monde en guerre&amp;nbsp;; il y a Woch, qui travaille à la sous-station électrique un peu plus loin et qui aurait des liens étroits avec la résistance polonaise&amp;nbsp;; il y a son père, malade lui aussi et avec qui son fils peine à s’entendre. Mais la plus signifiante de ces rencontres est probablement celle du poète Sekulowski&amp;nbsp;; celui-ci n’est pas fou, ou du moins prétend-il qu’il est enfermé parce qu’il fuit les Nazis. Ses entrevues avec le jeune Stefan sont l’occasion de joutes sur la création littéraire, le sens de la vie, etc. Les mois passent, l’hiver cède la place à un été brûlant, avant que revienne l’automne. Hélas, la guerre finit par atteindre ce petit coin de paradis. La politique des Nazis envers les aliénés ne fait pas dans la dentelle. Sans surprise, le roman se conclut dans l’horreur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Prenant la forme d’un récit initiatique, où chaque chapitre est l’occasion pour Stefan, alter ego littéraire de l’auteur, de croiser un interlocuteur différent, &lt;strong&gt;Szpital Przemienienia&lt;/strong&gt; s’avère un roman prenant – sa faible longueur y participe. Et, pour un premier roman, se pose là en termes de qualité et de densité. De l’aveu même de l’auteur, ce roman a subi de nombreux remaniements, l’éditeur polonais le jugeant décadent et contre-révolutionnaire&amp;nbsp;: il faudra attendre un certain assouplissement de la censure (consécutive à l’Octobre polonais, lui-même conséquence de la mort de Staline) pour qu’il paraisse enfin. Très différent du reste de la production de Stanislas Lem, il mérite cependant qu’on s’y penche – et plutôt deux fois qu’une. C’est un réel regret qu’il demeure inédit en français. À noter qu’il en existe une adaptation cinématographique, sortie en 1979 et signée Edward Zebrowski.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La suite, &lt;strong&gt;Wśród umarłych&lt;/strong&gt;, se déroule toujours durant la guerre. Le récit suit les pas d’un garçon, doué en maths, qui travaille dans des ateliers automobiles et souhaite s’engager dans la résistance contre l’envahisseur nazi. Maturation intellectuelle et sociale vont de concert, jusqu’au moment où le ghetto est liquidé. &lt;strong&gt;Powrót&lt;/strong&gt; fait revenir Stefan Trzyniecki. Rescapé d’Auschwitz, le jeune homme travaille désormais comme gynécologue, et participe, à sa manière, à la reconstruction de la Pologne. (Ces brefs résumés sont à prendre avec des pincettes&amp;nbsp;: ils reposent sur ma bonne compréhension de la prose poétique de Google Translate, moulinette par laquelle est passée &lt;a href=&quot;http://https/solaris.lem.pl/ksiazki/beletrystyka/szpital-przemienienia/127-poslowie-szpital-przemienienia&quot;&gt; un article &lt;/a&gt; résumant les deux textes en question.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-h-highcastle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-h-highcastle_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p id=&quot;highcastle&quot;&gt;Si cette trilogie consiste en une autobiographie romancée, Lem s’est toutefois consacré plus frontalement au genre. Et encore et toujours, à sa manière. Dans &lt;strong&gt;Highcastle: A Remembrance&lt;/strong&gt;, l’écrivain polonais entreprend de raconter ses souvenirs d’enfance. (Rien à voir avec Philip K. Dick, pour ceux qui auraient un doute avec le titre&amp;nbsp;: il s’agit d’un lieu où Lem avait classe et qu’il compare au Paradis&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ce que le Paradis est aux Chrétiens, le Haut-Château l’était pour chacun de nous.&amp;nbsp;») Dès la préface, il commence par indiquer l’échec de l’exercice. Voilà qui promet…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;La mémoire et moi sommes deux chevaux se regardant d’un œil méfiant et tirant une même calèche.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On y voit un enfant qui sait écrire dès l’âge de quatre ans (mais qui n’estime n’avoir rien d’intéressant à raconter), qui adore casser les jouets, ou du moins les démonter sans jamais réussir à les remonter, qui n’a pas la mémoire des visages (au point de suivre un jour, par inadvertance, un homme autre que son père dans le jardin public où les deux se promenaient&amp;nbsp;; plus loin, il écrit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Puis je suis tombé amoureux de ma maîtresse d’école. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait […].&amp;nbsp;»). C’est un garçon plutôt solitaire, qui préfère rêvasser que traîner avec des amis, curieux de tout et qui éprouve une passion certaine pour le livre d’anatomie de son père, médecin. On a peine à y voir le futur écrivain, sauf, peut-être, lorsqu’il se met à collectionner des bouts de matériel électrique ou à concevoir des pièces d’identité, des laisser-passer et des accréditations fictives, se créant toute une mythologie autour de ces confections – on peut y percevoir respectivement les lointains prémisses des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/06/C-comme-La-Cyberiade&quot;&gt; &lt;strong&gt;Contes inoxydables&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/21/M-comme-Memoires-trouves-dans-une-baignoire&quot;&gt; &lt;strong&gt;M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;émoires trouvés dans une baignoire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-h-highcastle2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-h-highcastle2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ce &lt;strong&gt;Highcastle&lt;/strong&gt;, Stanislas Lem, conscient de la narration partielle et partiale qu’impose l’exercice, se livre par petites touches – un «&amp;nbsp;kaléidoscope cassé&amp;nbsp;» comme il l’indique dans sa préface. Le texte, relativement bref, avance par à-coups, s’offre de nombreuses digressions, passant de la petite enfance du futur auteur à son adolescence, lorsque la Pologne prépare (mal) les élèves de ses écoles à entrer en guerre en leur faisant effectuer des exercices futiles. Il ne s’agit pas vraiment d’une autobiographie où l’auteur balance noms et dates (il reconnaît se rappeler plus facilement des objets que des personnes)&amp;nbsp;; s’il fallait rapprocher cet ouvrage d’un autre, ce serait probablement &lt;strong&gt;Les Mots&lt;/strong&gt; de Jean-Sol Partre. Il s’agit là d’un ouvrage intriguant, qui dessine l’autoportrait fascinant de l’un des auteurs majeurs du XXe siècle. Peut-être pas aussi indispensable que &lt;strong&gt;Szpital Przemienienia&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Wyzoki Zamek&lt;/strong&gt; demeure néanmoins digne d’intérêt, tant pour les complétistes que pour ceux curieux de connaître de plus près Stanislas Lem.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: oui (pas en français en tous cas)&lt;br /&gt;
Illisibles&amp;nbsp;: oui (si vous ne lisez pas l’anglais)&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>G comme Gorogoa</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/27/G-comme-Gorogoa" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Gorogoa" />
      <id>urn:md5:814857d357e4899c57baf62893b4ae43</id>
      <published>2018-07-27T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-07-27T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la poursuite d'une étrange rascasse géante bigarrée, on se perd dans le dédale spatial et temporel d'une ville avec &lt;strong&gt;Gorogoa&lt;/strong&gt;, jeu d'énigmes à nulle autre pareil.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Gorogoa, Jason Roberts (Annapurna Interactive), 2017.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Gorogoa, c’est quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un jeu. Il est des jeux vidéo sur lesquels on tombe, un peu par hasard, et qu’il est difficile d’oublier. &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; est de ceux-là.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-titre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-g-titre_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;D’un autre côté, l’auteur de ce lamentable Abécédaire avoue volontiers être un &lt;em&gt;gamer&lt;/em&gt; du dimanche, plutôt vieux jeux (les premiers&lt;em&gt;Tomb Raider&lt;/em&gt;, la série &lt;em&gt;Ages of Empires&lt;/em&gt;, la série &lt;em&gt;Myst&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: voilà mes références ultimes et passablement datées). Ce qui ne m’empêche pas de m’intéresser à des choses plus récentes et plutôt intéressantes (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/22/Y-comme-Year-Walk&quot;&gt;&lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, par exemple).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gorogoa, c’est quoi donc&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Derrière ce titre énigmatique, on a ici un petit jeu vidéo développé par Annapurna Interactive, jeune studio à qui l’on doit déjà &lt;em&gt;What Remains of Edith Finch&lt;/em&gt;, superbe jeu de mystère invitant le joueur à découvrir l’histoire d’une famille quelque peu cabossée au travers de l’exploration d’une maison biscornue, pleine de coins, de recoins et de passages secrets. En matière de jouabilité, &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; n’a rien à voir&amp;nbsp;: là où &lt;em&gt;Edith Finch&lt;/em&gt;… est un «&amp;nbsp;walking simulator&amp;nbsp;» qui se double d’une série de mini-jeux inventifs (enfin, pas tous), &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; relève plutôt du «&amp;nbsp;point &amp;amp; click&amp;nbsp;» et présente un écran divisé en quatre cases carrés, où, grosso-modo, il s’agit de déplacer des cartes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-g-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-g-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De forme carrées, ces cartes représentent en fait des fragments de paysage, avec lesquelles une poignée d’actions est possible&amp;nbsp;: zoomer en cliquant sur des zones précises et accéder ainsi à d’autres détails des paysages en question, dézoomer et parfois se retrouver ailleurs&amp;nbsp;; déplacer ces cartes sur le «&amp;nbsp;plateau&amp;nbsp;», de façon à combiner les paysages qu’elles représentent et rendre ainsi possibles des actions impossibles sinon. Sans omettre que ces cartes peuvent se séparer en un premier et un deuxième plan&amp;nbsp;: souvent, l’un ou l’autre desdits plans est ajouré (porte, fenêtre, autre) et peut ainsi se superposer à une autre carte, de manière à débloquer certains mécanismes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-g-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;En zoomant sur le corbeau, les deux parties de la branche vont se raccorder ; agitant la branche alors complète, l'oiseau fera tomber le fruit dans la vasque — et voilà !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon, avec tout cela, j’ai parlé de l’aspect purement gameplay du jeu. Si &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; ne consistait qu’en cet ensemble de caractéristiques… autant faire une réussite, il n’y a même pas besoin d’allumer son ordinateur pour le coup. &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; tire son épingle du jeu (ha&amp;nbsp;!) de deux façons&amp;nbsp;: ses graphismes et son scénario.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gorogoa, c’est quoi alors&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est essentiellement l’œuvre de Jason Roberts, informaticien américain qui a entrepris la création de ce jeu d’abord sur son temps libre puis à temps plein… jusqu’à ce qu’il tombe à court d’argent. Annoncé en 2014, le jeu est finalement sorti trois ans plus tard. (Une démo de 2012 est accessible une fois le jeu terminé et permet de voir l’avancement du projet – à savoir (à en juger par le début) un projet très avancé, ne différant du jeu fini que par la qualité de certains des graphismes et animations.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant les premiers, c’est bien simple&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; a été entièrement dessiné à la main. Paysages et personnages sont tracés à la main (la colorisation, elle, a été faite sur Photoshop), une tâche qui a occupé le créateur du jeu, Jason Roberts, pendant des années. Surtout, le bonhomme s’est amélioré au fil du temps, au point de devoir refaire certains dessins qu’il jugeait insatisfaisants. Le résultat est superbe, tendre et naïf, et introduit une touche très personnelle, assez inattendue (pour autant que je puisse en juger).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-g-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-g-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Gorogoa, c’est quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une rascasse. Enfin, une sorte. Le scénario semble plutôt simple à première vue&amp;nbsp;: un garçon rêve d’un monstre, cette sorte de tas de corail/dragon aztèque/rascasse géante, qui erre à travers la ville. Ce garçonnet doit récupérer cinq fruits colorés&amp;nbsp;: charge au joueur de faciliter les déplacements du gamin pour qu’il trouve les fruits en question. Obtenir les deux premiers est un jeu d’enfant&amp;nbsp;; rien de plus normal, il s’agit de prendre en main le jeu et ses mécanismes – déplacements et combinaisons de cartes. Récupérer les fruits suivants s’avèrent plus longs et plus compliqués, et nécessitent de faire travailler nos petites cellules grises. Impossible de perdre dans ce jeu&amp;nbsp;: à tout le moins peut-on rester bloqué quelque part, mais jamais bien longtemps – avez-vous bien exploré les paysages&amp;nbsp;? avez-vous bien vérifié les combinaisons et superpositions possibles entre les cartes&amp;nbsp;? Jeu muet, &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; convoie tout par les dessins et les petits bulles apparaissant au-dessus du garçonnet. Au-delà du parcours du garçon que l’on accompagne au cours de sa quête, on croise d’autres personnages (un jeune homme languide en chaise roulante&amp;nbsp;; des insomniaques solitaires), et, peu à peu, tout un contexte s’esquisse&amp;nbsp;: la ville où erre la rascasse bigarrée est par moments en ruine, laissant supposer une guerre, passée ou future. Charge au joueur de compléter les trous de l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-g-fruits.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-g-fruits.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-g-fruits_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour les amateurs de jeux de puzzle (dont je suis), &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt; représente une belle expérience ludique&amp;nbsp;: les graphismes sont superbes, à nuls autres pareils&amp;nbsp;; l’histoire est tendre comme tout et le &lt;em&gt;gameplay&lt;/em&gt; original. Je suis curieux de voir à quoi ressemble le labyrinthe que constitue le jeu&amp;nbsp;: j’imagine une sorte de dédale tridimensionnel. Bref, il s’agit là d’une réussite de bout en bout. Si on peut adresser un reproche à &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt;, celui-ci est mineur&amp;nbsp;: ce jeu est un peu trop court, se bouclant en une heure ou deux. On en redemande&amp;nbsp;! Reste la possibilité de retourner se balader dans la ville. Et on reste curieux de voir ce que Jason Roberts proposera par la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour qui est intéressé, on peut lire &lt;a href=&quot;https://kotaku.com/the-puzzle-of-a-lifetime-1821235999&quot;&gt; par ici&lt;/a&gt; un long et excellent article (en anglais) au sujet de &lt;em&gt;Gorogoa&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: seulement pour les allergiques aux &lt;em&gt;point &amp;amp; click&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme Des femmes qui tombent</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/25/F-comme-Des-femmes-qui-tombent" rel="alternate" type="text/html" title="F comme Des femmes qui tombent" />
      <id>urn:md5:5e1bf96f11e9305cde8a04af7f50d3e6</id>
      <published>2018-07-25T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-25T10:01:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Attendu que le procureur de la République Desproges française du Tribunal des Flagrants Délire a eu le très mauvais goût de nous quitter voici trente ans, attendu que ledit Desproges a écrit un seul et unique roman, attendu que ledit roman, intitulé &lt;strong&gt;Des femmes qui tombent&lt;/strong&gt;, relève de la science-fiction, l'Abécédaire estime plus que nécessaire et indispensable de s'en faire présentement écho.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Des femmes qui tombent, Pierre Desproges, 1985. Points, 2016 [1985]. Poche, 160 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On connaît essentiellement l procureur de la République Desproges (Pierre) française – qui a eu le mauvais goût de quitter cette vallée de larmes voici pile trente ans – pour son activité d’humoriste, mais ce serait oublier un peu vite que l’auteur des &lt;strong&gt;Chroniques de la haine ordinaire&lt;/strong&gt; (et du &lt;strong&gt; Manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis &lt;/strong&gt; , et de la &lt;em&gt;Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède&lt;/em&gt;, et de bien d’autres œuvres au caractère absolument indispensable) est aussi celui d’un unique roman&amp;nbsp;: le présent &lt;strong&gt;Des femmes qui tombent&lt;/strong&gt;. Un roman qui relève des genres qui nous intéressent, ne serait-ce que par son emploi de deux tropes majeurs de la science-fiction – mais dévoiler lesquels et dans quelle mesure gâcherait un tantinet le plaisir de la découverte. En fait, même annoncer que &lt;strong&gt;Des femmes qui tombent&lt;/strong&gt; relève de la science-fiction se rapproche d’un spoiler. Oups. Désolé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-f-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-f-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Tout commence par ce qui a tout l’air d’un meurtre, commis sur un individu lambda&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Adeline Serpillon appartenait à cette écrasante majorité des mortels qu’on assassine pratiquement jamais.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Desproges étant Desproges, notre auteur ne s’apitoie guère sur le sort de l’infortunée victime&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Malgré le grand couteau à viande qui l’avait saignée à blanc en la perforant du plexus au nombril et qui restait planté là, dans son ventre triste, elle conservait dans la mort cet air con des mercières mesurant l’élastique à culottes.&amp;nbsp;» (p.8)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voici donc la terne et insipide bourgade de Cérillac, quelque part dans le Limousin, frappée par un décès des plus suspects. Ou plus exactement par une série de décès suspects, les cadavres s’accumulant avec une régularité toute mécanique. Un tueur en série&amp;nbsp;? Allons bon, rien ne semble relier entre ces morts, hormis ce léger point de détail, une bête histoire de chromosomes X dédoublés&amp;nbsp;: ce sont toutes des femmes.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;L’aubergiste venait de découvrir sa Gilberte pendue dans le cellier au bout d’une corde nouée au gros crochet rouillé où l’on laissait jadis le cochon se vider de son sang.&lt;br /&gt;
L’étrange panorama de ses cuisses blanches dodues, avec cette arme à feu luisante serrée contre la peau, aurait fait une superbe affiche pour un film noir. Mais la femme avait la tête ficelée dans un sac plastique des Nouvelles Galeries, et ce seul détail suffisait à ôter à la scène l’authenticité pathétique qu’on était en droit d’en attendre.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tandis que l’hécatombe se poursuit à Cérillac, le docteur Jacques Rouchon, qui noit ses soirées dans le Picon-bière, finit par remarquer un détail supplémentaire&amp;nbsp;: toutes les victimes arborent la piqûre d’un moustique. Y aurait-il un lien&amp;nbsp;? De quelle nature&amp;nbsp;? Lors d’une rencontre nocturne, qui n’a rien à envier aux &lt;em&gt;Envahisseurs&lt;/em&gt;, Rouchon va comprendre quel péril menace l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençant comme un polar traditionnel (enfin, de loin&amp;nbsp;: la maréchaussée est présente uniquement à la périphérie du regard, et le docteur Rouchon n’est pas le plus entreprenant des enquêteurs amateurs), le roman tend à la science-fiction dans sa deuxième partie, l’humour grinçant de Desproges servant de liant pour le tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, notre auteur fait ici montre d’une férocité jubilatoire, brocardant la médiocrité &lt;em&gt;médiocre&lt;/em&gt; de ses personnages&amp;nbsp;: ceux-ci pourraient être magnifiques dans la médiocrité, mais non, ce ne sont guère que des gens normaux, un peu plus ridicules que la normale, et voilà. Allez, encore quelques mots sur cette pauvre Adeline Serpillon, cadavre inaugural de cette poilade&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Elle était moyenne avec intensité, plus commune qu’une fosse, et d’une banalité de nougat en plein Montélimar.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bam. Quant aux autres… Le boucher est un expert des platitudes, le curé a des tendances libidineuses. Tout le monde en prend pour son grade, Desproges n’épargnant personne&amp;nbsp;: jeunes, vieux, hommes, femmes, enfants — et donc surtout pas Christian, le fils handicapé mental de Rouchon. Crotte au bon goût et au politiquement correct – d’ailleurs, le nom absurde du non moins étrange personnage que rencontre Rouchon relève probablement de cette même absence de respect envers à peu près tout. La seule personne à échapper un tant soit peu au dézinguage général n’est pas le journaliste Marro ni notre protagoniste, l’alcoolique Rouchon, mais son épouse Catherine, pourtant pas la plus parfaite ni la plus fidèle du genre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des femmes qui tombent&lt;/strong&gt; se savoure, sûrement un peu de la même manière qu’un piment. C’est là autant un livre fait pour être lu que pour être dit&amp;nbsp;; du moins possède-t-il la même oralité que les autres textes de son auteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un ouvrage à part dans l’œuvre de Pierre Desproges (unique roman de son auteur, pour autant que je sache), et que l’on pourra rapprocher de &lt;strong&gt;Evguéni Sokolov&lt;/strong&gt; de Serge Gainsbourg (pour l’aspect provocateur et unique) voire de &lt;strong&gt;La Soupe aux choux&lt;/strong&gt; de René Fallet (plutôt pour le thème).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-f-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-f-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La lecture de ces &lt;strong&gt;Femmes qui tombent&lt;/strong&gt; laisse un sentiment doux-amer&amp;nbsp;: c’était drôle mais triste. Mais férocement drôle. Mais sacrément triste. Mais drôle, vraiment. Méchant. Et d’une tristesse désespérée. On ne peut que regretter que Desproges n’ait pas davantage creusé l’aspect romanesque de sa carrière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: en rien&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: cela va sans dire&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 91)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/23/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-91" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 91)" />
      <id>urn:md5:1bd812459375bdef827487c5ccc68db3</id>
      <published>2018-07-23T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-07-23T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr91-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr91-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En complément du (gros) cahier critique du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-91&quot;&gt;Bifrost 91&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, voici un (petit) supplément. L'occasion de de se pencher sur le &lt;strong&gt;Dictionnaire Frankenstein&lt;/strong&gt; de Claude Aziza, de s'aventurer dans la jungle d'Amérique du Sud avec Robert Darvel, de se plonger dans le magistral &lt;strong&gt;Hildegarde&lt;/strong&gt; de Léo Henry et de cueillir quelques fleurs avant la fin du monde avec Nicolas Cartelet…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr91-frankenstein.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr91-frankenstein.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Dictionnaire Frankenstein&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Claude Aziza – Omnibus, coll. «&amp;nbsp;Bibliomnibus&amp;nbsp;» – mars 2018 (essai inédit. 214 pp. GdF. 16&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Tout a déjà été dit, ou presque, sur &lt;strong&gt;Frankenstein&lt;/strong&gt; et sur Mary Shelley, qui, à 19 ans seulement, écrivit un roman destiné à devenir un mythe. Le bicentenaire de sa parution méritait bien un dictionnaire permettant de revenir aussi bien sur des aspects connus ou méconnus de l’œuvre qu’explorer sa postérité, riche d’adaptations et d’avatars dans tous les domaines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cent dix-neuf entrées permettent de naviguer entre les thèmes et les détails biobibliographies&amp;nbsp;: elles vont de la notule brève, voire ultra-brève (une ligne), à l’article courant sur plusieurs pages. Les plus fouillés et les plus intéressants concernent l’œuvre originale, les conditions de sa création et ses acteurs&amp;nbsp;: outre Mary Shelley et Percy Shelley, dont on sait qu’il relut le manuscrit et rédigea la première préface, Claire et George Gordon Byron, leur fils William, le médecin de Byron, Polidori, au bord du lac de Genève, au cours de cet été pluvieux de 1816 suite à un hiver volcanique causé par l’éruption du Tambora en Indonésie. On délivre ainsi, au fil des entrées, des informations sur la portée de l’œuvre, sa résonance philosophique, le contexte social et politique, la chronologie du roman et sa réception critique, ainsi que sur la riche carrière de la créature, qui alla jusqu’à usurper le nom de son créateur. Celle-ci est essentiellement cinématographique, et on trouvera aussi bien les articles consacrés à James Whale, Boris Karloff, qu’au &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; et même aux nanars regroupés à part. C’est moins le cas dans la littérature, si foisonnante en références et clins d’œil que seul un survol est effectué en une seule entrée, de Benoît Becker à Brian Aldiss, en passant par Tim Powers et Dean Koontz. Idem pour les adaptations, reprises et pastiches dans le théâtre, la bande dessinée et la chanson, qui recense par exemple un &lt;em&gt;Frankenstein&lt;/em&gt; de Serge Gainsbourg.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques entrées sont dispensables, consacrées aux autres monstres sacrés du fantastique et à leurs représentants. Passe pour Bela Lugosi, qui refusa le rôle de la créature, mais Fu Manchu, le Dr Moreau, King Kong et Jekyll et Hyde n’ont pas réellement leur place ici, pas plus que les entrées&lt;em&gt;fantastique&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;science-fiction&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;roman populaire&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;gothique&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;historique&lt;/em&gt;, notules trop schématiques, discutables, voire partiellement fausses, qui ne servent qu’à gonfler le nombre d’entrées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Claude Aziza, spécialiste des littératures populaires anciennes, mais pas réellement connaisseur de la science-fiction, récuse le qualificatif SF au roman de Mary Shelley, alors qu’il signait, en 1986, avec Jacques Goimard, une &lt;strong&gt;Encyclopédie de poche de la science-fiction&lt;/strong&gt; (un &lt;em&gt;Guide de lecture&lt;/em&gt; reprenant les fiches pédagogiques des titres publiés chez Pocket) citant le roman de Shelley parmi les principales dates de la science-fiction&amp;nbsp;: l’autorité du co-auteur avait prévalu ou un revirement s’est opéré depuis. Pour Aziza, &lt;strong&gt;Frankenstein&lt;/strong&gt; ne contient aucun des éléments spécifiques à la SF, le recours aux découvertes scientifiques de son temps n’étant pas utilisé ici comme facteur romanesque (c’est exactement le contraire, comme Aziza l’indique lui-même par ailleurs), ne serait-ce que parce que le roman est placé sous le signe de Prométhée, et donc du mythe. L’argument est grossier. Il amènerait à retirer nombre de titres basés sur la mythologie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un avis mitigé, donc, en raison de quelques faiblesses, mais un ouvrage à recommander malgré tout pour l’érudition et la facilité de consultation. Il sera beaucoup pardonné à Claude Aziza pour le bel hommage à la mère de la créature, sobrement intitulé &lt;em&gt;Mary&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Je vous salue, Mary, pleine de glace. Et de feu.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» À bien des égards, il s’agit là d’un dictionnaire amoureux.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr91-femmes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr91-femmes.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Femmes d’argile et d’osier&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Robert Darvel – Les Moutons électriques, coll. «&amp;nbsp;La Bibliothèque voltaïque&amp;nbsp;» – mars 2018 (roman inédit. 264 pp. GdF. 19,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Robert Darvel - Les Moutons Électriques, coll. «&amp;nbsp;La Bibliothèque voltaïque &amp;nbsp;» - mars 2018 (roman inédit - 264 pp. GdF. 19,90 euros)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est pas de la science-fiction, pourtant il s’agit bien d’un voyage vers une planète inconnue&amp;nbsp;: les confins de l’Amazonie au début du xx &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle sont aussi éloignés de notre réalité que, disons, la Cité Terre du &lt;strong&gt;Monde inverti&lt;/strong&gt;. Un lieu où la rationalité, les savoirs et les certitudes ne servent plus à grand-chose. Avec &lt;strong&gt;Femmes d’argile et d’osier&lt;/strong&gt;, Robert Darvel délaisse Harry Dickson, dont il a prolongé les aventures dans une série de récits fidèles au modèle original (voir le dossier consacré à Jean Ray dans le n°&amp;nbsp;87 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;), pour relater un épisode de la vie d’Hiram Bingham, historien et explorateur. Alors qu’il étudiait la culture inca au Pérou, Bingham entendit parler d’une cité perdue dans les environs du Machu Picchu. La quête de ce lieu mythique devint dès lors son idée fixe, et il réussit à convaincre suffisamment de monde pour organiser une expédition.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un explorateur obsessionnel, des ruines mystérieuses, des fleuves à remonter ou à franchir, une jungle impénétrable, des bêtes sauvages, des autochtones hauts en couleurs, de la magie vaudou ou végétale… On imagine bien quel récit d’aventures exotiques plein d’effets et de rebondissements l’auteur aurait pu tirer de cette histoire vraie. Or, il escamote très vite cet horizon d’attente en quelques séquences où se concentrent découverte du site inca et rencontre des étranges femmes du titre&amp;nbsp;: désintérêt immédiat de Bingham pour les ruines, l’explorateur n’ayant de cesse, dès lors, de chercher l’introuvable, c’est-à-dire un passage magique vers le monde inversé où vivent ces belles poupées golem.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fond, &lt;strong&gt;Femmes d’argile et d’osier&lt;/strong&gt; est moins un récit d’aventure qu’un récit sur le désir d’aventure, voire le désir tout court. Et ce désir est toujours un fantasme&amp;nbsp;: une soif de conquête et de domination (le colonialisme pillard des capitaines d’industrie et, à quatre siècles de distance, des conquistadors), ou la projection de rêveries moites (les utopies, ou les appétits charnels, de Bingham). Comme il n’y a pas de désir sans frustration, la rétention du spectaculaire répond ici à l’idée que l’échec est le moteur de la vie, car c’est en n’aboutissant pas que la quête peut sans cesse être relancée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le livre peut paraître bien sérieux dans son refus d’hystériser l’aventure ou de sacrifier à l’infantilisme qu’on reproche parfois à la SFF, il n’en est pas moins merveilleux et même enfantin. Il rappelle que c’est justement le sérieux qui fascine les jeunes lecteurs dans certains récits d’aventure. Chez Stevenson ou chez Verne, ce n’est pas l’enfance qu’on recherche, mais une preuve que les rêves d’exploration peuvent s’accomplir dans la vie adulte. Que tente précisément de raconter Darvel sous les oripeaux du conte sylvestre&amp;nbsp;? Peut-être que si les pères comme Bingham délaissent parfois femme et enfants, c’est qu’ils ne peuvent cesser de rester eux-mêmes des enfants, d’insatisfaits rêveurs sous leur masque savant et sévère. Le récit se prive à mon sens de développements intéressants en ne faisant qu’évoquer de manière superficielle Alfreda, la femme de Bingham, dont on devine ce qu’elle doit apprendre à accepter&amp;nbsp;: l’incurable immaturité que la position sociale et l’autorité de son époux dissimulent mal, la laissant dans l’attente, entre amour et abandon, entre le foyer déserté de New Haven et les jungles et les femmes chimériques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De même qu’Alfreda est tragiquement effacée, Bingham, malgré ses qualités de flegme, de pragmatisme et de curiosité, peut paraître terne, et c’est donc dans l’étonnante galerie de seconds rôles qu’il faudra rechercher un peu de charisme ou de grandeur. Comme ses protagonistes, le livre n’est jamais où on l’attend. Tout en retenue dans l’action – parfois, jusqu’à la vacuité –, la forme, en revanche, est d’une constante densité, par le jeu notamment d’un style emphatique, à la limite de la grandiloquence. Ces actes manqués, ces clairs-obscurs narratifs et stylistiques, conjugués à l’absence de dimension politique (alors que comme l’avait bien compris Lucius Shepard, &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt; est politique en Amérique du sud, y compris la magie), rendent cette histoire attachante difficile à apprivoiser.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr91-hildegarde.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr91-hildegarde.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Hildegarde&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Léo Henry – La Volte, coll. «&amp;nbsp;Littérature&amp;nbsp;» – avril 2018 (roman inédit. 516 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p class=&quot;right&quot;&gt;Hildegarde par Léo Henry – La Volte, coll. «&amp;nbsp;Littérature&amp;nbsp;», avril 2018 (roman, 515 pp, GdF, 20 euros)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Livre-monde, roman fleuve, véritable OLNI, &lt;strong&gt;Hildegarde&lt;/strong&gt; s’ordonne autour de la figure, pour ne pas dire l’icône, de Hildegarde de Bingen. Prophétesse et sainte femme, animée par de douloureuses épiphanies, savante naturaliste, fine observatrice de la nature, femme d’influence respectée par Bernard de Clairvaux et l’empereur Frédéric Barberousse, compositrice et inventrice d’une langue imaginaire, la magistra des abbayes de Disibodenberg et Rupertsberg a traversé les âges, nimbée d’une aura de mystère et de mysticisme, offrant à la postérité ses visions et une œuvre qui témoigne de la grande variété de son érudition. Pour autant, Léo Henry n’endosse pas ici le rôle du biographe, comme a pu le faire l’historienne médiéviste Régine Pernoud en cherchant à cerner la personnalité de la religieuse, via un corpus de sources historiques. Hildegarde relève davantage de la fiction, mais une fiction où le vrai et le faux accouchent d’un réel dont on se délecte des multiples facettes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Strictement inracontable, le roman de Léo Henry se déguste comme un mille-feuilles littéraire dont chaque chapitre dévoile une histoire, souvent enchâssée dans un autre récit, révélant des nuances contrastées tout en s’inscrivant dans des registres variés, parfaitement assimilés par l’auteur. Le goût pour le picaresque se mêle ainsi au récit hagiographique, voire à la chanson de geste ou au roman courtois. L’épopée flirte avec le tragique de l’histoire humaine. Le merveilleux côtoie le prosaïsme du quotidien, y compris dans ses manifestations les plus vulgaires. Bref, il est bien difficile de classer le roman de Léo Henry dans une catégorie. Et quand bien même, on s’y risquerait, force serait de constater que cela n’est guère intéressant. Hildegarde se révèle surtout comme un roman total, mêlés d’inventions savoureuses, de souvenirs, de on-dit, de légendes et de témoignages, jalonnés de tueries, de pogroms, de batailles, mais aussi de réalisations merveilleuses conçues par les esprits éclairés de l’époque. Mille et uns récits qui font la vie et l’histoire de cette partie de l’Europe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car, loin de se cantonner au personnage de la sainte femme, &lt;strong&gt;Hildegarde&lt;/strong&gt; se fait également le porte-parole d’un Moyen-âge lumineux, non exempt de zones d’ombre, où le monde se conçoit à l’aune de représentations empruntées à la philosophie antique, aux mythes et au christianisme. Une période créatrice où certaines intuitions s’avèrent, contribuant à la compréhension du monde. Un temps apparemment immuable, où les romans de chevalerie forgent la culture des élites. Le récit s’enracine dans la vallée du Rhin, au sein de l’Empire, le Saint-Empire germanique né du démantèlement du monde carolingien, faisant de ces lieux un creuset irrigué par de multiples récits. Naviguant au cœur des conflits entre la papauté et l’Empire, des croisades aux prémisses de la guerre de trente ans, des prophéties hallucinées de la magistra aux premiers développements de l’humanisme, Léo Henry réenchante l’Histoire en puisant dans le légendaire médiéval, n’hésitant pas à évoquer Parzival, Siegfried, le moins connu Dietrich von Bern et la légende des Niebelungen pour donner corps à une intertextualité réjouissante, rendant justice au monde germanique et à l’une des grandes thématiques morales et symboliques de l’imaginaire médiéval. De ce voyage littéraire, mené de main de maître par un auteur ayant érigé son écriture au rang des beaux art, on retire un immense plaisir, celui ressenti à la lecture des œuvres magistrales et forcément indispensables.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr91-dernieresfleurs.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr91-dernieresfleurs.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;fleurs&quot;&gt;Dernières fleurs&lt;br /&gt;
avant la fin du monde&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Nicolas Cartelet – Mü éditions, coll. «&amp;nbsp;Le Labo de Mü&amp;nbsp;» – mai 2018 (roman inédit. 192 pp. GdF. 18&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Pour son nouveau roman publié aux petites mais dynamiques éditions Mü, le français Nicolas Cartelet transpose Albert Villeneuve, le héros de &lt;strong&gt;Petit Blanc&lt;/strong&gt;, au cœur d’un monde sur le chemin de l’apocalypse. Dans un futur plus ou moins proche, les abeilles ont disparu entraînant la catastrophe écologique annoncée. Pour produire fruits et légumes, les hommes sont désormais obligés de polliniser les fleurs à la main dans d’immenses plantations où la rentabilité règne en maître absolu. Tandis qu’Albert Villeneuve dirige l’une des sections de journaliers chargée de ce travail ingrat, sa femme Manon s’épuise dans une usine de production de médicaments. Il ne semble n’y avoir aucun espoir pour le couple dans cet univers au bord du gouffre… jusqu’au jour où Albert est convoqué par le Duc, puissant propriétaire de la plantation où il travaille. Celui-ci lui fait alors une offre aussi étrange qu’inespérée&amp;nbsp;: devenir le professeur de sa fille Apolline et lui apprendre à lire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Délaissant les colonies fantasmées pour les plantations esclavagistes, Nicolas Cartelet poursuit son exploration de la misère humaine avec &lt;strong&gt;Dernières fleurs avant la fin du monde&lt;/strong&gt;. Grâce à une plume qui gagne en maturité et en poésie, l’auteur français plonge le lecteur dans un monde de noir et de gris où les derniers hommes continuent à s’entredéchirer pour survivre. Au cœur de ce récit ouvrier qui expose les rouages ultracapitalistes d’une exploitation de la dernière chance, Albert Villeneuve incarne l’homme moderne dans toute sa beauté et sa lâcheté. En effet, Albert pourrait être un révolutionnaire s’il en avait encore la force. Il préfère regarder ses camarades se tromper d’ennemi et mourir pour une patate de plus que de prendre part à l’inévitable embrasement qui s’annonce. Critique à peine voilée du travail ouvrier à l’heure du grand capitalisme mais aussi charge féroce contre la haine de l’étranger venant voler l’argent des honnêtes travailleurs, &lt;strong&gt;Dernières fleurs avant la fin du monde&lt;/strong&gt; a tout du roman révolutionnaire. Pourtant, son héros littéralement impuissant devient le porte-étendard d’un monde masculin qui ne bande plus, l’image acide d’une humanité incapable de se reproduire après avoir elle-même stérilisée Dame Nature. Albert va cependant trouver une dernière ombre de beauté et de poésie par l’intermédiaire d’Apolline, une autiste à la pureté presque décalée dans un monde qui n’en finit pas de crever. Il redécouvre ainsi le pouvoir des mots et de la musique, mais aussi des rires et des sourires. &lt;strong&gt;Dernières Fleurs avant la fin du monde&lt;/strong&gt; devient dès lors un livre poétique qui oppose le couple fané d’Albert et Manon à la fraîcheur infinie d’Apolline. Nicolas Cartelet débusque ainsi quelques traces de lumières pour le lecteur en s’extirpant l’espace de quelques notes de son futur à la Di Rollo. La brièveté de l’histoire empêche ce récit de fin du monde de tourner à vide et préfère l’intime à la grande révolution, forcément condamnée de toute façon. &lt;strong&gt;Dernières fleurs avant la fin du monde&lt;/strong&gt; finit par s'inscrire dans le registre des romans poétiques et douloureux que l'on referme avec un pincement au cœur, le temps d’une partition saccagée et d’une floraison imprévue.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Nicolas Winter&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Jean Baret ou la vie trademarkée : un entretien</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/18/Jean-Baret-ou-la-vie-trademarkee" rel="alternate" type="text/html" title="Jean Baret ou la vie trademarkée : un entretien" />
      <id>urn:md5:e0404368371fc1464252a0af5156a1f7</id>
      <published>2018-07-18T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-18T10:09:37+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Olivier Girard</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-baret-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-baret-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’heure où le Bélial’ annonce la parution du roman &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/jean-baret/bonheur-tm&quot;&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; – une claque à s’en faire péter les plombages disponible chez nos camarades libraires à compter du 13 septembre –, tandis que le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-91&quot;&gt;numéro 91 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; propose un avant-goût audit bouquin dans son sommaire d’été «&amp;nbsp;spécial fictions&amp;nbsp;», l’idée nous a pris d’échanger avec l’auteur de la claque en question, à savoir &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/p/jean-baret/&quot;&gt;Jean Baret&lt;/a&gt;, nouveau venu (ou presque) dans le landerneau de la SFF, un quasi inconnu qui, gageons-le, ne le restera pas longtemps… Vous cherchiez l’improbable rejeton de K. W. Jeter et Phil Dick&amp;nbsp;? Le croisement littéraire de Palahniuk et du Jack Barron de Norman Spinrad&amp;nbsp;? Stoppez tout, on l’a déniché. Il se trouve qu’il est français. Avocat. Et qu’il a des bras gros comme les cuisses de notre rédac’chef chauve préféré…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;À l’heure où le Bélial’ annonce la parution du roman &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/jean-baret/bonheur-tm&quot;&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; – une claque à s’en faire péter les plombages disponible chez nos camarades libraires à compter du 13 septembre –, tandis que le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-91&quot;&gt;numéro 91 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; propose un avant-goût audit bouquin dans son sommaire d’été «&amp;nbsp;spécial fictions&amp;nbsp;», l’idée nous a pris d’échanger avec l’auteur de la claque en question, à savoir &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/p/jean-baret/&quot;&gt;Jean Baret&lt;/a&gt;, nouveau venu (ou presque) dans le landerneau de la SFF, un quasi inconnu qui, gageons-le, ne le restera pas longtemps… Vous cherchiez l’improbable rejeton de K. W. Jeter et Phil Dick&amp;nbsp;? Le croisement littéraire de Palahniuk et du Jack Barron de Norman Spinrad&amp;nbsp;? Stoppez tout, on l’a déniché. Il se trouve qu’il est français. Avocat. Et qu’il a des bras gros comme les cuisses de notre rédac’chef chauve préféré…&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-baret-jean.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-baret-jean.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-baret-jean_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Photo © Yann Texier&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; paraît en septembre prochain aux éditions du Bélial’, alors que tu figures en ce moment même au sommaire du Bifrost 91 avec une nouvelle qu’on pourrait finalement considérer comme une manière d’introduction/présentation de ton roman. Peux-tu nous parler un peu de toi, de ton parcours personnel et professionnel, histoire qu’on te connaisse un peu mieux&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je suis né à Marseille, j’ai passé mon enfance dans les univers imaginaires (livres dont vous êtes le héros, AD&amp;amp;D, Marvel comics, Amstrad/Amiga…) J’ai fait des études de droit jusqu’à la thèse (les enjeux juridiques d’une anthropologie économique). J’écris des romans depuis cette période. Puis j’ai fait ce que je m’étais promis de ne pas faire&amp;nbsp;: je suis devenu avocat, comme mon père…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je vis à Paris depuis près de vingt ans. Je fais beaucoup de sport, et je continue de fréquenter assidûment les univers imaginaires.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Du sport… De la musculation, c’est ça&amp;nbsp;? Comme un des personnages de ton roman&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Exactement&amp;nbsp;! C’est que j’ai été adolescent dans les années 80, et les années 80 m’ont grillé le cerveau&amp;nbsp;! Quand on y pense, c’était une décennie hyper riche&amp;nbsp;: les jeux de rôle, en France en tous les cas, se sont démocratisés à cette période, tout comme les jeux vidéo et les comics, et c’est aussi à cette période que les &lt;em&gt;action movies &lt;/em&gt;sont apparus, mettant en scène des héros aux corps bodybuildés extraordinaires. Schwarzenegger et Stallone avaient des corps hors norme, finalement assez proches de ceux des héros de comics. Ils tranchaient radicalement avec l’incarnation précédente de la masculinité au cinéma, plutôt représentée par des John Wayne ou des Clint Eastwood. Le corps devenait le symbole de l’héroïsme. Et puis ils représentaient des valeurs typiques de cette époque (le &lt;em&gt;no pain, no gain&lt;/em&gt;, tellement différent de la mentalité d’aujourd’hui). Alors, je m’y suis mis aussi, avec l’espoir de devenir la meilleure version de moi-même, avec la naïveté et l’enthousiasme de la jeunesse. Et je n’ai jamais arrêté. Bilan&amp;nbsp;: ces 15 dernières années, j’ai pris 25 kilos de muscles&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon rapport à la musculation, dans les romans, est différent. Un de mes héros est en effet un bodybuilder, mais je traite cette question sous deux angles différents&amp;nbsp;: celui de l’addiction à la consommation (de pilules en tout genre), et celui de la transformation du corps. Dans la société de &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt;, tous les citoyens ont le droit absolu de se remodeler. Notre corps peut se concevoir comme notre premier produit de consommation. Changeons-le, changeons de sexe, de couleur de peau, de masse musculaire, comme on change de tee-shirt. Tout est marchandise.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Je dois avouer que lorsque j’ai découvert &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt;, j’ignorais totalement que tu avais déjà publié plusieurs romans, et même quelques nouvelles, il me semble… Tu peux nous parler de ton parcours d’auteur avant ton arrivée au Bélial’&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-baret-livre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-baret-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-baret-livres_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’ai commencé à écrire de &lt;em&gt;l’heroic fantasy&lt;/em&gt;, puis de la science fiction, pour finalement m’atteler à des romans d’anticipation sociale, qui est un genre en soi à mon sens, avec en guise de références des auteurs comme Chuck Palahniuk (&lt;strong&gt;Fight Club&lt;/strong&gt;, bien entendu) ou encore Bret Easton Ellis (&lt;strong&gt;American Psycho&lt;/strong&gt;, évidemment), des récits qui mettent en scène des personnages contemporains bien établis dans la société, personnages qui, à un moment donné de leur vie, dérapent complètement. L’objet de ces récits est bien sûr de mettre en scène une critique sociale féroce. Les éditions Apopsix ont publié six de mes romans dans ce registre. En parallèle, je répondais à des appels à texte d’éditeurs qui souhaitaient publier des nouvelles sur un thème particulier, et une dizaine de mes textes se sont ainsi retrouvés dans des recueils et anthologies diverses. J’aime bien travailler sous la contrainte d’un thème. Enfin, je suis un jour tombé sur un livre du philosophe Dany-Robert Dufour (&lt;strong&gt;Le Délire occidental&lt;/strong&gt;) qui m’a tellement plu que j’ai ressenti un besoin viscéral de revenir à la SF pure souche pour mettre en scène les dérives de la société qu’il décrit. J’ai lu tous ses bouquins — j’ai même eu la chance de le rencontrer –, et chacun d’eux m’inspire un roman de SF différent. Comme c’est un homme très productif, je me suis lancé dans une veine SF qui n’est pas prête de s’épuiser&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM &lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; est un roman stupéfiant. Il foisonne littéralement d’idées science-fictives, au point d’en acquérir une dimension syncrétique ébouriffante. C’est aussi un énorme coup de pied au cul de la bien pensance, un récit résolument politique, à mon sens, parce qu’en prise totale avec notre monde en dépit (grâce&amp;nbsp;?) de ses outrances, et en même temps traversé par une énergie proprement électrique. En le lisant, j’ai effectivement pensé au Palahniuk de &lt;strong&gt;Fight Club&lt;/strong&gt;, mais aussi, par certains côtés, au Dick de &lt;strong&gt;Ubik&lt;/strong&gt;, au &lt;strong&gt;Transmetropolitan&lt;/strong&gt;, le graphic novel déglingué de Warren Ellis et Darick Robertson, ou encore à &lt;strong&gt;Jack Barron et l’éternité&lt;/strong&gt; de Norman Spinrad. Ce genre de références te parle, ou je suis complètement à côté de la plaque&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Ces références me parlent tout particulièrement, tu n’es pas du tout à côté de la plaque&amp;nbsp;! Il se trouve que, pour la première fois, dans un de mes livres, l’univers (et plus précisément la ville où se situe l’action) est un personnage du roman. Pour ne pas dire le personnage principal. Habituellement, et notamment dans les romans d’anticipation sociale, la société constitue un cadre pour l’action, à la limite, un reflet de ce qui ne va pas chez le ou les personnages. Alors que dans &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt;, la société, avec sa démesure, tient un discours qui lui est propre, et qui n’est pas celui des autres personnages. De par la façon dont la folie des hommes s’exerce en son sein, elle véhicule un message. La ville n’est pas un simple cadre (comme c’est plutôt le cas pour &lt;strong&gt;Transmetropolitan&lt;/strong&gt;, par exemple). Elle parle de nous. Mais c’est tout le principe de la SF&amp;nbsp;: décaler une problématique contemporaine dans le temps, pour pousser jusqu’au bout sa logique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-baret-references.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-baret-references.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-baret-references_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Comment décrirais-tu la problématique en question, justement&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Comme beaucoup de gens, je ressens intuitivement que notre société souffre d’un mal profond. Je ne parle pas des crises économiques, mais d’un mal plus enraciné, quasiment ontologique. Je précise que je ne suis pas un anarchiste qui honnit systématiquement toute forme de contrôle gouvernemental. Je sais que la société est un objet pluridimensionnel qui s’apprécie différemment selon l’angle par lequel on l’analyse, et aussi selon notre position d’observateur. Comme disait Coluche&amp;nbsp;: « &lt;em&gt; Il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux, mais pour ceux qui seront noirs, petits et moches, ce sera très dur &lt;/em&gt; .&amp;nbsp;» Tout ça pour dire que, pris sous un certain angle et pour certains observateurs, notre société est formidable. Mais je sentais cependant qu’un vice intrinsèque à notre société la condamnait à une forme de pourriture. Et c’est en lisant &lt;strong&gt;Le Délire occidental&lt;/strong&gt; de Robert-Dany Dufour que j’ai pu mettre un nom à ce vice – la pléonexie – et un visage — celui de Bernard Mandeville. La pléonexie, c’est le désir d’avoir plus que les autres en toute chose. Quant à Mandeville, auteur néerlandais du XVII/XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle à qui l’on doit &lt;strong&gt;La Fable des abeilles&amp;nbsp;: vices privés, vertus publiques&lt;/strong&gt;, il a ni plus ni moins accouché de notre société moderne. Pour faire court (il serait temps&amp;nbsp;!), Mandeville nous a fait quitter les sociétés de l’antiquité, fondées sur la recherche du beau, du bien et du juste (qu’elles soient arrivées ou non à réaliser ce but est un autre débat), au profit d’une modernité où la société est fondée sur le vice. Par une inversion totale, Mandeville pousse à la pléonexie en considérant que la société ne peut pas fonctionner avec des moines à l'âme vertueuse, mais doit pouvoir compter sur des voleurs, des tricheurs, des menteurs, les vices privés étant de fait considérés comme nécessaires aux vertus publiques. Ce fondement, sur lequel repose notre société toute entière, permet d’expliquer mille maux. Et c’est ce basculement que je mets en scène dans &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt;. Ou plus précisément, c’est ce raisonnement qui veut que nous soyons fiers de nos vices, que nous les cultivions, que nous les valorisions, parce qu’ils servent la productivité et la consommation, que j’ai poussée au bout de sa logique dans ce roman.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-baret-fable.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-baret-fable_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;D’où l’idée initiale qui fonde le roman&amp;nbsp;: l’interdiction légale de toute thésaurisation et l’obligation faite à tout citoyen de consommer sans cesse, de dépenser ses revenus sans relâche – au nom de la loi. Il faut nourrir Moloch, en somme. Tout est désir. Tout est appropriation. Tout est de l’ordre du possible… Qualifierais-tu &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; de dystopie&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Une dystopie&amp;nbsp;? Comme dirait Perceval&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ouais, c’est pas faux&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
Blague à part, je crois que la réponse dépend du sens que l’on donne à ce mot. Au sens premier du terme, une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. Or, la société de &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; n’est pas organisée de la sorte. Les lois qui obligent à la consommation et qui criminalisent la poésie et autres pertes de temps, les flics qui traquent les rêveurs et les philosophes, sont au contraire des moyens d’assurer le bonheur de tous, par la consommation illimitée. En fait, la société de &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; n’est qu’une légère extrapolation de notre monde actuel. Toutes les idées qui y sont décrites, toutes les marques, tous les slogans, toutes les religions qui sont mentionnées existent. Je n’ai rien inventé. Le roman est un florilège de morceaux choisis de notre univers. Toutes les thèses qui sont débattues dans «&amp;nbsp;The Shot Heard Round the World&amp;nbsp;», le talk show télévisé diffusé en permanence dans les ascenseurs (un personnage à part entière, en fait) reprennent des théories qui sont vraiment défendues, de nos jours, par tel ou tel penseur. Par conséquent, je dirais que la société de &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; est complètement folle, comme l’est notre société. Mais elle n’est pas dystopique, au sens où elle n’est pas pensée pour rendre les hommes malheureux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En revanche, le terme dystopie peut recouvrir aussi une utopie qui vire au cauchemar, ce qui permet de montrer les conséquences néfastes d’une idéologie ou d’une pratique présente à notre époque. En ce sens, c’est clairement une dystopie. Les thèses de Mandeville, qui placent la pléonexie au cœur de notre société et forment une idéologie censée nous apporter le bonheur (par un double effet, celui de nous donner l’autorisation d’exprimer librement nos vices, ce qui est libérateur, et celui de contribuer ainsi à l’élévation du confort matériel par une productivité illimitée soutenue par une soif de consommation inextinguible), ont très clairement des conséquences néfastes sur notre monde, sur nous, sur notre psyché même.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-baret-delire.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-baret-delire.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Toshiba, le personnage central de &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt;, a épousé une femme robot, une IA, qui passe son temps à lui demander s’il veut du «&amp;nbsp;sexe oral&amp;nbsp;». Il lui fout régulièrement sur la tronche, parce que ça le détend. Elle reconfigure son visage pendant la nuit et le matin, au réveil, elle reprend sa sempiternelle question&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Souhaites-tu du sexe oral&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; (qui, incidemment, est la troisième phase du livre, la première étant&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Avez-vous consommé&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;) Ce genre de rapports de couple, c’est ce que tu appelles la pléonexie&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Comme j’aime bien les réponses alambiquées, je vais répondre que oui, mais c’est plus compliqué que ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fait de posséder une femme robot représente un élan de pléonexie. La pléonexie, c’est le besoin viscéral d’avoir toujours plus que les autres. C’est une faim de consommation qui est incontrôlable, au point que tout est consommation, même les autres (à ce titre, le zombie est l’incarnation de la pléonexie puisqu’il veut littéralement consommer l’autre). Dans le rapport pléonexique, l’autre devient un produit. Aujourd’hui, de nombreux hommes traitent leurs compagnes comme des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;trophy wife&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Si on pousse la logique à son maximum, une femme robot, c’est le triomphe de la pléonexie. C’est une femme-objet, au vrai sens du terme. En cela, le couple que forment Toshiba et son épouse est centré sur la pléonexie. Mais, comme je le disais, c’est plus compliqué que ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fait de tabasser sa femme régulièrement ou de l’injurier est sous-tendu par un autre ressort. Notre société, en plus de reposer sur la pléonexie, repose, comme l’a encouragé Mandeville, sur la libération de nos pulsions. Nos vices privés font nos vertus publiques. Donc, au lieu de réprimer nos pulsions de violence, comme les sociétés classiques y incitaient, nous sommes encouragés à les libérer, car le marché aura toujours un produit à nous faire consommer pour étancher cette pulsion, ce qui est positif pour l’économie. Vendre une femme-robot pour pouvoir lui faire l’amour ou la tabasser, c’est la réponse du marché à ces pulsions.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; est le premier volet d’un projet plus vaste&amp;nbsp;: la trilogie &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Trademark&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;. Tu peux nous dire un peu de quoi il retourne, nous parler de ton ambition avec ces trois romans&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;C’est une trilogie particulière parce qu’elle met en scène trois univers différents avec des personnages différents et qu’il n’y pas d’ordre de lecture. La question fondamentale de la recherche du sens de la vie est cependant au cœur de chaque livre. Je pense qu’à la question à la fois banale et terrifiante du sens de la vie, chaque société apporte des réponses, que ce soit à travers une ou plusieurs religions, des valeurs morales ou éthiques, un fonctionnement économique, etc… Et je trouve le positionnement des citoyens vis-à-vis de cette question et des réponses apportées par la société fascinant. S’interrogent-ils sur le sens de la vie ou sont-ils préoccupés uniquement par leur quotidien&amp;nbsp;? Cherchent-ils des réponses activement&amp;nbsp;? Acceptent-ils aveuglément les solutions mises en scène par la société ou pensent-ils que la vérité est ailleurs&amp;nbsp;? Chacun des personnages de cette trilogie est confronté à cette problématique. Certains restent passifs, d’autres sentent que quelque chose cloche et cherchent à comprendre ce qui ne va pas, d’autres encore sont totalement confus, perdus, d’autres acceptent les vérités officielles et les défendent avec force, d’autres encore se rebellent. Et chaque roman apporte une vision différente de la réaction que peuvent avoir la société et les autres citoyens face à un personnage en quête de sens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si j’ai une ambition pour cette trilogie, c’est qu’elle amène le lecteur à une triple réaction. La première serait qu’il puisse voir notre société actuelle sous l’éclairage de ces sociétés futuristes, qu’il ressente que leur folie est la nôtre, et qu’il se dise&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Quoi, c’est ça qu’on me propose comme sens à ma vie&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» La deuxième serait qu’il se demande&amp;nbsp;: « Mais au fait, le sens de la vie, c’est quoi, en définitive&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Pour finir par ce genre de réflexion&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Et après tout, est-ce que la question du sens de la vie a-t-elle seulement un sens&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je pense que nous ne réfléchissons plus du tout collectivement à ce type de sujet. Nos politiciens, nos économistes, nos moralistes sont tous concentrés sur le court-terme et obsédés par l’obtention d’un équilibre de fonctionnement précaire. Ils sont tous à la recherche de moyens d’efficacité. Mais plus personne ne réfléchit au but, au sens. «&amp;nbsp;Pour quoi faire&amp;nbsp;» devrait être au centre de tous les débats. La seule vague réponse qui flotte dans l’esprit de tous, c’est d’être heureux. Je veux que ça change (ou que ça ne change pas) parce que je veux être heureux. Mais c’est quoi être heureux&amp;nbsp;? Et faut-il vraiment poursuivre ce but à tout prix&amp;nbsp;? Ne faudrait-il pas plutôt réfléchir au sens de l’expérience humaine&amp;nbsp;? Réfléchir au fait même que, peut-être, voire sans doute, il n’y a pas de sens et, dans ce cas, que construire&amp;nbsp;? Nihilisme, consumérisme, fanatisme, fatalisme, que choisir&amp;nbsp;? Ce sont ces questions qui sont au centre de la trilogie.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;J’ai cru comprendre que tu écrivais beaucoup. Et de manière assez régulière. L’écriture de la trilogie &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Trademark&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; étant en grande partie achevée, tu travailles sur quelque chose de particulier, en ce moment&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;C’est exact, j’écris 30 à 45 minutes par jour. Je pense qu’il faut éviter d’attendre d’avoir trois heures devant soi pour commencer à s’y mettre, parce que ce genre de créneau n’est pas facile à trouver. Je préfère écrire un peu tous les jours.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce moment, je travaille principalement sur un roman de SF qu’on pourrait résumer ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dans un futur où la nanotechnologie règne en maître, s’est développée la profession de &quot;rebooteux&quot;, des psychiatres qui soignent leurs patients d’abord par une psychanalyse, puis en se connectant à leur inconscient afin de détruire leur névrose ou leur psychose via des affrontements virtuels dans des reconstitutions d’univers de pop culture. Le roman suit un de ces rebooteux, qui se voit proposer une expérience jamais tentée jusqu’alors&amp;nbsp;: se connecter à l’inconscient collectif, pour découvrir le mal qui ronge la société humaine. Son incursion dans l’inconscient collectif va l’amener à vivre des aventures riches de sens.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est un projet très fort pour moi, qui porte sur quantité de thèmes, mais dont le fil conducteur est la disparition des Grands Récits (Dieu, la Nation, la Famille ou même des figures imposantes comme Napoléon, Louis XIV, ou encore Remus et Romulus et les mythes fondateurs qu’ils véhiculent, au profit d’une multitude de «&amp;nbsp;petits récits&amp;nbsp;» – la pop culture).&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Un dernier mot pour conclure… Que pourrais-tu souhaiter aux lecteurs qui vont découvrir &lt;strong&gt;Bonheur&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt; dans quelques semaines &amp;nbsp;? Qu’espères-tu que ce roman puisse leur apporter&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je souhaite tout d’abord qu’ils puissent avoir du plaisir à visiter cet univers. Dans notre monde actuel, je trouve qu’il n’y a rien de plus noble que d’apporter, au sens propre du terme, une distraction, une évasion… Ensuite, qu’ils soient un peu choqués de ressentir que la folie de cette société futuriste, c’est la nôtre, que le miroir tendu par le roman est à peine déformé. Enfin, qu’ils se demandent s’ils ont vraiment envie de vivre comme ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà ce que je souhaite aux lecteurs&amp;nbsp;: un peu de plaisir, un peu de souffrance, et une bonne dose d’interrogations&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Merci, Jean. Et pour le bras de fer… Bon, disons qu’on passe notre tour…&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-baret-bonheurtm.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-baret-bonheurtm.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Couverture © Aurélien Police&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme Every Heart a Doorway</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/16/E-comme-Every-Heart-a-Doorway" rel="alternate" type="text/html" title="E comme Every Heart a Doorway" />
      <id>urn:md5:67666ca69b9e3077dfbbbf686cd76634</id>
      <published>2018-07-16T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-16T15:02:27+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui, adolescent, n'a jamais rêvé de quitter ce monde moche pour s'enfuir dans un monde imaginaire plus réel que nature ? Avec sa série des &lt;strong&gt;Wayward Children&lt;/strong&gt;, dont le premier tome, &lt;strong&gt;Every Heart a Doorway&lt;/strong&gt;, a été récompensé par les plus grands prix, l'auteure américaine Seanan McGuire s'attache à retracer les pas de tels ados&amp;nbsp;: ceux qui sont revenus dans notre monde et qui ne rêvent d'une chose, y retourner dès que leur portail se rouvrira…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Every Heart a Doorway, Seanan McGuire. Tor.com, 2016. Grand format, 169 pp.&lt;br /&gt;
Among the Sticks and Bones, Seanan McGuire. Tor.com, 2017. Grand format, 189 pp.&lt;br /&gt;
Beneath the Sugar Sky, Seanan McGuire. Tor.com, 2018. Grand format, 174 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Enfant, on s’est tous rêvé des mondes imaginaires&amp;nbsp;; on a tous sûrement rêvé de fuir ce monde moche, méchant, médiocre, méprisable… Bon, je dis «&amp;nbsp;tous&amp;nbsp;» mais peut-être que je m’avance un peu. Quoi qu’il en soit, Seanan McGuire s’est posée cette question&amp;nbsp;: et si c’était vrai&amp;nbsp;? Et s’il existait des portails permettant aux enfants et adolescents mal dans leur peau d’entrer dans le monde magique de leur choix… et, s’ils le désirent, de ne plus jamais en revenir&amp;nbsp;? Mais surtout&amp;nbsp;: que se passerait-il si jamais ces enfants revenaient&amp;nbsp;? Ne faudrait-il alors pas tenter de les guérir pour éviter qu’ils ne repartent&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;There are worlds built on rainbows and worlds built on rain. There are worlds of pure mathematics, where every number chimes like crystal as it rolls into reality. There are worlds of light and worlds of darkness, worlds of rhyme and worlds of reason, and worlds where the only thing that matters is the goodness in a hero’s heart.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Among the sticks and bones&lt;/strong&gt;)&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-e-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-e-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Every Heart a Doorway&lt;/strong&gt; débute avec l’arrivée de Nancy à la Résidence Eleanor West pour les Enfants Indociles (en VO, &lt;em&gt;Eleanor West&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’s Home for Wayward Children&lt;/em&gt;). Enfants indociles&amp;nbsp;: comprendre, ceux qui, en porte-à-faux avec ce monde, ont choisi d'ouvrir un portail magique pour trouver un monde meilleur, dans lequel ils seraient enfin à leur place. Comme son nom l’indique, cette institution est dirigée par la vieille Eleanor West, qui sait très bien de quoi elle parle&amp;nbsp;: dans sa lointaine jeunesse, elle-même a disparu dans un tel monde magique. Mais… elle est revenue. Et depuis des décennies, elle tente de guérir les enfants qui reviennent – dans l’espoir d’obtenir son billet retour pour son monde rêvé. Eleanor West tente, au passage, d’élaborer une typologie des mondes imaginaires&amp;nbsp;: il y a les mondes bons et les mondes maléfiques, il y a les mondes logiques et les monde insensés&amp;nbsp;; ces distinctions permettent de dresser un joli graphique orthonormé, en dépit de ses limitations. Imaginez &amp;nbsp;: Narnia (non, à vrai dire, pas Narnia&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;a Christian allegory pretending to be a fantasy series&amp;nbsp;», dixit l’un des pensionnaires) ou le Pays des merveilles, ce genre de mondes magiques. Les pensionnaires de sa résidence sont en grande majorité des filles, ce qui n’a rien d’un hasard&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&quot;boys will be boys&quot; is a self-fulfilling prophecy&amp;nbsp;», déclare l’un des personnages &amp;nbsp;: en règle générale, les garçons ne sont pas du genre à aller s’enfuir dans des mondes imaginaires.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;For us, the places we went were home. We didn't care if they were good or evil or neutral or what. We cared about the fact that for the first time we didn't have to pretend to be something we weren't. We just got to be. That made all the difference in the world.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Nancy s’est échappée dans un monde sinistre – les Halls des Morts, où elle se tenait, debout, immobile, auprès du maître de céans –, et elle se languit d’y retourner. C’est à ce monde-là qu’elle appartient, pas le nôtre, terne et médiocre. Si un jour l’occasion de franchir le portail se présente de nouveau, elle sait qu’elle n’hésitera pas. Sauf qu’un événement imprévu vient chambouler la convalescence de Nancy&amp;nbsp;: des meurtres&amp;nbsp;! Quelqu’un tue méthodiquement les pensionnaires de la résidence, et prélève à chaque fois une partie de leur corps. Nancy, forcément, est soupçonnée&amp;nbsp;: les meurtres ont commencé à son arrivée, et ne rêve-t-elle pas de retourner dans son monde, cet Au-delà mortuaire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Véritable réussite sur le plan émotionnel, porté par une superbe plume, à la fois sensible et maligne, la novella tutoie l’excellence. Si elle s'adresse sûrement en priorité à un lectorat adolescent, les plus âgés auraient tort de s'en priver. Seanan McGuire a les mots justes pour décrire cette bande d’ados mélancoliques, que leur excursion dans un monde magique a changé à jamais. Le cap de l'adolescence est difficile à franchir, on le sait. Rien de plombant pour autant dans cette métaphore du passage à l'âge adulte, l’humour est parfois présent. Petite ombre au tableau, le récit souffre malheureusement d’un personnage principal bien trop passif. En tant que protagoniste, Nancy déçoit – moins pour son caractère que pour son absence d’implications dans l’intrigue. On se retrouve là avec une curieuse enquête où l’essentiel de l’action est porté par les personnages secondaires… Un défaut véniel, qui ne ternit guère le plaisir que l’on ressent à lire cette histoire. Les jurés des plus grands prix du genre ne s’y sont pas trompés&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Every Heart a Doorway&lt;/strong&gt; a été couronné par un triplé Hugo/Nebula/Locus dans la catégorie novella en 2016.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’auteure, Seanan McGuire, est surtout connue en France pour les romans adultes qu’elle a signés sous le pseudonyme de Mira Grant, à savoir la série «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Newflesh&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», dont les trois premiers tomes (sur quatre) ont été publiés par Bragelonne. Sous son vrai nom, l’Américaine a écrit bon nombre de romans répartis dans plusieurs séries&amp;nbsp;: « &lt;strong&gt;October Daye&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Incryptids&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» notamment. Le principe de &lt;strong&gt;Every Heart a Doorway&lt;/strong&gt; étant plus que prometteur, tant le sujet offre de vastes possibilités, c’est sans grande surprise que Seanan McGuire a entrepris de poursuivre l’histoire de ces adolescents inadaptés, avec deux autres novellas – et ce n’est pas fini…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-e-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-e-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Complément indispensable du premier tome, &lt;strong&gt;Among the Sticks and Bones&lt;/strong&gt; constitue une préquelle au premier et s’intéresse à Jack et Jill. Enfants, ces deux jumelles – la première est une petite princesse, l’autre un garçon manqué – vivent une vie parfaitement ennuyeuses dans une famille trop attentionnée jusqu’au jour où elle découvrent, dans le fond d’une malle, un escalier descendant vers un monde magique – les Moors, un monde ténébreux. Là, les voilà séparées peu après leur arrivée&amp;nbsp;: l’une va travailler comme assistante auprès d’un vampire, l’autre auprès d’un savant fou. Cela va sans dire, leur existence en sera changée à jamais, et cela expliquera les événements de &lt;strong&gt;Every Heart&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-e-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-e-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le troisième volet, &lt;strong&gt;Beneath the Sugar Sky&lt;/strong&gt;, reprend le fil des événements&amp;nbsp;: on y retrouve Nancy, toujours en convalescence chez Mme West. Tout commence lorsqu’une jeune fille tombe, littéralement, du ciel. Après quelque discussion avec elle, il s’avère qu’elle est la fille… de l’une des élèves assassinées dans &lt;strong&gt;Every Heart of Doorway&lt;/strong&gt;. En toute logique, elle ne devrait pas exister, mais on sait que la logique n’a pas toujours le dernier mot dans ces mondes magiques. Pour éviter que la nouvelle venue ne sombre dans l’inexistence, Nancy et ses camarades vont entreprendre un voyage à travers plusieurs mondes imaginaires, dont celui de la défunte… ce qui va les mener jusqu’à un monde fait de sucreries (d’où le titre). L’occasion pour le petit groupe d’apprendre qu’on n’a rien sans rien et que des sacrifices s’avèrent souvent nécessaires. L’occasion pour le lecteur de lire un troisième volet de qualité égale aux précédents, peut-être un plus léger dans le ton.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-e-cover4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-e-cover4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De toute évidence, Seanan McGuire ne compte pas s’arrêter là&amp;nbsp;: deux autres titres sont annoncés, &lt;strong&gt;In An Absent Dream&lt;/strong&gt; (prévu pour 2019) et &lt;strong&gt;Come Tumbling Down&lt;/strong&gt; (annoncé pour 2020). Nul doute qu’on ne manquera pas de s’y intéresser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en anglais seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>D comme Dirty Computer</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/12/D-comme-Dirty-Computer" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Dirty Computer" />
      <id>urn:md5:f1f2609894a1cb4989a6418eb437ffcf</id>
      <published>2018-07-12T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-12T15:25:33+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d2-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Voilà qu'un bug s'insère dans l'Abécédaire et double la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/10/D-comme-Drawing-Restraint-9&quot;&gt;lettre D&lt;/a&gt;. L'occasion de s'intéresser au dernier album en date de Janelle Monáe, &lt;strong&gt;Dirty Computer&lt;/strong&gt;. Dans la foulée de sa suite &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/14/M-comme-Metropolis&quot;&gt;&lt;strong&gt;Metropolis/The ArchAndroid/The Electric Lady&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, la jeune chanteuse américaine propose ici un quatrième album moins science-fictif, moins conceptuel… mais pas moins pertinent et revendicatif.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Dirty Computer, Janelle Monáe (Wondaland, 2018). 14 chansons, 48 minutes.&lt;br /&gt;
Dirty Computer – An Emotion Picture, Andrew Donoho et Chuck Lightning (2018). Couleurs, 48 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un «&amp;nbsp;dirty computer&amp;nbsp;» peut tout se permettre, y compris d-d-d-doubler la lettre D de ce d-d-désolant Abécédaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On avait laissé Janelle Monáe il y a pile un an, avec sa suite &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/14/M-comme-Metropolis&quot;&gt;&lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; — un ensemble d’albums, entamé avec l’EP éponyme en 2007 et poursuivi avec &lt;em&gt;The ArchAndroid&lt;/em&gt; (2010) et &lt;em&gt;The Electric Lady&lt;/em&gt; (2013). Au fil de ses premiers albums, la chanteuse américaine y proposait une r’n’b sous forte influence science-fictive, utilisant la métaphore du robot pour évoquer la condition des femmes et des minorités. Cinq ans, c’est long. Entre &lt;em&gt;The Electric Lady&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Dirty Computer&lt;/em&gt;, Janelle Monáe n’a pourtant pas chômé pour autant, apparaissant dans&lt;em&gt; Les Figures de l’ombre&lt;/em&gt; et dans un épisode de l’inégale série &lt;em&gt;Philip K. Dick’s Electric Dreams&lt;/em&gt; – où elle interprétait justement un androïde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d2-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d2-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d2-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Alors&amp;nbsp;? Histoire de se remettre de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/07/10/D-comme-Drawing-Restraint-9&quot;&gt; &lt;em&gt;Dirty Restraint 9&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Matthew Barney, objet du précédent billet, intéressons-nous dans un premier temps au moyen-métrage – l’&lt;em&gt;emotion picture&lt;/em&gt; – qui accompagne l’album, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=jdH2Sy-BlNE&quot;&gt;visible en intégralité sur la chaîne YouTube de la chanteuse&lt;/a&gt;. Bon, cela revient à mélanger torchons et serviette que de comparer les deux films, mais essayons… Là où Matthew Barney proposait une tentative d’œuvre d’art totale passablement hermétique, ne disant pas grand-chose (certes, non pas que les œuvres d’art doivent forcément &lt;em&gt;dire&lt;/em&gt; quelque chose, mais là… ça m'avait paru abyssalement creux), Janelle Monáe propose une autre tentative d’art totale (cinéma, musique, danse, stylisme)… mais fun et doté d’un discours aussi actuel que pertinent. Mais n’anticipons pas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d2-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d2-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d2-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La voix off du prologue donne l’explication du titre au travers d’une brève mise en ambiance&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;They started calling us computer. People began vanishing and the cleaning began. You were dirty if you looked different. You were dirty if you refused to live the way they dictated. You were dirty if you showed any sign of opposition at all. And if you were dirty… it was only a matter of time.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Jane 57821 (interprétée par Janelle Monáe), au matricule faisant référence à une &lt;a href=&quot;https://youtu.be/QxKzMdkSUZo&quot;&gt;précédente chanson&lt;/a&gt;, est un &lt;a href=&quot;https://youtu.be/oFK6k-pvXmI&quot;&gt;«&amp;nbsp;dirty computer&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. La voilà donc destinée à être «&amp;nbsp;nettoyée&amp;nbsp;»… Allongée sur un brancard dans quelque centre sinistre, elle est à la merci des deux techniciens qui, depuis leur écran, sont chargés d’effacer un à un ses souvenirs. L’occasion pour Jane 57821 de les revivre… et les deux nettoyeurs de s’interroger sur la nature des images&amp;nbsp;: s’agit-il forcément de souvenirs ou d’autre chose&amp;nbsp;? On voit ainsi la jeune femme évoluer dans un monde futuriste guère différent du nôtre – les voitures volent comme dans le clip de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/31/Z-comme-Zukunftsmusik&quot;&gt; «&amp;nbsp;Car Car Car&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de DJ Hell et les minorités sont toujours à la merci de flics ne valant pas mieux que des robots. Mais cela n’empêche pas la jeunesse de s’amuser lors de fêtes où l’on croise des sosies de David Bowie et Frank Ocean (deux chanteurs à la bisexualité notoire), et Jane 57821 de s’éclater avec son amie/amante Zen (jouée par Tessa Thompson). Est-ce fichu pour Jane 57821&amp;nbsp;? Elle qui proclamait fièrement «&amp;nbsp;Categorize me, I defy every label&amp;nbsp;» (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=tEddixS-UoU&quot;&gt;«&amp;nbsp;Q.U.E.E.N.&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) sera-t-elle contrainte à adopter une identité qu'on lui imposera&amp;nbsp;?…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le moyen-métrage enchâsse ainsi les clips diffusés avant la sortie du disque, et enchaîne les chansons à peu près dans l’ordre du disque. De fait, les premières chansons s’intéressent à l’acceptation – ce que c’est d’être un &lt;em&gt;dirty computer&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://youtu.be/s69xpMzuFmA&quot;&gt;«&amp;nbsp;Crazy Classic Life&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; débute avec un extrait de la déclaration d’indépendance des USA. Vivre une vie classique et folle&amp;nbsp;? Tant que l’on peut assumer sa personnalité et que ce n’est pas sur les genoux. La chanson célèbre l’égalité et fustige les différences de traitement. Assumer ses bugs, ce que d’aucuns appeleraient déviances&amp;nbsp;? Voilà &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=kuWyu7ipsJ8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Take a byte&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, chanson entraînante dont le titre fait un jeu de mot entre «&amp;nbsp;take a bite&amp;nbsp;» (prendre une bouchée) et «&amp;nbsp;byte&amp;nbsp;». Être queer ou ne pas l’être, en somme. Pour la chanteuse américaine, le choix est clair. Suit &lt;a href=&quot;https://youtu.be/fgSpeV-bklk&quot;&gt;«&amp;nbsp;Screwed&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; – baisé ou être baisé, littéralement ou non. Maîtriser son corps ou devoir en laisser la disposition à d'autres. À vrai dire, s’il est question de sexe dans cette chanson, il est également question de pouvoir et de violence.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Everything is sex&lt;br /&gt;
Except sex, which is power&lt;br /&gt;
You know power is just sex&lt;br /&gt;
Now ask yourself who's screwing you&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Screwed&amp;nbsp;» enchaîne directement sur &lt;a href=&quot;https://youtu.be/mTjQq5rMlEY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Django Jane&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, où Jane 57821 reprend le contrôle. Ou plus exactement&amp;nbsp;: Janelle vide son sac, évoquant à la fois sa vie, famille, la futilité du patriarcat…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Jane Bond, never Jane Doe and I Django, never Sambo&lt;br /&gt;
Black and white, yeah that's always been my camo&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est beau, c’est brillant, c’est personnel, et plutôt que de m’étendre plus longtemps en bêtises, je vous invite &lt;a href=&quot;http://https://genius.com/Janelle-monae-django-jane-lyrics&quot;&gt; à lire (en anglais) les paroles et les explications&lt;/a&gt; fournies par nulle autre que leur auteure – Janelle &lt;em&gt;herself&lt;/em&gt;. Qui, vers la fin de la chanson, invite à un peu de ravalement de façade&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;And paint the city pink, paint the city pink&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Excellente idée. Et excellente transition vers «&amp;nbsp;PYNK&amp;nbsp;», duo avec Grimes (chanteuse québécoise ayant sorti un album sous influence dunesque et dont j’avais dit quelques mots &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/15/Dune-en-musique-Inspirations-II&quot;&gt; par là&lt;/a&gt;). Il s’agit là d’une chanson célébrant l’émancipation féminine. Encore une fois, c’est la chanteuse qui en parle le mieux&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;PYNK is a brash celebration of creation, self love, sexuality, and pussy power! PYNK is the color that unites us all, for pink is the color found in the deepest and darkest nooks and crannies of humans everywhere. PYNK is where the future is born.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le clip vaut le détour. Dans un désert aux teintes roses, les voilà bientôt à s’éclater, vêtues de pantalons particulièrement évocateur (une déclinaison féministe du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d2-pants.jpg&quot;&gt;pantalon de Bowie&lt;/a&gt;&amp;nbsp;? Les paroles y sont d’ailleurs plus que suggestives – c’est fou comment l’absence d’un mot souligne ici puissamment sa présence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/PaYvlVR_BEc&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suivent «&amp;nbsp;Make Me Feel&amp;nbsp;», chanson explosive et bigarrée, funky en diable, où Janelle s’interroge sur sa sexualité, hésitant dans le clip entre la ravissante Zen et le beau Ché. Après «&amp;nbsp;PYNK&amp;nbsp;», c’est là l’autre sommet de l’album. Un régal, irrésistible.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;It's like I'm powerful with a little bit of tender&lt;br /&gt;
An emotional sexual bender&lt;br /&gt;
Mess me up, yeah, but no one does it better&lt;br /&gt;
There's nothin' better&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tGRzz0oqgUE&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suit &lt;a href=&quot;https://youtu.be/FN5mXDyJVjw&quot;&gt;«&amp;nbsp;I Got The Juice»&lt;/a&gt;, duo avec Pharell Williams, chanson catchy et agressive, dont on retiendra cette phrase savoureuse faisant écho à l'infameuse déclaration de l'actuel locataire de la Maison Blanche&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;If you try to grab my pussy cat, this pussy grab you back&amp;nbsp;». Mais après deux chansons puissantes, celle-ci fait pâle figure. Un peu comme &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=uovntV3ZMDc&quot;&gt;«&amp;nbsp;I Like That&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, nouvelle itération sur les origines et les choix de Janelle Monáe (on va y venir) – et le fait d’assumer tout ça&amp;nbsp;: sympa mais peut-être redondant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le dernier acte du disque montre Jane/Janelle sous un jour plus vulnérable. Avec &lt;a href=&quot;https://youtu.be/BYlW67CMRKM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Don’t Judge Me&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, chanson plus calme, la chanteuse semble demander à sa communauté de fans de ne pas la juger pour ce qu’elle est – et pas pour ses déguisements d’androïde derrière lesquels elle a pu se cacher. Une chanson tombée fort à pic, Janelle Monáe ayant fait son coming out dans une &lt;a href=&quot;http://https://www.rollingstone.com/music/music-features/janelle-monae-frees-herself-629204/&quot;&gt;interview&lt;/a&gt; donnée au magazine &lt;em&gt;Rolling Stones&lt;/em&gt; la veille de la sortie de &lt;em&gt;Dirty Computer&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Being a queer black woman in America, someone who has been in relationships with both men and women – I consider myself to be a free-ass motherfucker.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pas bisexuelle, plutôt pansexuelle, mais de préférence hors des cases&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Categorize me, I defy every label&amp;nbsp;», rappelons-le. Enfin, avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zmG0LAbcmuM&quot;&gt;«&amp;nbsp;So Afraid&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, l’Américaine se montre sous un jour plus vulnérable&amp;nbsp;: eh, même les ordinateurs ont le droit d’avoir peur de leurs sentiments.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ombre de Prince plane sur &lt;a href=&quot;https://youtu.be/POZNheF-KdY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Americans&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, chanson conclusive dont certaines sonorités semblent provenir tout droit de &lt;em&gt;Purple Rain&lt;/em&gt;. Cette chanson se place du point d’un Américain typique&amp;nbsp;; c’est surtout un cri du cœur contre les discriminations, le racisme, le sexisme et tous ces maux dont les USA (mais pas que) continuent d’être affligés. L’intervention du pasteur chicagoan Sean McMillan met les choses au clair&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Until women can get equal pay for equal work&lt;br /&gt;
This is not my America&lt;br /&gt;
Until same-gender loving people can be who they are&lt;br /&gt;
This is not my America&lt;br /&gt;
Until black people can come home from a police stop without being shot in the head&lt;br /&gt;
This is not my America, huh&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà qui est dit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'album “Dirty Computer”, dans son traitement musical et dans ses paroles, relève bien moins de la SF que les premiers albums de Janelle Monae, l'EP “Metropolis” en tête. Mais le moyen-métrage, oui, ça en est clairement — drones policiers, voitures volantes et ambiance dystopique contre-attaquée par une vision d'une utopie féministe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Moins conceptuel que les précédents albums de la chanteuse – la science-fiction s’efface ici souvent derrière la chair –, &lt;em&gt;Dirty Computer&lt;/em&gt; s’avère à mon sens plus abouti. Janelle Monáe y délaisse son déguisement d’androïde, s’assume telle qu’elle est – une jeune femme noire dont la vie amoureuse fait fi des genres – et célèbre la tolérance, le féminisme et la liberté. Et merde à ceux que cela emmerde. Porté par des chansons proposant une pop/r’n’b enjouée, ce &lt;em&gt;Dirty Computer&lt;/em&gt; s’avère joliment organique, en pleine phase avec l’actualité et référencé (autant les précédents albums de la chaneuse que &lt;em&gt;Matrix&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Transformers&lt;/em&gt;, Trump — et j’en oublie…). Puissant dans sa première moitié, on lui pardonnera une seconde moitié plus introspective et peut-être un peu moins marquante. Quant à &lt;em&gt;Dirty Computer – An Emotion Picture&lt;/em&gt;, il s'agit là d'un moyen-métrage d'excellente qualité — aux visuels faisant la part belle à la SF (drones policiers, voitures volantes et ambiance dystopique contre-attaquée par une vision d'une utopie féministe) — avec, en guise de bande-son, les meilleurs morceaux du disque. Ce n'est pas plus long qu'un épisode normal de série TV&amp;nbsp;: pourquoi se priver de le regarder&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une chose est sûre&amp;nbsp;: vivement la suite&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>D comme Drawing Restraint 9</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/10/D-comme-Drawing-Restraint-9" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Drawing Restraint 9" />
      <id>urn:md5:439c9b75b4c97444a6313265eb0296ab</id>
      <published>2018-07-10T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-10T12:32:03+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après le &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/16/C-comme-The-Cremaster-Cycle&quot;&gt;Cremaster Cycle&lt;/a&gt;, l'on tend un œil curieux quoique dubitatif sur &lt;strong&gt;Drawing Restraint 9&lt;/strong&gt;, objet filmique non-identifiable de l'artiste américain Matthew Barney. À bord d'un baleinier japonais, Barney et son épouse d'alors, Björk, font des trucs impliquant thé vert, ambre gris et une belle quantité de vaseline…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Drawing Restraint 9, Matthew Barney (2005). Couleurs, 143 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Reparlons un peu d’art contemporain, sujet délicat s’il en est, qui oscille souvent à première vue (et à deuxième vue &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt;) entre le foutage de gueule, plus ou moins habilement dissimulé sous une couche de «&amp;nbsp;Ta gueule, c’est conceptuel&amp;nbsp;», et des trucs vraiment réussis. Et j’avoue manifester un intérêt coupable pour la chose, surtout lorsqu’il s’agit d’art vidéo – domaine vaste, allant des ironiques sculptures télévisées de Nam June Paik aux œuvres mystiques de Bill Viola.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a quelques tours d’alphabet, on s’était intéressé au &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/16/C-comme-The-Cremaster-Cycle&quot;&gt; &lt;em&gt;Cremaster Cycle&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1994-2003), œuvre monumentale de Matthew Barney consistant en cinq films passablement arty. Des films à l’ambition totalisante, mêlant les arts (dessin, sculpture, architecture, photographie, performance), au symbolisme fort mais plutôt déroutante pour qui n’en avait pas les clefs. Deux ans après la conclusion du cycle, le bonhomme a récidivé, avec &lt;em&gt;Drawing Restraint 9&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme le numéro du titre l’indique fort à propos, il s’agit là de la neuvième partie d’une œuvre qui en compte à présent seize et qui, comme le titre l’indique tout aussi justement, cherche à explorer les liens entre contrainte et créativité. Ici, la contrainte est moins formelle que physique – c’est là un aspect qui intéresse davantage Matthew Barney&amp;nbsp;: dans son cursus universitaire, le bonhomme a hésité entre sport et art. Les six premiers &lt;em&gt;Drawing Restraints&lt;/em&gt; (1987-1989) voient l’artiste dans son studio, encombré par des obstacles, chercher à dessiner. Le résultat ressemble pas mal à des gribouillis accidentels – mais qui suis-je pour juger&amp;nbsp;? &lt;em&gt;DR7&lt;/em&gt; (1993) consiste en une vidéo, où des satyres conduisent une limousine à travers New York, l’un d’entre eux tentant de dessiner avec la corne d’un autre. Dix ans plus tard, &lt;em&gt;DR8&lt;/em&gt; prend la forme d’une série de dessins reproduisant cet ovale barré, emblème déjà réccurent au sein du cycle Cremaster.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-embleme.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-embleme.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce qui nous amène au neuvième opus. En résidence au Musée d'art contemporain du XXIe siècle de Kanazawa, Barney a commencé à potasser l’histoire et la culture japonaises, y a vite greffé ses obsessions, et a fait appel à sa chère et tendre épouse de l’époque, Björk, pour composer la bande originale du film. Quid alors de ce nouveau long-métrage&amp;nbsp;? Un objet artistico-cinématographique aussi barré que le Cremaster Cycle&amp;nbsp;? Une tentative inédite d’exploser le bullshitomètre&amp;nbsp;? Spoilons allègrement…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film commence par une Japonaise effectuant deux paquets cadeaux, emballant avec soin et sous plusieurs épaisseurs deux objets.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Puis voici une procession – danses et chants – à travers un port du Japon. Amarré, il y a là le &lt;em&gt;Nisshin Maru&lt;/em&gt;, un baleinier, quatrième du nom. Un ouvrier déroule un tuyau, allant d’un réservoir amené lors de la procession jusqu’au pont du navire, où vient d’être installée une version géante de l’emblème barneyien. Ledit emblème, aux dimensions d’une piscine, est rempli d’un liquide – ça n’est pas de l’eau, et la suite ne donnera pas envie d’aller se baigner dedans.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tandis que le &lt;em&gt;Nisshin Maru&lt;/em&gt; prend le large, une théorie de jeunes femmes fait baignade autour d’un morceau d’ambre gris, cette concrétion provenant du ventrounet du cachalot, appétissant mélange entre les sécrétions biliaires et la bouffe ingérée par le gros cétacé. Bref. Les deux Invités Occidentaux s’apprêtent à rejoindre le navire&amp;nbsp;: d’un côté, Björk, de l’autre, un Matthew Barney tout barbu.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-barney.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-barney.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-barney_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-bjoerk.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-bjoerk.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-bjoerk_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À bord du &lt;em&gt;Nisshin Maru&lt;/em&gt;, Björk et Barney vaquent à leurs affaires&amp;nbsp;: la première prend un long bain, le second se fait raser la barbe (après quoi, alors qu’il sera endormi à même le sol de sa cabine, quelqu’un viendra lui raser le crâne – une partie seulement, c’est quoi ce boulot de sagouin&amp;nbsp;?). Dans le même temps, le liquide dans la piscine-emblème commence à se solidifier. Björk et Barney sont coiffés, vêtus, apprêtés au cours d’une longue cérémonie, tandis que les marins découpent la barre centrale de l’emblème&amp;nbsp;: elle sera remplacée par le gros morceau d’ambre gris. Le rituel se poursuit pour les deux Invités Occidentaux&amp;nbsp;: voilà une interminable cérémonie de thé, avec un maître de cérémonie prompt à balancer deux-trois anecdotes sur le navire (pourquoi pas&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Nisshin Maru&lt;/em&gt; existe vraiment). Et il prépare donc, sans se presser, du thé vert &lt;em&gt;vert&lt;/em&gt;. Enfin, verdâtre. Pas très ragoutant mais bon, c’est moins pire que cette gamine qui, un peu plus tard, lors d’une tempête, se met à vomir de la vaseline dans un seau.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et voilà une tempête, qui balance des paquets d’eau dans le bateau. La cabine où se trouvent toujours Björk et Barney commence à être inondée, mais ce n’est pas grave&amp;nbsp;: le couple se papouille, se léchouille… avant de se donner des coups de couteaux et puis de se découper des bouts de lard dans les jambes. Mais bon, même si ça saigne, ça ne leur fait pas trop mal&amp;nbsp;: ils sont faits de vaseline. Et les voilà qui se donnent mutuellement des bouts de l’autre à becqueter, façon sashimi. Pendant ce temps, sur le pont, ça s’active&amp;nbsp;: des gamins (sortis d’on ne sait trop où) placent une pâte à base de vomi et de crevettes sous le morceau d’ambre gris. Quand celui-ci est retiré et mis en cale, une sorcière vient s’affairer pour remplir de quelque liquide l’emplacement libre&amp;nbsp;: accessoirement, c’est une image de cette scène qui fournira la pochette de l’album de Björk (cf. plus bas).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;On voit mal mais là, il lui découpe la main…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;On voit mal mais là, ce sont les deux colonnes vertébrales, artificielles et naturelles…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la cale, on trouve deux simili-épines dorsales, l’une organique, issue de l’ambre gris, l’autre plastique, issue de la vaseline. Dans leur cabine, les deux Invités Occidentaux s’embrassent puis plongent, et leurs jambes mutilées deviennent des queues de baleine. Il s’agit là de l’aboutissement final du processus entamé au moment où le &lt;em&gt;Nisshin Maru&lt;/em&gt; était encore à quai. Lequel navire aborde désormais les glaces de l’Arctique pour sa saison de chasse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ailleurs, dans quelque port anonyme, un bloc de béton est traîné depuis le fond de la mer. Amené sur une rampe, il cause l’effondrement de celle-ci et, à nouveau dans l’eau, y libère des perles. Fin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-d-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Okay…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le plan formel, votre serviteur n’a pas grand-chose à redire. Tout est ici question de processus et de transformation, entre l’inerte et le vivant, l’artificiel et le naturel – ici, la vaseline et l’ambre gris. Sous cet aspect-là, le film remplit son office. La culture japonaise est présente à plus d’un titre&amp;nbsp;: la cérémonie du thé, la musique faisant la part belle aux instruments traditionnels… et la chasse à la baleine — activité des plus critiquables mais sur laquelle Matthew Barney s’abstient de formuler quelque jugement (on ne verra pas de cétacé, tout juste un énorme sac poubelle grimé en baleine, sur lequel les marins s’amusent à projeter des harpons). On pourra aussi s’interroger sur le titre, le film présentant aussi peu dessins que de contraintes (à moins que porter des fringues pas pratiques et ridicules relève de la contrainte). Bref, s’il y en a, je n’ai pas forcément remarqué.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-d-album.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-d-album.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur le plan cinématographique, le bilan m’a paru plus mitigé&amp;nbsp;: le film est long, sûrement trop, et suscite l’ennui plus souvent qu’à son tour. Barney et Björk ne brillent pas par leur jeu d’acteur. Quant à la bande originale composée par cette dernière, elle semble initier le virage franchement expérimental que va prendre sa discographie à partir de &lt;em&gt;Medùlla&lt;/em&gt; – un disque fondé sur la seule voix et comprenant autant d’excellentes chansons que de purges. À ce propos, le clip de la chanson « &amp;nbsp;Where Is The Line?&amp;nbsp;», où une Björk couverte de sacs de sable donne naissance à une créature couverte d’une matière blanchâtre, aurait sûrement pu former un addendum à &lt;em&gt;Drawing Restraint 9&lt;/em&gt;. La bande originale a peiné à trouver grâce à mes oreilles (pourtant amatrices de Björk et capables de s’infliger des heures d’Autechre), le pire étant atteint par &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5jQ5R0a9Bgs&quot;&gt;«&amp;nbsp;Holographic Entrypoint&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, à savoir dix minutes de nô venant accompagner la scène la plus gerbante du film (quand B&amp;amp;B se découpent amoureusement des morceaux de lard).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/CdjaPMrTGZg&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Autant le &lt;em&gt;Cremaster Cycle&lt;/em&gt; m’a plu et fasciné, autant ce &lt;em&gt;DR9 &lt;/em&gt;m’a semblé abscons pour pas grand-chose en fin de compte. Mais qui suis-je pour juger, hein&amp;nbsp;? Quoi qu’il en soit, la série «&amp;nbsp;Drawing Restraint&amp;nbsp;» s’est poursuivie, jusqu’à atteindre le numéro 16 en 2007. Dans ce dernier opus en date, Barney a réitéré un ancien &lt;em&gt;DR&lt;/em&gt;, a effectué de nouvelles tentatives de dessin sous contrainte – dont l’une mettant en œuvre des poissons morts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, voilà voilà. Avec ce billet, j’aurais payé mon écot à l’art vidéo en général et Matthew Barney en général, et j’arrête là les dégâts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: officiellement, oui (mais en cherchant bien…)&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: nope&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>C comme La Cybériade</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/06/C-comme-La-Cyberiade" rel="alternate" type="text/html" title="C comme La Cybériade" />
      <id>urn:md5:96fa10f130a7f8f13aeeb7426c6564d8</id>
      <published>2018-07-06T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-06T10:39:32+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous couvert de science-fiction, Stanislas Lem s'est illustré dans des styles très variés, allant du récit de SF pur jus au polar métaphysique… en passant par des contes, mettant en scène robots, dragons et inventeurs fous… &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Contes inoxydables&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: des récits pleins de verve et d'ironie, à se raconter au coin d'un feu nucléaire à l'âge de l'espace…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Cybériade [Cyberiada], Stanislas Lem, recueil traduit du polonais par Dominique Sila. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Folio SF&amp;nbsp;», 2004 [1965]. Poche, 320 pp.&lt;br /&gt;
Contes inoxydables [Bajki Robotow], Stanislas Lem, recueil traduit du polonais par Dominique Sila et Anna Posner. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», 1981 [1964]. Poche, 224 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Stanislas Lem, on commence à s’en souvenir, a abordé la science-fiction de plusieurs manières au cours de sa carrière littéraire&amp;nbsp;: des romans d’exploration pur jus (&lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; bien sûr, mais aussi &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt; &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, sans oublier &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/04/P-comme-Pirx-le-pilote&quot;&gt;Pirx le pilote&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/17/F-comme-Fiasco&quot;&gt;Fiasco&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;), des quasi-essais (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/22/V-comme-La-Voix-du-maitre&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Voix du ma&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ître&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), des polars métaphysiques (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt;&lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/04/R-comme-Le-Rhume&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Rhume&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), des critiques de livres inexistants (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum&quot;&gt;&lt;strong&gt;A Perfect Vacuum&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Imaginary Magnitudes&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Bibliothèque du XXIe siècle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;). Et aussi des contes, rédigés à partir du début des années 60. Il s’agit ici de contes merveilleux, mais où le surnaturel est remplacé à bon escient par la science.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-c-cover2a.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-b-cover2a.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-c-cover2b.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-c-cover2b.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Recueil traduit une première fois en 1968 par L. Makowski sous le titre &lt;strong&gt;Cybériade&lt;/strong&gt; pour «&amp;nbsp;Présence du Futur&amp;nbsp;», et retraduit, dans une version plus complète, en 1980 par Dominique Sila sous le titre &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt;, toujours au sein de la même collection, cet ensemble de nouvelles se consacre à deux constructeurs – quoique le terme adéquat serait plutôt inventeurs –, ces messieurs Trurl et Clapaucius. L’un et l’autre sont des robots (même si cela n’est jamais vraiment explicité) et sont d’une ingéniosité sans pareil. Ce qui ne les empêche pas de concevoir des machines aussi gigantesques que ratées, telle cette calculatrice haute de huit étages qui persiste à affirmer que deux et deux font sept. Ils se détestent, ils sont inséparables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans cette &lt;strong&gt;Cybériade&lt;/strong&gt; (dont le titre rime avec &lt;strong&gt;Iliade&lt;/strong&gt;, ce qui n’a rien d’un hasard), on y croise donc des rois et des empereurs, sans oublier quelques dragons improbables. Au fil des «&amp;nbsp;Sept Croisades&amp;nbsp;» de Trurl et Clapaucius – croisades qui sont au nombre de neuf, car deux sont bissées –, les deux inventeurs arpentent l’espace, déposent des tyrans et rivalisent d’ingéniosité afin de mettre au point des machines aussi perfectionnées que bizarres… mais attention de ne pas se laisser dépasser par les créations. Lorsque Trurl conçoit un Conseiller destiné à assister quelque souverain d’une contrée reculée, la machine prend rapidement le parti du roi et devient l’ennemi de Trurl… mais comment circonvenir sa propre invention&amp;nbsp;? De peur de perdre la vie, le constructeur battra le Conseiller en faisant preuve d’une ruse encore plus grande. Quand Trurl (encore lui) fabrique trois machines à raconter des contes moraux au roi Génialain – ce qui représente l’occasion pour Lem de faire montre d’une maestria narrative – et qu’il s’attend à une récompense mirifique, le monarque, magnanime, lui permet de conserver sa vie. Certes, Trurl (et Clapaucius) pourraient concevoir des machines leur produisant de l’or en quantité astronomique… mais où serait le challenge là dedans&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au travers des aventures de Trurl et Clapaucius, Lem propose une succession de contes moraux, méchamment incisifs. Au fil du recueil, les aventures gagnent en ampleur et en qualité. Le style de Lem est à l’avenant&amp;nbsp;: on ne compte plus les électrotrucs. L’auteur polonais déploie une verve aussi chatoyante que métallique&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Cela se passait au temps jadis, alors que dans le vaste cosmos – lequel n’était point aussi déréglé qu’aujourd’hui – toutes les étoiles étaient rangées par ordre, de sorte que l’on pouvait aisément les dénombrer de gauche à droite et de haut en bas. (…) Jadis, donc, au bon vieux temps, il était d’usage que les constructeurs, nantis du Diplôme de l’Omnipotence Perpétuelle, avec mention bien, entreprissent de temps à autre une croisade afin d’apporter aide et conseil aux lointains peuples stellaires.&amp;nbsp;» (p. 43)&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;L’on raconte que l’Innominé est un brigand-magicien et qu’il demeure en son propre château érigé tout en noire gravitation&amp;nbsp;; les douves de ce castel, dit-on, ne sont qu’une éternelle bourrasque, ses murs un néant, parfait dans son inexistence, ses croisées aveugles et ses portes sourdes. &amp;nbsp;» (p. 188)&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-c-cover2c.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-c-cover2c.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Héritiers lointains de &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Léonard&lt;/em&gt; de Turk et De Groot ou &lt;em&gt;Rick et Morty&lt;/em&gt; continuent avec bonheur dans cette lignée d’inventeurs absurdes aux inventions qui ne le sont pas moins, sans oublier un plaisant aspect critique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-c-cover1a.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-c-cover1a.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt; ne représente pas la première incursion de Lem dans le domaine du conte&amp;nbsp;: les (bien nommés) &lt;strong&gt;Contes inoxydables&lt;/strong&gt; avaient déjà pavé le chemin un tout petit peu plus tôt. Pas de personnages récurrents dans cette douzaine de contes. On y croise trois électribuns voulant dérober les joyaux d’une planète glacée («&amp;nbsp;Les Trois Électribuns&amp;nbsp;»), on y découvre un complot radioactif («&amp;nbsp;Les Oreilles d’uranium&amp;nbsp;»), on y apprend l’origine de la fuite des galaxies («&amp;nbsp;Comment Microphile et Gigatien suscitèrent la fuite des nébuleuses&amp;nbsp;»), on y suit les efforts d’un robot pour ressusciter l’équivalent robotique de la Belle au bois dormant («&amp;nbsp;Comment Erg l’automorphe triompha du blêmard&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On y trouve des récits mythiques («&amp;nbsp;Comment Microphile et Gigatien suscitèrent la fuite des nébuleuses&amp;nbsp;») aussi bien que des contes avec des princesses («&amp;nbsp;Comment Erg l’automorphe triompha du blêmard&amp;nbsp;»), sans que l’aspect scientifique ne soit délaissé. C’est l’échauffement de son cerveau électronique qui précipite le dernier des «&amp;nbsp;Trois Électribuns&amp;nbsp;» dans les profondeurs glacées de Cryonie&amp;nbsp;; dans «&amp;nbsp;Les Deux Monstres&amp;nbsp;», l’un se débarasse de son adversaire en exploitant sa force&amp;nbsp;: le Mercurocéphale se renforce à chaque coups reçus, de telle sorte qu’après une avalanche de gnons, sa masse s’est tant et si bien accrue qu’il traverse la croûte planétaire et tombe dans le cœur en fusion de la planète.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus brefs, les contes au sommaire de ce recueil n’en sont pas moins réjouissants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et les humains dans tout ça&amp;nbsp;? Ils sont bel et bien là, bien qu’évoqués à la marge dans &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt;. Des créatures mythiques, que l’on désigne alternativement sous les noms de «&amp;nbsp;blêmards&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;blafards&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;albumineux&amp;nbsp;». Un chercheur s’explique&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Comme je le démontrais, c’est d’abord un lien circulaire qui unit les blafards aux robots. Tout d’abord, lorsque le mucus boueux que l’on trouve sur les rivages marins se roulent en boule, l’on voit apparaître certaines créatures visqueuses et blanchâtres appelées Albumineux. Au bout de nombreux siècles, ceux-ci découvrent le moyen d’insuffler l’esprit aux métaux et font des automates ainsi créés, des esclaves à leur service. Puis, au bout d’un certain temps, par un juste retour des choses, s’étant affranchis des Visqueux, ces derniers font des expériences&amp;nbsp;: prenant de la gélatine, ils tentent d’y enfourner une certaine dose de conscience&amp;nbsp;; et il suffit qu’ils essaient avec des protéines pour y parvenir. Mais, au bout d’un million d’années, ces Blafards synthétiques s’emparent de nouveau du fer et ce circuit alternatif recommence et se poursuit à l’infini.&amp;nbsp;» ( &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt;, p. 316)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Impossible de ne pas penser à Italo Calvino, qui a publié à la même période ses &lt;strong&gt;Cosmicomics&lt;/strong&gt;, recueils mêlant pareillement science-fiction et contes cosmogoniques (quoique avec davantage de vain bavardage et un humour moins grinçant que celui de Lem). Pas de cosmogonie pour l’auteur polonais, mais rien que des contes, que des grands-mères robotiques pourraient raconter à leurs métalliques petits-enfants au coin d’un feu nucléaire, tant Lem pastiche élégamment le genre. Épreuves, princesses à sauver, souverains impitoyables, quêtes impossibles, etc. Mais avec des robots et dans l’espace – ce qui a tout de suite bien plus de classe et de sense of wonder.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-c-cover1b.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-c-cover1b.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt; et les &lt;strong&gt;Contes inoxydables&lt;/strong&gt;, Stanislas Lem s’empare avec un bonheur féroce des tropes de la science-fiction et des contes de fées, et les repassent à la moulinette de son humour ravageur, accomplissant avec ces deux recueils la parfaite union des contes et de la science-fiction, pour un résultat plutôt unique et hautement recommandable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que Paul Di Filippo a proposé un pastiche de la &lt;strong&gt;Cybériade&lt;/strong&gt;, sous le titre «&amp;nbsp;La Nouvelle Cybériade&amp;nbsp;». C’est là une jolie nouvelle, mettant en scène Trurl et Clapaucius. Après quelques éternités, les deux robots commencent à s’ennuyer ferme. Que faire alors&amp;nbsp;? Tiens, et si on recréait les humains&amp;nbsp;? L’exercice va s’avérer semé d’embûches…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À lire en écoutant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/06/A-comme-Apparat-Organ-Quartet&quot;&gt; Apparat Organ Quartet &lt;/a&gt; , forcément.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: des deux recueils, seul &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt; apparaît encore disponible&lt;br /&gt;
Illisibles&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>B comme The Bad Batch</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/05/B-comme-The-Bad-Batch" rel="alternate" type="text/html" title="B comme The Bad Batch" />
      <id>urn:md5:b2cefe0b7c7ba34113141a7298acf31b</id>
      <published>2018-07-05T12:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-07-05T12:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dans un désert dystopique, une jeune femme est kidnappée par des cannibales.&amp;nbsp;» Voilà le pitch de &lt;strong&gt;The Bad Batch&lt;/strong&gt;, deuxième film de la réalisatrice iranienne Ana Lily Amirpour, pitch laissant imaginer le croisement de &lt;strong&gt;Punishment Park&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Colline a des yeux&lt;/strong&gt;. Au moins. Mais les intentions cool font-elles de bons films&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Bad Batch, Ana Lily Amirpour (2016). Couleurs, 119 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il y a quelques tours d’Abécédaire, on s’était intéressé à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/17/G-comme-A-Girl-Walks-Home-Alone-at-Night&quot;&gt; &lt;em&gt;A Girl Walks Home Alone At Night&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; (2013) de la réalisatrice iranienne Ana Liny Amirpour. Ce premier film, tourné en persan mais aux USA et en noir et blanc, s’avérait une tentative plutôt convaincante de réinterpréter la figure du vampire dans une ambiance lointainement western. Pas sans défauts, ce long-métrage mérite toutefois d’être rangé sur la même étagère que &lt;em&gt;Morse&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Only Lovers Left Alive&lt;/em&gt; dans le genre «&amp;nbsp;anti-twilighterie&amp;nbsp;». L’attente était donc grande quant à son deuxième long-métrage, présenté par un pitch des plus alléchants&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dans un désert dystopique, une jeune femme est kidnappée par des cannibales.&amp;nbsp;» Voilà qui laissait imaginer la rencontre entre &lt;em&gt;Punishment Park&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Colline a des yeux&lt;/em&gt;. Au moins.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-b-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-b-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et puis le film est sorti directement sur Netflix, ce qui n’est pas exactement un &lt;em&gt;bon&lt;/em&gt; signe. Le début d’année 2018 l’a triplement prouvé&amp;nbsp;: sous couvert de coup événementiel, la chaîne de VOD sert – à mon sens – parfois de dépotoir de projets n’ayant pas trouvé de distributeur, tels le &lt;em&gt;Cloverfield Paradox&lt;/em&gt; de sinistre mémoire, le médiocre &lt;em&gt;Mute&lt;/em&gt; de Duncan Jones ou le décevant &lt;em&gt;Annihilation&lt;/em&gt; d’Alex Garland. Bref, découvrir que le film d’une réalisatrice que l’on qualifierait volontiers d’«&amp;nbsp;À suivre&amp;nbsp;» atterrit sur Netflix n’est pas rassurant… Mais n’anticipons pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/OUqfP1S-9ok&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arlen est une «&amp;nbsp;bad batch&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: de la mauvaise graine, en somme. Inadaptée sociale (son seul crime&amp;nbsp;?), la voilà lâchée en plein désert, à la lisière du Texas&amp;nbsp;: un panneau indique bien qu’elle se trouve désormais dans une zone de non droits. La jeune femme s’enfonce dans la plaine aride mais ne reste pas seule bien longtemps&amp;nbsp;: elle est bien vite rattrapée par deux types au volant d’un buggy. Boum. Quand elle reprend conscience, elle gît par terre, dans un campement édifié autour de la carcasse démembrée d’un avion. Chose assez peu rassurante, elle est bâillonnée et ligotée. Elle est entière, aussi – mais plus pour longtemps&amp;nbsp;: une femme arrive et, après une petite piqûre d’anesthésiant, lui découpe l’avant-bras et le mollets droits. Le grésillement qui résonne ensuite ne laisse que peu de place au doute&amp;nbsp;: Arlen est tombée chez des cannibales… Et s’enfuir paraît la meilleure stratégie de survie. Contre toute attente, sa tentative réussit, et la voilà bientôt à Comfort, bourgade fortifiée, dirigée de loin par un mystérieux individu, The Dream. Amputée mais vivante, Arlen n’a qu’une idée &amp;nbsp;: se venger de ceux qui l’ont dévorée.&lt;/p&gt;


&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-b-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-b-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après le &lt;em&gt;rape &amp;amp; revenge&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;maim &amp;amp; revenge&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si seulement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le noir et blanc de &lt;em&gt;A Girl Wals Home Alone At Night&lt;/em&gt; cède ici la place à des couleurs saturées – le jaune du désert et du short d’Arlen, le bleu du ciel, le rouge du sang. Les acteurs inconnus (ou quasi) sont remplacés par un casting un peu plus costaud&amp;nbsp;: Suki Waterhouse (qu’on a pu voir dans &lt;em&gt;Price and Prejudice and Zombies&lt;/em&gt;) balade sa moue et ses moignons sans enthousiasme&amp;nbsp;; Jason Momoa, en brute pas si épaisse que ça (il dessine avec talent, comme quoi on peut être cannibale et artiste à la fois), fournit le service minimum, avec un accent cubain vraiment pas crédible&amp;nbsp;; Keanu Reeves est le rêve incarné (avec une présence moins anecdotique que dans &lt;em&gt;The Neon Demon&lt;/em&gt;). Côté caméo, il y a aussi Diego Luna (invisible) et Jim Carrey (méconnaissable). On retrouve un même goût pour une bande-son aux petits oignons, qui marque cependant ici bien moins que dans &lt;em&gt;A Girl&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;, en dépit de quelques trouvailles. Hélas, Amirpour a toujours du mal à gérer le rythme&amp;nbsp;: son western vampirique ne brillait pas par son suspense, mais l’ambiance rêveuse et nocturne maintenait l’intérêt du spectateur tout au long de ses cent minutes. Ici… assez vite, l’ennui pointe – et, pas de chance, le long-métrage dure deux heures. Dommage que le film n’ait malheureusement pas grand-chose à dire ni à raconter.&lt;/p&gt;


&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-b-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-b-img2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le contexte est fort peu détaillé. On comprend que les habitants de ce désert sont des parias, pas forcément des criminels, dont le gouvernement se débarasse sans trop faire de sentiments (bouh, ça dénonce grave)&amp;nbsp;; on constate qu’ils vivent de pas grand-chose – faire les poubelles et/ou opter pour le cannibalisme (wow, ça dénonce sévère). Et, grosso-modo, ça ne va pas beaucoup plus loin. &lt;em&gt;Punishment Park&lt;/em&gt; reste incontesté sous cet aspect-là. En matière de cannibalisme, le film n’est pas très saignant, passé le démembrement initial d’Arlen&amp;nbsp;: le caractère légèrement choquant de la mutilation et de la consommation de viande humaine n’est pas exploité (ou pas assez). Au temps pour l’effet traumatisant. &lt;em&gt;Cannibal Holocaust&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Colline a des yeux&lt;/em&gt; n’ont rien à craindre. En fait, tout donne l’impression que &lt;em&gt;The Bad Batch&lt;/em&gt; cherche à se donner une atmosphère de film culte indé, façon midnight movie, étrange et provocateur, et si les dix premières minutes (allez, soyons généreux&amp;nbsp;: la première demi-heure) entretiennent l’illusion, la suite – en dépit de quelques séquences réussies, çà et là – ne tient pas la longueur. Le pitch était magique, pourtant…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une déception. Mais bon, vu où ce film a atterri, on savait un peu à quoi s’y attendre, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-b-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-b-img3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout n’est bien sûr pas à jeter dans les productions Netflix&amp;nbsp;: en matière de longs-métrages (les séries sont plus souvent de meilleure qualité), &lt;em&gt;Okja&lt;/em&gt;, à défaut d’être pleinement réussi, méritait le coup d’oeil&amp;nbsp;; les récentes adaptations de &lt;em&gt;1922&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Jessie&lt;/em&gt; font honneur à Stephen King, et la pilule feel-good électro &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/05/25/X-comme-XOXO&quot;&gt; &lt;em&gt;XOXO&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; n’est pas non plus désagréable à regarder. Mais en ce qui concerne Ana Lily Amirpour, il reste à espérer qu’elle visera mieux la prochaine fois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: sur Netflix&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: n’allons pas jusque là, c’est juste dispensable&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: hélas…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-b-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-b-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Als die Götter starben</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/04/A-comme-Als-die-Goetter-starben" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Als die Götter starben" />
      <id>urn:md5:69fe35893596c8ab6453fdf6595a3ca0</id>
      <published>2018-07-04T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-10T12:02:31+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On le sait depuis les Vikings&amp;nbsp;: même les dieux sont voués à mourir. En particulier s'ils n'ont aucun caractère divin et se contentent de venir d'une autre planète, impressionnant les populations locales arriérées en vertu de la Troisième Loi de Clarke… C'est peu ou prou ce que nous raconte l'auteur de SF est-allemand Günther Krupkat dans son roman &lt;strong&gt;Als die Götter starben — Quand les dieux moururent&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Als die Götter starben. Utopischer Roman, Günther Krupkat. Das Neue Berlin, 1963. Grand format, 364 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On le sait depuis les Vikings&amp;nbsp;: même les dieux sont voués à mourir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En matière de SF est-allemande, Günther Krupkat commence à devenir un habitué de cet Abécédaire. Précédemment, on avait jeté un œil curieux à sa bancale histoire de premier contact &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/18/U-comme-Die-Unsichtbaren&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1956) et on avait refait la conquête spatiale avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/19/G-comme-Die-Grosse-Grenze&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Grosse Grenze&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (1960). Son roman suivant &lt;strong&gt;Als die Götter starben&lt;/strong&gt; (1963), titre que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;Quand les dieux moururent&amp;nbsp;», mélange les deux thématiques… et en apporte une nouvelle – on va y venir.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-a-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici au début du XXIe siècle, et la Lune fait partie des nouveaux terrains d’exploration. Une ville, baptisée Endymion, y est même établie, avec tout ce qu’il faut en matière de laboratoire. En examinant des images satellites, des scientifiques remarquent une ombre un peu trop nette se découper dans un recoin montagneux. Une illusion d’optique&amp;nbsp;? Ni une ni deux, une mission est diligentée sur place. Quelle n’est pas la surprise des scientifiques de trouver un vaisseau spatial – ou plutôt, ce qu’il en reste, tant l’appareil semble ancien. Las, un glissement de terrain provoqué accidentellement par l’un des chercheurs fait disparaître à jamais le spationef dans les profondeurs lunaires. Néanmoins, avant que le vaisseau s’abîme, un scientifique a pu distinguer sur la paroi métallique une inscription… en caractères cunéiformes&amp;nbsp;! Une inscription qui correspond au nombre 363. La suite des recherches se déroule sur Phobos&amp;nbsp;: dans les entrailles du satellite martien, les scientifiques mettent au jour un stock de bobines de microfilms. L’archéologue Olden entreprend de les déchiffrer…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatre mille ans avant notre ère, des vaisseaux spatiaux en forme de sphères se posent dans la vallée de la Bekaa, dans l’actuel Liban. À leur bord, des individus humanoïdes, qui, bien que bénéficiant d’une technoligue supérieure, décident de ne pas s’immiscer excessivement dans les affaires des peuplades locales. Décret qui ne les empêche pas de faire appel à la main d’œuvre humaine, pour bâtir notamment les fameuses terrasses de Baalbek. Ces extraterrestres viennent de la double planète Meju-Ortu et sont en quête d’un nouveau foyer, Meju étant sur le point d’être détruite. Las, l’expédition se terminera en fiasco&amp;nbsp;: Meju-Ortu explose, inondant bientôt d’une pluie de feu la Terre et détruisant une partie des astronefs extraterrestres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs questions se posent aux scientifiques de l’époque présente&amp;nbsp;: où précisément au Proche-Orient les extraterrestres ont-ils atterri&amp;nbsp;? Où se situe Meju-Ortu&amp;nbsp;? Les survivants ont-ils trouvé une nouvelle planète&amp;nbsp;? À la première question, le titre de la quatrième partie du roman offre une réponse claire&amp;nbsp;: Sodome et Gomorrhe (Siddim et Gor Mora dans le roman). La deuxième question fait écho à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/23/K-comme-Kurs-Ganymed&quot;&gt; &lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Horst Müller, paru un an plus tôt&amp;nbsp;: Meju-Ortu est cette hypothétique planète 4.5 dont la destruction aurait créé la ceinture d’astéroïdes. Certes, on sait désormais que la masse totale des astéroïdes est de loin inférieure à la masse totale d’une telle planète, et que celle-ci n’a jamais donc existé. Et quant à la dernière question… eh bien, lisez le livre&amp;nbsp;! Si la cinquième et dernière partie appelait une suite potentielle, Krupkat s’est abstenu de l’écrire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-a-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À en juger par les rares commentaires glanés çà et là au sujet de &lt;strong&gt;Als die Götter starben&lt;/strong&gt;, ce roman semble compter au rang des meilleurs de son auteur. Pour ma part, l’impression générale est plus mitigée&amp;nbsp;: si les deux premières parties, narrées du point de vue des scientifiques du XXIe siècle, tiennent la route, en dépit de péripéties inutiles (comme la présence d’un robot surpuissant mais pas très malin, ignorant des fameuses lois de la robotique), les deux suivantes, censément rédigées par un extraterrestre, se situent essentiellement du côté des humains. Pourquoi pas… mais dommage que ce pan-là de l’intrigue, centré sur l’antiquité, ne m’a paru générer guère d’intérêt. À la place, Krupkat s’est attaché à raconter l’épisode biblique de la destruction de Sodome et Gomorrhe, sous un angle science-fictif&amp;nbsp;: les anges sont ici remplacés par des extraterrestres. Quant à Loth, il apparaît sous le nom de Leth. Pour un peu, on louche ici du côté de la théorie des «&amp;nbsp;anciens astronautes&amp;nbsp;», popularisée par Jacques Bergier, Louis Pauwels et Erich von Däniken, ânerie ufologique selon laquelle la Terre aurait été visitée par des extraterrestres dans un passé plus ou moins lointain, des aliens qui auraient donné aux hommes quelques apports technologiques pas inutiles, comme (ici) l’écriture, et qui auraient été pris pour des dieux ensuite. (Certes, &lt;strong&gt;2001&amp;nbsp;: L’Odyssée de l’espace&lt;/strong&gt; repose en parti sur cette idée, mais le film ne fait pas de raccourcis idiots). Krupkat remettra le couvert sur ce thème cinq ans plus tard, avec son dernier roman, &lt;strong&gt;Nabou&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-a-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De manière assez curieuse, plusieurs romans d’autres auteurs s’empareront également de la thématique des «&amp;nbsp;anciens astronautes&amp;nbsp;», comme Carlos Rasch avec &lt;strong&gt;Der Blaue Planet&lt;/strong&gt; (1963 aussi). Idée curieuse… ou pas forcément&amp;nbsp;: si l’on met de côté l’aspect pseudo-scientifique, cela permet de faire de la science-fiction avec un tant soit peu de politique, sans risquer d’offusquer les pouvoirs en place. Hé, c’est dans le passé, alors… Mais de ce côté-là, les aspects politiques et critiques sont des plus brefs dans le roman de Krupkat&amp;nbsp;: peu de choses sont dites sur le contexte global de ce XXIe siècle (on y apprend au détour d’un paragraphe que la place des femmes n’est plus dévolue aux fourneaux, «&amp;nbsp;coutume barbare de nos ancêtres &amp;nbsp;»), et quant à l’antiquité, le discours ne va pas au-delà de «&amp;nbsp;l’esclavage, c’est mal, et les tyrans, ils ne sont pas gentils&amp;nbsp;». Enfin, au rang des détails qui ne passent plus aujourd’hui&amp;nbsp;: si l’équipe scientifique est mixte et internationale, on sait de quels pays viennent les membres européens&amp;nbsp;; par contre, Gombar «&amp;nbsp;est Africain&amp;nbsp;». C’est un peu court, mon cher Günther…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme à l’accoutumée chez Das Neue Berlin, le livre bénéficie d’illustrations&amp;nbsp;: celles-ci sont signées Martin Kotsch. Par moment, elles sont figuratives&amp;nbsp;; par moment, eh bien… disons qu’on se situe à la lisière de l’abstraction. Les mauvaises langues parleront de gribouillis, mais certains des dessins s’avèrent réussis.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-a-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-a-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-a-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-a-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-a-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-a-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, ce roman de Günther Krupkat n’est pas encore celui qui viendra prouver que la littérature de SF est-allemande est un filon oublié. On se retrouve à déterrer des récits imparfaits mais curieux et représentatifs d’une autre époque, ce qui n’est déjà pas si mal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>9 comme number9dream</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/07/03/9-comme-number9dream" rel="alternate" type="text/html" title="9 comme number9dream" />
      <id>urn:md5:d1437f5712690971f18afe5dc29e6293</id>
      <published>2018-07-03T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-03T12:24:16+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-9-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol9-9-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Number nine&amp;nbsp;? Number nine&amp;nbsp;? Number nine&amp;nbsp;?&lt;/em&gt;… L'Abécédaire repart pour un nouveau tour, placé sous l'égide du nombre 9. Et l'on commence tout naturellement avec &lt;strong&gt;number9dream&lt;/strong&gt;, deuxième roman de David Mitchell au titre parfaitement adéquat… et curieusement inédit en français. Faut-il tout lire de l'auteur de &lt;strong&gt;Cartographie des nuages&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? — c'est la question que l'on se pose ici… &lt;em&gt;Number nine&amp;nbsp;? Number nine&amp;nbsp;? Number nine…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;number9dream, David Mitchell. Sceptre, 2001. Grand format, 418 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Faut lire TOUT david mitchell.&amp;nbsp;» (Eire Emdé sur Facebook, 14/06/2018, 22:14)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Qui ne connaît pas David Mitchell, romancier britannique né en 1969, un temps professeur d’anglais au Japon, auteur de sept livres, dont &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/ecrits-fantomes&quot;&gt; &lt;strong&gt;Écrits fantômes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, premier roman remarqué, &lt;strong&gt;Cartographie des nuages&lt;/strong&gt;, adapté au cinéma par les Wachowski et Tom Tykwer sous le titre Cloud Atlas, et &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/l-ame-des-horloges&quot;&gt; &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Âme des horloges&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, récompensé par le prix World Fantasy en 2015.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lire tout David Mitchell, donc&amp;nbsp;? Chose plus facile à dire qu’à accomplir, car de la bibliographie de l’auteur, trois récits demeurent pour le moment inaccessibles au lecteur non-anglophone&amp;nbsp;: le dernier des trois, une novella intitulée &lt;strong&gt;From Me Flows What You Call Time&lt;/strong&gt;, est d’ailleurs inaccessible à tout lecteur avant 2114. Il s’agit là d’un texte à destination d’une «&amp;nbsp;bibliothèque du futur&amp;nbsp;», projet destiné à accueillir des ouvrages qui ne seront mis à disposition du public que dans une centaine d’années. Voilà bien un texte introuvable et de ce fait illisible, qui aurait toute sa place dans ce désolant Abécédaire – si, intime de l’auteur, j’avais pu le lire. Ce n’est pas le cas, tant pis, et patientons encore 96 ans. Les deux autres livres se contentent d’être inédits en français&amp;nbsp;: il y a &lt;strong&gt;Slade House&lt;/strong&gt;, manière de spin-off à &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Âme des horloges&lt;/strong&gt;, et l’objet du présent billet, &lt;strong&gt;number9dream&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Coincé entre l’excellent &lt;strong&gt;Écrits fantômes&lt;/strong&gt; (1999) et le superbe &lt;strong&gt;Cartographie des nuages&lt;/strong&gt; (2004) – deux romans ambitieux, tentaculaires, flirtant avec le fantastique et la science-fiction –, &lt;strong&gt;number9dream&lt;/strong&gt; n’a curieusement pas eu l’heur d’une traduction en français. Une injustice&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol9-9-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol9-9-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De quoi ça parle&amp;nbsp;? Le jeune Eiji Miyake, étudiant provincial un peu fauché d’à peine vingt ans, débarque à Tokyo dans le but de retrouver son père. Si Eiji est quelque peu timide et empoté, il n’en fait pas moins preuve d’une imagination débordante&amp;nbsp;: c’est ce que montre le premier chapitre. Assis dans un café en face du PanOpticon, l’immeuble où travaille l’avocate de son père, il imagine des stratagèmes pour réussir à lui adresser la parole – quitte à s’imaginer agent secret d’élite, ou bien fétu de paille dans un déluge, ou encore type à la discrétion inouïe qui suit son père et son avocate jusque dans un cinéma où l’on projette un film surréaliste. La narration oscille ici entre rêve éveillé et réalité, sans qu’il soit toujours aisé de déterminer où commence l’un et où termine l’autre. Au fil des chapitres suivants, Eiji va vivre bon nombre de péripéties, au fil d’un parcours initiatique des plus tortueux&amp;nbsp;: il passe une nuit dans un bordel avec un jeune homme pas très fréquentable rencontré dans une salle d’arcades, il est kidnappé par des yakuzas en pleine guerre des gangs, il loge dans un hôtel capsule, il bosse dans un magasin de jeux vidéos puis dans une pizzéria, il rencontre un geek dont l’objectif est de hacker le Pentagone, ainsi qu’une jeune serveuse à la nuque parfaite… tout cela, sans cesser de rêvasser ni de chercher à trouver son paternel. Mais au bout du compte, Eiji le veut-il vraiment&amp;nbsp;? Son père le veut-il aussi&amp;nbsp;? D’ailleurs, cette quête d’un père absent n’a-t-elle pas pour but de masquer un autre traumatisme&amp;nbsp;? Et peut-il continuer à rêvasser son quotidien sans que la réalité ne cesse de se rappeler à lui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/DGFvlnCq-ts&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman tire son titre d’une chanson de John Lennon, précisément intitulée «&amp;nbsp;#9dream&amp;nbsp;» (et non pas de «&amp;nbsp;Revolution #9&amp;nbsp;» des Beatles comme je l’avais initialement cru). Un titre programmatique, au vu de l’intrication des rêves et de la réalité, et de la récurrence du nombre 9. Qu’il soit écrit en toutes lettres ou bien en chiffres, qu’il soit parfois multiplié ou qu’il soit présent sous forme adjectivale, ce nombre est partout – du premier mot au point final, j’en ai dénombré un peu plus de 160 («&amp;nbsp;nine&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: 89 occurrences&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;ninth&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: 18 occurrences&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;ninety&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: 19 occurrences&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;9&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: 5 occurrences&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;333&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: 29 occurences&amp;nbsp;; quelques occurrences éparses de «&amp;nbsp;twenty seven&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;eighteen&amp;nbsp;»), mais je demeure infichu de savoir si ce nombre total de 9 revêt quelque signification. Et, bien entendu, le roman se divise en neuf chapitres. Le dernier est le plus court, pas sans raisons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si Eiji Miyake constitue l’unique narrateur du roman, celui-ci fait montre d’une diversité de styles (narration à la première personne en quasi flux de conscience, diaristique, épistolaire) et de genres (récit initiatique surtout, flirtant parfois avec la SF et le fantastique, mais de manière moins marquée qu’&lt;strong&gt;Écrits fantômes&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Cartographie des nuages&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Âme des horloges&lt;/strong&gt;). En parallèle du parcours semi-onirique d’Eiji, certains chapitres contiennent ainsi d’autres lignes d’intrigue&amp;nbsp;: on découvre ainsi l’enfance du narrateur, avec sa sœur jumelle, on lit un récit surréaliste mettant en scène une chèvre écrivain, un chapon cuisinier et un hominidé, on lit le journal d’un pilote de kaiten – ces sous-marins kamikazes utilisés par la Marine japonaise lors de la Seconde Guerre mondiale –, et le récit d’une femme kidnappée par les yakuzas. Des récits enchâssés à l’intérêt variable&amp;nbsp;: si le journal du pilote de kaiten est réussi, l’histoire de cette chèvre écrivain m’a laissé froid.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la continuité d’&lt;strong&gt;Écrits fantômes&lt;/strong&gt; et&lt;strong&gt;Les Mille Automnes de Jacob de Zoet&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;number9dream&lt;/strong&gt; traduit l’intérêt plus que marqué de l’auteur pour le Japon. Et à l’instar des autres romans de David Mitchell, celui-ci tisse des liens avec les livres passés et futurs de l’auteur. Intertextualité, quand tu nous tiens… À noter que l’un des passages du premier chapitre a été adapté sous la forme d’un court-métrage, intitulé &lt;em&gt;The Voorman Problem&lt;/em&gt;, avec Martin Freeman et Tom Hollander. Par ailleurs, d’aucuns ont vu dans ce roman des ressemblances avec le roman &lt;strong&gt;La Ballade de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’impossible&lt;/strong&gt; de Haruki Murakami, dont le titre japonais (et anglais) provient d’une chanson des Beatles, «&amp;nbsp;Norwegian Wood&amp;nbsp;». Ne l’ayant pas lu, je serai bien en peine de juger.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Sur le papier, &lt;strong&gt;number9dream&lt;/strong&gt; a tout pour plaire&amp;nbsp;: un aspect conceptuel intéressant, sous l’égide de John Lennon. Mais… Là où&lt;strong&gt;Écrits fantômes&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Cartographie des nuages&lt;/strong&gt; font preuve d’une réjouissante maestria et d’une ambition narrative étonnantes, ce roman peine à passionner&amp;nbsp;: il n’interpelle pas. La quête d’Eiji est assez bateau, même si les réflexions sur le sens qu’on décide d’accorder à une vie ne manquent pas de pertinence. Si les moments brillants du roman le sont vraiment, le récit traîne en longueur – Mitchell a l’habitude d’écrire des pavés, et si avec ses 400 pages, &lt;strong&gt;number9dream&lt;/strong&gt; fait figure d’œuvre assez brève, ce roman est trop long pour son propre bien – et sa pyrotechnie fait long feu, donnant l’impression d’une œuvre assez vaine en fin de compte. Pschitt, quoi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et à la question «&amp;nbsp;Faut-il tout lire David Mitchell&amp;nbsp;?&amp;nbsp;», on se contentera de recommander ce deuxième roman de l’auteur aux complétistes hardcore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en anglais seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non mais pas d’une lecture aisée pour autant&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: joker&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L'Histoire sans fin</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/06/25/L-Histoire-sans-fin" rel="alternate" type="text/html" title="L'Histoire sans fin" />
      <id>urn:md5:3e8a701436abedd6bd7ef35549ad6a6b</id>
      <published>2018-06-25T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-06-25T18:15:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/histoiresansfin-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui ne connaît pas &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;, fameux roman de l’auteur allemand Michael Ende, cette histoire qui célèbre les pouvoirs de l’imagination&amp;nbsp;? Néanmoins, plus encore que le roman, c’est son adaptation filmique par Wolfgang Petersen qui a emporté un succès planétaire. Penchons-nous donc sur le livre et la descendance qu’il a eue…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Étrange coïncidence&amp;nbsp;: écrire un roman intitulé &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; lorsque son propre patronyme, dans la langue de Goethe, signifie «&amp;nbsp;Fin&amp;nbsp;»… Lorsque &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Die Unendliche Geschichte&lt;/strong&gt;) paraît en 1979 en Allemagne, son auteur, Michael Ende, alors âgé d’une bonne cinquantaine d’année, n’en est pas à son coup d’essai. Il a en effet déjà à son actif une huitaine de romans pour la jeunesse – dont &lt;strong&gt;Momo&lt;/strong&gt; (1973), roman auréolé d’une jolie réputation et lui aussi adapté, d’abord au théâtre en 1978 (sur un livret de l’auteur) puis au cinéma en 1986. &lt;strong&gt;Momo&lt;/strong&gt; (dont le titre complet est &lt;strong&gt; Momo ou l'étrange histoire des voleurs de temps et de l'enfant qui rendit aux gens le temps qui leur avait été volé&lt;/strong&gt;) raconte une histoire critiquant la frénésie du monde moderne. Après &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;, Ende publiera une douzaine d’autres romans pour la jeunesse ainsi que des romans et recueils destinés à un lectorat plus adulte. Il décède en 1995, des suites d’un cancer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-livre1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-livre1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Venons en à l’&lt;strong&gt;histoire sans fin&lt;/strong&gt;. L’histoire qui nous intéresse est celle de Bastian Balthazar Bux et de la journée très particulière qu’il va vivre. Pourchassé par des camarades de classe désireux de balancer ce garçon timide et ventripotent dans la benne à ordure la plus proche, Bastien trouve refuge dans l’antre d’un bouquiniste, Karl Konrad Koreander. Le bonhomme, ronchon au possible, semble allergique aux enfants… et on le comprend&amp;nbsp;: poussé par quelque pulsion, Bastien s’enfuit avec l’ouvrage que lisait le libraire, &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;. Arrivant trop tard à l’école, Bastien se réfugie dans le grenier, où il se plonge – d’abord métaphoriquement — dans la lecture du livre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commence là l’histoire du Pays fantastique, que menace le Néant. Des pans entiers du Pays fantastique disparaissent entièrement, ne laissant… eh bien, que du rien – et gare à ne pas y sombrer. La Petite Impératrice, qui règne depuis la Tour d’Ivoire sur cet empire infini, est mourante, et seul un grand guerrier pourra trouver le remède susceptible de la guérir. Ce guerrier, c’est un jeune chasseur des plaines, à la peau verte, répondant au nom d’Atréju. Le garçon va parcourir le Pays fantastique, croiser le chemin de créatures étranges – dont un Dragon de la Fortune nommé Fuchur —, affronter des épreuves qui mettront à mal sa vaillance… et comprendre que sa quête n’a pas de résolution. Du moins, pas au sein des frontières de l’Empire fantastique. Et si cet univers chatoyant ne connaît certes aucune limite physique, il en demeure une, infrangible, dont Atréju n’a aucune idée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À mesure que les heures passent et que la nuit tombe, Bastien comprend peu à peu que le livre qu’il a sous les yeux possède un caractère inhabituel&amp;nbsp;: ses actions ne sont pas sans conséquence sur l’histoire et lui-même y apparaît. Surtout, il y est question d’un livre titre &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;… Les histoires d’Atréju et de Bastien vont intimement se lier, lorsqu’aux douze coups de minuit, Bastien va — littéralement – entrer dans le livre pour y sauver la Petite Impératrice en lui donnant un nouveau nom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commence alors le second acte du livre. Le Pays fantastique est désormais sain et sauf et, d’un bout à l’autre, il bruisse de légendes au sujet du Sauveur qui, dans un passé immémorial, l’a protégé de l’anéantissement. Investi d’Auryn, l’emblème de la Petite Impératrice, Bastien connaît donc des aventures merveilleuses dans le Pays fantastiques, rencontrant bientôt Atréju et Fuchur. Auryn permet au jeune garçon de faire ce qu’il veut, absolument tout – n’est-ce pas ce qui est inscrit sur le pendentif, «&amp;nbsp;Fais ce que voudras&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Mais attention… chaque désir exaucé ôte un souvenir à Bastien, qui oublie peu à peu le monde dont il provient. S’il l’oublie totalement, il demeurera prisonnier du Pays fantastique. Atréju et Fuchur parviendront-ils à sauver le héros de lui-même&amp;nbsp;? Rien n’est moins sûr, surtout lorsque Bastien tombe peu à peu sous la coupe de la fourbe magicienne Xayide…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le Pays fantastique est donc un monde qui n’a d’autres frontières que celles de l’imagination, et l’auteur s’en donne à cœur joie pour évoquer, parfois seulement sur une ligne ou deux, des amorces d’histoires mettant en scène les personnages secondaires – et de conclure systématiquement par cette phrase&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mais cela est une autre histoire, qui sera contée une autre fois.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mettons cette phrase de côté, on va y revenir. Le titre français du roman omet un léger détail&amp;nbsp;: le titre complet de l’œuvre est &lt;strong&gt;Die unendliche Geschichte von A bis Z&lt;/strong&gt;, pour l’édition allemande du livre – eh oui, le livre adopte la forme d’un abécédaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-livre2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-livre2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Divisé en 26 chapitres, introduits par des enluminures ornées de chacune des lettres de l’alphabet, &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; s’apprécie davantage dans ses versions en bichromie (caractères en bleu-vert pour les passages dans le Pays fantastique, et en brun pour le monde réel). C’est peu dire que l’édition poche française en noir et blanc fait pâle figure (les enluminures perdent tout charme et tout détail&amp;nbsp;; le remplacement du brun par du gras est moche au possible). Sans compter que cela cause de (petites) incohérences avec l’histoire puisqu’il est question à un endroit d’un livre écrit dans une encre bleu-vert. Passons. Un abécédaire, donc, qui trouve sa justification dans un passage qui n’est pas sans rappeler cette parabole à bases de singes équipés de machines à écrire et dont on attend une réécriture &lt;strong&gt;Hamlet&lt;/strong&gt; obtenue par le hasard&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Si tu y réfléchis, tu conviendras que toutes les histoires du monde se limitent finalement à vingt-six lettres. Les lettres sont toujours les mêmes, seule leur combinaison change.&amp;nbsp;» (p. 429)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un roman en forme d’abécédaire, au découpage précis&amp;nbsp;: des chapitres A à L, on suit le parcours d’Atréju et l’implication progressive de Bastien dans le tissu du récit qu’il lit&amp;nbsp;; à partir de la lettre M et jusqu’à Z, on suit le jeune héros dans ses aventures au Pays fantastique. Dans le monde réel, cette histoire se déroule pour l’essentiel sur l’espace d’une journée&amp;nbsp;: c’est le matin que Bastien dérobe le livre de &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;, et minuit sonne quand il pénètre dans le livre. La seconde moitié constitue une sorte d’itinéraire nocturne, où Bastien va se perdre lui-même… avant de se retrouver, puis d’en ressortir au petit matin. Vingt-six lettres, vingt-quatre heures, une quête double, d’abord diurne et consciente, puis nocturne et inconsciente. Du sauvetage du Pays fantastique à la quête intérieure de Bastien, il en résulte cette double morale&amp;nbsp;: les humains ont besoin de rêve et d’imagination, mais il ne faut pas s’y perdre pour autant – les deux mondes s'équilibrent l’un l’autre. &lt;strong&gt;L’Histoire…&lt;/strong&gt; se caractérise par une structure finement pensée, où le fond et la forme se rejoignent. De là à crier au chef d’œuvre… Eh bien, oui, crions-le.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La patine du temps fait cependant ressortir quelques défauts&amp;nbsp;: le principal est la quasi absence de personnages féminins. Il y en a, certes, mais dans des rôles mineurs à l’action du récit&amp;nbsp;: la Petite Impératrice, sorte de principe démiurgique à la neutralité assumée, et son opposée, la sournoise Xayide. Et, au-delà de créatures de sexe féminin (la vénérable Morla, Ygramul la Multiple, Uyulala la voix, Urgl la gnome) d’importance secondaire, c’est à peu près tout. On pourrait certes arguer que l’histoire de &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; – le livre dans le livre, donc — est celle d’un garçonnet, avec une imagination à l’avenant, mais l’explication reste courte. Il n’empêche&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; se lit et se relit avec un réel plaisir, et compte sûrement au rang des grands livres de la littérature jeunesse, tous genres confondus.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-livre3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-livre3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-livre4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-livre4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-livre5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-livre5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Riche visuellement et narrativement, c’est donc naturellement que le roman de Michael Ende a été porté plusieurs fois à l’écran. La première adaptation, signée Wolfgang Petersen, est sortie en 1984. Il s’agit là du premier film «&amp;nbsp;américain&amp;nbsp;» du réalisateur, encensé pour son précédent long-métrage &lt;strong&gt;Das Boot&lt;/strong&gt; (1981). Si le film est produit par Bavaria Film et tourné pour l’essentiel en Allemagne, le casting est américain.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-film1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-film1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En peu de scènes, contexte, personnages et enjeux sont posés&amp;nbsp;; il n’y a plus qu’à se carrer dans son fauteuil comme Bastien sous sa couette et apprécier l’histoire… Celle-ci respecte fidèlement le livre, à quelques détails près&amp;nbsp;: Atréju (Atreyu) n’y a pas la peau verte, Fuchur est renommé Falcor (ce qui a, tout de même, plus de classe), et une poignée de péripéties sont éludées (en particulier la manière dont Bastien entre dans le Pays fantastique, et le nom qu’il donne à la Petite Impératrice).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est là un long-métrage attachant, quoique ayant un peu vieilli sur certains aspects (certains effets spéciaux, et la musique surtout). Pour autant, Michael Ende l’aurait détesté, allant jusqu'à le qualifier de &lt;a href=&quot;https://people.com/archive/an-irate-michael-ende-blasts-the-disgusting-film-made-from-his-best-seller-the-neverending-story-vol-22-no-9/&quot;&gt; révoltant&lt;/a&gt;. Le principal reproche adressé à Petersen est de n’avoir pas compris le sens du roman et d’avoir omis l’apport de Bastien au Pays fantastique – sa force créatrice. Mais c'est là un aspect présent surtout dans la deuxième moitié du roman, que n'aborde pas le film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, Barret Oliver est aussi attachant qu’inoubliable en garçonnet trouvant refuge dans les livres&amp;nbsp;; et Noah Hathaway joue un Atreyu plus que convaincant. L’inventivité du film fonctionne toujours – c’est particulièrement flagrant lors des scènes situées dans la cour de la Tour d’Ivoire, où l’on aperçoit des dizaines de créatures différentes, faisant appel à plusieurs techniques d’effets spéciaux, mais qu’on ne reverra plus ensuite. &lt;em&gt;L’Histoire sans fin&lt;/em&gt; version ciné sait également se montrer émouvant&amp;nbsp;: la mort d’Artax, bordel&amp;nbsp;! Dans le livre, le cheval d’Atréju n’a pas grande importance et disparaît dans les marécages, sans que ce décès ne suscite beaucoup d’émotion. Dans le film, entre le moment où le destrier fait son apparition et celui où il meurt, pas plus d’une demi-douzaine de minutes s’écoule – un laps de temps assez bref pour susciter l’attachement. Pourtant, cette scène est poignante comme pas permis.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-film2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-film2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On l’a vu plus haut, le roman est assez long et dense&amp;nbsp;: rien d’étonnant à ce que le film de Wolfgang Petersen n’en couvre que la première moitié et s’achève avec le sauvetage de Fantasia. Sorti six ans plus tard, &lt;em&gt;L’Histoire sans fin II&amp;nbsp;: Un nouveau chapitre&lt;/em&gt; de George Miller (non, pas le réalisateur de &lt;em&gt;Mad Max&lt;/em&gt; hélas mais un quasi-homonyme) s’intéresse en toute logique à la seconde moitié du roman, quoique de manière plus lâche. Cette suite se traîne une mauvaise réputation, plutôt justifiée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire&amp;nbsp;? Bastien subit une humiliation à l’école, va à la librairie Koreander pour y chercher des manuels sur le courage… et en repart avec l’exemplaire de &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;. Las, les mots s’effacent du livre. Bien vite, le garçon y replonge, les doigts serrés sur l’emblème Auryn. Arrivant à la cité d’argent, il rencontre Nimbly, gros oiseau maladroit (pensez à Jar-Jar Binks) qui l’incite (lourdement) à utiliser Auryn pour faire des vœux. Bastien hésite. Il se trouve que le Pays fantastique est une nouvelle fois en danger, menacé par d’horribles créatures ayant tendance à surgir de nulle part. Vaillamment, Bastien décide de sauver Fantasia, et reçoit l’appréciable concours d’Atreyu et de Falcor. Si ce dernier reste le dragon porte-bonheur qu’il a toujours été, Bastien découvre qu’utiliser Auryn s’avère bien plus pratique. Mais Nimbly a omis de lui expliquer deux détails cruciaux&amp;nbsp;: qu’il est au service de Xayide, maléfique sorcière ne rêvant rien de moins que de prendre le pouvoir, et que, pour Bastien, faire un vœu lui faire perdre un souvenir. Au rythme où Bastien gaspille sa mémoire, Fantasia est-elle fichue&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film commence par une horrible erreur de casting&amp;nbsp;: Jonathan Brandis (qu’on avait pu voir dans l’adaptation téléfilmique de &lt;strong&gt;Ça&lt;/strong&gt; en cette même année 1990) remplace Barret Oliver et, en une petite minute, parvient à se rendre détestable. Le Bastien qu’il interprète est dépourvu de la naïveté touchante de son prédécesseur, et s’avère une épouvantable tête à claques. Pire, le personnage semble avoir régressé&amp;nbsp;: le premier film nous laissait avec un Bastien ayant gagné confiance en soi, qui réussissait à communiquer avec son père et qui semblait passer outre le trauma du décès de sa mère. Retour à la case départ dans cette suite. Dans le rôle d’Atreyu, Kenny Morrison est transparent&amp;nbsp;; aucune alchimie ne se crée entre lui et Brandis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Notons la présence de Thomas Hill, qui reprend le rôle de Karl K. Koreander et celle de John Wesley Shipp, interprète de Flash dans la série TV éponyme, qui adopte ici le rôle du père de Bastien. Si, dans le livre, Xayide est une antagoniste qui profite de Bastien, elle devient ici, sous les traits de Clarissa Burt, l’instigatrice volontaire du mal frappant le Pays fantastique. Dans le roman, le Vide qui emplit Bastien fonctionnait parfaitement comme enjeu de la seconde moitié, Bastien devant se sauver lui-même après avoir sauvé le Pays fantastique. Cette dimension ne transparaît pas vraiment ici, l’enjeu consistant en la sempiternelle lutte du bien contre le mal. Quant à la force créatrice de Bastien, elle n’apparaît que de façon tangente, avec les vœux. Histoire de continuer à gâcher le film, les effets spéciaux ont pris un vilain coup de vieux (Falcor, aïe), mais, cette fois, ne sont pas rattrapés par le charme du film. Et l’humour peine à faire mouche.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-film3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-film3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon. Si &lt;em&gt;L’Histoire sans fin II&lt;/em&gt; s’avère aujourd’hui difficile à revoir (tant de scènes m’ont fait grincer des dents, tellement c’est médiocre), ce n’est rien en comparaison du troisième volet&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L’Histoire sans fin III Retour à Fantasia&lt;/em&gt;. Sorti en 1994, ce film de Peter McDonald (à qui l’on doit &lt;em&gt;Rambo 3&lt;/em&gt;, et qui a œuvré surtout comme réalisateur de seconde équipe) propose un scénario inédit basé lointainement sur le roman d’Ende. Et qui s’avère une injure au bon goût comme aux sens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le père de Bastien emménage avec son fils chez sa nouvelle épouse et sa fille. Pour le jeune garçon, cela signifie une nouvelle école. Dès son premier jour, Bastien se met à dos les Mauvais Garçons (il y a une fille dans le lot mais passons sur ce malheureux choix de traduction, on n’est pas à ça près), et n’a d’autre choix que de se réfugier au CDI, où il tombe sur M. Koreander et l’exemplaire de &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;. Et notre héros de fuir dans le livre. Pas de chance&amp;nbsp;: les Mauvais Garçons vandalisent le CDI et trouvent le livre, ce qui cause des soucis au Pays fantastique. Bastien doit retourner dans le monde réel… et s’y retrouve propulsé avec Falcor, un jeune Mange-pierre et un bonhomme-arbuste, Barky.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon. Comment dire… &lt;em&gt;L’Histoire sans fin III&lt;/em&gt; est un étron, du genre à faire passer quelques purges comme &lt;em&gt;Troll 2&lt;/em&gt; pour des films honnêtes et regardables, des films derrière lesquels il y a une intention autre que le seul mercantilisme. Ce troisième opus de la série chie allègrement sur les deux précédents, sans se gêner pour éclabousser. À vrai dire, passé le premier quart d’heure et dès l’arrivée de Bastien à Fantasia, le film cesse de faire illusion et se transforme en festival d’horreurs. Les effets spéciaux sont assez moches&amp;nbsp;; les acteurs sont, pour la plupart, médiocres&amp;nbsp;: Jason James Richter (&lt;em&gt;Sauvez Willy&lt;/em&gt; 1 &amp;amp; 2) est aussi tête à claques que son prédécesseur dans le rôle de Bastien. Il n’y a guère que Jack Black, en chef des Mauvais Garçon, que l’on peut sauver du désastre – mais parce que c’est Jack Black et qu'on l'aime bien. Pour le reste… l’humour est consternant, les jeux de mots sont consternants, les scènes censément comiques sont consternantes. Le papa mange-pierre chante du rock (hé, hé, z’avez compris le jeu de mot &amp;nbsp;?), on a envie de se fourrer les oreilles de béton&amp;nbsp;; le bébé mange-pierre, déjà craignos dans &lt;em&gt;L’Histoire sans fin II&lt;/em&gt; donne envie de faire des malheurs avec un marteau-piqueur, et à voir ce à quoi est réduit Falcor, la sage créature du premier film devenue ici… un caniche volant neurasthénique qui essaie de casser le quatrième mur, on en vient à lui souhaiter une prompte euthanasie. Une détestable horreur, qui insulte autant l’œuvre de Michael Ende que le spectateur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/histoiresansfin-series.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est néanmoins sur les &lt;em&gt;trois&lt;/em&gt; films que se base la série animée, production franco-germano-canadienne dont les 26 épisodes furent diffusés en 1995 sur la télévision française. Fantasia a un problème&amp;nbsp;? Xayide fait encore des siennes&amp;nbsp;? Bastien arrive à la rescousse, et la morale est sauve à la fin. Seul point notable&amp;nbsp;: Atréju y a la peau verte, comme dans le livre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre a connu une dernière adaptation, en 2002, sous la forme d’une série télévisée de treize épisodes en prises de vue réelles&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les Contes de l'Histoire sans fin&lt;/em&gt;. Une adaptation lointaine, qui ne garde pas grand-chose du roman de Michael Ende. L'auteur de ces lignes confesse n'avoir vu aucune de ces deux adaptations sérielles, le courage lui ayant manqué après la purge de &lt;em&gt;L'Histoire sans fin 3&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une rumeur d'une nouvelle adaptation a couru voici quelques années, mais il semble que la question des droits du roman soit devenue compliquée depuis le décès de l'auteur : en 2011, la productrice Kathleen Kennedy, à la tête de LucasFilms depuis 2012, évoquait &lt;a href=&quot;http://www.ign.com/articles/2011/12/17/about-that-neverending-story-remake&quot;&gt; l’impossibilité de suites ou de remakes&lt;/a&gt;. Est-ce forcément un mal&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-legenden11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-legenden11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mais cela est une autre histoire, qui sera contée une autre fois…&amp;nbsp;» Voilà un entêtant leitmotiv, qui fait presque regretter que Michael Ende n’ait pas donné corps à toutes ces ébauches d’histoires. Presque&amp;nbsp;: après tout, n’est-ce pas au lecteur de se montrer actif dans sa lecture et d’imaginer quelles pourraient être ces aventures&amp;nbsp;? Entre l’automne 2003 et l’automne 2004, six auteurs se sont attachés à développer l’univers mis en place par Ende, au sein de la collection «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Die Legenden von Phantásien&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Le Pays fantastique, la Petite Impératrice et le Néant en forment les ingrédients requis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Die Herrin der Wörter&lt;/strong&gt; [La Maîtresse des mots] de Peter Dempf se déroule alors qu’Atreju est en quête du sauveur du Pays fantastique. Lors de ses pérégrinations, il rencontre Kiray, une naine des brumes dont le peuple a pour charge de veiller sur les mots. Problème n°&amp;nbsp;1&amp;nbsp;: Kiray est bègue. Problème n°&amp;nbsp;2&amp;nbsp;: elle est pourchassée par un «&amp;nbsp;Cauche&amp;nbsp;» (&lt;em&gt;Alp&lt;/em&gt; en allemand, moitié de &lt;em&gt;Alptraum&lt;/em&gt; – cauchemar), qui a le pouvoir de faire perdre les mots aux pauvres nains des brumes – et de les rendre bêtes et violents. Lorsque tout son village est rendu à l’état de bêtes sauvages, Kiray n’a d’autre choix que d’aller en quête de la Maîtresse des mots… &lt;strong&gt;Der König der Narren&lt;/strong&gt; [Le Roi des fous] de Tanja Kinkel se déroule dans la ville de Siridom, où vivent des tisseurs de tapis – des tapis dont les motifs représentent l’histoire du Pays fantastique. La jeune tisseuse Res découvre ainsi sur un tapis l’histoire d’un roi des temps anciens ayant sauvé l’Empire d’un péril pire que le Néant. L’intrigue de &lt;strong&gt;Die Seele der Nacht&lt;/strong&gt; [L’Âme de la nuit] d’Ulrike Schweikert met en scène la jeune Tahâma, qui doit aussi sauver le Pays fantastique d’un péril pire que le Néant. Dans &lt;strong&gt;Die Stadt der vergessenen Träume&lt;/strong&gt; [La Ville des rêves oubliés] de Peter Freund, un garçon doit se mettre en route vers la ville des rêves oubliés afin de tenter de sauver sa mère… mais la route est longue et changeante, surtout depuis que Bastien a sauvé le Pays fantastique. Enfin, &lt;strong&gt;Die Verschwörung der Engel&lt;/strong&gt; [La Conspiration des Anges] de Wolfram Fleischhauer se déroule dans la ville de Mangarath, édifiée pour combattre le Néant&amp;nbsp;; un jeune peintre d’ailes de papillons va découvrir un terrible péril (tout est dans le titre). Ces romans explorent les recoins du Pays fantastique mais omettent souvent ce détail crucial&amp;nbsp;: celui-ci n’existe qu’en lien avec le monde réel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Justement, dans le lot, notons &lt;strong&gt;Die geheime Bibliothek des Thaddäus Tillmann Trutz&lt;/strong&gt; [La Bibliothèque secrète de Thaddeus Tillmann Trutz], roman de Ralf Isau qui s’attache à raconter comment Karl Konrad Koreander devient le propriétaire de cette bouquinerie. L’histoire débute durant les heures les plus sombres de l’Allemagne nazie&amp;nbsp;: le jeune Karl postule pour un poste d’assistant auprès de ce vieux libraire mais se retrouve sans le vouloir propriétaire putatif de l’échoppe quand Trutz disparaît dans les tréfonds des rayonnages. Se lançant à sa recherche, Karl va arriver dans le Pays fantastique et y vivre de nombreuses aventures – qui impliquent notamment la Petite Impératrice et Ediyax, double pas moins maléfique de la sorcière Xayide. Il s’agit là d’une aventure sympathique, pleine de péripétie, qui peine cependant à retrouver la même grâce et la même inventivité que le roman original&amp;nbsp;; la structure du récit ne possède pas la pertinence de celle d’Ende, et le cadre de la Seconde Guerre mondiale n’est que partiellement exploité. Enfin, si ce roman explique l’origine du livre &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt;, il reste muet sur la manière dont le vieux Trutz est lui-même entré en possession de cette fameuse librairie. Une déception relative.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Douze volumes étaient initialement prévus, mais seule la moitié a été publiée – ce qui laisse deviner le succès critique et public de cette collection. De toute manière, &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; avait-elle besoin d’un tel développement&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-legenden12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-legenden12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On l’a dit plus haut, &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; célèbre les pouvoirs de l’imagination, laissant le champ libre au lecteur pour imaginer l’apparence des personnages et des décors, tout comme la suite des amorces d’histoires. Aussi les esprits grincheux (dont votre serviteur) pourraient-ils se dire qu’adapter en images une œuvre se basant essentiellement sur les pouvoirs de l’imagination est, au mieux, une mauvaise idée. Sacré paradoxe. Pourtant, le film de Wolfgang Petersen reste des plus plaisant – mais n’est-ce pas dû à la nostalgie&amp;nbsp;? Les longs-métrages suivants ne méritent guère qu’on s’y attarde, et il en va de même pour les romans ultérieurs. &lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; est assez riche pour amplement se suffire à elle-même. Une ode à l'imaginaire et à l'imagination, précieuse comme tout.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;histoiresansfin-livre6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.histoiresansfin-livre6_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le roman a d'ailleurs bénéficié d'une réédition en 2014 chez Hachette, en bichromie bien comme il faut.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Histoire sans fin&lt;/strong&gt; [Die Unendliche Geschichte] (1979), Michael Ende (trad. Dominique Autrand)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Der König der Narren&lt;/strong&gt;, Tanja Kinkel (2003)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Die Seele der Nacht&lt;/strong&gt;, Ulrike Schweikert (2003)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Die geheime Bibliothek des Thaddäus Tillmann Trutz&lt;/strong&gt;, Ralf Isau (2003)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Die Verschwörung der Engel&lt;/strong&gt;, Wolfram Fleischhauer (2004)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Die Stadt der vergessenen Träume&lt;/strong&gt;, Peter Freund (2004)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Die Herrin der Wörter&lt;/strong&gt;, Peter Dempf (2004)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;L’Histoire sans fin&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;The NeverEnding Story&lt;/em&gt;], film de Wolfgang Petersen (1984)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;L’Histoire sans fin 2 Un nouveau chapitre &lt;/em&gt;[&lt;em&gt;The NeverEnding Story II The Next Chapter&lt;/em&gt;], film de George Trumbull Miller (1990)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;L’Histoire sans fin 3 Retour à Fantasia &lt;/em&gt;[&lt;em&gt;The NeverEnding Story III Escape to Fantasia&lt;/em&gt;], film de Peter McDonald (1994)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;L'Histoire sans fin&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;The Neverending Story: The Animated Adventures of Bastian Balthazar Bux&lt;/em&gt;], série animée (1995)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Les Contes de l'Histoire sans fin&lt;/em&gt; [Tales From the NeverEnding Story], série télévisée de Giles Walker et Adam Weissman (2001)&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Épisode 82 - Jacques Boireau, Nicolas Cartelet, Daryl Gregory et Adrian Tchaikovsky</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/06/20/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-82" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Épisode 82 - Jacques Boireau, Nicolas Cartelet, Daryl Gregory et Adrian Tchaikovsky" />
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      <published>2018-06-20T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:08:13+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Archives BO</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi82-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi82-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un jour futur, il existera peut-être quelque musée des œuvres d'art futures. Auquel cas la Bibliothèque orbitale y figurera en bonne place, avec son astronaute momifié et son quatre-vingt-deuxième épisode consacré à Jacques Boireau, Nicolas Cartelet, Daryl Gregory et Adrian Tchaikovsky…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi82-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi82-livres.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : Robert Mitchum - &lt;em&gt;Calypso is like so&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;- Jean and Dinah&lt;br /&gt;
- From a logical point of view&lt;br /&gt;
- Coconut water&lt;br /&gt;
- Mathilda, Mathilda&lt;br /&gt;
- Tic, tic, tic&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi82-mitchum.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi82-mitchum.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_82.mp3" length="23453411" type="audio/mpeg3" />
      
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      <title>Z comme Zebraman</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/06/05/Z-comme-Zebraman" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zebraman" />
      <id>urn:md5:1cea6e6079ecbd6e805d12f198397aa6</id>
      <published>2018-06-05T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-06-05T15:35:22+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/17/T-comme-Tetsuo&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tetsuo&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, retour au Japon avec &lt;strong&gt;Zebraman&lt;/strong&gt;. Dans ce pastiche de film super-héros, le réalisateur Takeshi Miike met en scène un médiocre professeur des écoles qui, la nuit, enfile son costume d'homme-zèbre et lutte contre une invasion alien… &lt;strong&gt;Zebraman&lt;/strong&gt;, l'extase en noir et blanc&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Zebraman [ゼブラーマン], Takashi Miike (2004). Couleurs, 115 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Qu’est-ce qui est noir et blanc&amp;nbsp;? Un plateau d’échecs. Ou un zèbre. J’avoue, le lien est ténu, pour dire le moins. N’empêche.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-z-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-z-poster1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;2010, quelque part du côté de Yokohama. Professeur de CE2 sans aucune confiance en lui, Shinichi Ichikawa (Shô Aikawa) a une vie morne&amp;nbsp;: ses propres enfants n’ont aucun respect pour lui, sa femme le trompe, ses élèves le méprisent, le trouvant ni drôle ni intéressant. Mais Ichikawa a une passion secrète et inavouable, sous peine de perdre le semblant d’estime que lui porte le reste du monde&amp;nbsp;: Zebraman, une vieille série super-héroïque japonaise annulée au bout d’une poignée d’épisodes. Il en est tellement fan qu’il a même conçu une réplique du costume. Qu’importe si la tenue a tendance à craquer aux entournures… lorsqu’un alien, déguisé en humain coiffé d’un masque en forme de crabe et armé de ciseaux se met à terroriser le quartier, Ichikawa se doit d’enfiler son costume pour que « justice soit faite en Noir et Blanc&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Contre toute attente, Ichikawa se voit doté des pouvoirs de Zebraman et débute alors sa quête superhéroïque… Mais que penser de la série télévisée &lt;em&gt;Zebraman&lt;/em&gt;, dont les scénarios inédits entretiennent une trouble ressemblance avec la réalité&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-z-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-z-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-z-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Zebraman, sans son costume…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À ma grande honte, il me faut reconnaître que &lt;em&gt;Zebraman&lt;/em&gt; est le premier film que j’ai vu du prolifique Takashi Miike – l’Imdb le crédite d’une centaine de réalisations, entre films, téléfilms, épisodes de séries télés depuis 1991 – et je ne saurais donc dire la manière dont ce film super-héroïque s’inscrit au sein de sa filmographie. Il s’agit là d’une adaptation du manga éponyme de Reiji Yamada (inédit en français, sauf erreur).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Zebraman&lt;/em&gt; se présente comme une parodie des films de super-héros et propose donc un héros terne, ayant en guise d’animal-totem une bestiole pas des plus inspirantes, tirée d’une série télé (fictive, faut-il le préciser) ratée. Un zèbre, donc. Rien de plus qu’une sorte de cheval avec une robe un peu particulière, c’est tout. Oui, c’est un peu ridicule, et il n’y a rien d’étonnant à ce que les héros costumés choisissent de préférence des animaux avec un charisme plus fort et plus sombre (la chauve-souris, les fourmis, l’araignée). À la manière de Batman, la panoplie des coups spéciaux est à l’avenant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;zébra-hélice&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;zébra-ruade&amp;nbsp;»… C’est bête, c’est drôle et ça marche, lorsqu’on voit le pauvre Shinichi se démener dans son costume miteux (conseil&amp;nbsp;: les capes, c'est classe mais tellement pas pratique).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-z-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-z-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-z-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Zebraman, en costume…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La photographie est volontairement terne, et, dans un premier temps, Miike fait la part belle aux plans longs, insistant sur le caractère définitivement ridicule de son personnage engoncé dans un costume de pacotille et qui peine à assumer sa double identité de vigilante. Cela, sans pour autant le mépriser totalement&amp;nbsp;: les scènes avec Ichikawa et le jeune Shinpei Asano, enfant handicapé lui aussi fan de &lt;em&gt;Zebraman&lt;/em&gt;, se montrent assez touchantes – Ichikawa se reconnaissant dans la solitude de l’enfant. Pour le reste, le film pastiche avec humour les sentai – ces séries TV japonaises mettant en scène de façon frénétique des super-héros face à d’innombrables super-méchants (Ultraman en forme l’exemple-type&amp;nbsp;; les Power Rangers aussi, même s’ils sont plutôt la version exportée de la chose). C’est là un aspect qui apparaît dans deux séquences plutôt réussies &amp;nbsp;: la vraie-fausse bande-annonce de la série &lt;em&gt;Zebraman&lt;/em&gt; (avec sa caracolante &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=A2b0XcWRX-I&quot;&gt;zebra-song&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;) et le rêve zébramanesque d’Ichikawa, qui retranscrivent parfaitement le sentai et ses clichés (zooms intempestifs&amp;nbsp;; ennemis innombrables et increvables en costumes moches&amp;nbsp;; méchants qui changent de taille…).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-z-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-z-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-z-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Et voilà qu'arrive la Zebra-nurse !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De nombreuses autres scènes à la joyeuse absurdité ponctuent Zebraman (quand ces types en tenues hazmat discourent autour d’une piscine d’eau laiteuse au centre de laquelle flotte un protoplasme alien et qu’un type seulement vêtu d’une serviette arrive pour s’y laver l’entrejambe&amp;nbsp;; quand ce vendeur d’aubergines grillées ne trouve rien de mieux à faire que de demander aux enfants au cerveau parasité et ravageant son échoppe de le payer). Et en matière d’absurde, les répliques de Zebraman ne le sont pas moins&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Je n’aime pas quand on se trouve… derrière moi&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» (Et hop, zébra-ruade &amp;nbsp;!)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Si l’histoire se montre plaisante à suivre dans sa première moitié, il marque cependant le pas une fois le cap de l’heure franchi&amp;nbsp;: on finit par s’ennuyer ferme. Le rythme ralentit, et ce n’est pas les quelques révélation balancées çà et là qui relancent durablement l’intérêt. Le film retient son souffle en prévision du final, qui retombe comme un soufflé. Fini, l’ironie et l’absurde, place au super-héroïsme et au sérieux, &lt;em&gt;Zebraman&lt;/em&gt; faisant face à une bouillie protoplasmique en images de synthèse ayant pris un vilain coup de vieux. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-z-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-z-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-z-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Zebraman, dans toute sa gloire&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il en ressort de tout cela un film inégal, sympathique et amusant mais plombé par une seconde moitié décevante. Cela n’a pas empêché le film d’être récompensé par le Grand Prix des Utopiales en 2004 (tout comme, dans des genres très différents et lors d'autres millésimes, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/30/N-comme-Norway-of-Life&quot;&gt;&lt;em&gt; Norway of Life&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; &lt;em&gt;et &lt;/em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/28/J-comme-Jodorowsky-s-Dune&quot;&gt;&lt;em&gt; Jodorowsky’s Dune&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, évoqués précédemment sur ce blog), ni de connaître une suite en 2010&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Zebraman 2: Attack on Zebra City&lt;/em&gt;. Ce second volet, également signé Miike, se déroule quinze ans après les événements du premier film, dans un Tokyo rebaptisé Zebra City et où la Zebra Police bénéficie d’une période quotidienne bien délimitée pour arrêter les criminels (fussent-ils présumés) – mais voilà qu’on tente d’assassiner Zebraman&amp;nbsp;! Diantre…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-z-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-z-poster2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Moralité&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’extase en noir et blanc… Zebraman&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, presque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en zébra-DVD seulement&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Ceux qui partent d'Omelas</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/06/01/Ceux-qui-partent-d-Omelas" rel="alternate" type="text/html" title="Ceux qui partent d'Omelas" />
      <id>urn:md5:dfe539cc24dca33040c149ac14c0cf09</id>
      <published>2018-06-01T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-03T10:27:58+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Ursula Le Guin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-omelas-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/leguin-omelas-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour fêter la sortie toute récente de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ursula-k-le-guin/aux-douze-vents-du-monde&quot;&gt;Aux douze vents du monde&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; d'Ursula K. Le Guin, nous vous invitons à suivre les pas de l'auteure dans les rues d'Omelas. Omelas, cité radieuse dont le bonheur éclatant ne dépend que d'une chose, un secret inavouable… Conte à la puissance inégalée, couronné par un prix Hugo, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ursula-k-le-guin/ceux-qui-partent-d-omelas&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ceux qui partent d'Omelas&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; compte au rang des chefs d'œuvre d'Ursula K. Le Guin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle d'Ursula K. Le Guin, parue dans le recueil &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ursula-k-le-guin/aux-douze-vents-du-monde_numerique&quot;&gt;Aux douze vents du monde&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et traduite de l'anglais par Henry-Luc Planchat, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ursula-k-le-guin/ceux-qui-partent-d-omelas&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;up&gt;er au 30 juin 2018. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/up&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-omelas-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/leguin-omelas-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dome of glory&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/&quot;&gt;CC BY 2.0&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/see-through-the-eye-of-g/5420509668/&quot;&gt;GollyGforce - Living My Worst Nightmare&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Asimov's, la SF et le reste - Rencontre avec Gardner Dozois</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois" rel="alternate" type="text/html" title="Asimov's, la SF et le reste - Rencontre avec Gardner Dozois" />
      <id>urn:md5:0f8810bbc018a1dac4bfd3be49b1c331</id>
      <published>2018-05-30T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-05-30T15:20:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Pierre-Paul Durastanti</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-dozois-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Anthologiste, rédacteur-en-chef pendant vingt du magazine &lt;strong&gt;Asimov's&lt;/strong&gt; mais aussi auteur&amp;nbsp;: Gardner Dozois est décédé ce 27 mai à l'âge de 70 ans. Manière d'hommage à celui qui fut sans aucun doute l'un des grands passeurs de la SF anglo-saxonne, le Bélial' vous propose de (re)lire l'entretien que cet écrivain trop rare nous avait accordé en 2000 dans les pages du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-21&quot;&gt;Bifrost 21&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. L'occasion de découvrir un homme humble et lucide.&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;Gardner, pourriez-vous commencer par vous présenter à nos lecteurs&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je suis né en 1947 à Salem dans le Massachusetts. Mon grand-père paternel était venu du Québec pour travailler dans les minoteries de Manchester (New Hampshire). Mon père était lui aussi ouvrier, et il s’est toujours montré déçu que je ne le devienne pas moi-même. Au lieu de cela, j’ai laissé la SF «&amp;nbsp;gâcher&amp;nbsp;» ma vie&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Vous portez donc un nom français.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Dozois est un nom français, effectivement nous sommes d’origine franco-écossaise, du Québec, bien que j’aie des ancêtres irlandais et néerlandais du côté de ma mère. Dozois, un nom très peu répandu aux Etats-Unis, est plus courant au Québec. Il y a pas mal de Franco-canadiens dans le coin de Nouvelle Angleterre où j’ai grandi, nous y représentions le niveau le plus bas de l’échelle sociale. On y voyait peu de Noirs, et les Franco-canadiens étaient en quelque sorte les nègres de la Nouvelle­ Angleterre on les méprisait, on les surnommait les «&amp;nbsp;Frogs&amp;nbsp;» (grenouilles), ils récupéraient tous les boulots merdiques dont personne ne voulait, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon grand-père paternel parlait le français mais aussi l’anglais, quoique avec un accent extrêmement prononcé qui s’est beaucoup atténué avec la génération suivante. Mon père n’a pas appris le français et, armé d’un magnétophone, il s’est acharné à éliminer les traces d’accent français qu’il lui restait de sa jeunesse&amp;nbsp;: il avait de l’ambition, et cet accent, à cet endroit et à cette époque, aurait handicapé son ascension sociale. Non pas qu’elle ait été bien importante, mais il est quand même parvenu à quitter l’usine pour décrocher finalement un travail plus respectable de gérant de nuit dans un hôtel. Il n’y serait sans doute pas arrivé en gardant son accent français.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus tard, à l’Armée, j’ai moi-même fait de gros efforts pour me débarrasser de mon accent de la Nouvelle-Angleterre. Une tactique de survie, sans doute, vu que j’ai ensuite été affecté dans une unité où presque tout le monde venait du Middle West.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Être identifié comme originaire de la Nouvelle-Angleterre aurait pu poser problème&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;En fait, toute différence est un inconvénient à l’Armée. Étant déjà assez différent des autres comme ça, je n’avais pas besoin, en plus, d’un fort accent bizarre&amp;nbsp;! C’est le syndrome du singe vert&amp;nbsp;: tirez un singe de sa cage et peignez-le en vert, les autres singes le tailleront en pièces à son retour dans la cage. J’avais donc, au sortir de l’Armée, gommé la quasi-totalité de mon accent de Nouvelle-Angleterre, bien qu’il ressurgisse parfois quand je suis très fatigué ou que j’ai passé quelques jours chez moi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qu’il faut retenir de tout ça, j’imagine, c’est que je suis originaire du milieu populaire et pauvre d’une sinistre petite ville industrielle de Nouvelle-Angleterre, ce qui est assez inhabituel pour un écrivain de S-F&amp;nbsp;: la plupart de ceux que j’ai rencontrés sont au minimum issus des classes moyennes, et certains sont de familles relativement riches.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne vois guère d’exceptions, à part moi-même, Howard Waldrop, George Martin et quelques autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puisqu’elle provient du bas de l’échelle, ma façon de voir les choses est donc sans doute un peu différente. Je suis issu d’un milieu populaire, j’ai grandi dans une relative pauvreté, j’ai été passablement pauvre pendant la plus grande partie de ma vie d’adulte. J’imagine que cela donne une façon de voir les choses différente de celui ou celle qui vient du haut de l’échelle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-dozois-photos.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-photos.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-photos_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Philip K. Dick racontait ainsi sa découverte de la S-F&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’étais allé acheter &lt;em&gt;Popular Science&lt;/em&gt; au drugstore. Il n’y en avait plus, mais j’ai vu un magazine appelé &lt;em&gt;Stirring Science Fiction&lt;/em&gt;. Je me suis dit&amp;nbsp;: eh merde, c’est presque le même titre. En tout cas, ça s’en rapproche d’avantage que &lt;em&gt;Nurse Romance Stories&lt;/em&gt;. Alors je l’ai ramené à la maison pour le lire.&amp;nbsp;» Et vous, comment l’avez-vous découverte&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;En fait, dans mon cas, le processus a pris plus de temps. Un de mes premiers livres de chevet a été &lt;strong&gt;Le Livre de la jungle&lt;/strong&gt; de Kipling, ce qui m’a amené à lire d’autres livres animaliers pour enfants. Parallèlement, je lisais les collections «&amp;nbsp;&lt;em&gt;boy’s adventure&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de l’époque, même si les je ne les trouvais déjà pas terribles (ce qui ne m’empêchait pas de les lire&amp;nbsp;!). Avec ce genre de livres, j’essayais d’assouvir un appétit, mais peu à peu j’ai cessé d’en lire pour me tourner vers la SF qui semblait mieux convenir à ce besoin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec le recul, je pense que je recherchais avant tout le point de vue de quelqu’un d’autre (ou de quelque chose d’autre), de quelqu’un dont la vie était tout à fait différente de la mienne, plutôt morne et misérable. Je cherchais à me mettre dans la peau d’un autre. La couleur locale, l’exotisme étaient donc très importants et, en fait, aujourd’hui encore je réagis plutôt bien à la SF ou à la fantasy qui fait la part belle à la « couleur locale&amp;nbsp;» ou à l’exotisme. Par certains côtés, je suis sensible aux mêmes éléments en fiction historique qu’en SF, ce qui explique sans doute pourquoi on me vend facilement une histoire riche en détails historiques ou en cultures exotiques, ou située dans un référentiel spatio-temporel différent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il me semble que les premiers bouquins de SF que j’ai lus, du moins ceux dont je me souviens, qui m’ont fait plus forte impression que les précédents sur lesquels j’ai pu tomber, étaient les soi-disant «&amp;nbsp;romans juvéniles&amp;nbsp;» d’André Norton, à la bibliothèque de l’école. Je suis quand même rapidement passé aux «&amp;nbsp;juvéniles&amp;nbsp;» d’Heinlein, qui m’ont laissé une impression encore plus forte. Ce sont probablement eux qui m’ont rendu accro.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu plus tard, alors que j’étais en train de lire ces juvéniles d’Heinlein, j’ai découvert les magazines de science-fiction, et là je suis vraiment devenu accro. Mon premier magazine a été &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;, dirigé à l’époque par Cele Goldsmith. Elle venait de convaincre Fritz Leiber de sortir de sa semi-retraite, et le magazine publiait toutes ses histoires du cycle des Epées, qui m’ont accroché aussi sec. À peu près au même moment, je suis tombé sur des anthologies comme&lt;strong&gt; Unknown&lt;/strong&gt; par Don Benson et &lt;strong&gt;Sword and Sorcery&lt;/strong&gt; par L. Sprague de Camp, qui proposaient le même genre d’histoires, dont d’ailleurs certaines appartenant au cycle des Epées. À l’exception d’Heinlein, j’ai donc commencé par être fan de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, avant de devenir fan de SF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je pense que ce sont les histoires d’auteurs comme Zelazny – en plus d’Heinlein, bien sûr – qui m’ont petit à petit détourné de l’ &lt;em&gt;heroic fantasy&lt;/em&gt; pour m’amener à la SF. À partir de là, j’ai commencé à lire tout ce que je trouvais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me souviens avoir été très tôt impressionné par Alfred Bester, en particulier &lt;strong&gt;Terminus les étoiles&lt;/strong&gt;, qui est aujourd’hui encore un des chefs-d’œuvre de la SF. Et aussi par Jack Vance et Fritz Leiber. J’ai été un peu plus tard un des premiers fans de Delany, et j’avais lu tous ses romans avant qu’on ait entendu parler de lui ou qu’on lui reconnaisse une quelconque importance. Même chose avec Ursula Le Guin.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Qu’est-ce qui vous a amené à l’écriture&amp;nbsp;? Ce désir de voir par les yeux d’un autre&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Oui, probablement. J’ai toujours gribouillé des «&amp;nbsp;histoires&amp;nbsp;» dans des carnets. Au début des années 60, quand Ace s’est mis à rééditer tous les vieux romans d’Edgar Rice Burroughs, y compris les martiens, je suis devenu pendant un temps un inconditionnel de Burroughs et j’ai commencé à écrire, dans une série de bloc-notes bon marché, une interminable épopée qui ressemblait de façon fort suspecte aux &lt;strong&gt;Conquérants de Mars&lt;/strong&gt; . Plus tard, j’ai fait pareil avec une histoire qui ressemblait de façon encore plus suspecte aux histoires du cycle des Epées de Fritz Leiber.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-burroughs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-dozois-burroughs.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais ce qui m’a amené à me consacrer plus sérieusement à cette activité a été la lecture intensive des magazines de science-fiction. Une ligne au bas de leurs placards administratifs précisait qu’ils n’étaient pas responsables des manuscrits non sollicités. Ce qui, quand on y pense, implique qu’ils &lt;em&gt;acceptaient&lt;/em&gt; qu’on leur &lt;em&gt;envoie&lt;/em&gt; des manuscrits non sollicités Jusqu’à cette révélation, il ne m’était jamais venu à l’esprit que je pourrais, &lt;em&gt;moi&lt;/em&gt;, envoyer un manuscrit à un magazine, et qu’il y avait même une chance qu’il l’achète et le publie. (Ne me demandez pas d’où je croyais que provenaient les histoires – sans doute du verger d’une ferme à histoires.) Mais ensuite j’ai véritablement essayé d’écrire des histoires vendables aux magazines, ce qui signifiait qu’il fallait que je laisse tomber ces interminables épopées que j’étalais dans mes carnets pour consacrer mes efforts à une production suffisamment concise pour être soumise à un magazine.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-worldsofif.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-worldsofif_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Vous débutez en 1966, dans &lt;em&gt;If&lt;/em&gt;. Comment vend-on sa première nouvelle&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;En fait, j’avais déjà soumis plusieurs nouvelles aux magazines de Cele Goldsmith, mais sans jamais obtenir d’autre réponse que la lettre-type de refus. C’était en, voyons, 1963 ou 1964, par là. J’ai dû commencer à envoyer des trucs aux revues quand j’étais encore au lycée. J’ai fini par tenter ma chance auprès d’autres magazines, sans plus de succès d’ailleurs, mais peut-être à force d’essayer mes pitoyables tentatives sont-elles devenues un peu plus subtiles. En 1965, enfin, juste avant de quitter la maison pour partir à l’Armée, j’ai expédié une histoire à Fred Pohl à &lt;em&gt;Worlds of if&lt;/em&gt;, et il m’a répondu par une lettre personnelle, dans laquelle il m’expliquait comment je pourrais améliorer mon texte et précisait qu’il serait disposé à le reconsidérer si je la retravaillais. Inutile de vous dire combien j’étais excité. J’ai réécrit l’histoire, je l’ai réexpédiée, et je suis parti peu après faire mes classes. Et c’est en fait pendant ces classes que ma mère m’a appelé pour m’informer qu’elle avait reçu une lettre disant que ma nouvelle avait été acceptée. J’ai donc eu deux minutes pour me réjouir d’avoir enfin vendu une de mes œuvres avant qu’un sergent instructeur ne vienne me botter le cul et me hurler des obscénités.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Quel était votre travail dans l’Armée&amp;nbsp;? Journaliste militaire, je crois &amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’étais effectivement journaliste militaire, même si ces deux mots, comme « justice militaire&amp;nbsp;», constituent presque un oxymoron. J’ai fini responsable de rubrique du journal d’une division basée en Allemagne. On pourrait le comparer à un bulletin interne ou à un journal d’entreprise publi-informations, relations publiques, profil de «&amp;nbsp;personnalités&amp;nbsp;»… certainement pas du vrai journalisme.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Ce travail a-t-il influencé votre façon d’écrire, quand vous avez renoué avec l’écriture après l’Armée&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Me trouver sous les drapeaux ne m’a pas empêché d’écrire, même si mon rythme en a été ralenti, comme on peut l’imaginer. J’ai quand même réussi à terminer plusieurs nouvelles et un roman, ce qui n’est pas mal. Mais j’ai eu beau insister auprès de Pohl pendant toute la durée de mon service, en lui soumettant quatre ou cinq textes, je ne lui ai jamais rien vendu d’autre. Je me suis rendu compte plus tard qu’il s’était mis au pied du mur à &lt;em&gt;Worlds of if&lt;/em&gt; en se fixant comme politique d’accepter chaque mois une première œuvre d’un auteur jamais publié. Quand il n’avait rien de bon à se mettre sous la dent, il se contentait d’extraire de la pile des manuscrits non sollicités le moins atroce des textes qu’il pouvait y trouver. La pile devait être particulièrement mauvaise ce mois-là puisqu’il n’a pas réussi à y dénicher un texte moins atroce que ma nouvelle à moi. En tout cas, une fois réalisée cette «&amp;nbsp;première vente&amp;nbsp;» du mois, il n’a plus jamais touché à un de mes écrits.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-chainsofthesea.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-chainsofthesea_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;À votre retour d’Allemagne, vous apparaissez dans les anthologies originales de l’époque, avec des nouvelles comme «&lt;em&gt;A Special Kind of Morning&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Chains of the Sea&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; Vous… fuyiez les magazines&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;En fait, à un moment de mon affectation en Allemagne, la sophistication de mes textes a connu un saut quantique. J’ai peut-être mûri un tout petit peu. En tout cas mes textes ont commencé à gagner en maturité et j’ai laissé tomber les espions interstellaires aux pouvoirs surhumains. Vous me demandiez si l’Armée a eu une influence sur mon écriture&amp;nbsp;: eh bien oui, mais travailler dans un journal (même si cela a été une bonne formation pour sortir un numéro dans les temps) a moins joué que ma vie à l’Armée elle-même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a eu un moment, vers l 968, où je suis devenu bien plus radical que je ne l’étais jusqu’alors, et je me suis mis à vraiment détester l’Armée. En fait, plusieurs de mes premières nouvelles publiées, comme «&amp;nbsp; &lt;em&gt;A Dream at noonday&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», sont écrites d’un point de vue très anti-militariste. C’est à mon avis là que se situe l’influence de mon service militaire sur mon écriture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous me demandez pourquoi j’ai évité les revues pour leur préférer des anthologies périodiques, mais ça ne s’est pas passé comme ça. En réalité, pendant toute cette période, il m’a été impossible de vendre la moindre histoire aux magazines. Ils refusaient toutes les nouvelles que je leur soumettais. Ils les trouvaient trop bizarres, trop radicales, trop décalées, trop pessimistes, trop déprimantes, etc. Seules les séries d’anthologies comme les &lt;em&gt;Orbit&lt;/em&gt; de Damon Knight ou les &lt;em&gt;New Dimensions&lt;/em&gt; de Robert Silverberg acceptaient de toucher à ce genre d’histoires si je vendais aux anthologies, c’est parce qu’elles étaient les seules à acheter ma production. Je n’ai réussi à vendre aux magazines que dans les années 80, quand le marché s’est montré moins strict sur le type de matériau qu’il acceptait, surtout du fait de l’arrivée de rédacteurs en chef comme Shawna McCarthy ou Ellen Datlow. Mais avant, à une exception près – une vente à Ted White pour &lt;em&gt;Amazing&lt;/em&gt; –, je n’ai pas eu la chance d’être publié en revue.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Après avoir publié un certain nombre de nouvelles et vos deux romans durant les années 70, vous êtes devenu un anthologiste prolifique, et vous dirigez avec beaucoup de succès la revue &lt;em&gt;Asimov’s&lt;/em&gt; depuis une quinzaine d’années. S’agit-il d’un choix de carrière&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’ai petit à petit glissé vers l’édition parce que je ne gagnais pas ma vie avec l’écriture. Je n’ai jamais été très prolifique, et il est difficile de joindre les deux bouts en n’écrivant qu’une nouvelle de temps en temps. À l’époque où j’étais un jeune écrivain qui mourait de faim à New York, vers la fin 1969 et en 1970, quelques uns des contacts que J’avais noués en vendant des nouvelles m’ont permis d’obtenir un boulot à temps partiel — lecteur des manuscrits non sollicités pour le compte de divers éditeurs — que j’ai assuré de façon irrégulière pendant un certain nombre d’années pour compléter mes revenus. Cela m’a très vite amené à collaborer à &lt;em&gt;Asimov’s&lt;/em&gt;, ce qui est sans doute l’origine de toute ma carrière éditoriale. Étant au bon endroit au bon moment, connaissant quelques-unes des personnes qu’il fallait, et ayant une réputation (certes passagère) de «&amp;nbsp;Jeune Auteur À Suivre&amp;nbsp;», j’ai pu placer mon premier livre en 1970, une anthologie de reprises appelée &lt;strong&gt;A Day in the life&lt;/strong&gt; . C’est quasiment du jamais vu, qu’une anthologie soit le premier bouquin d’un écrivain inconnu, mais c’était une époque expérimentale pour la SF&amp;nbsp;: personne ne savait vraiment ce qui se faisait et ce qui ne se faisait pas. Cela m’a finalement permis, quelques années plus tard, de vendre d’autres anthologies.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-adayinthelife.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-adayinthelife_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Les anthologies originales étaient un véritable espace de liberté, à l’époque.&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-snowjob.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-snowjob_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Effectivement, les anthologies étaient bien plus ouvertes aux œuvres« expérimentales&amp;nbsp;» que les magazines. Je crois que la plupart de mes œuvres des années 1970 n’auraient jamais été publiées sans des anthologies comme &lt;em&gt;Orbit&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;New Dimensions&lt;/em&gt;. Les revues se montraient bien plus conservatrices, attitude qui a duré jusqu’au début des années 1980. J’ai écrit, en collaboration avec Michael Swanwick, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Snow job&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftn2&quot; id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;, une petite farce au ton léger à propos de dealers de cocaïne qui voyagent dans le temps. Rien de très sérieux ni de vraiment radical. Mais le simple fait de mettre en scène des dealers de coke a suffi à la rendre intouchable pour les magazines, qui l’ont tous refusée comme « dangereuse&amp;nbsp;», même si bien entendu elle n’était pas dangereuse du tout. Nous avons bien été obligés, finalement, de la placer dans le magazine &lt;em&gt; High Times &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftn3&quot; id=&quot;_ftnref3&quot; title=&quot;&quot;&gt;&lt;strong&gt;[3]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;/em&gt; , où elle est parue dans un numéro comportant un encart dépliant – du style de celui des revues érotiques – qui renfermait un plant de marijuana. Personne d’autre n’en avait voulu. La situation aurait été différente quelques années plus tard, après l’arrivée de jeunes éditeurs comme Ellen Datlow et Shawna McCarthy qui, contrairement à leurs prédécesseurs, n’avaient pas peur de ces trucs «&amp;nbsp;tabous&amp;nbsp;». Quand les magazines se sont un peu ouverts, Shawna McCarthy a republié cette nouvelle dans &lt;em&gt;Asimov’s&lt;/em&gt;. Et puis bien sûr, je suis moi-même devenu ensuite rédacteur en chef d’un magazine, et, en vétéran marqué par les combats de la New Wave, j’ai contribué à accentuer l’ouverture.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Le premier des deux romans que vous avez publié a été écrit en collaboration avec un jeune écrivain de votre «&amp;nbsp;génération&amp;nbsp;», George Alec Effinger.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;En fait, la première version de &lt;strong&gt;Nightmare blue&lt;/strong&gt; – qui s’appelait alors &lt;strong&gt;Danegeld&lt;/strong&gt; —a été écrite pendant mon service militaire en Allemagne, dans le courant de l’année 1968. C’était un roman complet à l’état de brouillon, mais, même si je ne savais pas faire mieux à l’époque (je m’étais appliqué), il n’était pas terrible, comme je m’en suis aperçu par la suite. Puis, quelques années plus tard, durant ma période de vaches maigres à New York, j’ai fait la connaissance de George Alec Effinger, qui était dans la même situation que moi. Nous avions tous deux rencontré David Hartwell, un jeune éditeur ambitieux qui tentait de mettre en place une collection chez Berkley/Putnam. Nous savions qu’il cherchait à publier des «&amp;nbsp;Jeunes Auteurs À Suivre&amp;nbsp;» et il nous avait plus ou moins laissé entendre, à chacun, qu’il serait intéressé par quelque chose de nous. Nous étions alors très pauvres et il nous fallait de l’argent, aussi étions-nous bien décidés à lui vendre quelque chose. Par hasard, j’ai dit à George que j’avais déjà un manuscrit de roman complet, mais qu’il n’était vraiment pas assez bon pour être publié. Il m’a offert d’y jeter un œil, a décidé qu’il pouvait le réécrire et le perfectionner, et a alors lui-même produit un premier jet. Nous l’avons envoyé à Hartwell, qui l’a aimé tout en demandant des retouches assez substantielles, que j’ai effectuées moi-même au cours d’une semaine pendant laquelle David m’a permis de loger dans une des chambres de la résidence universitaire de New York qu’il gérait alors comme «&amp;nbsp;job de jour&amp;nbsp;». Voilà comment &lt;strong&gt;Nightmare blue&lt;/strong&gt; a pu être publié. La partie SF/détective privé y existait depuis le début, puisque c’est moi qui l’y avais introduite, mais tout le matériel pré-post­moderne à la Raymond Chandler a été ajouté par George dans son premier jet perfectionné. Quasiment tous les extraterrestres sont de moi. George a rajouté ensuite les séquences avec la machine à rêves, «&amp;nbsp;Dark Lightning&amp;nbsp;» Il y a aussi développé ce côté hommage, commentaire ironique à Chandler.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-nightmareblue.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-nightmareblue_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Nightmare blue se passe dans une Allemagne en partie occupée par des aliens venus vendre une drogue mortelle. Vous étiez vous-même en Allemagne, dans l’Armée. Peut-on voir des éléments autobiographiques dans ce roman&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Eh bien, je n’ai jamais beaucoup touché aux drogues. Quand je veux absorber une substance psychotrope, mon choix se porte depuis toujours sur l’alcool. Mais j’ai connu là-bas des accros à l’héroïne, pour la plupart des civils et des «&amp;nbsp;artistes&amp;nbsp;». C’est donc peut-être l’origine de l’élément «&amp;nbsp;drogue &amp;nbsp;». Une grande partie du roman peut être considérée comme autobiographique en ce sens que la plupart des lieux que j’y décris faisaient partie de mon environnement au moment du premier jet du roman, ils m’étaient familiers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aurais-je alors habité dans un autre pays que j’y aurais sans doute situé le roman. Mais de fait je me suis basé sur la région d’Allemagne où je vivais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’analogie entre les Aensalords et l’Armée était probablement déjà là, en arrière-plan, mais je n’en étais pas tout à fait conscient. Oui, je m’en étais rendu compte, mais ce n’était pas vraiment ce qui m’intéressait dans ce livre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/02/56502-w250.jpg&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/02/56502-w250.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Le personnage principal de &lt;em&gt; L’Étrangère&lt;/em&gt; réside dans une enclave sur une autre planète et se trouve confronté à une culture qu’il ne comprend pas, même s’il croit le contraire.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Oui, c’est un élément fort et délibérément prévu dans &lt;strong&gt;L’Étrangère, &lt;/strong&gt;et probablement une réutilisation pas très subtile de ma propre expérience de la vie dans une enclave américaine au sein d’un pays étranger. Je me suis certainement inspiré de mon séjour derrière les portes d’une base militaire, où c’était l’Amérique d’un côté et un monde complètement étranger de l’autre, avec très peu de contact ou de compréhension mutuels, que ce soit d’un côté ou de l’autre des portes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais quand j’ai démarré &lt;strong&gt;L’Étrangère&lt;/strong&gt;, j’étais déjà meilleur écrivain, et j’ai donc traité les éléments «&amp;nbsp;autobiographiques&amp;nbsp;» avec un peu plus de subtilité et d’astuce que dans &lt;strong&gt;Nightmare blue, &lt;/strong&gt;où je m’étais surtout contenté d’utiliser ma propre expérience pour introduire une «&amp;nbsp;couleur locale&amp;nbsp;» intéressante, sans me soucier vraiment du contenu de cette expérience.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Étrangère &lt;/strong&gt; a vu le jour en tant que novella écrite pour le &lt;em&gt;New Dimensions IV &lt;/em&gt; de Robert Silverberg, et a été sous cette forme finaliste du Nebula et du Hugo. Une fois cette novella terminée et vendue, je me suis aperçu en la relisant qu’il suffisait, pour en faire un roman, de passer un peu plus de temps sur certaines parties de l’intrigue que j’avais survolées dans la version novella. Ce n’est donc pas une novella que j’ai &lt;em&gt;étendue &lt;/em&gt;en roman, mais plutôt un roman que j’avais au départ &lt;em&gt;condensé &lt;/em&gt;en novella, et il suffisait de décompresser les parties qu’il avait fallu compresser dans la version courte, de leur donner un peu plus d’espace pour respirer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-letrangere.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-letrangere_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Vous continuez d’écrire de rares nouvelles, mais peut-on espérer un nouveau roman&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Au fil des années, je suis arrivé à la conclusion que je n’étais probablement pas un romancier par nature. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde&amp;nbsp;: mon ami Jack Dann, par exemple, pense facilement et sans se forcer en termes de romans et de projets à grande échelle. Moi, non. J’ai plutôt un tempérament de nouvelliste, ce qui me dessert sur la longueur d’un roman. Déjà, j’aime tout comprimer pour obtenir une texture très dense &amp;nbsp;; je suis bien plus du style à comprimer un roman de 400 pages en 20 qu’à étendre une nouvelle de 20 pages en un roman de 400. Ensuite, j’utilise en général dans mes fictions un style descriptif très serré, très proche de l’action, très détaillé&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il ouvrit le robinet, laissa couler l’eau jusqu’à ce qu’elle fût bien froide, remplit son verre. Un cafard courut sur le robinet&amp;nbsp;», etc. Et cela ne marche pas sur la longueur d’un roman, où il faut varier le ton et le rythme et parfois passer rapidement sur de longues périodes de temps. De plus, je fonde la plupart de mes effets sur des fausses pistes et des ellipses, et ça non plus, ça ne fonctionne pas bien sur tout un roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne suis même pas sûr de &lt;em&gt;comprendre &lt;/em&gt;la forme romanesque. Plusieurs critiques ont attaqué &lt;strong&gt;L’Étrangère, &lt;/strong&gt;en lui reprochant l’absence d’intrigues secondaires. J’étais abasourdi. Qu’est-ce que c’était que cette histoire d’intrigues secondaires&amp;nbsp;? Du coup j’ai relu le texte du début à la fin sans m’arrêter, mais je n’étais pas plus avancé &amp;nbsp;: je ne voyais vraiment pas comment j’aurais pu y introduire une intrigue secondaire, ni même pourquoi j’en aurais voulu une.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Vous parliez de Jack Dann à l’instant, ce qui me permet de mentionner l’importance de votre œuvre en collaboration&amp;nbsp;: avec lui, avec Michael Swanwick, Jack Haldeman, Susan Casper, et j’en oublie. Vous retirez une satisfaction particulière de ce type de travail&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Eh bien, il m’a toujours semblé que ce genre de collaborations n’a d’intérêt que si elles débouchent sur une histoire &lt;em&gt;qu’aucun &lt;/em&gt;des deux n’aurait écrite ou n’aurait même &lt;em&gt;été capable &lt;/em&gt;d’écrire seul. Je crois que la plupart de mes collaborations sont dans ce cas. Sans la présence du collaborateur qui apporte ses compétences particulières dans le cocktail, vous n’auriez pas &lt;em&gt;pu &lt;/em&gt;écrire l’histoire. Dans un monde idéal, vous joignez vos forces pour produire une œuvre qui aurait été hors de portée des deux auteurs travaillant isolément. (Bien sûr, dans le monde réel, certains collaborateurs unissent leurs faiblesses plutôt que leurs forces, mais bon, c’est comme ça&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans mon propre cas, les collaborations sont en général soit des nouvelles que j’avais commencées, mais où j’allais probablement (si ce n’était déjà fait) me retrouver coincé parce qu’il fallait, pour finir l’histoire, des compétences ou un savoir-faire que je n’avais pas&amp;nbsp;; soit des histoires que d’autres avaient commencé et qu’ils ne parvenaient pas à terminer seuls par manque d’un savoir-faire ou de compétences que je pouvais apporter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il peut arriver aussi, comme pour «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Snow job&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;em&gt;, &lt;/em&gt;qu’un des deux voie où l’histoire pourrait aboutir alors que cela échappe à l’autre. Je ne crois pas que Michael aurait eu l’idée d’utiliser une police temporelle comme cadre global, mais,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;par contre, j’aurais été incapable d’écrire une aussi bonne scène d’arnaque au deal de coke, ou d’imaginer bâtir une histoire là-dessus. Conclusion, l’un de nous avait le cœur de l’histoire, l’autre ce qu’il fallait pour lui faire prendre chair et la compléter, et tout a bien fonctionné une fois réuni.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Vous avez aussi écrit un certain nombre de préfaces, d’articles, d’études…&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’ai écrit à l’occasion plusieurs textes critiques de ce genre, oui, en général sur commande spécifique. David Hartwell souhaitait une rétrospective critique de l’œuvre de Tiptree pour la réédition de &lt;strong&gt;Ten thousand light-years from home. &lt;/strong&gt;Il m’a demandé de m’en charger, alors je me suis exécuté. Auparavant, j’avais écrit une rétrospective critique sur Damon Knight,&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;également sur demande. Sortant d’un milieu populaire et n’ayant ni formation particulière, ni bagage universitaire, j’ai toujours l’impression qu’on pourrait trouver plus approprié que moi pour ça, mais comme personne n’en écrit, c’est sur moi que ça retombe. Je ne crois pas qu’il y ait eu à ce jour d’autre rétrospective critique de l’œuvre de Knight, et Tiptree ne s’en est vue consacrer que trois ou quatre. En général, les études universitaires fondamentales sur la science-fiction, les trucs dont vous vous dites «&amp;nbsp;Quelqu’un a sûrement déjà écrit sur ce sujet&amp;nbsp;», n’ont tout simplement pas été effectuées. Voilà pourquoi il faut bien que je m’y mette, vu qu’il n’y a rien de mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces universitaires devraient se bouger un peu le cul et se mettre au boulot &amp;nbsp;! Cela permettrait au genre d’éviter de se contenter de mes analyses&amp;nbsp;! Vous voyez ce que je veux dire&amp;nbsp;: avons-nous vraiment &lt;em&gt;besoin &lt;/em&gt;d’une énième analyse de Stanislas Lem alors qu’aucune étude critique un tant soit peu sérieuse n’a jamais été publiée sur James Tiptree, Damon Knight, Alfred Bester ou Fritz Leiber&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Vous venez de publier plusieurs anthologies rétrospectives, notamment de SF d’aventures. Vous y adoptez des positions très militantes. La SF est-elle en train de se couper de son passé, comme vous le déplorez&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;À mon avis, oui, jusqu’à un certain point. Il y a en SF une mémoire historique très limitée, en ce moment. Quand j’étais écrivain débutant, je connaissais l’histoire du genre, et la plupart des œuvres majeures des principaux écrivains des deux générations précédentes m’étaient relativement familières, voire plus. Mais c’est une situation qui se fait rare de nos jours&amp;nbsp;: il m’arrive de rencontrer des jeunes écrivains ou aspirants-écrivains, des gens qui se considèrent comme des lecteurs de SF assidus, des fans de SF, qui n’ont jamais entendu parler de Cordwainer Smith, de Clifford Simak, de Fritz Leiber ou d’Alfred Bester&amp;nbsp;! Voire même beaucoup qui n’ont jamais entendu parler d’écrivains encore disponibles en librairie, comme Jack Vance ou Poul Anderson. Et qui ne connaissent absolument rien du passé du genre en tant que tel. La plupart des jeunes lecteurs actuels n’ont jamais entendu parler de la bataille «&amp;nbsp;New Wave&amp;nbsp;» de la fin des années 60, ils n’ont même pas conscience qu’un tel événement a eu lieu. Beaucoup d’entre eux n’ont pas entendu parler de la «&amp;nbsp;révolution cyberpunk&amp;nbsp;», même si c’est un chapitre &lt;em&gt;bien &lt;/em&gt;plus récent de l’histoire du genre. En gros, si dans les cinq ou six dernières années vous n’avez pas été fortement présent sur le marché de masse des livres de poche dans les grandes chaînes de librairies comme Barnes &amp;amp; Noble ou B. Dalton, personne ne vous connaît.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, j’en attribue la responsabilité aux cours de SF enseignés dans de nombreuses facultés, même si les chaînes de librairies sont également un facteur important. On dirait que ces cours disposent presque tous d’une liste d’ «&amp;nbsp;Écrivains agréés&amp;nbsp;», des auteurs qu’on peut enseigner, comme Philip K. Dick, Stanislas Lem, H.G Wells, Ursula Le Guin, etc&amp;nbsp;; mais qu’ils ne couvrent que très peu d’auteurs ne figurant pas sur cette liste. J’ai même discuté avec un professeur qui enseignait la SF mais n’avait lui-même jamais entendu parler de Jack Vance, de Poul Anderson ou de Fritz Leiber. Il n’avait pas la moindre idée de qui ils étaient&amp;nbsp;! Certains font du bon travail et connaissent l’histoire du genre, comme John Kessel, par exemple, mais j’ai bien peur que la plupart ne connaissent pas vraiment le sujet qu’ils enseignent. Espérons que ce n’est pas le cas dans d’autres domaines que la SF&amp;nbsp;; sinon il y a de quoi se sentir nerveux chaque fois qu’on emprunte un pont neuf.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une autre des raisons pour lesquelles je me suis mis à publier ce genre d’anthologies rétrospectives, et c’est peut-être l’origine de leur point de vue, est que j’ai passé au cours des dernières années pas mal de temps en diverses discussions en ligne, et les jeunes lecteurs s’y plaignent tout le temps qu’il n’y a plus d’aventures ou de &lt;em&gt;sense of wonder &lt;/em&gt;dans la SF, qu’il faut pour retrouver cela se tourner vers des livres liés à la SF en images, genre &lt;em&gt;Star Trek &lt;/em&gt;ou &lt;em&gt;Star Wars, &lt;/em&gt;que la science-fiction elle-même est ennuyeuse, guindée, prétentieuse, qu’elle manque d’action. J’ai donc voulu leur montrer qu’il existait &lt;em&gt;toujours &lt;/em&gt;une science-fiction à même de leur donner le frisson de l’aventure et du &lt;em&gt;sense of wonder &lt;/em&gt;sur grand écran, qu’il était inutile de se rabattre sur les romans &lt;em&gt;Star Trek &lt;/em&gt;pour trouver de la SF palpitante et agréable.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pouvez-nous parler de la situation des revues de SF aux États-Unis&amp;nbsp;? Les disparitions se succèdent, les ventes baissent régulièrement…&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Le marché des magazines est un peu instable en ce moment. On dit souvent que cela vient de la place centrale qu’occupe désormais le roman dans le genre, et de la désaffection pour la forme courte, ou même du fait que les gens ont complètement perdu l’habitude de lire des fictions courtes. Je crois que c’est effectivement un des facteurs. Mais d’un autre côté, les principales raisons des problèmes des revues se situent pour beaucoup en coulisses, là où le grand public peut difficilement en prendre conscience. Ces dernières années, le réseau de distribution interne des États-Unis, chargé de la diffusion de quasiment tous les périodiques, a été pris dans une tourmente&amp;nbsp;: des gros diffuseurs ont absorbé de plus petits, ce qui fait que là où vous aviez, disons, cinquante diffuseurs pour les revues, il ne vous en reste désormais plus que quatre ou cinq. Ce qui a nui à tous les magazines, quels qu’ils soient. Ceux de fiction, bénéficiant au départ d’une marge de manœuvre inférieure, en ont sans doute encore plus souffert. Se retrouver dans les kiosques est bien plus difficile de nos jours qu’il y a cinq ans, sans parler de &lt;em&gt;dix. &lt;/em&gt;Et sans présence en kiosques, comment séduire de nouveaux abonnés, les gens qui y découvrent votre revue et qui se disent&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Hé, ça a l’air bien, ça&amp;nbsp;»&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut garder aussi à l’esprit que ces magazines sont publiés de façon quasi confidentielle. La plupart des revues de S-F (voire même des revues de fiction en général) n’ont &lt;em&gt;aucun &lt;/em&gt;budget de publicité ou de promotion. &lt;em&gt;Aucun. &lt;/em&gt;Vous en voyez beaucoup sur le marché, des produits qui se vendent uniquement par le bouche-à-oreille, sans publicité d’aucune sorte&amp;nbsp;? C’en est même à se demander comment ces revues ne se vendent pas moins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fait est que la plupart des gens n’ont pas la moindre idée que ces magazines existent, et ils sont encore moins nombreux à en avoir vu un en vente un jour. Idem pour la plupart des lecteurs de SF. Ça paraît étonnant, mais c’est même le cas d’un grand nombre des fans de SF qui se rendent aux conventions. Quand les gens me demandent ce que je fais dans la vie et que je réponds que je dirige &lt;em&gt;Asimov’s, &lt;/em&gt;il n’y en a qu’un sur mille qui a entendu parler du magazine, et celui-là n’en a jamais vu un exemplaire disponible à la vente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà donc un des principaux problèmes auquel doivent actuellement faire face les magazines&amp;nbsp;: comment contourner cet anonymat et se rendre plus visible pour le consommateur, malgré cette difficulté croissante à se retrouver de manière durable sur les présentoirs et faute de moyens à investir en promotion&amp;nbsp;? Je crois que si davantage de gens avaient conscience de notre existence, un certain pourcentage nous donnerait une chance de leur plaire, et nous plairions à une bonne proportion de ce pourcentage. Mais c’est difficile de faire passer cette idée alors même que la majorité des fans de S-F n’a que vaguement conscience qu’il existe des magazines. Une des rares solutions que j’entrevois est l’utilisation du média électronique, Internet, les ordinateurs de poche et ainsi de suite, pour tenter d’atteindre un nouveau public, qui n’aurait jamais entendu parler de nous sans ça. Il est trop tôt pour savoir si ça va marcher. Mais c’est sans doute la seule chance de survie des revues.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Je reviens à la situation des lecteurs américains, coupés du passé du genre. C’est difficile à concevoir pour un lecteur français, qui n’aura guère de mal à trouver toute la production, ou presque, d’écrivains comme Simak, Vance, Bradbury, Leiber ou Clarke.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Bon, bien sûr, il y a eu ici un concours de circonstances complètement différent, surtout durant ces dernières années. Depuis les années 1980, presque &lt;em&gt;tout &lt;/em&gt;s’est retrouvé épuisé, et n’a pas été réédité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà ce que donne la politique de rendement immédiat des groupes d’édition et de la montée en puissance des chaînes de librairies. À l’époque, quand un livre vous avait plu, vous pouviez aller à la librairie acheter tous les autres livres de cet auteur, et si vous ne les trouviez pas en librairie, vous aviez toujours la possibilité de les commander par correspondance grâce au catalogue au dos de votre exemplaire. Mais, bien entendu, la vente par correspondance a elle aussi disparu dans les années 80.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, impossible de nos jours de trouver dans les librairies la moindre autre œuvre de cet auteur dont vous avez aimé le livre. Cela va peut-être changer, avec l’avènement des systèmes d’impressions à la demande et de vente sur Internet de livres électroniques. Si ces systèmes se mettent en place pour de bon, &lt;em&gt;plus rien &lt;/em&gt;ne sera jamais vraiment épuisé. Dans l’idéal, si le livre est disponible dans ce système, vous allez à la librairie commander un exemplaire de ce titre précis, et on vous l’imprime sur place en quelques minutes. Ce qui permet de n’imprimer que ce que vous vendez vraiment. Et qui met définitivement fin à la notion de tirage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De grands changements se profilent sans aucun doute à l’horizon dans l’industrie de l’édition. Je crois que tout ça va complètement changer en l’espace de dix ans, pour le meilleur ou pour le pire. Et bien sûr, si on combine les nouvelles et les bouquins disponibles via Internet sous forme électronique avec les systèmes d’impression à la demande… on finira par pouvoir télécharger dans son ordinateur familial des romans depuis Internet et se fabriquer l’objet sur place avec l’appareil adéquat.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Cette technologie pourrait donc changer l’industrie du livre comme les MP3 et les graveurs de CD sont en train de le faire pour l’industrie du disque…&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Exactement. Pour voir ce qui va se passer dans l’édition, jetez un œil sur ce qui se passe en ce moment avec le MP3. Voilà le futur.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;&lt;em&gt;Nightmare Blue&lt;/em&gt; sera publié en France l’an prochain &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftn4&quot; id=&quot;_ftnref4&quot; title=&quot;&quot;&gt;&lt;strong&gt;[4]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Un dernier mot à l’intention de ses futurs lecteurs&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Eh bien, je suis ravi qu’on offre à mes romans la possibilité de toucher un nouveau public. Je ne parviens pas à les faire rééditer en anglais depuis plus de vingt ans – ce projet n’a soulevé aucun intérêt –, ça me fait donc plaisir de les voir trouver de nouveaux lecteurs à un endroit ou à un autre. J’espère qu’ils leur plairont.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-dozois-poisonbleu.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-dozois-poisonbleu_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5&gt;Propos recueillis, au gré de deux conversations électroniques les 28 mars et 23 juillet 2000 et mis en forme par Pierre-Paul Durastanti.&lt;br /&gt;
Traduction&amp;nbsp;: Gilles Goullet.&lt;br /&gt;
Interview parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-21&quot;&gt;numéro 21 de Bifrost&lt;/a&gt;.&lt;/h5&gt;

&lt;div&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;hr class=&quot;left&quot; size=&quot;1&quot; width=&quot;33%&quot; /&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; À paraître au Bélial’ sous le titre &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/gardner-dozois/le-fini-des-mers&quot;&gt;Le Fini des mers&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (NdE).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; En français «&amp;nbsp;Temps de neige&amp;nbsp;», paru in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;19 (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn3&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftnref3&quot; id=&quot;_ftn3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; Magazine «&amp;nbsp;contre-culturel&amp;nbsp;» américain consacré aux drogues douces (NdT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn4&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/05/30/Rencontre-avec-Gardner-Dozois#_ftnref4&quot; id=&quot;_ftn4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; Roman paru en 2003 chez Denoël «&amp;nbsp;Lunes d’encre&amp;nbsp;» sous le titre &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/poison-bleu&quot;&gt;Poison bleu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (NdE).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Y comme Les Yeux d'ambre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/05/28/Y-comme-Les-Yeux-d-ambre" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Les Yeux d'ambre" />
      <id>urn:md5:463f3c51bb6cd5813eb6f7ce51d4872c</id>
      <published>2018-05-29T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-05-29T10:57:24+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la recherche d'une œuvre commençant par Y, l'Abécédaire s'enthousiasme pour &lt;strong&gt;Les Yeux d'ambre&lt;/strong&gt;, recueil signé Joan D. Vinge. Au sommaire, cinq longues nouvelles où la science-fiction prend parfois les atours de la fantasy…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Yeux d’ambre [Eyes of Amber and other stories], recueil de Joan D. Vinge traduit de l’anglais [US] par Jean-Pierre Pugi. J’ai lu, coll. « Science-Fiction&amp;nbsp;», 1992 [1988]. Poche, 320 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Joan D. Vinge (épouse de Vernor entre 1972 et 1979, si jamais quelqu’un au fond de la salle se pose la question) a commis bon nombre de novélisations au cours de sa carrière&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Retour du Jedi&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Mad Max&amp;nbsp;: Au-delà du dôme du tonnerre&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Oz, un monde extraordinaire&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Ladyhawke&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Willow&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Perdu dans l’espace&lt;/em&gt;, et plus récemment &lt;em&gt;Cowboys &amp;amp; Aliens&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;47 Ronin&lt;/em&gt; – oui, tous ne comptent pas exactement au rang des chefs d’œuvre immortels du septième art. À côté de cela, l’auteure américaine a publié les aventures de Cat le Psion ainsi que le cycle de Tiamat, &lt;a href=&quot;http://https://www.belial.fr/blog/cycle-de-tiamat&quot;&gt; chroniqué tièdement dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; à l’occasion de sa réédition par Mnémos voici quelques années &lt;/a&gt;. Voilà qui ne donne pas l'envie dévorante de se plonger dans son œuvre. Mais par hasard, votre serviteur est tombé sur un bouquin de la dame, ce qui arrive à point nommé lorsqu’on cherche une œuvre commençant par l’agaçante lettre Y pour alimenter ce désolant Abécédaire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-y-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-y-cover1_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Couverture signée Adamov, à laquelle on peut préférer son travail sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/09/G-comme-Le-Gambit-des-etoiles&quot;&gt;Le Gambit des étoiles&lt;/a&gt;…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Donc&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les Yeux d’ambre&lt;/strong&gt;, recueil signé Joan D. Vinge, nouvelliste relativement peu prolifique – à en croire l’&lt;a href=&quot;http://www.isfdb.org/cgi-bin/ea.cgi?60&quot;&gt;Isfdb&lt;/a&gt;, sa production de textes courts s'étend sur un quart de siècle, de «&amp;nbsp;Soldat de plomb&amp;nbsp;» (1974) à «&amp;nbsp;Murphy’s Cat&amp;nbsp;» en 2000, l’essentiel étant toutefois paru avant 1980. Le présent recueil regroupe cinq nouvelles (plutôt des novelettes d’ailleurs pour quatre d’entre elles), mais ne consiste pas exactement en la réplique identique du recueil américain &lt;strong&gt;Eyes of Amber and other stories&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: il en omet la préface de Ben Bova, les postfaces aux nouvelles de l’auteure ainsi que « Le Grelot du chat&amp;nbsp;», texte paru dans l’anthologie &lt;strong&gt;Univers 18&lt;/strong&gt;, et remplace «&amp;nbsp;Crystal Ship&amp;nbsp;» par «&amp;nbsp;L’aide du colporteur&amp;nbsp;». Passage en revue…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-y-cover-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-y-cover-us_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La nouvelle-titre entame le recueil et fait mine de commencer à la manière d’un récit de fantasy. Une mendiante est invitée dans un palais&amp;nbsp;; en échange de largesses, le souverain lui demande d’occire son frère (à lui) et, histoire de prouver sa loyauté, sa sœur (à elle). Toutefois, quelques détails sèment vite le trouble&amp;nbsp;: la mendiante parle à un démon (ce sont des choses qui arrivent plus souvent qu’on ne le pense), elle est dotée d’ailes membraneuses (bon, ça arrive aussi), et, au détour d'une description, il est fait mention de glace d’eau ainsi que d’eau ammoniacale. Oh, attendez, on n’est pas sur Terre… Cela n’est pas vraiment un spoiler (on l’apprend assez vite dans le récit, sans parler de la 4e de couverture de l’édition J’ai lu, qui dévoile éhontément les éléments majeurs de l’intrigue). La mendiante n’en est pas une, le démon non plus. Au fil d’une intrigue de vengeance, le récit se pose la question du relativisme culturel – peut-on appliquer les mêmes critères moraux à une espèce différente&amp;nbsp;? – et s'intéresse aux difficultés de la communication, tant entre deux races différentes qu’au sein des humains. Au passage, Vinge présente une race extraterrestre communiquant par ce qui s’apparente fort à la musique. Le résultat est beau et brillant, et son prix Hugo 1978, mérité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Y suit «&amp;nbsp;Depuis des hauteurs impensables&amp;nbsp;», texte le plus bref du lot&amp;nbsp;: il s’agit du journal d’Emmylou Stewart, seule et unique membre d’équipage de cet observatoire spatial, lancé depuis vingt ans vers les confins du Système solaire. Plus elle s’éloigne, plus le temps de communication s’allonge, et plus la présence de cette femme à bord se fait cruciale… Au fil de son journal et de ses échanges avec son contact resté sur Terre, on comprend la raison de cet exil. Une nouvelle touchante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus loin dans le recueil, «&amp;nbsp;L’Aide du colporteur&amp;nbsp;» fait lui aussi mine d'être un récit de fantasy — à nouveau, il s'agit bien de science-fiction, comme on le comprend peu à peu. Lorsqu’il apprend que ses ennemis viennent de s’unir contre lui afin d’envahir ses terres riches, le roi Buckry se remémore sa jeunesse et sa rencontre avec un mystérieux colporteur. Buckry et ses sbires avaient la ferme intention de détrousser Pachor, alias Monsieur Pochard, ce colporteur venu de nulle part, en se proposant de le guider à travers la montagne. Sauf que Pachor savait se défendre et plutôt de manière efficace. Bientôt, voilà Buckry à le suivre et à apprendre ses secrets… ainsi que ceux de ce monde, plongé dans une stase moyenâgeuse depuis plus longtemps que mémoire d’homme… Aventures et mystères, et bien sûr un peu de vertige au bout du compte. C’est réussi. La structure en flashback de la novelette apparaît cependant un brin superflue, l'horizon d’attente exposé au prologue est résolu en un frustrant tournemain dans les dernières lignes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pareillement lointains sont les avenirs décrits dans «&amp;nbsp;Mediaman&amp;nbsp;» et « Soldat de plomb&amp;nbsp;». La première novelette prend place dans un autre système solaire – le Système des Cieux –, bien après la rupture des communications avec la Terre et une meurtrière guerre civile ayant réduit cette part de l’humanité à peu de chose, vivotant dans la ceinture d’astéroïdes. Quand un astronaute se retrouve en perdition sur l’une des deux planètes telluriques, inhabitables, une petite expédition est lancée pour le sauver. À bord du vaisseau se trouve Chaim Dartagnan, un mediaman – une sorte de reporter. Sa présence ne va pas provoquer quelques heurts au sein du trio à bord du vaisseau, et Dartagnan va bientôt être mis face à ses convictions et ses contradictions… Le cadre mis en place, ce Système des cieux, son histoire passée évoquée brièvement, et la &lt;a href=&quot;http://https://www.wikiberal.org/wiki/D%C3%A9marchie&quot;&gt;démarchie&lt;/a&gt; qui caractérise son système politique s’avèrent des éléments intéressants, développés au sein d’un bref ensemble de textes («&amp;nbsp;Heaven’s Chronicle&amp;nbsp;», cycle qui comprend également &lt;strong&gt;Les Proscrits de la Barrière Paradis&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L’Héritage des étoiles &lt;/strong&gt;et le roman inédit en français &lt;strong&gt;Fool’s Gold&lt;/strong&gt;). À nouveau, le récit est des plus plaisants à lire, même s’il s’agit peut-être du moins marquant du recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à «&amp;nbsp;Soldat de plomb&amp;nbsp;», c’est Maris, un barman cyborg – moins un androïde qu’un individu dont l’essentiel du corps est mécanique. Dans son rade du Nouveau Pirée, le &lt;em&gt;Soldat de plomb&lt;/em&gt;, il accueille les équipages des vaisseaux spatiaux – des femmes, uniquement. De fait, dans ce futur, seules les femmes sont habilitées à naviguer entre les étoiles en vertu d’une loi ancestrale. Un soir, %aros rencontre la jeune Brandy, qui vient d’accomplir son premier voyage. Entre les deux naît une alchimie qui survivra au passage du temps&amp;nbsp;: si à chacun de ses retours, deux ou trois ans se sont écoulés pour elle, ce sont vingt-cinq ans pour Maris. Mais, hé, en tant que cyborg, il vieillit lentement. Et de loin en loin, il voit son amie gagner en maturité, devenir poétesse, tandis que lui reste coincé au Nouveau-Pirée. Il s’agit là de la toute première nouvelle publiée de Joan D. Vinge. Si le cadre évoque la Mars mourante de Leigh Brackett, Vinge y fait preuve de sa propre sensibilité. Maîtrisée de bout en bout, mélancolique et évocatrice, c’est un coup de maître.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-y-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-y-cover2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Couverture signée Barclay Shaw, un brin pompière…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme&amp;nbsp;: deux novelettes (novellas&amp;nbsp;? je n’ai pas compté le nombre de signes) excellentes – «&amp;nbsp;Les Yeux d’ambre&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Soldat de plomb&amp;nbsp;», et trois autres récits d’une solide qualité. Voilà qui constitue un bilan plus que positif. Et qui fait regretter que Joan D. Vinge ne semble guère avoir insisté dans cette voie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: en rien&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme XOXO</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/05/25/X-comme-XOXO" rel="alternate" type="text/html" title="X comme XOXO" />
      <id>urn:md5:6a9d18cc2bd78758795cd607ca494bf2</id>
      <published>2018-05-25T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-05-25T10:12:52+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En matière de musique, vaut-il mieux s'adresser à la tête ou aux pieds&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Electronic dance music&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Intelligent dance music&lt;/em&gt;, même combat&amp;nbsp;? Faute de répondre à la question, l'on s'offre une petite et inoffensive pilule de feelgood avec &lt;strong&gt;XOXO&lt;/strong&gt;, film sorti récemment sur Netflix…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;XOXO: Carpe Diem, Christopher Louie (2016). 92 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;S’adresser à la tête ou au corps&amp;nbsp;? En matière de musiques électroniques, il existe notamment deux courants, symbolisés par deux acronymes aussi moches que proches&amp;nbsp;: l’EDM et l’IDM. Le premier se traduit par «&amp;nbsp;electronic dance music&amp;nbsp;» tandis que le second signifie «&amp;nbsp;intelligent dance music&amp;nbsp;». Argh, voilà d’emblée une distinction à même de hérisser le poil de tout un chacun, comme s’il existait une «&amp;nbsp;stupid dance music&amp;nbsp;» tandis qu’une autre ne serait que bonne à se trémousser le popotin dessus. L’IDM a pour principaux représentants Aphex Twin, Matmos (dont j’évoquais leur machine à laver &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/30/U-comme-Ultimate-Care-II&quot;&gt; par ici&lt;/a&gt;) ou Autechre (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=Autechre&quot;&gt;cœur avec les doigts pour ce groupe au sujet duquel je ne me lasse pas de bavasser&lt;/a&gt;), qui tous récusent le terme IDM, probable invention marketing, et si leur musique n’est pas exactement dansante, elle doit son qualificatif « intelligent&amp;nbsp;» à sa propension à proposer des rythmes complexes et des sons bizarres – que l’on réécoute &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/23/U-comme-Untilted&quot;&gt; &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; d’Autechre. Et l’EDM, bon, ce n’est pas exactement cela… Le terme, passablement fourre-tout, inclue notamment la techno, la house, la trance, la drum and bass, le dubstep et David Guetta, et se s’écoute (se vit) davantage dans les festivals. Voilà.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-x-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-x-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et hasard des choses, on tombe parfois sur des films qu’on ne pensait pas spécialement regarder, tel ce &lt;em&gt;XOXO&lt;/em&gt;, premier film d’un certain Christopher Louie, production Netflix sortie à l’été 2016… qui se trouve s’intéresser à l’EDM. Et si je ne goûte guère ce genre musical, j’ai en revanche toujours eu un faible pour les films musicaux – j’avoue, j’ai aussi bien aimé &lt;em&gt;Flashdance&lt;/em&gt; que le &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again&quot;&gt; &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; ou que la série &lt;em&gt;The Get-Down&lt;/em&gt;. Sans même ressentir la moindre honte. Passons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/bUN5uSu_VQM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;XOXO signifie certes «&amp;nbsp;câlins et bisous&amp;nbsp;», mais c’est ici le nom d’un festival de musique auquel les protagonistes du film ont prévu de se rendre. Il y a Ethan Shaw, sorte de DJ de chambre, qui a composé et publié sur YouTube un morceau ayant suscité quelque intérêt à en juger par l’appréciable nombre de vues, et qui, à la dernière minute, est invité à jouer&amp;nbsp;; il y a Tariq, son manager, qui peine à se défaire du giron paternel &amp;nbsp;; il y a Krystal, jeune femme qui a prévu d’y rencontrer IRL celui qu’elle croit être son âme-sœur&amp;nbsp;; il y a Neil, vendeur de disque acariâtre qui est chargé de co-animer l’un des party-bus menant au festival&amp;nbsp;; il y a enfin Ray et Shannie, jeune couple qui ont surtout envie de s’amuser avant que leurs parcours universitaires les éloigne. En chemin, les ennuis s’accumulent pour les uns et les autres&amp;nbsp;: le party-bus tombe en panne, Ethan galère à entrer sur le festival, Tariq se retrouve en plein trip lysergique à l’insu de son plein gré, Krystal se rend compte que son âme-sœur ne pense qu’à la serrer, Neil est poursuivi par des festivaliers agressifs, Ray et Shannie perdent leurs billets et se décident à passer par les égouts… Les chemins des uns et des autres vont se croiser et se recroiser&amp;nbsp;; leurs certitudes seront mises à mal, mais tout finira par s’arranger.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-x-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-x-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon… Ayant avoué plus haut que j’avais bien aimé &lt;em&gt;Flashdance&lt;/em&gt;, l’honnêteté me pousse à reconnaître que je n’ai pas détesté &lt;em&gt;XOXO&lt;/em&gt;, en dépit de ses faiblesses et d’une musique pas vraiment dans mes goûts. Le film adopte une structure chorale assez attendue dans les rencontres en les différents personnages. Ceux-ci sont dans l’ensemble plutôt attachants, quoique le protagoniste central, le jeune DJ Ethan Shaw, s’avère vite assez tête à claque. Celui qui éveille le plus de sympathie (ou de compassion) est certainement Neil, ancien DJ devenu disquaire, passablement aigri, qui se trouve en plein décalage avec l’actuelle scène musicale, et qui menace de glisser sur la pente dangereuse menant à «&amp;nbsp;vieux con&amp;nbsp;». Pour le bonheur de tous, il finira par lâcher du lest pour enfin s’éclater.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Visuellement, le film regorge de petites trouvailles pour représenter les échanges de messages (mais rien de fondamentalement surprenant ou de jamais vu), qu’il finit par délaisser. Plus intéressantes est la peinture de la faune interlope se rendant au festival XOXO, sorte de barnum coloré et hédoniste. N’étant guère familier de la scène EDM, je ne saurais trop dire s’il s’agit d’une caricature ou d’une peinture réaliste – mais à voir les photos d’un événement comme le Burning Man, la seconde hypothèse m’apparaît plausible. Heureusement, &lt;em&gt;XOXO&lt;/em&gt;, parfois un brin moqueur mais restant bon enfant, évite de porter tout jugement à ce sujet. (Néanmoins, le film me rappelle pourquoi je ne goûte guère les festivals&amp;nbsp;: trop de monde, la difficulté à se retrouver et la quasi impossibilité d’apprécier l’expérience musicale, la seule qui m’importe.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film célèbre l’amour, l’amitié et la passion – celle qui pousse Ethan à faire de la musique et à décliner l’offre a priori alléchante proposée par un DJ influent, qui considère son public comme du bétail (oui, certes, le personnage est une caricature ambulante). De fait, &lt;em&gt;XOXO&lt;/em&gt; n’évite pas les clichés&amp;nbsp;: avoir du mal à insérer une clé USB à cause du stress, admettons, mais de là à vouloir l’insérer perpendiculairement à la prise, il y a une incompétence peu crédible&amp;nbsp;; le couple perdu dans les égouts qui trouve la sortie juste après s’être réconcilié&amp;nbsp;; un personnage transversal proche du &lt;em&gt;deus ex machina&lt;/em&gt;. Sans oublier un concept très dirkgentlyesque, l’interconnectivité de toute choses faisant en sorte que les personnages se croisent pile quand il le faut (ou se loupent de manière super précise aussi), en dépit de la vraisemblance (mais, hé, il n’y aurait pas d’histoire sinon).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, un film mignon comme tout, lisse et coloré, manière d’anti-&lt;em&gt;Trainspotting&lt;/em&gt;. Rien d’inoubliable, rien de transcendant, mais une pilule de &lt;em&gt;feel-good&lt;/em&gt; pas désagréable pour autant. (Allez, je m’en retourne me raboter les oreilles au son du dernier albums d’Autechre.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: sur Netflix&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas tout à fait&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme The Wandering Earth</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/05/22/W-comme-The-Wandering-Earth" rel="alternate" type="text/html" title="W comme The Wandering Earth" />
      <id>urn:md5:b9629b6955ae87910586506a6ef30cd9</id>
      <published>2018-05-22T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-05-22T15:27:04+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des fins du monde et une Terre vagabonde, des aliens et des dinos, des mini-humains et des fourmis intelligentes… Entre &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt; et naïveté, on s'intéresse aux nouvelles composant &lt;strong&gt;The Wandering Earth&lt;/strong&gt;, premier recueil (à ce jour) de Liu Cixin traduit en anglais.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Wandering Earth, Liu Cixin, recueil traduit du chinois en anglais par Holger Nahm. Head of Zeus, 2013. Gdf. 447 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il y a cinq ans, près d’un an et demi avant que le petit monde de la SF américaine s’enthousiasme pour &lt;strong&gt;Le Problème à trois corps&lt;/strong&gt; dans sa traduction anglaise par Ken Liu, un recueil de nouvelles de Liu Cixin paraissait sur la plate-forme d’autopublication CreateSpace sous le titre &lt;strong&gt;The Wandering Earth&lt;/strong&gt; (avant d’être republié par Head of Zeus en 2016, sous une couverture faisant la part belle au &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;). Traduites par Holger Nahm, les onze nouvelles du recueil proposent autant de facettes de l’œuvre de l’auteur chinois. Ayant apprécié, quoique modérément la trilogie, j’étais curieux de voir ce que celles-ci valaient.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Petit passage en revue dans le désordre…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-w-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-w-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est la novelette-titre, datant de 2000, qui ouvre le bal. Cette Terre vagabonde, c’est la nôtre, dans un futur distant (mais pas tant que ça) lors duquel notre Soleil menace d’entamer la phase suivante de son existence – à savoir, celle où l’astre cessera de brûler de l’hydrogène et entamera la fusion nucléaire de l’hélium en carbone. Une phase qui sera précédée par le mortifère flash de l’hélium. Que faire&amp;nbsp;? Déplacer la Terre, voilà la solution qui s’impose. Rien de moins. Mais comment&amp;nbsp;? Quels en seront les effets&amp;nbsp;? Quelles conséquences pour l’humanité&amp;nbsp;? Et quand ledit flash peine à arriver, que faire&amp;nbsp;? Narrée par le petit bout de la lorgnette, l’histoire s’avère plaisante à suivre, mais vaut surtout pour ses descriptions cataclysmiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le recueil propose une autre fin du monde&amp;nbsp;: dans «&amp;nbsp;The Micro-Age&amp;nbsp;» (2001), un voyageur revient sur Terre après un événement catastrophique. La Terre est désormais déserte. Vraiment&amp;nbsp;? L’humanité a trouvé un moyen de survivre en optant pour un autre type de solution extrême&amp;nbsp;: se miniaturiser… L’idée est amusante mais le traitement demeure un peu bref.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On le sait, l’un des tropes majeurs de la SF est la rencontre avec une intelligence extraterrestre. Des aliens animés de bonnes ou de mauvaises intentions&amp;nbsp;? Liu propose ici un florilège.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mountain&amp;nbsp;» (2006) a pour protagoniste un homme qui s’est juré, après un drame personnel, de ne plus jamais approcher d’une montagne – raison pour laquelle il ne quitte jamais le navire sur lequel il a élu domicile. Or, voilà qu’un titanesque astronef extraterrestre arrive à proximité de la Terre&amp;nbsp;; sa masse est si grande qu’il provoque des effets de marée… et crée une véritable boursouflure liquide là où il est le plus proche de notre Planète bleue. Afin de rencontrer ces potentiels envahisseurs, notre héros va donc gravir à la nage une montagne d’eau, dans un geste fou de rédemption. Tout au long du récit, l’effet de sidération fonctionne bien, en dépit d’un protagoniste humain peu intéressant et d’une structure plan-plan – l’essentiel du texte consiste en un long flashback narré par les résidents de l’astronef.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’est-ce qui est aussi cool que les extraterrestres&amp;nbsp;? Les dinosaures&amp;nbsp;! Qu’est-ce qui est encore plus cool que les extraterrestres et les dinosaures&amp;nbsp;? Des &lt;em&gt;dinosaures extraterrestres&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! On en rencontre dans «&amp;nbsp;Devourer&amp;nbsp;» (2002). L’humanité est confrontée à une belliqueuse race d’outre-espace, dont l’apparence évoque grosso modo des tyrannosaures. Las, ces aliens ont malheureusement un goût plus que prononcé pour la chair humaine (d’où le titre, hé), et possèdent une technologie suffisamment avancée pour mettre la pâté aux Terriens. Comment se tirer de cette situation désespérée&amp;nbsp;? À quels sacrifices est-on prêts&amp;nbsp;? Un texte plutôt intéressant, qui rappelle par certains aspects des problématiques — héroïsme et abnégation face à l’inéluctable – abordées dans la trilogie du &lt;strong&gt;Problème à trois corps&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Semblant débuter comme un roman noir puis virant vers… autre chose, «&amp;nbsp;The Wages of Humanity&amp;nbsp;» (2005) voit les plus riches distribuer leurs millions aux plus pauvres. Les extraterrestres sont là et ont exigé une chose&amp;nbsp;: l’égalité des richesses, partout et maintenant. Mais dans quel but&amp;nbsp;? La nouvelle surprend positivement. Le discours égalitaire qui parcourt les pages de cette novelette n’y est pas pour rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Taking Care of Gods&amp;nbsp;» (2005) raconte une invasion extraterrestre d’un genre particulier&amp;nbsp;: un beau jour, des vaisseaux aliens se placent en orbite autour de la Terre. Pas de dinos à bord&amp;nbsp;: ces astronefs sont peuplés de vieillards hirsutes, qui prétendent être des dieux – nos créateurs, tout bêtement. Que faire de ces réfugiés&amp;nbsp;? Chaque famille ou presque se retrouve à devoir accueillir ces démiurges atrophiés. L’histoire, qui questionne sur l’amour filial et le respect que l’on doit aux anciens, est aussi drôle qu’assez touchante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques nouvelles s’intéressent à des inventions et leurs conséquences. Il va ainsi de «&amp;nbsp;Sun of China&amp;nbsp;» (2002), qui raconte le parcours du jeune Ah Quan, des plaines arides à l’ouest de la Chine jusqu’à Pékin. C’est lors de ses tribulations qu’il rencontre Lu Hai, qui a mis au point une matière flexible et hautement réfléchissante, qui permet par exemple d’en faire un four solaire. Lorsque le jeune Ah deviendra laveur de carreaux sur les hauts buildings de la capitale, l’inventeur saura se souvenir de lui pour une mission bien particulière&amp;nbsp;: l’entretien du Soleil de Chine, ce miroir solaire en orbite géostationnaire, capable de modifier le climat chinois. Cette novelette me rappelle les grandes heures de la science-fiction est-allemande&amp;nbsp;: prendre une idée, a priori surprenante mais un peu débile dans ses conséquences (du moins, les conséquences &lt;em&gt;réalistes&lt;/em&gt;), et la dérouler. Curieusement, ça tient la route. Le discours égalitaire qui parcourt les pages de cette novelette n’y est pas pour rien (bis).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce qui concerne «&amp;nbsp;With her eyes&amp;nbsp;» (1999), j’invite l’éventuel lecteur de ces navrantes lignes à se procurer le &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-87&quot;&gt;Bifrost 87&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, où elle figure sous le titre «&amp;nbsp;Avec ses yeux&amp;nbsp;» (trad. Gwennaël Gaffric). Pour rapide rappel, l’histoire, pleine de sensibilité, est celle d’un homme dont les lunettes augmentées permettent à une jeune femme, cloîtrée quelque part (mais où&amp;nbsp;?) de profiter de visions de la Terre. On retrouve cette jeune femme au détour de «&amp;nbsp;The Longest Fall&amp;nbsp;» (2003). Malade, un scientifique est cryogénisé. Il est réveillé bien plus tard, guéri… et pris à partie par des gens, bien désireux de le tuer. Pourquoi&amp;nbsp;? Parce que son projet – creuser un tunnel à travers la Terre – a fonctionné au-delà des espérances… Sa traversée involontaire du tunnel est l’occasion d’un long flashback explicatif sur les conséquences de cette invention. Mais sur un thème proche, Ken Liu fait mieux avec sa «&amp;nbsp;Brève Histoire du Tunnel Trans-Pacifique&amp;nbsp;» (in &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-83&quot;&gt;Bifrost 83&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;strong&gt;The Wandering Earth&lt;/strong&gt; s’avère globalement de bonne tenue, varié dans ses thématiques, il contient néanmoins deux textes d’une qualité bien inférieure au reste. Le premier ratage, c’est «&amp;nbsp;Of Ants and Dinosaurs &amp;nbsp;» (2004)&amp;nbsp;: ce récit m’a fait penser à cette nouvelle d’Asimov, «&amp;nbsp;Le Jour des chasseurs&amp;nbsp;», qui explique de manière savoureuse la &lt;em&gt;vraie&lt;/em&gt; fin des dinos. Liu Cixin en reprend la conclusion&amp;nbsp;: les fourmis sont à l’origine de la disparition des dinosaures, après des millénaires de quasi-symbiose avec les T-Rex. Les deux espèces atteignent bientôt l’âge atomique, mais des dissensions apparaissent entre deux factions de théropodes, genre guerre froide. Les fourmis tentent de sauver ce qui peut l’être… L’avantage du récit d’Asimov résidait dans sa brièveté. Ici, c’est long. Trop. Je ne sais pas comment prendre cette histoire&amp;nbsp;: comme un récit sérieux ou une grosse pochade faisant fi de toute vraisemblance pour mieux appuyer son discours antimilitariste. Quoi qu’il en soit, j’ai oublié de rire et l’ai trouvée assez consternante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Second ratage (moindre)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Curse 5.0&amp;nbsp;» (2010) raconte l’évolution d’un virus informatique créé par un étudiant venant de subir un chagrin d’amour. Au fil du temps, d’autres personnes vont ajouter des lignes de code, transformant ce virus en un véritable fléau. Cette histoire, où Liu Cixin s’amuse au passage à se mettre en scène dans un rôle d’auteur raté, aurait pu être drôle, mais je n’ai pas réussi à suspendre mon incrédulité dès que notre auteur parle d’informatique. Sans compter un aspect répétitif et prévisible du texte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-w-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-w-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil des nouvelles composant &lt;strong&gt;The Wandering Earth&lt;/strong&gt;, Liu Cixin fait montre d’un merveilleux scientifique, plutôt plaisant… mais qui m’a laissé à chaque fois un peu sur ma faim. D’un côté, Liu manie le grandiose (la fin du Soleil&amp;nbsp;! un tunnel dans le magma terrestre&amp;nbsp;! une civilisation de dinos et de fourmis&amp;nbsp;!), avec candeur et bonheur (ce qui ne l’empêche pas de se vautrer par moment)&amp;nbsp;; de l’autre, une narration où le très anglo-saxon «&amp;nbsp;show don’t tell&amp;nbsp;» cède la place à un «&amp;nbsp;tell a lot&amp;nbsp;» plus lourd, et des personnages qui ne m’ont jamais vraiment touché. La faute à la naïveté et l’aspect fleur bleue qui se dégagent de l’ensemble, peut-être. Pour sa part, votre serviteur goûte davantage la misanthropie de Peter Watts ou Greg Egan, dont les textes courts sont eux aussi des modèles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en anglais seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: noui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>V comme La Ville est un échiquier</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/05/18/V-comme-La-Ville-est-un-echiquier" rel="alternate" type="text/html" title="V comme La Ville est un échiquier" />
      <id>urn:md5:988236bfc329753f7bc43d5304a85b04</id>
      <published>2018-05-18T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-05-18T10:09:58+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/20/8-comme-Le-Huit&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/09/G-comme-Le-Gambit-des-etoiles&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Gambit des étoiles&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/06/Q-comme-The-Queen-s-Gambit&quot;&gt; &lt;strong&gt;The Queen’s Gambit&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; , l’on continue gaiment de s’intéresser à ces romans s’intéressant de près aux échecs, cette fois avec un thriller de politique-fiction signé John Brunner&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La ville est un échiquier&lt;/strong&gt;. Quand les gouvernants filent un peu trop la métaphore échiquéenne…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La ville est un échiquier [The Squares of the City], John Brunner, roman traduit de l’anglais (UK) par René Baldy. Pocket, coll. «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;», 1985 [1965]. Poche, 384 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En 1892, du 1er janvier au 28 février, l'Américain Wilhelm Steinitz et le Russe Mikhaïl Tchigorine s’affrontent à La Havane lors du Championnat d’échecs. À l’issue de vingt-trois parties, Steinitz conserve son titre. Parmi les parties jouées, les experts considèrent que la première, la dernière et surtout la quatrième s’avèrent parmi les plus dignes d’intérêt. Pourtant, c’est à la seizième que l’écrivain britannique John Brunner va s’intéresser prêt de soixante-dix ans plus tard. Jouée le 7 février, cette partie se caractérise par une ouverture espagnole, une défense Morphy et une variante Anderssen… et s’achève par la victoire des Blancs au 38&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; coup. (Pour ceux que cela intéresse, plus de détails et de commentaires sur toutes les parties jouées dans ce championnat &lt;a href=&quot;http://www.thechesspedia.com/world-championship-matches/steinitz-chigorin-rematch-1892/&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une information qui pourrait paraître d’un intérêt incertain pour qui se contrefiche des échecs. Si ce n’est que John Brunner s’est servi de cette partie pour son roman &lt;strong&gt;La ville est un échiquier&lt;/strong&gt;, paru en 1965 en Angleterre mais peut-être écrit en 1960, si l’on en juge par la date de la brève postface sans titre. Quand ce roman sort en décembre 1965, Brunner est déjà à la tête d’une bibliographie respectable&amp;nbsp;: une trentaine de romans, parus pour une bonne part dans la collection Ace Double (ces fameux livres tête-bêche associant deux romans), entre 1959 et 1965. Riche et fertile année 1965&amp;nbsp;: Brunner y publie pas moins de&lt;em&gt; sept&lt;/em&gt; romans (dont &lt;strong&gt;L’Autel d’Asconel&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L’Ère des miracles&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Long Labeur du temps&lt;/strong&gt;, pour ceux traduits en français).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-v-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-v-cover1_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre français se montre sûrement un peu trop révélateur&amp;nbsp;: effectivement, la ville du titre se révélera être un échiquier. Avec le titre anglais, &lt;strong&gt;The Squares of the city&lt;/strong&gt;, le doute reste permis, les «&amp;nbsp;squares&amp;nbsp;» faisant à la foi référence aux cases du plateau de jeu et à… eh bien, de simples squares.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque Boyd Hakluyt, spécialiste en régulation du trafic urbain (un « artisan du mouvement&amp;nbsp;» tout comme les architectes sont les «&amp;nbsp;artisans de l’habitat&amp;nbsp;» (p. 90)), accepte une mission à Ciudad de Vados, capitale de l’Aguazul, il est loin de se douter de la nature et de la taille du panier d’embrouilles dans lequel il va tomber. L’Aguazul est un jeune État d’Amérique du Sud, soumis à la férule du général Vados. Après sa prise de pouvoir, une vingtaine d’années plus tôt, le chef d’État – qui ne se perçoit pas comme un autocrate – a entrepris une marche forcée vers le progrès, a fait édifier ex-nihilo une nouvelle capitale, à laquelle il a donné son nom et dont il est également le maire. Une cité radieuse, pour ainsi dire, qui pourrait presque faire oublier les taudis que sont les autres villes du pays… si un bidonville n’occupait pas le centre de Ciudad Vados. Voilà qui fait un peu désordre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Boyd Hakluyt comprend peu à peu que sa mission de régulation de la circulation n’est qu’un prétexte, et que ses donneurs d’ordres attendent de lui un moyen de faire disparaître ce taudis. Mais certains voient les choses différemment, à commencer par Diaz, le premier ministre. S’ensuivent des luttes intestines entre les pro-Vados et les contestataires. Bientôt, les têtes commencent à tomber. Et Hakluyt de s’interroger&amp;nbsp;: dans ce pays où les échecs sont un sport national, ne serait-il qu’un pion sur un échiquier à la taille de la ville&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-v-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-v-cover2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Attention spoiler&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: mais tellement&amp;nbsp;! À cette nuance que Boyd n’est pas un simple pion et qu’il faudra attendre les dernières pages pour connaître la pièce qu’il incarne à son corps défendant. De fait, le roman et sa structure échiquéenne ne se dévoilent pas de prime abord&amp;nbsp;: si le titre francophone ne laisse que peu de doutes quant à la nature du twist, le roman se lit toutefois comme un parfait roman de politique-fiction, dont l’élément échiquéen ne pourrait représenter, au bout du compte, qu’un prétexte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Yep, politique-fiction et non SF&amp;nbsp;: le roman de Brunner ne contient aucun élément de genre. Seules concessions à l’imaginaire&amp;nbsp;: un procédé de diffusion d’images subliminales et un pays imaginaire. Avec l’Aguazul, Brunner préfigure les pays fictifs objets de tous les enjeux dans &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; – à savoir, le Béninia et le Yatakang. Dans sa pertinente préface au &lt;strong&gt;Livre d’Or de la Science-Fiction&lt;/strong&gt; consacré à notre auteur, George W. Barlow insiste sur l’importance des noms&amp;nbsp;: Béninia évoquant le Bénin… mais aussi le caractère bénin d’une chose&amp;nbsp;; quant au Yatakang, il fait référence à un sabre turc. Et l’Aguazul alors&amp;nbsp;? Son nom rappelle l’eau (agua) et le bleu (azul) – et c’est bien l’accès à l’eau qui justifie la présence de taudis en plein cœur de la capitale. Le nom de celle-ci, Vados, veut dire bateaux ou gués en espagnol. Si on se situe ici dans un pays hispanophone, la cité fait naturellement penser à Brasilia, ville nouvelle conçue par Oscar Niemeyer et Lucio Costa.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-v-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-v-cover3.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En mettant en scène ce pays, Brunner évoque tous ces pays d’Amérique latine et du Sud, en pleine instabilité politique au moment de la sortie du roman et qui se préparent pour la plupart à tomber à plus ou moins brève échéance sous la coupe de régimes dictatoriaux (1964 pour le Brésil et la Bolivie, 1973 pour le Chili, 1976 pour l’Argentine et l’Uruguay). Néanmoins, me régime de Vados ne se caractérise ni par un anti-communisme/gauchisme primaire, à peine par un relatif nationalisme, mais surtout par sa propension à museler la presse, à avoir une télévision aux ordres, et à faire peu de cas de la population locale – du moins, dans les rues de la ville-vitrine Vados. L’auteur s’interroge sur le pouvoir et son exercice&amp;nbsp;: une parfaite métaphore échiquéenne. De fait, la métaphore est ici appliquée textuellement. Néanmoins, faire correspondre une partie réelle au jeu s’avère vite une fausse bonne idée. Si le procédé fonctionne au début, tant que les pièces ne sont pas réellement engagées, il devient plus prévisible, chaque mouvement – chaque prise de pièce en particulier – appelant une réplique (mortelle pour le personnage concerné)… et donne donc un caractère un brin systématique à l’intrigue. Surtout, celle-ci implique une foultitude de personnages&amp;nbsp;; dans le lot, on a parfois peine à retenir le rôle d’untel ou untel (et encore&amp;nbsp;: il reste une poignée de pions n’intervenant pas dans l’intrigue). Enfin, le roman semble hésiter quant à la nature de l’échiquier&amp;nbsp;: de toute évidence, celui-ci est plus métaphorique que physique, les rencontres entre personnages ayant davantage de signification que leur simple position. Maria Posador, sorte de femme fatale, a toujours quelques aphorismes à ce sujet, qu’elle ne manque pas de partager avec Hakluyt&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Tout est question de combinaison. Chaque mouvement doit être considéré en rapport avec le tout. Naturellement, cela s’applique aussi à la vie réelle. &amp;nbsp;» (p. 205)&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Croyez-vous qu’un pion resterait sagement sur sa case, attendant de se faire prendre, s’il connaissait les règles du jeu et l’état de la partie&amp;nbsp;? C’est peu probable. Il se déplacerait discrètement vers une autre case moins exposée, ou bien profiterait d’un moment d’inattention des joueurs pour sortir de l’échiquier et se déguiser en reine. (…) Nous sommes des pions sur un échiquier, mais nous connaissons les règles du jeu ainsi que l’état de la partie. Seulement, nous préférons les ignorer parce que nous n’avons pas de jambes et que nous sommes incapables de quitter notre case à moins que quelqu’un ne nous fasse bouger.&amp;nbsp;» (p. 326-327)&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-v-cover4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-v-cover4.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref, s’il ne s’agit pas du plus convaincant des romans de John Brunner comparés aux classiques &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/05/T-comme-Le-Troupeau-aveugle&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; –, ce thriller politique vaut néanmoins le détour, ne serait-ce que par son concept.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: Brunner est mis mat par son propre concept à la page 379&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: moins que &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 90)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/27/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-90" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 90)" />
      <id>urn:md5:53d30338273d9a12f10b4bd82911fb62</id>
      <published>2018-04-26T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-19T08:51:08+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit des efforts réguliers de la rédaction, les numéros de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; peinent à égaler le fameux &lt;strong&gt;Livre de sable&lt;/strong&gt; de Borges en termes de longueur. Raison pour laquelle le cahier critique du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-90&quot;&gt;Bifrost 90&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; se poursuit sur le blog&amp;nbsp;: voici une belle livraison d'une dizaine de titres supplémentaires, du bon et du très bon pour l'essentiel…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-abeilles.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-abeilles.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Une histoire des abeilles&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Maja Lunde – Presses de la Cité, coll. «&amp;nbsp;Romans étrangers&amp;nbsp;» – août 2017 (roman inédit traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon. 400 pp. GdF. 22,50&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Premier roman adulte d’une auteure qui a débuté dans la jeunesse, &lt;strong&gt;Une histoire des abeilles&lt;/strong&gt; a valu à Maja Lunde le prix norvégien des libraires, avant de devenir également best-seller en Allemagne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire se déroule sur trois lignes temporelles distinctes. En 1851, un Anglais, jadis promis à une belle carrière scientifique, se retrouve finalement totalement inhibé par sa vie de père de famille nombreuse, tombeen pleine dépression, jusqu’à ce qu’il décide, pour retrouver son aura auprès de son fils, de concevoir une ruche à nulle autre pareille. En 2007, un apiculteur américain tente à la fois de renouer le lien avec son fils, qu’il imaginait prendre sa succession mais qui rêve de devenir écrivain, et de garder à flot sa ferme tandis que le Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles connaît ses premiers drames. Enfin, en 2098, une Chinoise qui tente tant bien que mal de subsister en participant à la pollinisation de la nature maintenant que les insectes ont disparu, connaît un drame terrible lorsque son fils est victime d’une maladie mystérieuse et que les docteurs refusent de la laisser lui rendre visite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On s’en doute, ces trois lignes vont converger peu à peu (à ce propos, une personne curieuse qui lira la quatrième de couverture aura vite compris la nature du lien), mais ce n’est sans doute pas là le principal propos du livre, car elles auraient pu être totalement indépendantes que le roman aurait gardé son unité. Non, ce qui intéresse davantage Lunde, ce sont les drames qui se nouent dans ces pages, et notamment les problèmes relationnels. En effet, chacun des trois personnages principaux a des soucis dans son rapport à l’autre&amp;nbsp;: William ne supporte plus sa femme, ses (trop) nombreuses filles qui piaillent, et même son fils&amp;nbsp;; George a également des rapports conflictuels avec son fils&amp;nbsp;; et Tao, tandis qu’elle s’inquiète pour le sien, s’éloigne peu à peu de Kuan, son mari, avec qui elle n’arrive plus à communiquer. Et l’atmosphère de crise permanente n’aide pas à retrouver de la sérénité. Maja Lunde excelle à décrire ses névroses qui, bien souvent, se jouent sur des petits riens, des non-dits qui, exprimés, auraient détendu l’atmosphère en un rien de temps, jusqu’à en générer un évident malaise chez le lecteur qui assiste impuissant à la tragédie en se disant que la situation ne peut qu’empirer (même s’il peut aussi éprouver ponctuellement l’envie de mettre un bon coup de pied au cul de certains protagonistes, l’Anglais cloué au fond de son lit en tête).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette minutieuse description de relations sociales alambiquées prend ainsi le dessus sur l’intrigue, qui ne se déploie que très doucement, parfois d’ailleurs au prix de parenthèses sans grand intérêt (la course éperdue de Tao dans Beijing, par exemple). Au fond, ce que raconte Lunde aurait pu tenir sur une nouvelle de quelques dizaines de pages. Reste une description extrêmement documentée de l’apiculture au cours des siècles, voire même un peu de prospective, celle qui fait que ce roman se voit chroniqué ici. Malheureusement, cet aspect futuriste ne reste que très peu évoqué. Certes, le tiers du roman se passe dans l’avenir, certes les insectes ont disparu et l’on pollinise à la main, mais cela ne dépassera guère ce postulat initial. On aurait aimé en savoir davantage sur l’impact socio-économique de la disparition des insectes, sur les raisons scientifiques du coup de théâtre qui se produit dans le dernier tiers du roman, mais on n’en a que des bribes, l’auteure semblant s’en désintéresser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le même genre, on conseillera un roman qui, lui, prenait à bras-le-corps l’ensemble des conséquences de la disparition des abeilles&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-sang-des-fleurs&quot;&gt;Le Sang des fleurs&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, de la finlandaise Johanna Sinisalo (au passage, on se demandera par quel hasard les deux romans traitant de ce sujet sont signés de deux femmes scandinaves), à côté duquel &lt;strong&gt;Une histoire des abeilles &lt;/strong&gt;paraît bien faible d’un point de vue conjectural. Il n’en reste pas moins une plongée intéressante et éprouvante dans la nature des relations humaines et familiales conflictuelles.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-logique.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-logique.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Logique de la science-fiction – De Hegel à Philip K. Dick&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jean-Clet Martin – Les Impressions Nouvelles – octobre 2017 (essai philosophique inédit. 352 pp. GdF. 22&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;La science-fiction a toujours été en quête d’une logique.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» On pourrait même la croire basée sur la &lt;strong&gt;Science de la Logique&lt;/strong&gt; de Hegel, publié en 1812, ce que s’efforce de démontrer Jean-Clet Martin. Pour Deleuze, dont l’auteur fut le disciple et ami, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;un livre de philosophie doit être une sorte de science-fiction&amp;nbsp;&lt;/em&gt;». Placée en exergue, juste sous un extrait de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/l-exegese-t1&quot;&gt;L’Exégèse&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; où P. K. Dick s’identifie comme hégélien, la suite de cette citation rappelle qu’« &lt;em&gt; on n’écrit qu’à la pointe de son savoir, à cette pointe extrême qui sépare notre savoir de notre ignorance &lt;/em&gt; &amp;nbsp;». C’est exactement ce que fait la science-fiction qui s’aventure aux franges du savoir et du vraisemblable et se livre, dès les pionniers comme Edward Page Mitchell, à une spéculation poussant la logique dans ses derniers retranchements.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour un rationaliste comme Kant, une spéculation philosophique qui ne repose sur aucune loi observable devient de la métaphysique, ce que concède volontiers l’auteur pour qui « &lt;em&gt; la métaphysique, comme la science-fiction, est une pensée de l’absolu &lt;/em&gt; &amp;nbsp;». Mais il montre justement que le matérialisme forcené de Kant, déjà critiqué par Marx, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;ignore la valeur ajoutée de la dimension symbolique&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», comme celle du rêve et de l’imaginaire. Or il est possible d’éviter les débordements de la métaphysique si l’imaginaire est guidé par une rigueur de raisonnement, qui permet de rester «&amp;nbsp;sur le bord&amp;nbsp;»: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;la fiction spéculative est d’abord un art de tester le réel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». C’est essentiellement de &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt; dont il est question ici, ainsi que des fictions spéculatives, réelles ou fausses, qui engagent une dialectique féconde en rapport avec le réel. Comme le signale l’héroïne en détresse dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/titan-2&quot;&gt;Titan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Stephen Baxter, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;la pensée ne commence que devant l’absurde&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit moins d’un ouvrage destiné à démontrer la portée philosophique de la science-fiction qu’à une passionnante relecture de la &lt;strong&gt;Logique &lt;/strong&gt;de Hegel, dont Jean-Clet Martin reprend la structure tripartite&amp;nbsp;: l’Être, l’Essence et le Concept. Il ne s’agit donc pas d’un ouvrage &lt;em&gt;sur&lt;/em&gt; la science-fiction mais sur les rapports que celle-ci entretient avec le philosophe de &lt;strong&gt;La Phénoménologie de l’esprit&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il convient de noter la solide connaissance SF, aussi bien littéraire que cinématographique, malgré quelques pardonnables lacunes (&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/seul-sur-mars&quot;&gt;Seul sur Mars&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est d’abord un roman d’Andy Weir). Impossible de citer tous les auteurs, qui vont de Clarke à Dick, d’Herbert à Silverberg, de Heinlein à Priest, jusqu’à Haldeman ou Franck M. Robinson. L’index (incomplet) des titres cités court sur six pages&amp;nbsp;: outre les philosophes, on relève aussi, entre Farmer et Bear, des classiques comme Borges et Melville, des contemporains comme Tristan Garcia et des poètes comme Apollinaire. Sur le plan cinématographique, Ridley Scott est particulièrement cité, ainsi que James Cameron.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques opinions étonnent, qui font par exemple du film &lt;em&gt;Sunshine&lt;/em&gt; de Danny Boyle un chef-d’œuvre, ou qui placent le cycle du «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Non-A&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» à l’origine de la science-fiction, van Vogt ayant été le premier à appeler à une logique non-aristotélicienne et à refuser la temporalité, affirmation qui, sans être fausse, apparaît un rien excessive&amp;nbsp;: il s’agit bien sûr de la science-fiction en lien avec une logique hégélienne, d’essence métaphysique. Les œuvres qui ne pratiquent pas de rupture avec le présent relèvent à son sens de l’anticipation. À ce propos Asimov, considéré comme le plus grand écrivain de son temps, est particulièrement cité pour son cycle de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Fondation&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», car il illustre les difficultés d’un projet basé sur un enchaînement causal, chronologique, qui ne tiendrait pas compte de la contingence de la mutation. &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-fin-de-l-eternite&quot;&gt;La Fin de l’éternité&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est considérée ici comme l’idée absolue autour de l’idée d’absolu, en ce sens qu’il rompt avec cette boucle infernale d’un temps cyclique s’engendrant lui-même (le personnage âgé donnant à sa jeune version les éléments pour la réalisation du voyage temporel).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En son temps, Guy Lardreau affirmait que les auteurs de science-fiction philosophaient sans le savoir, comme M. Jourdain faisait de la prose, et espérait que la philosophie leur reprendrait ce qui lui revenait de droit&amp;nbsp;; loin de crier à l’imposture, Jean-Clet Martin considère la science-fiction comme une littérature majeure, s’émerveillant de croiser dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/bios&quot;&gt;BIOS&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de R. C. Wilson l’adjectif hégélien, ou se réjouissant de constater à quel point des récits comme&lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/un-feu-sur-l-abime&quot;&gt;Un Feu sur l’abîme&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Vernor Vinge ou &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/tau-zero_4586&quot;&gt;Tau Zéro&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Poul Anderson sont des mises en paysage et en fiction de la logique hégélienne. Il est vrai que la démonstration est étonnamment probante&amp;nbsp;: le corpus est suffisamment vaste pour convaincre et n’importe quel connaisseur de la science-fiction pourra ajouter ici et là des titres qui s’y rapportent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet ouvrage risque bien de relancer un débat resté célèbre autour la SF métaphysique&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/04/27/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-90#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;, sur le forum d’ActuSF. Il reste avant tout un ouvrage incontournable pour qui s’intéresse à la science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-lapsus.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-lapsus.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Lapsus clavis&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Terry Pratchett, L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» – octobre 2017 (recueil inédit d’articles traduit de l’anglais [UK] par Patrick Couton, préface de Neil Gaiman. 333 pp. GdF. 19&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Même après avoir accompagné La Mort pour un dernier voyage, la poule aux œufs d’or Pratchett continue de susciter des publications. &lt;strong&gt;Lapsus clavis&lt;/strong&gt; est un recueil de «&amp;nbsp;non-fictions&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: des articles, des discours, et cetera, remontant éventuellement aux années 1960, et s’arrêtant en 2011. On peut craindre, en pareil cas, le syndrome de la liste de courses, et, dans la petite soixantaine de textes ici rassemblés (du vivant de l’auteur et avec ses commentaires), il en est qui ne valent guère plus. D’autres justifient amplement cette publication, même globalement d’un intérêt variable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’atout majeur de l’ouvrage permet d’envisager Pratchett d’un autre œil — et la préface de l’ami Neil Gaiman, pour une fois, s’avère véritablement précieuse&amp;nbsp;: un joyeux drille, le créateur de Rincevent, etc.&amp;nbsp;? Non – un homme en colère… Ce qui, tour à tour, le rend particulièrement sympathique et un tantinet agaçant. Humain, en somme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’humour est certes toujours présent dans ce recueil, mais sans constituer son point fort. La notoriété de l’auteur et son succès mondial débouchent sur des textes qui se ressemblent, où les mêmes thèmes et les mêmes effets rhétoriques reviennent sans cesse. À vrai dire, la longue première partie est probablement la moins intéressante, consacrée à Pratchett en tant qu’auteur à succès, et d’abord du Disque-Monde (les œuvres indépendantes ne sont que rarement mentionnées, avec une exception pour &lt;em&gt;Nation&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;: sa production prolifique (pas de pause entre deux romans, quatre cents mots à écrire chaque jour) comme ses épuisantes tournées de dédicaces (avec une prédilection marquée pour l’Australie – casse pas la tête)… Les articles les plus récents peuvent d’ailleurs produire un effet similaire à celui des derniers romans du Disque-Monde, quand il devenait tristement flagrant que quelque chose ne fonctionnait plus…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On en retiendra surtout sa défense de la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, l’évasion pas seulement «&amp;nbsp;d’un endroit&amp;nbsp;» mais surtout «&amp;nbsp;vers&amp;nbsp;» un autre, et qui offre en même temps un regard critique sur le monde&amp;nbsp;; Chesterton, Tolkien et quelques autres, y compris les lassants «&amp;nbsp;produits de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; extrudés&amp;nbsp;» qu’il s’agissait de railler, avec un dictionnaire Brewer non loin, ce sont les fondements du Disque-Monde – jusque dans cet article très lucide expliquant pourquoi Gandalf ne s’est jamais marié –&amp;nbsp;; en découle la création de Mémé Ciredutemps et de ses consœurs, et, pour le coup, voir l’œuvre en gestation est fascinant&amp;nbsp;; il en va de même pour l’amorce des &lt;strong&gt;Petits Dieux&lt;/strong&gt;, avec une tortue et quelques Grecs, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais Pratchett l’homme est probablement davantage intéressant, ici. Ses réminiscences autobiographiques éparses, parfois étonnantes, parfois touchantes, sont souvent drôles (mais pas toujours). L’école pénible, la découverte des revues de SF dans une libraire porno (dont la tenancière était une aimable vieille dame lui offrant le thé), le journaliste local qui assiste à des autopsies, le chargé de relations publiques d’une centrale nucléaire… Un Pratchett avant Pratchett, qui nourrira l’auteur en temps utile.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le grand moment se situe cependant à la fin – quand Pratchett se fait militant, et, suite à la découverte de sa forme très particulière d’Alzheimer, s’engage en faveur de la mort assistée pour les patients qui ne peuvent plus espérer de rémission. Dans ce rôle incongru, l’auteur a suscité un écho marqué en Angleterre, bien au-delà du cercle pourtant étendu de ses lecteurs, et il a pu contribuer à faire évoluer les choses — en tout cas à initier un mouvement, peut-on espérer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l’ensemble du recueil ne parlera sans doute qu’aux fans, ces ultimes développements ont une portée tout autre – et suffisent à justifier, peut-on supposer, cette publication.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-requin.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-requin.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Requin&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Will Self – Éditions de l’Olivier – octobre 2017 (roman inédit traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner. 432 pp. GdF. 24&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;C’est une plongée en apnée le temps d’un seul paragraphe de plus de 400 pages. Les multiples personnages prennent tour à tour le relais dans des narrations à la troisième ou à la première personne, parfois entrecoupées par le monologue intérieur des pensées intimes, pour narrer, le temps d’un immense trip, une multitude de récits, fragments de parcours chaotiques s’amalgamant dans l’histoire de leur époque. De quoi s’agit-il&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le psychiatre Zack Busner (et non Bushner comme persiste à l’orthographier la quatrième de couverture), personnage récurrent de Will Self, a imaginé avec son ami Roger Gourevitch une clinique originale où les patients ne sont pas traités comme tels et vivent sous le même toit que les psychiatres. Ce régime très permissif nécessite néanmoins la surveillance de certains pensionnaires, comme Claude Evenrude, dit Le Tordu, militaire retraité au comportement libidineux qui inquiète les femmes de la communauté. La thérapie peut intégrer la consommation de drogues, et c’est un sévère trip sous LSD que font les personnages tous ensemble qui forment l’arc narratif de ce récit sans cesse diffracté au gré des consciences et des réminiscences. Évoquer un personnage ou une situation entraîne une foule de détails secondaires dont il est difficile pour le lecteur de déterminer la pertinence, voire la provenance, submergé qu’il est, comme les protagonistes, par un flot de sensations et de pensées superposées. Tout se trouve au même niveau, reflet d’un flux de conscience sans filtre, dépourvu de hiérarchie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Progressivement, un semblant de cohérence s’installe tandis que les biographies respectives se mettent en place, celle de vies forcément cabossées, Jeanie, toxicomane, à l’enfance malmenée par une mère violente et alcoolique, Clive, traité hors clinique à la chloropromazine, qui « &lt;em&gt; se porterait comme un charme sans elle s’il pouvait vivre dans une société pré-industrielle, une société découplée de l’implacable chaîne de montage que sont le travail et la consommation &lt;/em&gt; &amp;nbsp;», mais surtout marquées par la guerre&amp;nbsp;: Michael Lincoln, tuteur d’un pensionnaire, a été témoin d’Hiroshima tandis que Claude Evenrude a été embarqué sur l’USS Indianapolis transportant le combustible de la bombe, navire torpillé par les Japonais, dont un tiers des marins à la mer se firent dévorer par les requins, soit près d’un millier, authentique récit que rapporte une scène des&lt;em&gt; Dents de la mer&lt;/em&gt; de Spielberg, laquelle éveille chez Zack venu voir le film en famille les souvenirs de ce trip mémorable. Tous ces récits entrecroisés se déploient sans réelle linéarité. Tout affleure en même temps dans l’éternel présent de la conscience. Ce qui en émerge est la vision, pessimiste, d’un monde traumatisé par la guerre, notamment par la bombe et la technologie qui l’a rendue possible, le rouleau compresseur de la mécanisation, cauchemar causal auquel échapper par la drogue, et que Will Self s’acharne à extirper de la fiction, roman après roman, estimant que la lisibilité dont on contente le lecteur signifie la mort de la littérature. Les gens «&amp;nbsp; &lt;em&gt;cherchent à ce qu’on les distraie, pas à ce qu’on les éveille&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», dit-il à Fabrice Colin sur ActuaLitté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Requin&lt;/strong&gt;, Will Self poursuit donc le procès de la société technologique entamée avec &lt;strong&gt;Parapluie&lt;/strong&gt;, situé chronologiquement après celui-ci, déjà centré sur une expérience de drogue et sur la guerre des tranchées, en attendant &lt;strong&gt;Téléphone&lt;/strong&gt;, dernier volet de la trilogie déjà paru en Angleterre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre est brillant, riche de références littéraires et de trouvailles linguistiques qui font d’autant plus crépiter cette superposition de récits. Science-fictif&amp;nbsp;? Pas vraiment, du moins autant que peut l’être un roman de Ballard dont Will Self est un disciple. Sa lecture peut rebuter au premier abord. Il faut accepter de lâcher prise, de se débarrasser de la linéarité, pour se laisser porter par la musicalité des phrases, leur rythme, pour entrer à son tour dans ce trip, au diapason des autres personnages&amp;nbsp;: le roman, alors, se révèle étonnamment facile à lire. Une expérience à nulle autre pareille.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-temps.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-temps.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Temps&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Ouvrage publié sous la direction d’Ugo Bellagamba, Estelle Blanquet, Éric Picholle et Daniel Tron – Éditions du Somnium, coll. «&amp;nbsp;Sciences &amp;amp; Fictions à Peyresq&amp;nbsp;» – novembre 2017 (actes de colloque. 470 pp. GdF. 23&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il était logique de consacrer ce dixième colloque &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sciences &amp;amp; Fictions à Peyresq&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; au temps, un thème riche et multiforme dans ses multiples manifestations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le temps renvoie d’abord à l’Histoire et à ses interprétations&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Temps historique et uchronies&lt;/em&gt; (Ugo Bellagamba) situe ces dernières à l’intersection de la SF et de l’historiographie. Reflet des propres convictions de l’auteur, l’uchronie est d’abord à l’usage de son époque (« &lt;em&gt; L’instrumentalisation de l’histoire dans la pensée politique de Charles Rénouvier &lt;/em&gt; », Ugo Bellagamba). Les incontournables &lt;em&gt;Voyages, boucles et paradoxes temporels&lt;/em&gt; (Éric Picholle) posent la question du déterminisme et de la conception élastique du temps que sous-tendent ces jeux logiques. Le voyage temporel reste, finalement, un lieu de conflit («&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Discordance des temps&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», Jean-Luc Gautero). La notion de dimension temporelle qu’exploite ce type de récit est explicitée par Pascal Thomas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après ce tour d’horizon des temps «&amp;nbsp;objectifs&amp;nbsp;», place au subjectif du &lt;em&gt;Temps humain et vieillissement&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: la longévité impose de lutter contre l’ennui par l’effacement de la mémoire ou la réintroduction de la famine et de la guerre. Anthony Vallat poursuit cette modération avec «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Temps, intuition et société du loisir&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». L’intuition est aussi le sujet de &lt;em&gt;Zeitgeist et espace-temps&lt;/em&gt; (Jean Dhombres)&amp;nbsp;: les évidences qu’on a sous les yeux et que pourtant on ne voit pas débouchent sur des questions épistémologiques à propos de la création scientifique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À propos du temps en physique, Estelle Blanquet et Éric Picholle établissent la chronologie des jumeaux de Langevin et font le tri entre vrais et faux paradoxes temporels – on trouvera d’ailleurs plus loin une nouvelle de Picholle, «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Jumelles&amp;nbsp;! &lt;/strong&gt;» qui illustre avec justesse le célèbre paradoxe. Peut-on imaginer un univers sans temps ou bien un temps discontinu&amp;nbsp;? Autour du paradoxe de Zénon d’Élée, &lt;em&gt;Temps discrets et univers sans temps&lt;/em&gt; (Éric Picholle) pose la question de la mémoire comme forme de découpage du temps. Il fallait bien finir par aborder plus frontalement la question de la causalité, ce que fait &lt;em&gt;Flèche du temps et déterminisme&lt;/em&gt; (Pascal Thomas), étendu aux temps récurrents ou à rebours, et à des représentations étrangères ou exotiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;La SF au service de la pédagogie du temps&lt;/em&gt; est un excellent débat sur le découpage du temps à l’école. Doit-on redouter l’expérience de l’échec ou refuser de perdre du temps, sachant l’importance d’un temps laissé à l’expérimentation&amp;nbsp;? «&amp;nbsp; &lt;em&gt;La gestion du temps didactique du lecteur-modèle à l’élève-type&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» d’Estelle Blanquet contient quelques éléments de réponse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gardons pour la fin les deux gros morceaux, 120 pages chacun, qui justifient à eux seuls l’achat de ce collectif, tous deux signés Daniel Tron. À partir de Ricoeur, « &lt;em&gt; Perles du temps et temps incertains&amp;nbsp;: écrire la temporalité de la science-fiction &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» se penche sur la façon qu’ont les récits de déployer une temporalité dans l’esprit du lecteur par leur mise en intrigue et structuration du texte. Sont successivement abordés les temps à grande échelle, sur plusieurs générations, les questions de point de vue dans les paradoxes temporels et le traitement des temps subjectifs, notamment autour du &lt;strong&gt;Temps Incertain&lt;/strong&gt; de Michel Jeury et &lt;strong&gt;La Cité du soleil et autres récits héliotropes&lt;/strong&gt; de Ugo Bellagamba.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passionnant de bout en bout, cet article se poursuit sur une magistrale étude du «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Temps dickien&amp;nbsp;: art de la fugue et boucles étranges&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», autour de quelques titres emblématiques de P. K. Dick. Un seul bémol&amp;nbsp;: les longues citations en anglais non traduites, avec tout de même le renvoi à la version française – à condition de disposer de la bonne édition. Daniel Tron met en évidence les dédoublements temporels, les subjectivités superposées qui glissent ensuite vers l’autobiographie fictionnelle. Il parvient même à dresser un schéma de la structure des mondes dickiens, applicable à la plupart de ses romans. Une relecture éclairante sur bien des niveaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ouvrage, largement illustré, constitue une excellente approche sur le temps dans la science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-tension.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-tension.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Tension extrême&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Sylvain Forge – Fayard – novembre 2017 (roman inédit. 408 pp. Poche. 8,90 &amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dernier thriller en date de Sylvain Forge, &lt;strong&gt;Tension extrême&lt;/strong&gt; a obtenu le Prix du Quai des orfèvres 2018, prix décerné annuellement à un roman policier par un jury présidé par le Préfet de Police de Paris et composé d’un aréopage de professionnels du droit pénal et de la procédure éponyme. Ceci explique peut-être cela. Car &lt;strong&gt;Tension extrême&lt;/strong&gt; n’est pas un bon roman, mais il est écrit pour eux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nantes, aujourd’hui. Deux hommes, jumeaux et porteurs du même modèle de pacemaker, succombent simultanément à une défaillance destructrice de leur implant cardiaque. Il est vite évident que les défaillances ont été provoquées de l’extérieur. On découvre bientôt que c’est le téléchargement d’un virus, lors d’une mise à jour sans fil de l’implant, qui a rendu le sabotage possible. Car le pacemaker était «&amp;nbsp;connecté&amp;nbsp;», comme le sont aujourd’hui nombre d’objets, du réfrigérateur à la montre en passant par les boxes, les téléphones ou les voitures. Un «&amp;nbsp;internet des objets&amp;nbsp;» dont les spécialistes savent qu’il est peu sécurisé et donc vulnérable à des attaques aux objectifs variés. Jusque là, ça va. Pourquoi ne pas aborder ce thème d’actualité dans un roman policier&amp;nbsp;? Et pourquoi ne pas en faire un thriller dans lequel un génie diabolique de l’informatique menacerait de répandre un virus très dangereux dans la nature à une date symbolique pour lui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois cent quatre-vingt-dix pages, soixante-quatorze chapitres, dans mon expérience, ce n’est jamais très bon signe. Ca se vérifie ici. Le rythme trépidant que trouve l’auteur l’est au détriment de toute écriture ou caractérisation. Le style est au mieux nonchalant. L’auteur abuse d’un argot censé «&amp;nbsp;faire flic&amp;nbsp;» mais qui fait juste vieux. Beaucoup d’idées ou de situations sont évacuées en quelques lignes, dans un saupoudrage qui donne parfois l’impression qu’on lit le plan détaillé d’un roman à écrire. Les personnages (le vieux flic qui en a vu ou la nouvelle surdiplômée&amp;nbsp;; sans oublier les toppings «&amp;nbsp;qui font vrai et émouvant&amp;nbsp;» comme le désir d’enfant, la mort de la mère, ou les secrets de famille, le tout totalement hors du sujet principal et vite expédié aussi) reprennent les clichés faciles des romans policiers. Les développements informatiques, pas toujours exempts d’erreurs techniques, sont souvent confus quand ils ne sont pas amusants de naïveté. En revanche, les noms complets des services policiers (jusqu’à leur localisation sur la carte de France) ou des procédures utilisées ont dû ravir le jury du Prix, même si l’auteur confond allègrement meurtre et assassinat par exemple.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour qui a été écrit ce roman&amp;nbsp;? Je vois deux publics cibles. D’abord, le jury du Prix du Quai des Orfèvres. Le passage en revue des services et des techniques de police (jusqu’aux fichiers spécialisés) a sûrement plu à un jury de professionnels qui a pu entrer dans ce roman comme dans ses pantoufles. Choix narratif gagnant pour l’auteur. D’autre part, des lecteurs très peu regardants sur l’écriture (ou même la construction interne de l’histoire) à la recherche d’un divertissement qui leur donnera le sentiment d’avoir découvert quelque chose sur une menace qui nous environnerait et sur laquelle nous saurions trop peu. Grâce au roman, ils pourront briller en informant leurs amis sur le dessous des cartes. Carton plein pour eux&amp;nbsp;! Rien en revanche pour les lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Eric Jentile&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-lazare25.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-lazare25.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Rédemption&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Lazare en guerre T.2.5 Rédemption – Jamie Sawyer – L’Atalante coll. «&amp;nbsp;La dentelle du cygne &amp;nbsp;» – novembre 2017 (roman inédit traduit de l’anglais [UK] par Florence Bury. 128 pp. GdF. 12,50&amp;nbsp;€)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mécanicienne sur l’&lt;em&gt;Edison&lt;/em&gt;, un petit caboteur commercial, Taniya Coetzer s’apprête à débarquer avec les quelques membres d’équipage de son vaisseau sur la gigantesque station Cap-Liberté. L’avenir des marchandises placées dans la soute lui importe peu. Elle a d’autres préoccupations&amp;nbsp;: elle va enfin revoir sa mère. Elle ne lui a pas parlé, ou si peu, depuis près de six ans. Sortie du pénitencier deux années plus tôt, elle attend impatiemment ce jour capital pour elle. Angoissant aussi, car elle va devoir se justifier et regagner la confiance de cette mère devenue si lointaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toutefois, rien ne va se dérouler comme prévu. Dès le début, des parasites envahissent les transmissions entre l’&lt;em&gt;Edison&lt;/em&gt; et la station. Et les anomalies, en apparence anodines, s’accumulent. D’un seul coup, Taniya et ses collègues se retrouvent aux prises avec des forces contraires et puissantes, au centre d’un maelström de destructions. Ballottés comme des fétus de paille, ils vont, bien malgré eux, vivre l’Histoire, celle qui est racontée dans les livres. Celle où figure Lazare (le personnage central de la série, présent uniquement à travers une publicité et des clones dans ce court roman). Heureusement, certains d’entre eux sont préparés à ce genre de situations. Heureusement aussi, d’autres vont se découvrir des ressources insoupçonnées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rédemption&lt;/strong&gt; propose en fait une aventure parallèle à l’intrigue principale de la trilogie «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Lazare en guerre &lt;/strong&gt;». On ne retrouve aucun personnage croisé auparavant (à part, donc, des images de Lazare). Mais l’univers est le même&amp;nbsp;: lieux, atmosphère, créatures sont dans la droite ligne des précédents volumes. Et la lecture de ce récit ne doit pas être négligée. Elle est en effet capitale si l’on veut comprendre la destruction de la station Cap-Liberté dont Lazare aperçoit les ruines à la fin de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/01/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-89#lazare-t2&quot;&gt;La Légion&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, deuxième volume de la trilogie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à l’histoire elle-même, Jamie Sawyer conserve ses habitudes&amp;nbsp;: un personnage central tourmenté, avec des problèmes de famille (la mère de Taniya remplace ici la femme, puis la sœur de Lazare)&amp;nbsp;; une situation conflictuelle opposant les membres de l’Alliance à ceux du Directoire, avec l’intervention violente des Krells. Des combats, de la testostérone, des cadavres. Rien de bien neuf donc. Mais un savoir-faire évident, source d’un réel plaisir de lecture, qu’accentuent la brièveté de l’histoire et son côté resserré et donc plus intense. Ce court roman se déguste comme un petit bonbon suçoté entre deux repas. Et il permet de patienter jusqu’à la publication d’&lt;strong&gt;Origines&lt;/strong&gt;, l’ultime tome des aventures de Lazare, prévue cette année.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-callidor.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-callidor.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Focus Callidor&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;&lt;strong&gt;Le Khan blanc (Les Lames cosaques, T2)&lt;/strong&gt; , Harold Lamb – Callidor, coll. «&amp;nbsp;L’Âge d’or de la fantasy&amp;nbsp;» – décembre 2017 (recueil inédit traduit de l’anglais [US] par Julie Petonnet-Vincent. 288 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Les Centaures&lt;/strong&gt; – André Lichtenberger – Callidor, coll. «&amp;nbsp;L’Âge d’or de la fantasy&amp;nbsp;» – décembre 2017 (roman, réédition. 283 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Le Serpent Ouroboros, volume I&lt;/strong&gt; – E.R. Eddison – Callidor, coll. «&amp;nbsp;L’Âge d’or de la fantasy&amp;nbsp;» – décembre 2017 (roman inédit traduit de l’anglais [UK] par Patrick Marcel. 285 pp. GdF. 20&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’excellente collection «&amp;nbsp;L’Âge d’or de la &lt;em&gt;fantasy&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» livre sa deuxième salve&amp;nbsp;: au programme, trois livres précieux, chacun dans son registre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-loup-des-steppes&quot;&gt;Le Loup des steppes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, nous retrouvons Khlit le Cosaque, personnage fétiche de Harold Lamb, dans&lt;strong&gt; Le Khan blanc&lt;/strong&gt;. Il ne s’agit toujours pas de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; à proprement parler, mais l’influence de cette œuvre sur certains pionniers du genre, au premier chef Robert E. Howard, saute aux yeux. Dans ces trois novellas, le vieux Khlit devient le grand khan des Tatars, ce qui n’a rien d’une paisible retraite&amp;nbsp;: aux confins de l’Asie, nous le voyons lutter contre un général chinois avide de vengeance, ou faire les frais des manigances des chamans de son peuple d’adoption aussi bien que des sbires du dalaï-lama. Le héros vieillissant, chrétien dissimulé, ne pourra triompher de cette adversité qu’en faisant appel à la ruse, car les capacités martiales ne suffisent pas. Lamb est un maître de l’aventure &lt;em&gt;pulp &lt;/em&gt;; on le sent prendre beaucoup de plaisir à user de ce cadre exotique qui le passionne. Trois récits hauts en couleurs et palpitants, dans des registres variés, qui séduiront sans peine les amateurs de Conan et compagnie&amp;nbsp;; en fait, répétons-le&amp;nbsp;: c’est probablement bien meilleur…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De ces nouveaux titres, le plus inattendu est &lt;strong&gt;Les Centaures&lt;/strong&gt;, roman français de 1904 – rétrospectivement un des premiers du genre. L’auteur, André Lichtenberger, n’est pas un inconnu, mais ce roman avait été oublié après une ultime réédition de 1924, illustrée par Victor Prouvé (dont le travail est ici reproduit). L’auteur y décrit un univers préhistorique fantasmé, où trois races nobles empruntées à la mythologie grecque, les centaures, puis les faunes et les tritons, voient leur monde bucolique s’écrouler sous les assauts des «&amp;nbsp;impurs&amp;nbsp;» que sont les humains, qui volent leur fourrure aux autres animaux et inventent de bien curieuses machines… Mais notre point de vue est bien celui des centaures engagés sur la voie de l’extinction. La préface de l’auteur (datant de la réédition après 14-18…) effraie un peu, avec son leitmotiv « famille, race, patrie&amp;nbsp;», et il y a bien quelque chose de réactionnaire dans l’utopie des centaures. Néanmoins, le roman s’avère en fait bien plus subtil qu’il n’en a l’air, et bénéficie d’un souffle admirable, se déployant en tableaux majestueux, ceux d’une nature luxuriante comme ceux du destin apocalyptique des centaures. Une très étonnante et très convaincante redécouverte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ultime ouvrage de cette fournée, et sans doute le plus attendu&amp;nbsp;: le premier volume (hélas, le roman a dû être coupé…) du &lt;strong&gt;Serpent Ouroboros&lt;/strong&gt;, un classique datant de 1922, à l’influence remarquable, et qui, pour quelque raison étrange, n’avait jamais eu l’heur d’une traduction française. Nous sommes sur la planète Mercure, déchirée par la guerre qui oppose la Démonie et la Sorcerie (des humains en définitive). La fourberie des Sorciers accule les Démons à leur perte, après avoir fait disparaître par magie un de leurs plus fameux éléments, par ailleurs le frère du roi Juss – lequel abandonne son pays aux abois pour accomplir la quête épique qui lui permettra de retrouver son compagnon de toujours… «&amp;nbsp;Objectivement&amp;nbsp;», c’est bourré de défauts. Dans la construction de monde, c’est aux antipodes de Tolkien, avec bien trop de rappels à notre propre Terre, et en même temps un exotisme un peu je-m’en-foutiste (dans les noms propres)&amp;nbsp;; la trame générale, classique et d’inspiration nordique, avec de nombreuses ellipses, souffre de la même sensation de patchwork&amp;nbsp;; les personnages sont autant de brutes épaisses, une simple pique concernant leur bravoure suffit à les pousser aux pires sottises (sauf l’excellent Gro, qui anticipe peut-être Tyrion Lannister)&amp;nbsp;; le style erre souvent, l’archaïsme de l’original ne ressortant guère du texte français, mais on n’en oscille pas moins entre des dialogues nerveux et jubilatoires, et des descriptions bien lourdes à force d’omniprésentes pierres précieuses qui semblent orner le moindre objet sur Mercure… Et pourtant, ça marche. Très bien, même. C’est clairement une aventure qui fait appel à la passion – la raison, qui pointe trop de défauts, est hors-concours, c’est enthousiasmant, c’est palpitant, et on a vraiment hâte de lire le volume II&amp;nbsp;! En espérant qu’il ne faudra pas attendre trop longtemps…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Callidor est une bénédiction, pour ne pas dire un miracle. Ces trois nouveautés, toujours illustrées (très beau travail pour le Lichtenberger et le Eddison, moins pour le Lamb, s’il y a eu des progrès par rapport au premier tome), sont toutes très bonnes, et l’on ne peut que saluer, aussi bien l’exhumation de ces &lt;strong&gt;Centaures&lt;/strong&gt; injustement oubliés, que la traduction, enfin, du classique &lt;strong&gt;Serpent Ouroboros&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-aubepine.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-aubepine.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;L’Ascension de Maison Aubépine&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Aliette de Bodard – Fleuve éditions, coll. «&amp;nbsp;OutreFleuve&amp;nbsp;» – janvier 2018 (roman inédit traduit de l’anglais [France] par Emmanuel Chastellière. 496 pp. GdF. 21,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Paris, peu après &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-chute-de-la-maison-aux-fleches-d-argent&quot;&gt;la chute de la Maison aux Flèches d’Argent&lt;/a&gt;. Pendant que celle-ci se redresse péniblement, se reconstruisant sur les ruines de ce qu’elle fut, quelques-uns de ses anciens habitants (volontaires ou non) poursuivent leur périple dans une capitale scindée en multiples quartiers et factions, sous l’ombre toujours plus menaçante de la Maison Aubépine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car cette dernière semble s’épanouir et se gorger du chaos provoqué par le déséquilibre des forces. Dirigée par Asmodée, ce Déchu cruel et inconsolable après le meurtre de son dernier amant, Aubépine se prépare à conclure de nouvelles alliances. Et si l’avenir de la Maison résidait dans une union avec les dragons, dont le royaume en perdition, caché dans le fleuve qui traverse la ville, semble dissimuler un pouvoir inconnu&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aliette de Bodard retrouve dans ce deuxième tome son univers post-apocalyptique angélique, où les terres et les fleuves meurent doucement, pollués par la magie céleste et les anciens sorts invoqués pendant la Grande Guerre. L’histoire reprend quelques battements d’ailes à peine après la fin du premier récit. Là aussi, les intrigues se nouent, les complots se dénouent, le sang angélique (et surtout mortel) coule. Tandis que la déchéance s’accentue, que le pouvoir semble être l’unique but des puissants de ce monde, les plus humbles essaient tant bien que mal de survivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même si la lecture du premier opus est nécessaire avant de lire ce deuxième volet, on se replonge avec plaisir dans cette fantaisie urbaine. La décadence y est de nouveau bien racontée, les personnages, anciens ou nouveaux, toujours aussi complexes. Ce qui nourrit malheureusement une certaine frustration, tant l’impression de seulement effleurer quelque chose d’essentiel, de précieux, se fait sentir. La richesse de cet univers, les possibilités qu’il laisse entrevoir sont malheureusement sous-exploitées, comme s’il était plus simple pour le texte de rester dans les jeux de miroirs. À l’image de ses marionnettes qui, sortant enfin des huis clos dans lesquels elles étaient enfermés, retombent dans des royaumes tout aussi étriqués, où les mêmes luttes et jeux de pouvoirs se déroulent. Comme s’il était impossible de s’affranchir d’une féodalité, impossible de se libérer, même par la mort. Comme si ce tome, n’était qu’une transition vers un dénouement flamboyant qu’on attend encore. Un troisième livre serait-il prévu&amp;nbsp;? À surveiller…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Maëlle Alan&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-10000jours.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-10000jours.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;10 000 jours pour l’humanité&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jean-Michel Riou - Plon - janvier 2018 (roman inédit - 480 pp. GdF. 21,90 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le roman caché de Jules Verne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», affirme l’accroche, un brin racoleuse, sur la belle couverture rappelant la collection «&amp;nbsp;Voyages Extraordinaires&amp;nbsp;» des éditions Hetzel, où parut l’essentiel de l’œuvre romanesque de Verne. Jean-Michel Riou, plus connu pour ses romans historiques ou policiers, propose ici un pastiche adoptant la forme d’un roman censément oublié de l’auteur de &lt;strong&gt;Cinq semaines en ballon&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une nuit de juin 1890, l’astronome britannique Charles Pritchard fait une découverte terrifiante&amp;nbsp;: l’orbite de Cérès, altérée par un heurt avec un astéroïde, amènera la planète naine – renommée Wildcat – à entrer en collision avec la Terre dans une trentaine d’années. Que faire&amp;nbsp;? Pour éviter la panique, les astronomes réunis en congrès envisagent de ne rien révéler, mais ce secret est vite éventé par Pierre Lefranc, journaliste au &lt;em&gt;Petit Journal&lt;/em&gt;, qui prend très à cœur sa mission d’informer ses concitoyens. La situation semble désespérée. Certains cherchent des pis-aller, comme en Chine où l’Empereur envisage de se réfugier en plein cœur du plateau tibétain. La rencontre de Lefranc avec Elizabeth Storm, jeune scientifique, va amener un souffle d’espoir, en particulier après un entretien crucial avec Jules Verne&amp;nbsp;: le vieil écrivain est disposé à rédiger un roman-feuilleton, intitulé &lt;em&gt;Le Meilleur de l’homme&lt;/em&gt;, afin de donner l’impulsion nécessaire à l’humanité pour s’unir et trouver un moyen de survivre à l’apocalypse prochaine. Et contre toute attente, cela marche&amp;nbsp;: le capital et les masses laborieuses s’unissent au sein de l’Entreprise pacifique afin de créer les gigantesques abris souterrains, véritable arches de Noé qui accueilleront la population humaine et ce qui assurera sa subsistance pour un siècle ou plus. Ce faisant, le progrès technique fait d’énormes bonds&amp;nbsp;; le progrès social aussi. Pour autant, Lefranc nourrit des doutes sur l’honnêteté de certains&amp;nbsp;: y aurait-il des gens assez inhumains pour vouloir tirer profit de cette situation désespérée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De la décennie 1890 à 1924, année supposée de la collision, &lt;strong&gt;10 000 jours pour l’humanité&lt;/strong&gt; s’intéresse aux investigations des intrépides et intègres Pierre Lefranc et Elizabeth Storm (et plus tard de leur fils Dorian) et aux manigances d’Edward Pearson, lobbyiste antagoniste aux visées rien moins qu’iniques. Au passage, on croise quelques personnalités réelles, tel Clément Ader, Charles Pritchard ou Jules Verne. Le procédé de faire apparaître le vénérable auteur dans le livre qu’il est supposé avoir écrit semble quelque peu artificiel, et sûrement Jean-Michel Riou aurait pu s’en passer sans que cela nuise à l’hommage. Un hommage qui tire en longueur, jusqu’à un &lt;em&gt;happy end&lt;/em&gt; un brin hâtif. Néanmoins, les références aux romans majeurs du natif de Nantes sont présentes (&lt;strong&gt;Voyage au centre de la Terre&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Vingt mille lieues sous les mers&lt;/strong&gt;, voire le tardif &lt;strong&gt;La Chasse au météore&lt;/strong&gt;) sans être envahissantes&amp;nbsp;; pas de trahison, on y retrouve la même défiance que Verne envers le capitalisme et les élites. La ressemblance avec la situation actuelle n’a rien d’un hasard, il suffirait de remplacer l’astre tueur par le réchauffement climatique (et les abris souterrains par la Nouvelle-Zélande, terre d’élection des pontes de la Silicon Valley). En fin de compte, Riou se décide pour l’optimisme et la capacité de l’humain à tirer le meilleur de lui-même dans les circonstances les plus désespérées – cela sera-t-il le cas dans la réalité&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-tigane.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-tigane.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;tigane&quot;&gt;Tigane&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Guy Gavriel Kay – l’Atalante, collection «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» (réédition d’un roman traduit de l’anglais [Canada] par Corinne Faure-Geors. 768 ppp. GdF. 29,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Bien décidé à poursuivre la réédition des romans de Guy Gavriel Kay en France, L’Atalante propose cette fois &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt;, deuxième œuvre de l’écrivain canadien après sa trilogie «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Tapisserie de Fionavar&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gros pavé, &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; marque un tournant dans la carrière de Kay. En effet, cet opus voit l’auteur prend ses distances avec l’ &lt;em&gt;heroic fantasy&lt;/em&gt; pure et dure à la Tolkien pour tracer sa propre voie. L’action de &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; se situe dans un monde qui rappelle furieusement l’Italie de la Renaissance et ses nombreuses Cités-États. Dans la Palme, une péninsule prise entre les mâchoires de deux empires, Barbadior et Ygrath, le jeune Devin va découvrir qu’il n’est pas celui qu’il pense. Sous la férule d’Alessan et de Baerd, il apprend le triste sort de son pays natal, Tigane, qui a eu le malheur de se dresser entre Brandin d’Ygrath et sa conquête de la Péninsule. Maudite et réduite au silence, le fier pays du prince Valentin disparait petit à petit de la mémoire du monde, condamné par l’anathème jeté par Brandin lui-même bien des années plus tôt. Devin va alors décider de se battre pour libérer la Palme du joug des envahisseurs étrangers mais également pour que le nom de Tigane puisse de nouveau être entendu par tous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Difficile de résumer ce pavé où de nombreuses qualités narratives de Guy Gavriel Kay affleurent déjà&amp;nbsp;: son envie de mêler l’Histoire avec une époque fantasmée de son cru, son amour évident de la poésie et de la chanson mais aussi, et surtout, son incroyable don pour façonner des personnages éminemment humains et attachants. &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; rassemble tout cela et bien plus encore. Devin, Alessan, Catriana, Brandin… absolument tous les acteurs de cette vaste fresque de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; se révèlent marquants d’une façon ou d’une autre. L’univers créé, si détaillé et vivant soit-il, vaut aussi et avant tout par les magnifiques figures humaines qui l’habitent. Guy Gavriel Kay délaisse déjà les grosses ficelles de l’ &lt;em&gt;heroic fantasy &lt;/em&gt;pour quelque chose de plus subtil, de plus délicat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème, c’est que &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; représente le premier véritable essai de l’auteur en la matière. Défaut récurrent chez Kay mais souvent gênant ici&amp;nbsp;: la longueur. Ce roman est trop long&amp;nbsp;; le Canadien tire à la ligne et répète à l’envi des choses que l’on sait déjà trop bien. De même, il s’embarque dans un versant encore purement &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; avec l’intrigue des&lt;em&gt; &lt;/em&gt;Marcheurs de la nuit qui apparait immédiatement comme convenue et rébarbative. Il semble bien que Kay ne soit pas à l’aise lorsqu’il s’agit de jongler avec des concepts de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; purs et durs. De même, il n’a pas acquis encore l’habilité qu’il aura par la suite sur le plan de la structure narrative. &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; montre à plusieurs reprises de grosses ficelles un tantinet déroutantes quand on sort de ses œuvres plus récentes. Mis bout à bout, ces embarrassants défauts permettraient certainement de délester l’ouvrage de cent à cent cinquante pages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Heureusement, Kay s’avère déjà un maître en matière d’émotions et arrivent à susciter l’empathie du lecteur relativement vite. D’autant plus qu’il parle de thèmes universels avec une justesse qu’on ne peut lui retirer. Au fond, derrière sa fin épique et ses complots, &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; parle du droit des peuples à s’autodéterminer. Plus encore, Kay se penche sur l’identité et sur l’appartenance à une contrée. En passant en revue le mauvais et bon dans cette vengeance aux doux relents nationalistes, Kay fait la part des choses et laisse le lecteur réfléchir sur le sens du mot vengeance. Le sort de Brandin, roi à la fois ignoble et touchant, s’oppose à celui d’Alessan, obligé de commettre bien des forfaits pour arriver à trouver &lt;em&gt;sa&lt;/em&gt; justice. &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; se penche sur le poids de l’Histoire et celui de la mémoire. Comment vivre avec son passé&amp;nbsp;? Comment vivre l’exil et le retour au pays&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt; foisonne de bonnes idées qui permettent tout de même de le hisser bien plus haut que le tout-venant &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman annonce d’ailleurs les futures splendeurs que seront&lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-lions-d-al-rassan&quot;&gt;Les Lions d’Al Rassan&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-fleuve-celeste&quot;&gt;Le Fleuve Céleste&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; mais n’en a pas encore l’envergure ni la maîtrise. Ceux qui aiment Kay apprécieront grandement &lt;strong&gt;Tigane&lt;/strong&gt;, les autres seraient plus avisés de commencer par un autre bout de son œuvre avant de revenir à celle-ci.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Nicolas Winter&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr90-teigneux.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr90-teigneux.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Teigneux&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Daniel Kraus – Fleuve éditions, coll. «&amp;nbsp;Outre Fleuve&amp;nbsp;» – février 2018 (roman traduit de l’anglais [US] par Axelle Demoulin &amp;amp; Nicolas Ancion. 320p. GdF. 19,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Iowa, 1981. Voilà neuf ans que la famille Burke vit avec le souvenir d’une nuit de cauchemar dont elle ne parvient pas à se remettre. Ry a aujourd’hui dix-neuf ans et en a gardé les stigmates, tant physiques que psychologiques. Sarah, sa petite sœur, était trop jeune pour être consciente de ce qu’ils ont subi. Ce n’est pas le cas de sa mère, Jo Beth, qui depuis tente tant bien que mal – plutôt mal – de gérer la ferme familiale et de subvenir aux besoins de ses enfants en l’absence de leur père, Marvin. Un père absent mais dont l’ombre menaçante est pourtant omniprésente dans l’esprit de chacun. Sur ces terres agricoles, la vie s’est arrêtée neuf ans plus tôt, et chacun semble attendre que l’inéluctable se produise et que le cauchemar recommence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la première partie de son roman, Daniel Kraus parvient remarquablement bien à nous faire ressentir le poids de cette menace permanente qui plane sur la famille Burke et à dessiner en creux le portrait de ce père monstrueux. Les détails ne nous sont révélés que progressivement, et ne viennent que confirmer ce que l’on pressentait depuis le début. La suite du récit repose sur une coïncidence certes improbable mais que l’on accepte d’autant mieux qu’elle nous est annoncée dès les premières pages. Débute alors un huis clos tendu que l’auteur parvient à tenir pratiquement jusqu’au bout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit se focalise plus particulièrement sur Ry Burke, sur le traumatisme qu’il a subi enfant et sur les mécanismes psychologiques qui lui ont permis de se reconstruire, au moins pour un temps. Des mécanismes qui prennent la forme de trois jouets dérisoires&amp;nbsp;: un ourson miteux, un Christ en plastique et une créature grimaçante, le &lt;strong&gt;Teigneux&lt;/strong&gt; du titre. Autant de souvenirs d’une enfance tragique que Ry va devoir invoquer une nouvelle fois s’il veut espérer survivre à cette seconde nuit de cauchemar.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre fantasmes incarnés et délires hallucinés, &lt;strong&gt;Teigneux&lt;/strong&gt; flirte souvent avec les frontières du fantastique sans jamais les franchir tout à fait. En revanche, dans ses ultimes séquences, il se laisse aller à des débordements horrifiques, pour ne pas dire grand-guignolesques, qui font basculer le roman dans un registre très différent de tout ce qui a précédé. On peut regretter ce choix du spectaculaire outrancier en guise d’apothéose à cette histoire, mais au final cela n’enlève pas grand-chose aux qualités de ce roman, tendu à souhait dans son écriture et suffisamment proche de ses personnages pour nous faire partager leur tragédie.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2018/04/27/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-90#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.actusf.com/forum/viewtopic.php?t=8050&amp;amp;postdays=0&amp;amp;postorder=asc&amp;amp;start=0&quot;&gt;&amp;gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Du sense of wonder à la SF métaphysique&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, de 2009 à 2012, sur plus de 750 pages…&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 81 - Eric Brown, Laurent Kloetzer &amp; Kij Johnson</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/24/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-81" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 81 - Eric Brown, Laurent Kloetzer &amp; Kij Johnson" />
      <id>urn:md5:f510b5a0500f3a60ffef15d1e9d6905f</id>
      <published>2018-04-24T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:06:11+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Belialis constellatio&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi81-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Philippe Boulier nous invite dans son podcast, pour nous parler cette semaine de quelques-uns des titres publiés par le Bélial' en ce début d'année&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt; d'Eric Brown, &lt;strong&gt;Issa Elohim&lt;/strong&gt; de Laurent Kloetzer et &lt;strong&gt;La Quête onirique de Vellitt Boe&lt;/strong&gt; de Kij Johnson…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi81-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi81-livres.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical&amp;nbsp;: Daniel Johnston - &lt;em&gt;Fun&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;- Love Wheel&lt;br /&gt;
- Happy Time&lt;br /&gt;
- Psycho Nightmare&lt;br /&gt;
- Life in Vain&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi81-johnston.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/.bo-epi81-johnston_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_81.mp3" length="34518765" type="audio/mpeg3" />
      
          </entry>
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      <title>U comme Untilted</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/23/U-comme-Untilted" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Untilted" />
      <id>urn:md5:03775c2cb94061568cf50b5d4ae70787</id>
      <published>2018-04-23T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-25T17:09:15+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes transportés dans une autre dimension. Une dimension inconnue de l’Homme. Une dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d’esprit. Une dimension sans espace, ni temps, mais infinie. C’est un voyage dans une contrée dont la seule frontière est notre imagination. Un voyage dans les ténèbres. Un voyage au bout de la peur, aux tréfonds de nous-même. Un voyage dans la… discographie d’Autechre&amp;nbsp;! Aujourd’hui&amp;nbsp;: épisode 8, &lt;strong&gt;Untilted&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Untilted, Autechre (Warp, 2005). 8 morceaux, 70 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous, c’était il y a treize ans. En 2005, les Rolling Stones ressortaient de leur sommeil cryogénique et proposaient &lt;em&gt;A Bigger Bang&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Kate Bush faisait de même avec le superbe double album &lt;em&gt;Aerial&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Serj Takian de System of a Down voyait également les choses en double avec &lt;em&gt;Mesmerize/Hypnotize&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Trent Reznor guérissait de ses addictions avec &lt;em&gt;With Teeth&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; régulier comme un coucou suisse, Depeche Mode balançait le pas-content &lt;em&gt;Playing the Angel&lt;/em&gt;. En France, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/20/J-comme-Je-suis-au-paradis&quot;&gt; Thomas Fersen&lt;/a&gt; s’aventurait dans &lt;em&gt;Le Pavillon des fous&lt;/em&gt;, Louise Attaque se rappelait à notre bon souvenir avec &lt;em&gt;À plus tard crocodile&lt;/em&gt; et Daft Punk avec &lt;em&gt;Human After All&lt;/em&gt; – album auquel Katerine répliquait avec le moqueur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/04/11/R-comme-Robots-apres-tout&quot;&gt; &lt;em&gt;Humains apr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ès tout&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Gorillaz revenait avec le très bon &lt;em&gt;Demon Days&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=quentin+dupieux&quot;&gt; Mr Oizo alias Quentin Dupieux&lt;/a&gt; faisait pareil avec &lt;em&gt;Moustache (Half A Scissor)&lt;/em&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/06/S-comme-Stupeflip&quot;&gt; Stupeflip&lt;/a&gt; avec &lt;em&gt;Stup Religion&lt;/em&gt;, les Kills passaient aussi la seconde avec le furieux &lt;em&gt;No Wow&lt;/em&gt;. En matière d’electro, Venetian Snares plongeait dans la dépression avec le superbe &lt;em&gt;Rossz Csillag Alatt Sz&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ületett&lt;/em&gt;. Et Autechre revenait aux affaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Répétons-le&amp;nbsp;: au fil de sa discographie, Autechre n’a cessé de défricher d’indicibles territoires de musiques électroniques. Pour les suivre, mieux vaut d’ailleurs commencer au début. Cela revient sinon à tenter l’escalade de la face nord de l’Everest en hiver, par nuit de tempête, sans oxygène. Après une première phase, mélancolique et proche de l’ambient — &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt; &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt; &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt; &lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; –, le duo composé de Rob Brown et Sean Booth a laissé les machines prendre en apparence une plus grande importance, au détriment des mélodies — l’album &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/08/C-comme-Chiastic-Slide&quot;&gt; &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; montre bien le point de basculement –, orientant la musique vers une abstraction de plus en plus grande&amp;nbsp;: le ludique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/16/L-comme-LP5&quot;&gt; &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et les arides &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt; &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/09/D-comme-Draft-7-30&quot;&gt; &lt;em&gt;Draft 7.30&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Une progression ardue mais passionnante, pour qui est prêt à se laisser déstabiliser. Deux ans après &lt;em&gt;Draft 7.30&lt;/em&gt;, trois après le culte &lt;em&gt;Gantz Graf&lt;/em&gt;, EP porté par un morceau-titre jusqueboutiste, Autechre a remis le couvert en 2005 avec &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;. Le duo allait-il reprendre les choses là où il les avait laissées un peu plus tôt ou bien opter pour une autre approche&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique Autechre et les nombres&amp;nbsp;: un rapport pour le moins diffus avec &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;. Huitième album (vous l’aurez compris), le titre comporte 8 caractères et le disque huit morceaux (neuf avec la bonus track japonaise, médiocre et indéfendable captation &lt;em&gt;live&lt;/em&gt;, dont on va oublier l'existence (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HmBagKNdlHg&quot;&gt;ou pas&lt;/a&gt;)). Allez savoir si cela a un lien, le duo a toujours un sens de l’humour bien à lui, qui se retrouve dans le titre du présent album&amp;nbsp;: notez bien, c’est &lt;em&gt;Un-tilt-ed&lt;/em&gt; et pas &lt;em&gt;Untitled&lt;/em&gt;. La nuance est de taille en anglais&amp;nbsp;: ce huitième album n’est pas sans titre, il est… non-penché. D'où l'énigmatique/abstraite/aride pochette de couverture ?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-u-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-u-cover_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et il commence fort, cet album, avec «&amp;nbsp;LCC&amp;nbsp;». Après une poignée de secondes d’un bourdonnement inquiétant à la limite de l’audible, voici une salve rythmique quasi-martiale, répétée à l’envi avec d’infimes variations. Pour un peu, on imagine la révolte des robots. Et peu à peu, voilà cette séquence qui se déglingue et se désagrège à mi-chemin, pour laisser un glacial champ de ruines traversé par des élancements déchirants. Une excellente introduction, pas vraiment représentative du reste de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/gW_Ni2xkJJ0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, c’est le morceau suivant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=gtC-iN_PFlM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ipacial Station&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, qui donne le ton général. Des boucles rythmiques hyper travaillées, des mélodies qui se dissimulent derrière, et l’impression d’un monde clos et totalement replié sur lui-même. À l’instar de «&amp;nbsp;LCC&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Ipacial Station&amp;nbsp;» mute à mi-parcours, et la construction musicale s’effondre, tente de se redresser, en vain. Les autres morceaux se révèlent à cette aune, et si «&amp;nbsp;LCC&amp;nbsp;» pouvait donner quelques points d’accroche, ce n’est plus vraiment le cas avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=sK6MCvIXF6M&quot;&gt;«&amp;nbsp;Pro Radii&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=j5eKgaWMl10&quot;&gt;«&amp;nbsp;Augmatic Disport&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=JKVbdS2hB3A&quot;&gt;«&amp;nbsp;Iera&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. L’auditeur est propulsé dans des dimensions résolument abstraites, où des… formes se déploient (bizarre, ce besoin de se raccrocher à des équivalents visuels pour du sonore). À l’inverse des morceaux composant les précédents albums, à la progression lente et inquiète, ceux d’&lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt; se caractérise par une mutabilité extrême, le matériau se recomposant au gré du temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vers la fin du disque, «&amp;nbsp;Fermium&amp;nbsp;» fait mine de revenir à du Autechre old school&amp;nbsp;: un morceau à la mélodie inquiète qui progresse en crabe, soutenue par une rythmique sautillante. À nouveau, la matière sonore finit par tomber en poussière, et «&amp;nbsp;Fermium&amp;nbsp;» s’achève par une minute de drone. Un perturbant clip amateur a été conçu pour le morceau&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ikM9U3St540&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En pénultième position, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=U3CGgzYPm60&quot;&gt;« The Trees »&lt;/a&gt; se distingue par son titre, le plus concret depuis longtemps… pour un morceau poussant un cran plus loin les recherches entreprises sur les précédentes pistes du disque. Dans sa dernière minute, quasiment couvert par le souffle d’un bruit blanc, une ébauche fragile de mélodie se fait jour. Enfin, de loin et avec de l’imagination. Jamais l’incipit de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; n’a semblé aussi pertinent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, avec ses 16 minutes, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=J60pepCNkV4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sublimit&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; a été, le temps d’un album, le morceau le plus long composé par Autechre (mais l’album suivant enfoncera le clou). Là où on aurait pu s’attendre à une formidable montée en puissance débouchant sur… je ne sais pas, moi, la Singularité technologique &amp;nbsp;?, le duo offre à la place une longue jam passant par différentes humeurs. Notons les éclairs de synthés vers la quatrième minute, comme une chanson pop passée dans un mixeur. «&amp;nbsp;Sublimit&amp;nbsp;» pourrait durer une heure, cela ne changerait rien. Il s’agit là d’un des morceaux les plus intrigants du disque… mais l’un des plus trompeurs&amp;nbsp;: en fin de compte, «&amp;nbsp;Sublimit&amp;nbsp;» ne débouche sur rien, et le morceau s’avère à première écoute l’équivalent autechrien des Cours du chaos de Roger Zelazny, une sorte de tambouille sonore sans rime ni raison, où la créativité semble s’épuiser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ce huitième disque, Autechre semble parvenir au bout d’une démarche&amp;nbsp;: une trajectoire ayant mené le duo d’un ambient inquiet et mélancolique, façon balades à travers des paysages industrielles en déliquescence, jusqu’à des morceaux enclos sur eux-mêmes, se déployant hors de tout cadre de référence. Une musique jusqu’au-boutiste, suscitant un plaisir essentiellement intellectuel. Et qui menace de se fourvoyer dans d’apparents chaos rythmiques sans fin, à la manière de «&amp;nbsp;Sublimit&amp;nbsp;» (à l’opposé de la concision explosive de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ev3vENli7wQ&quot;&gt;« Gantz Graf »&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;, on pouvait se demander légitimement où se dirigeait Autechre. Poursuivre plus loin les expérimentations abstraites ou obliquer vers on ne sait quelle nouvelle direction&amp;nbsp;? En tous cas, telles étaient mes interrogations, ayant découvert le groupe en 2006, un an après la parution d’&lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;. Il m’aura fallu attendre deux années – ce qui ne fut pas de trop pour digérer la quinzaine d’EP et albums parus jusque là – pour découvrir la suite. Spoiler/teaser&amp;nbsp;: la réponse se trouvait, cachée, dans «&amp;nbsp;Sublimit&amp;nbsp;» et consistait en une réinvention permanente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T' comme Terminus</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/20/T-comme-Terminus" rel="alternate" type="text/html" title="T' comme Terminus" />
      <id>urn:md5:615960bc5068be1501445ad582a18d8f</id>
      <published>2018-04-20T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-20T10:35:54+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t2-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;N'ayant peur de rien, surtout pas du mauvais goût et des nanars, l'Abécédaire rend un hommage tardif à Johnny Halliday en se replongeant dans &lt;strong&gt;Terminus&lt;/strong&gt;, film de science-fiction français de Pierre-William Glenn, pâle succédané de &lt;strong&gt;Mad Max&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Running Man&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Terminus, Pierre-William Glenn (1987). 107 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Mine de rien, feu notre Johnny Holliday national a joué dans deux films s’apparentant de près ou de moins près aux mauvais genres. Voilà qui mérite bien un petit hommage. Le deuxième de ces deux films est &lt;em&gt;Jean-Philippe&lt;/em&gt; (2006), œuvre signée Laurent Tuel et relevant à sa manière de l’uchronie. Le premier, objet de ce billet, est &lt;em&gt;Terminus&lt;/em&gt;, un film surtout apprécié des amateurs de nanards – ce qui n’a rien d’exagéré (mais n’anticipons pas). Il s’agit là du deuxième long-métrage de Pierre-William Glenn, cinéaste français assez méconnu, réalisateur peu prolifique, et qui a essentiellement œuvré comme chef-opérateur au long de sa carrière.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t2-poster_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une voix off explique qu’à la fin des années 80 fut mis en place un jeu&amp;nbsp;: un camion doit rejoindre un lieu, le Terminus. Le chauffeur en ignore la localisation, mais le véhicule est doté d’une IA perfectionnée. À mesure que le camion approche de sa destination, davantage de véhicules adverses blindés – les Gris – entre dans le jeu. Cela vous semble trop simple&amp;nbsp;? Compliquons la chose… avec des enjeux occultes qui ne seront dévoilés que progressivement.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t2-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t2-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsque le film débute, une berline noire pénètre dans un château et accède au sous-sol – l’archétype de la base secrète souterraine. À bord de la voiture, un garçonnet blondinet – Mati – et un docteur. Il ne faut pas se fier au jeune âge de Mati&amp;nbsp;: le gamin (insupportable), véritable petit génie, a programmé l’IA du camion. Néanmoins, il ignore une poignée de choses cruciales – sur sa propre nature, en particulier. Quant au bon docteur, il est lui-même soumis à l’autorité d’un supérieur mystérieux, dont le visage lui demeure inconnu.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t2-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t2-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mati a bon espoir que le camion parvienne cette fois à destination&amp;nbsp;: n’a-t-il pas amélioré l’IA&amp;nbsp;? Celle-ci, nommée Monstre, consiste en… une bouche artificielle, fixée sur l’imposant tableau de bord du non moins imposant véhicule. Monstre – désignons ainsi l’IA et le camion – est piloté par Gus, une jeune femme volontaire. Las&amp;nbsp;! après une défaillance inattendue de Monstre, le véhicule emprunte un itinéraire non prévu, est arrêté par une bande de zonards, et Gus est faite prisonnière. Elle reprend conscience dans une cellule de prison, où croupit un homme&amp;nbsp;: Manchot (Johnny&amp;nbsp;!), ainsi surnommé parce que sa main gauche est une fruste prothèse métallique. &lt;s&gt; Johnny &lt;/s&gt; Manchot et Gus n’ont pas le temps de tomber amoureux&amp;nbsp;: la jeune femme est torturée par le commandant du camp, et laissée pour morte. Elle a néanmoins le temps de transmettre le mot de passe de Monstre à Manchot, par l’intermédiaire d’une fillette taciturne, Princesse. Débute alors pour Monstre, Manchot et Princesse une odyssée tortueuse en direction de Terminus…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, oui, &lt;em&gt;Terminus&lt;/em&gt; est plein de défauts. Le film est un peu trop long et suscite l’ennui par moment, au fil d’une histoire assez confuse&amp;nbsp;; quelques rares effets spéciaux ont mal vieilli, tout comme les rares CGI&amp;nbsp;; Karen Allen (Marion dans &lt;em&gt;Les Aventuriers de l&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Arche perdue&lt;/em&gt;) semble se demander ce qu’elle fiche là, Julie Glenn (Princesse) ne sait jouer que la gamine maussade&amp;nbsp;; le doublage est souvent raté (c’est flagrant dans le cas de Mati). Sorti en 1987 (janvier), soit la même année que &lt;em&gt;RoboCop&lt;/em&gt; (juillet) et &lt;em&gt;Running Man&lt;/em&gt; (novembre), c’est-à-dire cinq ans après &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;, six ans après &lt;em&gt;Mad Max&lt;/em&gt;, dix ans après &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;, ce film fait assez pâle figure et montre un cinéma français de genre passablement en retard par rapport à ce qui se produisait dans le monde anglo-saxon. Ce &lt;em&gt;Terminus&lt;/em&gt; forme un succédané de chacun des films évoqués, en plus superficiel et moins réussi. Pour autant, il s’avère loin d’être une sombre bouse ne méritant que l’oubli, et recèle quelques aspects méritant l’attention.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le scénario est co-signé par le réalisateur et Patrice Duvic – romancier, essayiste et anthologiste, pour qui la science-fiction n’était pas une langue étrangère. De fait, le film contient quelques clins d’œil que les amateurs reconnaîtront d’emblée (la plaque d’immatriculation de la berline est «&amp;nbsp;PK DICK&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; la barrière au motif rappelant l'hexagramme 21 du Yi-King est peut-être une autre référence dickienne (&lt;strong&gt;Le Maître du Haut-Château&lt;/strong&gt;)&amp;nbsp; on aperçoit une fresque d’Enki Bilal sur un mur).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t2-sf1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-sf1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t2-sf1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t2-sf2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-sf2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t2-sf2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dommage que le scénario reste confus et inabouti (quelle utilité pour le jeu&amp;nbsp;? pourquoi un camion furtif poursuivant Monstre&amp;nbsp;? quel contexte extérieur&amp;nbsp;?). Néanmoins, le film aborde plusieurs thèmes classiques du genre. En premier lieu, la question de l’intelligence artificielle&amp;nbsp;: le bien-nommé Monstre, à qui Manchot dénie toute humanité dans un premier temps. La séquence de la réparation de Monstre constitue d’ailleurs l’un des meilleurs moments de &lt;em&gt;Terminus&lt;/em&gt;, dans son ambiance flottante. Autre thème majeur&amp;nbsp;: les expériences génétiques, dont Mati (léger spoiler) n’est qu’un avatar. Rien de renversant ou de novateur, mais ça passe.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t2-monstre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-monstre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t2-monstre_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En termes d’esthétique, &lt;em&gt;Terminus&lt;/em&gt; ne brille pas vraiment&amp;nbsp;: la photographie est relative terne, les décors ne présentent guère d’intérêt — à moins qu’il s’agisse là d’un parti pris, destiné à nous plonger dans une Europe future sans limite, à la fois fragmentée mais uniforme (ce qui me fait penser à l’intéressant &lt;em&gt;Europe in Autumn&lt;/em&gt; de Dave Hutchinson). Là où le film tire son épingle du jeu, c’est avec Monstre et son apparence… assez monstrueuse. Cette bouche articulée par des pincettes, avec sa voix gentiment insupportable et son humour débile, également sujette à des cauchemars, s’avère la bonne surprise du film. On restera plus dubitatif quant au camion&amp;nbsp;: franchement, un véhicule aussi haut (4 mètres&amp;nbsp;?) se retrouve avec un centre de gravité si haut placé que c’est un miracle qu’il ne se renverse pas à la moindre cascade.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t2-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t2-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t2-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Enfin et surtout, il y a donc notre Johnny national, qui s’en sort plutôt pas mal, avec sa dégaine en jean, sa chevelure peroxydée et son personnage adepte du franc-parler. Pas de surjeu&amp;nbsp;: sa composition reste plutôt sobre. Que ce soit dans &lt;em&gt;Jean-Philippe&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Terminus&lt;/em&gt; ou d’autres œuvres de sa filmographie, le bonhomme – quel que soit l’amour qu’on lui porte – montre qu’il sait faire autre chose que chanter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour peu que l’on s’arme d’une bonne dose d’indulgence, &lt;em&gt;Terminus&lt;/em&gt; vaut le coup d’œil, à la fois comme exemple un peu foireux du cinéma de SF français et comme curiosité pour cinéphile.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en DVD d’occase hors de prix ou par d’autres biais&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui mais non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: ah que non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Tetsuo</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/17/T-comme-Tetsuo" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Tetsuo" />
      <id>urn:md5:47a50c5ca9999c4cf8166b2a21db18d3</id>
      <published>2018-04-17T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-17T12:14:27+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il est de ces films que l'on se prend en pleine poire, et ça fait paf. Près de trente ans après sa sortie, &lt;strong&gt;Tetsuo&lt;/strong&gt;, premier long-métrage de Shinya Tsukamoto conjuguant l'ambiance déliquescente d'&lt;strong&gt;Eraserhead&lt;/strong&gt; avec une fascination morbide pour le métal et les métamorphoses, a-t-il conservé tout son pouvoir d'impact&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Tetsuo [鉄男], Shinya Tsukamoto, 1989. Noir &amp;amp; blanc, 67 minutes.&lt;br /&gt;
Tetsuo II Body Hammer [鉄男II Body Hammer], Shinya Tsukamoto, 1992. Couleurs, 82 minutes.&lt;br /&gt;
Tetsuo III The Bullet Man [鉄男 THE BULLET MAN], Shinya Tsukamoto, 2009. Couleurs, 71 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il est des films comme des coups de poing dans ta face. Paf.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt; de Shinya Tsukamoto en fait clairement partie. Retitré &lt;em&gt;Tetsuo: The Iron Man&lt;/em&gt; dans les pays anglophones, ce film n’a absolument rien à voir avec Tony Stark. Sauf si celui-ci nourrissait un fétiche particulièrement malsain pour le métal.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dès les premières images, le spectateur est fixé&amp;nbsp;: dans un boui-boui, un homme s’ouvre la cuisse au couteau (beurk) et s’y insère un bout de tuyau (BEURK). Évidemment, celui lui est très douloureux – au moins autant qu’au spectateur, probablement le cœur au bord des lèvres (c’était mon cas). Peu après, il défait le bandage entourant sa cuisse, et se rend compte que sa plaie, infectée, est désormais habitée par quelques vers (RHÂÂÂ BEURK). Il flippe et se met à courir dans tous les sens, avant d’être heurté par une voiture. Boum.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Beurk.&lt;/font&gt;&amp;nbsp;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après cette mise en bouche, propre à vous amener un goût de bile dans le fond de la bouche, le film débute pour de bon. Un salaryman japonais, propre sur lui (Tomorô Taguchi), s’examine dans un miroir et se rend compte qu’une excroissance métallique pousse sur sa joue. Plus tard, sur les quais du métro tokyoïte, il se retrouve assis à côté d’une femme, propre sur elle aussi – à cette nuance qu’elle nourrit une fascination morbide pour un petit rebut de métal par terre. Rebut qui finit par s’agréger à sa main et faire fondre au passage quelques neurones à la dame. Notre héros panique, fuit dans les couloirs du métro, poursuivi par la femme et sa main mutante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ensuite… Narrer précisément l’intrigue tient du défi. Disons que le héros entretient une relation compliquée avec une autre femme tandis que son corps se métamorphose, accumulant de plus en plus de morceaux de métal. Dans le même, il se confronte à un autre individu, sorte de double maléfique, hystérique et échevelé vivant au centre d’une concrétion de métal. Et puis il se passe des trucs éprouvants. D’autres trucs assez douloureux aussi. (La clarté du scénario n’est clairement pas l’ambition de &lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt;, mais là, on ne peut guère lui en tenir rigueur.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et donc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ouch.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tourné dans un noir et blanc granuleux, avec de nombreuses séquences en stop-motion ou en accéléré hystériques, &lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt; est le genre de film à faire passer &lt;em&gt;Crash&lt;/em&gt; de David Cronenberg pour &lt;em&gt;Cars&lt;/em&gt;. Ce premier long-métrage de Shinya Tsukamoto a tout du rejeton nippon et biomécanique du mythique &lt;em&gt;Eraserhead&lt;/em&gt; de David Lynch&amp;nbsp;; ce sont les obsessions de H.R. Giger exportées dans un Pays du Soleil Levant où prolifère une gangrène métallique&amp;nbsp;; c’est &lt;em&gt;Akira&lt;/em&gt; passé dans un hachoir industriel rouillé. Le titre du présent moyen-métrage n’a rien d’anodin&amp;nbsp;: il s’agit bien là d’un clin d’œil au manga de Katsuhiro Otomo, dont le personnage de Tetsuo voit son bras devenir de plus en plus monstrueux au fil du temps (voilà ce qu’il en coûte d’approcher de trop près des enfants mutants).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-t-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par certains moment, &lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt; est proche de l’insoutenable&amp;nbsp;: sa scène introductive est dégoûtante à souhait, mais la scène de sexe entre les deux protagonistes est pire encore – on souffre pour les personnages. Le film est une constante agression sensorielle&amp;nbsp;: images violentes, musique rentre-dedans (une excellente BO indus signée Chu Ishikawa), scénario abscons, rien n’est fait pour épargner le spectateur. Le film tabasse sans discontinuer les rétines et les oreilles de son spectateur, et demeure fascinant de bout en bout. Un choc esthétique, toujours efficace près de trente ans après sa sortie sur les écrans.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt; a engendré deux suites&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Tetsuo II Body Hammer&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Tetsuo III The Bullet Man&lt;/em&gt;. Le premier fait table rase du premier film, et se concentre sur le protagoniste du premier film (toujours Tomorô Taguchi), ce &lt;em&gt;salaryman&lt;/em&gt; sujet aux déformations peu professionnelles. Quand son fils est kidnappé par deux truands, il se lance à leur poursuite et se fait injecter au passage un truc. Et devient, à son corps défendant, le cobaye d’une expérience monstrueuse dans une usine — excroissances de béton et de métal à l’appui. Tsukamoto essaie de proposer autre chose que le premier &lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; dommage, ça ne marche guère, et au-delà de quelques visions (malheureusement dépourvues de toute séquence en stop-motion frappadingue), suscite surtout un léger ennui (du moins, pour qui, comme votre serviteur, a apprécié le choc visuel de &lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt;, premier du nom). La scène finale demeure intéressante — c’est déjà ça.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-t-poster3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-t-poster3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tetsuo III&lt;/em&gt; tente aussi de raconter une véritable histoire&amp;nbsp;: celle d’un jeune de père de famille (Eric Bossick, qui s’en sort bien avec son air de salaryman-Clark Kent), qui ne parvient pas à surmonter la mort de son fils. La colère qui bout en lui l’amène à subir d’affreuses métamorphoses (mécamorphose&amp;nbsp;?). Au passage, il comprend peu à peu ses origines… Ce troisième épisode propose le même lot de visions biomécaniques, n’hésitant pas à conjuguer vues de Tokyo avec vues en coupe d’une machine malade. Mais la sauce ne prend jamais vraiment, la faute à une histoire crétine, des dialogues maladroits et une caméra tremblante qui finit surtout par susciter la fatigue. En dépit de la faible durée du film, l’effet de sidération se dilue. Seul élément à sauver de ce désastre&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HvqPrAbMcK0&quot;&gt;le thème musical interprété par Trent «&amp;nbsp;NIN&amp;nbsp;» Reznor&lt;/a&gt; – une brutale décharge sonique, indus en diable. L’un dans l’autre, on ne se privera pas de revoir &lt;em&gt;Tetsuo&lt;/em&gt;, premier du nom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Songs of Distant Earth</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/13/S-comme-Songs-of-Distant-Earth" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Songs of Distant Earth" />
      <id>urn:md5:4082d1b75c4843a67569c13efb53f942</id>
      <published>2018-04-13T16:30:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-13T17:50:25+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des étoiles — et des exoplanètes — plein les yeux… et les oreilles. L'air de rien, on s'intéresse au roman &lt;strong&gt;Chants de la Terre lointaine&lt;/strong&gt; d'Arthur C. Clarke, et surtout à son adaptation musicale, intitulée &lt;strong&gt;Songs of Distant Earth&lt;/strong&gt;, par Mike Oldfield.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Chants de la Terre lointaine [Songs of Distant Earth], Arthur C. Clarke, roman traduit de l’anglais [UK] par France-Marie Watkins. Dernière édition &amp;nbsp;: Milady, coll. «&amp;nbsp;Imaginaire&amp;nbsp;», 2010 [1986]. Poche, 352 pp.&lt;br /&gt;
Songs of Distant Earth, Mike Oldfield (Warner, 1994). 17 morceaux, 56 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chants de la Terre lointaine&lt;/strong&gt; est probablement le premier roman de SF «&amp;nbsp;pour grandes personnes&amp;nbsp;» que j’ai lu étant gamin. La couverture, signée Michael Whelan, m’avait tapée dans l’œil. Sans surprise, je n’ai pas compris grand-chose au roman de Clarke — mais j’avais dix ans. Cela nous ramène donc en un lointain passé…. c’est-à-dire en 1994. (1994, l’année de parution d’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt;&lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; d’Autechre, des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/24/N-comme-Les-Nourritures-extraterrestres&quot;&gt; &lt;strong&gt;Nourritures extraterrestres&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de René et Dona Sussan et des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/19/F-comme-The-Fantastic-Four&quot;&gt;Quatre Fantastiques&lt;/a&gt;.) Par la suite, je l’ai relu, et ne l’ai apprécié que davantage.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-s-chants.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-s-chants.jpg&quot; /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chants de la Terre lointaine&lt;/strong&gt; se déroule dans un futur lui aussi lointain. Les observations sont formelles, le Soleil va se transformer en nova. À l’aide de vaisseaux-inséminateurs, abritant dans leurs flancs de quoi fabriquer toute une population humaine, hommes et femmes essaiment sur quelques planètes, dont Thalassa. Quelques siècles plus tard, les colons de cette planète majoritairement recouverte d’eau (d’où son nom, bravo Sherlock) coulent une existence tranquille et insouciante. Jusqu’à ce qu’apparaisse dans le ciel le &lt;em&gt;Magellan&lt;/em&gt;, dernier astronef à avoir quitté la Terre peu de temps avant son engloutissement par le Soleil agonisant. Les habitants de Thalassa vont être confrontés à deux bouleversements&amp;nbsp;: le premier est le plus évident, il s’agit de l’arrivée potentielle d’un million de réfugiés, en hibernation au sein du &lt;em&gt;Magellan&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; quant au second… Disons, pour ne pas trop spoiler, que les colons n’ont pas prêté attention aux signes avant-coureurs en provenance de la faune des fonds marins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ces postulats, l’auteur de &lt;strong&gt;2001, l’odyssée de l’espace&lt;/strong&gt; avait de quoi pondre l’équivalent d’un thriller. Mais, comme contaminé par l’atmosphère placide de la planète océane qu’il décrit, Clarke conte à la place une histoire tranquille. Le roman pourrait s’avérer un pensum ennuyeux&amp;nbsp;: ce n’est pas le cas, l’auteur a du métier et parvient à maintenir l’intérêt tout au long des pages. Un Clarke mineur mais loin d’être déplaisant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-s-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-s-cover2.jpg&quot; /&gt;
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&lt;p&gt;Venons-en à présent à Mike Oldfield. J’ai toujours eu un faible pour les premiers disques du musicien britannique&amp;nbsp;: si &lt;em&gt;Tubular Bells&lt;/em&gt; ne m’a jamais beaucoup parlé, ce n’est pas le cas de &lt;em&gt;Ommadawn&lt;/em&gt; (1974), &lt;em&gt;Hergest Ridge&lt;/em&gt; (1975) et &lt;em&gt;Platinum&lt;/em&gt; (1979), dont les repiquages sur cassettes ont tourné en boucle sur l’autoradio familial quand j’étais gamin. Sans oublier &lt;em&gt;Incantations&lt;/em&gt; (1978) et ses quatre faces occupées chacune par un morceau d’un seul tenant, qui me plaisent particulièrement dans le genre. Il y a donc un indéniable aspect nostalgique dans mon goût pour Oldfield, goût qui a bien survécu au passage des années&amp;nbsp;: portés par des atmosphères brumeuses et évocatrices, ces albums me plaisent toujours autant. Le Mike Oldfield des années suivantes, plus orienté vers la confection de pop-songs m’a bien moins intéressé. Jusqu’à ce que je découvre bien tardivement que l’Anglais avait sorti un disque intitulé &lt;em&gt;Songs of Distant Earth&lt;/em&gt; en 1994 – soit la même année où je découvrais du haut de mes dix ans, le roman de Clarke. Évidemment, cela lui vaut d’emblée une place dans cet Abécédaire désolant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-s-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-s-cover_s.jpg&quot; /&gt;
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&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Première réaction à l’écoute&amp;nbsp;: c’est &lt;em&gt;quoi&lt;/em&gt; cette soupe new age&amp;nbsp;? Où se cache l’auteur de &lt;em&gt;Hergest Ridge&lt;/em&gt;, d’&lt;em&gt;Ommadawn&lt;/em&gt; ou d’ &lt;em&gt;Incantations&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Où sont les ambiances brumeuses&amp;nbsp;? Certes, depuis le début des années 80, Oldfield a changé d’approche musicale, proposant des chansons pop – comme &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=e80qhyovOnA&quot;&gt;«&amp;nbsp;Moonlight Shadows&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=fy9SxU3sULw&quot;&gt;«&amp;nbsp;To France&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; – aux côtés de morceaux-fleuve occupant toute la face d’un vinyle. Ce &lt;em&gt;Songs…&lt;/em&gt; arrive après une série de disques faisant la part belle aux chansons pop (sur pression de sa maison de disques, si j’ai bien suivi), après l’étonnant (et anti-commercial) &lt;em&gt;Amarok&lt;/em&gt; (1990) et l’honorable &lt;em&gt;Tubular Bells II&lt;/em&gt; (1992). Un album qui, avec son approche plus synthétique qu’analogique, picote un peu les oreilles – du moins, celles du navrant auteur de ces lignes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une voix filtrée qui énonce des extraits de la Genèse ou qui rappellent Apollo XI (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=p9BoEuwuzIk&quot;&gt;« In The Beginning » et « Let There Be Light »&lt;/a&gt;), des chœurs éthérés très world music (partout), d'horripilantes cornemuses triomphantes sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=r71_Udc8yVA&quot;&gt;« Magellan »&lt;/a&gt;… et surtout, des boîtes à rythme pas très inspirées et de vilains synthés dont les sonorités ont bien mal vieilli. Certains parmi vous se rappellent peut-être d’&lt;em&gt;Adiemus&lt;/em&gt; de Karl Jenkins (mais &lt;em&gt;si&lt;/em&gt;, rien que pour &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=0PpbYJyWBMU&quot;&gt; cette chanson&lt;/a&gt;, parue justement en cette même 1994 et ayant fait le tour du monde grâce à la pub de Delta Airlines). &lt;em&gt;Songs of Distant Earth&lt;/em&gt; se situe dans cette lignée new-age-isante, avec un petit côté Vangelis (dont j’évoquais le dernier album en date &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/04/R-comme-Rosetta&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;), mais enchaîne hélas les clichés musicaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De temps à autre, on tombe sur un titre qui aurait pu faire une bonne chanson, mais avec des arrangements différents&amp;nbsp;: c’est le cas de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HI6YVH9gWgc&quot;&gt;« Oceania »&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=nCchS4SulKg&quot;&gt;« Ascension »&lt;/a&gt;, où Oldfield rappelle qu’il sait composer de beaux morceaux de guitare. Un peu plus loin, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ih9j7hPrVMY&quot;&gt;« Tubular World »&lt;/a&gt; rappelle (forcément) &lt;em&gt;Tubular Bells&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; ce n’est pas désagréable. Mais à tout prendre, le trop court morceau final, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=KTyb1CIAjCU&quot;&gt;« A New Beginning »&lt;/a&gt;, rend un bel hommage aux chants tribaux polynésiens. L’ensemble de l’album se montre narratif dans la progression, même si les liens avec le roman de Clarke apparaissent plus que ténu en fin de compte.Par rapport aux albums de la première période d’Oldfield, où les couches sonores se superposaient jusqu’à un rendu brumeux et envoûtant, celui-ci repose beaucoup sur les seuls synthés. L’ambiance s’y fait beaucoup plus aérée – voire un peu vide, et assez peu science-fictive. e principal défaut reste que les mélodies sont assez peu inspirées et se complaisent dans une certaine mièvrerie. C’est sucré, inoffensif, mais ne supporte guère l’écoute répétée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne doute pas de la sincérité de Mike Oldfield par rapport au roman de Clarke – un auteur auquel le musicien rendait déjà hommage dans &lt;em&gt;Tubular Bells II&lt;/em&gt; avec le morceau «&amp;nbsp;Sentinel&amp;nbsp;», référence à la nouvelle ayant fourni le point de départ de &lt;strong&gt;2001, l’odyssée de l’espace&lt;/strong&gt;. Un album mineur&amp;nbsp;? Peut-être. Qu’importe&amp;nbsp;: Arthur C. Clarke a apprécié, comme il s’en explique dans les notes du livret. C’est déjà ça.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-s-clarke.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-s-clarke.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-s-clarke_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: aïe&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: gné&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>R comme Robots après tout</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/11/R-comme-Robots-apres-tout" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Robots après tout" />
      <id>urn:md5:c367ba15d76bfb713ef7ca32dcdff660</id>
      <published>2018-04-11T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-11T16:57:08+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Super, génial, trop top, inouï, trop beau, groovy, trop frais, cheesy, classieux, stylé, ok, funkie, trop drôle, samedi, trop cool, extra, sympa, puissant, dément, piscine, villa, champagne, taxi, hi-fi, dolby, botox, glamour, sexy, crazy&lt;/em&gt;… On s’intéresse à &lt;strong&gt;Robots après tout&lt;/strong&gt;, huitième album de Philippe Katerine.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Robots après tout, Katerine (Barclay, 2005). 11 chansons, 43 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En mars 2005, Daft Punk donnait un successeur à l’acclamé &lt;em&gt;Discovery&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Human after all&lt;/em&gt;, un album brut de décoffrage n’ayant pas fait l’unanimité, loin s’en faut. Composition simple, instrumentation minimaliste, avec une volonté de retrouver une forme d’urgence et un concept sous-jacent&amp;nbsp;: celui que les robots peuvent éprouver des sentiments. Un album qui a servi de base à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/11/E-comme-Electroma&quot;&gt;&lt;em&gt;Electroma&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, premier (et unique) long-métrage du duo.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En octobre de cette même année 2005, le trublion de la chanson française Philippe Katerine donnait un successeur à son septième album, &lt;em&gt;8e Ciel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Robots après tout&lt;/em&gt;, dont le titre se perçoit volontiers comme un clin d’œil à l’album de Daft Punk – «&amp;nbsp;Bin ouais, on est quand même des robots en fait&amp;nbsp;». Un album porté par le tube «&amp;nbsp;Louxor j’adore&amp;nbsp;» et, dans une moindre mesure, par le terrifiant «&amp;nbsp;Le 20.04.2005&amp;nbsp;». Mais ce sont là les deux tubes qui cachent… le reste de la tubulure…?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-r-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-r-cover_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Revenons aux débuts&amp;nbsp;: Katerine a débuté sa carrière en 1991, accessoirement la même année que Dominique A. L’un et l’autre ont fait souffler un vent nouveau sur la chanson française, chacun à sa manière. Les premiers albums de Katerine se caractérisent par une bossa nova inoffensive proche de l’ &lt;em&gt;easy listening&lt;/em&gt; et des textes délicieusement absurdes, où l’humour se teinte d’une angoisse existentielle. Mais pour &lt;em&gt;Robots après tout&lt;/em&gt;, le chanteur opère un virage à 90°, chose qui nécessite une instrumentation adéquate, à savoir&amp;nbsp;: des synthés&amp;nbsp;! Et des chœurs (humains, pour le coup).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Êtres humains&amp;nbsp;» introduit l’album, et donne le ton&amp;nbsp;: une ligne de basse synthé basique, un chœur qui chante de manière robotique. Katerine s’interroge sur «&amp;nbsp;cet être humain qui respire à [ses] côtés&amp;nbsp;». Respirer, c’est bien ce qui distingue l’être humain du robot (enfin, jusqu’à mise au point du contraire). Mais quand la planète compte six milliards d’êtres humains, ceux-ci ne font guère plus figure que de rouages dans la machine — de robots, en somme. Est-il possible cependant que chacun trouve son originalité&amp;nbsp;? C’est le thème de «&amp;nbsp;Borderline&amp;nbsp;», chanson au son electro-disco gentiment cheap et rentre-dedans, où les comportements anodins et bien réglés du quotidien deviennent soudain… borderline. La mélancolique «&amp;nbsp;Numéros&amp;nbsp;» aborde ce trope de la SF, celle du remplacement de l’identité par un numéro (cf. &lt;strong&gt;Nous autres&lt;/strong&gt; de Zamiatine ou &lt;em&gt;THX1138&lt;/em&gt;). Ici, il s’agit du numéro de sécurité sociale. Est-il possible pour autant de trouver une individualité là-dedans, ne serait-ce qu’avec les goûts (bizarres) de chacun&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;J'aime les chiens qui font peur, j'aime les ascenseurs, les tapis roulants. J'aime l'odeur du ciment. J'aime dire bonjour aux autos qui passent…&amp;nbsp;» déclare Katerine. Est-il possible de trouver l’amour&amp;nbsp;? Dans «&amp;nbsp;Le train de 19h&amp;nbsp;», Katerine décrit les passagers du train en question. C’est à la fois épouvantablement normal. Et en même temps, non, pas vraiment… L’étrangeté et l’absurde parviennent toujours à se faufiler, et ce train devient bientôt une famille — ou entre chose encore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que dire sur «&amp;nbsp;Louxor j’adore&amp;nbsp;», tube inoxydable aux sonorités un brin racoleuses, avec son DJ facétieux et son &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=nLN8pvR8hDg&quot;&gt;clip inénarrable&lt;/a&gt;, où Katerine et ses Katerinettes arpentent la campagne (c’est ce qui s’appelle battre la campagne)&amp;nbsp;? C’est drôle, c’est con, et treize ans après sa sortie, ça reste toujours aussi furieusement fun. D’autant que, sous la gaudriole, se cache un personnage terriblement solitaire qui ne trouve pas mieux pour avoir des contacts humains que d’importuner les fêtards.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autre angoisse que celle qui hante «&amp;nbsp;Le 20.04.2005&amp;nbsp;» où Katerine raconte une rencontre fictive avec Marine Le Pen. Questionné par l’ingé son, Katerine avance dans son récit, qui vire au cauchemar – musique à l’avenant –… avant de se transformer en interrogation sur la conjugaison. Bon sang, comment que ça s’accorde, le conditionnel passé première forme&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passons rapidement sur les chansons suivantes, à mon sens moins percutantes. «&amp;nbsp;Titanic&amp;nbsp;» et son ambiance inquiète, flottante, rappelle un autre type de cauchemar, avec Katerine narrant ses déambulations à l’aube dans un Paris quasi-déserté (ce qui m’a rappelé &lt;strong&gt;Passage&lt;/strong&gt; de Connie Willis.) «&amp;nbsp;100% VIP&amp;nbsp;» est une tentative de tube, qu’éclipse «&amp;nbsp;Louxor j’adore&amp;nbsp;». C’est fun mais moins. Pas grand-chose à en dire de plus. La brève «&amp;nbsp;Patati-Patata&amp;nbsp;» voit Katerine partir en improvisation, qui en a assez de son corps et de tout le reste du monde. «&amp;nbsp;Excuse-moi&amp;nbsp;» et sa grosse musique electro commence de manière provocante («&amp;nbsp;Excuse-moi j'ai éjaculé dans tes cheveux à un moment inadéquat…&amp;nbsp;») avant de virer, là aussi, à l’angoisse sourde, lorsque Katerine énonce toutes les choses auxquelles il pense pour éviter que ça parte. Puis «&amp;nbsp;Qu’est-ce qu’il a dit&amp;nbsp;» s’intéresse aux difficultés de communication, sur un rythme robotique au possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les deux dernières chansons sont aussi en demi-teinte. «&amp;nbsp;Après moi&amp;nbsp;», avec sa grosse rythmique, fait figure de blague potache. D’une voix de fausset, Katerine invite les chœurs à répéter après lui, ce qui donne lieu à quelques quiproquos&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Répétez après moi on est tous des imbéciles – &quot;On est tous des imbéciles.&quot;&amp;nbsp;» Enfin, «&amp;nbsp;11 Septembre&amp;nbsp;» raconte la perception — décalée, forcément – de Katerine sur les attentats du World Trade Center&amp;nbsp;: que faisait-il à ce moment-là&amp;nbsp;? Pas la meilleure conclusion qu’il soit à un album somme toute inégal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oui mais bon. Entre tubes disco, chansonnettes pétries d’angoisse et deux-trois broutilles dispensables, le véritable point d’orgue de l’album se situe en douzième position&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;78.2008&amp;nbsp;», une chanson qui compare les rêves de futur à la terne réalité.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;En 2008, les gens se croisaient dans les airs&lt;br /&gt;
Au volant de coléoptères&lt;br /&gt;
Supersoniques, mais silencieux.&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
En 1978, moi j'étais un petit garçon&lt;br /&gt;
Qui rêvait de 2008&lt;br /&gt;
Comme le plus beau des horizons.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pas radin sur les bruitages futuristes, «&amp;nbsp;78.2008&amp;nbsp;», ses paroles poético-pacotillo-SF et ses arrangements discoïdes, distillent une mélancolie indicible. C’est à la fois très ironique… et terriblement premier degré. Et troisième. Et trente-sixième – Katerine, c’est tous les degrés à la fois, comme le montre le clip de la chanson. En tous cas, nous voici en 2018, et c’est la même chose qu’en 2008. Les voitures volantes, ce n’est pas pour tout de suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;254&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; src=&quot;https://player.vimeo.com/video/7312587?color=ffffff&amp;amp;title=0&amp;amp;byline=0&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Robots après tout&lt;/em&gt; voit donc Katerine aborder ses thématiques sous un angle partiellement science-fictif. L’accent se porte moins sur la musique, généralement plus simpliste – mais ô combien efficace –, que sur les textes. Les robots, l’aliénation, le futur qui renie ses promesses, l’invasion progressive de l’angoisse et de l’étrange… Un album qui vaut bien la peine qu’on y rejette une oreille ou deux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: j’adore&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Épisode 80 - Kate Wilhelm, David Bischoff, Michael Fleisher et Lisa Goldstein</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/09/La-Bibliotheque-Orbitale-episode-80" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Épisode 80 - Kate Wilhelm, David Bischoff, Michael Fleisher et Lisa Goldstein" />
      <id>urn:md5:425372f747a02a5ffd61f4ae3b6ff550</id>
      <published>2018-04-09T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:05:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi80-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi80-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l'espace, tout le monde vous entend rendre hommage… Au sommaire de ce nouvel épisode du podcast spatial, Philippe Boulier célèbre les œuvres d'auteurs récemment disparus&amp;nbsp;: Kate Wilhelm, David Bischoff, Daniel Walther, Michael Fleisher. Et parfois, il est &lt;strong&gt;aussi&lt;/strong&gt; question d'auteurs vivants, comme Lisa Goldstein, dont le roman &lt;strong&gt;Sombres Cités souterraines&lt;/strong&gt; est paru récemment aux Moutons électriques.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi80-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi80-livres.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : JC Satan - &lt;em&gt;Centaur Desire&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;- Complex Situation&lt;br /&gt;
- Erika&lt;br /&gt;
- Communication&lt;br /&gt;
- The Road&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=545024126/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;CENTAUR DESIRE by JC SATAN&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_80.mp3" length="25267024" type="audio/mpeg3" />
      
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      <title>Q comme The Queen's Gambit</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/06/Q-comme-The-Queen-s-Gambit" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme The Queen's Gambit" />
      <id>urn:md5:b325dc79cbef9689b3a6ef73b82496c3</id>
      <published>2018-04-06T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-06T11:02:18+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si l'on connaît essentiellement Walter S. Tevis pour son &lt;strong&gt;Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt;, adapté au cinéma avec David Bowie dans le rôle-titre, il ne faudrait pas oublier que l'auteur a écrit d'autres livres… comme &lt;strong&gt;The Queen's Gambit / Le Jeu de la dame&lt;/strong&gt;, qui narre avec sensibilité le parcours d'une jeune prodige des échecs.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Queen’s Gambit, Walter S. Tevis. W&amp;amp;N, 2016 [1983]. Poche, 256 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans nos contrées, on connaît surtout Walter Tevis pour son roman &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt;, porté une première fois à l’écran en 1976 par Nicolas Roeg sous le titre &lt;em&gt;L&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Homme venu d’ailleurs&lt;/em&gt;, avec David Bowie dans le rôle-titre, et une seconde fois sous le titre &lt;em&gt;Le naufrag&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é des étoiles&lt;/em&gt;, par Robert J. Roth, en 1987. (Peut-être en sera-t-il un jour question dans ce désolant Abécédaire.) L’œuvre de Tevis est relativement parcimonieuse&amp;nbsp;: deux romans et une quinzaine de nouvelles entre la fin des années 50 et le début des années 60, une grosse quinzaine années hors du jeu en raison de l’alcoolisme de l’auteur, puis quatre romans et une poignée de nouvelles au début des années 80. Tevis décède en 1984, des suites d’un cancer du poumon. &lt;em&gt;Life’s a bitch.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-q-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-q-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Commençons donc un joyeux désordre à nous intéresser à son œuvre… avec son avant-dernier roman. À noter que, si ce billet se base sur la version américaine du roman, il en existe une traduction : &lt;strong&gt;Le Jeu de la dame&lt;/strong&gt; (que l’on peut trouver facilement d’occasion, en grand format (Albin Michel) ou poche (10/18)).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Queen&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’s Gambit&lt;/strong&gt; raconte l’enfance et la jeunesse d’une prodige des échecs. Quelque part aux USA, dans les années 50. Quand ses parents décèdent dans un incendie, la petite Beth Harmon est envoyée dans un orphelinat. Timide et réservée, Beth ne se fait pas beaucoup d’amies parmi ses camarades d’infortune, si ce n’est Jolene, une Noire pleine d’esprit et de détermination. Néanmoins, le concierge, Mr Shaibel, l’a à la bonne et concède à lui apprendre à jouer aux échecs. Au bout de quelques semaines, Beth Harmon est imbattable. Idem avec le président du club d’échecs local. Les années passent, Beth s’améliore au jeu en dépit des réticences de la direction de l’orphelinat. Des réticences qui appartiennent au passé quand Beth est enfin adoptée. Mrs Wheatley est mariée, mais ne tient guère à ce que monsieur revienne&amp;nbsp;: elle et la jeune Beth ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Les temps sont durs, un sou est un sou, mais Beth n’hésite pas à chiper quelque menue monnaie pour s’inscrire au club d’échecs. Son but&amp;nbsp;: participer à un tournoi local et empocher la jolie récompense. La fillette n’a pas de classement ELO, n’a jamais joué en compétition… mais, à la surprise de tous sauf d’elle-même, elle bat tous ses concurrents, et sort victorieuse du match contre le champion du coin. C’est le début d’un parcours gagnant pour Beth, véritable prodige.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout pourrait aller bien. Sauf que… Beth est accro, et pas qu’au jeu d’échecs. À l’orphelinat, les enfants recevaient chaque matin un cachet de calmant, et la jeune fille ne parvient pas à surmonter le manque quand cesse la distribution du médoc. Plus tard, adolescente, elle découvre l’alcool, et y prend goût. Jusqu’à ce que cela mette en péril son talent aux échecs et, partant, la possibilité de sa participation à des tournois internationaux, où elle a en ligne de mire les champions russes, réputés imbattables…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-q-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-q-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Queen&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’s Gambit&lt;/strong&gt; s’avère un roman intéressant à plus d’un titre. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/20/8-comme-Le-Huit&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Katherine Neville le montrait, les échecs est un milieu essentiellement masculin, où les femmes ont fort à faire pour espérer tirer leur épingle du jeu&amp;nbsp;; avec sensibilité, Tevis dresse le portrait d’une championne, au fil de son apprentissage, de ses victoires, ses défaites et ses addictions. La solitude, la tentation de l’auto-destruction, la rédemption… De ses huit ans à ses dix-neuf ans, on suit Beth et sa progression fulgurante au sein du petit monde échiquéen. Sa renommée croissante aussi, en particulier en raison de son sexe – ce qui n’est pas la renommée que cherche la jeune fille&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&quot;But, Beth,&quot; Mrs. Wheatley said, &quot;it makes you a &lt;em&gt;celebrity&lt;/em&gt;!&quot;&lt;br /&gt;
Beth looked at her thoughtfully, &quot;For being a girl, mostly,&quot; she said.&amp;nbsp;» (p. 93)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pour autant, si Beth Harmon est une prodige des échecs, Walter Tevis évite l’écueil d’en faire une petite génie capable de prévoir trente-douze coups à l’avance. Au-delà de son penchant malheureux pour les drogues et l’alcool, Beth est faillible. Surtout, prodige, on ne l’est que jusqu’à un certain âge. Passé seize ans, Beth n’est plus considérée comme une petite génie&amp;nbsp;: il lui faut batailler encore pour assurer son succès. Si, enfant, elle suit une pente ascendante grâce à son talent inné et son intuition, elle continue à grimper avec l’étude des parties des grands maîtres passés et présents, afin de trouver leurs failles. Et les exploiter, pour gagner.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;She had heard of the genetic code that could shape an eye or hand from passing proteins. Deoxyribonucleic acid. It contained the entire set of instructions for construing a respiratory system and a digestive one, as well as the grip of an infant's hand. Chess was like that. The geometry of a position could be read and reread and not exhausted of possibilities. You saw deeply into this layer of it, but there was another layer beyond that, and another.&amp;nbsp;» (p. 139)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Autre grand atout du roman&amp;nbsp;: sa vraisemblance. De nombreuses descriptions de parties émaillent le récit&amp;nbsp;: avec talent, Tevis sait les rendre vivantes – mieux, palpitantes comme rarement –, sans rien de vague (comme cela pouvait être le cas avec (re) &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt; de K. Neville) ou sans employer de métaphores bancales (les échecs ne sont-ils pas &lt;em&gt;d&lt;/em&gt; &lt;em&gt;éjà&lt;/em&gt; une métaphore&amp;nbsp;?). De fait, l’auteur &lt;em&gt;sait&lt;/em&gt; de quoi il parle. Sans pour autant entrer dans le détail de chaque coup, l’auteur donne une vue précise de l’avancement de la partie, de ses enjeux, et plonge son lecteur dans la psyché de Beth – ses doutes comme ses épiphanies, ces moments où elle voit les coups à jouer. Ce sont là des pages intenses, aux issues imprévisibles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-q-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-q-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;There had been a few times over the past year when she felt like this, with her mind not only dizzied but nearly terrified by the endlessness of chess.&amp;nbsp;» (p. 126)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Aucun élément de genre, donc, dans ce roman, qui ressortit plutôt au roman initiatique – le récit s’achève après un tournoi à Moscou, lançant Beth sur la voie du championnat mondial. L’ordre et la précision du jeu d’échecs s’y opposent constamment au chaos des addictions, avec une jeune fille au milieu – son parcours n’est-il pas celui d’un pion qui parcourt l’échiquier jusqu’à atteindre le dernier rang et obtenir une promotion en reine&amp;nbsp;? Le récit est aussi prenant que poignant, crédible dans son approche du jeu, porté par le beau personnage de Beth Harmon et la langue exquise de Walter Tevis. Chef d’œuvre&amp;nbsp;? Allez…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: Tevis fait mat en quatorze chapitres&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement en français&amp;nbsp;; en numérique en anglais&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>P comme Pirx le pilote</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/04/P-comme-Pirx-le-pilote" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Pirx le pilote" />
      <id>urn:md5:c5e6eba74a461640b265a620e2c839c3</id>
      <published>2018-04-04T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-04T10:42:01+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/03/28/M-comme-Le-Masque&quot;&gt;Le Masque&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on continue à s'intéresser aux nouvelles de Stanislas Lem. Au programme&amp;nbsp;: les aventures de Pirx le pilote, un ensemble de dix nouvelles où l'auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; déconstruit le glamour de l'Âge de l'espace…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Pirx the pilot &amp;amp; More Tales of Pirx the pilot [Opowieści o pilocie Pirxie], Stanilaw Lem, recueils traduit du polonais en anglais par Louis Iribarne (avec l’aide deMagdalena Majcherczyk) et Michael Kandel. Harcourt Brace Jovanovich, 1982 et 1983 [1968].&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons l’exploration des nouvelles de Stanislas Lem&amp;nbsp;: cette fois-ci, via son personnage récurrent de Pirx. On avait déjà évoqué brièvement le personnage de Pirx dans le billet consacré à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/17/F-comme-Fiasco&quot;&gt; &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; : il est plus que temps de lui consacrer un billet à part entière.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 1em 1em 0 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-p-antho.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-p-antho_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les aventures de Pirx le pilote sont un ensemble de dix récits, de longueur inégale, parus entre 1958 et 1971. Une partie est d’abord parue en… Lituanie en 1966, avant une publication en Pologne en 1968 et une traduction en anglais en deux volumes (&lt;strong&gt;Tales of Pirx the Pilot&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;More Tales of Pirx the Pilot&lt;/strong&gt;, parus respectivement en 1978 et 1982). Et c’est donc dans la langue de Shakespeare que votre serviteur a lu ces dix nouvelles et novellas (l’ordre de présentation des textes correspondant donc à leur placement au sommaire, les titres sont indiqués en français, avec entre parenthèse le titre polonais et l’année de parution originale). À noter qu'une nouvelle a paru en français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vol de patrouille&amp;nbsp;», au sommaire de l'anthologie &lt;strong&gt;Autres mondes, autres mers&lt;/strong&gt; de Darko Suvin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-p-tales1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-p-tales1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le Test&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Test&amp;nbsp;», 1958) est la toute première nouvelle consacrée au personnage de Pirx. On l’y découvre jeune cadet de l’espace, faisant ses classes. D’un caractère rêveur et plutôt inattentif en cours, Pirx a cependant du plomb dans la tête. Bientôt, le voilà amené à accomplir son premier vol solo vers la Lune, à bord d’une fusée qu’il pilotera. Il n’est pas seul à partir&amp;nbsp;: son collègue Boerst, meilleur en classe, décollera à partir d’une autre fusée. Mais une fois dans l’espace, les choses ne se dérouleront pas comme prévu et le jeune homme fera montre de sagacité… jusqu’au dénouement, inattendu – même si la nature du twist n’a rien de fondamentalement surprenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans «&amp;nbsp;Réflexe conditionné&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Odruch warunkowy&amp;nbsp;», 1962), texte le plus long du recueil, Pirx est en quatrième année de formation&amp;nbsp;; il a passé ses tests qualificatifs sur maquette, a effectué deux vols simulés vers la Lune. L’un des épreuves consiste à passer le plus de temps possible dans un caisson d’isolation sensorielle. La moyenne se situe aux alentours de trois heures&amp;nbsp;; Pirx va battre tous les records. Mais l’essentiel de l’action se déroule sur la Lune, où deux astronautes canadiens ont trouvé la mort… A priori, rien de suspect, si ce n’est qu’ils étaient aguerris. Sur place, c’est presque par hasard que Pirx trouvera l’explication de leur décès.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a de nouveau des disparus dans «&amp;nbsp;La Patrouille&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Patrol&amp;nbsp;», 1959). Des pilotes disparaissent lors de missions de routine dans l’espace. Leurs condisciples reçoivent l’ordre de patrouiller le secteur. Lors de ces patrouilles, Pirx va soudain remarquer un objet non-identifié situé à quelques centaines de mètres de la proue de sa fusée et se lancer à sa poursuite. Sauf que l’objet demeure toujours hors de portée… Et dans l’habitacle de sa fusée, Pirx commence à ne plus rien y comprendre. Comme avec «&amp;nbsp;Réflexe conditionné&amp;nbsp;», l’explication de ce huis clos angoissant s’avère à la fois simple et tordue. Il s’agit là de deux textes relevant du meurtre en chambre close, le meurtrier en moins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Changement d’ambiance pour «&amp;nbsp;L’Albatros&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Albatros&amp;nbsp;», 1959)&amp;nbsp;: Pirx profite d’une permission à bord du gigantesque &lt;em&gt;Transgalactic&lt;/em&gt;. Son sens du devoir et sa rapidité d’esprit éviteront à l’immense astronef un sort tragique. Tranchant avec le combo «&amp;nbsp;récit initiatique + énigme&amp;nbsp;» des précédentes nouvelles, ce texte relativement bref s’avère d’un intérêt mineur, coincé entre deux récits plus ambitieux. De fait, le suivant, « Terminus&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Terminus&amp;nbsp;», 1960) détaille un peu plus l’univers dans lequel évolue Pirx – on y rencontre notamment des robots. Désormais officiellement pilote, le jeune homme a récupéré dans la carcasse d’un vieil astronef un robot ayant survécu à ses défunts maîtres humains, qu’il prend à bord de son propre vaisseau. Mais une fois dans l’espace, Pirx entend quelqu’un communiquer en code Morse. Qui&amp;nbsp;? On s’en doute, il s’agit bel et bien du robot, mais pour quelle raison&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Terminus&amp;nbsp;», nouvelle hantée, s’achève de manière frustrante, laissant le lecteur aussi désemparé que Pirx.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-p-tales2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-p-tales2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le récit de Pirx&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Opowiadanie Pirxa&amp;nbsp;», 1965) diffère des autres textes, car celui-ci est narré par Pirx à la première personne. Lors d’un vol de routine dans l’espace, il est témoin du passage de quelque chose d’immense… Serait-ce l’un des amas de ferraille de ce mogul des habitats spatiaux&amp;nbsp;? Ou autre chose&amp;nbsp;? Un amusant concours de circonstances défavorables fera en sorte que Pirx sera le seul témoin de cette apparition. Si l’ensemble des récits précédents se caractérisait par une relative sobriété en matière de SF, Lem se permet ici une ouverture vers l’un des tropes majeurs du genre… mais en mode mineur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Changement de système stellaire dans «&amp;nbsp;L’Accident&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Wypadek&amp;nbsp;», 1965). Pirx et ses collègues Krull et Massena sont sur la planète Iota-116-47, en orbite autour de l’étoile Proxima Aquarius, une G VIII instable. Et leur robot, Aniel, a disparu… C’est flagrant dans cette nouvelle – et plus encore dans les récits de &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt; et des &lt;strong&gt;Contes inoxydables&lt;/strong&gt;, dont il sera prochainement question dans ce désolant Abécédaire —, les robots de Lem n’ont pas grand-chose à voir avec leurs aimables équivalents positroniques de chez Asimov. Même approche dans «&amp;nbsp;La Chasse&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Polowanie&amp;nbsp;», 1965)&amp;nbsp;: la chute d’une micro-météorite sur la Lune a rendu fou un Setaur – un robot aussi puissant que perfectionné. Mission est confiée à Pirx de le stopper coûte que coûte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 1em 1em 0 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-p-film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-p-film_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’Enquête&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Rozprawa&amp;nbsp;», 1968) commence par un interrogatoire lors d’un procès où l’accusé n’est autre que Pirx. Quelques temps plus tôt, le pilote était en mission du côté de Saturne, afin de lancer trois satellites. Mais la manœuvre tourne au désastre et l’équipage manque d’être intégralement tué. Pirx est-il responsable&amp;nbsp;? Le fait est que l’équipage se composait pour part d’androïdes – des «&amp;nbsp;non-linéaires&amp;nbsp;» –, indiscernables des humains. Le pilote avait accepté d’en prendre à son bord, sans savoir qui était qui&amp;nbsp;: le but étant de déterminer si ces androïdes pouvaient remplacer à termes les humains. Et Pirx, au cours de cette mission, de tenter de découvrir qui est fait de chair et de sang et qui ne l’est pas. Il y a un petit côté &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; dans cette histoire, sûrement l’une des plus réussies du recueil, qui a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Test pilota Pirxa&lt;/em&gt; (1979), film polonais de Marek Piestrak. Le film n’a rien de déshonorant mais s’avère tout de même aussi excitant qu’une bouteille de kvas débullé et sans alcool – je tâcherai d’en parler dans un prochain billet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, «&amp;nbsp;Ananke&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Ananke&amp;nbsp;», 1971) se déroule sur Mars, et commence avec le crash d’un vaisseau spatial&amp;nbsp;: au moment de l’atterrissage, l’intelligence artificielle embarquée a pété un boulon. Or, deux autres vaisseaux sont équipés du même système, et ils se préparent à atterrir à leur tour. Comment éviter que se reproduise un tel drame&amp;nbsp;? Pirx était aux premières loges de la catastrophe, et va mettre ses méninges à contribution pour élucider le dysfonctionnement tragique… Ces deux derniers textes sont les plus longs du recueil, et se caractérisent par une thématique commune&amp;nbsp;: une foi en l’humain. Androïdes ou intelligences artificielles, rien ne vaut la perspicacité humaine.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-p-opowiesci.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-p-opowiesci_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les récits de Stanislas Lem se caractérisent souvent par un ton noir, grinçant, ironique, voire désespéré et misanthrope. Avec &lt;strong&gt;Pirx le pilote&lt;/strong&gt;, rien de tout cela&amp;nbsp;: Lem y délaisse cette teinte sombre pour des récits bien plus enjoués. Le monde décrit est passablement utopique&amp;nbsp;; du moins, rien ne semble aller trop mal dans le moins pire des mondes. Les enjeux sont d’ordre technique, et les aventures de Pirx consistent pour bonne part en résolution de mystère, avec une vraisemblable explication technique à la clé. Impossible de ne pas penser aux &lt;em&gt;juveniles&lt;/em&gt; de Robert A. Heinlein ou aux récits jeunesse d’Isaac Asimov signés sous son pseudo de Paul French. Mais Stanislas Lem n’est ni Heinlein ni Asimov, et sa vision de l’espace est moins romantique. L’excitation des débuts de l’Âge de l’espace laisse la place à la bureaucratie et aux formations ennuyeuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis, à bien y penser&amp;nbsp;: l’espace, c’est froid et c’est vide. La Lune, c’est gris. Les planètes, bon, il n’y a pas toujours de quoi gambader gaiment sur le régolithe extrasolaire. Et les voyages spatiaux, c’est peu dire qu’on s’y em…nnuie souvent ferme. En somme, pour notre Polonais, l’espace n’est pas vraiment glamour – ni horrible. Justement un peu ennuyeux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et le héros est à l’avenant. On pourrait s’imaginer Pirx comme un individu haut en couleur. Que nenni, notre pilote n’est pas (au hasard) le Nicholas van Rijn ou le Dominic Flandry de Poul Anderson. De fait, le personnage de Pirx n’a rien d’héroïque. Pas de gouaille extravagante, pas de caractère tragique. Non, c’est juste un type normal, un peu rêveur au début, moins par la suite, à mesure qu’il vieillit et perd ses cheveux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les aventures de Pirx demeurent typiques de leur époque&amp;nbsp;: pas de personnage féminin (ou à peine), on navigue dans l’espace à bord de fusées comme celles qui ornaient les couvertures des &lt;em&gt;pulps&lt;/em&gt; (avec une approche un peu plus réaliste que celle des premiers romans de Lem)… Pour autant, notre héros ne défend pas la Terre contre des hordes d’aliens et n’explore pas des mondes inconnus à la débottée. Non, Pirx suit une formation pas toujours palpitante, et fait un boulot parfois un peu ennuyeux. Le ton s’avère plutôt réaliste, voire anti-spectaculaire, mais pas dénué d’une certaine légèreté pour autant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-p-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-p-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Soixante ans après ses premiers pas dans l’espace, Pirx demeure un héros plaisant à suivre, dont les aventures n’ont pris qu’un léger coup de vieux. Lem aborde de nouvelles thématiques en se montrant moins cynique qu’à l’accoutumée. Et déconstruit tranquillement le romantisme de l’Âge de l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (sauf d'occasion ou en polonais/anglais/allemand)&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>O comme Odyssées aveugles</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/04/02/O-comme-Odyssees-aveugles" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Odyssées aveugles" />
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      <published>2018-04-02T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-04-17T17:36:00+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le recueil fix-up &lt;strong&gt;Les Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt; est sorti depuis une dizaine de jours : à quelques semaines près, c'est le retour en librairie d'Eric Brown, vingt ans après la parution de son recueil &lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt;. Voilà qui forme donc l'occasion parfaite pour se pencher sur les quatre nouvelles de cet opuscule…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Odyssées aveugles [recueil composé et traduit de l’anglais (UK) par Sylvie Denis, sans équivalent en langue originale], Eric Brown. DLM, 1998. Poche, 120 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il y a pile vingt ans paraissait &lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt;, premier recueil d’Eric Brown à paraître en France – et l’unique, jusqu’à la parution des &lt;strong&gt;Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt; voici une dizaine de jours. Ce recueil, qui aurait dû signer l’éclosion en France d’un talent, constitue aussi son «&amp;nbsp;chant du cygne&amp;nbsp;», comme l’indique Olivier Girard dans &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=3&amp;t=7917#p56811&quot;&gt; l’avant-propos&lt;/a&gt; des &lt;strong&gt;Ferrailleurs&lt;/strong&gt;. Pourtant, lorsque ce recueil paraît en France, cela fait déjà dix ans que l’auteur écrit et publie en Angleterre, en particulier dans les pages du magazine &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt; dirigé de main de maître par David Pringle. De fait, c’est dans ce support que notre auteur a publié sa toute première nouvelle, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Krash-Bangg Joe et l'&lt;/em&gt;&lt;em&gt;équation Pinéal-Zen&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (traduite en français dans l’anthologie &lt;em&gt;Univers&lt;/em&gt; 1989). Cofondé en 1982 par un collectif de huit personnes dont David Pringle, &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt; a favorisé la cristallisation de toute une génération d’auteurs anglophones&amp;nbsp;: Eric Brown donc, mais aussi Stephen Baxter, Greg Egan, Paul McAuley, Kim Newman… – excusez du peu. Et si tout les écrivains sus-cités se sont fait connaître de ce côté-ci de la Manche, ce n’est pas malheureusement pas le cas de Brown.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt; , donc. Un tout bref recueil, sous une couverture d’une qualité… discutable, comprenant une brève introduction et quatre nouvelles. Trois d’entre elles sont justement parues dans &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt; (les numéros 24, 26 et 22 respectivement), tandis que la dernière figurait au sommaire de l’anthologie &lt;strong&gt;Other Edens III&lt;/strong&gt;. À noter que le présent recueil ne contient que des nouvelles de jeunesse, parues originellement entre 1987 et 1989. Petit passage en revue…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-o-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-o-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;L’Homme décalé&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;&lt;em&gt;The Time-Lapsed Man&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», 1988), c’est Max Thorn. Propulseur, son boulot est de faire naviguer les astronefs à travers le &lt;em&gt;nada&lt;/em&gt; continuum – une variante du videspace que l’on peut trouver dans &lt;strong&gt;Les Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt;, je suppose. Plus qu’un boulot, une passion, pour laquelle il n’hésite pas un seul instant à sacrifier sa relation avec Caroline – surnommée Carrie, personnage qu’il ne faudrait pas confondre avec l’acariâtre Karrie des &lt;strong&gt;Ferrailleurs&lt;/strong&gt;… Pourtant, Thorn se découvre atteint d’une pathologie rare, à l’issue fatale&amp;nbsp;: le syndrome de Black. Les individus qui en sont atteints voient leurs perceptions sensorielles se décaler dans le temps. Les stimuli visuels, auditifs, olfactifs et gustatifs parviennent au cerveau avec un retard de plus en plus grand&amp;nbsp;; curieusement, seul le sens du toucher demeure épargné par ce décalage – maigre ancrage avec la réalité. Depuis sa chambre d’hôpital, Thorn ressasse… Une nouvelle poignante sur les sens, la maladie, et qui donne le ton pour les suivantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Du rififi au grenier&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;&lt;em&gt;Big Trouble Upstairs&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», 1988) nous met dans la peau d’Isabella Manchester, qui est – pour son malheur — une «&amp;nbsp;méga-télépathe&amp;nbsp;», capable non seulement de capter les pensées de ses semblables mais également de les influencer. Isabella s’en sert essentiellement pour attirer ses amantes – mais peut-on appeler cela de l’amour, quand l’autre n’est pas maître de ses sentiments&amp;nbsp;? – et pour désamorcer quelques situations délicates. Telle celle qui a cours sur le satellite de la Grande Parade, un parc d’attraction géant où un tireur embusqué a décimé au laser la bagatelle de deux cents visiteurs. Une fois sur place, voilà Isabella affublée d’un costume de Mickey. Accompagnée de la directrice du satellite dans son costume de Minnie, elle part en quête du tueur… Qui est-il&amp;nbsp;? Quelle est sa logique&amp;nbsp;? – à supposer qu’il soit humain. C’est là une nouvelle aux personnages troubles, en particulier la narratrice, qui ressent une attirance malsaine pour les enfants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mourir pour l’art – et vivre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» («&amp;nbsp; &lt;em&gt;The Girl Who Died for Art and Lived&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», 1987), avec un tel titre, ne fait pas mystère de ses préoccupations, et questionne le statut d’artiste et l’implication que celui-ci est prêt à mettre dans ses œuvres, sans oublier d’imaginer de nouvelles formes d’art. Le narrateur est Daniel, un ancien pilote de vaisseau spatial qui a vécu l’enfer lorsque son astronef a manqué être grillé par une supernova. Tout l’équipage – dont Ana, son amante – est mort, sauf lui. La culpabilité du survivant, Daniel l’exorcise dans des œuvres d’art, des cristaux où il infuse ses sentiments &amp;nbsp;: les spectateurs ont juste à toucher un cristal pour ressentir. Plus les sentiments sont forts, plus l’œuvre est réussie. Lors du vernissage de l’une de ses œuvres cathartiques, Daniel croise une jeune artiste, dont la vision de l’art s’oppose à la sienne. Lin Chakra, elle, est prête à mourir pour son art. Précisons que, dans ce futur, tout le monde est plus ou moins malade, et arborer fièrement ses excroissances cancéreuses constitue le nec plus ultra artistique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle la plus courte du recueil, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les disciples d&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Apollon&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;&lt;em&gt;The Disciples of Apollo&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», 1989) s’avère elle aussi hantée par la mort&amp;nbsp;: après avoir appris qu’il est atteint du Syndrome, Maitland se retire sur Farrow Island, en compagnie d’autres malades. Incurable, le Syndrome tue sa victime lentement&amp;nbsp;: l’agonie, imperceptible, s’étire sur six, neuf mois. Est-il vraiment malade&amp;nbsp;? Maitland s’interroge. Il passe le temps comme il peut, jouant aux échecs avec un compagnon d’infortune… jusqu’à ce qu’il rencontre Caroline (rien à voir avec celle de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Homme décalé&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»), elle aussi atteinte de ce mal. Comment s’aimer quand on se sait condamné&amp;nbsp;? Texte peut-être un moins marquant que les trois précédents, «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Les Disciples d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Apollon&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» est porté par son ambiance intranquille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt; se révèle un recueil à la fois varié – pas facile avec quatre nouvelles — et, dans le même temps, d’une grande cohérence thématique. L’art, la mort, l’amour&amp;nbsp;: des thèmes classiques, mais auxquels Eric Brown apporte sa propre sensibilité et des personnages souvent ambigus. Imaginatif et sensible, un bon mélange, le tout dans une SF plus &lt;em&gt;speculative&lt;/em&gt; que &lt;em&gt;science&lt;/em&gt;. Et dont la noirceur détonne singulièrement avec les textes ultérieurs que j’ai lu de l’auteur&amp;nbsp;: le roman &lt;strong&gt;Helix&lt;/strong&gt; (2007) commence de façon assez mélancolique mais ne tient pas toutes ses promesses sur la longueur&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Les Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt;, donc, s’avère bien plus léger (même si la tristesse demeure sous-jacente)&amp;nbsp;; le recueil thématique &lt;strong&gt;Starship Seasons&lt;/strong&gt; est sympathique&amp;nbsp;; la novella &lt;strong&gt;The Martian Simulacra&lt;/strong&gt; (à paraître en Une Heure-Lumière) est un adorable pastiche holmésien, amusant comme tout. Dans ces différents ouvrages, les protagonistes tourmentés d’ &lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt; laissent la place à des narrateurs vieillissants, à la bonhommie touchante, et qui peinent à exprimer leurs sentiments.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;Odyssées aveugles&lt;/strong&gt;, paru en janvier 1998, deux autres nouvelles d’Eric Brown furent traduites&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Miracle de Kallithéa&amp;nbsp;» dans &lt;strong&gt;CyberDreams 03&lt;/strong&gt; et «&amp;nbsp;La Mort de Cassandra Québec&amp;nbsp;» dans le numéro 10 de &lt;em&gt;Galaxies&lt;/em&gt;. Et, pendant treize ans, ça été tout. Onze malheureuses nouvelles, réparties dans le recueil objet de ce billet, des anthologies et des magazines. Il faut attendre 2011 pour que, à l’instigation du très florentin Pierre-Paul Durastanti, dont les ambitions de conquête du monde ne sont plus à démontrer, on puisse lire à nouveau Eric Brown en français&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Exorciser ses fantômes&lt;/em&gt; &amp;nbsp;», nouvelle élégiaque au sommaire du &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 63 (co-traduit par Alise Ponsero et votre serviteur), qui prouve qu’Eric Brown n’a pas perdu de son talent. Et voici maintenant &lt;strong&gt;Les Ferrailleurs du cosmos&lt;/strong&gt;. Une injustice réparée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: en rien&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme Norway of Life</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/30/N-comme-Norway-of-Life" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Norway of Life" />
      <id>urn:md5:c140f2f7183817b9ffddc14c782172cc</id>
      <published>2018-03-30T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-03-30T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On s'aventure en compagnie du réalisateur norvégien Jens Lien dans une sorte de Purgatoire kafkaïen aseptisé&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Norway of Life&lt;/strong&gt;, quand &lt;strong&gt;Brazil&lt;/strong&gt; rencontre Ikea…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Norway of Life [Den brysomme mannen], Jens Lien (2006). Couleurs, 91 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Une fois n’est pas coutume&amp;nbsp;: l’Abécédaire se permet un petit détour du côté du cinéma norvégien, avec &lt;em&gt;Norway of Life. &lt;/em&gt;Il s’agit là du deuxième film de Jens Lien, après &lt;em&gt;Jonny Vang&lt;/em&gt; (2003) et une demi-douzaine de courts métrages. Depuis, le réalisateur a tourné un troisième film,&lt;em&gt;Une &lt;/em&gt;&lt;em&gt;éducation norvégienne&lt;/em&gt; (2011), la mini-série &lt;em&gt;Viva Hate&lt;/em&gt; (2014) et trois épisodes de la série &lt;em&gt;Occupied&lt;/em&gt; — voilà qui témoigne de préoccupations, euh, norvégienne…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-n-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La scène pré-générique donne le ton. Soit un quai de métro quasi désert. Sous la lumière crue des néons, un couple s’embrasse. Plus exactement&amp;nbsp;: se bouffe la langue avec force salive et bruits buccaux mais sans la moindre passion. Un homme les regarde, visiblement gêné. Et puis se jette sous les roues de la première rame à passer. Le son qui en résulte ne laisse guère de place au doute. (La place précise de cette scène dans la chronologie apparaitra plus tard.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-n-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-n-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Voici maintenant un décor désolé&amp;nbsp;: de grandes étendues terreuses balayées par le vent, sous un ciel nuageux changeant. Au milieu de ce nulle-part se dresse une station-service. Un homme se dépêche d’installer une miteuse banderole de bienvenue, qui ne restera en place que le temps qu’un bus dépose son unique passager – le suicidaire de la scène précédente. Celui-ci, Andréas, est amené jusqu’à une ville située plus loin, une métropole moderne sans charme ni signe distinctif. Lui sont attribués un appartement et un boulot (comptable). Andréas s’installe vite dans cette nouvelle (?) vie… quand bien même celle-ci a quelque chose d’étrange fade&amp;nbsp;: ses collègues sont gentils mais ennuyeux au possible&amp;nbsp;; rien n’a de goût&amp;nbsp;; rien ne peut lui faire de mal – quand il se tranche un doigt avec une massicoteuse, Andréas a la surprise de voir que son index a repoussé. Que cette vie soit terne n’empêche pas Andréas d’essayer de trouver des pis-allers&amp;nbsp;: une compagne – Anne-Britt, décoratrice d’intérieur –, une maîtresse – la jolie Ingeborg. Et surtout&amp;nbsp;: tenter de comprendre ce monde sans art digne de ce nom, sans enfant, sans joie. Y a-t-il seulement un échappatoire de ce purgatoire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-n-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-n-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par certains aspects, &lt;em&gt;Norway of Life&lt;/em&gt; rappelle &lt;em&gt;Brazil&lt;/em&gt;. Sauf que la dimension concentrationnaire du film de Terry Gilliam est ici remplacée par une esthétique Ikea. Dans les deux cas, l’individu est aliéné – par une gentillesse creuse dans le cas du présent long-métrage. L’absurde est là présent, et se teinte parfois d’un humour noir (comme cette scène où Andréas se fait constamment rouler dessus par des rames de métro). De nombreuses séquences apparaissent comme surréalistes… alors qu’à bien y repenser, non, il s’agit juste d’un reflet à peine déformé de notre monde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-n-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-n-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film se distingue par une photographie terne. Pas grisâtre, juste… terne, à l’image de la vie d’Andréas. C’est joli, pas désagréable, mais rien ne ressort, à l’exception de quelques scènes sublimées par une lumière crue et intense – celle du soleil juste avant ou après la pluie –, en particulier celles situées sur cette plaine balayée par le vent. Du côté du casting, Trond Fausa Aurvåg excelle dans le rôle de &lt;s&gt; Sam Lowry &lt;/s&gt; Andréas, avec son air de somnambule qui peine à tirer un sens du monde qui l’entoure.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-n-poster1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre original du film, &lt;em&gt;Den brysomme mannen&lt;/em&gt;, signifie tout simplement «&amp;nbsp;l’homme ennuyeux&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: pas ennuyeux parce qu’il suscite &lt;em&gt;l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’ennui&lt;/em&gt; mais plutôt parce qu’il cause &lt;em&gt;les ennuis&lt;/em&gt;. Car après tout, la vie dans cette ville anonyme s’avère plutôt agréable — Andréas y possède un boulot stable, ni stressant ni contraignant&amp;nbsp;; il a une compagne avec qui il s’entend plutôt bien. Alors pourquoi vouloir plus&amp;nbsp;? Si le bonheur est une asymptote, pourquoi chercher à tout prix à s’approcher de quelque chose d’inaccessible&amp;nbsp;? Pourquoi ne pas se contenter d’une vie creuse, où les discussions sur les choix des couleurs et l’envie d’avoir une baignoire chez soi au lieu d’une douche ont plus d’importance que les relations humaines&amp;nbsp;? Andréas, cet homme insatisfait, gênant donc, y a-t-il vraiment sa place&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-n-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-n-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fidèles à leur habitude, les distributeurs français du film lui ont accolé un titre… en anglais (au moins a-t-on échappé au titre anglais retraduit en anglais). Pour autant, ce titre-ci peut fournir un indice sur la portée de &lt;em&gt;Norway of Life&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: cette vie sans goût que se retrouve à vivre Andréas ne se situe pas forcément dans quelque Purgatoire. Peut-être s’agit-il du reflet déformé d’une société norvégienne confite dans son ennui. Pourtant, si l’on cherche bien, peut-être est-il possible de retrouver quelque sève. Par la musique&amp;nbsp;? Parfois, Andréas croit entendre de la musique provenant d’un soupirail. D’autres personnes, elles, humeront une bonne odeur. Quant à la bande originale, elle alterne entre muzak insignifiante et extraits de la suite orchestrale &lt;em&gt;Peer Gynt&lt;/em&gt; du compositeur (norvégien) Edvard Grieg, sur un livret du dramaturge (norvégien) Henrik Ibsen – on entend en particulier la mélancolique &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ii2Adi2iFRM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Chanson de Solveig&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. S’agit-il d’exalter alors l’âme norvégien, enfouie au fin fond d’une cave&amp;nbsp;? Ou bien est-ce ironique&amp;nbsp;? Après tout, &lt;em&gt;Peer Gynt&lt;/em&gt; raconte l’histoire d’un type un brin hâbleur, qui connait des aventures aux quatre coins du monde (et dans ses souterrains aussi, avec l’ultra-célébrissime (et diablement efficace) «&amp;nbsp;Dans l’antre du roi de la montagne&amp;nbsp;» (d'ailleurs, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=cD8EPdn5Ctg&quot;&gt;pour mémoire&lt;/a&gt;)), avant de s’en revenir chez lui, vieux et ruiné, pour apprendre de la bouche de son amour abandonné, Solveig, que&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C'est ici chez toi et non pas dans la vaine poursuite de tes rêves fous à travers le monde que réside le vrai bonheur.&amp;nbsp;» Une phrase qui trouve son écho dans les dernières paroles, adressées par la mairesse de la ville, à Andréas avant son départ.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fin laisse un goût amer. Et froid.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-n-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-n-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-n-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>M comme Le Masque</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/28/M-comme-Le-Masque" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Le Masque" />
      <id>urn:md5:ec5c1ebc03d4c246a552cafb23c3db48</id>
      <published>2018-03-28T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-07-23T14:20:34+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Communication breakdown, It's always the same&amp;nbsp;», dit la chanson de Led Zeppelin. Oui mais tout à fait, aurait pu y rétorquer Stanislas Lem. Après ses romans, l'Abécédaire se plonge dans les nouvelles de l'auteur polonais avec le recueil &lt;strong&gt;Le Masque&lt;/strong&gt;, qui, en sept textes, montre l'étendue du talent de l'auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Masque [recueil sans équivalent polonais], Stanislas Lem, recueil traduit du polonais par Laurence Dyèvre. Calmann-Lévy, coll. «&amp;nbsp;Dimensions SF&amp;nbsp;», 1983. GdF, 250 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après avoir exploré les romans de Stanislas Lem (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/21/M-comme-Memoires-trouves-dans-une-baignoire&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/10/R-comme-Retour-des-etoiles&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/22/V-comme-La-Voix-du-maitre&quot;&gt; ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/04/R-comme-Le-Rhume&quot;&gt;ici aussi&lt;/a&gt; et enfin &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/17/F-comme-Fiasco&quot;&gt;là&lt;/a&gt;), on va s’intéresser dans ce tour d’alphabet à quelques-uns de ses recueils de nouvelles (on évoquait déjà ses fausses critiques de livres par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;). De fait, Lem s’est montré assez peu prolixe sur la distance de la nouvelle, à quelques exceptions près, et a surtout écrit des textes brefs (plus ou moins) trouvant place dans des cycles. &lt;strong&gt;Le Masque&lt;/strong&gt; rassemble sept nouvelles et novellas de l’auteur polonais, qui présentent différentes facettes de son œuvre…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-m-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-m-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La Formule de Lymphater&amp;nbsp;» (1961) introduit ce recueil. Lymphater, c’est ce scientifique qui interpelle un quidam dans le but de jeter un œil à quelques journaux scientifiques. Notre homme a, par le passé, effectué des recherches sur le cerveau, en partant d’un questionnement bien simple&amp;nbsp;: les caractères acquis. Comment cela se fait-il qu’une fourmi puisse « fonctionner&amp;nbsp;» dès sa naissance, qu’un oiseau ait besoin d’un apprentissage bien bref, mais que les humains soient contraints de passer par une longue phase d’apprentissage&amp;nbsp;? Est-il possible de créer un cerveau artificiel, de niveau humain, qui soit au-delà de ces contraintes&amp;nbsp;? Après des années de recherche, le résultat qu’obtient Lymphater va le dépasser… Sous des aspects tortueux et un récit au ton très &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt;, Lem se réapproprie la question de l’intelligence artificielle, non sans un humour caustique et quelques visions vertigineuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour aux choses sérieuses avec «&amp;nbsp;Cent trente-sept secondes&amp;nbsp;» (1976). Le narrateur travaille pour le compte de l’agence de presse UPI&amp;nbsp;; l’un de ses outils de travail est un ordinateur IBM 0161. À l’époque de rédaction de la nouvelle, il faut imaginer des appareils encombrants et fonctionnant avec des fiches. Or, les vibrations ont la fâcheuse tendance à débrancher ces fiches – une chose rare et qui, en soi, n’a rien de dramatique. Par un concours de circonstance, le narrateur découvre une nuit que son ordinateur a complété une dépêche de presse sur un séisme en Iran alors que la fiche venait de se débrancher. Le plus étrange est que la dépêche en question, pour moitié composée par l’appareil, s’avérait exact. Pourquoi&amp;nbsp;? Comment&amp;nbsp;? Le narrateur entreprend de mener des expériences pour cerner les capacités inédites de l’ordinateur à prévoir l’avenir dans un délai de cent trente-sept secondes… Une nouvelle fascinante sur une thématique pourtant rodée.&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;energie&quot;&gt;Pareillement fascinante est «&amp;nbsp;La Vérité&amp;nbsp;» (1964), qui va en plein merveilleux scientifique. Comme les précédents, cette nouvelle-ci prend la forme d’un compte-rendu a posteriori. Enfermé dans un asile psychiatrique, le narrateur se languit de ne guère voir le soleil et se qualifie de « pyroparanoïaque». Peu à peu, il en vient à expliquer la nature de ses recherches&amp;nbsp;: les plasmas. À observer cette soupe d’électrons et de noyaux atomiques avec une caméra capable de prendre des milliers d’images par seconde, lui et deux scientifiques découvrent l’impensable&amp;nbsp;: une vie capable de se développer au sein de ce quatrième état de la matière. Est-il possible de la faire durer plus de quelques picosecondes&amp;nbsp;? La thématique de la vie la plus improbable rappelle Stephen Baxter (la deuxième partie d’ &lt;strong&gt;Exultant&lt;/strong&gt; en particulier, avec ces civilisations apparaissant et disparaissant lors des premiers instants de l’Univers)&amp;nbsp;; la forme est plus classique, mais le plaisir de lecture demeure intact.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus curieux est «&amp;nbsp;Le Masque&amp;nbsp;» (1976). Le récit débute par la naissance d’un individu de sexe indéterminé (pas d’écriture inclusive pour le coup, mais des terminaisons au féminin entre parenthèses)&amp;nbsp;; celui-ci, ou plus exactement celle-ci se retrouve vite à mener une vie de courtisane, mais ne peut s’empêcher de remarquer les bizarreries de son corps. Qui est-elle vraiment&amp;nbsp;? Quel est son but&amp;nbsp;? Il s’agit là d’une nouvelle déconcertante à plus d’un titre&amp;nbsp;: le récit est narré du point de vue de la «&amp;nbsp;courtisane&amp;nbsp;», le monde est peu décrit mais semble combiner une ambiance médiévale ou renaissante avec des aspects hypertechnologiques (la nature de la « courtisane&amp;nbsp;»), et l’intrigue même surprend dans son déroulé. Pour un peu, on croirait lire du proto-Iain M. Banks quand celui-ci publiait &lt;strong&gt;Inversion&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Trames&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À côté de ces quatre nouvelles aux perspectives vertigineuses – mais qui ont toutefois perdu un peu de leur lustre novateur avec le temps –, le recueil propose trois autres nouvelles, plus courtes. Et à vrai dire, les textes les plus brefs de ce recueil sont peut-être les moins réussis. « L’invasion d’Aldébaran&amp;nbsp;» (1959) fait figure de grosse pochade&amp;nbsp;: deux émissaires issus de la civilisation aldébaranaise arrivent sur Terre, et atterrissent nuitamment dans un petit village au cul de la Pologne. Tout bardés de technologies qu’ils sont, les envahisseurs extraterrestres vont se faire rétamer… Ce texte amusant (on ne va pas bouder son plaisir, hein) est l’occasion pour Lem de s’amuser, avec un technojargon aussi abscon qu’hilarant. «&amp;nbsp;Deux jeunes gens&amp;nbsp;» (1965) est une divagation poétique, sur un homme à bord de son vaisseau spatial, qui m’a paru d’un intérêt mineur.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Nous sommes tout ce qui peut exister. Il n’y a rien autour de nous, nous ne possédons ni ciel, ni absorbum, ni étoiles, ni ylems, ni soleils ni nuages cosmiques, refroidissant et s’allumant alentours&amp;nbsp;; nous les avons, ces multitudes froides et blanchies, à l’intérieur de nous.&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Journal&amp;nbsp;», p. 228)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Enfin, «&amp;nbsp;Journal&amp;nbsp;» (1962) se présente comme les ratiocinations d’un collectif d’êtres de stature démiurgique, créateurs d’une infinité d’univers et de leurs régles diverses, se gaussant des efforts de leurs habitants pour en comprendre la nature et l’origine. Évidemment, on pense sans hésiter à notre propre univers, dont bien des aspects demeurent encore non-élucidés. Volontiers bavarde et pédante, la nouvelle ne semble mener nulle part… jusqu’à ce que la conclusion remette joliment la trentaine de pages précédentes en perspective.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de deux textes plus faibles («&amp;nbsp;L’Invasion d’Aldébaran&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Deux jeunes gens&amp;nbsp;»), &lt;strong&gt;Le Masque&lt;/strong&gt; s’avère un recueil de très bonne tenue, montrant un Stanislas Lem à l’aise sur les thématiques des intelligences autres – qu’elles soient artificielles («&amp;nbsp;La Formule de Lymphater&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Cent trente-sept secondes&amp;nbsp;» et, dans une certaine mesure, « Le Masque&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Journal&amp;nbsp;») ou issues d’un phylum radicalement différent (« L’Invasion d’Aldébaran&amp;nbsp;» à nouveau, et «&amp;nbsp;La Vérité&amp;nbsp;»). Et comme toujours, la communication – ou plutôt, les difficultés qu’il y a à communiquer — reste au cœur du problème («&amp;nbsp;L’Invasion d’Aldébaran&amp;nbsp;», ter, «&amp;nbsp;Journal&amp;nbsp;» à sa manière&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Vérité&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Communication breakdown&lt;br /&gt;
It's always the same&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme The Lure</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/26/L-comme-The-Lure" rel="alternate" type="text/html" title="L comme The Lure" />
      <id>urn:md5:1b60a8a9b3211385e45e259ff7458c16</id>
      <published>2018-03-26T12:00:00+02:00</published>
                    <updated>2018-03-26T12:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout comme le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again&quot;&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est – et demeure – la meilleure comédie musicale de science-fiction érotique de tous les temps, car seule œuvre à jouer dans sa catégorie, &lt;strong&gt;The Lure&lt;/strong&gt;, premier film de la réalisatrice polonais Agnieszka Smoczyńska, peut s’enorgueillir d’être le meilleur film d’horreur musical sirénien qui soit, parce que le seul aussi. Une bonne raison pour s'y intéresser…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Lure [Córki dancingu], Agnieszka Smoczyńska (2015). 92 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-l-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-l-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-l-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsqu’on évoque la sirène, trois images viennent probablement en tête&amp;nbsp;: la première est celle du conte d’Andersen, la deuxième son adaptation en dessin animé par les studios Disney, et la dernière celle des créatures qui charmèrent Ulysse lors de ses pérégrinations. D’un côté, une imagerie mignonne&amp;nbsp;; de l’autre, eh bien, des… monstres. Avec &lt;em&gt;The Lure&lt;/em&gt; (Le leurre), la réalisatrice polonaise Agnieszka Smoczyńska s’attache à nous montrer une synthèse de ces deux visions de la sirène — ce que montre d'emblée le beau générique de début et ses dessins naïfs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-l-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-l-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-l-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Varsovie, milieu des années 1980. Pointant la tête hors de l’eau d’une rivière, Argent, une sirène, tombe amoureuse d’un jeune homme qui joue de la guitare sur la rive, en compagnie de ses parents. Rejointe par sa sœur, Or, Argent quitte les flots pour intégrer la petite famille&amp;nbsp;: le fils, son père et sa mère forment les Fig’n’Dates, un groupe qui joue chaque soir dans un night-club de la capitale polonaise. D’abord réticent, le patron des lieux finit par accepter de laisser les deux sœurs se produire auprès du trio. Les deux jeune filles, peu sensibles à l’idée d’être vêtues ou non, ont surtout cette capacité à posséder des jambes quand elles sont au sec et une gigantesque queue de poisson une fois mouillées. De quoi émoustiller les spectateurs avides de nouvelles sensations. Bien vite, Or et Argent prennent goût à la vie terrestre… mais si Or n’a pas oublié ce qu’elle est ni d’où elle vient, c’est moins le cas d’Argent, toute amoureuse qu’elle est du beau Mietek. Quitte à renoncer à sa propre nature pour le musicien qu’elle aime – et qu’importe les rebuffades&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pour moi, tu seras toujours un poisson. Un poisson, je veux dire&amp;nbsp;», lui déclare-t-il lorsqu’elle tente de le séduire. Ce qui implique des choix, lourds de conséquences pour Argent…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-l-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-l-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-l-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout comme le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; est – et demeure – la meilleure comédie musicale de science-fiction érotique de tous les temps, car seule œuvre à jouer dans sa catégorie, &lt;em&gt;The Lure&lt;/em&gt; peut s’enorgueillir d’être le meilleur film d’horreur musical sirénien qui soit, parce que le seul aussi. Pourtant, le film n’est pas exempt de défauts… ni de qualités.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il commence de façon originale, le scénario s’avère vite un récit d’apprentissage, proposant une variation cruelle sur le conte d’Andersen. Riche thématiquement, le film s’interroge sur le désir, l’amour et sa réciprocité, la monstruosité, volonté d’intégration (ou non).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, le premier élément de surprise provient ici de la nature anthropophage des sirènes – un élément certes moins surprenant si l’on a gardé en mémoire l’&lt;em&gt;Odyss&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; le film d’Agnieszka Smoczyńska garde cependant l’aspect aquatique des sirènes, loin de leur apparence mi-femme mi-oiseau de la mythologie grecque).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le second, c’est qu’il s’agit donc d’une comédie musicale. Enfin, presque&amp;nbsp;: une huitaine de chansons parsèment le film, tantôt en tant que spectacle présenté dans le night-club, tantôt comme moyen extradiégétique de faire avancer l’action et de représenter les émotions des personnages. Sur le papier, c’est intéressant. Dommage que ces chansons n’aient rien de mémorable en soi – même si elles demeurent d’une écoutable agréable et que les numéros musicaux, tantôt rock, tantôt electro s’avèrent réussis dans leur ambiance trouble et onirique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-l-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-l-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-l-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit d’un budget que l’on devine plus court que l’appendice caudal d’Or et Argent, &lt;em&gt;The Lure&lt;/em&gt; s’en sort bien, avec une photographie soignée, aux couleurs riches et profondes. Côté effets spéciaux, le film renvoie hors-champs les éléments au fort potentiel de ratage – en particulier les métamorphoses, jamais montrées sans que cela prête à conséquence. Pas besoin d’une scène de transformation pour que surgisse le malaise viscéral représenté par ces êtres mi-femmes mi-poissons&amp;nbsp;: la suggestion n’en devient que plus efficace. Et les quelques scènes d’horreur corporelle font mouche. Sous leur apparence humaine, Or et Argent n’en demeurent pas moins intriguantes&amp;nbsp;: sous la ceinture, aucun attribut sexuel. Chose qui pénalise Argent quand elle s’amourache de Mietek et qui la pousse à une solution radicale… qui rappelle le fameux conte d’Andersen et son adaptation par les studios Disney. Cet aspect-là reste le plus frappant du film, avec ces deux créatures a priori asexuées mais objets du désir des autres – et pas exemptes de pulsions amoureuses et/ou mortelles elles-mêmes. Un aspect exacerbé par les deux actrices principales, duo trouble – troublant – de sœurs (et plus si affinités&amp;nbsp;?). Dans le rôle d’Or, Michalina Olszańska, avec son regard charbonneux, tire son épingle du jeu. On ne pourra en dire autant d’Argent, interprétée par une Marta Mazurek plus pâle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-l-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-l-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-l-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au rang des défauts assez flagrants du film, le rythme pose problème&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Lure&lt;/em&gt; commence fort, puis se perd dans des vagabondages dans son deuxième tiers – le fameux ventre mou, ici aussi long que la queue des sirènes –, avant de regagner en intérêt vers la fin. Le contexte général demeure à l’abandon&amp;nbsp;: pour le spectateur occidental lambda ne connaissant pas grand-chose à la Pologne et son histoire, rien ne vient rappeler qu’on se situe dans les années 80, période riche en bouleversements pour le pays. Dommage, là aussi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Film hybride, tour à tour récit initiatique, film de monstres, comédie musicale, &lt;em&gt;The Lure&lt;/em&gt; échoue de peu à convaincre pleinement. Il n’empêche&amp;nbsp;: loin des canons hollywoodiens, cette tentative mérite qu’on s’y attarde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://https/theplaylist.net/lure-director-agnieszka-smoczynska-planning-david-bowie-movie-musical-20170202/&quot;&gt;Le prochain projet&lt;/a&gt; de la réalisatrice, intitulé &lt;em&gt;Deranged&lt;/em&gt;, est un film se basant sur les chansons de David Bowie, et plus particulièrement celles de l’album &lt;em&gt;Outside&lt;/em&gt; – dont votre serviteur vous entretenait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/07/D-comme-The-Diary-of-Nathan-Adler&quot;&gt; quelques tours d’alphabet plus tôt&lt;/a&gt;. Évidemment, je ne peux que manifester ma plus vive impatience.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas loin&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>K comme Kurs Ganymed</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/23/K-comme-Kurs-Ganymed" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kurs Ganymed" />
      <id>urn:md5:5e579ed6b5482b38004c334e08d3e61a</id>
      <published>2018-03-23T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-03-23T17:14:47+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Direction Ganymède et le futur du passé&amp;nbsp;! En compagnie de l'auteur est-allemand Horst Müller, on file vers le satellite jovien pour y découvrir une société extraterrestre en exil, idéale… ou presque. &lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt; flirterait-il avec la dissidence&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kurs Ganymed, Horst Müller. VEB Domowina-Verlag, 1962. Semi-poche, 242 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La science-fiction d’ex-Allemagne de l'Est forme un continuum littéraire intéressant &amp;nbsp;: strictement délimité dans le temps comme dans l’espace, il comporte donc un nombre précis d’œuvres (j’adorerais toutes les lire, rien que pour le principe… mais on n’a qu’une seule vie…), et se distingue aussi par des thématiques récurrentes… et un manque général de qualités. En gros, c’est souvent affreusement daté. Mais y chercher la perle rare reste une quête qui passionne l’auteur de ces lignes pour des raisons encore non-élucidées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’objet du présent billet s’intitule &lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt;, titre que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;Direction Ganymède&amp;nbsp;». Il s’agit du deuxième roman de Horst Müller, auteur né à Glisno (actuelle Pologne) en 1923 et décédé en 2005 à Hoyerswerda (Saxe). Auteur peu prolifique, Müller n’a publié que trois livres&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Signale vom Mond&lt;/strong&gt; (1960) et &lt;strong&gt;Kurs Ganymed&lt;/strong&gt; (1962), qui forment un dyptique, et &lt;strong&gt;Peter dreht durch oder was wäre wenn&lt;/strong&gt;, livre pour enfants paru en 1998. (Il aurait publié deux autres récits de SF, rédigés en sorabe – dialecte slave parlée dans ce recoin de l’Allemagne –, mais dont je n’ai trouvé aucune mention.) Cette faible production est peut-être le contrecoup de ses activités extra-littéraires&amp;nbsp;: directeur de la bibliothèque cantonale de Hoyerswerda, député à la Chambre du peuple, il a également fondé le fan-club est-allemand de SF Utopia, en activité de 1968 à 1983 – avec ses quinze années au compteur, cela en fait celui a duré le plus longtemps.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-k-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-k-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Se plonger dans des vieilleries a ceci d’agréable qu’il permet de percevoir l’évolution des connaissances et des avancées scientifiques, au rythme des livres de SF – de wissenschatfliche Phantastik, pour employer le terme en usage en RDA – basés sur des théories ou des conceptions obsolètes. Il ne s’agit pas de s’en moquer – ce serait idiot que d’appliquer – mais d’apprécier le chemin parcouru. De voir aussi comment on est passé d’un Système solaire prompt à éveiller le merveilleux – une planète Vénus recouverte de marécages, une planète Mars à l’agonie, des astéroïdes en goguette pour tout vestige d’une planète située entre Mars et Jupiter – à un Système solaire aride, inapte à accueillir la vie ailleurs que sur Terre, celui envisagé après les données envoyées par les premières sondes spatiales… et, maintenant, à un Système solaire où les choses sont potentiellement plus complexes – Europe et Titan, bien sûr, mais aussi Encelade ou Ganymède.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-k-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-k-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-k-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La jaquette&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ganymède, justement. C’est vers le plus gros des quatre satellites galiléens de Jupiter que se dirige le &lt;em&gt;Terra&lt;/em&gt;. À son bord, un équipage mixte et international… Dans &lt;strong&gt;Signale vom Mond&lt;/strong&gt;, première partie de ce diptyque, un signal a été capté, provenant du côté de la planète géante. L’équipage fait d’abord une halte du côté de la ceinture d’astéroïdes&amp;nbsp;: les scientifiques comprennent que celle-ci consiste en débris d’une ancienne planète – surnommée Phaéton. Dans les cavernes du planétoïde Métis, les explorateurs découvrent une salle dans laquelle se trouve l’équivalent d’un casque de réalité virtuel. La vidéo diffusée est sans conteste celle d’un appel à l’aide, émanant des habitants de la planète détruite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Terra&lt;/em&gt; poursuit son long chemin jusqu’à Ganymède, jusqu’à atterrir sur le satellite. Pour l’équipage se pose cette question&amp;nbsp;: débarquer de l’astronef avec des fleurs ou avec des armes&amp;nbsp;? Après tout, sait-on vraiment qui sont les habitants de Ganymède&amp;nbsp;? Sans trop de surprise, la population locale s’y révèle non seulement humanoïde mais aussi amicale – et russophone, insigne avantage facilitant très vite les communications. Les Terriens apprennent bientôt la raison de l’exil des Ganymédiens&amp;nbsp;: quinze mille ans plus tôt, leurs ancêtres ont testé une nouvelle méthode d’extraction d’énergie, qui a conduit à l’explosion de Phaéton. Seules une poignée d’individus, à bord de fusées, ont survécu et trouvé refuge sur l’astre le plus proche&amp;nbsp;: Ganymède.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les actuels Ganymédiens sont toutefois confrontés à deux problèmes&amp;nbsp;: le satellite jovien s’avère un habitat inadéquat pour la survie à long terme de sa population exilée, à cause de la radioactivité émise par Jupiter, et les Ganymédiens hésitent entre deux alternatives, à savoir s’installer sur Mars… ou sur la Lune&amp;nbsp;; pire, la population ne cesse de décroître pour des raisons inconnues. Les Terriens pourront-ils sauver la situation&amp;nbsp;? Surtout, les Ganymédiens accepteront-ils de se laisser sauver&amp;nbsp;? Car le Conseils des Anciens a mis en place un ensemble d’appareils agissant sur les psychés. Et Gotan &lt;s&gt; Project&lt;/s&gt; , le commandant de la Flotte ganymédienne, est persuadé que la solution est de fuir vers Mars, et n’hésite pas à manipuler à son tour l’opinion des gens…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand cet artifice sera éventé, une lutte s’ensuivra entre les partisans de Gotan et ceux restés fidèles au Conseil des Anciens. Néanmoins, tout finira bien. À peu près. Ramené à la raison, Gotan trouvera une forme de rédemption en se sacrifiant pour empêcher le &lt;em&gt;Terra&lt;/em&gt;, en perte de contrôle, de s’écraser sur la cité ganymédienne. Plus tard, c’est bien sur la Lune que s’établiront les Ganymédiens – une Lune en pleine terraformation, avec une rotation de 36 heures, une atmosphère et tout le confort.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-k-signale.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-k-signale.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-k-signale_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La jaquette de Signal vom Mond&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La SF de RDA semble devoir répondre à certains canons. L’équipage est naturellement international (cf. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/08/T-comme-Titanus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/15/M-comme-Der-Mann-aus-dem-andern-Jahrtausend&quot;&gt; &lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), les femmes ne sont pas reléguées à des rôles de faire-valoir – même si les rôles principaux leur échappent. La situation sur Terre est évoquée par petites touches&amp;nbsp;: le communisme a vaincu – sauf naturellement aux USA, irréductibles capitalistes. Un communisme présenté sous un jour forcément radieux. La société ganymédienne se doit aussi d’avoir atteint ce stade&amp;nbsp;: la lutte des classes y est achevée depuis belle lurette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais là où Horst Müller tire son épingle du jeu, c’est avec la réflexion sur le contrôle des masses – assez inhabituelle, dans le contexte. Placée sous l’influence occulte d’appareils adéquats, les foules ganymédiennes y sont représentées comme à la merci du moindre leader. Les Terriens ne se montrent pas les sauveurs attendus. Quant à Gotan, l’antagoniste, il est persuadé d’agir pour les meilleures raisons du monde et ne se perçoit pas du tout comme un méchant – voilà qui change des vilains complotistes et saboteurs à la solde du grand Kapital.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, on retrouve la question, récurrente au sein de la littérature SF de l’époque – des dangers de l’énergie nucléaire – cf. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend&lt;/strong&gt;. Une énergie qui n’est ci n’est ici abordée qu’à demi-mots – mais pas besoin d’être grand devin pour comprendre qu’elle a causé l’explosion de la planète Phaéton.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le reste… Le roman se lit bien – mais un découpage en chapitres aurait été agréable dans ce texte d’un seul tenant – mais, comme la plupart des autres romans de SF est-allemand, peine à passionner. Il en demeure pas moins une réflexion intéressante et inaccoutumée – au vu du contexte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques-unes des (rares) illustrations, signées (comme la couverture) Heinz Völkel&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-k-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-k-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-k-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-k-img2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-k-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-k-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Je suis au paradis</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/20/J-comme-Je-suis-au-paradis" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Je suis au paradis" />
      <id>urn:md5:16f58b4cc0f2aa93a17ef684e7f19321</id>
      <published>2018-03-20T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-03-20T17:11:36+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'on tend une oreille sur &lt;strong&gt;Je suis au Paradis&lt;/strong&gt;, huitième album de Thomas Fersen sorti en 2011. Le chanteur des «&amp;nbsp;Papillons&amp;nbsp;» et de «&amp;nbsp;La Chauve-souris&amp;nbsp;» s'offre avec ce disque une excursion dans des territoires plus fantastiques qu'à l'accoutumée…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Je suis au paradis, Thomas Fersen (Tôt ou tard, 2011). 11 chansons, 40 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans un précédent billet, au travers du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/13/B-comme-Bambi-Galaxy&quot;&gt; cas Florent Marchet&lt;/a&gt;, on s’était intéressé aux liens unissant chanson française et imaginaire. Le très bon &lt;em&gt;Bambi Galaxy&lt;/em&gt; (2014) montrait que science-fiction et chanson pouvaient faire bon ménage. Mais quid des autres genres&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Permettons-nous un petit retour en arrière, forcément partial. Au début des années 90, il n’y avait pas grand-chose d’intéressant en matière de chanson française. Pas grand-chose, entendons-nous bien&amp;nbsp;: pas aux oreilles de l’auteur de ces désolantes lignes. Alain Bashung (cœur avec les doigts) sortait des disques depuis un petit bout de temps et publierait en 1994 et 1998 deux albums majeurs, &lt;em&gt;Chatterton&lt;/em&gt; et surtout (surtout) &lt;em&gt;Fantaisie militaire &lt;/em&gt;; Dominique A avait débuté, quoique confidentiellement (&lt;em&gt;Un disque sourd&lt;/em&gt;, 1991 déjà). Et puis Thomas Fersen est arrivé en 1993 avec son &lt;em&gt;Bal des oiseaux&lt;/em&gt;, un disque porté par la chanson-titre&amp;nbsp;: une sympathique bouffée d’air frais.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-j-albums.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-j-albums.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-j-albums_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &lt;em&gt;Les Ronds de carotte&lt;/em&gt; a confirmé l’essai mais c’est surtout &lt;em&gt;Le Jour du poisson&lt;/em&gt; en 1997, avec la chanson «&amp;nbsp;Les Papillons&amp;nbsp;», qui a imposé Fersen et son style. À savoir&amp;nbsp;: une voix légèrement erraillée à l’adorable nonchalance (il faut l’entendre interpréter &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=MV3sG_AsUp8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Barcelone&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Boris Vian…), des paroles à l’humour tendre mais pas dénués d’(auto)ironie et, surtout, la présence récurrente d’un bestiaire animalier, devenu rapidement la marque de fabrique de notre chansonnier. &lt;em&gt;Qu4tre&lt;/em&gt; en 1999 (et son indéboulonable &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=K7DbcKXmgm4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Chauve-Souris&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) a continué avec bonheur sur cette lancée, et &lt;em&gt;Pièce montée des grands jours&lt;/em&gt; (2003) a représenté une forme de consécration. Si ce cinquième album possédait une thématique culinaire, le sixième, &lt;em&gt;Le Pavillon des fous&lt;/em&gt; (2005), se consacrait à la folie et le suivant, &lt;em&gt;Trois Petits Tours&lt;/em&gt; (2008), aux voyages. Ces trois derniers disques, fort sympathiques, semblaient toutefois perdre un peu de leur fraîcheur, et, en dépit de bons moments, j’y ai trouvé moins de charme que dans &lt;em&gt;Le Jour du poisson&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Qu4tre&lt;/em&gt;. Par moment, c’était à se demander si Thomas Fersen, à faire trois petits tours, ne tournait pas plutôt en rond.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et nous arrivons à l’objet du billet&amp;nbsp;: en mars 2011, Fersen a donc publié son huitième album, &lt;em&gt;Je suis au paradis&lt;/em&gt;. Dès la pochette, les changements sont perceptibles&amp;nbsp;: cette fois, pas de photo signée Jean-Baptiste Mondino pour illustrer le disque, mais un dessin, à l’ambiance gothico-cosy. Le contenu se révèle à l’avenant&amp;nbsp;: le chanteur délaisse le bestiaire animal pour s’intéresser à une galerie de créatures et de personnages, tout droit tirées du fantastique. (À ce titre-là, la fameuse «&amp;nbsp;Chauve-souris&amp;nbsp;» avait quelque peu pavé la voie.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=K7DbcKXmgm4&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-j-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-j-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&gt;C’est le comte Dracula qui ouvre le bal&amp;nbsp;: sur une chanson aux arrangements somptueux, Fersen s’attarde sur la solitude du prince des vampires avant de basculer sur une fille «&amp;nbsp;dont le sourire pointu / Est plus cruel que celui de Nosferatu&amp;nbsp;». Dracula&amp;nbsp;: 0. Amour&amp;nbsp;: 1. Barbe-Bleue est pareillement mis K.O. dans la chanson qui lui est consacrée, lorsqu’une femme s’intéresse à tout ce qui encombre ses placards et que le (pas si) sinistre individu s’échine à en lister le contenu… jusqu’à l’exaspération.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/jdPdePzvgYM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que ferait-on sans les fantômes&amp;nbsp;? Le narrateur de «&amp;nbsp;Sandra&amp;nbsp;» sait que son chez-lui est hanté. Une chanson délicieuse sur la cohabitation en couple, à laquelle on pardonnera le jeu de mot lui valant son titre («&amp;nbsp;Je l'appelle Sandra puisqu'elle a pris le mien&amp;nbsp;»). S’agit-il bien d’un fantôme&amp;nbsp;? Et cette femme qui sort les nuits de brouillard – dans «&amp;nbsp;Brouillard&amp;nbsp;» la bien nommée –, portant «&amp;nbsp;une robe noire / Boutonnée jusqu'au menton&amp;nbsp;», est-elle aussi cadavérique qu’elle veut le laisser penser&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Une Autre Femme&amp;nbsp;», elle, est bel et bien décédée&amp;nbsp;: il s’agit là d’une momie – égyptienne, paraît-il. Vraiment&amp;nbsp;? Avec «&amp;nbsp;Je suis mort&amp;nbsp;», pas de doute (déjà, le titre), la chanson met en scène le squelette du train fantôme de la Foire du Trône, «&amp;nbsp;avec persévérance / et sans scrupules, empoisonné&amp;nbsp;» par sa femme et son amant. Côté assassin, «&amp;nbsp;Le Balafré&amp;nbsp;» se pose là, amateur de scie musicale et découpeur en série (petite pensée pour «&amp;nbsp;Monsieur&amp;nbsp;» sur &lt;em&gt;Qu4tre&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parfois, les monstres sont absents, et Fersen invite au plaisir des sens, quel que soit l’âge. Dans «&amp;nbsp;Felix&amp;nbsp;», ce centenaire «&amp;nbsp;encore vert&amp;nbsp;» n’a qu’aversion pour ses enfants, devenus de vieux cons, et ne désire rien de plus que de décéder «&amp;nbsp;comme Félix Faure&amp;nbsp;» – la petite mort n’a rien de désagréable. Dans «&amp;nbsp;Parfois au clair de lune&amp;nbsp;», un vagabond se dissimule sous le jupon d’une dame&amp;nbsp;: un petit coin de paradis&amp;nbsp;? C’est du moins celui qui donne son titre à l’album. Celui-ci s’achève avec «&amp;nbsp;Les Loups-Garous»&amp;nbsp;: mordu par un chien, un type pantouflard reprend littéralement du poil de la bête, «&amp;nbsp;déterre sa vie de garçon&amp;nbsp;», et part en virée nocturne. Il ne restera pas seul longtemps…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec douceur et tendresse, Fersen chante ici l’amour, l’espoir, les plaisirs de la vie… Ça pourrait être mièvre mais le chanteur sait éviter cet écueil. Il n’y a guère que «&amp;nbsp;L’Enfant-sorcière&amp;nbsp;» pour détonner au sein de cet album&amp;nbsp;: une mélodie étonnament plaintive enrobe, tel un suaire musical, cette chanson, certainement celle où Fersen délaisse, pour un temps, son tempérament d’amuseur et conte une histoire dont le caractère sordide se devine à demi-mots. Les mots, demis ou entiers (pardon pour le jeu de mots), Fersen est doué pour en jouer. Si une poignée de jeux de mots me paraissent un peu faiblards, les paroles restent égales au talent de l’auteur de «&amp;nbsp;La Chauve-souris&amp;nbsp;», métaphoriques, pleines de tendresse. Musicalement, l’album opte naturellement pour une teinte plus orchestrale, au diapason de l’ambiance fantastique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fantastique, justement. L’une des définitions de la littérature fantastique veut que celle-ci repose sur l’indécidabilité des phénomènes&amp;nbsp;: les événements étranges dont les protagonistes sont témoins relèvent-ils d’un ordre surnaturel ou appartiennent-ils à notre prosaïque réalité&amp;nbsp;? Thomas Fersen opte pour cette approche dans l’essentiel des chansons de cet album&amp;nbsp;: le fantôme de «&amp;nbsp;Sandra&amp;nbsp;» pourrait bien être une fille de chair et d’os&amp;nbsp;; son Barbe-Bleue n’a sûrement rien du tueur sanguinaire que l’on connaît&amp;nbsp;; l’enfant-sorcière n’avait certainement rien de maléfique…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, avec &lt;em&gt;Je suis au paradis&lt;/em&gt;, Thomas Fersen s’est offert une parenthèse fantastique, diablement réussie. Moins animalier que ses précédents albums, celui-ci s’avère bénéficier d’une inspiration rafraîchissante, qui s’écoute et se réécoute avec un plaisir égal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>I comme I Am Divine</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/16/I-comme-I-Am-Divine" rel="alternate" type="text/html" title="I comme I Am Divine" />
      <id>urn:md5:9ce52195ef290dc5a5d1d286f11496da</id>
      <published>2018-03-16T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-03-16T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Don’t dream it, be it&amp;nbsp;», chantait Tim Curry, incarnant l’extravagant Frank N. Furter du&lt;strong&gt; Rocky Horror Picture Show&lt;/strong&gt;. Cette devise, nul autre que Harris Glen Milstead, autrement connu sous le pseudonyme de Divine, a su l’incarner avec autant de brio — une outrance magnifique et inoubliable, à laquelle le documentaire de Jeffrey Schwartz, &lt;strong&gt;I Am Divine&lt;/strong&gt;, rend joliment hommage.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;I Am Divine, Jeffrey Schwarz (2013). 90 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Don’t dream it, be it&amp;nbsp;», chantait Tim Curry, incarnant l’extravagant Frank N. Furter du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;. Cette devise, nul autre que Harris Glen Milstead, autrement connu sous le pseudonyme de Divine, a su l’incarner avec autant de brio — une outrance magnifique et inoubliable.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-i-divine.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-i-divine.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-i-divine_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Divine est décédé voici maintenant trente ans&amp;nbsp;: voilà qui donne un prétexte idéal pour s’intéresser à &lt;em&gt;I Am Divine&lt;/em&gt;, un documentaire sorti en 2013. Probablement bien moins connu en Europe qu’aux USA, Divine était une personnalité hors du commun&amp;nbsp;: drag queen exubérant, acteur et chanteur à l’occasion.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Oh Mary! Oh Holy Trinity! Oh God! It isn't easy being Divine!&amp;nbsp;» (Divine, in &lt;em&gt;Mondo Trasho&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-i-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-i-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-i-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ce désolant Abécédaire, votre serviteur s’est intéressé à quelques reprises à cet acteur – en particulier avec les films de John Waters&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/25/K-comme-Kiddie-Flamingos&quot;&gt; &lt;em&gt;Kiddie Flamingos/Pink Flamingos&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/14/P-comme-Polyester&quot;&gt; &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, ainsi que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/06/L-comme-Lust-in-the-Dust&quot;&gt; &lt;em&gt;Lust in the Dust&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, western parodique signé Paul Bartel. Mais &lt;em&gt;I Am Divine&lt;/em&gt; a le bon sens de reprendre les choses à leur commencement, et au travers des interviews avec les proches de Divine – sa mère, l’une de ses premières petites amies, John Waters – retrace son enfance et son adolescence à Baltimore. Une enfance pas exactement des plus heureuses, avec des camarades de classe frappant volontiers ce gamin rondouillard et quelque peu efféminé. Adolescent, Glen Milstead sort avec une jeune fille bien comme il faut… mais mène une double vie, faites de soirées où lui et ses amis se travestissent. Parce que, hé, c’est ça qui les botte. Et le jeune Glen sait tirer son épingle du jeu.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;When Divine finally did go out and went downtown, he met gay people. And then he went out with a vengeance. He never came back.&amp;nbsp;» (John Waters)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;John Waters&amp;nbsp;: un personnage physiquement à l’opposé de Glen Milstead, aussi fin que Milstead se caractérise par des formes généreuses. L’alchimie entre les deux jeunes hommes va provoquer des étincelles, tant les deux se montrent complémentaires.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Divine was the burlesque of John.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-i-divinewaters.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-i-divinewaters.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-i-divinewaters_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Voisin de la famille Milstead, le jeune Waters possède une caméra, et a déjà tourné un premier court-métrage, &lt;em&gt;Hag in a Black Leather Jacket&lt;/em&gt; (1964). Autour du jeune homme s’est constituée une petite troupe – les Dreamlanders –, que Glen Milstead va rejoindre&amp;nbsp;; cela, dès le deuxième court de Waters, &lt;em&gt;Roman Candles&lt;/em&gt; (1965), où il va acquérir son pseudonyme. Le documentaire montre ainsi la construction de la persona de Divine — son jeu, son apparence…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The most beautiful woman in the world turns out to be a man.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sous la direction de John Waters et en compagnie des Dreamlanders, Divine enchaîne les films&amp;nbsp;: d’abord le quasi-punk et foutraque &lt;em&gt;Mondo Trasho&lt;/em&gt; (1969) puis &lt;em&gt;Multiple Maniacs&lt;/em&gt; (1970), mais c’est &lt;em&gt;Pink Flamingos&lt;/em&gt; (1972) qui vaudra la célébrité au duo. Dans ce long-métrage où Divine joue… Divine, «&amp;nbsp;la personne la plus répugnante qui soit&amp;nbsp;» et bien déterminée à garder ce titre. Le film enchaîne les séquences trash, avec une scène de coprophagie non simulée en point d’orgue. Diffusé lors des séances de minuit, &lt;em&gt;Pink Flamingos&lt;/em&gt; obtient ainsi un statut culte, au même titre que le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show, El Topo&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Eraserhead&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;It was done for anarchy, and it worked as anarchy.&amp;nbsp;» John Waters&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-i-films1.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-i-films1.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-i-films1_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais le trash, ça ne va qu’un temps. Avec &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt;, l’infernal duo Waters-Divine décide de prouver qu’ils peuvent faire davantage que de la gaudriole provocatrice – à savoir, raconter un autre genre d’histoire, faire de Divine une héroïne sympathique et montrer l’étendue de son jeu. Le résultat reste curieux… C’est le début d’une quête de reconnaissance pour Divine… Une reconnaissance que l’acteur va obtenir, passant des scènes underground de San Francisco aux projecteurs de Broadway&amp;nbsp;; sans oublier en parallèle une carrière musicale (mais cet aspect-là semble avoir pris un petit coup de vieux). Après quelques infidélités à Waters (&lt;em&gt;Lust in the Dust&lt;/em&gt; donc, mais aussi un petit &lt;em&gt;Wanda’s Café&lt;/em&gt; d’Alan Rudolph, où Divine, pour la première fois de sa carrière, joue un homme), les deux se retrouvent en 1988 pour leur sixième (et ultime) collaboration&amp;nbsp;: la comédie musicale &lt;em&gt;Hairspray&lt;/em&gt; (de grâce, oubliez l’existence du remake de 2007 avec John Travolta). La consécration&amp;nbsp;? Divine décède dans son sommeil le 7 mars 1988, quelques semaines après la sortie du film et peu avant d'entamer le tournage de la série &lt;em&gt;Mariés, deux enfants&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-i-films2.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-i-films2.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-i-films2_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sans jamais virer à l’hagiographie, &lt;em&gt;I Am Divine&lt;/em&gt; dresse le portrait d’un individu over the top et fragile, drag queen flamboyante, attachant au possible, avec une même constance dans le parcours&amp;nbsp;: être tout simplement une star de ciné – et qui y parvient. En écrasant de tout son poids le conformisme et la bienséance. Et quitte à tirer (hélas) sa révérence au faîte de sa gloire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il y a un reproche à adresser à &lt;em&gt;I Am Divine&lt;/em&gt;, il concernerait sa forme, relativement scolaire – alternances de témoignages de ses proches, d’extraits de films et d’anciennes interviews de l’acteur. Encore que… S’agit-il d’un défaut&amp;nbsp;? Le réalisateur s’efface derrière son sujet, suffisamment extravagant en soi pour qu’il ne s’avère pas nécessaire d’en rajouter. Et l’émotion de poindre plus souvent qu'à son tour.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-i-docs.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-i-docs_m.png&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le documentaire est signé Jeffrey Schwarz, un nom pas forcément très connu… bien que ce réalisateur, spécialisé dans le documentaire, soit à la tête d’une filmographie riche de près de cent-vingt œuvres (d’après l’Imdb), longues ou courtes. Une bonne part consiste en fait en documentaires ou en commentaires audio accompagnant les sorties en DVD de longs-métrages de fiction. Néanmoins, à côté de cette activité, Jeffrey Schwarz a entrepris de tourner des documentaires sur des personnalités particulières&amp;nbsp;: le premier s’intitule &lt;em&gt;Spine Tingler! The William Castle Story&lt;/em&gt; (2007), consacré – comme le titre l’indique fort justement – à William Castle, producteur de ciné réputé pour ses films-chocs souvent à petits budgets – et, accessoirement, &lt;em&gt;Un b&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ébé pour Rosemary&lt;/em&gt;. (Accessoirement bis, &lt;em&gt;Spine Tingler!&lt;/em&gt; contient des interventions de John Waters, grand fan du producteur – tout est lié&amp;nbsp;!). Les documentaires suivants de Schwarz se consacrent respectivement à l’acteur porno John Wrangler (&lt;em&gt;Wrangler: Anatomy of an Icon&lt;/em&gt;, 2008), l’activiste gay Vito Russo (&lt;em&gt;Vito&lt;/em&gt;, 2011)… et donc Divine. À &lt;em&gt;I Am Divine&lt;/em&gt; a suivi &lt;em&gt;Tab Hunter Confidential&lt;/em&gt; (2015), basé en partie sur l’autobiographie de celui qui fut le partenaire à l’écran de Divine dans &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Lust in the Dust&lt;/em&gt; (tout est lié, bis repetita). Le dernier doc en date de Schwarz, &lt;em&gt;The Fabulous Alan Carr&lt;/em&gt;, est dédié à Alan Carr, producteur hollywoodien (&lt;em&gt;Grease&lt;/em&gt; 1 et 2, &lt;em&gt;Rien n ’arrête la musique&lt;/em&gt;). C’est peu dire qu’une constante est présente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, voilà qui donne envie de s’intéresser au reste de la filmographie de Jeffrey Schwarz, à celle de John Waters. Et surtout à celle de Divine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Épisode 79 - Grady Hendrix, Thomas Monteleone, Ramsey Campbell, Joel Lane &amp; Co.</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/14/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-79" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Épisode 79 - Grady Hendrix, Thomas Monteleone, Ramsey Campbell, Joel Lane &amp; Co." />
      <id>urn:md5:16e2a1e75b3907b7617e0bcd758bd7d9</id>
      <published>2018-03-14T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:05:29+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi79-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi79-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l'espace, personne ne vous entend hurler de peur. Dans ce nouvel épisode du meilleur podcast orbital, Philippe Boulier s'intéresse à Grady Hendrix (pas de lien avec Jimi), à Thomas Monteleone, Ramsey Campbell et Joel Lane. De l'horreur, du fantastique… mais aussi de l'épouvante. Avec encore un zeste d'horreur par-dessus…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi79-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi79-livres.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : Charly Bliss - Guppy&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;- Percolator&lt;br /&gt;
- Glitter&lt;br /&gt;
- Ruby&lt;br /&gt;
- DQ&lt;br /&gt;
- Totalizer&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2893042838/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=e99708/artwork=small/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 472px;&quot;&gt;Guppy by Charly Bliss&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_79.mp3" length="35727051" type="audio/mpeg3" />
      
          </entry>
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      <title>H comme Hantise</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/12/H-comme-Hantise" rel="alternate" type="text/html" title="H comme Hantise" />
      <id>urn:md5:db28402a9779b3b0bbb697d4bba4f27b</id>
      <published>2018-03-12T14:30:00+01:00</published>
              <updated>2018-03-12T15:33:36+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la sortie prochaine de la série Netflix basée sur le roman &lt;strong&gt;Maison hantée&lt;/strong&gt; de Shirley Jackson, on passe en revue les précédentes adaptations cinématographiques&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Maison du diable&lt;/strong&gt; de Robert Wise et &lt;strong&gt;Hantise&lt;/strong&gt; de Jan de Bont. En tête, une question lancinante&amp;nbsp;: dix-neuf ans après sa sortie, le temps a-t-il bonifié le remake&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Maison hantée [The Haunting of Hill House], Shirley Jackson. Roman traduit de l’anglais [US] par Dominique Mols. Presse Pocket, coll. «&amp;nbsp;Terreur&amp;nbsp;», 1979 [1959]. Poche, 254 pp.&lt;br /&gt;
La Maison du diable [The Hauting], Robert Wise (1963). 112 minutes, noir et blanc.&lt;br /&gt;
Hantise [The Haunting], Jan de Bont (1999). 113 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En cette année 2018, Netflix devrait proposer une &lt;a href=&quot;http://www.imdb.com/title/tt6763664/&quot;&gt; nouvelle adaptation du fameux roman de Shirley Jackson&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;Maison hantée&lt;/strong&gt;, sous la direction de Mike Flanagan – réalisateur américain à qui l’on doit le récent (et réussi) &lt;em&gt;Jessie&lt;/em&gt; sur la chaîne VOD. Il s’agira d’une mini-série en cinq épisodes, qui constituera la troisième adaptation du roman. Voilà qui vaut bien qu’on se penche sur les deux précédentes, non sans auparavant un détour par le texte originel. Il s’agit là du cinquième roman de son auteure, paru en 1959, après trois récits encore inédits en français et &lt;strong&gt;Le Cadran solaire&lt;/strong&gt;, et avant &lt;strong&gt;Nous avons toujours vécu au château&lt;/strong&gt; (1962), court roman à l’ambiance trouble.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Aucun organisme vivant ne peut connaître longtemps une existence saine dans des conditions de réalité absolue. Les alouettes et les sauterelles elles-mêmes, aux dires de certains, ne feraient que rêver. Hill House se dressait toute seule, malsaine, adossée à ses collines. En son sein, les ténèbres. Il y avait quatre-vingts ans qu’elle se dressait là et elle y était peut-être encore pour quatre-vingts ans. À l’intérieur, les murs étaient toujours debout, les briques toujours jointives, les planchers solides et les portes bien closes. Le silence s’étalait hermétiquement le loin des boiseries et des pierres de Hill House. Et ce qui y déambulait, y déambulait tout seul.&amp;nbsp;» (p.9)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Hill House est donc cette demeure, édifiée par Hugh Crain près de cent ans plus tôt, et qui semble avoir gardé l’influence néfaste de son propriétaire. Hill House, grande bâtisse inquiétante dont tous les angles sont subtilement déformés – aucun n’est droit –, dont certaines pièces sont aveugles, dont aucune porte ne reste ouverte bien longtemps. C’est là que le docteur Montague décide de mener des expériences sur le sommeil, et recrute plusieurs individus ayant censément eu des expériences avec le paranormal par le passé. Comme Eleonore&amp;nbsp;: femme âgée d’une trentaine d’années, elle s’est occupée de son acariâtre mère jusqu’à son décès, mais peine à trouver sa place en ce monde&amp;nbsp;; surtout, elle aurait été témoin d’un polstergeist. Quant à Theodora – Theo –, femme extravertie, ce serait la télépathie. L’une et l’autre s’en défendent&amp;nbsp;: il s’agissait du hasard, d’une mauvaise interprétation des faits, rien de plus. Quant au dernier du groupe, Luke Sanderson, il n’a aucun rapport avec le paranormal&amp;nbsp;; sa présence à cette expérience est uniquement due au fait qu’il descend de Crain et que les personnes ayant accordé la location de Hill House au Dr Montague l’ont fait sous l’expresse condition que Luke soit là. Bien vite, des phénomènes étranges se produisent&amp;nbsp;: du vacarme nocturne, une inexplicable zone de froid à proximité de la nursery, des inscriptions apparaissant sur les murs, adressés à Eleonore. Que se passe-t-il réellement&amp;nbsp;? Est-ce le fantôme de Hugh Crain&amp;nbsp;? Est-ce la maison elle-même&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je n’ai pas besoin de vous rappeler, je pense, que le fait de décrire certaines maisons comme impures ou interdites – voire même sacrées – est aussi vieux que l’humanité. Il ne fait aucun doute que certains lieux s’entourent inévitablement d’une atmosphère de sainteté ou de bonté. Dès lors, il n’est peut-être pas téméraire de dire que certaines maisons, par contre, sont nées mauvaises. Quelle qu’en soit la raison, voilà plus de vingt ans que Hill House est impropre à être habitée par des êtres humains. Qu’en était-il avant cela&amp;nbsp;? Sa personnalité a-t-elle été modifiée par les gens qui y ont vécu ou par les actes qui y ont été perpétrés&amp;nbsp;? Était-elle mauvaise dès le début de son existence&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 77)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Roman d’épouvante au statut culte, &lt;strong&gt;Maison hant&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ée&lt;/strong&gt; se caractérise par une montée en puissance passablement curieuse. Les trois premiers chapitres de &lt;strong&gt;Maison hant&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ée&lt;/strong&gt; posent les personnages et racontent l’arrivée à Hill House – voilà qui laisse le temps d’introduire Eleonore et sa personnalité fragile, malheureuse, et plus que tout désireuse d’avoir un lieu où on l’attendrait, où elle serait appréciée pour ce qu’elle est. Les trois chapitres suivants voient l’apparition des phénomènes étranges en question – et s’avèrent les plus à mêmes de susciter l’inquiétude. Si le fantastique de Shirley Jackson est discret, peu spectaculaire, il n’en reste pas moins présent&amp;nbsp;: rien ne permet d’affirmer que les manifestations surnaturelles sont explicables d’une manière rationnelle ou que tout prend naissance dans la psyché troublée des personnages. Néanmoins, à partir du septième chapitre se crée une rupture&amp;nbsp;: le roman adopte un ton à la limite du comique, avec l’arrivée de l’épouse du Dr Montague, une femme autoritaire et superstitieuse (à l’opposé de son mari), dont chaque apparition suscite une consternation amusée. Mais Hill House et Eleonore étant ce qu’ils sont, &lt;strong&gt;Maison hantée&lt;/strong&gt; se termine de manière tragique.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il est impossible pour un œil humaine de visualiser isolément la coïncidence malheureuse des lignes et des espaces qui, réunis dans la façade d’une maison, lui donnent l’air de respirer le mal. Et cependant, il y avait là un je-ne-sais-quoi – une juxtaposition insensée, un angle mal tourné, une rencontre hasardeuse entre ciel et toiture, qui faisaient de Hill House un hâvre de désespoir, d’autant plus terrifiant qu’il semblait préserver un visage éveillé, avec la vigilance de ses fenêtres aveugles et le soupçon de gaieté que suggérait une corniche. N’importe quelle maison, pratiquement, peut donner l’impression de tourner un regard particulièrement expressif vers la personne qui la voit brusquement, alors qu’elle ne s’y attendait pas, ou bien si elle l’aperçoit sous un angle inhabituel. Il suffit d’une méchante petite cheminée, d’une lucarne pareille à une fossette, pour donner au nouveau venu une sensation de complicité. Mais quand une maison exhale l’arrogance et la haine, quand elle est sans cesse sur le qui-vive, cette maison-là ne peut être que mauvaise. En quelque sorte, Hill House semblait s’être faite toute seule, s’être érigée selon ses propres plans entre les mains des constructeurs. Elle s’était ajustée à son ensemble bien particulier de lignes et d’angles, et dressait sa gigantesque tête contre le fond du ciel, sans concessions à l’humanité. C’était une maison sans gentillesse, qui n’était pas destinée à être habitée. Il n’y avait pas en elle la moindre place pour l’homme, ni pour l’amour, ni pour l’espoir. Les exorcismes sont impuissants face à la substance d’une maison. Hill House resterait ce qu’elle était jusqu’au jour de sa destruction.&amp;nbsp;» (p. 41-42)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-cover2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques années après sa parution, le roman de Shirley Jackson a atteint le chemin des salles obscures. Maître d’œuvre de cette adaptation&amp;nbsp;: Robert Wise, à qui le livre avait plu. Quand il tourne &lt;em&gt;La Maison du diable&lt;/em&gt; (un titre français un brin malheureux), Robert Wise est un cinéaste respecté, à la tête d’une filmographie respectable d’une trentaine de longs-métrages comprenant notamment &lt;em&gt;Le Jour o&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ù la Terre s’arrêta&lt;/em&gt; (1951) et &lt;em&gt;West Side Story&lt;/em&gt; (1961).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-poster1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Loin de la débauche colorée de ce dernier long-métrage, Robert Wise opte pour le noir et blanc, choix pertinent et du plus bel effet. Côté casting, Julie Harris endosse le rôle d’Eleonore, Claire Bloom celui de Theo, et Richard Johnson celui de l’exquis Dr Montague, renommé ici Markway. Enfin, c’est un tout jeune Russ Tamblyn (le Dr Jacoby de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;) qui interprète Luke Sanderson – un personnage qui constituera le &lt;em&gt;comic relief&lt;/em&gt; qu’était Mme Montague, inénarrable dans le roman et juste… &lt;em&gt;normale&lt;/em&gt; dans le film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout est fait pour rendre Hill House un endroit où règne l’inquiétude. Filmée en contre-plongée, la demeure s’impose, écrasante, comme une créature passive, à l’agressivité sourde. Filmée en plongée, elle écrase les individus qui osent y pénétrer. Comme dans le roman, les angles droits s’y font rares. Les pièces du manoir se distinguent par leur surcharge ornementales, leurs miroirs inclinés (parfois légèrement déformants). Robert Wise et Davis Boulton, son directeur de la photographie, tournent de nombreuses scènes avec des objectifs grands angles, avec pour résultat de faire paraître les lieux plus vastes qu’ils ne le sont en réalité. De fait, l’essentiel de l’ambiance tient à cela&amp;nbsp;: un noir et blanc superbe, un éclairage judicieux, un décor étouffant, des cadrages exacerbant ce sentiment d’oppression. Et une ambiance inquiète, où le spectateur hésite&amp;nbsp;: Eleonore est-elle folle ou bien y a-t-il quelque présence maléfique à l’œuvre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img13.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-img13_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les effets spéciaux sont réduits à la part congrue – le principal d’entre eux est probablement cette scène où une porte se déforme sous la pression exercée par quelque fantôme. On le sait bien, le meilleur moyen d’insuffler la peur est la suggestion. Robert Wise excelle en la matière, le réalisateur faisant naître un sentiment d’inquiétude exquis avec trois fois rien&amp;nbsp;: un tintamarre surnaturel de l’autre côté d’une porte, des personnages terrifiés – et à ce jeu-là, Julie Harris et Claire Bloom tirent leur épingle du jeu. La séquence la plus terrifiante est probablement celle où la caméra opère un lent travelling avant sur un motif de tapisserie où, les ombres aidant, semble y naitre un visage à l’expression maléfique. Magie de la paréidolie&amp;nbsp;! Ce n’est rien qu’une &lt;em&gt;tapisserie&lt;/em&gt;, mais quelle terreur…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img14.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-img14_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout cela concourt à faire de &lt;em&gt;La Maison du diable&lt;/em&gt; un chef d’œuvre du film d’épouvante, qui supporte bien les revisionnages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et en 1999, Jan de Bont, directeur de la photographie devenu réalisateur, à qui l’on doit le solide &lt;em&gt;Speed&lt;/em&gt; (ainsi que sa suite, et &lt;em&gt;Twister&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Tomb Raider&amp;nbsp;: Le Berceau de la vie&lt;/em&gt;), a tourné un remake d’un film n’en appelant pas un. Auréolé d’une réputation de navet, &lt;em&gt;Hantise&lt;/em&gt; mérite-il cela&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La réponse est un oui sans ambages.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après une première moitié médiocre mais pouvant faire illusion, la seconde bascule franchement dans le grand-guignol et le grotesque, optant pour le spectaculaire là où &lt;em&gt;La Maison du diable&lt;/em&gt; brillait par l’inverse, et avec des images de synthèses ayant bien mal vieilli, dix-neuf ans après sa sortie. La photographie est passable, mais ne met pas en valeur la demeure, qui se contente d’être une version sérieuse du manoir de la Famille Addams &amp;nbsp;; aucune alchimie ne se forme entre les acteurs, mention spéciale à Lily Taylor et Catherine Zeta-Jones dans les rôles de Nell et Theo&amp;nbsp;; Owen Wilson fait du Owen Wilson, ce dont on peut difficilement lui tenir rigueur parce que c’est Owen Wilson. La performance de Lily Taylor est à côté de la plaque. Seul Liam Neeson, dans le rôle du Dr &lt;s&gt; Montague &lt;/s&gt; &lt;s&gt; Markway &lt;/s&gt; Marrow (mais pourquoi le renommer&amp;nbsp;? Montague, c’est très bien&amp;nbsp;!), s’en sort à peu près. À aucun moment le film ne suscite la moindre inquiétude – si ce n’est la lancinante question «&amp;nbsp;Quand ce calvaire se termine-t-il&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» On assiste à un enchaînement de séquences fantastiques aléatoires, de prises de décisions stupides et d’incohérences&amp;nbsp;; les lister… ARGHH. [S'en va hurler dans les ténèbres.] La réinterprétation des scènes du film de Wise ne fonctionne pas (en particulier la séquence sur l’escalier du jardin d’hiver, amenée gratuitement et terminée sans qu’elle n’ait une influence sur la suite), et plus le film avance, moins il entretient de liens avec &lt;strong&gt;Maison hantée&lt;/strong&gt;, jusqu'à un final magnifique de ridicule. Si se tourner et se retourner dans sa tombe constituait une source d'énergie, nul doute que Shirley Jackson alimenterait à elle-seule la côte Est des USA.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img21.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img21.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img22.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img22.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img23.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img24.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img24.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-img24_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img25.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img25.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-img25_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-h-img26.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-h-img26.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-h-img26_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce pourrait donc être un nanar à gros budget si ce &lt;em&gt;Hantise&lt;/em&gt; ne se prenait tant au sérieux.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il y avait dix-neuf ans que ce film avait été oublié et il serait peut-être encore oublié pour dix-neuf ans.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Reste à espérer que Mike Flanagan lorgnera plus du côté de Robert Wise que celui de Jan de Bont pour son adaptation. Dans tous les cas, il reste le livre, qu’on ne se privera pas de relire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: (re)lisez le livre !&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: (re)regardez le film de Robert Wise !&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: (ré)oubliez le film de Jan de Bont !&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>G comme Le Gambit des étoiles</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/09/G-comme-Le-Gambit-des-etoiles" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Le Gambit des étoiles" />
      <id>urn:md5:37f8e6ed87f0551780ef70a4eeefa032</id>
      <published>2018-03-09T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-03-09T11:39:55+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un jeu d'échecs, les portes de la perception et les étoiles pour destination. L'on relit &lt;strong&gt;Le Gambit des étoiles&lt;/strong&gt;, premier roman de Gérard Klein, paru dans ce recoin de Galaxie voici soixante ans…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Gambit des étoiles, Gérard Klein. Le Livre de Poche, 1986 [1958 pour le texte], 320 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs œuvres étoilées m’ont permis de devenir le lecteur que je suis. Étoilées, moins en raison des prix et récompenses reçues par lesdites œuvres qu’en raison de la prosaïque présence du terme «&amp;nbsp;Étoile&amp;nbsp;» dans le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La Guerre des &lt;/em&gt;&lt;em&gt;étoiles&lt;/em&gt; côté cinéma, pour commencer (forcément). Et côté littérature, citons la série de livres dont vous êtes le héros «&amp;nbsp;Le Challenge des étoiles&amp;nbsp;»… et le présent &lt;strong&gt;Gambit des étoiles&lt;/strong&gt; de Gérard Klein.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-g-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce qui me donne l’occasion de revenir justement sur &lt;em&gt;La Guerre des &lt;/em&gt; &lt;em&gt;étoiles&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: avec les rééditions retripatouillées de sa saga, George Lucas semble œuvrer en faveur d’un mot d’ordre qui pourrait s’énoncer ainsi, «&amp;nbsp;See it again for the first time&amp;nbsp;». Pas besoin de semblables retouches pour &lt;strong&gt;Le Gambit des étoiles&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; c’est un livre que j’ai eu le bonheur de lire une première fois (jeune), d’en oublier les révélations finales pour le relire une deuxième fois (à peine moins jeune) comme si c’était la première. J’étais jeune, et cette relecture fut magique, avec une conclusion qui m’a bluffé derechef. Quand je l’ai relu une troisième fois (un peu plus âgé), je me souvenais de ce que j’avais oublié la première fois, et cette magie ne s’est pas reproduite. Néanmoins, tout le reste – l’émerveillement – était là. Et maintenant (vieux et chenu)&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il avait trente-deux ans et se nommait Jerg Algan. La presque totalité de ses jours s’était passée sur Terre&amp;nbsp;; il avait sillonné les mers sur des glisseurs louches, survolé les continents à bord d’avions désuets, vestiges du siècle passé&amp;nbsp;; il s’était doré au soleil sur les plages d’Australie, avant que le plateau désertique ne basculât dans l’océan, il avait chassé le dernier lion d’Afrique.&lt;br /&gt;
Il n’avait presque rien fait. Il n’avait jamais quitté la Terre. Jamais il n’avait franchi l’atmopshère. Entre deux vagabondages, il vivait à Dark de métiers bizarres, comme on ne peut le faire que dans la plus grande ville — la seule, à vrai dire – de la Terre.&amp;nbsp;» (p. 17)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’incipit donne l’impression que Jerg Algan a tout fait, tout vu. Un homme d’expérience, aguerri, chevronné&amp;nbsp;? Moui… car cela ne l’empêche pas de se faire avoir comme un bleu et d’être trompé par un recruteur. Le voilà condamné à prendre place à bord d’un vaisseau spatial, terminus les étoiles. En cette époque future, l’humanité s’est élancée à la conquête des cieux depuis un demi-millénaire. Mais la Galaxie est aussi vaste que les planètes nombreuses, et pour peupler ces dernières, il faut parfois envoyer des (in)volontaires. Le tout, sous l’égide de Bételgeuse, où se trouve le gouvernement central – la Terre, berceau des origines, est désormais réduite à quantité négligeable. Néanmoins, les Dix Planètes Puritaines voient d’un mauvais œil la mainmise de Bételgeuse, et complotent pour s’en libérer. Jerg Algan, qui n’a pas digéré son recrutement forcé, s’est juré de faire tomber cet inique gouvernement central. Lorsqu’un marchand anonyme sur Ulcinor, l’une des Planètes Puritaines, lui remet un échiquier fait d’un matériau inconnu et gravé de symboles étranges, Algan est loin de se douter où cela va le mener en fin de compte… Il est de ces légendes racontées par les vieux spatiaux où il est question de peuplades humanoïdes mais pas humaines, de citadelles gigantesques…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il y avait encore, dans les étoiles, une place pour les hommes de l’ancien temps. La sienne. Celle du grain de sable dont on a besoin pour bloquer une mécanique adverse, celle du furet que l’on désire envoyer dans le terrier de la proie.&lt;br /&gt;
La place du cavalier sur un échiquier.&lt;br /&gt;
Sautant d’étoile en étoile.&lt;br /&gt;
Essayant de bloquer le roi adverse.&lt;br /&gt;
Le roi noir qui régnait sur la Galaxie.&amp;nbsp;» (p. 136)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Comme le titre le laisse justement supposer, les échecs – ou plus exactement, l’échiquier – vont jouer un rôle prépondérant dans l’intrigue, alliés au zotl, une drogue extraite d’une racine. D’un côté, la rigueur mathématique d’un plateau de 8 par 8&amp;nbsp;; de l’autre, un moyen d’ouvrir les fameuses portes de la perception. À la différence du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/20/8-comme-Le-Huit&quot;&gt; &lt;strong&gt;Huit&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; ou de &lt;strong&gt;La Ville est un échiquier&lt;/strong&gt;, Klein ne cherche pas à faire coller à tout prix son intrigue à un jeu – un jeu essentiellement humain, dont les règles de ce côté-ci de la Galaxie peuvent s’avérer différentes ailleurs, entre d’autres mains. Pourtant, jeu il y a&amp;nbsp;: d’abord une opposition larvée entre Bételgeuse et les Planètes Puritaines — avant que l’on comprenne la petitesse de ce conflit face à… N’en disons pas plus.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-jerg.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-jerg.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-g-jerg_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, là où &lt;strong&gt;Le Gambit des étoiles&lt;/strong&gt; m’avait émerveillé étant gamin, la relecture s’en révèle décevante par endroits&amp;nbsp;: pourtant, le style, riche et ample – plein d’imparfait du subjonctif, est indéniablement présent, tout comme les idées et le souffle. Mais le roman donne surtout l’impression de chasser deux lièvres à la fois, laissant une impression flottante&amp;nbsp;: Jerg Algan est à la fois blasé et ingénu&amp;nbsp;; la conquête spatiale est récente (cinq cents ans) et ancienne&amp;nbsp;; les distances incommensurables entre les étoiles séparent irrémédiablement les gens mais cela n’empêche guère Bételgeuse d’exercer son pouvoir. Et le récit est épouvantablement masculin&amp;nbsp;: pas un seul personnage féminin n’y pointe le bout de son nez. Des défauts appelant peut-être l’indulgence, surtout si l’on considère qu’il s’agit là d’un premier roman écrit censément par un Gérard Klein âgé de dix-huit ans.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-covers.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-covers.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-g-covers_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru à l’origine dans le Rayon Fantastique (sous une couverture de Jean-Claude «&amp;nbsp;Barbarella&amp;nbsp;» Forest), &lt;strong&gt;Le Gambit des &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt; a été maintes fois réédité en soixante ans&amp;nbsp;: chez Marabout (1971, couverture d’Henri Lievens), chez Néo (1980 et 1984, sous une couverture de Jean-Michel Nicollet), et enfin au Livre de Poche — d’abord dans la collection Jeunesse en 1986 (couverture d’Adamov) puis dans la collection SF en 2005 (couverture de Manchu). Pour ma part, c’est avec l’édition de 1986 que j’ai découvert ce roman, et il est certain que les illustrations intérieures d’Adamov – le dessinateur des &lt;em&gt;Eaux de Mortelune&lt;/em&gt; – ont exercé un rôle majeur dans l’attrait que le livre a eu sur moi. Ce sont là des visions évocatrices et vertigineuses.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-g-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-g-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-g-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-g-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-g-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-g-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref&amp;nbsp;: en dépit de ses défauts, typiques d’un roman de jeunesse, &lt;strong&gt;Le Gambit des étoiles&lt;/strong&gt; demeure une œuvre attachante, imprégnée d’un &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; réjouissant. Que demander de plus&amp;nbsp;? Les étoiles&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: Mon dieu, c’est plein d’étoiles…&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: si l’édition illustrée par Adamov n’est trouvable que d’occasion, ce n’est pas le cas de l’édition au Livre de Poche&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme The Familiar T2-T5</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/07/F-comme-The-Familiar-T2-T5" rel="alternate" type="text/html" title="F comme The Familiar T2-T5" />
      <id>urn:md5:f5fd1808c9b04a8f56a9f0190f427204</id>
      <published>2018-03-07T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-03-07T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Miaou&amp;nbsp;? Voici bientôt trois ans paraissait le premier volume de &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt;, série au long cours initiée par Mark Z. Danielewski. Jetons-y un œil à présent que la première partie de l'ensemble monumental échafaudé par l'auteur de la &lt;strong&gt;Maison des feuilles&lt;/strong&gt; est finie…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Familiar v2: Into The Forest, Mark Z. Danielewski. Pantheon Books, 2015. 880 pp. GdF.&lt;br /&gt;
The Familiar v3: Honeysuckle &amp;amp; Pain, Mark Z. Danielewski. Pantheon Books, 2016. 880 pp. GdF.&lt;br /&gt;
The Familiar v4: Hades, Mark Z. Danielewski. Pantheon Books, 2017. 880 pp. GdF.&lt;br /&gt;
The Familiar v5: Redwood, Mark Z. Danielewski. Pantheon Books, 2017. 880 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-season1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-season1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Du côté de Mark Z. Danielewski, auteur du génial &lt;strong&gt;La Maison des feuilles&lt;/strong&gt; et du plus déroutant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions&quot;&gt;&lt;strong&gt;Ô Révolutions&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; , on était resté au premier volume de son projet au long (loooong) cours, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/07/F-comme-The-Familiar-T1&quot;&gt;&lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; . Long cours, euphémisme&amp;nbsp;: avec vingt-sept volumes de prévus… À présent que quatre tomes supplémentaires sont parus, formant la première saison 1 de l’ensemble, il est temps d’y jeter un œil et de voir où cela mène…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The astonishing series about a girl who befriends a cat hunting humanity.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-cover_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rappel des événements&amp;nbsp;: le premier tome de la série, &lt;strong&gt;One Rainy Day in May&lt;/strong&gt;, paru en mai 2015, nous présentait un ensemble de neuf personnages&amp;nbsp;: un toxico à Singapour (Jingjing), un couple de scientifiques en fuite permanente et équipé d’un… &lt;em&gt;palantir&lt;/em&gt; (Cas), deux truands (Luther et Isandorno), un flic d’origine turque (Özgür), un chauffeur de taxi arménien (Shnork), et surtout Anwar et Astair Ibrahim et leur fille, Xanther. À l’issue de ce premier volume se déroulant sur la seule journée du 10 mai 2014 entre Los Angeles et d’autres parties du monde, Xanther, partie avec son père acheter un chien de race, revenait chez elle avec un chaton, trouvé dans de pluvieuses circonstances. Frêle et minuscule chaton, même pas assuré de passer la nuit. Le roman se distinguait par sa mise en page élaborée, ses choix typographiques réfléchis, son style s’adaptant à chacun de ses personnages (au risque que la lisibilité en prenne un coup), son aspect sériel, son ensemble de références plus ou moins cachées, et l’impression tenace d’aborder quelque chose de beaucoup (beauuucouup) plus grand que ce simple – et pourtant déjà imposant – premier volume.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-vol2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-vol2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-vol2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Même pagination, même maquette alambiquée, même structure&amp;nbsp;: chacun des tomes débute par quelques pages dilatoires, avec notamment des «&amp;nbsp;previews &amp;nbsp;», trois par livres, qui (pour certaines) s’échelonnent sur plusieurs épisodes ou (pour d’autres) forment des one-shots&amp;nbsp;; suivent l’énonciation de cinq termes sous-tendant les thématiques majeures de l’épisode et la présentation d’un artefact remontant à la Préhistoire humaine, avant que l’épisode proprement dit ne débute. Celui-ci se termine toujours par quelques pages de crédits et remerciements, et par un long épilogue animalier, mi-poème en prose, mi-calligramme…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-vol3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-vol3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-vol3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru à l’automne 2015, &lt;strong&gt;Into The Forest&lt;/strong&gt; débute pile là où &lt;strong&gt;One Rainy Day in May&lt;/strong&gt; s’achevait. Pile comme&amp;nbsp;: juste la seconde d’après (parce que, oui, les chapitres s’enchaînent à la seconde près). Ce qui était exposé dans le premier volume commence enfin à s’articuler dans le deuxième, et le surnaturel/science-fictif commence à poindre davantage le bout de son museau. Le chaton survit, et Xanther l’amène chez le vétérinaire… pour découvrir que la bestiole est bien plus âgée qu’elle n’en a l’air. Un chaton, &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? De plus, la bestiole (toujours sans nom) a tendance à disparaître quand Xanther est au collège&amp;nbsp;; là-bas, la fillette est témoin d’événements étranges dont, contre toute attente, elle est la cause. Quant à Anwar et Astair, les parents de Xanther, ils galèrent chacun de leur côté&amp;nbsp;: Astair apprend que son mémoire est rejeté et qu’il vaut mieux qu’elle se consacre à un autre sujet – les animaux familiers, et plus particulièrement les chats, et plus particulièrement encore le chat de son domicile. Anwar continue de travailler sur ses projets informatiques, Luther et Isandorno alias les &lt;em&gt;bad boys&lt;/em&gt; montent en grade et continuent à faire des choses que la loi – côté US comme côté Mexique – réprouve&amp;nbsp;; Özgür le policier fait ses trucs de policier – meurtres et flirt du côté d’une collège –&amp;nbsp;; Shnork le taximan est malade&amp;nbsp;; Cas «&amp;nbsp;The Wizard&amp;nbsp;» et Bobby sont toujours en fuite, Jingjing… euh, je ne sais pas trop – ce n’est pas comme si ces chapitres écrits dans un anglais brisé et parsemé de termes chinois étaient faciles à lire. Les liens entre les personnages se font plus évidents.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-vol4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-vol4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-vol4_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme le fait remarquer Mefisto, collègue d’Anwar et ami de Cas dans le tome 3, &lt;strong&gt;Honeysuckle &amp;amp; Pain&lt;/strong&gt;, tout un ensemble de choses paraissent converger sur ce qu’il nomme une «&amp;nbsp;Aberration&amp;nbsp;», à savoir la famille Ibrahim et tout particulièrement Xanther. Toujours plus de convergence dans &lt;strong&gt;Hades&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Xanther et son père font une excursion à New York, au siège de Galvadyne – une société intéressée par les travaux d’Anwar. Lors d’une soirée à un opéra-ballet, Xanther fait une crise plus grave que les autres. Du côté de Singapour, Tian Li décide de partir en quête de son chat disparu, et charge Jingjing de l’accompagner à Los Angeles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais, alors que, à l’issue de ce quatrième volume, &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt; menace de ronronner ferme (ha&amp;nbsp;!) en dépit de quelques perspectives narratives intéressantes, &lt;strong&gt;Redwood&lt;/strong&gt; vient redonner un nouvel élan à la série. C’est qu’il s’agit bien du &lt;em&gt;season finale &lt;/em&gt;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-vol5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-vol5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-vol5_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le mythe c’est Redwood.&amp;nbsp;» [XX XXXXXX XXX XXXXXXXX, page 342]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À l’instar du premier volume, &lt;strong&gt;Redwood&lt;/strong&gt; se déroule sur l’espace d’une journée – plus précisément, une fin de journée et une nuit — et, à l’exception de deux personages, garde pour cadre Los Angeles. Jingjing et Tian Li sont donc dans la mégalopole californienne, avec un objectif en vue&amp;nbsp;: retrouver leur chat. Un coup de chance monstrueux va leur permettre d’aller frapper à une porte entre toutes&amp;nbsp;: celle de la famille Ibrahim…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le chaton y gagnera son nom. Sa nature commencera à se dévoiler, tout comme sa relation spécifique à Xanther.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bon &lt;em&gt;season finale&lt;/em&gt;, cette conclusion ne donne qu’une envie&amp;nbsp;: connaître la suite&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sauf que…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le moins que l’on puisse dire (répéter), c’est que &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt; n’a rien d’une lecture aisée – même si les cinq volumes demeurent plus abordables que (au pif) &lt;strong&gt;Ô Révolutions&lt;/strong&gt;. Suivant les personnages, le style de Danielewski se mêle de termes singlish (le créole anglais de Singapour), d’espagnol… voire de langues aux caractères non-latins&amp;nbsp;: chinois, arabe, arménien… Par endroit – en particulier dans le volume 5 – des perturbations viennent altérer le texte. De fait, Danielewski exige que son lecteur fournisse un minimum d’efforts et s’implique pleinement dans sa lecture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Expérimental, global dans ses thématiques, personnel et universel, &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt; semble vouloir ratatiner la culte &lt;strong&gt;Maison des feuilles&lt;/strong&gt;. Là où ce premier roman de MZD rendait volontiers hommage au cinéma, &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt; adopte un aspect sériel – cela, dès la première de couverture, dont le cadre noir et ses arrondis évoquent celui d’un vieil écran de télévision – et mélange les genres&amp;nbsp;: un zeste de soap, du thriller, la description d’une vie quotidienne… et du mystère. Entre ces deux projets littéraires, &lt;strong&gt;Ô Révolutions&lt;/strong&gt; fait figure d’œuvre à part… et de transition, un &lt;em&gt;road novel&lt;/em&gt; hyper-conceptuel traversant les USA, de la côte est à la côte ouest. Bref&amp;nbsp;: un aspect sériel pour cette histoire de chaton chelou. Danielewski a saisi l’air du temps, en cette époque où les blockbusters cinématographiques paraissent se ressembler entre eux et où la véritable création se situe du côté du petit écran. (On ne pourra s’empêcher de penser, sous nos latitudes, à Alex Jestaire et ses &lt;strong&gt;Contes du Soleil Noir&lt;/strong&gt;, dont les cinq volumes de la saison 1 sont sortis en 2017 au Diable vauvert&amp;nbsp;: pas trop ma came, après lecture des deux premiers tomes, mais bon.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-img0.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-img0.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-img0_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’issue de cette saison 1, peut-on estimer que le jeu en vaut la chandelle&amp;nbsp;? Une chose demeure certaine&amp;nbsp;: avec &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt; , l’auteur ne risque guère d’engranger de nouveaux lecteurs. À tout le moins, ceux qui s’accrochent pourront toujours creuser pour chercher le sens et dénicher les liens… Car des liens, il y en a&amp;nbsp;: les Narcons narquois aident le lecteur en faisant des rappels vers les volumes antérieurs (voire ultérieurs [mais dans ce cas, la pagination est {curieusement} masquée])&amp;nbsp;; sans oublier des références avec les autres œuvres de MZD&amp;nbsp;: par exemple, la nouvelle «&amp;nbsp;Clip #4&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;Ô Révolutions&lt;/strong&gt; au détour d’une page dans &lt;strong&gt;Hades&lt;/strong&gt;… sans oublier &lt;strong&gt;La Maison des feuilles&lt;/strong&gt;, décidément fondatrice (attention, on entre ici dans une zone spoiler&amp;nbsp;: jetez un œil à l’index de &lt;strong&gt;La Maison des feuilles&lt;/strong&gt; [dans l’édition Denoël], page 699, colonne de droite&amp;nbsp;; retrouvez le titre de l’un des cinq volumes parus de &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt;, lisez les renvois… et interrogez-vous&amp;nbsp;: l’œuvre écrite de Danielewski forme-t-elle un seul et même unique projet monstrueux, dense et ramifié, que l’auteur dévoile petit à petit&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les autres, ceux qui décrochent, risquent fort d’estimer que c’est beaucoup de tracas pour pas grand-chose. Voire un triste gaspillage de papier. Ou de la masturbation intellectuelle. Pour ma part, je me situe à mi-chemin&amp;nbsp;: l’ampleur et la folie du projet me fascinent, mais…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-f-pause.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-f-pause.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-f-pause_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme je l’écrivais plus haut, &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt; se divise en saison – une division introduite avec la parution de &lt;strong&gt;Hades&lt;/strong&gt; . La fin de &lt;strong&gt;Redwood&lt;/strong&gt; annonçait le début de la saison 2 pour l’été 2018, laissant ainsi raisonnablement supposer une division en quatre saisons de cinq épisodes et une ultime saison en comportant sept. Néanmoins, début février 2018, Danielewski a annoncé que, la faute à des ventes décevantes (et un coût d’impression non négligeable) son éditeur mettait en pause &lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt;. (Réflexion faite, annoncer d’emblée une série en 27 tomes n’était peut-être l’idée la plus riche du monde pour accrocher le lectorat.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre. Ou non.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: miaou.&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: pas toujours facile à suivre&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme E2-E4</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/05/E-comme-E2-E4" rel="alternate" type="text/html" title="E comme E2-E4" />
      <id>urn:md5:c57cd8bd0539a3e8239f795fa5349ee3</id>
      <published>2018-03-05T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-03-06T16:32:32+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Existe-t-il des liens entre les échecs et la musique&amp;nbsp;? Rien ne semblerait moins sûr, s'il n'y avait le magistral &lt;strong&gt;E2-E4&lt;/strong&gt;, album du guitariste allemand Manuel Göttsching… Cinquante-huit minutes de bonheur, qui, depuis 1984, ont influencé tout un pan des musiques électroniques…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;E2-E4, Manuel Göttsching (Inteam GmbH, 1984). 1 morceau, 58 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quelques billets plutôt, on évoquait &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/20/8-comme-Le-Huit&quot;&gt;Le Huit&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Katherine Neville et &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2018/02/23/C-comme-Computer-Chess&quot;&gt;Computer Chess&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; d’Andrew Bujalski, roman et films basés sur le jeu d’échecs. Cela est bel et bon, mais quid des autres médias&amp;nbsp;? Les échecs sont-ils à même d’infuser dans d’autres types d’œuvres… par exemple musicales&amp;nbsp;? Justement&amp;nbsp;: au-delà de Philidor, joueur d'échecs et compositeur, il en existe au moins une, à chercher sur l’autre rive du Rhin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques billets plutôt, on évoquait Tangerine Dream au travers de son album &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/22/Z-comme-Zeit&quot;&gt;Zeit&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Entre la bande à Edgar Froese, les joyeux robots de Kraftwerk, Can, Neu! ou encore Klaus Schulze, le début de la décennie 70 en Allemagne ressemblait à un réjouissant bouillon de culture musical, trop souvent ramené au terme un brin réducteur de «&amp;nbsp;krautrock&amp;nbsp;». Schulze, en plus d’avoir participé au premier album de Tangerine Dream, a également fondé le groupe Ash Ra Tempel en compagnie de Hartmut Enke et de Manuel Göttsching (avant de partir après la parution du premier disque). Le troisième album de cette formation, &lt;em&gt;Seven Up&lt;/em&gt; (oui, comme la boisson), fait d’ailleurs intervenir Timothy Leary, le gourou du LSD. En 1977, Ash Ra Tempel se raccourcit en Ash Ra. En 1980, le groupe entre dans une période d’hibernation dont il ne ressortira qu’en 1989, pour deux albums, puis une reformation tardive avec Klaus Schulze. C’est cette période d’hibernation qui nous intéresse, car c’est à ce moment que Manuel Göttsching en a profité pour sortir son premier album solo, &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-e-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-e-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre fait référence à l’un des mouvements les plus classiques aux échecs&amp;nbsp;: en notation algébrique, il s’agit du déplacement du pion de la reine, côté blancs, de deux cases vers l’avant. Le mouvement introductif par excellence – à moins que l’on ne soit adepte des échecs hypermodernes où, en contraste avec l’école classique des échecs qui privilégiait l’occupation du centre du plateau de jeu, l’on prône le contrôle à distance de cette zone centrale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le titre a également trait à la manière dont Göttsching a accordé son instrument favori&amp;nbsp;: la corde de guitare la plus basse est accordée en mi de la 2e octave&amp;nbsp;; la corde la plus haute en mi de la 4e octave. Pour le non-musicien que je suis, c’est un aimable charabia&amp;nbsp;; le fait demeure que, en notation anglo-saxonne – où do, ré, mi, etc. sont notés C, D, E etc. —, cela donne dans le cas présent E2-E4…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. La légende veut que Manuel Göttsching ait enregistré cet album un soir, en une seule et unique prise – le 12 décembre 1981, semble-t-il. De retour d’une longue tournée commune avec Klaus Schulze, Göttsching se serait installé dans son studio, aurait lancé synthés et séquenceurs, et se serait mis à jouer de la guitare pendant près d’une heure. Cette heure écoulée, tout &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt; était là. Rien à ajouter, rien à retrancher. Juste une maison de disque à convaincre de sortir un tel album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ys0HyevZpQg?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt; , donc. Une ligne de synthés obsédante – quatre notes, répétées deux fois — constitue la fondation du morceau, qui n’en déviera pas. Göttsching reprend là le principe qui faisait déjà le bonheur du morceau &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Pluralis&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; occupant la face B d’&lt;em&gt;Inventions for Electric Guitar&lt;/em&gt;, album d’Ash Ra. Peu à peu s’y ajoute d’autres synthés, des percussions, une basse leste… Ce n’est qu’au bout de trois minutes et demi qu’arrive la guitare, timidement puis gagant en assurance. Lentement mais sûrement, &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt; se déploie, passe par différentes atmosphères sans dévier de sa formule instrumentale initiale. Histoire de donner quelques points d’accroche, le morceau se divise en mouvements dont les titres évoquent le déroulement d’une partie d’échecs&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ruhige Nervosität / Nervosité tranquille&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Gemäßigter Aufbruch / Début modéré&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;…und Mittelspie /… Et milieu de partie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Ansatz / Approche&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Damen-Eleganza / Élégance de la reine&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Ehrenvoller Kampf / Combat honorable&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Hoheit weicht (nicht ohne Schwung) / Son altesse s’apaise (non sans élan…)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;… und Souveränität /… Et souveraineté&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Remis / Partie nulle&amp;nbsp;». Enivrant, positif, exaltant, les adjectifs ne manquent pas pour décrire les ressentis qu’offre &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt;. – Il serait d’ailleurs intéressant de voir une partie d’échecs jouée au son de &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le morceau est d’un seul tenant, deux atmosphères règnent néanmoins sur les 58 minutes, correspondant à l’ancien découpage en deux faces du disque vinyle. La première face se montre plus hypnotique et atmosphérique, parfois plus électrique, que la seconde, où l’accent se porte essentiellement sur le jeu de guitare. Cette dichotomie me laisse imaginer que la légende évoquée plus haut est &lt;em&gt;peut-être&lt;/em&gt; un peu trop jolie pour être entièrement véridique. Quoi qu’il en soit, E2-E4 est réputé pour avoir exercé une influence majeure sur les musiques électroniques au cours des années suivant sa sortie, en particulier les scènes house et techno.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit là d’un disque pour lequel la mise au point du CD a été une bénédiction&amp;nbsp;: plus besoin d’interruption à mi-parcours, le temps de retourner la galette. Et d’un point de vue audiophile&amp;nbsp;: avec ces deux faces longues d’une demi-heures, les sillons les plus proches du centre du disque sont ceux où le son est susceptible d’être moins précis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de cet album, Göttsching ne semble hélas pas avoir fait des masses de choses par la suite – de là à affirmer que &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt; est l’œuvre d’une vie… Deux versions live de &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt; en 2005 et 2009, une édition fêtant le 25e anniversaire du disque en 2006 (gné&amp;nbsp;? le disque n’avait que 22 ans…). En 2006, le groupe américain LCD Soundsystem a rendu hommage à &lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt; avec &lt;em&gt;45:33&lt;/em&gt; – un morceau d’un seul tenant (d’une durée supérieure de 25 secondes à celle du titre (et quant à nommer un disque d’après sa durée, le groupe de rock britannique Kasabian a fait pareil en 2014 avec &lt;em&gt;48:14&lt;/em&gt; (après avoir renoncé au dernier instant à titrer les chansons en fonction de leur durée))). Pas de concept échiquéen ni de concept tout court pour &lt;em&gt;45:33&lt;/em&gt;, qui déploie avec bonheur trois bons quarts d’heure d’un réjouissant disco-funk.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-e-lcd.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-e-lcd_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qu’&lt;em&gt;E2-E4&lt;/em&gt; n’ait en fin de compte que peu à voir avec les échecs — ainsi qu’avec la science-fiction – n’a en soi aucune sorte d’importance&amp;nbsp;: c’est là un disque intemporel, qui prend son auditeur et le transporte d’un bout à l’autre de l’échiquier. «&amp;nbsp;Remis / Partie nulle&amp;nbsp;», tel est le nom de l’ultime mouvement d’E2-E4&amp;nbsp;: en rien. Pour ma part, je parlerais plutôt de victoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: E2-E4&amp;nbsp;!!&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Procédure de dissimulation</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/03/01/Procedure-de-dissimulation" rel="alternate" type="text/html" title="Procédure de dissimulation" />
      <id>urn:md5:ab851676b42be7c5eb539c7ef3476143</id>
      <published>2018-03-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-04-02T13:25:27+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Eric Brown</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;brown-procedure-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/brown-procedure-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la parution des &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/eric-brown/les-ferrailleurs-du-cosmos&quot;&gt;Ferrailleurs du cosmos&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; d'Eric Brown, le 22 mars, faites connaissance avec l'équipage du &lt;strong&gt;Loin de chez soi&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Ed Shaughnessy, capitaine de vaisseau au grand cœur, Karrie Kloistermann, la mécano bourrue… et l'ineffable Ella Rodriguez. &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Procédure de dissimulation&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; raconte leur rencontre…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle d'Eric Brown, parue dans le recueil &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/eric-brown/les-ferrailleurs-du-cosmos&quot;&gt;&lt;em&gt;Les Ferrailleurs du cosmos&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais par Erwann Perchoc, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/eric-brown/procedure-de-dissimulation&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;up&gt;er au 31 mars 2018. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/up&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;brown-procedure-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/brown-procedure-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.bdebookcaza.com/&quot;&gt;Philippe Caza&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>D comme The Disaster Artist</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/26/D-comme-The-Disaster-Artist" rel="alternate" type="text/html" title="D comme The Disaster Artist" />
      <id>urn:md5:ad5b87d099b57e8ddbc3271dabe690d3</id>
      <published>2018-02-26T17:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-02-26T19:52:40+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La sortie imminente sur les écrans de &lt;strong&gt;The Disaster Artist&lt;/strong&gt; fournit l'occasion parfaite de s'intéresser à &lt;strong&gt;The Room&lt;/strong&gt;, nanar de proportions épiques signé Tommy Wiseau, individu mystérieux et improbable, ainsi qu'au livre ayant inspiré le film de James Franco, une plongée passionnante au cœur d'un tournage fait en dépit du bon sens…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Room, Tommy Wiseau (2003). 99 minutes, couleurs.&lt;br /&gt;
The Disaster Artist, Greg Sestero &amp;amp; Tom Bissell, récit traduit de l’américain par Marie Casabonne. Carlotta Films, 2018 [2012]. GdF, 256 pp.&lt;br /&gt;
The Disaster Artist, James Franco (2017). 104 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En 1994, Tim Burton – alors auréolé du succès critique et public des deux &lt;em&gt;Batman&lt;/em&gt; et d’&lt;em&gt;Edward aux mains d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’argent&lt;/em&gt; – a sorti ce qui reste l’un de ses meilleurs films&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ed Wood&lt;/em&gt;, un hommage ému et émouvant à Edward Wood Jr, considéré comme l’auteur de l’un des pires nanars du cinéma de SF, &lt;em&gt;Plan 9 From Outer Space&lt;/em&gt;. Il y a toujours des nuances dans le pire, et si ce &lt;em&gt;Plan 9&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; n’est certainement pas un bon film, il me semble un brin exagéré d’en faire le pire jamais commis. En la matière, ces nanars magnifiques sont légion et chacun pourra y aller de son couplet, qui citant &lt;em&gt;Manos, The Hands of Fate&lt;/em&gt;, qui citant &lt;em&gt;Les Crados&lt;/em&gt;, qui citant &lt;em&gt;Troll 2&lt;/em&gt;. Pour ma part, j’avoue un faible pour &lt;em&gt;Manos&lt;/em&gt;, dont les 70 minutes s’écoulent à la vitesse d’une limace neurasthénique et s’avèrent une torture de tous les instants – même si &lt;em&gt;Les Crados&lt;/em&gt; se pose en challenger sérieux. Bref. La question des moyens se pose également&amp;nbsp;: le manque de qualités d’un film peut se mesurer à l’aune de son budget, et la ligne qui sépare le long-métrage amateur du professionnel se fait vite floue… mais pour un &lt;em&gt;Plan 9&lt;/em&gt; ou un&lt;em&gt;Manos&lt;/em&gt; financés avec trois fois rien, il y a un &lt;em&gt;Battlefield Earth&lt;/em&gt; à 73 millions de dollars.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-d-edwood.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-d-edwood_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce qui nous amène naturellement à &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt; – un film dont j’avais entendu parler de loin en loin sans jamais ressentir l’envie de le regarder en dépit de l’aura culte l’entourant, de son caractère nanardesque et de l’étrange personnalité de son réalisateur, jusqu’à ce que l’acteur James Franco se pique de faire son Tim Burton et se propose de porter à l’écran le livre, écrit par l’un des acteurs et racontant le tournage de &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Disaster Artist&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-d-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-d-poster1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comment parler de &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt; est à la fois un drame, une comédie, et un appel à l'aide existentiel, mais c'est aussi et surtout la preuve de la persévérance humaine.&amp;nbsp;» Greg Sestero&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Grossièrement résumé, l’histoire est celle de Johnny (Tommy Wiseau), qui doit se marier dans un mois à Lisa (Juliette Danielle). Mais Lisa n’aime plus Johnny, qu’elle accuse de l’avoir frappée, et entreprend de séduire Marc (Greg Sestero), le meilleur ami de Johnny. Lisa et Marc sont tiraillés par leurs sentiments réciproques et par ceux qu’ils éprouvent envers Johnny. Doivent-ils lui en parler&amp;nbsp;? Autour de ce trio amoureux s’agite un petit monde&amp;nbsp;: il y a Denny, adolescent que Johnny aime comme un fils, Claudette, la mère de Lisa, Peter, l’ami psychiatre de Johnny…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Présenté ainsi, &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt; pourrait ressembler à n’importe quelle comédie dramatique. Sauf que non. Rien – absolument &lt;em&gt;rien&lt;/em&gt; – ne fonctionne dans ce film produit, scénarisé, réalisé et interprété par Tommy Wiseau… à commencer par Tommy Wiseau &lt;em&gt;himself&lt;/em&gt;, acteur au mieux médiocre et réalisateur persuadé de sa propre importance. Les personnages font de l’incohérence une vertu cardinale, le montage est foutraque, de nombreux points de l’intrigue a priori cruciaux s’avèrent gratuits. La photographie est à peu près correcte (lorsqu’on la compare à celle d’un autre réalisateur, Neil Breen, qui charrue le même sillon depuis cinq films avec une obstination inversement proportionnelle à son talent) mais ne met pas vraiment en valeur les acteurs (surtout Juliette Danielle). Le scénario, supposé mettre en avant le personnage de Johnny, échoue à le montrer autrement que comme un type pas très fréquentable, aux tendances de stalker. Et la morale&amp;nbsp;? Les femmes sont des salopes manipulatrices.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La nullité atteint ici des sommets abyssaux – enfin, vous voyez l’idée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus tard, l’acteur Greg Sestero qualifiera ce film de «&amp;nbsp;faille scénaristique géante&amp;nbsp;». Une faille dotée d’un budget de six millions de dollars, tout de même. Et qui, au fil des années, obtiendra un statut culte auprès des amateurs de nanars, en particulier grâce à quelques scènes proprement magiques dans leur nullité surréaliste et devenues des mèmes avec le temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/IJ_icDmulqU?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/zLhoDB-ORLQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un statut obtenu aussi grâce à l’obstination de Tommy Wiseau, qui fera diffuser le film dans une salle californienne, à ses propres frais, et paiera pour qu’un panneau continue d’annoncer la présence en salles du film, cela pendant cinq ans.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-d-livre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-d-livre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-d-livre.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout le monde connaît la loi de Murphy, qui énonce que «&amp;nbsp;s'il y a plus d'une façon de faire quelque chose, et que l'une d'elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu'un pour le faire de cette façon.&amp;nbsp;» Ce quelqu’un est Tommy Wiseau. Et une dizaine d’années après la sortie de &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt;, l’acteur Greg Sestero publiera &lt;strong&gt; The Disaster Artist&amp;nbsp;: Ma vie avec The Room, le film le plus g &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;énialement nul de l'histoire du cinéma&lt;/strong&gt; – récemment traduit chez Carlotta Films –, afin de raconter l’histoire du tournage de ce film et celle de sa relation avec Tommy Wiseau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeune aspirant comédien, Greg Sestero rencontre Tommy Wiseau à San Francisco en 1998, lors de cours de théâtre que l’un et l’autre suivent. Si Sestero s’en sort à peu près, Wiseau rate spectaculairement tout ce qu’il entreprend d’interpréter. Doté d’un look improbable, Wiseau est également affligé d’un accent abominable et indéfinissable. Drôle de type, qui déteste qu’on l’interroge sur son âge, son passé, ses activités ou d’où vient l’argent qu’il semble avoir à foison. Cela n’empêche guère Sestero et Wiseau de sympathiser, le second sachant se montrer amusant et de grand soutien envers le premier. Quand Sestero décide de donner corps à son rêve – devenir acteur –, Wiseau de se proposer d’héberger Sestero dans son appartement de Los Angeles. Pour le jeune Sestero débute alors un parcours du combattant, celui du jeune acteur devant faire ses preuves et, surtout, être remarqué des agents et des directeurs de casting. Chose que Wiseau voit d’un drôle d’oeil&amp;nbsp;: le bonhomme fait preuve d’un comportement passif-agressif transformant l’amitié entre les deux hommes en une relation quelque peu toxique. Sestero parvient à s’en émanciper – en particulier lorsqu’il obtient son autonomie financière –, jusqu’au moment où Wiseau refait irruption dans sa vie&amp;nbsp;: il a écrit un scénario, et non seulement veut le tourner, afin de prouver à Hollywood qui il est, mais il souhaite aussi que Sestero joue dedans et serve de producteur délégué.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est à ce moment-là que les choses deviennent épiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La vision du film laisse supposer un tournage… compliqué. La réalité, telle que rapportée par Sestero, est pire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Imaginez une boussole qui indique constamment le sud&amp;nbsp;: c’est là toute l’attitude de Wiseau. Quand tout le monde lui pointe le nord, lui persiste à foncer dans la direction opposée, faisant fi de la moindre notion de bon sens. Doté d’un budget inépuisable, Wiseau décide de tourner son film &lt;em&gt;simultan&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ément&lt;/em&gt; en 35 mm et en HD numérique (un désastre en termes de photographie), &lt;em&gt;ach&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ète&lt;/em&gt; les caméras (au lieu de les louer, comme procèdent d’habitude les studios), oblige tout le casting à être présent chaque jour de tournage, y compris les acteurs n’ayant pas de scènes au programme, insiste sur la ponctualité mais arrive systématiquement en retard, et fait montre d’une attitude infecte envers l’équipe de tournage, accusant grosso modo tous ses contradicteurs de manque de professionnalisme. Long de quatre mois, le tournage épuisera trois directeurs de la photographie. Pire, Wiseau s’avère, la majeure partie du temps, incapable de retenir ses répliques ou d’y insuffler la moindre émotion, causant un nombre faramineux de prises pour les scènes les plus simples. Un désastre, quoi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Disaster Artist&lt;/strong&gt; est un manuel de &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt; ce qu’il ne faut pas faire quand on veut tourner un film. L’ouvrage montre également la difficulté qu’il y a à percer au sein de l’usine à rêve. Il va de soi que l’ouvrage s’avère assez passionnant dans ses deux aspects. Par la suite, Wiseau prétendra que l’aspect nanardesque de &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt; était volontaire et assumé&amp;nbsp;; il est permis d’en douter. Quant à Greg Sestero, son ouvrage — &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Un_artiste_de_la_faim&quot;&gt; au titre littéralement kafkaïen&lt;/a&gt; — sonne quelque peu comme un appel à l’aide, par quelqu’un prisonnier d’un culte dont il ne veut pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de l’aspect affligeant et propre à faire pleurer de rire de &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt;, il reste un mystère&amp;nbsp;: celui de Tommy P. Wiseau. Le portrait qu’en fait Sestero est ambigu&amp;nbsp;: l’homme se montre tour à tour imbuvable et adorable, mesquin et généreux. Qui refuse d'être commun, moyen, médiocre. Un être profondément solitaire, cherchant à combler un manque mais incapable de lier amitié. Et qui se prend parfois pour un vampire (psychique&amp;nbsp;?). Qui est-il vraiment, d’où vient-il&amp;nbsp;? Sestero apporte des éléments de réponses, incertains&amp;nbsp;: origine d’un pays du Bloc de l’Est, passionné de films américains, il aurait fui d’abord en France – une expérience douloureuse – avant de rejoindre un oncle à La Nouvelle Orléans puis San Francisco. Selon l’Imdb, Tommy Wiseau s’appelerait Piotr Wieczorkiewicz et serait né en 1955 à Poznan. Quel crédit y apporter&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. La réception de &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt; par le public n’a sûrement pas celle que Wiseau attendait. Néanmoins, Wiseau a récidivé par la suite&amp;nbsp;: il a entre autres tourné la série &lt;em&gt;Neighbors&lt;/em&gt; (tièdement accueilli par la critique), a joué dans &lt;em&gt;Samurai Cop 2&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Return of the Samurai Cop&lt;/em&gt; (le nanar appelle le nanar), et a retrouvé Greg Sestero dans &lt;a href=&quot;http://www.imdb.com/title/tt6155194/&quot;&gt;&lt;em&gt;Best F(r)iends&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, scénarisé par ce dernier et qui sortira en mars aux USA. Sorti en décembre aux États-Unis (mars en France), il y a donc &lt;em&gt;The Disaster Artist&lt;/em&gt; de James Franco, adaptation du livre de Sestero et Bissel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-d-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-d-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-d-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un livre qui permettait plusieurs approches&amp;nbsp;: le mystère Tommy Wiseau, l’amitié toxique entre ce vampire autoproclamé et l’aspirant acteur, le tournage interminable et catastrophique… James Franco simplifie un peu le déroulé des événements, et opte pour une succession de saynètes qui, mises bout à bout, forment le James Franco’s Show. James Franco derrière la caméro, James Franco devant la caméra, James Franco et sa perruque, James Franco et sa paupière tombante, James Franco et son accent indéfinissable — une performance qui lui a valu, tout de même, un Golden Globe. L’impression de voir Franco partout s’accentue avec la présence du petit frère de l’acteur-réalisateur, Dave Franco, dans le rôle de Sestero.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/cMKX2tE5Luk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En français, doux avantage, il existe deux termes pour désigner les mauvais films&amp;nbsp;: les navets et les nanars. Est-il utile de rappeler que le navet, aussi fade et ennuyeux que la racine dont il tire son nom, est juste un mauvais film tandis que le nanar est un mauvais film sympathique&amp;nbsp;? En anglais, semblable distinction n’a pas cours&amp;nbsp;: ce sont tous des bad movies, parfois des movies so bad it’s good. Qu’importe le terme&amp;nbsp;; le principe du nanar n’est pas de rire &lt;em&gt;du&lt;/em&gt; film, mais de rire &lt;em&gt;avec&lt;/em&gt; le film. Certes, le rire s’avère souvent la première réaction face à certains objets cinématographiques… mais ils forment des portes d’entrées vers d’autres pans du cinéma, parce qu’il n’y a pas que Kubrick dans la vie, et incitent en fin de compte à la curiosité – «&amp;nbsp;Oui, ce film est nul mais pourquoi&amp;nbsp;? Comment&amp;nbsp;? Dans quelles conditions&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Etc.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-d-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;James Franco singe Tommy Wiseau&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-d-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’impression qui ressort de &lt;em&gt;The Disaster Artist&lt;/em&gt; est que James Franco a opté pour la moquerie bête et simple, transformant Tommy Wiseau en clown, parfois un peu flippant, mais un clown tout de même. Une bête de foire. Chose qui rend le film fort pénible dans sa section finale – la première de &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt; –, avec un public de &lt;em&gt;happy few&lt;/em&gt; pliés de rire, face à une reproduction des pires moments du film de Wiseau. Voilà qui ne va pas redorer le blason des amateurs sincères de nanars. De la sincérité, il y en a dans &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt;, en dépit de tous ses défauts (et c’est peu dire qu’ils sont nombreux)&amp;nbsp;; dans le film de James Franco, je n’en suis pas si sûr. Un film, enfin, qui opère (selon moi) un contresens&amp;nbsp;: il s’agit là surtout d’une histoire triste dans le fond.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et on revient à Edward Wood Jr. et l’hommage (sincère) que lui rend Tim Burton. Un film de cinéphile au sujet d’un cinéphile. La passion et l’amour que le réalisateur porte à son sujet transparaissent dans chaque minute d’&lt;em&gt;Ed Wood&lt;/em&gt;. Rien de tel dans &lt;em&gt;The Disaster Artist&lt;/em&gt;. Ça s’appelle un navet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéens : Franco ridiculise Wiseau mais c’est Wiseau qui gagne à la fin&lt;br /&gt;
Introuvables : &lt;em&gt;The Room&lt;/em&gt; se trouve d’occasion en DVD, &lt;em&gt;The Disaster Artist&lt;/em&gt; est en librairie et le film de Franco sort très bientôt sur les écrans&lt;br /&gt;
Irregardables : oui, quoique pour des raisons opposées&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: à l’inverse, le livre de Sestero et Bissel est passionnant&lt;br /&gt;
Inoubliables : oui (sauf le film de James Franco)&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>C comme Computer Chess</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/23/C-comme-Computer-Chess" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Computer Chess" />
      <id>urn:md5:33605b25f29df04d3097eae210f5179d</id>
      <published>2018-02-23T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-02-23T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les échecs et le cinéma font-ils bon ménage ? Loin des biopics façon &lt;strong&gt;Le Prodige&lt;/strong&gt; ou des œuvres chargées de sens et de symboles comme &lt;strong&gt;Le Septième Sceau&lt;/strong&gt;, Andrew Bujalski propose avec &lt;strong&gt;Computer Chess&lt;/strong&gt; une plongée dans une époque pas si lointaine, où les programmes informatiques d'échecs n'en étaient qu'à leurs balbutiements…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Computer Chess, Andrew Bujalski (2013). 93 minutes, essentiellement en noir et blanc.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Lorsqu’on pense aux échecs au cinéma viennent en tête quelques classiques du septième art – &lt;em&gt;Le Septième Sceau&lt;/em&gt; d’Ingmar Bergman et sa fameuse partie contre la Mort – ou des biopics consacrés à des personnalités de ce jeu – l’un des plus récents en date étant &lt;em&gt;Le Prodige&lt;/em&gt;, biographie un brin romancée du génial et ambigu Bobby Fischer. Des films se basant sur l’esthétique marquante du jeu et ses joueurs les plus fameux – chose peu négligable à notre époque, où les ordinateurs ont pris la fâcheuse habitude de battre les Grands Maîtres. Justement, les ordinateurs méritent pourtant qu’on se penchent sur eux, d’autant qu’ils ont pris l’habitude de battre les champions d’échecs – Deep Blue vs Kasparov, c’était il n'y a guère plus de vingt ans, rappelez-vous…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-poster.jpeg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-poster.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref, &lt;em&gt;Computer Chess&lt;/em&gt; s’intéresse au Moyen-Âge des programmes d’échecs, une époque située deux cents ans après le Turc mécanique de Wolfgang von Kempelen, vingt ans après Kotok-McCarthy, programme créé par les informaticiens du MIT, le premier à être quelque peu crédible, quatre ans après qu’un programme a atteint le niveau de maître. Nous voici en une époque reculée&amp;nbsp;: l’an de grâce 1982…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelque part aux USA. Le temps d’un weekend, un hôtel indéterminé accueille la nouvelle édition d’une compétition de programmes d’échecs – qu’il s’agisse de programmes conçus par des universités, par des laboratoires ou par des indépendants. Les programmes vont s’affronter entre eux&amp;nbsp;; le vainqueur de l’an passé, TSAR 2.0, revient d’ailleurs sous une forme upgradée – TSAR 3.0 – remettre son titre en jeu, Une nouveauté cette année &amp;nbsp;: l’une des équipes accueille une femme. Wow. Une femme. «&amp;nbsp;Please welcome her.&amp;nbsp;» Le public est clairsemé et non moins nerd. On y croise un maître de cérémonie impatient d'être battu par un programme, un boulet auteur d’un programme au langage particulier, des promoteurs de la singularité, des participants à une drôle de thérapie de groupe. Et des chats.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que ce soit au cœur des puces en silicium ou au sein de l’étouffant petit aréopage réundi dans cet hôtel, les choses ne vont pas se dérouler aussi sereinement qu’une partie d’échecs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Computer Chess&lt;/em&gt; est le cinquième long-métrage d’Andrew Bujalski, réalisateur que d’aucuns considèrent comme le fondateur du &lt;em&gt;mumblecore&lt;/em&gt; – ce courant du cinéma indépendant qui se caractérise par des budgets microscopiques, une bonne dose d’improvisation, des acteurs amateurs, et des intrigues tournant autour de personnages âgé d’une vingtaine/trentaine d’années (&lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Mumblecore&quot;&gt;merci Wikipédia&lt;/a&gt;). De fait, l’histoire adopte par moment un ton proche du documentaire, une part des images à l'écran provenant du cameraman officiel de l'événement. Ça pourrait être assomant, d’autant que le rythme est lent, mais… les dialogues parfois gentiment abscons, les rivalités mesquines entre participants, sans oublier la question de la place des femmes et de la séduction au sein de ce milieu très masculin, tout cela contribue à nourrir l’intérêt du spectateur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout est clos dans &lt;em&gt;Computer Chess&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: on ne quitte jamais le cadre de l'hôtel et de la compétition, les ordinateurs restent des boîtes au contenu mal connu, les personnages marmonnent constamment et peinent à s'ouvrir (hormis ceux de la thérapie de groupe, ce qui donne lieu à une séquence des plus gênante pour un jeune nerd quand celui-ci se retrouve dans une chambre en compagnie d’un couple ouvert, très ouvert). D’ailleurs, une bonne partie du casting consiste en acteurs non professionnels&amp;nbsp;: c’est le cas du personnage de Tom Schoesser, joué par Gordon L. Kindlmann, informaticien travaillant sur la visualisation d’informations et l’analyse d’images&amp;nbsp;; idem pour Pat Henderson, joué par Gerald Peary, un critique de films qui se fond ici parfaitement dans son rôle de maître de cérémonie imbu de sa petite personne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cela n’empêche pas la SF de poindre le bout de son nez, à mesure qu’avance le film. L’ordinateur de l’une des équipes se met à adopter un comportement singulier&amp;nbsp;: y aurait-il un fantôme dans la machine&amp;nbsp;? Parmi le public, un type passablement complotiste est persuadé d’être le porte-parole de son ami d’origine indienne. L’un des programmeurs, dont le logiciel est écrit dans un langage quasi idiosyncrasique, se retrouve sans chambre où dormir&amp;nbsp;: ses squats de chambre à travers l’hôtel rappellent le problème du cavalier, au point que certains types facétieux élaborent un programme pour deviner ses futurs déplacements. Cet individu et l’Indien se retrouvent coincés dans une boucle temporelle, l’occasion d’un bref changement paradigmatique dans l’esthétique du film. Quant à l’avant-dernière scène, comment ne pas y voir autre chose qu’un hommage à Philip K. Dick&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-c-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-c-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-c-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À noter que &lt;em&gt;Computer Chess&lt;/em&gt; est tourné en noir et blanc. À une époque où l’essentiel des films sont tournés en couleur, opter pour le noir et blanc relève d’un choix artistique fort. Quand Darren Aronofsky propose &lt;em&gt;Pi&lt;/em&gt; dans un noir et blanc très contrasté, c’est un choix réussi, qui correspond à l’état mental de son personnage. Quand George Miller ressort &lt;em&gt;Mad Max: Fury Road&lt;/em&gt; en noir et blanc dans l’édition dite chrome, c’est un choix aussi (peut-être discutable, non sur la qualité du noir et blanc mais sur sa nécessité&amp;nbsp;: le film est un régal de couleurs intenses). Quand &lt;em&gt;Black Mirror&lt;/em&gt; propose dans sa saison 4 un épisode en noir et blanc («&amp;nbsp;Metalhead&amp;nbsp;»), c’est encore un choix, destiné à souligner l’âpreté du monde dans lequel vivent les personnages de ce futur post-apo. Et cela permet toujours l’irruption de la couleur à un moment ou un autre (cf. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/12/15/W-comme-The-Whispering-Star&quot;&gt; &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; ou ce drôle de film danois, &lt;em&gt;Dark Horse&lt;/em&gt;). Néanmoins, j’ai souvent l’impression que ce choix, pour un film récent, amène forcément le qualificatif «&amp;nbsp;sublime&amp;nbsp;», peut-être à tort et à travers. Ce n’est pas parce qu’un film est tourné en noir et blanc que ce noir et blanc est forcément sublime. Il peut y avoir des noirs et blancs &lt;em&gt;moches&lt;/em&gt;. Ce qui est le cas de &lt;em&gt;Computer Chess&lt;/em&gt;. Et là aussi, cela relève d’un choix. De fait, si l'image est assez laide, rien de plus normal à cela, le film ayant été tourné avec des caméras d'époque, au grain médiocre. En fait, parler de noir et blanc se révèle exagéré&amp;nbsp;: les images se situent ici dans un gris et blanc. Ou gris et gris. C'est floconneux, en tous cas. En tous cas, ce choix correspond bien au noir et blanc des échiquiers et au trouble qui s’empare peu à peu des personnages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela contribue à faire de &lt;em&gt;Computer Chess&lt;/em&gt; une jolie curiosité et une plongée fascinante dans un microcosme désormais disparu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: This application has encountered a critical error: FATAL ERROR! Press any key to continue_&lt;br /&gt;
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Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>B comme Le Baron de Crac</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/22/B-comme-Le-Baron-de-Crac" rel="alternate" type="text/html" title="B comme Le Baron de Crac" />
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      <published>2018-02-22T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2018-02-22T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après les superbes &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/21/V-comme-Voyage-dans-la-prehistoire&quot;&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/02/I-comme-L-Invention-diabolique&quot;&gt;L'Invention diabolique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, place au &lt;strong&gt;Baron de Crac&lt;/strong&gt; de Karel Zeman. Pour l'adaptation de la fameuse histoire de l'extravagant baron, le réalisateur tchèque se livre à une nouvelle merveille cinématographique mariant les techniques avec une adresse et une poésie rares…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Baron de Crac [Baron Prášil], Karel Zeman (1962). 79 minutes, noir &amp;amp; blanc colorisé.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Lorsqu’on pense au Baron de Münchhausen, la première image venant en tête est probablement celle du film de Terry Gilliam, &lt;em&gt;Les Aventures du Baron de M&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ünchausen&lt;/em&gt;, sorti sur les écrans voici trente ans cette année. À vrai dire, celle-ci n’est que la dernière (ou l’une des dernières) en date d’une huitaine de films mettant en scène les aventures romancées du Karl Friedrich Hieronymus, baron de Münchhausen (1720-1797). Si la première version filmique remonte d’ailleurs à Georges Méliès, en 1911, la troisième est d’origine tchèque&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Baron Pr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ášil&lt;/em&gt; (1940), du prolifique Martin Frič. Et Karel Zeman, cinéaste tchèque lui aussi, en signe la cinquième version. Si ce nombre d’adaptations peut faire frémir, il pâlit face aux nombre de variations littéraires sur ce même personnage&amp;nbsp;: depuis 1785 et le récit originel de l’écrivain allemand Rudolf Erich Raspe, sujet à des rééditions augmentées, bon nombre d’auteurs ont enrichi l’histoire du fameux Baron, au point d’en faire un véritable sujet d’étude. Il va donc de soi que cette version signée Zeman offre aussi son propre point de vue sur le personnage.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dites-vous que c'est une chose de mentir, c'en est une autre que d'avoir de l'imagination.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Des empreintes de pas sur le sable humide… une succession d’aéronefs — vieux coucous, avions à réaction, fusées – puis de nouvelles empreintes de pas… cette fois, sur le régolithe lunaire. Le premier astronaute à fouler le sol lunaire se montre bien étonné de découvrir de telles traces sur le satellite. Suivant le chemin tracé par ces pas, il arrive auprès d’un obus gigantesque. Ils sont là à proximitié, tous les trois, les membres du Gun Club&amp;nbsp;: le capitaine Nicholl, Impey Barbicane et Michel Ardan. Bientôt, Cyrano de Bergerac les rejoint. N’en manque plus qu’un&amp;nbsp;: le Baron de Crac. Les cinq individus n’en reviennent pas de voir ce visiteur, engoncé dans son costume de métal&amp;nbsp;: s’agit-il d’un… Sélénite&amp;nbsp;? Le Baron décide de retourner sur Terre avec lui, employant un moyen de transport peu conventionnel&amp;nbsp;: un navire aérien tiré par des chevaux. L’astronaute/Sélénite, nommé Tonin, et le Baron se rendent au palais du Sultan à Istanbul&amp;nbsp;; c’est là que Tonin tombe amoureux de la princesse Bianca de Castello Nero, retenue prisonnière par le souverain turc. Certes, le Baron a des vues aussi Le duo de visiteurs fomentent l’évasion de la captive et, poursuivis par les bachibouzouks, fuient… C’est là le début d’aventures fantastiques pour Tonin, Bianca et le Baron.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img9.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img9_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’auteur de ces lignes souffre d’une navrante contrariété, celle d’être constipé de l’enthousiasme. Bien souvent, je me retrouve à penser, une fois la dernière page du livre tournée ou le film fini, que «&amp;nbsp;ouais, ouais, c’était &lt;em&gt;pas mal&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». La nullité&amp;nbsp;? Allons bon, il y a toujours quelque chose à sauver, ne serait-ce que l’intention de départ, ou bien une scène. L’extrême qualité&amp;nbsp;? Eh, n’exagérons rien, il y a toujours des défauts. Rien de tel ici&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Baron de Crac&lt;/em&gt; de Karel Zeman, en trois mots comme en trois cent mille, est un chef d’œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’une des brèves vidéos documentaires en bonus sur le dvd du film, Zeman déclare&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pour porter mes visions sur grand écran, j'utilise toutes les possibilités du film, dessin, modèles, personnages réels, mélangés ensemble, pour créer un nouveau langage cinématographique.&amp;nbsp;» Annoncé comme cela, cette déclaration pourrait sonner un brin prétentieuse… mais il en reste que c’est la simple expression de la vérité. Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/21/V-comme-Voyage-dans-la-prehistoire&quot;&gt; &lt;em&gt;Voyage dans la pr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éhistoire&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1955) et surtout &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/02/I-comme-L-Invention-diabolique&quot;&gt; &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Invention diabolique&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1957), le cinéaste a eu le temps de perfectionner ses techniques mixtes, qu’il réemploie avec un même bonheur pour donner vie à ce qu’il nomme une «&amp;nbsp;fantaisie romantique&amp;nbsp;». Tout comme &lt;em&gt;L’Invention diabolique&lt;/em&gt; tirait son inspiration visuelle des graveurs ayant illustré les romans de Jules Verne, &lt;em&gt;Le Baron de Crac&lt;/em&gt; se base sur les gravures de l'époque &amp;nbsp;: le cachet est différent mais le résultat pareillement réussi. Matte painting (enfin, plutôt matte drawing/engraving dans le cas présent) et maquettes sont employés au sein de mêmes scènes&amp;nbsp;; si l’ensemble crie son caractère factice, il n’en reste pas moins parfois ardu de percevoir à quel type de trucage appartient tel ou tel élément. Tourné en noir et blanc, le film est colorisé&amp;nbsp;: des monochromes colorés pour l’essentiel – chacun donnant un ton idoine à la scène à laquelle il s’applique –, auxquels viennent s’ajouter quelques rares touches d’une teinte différente. Et certaines séquences ne laissent pas d’impressionner par leur inventivité visuelle&amp;nbsp;: on retiendra en particulier la scène de combat dans le palais du Sultan. L’habillage musical n’est pas en reste, la partition collant de près aux images (cette même scène de combat, la chevauchée des bachibouzouks, ou encore le défilé des armées vers la fin du film).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Certes, l’aspect visuel est ce qui impressionne le plus dans ce long-métrage. Pour autant, le scénario et les acteurs ne sont pas en reste. Côté casting, si Rudolf Jelínek reste assez transparent dans le rôle de Tonin et si la jeune Jana Brejchová dans le rôle de la princesse Bianca se contente d’être agréable à regarder, Miloš Kopecký retient l’attention dans le rôle-titre&amp;nbsp;: roublard, pince-sans-rire, un brin jaloux mais d’un bon caractère en fin de compte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, ayant donc rôdé ses techniques de trucages et bénéficiant de plus de temps pour la direction d’acteurs, Karel Zeman mène aussi son scénario avec davantage de brio que dans &lt;em&gt;L&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Invention diabolique&lt;/em&gt;. Le réalisateur prend bien soin de ne pas faire de son film un fourre-tout&amp;nbsp;: le générique de début évoque, par le biais de dessins, une bonne part des aventures apocryphes du Baron, tandis que le film se concentre sur une poignée d’entre elles&amp;nbsp;: le voyage vers la Lune, le séjour dans l’estomac d’une baleine géante, le trajet sur un boulet de canon… Surtout, un humour omniprésent imprègne le récit&amp;nbsp;: des gags tant dû à la personnalité du Baron qu’à l’inventivité dont fait preuve le réalisateur. Une inventivité qui ne sera pas sans effet sur Jan Švankmajer ou Terry Gilliam&amp;nbsp;: à comparer les deux œuvres, il est aisé de voir à quel point l’influence du Tchèque a déteint sur son compatriote et sur l’Américain – concernant Gilliam, tant dans son œuvre au sein des Monty Python (plusieurs séquences en dessin/papier animé du &lt;em&gt;Baron de Crac&lt;/em&gt; préfigurent celles qui feront les moments burlesques du &lt;em&gt;Monty Python’s Flying Circus&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;Sacré Graal&lt;/em&gt;) qu’en solo (ce qui n’atténue en rien la qualité des &lt;em&gt;Aventures fantastiques du Baron de Munchausen&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/bXIlQTur-1M&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, l’inventivité (je me répète), l’imagination, la poésie, l’humour&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Baron de Crac&lt;/em&gt; de Karel Zeman mêle tous ces éléments pour susciter un émerveillement constant, et mérite sans peine le qualificatif de chef d’œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-b-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-b-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-b-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: rien que pour la scène de combat doublée d’une partie d’échecs&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/21/A-comme-Les-Aventures-de-Buckaroo-Banzai-a-travers-la-8e-dimension" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension" />
      <id>urn:md5:120f634a2556cdc9f74bb24be5b16ab4</id>
      <published>2018-02-21T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-02-21T11:16:52+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La huitième dimension, qu'est-ce donc&amp;nbsp;? Peut-on compter sur &lt;strong&gt;Buckaroo Banzai&lt;/strong&gt;, neurochirurgien, physicien, héros de &lt;em&gt;comics&lt;/em&gt; et rockstar, pour répondre à la question&amp;nbsp;? C'est l'occasion de s'intéresser à cet objet filmique tout droit issu de l'an de grâce 1984, auréolé d'un statut culte aussi incertain qu'incompréhensible…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8e dimension [The Adventures of Buckaroo Banzai Across the 8th Dimension!], W.D. Richter (1984). 102 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ah, les années 80… Une décennie tour à tour méprisée (et à juste titre, pour ses excès capillaires et musicaux (même si, de ce côté-là, les Seventies ont aussi des choses à se reprocher)) et encensée, lorsqu’on voit le sucès de la série &lt;em&gt;Stranger Things&lt;/em&gt; et de la synthwave, deux exemples prouvant un récent attrait renouvelé pour ces années-là. Du côté des salles obscures, il faut reconnaître que, parmi le lot de films de science-fiction sortis à cette période, bon nombre ont atteint un statut culte au fil des années. En 1982, on retient bien sûr les classiques &lt;em&gt;E.T.&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;. En 1983, &lt;em&gt;Le Retour du Jedi&lt;/em&gt; bien évidemment. Et 1984&amp;nbsp;: wow&amp;nbsp;! Une excellente année – et je ne dis pas ça parce qu’il s’agit de mon année de naissance. Qu’on en juge&amp;nbsp;: l’adaptation de &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; par Michael Radford, &lt;em&gt;Gremlins&lt;/em&gt;,&lt;em&gt; Repo Man&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Terminator&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Nausica&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ä de la vallée du vent&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Last Starfighter&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Starman&lt;/em&gt; voire &lt;em&gt;2010 – l’année du premier contact&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Starman&lt;/em&gt;… sans oublier &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Histoire sans fin&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Les Griffes de la nuit&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Splash &lt;/em&gt;— ou hors-genre des classiques tels qu’&lt;em&gt;Amadeus&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Il était une fois en Amérique&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Indiana Jones et le Temple maudit&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;À la poursuite du diamant vert&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;This is Spinal Tap&lt;/em&gt;. On oubliera opportunément qu’il y a eu aussi &lt;em&gt;Supergirl&lt;/em&gt;. Trouvez-moi une aussi bonne année&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Naturellement, &lt;em&gt;Les Aventures de Buckaroo Banza&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ï à travers la huitième dimension&lt;/em&gt; est sorti en 1984. Il s’agit là du premier des deux films réalisés par W.D. Richter (l’autre étant &lt;em&gt;Passeport pour le futur&lt;/em&gt; (1991)), par ailleurs auteur de plusieurs scénarios – dont la version de 1978 de &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Invasion des Profanateurs&lt;/em&gt; – excellente version au demeurant –, &lt;em&gt;Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin&lt;/em&gt; de John Carpenter, et le téléfilm &lt;em&gt;Le Bazaar de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’épouvante&lt;/em&gt;, d’après Stephen King, dont j’ai gardé un bon souvenir. Et… pas grand-chose de plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. La meilleure chose que j’aie à dire au sujet de ces &lt;em&gt;Aventures&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; est que le générique de fin valait le coup d’œil — et d'oreille, avec son air mutin et entêtant. (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5IkB73FO2vc&quot;&gt;Et plus c'est long, mieux c'est.&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;autoplay; encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/8MqJ3iGBdOo&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, au début, les choses ne commençaient pas si mal&amp;nbsp;: un écran déroulant pastichait &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; afin d’introduire le personnage de Buckaroo Banzaï, jeune neurochirurgien américano-japonais de génie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-intro.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-intro.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-intro_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Buckaroo Banzai, donc, interprété par un Peter Weller impavide pas encore robocopisé (et pas très japonais non plus), quitte une salle d’opération pour rejoindre une base d’essai. Le but&amp;nbsp;: tester l’Oscillateur, une invention qui permet de réordonner la matière – qui, comme on le sait, est composée essentiellement de vide. L’Oscillateur en question est fixé sur une voiture, mélange entre les véhicules de Mad Max et Kit de K2000 – et en voiture, Simone&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Buckaroo traverse ainsi une montagne – ce qui sera d’ailleurs sa seule et unique incursion à travers la huitième dimension, notons-le bien, tant pis pour le titre – et prouve ainsi la validité de ses théories. La huitième dimension, qu’est-ce donc&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vast chasms of hissing swamp, spurts of flame, huge thunderclaps and gurgling rock formations.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Okay… En image, ça donne ceci :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans le même temps, le docteur Emilio Lizardo (joué par un John Lithgow cabotin à mort) s’échappe de l’hôpital psychiatrique où il était interné, dans le ferme but de mettre la main sur cet Oscillateur. Plus tard, lors d’un concert – car, le saviez-vous&amp;nbsp;?, Buckaroo est &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; guitariste dans le groupe Buckaroo Banzai &amp;amp; the Hong Kong Cavaliers, composé de Perfect Tommy, qu’on croirait échappé de Depeche Mode, de New Jersey, un cow-boy d’opérette, de Rawhide, le fidèle bras droit, et de Reno Nevada (oui, comme la ville de Reno sise au Nevada) dont je n’ai rien à dire –, notre héros manque de se faire tuer par une jeune femme suicidaire, Penny Priddy.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-hkc.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-hkc.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-hkc_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Alors que Lizardo enlève l’un des collaborateurs de Buckaroo, celui-ci acquiert, via un choc électrique, la capacité de voir des créatures simili-reptiliennes, les Lectroides, originaires de la Planète Dix… Et les péripéties de s’enchaîner… jusqu’au générique de fin.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Why is there a watermelon there?&lt;br /&gt;
– I’ll tell you later.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-sequel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-sequel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-sequel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un générique de fin qui annonce une suite, &lt;em&gt;Buckaroo Banzai Against the World Crime League&lt;/em&gt;, jamais produite, faute de recettes satisfaisantes récoltées par le premier film. Reste les personnages, déambulant d’un air assuré dans un décor de béton, sous un soleil de plomb. Néanmoins, ces &lt;em&gt;Aventures&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; ont, au fil des années, acquis un statut culte. Ce qui me laisse un brin perplexe. Mais être né en 1984 n’est pas la condition sine qua non pour apprécier tous les films produits cette année-là&amp;nbsp;: pour le coup, peut-être aurais-je dû avoir douze ans en 1984 pour l’apprécier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-credits1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-credits1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-credits1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur le papier, le film a tout pour plaire&amp;nbsp;: les aventures fantasmaloufoques d’un neurochirurgien-physicien rockstar et de ses quatre acolytes, ça envoie du rêve. À la vision, &lt;em&gt;Buckaroo Banza&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ï&lt;/em&gt; m’a paru hélas quelque peu ennuyeux – un deuxième visionnage permet cependant de mieux goûter l’humour faisant la part belle au nonsense, de façon pince-sans-rire. Enfin, je crois. Faire une vanne nécessite souvent une légère respiration après la chute, de manière à goûter celle-ci&amp;nbsp;: ici, non, on passe aussitôt à la suite.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Oh, you remind me of someone I once knew long ago.&lt;br /&gt;
– Was she very beautiful?&lt;br /&gt;
– She was… queen of the Netherlands.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les personnages, censément iconiques, peinent à prendre vie – même s’il reste plaisant de voir Clancy Brown et Jeff Goldblum à leurs débuts. Buckaroo Banzai reste plat de bout en bout, à force d’être trop parfait et sans faille. L’intrigue, qui cite Orson Welles et fait une référence sympathique à Thomas Pynchon, demeure foutraque de bout en bout, sans parvenir à impliquer. Le rythme, inégal, vide de tout tonus, de toute intensité, le film. On s’en fiche, en fait.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Est-ce une comédie de SF qui s’ignore&amp;nbsp;? Il y a trop de budget dans &lt;em&gt;Buckaroo Banzai&lt;/em&gt; pour que ce soit un nanard&amp;nbsp;; trop de nawak pour que ce soit un film sérieux&amp;nbsp;; trop de ton pince-sans-rire pour que ce soit une parodie&amp;nbsp;; pas assez de références précises – à la manière des &lt;em&gt;Y a-t-il&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; – pour qu’on perçoive la parodie (sans compter que le filtre des années n’a pas dû aider). Sûrement suis-je passé entièrement à côté du film et probablement me manquait-il une bière ou deux pour l’apprécier et ressentir un embryon de connivence avec ce film et ses personnages… Un rendez-vous raté en ce qui me concerne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-buckaroo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-buckaroo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-buckaroo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout n’est pourtant pas à jeter&amp;nbsp;: les effets spéciaux ont vieilli mais, reposant sur des trucages physiques, piquent moins les yeux que les proto-images de synthèse de &lt;em&gt;The Last Starfighter&lt;/em&gt; sorti un mois plus tôt. Quelques répliques font mouche&amp;nbsp;; on peut prendre plaisir à relever tous les détails amusants où vient se nicher la douce folie du film – y compris les nombreuses fois où des trucs estampillés Buckaroo Banzaï s’inscrustent dans le décor (histoire de préparer le marketing et les produits dérivés&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-bb1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-bb1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-bb1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-bb2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-bb2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-bb2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-bb3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-bb3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-bb3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-a-bb4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-a-bb4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol8-a-bb4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref, c’est déjà ça. Tant pis si Buckaroo Banzaï n’est pas aussi dingue qu’attendu.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;So what? Big deal!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: les Lectroïdes noirs font mat en trois coups&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: hélas oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>8 comme Le Huit</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/20/8-comme-Le-Huit" rel="alternate" type="text/html" title="8 comme Le Huit" />
      <id>urn:md5:65005393afe494381f4eefb586bf0692</id>
      <published>2018-02-20T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-02-20T12:11:37+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-8-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-8-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'Abécédaire embraye pour un nouveau tour d'alphabet, placé cette fois sous le double patronage du nombre 8 et des échecs. Et en guise de premier mouvement, on s'intéresse à un thriller ésotérique et échiquéen, paru voici pile trente ans outre-Atlantique&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt; de Katherine Neville. De quoi faire peur à Umberto Eco&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Huit [The Eight], Katherine Neville, roman traduit de l’américain par Évelyne Jouve. Pocket, 2002 [1988]. Poche, 960 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ah, le nombre 8. Pourquoi Tristan Garcia n’a-t-il pas écrit &lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; au lieu de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/03/7-comme-7&quot;&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt;, pourquoi &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/06/6-comme-5-6&quot;&gt; &lt;strong&gt;6/5&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; n’est pas titré &lt;strong&gt;8/7&lt;/strong&gt;, pourquoi les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/11/5-comme-Le-Pouvoir-des-Cinq&quot;&gt;Cinq &lt;/a&gt; d’Anthony Horowitz ne comptent-ils pas trois membres de plus&amp;nbsp;? &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/05/4-comme-Les-Quatre-Vents-du-Desir&quot;&gt;Les quatre vents du désir &lt;/a&gt;, Ursula K. Le Guin n’aurait-elle pu les doubler&amp;nbsp;? Ce disque d’Autechre, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt;&lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, aurait pu s’appeler &lt;em&gt;Octa Repetae&lt;/em&gt;, ça aurait sonné très bien aussi. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;&lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: pourquoi pas &lt;strong&gt;Auf Acht Planeten&lt;/strong&gt; (d’autant qu’à l’époque de sa parution, Pluton n’avait pas été découvert). Et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Pater Sparrow aurait pu compter sept suites que cela ne m’aurait pas dérangé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref&amp;nbsp;: trouver un titre chiffré n’a pas été aussi facile qu’à l’accoutumée. Le film &lt;em&gt;Eigth-legged Freaks&lt;/em&gt;, alias &lt;em&gt;Arac Attack&lt;/em&gt;, ne m’intéressait pas plus que ça. J’ai pensé à &lt;em&gt;8&lt;/em&gt;, album de métal des Italiens d’Ufomammut… mais je n’avais pas grand-chose à dire. Quant à &lt;em&gt;∞&lt;/em&gt;, le huitième disque de Yann Tiersen, j’avais des choses à en dire… mais il est un peu tôt pour aborder l’infini. Et puis, en fin de compte, ce roman tout simplement titré &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt; m’est tombé entre les mains. Un thriller ésotérique prenant pour thématique les échecs…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le jeu d’échecs, son visuel, la mythologie et la dramaturgie qui y sont associés, se prêtent particulièrement bien à une transposition littéraire — à l’inverse, par exemple, du jeu de dames (trop simple) ou du jeu de go (trop complexe, trop abstrait). Cela, quoi qu’en dise Edgar Allan Poe, dont le &lt;strong&gt;Double Assassinat dans la rue Morgue&lt;/strong&gt; compare défavorablement les échecs aux dames, reprochant aux premiers d’accorder un avantage au joueur le plus &lt;em&gt;attentif&lt;/em&gt; et louant les secondes, les dames mettant les adversaires à un niveau égal afin de valoriser la perspicacité. Bref. Ces considérations mesquines mises à part, plusieurs romans ayant atteint le statut de classiques ont pris pour base les échecs &amp;nbsp;: &lt;strong&gt;De l’autre côté du miroir&lt;/strong&gt; de Lewis Carroll, &lt;strong&gt;Le Joueur d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’échecs&lt;/strong&gt; de Stefan Zweig, &lt;strong&gt;La Défense Loujine&lt;/strong&gt; de Vladimir Nabokov. Plus proche des genres qui nous intéressent, impossible de ne pas citer &lt;strong&gt;L’Échiquier du mal&lt;/strong&gt; de Dan Simmons, &lt;strong&gt;La ville est un échiquier&lt;/strong&gt; de John Brunner ou encore &lt;strong&gt;Le Gambit des étoiles&lt;/strong&gt; de Gérard Klein – ces deux derniers titres feront l’objet de billets ultérieurs dans ce navrant tour d’abécédaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le genre du thriller à tendance ésotérique descend d’un ancêtre prestigieux : &lt;strong&gt;Le Pendule de Foucault&lt;/strong&gt; d’Umberto Eco, roman paru en 1988 qui a probablement créé le genre et l’a tué &lt;em&gt;en m&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ême temps&lt;/em&gt; . Créé&amp;nbsp;: ce roman entrecroise pêle-mêle Rose-croix et Templiers, Kabbale, catharisme, société de Thulé et tout ce qu’on peut trouver en matière d’occultisme, en une tambouille magnifique tissant des liens improbables. Tué&amp;nbsp;: le roman se base sur les élucubrations d’un duo d’amis s’amusant à imaginer une conspiration mondiale à partir de ces différentes mouvances occultes à travers les âges… un duo que des gens mal intentionnés prennent hélas au sérieux. Une quinzaine d’années plus tard, Dan Brown saura s’en souvenir pour son &lt;strong&gt;Da Vinci Code&lt;/strong&gt; – en prenant le tout malheureusement au premier degré, et avec le succès que l’on sait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais en cette même année 1988 voyant la parution du successeur du &lt;strong&gt;Nom de la rose&lt;/strong&gt;, Katherine Neville, auteure américaine ayant pas mal roulé sa bosse – un début de carrière comme mannequin, puis consultante internationale en informatique, notamment pour le gouvernement algérien au moment du choc pétrolier, puis consultante en énergie nucléaire, puis vice-présidente de la Bank of America – fait paraître son premier roman, &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt;. En dépit des critiques élogieuses à sa parution outre-Atlantique, il ne sera néanmoins traduit qu’en 2002 en français, au Cherche Midi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-8-cover-fr1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-8-cover-fr1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce roman débute en l’an de grâce 1790&amp;nbsp;: alors que les armées révolutionnaires arpentent la France, l’abbesse à la tête de l’Abbaye de Montglane dans les Pyrénées décide de renvoyer les nonnes, afin d’éviter le pillage des lieux. S’y double un deuxième objectif, occulte&amp;nbsp;: disperser les pièces d’un échiquier, réputé pour avoir appartenu à Charlemagne mille ans plus tôt et être d’une capacité à induire la folie chez ceux qui jouent dessus. Mais cet échiquier suscite la convoitise de bien des gens&amp;nbsp;: Talleyrand, Marat, Robespierre ou encore Catherine, impératrice de toutes les Russies… La jeune nonne Mireille et son amie Valentine vont gagner la capitale, alors en pleine Terreur… Ce sera le début d’une odyssée sanglante pour les deux jeunes femmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin d’année 1972 à New York, Catherine Velis, jeune consultante en informatique (toute ressemblance avec l’auteure ne saurait être fortuite), est mise à pied après avoir refusé de magouiller. La voilà mutée en Algérie, comme consultante auprès d’une organisation dont tout le monde se fiche, l’OPEP. Entre son déclassement et son départ, des événements étranges se produisent&amp;nbsp;: un maître d’échecs meurt pendu lors d’une partie disputée contre un champion russe&amp;nbsp;; le chauffeur de la meilleure amie de Catherine meurt dans des circonstances mal élucidées, et une voyante fait une prophétie sibylline à Catherine… dont les lignes de la main forment d’ailleurs un huit. Tout cela a naturellement trait au fameux Jeu Montglane, qui excite toujours les convoitises… Réunis, les pièces, le plateau et l’étoffe les emballant contiendrait une formule d’une puissance inédite, à même d’assurer un pouvoir incommensurable à qui les possèdent tous. Peu à peu, Catherine et son amie Lily Rad, grande maîtresse d’échecs, comprennent qu’elles ne sont autres que des pièces sur un jeu d’échecs, et que la partie dure depuis plus longtemps qu’elles ne l’imaginent…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-8-cover-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-8-cover-us.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La folie est le principal écueil du joueur d’échecs. Mais rassurez-vous, vous ne me verrez pas perdre la boule. Ça n’arrive qu’aux hommes. […] Parce que les échecs, ma chère, sont un jeu totalement œdipien. Tuer le roi et trousser la reine, voilà l’enjeu essentiel.&amp;nbsp;» (p. 131)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au détour d’un chapitre, la meilleure amie de Lily peste contre le patriarcat régnant dans le milieu des échecs. De là à imaginer que ce roman constitue une réponse féminine à Indiana Jones… il n’y a qu’un pas. Mireille comme Catherine sont des personnages forts, jamais vraiment les demoiselles en détresse dont le sauvetage met en valeur leur allié masculin. Les deux protagonistes font équipe avec des coéquipières et s’en sortent (assez) bien sans messieurs. On tient là l’un des rares points positifs en faveur de ce roman, outre le fait que ses neuf cent cinquante pages se dévorent sans trop sourciller. Le roman promène son lecteur entre deux époques et à travers différents lieux – la France révolutionnaire, présentée sous un jour sanglant, New York, Alger, le désert du Sahara, la Russie. Pour le reste, le récit ne brille hélas guère par ses personnages, plats, ni son intrigue, pas avare en facilités de scénario. Les éléments perturbateurs arrivent à un rythme trop régulier&amp;nbsp;; les personnages sont tous &lt;em&gt;destin&lt;/em&gt;&lt;em&gt;és&lt;/em&gt; à se trouver au cœur de ce jeu, des liens familiaux forçant parfois l’intrication – c’est peu dire que les ficelles sont voyantes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-8-cover-fr2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-8-cover-fr2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Chaque fois que j’essayais de poser deux et deux, j’obtenais invariablement huit.&amp;nbsp;» (p. 477)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Afin de bien rappeler, à qui l’aurait oublié, qu’on se situe dans un récit se focalisant sur les échecs, le nombre 8 prédomine&amp;nbsp;: huit Arabes remettent le jeu Montglane à Charlemagne, les sociétés de consulting les plus influentes sont surnommées le «&amp;nbsp;Grand Huit&amp;nbsp;», la formule magique est surnommée le Huit, Catherine est née un 4 avril et ses lignes de vie forment un huit&amp;nbsp;; j’en passe. Bien naturellement, ans &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt;, tout le monde joue aux échecs et possède des connaissances étendues à ce sujet… sauf, naturellement, la narratrice Catherine. À vrai dire, les échecs n’ont qu’un rôle de bibelot dans ce roman&amp;nbsp;; le véritable enjeu consiste en ces formules inscrites sur les pièces et le plateau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème du &lt;strong&gt;Huit&lt;/strong&gt;, c’est que le roman laisse une impression de trop plein. Voire de gloubi-boulga. Digeste&amp;nbsp;? Pas vraiment. Neville veut tout lier&amp;nbsp;: les échecs donc, les grandes figures historiques (celles évoquées plus haut et d’autres, comme Philidor le compositeur et joueur d’échecs, le mathématicien Fourier, le peintre David, Napoléon, Bach), l’alchimie (au travers de la sempiternelle pierre philosophale et du non moins classique élixir de longue vie), et entreprend de raccorder tout cela avec de grosses ficelles (même si l’interprétation moderne desdits pierre et élixir a le mérite d’être un tant soit peu intéressant). Plus agaçant encore, le roman grouille d’inexactitudes et de liens qui n’en sont pas. Renommer Capablanca en Casablanca est amusant (p. 124) et relève peut-être d’une erreur à la traduction ou à la correction&amp;nbsp;; dire que le bec d’un oiseau est en cartilage et pas en kératine, bon, c’est là une belle bourde. Amalgamer les Rosicruciens et les Franc-Maçons (p. 189)&amp;nbsp;: pas besoin d’avoir lu Eco pour savoir qu’on parle de choses possédant certes des points communs mais demeurant bel et bien dissemblables. Annoncer une origine commune à Venise et la Phénicie, ou relier Carcassonne aux Carpates et à la Carélie, sur la seule existence de l’antique déesse Car hérisse l’amateur de linguistique qui sommeille en moi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Car, à laquelle on sacrifiait, de Kar Kemish à Carcassone, de Carthage à Khartoum. Aujourd’hui encore, son ombre flottait sur les dolmens de Carnac, dans les grottes de Karlsbad et Karelia [euh, la Carélie ?] et jusque dans les montagnes des Carpates. […] Elle était présente dans carmin, cardinal et cardiaque, dans charnel, carnivore et Karma – le cycle sans fin de l’incarnation, de la transformation et de l’oubli.&amp;nbsp;» (p. 707)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voui… mais non.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol8-8-lefeusacre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol8-8-lefeusacre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Eco, donc. De nouveau s’impose la comparaison avec &lt;strong&gt;Le Pendule de Foucault&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: l’écrivain italien savait provoquer lui aussi le trop-plein mais avec un plus grand talent… et pour mieux en démontrer la futilité – dans un brillant passage, la compagne du narrateur lui prouve, en prenant le corps humain comme référence, que toutes ces histoires de nombres magiques ne valent rien. Rien de tel, hélas, avec &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt;. Néanmoins, en dépit de ses nombreux défauts, ce roman demeure divertissant, c’est déjà ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Romancière peu prolifique, Katherine Neville n’a publié qu’une poignée de romans. Vingt ans après &lt;strong&gt;Le Huit&lt;/strong&gt;, Katherine Neville a sorti une suite, &lt;strong&gt;Le Feu sacré&lt;/strong&gt;. Pour notre part, on fera s’en passera. À la place, on retournera relire Umberto Eco ou pousser le bois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Échiquéen&amp;nbsp;: trop pour son propre bien&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: agaçant&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Épisode 78 - hommage à Ursula Le Guin</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/17/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-78" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Épisode 78 - hommage à Ursula Le Guin" />
      <id>urn:md5:8f5267c10facada7ae4ed73fa5e12db6</id>
      <published>2018-02-19T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:05:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi78.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi78.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un autre épisode du podcast de l'espace, plus navré que navrant, où Philippe Boulier rend hommage à Ursula K. Le Guin, grande dame de la littérature. L'occasion de relire le recueil &lt;strong&gt;Pêcheur de la mer intérieure&lt;/strong&gt; (Souffle du rêve), réédité partiellement sous le titre &lt;strong&gt;L'Effet Churten&lt;/strong&gt; (ActuSF), ainsi que &lt;strong&gt;Le Langage de la nuit&lt;/strong&gt; aux Forges de Vulcain. Sans oublier quelques chansons d'amour signées Paul Williams…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi78-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi78-livres.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul Williams - Just an old fashioned love song&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;paul_williams.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/paul_williams.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;- Just an old fashioned love song&lt;br /&gt;
- Let me be the one&lt;br /&gt;
- Waking up alone&lt;/p&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_78.mp3" length="22266667" type="audio/mpeg3" />
      
          </entry>
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      <title>La Grande Porte</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/14/La-Grande-Porte" rel="alternate" type="text/html" title="La Grande Porte" />
      <id>urn:md5:ea781cf35a1f19ca8a3692bea54d1b26</id>
      <published>2018-02-14T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-02-14T16:29:06+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un petit détour du côté de la Grande Porte, ce mystérieux artefact extraterrestre… Voici près de quarante ans, Frederik Pohl publiait &lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt;, premier volet de la saga éponyme mêlant avec brio space opera et satire, porté par cette question pressante&amp;nbsp;: qui sont les Heechee&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La science-fiction est férue de gros objets. Quand la seule frontière est celle de l’imagination, pourquoi se priver d’imaginer des artefacts aussi extravagants que gigantesques&amp;nbsp;: le vaisseau spatial de &lt;strong&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/strong&gt; par Arthur C. Clarke, l’anneau-monde de Larry Niven, l’astéroïde infini de Greg Bear. Toutefois, les «&amp;nbsp;big dumb objects&amp;nbsp;» n’ont pas forcément vocation à être gigantesques ni à demeurer énigmatiques… Il en va ainsi de la Grande Porte, cet astéroïde évidé, équipé d’un millier de véhicules spatiaux créés par une race extraterrestre inconnue – mais qui se dévoilera au fil des volumes – et à l’utilité vite comprise – l’objet servant de portail vers des destinations le plus souvent dangereuses.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-img.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-img.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si en France, la série faisant l’objet de ce billet est nommée «&amp;nbsp;cycle de la Grande Porte&amp;nbsp;», son titre anglais est «&amp;nbsp;cycle des Heechees&amp;nbsp;», d’après le surnom de cette mystérieuse race extraterrestre à l’origine de l’artefact surnommé «&amp;nbsp;Grande Porte&amp;nbsp;». Voilà.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Son auteur, Frederik Pohl, décédé à l’automne 2013 à l’âge vénérable de 93 ans, a eu une carrière des plus curieuses&amp;nbsp;: membre du groupe des Futurians aux côtés d’Asimov, Pohl commence sa carrière littéraire non pas comme auteur mais comme rédacteur en chef de magazines, d’abord &lt;em&gt;Astonishing Stories&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Super Science Stories&lt;/em&gt; dans les années 40, puis &lt;em&gt;If&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt; dans les années 60. C’est au cours des années 40 qu’il se lance dans l’écriture&amp;nbsp;: plusieurs nouvelles, co-écrites pour l’essentiel avec Cyril Kornbluth (mais aussi Jack Williamson et Lester Del Rey). Le duo Pohl-Kornbluth franchit l’étape du roman dans les années 50&amp;nbsp;; leur collaboration la plus connue n’est autre que &lt;strong&gt;Planète à gogos&lt;/strong&gt;, satire caustique du capitalisme. Notre auteur signe en solo une poignée de romans, mais sa productivité se retrouvera curieusement dopée lorsqu’il atteint la cinquantaine, vers la fin des années 70&amp;nbsp;: on ne l’arrêtera plus. À noter que l’œuvre de Pohl ne se restreint pas qu’à la SF&amp;nbsp;: on lui doit notamment un roman, bon au demeurant, traitant de la catastrophe de Tchernobyl, intitulé &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/26/Radioactivity-is-in-the-air-for-you-and-me#chernobyl&quot;&gt; &lt;strong&gt;Ceux de Tchernobyl&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais l’œuvre la plus connue de Pohl est sans conteste le cycle de la Grande Porte… Un cycle qui a pourtant débuté par une novella où il n’est pas du tout question de cet artefact orbitant dans une zone peu fréquentée du Système solaire.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il y avait un livre-gadget qu’on vendait dans les foires, quand j’étais gosse. Il s’appelait &lt;em&gt;Tout ce que nous savons sur les Heechees&lt;/em&gt;. Il avait cent vingt-huit pages, et elles étaient toutes blanches.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La novella «&amp;nbsp;Les Marchands de Vénus&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;The Merchants of Venus&amp;nbsp;», 1972), parue dans le &lt;em&gt;Worlds of If&lt;/em&gt; de juillet-août 1972, nous introduit à cet univers. Bienvenue sur Vénus&amp;nbsp;: comme on le sait, la planète nommée d’après la déesse de l’amour n’a rien d’un paradis ou d’une jungle humide dissimulée sous d’épais nuages. Sur place, les colons humains ont trouvé un ensemble de tunnels, datant de plusieurs centaines de milliers d’années — cinq cent mille, à vue de nez. Des tunnels aux parois émettant une constante lueur bleu cobalt, possédant une atmosphère respirable par les humains. Qui a creusé ces tunnels et dans quels buts&amp;nbsp;? Mystère. Les rares artefacts trouvés dans ces tunnels n’ont pas donné beaucoup d’indications&amp;nbsp;; le nom de ces mystérieux aliens fouisseurs, les «&amp;nbsp;heechees&amp;nbsp;», provient bêtement du son émis par l’un des objets.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Question&amp;nbsp;: Il y a quelque chose chez les Heechees que je ne comprends pas. Pourquoi ont-ils abandonné tous ces tunnels et ces lieux&amp;nbsp;? Où sont-ils allés&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
Professeur Hegramet&amp;nbsp;: Mon petit, voilà un problème qui me fait bien chier. &amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sur Vénus, les colons vivent du tourisme. Et, parfois du jackpot lié à la découverte d’un tunnel inexploré. Audee Walthers est l’une de ces personnes &amp;nbsp;: quand il propose ses services au Terrien Boyce Cochenour, il croit toucher le gros lot. Car Audee a besoin de fonds, et sans traîner s’il vous plaît&amp;nbsp;: son foie menace de lâcher dans les prochaines semaines. Avec l’argent du richissime Cochenour, il pourrait s’offrir une greffe. Bien vite, le voilà à bord de son véhicule aérien, en compagnie de Cochenour et de sa jeune épouse, à la recherche d’un tunnel inexploré. Audee a bien une petite idée, mais celle-ci est compliquée à mettre en œuvre. Et Cochenour est-il digne de confiance&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour Pohl, cette novella constitue un retour sur Vénus, près de vingt ans après &lt;strong&gt;Planète à gogos&lt;/strong&gt; (dont le titre originel, &lt;strong&gt;The Space Merchants&lt;/strong&gt;, trouve un écho ici). L’auteur offre une nouvelle critique acerbe du capitalisme&amp;nbsp;: une Vénus où tout est hors de prix, où les frais médicaux atteignent des montants scandaleux. Une histoire au rythme enlevé, un discours critique actuel, un mystère… Pohl aurait pu en rester là avec cette novella autonome. Mais, cinq ans plus tard, estimant probablement que l’univers ébauché là méritait d’être développé, il a publié &lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt;, roman pré-publié dans &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt; entre novembre 1976 et mars 1977, réuni en volume en avril de la même année.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La Grande Porte, c’est justement l’un des prospecteurs de Vénus qui l’a découverte en mettant au jour un astronef le menant à cet astéroïde dont l’orbite perpendiculaire au plan de l’écliptique le rend difficilement perceptible. Le type y a laissé sa peau, mais d’autres humains ont entamé l’exploration de ce bout de roc&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Un astéroïde. Ou peut-être le noyau d’une comète. Près de dix kilomètres de diamètre dans sa plus grande longueur. En forme de poire. À l’extérieur, cela ressemblait à une goutte pleine de bosses, carbonisée, avec des reflets d’azur. À l’intérieur, c’est la grande porte menant vers l’univers. &amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et remplis de vaisseaux, de toute évidence appartenant aux mystérieux Heechees. Ces astronefs, capables d’emporter un, trois ou cinq individus, personne n’en comprend bien le fonctionnement. Une chose est sûre&amp;nbsp;: ils se rendent à des destinations précises, en un temps de trajet variable. Certaines de ces destinations se sont avérées intéressantes – il existe notamment une deuxième Grande Porte –, d’autre moins. Une compagnie a été fondée, dans le but d’attirer les prospecteurs en mal d’argent ou d’aventure, car le jackpot est à la clef en cas de découverte intéressante. Néanmoins, la ténacité est de mise&amp;nbsp;: 80% des missions reviennent à vide&amp;nbsp;; 15% ne reviennent jamais. Ou avec des morts.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-tome1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-tome1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Robinette Broadhead est l’un de ces prospecteurs. Et par pitié, ne l’appelez pas Rob, Robbie ou Robin&amp;nbsp;: c’est Robinette, aussi ridicule que cela sonne. Le jackpot, notre bonhomme l’a touché une première fois à la loterie, ce qui lui a permis de quitter une vie de misère dans les mines alimentaires sur Terre et de tenter sa chance à la Grande Porte – en particulier dans le but de pouvoir se payer la Médication Totale. Mais lorsque le roman débute, Robinette est de retour sur Terre, tenu de suivre des séances de psychanalyse auprès d’une intelligence artificielle, malicieusement surnommée Sigfrid von Shrink. Quelque chose s’est mal passé à un moment donné, et en dépit de son caractère bravache, Robinette refuse de l’admettre – tout comme il refuse de reconnaître certains aspects intimes de sa personnalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt; alterne donc entre les séances de Robinette auprès de Sigfrid, les longs flashbacks narrant son séjour dans l’artefact heechee et les expéditions auxquels il a pris part, plus quelques encarts divers (publicités, petites annonces, extraits d’interviews de spécialistes des Heechees, rapports d’expédition). L’univers mis en place dans «&amp;nbsp;Les Marchands de Vénus&amp;nbsp;» est développé, avec le même mélange de sense of wonder – cet artefact gigantesque à la fonction imprécise – et d’antiglamour – ça pue l’air vicié, c’est moche et étroit, tout y est inconfortable (mais sur Terre, c’est encore pire). Le mystère des Heechees continue de s’épaissir, et l’histoire est portée par un protagoniste délicieusement ambigu et détestable. L’aspect satirique présent dans la novella originelle demeure là (la vie est hors de prix dans la Grande Porte&amp;nbsp;; sur Terre, l’assurance-maladie —la Médication Totale/Universelle— est ruineuse, l’auteur se moque ouvertement de la psychanalyse lorsque Robinette comprend l’explication de certains de ses penchants). Rien d’étonnant à ce que le roman fut couronné par une ribambelle de prix&amp;nbsp;: le Nebula 1977, le Hugo et le Locus 1978, un Campbell Memorial en 1979, et un Apollo de ce côté-ci de l’Atlantique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-tome2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-tome2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt; forme une histoire complète, Robinette finissant par aboutir à une meilleure compréhension de lui-même. Le mystère des Heechees demeure cependant complet. En 1980, Frederik Pohl lui a donné une première suite&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;Les Pilotes de la Grande Porte&lt;/strong&gt; ( &lt;strong&gt;Beyond the Blue Event Horizon&lt;/strong&gt; en VO). Une dizaine d’années se sont écoulées depuis les événements narrés dans le premier roman. Dans les confins du Système solaire, un autre artefact heechee a été découvert&amp;nbsp;: l’Usine Alimentaire, qui produit censément de la nourriture à partir des éléments les plus communs dans ce coin du Nuage d’Oort – azote, carbone, hydrogène et oxygène. Pas mal, non&amp;nbsp;? La famille Herter-Hall (composée de Paul, son épouse Lurvy, Janine, l’incandescente sœur adolescente de Lurvy, et Peter, le père de ces dernières) se porte volontaire pour installer des réacteurs sur l’Usine, afin de la rapprocher de la Terre&amp;nbsp;; la manœuvre échoue, l’artefact résistant obstinément à changer son orbite, mais les quatre explorateurs découvrent à son bord un adolescent, Wan. Qui est-il vraiment&amp;nbsp;? D’où vient-il&amp;nbsp;? Le gamin parle anglais mais n’a qu’une ébauche d’éducation, fournie par les «&amp;nbsp;Hommes Morts&amp;nbsp;». Ceux-ci se trouveraient à bord du Paradis Heechee – où que celui-ci se trouve… Sur Terre, Robinette Broadhead coule des jours heureux avec son épouse Essie&amp;nbsp;: comptant au rang des individus les plus riches du monde, il fait fructifier sa fortune sans négliger la philanthropie. Notre héros a délaissé Sigfrid von Shriek pour Albert Einstein, un programme que lui a concocté Essie, accessoirement une informaticienne douée. Mais un paquet d’ennuis va tomber sur le couple, ennuis en provenance notamment de l’Usine alimentaire – chose fort fâcheuse, car cette Usine pourrait bien représenter une solution à la crise alimentaire qui frappe la Terre et ses onze milliards d’humains…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman plus touffu que son prédécesseur, &lt;strong&gt;Les Pilotes…&lt;/strong&gt; délaisse le cadre étouffant de la Grande Porte pour explorer de nouveaux lieux et introduire de nouveaux personnages – la dysfonctionnelle famille Herter-Hall, Essie la surdouée, l’étrange Wan, et quelques autres. Surtout, Frederik Pohl commence à lever le voile des Heechees&amp;nbsp;: si l’essentiel des révélations est réalisé par les protagonistes, le chapitre final justifie le titre original du roman et ouvre de vertigineuses perspectives… Celles-ci seront abordées dans le troisième volume, &lt;strong&gt;Rendez-vous à la Grande Porte&lt;/strong&gt; ( &lt;strong&gt;Heechee Rendezvous&lt;/strong&gt;, 1984), qui soulève le voile sur les mystères des Heechees.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-tome3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-tome3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Trente ans se sont écoulés, et Robinette Broadhead est désormais un homme vieillissant qui a peur de mourir. Certes, la Médication Totale le maintiendra probablement en vie pendant encore plusieurs décennies, mais celui qui est maintenant un magnat s’interroge sur les conséquences morales de cette Médication&amp;nbsp;: celle-ci fonctionne à partir de greffes d’organes prélevés chez d’autres individus. Les omelettes, les œufs, tout ça le travaille. Quoi qu’il en soit, la découverte du Paradis Heechee, artefact renommé le &lt;em&gt;S. Ia Broadhead&lt;/em&gt; par Robinette, a changé la donne pour l’humanité, lui ouvrant en grand la porte des étoiles. Sur la planète Peggy, Audee Walthers Jr – le fils du protagoniste des «&amp;nbsp;Marchands de Vénus &amp;nbsp;», brièvement aperçu dans &lt;strong&gt;Les Pilotes…&lt;/strong&gt; – se fait dérober sa femme, Dolly, et ses possessions par le capitaine de vaisseau Juan Henriquette Sandoz-Schmidt… alias Wan. Celui-ci a bien grandi depuis le précédent roman et s’est transformé en un individu particulièrement haïssable. Sur Terre, ce n’est pas la joie&amp;nbsp;: un groupe de terroristes fait régner la terreur, grâce à un objet heechee qui amplifie les rêves de celui qui s’y connecte et qui les retransmet à toute l’humanité. Ce troisième volume permet d’en apprendre davantage sur les Heechees, sur leurs buts… et leurs adversaires – alias l’Ennemi, alias les Assassins, alias ceux qui résident dans le kugelblitz, ce trou noir d’énergie. Touffu, ce roman est narré par un Robinette «&amp;nbsp;Élargi&amp;nbsp;» (l’explication viendra naturellement à la fin), sorte de Monsieur Loyal omniscient (et pour cause) qui va de personnage en personnage pour le déploiement de l’intrigue&amp;nbsp;; l’IA Albert Einstein et Robinette interviennent également lors de nombreux encarts, qui rappellent le premier volume mais qui ont ici la vocation de notes de bas de page, histoire de rappeler au besoin les événements précédents. &lt;strong&gt;Rendez-vous…&lt;/strong&gt; pâtit quelque peu du ton très, trop léger de Robinette.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-tome4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-tome4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il revient au quatrième volume, &lt;strong&gt;Les Annales des Heechees&lt;/strong&gt; de répondre à l’ensemble des questions et enjeux – en particulier celui des Assassins, l’ennemi immémorial des Heechees. Toujours narré par un Robinette toujours élargi, le roman a des airs de feux d’artifice, passant d’un lieu à un autre, faisant fi des distances, avec une débauche de nouveaux personnages… mais la conclusion peine à convaincre pleinement. Tout ça pour &lt;em&gt;ça&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? D’une certaine manière, ce final possède un certain sens, une certaine logique… mais la résolution déçoit quand même, la faute à un Robinette en roue libre. Comme lui fait remarquer certain personnage éminent en fin de volume&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Robinette Broadhead, je trouve que tu es entêté, hanté par la culpabilité, facilement distrait, superficiel, inachevé et souvent bête. Tu me plais bien. Je ne te voudrais pas différent.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Les Annales des Heechees&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La seule idée de la Grande Porte et de ses vaisseaux explorant l’inconnu était une trop belle idée pour ne pas être approfondie davantage. Or, le roman &lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt; ne raconte que peu de ces missions. Qu’à cela ne tienne&amp;nbsp;: Pohl a publié le recueil &lt;strong&gt;À travers la Grande Porte&lt;/strong&gt; – à laquelle s’ajoute, dans l’édition française, la novella «&amp;nbsp;Les Marchands de Vénus&amp;nbsp;». La moitié du recueil consiste en un récapitulatif des informations déjà diffusées au fil des romans – au sujet des Heechees, de la Grande Porte, de l’état de la Terre au début du cycle, etc. –, l’autre moitié raconte de manière un peu plus précise quelques missions significatives (la première mission à se rendre auprès d’un pulsar, la mission dont le vaisseau est arrivé en plein dans la photosphère d’une géante rouge, la première à découvrir une planète potentiellement habitable, etc.). Ce recueil, assez bref si l’on exclut « Les Marchands de Vénus&amp;nbsp;», s’avère plutôt vain. Notons aussi que le cycle, à cette même époque, a connu deux adaptations en jeu vidéo par le studio Legend Entertainment&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Gateway&lt;/em&gt; en 1992 et &lt;em&gt;Gateway: Homeworld&lt;/em&gt; l’année suivante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-jeux.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-jeux.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qu’en retirer en fin de compte&amp;nbsp;? Le cycle de la Grande Porte a pour lui une excellente novella introductive et un roman, &lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt;, pas moins brillant&amp;nbsp;: du &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;, une belle acuité scientifique (au vu des connaissances de l’époque), de la critique sociale… Les romans suivants abandonnent de plus en plus ce dernier aspect, en même temps qu’ils délaissent l’artefact connu sous le nom de Grande Porte – celui-ci arbore un autre nom, ridicule, dans &lt;strong&gt;Les Annales des Heechees&lt;/strong&gt;. À tout le moins peut-on reconnaître à ces &lt;strong&gt;Annales &lt;/strong&gt;de reprendre avec qualité des thématiques pour ainsi dire cyberpunk (esprits uploadés) et d’en tirer les conclusions jusqu’au bout, notamment dans le rapport au temps. Par rapport à d’autres suites de romans brillants parues dans ces mêmes années 80/début 90 – je pense en particulier à Arthur C. Clarke et ses suites de plus en plus poussives à &lt;strong&gt;2001&lt;/strong&gt; ou inutiles à &lt;strong&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/strong&gt;, à Isaac Asimov et ses tentatives superflues de coudre ensemble ses cycles des Robots et de Fondation, à Frank Herbert et ses séquelles dunesques, ou même par rapport à un contemporain tel que Robert L. Forward dont la hard SF fleure la naphtaline (&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/04/O-comme-l-oeuf-du-dragon&quot;&gt;L’Œuf du Dragon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/12/V-comme-Le-Vol-de-la-Libellule&quot;&gt;Le Vol de la Libellule&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;) –, Pohl s’en sort bien et parvient à insérer des thématiques actuelles (disons, de l’époque) dans ses romans sans trop dénaturer l’essence insufflée dans le roman original.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme évoqué plus haut, l’auteur reste en phase avec les connaissances scientifiques de l’époque – certes, la moindre des choses pour un écrivain de SF – et, avec le recul, semble ne pas s’être trop planté (avec le recul de nos connaissances actuelles). Dans les années 70, les trous noirs sont une relative nouveauté&amp;nbsp;: la première mise en évidence d’une singularité remonte à 1971, avec Cygnus X-1. Pour caser ses Heechees, Pohl les glisse dans un trou noir central galactique (même si y demeurer à l’intérieur poserait quelques petits soucis)&amp;nbsp;: de tels trous noirs sont suspectés depuis 1971, même s’il faut attendre 1974 pour que Sagittarius A* soit véritablement découvert. Quant au kugelblitz, lieu de résidence des Assassins, trou noir formé d’énergie, son existence n’a pas quitté le domaine théorique où il est apparut dans les années 50.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Notons, pour l’amusement, que &lt;strong&gt;Les Annales…&lt;/strong&gt; fait figurer une intéressante invention&amp;nbsp;: la GPA animale. Dans le futur décrit par Pohl, on fait désormais appel à des vaches porteuses pour éviter les désagréments de la grossesse. &lt;em&gt;Curieusement&lt;/em&gt;, certaines femmes préfèrent la bonne vieille tradition.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous certains aspects, Pohl m’a paru œuvrer comme précurseur de Stephen Baxter et de son fameux cycle des Xeelees. «&amp;nbsp;The Xeelee Flower&amp;nbsp;», nouvelle du Britannique, est d’ailleurs parue en 1987, la même année que &lt;strong&gt;Les Annale des Heechees&lt;/strong&gt;. Des liens peuvent être tissés, au-delà de la seule proximité des noms Heechee/Xeelee&amp;nbsp;: chez les deux auteurs, on retrouve le même vertige spatial ; l’humanité est, chez l'un et l'autre, confrontée à des extraterrestres (certes amicaux chez Pohl), eux-mêmes en butte avec un ennemi autrement plus puissant et désireux de reconfigurer l’Univers à sa guise. Heechee, Xeelee, même combat contre les forces désireuses de remodeler l’Univers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin terminons par un dernier reproche, spécifique à la publication française des récits&amp;nbsp;: suivant les volumes, la traduction n’est pas toujours à la hauteur (notamment &lt;strong&gt;Rendez-vous…&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Annales…&lt;/strong&gt;) et il manque une harmonisation des termes erratique (Wan devient parfois Van, la nourriture ACHO [comme Azote Carbone Hydrogène Oxygène] devient CHON, avec «&amp;nbsp;N&amp;nbsp;» comme… nitrogène, désignation obsolète de l’azote).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-tome7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-tome7.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’histoire de la Grande Porte et des Heechees aurait pu s’arrêter là. Aurait &lt;em&gt;dû&lt;/em&gt;. Mais vers la fin des années 90, Robert Silverberg, encouragé par le succès de son anthologie de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; &lt;strong&gt;Légendes&lt;/strong&gt;, décide de lui donner un pendant science-fictionnel&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Horizons lointains&lt;/strong&gt;. Comme pour &lt;strong&gt;Légendes&lt;/strong&gt;, les auteurs contactés sont invités à revenir dans un univers qu’ils ont mis au point&amp;nbsp;: Ursula K. Le Guin retourne dans l’Ekumen avec «&amp;nbsp;Musique Ancienne et les Femmes esclaves&amp;nbsp;», Orson Scott Card raconte la rencontre entre Ender Wiggins et l’IA Jane dans «&amp;nbsp;Le Conseiller financier&amp;nbsp;», Dan Simmons propose une aventure située bien après les événements de &lt;strong&gt;L’Éveil d’Endymion&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Les Orphelins de l’Hélice&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; Nancy Kress rajoute un addendum animalier à sa trilogie des Insomniaques («&amp;nbsp;Méfiez-vous du chien qui dort…&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; Gregory Benford développe un ennemi évoqué dans son cycle du Centre Galactique («&amp;nbsp;Une soif infinie&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; Robert Silverberg lui-même donne un nouveau chapitre à son fix-up &lt;strong&gt;Roma Æterna&lt;/strong&gt;… et Frederik Pohl retourne dans l’univers des Heechee…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’Enfant éternel&amp;nbsp;» débute sur Terre, peu avant les événements des &lt;strong&gt;Pilotes de la Grande Porte&lt;/strong&gt;. Alors que la famille Herter-Hall est en route vers l’Usine alimentaire, Stanley, jeune Américain de 17 ans vivant à Istanbul subit la perte de son père, qui travaillait à l’ambassade US. Après quelques ennuis, Stan est accueilli par des amis turcs. Il vivote ainsi pendant quelques années, avant de récupérer inopinément l’héritage parental. De quoi s’offrir le voyage vers la Grande Porte en compagnie de son ami Oltan&amp;nbsp;: voilà bientôt les deux amis à bord de l’astéroïde heechee, à galérer à trouver des missions. La première à laquelle ils participent ne leur rapporte pas grand-chose&amp;nbsp;; la seconde… Il n’y en aura pas. Le Paradis Heechee vient d’être découvert par Broadhead. Rien n’est perdu pour autant pour Stan, Tan et leur amie Estrella, car il faut du monde pour explorer ce lieu étrange où les Heechees se sont réfugiés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit là d’une novella sympathique, qui condense en quelques dizaines de pages les aspects majeurs du cycle. Pas de surprises mais un léger sentiment de redite, pour un récit de qualité. Pohl semble avoir pris goût à ce retour dans l’univers des Heechees&amp;nbsp;: paru en mai 1999 dans &lt;strong&gt;Horizons lointains&lt;/strong&gt;, ce texte a été suivi de «&amp;nbsp;Hatching the phoenix&amp;nbsp;», novella en deux parties parue dans &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; fin 1999 et début 2000, d’une nouvelle, «&amp;nbsp;A Home for the Old Ones&amp;nbsp;», dans l’anthologie &lt;strong&gt;DAW 30th Anniversary&lt;/strong&gt;. Le roman complet &lt;strong&gt;The Boy Who Would Live Forever&lt;/strong&gt; est sorti finalement à l’automne 2004…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Curieux projet que ce roman. Pohl y délaisse totalement le personnage de Robinette Broadhead, seulement cité en quelques rares occasions, pour se concentrer sur une galerie de personnages – pas tous nouveaux, certains provenant des précédents romans. L’intrigue louvoie et alterne entre différents protagonistes, au fil de chapitres plus ou moins longs&amp;nbsp;: Stan et Estrella et leur vie de futurs parents dans le trou noir central, où le temps s’écoule quarante mille fois plus lentement&amp;nbsp;; Marc Anthony, une intelligence artificielle qui est aussi cuistot amateur&amp;nbsp;; Gelle-Klara Moynlin étudie une civilisation éteinte en employant un autre trou noir comme lentille optique&amp;nbsp;; et Wan… Wan fout le bordel, et s’acoquine avec un prêcheur fondamentaliste uploadé. L’insupportable adolescent des &lt;strong&gt;Pilotes de la Grande Porte&lt;/strong&gt; devient ici l’antagoniste majeure pour des raisons floues, doté d’une arme capable d’annuler la gravité – or, la gravité est fort utile pour maintenir une étoile en état. Comme le disait Roland Lehoucq dans son artice sur &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt; (in &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; #87), on ne fricote pas avec des types capables de jouer sur cette force-là.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela est bel et bon, mais le problème de ce &lt;strong&gt;Boy Who Would Live Forever&lt;/strong&gt; est que Pohl n’a absolument &lt;em&gt;rien&lt;/em&gt; à raconter. Les chapitres s’enchaînent et n’en finissent pas de présenter les personnages, aucun doté de l’étoffe de Robinette. Certains passages sont intéressants («&amp;nbsp;L’Enfant éternel&amp;nbsp;», qui forme les deux premiers chapitres, ou encore «&amp;nbsp;Hatching the phoenix&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; d’autres, moins (l’histoire du prêcheur). Arrivé aux trois-quarts du roman, l’auteur semble se souvenir qu’il a une intrigue à boucler, et le livre s’achève sur un happy end de bon aloi. Là où l’on aurait pu s’attendre, au vu de sa longueur, à un septième volume apportant une conclusion définitive au cycle des Heechees, Pohl se contente d’un interminable addendum, des plus dispensables. Un roman inutile. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’importe&amp;nbsp;: en dépit d’une qualité décroissante, le cycle de la Grande Porte mérite sans peine de compter au rang des classiques de la SF, en particulier avec ses deux textes introductifs, chef d’œuvres incontestables du genre. Ce n’est déjà pas si mal.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/grandeporte-all.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;grandeporte-all.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.grandeporte-all_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;1. Les Marchands de Vénus (1972, in &lt;strong&gt;À travers la Grande Porte&lt;/strong&gt;, trad. B. Emerich)&lt;br /&gt;
2. &lt;strong&gt;La Grande Porte&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Gateway&lt;/strong&gt;, 1977&amp;nbsp;; 1978 pour la trad. de C.&amp;amp;L. Meistermann pour Calmann-Lévy, coll. «&amp;nbsp;Dimensions SF&amp;nbsp;»)&lt;br /&gt;
3. &lt;strong&gt;Les Pilotes de la Grande Porte&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Beyond the Blue Event Horizon&lt;/strong&gt;, 1980&amp;nbsp;; 1983 pour la trad. de Michel Demuth pour Calmann-Lévy, coll. «&amp;nbsp;Dimensions SF&amp;nbsp;»)&lt;br /&gt;
4. &lt;strong&gt;Rendez-vous à la Grande Porte&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Heechee Rendezvous&lt;/strong&gt;, 1984&amp;nbsp;; 1986 pour la trad. de Michel Darroux et B. Emerich pour J’ai lu SF)&lt;br /&gt;
5. &lt;strong&gt;Les Annales des Heechees&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;The Annals of the Heechee&lt;/strong&gt;, 1987&amp;nbsp;; 1989 pour la trad. de B. Emerich pour J’ai lu SF)&lt;br /&gt;
6. &lt;strong&gt;À travers la Grande Porte&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;The Gateway Trip: Tales and Vignettes of the Heechee&lt;/strong&gt;, 1990&amp;nbsp;; 1992 pour la trad. de B. Emerich pour J’ai lu SF)&lt;br /&gt;
7. &lt;strong&gt;The Boy who would live forever&lt;/strong&gt; (2004, roman essentiellement inédit en français)&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Nancy Kress, guide de lecture en plus</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/02/01/Nancy-Kress-guide-de-lecture-en-plus" rel="alternate" type="text/html" title="Nancy Kress, guide de lecture en plus" />
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      <published>2018-02-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-02-01T15:35:09+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;couve Danses&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le recueil &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/nancy-kress/danses-aeriennes&quot;&gt;Danses aériennes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-89&quot;&gt;Bifrost 89&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; sont venus placer un coup de projecteur bienvenu sur Nancy Kress. Néanmoins, il y a longtemps que &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; s'intéresse à l'auteure américaine. En complément du guide de lecture présent dans le dernier numéro de la revue, voici le traditionnel guide bis, composé des critiques parues par le passé et commençant par… une certaine novella titrée &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/nancy-kress/danse-aerienne&quot;&gt;Danse aérienne&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-danseaerienne.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-danseaerienne.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Danse aérienne&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;La novella ou court roman, est la forme majeure sous laquelle se présente la S-F contemporaine, il n'est désormais pas rare de voir les revues spécialisées américaines inscrire deux novellas au sommaire d'une même livraison 1. Le nombre important de novellas de qualité publiées chaque années a fait du Prix Hugo décerné a cette catégorie de textes, l'une des récompenses les plus convoitées par les auteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'émergence de la novella est évidemment un signe des temps. L'hypertrophie littéraire a frappé toutes les catégories de textes&amp;nbsp;: le roman «&amp;nbsp;normal&amp;nbsp;» de 250 à 300 pages (la plupart des Simak, Farmer, Dick, Heinlein, Silverberg, Sturgeon… antérieurs à 1970) a disparu au profit du pavé à la &lt;strong&gt;Hypérion&lt;/strong&gt;. La nouvelle traditionnelle de 10 a 20 pages est devenue novella. Quant aux «&amp;nbsp;short stories&amp;nbsp;» – ces courtes nouvelles à chute à la Fredric Brown que la défunte revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; avait baptisées «&amp;nbsp;contes&amp;nbsp;» et qui sont considérées dans les pays anglo-saxons comme la forme la plus achevée de la littérature – elles ont tout simplement disparu&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Contrairement à la nouvelle qui laisse parfois le lecteur sur sa faim, la novella permet d'exploiter au mieux une idée, de développer une situation, d'envisager des implications sociales, politiques ou esthétiques, de mettre en scène des personnages étoffés. Par ailleurs, une novella bien construite est «&amp;nbsp;dégraissée&amp;nbsp;» des longueurs qui affligent trop de romans récents. Pour beaucoup d'amateurs de S-F la novella fait donc figure de longueur idéale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est le cas de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/nancy-kress/danse-aerienne&quot;&gt;&lt;strong&gt;Danse aérienne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Nancy Kress, une novella publiée en 1993 dans &lt;em&gt;Isaac Asimov's SF&lt;/em&gt; et proposée par les éditions Orion dans une traduction compétente signée Thomas Bauduret.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'assassinat de deux ballerines bio-améliorées conduit une journaliste à enquêter dans les milieux de la danse professionnelle et du business du bricolage génétique. L'enquête est parfois confuse – la «&amp;nbsp;fouineuse&amp;nbsp;» se doublant d'une mère inquiète pour sa fille Deborah, qui ne rêve que d'être admise dans le prestigieux corps de ballet d'Anton Privitera. Les intrigues secondaires et les rapports tendus mère/fille (qui concernent quatre personnages) ont tendance à ajouter à cette confusion. Jusqu'à la révélation finale portant sur des expériences menées en dépit d'une interdiction décrétée au niveau mondial – comme si l'on pouvait être assez naïf pour croire qu'une interdiction officielle pouvait empêcher les scientifiques de jouer avec leurs éprouvettes&amp;nbsp;! Ce que la science est capable de faire, elle le fait. Dans tous les cas. C'est dans sa nature. Ne serait-ce que parce que les politiques (qui sont tous des paranoïaques) sont persuadés que «&amp;nbsp;ne pas le faire&amp;nbsp;» signifie prendre du retard par rapport aux voisins qui eux le feront. La course a la connaissance n'admet aucune règle, ne supporte aucun frein.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Difficile en sortant de la lecture de &lt;strong&gt;Danse aérienne&lt;/strong&gt;, de ne pas faire le rapprochement avec l'œuvre et les préoccupations de Greg Egan évoquées par l'éditeur français en quatrième de couverture, en particulier avec des textes comme «&amp;nbsp;Notre-Dame de Tchernobyl&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Comme paille au vent&amp;nbsp;» – hélas la journaliste Susan Matthews n'a pas la stature des privés et autres enquêteurs «&amp;nbsp;destroys&amp;nbsp;» de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/greg-egan/&quot;&gt;Greg Egan&lt;/a&gt;, et les spéculations de Nancy Kress sur le génie génétique paraissent singulièrement étriquées en regard de la démesure de l'auteur australien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reste un personnage intéressant&amp;nbsp;: Angel, un doberman bio-amélioré, doté de la parole et du QI d'un enfant de cinq ans. Les scènes écrites de son point de vue sont réussies&amp;nbsp;; l'évolution des rapports entre Caroline Olson, la danseuse étoile génétiquement bricolée, et son chien, fournit un fil conducteur au récit. Les deux personnages sont de même nature et leur déchéance sera identique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reste également une réflexion pertinente sur l'Art&amp;nbsp;: tous les moyens sont-ils bons pour atteindre les sommets (du dopage aux bio-améliorations) ou la pratique artistique doit-elle rester «&amp;nbsp;naturelle&amp;nbsp;» – avec pour corollaires ces certitudes rassurantes offertes au spectateur que l'artiste n'est que le fruit d'un travail acharné, et qu'il n'y a donc pas de différence physiologique fondamentale entre le spectateur et l'artiste qu'il admire&amp;nbsp;? Nancy Kress apporte un élément de réponse moralisateur&amp;nbsp;: la nature finit par retrouver ses droits et se venger&amp;nbsp;; les artistes bio-améliorés se détruisent donc peu à peu. Tout en cédant à la tentation nihiliste, le personnage de Deborah propose un éclairage beaucoup plus romantique&amp;nbsp;: il faut rendre sa vie la plus intense possible, quitte à la consumer a toute allure.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Francis Valéry&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-6&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;6&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-hommesdenatures1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-hommesdenatures1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Les Hommes dénaturés&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Même si «&amp;nbsp;Imagine&amp;nbsp;» a quelque peu amélioré sa maquette de couverture, l'illustration reste ici toujours et encore un véritable chasse-lecteurs. Il ne faut pas avoir peur pour lire un livre aussi laid. Ceux – espérons-les malgré tout nombreux – qui passeront cette épreuve, s'en verront bien récompensés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ce roman, Nancy Kress spécule que la baisse de la fertilité masculine qui s'observe actuellement en Occident va continuer de s'aggraver jusqu'à une stérilité quasi-totale à l'horizon 2035. Parmi les diverses explications avancées – mise en cause des bains chauds et des sous-vêtements trop serrés, réaction psychosomatique de castration induite par l'évolution du rapport sociétal entre les sexes, ou réponse tendant à faire baisser le stress proxémique généré par la surpopulation –, Nancy Kress retient celle de polluants chimiques perturbant le système endocrinien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;es gosses sont donc devenus rares et chers au sein d'une population riche ou pauvre mais toujours vieille. De plus, tous sont loin d'être en bon état… Animaux de compagnies et tamagochis ne suffisent plus à pallier le déficit affectif mais l'ingénierie biomédicale peut beaucoup pour vous sous réserve que vous – et votre compte en banque – puissiez beaucoup pour elle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais l'Amérique est toujours aussi confite en morale qu'aujourd'hui. Les politiciens dont la façade éthique se doit d'avoir la pureté du diamant ont interdit la génétique humaine en fonction d'une opinion publique qu'ils ont façonnée. Côté cour, dans les hangars, on s'active clandestinement, tandis qu'en haut, on couvre et on renvoie l'ascenseur. Quelle importance si ça fait des dégâts chez les gens ordinaires… Ils ne valent quand même pas que l'on remette en cause l'ordre du fric&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est dans ce lourd contexte social que s'entrecroiseront Shana Walders qui voulait s'engager dans l'armée, le docteur Nick Clementi qui siège à une obscure commission du congrès et le danseur homo Cameron Atuli. Walders doit témoigner devant la commission où siège Clementi pour avoir vu des chimpanzés avec le visage d'Atuli. Comme le témoignage est gênant, et le président de la commission trempé jusqu'aux cheveux dans l'affaire, il est décidé de refuser à Walders de s'engager dans l'armée à la fin de son service. On en comprend mal la raison mais ça fait avancer l'intrigue sur les chapeaux de roue. Partie ratonner l'homo avec des copines de régiment, elle reconnaît sur Cameron Atuli le visage des chimpanzés. Elle aura ensuite bien du mal à approcher de ce jeune danseur dont la mémoire a été effacée ainsi que l'horreur qu'il a subie. Clementi, pour faire avancer ses vues, considérant les perturbateurs endocriniens issus de l'industrie chimique comme responsable de la crise démographique, va aider Walders.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman n'est pas totalement exempt de petits défauts mais ils contribuent à «&amp;nbsp;booster&amp;nbsp;» l'action et, de ce fait, correspondent à un choix, le bon. Nancy Kress tient la gageure de dépeindre en profondeur un contexte social dans un livre de 260 pages qu'elle mène tambour battant. &lt;strong&gt;Les Hommes dénaturés&lt;/strong&gt; peut sans rougir prendre sa place au côté du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/le-feu-sacre&quot;&gt;&lt;strong&gt;Feu sacré&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Bruce Sterling dans toute belle bibliothèque de S-F. Chapeau bas.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-25&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;25&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-realite.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-realite.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Réalité partagée&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Sur Monde, les habitants vivent selon la réalité partagée, dans une harmonie consensuelle qui ne souffre aucune dérogation&amp;nbsp;: tout désaccord, toute violence s'accompagnent de terribles maux de tête. Les personnes coupables d'un quelconque crime se trouvent coupées des autres, qui les ignorent, mais reçoivent de l'Etat des pilules destinées à soulager leur souffrance. Une expédition terrienne composée d'anthropologues, d'un géologue et d'une botaniste (l'art floral est omniprésent chez les Mondiens) tente d'étudier les bases physiques de cette réalité partagée. Pour David Allen, rigide chercheur rêvant de grandeur, une telle découverte éradiquerait la violence entre les humains. Bazargan, le chef de l'équipe, est très attentif à observer les coutumes locales afin de persuader les prêtres que les Terriens partagent également la réalité. Si ce n'était pas le cas, ils seraient déclarés irréels et tués sur-le-champ.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais les chercheurs ignorent que leur mission dissimule un projet militaire destiné à étudier l'un des sept satellites de Monde, en réalité un artefact se révélant être une arme redoutable. Celle-ci est également convoitée par les Faucheurs, belliqueux extraterrestres qui empruntent, comme les Terriens, les tunnels spatiaux disposés à proximité des systèmes solaires par une race inconnue (une idée décidément de plus en plus répandue dans la S-F). Ce satellite artificiel a-t-il un lien avec la radioactivité qui se concentre sur une seule montagne de Monde, le lieu sacré et interdit de la Première fleur&amp;nbsp;? Peut-on l'étudier sans déclencher de catastrophe&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'intrigue se déroule alternativement sur Monde et dans l'espace, apportant progressivement des réponses aux problèmes posés par ces mystères. La partie scientifique, fort bien documentée, traitant essentiellement de neurologie et de mécanique quantique, est savamment distillée et exposée avec clarté. Il en va de même pour les développements anthropologiques qu'autorise la présentation de cette civilisation originale. Elle ne parasite jamais l'action, très prenante, de ce roman, mais lui fournit au contraire les rebondissements nécessaires pour culminer jusqu'au climax final, digne des meilleurs space op'.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On attend avec impatience la suite de cette trilogie&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Notes&amp;nbsp;:&lt;/u&gt;&lt;br /&gt;
1. On signalera qu'a été publiée dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-17&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;n°17&lt;/a&gt; «&amp;nbsp;Les Fleurs de la prison d'Aulite&amp;nbsp;», une novella de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/nancy-kress/&quot;&gt;Nancy Kress&lt;/a&gt; directement à l'origine de la présente trilogie. [NdRC.]&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-34&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;34&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-proba.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-proba.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Trilogie de la Probabilité&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Quelque part autour de la seconde moitié du XXIIe siècle… L'humanité s'est approprié les étoiles, se contentant dans un premier temps de son propre système solaire en colonisant des endroits tels que la Lune, Mars, Titan ou Neptune, chacun doté de son propre gouvernement, créant pour l'occasion l'Alliance solaire. C'est alors qu'elle découvre, au-delà de Neptune, un artefact d'origine inhumaine. Artefact qui s'avère être un tunnel spatial ouvrant la voie vers d'autres systèmes solaires, comprenant eux-mêmes d'autres tunnels&amp;nbsp;: un véritable réseau, aisément cartographiable, qui offre pour ainsi dire l'univers aux humains. Cette technologie du voyage instantané, créée par une race extraterrestre depuis longtemps disparue (un trope de la S-F), est basée sur une science physique largement au-delà de la compréhension humaine, ce qui n'empêche pas les hommes de l'utiliser de façon intensive&amp;nbsp;: colonisation, exploration, commerce&amp;nbsp;: la civilisation solaire rayonne dans toutes les directions. Jusqu'à ce qu'elle rencontre sa première race extraterrestre hostile&amp;nbsp;: les Faucheurs. Une race belliqueuse à l'extrême, d'une xénophobie incroyable, refusant toute forme de communication. Les Faucheurs préfèrent le suicide à la capture, ne font pas de prisonniers, détruisent tout sur leur passage… L'Alliance solaire se retrouve alors en guerre. Une guerre étrange à laquelle elle ne comprend pas grand-chose, ne sachant rien des motivations de l'ennemi. Et puis, la guerre est lointaine. En effet, les deux belligérants, sachant l'un et l'autre se servir du réseau de tunnels, et d'un niveau technologique équivalent, ont pris soin de protéger leur berceau pour porter le gros des affrontements dans les colonies galactiques. Mais bientôt cet équilibre fragile est menacé&amp;nbsp;: les Faucheurs semblent faire un terrible bond technologique, inventant une sorte de champ de protection autour de leurs vaisseaux qui rend n'importe quel type de tir inefficace. Les vaisseaux Faucheurs deviennent invulnérables. Dans le même temps, une équipe d'explorateurs humains, composée de divers spécialistes scientifiques, découvre dans une galaxie éloignée une planète que les autochtones appellent Monde. Les scientifiques sont vivement intrigués par cette civilisation qui n'a pas encore atteint le niveau de la machine à vapeur et semble vivre une véritable utopie, qu'elle appelle la Réalité Partagée. Dans cette Réalité Partagée, toute pensée personnelle, individuelle, en désaccord avec la pensée communautaire, est impossible. La réalité est une, unique, partagée par tous. La violence, le mensonge sont bannis. Toute opposition avec la communauté entraîne une sanction physique immédiate&amp;nbsp;: un mal de tête effroyable. Les militaires sont encore plus intéressés par Monde. En effet, une des lunes qui gravitent autour de la planète est en fait un artefact qui, après analyse, s'avère être de même facture que les tunnels. Ce n'en est pourtant pas un. Les premiers essais prouvent que cet objet est une arme extrêmement puissante, capable de renverser le cours de la guerre et de vaincre définitivement les Faucheurs. Ils démontrent également que la présence de cet artefact est indispensable à l'équilibre de la civilisation mondienne&amp;nbsp;: l'extraire de son berceau pour l'emmener vers le système solaire condamnerait du même coup les Mondiens à la disparition.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il va falloir choisir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans hard science, il y a science, bien sûr, mais il y a aussi hard. Et dure, notre auteure l'est&amp;nbsp;! Savez-vous ce qu'est un attracteur étrange, un espace Calabi-Yau, la dimension d'Hausdorff&amp;nbsp;? Oui&amp;nbsp;? Alors allez-y, vous n'avez pas à vous faire de souci, tout se passera bien. Dans le cas contraire, il faudra un tantinet s'accrocher. &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/nancy-kress/&quot;&gt;Nancy Kress&lt;/a&gt; est une auteure exigeante, autant envers ses lecteurs qu'envers elle-même. D'ailleurs, la dédicace du second volume, reproduite ici in extenso tant elle est savoureuse, est sans ambiguïté&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;À Charles Sheffield, fondateur de l'Association pour la Promotion de l'Erudition scientifique auprès de ceux qui se présentent comme étant des Ecrivains de Science-Fiction.&amp;nbsp;» Voilà, tout est dit. Car pour pouvoir suivre les développements scientifiques de cette trilogie de haute volée, il faut davantage qu'une simple connaissance de base de la physique. Ainsi, celles et ceux qui ne sont pas au fait des dernières découvertes en physique quantique seront vite largués par ce qui s'apparente parfois à une logorrhée scientifique difficile à appréhender pour le commun des mortels. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Nancy Kress ne s'attarde pas vraiment sur les explications de texte&amp;nbsp;: on suit… ou pas. Heureusement, cela n'entrave en rien la progression et l'intérêt de l'histoire. Car dans cette très intéressante trilogie (étonnamment dépourvue de titre générique), il y en a pour tous les goûts. On y trouve aussi de l'anthropologie, de la psychologie, de la sociologie, de la biologie, de la géologie, de la botanique… Un panel extrêmement large qui permet à l'histoire de rencontrer un public plus large que celui, un peu limité, des sciences dites dures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais… Car évidemment, il y en a un. Si Nancy Kress joue facilement avec la science, on la sent moins à l'aise avec le «&amp;nbsp;pathos&amp;nbsp;». Si tout ce qui ressort de la science bénéficie d'une écriture rapide et serrée, les passages narratifs ayant trait à l'émotion, aux descriptions, à l'ambiance, sont beaucoup plus flous et relâchés. Ainsi, les personnages ne sont que peu intéressants, certains trop proches de la caricature, leurs émotions et leurs intérêts personnels trop rapidement parcourus. On a du mal à vraiment s'identifier, s'attacher à eux. Tout ce qui se rapporte aux cinq sens du lecteur est négligé&amp;nbsp;: l'ambiance, le décor – on attend le troisième tome pour avoir la description d'un village Mondien –, les sons, les couleurs, il n'y a pas grand-chose dans ce récit qui nous permet de nous impliquer, et c'est avec un certain détachement que l'on assiste à ce qui se déroule sur la planète Monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais intéressons-nous de plus près aux trois tomes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier, &lt;strong&gt;Réalité Partagée&lt;/strong&gt;, est assez statique. L'action se déroule en deux endroits. Une partie prend place sur Monde, l'autre dans l'espace proche de la planète. Le ton de ces deux récits est fort différent. L'équipe de scientifiques qui débarque sur la planète peine à nous rendre les choses intéressantes. On les suit dans leur installation, leurs découvertes, leur engagement, mais de manière détachée, sans vraiment se sentir concerné. Il y a pas mal de longueurs, l'action est molle et hésitante, l'aspect diplomatie peu exaltant. À l'opposé, l'enquête scientifique ultra secrète effectuée par les militaires dans l'espace autour de l'artefact est passionnante. C'est une course contre la montre, l'écriture est soignée, nerveuse, sans temps morts. La collision de ces deux parties, censée être le temps fort du récit, n'harmonise que vaguement l'histoire et laisse un goût d'inachevé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième tome, &lt;strong&gt;Artefacts&lt;/strong&gt;, est une resucée du premier. L'arrivée de quelques nouveaux personnages, qui viennent s'ajouter aux principaux protagonistes du premier volet, permet de varier les points de vue, sans pour autant révolutionner le ton du récit. L'action se resserre et n'a plus lieu que sur la planète. La confrontation entre la civilisation techniquement sous-développée de Monde et celle, ultra sophistiquée, des humains, aurait pu générer un récit plus prenant. Malheureusement, l'auteure prend bien soin de compartimenter ces deux univers de façon à ce qu'il n'y ait que le minimum d'interactions, ce qui affadit l'histoire. La partie scientifique reste passionnante, même si quelques maladresses d'écriture viennent entraver le récit. Autant, pour expliquer ce qu'est la Réalité Partagée, Kress excelle dans le «&amp;nbsp;show don't tell&amp;nbsp;», autant, pour tout ce qui est scientifique, elle se contente de plaquer ici et là des pavés explicatifs insérés de façon artificielle par le biais du recourt au monologue interne ou la tentative d'explication de la part d'un scientifique qui prend en pitié le pauvre couillon de l'équipe qui essaye de suivre – couillon en question qui est tout de même le militaire chargé de toutes les décisions…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'ultime volet, &lt;strong&gt;Les Faucheurs&lt;/strong&gt;, change de ton. L'action éclate dans toutes les directions, et l'on a là une espèce de thriller scientifico-politique vraiment excitant. Complots, manœuvres politiques, enlèvements, coup d'état, fuites désespérées, découverte scientifique majeure&amp;nbsp;: tout y est. On traverse plusieurs systèmes planétaires, aller-retour, et on rencontre enfin les fameux Faucheurs&amp;nbsp;! Pourtant, là aussi, difficile de ne pas se départir d'une certaine déception. Le minimum narratif syndical n'est pas toujours respecté. Kress se contente d'une description physique sommaire, d'une vision fugace d'un bout de l'intérieur d'un vaisseau, point. C'est le Grand Ennemi dans toute sa splendeur, diabolisé, intraitable, terrifiant, pire qu'un Klingon de base. On se croirait revenu au temps de la guerre froide. Une caricature de Grand Méchant qui tend à disparaître de la S-F moderne, et que l'on retrouve ici avec surprise, au milieu d'un récit à la pointe de la science. Ceci dit, l'humanité de cette trilogie flirte aussi avec la caricature, alors…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, voici une histoire plus basée sur le mental que sur les émotions, difficile d'accès pour les non scientifiques, adoucie cependant par un troisième volet un peu plus «&amp;nbsp;rock&amp;nbsp;». Un récit exigeant, parfois aride, mais qui reste passionnant et que l'on suit fort bien, même si, çà et là, on l'a dit, le niveau scientifique est un défi à la compréhension. Reste que Nancy Kress est une auteure assez peu publiée en France et qui vaut le détour. À l'heure où la véritable science-fiction se fait de plus en plus rare, on saluera donc ici l'éditeur pour la publication de cette volumineuse trilogie inédite, certes non exempte de défauts mais néanmoins tout à fait digne d'intérêt, avec qui plus est une mention spéciale pour les trois couvertures splendides de Stéphan Martinière.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sandrine-grenier/&quot;&gt;Sandrine Grenier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-38&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;38&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-hommesdenatures2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-hommesdenatures2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Les Hommes dénaturés&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Vers 2030, suite aux méfaits de la pollution, la fertilité a chuté à un point tel que les familles en manque d'enfants adoptent des animaux. C'est dans ce contexte que Shana Walders, jeune appelée qui souhaite faire carrière dans l'armée, aperçoit dans un hangar, en organisant l'évacuation d'une zone dangereuse suite au déraillement d'un train transportant des produits toxiques, des singes dotés d'un visage humain. Son témoignage, loin de lui valoir les honneurs de la presse, ruine ses chances d'entrer dans l'armée, déjà vacillantes à cause de ses insubordinations causées par son caractère de cochon. Vivant cette radiation comme une injustice, Shana mène sa propre enquête, auprès d'un danseur de ballet classique dont les singes génétiquement modifiés sont le portrait craché. Elle trouve une aide précieuse auprès d'un médecin âgé qui n'en a plus pour longtemps à vivre et qui dispose des relations nécessaires pour vérifier l'exactitude de son témoignage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On se doute, bien entendu, à quoi serviront des singes à visage humain. &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/nancy-kress/&quot;&gt;Nancy Kress &lt;/a&gt;pointe du doigt les aberrations auxquelles la société risque d'aboutir, sous la pression des événements et devant l'absence de morale des entreprises mercantiles. L'auteur préfère que les recherches posant des problèmes éthiques soient autorisées avec un cadre législatif précis garantissant la transparence et empêchant les dérives plutôt qu'interdites, ce qui conduit les entreprises peu scrupuleuses à ouvrir des laboratoires clandestins ou dans des pays peu regardants. Reste que les problèmes écologiques et les dangers des manipulations génétiques sont davantage survolés que traités dans ce roman, l'auteur ayant plutôt mis l'accent sur le côté aventureux de l'histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, cette enquête policière qui ne manque pas de rebondissements et reste agréable à lire ne dépasse pas le niveau d'un bon Fleuve Noir de l'époque, ce qui est déjà fort honorable. Toutefois, s'agissant de Nancy Kress, on regrettera qu'elle n'ait pas davantage fouillé son sujet.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-48&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;48&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-feuxcroises.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-feuxcroises.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Feux croisés&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Alors que la Terre agonise, entre dérèglements climatiques et désordre social mondial, un navire-nef s'envole. À son bord, les passagers endormis se composent de Terriens fortunés et de leur entourage&amp;nbsp;: il s'agit d'un vaisseau construit à l'aide de fonds privés, et ses actionnaires vont tenter de partir d'un nouveau pied sur Forêtverte, un monde accueillant prétendument vierge. À leur arrivée, néanmoins, les candidats à l'exil s'apercevront que la planète est déjà habitée par des «&amp;nbsp;velus&amp;nbsp;» dont le comportement curieux varie totalement d'un village à l'autre. Les colons ont à peine entrepris de nouer le contact avec lesdits velus que d'autres extraterrestres se profilent à l'horizon…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman de Nancy Kress part sur des bases intéressantes&amp;nbsp;: en lieu et place de héros préoccupés par l'avenir de l'Humanité, des hommes et femmes égoïstes qui pensent à leur propre préservation et à celle de leur descendance. Et des personnes assez typées pour ce type de trame classique&amp;nbsp;: il y a là des Cheyennes, des néo-quakers, des Musulmans… L'arrivée sur la planète confirme cette thématique&amp;nbsp;: les colons, tout en essayant de vivre ensemble, reproduisent les dissensions et clivages qui minaient leur Terre d'origine. Il aurait été intéressant, lors de la découverte des velus, de poursuivre dans la même veine, et de traiter de problématique d'identité et de relations sociales, voire de racisme. Mais Kress choisit soudain une voie complètement différente, celle de l'affrontement galactique entre extraterrestres. Et elle retombe sur une trame archi-rebattue, d'un classicisme qui évoque irrésistiblement la science-fiction des années 50. Sa description de sociétés aliens a beau être relativement convaincante, on s'ennuie ferme à la lecture de péripéties prévisibles et surtout mille fois vues. Rajoutez à cela certaines ficelles grosses comme des cordes marines (le honteux secret à l'origine de la fortune de Jake, maintes fois évoqué avant d'être enfin livré au lecteur), ou certains tics scénaristiques énervants (quand l'auteur choisit un protagoniste dont elle expose le point de vue, les événements inattendus ou les coups de théâtre se produisent systématiquement dans le dos du personnage choisi), et vous obtiendrez alors un livre assez médiocre. On attendait largement mieux de la part de Nancy Kress.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bruno-para/&quot;&gt;Bruno Para&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-56&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;56&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-beggars.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-beggars.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;L’une rêve, l’autre pas&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Nancy Kress revient&amp;nbsp;! En fait, pas vraiment. &lt;strong&gt;L’une rêve, l’autre pas&lt;/strong&gt; n’est que la réédition en volume indépendant de la novella «&amp;nbsp;L’une rêve et l’autre pas&amp;nbsp;» parue dans l’anthologie &lt;strong&gt;Asimov présente&amp;nbsp;: Futurs qui craignent&lt;/strong&gt; en 1993. Une novella couronnée par le Nebula 1991, le Hugo 1992, le Prix des Lecteurs d’Asimov’s 1992 et le Grand Prix de l’Imaginaire 1995 – excusez du peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit donc de l’histoire de deux sœurs, fausses jumelles. Leisha, la première, a bénéficié, sur l’initiative de son père richissime, d’une modification génétique qui lui permet de n’avoir jamais besoin de dormir&amp;nbsp;; la seconde, Alice, est un accident – et s’avère tout ce qu’il y a de plus normale. Comme tous les enfants Non-Dormeurs, Leisha ne rêve pas mais apprend mieux et plus vite. Alice rêve, et reste normale. Leisha réussira dans la vie, c’est écrit… Peu à peu, les Dormeurs se mettent à craindre les Non-Dormeurs, qui leur sont supérieurs intellectuellement. D’autant que la modification génétique permet aussi à ces derniers de vivre plus longtemps. La peur se mue bien vite en haine, et les Non-Dormeurs de se retrouver peu à peu victimes de discriminations alors que leur désir n’est rien d’autre que d’aider.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si la relation entre Leisha et sa sœur est une part du récit, le titre original de la novella, «&amp;nbsp;Beggars in Spain&amp;nbsp;», permet de saisir son véritable enjeu&amp;nbsp;: donnera-t-on un sou à un mendiant en Espagne&amp;nbsp;? Oui. Et à cinq&amp;nbsp;? Oui. Et à cent&amp;nbsp;? Non. Mais n’y a-t-il que des mendiants en Espagne&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’une rêve, l’autre pas&lt;/strong&gt; rappelle ce que Nancy Kress avait prouvé avec &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/danse-aerienne&quot;&gt;&lt;strong&gt;Danse aérienne&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (le Bélial’)&amp;nbsp;: elle excelle sur la distance de la novella. Si ce texte est d’une indéniable qualité, on en regrettera les quelques coquilles (les logiciels de reconnaissance optique des caractères sont si facétieux). Surtout, on s’interrogera sur la pertinence de cette réédition, sachant que l’anthologie &lt;strong&gt;Futurs qui craignent&lt;/strong&gt; est aisément trouvable d’occasion (avec, pour un prix divisé par deux ou trois, cinq textes de plus) et que, par la suite, Nancy Kress a étendu cette novella en un roman, &lt;strong&gt;Beggars in Spain&lt;/strong&gt; (dont &lt;strong&gt;L’une rêve, l’autre pas&lt;/strong&gt; ne forme que le premier quart), qu’ont suivi &lt;strong&gt;Beggars and Choosers&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Beggars Ride&lt;/strong&gt;, l’ensemble formant le cycle «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Sleepless&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Peut-être de quoi donner des idées à un éditeur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/erwann-perchoc/&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-69&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;69&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-chute.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-chute.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Après la chute&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Après la chute&lt;/strong&gt; est un court roman de Nancy Kress couronné par les prix Nebula et Locus dans la catégorie novella. Ce texte ambitieux se divise en trois lignes narratives alternées, le classique couple &lt;em&gt;plot&lt;/em&gt;-&lt;em&gt;counterplot&lt;/em&gt; auquel s’ajoute une partie hard-SF qui correspond à «&amp;nbsp;pendant la chute&amp;nbsp;». Intéressons-nous à chacune de ces lignes narratives.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avant la chute (2013)&amp;nbsp;: une mathématicienne enceinte aide la police à tenter de mettre fin à une série de kidnappings et de vols, liés les uns aux autres. Des événements étranges car les criminels, dont un garçon décrit comme difforme, disparaissent – «&amp;nbsp;pouf&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» – dans une grande marée de lumière, une fois leurs méfaits accomplis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant la chute (2014)&amp;nbsp;: est la partie hard-SF du court roman, aride et pourtant la plus intéressante des trois, on y suit des bactéries qui prolifèrent, des mitoses. Et diverses anomalies biologiques…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après la chute (2035)&amp;nbsp;: nous présente un petit groupe de survivants humains déformés par… (Ou là là, le grand secret&amp;nbsp;!) Des survivants qui, depuis leur Abri, récupèrent en 2013, grâce à une technologie extraterrestre, des enfants et du ravitaillement. Cette technologie c’est la Soustraction, qui leur permet des sauts dans le passé d’une durée de dix minutes, terriblement courts quand on doit commettre un crime fédéral. Sauf qu’en 2035, il n’y a plus de FBI…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le sentiment qui domine la lecture de ce court roman est la déception (et même, parfois, la consternation), sentiment évidemment amplifié par ce qu’on est tenté d’attendre d’un texte de Nancy Kress multi-primé. Il n’y a quasiment aucun suspens, surtout si on a lu &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/spin&quot;&gt;&lt;strong&gt;Spin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Robert Charles Wilson&amp;nbsp;; mais là où Wilson est terriblement humaniste et mélancolique, Kress est aussi didactique que moralisatrice («&amp;nbsp;la pollution, c’est vraiment pas bien&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; ah bon, m’dame, on n’aurait jamais deviné tout seul). La partie enquête à la &lt;em&gt;Numbers&lt;/em&gt;, en sus d’être tendue comme un string XXL sur le cul osseux d’une &lt;em&gt;top-model&lt;/em&gt; anorexique, devient évidemment – vous pensez bien, une mathématicienne enceinte d’un policier marié – une ligne narrative &lt;em&gt;surtout&lt;/em&gt; sentimentale. Le style est infect (à moins que ça ne soit la traduction française)&amp;nbsp;: il y a de gros gros problèmes de niveaux de langue qui vous expulsent régulièrement de la lecture&amp;nbsp;; chaque fois que l’auteure essaye un tant soit peu d’écrire (c’est-à-dire de produire une prose tenue), cette tentative avorte lamentablement trois lignes plus loin. Tout cela rend l’ouvrage très pénible à lire&amp;nbsp;; mais peut-être plaira-t-il à des lecteurs qui ont peu ou pas de culture SF et ne verront pas au fil des pages d’&lt;strong&gt;Après la chute&lt;/strong&gt; du sous-Wilson ou du sous-McAuley…&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-77&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;77&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-gdl-nexus.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kress-gdl-nexus.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Le Nexus du Docteur Erdmann&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue se déroule dans une petite maison médicalisée de Saint Sebastian, avec pour protagonistes l’ensemble des pensionnaires&amp;nbsp;: Anna Chernov, ancienne danseuse étoile au chevet de laquelle Bob Donovan se présente chaque jour, a dans le coffre de l’établissement un collier d’une valeur inestimable ayant appartenu à un tsar, lequel collier fait fantasmer Evelyn Krenchnoted, l’intraitable curieuse à l’affût du moindre ragot. Gina Martinelli ne jure que par le Seigneur&amp;nbsp;; Erin Bass est une ancienne hippie adepte de spiritualité hindoue&amp;nbsp;; madame Lopez se fait exploiter par sa fille&amp;nbsp;; Al Cosmano trouve à redire sur tout, et d’autres encore…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien qu’âgé de 90 ans, Henry Erdmann, qui fut jadis l’un des acteurs du projet Manhattan, continue de dispenser des cours de physique à des étudiants en prépa. Carrie Vesey, la belle aide-soignante qui le conduit et le ramène, arbore un matin un cocard qui met le vieil homme en colère. Son ancien compagnon, un policier violent, l’a retrouvée malgré l’interdiction de l’approcher… Au retour de l’université, le Dr Erdmann connaît un moment d’absence en raison de ce qui ressemble à une intrusion mentale. En quête d’un médecin, Carrie, inquiète, tombe sur Jake DiBella, un chercheur en neurosciences venu étudier le cerveau des personnes âgées. Contre toute attente, le Dr Erdmann accepte de passer une IRM…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui ressemble à une aimable chronique sociale sur l’infantilisation des personnes âgées et le peu d’attention qu’on leur accorde, sur la hantise du handicap, de l’impotence et la perspective de la mort, prend une tout autre tournure lorsque d’autres pensionnaires éprouvent à leur tour des attaques similaires, d’intensité variable. L’émoi est à son comble lorsque tous sont pris de vomissements –&amp;nbsp;attribués à tort à une intoxication alimentaire, alors qu’en aparté, ils avouent avoir perçu des flashes de lumière ou senti une présence dans leur esprit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le Dr Erdmann, qui connaît des crises plus violentes que les précédentes, décide de jouer les enquêteurs, ravi de pouvoir une fois de plus exercer ses facultés intellectuelles&amp;nbsp;: lui qui a besoin d’un déambulateur pour se déplacer redoute davantage la perte de ses fonctions mentales que celle de ses capacités physiques…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’est pas le seul à investiguer, car une suspicion de meurtre pesant sur Carrie pousse deux policiers à enquêter sur place, alors même que le coffre de l’établissement est forcé. Henry Erdmann en est pour sa part persuadé&amp;nbsp;: quelque chose approche, quelque chose qui vient pour lui et s’immisce dans l’esprit des pensionnaires. Pour tous se présentera alors l’heure du choix, l’occasion de peut-être favoriser la naissance d’une conscience et, qui sait, de prolonger leur vie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La conduite d’un aussi grand nombre de personnages aurait pu déboucher sur un récit bien plus ample, mais Nancy Kress gère son déroulement avec une belle économie de moyens. Malgré l’évocation de questions de physique, elle ne s’attarde pas non plus sur des explications pesantes. Le personnage d’Erdmann est un démarquage réussi de Feynman (bien que Nancy Kress lui fait dire n’avoir pas aimé travailler avec pareil «&amp;nbsp;farceur&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;: en effet ce dernier, qui aurait eu le même âge à la date de rédaction du récit, adorait résoudre des énigmes en apparence insolubles et pratiquait le même type d’humour. Le court roman se lit d’une traite, sans heurt ni temps mort. Un agréable récit, récompensé par le prix Hugo en 2009, qui inaugure en beauté la nouvelle collection «&amp;nbsp;Une heure-lumière&amp;nbsp;» auprès de Vernor Vinge, Paul J. McAuley et Thomas Day.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-81&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;81&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 77 - Hommage à Jack Ketchum</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/01/30/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-77-Jack-Ketchum" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 77 - Hommage à Jack Ketchum" />
      <id>urn:md5:0ba4b4d369d08e8ec64a24f3d930000f</id>
      <published>2018-01-30T17:00:00+01:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:04:45+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi77-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi77-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bonne résolution de 2018&amp;nbsp;: la Bibliothèque orbitale revient&amp;nbsp;! Un épisode aussi navrant que navré où Philippe Boulier rend hommage à deux artistes disparus le même jour, Jack Ketchum, écrivain d'horreur, et Mark E. Smith, l'irascible leader du groupe de rock anglais The Fall…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi77-ketchum.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi77-ketchum.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : The Fall - New Facts emerge&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi77-thefall.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi77-thefall.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;- New Facts emerge&lt;br /&gt;
- Fol de Rol&lt;br /&gt;
- Victoria Train Massacre&lt;/p&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_77.mp3" length="18131256" type="audio/mpeg3" />
      
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      <title>Avec ses yeux</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/01/26/Avec-ses-yeux" rel="alternate" type="text/html" title="Avec ses yeux" />
      <id>urn:md5:e583a14eb24a973dd77287f3ebbfd82b</id>
      <published>2018-01-26T09:01:00+01:00</published>
              <updated>2018-03-01T10:13:36+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Liu Cixin</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;liu-avecsesyeux-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/liu-avecsesyeux-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Drôle de requête que celle soumise au narrateur&amp;nbsp;: porter une paire de lunettes augmentées pour son weekend au Taklamakan. Des lunettes qui permettent à ceux travaillant dans l'espace, loin de toute nature, de voir la même chose que leur porteur. Ici, à l'autre bout de l'appareil, il y a une jeune femme, qu'un rien émerveille. Qui est-elle&amp;nbsp;? Et surtout&amp;nbsp;: où est-elle&amp;nbsp;? Une nouvelle pleine de tendresse de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/p/cixin-liu/&quot;&gt;Liu Cixin&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, récompensée par le Prix des lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 2017&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Liu Cixin, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-87&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 87&lt;/a&gt; et traduite du chinois par Gwennaël Gaffric, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/cixin-liu/avec-ses-yeux&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 26 janvier au 28 février 2018. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;liu-avecsesyeux-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/liu-avecsesyeux-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Romain Étienne&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <entry>
      <title>Proscenium</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/01/26/Proscenium" rel="alternate" type="text/html" title="Proscenium" />
      <id>urn:md5:7d640b0d9f5a3451aa76e0796bb4a86c</id>
      <published>2018-01-26T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-03-01T10:13:53+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Thierry Di Rollo</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di_rollo-proscenium-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/di_rollo-proscenium-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En état de semi-mort, Sorn n'a plus qu'un seul but dans ce qui lui reste de vie : retrouver Naëva, son amour de jeunesse. La seule et l'unique. À bord du &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Proscenium&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, sa seule richesse, Sorn arpente l'espace, dans une quête désespérer pour se rapprocher de celle qui pourtant demeure inaccessible. Un récit poignant signé &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/thierry-di-rollo/&quot;&gt;Thierry Di Rollo&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, couronné par le Prix des lecteurs de Bifrost 2017.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de Thierry Di Rollo, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-85&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt; 85&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/thierry-di-rollo/proscenium&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 26 janvier au 28 février 2018. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di_rollo-proscenium-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/di_rollo-proscenium-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;: Romain Étienne&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 89)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2018/01/24/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-89" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 89)" />
      <id>urn:md5:e6bdfbeddf05cdde8a4ed3ea54bef500</id>
      <published>2018-01-24T06:00:00+01:00</published>
              <updated>2019-01-17T11:20:03+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr89-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr89-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour quelques critiques de plus… En complément aux recensions critiques du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-89&quot;&gt;numéro 89 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, consacré à Nancy Kress, voici quelques chroniques supplémentaires&amp;nbsp;: au programme, deux tomes 2, une réédition bienvenue et un livre bardé de prix…&lt;/p&gt; &lt;h3 id=&quot;magieexlibris&quot;&gt;Magie ex libris T2&amp;nbsp;: Lecteurs nés&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr89-magieexlibris2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr89-magieexlibris2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Jim C. Hines – l’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La Dentelle du Cygne&amp;nbsp;» – avril 2017 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par L. Davoust. 336 pp. GdF. 21&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au début de &lt;strong&gt;Lecteurs nés&lt;/strong&gt;, suite directe de &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-bibliomancien&quot;&gt;Bibliomancien&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; , premier tome de la série, le personnage principal, Isaac Vainio, digère les changements radicaux intervenus dans son existence. Tout d’abord, sur le plan sentimental&amp;nbsp;: il forme dorénavant, avec la nymphe Lena et le docteur Nidhi Shah, un trio en recherche d’équilibre. Mais aussi sur le plan professionnel&amp;nbsp;: grâce à sa rencontre avec Gutenberg, le mystérieux créateur de l’organisation secrète Die Zwelf Portenaere, il a un nouveau métier. Fini l’archivage où on l’avait cantonné, le voilà chercheur, chargé de comprendre qui sont ces créatures menaçantes et terrifiantes tapies dans l’ombre des livres. Et, accessoirement, il se retrouve éducateur, puisqu’il est en charge d’une ado aux pouvoirs étonnants&amp;nbsp;: elle est capable de produire des objets sortis non d’un ouvrage de papier, mais d’une tablette. Ah&amp;nbsp;! Monde moderne&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais pas de temps pour la réflexion. Un wendigo a été assassiné et les loups-garous réclament l’aide d’Isaac. Rapidement, il passe toutefois du statut d’enquêteur à celui de proie. Des insectes métalliques l’attaquent et s’en prennent aussi à l’arbre de Lena. Ce danger écarté, une course-poursuite va s’engager contre le commanditaire de cet acte, un tueur aux pouvoirs démesurés. Une fois de plus, Vainio va tenter de sauver le monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà bien le principal défaut de ce roman, identique par sa structure à &lt;strong&gt;Bibliomancien&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: une intrigue un peu simple, étirée sur tout l’ouvrage, avec force explosions, force bagarres. Le héros se trouve en péril, découvre rapidement la source du mal et fonce dans le tas. Cela peut donner un sentiment de vacuité mais le récit est sauvé par des personnages attachants. Vainio et ses doutes sentimentaux est tout à fait crédible&amp;nbsp;: ses interrogations sur sa capacité à vivre en partageant celle qu’il aime avec une autre femme sont tout sauf risibles. Lena, pivot de cet ouvrage, gagne d’ailleurs nettement en épaisseur&amp;nbsp;: chaque chapitre s’ouvre par un épisode de sa vie, ce qui permet de la découvrir ainsi de façon convaincante. Ajoutons à cela la traditionnelle galerie des monstres et autres créatures surnaturelles, riche et haute en couleurs. On croise à nouveau des vampires, mais aussi des wendigos, des créatures métalliques et des mages venus d’Extrême-Orient. Bref, un melting-pot explosif à souhait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une autre richesse de &lt;strong&gt;Lecteurs nés&lt;/strong&gt; est son inventivité en matière de magie tirée des livres. On continue à découvrir les coulisses de la société Die Zwelf Portenaere&amp;nbsp;: une nouvelle partie du passé de Gutenberg surgit, peu flatteuse pour ce génie tyrannique. Et saute à la figure d’Isaac. D’ailleurs ce dernier, pour se sortir de situations plus périlleuses les unes que les autres ne peut plus se contenter de sortir des armes de ses ouvrages. Il lui faut faire preuve de davantage d’imagination. Et cette inventivité est réjouissante. Pas assez, peut-être, pour attendre en trépignant le prochain tome de la série. Suffisamment, sans doute, pour s’y intéresser à sa sortie.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Underground Railroad&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr89-railroad.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr89-railroad.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Colson Whitehead – Albin Michel – août 2017 (roman traduit de l’anglais [US] par Serge Chauvin. 416 pages. GdF. 22,90&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Comment&amp;nbsp;? Un livre qui rafle à la fois le prix Pulitzer 2017, le National Book Award 2016, et le &lt;em&gt;prix Arthur C. Clarke 2017&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Un roman de science-fiction qui gagne deux des plus prestigieux prix littéraires aux États-Unis&amp;nbsp;? Le genre serait donc enfin reconnu à sa juste valeur, et parfaitement intégré au paysage littéraire global&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le début du roman n'apporte guère d'éclaircissement&amp;nbsp;: on est dans une plantation de coton, où Cora, une jeune esclave, tente d'oublier l'oppression permanente de ses patrons, et de survivre tant bien que mal malgré des conditions de vie déplorables. Seules quelques heures par semaine, le dimanche après-midi, lui sont permises pour s'occuper de ses affaires, mais bien vite la réalité la rattrape&amp;nbsp;: elle, comme tant de personnes noires, doit se plier à un travail d'une pénibilité extrême, sans perspectives d'évolution. Toutefois, dans un coin de sa tête, il y a le souvenir de sa mère, la seule esclave à avoir réussi à s'échapper de la plantation, et qui doit en ce moment bénéficier d'une existence plus douce, quelque part dans le nord dont les vertus anti-abolitionnistes sont connues de tous…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Attendez… Où donc voyez-vous la science-fiction, voire l'imaginaire au sens large, dans ce résumé&amp;nbsp;? Et pourtant, il y en a, mais bien caché. Car il existe un mythe parmi les esclaves, un qui fait frissonner d'espoir les personnes de couleur, d'angoisse leurs propriétaires, et d'excitation les chasseurs de primes aux méthodes brutales et sadiques&amp;nbsp;: le chemin de fer souterrain (&lt;em&gt;underground railroad&lt;/em&gt;, en VO). Ce réseau a réellement existé, il s'agissait d'un ensemble de routes clandestines permettant la fuite des Noirs. Whitehead, lui, prend l'expression au pied de la lettre, et invente un vrai chemin de fer souterrain, avec ses gares dissimulées sous les maisons des passeurs, ses rails qui sillonnent tous les États-Unis, et ses chefs de gare qui risquent leur vie chaque jour. Voies ferrées que vont emprunter Cora et certains des siens, et qui l'emmèneront dans d'autres états. Difficile de dire si l'auteur emprunte réellement à l'imaginaire, ou si son chemin de fer souterrain n'est rien d'autre qu'une métaphore, une sorte de licence poétique sur ce chemin de fer à l'existence mythique. On penche plutôt pour la deuxième hypothèse, car cet &lt;em&gt;underground railroad&lt;/em&gt; n'est finalement que très peu utilisé, et n'a donc guère d'impact sur l'histoire, si ce n'est pour accélérer certains déplacements de Cora. Ce qui permet à Whitehead de dresser un constat sans concession de la société américaine de l'époque. Dans d'autres états, jugés plus progressistes, l'esclavagisme prendra d'autres formes, plus pernicieuses, où, sous couvert de sensibilisation des personnes à la connaissance de la cause noire, on cantonnera ses représentants à leur statut dans un musée. Et, au final, malgré quelques utopies qui tenteront d'exister, irrémédiablement, reviendra le spectre de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, &lt;strong&gt;Underground Railroad &lt;/strong&gt;est un roman qui décortique les années noires de l'Amérique, un livre âpre et fort comme le sujet en a déjà suggéré. On comprend parfaitement à la lecture qu'il ait pu glaner le Pulitzer et le BNA, mais qu'il empoche le prix Arthur C. Clarke restera à tout jamais un mystère, tant l'imaginaire est secondaire dans ce livre. Whitehead avait bien davantage côtoyé le genre dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/zone-1&quot;&gt;Zone 1&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;lazare-t2&quot;&gt;Lazare en guerre T2&amp;nbsp;: La Légion&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr89-lazare2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr89-lazare2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Jamie Sawyer – L’Atalante, coll. «&amp;nbsp;La dentelle du cygne&amp;nbsp;» – août 2017 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par Florence Bury. 464 pp. GdF. 23 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Lazare is back&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; Deux ans après son expédition dramatique à la recherche de l’Artefact en plein territoire krell, il a repris une vie normale&amp;nbsp;: conflit après conflit, mission après mission, mort après mort. Et toujours l’alcool pour oublier son épouse Elena disparue dans le Maelström. Il est bien passé du grade de capitaine à celui de commandant, mais rien ne semble réellement le motiver. Une seule chose le retient à la vie&amp;nbsp;: l’espoir. Ne serait-il pas possible de retrouver la trace de sa femme suite à ses découvertes sur Hélios III&amp;nbsp;? Quand il est choisi pour une mission sur un site bribe – une autre race extraterrestre, terriblement puissante, disparue depuis longtemps – perdu au fin fond du Maelström, il se jette à corps perdu dans cette dernière chance de rejoindre sa moitié. De reprendre goût à l’existence. Mais une fois de plus, rien ne sera simple et rien ne fonctionnera comme prévu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce deuxième roman, pas de planète désertique, juste l’espace profond empli de menaces. Pas un moment, non plus, pour les doutes&amp;nbsp;: les actions s’enchaînent sans temps mort. Combats, explosions, trahisons (car le Directoire reste en embuscade). Seules respirations&amp;nbsp;: les retours en arrière ponctuant le récit. Dans &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/l-artefact&quot;&gt;L’artefact&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; , l’auteur revenait sur la relation entre Elena et Conrad Harris. Dans &lt;strong&gt;La Légion&lt;/strong&gt;, il nous conduit encore plus loin dans le passé &amp;nbsp;: jusqu’à la jeunesse du héros. Quand il était enfant, quasi abandonné à lui-même, dans un quartier délabré au possible. Seule personne réellement importante pour lui&amp;nbsp;: sa sœur. Qui finira par l’abandonner à son tour. Ces épisodes, même s’ils sont cohérents avec le personnage, n’apportent pas grand-chose à la narration. Moins, en tout cas, que ceux du premier volume. Par contre, l’action se complexifie&amp;nbsp;: les intervenants sont plus impliqués et on sent que l’auteur prépare l’explosion finale (le roman s’achève, d’ailleurs, sur une bonne surprise). Tous sont réunis dans un lieu en principe neutre, mais finalement centre des convoitises&amp;nbsp;: humains de l’Alliance et du Directoire, Krells et, peut-être, Bribes. Tous les coups sont permis pour obtenir un avantage supplémentaire, une arme ultime. Et ainsi gagner ce conflit sans fin&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, dans &lt;strong&gt;La légion&lt;/strong&gt;, Jamie Sawyer utilise les mêmes recettes que dans &lt;strong&gt;L’artefact&lt;/strong&gt;, premier volume de la trilogie. Mais, peut-être est-ce dû à l’effet «&amp;nbsp;deuxième tome&amp;nbsp;», les défauts pardonnés la première fois sont plus visibles et finissent par agacer. Ce roman n’est en définitive qu’un très honnête récit militaire, classique dans sa forme et les thèmes brassés, comme il en existe tant sur le marché en ce moment. Cependant, par rapport à nombre d’entre eux, &lt;strong&gt;Lazare en guerre&lt;/strong&gt; a un réel avantage&amp;nbsp;: en principe, cette série ne dépassera pas le troisième volume (sans compter la novella parue en cette fin d’année, &lt;strong&gt;Rédemption&lt;/strong&gt; et même si l’auteur a commencé, avec &lt;strong&gt;Pariah&lt;/strong&gt;, une nouvelle trilogie reprenant le concept des SimOps). Aussi, on se laissera tenter. Avec une once de circonspection.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le Roi des Chats&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr89-roideschats.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr89-roideschats.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Stephen Vincent Benét – L'Éveilleur Étrange – octobre 2017 (recueil traduit de l’anglais [US] par Pierre Javel. 143 pp. Gdf. 16&amp;nbsp;€)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Moi&amp;nbsp;» est une réponse à la question posée par Thierry Gillybœuf, le préfacier de ce recueil qui demandait qui connaissait, aujourd'hui, en France, le nom de cet écrivain…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'une manière assez inexplicable, le nom de cet auteur dont je n'avais lu que deux textes voici de longues années —&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dans les Eaux de Babylone&amp;nbsp;»,&lt;/em&gt; inclus dans le volume &lt;strong&gt;Histoires de Fin du Monde&lt;/strong&gt; de la Grande Anthologie de la SF et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cauchemar pour le temps futur&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;paru en 1962 dans l'anthologie du physicien atomiste Léo Szilard, &lt;strong&gt;La Voix des Dauphins &lt;/strong&gt;— m'était curieusement familier. Les lettres américaines comptent bon nombre d'auteurs d'une toute autre envergure que Benét sans pour autant que ce dernier fut négligeable. Lauréat à deux reprises du Prix Pulitzer pour sa poésie, il était en son temps – les années 20 et 30 – plus connu que T.S. Eliot selon la préface. Plus que toute autre littérature, la poésie reste rebelle à la traduction, exigeant un poète d'égal talent affin de ne point perdre toute sa saveur. Si fidèle qu'il soit au texte d'origine, la poésie traduite sera bien davantage l'œuvre du traducteur que le roman ou la nouvelle. Mais Benét, qui vint par deux fois en France, était aussi romancier et noveliste. Peut-être faut-il tenter d'expliquer son succès dans son pays d'origine et son anonymat ici par son inspiration largement puisée dans l'histoire américaine. Peut-être aussi sont-ce là les raisons qui poussèrent l'éditeur à opter pour les nouvelles fantastiques de Benét&amp;nbsp;: un fantastique en demi-teinte, à l'ironie légère cultivant un art délicat de la satire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme son nom l'indique, L'Éveilleur Étrange n'est nullement fermé à l'imaginaire. Il nous a déjà entre autre donné une réédition de &lt;strong&gt;Jumbee&lt;/strong&gt;, recueil du révérend Henry S. Whitehead naguère paru chez Sombres Crapules en 1988 et les &lt;strong&gt;Histoires Incertaines&lt;/strong&gt; de Henri de Régnier, qui ne sont pas sans évoquer Renato Pestriniero. Rien d'&lt;em&gt;étrange&lt;/em&gt;, donc, à y voir aujourd'hui réédité &lt;strong&gt;Le Roi des Chats&lt;/strong&gt;. Tour d’horizon du contenu de ce recueil…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La nouvelle-titre, qui relocalise un vieux conte anglais au sein de la bonne société newyorkaise, n'a rien de foncièrement original et c'est dans les détails satiriques qu'il faudra chercher une certaine saveur aigre-douce. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Roi des Chats&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; demeure le texte le plus connu de Benét sur cette rive de l'Atlantique. Outre l'édition originale de 1947 chez Julliard et celle-ci, il a été repris dans le numéro 31 de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, une anthologie sur les chats dirigée par Xavier Legrand-Ferronnière chez Losfeld, puis dans la traduction d'une anthologie de Dashiell Hammett au Fleuve Noir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écrit en 1939, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La fuite en Égypte&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; révèle un écrivain en prise sur son époque, qui a vécu dans une Europe voyant s'annoncer ses plus sombres heures, et qui sera un ardent partisan de l'entrée en guerre des États-Unis. Il y pressent les événements à venir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le Docteur Mellhorn et les portes de perles&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; nous présente un médecin préférant au paradis l'enfer où il peut continuer à exercer sa vocation quand bien même celle-ci viendrait à contrarier quelques peu la raison d'être de l'endroit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;L'Homme du Destin&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; est une uchronie où l'homme providentiel entre sur la scène de l'histoire avant que la providence ne lui ait écrit un rôle à sa mesure. L'Histoire ne le réclamant pas, il se morfond. Benét s'enquiert du destin de nos grands hommes hors du contexte qui les a requis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'Histoire encore pour ce texte où l'on assiste au départ de la dernière légion romaine d'Angleterre. Nulle trace d'imaginaire dans ce texte qui ressemble à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Fuite en Égypte&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; à ce détail près qu'un point de vue mobile se substitue au point fixe. &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La Dernière Légion&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; prend aussi le contrepied du texte précédent en évoquant la marche inexorable de l'Histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;L'Âge d'or&amp;nbsp;»,&lt;/em&gt; réédition de &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Dans les eaux de Babylone&amp;nbsp;»,&lt;/em&gt; conclut le recueil. C’est là une nouvelle de SF teintée d’un l'optimisme propre à l'époque qui n'aurait pas déparé dans un sommaire d’&lt;em&gt;Astounding&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Benét joue de l'imaginaire à fleuret moucheté, s'abstient de tout effet grandguignolesques. L’intérêt de ses nouvelles réside moins dans le côté narratif que dans leur dimension spéculative&amp;nbsp;; l’auteur sait faire éclore ses problématiques avec une belle économie de moyens que rehaussent de fins traits d’un humour pétillant. Le plaisir que l'on pourra trouver à lire Benét gît, tout comme le diable qui n'en est jamais bien loin, dans les détails…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Z comme Zeit</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/22/Z-comme-Zeit" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zeit" />
      <id>urn:md5:61b0e5c845f09ac95057b9520745d0b8</id>
      <published>2017-12-22T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-12-22T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on conclut ce tour d'alphabet en se perdant dans l'espace et le temps, en compagnie des pionniers de la kosmische musik&amp;nbsp;: Tangerine Dream, dont le troisième album, &lt;strong&gt;Zeit&lt;/strong&gt;, semble abolir la notion de durée…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Zeit, Tangerine Dream (Ohr, 1972). 4 morceaux, 76 minutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la précédente lettre Z de ce navrant Abécédaire, on s’était intéressé à la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/31/Z-comme-Zukunftsmusik&quot;&gt; musique du futur&lt;/a&gt; telle qu’envisagée par le musicien allemand DJ Hell. Sans quitter l’Allemagne, faisons un petit temporel vers le passé – quarante-cinq ans seulement –, et intéressons-nous maintenant au temps… Un temps en stase dans un rêve mandarine.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-z-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-z-cover_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec Kraftwerk, Can ou Neu!, Tangerine Dream fait partie des groupes les plus reconnus du krautrock, ce terme fourre-tout désignant essentiellement un mélange de rock expérimental et de musiques électroniques venu tout droit d’outre-Rhin au cours des années 70. Groupe à géométrie variable fondé autour d’Edgar Froese – décédé en 2015 –, Tangerine Dream est à la tête d’une discographie riche de plusieurs dizaines d’albums, dont bon nombre de bandes originales de film.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-z-ohr.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-z-ohr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-z-ohr_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En parlant de BO justement… En 1972, Pink Floyd s’égare brièvement avec celle composée pour &lt;em&gt;La Vallée&lt;/em&gt; de Barbet Schroeder, titrée &lt;em&gt;Obscured by Clouds&lt;/em&gt; – un disque d’intérêt faiblard et qui souffre d’être coincé entre deux sorties majeures du quatuor, &lt;em&gt;Meddle&lt;/em&gt; en 1971 et surtout &lt;em&gt;Dark Side of the Moon&lt;/em&gt; en 1973. En 1972 toujours, les androïdes des Kraftwerk se cherche encore&amp;nbsp;: le groupe, alors constitué des seuls Ralf Hütter et Florian Schneider, vient de sortir en janvier son deuxième effort, tout simplement intitulé &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk&quot;&gt; &lt;em&gt;Kraftwerk 2&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Un album imparfait et déséquilibré, où ne devine encore guère la pop robotique qui fera les grandes heures du groupe, et renié par la suite. Et en août de cette même 1972, Tangerine Dream sort &lt;em&gt;Zeit&lt;/em&gt;, son troisième album après &lt;em&gt;Electronic Meditation&lt;/em&gt; (1970) et &lt;em&gt;Alpha Centauri&lt;/em&gt; (1971), situé, avec &lt;em&gt;Atem&lt;/em&gt; (1973), en plein dans la période dite «&amp;nbsp;Pink&amp;nbsp;» du groupe – il s’agit moins d’une période musicale, comme Picasso pouvait l’être picturalement avec ses périodes roses et bleues, mais d’une période relative au label sur lequel TD a sorti ses disques, à savoir Ohr, dont le logo est une oreille rose (CQFD). À noter que la pochette de &lt;em&gt;Meddle&lt;/em&gt; (1971) de Pink Floyd représente justement un gros plan sur une oreille… mais dans les tons bleus. Je doute que cela ait le moindre rapport, mais la coïncidence, s’il en est, valait le coup d’être notée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-z-meddle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-z-meddle.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avant d’aborder &lt;em&gt;Zeit&lt;/em&gt;, quelques mots sur les albums précédents&amp;nbsp;: enregistré dans une usine désaffectée berlinoise, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=wPmvcz6Fp10&quot;&gt;&lt;em&gt;Electronic Meditations&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1970) a des airs de jam session débridée, aux accents fortement rock. Pas de synthétiseurs sur cet album, rien que des guitares, violons et violoncelles, un orgue électronique, et des percussions (jouées par un jeune Klaus Schulze, dont il s’agira de la seule participation à Tangerine Dream). Les sonorités de ces méditations (pas très) électroniques ne s’avèrent pas très différentes de ce qu’on pouvait entendre en Angleterre ou aux USA à la même période, côté rock progressif ou psychédélique. À l’inverse, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ZFhSjlLQ6Jg&quot;&gt;&lt;em&gt;Alpha Centauri&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1971) se révèle moins expérimental et plus cosmique – plus maîtrisé, surtout. Par ailleurs, les synthétiseurs font officiellement leur entrée dans la panoplie du groupe (le VCS3 d’EMS). C’est là un disque porté par sa pièce maîtresse, qui occupe la face B du disque et lui donne son titre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-z-td1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-z-td1_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et, sous une pochette tout aussi cosmique qu’&lt;em&gt;Alpha Centauri&lt;/em&gt;, arrive &lt;em&gt;Zeit&lt;/em&gt;, troisième effort qui diffère un peu des deux précédents disques du groupe&amp;nbsp;: c’est qu’il s’agit là de rien de moins qu’un double album. Pourquoi pas&amp;nbsp;: cela fait alors une demi-douzaine d’années que les doubles albums sont devenus assez courants dans le rock, Bob Dylan et Frank Zappa ayant initié la mode avec respectivement &lt;em&gt;Blonde on Blonde&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Freak Out!&lt;/em&gt; en 1966. Eux aussi des troisièmes albums, &lt;em&gt;Electric Ladyland&lt;/em&gt; de Jimi Hendrix et &lt;em&gt;Ummagumma&lt;/em&gt; de Pink Floyd ont suivi en 1969 et 1970. &lt;em&gt;Ummagumma&lt;/em&gt;, qui comporte une partie studio (pas vraiment épargnée par le temps) et une partie live (intemporelle), dont les sonorités ont — peut-être – pu représenter une influence pour le présent album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/rjvF36gzLF8&quot; frameborder=&quot;0&quot; gesture=&quot;media&quot; allow=&quot;encrypted-media&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Zeit&lt;/em&gt; se divise en quatre mouvements, chacun occupant une face de ce double album. «&amp;nbsp;Birth of the Liquid Plejades&amp;nbsp;» est un morceau languissant, porté par dans ses premières minutes par un violoncelle mélancolique et rejoint ensuite par un Moog aux accents poignants. Vous souvenez-vous des dernières minutes élégiaques de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=S7RL1F7hqRc&quot;&gt;«&amp;nbsp;A Saucerful of Secrets&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; sur l’album éponyme de Pink Floyd&amp;nbsp;? C’est pareil, mais déployé sur un temps plus long. «&amp;nbsp;Nebulous Dawn»&amp;nbsp;: après un début sinistres – à nouveau des lignes de violoncelles, ponctuées d’effets électroniques –, le morceau s’emballe, cette «&amp;nbsp;aube nébuleuse&amp;nbsp;» se condensant en bruits liquides et déconnade spatiale. L’apaisement règne au début de «&amp;nbsp;Origin of Supernatural Probabilities&amp;nbsp;», avant que le morceau ne se transforme en un long drone hypnotique. Enfin, «&amp;nbsp;Zeit&amp;nbsp;» conclut l’album et propulse son auditeur dans des ailleurs éthérés plus ou moins inquiétants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, le temps semble s’être aboli dans &lt;em&gt;Zeit&lt;/em&gt;. Rien d’étonannt&amp;nbsp;: plutôt qu’une éclipse, on peut imaginer que la pochette représente un trou noir – objet céleste venant, à l’époque, de quitter le seul domaine théorique avec les observations de Cygnus X-1 –, endroit à l’intérieur duquel le temps semble ralentir… du moins pour l’observateur situé à l’extérieur. Chacun des quatre morceaux durent entre dix-sept et vingt minutes, mais leur durée pourrait être le double ou le triple que le résultat serait identique. Pas de mélodies évidentes auxquelles se raccrocher, les quatre pièces musicales déploient lentement leurs textures sonores, avec une approche similaire à celle de l’ambient, quelques années plus tard. C’est là un disque résolument abstrait, voire aride et monotone – mais néanmoins fascinant, pour peu que l’on accepte de lâcher prise (avec ou sans la présence de substances). Et un geste anti-commercial au possible.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-z-coil.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-z-coil.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les disques suivants de Tangerine Dream reviendront à des choses plus accessibles – &lt;em&gt;Atem&lt;/em&gt;, qui conclura la période Pink du groupe, &lt;em&gt;Phaedra&lt;/em&gt; et le superbe &lt;em&gt;Rubycon&lt;/em&gt;, qui entameront les années Virgin. &lt;em&gt;Zeit&lt;/em&gt; a probablement eu des héritiers, indirects comme dans le cas de &lt;em&gt;Metal Machine Music&lt;/em&gt; de Lou Reed – un album réellement inécoutable, dont chacune des secondes paraît durer le triple –, ou plus directs comme &lt;em&gt;Time Machines&lt;/em&gt; (1998) de Coil, comprenant quatre morceaux aux titres hallucinogènes (par exemple, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/qRQ-kc0ejRA&quot;&gt;«&amp;nbsp;4-Indolol, 3-[2-(Dimethylamino)Ethyl], Phosphate Ester: (Psilocybin)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), où le temps semble à nouveau disparaître au fil des 73 minutes de l’album – quand la &lt;em&gt;kosmische Musik&lt;/em&gt; se fait &lt;em&gt;chemische Musik&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: c’est selon&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Y comme Les Yeux électriques</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/21/Y-comme-Les-Yeux-electriques" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Les Yeux électriques" />
      <id>urn:md5:5f71817a135fac3a722f6e1ba44aefa5</id>
      <published>2017-12-21T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-12-21T13:34:00+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quand Lucius Shepard s'essaie au roman de zombies, que cela donne-t-il&amp;nbsp;? C'est l'occasion de s'intéresser au premier roman de l'auteur, &lt;strong&gt;Les Yeux électriques&lt;/strong&gt;, paru sous nos latitudes voici trente ans, et à sa suite, &lt;strong&gt;Dead Money&lt;/strong&gt;, au sommaire du recueil &lt;strong&gt;Sous des cieux étrangers&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Yeux électriques [Green Eyes], roman de Lucius Shepard traduit de l’anglais [US] par Isabelle Delord. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Ailleurs &amp;amp; Demain&amp;nbsp;», 1987 [1984]. GdF, 280 pp.&lt;br /&gt;
Dead Money [id.], novella de Lucius Shepard traduite de l’anglais [US] par Jean-Daniel Brèque, in Sous des cieux étrangers, Le Bélial’, 2010. Pp. 111-198.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Parmi les genres les plus rebattus qui soient du côté du fantastique, il y le roman de zombies, à peu près au même titre que le roman de vampires, la faute à une déferlante de romans d’une qualité oubliée six pieds sous terre. En soi, la figure du zombie est certes digne d’intérêt, manière de métaphore des masses populaires décérébrées. Mais au-delà du simple affrontement morts contre vivants, où l’on redécouvre à chaque fois que, ô stupeur, les humains sont pires que leurs congénères assoiffés de cervelle, on tourne vite en rond. Pour son premier roman, Lucius Shepard s’est aventuré sur le terrain du roman de zombies… Mais en 1984, le genre était sûrement bien moins balisé que maintenant. Voyons cela de plus près…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-y-covers-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-y-covers-us_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les «&amp;nbsp;yeux électriques&amp;nbsp;» du titre, ce sont ceux des zombies. Attention, il faut oublier ici le cliché de la créature amorphe avide de cervelles humaines. Ces cadavres – pas trop défraîchis s’il vous plaît – que l’on a ramené volontairement à la vie à l’aide d’une bactérie spécifique, que l’on trouve dans la terre des cimetières (et pourquoi pas). Une résurrection qui a trois effets secondaires&amp;nbsp;: la première est une lueur vert électrique dans les yeux&amp;nbsp;; la seconde est l’apparition d’une nouvelle personnalité, effaçant l’originelle (une sorte d’expression incarnée du désir, à la Freud). Dernière conséquence, et pas la moindre&amp;nbsp;: cette résurrection est temporaire, même si la durée est susceptible de varier de quelques heures à plusieurs mois. Ces zombies d’une nouvelle sorte sont l’œuvre du docteur Hidoki Ezawa, de l’université de Tulane à la Nouvelle-Orléans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jocundra Verret est thérapeute et travaille auprès du Dr Ezawa&amp;nbsp;; peu à peu, la voilà qui s’éprend de l’un de ses patients&amp;nbsp;: le charismatique Donnell Harrison. Un poète, un écrivain. Et, accessoirement, un zombie. Bien vite, le couple improbable prend la fuite et quitte Tulane. Leur but&amp;nbsp;: trouver un moyen de maintenir Donnell en vie. C’est le début d’une étrange errance, faite de rencontres improbables, dans les tréfonds de la Louisiane. Car Donnell possède un pouvoir, celui de guérir les gens&amp;nbsp;: ses yeux si particuliers lui permettent de voir, en quelque sorte, les flux magnétiques des individus&amp;nbsp;; il lui suffit ensuite de les tisser de manière adéquate pour les soigner. Plus qu’un pouvoir, un don… Un don qui grandit et dans lequel se devinent les ombres des loas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les zombies des &lt;strong&gt;Yeux électriques&lt;/strong&gt; diffèrent passablement des hordes de créatures affamées de cerveaux frais&amp;nbsp;: Shepard donne une origine passablement vaudou à ses morts-vivants, tout en cherchant à trouver une vague explication scientifique (des bactéries, donc). L’intérêt, comme bien souvent avec l’auteur du &lt;strong&gt;Dragon Griaule&lt;/strong&gt;, ne se situe pas du côté de la quincaillerie ou des mécanismes biologiques, mais bien dans la description des bayous et de leur population interlope. L’aspect (vaguement) scientifique s’efface bien vite derrière le vaudou, et l’on croise vite les ombres du Baron Samedi ou d’Ogoun Ferraille… L’ambiance se fait lourde, pesante, chargée de tensions.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-y-covers-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-y-covers-fr_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur le papier, c’est impeccable. Néanmoins, le roman peine à passionner&amp;nbsp;: trop longue, trop lente, l’intrigue peine à impliquer le lecteur (votre serviteur, du moins), qui suit de loin et avec indifférence les péripéties tour à tour violentes, amoureuses, de Jocundra et Donnell. Il s’agit certes là d’un premier roman&amp;nbsp;; lors de sa parution en mai 1984, Shepard n’avait alors publié qu’une poignée de nouvelles et il faudrait attendre décembre de cette même année pour lire la superbe nouvelle «&amp;nbsp;L’Homme qui peignit le dragon Griaule&amp;nbsp;» dans les pages de &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;https://media.biblys.fr/book/71/10671-w300.jpg&quot; src=&quot;https://media.biblys.fr/book/71/10671-w225.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Près de vingt ans plus tard, Lucius Shepard est revenu à ses zombies aux yeux luminescents, avec la novella «&amp;nbsp;Dead Money&amp;nbsp;», parue originellement dans la revue &lt;em&gt;Asimov’s&lt;/em&gt; au printemps 2007 et reprise au sein du recueil &lt;strong&gt;Sous des cieux étrangers&lt;/strong&gt;. Les &lt;em&gt;dead money&lt;/em&gt; du titre, ce sont ces joueurs de poker un peu trop sûrs d’eux et surtout destinés à perdre. Jack Lamb, le narrateur, croit en repérer un en la personne de Josey Pellerin, individu grossier qui ne quitte jamais ses lunettes de soleil et sa plantureuse compagne… qui n’est autre que Jocundra Verret. Si plusieurs années se sont écoulées depuis les événements des &lt;strong&gt;Yeux électriques&lt;/strong&gt;, Jocundra n’a pas perdu son intérêt pour ces gens revenus d’entre les morts qui développent d’étranges compétences. Celle de Josey Pellerin, c’est précisément le poker&amp;nbsp;: le type est imbattable. Accessoirement, c’est aussi une enflure de première classe, un caractère imbuvable dont Jack devra pourtant s’accomoder&amp;nbsp;: son boss, Billy Pitch, veut que Pellerin dépouille l’un de ses rivaux lors d’une partie de poker Texas Hold’em en mode no limit. Les choses ne se dérouleront pas exactement comme prévu, à mesure que grandissent les pouvoirs de Pellerin et la tension amoureuse entre Jack et la belle Jocundra.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est là une histoire qui confirme ce que l’on savait déjà&amp;nbsp;: un auteur bien plus à l’aise sur la distance de la novella. Shepard est à son aise pour décrire l’ambiance poisseuse de la Nouvelle-Orléans post-Katrina, celle, électrique, qui règne autour des tables de poker, sans oublier les relations humaines, de préférence troubles. À vrai dire, «&amp;nbsp;Dead Money&amp;nbsp;» se focalise moins sur Jack Lamb ou Josey Pellerin que sur l’ambiguë Jocundra Verret, qui aime peut-être un peu trop les zombies. À ce titre, la conclusion possède quelque chose d’intensément fataliste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fin de la vie, pour ce que nous en savons… n’est pas toujours la fin avec Shepard. À l’inverse des fantômes qui ponctuent ses récits («&amp;nbsp;Delta Sly Honey&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Zone de feu émeraude&amp;nbsp;» dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/04/03/Z-comme-Zone-de-feu-emeraude&quot;&gt; le recueil éponyme&lt;/a&gt; ou «&amp;nbsp;Rose Street Attractors&amp;nbsp;» dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/16/F-comme-Five-Autobiographies-and-a-Fiction&quot;&gt; &lt;strong&gt;Five Autobiographies and a Fiction&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) bloqués dans leur passé mortifère, les protagonistes de ces deux récits zombiesques se réinventent, une fois morts, en des personnes plus grandioses… quoique éphémèrement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à leur auteur, décédé au printemps 2014, espérons que lui et son œuvre passent à la postérité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: seulement d’occasion pour &lt;strong&gt;Les Yeux électriques&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: de peu s’en faut&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme XX</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/18/X-comme-XX" rel="alternate" type="text/html" title="X comme XX" />
      <id>urn:md5:efe79d8170f3fd07908bc97196416629</id>
      <published>2017-12-18T14:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-12-18T14:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot;/&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le genre horrifique a-t-il un sexe&amp;nbsp;? Le film anthologique &lt;strong&gt;XX&lt;/strong&gt; tâche de répondre à cette question, en présentant quatre courts-métrages de réalisatrices novices ou confirmées… &lt;/p&gt; &lt;h5&gt;XX, Roxanne Benjamin, Karyn Kusama, Annie Clarke et Jovanka Vuckovic (2017). 80 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Fichue lettre X&amp;nbsp;: pas facile de trouver des œuvres dont le titre commence par cette fichue lettre. Mais parfois, il s’en trouve, comme le présent &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt;, donc. Rien à voir &lt;em&gt;xXx&lt;/em&gt;, la série d’&lt;em&gt;actioners&lt;/em&gt; avec Vin Diesel, ni avec un film érotique à qui il manquerait quelque chose (un scénario&amp;nbsp;?). Mais &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt; comme la paire de chromosomes de détermination sexuelle des femmes. De fait, &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt; est un film anthologique, dont la particularité est d’être réalisé par des femmes. Et, accessoirement, d’être axé sur l’horreur – enfin, tel que c’est présenté, car dans la réalité, l’horreur en question peut adopter plusieurs visages.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-x-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-x-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les quatre courts-métrages qui composent &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt; sont introduits par des séquences en animation, dans la lignée d’ &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt; &lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; de Jan Švankmajer. À savoir&amp;nbsp;: une boîte à poupée aux attributs humains (yeux, bouche) se balade à travers une maison, en compagnie d’une poupée de porcelaine. Ambiance délicate et creepy&amp;nbsp;: rien de foncièrement novateur, mais bon. Passons.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-x-inter.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-x-inter.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-x-inter_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Premier court-métrage, «&amp;nbsp;La Boîte&amp;nbsp;» se base sur la nouvelle éponyme de Jack Ketchum – auteur à qui l’on doit notamment l’éprouvant &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/une-fille-comme-les-autres&quot;&gt; &lt;strong&gt;Une fille comme les autres&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; . Le court-métrage est l’œuvre de Jovanka Vuckovic, qui a réalisé quelques autres courts et prépare un long-métrage post-apo uchronique, &lt;em&gt;Riot Girls&lt;/em&gt;. Peu avant Noël, Susan voyage en bus avec ses deux enfants, la sage Jenny et le turbulent Danny. Celui-ci taquine un voyageur – à l’air moyennement avenant, mais bon, de principe, il ne faut pas se fier aux apparences. Danny insiste pour voir le contenu du cadeau – une grosse boîte – que transporte l’individu. Celui-ci s’exécute. Et Danny se calme aussitôt. Qu’a-t-il vu&amp;nbsp;? Rien. Le gamin ne veut rien dire. Au dîner, Danny ne veut rien manger. Les parents laissent couler. Le lendemain, pareil. Le surlendemain, aussi. Danny prétend ne pas avoir faim. Pourquoi&amp;nbsp;? Sûrement Danny a-t-il parlé à sa sœur car, bientôt, elle aussi perd l’appétit… Et Susan de commencer à perdre les pédales.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-x-film1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-x-film1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-x-film1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’exception d’une unique rêve, rien de particulièrement horrifique dans « La Boîte&amp;nbsp;». L’histoire est simple, dérangeante, efficace dans son jusqueboutisme, scandée par les repas auxquels de moins en moins de monde dans cette famille ne touche. Qu’on ne s’attende pas à des révélations finales&amp;nbsp;: il s’agit là d’un équivalent filmique à ce fameux clip pour la chanson &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=oIFLtNYI3Ls&quot;&gt;«&amp;nbsp;Just&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Radiohead, où, un beau matin, un individu se laisse tomber par terre et refuse d’expliquer pourquoi. Impossible aussi de ne pas penser à cette devinette dont la réponse est «&amp;nbsp;rien&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà un court introductif qui place la barre assez haut. Pourtant, «&amp;nbsp;La Fête d’anniversaire&amp;nbsp;», réalisé par Annie Clarke (alias la musicienne St. Vincent), n’entretient aucun lien avec «&amp;nbsp;La Boîte&amp;nbsp;», c’est un peu son problème. La petite Lucy fête aujourd’hui son anniversaire&amp;nbsp;: enfant adoptée, elle est du genre timide, mais sa mère, Mary, quoique un peu dépassée par les événements, a prévu que les choses se passent bien. Sauf que Mary retrouve David, le père, mort dans son bureau. Comment faire en sorte que personne – ni Lucy, ni la fouineuse femme de ménage, ni les parents des camarades de Lucy – ne s’en rende compte en cette après-midi fatidique. Chronique d’une catastrophe annoncée&amp;nbsp;: qu’on ne se méprenne pas, «&amp;nbsp;La Fête d’anniversaire&amp;nbsp;» est réellement drôle. Mais au sein de &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt;, il est et en demeurera l’anomalie comique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-x-film2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-x-film2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-x-film2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En troisième position, «&amp;nbsp;Attention à ne pas tomber&amp;nbsp;» (calamiteux titre français), œuvre de Roxanne Benjamin (à qui l’on doit un précédent long-métrage d’horreur, &lt;em&gt;Southbound&lt;/em&gt;), se souvient des prémices horrifiques et propose donc une histoire d’horreur. Un groupe d’amis – deux gars, deux filles, dont un frère et une sœur – effectuent une rando sauvage dans les montagnes. Gretchen est la pétocharde du lot&amp;nbsp;: elle a le vertige, a peur des scorpions et des bestioles susceptibles de traîner dans le coin. Par hasard, ils trouvent au flanc d’un rocher des dessins rupestres — l’œuvre d’Amérindiens&amp;nbsp;? Puis Gretchen est piquée par un insecte. Rien de bien méchant… ou non. En pleine nuit, la jeune femme se réveille après de mauvais rêves. L’horreur peut commencer… et c’est là que le bât blesse. Le court-métrage est trop court pour que le spectateur ressente quoi que ce soit envers les personnages (autre manière de dire que la caractérisation est médiocre), les acteurs ne sont pas terribles non plus, l’intrigue abuse des clichés les plus éculés du genre (les portes capricieuses, les personnages qui hurlent sans expliquer pourquoi ils hurlent). «&amp;nbsp;Attention à ne pas tomber&amp;nbsp;» est une ébauche de film d’horreur conventionnel, dans tous ses défauts – c’est là le court-métrage le plus mauvais du lot.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-x-film3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-x-film3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-x-film3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Karyn Kusama, la plus chevronnée des quatre réalisatrices (de nombreux épisodes de séries TV, mais aussi les films &lt;em&gt;Girlfight&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Jennifer's body&lt;/em&gt;), conclut &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt; avec «&amp;nbsp;Son unique fils vivant&amp;nbsp;». Le fils du titre, c’est celui de Cora. Le père&amp;nbsp;? Aux abonnés absents. Andy va avoir dix-huit ans, et il file un mauvais coton. Adolescent violent, il aurait maltraité l’une de ses camarades – en lui arrachant les ongles. Mais en dépit des prostestations de la mère de la victime, la principale laisse couler&amp;nbsp;: selon elle, Andy est promis à de grandes choses. Et ils sont plusieurs à penser cela. Tous, en fait, sauf Cora. Qui comprend peu à peu la véritable nature de son fils et qui n’a que son amour pour le soustraire à l’influence délétère de son père. Si Andy a un choix à faire le jour de ses dix-huit ans, qu’il le fasse de lui-même. Curieux court-métrage&amp;nbsp;: photographie au grain presque téléfilmique, ambiance à l’avenant, jeu inégal des acteurs, quasi absence d’éléments horrifiques… Pourtant, ça marche&amp;nbsp;: le résultat se révèle curieusement intense, avec une histoire qui prend le temps de se dérouler.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-x-film4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-x-film4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-x-film4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt; s’avère un étrange objet filmique, basé sur une idée séduisante&amp;nbsp;: proposer donc quatre courts-métrages par autant de femmes. Mais ça tourne court (ha). D’une part, les quatre courts sont d’une qualité inégale, «&amp;nbsp;Attention à ne pas tomber&amp;nbsp;» s’avérant un ratage sans inspiration. D’autre part, thématiquement, les quatre parties n’ont rien en commun, au-delà du sexe de leurs réalisatrices et des protagonistes&amp;nbsp;: un peu coq à l’âne, le film passe de l’horreur psychologique à l’humour noir, d’une horreur classique un brin grand-guignolesque à une revisitation d’ &lt;em&gt;Un b&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ébé pour Rosemarie&lt;/em&gt;, pour un ensemble à la cohésion faible. Enfin, ces quatre histoires ne disent pas grand-chose au-delà de leurs prémices – à l’exception de «&amp;nbsp;Son unique fils vivant&amp;nbsp;» et de son approche d’un amour maternel inconditionnel. Mais… doit-on justement attendre des quatre réalisatrices qu’elles proposent des œuvres foncièrement féminines voire féministes&amp;nbsp;? Forcément, lorsque l’accroche sur l’affiche proclame «&amp;nbsp;Four Deadly Tales By Four Killer Women&amp;nbsp;», on s’attend à quelque chose d’un peu plus corsé, d’un peu plus investi&amp;nbsp;: &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt; aurait pu s’intituler &lt;em&gt;XY&lt;/em&gt; que ça n’aurait pas changé grand-chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de ses défauts, &lt;em&gt;XX&lt;/em&gt; demeure regardable. C’est déjà ça. Mais on s’en ira volontiers (re-)regarder &lt;em&gt;Grave&lt;/em&gt; de Julia Ducourneau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non (sur Netflix par exemple)&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: loin s’en faut&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas tout à fait&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme The Whispering Star</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/15/W-comme-The-Whispering-Star" rel="alternate" type="text/html" title="W comme The Whispering Star" />
      <id>urn:md5:49456c33842359e84ca50014b5d9e334</id>
      <published>2017-12-15T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-12-15T23:10:48+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quand &lt;strong&gt;Blade Runner&lt;/strong&gt; rencontre Colissimo… Avec &lt;strong&gt;The Whispering Star&lt;/strong&gt;, le réalisateur japonais Sion Sono propose une rêverie lente et fascinante sur les traces de l'androïde Yoko Suzuki, livreuse de colis spatiale…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Whispering Star (ひそひそ星), Sion Sono (2015). 101 minutes, noir et blanc (à une exception près).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Réalisateur extrêmement prolifique, avec une quarantaine de longs-métrages à son actif, Sion Sono en a sorti pas moins de cinq sur la seule année 2015 : &lt;em&gt;Shinjuku Swan&lt;/em&gt; (une comédie basée sur le manga éponyme),&lt;em&gt;Love &amp;amp; Peace&lt;/em&gt; (du fantastique&amp;nbsp;?), &lt;em&gt;Tag&lt;/em&gt; (de l’horreur),&lt;em&gt;The Virgin Psychics&lt;/em&gt; (comédie de SF&amp;nbsp;?)… et le présent &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt;, film de SF poétique qui n’a pas eu l’heur d’atteindre les écrans français. Cela, pour vous donner une idée de la capacité de travail du bonhomme. (L’équivalent japonais et cinématographique de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/23/P-comme-Polygondwanaland&quot;&gt; King Gizzard &amp;amp; the Lizard Wizard&lt;/a&gt;, si l’on accepte un peu de capillotraction dans les comparaisons.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;This is computer machine 6-7, M.I.M.E. At present, machine 3-2-3, Ares, has reported a meteorite will pass through the current course shortly. Amendment of current trajectory necessary. Thirst, best, coast, is… boop, boop.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bref. Nous voici dans un futur indéterminé&amp;nbsp;: l’humanité s’est dispersée à travers les étoiles, s’installant sur de nombreuses planètes. Une humanité en voie d’extinction, d’ailleurs, en passe d’être supplantée par les androïdes – la proportion est de 80/20. Mais s’il y a bien une chose que les pas-tout-à-fait derniers humains continuent volontiers à faire, c’est s’envoyer des colis… Qui va se coltiner de cette tâche, si ce n'est les robots ?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Yoko Suzuki est une androïde, travaillant comme coursière pour le compte de Space Parcel Service. Son job&amp;nbsp;: traverser les espaces interstellaires et délivrer des colis aux destinataires. &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt; entreprend donc de raconter le quotidien monotone de Yoko&amp;nbsp;: sa vie à bord de l’astronef et ses rares descentes planétaires ponctuées de brèves rencontres avec des humains atones, afin de remettre les quelque quatre-vingt-deux colis restant. Rien de plus, rien de moins. Et pour ce faire, ce film de science-fiction poétique adopte quelques partis pris esthétiques bien tranchés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Filmé en un noir et blanc légèrement sépia, avec une douce balance des gris, &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt; opte pour une approche aussi éloignée de la &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt; que possible&amp;nbsp;: ce n’est pas &lt;em&gt;Interstellar&lt;/em&gt;. Le film se déroule pour bonne part dans l’habitacle spartiate du vaisseau de Yoko Suzuki&amp;nbsp;: un lavabo, une cuisinière, un lave-linge et quelques placards s’alignent le long de l’une des parois… À vrai dire, on se croirait presque dans une maison, et ce n’est justement pas un hasard si l’astronef a précisément l’apparence d’une habitation… équipée d’un réacteur. D’ailleurs, la scène ayant nécessité le plus d’effets spéciaux est sûrement celle où l’on voit l’astronef décoller – depuis l’intérieur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Science-fiction poétique, disais-je plus haut&amp;nbsp;: Sion Sono reprend à sa manière la quincaillerie SF, avec un esthétique volontairement obsolète et n’accordant que quelques plans spatiaux au spectateur avide de &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;. L’appareil le plus science-fictif est l’ordinateur de bord, 6-7 M.I.M.E., sensible aux chatouilles et aux éclaboussures de liquide. Quand Yoko Suzuki a besoin de se recharger, elle change ses piles, via une ouverture dans son flanc. Les planètes portent des noms idiots&amp;nbsp;: Tum, Hokokin, Paracelos ou Wurtz (saucisse, en allemand) et ont l’apparence de villes livrées à l’abandon, où la poussière et la nature reprennent leurs droits. Des décors décrépits qui rappellent &lt;em&gt;Stalker&lt;/em&gt; – rien d’étonnant d’apprendre que le film a été tourné dans la zone d’exclusion de Fukushima. Côté SF donc, le réalisateur ne tente même pas de faire semblant&amp;nbsp;: il aborde la SF de la manière qui lui chante, offrant une distraite réflexion sur le thème des robots trop humains et des humains trop robotiques, mais aussi une rêverie sur la solitude et la lenteur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nombreuses sont les scènes où l’on voit Yoko se livrer à ses activités quotidiennes, observer les papillons qui sont coincés dans les rampes lumineuses, faire mine de s’occuper de la bonne marche du vaisseau. Une existence monotone, qui se retrouve légèrement perturbée après la rencontre avec une sorte de clochard&amp;nbsp;: celui-ci marche sur une cannette de soda, qui reste accrochée à sa semelle&amp;nbsp;; il ne l’enlève pas, le bruit l’amuse. Plus tard, Yoko fera de même. Un minuscule grain de folie. Livreuse de colis, elle apporte par sa seule présence un peu de réconfort à ces humains rares et vieillissants, qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes&amp;nbsp;: qui n’a jamais été ravi de recevoir un colis&amp;nbsp;? Qu’importe les années nécessaires pour une telle livraison. Qu’importe la futilité du contenu des colis eux-mêmes — c’est l’intention qui compte, comme toujours. Les autres humains du film, eux, se contentent d’atteindre, toute relation entre eux abolie. À ce titre-là, l’ultime séquence est assez révélatrice.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, le film menace de tirer à bout la patience de son spectateur. À vrai dire, le rythme lent de &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt; ferait passer n’importe quel film d’Apichatpong Weerasethakul ( &lt;em&gt;Cemetery of Splendour&lt;/em&gt;, pour en citer un qui m’a marqué) pour un Michael Bay. Les scènes pré-générique représentent un bel exemple&amp;nbsp;: on y voit Yoko Suzuki se préparer du thé. Ouvrir le robinet (qui fuit), remplir la bouilloire, mettre le thé dans la théière, verser le thé&amp;nbsp;: chacun élément de cette simple séquence d’événement est séparé par l’indication d’une journée – samedi, dimanche, lundi, mardi, mercredi… Une manière de signifier la monotonie des pérégrinations interstellaires de l’androïde&amp;nbsp;: quand le film débute, Yoko voyage depuis dix ans et il lui reste encore une dizaine d’années de tribulations avant de distribuer le dernier des colis qui patientent au fond de l’astronef. Pour autant, le réalisateur n’abuse pas des plans exagérément longs&amp;nbsp;: le montage demeure dynamique, aidé en cela par le découpage en journées de l’odyssée de Yoko.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Good evening. This is Yoko Suzuki. Machine number 722. 10 years and 3 weeks since we entered space. The tap has stopped working. When I turn off the water, it makes a weird sound. For the record, I'll demonstrate.&lt;br /&gt;
Good evening. This is Yoko Suzuki. Machine number 722. 14 years, 8 months and… 3 days since this journey started. Recently, 6-7 M.I.M.E. has been acting up.Making unintelligible reports, discovering imaginary meteors and falling stars, changing the course trajectory constantly… there's actually nothing at the moment, but I still ought to be careful. It looks like it'll take some time to investigate the origin of the problem.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et c’est là qu’on arrive à ce qui justifie le titre du film&amp;nbsp;: pour tuer le temps et à destination du prochain occupant de l’astronef – qui sera une réplique d’elle-même –, Yoko Suzuki écoute les bandes que ses prédécesseurs ont enregistré sur un vieux magnétophone, ressassant les mêmes propos. En murmurant. De fait, dans &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt;, tout le monde parle bas, murmure, chuchote. Ou ne parle pas (à en juger par les sous-titres anglais, le film ne compte que pour moins 10 000 signes de dialogues). Cela, associé à la quasi absence de musique et au faible bourdonnement omniprésent de l’astronef, ferait du long-métrage un parfait somnifère. Néanmoins, il y a quelque chose d’hypnotique qui maintient l’attention&amp;nbsp;: l’ambiance douce et mélancolique, le visage impavide et fascinant de l’actrice Megumi Kagurazaka, la mélodie du japonais. Pour un peu, c’est de l’ASMR étirée sur cent minutes. L’ASMR, acronyme pour le terme sybillin «&amp;nbsp;Autonomous Sensory Meridian Response&amp;nbsp;», traduisible par «&amp;nbsp;réponse sensorielle maximale automatique&amp;nbsp;» ( &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Autonomous_sensory_meridian_response&quot;&gt; merci Wikipédia&lt;/a&gt;), ce sont notamment ces gens sur YouTube qui font des trucs s’avérant aussi apaisant qu’exaspérant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-w-img9.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-w-img9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-w-img9_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Sans plus barguigner&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Whispering Star&lt;/em&gt; est un OVNI envoûtant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, hélas…&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui de prime abord (mais en fait, non)&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>V comme Vanishing Waves</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/13/V-comme-Vanishing-Waves" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Vanishing Waves" />
      <id>urn:md5:4ccfe557b4503d421ad3c9d27d094b75</id>
      <published>2017-12-13T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-12-13T15:09:18+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Parce qu'il n'y a pas que les USA et &lt;strong&gt;Star Wars&lt;/strong&gt; en la matière, on s'intéresse au premier long-métrage de science-fiction lituanien&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Vanishing Waves&lt;/strong&gt; de Kristina Buožytė. Au programme, romance trouble et plongée dans l'inconscient humain…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Vanishing Waves [Aurora], Kristina Buožytė (2012). 120 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Lorsqu’on parle de cinéma de science-fiction, la Lituanie n’est certes pas le premier pays auquel on pense. Pourtant… il existe au moins &lt;em&gt;un&lt;/em&gt; film de SF venu du plus méridional des pays baltes&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Aurora&lt;/em&gt;, co-production lituano-franco-belge sortie sur les écrans internationaux sous le titre de &lt;em&gt;Vanishing Waves&lt;/em&gt; (chose qui lui permet de se caser à la lettre V de ce navrant Abécédaire et non à la lettre A, ce qui m’arrange&amp;nbsp;: trop de A en stock, pas assez de V (et de W, X, Y et Z, mais c’est une autre affaire)).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce pourrait être aujourd’hui, ce pourrait être demain, en Lituanie. Des scientifiques mettent au point un protocole dans le but d’atteindre la psyché d’une personne plongée dans le coma. Il s’agit là d’une expérience qui n’est pas sans danger, mais l’équipe a un volontaire (en plus du comateux, volontaire par défaut)&amp;nbsp;: Lukas, un homme dans la fleur de l’âge. Ces expériences sont menées dans un hôpital, au sein d’une chambre anéchoïque&amp;nbsp;; Lukas, le crâne couvert de capteurs reliés à la personne dans le coma, prend place dans un caisson d’isolation. Des câbles le relie au patient comateux, dont notre cobaye ne sait absolument rien. À vrai dire, les responsables de l’expérience ignorent ce que leur «&amp;nbsp;explorateur&amp;nbsp;» va découvrir, si même il va découvrir quelque chose. Des sensations, peut-être. Ou rien.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le magma de sensations synesthétiques laisse vite place à de l’eau. Lukas se trouve au beau milieu d’une mer brumeuse. Plus loin flotte un corps de femme. Noyée&amp;nbsp;? Non. Lukas tente du bouche à bouche&amp;nbsp;; la plantureuse inconnue reprend conscience… et embrasse le volontaire. Lukas apprend à connaître cette femme au fil des plongées successives, plongées à la fois oniriques et érotiques dans une réalité altérée dont les règles diffèrent quelque peu de celle que nous connaissons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le monde de l’éveil, Lukas commence à mentir et à se mettre en porte-à-faux avec les autres chercheurs de l’équipe, à détruire sa relation avec sa compagne, tandis que ses excursions comateuses se font de plus en plus intenses… À mesure qu’il comprend les circonstances ayant causé le coma de cette femme, sa passion pour elle grandit. Peut-il la sauver&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deuxième long-métrage de la jeune réalisatrice Kristina Buožytė après &lt;em&gt;Kolekcionier&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ė&lt;/em&gt; et une huitaine de courts (et si l’on exclut aussi &lt;em&gt;Park &lt;/em&gt;&lt;em&gt;‘79&lt;/em&gt;, un film collectif, semble-t-il), &lt;em&gt;Vanishing Waves&lt;/em&gt; se distingue déjà dans la forme&amp;nbsp;: une photographie soignée, une bande-son alternant un drone/ambient lancinant et un peu de post-rock à la Godspeed You! Black Emperor. À tout le moins pourra-t-on émettre quelques réserves sur les acteurs, globalement peu expressifs – à l’exception notable des deux principaux, Marius Jampolskis (Lukas) et Jurga Jutaitė (Aurora, personnage qui donne le titre original du film) – sans oublier un docteur qui ressemble à un clone d’Henri Emmanuelli. Et tant qu’à pointer les défauts&amp;nbsp;: avec 120 minutes au compteur, le film est long, sûrement un peu trop, et aurait gagné à être un poil abrégé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche&amp;nbsp;: en dépit de son rythme lent, &lt;em&gt;Vanishing Waves&lt;/em&gt; s’avère envoûtant. Sa thématique principale – explorer la psyché d’une personne dans le coma – rappelle deux œuvres. La première, de manière évidente, est &lt;em&gt;Inception&lt;/em&gt;, où les personnages plongent dans les psychés des uns et des autres, dans des niveaux de réalité enchâssés. Mais là où le film de Christopher Nolan est froid, Kristina Buožytė offre une approche plus chaleureuse et plus charnelle – son film n’est pas avare en nudité, tant féminine que masculine, et comporte son lot de scènes érotiques (dont une orge troublante, où les corps se mêlent intimement et même plus). La deuxième référence, plus capillotractée, est &lt;strong&gt;Passage&lt;/strong&gt;, roman où Connie Willis raconte la quête d’une doctoresse pour comprendre scientifiquement la nature des expériences de mort imminente&amp;nbsp;: l’un des personnages secondaires est un patient qui, dans son coma, effectue des mouvements étonnants, et qui donneront à l’héroïne la clé de l’énigme. Christopher Priest n’est pas très loin non plus (&lt;strong&gt;Futur int&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;érieur&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Fontaine p&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étrifiante&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Les Extr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êmes&lt;/strong&gt;). Néanmoins, au-delà de ces références (pas très criante pour Connie Willis), &lt;em&gt;Vanishing Waves&lt;/em&gt; a sa propre singularité, où la science-fiction et la romance se mélangent avec succès. La psyché d’Aurora se révèle un monde intérieur terriblement familier… et étrange en même temps, avec ses propres règles, qui sont autant de métaphores de l’enfermement physique et mental dans lequel vit la jeune femme (par exemple, cet insecte qui gobe les œufs qu’il vient de pondre… pour les pondre de nouveau&amp;nbsp;: la métaphore se fait ici évidente). Mais… il y a forcément un «&amp;nbsp;mais&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-v-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-v-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-v-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Là où le film se montre plus ambigu, c’est avec le traitement «&amp;nbsp;Belle au bois dormant&amp;nbsp;» de l’histoire, avec une femme dans le coma à la place de la princesse et un cobaye humain à la place du prince charmant. Certes, il s’agit là du prétexte naturel, évident (trop évident) pour la romance – un homme, une femme, crac-crac. Si la situation avait été inversée, je me demande comment le film aurait été perçu&amp;nbsp;: aurait-on trouvé dérangeant cette femme s’amourachant d’un homme qu’elle ne connaît pas&amp;nbsp;? N’aurait-il pas été plus intéressant d’aborder la chose différemment, sans ce passage obligé&amp;nbsp;? Néanmoins, le personnage de Lukas se révèle pour le moins douteux comme prince charmant&amp;nbsp;: dans le monde de l’éveil, c’est un individu assez antipathique (il ment d’emblée à ses collègues chercheurs pour la seule raison qu’il s’est oniriquement envoyé en l’air avec l’inconnue&amp;nbsp;; plus tard, il tente de violer sa compagne et a une conduite pour le moins violente envers une prostituée). À l’inverse, il se montre bien plus tendre avec l’inconnue. Voilà qui échoue à faire de &lt;em&gt;Vanishing Waves&lt;/em&gt; la grande romance… que ce film n’aspire d’ailleurs peut-être pas à être.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, on peut légitimement se montrer curieux de la suite de la carrière cinématographique de Kristina Buožytė.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Utopia</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/11/U-comme-Utopia" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Utopia" />
      <id>urn:md5:94b29907b6195b92bdeaa6c08670c023</id>
      <published>2017-12-11T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-12-11T16:11:31+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Où est Jessica Hyde&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Faute d'être à même d'apporter une réponse satisfaisante à cette douloureuse question, l'Abécédaire déballe cependant tout ce qu'il sait au sujet de la série britannique &lt;strong&gt;Utopia&lt;/strong&gt; et même davantage…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Utopia, série créée par Dennis Kelly (2013-2014). Deux saisons de 6 épisodes (≈ 50 minutes).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Frustration, redis-moi ton nom&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
Paranoïa, te revoilà&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au rang des séries annulées avant leur terme, au même titre que &lt;em&gt;Carniv&lt;/em&gt;&lt;em&gt;àle – la caravane de l’étrange&lt;/em&gt; (deux saisons sur HBO) ou &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/09/20/Firefly&quot;&gt;Firefly&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (une saison tronquée sur la Fox), il y &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt;, série britannique diffusée dont les deux saisons ont été diffusées sur Channel 4 à l’hiver 2013 et l’été 2014.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-titre-s1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-titre-s1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première saison d’&lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; commence tout tranquillement dans une boutique de comics à l’heure de la fermeture. Deux individus déboulent — l’un habillé en plouc, l’autre en dandy, portant un sac jaune fluo – à la surprise des derniers clients et du vendeur. L’un des clients n’a pas le temps d’être très surpris très longtemps&amp;nbsp;: le dandy lui ouvre le crâne d’un coup de matraque. «&amp;nbsp;Où est Jessica Hyde&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demande l’autre au vendeur. Qui n’en a aucune idée. (Adieu.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ailleurs, un certain Michael Dugdale, employé gouvernemental au service du ministre de la Santé, est soumis à un chantage&amp;nbsp;: pour avoir mis enceinte une prostituée russe, il devra accomplir une mission. Oh, vraiment pas grand-chose&amp;nbsp;: inciter, voire contraindre, le ministre à signer une commande de millions de vaccins contre une nouvelle souche de grippe…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-manus1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-manus1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-manus1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ailleurs, cinq amateurs d’un même roman graphique, &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt;, qui se connaissent uniquement via un forum de discussion, décident de se retrouver : l’un d’entre eux prétend avoir en sa possession le tome 2, inédit, d’ &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; et il souhaute le montrer à ses amis. Les cinq, ce sont Bejan le beau gosse (et dépositaire du tome 2), Ian l’informaticien, Wilson Wilson le complotiste paranoïaque, Becky la jeune femme qui serait à peu près normale si elle ne craignait pas d’être atteinte d’un syndrome débilitant. Et puis Grant. Grant a dix ans, bientôt onze, mais bon quand même, il est très mature pour son âge. Au pub où Bejan leur a donné rendez-vous, ils ne sont que trois à se pointer&amp;nbsp;: Becky, Ian et Wilson. Car chez lui, Bejan se fait descendre par le dandy et le plouc – qui ne manque pas de demander&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Où est Jessica Hyde&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Et Grant, qui s’était introduit subrepticement dans l’appartement de Bejan, récupère le fameux manuscrit.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Où est Jessica Hyde&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le mystère sur l’identité et la localisation de la fameuse Jessica Hyde s’achève au terme du premier épisode, lorsqu’elle se présente à Becky, Ian et Wilson. C’est le début d’une course-poursuite, entre les membres d’un complot aux ramifications multiples, mené par un mystérieux Réseau, et ces cinq individus réunis par leur seul intérêt pour le roman graphique &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt;. La paranoïa rôde. «&amp;nbsp;Ne faites confiance à personne&amp;nbsp;», affirmait Fox Mulder&amp;nbsp;: un conseil à prendre à la lettre. Pourtant, les cinq amis (enfin, &lt;em&gt;presque&lt;/em&gt; amis) devront tâcher de se faire confiance un minimum. Une chose est sûre, le manuscrit d’&lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; est davantage qu’un simple &lt;em&gt;comic book &lt;/em&gt;&amp;nbsp;: les dessins torturés qui ornent ses pages dissimulent une réalité bien plus sordide, où il est question de manipulations biologiques et d’un mystérieux projet Janus, le tout étant issu de la cervelle de deux individus, Philip Carvel et Mr Rabbit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais que faire lorsque les buts des «&amp;nbsp;méchants&amp;nbsp;» sont découverts et que l’on se rend compte qu’ils ont peut-être raison&amp;nbsp;? Disons que leurs intentions, délétères à première vue, sont peut-être la solution à des maux futurs encore plus graves si on n’agit pas. À l’heure où les questions de la destruction de l’environnement, de l’épuisement des ressources se font de plus en plus brûlantes… les certitudes vacillent. Voilà qui contribue à faire de cette première saison d’&lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; un excellent moment de télévision, paranoïaque, ambigu, aussi violent que coloré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde saison débute par un épisode flashback sur Philip Carvel, l’homme à l’origine de tout cela. Un épisode filmé pour l’occasion en 4/3 (changeant du 16/9e habituel), entremêlé d’images d’archives et où l’on comprend que la conspiration remonte à la fin des années 70. L’élection de Thatcher, l’incident de Three Miles Island… tout est lié. Le deuxième épisode reprend le fil quelques mois après la fin de la saison 1&amp;nbsp;; les cartes ont été rebattues mais rien n’est fini pour autant. Jessica Hyde a été capturée&amp;nbsp;; Becky a disparu&amp;nbsp;; Ian a repris une vie normale et le jeune Grant pique sa crise d’adolescence. On y découvre que la conspiration, qui semblait toute puissante dans la saison 1, ne l’est pas tant que ça, et que leur délétère projet, bien que conçu avec force plans B, n’est pas infaillible et repose sur quelques rouages humains. Dommage que cette seconde saison patine&amp;nbsp;: après l’épisode 2, il faut attendre la fin de l’épisode 5 pour voir les choses bouger véritablement. Entretemps, les personnages se seront agités dans tous les sens tout en faisant pas mal de surplace. L’humour noir omniprésent dans la première saison se fait plus discret&amp;nbsp;: si on peut le déplorer d’un côté, il faut admettre de l’autre que les personnages principaux sont tous psychologiquement détruits à divers degrés. Le dernier épisode s’achève sur une série de cliffhangers… qui ne seront jamais résolus. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après l’annulation, faute d’audiences suffisantes, des rumeurs de remakes ont couru, sans que rien ne se concrétise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; présente une superbe galerie de personnages&amp;nbsp;: Jessica Hyde, en jeune femme n’ayant pas grand-chose à perdre et devenue une arme malgré elle, détone. RB, le tueur aux allures de white trash anglais, fascine lui aussi (l’air gourmand qu’il arbore fréquemment est inénarrable). Du côté des amateurs du comics, on retiendra surtout le jeune Grant, forte tête. Sans oublier des bourreaux très pédagogiques&amp;nbsp;: dans l’épisode pilote, Lee explique à Wilson que chaque bourreau a une préférence pour un organe précis, les yeux en ce qui le concerne, et il détaille par le menu ce qu’il va lui faire subir&amp;nbsp;; plus tard, un autre bourreau affirme à Carvel que «&amp;nbsp;Torture is communication.&amp;nbsp;» C’est rien de le dire&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; est une série pour le moins violente. On ne compte plus les crânes explosés ou les gerbes de sang et de cervelle sur les murs. Une violence à peine contrebalancée par l’humour (noir, forcément) et les couleurs pétantes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Lol&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De fait, &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt; se caractérise par une ambiance particulière, à la fois très colorée – les verts sont fluo, les bleus sont turquoise, le rouge (notamment le sang) pète le feu, et un jaune légèrement teinté de vert est omniprésent. Des couleurs saturées mais qui demeurent froides. Et significatives&amp;nbsp;: le jaune fluo est associé à tout ce qui a trait à la conspiration, auquel s’oppose un bleu pâle – celui des yeux de Jessica Hyde. Dans la saison 2, ce même jaune est contrebalancé par d’autres couleurs&amp;nbsp;: un vert fluo omniprésent, un orange pour les personnages en demi-teinte et du rouge pour les hautes instances hiérarchiques de la conspiration.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-jaune1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-jaune1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-jaune1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-jaune3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-jaune3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-jaune3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-jaune4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-jaune4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-jaune4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-vert1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-vert1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-vert1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-u-vert2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-u-vert2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-u-vert2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Enfin, l’ambiance musicale, signée Cristobal Tapia de Veer, marque aussi de son empreinte la série&amp;nbsp;: évoquant par moment les travaux sur les textures sonores de Trent Reznor et Atticus Ross, la musique se distingue par un grain de folie supplémentaire, et un thème principal irrésistible. Une bande originale récompensée aux Craft Awards du Royal Television Society en 2013.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; gesture=&quot;media&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/SsJXfkOlCLw&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela concourt à faire d’&lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt;, si ce n’est une excellente série – le tout premier épisode frappe très (trop) fort et la suite ne revient jamais à la hauteur, voire déçoit dans la seconde saison –, au moins un objet télévisuel des plus intriguant, marqué par une ambiance visuelle aussi glauque que colorée, et sans réel équivalent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inachevé&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Titanus</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/08/T-comme-Titanus" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Titanus" />
      <id>urn:md5:f2f0323039633fded85f07cddcaf9cdc</id>
      <published>2017-12-08T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-12-08T16:41:09+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/19/G-comme-Die-Grosse-Grenze&quot;&gt;Die Grosse Grenze&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/15/M-comme-Der-Mann-aus-dem-andern-Jahrtausend&quot;&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on s'aventure plus loin encore dans la SF est-allemande avec &lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt; d'Eberhardt Del'Antonio, une aventure située sur une planète étrangère peuplée d'extraterrestres exploiteurs en exil. Pour l'équipage majoritairement communiste, comment le premier contact se déroulera-t-il&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Titanus, Eberhardt del’Antonio. Das Neue Berlin, coll. «&amp;nbsp;Die Gelbe Reihe&amp;nbsp;», 1959. GdF, 352 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Lors du précédent tour d’alphabet, on s’était intéressé à l’auteur de SF est-allemand Eberhardt del’Antonio, au travers de son premier roman &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/20/G-comme-Gigantum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Un roman d’anticipation scientifique, plombé par une capacité à susciter l’intérêt proche du néant. Une raison suffisante pour laisser l’auteur croupir dans les oubliettes de l’histoire&amp;nbsp;? Que nenni, du moins pour ce navrant Abécédaire bien décidé à trouver les éventuelles gemmes de la littérature de SF de RDA. Déjà, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/15/M-comme-Der-Mann-aus-dem-andern-Jahrtausend&quot;&gt; &lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Richard Gross s’avérait une bonne surprise, la thématique du contact (plus ou moins) extraterrestre paraissant bien seoir à cette branche méconnue de la SF. Et puis, les petits hommes verts, c’est tout de même plus amusant que les problématiques motoristiques&amp;nbsp;: une bonne raison pour donner une nouvelle chance à Del’Antonio.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt; , donc – un roman n’ayant rien à voir, au-delà de la vague proximité des titres, avec &lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-cover1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration de la jaquette&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici au milieu du XXII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle… La fusée Kosmos a pour mission d’explorer les Pléïades, d’y trouver une planète et de mener quelques expériences, comme tenter de la déloger de son orbite (histoire de voir ce que ça fait). Dans un premier temps, l’équipage se rassemble dans la station spatiale X-10, station lancée par la Fédération des États. Parmi les membres se trouve notamment l’improbable Lazzarri, un Italien lambda qui a obtenu sa place parce que son homonyme, scientifique, n’en voulait plus et parce que les deux hommes portaient par hasard le même nom… Bref&amp;nbsp;: l’équipage est essentiellement composé d’hommes, tous jeunes (29 ou 30 ans). À sa tête, Wassil Nasarow, issu de l’URSS.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les préparatifs du départ prennent du temps, ce qui est l’occasion parfaite pour Lazzarri d’apprendre la vie dans l’espace. Bientôt, Stafford, un Américain, rejoint l’équipage&amp;nbsp;: la mission du &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt; est internationale. Et l’astronaute, venu du monde capitaliste, s’étonne du mode de vie socialiste régnant à bord.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le long voyage se déroule sans trop de problème&amp;nbsp;: un essaim de météores par ici, l’insubordination de l’Allemand Janssen par là… mais rien de bien méchant, susceptible d’entraver la mission.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bientôt, le &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt; arrive en vue des Pléïades. Et quelle n’est pas la surprise de l’équipage de capter une émission radio. Celle-ci provient d’une planète, que Lazzarri s’empresse de surnommer Titanus, et qui s’avère recouverte d’une épaisse couche nuageuse d’origine artificielle. Titanus ressemble presque à la Terre&amp;nbsp;: la gravité y est plus faible, la température moyenne est de 25 °C, l’atmosphère contient un peu plus d’oxygène et, surtout, l’astre présente toujours la même face à son soleil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tandis que la fusée demeure en orbite, une expédition est envoyée à la surface. L’atterrisseur manque de se faire dégommer par des projectiles, mais bon, l’équipage se pose sans trop de problème. À bord de véhicules, Jansen et les autres traversent une forêt aux plantes gigantesque et parviennent jusqu’à une ville, en apparence désertée. Une statue se dresse, représentant une forme humanoïde, féminine, de toute beauté. Bientôt, voilà les Titaniens qui arrivent… Ce sont des êtres vêtus de tenues amples – cf. les illustrations qui les font ressembler à des membres du Klu Klux Klan. Dessous, ce sont des humanoïdes hideux à la peau jeaunâtre – du moins, en ce qui concerne les spécimens masculins, car les femmes, peau bleue et cheveux rouges, s’avèrent ravissantes. Dès lors que l’intercompréhension est rendue possible, les humains comprennent que les Titaniens ne sont pas originaires de cette planète, mais d’une autre, plus lointaine, qu’ils ont fui. Si, selon toute apparence, les Titaniens de Titanus Eins vivent encore dans une société de classe, ceux de Titanus Zwei étaient d’affreux exploiteurs. Afin de se protéger, les Titaniens ont donc recouvert les cieux de nuées impénétrables. Et les voici intéressés par les technologies humaines, en particulier celle permettant de déloger une planète de son orbite. Nasarow, à la différence de ses collèges, n’hésite pas&amp;nbsp;: c’est niet, on ne s’immisce pas dans les affaires des autres. Mais les Titaniens, plus que désireux d’apprendre les secrets des Terriens pour donner le coup de grâce à leurs ennemis de Titanus Zwei, posent un ultimatum aux humains. Il est temps pour ces derniers de regagner le &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt;… mais Janssen et Lazzarri manquent à l’appel. Le premier est détenu par les services secrets titaniens, le second conte fleurette à une jolie Titanienne. Trop tard pour eux&amp;nbsp;: de dépit, les Titaniens lancent des missiles nucléaires en direction de Titanus-2… mais leurs armes balistiques sont de mauvaise qualité et retombe sur la planète, la transformant en nova. Boum.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrivant sur Titanus Zwei, Nasarow et le reste de l’expédition ont le plaisir de trouver une planète vivant dans une radieuse société socialiste. L’un des membres d’équipage, Romain, tombe malade des suites d’une piqûre d’un insecte indigène mais un effort à l’échelle planétaire permettra de trouver un remède. Enfin, il est bientôt temps pour le &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt; de repartir vers la Terre&amp;nbsp;: quand le vaisseau reviendra, trois siècles se seront écoulés… Mais cette fois, son équipage en tant que membre d’une fraternité interstellaire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-persos.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-persos.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-persos_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les protagonistes du roman, sur la 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; de couverture&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le moins que l’on puisse dire est que &lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt; ne fait pas dans la demi-mesure. L’aspect idéologique de ce second roman de Del’Antonio est une ode au communisme, dans lequel il ne m’a pas semblé déceler la moindre once d’ironie. Chassés de leur planète natale par une révolution, la classe dominante d’exploiteurs trouve refuge sur un autre monde… et y reproduisent les mêmes comportements, divisant la société entre Hauts-nés et Bas-nés. Histoire de bien insister sur le caractère néfaste de ces Titaniens-là, l’auteur les fait vivre sous une épaisse chape nuageuse et les vêt de capes douteuses&amp;nbsp;: ces gens-là ont des choses à se cacher, à se reprocher. Pas tous, cela étant dit&amp;nbsp;: la jeunesse semble indifférente au ressentiment des anciens. Mais privés de ceux qu’ils exploitaient, ces extraterrestres avides finissent par périr de leur propre main. À l’inverse, les Titaniens de Titanus Zwei vivent dans une société désormais sans classe, dirigée par un gouvernement mondial.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-cover2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Couverture d'une édition en langue étrangère (mais laquelle ?)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et côté humain&amp;nbsp;? Si les USA et le reste du monde (communiste) continuent à s’opposer, au moins la situation est-elle moins tendue (mais il ne faut pas déconner non plus). Pour preuve, le personnage de Stafford, cet Américain rejoignant l’expédition. D’abord traité avec méfiance, il finit par s’intégrer (en dépit d’un soupçon de trahison lors d’un épisode sur Titanus Eins) et par être appelé «&amp;nbsp;camarade&amp;nbsp;». Les personnages ne représentent pas vraiment le fort de ce roman&amp;nbsp;: Lazzarri est l’élément comique à qui il faut expliquer les notions scientifiques&amp;nbsp;; Janssen est celui qui les lui explique. Cette mission accomplie, l’auteur se débarrasse de manière inattendue de ces deux protagonistes-là, l’un héroïquement (Janssen), l’autre moins (Lazzarri). À noter que la seule femme du &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt; n’y joue aucun rôle – elle n’est guère plus que mentionnée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, même l’histoire peine à passionner&amp;nbsp;: celle-ci est correctement racontée et structurée, mais faute d’un véritable &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; (Titanus Eins et Zwei n’ont rien d’environnements surprenants) et de personnages réussis, l’ennui pointe vite. À tout le moins peut-on lui accorder une valeur À l’instar de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt;&lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et de sa «&amp;nbsp;postface nécessaire&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt; possède un aspect alarmiste fort &amp;nbsp;: attention à l’arme nucléaire, ça peut faire bobo. Ici, les Titaniens exploiteurs s’autodétruisent joyeusement dans un feu d’artifice atomique&amp;nbsp;: une manière de prévenir les Terriens que les bombes A, l’équilibre de la terreur, la destruction (auto)assurée… mieux vaut faire sans. Dans le contexte post-Hiroshima et guerre bien froid, cela se comprend aisément.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-cover3_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Einstein sous la jaquette&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Enfin, certains aspects scientifiques peuvent faire sourire&amp;nbsp;: les humains se sentant obligés de se rendre dans les Pléïades pour détourner une planète de son orbite (n’y avait-il pas moyen de faire cela plus près&amp;nbsp;?), les Titaniens capables de concevoir des astronefs mais trop nuls pour mettre au point de bons missiles balistiques (aïe, pan sur la gueule), les mêmes capables de maîtriser la fusion nucléaire mais ne s’y connaissant pas du tout en antimatière (les deux n’ont pas de rapport intrinsèque, certes, mais je suppose qu’ils nécessitent cependant des connaissances scientifiques avancées). Sans oublier que, la faute à son armement nucléaire, Titanus Eins termine en nova&amp;nbsp;: hé, mollo, Del’Antonio… Enfin, le roman reprend à son compte une hypothèse déjà évoquée par Stanislas Lem dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt;&lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; : la catastrophe de la Toungouska sera dû à l’écrasement d’un astronef (titanien ici, forcément).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’importe&amp;nbsp;: la platitude générale de &lt;strong&gt;Titanus&lt;/strong&gt; est aisément compensée par son aspect idéologique, si caricatural qu’il finit par causer quelque sourire au lecteur du XXIe siècle. C’est déjà pas si mal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et pour finir, une sélection d'illustrations intérieures signées Adelhelm Dieztzl :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;En voiture vers le &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Accident dans l'espace&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le &lt;em&gt;Kosmos&lt;/em&gt; dans toute sa splendeur&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les plantes géantes de Titanus 1&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Chez les Titaniens&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les bêtes sauvages de Titanus 1&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-t-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-t-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-t-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Face au grand-prêtre titanien&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Stupeflip</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/06/S-comme-Stupeflip" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Stupeflip" />
      <id>urn:md5:21e5e7ea6ee071ba7a6b3122aabd09ce</id>
      <published>2017-12-06T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-12-06T13:02:15+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Qu’est-ce que c’est qu’ce truc&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Stupeflip, Stupeflip (BMG France, 2003). 22 chansons, 62 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Et un beau jour, votre serviteur a découvert Stupeflip. Dans le genre «&amp;nbsp;msique de barré, concept de tarénbsp;», j’en étais resté à Billy ze Kick, dont la moitié des chansons du premier album, &lt;em&gt;Billy ze Kick et les Gamins en folie &lt;/em&gt;(1993 déjà), étaient traversées par un imaginaire commun à base de jeu de rôles et d’encraoudeurs. Et puis voilà, Stupeflip. À écouter leur premier album, titré justement &lt;em&gt;Stupeflip&lt;/em&gt;, à une heure indue, j’ai eu l’impression de me retrouver projeté dans une dimension parallèle. Par la suite, plus rien n’a jamais été pareil.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-s-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-s-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Il y a un astronef sur la pochette : c'est donc de la SF !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Stupeflip&amp;nbsp;: comme un mix entre stupéfiant et flippant. C’est un peu ça. C’est plus que ça. C’est…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Qu’est-ce que c’est qu’ce truc&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À vrai dire, c’est encore le groupe qui se décrit encore le mieux, avec une terrorifiante chanson-manifeste dont les échos se retrouveront à travers le présent disque et le reste de la discographie du groupe&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ça t'prend par la croupe et te retourne comme une crêpe&lt;br /&gt;
C'est l'truc trapu qui prend aux tripes, t’as pas compris&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
[…]&lt;br /&gt;
Stupeflip Stupeflip c'est l'truc stupéfiant&lt;br /&gt;
Beaucoup d'travail comme pour un album d'Astérix&lt;br /&gt;
Stupeflip Stupeflip c'est l'truc stupéfiant&lt;br /&gt;
Ça t'agrippe, ça t'attrape et ça n'fait pas d'sentiment&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Stupeflip&amp;nbsp;»)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le clip de cette chanson-titre est à l’avenant&amp;nbsp;: une musique méchammant jusquauboutiste dans son minimalisme, esthétique déglinguée, punk, et carrément flippante. L’écoute des trois premières chansons de l’album permet de commencer à appréhender le concept sous-jacent – et qui justifie, vite fait, de loin, en y regardant pas de trop près, sa présence dans ce navrant Abécédaire. Stupeflip se présente comme l’émanation du C.R.O.U. (&lt;em&gt;crew&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?), une organisation «&amp;nbsp;para-réfractaire et désintéressée&amp;nbsp;», qui «&amp;nbsp;n'aime pas toutes sortes de pouvoirs&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;formée en 1972&amp;nbsp;» (ou peut-être 1993), et qui a pour but «&amp;nbsp;entre autres, [de] terroriser la population / Et par là-même instaurer une nouvelle ère&amp;nbsp;: l'ère du Stup.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; gesture=&quot;media&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/UbDy3mWGz6g?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’après l’intermède «&amp;nbsp;Présentation du C.R.O.U.&amp;nbsp;», celui se compose de trois membres&amp;nbsp;: King Ju (qui, plus loin, fera l’objet d’une chanson&amp;nbsp;: « L’Épouvantable Épouvantail&amp;nbsp;»,), qui sévit aussi sous le nom de Flip « l’âme damnée du groupe&amp;nbsp;», de Pop-Hip «&amp;nbsp;la tête de turc&amp;nbsp;»… et de Cadillac, qui n’est pas mentionné dans cette chanson-ci mais qui apparaît ultérieurement (la scatophile «&amp;nbsp;The Cadillac Theory&amp;nbsp;»). Plus loin sur l’album, «&amp;nbsp;L.E.C.R.O.U.&amp;nbsp;» revient sur la création du groupe&amp;nbsp;: une autre profession de foi sur la signature du groupe auprès d’une compagnie de disque. Crainte d’une perte d’indépendance&amp;nbsp;? C’est prémonitoire, ou lucide, on y reviendra plus bas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-s-crou.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-s-crou.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-s-crou_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Quelques-uns des membres du crou&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le crou apprécie la mise en abîme&amp;nbsp;: certaines chansons sont introduites par des dialogues où le crou se met en scène, reprenant à son compte et à sa manière les codes du rap. Ainsi, «&amp;nbsp;Stupeflip&amp;nbsp;» se présente comme une répétition d’un King Ju n’ayant guère pratiqué&amp;nbsp;; dans «&amp;nbsp;Passe mon truc&amp;nbsp;», il est question d’un type demandant à un DJ de passer sa K7. Le DJ ne le fait pas. Jusqu’au moment où le type s’énerve et met sa K7… ce qui nous amène à la chanson suivante, «&amp;nbsp;Stupeflip Home Version&amp;nbsp;», introduite par le même monologue que «&amp;nbsp;Stupeflip&amp;nbsp;». Cette «&amp;nbsp;Home Version&amp;nbsp;» s’avère un peu plus douce, du moins musicalement, que celle présentée en début d’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allow=&quot;encrypted-media&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; gesture=&quot;media&quot; width=&quot;450&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/1vEuLzp5QEw?rel=0&quot; width=&quot;560&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme tout bon album, &lt;em&gt;Stupeflip&lt;/em&gt; contient une aberration&amp;nbsp;: le diptyque «&amp;nbsp;Je fume pu d’shit&amp;nbsp;»/«&amp;nbsp;J’refume du shit&amp;nbsp;» ressemble à une gentille chanson à texte qui, prise au premier degré, pourrait ressembler à une réponse cinglante à «&amp;nbsp;L’Apologie&amp;nbsp;» de Matmatah. À l’écoute du reste de la discographie, c’est là un titre particulièrement à part, pratiquement une anomalie. Le crou en est cependant fort conscient, et dans «&amp;nbsp;Création de la deuxième ère du Stup&amp;nbsp;», plus loin sur l’album, où cette chanson est (déjà) qualifiée de «&amp;nbsp;grand tube maintenu reconnu&amp;nbsp;». Autre tube en puissance, «&amp;nbsp;À bas la hiérarchie&amp;nbsp;», brûlot punk dénonçant violemment la (non)vie dans les grosses enterprises – un brûlot qui reste conscient de son inutilité, hé, ce n’est qu’une chanson, ce n’est pas ça qui changera les choses. Mais ça défoule.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De nombreuses vignettes s’intercalant entre les chansons, où se construit peu à peu la stup-mythologie («&amp;nbsp;Le crou ne mourra jamais&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Présentation du crou&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Explication n°1&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Crou Nostalgie&amp;nbsp;», etc.). Ce sont là des vignettes mid-tempo au rythme lourd et à l’ambiance angoissée et angoissante. Atmosphère poisseuse, beats déglingués et maladifs&amp;nbsp;: en fin d’album, «&amp;nbsp;Annexion de la région Sud&amp;nbsp;» récapitule les grands thèmes de l’album – les différentes ères du Stup, les maisons de disque, la hiérarchie – et se termine dans des rires déments.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil des chansons, Stupeflip déploie donc un imaginaire bien personnel, passablement cradingue, flippant et paranoïaque. Il est question d’une maléfique menuiserie («&amp;nbsp;La menuiserie, cette entité démoniaque, créatrice de sons…&amp;nbsp;»),, de différentes ères du stup, de différentes régions (Est, Ouest, Sud, Nord) annexées les unes après les autres. Le deuxième album proposera d’ailleurs une carte pour replacer tout ça.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-s-carte.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-s-carte.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Une carte ! C’est de la fantasy !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le mystère autour de Stupeflip ne se dévoile que peu à peu – mais est-il vraiment nécessaire de tout savoir&amp;nbsp;? Qui veut savoir qui se cache sous le masque moche de King Ju&amp;nbsp;? Le crou estime que non&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ah Stupeflip, Stupeflip, qu'est ce que c'est ce truc&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
Ils veulent des explications, mais ils sauront rien&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
Z'ont pas compris qu'il faut garder qu'un tout petit peu d'mystère&lt;br /&gt;
Exactement comme le mystère au chocolat&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;L.E.C.R.O.U.&amp;nbsp;»)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mystère au chocolat qui fera d’ailleurs l’objet d’une chanson, «&amp;nbsp;Les clés du mystère au chocolat&amp;nbsp;», sur l’album suivant. Bref.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de la gaudriole punk/grunge se dissimule (à peine) une profonde mélancolie, l’aliénation du monde contemporain. Là où Florent Marchet, dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/13/B-comme-Bambi-Galaxy&quot;&gt; &lt;em&gt;Bambi Galaxy&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, réagit à l’inhumanité de notre monde par la dépression et la fuite – dans l’espace ou les paradis artificiel –, Stupeflip fait mine de se baser sur un monde imaginaire… mais c’est bien du nôtre dont il s’agit. Stupeflip y réagit par des chansons abrasives, provocatrices, célébrant la révolte et les freaks. De fait, avec «&amp;nbsp;Les Monstres&amp;nbsp;», King Ju fait sa déclaration d’amour envers les… eh bien, les monstres et autres créatures bizarres, pour qui le chanteur masqué ressent une affection certaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, Stupeflip mélange les genres&amp;nbsp;: un tiers de hip-hop, un tiers de punk, un tiers de rock, un tiers de synthpop, un tiers de chanson française. À peu près. «&amp;nbsp;Y'a des orgues Bontempi et des caisses claires qui claquent […] Des samplers, des guitares et puis 2 p'tits connards / Qui fument et qui fument et qui fument en jouant de la guitare.&amp;nbsp;» Potaches à la première écoute, à prendre au premier ou au ixième degré (ou, mieux, les deux à la fois), les chansons sont portées par des mélodies efficaces – tantôt du gros rock, tantôt des ritournelles ineptes – et font la part belle aux jeux de mots et aux références, tant externes qu’internes. De fait, il semble évident que King Ju – Julien Barthélémy à la vie civile – avait d’emblée en tête bon nombre d’éléments constitutifs de la mythologie du crou. Résultat&amp;nbsp;: un premier album solide d’une grande cohérence tant thématique que musicale, à écouter et réécouter – de préférence à des heures indues.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-s-stupdisco.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-s-stupdisco.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-s-stupdisco_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ces pochettes : c'est de l'art !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après ce premier disque éponyme, Stupeflip a continué à sévir&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Stup Religion&lt;/em&gt; est sorti en 2005, centré – comme son nom l’indique fort justement – sur la religion, doté d’une atmosphère moyenâgeuse. Un disque d’ailleurs qui, dès ses premières secondes, tisse le lien avec le précédent, en reprenant la même ritournelle bancale. Moins grunge que &lt;em&gt;Stupeflip&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Stup Religion&lt;/em&gt; montre un crou persévérant avec bonheur dans son délire, s’amusant de leur reconnaissance. Après cet album, Stupeflip, viré de chez BMG, autoproduira les deux suivants, &lt;em&gt;The Hypnoflip Invasion&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Stup Virus&lt;/em&gt;. Ce dernier disque, quatrième et ultime du crou, a été financé via une campagne de &lt;em&gt;crowdfunding&lt;/em&gt; fin 2016, pour le moins couronnée de succès&amp;nbsp;: la somme requise a été levée en deux heures et la campagne a terminé à près de 1000 % (joli record). De quoi terminer en beauté l’existence de Stupeflip.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Stup a changé ma vie.&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;La religion du stup&amp;nbsp;»)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ses années d’existence, restant obstinément fidèle à lui-même — qu’importent les maisons de disques –, le crou Stupeflip est parvenu à générer une importantes base de fans (dont votre serviteur, assez récemment), attirée par l’univers délirant et le devenir de ses membres, personnages à part entières dont l’histoire se dessine, petite touche par petite touche au fil des disques. Pas un mince exploit, pour un crou prenant plaisir à insulter son public lors de sees premiers concerts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1vEuLzp5QEw&quot;&gt;non décidément&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: au-delà du bien et du mal&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>R comme Rosetta</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/04/R-comme-Rosetta" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Rosetta" />
      <id>urn:md5:b9ed0e008c727dc6354fc3ac23c61a00</id>
      <published>2017-12-04T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-12-04T15:47:27+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a maintenant un peu plus de trois ans, la sonde &lt;strong&gt;Rosetta&lt;/strong&gt;, en orbite autour de la comète Tchouri, déposait à sa surface l'atterrisseur &lt;strong&gt;Philae&lt;/strong&gt;… Un an plus tard, le compositeur grec &lt;strong&gt;Vangelis&lt;/strong&gt; sortait de son long silence discographique avec un disque-hommage à la sonde spatiale de l'ESA. Mission accomplie&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Rosetta, Vangelis (Decca, 2016). 13 morceaux, 53 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au départ, je pensais consacrer ce billet à &lt;em&gt;R plus seven&lt;/em&gt;, album d’Oneohtrix Point Never, en vertu du fait que ce tour d’Abécédaire est placé sous le signe du nombre 7 (comme&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/03/7-comme-7&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/09/D-comme-Draft-7-30&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/06/J-comme-Le-Jardin-des-sept-crepuscules&quot;&gt; là&lt;/a&gt;, voire encore &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/13/L-comme-The-Line-the-Cross-the-Curve&quot;&gt; là &lt;/a&gt; en poussant un peu). Mais… en dépit de la qualité du disque, je me suis rendu compte à mon grand regret que je n’avais pas grand-chose à en dire au-delà de quelques généralités. Oneohtrix Point Never est le projet d’un seul homme, Daniel Lopatin, dont la musique, volontiers expérimentale, se fait un mélange audacieux d’ambient et de minutieuses sculptures sonores.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-r-opn.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-r-opn_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un petit air d'&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/04/A-comme-Antichamber&quot;&gt;Antichamber&lt;/a&gt;…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru en 2013, &lt;em&gt;R plus seven&lt;/em&gt; est son sixième album, ou le septième si l’on inclut &lt;em&gt;Rifts&lt;/em&gt; (2009), compilation rassemblant des œuvres plus anciennes. Il s’agit là d’une dizaine de morceaux mutants, quelque part entre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/05/X-comme-Xen&quot;&gt;Arca&lt;/a&gt;, Aphex Twin et Flying Lotus. Mais… à part décrire laborieusement chaque morceau, expliquer que le premier me paraît ressembler à du Philip Glass sous amphétamines, et cetera, je ne voyais pas trop quoi déclarer de pertinent à son sujet. Tant qu’à rester sur la lettre R, j’aurais pu aborder aussi les précédents albums&amp;nbsp;: la roborative compilation &lt;em&gt;Rifts&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Replica&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Returnal&lt;/em&gt;. L’étonnant &lt;em&gt;Returnal&lt;/em&gt; vaut la peine qu’on y tende une oreille&amp;nbsp;: le disque débute par «&amp;nbsp;Nil Admirari&amp;nbsp;», un magma bruitiste où cris distordus, bruit blanc et crachotement saturés agressent sauvagement l’auditeur sur cinq longues minutes, avant qu’une accalmie apparaisse, avec l’aérien «&amp;nbsp;Describing Bodies&amp;nbsp;». Après la décharge sonique initiale, éprouvante au possible, tout le reste de l’album est un voyage lent et apaisé. Mais toujours pas de quoi faire un billet complet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis je me suis souvenu qu’un vieux briscard des synthés était sorti de sa retraite l’an passé, pour proposer un album-hommage à la sonde &lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-r-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-r-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rappel des événements. Le 4 juillet 2005, la sonde &lt;em&gt;Deep Impact&lt;/em&gt; de la Nasa avait lâché un impacteur sur la comète Tempel 1. Et l’agence spatiale américaine de se gargariser d’avoir planté dans une comète une sonde grosse comme une machine à laver, cela le jour de la fête nationale US. &lt;em&gt;Hey dude, see the symbol?!&lt;/em&gt; Pas mal mais peut mieux faire. Partie un an plus tôt, la sonde &lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt; s’est placée en orbite autour de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko – alias Tchouri – en novembre 2014, dans le but d’en apprendre davantage sur ces objets célestes et d’y déposer un atterrisseur, &lt;em&gt;Philae&lt;/em&gt;. Pas une mince affaire…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rappel des évènements bis&amp;nbsp;: Vangelis, de son petit nom Evangelos Odysseas Papathanassiou, est un compositeur grec à qui l’on doit quelques fameuses bandes originales de films, comme &lt;em&gt;Les Chariots de feu&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;1492&amp;nbsp;: Christophe Colomb&lt;/em&gt;, et surtout &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;. Hors du champ cinématographique, Vangelis a également sorti plusieurs album ayant une inspiration scientifique&amp;nbsp;: Albedo 0.39 (1976) ou Mythodea – une composition datant de 1993 mais publiée en 2001, à l’occasion du lancement de la sonde américaine Mars Odyssey. Et, à l’exception des bandes originales pour les films &lt;em&gt;Alexandre le Grand&lt;/em&gt; (2004) et &lt;em&gt;El Greco&lt;/em&gt; (2007), ce &lt;em&gt;Mythodea&lt;/em&gt; restait la dernière œuvre solo du musicien en date. Jusqu’à ce qu’une conversation téléphonique avec l’astronaute néerlandais André Kuipers, à ce moment-là dans la Station Spatiale Internationale, inspire le compositeur grec, et lui donne envie de composer un album rendant hommage à cette sonde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt; est paru le 23 septembre 2016&amp;nbsp;; une semaine plus tard, la sonde spatiale s’écrasait sur la comète.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/channel/UCOUSN_ynEx1aIDCdXvPj1-A/&quot;&gt;«&amp;nbsp;Origins (Arrival)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; pose d’emblée les choses&amp;nbsp;: retentit d’abord un bourdonnement inquiétant, puis, au bout de vingt secondes, voici que débarquent en masse de célestes nappes de synthétiseurs, Vangelis annonce la couleur. Le maître des synthés, c’est lui. On frise un peu l’overdose comateuse sur le morceau suivant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-MYuqse0G7w&quot;&gt;«&amp;nbsp;Starstuff&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, dont les deux dernières minutes, à défaut d’être originales, rappellent quelque peu l’introduction de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=jd92zc9OD7E&quot;&gt;«&amp;nbsp;Infinitude&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; relève l’intérêt, proposant une jolie mélodie soutenue par des chœurs aériens. De quoi préparer le terrain pour &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zsz8O8AEcR8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Exo Genesis&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, jolie pièce où les notes impétueuses d’un piano virevoltent sur fonds de puissantes couches de synthés. Conséquence, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=mTSREBBQ6cc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Celestial Whispers&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; nous propose un petit interlude en apesanteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après un début très électronique, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=H7dRJ0cU9c8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Albedo 0.06&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; reprend puissamment le thème musical de «&amp;nbsp;Origins (Arrival)&amp;nbsp;» – un morceau dont le titre rappelle forcément l’album &lt;em&gt;Albedo 0.39&lt;/em&gt; du compositeur, mais fait référence pour le coup au pouvoir réfléchissant de la surface cométaire (assez faible, donc). Un morceau qui ne décolle pas vraiment mais qui n’en demeure pas moins agréablement évocateur. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-gWqro79Ppw&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sunlight&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; consiste en une nouvelle avalanche de nappes synthétiques un brin émollientes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/WSa3kkMQ574&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors que l’auditeur menace de s’assoupir sous ces tonnes de synthés lénifiants, Vangelis enchaîne coup sur coup plusieurs morceaux venant secouer l’auditeur de sa torpeur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Rosetta&amp;nbsp;», une ballade à la mélodie immédiate, hélas un brin grandiloquente dans sa seconde moitié. Enfin, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=48TsiR3a0F0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Philae’s Descent&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; vient insuffler un peu de tension, avec trois minutes dramatiques, cinématographiques au possible. On ne peut s’empêcher d’imaginer Philae valdinguant dans l’espace à mesure qu’il s’approche de Tchouri, une descente captée par une caméra tremblante. Le petit atterrisseur réussira-t-il à se poser sur le sol cométaire&amp;nbsp;? Nope. Suit «&amp;nbsp;Mission Accomplie&amp;nbsp;», morceau sous-titré &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=6G8DluQsrzE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Rosetta’s Waltz&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Bon, vu le succès de l’atterrissage de Philae, on peut chipoter sur le choix du titre du morceau, lequel morceau consiste en une valse héroïque – cette fois viennent à l’esprit l’image des équipes de l’ESA. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5SooJHZvu9k&quot;&gt;«&amp;nbsp;Perihelion&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ressemble au rejeton de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=VouHPeO4Gls&quot;&gt;«&amp;nbsp;On the Run&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Pink Floyd et du &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=UFO3wAB6_NM&quot;&gt;générique de fin&lt;/a&gt; de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; il s’agit là du morceau le plus long, le plus rythmé et surtout le plus accrocheur du disque ; son titre fait référence à Perihelion Cliff, élément géologique au pied duquel s'est posé l'atterrisseur. Sans surprise «&amp;nbsp;Elegy&amp;nbsp;» est un morceau à l’ambiance mélancolique – mais bon, rien d’étonnant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=p787l0t85UA&quot;&gt;«&amp;nbsp;Elegy&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ne s’appelle pas «&amp;nbsp;Sarabande&amp;nbsp;» pour rien –, manière d’épitaphe pour une sonde spatiale. Enfin, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=GBTAj-25H14&quot;&gt;«&amp;nbsp;Return to the void&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; offre une conclusion éthérée au disque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-r-tchouri.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-r-tchouri.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-r-tchouri_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Du pur &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt;, Vangelis ne se révolutionne pas vraiment. Le musicien grec fait ce qu’il sait faire, et plutôt bien – au point qu’on aurait presque l’impression d’écouter un best-of dont les morceaux s’enchaînent à la perfection. Très cinématographique, cet opus se situe néanmoins bien loin des sommets d’évocation et de puissance émotionnelle atteints par les BO de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;1492&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non, à moins d’être allergique aux synthés&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui malgré tout&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Fin de partie</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/12/01/Fin-de-partie" rel="alternate" type="text/html" title="Fin de partie" />
      <id>urn:md5:63f12dac55286cc59a9fc46528e347da</id>
      <published>2017-12-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-02-01T15:33:31+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Nancy Kress</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-findepartie-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/kress-findepartie-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Jeff, et si on pouvait mettre de l’ordre dans ses idées comme dans sa chambre&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; C'est la question que se pose Allen, le meilleur ami de Jeff Galagher. Est-il possible de se concentrer pleinement sur une tâche&amp;nbsp;? Et si oui, à quel prix&amp;nbsp;? Pour accompagner la sortie de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/nancy-kress/danses-aeriennes&quot;&gt;Danses aériennes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, recueil rassemblant une sélection des meilleurs textes de Nancy Kress, nous vous proposons de (re)découvrir cette nouvelle troublante sur les pouvoirs du cerveau.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/nancy-kress/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Nancy Kress&lt;/a&gt;, parue dans &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/nancy-kress/danses-aeriennes&quot;&gt;&lt;em&gt;Danses aériennes&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et traduite de l'américain par Pierre-Paul Durastanti), vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/nancy-kress/fin-de-partie&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; décembre 2017 au 31 janvier 2018. Retrouvez &lt;strike&gt;chaque mois&lt;/strike&gt; de temps à autres une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kress-findepartie-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/kress-findepartie-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;h5&gt;Illustration&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/shiroma/3835355411/&quot;&gt;Shiroma&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/&quot;&gt;CC BY 2.0&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Q comme Question de poids</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/28/Q-comme-Question-de-poids" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Question de poids" />
      <id>urn:md5:790274760c20aad337778d23be4cc6b6</id>
      <published>2017-11-28T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-28T12:48:50+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot;/&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/04/O-comme-l-oeuf-du-dragon&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’Œuf du Dragon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Robert Forward, on continue notre exploration d'astres aux conditions extrêmes où, en dépit de tout, la vie prospère. Étape, donc, sur Mesklin, avec &lt;strong&gt;Une question de poids&lt;/strong&gt; de Hal Clement…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Question de poids [autre titre&amp;nbsp;: Mission Gravité][A Mission of Gravity], Hal Clement, (mal) traduit de l’anglais [US] par Pierre Versins et Martine Renaud. Pocket, coll. «&amp;nbsp;Science-fiction/fantasy&amp;nbsp;», 1982 [1954], poche, 256 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quelques tours d’alphabet plus tôt, on s’était intéressé à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/04/O-comme-l-oeuf-du-dragon&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Œuf du Dragon&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Robert Forward, aventure de &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt; ayant pour protagonistes les habitants d’une étoile à neutrons. Un roman dont la généalogie pouvait être retracée jusqu’à &lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; de Hal Clement, texte fondateur en son genre en dépit de ses défauts (et il n’en manque pas).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; (on préfèrera ce titre à celui de &lt;strong&gt;Mission Gravit&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;é&lt;/strong&gt;, qui perd un peu le jeu de mots) a d’abord été publié dans &lt;em&gt;Astounding&lt;/em&gt; entre avril et juillet 1953 avant d’être rassemblé dans un seul volume l’année suivante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le principal argument de &lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; est le monde sur lequel se déroule l’histoire. Tout le reste (univers, personnages, intrigue, style) demeure passablement en retrait. Et quel monde&amp;nbsp;! Un de ceux capables d’éveiller le &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; dès lors qu’on évoque ses caractéristiques physiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soit la planète Mesklin. Une planète tellurique géante, qui tourne si vite sur elle-même – une journée n’y dure qu’à peine 18 minutes – que sa forme en est affectée. Si son diamètre équatorial est de 77 250 km, son diamètre polaire ne fait que de 31 700 km&amp;nbsp;: en conséquence de quoi, Mesklin ressemble à une boule très aplatie. Cela a aussi pour conséquence que la gravité y varie considérablement, suivant l’endroit où l’on se trouve. Au niveau de l’équateur, elle n’est &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; de 3 g&amp;nbsp;; aux pôles, elle monte jusqu’à 700 g. (Pour l’anecdote, l’auteur s’est rendu compte, tardivement, que ses calculs étaient erronés&amp;nbsp;: au lieu de 700 g, la gravité polaire n’aurait dû être &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; de 250 g.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rajoutons à cela que Mesklin suit une orbite très elliptique autour de son étoile, et que la température moyenne n’y dépasse jamais 0° C. Aucune importance&amp;nbsp;: la planète est recouverte de méthane, composé dont le point d’ébullition se situe assez bas (-161° C sous notre atmosphère). Du fait des paramètres orbitaux de l’astre (longs à détailler), seul l’hémisphère sud est habitable. Car Mesklin abrite la vie, et une vie intelligente qui plus est&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-mesklin.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-mesklin.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La planète Mesklin&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les êtres intelligents peuplant Mesklin ressemblent à de gros mille-pattes, d’une cinquantaine de centimètres de long, qui ont atteint le stade d’espèce civilisée. Soit Barlennan, l’un des membres de cette race, le capitaine d’un navire marchand, le &lt;em&gt;Bree&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-mesklinite.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-mesklinite.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-q-mesklinite_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un Mesklinien, par Wayne Barlowe&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsque le roman débute, Barlennan est déjà en contact avec une expédition humaine, posée sur l’un des deux satellites naturels de Mesklin. Et les humains ont besoin de son aide&amp;nbsp;: ils ont perdu une sonde au niveau du pôle, et seul les Meskliniens peuvent se rendre à cet endroit, où la gravité est intolérable. Il s’agira donc pour Barlennan et son équipage de traverser l’hémisphère sud, depuis l’équateur jusqu’au pôle&amp;nbsp;; en chemin, ils feront des rencontres plus ou moins hostiles, feront preuve d’ingéniosité et de bravoure pour franchir les obstacles (car sur Mesklin, avec une si forte gravité, la chute de n’importe quel objet s’avère dangereuse). Et Barlennan, s’il prend soin de complaire à ses amis humains, n’oublie pas qu’il est marchand et qu’il espère bien retirer quelque bénéfice de l’entreprise.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-heavyplanet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-heavyplanet.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La liste des défauts de &lt;strong&gt;L’Oeuf du dragon&lt;/strong&gt; s’applique également à &lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; – et, partant, à bon nombre de romans de &lt;em&gt;hard science&lt;/em&gt;. Au-delà du formidable concept – la description de cette planète à l’énorme gravité –, il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent. L’histoire n’est qu’un prétexte pour explorer Mesklin de haut en bas&amp;nbsp;; le contexte, tant du côté des humains que celui de l’équipage du &lt;em&gt;Bree&lt;/em&gt;, est inexistant&amp;nbsp;; la faune et flore de la planète sont à peine esquissés&amp;nbsp;; les personnages humains sont falots et les Meskliniens ne valent guère mieux&amp;nbsp;: pour la fascinante question de la xénopensée, il faudra repasser. Rien n’explique comment les humains ont procédé pour entrer en contact avec Barlennan (ni comment ils ont atteint Mesklin et y ont découvert de la vie). Quant au style, c’est pataud et la traduction pesante de Pierre Versins et Martine Renaud n’arrange rien, rendant les dialogues ampoulés voire proches du ridicule.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais Mesklin demeure, rendue crédible par le talent en la matière de Clement, et autorise à &lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; de figurer parmi les classiques du genre. Rien d’étonnant, d’ailleurs, que le roman ait d’abord paru au sein de la collection «&amp;nbsp;Ailleurs &amp;amp; Demain&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; a connu des suites, sous la forme de romans et nouvelles, tous inédits en français. Quand ces suites ne se déroulent pas sur Mesklin, elles ont comme point commun de mettre en scène des mondes à forte gravité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-starlight.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-starlight.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le premier de ces récits est &lt;strong&gt;Star Light&lt;/strong&gt; (1971)&amp;nbsp;: welcome back, Barlennan. Vingt ans après les événements de &lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt;, le Mesklinien est embauché par les Terriens pour explorer une planète à forte gravité, Dhrawn. On y retrouve un même environnement hostile, glacé, à base d’eau et d’ammoniac. Seule différence notable avec Mesklin&amp;nbsp;: une journée y dure deux mois. Le convoi dirigé par le second de Barlennan, Dondragmer, subit un accident&amp;nbsp;: la glace sur laquelle il circule rompt, précipitant les engins sous l’eau. Le temps presse. Humains et Meskliniens tentent de trouver des solutions pour sauver Dondragmer et son équipage. Mais Barlennan a peut-être un plan derrière la tête… Pour faire court, &lt;strong&gt;Star Light&lt;/strong&gt; ressemble à &lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; mais sur une autre planète, et reproduit les défauts du premier roman, le sense of wonder en moins. Long et ennuyeux, se focalisant sur des péripéties soporifiques, c’est là une suite dispensable (de la même que &lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt; est affligé d’une suite inutile, &lt;strong&gt;Starquake&lt;/strong&gt;). À noter que &lt;strong&gt;Star Light&lt;/strong&gt; fait (ferait&amp;nbsp;?) intervenir des personnages issus d’un autre roman de Clement&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Close to critical&lt;/strong&gt; (1970), situé sur une planète à forte gravité, torride (370 °C&amp;nbsp;!). Ces différents récits semblent d’ailleurs faire partie d’un univers développé de loin en loin par l’auteur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-q-closetocritical.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-q-closetocritical.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Parue dans une anthologie-hommage à John W. Campbell, «&amp;nbsp;Lecture Demonstration&amp;nbsp;» (1973) se déroule sur Mesklin. Les humains donnent des cours aux Meskliniens. Lors d’une démonstration, un astronaute chute au sol et se retrouve coincé en bas d’une pente. Comment remonter et regagner son appareil&amp;nbsp;? Il faudra que les cerveaux des Meskliniens et des humains turbinent… mais le récit peine à passionner. Près de trente ans après ce dernier texte, Hal Clement est revenu sur Mesklin avec «&amp;nbsp;Under&amp;nbsp;» (2000)&amp;nbsp;: parue dans le numéro de janvier 2000 de la revue &lt;em&gt;Analog&lt;/em&gt;, cette novella est par ailleurs l’un des derniers textes publiés de Clement. L’occasion d’y retrouver ce cher vieux Barlennan. On savait les Meskliniens frileux à l’idée de prendre de la hauteur&amp;nbsp;; les voici confrontés à une expérience les obligeant à passer en-dessous d’un obstacle. Cela m’embête de l’écrire, mais cette novella n’a pas grand intérêt. Clement reproduit une énième le même schéma narratif&amp;nbsp;: des personnages en danger – il faut trouver une solution. Et… là encore, on s’en fiche un peu beaucoup en fait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hal Clement a des idées et sait créer des mondes étranges. Mais d’un point de vue romanesque, c’est… poussif. Si &lt;strong&gt;Question de poids&lt;/strong&gt; a pour lui l’attrait de la nouveauté et du concept, les autres textes ne parviennent guère qu’à susciter un ennui incommensurable. Le style est plat, les personnages aussi, l’intrigue pareillement. D’une certaine manière, c’est raccord avec le concept&amp;nbsp;: les mondes à forte gravité tels que dépeints par Clement n’ont que peu de relief, et les romans sont à l’avenant. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, en dépit de ces défauts, on reste gré à Clement d'avoir créé de tels mondes et d'avoir initié une voie que Robert Forward (&lt;strong&gt;L'Œuf du dragon&lt;/strong&gt;, donc), Stephen Baxter (&lt;strong&gt;Gravité&lt;/strong&gt;) ou Greg Egan (&lt;strong&gt;Incandescence&lt;/strong&gt; voire &lt;strong&gt;Orthogonal&lt;/strong&gt;) ont emprunté avec un brio certain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: mal traduit mais lisible tout de même&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>P comme Polygondwanaland</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/23/P-comme-Polygondwanaland" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Polygondwanaland" />
      <id>urn:md5:8cf977a036da3b61a36b08cd8e228593</id>
      <published>2017-11-23T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-23T11:34:53+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/17/N-comme-Nouvelles-de-l-anti-monde&quot;&gt;l'antimonde&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/21/O-comme-The-Orb-s-Adventure-Beyond-the-Ultraworld&quot;&gt;l'ultramonde&lt;/a&gt;, on s'aventure dans les contrées psychédéliques du &lt;strong&gt;Polygondwanaland&lt;/strong&gt;, en compagnie du septuor australien King Gizzard &amp;amp; the Lizard Wizard, qui nous propose une virée joyeusement folle : continent géométrique et châteaux en ruine, dinosaures et divinités, sans oublier une mystérieuse quatrième couleur…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Polygondwanaland, King Gizzard &amp;amp; The Lizard Wizard (auto-distribué, 2017). 10 chansons, 43 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le blog poursuit sur sa lancée d’albums à peu près &lt;em&gt;écoutables&lt;/em&gt; – et s’éloigne quelque peu du tout-électronique, pour se rappeler qu’il y a ces trucs avec des cordes. Des guitares, je crois que ça s’appelle ainsi (en tous cas, ça ne ressemble pas trop à un synthé). Avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/21/O-comme-The-Orb-s-Adventure-Beyond-the-Ultraworld&quot;&gt; &lt;em&gt;The Orb&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’s Adventures in the Ultraworld&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, on citait abondamment Pink Floyd, tant la bande à Roger Waters et David Gilmour semblait une référence pour le duo electro The Orb. Bien. Imaginez maintenant un Pink Floyd qui aurait bouffé du lion, ou plutôt du kangourou&amp;nbsp;: King Gizzard &amp;amp; the Lizard Wizard, c’est un peu ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1017207616/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=de270f/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 886px;&quot;&gt;Polygondwanaland by King Gizzard &amp;amp; The Lizard Wizard&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a, quoi, dix jours à la date de publication de ce billet (le 23 novembre, donc), le groupe de garage rock psychédélique King Gizzard &amp;amp; the Lizard Wizard, dont la renommée semble grimper un peu plus à chaque nouvelle sortie, annonçait la sortie de son quatrième album &lt;em&gt;Polygondwanaland&lt;/em&gt; pour le 17 novembre. Évitons les malentendus&amp;nbsp;: le quatrième album &lt;em&gt;de l’année&lt;/em&gt; 2017 pour le groupe, et le douzième au total. Fin 2016, la bande d’Australiens emmenée par Stu Mackenzie déclarait envisager la sortie de quatre ou cinq albums sur 2017&amp;nbsp;: pourquoi pas, pour un collectif habitué à sortir deux disques par an depuis ses débuts en 2012. À ce titre, 2016 donnait l’impression d’une perte de régime – mais pas d’inspiration – avec la sortie d’un seul disque, &lt;em&gt;Nonagon Infinity&lt;/em&gt; – un album destiné à être écouté et réécouté d’affilée, sa fin s’emboîtant précisément avec son début. En février 2017, il y a d’abord eu l’expérimental &lt;em&gt;Flying Microtonal Banana&lt;/em&gt; (album où le groupe s’amusait avec des instruments accordés pour jouer des micro-intervalles (&lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Micro-intervalle&quot;&gt;Wikipédia explique cela mieux que moi&lt;/a&gt;)). En juin, le conceptuel &lt;em&gt;Murder of the Universe&lt;/em&gt; (qui mériterait bien un billet à lui tout seul) a suivi. Le jazzy &lt;em&gt;Sketches of Brunswick East&lt;/em&gt; est venu se rajouter en août. Enfin, le présent &lt;em&gt;Polygwondanaland&lt;/em&gt; vient égayer cette fin novembre. J’ignore si le groupe tiendra son pari de cinq albums en 2017 (plus qu’une trentaine de jours, les gars), mais la performance vaut l’admiration — d’autant que, spoiler, la qualité et l’énergie demeure présentes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-p-2017.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-p-2017.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-p-2017_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Déjà parus en 2017…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Attention, la suite risque d’être fouillis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Polygondwanaland&lt;/em&gt;, donc. Un titre curieux, qui provient de la première chanson du disque (quelque part dans le refrain, mais pas facile à percevoir), et qui évoque une version kaléidoscopique de l’ancien supercontinent Gondwana, ainsi qu’un jeu de mot sur «&amp;nbsp;polygone&amp;nbsp;» – de quoi remettre en mémoire celui à neuf côtés qui orne la pochette de &lt;em&gt;Nonagon Infinity&lt;/em&gt;. Si la pochette de &lt;em&gt;I Am In Your Mind Fuzz&lt;/em&gt; (2014) représente un château, celle de &lt;em&gt;Nonagon Infinity&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Murder of the Universe&lt;/em&gt; représentent l’édifice effondré&amp;nbsp;: voilà qui nous amène directement à «&amp;nbsp;Crumbling Castle&amp;nbsp;», chanson-fleuve frôlant les onze minutes qui introduit l’album.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-p-castles.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-p-castles.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-p-castles_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Des châteaux qui s'effondrent&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est là une déconnante empoignade musicale, à la mélodie entêtante, évoquant les habitants d’un château et l’édifice lui-même qui, tous, espèrent survivre à l’épreuve du temps.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I don't want to fall into dust&lt;br /&gt;
I don't want nothing but to live on&lt;br /&gt;
The ache inside my keep spurs me on&lt;br /&gt;
I don't want to be visible&lt;br /&gt;
Polygondwanaland&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/uLP8rFrL1W0?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La suite nous amène justement dans le «&amp;nbsp;Polygondwanaland&amp;nbsp;», au fil d’une chanson-titre apaisée aux accents mystique&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Goodbye kinsman, polygon&lt;br /&gt;
I'm gone abroad, gondwanaland&lt;br /&gt;
Drift until I've poly-gone&lt;br /&gt;
Into my stop, gondwanaland&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-p-detail2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-p-detail2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-p-detail2.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On reste dans les lieux mystérieux, avec «&amp;nbsp;Castle in the air&amp;nbsp;», qui, par les images qu’elle évoque, rappelle aussi bien &lt;strong&gt;Les Voyages de Gulliver&lt;/strong&gt; et la fameuse île de Laputa que &lt;em&gt;Le Château dans le ciel&lt;/em&gt; d’Hayao Miyazaki. Les paroles citent les êtres mythiques supposés habités les confins du monde connu… du moins, quand celui-ci était peu connu, avec des créatures dotés d’un œil unique ou dont la tête et le torse sont confondus (on les voit d’ailleurs sur la pochette). Le psychédélique «&amp;nbsp;Deserted Dunes Welcome Weary Feet&amp;nbsp;» continue l’exploration du Polygondwanaland, qui semble également abriter des bêtes préhistoriques&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;It's full of dinosaurs&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-p-detail1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-p-detail1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si l’on en juge par la pochette, les trois chansons suivantes, qui s’enchaînent sans temps mort, forment le mini-cycle &lt;em&gt;Horology&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: j’avoue ne pas avoir vraiment compris «&amp;nbsp;Inner Cell&amp;nbsp;», qui n’en reste pas moins envoûtante à l’écoute, décollant dans sa seconde moitié&amp;nbsp;; chantée d’une angoissante manière syncopée, «&amp;nbsp;Loyalty&amp;nbsp;» se situe du côté d’un dieu déçu que ses ouailles aient cessé de croire en lui (à moins qu’on se trouve en présence d’un homme persuadé d’être une divinité)&amp;nbsp;; conséquence de cela, «&amp;nbsp;Horology&amp;nbsp;» raconte le parcours d’un conspirateur énucléé fuyant une tyrannie, jusqu’à atteindre quelque château, où le voile des apparences sera levé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec «&amp;nbsp;Tetrachromacy&amp;nbsp;», on entame le dernier acte du disque. L’œil humain traite la perception des couleurs avec trois cônes, permettant de voir le rouge, le vert et le bleu. Le tétrachromatisme est, pour faire simple, le fait d’être doté d’un quatrième cône photorécepteur. «&amp;nbsp;A colour under blue &amp;nbsp;», d’après King Gizzard. «&amp;nbsp;Searching…&amp;nbsp;» raconte cette quête – et me fait terriblement penser à cette nouvelle de Greg Egan, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-81&quot;&gt;«&amp;nbsp;Les Yeux de l’arc-en-ciel&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, où des gens se recâblent les photorécepteurs. Le narrateur de cette avant-dernière chanson aux accents éthérés voit sa quête aboutir, car le voici à l’égal d’un dieu. «&amp;nbsp;The Fourth Colour&amp;nbsp;» (un titre à demi-pratchettien), morceau enflammé et irrésistible qui conclut en beauté le disque.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Now I'm a god in a photon&lt;br /&gt;
I see through walls&lt;br /&gt;
I see your heat&lt;br /&gt;
I can see your terror&lt;br /&gt;
Can see your future&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Du côté du concept sous-tendant l’album, si les liens entre divinité et quatrième couleurs sont évidents, je ne vois pas trop où s’insère le Polygondwanaland là-dedans (bien qu’il soit cité dans «&amp;nbsp;Tetrachromacy&amp;nbsp;»). Qu’importe&amp;nbsp;: musicalement et thématiquement, &lt;em&gt;Polygondwanaland&lt;/em&gt; reste un disque fort bien tenu, mélodiquement riche et entêtant. Un disque qui repose beaucoup sur l’héritage des précédents albums&amp;nbsp;: à ce titre, ce douzième effort de King Gizzard &amp;amp; The Lizard Wizard me paraît faire figure de synthèse entre l’aspect conceptuel déconnant de &lt;em&gt;Murder of the Universe&lt;/em&gt; (il faudra décidément que je me décide à en faire un billet), les mélodies urgentes et les morceaux s’enchaînant sans temps morts de &lt;em&gt;Nonagon Infinity&lt;/em&gt;, ainsi que les expériences musicales de &lt;em&gt;Flying Microtonal Banana&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Sketches of Brunswick East&lt;/em&gt; qui ont élargi la palette sonore du groupe (flûtes et autres instruments à vent, notamment). Cela, pour ne parler que des albums que je connais bien. De fait&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;There are more things in Polygondwanaland than are dreamt of in your philosophy.&amp;nbsp;» (William S., citation apocryphe)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Enfin, on appréciera la pochette, passablement fouillis et d’une qualité esthétique discutable (quelque peu à l’image des autres pochettes du groupe), mais qui a l’insigne mérite de correspondre à l’ambiance dégagée par King Gizzard &amp;amp; The Lizard Wizard (en un mot&amp;nbsp;: bordélique) ainsi que spécifiquement au présent disque, tant l’illustration fourmille de détails trouvant écho dans les chansons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et on ne peut que se montrer curieux de ce que le «&amp;nbsp;Roi Gésier et le Lézard Sorcier&amp;nbsp;» nous réservent pour 2018.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: le groupe étant généreux, l’album est disponible en libre téléchargement&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: un peu tôt pour juger de sa postérité, mais oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme The Orb's Adventures Beyond the Ultraworld</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/21/O-comme-The-Orb-s-Adventure-Beyond-the-Ultraworld" rel="alternate" type="text/html" title="O comme The Orb's Adventures Beyond the Ultraworld" />
      <id>urn:md5:5d8e5d776ace2625fc789e361bb34b52</id>
      <published>2017-11-21T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-22T22:35:19+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/11/17/N-comme-Nouvelles-de-l-anti-monde&quot;&gt;l'anti-monde&lt;/a&gt;, l'ultramonde… Avec le premier album du groupe anglais The Orb, paru voici plus qu'un quart de siècle, on tente une excursion du côté de l'Ultraworld. Au programme, des nuages duveteux, la quatrième dimension, des châteaux en Espagne mais dans l'espace… et quelques clins d'œil à Pink Floyd.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Orb's Adventures Beyond the Ultraworld, The Orb (Big Life, 1991). 10 morceaux, 150 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;1991&amp;nbsp;: alors qu’Autechre – alias le groupe fétiche de votre serviteur – en était encore à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt; ses balbutiements&lt;/a&gt;, The Orb débarquait dans le petit monde des musiques électroniques. Groupe fondé par Jimmy Cauty et Alex Paterson à la toute fin des années 80, The Orb a fait ses premières armes dans les salles chill-out des discothèques londoniennes, lieux où le duo a pu mettre au point et développer un ambient électro teinté de house – pas exactement du Brian Eno, plutôt son versant dansant et hédoniste. Un duo… qui se sépare bien vite, Jimmy Cauty partant fonder le groupe KLF, dont le premier album s’appelera justement &lt;em&gt;Chill Out&lt;/em&gt; (1990). Du son côté, Paterson recrute de nouveaux collaborateurs pour travailler sur les morceaux de ce qui constituera le premier album de The Orb – un double album, s’il vous plaît –, le présent &lt;em&gt;The Orb&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Adventure Beyond The Ultraworld&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Conçue par le collectif The Designer Republic – qui réalisera l’essentiel des pochettes d’Autechre –, la pochette de l’album montre la centrale électrique de Battersea – immortalisée par Storm Thorgerson pour Animals de Pink Floyd. Foin de cochon volant mais une ambiance colorée dramatique. L’intérieur de la pochette quitte le plancher des vaches&amp;nbsp;: une représentation des cieux ptoléméens ou un visage d’astronaute de la NASA…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-o-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-o-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La face A est titrée «&amp;nbsp;Earth Orbits&amp;nbsp;» et est introduite par un triomphal cocorico introduit le disque, avant que ne débute véritablement «&amp;nbsp;Little Fluffy Clouds&amp;nbsp;», morceau halluciné porté par les élucubrations météorologiques de Rickie Lee Jones, prononcées d’une voix planante sur fond d’harmonica désertique (un sample chipé à Ennio Morricone). Les quatre minutes sont une promenade dans des éthers lysergiques…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;What were the skies like when you were young?&lt;br /&gt;
– They went on forever. They… When I w… We lived in Arizona, and the skies always had little fluffy clouds in 'em, and, uh… they were long… and clear and… there were lots of stars at night.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/CdMs7eqMvNg&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le reste de cette première face, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/Nokco-IBpaI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Earth (Gaia)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://youtu.be/W_E8sC6Osns&quot;&gt;«&amp;nbsp;Supernova at the End of the World&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; constituent deux longues promenades psychédéliques, où se glissent des samples de la NASA (les missions Apollo 11 et 17) et des extraits de films (&lt;em&gt;Flash Gordon&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Docteur Folamour&lt;/em&gt;). Sympathiques, quoique un peu répétitives, et manquant un peu de la folie qui infuse «&amp;nbsp;Little Fluffy Clouds&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face B, titrée «&amp;nbsp;Lunar Orbits&amp;nbsp;», nous emmène donc du côté de notre satellite naturel, avec deux morceaux frôlant le quart d’heure. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=xdI8oGhDZ-E&quot;&gt;«&amp;nbsp;Back Side of the Moon&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, radieux et bucolique comme pourrait l’être un champ hydroponique sous dôme, ne décolle pas vraiment et suscite l’ennui&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=JTuYoAD4uPU&quot;&gt;«&amp;nbsp;Spanish Castles in Space&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est un églogue léger et apaisé – une voix lointaine prononce des choses en russe, sur une instrumentation classique (guitare, basse, gazouillis d’oiseaux).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec la face C, l’auditeur approche enfin de l’Ultraworld, tout d’abord avec des sondes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ultraworld Probes&amp;nbsp;» est le titre de cette troisième face. Un compte à rebours introduit &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=7DetiWap-FM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Perpetual Dawn&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, sautillant morceau à tendance reggae où une sorte d’alien flabille (du verbe flabiller, émettre avec la bouche des sons évoquant «&amp;nbsp;ffflblalabl&amp;nbsp;»). &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=PlqmdHyKxik&quot;&gt;«&amp;nbsp;Into the Fourth Dimension&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; débute par un extrait du «&amp;nbsp;Miserere&amp;nbsp;» d’Allegri, compositeur bientôt rejoint par Vivaldi dont le concerto pour violon « L’Amoroso&amp;nbsp;» se double d’une rythmique énergique. Dernier morceau de cette face C, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=rE2aPvLpXMc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Outlands&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; refait intervenir Rickie Lee Jones, ainsi que Kraftwerk et un synthétiseur Casio à l’adorable son aigrelet, pour une huitaine de minutes hors de ce monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, la face D nous emmène dans l’Ultraworld. Serait-on pourtant de retour sur Terre&amp;nbsp;? Dans &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Ynaqfa8JTRE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Star 6 &amp;amp; 7 8 9&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; retentissent des gazouillis d’oiseaux, bourdonnements d’insectes, le vrombissement d’une moto puis d’une deuxième… avant qu’une guitare se mette à jouer une mélodie solaire. On repense, de loin, à Pink Floyd et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=uvKO-qhWOL8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Grantchester Meadows&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=0nL1-jnCkfw&quot;&gt;«&amp;nbsp;A Huge Ever Growing Pulsating Brain That Rules from the Centre of the Ultraworld&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; pourrait concourir pour le morceau au titre le plus long (mais est dépassé de 11 caractères par &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ICbbPSXUAmY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving With a Pict&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Pink Floyd). Ce morceau live (semble-t-il) et déconnante empoignade musicale de près de vingt minutes, portée par les mêmes notes obsédantes. On y entend entre autres samples divers un coq (histoire d’asseoir un sentiment d’unité avec «&amp;nbsp;Fluffy Little Clouds&amp;nbsp;»). Les nombreux autres samples, je ne les ai pas reconnus. L’un des deux remixes présents sur la réédition Deluxe de 2006 laisse retentir &lt;a href=&quot;https://youtu.be/qexS5hBB1C0?t=4m4s&quot;&gt;vers la 4e minute&lt;/a&gt; quelques notes caractéristiques de guitare&amp;nbsp;: mais c’est «&amp;nbsp;Shine On You (Crazy Diamond)&amp;nbsp;» de Pink Floyd&amp;nbsp;! Décidément… En 2010, David Gilmour (est-ce vraiment nécessaire de rappeler qu’il s’agit du guitariste de Pink Floyd&amp;nbsp;?) collaborera d’ailleurs avec The Orb pour l’album &lt;em&gt;Metallic Spheres&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, ce premier album de The Orb mêle avec bonheur plusieurs influences&amp;nbsp;: l’usage intenseif de samples radiophoniques et cinématographiques à tendance scientifique voire SF, la musique des pionniers de l’électro des années 70 – Brian Eno en tête – et, sans surprise, Pink Floyd, le tout mâtiné de dub. Si, après un excellent morceau introductif («&amp;nbsp;Little Fluffy Clouds&amp;nbsp;»), &lt;em&gt;The Orb&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’s Adventures beyon the Ultraworld&lt;/em&gt; semble marquer le pas sur une première moitié un brin trop bucolique, la seconde partie relève le niveau avec une succession de morceaux plus rythmés et joyeusement psychédéliques. L’ensemble se laisse écouter avec un plaisir certain, sans risque d’avoir les oreilles qui saignent à la fin de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, on peut opérer une comparaison entre The Orb et Autechre comme on différencie science-fictionnel et science-fictif&amp;nbsp;: d’un côté, un groupe faisant une musique relative à la SF, au travers des titres et des visuels&amp;nbsp;; de l’autre, un groupe faisant de la SF musicale (tendance &lt;em&gt;hard SF&lt;/em&gt;, reconnaissons-le). Il s’agit bien sûr là d’une interprétation (et je serais curieux de connaître quel attrait les deux joyeux drilles d’Autechre ressentent envers la science-fiction).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, le personnel du groupe a évolué, Alex Paterson demeurant le seul membre originel en place. The Orb a publié de nouveaux albums, toujours teintés de science-fiction, qu’il s’agisse de &lt;em&gt;U.F.Orb&lt;/em&gt; (1992), &lt;em&gt;Cydonia&lt;/em&gt; (2001) ou de &lt;em&gt;Moonbuilding 2703 AD&lt;/em&gt; (2015), témoignant de l’intérêt marqué et continu d’Alex Paterson pour le genre. Peut-être ce navrant Abécédaire s’y intéressa-t-il en temps utile…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable : non&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme Nouvelles de l'anti-monde</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/17/N-comme-Nouvelles-de-l-anti-monde" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Nouvelles de l'anti-monde" />
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      <published>2017-11-17T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-21T12:36:22+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant sa réédition par les excellentes éditions de l'Arbre Vengeur, on se replonge dans les &lt;strong&gt;Nouvelles de l'anti-monde&lt;/strong&gt;, recueil de Georges Langelaan. Au sommaire, contes moraux, scientifiques ou fantastiques, et surtout la fameuse nouvelle &lt;strong&gt;La Mouche&lt;/strong&gt;, adaptée au cinéma par Kurt Neuman puis David Cronenberg…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Nouvelles de l’anti-monde, George Langelaan. Marabout, coll. « Science-fiction&amp;nbsp;», 1973 [1962 pour la 1re édition]. Poche, 384 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-n-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-n-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il est probable que le nom de George Langelaan n’évoque rien à bon nombre de lecteurs. Pourtant, cet homme, d’origine franco-britannique, agent secret au service du SOE durant la Seconde Guerre mondiale, est l’auteur à l’origine de l’un des films les plus fameux de la science-fiction horrifique&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La Mouche&lt;/em&gt;… Le film de Kurt Neuman (1958) et celui de David Cronenberg (1986) se basent tous deux sur la nouvelle éponyme de Langelaan, au sommaire de son recueil &lt;strong&gt;Nouvelles de l’anti-monde&lt;/strong&gt;. Publié par Robert Laffont en 1962, le recueil a ensuite été réédité à plusieurs reprises par Marabout avant de tomber dans un oubli dont le film de Cronenberg ne l’a pas vraiment sauvé. Mais, sonnez hautbois, résonnez trompettes, les excellentes éditions de L’Arbre vengeur annoncent une réédition en février 2018, illustrée par Greg Vezon (à qui l’on doit déjà les dessins, dans un style proche de Charles Burns, qui ornent, entre autres, le très bon &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-chute-dans-le-neant&quot;&gt;La Chute dans le néant&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Marc Wersinger ou le non moins réussi &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/l-homme-que-les-arbres-aimaient&quot;&gt;L’Homme que les arbres aimaient&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; d’Algernon Blackwood, deux livres réédités… chez l’Arbre vengeur).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-n-cover4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-n-cover4_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deux textes de ces &lt;strong&gt;Nouvelles de l’anti-monde&lt;/strong&gt; ont bénéficié d’une réédition à part voici quelques années, chez Flammarion «&amp;nbsp;Étonnants classiques&amp;nbsp;». Sans surprise, il s’agit des nouvelles majeures du recueil, «&amp;nbsp;La Mouche&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Temps mort&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ce fut cependant avec beaucoup de calme que je demandai à ma belle-sœur comment et pourquoi elle avait tué mon frère lorsqu’elle m’appela à deux heures du matin pour m’annoncer cette nouvelle et me demander de prévenir la police.&amp;nbsp;» (p. 45)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lire «&amp;nbsp;La Mouche&amp;nbsp;» après avoir vu le film de Cronenberg permet d’apprécier le travail d’adaptation. De fait, la nouvelle commence à la manière d’une enquête a priori anodine&amp;nbsp;: Anne s’accuse d’avoir écrasé Robert Browning avec un marteau-pilon, et nourrit depuis un intérêt étrange pour les mouches. Est-elle folle&amp;nbsp;? Le narrateur, Arthur, frère du défunt, cherche à comprendre&amp;nbsp;; la clé du meurtre lui sera fourni par le long compte-rendu d’Anne. La suite, on la connaît&amp;nbsp;: scientifique travaillant sur la téléportation de matière, Robert Browning a fini par tester son invention sur lui-même. Pour horrifique qu’elle soit, la nouvelle ne se dépare pas d’un humour noir&amp;nbsp;: un chaton entre aussi dans l’équation (disons), pour aboutir à un résultat final aussi affreux que ridicule.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Temps mort&amp;nbsp;» est le gros morceau du recueil. La novella opère selon un schéma similaire à «&amp;nbsp;La Mouche»&amp;nbsp;: mystère puis explication sous la forme d’un compte-rendu. Encore une fois, il s’agit d’une expérience qui rate spectaculairement&amp;nbsp;: Yvon Darnier est le cobaye d’un test visant à ralentir l’écoulement du temps sur sa personne – une heure pour nous valant pour lui une seconde. Mais au moment de sa réintégration dans le flux de temps normal, Darnier disparaît sous les yeux éberlués des scientifiques. Dans les minutes qui suivent, des événements étranges se produisent, jusqu’à un coup de feu tiré inopinément… le canon du revolver s’avérant contenir une liasse de feuillets, rédigés par Darnier. Si le cobaye met des jours à s’en rendre compte, errant dans une ville immobile, le lecteur aura vite compris que le temps s’écoule des milliers de fois plus vite pour l’infortuné Darnier. Un parfum old school imprègne cette novella, où Langelaan prend soin de ne pas faire fi de certaines réalités physiques (l’exemple le plus immédiat&amp;nbsp;: les déplacements de Darnier échauffent l’air, qui a la consistance d’une mélasse).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-n-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-n-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et le reste&amp;nbsp;? Nouvelles de l’anti-monde débute par «&amp;nbsp;Le Miracle&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: après un accident de train, Louis Jadant, voyageur de commerce vindicatif et mesquin, fait mine d’avoir perdu l’usage de ses jambes afin d’empocher l’argent de l’assurance. Mais vient le moment où il veut faire croire qu’il est de nouveau capable de marcher. Quoi de mieux alors qu’un pélerinage à Lourdes&amp;nbsp;? Une amusant histoire à chute, sanctionnant la mesquinerie. Plus embarassé est le narrateur de «&amp;nbsp;Chute dans l’oubli»&amp;nbsp;: tout semble l’accuser du meurtre de sa détestable épouse… pourtant, il ne l’a pas tuée. Ah, les pouvoirs de la suggestion… Il s’agit là d’une autre histoire à chute, d’un intérêt mineur. «&amp;nbsp;La Dame d’outre nulle-part&amp;nbsp;» s’avère plus intéressante&amp;nbsp;: le narrateur découvre progressivement la raison pour laquelle son ami Berny a disparu. Une disparition dont les prémisses remontent au moment où Berny est entré en communication avec des individus apparaissant seulement via son poste de télévision. La technologie prend des atours magiques dans cette romance contrariée. «&amp;nbsp;Récession&amp;nbsp;» commence par la mort du narrateur&amp;nbsp;: bien entendu, ce n’est là que le début. Que fait-on une fois décédé et qu’on n’est plus qu’une âme immatérielle&amp;nbsp;? On imagine. «&amp;nbsp;Le Tigre récalcitrant&amp;nbsp;» est un nouveau conte moral&amp;nbsp;: lors d’une visite au zoo, un individu méprisable se découvre le pouvoir d’influencer télépathiquement les animaux en cage, et en profite pour jouer des tours à ses proches. À moins que… «&amp;nbsp;La Dernière Traversée&amp;nbsp;» montre des animaux interagir magiquement avec des humains, mais cette fois dans un but positif&amp;nbsp;: éviter un accident aérien. Adaptée en 1971 dans la série anthologique de Rod Serling &lt;em&gt;Night Gallery&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;L’Autre Main&amp;nbsp;» aborde le syndrome de la main étrangère&amp;nbsp;: le narrateur se rend compte que sa main gauche ne lui répond plus et, pire, entreprend des actions criminelles… Criminel aussi, John&amp;nbsp;? Dans «&amp;nbsp;La Tournée du Diable&amp;nbsp;», une vieille bohémienne l’accuse d’avoir assassiné son chien. Il s’agissait d’une euthanasie, car son épouse, Angela, ne supportait pas le toutou. Mais Angela est morte, et John se voit offrir la possibilité de tout recommencer&amp;nbsp;: son chien est magiquement de retour… et Angela aussi. «&amp;nbsp;De fauteuil en déduction&amp;nbsp;» est une nouvelle histoire à chute, où tout se fonde sur l’identité du narrateur, qui connaît l’auteur du kidnapping. Mignon mais mineur. «&amp;nbsp;Robots pensants&amp;nbsp;» rappelle la fameuse histoire de l’automate joueur d’échecs… avec un dénouement et une explication bien plus affreux. Cette nouvelle a été adaptée en téléfilm sous le titre &lt;em&gt;Le Collectionneur de cerveaux&lt;/em&gt; (1976) par Michel Subiela, dont c’est là le seul titre de gloire. Enfin, dans «&amp;nbsp;Sortie de secours&amp;nbsp;», un homme fait appel à Landley, ancien compagnon d’armes, pour l’aider à résoudre le mystère de la disparition de sa femme&amp;nbsp;; évidemment, les apparences sont trompeuses…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-n-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-n-cover3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les années aidant – ou plutôt, n’aidant pas du tout –, les nouvelles composant ce recueil ont perdu leur originalité. Il s’agit essentiellement de nouvelles à chute, avec bien souvent un aspect moral punissant la mesquinerie et la méchanceté. Des chutes qui, pour le lecteur un tant soit peu aguerri, se laissent bien vite deviner – mais l’essentiel ne réside pas toujours là. Il reste une certaine fraîcheur dans le traitement des histoires, la naïveté de celui qui redécouvre les tropes de la SF et les aborde à sa manière&amp;nbsp;: ici, en mettant en scène des personnages énamourés ou odieux, sans oublier des scientifiques n’hésitant pas à payer de leur personne, le tout avec une systématique petite dose d’horreur. Celle-ci produit toujours son petit effet, Langelaan ne rechignant pas à susciter des images positivement hideuses… À ce titre-là, «&amp;nbsp;La Mouche&amp;nbsp;» et son scientifique hybridé avec un chat et une mouche s’avère efficace. Quant à l’aspect moral, il n’est jamais lourdingue&amp;nbsp;: au lecteur de tirer ses conclusions, l’auteur est déjà passé à autre chose. De fait, une bonne moitié des nouvelles s’achève de manière assez expéditive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, ces &lt;strong&gt;Nouvelles de l’anti-monde&lt;/strong&gt; constituent un recueil de bonne facture, un peu vieilli mais jamais vieillot. Grâces soient rendues aux éditions de l’Arbre vengeur de le rééditer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: bientôt non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Der Mann aus dem andern Jahrtausend</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/15/M-comme-Der-Mann-aus-dem-andern-Jahrtausend" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Der Mann aus dem andern Jahrtausend" />
      <id>urn:md5:6dfff1ff92b096c94a70cb4cde7e315a</id>
      <published>2017-11-15T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-15T15:29:04+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Retour en RDA avec &lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend&lt;/strong&gt; de Richard Gross. Cet homme qui venait d'un autre millénaire, c'est le fils d'un général américain qui se réveille après une hibernation de deux siècles dans une radieuse société future où l'idéologie adverse a vaincu. Comment s'y adapter&amp;nbsp;? Comment s'y faire accepter&amp;nbsp;? L'occasion de prouver sa valeur viendra quand une expédition est lancée vers une autre planète&amp;nbsp;: celle où les derniers capitalistes ont trouvé refuge…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend, Richard Gross&amp;nbsp;; illustrations de Werner Ruhner. Verlag Neues Leben, coll. «&amp;nbsp;Spanned erzählt&amp;nbsp;», 1961. GdF, 304 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Retour en RDA… &lt;strong&gt;Der Mann aus dem anderm Jahrtausend&lt;/strong&gt;, un titre se traduisant par «&amp;nbsp;L’homme qui venait d’un autre millénaire&amp;nbsp;». Je ne dispose que de peu d’informations sur l’auteur du présent roman, Richard Gross&amp;nbsp;: né en 1921 et décédé en 1968, il semble n’avoir publié que cet unique ouvrage au sein de la collection «&amp;nbsp;Spanned erzählt&amp;nbsp;» (i.e. «&amp;nbsp;raconté avec du suspense ») des éditions est-allemandes Neues Leben. À vrai dire, si la notoriété des gens se juge à l’existence d’une page Wikipédia leur étant consacrée, cet auteur apparaît (sauf erreur de ma part) encore moins connu que l’illustrateur, &lt;a href=&quot;http://https/de.wikipedia.org/wiki/Werner_Ruhner&quot;&gt; Werner Ruhner&lt;/a&gt;. Et en ce qui concerne la collection, je renvoie à mon billet sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/20/U-comme-Ultrasymet-bleibt-geheim&quot;&gt; &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Hans Vieweg.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Nous voici en 2187, et c’est la fête&amp;nbsp;: le communisme a vaincu, et les humains vivent heureux dans une société sans classe. Bien sûr, cela ne s’est pas fait sans heurt&amp;nbsp;: les capitalistes (menés par, vous l’aurez deviné, les USA) ont commis, vers la fin du XXe siècle, un dernier baroud d’honneur. À bord d’une flottille spatiale à destination d’Epsilon Eridanus, trois mille cinq cents hommes et femmes avaient le projet de larguer quelques bombes atomiques sur Terre, histoire que rien ne survive. Heureusement, le sinistre projet fut déjoué&amp;nbsp;; les colons partirent néanmoins, et plus personne n’entendit jamais parler d’eux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une nouvelle expédition se prépare toutefois à partir pour Nowi Swesda (Nouvelle Étoile en russe). Peu de temps avant, un événement étrange se produit&amp;nbsp;: dans un musée, un caisson d’hibernation est découvert à bord d’une antique fusée. À son bord, un homme&amp;nbsp;: Sidney Ernest Mordgen, officier de l’US Air Force, né en 1964… Réveillé, le jeune homme (224 ans au compteur mais seulement 28 ans d’un point de vue biologique) se retrouve dans un monde où tous ses repères idéologiques ont changé (les mœurs sont plus libérales, l’idéologie dominante n’est plus la même, tout comme le rapport au travail). La scientifique Lys Karmen s’occupe du jeune homme. Karmen, qui hésite à embarquer à bord de la flotte de fusées photoniques en direction de Nowi Swesda… Dans l’équipe scientifique, certains s’opposent à la venue de Mordgen, mais celui-ci finit par faire partie de l’équipage. La flotte – composée de dix fusées portant le nom de capitales mondiales — finit par s’élancer en direction de Nowi Swesda, sans trop savoir ce qu’on y trouvera. Le voyage durera plusieurs années… À bord, à la notable exception de Lys Karmen, la méfiance règne envers Mordgen&amp;nbsp;: dans son autre vie, n’a-t-il pas écrit des articles sur l’usage des armes atomiques en aéronautique&amp;nbsp;? N’a-t-il pas récemment demandé si la flotte emporterait avec elle des armes?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, la situation va changer progressivement&amp;nbsp;: une première fois, lorsque Sidney devra faire confiance à ses camarades au moment de passer sur la table d’opération pour soigner ses poumons malades (le tabac tue toujours, même dans le futur)&amp;nbsp;; une deuxième fois quand Sidney, rattrapant son retard scientifique, prouvera à l’équipe dirigeante que la flotte fait fausse route et qu’il faut corriger le cours&amp;nbsp;; une dernière fois quand Lys, après quelques atermoiments, acceptera d’épouser Sidney.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La flotte arrive enfin en vue de Nowi Swesda. Tout prouve que la planète est habitée et que ses occupants maîtrisent l’énergie atomique. Un groupe d’explorateurs, dont Lys et Sidney, se pose à sa surface&amp;nbsp;: ils y découvrent des habitations éparses et une population humanoïde miséreuse. Les maîtres de Nowi Swesda sont, sans surprise, les descendants de la première expédition&amp;nbsp;; ceux-ci ont établi une dictature militaro-religieuse et maintiennent en esclavage les autochtones. Mais la révolte gronde. La venue des Terriens et la présence de Sidney Mordgen vont mettre le feu aux poudres… si du moins les amis de Sidney ne se mettent pas à croire que cet homme d’un autre millénaire a changé d’opinion.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img9_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par rapport aux précédents romans de SF est-allemands abordés dans ce blog — &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/20/U-comme-Ultrasymet-bleibt-geheim&quot;&gt; &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/20/G-comme-Gigantum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/18/U-comme-Die-Unsichtbaren&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/19/G-comme-Die-Grosse-Grenze&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Grosse Grenze&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; –, &lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jahrtausend&lt;/strong&gt; se distingue par une qualité un brin supérieure. Certes, l’intrigue rappelle (de loin) &lt;em&gt;Hibernatus&lt;/em&gt; dans l'espace ; certes, le roman est lourdement idéologique&amp;nbsp;: la Terre future baigne dans un bien-être probablement socialiste, tandis que les tyrans de Nowi Swesda, originaires des anciens USA, ont instauré un régime quasi-féodal, n’hésitant pas à mutiler leurs serviteurs swesdianiens (en les rendant sourd, notamment). Face à cette situation, les membres de la nouvelle expédition n’hésite pas très longtemps avant d’intervenir – en s’assurant du soutien des autochtones swesdianiens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le contraste des tyranniques maîtres de Nowi Swesda est donc d’autant plus flagrant avec la société terrienne. Dans ce futur, les mœurs se révèlent libérales&amp;nbsp;: les femmes ont tout à fait le droit d’avoir des aventures avant de se marier – j’ose supposer que, par rapport à l’époque de rédaction du roman, c’est un petit progrès. Quant à l’équipage, il est international&amp;nbsp;: un Africain est à la tête de l’expédition, un Chinois occupe de hautes responsabilités – une diversité que l’on voyait déjà dans &lt;em&gt;L’Étoile du silence&lt;/em&gt;, film est-allemand de SF sorti un an plutôt et adaptant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Stanislas Lem.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un brin longuet, notamment dans son deuxième tiers (le trajet vers Nowi Swesda), le roman se lit cependant bien et s’avère bien mieux mené que les précédents romans de SF est-allemands chroniqués sur ce blog. Cela bien beaucoup au personnage de Sidney Mordgen&amp;nbsp;: sa solitude, son déphasage par rapport à sa nouvelle époque sont bien rendus – en particulier lorsque le héros prononce une longue tirade exposant son impression de fouler déjà le sol d’une planète étrangère – cette Terre de 2188. Plus tard, sur Nowi Swesda, le voilà en un porte-à-faux délicat avec ses descendants – avec qui il ne partage rien d’autre que le nom et un peu d’ADN – et sa nouvelle famille. La situation se tend quand il est fait prisonnier par les tyrans et que ceux-ci en profitent pour contrefaire un message de Mordgen ordonnant à l’expédition de rendre les armes. En fin de compte, la vérité et la justice seront rétablis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra se moquer gentiment de quelques-uns des aspects scientifiques du roman&amp;nbsp;: à l’époque de rédaction du roman, les planètes externes du Système solaire demeuraient méconnues, et c’est tout naturellement que leur surface est supposée solide. L’auteur suppose que la gravité est sept fois plus forte sur Uranus que sur Terre, et propose une méthode pour la diminuer&amp;nbsp;: accélérer la rotation de la planète pour augmenter sa force centrifuge… Bon, assez ri – sinon, au goulag –, et ce sont là des détails mineurs, sans influence sur l’intrigue. Mineur aussi mais néanmoins important&amp;nbsp;: lors du voyage de la flotte de fusées, l’auteur n’oublie pas de prendre en compte les effets relativistes. Malheureusement, on n’en saura pas grand-chose de Nowi Swesda&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jarhtausend&lt;/strong&gt; n’est pas un planet opera, ses extraterrestres ressemblent à deux gouttes d’eau à des humains, et l’un des seuls échantillons de la faune locale que l’on voit est un lézard géant. De toute évidence, l’intérêt de l’auteur se situe ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman se distingue également par la qualité de ses illustrations&amp;nbsp;: je n’ai pas réussi à déterminer si Werner Ruhner a employé la carte noire à gratter ou réalisé des linogravures&amp;nbsp;; quoi qu’il en soit, leur aspect brut s’avère particulièrement réussi, et donne au roman un ton assez sombre et tourmenté – en écho à la personnalité complexe de Sidney. Florilège&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-m-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-m-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-m-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;strong&gt;Der Mann aus dem andern Jarhtausend&lt;/strong&gt; s’avère une assez bonne surprise dans le lot des romans de SF est-allemands. De belles illustrations, une ambiance un brin mélancolique, et une histoire moins sujette à provoquer l’ennui que les autres. Au prochain billet consacré à la science-fiction de RDA, on fera une nouvelle excursion extrasolaire — les cieux étrangers sont toujours riches d’attraits.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: on s’en approche&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme The Line, the Cross &amp; the Curve</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/13/L-comme-The-Line-the-Cross-the-Curve" rel="alternate" type="text/html" title="L comme The Line, the Cross &amp; the Curve" />
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      <published>2017-11-13T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-13T12:42:24+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à la trop rare Kate Bush, au travers de son septième album&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Red Shoes&lt;/strong&gt;. Un album imparfait mais accompagné par un étonnant moyen-métrage réalisé par la chanteuse elle-même&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Line, the Cross and the Curve&lt;/strong&gt;, manière de conte de fées moderne où l'univers unique de Kate Bush se déploie… et un «&amp;nbsp;ramassis de bêtises&amp;nbsp;» selon la chanteuse.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Line, the Cross and the Curve, Kate Bush (1993). Couleurs, 42 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La trop rare Kate Bush est sans conteste l’une des artistes les plus intéressante de son époque. Est-il besoin de rappeler son parcours&amp;nbsp;? Remarquée dès son premier 45-tours, &lt;em&gt;Wuthering Heights&lt;/em&gt; (1978), elle décolle artistiquement avec son troisième disque &lt;em&gt;Never For Ever&lt;/em&gt; (1980), où son imaginaire se déploie enfin et où figure l’inoxydable tube « Babooshka&amp;nbsp;». La chanteuse atteint une forme de maturité avec l’ambition &lt;em&gt;Hounds of Love&lt;/em&gt; (1985) – album dont la face A contient une série de tubes («&amp;nbsp;Running Up That Hill (A Deal With God)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Hounds of Love&amp;nbsp;», « Cloudbusting&amp;nbsp;», et surtout «&amp;nbsp;The Big Sky&amp;nbsp;», une chanson tout bonnement incroyable qui me donne sincèrement envie d’aller courir dans les prés, la crinière au vent) et dont la face B tient davantage de l’album-concept (enfin, de la &lt;em&gt;face&lt;/em&gt;-concept), inspiré par un poème d’Alfred Tennyson. Très portée sur le travail en studio, artiste hors-normes, Kate Bush a fait de ses albums des fourre-tout créatifs, pop et expérimentaux. Une œuvre musicale étonnante enrichie par de nombreux clips, parfois conçue par la chanteuse elle-même, où son univers fantasque prend forme et couleurs, avec de temps à autre des détours vers la SF – dommage que le passage des ans les rende souvent, au mieux, gentiment cheesy (c’est le cas du pénible &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=6g8v2RNLHr0&quot;&gt; «&amp;nbsp;Rocket Man&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le lot, citons «&amp;nbsp;Experiment IV&amp;nbsp;» (1986), chanson au clip glaçant où il est question de l’invention d’un son capable de tuer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/NTUcoR8_pyE&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fantasque «&amp;nbsp;The Big Sky&amp;nbsp;» vaut aussi le coup d’œil, en partie parce qu’il s’agit de l’un des premiers clips réalisés par Kate Bush, mais aussi parce que cette vidéo fait fi de tout bon goût avec une fraîcheur et une innocence sans pareilles. Et la chanson est tellement folle en soi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/sV7w5TaYjRA&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais surtout&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Cloudbusting&amp;nbsp;» (1985), inspiré par le psychanalyste Wilhelm Reich et son «&amp;nbsp;brise-nuage&amp;nbsp;»… (Reich, que l’on retrouve comme protagoniste du &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/o/blog/le-mystere-de-l-inquisiteur-eymerich&quot;&gt; &lt;strong&gt;Myst&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ère de l’inquisiteur Eymerich&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Valerio Evangelisti.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/pllRW9wETzw&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et nous voici en l’an de grâce 1993. Alors que les deux rigolos d’Autechre publiaient leur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt; premier album&lt;/a&gt;, Kate Bush enregistrait son septième disque, le dernier avant longtemps&amp;nbsp;:&lt;em&gt;The Red Shoes&lt;/em&gt;. Un album qui suivait l’intimiste &lt;em&gt;The Sensual World&lt;/em&gt; (1989), inspiré en partie par James Joyce.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-l-redshoes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-l-redshoes.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans ce septième opus, Kate Bush a invité Jeff Beck, Eric Clapton et Prince, pour un résultat… bon, quelque peu inférieur aux chefs d’œuvre du début des années 80. Pour accompagner le disque, la chanteuse ne tourne cette fois pas de clips… mais carrélent un moyen-métrage, le présent &lt;em&gt;The Line, the Cross and the Curve&lt;/em&gt;, qui reprend une demi-douzaine de chansons au rythme d’une histoire tenant à la fois d’&lt;strong&gt;Alice aux pays des merveilles&lt;/strong&gt; que du &lt;strong&gt;Magicien d'Oz&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;She said &quot;just take off my red shoes&lt;br /&gt;
Put them on and your dream'll come true&lt;br /&gt;
With no words, with no song&lt;br /&gt;
You can dance the dream with your body on.&quot;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Kate Bush y interprète ici une jeune chanteuse-danseuse passablement frustrée. Tout débute avec «&amp;nbsp;Rubberband Girl&amp;nbsp;», où on la voit chanter et danser, manipulée par son partenaire de danse et entourée par son groupe. Elle fait du yoyo, bondit dans tous les sens, se retrouve finalement dans une camisole de force. Mais bientôt voilà que survient une coupure de courant due à un orage. Kate reste seule dans la salle de danse, s’interroge sur l’amour («&amp;nbsp;And So Is Love&amp;nbsp;») à la lumière d’une chandelle, recueille un merle (qui meurt)… jusqu’au moment où surgit une étrange jeune femme (dotée d’un inquiétant mono-sourcil, mais, hé, ne préjugeons pas des apparences). Celle-ci a les mains bandées à la suite de brûlures, et elle réclame de Kate qu’elle lui dessine trois symboles sur autant de feuilles&amp;nbsp;: une ligne, une croix et une courbe.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;And this curve, is your smile&lt;br /&gt;
And this cross, is your heart&lt;br /&gt;
And this line, is your path&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Kate se retrouve dotée des chaussons de danse rouges de la mystérieuse inconnue et, alors qu’un vieil homme au visage fardé apparaît dans le grand miroir de la salle de danse, se retrouve à danser sans pouvoir contrôler ses jambes. Ses jambes qui l’emmènent de l’autre côté du miroir, dans une sorte d’enfer («&amp;nbsp;The Red Shoes&amp;nbsp;»). Mais impossible de retirer les chaussons &amp;nbsp;: ceux-ci sont ensorcelés, et les pieds de Kate s’agitent tout seuls. Avec le vieil homme comme guide, Kate se rend auprès d’une vieille femme («&amp;nbsp;Lily »), qui lui indique la voie à suivre. C’est le début d’un parcours initiatique pour la jeune danseuse, aux sentiments partagés envers ses chaussons qui représentent la colère et la passion, et qui la possèdent. Mais où aller si elle n’a ni son sourire, ni son cœur, ni son chemin&amp;nbsp;? Elle devra les récupérer («&amp;nbsp;Moments of Pleasure&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Eat the Music&amp;nbsp;») et regagner l’autre côté du miroir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/fI4aLYHSbuQ&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Longtemps déconsidéré par Kate Bush, qui qualifierait plus tard son moyen-métrage musical de «&amp;nbsp;loads of bollocks&amp;nbsp;», &lt;em&gt;The Line, the Cross and the Curve&lt;/em&gt; n’a rien d’un ratage, et la chanteuse a commis des clips bien plus embarrassants. Certes, le film est quelque peu daté dans son aspect visuel et fleure bon les années 80, mais il a le mérite de remettre en valeur les chansons de &lt;em&gt;The Red Shoes&lt;/em&gt; , album qui est loin d’être le sommet de la carrière de Kate Bush. Vu les cimes atteintes par &lt;em&gt;Never for Ever&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Hounds of Love&lt;/em&gt;, on se situe même plutôt dans un creux notoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Outre la chanteuse elle-même, le moyen-métrage présente au casting Miranda Richardson (qu’on a pu voir dans la série &lt;em&gt;Black Adder&lt;/em&gt;, les films &lt;em&gt;Sleepy Hollow&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Hours&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/25/S-comme-Southland-Tales&quot;&gt; &lt;em&gt;Southland Tales&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;em&gt;Harry Potter&lt;/em&gt;) et Lindsay Kemp, mime auprès de qui ont pris des cours Kate Bush… et David Bowie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-l-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-l-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rien ne se basant jamais sur rien, &lt;em&gt;The Line, the Cross and the Curve&lt;/em&gt; tire son titre et une partie de son intrigue de la chanson «&amp;nbsp;The Red Shoes&amp;nbsp;», laquelle fait référence au film &lt;em&gt;Les Chaussons rouges&lt;/em&gt; (1948) de Michael Powell et Emeric Pressburger (œuvre qui a également inspiré Brian de Palma pour son &lt;em&gt;Phantom of the Paradise&lt;/em&gt;), qui adapte lointainement le conte éponyme de Hans Christian Andersen. Sans oublier Lewis Carroll et L. Frank Baum. Un joli tissu d’influence, pour un conte musical somme toute sympathique. (Toutes les influences littéraires et cinématographiques présentes dans l’œuvre de Kate Bush mériteraient un billet bien plus conséquent que celui-ci.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;em&gt;The Red Shoes&lt;/em&gt;, il faudra patienter douze ans avant d’entendre du nouveau&amp;nbsp;: le superbe double album &lt;em&gt;Aerial&lt;/em&gt; paraît en 2005 (le clip de l’unique single du disque, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=F8xk_AkeP5c&quot;&gt; «&amp;nbsp;The King of the Mountain&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, est dirigé par Jimmy Murakami, à qui l’on doit le dessin animé post-apo &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/04/W-comme-When-the-wind-blows&quot;&gt; &lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;), suivi de &lt;em&gt;Director&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Cut&lt;/em&gt; – une réorchestration d’une partie des chansons de &lt;em&gt;The Sensual World&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;The Red Shoes&lt;/em&gt; , dont les versions originales ne satisfaisaient guère la chanteuse – et &lt;em&gt;50 Words For Snow&lt;/em&gt; – un exquis album hivernal – pour la seule année 2011. Depuis… pas grand-chose à se mettre sous la dent, si ce n’est l’enregistrement live de son spectacle de 2014, &lt;em&gt;Before The Dawn&lt;/em&gt;. Celui-ci replace les chansons plus ou moins récentes de Kate Bush au travers d’une trame retraçant le parcours d’une vie, prouvant la malléabilité et la grande cohérence de son œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en ligne&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: seulement si vous êtes allergique aux 80s&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>K comme Killer Klowns from outer space</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/10/K-comme-Killer-Klowns-from-outer-space" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Killer Klowns from outer space" />
      <id>urn:md5:340ddba531e005a6b859e842c57ae330</id>
      <published>2017-11-10T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-10T12:03:30+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les clowns&amp;nbsp;? Même pas peur. Même lorsqu'il s'agit d'envahisseurs extraterrestres venus récolter les humains d'une paisible bourgade américaine pour les transformer en barbapapa, comme ceux de l'inénarrable &lt;strong&gt;Killer Klowns from outer space&lt;/strong&gt;, sympathique série Z au statut culte…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Clowns tueurs venus d’ailleurs [Killer Klowns from Outer Space], Stephen Chiodo (1988). Couleurs, 82 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Alors que l’affreux Pennywise/Grippe-sou imaginé par Stephen King est revenu hanter les écrans de cinéma un peu plus tôt cet automne, il est bon de se rappeler qu’il n’est pas le seul clown extraterrestre à avoir flanqué la trouille dans une petite ville tranquille.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-k-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-k-poster1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est un vendredi soir normal dans la paisible bourgade de Crescent Cove&amp;nbsp;: les amoureux se bécotent dans leurs véhicules, sur les rives du lac&amp;nbsp;; les vendeurs de glace incompétents du coin tentent de fourguer leur camelote&amp;nbsp;; les deux flics se préparent à passer une soirée peinarde à ramasser les voyous habituels. Soudain, un objet volant lumineux traverse le ciel. Ce n’est pas un oiseau, ce n’est pas un avion, ce n’est pas non plus la comète de Halley. Lorsque le vieux Gene Green se rend avec son chien sur les lieux du supposé impact, quelle n’est pas sa surprise de découvrir, en lieu et place d’un cratère fumant, un… chapiteau de cirque. Un peu surpris, le vieillard examine, avant de se faire capturer, en compagnie de son cabot, par un clown un tantinet inquiétant. Un peu plus tard, Mike et sa petite amie Debbie arrivent sur les lieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On dirait vraiment que ça a été décoré par un magasin de jouets&amp;nbsp;», s’exclame Mike quand Debbie et lui s’aventurent dans l’étrange chapiteau. De fait, l’intérieur s’avère excessivement coloré. Mais la joie des deux tourtereaux cède la place à la terreur quand ils se rendent compte que les énormes masses de barbapapa ne sont autres que des cocons abritant des corps humains – notamment celui du vieux Gene Green. En tentant de fuir, ils sont repérés par les occupants du chapiteau – des clowns, naturellement –, qui se lancent à leur poursuite avec cette arme improbable&amp;nbsp;: un fusil à popcorn.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Du popcorn&amp;nbsp;? Mais pourquoi du popcorn&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Parce que ce sont des clowns&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Nos jeunes héros le comprennent vite&amp;nbsp;: ces clowns venus d’ailleurs se nourrissent d’êtres humains. Et l’heure de la récolte a sonné à Crescent Cove. Mais pour Mike et Debbie, il va d’abord falloir prévenir les forces de l’ordre – représentées par l’officier Dave, ex de Debbie, et son supérieur obtus Mooney… Mais n'est-il pas déjà trop tard&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-k-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-k-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-k-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-k-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-k-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-k-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-k-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-k-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-k-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-k-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-k-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-k-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Film de série Z, &lt;em&gt;Les Clowns tueurs venus d’ailleurs&lt;/em&gt; dépasse sa prémisse idiote pour proposer un divertissement certes idiot mais totalement assumé. Les frères Chiodo, dont il s’agit du premier et unique film, se donnent à fond. En soi, le film tient d’ailleurs plutôt bien la route et se regarde avec un amusement certain. Surtout, ce délire a bien supporté l'épreuve des ans. Pas de problème de rythme (la durée assez brève du long-métrage y est pour quelque chose), rares problème de montage, un budget certes limité mais qui ne se remarque pas trop – à l’exception des scènes finales dans le vaisseau-chapiteau –, des acteurs jouant correctement leur rôle. (Côté doublage français, c’est la fête du slip, en particulier avec le personnage de Gene Green.) Le point fort du film provient de ses trucages, surtout celui des clowns – gentiment creepy, avec leurs trognes disproportionnées en latex. Rien d’étonnant à savoir que la fratrie Chiodo – Stephen, Charles et Edward – a continué à travailler dans le domaine des effets spéciaux, avec une spécialisation en animation et marionnettes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autre point fort du film&amp;nbsp;: son générique, porté par l’excellente chanson « Killer Klowns From Outer Space&amp;nbsp;» du groupe californien The Dickies, issue de &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=NZk3TayC-GE&quot;&gt;l’EP éponyme&lt;/a&gt;. Impossible de résister à cette pépite pop-punk et son riff ravageur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tGVX033PiDA&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La coulrophobie, terme assez peu explicite en soi, désigne la peur des clowns. Et parmi les choses que je n’ai jamais trop comprises, au même rang que l’existences des yaourts aromatisés à la banane, c’est bien la phobie des clowns — au-delà du seul aspect «&amp;nbsp;truc censément inoffensif détourné de sa fonction première pour faire peur et induire un malaise du fait de ce décalage&amp;nbsp;». Pourquoi les clowns et pas les Pierrots lunaires ou les mimes Marceau ? Certes, un clown est (souvent) moche et ne fait pas vraiment rire, mais de là à flipper… Certes, les phobies, ça ne s’explique pas. Et le tueur en série John Wayne Gacy tout comme &lt;strong&gt;Ça&lt;/strong&gt; de Stephen King ont probablement aidé à la cristallisation de cette phobie. Depuis, les œuvres mettant en scène des clowns tueurs ont fait florès – effet qui fonctionne aussi avec les poupées, les gamins, et, grosso modo, toute chose supposée gentille et inoffensive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve dans &lt;em&gt;Les Clowns tueurs venus d’ailleurs&lt;/em&gt; quelques liens avec le roman-culte de King, sorti deux ans plus tôt&amp;nbsp;: le titre ne ment pas à son sujet, ici aussi les clowns sont des extraterrestres. Mais là où la maléfique créature de King adopte l’apparence susceptible d’infliger le maximum de peur à qui la voit – son aspect de clown semble son apparence par défaut –, les clowns du film de Stephen Chiodo sont de simples aliens. D’ailleurs, il pourrait être intéressant d’imaginer le processus évolutionnaire ayant mené à l’apparition de semblables extraterrestres sur quelque exoplanète lointaine. Le film ne donne pas d’explication mais a le mérite d’être cohérent&amp;nbsp;: les clowns utilisent des armes clownesques (une massue démesurée et colorée, par exemple), ont des fusils à popcorn, se servent de chiens en ballons de baudruche… et leur point faible s’avère leur gros nez rouge. Mine de rien, c’est terriblement logique. La question se pose donc&amp;nbsp;: et si les clowns humains n’étaient que des représentations édulcorées de ces affreuses créatures extraterrestres&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une potentielle suite, &lt;em&gt;The Return of the Killer Klowns from outer space in 3D&lt;/em&gt;, est dans les tuyaux depuis des années, sans rien de concret à l’horizon. Est-ce vraiment nécessaire&amp;nbsp;? En soi, cette série Z, qui mérite amplement son statut culte, se suffit à elle-même – de préférence entre potes, avec des bières et des pizzas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 88)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/08/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-88" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 88)" />
      <id>urn:md5:bae75ac42db353d89276e79762f89731</id>
      <published>2017-11-08T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-08T11:05:44+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les espaces virtuels étant infiniment plus vastes que les pages de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt;, c'est tout naturellement qu'une partie des critiques du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-88&quot;&gt;numéro 88 spécial Greg Egan&lt;/a&gt; trouvent leur place sur le blog&amp;nbsp;: au programme, des robots, des aliens, des rêveurs, du Ballard ballardien, des essais avec de la suite dans les idées, des textes en marge des genre… et du bon et du moins bon.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Greenland&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-greenland.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-greenland.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Heinrich Steinfest – éditions Carnets Nord – mars 2017 (roman traduit de l’allemand [Autriche] par Corinna Gepner. 288 pp. GdF. 20 euros.)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’autrichien Heinrich Steinfest n’est a priori guère connu en France des amateurs et amatrices des littératures de l’Imaginaire. Jusqu’à maintenant, cet auteur a surtout attiré l’attention des amateur.e.s de polar. Genre dont relevaient ses livres précédents tels &lt;strong&gt;Sale Cabot&lt;/strong&gt; (Phébus), &lt;strong&gt;Requins d’eau douce&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le onzième pion &lt;/strong&gt;(Carnets Nord), salués comme autant d’apports à la fois réussis et singuliers au roman criminel. Si ces récits d’enquête travaillaient habilement un schéma éprouvé du polar – le &lt;em&gt;whodunit&lt;/em&gt; –, tous se teintaient d’une étrangeté parfois si prononcée qu’elle les amenait aux lisières du fantastique. Une frontière générique que &lt;strong&gt;Greenland&lt;/strong&gt; semble quant à lui allègrement franchir dans sa partie inaugurale. Celle-ci consigne le témoignage rétrospectif du quinquagénaire Theo März quant à l’extraordinaire expérience qu’il vécut enfant en l’année 2010. Il se rappelle la nuit durant laquelle la fenêtre de sa chambre – jusque-là exempte de tout rideau – s’orna soudainement d’un inattendu store vert. Au mystère de son inexplicable apparition s’est bientôt adjoint celui des pouvoirs de la miraculeuse pièce de tissu. Seuil plutôt que fermeture, le store constituait une manière de sas vers un univers parallèle nimbé d’une lumière verte. Tels les enfants Darling de &lt;strong&gt;Peter Pan&lt;/strong&gt;, Theo franchit un soir le sas interdimensionnel pour partir à la découverte non pas de Wonderland mais de Greenland. Pendant quelques nuits, le jeune garçon y connut de bizarres et dangereuses aventures. Elles mêlaient, entre autres protagonistes, des hommes effrayants aux visages dissimulés par des jumelles et une fillette en proie à un inhabituel supplice. Inquiet de la possible contamination du réel par les créatures de Greenland, l’enfant se débarrassa finalement du store miraculeux… Mais quarante ans plus tard, l’énigmatique artefact réapparaît sur un des hublots du &lt;em&gt;Villa Malaparte, &lt;/em&gt;la nef spatiale emportant Theo – devenu astronaute – vers Mars en cours de colonisation. Et le quinquagénaire de bientôt repartir du côté de Greenland… Si l’ombre de J. M. Barrie plane sans doute sur le premier mouvement du roman, sa deuxième partie science-fictionnelle fait elle comme écho à Philip K. Dick. À l’instar des héros dickiens peu à l’aise en ménage, la conjugalité s’avère pour Théo – deux fois divorcé – aussi complexe que ses périples entre les planètes et les dimensions. Sans doute nourri par un large faisceau d’influences – on pourrait encore y ajouter le cinéma ( &lt;strong&gt;2001, l’Odyssée de l’espace&lt;/strong&gt;)&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ou la bande-dessinée (&lt;strong&gt;Batman&lt;/strong&gt;)&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;– &lt;strong&gt;Greenland &lt;/strong&gt;n’en est pas moins éminemment original. Combinant imagerie surréaliste, ironie pince-sans-rire et saillies aphoristiques, l’écriture de Heinrich Steinfest dessine une contrée de l’Imaginaire aussi drôle qu’intrigante. Du moins dans les deux premières parties du livre… En éclairant d’un jour crûment rationnel les mystères de Greenland tout en lorgnant vers un certain pathos, la conclusion du roman en atténue quelque peu la force de fascination. On conseillera donc de faire l’économie des dix dernières pages pour goûter pleinement les qualités par ailleurs certaines de &lt;strong&gt;Greenland&lt;/strong&gt;. Ne pas aller au terme d’un roman est parfois la meilleure des façons de le lire.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Pierre Charrel&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-masseffect.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-masseffect.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Mass Effect – Intégrale du Premier Cycle&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Drew Karpyshyn - Bragelonne, mars 2017 (omnibus de trois romans non-inédits traduits de l’anglais [Canada] par Éric Betsch et Cédric Degottex - 725 pp. GdF. 39 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ces trois romans – &lt;strong&gt;Révélation, Ascension &lt;/strong&gt;et &lt;strong&gt; Rétorsion – &lt;/strong&gt;sont adaptés du jeu vidéo Mass Effect™ de Bioware.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On a là un assez fort volume de plus de sept cents pages sous couverture cartonnée rigide revêtu d'une jaquette d'un assez bel effet dans le style « nouveau space opera&amp;nbsp;». Au milieu, l'ouvrage contient un cahier hors texte de seize pages pages d'illustrations en couleur issues du jeu vidéo Bioware. L'auteur de ces romans, Drew Karpyshyn, est aussi le principal auteur du jeu Mass Effect™.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'humanité a découvert aux confins du système solaire un «&amp;nbsp;relais cosmodésique&amp;nbsp;», artéfact laissé par les Prothéens, une espèce supérieure disparue voici 50 000 ans, qui leur ouvre les portes de la galaxie où les Terriens sont confrontés à diverses autres espèces plus ou moins bien disposées à leur égard. Une idée déjà vu cent fois. C'est plus ou moins comme ça que commençait la série &lt;strong&gt;Perry Rhodan&lt;/strong&gt;, par exemple, ou &lt;strong&gt;Stargate&lt;/strong&gt;. Au temps pour l'originalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Révélation&lt;/strong&gt; , le premier livre de cette trilogie, nous conte l'enquête menée par la scientifique Kahlee Sanders et l'officier David Anderson afin de découvrir par qui et pourquoi la station de recherche secrète où elle était affectée a été détruite. Les deux tomes suivants sont davantage liés, notamment par le personnage de Grayson et l'organisation suprématiste humaine Cerberus que dirige l'Homme Trouble, pour qui le seul salut possible pour l'espèce humaine passe par l'extermination intégrale de toutes les autres espèces intelligentes peuplant la galaxie. Dans &lt;strong&gt;Ascension&lt;/strong&gt;, Cerberus tente de mettre la main sur Gillian, la fille adoptive de leur agent, Grayson. Ils ont développé en elle des pouvoirs biotiques&amp;nbsp;: des pouvoirs psi télékinésiques carburant à l'énergie noire. Dans le troisième tome, &lt;strong&gt;Rétorsion&lt;/strong&gt;, Cerbérus teste sur Grayson de la nanotechnologie aliène provenant des Moissonneurs qui le transforme en un guerrier quasiment invincible qui cesse alors d'être lui-même pour finir totalement asservi aux Moissonneurs&amp;nbsp;: des intelligences artificielles hébergées dans de gigantesques astronefs qui ne se proposent rien de mieux qu'éradiquer toutes intelligences biologiques du cosmos… Quelle originalité&amp;nbsp;! Impossible de ne pas penser au cycle des «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Inhibiteurs&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» d'Alastair Reynolds et au cycle du «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Centre Galactique&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» de Gregory Benford, entre autres…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Particulièrement peu brillant, le scénario se résume en une suite ininterrompue d'assauts et de massacres sur des bases isolées. On ne sait pas ce que devient la fiole de dopant biotique qu'avait sur lui le traitre Jiro. On ne comprend pas davantage pourquoi le capitaine Mal autorise l'accostage de la navette Cyniad alors qu'il ne pouvait que savoir qu'elle avait été piratée par Cerberus. L'auteur s'enfonce encore davantage en tentant de se raccrocher aux branches… Messieurs, faites des jeux vidéo mais ne vous improvisez pas romanciers. Laissez faire des tâcherons tel Kevin J. Anderson dont c'est le métier de rédiger (pas d'écrire) de l'aventure spatiale au kilomètre, du &lt;em&gt;Dune-StarWars-Trek-Gate&lt;/em&gt; en veux-tu en voilà…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref&amp;nbsp;! Du tout venant de troisième ordre. On a des tonnes de Fleuve Noir de cet acabit là. Mais là où on se fout royalement du monde, c'est lorsque l'on vend ça 39&amp;nbsp;€&amp;nbsp;! 39&amp;nbsp;€&amp;nbsp;! Non mais… Même d'occase sur Internet à moitié prix, c'est encore exorbitant et bien trop cher payé&amp;nbsp;! C'est indécent. D'autant plus que ce n'est pas même inédit. On a déjà lu pire, il est vrai, mais jamais à ce prix là. Ça mériterait son Razzy du plus mauvais rapport qualité/prix…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Focus Ballard&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-ballard.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-ballard.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5&gt;1. Le Rêveur illimité&lt;br /&gt;
Tristram, coll. «&amp;nbsp;Souple&amp;nbsp;» - mars 2017 (réédition d’un roman traduit de l’anglais par R. Louit - 242 pp. semi-poche - 10,40 euros)&lt;br /&gt;
2. Le Jour de la création&lt;br /&gt;
Tristram, coll. «&amp;nbsp;Souple&amp;nbsp;» - mars 2017 (réédition d’un roman traduit de l’anglais par R. Louit - 272 pp. semi-poche - 11,40 euros).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les précieuses éditions Tristram approfondissent leur catalogue ballardien déjà conséquent avec la réédition de deux romans fort étranges, et qui, bien que séparés par huit années, appellent des commentaires parfois similaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Le Rêveur illimité&lt;/strong&gt;, un dingue du nom de Blake s’écrase avec le petit avion qu’il a volé (sans savoir le piloter) dans la Tamise, à proximité de Shepperton, la banlieue ballardienne par excellence. Lui qui a peut-être péri dans l’accident déduit du miracle de sa présence un caractère de dieu païen ou de messie que «&amp;nbsp;sa famille&amp;nbsp;» de banlieusards lui concède volontiers. Coincé entre la Tamise et le périphérique, le satyre divin use alors de ses pouvoirs oniriques et pervers pour muer la zone en utopie hippie partouzarde louchant toujours un peu plus sur le délire sectaire autodestructeur à la Jim Jones, jusqu’à l’apocalypse finale aux relents de vampirisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le résultat est plus que déconcertant&amp;nbsp;: difficile de dire où commence (ou s’arrête) la (réjouissante) mauvaise blague – et on a l’impression d’un roman où la (plus ou moins) parodie de Philip K. Dick s’associerait à la métaphysique et à la relecture (sérieuse) des Évangiles au moins autant que des mythologies anciennes, mais dans une sorte de cahier de brouillon tenu par un adolescent aliéné par ses hormones en ébullition et qui y griffonnerait des dizaines de bites à chaque page.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Jour de la création&lt;/strong&gt; traite quant à lui d’un médecin du nom de Mallory, affecté dans un pays indéfini d’Afrique centrale en proie à l’avancée du désert, et qui, par hasard, donne naissance à un fleuve gigantesque à même de refleurir le Sahara – lui qui cherchait justement à régler le problème de l’eau dans la région&amp;nbsp;! Mais Mallory s’identifie à ce fleuve auquel on a donné son nom&amp;nbsp;; et quand il entreprend de le remonter jusqu’à sa source, en compagnie d’une enfant-soldat qui l’attire sexuellement, poursuivi par quantité de locaux ou d’étrangers tous désireux de profiter du miracle, dans une atmosphère de guerre ouverte, c’est… pour le détruire&amp;nbsp;: il projette sur lui ses pulsions d’autodestruction, et l’expédition tourne au jeu de massacre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit-là d’un roman sous influence, qui rappelle bien des œuvres usant de ce &lt;em&gt;topos&lt;/em&gt; du fleuve que l’on remonte, le contexte africain (mais aussi philosophique) impliquant de placer en tête &lt;strong&gt;Au cœur des ténèbres&lt;/strong&gt; de Joseph Conrad – agrémenté de fantasmes coloniaux. Mais Ballard y revisite aussi son œuvre passée de manière assez frontale&amp;nbsp;: on pense tout naturellement au &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/le-monde-englouti&quot;&gt; Monde englouti&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et à &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-foret-de-cristal-2&quot;&gt; La Forêt de cristal&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, bien qu’on puisse sans doute aller au-delà.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les deux cas, la mégalomanie du «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;», parfaitement détestable dans ses atours de démiurge de circonstances, génère un délire mystique qui est en même temps réflexion sur la création artistique – la fiction comme mythe, l’écrivain comme seul rêveur illimité, le monde comme récit. Dimensions bienvenues et complémentaires, même si développées de manière plus ou moins subtiles (dans &lt;strong&gt;Le Jour de la création&lt;/strong&gt;, la métaphore du film documentaire n’est pas intéressante, mais à l’occasion un peu lourde).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cependant, les deux romans pâtissent sans doute du même travers&amp;nbsp;: ils s’éternisent bien trop longtemps. &lt;strong&gt;Le Rêveur illimité&lt;/strong&gt; est d’abord jubilatoire, puis la répétition des mêmes orgies fantasmatiques lasse. L’introduction brillante du &lt;strong&gt;Jour de la création&lt;/strong&gt;, digne des meilleurs Ballard, finit par être desservie en raison de rebondissements également répétitifs, même si le bilan final est davantage positif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela n’en fait pas de mauvais romans, loin de là – simplement des titres « mineurs&amp;nbsp;» dans la bibliographie de Ballard&amp;nbsp;; en fait, ce sentiment est d’autant plus appuyé que les deux romans incitent à semblable comparaison. Mais, avouons-le, un Ballard mineur vaut intrinsèquement mieux que quatre-vingt-dix-huit pour cent des parutions littéraires&amp;nbsp;; et on remerciera donc Tristram pour ces rééditions finalement bienvenues, au-delà de leur seule dimension complétiste.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-bracas.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-bracas.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Les Bracas&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Dylan Pelot - Bragelonne - avril 2017 (roman inédit - 317 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quand on a une passion, on a forcément envie de la partager. Et Dylan Pelot adorait ce que d’aucuns appellent les mauvais genres (à ce propos, bon anniversaire à la remarquable émission de François Angelier&amp;nbsp;!)&amp;nbsp;: films d’horreur, d’arts martiaux&amp;nbsp;; même les plus foutraques, les plus mal fichus, les pires des séries Z trouvaient grâce à ses yeux. Il y a consacré une bonne partie de sa vie d’artiste, écrivant, illustrant, filmant. Le summum étant &lt;strong&gt;Les Grands succès du cinéma introuvable&lt;/strong&gt; (paru à titre posthume), où il imagine des affiches et des photos de tournage de films aux titres évocateurs (&lt;em&gt;Lourdes 2024&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Mon plombier dans ton cul&lt;/em&gt;…). Ceci posé, le roman &lt;strong&gt;Les Bracas&lt;/strong&gt; apparaît comme une évidence dans la bibliographie de ce jeune auteur disparu en 2013 des suites d’une attaque cérébrale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour dans les années 80. Sacha est un jeune homme amoureux fou des vieux films gore. La semaine, il fait une école de l’image à Épinal (comme l’auteur). Le week-end, de retour chez sa mère, dans son petit village enneigé, il sillonne les vidéoclubs des Vosges, fait des razzias dans les rayons de séries Z et passe ses nuits devant son magnétoscope à visionner et à faire des copies de ses découvertes. Ou à écouter les derniers succès de groupes aux noms aujourd’hui encore évocateurs&amp;nbsp;: Motörhead, Metallica ou Raven. Il est souvent rejoint par les membres de sa bande de potes, les Bracas, aux surnoms fleuris&amp;nbsp;: Pilpoil, P’tit Ji, Taquet, Zinzin… Ces jeunes gens pleins d’énergie connaissent de saines occupations&amp;nbsp;: boire, piquer des bouteilles dans la cave des voisins et, surtout, se battre contre les autres bandes de la vallée. Et là, ils ne plaisantent pas&amp;nbsp;: les dents tombent, les joues sont tuméfiées, le sang tache la neige. Heureusement, depuis quelques mois, un autre projet les unit&amp;nbsp;: tourner un court film d’horreur, &lt;em&gt;Shadok the Kradok&lt;/em&gt;. Tout un programme&amp;nbsp;! Mais peu à peu, des évènements étranges et inquiétants vont agiter ce petit monde. La maison familiale est visitée sans que rien ne disparaisse, des toiles peintes par le père décédé de Sacha sont déplacées, la forêt est agitée de phénomènes inexplicables. L’enquête commence et conduit à un vieil homme, habitant seul avec son chien dans la montagne, Milo.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant le dire tout de suite, &lt;strong&gt;Les Bracas&lt;/strong&gt; vaut surtout par son évocation d’un passé de plus en plus lointain. Les aventures surnaturelles de Sacha et de sa bande sont sympathiques, mais semblent secondaires face à la redécouverte d’une époque révolue, celle des Walkman et des vidéoclubs, des cassettes VHS et des bandes aux blousons de métalleux qui se démolissent le week-end. Celle des découvertes de groupes musicaux devenus mythiques (qui se reforment actuellement, le temps d’une ou deux tournées destinées à renflouer les trésoreries), des petites pépites vidéos au détour d’un rayon obscur. Celle de l’amitié plus forte que tout dans un village isolé où le principal loisir est de tout casser, y compris le visage de son meilleur ennemi (ça, par contre, ça n’a peut-être pas changé). Et pour tout cela, on peut remercier Dylan Pelot. L’histoire est quant à elle délayée au profit de descriptions, réussies, certes, de tranches de vie, dont on ne peut qu’imaginer qu’elles comportent une grande part d’autobiographie (et cela rend le roman d’autant plus touchant). D’ailleurs, la résolution de l’intrigue, dans la dernière partie du récit, est vite fourguée au lecteur. Parce qu’il faut bien une explication. Et un climax. Qu’on oubliera tout aussi vite. On se souviendra par contre longtemps de Sacha et de son coin paumé des Vosges. Région décidément bien mise en valeur par la famille Pelot. Les plus de quarante peuvent donc se plonger avec nostalgie dans ce bain de jouvence. Et les plus jeunes regarder cette bulle temporelle avec un sourcil levé en forme de point d’interrogation amusé.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-robogenesis.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-robogenesis.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Robogenesis&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Daniel H. Wilson - Fleuve éditions, coll. «&amp;nbsp;Outre Fleuve&amp;nbsp;» - juin 2017 (roman inédit traduit de l’anglais [US] par P. Imbert - 496 pp. GdF. 21,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robogenesis&lt;/strong&gt; est la suite directe de &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/robopocalypse&quot;&gt;Robocalypse&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; (tout juste réédité en poche, chez Pocket). À la fin du premier opus, le danger représenté par Archos R-14 semblait définitivement écarté. Le monde était certes en ruines, l’humanité presque éteinte, mais elle pensait avoir vaincu le monstre. Or, avant de disparaître, l’I.A. Était parvenue à se transférer dans d’autres machines. Des centaines de milliers de machines. Big Rob est donc encore en vie. Et il n’est pas seul. Des versions précédentes ont aussi survécu. L’une d’entre elles, en particulier, a des projets pour cette Terre. Et l’homme n’y a pas la place centrale. Archos R-8, autrement appelé Arayt Shah, a un but ultime&amp;nbsp;: prendre le pouvoir sur la planète entière. Pour cela, il doit s’assurer du contrôle de centres de calcul disséminés de-ci de-là afin d’acquérir la puissance nécessaire. Et il en profite pour éliminer les menaces potentielles. Dont les plus importantes sont les modifiés, ces êtres humains transformés par Archos R-14, améliorés, mais plus vraiment des hommes ou des femmes à part entière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue nous est narrée, en alternance, par les différents protagonistes de ce grand final (enfin, espérons, car on n’oublie pas que &lt;strong&gt;Robocalypse &lt;/strong&gt;devait déjà marquer la fin des hommes). Et l’on retrouve nombre de personnages présents dans le premier roman&amp;nbsp;: Lark Iron Cloud, revenu d’entre les morts&amp;nbsp;; la jeune Mathilda et son frère Nolan, accompagnés de leur ange gardien Neuf Zéro Deux&amp;nbsp;; mais aussi Cormac Wallace, le héros de la précédente guerre&amp;nbsp;; et enfin, le professeur Takeo Nomura, sauveur de l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré ce «&amp;nbsp;casting de rêve&amp;nbsp;», rien n’y fait&amp;nbsp;! C’est plat, sans grande saveur, sans aucune originalité. Arayt Shah pérore à longueur de pages sur sa supériorité et la faiblesse des tas de viande que nous sommes. Les survivants tentent… de survivre. Mais on s’en moque. Leur détresse, à quelques exceptions près, échoue à nous toucher tant l’ensemble se montre artificiel. Les récits de fin du monde sont légion, à l’instar des histoires post-apocalyptiques. Pourquoi alors en pondre une nouvelle&amp;nbsp;? Pourquoi écrire une suite à &lt;strong&gt;Robocalypse&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt; un roman distrayant, certes, mais d’un intérêt déjà &lt;em&gt;très&lt;/em&gt; moyen&amp;nbsp;? Peut-être y a-t-il là quelque chose à voir avec le fait que Steven Spielberg a acheté les droits du premier bouquin et que le film va, un jour, c’est promis, enfin sortir&amp;nbsp;? À moins qu’il ne s’agisse de surfer sur la mode des questionnements liés à l’avenir de l’humain face à des machines toujours plus puissantes&amp;nbsp;? En ce cas, encore aurait-il fallu s’appliquer un tantinet, et guider le lecteur vers des altitudes plus élevées. Depuis Turing, les œuvres traitant ce thème sont légion, le lecteur a l’embarras du choix. Une concurrence face à laquelle &lt;strong&gt;Robogenesis&lt;/strong&gt; déçoit, et pas qu’un peu. On renverra de fait Daniel H. Wilson à la lecture de son petit Greg Egan illustré, tout en évitant ici un achat dispensable.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-physique.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-physique.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Heurs et Malheurs de la Physique quantique&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Jean-Pierre Pharabod et Gérard Klein - mai 2017 (essai inédit - 224 pp. GdF. 23,90 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Sous-titré &lt;em&gt;Des Vérités incroyables&lt;/em&gt;, cet ouvrage traite des controverses et des débats qu'a suscité la mécanique quantique durant sa difficile gestation, pour la faire accepter, parfois par ceux-là même qui ont formulé de brillantes théories dont ils refusaient les implications.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'un historique à proprement parler&amp;nbsp;: le postulat du neutron ou celui de la fission sont des jalons à peine mentionnés&amp;nbsp;: c'est sur le versant conceptuel et philosophique que les deux auteurs se situent. La physique quantique a en effet ébranlé les fondements même de la science et de notre représentation du monde, jusqu'au déterminisme local, socle de la physique classique. Le refus d'abandonner une théorie qui a fait ses preuves est un argument majeur, mais avec la physique quantique se manifeste une peur quasi métaphysique devant l'effondrement des certitudes à propos de la matière, de l'espace, du temps, de la causalité, du réel même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est pourquoi ce parcours épistémologique revient rapidement sur les principales remises en question des croyances et des évidences, depuis l'Antiquité jusqu'à Galilée, Newton et la relativité d'Einstein. Les chapitres exposent les problèmes conceptuels selon une progression thématique, quitte à revenir dans le détail sur les articles fondateurs, afin de bien identifier la nature des remises en questions. On suit ainsi la pensée en action de Heisenberg, de Broglie, Schrödinger, la controverse entre Bohr et Einstein et les efforts pour surmonter le paradoxe EPR. Les rejets, les sarcasmes ou les enthousiasmes prennent la mesure du débat opposant les tenants d'un réalisme local aux prosélytes d'une physique reposant sur l'indéterminisme et la non-localité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les difficultés soulevées à chaque étape sont exposées avec clarté, prenant le temps de détailler les termes d'une fonction, pour permettre au (presque) néophyte de comprendre enfin ce qui est en jeu. L'ouvrage est cependant dense pour synthétiser en si peu de pages de si nombreuses péripéties. On n'attendait pas Gérard Klein sur ce terrain qu'il suit pourtant attentivement depuis des décennies. Jean-Pierre Pharabod (co-auteur du &lt;strong&gt;Cantique des quantiques&lt;/strong&gt;) et lui ont à cœur de faire partager leur passion pour cette surprenante physique et y parviennent très bien.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-agentdouble.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-agentdouble.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Agent double&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Daniel O’Malley - Super 8 - juin 2017 (roman inédit traduit de l’anglais [Australie] par V. Le Plouhinec - 816 pp. GdF. 23 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Myfanwy Thomas est de retour. Ou plutôt, la deuxième Myfanwy, puisque l’héroïne de &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/o/blog/the-rook&quot;&gt; The Rook, au service surnaturel de sa majesté&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, s’était réveillé au début du roman, faut-il le rappeler, sans aucun souvenir, dépositaire d’un corps qui n’était pas le sien. Depuis, elle en a fait du chemin, Myfanwy. Elle est à présent l’un des piliers de la Checquy, une Tour, chargée de mener à bien la fusion de deux entités ennemies&amp;nbsp;: la Checquy, donc, organisation ultra-secrète, sise en Grande-Bretagne, dont la mission est de défendre le royaume contre les phénomènes surnaturels (et ils sont légion&amp;nbsp;!), et la Wetenschappelijk Broederschap Van Natuurkundigen, composée de Greffeurs, hommes et femmes modifiés, améliorés, grâce à une science chirurgicale poussée à l’extrême. Or, ces deux groupes ont un gros contentieux&amp;nbsp;: des années de guerres sanglantes et sans pitié, surtout la bataille de l’île de Wight en 1677. Autrement dit, le travail d’équipe ne va pas de soi. Pour couronner le tout, une troisième partie semble vouloir rebattre les cartes. Et elle se montre pour le moins inventive dans les moyens de massacrer ses opposants. Il va falloir faire preuve de diplomatie pour mettre tout ce petit monde d’accord. Et ne pas hésiter à expliquer son point de vue avec force.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c’est parti pour plus de huit cents pages menées tambour battant. Daniel O’Malley s’y entend pour embarquer son lecteur dans une intrigue suffisamment complexe pour tenir la distance, mais pas trop afin de ne pas le perdre. Pour la plus grande tristesse des fans de Myfanwy, cette dernière laisse la vedette aux plus jeunes. Mais rassurons-les, elle est tout de même très présente dans l’histoire. La narration se partage donc pour l’essentiel entre Felicity et Odette. La première est un membre lambda de la Checquy, régulièrement envoyée sur le terrain. Son équipe étant décimée, elle se retrouve, pour son plus grand désespoir, obligée de protéger la seconde, Odette Leliefeld, une Greffeuse. Il est peu de dire que le courant ne passe pas, au début, entre les deux jeunes femmes. Pour chacune, l’autre est un monstre, une abomination, un furoncle à éliminer de la surface de la Terre. C’est d’ailleurs un des charmes de ce roman&amp;nbsp;: les interactions très riches entre les personnages. Et surtout, entre les Britanniques et les Greffeurs, à base de suspicion, de paranoïa (justifiée dans la plupart des cas), de coups tordus. Chacun mène son jeu, n’hésitant pas à trahir ses associés d’hier, sa propre famille. Seul le but fixé compte. Et tant pis pour les victimes… un mal nécessaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Histoire de pimenter le tout, la galerie de créatures déjà présente dans le premier volume s’enrichit de nombreuses bestioles intrigantes, monstrueuses, souvent effrayantes et mortelles. On se croirait dans un gigantesque mix de &lt;em&gt;Men in Black&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Fringe&lt;/em&gt;. À se poser des questions sur le régime alimentaire de l’auteur&amp;nbsp;: quelles substances absorbe-t-il avant de se mettre à l’écriture pour inventer de telles horreurs&amp;nbsp;? En tout cas, cette capacité lui permet d’écrire quelques pages proprement terrifiantes, à base de membres broyés, brûlés, arrachés, déchiquetés… Du gore pur et dur. Mais, et c’est une des forces de cet ouvrage, tout cela reste teinté d’un humour &lt;em&gt;so british&lt;/em&gt;, d’un détachement bien particulier face aux situations les plus terrifiantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’éditeur (ou l’agent, ou l’entourage, enfin, quelqu’un) de Daniel O’Malley aurait dû insister pour qu’il taille dans le gras et supprime quelques bonnes dizaines de pages (voire une ou deux centaines), c’est certain. Ce qui n’empêche pas &lt;strong&gt;Agent double&lt;/strong&gt; de rester une lecture agréable et sans (trop de) temps mort. Bien sûr, certains passages sont convenus et manquent un brin d’originalité. Mais peut-on – et même &lt;em&gt;doit-on&lt;/em&gt; – toujours tout inventer&amp;nbsp;? Au diable les hésitations&amp;nbsp;: embarquez pour cette galerie des horreurs bien séduisante.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-destinations.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-destinations.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Destinations - Anthologie des Imaginales 2017&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Anthologie proposée par Stéphanie Nicot – Mnémos – juin 2017 (recueil inédit – 256 pp. GdF. 19 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Du nouveau, cette année, à Epinal. Pour sa septième levée, l’anthologie des Imaginales ouvre clairement la porte aux auteurs étrangers (d’expression française) et aux textes de pure SF, manière de revivifier un concept qui commençait un peu à se mordre la queue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatorze auteurs, dont deux suisses et un belge, se sont emparés du thème polysémique du festival, pour le décliner sous l’angle de la fatalité ou de la providence individuelle (destin), collective (nation), ou plus prosaïquement du but à atteindre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bilan&amp;nbsp;? Les textes de pure SF, relevant dans leur majorité du space ou du planet opera, laissent sur leur faim. Difficile de rentrer dans «&amp;nbsp;Ivresse des profondeurs&amp;nbsp;» (GD Arthur), la faute à une intrigue confuse et une écriture plutôt absconse. Jean-François Thomas livre avec «&amp;nbsp;Chakrouar III&amp;nbsp;» un récit à chute de facture classique, trop &lt;em&gt;old school&lt;/em&gt; pour emporter l’adhésion. Très sages, très classiques également, les contributions d’Estelle Faye («&amp;nbsp;Hoorn&amp;nbsp;») et de Loïc Henry («&amp;nbsp;Essaimage&amp;nbsp;»). N’étant pas un grand fan du Bordage nouvelliste, je n’attendais rien de spécial de son texte. «&amp;nbsp;Sans destination&amp;nbsp;» ressemble à s’y méprendre à un brouillon de son dernier space opera ( &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/resonances&quot;&gt;Résonances&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;), réussi lui. Spécialiste des sagas de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, Adrien Tomas s’essaie à une SF teintée de préoccupation écologique et de spiritualisme, dans le prolongement du modèle théorisé par James Lovelock («&amp;nbsp;La voix des profondeurs&amp;nbsp;»). Un coup d’essai intéressant à confirmer. Seule nouvelle hors-sujet, «&amp;nbsp;L’Aiguillon de l’amour&amp;nbsp;» de François Rouiller renvoie au diptyque pharmaco-médical &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/metaquine&quot;&gt;Métaquine&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; paru l’an dernier. Soit un voyeur et l’objet de son désir&amp;nbsp;: l’un se croit capable, via les progrès accomplis en matière de miniaturisation, de mater l’autre tranquille, mais c’est peut-être l’inverse qui va se passer… Jouissif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La partie «&amp;nbsp;fantasy&amp;nbsp;» m’a parue globalement plus aboutie, en raison de textes souvent plus longs et davantage travaillés. Ça ne commence pourtant pas sous les meilleurs auspices avec «&amp;nbsp;Bucéphale au cœur des ombres&amp;nbsp;», d’Aurélie Wellenstein, qui nous transporte dans un Moyen-Orient de pacotille secoué de combats fantastiques contre les forces démoniaques. Le héros, croisé à la pureté dangereuse, affronte un Satan chevalin en serrant les mâchoires. Dispensable aussi, «&amp;nbsp;FIN&amp;nbsp;», de Grégory Da Rosa, qui réchauffe la tambouille eschatologique dans un mélange de genres et d’ambiances indigeste. Charlotte Bousquet s’empare avec une certaine réussite des mythes dogons dans «&amp;nbsp;La voix des renards pâles&amp;nbsp;». Victor Dixen évoque cette part d’inconnu qui aimante les grands explorateurs (et les grands lecteurs), en racontant à plusieurs voix le périple confinant à l’obsession, voire à la folie, d’un homme en quête d’absolu («&amp;nbsp;La source »). Dans une langue très maîtrisée, Stefan Platteau livre le &lt;em&gt;blockbuster&lt;/em&gt; de l’anthologie&amp;nbsp;: son «&amp;nbsp;roi Cornu&amp;nbsp;» est une réécriture du &lt;strong&gt;Livre de l’Exode&lt;/strong&gt; mâtiné de &lt;strong&gt;Silmarillion&lt;/strong&gt;. Donne envie de se plonger dans ses précédents écrits. Partant du récit des prétendus voyages d’un chevalier mytho ayant vécu durant la guerre de Cent Ans, Fabien Cerutti fait vivre à son personnage des aventures hautes en couleur, vanciennes en diable, qui s’inscrivent dans l’univers du &lt;strong&gt;Bâtard de Kosigan &lt;/strong&gt;(«&amp;nbsp;Le livre des merveilles du monde&amp;nbsp;»). Lionel Davoust conclue sur une belle mise en abîme dans «&amp;nbsp;Une forme de démence&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: un vieil écrivain à succès embauche une jeune étudiante pour mettre de l’ordre dans ses archives et dans ses pensées. Elle souhaite créer une encyclopédie à l’usage des lecteurs idolâtres, il ne veut que se souvenir et peut-être se perdre dans la nature ultime de la réalité…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un millésime correct, donc, auquel il manque un ou deux très bons textes de SF pour faire un grand cru.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-lovecraft.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-lovecraft.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Lovecraft - Au cœur du cauchemar&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Ouvrage proposé par Jérôme Vincent et Jean-Laurent Del Socorro – ActuSF – mars 2017 (recueil d’essai partiellement inédit - 464 pp. GdF. 30 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ouvrage ayant pu voir le jour grâce à un financement participatif lancé par les éditions ActuSF, &lt;strong&gt;Lovecraft&amp;nbsp;: Au cœur du cauchemar&lt;/strong&gt; impressionne au premier abord par son aspect&amp;nbsp;: beau livre sous couverture rigide avec jaquette, finition soignée, maquette agréable et claire, nombreuses photographies et illustrations en couleurs… pas de doute, de la belle ouvrage et ainsi, sur 450 pages, cette monographie peut alors nous aider à décrypter davantage HPL et son œuvre. Après une brève mais curieuse introduction, où les deux directeurs d'ouvrage, Jean-Laurent Del Socorro et Jérôme Vincent, nous indiquent que les textes se répondent, se recoupent, mais… se répètent aussi, il est temps de rentrer dans le vif du sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre est découpé en trois parties, qui s'intéressent successivement à l'homme, l’œuvre, et à l'univers étendu (comprenez, les adaptations), pour une trentaine d'articles ou d'interviews au total. Bien évidemment, tout commence par une biographie, et celle de Bertand Bonnet, bien connu des lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; et principal collaborateur de l'ouvrage en termes de signes, est particulièrement intéressante, car elle démythifie beaucoup du personnage de HPL&amp;nbsp;: son supposé statut de «&amp;nbsp;reclus de Providence&amp;nbsp;», son côté conservateur, mais sans occulter pour autant son racisme avéré, dont il est difficile de faire la part entre un racisme « institutionnel&amp;nbsp;» et sociétal, et une inclinaison personnelle. Les préjugés sur Lovecraft sont également abordés par Christophe Thill, l'éditeur de Malpertuis. Les quelques textes qui suivent sont plus anecdotiques, notamment les interviews de S.T. Joshi – le spécialiste mondial de Lovecraft – et de François Bon, qui a entrepris de traduire Lovecraft après avoir visité Providence. On en arrive à un nouvel article intéressant sur les rapports entre HPL et Robert E. Howard (B. Bonnet, qui reprend un papier paru dans le &lt;em&gt; &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-84&quot;&gt;Bifrost spécial REH&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;). Cet article prépare de la plus belle manière à ce qui va suivre&amp;nbsp;: rien moins que des extraits de la correspondance entre les deux auteurs américains&amp;nbsp;! Ceci constitue assurément l'un des morceaux de choix de l'ouvrage. Toutes les lettres ne sont pas retranscrites en intégralité, d'autant plus qu'un certain nombre d'entre elles se sont perdues, mais ce qui nous est proposé est stupéfiant d'intelligence (lorsque les deux écrivains surenchérissent de connaissances sur les Gaëls et les Pictes) et montre également leur conception radicalement différente de la vie&amp;nbsp;: là où Howard se fait le chantre tout autant des activités physiques que des occupations intellectuelles, Lovecraft ne saurait accorder à la première qu'une pure fonction utilitaire sans commune mesure avec le pouvoir de l'intellect. Le dernier texte, sur Lovecraft, docteur de la&lt;em&gt;weird fiction&lt;/em&gt;, se signale surtout par son écriture en &lt;em&gt;weird&lt;/em&gt; français.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’œuvre de Lovecraft s’aborde par une petite mais instructive histoire de ses publications, par C. Thill. Le mythe de Cthulhu, que d'autres auteurs articles s'accordent à dire qu'il n'était pas le projet de l'auteur, se voit néanmoins accorder un article, qui se réduit la plupart du temps à un catalogage des Grands Anciens et lieux. Plus intéressante est l'interview de Raphaël Granier de Cassagnac, avant que n'arrive un autre sommet de cette monographie, une bibliographie de vingt-cinq œuvres majeures de l'auteur, disséquées par Bertrand Bonnet. Fan absolu de l'auteur, il décrit par le menu détail les circonstances de l'écriture de chacun des textes, les thématiques abordées, sans oublier de pointer du doigt les faiblesses éventuelles, mais surtout il donne une folle envie de (re)lire Lovecraft. C'était bien là l'objectif avoué de ce livre, et le pari est en cours d'être gagné, d'autant que certains articles suivants continuent dans la même veine&amp;nbsp;: un rapprochement surprenant entre Lovecraft et John Dos Passos (Florent Montaclair), la science dans l'œuvre de HPL (Elisa Gorusuk), et ses rapports avec la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; (Thill). Et, comme HPL est tombé dans le domaine public il y a peu, donnant droit à une déferlante de nouvelles traductions, on donne la parole à l'un de ces traducteurs, qui nous explique de manière passionnante ses choix de traduction. Marie Perrier, quant à elle, se lance dans l'exercice compliqué de la comparaison des différentes versions françaises des textes, dont elle se tire honorablement, malgré un propos pas toujours très clair. Cette deuxième partie se termine par un court article sur la poésie de l'auteur. Le manque de bibliographie finale est à ce titre criant&amp;nbsp;: après tout, les différents auteurs n'ont de cesse d'alerter le lecteur sur les risques de confusion entre les textes signés Lovecraft et ceux commis par August Derleth, ainsi que les révisions de HPL, cela aurait été un bon moyen de clarifier tout cela et d'offrir un volume vraiment définitif sur le sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La dernière partie, concernant les adaptations de HPL, qu'il s'agisse de film, de bande dessinée, de jeux vidéo ou de rôles, est nettement plus convenue, malgré quelques beaux passages comme les interviews de Nicolas Fructus ou de Philippe Caza.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, que retient-on de cette monographie&amp;nbsp;? Sur les trente articles qui la composent, le niveau est forcément inégal, mais le livre est globalement d'une très bonne tenue, bourré d'informations pour le connaisseur de Lovecraft, mais aussi suffisamment didactique dans sa construction pour être également très utile à ceux qui ne le connaîtraient pas. Si l'on peut regretter l'absence de bibliographie, nul doute que chacun saura y trouver son compte, en picorant à droite et à gauche, et en se délectant des piques que s'envoient Howard et Lovecraft dans leur correspondance. Et surtout, il donne une envie irrépressible de se replonger dans les écrits du Maître, qui n'imaginait pas de son vivant passer autant à la postérité qu'un tel ouvrage puisse exister&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bruno Para&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;remington&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr88-remington.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr88-remington.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Remington&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Christophe Ségas – Le Nouvel Attila – mai 2017 – (roman inédit - 218 pp. GdF. 18 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un cataclysme a ravagé la terre. Pire, les survivants ont perdu toute mémoire de leurs ancêtres. Les voici livrés à l’énigme que constituent pour eux les traces d’une civilisation dont ils ignorent tout et qu’ils essaient de reconstruire à force d’hypothèses, souvent hasardeuses, loufoques parfois. Parallèlement, ils doivent refaire tout le trajet que cette civilisation disparue – la nôtre – a mis tant d’années à parcourir&amp;nbsp;: sortir de la superstition et jeter les bases d’un esprit scientifique qui permette le Progrès.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Telle est la trame de &lt;strong&gt;Remington&lt;/strong&gt;, de Christophe Ségas, connu à ce jour pour quelques textes aux éditions Antidata et du Chemin de fer. Un peu convenue, certes, mais… L’originalité n’est pas dans le sujet en lui-même, elle demeure dans son traitement&amp;nbsp;: l’auteur ne se livre pas à une histoire continue de la reconstruction d’un Progrès érigé en absolu. Il livre des chroniques éclatées sur deux cent ans et cinq narrateurs d’une série de faits qui se répondent et de personnages qui se croisent au fil des pérégrinations de la Remington&amp;nbsp;: un archéologue gagné par la soif du pouvoir que peut lui conférer la compréhension des vestiges&amp;nbsp;; un peintre obèse juché sur une tour de guet et qui observe ses proches voisins gagnés par un culte de la propreté qui débouche sur l’orgie et le cannibalisme&amp;nbsp;; le captif d’une sorte d’hôtellerie gagné par les charmes d’un jeune savant fou&amp;nbsp;; la reine d’une cité qui devient folle et s’enferme dans un gigantesque labyrinthe qu’elle fait construire&amp;nbsp;; un homme devenu archiviste des récits qui précèdent, et surtout détenteur de cette machine à écrire qui constitue le point pivot de toutes ces narrations… Au fil des récits, Ségas tisse le tableau d’une humanité non pas tant post-apocalyptique que discrètement contemporaine, avec ses pulsions, ses appétits, ses inconséquences, et surtout la menace perpétuelle d’autodestruction qu’elle fait planer sur elle-même. L’écriture est discrète et maîtrisée&amp;nbsp;; la lecture en est donc facile et on se laisse prendre. Un regret peut-être&amp;nbsp;: on sent qu’un tel monde aurait pu prendre davantage d’ampleur. Attendons les prochaines lignes tapées de C. Ségas…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Le Jardin des sept crépuscules</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/06/J-comme-Le-Jardin-des-sept-crepuscules" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Le Jardin des sept crépuscules" />
      <id>urn:md5:34fac90a6a3670af9b146acbe673ab2c</id>
      <published>2017-11-06T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-06T13:10:52+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Barcelone, à la première alerte atomique de son histoire, connut une hécatombe.&amp;nbsp;» Où l'on s'intéresse au &lt;strong&gt;Jardin des Sept Crépuscules&lt;/strong&gt; de l'auteur catalan Miquel de Palol, roman monstrueux brassant les genres et, à la manière du &lt;strong&gt;Manuscrit trouvé à Saragosse&lt;/strong&gt;, poussant l'enchâssement des récits jusqu'à la déraison…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Jardin des Sept Crépuscules [El jardí dels set crepuscles], Miquel de Palol, roman traduit du catalan par François-Michel Durazzo. Zulma, 2015 [1989, 2003]. GdF, 1152 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;LeVieuxJardinAW+&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-j-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Barcelone, à la première alerte atomique de son histoire, connut une hécatombe. Indépendamment de la panique et de l'incrédulité, ce qui surprenait le plus ceux qui, comme moi, étant en mesure d'apprécier la situation, était d'avoir vu la vie de la capitale et du pays, son organisation et l'ordre public, le train des habitudes, ce que l'on tient pour des obligations à satisfaire lorsque tout va bien, s'effondrer en à peine deux jours, comme si nous avions vécu sous une immense poche de pus qui n'attend qu'une piqûre pour éclater.&amp;nbsp;» (p. 9)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lorsque le roman débute, dans un futur que l’on supposera assez proche, une catastrophe vient d’avoir lieu à Barcelone. Est-ce la guerre&amp;nbsp;? Une attaque à l’arme atomique&amp;nbsp;? (Est-ce une réaction à la déclaration d’indépendance&amp;nbsp;?) Aucune idée, la confusion empêche de le savoir. Voici bien vite le narrateur en route vers quelque résidence isolée dans les montagnes&amp;nbsp;: la demeure luxueuse d’un certain Pierre Gimellion, dont la mère du narrateur est une amie (les relations, ça aide). Sont rassemblés dans ce lieu protégé une dizaine d’autres personnes&amp;nbsp;; le narrateur en connaît quelques uns, mais la plupart lui sont étrangers. Et, surplombant la demeure et accessible uniquement via un passage difficile, il y a le Jardin du crépuscule&amp;nbsp;: une terrasse où se dressent quelques arbres, aux essences variées et stratégiquement disposés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour passer le temps, les réfugiés se réunissent dans l’Avalon, l’une des plus belle pièces de la résidence, et entreprennent de se raconter les histoires. La première commence telle un conte moral&amp;nbsp;: le vieux banquier Mir réunit ses trois vice-présidents et leur pose une même question sur la nature de l’argent. Les réponses des deux premiers vice-présidents satisfont le vieux banquier&amp;nbsp;: l’argent est un langage universel ou bien un moyen d’être heureux. La réponse du troisième, Alexis Cros, est pourtant plus honnête&amp;nbsp;: il s’agit selon lui d’une forme de cannibalisme, un moindre mal tant qu’on n’a pas trouvé mieux. Une réponse qui ne satisfait pas le vieux banquir et vaut à Cros d’être placé à la tête d’une succursale. Mais lorsque la banque Mir fera faillite suite à la mauvaise gestion de ses nouveaux dirigeants, et sera nationalisée, c’est ce même Cros qui finira par la racheter et lui redonner sa grandeur. L’histoire pourra s’arrêter là. Mais elle continue, car les banquiers ont tous une progéniture… et cela ne fait que commencer. On suit d’abord l’histoire de la fille d’Alexis, Lluïsa, dont les deux enfants disparaissent. Puis l’histoire de son amant malheureux. Et le reste s’enchaîne, de manière tentaculaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dit comme ça, le &lt;strong&gt;Jardin des Sept Cr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;épuscules&lt;/strong&gt; ne semble pas faire rêver&amp;nbsp;: des histoires de banquiers, des romances… Certes. Mais pas seulement. Très vite cependant (et plus vite que le narrateur), le lecteur comprend que des choses sous-jacentes sont à l’œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’atmosphère était glaciale&amp;nbsp;; quand l’essentiel d’une histoire est immergée comme un icerbeg dans l’obscurité des profondeurs, tout semble confus et étrange, sans compter qu’une fois celui-ci disparu tout s’avère plus confus et plus étrange encore.&amp;nbsp;» (p. 636)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au fil des après-midi et des soirées, et de l’arrivée de nouveaux invités, les récits se poursuivent donc&amp;nbsp;: on y croise des malfrats et des pirates, des surhommes et un superordinateur, des espions, une secte de suicidaires. Parfois, les personnages dans les récits se mettent eux-mêmes à raconter une histoire qu’ils ont entendue, où de nouveaux personnages entreprennent de raconter d’autres histoires. Au niveau le plus profond de cet enchâssement de récits et au cœur du livre, on tombe sur un conte où l’un des personnages vient de commencer à lire un ouvrage intitulé… &lt;strong&gt;Le Jardin des Sept Cr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;épuscules&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je viens de le commencer, a répondit [sic] Betanci. Son introduction est très discutable, vient ensuite la destruction de Constantinople pendant une attaque atomique.&lt;br /&gt;
– Je l’ai lu, a dit Alfeu. On voit bien que les éditeurs ne perdent jamais une occasion de nous rappeler qu’ils ne sont que des ânes bâtés.&amp;nbsp;» (p. 576)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Parfois, les personnages sont interrompus par leur assistance. Parfois, les récits se font échos&amp;nbsp;; parfois, on apprend que les personnages d’un récit sont ceux d’un autre récit mais sous un nom différent – ce serait tellement simple sinon. Parfois, on perd le fil (même si le livre prend soin de ne pas perdre le lecteur dans le dédale de l’enchâssement, avec des chiffres indiquant le niveau de chaque récit, sans oublier un index et un arbre des récits en fin de volume), tant l’intrigue est foisonnante. Ce sont là autant d’histoires différentes qui, pourtant, se rapportent à la même histoire, comme des reflets déformés. Plusieurs mystères servent de fils rouges&amp;nbsp;: que sont devenus les enfants de Lluïsa Cros&amp;nbsp;? Quelle est la nature de ce joyau, détenu par Mir puis Alexis Cros, et que tout le monde convoite &amp;nbsp;? Qui est Oméga, cette éminence grise à l’identité inconnue ou fluctuante&amp;nbsp;? L’histoire tentaculaire racontée ici a-t-elle un lien avec la guerre actuelle&amp;nbsp;? Enfin, faut-il croire les différents narrateurs&amp;nbsp;? Certains sont retors et ont peut-être travesti la vérité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le narrateur s’en étonne, ce à quoi on lui répond&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tu écoutes des histoires transmises par différents personnages, de bouche à oreille, toutes relatives à des faits anciens. T’attendrais-tu à ce que tout concorde&amp;nbsp;? (…) N’as-tu pensé que ce que tu croyais être contradictoire n’était peut-être que le résultat de ton point de vue&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 547)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Plus tard, il perd pied&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je ne comprenais toujours pas le fondement de l’intrigue, qui avait fini par m’inspirer une inquiétude incompréhensible.&amp;nbsp;» (p. 636)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Patience… Peu à peu, le narrateur comprend que sa présence n’a rien d’un hasard. Si certains des invités rassemblés ici semblent aussi étonnés que lui, d’autres à l’inverse donnent l’impression d’en savoir bien davantage. S’agit-il d’une mascarade afin de démasquer un ennemi souhaitant s’emparer du fameux joyau&amp;nbsp;? Et au fil des recherches qu’il entreprend, le narrateur se doute alors que la disposition des arbres dans le Jardin du Crépuscule est hautement symbolique, et entretient autant des liens directs avec une constellation bien précise qu’avec l’aéropage rassemblé chez Gimellion.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Toute symbolisation parfaite serait vaine&amp;nbsp;; il valait mieux la dissimuler, et comment s’y prendre mieux qu’en imitant la nature, aux interprétations fluctuantes, pleine de lignes tordues et de fissures&amp;nbsp;? Les lignes que nous appelons les droites n’existent que dans l’esprit humain, elles appartiennent à une irréalité idéalisée. Une subtile imperfection est la meilleure image que le jardin, c’est-à-dire notre réunion, puisse donner de la vie&amp;nbsp;; ne crois-tu pas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Oui, peut-être, il doit rester quelque chose à expliquer. Sinon, au lieu de la vie, que serait tout cela&amp;nbsp;? Un roman&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 1036)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au fil des pages, afin de semer davantage le trouble, on croise des personnages nommés Randolph Carter (dont la nature de rêveur est explicitée à quelques reprises&amp;nbsp;; l’un des personnages dit d’ailleurs à son sujet&amp;nbsp;: « Peut-être le nom le plus suspect est-il Randolph Carter […]. Est-ce qu’il ne vous semble pas un peu trop romanesque&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 983)), un &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Keir_Dullea&quot;&gt;Keir Dullea&lt;/a&gt; ou un &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Fausto_Coppi&quot;&gt;Fausto Coppi&lt;/a&gt;. S’il y a d’autres références extérieures (fort possiblement), je ne les ai pas remarquées.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-j-cover-ca.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-j-cover-ca.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-j-cover-ca_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Porté par une langue excessivement raffinée, parfois ampoulée, le roman aborde plusieurs genres au fil de ses récits enchâssés&amp;nbsp;: les intrigues politiques, l’espionnage, la romance, mais aussi le fantastique et la science-fiction. On y croise des surhommes dont le devenir rappelle &lt;strong&gt;Des Fleurs pour Algernon&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; l’un des personnages semble vivre &lt;em&gt;Un Jour sans fin&lt;/em&gt;, et le joyau pourrait bien ne pas être une simple gemme mais un dispositif capable de défier les lois de la physique. Les discussions à caractère philosophique abondent, et certaines réflexions sur les symboles font preuve d’une érudition rappelant Umberto Eco. Parfois, on tombe sur une démonstration mathématique ou alors sur la composition d’une sextine&amp;nbsp;; de nombreux sonnets émaillent le récit, manière de rappeler les débuts poétiques de l’auteur&amp;nbsp;: Miquel de Palol se permet tout, et le fait avec bonheur. Un roman total, ce &lt;strong&gt;Jardin des Sept Cr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;épuscules&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Cela se pourrait bien. Toutefois, long et tortueux, ce roman se mérite et venir à bout de ses quasi mille deux cents pages n’est pas une mince affaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit pourtant du premier de son auteur, même si celui-ci n’en était pas à son coup d’essai en matière littéraire&amp;nbsp;: néanmoins, son œuvre consistait jusqu’à alors en poésie. Épais roman divisé en trois parties, les deux premières ont connu une traduction en français chez Zulma en 2013 (&lt;strong&gt;Phrixos le Fou&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;À bord du Googol&lt;/strong&gt;) avant que l’éditeur décide de rééditer l’ensemble en un volume unique&amp;nbsp;: chipotons un peu, c’est là une curieuse manière de procéder, surtout envers les lecteurs ayant déjà acquis les deux premières parties.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-j-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-j-cover2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-j-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-j-cover3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Considérations éditoriales à part, ce &lt;strong&gt;Jardin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; s’appuie sur une tradition littéraire qu’il est possible de faire remonter au fameux &lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;écaméron&lt;/strong&gt; de Boccace, où, pendant dix jours, dix jeunes gens se racontent des histoires, ou encore aux non moins fameux &lt;strong&gt;Contes de Canterbury&lt;/strong&gt; de Chaucer, où des voyageurs profitent de leur trajet pour s’échanger des récits. Mais l’emboîtement des récits rappelle ici plutôt le &lt;strong&gt;Manuscrit trouv&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;é à Saragosse&lt;/strong&gt; de Jean Potocki où, lors du siège de Saragosse, un officier napoléonien lit à son geôlier ce manuscrit qu’il a trouvé dans une masure, manuscrit où les récits jouent aussi aux poupées russes. Plus proche de nous et des genres qui nous intéressent, il y a aussi &lt;strong&gt;Hyp&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;érion&lt;/strong&gt; de Dan Simmons, où les sept pélerins réunis sur la planète éponyme se raconte chaque soir de leur trajet vers les mystérieux Tombeaux du temps les raisons de leur présence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais qu’en est-il au final&amp;nbsp;? On le sait, la réussite d’un tel édifice tient à sa conclusion&amp;nbsp;: est-elle ratée que l’ensemble menace de s’effondrer. Quelques billets plus tôt, je reprochais à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/10/03/7-comme-7&quot;&gt; &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; de Tristan Garcia &lt;/a&gt; sa conclusion abrupte et, somme toute, peu satisfaisante. Le présent &lt;strong&gt;Jardin&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; propose une conclusion moins abrupte, et même plutôt longuette, bavarde, mais… pas moins insatisfaisante. Peut-être implique-t-elle une relecture complète du roman, afin de remettre les noms sur les personnages quand ceux-ci sont évoqués sous d’autres identités, afin de découvrir s’il existe éventuellement un sens à la manière dont sont installés les invités à chaque repas… mais vu la longueur du livre, votre serviteur avoue ne pas en ressentir l’envie immédiate. Surtout, cette fin, élusive, ne résout pas grand-chose, laissant le lecteur sur sa faim&amp;nbsp;: certes, rien n’est pire qu’une conclusion s’effondrant comme un soufflé. Mais là où l’on s’attend à une révélation octroyant un sens à tout ce qu’on vient de lire, l’ébouriffante construction se termine par une pirouette. Cacahouète.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche&amp;nbsp;: pour peu que l’on s’accorde du temps pour se plonger corps et âmes dans ce monstre de 1152 pages, ce &lt;strong&gt;Jardin des Sept Cr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;épuscules&lt;/strong&gt;, roman exceptionnellement brillant, mérite qu’on s’y perde. Le détour en vaut la peine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: pas tout à fait&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas loin&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>I comme L'Invention diabolique</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/11/02/I-comme-L-Invention-diabolique" rel="alternate" type="text/html" title="I comme L'Invention diabolique" />
      <id>urn:md5:46effc31678ad319c85a20929e1ba2e2</id>
      <published>2017-11-02T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-11-02T12:33:28+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;

&lt;/figure&gt;
&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/21/V-comme-Voyage-dans-la-prehistoire&quot;&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on poursuit l'exploration de la filmographie de Karel Zeman avec &lt;strong&gt;L'Invention diabolique&lt;/strong&gt;, adaptation d'un roman méconnu de Jules Verne. L'occasion pour le cinéaste tchèque de rendre un merveilleux hommage à Léon Benett, illustrateur de Verne pour les éditions Hetzel…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Invention diabolique [Vynález Zkazy)], Karel Zeman (1957). Noir &amp;amp; blanc, 78 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les noms de Léon Benett et Édouard Riou n’évoquent sûrement pas grand-chose au commun des mortels, mais si on les associent à ceux de Pierre-Jules Hetzel et surtout de Jules Verne, cela devrait commencer à faire tilt&amp;nbsp;: Benett et Riou sont en effet deux illustrateurs, réputés pour avoir mis leur talent au service de l’éditeur Hetzel, notamment pour mettre en image les romans de Jules Verne. Sans eux, il est possible, peut-être probable, que les romans de l’auteur de &lt;strong&gt;L’Île mystérieuse&lt;/strong&gt; n’auraient pas eu le même impact auprès du public. Des illustrations qui en ont marqué plus d’un, à commencer par Karel Zeman.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-poster-cz.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-poster-cz.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1957, un an après son superbe &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/21/V-comme-Voyage-dans-la-prehistoire&quot;&gt; &lt;em&gt;Voyage dans la Préhistoire&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, le cinéaste tchèque s’est abondamment basé sur les dessins de Benett et Riou pour son troisième long-métrage, &lt;em&gt;L’Invention diabolique&lt;/em&gt; (que l’on rencontre parfois sous le titre &lt;em&gt;Les Aventures fantastiques&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Le Monde fabuleux de Jules Verne&lt;/em&gt;), qui propose une adaptation du roman &lt;strong&gt;Face au drapeau&lt;/strong&gt; (1896) – pas l’ouvrage le plus connu de la vaste bibliographie de Verne.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-cover_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien après les événements, Simon Hart se souvient… Il nous raconte l’aventure extraordinaire qu’il a vécu. Tout nouvel assistant du professeur Roch, ce jeune homme loyal et courageux est enlevé en même temps que ce dernier par les hommes de main du Comte d’Artigas. Ce dernier arpente les mers à bord de son navire – et quel navire&amp;nbsp;: un voilier capable de se mouvoir quand bien même ses voiles sont affalées. Le secret, Hart va vite le découvrir, lorsqu’on l’enferme dans le sous-marin qui, en secret, tire le trois mâts. D’Artigas, bien qu’affable avec le professeur Roch, n’a rien cependant d’un philanthrope&amp;nbsp;: à l’aide de l’éperon de son submersible, il coule régulièrement des navires pour en piller les cales. C’est après de l’un de ces abordages que le navire récupère à son bord une jeune femme, dont le bon Hart va tomber amoureux. Comme tout pirate qui se respecte, d’Artigas possède une base secrète, située dans la caldeira d’un volcan éteint, équipée de tout ce qu’il faut pour que Roch puisse poursuivre ses expériences. Homme de science, le professeur poursuit ses recherches, en dépit des tentatives de Simon pour l’avertir&amp;nbsp;: le jeune héros a compris que d’Artigas nourrit le projet de construire une arme terrifiante…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-poster-fr.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-poster-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-poster-fr_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien des éléments dans ce film (et vraisemblablement dans le roman, que j’avoue n’avoir pas (encore) lu) rappellent forcément &lt;strong&gt;Vingt mille lieues sous les mers&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: en particulier avec le sous-marin et son maître énigmatique. Mais à bien y regarder, d’autres éléments divers rappellent d’autres œuvres de Verne&amp;nbsp;: le canon gigantesque (&lt;strong&gt;De la Terre à la Lune&lt;/strong&gt;), le volcan (&lt;strong&gt;Voyage au centre de la Terre&lt;/strong&gt;), l’aéronef de Robur (&lt;strong&gt;Robur le conquérant&lt;/strong&gt;)…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout au long du film, c’est un festival d’inventions&amp;nbsp;: outre le sous-marin, on y voit des bicyclettes aquatiques, des aéronefs. C’est bien simple, on se croirait dans un monde &lt;em&gt;steampunk&lt;/em&gt;… un quart de siècle avant que le terme soit forgé. Quoique porté par un message fort (une critique virulente de la course aux armements, ainsi que de la science sans conscience représentée par Roch), le film n’est pas dépourvu d’humour, loin s’en faut (en témoigne cette scène où d’Artigas regarde les actualités, avec un prototype du cinématographe&amp;nbsp;; on y aperçoit une escouade de chameaux en patins à roulette ainsi qu’un fer à repasser tout particulier).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img09.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img09_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img13.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img13_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour mettre en image le monde de Jules Verne, tel que dessiné par Benett et Riou – Benett, dans le cas de &lt;strong&gt;Face au drapeau&lt;/strong&gt; –, Karel Zeman opte pour des choix radicaux&amp;nbsp;: le film est en noir et blanc&amp;nbsp;; tout — vêtements, objets, décors – est strié, afin de rappeler les rayures des gravures (attention à ne pas être épileptique&amp;nbsp;!). Les décors ont une apparence volontairement factice, donnant à l’ensemble un parti-pris très stylisé, reprenant parfois trait pour trait les illustrations de Léon Benett. Et c’est merveilleux. Le cinéaste tchèque, qui avait déjà fait preuve de son talent à marier les techniques dans &lt;em&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/em&gt;, poursuit dans cette lignée, et mêle matte painting, maquettes, dessin animé, animation, superposition d’images, et prises de vue réelles bien sûr, le tout au sein d’une même scène. Le résultat s’avère assez bluffant (en dépit d’une fluidité variable, d’un montage parfois abrupt, et de quelques problèmes d’image parfois), et — attention, vieux commentaire réac’ en approche – contient autant d’émerveillement, si ce n’est davantage, que tous les films bardés d’images de synthèse que l’on peut voir sur nos écrans ces temps-ci.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’on ne se méprenne pas&amp;nbsp;: il ne s’agit pas pour moi de cracher sur les CGI, souvent joliment spectaculaire et à mêmes de repousser les limites de l’imagination. Sauf que ce n’est pas toujours le cas, en fin de compte&amp;nbsp;; les trucs se ressemblent et les pixels manquent souvent d’âme. À l’inverse, l’ingéniosité mise en œuvre par Karel Zeman dans ses films a queque chose de réjouissant, elle titille le cerveau&amp;nbsp;: comment a-t-il procédé pour telle ou telle scène&amp;nbsp;? On s’interroge sur la nature des effets utilisés, parfois évidents, parfois moins. On rêve de retrouver une telle candeur. Et de fait, on la retrouve de temps à autres, en particulier (dans un genre différent) dans les œuvres de Michel Gondry, où les effets spéciaux sont bien souvent manuels et reposent peu (ou pas) sur les images de synthèse.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-illus2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-illus2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'île de d'Artigas, telle que représentée par Léon Benett…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-i-img14.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-i-img14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-i-img14_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;… et sa représentation par Zeman.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette expérience vernienne dut plaire à Karel Zeman, car il récidiva un peu plus tard, avec &lt;em&gt;Le Dirigeable volé&lt;/em&gt; (qui adapte et condense &lt;strong&gt;Deux ans de vacances&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L’Île mystérieuse&lt;/strong&gt; ) puis &lt;em&gt;L’Arche de monsieur Servadac&lt;/em&gt; (d’après… eh bien, le roman &lt;strong&gt;Hector Servadac&lt;/strong&gt;). On s’y intéressera en temps voulu, bien sûr.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, soixante ans après sa sortie, cette &lt;em&gt;Invention diabolique&lt;/em&gt; demeure une superbe adaptation cinématographique de Jules Verne, inventive comme jamais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Axiomatisée - rencontre avec Sylvie Denis</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/31/Axiomatisee-rencontre-avec-Sylvie-Denis" rel="alternate" type="text/html" title="Axiomatisée - rencontre avec Sylvie Denis" />
      <id>urn:md5:79ca3888d65f5886d9aa5bda4ad52f05</id>
      <published>2017-10-31T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-10-31T11:12:50+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Olivier Girard</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-sylviedenis-egan-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En complément de l'entretien, dans le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-88&quot;&gt;Bifrost 88&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, de Ellen Herzfeld et Dominique Martel — alias Quarante-Deux —, qui ont œuvré à la diffusion des textes de &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/p/greg-egan/&quot;&gt;Greg Egan&lt;/a&gt;, voici une interview de Sylvie Denis, qui, sous l'une de ses nombreuses casquettes, a été l'une des premières à publier l'auteur australien en France…&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;Où et comment avez-vous découvert Greg Egan&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Très probablement dans la revue &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt;, que j'ai commencé à lire vers 1985.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Pourquoi avoir fait l’anthologie &lt;em&gt;Century XXI&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Que se passait-il en Angleterre au début des années 90 dans la revue &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt; dirigée par David Pringle&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Pour des raisons à peu près semblables à celles qui nous ont poussé à créer &lt;em&gt;Cyberdreams&lt;/em&gt;. Nous avions constaté qu'il y avait un net renouveau de la science-fiction en Angleterre, avec l'apparition d'auteurs très divers, tels Paul McAuley, Stephen Baxter, Eric Brown, Ian R. MacLeod et d'autres, mais que les éditeurs d'alors ne suivaient pas, pour différentes raisons. Beaucoup écrivaient des nouvelles, mais des romanciers apparaissaient aussi, ailleurs que dans &lt;em&gt;Interzone&lt;/em&gt;, comme Iain Banks, Peter F. Hamilton. Dans un genre complètement différent, le premier livre de la série du «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Disque-Monde&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» de Terry Pratchett est paru en 1983 en Angleterre et en 1993 en France.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-centuryXXI.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-sylviedenis-egan-centuryXXI.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;En quoi Greg Egan, au sein de l’éclosion de cette nouvelle génération d’auteurs brillants, pour l’essentiel britanniques, se distinguait-il (outre le fait qu’il n’est pas, justement, britannique)&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-axiomatique.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-sylviedenis-egan-axiomatique.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J'ai toujours eu ce que j'appellerais une «&amp;nbsp;relation générationnelle&amp;nbsp;» avec Greg Egan. Il exprimait et mettait en scène ce que je pensais, sur la technologie, sur l'absence de transcendance, sur l'identité. Je me reconnaissais dans ce qu'il écrivait, et je ne devais pas être la seule. Et il n'avait peur de rien, comme dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Un amour approprié&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», où une femme conserve le cerveau de son mari en elle, ce qui bouleverse complètement leurs rapports. Ou dans «&amp;nbsp;Le tout p’tit&amp;nbsp;» (désolée, je préfère le titre que nous avons choisi pour la parution dans &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt;), où un homme a acheté un bébé en kit qui ne devrait pas se développer comme un «&amp;nbsp;vrai&amp;nbsp;» bébé, mais qui commence à donner des signes de ce développement alors qu'il est biologiquement programmé pour mourir. C'est absolument horrible, mais c'est précisément le genre de choses qui peuvent se produire si on maitrise suffisamment certaines technologies. La grande force d'Egan, c'est d'oser poser ces situations et de les explorer jusqu'au bout, sans reculer devant l'horreur. Et donc de pouvoir montrer ce que pourrait être l'humain augmenté de technologies bien plus puissantes que celles que nous avons à notre disposition. Et je suis fondamentalement persuadée que nous avons, en tant qu'espèce, besoin du terrain d'investigation qu'est la science-fiction, parce que le changement climatique et l'anthropocène sont là, et que si nous ne sommes pas capables de conceptualiser ce que nous sommes en train de devenir, nous allons être noyés dans ce que nous avons créé. (Ce qui n'est pas un jugement moral de ma part, juste une constatation&amp;nbsp;: on préfère en général être vivant que mort.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui était également remarquable, c'est son refus d'utiliser ce que j'appelle la quincaillerie, tout cet amas de conventions et d'inventions propres au genre, qui font sont identité mais qui peuvent devenir des boucliers derrière lesquels on se cache pour ne pas voir le réel. Et c'était ce qu'Egan faisait&amp;nbsp;: il regardait le réel, ou du moins, le réel tel qu'il est façonné par la technoscience, et donc par nous, les humains, et il réfléchissait sur la direction que le monde était en train de prendre. Et pour moi, c'est la raison pour laquelle on lit de la SF&amp;nbsp;: pour essayer de comprendre le monde et où il va.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-futurs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-sylviedenis-egan-futurs.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Si, techniquement, le premier texte de Greg Egan en France est «&amp;nbsp;Fidélité&amp;nbsp;», publié par Patrice Duvic chez Pocket dans l’anthologie &lt;em&gt;Isaac Asimov présente, Futurs mode d’emploi&lt;/em&gt;, en janvier 1994, vous traduisez et faite paraître en mai 1994, avec Francis Valéry, la nouvelle « Baby brain&amp;nbsp;» (qui sera rééditée sous le titre «&amp;nbsp;Un amour approprié&amp;nbsp;» dans le recueil &lt;em&gt;Axiomatique&lt;/em&gt; des éditions du Bélial’) sous la forme d’un petit livre d’une cinquantaine de pages aux éditions…Car rien n’a d’importance. Techniquement, il s’agit du premier livre de Greg Egan publié en France. Faire paraître Egan en France était une évidence&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-babybrain.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-sylviedenis-egan-babybrain_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la mesure où je le lisais depuis 1987, oui. C'était il y a trente ans et le temps passe bien plus lentement quand on a vingt ou trente ans. Donc, il fallait, oui. On croit à ce genre de truc quand on est jeune.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Paraissent alors, toujours à votre initiative et traduites par vous, deux nouvelles d’Egan en 1995 («&amp;nbsp;Cocon&amp;nbsp;» dans le n°4 de la revue&lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt; et «&amp;nbsp;En apprenant à être moi&amp;nbsp;» dans l’anthologie &lt;em&gt;Century XXI&lt;/em&gt; que vous avez dirigée, chez Encrage). Puis vous changez de braquet l’année suivante en publiant le premier recueil de l’auteur en France, chez DLM, &lt;em&gt;Notre-Dame de Tchernobyl&lt;/em&gt; (avec un sommaire de quatre nouvelles traduites par vous et Francis Valéry). Or trois mois avant la sortie dudit recueil, est publié en avril 96, chez Robert Laffont, dans la collection “Ailleurs &amp;amp; Demain”, &lt;em&gt;La Cité des permutants&lt;/em&gt;, le premier roman de Greg Egan traduit en français. Quel a été votre sentiment lors de la parution de ce roman, et pourquoi ne pas l’avoir fait paraître, vous&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Mes souvenirs sont un peu flous, mais si j'ai du choisir le texte et le défendre, la décision de le publier est revenue à Henri Dhellemmes, qui était tout de même notre éditeur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ce qui est de&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;strong&gt;La Cité des permutants&lt;/strong&gt;, je ne me souviens pas que ça ait été particulièrement important pour moi, à l'époque. J'étais sans doute satisfaite de voir un roman d'Egan publié en France. DLM ne l'avait jamais envisagé, il n'en avait pas les moyens, que ce soit pour l'achat des droits et le coût de la traduction. Il était donc parfaitement logique qu'il paraisse ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-cocon.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-sylviedenis-egan-cocon.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Une année passe encore, et vous publiez un second recueil de nouvelles, &lt;em&gt;Axiomatique&lt;/em&gt;, toujours chez DLM, un court volume conçu sur le même modèle que le précédant, soit quatre nouvelles là encore traduites par vous et Francis Valéry. Le même mois, septembre, donc, paraît le deuxième roman de Greg Egan, toujours chez Robert Laffont, &lt;em&gt;L’Énigme de l’univers&lt;/em&gt;. L’auteur est lancé en France. Vous avez alors, en trois années environs, fait paraître et traduit onze nouvelles de l’auteurs, soit la quasi totalité de ces textes courts en France à l’époque. Puis… Plus rien. Vous passez la main (notamment à &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, à l’anthologie périodique &lt;em&gt;Étoiles Vives&lt;/em&gt; et aux éditions du Bélial’). Pourquoi&amp;nbsp;? Vous pensiez avoir fait le boulot&amp;nbsp;? Ou hasard éditorial&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Hé bien, l'éditeur, DLM, a cessé d'exister, tout simplement, si on peut dire. Donc, aléas de l'édition, et puis j'avais certainement envie de passer à autre chose, surtout d'écrire pour moi, en fait. En outre, c'est vrai que j'ai tendance à estimer qu'une fois que j'ai fait quelque chose, hé bien, c'est fait, ce qui m'intéresse, c'est la suite. Je n'aime pas me répéter.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Que pensez-vous de Greg Egan aujourd’hui&amp;nbsp;? Le lisez-vous toujours&amp;nbsp;? Suivez-vous son actualité&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-dichronauts.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-sylviedenis-egan-dichronauts_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Je continue à le suivre, bien sûr. Il fait partie, avec William Gibson, Bruce Sterling et quelques autres anglais ou américains, et Michel Jeury pour la France, des auteurs qui ont construit ma vision de la science-fiction. L'idée que c'est un espace où l'on peut faire toutes les expériences de pensée que l'on veut, parce que, comme le dit Brian Eno, cité par David Bowie, l'art est le domaine où l'avion peut s'exploser à l'atterrissage sans que ça ait la moindre conséquence. On peut tout essayer, de toute façon, au final, il n'y a pas de casse. On peut se relever et recommencer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-sylviedenis-egan-ortho1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-sylviedenis-egan-ortho1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et je continue à lire Egan, bien sûr, même si j'ai calé sur «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Orthogonal&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», parce que même si j'adore les extraterrestres qu'il a créés, je n'ai malheureusement pas le bagage en mathématiques et en physique pour suivre. J'arrive à mon niveau d'incompétence, ce qui est très frustrant. Par contre, j'ai lu et adoré &lt;strong&gt;Cérès et Vesta&lt;/strong&gt;. Il y a moins de calculs et une vision politico sociale tout à fait intéressante. Encore une preuve qu'Egan, contrairement à ce que son approche unique des personnages peut laisser penser, est un moraliste. Je m'apprête à lire &lt;strong&gt;Dichronauts&lt;/strong&gt;, qui comme «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Orthogonal&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» se passe dans un univers où les lois de la physique sont complètement différentes des nôtres. Dans celui-là, la planète a une forme hyperboloïde et un petit soleil tourne autour. Il faut aller jeter un coup d'œil &lt;a href=&quot;http://www.gregegan.net/DICHRONAUTS/01/World.html&quot;&gt; sur le site de l'auteur &lt;/a&gt; pour appréhender la chose. Bon, je trouve un peu dommage qu'il ait pris cette direction hyper hard-science pour les romans, mais c'est bien pour le genre que quelqu'un fasse ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 25 octobre 2017</title>
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      <published>2017-10-27T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-10-27T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20171027-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20171027-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry nous donne ses impressions sur quelques lectures récentes&amp;nbsp;: l'anthologie &lt;strong&gt;Des Hommes et des Machines&lt;/strong&gt; proposée par Robert Silverberg, le recueil &lt;strong&gt;Croisades&lt;/strong&gt; de Jack Vance, les enquêtes de &lt;strong&gt;Lord Darcy&lt;/strong&gt; de Randall Garrett et &lt;strong&gt;L'Effet Churten&lt;/strong&gt; d'Ursula Le Guin…&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;Mes Carnets Rouges 15&amp;nbsp;: Miscellanées étasuniennes&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Longtemps, j’ai fréquenté les vide-greniers. Au départ par plaisir, assez rapidement par réflexe. Et pour finir par habitude. Mais à force de ne plus rien y trouver d’intéressant, j’ai simplement cessé de remarquer les affichettes scotchées dans les endroits les plus improbables, annonçant la tenue de tels événements. Comme un bruit de fond auquel on ne prête plus la moindre attention. Et puis tiens, l’autre jour je me suis retrouvé, je ne sais plus comment, à un de ces déballages dans un proche village. Entre les professionnels étalant à même le sol du &lt;em&gt;nimportnawaque&lt;/em&gt; provenant de salles des ventes, en catégorie faillite et saisie, des gamins essayant de vendre des jouets plus ou moins ruinés et des mères de famille soucieuses de revendre les vêtements devenus trop étroits du petit dernier, j’ai soudain aperçu quelques dizaines de livres paraissant en bon état et présentés à plat, sur une table de camping. Quel ne fut pas mon étonnement… car en général on aperçoit plutôt des livres fatigués à l’extrême, voire en état de coma dépassé, qui s’entassent en un vrac immonde dans des cartons sans forme, posés à même le sol, sans la moindre indication de prix. Cette fois, le prix était clairement annoncé sur une manière de pancarte en carton qui disait «&amp;nbsp;0,50€ l’un&amp;nbsp;». Du coup, je me suis approché. J’ai salué la petite dame assise derrière sa table, avant de passer en revue le lot – pour m’arrêter du bout de l’index sur un volume de la série «&amp;nbsp;Science Fiction&amp;nbsp;» dans la Bibliothèque Marabout&amp;nbsp;:&lt;em&gt;Des hommes et des machines&lt;/em&gt;, traduction de l’anthologie &lt;em&gt;Men and Machines&lt;/em&gt; compilée par Robert Silverberg – et qui outre une introduction générale signe les présentations de chacune des dix nouvelles. Ce livre est paru en 1973. Je l’ai lu deux ou trois ans plus tard, après l’avoir acheté chez un bouquiniste, à Bordeaux – comme la plupart des livres que j’ai lus dans ces années-là, après avoir fait le tour de la bibliothèque paternelle, et avant l’ère des grandes rafles chez les bouquinistes du Boulevard Lemonnier, à Bruxelles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20171027-machines.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20171027-machines.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’ai eu envie de relire cette anthologie dont j’avais gardé un assez bon souvenir global mais sans me souvenir en détail de son sommaire – si ce n’est de deux ou trois nouvelles… ce qui n’est pas forcément très bon signe. Je savais qu’elle contenait la fameuse novelette «&amp;nbsp;With Folded Hands » de Jack Williamson, parue en 1947 et à l’origine de son roman ultérieur &lt;em&gt;Les Humanoïdes&lt;/em&gt; – je crois bien qu’il s’agit du premier livre paru en France, en 1950 chez Stock, avec le mot &lt;em&gt;science-fiction&lt;/em&gt; sur sa couverture. L’argument était original&amp;nbsp;: des robots débarquent sur la Terre pour se mettre au service des humains et, peu à peu, tout faire à leur place – en regard de leur conception de ce qui est bon pour l’homme et de ce qu’il vaut mieux éviter qu’il ne fasse, dans son propre intérêt, bien sûr. Comme on le sait, l’enfer est pavé de bonnes intentions… Je me souvenais également de la présence dans ce volume de &quot;The Twonky&quot;, une nouvelle de Lewis Padgett (Henry Kuttner) datant de 1942, considérée comme un classique. La singularité du titre – et peut-être l’existence d’une adaptation cinématographique en 1953 – joue également dans le fait que ce texte est souvent cité par les historiens du genre. La même anthologie présentait également une nouvelle de la série des Berserkers de Fred Saberhagen, toujours bien ficelée, que l’on retrouvait alors de temps en temps dans &lt;em&gt;Galaxie&lt;/em&gt;. Dans la semaine, j’ai donc relu &lt;em&gt;Des Hommes et des Machines&lt;/em&gt; – à raison d’une ou deux nouvelles chaque soir, avant de m’endormir. Je dois dire que j’ai trouvé que tout cela avait fort vieilli – et pas toujours de la meilleure manière. En fait, à part «&amp;nbsp;Bras croisés&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;With Folded Hands&amp;nbsp;») et peut-être «&amp;nbsp;Une erreur de compte&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Counter Foil&amp;nbsp;») de George O. Smith, un auteur campbellien célèbre en son temps, oublié aujourd’hui, rien ne surnage vraiment – et certains textes me semblent même assez faibles, comme «&amp;nbsp;Sale temps pour la vente&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;A Bad Day for Sales&amp;nbsp;», 1953) de Fritz Leiber, pourtant un auteur majeur de ces années-là. Est-ce la science-fiction (&lt;em&gt;ce type&lt;/em&gt; de science-fiction) qui a vieilli ou est-ce moi qui ai perdu l’enthousiasme de la jeunesse – et l’éblouissement lié à la découverte du genre&amp;nbsp;? Les deux, sans doute. Je crois que la SF classique était une littérature de l’innocence et que, pour notre plus grand malheur, nous vivons à l’ère d’une culpabilité mondialisée. Concernant cette anthologie, je crois me souvenir d’une critique extrêmement féroce de George W. Barlow dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, exécutant le traducteur Léon Thoorens sans autre forme de procès.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20171027-croisades.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20171027-croisades.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mis tout de même en appétit par &lt;em&gt;Des Hommes et des Machines&lt;/em&gt;, je me suis tourné vers mes étagères, à la recherche de quelque chose à lire qui pourrait confirmer – ou infirmer – ce sentiment de vague désenchantement. J’ai alors aperçu&lt;em&gt; Croisades&lt;/em&gt;, un recueil de Jack Vance réuni par Pierre-Paul Durastanti et paru en 2005 en Folio SF – avec un © 2003 pour les éditions Le Bélial qui suggère que le volume est paru à l’origine chez cet éditeur. Je l’ai sans doute reçu en service de presse, puisqu’à cette époque j’avais encore quelque activité dans le milieu professionnel de la SF. Ce volume reposait donc depuis une douzaine d’années sur mes étagères. Pour tout dire, à chaque fois que je fais du tri dans mes étagères et que je décide de me débarrasser de livres qui ne m’intéressent pas ou plus, lus ou pas lus, j’ai tendance à me montrer indulgent pour les recueils de nouvelles… et à renouveler leur bail. J’ai en effet toujours considéré la SF comme l’esthétique littéraire idéale pour la forme courte – de la nouvelle à la novella. Ce recueil de Vance a donc survécu à mes tris successifs, attendant son heure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier des quatre textes qui composent le sommaire, «&amp;nbsp;La grande Bamboche&amp;nbsp;», a été publié à l’origine en 1973 dans &lt;em&gt;Three Trips in Time and Space&lt;/em&gt;, une anthologie concoctée par Robert Silverberg (encore lui&amp;nbsp;!). Le récit est construit autour d’un business d’accès à des mondes parallèles – comme on le devine, un certain nombre de dysfonctionnements vont affecter la vie d’une famille jusque-là sans histoire. Cette novella d’une centaine de pages compte, à mon sens, au nombre des grandes réussites de l’auteur. Le deuxième texte, «&amp;nbsp;Les œuvres de Dodkin&amp;nbsp;», a été publié en 1959 dans &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; et il en est parfaitement représentatif. Il s’agit de cette manière de SF centrée sur la description d’un «&amp;nbsp;processus&amp;nbsp;» comme l’affectionnait John W. Campbell, Jr., et dans laquelle Robert Heinlein faisait des merveilles. Vance est sans doute moins malin qu’Heinlein – et plus à l’aise dans des univers davantage «&amp;nbsp;aérés&amp;nbsp;» que ce monde futuriste urbain étouffant et vaguement concentrationnaire. Vance est un écrivain des grands espaces, le décor de ce récit est trop étroit pour lui. «&amp;nbsp;Les Faiseurs de miracles&amp;nbsp;» provient également des pages d’&lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, cuvée 1958, mais cette fois il s’agit de Vance pur jus&amp;nbsp;! Soit une planète exotique peuplée d’indigènes un rien incompréhensibles, sur laquelle les lointains descendants d’humains ont recréé un monde plus ou moins médiéval – les épaves de vaisseaux sont devenus des châteaux forts. Certains artefacts des temps anciens fonctionnent encore, à l’occasion, sans que personne ne parvienne à réellement les maîtriser et encore moins à exploiter l’ensemble de leurs possibilités. Et pour faire bonne mesure, une forme de magie tient lui de science. Un beau jour, les indigènes décident de se révolter – et même s’ils ne disposent d’aucune technologie, ils ont des moyens d’action redoutables, en particulier grâce aux formes de vie animales qu’ils parviennent à contrôler. Au fil de la lecture, on pensera sans doute au film &lt;em&gt;Avatar&lt;/em&gt; – en se disant que la SF classique est vraiment un art du recyclage permanent&amp;nbsp;! Le récit est centré sur un personnage que rien ne prédispose à devenir le héros qu’il va devenir, un peu malgré lui. «&amp;nbsp;Les Faiseurs de miracles&amp;nbsp;» est donc une longue nouvelle plutôt réussie et très plaisante à lire. Le recueil se conclue avec «&amp;nbsp;Les Maîtres de Maxus&amp;nbsp;», un récit assez mineur, publié à l’origine en 1951 dans &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt; – cette histoire de révolte d’une majorité exploitée par une minorité vivant dans le luxe, dans un décor futuriste, est typique de ce que proposait à cette époque ce pulp magazine. C’est le seul inédit de ce recueil – ce qui constitue sans doute un petit argument de vente, on sait que c’est le genre de «&amp;nbsp;détail&amp;nbsp;» qui est volontiers mis en avant par les éditeurs de recueils d’auteurs classiques. Le texte n’est pas scandaleux, loin de là, mais à mon sens il dévalorise un petit peu l’ensemble en laissant le lecteur sur un final un peu faible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques jours après avoir lu ce recueil de Jack Vance, j’ai reçu un colis de «&amp;nbsp;déstockage&amp;nbsp;» de la part d’un de mes sponsors-fournisseurs. Celui-ci ayant, ai-je cru comprendre, fait l’acquisition d’une récente édition intégrale des Enquêtes de Lord Darcy de Randall Garrett, il m’envoyait, entre autres nourritures spirituelles, les deux volumes de cette série que Michel Demuth avait fait paraître, en 1983, dans la belle et éphémère collection Space Fiction qu’il avait créée et dirigeait alors aux Editions Temps Futurs. Tout cela est de l’histoire tristement ancienne. Les Éditions Temps Futurs, émanation de la librairie spécialisée du même nom, fondée quant à elle en 1973, une des premières en France, n’ont vécu que le temps de publier une vingtaine de livres – ce qui n’est pas si mal&amp;nbsp;; Stan Barets, le co-fondateur de Temps Futurs avec son épouse Sophie, a disparu il y a à peine trois mois, en juillet dernier, à l’âge de 68 ans, au terme d’une carrière importante et influente dans le monde de la SF et, plus encore, dans celui de la bande dessinée&amp;nbsp;; Michel Demuth, un des plus brillants nouvellistes qu’ait connu la SF française, a lui aussi disparu en 2006, il y a déjà plus de dix ans&amp;nbsp;; Randall Garrett, quant à lui, a tiré sa révérence en 1987. La littérature de Science-Fiction classique est devenue, pour l’essentiel, une machine à regrets, à l’usage d’une poignée de survivants à la mémoire incertaine et dont le nombre s’effiloche de mois en mois. Mais tant que nous aurons en stock de quoi lire, nous ferons avec cette certitude que seul le déluge nous survivra, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;. J’ai la chance de n’avoir jamais lu cette série de Randall Garrett – à l’époque je lisais beaucoup mais je ne lisais pas tout, car l’édition de SF produisait sur un rythme frénétique&amp;nbsp;! Et bien que j’ai souvent lu des commentaires sur cette série dans divers articles, encyclopédies ou histoires du genre, et que donc j’avais une idée assez précise de ce dont il s’agit, je m’en suis enfin offert la lecture – tant il est reposant de ne plus être obligé de lire &quot;utile&quot;, ce que j’ai toujours fait en tant que critique ou éditeur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20171027-garrett.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20171027-garrett.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Selon la préface de Michel Demuth, dans le premier tome, &lt;em&gt;Les Enquêtes de Lord Darcy&lt;/em&gt; constitueraient un ensemble de sept récits&amp;nbsp;: six nouvelles, la première publiée en 1964, auxquelles s’ajoute un roman chronologiquement intercalé entre les troisième et quatrième nouvelles. À cette époque – sans internet et sans bases de données autres que celles que les amateurs se constituaient pour eux-mêmes à partir de leurs propres collections – Demuth n’avait visiblement eu connaissance que d’une partie des textes, car les nouvelles sont en réalité au nombre de dix, toutes publiées au plus tard en 1979. Cette méconnaissance de sa part – et plus encore de celle de l’éditeur – reste toutefois assez étonnante, dans la mesure où deux recueils étaient parus aux USA en 1979 et 1981, contenant chacun quatre nouvelles. Or, la librairie Temps Futurs, à l’affût des nouveautés intéressantes, avait très certainement du diffuser ces recueils en importation. Ce sont donc au moins huit nouvelles qui auraient du être disponibles pour le projet éditorial de Temps Futurs. Mais peu importe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En pratique, la série est donc constituée d’un premier set de trois nouvelles publiées en 1964/1965, puis du roman publié en 1967, et enfin de sept autres nouvelles publiées un peu plus tard, entre 1973 et 1979. Temps Futurs a publié le roman, &lt;em&gt;Tous des Magiciens&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; ( &lt;em&gt;Too many magicians)&lt;/em&gt; ainsi qu’un recueil contenant «&amp;nbsp;C’est dans les yeux&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;The Eyes Have It&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 1.1964) qui donne son titre à l’ensemble, «&amp;nbsp;Imbroglio pastel&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Muddle of the Woad&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 6.1965) et «&amp;nbsp;Le Napoli Express&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;The Napoli Express&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Isaac Asimov’s SF Magazine&lt;/em&gt;, 4.1979), respectivement première, troisième et neuvième nouvelle par ordre chronologique de parution, si l’on en croit la fiche que Wikipédia consacre à la série. Ce qui laisse bien sept inédits – et non trois – qui figureront dans l’édition intégrale, publiée en 2016 chez un autre éditeur. Pour mémoire, précisons que Michael Kurland a par ailleurs repris les personnages pour deux romans publiés en 1988 et 1989, à ma connaissance inédits en langue française.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20171027-lorddarcy.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20171027-lorddarcy.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les récits se situent à notre époque mais dans un univers où l’histoire de la France et des Iles britanniques a connu un tout autre développement. Un Empire anglo-français domine le monde, de l’Europe à l’Amérique (partagée entre Nouvelle-France et Nouvelle-Angleterre). La dynastie des Plantagenêts est au pouvoir depuis sept siècles et l’ennemi est le puissant, fourbe et machiavélique (faisons bonne mesure&amp;nbsp;!) roi de Pologne. Et surtout, dans cet univers, la Magie «&amp;nbsp;est&amp;nbsp;» la Science – précisons de suite que nous ne parlons pas ici d’une magie basée sur les superstitions et l’usage des poudres de perlimpinpin mais, au contraire, d’une véritable discipline aussi complexe, codifiée et puissante que peut l’être la Science à son plus haut niveau, dans l’univers qui nous est familier. Dans ce monde réellement fascinant, Lord Darcy est le Chef Enquêteur de son Altesse le Duc de Normandie, frère du Roi. Il est amené à enquêter sur les affaires les plus compliquées ou les plus délicates. Lord Darcy s’avère tout aussi brillant mais nettement moins fantasque qu’un Sherlock Holmes – il est impossible de ne pas penser au locataire de Baker Street lorsque l’on progresse dans la résolution de ces enquêtes. Dépourvu de l’insupportable arrogance de Sherlock Holmes, Lord Darcy est un personnage éminemment sympathique, tout comme Maître Sean O’Lochlainn, le praticien surdoué avec lequel il collabore étroitement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant le dire de suite, les enquêtes de Lord Darcy ne relèvent de la science-fiction que parce qu’elles prennent place dans un univers parallèle – ou un monde uchronique, ce qui revient au même – et parce que la Magie est ce qui fait fonctionner cet univers, son &lt;em&gt;modus operandi&lt;/em&gt;. Difficile de ne pas admettre qu’il ne s’agit &quot;que&quot; d’un décor – mais certes, quel décor&amp;nbsp;! Ainsi la nouvelle «&amp;nbsp;Le Napoli Express&amp;nbsp;» qui démarre et s’affiche comme un pastiche du &lt;em&gt;Meurtre de l’Orient Express&lt;/em&gt; d’Agatha Christie (mais l’affichage est trop appuyé pour que l’on ne se doute pas qu’il s’agit d’autre chose, en dépit des fausses apparences) se révèle être une histoire d’espionnage presque à la John Le Carré – donc du tout meilleur cru. Transposé dans un univers réaliste, le récit continuerait de fonctionner, ce qui démontre que sa science-fictivité est purement esthétique et non indispensable – mais il serait nettement moins intéressant&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ne boudons pas notre plaisir&amp;nbsp;: ces récits ont très bien vieilli et leur lecture est à la fois divertissante et fort titillante sur le plan neuronal. Je pense que je vais écrire au Père Noël pour lui suggérer de déposer au pied du futur sapin l’édition intégrale – d’autant que nous n’avons pas encore installé d’insert dans la cheminée du salon.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20171027-churten.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20171027-churten.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’avais à peine achevé la lecture des livres de Garrett que la factrice déposait dans ma boîte aux lettres une enveloppe un peu épaisse, de la taille d’un livre au format de poche – de fait, elle contenait bien un livre au format de poche&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L’Effet Churten&lt;/em&gt;, un recueil de trois nouvelles d’Ursula Le Guin. Il y avait aussi un petit mot disant, en substance, «&amp;nbsp;Je t’envoie ce bouquin des fois que tu aurais envie de lire autre chose que des vieilleries&amp;nbsp;». Mes correspondants sont prévenants et attentionnés, je ne suis pas certain de toujours les mériter…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’Effet Churten&lt;/em&gt; est paru en janvier 2017 au sein de la collection Hélios dont il porte le n°67. Si j’ai bien compris, Hélios est une collection au format de poche commune à plusieurs éditeurs, chacun y assumant ses propres choix, ce volume étant explicitement une réalisation d’ActuSF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ma jeunesse, je fus un lecteur enthousiaste d’Ursula Le Guin et je garde d’excellents souvenirs de romans pourtant parfois considérés comme mineurs au sein d’un œuvre dominée par les cycles de &lt;em&gt;Terremer&lt;/em&gt; et de l’&lt;em&gt;Ekumen&lt;/em&gt;. Ainsi &lt;em&gt;De l’autre côté du rêve&lt;/em&gt;, paru chez Marabout en 1975 et lu à l’époque, m’avait semblé «&amp;nbsp;aussi bien qu’un livre de Philip Dick&amp;nbsp;» (j’ai retrouvé une note de lecture, glissée dans mon exemplaire) – j’avais d’ailleurs rédigé un commentaire semblable pour &lt;em&gt;Simulacron III&lt;/em&gt; de Daniel Galouye, un chef d’œuvre scandaleusement sous-estimé. C’est que dans les années septante, Philip Dick était pour beaucoup de lecteurs de ma génération une sorte de référence en matière d’excellence. J’ai d’ailleurs appris très récemment que &lt;em&gt;De l’autre côté du rêve&lt;/em&gt; avait l’objet d’au moins deux adaptations audiovisuelles, l’une télévisuelle et l’autre cinématographique – jamais arrivées jusqu’à mon fin fond de nulle part.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais revenons à l’Effet Churten. Si l’immense univers de l’Ekumen ne se disloque pas, c’est grâce à l’existence d’un système de communications instantané&amp;nbsp;: l’ansible, un produit dérivé des connaissances en matière de physique temporelle des Cétiens, un des peuples de l’Ekumen. Mais pour déplacer de la matière, on ne sait toujours pas faire plus vite que la lumière. Tout départ d’un monde vers un autre a donc valeur d’aller simple sans retour possible – vous ne pouvez retrouver votre monde d’origine qu’après un laps de temps tel que vous y serez devenu un pur étranger&amp;nbsp;! Mais la découverte de l’Effet Churten devrait permettre le déplacement des personnes de manière instantanée, et indépendamment de la distance franchie. Mais bien entendu, ce n’est pas gratuit – en termes d’effets psychologiques sur les voyageurs et de bouleversements temporels. Ce petit volume reprend trois nouvelles indépendantes – mais connectées par des allusions et références croisées – dans lesquelles l’Effet Churten est expérimenté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour être tout à fait honnête, je me suis demandé pendant plus de la moitié du premier récit, «&amp;nbsp;L’Histoire des Shobies&amp;nbsp;», si j’allais continuer ou pas ma lecture, tant tout cela me semblait abscons – pour ne pas dire quasiment incompréhensible (en un autre temps, j’aurais volontiers utilisé l’expression de «&amp;nbsp;chiant comme la pluie&amp;nbsp;», mais avec l’âge j’ai appris à aimer la pluie). On pourra sans doute me faire remarquer que, dans cette nouvelle, l’auteur utilise une forme littéraire parfaitement en adéquation avec le fond du récit. Sans doute. Mais j’ai passé l’âge de tels enfantillages. Et du coup, je me souvenu pourquoi, à la fin du précédent millénaire, j’avais arrêté de lire Ursula Le Guin&amp;nbsp;: tout simplement parce qu’au fur et à mesure où elle était considérée comme un écrivain majeur de la littérature contemporaine étasunienne, je la trouvais, moi, de moins en moins intéressante et lisible en tant qu’écrivain de SF. En tout cas, je n’avais pas/plus envie de lire ce genre de SF «&amp;nbsp;intello&amp;nbsp;» – que certains préfèreront qualifier «&amp;nbsp;d’exigeante&amp;nbsp;». Comme disait l’une de mes grands-mères, à chacun son mauvais goût.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La deuxième nouvelle, «&amp;nbsp;La Danse de Ganam&amp;nbsp;», m’a semblé prendre davantage en compte l’existence des lecteurs. Le récit n’est pas particulièrement passionnant mais l’auteur ménage un certain suspense (correction&amp;nbsp;: un suspense &lt;em&gt;certain&lt;/em&gt;) qui encourage à continuer d’avancer dans la lecture, en essayant même de ne rien perdre de ce qui pourrait être glissé au lecteur, par le biais des dialogues et de diverses interactions (rien à redire sur la construction). Du coup, ce texte s’avère au final d’une lecture assez agréable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce fameux Effet Churten – et surtout ses conséquences inattendues sur la trame temporelle – prend finalement toute sa dimension dans le troisième et dernier récit, «&amp;nbsp;Le Pêcheur de la mer intérieure&amp;nbsp;», qui est tout simplement formidable et apparaît comme une belle récompense pour une lecture jusque-là parfois un peu difficile. Tout y est&amp;nbsp;: les personnages, la construction du récit, l’émotion – beaucoup, beaucoup d’émotion. Et un final réellement fascinant. Comme quoi, ça vaut parfois la peine de s’accrocher&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>H comme Holy Motors</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/25/H-comme-Holy-Motors" rel="alternate" type="text/html" title="H comme Holy Motors" />
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      <published>2017-10-25T17:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-10-25T17:58:40+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Come, come into my world…&lt;/em&gt; De l'aube au cœur de la nuit, on suit dans &lt;strong&gt;Holy Motors&lt;/strong&gt;, cinquième long-métrage de Leos Carax, le parcours du protéiforme M. Oscar à travers Paris. Un film-somme très référentiel, et l'occasion d'évoquer Kylie Minogue et Sparks…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Holy Motors, Leos Carax (2012). 115 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il est certaines œuvres qui promettent davantage sur le papier qu’à la lecture ou la vision. &lt;em&gt;Holy Motors&lt;/em&gt; est de celles-là, au goût de votre serviteur (et ce navrant Abécédaire a certainement prouvé que celui-ci était discutable). Après une éclipse de treize ans, le cinéaste français Leos Carax est revenu aux affaires avec &lt;em&gt;Holy Motors&lt;/em&gt;, une intriguante déambulation dans Paris à bord d’une limousine. Le cinquième long-métrage du réalisateur a été présenté à Cannes en mai 2012 – où était aussi projeté &lt;em&gt;Cosmopolis&lt;/em&gt;, assoupissante adaptation par David Cronenberg du roman éponyme de Don DeLillo, un autre film à se dérouler pour part dans l’habitacle d’une limousine.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avertissement d’usage&amp;nbsp;: ce billet spoile méchamment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des études de mouvements datant des premiers temps du cinéma ouvrent le film, avant que la caméra se pose sur une salle obscure aux spectateurs endormis – préfiguration de l’état des spectateurs du présent film à l’issue de la projection&amp;nbsp;? Un homme (le réalisateur himself) se réveille dans une chambre d’hôtel (qui donne sur un aéroport en dépit du fond sonore rappelant un port maritime)&amp;nbsp;; il s’allume une clope, se lève et, d’un doigt devenu clef, ouvre une porte dans l’un des murs. &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=63vqob-MljQ&quot;&gt; «&amp;nbsp;Come into my world&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, semble-t-il dire. Notre homme arrive à l’étage de la même salle de cinéma aux spectateurs assoupis&amp;nbsp;; un enfant puis deux gros chiens noirs déambulent dans les allées, allez comprendre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après ce prologue déroutant, le film débute réellement. Assise à la fenêtre d’une maison aux formes évoquant vaguement un paquebot, une fillette regarde son père (Denis Lavant) partir au travail&amp;nbsp;; des gardes du corps veillent de partout. Cet homme, c’est M. Oscar, probablement un banquier parisien vivant dans une banlieue chic. Le voilà bientôt à bord d’une immense limousine conduite par l’élégante et prévenante Céline (Édith Scob), qui lui apprend qu’il a neuf rendez-vous en ce jour (on pourra noter une petite incohérence sur le nombre de rendez-vous&amp;nbsp;: Oscar n’en accomplit que huit&amp;nbsp;; Céline en avait annoncé neuf&amp;nbsp;; la pochette du dernier rendez-vous porte cependant le numéro 10). Et les rendez-vous n’ont rien de rencontre avec d’autres membres des institutions bancaires…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le premier rendez-vous voit M. Oscar se grimer – sa limousine contient un bric-à-brac invraisemblable – en une vieille femme boîteuse au dos cassé, qui mendie du côté du pont Alexandre III.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour le deuxième rendez-vous, Oscar enfile une combinaison noire et moulante pour effectuer de la motion-capture dans une usine. Voilà qui renvoit aux premiers temps du cinématographes et aux fameuses études de mouvement. Oscar est bientôt rejoint par une femme pareillement vêtue, avec qui il se lance dans un ballet érotique, dont on aperçoit la version en images de synthèse sur un écran.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img06.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lors du troisième rendez-vous, Oscar se déguise en leprechaun qui s’introduit via les égouts dans le cimetière du Père-Lachaise et terrorise les passants. Arrivant sur le lieu d’une séance de photo avec la mannequin Kay M. (un nom significatif&amp;nbsp;; on y reviendra), il s’empare de la top-model (Eva Mendes) et l’emporte dans les souterrains…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img07_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le soir tombe déjà lors du quatrième rendez-vous, où M. Oscar est désormais un père de famille bougon. Il récupère sa fille après une fête, et se désole qu’elle ait passé la soirée dans la salle de bain.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img08_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si le spectateur ne s’est pas endormi, le cinquième rendez-vous – annoncé comme un entracte – le réveillera. Équipé d’un accordéon, M. Oscar déambule dans une église et est vite rejoint par toute une cohorte de musiciens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/d0sJ3Ttyc2M&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le sixième rendez-vous, Oscar est transformé en un malfrat, sorte de tueur à gage. Il tue sa cible et entreprend de grimer le cadavre en lui-même… sauf que le mort ne l’est pas. Et c’est bientôt deux macchabées qui gisent par terre. Mais la mort, c’est surfait, et Oscar, bien que mal en point, rejoint la limousine, où l’attend son supérieur hiérarchique. Celui-ci questionne son employé sur sa motivation. Après quoi, Oscar aperçoit sur les Champs-Élysées le banquier qu’il interprétait au début… Il sort, le tue, avant de se faire abattre. Mais la mort, devinez quoi, c’est surfait.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au septième rendez-vous, M. Oscar est désormais M. Vogan, un vieillard habitant une chambre d’hôtel. Sa jeune nièce Léa le rejoint, pour une discussion sur la vie et la mort s’achevant par le dernier soupir de Vogan. Mais la mort, hé, c’est surfait. La tristesse de la scène est contrebalancée par sa conclusion, quand Vogan-Oscar quitte son lit de mort.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il est tard et Céline fatigue&amp;nbsp;: cela explique sûrement l’accrochage avec une autre limousine. Tandis que les deux chauffeurs argumentent (ou remplissent le constat amiable, allez savoir), Oscar se rend compte que la passagère de l’autre véhicule est une vieille connaissance (Kylie Minogue). Les deux déambulent dans les salles vides de La Samaritaine&amp;nbsp;; ils ont «&amp;nbsp;vingt minutes pour rattraper vingt ans&amp;nbsp;», et savent qu’ils ne se reverront probablement pas à l’issue de cette rencontre impromptue. De fait, le rôle de Kylie Minogue s’achève en contrebas de l’ancien magasin, le cerveau étalé sur le trottoir. Mais la mort… non, rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/D4K26zNcI6k&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bouleversé, Oscar se rend à son dernier rendez-vous&amp;nbsp;: un pavillon de banlieue, où il rejoint sa famille… qui consiste en chimpanzés. Quant à Céline, elle ramène la limousine au dépôt, et repart, affublée d’un masque &amp;nbsp;; lorsque tous les humains sont partis, les véhicules commencent à échanger entre eux, rendus inquiets par la disparition prochaine de leur profession.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img14.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img14_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img16.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img16.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img16_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour ainsi dire, &lt;em&gt;Holy Motors&lt;/em&gt; est un film-somme, riche de citations, liées autant à la filmographie de Carax qu’au cinéma en général. Denis Lavant est un acteur récurrent du réalisateur, qu’on retrouve dans son premier film, &lt;em&gt;Boy Meet Girl&lt;/em&gt;, ainsi que dans le fameux &lt;em&gt;Les Amants du Pont-Neuf&lt;/em&gt;. Le troisième rendez-vous est la suite du segment «&amp;nbsp;Merde&amp;nbsp;» de &lt;em&gt;Tokyo!&lt;/em&gt;, film consistant en trois courts-métrages réalisés par Boo Jong-Ho, Michel Gondry et Leos Carax. Le septième rendez-vous reproduit une scène de &lt;em&gt;The Portrait of a Lady&lt;/em&gt; de Jane Campion (mais il faut le savoir). Quand Céline enfile un masque à la fin, c’est une référence aux &lt;em&gt;Yeux sans visage&lt;/em&gt; (Georges Franju, 1959), l’un des premiers rôles de l’actrice Édith Scob. Les citations sont parfois d’ordre plus général&amp;nbsp;: on passe de la chronophotographie, anticipant le cinéma, à la motion capture&amp;nbsp;; le long-métrage mélange les genres&amp;nbsp;: cinéma social (1er rdv), expérimental et imaginaire (2e rdv), fantastique (3e rdv), drame intimiste franchouillard (4e rdv), film noir (6e rdv), drame (7e rdv), comédie musicale (l’intermède avec Kylie Minogue), satire (le dernier rdv).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-img15.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-img15.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-img15_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La musique possède elle aussi son importance, avec la présence (musicale puis visuelle) de Kylie Minogue&amp;nbsp;: au début du film, Leos Carax invite le spectateur à entrer dans son monde («&amp;nbsp;Come Into My World&amp;nbsp;», dont le clip a été réalisé par Michel Gondry, évoqué un peu plus haut)&amp;nbsp;; le personnage d’Eva Mendes s’appelle Kay M., initiales de la chanteuse&amp;nbsp;; lors du quatrième rendez-vous, on entend «&amp;nbsp;Can’t Get You Out Of My Head&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; le point d’orgue du film est la chanson entonnée par Kylie Minogue lors de sa rencontre surprise avec Oscar. Sans oublier la présence de Bertrand Cantat dans les musiciens de l’entracte, ou Gérard Manset dont la chanson « Revivre&amp;nbsp;» accompagne l’ultime rendez-vous. (Et Leos Carax avait fait appel à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/29/B-comme-Bish-Bosch&quot;&gt; Scott Walker&lt;/a&gt; pour la bande originale de son précédent film, &lt;em&gt;Pola X&lt;/em&gt; (1999) — Walker, un autre type doué pour l’irrégularité et l’étrangeté de sa production.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout n’est pas justifié – mais tout doit-il se justifier&amp;nbsp;? Quoi qu’il en soit, on peut tout à fait imaginer que le postulat de &lt;em&gt;Holy Motors&lt;/em&gt; relève des genres de l’imaginaire&amp;nbsp;: une société employant des gens à interpréter différents rôles au cours d’une journée, dans des buts inconnus. Leos Carax préfère développer l’aspect métaphorique du concept plutôt que de le pousser&amp;nbsp;: on ne saura pas grand-chose de cette étrange économie, si ce n’est que M. Oscar a un patron, des collègues (qu’il croise plus ou moins souvent), et que la mort n’est pas toujours définitive. On peut donc interpréter l'ultime scène comme une métaphore du cinéma lui-même. Quant à l'intriguante profession de M. Oscar, c'est bien — sans surprise — celle d'acteur…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème de &lt;em&gt;Holy Motors&lt;/em&gt;, du moins pour quelqu’un comme votre serviteur biberonné aux films de genre, c’est qu’on s’emmerde. Le film est source à diverses interprétations et donc à discussion, mais sa vision suscite un certain ennui. C’est long, le rythme est lancinant et l’intérêt varie suivant les rendez-vous. Sur le papier, le film promet beaucoup&amp;nbsp;: à la vision, c’est autre chose. Ou l'on accepte de suivre Carax, ou non. Les uns y trouveront leur compte, les autres moins.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-h-hippo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-h-hippo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-h-hippo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Terminons avec un mot sur Sparks. Lors du quatrième rendez-vous, Oscar écoute &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=YQq5_n4L0PM&quot;&gt;«&amp;nbsp;How Are You Getting Home&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, chanson tirée de &lt;em&gt;Indiscreet&lt;/em&gt; (1975), cinquième album du groupe. C’est justement avec Sparks que Leos Carax prépare son prochain film, une comédie musicale intitulée &lt;em&gt;Annette&lt;/em&gt;. Et je dois reconnaître que cela éveille ma curiosité, moins du côté de Carax que de Sparks. Duo composé des frères Ron et Russell Mael, Sparks distille sa pop baroque depuis le début des années 70, avec des tubes inoxydables comme &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=eUJ_ifjKopM&quot;&gt;«&amp;nbsp;This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us &amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=P6I6yr7WDeg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Number One Song In Heaven&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Après un passage à vide dans les années 80 et un début de retour en forme dans les années 90, Sparks est revenu sur le devant de la scène dans les années 2000, avec &lt;em&gt;Lil&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’ Beethoven&lt;/em&gt; (2002). Après une éclipse de près de neuf ans (si l’on exclut une comédie musicale pour la radio suédoise, &lt;em&gt;The Seduction of Ingmar Bergman&lt;/em&gt; (2009) et une collaboration fructueuse avec Franz Ferdinand, &lt;em&gt;FFS&lt;/em&gt; (2015)), Sparks est enfin revenu aux affaires avec le tout récent &lt;em&gt;Hippopotamus&lt;/em&gt;, sorti début septembre&amp;nbsp;: un petit bijou de quinze chansons pop exquises, dont au moins la moitié font figure de classiques instantannés (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=cR_IEjo61Ds&quot;&gt;«&amp;nbsp;Missionary Position&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=v5jtqCo43WM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Edith Piaf (Said It Better Than Me&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=oC0rzv1j8Zc&quot;&gt;«&amp;nbsp;What The Hell Is It This Time&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=OuHGmtdJrDM&quot;&gt;«&amp;nbsp;So Tell Me Mrs. Lincoln Aside From That How Was The Play&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ou la surprenante &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=k9p73NojlRc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Life With The Macbeths&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;). On notera d’ailleurs la présence de Leos Carax en guest-star sur la chanson &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=xbyKtJkpzjA&quot;&gt;«&amp;nbsp;When You’re A French Director&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Tout est lié.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Greg Egan, guide de lecture virtuel</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/23/Greg-Egan-guide-de-lecture-virtuel" rel="alternate" type="text/html" title="Greg Egan, guide de lecture virtuel" />
      <id>urn:md5:c9df7a0ccf45c4dade515a0ef3a5c812</id>
      <published>2017-10-23T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-10-23T11:32:31+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-88&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 88&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; consacré à &lt;strong&gt;Greg Egan&lt;/strong&gt; sort dans une poignée de jours. D'ici là, nous vous proposons, comme à l'accoutumée, ce guide de lecture bis, composé des critiques parues précédemment dans la revue&amp;nbsp;: l'occasion de se rappeler qu'en Bifrosty on apprécie l'auteur d'&lt;strong&gt;Isolation&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-axiomatique1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-axiomatique1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Axiomatique&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Greg Egan (auteur australien découvert dans Interzone à la fin des années quatre-vingt, en France un peu plus tard dans les pages de &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt; et les publications DLM), il y a ceux qui adorent et… les autres. Et moi, très franchement, j'étais il y a encore un jour ou deux très clairement dans la seconde catégorie, celle des autres, ceux qui ont lu, ça et là, une ou deux nouvelles intéressantes et beaucoup de textes abscons. Ainsi, tout était simple, et lorsqu'on me parlait d'Egan, je me disais&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;ah ouais, ce type aux idées souvent renversantes mais à la manière genre hard-science cryptique dont je comprends qu'un mot sur trois&amp;nbsp;». C'est alors qu'arriva &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt;, un petit recueil de quatre nouvelles (premier volet d'un ensemble quadripartite à venir, me semble-t-il), un bouquin qui, affirmons le d'emblée, allait radicalement chambouler mon jugement. Et depuis plus rien n'est simple, évidemment…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après cette petite introduction passablement nombriliste, passons donc aux choses réellement dignes d'intérêt, à savoir «&amp;nbsp;Axiomatique&amp;nbsp;», nouvelle d'ouverture au titre éponyme à celui du recueil. L'histoire est basique&amp;nbsp;: celle d'un homme déchiré (entre son désir de venger sa femme assassinée lors d'un braquage, et sa morale qui lui souffle combien tuer un être humain est un acte ignoble. Pourtant la solution est là, dans ces implants neuraux à même de profondément modifier la personnalité, de changer l'introverti timide en gagnant grande gueule sûr de lui, l'athée en fanatique religieux ou encore le veuf en meurtrier. On avale le texte à toute allure, véritablement saisi par une écriture limpide, extrêmement vivante, une nouvelle ou plane le vaste problème de l'intégrité humaine de notre identité en tant qu'être pensant. Le ton est donné, et de bien belle manière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Charpentée sur la même thématique, celle de l'identité de l'individu, «&amp;nbsp;Le coffre-fort&amp;nbsp;» nous plonge dans les affres d'un personnage voué à une existence pour le moins curieuse, une vie fractionnée, morcelée, celle de toutes les personnes dans la peau desquelles notre héros se réveille, jour après jour. Il ne sait pas quel corps il habite, quelles sont les habitudes de ce type dont il voit le visage dans le miroir, quelle est cette femme, là, dans le lit, et qui visiblement semble avoir des intentions douteuses. Et c'est comme ça tous les jours depuis quarante ans (il y a là un petit côté &lt;em&gt;Code Quantum&lt;/em&gt;, non&amp;nbsp;?). Second texte et second coup de poing, le tout ponctué par une rationalisation finale vertigineuse. Surprenant&amp;nbsp;! Avec «&amp;nbsp;Le Tout-P'tit&amp;nbsp;», Egan aborde les domaines mouvants des manipulations génétiques par le biais, non moins hasardeux, de l'affectif. Un Tout-P'tit, c'est une créature vivante, un véritable bébé en fait, un mioche qu'il vous faudra accoucher (si vous êtes de sexe masculin, pas de problème, la science est capable de tout&amp;nbsp;!), langer, nourrir, bref, élever. Seul hic&amp;nbsp;: il est programmé pour mourir à quatre ans. Et puis vous savez, les gosses, mêmes fabriqués, on s'y attache, alors… Encore un texte riche de réflexions, aussi dérangeant que les deux premiers, et peut-être plus encore, une nouvelle qui vous fera regarder une certaine brebis d'un drôle d'œil, sans parler du tamagotchi de votre petit cousin…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est à «&amp;nbsp;La caresse&amp;nbsp;» qu'incombe la lourde charge de clôturer &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt;. Le texte, comme les trois autres, est écrit à la première personne du singulier. C'est de loin le plus long et, aussi, sans doute, le plus fou. L'intrigue tourne autour d'un tableau, &lt;em&gt;La caresse&lt;/em&gt; de Fernand Khnopff (excellente initiative que celle de l'éditeur d'avoir repris le dit tableau en couverture), une œuvre où l'un des personnages représentés est une créature hybride, tête de femme, corps de panthère. Un sphinx, quoi. Tout commence au moment ou le narrateur, flic bio amélioré, découvre semblable aberration, et bien vivante qui plus est, dans le sous-sol d'une maison ou un meurtre a été commis. Pourquoi avoir créé une telle horreur&amp;nbsp;? L'enquête est ouverte. «&amp;nbsp;La caresse&amp;nbsp;» est une nouvelle superbe et palpitante, porteuse, à l'instar de tous les autres textes d'&lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt; de questions éthiques profondes auxquelles il faudra bien se résoudre à répondre, des réponses qui modifieront irréversiblement notre proche futur…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;Bref et on l'aura compris, ici, rien n'est à jeter (dans la mesure bien sûr où on oublie quelques imperfections de maquette, découpages et césures lourdingues, pages mal cadrées et absence de sommaire). Chacun des quatre textes justifie à lui seul (presque) l'achat du recueil. Alors si vous aimez les projections prospectives, que le génie génétique et les nanotechnologies vous fascinent&amp;nbsp;: c'est sûr, faut pas hésiter, courez, d'autant que d'ici que vous acquériez &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt; ce sera peut-être plus de la Science-Fiction… Après tout, c'est déjà demain, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Olivier Girard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-7&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;7&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-enigme.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-enigme.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;L’Énigme de l’univers&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Sur l'île artificielle d'Anarchia, située en plein Océan pacifique, se déroule un colloque durant lequel doit être présentée la Théorie du Tout, censée décrire et expliquer l'Univers à l'aide d'outils mathématiques. Un journaliste scientifique, envoyé pour couvrir l'événement, va se retrouver mêlé à une intrigue d'une grande complexité, riche en considérations philosophiques et métaphysiques, qui débouche, comme toujours chez Greg Egan, sur une vision mécaniste, une sorte de «&amp;nbsp;behaviorisme quantique&amp;nbsp;» aux implications vertigineuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les quelques lignes qui précèdent le laissent sans doute deviner, il est impossible de résumer un tel livre, où chaque phrase, ou presque, possède une importance. Je ne m'avancerai pas non plus à essayer de donner une idée de la surprenante Théorie du Tout, par crainte d'en trahir le sens. &lt;strong&gt;L'Énigme de l'univers&lt;/strong&gt; atteint par endroits un tel niveau d'abstraction que l'on peut se demander si l'on est encore en présence d'un roman, ou de quelque ovni scientifico-fictionnel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Incontestablement, Greg Egan a su ouvrir une nouvelle voie dans le domaine de la hard science. Comme les écrivains gonzo évoqués dans la rubrique des «&amp;nbsp;Rebonds&amp;nbsp;» de notre dernier numéro, il fait feu de tout bois pour créer une véritable pyrotechnie imaginative, mais sans jamais s'écarter du cadre d'une stricte rationalité&amp;nbsp;; point de transcendance chez cet auteur&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;. J'avoue sans honte qu'une ou deux pages – au moins – du livre me sont largement passées au-dessus de la tête, malgré plusieurs relectures attentives&amp;nbsp;; cela dit, cela ne pose à mon sens aucun problème dans le cadre d'une œuvre de S-F, où l'on est prié de laisser son incrédulité au vestiaire. La hard science est un domaine où le lecteur, faute de posséder les connaissances nécessaires, se retrouve tôt ou tard obligé d'admettre que l'auteur a raison, point à la ligne. Chez Greg Egan, ce phénomène devient paroxystique, ce qui me paraît typique d'une attitude avant-gardiste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À mon sens, toute littérature, tout courant de pensée a besoin d'une avant-garde pour ne point péricliter, et il est naturel que celle-ci ait recours à l'excès pour affirmer sa spécificité. L'exemple des cyberpunks est présent dans toutes les mémoires&amp;nbsp;; nul ne saurait aujourd'hui contester l'apport des neuromantiques à la thématique S-F. Et, bien que Greg Egan constitue à l'évidence une nouvelle tendance à lui tout seul, on peut néanmoins le rattacher au bouillonnement imaginatif agitant depuis quelques années la revue britannique Interzone, et plus généralement la S-F d'outre-Manche – bouillonnement qui n'est pas sans rappeler celui qui s'est emparé durant les années 60 d'un autre magazine insulaire, je veux bien entendu parler du &lt;em&gt;New Worlds&lt;/em&gt; de Michael Moorcock. Au-delà des différences entre les acteurs de ce mouvement – et du fait qu'ils s'inscrivent dans une optique littéraire, alors qu'Egan n'accorde que peu d'importance à la forme –, tous partagent en effet le désir d'expérimenter de nouvelles manières d'aborder la S-F, de faire briller d'autres facettes du genre. Pour ne citer qu'un exemple, on pourrait être tenté d'opposer le matérialisme et le souci de plausibilité de Greg Egan aux envolées psychédéliques de Jeff Noon dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/vurt&quot;&gt;&lt;strong&gt;Vurt&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (chez Flammarion), alors qu'une mise en parallèle des deux démarches révèle une parenté plus proche que l'on pourrait le penser. Chez ces deux auteurs – ainsi que, par exemple, chez Paul J. McAuley, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/eric-brown/&quot;&gt;Eric Brown&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/iain-m-banks/&quot;&gt;Iain M. Banks&lt;/a&gt; –, on trouve avant tout le désir d'aller plus loin, de repousser limites et possibilités du genre. Bien qu'Australien, Egan participe à cette formidable agitation de neurones, et si ses pairs admirent ses excès sans chercher à les imiter, nul doute qu'ils sont en train d'en tirer la leçon, et que l'influence de cet auteur est appelée à grandir au cours des années à venir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Note&amp;nbsp;:&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1. Plutôt que de les paraphraser, je vous renvoie à l'interview de Greg Egan, ainsi qu'à l'article que lui consacre Sylvie Denis dans Galaxies n°6.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/roland-c-wagner/&quot;&gt;Roland C. Wagner&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-7&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;7&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-isolation.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-isolation.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Isolation&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Pour quelle mystérieuse raison l'Humanité a-t-elle été subitement coupée du reste de l'Univers le 15 novembre 2034&amp;nbsp;? La réponse se trouve bien évidemment dans la physique quantique, comme on pourrait s'y attendre chez Greg Egan, qui soulève une fois de plus un problème aux dimensions métaphysiques pour lui donner une solution relevant de la logique matérialiste qui lui est chère – et que l'on a pu voir portée à son paroxysme dans &lt;strong&gt;L'Énigme de l'univers&lt;/strong&gt; (Laffont). Sur une idée de base voisine de celle de «&amp;nbsp;L'Assassin infini&amp;nbsp;» (in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/etoiles-vives-8&quot;&gt;&lt;strong&gt;Étoiles Vives n°8&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), mais aussi de «&amp;nbsp;La Fin du Big Bang&amp;nbsp;» de Claude Ecken (&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/escales-2001&quot;&gt;Escales 2001&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, Fleuve Noir), l'énigmatique fer de lance australien de la SF anglo-saxonne mène peu à peu le lecteur vers un dénouement d'une logique implacable qui n'est pas sans évoquer les doutes et vertiges d'un Philip K. Dick subitement frappé d'athéisme militant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, avant d'y parvenir, Egan passe une bonne partie du roman à noyer le poisson sous une profusions de détails et d'inventions science-fictives dont la modernité ne fait aucun doute et demeure toujours aussi flagrante alors que l'édition originale de ce livre date de 1992. Ainsi, une place considérable est accordée aux mods – des structures implantées à l'aide de nanomachines qui permettent de modifier la personnalité d'un individu, et dont le narrateur, ancien policier, possède toute une panoplie – et à leurs implications psychologiques&amp;nbsp;; dans cet ordre d'idées, la manière dont plusieurs personnages triomphent du mod de fidélité qu'on leur a imposé constitue un véritable tour de force. C'est également sur ce plan que s'exprime le Greg Egan soucieux de considérations morales&amp;nbsp;: un individu à la conscience modifiée artificiellement peut-il raisonnablement estimer être encore lui-même&amp;nbsp;? C'est la question du libre-arbitre qui est ici soulevée, et elle trouvera une réponse étonnante.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/roland-c-wagner/&quot;&gt;Roland C. Wagner&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-20&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;20&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-teranesie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-teranesie.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Téranésie&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Après trois romans et un quinzaine de nouvelles, Greg Egan s'est imposé comme l'auteur le plus important des années 90. Et avec des textes tels que «&amp;nbsp;Cocons&amp;nbsp;» (in &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt; 04), «&amp;nbsp;Océanique&amp;nbsp;» (in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-20&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;20&lt;/a&gt;), «&amp;nbsp;Les Tapis de Wang&amp;nbsp;» (&lt;em&gt;Galaxies &lt;/em&gt;n°6) ou «&amp;nbsp;Vif Argent&amp;nbsp;» (&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-11&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;11&lt;/a&gt;), son talent de nouvelliste n'est plus à prouver. En revanche, les romans sont davantage controversés. Leur sont reprochés froideur, complexité et manque de force narrative, et ce en dépit de spéculations scientifiques et éthiques de très haut vol. Leur public semble devoir rester partagé.&lt;br /&gt;
Avec &lt;strong&gt;Téranésie&lt;/strong&gt;, on revient sur l'idée centrale de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/l-echelle-de-darwin&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Échelle de Darwin&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Greg Bear – paru l'été passé dans la même collection. D'étranges événements génétiques adviennent soudain, sans être ni fortuits ni aléatoires. Où Bear nous propose une modification de l'Homme, Egan met en scène des évolutions spontanées au sein de la faune de certaines îles du Sud.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première moitié du roman n'a que peu à voir avec la S-F. La vie d'un garçon de neuf ans sur une île déserte&amp;nbsp;; la guerre ethnique en Indonésie&amp;nbsp;; la rencontre forcée du jeune garçon en question avec la cousine de sa mère, intellectuelle extrémiste new age et politiquement correcte&amp;nbsp;; quelques années plus tard, son homosexualité&amp;nbsp;; et en toile de fond la présence de sa petite sœur, Madhusree… Rien d'ardu là-dedans, ni de très passionnant. Ça se laisse plutôt bien lire, mais on en vient vite à ronger son frein. Ce n'est pas parce que le lecteur du XXIe siècle ne se satisfait plus de la S-F en fer blanc de grand papa, de ses personnages stéréotypés, qu'il faut se payer du travers inverse. La moitié du roman rien que pour camper le personnage, c'est un peu lourd, surtout qu'avec la réputation de l'auteur, on est en droit d'attendre un minimum de spéculation. On nous l'a promis, mais ça ne vient guère…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Madhusree, devenue étudiante en biologie, à la suite de ses parents, décide de retourner dans l'archipel de son enfance où les plus étranges espèces continuent d'émerger. Prabir, en parfait pot de colle, l'y suit. Ou plutôt retourne en Téranésie affronter les fantômes de son passé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après avoir noté l'importance prise par la biologie dans la S-F contemporaine, où s'inscrit &lt;strong&gt;Téranésie&lt;/strong&gt;, il faudra admettre que ce roman n'a rien de génial. Greg Egan n'a ici ni le souffle d'un véritable romancier, ni la force dont il fait preuve en tant que nouvelliste. Si son écriture froide et distanciée est tout à fait propice à la mise en relief de problématiques socio-affectives engendrées par les progrès de la technologie, elle ne convient guère aux ambitions mainstream qui président à &lt;strong&gt;Téranésie&lt;/strong&gt;. Le roman tourne autour du lien à la sœur, aux parents, à la guerre, à la culpabilité. Mais l'aspect biologique n'y relève que de l'épiphénomène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Finissant en queue de poisson, mais plus accessible et facile à lire que l'on pouvait s'y attendre, on se demande si, finalement, on n'a pas placé la barre de nos attentes trop haut pour que &lt;strong&gt;Téranésie &lt;/strong&gt;ne déçoive pas quelque peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-26&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;26&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-axiomatique2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-axiomatique2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Axiomatique&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Depuis une douzaine d'années, Gre Egan jouit en France d'une excellente réputation, surtout de nouvelliste. Aussi peut-on s'étonner qu'&lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt;, dont la VO date de 1995, n'ait été que partiellement édité à ce jour. Les mystères de l'édition sont insondables, et ce recueil était bien parti pour devenir un livre maudit. Mais enfin le voilà, lui et bientôt deux autres volumes, toujours au Bélial'.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Egan a détrôné William Gibson comme auteur emblématique de l'époque. Sylvie Denis et Francis Valéry d'abord, puis Gérard Klein, Gilles Dumay, Olivier Girard et Quarante-Deux ont entrepris de révéler Egan au public francophone. C'est dans la forme courte que cet Australien donne sa pleine mesure. Ses romans n'ont pas la même force, &lt;strong&gt;Téranésie&lt;/strong&gt; étant même franchement quelconque. Le souffle épique, le sens du romanesque sont des qualités dont Greg Egan n'est que parcimonieusement pourvu&amp;nbsp;; par contre, c'est un authentique visionnaire. Personne mieux que lui ne sait mettre en scène l'impact social et humain des nouvelles technologies, et tout particulièrement des avancées médicales. Il est la vivante illustration de la science-fiction considérée comme une littérature d'idées. Parce que d'idées, il en regorge. Malgré cela, jusqu'à présent, qui voulait lire les nouvelles d'Egan s'engageait dans un véritable parcours du combattant&amp;nbsp;: outre les deux courts recueil parus naguère chez DLM et depuis très épuisés, &lt;strong&gt;Notre-Dame de Tchernobyl&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt; (contenant quatre nouvelles reprises ici – 4, 6, 7 et 13), il lui fallait les chercher ici et là en revue, et dans diverses anthologies. Il aura fallu pas moins de dix ans et de trois tentatives éditoriales pour que ce recueil voie enfin le jour en français dans son intégralité. Tout vient à point à qui sait attendre, mais tout de même…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1 – «&amp;nbsp;L'Assassin infini&amp;nbsp;» nous montre à l'œuvre un tueur omniprésent dans quantité d'univers parallèles et chargé de liquider les incarnations de drogués engendrées par l'usage d'une substance qui leur permet de voyager entre les univers tout en les déstabilisant de plus en plus. Ce texte n'est pas typique de la manière Egan, mais c'est un des récits les plus actifs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;2 – «&amp;nbsp;Lumière des événements&amp;nbsp;». Un astronome a découvert des galaxies à temporalité inversée. C'est-à-dire qu'au lieu que les photons provenant du fond de l'espace frappent le télescope, ils le quittent pour plonger dans le passé et rejoindre l'étoile, à rebours. Grâce à de gigantesques jeux de miroirs spatiaux, on parvient à envoyer ainsi des messages dans le passé et, donc, à connaître l'avenir. La science va-t-elle triompher du libre-arbitre ou pourra-t-on faire mentir les massages venus du futur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;3 – «&amp;nbsp;Eugène&amp;nbsp;». Dans cet avenir où l'on achète quasiment sa progéniture en kit, si l'on a gagné à la loterie, on peut s'offrir l'enfant le plus merveilleux dont on puisse rêver. Ne se pourrait-il pas que la mariée soit trop belle&amp;nbsp;? Que l'enfant ne soit TROP parfait&amp;nbsp;? Que les Pygmalion soient pris à leur propre jeu&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;4 – «&amp;nbsp;La Caresse&amp;nbsp;» évoque les rapports malsains, quasi incestueux, que l'Art et l'Argent entretiennent. Pouvoir de l'Art, pouvoir pour l'Art qui ouvre sur un hédonisme par-delà bien et mal, qui échappe à la morale et, donc, à l'humain. Le créateur, l'artiste en vient à s'investir d'un pouvoir tel qu'il s'apparente au surhomme nietzschéen, s'élève et élève l'Art au-dessus du jugement. Un texte fort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;5 – «&amp;nbsp;Sœurs de sang&amp;nbsp;» est cependant mon préféré et j'aimerais connaître l'avis d'un professionnel de la santé et de la fiction tel que Martin Winckler à son sujet. C'est un récit à la fois dur et touchant. Deux jumelles&amp;nbsp;: l'une meurt en Afrique, l'autre vit en Amérique. Pour tester un médicament, l'industrie pharmaceutique l'administre à l'une, et à l'autre un simple placebo. Ça fait réfléchir et donne froid dans le dos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;6 – «&amp;nbsp;Axiomatique&amp;nbsp;», qui prête son titre au recueil, est l'archétype de la nouvelle eganienne. En plein dans le motif central de l'œuvre de l'Australien. Les états de conscience, les choix moraux ne sont-ils que des axiomes que l'on peut altérer avec des implants cérébraux&amp;nbsp;? Par exemple, pour acquérir le mépris de la vie humaine nécessaire à un homicide quand on n'est pas un tueur né&amp;nbsp;? Mais dès lors que l'humanité ne vaut plus rien, à quoi bon la venger&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;7 – «&amp;nbsp;Le Coffre-fort&amp;nbsp;» reste l'un des points faibles du recueil. Un enfant martyr a acquis l'étrange pouvoir de migrer chaque nuit, durant son sommeil, d'un corps à un autre, sans contrôle. Eviter de trop perturber la vie de son hôte d'un jour et se forger néanmoins une identité n'est pas si facile que ça…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;8 – «&amp;nbsp;Le Point de vue du plafond&amp;nbsp;» est l'un des textes les plus étranges de ce recueil, où le personnage vit une expérience de décorporation. Il se voit du plafond, comme s'il y était, regardant son corps en contrebas, mais reçoit les informations par le truchement de son corps réel. En fin de compte, l'histoire, qui se conclut par l'exploitation médiatique de la situation, nous laisse sur notre faim.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;9 – «&amp;nbsp;L'Enlèvement&amp;nbsp;» est peut-être un peu moins surprenant mais bien mieux réussi. Quand on saura créer de véritables copies conformes d'un être humain, pour l'immortaliser par exemple, ne suffira-t-il pas simplement d'un rapt virtuel&amp;nbsp;? Menacer de faire souffrir une copie dont on se sera emparé aura-t-il la même influence qu'un rapt réel en permettant d'obtenir tout aussi bien une rançon. Egan livre là son récit le plus psychologique mais pas le moins intéressant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;10 – «&amp;nbsp;En apprenant à être moi&amp;nbsp;» nous fait découvrir le dispositif Ndoli. Un cristal de réseaux neuraux imite parfaitement le cerveau. Quand ce dernier vient à se dégrader avec l'âge, le cristal prend le relais pour l'éternité… Egan pose une fois encore sa question favorite, celle qui l'intéresse vraiment et donne une teinte philosophique à son œuvre&amp;nbsp;: Et ça, c'est humain&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;11 – «&amp;nbsp;Les Douves&amp;nbsp;». Très beau texte, simple, parlant et fort, avec la mise en abîme du racisme primaire, avoué et revendiqué, de pauvres qui redoutent la concurrence de plus pauvres et désespérés qu'eux et celui, discret, secret, de la classe dominante, qui s'affranchit de son humanité même pour créer une frontière plus infranchissable qu'aucun mur. Ceux qui réclament un mur et ceux qui édifient un mur génétique pour, de classe, se constituer en espèce, pire, en une forme de vie alternative et dominante. Des douves, jolie métaphore…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;12 – «&amp;nbsp;La Marche&amp;nbsp;». Le moins bon à mon sens. Un tueur conduit sa victime à travers bois et échange avec elle son point de vue. Point de vue que des implants peuvent modifier. Du pur Egan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;13 – «&amp;nbsp;Le P'tit mignon&amp;nbsp;». Parmi les thèmes favoris de Greg Egan, on compte tout ce qui touche de près ou de loin à l'identité sexuelle. Comment la technique va-t-elle fournir au Marché le moyen de répondre – ici à la demande d'un homme d'avoir lui-même un enfant – et avec quel questionnement éthique&amp;nbsp;? Quelles seront les conséquences émotionnelles de faire les choses à moitié&amp;nbsp;? Il y a quelques risques à vouloir un super tamagoshi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;14 – «&amp;nbsp;Vers les ténèbres&amp;nbsp;» est une nouvelle moins spéculative, plus imaginaire… Des trous de vers apparaissent çà et là, arbitrairement, capturent des gens dans un labyrinthe où il est impossible de revenir en arrière, même pour la lumière, et où donc, de fait, on avance dans le noir total. Des «&amp;nbsp;pompiers&amp;nbsp;» y pénètrent pour essayer de sauver ces prisonniers en les menant au centre dans le temps imparti.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;15 – «&amp;nbsp;Un Amour approprié&amp;nbsp;» est la toute première nouvelle d'Egan que nous ayons pu lire en français sous le titre «&amp;nbsp;Baby Brain&amp;nbsp;». La technique et le droit. Encore et déjà. Liée par un contrat d'assurance avec des clauses en petits caractères, une femme doit accepter de porter dans son utérus le cerveau de son mari victime d'un accident, le temps de lui cloner un nouveau corps ou de renoncer à le sauver.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;16 – «&amp;nbsp;La Morale et le virologue&amp;nbsp;». Un biologiste fou de Dieu entend «&amp;nbsp;améliorer&amp;nbsp;» l'œuvre du Tout Puissant, créateur du sida, en produisant une nouvelle souche virale plus performante, religieusement parlant, qui parvienne à tuer tous les impies, homosexuels, partenaires multiples, femmes allaitant… Sinistre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;17 – «&amp;nbsp;Plus près de toi&amp;nbsp;». Grâce au dispositif Ndoli, toutes sortes d'expériences deviennent possibles&amp;nbsp;: échanger corps et sexes, avoir le même sexe que son partenaire et inversement. Devenir l'autre. Absolument identique. Tout connaître de lui, d'elle, à la perfection. Mais attention, une fois qu'il n'y a plus de mystère, quel échange reste encore possible&amp;nbsp;? Egan aime présenter les revers de médaille. Dans tout marché, il y a ce que l'on reçoit mais aussi ce que l'on donne. La technique le permet, mais qu'y gagne-t-on au final&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;18 – «&amp;nbsp;Orbite instable dans la sphère des illusions&amp;nbsp;» rappelle davantage la S-F des années 70 et aussi l'univers de Roland C. Wagner et sa fameuse Psychosphère. Un beau jour, les croyances ont créé des attracteurs, géographiquement parlant, qui, dès que l'on s'en approche, vous convertissent à la croyance génératrice dudit attracteur. Une minorité continue d'évoluer librement aux marges des zones attractrices, à moins que ces marges ne soient en fait, elles aussi, qu'un attracteur quelque peu différent&amp;nbsp;? Une idée marginale chez Greg Egan pour conclure comme on avait commencé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Véritable monument de la S-F des années 90, &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt; est le recueil à ne manquer sous aucun prétexte, à découvrir absolument. Greg Egan propose une science-fiction crédible et éprise de questionnements éthiques. Il ne cesse d'interroger le progrès technique et surtout médical. Ni technophobe ni technophile, il envisage le pour et le contre des demandes que notre époque adresse au proche futur. La question de l'immortalité et, sans aller si loin, de la prolongation de la vie. La science et la technique avancent, mais la loi, dans son esprit comme dans sa lettre, reste ce que nous connaissons. C'est à cette aune-là qu'il faut peser les réponses qu'il propose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chez Egan, l'action est bien souvent réduite à la portion congrue. Sa prose est froide, et si son faisceau thématique est plus étroit que celui de Ted Chiang, ces deux auteurs sont bel et bien comparables. Si &lt;strong&gt;La Tour de Babylone&lt;/strong&gt;, le recueil de Chiang (Denoël «&amp;nbsp;Lunes d'Encre&amp;nbsp;» – cf. critique et interview de l'auteur dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-42&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°42&lt;/a&gt;), vous a laissé de marbre, gageons qu'&lt;strong&gt;Axiomatique &lt;/strong&gt;aura le même effet. En revanche, si le recueil de l'Américain vous a enthousiasmé, il y a toutes les chances pour celui de l'Australien fasse de même. On a ici droit à une science-fiction très intériorisée, où l'essentiel est dans les interrogations de personnages qui n'ont rien d'extraordinaires. Ce pourrait être moi ou vous, et c'est bien sûr ce qui fait tout l'intérêt de la chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je donne certains textes pour meilleurs, d'autres pour moins bons. Il faut comprendre que c'est relativement les uns aux autres. L'ensemble est de très haute tenue, même si les meilleurs textes d'Egan qu'il m'ait été donné de lire ne sont pas au sommaire de ce recueil. «&amp;nbsp;Mortelles ritournelles&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Fidélité&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Vif Argent&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Cocon&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Les Tapis de Wang&amp;nbsp;» devraient figurer dans les deux autres recueils prévus au Belial'. Malgré cela, &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt; est le seul recueil à pouvoir rivaliser avec &lt;strong&gt;La Tour de Babylone&lt;/strong&gt;. Deux comme ça suffisent amplement à faire de 2006 un excellent millésime. Maintenant, si vous préférez la hache et le blaster…&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-45&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;45&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-radieux.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-radieux.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Radieux&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Voici donc, un an après &lt;strong&gt;Axiomatique&lt;/strong&gt;, le second volume de l'intégrale raisonnée des nouvelles de Greg Egan. Passons d'emblée sur une illustration de couverture dont on ne doute pas qu'elle fera débat, même si elle s'inscrit bien dans le ton du recueil, pour nous attaquer au fond, à savoir, les textes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Paille au vent&amp;nbsp;» nous entraîne à la suite du «&amp;nbsp;personnage narrateur standard&amp;nbsp;» dans une Amazonie où el Nido, fief des cocaleros reconvertis dans les biotechnologies, s'apparente au château de la Belle au Bois Dormant et à sa forêt d'épines. Y pénétrer est une chose, en ressortir, une autre. Parce que lorsque la drogue cesse d'être un vulgaire psychotrope pour devenir le moyen de recâbler son cerveau de manière à devenir juste et très exactement ce que l'on veut en faisant abstraction de tout contexte, tout a changé. Ce thème va revenir au fil du recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec «&amp;nbsp;L'Éve mitochondriale&amp;nbsp;», le «&amp;nbsp;narrateur standard&amp;nbsp;» est confronté à un autre centre d'intérêt majeur de Greg Egan&amp;nbsp;: l'évolution des rapports sociaux en fonction de l'impact de la technique sur le sexe ou le genre. La question ici posée étant de savoir si tous les hommes (et femmes) sont frères ou à tout le moins cousins en partageant une unique ancêtre commune à toute l'humanité. Cela débouche sur une sorte de religion unificatrice et matérialiste mais, si en fin de compte tout ceci n'était que du flan&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Radieux&amp;nbsp;», à l'instar des «&amp;nbsp;Tapis de Wang&amp;nbsp;» (in revue &lt;em&gt;Galaxies &lt;/em&gt;n°6), appartient à une veine plus cosmique et plus rare de l'œuvre de Greg Egan bien qu'il la traite ici selon son habitude tout en se rapprochant à la fois de Ted Chiang et de Stephen Baxter. Des mathématiciens découvrent qu'une zone lointaine des très très grands nombres ne répondraient plus aux règles de l'arithmétique, lesquelles ne seraient donc plus absolues, mais relatives aux nombres auxquels on voudraient les appliquer. Qui plus est, cette frontière serait mouvante et fractale. La société Industrial Algébra envisage d'exploiter cette discontinuité à des fins pragmatiques pour le moins triviales. Aussi, les chercheurs à l'origine de la découverte envisagent-ils de détruire leurs travaux en espérant que leur commanditaire s'avérera incapable de marcher sur les traces de leur œuvre brisée ou, de manière plus radicale, d'éradiquer la discontinuité au moyen de l'ordinateur photonique «&amp;nbsp;Radieux&amp;nbsp;». Cependant, des intelligences autres la défendent en modifiant l'espace mathématique avec une subtilité telle qu'ils agissent directement sur l'état mental des protagonistes. On reste pantois devant ce texte génial qui commence comme du cyberpunk bien noir et cloue le bec de quiconque penserait la S-F désormais incapable de se renouveler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec «&amp;nbsp;Monsieur Volition&amp;nbsp;», on redescend de quelques étages pour en revenir au thème de «&amp;nbsp;Paille au vent&amp;nbsp;» mais en ayant cette fois recours à un implant. C'est à nouveau la quête d'un moi absolu, d'une essence intrinsèque de l'être. Bien qu'intéressant, ce texte constitue le point (relativement) faible du recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et avec «&amp;nbsp;Cocon&amp;nbsp;», ça repart de plus belle. Derrière un récit d'enquête sur un attentat plutôt mieux fichue qu'à l'ordinaire – mais c'est la cerise sur le gâteau – c'est de nouveau une problématique d'ordre sexuel qu'Egan aborde ici. Une firme met au point un filtre capable de protéger le fœtus des influences néfastes de la mère, qu'elle soit alcoolique ou infectée par le VIH, etc. Mais aussi de l'influence du stress qui serait responsable de l'orientation sexuelle future. La question étant, pour la communauté homo qui a enfin gagné le droit d'être et à laquelle appartient cette fois le «&amp;nbsp;narrateur standard&amp;nbsp;», de savoir si sa disparition est acceptable ou criminelle et de choisir entre une fatalité induite par les contingences de la vie et un choix fait par autrui. Cette disparition programmée de la «&amp;nbsp;culture gay&amp;nbsp;» est-elle ou non comparable à une sorte de génocide&amp;nbsp;? Encore un texte très fort qui pose des questions fondamentales sur la fantasmatique technicienne. Voilà qui donne à réfléchir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans «&amp;nbsp;Rêves de transition&amp;nbsp;» revient le thème de la transcendance qui avait déjà été visité dans le précédent recueil. Quand la technique permet de numériser intégralement la mémoire et de l'implanter dans un robot, a-t-on enfin gagné l'immortalité ou, au contraire, est-on tout simplement mort en laissant une sorte de portrait animé derrière soi&amp;nbsp;? Une nouvelle en léger retrait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le «&amp;nbsp;Vif Argent&amp;nbsp;» est une sorte de fièvre hémorragique cruelle qui ressemble plus ou moins à l'ébola mais se transmet par simple contact épidermique et non par contact avec le sang. La virulence du vif argent est telle que les porteurs meurent trop vite pour que s'instaure une véritable pandémie mais voilà que soudain, ça change. Une sorte de culte écolo&lt;em&gt;-new age&lt;/em&gt; extrémiste, délirant, masochiste, technophobe et fondamentalement anti-humaniste se répand dans le dessein de «&amp;nbsp;défaire&amp;nbsp;» la culture technicienne occidentale. Une perspective qui fait frémir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le «&amp;nbsp;narrateur standard&amp;nbsp;» de «&amp;nbsp;Des raisons d'être heureux&amp;nbsp;» est atteint d'une tumeur cérébrale dont un effet secondaire lui booste un moral d'acier. Un traitement viral lui sauve la vie mais le plonge dans une terrible et incurable dépression car ce sont les réseaux neuraux liés au plaisir qui on été détruit en même temps que les cellules cancéreuses. Des lustres plus tard, un nouveau traitement le tire de sa dépression mais il apprécie désormais indifféremment tout ce qu'appréciaient individuellement chacun des 4000 hommes morts qui ont servi de modèles pour les réseaux neuraux synthétiques dont on vient de le pourvoir pour restaurer son cerveau. Il apprendra à calibrer ses sensations mais resteront les aléas de la vie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Notre-Dame de Tchernobyl&amp;nbsp;» ramène Egan vers une thématique qui lui tient à cœur&amp;nbsp;: la place de l'art dans l'avenir technologique et, à travers lui, la place de la spiritualité. Il est à cet égard intéressant de croiser «&amp;nbsp;Notre-Dame&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Vif Argent&amp;nbsp;». À défaut d'une spiritualité authentique, on risque de se retrouver avec des superstitions aussi abracadabrantes que dangereuses. Nouvelle enquête et quête d'une icône néo-orthodoxe, symbole d'une religion où Dieu n'est pas chair mais information. Si cette nouvelle n'est pas la plus éblouissante du recueil, elle est certainement la plus touchante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, avec «&amp;nbsp;La Plongée de Planck&amp;nbsp;», Greg Egan nous entraîne dans l'exploration d'un trou noir au travers d'une science-fiction eschatologique, proche du Stephen Baxter de Temps, aux frontières de l'astrophysique et de la physique quantique. Quand la &lt;em&gt;hard science fiction&lt;/em&gt; atteint ce niveau-là, ne peut-on y voir l'émergence d'une nouvelle forme poétique&amp;nbsp;? Après tout, des nombres quantiques ne se sont-ils pas vu attribuer les noms d' «&amp;nbsp;Étrangeté&amp;nbsp;» et de «&amp;nbsp;charme&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Si le gros de l'œuvre de Greg Egan peut contribuer, sinon à l'édification des masses, du moins à aider tout un chacun à s'interroger sur notre avenir technologique, on peut se demander pour qui est cette pyrotechnie finale…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La science-fiction offre cette particularité qu'il n'est nul besoin d'être un grand styliste pour être un écrivain majeur et absolument passionnant. Greg Egan s'inscrit ainsi dans la continuité d'auteurs tels que Arthur C. Clarke ou Philip K. Dick dont les propos se suffisent amplement à eux-mêmes. Des fioritures stylistiques pourraient même grever la force des textes. Les nouvelles d'Egan sont construites autour d'un «&amp;nbsp;narrateur standard&amp;nbsp;», qui s'incarne à la première personne, un «&amp;nbsp;Je&amp;nbsp;» mimétique. Une sorte de Monsieur-tout-le-monde qui est en situation de se poser les questions que se pose Greg Egan et qu'il nous invite à partager. Comme chez Dick, ses personnages ne sont jamais des héros mais servent simplement de révélateurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, la plupart des nouvelles d'Egan contiennent un ou plusieurs paragraphes d'exposition de la technique qui va soulever le problème. Egan ne sacrifie guère au principe du «&amp;nbsp;montrer, ne pas dire&amp;nbsp;». Il dit. Assez longuement et non sans lourdeur mais c'est indispensable. S'il le fait beaucoup, c'est néanmoins a minima&amp;nbsp;; jamais trop. Ces défauts sont ceux de ses qualités et passent sans difficultés aucune dans ses nouvelles tandis qu'ils se font sentir sur la distance du roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Greg Egan nous interpelle avec une pertinence unique à ce jour sur nos divers fantasmes technologiques. Il a cette capacité à formuler les interrogations éthiques sur la société et la civilisation en devenir. C'est la raison d'être d'un écrivain à défaut de quoi il ne se démarque en rien d'un bateleur de foire. Et c'est ce qui légitime la littérature. À lire l'ensemble, Egan fait apparaître que la spiritualité non seulement peut, mais doit et peut-être même va, faire bon ménage avec la technique, sans quoi il faut s'attendre à de méchants retour de bâton. Si l'on sait que «&amp;nbsp;science sans conscience n'est que ruine de l'âme&amp;nbsp;», conscience sans science ne saurait être que con(nerie). Non seulement Egan est passionnant mais il est surtout nécessaire et peut-être devrait-on commencer à lire «&amp;nbsp;Cocon&amp;nbsp;» dans les écoles. Incontournable.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-49&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;49&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-incandescence.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-incandescence.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Incandescence&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Pour beaucoup d’auteurs de science-fiction, le lointain futur est un endroit bien pratique où ils peuvent situer des univers plus proches du beau royaume des désirs du cœur que du triste empire des informations que nous possédons sur le monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après tout, si la S-F es une littérature extrapolative, c’est bien parce que, partant d’un point A, le présent selon l’auteur, on arrive à un point Z, le futur, toujours selon l’auteur, dont les choix ne peuvent que jeter une lumière singulière sur notre époque et sur la nature profonde de l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les événements racontés dans &lt;strong&gt;Incandescence &lt;/strong&gt;se situent donc dans un bon million d’années, dans la ligne de l’univers décrit dans &lt;strong&gt;Diaspora&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;Les Tapis de Wang&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;La Plongée de Planck&amp;nbsp;». En anglais, deux nouvelles, «&amp;nbsp;Riding the Crocodile&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Glory&amp;nbsp;», situées dans l’univers de l’Amalgame, sont parues dans un recueil de quatre novellas, &lt;strong&gt;Dark Integers and other stories &lt;/strong&gt;(Subterranean Books). Il vaut mieux selon moi avoir lu la première avant d’entamer le roman. D’abord parce que le couple héros de cette novella et leur découverte font référence 300 000 ans après pour les personnages d’Incandescence, et surtout parce qu’elle pose l’univers de manière beaucoup plus vivante que le début un peu pataud du roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le lointain futur, la civilisation de l’Amalgame occupe le disque de la galaxie. Les problèmes qui assaillent l’humanité ont été résolus depuis si longtemps qu’on en parle même plus&amp;nbsp;: les citoyens de l’Amalgame, qu’ils soient nés des processus naturels de l’évolution ou qu’ils aient été créés artificiellement, ont accès à tout, peuvent tout et possèdent tout, y compris changer d’enveloppe corporelle, modifier leur personnalité et leur esprit, posséder des copies de secours d’eux-mêmes, vivre ou non dans des réalités virtuelles, et ainsi de suite. Il va sans dire qu’ils sont pratiquement immortels. Cela s’accompagne pourtant de problèmes existentiels, surtout au sein d’une civilisation qui a catalogué et décrit jusqu’à la moindre molécule de l’univers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Leila et Jasim, les deux héros de «&amp;nbsp;Riding the Crocodile&amp;nbsp;», ont vécu ensemble pendant 10 309 ans, ils ont fait tout ce qu’il est possible de faire dans leur civilisation, il ne leur reste plus qu’à partir en beauté, d’une mort qui soit un couronnement significatif de leur vie et qui se caractérise par une découverte. Il existe en effet un mystère dont l’Amalgame n’est jamais venu à bout. Le centre de la galaxie est occupé par une civilisation dénommée «&amp;nbsp;the Aloof&amp;nbsp;», les Lointains, et pour cause&amp;nbsp;: en un million d’années, ils n’ont jamais daigné communiquer et ont systématiquement repoussé toute tentative de s’introduire dans leur domaine. Leila et Jasim choisissent donc d’observer le centre de la Galaxie et finissent, après quelques milliers d’années de travail, et tout en redéfinissant leur relation, par pouvoir s’enregistrer et s’envoyer dans le réseau de communication de ces énigmatiques voisins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour Rakesh, 300 00 ans après, Leila et Jasim sont des références. Le malheureux traîne son ennui dans un «&amp;nbsp;scape&amp;nbsp;» à l’intérieur d’un node, «&amp;nbsp;quelques mètres cubes de processeurs dérivant dans l’espace interstellaire…», lorsqu’il rencontre Lahl, à qui les Aloof ont permis d’examiner un météore contenant de mystérieuses traces d’ADN. Ayant trouvé ce qu’il cherchait pour que sa vie prenne enfin un sens, Rakesh décide de suivre la piste indiquée. Ce qui signifie ni plus ni moins quitter tout ce qu’il a connu jusqu’alors – dans l’univers de l’Amalgame, on ne voyage pas plus vite que la lu-mière&amp;nbsp;: visiter les autres mondes signifie donc voyager dans le futur sans espoir de retour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cependant, à l’intérieur d’un petit monde de roche transparente baignant dans un flux nommé l’«&amp;nbsp;Incandescence&amp;nbsp;», Roi, une citoyenne presque ordinaire, est recrutée par Zak. Zak est un solitaire qui tente de découvrir pourquoi et comment on change de poids quand on voyage d’un bout à l’autre de leur monde. Il éveille la curiosité de Roi et la détourne de son équipe d’agriculteurs. Le roman est donc bâti, de manière fort classique, sur deux lignes narratives&amp;nbsp;: d’un côté Rakesh et Parantham tentent de retrouver le peuple qui a laissé des traces d’ADN qui intriguent les «&amp;nbsp;Aloof&amp;nbsp;», de l’autre Roi et Zak s’efforcent de comprendre la nature de leur monde et de ses lois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le plus étonnant est qu’au début, on est plus intéressé par Roi que par Rakesh&amp;nbsp;: d’une part parce que les premiers chapitres ne sont pas d’une lecture aussi agréable que «&amp;nbsp;Riding the Crocodile&amp;nbsp;», qui décrit la civilisation de l’Amalgame de manière bien plus vivante et détaillée, d’autre part parce que Roi est une héroïne selon le cœur d’un amateur de S-F&amp;nbsp;: une créature un peu en marge de sa société, dans un environnement délicieusement exotique lancée dans une quête pour la compréhension et la connaissance. Bizarrement, et alors que je ne suis pas très sûre d’avoir tout compris des expériences de Zak, c’est parce que j’avais envie de savoir ce qu’il allait arriver à Roi que j’ai persisté dans la lecture d’un début de roman somme toute laborieux. Peut-être un coup d’œil au &lt;a href=&quot;http://gregegan.customer.netspace.net.au/&quot;&gt;site de l’auteur&lt;/a&gt;&amp;nbsp;aidera-t-il les lecteurs plus à l’aise que moi en physique ou en mathématiques (ce n’est pas difficile&amp;nbsp;!) à comprendre ces chapitres. L’article intitulé &lt;a href=&quot;http://whatever.scalzi.com/2008/07/22/the-big-idea-greg-egan/&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Big Idea&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, paru en juillet sur le blog de John Scalzi a le mérite d’éclaircir parfaitement les choses&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Incandescence &lt;/strong&gt;est né de l’idée selon laquelle la théorie de la relativité générale, qui de manière générale est considérée comme l’un des sommets de la réussite intellectuelle de l’humanité, aurait pu être découverte par une civilisation préindustrielle ne possédant ni machines à vapeur, ni lumières électrique, ni postes de radio, et absolument aucune tradition astronomique.&amp;nbsp;» Les chapitres pas vraiment digestes du début montrent donc nos héros en train de réinventer Newton et Einstein avec des cailloux et des bouts de ficelles. Personnellement, l’idée m’amuse beaucoup même si je suis incapable de suivre le détail des expériences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais passé ce début, et une fois dans le livre, on a, comme Rackesh, envie de savoir qui étaient les ancêtres de Roi et comment leur petit astéroïde s’est retrouvé en orbite autour d’un trou noir. Les choses se corsent de manière délicieuse lorsque Roi et Zak comprennent que le sort de leur peuple dépend de leurs recherches. Voir des créatures à six pattes tenter d’empêcher leur monde de disparaître tout en réinventant les lois de la physique est un plaisir dont on ne saurait se passer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car si les héros des deux intrigues ne se rencontrent pas à la manière que l’on attendrait, ils ont des points communs évidents. Pour des gens comme Rakesh, la connaissance et la découverte de la nouveauté sont tout ce qu’il reste à des êtres qui ont résolu l’ensemble des problèmes de la survie immédiate. Pour Roi, Zak et leurs équipiers, la survie tout court dépend de leurs recherches, et la curiosité intellectuelle de Roi, qui l’encombrait avant sa rencontre avec Zak, s’avère vitale. Je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que dans un cas comme dans l’autre, on assiste, ni vu ni connu, à la disparition du politique au sens large&amp;nbsp;: dans la civilisation de l’Amalgame, l’abondance des biens et des connaissances permet à tout individu de vivre la vie qu’il désire en toute liberté sans avoir à participer aux intrigues et aux querelles de palais qui remplissent des dizaines de romans. Pour les créatures du Splinter, c’est la biologie qui détermine les structures de base de la société et qui dirige ses mœurs&amp;nbsp;: les intrigues de palais n’y ont probablement jamais existé, et l’action collective est rapide, y compris lorsqu’un changement radical s’avère nécessaire. Comme souvent chez Greg Egan, le lecteur est libre d’en tirer les conclusions qu’il désire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ledit lecteur peut passer outre un début de roman plutôt maladroit et peu digeste en sachant qu’en fin de compte, il pourra vivre une aventure de l’esprit autour du thème de la connaissance et une aventure spatiale mouvementée autour d’un trou noir – par ces temps de disette science-fictive, c’est un plaisir qu’on ne saurait bouder.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sylvie-denis/&quot;&gt;Sylvie Denis&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-52&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;52&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-oceanique.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-oceanique.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Océanique&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Les mathématiques et la littérature ont toujours fait bon ménage, comme l'avait déjà démontré en son temps Alexandre Dumas avec &lt;strong&gt;Les Trois mousquetaires&lt;/strong&gt;, qui étaient quatre. Ce troisième recueil de l'intégrale raisonnée des nouvelles de Greg Egan, précédemment annoncé comme le dernier, sera finalement suivi d'un autre, incluant ses plus récents écrits, du fait de l'insertion ici de textes qui ne figurent pas dans son équivalent en langue anglaise. À défaut d'être normal, c'est au moins logique dans la mesure où les nouvelles retenues découlent parfois l'une de l'autre ou ont des thématiques parentes qu'on retrouve, déclinées sur des modes apportant des éclairages différents. «&amp;nbsp;Les Entiers sombres&amp;nbsp;» fait même directement suite à «&amp;nbsp;Radieux&amp;nbsp;», dans le précédent volume.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première thématique récurrente tourne autour des désirs transhumains déjà à l'œuvre dans une grande partie de l'œuvre&amp;nbsp;: les désirs de perfection et d'immortalité permettent à nouveau de vertigineuses interrogations philosophiques et métaphysique, que Sylvie Denis avait déjà mis en lumière dans son excellent article sur «&amp;nbsp;Greg Egan, un moraliste à l'heure du choix&amp;nbsp;». Ainsi, dans «&amp;nbsp;Fidélité&amp;nbsp;», un couple désire figer leurs neurones pour toujours éprouver ce bonheur d'être ensemble. Mais le simple fait d'envisager cette intervention n'est-elle pas un début de flétrissure de leur amour&amp;nbsp;? Et d'ailleurs, à quel moment précis convient-il de verrouiller leur esprit&amp;nbsp;: après l'amour ou dans le désir né de l'attente, dans le plaisir d'activités menées en commun ou la joie de retrouvailles&amp;nbsp;? De même, «&amp;nbsp;LAMA&amp;nbsp;», langage immersif d'analyse et de manipulation d'affect, utile aux réalités virtuelles, doit-il être implanté aux enfants, si malléables&amp;nbsp;? Il condense et traduit parfaitement les expériences humaines, jusqu'à générer une force suggestive qu'on dit meurtrière. Mais l'apprentissage de n'importe quel langage est un formatage et lavage de cerveau. L'enquête et la réflexion sur le langage, les expériences réelles et virtuelles, est proprement fascinante. D'autres innovations technologiques à des fins commerciales se révèlent néfastes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mortelles Ritournelles&amp;nbsp;» présente les mélodies assurées de s'incruster dans l'esprit des gens pour y délivrer leur message publicitaire, au risque de rendre fou&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Yeyuka&amp;nbsp;» met en scène un médecin humanitaire à la santé protégée par le dernier cri technologique, dont ne disposent pas les cancéreux qu'il soigne en Ouganda&amp;nbsp;: autour du pillage de savoir parmi les populations pauvres, de l'absence de recherche des maladies peu rentables, de l'absence d'imagination des bénévoles à trouver des solutions, cette intrigue, si elle manque de force, reste une dénonciation des comportements occidentaux face aux plus démunis qui pousse à réfléchir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de la question de la maladie se profile celle liée à l'immortalité. Dans «&amp;nbsp;Le Réserviste&amp;nbsp;», elle se base sur les greffes d'organes de clones cultivés à cet effet, au cortex atrophié, des êtres moins évolués qu'un mammifère afin de ne pas contrevenir aux lois éthiques&amp;nbsp;; ce sujet classique est doublé avec celui de la transplantation du cerveau et des difficultés d'appropriation d'un corps qui n'a jamais bougé, regardé, parlé. «&amp;nbsp;Poussière&amp;nbsp;» constitue l'étape suivante&amp;nbsp;: avec la numérisation de l'individu, le récit pose la question de la numérisation du monde, du rapport au temps dans un espace virtuel qui ne présente plus de continuité (la conscience se «&amp;nbsp;réveille&amp;nbsp;» à chaque allumage) et donc de la causalité. Cette nouvelle, qui a inspiré le roman &lt;strong&gt;La Cité des Permutants&lt;/strong&gt;, pointe des interrogations qu'on retrouve dans «&amp;nbsp;Gardes-frontières&amp;nbsp;», qui ouvre le recueil sur une stupéfiante partie de football quantique dans un autre univers numérique où violence et mort sont bannies. «&amp;nbsp;La mort n'a jamais donné un sens à la vie&amp;nbsp;: ça a toujours été l'inverse&amp;nbsp;», y lit-on.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c'est peut-être pour cette raison que la recherche de la vie, voire la création de vie nouvelle, occupe une part non négligeable dans ces récits&amp;nbsp;: les immortels, robots ou copies numériques des humains restés sur Terre, voyagent dans l'espace à la recherche d'une vie extraterrestre, qu'ils découvrent dans «&amp;nbsp;Les Tapis de Wang&amp;nbsp;». Dans «&amp;nbsp;Océanique&amp;nbsp;», il est question de la création d'un nouvel écosystème, une écopoïèse, par les humains exilés sur un nouveau monde, et d'ailleurs sensiblement modifiés. Autre création dans «&amp;nbsp;Singleton&amp;nbsp;», un ordinateur quantique s'incarne dans une enveloppe physique. S'agit-il d'une vraie personne&amp;nbsp;? Les questions existentielles se compliquent par le fait que le couple de chercheurs comble avec l'iada un désir d'enfant inassouvi. Cette nouvelle découle de «&amp;nbsp;Oracle&amp;nbsp;», où la question d'enfants issus d'Intelligence Artificielle est évoquée. Mais les deux nouvelles reposent surtout sur les univers multiples que les mathématiques permettent d'envisager, qui débouchent sur des vies cachées dans des univers parallèles&amp;nbsp;: ici, une visiteuse d'un futur parallèle vient sauver la mise au protagoniste&amp;nbsp;; dans «&amp;nbsp;Le Continent perdu&amp;nbsp;», un jeune homme originaire du Khurossan, équivalant à notre Afghanistan, est projeté dans un monde où des militaires qui fleurent bon les USA le traitent, comme d'autres, avec une cruelle indifférence. Les entités de l'univers parallèle évoqué dans «&amp;nbsp;Les Entiers sombres&amp;nbsp;» restent, elles, invisibles, ce qui ne les empêche pas, en se livrant à la démonstration de lois mathématiques, de mener une guerre dans notre univers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car c'est bien de mathématiques qu'il est tout le temps question à travers l'ensemble du recueil&amp;nbsp;: la numérisation, le calcul, autorisent ces dérives transhumaines, on pourrait dire ces transhumances vers une décorporation totale. La plupart des personnages sont des matheux. Mais le fondement même des mathématiques comme description et interprétation du réel est interrogé à maintes reprises dans une perspective métaphysique&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il n'existe pas de processus physique qui ne fasse pas d'arithmétique sous une forme ou une autre&amp;nbsp;», est-il dit dans «&amp;nbsp;Les Tapis de Wang&amp;nbsp;». Et si elles cessaient d'être exactes à un certain niveau, que leur précision devenait floue comme le sont la matière et l'énergie dans la théorie des quanta, quel univers en résulterait-il&amp;nbsp;? C'est l'idée fascinante déjà développée dans «&amp;nbsp;Radieux&amp;nbsp;» que reprend Greg Egan dans «&amp;nbsp;Les Entiers sombres&amp;nbsp;» autour d'une guerre à laquelle se livrent les entités d'un univers miroir à coups de démonstrations mathématiques modifiant le curseur des lois physiques à leur avantage. Les effets de la discontinuité sont aussi évoqués dans «&amp;nbsp;Poussière&amp;nbsp;» où le vieux principe de causalité s'efface au profit des motifs permettant une meilleure appréhension du réel. Le mathématicien devient un démiurge faustien aux yeux du philosophe croyant, ce qui débouche, dans «&amp;nbsp;Oracle&amp;nbsp;», à une superbe dispute métaphysique autour du théorème d'incomplétude de Gödel. La question de la foi avait déjà été abordée au détour de maints récits&amp;nbsp;: elle est au centre d' «&amp;nbsp;Océanique&amp;nbsp;», où celle en Béatrice qu'adorent les Océaniens suscite chez le narrateur un doute croissant, celle-ci pouvant également être expliquée chimiquement. Des mathématiques différentes sont ici aussi évoquées, qui engendreraient des mondes différents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dédoublements, miroirs, récursivités, discontinuités, les interrogations de Greg Egan à partir des mathématiques débouchent sur des intrigues d'autant plus passionnantes que les interprétations du réel sont toujours examinées à l'aune de l'humain, quand bien même celui-ci ne serait plus que pur esprit ou évoluant dans un décor numérique. Egan développe des intrigues s'adressant à l'intellect et qui culminent à des hauteurs métaphysiques proprement fascinantes, comme le laisse entendre la magnifique couverture de Nicolas Fructus. Un seul reproche, mineur&amp;nbsp;: l'ordre des nouvelles aurait dû être revu de façon à ne pas rebuter d'emblée le lecteur peu familier de son œuvre. Suivre l'ordre chronologique de publication en s'aidant de la bibliographie, au moins pour les quatre premiers textes, permettrait de s'embarquer avec plus de sérénité en compagnie de cet auteur décidément magistral.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude-Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-57&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;57&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-zendegi.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-zendegi.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Zendegi&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Le dernier roman traduit de Greg Egan suit la trajectoire de deux personnages&amp;nbsp;: en 2012, Nasim Golestani, Iranienne exilée aux Etats-Unis, travaille sur le PCH, un projet de cartographie des cerveaux, et Martin Seymour, journaliste à Téhéran au moment où un scandale politique entraîne la fin du régime des ayatollahs. La cartographie pourrait permettre de lire les pensées, voire de dupliquer une personnalité&amp;nbsp;: le lecteur qui a &lt;strong&gt;La Cité des permutants&lt;/strong&gt; en tête attend de voir dans quelle direction se développera l’histoire&amp;nbsp;; le petit air de déjà vu est compensé par une étude plus fouillée des difficultés, qui ne sont pas que technologiques ou éthiques mais aussi financières. Greg Egan fournit ici une description assez réaliste et décourageante des arcanes des milieux scientifiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Contre toute attente, le roman s’attache pourtant à la trajectoire de Martin, lequel tombe amoureux de la culture iranienne en même temps que de Mahnoosh, une opposante au régime des mollahs avec qui il refait sa vie et a un enfant, Jareed. La seconde partie, qui occupe les deux tiers du roman et se déroule quinze ans après la révolution, dans un proche futur, donc, s’ouvre sur un drame qui va opérer le lien entre les deux intrigues&amp;nbsp;: Nasim, parente de Mahnoosh, est retournée en Iran après la révolution et développe un système de jeu d’immersion virtuelle, Zendegi, dont le principal avantage est la fluidité et le haut degré de réalisme, jeu dans lequel elle injecte ses travaux sur le PCH en réalisant des personnages virtuels quasi autonomes. Martin sait que son fils sera appelé à vivre avec la famille d’Omar, ami de longue date, mais n’est pas persuadé que ce dernier lui transmettra les valeurs auxquelles il est attaché. D’où le projet fou de l’éduquer jusqu’à sa majorité en se scannant le cerveau pour devenir un partenaire de jeu dans Zendegi. C’est donc une course contre la montre qui commence, encore contrariée par des factions réclamant l’autonomie des logiciels conscients, et des sabotages destinés à ruiner Zendegi dont il faut rapidement trouver les auteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si les vertigineuses interrogations métaphysiques sont bien évoquées, elles sont à peine approfondies, au risque de désarçonner le lecteur. L’auteur privilégie clairement la dimension humaine du récit, réellement poignante. L’impression de dispersion qui résulte d’une intrigue apparaissant tardivement donne à la charpente du roman la colonne vertébrale d’une girafe, avec les apparentes digressions, pourtant nécessaires, de la première partie, étirant le roman jusqu’au démarrage effectif à mi-chemin du livre. En réalité, c’est avec brio que l’auteur déjoue les attentes de son lectorat sans cesser de spéculer sur les mêmes thèmes, à un niveau plus profond, de façon moins spectaculaire sans doute, mais assurément plus subtile. Dès le départ, l’auteur annonce la couleur&amp;nbsp;: exit les facilités de la culture dominante, Martin bazarde ses disques rock, qu’il troque pour des versions numériques nettoyées au résultat, et c’est un indice, finalement décevant, tandis que les classiques intrigues de numérisation de cerveaux sont contrariées par les manques de budget. A la place, il propose une plongée dans la culture de la Perse antique, avec de fascinants jeux de miroirs où réel et virtuel s’interpénètrent (car c’est une adaptation d’un célèbre poème épique de l’an mil, le Shâh Nâmeh, qu’on découvre dans &lt;strong&gt;Zendegi&lt;/strong&gt;), les décors orientaux devenant les fractales exotiques répétant les motifs récurrents du récit, chacun éclairant l’autre de façon fascinante. En mariant davantage spéculations audacieuses et intrigue intimiste, Greg Egan devient accessible à un plus grand nombre de lecteurs, mais sa virtuosité est intacte. Ajoutons que le roman, écrit avant les révolutions arabes, présente un Iran mal connu mais réaliste, l’auteur ayant fait le voyage pour s’imprégner de sa culture.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude-Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-67&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;67&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;egan-gdl-ceres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/egan-gdl-ceres.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Cérès et Vesta&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Cérès et Vesta, les deux plus gros astéroïdes de la Ceinture, entre Mars et Jupiter. Vesta est un gros rocher, Cérès une boule de glace. Chacun est riche de ce dont l’autre manque&amp;nbsp;; chacun doit donc échanger pour pouvoir exister. Différentes géologiquement, les deux entités le sont aussi sur le plan politique. Alors que Cérès abrite une société libérale et tolérante, Vesta, qui l’a aussi longtemps été, a cédé depuis à un populisme revanchard et anti-intellectuel qui martèle comme une évidence l’existence d’une dette fondatrice qu’aurait une partie de la population envers les autres parties. Le trouble agite Vesta, entre tensions «&amp;nbsp;racistes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;terrorisme&amp;nbsp;» à bas bruit, contestation de la discrimination, ou soumission à celle-ci dans l’espoir d’un solde de tout compte. Rien d’étonnant alors si des milliers de réfugiés fuient Vesta pour Cérès, un voyage de plusieurs années, long et dangereux, qui emprunte les mêmes voies de communication que le commerce interastéroïde. Sur Cérès, on accueille bien volontiers ces réfugiés, même si on les connaît peu. Le temps et la bonne volonté permettent de donner nom et visage à ceux qui n’avaient qu’un statut. Mais voilà qu’un jour, Vesta, pour récupérer des ennemis politiques embarqués sur un vaisseau à destination de Cérès, menace de provoquer la mort de tous les réfugiés en transit, bien plus nombreux. Bluff ou pas&amp;nbsp;? Et si c’est vrai, que faire&amp;nbsp;? Comment choisir entre les 4000 et les 800&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ce texte, finaliste aux prix Sturgeon et Hugo 2015, Egan ne peut pas être davantage dans l’actualité. La ressemblance entre la situation décrite au-dessus et celle de notre monde est criante. C’est donc un texte politique que livre Egan, auteur originaire d’un pays qui gère par l’éloignement son problème de réfugiés. Il pourra peut-être ainsi toucher des lecteurs qui ne liraient pas de textes contemporains sur la question et montrer que la SF prend position dans le débat public.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Egan remet aussi au goût du jour un classique de l’éthique&amp;nbsp;: le dilemme du tramway. Il se formule ainsi&amp;nbsp;: si un tramway n’a que deux choix, continuer sur sa voie et écraser dix hommes, ou dévier pour aller sur une autre voie où ne se trouve qu’un seul homme, que doit faire le conducteur&amp;nbsp;? Expérience de pensée qui est motif à discussions sans fin (et qui revient en force avec les choix que devront faire les voitures autonomes), le dilemme a une solution utilitariste simple&amp;nbsp;: mieux vaut tuer un que dix. Il se raffine à l’infini si on suppose des individus de valeurs différentes, la première des questions étant celle de la possibilité d’une évaluation éthique de la valeur individuelle, et met en évidence les apories d’une pensée utilitariste pure. C’est à ce dilemme qu’est confrontée Anna, responsable du port de Cérès, en raison du chantage exercé par les Vestiens. S’y mêle l’incertitude sur la réalité de la menace et les propres sentiments d’Anna à l’endroit des réfugiés vestians. Nul n’aimerait être à sa place&amp;nbsp;; il faudra pourtant décider…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce texte riche est, comme toujours chez le brillant Greg Egan, une vraie nourriture pour l’esprit. On pourra néanmoins regretter que les personnages n’aient pas plus de temps pour prendre chair, en dépit de tentatives méritoires de l’auteur pour aller dans ce sens. Il y manque quelques pages.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/eric-jentile/&quot;&gt;Eric Jentile&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-86&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;86&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>G comme Die Grosse Grenze</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/19/G-comme-Die-Grosse-Grenze" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Die Grosse Grenze" />
      <id>urn:md5:32d633df2768c4dd2cbc71cd0621a1e4</id>
      <published>2017-10-19T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-10-19T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle incursion littéraire en Allemagne de l’Est, avec sa science-fiction si particulière. On s'intéresse cette fois à &lt;strong&gt;Die Grosse Grenze&lt;/strong&gt; (La Grande Frontière), quatrième roman de Günther Krupkat, à qui l'on devait déjà le décevant &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/18/U-comme-Die-Unsichtbaren&quot;&gt;Die Unsichtbaren&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Ici, c'est &lt;strong&gt;L'Étoffe des héros&lt;/strong&gt;… à la mode RDA.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Die Grosse Grenze, Günther Krupkat. Verlag Das Neue Berlin, coll. «&amp;nbsp;Die Gelbe Reihe&amp;nbsp;», 1960. GdF, 330 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La frontière… Le terme a eu une importance notable aux États-Unis, où la frontière désignait cette zone mouvante, au-delà de laquelle se trouvaient les territoires à conquérir – la fameuse Conquête de l’Ouest. En 1893, l’historien américain Frederick Jackson Turner avançait la thèse, selon laquelle cette Conquête de l’Ouest, c’est-à-dire le recul de cette frontière, avait forgé la démocratie étatsunienne. «&amp;nbsp;American democracy was born of no theorist's dream; it was not carried in the Sarah Constant to Virginia, nor in the Mayflower to Plymouth. It came out of the American forest, and it gained new strength each time it touched a new frontier&amp;nbsp;», écrivait Turner dans son essai&lt;strong&gt;The Frontier In American History&lt;/strong&gt; (&lt;a href=&quot;http://xroads.virginia.edu/~hyper/turner/chapter11.html&quot;&gt;hop&lt;/a&gt;). Mais en 1960, il n’y avait guère plus de frontière… à moins de lever les yeux vers le ciel. Et c’est précisément en cette même année 1960 que le président Kennedy déclarait&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Some would say that those struggles are all over, that all the horizons have been explored, that all the battles have been won, that there is no longer an American frontier. But I trust that no one in this assemblage would agree with that sentiment; for the problems are not all solved and the battles are not all won; and we stand today on the edge of a New Frontier – the frontier of the 1960's, the frontier of unknown opportunities and perils, the frontier of unfilled hopes and unfilled threats.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La suite, on la connaît&amp;nbsp;: les premiers pas de l’homme sur la Lune en 1969. Mais c’est justement en 1960 qu’est paru &lt;strong&gt;Die Grosse Grenze&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;La Grande Frontière&amp;nbsp;»), quatrième roman de Günther Krupkat après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/18/U-comme-Die-Unsichtbaren&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, son premier roman, décevant en dépit des thématiques abordées (un premier contact extraterrestre, malheureusement expédié dans les vingt dernières pages du roman). Quatre ans après cet imparfait galop d’essai, Krupkat est revenu à la science-fiction – pardon, au roman d’anticipation – avec son quatrième roman, succédant à une aventure sur le Titanic (&lt;strong&gt;Das Schiff der Verlorenen&lt;/strong&gt;, 1957) et un thriller (&lt;strong&gt;Das Gesicht&lt;/strong&gt;, 1958).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-g-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-g-cover1_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le roman débute du côte de Maystone, petite bourgade tranquille des États-Unis. S’y trouve la base militaire de Cape Canaveral Caroline&amp;nbsp;: voilà justement la soldatesque en émoi, car un objet volant non identifié survole le territoire américain à très haute altitude. Trajectoire rectiligne, vitesse constante&amp;nbsp;: de quoi peut-il s’agir&amp;nbsp;? Nous sommes dans la nuit du 4 au 5 octobre 1957, et Spoutnik accomplit ses premières orbites autour de la Terre. L’Union soviétique vient de prendre une avance considérable sur les USA. Ces derniers sauront-ils relever le gant&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques années plus tard&amp;nbsp;: Carry Bosworth, le fils de l’officier qui dirigeait la base de Maystone, se retrouve à Berlin pour assister à la retransmission vidéo des déambulations de trois sondes soviétiques sur Mars. Quelque temps après, la Russie envoie en orbite basse le premier cosmonaute, Gorovine, depuis leur base d’Utro («&amp;nbsp;le matin&amp;nbsp;» en russe). Dans leur base de Cap Caroline, les USA travaillent d’arrache-pied à la construction de leur fusée&amp;nbsp;: l’&lt;em&gt;Icarus&lt;/em&gt;. En dépit des recommandations de son père, Carry décide de faire partie de l’équipage de trois personnes qui pilotera la fusée – ses coéquipiers s’appellent Roberts et Harriman, peut-être un hommage à Robert A. Heinlein et son personnage de &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Delos_D._Harriman&quot;&gt; Delos D. Harriman&lt;/a&gt;. Hélas, si le décollage se déroule bien, une fois dans l’espace la fusée heurte le satellite de ravitaillement en carburant, et l’&lt;em&gt;Icarus&lt;/em&gt; se retrouve projeté sur une orbite elliptique. Il reste 36 heures pour sauver Roberts, Harriman et Bosworth… du moins, si le père de ce dernier accepte de lever le petit doigt et d’appeler à l’aide les Russes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-g-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-g-cover2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le livre, sans sa jaquette.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, &lt;strong&gt;Die Grosse Grenze&lt;/strong&gt;, c’est &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étoffe des héros&lt;/em&gt; à la mode RDA… Si aucune date n’est donnée, on peut toutefois supposer que le roman se déroule une dizaine, voire une quinzaine d’années après le lancement de Spoutnik – disons dans les années 70. Il s’agit là d’un futur où l’Allemagne semble réunifiée et où une paix inceraine règne entre les deux grands blocs. Bien évidemment, les Russes se montrent ici des plus ouverts et amicaux, tandis que la vieille garde militaire américaine, représentée par le général Bosworth, demeure défiante et rétive à tout appel à l’aide. Le changement viendra de la jeune génération, en la personne de Carry Bosworth, côté US, et de Nina Saltkova, côté URSS. La troisième partie du livre se conclut sur une déclaration d’amitié éternelle entre Bosworth et Saltkova, et le véritable début de l’âge des étoiles, la «&amp;nbsp;grande frontière&amp;nbsp;» étant tombée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La grande frontière en question&amp;nbsp;? Le professeur Maxwell en donne la définition&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Die große Grenze, die uns vom Ziele trennt, ist mit den Möglichkeiten der Technik nicht allein zu überwinden. Sie liegt auch in Menschen selbst, in seiner korperlischen und seelischen Widerstandkraft gegenüber den Einflüssen und Eindrücken, die ihm jenseits des irdischen Bereichts erwarten.&amp;nbsp;» (p. 30)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La grande frontière, qui nous sépare du but, ne sera pas dépassée par les seules possibilités techniques. Elle réside aussi au sein des hommes eux-mêmes, dans leur pouvoir de résistance mental et physique aux influences et aux sentiments qui les attendent de l’autre côté du domaine terrestre.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’un point de vue romanesque, &lt;strong&gt;Die grosse Grenze&lt;/strong&gt; est plus réussi que &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: l’intrigue est bien mieux gérée dans ses trois premières parties (sur quatre), avec des personnages mieux caractérisés. Cela n’en fait pas pour autant un modèle du genre, mais à tout le moins l’auteur a-t-il progressé depuis son premier livre. Mais, comme dans &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt;, le roman s’avère le plus intéressant dans un final baclé. On peut supposer que Krupkat avait comme projet initial d’écrire une aventure sur Mars&amp;nbsp;: une scène au début de la deuxième partie soulève un mystère, à savoir un mur invisible sur Mars&amp;nbsp;; le thème est de nouveau abordé dans la brève quatrième partie, où Gorovine raconte la mort tragique de Carry Bosworth sur la planète rouge. La résolution de l’énigme&amp;nbsp;? Pour plus tard, ou jamais. Peut-être que, poussé par la censure, son éditeur ou lui-même, notre auteur a axé son récit sur des péripéties d’ordre politique (un peu) et techniques (surtout), au détriment de l’aspect &lt;em&gt;pulp&lt;/em&gt; de son roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1960, la planète rouge demeure encore une inconnue – il faut attendre juillet 1965 et le survol par la sonde Mariner 4 pour obtenir les premières images de la surface martienne –, mais si Krupkat n’évite pas l’écueil de présenter un monde strié de canaux, au moins a-t-il le mérite de les attribuer à la seule géologie. Si incohérence il y a, elle se situe du côté de l’anticipation technologique&amp;nbsp;: l’auteur imagine des pays capables d’envoyer des sondes automatiques sur une autre planète mais infichus d’envoyer des humains en orbite terrestre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques autres détails ont de quoi faire hausser les sourcils&amp;nbsp;: une base aérospatiale est installée au pôle Sud, la glace dégagée à coups d’explosions atomiques. Un clin d’œil à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt; Kurd Laßwitz&lt;/a&gt; ? Si on fait décoller les fusées depuis l’équateur, c’est pour une bonne raison. Un détail qui rappelle surtout que l’utopie était de mise à l’époque – un futur radieux où l’improbable devenait réalité. Autre détail &amp;nbsp;: la quatrième partie contient un petit explicatif sur la dilatation temporelle à des vitesses relativistes&amp;nbsp;: alors que l’humanité s’extraie tout juste de son berceau et n’explore pas plus loin que l’orbite de Jupiter, les vaisseaux sont si rapides qu’ils provoquent des distorsions d’un rapport 1:12. Chapeau… Certes, il est facile de se moquer après coup.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme pour &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt;, les illustrations sont signées Hans Räde&amp;nbsp;: une huitaine de dessins au trait, un tantinet brouillon.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-g-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-g-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-g-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-g-img2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-g-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-g-img3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-g-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-g-img4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;strong&gt;Die Grosse Grenze&lt;/strong&gt; est un texte intéressant quoique assez peu satisfaisant d’un point de vue romanesque, qui fait mine d’avoir le souffle de l’aventure tendance &lt;em&gt;pulp&lt;/em&gt;, mais y préfère les atermoiements techniques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: ja, nur verwendete Bücher&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nein&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: nein&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>F comme Fiasco</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/17/F-comme-Fiasco" rel="alternate" type="text/html" title="F comme Fiasco" />
      <id>urn:md5:d8ffa414bcf975fd99548b78f1c6f824</id>
      <published>2017-10-17T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-20T17:59:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ultime roman de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=stanislas+lem&quot;&gt;Stanislas Lem&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt; voit l'auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; revenir aux thématiques du premier contact extraterrestre et de l'impossibilité de la communication. Un roman-somme, passablement pessimiste… malheureusement desservi par une traduction calamiteuse.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Fiasco [Fiasko], roman de Stanislas traduit [massacré] du polonais par Roger Lanquetin. Calmann-Lévy, 1988 [1986], 260 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On approche de la fin de l’exploration de la bibliographie de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=stanislas+lem&quot;&gt;Stanislas Lem&lt;/a&gt; – &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; ne sera pas abordé dans le cadre de ce navrant Abécédaire, votre serviteur n’estimant ne pas avoir grand-chose à dire sur ce roman qui n’ait déjà été dit&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Le Congrès de futurologie&lt;/strong&gt; et les aventures d’Ijon Tichy feront l’objet d’un billet à part&amp;nbsp;; les recueils de contes seront abordés en leur temps, tout comme les romans autobiographiques. Du coup, reformulons&amp;nbsp;: on approche de la fin de l’exploration de la bibliographie &lt;em&gt;romanesque&lt;/em&gt; de Stanislas Lem. Et avec &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;, l’un de ses derniers romans parus, l’écrivain polonais revient à une thématique déjà abordé par le passé (notamment dans&lt;strong&gt; Solaris&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/22/V-comme-La-Voix-du-maitre&quot;&gt;La Voix du maître&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt;L’Invincible&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;)&amp;nbsp;: celle du premier contact.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-f-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-f-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les cinquante premières pages de &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt; emmènent le lecteur sur Titan&amp;nbsp;: les humains ont établi plusieurs bases sur le satellite de Saturne. Le jeune Parvis, tout juste débarqué sur Titan, se voit confié la mission de partir à la recherche d’un de ses collègues ayant disparu, Pirx. Ce dernier est un personnage créé par Stanislas Lem en 1966&amp;nbsp;; ce cadet de l’espace est le héros de dix nouvelles et novellas (parues d’abord en Lituanie en 1966, puis en Pologne en 1968, et en Angleterre au tournant des années 80&amp;nbsp;; l’ensemble — à l'exception de la nouvelle «&amp;nbsp;Vol de Patrouille&amp;nbsp;» in anthologie &lt;strong&gt;Autres mondes, autres mers&lt;/strong&gt; (1970) — demeure inédit en français). Parvis s’embarque donc à bord d’un Diglator, un exosquelette géant – cf. les &lt;em&gt;jaegers&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;Pacific Rim&lt;/em&gt; – et arpente les terres inhospitalières du satellite. S’il retrouve le Diglator de Pirx, il échoue toutefois à retrouver le corps du pilote, et finit lui-même par être victime d’une avalanche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques siècles plus tard, le vaisseau spatial &lt;em&gt;Euridyce&lt;/em&gt;, passant au large de Titan, récupère les corps congelés de toutes ces personnes ayant disparu dans les chaos gelés de Titan. Deux corps sont en suffisamment bon état pour être revivifiés, mais un seul pourra l’être effectivement&amp;nbsp;: s’agit-il de Pirx ou de Parvis&amp;nbsp;? Une fois réveillé, l’intéressé lui-même l’ignorera. Qu’importe&amp;nbsp;: renommé Tempe, l’ancien pilote participe au voyage de l’&lt;em&gt;Euridyce&lt;/em&gt; en direction du trou noir Hadès, dont les propriétés gravitationnelles seront mises à profit pour lancer un vaisseau plus petit, l’&lt;em&gt;Hermès&lt;/em&gt;, pour un voyage de cinq années-lumière en un temps minimal. L’objectif de l’équipage est de foncer en direction de la planète Quinta, dans le système Zêta de la Harpie&amp;nbsp;: des signaux d’origine extraterrestre y ont été détectés – des signaux qui pourraient bien correspondre à des explosions thermonucléaires, et pas question de traîner en chemin, de peur que les émetteurs desdits signaux s’annihilent entretemps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’&lt;em&gt;Hermès&lt;/em&gt; arrive donc en vue de Quinta. Drôle de planète, cernée par un anneau de débris de glace d’origine artificielle, et dont les émissions radio consistent en bruit blanc. Et qui refuse obstinément tout contact. Pourtant, la civilisation habitant Quinta semble intelligente, et avoir atteint un stade technologique lui donnant accès à l’espace. L’équipage de l’&lt;em&gt;Hermès&lt;/em&gt; arrive à la conclusion que les Quintains sont plongés dans un état de guerre froide des plus frigorifiants&amp;nbsp;: aucun des belligérants ne bouge, de peur de donner un avantage à l’autre. Les humains s’impatientent, et, agacés, décident d’employer de grands moyens pour forcer les extraterrestres à communiquer. À savoir, détruire la lune de Quinta (bam). En voilà, une manifestation de force. Mais l’effet obtenu ne s’avère pas celui escompté, les débris du satellite tombant sur la planète suite à un déséquilibre dans l’explosion causé par l’un des camps. Finalement, et avant que l’&lt;em&gt;Hermès&lt;/em&gt; ne se résolve à employer des moyens encore plus puissants, Quinta accepte la demande de contact.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-f-cover-pl.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-f-cover-pl_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cet ouvrage se situe un peu à part dans la bibliographie de Lem&amp;nbsp;: il s’agit ici de son seul (a priori) roman de commande, à destination de son éditeur allemand, alors que Lem était en exil à Berlin-Ouest (il reviendra en Pologne en 1988). Quoi qu’il en soit, l’écrivain ne change pas son fusil d’épaule et &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt; condense plusieurs thématiques, abordées régulièrement dans ses précédents romans&amp;nbsp;: l’impossibilité de la communication entre humains et aliens (&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt;Człowiek z Marsa&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt;), le peuple extraterrestre coincé dans une guerre sans fin, impossible à gagner (&lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt;), avec pour résultat un monde dévasté par les conflits (&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt;Feu Vénus&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt;Eden&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;). Lem estimait-il avoir tout dit&amp;nbsp;? À l’exception d’un ultime roman mettant en scène le personnage récurrent d’Ijon Tichy, &lt;strong&gt;Pokój na Ziemi&lt;/strong&gt; (Paix sur Terre) en 1987, l’auteur polonais cessera ensuite d’écrire des fictions. &amp;nbsp;(Edit&amp;nbsp;: l’ultime roman en question est bien &lt;a href=&quot;http://www.isfdb.org/cgi-bin/title.cgi?1958&quot;&gt;&lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, dont l’écriture remonte à 1985&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Pokój na Ziemi&lt;/strong&gt; a une &lt;a href=&quot;http://www.isfdb.org/cgi-bin/title.cgi?8036&quot;&gt;date de rédaction antérieure&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt; s’avère un roman assez peu satisfaisant, bancal dans sa structure&amp;nbsp;: les cent premières pages consacrées aux personnages de Parvis puis de Tempe n’ont qu’un intérêt mineur au vu de la suite. S’agissait-il de clore les aventures de Pirx&amp;nbsp;? Les cent dernières pages sont les plus intéressantes, mais pâtissent de personnages falots (à peine se souvient-on d’Arago, religieux embarqué à bord de l’&lt;em&gt;Euridyce&lt;/em&gt;, qui ponctue toutes ses phrases de locutions latines), de longues pages de réflexions. Mais les idées demeurant intéressantes, voire brillantes au sujet du paradoxe de Fermi et du devenir des civilisations technologiques, et l’on pardonne à Lem ces manques narratifs et romanesques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où, en revanche, le roman pèche méchamment — et s'avère, pour le coup, un fiasco complet —, c’est du côté de la traduction. Celle-ci a été commise par un certain Roger Lanquetin, qui ne semble pas avoir idée qu’il traduisait un texte de science-fiction. Et dans science-fiction, il y a &lt;em&gt;science&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Florilège&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• «&amp;nbsp;Egzosquelette&amp;nbsp;» (calque du polonais «&amp;nbsp;egzoszkielet&amp;nbsp;») au lieu d’exosquelette&lt;br /&gt;
• «&amp;nbsp;Egzobiologie&amp;nbsp;» au lieu d’exobiologie&lt;br /&gt;
• «&amp;nbsp;vaisseau maternel&amp;nbsp;» au lieu de «&amp;nbsp;vaisseau mère&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
• «&amp;nbsp;Antropic principale&amp;nbsp;» au lieu de «&amp;nbsp;principe anthropique&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
• «&amp;nbsp;réaction caténaire&amp;nbsp;» au lieu de «&amp;nbsp;réaction en chaîne&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
• «&amp;nbsp;d’étoiles refroidies en nains noirs&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: j’imagine qu’il voulait parler de naines brunes&lt;br /&gt;
• «&amp;nbsp;mezozoïque&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;memozoïque&amp;nbsp;» au lieu de «&amp;nbsp;mésozoïque&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La parution française date de 1988, soit cinq ans avant la naissance du web tel qu’on le connaît actuellement, et onze ans avant Wikipédia. Il n’empêche&amp;nbsp;: trouver de telles bourdes a quelque chose d’assez étrange, comme si personne dans l’équipe éditoriale avait oublié de faire son boulot. Dès lors que le texte devient technique, la traduction vire à la catastrophe, ce qui résulte en des paragraphes illisibles. Remarquez, il s’en dégage une certaine incommunicabilité toute lemienne…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: oui, la faute à la traduction&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme L'Enfant qui venait de l'espace</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/11/E-comme-L-Enfant-qui-venait-de-l-espace" rel="alternate" type="text/html" title="E comme L'Enfant qui venait de l'espace" />
      <id>urn:md5:91b5befb45975c8d99ce67bb49f743fc</id>
      <published>2017-10-11T11:11:00+02:00</published>
                    <updated>2017-10-11T11:11:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour son deux-centième billet, l'Abécédaire retombe en enfance, avec le superbe &lt;strong&gt;Enfant qui venait de l'espace&lt;/strong&gt; de Robert Escarpit&amp;nbsp;: parue à l'origine dans le tout premier numéro de &lt;strong&gt;Je Bouquine&lt;/strong&gt;, cette histoire à plusieurs niveaux de lecture forme aussi un bel hommage à Isaac Asimov…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Enfant qui venait des étoiles, Robert Escarpit et Caza (illustrations). Livre de Poche, coll. «&amp;nbsp;Je Bouquine&amp;nbsp;», 1987 [1984]. Poche, 96 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Pour ce 200e billet, intéressons à un titre qui a marqué votre serviteur dans son enfance (toutefois, pas au point de l’empêcher d’en oublier l’existence jusqu’à récemment)&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;L’Enfant qui venait de l'espace&lt;/strong&gt;… Fort de plus de 400 numéros en cet automne 2017, c’est avec un titre digne de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/07/13/Les-Conquerants-de-l-impossible&quot;&gt; Philippe Ébly &lt;/a&gt; que le magazine &lt;em&gt;Je Bouquine&lt;/em&gt; s’est lancé en mars 1984. Un titre dû à la plume d’un auteur pas forcément attendu sur ce terrain-là&amp;nbsp;: Robert Escarpit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-jb1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-jb1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La fiche Wikipédia de l'auteur nous apprend que cet homme est l’un des théoriciens en France de la science de l’information et de la communication. Pourtant, de Robert Escarpit (1918-2000), je ne connaissais (ou plus exactement, ne croyais connaître) que ses &lt;strong&gt;Contes de la Saint-Glinglin&lt;/strong&gt;, d’amusantes explications fictives pour éclairer l’origine d’une poignée d’expressions idiomatiques — la Saint-Glinglin donc, mais aussi la voix de stentor, le poème Am-Stram-Gram, etc. Il s’avère qu’entre deux publications sérieuses, tant sur le sujet du livre et de la littérature que celui de l’information et de la communication, Escarpit a écrit plusieurs romans, à destination d’un public adulte ou jeunesse.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les auteurs de science-fiction sont habitués à voir se réaliser les choses qu’ils ont racontées, même les plus invraisemblables. Ainsi, Isaac Asimov, l’un des plus célèbres écrivains américains, ne fut pas autrement surpris d’apprendre qu’un personnage qu’il avait inventé dans ses livres, Suzan Calvin, existait dans la réalité.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Enfant qui venait de l'espace&lt;/strong&gt; nous raconte la rencontre entre un Isaac Asimov âgé de 99 ans… et Suzan Calvin (on notera la graphie diffère&amp;nbsp;: c’est Su&lt;u&gt;s&lt;/u&gt;an chez l’auteur de &lt;strong&gt;Fondation&lt;/strong&gt;). D’emblée se produit là un intéressant jeu littéraire&amp;nbsp;: Suzan sait qu’elle est la création d’Asimov, et celui-ci sait qu’il est son biographe fictif – ce qui n’empêche pas Suzan de régulièrement surprendre ce cher Isaac. Après tout, l’écrivain n’a rédigé des textes focalisés sur quelques jours de sa vie&amp;nbsp;; tout le reste appartient à la jeune femme. S’il y a bien quelque chose qui intrigue Asimov, c’est la présence dans le bureau de Suzan d’une vieille cuisinière positronique DR3 datant de 1995 et d’un arbuste, un jeune pin en pot que la roboticienne nomme «&amp;nbsp;Robbie&amp;nbsp;». Pourquoi&amp;nbsp;? Et Suzan de raconter une histoire qui lui est survenue cinq années plus tôt, une histoire qu’Asimov – en dépit de toute la connaissance qu’il a de son personnage – ignore…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-e-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-e-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-e-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-e-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Inutile d’en révéler davantage. Deux niveaux de lecture, une réflexion sur la création littéraire (peut-on tout connaître des personnages que l’on crée&amp;nbsp;?), une belle histoire, des idées de SF, et un excellent hommage à Asimov. Ce roman, couronnée à juste titre par le Grand Prix de l’Imaginaire en 1985, est une petite merveille d’intelligence, capable de parler autant aux jeunes lecteurs qu’à leurs parents. Encore que&amp;nbsp;: la structure (récit enchâssé) peut déconcerter, et le texte fait preuve d’un niveau de langue plutôt soutenu, peut-être désormais rare pour des productions littéraires destinées à des lecteurs âgés d’une dizaine d’années&amp;nbsp;; surtout, sur le fond, il diffère passablement des romans calibrés pour un jeune public – à moins que le jeune public des années 80 fusse plus habitué à lire des textes de ce calibre. L’héroïne est adulte dans le temps de narration, et se remémore une aventure survenue quelques années plus tôt, donc quand elle était encore adulte&amp;nbsp;; il y a bien un personnage jeune présent dans le livre, le fameux «&amp;nbsp;enfant venu des étoiles&amp;nbsp;», mais dont le rôle demeure mineur dans l’intrigue. De plus (est-ce mon côté pudibond qui s’exprime là &amp;nbsp;?), les personnages sont loin d’être des éphèbes asexués&amp;nbsp;: il est assez clairement suggéré que Suzan et Kiko couchent ensemble, et cette dimension sexuelle est accentuée par les dessins très inspirés de Caza, qui donne à Suzan de plantureuses formes. Par ailleurs, Pascal J. Thomas a consacré un excellent article à Escarpit et son œuvre, &lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/archives/thomas/l%27Oeuvre_speculative_de_Robert_Escarpit/&quot;&gt; que l’on peut lire sur le site des Quarante-Deux&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-cover1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À titre personnel, je me souviens avoir lu cette histoire quand j’étais tout jeune lecteur, et sûrement n’y ai-je pas compris grand-chose. Ce qui est certain, c’est que les références littéraires – le Bon Docteur en tête – me sont passées loin au-dessus de la tête. Néanmoins, quand j’ai commencé à lire Asimov une poignée d’années plus tard, j’ai débuté par le recueil &lt;strong&gt;Les Robots&lt;/strong&gt;, et je crois me souvenir d’avoir ressenti une once de familiarité, une indéfinissable impression de «&amp;nbsp;déjà lu&amp;nbsp;». En cela, je sais gré à Escarpit de m’avoir familiarisé sans le savoir à la science-fiction par le truchement d’Asimov.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-odiri.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-odiri_s.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-opiege.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-e-piege_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Commencer un magazine en proposant un roman de SF était un geste fort, que &lt;em&gt;Je Bouquine&lt;/em&gt; a réitéré par la suite, en publiant de temps à autres des histoires relevant franchement du genre. Dans le lot, deux m’ont marquées&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Plus Beau des Pièges&lt;/strong&gt; de Patrick Grainville et &lt;strong&gt;Le Combat d’Odiri&lt;/strong&gt; de Georges-Olivier Châteaureynaud. Le premier, paru dans le &lt;em&gt;Je Bouquine&lt;/em&gt; 25 (mars 1986) raconte comment une expédition scientifique parvient jusqu’à un arbre gigantesque, portant d’immenses cristaux dans ses branches&amp;nbsp;; on suit les pas de Lilian et Josué, deux adolescents irascibles qui s’aiment autant qu’ils aiment à se chamailler. La quête de l’inconnu devient une quête de soi… À noter que le roman a été réédité sous le titre &lt;strong&gt;L’Arbre-Piège&lt;/strong&gt;, sous une couverture de Bilal – pour ma part, j’y préfère les illustrations d’Arno. Enfin, &lt;strong&gt;Le Combat d’Odiri&lt;/strong&gt; bénéficie lui aussi des superbes illustrations du dessinateur d’&lt;em&gt;Alef-Thau&lt;/em&gt;. Dans ce monde vivent d’un côté les Ombrus, sous le couvert quasi impénétrable d’une forêt peuplée de créatures mortelles, et les Valii, à bord de vaisseaux de pierre – une pierre capable de flotter les airs. Odiri, jeune Ombrus, va se retrouver emporté à bord d’un tel navire aérien. Un joli parcours initiatique, récompensant l’acceptation des différences, lui aussi récompensée par le GPI.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-e-jal.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-e-jal.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En faisant un peu d’archéologie mémorielle, il faudrait que je cite ces histoires parues dans &lt;em&gt;J’aime lire&lt;/em&gt; (qui fête ses quarante ans en cette année 2017), telle &lt;strong&gt;Le Canarama&lt;/strong&gt; (une aventure avec un aéronef en forme de pélican géant, signée Jean Alessandrini, #27) ou, surtout, le très poétique &lt;strong&gt;La Planète rose&lt;/strong&gt; (où un jeune garçon se rend sur une planète disputée par l’ambigu et mécaniste Roi des rats et la douce Thédolule vivant au cœur de la mer des songes, par Evelyne Reberg &amp;amp; Jacqueline Cohen, #84).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref&amp;nbsp;: la littérature jeunesse contient des pépites, aux images et aux idées marquantes. De quoi faire frétiller l’imagination des jeunes lecteurs et les amener, plus tard, à tous ces mauvais genres que l’on chérit tant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>D comme Draft 7.30</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/09/D-comme-Draft-7-30" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Draft 7.30" />
      <id>urn:md5:485c7a93a37d2346135d0ab14d2950bf</id>
      <published>2017-10-09T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-10-09T14:23:25+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Toujours prêt à se malmener le cerveau et les oreilles, l'Abécédaire poursuit l'exploration de la passionnante discographie d'Autechre, parangon d'une musique électronique passablement abstruse. Après avoir passé le Rubicon de l'abstraction avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/16/L-comme-LP5&quot;&gt;LP5&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt;Confield&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, qu'allait donner leur septième album en dix ans de carrière, &lt;strong&gt;Draft 7.30&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Vers l'infini des possibles sonores et au-delà&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Draft 7.30, Autechre (Warp). 9 morceaux, 62 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous… En 2003, David Bowie donnait son dernier signe de vie (musicale) avant longtemps avec l’inégal &lt;em&gt;Reality&lt;/em&gt;, les joyeux drilles de Metallica proposait &lt;em&gt;St-Anger&lt;/em&gt;, les quatre hommes-robots de Kraftwerk se lançaient &lt;em&gt;enfin&lt;/em&gt; dans leur &lt;em&gt;Tour de France&lt;/em&gt; (on attend toujours la suite, les gars), Massive Attack donnait un successeur à l’inégalable &lt;em&gt;Mezzanine&lt;/em&gt; avec le sous-estimé &lt;em&gt;100th Window&lt;/em&gt;, tandis que Radiohead donnait la suite très attendue du diptyque &lt;em&gt;Kid A&lt;/em&gt;/&lt;em&gt;Amnesiac&lt;/em&gt; avec &lt;em&gt;Hail To The Thief&lt;/em&gt;, Muse proposait son dernier bon album avec &lt;em&gt;Absolution&lt;/em&gt;, Marilyn Manson, après son triptyque, entrait dans le foireux &lt;em&gt;Golden Age of Grotesque&lt;/em&gt;, Placebo dormait avec les fantômes, Outkast faisait son grand-œuvre avec &lt;em&gt;The Love Below/Speakerboxxx&lt;/em&gt; et Jay-Z son œuvre au noir avec le &lt;em&gt;Black Album&lt;/em&gt;. En France, Bénabar (&lt;em&gt;Les Risques du m&lt;/em&gt;&lt;em&gt;étier&lt;/em&gt;) et Mickey 3D ( &lt;em&gt;Tu vas pas mourir de rire&lt;/em&gt;) inondaient les ondes, mais surtout Stupeflip faisait son apparition (et on tâchera d’en parler plus loin dans ce navrant Abécédaire).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et au sein de cette année 2003, franchement pas dégueu sur le plan musical, Autechre balançait leur septième disque, dix ans après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt; &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Le précédent effort du duo, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt; &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (2001), allait à fond dans l’abstraction&amp;nbsp;: quid de ce nouvel album&amp;nbsp;? À l’instar de &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt; justement, la pochette du disque – conçue cette fois par Alex Rutteford, le vidéaste derrière l’ineffable clip de « Gantz Graf&amp;nbsp;» – donne le ton&amp;nbsp;: de l’abstraction, bordel. Une once d’humanité là-dedans&amp;nbsp;: mais pour quoi faire, mon bon monsieur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-d-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-d-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique Autechre et les nombres&amp;nbsp;: le premier chiffre du titre du disque laisse supposer de manière assez évidente, il s’agit bel et bien du septième album du duo. Mais.30&amp;nbsp;? S’agit-il de sa trentième version&amp;nbsp;? À quoi ressemblent alors les vingt-neuf précédentes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, sans disserter davantage&amp;nbsp;: lecture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le disque commence après une quinzaine de secondes de silence. Nous voici dans la &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=prCNa4H9pAA&quot;&gt; «&amp;nbsp;Xylin Room&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, quoique le xylin puisse être (j’imagine volontiers un métal du genre adamantium, mais malléable). Une rythmique destructurée et quasiment bruitiste se superpose à une mélodie formée par ce qui ressemble fort à du scratch sur un ballon de baudruche. Ça trébuche, ça se reprend&amp;nbsp;: le morceau titube dans une blancheur ouatée. À mi-chemin, il se relève, avec une ébauche de mélodie, qui tente de se dresser au milieu de l’effondrement sonore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aspect bruitiste de «&amp;nbsp;Xylin Room&amp;nbsp;» demeure présent dans le morceau suivant, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=yECy4XcoP7U&quot;&gt; «&amp;nbsp;IV VV IV VV VIII&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, où résonne quelque chose qui s’apparente bien à une batterie. L’irruption du concret&amp;nbsp;? En très léger, bien dissimulées derrière les coups de caisse épars et les sonorités post-industrielles, il y a de vagues esquisses mélodies. Puis ça s’emballe, ça part en vrille et le morceau se termine avec des sons aigus, ceux d'une mélodie que l’on passerait dans un hachoir mécanique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après ces deux morceaux pas toujours très passionnants, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=pAf2aqZGl8w&quot;&gt;«&amp;nbsp;6ie.cr&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; reprend les choses en main. Ici, c'est la marche des robots. Des robots pas humanoïdes pour un sou, et qui n'en auraient rien à fiche de nous (normal, ce sont des robots). On repense à l'aspect guilleret de &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt;. Presque. Et à mi-chemin, le morceau se fait aérien, apaisé, sans perdre son rythme enjoué.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tapr&amp;nbsp;» retombe dans les ornières de la destructuration. Une mélodie en roue libre, de la réverbération en veux-tu en voilà. Heureusement que c’est bref. Heureusement (bis) qu’arrive &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=VE8RBdR-Mws&quot;&gt; «&amp;nbsp;Surripere&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, le morceau le plus long du disque avec ses onze minutes. Avec son ambiance inquiète, ses harmoniques lancinantes progressant pas à pas, ses micro-rythmes répétitifs, cette nouvelle pièce ressemble à du Autechre classique… Jusqu’à ce que déboulent des fragments brutaux, qui percutent le morceau à partir de sa quatrième minute, lequel n’en finit pas de se tortiller – c’est peut-être un peu long.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/VE8RBdR-Mws?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de son titre compréhensible et (pour une fois) prononçable, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=IldcEViM8C4&quot;&gt; «&amp;nbsp;Theme Of A Sudden Roundabout&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est l’un des morceaux les plus abstraits&amp;nbsp;: au sein des bruitages subtils et des percussions erratiques se glisse une mélodie fragile. &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=Q4QG5PYYv1w&quot;&gt;«&amp;nbsp;VL Al 5&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; se caractérise par une ambiance pesante et inquiète. Ça grésille, ça grouille, ça frétille. Un morceau fascinant, autant que &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=i8d0xNHbgB8&quot;&gt;«&amp;nbsp;P.:Ntil&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: ici, c'est à nouveau la fête des machines. Le morceau se tortille le long d'un groove rigide. À la phrase mélodique qui parcourt le morceau, pareille à un «&amp;nbsp;cocorico&amp;nbsp;» fatigué vient s'ajouter quelques notes (ressemblant à du clavecin&amp;nbsp;?). On appréciera le soin maniaque apporté aux détails sonores. Avant-dernier morceau, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=-x3WRQPDgvo&quot;&gt;«&amp;nbsp;V-Proc&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; se caractérise par une ambiance plus martiale et agressive. La batterie analogique (?) fait son retour, pour redonner du peps et une impression presque rock'n'roll pour ce morceau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En conclusion du disque, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=BQFQIy1su2g&quot;&gt; «&amp;nbsp;Reniform Puls&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; débute (après trente secondes de bourdonnement) comme du Autechre classique &amp;nbsp;: une mélodie évidente, tendre et mélancolique, qui rappelle «&amp;nbsp;Lentic Catachresis&amp;nbsp;» (sur &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;, et du moins avant que ledit morceau se désagrège), des micro-boucles rythmiques qui propulsent le morceau en avant. L’ambiance radieusement tristounette s’estompe bien vite vers la moitié, à mesure que les machines semblent reprendre le contrôle. Tout s’achève dans le dénuement. L’une des grandes réussites du disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/BQFQIy1su2g?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le précédent effort du duo, &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;, s’avérait déjà radical dans son abstraction, et loin de calmer le jeu, &lt;em&gt;Draft 7.30&lt;/em&gt; poursuit dans cette lignée, avec ses morceaux mutants, aux rythmiques complexes et aux mélodies incertaines, changeant d’atmosphère à mi-chemin. Normal&amp;nbsp;: d’album en album, Autechre n’a jamais cessé de poursuivre ses recherches musicales, cherchant moins à complaire à l’auditeur qu’à le mettre au défi de le suivre dans les territoires sonores inédits. De ce côté-là, c’est une réussite – tant pis pour les oreilles malmenées. Y a-t-il moyen d’aller plus loin encore&amp;nbsp;? Réponse au prochain tour d’alphabet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: on peut dire&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>C comme Le Chant des étoiles</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/06/C-comme-Le-Chant-des-etoiles" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Le Chant des étoiles" />
      <id>urn:md5:51ac376ce91a0727b93edc0de68524fa</id>
      <published>2017-10-06T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-10-06T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on tend une oreille curieuse sur &lt;strong&gt;Le Chant des étoiles&lt;/strong&gt;, album de Louis Dandrel paru en 2000&amp;nbsp;: du &lt;em&gt;field recording&lt;/em&gt; d'un nouveau genre tentant d'atteindre la fameuse musique des sphères…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Chant des étoiles, Louis Dandrel (Diasonic, 2000). 12 morceaux, 52 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Parfois, à la fin d’une longue journée, [Ellie] en faisait passer un enregistrement et se demandait si elle l’avait entendu venant d’Ophiucus ou du Capricorne. Non sans chagrin, elle devait admettre qu’elle commençait à être poursuivie par les électrons et les trous noirs mouvants qui hantent les récepteurs et les amplificateurs, ainsi que par les particules chargées et les champs magnétiques des gaz froids et ténus qui dérivent entre les étoiles lointaines et clignotantes.&amp;nbsp;» &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt;, Carl Sagan&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au cours de ce navrant Abécédaire, on a tendu une oreille curieuse vers quelques albums propulsant leur auditeur dans l’espace, qu’il s’agisse de la couronne solaire avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/14/K-comme-KTL-V&quot;&gt; &lt;em&gt;KTL V&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter&quot;&gt; abîmes transneptuniens&lt;/a&gt; de Lustmord ou de l’espace séparant la Terre de la Lune avec l’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/07/A-comme-Autour-de-la-lune&quot;&gt;ambient cosmique de Biosphere&lt;/a&gt;. Quatre ans avant l’album de Biosphere, quelqu’un avait eu une idée simimaire&amp;nbsp;: celle de tirer de la substance même des astres une musique. Atteindre en somme la fameuse musique des sphères.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour l’anecdote, c’est lors d’une Nuit des étoiles sur France 2, très probablement celle de 2000 (si j’en crois &lt;a href=&quot;http://https/www.la-croix.com/Archives/2000-08-10/Mille-milliards-de-planetes-_NP_-2000-08-10-114331&quot;&gt; cet article&lt;/a&gt;), que j’avais entendu parler de ce disque. Peu de temps après, je l’ai dégoté chez un disquaire brestois et… bon, je ne peux pas dire que j’ai usé la galette sur mon lecteur CD. Si j’aimais déjà les sons bizarres à l’époque, je demeurais branché rock psychédélique, tendance Hendrix et Pink Floyd, je n’avais pas encore fait mon coming-out synthétique et je ne connaissais pas encore ces musiques tellement inécoutables qu’on ne dirait pas de la musique (hello &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/?q=Autechre&quot;&gt;Autechre&lt;/a&gt;). Jusqu’à ce que je redécouvre cet album la main dessus, voici quelques mois, et désormais fort d’une oreille aguerrie à l’ambient et à l’electro. Sauf que &lt;em&gt;Le Chant des &lt;/em&gt; &lt;em&gt;étoiles&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Music in orbit&lt;/em&gt; dans sa version internationale) ne consiste pas vraiment en ambient ni en electro. De la musique concrète, à tout le moins. Qui se base sur des samples réellement astronomiques, comme s’en explique le compositeur, Louis Dandrel, dans sa présentation du projet.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Deux sources ont servi à [la] transcription sonore&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Les ondes radio&amp;nbsp;: une série d’oscillateurs reproduisent leurs variations de fréquence, d’amplitude et de durée, figurées par des spectrogrammes. Jupiter, le Soleil et les pulsars ont ainsi été transcrits. Ces données sont musicalement très riches…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;• Les courbes de lumière&amp;nbsp;: elles indiquent les variations d’éclat ou de luminosité d’étoiles dites variables. Les données sont transposées selon un système de correspondance avec des sons de synthèse imaginés sur des principes purement esthétiques. Ces courbes suggèrent des formes musicales par leur caractère dynamique.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà. Louis Dandrel, le compositeur de ce &lt;em&gt;Chant des &lt;/em&gt; &lt;em&gt;étoiles&lt;/em&gt;, est un musicien et designer sonore, anciennement responsable de l’unité de design sonore de l’Ircam. Les informations à son sujet sont malheureusement plutôt éparses et c’est sa &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Dandrel&quot;&gt; page Wikipédia &lt;/a&gt; qui s’avère la plus complète.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-c-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-c-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qu’en est-il alors&amp;nbsp;? Petite revue titre à titre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introduisant l’album, «&amp;nbsp;Soleil&amp;nbsp;» (à écouter ou télécharger en haut du billet) rappelle — ou préfigure — justement le Biosphere d’&lt;em&gt;Autour de la lune&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: quatre minutes excessivement planantes, traversées par des stridences éclatantes. Plus loin sur le disque, notre étoile aura droit à un deuxième passage, qui tend plus vers la BO de film d’horreur, avec ses sons sifflants, comme si les éruptions solaires se déployaient en maléfiques tentacules de lumière noire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En deuxième position sur la &lt;em&gt;tracklist&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;Pulsars le Crabe et Vela &amp;nbsp;» ressemble à de l’&lt;em&gt;acid&lt;/em&gt;, version stellaire. C’est peut-être moins trépidant qu’un morceau d’Aphex Twin, mais les rythmiques liquides de ces deux pulsars insufflent un caractère presque dansant à ce morceau. Par moments, les deux astres semblent avoir envie de percer les tympans de leur auditeur – comme assez souvent sur ce disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous savez comment faire chanter les verres&amp;nbsp;? Glisser un doigt humide sur le pourtour et faire vibrer le verre. «&amp;nbsp;Nova Cygni&amp;nbsp;», c’est un peu ça. Suit «&amp;nbsp;Jupiter&amp;nbsp;», l’un des morceaux les plus mélodieux du disque&amp;nbsp;: il s’y déploie, sur un fond sonore flou, des esquisses de mélodies. On croit tenir une phrase mélodique, ou pas. Quoi qu’il en soit, c’est beau et troublant. Pareillement, «&amp;nbsp;Andromède&amp;nbsp;» est un joli morceau planant&amp;nbsp;: la véritable musique des sphères vient-elle de 14 Andromedae&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre les deux, il y a «&amp;nbsp;Céphéides&amp;nbsp;», où surgissent des sons oscillant à toute vitesse sur un arrière-plan lointain. Intriguant mais ne débouchant pas sur grand-chose. Heureusement, c’est bref. À l’inverse, «&amp;nbsp;Mira Ceti&amp;nbsp;» est, avec ses six minutes, le morceau le plus long&amp;nbsp;: les sons proviennent (façon de parler) de cette étoile variable périodique, et le morceau alterne entre plages de quasi-silence et pulsations scintillantes. Dans « Orion&amp;nbsp;», un grillon cosmique (on a les métaphores qu’on peut) dialogue avec un pulsar papillotant, sur fond de vent stellaire, avant de s’élever vers des ailleurs éthérés… «&amp;nbsp;Jupiter&amp;nbsp;» revient en antépénultième position sur le disque&amp;nbsp;; un second passage à la mélodie disjointe, qui semble flotter paresseusement sur les nuages de la géante gazeuse… avant que reviennent les harmoniques de la première version du morceau. Après un début envoûtant, «&amp;nbsp;Lyre&amp;nbsp;» s’empresse ensuite d’attaquer les oreilles, à coup de stridences au timbre métallique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, «&amp;nbsp;Aries&amp;nbsp;» (alias la constellation du Bélier&amp;nbsp;; à écouter ou télécharger en haut du billet) conclut l’album, avec des harmoniques donnant l’effet d’entendre une mélodie aléatoire mais pas disharmonieuse&amp;nbsp;; on flotte (presque) dans les sphères, détendu et libéré de tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il émane de ce disque une ambiance à la fois céleste, éthérée, et stridente. Quelque part entre l’ambient et le field recording, &lt;em&gt;Le Chant des &lt;/em&gt;&lt;em&gt;étoiles&lt;/em&gt; s’avère une tentative réellement intéressante d’employer le matériau même des astres pour composer une approche de la fameuse musique des sphères. Le résultat n’est pas toujours concluant – un peu trop de sons stridents pour le bien des oreilles des auditeurs – mais au minimum digne d’attention et plus souvent qu’à son tour d’une belle écoute, propre à faire rêver.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (en numérique sur Amazon)&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>B comme The Book of Jokes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/05/B-comme-The-Book-of-Jokes" rel="alternate" type="text/html" title="B comme The Book of Jokes" />
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      <published>2017-10-05T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-10-05T10:35:46+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on rit, ou pas, ou jaune, avec &lt;strong&gt;Le Livre des Blagues&lt;/strong&gt;, le premier roman de l'écrivain-musicien Momus — dont le pseudonyme fait précisément référence au dieu de la moquerie dans l'antiquité grecque… Un roman prenant place dans un monde où les (mauvaises) blagues font office de lois fondamentales de l'univers…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Livre des blagues [Book of Jokes], roman de Momus, traduit de l’anglais (Écosse) par Marie Surgers. La Volte, 2009 [2009]. Semi-poche, 208 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’an passé, ce navrant Abécédaire s'était penché sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/07/B-comme-The-Book-of-Scotlands&quot;&gt; &lt;strong&gt;The Book of Scotlands&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de l’écrivain-musicien écossais Momus, un très bon recueil de textes plus ou moins brefs passant en revue une centaine d’Écosses alternatives et désopilantes. Momus est un pseudonyme&amp;nbsp;: le nom véritable de notre auteur est Nick Currie. Toutefois, dans la mythologie grecque, Momus personnifie le sarcasme, la raillerie, la moquerie. Les blagues.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et les blagues, il y en a de toutes sortes, des bonnes comme des mauvaises. Surtout des mauvaises, d’ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et que se passerait-il si vous viviez dans un monde fait de blagues&amp;nbsp;? C’est le postulat de départ imaginé par Momus pour son premier roman (le site de l’auteur nous apprend qu’il s’agit là d’une commande de son &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/10/05/B-comme-The-Book-of-Jokes#&quot;&gt;son éditeur français&lt;span&gt;Mathias, tu es responsable&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;LA VOLTE&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-b-cover-fr_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Livre des blagues&lt;/strong&gt; alterne deux lignes narratives. La première nous met dans les pas de Sebastian Skeletton, un homme qui purge une peine de prison pour un crime qu’il n’a pas commis – de quel crime on l’accuse, on ne le saura pas – et qui finit par se lier (plus ou moins) d’amitié avec un Violeur et un Assassin, après une discussion oiseuse pour savoir s’il est possible que deux types soient l’oncle l’un de l’autre. Ces deux charmants individus prétendent également être innocents de leur crime, et Sebastian leur suggère une idée de génie&amp;nbsp;: s’évader, afin de commettre le crime pour lequel on les a emprisonnés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde ligne s’intéresse au fils de Sebastian, qui vit avec sa sœur et son père dans une maison de verre. Oh, son père a accessoirement un pénis gigantesque, tellement long qu’il traîne par terre, et il se plait à avoir des relations sexuelles avec des oies. Quant à sa mère, Joan, elle vit désormais en couple avec une autre femme, nommée Joan. Il est le petit-fils d’un grand-père chauffeur d’autobus («&amp;nbsp;Est-ce que tu veux mourir tranquillement, dans ton sommeil, comme ton grand-père […] ou bien en hurlant de terreur comme ses passagers&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»). Comme on peut se l’imaginer, le narrateur et sa sœur Luisa ont une enfance passablement… détruite&amp;nbsp;? Et…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, je m’y prends mal&amp;nbsp;: ce résumé n’est absolument pas drôle. Le principe des blagues est qu’elles se racontent, elles ne s’&lt;em&gt;expliquent&lt;/em&gt; pas. Et ce &lt;strong&gt;Livre des blagues&lt;/strong&gt; est précisément une grosse blague, bien grasse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux échantillons au hasard&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;(…) un soir, mon père déboula dans la cuisine de la ferme, Rebecca sous le bras et déclara&amp;nbsp;: &quot;Voici la truie que je suis tapée&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
– Mais chéri, protesta Joan, ce n’est pas une truie, c’est une oie&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
– C’est pas à toi que je parlais&quot;, cracha mon père.&amp;nbsp;» (p. 37)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&quot;Écoutez, dit le docteur Schlammpeter, je vais plutôt vous donner du Viagra.&quot;&lt;br /&gt;
Mon père fut étonné. &quot;Ça va supprimer la douleur&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Pas vraiment. Mais ça vous donnera quelque chose à quoi vous accrocher pendant que je m’occupe de la dent.&quot;&amp;nbsp;» (p. 69)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’humour est une chose délicate.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Est-ce que ce livre fait rire&amp;nbsp;? Oui, dans la mesure où le rire est un mécanisme&amp;nbsp;: on rit face à ce qui nous embarrasse. Et Le &lt;strong&gt;Livre des blagues&lt;/strong&gt; est effectivement embarrassant&amp;nbsp;: il embrasse sans barguigner les tabous – l’inceste en tête, mais avec un peu de zoophilie, de jeux de touche-pipi, le tout étant épicé de viol et de masturbation – et déroule son récit. Enfin… de récit, il n’y en a pas vraiment&amp;nbsp;: le père raconte son évasion et le fils raconte sa vie faite de mauvaises blagues de cul, au long de chapitres brefs. De fait, chaque chapitre est l’occasion d’une blague, étirée à l’extrême, se terminant par la chute. Le fiston s’en explique d’ailleurs&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;J’ai compris que l’histoire de ma famille est régie non par le dharma mais par les blagues.&lt;br /&gt;
Appelez cela &quot;dharma des blagues&quot;, si vous voulez. Les mauvaises blagues, les blague de cul, sont dans mon univers ce que la gravitation est dans le vôtre. Elles régentent toute ma vie, la vie de toute ma famille. (…) Je suis un personnage coincé dans un recueil de blagues – de blagues qui sont, en outre, de très mauvais goût.&lt;br /&gt;
J’ai découvert qu’il existe un moyen d’échapper à ce triste sorte, aux malheurs du dharma des blagues. La solution, à mon avis, est d’endosser moi-même la responsabilité de raconter des blagues qui me contraignent et me définissent et, chaque fois, d’en modifier légèrement le contenu. Les altérations que j’apporte ont pour but de rendre un soupçon de dignité, de décence élémentaire, de beauté et de sensualité à l’histoire.&lt;br /&gt;
Je peux commencer par broder sur le thème de base. J’ajoute quelques détails qui, d’ordinaire, ne font pas partie de la course nécessaire à la chute comique. Je dois m’assurer que l’histoire est si bien racontée que mon auditoire ne s’intéresse plus au dénouement grotesque, au jackpot efficace. Je raconte l’histoire plusieurs fois, depuis différents points de vue et en insistant sur des aspects différents pour forcer les gens à prêter attention à des éléments secondaires, formels (…), comment plutôt que pourquoi.&amp;nbsp;» (p. 59-60)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De ce côté-là, le pari de Momus est réussi. L’important réside moins dans la chute de la blague que dans le déroulé. Quoiqu’on trouve également des blagues plus traditionnelles, racontées avec moins de circonlocutions&amp;nbsp;: l’histoire du type au pénis trop long qui va voir un crapaud doué de parole, l’histoire de la femme qui a gagné vingt mille livres en prétendant que les couilles de son avocat étaient cubiques&amp;nbsp;; l’histoire du Gallois, de l’Irlandais et de l’Écossais qui tirent au fusil sur l’Anglais… Certaines blagues reviennent, tels des leitmotivs&amp;nbsp;: la vie d’une blague tient parfois à la répétition. D’abord c’est drôle, puis à force ça n’est plus drôle… jusqu’au moment où cela finit par redevenir drôle. Et on peut reconnaître à Momus une constance dans son récit, qui ne faiblit pas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-b-cover-en.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-b-cover-en_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Livre des blagues&lt;/strong&gt; constitue un surprenant reflet de notre monde, au travers de la partie la moins littéraire et la plus graveleuse de notre culture. C’est là un récit des plus étranges, grivois, dégoûtant, affreux et vraiment triste en fin de compte. À ne pas mettre dans toutes les mains dans tous les cas. Ou peut-être que si, pour rire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: en quelque sorte&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Antichamber</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/04/A-comme-Antichambre" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Antichamber" />
      <id>urn:md5:6c5cc628d8386aaa9668ee90aa594183</id>
      <published>2017-10-04T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-10-04T10:34:56+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'aventure dans l'antichambre, un labyrinthe non-euclidien dont il s'agit (naturellement) de trouver la sortie, avec pour seules armes la perspicacité et un pistolet à matière…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Antichamber, Alexander Bruce (Demruth), 2013.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En matière vidéoludique, votre serviteur reconnaît son attrait pour les jeux calmes et posés, invitant à faire turbiner nos petites cellules grises (&lt;em&gt;The Witness&lt;/em&gt;, par exemple). Les first person shooters, bof. Mais cela, c’était avant que je pénètre dans l’antichambre…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-logo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-logo_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; , jeu sorti début 2013, mêle le &lt;em&gt;puzzle game&lt;/em&gt; au &lt;em&gt;first person shooter&lt;/em&gt;, mais à sa manière – il n’y a pas d’ennemis, si ce n’est l’absence de perspicacité du joueur – mais l’on se retrouve assez vite équipé d’un gros flingue. Qui sert essentiellement à tirer… des cubes bleus. Ensuite, ce sont des cubes verts. Puis jaunes. Mais n’anticipons pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/aGsnm2nOnso&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’antichambre du titre, c’est celle où le joueur débute le jeu. Une pièce aux murs noirs quadrillés de blanc, à l’exception d’une paroi vitrée derrière laquelle se trouve la sortie. Le but sera, forcément, de l’atteindre. L’un des autres murs comporte des instructions&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;All you need to know.&amp;nbsp;» Les réglages et le (bref) manuel du jeu, &lt;em&gt;dans &lt;/em&gt;le jeu. On peut y activer un compteur, réglé sur quatre-vingt-dix minutes&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; n’est pas &lt;em&gt;Prince of Persia&lt;/em&gt;, et (spoiler) rien ne se passera si on termine le jeu au-delà du délai. Quant aux deux autres murs, ils ne sont pas destinés à demeurer noirs&amp;nbsp;: l’un accueillera une carte, l’autre une collection de vignettes et de maximes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-sign0.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-a-sign0.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Every journey is a series of choices. The first is to begin the journey.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais il est temps de quitter l’antichambre. Pour ce faire, il suffit de passer le pointeur sur le carré qui clignote sur le mur faisant office de carte. «&amp;nbsp;Leap of faith&amp;nbsp;», indique une sorte de fenêtre pop-up. Et c’est bien ce que &lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; requiert du joueur&amp;nbsp;: un «&amp;nbsp;acte de foi&amp;nbsp;», qui va l’obliger à abandonner quelques-unes de ses certitudes, du moins en matière vidéoludique. Alors on clique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de l’antichambre se déploie un dédale de couloirs, d’un blanc aride et ponctués de quelques couleurs saturées. Assez vite, il est clair que ce dédale n’en a pas grand-chose à faire de la géométrie selon Euclide. Eu-qui &amp;nbsp;? Car arrive vite le moment où l’on arrive face à deux volées d’escaliers. L’une (bleue) monte, l’autre (rouge) descend. On monte et on parvient face à deux volées d’escaliers, l’une qui monte, l’autre qui descend. Ou bien on descend… et l’on parvient face à deux volées d’escaliers, l’une qui monte, l’autre qui descend. On pourrait monter ou descendre pendant des heures, on parviendra toujours face à la même volée d’escaliers. Mais si, de guerre lasse, le joueur fait demi-tour au bout de quelques (dizaines de) montées ou descentes infructueuses, il se rend compte que le chemin par lequel il est venu a changé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’en dévoilons pas davantage&amp;nbsp;: l’ensemble du jeu est à l’avenant. Les énigmes sont d’une difficulté variable, mais toutes invitent le joueur à décloisonner son cerveau, à prendre à revers ce qu’il pensait acquis afin de résoudre les problèmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Assez vite, on se retrouve en possession d’un pistolet. Celui-ci permet de stocker des cubes (de couleur bleue) et de les projeter sur les parois. Utile pour grimper, par exemple. On découvre qu’il existe des cubes verts, jaunes, rouges… mais que le pistolet bleu ne permet pas de gérer adéquatement. Plus loin, on finit par trouver un pistolet vert. Puis un pistolet jaune. Et, enfin, un pistolet rouge. Chacun de ces objets autorise une manipulation plus étendue des cubes, afin de résoudre des énigmes que le simple premier pistolet ne permettait pas. Qu’on ne s’imagine pas pour autant que posséder le pistolet rouge rendra la résolution des énigmes plus aisée&amp;nbsp;: certaines sont passablement tordues. D’autant que, pour corser la difficulté, certains couloirs ou lieux, emplis d’un gaz coloré (?), agissent comme des frontières, empêchant le transport des cubes d’une zone à l’autre. Bien sûr, il faut penser hors de la boîte pour passer outre ces obstacles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si les décors sont violemment minimalistes, le jeu se permet la fantaisie d’orner ses murs de petites vignettes. Cliquer sur le dessin dévoile une maxime, parfois creuse, parfois profonde. Parfois utile pour comprendre l’énigme à résoudre ou l’obstacle, parfois pas vraiment (ou alors après coup). Leur tonalité générale rappelle bien évidemment les conseils formulés par Brian Eno et Peter Schmidt dans leurs fameuses &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/03/O-comme-Obliques-Strategies&quot;&gt; Stratégies obliques &lt;/a&gt; . L’intérêt réside là&amp;nbsp;: si certaines énigmes se comprennent assez aisément (déplacer alternativement deux cubes pour maintenir des portes ouvertes et récupérer un troisième cube), d’autres poussent le joueur à exploiter les limites du jeu et à adopter d’autres schémas de réflexion. En somme, à faire preuve de &lt;em&gt;pens&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée latérale&lt;/em&gt;. À l’inverse de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/23/W-comme-The-Witness&quot;&gt; &lt;em&gt;The Witness&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , &lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; ne m’a pas semblé explicitement progressif dans sa difficulté&amp;nbsp;; le jeu force le joueur à tirer parti de mécanismes qu’il devra découvrir par lui-même (autrement dit&amp;nbsp;: ce n’est pas parce que le jeu ne vous a pas montré, via une énigme, qu’il est possible de faire telle action que celle-ci n’est pas possible).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-sign1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-a-sign1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;A choice may be as simple as going left or going right.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-sign2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-a-sign2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;How we perceive a problem can change every time we see it.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-a-sign3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-a-sign3_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Every journey comes to an end. &lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par cet aspect favorisant la pensée latérale, &lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; rappelle par moment l’excellentissime &lt;em&gt;The Stanley Parable&lt;/em&gt;, sorte de méta-jeu questionnant le joueur sur les mécanismes du jeu en question, et, accessoirement, lui offrant un coup d’œil dans les coulisses. Ici aussi, il est possible d’arriver dans des salles dépourvues d’autres fonctions que de montrer la genèse d’&lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt;. D’amusantes zones bonus. Après tout, si l’un des buts est de quitter le labyrinthe, l’autre consiste aussi à compléter la carte de l’antichambre au fur et à mesure de la résolution des énigmes (une carte pas avare d’impasses et de passages non-euclidiens).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Serait-on un rat de laboratoire dans le labyrinthe&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien entendu, tout tient à la chute, et si &lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; ne semble guère dévoiler une intrigue au travers de ses énigmes, révélons simplement que la fin projette le joueur hors du dédale, pour une conclusion étonnante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; se caractérise par une ambiance des plus particulière&amp;nbsp;: visuellement, le jeu opte pour une apparence brute de décoffrage, minimaliste au possible. Des couloirs blancs, des couleurs hyper-saturées, pas d’ombrages. La musique – de l’ambient et du «&amp;nbsp;field recording&amp;nbsp;» – achève de propulser le joueur dans une autre dimension…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=4275582425/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/artwork=small/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 400px; height: 439px;&quot;&gt;Antichamber by Siddhartha Barnhoorn&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Brillant et énervant, radical et cérébral, &lt;em&gt;Antichamber&lt;/em&gt; se mérite, mais offrira à qui accepte de s’y aventurer une bonne dizaines d’heures de malaxage de cellules grises.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>7 comme 7</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/10/03/7-comme-7" rel="alternate" type="text/html" title="7 comme 7" />
      <id>urn:md5:cbf05dc96e7ee5e1121ac90705c257b9</id>
      <published>2017-10-03T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-10-03T10:48:21+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol7-7-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol7-7-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'Abécédaire repart pour un nouveau tour, placé cette fois sous l'ombre du nombre 7. Et quoi de mieux pour commencer que le récent roman(s) de Tristan Garcia, précisément titré &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Au programme de ce roman(s) couronné par le Prix du Lundi 2016&amp;nbsp;: jeux de miroirs et thèmes sciencefictifs…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;7, Tristan Garcia. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;la Blanche&amp;nbsp;», 2015. GdF, 576 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Voici près de quarante ans, George Perec publiait le colossal &lt;strong&gt;La Vie, mode d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’emploi&lt;/strong&gt;, ouvrage sous-titré «&amp;nbsp;roman&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Un pluriel de bon aloi, tant le texte conjugait les récits au fil d’un puzzle littéraire édifié sous contraintes et truffé de références. En 2015, Tristan Garcia a publié à son tour un livre sous-titré «&amp;nbsp;romans&amp;nbsp;» au pluriel&amp;nbsp;: le présent &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;A14988.indd&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-7-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De Tristan Garcia, je n’avais jusqu’alors lu que &lt;strong&gt;Les Cordelettes de Browser&lt;/strong&gt; (2012), roman qui m’avait laissé une impression mitigée&amp;nbsp;: on aurait dit de la SF à ambition littéraire écrite par un amateur sincère de SF mais étrangement régurgitée &amp;nbsp;; quelque part, ce n’était pas éloigné des romans de Christophe Carpentier chez P.O.L. (&lt;strong&gt;Chaosmos&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Le Mur de Planck&lt;/strong&gt;), qui m’avaient fait une impression similaire – bref, ces &lt;strong&gt;Cordelettes&lt;/strong&gt; m’avaient tout sauf convaincu. Et puis arrive &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;, épais livre composé de sept romans (techniquement, six longues nouvelles et un roman), couronné par le Prix du Lundi 2015 et le Prix du Livre Inter 2016, qui a éveillé ma curiosité. Car ici aussi, en dépit de la couverture crème de la collection blanche de Gallimard et du sybillin texte de 4e de couverture, on a affaire à de la science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier récit, «&amp;nbsp;Hélicéenne&amp;nbsp;», est narrée par un dealer pas tout à fait sorti des années 80. De manière fortuite, il entre en contact avec un étrange trio&amp;nbsp;: sous couvert de faire du théâtre, Laurianne, Milan et Émilien ont mis au point une drogue d’un genre particulier, l’hélicéenne. Son effet principal&amp;nbsp;: de la même manière que le TimeCapsule sur Mac OS permet de récupérer son ordinateur à un état antérieur, cette drogue permet de remettre au jour la personne que l’on était &lt;em&gt;x&lt;/em&gt; années plus tôt. Effets secondaires&amp;nbsp;: chiasse et légère accoutumance. Et tant pis si le sujet ne souvient pas avoir ce qu’il a expérimenté lorsque l’effet de la drogue se dissiple. Et notre narrateur de devenir celui qui va écouler cette substance à la bonne société parisienne… Une introduction réussie, à la fois hantée par la jeunesse perdue et l’inanité de cette quête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le temps fait lui aussi l’objet du deuxième récit, «&amp;nbsp;Les Rouleaux de bois &amp;nbsp;». Le narrateur est un musicien dont le groupe de new wave a connu une petite gloire dans les années 80 grâce à un tube inespéré. Sauf que notre narrateur &lt;em&gt;sait&lt;/em&gt; qu’il ne sait pas du tout comment l’idée de la mélodie de cette chanson lui est venue. Et voilà qu’il rencontre un drôle de bonhomme qui prétend que cette mélodie a été inventée par son oncle… quatre ans avant que le narrateur écrive sa chanson. Et il peut le prouver. Mais il se pourrait bien que la mélodie en question soit plus ancienne. Peu à peu, le narrateur sombre dans l’obsession alors qu’il tente de percer le mystère. S’interrogeant sur les affres de la création, la novella se lit sans déplaisir (mais on lui préfèrera sans ambages «&amp;nbsp;Des étoiles vues dans la pierre&amp;nbsp;» de Lucius Shepard).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sanguine&amp;nbsp;» nous présente Visage, mannequin au corps parfait. Indémodable, la reine de beauté continue de régner tant elle ne semble jamais vieillir. À l’exception d’un petit triangle de peau au niveau du cou, aussi minuscule que laid. Lors d’une retraite au vert, elle fait la rencontre d’un individu défiguré&amp;nbsp;: ses traits ne sont qu’une masse sanguinolente. L’homme lui indique qu’il est son antithèse&amp;nbsp;: chaque dommage qu’il s’inflige au visage contribue à la magnificence de Visage. Mais l’inverse est possible aussi… Un postulat assez classique pour, probablement, le texte le moins réussi de &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; on devine l’auteur peu à son aise dans la description du monde de la mode. Le texte se voudrait vif et clinquant, il demeure pataud.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve une même dichotomie dans «&amp;nbsp;La Révolution permanente&amp;nbsp;», quoique d’un ordre différent&amp;nbsp;: Hélène, une syndicaliste vieillissante, blasée par les renoncements de ses collègues, se met à avoir des absences lors desquelles elle arpente, pareille à un fantôme, un Paris où a eu lieu en 1973 la révolution qu’elle appelait de tous ses vœux – une France communiste. Du côté de ses amis et camarades, l’autre réalité a opéré un jeu de chaises musicales. Mais qu’est-il advenu d’Hélène dans ce rêve d’un monde divergent&amp;nbsp;? Si le thème n’a rien de fondamentalement novateur, l’ambiance mélancolique et les personnages sont réussis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si dichotomie il y a dans «&amp;nbsp;L’Existence des extraterrestres&amp;nbsp;», elle se situe entre la «&amp;nbsp;Prose&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;Mystère&amp;nbsp;», entre le monde normal et le délire imaginé par Marlon et Héloïse Chevallier, jeune couple d’ufologues. L’histoire est racontée par Moon, le jeune frère de Marlon, embarqué à son corps défendant dans l’aventure. Il y a longtemps, leurs parents se sont comme évaporés, après s’être épuisés à persuader leurs confrères férus d’ufologie d’une hypothèse absolument démente&amp;nbsp;: ceux qui cessent de croire aux extraterrestres disparaissent. Qu’en est-il vraiment&amp;nbsp;? Si on peut deviner la chute, la fin de ce texte passablement glauque réserve ses surprises.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concluant la première moitié de &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;Hémisphères&amp;nbsp;» raconte le quotidien d’un «&amp;nbsp;contrôleur de Principes&amp;nbsp;». Dans un futur pas si distant, les humains se regroupent par opinions et croyances dans des hémisphères, parfois subdivisés en sous-hémisphères. Amusante à sa manière, la novella ne recèle que peu de surprises pour qui se souvient de «&amp;nbsp;Orbites instables dans la sphère des illusions&amp;nbsp;» de Greg Egan. (L’auteur connaît ses classiques, car il citera plus avant dans &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; les noms de l’auteur australien et celui de Ted Chiang.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les six premières premières novellas de &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; semblent jouer sur la forme du cercle&amp;nbsp;: chacune d’entre elles pourrait être représentée par un motif circulaire. Des cercles concentriques pour «&amp;nbsp;Hélicéenne&amp;nbsp;», une spirale pour «&amp;nbsp;Les Rouleaux de bois&amp;nbsp;», un motif façon Yin-Yang pour « Sanguine&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;La Révolution permanente&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Hémisphères»&amp;nbsp;: des cercles de différentes tailles dans un cercle plus vaste. Mais pourquoi s’arrêter à la forme du cercle&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Hémisphères&amp;nbsp;» indique bien que le lecteur n’est en possession que d’une moitié des éléments, et si les six novellas possèdent des thématiques communes, rien ne semble vraiment les relier entre elles, hormis quelques lieux ou la mention du tube des années 80 évoqué dans «&amp;nbsp;Les Rouleaux de bois&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et arrive «&amp;nbsp;La Septième&amp;nbsp;», septième partie, elle même divisée en sept chapitres, qui occupe pas loin de la moitié de &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;J’attendais le sang et le sang ne venait pas.&lt;br /&gt;
À l’âge de dix ans, j’ai commencé à envisager la forte probabilité que j’étais devenu mortel.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À l’âge de sept ans, le narrateur subit des saignements de nez incontrôlables. Amené dans à l’hôpital du Val-de-Grâce, il rencontre un jeune homme, Fran, qui affirme l’attendre parce qu’il est «&amp;nbsp;celui qui saigne&amp;nbsp;». Et qui prétend au narrateur que celui-ci est immortel. Le narrateur hésite à croire ce Fran, mais bon, pourquoi pas. Adolescent, il rencontre Hardy, jeune femme pleine de vie et ils vivent ensemble leurs premiers émois lorsque le contexte socio-politique menace de dégénérer. Plus tard, une fois mariés, ils s’établissent en province. Ils ont des enfants. Hardy meurt d’un cancer. Le narrateur vieillit&amp;nbsp;: l’immortalité, ouais, ouais, c’est ça. Et il meurt… Pour mieux renaître et recommencer la même existence. Sauf que, cette fois, il se souvient de sa précédente vie. Et il va tout faire pour retrouver Fran et Hardy. Et recommencer. Et recommencer encore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ses vies, le narrateur comprend que son existence est liée de près à Fran et Hardy. Il va tout connaître, tout faire, tout vivre, du saint au salaud, du révolutionnaire au messie, au long d’un parcours ressemblant à une montagne russe. Mener la révolution. Recommencer. Encore. Et en fin de compte, à quoi bon&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La Septième&amp;nbsp;» forme une superbe novella qui s’empare avec brio du thème rebattu de l’immortalité, cette dernière ayant l’apparence d’un éternel recommencement. Chaque existence a ses constantes – les protagonistes et le déroulé global du contexte – et ses différences – essentiellement le parcours et les choix du narrateur –, produisant un joli jeu de miroirs. Surtout, lors de la sixième existence, le lien avec les six précédents récits finit par apparaître pour mieux les éclairer sous un autre jour – un nouveau jeu de miroirs, déformants cette fois. Mais la dernière existence vient semer le doute dans l’esprit du narrateur, partant, celui du lecteur. Dommage qu’elle se termine de manière… bon, un peu foireuse.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;G00423_7_Romans.indd&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol7-7-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien construit, bien pensé, &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; s’avère un plaisir de lecture. Et s’il y a un point sur lequel le lecteur de SF pourra chipoter, c’est&amp;nbsp;: pourquoi se livre n’est pas publié dans une collection de genre&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; a le goût, l’odeur et l’apparence de la science-fiction &amp;nbsp;; mieux, il s’agit clairement de science-fiction, et pas en toc. Drogue de jouvence, artefact anachronique, lien mystérieux entre les traits de deux individus, univers divergents, ufologie et extraterrestres, sortes de monades, et pour finir immortalité&amp;nbsp;: chacun des textes composant &lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; possède son argument science-fictif, exploité adroitement, formant matière à réflexion. Sûrement quelque personne trop bien intentionnée aura estimée que ce roman était trop intelligent pour qu’ils soit laissé aux amateurs d’aliens et de combats spatiaux. (Enfin bon, ce n’est pas comme si c’était la première fois.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Firefly</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/09/20/Firefly" rel="alternate" type="text/html" title="Firefly" />
      <id>urn:md5:bc8ccde1da48a7e4a0eb7039966274e3</id>
      <published>2017-09-20T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-09-20T17:23:55+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On ne compte plus les séries annulées avant leur terme… Mais s’il y a bien &lt;em&gt;une&lt;/em&gt; série entre toutes dont l’annulation au terme d’une demi-saison rime avec frustration, c’est &lt;strong&gt;Firefly&lt;/strong&gt;, créée par Joss Whedon. La première diffusion de &lt;strong&gt;Firefly&lt;/strong&gt; remonte à maintenant quinze ans, et bien des spectateurs en sont restés orphelins. L'anniversaire de la série donne le prétexte parfait pour s'y replonger, et s'intéresser également aux suites de &lt;strong&gt;Firefly&lt;/strong&gt; sur grand écran et comic books…&lt;/p&gt; &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Lost my love, lost my land&lt;br /&gt;
Lost the last place I could stand…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On ne compte plus les séries annulées avant leur terme&amp;nbsp;: on peut citer les cas récents de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/19/The-Lone-Gunmen&quot;&gt; &lt;em&gt;The Lone Gunmen&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; (spin-off raré de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; bon, c’était mérité), de la paranoïaque &lt;em&gt;Utopia&lt;/em&gt;, de l’historico-paranoïaque &lt;em&gt;Manhattan&lt;/em&gt;, de la funky &lt;em&gt;The Get-Down&lt;/em&gt; et de la pansexuelle &lt;em&gt;Sense8&lt;/em&gt;, séries arrêtées au bout d’une ou deux saison. Mais s’il y a bien &lt;em&gt;une&lt;/em&gt; série entre toutes dont l’annulation au terme d’une demi-saison rime avec frustration, c’est &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt;. La première diffusion de &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt; remonte à maintenant quinze ans, et on en reste un peu orphelin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-logo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-logo.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Créée par Joss Whedon, déjà à l’origine de&lt;em&gt;Buffy contre les vampires&lt;/em&gt; quelques années plus tôt, &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt; offre un mélange de space opera et de western, avec un humour et une tendresse incroyables, et aurait certainement pu devenir l’une des séries majeures de science-fiction des années 2000. Si du moins on lui en avait donné le temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La série a été diffusée par la Fox à l’automne 2002, d’une manière qu’on qualifiera poliment d’absurde. La chaîne aurait-elle voulu saborder la série qu’elle ne s’y serait pas prise autrement. Peu satisfaite par le pilote, la Fox a choisi de commencer la diffusion par l’épisode 2 avant d’enchaîner sur l’épisode 3… puis l’épisode 6. Quant au pilote, le véritable épisode 1, il a été diffusé en onzième position… juste après l’épisode final 14. Quant aux épisodes 11, 12 et 13, ils n’ont jamais été diffusés aux USA. Allez comprendre l’arc narratif dans de telles conditions…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-dvd.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-dvd_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et l’histoire justement&amp;nbsp;? Dans quelques siècles d’ici&amp;nbsp;: après l’épuisement des ressources de la Terre («&amp;nbsp;the Earth that was&amp;nbsp;»), l’humanité s’est exilée dans un nouveau système solaire – un système plutôt complexe, car il semble comprendre plusieurs étoiles et une belle quantité de planètes, dont une grande partie a bénéficié d’une terraformation. Les choses n’ont pas beaucoup changé pour autant&amp;nbsp;: il y a toujours des oppresseurs et donc des oppressés. De fait, un relatif équilibre a eu cours pendant un temps, les planètes extérieures de ce système stellaire conservant leur indépendance, jusqu’à ce que l’Alliance, formée des colons de descendances américaine et chinoise, décide d’appliquer la même politique partout et annexe ces planètes extérieures sans trop leur demander leur avis. S’ensuit une féroce guerre entre les indépendantistes – les «&amp;nbsp;Browncoats&amp;nbsp;» – et l’Alliance, qui se solde par la victoire de cette dernière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous voici en 2517, quelques années après la fin de ce conflit. Ancien « Browncoat&amp;nbsp;», Malcolm Reynolds (Nathan Fillion) est le capitaine d’un petit vaisseau de classe Firefly, le &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;, avec lequel il fait du convoyage de marchandises entre les planètes extérieures – le plus loin possible de l’Alliance. Le nom du vaisseau ne doit rien au hasard&amp;nbsp;: la bataille de Serenity Valley, à laquelle a pris part Malcolm, est celle qui a signé la défaite des Browncoats (en flashback dans l’épisode 1). Il y a là du passif… L’équipage comprend, outre Malcolm Reynolds, sa seconde, l’efficace et pragmatique Zoey (Gina Torres), dont le mari, l’adorable Hoban Washburne (Alan Tudyk), tient le manche à balai du &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;. Dans la salle des machines, il y a la jeune et délurée Kaylee (Jewel Staite). Et comme on a toujours besoin de gros bras, le mercenaire Jayne Cobb (Adam Baldwin) est là pour ça… tant qu’on le paye, faut pas déconner, hé. Sans oublier la charmante Inara Serra (Morena Baccarin), une «&amp;nbsp;compagne&amp;nbsp;», c’est-à-dire une courtisane de luxe, qui loue l’une des deux navettes du &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;. Le huitième épisode, «&amp;nbsp;La Panne&amp;nbsp;», revient sur la constitution progressive de l’équipage, sous forme de flashbacks alors que Mal est seul à bord d’un &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; à la dérive dans l’espace.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-crew1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-crew1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-crew1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-3&quot;&gt;De gauche à droite : Adam Baldwin, Summer Glau, Sean Maher, Nathan Fillion, Morena Baccarin, Gina Torres, Alan Tudyk, Jewel Staite et Ron Glass&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’histoire débute quand le &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; se pose sur la planète Persephone, après avoir pillé un vaisseau abandonné. Tout en tentant de négocier le recel des marchandises dérobées auprès d’une vieille connaissance que les scrupules n’étouffent guère, Malcolm se retrouve à accepter des «&amp;nbsp;Nouveaux Passagers&amp;nbsp;» – qui donnent leur titre à cet épisode –, à savoir un vieux pasteur, Derrial Book (Ron Glass), et un jeune médecin, Simon Tam (Sean Maher), qui garde avec lui une caisse volumineuse dont il ne se sépare guère. Une fois le &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; dans l’espace, Tam se retrouve à dévoiler le contenu de la caisse&amp;nbsp;: le corps, plongé en hibernation de sa sœur, River (Summer Glau). Et il s’avère que la jeune femme a quelques soucis, le moindre d’entre eux étant d’être parfaitement asociale et émotionnellement instable, un autre étant qu’elle est recherchée par l’Alliance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil des aventures de l’équipage de Malcolm, le personnage de River Tam va servir de fil rouge… d’autant que l’Alliance va envoyer à ses trousses des types pas franchement sympathiques – en particulier un chasseur de prime coriace ou un Opérateur aussi impavide que dangereux. Dans « Intrusion&amp;nbsp;», lorsque l’équipage du &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; infiltre un hôpital, on en apprend davantage sur les capacités de la jeune femme. L’Alliance n’est pas le seul ennemi&amp;nbsp;: le troisième épisode, «&amp;nbsp;Pilleurs d’épaves&amp;nbsp;», confronte l’équipage du &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; aux Ravageurs, ces féroces maraudeurs dégénérés qui hantent l’espace et dont il est déconseillé de croiser le chemin si l’on tient à sa santé et son intégrité physique — parce que, au fait, ce sont des cannibales.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-vaisseau.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-vaisseau.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Serenity, vaisseau de classe Firefly 03-K64&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Entretemps, Malcolm Reynolds aura prouvé que, s’il a beau être un contrebandier de l’espace, il n’en est pas moins pourvu d’un cœur (« L’Attaque du train&amp;nbsp;» le voit renoncer à une rentrée d’argent pour mieux aider des démunis) et qu’il sait demeurer fidèle à ses anciens compagnons de route («&amp;nbsp;Le Message&amp;nbsp;» raconte comment il ramène le corps d’un défunt frère d’arme à ses proches).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Située dans un futur relativement distant, la série se permet aussi quelques délicieux aspects rétro&amp;nbsp;: dans «&amp;nbsp;Le Duel&amp;nbsp;», Mal doit se battre dans un duel à l’ancienne&amp;nbsp;; dans «&amp;nbsp;Sains et saufs&amp;nbsp;», les contrebandiers se retrouvent à jouer aux cowboys… avec un troupeau de vaches. Plus tard, « Mission secours&amp;nbsp;» assume pleinement son aspect western, lorsque l’équipage du &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; protège les femmes d’un bordel contre un caïd local, dans la plus pure tradition far-west.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On rencontre de loin en loin quelques personnages récurrents, comme Saffron, jeune femme à l’opulente poitrine qui, à la suite d’un quiproquo impliquant une obscure coutume, se déclare l’épouse de Malcolm Reynolds, et qui s’avère loin d’être l’ingénue qu’elle veut paraître («&amp;nbsp;La Femme du commandant&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; sa trajectoire l’amène cependant à finir comme un «&amp;nbsp;Déchet précieux&amp;nbsp;». L’odieux chef du crime organisé, Adelei Niska, après le tour que lui a joué Mal dans «&amp;nbsp;L’Attaque du train&amp;nbsp;», revient et cherche à se venger dans «&amp;nbsp;Histoires anciennes&amp;nbsp;», un épisode où River révèle de terrifiantes aptitudes de combat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les tensions entre River et le reste de l’équipage du &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; atteignent leur comble lors de l’ultime épisode, «&amp;nbsp;Objet volante identifié &amp;nbsp;». De fait, la jeune femme peut réellement représenter un danger pour autrui&amp;nbsp;; River elle-même se sent en porte-à-faux avec Mal et les autres. Mais un chasseur de prime débarque à bord du &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;, dans le but de kidnapper River. Après bien des échaufourées, l’épisode se termine par la résolution des conflits. Et&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Well… here I am.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et voilà. Savoir que l’histoire ne se poursuit pas au terme de ce quatorzième épisode produit un sentiment de frustation exacerbé. La série ne se termine certes pas sur un cliffhanger insoutenable, mais, pour le spectateur s’étant pris d’amitié pour les personnages, il en reste une profonde déception. La série commençait tout juste à montrer son potentiel &amp;nbsp;; du stade «&amp;nbsp;c’est sympa&amp;nbsp;», elle se préparait à passer au stade «&amp;nbsp;hé, c’est vraiment &lt;em&gt;bien&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Et *pouf*, c’est la fin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-wash-dinos.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-wash-dinos.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-wash-dinos_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Wash et ses dinos&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-operative.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-operative.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-operative_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'Opérateur&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une annulation d’autant plus dommage que &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt; se distingue par plusieurs qualités. La première et non la moindre réside dans son équipage &amp;nbsp;: du roublard Malcolm Reynolds, loser magnifique ne sacrifiant jamais ses idéaux, à l’ingénue Kaylee en passant par l’odieux Jayne (sans oublier la très fiable Zoe, et Wash et ses dinosaures en jouets), Joss Whedon propose une galerie de personnages, dont les relations vont bien sûr évoluer au fil des épisodes. Un écheveau un brin archétypal mais des plus attachants. Les neuf acteurs principaux sont au meilleur de leur forme, et l’alchimie régnant entre eux est réelle. Quant aux personnages secondaires ne sont pas en reste, comme Saffron (Christina Hendricks), arnaqueuse de première qui s’amourache de Malcolm, ou bien l’Opérateur, cet efficace agent au service de l’Alliance. Joss Whedon est plutôt doué pour gérer des groupes de personnages et leur dynamique&amp;nbsp;; Firefly le prouve, au même titre que &lt;em&gt;Buffy&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Avengers&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-crew2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-crew2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-crew2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Autre qualité notable&amp;nbsp;: la cohérence de l’univers (pardon&amp;nbsp;: le ‘verse) mis en place. Décors et costumes y contribuent. C’est bien simple, on veut bien y croire, à ce système stellaire et ses habitants. Pas d’artifices comme l’hyperespace&amp;nbsp;: les vaisseaux se déplacent tous à vitesse infraluminique… et, surtout, n’émettent aucun son dans l’espace (voilà qui satisfera ceux qu’énervent les rugissements d’astronefs dans le vide). Et quand il y a une atmosphère pour porter le son&amp;nbsp;: qu’importe si la plupart des planètes extérieures ont toutes une apparence sèche et poussiéreuse – cela s’explique par le fait que ledites planètes n’ont pas bénéficié de terraformation poussée. La cohérence s’applique aussi à la culture&amp;nbsp;: l’Alliance consistant en un mélange de culture américaine/occidentale et chinoise, de nombreux termes chinois sont venus enrichir le vocabulaire (sans oublier quelques jurons bien typiques&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;this gorram [something]&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-verse.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-verse.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-verse_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le 'verse&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un petit mot sur le vaisseau &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: comme dans bon nombre de &lt;em&gt;space operas&lt;/em&gt;, l’astronef a une importance cruciale dans l’ambiance générale (on pense au &lt;em&gt;Millenium Falcon&lt;/em&gt;, mais aussi au XB 982 de &lt;em&gt;Val&lt;/em&gt;&lt;em&gt;érian et Laureline&lt;/em&gt;), et il acquiert une véritable présence, avec une géographie palpable – le décor construit en deux parties (étage supérieur, étage inférieur) y contribue grandement.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-vaisseau-plan.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-vaisseau-plan.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-vaisseau-plan_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De plus, l’ambiance mêlant western et space opera fonctionne parfaitement&amp;nbsp;; l’inoubliable générique, bel hymne à la liberté, en forme l’exemple parfait. De fait, les space operas sont souvent considérés comme des westerns situés dans l’espace, et rien n’est plus vrai avec &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt;. Certes, l’originalité de la chose n’a rien de foudroyant, mais l’atmosphère, l’humour plein d’un doux second degré et les personnages font passer à l’arrière-plan les éventuels défauts de la série (notamment son petit budget).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« There's no place I can be&lt;br /&gt;
Since I've found Serenity »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Parfois, les séries injustement annulées ont bénéficié d’une mobilisation des fans leur permettant une conclusion (&lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; en particulier, qui a bénéficié d’une troisième saison, et, plus récemment, &lt;em&gt;Sense8&lt;/em&gt; , qui devrait avoir un double épisode conclusif), ou, leur réputation aidant, d’un retour tardif sur les écrans (&lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;, pour des résultats pour le moins discutables). Les appels des fans auprès de la Fox n’y a rien fait, la série n’est pas allée au-delà de son quatorzième épisode. Au fil des années, en guise de lot de consolation, on a pu revoir les acteurs principaux dans d’autres séries ( &lt;em&gt;Castle&lt;/em&gt; pour Nathan Fillion, &lt;em&gt;Hannibal&lt;/em&gt; pour Gina Torres, et surtout &lt;em&gt;Con-Man&lt;/em&gt; d’Alan Tudyk, où l’interprète de Walsh propose une version romancée et pastiche de sa vie d’acteur post-&lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire de &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt; aurait pu s’arrêter là, avec une communauté de fans vivant sur la nostalgie de cette série trop vite annulée. Sauf que non. Joss Whedon est allé toquer à la porte des studios Universal et leur a demandé de produire un long-métrage, qui permettrait de mettre un point final à la série. Du moins, des points de suspension.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tourné entre 2003 et 2004, &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; conclut donc la plupart des pistes narratives laissées ouvertes. Le film débute peu de temps après la fin de la série&amp;nbsp;: Derrial Book a quitté le vaisseau, et Simon Tam exprime son envie de partir à son tour en compagnie de River, après une violente dispute avec Mal Reynolds. Néanmoins, les événements prennent un tour inattendu&amp;nbsp;: une crise de River amène l’Opérateur à revenir dans le jeu. De fil en aiguille et de piège en piège, le &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; se rapproche d’une planète oubliée, Miranda. L’origine des Ravageurs et les méfaits de l’Alliance y seront révélés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Long de deux heures, &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; est une aventure consistante, qui tire partie de son joli budget. On pourra toutefois regretter que la fraîcheur et le côté gentiment cheap de la série se soient un peu perdus en chemin. Il n’empêche&amp;nbsp;: sans être flamboyant, le long-métrage demeure de qualité. Un goût de cendre imprègne la fin du film, avec la disparition de deux des personnages principaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et, encore une fois, l’histoire ne s’arrête pas avec le générique de fin de &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-rpg.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/firefly-rpg.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2005, pour les amateurs de jeux de rôle désireux de continuer à explorer le ‘verse, &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; est sorti chez Margaret Weis Productions, et a été suivi de plusieurs suppléments. En 2014, c’est un autre jeu de rôle, &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt;, qui est sorti chez le même éditeur, avec une mécanique de jeu différente. (Mais, n’ayant joué ni à l’un ni l’autre, je ne peux rien faire de plus qu’en signaler l’existence.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-comics1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-comics1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est aussi en 2005 que les premiers comics estampillés &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; ont commencé à paraître chez Dark Horse, éditeur de comics spécialisé dans la poursuite de séries télé annulées). Le premier hardcover, titré &lt;em&gt;Those left behind&lt;/em&gt; (2007&amp;nbsp;; scénarios de Joss Whedon et Brett Matthews, dessins de Will Conrad), contient une histoire en trois épisodes. Celle-ci fait le lien entre la série et le film &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;. Et… bon, c'est bien son seul intérêt&amp;nbsp;: l'histoire met Malcolm Reynolds en prise avec un revenant, tiré de l'épisode 1 de la série TV, lors d'une chasse au trésor sur les lieux d'une ancienne bataille. Sympathique, sans que cela donne envie de crier au génie. Le ton de l’histoire rappelle celui de certaines nouvelles d'Eric Brown, en particulier sa série de nouvelles &lt;strong&gt;Salvage&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-comics2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-comics2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième hardcover, titré &lt;em&gt;Better Days &amp;amp; other stories&lt;/em&gt; (2008 &amp;nbsp;; scénarios de Joss Whedon et Brett Matthews, dessins de Will Conrad), contient quatre histoires. La première et la plus longue, «&amp;nbsp;Better Days&amp;nbsp;», se situe chronologiquement quelque part entre la série TV et le comic &lt;em&gt;Those left behind&lt;/em&gt;, et qualitativement dans la même lignée. Une histoire de contrebande et de bien mal acquis, avec quelques passages assez réjouissants (lorsque les personnages livrent leurs fantasmes s'ils devenaient du jour au lendemain extrêmement riches). Un bon moment de lecture, qui approfondit les personnages, et qui n'est pas plombé par la volonté de faire absolument le lien entre la série TV et le film. Les deux histoires suivantes, «&amp;nbsp;The Other Half&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Downtime&amp;nbsp;», sont très courtes (une petite dizaine de pages chaque), et sont d'un intérêt assez limité — montrer que River Tam peut s'avérer super bad-ass… mais ça, on le savait déjà. Enfin, «&amp;nbsp;Float Out&amp;nbsp;» est la première histoire à s'aventurer après les événements du film &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;. Indécis quant au nom à donner à leur vaisseau spatial, trois individus partagent leurs souvenirs de Wash. Un autre bon moment de lecture.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-comics3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-comics3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Shepherd's Tale&lt;/em&gt; (2010&amp;nbsp;; scénario de Joss Whedon et Zach Whedon, dessins de Chris Samnee), comme son titre l'indique, se penche sur le personnage du pasteur Derrial Book. Dans la série, l'individu est du genre mystérieux&amp;nbsp;: il fait preuve d'une connaissance étonnante en matière d'armes à feux et de compétences de combat à mains nues, inattendues chez un homme d'église. Ce &lt;em&gt;Shepherd's Tale&lt;/em&gt; entreprend donc de raconter, à rebours, par flashbacks successifs, l'histoire du pasteur. Qui n'a pas toujours été pasteur. Et qui ne s'est pas toujours appelé Derrial Book. Et c'est plutôt agréable à suivre, avec un background étoffé. Le dessin est plaisant, en ne s'obligeant pas à demeurer hyper fidèle aux traits des acteurs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-comics4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-comics4_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après trois titres sympathiques mais marquant le pas du côté de l’avancement de l’intrigue, les scénaristes ont décidé de faire avancer celle-ci. &lt;em&gt;Leaves on the Wind&lt;/em&gt; (2014&amp;nbsp;; scénario de Zach Whedon, dessins de Georges Jeanty) reprend donc les choses en main, les six épisodes de la mini-série se déroulant peu de temps après les événements du film &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt;. Mal Reynolds se cache, Zoey panse ses blessures et River est désormais derrière les manettes du vaisseau. Tandis que les médias débattent de la véracité des informations dévoilées par Mal, l’Alliance cherche à remettre la main sur River, notamment avec l’aide d’un revenant. Or, l’occasion se présente lorsque le &lt;em&gt;Serenity&lt;/em&gt; doit rejoindre un hôpital… Dans le même temps, le mouvement de la Nouvelle Résistance veut à tout prix retrouver Mal, et, pour ce faire, fait appel à un autre revenant… Si l’aventure met un peu de temps à démarrer – le temps de montrer les nouvelles relations existant entre les personnages –, elle évite cependant de tomber dans le fan-service de base. Surtout, au lieu de proposer une conclusion à tout &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt;, le comic ouvre un nouvel arc narratif. Une histoire bonus de dix pages termine le volume&amp;nbsp;: l’intérêt réside surtout dans les dessins de Fabio Moon que dans l’intrigue, minimale.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;firefly-comics5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.firefly-comics5_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La conclusion de &lt;em&gt;Leaves on the wind&lt;/em&gt; mène tout droit à &lt;em&gt;No power in the &lt;/em&gt;&lt;em&gt;‘verse&lt;/em&gt; (2017&amp;nbsp;; scénario de Chris Roberson, dessins de Georges Jeantt), nouvelle mini-série en six épisodes qui tient son titre d’une phrase prononcée par River Tam dans l’épisode « Histoires anciennes&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;No power in the ‘verse can stop me&amp;nbsp;», déclare-t-elle après avoir occis trois hommes de main les yeux fermés. Bref &amp;nbsp;: River est donc ici l’objet de toutes les attention, surtout auprès des personnes l’ayant éduqué et fait d’elle ce qu’elle a été (et pourrait bien redevenir). Quant à Mal, il entre en contact avec une certaine Mericourt, afin de libérer l’une des têtes pensantes de la Nouvelle Résistance. Mais cette Mericourt a des buts bien précis, au coût humain un peu trop élevé pour Mal. Là aussi, le volume s’achève par une histoire bonus, dix pages au dessin très disneyien, où River raconte un conte… où l’on reconnait sans peine l’histoire de Zoe et Wash. Aussi mignon que charmant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant l’intrigue générale, &lt;em&gt;Leaves on the wind&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;No power in the &lt;/em&gt;&lt;em&gt;‘verse&lt;/em&gt; ont le mérite de faire avancer l’histoire, mais partagent les mêmes défauts&amp;nbsp;: des dessins au trait parfois discutable, des personnages principaux n’étant que l’ombre de ce qu’ils étaient dans la série et des nouveaux arrivants peu mémorables. C’est sympa, mais on ne vibre plus de la même manière. L’ensemble paraît surtout destiné à un public de fans (dont l’auteur de ces lignes) ne voulant pas lâcher l’affaire. La fin de &lt;em&gt;No power in the &lt;/em&gt;&lt;em&gt;‘verse&lt;/em&gt; semble diriger &lt;em&gt;Firefly&lt;/em&gt; vers une conclusion, qui pourrait advenir d’ici quelques mini-série&amp;nbsp;: à savoir, la fin de l’Alliance. Qui sait quels seront les tours et détours scénaristiques y menant&amp;nbsp;? On verra…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, où que mène la suite, on saura gré à Joss Whedon d’avoir créé, en une petite quinzaine d’épisodes, l’une des séries les plus sympathiques du petit écran.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« And you can't take the sky from me. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/o-sp68GjYL0?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 16 septembre 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/09/18/Journal-d-un-homme-des-bois-16-09-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 16 septembre 2017" />
      <id>urn:md5:cc6e9a9206dda04514842ea87bdfe261</id>
      <published>2017-09-18T11:56:00+02:00</published>
              <updated>2017-09-18T11:57:02+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170916-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170916-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il est une question que je me pose, ces derniers temps, avec une certaine insistance&amp;nbsp;: pourquoi me suis-je mis à composer et enregistrer de la musique instrumentale relevant, plus ou moins, de genres ou courants comme l’ambient ou le minimalisme, voire de la musique atonale ou de la musique concrète&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Francis Valéry nous évoque la réponse à cette question…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour Claude Rich&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien le bonjour,&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il m’arrive de plus en plus souvent de me demander pourquoi je fais ce que je fais. Par «&amp;nbsp;pourquoi&amp;nbsp;» je n’entends pas «&amp;nbsp;dans quel but&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» mais plutôt «&amp;nbsp;pour quelle raison&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Ce qui m’intéresse, c’est d’identifier la raison, la cause, l’éventuel élément déclencheur. Le fait glissade – voire le fait précipice… comme l’écrivait André Breton. Ainsi, il est une question que je me pose, ces derniers temps, avec une certaine insistance&amp;nbsp;: pourquoi me suis-je mis à composer et enregistrer de la musique instrumentale relevant, plus ou moins, de genres ou courants comme l’ambient ou le minimalisme, voire de la musique atonale ou de la musique concrète&amp;nbsp;? Alors que toute ma vie, j’ai été guitariste et bassiste, et ai exploré avec acharnement et passion les voies du folk, du rock, du jazz… ainsi que les chemins de traverse passant d’une de ces voies à l’autre. Certes, je me suis intéressé en tant qu’auditeur à quantité d’autres expressions musicales – y compris à tout ce qui était davantage porté par les claviers que par les instruments à cordes – mais je ne les ai jamais pratiquées. Ou si peu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le 21 juillet de cette année, alors qu’on venait d’annoncer le décès survenu la veille de l’acteur Claude Rich et que la télévision diffusait, au journal de 20 heures, un bref extrait des &lt;em&gt;Tontons flingueurs&lt;/em&gt;, de Georges Lautner, la réponse m’est apparue avec une remarquable évidence…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170916-clauderich.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170916-clauderich.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans ce film, sorti en salles le 27 novembre 1963, Claude Rich incarne le personnage d’Antoine Delafoy, le fiancé de la jolie Patricia sur laquelle Lino Ventura, l’un des «&amp;nbsp;tontons&amp;nbsp;» du titre et non le moindre, est désormais supposé veiller. Or, Antoine Delafoy n’a rien pour plaire au tonton&amp;nbsp;! Ce dernier, en effet, a la psychologie d’un pitbull dans un corps de catcheur poids lourd. Il n’est pas là pour le plaisir mais pour s’occuper de la bonne éducation de sa «&amp;nbsp;nièce&amp;nbsp;» et de la bonne marche du business d’arnaques en tout genre dont elle vient d’hériter (et dont elle ignore bien entendu la vraie nature&amp;nbsp;!). À l’inverse, Antoine est un jeune homme insouciant et fêtard, fauché comme les blés mais confiant en sa bonne étoile, qui ne s’intéresse à rien d’autre dans la vie qu’à ses recherches musicales. Un artiste&amp;nbsp;! En voyant ce film à la télévision, sans doute vers 1968 ou 1969, à l’époque où, gamin, je commençais tout juste à jouer de la guitare et de l’harmonium, j’avais été littéralement fasciné par Antoine et sa manière d’appréhender la création musicale – et de la pratiquer à l’aide d’un amoncellement d’objets hétéroclites, la plupart suspendus au plafond, dont il usait pour produire des sons. Bien entendu, son personnage était ultra-caricatural – mais je ne le réalisai que des années plus tard, en revoyant le film. Le propos des auteurs était à l’évidence de se moquer de ce que l’on appelait à l’époque la «&amp;nbsp;musique concrète&amp;nbsp;» et qui était considérée au mieux comme une fumisterie à porter au crédit, si l’on peut dire, de pseudo-intellectuels aux trois quarts cintrés. Nul doute que ce dernier avis était celui de «&amp;nbsp;tonton&amp;nbsp;» Lino dans le film. Seulement voilà, l’enfant que j’étais prit le personnage au &lt;em&gt;premier&lt;/em&gt; degré&amp;nbsp;: la bonne humeur et la joie de vivre d’Antoine m’apparaissaient comme très enviables, son positionnement entre avant-garde et rébellion contre le « bon goût&amp;nbsp;» de la bourgeoisie éclairait un chemin que je brûlais d’envie d’emprunter moi aussi, du haut de mes treize ou quatorze ans. Quelle manière fascinante de faire de la musique&amp;nbsp;! Et quelle musique&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout le personnage d’Antoine Delafoy se résumait dans une réplique fameuse &amp;nbsp;: après que Lino Ventura l’a dérangé en pleine séance de création, il s’insurge en lui reprochant de lui avoir fait manquer de peu « l’anti-accord absolu&amp;nbsp;» et, sur un ton méprisant, le traite d’«&amp;nbsp;homme-singe» &amp;nbsp;! La scène est hilarante – comme nombre de scènes de ce film, adapté d’un roman d’Albert Simonin, avec des dialogues éblouissants de Michel Audiard. Et les acteurs sont tous parfaits. En particulier Claude Rich qui, en dépit de son âge réel (né en 1929 il a 34 ans à l’époque) incarne de manière très convaincante un homme supposé beaucoup plus jeune, au point de faire figure de «&amp;nbsp;grand frère&amp;nbsp;» au gamin que j’étais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la pratique, il m’est apparu assez rapidement que ce type de musique que l’on pourrait qualifier de «&amp;nbsp;bruitiste&amp;nbsp;» ne prend son sens qu’une fois passée par un studio d’enregistrement. Il faut collecter les sons, les traiter, les mélanger, les positionner dans l’espace. C’est une écriture qui n’a rien à voir avec celles des musiques tonales ou modales. Je disposais à l’époque d’un magnétophone à cassettes très rudimentaire, avec lequel je pouvais enregistrer une piste à la fois (stéréo, toutefois, mais cela n’apportait pas grand-chose). Quand j’ai récupéré un vieux magnétophone à bande, j’ai commencé à faire des re-recordings sommaires – c’est-à-dire que j’enregistrais quelque chose avec un magnéto, puis je le diffusais sur un ampli tout en produisant/jouant une deuxième partition, le second magnéto enregistrait alors l’ensemble&amp;nbsp;; je pouvais ensuite recommencer le processus et ajouter, à chaque fois, une partition supplémentaire… si ce n’est que le procédé permet surtout de superposer les bruits de fond des deux appareils, jusqu’à ce que l’on n’entende plus que cela&amp;nbsp;! Dommage, car j’avais commencé à construire des petits dispositifs sonores transistorisés – tels ces bongos électroniques à jouer avec le bout des doigts, dont &lt;em&gt;Le Haut-Parleur&lt;/em&gt; (mon père l’achetait régulièrement) avait publié les plans. Et j’avais appris à utiliser un générateur basse-fréquence emprunté dans l’atelier d’électronique de mon père, pour jouer &lt;em&gt;glissando&lt;/em&gt; à la manière d’un Théremin ou d’Ondes Martenot – je pensais explorer des territoires inconnus, car je n’avais alors jamais entendu parler de ces deux instruments&amp;nbsp;! Hélas, j’avais bien trop peu de matériel pour produire quelque chose au minimum audible. Et puis personne dans mon entourage ne voyait l’intérêt de mes «&amp;nbsp;pitreries&amp;nbsp;» sonores&amp;nbsp;! Et c’est donc ainsi que j’ai continué l’apprentissage de la guitare et de l’harmonium, dans ma petit chambre mansardée cloisonnée dans une partie du grenier, et que je ne suis pas devenu un pionnier de la musique électronique…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais je n’ai jamais oublié Antoine Delafoy et il m’apparaît aujourd’hui évident qu’il est la raison pour laquelle je suis devenu un musicien « électronique&amp;nbsp;» – certes sur le tard mais quelle importance&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 7 septembre 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/09/08/Journal-d-un-homme-des-bois-07-09-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 7 septembre 2017" />
      <id>urn:md5:8fec23e9bd681ad8ad2be982ec8789d8</id>
      <published>2017-09-08T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-09-08T11:07:44+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170908-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170908-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry nous donne de ses nouvelles… musicales, avec la parution sur son label Terre Profonde de &lt;strong&gt;Autumnal Meanderings on the Lake Geneva Shoreline&lt;/strong&gt;, nouvel opus de The Yama Otoko Project.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien le bonjour,&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce billet pour annoncer la parution d’un troisième CD sur le micro-label &lt;em&gt;Terre Profonde&lt;/em&gt;, dans la même démarche de «&amp;nbsp;gratuité responsable&amp;nbsp;» que les deux précédents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/04/25/Journal-d-un-homme-des-bois-22-04-2017&quot;&gt;&lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de &lt;em&gt;The Yama Otoko Project&lt;/em&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/12/Journal-d-un-homme-des-bois-04-07-2017&quot;&gt;&lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; du &lt;em&gt;MountainMan&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Autumnal Meanderings on the Lake Geneva Shoreline&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Flâneries d’Automne sur les rives du lac de Genève&lt;/em&gt;)&lt;/strong&gt; est un nouvel opus de &lt;em&gt;The Yama Otoko Project&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170908-disque.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170908-disque.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;A l’occasion d’un long séjour en Suisse romande, notre ami s’est promené chaque jour sur les berges du lac Léman, entre Montreux et Genève, avec dans sa besace un enregistreur numérique et un cahier de musique. Certaines matinées furent inspirantes&amp;nbsp;: un peu, beaucoup… d’autres pas du tout. A l’arrivée de l’hiver, ce brave Yama Otoko s’est retrouvé avec une vingtaine de petites mélodies ou de simples ambiances qu’il restait à finaliser en studio, avec les instruments habituels&amp;nbsp;: claviers et guitares. Les &lt;em&gt;Flâneries&lt;/em&gt; sont donc au nombre de vingt, elles portent pour titres les dates où elles ont émergé des rivages embrumés et magiques du lac…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour être tout à fait honnête, ce descriptif d’un projet très «&amp;nbsp;conceptuel &amp;nbsp;» relève de la fiction&amp;nbsp;! Cela &lt;em&gt;aurait pu&lt;/em&gt; se passer comme ça – et nous aurions trouvé cela fort joli. Mais plus prosaïquement, les vingt flâneries dérivent en réalité d’une partie des motifs utilisés dans l’accompagnement (musique et bande son) d’une lecture partiellement théâtralisée de &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_Zacharius_ou_l%27Horloger_qui_avait_perdu_son_%C3%A2me&quot;&gt; «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Maître Zacharius&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; , la nouvelle de Jules Verne. Retour à l’été 2015&amp;nbsp;: de juin à septembre de cette année-là, je suis quasiment enfermé dans mon studio pour composer et enregistrer un long poème symphonique, qui fut édité en octobre 2015 sous la forme d’un double CD, sur le micro-label MindTheGap Records et proposé en ligne sur le site Bélial.fr. Deux ans plus tard, j’ai eu envie d’en réaliser une version purement instrumentale, déconnectée du texte et ramenée à une durée normale pour un CD de musique. Je n’ai pas fait qu’enlever la voix&amp;nbsp;! Ce projet a demandé un énorme travail de tri parmi les près de huit cents fichiers enregistrés conservés en archives. Des parties ont été réenregistrées, des pistes nouvelles ont été ajoutées. Il a fallu enfin tout remixer et ce ne fut pas toujours très simple&amp;nbsp;! Mais je ne suis pas mécontent du résultat final qui vaut, j’ose le croire, le temps et l’énergie qui lui ont été consacré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Anita, ma compagne – qui est également musicienne et joue de la vielle à roue sur deux des &lt;em&gt;Flâneries&lt;/em&gt; – m’a fait remarquer que, dans l’ensemble, les morceaux étaient plutôt courts, voire trop courts&amp;nbsp;: je commence à mettre en place des ambiances et, le temps que l’auditeur s’y installe, le morceau s’achève et ce parfois non sans frustration. C’est sans doute vrai. Dans la version originale, ces ambiances duraient car elles portaient la voix – qui tenait le premier rôle. J’ai trouvé que ces ambiances dans leur forme longue, risquaient de tourner en rond et de finir par lasser l’auditeur. Je n’ai pas voulu remplacer la voix par des mélodies originales, car cela aurait relégué mes ambiances au rôle de simple décor, de toile de fond. Je voulais les donner à entendre pour elles-mêmes. Et je voulais que tout cela tienne sur un seul CD au lieu de deux. J’ai donc fait le choix de réaliser des versions courtes avec des mixages shuntés. J’espère que cela sera perçu comme un bon choix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme les précédentes productions du label &lt;em&gt;Terre Profonde&lt;/em&gt;, ce CD est disponible sur simple demande. Libre à vous, après l’avoir écouté – et peut-être apprécié – de faire un geste pour soutenir ce travail et me permettre, tout simplement, de produire d’autres CDs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant la suite de nos petites excentricités, &lt;em&gt;MountainMan&lt;/em&gt; travaille sur un nouveau CD qui contiendra une dizaine de chansons, pour moitié des titres écrits et composés dans les dix/quinze dernières années et restés dans mes classeurs, pour moitié des chansons très récentes. Trois morceaux à ce jour sont en boîte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Martin&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», une ritournelle médiévalisante avec monocorde et tambourin, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Politicien&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», une sorte de &lt;em&gt;protest song&lt;/em&gt; à la française, enregistrée «&amp;nbsp;live&amp;nbsp;» avec guitare acoustique et harmonica, et «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Quand je me suis levé ce matin&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», un blues rapide des plus classiques, avec uniquement des guitares (électrique, acoustique, slide et basse). Le &lt;em&gt;MountainMan&lt;/em&gt; continue de payer son tribut à toutes les musiques qu’il aime et a aimées&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Yama Otoko Project&lt;/em&gt; travaille quant à lui sur un CD de musique «&amp;nbsp;bruitiste&amp;nbsp;», réalisé à partir de sons captés dans la nature, avec des micros contact et des hydrophones (des micros qui enregistrent sous l’eau), ou produits avec des dispositifs maison comme des «&amp;nbsp;arbres à son&amp;nbsp;». Quelque chose d’assez expérimental qui ne conviendra pas à toutes les oreilles&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, &lt;em&gt;BodhGaïa&lt;/em&gt; a une grosse envie de composer une sorte de symphonie spatiale – un très long morceau relevant de ce que l’on appelait, quand nous étions jeunes, de la «&amp;nbsp;musique planante&amp;nbsp;» (entre Tangerine Dream et Terry Riley, en somme…). Aujourd’hui, on dira plutôt «&amp;nbsp;musique méditative&amp;nbsp;» pour faire davantage tendance&amp;nbsp;!&amp;nbsp;;o))&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces petites occupations, ainsi que le travail au jardin et la poursuite de l’aménagement de mon studio-bureau-bibliothèque, remplissent allègrement mes journées. Et c’est fort bien ainsi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;A part cela, nos coordonnées n’ont pas changé&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Francis Valéry, 3, lieu-dit Le Canton, 33620 CUBNEZAIS&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Adresses e-mail&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;mailto:terreprofonde33@gmail.com&quot;&gt;terreprofonde33@gmail.com&lt;/a&gt; (pour le courrier uniquement)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;mailto:terre.profonde@gmail.com&quot;&gt;terre.profonde@gmail.com&lt;/a&gt; (pour les virements Paypal)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et il n’y a toujours pas de téléphone…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170908-projet.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170908-projet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170908-projet_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Z comme Zukunftsmusik</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/31/Z-comme-Zukunftsmusik" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zukunftsmusik" />
      <id>urn:md5:fb291fc0a931d9c6d27576348e7ef337</id>
      <published>2017-08-31T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-08-31T15:34:25+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelle sera la musique du futur&amp;nbsp;? On se pose la question avec &lt;strong&gt;Zukunftsmusik&lt;/strong&gt;, dernier album en date de l'Allemand DJ Hell, un disque où flottent les ombres de Kraftwerk et de John Carpenter. Le futur se trouve-t-il dans le passé&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Zukunftsmusik, DJ Hell (International Deejay Gigolo Records, 2017). 15 morceaux, 72 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Imaginer ce que peut être la musique du futur est un exercice amusant. Au cinéma, certains réalisateurs s’y sont essayés&amp;nbsp;; je ne veux pas parler des films ayant une musique futuriste, mais bien des films où l’on entend la musique qui sera jouée dans le futur. Ce qui met d’emblée hors-jeu &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;, l’histoire se situant, rappelez-vous, «&amp;nbsp;il y a bien longtemps&amp;nbsp;». Tant pis donc pour&lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=axZemDfcfX8&quot;&gt;ceci&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=LJ_rN-1BQJA&quot;&gt;cela&lt;/a&gt;. Mais dans le futur, on continuera à se rendre à l’opéra, y compris dans l’espace, à seule fin d’y &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=4MR6D7tL38U&quot;&gt; entendre une diva bleutée &lt;/a&gt; . Dans l’avenir du &lt;em&gt;Starship Troopers&lt;/em&gt; de Paul Verhoeven, on écoute encore David Bowie&amp;nbsp;: la chanteuse Zoë Poledouris (fille de) effectue &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=JOwtI8nLXIc&quot;&gt; une reprise de «&amp;nbsp;I’ve never been to Oxford Town&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; du Thin White Duke, lors de la scène du bal de promotion (à partir de 2’00&quot; sur la vidéo). Plus proche de nous, dans l’adaptation par Alfonso Cuaron des &lt;em&gt;Fils de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Homme&lt;/em&gt;, le personnage de Jasper &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=BUq4P-v4BMs&quot;&gt; écoute ainsi une musique qu’il qualifie de «&amp;nbsp;zen&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; . Le post-apo n’a rien de bon&amp;nbsp;: le personnage joué par Jean Reno dans &lt;em&gt;Le Dernier Combat&lt;/em&gt; écoute sur K7 des trucs assez abominables (pas réussi à trouver d’extrait, désolé).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté littéraire, l’écrivain de SF allemand Hans Dominik (dont j’évoquais le roman &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/19/M-comme-Die-Macht-der-Drei&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; ) a publié en 1921 une nouvelle intitulée «&amp;nbsp;Zukunftsmusik&amp;nbsp;» dans la collection de livres jeunesse Das Neue Universum. La nouvelle y raconte l’exploitation future de l’énergie atomique. En réalité, le terme a été forgé en 1860 par Richard Wagner dans un essai du même nom, publié en français sous le titre &lt;em&gt;La Musique de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’avenir&lt;/em&gt;. Le musicien allemand y expose ses vues sur l’opéra. Mais le présent se consacre non pas à ce texte mais à l’album éponyme de DJ Hell, cinquième du musicien, paru il y a quelques mois.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-z-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-z-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;DJ Hell est le pseudonyme de Helmut Josef Geier, musicien bavarois. L’occasion de se souvenir que, dans la langue de Ralf Hütter et de Richard Wagner, «&amp;nbsp;hell&amp;nbsp;» signifie «&amp;nbsp;lumineux/clair/vif&amp;nbsp;» et non pas «&amp;nbsp;enfer&amp;nbsp;» (qui se dit «&amp;nbsp;Hölle&amp;nbsp;»). Ce qui n’empêche pas notre DJ de jouer sur cette ambiguité et de proposer, dans certains disques, un titre comportant «&amp;nbsp;Hell &amp;nbsp;» («&amp;nbsp;My Life Is Hell&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Hellracer&amp;nbsp;», les deux «&amp;nbsp;Inferno&amp;nbsp;» du présent disque). Assez peu prolifique, DJ Hell n’a publié que cinq albums en près de vingt-cinq ans de carrière, et le présent &lt;em&gt;Zukunftsmusik&lt;/em&gt; fait suite au double &lt;em&gt;Teufelswerk&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;l’œuvre du diable&amp;nbsp;») datant de 2009.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Zukunftsmusik&amp;nbsp;: la musique du futur&amp;nbsp;? Quelle est-elle&amp;nbsp;? À cette question, DJ Hell propose non pas une mais quinze propositions de réponses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier morceau surprend&amp;nbsp;: long de l’ambiance survoltée de &lt;em&gt;Teufelswerk&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/T6EPweb0gxw&quot;&gt;«&amp;nbsp;Anything, Anytime&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est une ballade triste, à l’ambiance pesante. Le futur n’est plus ce qu’il était.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://youtu.be/3E-9GlCA-jk&quot;&gt;«&amp;nbsp;Car, Car, Car&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; se caractérise par sa mélodie ample et sa voix vocodorisée débitant un manifeste à l’ironie pince-sans-rire, à la gloire de la voiture.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;A car is a car&lt;br /&gt;
It drives you near or far&lt;br /&gt;
It transports us to all kinds of places&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et on sait que la voiture, en Allemagne, c’est sacré – qu’on se souvienne de «&amp;nbsp;Autobahn&amp;nbsp;» de Kraftwerk. Le clip présente une collection de voitures du futur&amp;nbsp;: des véhicules au look rétro dont la plupart sont dépourvues de portières et de roues (et parfois d'habitacles)&amp;nbsp;: hé, c'est la musique du futur, et dans le futur, on se téléportera. Musicalement, le morceau ressemble à la rencontre de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk&quot;&gt;Kraftwerk&lt;/a&gt; et de Dopplereffekt (groupe issu… de Detroit, comme son nom ne l'indique pas).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/QBie1EQBFEQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On croit à nouveau entendre Kraftwerk un peu plus loin, sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=jCoas26vmt4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Wir reiten durch die Nacht&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;nous cavalons à travers la nuit&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;: les voix passées au vocoder, forcément. Mais un Kraftwerk rencontrant cette fois un émule de Vangelis. Toujours au rang des rencontres plus ou moins improbables, le bref interlude &lt;a href=&quot;https://youtu.be/MXGiKMeXnLo&quot;&gt;«&amp;nbsp;I Want My Future Back&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; évoque celle entre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/10/T-comme-Tomorrow-s-Harvest&quot;&gt; Boards of Canada &lt;/a&gt; (les synthés désaccordés) et de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt; John Carpenter &lt;/a&gt; (les notes obsédantes), au fond d’un vieux bar. Tout est possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au milieu de tout ça, on entend &lt;a href=&quot;https://youtu.be/MsGbx9C3R7s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Army of Strangers&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, une pop-song mélancolique, aux cordes qui montent en puissance. Lorsque DJ Hell cesse de chuchoter à la moitié du morceau pour enfin donner de la voix, on croit entendre des échos de David Bowie – période berlinoise. Forcément (je me répète.).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://youtu.be/oareUlGI-gI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Inferno, Pt. 1&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, interlude mélancolique et atmosphérique, forme une introduction à une succession de morceaux inquiets. De fait, une ambiance lourde pèsue sur &lt;a href=&quot;https://youtu.be/nRWjg-z7MKw&quot;&gt;«&amp;nbsp;High Priests of Hell&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, où s’entremêlent des voix (en français, en anglais et d’autres langues encore). Peu à peu, le morceau vire au cauchemar (ces grognements hargneux qui surgissent à la moitié du morceau). À peine moins angoissé, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/ie5aQlAw8zg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Guede&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est une longue cavalcade au rythme effréné sur laquelle vient se poser un saxophone hanté. Un saxo qui s’attarde sur &lt;a href=&quot;https://youtu.be/bixkCybXIWE&quot;&gt;«&amp;nbsp;2 Die 2 Sleep&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, le genre de morceau blême, signifiant que la fête est finie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ou pas. Tellement pas. Car voici &lt;a href=&quot;https://youtu.be/d7wCAJ3V--E&quot;&gt;«&amp;nbsp;I Want U&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, morceau qui tabasse et qui vient rappeler que, lorsqu’il s’agit de faire s’agiter les cheveux et le reste du corps, DJ Hell sait s’y prendre (comme &lt;em&gt;Teufelswerk&lt;/em&gt; le prouvait amplement). C’est con, c’est bête, c’est efficace. Que celui qui ne se surprend pas à agiter sa tête/ses pieds en rythme se dénonce. On appréciera tout particulièrement le clip, qui donne vie aux dessins de Tom of Finland. Pour qui ne connaît pas (ce qui était mon cas), il s’agit d’un illustrateur finnois reconnu pour ses représentations fétichistes de mecs über-virils — bûcherons, flics, cowboys –, dessins qui ont fortement influencé la culture gay. Yep, «&amp;nbsp;I Want U&amp;nbsp;» fleure bon la testostérone et autres substances corporelles mâles. Suit &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cwGQpjztncQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;K-House&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, moins rentre-dedans et doté d’une atmosphère plus cinématographique, avec un sentiment d’inéluctabilité (et on repense encore à John Carpenter). Cette ambiance filmique se poursuit dans &lt;a href=&quot;https://youtu.be/d7wCAJ3V--E&quot;&gt;«&amp;nbsp;Inferno, Pt. 2&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, autre bref intermède.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/d7wCAJ3V--E?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://youtu.be/MSr5MTXIBWk&quot;&gt;«&amp;nbsp;Wild at Art&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est un nouveau titre dansant, porté par une mélodie (digne de Kraftwerk, on y revient encore). Sur &lt;a href=&quot;https://youtu.be/cXoVLEA1V1E&quot;&gt;«&amp;nbsp;Mantra&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, morceau le plus long de l’album avec ses neuf minutes, on entend une voix prononcé quelque prière «&amp;nbsp;Ooom&amp;nbsp;». Obsédant et hypnotique&amp;nbsp;: le morceau pourrait durer le double que cela ne poserait pas de problème (et dire que ce n'est rien qu'un morceau bonus). Changement de style&amp;nbsp;: l’album s’achève avec &lt;a href=&quot;https://youtu.be/M3jrIE3RKmk&quot;&gt;«&amp;nbsp;With U&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, pastiche d’electro-pop assez immédiat et aux paroles simples («&amp;nbsp;Alone with you / What could be better?&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelle est la musique du futur&amp;nbsp;? À en juger par cet album, elle a un œil dans le rétroviseur, tant on entend ici des sonorités datant des décennies précédentes. On pourrait même parler de rétrofuturisme pour&lt;em&gt;Zukuntsmusik&lt;/em&gt;, album bien loin de l’ambiance clubbing de &lt;em&gt;Teufelswerk&lt;/em&gt;. Loin des recherches abstraites d’ &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt; Autechre &lt;/a&gt; , DJ Hell recombine ses influences (Kraftwerk en tête) en une sorte de disque-hommage-bilan. Et c’est réussi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Y comme Young Marble Giants</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/29/Y-comme-Young-Marble-Giants" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Young Marble Giants" />
      <id>urn:md5:4d415c7957e0386b1655c67a81cf28b0</id>
      <published>2017-08-29T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-08-29T11:11:14+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la lignée spirituelle de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/10/T-comme-Tomorrow-s-Harvest&quot;&gt;Boards of Canada&lt;/a&gt;, on tend une oreille vers &lt;strong&gt;Colossal Youth&lt;/strong&gt;, l'unique album du groupe de post-punk gallois Young Marble Giants. D'antiques statues grecques, une musique minimaliste, raide et touchante…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Colossal Youth, Young Marble Giants (Rough Trade, 1980). 15 chansons, 38 minutes.&lt;br/&gt;
The Final Day EP, Young Marble Giants (Rough Trade, 1980). 3 chansons, 6 minutes.&lt;br/&gt;
Testcard EP, Young Marble Giants (Rough Trade, 1981). 6 instrumentaux, 10 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On évoquait récemment Boards of Canada et l’aspect très bricolé de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/28/O-comme-Old-Tunes&quot;&gt; leurs premières compilations sur cassettes audio &lt;/a&gt; . Il ne faudrait pas non plus oublier les Young Marbles Giants, groupe pas moins secret et à l’existence bien plus brève. De fait, ce trio gallois, fondé en 1978 et composé d’Alison Statton (chant) et des frères Moxham (Philip à la basse&amp;nbsp;; Stuart à la guitare et à l’orgue), a sorti un unique album, une poignée d’EP, avant de se séparer en 1981. Après cette trajectoire météoritique, les musiciens ont suivi leur carrière, chacun de son côté – notamment Alison Statton, qui a oeuvré au sein de différentes formations au cours des années 80 et 90 (avant de devenir chiropracticienne, selon Wikipédia).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-y-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-y-cover_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-y-k7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-y-k7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-y-k7_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce seul album de Young Marble Giants s’intitule &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt;. Avec un tel nom et un tel titre, impossible de ne pas penser aux kouroï, ces statues de jeunes hommes provenant de la Grèce archaïque (on y reviendra plus bas). Il semblerait qu’avant le LP &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt;, il y ait eu une cassette, autoproduite par le groupe, portant le même titre et comportant une partie des chansons figurant sur le LP, mais faute de l’avoir sous la main… ce billet se focalisera sur le LP.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des statues grecques, donc. De fait, les quinze chansons composant &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt; se caractérisent justement par un son assez raide et guindé, quasi hiératique, mais empli d’une fraîcheur bienvenue. Le son de Young Marble Giants, c’est cette boîte à rythme artisanale, cet orgue Wurlitzer au son aigrelet, cette basse squelettique, et la voix claire d’Alison Statton. S’il faut coller des étiquettes, celle de «&amp;nbsp;post-punk&amp;nbsp;» est généralement celle que l’on attribue à ce trio, quoiqu’il ait peu en commun avec le désespoir suintant des chansons de Joy Division ou le rock goguenard de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/25/Q-comme-q-are-we-not-men-a-we-are-devo&quot;&gt; Devo &lt;/a&gt; . La musique ici est dépouillée, portée par le chant, apaisé et distant, parfois spectral, d’Alison Statton.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ballade inquiète sur un amant inconnu qui ne vient pas, «&amp;nbsp;Searching for Mr Right&amp;nbsp;» introduit l’album de la plus belle des manières. Minimale au possible, douce et hantée, la chanson fait effet de bout en bout. Toutes celles qui suivent sont à l’avenant, reposant sur les mêmes ingrédients musicaux frustres et un sens mélodique inouï.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/OvDMn5EgPBM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs chansons reposent sur un usage intensif de l’orgue Wurlitzer&amp;nbsp;: le mélancolique &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=gum2uUoauXQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Taxi&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=JZ-J5z6RfsI&quot;&gt;«&amp;nbsp;n.i.t.a.&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; où l’orgue fait office de drone jusqu’à un final légèrement inquiétant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=CdagFx5_cRo&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Man Amplifier&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et sa ritournelle. Un titre est d’ailleurs dédié à l’instrument&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=8xob9tLR18s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Wurlitzer Jukebox&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, obsédant. Et c’est un morceau instrumental, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=uyGllqATfnY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Wind In The Rigging&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, qui vient conclure &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une mélodie pareille à un triste générique de fin, sur laquelle se superposent des fragments captés à la radio.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourquoi faire long&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Less is more&amp;nbsp;» semble être le mot d’ordre de bon nombre de groupes de la même époque, souhaitant trouver l’efficacité dans la concision et couper court aux excès du rock alternatif. Young Marble Giants ne fait pas exception, et les chansons composant &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt; comptent entre deux et trois minutes («&amp;nbsp;n.i.t.a.&amp;nbsp;», la plus longue, dure 3’30&quot;). Quant aux paroles, elles tiennent souvent sur un timbre-poste, telle &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=lTHckSzjNaE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Salad Days&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; au milieu de la face B:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Think of salad days&lt;br /&gt;
They were folly and fun&lt;br /&gt;
They were good, they were young&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Salad Days&amp;nbsp;»)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-y-ep1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-y-ep1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deux EP enrichissent la discographie de Young Marble Giants. Le premier, &lt;em&gt;The Final Day&lt;/em&gt; (1980), en dépit de son titre, semble être paru avant &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt;. L’acte fondateur de Young Marble Giants&amp;nbsp;? La pochette de l’EP représente précisément un kouroï, et le revers précise&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Colossal statue of a youth&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Suit un bref texte&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Young marble giants greeted the sailo from Cape Sounion as he entered the home stretch to Athens. Two basic institutions of Greek art – tensed vitality and geometric structure – are as yet disunited: the sculptor partly carves, partly maps an abstract concept of humane form on the rectangular block.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Peut-on y voir une déclaration d’intention pour la musique du trio&amp;nbsp;? Au fil des trois chansons que comptent cet EP (l’étrangement enjouée &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=rB8ymBZwgOE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Final Day &amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, la rêche &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=xYeGdaarSk0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Radio Silents&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et l’étonnante &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zwGXYKhFRSY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Cakewalking&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), Statton et les frères Moxham proposent aussi des chansons tout juste esquissées, quasiment des improvisations… mais d’une inspiration folle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-y-ep2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-y-ep2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru l’année suivant &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt; (1981, donc), l’EP &lt;em&gt;Testcard &lt;/em&gt;est un disque qui va davantage dans la concision&amp;nbsp;: le disque dure dix minutes, et des six morceaux, quatre comptent moins de deux minutes, et le plus court, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ZIZWb_GCRpM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sporting&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, totalise soixante-dix secondes. La pochette présente le disque comme&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;six instrumentals in praise and celebration of mid-morning television&amp;nbsp;». L’EP commence par l’entraînant &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=NbVHiGDMVRI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Clicktalk&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, enchaîne avec le pataud &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=6ymDLnoSUkA&quot;&gt;«&amp;nbsp;Zebra Trucks&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (chanson «&amp;nbsp;inspired by wildlife documentaries&amp;nbsp;», selon la pochette&amp;nbsp;: comment ne pas penser à nouveau à Boards of Canada&amp;nbsp;?). Sur la face B, on retiendra &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=I-S1BDwof-g&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Clock&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Des instrumentaux donc&amp;nbsp;: Alison Statton semble absente de cet EP (son nom ne figure même pas sur la pochette), et le groupe se séparera cette même année 1981.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et après&amp;nbsp;? En 1991 sort &lt;em&gt;The Peel Sessions&lt;/em&gt;, un disque enregistré lors d’un passage dans l’émission du légendaire animateur John Peel… en août 1980. En 1994, c’est &lt;em&gt;Live at the Hurrah&lt;/em&gt;, enregistrement d’un concert datant de l’automne 1980. En 2000, le label Vinyl Japan a publié un album intitulé &lt;em&gt;Salad Days&lt;/em&gt;, qui contient pour moitié &lt;em&gt;Colossal Youth&lt;/em&gt; et pour moité des faces B. Par la suite, Young Marble Giants s’est reformé en 2006, a donné quelques concerts au fil des années suivantes avant de se séparer définitivement en juin 2016.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être qu’en raison même de son nom, Young Marble Giants était un groupe qui ne devait pas vieillir. Garder intact la fraîcheur de la jeunesse (les musiciens avaient une petite vingtaine d’années au moment des faits) et arrêter avant que tout se flétrisse. Et graver l’essentiel, non dans le marbre mais dans le polychlorure de vinyle. Nous reste donc une trentaine de chansons inoubliables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: tellement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme Xiu Xiu - The Sent-Down Girl</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/25/X-comme-Xiu-Xiu-The-Sent-Down-Girl" rel="alternate" type="text/html" title="X comme Xiu Xiu - The Sent-Down Girl" />
      <id>urn:md5:7fcc89f667699606e0f421ee0a0c770b</id>
      <published>2017-08-25T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-08-25T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce n'est pas David Lynch qui dira le contraire&amp;nbsp;: tout mène à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/27/X-comme-Xiu-Xiu-Plays-the-Music-of-Twin-Peaks&quot;&gt;&lt;strong&gt;Twin Peaks&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Ou en émane. Comme ici, &lt;strong&gt;Xiu Xiu: The Sent-Down Girl&lt;/strong&gt;, première réalisation de l'actrice Joan Chen, interprète de l'inoubliable Josie Packard dans la série culte de Lynch et Frost. Aucune lyncherie ici, mais un drame poignant situé dans les hauts plateaux tibétains au lendemain de la Révolution culturelle chinoise…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Xiu Xiu (Xiu Xiu: The Sent-Down Girl], Joan Chen (1998). Couleurs, 99 minutes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-x-josie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-x-josie_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la lettre X du précédent tour d’alphabet, votre serviteur vous évoquait l’inquiétant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/27/X-comme-Xiu-Xiu-Plays-the-Music-of-Twin-Peaks&quot;&gt;&lt;em&gt;Xiu Xiu Plays The Music of Twin Peaks&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (2016), album où le groupe américain Xiu Xiu reprend d’une manière fort particulière la musique composée par Angelo Badalamenti pour la série de David Lynch et Mark Frost. Là où les choses s’articulent de manière intéressante, c’est que le groupe tire son nom du premier film de l’actrice-réalisatrice sino-américaine Joan Chen, qui interprétait le rôle de l’ambigüe Josie Packard dans &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-x-whitesnake.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-x-whitesnake.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Joan Chen, outre son rôle dans la série-culte, a également joué dans &lt;em&gt;Le Dernier Empereur&lt;/em&gt; de Bernardo Bertolucci ou, plus récemment, la série &lt;em&gt;Marco Polo&lt;/em&gt;, et a réalisé deux films&amp;nbsp;: le présent&lt;em&gt;Xiu Xiu&lt;/em&gt; en 1998, ainsi que, deux ans plus tard, &lt;em&gt;Un automne &lt;/em&gt;&lt;em&gt;à New York&lt;/em&gt; avec Richard Gere et Winona Ryder — le premier y joue un playboy vieillissant qui tombe amoureux d’une jeune femme atteinte d’une maladie incurable; les deux acteurs ont été récompensé par les Razzies Awards 2000 pour le Pire Couple à l’écran. Mais concentrons-nous plutôt sur &lt;em&gt;Xiu Xiu&lt;/em&gt;… Il s’agit ici de l’adaptation d’une nouvelle, inédite en français à ma connaissance, de l’auteure chinoise Geling Yan intitulée «&amp;nbsp;Celestial Bath&amp;nbsp;» dans le recueil &lt;strong&gt;White Snake and Other Stories&lt;/strong&gt;. Un récit sans le moindre élément de genre (vous êtes prévenus).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-x-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-x-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’action débute en 1975, à Chengdu, ville de Chine centrale, en plein lors du «&amp;nbsp;mouvement d’envoi des zhiqing à la campagne&amp;nbsp;» – une formulation française un brin bancale pour désigner cette politique à l’initiative de Mao, visant à envoyer des jeunes citadins à la campagne afin qu’ils apprennent la vie. Wen Xiu, dite Xiu Xiu, âgée de 15 ans, est l’une de ces jeunes filles instruites qui se retrouve envoyée au loin. Si sa famille s’inquiète, elle-même semble plutôt enthousiaste à l’idée de ce changement d’air.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, sur place, la situation n’est pas très réjouissante&amp;nbsp;: les hommes n’ont que peu d’égards pour les femmes, et il arrive que certaines jeunes femmes disparaissent, on ne sait trop comment. Au bout de quelque temps, on confie Xiu Xiu à Lao Jin, gardien d’un troupeau de chevaux. Elle doit apprendre à s’en occuper, et lorsqu’on viendra la chercher, dans six mois de cela, ses supérieurs lui affirment qu’on lui confiera l’encadrement de jeunes femmes. Tibétain bourru menant une existence nomade avec ses chevaux, pour qui il ressent une grande affection, Lao Jin est également un eunuque (lors de l’invasion du Tibet, les siens l’ont émasculé). Lao Jin et la jeune fille se retrouve à partager la même tente, ce qui n’est pas forcément du goût de Xiu Xiu. Finalement, l’un et l’autre finissent par trouver un modus vivendi et même par s’apprécier. Mais au terme des six mois, personne ne vient chercher Xiu Xiu. Au bout de plusieurs jours, la jeune fille comprend que c’est là peine perdue, et un colporteur de passage lui explique qu’il faut avoir une famille riche et influente pour pouvoir acquérir les autorisations de rentrer chez soi. Le père de Xiu Xiu étant un simple tailleur – du genre à coudre des vêtements pour sa fille à partir des chutes qu’il récupère à l’usine –, les choses sont mal engagées d’emblée. Quand on n’a pas d’argent, pas de connaissance, que reste-t-il&amp;nbsp;? Son corps. Et cela va représenter le début de la descente aux enfers de Xiu Xiu.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-x-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-x-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-x-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-x-img2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-x-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-x-img3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le sous-titre anglais, «&amp;nbsp;The Sent-Down Girl&amp;nbsp;», peut ainsi se lire de deux façons. En anglais, ce «&amp;nbsp;mouvement d’envoi des zhiquings à la campagne&amp;nbsp;» se traduit par «&amp;nbsp;Up to the Mountains and Down to the Countryside Movement&amp;nbsp;», Xiu Xiu étant donc «&amp;nbsp;envoyée en bas à la campagne (et pas en haut à la montagne), mais peut également se comprendre comme «&amp;nbsp;Xiu Xiu est envoyée vers les tréfonds&amp;nbsp;». Mais peut-être est-ce là de la surinterprétation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, ça ne rigole pas vraiment dans &lt;em&gt;Xiu Xiu&lt;/em&gt;. L’histoire est narrée a posteriori par un jeune homme, amoureux de Xiu Xiu mais demeuré à Chengdu&amp;nbsp;; assez vite cependant, le film délaisse cet artifice. Et ça ne commence pas si mal pourtant&amp;nbsp;: la première moitié de Xiu Xiu montre la naissance de l’amitié entre la jeune fille et le gardien de troupeau. Elle, sorte de petite princesse, volontiers impertinente, habituée au confort de la ville&amp;nbsp;; lui, mutique mais pas incapable d’affection et de sensibilité pour autant. L’essentiel du long-métrage montre l’évolution de leurs relations, ponctuée par les passages de plus en plus réguliers des colporteurs et autres individus – et les couleurs vivent du début cèdent la place à des tons plus ternes. Xiu Xiu est interprétée par Li Xiaolu, dont il s’agit ici du premier rôle, et qui rend merveilleusement la candeur et l’innocence de sa jeunesse puis ses désillusions cruelles. Quant à Lao Jin, il est joué par Lopsang, dont la carrière n’a pas vraiment décollé par la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’exception de Lao Jin, auquel on pourra rajouter le père de Xiu Xiu et l’amoureux de la jeune fille au début du film, aucun personnage masculin n’est positif dans le long-métrage, et la plupart ne sont rien d’autre que des porcs (y a-t-il une autre expression adéquate&amp;nbsp;?) assouvissant leurs envies de sexe avec un Xiu Xiu vaguement consentante. Lao Jin, personnage tragique, privé de sa virilité (un fusil, ça compense &amp;nbsp;?) et objet de moquerie aux yeux des autres, n’y pourra pas grand-chose. La fin sera tragique et poignante. (À tout le moins pourra-t-on regretter le caractère parfois envahissant de la musique.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En arrière-plan, le contexte politique est évoqué par petites touches&amp;nbsp;: la corruption de ce système d’envoi de jeunes citadins à la campagne, ceux qui se mutilent volontairement pour obtenir plus rapidement une autorisation de retour, la révolte des zhiquings. Des dénonciations par la bande – si le film a eu des difficultés avec le gouvernement chinois, ce serait surtout en rapport avec le tournage au Tibet et non avec le scénario. Bref, l’essentiel se situe dans ces paysages de collines verdoyantes où paissent les chevaux, surplombées par des ciels changeants. Mais même cette nature sauvage ne saura protéger Xiu Xiu de la rapacité des hommes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (mais en cherchant un peu sur YouTube…)&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme The Witness</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/23/W-comme-The-Witness" rel="alternate" type="text/html" title="W comme The Witness" />
      <id>urn:md5:ad27d8c8f1a0bb1b4d1aeed8ed81ef85</id>
      <published>2017-08-23T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-08-23T12:44:53+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on se creuse la tête avec &lt;strong&gt;The Witness&lt;/strong&gt;, jeu d'exploration et d'énigmes dans la lignée du culte &lt;strong&gt;Myst&lt;/strong&gt;… Une île hors du temps, une atmosphère contemplative, et des puzzles, des puzzles, des puzzles…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Witness, Jonathan Blow (Thekla Inc.), 2016.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;C’est peu dire que, dans le domaine vidéoludique, la saga &lt;em&gt;Myst&lt;/em&gt; a marqué votre serviteur. &lt;em&gt;Myst&lt;/em&gt;, son atmosphère magique, son île mystérieuse, ses mondes accessibles via des livres-portails, ses drames familiaux dignes d’une tragédie grecque. Et, surtout, son lot d’énigmes tordues, énigmes vous obligeant à vous creuser le crâne pendant des heures pour comprendre ce qu’il fallait faire. Puis comment le faire. (À moins d’acheter les livres de solutions, du temps où il y avait une place en librairie pour ce genre d’ouvrage.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-w-title.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-w-title.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Witness&lt;/em&gt; , jeu paru début 2016 est issu du cerveau de Jonathan Braid, game designer américain qui s’était fait remarquer en 2008 pour &lt;em&gt;Braid&lt;/em&gt;, petit jeu réinventant le plateformer. Ici, l’inspiration se situe du côté de l’expérience offerte par &lt;em&gt;Myst&lt;/em&gt;, mais pour un résultat différent. Il y a certes une île, il y a certes des puzzles. Mais &lt;em&gt;The Witness&lt;/em&gt; s’avère à la fois moins et plus que cela. Après tout, ce ne pourrait n’être qu’un bête jeu de puzzles, agrémenté de manière un peu gratuite par des décors chatoyants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/bNEhkcPOcpM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Récapitulons. Sans introduction, le joueur (vous, moi) se trouve au fond d’un couloir sombre. Quelques pas et l’on parvient dans une salle close. Le seul moyen d’ouvrir la porte est d’utiliser le panonceau situé à côté&amp;nbsp;: on clique dessus, on comprend qu’il faut relier un point A à un point B, voilà qui est simplissime. Et la porte s’ouvre. Un peu plus loin, voilà le joueur dans un jardin en friche, où serpentent des câbles reliant entre eux d’autres panneaux, à la composition plus sophistiquée – il faut toujours relier un point A à un point B, mais cela à travers une grille-labyrinthe dotée de quelques obstacles. Deux principes apparaissent vite&amp;nbsp;: le trait que trace le joueur ne peut se croiser&amp;nbsp;; chaque labyrinthe possède ses propres règles, que le joueur doit les comprendre. Heureusement, ces puzzles sont pédagogiques&amp;nbsp;: une fois que l’on parvient à sortir du jardin, plusieurs zones d’apprentissages s’offrent au joueur. Ce sont des puzzles, au départ très simples, et dont la difficulté va croissante. Ici, il faut séparer les carrés blancs des carrés noirs&amp;nbsp;; là, ce sont des hexagones qu’il s’agit de cueillir&amp;nbsp;; plus loin, il est crucial de prêter attention à l’environnement pour résoudre le puzzle, que ce soit visuellement… ou auditivement.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-w-lasers.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-w-lasers.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-w-lasers_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une zone au cœur de l’île met à l’épreuve la compréhension acquise par le joueur de l’ensemble de ces mécanismes. Et à chaque résolution d’une zone, un laser est débloqué, son rayon visant le sommet de la montagne. Certes, on peut y aller au forcing&amp;nbsp;: épuiser les possibilités (grâce notamment à cette limitation formée par l’impossibilité du trait de se croiser), et, sur un malentendu, tomber juste. C’est possible, mais long et surtout vain. Le jeu invite à comprendre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-w-puzzles1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-w-puzzles1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-w-puzzles1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Quelques puzzles…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si vous ne comprenez pas, c'est parce que vous n'avez pas été attentif. Cela étant dit, le jeu se révèle parfois d’une difficulté folle – comme lors des grandes heures de &lt;em&gt;Myst&lt;/em&gt; ou surtout &lt;em&gt;Riven&lt;/em&gt;, lorsqu’on se retrouve confronté à une énigme que l’on ne comprend pas (combien de fois ai-je buté dans &lt;em&gt;Riven&lt;/em&gt;, étant totalement passé à côté du fait que le jeu nécessitait l’apprentissage du système numéral des habitants de ce monde — pourtant, là aussi il y avait de la pédagogie). De fait, il y a une satisfaction certaine à &lt;em&gt;comprendre&lt;/em&gt;, à venir à bout d’un puzzle&amp;nbsp;: on comprend confusément ce qu’il faut faire, ou pas, et puis, *hop*, lumière. Ou bien taper dans la barre de recherche de votre navigateur web « the witness soluce&amp;nbsp;». J’avoue avec une certaine honte, j’y ai recouru à plusieurs reprises. Surtout que les énigmes ne s’arrêtent pas aux puzzles&amp;nbsp;: il ne faut pas oublier ces piliers de basalte noir, répartis à travers l’île, et qui forment une autre énigme en eux-mêmes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-w-pillars.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-w-pillars.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-w-pillars_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Pour comprendre les piliers, observer le décor est essentiel.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comprendre&amp;nbsp;: le verbe ne s’applique pas uniquement aux puzzles – sinon, autant proposer une version pour smartphones, graphismes sympas mais minimalistes à l’avenant. Comprendre l’univers mis en place. &lt;em&gt;The Witness&lt;/em&gt; prend soin de proposer un décor superbe&amp;nbsp;: une île, dont les différentes zones sont autant de microcosmes miniatures qui font ainsi coexister un désert et une montagne enneigée, une forêt automnale et une bambouseraie… et un lac, au cœur de l’île, dont la forme est plus signifiante qu’il n’y paraît.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-w-island1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-w-island1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-w-island1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et puis surtout, comprendre le reste&amp;nbsp;: qui est le témoin du titre&amp;nbsp;? Le joueur&amp;nbsp;? De quoi est-il témoin alors&amp;nbsp;? Est-ce lié à ces statues qui parsèment l’île&amp;nbsp;? Des statues d’êtres humains, pour l’essentiel à taille réelle, figé pour certains dans des postures dramatiques et semblant provenir de différentes époques. L’île est déserte mais, à vrai dire, ses habitants éventuels pourraient l’avoir quittée cinq minutes plus tôt&amp;nbsp;: du côté du verger, on trouve ainsi un cabanon, où l’on trouve des esquisses botaniques et une pomme à demi entamée. On pourrait tout aussi bien se trouver dans la version vidéoludique de &lt;strong&gt;Invention de Morel&lt;/strong&gt; d’Adolfo Bioy Casarès, tant cette île paraît hors du temps&amp;nbsp;: le soleil ne bouge pas dans le ciel, mais le temps n’a rien de figé pour autant, car l’eau s’écoule, les feuilles d’arbres tombent… L'intrigue, s'il y en une, est laissée à l'imagination du joueur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans oublier ces sortes de clés USB, égarées çà et là, qui contiennent des messages audio – des extraits de texte signés Tagore ou Einstein. Et sans oublier (bis) ces bunkers, cachés dans l’île, au sein desquels on trouve des codes donnant accès à des vidéos. Quel est le sens de tout cela&amp;nbsp;? Y a-t-il seulement un&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-w-statues.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-w-statues.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-w-statues_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La force de &lt;em&gt;The Witness&lt;/em&gt; est de parvenir à susciter l’interrogation sur, grosso modo, pas grand-chose. Et à faire turbiner nos petites cellules grises pendant quelques heures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: ardu pour les neurones&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme Voyage dans la préhistoire</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/21/V-comme-Voyage-dans-la-prehistoire" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Voyage dans la préhistoire" />
      <id>urn:md5:574eaf4d0c33a68026e59df3420bf67e</id>
      <published>2017-08-21T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-08-21T14:02:15+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après Jan Švankmajer, l'Abécédaire s'intéresse à un autre cinéaste tchèque, un peu plus ancien&amp;nbsp;: Karel Zeman. Son &lt;strong&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/strong&gt; raconte avec bonheur et fraîcheur l'expédition de quatre garçons sur une rivière qui va leur faire remonter le temps, de l'Ère tertiaire jusqu'à l'océan primordial…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Voyage dans la Préhistoire [Cesta do Pravěku], Karel Zeman, 1955. 82 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Notre rétrospective sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/08/08/S-comme-Survivre-a-sa-vie&quot;&gt;Jan Švankmajer&lt;/a&gt; maintenant terminée (du moins, provisoirement&amp;nbsp;: on attend toujours son ultime film &lt;em&gt;Insects&lt;/em&gt;, prévu pour 2018), intéressons-nous maintenant à l’un des cinéastes qui l’a inspiré&amp;nbsp;: Karel Zeman. Tchèque lui aussi, Karel Zeman (1910-1989) a d’abord travaillé dans la publicité – en France puis en Tchécoslovaquie. Ses films publicitaires utilisaient notamment des techniques d’animation, et c’est assez vite qu’il a glissé vers le cinéma, tout d’abord avec un court-métrage, &lt;em&gt;Vánocní sen&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Rêve de Noël&lt;/em&gt;), qui remportera le Grand Prix International du film à scénario du Festival de Cannes, catégorie «&amp;nbsp;court métrage&amp;nbsp;» en 1946. Pas mal pour un début. Par la suite, il va réaliser plusieurs courts-métrages mettant en scène M. Prokouk (neuf courts-métrages au total entre 1946 et 1959, dont six sont sortis avant 1949). Le premier long-métrage de Karel Zeman est une revisitation d’un conte oriental et s’intitule &lt;em&gt;Le Trésor de l’île aux oiseaux&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Poklad pta&lt;/em&gt; &lt;em&gt;čího ostrova&lt;/em&gt;, 1952), mais votre serviteur n’ayant pas réussi à mettre la main dessus, on va passer directement à son deuxième long-métrage : &lt;em&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-v-poster-cz.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-v-poster-cz.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Passionnés par les époques passées, quatre jeunes garçons – Petr, Tonik, Jenda et Jirka – s’embarquent à bord d’un canot et entreprennent de remonter une rivière. Traversant C’est là un étonnant voyage qui les emmène à rebrousse temps. La première étape du périple leur fait d’abord découvrir le paléolithique&amp;nbsp;: c’est l’occasion de croiser un mammouth et d’espérer apercevoir des hommes des cavernes. Suivent les ères tertiaires, secondaires, primaires… et leur lot de créatures antédiluviennes. Unintatherium, stégosaures, cératosaures, lézards du Carbonifère. Le but des quatre explorateurs en culottes courtes est d’atteindre la mer primordiale grouillant de trilobites…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/BDsmV2f3j-c?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dix mots comme en cent, &lt;em&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/em&gt; est une petite merveille.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-v-plutonie.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-v-plutonie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-v-plutonie_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus de soixante ans après sa sortie, ce film reste d’une fraîcheur étonnante. Certes, l’histoire suit une intrigue simple et linéaire, les jeunes acteurs ne sont pas toujours à fond dans leur rôle, on remarque quelques approximations dans la chronologie des ères géologiques… mais ce sont là peu de choses. Ce &lt;em&gt;Voyage…&lt;/em&gt; s’avère des plus plaisant à suivre, célébrant l’esprit d’aventure, la curiosité et la connaissance, l’amitié ainsi que l’ingéniosité. Sans oublier une véritable ambition pédagogique. Les rencontres des quatre garçons avec des créatures préhistoriques évoque, de loin, &lt;strong&gt;Le Monde perdu&lt;/strong&gt; de Conan Doyle. Néanmoins, l’influence de Jules Verne est elle aussi présente&amp;nbsp;: on pense à un mélange de&lt;strong&gt;Deux ans de vacances&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Voyage au centre de la Terre.&lt;/strong&gt; Rien d’étonnant à ce que Zeman ait adapté par la suite plusieurs textes de Verne (&lt;em&gt;L’Invention diabolique&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le Dirigeable vol&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Sur la com&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ète&lt;/em&gt;, inspirés respectivement et plus ou moins librement de &lt;strong&gt;Face au drapeau&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Deux ans de vacances&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Hector Servadac&lt;/strong&gt;). Pour avoir lu &lt;strong&gt;Étoiles rouges&lt;/strong&gt; de Viktoryia et Patrice Lajoye il y a une poignée de jours, le roman &lt;strong&gt;La Plutonie&lt;/strong&gt; (1915) de Vladimir Obroutchev me vient aussi aussi en tête&amp;nbsp;: des explorateurs arrivent dans une Terre creuse par un passage situé au Pôle nord et y découvre une faune préhistorique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui frappe surtout est la qualité des effets spéciaux&amp;nbsp;: le film date quand même de 1955. Ce qui le situe en l’an -38 avant &lt;em&gt;Jurassic Park&lt;/em&gt;. Ici, Zeman mêle les techniques&amp;nbsp;: stop-motion, marionnettes, maquettes et modèles à taille réelle. Le résultat donne des créatures préhistoriques à l’animation étonnamment fluide, aux mouvements rarement saccadés. De quoi égaler Ray Harryhausen&amp;nbsp;? Probablement. De très nombreuses scènes sont filmées en temps réel, plaçant les quatre aventuriers et les créatures sur la même image, sans solution de continuité – vive le &lt;em&gt;matte painting&lt;/em&gt;. Mine de rien, c’est un travail inventif et remarquable. Zeman ne sera pas sans influence sur d’autres cinéastes, Jan Švankmajer en tête.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-v-stego.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-v-stego.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-v-truc.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-v-truc.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-v-poster-en.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-v-poster-en_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Anecdote amusante&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Voyage dans la préhistoire&lt;/em&gt; a connu un montage américain en 1966 (un retard de plus de dix ans, faisant sortir le film trois ans après le fameux &lt;em&gt;Jason et les argonautes&lt;/em&gt; de Ray Harryhausen). Il s’agit du même film de Zeman, mais agrémenté de nouvelles scènes&amp;nbsp;: un prologue et un épilogue situés au Musée américain d’histoire naturelle de New York où, assoupis, les quatre garçons rêvent leur périple. Ce qui change passablement du projet initial, où les jeunes explorateurs se contentent de franchir en canot une grotte et où rien n’indique le caractère fictif de l’aventure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le thème de la rivière comme métaphore du temps se retrouve ailleurs. Les exemples qui me viennent en tête sont des bandes dessinées. D’abord&lt;em&gt;Au-delà des ombres&lt;/em&gt;, cinquième album de la série &lt;em&gt;Thorgal&lt;/em&gt;, où le héros remonte une rivière, et au vu des créatures croisées, comprend qu’il va de plus en plus loin dans le temps. Et aussi&lt;em&gt;La Vallée des eaux troubles&lt;/em&gt;, 11e album de la série &lt;em&gt;Luc Orient&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: en Asie du Sud-est, une vallée reculée voit apparaître dans les eaux de sa rivière des créatures monstrueuses, évoquant par moment des dinosaures (mais en dépit de leur nature bizarre, les apparitions suivent grosso modo l’évolution telle qu’on l’a connue sur Terre). J’en oublie sûrement d’autres exemples pas moins pertinents. Quoi qu’il en soit, le cours d’eau comme métaphore du temps n’est pas récente et remonte peut-être à Héraclite («&amp;nbsp;On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-v-bd.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-v-bd.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Irregardable&amp;nbsp;: au contraire&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Die Unsichtbaren</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/18/U-comme-Die-Unsichtbaren" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Die Unsichtbaren" />
      <id>urn:md5:7e5831ec6d573bcd00af58304977da21</id>
      <published>2017-08-18T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-08-18T11:13:13+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Retour en Allemagne de l’Est, avec sa science-fiction si particulière. On s'intéresse cette fois à &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt; (Les Invisibles), premier roman de Günther Krupkat figurant un premier contact extraterrestre…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Die Unsichtbaren, Günther Krupkat. Verlag Das Neue Berlin, 1958. GdF, 228 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Retour en Allemagne de l’Est et sa science-fiction, avec Günther Krupkat (1905-1990). Auteur berlinois assez prolifique – six romans entre 1956 et 1968 et sept nouvelles –, il a également travaillé comme scénariste, adaptant l’un de ses romans (&lt;strong&gt;Das Gesicht&lt;/strong&gt;, 1958) en un téléfilm ( &lt;em&gt;Das Gesicht&lt;/em&gt;, 1962) et signant un scénario original pour un téléfilm de SF de trois heures (&lt;em&gt;Die Stunde des Skorpions&lt;/em&gt;, 1968). Mais l’objet de ce billet est le premier roman de Krupkat, &lt;strong&gt;Die Unsichtaren&lt;/strong&gt;, dont le titre pourrait se traduire par « Les Invisibles&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici à la fin du mois de décembre de l’an de grâce 1998&amp;nbsp;: le monde entier retient son souffle au moment de passer en 1999. Un monde divisé en deux&amp;nbsp;: d’un côté, le monde libre, avec l’URSS comme leader&amp;nbsp;; de l’autre, les derniers États capitalistes, surnommés les Desperados, avec les USA à leur tête et Basil Varone comme leur sinistre éminence grise. Et dans l’espace, les trois stations spatiales &lt;em&gt;Kosmos I&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;II&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;III&lt;/em&gt; orbitent paisiblement. Deux d’entre elles – &lt;em&gt;Kosmos I&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;III&lt;/em&gt; – sont occupées par des résidents du monde libre&amp;nbsp;; quant à &lt;em&gt;Kosmos II&lt;/em&gt;, elle est détenue par les Desperados. Mais sur Terre, des événements étranges se produisent, comme à Londres, où l’Institut astrophysique reçoit la visite d’un hôte inconnu… et invisible. Au large des Lofoten, c’est un corps étrange, et toute évidence pas véritablement humain, qui a été repêché. Qui est derrière tout ça&amp;nbsp;? L’une ou l’autre grande puissance&amp;nbsp;? Ou autre chose&amp;nbsp;? Ces invisibles semblent avoir à cœur la recherche scientifique. Tandis que les personnages complotent gentiment de leurs côtés, les événements s’accélèrent lorsque les États Unis Socialistes d’Europe lancent deux vaisseaux en direction de la Lune&amp;nbsp;: les curieusement nommés &lt;em&gt;Phobos&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Deimos&lt;/em&gt;. Or, voilà que les Desperados, vraiment désespérés, tentent de saboter la mission&amp;nbsp;: une explosion dans la salle radio des deux vaisseaux, qui se retrouvent en incapacité de communiquer. Qui pourra leur venir en aide&amp;nbsp;? C’est une fusée appartenant à Varone qui décolle, et la pilote rebelle à son bord parvient à sauver la situation. Survient alors la rencontre avec une flottille de sphères argentées, qui accompagnent les cosmonautes sur la Lune. Là s’y dresse une cité, elle aussi faite d’argent, et peuplée de créatures humanoïdes dont les spécificités pourraient bien correspondre à celles des mystérieux visiteurs. De fait, le principal interlocuteur des humains est un savant, surnommé Professeur Gamma, qui s’empresse de fournir toutes les explications nécessaires aux voyageurs terriens. Gamma et les siens viennent de nulle part ailleurs que la planète Mars… et en paix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une postface de l’auteur conclut le roman. À l’opposé d’un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt; Ludwig Turek &lt;/a&gt; mettant en garde le lecteur contre le danger nucléaire et la guerre, Krupkat se contente de désamorcer ses extrapolations&amp;nbsp;: ceci est possible, ceci ne l’est pas et ne provient que de son imagination. Et quant à la vie sur Mars&amp;nbsp;? Pour savoir, mieux vaut aller voir&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-u-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans mes précédents billets consacrés à des romans de SF est-allemands, je me plaignais de leurs faiblesses narratives&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt; ne contrevient malheureusement pas vraiment à cette règle. Si le roman se lit plutôt bien (par opposition à un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/20/U-comme-Ultrasymet-bleibt-geheim&quot;&gt; &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; écrit de manière tristement fonctionnelle), les personnages sont relativement anémiques, l’action avance par à-coups, le discours est convenu (évidemment, je me plains avec un recul de soixante ans&amp;nbsp;: vu le contexte de publication, cela n’a rien de surprenant). Et le dernier chapitre, qui voit la rencontre avec les mystérieux «&amp;nbsp;Invisibles&amp;nbsp;» du titre, s’avère précipitée&amp;nbsp;: l’auteur y balance tout en vrac, de la justification des phénomènes étranges causés par les Invisibles jusqu’à la disparition de l’Atlantide. Dommage, il y avait de quoi faire mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour un roman d’anticipation situé à la fin du XXe siècle, Günther Krupkat se montre étonnament prudent. Publié quatre années avant le fameux discours de Kennedy annonçant l’intention des USA d’envoyer des hommes sur la Lune, &lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt; présente un monde où la colonisation spatiale n’est pas encore allée plus loin que l’orbite terrestre basse&amp;nbsp;; la Lune est une destination, pas encore atteinte. On pourra s’amuser aussi du fait que les trois stations spatiales portent le même nom, alors que leur construction par des puissances antagonistes supposerait que ce ne soit pas le cas, d’un strict point de vue idéologique. Il est brièvement fait mention des canaux martiens&amp;nbsp;: bien que leur inexistence ait été démontrée dès le début du XXe siècle, il faudra attendre les photos de la sonde &lt;em&gt;Mariner 4&lt;/em&gt; lors de son survol de la planète rouge en 1965. En matière d’imagination, Günther Krupkat se montre quelque peu terne, et ne cherche pas à faire mieux ou différemment que son prédécesseur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt; Kurd Laßwitz &lt;/a&gt; . Ses Martiens – petits êtres aux grands yeux, chauves, à la peau pareille à du cuir – vivent égaux entre eux, mais on ne saura malheureusement que peu de choses sur leur mode de vie. Une chose est sûre, ils sont technologiquement très avancés. Si, sur Terre, on utilise la climatisation atomique («&amp;nbsp;Atom-Klimaanlage&amp;nbsp;») pour réguler les températures, chose qui permet (par exemple) de maintenir Londres dans un printemps perpétuel, les Martiens, eux, envisagent carrément de décaler leur orbite afin de rapprocher un tantinet leur froide planète du Soleil. Ces petits hommes (presque) verts sont pacifiques, certes&amp;nbsp;: on n’atteint pas l’âge des étoiles sans laisser derrière soi nos instincts guerriers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté politique, contexte oblige, le roman ne verse pas vraiment dans la dissidence : l’Europe entière est unie sous la bannière des États Unis Socialistes d’Europe, dont la capitale est Londres. On n’en sait guère davantage sur la manière dont on est arrivé là, pas plus que sur la situation dans le reste du monde — si ce n’est que les États-Unis d’Amérique demeurent dans la même ornière idéologique capitaliste et destructive. La conclusion ne résout pas grand-chose et laisse la situation en statu quo, tant entre les états terriens qu’entre les relations Terre-Mars. Tout ça pour si peu&amp;nbsp;? Tant pis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Die Unsichtbaren&lt;/strong&gt; est illustré par Hans Rede, de manière gentiment désuète. En voici un florilège&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img5.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img6.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img7.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-u-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-u-img8.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 13 août 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/16/Journal-d-un-homme-des-bois-13-08-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 13 août 2017" />
      <id>urn:md5:def953faab0be6d8e26d9449ae8e32ae</id>
      <published>2017-08-16T11:23:00+02:00</published>
                    <updated>2017-08-16T11:23:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170713-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170713-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Francis Valéry continue de faire le point, cette fois sur la publication de son album &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/12/Journal-d-un-homme-des-bois-04-07-2017&quot;&gt;Rêves d'Hippocampes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, deuxième disque diffusé par son label Terre Profonde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est le 13 juin dernier que nous avons déposé à la Poste du village les premiers exemplaires de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/12/Journal-d-un-homme-des-bois-04-07-2017&quot;&gt;&lt;em&gt;Rêves d’Hippocampe&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; – cela fait donc tout juste deux mois et il est désormais possible de dresser un premier bilan de cette deuxième expérience de production/diffusion d’un CD, sur un principe de gratuité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170713-hippo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170713-hippo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt; a été réalisé «&amp;nbsp;à la maison&amp;nbsp;» en autoproduction et sous notre label Terre Profonde. Tout comme &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;, notre précédent CD, il a été envoyé dans un premier temps aux personnes ayant participé à l’une ou l’autre de nos expériences de financement participatif. Puis il a été offert à qui en faisait la demande ainsi qu’à quelques personnes à qui nous avions envie de l’envoyer – bien entendu toujours selon notre principe de gratuité intégrale, y compris concernant les frais d’envoi. Et selon la formule désormais consacrée&amp;nbsp;: libre à tout un chacun, après écoute, d’avoir envie ou pas d’aider à ce que l’expérience puisse se poursuivre – par exemple en envoyant une petite contribution financière d’un montant laissé à l’appréciation de chacun. Terre Profonde étant une structure purement virtuelle, se tenant à l’écart de la sphère marchande et ne bénéficiant d’aucune aide ni subvention, nous ne pouvons poursuivre nos activités qu’avec le soutien direct des personnes qui apprécient notre travail. Il n’y a pas de secret&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cent exemplaires de &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt; ont été fabriqués pour un coût de 150€. A ce jour, 91 exemplaires ont été diffusés&amp;nbsp;: 66 envois pour la France, 8 envois pour l’étranger, un envoi en colissimo de 5 exemplaires, et enfin treize exemplaires ont été donnés de la main à la main. Les frais de diffusion se sont donc montés à 129,26€.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatorze donateurs se sont manifestés suite à ces envois, pour un montant total de 489,40€. &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt; a donc généré une cagnotte de 210,14€ – et il nous reste 8 exemplaires de ce premier tirage. A notre tout petit niveau, c’est un réel succès et nous remercions vivement toutes les personnes ayant accompagné ce projet, d’une manière ou d’une autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La cagnotte de &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt; s’ajoutant à celle de &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;, nous sommes heureux d’annoncer que Terre profonde dispose, à ce jour, d’une cagnotte globale de 291,46€. Cette somme va nous permettre de réaliser un troisième CD et d’assurer les frais de sa diffusion, toujours sur la base d’une totale gratuité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vraiment, un grand merci à tous&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 12 août 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/14/Journal-d-un-homme-des-bois-12-08-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 12 août 2017" />
      <id>urn:md5:391164fcf535a54c2a0048f20dd81b32</id>
      <published>2017-08-14T18:54:00+02:00</published>
                    <updated>2017-08-14T18:54:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170422-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170422-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry fait un second point sur la publication de son album &lt;strong&gt;Kogarashi&lt;/strong&gt;, premier disque diffusé par son label Terre Profonde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela fait désormais quatre mois qu’est sorti &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;, premier CD proposé par le label Terre Profonde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170422-koga.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170422-koga_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’idée était de tenter une autre manière de diffusion d’une réalisation culturelle. Le CD a été envoyé gratuitement aux personnes ayant déjà participé à l’une ou l’autre de nos expériences de financement participatif. Passé ce premier cercle d’habitués, il a été offert à qui en faisait la demande – il s’agissait évidemment d’une gratuité intégrale, puisque même les frais d’envoi étaient à notre charge.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Libre à tout un chacun, après écoute, d’avoir envie ou pas d’aider à ce que l’expérience puisse se poursuivre. Et ce d’une manière ou d’une autre – par exemple en envoyant une petite contribution financière d’un montant laissé à l’appréciation de chacun.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/05/22/Journal-d-un-homme-des-bois-21-05-2017&quot;&gt;Fin mai, un premier point sur l’expérience a été publié ici-même.&lt;/a&gt; Il était indiqué qu’à cette date 98 exemplaires avaient été fabriqués (coût&amp;nbsp;: 147,02€) dont 78 diffusés (frais postaux&amp;nbsp;: 123,08€), et que nous avions reçu en retour la somme de 148€ augmentée d’un généreux don de 185€ destiné à financer le CD suivant. Depuis, onze autres exemplaires ont été envoyés – tous sauf un en complément d’envoi de &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt;, donc sans frais d’envoi additionnels. Et une contribution financière de 20€ s’est ajoutée à la cagnotte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au bout de quatre mois, la fabrication et la diffusion de &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt; ont coûté 271,68€ et ont généré une cagnotte globale de 353€. L’opération s’avère donc bénéficiaire de 81,32€. Et il reste 9 exemplaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que chacun soit remercié de l’accompagnement à cette aventure qui a été le sien.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Tomorrow's Harvest</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/10/T-comme-Tomorrow-s-Harvest" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Tomorrow's Harvest" />
      <id>urn:md5:49c65de26c13854d6801a774b5cc01d2</id>
      <published>2017-08-10T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-08-10T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Boards of Canada, duo excessivement discret en matière d'electro, a sorti, après un long silence de sept ans, son dernier disque en date en 2013&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Tomorrow's Harvest&lt;/strong&gt;. Album-testament&amp;nbsp;? Ou bande-son pour un monde moribond&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Tomorrow’s Harvest, Boards of Canada (Warp, 2013). 17 morceaux, 62 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quelques billets plus tôt, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/28/O-comme-Old-Tunes&quot;&gt; on évoquait Boards of Canada et leur discographie secrète&lt;/a&gt;. Il y a quatre ans, le duo formé par les frères Sandison est revenu sur le devant de la scène avec &lt;em&gt;Tomorrow’s Harvest&lt;/em&gt;, un album longtemps espéré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, du côté des retours inespérés, 2013 a représenté une fort belle année&amp;nbsp;: David Bowie a entamé le bal avec «&amp;nbsp;Where Are We Now?&amp;nbsp;» annonçant le solide &lt;em&gt;The Next Day&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Daft Punk a rappelé au monde qu’ils existaient encore avec &lt;em&gt;Random Access Memories&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Autechre, discret depuis trois ans, a sorti le double album &lt;em&gt;Exai&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Nine Inch Nails a rempilé avec le discutable &lt;em&gt;Hesitation Marks&lt;/em&gt;. Peut-on compter &lt;em&gt;Delta Machine&lt;/em&gt; dans le lot, chaque sortie de Depeche Mode se faisant maintenant à un rythme quadriennal&amp;nbsp;? Bref&amp;nbsp;: une sacrée bonne année sur le strict plan musical.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et le retour de Boards of Canada… Posons le décor&amp;nbsp;: fan de Boards of Canada depuis &lt;em&gt;x&lt;/em&gt; années, vous vous languissez d’un nouvel album du duo, quasiment muet depuis l’EP &lt;em&gt;Trans-Canada Highway&lt;/em&gt;. Il y a bien eu ce morceau inédit (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=qthHlLyvplg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Seven Forty Seven&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) sur la compilation des vingt ans du label Warp, et surtout des rumeurs de nouveau disque (telle qu’une version acoustique de &lt;em&gt;Music Has The Right To Children&lt;/em&gt;), mais rien de concret à se mettre sous l’oreille. Et voilà que, le 20 avril 2013, alias le Record Store Day dans les pays anglo-saxons, apparaît dans les bacs d’un disquaire de New York un vinyle estampillé Boards of Canada et flanqué d’un titre énigmatique&amp;nbsp;: ------ / ------ / ------ / XXXXXX / ------ / ------. Sur le vinyle, une voix distordue émet une séquence chiffrée – selon toute probabilité, cela correspond aux X de la pochette. Un code&amp;nbsp;? S’agit-il bien de Boards of Canada&amp;nbsp;? Connaissant le goût du duo pour le chiffre 6 et les easter eggs, l’espoir est permis pour les fans (dont votre serviteur). C’est le début d’une jolie campagne marketing prenant la forme course aux indices haletante. Complète, la séquence de chiffres forme un mot de passe pour un site qui annonce la parution de &lt;em&gt;Tomorrow’s Harvest&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-t-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-t-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rappel des albums précédents&amp;nbsp;: en quelques albums, Boards of Canada a imposé son style, fait de synthés aux sons troubles et d'une ambiance à nulle autre pareille. &lt;em&gt;Music Has The Right To Children&lt;/em&gt; (1998) était une évocation touchante et nostalgique de l’enfance&amp;nbsp;;&lt;em&gt;Geogaddi&lt;/em&gt; (2002) possédait une atmosphère plus inquiète&amp;nbsp;; enfin, &lt;em&gt;The Campfire Headphase&lt;/em&gt; (2005), avec son ambiance solaire, célébrait radieusement l’été. Le thème ici&amp;nbsp;? Oh, rien que la fin du monde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-d-poster_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La pochette montre une ville dans la brume – selon les frères Sandison, il s’agit plutôt là du fantôme d’une ville morte. Ambiance, ambiance… Plus tôt dans ce tour d’Abécédaire, on consacrait un billet au film &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/12/D-comme-Deadly-Harvest&quot;&gt; &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , série B canadienne un brin fauchée racontant la fin du monde&amp;nbsp;: par nombre d’aspects – la fin du monde, les récoltes agricoles –, cet album a de troubles évocations de ce film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le ton, angoissé, est donné dès le premier morceau&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Gemini&amp;nbsp;» débute par une fanfare maladive avant de poursuivre aussi sec par une mélodie aérienne… qui se brouille après trente secondes, laissant placer à des notes éparses à travers une sorte de brouillard (musical) radioactif. Ne reste bientôt qu’une musique qu’on accolerait bien à des images de monde déserté/désertifié. Voilà qui change drastiquement des précédents morceaux introductifs de Boards of Canada (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=GEVtP0ZZf6Y&quot;&gt;«&amp;nbsp;Wildlife Analysis&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et son ambiance onirique, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=HHT7ICPdz5k&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ready Let’s Go&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et son drone un brin inquiétant où se posait une ébauche de mélodie inquiète, et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=go8c1CAYHBQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;Into The Rainbow Vein&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, vignette légère).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/vp8ZBT-VHrA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lancé en éclaireur, «&amp;nbsp;Reach for the Dead&amp;nbsp;» est l’un des rares morceaux de Boards of Canada à être accompagné d’un clip officiel (les autres vidéos présentées dans ce billet sont l'œuvre de fans) – l’autre morceau, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=A2zKARkpDW4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Dayvan Cowboy&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, est une sorte d’ode radieuse à la liberté. Ici, rien de tel&amp;nbsp;: c’est d’abord une succession de lieux désertiques et désolés, avec une musique évoquant une ambiance sèche mais pas chaleureuse, avant que, vers 3'30&quot;, le morceau décolle pour une envolée apaisée, illustrée dans la vidéo par une conclusion digne de &lt;em&gt;2001&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/2jTg-q6Drt0?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Changement d’ambiance pour «&amp;nbsp;White Cyclosa&amp;nbsp;» (une espèce d’araignée, pour qui se pose la question), hanté par un oppressant sentiment de fin du monde. Ce morceau, c’est celui d’après l’apocalypse&amp;nbsp;: trois quatre notes qui se succèdent et dont il émane une poisseuse impression de désolation — c’est poignant. Certains exégètes ont noté les similitudes avec la &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=LwHQltabnxU&quot;&gt; bande originale de &lt;em&gt;Day of the Dead&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; de George Romero, et, &lt;a href=&quot;http://https/www.theguardian.com/music/2013/jun/06/boards-of-canada-become-more-nihilistic&quot;&gt; interviewés par le &lt;em&gt;Guardian&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , les frères Sandison reconnaissent l’influence de certaines bandes originales sur cet album. Un sentiment similaire se dégage de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=90LJ85ri2pg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Jacquard Causeway&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, morceau le plus long de l’album, implacable marche funèbre, et dont le titre fait probablement référence à l’inventeur du métier à tisser du même nom, premier métier à tisser mécanique programmable – la mécanisation comme début de la fin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/DPTK_KrIFTA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=q8inVehcG90&quot;&gt;«&amp;nbsp;Telepath&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est un petit intermède aérien, où l’on entend des voix déformées marmonner – l’auditeur a l’impression de surprendre quelque transmission radiophonique datant de la Guerre froide. Joué à l’envers, le morceau laisse entendre un bout de phrase&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;This is the end of Earth for now.&amp;nbsp;» Autre intermède bref et trouble, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2tntR5zZfQ0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Transmisiones Ferox&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; contient un sample d’une voix répétant «&amp;nbsp;ninety nine&amp;nbsp;», jusqu’à ce que les mots se confondent et laissent entendre à la place «&amp;nbsp;dying&amp;nbsp;». Entre ces intermèdes, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=XdglpRwhoQE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Cold Earth&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; se caractérise par une ritournelle mélancolique tournant en boucle sur une rythmique complexe et une voix distordue&amp;nbsp;; le titre est peut-être une référence au roman éponyme de Sarah Moss, où une équipe d’archéologues se retrouve coincée au Groenland alors qu’une épidémie fait rage dans le reste du monde. Sale temps, non&amp;nbsp;? &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=iU2qmFI2OK8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sick Times&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; conclut la première moitié du disque avec une atmosphère synthétique, mélancolique et résignée, une rythmique enlevée, et samples épars&amp;nbsp;; le morceau s’achève lentement, de manière maladive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au cœur de &lt;em&gt;Tomorrow’s Harvest&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=oFix7PSj36Q&quot;&gt;«&amp;nbsp;Collapse&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; propose un morceau-palindrome. La séquence mélodique reste la même, que le morceau soit joué à l’endroit ou à l’envers. Le souffle d’un vent sinistre – celui qui souffle sur les ruines, par exemple – introduit et conclut le morceau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tranchant avec le sentiment de fin amère de «&amp;nbsp;Collapse&amp;nbsp;», &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ov0FAPhRK0c&quot;&gt;«&amp;nbsp;Palace Posy&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; possède une ambiance un brin plus enlevée, syncopée, qui décolle dans la seconde moitié du morceau. Traduit, son titre donnerait quelque chose comme «&amp;nbsp;petit bouquet de palais&amp;nbsp;», ce qui ne veut pas dire grand-chose&amp;nbsp;; mais, une fois les lettres du titre réorganisées, on lit «&amp;nbsp;apocalypse&amp;nbsp;». &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=nvCsPMyey9A&quot;&gt;«&amp;nbsp;Split Your Infinities&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (une référence au roman de SF &lt;strong&gt;Split Infinity&lt;/strong&gt; de Piers Anthony ou à une structure grammaticale anglaise&amp;nbsp;?) poursuit dans cette lignée mariant le chaud et le froid, avec une mélodie tournoyante sur laquelle on entend un sample terriblement distordu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passons sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=6vNRzMKlOUw&quot;&gt;«&amp;nbsp;Uritual&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, probablement morceau le plus faible du disque, sorte de longue introduction plaintive à &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MCdlF-G6kl0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Nothing Is Real&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; survolée par un drone agaçant. «&amp;nbsp;Nothing Is Real&amp;nbsp;» donc, qui conserve la mélodie du morceau précédent, sur un rythme plus marqué, où l’on entend une voix reprocher à Jésus de l’avoir tenté. Nouvel intermède aérien, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Z-fq-rYaxIk&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sundown&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; propose une escapade crépusculaire avant que &lt;em&gt;Tomorrow’s Harvest&lt;/em&gt; se lance dans son redoutable triptyque final.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec sa rythmique implacable, ses guitares prêtes à décoller (et une mélodie provenant peut-être des &lt;em&gt;Old Tunes&lt;/em&gt;), &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Gc3VwlZlW2Q&quot;&gt;«&amp;nbsp;New Seeds&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; laisse entrevoir la possibilité d’un espoir, d’une renaissance. Nouvelles graines, nouvelles récoltes&amp;nbsp;? Ou peut-être s’agit-il de ce sentiment de joie triste &amp;nbsp;: apprécier ce qui peut encore l’être lorsque c’est la fin. Les deux musiciens évoquent un «&amp;nbsp;short glimmer of hope&amp;nbsp;». Sorte de réponse immédiate, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=hosQpK_uzGg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Come to Dust&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; tire peut-être son titre de &lt;strong&gt;Cymbeline&lt;/strong&gt; de Shakespeare&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ne crains plus la chaleur du soleil,&lt;br /&gt;
Ni les rages du vent furieux.&lt;br /&gt;
Tu as fini ta tâche en ce monde,&lt;br /&gt;
Et tu es rentré chez toi, ayant touché tes gages.&lt;br /&gt;
Garçons et filles chamarrés doivent tous&lt;br /&gt;
Devenir poussière, comme les ramonneurs.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Cymbeline&lt;/strong&gt;, IV:2, trad. F.-V. Hugo — &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikisource.org/wiki/Cymbeline/Traduction_Hugo,_1868&quot;&gt; source &lt;/a&gt; )&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, un puissant sentiment de résignation funèbre imprègne « Come to Dust&amp;nbsp;», qui forme le pendant à «&amp;nbsp;Reach for the Dead&amp;nbsp;». Enfin, « Semena Mertvykh&amp;nbsp;» conclut l’album. Translittération du russe, le titre signifie «&amp;nbsp;les semences des morts&amp;nbsp;» (nouvelle référence à &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?). Vous les sentez, la joie et la bonne humeur&amp;nbsp;? Le morceau consiste en une pièce de drone désespérante, propre à convoquer des images de films post-apocalyptiques&amp;nbsp;: cieux tourmentés, stériles terres de suie, quelques survivants dont l’espérance de vie se chiffre en semaines dans le meilleur des cas. Ce qu’en dit Mike Sandison&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;That last track has a deliberate feeling of complete futility that I find kind of funny.&amp;nbsp;» (&lt;a href=&quot;http://https/www.theguardian.com/music/2013/jun/06/boards-of-canada-become-more-nihilistic&quot;&gt; Source&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ouaip.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/OiObUvxOXpA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout, strictement tout, dans &lt;em&gt;Tomorrow’s Harvest&lt;/em&gt;, respire la désolation&amp;nbsp;: une impression maladive d’un monde déjà mort. Même les morceaux les plus enjoués, comme «&amp;nbsp;New Seeds&amp;nbsp;», suintent le désespoir — mais une sorte de désespoir heureux, le pire en fait, celui où l’on sait que tout est fichu et qu’il n’y a plus rien d’autre à faire. Ce disque nihiliste servirait de bande-son idoine à &lt;strong&gt;La Fin du rêve&lt;/strong&gt; de Philip Wylie. Un chef d’œuvre funèbre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis le printemps 2013, les frères Sandison n’ont plus guère donné de signe de vie (musicalement, s’entend). Sortiront-ils un autre disque dans huit, dix ans&amp;nbsp;? Ou peut-être nous laisseront-ils avec ce testament pour un monde moribond. À mesure que les mauvaises nouvelles s’accumulent au sujet du caractère difficilement enrayable du réchauffement climatique, on n’a certainement pas fini d’écouter ce disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: définitivement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Survivre à sa vie</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/08/S-comme-Survivre-a-sa-vie" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Survivre à sa vie" />
      <id>urn:md5:6bc85816e137611caead63c9c5374688</id>
      <published>2017-08-08T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-08-08T19:50:26+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la sortie de &lt;strong&gt;Insects&lt;/strong&gt;, le prochain — et a priori ultime — film de Jan Švankmajer, concluons provisoirement l'exploration de la filmographie du cinéaste tchèque avec &lt;strong&gt;Survivre à sa vie&lt;/strong&gt;, son sixième et dernier long-métrage en date, interprétation fauchée et acide des théories de Freud et Jung…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Survivre à sa vie [Přežít svůj život], Jan Švankmajer (2010). 105 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En attendant la sortie de &lt;em&gt;Insects&lt;/em&gt;, le prochain – et a priori ultime – film de Jan Švankmajer, intéressons-nous à &lt;em&gt;Survivre à sa vie&lt;/em&gt;, son sixième et dernier long-métrage en date.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-poster_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’instar des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/22/C-comme-Les-Conspirateurs-du-plaisir&quot;&gt; &lt;em&gt;Conspirateurs du plaisir&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Survivre sa vie&lt;/em&gt; ne consiste pas en une adaptation mais se base sur un scénario original de Švankmajer. Et à l’instar des &lt;em&gt;Fous&lt;/em&gt;, le film débute par une introduction du réalisateur lui-même. Introduction animée, où c’est un Jan Švankmajer en photographies animées qui vient s’excuser auprès du spectateur&amp;nbsp;: faute d’un budget suffisant, le réalisateur affirme qu’il s’est retrouvé à rogner sur les dépenses, en particulier les acteurs. On peut imaginer que le tournage n’a pas duré plus d’une poignée de jours, l’essentiel ayant sûrement consisté en photographies des acteurs dans différentes poses. La technique du papier découpé, utilisée avec abondance dans &lt;em&gt;Survivre à sa vie&lt;/em&gt;, n’a rien ici d’une expérimentation formelle… En réalité, &lt;em&gt;Survivre à sa vie&lt;/em&gt; mélange les prises de vues réelles – essentiellement des gros plans sur les visages – avec les animations en papier découpé. Un mélange étrange de prime abord, auquel on finit tout de même par s’habituer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-jan.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-jan.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-jan_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jan Švankmajer en personne.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Voici Eugène, un homme terne et vieillissant, qui se retrouve à mener une double vie, tant ses rêves prennent de l’importance. Dans le monde de l’éveil, il effectue un boulot peu passionnant avec un collègue paresseux, et a une femme que l’âge n’arrange pas – la seule chose qui semble l’intéresser est que son mari joue au loto. Dans ses rêves, Eugène rencontre une belle jeune femme, Ève… à moins que ce soit Élise… ou Élisabeth&amp;nbsp;? Auprès de son collègue, qui faisait de terrifiants cauchemars dans son enfance, la faute à des repas trop copieux, Eugène entreprend de trouver un moyen de contrôler ses propres songes. La technique du repas trop calorique s’avérant un échec, notre pauvre homme finit par se rendre, sur les conseils de son médecin, auprès d’une psychanalyste, le Dr Holubova. Celle-ci comprend assez vite que le problème dont souffre Eugène n’est pas d’ordre sexuel – enfin, pas vraiment. Dans le même temps, la vie onirique d’Eugène se poursuit et son idylle avec Élisabeth (ou Élise&amp;nbsp;?) se poursuit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vient un moment où cette vie rêvée devient dévorante, jusqu’à avoir un impact de plus en plus fort sur le quotidien d’Eugène. Alors que son épouse commence à s’inquiéter et se douter qu’il se trame quelque chose – son mari aurait-il une &lt;em&gt;maîtresse&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? –, Eugène apprend fortuitement un secret enfoui dans son passé. La clef de ses rêves&amp;nbsp;? En tous cas, il lui faudra bientôt choisir…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-eugene.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-eugene.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-eugene_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Eugène&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-eugenie.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-eugeni.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-eugenie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;E…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-eugeneeteugenie.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-eugeneeteugenie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-eugeneeteugenie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Eugène et E…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-reve.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-reve.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-reve_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un rêve ?&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-chien.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-chien.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-chien_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La réalité ?&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En raison de son budget tendu, &lt;em&gt;Survivre à sa vie&lt;/em&gt; s’avère sûrement le long-métrage le plus expérimental de son réalisateur&amp;nbsp;; la technique du papier découpé permet l’omniprésence d’éléments onirique tout au long de l’histoire – des personnages à tête d’animaux, des fruits volants, des créatures géantes (on retrouve ainsi Pavel Nový, déjà vu dans &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/08/O-comme-Otesanek&quot;&gt;Otesanek&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/30/F-comme-Les-Fous&quot;&gt;Les Fous&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, dans un bref rôle)… Cela amène aussi une ambiance des plus particulières, dont Švankmajer use volontiers&amp;nbsp;: des décors grisâtres, figés, dépeuplés où seuls les personnages et les objets apparaissent en couleur. Visuellement, rien ne vient formellement différencier le rêve de l’éveil (Švankmajer aurait pu opter pour la facilité, avec les prises de vue réelles pour l’un et l’animation pour l’autre)&amp;nbsp;; si l’un et l’autre aspect demeurent identifiables, la frontière est souvent floue et des éléments étranges sont présents, l’air de rien, dans le monde éveillé (tel le chien à corps d’humain que le patron d’Eugène promène en laisse). Le côté décrépit des choses, typique du réalisateur, reste présent&amp;nbsp;: la ville où se déroule l’action est quelque peu usée, mais l’appartement où vit Élisabeth (ou est-ce Ève&amp;nbsp;?) relève d’un design moderne. De fait, quelques éléments de modernité semblent faire ici leur apparition&amp;nbsp;: un ordinateur, un radiocassette… Mais Švankmajer demeure fidèle à certaines de ses fixettes&amp;nbsp;: les gros plans sur la bouche, la bouffe, les aliments abîmés (on ne compte plus les fruits éclatés ou les œufs brisés dans sa carrière cinématographique).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus haut, j’écrivais que ce long-métrage ne constituait pas une adaptation, ce qui me semble une légère approximation&amp;nbsp;: il ne s’agit pas d’une adaptation de fiction, et &lt;em&gt;Survivre à sa vie&lt;/em&gt; repose beaucoup sur les théories de Freud et de Jung – dont les portraits ornent le bureau de la psychanalyste Holubova et passent leur temps à se chamailler, en mode &lt;em&gt;comic relief&lt;/em&gt; –, dont le Dr Holubova se fait l’écho. Les rêves formeraient l’expression d’un désir, et certains personnages oniriques appartiennent au rang des archétypes. Mais le symbolisme simpliste de Holubova est rapidement mis à mal par Eugène&amp;nbsp;: autre chose – certes refoulé – est à l’œuvre dans l’inconscient de cet individu lambda.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-s-freudjung.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-s-freudjung.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-s-freudjung_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les deux acolytes comiques du film.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais l’essentiel réside dans la question soulevée par le titre&amp;nbsp;: comment survivre à sa vie&amp;nbsp;? Le titre anglais rajoute d’ailleurs un sous-titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Surviving Life (Theory and Practice)&lt;/em&gt;. Mine de rien, ce sixième long-métrage, moins spectaculaire (pour autant qu’un film de Jan Švankmajer le soit) que ses prédécesseurs, s’avère sûrement le plus touchant, le plus humain de son réalisateur. On se situe ici à hauteur de personnage, et si l’aspect ridicule des choses reste présent, le cinéaste tchèque ne s’en moque guère – quoique l’humour grinçant soit toujours présent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout n’est pas parfait dans ce film&amp;nbsp;: si la technique ne souffre aucun reproche, le rythme laisse parfois à désirer – après un début intriguant et avant une fine touchante, le milieu est bien mollasson, avec un scénario donnant l’impression de se répéter. C’est dommage. Il n’empêche. La dernière scène, troublante, reste longtemps en mémoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: une réédition DVD était annoncée pour 2017, mais…&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>R comme Le Rhume</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/04/R-comme-Le-Rhume" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Le Rhume" />
      <id>urn:md5:f3113ffff523ecf6396b36f1ae3b9f3c</id>
      <published>2017-08-04T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-08-04T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Attraper un rhume en été, quelle idée… Avec &lt;strong&gt;Le Rhume&lt;/strong&gt;, l'auteur polonais Stanislas Lem fait, après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt;The Investigation&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, une nouvelle tentative de polar métaphysique&amp;nbsp;: des morts inexpliquées et inexplicables, un ancien astronaute devenu enquêteur, et une vérité aussi vertigineuse que banale…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Rhume [Katar], Stanislas Lem, roman traduit du polonais par Dominique Sila. Presses Pocket, coll. «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;», 1978 [1976]. Poche, 192 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Quitte à se répéter, affirmons une nouvelle fois que Stanislas Lem a fait davantage que s’illustrer dans le seul domaine de la science-fiction. Au sein de sa bibliographie, l’on trouve donc deux romans relevant du roman policier. Enfin, à leur manière… Le premier, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt;The Investigation&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Śledztwo&lt;/strong&gt;), consistait en un étrange whodunit autour du vol de cadavres dans la campagne britannique, et s’avérait passablement surprenant&amp;nbsp;: à l’égard de ce roman, mieux valait parler de polar métaphysique. Quinze ans plus tard, l’auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; a remis le couvert avec&lt;strong&gt;Le Rhume&lt;/strong&gt; – dont le titre anglais, &lt;strong&gt;Chain of Chance&lt;/strong&gt;, reflète mieux le contenu.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-r-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-r-cover-fr_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le récit commence &lt;em&gt;in media res&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le narrateur, un ancien astronaute, vient de terminer une mission infructueuse à Naples et il se prépare à retourner à Paris. Un retour empli de tension&amp;nbsp;: on ne sait trop les raisons de ce départ hâtif, et Lem excelle pour rendre poisseuse ces heures de trajet, auxquelles suivent un attentat impromptu à l’aéroport d’Orly, qui fait entrer en collision la trajectoire de l’ex-astronaute avec une jeune femme, Annabella. L’objectif de notre protagoniste reste de rencontrer un logicien français, Philippe Barth, chose à laquelle il parvient finalement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, embauché par une agence de détectives privés, notre narrateur a passé plusieurs jours dans la région napolitaine, dans différentes pensions, afin de reproduire grosso modo un séjour-type, dans le but de découvrir ce qui a causé le suicide suspect de onze individus mâles, chauves, rhumatisants, âgés d’une cinquantaine d’années, au fil des deux dernières années. En soi, chacun de ces décès n’a rien de suspect&amp;nbsp;; en revanche, l’absence de motif apparent et leur accumulation l’est. Un ensemble de coïncidences&amp;nbsp;? Un complot&amp;nbsp;? (Un savant fou&amp;nbsp;? Un tueur en série ?) L’enquête traditionnelle n’ayant rien donné de concluant, décision a été prise de tenter une reconstitution avec un cobaye&amp;nbsp;: notre ex-astronaute donc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et les conclusions s'avèrent déconcertantes.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il n’y a d’énigme nulle part. C’est la puissance d’une série d’événements qui décide ce qui est possible ou non. Plus l’ensemble est important, moins les événements probables ont de chance de s’y produire.&lt;br /&gt;
– La série de victimes n’existe donc pas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Non, mais les victimes existent. C’est un mécanisme de loterie qui est responsable. Du fond de ce gouffre de l’innombrable auquel j’ai fait allusion en vous racontant cette anecdote, vous n’avez fait qu’extraire une toute petite fraction qui se caractérise par une ressemblance au niveau de différents facteurs. Vous vous figurez qu’il s’agit d’une série complète, et c’est ce qui la rend énigmatique. […] L’ensemble des soldats d’un front comprend le sous-ensemble des tués et des blessés. On peut facilement l’isoler, mais vous ne pouvez pas en faire autant avec l’ensemble des soldats que les balles ont manque d’un cheveu, puisqu’ils ne diffèrent en rien de ceux que les balles ont manqué d’un kilomètre. C’est pourquoi, en ce qui concerne votre affaire, vous n’apprendrez rien si ce n’est par le hasard. Un adversaire qui a choisi la stratégie du hasard ne peut être vaincu que par cette même stratégie.&amp;nbsp;» (p. 129-130)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-r-cover-pl.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-r-cover-pl_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des meurtres inexpliqués, un enquêteur&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Rhume&lt;/strong&gt; comporte bel et bien les éléments standards du roman policier, mais l’auteur polonais les accommode à sa manière, et d’une manière sûrement plus réussie que &lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt;, intriguant mais finalement peu satisfaisant. Ce roman-ci de Lem fait l’objet d’une construction assez étrange, par de longs blocs de paragraphes sans guère de respiration auxquels peuvent suivre des pages de dialogues ou une anecdote déployée au-delà du raisonnable. Pourtant, la mayonnaise prend, pour peu que l’on arrive à dépasser les déconcertantes premières pages où la situation est (volontairement) confuse quant aux tenants et aboutissants de la fuite du narrateur. Il faut attendre un peu avant que le mystère ne soit énoncé, et attendre encore avant de comprendre le rôle de l’astronaute dans cette affaire. Mais la résolution de cette dernière est joliment vertigineuse, et renvoie l’humain à peu de choses. Là où l’on s’imagine un But Final, une Intention, ou des chaînes d’événements coordonnées, la faute à des biais cognitifs nous incitant à relier des points et voir des figures là où, en fait, il n’y a juste… &lt;em&gt;rien&lt;/em&gt;, la réalité décrite par Lem est bien plus indifférente. Qui est le coupable&amp;nbsp;? Le hasard, en fin de compte. Et Stanislas Lem de nous renvoyer à une certaine absurdité de l’existence. Pan dans les dents. Et on pardonne au roman ses défauts mineurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, seulement d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Q comme Que faire de ce corps qui tombe</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/08/02/Q-comme-Que-faire-de-ce-corps-qui-tombe" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Que faire de ce corps qui tombe" />
      <id>urn:md5:29f00ce72842e9901f3e8d2757cce579</id>
      <published>2017-08-02T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-08-02T16:43:59+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la suite de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/30/Y-comme-Yucca-Mountain&quot;&gt;Yucca Mountain&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on s'intéresse à &lt;strong&gt;Que faire de ce corps qui tombe&lt;/strong&gt; de John D'Agata, article copieusement fact-checké par Jim Fingal. Où commence la fiction, où s'arrête la vérité, et qu'y a-t-il entre les deux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Que faire de ce corps qui tombe [The Lifespan of a Fact], John D’Agata &amp;amp; Jim Fingal, récit traduit de l’anglais [US] par Henry Colomer. Vies parallèles, 2015 [2012]. GdF, 128 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il y a quelques temps, votre serviteur, que la thématique atomique intrigue, vous entretenait de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/30/Y-comme-Yucca-Mountain&quot;&gt; &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de John D’Agata, ouvrage tenant à la fois du reportage et de l’essai, centré sur le projet de site d’enfouissement de déchets nucléaires à quelques encamblures de Las Vegas. Au détour des pages de ce livre, aussi bref que percutant, D’Agata évoquait le suicide d’un jeune homme depuis l’un des hôtels-casinos de la ville, le &lt;em&gt;Stratosphere&lt;/em&gt;. Ceci est un fait&amp;nbsp;: Levi Presley, 16 ans, s’est jeté du haut du &lt;em&gt;Stratosphere&lt;/em&gt; le 13 juillet 2002, à 18 h 01 min 43 s. L’hôtel-casino fait 350 mètres de haut, et la chute du jeune homme a duré neuf secondes. Ou peut-être huit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Couverture&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-q-cover_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques temps plus tard, le magazine &lt;em&gt;Harper&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s&lt;/em&gt; a chargé John D’Agata d’écrire un article à ce sujet. Dans son style habituel, désinvolte péremptoire, personnel et impliqué, l’auteur évoque les derniers moments de Levi Presley, Las Vegas, le &lt;em&gt;Stratosphere&lt;/em&gt;, les statistiques de suicide, l’implication de D’Agata dans un centre d’appel pour prévenir le suicide.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après que D’Agata a rendu sa copie, le magazine, par souci de vérité, a chargé un stagiaire, Jim Fingal, d’en vérifier les informations.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;De la part de l’éditeur&amp;nbsp;: J’ai une mission amusante pour un volontaire. Nous avons reçu un nouveau texte de John D’Agata qui a besoin d’un sérieux fact-checking. Apparemment il a pris quelques libertés, personne ne les lui conteste mais je voudrais savoir jusqu’où elles vont. Donc, si quelqu’un veut s’en charger, il devra passer ça au peigne fin et repérer tout ce qui, en gros et en détail, peut être confirmé et tout ce qui peut être mis en question. Je vous offrirai autant de crayons rouges que nécessaire. Merci&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et c’est alors que les ennuis ont commencé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parce que Jim Fingal a &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt; vérifié. «&amp;nbsp;Tout&amp;nbsp;» comme&amp;nbsp;: chaque phrase, chaque fait avancé par John D’Agata. Et parce que… disons que l’auteur de l’article a pris quelques libertés avec les faits. S’en est ensuivi un long échange de messages entre Fingal et D’Agata, le premier adressant corrections et questions au second. Ce volumineux travail d’annotations et d’échanges auteur-vérificateur a pris des proportions folles, au point que, de fil en aiguille, l’ensemble – l’article et son commentaire – a fini par paraître en volume, avec une mise en page adaptée. Pour le coup, on pense au Talmud et à ses commentaires&amp;nbsp;: le texte originel encadré par un commentaire bavard. En noir, le texte originel et les affirmations vérifiées de D’Agata (Fingal finit par y inclure les non-vérifiables)&amp;nbsp;; en rouge, les désaccords factuels. Et le livre est rouge, très rouge.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-q-pages1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Page 1&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-q-pages1_m.jpg&quot; title=&quot;Photo © Vies Parallèles&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-q-pages2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Page 2&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-q-pages2_m.jpg&quot; title=&quot;Photo © Vies Parallèles&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il en ressort de cet ouvrage un portrait pas très flatteur de D’Agata&amp;nbsp;: l’auteur, un brin péremptoire et arrogant, privilégiant le style à l’exactitude, n’en ressort pas grandi. Toutefois, Fingal, en vérificateur tâtillon et obsédé, n’en reste pas moins ridicule. Quelle différence cela fait-il que D’Agata dise «&amp;nbsp;9000&amp;nbsp;» au lieu de «&amp;nbsp;8879»&amp;nbsp;? Quel problème cela pose-t-il que D’Agata s’approprie et reformule, parfois extensivement, lorsque la formulation originelle est pataude&amp;nbsp;? Quel souci à ce que D’Agata brode au sujet de l’origine du taekwondo au lieu de rappeler sa banale origine dans les années 50&amp;nbsp;? Pour D’Agata, c’est de l’art&amp;nbsp;; pour Fingal, ok, c’est de l’art… mais c’est faux/inexact/approximatif/réducteur/pas ce qui a été dit ou écrit, et cela s’avère pour lui à la limite de la malhonnêteté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref florilège des débats&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;John&amp;nbsp;: La phrase sonne mieux telle que je l’ai retravaillée. Et je n’ai pas changé l’essentiel de ce qu’il a dit.&amp;nbsp;» (p. 84)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;John&amp;nbsp;: Ça s’appelle de l’art, tête de nœud.&lt;br /&gt;
Jim&amp;nbsp;: Toujours la même excuse.&amp;nbsp;» (p. 93)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Jim&amp;nbsp;: Mais si vous pensez que c’est une histoire &quot;ridicule&quot; et que vous supposez que le lecteur y mettra son &quot;grain de sel&quot;, pourquoi ne pas annoncer la couleur&amp;nbsp;? C’est une histoire bidonnée, fallacieuse.&lt;br /&gt;
John&amp;nbsp;: Parce qu’elle est &lt;em&gt;cool&lt;/em&gt;, cette histoire.&amp;nbsp;» (p. 93)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;John&amp;nbsp;: Jim, il ne vous a jamais effleuré l’esprit que (…) notre compréhension du monde n’est pas vouée à entrer dans les cases &quot;fiction&quot; ou &quot;histoire&quot; – sans rien entre les deux&amp;nbsp;? Nous croyons tous les deux à des vérités émotionnelles qui reposent sur du sable, mais nous nous y accrochons et nous tenons à leur pertinence.&lt;br /&gt;
Jim&amp;nbsp;: Si je dois me lancer dans le &lt;em&gt;fact-checking&lt;/em&gt; de vérités émotionnelles, je n’ai plus qu’à changer de boulot.&lt;br /&gt;
John&amp;nbsp;: Très bien. Je vous ferai une lettre de recommandation.&amp;nbsp;» (p. 94)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Évidemment, le lecteur se retrouve tenté de prendre le parti de l’un ou de l’autre&amp;nbsp;: l’exactitude pointilleuse de Fingal contre la flamboyance stylistique de D’Agata, la vérité, la fiction et toutes les nuances intermédiaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À moins que… S’il y a bien une chose qui ressort de ce livre, c’est de ne rien prendre pour acquis. Et ce&lt;strong&gt;Que faire de ce corps qui tombe&lt;/strong&gt; fonctionne peut-être &lt;em&gt;trop&lt;/em&gt; bien. La partie commentaire débute par les échanges entre Fingal et les éditeurs, avant que le stagiaire ne s’adresse directement à D’Agata&amp;nbsp;; les deux argumentent, contre-argumentent, pinaillent sans parvenir à jamais tomber d’accord, avant d’exposer leurs vues au cours d’un long débat dans l’avant-dernier chapitre (pages 108 à 114)&amp;nbsp;; Fingal conclut son commentaire en récapitulant tout, jusqu’à finir par douter de l’exactitude totale de tous les rapports sur la mort de Levi Presley… mais en fin de compte, ce dernier reste bel et bien mort.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-q-pages3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Page 3&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-q-pages3_m.jpg&quot; title=&quot;Photo © Vies Parallèles&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref&amp;nbsp;: il s’agit là d’un commentaire très narratif dans sa construction, et donc peut-être trop pour être honnête. De fait, quelques points suscitent l’interrogation&amp;nbsp;: Fingal n’a-t-il pas lu l’article de D’Agata en entier avant de commencer à l’annoter&amp;nbsp;? S’est-il jeté dans le &lt;em&gt;fact-checking&lt;/em&gt; directement, à corps perdu, sans prendre la peine de voir si D’Agata ne s’amendait pas au fil de son article&amp;nbsp;? De fait, l’auteur dit souvent à Fingal que telle bizarrerie – notamment l’importance du nombre 9, qui a un lien avec l’erreur sur la durée de la chute (huit secondes au lieu de neuf) – trouve son explication plus loin. Et votre serviteur de commencer à douter&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Que faire de ce corps qui tombe&lt;/strong&gt; est un peu trop beau pour être vrai. Serait-il possible que ces échanges d’annotations aient été un tant soi peu réécrit pour adopter une structure narrative&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche&amp;nbsp;: en dépit de ce doute sur le caractère non-retouché des échanges entre l’auteur et le stagiaire, &lt;strong&gt;Que faire de ce corps qui tombe&lt;/strong&gt; s’avère d’une lecture prenante, à la fois tragique et amsuante, et adopte une résonance particulière en cette année 2017 qui a vu l’apparition officielle des « faits alternatifs&amp;nbsp;». Avec pertinence et un certain humour (en dépit du fond tragique), ce livre interroge les liens entre réalité et fiction, entre style, créativité et le respect des faits. Pourquoi brider le style&amp;nbsp;? Pourquoi s’en tenir à la réalité, alors que quelques menus arrangements la rendraient plus intéressante à lire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>P comme A Perfect Vacuum</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/31/P-comme-A-Perfect-Vacuum" rel="alternate" type="text/html" title="P comme A Perfect Vacuum" />
      <id>urn:md5:ff13ce63328c46a64bb13d4b34d926d4</id>
      <published>2017-07-31T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-20T17:37:45+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Stanislas Lem s’est essayé à la science-fiction de différentes manières&amp;nbsp;: du pur roman d’exploration spatiale au pseudo-essai, le roman policier à tendance métaphysique et… les critiques de livres inexistants, exercice d'érudition typiquement borgésien s'il en est, au travers de trois ouvrages, que l'on passe en revue dans ce billet.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;A Perfect Vacuum [Doskonała próżnia], Stanislas Lem, recueil traduit du polonais en anglais par Michael Kandel. Northwestern University Press, 1999 [1971]. Édition numérique, ≈ 229 pages.&lt;br /&gt;
Imaginary Magnitudes [Wielkość Urojona], Stanislas Lem, recueil traduit du polonais en anglais par Marc E. Heine. Harvest/HBJ Books, 1985. Grand format, 248 pages.&lt;br /&gt;
Bibliothèque du XXIe siècle [Biblioteka Wieku], Stanislas Lem, recueil traduit du polonais par Dominique Sila. Éditions du Seuil, 1989 [1982-1983]. Semi-poche, 192 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Stanislas Lem s’est essayé à la science-fiction de différentes manières&amp;nbsp;: du pur roman d’exploration spatiale/planétaire au pseudo-essai, le roman policier à tendance métaphysique (et donc proche de la SF par certains aspects), et… les critiques de livres inexistants. Un exercice typiquement borgésien&amp;nbsp;; on se souviendra des étonnantes critiques de livres improbables qui jalonnent l’excellentissime recueil &lt;strong&gt;Fictions&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;L'Approche d'Almotasim&lt;/em&gt;, le fameux &lt;em&gt;Don Quichotte&lt;/em&gt; réécrit par Pierre Ménard, l’œuvre d’Herbert Quain…).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-p-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-p-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Notre auteur polonais est parfaitement conscient de sa dette envers l’Argentin. De fait, &lt;strong&gt;A Perfect Vacuum&lt;/strong&gt; débute par «&amp;nbsp;A Perfect Vacuum&amp;nbsp;», critique malicieuse de l’ouvrage éponyme de Lem… par Lem lui-même.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Reviewing nonexistent books is not Lem’s invention; we find such experiments not only in a contemporary writer, Jorge Luis Borges (for example, his “Investigations of the Writings of Herbert Quaine”), but the idea goes further back—and even Rabelais was not the first to make use of it. &lt;strong&gt;A Perfect Vacuum&lt;/strong&gt; is unusual in that it purports to be an anthology made up entirely of such critiques. Pedantry or a joke, this methodicalness? We suspect the author intends a joke […].&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sans blague. Plus loin dans cette introduction, Lem évoque quelques uns des quinze ouvrages fictifs composant ce recueil, qu’il répartit en deux sortes : les pastiches et les embryons de romans. Parmi les premiers, on trouve &lt;em&gt;Gigamesh&lt;/em&gt;, manière de réponse à l’&lt;strong&gt;Ulysses&lt;/strong&gt; de James Joyce qui se fonde sur l’épopée de Gilgamesh et la transforme en la non-épopée du G.I. Maesch… Ulysse, pareillement pastiché dans &lt;em&gt;Odysseus of Ithaca&lt;/em&gt;. L’auteur fictif des &lt;em&gt;Robinsonnades&lt;/em&gt; imagine un autre naufragé qui se retrouve à imaginer toute un ensemble d’individus – son valet, un bout-en-train, une épouse difforme… &lt;em&gt;Rien du tout, ou la conséquence&lt;/em&gt; pastiche méchamment le nouveau roman, avec un récit constitué uniquement de phrases à la forme négative. Troisième et dernier texte à brocarder avec humour la littérature française tendance germanopratine, &lt;em&gt;Toi&lt;/em&gt; entreprend de démonter la relation auteur-lecteur, en insultant ce dernier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la seconde catégorie, on voit un ancien Gruppenführer recréer la cour du roi Louis XVI en pleine jungle (&lt;em&gt;Gruppenführer Louis XVI&lt;/em&gt;). &lt;em&gt;Idiota&lt;/em&gt; est un roman d’horreur psychologique, où les parents d’un gamin idiot convainquent ce dernier de son génie. &lt;em&gt;De Impossibilitate Vitae &amp;amp; De Impossibilitate Prognoscendi&lt;/em&gt; évoquent tout ce qui aurait pu causer la non-naissance de l’auteur fictif de cet ouvrage. &lt;em&gt;Being, Inc&lt;/em&gt; rappelle la «&amp;nbsp;Loterie à Babylone&amp;nbsp;» de Borges&amp;nbsp;: il s’agit ici d’une entreprise, fournissant l’expérience d’une vie &amp;nbsp;; problème, cette entreprise n’est pas seule sur le marché. Le dernier texte du recueil, &lt;em&gt;The New Cosmogony&lt;/em&gt;, se présente comme le discours d’un lauréat du prix Nobel lors de la remise de son prix. L’occasion d’évoquer la nature de l’Univers et de proposer une réponse au paradoxe de Fermi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tour à tour acerbe et bavard – jusqu’à l’épuisement et la propension aux difficultés à suivre l’auteur –, &lt;strong&gt;A Perfect Vacuum&lt;/strong&gt; suscite toutefois l’amusement. On pourra toutefois regretter que certains des textes du recueil ne marchent pas aussi bien qu’ils l’auraient dû, Lem racontant in extenso l’histoire qu’il n’a pas écrite, au lieu de s’en tenir au contrat critique institué dans &lt;em&gt;A Perfect Vacuum&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-p-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-p-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Deuxième ouvrage dans cette série, &lt;strong&gt;Imaginary Magnitudes&lt;/strong&gt; regroupe plusieurs préfaces et introductions à des ouvrages non-existants. Comme de bien entendu, l’ouvrage lui-même est doté d’une introduction, où l’auteur explique ses vues sur le sujet&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Thus reflection shows that the Realm of Introductions is incomparably more vast than the Realm of Literature, for what the latter endeavors to &lt;em&gt;realize&lt;/em&gt;, Introductions merely announce from afar.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La préface de &lt;em&gt;Necrobes&lt;/em&gt; met en valeur le travail artistique de Cezary Strzybisz, artiste-photographe qui utilise les rayons X pour saisir les images d’humains dans des postures amoureuses/coïtales. Le but&amp;nbsp;: donner l’impression de squelettes en plein ébat, avec en arrière-plan la vieille relation Éros-Thanatos. Il ne faut pas se pas se méprendre sur le titre &lt;em&gt;Eruntics&lt;/em&gt; de Reginald Gulliver&amp;nbsp;: rien à voir avec l’érotisme et plus avec le participe futur du verbe être en latin. La préface (qui ressemble au résumé d’un roman jamais écrit) raconte le travail de Reginald Gulliver, scientifique qui, à force d’efforts et de mutants, apprit à la bactérie &lt;em&gt;Escherichia Coli&lt;/em&gt; à écrire et compter… et y parvint. Cela, avant que les colonies de bactéries ne se mettent à prédire le futur. &lt;em&gt;A History of Bitic Literature (In Five Volumes)&lt;/em&gt; est un ouvrage collectif s’intéressant à la littérature… chez différentes espèces, pas forcément humaines, pas forcément organiques. Impossible de ne pas penser à deux autres nouvelles&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’Auteur des graines d’acacia&amp;nbsp;» (in &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/05/4-comme-Les-Quatre-Vents-du-Desir&quot;&gt; &lt;strong&gt;Les Quatre Vents du désir&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; ) où Ursula Le Guin imagine une nouvelle discipline scientifique, la «&amp;nbsp;thérolinguistique&amp;nbsp;», et «&amp;nbsp;Le Livre chez différentes espèces&amp;nbsp;» de Ken Liu, sur un sujet proche. Ici, Lem s’en donne à cœur joie pour imaginer des disciplines scientifiques improbables et des manières d’aborder la littérature. C’est aussi drôle qu’inventif. On retrouve un délire proche d’&lt;em&gt;Eruntics&lt;/em&gt; dans la préface à &lt;em&gt;Vestrand's EXTELOPEDIA in 44 Magnetomes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: l’auteur ayant émis le constat que les encyclopédies périment de plus en plus vite à la suite du progrès technologique, autant publier une encyclopédie future, écrite dans un langage futur lui aussi – qu’importe si personne ne peut le lire aujourd’hui. Une préface pleine d’humour, qui adopte dans sa première moitié une forme de réclame – mordant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Imaginary Magnitudes&lt;/strong&gt; se conclut doublement par &lt;em&gt;Golem XIV&lt;/em&gt;. À l’origine, il s’agissait d’une critique d’un ouvrage fictif, s’intéressant aux propos d’une intelligence artificielle militaire, mais Lem a fini par rédiger l’ouvrage en question, qui se trouve inclut dans le recueil, à la suite de l’introduction. Un gros morceau de texte, qui occupe près de la moitié du livre. Dans un premier temps, le Golem entreprend un long sermon sur la « nature triple&amp;nbsp;» de l’humain et comment l’antagonisme entre intelligence et évolution. Dans un second, l’IA se perd en élucubrations philosophiques… qui ont perdu votre serviteur. La suite, vite.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-p-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-p-cover3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cet exercice borgésien, Lem l’a poursuivi avec un troisième ouvrage&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Bibliothèque du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/strong&gt;. La première critique se porte sur &lt;em&gt;Une Minute de l’humanité&lt;/em&gt;, cet épais ouvrage dont les données statistiques décrivent une minute de la vie de l’humanité sur Terre. Pas de prose, rien que des statistiques sur le nombre de décès (et leurs causes) ou de naissances, la quantité de fluides corporels produits, etc. L’humanité s’y voit réduite à peu de choses. La critique de ce pavé fictif et de ses éditions successives (la deuxième, revue et augmentée, introduit des considérations environnementales&amp;nbsp;; la troisième est informatisée) permet à Lem de rappeler son profond misanthropisme. Ce texte a d’ailleurs bénéficié d’une adaptation, aussi libre qu’étrange&amp;nbsp;: &lt;em&gt;1&lt;/em&gt;, du cinéaste hongrois Pater Sparrow, dont votre serviteur vous entretenait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;plus tôt&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;armes&quot;&gt;Les deux textes qui composent la suite de cette &lt;strong&gt;Bibliothèque…&lt;/strong&gt; dérogent quelque peu à la règle&amp;nbsp;: il s’agit moins de critiques de livres inexistants que de réflexions sur deux sujets voisins. &lt;em&gt;Systèmes d’armement du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, ou&amp;nbsp;: L’évolution sens dessus dessous &lt;/em&gt; voit Lem imaginer cet ouvrage du XXII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, qui décrit dans un premier temps l’évolution des armes depuis la Seconde Guerre mondiale – l’équilibre de la terreur né de la course aux armes atomiques, la miniaturisation des armes et la part de plus en plus importante dévolue aux ordinateurs, les tentatives de contourner ou d’utiliser le hasard – et dans un second temps la création des «&amp;nbsp;synsectes&amp;nbsp;», insectes synthétiques qui rappellent directement &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Les réflexions engagées là débouchent sur &lt;em&gt;Le Principe du cataclysme créateur – Le monde comme holocauste&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: comme le titre de cette troisième partie l’indique, l’auteur développe ici une théorie sur la manière dont les catastrophes peuvent s’avérer fécondes. Hé, la chute d’une météorite sur Terre voici 65 millions l’a bien prouvé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ces trois ouvrages, Stanislas Lem délaisse ses thèmes habituels — l’impossibilité de la communication et la misanthropie – et y fait montre d’une veine tour à tour érudite et imaginative, verbeuse et pince-sans-rire. On recommandera plus particulièrement le premier des trois recueils, &lt;strong&gt;A Perfect Vacuum&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvables&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisibles&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliables&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>O comme Old Tunes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/28/O-comme-Old-Tunes" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Old Tunes" />
      <id>urn:md5:67cab3a328484291e18811a144971ac5</id>
      <published>2017-07-28T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-07-31T13:59:31+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on tend une oreille émue vers les premiers albums de Boards of Canada qui, à défaut d’être l’un des secrets les mieux gardés de l’electro, est l’un des groupes les plus secrets de l’electro. Et leurs trois compilations &lt;strong&gt;Old Tunes&lt;/strong&gt; représentent une plongée dans leur discographie-iceberg…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;A Few Old Tunes, Boards of Canada (Music70, 1996). 30 morceaux, 72 minutes.&lt;br /&gt;
Old Tunes, vol. 2, Boards of Canada (Music70, 1996). 36 morceaux, 79 minutes.&lt;br /&gt;
[Random 35 tracks], Boards of Canada (Music70, 199?). 35 morceaux, 84 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À défaut d’être l’un des secrets les mieux gardés de l’electro, Boards of Canada est l’un des groupes les plus secrets de l’electro. Ce duo, formé des deux frères Mike Sandison et Marcus Eoin, a fait une entrée remarquée sur la scène electro il y a un peu plus de vingt ans, lorsque Sean Booth (alias la moitié d’Autechre (alias, vous savez, ce groupe dont votre serviteur vous bassine les oreilles à longueur d’Abécédaire (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/28/Imprononcables-3&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/08/C-comme-Chiastic-Slide&quot;&gt;ici &lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/16/L-comme-LP5&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;))) a repéré leur EP &lt;em&gt;Twoism&lt;/em&gt; et l’a proposé au label Warp. Paru en 1995, &lt;em&gt;Twoism&lt;/em&gt; proposait en sept morceaux du jamais-entendu&amp;nbsp;: une ambiance mélancolique, où flottent les lambeaux de l’enfance, le tout porté par des beats très influencés par le hip-hop. L’année suivante, l’EP &lt;em&gt;Hi Scores&lt;/em&gt; a représenté une forme de confirmation, avec des morceaux tel que &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=dQEmaj9C6ko&quot;&gt;«&amp;nbsp;Everything You Do Is A Balloon&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; tutoyant l’excellence. Et en 1998, l’album &lt;em&gt;Music Has The Right To Children&lt;/em&gt; a mis tout le monde d’accord&amp;nbsp;: enfantin mais jamais puéril, mélancolique mais jamais tire-larme, cet album a tout du chef d’œuvre – assez curieusement, il s’agit en fait davantage d’une compilation de morceaux plus anciens (mais on va y revenir plus bas). Deux ans plus tard, l’EP &lt;em&gt;In A Small Place Out In The Country&lt;/em&gt; a, en quatre morceaux, pavé la voie pour &lt;em&gt;Geogaddi&lt;/em&gt; (2002), album beaucoup plus sombre, où planent les ombres du gourou David Koresh et du show TV pour enfants &lt;em&gt;Sesame Street&lt;/em&gt;… Truffé d’easter eggs, &lt;em&gt;Geogaddi&lt;/em&gt; a peut-être aiguillé ses auditeurs sur une fausse piste concernant Boards of Canada&amp;nbsp;: celle d’un groupe détenant quelque vérité cachée. De fait, l’album suivant, &lt;em&gt;The Campfire Headphase&lt;/em&gt; (2005) s’est avéré dépourvu de toute référence dissimulée, proposant à la place une electro faisant la part belle à la guitare (triturée de toutes les manières possibles) et à une ambiance solaire et estivale – dommage que la seconde moitié de ce troisième opus s’avère faiblarde. Un album toutefois magnifié par un morceau, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=A2zKARkpDW4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Dayvan Cowboy&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, que d’aucuns ont qualifié (et pas vraiment à tort) de «&amp;nbsp;Smells Like Teen Spirit&amp;nbsp;» de l’electro. En 2006, un EP a suivi&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Trans-Canada Highway&lt;/em&gt;, proposant à nouveau «&amp;nbsp;Dayvan Cowboy&amp;nbsp;» et quelques morceaux inédits. Et puis&amp;nbsp;: plus rien pendant sept longues années. Rien. Du. Tout. (Bon, pour être honnête&amp;nbsp;: si, un morceau inédit est toutefois apparu sur la compilation célébrant les 20 ans du label Warp, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=qthHlLyvplg&quot;&gt;«&amp;nbsp;Seven Forty Seven&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;… mais c’était &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; bien peu.) Rien, jusqu’à un retour tant espéré en 2013, avec la sortie, précédée par une habile campagne de marketing viral, de &lt;em&gt;Tomorrow’s Harvest&lt;/em&gt; – et ce sera l’objet de la lettre T dans ce présent tour d’alphabet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-o-now.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-o-now.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La partie émergée de la discographie-iceberg…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le fait est que, de &lt;em&gt;Twoism&lt;/em&gt; à &lt;em&gt;Tomorrow&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Harvest&lt;/em&gt;, il ne s’agit là que de la partie émergée, écoutable, de l’iceberg. Écoutable comme «&amp;nbsp;que l’on a la possibilité d’écouter&amp;nbsp;» (inversement, Autechre n’est (ne serait) pas écoutable parce que leur musique est d’un abord difficile). Écoutable comme l’inverse d’inécoutable&amp;nbsp;: une autre partie de l’œuvre musicale de Boards of Canada existe, mais demeure inaccessible. Pas d’entourloupe façon «&amp;nbsp;disque pressé à un seul exemplaire &amp;nbsp;» comme le sont &lt;em&gt;Musique pour Supermarch&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é&lt;/em&gt; de Jean-Michel Jarre ou &lt;em&gt;Once Upon A Time In Shaolin&lt;/em&gt; du Wu-Tang Clan, juste ici des enregistrements introuvables et dont la réalité est parfois sujette à suspicion. &lt;em&gt;Music Has The Right To Children&lt;/em&gt;, je l’écrivais plus haut, est une sorte de compilation, qui reprend pour part des morceaux de l’EP &lt;em&gt;Twoism&lt;/em&gt; et surtout de &lt;em&gt;Boc Maxima&lt;/em&gt;, un disque publié sur le label des frères Sandison, Music70. Mais &lt;em&gt;Boc Maxima&lt;/em&gt; est trouvable, lui. Tout ce qui précède… c’est plus compliqué.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première version du site de Boards of Canada, aujourd’hui hors-ligne, listait ainsi cinq albums et EPs, remontant jusqu’en 1987. Tirés à quelques dizaines d’exemplaires, offerts à des proches (ou à tout le moins, à des gens dignes de confiance), rien n’a jamais fuité de &lt;em&gt;Catalog 3&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Acid Memories&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Closes vol.1&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Play By Number&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Hooper Bay&lt;/em&gt;. On a seulement pu en entendre des extraits de quelques secondes, et les fichiers censément «&amp;nbsp;trouvables&amp;nbsp;» ne sont rien d’autres que des fakes plus ou moins habiles. &lt;a href=&quot;http://bocpages.org/wiki/Discography&quot;&gt;Un site de fan&lt;/a&gt; donne quelques indications sur la nature des morceaux formant ces disques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-o-iceberg.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-o-iceberg.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La partie immergée de la discographie-iceberg…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout cela ne serait pas si important si les frères Sandison compensaient le caractère introuvable de ces disques par une musique d’une qualité générale mineure, ou une forte prolixité. Or, Boards of Canada a su créer une musique à la magie puissante, qui, l’air de rien, frappe droit au cœur en parvenant à évoquer de manière vive les joies et peines de l’enfance, l’insouciance de quand le monde nous apparaissait plus simple, le poids du temps qui passe et qui envoie toute chose dans un ailleurs inaccessible, une musique qui rappelle ces après-midi où l’on avait le temps de s’ennuyer et de bricoler tout un tas de trucs – un âge d’or révolu. Ceci n’est rien qu’une interprétation. Évidemment, si l’on estime que l’enfance a constitué la période la plus pourrie de votre vie et qu’il n’y aucune raison d’en éprouver de la nostalgie… bon. Bref, s’il y a de quoi se contenter les oreilles, de &lt;em&gt;Twoism&lt;/em&gt; jusqu’à &lt;em&gt;Tomorrow&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Harvest&lt;/em&gt;, il est pénible de savoir qu’existent d’autres albums, peut-être contenant d’autres merveilles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ou pas. Rien n’indique vraiment que ces albums de jeunesse de Boards of Canada soient intrinsèquement bons, aussi réussis et évocateurs que ceux publiés par Warp. Après tout, si les frères Sandison n’ont jamais rien entrepris pour la republication de ces disques, il y a peut-être une raison. Et les écouter et les trouver effectivement médiocres reviendrait peut-être à amoindrir la passion que l’on nourrit pour la musique du duo.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-o-boc07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-o-boc07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-o-boc07_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, à défaut de d’être en capacité d’entendre toute la préhistoire musicale de Boards of Canada, il est possible de jeter une oreille sur une partie&amp;nbsp;: les &lt;em&gt;Old Tunes&lt;/em&gt;… Ce sont là trois compilations, parues sur cassettes audio – vous savez, ce truc sur bande magnétique qui faisait rien qu’à s’emmêler, bien avant les compils sur CD gravés et les playlists sur YouTube ou Deezer –, avec des pochettes bricolées à la photocopieuse. Leur enregistrement date (daterait) d’entre 1994 et 1995 (à l’époque où Autechre sortait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt; &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt; &lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, où Scott Walker sortait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt; &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et David Bowie répliquait avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/07/D-comme-The-Diary-of-Nathan-Adler&quot;&gt; &lt;em&gt;Outside&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;). Ces trois compilations – &lt;em&gt;A Few Old Tunes&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Old Tunes vol. 2&lt;/em&gt; et la dernière sans titre – ont été données à un nombre restreints d’auditeurs, souvent des amis des deux musiciens. Des amis pas forcément très fiables, puisque ces deux compilations ont fini par fuiter sur le web.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’en dire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-o-boc08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-o-boc08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-o-boc08_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il serait possible d’y consacrer un billet de cent mille signes et de pointer toutes les références passées et futures des morceaux contenues dans ces &lt;em&gt;Old Tunes&lt;/em&gt;. Mais l’exercice serait long et fastidieux, tant à lire qu’à écrire. Bref. Ces trois compilations se ressemblent dans la forme, et nous montrent le duo en train de se chercher. Sur chacune de ces cassettes y alternent le très bon, l’étrange et l’inutile. L’influence hip-hop y est encore assez forte, mais le son caractéristique de Boards of Canada surgit déjà&amp;nbsp;: synthés au son pas très net, mélodies mélancoliques, aspect bricolé et DIY – à l’image des photomontages des pochettes. On y entend des morceaux complets (quoique souvent brefs), des extraits d’émissions télé (&lt;a href=&quot;https://youtu.be/_KvK0F860Xk?t=2m19s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Light, Clear Hair&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) ou de génériques (&lt;a href=&quot;https://youtu.be/dLovSFmB-SI?t=23m51s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sir Prancelot Brainfire&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), des remixes bizarres (&lt;a href=&quot;https://youtu.be/_KvK0F860Xk?t=3m55s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Trapped&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), des titres brodant à partir d’un sample (&lt;a href=&quot;https://youtu.be/dLovSFmB-SI?t=10m19s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Dave, I’m a real traditionnalist&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), une certaine tentation pop («&amp;nbsp;To the Wind&amp;nbsp;»). À un superbe morceau typique de BoC (&lt;a href=&quot;https://youtu.be/_KvK0F860Xk?t=1h1m57s&quot;&gt;«&amp;nbsp;5.9.78&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) peut suivre un ratage (&lt;a href=&quot;https://youtu.be/_KvK0F860Xk?t=1h6m44s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Paul Russel’s Piece&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;). Certains titres sont franchement assez ennuyeux (&lt;a href=&quot;https://youtu.be/_KvK0F860Xk?t=1h7m41s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Up the March Bank&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;)&amp;nbsp;; d’autres sont passés avec succès entre les fourches caudines des frères Sandison et figurent sur les albums ultérieurs (comme le flippant &lt;a href=&quot;https://youtu.be/_KvK0F860Xk?t=44m34s&quot;&gt;«&amp;nbsp;I Love You&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, qui se retrouve sur &lt;em&gt;Music Has The Right To Children&lt;/em&gt;). Bien sûr, la nostalgie et la mélancolie y sont déjà présentes. La dernière de ces trois compilations, celle dépourvue de titre, voit le duo atteindre un son et une ambiance qui sera très proche de celui des disques officiels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_KvK0F860Xk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/dLovSFmB-SI?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/nMuNULvJRvg?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, il ne s’agit pas là exactement le meilleur moyen d’aborder la discographie de Boards of Canada, et on ne le conseillera pas à qui souhaite découvrir la musique des frères Sandison. Néanmoins, ces trois compilations &lt;em&gt;Old Tunes&lt;/em&gt; constituent une mine d’or fascinante pour les aficionados ultimes du groupe – dont votre serviteur –, une plongée dans une œuvre à venir se distinguant par son caractère émotionnel et mystérieux. Trois petites merveilles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (disons)&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: écoutez Boards of Canada&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: mais &lt;em&gt;tellement&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 87)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/26/Objectif-Runes-en-plus-Bifrost-87" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 87)" />
      <id>urn:md5:846261e199804703bcfdf27147f6dfa7</id>
      <published>2017-07-26T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-07-26T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr87-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr87-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un tout bref addendum au cahier critique du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-87&quot;&gt;Bifrost 87 spécial Jean Ray&lt;/a&gt;, où l'on se penche sur une poignée de livres à la frontière des genres qui nous intéressent ou qui ne sont pas parvenus à convaincre complètement la rédaction…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr87-domino.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr87-domino.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;L'Effet domino&quot; /&gt;L'Effet domino&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;François Baranger - Bragelonne coll. «&amp;nbsp;Thriller&amp;nbsp;» - février 2017 (roman inédit - 570 pp. GdF. 21,50 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après une incursion remarquée dans le domaine de la SF avec son long, très long, trop long &lt;strong&gt;Dominium Mundi&lt;/strong&gt;, François Baranger, illustrateur et romancier, change de genre et s’attaque au thriller avec &lt;strong&gt;L’Effet domino&lt;/strong&gt;. Un tueur en série assassine de façon horrible à Paris, en 1907&amp;nbsp;: les cadavres sont atrocement mutilés, les viscères répandus de façon ordonnée, des symboles cabalistiques étranges inscrits tout autour. Or, les victimes sont toutes des proches de célébrités (Camille Saint-Saëns, Claude Monet, Marie Curie). Aussi, le préfet Lépine est-il sur les dents. Et comme l’enquête n’avance pas assez vite, il fait appel, en grand secret, à un inspecteur breton, Philippe Lacinière, connu pour son efficacité, mais, surtout, sa grande droiture. On lui confie aussitôt une équipe réduite et une consigne &amp;nbsp;: faire vite et discret.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c’est parti pour une course poursuite à travers les rues d’un Paris en pleine transformation. L’auteur fait de la capitale du début du siècle un personnage essentiel de son histoire, la décrit avec un plaisir gourmand évident et une certaine finesse – la plus grande réussite de ce récit. À quelques rares exceptions près, on n’est pas devant un catalogue d’exposition ou un guide touristique&amp;nbsp;: cette ville vit, grouille d’habitants, respire, pue, crie, se tait. Elle donne corps à ce duel haletant entre le policier et le meurtrier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;François Baranger, dans &lt;strong&gt;L’Effet domino&lt;/strong&gt;, en dépit de ce que suggère la quatrième de couverture, laisse bien de côté les domaines qui nous sont chers en Bifrosty. En effet, pas une once de fantastique, de weird, dans ce nouveau roman. Mais si l’on n’est pas rebuté par les boyaux et les morceaux de corps, les rebondissements multiples (pas toujours surprenants) et les personnages bien charpentés (mais un brin caricaturaux), alors le tueur aux dominos n’attend plus que vous.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr87-starpoint1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr87-starpoint1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;La Fille aux cheveux rouges&quot; /&gt;Le Projet Starpoint T1&amp;nbsp;: La Fille aux cheveux rouges&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Marie-Lorna Vaconsin - Anne Carrière/La Belle colère - mars 2017 (roman inédit - 384 pp. GdF. 19 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Âgé de quinze ans, Pythagore Luchon vit dans la petite ville morne de Loiret-en-Retz, seul avec sa mère&amp;nbsp;: son père, scientifique de renom et spécialiste de physique quantique, est plongé dans le coma depuis trois ans après un vol à l’arrachée qui a mal tourné. Pythagore entame sa classe de seconde mais rien ne va&amp;nbsp;: il a loupé sa rentrée à cause d’une gastroentérite et pendant son absence, sa meilleure amie, Louise Markarian, s’est entichée d’une «&amp;nbsp;nouvelle&amp;nbsp;», Foresta Erivan, la fille aux cheveux rouges. Finie leur belle complicité&amp;nbsp;: Louise n’en a que pour l’intrigante Foresta qui semble l’entraîner dans une vie plus trépidante que celle qu’on peut espérer à Loiret-en-Retz… Jusqu’au jour où Foresta vient trouver Pythagore pour lui dire que Louise a disparu dans un univers parallèle dont elle-même est issue, univers qu’il est possible de rejoindre grâce à un subtil breuvage tiré d’oranges bleues tout en croisant les reflets de miroirs ou de fenêtres. Pythagore se retrouve alors mêlé à la vie des jeunes gens «&amp;nbsp;de l’autre côté du miroir&amp;nbsp;», des Géographes, dans un monde violent qui menace de s’écrouler dans la guerre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà plusieurs semaines que l’éditeur tente de construire autour de ce premier tome d’une trilogie intitulée &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Le Projet Starpoint&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; l’aura de mystère censée entourer toute œuvre qui bousculera un peu le lecteur assoupi, plus précisément le «&amp;nbsp;jeune adulte&amp;nbsp;», comme on dit, puisque c’est lui qui est visé. Las, votre serviteur n’est ni l’un, ni l’autre, et il n’a pas senti passer le vent de la flèche qui aurait pu venir le frapper. Il est plutôt resté mollement fiché dans son fauteuil, se demandant s’il est nécessaire d’imposer à de vieux adolescents les souvenirs mornes des malaises de l’âge ingrat. Heureusement (?) qu’on ne s’en tient pas à cela et qu’en contrepoint, on trouve aussi dans ce roman le premier amour, le premier baiser, le groupe de rock-metal, le gentil punk à chiens, les substances doucement illicites, l’interro d’éco qu’on n’a pas eu le temps de réviser, le grand benêt de fils de bourgeois, arrogant et auréolé de ses succès auprès des filles, un peu mais pas trop superficielles quand elles sont belles – comme il se doit –, les premières soirées sous les étoiles, les grands un peu bêbêtes et portés sur la bouteille, les adultes empêtrés dans leur solitude, et surtout l’ado lambda, en la personne de Pythagore Luchon, coincé, par un nom dont on ne sait quoi penser, entre le mythe et la médiocrité, le héros et le mec moyen, un univers trépidant et un autre qui se refuse plus ou moins à lui, même si l’aventure, et on n’en doute pas dès le début, passera de l’un à l’autre. D’ailleurs, il n’est question que de passage, initiatique, d’un univers à l’autre, d’un âge à un autre, et d’épreuves tout aussi initiatiques, guerrières pour l’essentiel. Alors on pense à Philip Pullman, bien sûr, et il est même cité en quatrième de couverture. Mais le destin de ce livre sera tout autre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;À la croisée des mondes&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; fait partie de ces œuvres, comme &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Le Seigneur des Anneaux&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; ou bien encore &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/watership-down&quot;&gt;Watership Down&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Richard Adams, qui, toutes écrites qu’elles soient pour un jeune public, entraînent derrière elles tous les âges, du plus tendre au plus affirmé, grâce à leur culture et leur capacité à nous émouvoir, à nous faire bouger. Ici, malgré les sauts incessants d’une réalité à une autre, rien ne bouge, tout est à sa place et c’est bien le problème.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Arnaud Laimé&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr87-brillants23.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr87-brillants23.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Les Brillants&quot; /&gt;Les Brillants T2 et T3&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Marcus Sakey&lt;br /&gt;
2. Un monde meilleur - Gallimard coll. «&amp;nbsp;Série noire&amp;nbsp;» - février 2016 (roman inédit traduit de l'anglais (USA) par Sébastien Raizer - 432 pp. GdF. 20 euros)&lt;br /&gt;
3. En lettres de feu - Gallimard coll. «&amp;nbsp;Série noire&amp;nbsp;» - mars 2017 (roman inédit traduit de l'anglais (USA) par Sébastien Raizer - 384 pp. GdF. 20 euros)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Voici donc la suite et la fin de la trilogie des «&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-brillants&quot;&gt; Brillants »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. C'est en quelques sorte une uchronie où, à partir de 1980, 1% des bébés se sont mis à naître nantis de pouvoir spéciaux. Il ne sont pas des super-héros pouvant postuler chez DC ou Marvel, ils n'ont pas de cape et ne porte pas leur slip par-dessus leur collant. Pas de pouvoirs psi au sens traditionnel du terme. Ce serait &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/les-enfants-de-darwin&quot;&gt;Les Enfants de Darwin&lt;/a&gt;, chers à Greg Bear, à ceci près qu'ils sont fort différents les uns des autres; leurs capacités sont uniques ou presque. Ils peuvent deviner avec certitude les fluctuations boursières, prédire les pensées et actions d'autrui en interprétant leur langage corporel avec une précisions absolue, prédire tous les schémas événementiels futurs à l'instar d'un joueur d'échec prévoyant plusieurs coups d'avance, se déplacer sans être vu ou percevoir le temps différemment. Qu'il y ait de tels surdoués dans la nature n'est pas du goût de tout un chacun. Cette fois, ce n'est pas &lt;em&gt;juste&lt;/em&gt; une religion ou une couleur de peau&amp;nbsp;! La société à peur des brillants&amp;nbsp;: d'un type capable de rafler 300 milliards de dollars sur les marchés financiers, par exemple. Et les brillants ont peur des 99% de la population qui a peur d'eux. Le DAR, un service pas très secret le plus puissant des USA est chargé d'arrêter ou de tuer les brillants usant de leurs capacités en marge des lois. Tous les brillants ne se valent pas et ceux de niveau 1 font quasiment des miracles. Aussi les enfants de niveau 1 sont-ils déportés dans des «&amp;nbsp;académies&amp;nbsp;», des camps de concentration (pas d'extermination) où on leur lave le cerveau avec force torture psychologique pour les asservir, en faire des esclaves et exploiter à peu de frais leurs talents. Le gouvernement nourri le projet d'implanter des puces à tous les brillants pour les tracer en permanence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Agent du DAR bien que lui-même brillant, Nick Cooper vient de devenir conseiller du nouveau président des Etats Unis après qu'il ait tué le directeur du DAR, fait tomber l'ancien président corrompu à la fin du tome 1 et réhabilité l'ancien terroriste brillant de génie John Smith.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cooper entend ménager la chèvre et le chou pour éviter la guerre civile d'extermination qu'il voit se profiler et comprend s'être fait manipuler pat J. Smith. Terroriste un jour, terroriste toujours. Il sait que Smith veut la guerre à outrance parce qu'il à calculer qu'il l'emporterait. Chez les normaux, le conseiller Owen Leahy a pris la suite d e ceux qui ont été éliminés à la fin du tome 1. Le nouveau président a ordonné d'assiéger la réserve de la Nouvelle Canaan, fondée dans le Wyoming par l'ultra-milliardaire Eric Epstein pour abriter les brillants et les soustraire aux pogroms, avec une force très considérable que Leahy lance à l'assaut. Mais la force de 80 000 hommes est anéantie et la Maison Blanche y passe aussi…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est une lecture très fluide, très agréable. Les pages tournent toutes seules. On est porté par l'histoire, heureusement. Parce que dès que l'on prend un peu de recul, d'importantes failles ne cessent d'apparaître. On ne cesse plus de se demander pourquoi ci, pourquoi ça. Les réponses, quand il y en a, sont loin d'être satisfaisantes. Pourquoi Epstein, maître de l'information, n'a-t-il pas protéger les 600 enfants exfiltrés d'une académie qui sont pris en otage par la horde de normaux venus liquider la Nouvelle Canaan&amp;nbsp;? Personne n'y a pensé&amp;nbsp;? Pas un parent&amp;nbsp;? Et qu'en a fait la horde après avoir franchi les douves&amp;nbsp;? Plus un mot. Pourquoi Soren Johansen devait-t-il aussi tuer le bébé d'Ethan&amp;nbsp;? Pourquoi Shannon laisse-t-elle s'enfuir la personne qui accompagne Smith&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette trilogie restera un excellent divertissement tant que l'on n'y regardera pas de trop près. Il faut la prendre pour ce qu'elle est. Si, sur ce même sujet, on veut lire quelque chose de plus spéculatif, il faudra se porter sur le diptyque de Darwin de Greg Bear. Mais le plaisir de lire sera moindre…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>N comme Les Nourritures extraterrestres</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/24/N-comme-Les-Nourritures-extraterrestres" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Les Nourritures extraterrestres" />
      <id>urn:md5:5dfd53601f54465883dbde12f5fae7eb</id>
      <published>2017-07-24T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-07-24T14:44:26+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si la science-fiction s'intéresse aux différentes formes d'art, l'art culinaire reste cependant le parent pauvre. Avec &lt;strong&gt;Les Nourritures extraterrestres&lt;/strong&gt;, René et Dona Sussan ont exporté en 1994 le fameux texte d'André Gide dans l'espace, en le prenant au pied de la lettre et en parcourant le corpus SF afin d'y dénicher quelques recettes de cuisine…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Nourritures extraterrestres, René et Dona Sussan. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», 1994. Poche, 304 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Amuse-bouche.&lt;/em&gt; En 1897, André Gide publiait un long poème en prose, &lt;strong&gt;Les Nourritures terrestres&lt;/strong&gt;. Quatre-vingt-dix-sept ans plus tard, l’auteur de science-fiction René Reouven lui donnait un prolongement avec &lt;strong&gt;Les Nourritures extraterrestres&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-n-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-n-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Hors-d’œuvre.&lt;/em&gt; L’auteur, René Reouven – qui co-signe avec son épouse le présent roman de son véritable nom, René Sussan –, est un habitué des pastiches, notamment des pastiches holmésiens – on lui doit notamment plusieurs romans rassemblés dans l’omnibus &lt;strong&gt;Histoires secr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ètes de Sherlock Holmes&lt;/strong&gt;. Mais c’est surtout dans le domaine du roman policier qu’il a oeuvré, avec une quinzaine de romans, dont &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Assassin maladroit&lt;/strong&gt;, couronné par le Grand Prix de littérature policière en 1971, et d’autres pastiches (encore), rassemblés dans le double omnibus &lt;strong&gt;Crimes apocryphes&lt;/strong&gt;. Le versant science-fictif est plus restreint, comportant quelques recueils parus en Présence du futur, et &lt;strong&gt;Les Nourritures extraterrestres&lt;/strong&gt;… qui est, à sa manière, un pastiche lui aussi. Mais trêve de circonlocutions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Premier plat.&lt;/em&gt; Le jeune Taillevent se trouve être affublé du même nom de famille que ce fameux chef-cuisinier du Moyen-Âge, Guillaume Tirel dit Taillevent, à qui l’on attribue (de manière a priori un peu excessive) le &lt;em&gt;Viandier&lt;/em&gt;, ouvrage de référence de la cuisine médiévale en France. Mais notre Taillevent vit, quant à lui, dans le futur et au service de Jean II Lucullus, un fin gourmet… Voilà notre jeune marmiton sur la planète Apicius, où se déroulent les jeux de la Bonniture. Le boulot de Taillevent va consister en glaner des recettes çà et là et de les envoyer à son maître. L’occasion pour lui de montrer toute l’étendue de son talent, car notre marmiton sait tout aussi bien contrefaire des plats extraterrestres avec des ingrédients terriens que l’inverse&amp;nbsp;! Mais la situation est tendue &amp;nbsp;: alors que le jeune cuisinier s’amourache de la belle extraterrestre pictorii Naod-E, de plus en plus de cuisiniers aliens disparaissent, les uns après les autres. Jusqu’au moment où c’est Taillevent qui s’évanouit à son tour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Second plat&lt;/em&gt;. À la moitié du roman, changement de narrateur&amp;nbsp;: au tour de Jean II Lucullus de prendre la plume, après la disparition mystérieuse de Taillevent. Comment retrouver sa piste&amp;nbsp;? Peut-être en suivant l’écheveau d’indices fourni par ses nombreuses déambulations sur Apicius et sa longue liste de fiches de recettes… Difficile d’en dire davantage sans gâcher le plaisir de lecture. À tout le moins peut-on dire que dans le monde mis en place par les deux auteurs, l’apanage des cinq sens n’a rien d’une constante parmi les différentes espèces de la galaxie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Salades.&lt;/em&gt; L’une des formes d’art que la SF évoque peut-être le moins est l’art culinaire. Il est question d’art littéraire, de peinture, de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/07/M-comme-Les-Musiques-de-la-mort&quot;&gt; musique &lt;/a&gt; , de théâtre (&lt;strong&gt;Les Baladins de la Plan&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ète géante&lt;/strong&gt; de Jack Vance) voire de formes d’art nouvelles, etc. Néanmoins, la cuisine reste le parent pauvre, quand bien même la nourriture est évoquée, afin de fournir une touche d’exotisme&amp;nbsp;: il est certes bien plus amusant de voir des personnages déguster un alcool au nom improbable, distillé sur quelque exoplanète, plutôt qu’un simple Beaujolais, même goût banane. Mais la nourriture n’est – à ma connaissance — jamais centrale. Chose à laquelle Dora et René Sussan remédient avec &lt;strong&gt;Les Nourritures extraterrestres&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le roman ne pastiche aucune œuvre ou style donné à proprement parler, le corpus science-fictionnel d’Asimov à Zelazny en passant par bien d’autres classiques – Anderson, Curval, Herbert, Le Guin – lui sert néanmoins de base de travail, les auteurs cités plus haut étant ici considérés comme des explorateurs dont les récits romanesques seraient des comptes-rendus de voyage. Nos deux auteurs ont donc listé les nourritures évoquées dans cette somme de romans et nouvelles, en ont extrapolé des recettes, et ont brodé autour une intrigue policière dans un cadre extraterrestre. Une intrigue sympathique au demeurant. Voilà le lecteur paré à tester des recettes de Gethen, de l’amas d’Alastor, de Mars ou encore Majipoor. Voici tout une promenade à travers la galaxie science-fictive…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dessert&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petits os frits en pâte rosée&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Référence&amp;nbsp;: Philippe Curval, &lt;em&gt;La Face cachée du désir&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Monde&amp;nbsp;: Planète Chula, Étoile Standard (hyperespace)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;500 g de cuisses de grenouilles&lt;br /&gt;
Huile de friture&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Marinade&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
4 gousses d’ail râpées&lt;br /&gt;
Le jus d’un citron&lt;br /&gt;
2 cuillerées à soupe de paprika&lt;br /&gt;
Sel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pâte à beignets&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
70 g de farine&lt;br /&gt;
1 œuf&lt;br /&gt;
30 g de fécule de maïs&lt;br /&gt;
1/2 verre d’eau&lt;br /&gt;
1 cuillerée de ketchup pour rendre la pâte rosée&lt;br /&gt;
Chutney à la mangue douce (épiceries fines anglaises ou indiennes)&lt;br /&gt;
1 cuillerée à café de graines de cumin&lt;br /&gt;
1 cuillerée à café de graine de sésame&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Séparer les cuisses de grenouilles en deux, à la jointure. Les recouvrir avec la marinade. Attendre 2 heures. Par ailleurs, faire une pâte à beignets de type tempura&amp;nbsp;: dans une terrine, mélanger d’abord l’œuf avec un demi-verre d’eau glacée. Y verser, sans cesser de battre sommairement, la farine, la fécule de maïs, le ketchup et une pincée de sel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plonger les cuisses de grenouilles dans la pâte ainsi obtenue puis dans la friture bouillante. Éviter de laisser trop dorer, pour ne pas affaiblir la couleur donnée par le ketchup. Enfin, les saupoudrer des graines de cumin et de sésame, afin de leur restituer l’apparence et la saveur du plat évoqué par Philippe Curval lors de son voyage dans l’hyperespace&amp;nbsp;: « bâtonnets frits dans une pâte rosée imprégnée de graines diverses et macérées dans une confiture, en fait, de petits os recouverts de chair tendre et juteuse sous l’onctuosité croustillante du beignet&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Digestif&lt;/em&gt;. En somme, un joli hommage à la science-fiction sous le prisme culinaire, couronné par le GPI 1995. Ne reste plus qu’à tester les recettes…&lt;br /&gt;
Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 18 juillet 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/21/Journal-d-un-homme-des-bois-18-07-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 18 juillet 2017" />
      <id>urn:md5:4b1604e73122f28b2d51143cb1f26d22</id>
      <published>2017-07-21T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-07-21T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170721-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170721-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Suite et fin des réflexions de Francis Valéry au sujet de ses différentes adaptations musicales de la nouvelle de Jules Verne, &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Maître Zacharius&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;… L'occasion de revenir sur le poème symphonique &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/jules-verne/zacharius&quot;&gt;Maître Zacharius, une fantaisie horlogère&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour sur Maître Zacharius – II&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/07/17/Journal-d-un-homme-des-bois-13-07-2017&quot;&gt;Épisode précédent.&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’était au cours d’un week-end de novembre 2014. Je me trouvais dans le Maine-et-Loire pour une répétition avec de très vieux complices&amp;nbsp;: les trois autres musiciens du groupe de ma prime adolescence, &lt;em&gt;The Wags&lt;/em&gt;. Gérard, le chanteur et guitariste rythmique que je n’avais pas revu depuis 1974, soit tout juste quarante ans, venait de prendre sa retraite. Sa famille et ses amis organisaient une petite fête pour célébrer l’événement – nous avions décidé de remonter le groupe à cette occasion, pour jouer quelques-uns des morceaux que nous jouions à l’époque, au tout début des années soixante-dix. A trois ou quatre reprises, je me rendis dans le Maine-et-Loire pour des répétitions – il n’y avait aucun enjeu, juste le plaisir de nous retrouver après tout ce temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un après-midi au cours duquel je me trouvais seul, pour une paire d’heures, au domicile du batteur, j’en profitai pour commencer à tester deux pédales d’effets de chez Behringer que je venais d’acquérir et que j’avais apportées avec moi&amp;nbsp;: la Reverb Machine RV600 et le Digital Delay DD600. Il s’agit de pédales d’entrée de gamme, proposées à une vingtaine d’euros pièce – le genre de matériel systématiquement démoli sur les sites de commentaires par des gens qui, bien souvent, se la pètent un peu trop et expliquent que ce genre de matériel est juste bon pour les pédezouilles. Il n’y a pourtant aucune honte à utiliser du matériel à bas prix. Comme les véritables musiciens le savent et contrairement à ce qu’aiment penser les sots, ce n’est pas le matériel qui fait le son mais c’est celui qui l’utilise. Ce dans une très large mesure si ce n’est pour l’essentiel. Donc je suis friand de ces pédales d’effets à quelques sous et je préfère en acquérir dix à 25€ qu’une seule à 250€&amp;nbsp;! Car mon expérience me donne à penser qu’il est bien rare que l’on ne puisse en tirer des choses intéressantes et même parfois d’une incroyable musicalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ce week-end de répétition, j’avais emporté avec moi mon Ibanez PF200 et mon Harley Benton GA15, un ampli à tubes construit à l’ancienne et au son magnifique&amp;nbsp;: encore du matériel &lt;em&gt;made in China&lt;/em&gt; d’entrée de gamme, vendu sous une des marques «&amp;nbsp;maison&amp;nbsp;» du revendeur allemand Thomann. Au fur et à mesure du test de ces pédales, je me suis rendu compte de leur grand intérêt. En bidouillant les réglages, je suis parvenu à générer des boucles comme avec un looper ou avec une chambre d’écho à bande. Je suis également parvenu à produire de véritables nappes ondulantes – à partir d’une simple note de guitare – produisant des effets rappelant certains enregistrements de Klaus Schulze&amp;nbsp;! Complètement bluffé, j’étais&amp;nbsp;! Ces petites machines à deux balles produisaient des sons dignes d’une pédale haut de gamme du genre de celles proposées par Electro Harmonix&amp;nbsp;! L’attaque des cordes et les réglages de la guitare n’y étaient pas non plus tout à fait pour rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai alors pris un réveil à piles de chez Ikéa et l’ai enfermé dans une boîte à biscuits en métal, avec un capteur, et j’ai enregistré six minutes d’un tempo à 60, façon métronome avec de la réverbe, sur une des pistes de mon enregistreur numérique Boss BR600 – je ne m’en sépare jamais&amp;nbsp;! Puis, avec ce tempo dans mon casque, j’ai commencé à enregistrer, l’une après l’autre, des dizaines de pistes de guitare (avec le Boss je peux aller jusqu’à 64) en ne produisant qu’une ou deux ou trois notes, puis en les laissant se répéter en boucle. À l’occasion, les «&amp;nbsp;notes&amp;nbsp;» en question consistaient en un petit bruit obtenu en grattant les cordes, en tapotant sur un micro, en actionnant un commutateur, etc. En somme&amp;nbsp;: du bruit. Mais du bruit reconsidéré après intervention des pédales Behringer. À la fin de la journée, j’ai transféré ces enregistrements sur plusieurs clefs USB, sous la forme de fichiers.wave, en me promettant d’en faire quelque chose dès mon retour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la pratique, six mois attendre il a fallu pour que quelque chose je fasse, comme aurait dit Yoda. Ce fut en mai 2015. En réécoutant ce matériau sonore à tête reposée et avec un recul suffisant, une idée me traversa tout soudain l’esprit&amp;nbsp;: il y avait là de quoi créer une bande-son pour une lecture d’un texte comme… mais oui, comme «&amp;nbsp;Maître Zacharius&amp;nbsp;»&amp;nbsp;! Ou pour accompagner une exposition d’art contemporain – le genre de choses que j’aime aussi réaliser – dans un lieu comme le Musée de l’Horlogerie de La-Chaux-de-Fonds où nous nous étions produits, une dizaine d’années plus tôt, et dont je conservais un excellent souvenir&amp;nbsp;: La T’Chaux, comme disent les suisses, est un endroit épatant avec une histoire et des traditions libertaires comme on les aime.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ayant envie de travailler à partir de ces pistes, j’en ai retenu une quinzaine et ai commencé à les tester en regard les unes des autres, à les faire se questionner puis à les positionner dans un panoramique sonore, dans un mixage complexe se déroulant sur environ cinq minutes. Au bout de deux journées de travail, j’avais obtenu une pièce électronique à l’esthétique minimaliste et à mes oreilles relativement satisfaisante, d’une durée de 4:50, que je décidai de titrer&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Zacharius, une fantaisie horlogère&amp;nbsp;». Comme je venais tout juste de lancer l’opération «&amp;nbsp;Adoptez un artiste&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», j’en ai gravé une quinzaine d’exemplaires sur un CD et sous le label MindTheGap Records, mais hors-commerce et réservés aux personnes s’étant déclarées partantes pour cette autre aventure – la vie avec moi s’avère perpétuellement aventureuse&amp;nbsp;;o))&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;adopte-un-artiste-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/adopte-un-artiste-une2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le mois suivant, en juin donc, «&amp;nbsp;Zacharius, une fantaisie horlogère&amp;nbsp;» a participé, dans une version resserrée et remixée de 4:00, à un concours organisé par la revue &lt;em&gt;KR home-studio&lt;/em&gt;, mais sans parvenir à retenir l’attention du jury – n’attendant rien et ayant envoyé juste pour le principe, histoire de m’obliger à me bouger un peu, je n’en fus aucunement déçu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois mois plus tard, soit en septembre 2015, le morceau a été inclus en tant que bonus track (piste 21) sur le double CD &lt;em&gt;Zacharius&amp;nbsp;: Poème Symphonique en do phrygien&lt;/em&gt;. Là encore dans un nouveau mixage, cette fois d’une durée de 5:01 et sous le titre légèrement modifié de «&amp;nbsp;Zacharius&amp;nbsp;: une fantaisie horlogère en Mi&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Maître Zacharius&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://media.biblys.fr/book/13/54013-w450.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et comme tout est un éternel recommencement, une nouvelle version d’une durée de 4:37 et rebaptisée «&amp;nbsp;A Clockwork Fantasy&amp;nbsp;», a été insérée (piste 6) dans le sommaire de mon récent CD de musique électronique &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour à ce mois de mai 2015, riche en événements puisqu’à la fois je présente l’opération «&amp;nbsp;Adoptez un artiste&amp;nbsp;», je ressors de leur tiroir virtuel les pistes enregistrées à l’automne de l’année précédente – et qui vont donc devenir ma «&amp;nbsp;Fantaisie horlogère&amp;nbsp;» – et je lance un projet des plus ambitieux sur le site de financement participatif Kickstarter. Comme je suis, à l’évidence en plein crise de zacharite aiguë (avec le recul, cela apparaît comme un rien terrifiant&amp;nbsp;!) le sujet de ce Kickstarter n’est rien moins que la composition et l’enregistrement d’un poème symphonique entièrement inédit, d’une durée projetée d’au moins une heure et demie, destiné à soutenir et illustrer une lecture du texte intégral de la nouvelle originale. Toute la composition – sauf le final, libérateur – sera en mode phrygien, un mode mineur sombre et baroque, se différenciant du mode mineur habituel par un bémol sur son second degré (donc abaissé d’un demi-ton). J’ai l’intention de tout faire&amp;nbsp;: composition, exécution, prise de son et mixage – j’inviterai toutefois sur deux pistes finales ma compagne, Anita Carrier, qui joue de la vielle à roue alto. Je ne vais pas raconter à nouveau l’histoire de ces quatre mois de travail intensif et à temps plein – tout cela fut rendu possible par le soutien et la générosité d’une cinquantaine de personnes, certaines que je ne connaissais pas du tout. Le fruit de cet énorme travail paraît en septembre, sous la forme d’un double CD d’une durée de 107 minutes. L’œuvre de Jules Verne a été découpée en vingt épisodes, chacun avec sa musique et ses voix, ses arrangements tour à tour purement bruitistes ou des plus classiques, et son habillage sonore. Certains morceaux sont d’une simplicité confinant à l’évidence. D’autres sont le résultat du mixage laborieux de plus de quarante pistes&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170713-hippo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170713-hippo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En principe, cette œuvre démesurée aurait du solder mes comptes avec Jules Verne. Si ce n’est qu’en juin 2017, quelques semaines après avoir sorti &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt;, mon CD de chansons pop-folk/new trad, la facette yamaotokesque de ma personnalité musicale, sans doute légèrement agacée par l’excellente réception des &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt; du MountainMan, alors que le succès de son &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt; fut des plus mesurés, le Yama Otoko qui sommeille en moi, disais-je donc, se mit à m’agacer en me réclamant sans relâche une nouvelle tribune. Son idée, à ce malfaisant, était de remixer &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt;, version poème symphonique, en quelque chose de plus ramassée, de plus traditionnellement découpé au format d’un simple CD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je réécoutai donc les sauvegardes de monitoring de mon &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; en supprimant les voix – celle principale du narrateur et toutes les découpes du texte «&amp;nbsp;lues/jouées&amp;nbsp;» par des voix personnalisées, plus ou moins bidouillées et diversement réparties dans le panoramique. Puis je supprimai tout l’habillage sonore – comme les diverses pistes d’écoulement fluvial, soigneusement positionnées dans le mixe et supposées évoquer le partage des eaux du Rhône mugissant de part et d’autre des piliers sur lesquels est construite la maison de Zacharius, ou le fracas de la tempête mêlé au ruissellement des eaux de pluie, ou encore les coassements des hordes tournoyantes de corbeaux lors de l’arrivée au château de Pitonacchio. En clair, je commençai donc par virer tout ce qui avait été le plus compliqué à mixer – d’ailleurs essentiellement pour des prunes puisque ces effets liés à la localisation précise des sources sonores dans le panoramique, ne fonctionnent qu’avec une écoute sur une chaîne stéréo dotée de grosses enceintes (qui envoie de la purée dans les graves et comme on n’en fait plus) largement écartées (ce qui nécessite une pièce comme on n’en fait plus, non plus), alors que tout le monde écoute au mieux sur une mini-chaîne de bibliothèque ou, pire, sur les minusculissimes merdouillettes qui équipent les ordinateurs. Bref. De tous les archaïsmes qui tentent de survivre dans ce monde numérique, la musique dite pour musiciens est sans doute le plus moribond. Mais c’est une autre histoire. Et comme dirait le MountainMan&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est pas parce que personne ne m’écoute comme il faudrait que je vais me taire pour autant&amp;nbsp;». Bien dit, l’ami&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc confronté aux seules pistes musicales de Zacharius, je fus. Et dans l’obligation de constater qu’une «&amp;nbsp;bande-son&amp;nbsp;» qui fonctionne correctement pendant trois minutes lorsque son rôle principal est de soutenir/porter/accompagner une narration, avec des effets se faisant entendre là et quand ils doivent se faire entendre, devient assez rapidement sans grand intérêt – voire un peu chiante – quand elle se retrouve seule à occuper l’espace sonore. Il faut alors couper de manière drastique et passer à autre chose en douceur&amp;nbsp;; ou envisager de remplacer l’ancien récitant par un instrument jouant le rôle de soliste&amp;nbsp;; ou revoir la rythmique&amp;nbsp;; ou moduler davantage la texture des nappes&amp;nbsp;; ou je ne sais quoi… mettre à la poubelle étant également de l’ordre de l’envisageable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’où cette évidence&amp;nbsp;: faire de ma très bavarde version originale de cent dix minutes une œuvre strictement musicale d’une durée acceptable – à mon avis il faut ramener la chose à nettement moins d’une heure – ne vas pas se faire tout seul&amp;nbsp;! Avec le questionnement découlant de ce constat&amp;nbsp;: est-ce que ça en vaut la peine&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une semaine plus tard, comme disait l’ami Béranger&amp;nbsp;: j’en étais toujours à me le demander…&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Bibliographie des livres en langue française de Jean Ray/John Flanders (1887-1964)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/19/Bibliographie-de-Jean-Ray-John-Flanders" rel="alternate" type="text/html" title="Bibliographie des livres en langue française de Jean Ray/John Flanders (1887-1964)" />
      <id>urn:md5:ba38ba1f31148881201a865d3e571c95</id>
      <published>2017-07-19T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-07-19T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Bibliographie</dc:subject>
                    <dc:subject>Alain Sprauel</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En complément du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-87&quot;&gt;Bifrost 87&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, voici la bibliographie des œuvres de &lt;strong&gt;Jean Ray&lt;/strong&gt; alias John Flanders, concoctée par notre expert en la matière, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/alain-sprauel/&quot;&gt;Alain Sprauel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Une bibliographie exhaustive pour une œuvre conséquente…&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;La bibliographie intégrale de Jean Ray représente un énorme corpus&amp;nbsp;: quelques milliers de textes de fiction, dont surtout des récits courts. De très nombreux textes ont été écrits en néerlandais, puis traduits ou adaptés en français, d’autres ont pris le chemin inverse. Certains n’ont jamais été traduits. Il est évidemment impossible de présenter l’ensemble de cette œuvre labyrinthique si l’on ne dispose pas d’une place très importante. La modeste bien que conséquente bibliographie présentée ici recense l’intégralité des livres (fascicules y compris) publiés au moins une fois dans notre langue. Pour les passionné(e)s du sujet, on vous recommande la bibliographie intégrale en deux volumes publiée par l’Amicale Jean Ray (c/o &lt;a href=&quot;mailto:verbrugghen@telenet.be&quot;&gt;André Verbrugghen&lt;/a&gt;).&lt;br /&gt;
Légende de la bibliographie&amp;nbsp;: JR=Jean Ray/ JF=John Flanders.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 style=&quot;margin-bottom:5px&quot;&gt;Sommaire&amp;nbsp;:&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/07/19/Bibliographie-de-Jean-Ray-John-Flanders#part1&quot;&gt;1. Récits en fascicules&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/07/19/Bibliographie-de-Jean-Ray-John-Flanders#part2&quot;&gt;2. Romans&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/07/19/Bibliographie-de-Jean-Ray-John-Flanders#part3&quot;&gt;3. Recueils (hors Harry Dickson) &amp;amp; anthologies&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/07/19/Bibliographie-de-Jean-Ray-John-Flanders#part4a&quot;&gt;4a. Chronologie des récits Harry Dickson écrits par Jean Ray&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/07/19/Bibliographie-de-Jean-Ray-John-Flanders#part4b&quot;&gt;4b. Quelques héritiers de Harry Dickson&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;À la manière de Jean Ray…&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/07/19/Bibliographie-de-Jean-Ray-John-Flanders#part5&quot;&gt;5. Principaux ouvrages, dossiers ou revues en français sur Jean Ray (hors thèses)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Retrouvez Jean Ray sur internet&amp;nbsp;:&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://q-d.fr/1jO&quot;&gt;Quarante-Deux/exliibris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Ray_(écrivain)&quot;&gt;Wikipédia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;BDFI&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.bdfi.net/auteurs/r/ray_jean.php&quot;&gt;Jean Ray&lt;/a&gt; &amp;amp; &lt;a href=&quot;http://www.bdfi.net/auteurs/f/flanders_john.php&quot;&gt;John Flanders&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;nooSFère&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?numauteur=1412&quot;&gt;Jean Ray&lt;/a&gt; &amp;amp; &lt;a href=&quot;https://www.noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?numauteur=-2128542344&quot;&gt;John Flanders&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://jeanray.noosfere.org/&quot;&gt;… et surtout sur le site dédié&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;ainsi que celui de l’&lt;a href=&quot;http://www.jeanray.be/&quot;&gt;Amicale Jean Ray&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;septembre 2016-juin 2017 (Version 1.1)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;© Alain Sprauel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mes remerciements les plus chaleureux vont à André Verbrugghen pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa réactivité face à mes nombreuses questions. Sans son aide, cette bibliographe n’aurait pas eu la même exactitude ni la même exhaustivité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;part1&quot;&gt;1. Récits en fascicules&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Bien qu’ayant publié déjà de nombreux articles, récits, poèmes, chansons et même un recueil avant 1930, ce n’est qu’à partir de cette date et de sa collaboration aux éditions Averbode, au travers de leurs fascicules destinés à la jeunesse, que Jean Ray démarre une carrière régulière d’auteur. Il s’agit des «&amp;nbsp;Vlaamsche Filmkens&amp;nbsp;» [VF] (en néerlandais) et des «&amp;nbsp;Presto-Films&amp;nbsp;» [PF] (en français). Quelques-uns sont des traductions, dans un sens ou dans l’autre. Nous l’indiquons ci-dessous par [= PF] ou [= VF]. La version néerlandaise a duré bien plus longtemps que la version française arrêtée en 1939 et Jean Ray y a collaboré jusqu’à la fin de sa vie. Ci-dessous, nous ne signalons que les fascicules néerlandais déjà traduits en français à ce jour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nota&amp;nbsp;: L’Amicale Jean Ray publie depuis 2006, en volumes de six récits, la traduction de tous les fascicules publiés en néerlandais. Cette année paraît le tome 9.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-1-01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-1-01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Les «&amp;nbsp;Vlaamsche Filmkens&amp;nbsp;» (1931-1939)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;VF42 - août-31 - Het vervloekte land suivi de De witte Koning/Le pays maudit suivi de Le roi blanc&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF78 - mai-32 - De jongens van Wapping/Les gamins de Wapping&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF84 - juin-32 - De vijf blauwe huizen/Les cinq maisons bleues&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF93 - août-32 - De eerste Robinsons der lucht/Les premiers Robinsons du ciel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF101 - oct.-32 - De wreker van het slapende dal/Le vengeur de la vallée du sommeil&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF117 - fév.-33 - Het huis de woeste schaduwen/La maison des ombres farouches&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF122 - mars-33 - De wreede nacht van het slot Huntingdon/La terrible nuit du château Huntingdon&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF133 - mai-33 - De straat der zeven duivels/La rue des sept diables&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF155 - oct.-33 - Hikky, de otter/Hikky la loutre&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF166 - janv.-34 - Tempest, de gevreesde/Tempest le redoutable [= PF20]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF190 - juil.-34 - Het geheim van Dork.-Glen/Le mystère de Dork.-Glen&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF193 - juil.-34 - De klauw in de sneeuw/La griffe dans la neige [= PF26]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF197 - août-34 - Op bange wegen/Sur les chemins de la peur&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF207 - oct.-34 - De grote nood van Torrington/Le grand péril de Torrington [= PF191]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF217 - janv.-35 - Het raadsel der puinen/L’énigme des ruines&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF220 - janv.-35 - De booze rechters van Fenwick/Les juges malveillants de Fenwick&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF222 - fév.-35 - De gevaarvolle winternacht/La périlleuse nuit d’hiver [= PF60]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF233 - avr.-35 - De gevangenen van Morstanhill/Les prisonniers de Morstanhill [= PF15]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF237 - mai-35 - Het spook der Fancymijn/Le fantôme de la mine Fancy&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF240 - juin-35 - De nachtelijke tocht/L'expédition nocturne&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF245 - juil.-35 - De jonge straatroover/Le jeune voleur de grand chemin&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF283 - avr.-36 - Sint Ambrosiusnacht/La nuit de Saint.-Ambroise&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF300 - août-36 - In den greep der misdaad/Dans les griffes du crime&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF313 - nov.-36 - De toovenaar van Balderham/Le sorcier de Balderham&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF340 - mai-37 - Het geheim van de grommende rots/Le secret de la roche.-qui.-gronde&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF341 - mai-37 - De zingende vallei/Le vallon qui chante [= PF87]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF351 - août-37 - De geheimzinnige Babet Brown/La singulière Babet Brown [= PF84]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF363 - déc.-37 - Het avontuur van Missi/L'aventure de Missi&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF378 - fév.-38 - De melaatse abt van St. Albans/L'abbé lépreux de St Albans&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF391 - mai-38 - In den langen poolnacht/Dans la grande nuit du pôle [= PF98]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF418 - nov.-38 - Het raadselachtige avontuur/L'aventure énigmatique [= PF217]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF422 - déc.-38 - De laatste Triton/Le dernier triton [= PF221]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF429 - janv.-39 - Aan den electrischen stoel onstnapt/Echappé à la chaise électrique [= PF228]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF433 - fév.-39 - De onzichtbare leeraar/Le professeur invisible [= PF232]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF444 - mai-39 - Curtiss bij de roodhuiden [I]/Curtiss chez les Peaux.-Rouges 1&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF445 - mai-39 - Curtiss bij de roodhuiden [II]/Curtiss chez les Peaux.-Rouges 2&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF446 - mai-39 - Het verminkte standbeeld/La statue assassinée [= PF237]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF455 - juil.-39 - Het oog in de nacht/L'œil de la nuit [= PF242]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF465 - oct.-39 - Het roode maantje/Le carrefour de la lune rousse [= PF247]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF468 - oct.-39 - Het plan van Lucky Jim/Le plan de Lucky Jim [= PF272]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF469 - nov.-39 - De &quot;Thalis&quot; verdwenen/Le sous.-marin assassiné [= PF272]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VF477 - déc.-39 - Het lied van den Hang.-Ho/Le mail hanté [= PF265]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-1-02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-1-02.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Les «&amp;nbsp;Vlaamse Filmkens&amp;nbsp;» (1946 &amp;amp; après)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;VFn4 - mars-46 - De laatste atoombom/La dernière bombe atomique&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn8 - mai-46 - Minotaur de robot/Minotaure, le robot&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn12 - juil.-46 - Het geheimzinnig groene vuur/Le mystérieux feu vert&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn15 - sept.-46 - De witte pest/La peste blanche&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn18 - oct.-46 - De verschrikking van Shoreham/L'horreur de Shoreham&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn20 - nov.-46 - De eilanden van de mist/Les îles du brouillard&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn22 - déc.-46 - Het huis met de zeven torentjes/La maison aux sept tourelles&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn27 - fév.-47 - De rokende doodskop/Le crâne qui fumait&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn29 - mars-47 - De schat der Färoër eilanden/Le trésor des Féroé&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn33 - mai-47 - Vier van Christus' leger/Quatre de l’armée du Christ [= PF175]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn36 - juin-47 - De geheimzinnige rivier/La rivière mystérieuse&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn40 - août-47 - De vijand op het eiland/L’ennemi dans l’île [=PF118]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn42 - sept.-47 - De wite hel/L’enfer de neige [=PF139]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn44 - oct.-47 - Schrik op de Wash.-gronden/Peur sur les terres de Wash&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;VFn46 - nov.-47 - Vuren op Fuglö/Feux sur Fuglö&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-1-03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-1-03.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Les «&amp;nbsp;Presto-Films&amp;nbsp;» (1934-1939)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;PF15 - déc.-34 - Les prisonniers de Morstanhill [= VF233]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF19 - janv.-35 - Le château du péril&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF20 - fév.-35 - Tempest le terrible [= VF166]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF26 - mars-35 - La griffe dans la neige [= VF193]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF60 - nov.-35 - La nuit tragique [= VF222]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF64 - déc.-35 - Le roman de la mer&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF77 - mars-36 - La bête de Loch-Boo&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF81 - avril-36 - L’oiseau mystérieux&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF84 - avril-36 - La singulière Babet Brown [= VF351/VFn54]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF87 - mai-36 - Le vallon qui chante [= VF341]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF89 - mai-36 - Le feu vert&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF91 - juin-36 - Hirro, l’enfant de la jungle&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF95 - juil.-36 - Vacances américaines&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF98 - août-36 - Dans la grande nuit du pôle [= VF391]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF103 - sept.-36 - Aux tréfonds du mystère&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF108 - oct.-36 - L’auberge du roi gourmand&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF112 - nov.-36 - Le formidable secret du pôle&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF118 - déc.-36 - L’ennemi dans l’île [= VFn40]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF123 - janv.-37 - Le nègre dans l’ascenseur&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF125 - fév.-37 - L’aventure espagnole&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF130 - mars-37 - La neuvaine d’épouvante&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF135 - avril-37 - La jonque noire&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF136 - avril-37 - L’étrange nuit du 1er décembre&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF139 - mai-37 - L’enfer de neige [= VFn42]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF148 - juil.-37 - Le pays des sept mille merveilles&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF153 - août-37 - Miss Volcan&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF154 - août-37 - Jim-la-Corneille&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF172 - janv.-38 - Un roi de la mer&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF175 - janv.-38 - Quatre de l’armée du Christ [= VFn33]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF178 - fév.-38 - L’énigme mexicaine&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF179 - fév.-38 - Le dernier loup&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF191 - mai-38 - Le salut de Torrington [= VF207]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF217 - nov.-38 - L’aventure énigmatique [= VF418]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF221 - déc.-38 - Le dernier triton [= VF422]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF228 - janv.-39 - Un homme allait mourir… [= VF429]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF232 - fév.-39 - Le professeur invisible [= VF433]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF237 - avril-39 - La statue assassinée [= VF446]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF242 - mai-39 - L’œil de la nuit [= VF455]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF247 - juin-39 - Le carrefour de la lune rousse [= VF465]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF265 - oct.-39 - Le mail hanté [= VF477]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF272 - déc.-39 - Le sous-marin assassiné [= VF469]&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PF272 - déc.-39 - Le plan de Lucky Jim [= VF468]&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-1-04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-1-04.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble des 42 «&amp;nbsp;Presto-Films&amp;nbsp;» ont été repris en fascicules fac-similé par&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
- Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 1992-1993.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-1-05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-1-05.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Autres fascicules hors collections&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;N.a. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le psautier de Mayence.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Bien Public&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], 6 mai 1930. [Recueilli in F.02].&lt;br /&gt;
- Paris&amp;nbsp;: Mille &amp;amp; Une Nuits, 05/1997 ([La petite collection], n°&amp;nbsp;161).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.b. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De nacht van het groote geheim/Drummer-Hinger.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In : &lt;em&gt;Ons Land&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], 18 octobre 1930.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La nuit du grand secret&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Francis Goidts &amp;amp; André Verbrugghen).&lt;br /&gt;
- Namur, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 1990.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.c. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les prisonniers de Morstanhill&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Presto-Films&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;[PF]15, 30 décembre 1934.&lt;br /&gt;
- Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 1959.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.d. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le roman de la mer&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Presto-Films&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;[PF]64, 8 décembre 1935.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Un roman de la mer&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
- Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 1957. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.e. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le vallon qui chante&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Presto-Films&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;87, 17 mai 1936.&lt;br /&gt;
- Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, [1946] [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.f. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le feu vert&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Presto-Films&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;[PF]89, 31 mai 1936.&lt;br /&gt;
- Paris&amp;nbsp;: C.E.H.D. [Cercle des Élèves de Harry Dickson], 01/1988. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.g. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Hirro, l’enfant de la jungle&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Presto-Films&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;[PF]91, 14 juin 1936.&lt;br /&gt;
- Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 1959.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.h. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le secret du rocher-qui-gronde&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le plus jeune des Croisés&lt;/em&gt;, anthologie. Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 1936.&lt;br /&gt;
- Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 04/2000 (Récits express, n°&amp;nbsp;8).&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le secret de la roche-qui-gronde&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
- Paris&amp;nbsp;: C.E.H.D. [Cercle des Élèves de Harry Dickson], 04/1986. [JF].&lt;br /&gt;
- In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Trois récits&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2002. [F.52].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.i. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le nègre de l’ascenseur&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Presto-Films&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;[PF]123, janvier 1937. [Recueilli in F.06].&lt;br /&gt;
- Paris&amp;nbsp;: C.E.H.D. [Cercle des Élèves de Harry Dickson], 10/1984. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.j. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les crimes de l’arc-en-ciel.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L’Almanach du paysan&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], 1944.&lt;br /&gt;
- Gand, Belgique&amp;nbsp;: Piraytage, 1984.&lt;br /&gt;
- In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Trois récits&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2002. [F.52].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.k. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De duistere straat.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ons Zondagsblad&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], 21 avril 1951.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La rue sombre&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jean Ray).&lt;br /&gt;
- Paris&amp;nbsp;: C.E.H.D. [Cercle des Élèves de Harry Dickson], 12/1984. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.l. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le réveillon de M. Ramage.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Petit-Luron&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], 28 décembre 1957.&lt;br /&gt;
- Paris&amp;nbsp;: C.E.H.D. [Cercle des Élèves de Harry Dickson], [1985&amp;nbsp;?]. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N.m. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La fausse clé&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(une histoire de la quatrième dimension).&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
- Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 09/1990 (Signes extérieurs, n°&amp;nbsp;6).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-2-01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-2-01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1 id=&quot;part2&quot;&gt;2. Romans&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;R.01. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jack-de-Minuit.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Bien Public&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], mai 1932 à février 1933.&lt;br /&gt;
2) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 1990.&lt;br /&gt;
3) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1991 (Attitudes).&lt;br /&gt;
4) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Le Cri, 2007.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.02. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Spoken op de ruwe heide&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Averbode, Belgique &amp;nbsp;: Altiora, 1935.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les feux follets de Satan&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paule &amp;amp; René Depauw).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 02/1986 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;160). [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.03. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Op onbekende paden.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], mai à juillet 1936.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Sur des pistes inconnues&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Michel Oleffe).&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;! - 1&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2016 [F.78]. [JR/JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.04. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De monsters van den slapenden berg.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], décembre 1936 à janvier 1937.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les monstres de la montagne-qui-dort&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Michel Oleffe).&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;! - 2&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2017 [F.80]. [JR/JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.05. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Op vlucht naar Bradford.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ons Kinderland&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], janvier à avril 1937.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;En fuite vers Bradford&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Michel Oleffe).&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2015 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;28). [Éd. bilingue].&lt;br /&gt;
2) Dinan&amp;nbsp;: Terre de Brume, 05/2017 (Terres fantastiques). [Suivi de R.06]. [JF].&lt;br /&gt;
Tirage limité complémentaire&amp;nbsp;: &lt;em&gt; 5 exemplaires hors commerce numérotés de HC I à HC V &amp;amp; 20 exemplaires numérotés de 1 à 20, l’ensemble sur Inapa Création «&amp;nbsp;Tradition&amp;nbsp;» blanc naturel. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.06. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De gezellen van de storm.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], août à octobre 1937.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les compagnons de la tempête&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Michel Oleffe).&lt;br /&gt;
1) Suivant le roman éponyme in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;En fuite vers Bradford&lt;/em&gt;, 2017 [R.05]. [JF].&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;! - 2&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2017 [F.80]. [JR/JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.07. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De man achter de deur.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Wonderland&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], janvier à avril 1938.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’homme derrière la porte&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Françoise Bannier &amp;amp; André Verbrugghen).&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 11/2009 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;10). [Éd. bilingue].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;R.08. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Het geheim der Sargassen.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], janvier à mai 1940.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le secret des Sargasses&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (adapt. de Jacques Van Herp).&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Rantanplan&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;13 &amp;amp; 14, périodique [Belgique], janvier 1969.&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le secret des Sargasses&lt;/em&gt;, recueil, UGE, 1975 [F.21]. [JF].&lt;br /&gt;
Même titre (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Michel Oleffe).&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;! - 1&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2016 [F.78]. [JR/JF].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-2-02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-2-02.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;R.09. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Malpertuis&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. &lt;em&gt;Histoire d’une maison fantastique.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Les Auteurs Associés, 06/1943.&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Denoël, 03/1955 (Présence du futur, n°&amp;nbsp;7). [Nota&amp;nbsp;: diffusé sous deux formats différents].&lt;br /&gt;
3) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1962 (Bibliothèque Marabout géant, n° G142/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;142).&lt;br /&gt;
4) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 3&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1964 [F.13].5) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;&lt;br /&gt;
trim. 1978 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;1).&lt;br /&gt;
6) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Le Cri, 12/1982. [Reprise en fac-similé de l’E.O.].&lt;br /&gt;
7) Paris&amp;nbsp;: J’ai Lu, 07/1984 ([Science-fiction], n°&amp;nbsp;1677).&lt;br /&gt;
8) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Le Cri, 1992. [Reprise en fac-similé de l’E.O.].&lt;br /&gt;
9) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Labor, 1993 (Espace Nord, n°&amp;nbsp;88).&lt;br /&gt;
10) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres choisies&lt;/em&gt;, recueil, Renaissance du Livre, 2001 [F.50].&lt;br /&gt;
11) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Ananké, 2001.&lt;br /&gt;
12) Paris&amp;nbsp;: Alma, 04/2017 (Jean Ray).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-2-03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-2-03.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;R.10. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La cité de l’indicible peur&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Les Auteurs Associés, 07/1943.&lt;br /&gt;
2) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 1&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1963 [F.09].&lt;br /&gt;
3) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1965 (Bibliothèque Marabout géant, n° G223/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;223).&lt;br /&gt;
4) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1979 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;19).&lt;br /&gt;
5) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 02/1985 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;130).&lt;br /&gt;
6) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2009 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;11). [Reprise en fac-similé de l’E.O.].&lt;br /&gt;
7) Paris&amp;nbsp;: Alma, 04/2016 (Jean Ray).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.11. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Het schip der beulen.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Zonneland&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], novembre 1946 à mars 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La nef des bourreaux&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paule &amp;amp; René Depauw).&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La nef des bourreaux&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1987 [F.36]. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.12. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De zilveren kaap.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: De Pijl, 1946.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La malédiction de Machrood&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paule &amp;amp; René Depauw).&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La malédiction de Machrood&lt;/em&gt;, recueil, NéO, 1984 [F.30]. [JF].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le terrible pays de Machrood&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Michel Oleffe).&lt;br /&gt;
2) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bravo&amp;nbsp;! - 2&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2017 [F.80]. [JR/JF].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;R.13. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La bataille d’Angleterre.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1) Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 1947. [JF].&lt;br /&gt;
2) Troesnes&amp;nbsp;: Corps 9, 01/1985. [JF].&lt;br /&gt;
[Roman suivi des 2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La nuit tragique&amp;nbsp;» (PF60) &amp;amp; «&amp;nbsp;La bête de Loch-Boo&amp;nbsp;» (PF77)].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-2-04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-2-04.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.14. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De geheimzinnige rivier&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: Vlaamse Filmkens, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;[VFn]36, 22 juin 1947.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les terres hantées&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacques Van Herp).&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Recto-Verso, 07/1987 (Ides… &amp;amp; autres, n° 56bis). [JR/JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.15. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Geheimen van het noorden&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La brume verte&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paule &amp;amp; René Depauw).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 10/1985 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;151). [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;R.16. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Het zwarte eiland&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Averbode, Belgique&amp;nbsp;: Altiora, 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’île noire&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paule &amp;amp; René Depauw).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 11/1986 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;182). [JF].&lt;br /&gt;
2) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Labor, 1998. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-2-05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-2-05.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.17. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Het monster van Borough&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Averbode’s Weekblad&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], janvier à mars 1948.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le monstre de Borough&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (adapt. de Jacques Finné).&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: UGE, 11/1974 (10/18, n°&amp;nbsp;908). [JF]. [Roman suivi de la nouvelle &amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le mystérieux homme de la pluie&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
2) Tournai, Belgique&amp;nbsp;: Casterman, 10/1981 (L’ami de poche, n°&amp;nbsp;29). [JF].&lt;br /&gt;
3) Lyon&amp;nbsp;: Chardon Bleu, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1983 [Édition en grands caractères]. [JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.18. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Geierstein&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Averbode’s Weekblad&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], février à mai 1949.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Geierstein&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Françoise Bannier).&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 07/2006 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;15).&lt;br /&gt;
2) Dinan&amp;nbsp;: Terre de Brume, 10/2016 (Terres fantastiques).&lt;br /&gt;
Tirage limité complémentaire&amp;nbsp;: &lt;em&gt; 5 exemplaires hors commerce numérotés de HC I à HC V &amp;amp; 20 exemplaires numérotés de 1 à 20, l’ensemble sur Inapa Création «&amp;nbsp;Tradition&amp;nbsp;» blanc naturel 100 grammes. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.19. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La vallée du sommeil.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Petits Belges&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], février à juillet 1949. [JF].&lt;br /&gt;
2) Reuil Malmaison&amp;nbsp;: Le Fulmar, périodique, n°&amp;nbsp;3, juillet 1981. [JF].&lt;br /&gt;
3) Troesnes&amp;nbsp;: Corps 9, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1986. [JF]. [Roman suivi des 2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La singulière Babet Brown&amp;nbsp;» (PF84) &amp;amp; «&amp;nbsp;Dans la grande nuit du pôle&amp;nbsp;» (PF98)].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;R.20. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De nachtzwaluw.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ons Zondagsblad&lt;/em&gt;, périodique [Belgique], juillet à septembre 1949.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’hirondelle de nuit&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Paule &amp;amp; René Depauw).&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Ananké, 11/2010. [JF].&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’engoulevent&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (même trad. revue &amp;amp; corrigée par André Verbrugghen).&lt;br /&gt;
2) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2014 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;26). [JR/JF]. [Éd. bilingue].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-2-06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-2-06.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;R.21. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De boeman van Stockton&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. In&amp;nbsp;: Vlaamse Filmkens, périodique [Belgique], n°&amp;nbsp;[VFn]142, 8 juillet 1951.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’ogre de Stockton&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. de Jacques Van Herp).&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Recto-Verso, 06/1988 (Ides… &amp;amp; autres, n° 59bis). [JR/JF].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.22. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les sept Robinsons de la neige.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Sélection Tintin 1955&lt;/em&gt;, anthologie annuelle. Bruxelles, Belgique/Paris&amp;nbsp;: Lombard, 1954. [JF].&lt;br /&gt;
2) [sl, Belgique]&amp;nbsp;: Éd. du Pirate, [1970]. [Reprise en fac-similé]. [JF].&lt;br /&gt;
3) In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Trois récits&lt;/em&gt;, recueil, Sailor’s Memories, 2002. [F.52].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.23. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La porte sous les eaux.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; Adaptation par Michel Jansen (alias Jacques Van Herp) en un seul roman de&amp;nbsp;:&lt;em&gt; Le formidable secret du pôle&lt;/em&gt; (PF112) &amp;amp; &lt;em&gt;Aux tréfonds du mystère&lt;/em&gt; (PF103).&lt;br /&gt;
1a) Paris&amp;nbsp;: SPES, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1960 (Jamboree-Aîné). [JF &amp;amp; Michel Jansen].&lt;br /&gt;
1b) Paris&amp;nbsp;: SPES, 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1960 (Jamboree, n°&amp;nbsp;47). [JF &amp;amp; Michel Jansen].&lt;br /&gt;
2 In&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le secret des Sargasses&lt;/em&gt;, recueil, UGE, 1975 [F.21].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.24. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Saint-Judas-de-la-nuit.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 2&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1964 [F.10].&lt;br /&gt;
2) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le livre des fantômes&lt;/em&gt;, recueil, Gérard/Marabout, 1966 [F.07].&lt;br /&gt;
- Prévu, mais non paru. Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1980 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;31).&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Alma, prévu en 2018 (Jean Ray).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;R.25. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De vloek der oude huizen&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Inédit non daté (écrit dans les années 50&amp;nbsp;?)&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La malédiction des vieilles demeures&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Hervé Louinet).&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 12/2004 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;3). [JR/JF]. [Éd. bilingue].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;part3&quot; style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;3. Recueils (hors Harry Dickson)&lt;/h1&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.01. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les contes du whisky&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: La Renaissance du Livre, 1925.&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 27 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Irish whisky&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;À minuit&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le nom du bateau&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Un conte de fées à Whitechapel&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fortune d'Herbert&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dans les marais de Fenn&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit de Camberwell&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Petite femme aimée au parfum de verveine&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le saumon de Poppelreiter&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Entre deux verres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Josuah Güllick, prêteur sur gages&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La vengeance&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mon ami le mort&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le crocodile&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une main&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La dernière gorgée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le singe&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fenêtre aux monstres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Minuit-vingt&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bête blanche &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le gardien du cimetière&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bonne action&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le tableau&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'observatoire abandonné&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les étranges études du Dr. Paukenschläger&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La dette de Gumpelmeyer&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Herr Hubich dans la nuit&amp;nbsp;»]. Les éditions suivantes ont le même sommaire sauf indication contraire, même si certains textes ont été retouchés.&lt;br /&gt;
2) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Atalante, 1946.&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 17 des 27 récits originaux&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Irish whisky&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le nom du bateau&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Un conte de fées à Whitechapel&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fortune d'Herbert&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Petite femme aimée au parfum de verveine&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Josuah Güllick, prêteur sur gages&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La vengeance&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une main&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La dernière gorgée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le singe &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Minuit-vingt&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le gardien du cimetière&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bonne action&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le tableau&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'observatoire abandonné&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les étranges études du Dr. Paukenschläger&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La dette de Gumpelmeyer&amp;nbsp;» et de 3 autres issus de F.02&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le bout de la rue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La présence horrifiante&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Mondschein-Dampfer&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
3) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 2&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1964 [F.10].&lt;br /&gt;
4) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1965 (Bibliothèque Marabout géant, n° G237/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;237).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 27 récits originaux &amp;amp; des 3 issus de F.02&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le bout de la rue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La présence horrifiante&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Mondschein-Dampfer &amp;nbsp;»]&lt;br /&gt;
5) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les derniers contes de Canterbury&lt;/em&gt;, recueil, Walter Beckers, 1965 [F.05.4].&lt;br /&gt;
[Extrait du recueil composé de 4 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Irish whisky&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La vengeance &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le gardien du cimetière&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le tableau&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-02.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;6) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1980 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;30).&lt;br /&gt;
7) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 06/1985 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;143).&lt;br /&gt;
8) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 04/1996 (Lefrancq en poche, n°&amp;nbsp;2101).&lt;br /&gt;
9) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres choisies&lt;/em&gt;, recueil, Renaissance du Livre, 2001 [F.50].&lt;br /&gt;
10) Paris&amp;nbsp;: Alma, 04/2016 (Jean Ray).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 27 récits originaux &amp;amp; de 11 autres non encore recueillies&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mon ami Jehan. Souvenir d'un pensionnaire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fiole jaune&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;S.S. &quot;Hjalmar Fenn&quot;, Kjöbenhavn&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Il y avait une poupée à bord…&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dans la bourrasque. Chronique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Automobilisme. Étrange histoire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Maisons hantées. Chronique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La maison hantée. Chronique fantaisiste&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Hôtel de famille&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une collaboration&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La vengeance… par le livre&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-03.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.02. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La croisière des ombres&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. &lt;em&gt;Histoires hantées de terre et de mer.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Éd. de Belgique, 1931.&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 7 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La présence horrifiante&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le bout de la rue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le dernier voyageur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dürer, l'idiot&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mondschein-Dampfer &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La ruelle ténébreuse&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le Psautier de Mayence&amp;nbsp;»]. Les éditions suivantes ont le même sommaire, sauf indication contraire.&lt;br /&gt;
2) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les contes du whisky&lt;/em&gt;, recueil, Atalante, 1946 [F.01.2].&lt;br /&gt;
[Extrait du recueil composé de 3 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le bout de la rue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La présence horrifiante&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Mondschein-Dampfer&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
3) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 2&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1964 [F.10].&lt;br /&gt;
[idem que l’édition précédente].&lt;br /&gt;
4) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les contes du whisky&lt;/em&gt;, recueil, Gérard/Marabout, 1965 [F.01.4].&lt;br /&gt;
[idem que l’édition précédente].&lt;br /&gt;
5) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 04/1984 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;106).&lt;br /&gt;
- Paris&amp;nbsp;: La République des Lettres, 2014. Version numérique non autorisée.&lt;br /&gt;
6) Paris&amp;nbsp;: Alma, 09/2016 (Jean Ray).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 7 récits originaux &amp;amp; de 9 autres non encore recueillies&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le torrent de boue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le ralenti de 5 h 17&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’effroyable histoire de Machrood&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Ombre d’escale&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Poste de police, R–2&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’idylle de monsieur Honigley&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La trouvaille de Mr. Sweetpipe &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Au nom de la loi. Le vent de la hache&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Au nom de la loi. Si Scotland Yard…&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-04.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.03. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le Grand Nocturne&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;. Récits d’épouvante.&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Les Auteurs Associés, 1942.&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 7 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Grand Nocturne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les sept châteaux du Roi de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La ruelle ténébreuse&amp;nbsp;» *, «&amp;nbsp;Le Psautier de Mayence&amp;nbsp;» *, «&amp;nbsp;Le fantôme dans la cale&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Quand le Christ marcha sur la mer&amp;nbsp;» &amp;amp;«&amp;nbsp;La scolopendre&amp;nbsp;», celles indiquées * provenant de &lt;em&gt;La croisière des ombres&lt;/em&gt; (F.02)]. Les éditions suivantes contiennent les mêmes récits, avec quelquefois un ordre différent.&lt;br /&gt;
2) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 2&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1964 [F.10].&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1979 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;14).&lt;br /&gt;
4) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Grand Nocturne/Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;, recueil, Labor, 1984 [F.32.1a] &amp;amp; 1998 [F.32.1b].&lt;br /&gt;
5) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Grand Nocturne/Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;, recueil, Actes Sud, 1989 [F.32.2].&lt;br /&gt;
6) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires noires et fantastiques&lt;/em&gt;, recueil, Fleuve Noir, 1993 [F.43].&lt;br /&gt;
7a) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Ananké, 2007. [Fac-similé de l’édition originale].&lt;br /&gt;
7b) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Ananké, 2007.&lt;br /&gt;
8) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Grand Nocturne &amp;amp; Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;, recueil, Alma, 2017 [F.32.3].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Grand Nocturne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les sept châteaux du Roi de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fantôme dans la cale&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Quand le Christ marcha sur la mer&amp;nbsp;» &amp;amp;«&amp;nbsp;La scolopendre&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-05.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.04. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les cercles de l’épouvante&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Les Auteurs Associés, 1943.&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 11 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Liminaire&amp;nbsp;: les cercles&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La main de Goetz von Berlichingen&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'assiette de Moustiers&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cimetière de Marlyweck&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le dernier voyageur&amp;nbsp;» *, «&amp;nbsp;L'homme qui osa&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dürer, l'idiot&amp;nbsp;» *, «&amp;nbsp;L'auberge des spectres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'histoire du Wûlkh&amp;nbsp;»,«&amp;nbsp;Le miroir noir&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Fin&amp;nbsp;: Hors des cercles&amp;nbsp;», celles indiquées * provenant de &lt;em&gt;La croisière des ombres&lt;/em&gt; (F.02)]. Les éditions suivantes ont le même sommaire.&lt;br /&gt;
2) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 1&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1963 [F.09].&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1978 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;2).&lt;br /&gt;
4) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Grand Nocturne/Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;, recueil, Labor, 1984 [F.32.1a] &amp;amp; 1998 [F.32.1b].&lt;br /&gt;
5) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Grand Nocturne/Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;, recueil, Actes Sud, 1989 [F.32.2].&lt;br /&gt;
6) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires noires et fantastiques&lt;/em&gt;, recueil, Fleuve Noir, 1993 [F.43].&lt;br /&gt;
7) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Grand Nocturne &amp;amp; Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;, recueil, Alma, 2017 [F.32.3].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 9 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Liminaire. Les cercles&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La main de Goetz von Berlichingen&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'assiette de Moustiers&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cimetière de Marlyweck&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'homme qui osa&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'auberge des spectres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'histoire du Wûlkh&amp;nbsp;»,«&amp;nbsp;Le miroir noir&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Fin. Hors des cercles&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-06.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.05. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les derniers contes de Canterbury&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Les Auteurs Associés, 1944. Illustrations de R. de Ruyck en couleurs.&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 32 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le prologue fantastique, «&amp;nbsp;M. Kupfergrun prend la parole&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Irish Stew&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le docteur Canivet raconte&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les noces de Mlle Bonvoisin&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La clergesse parle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Tyburn&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'odyssée de M. Gallagher&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;M. Gallagher went home&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une étrange femme s'écrie &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Je cherche Herr Hazenfraz&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;M. Tipps raconte sa vie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Suite à Tyburn&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Histoire d'un fantoche&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le bonhomme Mayeux&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Un marin raconte&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La terreur rose&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'histoire d'un fou&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Uhu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'homme de la &quot;Rum-Row&quot; lit trois histoires&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La plus belle petite fille du monde&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La danse de Salomé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'assomption de Septimus Kamin&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;M. Kupfergrun reprend la parole&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fleuve Flinders&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le gros homme raconte&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Falstaff se souvient&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Au tour du chat Murr&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le chat assassiné&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fin de la nuit&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Reid Unthank&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Au profit des conjectures&amp;nbsp;»]. Les éditions suivantes ont le même sommaire, sauf indication contraire.&lt;br /&gt;
1’) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Les Auteurs Associés, 1944 [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; édition]. Illustrations de R. de Ruyck en noir &amp;amp; blanc.&lt;br /&gt;
[Recueil différent de la 1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; édition, il manque 2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Au tour du chat Murr&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le chat assassiné&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
2) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1963 (Bibliothèque Marabout géant, n° G166/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;166).&lt;br /&gt;
3) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 3&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1964 [F.13].&lt;br /&gt;
4) Deurne-Anvers, Belgique&amp;nbsp;: Walter Beckers, sans date [1965] (XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle).&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 30 récits issus des &lt;em&gt;Derniers contes de Canterbury&lt;/em&gt; (il manque&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Au tour du chat Murr&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le chat assassiné&amp;nbsp;») &amp;amp; de 4 récits issus des &lt;em&gt;Contes du Whisky&lt;/em&gt; (F.01)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Irish whisky&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La vengeance&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le gardien du cimetière&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le tableau&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
5) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1979 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;23).&lt;br /&gt;
6) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 11/1985 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;156).&lt;br /&gt;
7) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 2012. [Éd. bilingue].&lt;br /&gt;
8) Paris&amp;nbsp;: Alma, prévu en fin 2017 (Jean Ray).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-07.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.06. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Mystères &amp;amp; aventures&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Atalante, 1946. [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 6 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La neuvaine d'épouvante&amp;nbsp;» (PF130), «&amp;nbsp;La statue assassinée&amp;nbsp;» (PF237), «&amp;nbsp;Le carrefour de la lune rousse&amp;nbsp;» (PF247), «&amp;nbsp;La jonque noire&amp;nbsp;» (PF135), «&amp;nbsp;Le nègre de l'ascenseur&amp;nbsp;» (PF123) &amp;amp; «&amp;nbsp;L'aventure espagnole&amp;nbsp;» (PF125)]. Les éditions suivantes ont le même sommaire.&lt;br /&gt;
Sous le titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La neuvaine d’épouvante&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [JF].&lt;br /&gt;
2) Kappellen-Anvers, Belgique&amp;nbsp;: Walter Beckers, sans date [1966] (XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle).&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 03/1985 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;133).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-08.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.07. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le livre des fantômes&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: La Sixaine, 1947 (Le roman noir).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 12 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;En matière de préface&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mon fantôme à moi&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Maison à vendre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Choucroute&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;M. Wohlmut et Franz Benschneider&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit de Pentonville&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'histoire de Marshall Grove &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Vérité sur l'oncle Timotheus&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Ronde de nuit à Koenigstein&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cousin Passeroux&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Rues&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Après&amp;nbsp;»]. Les éditions suivantes ont le même sommaire, sauf indication contraire.&lt;br /&gt;
2) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Œuvres complètes, tome 1&lt;/em&gt;, recueil, Laffont, 1963 [F.09].&lt;br /&gt;
3) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1966 (Bibliothèque Marabout géant, n° G247/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;247).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 12 récits originaux &amp;amp; du roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Saint-Judas-de-la-nuit&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.24)].&lt;br /&gt;
4) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1980 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;25).&lt;br /&gt;
5) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 04/1985 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;135).&lt;br /&gt;
6) in&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Histoires noires et fantastiques&lt;/em&gt;, recueil, Fleuve Noir, 1993 [F.43].&lt;br /&gt;
7) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1996 (Lefrancq en poche, n°&amp;nbsp;2106).&lt;br /&gt;
8) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 2011. [Éd. bilingue].&lt;br /&gt;
9) Paris&amp;nbsp;: Alma, prévu en 2018 (Jean Ray).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-09.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.08. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les 25 meilleures histoires noires &amp;amp; fantastiques de Jean Ray&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1961 (Bibliothèque Marabout géant, n° G114/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;114).&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 25 récits issus de différents autres livres &amp;amp; publications&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La ruelle ténébreuse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La main de Goetz von Berlichingen&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La vérité sur l'oncle Timotheus&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dieu, toi et moi… &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'histoire du Wûlkh&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Je cherche Mr. Pilgrim&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le psautier de Mayence&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cimetière de Marlyweck&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Quand le Christ marcha sur la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'assiette de Moustiers&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;J'ai tué Alfred Heavenrock&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Grand Nocturne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'auberge des spectres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La scolopendre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Merry-go-round&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le miroir noir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La princesse Tigre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le gardien du cimetière&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dents d'or&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'homme qui osa&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le dernier voyageur &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit de Camberwell&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mr. Gless change de direction&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cousin Passeroux&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Storchhaus ou La maison des cigognes&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.09. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Œuvres complètes / 1&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Robert Laffont, 1963.&lt;br /&gt;
[Recueil composé des deux recueils&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;&lt;em&gt; Le livre des fantômes&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.07) &amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.04), ainsi que du roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La cité de l’indicible peur&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.10)].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.10. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Œuvres complètes / 2&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Robert Laffont, 1964.&lt;br /&gt;
[Recueil composé des trois recueils&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;&lt;em&gt; Les contes du whisky&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;(F.01),&lt;em&gt; &lt;strong&gt;Le Grand Nocturne&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (F.03) &amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La croisière des ombres&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.02), ainsi que du roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Saint-Judas-de-la-nuit&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.24)].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.11. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le carrousel des maléfices&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1964 (Bibliothèque Marabout géant, n° G197/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;197).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 19 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mathématiques supérieures&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La tête de monsieur Ramberger&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Bonjour, Mr. Jones&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Histoires drôles&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Têtes-de-lune&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le banc et la porte&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Croquemitaine n'est plus…&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Puzzle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'envoyée du retour&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La sotie de l'araignée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le beau dimanche&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le &quot;Tessaract&quot;&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La sorcière&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les gens célèbres de Tudor Street&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Trois petites vieilles sur un banc&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La conjuration du lundi&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Un tour de cochon&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Smith… comme tout le monde…&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le formidable secret du pôle&amp;nbsp;» (PF103 &amp;amp; PF112)]. Les éditions suivantes ont le même sommaire, sauf indication contraire.&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1978 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;10).&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 09/1985 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;150).&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 18 récits, car ne comportant pas&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le formidable secret du pôle&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
4) Loverval, Belgique&amp;nbsp;: Labor, 06/2006 (Espace Nord/Fantastique, n°&amp;nbsp;264).&lt;br /&gt;
5) Paris&amp;nbsp;: Alma, prévu en 2018 (Jean Ray).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-11.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.12. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les contes noirs du golf&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1964 (Bibliothèque Marabout géant, n° 208/Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;208).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 26 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;72 holes…36…72 (Decided over 36 holes)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le &quot;Golfeur&quot; de Mabuse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Seul dans le club-house (Alone, in the club-house)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mademoiselle Andrette Forget&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Influence&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La balle de l'engoulevent (The nightjar Ball)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La parade des soldats de bois&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les hazards du colonel Midgett&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le swing&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bête des links&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les links hantés (the haunted green)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La grande ourse (the David's Car)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La chance des aigles blancs (The rope of chance)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le plus ancien membre (The Oldest-member)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;E G-1405&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La balle volée (Fatal accidents on the links)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La forêt de Madrones (I will tell you all…)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Hecate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Monsieur Ram (The case of Gene Claver)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fin (The unhappy end)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le septième trou&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Qui&amp;nbsp;? (Somewhere… down…) &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La belle partie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le driver doré&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le vestiaire (Réflexions d'un observateur grincheux)&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le mystère du Dip-Club&amp;nbsp;»]. Les éditions suivantes ont le même sommaire sauf indication contraire.&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1978 (Le masque fantastique [2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; série], n°&amp;nbsp;9).&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Éditions Oswald, 01/1986 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;159).&lt;br /&gt;
4) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1996 (Lefrancq en poche, n°&amp;nbsp;2103).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 26 récits de l’édition originale, suivi des 4 autres&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La coupe bosselée du Wild Rose&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cas de Lady Stillingdon ou l'histoire d'un sortilège (The Hole-Devil)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Impondérables&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le miracle du professeur (Carew makes miracles)&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
5) Paris&amp;nbsp;: Alma, prévu en 2018 (Jean Ray).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-12.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.13. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Œuvres complètes / 3&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Robert Laffont, 1964.&lt;br /&gt;
[Recueil composé du recueil&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les derniers contes de Canterbury&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt; (F.05), suivi de 7 récits [sous le titre de&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les nouveaux contes&lt;/em&gt;] &amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dieu, toi et moi…&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Je cherche Mr. Pilgrim&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Merry-go-round&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Princesse Tigre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dents d’or&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mr. Gless change de direction&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Storchhaus ou la maison des cigognes&amp;nbsp;», ainsi que du roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Malpertuis&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;(R.09)].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.14. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Œuvres complètes / 4&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Robert Laffont, 1965.&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 8 aventures de Harry Dickson]. [Voir plus loin&amp;nbsp;: Recueils Harry Dickson/JR (hors collection)].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.15. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La griffe du diable&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Moxhe-Ciplet&amp;nbsp;: A.E.L.P., 1966 (Atlanta). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé [par Tina Sol] des 13 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La malédiction du manoir &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'automate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le miroir vénitien&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La dernière peste de Bergame &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystère de l'île Creyratt&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les contes de ma mère l'Oye&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Brouillard et compagnie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fils de Manué&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le monstre des abîmes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une île dans le ciel&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable de cire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'Ange noir&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La griffe du diable&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.16. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le carrousel du suspense&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kalmhout-Anvers, Belgique&amp;nbsp;: Walter Beckers, 1970 (XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé [par Walter Beckers] des 30 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le secret d’Allan Harbury&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Minotaure de métal&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’horreur de Shoreham&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trésor des îles Faroers&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystère des collines rouges&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;The Crusader&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le haveneau de triple J.&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Charley et le tigre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La cage dans la jungle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Feu aux chandelles&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le banquet de Pillemaran &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Par les moyens du bord&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Sue Banks&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Cambrioleur timide&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une moitié de botte&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La chance d’Hiram Bones&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le charmeur de requins&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le jongleur siamois&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le chapeau de Neptune&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La morale de l’histoire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La mortadelle royale&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’estomac volé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Papillon noir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La croix&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le carabe doré&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La rousserole&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Perce-neige&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les superstitions de l’or&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le manteau bleu&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Drummer-Hinger&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-14.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.17. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Terres d’aventures&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: The Skull, 1972 (Spécial John Flanders, n°&amp;nbsp;12). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par G. L. Coune des 24 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bonshommes de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une moitié de botte&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Patsy&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Sundal Malam&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La loi des Caraïbes &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’effroyable cargaison&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les petits profits de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Darling &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Terreur sur Londres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La voie et le voleur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une parfaite imitation&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Maison de l’épouvante&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les fourberies de St. Dunstan &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’avare fantôme&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le capitaine Krugge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Jacquot-criard&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le pudding au filet de bœuf&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’herbe qui égare&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Peter-au-pied-brûlé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une oie, une bague et cinq livres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La tache blanche&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’étrange Jimmy&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’étrange Manuscrit&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le Dieu Foera&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.18. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Contes d’horreur et d’aventures&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Union Générale d’Éditions, 03/1972 (10/18, n°&amp;nbsp;681). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Albert van Hageland des 34 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Écrit dans le vent&amp;nbsp;»), «&amp;nbsp;Le fils de Manué&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trésor du Wûlk&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Drummer-Hinger&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La malédiction&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’île Creyratt&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La dernière peste de Bergame&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’automate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’horreur de Shoreham&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le monstre des abîmes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le visage du Pôle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Justicier de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable de cire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une île dans le ciel&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’avare fantôme&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La trouvaille de Monsieur Sweetpipe&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les collines rouges&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La statue assassinée&amp;nbsp;» (PF237), «&amp;nbsp;Le client de minuit&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’Ange noir [bis]&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le secret d’Allan Harbury &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Brouillard et compagnie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le miroir vénitien&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les contes de ma mère l’Oye&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Minotaure de métal&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La neuvaine d’épouvante&amp;nbsp;» (PF130), «&amp;nbsp;Le Diable à bord&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le reptile de la baie d’Amov&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Par les moyens du bord&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Feu aux chandelles&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Tintina&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les œufs de Pâques&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystère du «&amp;nbsp;Mina Kranert&amp;nbsp;»&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le charmeur de requins &amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.19. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La plus belle fille du monde&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Agori, 1973. [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé du récit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La plus belle fille du monde&amp;nbsp;», ainsi qu’une autre nouvelle en flamand].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-15.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-15.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.20. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Bestiaire fantastique&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard, 1974 (Bibliothèque Marabout, n°&amp;nbsp;500). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Albert van Hageland des 18 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’oiseau mystérieux&amp;nbsp;» (PF81), «&amp;nbsp;La chose grise&amp;nbsp;»=(«&amp;nbsp;La Bête&amp;nbsp;»), «&amp;nbsp;Le King-Sail&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Terreur sur la mer du Pôle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le visage du Pôle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Spider-Master&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le carabe doré&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le manteau bleu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Papillon noir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le monstre de Mainland&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Colette&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Tempest le terrible&amp;nbsp;» (PF20), «&amp;nbsp;Les trois maisons&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’étrange Jimmy&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le péril gris&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La vouivre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le lama et le tigre&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le Guru&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.21. &lt;font size=&quot;3&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le secret des sargasses, &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;suivi de&lt;strong&gt; La porte sous les eaux&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Union Générale d’Éditions, 09/1975 (10/18, n°&amp;nbsp;960). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 2 romans&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le secret des Sargasses&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.08) &amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La porte sous les eaux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.23)].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.22. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La fenêtre aux monstres&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Dortmund, Allemagne&amp;nbsp;: Lensing, 1976.&lt;br /&gt;
[Manuel scolaire/recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mademoiselle Andrette Froget&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mon ami, le mort&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fenêtre aux monstres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le tableau &amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le gardien du cimetière&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.23. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le signe du pirate &amp;amp; autres contes&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) [sl, Belgique]&amp;nbsp;: Éd. du Pirate, [1981]. [JF].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé (N/B) des récits de JF publiés dans la version française de &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: cette version est donc incomplète, certains récits n’ayant connu qu’une publication dans l’édition belge de l’illustré].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-16.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-16.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.24. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;De Avonturen van Edmund Bell, I&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Anvers, Belgique&amp;nbsp;: Soethoudt, 1981. [JF].&lt;br /&gt;
En francais en deux parties&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’élève invisible &amp;amp; autres enquêtes d’Edmund Bell&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1985. [JF]. [cf F.71].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'élève invisible&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable dans la prison&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le loup-garou dans la neige&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le train fantôme sur la lande &amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le serpent doré&amp;nbsp;»].&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’ombre rouge &amp;amp; autres enquêtes d’Edmund Bell&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
2) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1987. [JF]. [cf F.72].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Sur la piste de Monsieur Hummes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'esprit frappeur de Spring-Lodge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'ombre rouge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les sept secrets de Lavender Hill&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;L'affaire de Bansbury&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.25. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Mickey&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Louvain, Belgique&amp;nbsp;: Werkgroep Jean Ray, 1982. [JF].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé des récits de JF publiés dans les versions française &amp;amp; néerlandaise de &lt;em&gt;Mickey Magazine&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.26. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Visages et choses crépusculaires&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 12/1982 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;63).&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Jean-Baptiste Baronian de 17 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Storchhaus ou La maison des cigognes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le bout de la rue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La présence horrifiante &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mondschein-Dampfer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mr. Gless change de direction&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Passez à la caisse&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dieu, toi et moi&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La chandelle du réveillon&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Je cherche Mr. Pilgrim&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;J'ai tué Alfred Heavenrock&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Baraterie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Merry-go-round&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La princesse Tigre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dents d'or&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La trouvaille de Mr. Sweetpipe&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’idylle de Monsieur Honigley&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Prélude à Saint-Judas-de-la-nuit&amp;nbsp;» &amp;amp; des deux premiers chapitres du roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Saint-Judas-de-la-nuit&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.24)].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-17.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-17.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.27. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Visions nocturnes&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 02/1984 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;100). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Albert von Hageland de 16 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le fauteuil&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Pour les yeux de Mathilda Smith&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Deux heures et puis l'absence&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Cochrane et Jones&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Sneakly, Knuckle et Peg Blow&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le miroir vénitien &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’odeur du soufre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fantôme marin&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le château du désert&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La forêt infernale&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Flammes vivantes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le convive&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La dernière peste de Bergame&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’énigmatique aventure&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’étrange manuscrit&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le voleur&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.28. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Visions infernales&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 03/1984 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;103). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Albert von Hageland de 16 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Diable et Peter Stolz&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Drummer-Hinger&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Samson et Dalila&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le monstre des abîmes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le dieu des phoques&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’île Creyratt&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’île dans le ciel &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le client de minuit&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les contes de ma Mère l'Oye&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La malédiction&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable à bord&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable de cire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le visage du pôle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’automate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’horreur de Shoreham&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Écrit dans l'air &amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.29. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le Petit Luron&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Louvain, Belgique&amp;nbsp;: Werkgroep Jean Ray, 1984-1985 [en trois volumes]. [JF].&lt;br /&gt;
2) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 12/1997. [Éd. complétée &amp;amp; corrigée].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité de la contribution de JF au &lt;em&gt;Petit Luron&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.30. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La malédiction de Machrood&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 10/1984 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;122). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Albert von Hageland d’un court roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Malédiction de Machrood&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.12) &amp;amp; de 12 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Comte Masconti&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les célébrités de Tudor Street&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le petit homme de la Lune&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Schola Salernitana&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit de Belleville &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le poignard d'or&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La rose terrifiante&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le crapaud&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'herbe qui égare&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'Ange noir&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Les collines rouges&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-18.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-18.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.31. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le démon d’Highbottam/Le pays maudit&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Recto-Verso, 12/1984 (Ides… &amp;amp; autres, n° 45bis). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le pays maudit&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le démon d’Highbottam&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.32. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le Grand Nocturne/Les cercles de l’épouvante&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Labor, 1984 (Espace Nord, n°&amp;nbsp;13).&lt;br /&gt;
2) [Arles]&amp;nbsp;: Actes Sud, 1989 (Babel, n°&amp;nbsp;10).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 2 recueils&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;&lt;em&gt; Le Grand Nocturne&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.03) &amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.04)].&lt;br /&gt;
3) Paris&amp;nbsp;: Alma, 02/2017 (Jean Ray).&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 2 recueils&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;&lt;em&gt; Le Grand Nocturne&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.03) &amp;amp; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.04), hors les récits parues auparavant in &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La croisière des ombres&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.02), ainsi que 3 récits encore non recueillis&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Monsieur Briscombe et le feu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Last chance&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;En ville inconnue&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-19.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-19.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.33. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le trou dans le mur&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Les Amis de Jean Ray/Le Musée Noir, 07/1984.&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 3 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le trou dans le mur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Nicolas Abdoon et feu son père&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Journal d’un rescapé&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.34. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les contes du Fulmar&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 05/1986 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;171). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Albert von Hageland de 38 récits, 19 sous le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les contes du Fulmar&amp;nbsp;: &lt;/em&gt;«&amp;nbsp;Bonshommes de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Feu aux chandelles&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le lama et le tigre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le pari du capitaine&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dolly&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le charmeur de requins&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Lady Polly&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La rose d'automne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Tooty &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le navire ensorcelé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystérieux œil vert&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Un bon petit gueuleton&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le compagnon de Job Snoocks&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Pris en chasse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Table grasse, table maigre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le lion&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'étrange bête rouge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le musicien clandestin&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le singe des Louisiades&amp;nbsp;» &amp;amp; 19 sous le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;A bord d'autres navires&amp;nbsp;: &lt;/em&gt;«&amp;nbsp;Terreur sur la mer du pôle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le King-Sail&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La loi des Caraïbes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le marchand d'étoiles&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Par les moyens du bord&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une gorgée de rhum&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les six rois mages&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le passager du &quot;Darling&quot;&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les trois maisons&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Spider-master&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le capitaine Krugge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les petits profits de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Colette&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Wongonoo&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;The Crusader&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dragomir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La pieuvre de terre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'effroyable cargaison&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le mystère du &quot;Mina Kranert&quot;&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.35. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;4 contes du Tournaisis&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Supplément au périodique &lt;em&gt;Le Petit Détective&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;4, septembre 1986.&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 4 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Monsieur Ruffard &amp;amp; les fantômes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le coq ensorcelé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une vieille injure&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La mine de Boussemart &amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-20.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-20.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.36. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La nef des bourreaux&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 07/1987 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;193). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Albert von Hageland d’un roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La nef des bourreaux&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.11) &amp;amp; de 3 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le marais noir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fantôme vert&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le trésor de la crypte&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.37. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray &amp;amp; Patria&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 10/1988.&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de récits publiés dans &lt;em&gt;Prenez-Moi&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Mon Copain&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Tou&lt;/em&gt;t &amp;amp; &lt;em&gt;Le Magazine Belge&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.38. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les Débats – Chez Nous - Jean Ray&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 03/1989.&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé d’articles &amp;amp; de récits publiés dans &lt;em&gt;Les Débats&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.39. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Histoires de la quatrième dimension&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Recto-Verso, 12/1990 (Ides… &amp;amp; autres, hors-série).&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Bernard Goorden de 15 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les étranges études du docteur Paukenschläger&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Psautier de Mayence&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La ruelle ténébreuse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cimetière de Marlyweck&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le bonhomme Mayeux&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La choucroute&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;M. Wohlmut et Franz Benschneider&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Rues&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’expérience Lawrence Night&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fenêtre éclairée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La formule&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mathématiques supérieures&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Funnies&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le &quot;Tessaract&quot;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La Grande Ourse&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.40. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les Cahiers de la Biloque&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 10/1991.&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes de &amp;amp; sur JR publiés dans &lt;em&gt;Les Cahiers de la Biloque&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.41. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les joyeux contes d’Ingoldsby.&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 11/1991 (Attitudes). [JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé de 68 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Souhaits de nouvel an&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La clé de fer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fève, la couronne et la hache&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Fête des Rois (&lt;em&gt;Epiphany&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'étoile des Rois&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Saint-Valentin ou &quot;Jour de la corde&quot; (&lt;em&gt;Rope-day&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'effrayante année bissextile (&lt;em&gt;The terrific Leap-year&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La première perce-neige (&lt;em&gt;The wonderful snowdrop&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'évêque et les crêpes (&lt;em&gt;Cake homely&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le petit homme des chandelles (&lt;em&gt;Candle-tip&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mois de jeûne à Tappington&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les diablotins de mars (&lt;em&gt;March-Nick&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Maudite grêle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Grégoire et Mathilde&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Faute de Carême (&lt;em&gt;Lent Fraud&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Poisson d'avril&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le poisson d'avril était vrai&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Roi des herbes (&lt;em&gt;The Grass-hopper&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une visite distinguée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le jeûne de l'évêque (&lt;em&gt;Lent-Bish'&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Un chien dans le plat (&lt;em&gt;Dine with Duke Humphrey&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cœur de mai&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les œufs de mai (&lt;em&gt;May Eggs&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Sept orteils (&lt;em&gt;Seventoes&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le muguet, fleur de mai (&lt;em&gt;The Mayflower&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'oiseau de mai (&lt;em&gt;The Snippet&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'escargot doré (&lt;em&gt;The May-snail&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La sorcière-serpent (&lt;em&gt;The snash – 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; version&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;June&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Prim et Primevère (&lt;em&gt;Primrose&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Sous le signe du cancer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Babolin&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Nuit de juin&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Cooky&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les grenouilles de juillet&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fougère magique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La guerre de juillet&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Jean Grain d'orge (&lt;em&gt;John Barleycorn&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mois infernal (&lt;em&gt;The hell month&lt;/em&gt;) &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diablotin des chandelles (&lt;em&gt;Candle Nick&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une nuit blanche au mois d'août&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Oup&amp;nbsp;! Oup&amp;nbsp;! Oup&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La morelle noire (&lt;em&gt;Night-shade&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La licorne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le magicien&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le saint et le pirate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Du vin, des baies et de la bière&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le pâté de viande&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le &quot;Garou&quot;&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le bégayeur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le jour du gnome (&lt;em&gt;Browny day&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'esprit des noix et les cinq shillings&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le hêtre avaricieux&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Red Nick&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trésor de novembre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le feu follet&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le festin infernal&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le jour de fête déplacé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le jour de saint Martin (&lt;em&gt;Fobbery Day&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le vindicatif Muskoo&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le saint nettoyeur (&lt;em&gt;The Washerman&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Saint Ambroise contre saint Ambroise&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Sur la lande de Tappington&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bûche et les vœux (&lt;em&gt;The Jull-Og wishes&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le houx récalcitrant&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Un nommé Goose&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le génie de Tappington&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La vieille dame qui s'en va (&lt;em&gt;The Sylvester-wife&lt;/em&gt;)&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Fin de l'année et conclusion&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.42. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La Revue Belge&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Namur, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 09/1992.&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes de &amp;amp; sur JR/JF publiés dans &lt;em&gt;La Revue Belge&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-21.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-21.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.43. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Histoires noires &amp;amp; fantastiques&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1a) Paris&amp;nbsp;: Fleuve Noir, 01/1993 (Super-poche, n°&amp;nbsp;5).&lt;br /&gt;
1b) Paris&amp;nbsp;: Fleuve Noir, 12/1996 (Bibliothèque du fantastique).&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Jean-Baptiste Baronian des 3 recueils&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Le Grand Nocturne&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;(F.03)&lt;strong&gt;, &lt;em&gt;Les Cercles de l’épouvante&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (F.04), &lt;strong&gt; &lt;em&gt;Le Livre des fantômes &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;(F.07), suivi de 4 récits &amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Sur la route&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’ange noir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Il y avait une poupée à bord&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;L’apprentie sorcière&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.44. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Gand XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle/Gent XX&lt;sup&gt;ste&lt;/sup&gt; Eeuw&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; .&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 06/1993.&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;Gand XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle/Gent XX&lt;sup&gt;ste&lt;/sup&gt; Eeuw&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.45. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les histoires étranges de la Biloque&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1996 (Lefrancq poche, n°&amp;nbsp;2104).&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Nadine Morisset de Leener de 26 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;César (une histoire insolite)&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Nicolas Abdoon et feu son père&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trou dans le mur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'expérience de Laurence Night&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Retour à l'aube&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les compagnons d'Ulysse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le bupreste&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fenêtre éclairée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La formule&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Histoire sans titre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Samson et Dalila&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La coupe danoise&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le journal d'un rescapé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Jour de pluie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La roue tourne &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le crime des autres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'ombre d'escale&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;M. Banks et le boulet Langevin&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les marrons et le chapeau de monsieur Babinet&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le revenant&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le réveillon de monsieur Hulotte (conte pour la St-Sylvestre) &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'ogre de pierre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les champignons de Saint Antoine&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La pie de la Sainte Vierge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le crime de la rue de la Croix-de-Pierre&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Monsieur Cadichat sera tué demain&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.46. &lt;strong&gt; &lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le charme du jardin hollandais &amp;amp; autres récits inédits&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 07/1997. [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par André Verbrugghen de 15 articles &amp;amp; de 2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le voyage de Noël&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Face aux fantômes&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.47. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les aventures de Miss Police&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 07/1997. [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé par André Verbrugghen de 2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le coup de cloche de minuit&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le trésor… au pot-au-feu&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.48. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Mémorial de Jean Ray&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/1998. [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Dossier en feuillets autographes de «&amp;nbsp;pensées&amp;nbsp;» de Jr regroupées par thème &amp;nbsp;: amitié, amour, foi, conscience, prière…&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.49. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Samedi Jeunesse&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 10/1999. [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;Samedi Jeunesse&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.50. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Œuvres choisies&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Tournai, Belgique&amp;nbsp;: La Renaissance du Livre, 08/2001 (Les maîtres de l’Imaginaire).&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Nadine Morisset de Leener du roman&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;&lt;em&gt; Malpertuis&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (R.09), du recueil&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les contes du whisky&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (C.01) &amp;amp; des 25 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La ruelle ténébreuse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Psautier de Mayence&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le dernier voyageur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Grand Nocturne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La scolopendre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La main de Goetz von Berlichingen&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'histoire du Wūlkh&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cimetière de Marlyweck&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le miroir noir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Irish stew&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Uhu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La choucroute&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mathématiques supérieures&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La sorcière&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La balle de l'engoulevent &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Qui&amp;nbsp;?&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La Grande Ourse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dieu, toi et moi&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Je cherche Mr. Pilgrim&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Mr. Gless change de direction&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;J'ai tué Alfred Heavenrock &amp;nbsp;!&amp;nbsp;»,«&amp;nbsp;Storchhaus ou la maison des cigognes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trou dans le mur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La fenêtre éclairée&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Ombre d'escale&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.51. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Eerste teksten&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 12/2001.&lt;br /&gt;
En français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Premiers textes&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; (trad. d’André Verbrugghen &amp;amp; Françoise Bannier).&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 02/2009 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;1). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé de courts récits, de poème &amp;amp; du récit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pension Muffle-Flou&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.52. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Trois récits&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 2002. [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé en fac-similé des 3 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le secret de la roche qui gronde&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les crimes de l’arc-en-ciel&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Les sept Robinsons de la neige (R.22)&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-22.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-22.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.53. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Contes golfiques&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 12/2003 (Fac-similé, n°&amp;nbsp;1). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;Golf&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.54. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Tintin-Kuifje&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 12/2003 (Fac-similé, n°&amp;nbsp;2). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;Tintin &lt;/em&gt;&amp;amp; &lt;em&gt;Kuifje&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.55. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La Flandre Libérale&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 01/2003 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;2). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes de &amp;amp; sur JR/JF publiés dans &lt;em&gt;La Flandre Libérale&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-23.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.56. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le Journal de Gand&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 12/2005 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;4). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Reprise en fac-similé de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;Le Journal de Gand&lt;/em&gt;].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.57. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Contes du Tournaisis/Verhalen ven het Doornikse&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 04/2006 (Fac-similé, hors série). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé par André Verbrugghen des 25 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le premier et le dernier amour de Mademoiselle Adèle&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Saint Albin et le vagabond&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le singulier Tistin Bédaque&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Monsieur Ruffard et les fantômes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le coq ensorcelé&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le banquet de Pillemaran&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La mine de Boussemart&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Barbichon&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La part à Dieu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une vieille injure&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’île des Coucous&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le rêve de Marie&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La main de Dieu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Monsieur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Fleurs de marécage&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cambrioleur timide&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Saint Nicolas et M. Floche&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le pélerinage de Tistin&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;A l’enseigne du «&amp;nbsp;Grand Saint Nicolas&amp;nbsp;»&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La ronde des Pères&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Les grenouilles&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-24.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-24.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.58. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamsche Filmkens - 1&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 07/2006 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;6). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VF42, VF78, VF84, VF93, VF101 &amp;amp; VF117].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.59. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamsche Filmkens - 2&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 11/2007 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;7). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VF122, VF133, VF155, VF166, VF190 &amp;amp; VF193].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.60. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’Ami du Livre - 1&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2008 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;8).&lt;br /&gt;
[Reprise de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;L’Ami du Livre &lt;/em&gt; en 1923 &amp;amp; 1924].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.61. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamsche Filmkens - 3&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2009 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;9). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VF197, VF207, VF217, VF220, VF222 &amp;amp; VF233].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.62. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamsche Filmkens - 4&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 03/2010 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;12). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VF237, VF240, VF245, VF283, VF300 &amp;amp; VF313].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.63. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamsche Filmkens - 5&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 06/2010 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;13). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VF340, VF341, VF351, VF363, VF378 &amp;amp; VF391].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.64. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamsche Filmkens - 6&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 11/2010 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;14). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VF418, VF422, VF429, VF433, VF444 &amp;amp; VF445].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.65. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamsche Filmkens - 7&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 02/2011 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;15). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VF446, VF455, VF465, VF468, VF469 &amp;amp; VF477].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-25.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-25.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.66. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Presto Films - 1&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 01/2012 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;17). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: PF19, PF64, PF77, PF81, PF89 &amp;amp; PF91].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-26.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-26.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.67. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Edmund Bell - 1&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 10/2012 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;19). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'énigme du jaguar bleu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La griffe d’argent&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le pensionnat disparu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystère Horlock&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le diable de Hillston-Jail&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.68. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;L’Ami du Livre - 2&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 01/2013 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;20).&lt;br /&gt;
[Reprise de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;L’Ami du Livre &lt;/em&gt; en 1925].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.69. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Presto Films - 2&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 06/2013 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;21). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: PF95, PF103, PF108, PF112, PF118 &amp;amp; PF123].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.70. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Edmund Bell - 2&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 11/2013 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;22). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'épouvante des ruines rouges&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les mains de monsieur Tombs&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’ombre qui frappe&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’affaire Mardison &amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Minuit dix&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.71. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Edmund Bell - 3&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 01/2014 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;23). [JR/JF]. [= F.24.1].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L'élève invisible&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable dans la prison&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le loup-garou dans la neige&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le train fantôme sur la lande &amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le serpent doré&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.72. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Edmund Bell - 4&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 01/2014 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;24). [JR/JF]. [= F.24.2].&lt;br /&gt;
[Recueil composé des 5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Sur la piste de Monsieur Hummes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'esprit frappeur de Spring-Lodge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L'ombre rouge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les sept secrets de Lavender Hill&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;L'affaire de Bansbury&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-27.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-27.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.73. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Presto Films - 3&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2014 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;25). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: PF19, PF64, PF77, PF81, PF89 &amp;amp; PF91].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.74. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les ombres de la mer &amp;amp; autres récits de &lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Ons Land &lt;em&gt;- 1&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2014 (Fac-similé, n°&amp;nbsp;25).&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;Ons Land &lt;/em&gt;(1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; partie)].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.75. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le bureau des monstres &amp;amp; autres récits de &lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Ons Land &lt;em&gt;- 2&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2014 (Fac-similé, n°&amp;nbsp;26).&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé de l’intégralité des textes publiés dans &lt;em&gt;Ons Land &lt;/em&gt;(2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; partie)].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.76. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Presto Films - 4&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 09/2015 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;27). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: PF19, PF64, PF77, PF81, PF89 &amp;amp; PF91].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.77. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamse Filmkens - 8&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 11/2016 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;29). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VFn4, VFn8, VFn12, VFn15, VFn18 &amp;amp; VFn20].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;F.78. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Bravo&amp;nbsp;! – 1&amp;nbsp;: Feuilletons&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 11/2016 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;30). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 2 romans&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Sur des pistes inconnues&lt;/em&gt; (R.03) &amp;amp; &lt;em&gt;Le secret des Sargasses&lt;/em&gt; (R.08)].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-28.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-28.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;F.79. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Le nouveau bestiaire fantastique&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Dinan&amp;nbsp;: Terre de Brume, 03/2017 (Terres fantastiques).&lt;br /&gt;
[Recueil composé par Michel Oleffe des 28 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;À bord de la Margaret Payne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Une araignée au plafond&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’araignée et la sonnette&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bête&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le charmeur de requins&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le compagnon de Job Snooks&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cousin de King-Kong&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cygne noir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le démon des eaux&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable du Blue Mountain&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’étrange ennemi&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Fifty-fifty&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fond à 11 000 mètres&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les huîtres savantes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le justicier de la mer&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le monstre de la baie d'Amov&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le monstre des abîmes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystère de l'île Creyratt&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;&quot;Partumon&quot;&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les pirates rouges&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;&quot;Ram&quot; le mystérieux&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le requin jaune&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La terrible Madame Sue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le terrible vengeur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Trois phoques&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le vapeur dans la forêt&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Vivian-la-mystérieuse&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Wongonoo&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.80. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Bravo&amp;nbsp;! – 2&amp;nbsp;: Feuilletons&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, prévu en 09/2017 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;31). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 3 romans&amp;nbsp;:&lt;em&gt;Le terrible pays de Machrood&lt;/em&gt; (R.12),&lt;em&gt;Les monstres de la montagne-qui-dort&lt;/em&gt; (R.04) &amp;amp; &lt;em&gt;Les compagnons de la tempête&lt;/em&gt; (R.06)].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;F.81. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Vlaamse Filmkens - 9&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, prévu en 09/2017 (Œuvres complètes, n°&amp;nbsp;32). [JR/JF].&lt;br /&gt;
[Recueil bilingue composé des 6 récits&amp;nbsp;: VFn22, VFn27, VFn29, VFn36, VFn44, VFn46 &amp;amp; de 4 autres récits courts].&lt;/p&gt;

&lt;h2 style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;Anthologie&lt;/h2&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-3-29.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-3-29.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;A.01. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La gerbe noire&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: La Sixaine, 07/1947 (Le roman noir).&lt;br /&gt;
2) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 01/1984 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;96).&lt;br /&gt;
[Anthologie composée par JR de 13 récits, dont une dont il est l’auteur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La ruelle ténébreuse&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;part4a&quot;&gt;4a. Chronologie des récits Harry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dickson écrits par Jean Ray&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Il existe 178 fascicules en langue française racontant les aventures de Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain, personnage dont la genèse est assez compliquée et qui serait d’origine allemande. Jean Ray est tout d’abord traducteur, puis très vite adaptateur de ces fascicules et enfin auteur. Il est admis par les spécialistes qu’à partir du n°&amp;nbsp;63, exception faites d’une dizaine de titres, la totalité des récits ultérieurs sont des créations de Jean Ray. Ci-dessous la liste chronologique de ceux-ci, certains étant mentionnés car se trouvant souvent publiés dans les «&amp;nbsp;intégrales Harry Dickson&amp;nbsp;» sans être entièrement de Jean Ray. Par ailleurs, certains récits se décomposent en petites histoires distinctes, leurs titres sont déclinés en a, b, c, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD37 - 5-fév.-31 - L'ermite du marais du Diable (trad. JR)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD53 - 17-sept.-31 - Le signe de la mort (trad. JR)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD57 - 12-nov.-31 - Les feux.-follets du marais rouge (trad. JR)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD62 - 21-janv.-32 - Les voleurs de femmes de Chinatown (tr. JR)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD63 - 4-fév.-32 - L'effroyable fiancé&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD64 - 18-fév.-32 - Le trésor du manoir de Streetham&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD65 - 3-mars-32 - On a volé un homme&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD66 - 17-mars-32 - Au secours de la France&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD67 - 31-mars-32 - Le fantôme des ruines rouges&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD68 - 14-avril-32 - Les vengeurs du Diable&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD69 - 28-avril-32 - L'étrange lueur verte&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD73 - 23-juin-32 - Le monstre blanc&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD75 - 21-juil.-32 - Le mystère de la vallée d'argent/Les chevaliers de la Lune&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD76 - 4-août-32 - Le démon pourpre&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD77 - 18-août-32 - Les gardiens du gouffre&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD80 - 29-sept.-32 - La dame au diamant bleu (non JR)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD81 - 13-oct.-32 - Le vampire aux yeux rouges&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD82 - 27-oct.-32 - La flèche fantôme&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD83 - 10-nov.-32 - Les trois cercles de l'épouvante&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD84 - 24-nov.-32 - La maison du scorpion&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD85 - 8-déc.-32 - La bande de l'Araignée&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD86 - 22-déc.-32 - Les spectres.-bourreaux&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD87 - 5-janv.-33 - Le mystère des sept fous&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD88 - 19-janv.-33 - Les étoiles de la mort&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD89 - 2-fév.-33 - La pierre de lune&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD90 - 16-fév.-33 - Le mystère de la forêt&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD91 - 2-mars-33 - L'île de la terreur&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD92 - 16-mars-33 - La maison hantée de Fulham.-Road&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD93 - 30-mars-33 - Le temple de fer&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD94 - 13-avril-33 - La chambre 113&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD95 - 27-avril-33 - La pieuvre noire&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD96 - 11-mai-33 - Le singulier Monsieur Hingle&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD97 - 25-mai-33 - Le Dieu inconnu&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD98 - 8-juin-33 - Le royaume introuvable&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD99 - 22-juin-33 - Les mystérieuses études du Dr Drum&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD100 - 6-juil.-33 - La mort bleue&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD101 - 20-juil.-33 - Le jardin des Furies&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD102 - 3-août-33 - Les maudits de Heywood&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD103 - 17-août-33 -&amp;nbsp;??Mystéras??&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD104 - 31-août-33 - La cour d'épouvante&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD105 - 14-sept.-34 - Le roi de minuit&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD106 - 28-sept.-34 - Le chemin des Dieux&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD111 - 7-déc.-33 - Les Blachclaver&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD112 - 21-déc.-33 - Le fantôme du Juif Errant&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD113 - 4-janv.-34 - Messire l'Anguille&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD114 - 18-janv.-34 - Le châtiment des Foyle&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD115 - 1-fév.-34 - La grande ombre&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD116 - 15-fév.-34 - Les eaux infernales&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD117 - 1-mars-34 - Le vampire qui chante&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD118 - 15-mars-34 - Le mystère de Bantam.-House&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD119 - 29-mars-34 - La cigogne bleue&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD120 - 12-avril-34 - Ce paradis de Flower Dale&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD121 - 26-avril-34 - L'esprit du feu&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD122 - 10-mai-34 - Turckle.-le.-Noir&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD123 - 24-mai-34 - Les yeux de la lune&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD124 - 7-juin-34 - L'île de Monsieur Rocamir&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD125 - 21-juin-34 - «&amp;nbsp;X.-4&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD126 - 5-juil.-34 - La maison des hallucinations&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD127 - 19-juil.-34 - Le signe des triangles&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD128 - 2-août-34 - L'hôtel des trois.-pèlerins&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD129 - 16-août-34 - La menace de Khâli&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD130 - 30-août-34 - Les illustres Fils du Zodiaque&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD131 - 13-sept.-34 - Le spectre de Mr. Biedermeyer&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD132 - 27-sept.-34 - La voiture démoniaque&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD132a - id - L'échiquier de la mort&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD132b - id - Minuit.-vingt&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD133 - 11-oct.-34 - L'aventure d'un soir&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD133a - id - Le diable dans la prison&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD134 - 25-oct.-34 - Le dancing de l'épouvante&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD135 - 8-nov.-34 - Les plus difficiles de mes causes&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD135a - id - Le fil de cuivre&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD135b - id - Le club des hommes vilains&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD135c - id - Le sifflet de la mort&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD136 - 22-nov.-34 - L'homme au mousquet&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD136a - id - La nuit de Barcelone&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD137 - 6-déc.-34 - Le savant invisible&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD138 - 20-déc.-34 - Le diable au village&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD139 - 3-janv.-35 - Le cabinet du Docteur Selles&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD140 - 17-janv.-35 - Le loup.-garou&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD140a - id - Le problème Blessington&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD141 - 31-janv.-35 - L'étoile à sept branches&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD141a - id - Le professeur Krausse&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD141b - id - Le rituel de la mort&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD142 - 14-fév.-35 - Le monstre dans la neige&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD143 - 28-fév.-35 - Le cas de Sir Evans&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD144 - 14-mars-35 - La maison du grand péril&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD145 - 28-mars-35 - Les tableaux hantés&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD145a - id - Le secret de Bray.-House&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD145b - id - L'herbe des monstres&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD146 - 11-avril-35 - Cric.-Croc, le mort en habit&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD146a - id - Une histoire de revenants&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD147 - 25-avril-35 - Le lit du Diable&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD148 - 9-mai-35 - L'affaire Bardouillet&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD148a - id - Le portrait de Mr. Rigott&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD148b - id - Le cas de Maud Wantey&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD149 - 8-juin-35 - La statue assassinée&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD149a - id - Le mystère de Seven Sisters Road&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD150 - 6-juil.-35 - Les effroyables&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD150a - id - La fortune de Monsieur Sucran&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD151 - 3-août-35 - L'homme au masque d'argent&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD152 - 31-août-35 - Les sept petites chaises&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD152a - id - Les idées de Monsieur Triggs&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD153 - 28-sept.-35 - La conspiration fantastique&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD153a - id - Le décapité vivant&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD154 - 26-oct.-35 - La tente aux mystères&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD154a - id - La croix de Lorraine&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD154b - id - Mr. Chaser, d'Eastbourne&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD155 - 23-nov.-35 - Le véritable secret du Palmer Hotel&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD155a - id - La chambre hantée&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD156 - 21-déc.-35 - Le mystère malais&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD157 - 18-janv.-36 - Le mystère du moustique bleu&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD157a - id - La chambre orange&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD158 - 15-fév.-36 - L'énigmatique Tiger Brand&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD159 - 14-mars-36 - La mitrailleuse Musgrave&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD159a - id - Les sept villas&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD159b - id - Le mystérieux Horle&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD160 - 11-avril-36 - Les nuits effrayantes de Fellston&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD161 - 9-mai-36 - Les vingt.-quatre heures prodigieuses&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD161a - id - Le whisky de Monsieur Bitterstone&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD162 - 6-juin-36 - Dans les griffes de l'idole noire&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD163 - 4-juil.-36 - La résurrection de la Gorgone&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD164 - 1-août-36 - La cité de l'étrange peur&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD165 - 29-août-36 - Les énigmes de la maison Rules&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD166 - 26-sept.-36 - Le studio rouge&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD167 - 24-oct.-36 - La terrible nuit du zoo&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD168 - 21-nov.-36 - La disparition de Monsieur Byslop&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD168a - id - L'ombre de minuit quarante.-cinq&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD168b - id - La maison danoise&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD168c - id - La fortune en éternuant&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD168d - id - Le squelette assassin&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD169 - 19-déc.-36 - Les momies évanouies&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD169a - id - L'étrange ennemi&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD170 - 16-janv.-37 - L'aventure espagnole&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD171 - 13-fév.-37 - La tête à deux sous&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD172 - 13-mars-37 - Le fauteuil 27&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD173 - 10-avril-37 - L'affaire du pingouin&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD174 - 8-mai-37 - La nuit du marécage&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD175 - 5-juin-37 - On a tué Mr Parkinson&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD176 - 3-août-37 - La rue de la tête-perdue&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD177 - 20-nov.-37 - L'énigme du sphinx&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD178 - 18-déc.-37 - Usines de mort&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HD179 - non paru - Le Polichinelle d'acier (inachevé)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et aussi&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HDa - De behekste gieljotien/La guillotine ensorcelée&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HDb - De geheimzinnige achterblijver/ Le mystérieux retardataire&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;HDc - De spook aap/Le singe fantôme&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Collections de recueils Harry Dickson/Jean Ray&lt;/h2&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;1) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (1966-1974). Verviers, Belgique&amp;nbsp;: Gérard (Bibliothèque Marabout Géant/Bibliothèque Marabout).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;1 -&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1966, n°&amp;nbsp;259. [5 récits&amp;nbsp;: HD117, HD85, HD86, HD146 &amp;amp; HD176].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;2 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1966, n°&amp;nbsp;265. [5 récits&amp;nbsp;: HD163, HD69, HD106, HD165 &amp;amp; HD95].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;3 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1967, n°&amp;nbsp;269. [6 récits&amp;nbsp;: HD99, HD152, HD152a, HD126, HD175 &amp;amp; HD87].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;4 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1967, n°&amp;nbsp;275. [5 récits&amp;nbsp;: HD147, HD112, HD81, HD68 &amp;amp; HD171].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;5 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1967, n°&amp;nbsp;283. [6 récits&amp;nbsp;: HD167, HD101, HD178, HD89, HD150 &amp;amp; HD150a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;6 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1968, n°&amp;nbsp;292. [5 récits&amp;nbsp;: HD137, HD125, HD91, HD114 &amp;amp; HD93].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;7 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1968, n°&amp;nbsp;300. [7 récits&amp;nbsp;: HD96, HD103, HD104, HD62, HD159, HD159a &amp;amp; HD159b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;8 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1968, n°&amp;nbsp;309. [8 récits&amp;nbsp;: HD37, HD124, HD116, HD161, HD161a, HD141,HD141a &amp;amp; HD141b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;9 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1970, n°&amp;nbsp;358. [7 récits&amp;nbsp;: HD153, HD153a, HD166, HD144, HD134, HD136 &amp;amp; HD136a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;10 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1971, n°&amp;nbsp;371. [7 récits&amp;nbsp;: HD83, HD172, HD177, HD123, HD148, HD148a &amp;amp; HD148b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;11 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1971, n°&amp;nbsp;379. [8 récits&amp;nbsp;: HD140, HD140a, HD139, HD92, HD115, HD145, HD145a &amp;amp; HD145b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;12 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1971, n°&amp;nbsp;389. [5 récits&amp;nbsp;: HD97, HD151, HD130, HD127 &amp;amp; HD102].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;13 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1972, n°&amp;nbsp;416. [5 récits&amp;nbsp;: HD94, HD164, HD88, HD63 &amp;amp; HD67].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;14 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1973, n°&amp;nbsp;437. [8 récits&amp;nbsp;: HD76, HD105, HD65, HD122, HD135, HD135a, HD135b &amp;amp; HD135c].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;15 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1974, n°&amp;nbsp;456. [5 récits&amp;nbsp;: HD113, HD90, HD158, HD66 &amp;amp; HD119].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;16 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1974, n°&amp;nbsp;488. [10 récits&amp;nbsp;: HD77, HD155, HD155a, HD154, HD154a, HD154b, HD133, HD133a, HD133b &amp;amp; HD73].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-02.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;2) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (1980-1981). Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs Élysées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;1 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1980. [3 récits&amp;nbsp;: HD67, HD68 &amp;amp; HD69].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;2 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1980. [3 récits&amp;nbsp;: HD37, HD76 &amp;amp; HD53].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;3 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1980. [3 récits&amp;nbsp;: HD57, HD85 &amp;amp; HD73].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;4 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1980. [3 récits&amp;nbsp;: HD64, HD86 &amp;amp; HD84].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;5 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1980. [3 récits&amp;nbsp;: HD77, HD83 &amp;amp; HD80].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;6 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1980. [3 récits&amp;nbsp;: HD81, HD82 &amp;amp; HD75].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;7 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1981. [3 récits&amp;nbsp;: HD87, HD88 &amp;amp; HD89].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;8 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1981. [3 récits&amp;nbsp;: HD91, HD90 &amp;amp; HD92].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;9 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1981. [3 récits&amp;nbsp;: HD91, HD90 &amp;amp; HD92].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-03.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;3) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson l’intégrale&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (1984-1986). Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald (Club NéO).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;1 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/1984. [8 récits&amp;nbsp;: HD162, HD149, HD149a, HD143, HD132, HD132a, HD132b &amp;amp; HD128].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;2 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/1984. [6 récits&amp;nbsp;: HD157, HD157a, HD121, HD120, HD111 &amp;amp; HD173].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;3 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/1984. [5 récits&amp;nbsp;: HD142, HD138, HD131, HD37 &amp;amp; HD53].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;4 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 01/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD64, HD67, HD68, HD69 &amp;amp; HD73].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;5 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 02/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD75, HD76, HD77, HD81 &amp;amp; HD82].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;6 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 03/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD83, HD84, HD85, HD86 &amp;amp; HD87].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;7 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 04/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD88, HD89, HD90, HD91 &amp;amp; HD92].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;8 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 05/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD93, HD94, HD95, HD96 &amp;amp; HD97].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;9 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 06/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD98, HD99, HD100, HD101 &amp;amp; HD102].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;10 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 07/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD104, HD103, HD105, HD106 &amp;amp; HD112].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;11 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 09/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD113, HD114, HD115, HD116 &amp;amp; HD117].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;12 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 10/1985. [5 récits&amp;nbsp;: HD118, HD119, HD122, HD123 &amp;amp; HD124].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;13 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/1985. [6 récits&amp;nbsp;: HD126, HD125, HD127, HD133, HD133a &amp;amp; HD134].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;14 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 01/1986. [10 récits&amp;nbsp;: HD135, HD135a, HD135b, HD135c, HD136, HD136a, HD137, HD139, HD140 &amp;amp; HD140a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;15 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 02/1986. [10 récits&amp;nbsp;: HD141, HD141a, HD141b, HD144, HD145, HD145a, HD145b, HD146, HD146a &amp;amp; HD147].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;16 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 03/1986. [10 récits&amp;nbsp;: HD150, HD150a, HD148, HD148a, HD148b, HD151, HD152, HD152a, HD153 &amp;amp; HD153a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;17 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 04/1986. [10 récits&amp;nbsp;: HD155, HD155a, HD154, HD154a, HD154b, HD156, HD158, HD159, HD159a &amp;amp; HD159b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;18 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 05/1986. [6 récits&amp;nbsp;: HD161, HD161a, HD160, HD163, HD164 &amp;amp; HD165].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;19 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 06/1986. [11 récits&amp;nbsp;: HD167, HD166, HD168, HD168a, HD168b, HD168c, HD168d, HD168e, HD169, HD169a &amp;amp; HD170].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;20 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 08/1986. [5 récits&amp;nbsp;: HD175, HD171, HD172, HD174 &amp;amp; HD176].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;21 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 18/1986. [5 récits&amp;nbsp;: HD130, HD177, HD178, HD57 &amp;amp; HD80].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-04.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;4) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (1985-1991). Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Art &amp;amp; BD. [Reprise en fac-similé des fascicules d’origine].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 1,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1985. [11 récits&amp;nbsp;: HD169, HD169a, HD170, HD171, HD172, HD173, HD174, HD175, HD176, HD177 &amp;amp; HD178].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 2,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1986. [17 récits&amp;nbsp;: HD159, HD159a, HD159b, HD160, HD161, HD161a, HD162, HD163, HD164, HD165, HD166, HD167, HD168, HD168a, HD168b, HD168c &amp;amp; HD168d].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 3,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1991. [11 récits&amp;nbsp;: HD149, HD149a, HD150, HD150a, HD151, HD152, HD152a, HD153, HD153a, HD154, HD154a].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 4,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1991. [18 récits&amp;nbsp;: HD139, HD140, HD140a, HD141, HD141a, HD141b, HD142, HD143, HD144, HD145, HD145a, HD145b, HD146, HD146a, HD147, HD148, HD148a &amp;amp; HD148b].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-05.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;5) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (1994-1998). Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq (Volumes).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;1 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1994. [8 récits&amp;nbsp;: HD65, HD66, HD67, HD68, HD69, HD73, HD75 &amp;amp; HD76 &amp;amp; autres récits adaptés par JR].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;2 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1997. [4 récits&amp;nbsp;: HD77, HD81, HD82 &amp;amp; HD83 &amp;amp; autres récits adapt. par JR].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;3 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1997. [4 récits&amp;nbsp;: HD84, HD85, HD86 &amp;amp; HD87 &amp;amp; autres récits adapt. par JR].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;4 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1998. [4 récits&amp;nbsp;: HD88, HD89, HD90 &amp;amp; HD91 &amp;amp; autres récits adapt. par JR].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;5 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 1998. [8 récits&amp;nbsp;: HD92, HD93, HD94, HD95, HD96, HD97, HD98 &amp;amp; HD99 &amp;amp; autres récits adapt. par JR].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-06.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;6) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (1994-1998). Paris&amp;nbsp;: E.J.L. (Librio).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;em&gt; Le châtiment des Foyle,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;38, 09/1994. [2 récits&amp;nbsp;: HD114 &amp;amp; HD68].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[2]&lt;em&gt; Les étoiles de la mort,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;56, 01/1995. [2 récits&amp;nbsp;: HD88 &amp;amp; HD166].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[3]&lt;em&gt; Le fauteuil 27,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;72, 06/1995. [2 récits&amp;nbsp;: HD27 &amp;amp; HD158].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[4]&lt;em&gt; La terrible nuit au zoo,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;89, 10/1995. [2 récits&amp;nbsp;: HD167 &amp;amp; HD113].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[5]&lt;em&gt; Le temple de fer,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;115, 04/1996. [2 récits&amp;nbsp;: HD93 &amp;amp; HD105].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[6]&lt;em&gt; Le lit du Diable,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;133, 08/1996. [2 récits&amp;nbsp;: HD147 &amp;amp; HD175].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[7]&lt;em&gt; L’étrange lueur verte,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;154, 01/1997. [2 récits&amp;nbsp;: HD69 &amp;amp; HD99].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[8]&lt;em&gt; La bande de l’Araignée,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;170, 05/1997. [2 récits&amp;nbsp;: HD85 &amp;amp; HD86].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[9]&lt;em&gt; Les illustres fils du Zodiaque,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;190, 09/1997. [2 récits&amp;nbsp;: HD130 &amp;amp; HD117].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[10]&lt;em&gt; L’île de la terreur,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;230, 06/1998. [2 récits&amp;nbsp;: HD91 &amp;amp; HD152].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;7) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (2004-2014). Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories (Fac-similé, n°&amp;nbsp;3 à 24).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;1 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 12/2004. [5 récits&amp;nbsp;: HD62, HD63, HD64, HD65 &amp;amp; HD66].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;2 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 12/2005. [5 récits&amp;nbsp;: HD67, HD68, HD69, HD73 &amp;amp; HD75].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;3 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 05/2006. [5 récits&amp;nbsp;: HD76, HD77, HD81, HD82 &amp;amp; HD83].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;4 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/2006. [5 récits&amp;nbsp;: HD84, HD85, HD86, HD87 &amp;amp; HD88].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;5 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 04/2007. [5 récits&amp;nbsp;: HD89, HD90, HD91, HD92 &amp;amp; HD93].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;6 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 12/2007. [5 récits&amp;nbsp;: HD94, HD95, HD96, HD97 &amp;amp; HD98].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;7 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 09/2008. [5 récits&amp;nbsp;: HD99, HD100, HD101, HD102 &amp;amp; HD103].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;8 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 03/2009. [5 récits&amp;nbsp;: HD104, HD105, HD106, HD111 &amp;amp; HD112].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;9 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/2009. [5 récits&amp;nbsp;: HD113, HD114, HD115, HD116 &amp;amp; HD117].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;10 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 03/2010. [5 récits&amp;nbsp;: HD118, HD119, HD120, HD121 &amp;amp; HD122].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;11 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 07/2010. [5 récits&amp;nbsp;: HD123, HD124, HD125, HD126 &amp;amp; HD127].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;12 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/2010. [7 récits&amp;nbsp;: HD128, HD129, HD130, HD131, HD132, HD132a &amp;amp; HD132b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;13 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 02/2011. [10 récits&amp;nbsp;: HD133, HD133a, HD134, HD135, HD135a, HD135b, HD135c, HD136, HD136a &amp;amp; HD137].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;14 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 09/2011. [8 récits&amp;nbsp;: HD138, HD139, HD140, HD140a, HD141, HD141a, HD141b, &amp;amp; HD142].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;15 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 01/2012. [8 récits&amp;nbsp;: HD143, HD144, HD145, HD145a, HD145b, HD146, HD146a &amp;amp; HD147].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;16 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 07/2012. [10 récits&amp;nbsp;: HD148, HD148a, HD148b, HD149, HD149a, HD150, HD150a, HD151, HD152 &amp;amp; HD152a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;17 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 10/2012. [10 récits&amp;nbsp;: HD153, HD153a, HD154, HD154a, HD154b, HD155, HD155a, HD156, HD157 &amp;amp; HD157a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;18 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 01/2013. [8 récits&amp;nbsp;: HD158, HD159, HD159a, HD159b, HD160, HD161, HD161a &amp;amp; HD162].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;19 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 06/2013. [5 récits&amp;nbsp;: HD163, HD164, HD165, HD166 &amp;amp; HD167].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;20 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 10/2013. [10 récits&amp;nbsp;: HD168, HD168a, HD168b, HD168c, HD168d, HD169, HD169a, HD170, HD171 &amp;amp; HD172].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;21 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 01/2014. [5 récits&amp;nbsp;: HD173, HD174, HD175, HD176 &amp;amp; HD177].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;22 - &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 09/2014. [5 récits&amp;nbsp;: HD178, [HD179 – 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; chapitre], HDb, HDa, HDc &amp;amp; quelques compléments].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-07.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;8) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (2007). Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Le Cri.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;HC La bande de l’Araignée,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD85].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 - &lt;em&gt;Cric-Croc, la mort en habit,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD146].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 -&lt;em&gt; Le lit du Diable,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD147].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 -&lt;em&gt; L’affaire Bardouillet,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [3 récits&amp;nbsp;: HD148, HD148a &amp;amp; HD148b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4 -&lt;em&gt; La maison du grand péril,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD144].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5 -&lt;em&gt; On a tué Mr Parkinson,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD175].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 -&lt;em&gt; La terrible nuit au zoo,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD167].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 -&lt;em&gt; Le singulier Monsieur Hingle,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD96].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8 -&lt;em&gt; Les vengeurs du diable,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD68].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9 -&lt;em&gt; La cité de l’étrange peur,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD164].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 -&lt;em&gt; Les tableaux hantés,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [3 récits&amp;nbsp;: HD145, HD145a &amp;amp; HD145b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11 -&lt;em&gt; Le loup-garou,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD140 &amp;amp; HD140a].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12 -&lt;em&gt; L’étoile à sept branches,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [3 récits&amp;nbsp;: HD141, HD141a &amp;amp; HD141b].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 -&lt;em&gt; Le cabinet du docteur Selles,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD139].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14 -&lt;em&gt; Le temple de fer,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD93].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15 -&lt;em&gt; La rue de la tête perdue,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD176].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16 -&lt;em&gt; La résurrection de la Gorgone,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD163].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 -&lt;em&gt; Les gardiens du gouffre,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD77].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18 -&lt;em&gt; Les trois cercles de l’épouvante,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD83].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19 -&lt;em&gt; Le monstre blanc,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD73].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20 -&lt;em&gt; Le vampire aux yeux rouges,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2007. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD81].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;9) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray présente… Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (2008-2014). Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Ananké. [Reprise en fac-similé des fascicules d’origine].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 1,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 03/2008 à &lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 6,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 05/2014. [10 récits par coffret, mais aucun texte créé par JR].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 7,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 03/2008. [10 récits, dont 7 de JR&amp;nbsp;: HD63, HD64, HD65, HD66, HD67, HD68 &amp;amp; HD69].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;coffret 8,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 06/2010. [10 récits, dont 4 de JR&amp;nbsp;: HD73, HD75, HD76 &amp;amp; HD77].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;10) &lt;strong&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (2009). Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Le Cri/Jobpol. [Campagne promotionnelle pour la police belge&amp;nbsp;!].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;em&gt; Le cabinet du docteur Selles,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2009. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD139].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[2]&lt;em&gt; Le singulier Monsieur Hingle,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2009. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD96].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[3]&lt;em&gt; Cric-Croc, la mort en habit,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2009. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD146].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[4]&lt;em&gt; La rue de la tête perdue,&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 2009. [Récit éponyme&amp;nbsp;: HD176].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-08.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Recueils Harry Dickson/JR (hors collection)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1965&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray – Œuvres complètes 4&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [=F.14.1]. [8 récits&amp;nbsp;: HD99, HD85, HD86, HD172, HD163, HD167, HD147 &amp;amp; HD93].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Robert Laffont, 1965.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1973&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les étoiles de la mort&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [6 récits&amp;nbsp;: HD88, HD83, HD94, HD164, HD172 &amp;amp; HD67].&lt;br /&gt;
1) Genève, Suisse&amp;nbsp;: Édito Service, 1973 (Les chefs d’œuvre du roman policier).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; . &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Trois aventures inconnues de Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [3 récits&amp;nbsp;: HD174, HD156 &amp;amp; HD160].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 03/1984 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;104).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Trois aventures inconnues de Harry Dickson - 2&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [9 récits&amp;nbsp;: HD169, HD169a, HD170, HD168, HD168a, HD168b, HD168c, HD168d &amp;amp; HD168e].&lt;br /&gt;
1) Paris&amp;nbsp;: Nouvelles Édition Oswald, 06/1984 (Fantastique/ Science-fiction/Aventure, n°&amp;nbsp;113).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1993&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;La guillotine ensorcelée&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [2 récits&amp;nbsp;: HDb &amp;amp; HDa].&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1993 (Attitudes mystère).&lt;br /&gt;
- Prévu, mais non paru. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Lefrancq, 1996 (Lefrancq poche).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1996&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson. Trois récits fantastiques&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. [3 récits&amp;nbsp;: HD163, HD81 &amp;amp; HD141].&lt;br /&gt;
1) Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Labor, 06/1996 (Espace Nord jeunesse).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;part4b&quot;&gt;4b) Quelques héritiers de Harry&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Dickson&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;À la manière de Jean&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Ray…&amp;nbsp;»&lt;/h1&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-09.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;1) &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les nouvelles aventures de Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Gérard Dôle (1984-1989). Troesnes&amp;nbsp;: Corps 9 (Fantastique).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1] &lt;em&gt;Les mystères de la Tamise&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , IV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1984. [10 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les mystères de la Tamise&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les spectres pirates&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit moldave&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La pieuvre de brume&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le vampyre de Limehouse&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’œil d’Osiris&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les masques de mort&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’aventure étriquée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’abominable Freaks Museum&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La malédiction du lac Tritrive&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[2] &lt;em&gt;Terreur sur Londres&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , II&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trim. 1985. [10 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Minotaure d’acier&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le secret d’Aylmore House&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le bourreau fantôme&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La maison de la grande peur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La sonnette&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Big Buck&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le chapeau de Neptune&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le parapluie de Mrs Crown&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Terreur sur Londres» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le cas de Lord Glanmour&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[3] &lt;em&gt;Le fantôme du British Museum&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , 11/1989. [6 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le fantôme du British Museum&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bande du Sakya Mouni&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit de Clerkenwell&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trésor de Jim le Borgne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les chevaliers du Chardon Bleu&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;L’ombre du vampyre&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;2) &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Gérard Dôle &amp;amp; Marie-Paule Vaudunthun (1987). Paris&amp;nbsp;: Crapule (De Luxe).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1] &lt;em&gt;Harry Dickson&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; trim. 1987. [Un récit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Traîtrise en Agarttha&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;3) &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les exploits de Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Gérard Dôle (1996). Paris&amp;nbsp;: Fleuve Noir (Super poche).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1] &lt;/strong&gt; 05/1996. [20 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les mystères de la Tamise&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les spectres pirates &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit moldave&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La pieuvre de brume&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystère de Mathilda Briggs&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’œil d’Osiris&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les masques de mort&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’aventure étriquée&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’abominable Freaks Museum&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La malédiction du lac Tritrive&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cas de Lord Glanmour&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fantôme du British Museum&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bande du Sakya Mouni&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit de Clerkenwell&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trésor de Jim le Borgne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les chevaliers du Chardon Bleu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’aiguille de Cléopâtre &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le champignon du Diable&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le vampyre de Londres &amp;amp; «&amp;nbsp;La complainte de Harry Dickson&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;4) &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Les nouvelles enquêtes de Harry Dickson&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Gérard Dôle (2003-2006). Rennes&amp;nbsp;: Terre de Brume (Terres mystérieuses).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[1] &lt;em&gt;Le vampyre des Grampians&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , 09/2003. [9 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le vampyre des Grampians&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’hydre de Manchester&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Feu Dr Jeckyll&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’hallucinant secret du Black Lake&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’ignoble créature du Professeur Kyôto&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le diable de Irongate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trésor de l'Atchafalaya&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mur hanté&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La foudre de Jupiter &amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;[2] &lt;em&gt;Le loup-garou de Camberwell&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , 09/2004. [11 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le loup-garou de Camberwell&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La momie de Newgate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fantôme du British Museum&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le mystère du Mathilda Briggs&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le cas de Lord Glanmour&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le trésor de Jim le borgne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit de Saint-Gilles&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les spectres pirates&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La pieuvre de brume&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Tambour vaudou&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La complainte de Harry Dickson&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;&lt;strong&gt;[3] &lt;em&gt;Le Diable de Pimlico&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , 10/2006. [11 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Diable de Pimlico&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La nuit moldave&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’abominable Freaks Museum&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’aiguille de Cléopâtre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La bande de Sakya-Mouni&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le champignon du diable&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les chevaliers du Chardon Bleu&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les masques de mort&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le château vampyre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’œil d'Osiris&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La malédiction du lac Tritrive&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-4-10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-4-10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;5) &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les dossiers secrets de Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Brice Tarvel (2009-2014). Noisy-le-Sec&amp;nbsp;: Malpertuis (Absinthes, éthers, opiums).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;1 –&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 04/2009 (n°&amp;nbsp;7). [2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La main maléfique&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;L’héritage de Cagliostro&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;2 -&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 11/2010 (n°&amp;nbsp;10). [2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La confrérie des hommes griffus&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La maison du pluvier&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;3 –&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 02/2012 (n°&amp;nbsp;20). [2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le gouffre des ombres&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Le jardin des mandragores&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;4 -&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 12/2014 (n°&amp;nbsp;31). [2 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le polichinelle d’argile&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La chambre effroyable&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;6) &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Robert Darvel (2016). Montélimar&amp;nbsp;: Les Moutons électriques (Hélios noir).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;1 -&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 03/2016 (n°&amp;nbsp;49). [5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le dieu inhabité&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le secret de la pyramide invisible&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La treizième face du crime&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;La rivière sans visage&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;Harry Dickson s’amuse&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;2 -&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; 10/2016 (n°&amp;nbsp;64). [5 récits&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Baal des psychonautes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le ministère du Grand Nocturne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le réveil du chronomaître&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le fil à couper le cœur&amp;nbsp;» &amp;amp; «&amp;nbsp;La machine à explorer Baker Street&amp;nbsp;»].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-5-01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-5-01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h1 id=&quot;part5&quot;&gt;5. Principaux ouvrages, dossiers ou&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
revues en français sur Jean Ray (hors&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
thèses)&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;E.01. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray, l’insaisissable&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Thomas Owen. Liège, Belgique&amp;nbsp;: Dynamo, 03/1965 (Brimborions, n°&amp;nbsp;134).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.02. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray, bibliografie&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Jozef Peeters. [Sans lieu], Belgique&amp;nbsp;: Tête de Flandre (Fondation Jean Ray), 1973 (Cahier Jean Ray, n°&amp;nbsp;3). [Éd. bilingue].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.03. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray ou les choses dont on fait les histoires&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , par Christian Delcourt. Paris&amp;nbsp;: A.-G. Nizet, 1980.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.04. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, ouvrage collectif dirigé par Jacques Van Herp &amp;amp; François Truchaud. Paris&amp;nbsp;: L’Herne, 10/1980 (Cahiers de l’Herne, n°&amp;nbsp;38).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.05. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray&amp;nbsp;:&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt; L’archange fantastique&lt;/em&gt;, par Jean-Baptiste Baronian &amp;amp; Françoise Levie. Paris&amp;nbsp;: Librairie des Champs-Élysées, 03/1981.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.06. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray/John Flanders&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; &lt;em&gt;(1887-1964)&lt;/em&gt; , par Jean-Baptiste Baronian &amp;amp; Françoise Levie. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Bibliothèque Royale Albert I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;, 06/1981. [Catalogue d’exposition].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.07. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Harry Dickson, le Sherlock Holmes américain&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , par Jacques Van Herp. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Recto-Verso, 06/1981 (Ides… &amp;amp; autres, n°&amp;nbsp;32/33) &amp;amp; 06/1983 (Ides… &amp;amp; autres, n°&amp;nbsp;32/33b) [Compléments].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.08. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;100 pages sur Jean Ray&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, revue. Laillé&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les Cahiers de l’Imaginaire&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;7/8, novembre 1992.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.09. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray… en miroir&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, ouvrage collectif dirigé par Dominique Warfa. Verviers, Belgique&amp;nbsp;: P.O.C., 03/1985 (Groupe Phi, [n°&amp;nbsp;1]).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.10. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Catherine Berkans. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Hatier, 1986 (Auteurs contemporains, n°&amp;nbsp;12).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.11. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray&amp;nbsp;: un livre, une œuvre&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Jacques Carion. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Labor, 1986 (Un livre, une œuvre, n°&amp;nbsp;5).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.12. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray en Seine&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par François Ducos. Troesnes&amp;nbsp;: Corps 9, 06/1986 (Images, n°&amp;nbsp;1).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.13. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Contribution à une bibliographie sélective mais pratique de l’œuvre essentielle de Jean Ray en langue française&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Bernard Goorden. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Recto-Verso, 1988 (Contribution à une bibliographie de…, n°&amp;nbsp;4).&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;margin-bottom:20px&quot;&gt;E.14. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Bibliographie des œuvres de et sur Jean Ray/John Flanders&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par André Verbrugghen &amp;amp; Francis Goidts. Namur, Belgique&amp;nbsp;: Éd. du Noyé, 1990. [Éd. bilingue].&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-5-02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-5-02.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;margin-top:20px&quot;&gt;E.15. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Les fous de Jean Ray&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, revue. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Phénix&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;32, septembre 1992.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.16. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Bibliographie Jean Ray/John Flanders – 1&amp;nbsp;: Romans, contes &amp;amp; nouvelles&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par André Verbrugghen. Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 1993. [Éd. bilingue].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.17. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Ontogenèse &amp;amp; phylogenèse fantastiques à travers l’œuvre de Jean Ray/John Flanders&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , par Arnaud Huftier. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: Recto-Verso, 03/1995 (Ides… &amp;amp; autres, n°&amp;nbsp;73/74).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.18. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray/John Flanders&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, hors-série de revue. Bruxelles, Belgique&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les dossiers de Phénix&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;3, janvier 1996.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.19. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Bibliographie Jean Ray/John Flanders – 2&amp;nbsp;: Œuvres diverses&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par André Verbrugghen. Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 1996. [Éd. bilingue].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.20. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;Jean Ray/John Flanders&amp;nbsp;: L’unité double&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Arnaud Huftier. Jambes, Belgique&amp;nbsp;: Le Hêtre Pourpre, 1998 (La bibliothèque d’Alice).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.21 &lt;strong&gt;&lt;em&gt;&lt;font size=&quot;3&quot;&gt;D’Arkham à Malpertuis&amp;nbsp;: Jean Ray &amp;amp; Lovecraft&lt;/font&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Patrice Allart. Paris&amp;nbsp;: L’Œil du Sphinx, 05/2003 (La Bibliothèque d'Abdul Alhazred, °&amp;nbsp;5).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.22. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jean Ray/John Flanders. Croisement d’ombres&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , revue. Paris&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Otrante&lt;/em&gt;, périodique, n°&amp;nbsp;14, novembre 2003.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.23. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jean Ray&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Jean-Baptiste Baronian &amp;amp; Françoise Levie. [Bruxelles], Belgique&amp;nbsp;: La Maison d’à Côté, 10/2009. [Dans un emboîtage comprenant un DVD].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.24. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jean Ray, l’alchimie du mystère&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par Arnaud Huftier. [Amiens]&amp;nbsp;: Encrage, 02/2010 (Travaux, n°&amp;nbsp;53).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.25. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Dossier 125. &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 07/2012. [Album souvenir (textes inédits, témoignages, &lt;strong&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;lettres, photos, dessins, etc. À l’occasion du 125&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de Jean Ray].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.26 &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jean Ray/John Flanders, un célèbre méconnu&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, par André Verbrugghen. Kuurne, Belgique&amp;nbsp;: Sailor’s Memories, 12/2014.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;E.27. &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Jean Ray-Thomas Owen, correspondances littéraires&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; , par Jean-Louis Étienne. Valenciennes&amp;nbsp;: Presses Universitaires de Valenciennes, 08/2016 (Textes en contexte, n°&amp;nbsp;4).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;biblio-jeanray-5-03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Biblio/biblio-jeanray-5-03.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 13 juillet 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/17/Journal-d-un-homme-des-bois-13-07-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 13 juillet 2017" />
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      <published>2017-07-17T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-07-17T10:12:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170717-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170717-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry nous évoque les nombreuses expériences musicales qu'il a tentées au fil des années autour de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Maître Zacharius&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, cette nouvelle fantastique de Jules Verne…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour sur Maître Zacharius - I&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela fait maintenant une dizaine d’années que je tente des expériences musicales en rapport avec «&amp;nbsp;Maître Zacharius&amp;nbsp;», cette longue nouvelle de Jules Verne, écrite dans une veine fantastique et qui tranche singulièrement sur le reste de son œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai lu pour la première fois ce texte au cours de mon adolescence, dans le recueil &lt;em&gt;Le Docteur Ox&lt;/em&gt;, dans l’édition cartonnée de chez Hachette, sortie en 1929 et plusieurs fois réimprimée jusqu’aux années cinquante, avec une merveilleuse jaquette qui, une fois dépliée des plats, du dos et des rabats, offre une grande illustration avec, au premier plan, la tête un rien hallucinée du Docteur Ox, derrière sa verrerie de chimiste fou&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170717-zacharius.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170717-zacharius_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2008, alors que je vivais à temps partiel à Lausanne, avec Isabelle Jacquemain, conteuse de son état, et que je travaillais assez régulièrement pour la Maison d’Ailleurs – en particulier sur la conception et la mise en scène de l’Espace Jules Verne qui était alors notre grand projet – Patrick Gyger, le directeur d’alors, me demanda si Isabelle et moi n’aurions pas un spectacle à lui proposer, dans le cadre des journées d’inauguration de ce nouvel espace. Patrick Gyger a toujours eu à cœur de m’aider et de me soutenir concrètement dans mon travail artistique – et il n’a pas changé d’attitude à mon égard puisque c’est à sa demande que j’ai, encore récemment, travaillé sur la grande exposition SF qu’il a montée, au Barbican Centre, à Londres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je pensai de suite à cette nouvelle de Jules Verne et en parlai à Isabelle qui, après lecture, me signifia son intérêt. Retour vers Patrick qui me propose aussitôt une enveloppe financière significative pour créer ce projet. Nous sommes à quelques mois de l’été et, tandis qu’Isabelle travaille à une adaptation orale de la nouvelle, je commence à composer une musique d’accompagnement – selon le même principe que celui mis en pratique dans nos autres spectacles en commun&amp;nbsp;: la voix et la musique racontent la même histoire, ensemble sur scène et selon nos deux points de vue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusque-là, j’avais composé toutes les musiques de nos spectacles à la guitare, apparaissant sur scène avec ce seul instrument. Je possédais dans mon stack une douze cordes acoustique Epiphone vintage (1968), une électroacoustique (Fender Telecoustic), une deux manches électrique (6 + 12), deux électriques vintage (ma vieille Fender Stratocaster et une Ibanez PF200 de 1978) ainsi que la basse Aria Pro II (également de 1978) avec laquelle j’avais fait l’essentiel de ma «&amp;nbsp;carrière&amp;nbsp;» de musicien professionnel, des décennies plus tôt. Côté amplis, je disposais de deux petits amplis pour guitare&amp;nbsp;: un Fender Bronco et un Roland Cube 40. Côté effets, il me restait uniquement ma pédale Cry Baby des années 70 et, côté matériel d’enregistrement, un magnétophone à cassettes Tascam Portastudio 4 pistes. Tout le reste de mon matériel des années 70/80 avait été vendu au fil du temps, par réelle nécessité et parfois non sans déchirement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour les spectacles de contes, je prenais la Strato ou l’Ibanez dans un gigbag, en bandoulière, et un des deux amplis dans une petite valise à roulettes – nous voyagions pour l’essentiel en train. Et ça allait bien comme ça&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour mon adaptation de &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt;, j’avais envie de voir nettement plus grand. Patrick nous ayant versé d’avance notre cachet, je commençai par investir ma part dans du matériel. D’abord un clavier&amp;nbsp;: un Casio CTK496, vraiment de l’entrée de gamme mais avec l’avantage de posséder une boîte à rythmes pas trop ridicule et une banque de sons relativement étendue&amp;nbsp;; pas de quoi aller beaucoup plus que loin que ce spectacle, mais je n’envisageais pas alors de me tourner, comme je l’ai fait par la suite, vers la musique électronique. Puis un ampli de basse&amp;nbsp;: un combo Harley Benton puissant, dans une série limitée dotée d’un HP Celestion, pour ce clavier et ma basse que je voulais remettre en état et utiliser. Hélas, si l’ampli se révéla très convaincant, il se révéla également quasiment intransportable – j’eus toutes les peines du monde à le monter dans mon studio d’alors, au premier étage. Je décidai de le garder, pour son rapport qualité/prix vraiment bluffant, mais j’achetai sans tarder son petit frère, un 15 Watts beaucoup plus léger et qui, à puissance moyenne, délivrait un son très acceptable. Les achats se poursuivirent avec une table de mixage Ibanez RM80, réputée pour l’excellence de ses pré-amplis mais hélas dépourvue d’alimentation fantôme, dénichée à bon prix dans un &lt;em&gt;cash converter&lt;/em&gt; à Lausanne. Et ils s’achevèrent par un micro et sa perche, et un choix de câbles dotés d’une connectique variée, histoire de faire face à toutes les situations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà. Il n’y avait plus qu’à bosser&amp;nbsp;! J’ai passé l’été chez moi, en France, à chercher des sons et des rythmes sur le Casio, à écrire des riffs de basse et des chorus de guitare, à collecter, enregistrer et mixer tout un matériau sonore destiné à être intégré dans une bande son.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai rapidement découvert que le Casio, bien que dépourvu de séquenceur et de la possibilité de tenir ne serait-ce qu’une note unique par lui-même, peut tout de même permettre des choses intéressantes. Ainsi, en choisissant un son, en jouant quelques notes (par exemple fondamentale/quinte/octave) puis en bloquant les touches enfoncées en posant dessus quelque chose (dans mon cas&amp;nbsp;: deux piles de 9 volts scotchées ensemble, poids suffisant pour maintenir une touche enfoncée et taille permettant de s’insérer entre les deux touches latérales non enfoncées), on peut obtenir un semblant de nappe. Il est possible de sélectionner un deuxième son qui sera disponible sur tout le reste du clavier – alors que les touches bloquées continuent de produire le premier son&amp;nbsp;; on peut alors jouer, en direct, un chant ou un contre-champ, ou éventuellement bloquer de la même manière d’autres touches avec le second son. Par ailleurs, on peut lancer l’exécution d’un rythme. Au final de cette gymnastique, le clavier peut à la fois et tout seul produire une base rythmique avec deux nappes aux sonorités différentes. Il suffit d’avoir suffisamment de vieilles piles de 9volts, neuves ou usagées – les guitaristes utilisant des pédales d’effet ou des guitares actives (disposant d’une électronique embarquée) ont toujours de tels stocks&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce système a l’avantage, une fois mis en place, de libérer les mains pour jouer une ligne de basse, un arpège ou un chorus de guitare. Ou de lancer le magnétophone avec des sons préenregistrés. Par exemple, à un moment du texte, une foule se réunit et exprime sa colère&amp;nbsp;: je joue une nappe sombre et bourdonnante aux claviers sur un rythme martelé, puis je lance le magnéto (avec quatre pistes de voix humaines dans des langues étrangères, passées à l’envers, mixées avec des effets) puis j’attaque à la basse un rif qui enrobe l’ensemble – et comme j’utilise trois amplificateurs (deux pour la table de mixage en stéréo et un pour le magnétophone) je peux projeter vers le public un son en &quot;trifonie&quot;. Et cela de mes seules petites mains…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui ouvre quelques perspectives et m’autorise une composition relativement complexe à jouer seul et sur du matériel très basique – avec une partition que je dois par contre suivre à la lettre, avec les changements de programmation du clavier, les calages et lancements du magnéto, les passages de la basse à la guitare et réciproquement&amp;nbsp;: je suis en permanence debout derrière le clavier, avec une des guitares en bandoulière, la table de mixage et le magnéto à portée de main. Acrobatique &amp;nbsp;! Et intéressant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors que ma partition était à peu près écrite, Isabelle m’a rejoint en août avec son adaptation du texte et nous avons commencé à répéter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est là que les ennuis ont commencé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les conteurs, voyez-vous, n’ont pas pour habitude de suivre un texte de référence. En général, ils disposent d’une simple trame de leur histoire&amp;nbsp;: le début (accroche) et la fin (conclusion, chute, moralité) sont en général écrits, ainsi que parfois quelques passages entre les deux qui permettent des effets programmés ou des relances avec le public. Le conte est souvent décrit, ce à juste titre, comme étant une manière de «&amp;nbsp;littérature orale&amp;nbsp;» dont la principale caractéristique est de ne pas être «&amp;nbsp;figée&amp;nbsp;» comme l’est, par nature, la littérature écrite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un autre problème avec les conteurs, c’est qu’ils ont bien du mal à laisser les musiciens occuper le terrain&amp;nbsp;: tous ceux avec lesquels j’ai travaillé avaient la même difficulté pour laisser une ambiance s’installer avant de s’y insérer. Il est clair que pour eux, le conteur se tient à la proue du navire et donne le cap, tandis que le musicien reste derrière, pour faire un peu de remplissage depuis le bac des rameurs. Ce dernier doit donc « suivre&amp;nbsp;» le conteur comme il peut et non pas prétendre avancer de pair avec lui, dans la narration d’une histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mes bandes son étant en général très écrites, je n’ai que rarement le temps de mettre en place mes ambiances – le texte démarre toujours trop tôt. Et je suis sans cesse obligé de courir après le narrateur pour placer des effets prévus, au départ, pour soutenir certaines expressions, certains tournants ou rebondissements dans le déroulement du récit. En fait, le plus souvent, le conteur se prive de ce que la musique pourrait lui apporter – et celle-ci se retrouve au rang de gadget.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui parvient parfois à fonctionner en répétition, à force de négociations et de modération des ardeurs du conteur, ne fonctionne plus sur scène – à cause d’un inévitable phénomène d’emballement de la prise de parole. Les conteurs sont des chevaux fous et supportent difficilement le moindre cadrage. Ce n’est donc pas tout à fait pour rien que les meilleurs spectacles de contes musicaux sont ceux où le conteur est également musicien et où il s’accompagne lui-même – ainsi il contrôle tout et ne dépend de personne. C’est pour cela également qu’au cours de mes dernières années passées dans ce petit monde du spectacle vivant, j’avais cessé de travailler avec des conteurs et que, dans ce registre, je me produisais seul sur scène, jouant le texte et la musique à mon rythme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fin de l’été, notre adaptation de «&amp;nbsp;Maître Zacharius&amp;nbsp;» en conte musical est à peu près au point et nous rentrons en Suisse. La Twingo est pleine comme un œuf. Nous sommes assis à l’avant. La banquette arrière est rabattue et constitue, avec le coffre, un espace où s’entassent, calées au centimètre près, les trois flightcases de la Strato, de la basse et du Casio, ainsi que les trois amplis et les sacs dans lesquels sont emballés la table de mixage, les câbles et tout le petit bordel qui va avec. Plus nos valises et sacs de voyage. Ca a un côté un peu épique. Fort heureusement, il n’y a personne à la frontière pour nous contrôler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme prévu, le spectacle est créé en octobre 2008, pour l’inauguration de l’Espace Jules Verne de la Maison d’Ailleurs. Nous jouons en cours d’après-midi, juste après la clôture d’une réunion des «&amp;nbsp;verniens&amp;nbsp;» présents sur site – l’assemblée générale de leur association, si je me souviens bien. La salle est pleine, le spectacle se passe plutôt bien et suscite quelque intérêt &lt;em&gt;post-eventum&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: des gens interrogent Isabelle sur son adaptation et ses choix (elle a supprimé un personnage et fait des ellipses dans la narration), d’autres veulent jeter un œil sur ma partition (un mélange de portées musicales, d’annotations en marge avec des repères dans le texte, de lignes de programmation du Casio, etc.). Je suis un peu étonné parce que personne, parmi le &quot;personnel&quot; (en fait les copains &amp;nbsp;!) de la Maison d’Ailleurs n’est venu – je suis en fait assez déçu de constater que des personnes avec qui je travaille depuis des années ne manifestent pas le moindre intérêt pour cette création. Cela s’ajoute à une autre surprise&amp;nbsp;: la veille, j’ai constaté que notre &lt;em&gt;Maître Zacharius&lt;/em&gt; ne figurait pas sur le programme officiel des journées d’inauguration, il n’est même pas annoncé sur le site de la Maison d’Ailleurs – qui est pourtant le commanditaire du spectacle. Il n’est pas davantage annoncé dans les pages culturelles ou événementielles de la presse locale – qui se fait l’écho d’une autre adaptation de cette même nouvelle de Jules Verne, sous forme théâtrale et par une troupe de Genève. Je découvre d’ailleurs l’existence de cette autre adaptation. Ce silence me semble incompréhensible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi les spectateurs j’ai aperçu le propre frère de Patrick Gyger qui est photographe. Il me semble qu’il a pris des photos du spectacle, sans doute pour les archives de la MdA. Mais je n’en verrai jamais aucune. Et lorsque la MdA publiera sur son site, quelques jours plus tard, un compte-rendu général de ces journées de vernissage, il ne sera fait aucune allusion à notre spectacle. En fait, pour la Maison d’Ailleurs, ce spectacle n’a jamais existé&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour moi, presque dix ans plus tard, tout cela reste très mystérieux et tout à fait incompréhensible.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Illustration © Automate 26&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170717-concert.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Trois jours plus tard, le dimanche 12 octobre 2008, nous jouons &lt;em&gt;Maître Zacharius&lt;/em&gt; au CIMA de Sainte-Croix, le fameux Musée des Boîtes à Musique et Automates. Un endroit magnifique et magique. L’engagement fait partie du contrat initial à la MdA – je suppose que devaient exister des accords entre les deux institutions quant à leur programmation culturelle. Il y a très peu de spectateurs, hélas. Mais là encore, le spectacle fonctionne plutôt bien. Il y a également un photographe qui prend quelques clichés en &lt;em&gt;live&lt;/em&gt; – et Isabelle donne une interview après notre prestation, tandis que je range mon fourbi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Automate 26&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170717-automate26_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a quelques jours, alors que je cherchais sur internet d’éventuelles mentions de ces deux représentations, je suis tombé sur une revue éditée par l’Association des Amis du CIMA&amp;nbsp;: dans &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.musees.ch/wp-content/uploads/2015/07/Automate26.pdf&quot;&gt;L’Automate&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; n°26, daté d’octobre 2008, on trouve page 12 deux photos que je n’avais jamais vues, de ce spectacle. Et sur l’une, on m’aperçoit en train de jouer de la basse, debout derrière le Casio, avec la Strato posée d’un côté et la table de mixage de l’autre. Cette photo est la seule chose qu’il me reste – en plus de ma partition originale – de cette aventure. Nous nous sommes séparés, Isabelle et moi, peu de temps après et ce spectacle qui avait demandé tant d’investissement financier et de travail ne sera plus jamais présenté sur scène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais je ne tarderai pas à m’intéresser à nouveau à la nouvelle de Jules Verne, comme on le verra dans la seconde partie de cet article.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Metropolis</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/14/M-comme-Metropolis" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Metropolis" />
      <id>urn:md5:7c3e4365eb9c04f71023d5c0a5f9cce3</id>
      <published>2017-07-14T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-07-14T11:03:51+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;A-t-on besoin de «&amp;nbsp;bleep-bleep&amp;nbsp;» et de bons synthés analogiques à tout crin pour faire de la musique et de la SF&amp;nbsp;? Avec sa suite &lt;strong&gt;Metropolis&lt;/strong&gt;, la chanteuse américain Janelle Monáe prouve que, non, pas forcément. Et, contrairement à l’accoutumée, il sera donc moins question d’electro inécoutable dans ce billet que de soul et de funk.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Metropolis: The Chase Suite, Janelle Monáe (Bad Boy Entertainment, 2007, 2008 pour la réédition). 26 minutes, 7 chansons.&lt;br /&gt;
The Archandroid, Janelle Monáe (Bad Boy Entertainment, 2010). 68 minutes, 18 chansons.&lt;br /&gt;
The Electric Lady, Janelle Monáe (Bad Boy Entertainment, 2013). 69 minutes, 19 chansons.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;A-t-on besoin de «&amp;nbsp;bleep-bleep&amp;nbsp;» et de bons synthés analogiques à tout crin pour faire de la musique et de la SF&amp;nbsp;? Avec sa suite &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt;, la chanteuse américain Janelle Monáe prouve que, non, pas forcément. Et, contrairement à l’accoutumée, il sera donc moins question d’electro inécoutable dans ce billet que de soul et de funk.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I imagined many moons in the sky, lighting the way to freedom&amp;nbsp;» (Cindi Mayweather)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Chanteuse, Janelle Monáe est également actrice, et on l'a notamment vue en 2016 dans &lt;em&gt;Moonlight&lt;/em&gt; de Barry Jenkins et &lt;em&gt;Les Figures de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’ombre&lt;/em&gt; de Theodore Melfi, consacré aux femmes ayant contribué au programme spatiale américain. Et il semble que la jeune femme soit annoncée au casting de la future série anthologique &lt;em&gt;Philip K. Dick&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Electric Dreams&lt;/em&gt;, tirée des nouvelles de vous-savez-qui, dirigée par Ronald D. Moore – à qui l’on doit le reboot de &lt;em&gt;Battlestar Galactica&lt;/em&gt; –, et prévue sur Amazon Prime. Mais revenons à nos moutons (ha).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La suite &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt; est un ensemble de disques, débutée voici dix ans. La carrière de Janelle Monáe a débuté cependant dès 2003 avec &lt;em&gt;The Audition&lt;/em&gt;, un album jamais sorti mais comprenant une chanson intitulée &lt;a href=&quot;http://https/youtu.be/F_3N-82VBuA?t=10m4s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Metropolis&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, ritournelle soul où se trouvent en germe ce qui suivra – des androïdes au rang d’esclaves, la romance impossible et des items (le personnage d’Anthony Greendown, le Droid Control, etc.). Quatre ans plus tard, l’EP&lt;em&gt;Metropolis: The Chase Suite&lt;/em&gt; (ou bien &lt;em&gt;Metropolis Suite I: The Chase&lt;/em&gt;) marque cependant l’acte de naissance officiel de l’œuvre musicale Janelle Monáe. Cinq titres dont deux interludes, et une référence évidente au classique cinématographique de Fritz Lang…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-m-suite1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-m-suite1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Metropolis: The Chase Suite&lt;/em&gt; débute par «&amp;nbsp;March of the Wolfmasters&amp;nbsp;», introduction martiale aux tonalités inquiétantes où une speakerine annonce d’une voix enjouée que l’androïde 57821, modèle Alpha Platinum 9000, alias Cindi Mayweather (personnage dont l’origine remonte également à &lt;em&gt;The Audition&lt;/em&gt;, où la chanteuse évoque ce double fictif – mais pas encore robotique – dans la chanson éponyme), est tombée amoureuse d’un humain, Anthony Greendown. La peine pour cette infraction est le désassemblage. La chasse est ouverte&amp;nbsp;: c’est «&amp;nbsp;Violet Stars Happy Hunting&amp;nbsp;» et son rythme rigide mais enjoué.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« I'm a cybergirl without a face a heart or a mind&lt;br /&gt;
(a product of the man, I'm a product of the man)&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/EZyyORSHbaE?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La chanson s’enchaîne sur «&amp;nbsp;Many Moons&amp;nbsp;». Son clip, petit court-métrage de plus de six minutes, se présente comme la vente aux enchères annuelles d'androïdes. Différents clones de Janelle Monae défilent ainsi, avant que son principal avatar, Cindi Mayweather, ne se libère de sa programmation au travers de sa chanson. Une chanson au demeurant catchy, aux synthés acidulés, qui se termine par une litanie débitée d'un ton mécanique, balançant clichés et termes oppressifs, où les luttes des Noirs rejoignent celles des androïdes. Mais la réalité rattrape Cindi Mayweather, et la voilà plongée dans le «&amp;nbsp;Cybertronic Purgatory&amp;nbsp;», un interlude aérien où plane la voix vocodorisée de l’androïde. Suit «&amp;nbsp;Sincerely Jane&amp;nbsp;», chanson aux cuivres vigoureux et au rythme syncopé, conclusion et appel au réveil des consciences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowtransparency=&quot;true&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;350&quot; scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;http://www.deezer.com/plugins/player?format=classic&amp;amp;autoplay=false&amp;amp;playlist=true&amp;amp;width=450&amp;amp;height=350&amp;amp;color=ff8d00&amp;amp;layout=dark&amp;amp;size=medium&amp;amp;type=album&amp;amp;id=213700&amp;amp;app_id=1&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La réédition de l’EP contient deux chansons supplémentaires&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mr President&amp;nbsp;», complainte adressée invitant quelque chef d’État à prendre soin de ses administrés – sinon, gare –, et «&amp;nbsp;Smile&amp;nbsp;», chanson co-écrite par Charlie Chaplin pour son film &lt;em&gt;Les Temps modernes&lt;/em&gt;. Deux chansons quelque peu accessoires quoique pas dénuée d’à propos, qui déparent de l’unité formée par les cinq premiers titres du disque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-m-suite1_.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-m-suite1_.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La pochette de l’EP &lt;em&gt;Metropolis: The Chase Suite&lt;/em&gt; nous montre un androïde en cours d’assemblage – ou est-ce l’inverse&amp;nbsp;? (On pourra d’ailleurs remarquer que la pochette de la réédition diffère&amp;nbsp;: l’androïde 57821 est encore plus démembré, réduit à une tête, un buste et un bras.) Surtout, quatre cercles au bas de la pochette précise la complétion du projet envisagé notre chanteuse&amp;nbsp;: un sur quatre (un et demi sur quatre pour la réédition). De fait, Janelle Monáe revient en 2010 avec &lt;em&gt;The Archandroid&lt;/em&gt;, alias les suites II et III de Metropolis – non plus un EP mais bien un disque complet. L’illustration du disque présente une androïde à un stade plus avancé, portant une ville – Metropolis – en guise de coiffe très Art Deco.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-m-suites23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-m-suites23.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans ce premier LP, l’aspect conceptuel de l’EP demeure présent&amp;nbsp;: le disque se divise en deux parties de taille inégale, chacune débutant par un morceau orchestral, «&amp;nbsp;Suite [II/III] Overture&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; les titres et les paroles convoquent des éléments posés dans l’EP &lt;em&gt;The Chase&lt;/em&gt; – Sir Greendown, les rues de Neon Valley et ses aliens illégaux, et surtout le personnage de Cindi Mayweather, qui adopte un rôle messianique (sans compter quelques clins d’œil, l’interlude «&amp;nbsp;Neon Gumbo&amp;nbsp;» reprenant les synthés de «&amp;nbsp;Many Moons&amp;nbsp;»). Pour qui cherche l’histoire, celle-ci reste en retrait&amp;nbsp;: pas question pour Janelle Monáe de se laisser étouffer par son concept.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowtransparency=&quot;true&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;350&quot; scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;http://www.deezer.com/plugins/player?format=classic&amp;amp;autoplay=false&amp;amp;playlist=true&amp;amp;width=450&amp;amp;height=350&amp;amp;color=5e47dc&amp;amp;layout=dark&amp;amp;size=medium&amp;amp;type=album&amp;amp;id=550601&amp;amp;app_id=1&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album mélange les styles musicaux – en vrac, une influence générale afro-funk teintée de futurisme, à laquelle s’ajoute des passages franchement rock («&amp;nbsp;Come Alive (The War of the Roses)&amp;nbsp;»), des ballades (« Oh, maker&amp;nbsp;»), des berceuses inquiètes («&amp;nbsp;Sir Greendown&amp;nbsp;»), des tubes instantanés («&amp;nbsp;Cold War&amp;nbsp;»), des gospels («&amp;nbsp;Wondaland&amp;nbsp;») et des titres plus étranges («&amp;nbsp;Make The Bus&amp;nbsp;», qui cite nommément &lt;em&gt;Les andro&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ïdes rêvent-ils de moutons électriques&lt;/em&gt;) –, avec un bonheur certain.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-m-suites45.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-m-suites45.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;em&gt;The Archandroid&lt;/em&gt;, un second album aurait dû conclure les suites &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt;… mais entretemps, Janelle Monáe a revu ses ambitions à la hausse. En 2013 est donc sorti &lt;em&gt;The Electric Lady&lt;/em&gt; — un titre qui évoque aussi bien Jimi Hendrix que Philip K. Dick –, album proposant les suites IV et V de &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt;. Et le nombre de cercles au bas de la pochette de passer de quatre à sept.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un &lt;em&gt;Electric Lady&lt;/em&gt; qui débute fort, avec une succession de morceaux en collaboration – et pas des moindres&amp;nbsp;: respectivement Prince, Erykah Badu et Solange «&amp;nbsp;pas que la sœur de Beyoncé&amp;nbsp;» Knowles. «&amp;nbsp;Suite IV Electric Overture&amp;nbsp;» annonce le retour de Cindi Mayweather à Metropolis&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Electric Lady&amp;nbsp;» enfonce le clou&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;A modern day Joan of a Arc or Mia Farrow&lt;br /&gt;
Classy, Sassy, put you in a razzle-dazzy&lt;br /&gt;
Her magnetic energy will have you coming home like Lassie&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sur cet album lui aussi bi-partite, le concept reste toujours présent, une bonne moitié de chansons lui étant consacré. La chanson «&amp;nbsp;Q.U.E.E.N.&amp;nbsp;» évoque des rebelles utilisant le voyage temporel&amp;nbsp;; le clip présente les deux chanteuses Janelle Monáe et Erykah Badu dans un musée du futur consacré aux rebelles en question. Quant au langoureux (et un peu mièvre) slow «&amp;nbsp;Primetime&amp;nbsp;», il présente Cindi Mayweather en serveuse dans un night club de Metropolis. Quelques interludes radiophoniques (un peu agaçants) de DJ Crash Crash, un animateur «&amp;nbsp;robotic, hypnotic, psychotic&amp;nbsp;», délivrent quelques informations contextuelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, &lt;em&gt;The Electric Lady&lt;/em&gt; poursuit dans la lignée de &lt;em&gt;The Archandroid&lt;/em&gt;, mêlant les genres&amp;nbsp;: r’n’b, jazz, gospel, afro-funk, titres suaves et chansons aux rythmes enlevés (on retiendra l’irrésistible «&amp;nbsp;Give Em What They Love&amp;nbsp;» avec le regretté Prince)… Si l’on a apprécié les deux disques précédents, celui-ci ne devrait pas faire exception. À tout le moins pourra-t-on lui, comme au précédent, reprocher une durée un brin excessive – soixante-dix minutes, cela fait un disque roboratif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowtransparency=&quot;true&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;350&quot; scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;http://www.deezer.com/plugins/player?format=classic&amp;amp;autoplay=false&amp;amp;playlist=true&amp;amp;width=700&amp;amp;height=350&amp;amp;color=db00eb&amp;amp;layout=dark&amp;amp;size=medium&amp;amp;type=album&amp;amp;id=6910528&amp;amp;app_id=1&quot; width=&quot;700&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chez Janelle Monáe, l’androïde fonctionne en tant que métaphore&amp;nbsp;: l’androïde, c’est l’autre, et le plus souvent la minorité. On pourra y voir les Afro-Américains aux USA ou encore les femmes – probablement les deux. Dans ce monde où l’amour humain-robot est considéré comme «&amp;nbsp;queer&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Our Favorite Fugitive&amp;nbsp;»), Cindi Mayweather invite à la libération des mœurs comme à celle des androïdes. Et notre chanteuse d’interroger la position de chacune&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;We rising up now, you gotta deal you gotta cope&lt;br /&gt;
ill you be electric sheep?&lt;br /&gt;
Electric ladies, will you sleep?&lt;br /&gt;
Or will you preach?&amp;nbsp;» (Q.U.E.E.N.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Féministe, militante, Janelle Monáe&amp;nbsp;? Oui mais pas seulement. Pas question donc d’enfermer celle qui fait rimer Bernie Grundman, ingénieur du son, avec Harriet Tubman, militante anti-esclavage du XIXe siècle. Comme la chanteuse le dit&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Categorize me, I defy every label&amp;nbsp;» (Q.U.E.E.N.)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et la composante SF des suites &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt; n’est à négliger. &lt;a href=&quot;http://io9.gizmodo.com/5592174/janelle-monae-turns-rhythm-and-blues-into-science-fiction&quot;&gt; En interview &lt;/a&gt; , Janelle Monáe évoque volontiers Isaac Asimov, Ray Kurzweil et Octavia Butler, sans oublier Fritz Lang – l’androïde Cindi Mayweather devient pareille à Maria, à savoir le cœur, médiateur entre la main et l’esprit. On pourra certes estimer que le concept science-fictif qui sous-tend les suites &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt; est quelque peu suranné&amp;nbsp;: les androïdes, c’est so 1927. Mais le titre de l’ensemble ne ment pas vraiment sur sa teneur, et l’Amérique trumpienne rappelle que les thématiques féministes et égalitaires abordées par Janelle Monáe sont malheureusement toujours d’actualité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-m-10commands.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-m-10commands.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-m-10commands_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un tract accompagnait les concerts de la chanteuse en tournée&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Ten Droids Commandments&lt;/em&gt;. On retiendra le sixième, qui invite à «&amp;nbsp;abandonner [n]os attentes en matière d’art, de couleur de peau, de genre, de culture et de gravité.&amp;nbsp;» Le premier commandement est&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Believe in the Archandroid&amp;nbsp;». Pourquoi pas. On attend donc les suites VI et VIII, qui viendraient conclure &lt;em&gt;Metropolis&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 4 juillet 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/12/Journal-d-un-homme-des-bois-04-07-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 4 juillet 2017" />
      <id>urn:md5:4119e28d49f7abe96fb5b1989e2b3f89</id>
      <published>2017-07-12T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-07-12T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170713-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170713-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Francis Valéry nous donne de ses nouvelles&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/strong&gt;. C’est le titre de mon nouveau CD. Il contient douze chansons composées plus ou moins récemment…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est le titre de mon nouveau CD. Il contient douze chansons composées plus ou moins récemment – les plus anciennes (cela concerne deux titres) étaient parues sur une K7 autoproduite en 2002 mais elles ont été entièrement réarrangées et réenregistrées, la plus récente a été composée, écrite et enregistrée quelques jours avant la sortie du disque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170713-hippo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170713-hippo.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comment définir &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour Pascal Thomas qui a déjà diffusé deux morceaux dans son rendez-vous hebdomadaire du dimanche soir sur Canal Sud (Toulouse, 92.2), il s’agit de «&amp;nbsp;chanson française influencée par la musique West Coast des années soixante-dix&amp;nbsp;». Tandis qu’un critique néerlandais a décrit ma musique, sur l’internet, comme étant du «&amp;nbsp;French Pop Folk&amp;nbsp;», pour l’abondance de guitares (6 ou 12 cordes, barytone, basse ou slide, acoustiques ou électriques…), mais aussi une manière de «&amp;nbsp;New Trad&amp;nbsp;», cette fois en rapport avec l’utilisation d’instruments traditionnels ou classiques comme l’accordéon diatonique, le violoncelle, les flûtes, l’orgue, les percussions…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La meilleure manière de se faire sa petite idée reste, bien entendu, d’écouter par soi-même. Ce qui n’est pas bien compliqué puisque pour recevoir le CD, il suffit de le demander à l’adresse habituelle&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:terreprofonde33@gmail.com&quot;&gt;terreprofonde33@gmail.com&lt;/a&gt;. Les résistants et autres dinosaures peuvent sortir leur plus belle plume et écrire à&amp;nbsp;: Francis Valéry, 3 lieu-dit Le Canton, 33620 Cubnezais. Pas compliqué, donc, et pas coûteux non plus puisqu’on ne vous demande rien en échange ou retour – sauf si vous insistez…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car de fait, &lt;em&gt;Rêves d’Hippocampes&lt;/em&gt;, comme &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/04/25/Journal-d-un-homme-des-bois-22-04-2017&quot;&gt;&lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, mon précédent CD de musique électronique, a été réalisé sous le label Terre Profonde – soit résolument en dehors de la sphère marchande traditionnelle. Les livres et les CDs que je produis ainsi sont fabriqués à la demande et de manière artisanale. Ils sont offerts à qui en fait la demande. Seuls les dons permettent à cette aventure musicale et littéraire de s’autofinancer et donc de se poursuivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’espère que vous aurez l’envie et le temps d’écouter ce nouveau CD et, peut-être, de l’apprécier. Si vous le souhaitez et le pouvez, un petit geste (une obole de quelques euros est suffisante) sera alors apprécié. Mais encore une fois, il n’y a pas la moindre obligation. Sentez-vous libre de réagir (ou pas) comme il vous plaira.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme Lust in the Dust</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/06/L-comme-Lust-in-the-Dust" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Lust in the Dust" />
      <id>urn:md5:411813d8b9866ccbd0fbdd46ad5f59b4</id>
      <published>2017-07-06T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-07-06T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Those who lust in the dust shall die in the dust…&amp;nbsp;» Un cowboy mutique, des desperados et la faune interlope du village de Chile Verde s'affrontent pour mettre la main sur le magot de Cactus Kaplan&amp;nbsp;: c'est le pitch de &lt;strong&gt;Lust in the Dust&lt;/strong&gt;, western parodique de Paul Bartel, avec l'ineffable &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/14/P-comme-Polyester&quot;&gt;Divine&lt;/a&gt;, film louvoyant constamment à la frontière du mauvais goût…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Lust in the dust, Paul Bartel (1985). 83 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/14/P-comme-Polyester&quot;&gt;Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas eu l’occasion de parler de Divine…&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une femme obèse chemine à dos de mule à travers un paysage désertique. Soudain, c’est le drame&amp;nbsp;: elle chute lourdement. Une voix off prend alors la parole&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Our passions are like fire and water, good servants but poor masters. The legend of Chile Verde tells of men and women who became slaves to their passions. They paid the price here under the blistering, burning, blazing, scorching, roasting, toasting, baking, boiling, broiling, steaming, searing, sizzling, grilling, smoldering, VERY HOT New Mexico sun. For there is a saying in these parts: those who lust in the dust shall die in the dust.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le ton est donné…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La femme qui a chuté, c’est Rosie Velez. Bien vite, elle se retrouve à cheminer en compagnie d’un lonesome cowboy bien peu loquace – on découvrira plus tard qu’il se nomme Abel Wood. Le couple improbable finit par atteindre un petit village reculé au fin fond du Nouveau Mexique, Chile Verde. Rosie a l’intention de s’y établir comme danseuse dans le saloon, tenu par l’intraitable et plantureuse Margarita. Laquelle avoue un léger faible pour Abel Wood. Mais une équipe de desperados emmenée par un simili-pasteur, Hardcase Williams, à qui Rosie a déjà eu affaire, rôde dans le coin. Car il est un sujet dont personne à Chile Verde ne veut parler&amp;nbsp;: l’or&amp;nbsp;! Il y aurait un trésor caché dans les environs, mais personne ne sait l’endroit précis où son ancien propriétaire, Cactus Kaplan. À moins que la solution de l’énigme ne se cache sur les postérieurs rebondis de Rosie et Margarita…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-img1.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-img1.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-l-img1_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Lust in the dust&lt;/em&gt; est l’œuvre du réalisateur américain Paul Bartel, à qui l’on doit aussi &lt;em&gt;La Course &lt;/em&gt;&lt;em&gt;à la mort de l’an 2000&lt;/em&gt; (1975), avec David Carradine et un tout jeune Sylvester Stallone pré-&lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;, ainsi que &lt;em&gt;Cannonball&lt;/em&gt; (1976), avec Carradine à nouveau – deux nanards automobiles. Avec &lt;em&gt;Lust in the dust&lt;/em&gt;, on a là un western gentiment parodique, qui ne se caractérise pas par un humour des plus fins. On se situe au-dessus du tagada-tsoin-tsoin-pouet-pouet, mais de peu. En fait, &lt;em&gt;Lust in the dust&lt;/em&gt; vise volontairement un humour situé «&amp;nbsp;au nord de la jarretelle&amp;nbsp;» – comme l’explique Margarita lors de son tour de chant, une reprise salace de «&amp;nbsp;South Of The Border&amp;nbsp;» – et parvient à s’y tenir sans verser dans l’outrance et sans oublier non plus au passage son intrigue et ses personnages. Un joli tour de force, quand on y pense. Bref, c’est con mais drôle. Mais con. Mais drôle. Les blagues, même idiotes, font mouche la plupart du temps. Et j’avoue, j’ai ri, plus souvent que la décence ne l’autorise.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-img2.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-img2.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-l-img2_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Here comes Divine&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-img3.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-img3.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-l-img3_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Rosie&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-img4.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-img4.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-l-img4_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;A lonesome cowboy (not for much longer)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-img5.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-img5.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-l-img5_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Abel rencontre Margarita&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-img6.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-img6.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-l-img6_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hardcase Williams&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Parodie oblige, &lt;em&gt;Lust in the dust&lt;/em&gt; pastiche les figures imposées du genre, sanctifiée par les westerns spaghettis. La figure du «&amp;nbsp;pale rider&amp;nbsp;» eastwoodien est détournée par Tab Hunter – qui fera d’ailleurs son coming out vingt-et-un ans plus tard, dans son autobiographie –, qui donne à l’impavide pistolero un charisme de crevette. Ce qui vaut mieux, face aux personnages &lt;em&gt;bigger than life&lt;/em&gt; de Rosie et Margarita. Et puis il y a des prostituées, au nombre de trois&amp;nbsp;: une gamine, une vieille sénile, et une matronne. Le film se conclut non pas par un duel, ni même par un « triel&amp;nbsp;» leonesque, mais par un combat quadripartite (quintapartite, même, un bref moment). Et ça chante, parfois&amp;nbsp;; ça se tire dessus, souvent&amp;nbsp;; certains personnages meurent, mais cela ne prête jamais grandement à conséquence&amp;nbsp;; il est question de passion et de sentiments, mais de cul aussi. Tant pis si le film manque parfois de rythme et que les scènes de baston s’avèrent poussives, ce sont des défauts que l’on pardonnera volontiers ici.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ne rien gâcher, les acteurs semblent s’en donner à cœur joie. Divine a un jeu égal à lui-même&amp;nbsp;: un surjeu constant, mais pas dénué de nuances pour autant. Le personnage de Rosie étant extravagant et outrancier par nature, l’acteur lui donne sa pleine mesure, concurrencée par Lainie Kazan dans le rôle de Margarita. Ànoter que jamais l’humour ne se fonde sur le fait que Divine est un travesti&amp;nbsp;: pas de blague grasse et pesante du genre «&amp;nbsp;hu-hu, c’est un homme déguisé en femme&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; tout au plus l’humour porte-t-il parfois sur le physique imposant de l’acteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Divine est souvent associée au réalisateur John Waters, notamment pour les films trash de ce dernier – le culte &lt;em&gt;Pink Flamingos&lt;/em&gt; en tête. Rien de tout cela avec &lt;em&gt;Lust in the dust&lt;/em&gt;, qui constitue l’une des deux infidélités de l’acteur à Waters (mais le terme adéquat serait peut-être « ouverture&amp;nbsp;»), et qui pourrait représenter une bonne porte d’entrée pour la filmographie de Divine – quoique il vaut peut-être mieux opter pour le documentaire &lt;em&gt;I Am Divine&lt;/em&gt; (2013), qui brosse un très attachant portrait de l’acteur-chanteur drag-queen. (Concernant la collaboration entre Divine et Waters, il est plus simple de commencer en douceur avec &lt;em&gt;Hairspray&lt;/em&gt; – l’original, on est d’accord, pas le remake avec Travolta – ou alors opter pour un dépucelage brutal avec &lt;em&gt;Pink Flamingos&lt;/em&gt;.) Par ailleurs, &lt;em&gt;Lust in the dust&lt;/em&gt; marque aussi les retrouvailles de Divine avec Tab Hunter, cinq ans après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/14/P-comme-Polyester&quot;&gt; &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; – ce film de John Waters ayant permis à Hunter de remonter en selle, après une décennie 1970 peu fructueuse. Hunter, qui a enchaîné les rôles principaux dans des films de guerre ou des westerns lors des années 50 et 60, notamment devant la caméra de Sidney Lumet ou Jacques Tourneur, en compagnie de Vincent Price, Sophia Loren ou Natalie Wood. Les autres acteurs principaux du casting (Geoffrey Lewis dans le rôle de Hardcase Williams ou Lainie Kazan dans celui de Margarita) ont mené des carrières essentiellement dans le domaine des séries et des films télévisés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/GVp4HIj1JcA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Les amateurs du bon goût s’abstiendront. Pour notre part, on s’en fiche et on recommande sans réserve.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-l-img7.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-l-img7.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-l-img7_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: peut ne pas plaire à tout le monde&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas tout à fait&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>K comme The Killings at Outpost Zeta</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/07/04/K-comme-The-Killings-at-Outpost-Zeta" rel="alternate" type="text/html" title="K comme The Killings at Outpost Zeta" />
      <id>urn:md5:7a02feebf49465e9e56787761eb2d07e</id>
      <published>2017-07-04T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-07-04T09:47:01+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'on continue à s'intéresser aux tréfonds du cinéma bis, avec une oubliable série Z fauchée des années 80 : &lt;strong&gt;The Killing at Outpost Zeta&lt;/strong&gt;, film qui ressemble à &lt;strong&gt;Alien&lt;/strong&gt; comme &lt;strong&gt;Star Trek&lt;/strong&gt; sans en retenir la moindre qualité…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Killings at Outpost Zeta, Robert Emenegger et Allan Sandler (1980). Couleurs, 92 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À l’instar de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/12/D-comme-Deadly-Harvest&quot;&gt;Deadly Harvest&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Killings at Outpost Zeta&lt;/em&gt; est une petite curiosité de sci-fi qui ne mériterait a priori guère qu’on s’attarde à son sujet. Film à petit budget sorti un an après le séminal &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; de Ridley Scott, il aurait peut-être pu passer pour un long-métrage correct vingt ans plus tôt. Mais n’anticipons pas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici dans un futur distant d’un siècle ou deux. Après quelques images confuses d’espaces et de planètes, nous voici dans une salle de contrôle à l’ambiance inquiète. Et pour cause&amp;nbsp;: le poste avancé sur la planète Zeta ne répond plus. Encore. Une première mission s’est posée sur cet astre distant, avant de cesser toute communication. Les deux expéditions de secours qui ont suivi sont elles aussi devenues &lt;em&gt;incommunicado&lt;/em&gt;. Que faire&amp;nbsp;? Les autorités de Starfleet prennent une décision&amp;nbsp;: renvoyer une troisième expédition. Composée de quatre scientifiques et deux officiers de sécurité, elle devra tâcher de jeter la lumière sur le mystère régnant sur Zeta. Zeta… planète désertique et dépourvue de vie, à l’atmosphère toxique, à la gravité forte, mais d’une importance capitale pour l’humanité, car potentiel marchepied pour des zones inexplorées de ce recoin de la Galaxie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La nouvelle expédition se pose. Après un minimum d’exploration, les six membres d’équipage parviennent au (minuscule) avant-poste, pour y découvrir les cadavres de toutes les précédentes expéditions. De quoi sont-ils tous décédés&amp;nbsp;? Et que sont ces étranges cailloux vaguement sphériques trouvés dans les housse mortuaires des défunts&amp;nbsp;? Mais voilà qu’une créature mystérieuse se met à assaillir les scientifiques&amp;nbsp;: un puis deux trouvent la mort, égorgés. Que faire&amp;nbsp;? Essayer de comprendre ce dont il s’agit&amp;nbsp;? Ou tout simplement prendre la fuite&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Réunion de crise…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Atterrissage sur Zeta…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img3.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;En route…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img6.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Des morts !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img4.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ils ne le savent pas encore mais ils sont observés…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img5.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;À l'assaut du poste avancé !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img7.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;On ne le dirait pas comme ça mais le graphique derrière le personnage représente le plan du (minuscule) poste avancé…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img8.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ces étranges boules grisâtres auraient-elles un lien avec tout ça…?&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-k-img9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-k-img9.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Quand vos monstres sont moches, montrez-les le moins possible.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Grossièrement résumé, &lt;em&gt;The Killings at Outpost Zeta&lt;/em&gt; ressemble au rejeton d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;… mais réussit l’exploit de ne retenir aucune qualité des deux œuvres citées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, loin d’être un navet, &lt;em&gt;The Killings at Outpost Zeta&lt;/em&gt; se contente d’être un nanard plutôt anodin, et accumule les défauts liés à ce genre de production SF à micro-budget. Il s’agit là du premier long métrage de ses deux réalisateurs, Robert Emenegger et Allan Sandler, après deux documentaires. Entre 1980 et 1981, les deux hommes collaboreront par la suite à deux autres films, trois téléfilms et un documentaire. À l’exception d’une ou deux productions plus tardives, l’œuvre cinématographique du duo ne semble pas avoir dépassée l’année 1981.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film assure le minimum en matière d’effets spéciaux&amp;nbsp;: les scènes spatiales sont rares, les décors assez peu élaborés, et la créature est à peine montrée, comme si les réalisateurs en avaient honte et préféraient se contenter de contre-champs piteux plutôt que de laisser voir la chose. Les spationautes sont vêtus de pyjamas rouges, avec quelques accessoires (ceinture, plastron) les faisant ressembler à une équipe de Power Rangers écarlates. Quant aux casques de leurs combinaisons, ce ne sont rien d’autres que des casques de moto repeints rapidement. Enfin, l’avant-poste du titre est passablement riquiqui, et voir nos explorateurs examiner attentivement une carte (papier) représentant un bloc rectangulaire divisé en une demi-douzaine a quelque chose de ridicule…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aucun des acteurs ne se distinguent, et si aucun ne jouent fondamentalement mal, cela reste plat. Les personnages restent simplistes&amp;nbsp;: on trouve notamment le Noir de service (qui, &lt;em&gt;évidemment&lt;/em&gt;, fait quelques blagounettes, et qui, curieusement, survit presque jusqu’à la fin), une blonde (qui se contente de rester prostrée quand sa collègue se fait attaquer par le monstre), et trois types interchangeables (l’un évoque Nikolaj Coster-Waldau, de loin).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Killing at Outpost Zeta&lt;/em&gt; est filmé platement (gros plans sur les visages, plans larges sur les groupes de personnage) mais s’autorise un peu de caméra subjective quand la créature se prépare à frapper. Néanmoins, les décors extérieurs parviennent à être un minimum réussi&amp;nbsp;: un paysage rocheux excessivement désolé, des fumigènes pour évoquer une activité volcanique, des filtres rougeâtres sur la caméra… on veut bien y croire. Plus qu’à l’intrigue, globalement téléphonée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les créatures sont visiblement rocheuses, et, dans le genre «&amp;nbsp;biochimie basée sur le silice&amp;nbsp;», rappellent &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/21/X-comme-Les-Xipehuz&quot;&gt; d’autres bestioles science-fictives&lt;/a&gt;. C'est bien le seul point un tant soit peu original de ce film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Outre son rythme défaillant, ses acteurs transparents, son budget dont l’essentiel a dû passer dans l’achat des casques de moto, le principal problème de&lt;em&gt;The Killings at Outpost Zeta&lt;/em&gt; est d’être sorti trop tard : &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;, on l’évoquait plus haut, voire &lt;em&gt;La Plan&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ète des vampires&lt;/em&gt; de Mario Bava en 1965. Sorti en 1980, &lt;em&gt;The Killings at Outpost Zeta&lt;/em&gt; fait figure d’oubliable suiveur, à regarder un soir de désœuvrement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’une des rares choses à sauver de ce film reste sa musique&amp;nbsp;: composée aux synthétiseurs, la bande originale signée par le co-réalisateur Robert Emenegger s’avère loin d’être désastreuse, plutôt porteuse d’une atmosphère mélancolique. On peut aisément imaginer que &lt;em&gt;The Killings at Outpost Zeta&lt;/em&gt;, avec sa bande-son, ait pu fasciner deux jeunes garçons vivant du côté d'Édimbourg dans les années 80, au point que, une quinzaine d’années plus tard, ils aient choisi d’utiliser une image tirée du film pour illustrer la pochette de &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Boards-Of-Canada-Twoism/release/86213&quot;&gt; leur premier album officiel &lt;/a&gt; – on y reviendra.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Faute de bande-annonce, voici le morceau &lt;em&gt;Hi Scores&lt;/em&gt; de Boards of Canada, illustré par les images du film&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/M4NyNJQesL4?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: sur le web seulement&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Les Jeux de l'esprit</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/29/J-comme-Les-Jeux-de-l-esprit" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Les Jeux de l'esprit" />
      <id>urn:md5:46379c7322191493093932e99c0b832a</id>
      <published>2017-06-29T09:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-29T09:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant le retour de la &lt;strong&gt;Planète des singes&lt;/strong&gt; sur les écrans de cinéma (&lt;strong&gt;La Planète des singes&amp;nbsp;: Suprématie&lt;/strong&gt; de Matt Reeves), on s'intéresse à Pierre Boulle et à un autre de ses romans de science-fiction&amp;nbsp;: l'ironico-dystopique &lt;strong&gt;Les Jeux de l'esprit&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Jeux de l’esprit [in &lt;em&gt;La plan&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ète des singes et autres romans&lt;/em&gt;], Pierre Boulle. Omnibus, 199 [1963 pour &lt;em&gt;Les Jeux de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’esprit&lt;/em&gt;]. GdF, 1020 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il ne faudrait pas réduire Pierre Boulle à sa seule &lt;strong&gt;Planète des singes&lt;/strong&gt;. Certes séminal, ce roman à l’origine d’un ensemble de huit films (neuf en comptant le troisième volet de la préquelle initiée par &lt;em&gt;La Planète des singes&amp;nbsp;: les origines&lt;/em&gt; en 2011, &lt;em&gt;La Planète des singes&amp;nbsp;: Suprématie&lt;/em&gt;, tout juste sorti sur les écrans) a également la fâcheuse tendance à éclipser le reste de son œuvre, une bibliographie forte de vingt-quatre romans publiés entre 1950 et 1992. Huit ans et deux romans après cette séminale incursion dans la science-fiction, Boulle est revenu au genre avec une dystopie&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les Jeux de l’esprit&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-j-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-j-cover2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Jeux de l’esprit&lt;/strong&gt; débute par un concours&amp;nbsp;: celui qui permettra la désignation du Président du Gouvernement Scientifique Mondial. En effet, le physicien nucléaire Fawell et quelques-uns de ses proches, consternés par l’état du monde, se sont dit que le laisser plus longtemps aux mains des seuls politiciens constituaient une aberration qui le mènerait à sa perte – les guerres, l’épuisement des ressources. D’où l’idée de suggérer aux lauréats des différents Prix Nobel de constituer un comité, invitant les chefs d’État à se retirer au profit de ce comité en question durant le temps de transition nécessaire à la formation de ce Gouvernement Scientifique Mondial&amp;nbsp;; le plus surprenant s’avère que les chefs d’État en question obtempèrent sans rechigner.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;[l’idée] n’était que l’aboutissement d’un long cheminement de l’esprit scientifique, qui se poursuivait depuis longtemps dans tous les pays. Au cours de leurs réunions et de leurs conversations de plus en plus fréquentes, les savants étaient arrivés à considérer qu’ils formaient la véritable internationale, la seule valable, celle de la connaissance et de l’intelligence. La science était pour eux à la fois l’âme du monde et la seule puissance en mesure de réaliser les grands destins de celui-ci, après l’avoir arraché aux préoccupations triviales des politiciens ignares et bavards.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le roman s’ouvre donc avec ce concours, où treize candidats vont bûcher pendant neuf jours pour expliquer en détail leur projet respectif pour leur mandat de neuf ans. C’est Fawell et son projet qui sont donc sélectionnés&amp;nbsp;; sans tarder, le lauréat se lance dans l’exécution de son programme. Il s’agit d’abord de trouver des symboles pour cet État mondial, afin de fédérer la population. Il s’agit aussi de relancer l’intérêt dans la science – et les membres du Gouvernement de pinailler, entre les physiciens et les biologistes qui estiment les premiers surreprésentés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout pourrait aller pour le mieux dans ce meilleur des mondes possibles, cette utopie scientifique. Mais… deux problèmes surgissent l’un après l’autre. Le premier est l’atavisme de la population&amp;nbsp;: là où les membres du gouvernement tentent d’imposer la raison et la méthode scientifique, les gens s’empressent de retomber dans les ornières de la superstition. Le second est un syndrome appelé la Perte de Confiance de l’Ego&amp;nbsp;: dans ce monde parfait, ils sont de plus en plus nombreux à subir une perte soudaine de confiance dans leurs capacités. Betty Han, deuxième ex-aequo du concours, a une idée&amp;nbsp;: il faut redonner de la saveur à la vie. Et voilà que l’on instaure des jeux de catch mixtes, où les armes blanches sont autorisées, hyper-violents par nature (c’est tout sauf du chiqué), se soldant imparablement par la mort du vaincu. Las, si ce remède — passablement sanglant – fonctionne un temps, le «&amp;nbsp;fantôme Mélancolie&amp;nbsp;» revient vite, et après quelques tentatives d’imitations de ces jeux de catch, le Gouvernement décide de proposer des reconstitutions de batailles historiques. Afin de préserver le suspense, les joueurs-belligérants ont le droit d’apporter des modifications aux armes, tant que celles-ci les retouches restent historiquement correctes. Et c’est reparti comme en 14.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ironique conclusion a le goût amer de l’échec.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-j-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-j-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-j-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mieux vaut lire &lt;strong&gt;Les Jeux de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’esprit&lt;/strong&gt; de la même manière que &lt;strong&gt;La Planète des singes&lt;/strong&gt; : il s’agit là aussi moins d’un texte romanesque que d’un conte philosophique – le récit d’exploration spatial cédant la place ici à une manière de dystopie. D’un point de vue romanesque, c’est léger, l’auteur se contentant surtout de narrer l’action de loin sans s’attarder sur les points de détails suscitant des interrogations, et se concentre uniquement du côté de quelques scientifiques. À ce titre-là, les personnages ne valent guère mieux que des silhouettes. L’aspect SF n’a lui non plus rien de vraiment inédit&amp;nbsp;: on a déjà lu ailleurs des récits mettant en scène des jeux télévisés ultraviolents ou des utopies dévoyées. Qu’importe&amp;nbsp;: une fois ces défauts oubliés, l’intérêt se situe bien sûr dans les questions que soulève le récit de Boulle&amp;nbsp;: science et bon sens vont-ils ensemble&amp;nbsp;? Le progrès mène-t-il à la stupidité&amp;nbsp;? Etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une anecdote relatée par un personnage au début du roman pose d’emblée les choses&amp;nbsp;: tout un aréopage de scientifiques s’avère incapable d’arrêter une machine qu’ils ont conçue. Plus tard, Faxell et son Gouvernement Scientifique Mondial ne trouvent pas d’autres moyens pour réduire le taux de suicide que de relancer des jeux sanglants (ce qui n’est pas très éloigné non plus du téléfilm britannique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/14/Y-comme-Year-of-the-Sex-Olympics&quot;&gt;&lt;em&gt;The Year of the Sex Olympics&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si Boulle renvoie finalement dos à dos les politiciens et les scientifiques, l’idée d’un gouvernement scientifique indépendant n’a rien d’idiot en soi – et ce n’est peut-être pas, sur le papier, une si mauvaise idée pour affronter le changement climatique, la pollution, etc. Mais selon Pierre Boulle, ce projet porte en lui les germes de son échec, l’atavisme humain ne permet pas d’éviter la survivance de croyances non-scientifiques, les gens du commun préfèrent la facilité, et inégalités et rivalités demeurent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;La Planète des singes&lt;/strong&gt;, l’on assiste à un renversement des perspectives, les humains devenant des animaux alors que les grands singes prennent la place occupée par les humains… pour y reproduire les mêmes comportements. &lt;strong&gt;Les Jeux de l’esprit&lt;/strong&gt; formule un constat pas moins caustique&amp;nbsp;: en dépit de toutes ses belles et hautes intentions, l’humanité restera infichue d’atteindre un état de paix et d’harmonie. À croire qu’il lui faut le chaos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes moins puissant que son illustre incursion simiesque dans la SF, plombée par quelques défauts structurels, &lt;strong&gt;Les Jeux de l’esprit&lt;/strong&gt; n’en reste pas moins une lecture intéressante, dans le prolongement de Jonathan Swift.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>I comme Intrabasses</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/27/I-comme-Intrabasses" rel="alternate" type="text/html" title="I comme Intrabasses" />
      <id>urn:md5:b92eac8c09331fc62492f1137d2d16ca</id>
      <published>2017-06-27T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-06-27T13:04:24+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Musique et littérature font-elles bon ménage ? Avec &lt;strong&gt;Intrabasses&lt;/strong&gt;, roman de Jeff Noon accompagné de sa bande originale signée David Toop, les deux médias s'associent étroitement, au rythme d'une histoire où résonnent les échos de la new wave, du punk et de l'électro…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Intrabasses [Needle in the Groove], Jeff Noon, roman traduit de l’anglais [UK] par Marie Surgers. La Volte, 2014 [2000]. GdF, 200 pp.&lt;br /&gt;
Needle in the Groove, David Toop (La Volte). 14 morceaux, 47 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-i-book1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-i-book1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-i-book1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Entre autres bonnes choses – comme la publication du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/05/26/Eymerich&quot;&gt; cycle d’&lt;strong&gt;Eymerich&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Valerio Evangelisti, des œuvres barrées de Jacques Barbéri ou David Calvo –, La Volte a également entrepris de publier l’essentiel des œuvres de Jeff Noon. D’abord publié chez Flammarion dans la seconde moitié des années 90 (deux romans, &lt;strong&gt;Vurt&lt;/strong&gt; et&lt;strong&gt;Alice Automate&lt;/strong&gt; (depuis réédité et retraduit sous le titre &lt;strong&gt;Alice Automatique&lt;/strong&gt;)), l’auteur a connu une huitaine d’années de traversée du désert en France avant que La Volte ne reprenne le flambeau… sans le lâcher. En onze ans, sept textes de Jeff Noon nous sont ainsi parvenus&amp;nbsp;: la réécriture folle d’&lt;strong&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/strong&gt; constituée de &lt;strong&gt;Vurt&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Pollen&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Nymphormation&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Alice Automatique&lt;/strong&gt;, l’excellentissime recueil de nouvelles &lt;strong&gt;Pixel Juice&lt;/strong&gt;, le roman accidenté &lt;strong&gt;Descendre en marche&lt;/strong&gt;… et le présent &lt;strong&gt;Intrabasses&lt;/strong&gt;. Un livre accompagné, comme souvent chez La Volte, de sa bande originale. Le roman ayant déjà bénéficié d’une &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/intrabasses&quot;&gt;longue critique dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, avec laquelle votre serviteur se trouve grosso modo en accord, ce billet va surtout se consacrer à sa BO et à quelques réflexions insanes sur l’écriture et la musique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, la musique est très présente dans l’œuvre de Noon, une œuvre imprégnée par la scène musicale de Manchester (enfin, plutôt &lt;em&gt;Mad&lt;/em&gt;chester), où le rock et l’acid house se côtoyaient en tout psychédélisme dans les années 80. Dans mes souvenirs de lecture, les premiers romans de l’auteur dégoulinent de substances que d’aucuns qualifieraient de peu licites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intrabasses&lt;/strong&gt; propose un délire légèrement différent — quoique pas moins drogué. L’histoire débute au début des années 2000, lorsqu’Elliot, un jeune bassiste, rejoint un groupe, Glam Damage, dont la musique, brute et évocatrice, le séduit. Composé de Donna la chanteuse, de Jody la DJ et de 2spot le batteur (et de Paul Gallagher, membre omniprésent mais toujours à la marge, vu qu’il s’agit d’un chat), le groupe joue et enregistre au Club Zuum Zuum. Leur arme secrète&amp;nbsp;: des sphères sur lesquelles sont stockés les chansons enregistrées. Secouez la sphère, et vous obtenez un remix, dont le style et les sonorités dépendent de la manière dont on l’a agitée. Accessoirement, ces sphères peuvent servir de drogue, inhalée ou injectée… Les relations au sein de Glam Damage sont complexes, mais beaucoup de choses tournent autour de 2spot, batteur tourmenté à l’hérédité très musicale&amp;nbsp;: son grand-père était un musicien dont les multiples groupes n’ont jamais remporté le moindre succès, son père… c’est une autre histoire. Au fil des semaines, 2spot disparaît de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, plongeant les membres restants dans l’embarras&amp;nbsp;: quel est le secret de leur batteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-i-book2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-i-book2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la différence des romans vurtiens de Noon, &lt;strong&gt;Intrabasses&lt;/strong&gt; s’ancre davantage dans notre monde et notre époque. Via les sphères musicales – dont les effets secondaires autorisent des plongées dans le passé –, les éléments de genre sont toujours là, certes plus discrets — mais néanmoins essentiels à l’intrigue. Une intrigue hantée par la mort (Ian Curtis est cité dès le premier chapitre) et les familles dysfonctionnelles, mais où la musique et l’amitié peuvent – éventuellement – améliorer les choses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Traduire un média ou un mode d’expression dans un autre est une tâche ardue, qui ne se fait pas sans perte. Un roman adapté au cinéma – ou un film novélisé – impliquent des choix, quant à ce qu’on met et ce qu’on laisse. La musique, techniquement, s’écrit&amp;nbsp;: ce sont les partitions (désolé de l’évidence). Mais y a-t-il la possibilité de faire ressentir la musique par l’écrit&amp;nbsp;? Avec &lt;strong&gt;Intrabasses&lt;/strong&gt;, Noon s’y est attelé&amp;nbsp;: pas de majuscules, pas de points dans ce roman, tout juste trouve-t-on des virgules, ainsi que des points d’exclamation ou d’interrogation. Le reste, ce sont des barres obliques. Le but&amp;nbsp;: donner une consistance musicale au texte, au-delà des seuls passages consacrés à la description de chansons. La plupart des chapitres prennent l’apparence de poèmes en prose, ou de prose poétique, parfois entrelardée de dialogues… quand ce ne sont pas parfois de véritables poèmes (les trois variations sur «&amp;nbsp;Basse – mode d’emploi&amp;nbsp;»). Remixés, certains reviennent sous une forme ou une autre (« Cramé d’amour&amp;nbsp;» et ses différentes versions).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;fort / rythmes insidieux / caisse claire et rimshots, comme une averse / crépitement soutenu d’une cymbale / grosse caisse qui débarque sur le troisième temps / prise dans une boucle / danse rythmique / la batterie, et rien d’autre, jusqu’à ce que donna se lance dans une complainte douce&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;j’attends que le monde apprenne&lt;br /&gt;
les contours de ta peau&lt;br /&gt;
mais quelles couleurs prendras-tu&lt;br /&gt;
dans le monde en flammes &lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
je m’attendais à une explosion passionnelle / mais sa voix est pleine de calme / des degrés de contrôle, presque au seuil d’une métamorphose / une voix perdue, indifférente / les mots étirés / blessés d’un savoir secret&lt;br /&gt;
batterie et voix / mélopée&amp;nbsp;» (cramé d’amour, mix original)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;frappes binaires insidieuses d’une cascade / averse de batterie, rimshots et peaux, explosion lamento infinie dans une danse de caisse claire / où chantent les cymbales de pluie / les contours de la voix, attendre que la basse vole, rythme fou saccadé / son, chant, savoir, cachés, pris, déformés, irruption de guitare étirée / pression des doigts&amp;nbsp;» (cramé de dub, remix dur de dur par elliot)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un parti pris audacieux, auquel on adhère ou non – mais force est de reconnaître que le résultat est parfaitement lisible. Probablement sonne-t-il plus fort en version originale, l’anglais et ses mots brefs ayant plus d’impact et permettant une scansion plus efficace (plus autoritaire&amp;nbsp;?). Quoiqu’il en soit, chapeau bas à la traductrice Marie Surgers, pour avoir su rendre la musicalité du texte anglais en français. Écrire sur la musique est un exercice délicat (votre serviteur s’en souvient douloureusement à chaque fois qu’il veut rendre compte d’un disque), mais Noon (et sa traductrice) évitent les formules vides et galvaudées ou les comparaisons foireuses, pour un résultat surprenant.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;surpeuplé / étouffant, brillant / étouffé, brillant et sombre / moi, à la pointe de la mode / veste sur mesure à trois boutons, cintrée, une seule fente / col pointu / tissu tricolore pailleté, or et vert et violet / cravate ficelle / et une frange qui descend dans les yeux / chaque jour un peu plus bas sur les sourcils / je vais briller / qui écoute / ce soir, je vais briller comme un rayon / me frayer un passage dans le flux de la foule / main dans la poche, au plus fort de la presse / doigts serrés sur les pilules, le speed / rester cool, donner le change / tête baissée, lever la main, glisser les cachets entre mes lèvres / je sens que ça monte, le beat est plus fort / je bouge à peine, dans le noir et la fumée / vers la scène / montée du speed, bouffée de blues / le hoochie coochie mojo man envoie le micro / jusqu’au ciel&lt;br /&gt;
les glamourboys&lt;br /&gt;
étouffant, brillant / étouffant, brillant et sombre / étincelles de feedback / vagues d’applaudissements / sans pause / l’extase les porte jusqu’au morceau suivant / une ballade / mélodie qui surgit et tournoie, précise comme un couteau sur le cœur / le chanteur explique qu’il a pleuré toutes les larmes de son corps / et toutes les larmes solitaires, le saviez-vous, coulent en des lieux secrets&lt;br /&gt;
eh ouais&amp;nbsp;» (prise de sang 64)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;ambient-ocean.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ambient-ocean_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rien d’étonnant, à ce qu’un tel roman appelle à une mise en musique. Quelques mots au sujet de la BO, donc. Celle-ci est signée David Toop, un nom qui n’éveille pas forcément d’échos profonds – moins que Brian Eno, par exemple. Musicien, Toop est également essayiste, et on lui doit notamment un superbe livre intitulé &lt;strong&gt; Ocean of Sounds&amp;nbsp;: Ambient music, mondes imaginaires et voix de l'éther &lt;/strong&gt; (1995, 2000 pour la traduction française). Un ouvrage un brin décousu mais aux réflexions passionnantes, qui fait remonter les sources de l’ambient aux travaux d’Erik Satie (dont l’œuvre est loin de se résumer aux douces &lt;em&gt;Gymnopédies&lt;/em&gt;) et de John Cage (dont l’œuvre, pareillement, ne se résume pas au provocateur &lt;em&gt;4’33&quot;&lt;/em&gt;), deux compositeurs ayant invité à désacraliser la musique. Toop donc, qui figure d’ailleurs parmi les influences citées en fin d’ouvrage, au même rang qu’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield&quot;&gt; Autechre&lt;/a&gt;, les Smiths et les Sonic Youth Research (j’imagine que Noon voulait parler des &lt;a href=&quot;http://https://fr.wikipedia.org/wiki/Sonic_Youth_Recordings&quot;&gt; Sonic Youth &lt;em&gt;Recordings&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-i-disc1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-i-disc1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-i-disc1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Intitulé &lt;em&gt;Needle in the Groove&lt;/em&gt; – comme le titre original —, cet album est paru en mai 2000, en même temps que le roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=0HaYQNKiXYw&quot;&gt;«&amp;nbsp;door code&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; donne le ton&amp;nbsp;: une ambiance crépusculaire, doublée d’une voix fragile – celle de Jeff Noon, qui lit des extraits du roman (le premier chapitre dans le cas présent). Le morceau suivant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=3XsadjPcNg4&quot;&gt;«&amp;nbsp;scorched out for love &amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, poursuit dans cette lignée&amp;nbsp;: il ne s’agit pas de donner à entendre les morceaux composés par Glam Damage, mais bien de donner à la place une évocation sonore du roman, sombre et emplie de malaise. Les morceaux grincent et grésillent, craquettent et crépitent à l’arrière-plan sonore&amp;nbsp;: l’intranquillité règne en maîtresse… mais on atteint parfois des moments plus aériens, comme &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=CxGE8-CQzoY&quot;&gt;«&amp;nbsp;dubbed out for love&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Au cœur du disque, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=eW_loYfAABo&quot;&gt;«&amp;nbsp;bass instruction #2&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, où Noon déclame son texte sur une rythmique marquée et une esquisse mélodique bien identifiable est ce qui s’approche le plus d’une chanson. La &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Hbcz16X8cq8&quot;&gt;quatrième itération de ce morceau&lt;/a&gt; s’enchaîne d’ailleurs parfaitement sur «&amp;nbsp;door code&amp;nbsp;», comme si le disque rebouclait sur lui-même en une boucle infinie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/videoseries?list=PLD-adiIrGstntqndC381tsl3pFB0SwR_0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. &lt;strong&gt;Intrabasses&lt;/strong&gt; fait entrer son lecteur dans un monde dont la substance même est musicale&amp;nbsp;: un joli tour de force, qui ne sacrifie pas la lisibilité et l'intrigue sur l'autel de l'expérimentation. Et son disque-compagnon, &lt;em&gt;Needle in the groove&lt;/em&gt;, poursuit joliment le travail.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>H comme The Handmaid's Tale</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/22/H-comme-The-Handmaid-s-Tale" rel="alternate" type="text/html" title="H comme The Handmaid's Tale" />
      <id>urn:md5:f6935b65b98c72f70af52798b0cfd846</id>
      <published>2017-06-22T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-22T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&amp;quot;/&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’heure où tout le monde s’excite (à juste titre) sur la série télévisée&lt;strong&gt; The Handmaid’s Tale&lt;/strong&gt;, adaptation par Hulu de &lt;strong&gt;La Servante écarlate&lt;/strong&gt; de Margaret Atwood — clairement la série événement de cette année 2017, bien plus que la très bonne &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt; ou que la perplexifiante saison 3 de &lt;strong&gt;Twin Peaks &lt;/strong&gt;—, il est bon de se souvenir que ce roman a déjà connu une précédente adaptation… au cinéma. Une adaptation à côté de laquelle ce navrant Abécédaire ne pouvait pas passer.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Handmaid’s Tale, Volker Schlöndorff (1990). Couleurs, 104 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-book.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-book.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2016, la plate-forme de vidéo à la demande Hulu a eu l’excellente idée de commander une adaptation du roman &lt;strong&gt;La Servante écarlate&lt;/strong&gt; de Margaret Atwood. Une adaptation confiée à Bruce Miller, scénariste-producteur ayant travaillé par le passé sur les séries &lt;em&gt;Les 100&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Les 4400&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Eureka&lt;/em&gt;, et qui s’impose (n’ayons pas peur des superlatifs) comme la meilleure série de genre de l’année, plusieurs coudées au-dessus des autres. Une excellente progression dramatique au fil des épisodes. Un casting impeccable, porté par une Elisabeth Moss magistrale – mais il n’y a pas la moindre fausse note parmi les rôles secondaires –, une ambiance glaçante, des choix musicaux pertinents, le tout traité avec une sobriété exemplaire – pas d’effets de style gratuits, pas de séquences tire-larmes, ce qui n’empêche nullement plusieurs épisodes de susciter l’émotion. Une indéniable réussite, sur laquelle il serait possible de disserter sur des milliers de signes si tel était l’objet de ce billet — comme &lt;a href=&quot;http://justaword.eklablog.com/critique-the-handmaid-s-tale-saison-1-a130487862&quot;&gt;ici ou &lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://feuilletons.blogs.liberation.fr/2017/06/21/the-handmaids-tale-le-rouge-est-ma-couleur/&quot;&gt;là&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-series_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Car… voici vingt-sept ans, le roman de Margaret Atwood avait déjà bénéficié d’une première adaptation, cinématographique pour le coup. Derrière la caméra&amp;nbsp;: le réalisateur allemand Volker Schlöndorff, connu et reconnu pour son adaptation du &lt;em&gt;Tambour&lt;/em&gt; de Günter Grass (pour mémoire, Palme d’or en 1979, ax-aequo avec &lt;em&gt;Apocalypse Now&lt;/em&gt; de Coppola). Coutumier des adaptations, on lui doit aussi&lt;em&gt;Les Désarrois de l'élève Törless&lt;/em&gt; (1966, d’après Robert Musil),&lt;em&gt; Michael Kohlhaas&lt;/em&gt; (1969, d'après Heinrich von Kleist), &lt;em&gt;L'Honneur perdu de Katharina Blum&lt;/em&gt; (1975, d’après Heinrich Böll), &lt;em&gt;Le Coup de grâce&lt;/em&gt; (1976, d’après Marguerite Yourcenar),&lt;em&gt;Un amour de Swann&lt;/em&gt; (1984, d’après Proust) ou encore &lt;em&gt;Le Roi des aulnes&lt;/em&gt; (1996, d’après Michel Tournier). Au scénario&amp;nbsp;: Harold Pinter, futur Prix Nobel de littérature (2005), pas exactement au meilleur de sa forme comme on va le voir plus bas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-poster.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'affiche du film a de faux airs de Scarface.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un carton présente la situation&amp;nbsp;: dans un futur proche, un pays a mal tourné et est devenu la République de Gilead. Les premières images du film montrent une voiture filant sur une route de montagne. Il en descend un couple et leur enfant&amp;nbsp;; fuyant dans la neige dans l’objectif d’atteindre la frontière, ils sont surpris par les autorités. Dans l’échauffourée, l’homme est tué, la femme capturée, et le sort de l’enfant reste incertain. La femme se prénomme Kate&amp;nbsp;: censément fertile, la voilà endoctrinée au Red Center pour devenir une Servante. Dans cette dictature théocratique, puritaine en apparence, où la pollution a diminué drastiquement la fertilité, les femmes en capacité de procréer sont réduites au rang de concubines dont la seule fonction est de servir de «&amp;nbsp;pondeuses d’enfants&amp;nbsp;» à l’élite. Kate, rebaptisée Offred, est ainsi attribuée au Commander Fred (d’où son nom&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Of Fred&amp;nbsp;»). Un écheveau de relations complexes se nouent vite entre les différents habitants de la maisonnée&amp;nbsp;: le Commander, son épouse Serena Joy, et le chauffeur Nick. Au milieu de tout cela, Kate/Offred ne perd pas l’espoir de retrouver un jour sa fille… et peut-être de renverser le nouvel ordre établi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-img-intro.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-img-intro.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-img-intro_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-img-offred.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-img-offred.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-img-offred_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Offred (Nathalie Richardson)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-img-commander.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-img-commander.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-img-commander_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Commander (Robert Duvall)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-img-serena.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-img-serena.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-img-serena_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Serena(Faye Dunaway)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-img-nick.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-img-nick.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-img-nick_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Nick (Aidan Quinn)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-img-lydia.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-img-lydia.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-img-lydia_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Cette chère Tante Lydia (Victoria Tennant)&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon. Voir le film de Volker Schlöndorff après avoir vu la série de Bruce Miller permet de constater (une nouvelle fois) l’énorme progrès des séries télévisées accompli au cours des dernières années. Certes, un gros quart de siècle sépare les deux adaptations du roman de Margaret Atwood, et sous cet aspect, le long-métrage, qui fleure bon les années 80 du côté des coiffures, des accessoires (des coiffures aussi), ou des choix d’éclairage, a pris un petit coup de vieux&amp;nbsp;: là où la série propose une ambiance sombre et austère, aux couleurs profondes, le film s’avère assez plat, en dépit de plans assez léchés. Surtout, en dix heures et autant d’épisodes, la série a le temps de détailler son univers, d’expliquer le glissement dramatiquement (et pas &lt;em&gt;si&lt;/em&gt; irréaliste) qui a permis l’émergence de la République de Gilead, et surtout d’impliquer émotionnellement son spectateur (les conclusions des épisodes 7, 9 et 10 sont poignantes au possible)&amp;nbsp;; en une centaine de minutes, c’est une mission beaucoup plus ardue pour le film. Pas de flashbacks&amp;nbsp;: on s’attache donc moins aux personnages de Luke ou Moira, et surtout Kate/Offred (à la différence du film, la série a fait le choix pertinent de la voix off)&amp;nbsp;; on ignore également la manière dont le régime a accédé au pouvoir et, en dehors d’une atmosphère de guerre civile permanente, le contexte est à peine évoqué. Enfin, la brochette d’acteurs choisie par Schlöndorff s’avère moins puissante. En comparaison d’Elisabeth Moss, Nathalie Richardson a l’air d’une oie blanche dans le rôle de June (rebaptisée ici Kate, sans raison particulière)&amp;nbsp;; Faye Dunaway fait une moins bonne Serena Joy que la glaçante Yvonne Strahovsky&amp;nbsp;; Robert Duvall, en Commander Fred, tire son épingle du jeu, doucereux et inquiétant, mais Joseph Fiennes lui tient la dragée haute&amp;nbsp;; enfin, Aidan Quinn dans le rôle de Nick reste peu mémorable. Les personnages secondaires (Moira, l’horrible Tante Lydia et les autres Servantes) restent très secondaires, durée oblige. Dommage. En dépit de ces défauts, le film demeure loin d’être inintéressant&amp;nbsp;: il est plus proche du roman, notamment dans son final (l’épilogue diffère)&amp;nbsp;; la scène de la Cérémonie est probablement plus brutale (on parle bien de viol). Mais c’est peu.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-h-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-h-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-h-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Une Servante, enceinte, applaudie sur son passage&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Autre temps, autres mœurs&amp;nbsp;? Le message féministe est également bien moins appuyé chez Schlöndorff que chez Bruce Miller. À l’heure où certains régimes conservateurs, de part et d’autre de l’Atlantique, cherchent à ébrécher les progrès en matière de droits des femmes (pour mémoire &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/05/25/pologne-le-parlement-limite-l-acces-a-la-pilule-du-lendemain_5133941_3214.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.theguardian.com/us-news/2017/may/06/pre-existing-conditions-republican-healthcare-bill-repeal-obamacare&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;), à l'heure où certains &lt;a href=&quot;http://www.francetvinfo.fr/elections/legislatives-battu-par-une-candidate-lrem-un-depute-udi-doute-qu-elle-aura-le-temps-de-faire-sa-lessive-et-d-emmener-ses-enfants-a-l-ecole_2244643.html&quot;&gt;mauvais perdants tiennent des propos datant d'un autre siècle&lt;/a&gt;, la série &lt;em&gt;The Handmaid’s Tale&lt;/em&gt; fait œuvre utile. Le 14 juin, le dixième et dernier épisode épisode de la saison 1 de &lt;em&gt;The Handmaid’s Tale&lt;/em&gt; était donc diffusé sur Hulu. Hasard du calendrier, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies publiait la veille un rapport à l’issue de sa journée de débat sur les droits des femmes, estimant que 30&amp;nbsp;% d’entre elles de part le monde serait quotidiennement victimes de violences d’ordre physique, moral ou sexuel — un pourcentage indécent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, sans être foncièrement mauvais, &lt;em&gt;The Handmaid’s Tale&lt;/em&gt; version Volker Schlöndorff déçoit. Un semi-ratage&amp;nbsp;? Un film qui a mal vieilli surtout. On lui préfèrera sans sourciller la série. (Dont votre serviteur attend la saison 2 avec impatience et une pincée d’inquiétude, les prochains épisodes ne pouvant pas s’appuyer sur le livre.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (à moins de payer une fortune pour obtenir un DVD zone 2)&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>G comme Gigantum</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/20/G-comme-Gigantum" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Gigantum" />
      <id>urn:md5:f8f398e1edf80beb8a96b1dc13d24904</id>
      <published>2017-06-20T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-20T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Continuons l'exploration de la science-fiction est-allemande. Après le très communiste premier contact de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt;Die Goldene Kugel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, place à un récit d'anticipation placé sous le signe de la découverte d'un nouveau matériau révolutionnaire&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt; d'Ebehardt del'Antonio. (Oh… c'était déjà le cas avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/20/U-comme-Ultrasymet-bleibt-geheim&quot;&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Hans Vieweg…)&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Gigantum, Eberhardt del’Antonio. Das Neue Berlin, coll. «&amp;nbsp;Die Gelbe Reihe &amp;nbsp;», 1956. GdF, 368 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’on continue de s’intéresser à la science-fiction d’Allemagne de l’Est, avec &lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt;. Il s’agit là du premier roman d’Eberhardt del’Antonio (1926-1997), auteur est-allemand dont la bibliographie ne s’étend que sur six titres, publiés entre 1957 et 1991. Après avoir exercé divers métiers par la force des choses et subi les aléas de la Seconde Guerre mondiale, il travaille comme constructeur au développement de systèmes de pompes, monte un bureau des inventions (Büro für Erfindungswesen), est membre de la Kammer der Technik (Chambre des techniques) et de la Gesellschaft für Weltraumforschung und Raumfahrt (« société pour la recherche et l’exploration spatiales&amp;nbsp;»), et s’intéresse au cinéma au point d’obtenir par correspondance un diplôme de psychologie cinématographique. Installé à Dresde à partir de 1959, il ne quittera plus la ville, où il décèdera quarante ans plus tard.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-g-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-g-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt; , donc, roman publié au sein de la collection «&amp;nbsp;Die Gelbe Reihe&amp;nbsp;» (ainsi nommée par rapport à la reliure en toile jaune sous la jaquette) des éditions est-berlinoise Das Neue Berlin. À l’instar de &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; de Hans Vieweg, il ne s’agit pas ici d’un réel roman de science-fiction, terme honni dans le bloc de l’Est car trop connoté américain&amp;nbsp;: on se trouve ici en présence d’un «&amp;nbsp;utopischer Roman&amp;nbsp;», et plus précisément d’un «&amp;nbsp;Betriebsroman&amp;nbsp;», sous-genre centré sur la production industrielle. Dit comme ça, cela ne fait pas forcément rêver le lecteur épris d’expériences de xénopensée ou de vertige cosmique…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-g-img1_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Die Hexe&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le roman débute dans un futur indéterminé mais proche de quelques décennies – à la date d’écriture. À Munich, Lydia Schwigtenberg, jeune chercheuse (environ vingt-cinq ans) prometteuse, travaille sur les transuraniens, et parvient à mettre au point un matériau hyperdense, mais inflammable à l’air – chose qui provoque l’incendie du laboratoire. Qu’importe&amp;nbsp;: les applications industrielles peuvent être immenses&amp;nbsp;! À Dresde, au sein de la firme Raketa-Hexe Dresden, on teste la Hexe («&amp;nbsp;sorcière&amp;nbsp;»), une voiture sur monorail (également dotée de roues secondaires télescopiques). Rainer Hausberg teste le prototype sur le trajet Dresde-Munich&amp;nbsp;: il a rendez-vous avec les gens du labo, mais il tombe en chemin sur une scène d’accident, et se sert de la vitesse inégalée de la Hexe pour gagner Augsburg et déposer le blessé à l’hôpital de la ville. Voilà qui le fait arriver en retard à la réunion. Lydia vient tout juste de donner un nom à son nouvel élément&amp;nbsp;: dérogeant à la règle implicite de lui donner son propre patronyme, elle opte pour « Gigantum&amp;nbsp;», cet élément succédant au déjà massif Mammutum.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-g-img6_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Lydia expérimente.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lydia et Rainer vont se retrouver à travailler ensemble, afin de doter la Hexe d’une puissance inédite, capable de la propulser à des vitesses inédites&amp;nbsp;: non plus trois cents misérables kilomètres-heures, mais neuf cents&amp;nbsp;! Rainer va également commencer à courtiser Lydia. Mais, au cours d’un essai grandeur nature, sur le trajet Trondheim-Moscou, Rainer commence à se sentir mal&amp;nbsp;: il s’avère qu’il est atteint d’une toute nouvelle maladie, qui a surgi au Groënland, et qui provoque la paralysie progressive des membres. Or, Lydia cherche à mettre au point un traitement, mais Rainer refuse que sa bien-aimée apprenne sa maladie. S’en sortira-t-il&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-g-img2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les machines climatiques&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon… D’un point de vue romanesque, &lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt; s’avère d’un intérêt mineur. Ses trois cent soixante pages traînent en longueur et suscitent surtout l’ennui, d’autant que le roman souffre de défauts structurels (certes, il s’agit d’un premier roman). Divisé en deux parties de tailles inégales, &lt;strong&gt;Gigantum&lt;/strong&gt; tente, dans sa brève seconde partie, de relancer l’intérêt en donnant un gros coup de boost à l’intrigue &amp;nbsp;: la maladie de Rainer et l’apparition de saboteurs supplantent la seule intrigue technique. Las, les personnages principaux, Lydia Schwigtenberg et Rainer Hausberg, n’inspirent pas grand-chose au lecteur. Lydia est belle et, avec ses doctorats en physique et en médecine, extrêmement compétente&amp;nbsp;; Rainer est altruiste et ponctuel&amp;nbsp;: Eberhardt, n’en jette pas plus, on va croûler sous l’empathie&amp;nbsp;! Pas d’antagonistes, pas de conflit&amp;nbsp;: l’essentiel concerne la pure recherche et la romance contrariée entre Rainer et Lydia. Cette dernière évoque d’ailleurs, de loin, le maître-mot de &lt;strong&gt;Metropolis&lt;/strong&gt; de Fritz Lang&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Entre le cerveau et les mains, le médiateur doit être le cœur&amp;nbsp;». La doctoresse d’un côté, l’ingénieur de l’autre, et leur amourette au centre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, autres temps, autres attentes… mais peut-être ai-je l’esprit totalement vicié par mes lectures de SF anglo-saxonnes/impérialistes/capitalistes…&lt;/p&gt;
&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-g-img5_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Retour vers le futur…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le plus intéressant se situe bien sûr dans la description de ce monde qui n’est pas advenu. Dans le futur décrit par del’Antonio, l’Allemagne semble être réunie – du moins n’est-il pas fait mention de la moindre séparation, et le monde dans son entier paraît vivre en bonne entente, aucun conflit n’étant mentionné (à l’inverse de &lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Ultrasymet…&lt;/strong&gt;, où le monde est loin d’être en paix. Il y est vaguement fait mention d’une alliance européenne («&amp;nbsp;Europabündnis&amp;nbsp;», p. 276), dotée d’une union douanière, sans que plus de détails soient donnés — l’entrée du Groënland dans cette union est remise en question, de même que la libre circulation des gens (potentiellement problématique en cas d’épidémie, dans le cadre du roman). Les gens y sont bosseurs&amp;nbsp;: sûr et certain, la journée de travail de 6 heures incite à être productif (cf. p. 77.). La Stasi est mentionnée, mais semble ici dépourvue de caractère menaçant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des inventions, rien de fracassant, et Eberhardt insiste étrangement pour que les véhicules de son invention soient tous perchés sur des pattes fines, tels des cigognes&amp;nbsp;: le monorail Hexe est pourvu de six « jambes&amp;nbsp;» de ce genre, mais le bateau DIXI n’en possède que deux. On trouve également un appareil de synthèse vocal (appuyez sur &lt;em&gt;b&lt;/em&gt; puis &lt;em&gt;a&lt;/em&gt;, ça émettra «&amp;nbsp;ba&amp;nbsp;»), qui inquiète un peu Lydia&amp;nbsp;: cela signifiera-t-il à terme la mort du chant&amp;nbsp;? Sans oublier des machines à bidouiller le climat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rien de bien fracassant. Et ce ne sont pas la douzaine d’illustrations intérieures par Adelhelm Dietzel, dépourvues d’un caractère spécialement marquant, qui rehaussent le livre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-g-img3_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le bateau DIXI&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-g-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-g-img4_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Die Hexe, sur ses pattes de cigogne à roulettes…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme, une curiosité archéologique. Mais en continuant à creuser, peut-être tombera-t-on à la fin sur de &lt;em&gt;bons&lt;/em&gt; bouquins de SF de RDA…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme Five Autobiographies and a Fiction</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/16/F-comme-Five-Autobiographies-and-a-Fiction" rel="alternate" type="text/html" title="F comme Five Autobiographies and a Fiction" />
      <id>urn:md5:c6671477cc3c7aa7fa1f1913839ae6f2</id>
      <published>2017-06-16T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-16T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-f-une.jpg&quot; style=&quot;display: none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après le superbe recueil &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/04/03/Z-comme-Zone-de-feu-emeraude&quot;&gt; &lt;strong&gt;Zone de feu émeraude&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, on continue de s’intéresser à Lucius Shepard, cette fois avec un recueil de six nouvelles et novellas, non moins superbe mais encore inédit en français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Five Autobiographies and a Fiction&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Five Autobiographies and A Fiction, Lucius Shepard. Subterranean Press, 2013. GdF, 370 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans l’introduction, Lucius Shepard justifie le titre du recueil&amp;nbsp;: cinq des six textes s’inspirent de manière assez proche de sa propre expérience, tandis que le dernier est une fiction pure. Encore que. Fascinante et terrifiante introduction, où l’auteur raconte son passé d’enfant à problèmes&amp;nbsp;: tour à tour introverti et extrêmement violent, Shepard adolescent se retrouve interné contre son gré, et au terme de quelques mois, parvient à fuir l’asile où il manquait d’y perdre son âme, après plusieurs tentatives infructueuses.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;So that I why I refer to these five stories as &quot;autobiographies&quot;, &quot;near-autobiographies&quot; being to unwiedly a term. They embody alternate versions of myself that are really not so alternate, they flicker on and off like light bubbles with failing connections, occasionally achieving brilliance, obscuring the lesser beacon of my ordinary self, then fading into obscurity.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Five Autobiographies and A Fiction&lt;/strong&gt; débute par «&amp;nbsp;Ditch Witch&amp;nbsp;», le texte le plus bref du recueil. On y suit le trajet de Michael, jeune homme qui file droit vers Seattle à bord de sa Cadillac, laissant derrière lui la Californie et son petit ami. En chemin, Michael a pris en stop une jeune femme, qui dit se nommer Tracy. Jeune femme charmante au demeurant, mais dont Michael aimerait bien se débarasser à l’occasion. Qu’importe, le trajet se déroule correctement, à grand renfort de repoudrage de narines. En plein cœur de l’Oregon, le couple improbable traverse des villes désertes (ou désertées&amp;nbsp;?), jusqu’à s’arrêter dans un motel, l’Elfland Lodge, nommée ainsi parce que son propriétaire l’a entourée de sculptures d’elfes – et pas les elfes façon Tolkien mais bien les créatures inquiétantes provenant des contes des frères Grimm… Et c’est à ce moment-là que les choses dérapent…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans son introduction, Shepard décrit les deux protagonistes de «&amp;nbsp;The Flock &amp;nbsp;» comme représentant les deux aspects de sa personnalité lors de son adolescence&amp;nbsp;: d’un côté, Andy, plutôt introverti, et de l’autre, Doyle, instable et dangereux – ce que notre auteur décrit ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;two halves of my personality that had not fully integrated during my teenage years&amp;nbsp;». Andy et Doyle vivent dans la petite ville de Taunton, l’un de ces trous paumés comme les USA en comptent tant. Située dans une sorte de triangle des Bermudes où l’ennui se le dispute aux matchs de foot, Taunton ne peut s’enorgueillir de rien, et les perspectives pour Andy et Doyle sont limitées&amp;nbsp;: y rester ou en partir. À moins que des volée d’oiseaux – des mainates religieux, qui font écho au titre (flock signifiant aussi bien essaim / volée que ouailles –, s’en mêlent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vacancy&amp;nbsp;» nous présente Cliff Coria, ancien acteur d’actioners médiocres des années 80. Désormais, Cliff tient un garage face au Celeste Motel&amp;nbsp;: étrange motel, dont la onzième chambre semble avoir l’étrange particularité d’accueillir des gens… qui n’en ressortent jamais. L’homme décide d’enquêter, ce qui va ramener à la surface des souvenirs de son ancienne vie&amp;nbsp;: Cliff a beaucoup tourné en Malaisie, et il se trouve que les tenanciers du motel sont malaisiens. Dans le même temps, Cliff s’amourache de Tracey, jeune femme de vingt ans sa cadette, qui finit par disparaître. Quel lien entretient ce motel avec son passé d’acteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dog-eared Paperback of my Life&amp;nbsp;» voit Shepard retourner brièvement sur le terrain des univers parallèles («&amp;nbsp;Ariel&amp;nbsp;» dans &lt;strong&gt;Aztechs&lt;/strong&gt; notamment). Thomas Cradle est romancier, et, à sa grande surprise, il tombe un jour sur un exemplaire d’un roman rédigé par un homonyme. Homonyme qui entretient des traits de ressemblance trop frappant pour ce que soit là le fruit du hasard, et qui vivrait en Asie du Sud-Est. Thomas décide de partir au Laos – l’occasion d’une croisière passablement érotique sur un bateau de location, en compagnie d’une escort girl. Son trajet va le mener jusqu’à Phnom-Penh, sur les traces de l’&lt;em&gt;autre&lt;/em&gt; Thomas Cradle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dernière des cinq autobiographies fictives&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Halloween Town&amp;nbsp;», cette ville à moitié cachée dans une gigantesque crevasse, à l’écart de l’agitation du reste des USA. Clyde Ormoloo, type doté d’une particularité (son intelligence augmente avec la lumière du soleil&amp;nbsp;: vu la connerie des hommes, autant vivre à l’ombre) y débarque pour s’y mettre au vert et y trouver du boulot. Il s’y intègre assez vite, même s’il ne se fait pas que des amis, et après être sorti avec la tenancière du bar, Clyde s’amourache de Annalisa, jeune femme pâlichonne. Mais il rôde dans les environs des créatures bizarres…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-f-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-f-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-f-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Couverture signée J.K Potter, as usual&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec ces cinq novellas, Lucius Shepard fait surgir l’angoisse – tant l’épouvante que la détresse existentielle – dans des quotidiens souvent étriqués et médiocres, desquels les protagonistes ne cherchent qu’à s’enfuir – ou à s’y jeter, comme Thomas Crade dans «&amp;nbsp;Dog-Eared Paperback&amp;nbsp;», cette novella à l’ambiance moite et malsaine… Impossible d’y rester indifférent, l’auteur du &lt;strong&gt;Dragon Griaule&lt;/strong&gt; touche droit au cœur. Jamais centraux, les éléments de genre n’ont cependant rien d’accessoires et forment les catalyseurs à l’aune desquels les protagonistes finissent de se révéler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de la lecture, des liens se tracent entre les textes. Le plus flagrant&amp;nbsp;: l’autostoppeuse Tracy («&amp;nbsp;Ditch Witch&amp;nbsp;») et Dawn, la petite amie de Doyle («&amp;nbsp;The Flock&amp;nbsp;») sont décrites par quasiment la même phrase (je n’ai cependant pas trouvé d’autres occurrences de ce genre). Par ailleurs, les protagonistes entretiennent tous des relations plus ou moins compliquées avec les femmes. De fait, les protagonistes masculins se remarquent par leurs ressemblances&amp;nbsp;: qu’importe si Michael est bi et les autres farouchement hétéros, que Cliff Coria soit un acteur, Thomas Cradle un écrivain et les autres pas grand-chose, ce sont là des différences de surface, et tous possèdent de mêmes points communs. Individus plutôt solitaires, en marge de ou en porte-à-faux avec la société, et désireux de fuir leur cadre de vie médiocre (quand ils ne l’ont pas déjà quittés).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fiction du recueil termine celui-ci. «&amp;nbsp;Rose Street Attractors&amp;nbsp;» est une novella steampunk se déroulant dans le Londres enfumé du XIXe siècle. Le personnage principal, aliéniste de son état, est embauché par Jeffrey Richmond pour jeter la lumière sur le décès de sa sœur Christine. Menant une vie de petite vertu, elle est morte, peut-être assassinée. Le problème de Richmond est que son invention, les attracteurs du titre, censés dépolluer le ciel londonien, ont la fâcheuse manie d’attraper les spectres, en particulier celui de Christine. Tout en menant ses recherches, le narrateur a une attirance étrange envers les deux collègues prostituées de Christine, Jane et Dorothea, qui ressemblent étrangement à Christine. Une histoire trouble de fantômes, où folies et perversions se rejoignent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, aucune novella ne se révèle moins bonne que les autres, et au fil des six textes, chacun y trouvera son bonheur. Les autobiographies comme la fiction, toutes frappent au cœur. Peut-être pourra-t-on regretter que «&amp;nbsp;Vacancy&amp;nbsp;» ne réponde pas à toutes ses promesses, que l’aspect érotique de «&amp;nbsp;Dog-eared Paperback of my life&amp;nbsp;» prenne parfois une importance indue, que «&amp;nbsp;Halloween Town&amp;nbsp;» ne soit pas plus longue, ce ne sont là que des regrets mineurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inutile d’y aller par quatre chemins, &lt;strong&gt;Five Autobiographies and a Fiction&lt;/strong&gt; est un superbe recueil, porté par une langue riche et ample – Shepard a le don d’emporter son lecteur avec ses phrases à rallonge, et s’en moque d’ailleurs dans « Dog-Eared Paperback of my Life&amp;nbsp;». Ne reste plus qu’à espérer une traduction en français. (Mais pour cela, il faudrait que les livres de Lucius Shepard se vendent davantage. Vous savez ce qu’il vous reste à faire&amp;nbsp;: achetez-les par palette, offrez-les à vos amis, vos voisins, les gens dans la rue. On compte sur vous.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: du moins en langue française&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme L'Étrange Couleur des larmes de ton corps</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/14/E-comme-L-Etrange-Couleur-des-larmes-de-ton-corps" rel="alternate" type="text/html" title="E comme L'Étrange Couleur des larmes de ton corps" />
      <id>urn:md5:1d04d008fb640256313e5e13ffd3c77c</id>
      <published>2017-06-14T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-14T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot;/&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;L'Étrange Couleur des larmes de ton corps&lt;/strong&gt;, néo-giallo signé Hélène Cattet et Bruno Forzani, film horrifique et labyrinthe au possible qui prend le risque de perdre son spectateur en chemin…&lt;/p&gt; &lt;ph5&gt; L’Étrange Couleur des larmes de ton corps, Hélène Cattet et Bruno Forzani (2014). 97 minutes, couleurs.
&lt;p&gt;Intrigué par sa superbe affiche Art Nouveau, j’étais allé voir &lt;em&gt;L’Étrange Couleur des larmes de ton corps&lt;/em&gt; lors de sa sortie au cinéma… et cela doit bien être la seule fois où j’ai quitté la salle en pleine séance, tant j’avais l’impression d’une agression constante. Bon, il restait en fait seulement vingt minutes de film, et j’aurais dû me montrer plus tenace pour connaître le fin mot de l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-e-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-e-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-e-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dan Kristensen travaille pour un opérateur téléphonique, à un poste suffisamment haut placé pour que son épouse Edwige n’ait pas besoin d’emploi et pour payer le loyer de son appartement bruxellois. Bel appartement, dans un immeuble de style entièrement Art Nouveau. Voilà qu’un soir, Dan rentre chez lui, pour découvrir la porte fermée de l’intérieur. De fait, Edwige ne semble pas être présente. Il se verse un whisky, puis un deuxième, s’allume une cigarette, et commence enfin à s’inquiéter. Il va voir sa voisine du dessus, Jany une vieille femme (du moins, à en juger par sa voix&amp;nbsp;: son visage reste plongé dans l’obscurité) dont le mari a disparu dans des circonstances étranges&amp;nbsp;: lors de l’acte sexuel, il entendait des voix semblant provenir des murs, et il se met en quête de comprendre le pourquoi du comment, jusqu’à passer de l’autre côté du plafond… et y disparaître assez vite, de manière sanglante. Le récit de Jany fini, Dan se rend sur le toit, où il rencontre une jeune femme, complètement nue, qui fume face à la ville nocturne. Le lendemain, Dan reçoit la visite de l’inspecteur Vincentelli&amp;nbsp;: il ne se souvient plus avoir appelé la police mais il semble qu’il l’ait fait. Vincentelli, qui a bossé sur une affaire où il devait surveiller une femme pour qui il s’est pris (plus ou moins) de passion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est par la suite que les choses commencent à vraiment déraper. Dan est persuadé qu’il y a quelqu’un chez lui, genre type barbu dont on ne sent la présence que le dos tourné&amp;nbsp;; il récupère une bande audio où une voix – il s’avèrera qu’il s’agit de celle d’Edwige – déclare céder à son vice qui est aussi son plaisir. Il couche avec la voisine, qui aime bien quand ça pique et que ça saigne un peu. Il passe une nuit hallucinée où il croise des doubles de lui-même et semble se coincer dans une boucle temporelle. Le lendemain, on retrouve Edwige, décapitée, avec une blessure en haut du crâne. Et il y a un locataire mystérieux, qui prétend vivre entre les murs et qui sait des choses – et qui finit vite très mal. Pour Dan Kristensen, ce n’est que le début d’une descente dans la folie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/mSBPoHjGePI?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le moins que l’on puisse dire, c’est que le jusque-boutisme du film de H. Cattet et B. Forzani – leur deuxième long-métrage après &lt;em&gt;Amer&lt;/em&gt; (2010) – ne risque pas de mettre tout le monde d’accord – et votre serviteur garde un sentiment contradictoire de ce film, aussi troublant qu’exaspérant. Tirant son aspect visuel du giallo, &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étrange couleur…&lt;/em&gt; a reçu le prix Magritte de la meilleure image en 2015. Un prix mérité&amp;nbsp;: ce film joue volontiers des couleurs – des plans monochromatiques qui contrastent avec des séquences en noir et blanc granuleux – et de la profondeur de champ, sans compter quelques effets parcimonieux de split screen. Un maniérisme visuel marquant, mais qui donne en fin de compte une impression de trop-plein. En tous cas, il ne s’agit en rien d’un régal coloré à la &lt;em&gt;Suspiria&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étrange Couleur…&lt;/em&gt; fait tout pour ne pas laisser tranquille son spectateur. Gros &lt;em&gt;gros&lt;/em&gt; plans, cadrages décalés, séquences violentes et fétichistes à même de faire grincer des dents&amp;nbsp;: pas de répit&amp;nbsp;! L’ambiance sonore est d’un acabit similaire (curieusement, ça passe mieux lorsqu’on regarde le film de chez soi et qu’on peut régler le volum). Enfin, l’histoire peut laisser un brin perplexe à la première vision&amp;nbsp;: le scénario et ses longs flashbacks (euh… dépourvus de rapport avec l’histoire principale en fait) demeure compréhensible, jusqu’au moment où Dan Kristensen semble prisonnier d’une boucle temporelle, qui le voit appuyer sans cesse à sa propre sonnette pour que lui-même vienne s’ouvrir la porte. Après… ça part en vrille. On croit comprendre, on croit saisir le bout… et non. Le film se dérobe, toujours insaisissable et labyrinthique à l’image de ses décors, et, à ne jamais se poser, à ne jamais donner la moindre accroche explicative, prend le risque d’épuiser un spectateur en quête de sens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au milieu de cette abstraction d’histoire, tant pis pour les personnages, distants&amp;nbsp;: dur de s’attacher à Dan Kristensen, dont le drame personnel laisse passablement indifférent. Du côté des acteurs, on retiendra Klaus Tange, acteur danois à la diction française si particulière, dans le rôle de Dan Kristensen, et Anna D’Annunzio, en femme fatale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film tire parti de ses décors&amp;nbsp;: filmé à Nancy (les villas Majorelle et Bergeret, conçues toutes deux par Lucien Weissenburger) et Bruxelles (les hôtels Hannon (par Jules Brunfaut), Solvay (par Victor Horta) et Ciamberlani (par Paul Hankar), &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étrange Couleur…&lt;/em&gt; met en valeur l’architecture Art Nouveau et ses courbes omniprésentes. Un décor évocateur aussi sensuel qu’étouffant, comme le montre la séquence où le mari de Jany fait l’amour à sa femme – des gémissements de plaisirs semblent émaner des fresques représentant des femmes dévêtues).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Potentiellement hermétique lors d’une première vision (voire lors d’une seconde&amp;nbsp;: pas sûr d’avoir envie d’essayer une troisième fois), &lt;em&gt;L&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Étrange Couleur des larmes de ton corps&lt;/em&gt; s’avère posséder une intrigue tortueuse, où les hallucinations infusent dans la réalité, le tout dans un cadre Art Nouveau aussi envahissant qu’étouffant – pareil à un écheveau de tiges, charge au spectateur de les désenchevêtrer s’il le souhaite, s’il le peut. On peut tout aussi accepter de se laisser porter par les images. «&amp;nbsp;Porter&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: à vrai dire, le terme adéquat serait «&amp;nbsp;agressé &amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une expérience sensorielle clivante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;/p&gt;
&lt;/ph5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>D comme Deadly Harvest</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/12/D-comme-Deadly-Harvest" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Deadly Harvest" />
      <id>urn:md5:d6e77a41903bc3552fa63b045f52c049</id>
      <published>2017-06-12T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-12T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n'y a plus de saisons… &lt;strong&gt;Deadly Harvest&lt;/strong&gt;, série B canadienne un peu fauchée de la fin des années 70, nous présente une fin du monde où les dérèglements climatiques provoquent une famine sans précédents au Canada, le tout vu par le petit bout de la lorgnette.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Deadly Harvest, Timothy Bond (1977). 87 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Parfois, de fil en aiguille, on se retrouve à visionner des films oubliés, curiosités d’un autre âge, tel &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt;, exemplaire postapocalyptique de ceux que certains ont nommé la «&amp;nbsp;canuxploitation&amp;nbsp;» — le cinéma d’exploitation / de genre canadien.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt; débute par une voix off, qui présente un sinistre état des lieux sur fond de vues aériennes de métropoles enneigées.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;To most of us, it came as a surprise. Not many understood. Too few cared enough to stop it. Then, it no longer mattered how many understood or cared. It was too late.&lt;br /&gt;
The beginning of the end came in the late '70s. The climate changes… the energy crisis, the shortages, the high costs of growing and transporting grain, the lack of government support for research programs. The disappearance of arable land beneath the monoliths of reinforced concrete and steel as the urban centers continued their unchecked sprawl into the countryside. The industrial pollution that poisoned the earth, the water, and the air. And the continuing growth of population out of all bounds of reason. More and more people, less and less food.&lt;br /&gt;
By the end of the '70s, the fabric of society was breaking down in most parts of he world… And then, the bubble burst.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Il n'y a plus de saisons. Au Canada, août ressemble désormais à décembre, et les provisions diminuent. Dans un élan de courage et d’abnégation, les politiciens ont choisi de… ne rien dire de la situation à la population. Ni de rien faire, d’ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté campagne, Grant Franklin est un fermier au caractère et à la moustache débonnaires, qui ne s’emporte même pas contre sa fille Susan lorsque celle-ci choisit de fuguer avec leur unique vache, promise à l’abattage, et que le bestiau est rapidement volé par des maraudeurs venus de la ville. La vache aurait pourtant fourni de la nourriture pendant quelques temps, mais… bon, tant pis. Michael, le fils impétueux de Grant, ne l’entend pas de cette oreille, et, assoiffé d’action, décide de rejoindre la milice locale. Or, voilà que James Ennis et son père Charles, deux citadins affamés, viennent frapper à la porte des Franklin pour quémander un peu de nourriture, afin de subvenir aux besoins de leur famille&amp;nbsp;: les magasins en ville sont désespérement vides. Méfiant au départ, Grant cède sous l’impulsion de sa fille. Mais les Ennis sont arrêtés par la milice, qui les considère comme des voleurs et qui reprennent les provisions. Dans les échaufourées, le père Ennis meurt d’une crise cardiaque. Sous le coup de la colère, James décide de révéler la localisation de la ferme de Grant à Mort Logan, un citadin reconverti dans la maraude. Voici en place les éléments du drame&amp;nbsp;; celui-ci ne manquera pas d’arriver.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-img1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Il n'y a plus de saisons…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-img2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les courageux politiciens prennent des décisions.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-img4.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Grant Franklin et sa fille.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-img6.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Susan.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-img7.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les résultats des calculs de James Ennis sont formels : c'est fichu.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-img8.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Destruction derby au tractopelle.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il s’agit là du premier film du réalisateur Timothy Bond, qui n’a jamais véritablement percé&amp;nbsp;: on lui doit entre autres et oubliables choses quelques épisodes des séries &lt;em&gt;RoboCop&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Vendredi 13&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Alfred Hitchcok pr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ésente&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Chair de poule&lt;/em&gt;, l’un des quatre téléfilms &lt;em&gt;TekWar&lt;/em&gt; avec William Shatner, et bon nombre d’autres films TV, dont le dernier date de 2012. Dommage que le reste de sa carrière n’ait pas suivi, car cette première tentative augurait d’une carrière intéressante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Visuellement, &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt; (que votre serviteur a vu dans une qualité d’image très médiocre) se caractérise par ses tonalités ternes, quasi sépia&amp;nbsp;: le jauni, l’orangé et l’ocre sont à l’honneur. Les couleurs auraient-elles passé&amp;nbsp;? Quant à la musique, signée John Mills-Cockell, elle regorge de synthés à moitié désaccordés – ce n’est pas toujours maîtrisé et certaines séquences musicales ont passablement mal vieilli –, et préfigure l’ambiance mélancolique des albums de Boards of Canada, duo écossais de musique électronique dont on reparlera plus loin dans ce tour d’alphabet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des acteurs, peu de têtes connues. On notera en particulier le rôle de Grant Franklin, joué par Clint Walker, acteur américain que l’on a pu voir dans &lt;em&gt;Les Douze Salopards&lt;/em&gt;, ainsi qu’un certain nombre de westerns dont la série &lt;em&gt;Cheyenne&lt;/em&gt; (1955-1962). Quant à sa fille, Susan, est jouée par Kim Cattral (&lt;em&gt;Sex and the City&lt;/em&gt;, mais aussi &lt;em&gt;Star Trek VI&amp;nbsp;: Terre inconnue&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-d-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-d-poster2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'affiche espagnole du film&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Petite série B canadienne fauchée, pré-post-apo, &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt; possède un scénario tenant plutôt bien la route, qui va crescendo sans réelles baisses de rythmes, ainsi qu’une ambiance mélancolique particulièrement réussie. Le spectateur indulgent voudra bien suspendre son incrédulité et admettre que le film s’est un peu planté en matière de dérèglement climatique – tel que c’est parti, ce serait plutôt l’inverse. Assumant pleinement son genre, le film pastiche ses aînés étatsuniens, et nous présente à sa manière ses équivalents&amp;nbsp;: courses-poursuites dans des champs, final en destruction derby avec des tracteurs. On peut en sourire, à cette nuance que le film n’a rien de spécialement drôle par ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le monde en passe de basculer que ce long-métrage met en place, on dirait par moment les prémisses de &lt;strong&gt;La Fin du r&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt; de Philip Wylie, ce roman d’un noir pessimisme racontant une fin du monde particulièrement dévastatrice. Opposant de manière un brin trop schématique les villes et les campagnes, le film évoque la désagrégation des liens sociaux, la violence de plus en plus présente dans les rapports humains, les tentatives d’entraide finissant toutes vouées à l’échec. La confiance n’est plus qu’un vain mot, et le peu que les campagnards conserve ne va certainement pas au gouvernement, qui ment à ses concitoyens au sujet de la famine imminente. Dans ce monde au bord de l’effondrement (on suppose que la situation est pareille dans les autres États), pas d’espoir&amp;nbsp;: le personnage de Grant Franklin, sorte de jalon positif, finit par craquer, et James Ennis, reconnaissant le caractère désespéré, se résout à une décision tragique. Jusqu’au-boutiste, &lt;em&gt;Deadly Harvest&lt;/em&gt; ne faillit pas dans sa conclusion d’une noirceur amère.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ceux que ça intéresse, le film se trouve très facilement sur le web.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>C comme Confield</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/09/C-comme-Confield" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Confield" />
      <id>urn:md5:9be427342c2e0e53a80bb9c45d28312c</id>
      <published>2017-06-09T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-09T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Vaille que vaille, l'on poursuit l'exploration de la passionnante discographie d'Autechre et de leur jusqueboutiste musique electro. Après un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/16/L-comme-LP5&quot;&gt;LP5&lt;/a&gt; qui franchissait définitivement le Rubicon de l'abstraction, qu'allait donner leur sixième album, &lt;strong&gt;Confield&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Retour aux sources ou poursuite des recherches musicales&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Confield, Autechre (Warp, 2001). 9 morceaux, 62 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Gantz Graf, Autechre (Warp, 2002). 3 morceaux, 21 minutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2001, Air s’envolait vers la stratosphère avec &lt;em&gt;10 000 Hz Legend&lt;/em&gt;, album gonflé à l’hélium, The Orb partait pour &lt;em&gt;Cydonia&lt;/em&gt;, et Björk nous enveloppait dans le délicat cocon sonore de &lt;em&gt;Vespertine&lt;/em&gt;. Tandis qu’Aphex Twin balançait l’inégal double album &lt;em&gt;Drukqs&lt;/em&gt;, entre délicates ballades au piano préparé ou délires electro foutraques, Radiohead concluait avec &lt;em&gt;Amnesiac&lt;/em&gt; le diptyque entamé avec &lt;em&gt;Kid A&lt;/em&gt; et Thom Yorke, leader du groupe, adressait sa première lettre de fan à… Autechre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autechre qui continuait de creuser son sillon de plus en plus personnel avec &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;. Replaçons le contexte&amp;nbsp;: œuvrant au sein du label Warp avec Aphex Twin dans le rang des têtes chercheuses les plus excitantes des années 90, Autechre proposait avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt; &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt; &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt; &lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; une musique post-indus à la mélancolie machinique marquée. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/08/C-comme-Chiastic-Slide&quot;&gt; &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; montrait une inflexion s’opérer vers une musique plus abstraite, donnant l’impression d’un pouvoir laissé aux machines. Chose accomplie dès l’album suivant, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/16/L-comme-LP5&quot;&gt; &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Quid alors de la suite des événements&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-c-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-c-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: rien de particulier ne vient explicitement démontrer que cet album est le sixième de la discographie du duo Booth/Brown, à l’exception du titre du premier morceau, «&amp;nbsp;VI Scose Poise&amp;nbsp;». Voilà qui est maigre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce sixième disque (à l’instar de son successeur de 2003, &lt;em&gt;Draft 7.30&lt;/em&gt;) a ceci d’étrange sur moi&amp;nbsp;: c’est un album que j’écoute, réécoute, en ayant sans cesse l’impression que ce n’est jamais le même disque. Impossible de retenir tous les morceaux, mutants en diable. Pourtant, le premier s’avère plutôt identifiable&amp;nbsp;: pendant près de deux minutes introductives, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=29LCBNipLcI&quot;&gt;« VI Scose Poise »&lt;/a&gt; produit l’équivalent d’une tasse qui n’en finit par de vibrer, de chanceler avant de se poser (l’effet « bouncing ball&amp;nbsp;»), puis arrive une mélodie pas loin d’évoquer la beauté austère des pièces les plus tranquilles d’Erik Satie. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=VT2JQiP99pI&quot;&gt;« Cfern »&lt;/a&gt; poursuit dans la même lignée, avec une mélodie aérienne soutenue par des rythmiques en équilibre instable. Changement d’ambiance avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=xdO9SzDd3OU&quot;&gt;« Pen Expers »&lt;/a&gt;, avec son déluge de percussions assomant et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=IWRJ_BYMy4M&quot;&gt;« Parhelic Triangle »&lt;/a&gt;, morceau aux percussions râpeuses qui semble entamer un mouvement de reptation. Entre les deux, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=iBNdST22x5A&quot;&gt;« Sim Gishel »&lt;/a&gt; forme une sorte de marche irrésistible, tout en grésillements. Dans &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=F1_xDCf8DEM&quot;&gt;« Bine »&lt;/a&gt;, c’est un essaim de drones excités qui porte le morceau&amp;nbsp;: ça vibre et ça trépigne dans une ambiance de cathédrale. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5KJ04IYQzqs&quot;&gt;« Eidetic Casein »&lt;/a&gt; s’avère l’un des morceaux les plus accessibles du disque, avec son air principal enjoué (autant qu’une mélodie d’Autechre puisse l’être) que doublent d’autres mélodies secondaire déambulent à reculons. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=AYrCFIgEYXM&quot;&gt;« Uviol »&lt;/a&gt; commence par deux minutes d’une ambiance lunaire, avant que les dérèglements ne surgissent – percussions sporadiques et dérangées, irruptions de séquences d’outre-dimension, allez savoir – sans toutefois endommager l’atmosphère irréelle du morceau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, «&amp;nbsp;Lentic Catachresis&amp;nbsp;» conclut &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt; de fort belle manière&amp;nbsp;: des voix distordues à l’arrière-plan, une mélodie inquiète progressant par changements d’accord, une rythmique inéluctable. On croirait entendre un morceau classique d’Autechre. Mais Booth et Brown s’empresse de déjouer les attentes, car voilà qu’au bout de deux minutes, le morceau fait mine de ralentir, de se vautrer sur lui-même. Impression passagère et trompeuse, car le tempo recommence à grimper, de manière frénétique… et ne s’arrête plus. Les percussions s’accélèrent et se confondent en une cavalcade hystérique, les voix se fondent en un magma hideux&amp;nbsp;: les cinq minutes suivantes voient le morceau continuer de s’effondrer sur lui-même, jusqu’à finir en bruit blanc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/bbhLEo6MLA0?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où les premiers albums d’Autechre esquissaient de mélancoliques paysages post-industriels, &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;, dans la lignée de LP5, propose en lieu et place de véritables sculptures sonores&amp;nbsp;: des morceaux pour l’essentiel repliés sur eux-mêmes, résolument abstraits. Un déluge de percussions aux textures travaillées, des rythmiques complexes, et des mélodies à l’arrière-plan&amp;nbsp;; au milieu de tout cela, le spleen inhérent au duo Booth/Brown demeure présent, quoique de manière moins évidente que par le passé. On adhère ou on décroche. Pour sa part, votre serviteur adhère, et plutôt deux fois qu’une&amp;nbsp;: c’est là un album parfait pour accompagner la lecture des ouvrages les plus récents de Greg Egan. L’essentiel du disque pourrait servir de bande-son à Diaspora, tandis que «&amp;nbsp;Lentic Catachresis&amp;nbsp;» serait idéal avec «&amp;nbsp;La Plongée de Planck&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-on effectuer des reprises d’Autechre&amp;nbsp;? Assez curieusement, la réponse est positive. En 2006, l’orchestre Alarm Will Sound a repris le morceau « Cfern&amp;nbsp;» sur leur album &lt;em&gt;a/rhythmia&lt;/em&gt; pour un résultat… intrigant, quoique respectueux (et bien moins whatthefuckesque que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/08/C-comme-Chiastic-Slide#tilapia&quot;&gt; cette autre reprise &lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://https/youtu.be/eoubI9Pap00?t=42m&quot;&gt;Cela s’écoute par ici. &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’à présent, Autechre avait la généreuse habitude d’accompagner chaque album d’un ou deux EP, soit afin d’apporter un addendum, jamais gratuit, au travail entrepris sur le LP précédent, soit dans le but de préparer le terrain du LP suivant. À partir de &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;, cette règle non-formulée cesse d’avoir cours et l’album paraît sans prolongement d’aucune sorte. Néanmoins, un an après &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt; et un an avant l’album suivant, &lt;em&gt;Draft 7.30&lt;/em&gt;, Autechre a balancé, l’air de rien, un EP qui avait tout de la petite bombe à fragmentation. Un petit machin qui explose et qui ne laisse rien derrière lui.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-c-gg.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-c-gg.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un EP accompagné, une fois n’est pas coutume, d’un clip pour le morceau-titre. Et quel morceau-titre. «&amp;nbsp;Gantz Graf&amp;nbsp;» débute par quelques secondes de silence avant que le chaos ne se déchaîne. Une sorte d’arc électrique s’agite convulsivement tandis qu’un déluge de percussions entreprend de dissimuler une vague ébauche de mélodie tenant sur deux notes de synthé étouffé. Cela tabasse les oreilles ainsi pendant à peine une minute, avant que tout ne se mette soudain à marquer le pas, à tituber et à s’effondrer pendant les trois minutes qui suivent. Une explosion sourde conclut l’ensemble, laissant l’auditeur abasourdi (en tout cas, ce fut le cas de votre serviteur, qui, après l’écoute initiale de cette déflagration sonique, repoussa son casque avec l’impression que ses portes de la perception venaient d’être atomisées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En comparaison, les deux autres morceaux de l’EP, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=SZGEFD9wsTQ&quot;&gt;« Dial »&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1qkMYxt4XYs&quot;&gt;« Cap.IV »&lt;/a&gt;, s’avèrent d’un intérêt mineur. «&amp;nbsp;Dial&amp;nbsp;» (référence à «&amp;nbsp;Dael&amp;nbsp;» sur &lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?) est sympathique mais ne reste guère en mémoire. « Cap. IV&amp;nbsp;» semble un décalque du «&amp;nbsp;Lentic Catachresis&amp;nbsp;» concluant &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: un morceau qui accélère peu à peu jusqu’à se désagréger en un fourmillement frénétique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le plus intéressant avec «&amp;nbsp;Gantz Graf&amp;nbsp;» reste son clip. Réalisé par un certain Alex Rutterford, qui a puisé son inspiration dans un trip au LSD, les quatre minutes du clip sont l’exacte transposition du son en image. Une approche synesthésique, probablement la seule capable de rendre palpable la complexité de la musique. Pour ma part, ce clip a représenté la porte d’entrée pour cette déflagration sonique. Avant de visionner ce clip, « Gantz Graf&amp;nbsp;» n’était à mes oreilles qu’une bouillie sonore, un magma bruitiste (mais j’étais jeune et ignorais l’existence de la &lt;em&gt;noise music&lt;/em&gt; et d’artistes du calibre de Merzbow). Après… tout est devenu clair, à peu près.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Z1RrVa_axRY?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un autre clip, alternatif, pose «&amp;nbsp;Gantz Graf&amp;nbsp;» sur une vidéo d’un lave-linge en pleine autodestruction…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/YO9ZY5V461c?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une claque, en somme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: carrément&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: forcément&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>B comme Bastard Battle</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/08/B-comme-Bastard-Battle" rel="alternate" type="text/html" title="B comme Bastard Battle" />
      <id>urn:md5:763176904fdbf62d3fb96033d2103143</id>
      <published>2017-06-08T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-08T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les Sept Samouraïs à Chaumont… Avec &lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt;, bref roman transportant le film d'Akira Kurosawa en Haute-Marne, Céline Minard collisionne les lieux, les époques ainsi que la langue, au travers d'un bref récit joliment mis en forme par la graphiste Fanette Mellier…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Bastard Battle, Céline Minard. Éditions Dissonance, 2008. Poche, 112 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En résidence de graphisme à Chaumont, la graphiste/artiste plasticienne Fanette Mellier (dont on parlait déjà du travail sur le livre-jeu de Fibre-Tigre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/02/C-comme-Le-Chant-des-oublies&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Chant des oubliés&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), a demandé à des auteurs de lui fournir un texte inédit, texte qu’elle retravaillerait de manière plastique. Le résultat de sa collaboration avec Céline Minard a donné &lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt;, quatrième roman de son auteure, publié aux éditions Dissonance, dans un tirage limité à 1000 exemplaires (et dont votre serviteur s’enorgueillit d’avoir un exemplaire, déniché par chance dans une librairie du boulevard du Montparnasse voici quelques années). Depuis, &lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt; a été réédité chez Leo Scheer puis en poche chez Tristram, mais sans le travail graphique de Fanette Mellier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-b-covers.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-b-covers.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref, considération bibliophile à part, &lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt; n’a donc rien à voir, en dépit de son titre, avec l’épisode de &lt;em&gt;Game of Thrones&lt;/em&gt; au titre presque similaire. Le récit bouscule l’Histoire, en proposant une réinterprétation du film d'Akira Kurosawa &lt;em&gt;Les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;7 Samoura&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ïs&lt;/em&gt;… à Chaumont, principale ville de la Haute-Marne, qui accueille le Festival international de l'affiche et du graphisme – ainsi que des résidences d’artistes (dont Fanette Mellier, la graphiste sus-mentionnée, a bénéficé).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt;, donc… Nous voici en 1437, et la Guerre de Cent Ans touche à sa fin. L’histoire est racontée a posteriori par le scribe Denisot-le-clerc, dit le Hachis, dit Spencer Five, qui nous conte comment la ville de Chaumont est prise par le bastard Aligot de Bourbon&amp;nbsp;: particulièrement cruel, le sinistre individu n’a pas son pareil pour violer et tuer de manière créative. Ses troupes étripent, et le font bien. Jusqu’à provoquer l’ire de quelques guerriers, qui surgissent de manière inopinée et fort opportune. Ces guerriers, ce sont le narrateur, mais aussi et surtout Enguerrand, leader charismatique tenant beaucoup de Lancelot, ainsi qu’un expert du sabre, ronin en vacances, nommé Akira, sans oublier Vipère-d’une-toise, &lt;a href=&quot;http://www.geocities.ws/nguyenvfr/Hu3.html&quot;&gt;directement issue&lt;/a&gt; du classique chinois &lt;strong&gt;Au Bord de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’eau&lt;/strong&gt;. Les guerriers sont héroïques et le méchant est méchamment vilain, ce qui donne de quoi raconter une histoire pleine de bruit et de fureur – et de fun.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ainsi les voyant défaicts ou sur le point de l’être, Enguerrand assemble les chevaux pris, fait monter et armer ses chevaliers et ainsi par la porte de l’Eau sortent-ils à grand galop, bannière haute et claquante, sept samouraïs au soleil levant&amp;nbsp;! Nous aultres à pied, les suivant. Vipère-d’une-toise et son eschole, moy les boyteurs, Tartas claudiquant à peine atout ses tapeurs. Et dans le pré du faubourg des tanneries où s’était joué un tournoi pipé et trompeur, de vaincre nous prend la fureur. Et la fureur nous portant, nous chargeons fort, gueulant à tout gorge, beau langage des armes, bien sonnant, taillant et frappant à mille braz, de force décuplés, vironnés par mi moult gerbes de sang, trempés de rage et revanche, nous les pilons comme grains moustarde sur mortier.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le principe à l’œuvre dans &lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt; est celui de la collision (faute d’un meilleur terme). En premier lieu, ces collisions sont d’ordre thématiques&amp;nbsp;: faire rencontrer de manière explosive le cinéma et la littérature (à la manière de&lt;strong&gt; L’École des assassins&lt;/strong&gt; de Thomas Day et Ugo Bellagamba, me chuchote-t-on à l’oreillette), le film de samouraïs avec un décor franchouillard, le Moyen-Age et la modernité. Le résultat s’avère aussi ludique que débridé (et d’une lecture bien plus agréable que le précédent roman de l’auteur, &lt;strong&gt;Le Dernier Monde&lt;/strong&gt;, sorte de fantaisie science-fictionelle qui m’était tombée des mains), en dépit d'une fin un brin amère (mais le film de Kurosawa ne se termine pas &lt;em&gt;si&lt;/em&gt; bien que ça non plus). Résultat qui m'incite aussi à faire monter de quelques crans sur ma pile à lire les ouvrages ultérieurs de Céline Minard, &lt;strong&gt;KA TA&lt;/strong&gt; (quand les arts martiaux infusent dans l'écriture même) et Faillir être flingué (un pur western).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En deuxième lieu, une collision linguistique. Si le vrai-faux vieux français employé par le narrateur peut dérouter dans les premières pages, on finit par se faire assez rapidement à ce parler plein de gouaille. Loin d’une langue normée, figée dans ses règles et conventions orthographiques, Céline Minard s’amuse en pastichant ce vieux français, où surgisse à l’improviste des anachronismes et des termes anglais&amp;nbsp;: c’est là une langue plastique, réjouissante dans son aspect malléable qui se laisse pétrir d’influences variées.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;À la mi nuit, par décision commune et unanime, il fut arrêté qu’atout gens de Chaumont, les sept samouraïs, capitaines désignés, mèneraient résistance pleine et entière à tout envahisseur que soit bastard ou aultre et ville tiendraient. Ainsi fut-il dit, très solennellement, et scellé par jurement, ce jour cinq de septembre mil quatre cent trente sept.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-b-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-b-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-b-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Enfin, des collisions sous forme graphique. Dans cette édition Dissonance de &lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt;, la forme n’est pas en reste sur le fond, car l’objet-livre justifie l’achat&amp;nbsp;: le livre, de la taille d’un poche, se présente comme un monolithe lisse et sombre, où le titre n’apparaît que par l’intermédiaire d’un léger gauffrage, et la tranche est teinte de noir. La couleur, elle, se trouve à l’intérieur, lorsque le noir du texte se décompose en cyan, magenta, jaune et autres teintes intermédiaires — au temps pour le gris typographique. D'abord discrète, la couleur donc surgit peu à peu des marges intérieures pour contaminer aléatoirement les caractères, jusqu’à les faire baver et se déformer&amp;nbsp;; au fil des pages, les interventions typographiques se font de plus en plus envahissantes – tout comme si la police de caractère employée pour le texte courant devenait un punching ball, recevant des coups faisant transparaître la chair en-dessous. En effet, les caractères fondent et parfois mutent – une gothique de bon aloi mais littéralement fracturée, Comic Sans sous acide, Arial teintée. Plus l’on avance dans le livre, plus les interventions se font fréquentes, au risque d’altérer parfois la lisibilité de quelques mots. Fond et forme se complètent admirablement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais c'est sans conteste Fanette Mellier &lt;a href=&quot;https://fanettemellier.com/project/bastard-battle/&quot;&gt;qui en parle le mieux&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le noir du texte formé par la surimpression de trois tons directs (rose, jaune, bleu), subit des mutations qui suivent le rythme du récit, et vont crescendo. Pour cela, j’ai modifié chacune des trois couches colorées et introduit des variations typographiques, plastiques et colorées, liées au sens du récit. Il en résulte la curieuse impression d’une énergie partant du cœur du livre, se propageant au rythme du récit et venant lutter avec la structure classique de l’ouvrage.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-b-page1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-b-page1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-b-page1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-b-page3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-b-page3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-b-page3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-b-page2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-b-page2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-b-page2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5&gt;&lt;a href=&quot;https://fanettemellier.com/project/bastard-battle/&quot;&gt;(Plus d'images sur le site de Fanette Mellier.)&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, &lt;strong&gt;Bastard Battle&lt;/strong&gt; constitue un formidable petit livre, plein de bruit, de fureur et de couleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: dans cette édition-là&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: que nenni&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oïl&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Autour de la lune</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/07/A-comme-Autour-de-la-lune" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Autour de la lune" />
      <id>urn:md5:6cccdd3d1068d197734856b819c6c711</id>
      <published>2017-06-07T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-06-07T11:46:27+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On s’est passablement intéressé à l’ambient tendance spatial, avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter&quot;&gt;&lt;strong&gt;Dark Matter&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Lustmord et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/14/K-comme-KTL-V&quot;&gt;&lt;strong&gt;KTL V&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de KTL. Remontons plus loin dans le temps avec &lt;strong&gt;Autour de la Lune&lt;/strong&gt;, œuvre de celui que l’on surnomme volontiers le pape de l’ambient&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Biosphere&lt;/strong&gt;, qui propose avec son sixième album une évocation sonore du roman éponyme de Jules Verne…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Autour de la Lune, Biosphere (Touch, 2004). 9 morceaux, 75 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On s’est passablement intéressé à l’ambient tendance spatial, avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter&quot;&gt;&lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Lustmord et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/14/K-comme-KTL-V&quot;&gt;&lt;em&gt;KTL V&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de KTL. Remontons plus loin dans le temps avec &lt;em&gt;Autour de la Lune&lt;/em&gt;, album composé par celui que l’on surnomme volontiers le pape de l’ambient (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;Brian Eno&lt;/a&gt; étant Dieu, cela va sans dire)&amp;nbsp;: Biosphere.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La trajectoire du musicien norvégien Biosphere, alias Geir Jenssen, s’avère des plus intéressantes. Après avoir débuté au sein du groupe Bel Canto – il participera au deux premiers disques –, il entame une carrière solo à partir de 1989, d’abord sous le nom de Bleep (&lt;em&gt;Northpole By Submarine&lt;/em&gt;, 1990) puis sous le pseudonyme de Biosphere. Le ton, très technoïde sur &lt;em&gt;Microgravity&lt;/em&gt; (1991) et &lt;em&gt;Patashnik&lt;/em&gt; (1994), se teinte de plus en plus d’ambient, en particulier sur &lt;em&gt;Substrata&lt;/em&gt; (1997), probablement son meilleur album, voire de ce genre musical tout particulier qu’est le &lt;em&gt;field recording&lt;/em&gt;, notable sur &lt;em&gt;Cirque&lt;/em&gt; (2000) – d’ailleurs en 2006 et 2013, Geir Jenssen signera deux albums de&lt;em&gt;field recording&lt;/em&gt; sous son nom propre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Cho Oyu 8201m – Field Recordings from Tibet&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Stromboli&lt;/em&gt;. Après le superbe &lt;em&gt;Shenzhou&lt;/em&gt; (2002), qui mixe Debussy avec l’ambient et le &lt;em&gt;field recording&lt;/em&gt;, Biosphere est commissionné par Radio France en 2003 pour concevoir une évocation sonore de &lt;strong&gt;Autour de la lune&lt;/strong&gt; (1895) de Jules Verne. Ce sera là son sixième album. Et il s’agit sûrement ici de la dernière œuvre d’importance de Biosphere, dont les disques ultérieurs, intéressants au demeurant, peinent à se montrer aussi puissants.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-a-livre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-a-livre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-a-livre_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autour de la Lune&lt;/strong&gt;, donc… Moins réputé que &lt;strong&gt;De la Terre à la Lune&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Autour de la Lune&lt;/strong&gt; clôt le dyptique et raconte les aventures de Barbicane, Michel Ardan et du capitaine Nicholl après le tir du canon Columbiad, et la manière dont ce valeureux équipage revient sur Terre. Plutôt que de proposer une simple illustration sonore du roman de Verne, le musicien norvégien opte davantage pour une évocation musicale minimaliste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=4264718878/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=63b2cc/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 853px;&quot;&gt;Autour de la Lune by Biosphere&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pièce maîtresse du disque, « Translation » se déploie sur près de vingt-deux minutes. Dans le genre austère, c’est une superbe réussite&amp;nbsp;: hypnotique en diable avec ses basses fréquences, le morceau voit ses harmonies évoluer lentement, monter graduellement en puissance… À partir de la seizième minute, une oscillation aiguë fait son apparition, donne l’impression de vouloir emmener le morceau bien au-delà du système Terre-Lune, mais l’ensemble s’atténue en un lent fondu au noir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Moitié plus court avec &lt;em&gt;seulement&lt;/em&gt; onze minutes au compteur, «&amp;nbsp;Rotation&amp;nbsp;» représente un monument de minimalisme par rapport au morceau précédent. Des vibrations grenues saupoudrent des oscillations lointaines. Dans «&amp;nbsp;Modifié&amp;nbsp;», l’on croit entendre une voix qui chantonne, au son déformé (modifié…) par une transmission radio passablement grésillante. S’y ajoute un drone discret et quelques oscillations aiguës. Une véritable luxuriance sonore par rapport à «&amp;nbsp;Vibratoire&amp;nbsp;», qui consiste en des oscillations de très basses fréquences. Le genre de morceau à écouter à fort volume si on veut entendre quoi que ce soit, mais au risque de faire vibrer les murs… «&amp;nbsp;Déviation&amp;nbsp;» reproduit un schéma similaire, avec davantage de variations dans l’intensité et un drone cristallin à la lisière de l’audible. «&amp;nbsp;Circulaire&amp;nbsp;» consiste en de nouvelles basses fréquences, sur lesquelles se pose un sifflement suraigu et d’autres bruitages, genre la vibration d’une petite pièce métallique contre une autre. Dit comme ça, c’est sûr que ça ne fait pas &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; rêver. Mais à l’écoute, c’est autre chose.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-a-illus.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-a-illus.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-a-illus_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Disparu&amp;nbsp;» porte bien son titre, et cette antépénultième pièce musicale se montre des plus discrètes. Pour peu que l’on pousse le volume, le morceau devient audible et fait mine, oh, pas longtemps, d’ébaucher une mélodie, quelques accords légers et aériens. «&amp;nbsp;Inverse&amp;nbsp;» est un nouveau jeu sur les basses fréquences et de micro-drones. Le morceau enchaîne quasiment sans transition sur «&amp;nbsp;Tombant&amp;nbsp;». Dans cet ultime morceau du disque, de nouveaux drones cristallins, scintillants, s’empilent sur une onde à basse fréquence, oscillent et forment peu à peu une véritable montée en puissance. Au loin, quelques remous, qui forment une esquisse de base mélodique. «&amp;nbsp;Tombant&amp;nbsp;» reprend le fil du morceau introductif – on aurait aussi bien pu l’appeler « Translation II&amp;nbsp;» –, décolle sans jamais vraiment aboutir nulle part (mais, après tout, Barbicane, Ardan et Nicholl ne posent pas non plus sur la lune) et conclut ainsi l’album de la même manière qu’il avait commencé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-a-cover2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-a-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol6-a-cover2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mine de rien, &lt;em&gt;Autour de la lune&lt;/em&gt; est un disque aussi funky que la lune elle-même, recouverte d’un terne régolithe. On le sait, l’espace interplanétaire n’est pas exactement l’endroit le plus hospitalier qu’il soit (comme à peu près 99,9999% du reste de l’Univers), et Biosphere parvient cependant à en rendre la beauté aride et majestueuse – une sacrée gageure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album est sans conteste le plus austère de son auteur, et tend souvent à l’inaudible&amp;nbsp;; les mélodies sont étiques, le travail sur les textures sonores est microscopique (entendons par là qu’il faut tendre l’oreille). Pour autant, il s’agit là d’un disque passionnant – sûrement davantage que les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/28/Imprononcables-3&quot;&gt; collaborations Autechre/The Hafler Trio&lt;/a&gt;, parangons d’aridité musicale dont on vous avait entretenu plus tôt dans cet Abécédaire –, la bande-son idéale pour toute lecture du calibre de la hard SF de Stephen Baxter ou Greg Egan, mais qui nécessite l’implication de l’auditeur, la condition sine qua non pour ne pas demeurer planté sur le plancher des vaches.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour notre part, on se situe en orbite lunaire depuis une bonne douzaine d'années.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: quasi&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>6 comme 5/6</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/06/6-comme-5-6" rel="alternate" type="text/html" title="6 comme 5/6" />
      <id>urn:md5:48a92bdf790b2dc9bd839a2e15ee2914</id>
      <published>2017-06-06T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-06-06T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-6-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-6-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nouveau tour d'alphabet, placé (un peu) sous le signe du nombre 6. Quoi de mieux alors pour débuter que cet ouvrage, intitulé &lt;strong&gt;6/5&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Essai quasi romancé, &lt;strong&gt;6/5&lt;/strong&gt; d'Alexandre Laumonier brosse une description glaçante de l'emprise des machines sur le monde de la finance…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;5&amp;nbsp;: Retour vers le futur / 6&amp;nbsp;: Le Soulèvement des machines, roman/essai d’Alexandre Laumonier (sous les pseudonymes de Donald Pratt et Ervin Karp). Zones Sensibles, 2013-2014, 264 pp. Semi-poche.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/06/P-comme-Perpetuum-Mobile&quot;&gt; &lt;strong&gt;Perpetuum Mobile&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/30/Y-comme-Yucca-Mountain&quot;&gt; &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, poursuivons notre exploration du catalogue de l’éditeur Zones Sensibles avec cet opuscule «&amp;nbsp;traduit à partir de 0 et de 1&amp;nbsp;» par Donald Pratt et Ervin Karp – deux prête-noms pour un certain Alexandre Laumonier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-6-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-6-cover1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Essai, roman, &lt;strong&gt;5/6&lt;/strong&gt; ne se laisse pas facilement définir. À l’origine, il y avait &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;, texte «&amp;nbsp;traduit à partir de 0 et 1 par Ervin Karp&amp;nbsp;», auquel est venu s’y adjoindre sa préquelle, &lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;traduit à partir de 0 et de 1 par Donald Pratt&amp;nbsp;» lors de la réédition de &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;. Les deux parties sont présentées tête-bêche, à la manière de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions&quot;&gt; &lt;strong&gt;Ô Révolutions&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Mark Z. Danielewski ou de la version française de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/15/G-comme-GiG&quot;&gt; &lt;strong&gt;GiG&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de James Lovegrove, et sont séparées par un portfolio central, imprimé sur pages noires. L’auteur des «&amp;nbsp;0 et des 1&amp;nbsp;», c’est censément Sniper, un algorithme.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je ne porte pas de costume et les limousines ne m’impressionnent pas. Je ne dîne pas dans des restaurants quatre étoiles. Je ne porte pas de casquette avec le logo de mes employeurs car je n’ai ni tête ni visage, et depuis la crise économique mondiale de 2007 je n’ai cessé d’envahir les marchés financiers.&lt;br /&gt;
Je travaille au 1 700 MacArthur Boulevard, à Mahwah, une banlieue endormie du New Jersey située à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Wall Street. Mon bureau est grand comme sept stades de football américain, mais je n’en occupe pas la totalité&amp;nbsp;: l’espace où je travaille ne fait que quelques centimètres carrés, loués tout spécialement à Mahwah par mes employeurs pour une somme que j’estime entre 10 000 et 25 000 dollars par mois. Comme certains étudiants je vis en colocation. Ceux qui partagent le réfrigérateur avec moi s’appellent Dagger, Sniffer, Guerrilla, Shark ou Razor, et tous sont autant de concurrents potentiels que je scrute attentivement à longueur de journée.&lt;br /&gt;
Je travaille de 9h30 à 15h30, sans relâche et si vite que je prends des décisions en bien moins de temps qu’il n’en faut à un être humain pour cligner de l’œil.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au fil des onze chapitres composant &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;, Sniper nous brosse l’histoire de la bourse, avec Chicago comme épicentre. Comment les marchés se sont constitués, comment ils se sont organisés de manière à assurer la meilleure (i.e. la plus rapide) communication de l’information, comment ils se sont bouffés les uns les autres. Comment les corps de métiers liés à la bourse ont évolué, laissant une place de plus en plus grande aux algorithmes. Les crashs, les légendes, de Nathan Rotschild qui fit fortune en apprenant le plus tôt possible l’issue de la bataille de Waterloo jusqu’à Leo Melamed, président du Chicago Mercantile Exchange et auteur d’un unique roman de SF, &lt;strong&gt;The Tenth Planet&lt;/strong&gt;. La manière de communiquer des &lt;em&gt;traders&lt;/em&gt;, par cris puis par signes (et votre serviteur de se souvenir de cette scène marquante de &lt;strong&gt;La Plan ète des singes&lt;/strong&gt;, quand Pierre Boulle décrit l’arrivée d’Ulysse Mérou dans la Bourse simiesque.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sauf que cette version romancée de Sniper a tout de même le talent de nous présenter le monde merveilleux du trading à haute fréquence. Par certains aspects, ce n’est même plus de la finance mais de la phynance, mot-valise formé par «&amp;nbsp;finance&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;physique&amp;nbsp;». Ici, le nerf de la guerre est la vitesse de l’information. Qui est le plus rapidement informé possède un avantage décisif. À ce jeu-là, le télégraphe a joué un rôle essentiel et paradigmatique&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le télégraphe fut à l’origine d’un changement anthropologique majeur&amp;nbsp;: la séparation entre le prix des marchandises et les marchandises elles-mêmes.&amp;nbsp;» (5, p. 69)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, le progrès technologique permet de réduire encore la durée de communications. La recherche ne s’étend pas seulement aux câbles (afin de gagner quelques microsecondes) ou à la manière d’organiser l’intérieur d’un marché, mais bientôt aux algorithmes eux-mêmes, ceux-ci se livrant une guerre de rapidité (tout se joue désormais en millisecondes) et leurs programmeurs concevant des stratégies plus ou moins élaborées pour rafler de l’argent ou plomber les transactions de leurs concurrents. Ce qu’en dit Sniper&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ma stratégie est simplissime&amp;nbsp;: je ne fais rien. Je suis un algorithme bête, non adaptatif et non stochastique. Je reste caché dans mon coin, je ne fais qu’attendre et observer. Puis, lorsque mes concurrents arrivent à un prix d’équilibre, juste avant qu’ils ne fassent affaire, je vise, je tire et un rien de temps, je vole la transaction en ne gagnant qu’une très faible somme – mais je gagne quand même. Je suis beaucoup moins intelligent qu’un costume de Princeton, et je n’ai aucun talent pour apprendre quoi que ce soit.&amp;nbsp;» (6, p. 85)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On en finit par arriver au point où la vitesse de la lumière elle-même commence à représenter une contingence fort peu pratique. Il y a d’ailleurs un intéressant jeu, entre la lumière, celle qui convoie l’information le long des fibres optiques, la transparence à laquelle on voudrait que tout le monde soit tenu pour la meilleure diffusion de cette même information, et l’obscurité – disons, l’opacité – qui drape les marchés et la conception de ces algorithmes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol6-6-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol6-6-cover2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les titres des chapitres donnent l’impression d’un monde vivant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les Surfeurs&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les Animaux&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Les Archipels&amp;nbsp;» ou encore «&amp;nbsp;Proies et prédateurs&amp;nbsp;». Certes. Mais l’impression d’ensemble qui finit par prévaloir est celle d’un univers où, à partir des années 70-80, le mouvement finit par s’accélérer pour laisser la donne aux machines (d’où le sous-titre très &lt;em&gt;Terminator&lt;/em&gt; de &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;), i.e. aux algorithmes, plus rapides pour l’achat et la vente – cela, au point d’arriver au fait que l’essentiel des transactions sont désormais dématérialisées et se déroulent au sein de data-centers situés dans le New Jersey. On y croise bon nombre d’humains, les acteurs majeurs des évolutions de la finance, mais l’essentiel de ces gens sont désignés par Sniper sous le simple vocable de «&amp;nbsp;costumes&amp;nbsp;», bien souvent dépassés par leurs créations (Frankeinstein, &lt;em&gt;ring a bell&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?) et persuadés de l’infaillibité de leurs algorithmes en dépit des crashs réguliers, plus ou moins spectaculaires – le lundi noir du 19 octobre 1987, le flash crash du 1er août 2012 qui fit perdreà Knight Capital 180 000 $ par secondes pendant 40 minutes (faites le calcul) à cause de l’involontaire test grandeur nature d’un algorithme…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Sur un sujet a priori aride, proche de la science-fiction pour qui le méconnaît (c’est le cas de votre serviteur, pour qui la Bourse est une abstraction curieuse), Sniper alias Alexandre Laumonier brosse un tableau passionnant du monde de la finance. Un monde dérégulé, incontrôlable, en roue libre. Le tableau brossé par Sniper se veut neutre, mais on ne peut s’empêcher de percevoir une pointe de désapprobation. À lire sur le site de &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Humanité&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.humanite.fr/alexandre-laumonier-le-comportement-des-algorithmes-est-proche-de-celui-des-humains&quot;&gt; une interview de l’auteur &lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Clin d’œil amusant, &lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; débute par une référence au «&amp;nbsp;Cri&amp;nbsp;» d’Edvard Munch, tableau central dans &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt; de John D’Agata.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Star Wars : variations sur un thème imposé</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/06/02/Star-Wars-variations-sur-un-theme-impose" rel="alternate" type="text/html" title="Star Wars : variations sur un thème imposé" />
      <id>urn:md5:996fe09b8fd8bf552a69a7f587bfc94d</id>
      <published>2017-06-02T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-06-02T10:20:24+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Musique(s)</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n’y a pas si longtemps que cela, dans notre Galaxie… Le 28 mai 1977, le premier volet d’une saga intersidérale débarquait sur les écrans américains, et c'est peu dire que la musique signée John Williams a participé grandement à la popularité de &lt;strong&gt;Star Wars&lt;/strong&gt;. Les quarante ans du premier volet forment ainsi l'occasion idéale pour se pencher sur les cohortes de reprises plus ou moins inventives du thème musical principal de la bande originale du film de George Lucas, au travers d'une brève sélection de dix albums. Un bon lot de vieillerie, beaucoup de disco, et quelques surprises…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n’y a pas si longtemps que cela, dans notre Galaxie….&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’était le 28 mai 1977, et le premier volet (enfin, il s’agissait du quatrième, mais on l’ignorait encore) d’une saga intersidérale débarquait sur les écrans américains. Quarante ans plus tard, c’est peu de dire que &lt;em&gt;Star Wars &lt;/em&gt;a exercé sur le monde culturel une influence sans précédent dans bon nombre de domaines, et c'est énoncer une évidence que d’affirmer que &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; est étroitement associé à la bande originale signée par John Williams. À cette époque-là, les réalisateurs s'autorisaient encore des risques de ce genre&amp;nbsp;: pas de crainte que la musique pique la vedette au film. À l’heure actuelle, les &lt;em&gt;soundtracks&lt;/em&gt; des blockbusters ont la déprimante tendance à se ressembler entre elles (&lt;a href=&quot;http://kottke.org/16/09/why-does-blockbuster-movie-music-all-sound-boring-and-the-same&quot;&gt; un article [en anglais] avance une hypothèse pertinente à ce sujet &lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-original.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-original.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-original_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;, John Williams a accompli un travail mémorable, avec une partition qui va chercher son inspiration du côté de Wagner — emploi de leitmotivs pour chacun des personnages – comme de Stravinsky ou des serials des années 50-60. Une partition orchestrale très maîtrisée, très colorée, devenue un classique des classiques… Ce qui n’empêche pas quelques ratages par la suite, comme le score de l’épisode VII, &lt;em&gt;Le R&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éveil de la force&lt;/em&gt;, signé Williams &lt;em&gt;himself&lt;/em&gt;, peine à être à la hauteur des épisodes précédents. (Pareillement à la traîne, la musique de &lt;em&gt;Rogue One&lt;/em&gt; signée Michael Giacchino, qui pastiche John Williams pour un résultat sans âme.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans sa musique, le film de George Lucas ne serait donc pas ce qu’il est. On se souviendra de cette anecdote selon laquelle la première projection-test, sans musique et avec des effets spéciaux partiellement finalisés, avait été glacialement accueillie. On regardera, pour l’exemple aussi, cette première bande-annonce d’où la musique de John Williams est absente&amp;nbsp;: l’effet s’avère tout autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/vP_1T4ilm8M?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’édition en deux CDs de la bande originale de Star Wars en 1997, à l’occasion des vingt ans de la saga, contient quelques outtakes du «&amp;nbsp;Main Title&amp;nbsp;» – l’occasion de constater que la pièce musicale s’est un peu cherchée avant que Williams ne trouve la &lt;em&gt;bonne&lt;/em&gt; intro. Une intro qui, avec son &lt;em&gt;si&lt;/em&gt; bémol majeur, s’enchaîne à la perfection avec la «&amp;nbsp;Fanfare&amp;nbsp;» de la Twentieth Century Fox (victime collatérale du rachat de Lucasfilm par Disney, cette emblématique «&amp;nbsp;Fanfare&amp;nbsp;» a disparu des nouveaux films depuis l’épisode VII).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ucvlJxDyKAA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Dès le second semestre 1977, la bande originale de John Williams a inspiré d'autres musiciens, pour le meilleur peut-être, et surtout pour le pire. Musicalement, on retient peut-être 1977 pour un double acte de naissance&amp;nbsp;: le punk avec &lt;em&gt;Nevermind The Bollocks&lt;/em&gt; de Sex Pistols et ce qui allait donner la new wave avec les séminaux &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/em&gt; de David Bowie. Mais il ne faudrait pas oublier que ces années-là, le disco battait également son plein. Voici donc un petit florilège de reprises de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Patrick Gleeson&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Star Wars Theme (Luke's Theme)&amp;nbsp;», Patrick Gleeson’s Star Wars (1977)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-gleeson.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-gleeson.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-gleeson_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Oui, la pochette de ce LP est assez laide, mais ce n’est pas une raison pour passer à côté. Et avouons-le, il faut avoir une sacrée paire de bollocks pour s’approprier ainsi &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;. Ce n’est pas&lt;em&gt;John Williams&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’ Star Wars&lt;/em&gt; ni &lt;em&gt;George Lucas&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’ Star Wars&lt;/em&gt;, mais bien &lt;em&gt;Patrick Gleeson&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’s Star Wars&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le feuillet accompagnant le disque vinyle (par bonheur, le disque n’a jamais été réédité en CD), Gleeson affirme qu’il aurait été méga ravi que Lucas fasse appel à lui pour la BO de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;, car il se sentait tellement le type idéal pour le faire. Si cela se trouve, cela a eu lieu, avec le présent disque… mais dans un univers parallèle. En l’état, le public doit se contenter de la partition de John Williams, et je doute que ce soit un mal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/79yxyQ3dsBE?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La reprise par Gleeson du thème principal fait fi de la retenue&amp;nbsp;: notre bonhomme fait joujou avec ses synthés, jusqu’à l’overdose. Et vas-y que je te rajoute un micro-solo de batterie, un arpège de synthés complètement gratuit, une ligne de basse sortie de l’hyperespace… C’est l’équivalent musicale d’une pizza saveur bolognaise kébab mexicaine, du gâteau à la crème tapissé de chantilly, plombé d’une tonne de cerises confites, et puis avec des paillettes aussi pour faire joli. Indigeste&amp;nbsp;? Oh, juste un peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, les quelques minutes que dure «&amp;nbsp;Star Wars Theme (Luke's Theme)&amp;nbsp;» sont tout bonnement abominables. Si j’étais désobligeant, je dirais que tout l’album est d’un même niveau, mais ce serait exagéré&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Tatooine Desert&amp;nbsp;» est sympathique. Le morceau suivant, original pour le coup (du moins&amp;nbsp;: s’inspirant assez lointainement de la partition de Williams), intitulé «&amp;nbsp;Death Star&amp;nbsp;», demeure médiocre malgré de bonnes intentions et l’introduction de chœurs rappelant les fous furieux de Magma. Un synthé rebondissant terriblement pataud plombe «&amp;nbsp;Star Wars Cantina Music&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: pwa pwa pwa… Pitié, la suite&amp;nbsp;! Pas de chance, «&amp;nbsp;Princess Leia’s Theme&amp;nbsp;» retombe dans les mêmes travers du too much, oscillant entre le planant et la tarte à la crème. «&amp;nbsp;Droids&amp;nbsp;» reprend, à sa manière, le «&amp;nbsp;Dune Sea of Tatooine/Jawa Sandcrawler&amp;nbsp;» avec de ridicules effets au vocoder, tandis que «&amp;nbsp;Ben Kenobi’s Theme&amp;nbsp;» s’essaie à un peu d’originalité, plein de cordes soyeuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’ensemble, &lt;em&gt;Patrick Gleeson&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Star Wars &lt;/em&gt;est un splendide ratage&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Tomita&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Star Wars Main Title&amp;nbsp;», in Kosmos (1977)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-tomita.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-tomita.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-tomita_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Isao Tomita, musicien japonais décédé en mai 2016 à l’âge de 84 ans, est ce qu’on pourrait appeler un vulgarisateur, amenant à un public profane des œuvres qu’il n’aurait pas forcément écoutées – et je dis cela sans ironie aucune&amp;nbsp;: c’est via Tomita que l’auteur de ces lignes a fait ses premiers pas dans la musique classique. De fait, le Japonais a repris aux aux synthés bon nombre de thèmes issus de la musique classique, Debussy comme Stravinsky, Gustav Holst comme Modest Moussorgsky ou Richard Strauss. Une manière comme une autre d’amener un public à (re)découvrir des chefs d’œuvre du classique – mais avec &lt;em&gt;plein&lt;/em&gt; de synthés, aussi ludiques que gentiment irrévérencieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Son «&amp;nbsp;Star Wars Main Title&amp;nbsp;» évacue partiellement l’aspect épique de la musique de Williams pour proposer en lieu et place un titre très dansant. Le morceau fait mine de se terminer au bout de deux minutes, devenant soudain un pastiche de la «&amp;nbsp;Lettre à Élise&amp;nbsp;», comme si R2D2 enseignait à un autre robot à siffler le morceau (une métaphore du travail de Tomita&amp;nbsp;?). Puis le thème principal revient, pour un final explosif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/2JXvsGt_rR8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oui, ça a vieilli, mais cela demeure tout de même moins inécoutable que la version de Patrick Gleeson.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Dave Matthews&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Main Them From Star Wars&amp;nbsp;» in Dune (1977)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-dune.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-dune.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-dune_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On avait déjà évoqué Dave Matthews dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/30/Dune-en-musique-Inspirations#matthews&quot;&gt; ce billet consacré aux musiques inspirées par Dune &lt;/a&gt; . Cet album, justement titré &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, propose des covers sur sa face B et se conclue par deux reprises de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Princess Leia’s Theme&amp;nbsp;», qui, après un début un brin sirupeux (mais le thème de John Williams ne l’est-il pas &lt;em&gt;d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éjà&lt;/em&gt; un peu&amp;nbsp;?), se transforme en ballade portée par un saxophone, le genre de musique au son de laquelle se rouler des paloches (et plus si affinités, quand roule la grosse caisse). « Main Theme From Star Wars&amp;nbsp;» donne l’impression de se retrouver au cirque. Au milieu, un bref pont où Matthews fait joujou avec les synthés rappelle Tomita&amp;nbsp;; plus loin, ça vira au rock, avec un solo de guitare électrique (et dans le genre over-the-top, cette reprise demeure un brin meilleure que celle signée Patrick Gleeson).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/sLjWcvAQ9I8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Meco Renardo&amp;nbsp;: Star Wars and Other Galactic Funk (1977)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-meco.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-meco.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-meco_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Meco, de son vrai nom Domenico Renardo, s’est fait connaître avec son album &lt;em&gt;Star Wars and Other Galactic Funk&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: si la pochette avec ses deux astronautes se tamponnant le popotin évoque certes assez peu le film de George Lucas, le titre annonce toutefois la couleur. De fait, la face A du disque consiste en une pièce instrumentale longue de près d’un quart d’heure, qui passe en revue quelques-uns des thèmes principaux créés par John Williams, le tout sur un rythme disco furieusement dansant (on me fait remarquer à l’oreillette que c’était le but recherché), avec un son aussi rond que chaleureux. On appréciera le «&amp;nbsp;Graou&amp;nbsp;» à 6’49&quot; auquel succède un bref solo de R2D2 et une partie plus calme reprenant le thème de la Princesse Leia. Suivent le fameux «&amp;nbsp;Cantina Band&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;The Last Battle&amp;nbsp;» et ses bruitages de laser par-dessus le thème épique, et «&amp;nbsp;The Throne Room / End Title&amp;nbsp;» pour conclure, comme de juste, cette face A. Plus brève, la face B contient trois morceaux&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Other&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Galactic&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Funk&amp;nbsp;». Ha. Au moins le contenu est-il conforme à ce qui est annoncé sur le contenant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quarante ans après, c’est toujours adorablement &lt;em&gt;cheesy&lt;/em&gt;. Et donc indispensable, comme représentant typique du space disco typique de la fin des années 70.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/uJ3kV3Icm28?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un genre très proche, citons aussi une autre reprise disco par Galaxy 42, que l’on qualifiera gentiment d’inénarrable avec ses bip-bip R2D2-esques et ses chœurs «&amp;nbsp;ouh-ah&amp;nbsp;»&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/390xB2IlGBw?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ou &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Bang-Bang-Robot-La-Guerre-Des-Etoiles-Star-Wars/release/1979736&quot;&gt; Bang Bang Robot &lt;/a&gt; , dont les &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=wSilpdMYvaQ&quot;&gt; seize minutes de son medle &lt;/a&gt; y sont à peine discernables de celles de Meco.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et aussi&amp;nbsp;: plus smooth, plus funky avec sa basse rondelette, moins chargée en bib-bip de droïdes, la version des Allemands du Graffiti Orchestra&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Ir-dk0D7QAk?rel=0&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans oublier &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Geoff-Love-And-His-Orchestra-Star-Wars-And-Other-Space-Themes/master/26441&quot;&gt; Geoff Love and his orchestra&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Galactic-Force-Band-Spaced-Out-Disco/master/494209&quot;&gt; The Galactic Force Band&lt;/a&gt;, le trompettiste &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Maynard-Ferguson-Theme-From-Star-Wars-Guerre-Stellari/release/1965947&quot;&gt; Maynard Ferguson&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Sonic-All-Stars-The-Sounds-Of-Star-Wars/release/1691878&quot;&gt; The Sonic All-Stars &lt;/a&gt; …&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourrait continuer sans fin…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette succession de covers disco du thème principal de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; permet de dégager quelques constantes&amp;nbsp;: une rythmique qui tape, des bleep-bleep et autres bruitages, pas ou peu de paroles, une inspiration minimale. Par ailleurs, on pourra remarquer l’absence notable de la «&amp;nbsp;Marche impériale&amp;nbsp;» dans tout ce lot de reprises&amp;nbsp;: eh oui, Dark Vador n’a pas de thème musical notable avant &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Empire contre-attaque&lt;/em&gt;, raison pour laquelle tout ce lot de reprises se concentrent sur le «&amp;nbsp;Main Theme&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;Princess Leia’s Theme&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais si YouTube est un formidable vivier à curiosités, bon nombre de reprises restent perdues, telles des astéroïdes filant droit hors du plan de la Voie lactée. Citons ainsi ce supergroupe danois, &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Los-Valentinos-Star-Wars-Theme/release/6039345&quot;&gt; Los Valentinos &lt;/a&gt; , ou ce groupe d’italo-disco, &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/Lovelets-Bilitis-Star-Wars/release/4858851&quot;&gt; The Lovelets &lt;/a&gt; , dont nous n’entendrons probablement plus jamais les reprises.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;John Rose&amp;nbsp;: Music from Star Wars (1977)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-johnrose.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-johnrose.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-johnrose_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bon, le disco, ça va bien cinq minutes mais il ne faudrait pas exagérer. L’organiste américain John Rose a redonné toute sa majesté à la musique de John Williams, tant il est vrai qu’à l’orgue, la partition en impose. Cet ensemble de reprise alterne entre moments puissants et d’autres plus discrets, nécessitant une ouïe attentive (que faisait l’ingé son&amp;nbsp;?). Au passage, certains thèmes, comme «&amp;nbsp;Cantina Band&amp;nbsp;», en deviennent méconnaissables, tandis que d’autres, comme le «&amp;nbsp;Main Theme&amp;nbsp;», acquièrent l’épaisseur de marches funèbres ou une portée quasiment liturgique. Stella irae&amp;nbsp;? Une curiosité dans tous les cas…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/VnY9XFIsEl4?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;René Joly&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La Guerre des étoiles&amp;nbsp;» (1977)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-renejoly.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-renejoly.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-renejoly_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et la France dans tout cela&amp;nbsp;? Eh bien, il existe effectivement quelque chose, hélas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/VSpEo8Onqiw?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qui se souvient de René Joly&amp;nbsp;? Une brève participation à &lt;em&gt;Starmania&lt;/em&gt; dans le rôle (mineur) de Roger-Roger l’évangéliste TV, quelques albums… et au début de sa carrière, une version chantée du générique de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;. Les paroles sont commises par Étienne Roda-Gil, parolier qu’on a connu plus en verve&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«Là-bas, dans les étoiles / La guerre passe / Comme un soleil&lt;br /&gt;
Là-bas, le fer s'emballe / Les fusées crachent / Du sang vermeil&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Hum… Ce n’est pas fou, mais j’avoue ne pas trop comprendre à quel personnage du film René Joly fait référence dans les vers suivants&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Pour toi, les hommes et les bêtes / Ont repris les armes / Pour toi, ils vont traverser la nuit&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ni ici&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Là-bas, près de la frontière de l'espérance / On voit un cerveau de fer qui luit&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En revanche, la référence à Dark Vador est plus évidente&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«Vêtu d'une grande cape noire / Et un masque sans vie / L'épée de lumière est avec lui / Et l'épée de lumière est avec lui&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Comment dire…&amp;nbsp;? Cette «&amp;nbsp;Guerre des étoiles&amp;nbsp;» n’est pas là quelque chose donnant foi en la chanson française. Des paroles à côté de la plaque, chantées sur un rythme exaspérement mid-tempo par une voix de fausset, des synthés désaccordés. La face B du single s’intitule «&amp;nbsp;Enfant de l’univers&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: nous avouons ne pas avoir tenté d'y jeter une oreille. Allez, la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Osamu Shoji&amp;nbsp;: Star Wars (1978)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-osamu.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-osamu.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-osamu_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques lignes plus haut, on évoquait Tomita et sa reprise ludique du thème principal. Voici Osamu Shoji, musicien moins renommé, à qui l’on doit la musique du film &lt;em&gt;Cobra&lt;/em&gt; (1982), qui, un an après son compatriote, est venu donner à ce dernier une leçon en matière de synthétiseurs (les synthés Korg PS-3300, PS-3010, 800DV, dixit les notes de production) et de « starwarsploitation&amp;nbsp;». Son Star Wars, à l’image de la pochette très manga, est une fantaisie synthétique passablement folle, et furieusement fun (à l’inverse de la tortignollitude de Patrick Gleeson), comme en témoigne ses versions baroques de «&amp;nbsp;Star Wars Main Theme and Imperial Attack&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;The Throne Room&amp;nbsp;», et surtout son gentiment cacophonique «&amp;nbsp;Cantina Band&amp;nbsp;». Un peu de répit (si peu) est accordé à l’auditeur avec «&amp;nbsp;Leia&amp;nbsp;» et son glockenspiel. «&amp;nbsp;The Robot Auction&amp;nbsp;» vient rappeler le pouvoir déconnant des synthés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face B est majoritairement occupée par une longue envolée de vingt minutes, «&amp;nbsp;The Space Odyssey&amp;nbsp;», qui tient davantage du medley. Explorant différents thèmes mélodiques, cette odyssée spatiale s’avère bien plus sobre que les reprises de la face A, et constitue une jolie pièce de kosmische music. Le disque s’achève avec «&amp;nbsp;The Desert&amp;nbsp;», un retour à Star Wars qui fait resurgir le caractère angoissant de ce morceau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/hExtNahz3mc?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Frénétique, coloré, acidulé, cosmique, il s’agit là d’une amusante distorsion de la musique de cette galaxie lointaine, très lointaine… Le cauchemar kawai de John Williams.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;The Rebel Force Band&amp;nbsp;: Living in these Star Warz (1977)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-rebel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-rebel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-rebel_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On quitte ici le domaine des reprises pour des tentatives visant à l'originalité. Unique album du groupe The Rebel Force Band, &lt;em&gt;Living in these Star Warz&lt;/em&gt; (coquille voulue) aborde l’univers de George Lucas via un prisme pop-rock, dans la droite lignée des Beatles ou des Kinks – avec quelques années de retard, pas exactement le même talent, mais des bruitages amusants en plus et des références à &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; comme s’il en pleuvait. Mais foin de reprises &amp;nbsp;: il s’agit là de chansons originelles. Ça a le goût, l’odeur, ça sonne comme &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;, mais ce n’est pas &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/C8NjEspThbE?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le morceau-titre s’inspire du thème de John Williams, se veut gai, chic et entraînant… mais s’avère vite exaspérant. Suit «&amp;nbsp;Don't Fall In Love With An Android&amp;nbsp;», où l’on appréciera (ou pas) le passage où un clone de C3PO sermonne un clone de R2D2. «&amp;nbsp;Leia&amp;nbsp;» tend du côté de la power ballade un peu niaise&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Leiiia, be my lady, wow-ooh-ohh-ohh…&amp;nbsp;» Allez, on allume les briquets… et on fiche le feu au vinyle&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Chewie the Rookie Wookie&amp;nbsp;» est une chanson au rythme plus enlevée, entraînante, qui, entre deux rafales de laser, fait rimer «&amp;nbsp;wookie&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;galaxy&amp;nbsp;». Non, en vrai, c’est atroce. Et c’est pareil pour «&amp;nbsp;A Respirator For Darth Vader&amp;nbsp;», qui tend du côté de la fusion, avec quelques interventions d’un simili Vador au fil de la chanson (et l’inévitable respiration caractéristique du personnage).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face B débute avec «&amp;nbsp;Space Out&amp;nbsp;», un space disco gentiment désuet avec ses guitares wah-wah délicieusement acidulées. «&amp;nbsp;May The Force Be With You &amp;nbsp;» est une nouvelle power ballad dégoulinante de cordes, sirupeuse jusqu’à l’écœurement. «&amp;nbsp;The Ballad of OB1»&amp;nbsp;: bravo, les mecs, une strophe comme « OB1 was the one&amp;nbsp;» mérite un satisfecit. «&amp;nbsp;You’ll Be A Warrior&amp;nbsp;» poursuit dans la lignée des morceaux précédents, c’est aussi drôle qu’imbitable. Une reprise disco (forcément) de la chanson-titre conclut le disque. Cheesy, à l’image du reste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;The Droids&amp;nbsp;: Star Peace (1978)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-droids.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-droids.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-droids_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; a initié un nombre incalculable de reprises, le film a également exercé une influence sur des projets plus originaux, comme en témoigne le groupe The Droids. Formé de deux musiciens français, Fabrice Cuitad et Yves Hayat, The Droids n’a publié que trois singles et un unique album, &lt;em&gt;Star Peace&lt;/em&gt; – le parallèle avec &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; relève de l’évidence. L’album débute avec le morceau bipartite «&amp;nbsp;(Do You Have) The Force&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: une jolie mélodie mélancolique soutenue par une rythmique imparable. Imaginez les quatre hommes-robots de Kraftwerk dans l’espace&amp;nbsp;: vous y êtes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/FgABOFUecbM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’exception de ce morceau introductif, le reste de l’album n’entretient pas de lien thématique évident avec l’univers de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; (ce qui n’est pas forcément un mal), mais, dans le genre de la synth-pop / space disco, demeure une tentative franchement réussie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Collectif&amp;nbsp;: Star Wars Headspace (2016)&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/starwars-headspace.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;starwars-headspace.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.starwars-headspace_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n'y a pas que des vieilleries… Faisons un saut temporel (un «&amp;nbsp;time warp&amp;nbsp;» diraient d'aucuns) et regagnons le XXIe siècle. En 2016, Disney a eu une idée, passablement surprenante&amp;nbsp;: demander à plusieurs pointures de l’electro de proposer leurs interprétations de l’univers Star Wars. On croise sur ce disque l’ex-jeune prodige Flying Lotus, qui offre un morceau d’electro-jazz mâtiné de bip-bip (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=4pdNaHNy8wU&amp;amp;list=PLqBxC32S1W1nH-7VteaPRh_J3dT3smT7g&amp;amp;index=11&quot;&gt;«&amp;nbsp;R2 Where R U?&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), ou le duo suédois de Röyksopp (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=_yEzXM53L80&amp;amp;list=PLqBxC32S1W1nH-7VteaPRh_J3dT3smT7g&quot;&gt;«&amp;nbsp;Bounty Hunters&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, electro passablement sombre, martiale et éloignée de leurs morceaux habituels un brin plus rêveurs). Un drôle de projet, pas entièrement convaincant, mais qui a le mérite de montrer que, quarante après sa prime apparition sur les écrans de notre petite planète, &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; continue à inspirer musicalement, pour le meilleur et le pire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, votre serviteur s’en va égorger quelques ewoks et revient.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Eymerich</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/05/26/Eymerich" rel="alternate" type="text/html" title="Eymerich" />
      <id>urn:md5:024b34066591fe7140a273d64410eb59</id>
      <published>2017-05-26T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-05-26T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La publication toute récente en intégrale des dix premières aventures de l'inquisiteur &lt;strong&gt;Nicolas Eymerich &lt;/strong&gt;et de la parution, de l'autre côté des Alpes, du onzième tome : voilà qui forme l'occasion parfaite de se pencher sur le personnage (re)créé par Valerio Evangelisti. Individu aussi détestable que fascinant, l'inquisiteur Eymerich traque les hérésies dans un Moyen-Âge où les prodiges sont légion… prodiges trouvant écho dans un proche futur dystopique. Une œuvre majeure où se collisionnent fantastique et science-fiction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mine de rien, on aime bien les méchants&amp;nbsp;: bon nombre de vilains de la culture populaire s’avèrent posséder une popularité et une renommée supérieure à celle de leurs gentils antagonistes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais plus intéressant qu’un méchant aimant faire le mal, c’est le méchant persuadé d’œuvrer pour le bien. Et à ce jeu-là, l’inquisiteur Nicolas Eymerich, personnage recréé par Valerio Evangelisti, tire son épingle du jeu. Recréé, car, historiquement, l’inquisiteur Nicolas Eymerich (1320-1399) a réellement existé, et est notamment l’auteur du «&amp;nbsp;manuel du bon inquisiteur&amp;nbsp;», le &lt;em&gt;Directorium Inquisitorum&lt;/em&gt; (1376).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aussi féroce qu’intraitable, l’inquisiteur revu et corrigé par Evangelisti est le héros de dix romans, parus entre 1994 et 2010 en Italie, et entre 1998 et 2015 de ce côté-ci des Alpes. De fait, en France, la publication des romans mettant en scène Eymerich a été un brin chaotique. Rivages, au sein de sa collection «&amp;nbsp;Fantasy&amp;nbsp;», a entamé la publication du cycle dès 1998, en sortant à quelques mois d’intervalles les deux premiers volumes et en maintenant un rythme soutenu pour la suite. Six tomes sont ainsi sortis en grand format (traduits par Serge Quadruppani, et Sophie Bajard pour le tome 6)&amp;nbsp;; les cinq premiers ont bénéficié d’éditions poche chez Pocket. Mais tandis qu’Evangelisti poursuivait en Italie l’écriture des aventures de l’inquisiteur, Rivages a lâché l’affaire en 2002 après &lt;strong&gt;Picatrix, l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’échelle pour l’enfer&lt;/strong&gt;. Il faut attendre 2011 pour voir La Volte, éditeur spécialiste des projets improbables et des causes perdues, reprendre le flambeau, sous de superbes couvertures signées Corine Billon et des traductions signées Jacques Barberi (sauf &lt;strong&gt;Le Ch&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;âteau d’Eymerich&lt;/strong&gt;, traduit par Sophie Bajard et Doug Headline). En un laps de temps rapproché, La Volte a ressorti les volumes déjà parus, alternant avec la traduction des romans demeurés inédits. Enfin, entre fin 2016 et avril 2017, les romans du cycle ont été rassemblés en deux gros omnibus, aux couvertures discutables, parus au Livre de Poche – 1600 pages bien tassées pour le premier et la bagatelle de 2000 pages pour le second.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-integrale.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-integrale.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les lecteurs ayant lu les ouvrages dans leur édition voltée auront pu constater la présence éventuelle d’un marque-page listant les romans, dans un ordre qui n’est pas exactement celui de leur publication originelle (qui est celui de leur rangement dans l’omnibus) ni de leur publication par La Volte. D’où cette terrible interrogation&amp;nbsp;: dans quel ordre lire les aventures d’Eymerich&amp;nbsp;? Celui dans lequel Evangelisti les a écrits&amp;nbsp;? Celui dans lequel La Volte les a publiés&amp;nbsp;? Celui préconisé par La Volte&amp;nbsp;? De fait, seuls trois des volumes de la série voient leur position au sein du cycle et leur publication (en VO) coïncider&amp;nbsp;: les premier, troisième et dixième tomes. Et la lecture des romans montre deux lignes temporelles coexister, chacune narrée à son rythme propre&amp;nbsp;: la première est consacrée à Eymerich et prend place dans la seconde moitié du XIVe siècle&amp;nbsp;; l’autre brosse par petites touches une histoire du futur proche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Les chiffres entre parenthèses correspondent à l’ordre de publication.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1 (1). Nicolas Eymerich, inquisiteur (1994&amp;nbsp;; 2011 pour la traduction)&lt;br /&gt;
2 (4). Le Mystère de l’inquisiteur Eymerich (1996-2&amp;nbsp;; 2012 pour la traduction)&lt;br /&gt;
3 (3). Le Corps et le sang d’Eymerich (1996-1&amp;nbsp;; 2012 pour la traduction)&lt;br /&gt;
4 (5). Cherudek (1997&amp;nbsp;; 2013 pour la traduction)&lt;br /&gt;
5 (6). Picatrix (1998&amp;nbsp;; 2014 pour la traduction)&lt;br /&gt;
6 (8). Mater Terribilis (2002&amp;nbsp;; 2013 pour la traduction)&lt;br /&gt;
7 (2). Les Chaînes d’Eymerich (1995&amp;nbsp;; 2011 pour la traduction)&lt;br /&gt;
8 (9). La Lumière d’Orion (2007&amp;nbsp;; 2014 pour la traduction)&lt;br /&gt;
9 (7). Le Château d’Eymerich (2001&amp;nbsp;; 2012 pour la traduction)&lt;br /&gt;
10 (10). L’Évangile selon Eymerich (2010&amp;nbsp;; 2015 pour la traduction)&lt;br /&gt;
11. (11 ?) Eymerich Risorge (2017)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce tour d’horizon de la décalogie, on va tâcher de ne pas trop spoiler. Bon, le lecteur perspicace se doutera bien que si le cycle d’Eymerich se nomme ainsi, c’est bien parce que son protagoniste survit jusqu’au dernier tome.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-rivages.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-rivages.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-rivages_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte01_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Eymerich, inquisiteur&lt;/strong&gt; (1994) fixe d’emblée le canon pour les romans ultérieurs&amp;nbsp;: une alternance de plusieurs lignes narratives, la première centrée sur Eymerich, les autres se déroulant dans le futur et/ou notre époque. Nous voici en 1352 en Aragon&amp;nbsp;; la grande épidémie de peste a pris fin depuis peu, laissant le pays exsangue. Dans cette première aventure, Nicolas Eymerich de Gérone, moine dominicain, est donc désigné inquisiteur (sans surprise, eu égard au titre) par le père Agustin, mourant. Âgé de tout juste 32 ans, Eymerich est alors le plus jeune individu à recevoir cette charge – de fait, tous les autres inquisiteurs compétents ont été emportés par le fléau –, et il lui faut employer toute sa ruse pour stabiliser sa position. Or, voilà que dans le même temps, on trouve des bébés difformes… qui ont l’étrange particularité de s’évaporer. Enquêtant sur ce mystère, Eymerich va se mettre sur la piste d’une hérésie inattendue. Si l’affaire trouve sa conclusion, seul le lecteur est à même de la percevoir dans son ensemble&amp;nbsp;: entre les chapitres consacrés à Eymerich alternent des extraits de &lt;em&gt;Rapide comme la pens&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt;, ouvrage fictif écrit par Marcus Frullifer au sujet de son invention révolutionnaire qui utilise la force de particules hautement hypothétiques, les psytrons, ainsi que le compte-rendu au XXIIIe siècle d’un voyage interstellaire à bord du &lt;em&gt;Malpertuis&lt;/em&gt;, vaisseau spatial psytronique fonctionnant selon les principes mis au point par Frullifer deux siècles plus tôt.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fois premier roman d’Evangelisti et première aventure consacrée à son anti-héros, &lt;strong&gt;Nicolas Eymerich, inquisiteur&lt;/strong&gt; surprend tant par son ambition que par ses visions. Tout n’est pas parfait, à commencer par une intrigue qui va un peu trop vite en besogne ainsi qu’une résolution assez facile de l’affaire. La couverture de l’édition poche laisse supposer que les aventures d’Eymerich sont celles d’un Sherlock Holmes du &lt;em&gt;Trecento&lt;/em&gt;, accessoirement inquisiteur (et faisant fi de l’aspect SF). La suite des aventures qu’il n’en est rien. Certes, Eymerich mène des enquêtes, mais la série d’Evangelisti va vite montrer que davantage de choses se trament.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte02_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Myst&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère de l’inquisiteur Eymerich&lt;/strong&gt;, quatrième roman publié mais deuxième tome de la série, voit Evangelisti faire un bond qualitatif, d’autant plus flagrant lorsqu’on lit les romans dans leur ordre de publication. En 1354, notre anti-héros accompagne Pierre IV d’Aragon et sa flotte afin de déloger une hérésie dans un coin de la Sardaigne. Mais les choses prennent une tournure étrange, dès le trajet en mer. L’inquisiteur devrait s’y habituer, lui qui est le témoin régulier d’événements bizarres. Tandis que Pierre d’Aragon fait le siège de la ville d’Alghero, Eymerich a vent d’une conspiration contre le souverain. Et en parlant de vent&amp;nbsp;: des miasmes soufflent sur l’île, des bestioles invisibles à l’œil nu mais grouillant dans l’eau à certaines heures de la journée. Et puis, il y a ce christianisme déviant que l’inquisiteur doit éradiquer. Nicolas Eymerich, c’est celui dont rêve Wilhelm Reich, ce médecin et psychanaliste progressivement mis au ban de la communauté scientifique suite à ses théories contreversées. Pourtant, dans un futur aussi proche que dystopique, certains se réclament de lui. Suite à l’épidémie d’anémie falciforme (dont l’origine sera expliquée dans &lt;strong&gt;Le Corps et le sang d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Eymerich&lt;/strong&gt;), les États-Unis ont éclaté en trois entités distinctes, aux philosophies bien différentes mais tout aussi rigides. Et gare à qui ne respecte pas les règles, la déportation au Lazaret le guette. Le roman est baigné d’une atmosphère superbement angoissante, entre la chaleur torride et miasmatique de la Sardaigne, les cauchemars de Reich et le futur déglingué.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;En [l’Église], Eymerich aimait par-dessous tout l’ordre rigoureux, fondé sur d’impitoyables normes de comportement et des modes de pensée obligatoires. Il concevait l’activité d’inquisiteur comme une défense de cet ordre, qui avait sauvé l’Europe de la barbarie en imposant son propre empire moral par-desus le délitement de l’empire séculier, et sa discipline face à la faiblesse des rois. […] Un couvent aux règles de fer&amp;nbsp;: telle devait rester la Cité de Dieu, ou alors même la Cité de l’Homme tomberait en ruine.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Le Myst&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère de l’inquisiteur Eymerich&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte03.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte03_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Corps et le Sang d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Eymerich&lt;/strong&gt; , troisième roman publié et troisième volume, prend place en 1358. Alors âgé de 38 ans, Eymerich se rend à Castres pour y traquer l’hérésie cathare &amp;nbsp;; bien vite, il se retrouve à enquêter sur la secte des &lt;em&gt;masc&lt;/em&gt;, dont les membres sont réputés boire du sang. C’est là qu’il fait la rencontre du père Jacinto Corona, inquisiteur rondouillard et aux compétences discutables, qui deviendra, pendant quelques romans, l’acolyte régulier d’Eymerich. Castres, donc, et son ambiance moite. Au cas où on l’aurait oublié, Eymerich n’est pas un rigolo. Faire cramer un millier de personnes &amp;nbsp;? Eymerich s’y emploie, sans sourciller. Dans le même, on suit l’itinéraire sanglant d’un certain Lycurgus Pinks à travers les décennies. Savant fou, le type se double d’être une raclure «&amp;nbsp;white supremacist&amp;nbsp;», proche du Klu Klux Klan, et a mis au point un moyen de développer l’anémie falciforme chez les personnes y étant prédisposée. Mais… les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman se termine par une brillante double pirouette, d’autant plus efficace lorsqu’on a lu (comme votre serviteur) les romans dans leur ordre de publication&amp;nbsp;; tout en réécrivant la fameuse nouvelle de Poe, «&amp;nbsp;Le Masque de la mort rouge&amp;nbsp;» dans le chapitre final, Evangelisti relie &lt;strong&gt;Le Corps et le Sang&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; avec le septième tome, &lt;strong&gt;Les Cha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;înes d’Eymerich&lt;/strong&gt; – oh, avec pas grand-chose, juste en citant les exactions des néonazis de la RACHE dans les Balkans. Mais voilà qui donne une autre dimension à ce troisième volume et laisse augurer de quelque chose de plus vaste.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte04.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte04_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

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&lt;p&gt;Changement d’ambiance pour &lt;strong&gt;Cherudek&lt;/strong&gt;. Dans une ville d’une époque indéterminé, paraissant enclose tant dans l’espace que le temps et dotée d’une géographie bien particulière, on retrouve le père Jacinto Corona et deux acolytes religieux, à la recherche du crâne de Saint Malvasio, alias Saint Mauvais, alias… Eymerich, et en quête d’un passage. Une même ville, une femme, Roberta, cherche à fuir – mais deux autres femmes, passablement étranges, tâchent de l’en dissuader. En 1360, Eymerich est convoqué à Avignon auprès du pape Innocent VI pour une mission de la plus haute importance&amp;nbsp;: l’Occitanie bruisse de rumeurs affolantes, faisant état d’armées de soldats morts en maraude. Qui sont ces trois «&amp;nbsp;grenouilles » que ces hérétiques veulent écraser&amp;nbsp;? Et Eymerich en serait-il une&amp;nbsp;? Si &lt;strong&gt;Cherudek&lt;/strong&gt; donne longtemps de constituer, dans ses chapitres consacrés à l’enquête de Jacinto Corona, une manière de pause au sein du cycle, la vertigineuse conclusion prouve qu’il n’en est absolument rien. Quant au parcours halluciné d’Eymerich à travers une Occitanie hanté par des maraudeurs morts-vivants et des malades du mal des ardents, elle s’avère aussi hallucinée que réussie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte05.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte05_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

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&lt;p&gt;Un an s’est écoulé pour l’inquisiteur lorsque débute &lt;strong&gt;Picatrix, l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’échelle pour l’enfer&lt;/strong&gt;. Après les événements terrifiants survenus à Figeac et aux alentours, Nicolas Eymerich est de retour à Saragosse et vit dans une relative quiétude. Une tranquillité dérangée lorsque des meurtres sont commis par des créatures à tête de chien&amp;nbsp;; les victimes ont pour point commun la possession d’un manuscrit impie&amp;nbsp;: le fameux &lt;em&gt;Picatrix&lt;/em&gt;. Eymerich se lance sur la piste de ce livre, ce qui l’amène au royaume de Grenade, alors sous domination musulmane. Évidemment, enquêter s’avère plus compliqué pour notre héros, désormais suspendu de sa fonction d’inquisiteur. Et puis il y a ces mystérieuses soucoupes de feu, qui apparaissent à intervalles irréguliers dans le ciel. Des apparitions qui ne se cantonnent pas à l’Espagne du XIVe siècle&amp;nbsp;: on en voit aussi en plein cœur de l’Afrique. Une Afrique où les troupes de l’Euroforce et de la RACHE font alliance afin de protéger l’empereur du Bouganda, affrontant sur leur chemin des milliers d’enfants-soldats, les «&amp;nbsp;enfants des sable&amp;nbsp;». Retiré aux îles Canaries, le physicien Marcus Frullifer, perdu de vue depuis le premier roman de la série, est témoin d’événements étranges, où les patients d’un asile psychiatrique se mettent à aboyer certain jour de l’année.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une nouvelle aventure fort complexe, où l’inquisiteur montre quelques failles dans son attitude d’airain – en particulier, lors de la séance de quaestio qui ponctue le livre, où Eymerich se retrouve confronté à une jeune Juive, Myriam, qui prétend l’aimer. Dans ce roman toutefois, Eymerich s’y montre plus odieux que jamais – on pourra d’ailleurs trouver son entêtement systématique à dénigrer l’islam et le judaïsme un brin usant. Forcé de faire alliance avec des intellectuels musulmans, il n’hésite pas à les trahir bassement, usant de procédés rhétoriques minables («&amp;nbsp;Oui, j’ai juré, mais sur votre dieu, et comme il n’existe pas, c’est comme si j’avais rien juré&amp;nbsp;»). Néanmoins, les cinq quaestio qui s’entremêlent dans le récit montre un inquisiteur troublé par la personne qu’il interroge.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte06_s.jpg&quot; /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mater Terribilis&lt;/strong&gt; débute un an plus tard, en 1362. Inquisiteur, Eymerich ne l’est plus&amp;nbsp;: le pape Innocent VI a choisi de confier la charge d’inquisiteur à un prêtre plus modéré que notre anti-héros. Pourtant, le souverain pontife est mal en point et les choses pourraient changer. Il est demandé à Eymerich d’effectuer une enquête dans la région de Cahors, alors sous domination anglaise… Quasiment un autre monde, à en juger par le rideau de brume qui sépare ce bout de pays du reste de la France et son infestation par les lucanes cerf-volants. En chemin, Eymerich rencontre une jeune femme, Éliane, pucelle exaltée, persuadée que les saints lui parlent. Une précurseuse de Jeanne d’Arc, ingénue qu’Eymerich déteste de tout son cœur mais qu’il se retrouve à devoir protéger. On suit en parallèle la montée en puissance de la Pucelle d’Orléans, et l’attirance qu’éprouve pour elle le trouble Gilles de Rais&amp;nbsp;; le mythe trouve ici quelques explications, tendant naturellement vers la science-fiction. En parallèle encore et toujours mais en 2068, l’Euroforce et la RACHE s’affrontent, soldats cadavériques contre polyploïdes aux organes et membres surnuméraires… L’enjeu se situe au-dessus de leur tête, dans le Vortex, une station spatiale abritant un dispositif d’importance capitale car capable d’influencer les rêves. Dans la lignée de &lt;strong&gt;Picatrix&lt;/strong&gt;, Evangelisti poursuit son entreprise, mêlant mythologie locales et lutte entre les principes masculins et féminins ainsi que la quête d’un impossible milieu.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il n’y a que nous, je veux dire l’Église, qui étudions non pas un détail mais le tableau complet. Il n’y a que nous qui pouvons en cerner les tendances.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Mater Terribilis&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte07.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte07_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Cha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;înes d’Eymerich&lt;/strong&gt; se déroule en 1365, et Eymerich a 45 ans. Le voici envoyé en Savoie, où, contre toute attente, une résurgence de l’hérésie cathare pourrait se nicher. Les Cathares, c’est une chose&amp;nbsp;; les humains monstrueux que croise l’inquisiteur, c’en est une autre. Ces difformités sont-elles causées par l’ingestion d’un dérivé de la colchique&amp;nbsp;? En parallèle, on suit la montée en puissance de la RACHE au fil de la seconde moitié du XXe siècle, émanation immonde du nazisme ayant survécu à la Seconde Guerre mondiale, et ses efforts, entre trafic d’organes et manipulations génétiques, pour découvrir le potentiel caché de la colchique. Deuxième roman écrit par Evangelisti, montrant un auteur qui se prépare à trouver la plénitude de ses moyens, &lt;strong&gt;Les Cha&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;înes d’Eymerich&lt;/strong&gt; ménage une pause, mêlant l’horreur (néo-)nazie et un moyen-âge hanté par l’épouvante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte08.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La lumière d'Orion&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte08_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Lumi&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère d’Orion&lt;/strong&gt; propose un nouveau périple pour notre inquisiteur préféré&amp;nbsp;: c’est à Padoue qu’il observe une fresque inspirée par les œuvres de Pétrarque. Une fresque rien moins que catholique, qui va emmener Eymerich jusqu’au cœur d’un empire byzantin menaçant ruine. Des géants apparaissent chaque nuit dans le Bosphore et se rapprochent à chaque fois davantage de la rive. Plus tard, dans le futur déglingué que nous commençons à bien connaître, Marcus Frullifer est appelé par des généraux américains pour concrétiser l’une de ses théories&amp;nbsp;: embraser du plasma ici et faire exploser l’étoile Bételgeuse là-bas, du côté de la ceinture d’Orion. Ailleurs, au même moment (ou pas), la guerre fait rage du côté de Ninive, en Irak&amp;nbsp;: les Mosaïques de l’Euroforce affrontent les Polyploïdes de la RACHE, les cyborgs contre la chair excédentaire. À nouveau, Evangelisti fait infuser mythologies et archétypes dans le bain de l’horreur et de la science-fiction, avec sa touche toute personnelle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte09.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;La lumière d'Orion&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte09_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’inverse du périple du précédent roman, &lt;strong&gt;Le Ch&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;âteau d’Eymerich&lt;/strong&gt; forme un huis-clos&amp;nbsp;: en 1369, Eymerich et son collègue, le père Gallus de Neuhaus, sont appelés par Pierre Ier le Cruel dans son dernier refuge, la forteresse de Montiel en Castille. Une forteresse assiégée par son frère et rival, Henri de Trastamarre, que soutient Bertrand Duguesclin. Le château dit «&amp;nbsp;de l’étoile&amp;nbsp;» serait-il hanté&amp;nbsp;? Que sont ces grondements nocturnes&amp;nbsp;? Pourquoi la forteresse possède cette forme étrange&amp;nbsp;: dix tours reliées par vingt-deux passerelles, auxquelles répondent des tunnels obscurs&amp;nbsp;? L’on sait Pierre de Castille favorable aux Musulmans et aux Juifs&amp;nbsp;: ces derniers useraient-ils de ce qu’Eymerich nomme magie noire, à savoir la Kabbale&amp;nbsp;? C’est l’occasion de retrouver Myriam, huit ans après qu’Eymerich l’a questionnée, toujours aussi attachée à l’inquisiteur. L’occasion aussi de mettre face à Eymerich un ennemi à sa hauteur&amp;nbsp;: le prêtre dominicain Ramon de Tarrega, juif converti adepte de Raymond Lulle, théologien dont notre anti-héros vomit la pensée. En parallèle&amp;nbsp;: quelques années plus tôt, cinq prêtres, venus d’un peu partout à travers l’Europe, risquent le tout pour le tout — c’est-à-dire de se mettre en marge de l’Église. En 1944, au camp de concentration de Dora, le sturmbannführer von Ingolstadt se la joue Docteur Frankenstein – et Evangelisti d’expliquer au passage la naissance des soldats mosaïques entraperçus dans les volumes précédents. Cette avant-dernière aventure nous montre un Eymerich toujours aussi odieux, mais dont les certitudes vacillent. Un roman aussi brillamment hanté de visions d’horreur, qui se termine en un crescendo inattendu de l’opposition principielle masculin/féminin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-volte10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-volte10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-volte10_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

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&lt;p&gt;C’est un long cheminement qui aura mené le lecteur jusqu’à &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Évangile selon Eymerich&lt;/strong&gt;, avec bon nombre d’interrogations, notamment et surtout&amp;nbsp;: pourquoi Eymerich&amp;nbsp;? Pourquoi cet individu entre tous&amp;nbsp;? Si les époques ultérieures ne semblent pas avares en miracle, c’est cependant les années 1350 à 1372 qui voient le plus de prodiges centrés autour de la personne de l’inquisiteur. Le titre originel de cet ultime roman est &lt;strong&gt;Rex Tremendae Majestatis&lt;/strong&gt;, référence au &lt;em&gt;Requiem&lt;/em&gt; de Mozart, qui se traduirait par «&amp;nbsp;Roi à la majesté redoutable&amp;nbsp;». Nous voici en 1372, Eymerich se sent vieux et fatigué… mais l’envie d’en découdre avec Ramon de Tarrega n’a pas quitté. L’occasion de retrouver son vieil adversaire surgit lorsque notre inquisiteur croit dénicher l’individu dans le cadavre d’u prisonnier détenu dans un couvent. À la poursuite de celui qu’il qualifie de nécromancien, Eymerich va s’embarquer pour la Sicile, île qui subit depuis peu des apparitions de géants – serait-ce les Lestrygons de la mythologie grecque&amp;nbsp;? – et de cercles enflammés dans le ciel. En parallèle, le lecteur en apprend davantage sur la jeunesse d’Eymerich et suit une certaine Lilith et son parcours sanglant dans une base lunaire peuplée de psychiatres désireux de sauver le monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En lieu et place d’une conclusion explosive, ce dernier volume de la série fait plutôt l’effet d’un long pétard un peu mouillé. Sauf erreur grossière de ma part, le roman commence d’emblée par une incohérence tellement énorme qu’on se demande comment elle a pu passer inaperçue&amp;nbsp;: le roman se déroule en 1372, soit trois ans après les événement du &lt;strong&gt;Ch&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;âteau&lt;/strong&gt;… mais Evangelisti rétrograde ceux-ci de treize années. Historiquement, c’est là chose impossible&amp;nbsp;; le neuvième roman faisant intervenir Pierre Ier le Cruel, décédé en 1369 et non 1359, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Évangile…&lt;/strong&gt; se retrouve confronté à un problème de datation, dont l’auteur ne fait que peu de cas. Cet ultime volume, le plus long de la série, traîne en longueur. Divisé en cinq parties titrées d’après les phases du grand œuvre alchimique (œuvre au noir, œuvre au blanc, etc.), il maintient tant bien que mal l’intérêt, en reléguant à la portion congrue ce qui aurait pu constituer des moments cruciaux – à savoir les sur la jeunesse d’Eymerich ( &lt;em&gt;Une enfance difficile&lt;/em&gt;) et les flash-forwards situés sur la Lune en l’an 3000 (&lt;em&gt;Lilith&lt;/em&gt;). Les fils des épisodes précédents sont noués… mais le lecteur reste sur sa faim, par rapport à la vision d’ensemble. Il en reste une impression de relative déception, une fois cet &lt;strong&gt;Évangile…&lt;/strong&gt; terminé. Censément conclusif, ce dixième volume laisse toutefois une porte entrouverte pour une éventuelle suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En l’état, on a là une décalogie puissante, portée par un anti-héros d’airain – jusqu’à la caricature. Evangelisti profite de ses aventures pour s’insérer dans les zones d’ombre de l’Histoire&amp;nbsp;: rien ne dit par exemple que le véritable inquisiteur Eymerich fut à l’origine de la mort de Pierre Ier le Cruel. Il n’empêche, la reconstitution historique est réussie, la complexité de la situation géopolitique – avec la France pour part aux mains des Anglais, une papauté sise en Avignon, une Espagne découpée entre royaumes maures et catholiques – est bien rendue, et l’on suit volontiers le dominicain dans ses explorations de l’Europe et de l’Orient. Ce qui est frappant, c’est l’horreur qui suinte de chacun des volumes et qui va crescendo jusqu’à atteindre son apogée dans les derniers tomes publiés. Pourtant, pour aussi horribles que soient les choses vues par Eymerich, celui-ci ne semble pas s’en étonner outre-mesure&amp;nbsp;: il reste natif de ce bas Moyen-Âge, où les prodiges sont encore monnaie courante. Et le futur ne s’avère pas moins monstrueux, comportant son lot de scènes monstrueuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil des romans, Valerio Evangelisti nous montre un Nicolas Eymerich brillant d’intelligence, aussi droit dans ses bottes que retors.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je ne connaîtrai pas la paix tant que je n’aurai pas découvert la vérité sur ces mystères. Il n’y a pas d’énigme derrière laquelle ne se cache le seigneur des illusions. Éventer ses complots est la mission particulière de notre ordre et la mienne en particulier.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Picatrix&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Arc-bouté sur une interprétation dominicaine de la Bible et de ce que doit être la foi chrétienne, il déteste les Musulmans et les Juifs mais encore plus les hérétiques, et n’hésite pas à s’allier aux premiers pour détruire ceux qui distordent la parole biblique. Provocateur, contradictoire, insupportable, il ne sourcille pas non plus à l’emploi de nombreux stratagèmes pour parvenir à ses fins. Grâce à sa mission sacrée, n’a-t-il pas l’autorisation de mentir&amp;nbsp;? Il promet puis il trahit. À l’occasion, il se déguise, dusse-t-il payer de sa personne (dans &lt;strong&gt;Le Myst&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ère…&lt;/strong&gt;, il n’hésite pas à se mutiler le visage afin de se faire passer pour un individu venant d’échapper au bûcher). Sur le plan personnel, ce n’est pas quelqu’un dont on se ferait un ami&amp;nbsp;: détestant la faiblesse, la maladie et le contact physique, on ne lui connaît pas d’amis, sinon le débonnaire père Jacinto Corona dans un premier temps puis Guillaume de Bagueny après la mort (hors-champ) de son premier acolyte, et enfin Nissim, dans &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Évangile&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il devait encore beaucoup travailler sur lui-même pour parvenir à la cruauté spontanée du véritable croyant, dont Saint Dominique avait été l’inégalable modèle.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Picatrix&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pour aussi désagréable – jusqu’à l’outrance – que soit Eymerich, et en dépit de l’affirmation ci-dessus, il n’est pas &lt;em&gt;fondamentalement&lt;/em&gt; cruel pour autant, et ne il fait appel à la torture qu’en dernier recours — et sans jamais en éprouver l’ombre d’une once de satisfaction&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Malheur au juge qui tire plaisir des peines qu’il inflige&amp;nbsp;! Il n’y a pas pire trahison de l’esprit de la Sainte Inquisition. Imaginer des instruments de souffrance, réfléchir aux moyens de provoquer la douleur… Tout ceci est un péché, un péché grave&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Picatrix&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En parallèle à la lutte d’Eymerich contre les hérésies, on suit de loin en loin un combat entre principes masculins et féminins. Le principe masculin est incarné par Eymerich et l’Église. Le principe féminin apparaît dès le premier volume de la série, avec ce culte déviant dédié à une résurgence de la déesse Hécate. Hécate, dont on retrouve trois émanations dans &lt;strong&gt;Cherudek&lt;/strong&gt;, et &lt;strong&gt;Mater Terribilis&lt;/strong&gt; prend à bras le corps ces questionnements, cherchant une forme hermaphrodite en la personne de Jeanne d’Arc. Le personnage récurrent de la juive Myriam (&lt;strong&gt;Picatrix&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Ch&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;âteau d’Eymerich&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Évangile selon Eymerich&lt;/strong&gt;), qui guide Eymerich, s’avère touchant. Inflexible, l’inquisiteur succombe (malgré lui) à la chair (d’une manière certes particulière) à la fin du &lt;strong&gt;Ch&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;âteau&lt;/strong&gt;… ce qui n’est pas sans conséquences dans &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Évangile&lt;/strong&gt;. Dans le futur dystopique, cette opposition se retrouve également dans la séparation des sexes, une absence de promiscuité contrainte et forcée par l’épidémie d’anémie falciforme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette lutte ne prend d’ailleurs pas place uniquement sur Terre mais aussi dans les profondeurs de l’inconscient. Les émanations du fin fond de la psyché sont susceptibles de prendre forme concrète dans le monde sensible, via le prisme des croyances locales. On tend parfois vers la science de bazar, mais Evangelisti brasse les éléments divers avec suffisamment de brio pour que l’ensemble demeure digeste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au rang des regrets, on pourra déplorer que si la carrière d’Eymerich reste bien rendue, celle de Marcus Frullifer et les séquences futuristes demeurent un brin trop parcellaires. Il n’empêche&amp;nbsp;: avec son cycle d’Eymerich, Valerio Evangelisti a introduit sur la scène littéraire un personnage inoubliable, dépassant le cadre étroit du polar historique pour proposer des histoires saisissantes mêlant horreur et SF, et conjuguant avec brio un nombre affolant de thèmes – l’opposition masculin/féminin, la foi, les croyances et les superstitions, la force de l’inconscient.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/eymerich-tome11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;eymerich-tome11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.eymerich-tome11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des regrets bientôt balayés ? Mi-mai 2017 (il y a donc… dix jours, au moment de la rédaction de ces lignes), un onzième tome est paru en Italie : &lt;strong&gt;Eymerich Risorge&lt;/strong&gt; (ce qui pourrait se traduire par &lt;strong&gt;La Résurrection d'Eymerich&lt;/strong&gt;). À en juger par le résumé, on y retrouve notre inquisiteur favori en 1374. Le pape Grégoire XI charge Eymerich d’enquêter au sujet d’un conseiller du roi d'Aragon, soupçonné d'hérésie et d'utilisation de la magie. &lt;span title=&quot;Il frate domenicano intraprende una spedizione che lo porta dalla Provenza alle Alpi piemontesi, zone in cui prospera l'esecrata chiesa valdese.&quot;&gt;Voilà qui emmène l’inquisiteur de la Provence aux Alpes piémontaises, un trajet parsemé d’apparitions célestes inquiétantes. En parallèle, on retrouve Marcus Frullifer et des extraits de L’Évangile de la lune, ouvrage écrit dans un futur distant — probablement en lien avec &lt;strong&gt;L’Évangile selon Eymerich&lt;/strong&gt;. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;span title=&quot;Il frate domenicano intraprende una spedizione che lo porta dalla Provenza alle Alpi piemontesi, zone in cui prospera l'esecrata chiesa valdese.&quot;&gt;Impatience nous sommes…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 21 mai 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/05/22/Journal-d-un-homme-des-bois-21-05-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 21 mai 2017" />
      <id>urn:md5:5b0e513bb3ab2df2286d3a86d6b4a116</id>
      <published>2017-05-22T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-05-22T14:02:25+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170521-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170521-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où, un mois après sa publication de l'album, Francis Valéry fait le point sur l'expérience &lt;a href=&quot;https://theyamaotokoproject.bandcamp.com/releases&quot;&gt;Kogarashi&lt;/a&gt;, son déroulement et ses retombées…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a tout juste un mois était lancée l’expérience &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;. Le temps est venu de faire un premier point sur son déroulement et ses retombées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Petit rappel&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt; est un CD proposant treize pièces de musique électronique ou électro-acoustique, composées pour l’essentiel au cours des deux dernières années, enregistrées ou réenregistrées en début de cette année. Ce CD a été totalement autoproduit, de son enregistrement à sa fabrication. L’expérience en elle-même consistait à «&amp;nbsp;tester&amp;nbsp;» une possibilité de diffusion d’une réalisation culturelle, en-dehors de tout circuit commercial et sur la base d’une offre gratuite – tout en laissant à l’auditeur la possibilité de contribuer à la faisabilité financière de cette expérience. En clair&amp;nbsp;: je vous offre un CD (même l’envoi est à mes frais), libre à vous de l’écouter ou pas, de l’apprécier ou pas, d’avoir envie ou pas d’aider à ce que l’expérience puisse se poursuivre&amp;nbsp;: par exemple en m’indiquant des personnes qui pourraient être intéressées par un envoi aux mêmes conditions (CD gratuit et frais d’envoi à ma charge) et/ou en m’adressant une contribution financière d’un montant laissé à votre appréciation.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170422-koga.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170422-koga.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170422-koga_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’expérience a démarré à l’aide d’une petite cagnotte de 185€ qui a financé, dans un premier temps, la fabrication et l’envoi d’une cinquantaine de CD. Les participations financières adressées par quelques-uns des destinataires ont permis, jour après jour, de poursuivre l’expérience. Au final, c’est une centaine de CD qui a été fabriquée, à ce jour distribuée à quatre-vingt pourcents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Coût de la fabrication du CD&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
1 cakebox Verbatim de 100 CD vierges&amp;nbsp;: 23,32€&lt;br /&gt;
2 packs d’encre Epson&amp;nbsp;: 88,82€&lt;br /&gt;
1 pack de 100 pochettes transparentes&amp;nbsp;: 9,88€&lt;br /&gt;
1 pack de 100 étiquettes CD&amp;nbsp;: 13,00€&lt;br /&gt;
50 feuilles A4 180g&amp;nbsp;: environ 2,00€&lt;br /&gt;
200 feuilles A4 (courrier d’accompagnement)&amp;nbsp;: environ 2,00€&lt;br /&gt;
400 tirages n&amp;amp;b (encre toner)&amp;nbsp;: environ 8,00€&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un CD a été gravé d’une première version, avec 17 morceaux au lieu de 13, mais des redondances d’ordre esthétique m’ont conduit à éliminer quatre titres. Un premier CD avec le sommaire définitif a été conservé en tant que master pour mes archives. Une feuille avec 2 étiquettes a été utilisée à la fois pour tester le rendu de deux illustrations différentes et pour vérifier le calage de la maquette générale. On s’aperçoit que l’encre nécessaire à l’impression des étiquettes des CD représente à elle seule un peu plus de 60% du coût total&amp;nbsp;! Ce qui est tout à fait exorbitant mais je n’ai pas trouvé une meilleure solution. Le coût total a été de 147,02€ mais &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; ce sont donc seulement 98 CD qui ont été fabriqués pour la diffusion, au coût réel unitaire de 1,50€.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant les expéditions, un envoi en France coûte 1,42€ en écopli&amp;nbsp;; un envoi à l’étranger coûte 2,20€&amp;nbsp;; une enveloppe matelassée coûte 0,16€&amp;nbsp;; l’étiquette autocollante indiquant l’adresse est récupérée sur les feuilles d’impression du label du CD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Coût de la diffusion du CD&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
66 envois en France – soit 104,20€ (frais de port et enveloppe).&lt;br /&gt;
8 envois à l’étranger – soit 18,88€ (idem)&lt;br /&gt;
4 donnés «&amp;nbsp;de la main à la main&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce jour, 78 CD ont donc été diffusés&amp;nbsp;; il en reste 20.&lt;br /&gt;
Le coût de fabrication des 98 CD a été de&amp;nbsp;: 147,02€.&lt;br /&gt;
Les frais de diffusion pour 78 CD ont été de&amp;nbsp;: 123,08€.&lt;br /&gt;
Total des frais engagés&amp;nbsp;: 270,10€.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les jours qui ont suivi l’envoi du CD, onze personnes se sont manifestées d’une manière ou d’un autre – j’y reviendrai. Une personne à qui le CD a été donné a envoyé un message quelques heures plus tard, après l’avoir écouté. Enfin, quelqu’un a demandé à recevoir le CD suite à sa mention dans le &lt;em&gt;Journal d’un Homme des Bois&lt;/em&gt;, mon blog au Bélial’.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi les onze personnes ayant réagi aux envois initiaux, deux m’ont suggéré des envois additionnels – à trois personnes, en tout. Une a écrit &lt;a href=&quot;https://loursdanseur.redux.online/kogarashi-un-beau-cd-libre-et-gratuit-de-francis-valery/&quot;&gt; un article de présentation du CD plutôt élogieux &lt;/a&gt; sur son propre blog – merci, Léo&amp;nbsp;! Et enfin six ont envoyé une aide financière – cinq donations totalisant 148€ ont permis de «&amp;nbsp;récupérer&amp;nbsp;» une partie des frais engagés (pour rappel&amp;nbsp;: 270€)&amp;nbsp;; un sixième donateur extrêmement généreux m’a fait parvenir 185€&amp;nbsp;: une somme égale à celle qui était disponible pour lancer l’opération &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;, et cela dans le but de permettre de lancer le prochain CD, dans les mêmes conditions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le cadre d’une comptabilité globale, en totalisant les six donations, on atteint la somme de 333€ – soit un remboursement complet des frais engagés à ce jour et un début de cagnotte de 63€ pour la suite. Et il reste encore 20 exemplaires du CD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En conclusion, bien que le nombre de réactions soit relativement limité – 11 retours pour 68 exemplaires diffusés – il me semble que l’on peut tout de même considérer l’opération &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt; comme raisonnablement réussie, ne serait-ce que sur le plan financier. Le but n’étant pas de gagner de l’argent mais simplement d’atteindre une forme d’autofinancement afin de continuer de diffuser ma musique de manière gratuite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, sachez qu’il n’est pas trop tard pour recevoir – sur simple demande à &lt;a href=&quot;mailto:terreprofonde33@gmail.com&quot;&gt;terreprofonde33@gmail.com&lt;/a&gt; – un exemplaire de &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;, le CD. Si vous êtes un pur et dur de la dématérialisation, vous pouvez vous rendre sur &lt;a href=&quot;https://theyamaotokoproject.bandcamp.com/releases&quot;&gt; theyamaotokoproject.bandcamp.com &lt;/a&gt; pour une écoute gratuite des treize morceaux qui figurent sur &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt; ou même, soyons fou, pour un achat de l’ensemble à tout petit prix. Vous allez me dire&amp;nbsp;: pourquoi payer ce que l’on peut obtenir gratuitement&amp;nbsp;? Peut-être pour la même raison que l’on peut envoyer une petite contribution après avoir reçu quelque chose pour lequel on ne vous demande rien&amp;nbsp;: simplement pour que certaines choses existent et continuent d’exister&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1036323718/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=e99708/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 886px;&quot;&gt;KOGARASHI by The Yama Otoko Project&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;PS&amp;nbsp;: j’oubliais, pour une raison que j’ignore, je ne peux plus accéder à ma boîte mail habituelle et je n’arrive pas à entrer en contact avec le fournisseur, donc merci de ne plus utiliser l’adresse&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:francis.valery@mail.be&quot;&gt;francis.valery@mail.be&lt;/a&gt; car votre mail ne me parviendrait pas.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Thierry Di Rollo, guide de lecture</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/05/16/Thierry-Di-Rollo-guide-de-lecture" rel="alternate" type="text/html" title="Thierry Di Rollo, guide de lecture" />
      <id>urn:md5:027f79a42938407f9eb485a96fb6a739</id>
      <published>2017-05-16T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-05-16T10:23:10+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour accompagner la parution du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/thierry-di-rollo/le-temps-de-palanquine&quot;&gt;Temps de Palanquine&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, treizième roman de &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/thierry-di-rollo/&quot;&gt;Thierry Di Rollo&lt;/a&gt; et huitième à paraître au Bélial', voici un guide de lecture rassemblant les critiques des romans de notre auteur parues au fil des numéros de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt;, manière de témoignage de la constance qualitative et thématique d'une œuvre…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-number9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-number9.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Number Nine&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Vous aimez l'horreur gratuite et cradingue et vous n'êtes pas trop regardant quant à l'intrigue et surtout pas vis à vis de la vraisemblance scientifique&amp;nbsp;: jetez-vous sur ce roman&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Number Nine&lt;/strong&gt; fut précédé d'une réputation élogieuse&amp;nbsp;: un futur dystopique – imaginez que toutes les centrales atomiques françaises nous fassent leur petit Tchernobyl les unes après les autres… Fatiguées de déporter les populations irradiées (toujours selon le modèle russe), les autorités françaises se sont contentées de les cantonner sur leurs lieux d'habitation en attendant que les victimes crèvent à petit feu. L'histoire de &lt;strong&gt;Number Nine&lt;/strong&gt; commence à la question, que va-t-on bien pouvoir faire des corps&amp;nbsp;? Et là, les choses se gâtent…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Brûlez un corps irradié et vous obtiendrez des cendres et des poussières radioactives aussi nocives, aimablement dispersées par le vent. À éviter. Faites bouffer le même corps par un gros chien et vous obtiendrez un gros chien radioactif, de l'urine, des crottes et des poils radioactifs. Pas terrible non plus. Mais si un ingénieur généticien avait le pouvoir de créer un être capable de supprimer la radioactivité (par quel miracle digestif&amp;nbsp;???), le problème des irradiés ne se poserait simplement pas. Voici donc la solution…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La vraisemblance scientifique étant définitivement exclue de notre propos, reste l'intérêt de la fable elle-même. Passons sur la peinture assez rapide de l'état-nation déliquescent, (chômage quasi général, inflation galopante, perversité des élites, crimes et trafics impunis…). S'improvisant maître-chien-nécrophage, le héros plaque son boulot à la première occasion pour les beaux yeux d'une inconnue sans l'ombre d'une hésitation… Laquelle inconnue a pour talent principal la castration de ses amants, nombreux évidemment (trois, quatre&amp;nbsp;?). Très persuasive, elle est capable d'obtenir d'un ingénieur en manipulation génétique une bestiole sur mesure valant plusieurs millions de dollars, simplement en échange de ses charmes (incroyable ce que l'on arrive à faire avec quelques formes raisonnablement proportionnées). Ainsi voilà donc pour l'histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Number Nine &lt;/strong&gt;est une déception. Un autre de ces épanchements cathartiques identifiables dès les premières descriptions d'une société enfermée dans des faux choix («&amp;nbsp;brûlé ou dévoré&amp;nbsp;»), confirmé par la passivité absolue du héros manœuvrable à merci, définitivement entériné par la première fellation castratrice – un fantasme si évident qu'il en deviendrait presque le stigmate naturel de ce genre de récit. Mais &lt;strong&gt;Number Nine&lt;/strong&gt; est aussi le premier roman d'un jeune &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thierry-di-rollo/&quot;&gt;auteur&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: toute cette énergie, cette force mieux dirigée et no aveuglée par un pessimisme de surface aurait pu frapper là où ça aurait vraiment fait mal. Cela viendra peut-être…&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/david-sice/&quot;&gt;David Sicé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-6&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;6&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-profondeur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-profondeur.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;La Profondeur des tombes&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Profondeur des tombes&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Attention à la chute&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un futur proche où le pétrole et ses dérivés ne sont plus qu'un souvenir, l'Europe s'enfonce peu à peu dans les ténèbres des mines de charbon exploitées en dépit du bon sens. Dans ce décor où la «&amp;nbsp;nuit claire&amp;nbsp;» a remplacé le jour et où le froid règne sans maître sur la «&amp;nbsp;nuit noire&amp;nbsp;», Forrest Pennbaker est porion. Il travaille à la mine de CorneyGround et, quand il ne travaille pas, il s'occupe de sa fille CloseLip, une réplicante qui tombe littéralement en pièces détachées. Son existence pourrait continuer de la sorte jusqu'à son ultime soupir, mais justement, un terrible secret est lié au susdit soupir. Alors qu'il était adolescent, Forrest a vu la Mort enlever un des pêcheurs du lac au bord duquel il a grandi. Cette Mort possédait un corps hideux, mais surtout la voix et les yeux de sa mère, emportée quelques années auparavant par le cancer&amp;nbsp;; cette incarnation de la Faucheuse lui a alors parlé de «&amp;nbsp;la profondeur des tombes&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour retrouver la trace de son amour d'enfance, Debbie, mais aussi pour comprendre de quel fil sera tissée l'étoffe de son avenir, Forrest va quitter CorneyGround avec sa fille rangée dans une valise. Ensemble, ils vont se rendre dans l'U-Zone, une zone de non-droit où réside Bartolbi, l'éleveur de hyènes, un homme qui peut probablement l'aider.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un sous-fifre broyé par un système socio-économique qu'il va bientôt fuir à défaut de pouvoir le détruire, un futur d'une noirceur à faire passer Brazil pour une comédie de Capra, une ménagerie insensée (hippo cloné, âne capable de boire de l'eau pourrie, buffle colérique – vingt-neuf morts au compteur –, hyènes, singes cherchant un nouveau roi), une arme de poing appelée Royster, de la violence sèche comme un désert, du sexe qui sent la misère pour ne pas dire la merde. Il n'y a pas de doute possible&amp;nbsp;: nous sommes chez &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thierry-di-rollo/&quot;&gt;Thierry Di Rollo&lt;/a&gt;, auteur de quatre romans plus noirs et désespérés les uns que les autres. Désespérés, certes, mais humains et surtout d'une étonnante profondeur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Di Rollo a commencé sa carrière avec quelques nouvelles remarquées avant de passer au roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/number-nine&quot;&gt;Number Nine&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Archeur &lt;/strong&gt;chez Encrage, deux œuvres franchement intéressantes, inabouties à n'en point douter mais dans lesquelles germaient déjà le soufre et l'acide du diptyque &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thierry-di-rollo/la-lumiere-des-morts&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Lumière des morts&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;/&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thierry-di-rollo/la-profondeur-des-tombes&quot;&gt;La Profondeur des tombes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Diptyque&amp;nbsp;? Oui, car il semble évident que ces deux romans sont liés, au moins au niveau des thèmes qu'ils brassent, mais aussi sur le plan du style&amp;nbsp;: narration nerveuse entrecoupée de flash-backs en fondus enchaînés, construction en deux parties («&amp;nbsp;résignation&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;rébellion&amp;nbsp;»). Au début de sa carrière, Di Rollo écrivait sous influence&amp;nbsp;; il y avait du Pierre Pelot et du Philip K. Dick dans ses romans. Cette époque est révolue, mais, revers de la médaille, pour ceux qui ont lu ses précédents romans, &lt;strong&gt; La Profondeur des tombes&lt;/strong&gt; sonne parfois comme une autocaricature&amp;nbsp;; un peu comme quand de Palma nous fait pour la huitième fois le coup de la fusillade au ralenti toute en synchronicités. Mais au final, ce côté «&amp;nbsp;Di Rollo au carré&amp;nbsp;» est sans doute le seul reproche que l'on puisse faire à ce quatrième roman, car pour ce qui est du manque de crédibilité totale du monde futur décrit, il est clair que c'est voulu ou, du moins, que ce n'est pas le propos (&lt;strong&gt;La Profondeur des tombes&lt;/strong&gt; est une allégorie dont certains accents rappellent les chefs-d'œuvre écolo-cyniques de Ballard, &lt;strong&gt;Le Vent de nulle part&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt; La Forêt de cristal&lt;/strong&gt;). Quant aux qualités du livre – court et percutant, tout le contraire de la nouvelle science-fiction américaine – elles sont légion&amp;nbsp;: écriture au scalpel, dialogues parfaits, rythme soutenu, bonne balance entre le suspense et l'action, descriptions courtes et allant à l'essentiel. Et puis il y a toutes ces trouvailles&amp;nbsp;: la cérémonie de l'ondoiement, les bras de CloseLip qui se déboîtent sans cesse, la République des Singes…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Di Rollo est arrivé à sa pleine et entière maturité littéraire. Ne reste donc plus qu'à attendre son chef-d'œuvre&amp;nbsp;: un roman ne mettant pas en scène un homme broyé par un système et sur le point de tracer SA route&amp;nbsp;; un livre où il n'y aurait pas de buffles, autruches, rhinocéros, lions dégénérés et autres chiens biomodifiés, généticotripatouillés. Histoire de patienter, allongez-vous gaiement dans cette profondeur des tombes, vous n'y trouverez aucun repos. Et si vous n'avez jamais lu de roman de Di Rollo, préparez-vous à un choc&amp;nbsp;: il est des trous où la terre tremble plus qu'ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/cid-vicious/&quot;&gt;Cid Vicious&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-33&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;33&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-meddik.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-meddik.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Meddik&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Il faut bien l'avouer&amp;nbsp;: Thierry Di Rollo n'a pas sa place dans le Paysage Imaginaire Français. Pas le moindre gobelin, aucun combat au sabre laser, rien de ce qui fait la richesse de nos genres préférés. On trouve bien quelques animaux&amp;nbsp;: chien (&lt;strong&gt;Number nine&lt;/strong&gt;), rhinocéros (&lt;strong&gt;La Lumière des morts&lt;/strong&gt;), hyène (&lt;strong&gt;La Profondeur des tombes&lt;/strong&gt;), et ici éléphant ou vautours, mais pas trace de licorne ou de loup. Pourtant, ne nous y trompons pas, si Di Rollo n'a rien compris aux «&amp;nbsp;attentes du marché, coco&amp;nbsp;», s'il ne nous propose pas de trilogie en six volumes de 500 pages la pièce, c'est pour nous offrir bien plus que cela&amp;nbsp;: un aller simple pour Humain-Land. Le matériau qu'il travaille, c'est les tripes. Celles de ses personnages – certains le lui reprocheront sûrement – et, surtout, les siennes. Ses livres sont remplis de son cœur, de son sang, et nous ouvrent les portes d'univers entiers. Et, qu'on le veuille ou non, il y a bien plus de noir dans l'univers que d'étoiles qui brillent. Alors oui, les romans de Di Rollo sont noirs, et celui-ci peut-être encore plus que les autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l'on pouvait trouver quelques excuses aux atrocités perpétrées par les «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;» meurtris des précédents ouvrages, John Stolker, personnage principal de &lt;strong&gt;Meddik&lt;/strong&gt; n'a, lui, aucune circonstance atténuante. Pas même la drogue, qu'il consomme à outrance. Fils d'un Juste, la caste dominante sur Terre, vivant dans un immeuble de plus de trois cents étages surplombant Grande-Ville, Stolker est rongé par la haine. Haine de son père, Blöm (Blöm Stolker/Bram Stoker&amp;nbsp;: le père comme vampire&amp;nbsp;?), tout-puissant dirigeant de la Gormac, n'hésitant pas à tuer des enfants lors de l'essai d'un prototype. Haine de la religion qu'on tente de lui enfoncer dans le crâne à coups de phrases toutes faites. Haine de ce qu'il deviendra s'il reste dans le quartier des Justes. La haine jusqu'à l'amour (ses «&amp;nbsp;amis&amp;nbsp;» Susie et Roman). La haine jusqu'à la mort. Après un premier meurtre, Stolker fuit le quartier protégé, pour plonger dans Grande-Ville, cité survolée par d'immenses vautours mutants prêts à emporter quiconque sortirait à découvert ou serait tué dans les combats d'une bien mystérieuse guérilla. Il peut alors laisser ses instincts meurtriers s'exprimer et rencontre, grâce à la drogue, l'éléphant géant qui sera son guide et son protecteur&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Meddik &lt;/strong&gt;(Meddik/Merrick&amp;nbsp;: &lt;em&gt;elephant man&lt;/em&gt;, l'autre visage de Stolker, monstre au cœur tendre&amp;nbsp;? Meddik/Mais Dick&amp;nbsp;: hommage au maître&amp;nbsp;?…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ces quelques lignes ne suffiront jamais à rendre compte de l'extrême richesse du roman écrit par Di Rollo. Il radicalise encore sa démarche artistique, non seulement dans l'horreur, mais également dans la construction de son récit, faisant de l'ellipse et de la métaphore des armes de dissection massive. Chaque fois que l'on croit percevoir ses intentions, il se dégage d'une pirouette et nous entraîne sur une autre voie. Ainsi &lt;strong&gt;Meddik &lt;/strong&gt;est/n'est pas&amp;nbsp;: un roman de S-F politique, une histoire d'amour, un pamphlet anti-religieux, un cri de rage, une ode à l'humain… Non, décidément, Thierry Di Rollo n'a rien à faire dans le PIF. C'est un écrivain. Un grand écrivain, auteur d'une œuvre exigeante dont je ne pourrais me passer.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/pascal-godbillon/&quot;&gt;Pascal Godbillon&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-39&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;39&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-orvil.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-orvil.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Les Trois Reliques d’Orvil Fisher&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Décidément, Di Rollo ne fait rien pour convaincre ses détracteurs de changer d'avis. Ceux-là ne verront dans son dernier roman qu'un western post-apocalyptique privilégiant banalement la violence extrême qui, il est vrai, semble sa marque de fabrique. Erreur grave. La catégorie «&amp;nbsp;drame métaphysique&amp;nbsp;», si d'aventure elle existait, rendrait mieux compte, sans toutefois en épuiser la richesse, de l'histoire contée par l'enfant terrible de la S-F française.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Simplicité confondante des phrases (tant au plan stylistique que descriptif), pureté et linéarité de l'action, construction classique – l'apparence du roman pourrait laisser une impression de bâclage à un lecteur pressé. Mais ne nous y trompons pas. La sécheresse, la rusticité de l'écriture sert à merveille le propos. De fait, Di Rollo renouvelle la dimension tragique de son œuvre à partir du matériau le moins noble qui soit, presque le plus abondamment travaillé&amp;nbsp;: ici, une banale histoire, mille et mille fois réécrite, de vengeance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La terre, futur proche. Le désert croît, l'eau est devenue un bien aussi précieux que le diamant. Abandonné de son père, Orvil Fisher grandit à Lucité, dans un bloc miséreux rendu plus sinistre encore par le grand froid et les ténèbres de la pollution. Un soir, il assiste, impuissant, au massacre de ses grands-parents par un sniper (scène d'anthologie) qu'il va tenter à tout prix de retrouver. Ayant fait l'apprentissage de la douleur, puis du meurtre, il deviendra lui-même un tueur et éliminera, sans la moindre pitié, tous ceux qui se dresseront sur sa route. Est-ce tout&amp;nbsp;? Orvil Fisher l'orphelin&amp;nbsp;? Oui. Car il y a, dans ce personnage qui semble incarner quelque fatalité à laquelle nul ne peut échapper, une sorte d'ange exterminateur dont l'essence paraît s'être concentrée sous l'apparence d'un homme banal, ressemblant à tout le monde&amp;nbsp;: désespéré et ignorant, en quête de sens, de réponses, de leçons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Avez-vous appris au moins quelque chose&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» répète inlassablement la girafe Kinjie. En guise de leçon, Orvil pour sa part délivre un savoir qui fait de lui un maître invisible et secret, au service de la mort mystérieuse. «&amp;nbsp;Il y a peut-être un sens à la vie, et ce sens, c'est la mort qui le lui donne.&amp;nbsp;» Incapable d'éprouver ni joies ni remords, qu'il s'agisse de tuer un animal, un inconnu ou un camarade, il avance de place en place livré à lui-même (à ses démons), cherchant une transcendance dans le mal alors qu'il devine peut-être ne pouvoir la trouver que dans sa propre mort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comment peuvent vivre un homme, un peuple qui ne croient plus en rien&amp;nbsp;? Qu'est-ce qui les fait continuer&amp;nbsp;? C'est sans doute cette fatidique absence divine, la disparition de Dieu qu'interrogeait déjà Di Rollo dans &lt;strong&gt;Meddik&lt;/strong&gt;, qui a condamné l'homme à l'errance, et la terre à la sécheresse, et la nature à la tristesse, et l'âme à tenter de saisir un bonheur frelaté dans les paradis délétères de la K. Beckin ou de l'arène&amp;nbsp;; c'est cette absence qui a provoqué tous ces meurtres, remarquables (et cependant banals dans leur atroce mécanicité) ou absolument insignifiants. Orvil, comme les autres, s'ennuie. Et les jeux stupides qu'il s'invente le distraient. Tuer, oui&amp;nbsp;: pour tuer l'ennui, pour tuer l'absence de sens. Car «&amp;nbsp;il n'y a pas de sens […] juste un but&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette liberté absolue de l'homme en proie à l'absurdité, Orvil tente de s'en convaincre – sans toutefois jamais parvenir à se libérer de la servitude que sa Némésis lui a volontairement choisie. Un but&amp;nbsp;? Orvil Fisher reste au fond la pitoyable marionnette de Milestone, le sniper. De la même façon, le sniper, machiavélique, tient d'étranges propos au tueur qui veut le liquider, en soulignant que lui seul, Milestone, en épousant la loi d'airain du déterminisme, est parfaitement libre face à des événements comme la vie et la mort où tous les hommes jouent le même pathétique rôle, répètent les mêmes phrases vides de sens, vont jusqu'à reproduire les mêmes gestes de désespoir qui jamais ne les sauveront.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, pas plus l'un que l'autre n'est libre. Dépourvu de rêves, d'espoirs, de liens, de failles ou de sentiments, (s'ils en possèdent, l'auteur ne les révèle pas), les deux tueurs ne vivent jamais vraiment, ils survivent. Rien ne vient à bout de ces ombres, qui semblent ne plus éprouver de douleur, dont la présence au monde est incertaine. Si bien que leur liberté fausse est battue en brèche par celle, pourtant aussi risiblement contrainte, des taureaux mutants sacrifiés dans l'arène ou des girafes qui, l'espace d'un instant ineffable, remplissent l'existence spectrale d'Orvil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La vision de ces animaux sauvages, qui traverse toute l'œuvre de Di Rollo, ne laisse pas d'intriguer. Il faut prendre un tel bestiaire comme symbole. Les animaux (donc les symboles) parlent à l'homme, qui ne les comprend pas – ou plus. Par l'arche du roman, Di Rollo semble essayer de sauver quelque chose de l'homme – des signes, des affects, des histoires – face au néant qui menace, face à la défaite de l'intelligence et de la vie. Avez-vous appris au moins quelque chose&amp;nbsp;? Raconter. Se raconter. C'est pourquoi, ironiquement, le roman se résout à la manière d'une fable, certes tragique. La tragédie humaine selon Di Rollo, ce serait peut-être cela&amp;nbsp;: avoir inventé le bien, le mal&amp;nbsp;; en avoir perdu la signification ou n'en conserver que quelques traces devenues indéchiffrables.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sam-lermite/&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-46&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;46&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-cendres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-cendres.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Cendres&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Derrière une couverture dont on peut dire beaucoup de choses, mais certainement pas qu'elle est hors sujet ou qu'elle manque d'ambition, se cache le premier recueil de nouvelles de Thierry Di Rollo, auteur lyonnais mais qu'on verrait plutôt rescapé d'un pays qui, ces cent dernières années, a connu plus de périodes de guerre/famine/peste que le reste du monde réuni – un auteur bien connu des lecteurs de &lt;em&gt;Bifrost &lt;/em&gt;et dont le septième roman, &lt;strong&gt;Le Syndrome de l'éléphant&lt;/strong&gt;, paraîtra en mai 2008 aux éditions Denoël en littérature générale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sept romans, un petit recueil – de la noirceur&amp;nbsp;; de la violence&amp;nbsp;; de la concision&amp;nbsp;; du sexe mais pas d'amour&amp;nbsp;; de l'amour, parfois, mais toujours chargé d'une folie brûlante –, Thierry Di Rollo a maintenant, et indéniablement, ce qu'on appelle une œuvre. Pour ceux qui ont le courage de s'y frotter, ce corpus ne fait jamais long feu&amp;nbsp;; cohérent, ses éclats de plomb fondu nous traversent en biais, le plus souvent de l'estomac (d'abord) à la cervelle (enfin).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les quatre nouvelles de &lt;strong&gt;Cendres&lt;/strong&gt; s'intègrent parfaitement à l'œuvre dirollienne… que ce soit l'histoire du réfugié Renaud né «&amp;nbsp;À l'époque où les maris pouvaient encore assister à l'accouchement&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; que ce soit celle de cet homme qui, blessé/brisé pour d'obscures raisons politiques, rêve de papillons jaunes&amp;nbsp;; ou cette jeune fille prisonnière d'un pseudo-comte Zaroff qui ne supporte pas l'odeur des menstrues&amp;nbsp;; ou, enfin, celle de ce manipulateur temporel obsédé par la chanson des Beatles &lt;em&gt;Eleanor Rigby&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce recueil est par conséquent une très bonne porte d'entrée pour découvrir l'œuvre de Thierry Di Rollo, un apéro sang et encre, nappé de cendres – du rouge, du gris, du noir, dont le papillon est le contrepoint parfait car jaune. &lt;strong&gt;Cendres&lt;/strong&gt; vaut donc un coup d'œil, et sans doute plus. Cependant, à titre personnel, je conseillerais plutôt le plat de résistance&amp;nbsp;: le diptyque &lt;strong&gt;La Lumière des morts&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;La Profondeur des tombes&lt;/strong&gt; (Le Bélial', disponibles en poche chez Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;»)… car quand on souhaite voir la guerre/famine/peste, les vraies, le plus simple c'est encore de sauter en parachute au beau milieu.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-50&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;50&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-syndrome.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-syndrome.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Le Syndrome de l’éléphant&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Après avoir publié ses deux premiers romans chez Encrage (&lt;strong&gt;Number nine&lt;/strong&gt;, 1997, et &lt;strong&gt;Archeur&lt;/strong&gt;, 1998), puis les quatre suivants aux éditions du Bélial' (&lt;strong&gt;La Lumière des morts&lt;/strong&gt;, 2002, &lt;strong&gt;La Profondeur des tombes&lt;/strong&gt;, 2003, &lt;strong&gt;Meddik&lt;/strong&gt;, 2005, et &lt;strong&gt;Les Trois reliques d'Orvil Fisher&lt;/strong&gt;, 2007 – les trois premiers titres publiés au Bélial' ayant été réédités en poche chez Folio «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;»), &lt;strong&gt;Le Syndrome de l'éléphant&lt;/strong&gt;, septième roman de Thierry Di Rollo, paraît donc chez Denoël, dans la collection «&amp;nbsp;Romans français&amp;nbsp;» (avec une jaquette de couverture typée thriller).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On entend et lit souvent à propos de Di Rollo, notamment dans les pages de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, que cet auteur a un talent considérable, un talent qui pourrait bien faire de lui le talent de la S-F française… C'est vrai, sans doute, à condition que Di Rollo daigne enfin mettre ses capacités au service d'une histoire. Une vraie. Avec des personnages. Des vrais gens qui vivent autre chose que l'éternel descente aux Enfers que leur inflige leur géniteur à longueur de romans – comme ici, une fois encore, avec ce &lt;strong&gt;Syndrome de l'éléphant&lt;/strong&gt; et Launey, son perso principal, looser congénital affublé d'un don qui ne lui appartient pas, héros (?) «&amp;nbsp;programmé&amp;nbsp;» pour merder jusqu'au bout… Et c'est d'autant plus frustrant que ce bougre de Di Rollo y est déjà presque parvenu à deux reprises avec le diptyque La Lumière des morts/La Profondeur des tombes, deux romans qui relèvent tout de même de la méchante claque littéraire pour tout lecteur normalement constitué.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La «&amp;nbsp;méthode&amp;nbsp;» Di Rollo est simple. Prenez un personnage, n'importe lequel pourvu que ce soit un homme, et brisez-le à longueur de pages sur l'angle aigu d'un système (par définition rigide et donc inhumain), n'importe lequel, politique, social, mental (vous pouvez les mélanger, c'est encore mieux). Tel est l'enfer selon Saint Di Rollo. Peu importe le décor. Et il faut dire que c'est sacrément effrayant (et glauque), parce que le bonhomme a effectivement un talent considérable, tant au niveau de la finesse de la caractérisation de son héros que du style, imparable, aiguisé comme un scalpel… Ça marche, donc, mais ça marche une fois. Je ne connais pour ainsi dire personne qui n'ait pas été frappé à la lecture de son premier Di Rollo (à l'exclusion peut-être de &lt;strong&gt;Meddik&lt;/strong&gt;, plus ambitieux mais aussi plus hermétique). Puis moins frappé au second roman, et moins encore au troisième. D'autant que sur ses deux derniers bouquins, Di Rollo va de plus en plus vers l'épure et des livres extrêmement (trop&amp;nbsp;?) courts, la «&amp;nbsp;méthode&amp;nbsp;» se muant en «&amp;nbsp;système&amp;nbsp;». Dommage, encore une fois. On se prend à rêver à un roman de Di Rollo où le «&amp;nbsp;système&amp;nbsp;» se trouverait parfaitement intégré dans un background narratif aussi ciselé que l'est le style de l'auteur, une histoire inscrite dans un monde charpenté (et pas un simple prétexte, rouage de la machine à briser du «&amp;nbsp;système&amp;nbsp;»), nourrie d'horizons d'attentes, de retournements narratifs, de la possibilité, même mince, d'une échappatoire, quelque chose qui, en somme, pourrait s'apparenter à… un scénario. Ne doutons pas que ce livre-là ferait grand bruit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour en revenir au &lt;strong&gt;Syndrome de l'éléphant&lt;/strong&gt;, voilà un bouquin qui pourrait bien secouer le petit monde de la littérature blanche, puisque publié dans une collection hors genres. Il devrait donc toucher des gens qui ne connaissent pas Di Rollo. Ceux-là seront ébranlés, n'en doutons pas, car il y a de quoi. Pour les autres, ils reliront &lt;strong&gt;La Lumière des morts&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;La Profondeur des tombes&lt;/strong&gt;, et attendront le prochain roman de l'auteur en espérant qu'il apportera la preuve, enfin, que Di Rollo est bien le talent de la S-F française.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Olivier Girard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-51&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;51&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-bankgreen.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-bankgreen.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Bankgreen&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Après sept romans, deux recueils de nouvelles et plus de vingt ans d’écriture, &lt;strong&gt;Bankgreen&lt;/strong&gt; marque une évolution importante dans la carrière de Thierry Di Rollo. Après la science-fiction, le fantastique et le roman noir (lorsque vous lirez ces lignes sera paru son second polar et premier «&amp;nbsp;Série Noire&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;Préparer l’enfer&lt;/strong&gt;), il s’attaque ici pour la première fois à la fantasy, et le résultat est tout à fait étonnant, car sa manière d’aborder le genre est très différente de son approche de la S-F. Alors que dans un cas, en fin connaisseur du genre, il lui suffisait d’un roman à l’autre de recycler les mêmes tropes pour donner corps à ses visions d’avenir, ici au contraire il fait montre d’une candeur inattendue et ignore tous les poncifs propres à la fantasy, donnant ainsi naissance à un univers aussi unique que riche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi les nombreux personnages qui habitent ce roman, le premier d’entre eux est Bankgreen, monde sauvage, immense, partagé entre un continent unique – Pangée – et une mer en grande partie inexplorée – GrandEau. Y cohabitent plus ou moins bien (plutôt moins) plusieurs races&amp;nbsp;: les Digtères et les Arfans, les deux principales cultures à s’y être développées, en constante rivalité&amp;nbsp;; les Shores, esclaves consentants des deux autres peuples&amp;nbsp;; les Katémens qui, pour ne pas subir le même sort, se sont réfugiés à bord du Nomoron, navire à la fois fabuleux et cauchemardesque – comme si les sept cercles de l’Enfer de Dante avaient trouvé refuge dans les cales du Nauti-lus – sillonnant GrandEau&amp;nbsp;; les énigmatiques êmuls qui ont accompagné les Katémens dans leur exil maritime&amp;nbsp;; et les Runes, aussi vieilles que le monde lui-même, observant et manipulant sans cesse tout ce petit monde. A cela s’ajoutent une faune et une flore des plus exotiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a Mordred, le dernier des va-raniers, un être que beaucoup croient im-mortel sous l’armure qu’il ne quitte jamais, arpentant sans relâche ce monde qui n’est pas tout à fait le sien, semant dans son sillage chaos et destruction. Mordred a le pouvoir de savoir comment ceux qu’il croise vont mourir, et ce n’est jamais de manière paisi-ble.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sur Bankgreen, tout a une raison&amp;nbsp;», répètent à l’envi ses habitants. Il est vrai que le hasard tient peu de place dans les évènements qui nous sont décrits. L’intrigue déroule un plan minutieusement élaboré, dont les ramifications s’étendent sur près de deux siècles, et où la plupart des protagonistes jouent leur partition sans être conscient des réels enjeux en cours. Le roman raconte la fin d’un cycle, à l’échelle de la planète, et l’histoire de ceux qui l’ont mené à son terme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La mort est omniprésente dans &lt;strong&gt;Bankgreen&lt;/strong&gt;. Brutale le plus souvent, subite, inévitable. «&amp;nbsp;La mort répond à la première et à la dernière des logiques, celle de la nécessité.&amp;nbsp;» Mais c’est toujours à son aune que chaque personnage définit ce qu’est sa vie. Et pour chacun elle revêt une signification différente&amp;nbsp;: paradoxale pour Mordred, issu d’une race de quasi immortels et pourtant dernier de ses représentants&amp;nbsp;; absurde pour les membres de l’escorte initiatique qui l’accompagne, obligés de s’entretuer afin que le dernier d’entre eux puisse connaître un sort tout aussi funeste&amp;nbsp;; source inépuisable de haine pour Niobo, l’enfant que Mordred a pris sous son aile après avoir tué ses parents&amp;nbsp;; obsédante pour Silmar, le capitaine du Nomoron, qui a pourtant encore plusieurs siècles devant lui. Des Shores qui s’épuisent dans les mines aux Runes dont la longévité ne se mesure pas, les habitants de Bankgreen ne sont pas plus égaux devant la mort que devant la vie, et chaque espèce vit dans un rapport au temps différent. Mais pour tous le temps avance, celui des changements proches et irréversibles. Sur Bankgreen, tout a une raison, parce que tout a une fin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par-delà la noirceur de &lt;strong&gt;Bankgreen&lt;/strong&gt;, on éprouve pourtant une véritable jubilation à sa lecture. En creux, le roman est aussi une ode à la vie, dans toute sa variété et sa luxuriance. D’une écriture toujours aussi précise et affutée, Thierry Di Rollo nous donne à voir un monde d’une incroyable richesse, sauvage et envoutant. Plus qu’un simple cadre aux aventures qui s’y déroulent, il est le personnage central du roman, en même temps que le terrain de jeu idéal pour permettre au romancier de déployer tous ses talents. Je serais surpris que cette rencontre s’arrête là.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-62&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;62&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-preparer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-preparer.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Préparer l’enfer&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;2022. Le jour du second tour de l’élection présidentielle, un clochard est assassiné sous l’œil de HyperOpsis, le système omniscient (mais pas encore omnipotent) de vidéosurveillance hexagonal. Dépêché sur le lieu du crime, Louran arrête le meurtrier. Les mains dans les poches de son long parka, l’air narquois, celui-ci toise le policier et le crispe d’entrée par sa désinvolture. Tout semble trop théâtral. La mise en scène de l’assassinat, l’absence de résistance du meurtrier… Louran n’est pas tranquille. Emmené au poste, le tueur avoue tout et plus encore. Il s’appelle Mornau. Il parle de son enfance, de ses motivations intimes, de son cheminement au sein du Franc, parti du candidat en tête des sondages pour l’élection. Et les aveux se muent en confession sur fond de résultat électoral.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bonne nouvelle pour l’amateur de roman noir. Avec &lt;strong&gt;L’Honorable société&lt;/strong&gt;, quatre mains conjuguant les talents de Dominique Manotti &amp;amp; DOA, et &lt;strong&gt;Préparer l’enfer&lt;/strong&gt; de Thierry Di Rollo, la collection «&amp;nbsp;Série noire&amp;nbsp;» réinvestit un genre, longtemps délaissé au profit des sirènes du thriller plan-plan. Coïncidence ou synchronicité, les deux livres auscultent le cadavre pourrissant de notre démocratie, proposant une lecture salutaire, mais sans concession, des mœurs et pratiques contemporaines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même si &lt;strong&gt;Préparer l’enfer&lt;/strong&gt; conjugue les ressorts du roman noir et de l’anticipation, l’atmosphère semble procéder davantage du premier genre. Au-delà des querelles de chapelle, ce roman court, âpre, à la narration sèche, quasi comportementaliste, adresse comme un avertissement. En effet, nul ne peut ignorer que le malaise est patent en France, un constat concernant la démocratie en général. Un mal diffus, insidieux, gangrenant les mentalités, les solidarités, le bien commun.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Spéculant sur les symptômes actuels, l’auteur français élabore un concept troublant de vraisemblance, celui de démocratie ajustée. Un concept résumé ainsi par Mornau&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;réduire les libertés progressivement et, en même temps, ne jamais compromettre l’esprit de contestation, le laisser vivre pleinement. Les masses laborieuses, ou plutôt ce qu’il en reste, continuent de protester, de réclamer le maintien de leurs droits, sans se rendre compte un seul instant que ces mêmes droits s’amenuisent par petites touches, à la faveur de réformes a priori indépendantes, mais finalement conjuguées. Réduire la liberté, donner l’illusion qu’elle est intacte parce qu’on peut encore se battre pour la conserver, lier ce bouillonnement social avec la coercition et la culture de la peur. Et la paranoïa sécuritaire. Vous comprenez&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne sait si Thierry Di Rollo a lu Christian Salmont, Edward Bernays et Noam Chomsky, ou s’il est juste un observateur avisé du quotidien. Son concept apparaît comme une synthèse du storytelling et des techniques de manipulation de l’opinion publique. En somme, fabriquer du consentement pour mieux éroder les libertés démocratiques. Sur ce point, même si elle use de l’artifice de l’anticipation, cette politique-fiction s’inscrit aussi dans le meilleur de la tradition du roman à thèse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Préparer l’enfer&lt;/strong&gt; propose un point de vue amoral. Le narrateur n’est pas le policier ou le privé désabusé habituel qui entend réparer un tort, tout en sachant qu’il ne changera pas la face du monde. On suit le cheminement de Mornau, un tueur sans état d’âme. Un pauvre type, parfaite image de la banalité du mal, devenu première gâchette du Franc grâce aux circonstances et à un goût certain pour le meurtre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Di Rollo dépouille son style&amp;nbsp;: phrases courtes, recherche du mot juste, violence dénué d’outrance. Il échafaude un dispositif narratif elliptique, alternant les allers-retours entre le passé et le présent. L’itinéraire de Mor-nau apparaît autant comme un voyage au cœur de la psyché d’un homme dénué d’affect qu’une plongée au sein d’une société malade, déboussolée, prête à se donner au premier personnage providentiel venu, qu’il porte le tailleur ou non.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans tout bon roman noir qui se respecte, &lt;strong&gt;Préparer l’enfer&lt;/strong&gt; évite l’écueil du militantisme. Le propos de Thierry Di Rollo se veut politique, dans la meilleure acception du terme. Point de jugement à l’emporte-pièce ou de dogmatisme à la petite semaine. L’auteur français confirme juste que le roman noir donne son meilleur en temps de crise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En refermant &lt;strong&gt;Préparer l’enfer&lt;/strong&gt;, on se remémore la célèbre phrase de &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; que George Orwell met dans la bouche de O’Brien&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain… éternellement.&amp;nbsp;» En 2022, le totalitarisme est intégré, partie prenante d’une peur auto-entretenue, se passant d’un outil de terreur. Spéculation alarmiste nous dira-t-on&amp;nbsp;? Fiction fumeuse et pessimiste&amp;nbsp;? Histoire de mettre tout le monde d’accord, Thierry Di Rollo rappelle juste une évidence&amp;nbsp;: l’enfer commence ici et maintenant. Il bouscule les routines et loin de livrer un roman complètement désabusé, il donne envie de s’insurger et non de s’indigner. De dire non, et après de boire un coup parce c’est dur.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-leleu/&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-63&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;63&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-elbron.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-elbron.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Elbrön&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;En fantasy peut-être plus qu’ailleurs, il est des écrivains comme des lecteurs qui ne conçoivent pas la littérature autrement que par le biais d’interminables séries délayant à l’infini la pauvreté de leur imaginaire et ressassant jusqu’à plus soif les mêmes stéréotypes navrants. Je ne cite personne, les tables des libraires débordent de sagas elfiques à rallonge et de trilogies trollesques en seize volumes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quiconque connait un tant soit peu l’œuvre de Thierry Di Rollo sait que cet auteur se situe aux antipodes de telles préoccupations, qu’il ne raisonne qu’en termes d’économie et de nécessité. Et s’il a décidé de nous replonger dans l’univers de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/rifteurs&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bankgreen&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ce n’est pas pour le simple confort que procure le fait de renouer avec des lieux et des personnages désormais familiers, mais parce que tout n’avait pas été dit. D’ailleurs, &lt;strong&gt;Elbrön&lt;/strong&gt; a moins des allures de suite que de coda, et apparait avant tout comme une manière de clore une fois pour toutes le récit précédent. Toutes les tentatives pour relancer cette histoire viennent ainsi se heurter au même mur, celui de l’inexorabilité qui préside aux destinées de Bankgreen et des êtres qui la peuplent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus que jamais, les personnages que l’on croise dans ce roman, brièvement pour la plupart d’entre eux tant leur espérance de vie est courte, sont le jouet de forces qui les dépassent. A commencer par les Shores, autrefois esclaves des Digtères et des Arfans, qui ne se sont affranchis de leur condition que pour se découvrir enchaînés par des entraves bien plus puissantes. Le libre-arbitre ne peut avoir cours sur Bankgreen, chacun est amené à tenir sa place dans l’histoire de ce monde, y compris Mordred, annonciateur de mort et figure emblématique du roman précédent, qui va cette fois renoncer à une part de lui-même pour jouer le rôle qui a été écrit pour lui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des figures familières de Bankgreen, on ne retrouve le plus souvent que les échos, les ombres, à l’instar des Elbröns, les fantômes des anciens habitants de ce monde, ressuscités en une parodie de vie et guidés par une irrépressible soif de vengeance. De ces créatures en apparence toutes semblables, presque mécaniques dans leur comportement, Thierry Di Rollo est parvenu à faire un portrait à la fois pathétique et sensible en mettant à jour leur part d’humanité. Et sous sa plume, voir ces êtres au corps cendreux évoluer dans les décors immaculés de Bankgreen sont autant de moments de pure beauté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la forme, &lt;strong&gt;Elbrön&lt;/strong&gt; offre un récit beaucoup plus linéaire que son prédécesseur, dont les véritables enjeux ne se révélaient que dans les dernières pages et dont les multiples méandres exigeaient du lecteur une attention sans faille. Le cadre s’est lui aussi sensiblement restreint, et l’on regrette parfois la jubilation que pouvait procurer l’exploration minutieuse de ce monde. D’où également cette impression de noirceur accentuée, qu’aucun émerveillement ne vient plus contrebalancer, ou trop rarement. Le romancier s’est recentré sur l’essentiel, l’étude de la condition humaine, dans ce qu’elle a de plus tragique. Le regard qu’il porte sur ses personnages, mélange de cruauté et de compassion, rejoint celui des Runes, ces êtres féériques qui, dans l’ombre, continuent de jouer un rôle crucial dans cette histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Elbrön&lt;/strong&gt;, Thierry Di Rollo tourne sans doute définitivement la page Bankgreen et lui offre une conclusion à la hauteur de nos attentes. Et malgré la tristesse infinie qui se dégage de ces pages, c’est à regret que l’on quitte ce monde, quand bien même cette fin répond à une nécessité. Car sur Bankgreen, tout a une raison, et prolonger cette histoire davantage n’en aurait sans doute pas.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-69&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;69&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-solitudes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-solitudes.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Les Solitudes de l’ours blanc&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Les quatrièmes de couverture sont souvent trompeuses. Elles ouvrent un boulevard aux préjugés au lieu de titiller l’intérêt du lecteur potentiel, quand elles ne douchent pas son enthousiasme. Celle des &lt;strong&gt;Solitudes de l’ours blanc&lt;/strong&gt; ne dépare pas. On s’attend à découvrir un thriller comme tant d’autres. Une énième histoire criminelle reprenant les poncifs de la vengeance. Le chassé-croisé meurtrier entre le tueur et sa victime. Une mortelle randonnée jalonnée de morceaux de bravoure et de cliffhangers. Eh bien, raté&amp;nbsp;! Si le roman débute par une scène d’exécution, pour le reste, les choses paraissent moins attendues. Thierry Di Rollo se focalise sur un tout autre sujet, nous immergeant dans la psyché de deux individus solitaires hantés par un néant absolu. Deux ours blancs, l’un de sexe mâle et l’autre féminin. Marc est un tueur. La vie n’a pas de signification à ses yeux, elle a juste un prix. Le prix fixé par ses commanditaires pour éliminer un adversaire ou quelqu’un susceptible de trop parler. Mais Marc a peur. Peur de tomber le masque. Peur que l’on devine qui il est réellement. Jenny n’a qu’un seul homme dans sa vie. Un petit bout d’homme dont les attentions réveillent en elle la mère qu’elle ne peut être. Les autres hommes, elle s’en sert avant de les jeter. Car Jenny n’est pas comme tout le monde. Elle a un but. Débusquer le salaud qui a tué sa mère. Apprendre de la bouche de cette ordure ses dernières paroles. Alors seulement, elle pourra trouver la paix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il se conforme aux codes du roman noir, &lt;strong&gt;Les Solitudes de l’ours blanc&lt;/strong&gt; se frotte aussi de façon presque subliminale au fantastique. Rien de trop flagrant. Du moins, rien de nature à remettre en question le pacte de lecture établi avec la scène d’ouverture. Loin d’appliquer les mêmes recettes ou de ressasser la même noirceur, tonalité à laquelle on le réduit trop souvent, Thierry Di Rollo étoffe ici sa palette avec de nouvelles émotions. &lt;strong&gt;Les Solitudes de l’ours blanc&lt;/strong&gt; est porté par un superbe personnage féminin. A l’instar de l’héroïne de la chanson des Beatles, Jenny Eleanor Erin semble marquée par un destin funeste. Le passé la hante et obère son avenir. Il la condamne à la solitude et à un présent sans affect où la vengeance apparaît comme la seule thérapie viable. Un gouffre noir, insondable, menaçant de l’engloutir. A moins que les dernières paroles de sa mère ne lui offrent l’opportunité de faire son deuil du passé. De laisser émerger sa véritable identité. Pour cela, il lui faut retrouver son meurtrier, seul témoin de ses derniers mots.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme à son habitude, l’écriture de Thierry Di Rollo fait merveille. Sa faculté à traiter une information avec parcimonie, à en faire émerger le sens de manière progressive, impose le respect. Son style très visuel, pour ne pas dire cinématographique – on pense à David Fincher – impressionne par sa maîtrise et son naturel. Sur ce point, la narration à rebours du chapitre sept est un modèle du genre. Son art de l’ellipse, ni trop appuyé, ni relâché, se conjugue avec bonheur au pouvoir d’évocation de ses descriptions, conférant à ce court roman une densité émotionnelle fascinante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;A l’instar de l’ours blanc, Thierry Di Rollo se sert du noir pour capter un peu de chaleur humaine. Une chaleur chiche, mais généreuse pour qui sait la mettre à profit. Bref, on ne saurait trop recommander la lecture de ce roman dont l’histoire vous suit longtemps, une fois la dernière page tournée.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-leleu/&quot;&gt;Laurent Leleu&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-72&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;72&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;di-rollo-gdl-drift.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/di-rollo-gdl-drift.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Drift&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Ça commence comme un roman post-apocalyptique qui, étrangement, convoque des images de &lt;em&gt;Colbalt 60&lt;/em&gt;, le comix culte de Vaughn Bode. Dans une Terre future dévastée, on suit la mission d’un certain Dwayn Darker, enfant des cités-poubelles, chargé d’aller récupérer deux chiens jumeaux capables de prédire des tremblements de terre. Le monde romanesque se déploie alors peu à peu. On découvre, via des flash-backs, l’amour perdu de Darker puis la géographie de cette Terre futuriste que les plus ri-ches comptent bien quitter à bord du &lt;em&gt;Drift&lt;/em&gt;, gigantesque vaisseau destiné à faire migrer une partie de l’humanité sur une planète qu’elle espère plus habitable. Evidemment, Darker sera du voyage et le roman bascule alors dans un autre «&amp;nbsp;classique&amp;nbsp;» de la SF&amp;nbsp;: le vaisseau générationnel. L’espace devient alors pour Di Rollo un lieu de claustrophobie où le temps défile lentement, se répète, où la vie n’est guère plus belle chez les riches qui foncent vers un hypo-thétique paradis que sur Terre, dans la fange des bas-fonds.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une fois de plus, comme lorsqu’il s’attaque à un genre, ici la SF post-apo’ et le vaisseau gé-nérationnel, Thierry Di Rollo se joue des clichés. Il contourne habilement le côté «&amp;nbsp;générations&amp;nbsp;» grâce à des humains rendus quasiment immortels et retourne cette idée classique de SF en la pervertissant habilement. Comme d’habitude chez l’auteur remarqué depuis des années pour ses récits sombres et puissants, la force du texte réside dans son personnage principal travaillé et hanté par des démons, des souvenirs, et qui se dresse face à une humanité amorale et déliquescente. Di Rollo oppose l’empathie et la droiture au comportement incompréhensible d’une catégorie d’humains qui reflète la classe dirigeante d’aujourd’hui. &lt;strong&gt;Drift&lt;/strong&gt;, roman de classe&amp;nbsp;? Probablement. Mais pas que. Post-apo’, &lt;em&gt;space op’&lt;/em&gt;, indéfinissable au final, le dernier livre de Thierry Di Rollo annihile consciencieusement tout espoir – un mouvement que le quotidien n’a rien à lui envier, ouvrez donc un journal –, mais le fait avec la maîtrise et, osons le mot, tout l’amour dont l’auteur est capable. On aime et on pleure, chez Di Rollo, bien avant de saigner. La violence des hommes est toujours plus douloureuse que celle du monde. Et si le côté sombre et dur des textes du romancier est une constante, il ne pourrait s’agir au final que d’un trompe-l’œil, d’un voile au-delà duquel se trouvent les vrais sujets, les véritables obsessions de l’auteur. Car, comme un archéologue des immondices, le lecteur découvre, au milieu des comportements affreux de la majorité des personnages, des actes de compassion, d’amour, d’humanité qui forment autant de pépites dont le contexte fait ressortir l’éclat – l’amour de Darker pour Kenny, ici à l’épicentre. Il n’y a pas d’espoir, certes, pas de raison ni de &lt;em&gt;happy-end&lt;/em&gt; chez Di Rollo, mais pourrait-il y avoir malgré tout la possibilité d’un amour, d’un moment de grâce, de beauté auquel se rattacher&amp;nbsp;? Etre heureux, ne serait-ce qu’un instant&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, &lt;strong&gt;Drift&lt;/strong&gt; se paie le luxe de regrouper plusieurs histoires de SF dans un seul excellent roman tout en continuant de malaxer les obsessions du bonhomme (les Beatles comme d’habitude en guest stars). Une lecture qui peut être éprouvante pour ceux qui découvrent l’auteur, mais tellement gratifiante.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-queyssi/&quot;&gt;Laurent Queyssi&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-76&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;76&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Les ailes de l’angoisse : l’odyssée de &quot;Cauchemar à 6000 mètres&quot; de Richard Matheson</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/05/10/Les-ailes-de-l-angoisse" rel="alternate" type="text/html" title="Les ailes de l’angoisse : l’odyssée de &quot;Cauchemar à 6000 mètres&quot; de Richard Matheson" />
      <id>urn:md5:cec09a645c9c001fd21fcd46eea644f5</id>
      <published>2017-05-10T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-05-10T13:43:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Tony Albarella</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Auteur prolifique ayant travaillé aussi bien pour la télévision que pour le cinéma, Richard Matheson a porté plusieurs de ses textes à l'écran, en particulier l'horrifique &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, adapté dans la série &lt;strong&gt;La Quatrième Dimension&lt;/strong&gt; puis le film du même titre. Spécialiste de Rod Serling et de sa série culte, le journaliste Tony Albarella nous raconte l'histoire de cette nouvelle…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au début de sa carrière, Richard Matheson a mis au point une formule des plus réussie pour ses nouvelles, consistant en deux ingrédients de base&amp;nbsp;: l’introduction de l’horreur et du suspense dans un cadre banal et quotidien, et l’accent porté sur l’indifférence de ses protagonistes. Que ce soit dans les critiques littéraires, les essais ou les études académiques, il a beaucoup été dit sur la capacité de Matheson à tirer de l’or de ces deux éléments, sans exagération aucune. Par la suite, Matheson a su élargir son envergure, publiant ces romans devenus des classiques que sont &lt;strong&gt;La Maison des damnés&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Jeune Homme, la Mort et le Temps&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Au-delà de nos rêves&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; néanmoins, ses magistrales œuvres de jeunesse se fondent quasi exclusivement sur ces deux piliers que sont l’isolation et la terreur domestique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Richard Matheson a fait irruption sur la scène littéraire avec «&amp;nbsp;Journal d’un monstre&amp;nbsp;», une brève nouvelle effrayante au sujet d’un enfant difforme et de ses parents qui le gardent enfermé dans cette maison des horreurs en banlieue. Dans &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt;, la lutte du protagoniste contre la solitude rivalise avec son combat pour la survie, et le roman amène littéralement l’horreur – ce qui inclue les cadavres réanimés de ses amis et de ses proches – jusque sur le pas de sa porte. &lt;strong&gt;L’Homme qui rétrécit&lt;/strong&gt; raconte comment un homme s’éloigne graduellement de sa femme et de son monde tandis que son propre foyer devient un champ de bataille où se joue son destin. &lt;strong&gt;Échos&lt;/strong&gt; propose un autre cas de terreur isolée et de péril, mais ce dernier ne vient pas d’un royaume surnaturel où arrive le protagoniste, mais du monde naturellement prosaïque de ses voisins. «&amp;nbsp;Duel&amp;nbsp;» nous montre un homme seul confronté à un danger mortel croisé lors d’un banal trajet sur l’autoroute.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-alone.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-alone.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.matheson-cauchemar-alone_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce ne sont là que quelques uns des récits de Matheson où la terreur frappe un individu dans un cadre ordinaire. Une autre nouvelle de notre auteur, « Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;», constitue la parfaite illustration de ce motif. D’abord publiée par Ballantine Books en 1961 dans &lt;strong&gt;Alone By Night&lt;/strong&gt;, une anthologie de «&amp;nbsp;récits d’épouvante sans limite&amp;nbsp;», cette histoire iconique oppose un passager d’avion, Arthur Wilson, à une créature inhumaine qui s’attaque au moteur de l’appareil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette histoire a été inspirée par un vol de routine. Pour la plupart d’entre nous, la monotonie d’un long voyage en avion nous incite à dormir&amp;nbsp;; pour Richard Matheson, cela déclenche l’imagination. Notre auteur se souvient&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’étais dans un avion, je regardais les nuages duveteux et je me suis dit que ce serait intéressant si je voyais quelqu’un skier là. Mais ça ne faisait pas peur&amp;nbsp;! Et j’ai commencé à penser aux “gremlins” que divers aviateurs ont déclarés avoir aperçu lors de la Seconde Guerre mondiale. Cela rendrait l’histoire effrayante.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Matheson a créé toutefois bien plus qu’un simple récit d’épouvante. « Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;» joue sur plusieurs peurs subliminales et élémentaires&amp;nbsp;: la paranoïa, la claustrophobie, la peur du vol, la perte de contrôle, la peur du déclin mental, et même des souvenirs réprimés du traditionnel «&amp;nbsp;monstre sous le lit&amp;nbsp;». Matheson, avec son style agile et concis, mélange ces phobies, sans lien entre elles, pour concocter une histoire terrifiante, surréelle et imprévisible, qui frappe droit au cœur de notre psyché.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En plus de sa richesse créative, «&amp;nbsp;Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;» est également réussie d’un point de vue technique. La connaissance du métier de l’auteur est mise en évidence par sa caractérisation judicieuse. Puisque le format de la nouvelle ne permet pas un examen détaillé d’Arthur Wilson, Matheson rassemble de manière économique tout ce que nous avons besoin de savoir en de brèves descriptions adroitement placées. Un homme qui considère son voyage d’affaire imminent comme un exercice qui va l’amener à être «&amp;nbsp;assis dans le bureau d’une relation de plus pour discuter d’une affaire douteuse de plus dont le résultat n’ajouterait pas un iota de signification à l’histoire de l’humanité&amp;nbsp;» [traduction de Bruno Martin, révisée par Jacques Chambon] mène, comme Thoreau l’a magnifiquement énoncé, une vie de « désespoir tranquille&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Wilson possède également un curieux trait de caractère, qui le désigne comme un héros improbable&amp;nbsp;: près d’un an avant les événements de la nouvelle, il a envisagé de se suicider. Avec ce cadre de référence, Matheson ajoute des failles humaines et de la profondeur à son personnage&amp;nbsp;; et quand Wilson se retrouve contraint de prendre une décision, il choisit la vie face à la mort – gagnant ainsi le respect et l’approbation des lecteurs, qui vivent l’histoire par procuration à travers ce personnage. Cet élément de l’intrigue justifie également la présence à bord de l’avion du revolver de Wilson, chose absente plus tard, lorsque le récit sera porté à la télévision.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;À cette époque, on pouvait porter une arme sur soi&amp;nbsp;», déclare Matheson au sujet des vols commerciaux au début des années 60. «&amp;nbsp;Cela a dû être modifié pour l’épisode de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;. Je crois que ce n’était plus autorisé, et c’est pourquoi mon personnage doit alors s’emparer de l’arme d’un shérif. Mais dans la nouvelle, il a une arme sur lui parce qu’il envisageait de se suicider.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et l’auteur explique aussi que, dans le premier jet, la dépression de Wilson bénéficiait d’une exposition sur vingt pages, qui n’ont pas survécu jusqu’à la version finale. «&amp;nbsp;Le protagoniste était un cadre supérieur, surchargé de travail, stressé. Au début, lorsqu’il est dans un taxi en route vers l’aéroport, je l’ai fait ruminer longtemps sur son mariage, sa vie. J’essayais de bâtir le personnage. C’était bien écrit mais trop long. Je devais le faire monter à bord de l’avion plus vite.&amp;nbsp;» Malheureusement, Matheson – qui reconnaît être un «&amp;nbsp;horrible archiviste&amp;nbsp;» – n’a pas conservé ce passage non retenu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien accueillie par les lecteurs et les critiques lors de sa publication, cette nouvelle n’a toutefois pas atteint une renommée stratosphérique lors de cette parution inaugurale. La célébrité à ce niveau est arrivée deux ans plus tard, quand Matheson – qui contribuait régulièrement à &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; depuis la première saison, en 1959 – a retravaillé «&amp;nbsp;Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;» en un téléfilm pour cette série culte, sous le titre «&amp;nbsp;Cauchemar à 20 000 pieds&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-tz.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-tz.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les principaux scénaristes de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; étaient des hommes talentueux qui apportaient à la série leurs forces particulières et leurs approches stylistiques. Rod Serling s’attachait généralement aux thèmes sociaux, offrant souvent la rédemption aux laissés-pour-compte, et punissant les gens cruels et injustes&amp;nbsp;; Charles Beaumont était un maître du bizarre&amp;nbsp;; George Clayton Johnson excellait dans les récits sentimentaux&amp;nbsp;; Earl Hamner a perfectionné les contes folkloriques. Et le fort de Matheson résidait dans les téléfilms à suspense, fondés sur l’intrigue, qui titillaient l’imagination – le genre d’histoire à faire frémir dans les foyers. Comme «&amp;nbsp;Cauchemar à 20 000 pieds&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au printemps 1963, après une tentative ratée d’étendre les épisodes sur une durée d’une heure, CBS a renouvelé &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; pour une cinquième et dernière saison, ramenée au format plus efficace d’une demi-heure. Un renouvellement permettant à Richard Matheson de continuer à fournir ses services. Trois des quatre épisodes que notre auteur a écrit pour cette saison 63-64 consistaient en des adaptations de ses propres récits – dont «&amp;nbsp;Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;». Matheson explique le processus de sélection&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ils ont parcouru les différentes nouvelles que j’avais écrites, et “Cauchemar à 6000 mètres” fait partie de celles qu’ils ont bien aimées.&amp;nbsp;» Et c’est ainsi qu’a commencé, discrètement, l’une des plus inoubliables productions télévisuelles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-shatner.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-shatner.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Certainement l’un des programmes les plus mémorables que j’ai tourné à cette période a été cet épisode de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; titré ”Cauchemar à 20 000 pieds”&amp;nbsp;», écrit l’acteur William Shatner dans son autobiographie &lt;strong&gt;Up Till Now&lt;/strong&gt;. «&amp;nbsp;Mémorable &lt;em&gt;maintenant&lt;/em&gt; dans l’histoire de la télévision, mais à la vérité, je ne m’en suis pas beaucoup souvenu un mois et trois-quatre épisodes plus tard. Croyez-moi, à cette époque, personne ne s’est rendu compte que nous tournions un classique. C’était la cinquième saison de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; et ils produisaient les épisodes à la chaîne.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-movie10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-movie10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En adaptant sa nouvelle pour le petit écran, Matheson a introduit deux changements majeurs. Le premier, l’ajout d’un personnage secondaire en la personne de l’épouse de Wilson, était rendu nécessaire par le format. De manière habituelle en prose, la nouvelle donnait les informations par la narration à la troisième personne&amp;nbsp;; ce procédé, par lequel l’histoire est racontée par un narrateur «&amp;nbsp;invisible&amp;nbsp;», autorise souvent un accès sans entraves aux pensées et aux sentiments d’un personnage. Dans le médium visuel de la télé, cette narration interne est souvent remplacée par des échanges dialogués, et Matheson a donc ajouté un personnage avec qui Wilson pouvait interagir verbalement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’auteur explique&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’ai estimé nécessaire que la femme de Wilson soit avec lui, sinon il aurait fallu utiliser une voix off, ce qui devient vite usant. Dans la nouvelle “Duel”, l’épouse est semblable&amp;nbsp;: un personnage auquel on fait référence sans qu’il apparaisse dans l’histoire. En fait, quand est venu le temps d’écrire le script de &lt;em&gt;Duel&lt;/em&gt;, j’aurais dû ajouter l’épouse, parce que ce récit reposait uniquement sur les voix off. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième chanson majeur est d’ordre stylistique, et s’avère plutôt inspiré&amp;nbsp;: les tendances suicidaires de Wilson ont été abandonnées en faveur de l’instabilité mentale. Dans la version TV, le protagoniste – rebaptisé Bob Wilson – rentre chez lui après un séjour en sanatorium, où il récupérait d’une dépression nerveuse dont il avait souffert lors d’un précédent vol aérien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je voulais embellir l’histoire, avec ce type apercevant le monstre sur l’aile, qui a déjà subi une mauvaise expérience de vol et qui donc ne veut pas croire ce qu’il se passe, pas plus que les autres passagers&amp;nbsp;», explique Matheson. «&amp;nbsp;Je pense que ça a bien marché.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Effectivement. Ces embellissements affûtent le thème mathesonien de l’isolation, jusqu’à le rendre aussi tranchant qu’un rasoir. Wilson doit d’abord vaincre ses doutes au sujet de sa propre santé mentale avant d’agir pour sauver l’avion, et il ne peut partager son expérience avec personne d’autre. Le paradoxe qui en découle est résumé par Shatner&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si je persiste à crier qu’il y a un monstre qui s’amuse sur l’aile, à six mille mètres de hauteur, ma femme va croire que je craque à nouveau et va me renvoyer à l’asile. Mais si je ne crie pas, l’avion sera détruit et tout le monde à bord mourra.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;William Shatner interprète le rôle avec doigté. La suspicion et une panique à peine contenue – que ponctuent de brefs moments où il perd le contrôle — bouillent sous la façade de Wilson, et la performance de l’acteur a beaucoup contribué à la popularité de l’épisode. Shatner avait déjà joué précédemment au sein de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;, dans l’épisode « Les Prédictions&amp;nbsp;», scénarisé lui aussi par Matheson.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-movie11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-movie11.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tout un chacun affirme que “Cauchemar à 20 000 pieds” est son épisode favori&amp;nbsp;», remarque Matheson, «&amp;nbsp;mais j’apprécie beaucoup “Les Prédictions”. J’aime “Cauchemar…” surtout à cause de Bill Shatner, qui a fait un super boulot. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas eu l’occasion de briller, et il s’est montré extraordinaire dans le rôle. L’actrice qui interprétait sa femme, Christine White, n’était pas aussi talentueuse. Pat Breslin, qui joue l’épouse de Shatner dans “Les Prédictions”, était remarquable, et j’aurais aimé la voir à bord de “Cauchemar”.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet épisode est également mis en valeur par les débuts de Richard Donner dans &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;. Ce fameux réalisateur, qui tournera plus tard &lt;em&gt;La Malédiction&lt;/em&gt; (1976), &lt;em&gt;Superman&lt;/em&gt; (1978) et les quatre films de la série &lt;em&gt;L’Arme fatale&lt;/em&gt;, a commencé sa carrière à la télévision en 1960. S’il dirigera cinq autres épisodes, «&amp;nbsp;Cauchemar à 20 000 pieds&amp;nbsp;» demeure son meilleur. «&amp;nbsp;J’estime qu’il a fait un excellent boulot&amp;nbsp;», affirme Matheson. «&amp;nbsp;Il n’était pas encore à l’apogée de son talent, mais il a très bien bossé.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Travaillant avec un budget serré sous des conditions de tournage rivalisant avec celles d’un film – ce qui inclut de la pluie, du brouillard, des éclairs, des trucages aériens, tout cela dans un studio comprenant également des maquettes intérieures et extérieures d’un Douglas DC-6 —, Donner a réalisé un épisode riche en suspense, débordant du style dynamique qui caractériserait plus tard ses longs-métrages d’action. Les prises de vue extérieures, dans un noir et blanc sévère, où les éclairs frappent l’avion ruisselant de pluie, rappellent les vieux films d’épouvante, et s’opposent fortement avec l’intérieur, moderne et bien éclairé, de l’appareil&amp;nbsp;: un contraste visuel qui fait parfaitement écho à l’introduction par Matheson d’une horreur classique dans un environnement contemporain.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-movie12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-movie12.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sur le plan des effets spéciaux, ça a représenté un cauchemar&amp;nbsp;», se souvient Donner. «&amp;nbsp;Des problèmes tout le temps. Je faisais une prise et je la développais, parce qu’il y avait une défaillance quelque part et que nous devions quand même avancer. Il fallait s’arrêter une demi-heure, une heure, pour réparer les choses et filmer à nouveau. Mais grâce à une super équipe d’acteurs et de techniciens, on s’en est sortis et on est même parvenus à s’amuser. Je garde d’excellents souvenirs de ce tournage.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le seul défaut notable résultant de la production de cet épisode réside dans l’apparence du «&amp;nbsp;gremlin». Le masque de la créature, une caricature déformée de visage humain, est certes réussi et a été conçu par ce vétéran du maquillage de la MGM, William Tuttle, qui rappelle ses précédents travaux sur «&amp;nbsp;L’œil de l’admirateur&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Les Masques&amp;nbsp;». Mais le corps du diablotin, qui consiste en une fourrure hirsute en nylon et une perruque à l’avenant, s’avérait presque comiquement absurde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-movie13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-movie13.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’était une série où ils économisaient tout&amp;nbsp;», lâche William Shatner. « Mais les scénarios étaient si bons, comme par exemple celui de Richard Matheson, que cela faisait oublier l’aspect médiocre des choses… Comme ce ridicule costume en fourrure évoquant un lointain cousin de Chewbacca. Lointain, comme à des années-lumière. Le costume était si nul qu’on aurait dit que l’acteur muait. Cette bestiole n’aurait pas été à son aise dans un arbre, alors sur l’aile d’un avion en plein vol… Impossible d’y croire&amp;nbsp;: tout le monde sait qu’une véritable créature sur l’aile d’un avion à six mille mètres d’altitude devrait posséder un corps bien plus aérodynamique. &amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Matheson abonde dans ce sens, qualifiant le diablotin de «&amp;nbsp;panda&amp;nbsp;», et se souvient avec ironie que Nick Cravat, l’acteur jouant le monstre, aurait fait un bien meilleur monstre &lt;em&gt;sans&lt;/em&gt; le costume. «&amp;nbsp;Je me suis toujours dit que ç’aurait été intéressant si l’acteur, l’ancien partenaire de Burt Lancaster, n’avait pas eu de costume diablotin&amp;nbsp;: au maquillage, on l’aurait malmené, et il aurait parfaitement ressemblé à ma description du monstre.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ce bonhomme sur l’aile avait un costume vraiment raté&amp;nbsp;», reconnaît Donner. «&amp;nbsp;Je me souviens que nous avions voulu le rendre imperméable, en mettant quelque chose pour que l’eau glisse dessus. Ce qu’il s’est passé pendant environ treize secondes puis Nick Cravat, un cascadeur exceptionnel, s’est presque noyé dans ce fichu costume. Avec le recul, ça me semble embarrassant, mais pour l’époque, c’était pas mal. Je n’avais pas d’alternative, j’ai tenté de le montrer le moins possible en le dissimulant dans la pluie et le brouillard&amp;nbsp;; à cette époque, on faisait de notre mieux avec ce qu’on avait.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de ces problèmes, la combinaison des réactions de Shatner, de la direction tendue de Donner et du concept effrayant de Matheson a dépassé les déficiences de ce costume mal conçu, et le «&amp;nbsp;gremlin&amp;nbsp;» parvient toujours à inspirer l’effroi. Une scène en particulier est de l’étoffe dont sont faits les cauchemars&amp;nbsp;: celle où Wilson tire le rideau du hublot, pour révéler le visage du monstre le regardant à travers la vitre. «&amp;nbsp;Les spectateurs se fichaient de l’apparence de la créature&amp;nbsp;», remarque Shatner. «&amp;nbsp;Ils auraient pu mettre quelqu’un avec un abat-jour sur le crâne et les gens auraient quand même eu peur. Un critique a commenté ainsi cet épisode &amp;nbsp;: “Est à la peur de voler ce que &lt;em&gt;Psychose&lt;/em&gt; est aux douches.”&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aventure de «&amp;nbsp;Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;» se poursuivit, deux décennies après sa diffusion à la télévision. En 1982, Steven Spielberg, dont le récent long-métrage &lt;em&gt;E.T.&lt;/em&gt; avait fait date, a annoncé le projet d’une version ciné de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;. Conservant son aspect anthologique, le film présenterait quatre segments, dont trois remakes d’épisodes populaires – dont «&amp;nbsp;Cauchemar à 20 000 pieds&amp;nbsp;», qui serait tourné par George Miller, le réalisateur de &lt;em&gt;Mad Max&lt;/em&gt; (1978) et &lt;em&gt;Mad Max 2&lt;/em&gt; (1981). Spielberg fit même appel à Matheson pour s’occuper des scripts des trois remakes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-movie20.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-movie20.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.matheson-cauchemar-movie20_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En adaptant son propre script télé pour la toile, Matheson a décidé de revenir à la source, dans le sens où le protagoniste (cette fois-ci rebaptisé John Valentine) voyage seul. Les rôles des autres passagers ont été développés pour remplacer le personnage de son épouse, mais le fait que Valentine récupère d’une dépression nerveuse – chose qui avait si bien marché dans l’épisode TV – a été conservé. Notre auteur a également fait en sorte que son scénario corresponde à l’acteur choisi pour interpréter Valentine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On m’avait dit que ce serait Gregory Peck et c’est avec lui en tête que j’ai écrit le scénario. J’ai écrit son personnage comme celui qu’il interprète dans &lt;em&gt;Un homme de fer&lt;/em&gt; (1949), qui subit aussi une crise de nerf dans un avion. Ici, c’est le monstre qui le fait craquer.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sortie en 1983, &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;, version ciné, a été une production assaillie de problèmes. Le plus tragique est un accident survenu lors du tournage du segment de John Landis, où l’acteur Vic Morrow et deux enfants, Myca Dinh Le et Renee Chen, ont trouvé la mort, ce qui a conduit à une longue procédure judiciaire. Au sujet des mérites artistiques du film, en dépit des intentions revendiquées par le producteur exécutif Frank Marshall de rester «&amp;nbsp;aussi fidèle que possible à l’essence et à l’esprit de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; originelle&amp;nbsp;», le long-métrage peine à être à la hauteur du matériau de base et fut une déception tant critique que publique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les malheurs du film ont débuté dès la pré-production et n’ont pas épargné Matheson. En dépit de sa longue expérience de scénariste télé et son statut d’ancien de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;, notre auteur a vu deux de ses segments réécrits. Son remake de «&amp;nbsp;C’est une belle vie&amp;nbsp;» a échappé à des modifications majeures&amp;nbsp;», mais «&amp;nbsp;Jeux d’enfants&amp;nbsp;» fut remanié et George Miller opéra de nombreux changements en réécrivant «&amp;nbsp;Cauchemar à 20 000 pieds&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La plupart de ces modifications sont subtiles. Néanmoins, l’une d’elles s’avère significative et altère l’efficacité globale du segment&amp;nbsp;: le réalisateur, décidant que Valentine devrait être écrit de telle sorte que n’importe qui puisse s’identifier à lui – ou du moins, les gens souffrant d’une peur terrible de prendre l’avion –, lui retira tout ce qui avait trait à la dépression nerveuse. «&amp;nbsp;C’est juste un homme qui a peur de voler &amp;nbsp;», expliqua Miller au sujet de sa vision du personnage. «&amp;nbsp;Ça pourrait être vous ou moi.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De manière compréhensible, Matheson n’approuva guère cette modification. « La dépression nerveuse est une part importante de ce personnage, que j’aurais gardée. À cause de cela, ce segment a un peu perdu l’impact de l’épisode télé. Miller voulait seulement que le personnage n’aime pas les avions, ce qui me paraissait une approche très limitée.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour cette seule raison, le script de Miller reste inférieur à celui de son équivalent télévisé. Sous d’autres aspects toutefois, le film rivalise voire dépasse son prédécesseur. La réalisation de Miller, par exemple, fonce à cent à l’heure&amp;nbsp;; on y perd la subtilité et la lente construction élaborée par Donner en 1963, mais ce train d’enfer était parfait pour les cinéphiles de 1983&amp;nbsp;: un public post-Spielberg, post-Lucas, qui, pour le prix du billet, demandait davantage d’action. Sur le plan de la réalisation, le score est serré&amp;nbsp;: les deux metteurs en scène ont rendu l’histoire de manière vivace, d’une manière adéquate pour leurs publics respectifs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même constat en ce qui concerne le jeu d’acteurs, avec une légère préférence pour la version télévisée. La performance de William Shatner, qui s’adapte au médium télé, plus intime, est relativement tendue et nuancée. Le personnage tel qu’interprété par John Lithgow est déjà sur les nerfs dès qu’on le voit. «&amp;nbsp;C’est un excellent acteur&amp;nbsp;», déclare Matheson à son sujet. «&amp;nbsp;Mais on lui a demandé de jouer un personnage déjà excessif. Il commence son jeu à cent pour cent&amp;nbsp;: difficile de faire plus ensuite.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-movie21.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-movie21.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1986, Lithgow a remporté le premier de ses quatre Emmy Awards pour son rôle dans «&amp;nbsp;La Poupée&amp;nbsp;», un épisode des &lt;em&gt;Histoires fantastiques&lt;/em&gt; ( &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;) scénarisé par Matheson. Notre auteur, nominé aux Writers Guild Award, avait rédigé son script pour &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;, mais l’épisode n’avait jamais été tourné. En 1983 néanmoins, Lithgow était une étoile montante, surtout connu pour son rôle de transsexuel dans l’adaptation du &lt;em&gt;Monde selon Garp&lt;/em&gt; en 1982, rôle lui ayant valu un Academy Award.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je pense que &lt;em&gt;La Quatrième Dimension &lt;/em&gt;est le premier film commercial que j’ai jamais tourné&amp;nbsp;», déclarait l’acteur dans un entretien en 1983. «&amp;nbsp;Pour avoir vu &lt;em&gt;Mad Max 2&lt;/em&gt; et avoir parlé avec George Miller, je savais que ce serait un épisode très mouvementé, mené à un rythme infernal… Il m’est arrivé de finir épuisé après un tournage, mais jamais autant qu’ici.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, la performance de Lithgow est intense, et lui a valu une récompense pour le meilleur second rôle aux Saturn Awards en 1984. Sa remarque au sujet du personnage fait écho à celle du réalisateur, et le comédien s’est plié en quatre pour faire de John Valentine autre chose qu’un simple névrosé hystérique. «&amp;nbsp;Je voulais au début le jouer simplement prostré par la peur&amp;nbsp;», a déclaré Lithgow dans le dossier de presse du film. «&amp;nbsp;Capable de tout – mais ce n’est pas que de la théâtralité. C’est un homme qui perd tout semblant de rationalité à six mille mètres dans les airs mais qui, sur le plancher des vaches, est complètement normal. Il pourrait être n’importe qui.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film s’avère supérieur du côté de la partition musicale et des effets spéciaux. Jerry Goldsmith, qui avait composé des musiques mémorables pour plusieurs épisodes de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt; (mais pas celle de « Cauchemar à 20 000 pieds&amp;nbsp;»), propose des arrangements tranchants qui illuminent l’action à la manière d’un stroboscope. Et le «&amp;nbsp;gremlin&amp;nbsp;», grâce à des meilleures techniques et un budget plus confortable, s’avère bien plus réussi que le «&amp;nbsp;panda&amp;nbsp;» qui harcèle William Shatner. La créature est une combinaison élaborée, qui dispose d’une tête contrôlée par des câbles&amp;nbsp;: avec son rictus et son corps mince et aérodynamique, le monstre de 1983 s’avère effroyablement convaincant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-movie22.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-movie22.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La version ciné de «&amp;nbsp;Cauchemar…&amp;nbsp;» se révèle sans peine le meilleur segment du film et, en fin de compte, doit être considéré comme une mise à jour réussie d’un classique du petit écran. Le récit de Matheson, comme bon nombre des meilleurs épisodes de &lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;, a plongé ses griffes dans la psyché du public et gagné sa place au sein de la culture populaire. Des groupes de rock y ont fait référence, on l’a parodié dans de nombreux films et émissions de télévision, il en a été tiré des cartes à échanger et des figurines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela fait près d’un demi siècle depuis que «&amp;nbsp;Cauchemar à 20 000 pieds&amp;nbsp;» a terrorisé son public à la télévision, vingt-cinq ans depuis son arrivée au cinéma. Peut-être que ce scénario sera à nouveau adapté dans le futur. De fait, l’histoire a évolué avec son temps et sa technologie&amp;nbsp;: les aéroplanes ont laissé leur place aux avions à réaction, les altitudes de croisière ont augmenté, et les effets spéciaux ont progressé par bonds. Mais le plus important reste que le «&amp;nbsp;Cauchemar à 6000 mètres&amp;nbsp;» de Richard Matheson s’articule autour d’un élément dont on ne se lassera jamais&amp;nbsp;: une histoire efficace, prenante et intemporelle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-cauchemar-gauntlet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-cauchemar-gauntlet.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5&gt;Parution originelle dans &lt;strong&gt;Richard Matheson's Nightmare At 20,000 Feet&lt;/strong&gt;, Tony Albarella éd., Gauntlet Press, 2011&amp;nbsp;; traduction&amp;nbsp;: Erwann Perchoc.&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 22 avril 2017</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/04/25/Journal-d-un-homme-des-bois-22-04-2017" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 22 avril 2017" />
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      <published>2017-04-25T15:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-04-25T15:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170422-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170422-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry nous redonne de ses nouvelles et nous évoque son projet musical intitulé &lt;strong&gt;Kogarashi&lt;/strong&gt;… avec quelques extraits à la clé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces derniers temps, ma vie a pris un virage radical&amp;nbsp;: j’ai tout simplement abandonné l’idée de continuer (d’essayer) de vivre de mon travail d’artiste, qu’il s’agisse d’écriture littéraire ou de composition musicale. Après une bonne vingtaine d’années d’affiliation à l’AGESSA – structure chargée, rappelons-le, de gérer la sécurité sociale des «&amp;nbsp;artistes-auteurs&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: c’est-à-dire des écrivains et des traducteurs – nous avons divorcé l’un de l’autre, la faute me revenant puisque ne parvenant plus à atteindre (et de loin) le minimum de revenus pour rester affilié. Mes amis, j’ai jeté l’éponge&amp;nbsp;! Je ne suis donc plus «&amp;nbsp;Écrivain professionnel&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après plus d’un an de démarches – quelle galère&amp;nbsp;! – je suis désormais un heureux bénéficiaire du RSA. Pas de quoi être fier, j’en conviens. Cela étant, le travailleur indépendant que j’ai été a cotisé pendant près de quarante ans pour un retour dérisoire (couverture sociale) voire inexistant (chômage), alors je ne suis pas plus que cela honteux de vivoter désormais «&amp;nbsp;aux frais de la société&amp;nbsp;». Pour être honnête, je ressens même un certain soulagement&amp;nbsp;: l’allocation mensuelle du RSA, pour un rien misérable qu’elle soit, couvre tout de même mon «&amp;nbsp;loyer&amp;nbsp;» (une participation financière à l’entretien et aux charges des lieux que j’occupe), l’assurance de ma Twingo (pour tous les jours) et celle de mon fourgon (pour quand il faut trimballer des choses ou quand la Twingo ne démarre pas&amp;nbsp;: plus de 500 000 kilomètres aux compteurs, à eux deux&amp;nbsp;!), un plein d’essence mensuel, mes abonnements presse (&lt;em&gt;Télé 7 Jours&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Rustica&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Wire&lt;/em&gt;) et enfin une connexion internet. Ainsi que de quoi ne pas mourir tout à fait de faim – mais tout juste et à condition d’aimer au-delà du raisonnable le riz, les pâtes et les pommes de terre. Pour le reste de ce que l’on considère parfois comme des «&amp;nbsp;besoins&amp;nbsp;», j’ai appris depuis bien longtemps à faire sans. La dispersion (lente mais régulière) de mes collections de livres, revues et BDs, permet d’agrémenter un peu les pâtes et le riz&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour tout dire&amp;nbsp;: la situation, au final, me convient assez. Dans la foulée du RSA est venue la CMU (je peux soigner les petits bobos que j’accumulais et traînais) et même un tarif spécial pour l’électricité – mais ayant toujours vécu dans une grande sobriété énergétique, sur ce point précis cela ne fera guère de différence&amp;nbsp;!&amp;nbsp;;o)).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le fond, ma vie n’a pas véritablement changé&amp;nbsp;: je continue de partager mon temps entre l’écriture de textes relevant peu ou prou de la Science-Fiction, la composition et l’enregistrement de musique instrumentale et de chansons plus ou moins électro-folk (en français), et le jardinage nourricier, tendances agroforesterie et permaculture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à la forme, par contre, je ne suis plus un «&amp;nbsp;artiste-auteur&amp;nbsp;» en galère permanente, mais une manière d’artiste «&amp;nbsp;subventionné&amp;nbsp;» (qui plus est sans la moindre obligation de résultat&amp;nbsp;: magnifique, non&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avant, j’avais pour objectif principal de vivre de mon travail, en tentant de le diffuser au mieux, seul ou via des éditeurs quand il s’en trouvait. Aujourd’hui, je ne cherche plus à en vivre&amp;nbsp;: je souhaite seulement diffuser ce travail, avec l’espoir que quelques personnes y trouvent un brin d’intérêt. De fait, cela réduit sérieusement la hauteur à laquelle était placée la barre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est dans ce nouveau contexte que je viens vous entretenir de ma nouvelle réalisation sonore&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;. Il s’agit d’un CD de musique instrumentale présentant treize compositions datant pour l’essentiel des deux dernières années – et remixées pour l’occasion, certaines dans des versions plus courtes (moins bavardes&amp;nbsp;!) que les mixages originaux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170422-koga.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170422-koga.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170422-koga_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Que dire de cette musique&amp;nbsp;? On y trouve des pièces mêlant nappes de synthèse et koto japonais – à l’écoute, il semble évident qu’il fut un temps où j’ai beaucoup aimé des gens comme Klaus Schulze et Kitaro. On y trouve aussi des mélodies minimalistes, qui seront probablement jugées banales par les uns et évidentes pour les autres – difficile, ici, de dissimuler mon intérêt pour Erik Satie, Terry Riley ou Philip Glass&amp;nbsp;! On y trouve encore des petites choses purement bruitistes, résolument atonales, relevant d’une esthétique pas si éloignée que cela du grand nimportnawaque – expérimentateur, on ne se refait pas. On y trouve même deux hommages à Arthur Rimbaud – dont l’un réalisé entièrement avec des voix de synthèse dans diverses langues et des sons émis par des cymbales frappées de toutes sortes de manière, ralentis, accélérés, passés à l’envers, harmonisés, compressés et autres amuseries. On y trouve… non, je n’en dirai pas davantage, j’ai l’impression que je vous ai déjà donné pas mal de soucis quant à mon état psychique…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et maintenant, me direz-vous, on fait quoi&amp;nbsp;? Et bien, si ça vous intéresse d’écouter ce CD, il vous suffit de le demander. Vous envoyez un mail à mon adresse habituelle&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;mailto:francis.valery@mail.be&quot;&gt;francis.valery@mail.be&lt;/a&gt; et je vous l’envoie par retour du courrier (si j’en ai en stock) ou d’ici une petite semaine (s’il me faut en fabriquer d’autres).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ensuite, il se passe quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi la multitude de réactions possibles, vous pouvez bien entendu choisir de ne pas réagir. L’écoute de ce CD n’est en rien nécessaire&amp;nbsp;: elle n’améliore pas votre espérance de vie ni n’ouvre de porte vers un ailleurs plus intéressant (enfin… pas à tous les coups). Et vous constaterez qu’il n’y a pas de facture planquée au fond de l’enveloppe. Si vraiment vous êtes réfractaire à ma musique, alors merci de bien vouloir faire suivre le CD à quelqu’un qui pourra peut-être s’y intéresser. Et si vous trouvez ma musique abominable à ce point, vous pouvez dans ce cas donner le CD à votre pire ennemi&amp;nbsp;;o))&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’inverse, si après avoir écouté vous trouvez un petit intérêt à tout ou partie de ces musiques, alors il vous est possible, si vous le souhaitez, de me prêter main forte pour la suite de l’aventure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’aurais besoin de trois choses. Tout d’abord un commentaire – il peut tout à fait ne porter que sur les aspects négatifs de mon travail, toute critique me semble bonne à prendre (à défaut d’être forcément agréable à lire ou à entendre, mais c’est la règle du jeu). Vous pouvez également me faire parvenir les adresses postales d’une ou plusieurs personnes de vos relations qui, peut-être, aimerai(en)t recevoir ce disque – aux mêmes conditions, c’est-à-dire gratuitement et sans la moindre obligation de donner suite. Enfin, et cela ne vous surprendra pas, vous pouvez aussi (si vous n’êtes pas encore lassés de mes appels récurrents) contribuer à la constitution d’une cagnotte afin de financer la fabrication et l’envoi d’autres exemplaires de &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt; – ou la fabrication du prochain CD que je compte diffuser de la même manière. Chèque envoyé à Cubnezais (Francis Valéry, 3 lieu-dit Le Canton, 33620 Cubnezais) ou virement Paypal sur mon adresse mail (francis.valery@mail.be), à votre convenance. Et montant de même&amp;nbsp;: quelques euros suffisent à entretenir la diffusion. Avec un tel mode de diffusion, je n’espère évidemment pas gagner de l’argent&amp;nbsp;! Mais disons que si je pouvais ne pas (trop) en perdre, ça m’arrangerait bien. Au final, si je pouvais simplement continuer de pouvoir fabriquer et envoyer de nouveaux CD à qui le souhaite, je considèrerais toute l’opération comme un réel succès.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puisque j’en suis à l’évocation de mes projets, c’est l’occasion de faire un petit point. Mon déménagement n’est pas tout à fait terminé – quand j’ai besoin de quelque chose c’est encore assez souvent à l’autre endroit, soit parce que pas encore transportée soit parce que transportée trop tôt&amp;nbsp;: un grand classique&amp;nbsp;! Mais mon studio est opérationnel – à l’exception du poste de mixage multicanal, mais je peux mixer en stéréo sans aucun problème, dans un espace qui a fait l’objet d’un traitement acoustique. Par ailleurs, je dispose d’un (petit) endroit pour écrire, bien au calme et à la lumière naturelle. Donc je me suis – enfin&amp;nbsp;! – remis à l’écriture d’&lt;em&gt;Ayou&lt;/em&gt; qui s’achemine vers un format de type novella/court roman, accompagné par un CD de musique «&amp;nbsp;autochtone&amp;nbsp;» et par divers documents (glossaire, petite encyclopédie, illustrations…). Ce projet avait fait en 2016 l’objet de mon second kickstarter (après le &lt;em&gt;Poème Symphonique&lt;/em&gt; d’après et autour de &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt;, de Jules Verne). Il avance à nouveau assez vite.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170422-apres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170422-apres_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Autre projet en cours et qui fera donc l’objet d’une diffusion comparable à celle de &lt;em&gt;Kogarashi&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Chansons simples, simples chansons…&lt;/em&gt; C’est le titre de travail d’un CD de douze titres&amp;nbsp;: des paroles en français sur des musiques plutôt acoustiques, avec beaucoup de guitare (folk, classique, douze cordes, baritone…), un peu de percussions (tambourin, pied de caisse, caisse claire, claves, trucs, machins…) et quelques instruments invités (basse, accordéon diatonique, piano, sitar, flûte). Comme d’habe, je fais tout. En cas de besoin d’une étiquette, on collera celle de «&amp;nbsp;néo-folk&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: ça ne veut rien dire donc ça fera l’affaire. L’envie de départ était d’appeler ce CD &lt;em&gt;Chansons pour après…&lt;/em&gt; Le «&amp;nbsp;après&amp;nbsp;» suivi des points de suspension était un clin d’œil à l’anthologie de nouvelles post-apocalyptiques titrée &lt;em&gt;Après…&lt;/em&gt; parue chez Marabout au début des années septante. L’idée première était donc de proposer des chansons jouables sans électricité&amp;nbsp;! J’ai légèrement assoupli le concept – il y a un peu de guitare électrique… D’ailleurs, n’existe-t-il pas des petits amplis à batteries, rechargeables avec un mini panneau solaire&amp;nbsp;? Hum…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà. Tout est presque dit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il me reste seulement à souhaiter une bonne écoute à ceux d’entre vous qui donneront suite à cette proposition. Et un bon tout le reste aux autres&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien à vous.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Richard Matheson, guide de lecture horrifiant</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/04/19/Richard-Matheson-guide-de-lecture-horrifiant" rel="alternate" type="text/html" title="Richard Matheson, guide de lecture horrifiant" />
      <id>urn:md5:06d39c1468e9188594c0562d553149a7</id>
      <published>2017-04-19T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-04-19T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant le 27 avril et la sortie du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-86&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 86&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; consacré à &lt;strong&gt;Richard Matheson&lt;/strong&gt;, nous vous proposons une plongée dans les archives de la revue avec le désormais traditionnel guide de lecture bis : de fait, l'auteur de &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; n'a jamais eu de cesse d'intéresser l'équipe critique de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; comme en témoigne ce récapitulatif…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-gdl-nouvelles.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-gdl-nouvelles.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Intrusions et La Poupée à tout faire&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Suite de l'intégrale (ou peu s'en faut) des nouvelles de Richard Matheson – avec au total cinq volumes prévus. &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-valery/&quot;&gt;Francis Valéry&lt;/a&gt; s'étant longuement et patiemment intéressé aux textes composant le premier volume (cf. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952&quot;&gt;«&amp;nbsp;La Légende Matheson 1950-1952&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), nous nous intéresserons aux suivants de façon plus succincte. Au sommaire de ces deux opus, 30 nouvelles, offrant une bonne perspective des différentes facettes de Matheson. Tout d'abord, il y a bien sûr ces récits ancrés dans la banalité du quotidien, que l'auteur va imperceptiblement faire dévier vers quelque chose d'autre&amp;nbsp;: c'est un homme qui ne se souvient plus de l'endroit où il a garé sa voiture («&amp;nbsp;L'Enfant trop curieux&amp;nbsp;»), c'est un enfant qui pleure dans le noir («&amp;nbsp;Tina a disparu&amp;nbsp;»), quelqu'un dont soudain personne ne semble se souvenir («&amp;nbsp;Escamotage&amp;nbsp;»), ou un coup de fil anonyme («&amp;nbsp;Appel longue distance&amp;nbsp;»). Dans ce registre, popularisé au petit écran par la série &lt;em&gt;Twilight Zone&lt;/em&gt;, Matheson passe pour un maître. Ce n'est pas le seul auquel il s'est essayé. Certes, lorsqu'il s'adonne à la nouvelle humoristique, les résultats sont plus mitigés. Tantôt il sort la cavalerie lourde («&amp;nbsp;Funérailles&amp;nbsp;», où un employé des Pompes Funèbres reçoit la visite de divers personnages de la mythologie fantastique, ou «&amp;nbsp;Une tripotée de donzelles&amp;nbsp;», pochade sans grand intérêt mettant en scène une nouvelle forme de prostitution), tantôt il ressasse de vieilles plaisanteries éculées («&amp;nbsp;Cher journal&amp;nbsp;», relatant les tracas de la vie quotidienne à diverses époques&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;L'homme qui avait créé le monde&amp;nbsp;», le titre dit tout). Parfois, aussi, le résultat est plus convaincant, comme dans «&amp;nbsp;Miss Poussière d'Étoiles&amp;nbsp;», que n'aurait pas renié Robert Sheckley ou «&amp;nbsp;Une Armée de conspirateurs&amp;nbsp;», narrant les malheurs d'un paranoïaque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'autres textes, pas forcément les moins intéressants d'ailleurs, relèvent d'une S-F ou d'un fantastique des plus classiques&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Dernier jour&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Descendre&amp;nbsp;», côté S-F symptomatiques des peurs des années cinquante, «&amp;nbsp;La Maison du crime&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Paille humide&amp;nbsp;» dans le registre fantastique. À l'inverse, un texte comme «&amp;nbsp;Danse macabre&amp;nbsp;» surprend, tant il s'apparente plus volontiers à la science-fiction de la décennie suivante. Enfin, plus anecdotique, on trouvera dans ces volumes une nouvelle policière, «&amp;nbsp;Toilettes pour hommes seuls&amp;nbsp;», ainsi qu'un western, «&amp;nbsp;Le Conquérant&amp;nbsp;». Le résultat est aussi varié qu'intéressant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-19&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;19&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-gdl-miroirs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-gdl-miroirs.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Miroir, miroir…&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Additif à l'intégrale des nouvelles de Matheson publiée en cinq volumes dans la même collection, ce recueil comprend huit textes récents inédits en français. Les spectres de la solitude et de la vieillesse planent sur ces récits&amp;nbsp;; c'est une femme obnubilée par sa beauté qui ne cesse de se regarder dans sa glace, obsession que Matheson rend terrifiante par un habile renversement de perspective donnant à voir la situation… en miroir&amp;nbsp;; c'est un homme qui se réveille seul au monde, dans une cité fantôme, trame classique sur laquelle l'auteur tente une variation stylistique. La solitude pousse également une buraliste à s'immiscer dans la vie privée d'un écrivain par le biais de son courrier expédié en poste restante. Tout passe&amp;nbsp;: les objets technologiques qui font la fierté de l'homme moderne ne sont plus que des pièces de musée qui ennuient les élèves en visite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parfois, Matheson exploite encore des veines classiques, comme ce coup de fil à un truand résistant à un assaut policier, dont on devine vite l'identité de l'interlocuteur, ou ce champion de base-ball qui a vendu son âme au diable mais refuse d'en payer le prix. Peu originale également, l'histoire de ce physicien irradié au plutonium, qui se retrouve propulsé à travers le temps dans le corps d'un condamné à mort et qui n'a que deux heures pour prouver sa bonne foi avant l'exécution de la sentence. Mais il sait aussi adapter ses propos aux thèmes plus récents&amp;nbsp;: les dangers de la prédiction de l'avenir, qui tuent la surprise et l'attente, sont ici exploités de façon science-fictive, à partir des miracles de la génétique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce recueil peu innovant n'ajoute ni ne retranche rien à l'œuvre de Matheson mais prouve que l'auteur n'a rien perdu de sa force d'écriture et de son art de la chute. Les inconditionnels ainsi que ceux qui n'ont pas lu ses textes majeurs y trouveront leur compte.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-32&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;32&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-gdl-journal.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-gdl-journal.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Journal des années de poudre&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Un western dans une collection fantastique, quelle horreur&amp;nbsp;! Brûlons immédiatement auteur, éditeur, traducteur et correcteurs avant de vouer leurs âmes maudites et malfaisantes aux 666 abysses des enfers. Non&amp;nbsp;? Bon…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Drôle d'idée, donc, de la part de la collection «&amp;nbsp;Lunes d'encre&amp;nbsp;» que d'éditer &lt;strong&gt;Journal des années de poudre&lt;/strong&gt; d'un certain Richard Matheson… Drôle d'idée, mais finalement pas si inadéquate, dans la mesure où la politique maison vise à défendre des auteurs, et que le Richard Matheson en question n'est globalement pas si inconnu dans le petit monde des littératures de l'imaginaire. Drôle d'idée, peut-être, mais le western a cette petite tradition «&amp;nbsp;pulpesque&amp;nbsp;» qui n'est pas sans rapport avec la S-F la plus académique, ce qui fait que bon, que voulez-vous ma bonne dame…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, le lecteur lambda est en droit de s'interroger, mais également en droit de lire ce livre qui n'a d'autre ambition que le simple divertissement. Et s'il s'agit immanquablement d'un Matheson mineur, la fan ultime ne pourra pas s'empêcher de l'ajouter aux œuvres complètes, tandis que le néophyte trouvera ici une porte d'entrée adéquate au «&amp;nbsp;mystère Matheson&amp;nbsp;»… De quel mystère s'agit-il&amp;nbsp;? Tout simplement de la technique (qui relève de la magie pure et simple) propre à l'auteur qui veut que toute personne qui lise un de ses bouquins ait le plus grand mal à lâcher la chose avant la fin… Pour ça, rien que pour ça, n'importe quel Matheson vaut le coup.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et l'histoire, au fait&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Prenez l'Ouest sauvage, ajoutez-y un peu de poussière, du réalisme (mais pas trop quand même), deux ou trois colts et un fusil à canon scié. Secouez. Voilà.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Journal des années de poudre&lt;/strong&gt; conte les aventures de Clay Halser. Des aventures sanglantes que le lecteur découvre via le journal d'Halser, légèrement amputé par le journaliste qui a récupéré les cahiers après la mort brutale de l'auteur. De cet amas de papier, quelques 300 pages sont extraites, 300 pages qui résument le monde des cow-boys à elles seules. Honneur hypocrite, brutalité gratuite et stupide, mort et déchéance forment les cercles vicieux dans lesquels évolue Clay Halser, légende de l'Ouest malgré lui, tour à tour Marshall, acteur (dans la troupe de théâtre narrant ses aventures – tout comme l'a un jour fait Monsieur Buffalo Bill himself), redresseur de torts, mais avant tout pauvre type victime de la renommée. Car les légendes sont fatiguées, fatiguées de perdre femmes et enfants, fatiguées de bouffer de la poussière et du plomb, fatiguées d'avoir continuellement peur et de voir leurs rares amis crever en saignant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fois pathétique et loufoque, l'histoire de Clay Halser est une relecture somme toute vivifiante de l'Ouest, semblable (d'une certaine manière) à la vision décapante d'un Sergio Leone.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oui, certes, la chose ne va pas très loin, mais dans la catégorie roman de gare efficace, il est difficile de faire mieux. Avis.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-34&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;34&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-gdl-legendesdelanuit.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-gdl-legendesdelanuit.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Légendes de la nuit&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;On ne présente plus Richard Matheson, auteur américain culte à qui l'on doit quantité de nouvelles, romans et autres scénarios (ciné et télé), tous caractérisés par leur très grande efficacité. Opus «&amp;nbsp;rassembleur&amp;nbsp;», Légendes de la nuit réunit quatre romans, l'ensemble formant un panorama assez juste de la vie littéraire de l'auteur. Ainsi, le célébrissime &lt;strong&gt;Je suis une légende &lt;/strong&gt;(écrit en 54) précède le poétique&lt;strong&gt; Le Jeune homme, la mort et le temps &lt;/strong&gt;(1975), avant &lt;strong&gt;Otage de la nuit&lt;/strong&gt; (1989) et &lt;strong&gt;À sept pas de minuit&lt;/strong&gt; (1993). Outre une politique éditoriale axée sur la publication d'inédits, la collection «&amp;nbsp;Lunes d'encre&amp;nbsp;» poursuit ainsi en parallèle un chemin «&amp;nbsp;omnibus&amp;nbsp;», après la sortie des intégrales des nouvelles de Dick, le rassemblement de «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/la-foret-des-mythagos&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;La Forêt des Mythagos&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;», certains romans de Bradbury ou l'édition définitive de&lt;strong&gt; L'Echiquier du mal&lt;/strong&gt;. On ne peut que s'en féliciter, même si le prix des pavés ne va pas forcément sans suffocation. Rappelons aux plus râleurs que les livres «&amp;nbsp;Lunes d'encre&amp;nbsp;» sont beaux, bien finis, bien fichus, et qu'ils vieillissent remarquablement bien quand on les compare aux poches, rapidement jaunis après achat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Légendes de la nuit e&lt;/strong&gt;st un livre à réserver aux fans de Matheson et à ceux qui veulent une bibliothèque complète. À la lecture des quatre romans qui composent la chose, on est frappé par la facilité avec laquelle Matheson nous ballade d'une page à l'autre, sans jamais nous laisser le temps de lâcher le bouquin. De fait, la lecture de &lt;strong&gt;Légendes de la nuit &lt;/strong&gt;est agréable, intéressante et parfaitement divertissante. Sur le fond, on reste néanmoins sceptique. Les histoires sont généralement prévisibles et parfois même évidentes, pour ne pas dire mal foutues. Le principal reste que «&amp;nbsp;Ça marche&amp;nbsp;», et il n'y a rien à ajouter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi, &lt;strong&gt;Je suis une légende &lt;/strong&gt;met en scène le dernier homme sur terre, assiégé chaque nuit par des hordes de vampires. Son unicité en fait un objet de légende, et c'est évidemment lui qui doit assumer le statut de monstre dans un monde où le vampire incarne la normalité. Pas bête, drôle, mais très largement surestimé, &lt;strong&gt;Je suis une légende &lt;/strong&gt;reste un roman «&amp;nbsp;À lire&amp;nbsp;», ne serait-ce que pour l'habileté de son scénario. De scénario, il est justement question avec Matheson, ses livres étant presque des objets cinématographiques. Chacun de ses romans ferait un excellent film (ce qui a d'ailleurs été le cas, pour certains), sans jamais être inoubliable d'un point de vue strictement littéraire. Matheson est avant tout un fantastique réservoir à idées… &lt;strong&gt;Le Jeune homme, la mort et le temps&lt;/strong&gt; est un cas à part, avec l'histoire d'un jeune homme mourant, amoureux d'une actrice des années 20, dont l'obsession lui fera remonter le temps pour une brève rencontre avec son amour. Habile, poétique et exempt de la quincaillerie corollaire au voyage temporel, le roman est sans doute le plus réussi des quatre, malgré l'évidence du scénario et l'absence de surprise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De son côté, &lt;strong&gt;Otage de la nuit r&lt;/strong&gt;évèle un travers de Matheson qu'on pourrait appliquer à Dick&amp;nbsp;: certains romans sont plutôt mauvais, mais feraient des nouvelles formidables. On suit ici l'ordinaire d'un couple en crise dans une maison de vacances sur la côte Est. Hanté par un adultère récent, l'homme ne peut résister à l'attraction sexuelle de la belle Mariana, dont le statut de fantôme est évident dès son apparition. Moyen, faible par endroits, &lt;strong&gt;Otage de la nuit &lt;/strong&gt;est largement passable, même si les «&amp;nbsp;possessions&amp;nbsp;» sont assez réjouissantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Terminons par &lt;strong&gt;À sept pas de minuit&lt;/strong&gt;, qui montre l'étendue du talent de Matheson. Avec cette histoire de mathématicien confronté à un glissement de réalité et embarqué dans une rocambolesque histoire à la James Bond, l'auteur s'en donne à cœur joie. Pas un cliché qui ne soit présent, mais balancé avec une telle ironie et un tel sens du rythme qu'on s'étonne que le texte n'ait pas déjà donné une adaptation cinématographique (patience, ça va venir).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au final, &lt;strong&gt;Légendes de la nuit &lt;/strong&gt;est un livre forcément nécessaire pour le fan de S-F. Insistons sur la publication chez Flammarion de l'intégrale des nouvelles de Matheson (avec une réédition en poche chez J'ai Lu, idéale pour les pauvres – et ils sont nombreux), tout en précisant que&lt;strong&gt; Légendes de la nuit&lt;/strong&gt; ne jure pas à côté. On aime ou pas Matheson, mais il faut reconnaître son talent et son importance dans le petit monde des littératures de l'imaginaire.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-34&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;34&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-gdl-jesuisunelegende.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-gdl-jesuisunelegende.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Je suis une légende&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Robert Neville est le dernier homme sur Terre. C’est du moins ce que tout semble indiquer. Mais il n’est pas seul pour autant. Chaque nuit, ils se massent aux abords de sa maison. Et son voisin Ben Cortman est là, qui l’appelle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Neville&amp;nbsp;! Viens, Neville&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Mais Ben Cortman et ses semblables n’ont plus rien d’humain. Ce sont des vampires. Victimes d’une étrange épidémie qui a balayé la planète entière, ils n’ont absolument rien de surnaturel en dépit des apparences. Mais ce sont bien, pour Neville, des monstres, des prédateurs assoiffés de son sang. Sa femme elle-même n’est-elle pas sortie de sa tombe pour tenter de le tuer…?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et Neville de se battre pour survivre. Le jour, quand les vampires sombrent dans leur étrange coma, il arpente la ville déserte, seul, bardé de croix et armé de pieux, quand il n’améliore pas les défenses de sa maison aux fenêtres barrées et surchargées de gousses d’ail. Neville tue pour survivre. Et il s’interroge&amp;nbsp;; il cherche à comprendre la raison de l’existence de ces vampires&amp;nbsp;: d’où viennent-ils&amp;nbsp;? Comment l’épidémie s’est-elle propagée&amp;nbsp;? Pourquoi est-il immunisé&amp;nbsp;? Pourquoi cherchent-ils à boire le sang des humains&amp;nbsp;? Pourquoi ont-ils ces réactions face à l’ail et la croix&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi débute &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt;, sans doute le plus célèbre roman de Richard Matheson avec &lt;strong&gt;L’Homme qui rétrécit&lt;/strong&gt;. Célèbre pour ses qualités intrinsèques, mais aussi pour son abondante postérité, notamment cinématographique&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; a été adapté trois fois pour le grand écran (avec beaucoup de libertés… pour ne pas parler de trahison pure et simple, notamment dans le dernier exemple en date)&amp;nbsp;; de plus, en «&amp;nbsp;rationalisant&amp;nbsp;» le vampirisme – une voie qu’emprunteront par la suite d’autres auteurs à leur manière, tels Theodore Sturgeon (&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/un-peu-de-ton-sang&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un peu de ton sang&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) et Dan Simmons (&lt;strong&gt;Les Fils des ténèbres&lt;/strong&gt;), pour n’en citer que deux –, et en décrivant ce cadre post-apocalyptique (l’anticipation est à court terme…) d’une planète submergée par une épidémie transformant les humains en monstres, Richard Matheson a contribué à façonner le concept moderne du zombie (George A. Romero et John Russo n’ont jamais caché s’être inspirés essentiellement de ce roman pour créer &lt;em&gt;La Nuit des morts-vivants&lt;/em&gt;). C’est dire l’importance de &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt;, roman séminal comme on n’en lit que rarement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais, au-delà de cet héritage, &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; est avant tout un très grand roman d’horreur comme de science-fiction (davantage que de fantastique, justement du fait de la rationalisation du vampirisme – qu’on la juge convaincante ou pas). Et même, osons le terme, un chef-d’œuvre du genre, dont la lecture marque durablement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dès les premières pages, où Matheson fait preuve d’un réel talent pour l’attaque en force, le lecteur est immédiatement accroché et s’identifie bien vite à Neville, le dernier homme sur Terre. Sa détresse est palpable à chaque page, au-delà des seuls impératifs de la lutte pour la survie. Car Neville est bel et bien humain, avec ses faiblesses. C’est un homme triste et reclus dans sa solitude autant qu’un combattant, un homme qui a perdu sa famille dans le drame, et que seul l’instinct de conservation semble encore rattacher à la vie. Ce qui, sans surprise, l’amène régulièrement à sombrer dans la dépression et l’alcoolisme… Mais le pire est probablement que Neville reste de temps à autre sensible à de futiles espoirs&amp;nbsp;; ainsi dans cette magnifique séquence, tout simplement déchirante, où Neville rencontre un chien errant et tente de s’en faire un compagnon…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car Neville est bien au centre de &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt;, ainsi que ce titre magnifique, justifié par une conclusion bouleversante, le laisse déjà entendre. Et tandis qu’il s’interroge, avec méthode, sur la raison d’être et l’origine des vampires, le lecteur franchit une étape supplémentaire et questionne pour sa part l’homme, le sens de sa vie, sa place dans le monde. Et le court roman «&amp;nbsp;de genre&amp;nbsp;» de se transformer en subtile allégorie, riche en niveaux de lecture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Palpitant, &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; est un bref roman cauchemardesque que l’on dévore littéralement, en l’espace d’une nuit (bien sûr…). Les scènes marquantes pullulent, très visuelles pour certaines d’entre elles. Et l’on tremble et l’on souffre à maintes reprises pour ce héros malgré lui…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus de cinquante ans après sa parution, &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; n’a pas pris une ride et reste un des sommets de la littérature vampirique. Un classique incontournable à la lecture indispensable.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bertrand-bonnet/&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-60&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;60&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-gdl-royaumes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-gdl-royaumes.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;D’autres royaumes&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;strong&gt;D’autres royaumes&lt;/strong&gt;, publié originellement en 2011, n’est pas l’ultime roman du vétéran Richard Matheson, son édition en France quelques mois à peine avant sa mort lui confère quelque peu, par la force des choses, une allure de testament littéraire. Et on ne fera pas de mystère&amp;nbsp;: c’est pour le moins regrettable. On n’y retrouve guère en effet le brillant auteur de, entre autres, &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L’Homme qui rétrécit&lt;/strong&gt;. Et l’on fait régulièrement la grimace à la lecture de ce livre de trop, qui tient sans doute un peu de la catharsis, mais donne aussi (surtout&amp;nbsp;?) la fâcheuse impression que son auteur n’y croit pas – et, par voie de conséquence, le lecteur pas davantage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alexander White, plus connu sous le nom de plume d’Arthur Black, sous lequel il a commis des dizaines de romans d’horreur lamentables, a 82 ans. Né avec le siècle, il nous narre ici les étranges événements qu’il a connus quand il en avait 18, aux environs de la fin de la Première Guerre mondiale. Engagé dans les forces américaines pour faire bisquer son horrible paternel, Alex connaît l’horreur des tranchées. Et c’est sur le front qu’il fait la rencontre de Harold Lightfoot, un jeune soldat anglais. Les deux hommes se lient d’amitié, et, avant de décéder, Harold suggère à Alex de se rendre dans son village natal, Gatford, au nord de l’Angleterre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Démobilisé en raison d’une grave blessure, Alex, qui ne tient pas à revoir son père à Brooklyn, obéit bientôt aux dernières volontés de son camarade. Il loue un cottage dans ce village qu’il trouve à première vue somptueux, mais la petite vie paisible qu’il entendait y mener est vite perturbée par d’étranges superstitions locales&amp;nbsp;: on lui dit que la forêt avoisinante est le domaine des fays, du petit peuple, autrement dit, et qu’il ne faut surtout pas s’enfoncer dans les bois en quittant le chemin… Mais il fait aussi, lors d’une promenade, la rencontre de Magda, ravissante femme qui fait une mère de substitution idéale… mais qui a la réputation d’être une sorcière. Cartésien comme son horrible père, Alex ne croit guère à ces racontars. Il a tort, bien entendu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur ces bases pour le moins stéréotypées, Richard Matheson tisse dès lors une intrigue cousue de fil blanc, ce qui n’exclut hélas pas quelques incohérences ou invraisemblances&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;D’autres royaumes&lt;/strong&gt; mêle le genre féerique classique, teinté d’horreur, avec le genre sentimental, se complaisant dans la description d’amours aussi ambiguës que pénibles. Tout ça sent le complexe d’Œdipe, pas qu’un peu… et ça ne convainc guère, laissant bien vite une amère impression en bouche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème essentiel de &lt;strong&gt;D’autres royaumes&lt;/strong&gt; ne réside pourtant pas dans cette dimen-sion. Le roman est prévisible, peu crédible en même temps, pas très bien construit, affligé de personnages en carton-pâte, et donne, à tort ou à raison, l’impression d’avoir déjà été lu cent fois, en mieux. Certes. Mais le véritable drame est ailleurs&amp;nbsp;: en effet, Richard Matheson semble s’y complaire dans le style laborieux d’un écrivain d’horreur gothique à dix balles. Exorcisme&amp;nbsp;? Peut-être… Mais c’est rapidement insupportable, notamment du fait des incessants appels au lecteur qui parsèment chaque page ou presque de ce roman imbuvable. Arthur Black intervient en effet régulièrement pour commenter ce qu’il écrit, jugeant telle phrase bonne, telle autre mauvaise, quand elles sont toutes affligeantes. Le lecteur est sempiternellement pris à témoin, et bien vite n’en peut plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On est très loin, ici, du grand Richard Matheson, conteur d’exception qui a su nous régaler à maintes reprises avec son astucieux sens du récit&amp;nbsp;; on n’y retrouve pas davantage la finesse dans la caractérisation de ses meilleures productions&amp;nbsp;; ne reste au final qu’une mauvaise parodie du genre, donnant l’impression que Richard Matheson se moque de lui-même, et par la même occasion du lecteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Comment aurais-je pu écrire ce livre si ma cervelle baignait entièrement dans les eaux du gâtisme&amp;nbsp;?&amp;nbsp;», demande Alexander White/Arthur Black à un moment&amp;nbsp;; le lecteur, ici, ne peut pas vraiment s’empêcher de faire la grimace… De même, plus loin&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Arthur Black me collerait d’office dans une maison de repos pour auteur en fin de carrière.&amp;nbsp;» Douloureuse confession…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Disons-le, même si c’est difficile, voire cruel, du fait de la proximité du décès de Richard Matheson – on aimerait se montrer charitable, voir en &lt;strong&gt;D’autres royaumes&lt;/strong&gt; un roman au pire médiocre –, mais le fait est que ce livre est calamiteux de bout en bout. La forme est atroce, le fond sonne creux. L’hommage plus ou moins déguisé ne séduit pas, et tourne à la parodie laborieuse. Livre sans intérêt, livre inutile, livre de trop, &lt;strong&gt;D’autres royaumes&lt;/strong&gt; ne sert guère la mémoire d’un auteur que nous avons connu tellement brillant. Aussi vaut-il mieux s’abstenir de lire cette erreur de vieillesse, qui n’aurait probablement jamais dû être publiée.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: right;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bertrand-bonnet/&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-72&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;72&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>La Légende Richard Matheson 1950-1952</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952" rel="alternate" type="text/html" title="La Légende Richard Matheson 1950-1952" />
      <id>urn:md5:a5758f5beabacce6e5f6deeaea811bb3</id>
      <published>2017-04-13T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-04-13T14:25:36+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; title=&quot;Image © Kieran Guckian – CC-BY-2.0&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si Richard Matheson, à l'honneur du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-86&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 86&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (en librairie dans deux semaines), est reconnu pour ses romans &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L'Homme qui rétrécit&lt;/strong&gt;, il ne faut pas perdre de vue que notre auteur s'est fait connaître par ses nouvelles, à commencer par la toute première qu'il a publiée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Journal d'un monstre&amp;nbsp;». Dans cette étude, version révisée d'un article paru dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-14&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 14&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-valery/&quot;&gt;Francis Valéry&lt;/a&gt; passe ainsi en revue la production de jeunesse de Matheson, avec un regard souvent critique.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Version revue, juillet 2016.&lt;br /&gt;
Une première version de cet essai a été publiée dans &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-14&quot;&gt;Bifrost n°14&lt;/a&gt;, juin 1999.&lt;br /&gt;
Cet article fait partie d'un recueil d'une vingtaine d'essais sur la SF classique, à paraître aux Editions Rivière Blanche.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-portrait.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-portrait.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Illustration&amp;nbsp;,: &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/newchemicalhistory/6631075709/&quot;&gt;Kieran Guckian&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/&quot;&gt;CC-BY-2.0&lt;/a&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une poignée de nouvelles aussi originales que percutantes a, dans la seconde moitié des années cinquante, révélé Richard Matheson au lectorat français. La plus connue est sans nul doute le célèbre «&amp;nbsp;Journal d'un monstre&amp;nbsp;», adaptée autant que traduite, et publiée en 1955 dans la revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;. Ce classique, s'il en est, a été repris dans au moins sept anthologies et fut même édité sous la forme d'un élégant petit livre aux éditions Tchou (1988). La publication dans la très littéraire collection «&amp;nbsp;Présence du Futur&amp;nbsp;» de &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; (1955) puis de&lt;strong&gt; L'Homme qui rétr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;écit&lt;/strong&gt; (1957), fait rapidement du nouvelliste incisif un romancier à succès, aussi à l’aise dans la Science-fiction que dans le Fantastique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-tchou.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.matheson-legende-tchou_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-tchou2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.matheson-legende-tchou2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La popularité de Matheson s'accroit au cours des décennies suivantes, grâce à son implication dans le cinéma. Il scénarise les adaptations d'œuvres de Dennis Wheatley, Anne Blaisdell, Jules Verne, Fritz Leiber… et adapte Edgar Poe pour le compte de Roger Corman&amp;nbsp;: &lt;em&gt;House of Usher&lt;/em&gt; (1960), &lt;em&gt;The Pit and The Pendulum&lt;/em&gt; (1961), &lt;em&gt;Tales of Terror&lt;/em&gt; (1962), T&lt;em&gt;he Raven&lt;/em&gt; (1963). Mais le meilleur reste les adaptations de ses propres romans. Avec une mise en scène sobre mais d'une parfaite efficacité, des scènes inoubliables, une dimension psychologique rarement à ce point présente dans les films de SF, &lt;em&gt;The Incredible Shrinking Man&lt;/em&gt; (Jack Arnold, 1957) rencontre un énorme succès. Mais Matheson n'est pas toujours à la hauteur d'une réputation désormais bien établie. En 1964, utilisant pour l’occasion le pseudonyme de Logan Swanson, et en collaboration avec William P. Leicester, Matheson scénarise son propre roman &lt;strong&gt;I am Legend&lt;/strong&gt;. Réalisé par Sidney Salkow, le film sort sous le titre &lt;em&gt;The last Man on Earth&lt;/em&gt;, avec Vincent Price. Ce sera un ratage retentissant&amp;nbsp;! Il faut attendre 1971 pour que Boris Sagal en donne une nouvelle version, cette fois sur un scénario de John William et Joyce Corrington. Avec Charlton Heston dans le rôle principal, &lt;em&gt;The Omega Man&lt;/em&gt; connaîtra un immense succès. La carrière de Matheson à Hollywood sera longue et mémorable. Même si, dans les années quatre-vingt, il s'égarera quelque peu dans des superproductions sans grand intérêt comme &lt;em&gt;Jaws 3-D&lt;/em&gt; (Joe Alves, 1983)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la fin des années cinquante, Matheson a également pris d'assaut la télévision, ce qui se révèle un excellent choix stratégique. Partout où elle est diffusée, tant aux USA qu’ailleurs dans le monde occidental, la série &lt;em&gt;The Twilight Zone&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;La Quatriè&lt;/em&gt;&lt;em&gt;me Dimension&lt;/em&gt;) passionne et marque les esprits. Le nom de Matheson sera associé à rien moins que seize épisodes, qu'il s'agisse d'adaptations de ses propres nouvelles (par lui ou par d'autres, en particulier Rod Sterling) ou de scénarios écrits spécialement pour la série.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs Matheson adapte des récits d’August Derleth pour la série &lt;em&gt;Thriller&lt;/em&gt; et de Julian Symons pour &lt;em&gt;Alfred Hitchcock Hour &lt;/em&gt;; il signe des scénarios inédits pour &lt;em&gt;Star Trek &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;Ghost Story&lt;/em&gt;, s'adapte lui-même pour &lt;em&gt;Night Gallery&lt;/em&gt; tandis qu'il est adapté par Robert Bloch pour &lt;em&gt;Journey to the Unknown&lt;/em&gt;. À noter encore son implication sur l'excellente série &lt;em&gt;Kolchak&amp;nbsp;: the Night Stalker&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Matheson est à l'origine des deux téléfilms faisant office de pilotes en signant d'abord le scénario de &lt;em&gt;The Night Stalker&lt;/em&gt; (Dan Curtis, 1972) d'après le roman de Jeff Rice, &lt;em&gt;The Kolchak Tapes&lt;/em&gt;, puis le scénario original de &lt;em&gt;The Night Strangler&lt;/em&gt; (Dan Curtis, 1973). Matheson écrira d'autres scénarios pour Dan Curtis, dont une adaptation de &lt;em&gt;Dracula&lt;/em&gt; en 1974. On lui doit également celui de l’étonnante (et sous-estimée) minisérie &lt;em&gt;The Martian Chronicles&lt;/em&gt; en 1980, d'après Bradbury, dirigée par Michael Anderson et avec Rock Hudson dans le rôle principal. Un montage de trois heures de cette production modeste, mais très poétique et plutôt réussie, sera diffusé par la suite en vidéo.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant ce temps, du côté de l’édition, Alain Dorémieux, qui a découvert l'homme et est tombé amoureux de son œuvre, conduit un remarquable travail éditorial, notamment avec deux anthologies chez Casterman – avant qu'un &lt;strong&gt;Richard Matheson&lt;/strong&gt; réuni par Daniel Riche pour la série «&amp;nbsp;Le Livre d'or de la science-fiction&amp;nbsp;» ne vienne couronner le maître. À ce point, tout semble dit&amp;nbsp;: Richard Matheson est une légende de la SF et du fantastique des années 50/70. Et pour faire bonne mesure, on en rajoute même un peu&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dès sa parution, [la nouvelle «&amp;nbsp;Journal d'un monstre&amp;nbsp;»] fut saluée comme un chef d'œuvre et valut à son auteur d'être tenu pour un maître par l'ensemble des amateurs de fantastique et de SF de langue anglaise &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» (Daniel Riche)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'Amérique découvrit Matheson et s'enflamma (…) succès phénoménal&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» (Daniel Riche)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cas rare et exemplaire que celui d'un auteur débutant à qui un court texte de quelques pages suffit pour s'imposer et se faire connaître comme un maître&lt;/em&gt; &amp;nbsp;» (Alain Dorémieux)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cette histoire provoque un véritable électrochoc chez les lecteurs. Richard Matheson est mis sur l'orbite du succès. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;» (Denis Guiot)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Évidemment…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais lorsqu'on a tendance à se la jouer sceptique, et qu'un soupçon de polémique n'est pas pour vous déplaire, avouons-le… une telle unanimité a un rien le parfum du «&amp;nbsp;too much&amp;nbsp;»&amp;nbsp;! N'a-t-elle pas&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'où une vague envie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être serait-il amusant – voire instructif – de replacer la lorgnette dans le bon sens et d'examiner les choses d'un peu plus près et d'un œil dirons-nous «&amp;nbsp;critique&amp;nbsp;». D'autant que… si mes souvenirs d’adolescent ne sont pas trop vivifiés par la nostalgie, il se pourrait bien que films et épisodes de la série télé, une fois n'est pas coutume, soient bien plus intéressants, au bout du compte, que les textes qui les ont inspirés&amp;nbsp;! Il se pourrait bien, ensuite, que la poignée de textes qui a conféré à Matheson sa stature constitue la pointe exposée au soleil d'une œuvre en forme d'iceberg globalement moyenne… les inédits publiés tardivement dans le &lt;em&gt;Livre d'or&lt;/em&gt; ou dans des anthologies chez Néo ou Clancier-Guénaud étant parfois de bien peu d’intérêt. Il se pourrait même, enfin, que Matheson, comme quelques autres, ait assez largement bénéficié des attentions d'un traducteur aussi dévoué que stylé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La publication du premier volume d'une intégrale des nouvelles de Richard Matheson, dans la collection «&amp;nbsp;Imagine&amp;nbsp;» de Flammarion, nous fournit le prétexte à une tentative de réévaluation des premières années d’écriture de l’auteur. Pour ce faire, on tentera de prendre les choses dans l'ordre, et en référant aux faits plutôt qu'aux «&amp;nbsp;on dit&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-derrierelecran.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-derrierelecran.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;1950&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Born of man and Woman&amp;nbsp;» apparaît à la fin du printemps 1950, dans le numéro daté summer 1950 de &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;. C'est un texte discret – trois pages seulement – et la présentation qu'en font les éditeurs Anthony Boucher et J. Francis McComas est toute aussi discrète. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;M. Richard Matheson vit à Brooklyn, il a 23 ans et il n'a jamais publié &lt;/em&gt; &lt;em&gt;à ce jour&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». La nouvelle est présentée succinctement – son narrateur étant décrit comme «&amp;nbsp;&lt;em&gt;un esprit comme vous n'en avez jamais rencontré&lt;/em&gt; &lt;em&gt; dans un corps comme vous n'en avez jamais imaginé&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Un seul mot d'ordre est donné par les éditeurs&amp;nbsp;: lisez&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Daniel Riche décrit «&amp;nbsp;Journal d'un monstre&amp;nbsp;» comme «&amp;nbsp;&lt;em&gt;une &lt;/em&gt;&quot;&lt;em&gt;lecture&lt;/em&gt;&quot;&lt;em&gt; du monde opérée par une créature authentiquement tragique dont nous devinons la monstruosit&lt;/em&gt; &lt;em&gt;é&lt;/em&gt; &lt;em&gt; au travers du langage qu'elle emploie pour nous parler de ce qui nous est familier. Il y a l &lt;/em&gt; &lt;em&gt;à&lt;/em&gt; &lt;em&gt; un renversement de perspective (…) dont na&lt;/em&gt;&lt;em&gt;î&lt;/em&gt;&lt;em&gt;t l'isolement du narrateur, par quoi se manifeste le caractère profondément angoissant de ce récit&lt;/em&gt; .&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque Maurice Renault et Jacques Bergier lancent la revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, en tant qu’édition française de &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;, en octobre 1953, le texte vedette du premier numéro est «&amp;nbsp;La guerre contre la Lune&amp;nbsp;», une courte nouvelle d'André Maurois. L’écrivain est une référence. Il a alors soixante-huit ans et est membre de l’Académie Française. Il faut peu de doute que sa présence dans la revue contribue à la respectabilité littéraire du projet. On pourrait s’étonner de voir un texte d’un écrivain français, qui plus est une réédition, dans une revue se présentant comme l’édition française d’une revue étasunienne&amp;nbsp;? C’est que la nouvelle de Maurois a figuré, bien entendu dans une traduction en langue anglaise, au sommaire d’un numéro de &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt; – et le hasard faisant parfois curieusement les choses, il s’agit précisément de ce numéro daté summer 1950, dans lequel Richard Matheson a fait ses débuts. Que nous dit cette anecdote&amp;nbsp;? Simplement que tant Maurice Renault que Jacques Bergier, c’est-à-dire l’éditeur et le conseiller littéraire de Fiction, sont passés à côté de la nouvelle de Matheson et ne l’ont pas retenue pour être traduite et publiée dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faudra attendre que le jeune Dorémieux – on raconte qu’il est alors le fils de la voisine de palier de Maurice Renault, et que celui-ci l’a engagé pour faire quelques traductions, par sympathie – prenne un peu d’importance dans la revue et devienne capable de faire des propositions, pour que «&amp;nbsp;Le Journal d’un monstre&amp;nbsp;» soit finalement publié dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, plus de cinq ans après sa parution originale aux Etats-Unis. Dorémieux a en effet récupéré le stock de numéros de &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt; des archives et s’est mis à les lire, afin de repérer les textes qui auraient éventuellement échappé à la sagacité de sa hiérarchie – outre Matheson, on lui doit également la découverte de «&amp;nbsp;Haunt&amp;nbsp;», une excellente nouvelle d’A. Bertram Chandler&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle02.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais Dorémieux ne deviendra pas un inconditionnel de Matheson. Le deuxième texte que celui-ci publié «&amp;nbsp;Third from the sun&amp;nbsp;» sera jugé par Dorémieux comme étant une «&amp;nbsp;nouvelle assez médiocre&amp;nbsp;» – difficile de ne pas être d'accord&amp;nbsp;: il s'agit pour l'essentiel d'un dialogue lent, insipide et convenu, entre les membres de deux familles s'apprêtant à fuir un monde dont ils pressentent la fin prochaine et inéluctable. Les voilà qui grimpent à bord d'une fusée expérimentale et décollent à destination de… la troisième planète à partir du soleil. Comprendre la Terre. «&amp;nbsp;Third from the Sun&amp;nbsp;» est un texte indigent qui serait aujourd'hui refusé par le moins exigeant des responsables de revues spécialisées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Curieusement, l'adaptation en épisode de la &lt;em&gt;Twilight Zone&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftn2&quot; id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; est par contre d'un certain intérêt. Sur le plan de la plausibilité scientifique, la version télévisuelle est certes tout aussi indigente que la nouvelle&amp;nbsp;: le nouveau monde est à seulement onze millions de miles de celui des personnages et c'est en captant nos émissions radios que ceux-ci comprennent que leur planète de destination est habitée et nommé par ses habitants «&amp;nbsp;Terre&amp;nbsp;». Mais la psychologie des personnages est plus fouillée que dans la nouvelle et, en gagnant des noms, le scientifique à l'origine du projet, William Sturka (Fritz Weaver), et le pilote d'essai de l'engin expérimental, Jerry Riden (Joe Maross) gagnent en crédibilité et en épaisseur. Une bonne dose de suspense est également injectée dans le scénario de départ – d’une invraisemblable platitude – par l'adjonction d'un personnage négatif, Carling, un mouchard remarquablement interprété par Adward Andrews. En définitive, l’adaptateur n'a conservé que le titre et l'idée générale de la nouvelle de Matheson.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais le principal intérêt de la version télévisuelle réside dans son esthétique. Tout est filmé en grand angle – même les gros plans sur les personnages sont filmés avec des lentilles de 28mm au lieu des habituelles 75mm ou 100mm utilisées pour ce type de plans. De fait, l'image se trouve déformée en permanence et certaines séquences, comme celle de la fuite en automobile, sont d'une indicible étrangeté. Cette manière de filmer donne au téléspectateur le sentiment très inconfortable d'être ailleurs – ce qui accrédite parfaitement la chute de l'épisode, lorsque le téléspectateur comprend qu'effectivement, cela ne se passait pas sur Terre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle03.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The Waker Dreams&amp;nbsp;», troisième nouvelle publiée de Matheson n'a pas davantage d'intérêt que «&amp;nbsp;Third from the Sun&amp;nbsp;». Aucune adaptation ne viendra sauver ce texte plat et convenu qui ressemble à un fond de tiroir d'un &lt;em&gt;pulp&lt;/em&gt; des années 30, et détonne par rapport à l'excellent roman de Clifford D. Simak, &lt;em&gt;Time Quarry&lt;/em&gt;, et aux nouvelles de James H. Schmitz, Raymond F. Jones, Sam Merwin Jr. ou Russ Rocklynne qui figurent au même sommaire de ce numéro de&lt;em&gt; Galaxy Science-fiction&lt;/em&gt;, daté décembre 1950.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;1951&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle04.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;D'une autre trempe est le texte suivant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Clothes Make the Man&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parue dans le numéro de février 1951 de &lt;em&gt;Worlds Beyond Science-Fantasy Fiction&lt;/em&gt;, cette histoire d'habits faisant l'homme, au sens strict de l’expression, apparaît étrangement annonciatrice d'une manière littéraire particulièrement excitante connue en France sous l'expression Réalisme Magique, et dont les maîtres d'œuvre les plus connus sont, pour l'essentiel, des écrivains sud-américains comme Julio Cortazar, Gabriel Garcia Marquez, A. Bioy-Casares ou Jose Luis Borges – ainsi que, dans une certaine mesure, l'italien Italo Calvino. Le Réalisme Magique est en quelque sorte l'illustration de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'intrusion banalisé&lt;/em&gt;&lt;em&gt;e de l'inordinaire dans le quotidien&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;em&gt; &lt;/em&gt;– le mot important dans cette formule étant &lt;em&gt;banalisée&lt;/em&gt;. En somme c'est tout le contraire du fantastique, puisqu'ici tout ce qui peut arriver arrive donc, et nul jamais ne s'en étonne – à part le lecteur, bien sûr. Pour rapprocher deux courants littéraires n'ayant pas grand chose en commun, si ce n'est le fait de constituer des lignes de force majeures de la littérature contemporaine, même si assez largement ignorées des lecteurs francophones, le &lt;em&gt; Steampunk &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftn3&quot; id=&quot;_ftnref3&quot; title=&quot;&quot;&gt;&lt;strong&gt;[3]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; &lt;/em&gt; et le Réalisme Magique fonctionnent sur une même mise entre parenthèses de l'incrédulité (la fameuse &lt;em&gt;suspension of disbelief&lt;/em&gt; de la critique shakespearienne) de la part des intervenants intérieurs au récit. Dans le Réalisme Magique comme dans le &lt;em&gt;Steampunk&lt;/em&gt;, les choses se passent comme ça. En somme&amp;nbsp;: c'est ainsi&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est assez piquant de découvrir en Matheson, écrivain des marges s'il en est, un précurseur d'une littérature relevant de ce que j'ai nommé ailleurs &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftn4&quot; id=&quot;_ftnref4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;, et tenté de théoriser, l'Esthétique de la Fusion et qui est, me semble, l’une des spécificités les plus évidentes de la littérature contemporaine.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle05.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle05.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Drink my Red Blood&amp;nbsp;» ressortit quant à elle, à un fantastique plus traditionnel, non dénué pour autant d'une dimension nonsensique. Cette nouvelle est intéressante mais reste mineure. Elle a été publiée dans le numéro daté avril 1951 du magazine &lt;em&gt;Imagination Stories of Science and Fantasy&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Parenthèse 1&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ouvrons ici une parenthèse&amp;nbsp;: après avoir été publié dans &lt;em&gt; The Magazine of Fantasy and Science Fiction, Galaxy Science Fiction, Worlds Beyond Science-Fantasy Fiction, Imagination Stories of Science and Fantasy, &lt;/em&gt; Richard Matheson figurera cette même année 1951, aux sommaires d'autres magazines&amp;nbsp;: &lt;em&gt; Marvel Science Stories, Startling Stories, Thrilling Wonder Stories &lt;/em&gt;. En 1952, on le verra dans &lt;em&gt;If, Worlds of Science Fiction&lt;/em&gt; et dans &lt;em&gt;Fantastic.&lt;/em&gt; En 1953, ce sont &lt;em&gt; Fantastic Story Magazine, Weird Tales, Amazing Stories, Fantastic Universe SF et Beyond Fantasy Fiction &lt;/em&gt; (sans compter les magazines de fiction policière) qui accueilleront ses nouvelles. L’auteur s’adresse à quasiment tous les magazines qui existent sur le marché. Mais la plupart du temps il ne fait que passer. À l'exception de &lt;em&gt;Galaxy SF&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt;, Matheson ne publie en général qu'une seule nouvelle par magazine. Voilà une dispersion de prime abord bien étonnante, comme si l’homme voulait être partout afin que son nom soit connu par l’ensemble du lectorat – il est par ailleurs notable que les deux revues dans lesquelles il persiste sont celles qui paient le mieux leurs auteurs. De là à croire que Matheson envoyait aux revues de second plan, sans aucune volonté de s’installer durablement dans l’une ou l’autre, les manuscrits qui avaient été, au départ, refusés par les deux revues principales…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’y aurait rien d’étonnant à cela. Au début des années cinquante, le marché est dominé par les revues qui offrent les paiements les plus attractifs&amp;nbsp;: les auteurs leur soumettent en priorité leur production et les meilleurs textes se retrouvent fort logiquement dans leurs pages. Côté science-fiction, il est évident qu'un brouilleur de cartes comme Matheson qui se promène aux frontières des genres – et qui ne se soucie pas le moins du monde de plausibilité scientifique – n’a pas la moindre chance de trouver grâce aux yeux d'un éditeur rigoureux comme John Campbell et de se retrouver au sommaire d’&lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;la&amp;nbsp;» revue de référence. Et puis soyons clairs&amp;nbsp;: la SF de Matheson ne vaut généralement pas tripette&amp;nbsp;! Reste &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;. La revue vient de se lancer, elle cherche des textes et paie bien. Matheson est des premiers à soumettre des manuscrits à Horace L. Gold qui en retient deux – on l’a vu – pourtant assez médiocres. Le niveau de ce qui est proposé à la rédaction s'élevant, Matheson se retrouve provisoirement sur la touche. Il publiera encore deux nouvelles dans &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, mais en 1952 seulement, et après avoir fait… des progrès&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, la problématique est un peu la même. La revue qui domine le marché est la toute récente &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;. Matheson y publie quatre textes au cours de ses trois premières années de vie professionnelle. Il s'agit incontestablement du meilleur de sa production. &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt; a une édition française bien distribuée et qui fait partie d’un groupe éditorial de petite taille mais bien implanté sur ce qu’on appellerait aujourd’hui un marché de niche. La bénéficie grandement du succès de &lt;em&gt;Mystère Magazine&lt;/em&gt; et, par ailleurs, du savoir-faire de son éditeur Maurice Renault et de l'intelligence éditoriale de son rédacteur en chef Alain Dorémieux. Les autres revues étasuniennes dans lesquelles publie Matheson ne disposent pas d’édition française. Fort logiquement, c’est donc le meilleur de la production du Matheson nouvelliste qui est traduit en France. Une chance immense pour l'image de l'auteur dans notre pays.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En réalité, le jeune Richard Matheson a vraiment beaucoup de chance. Voilà un écrivain débutant très inégal, produisant aussi bien des nouvelles à tout point de vue ringardes que de réelles fulgurances exploitant des idées novatrices, avec une écriture serrée au plus près, en imaginant des procédés littéraires nouveaux dans la &lt;em&gt;fantasy.&lt;/em&gt; Mais l'alchimie tient du bricolage et l'imagination n'est pas toujours au rendez-vous. La plupart du temps, Matheson est entre les deux&amp;nbsp;: pas franchement nul mais sans grand intérêt. Heureusement pour lui, le marché est en pleine expansion. Plusieurs revues au format «&amp;nbsp;digest&amp;nbsp;» se créent chaque et s'efforcent de trouver des auteurs – tandis que les vieux pulps s'épuisent à conserver les leurs. Il est alors extrêmement facile de publier. Les éditeurs les moins exigeants sont demandeurs de textes au minimum lisibles. Dans la pratique, on publie à peu près n'importe quoi – et curieusement à peu près n'importe quoi se vend. Relayée par Hollywood, la littérature de science-fiction connaît un nouvel Âge d'Or. Une sacrée chance pour le jeune Matheson qui place au rabais, dans des revues mineures ou dans des pulps essoufflés, les textes à l’évidence refusés par &lt;em&gt;Galaxy &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;F&amp;amp;SF.&lt;/em&gt; Ca fait rentrer un peu d’argent, et ça maintient la machine en état de marche – tant il est évident qu’on apprend à écrire en écrivant, et que l’on est motivé pour continuer d’écrire que si l’on est publié.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;1951: suite&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette analyse correspond aux faits. Les textes publiés dans &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt; sont effectivement les meilleurs de l'auteur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Born of Man and Woman&amp;nbsp;» en premier lieu, mais également «&amp;nbsp;Through Channels&amp;nbsp;», publié dans le numéro daté avril 1951, et «&amp;nbsp;Dress of White Silk&amp;nbsp;», dans celui daté octobre 1951.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle06.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle06.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Through Channels&amp;nbsp;» est le deuxième grand texte de Richard Matheson. Il exploite une idée aussi angoissante que saugrenue&amp;nbsp;: celle d'un téléviseur se nourrissant de ceux qui le regardent. À nouveau, il y a ce renversement de perspective – et à nouveau l’auteur propose une formule à prendre au pied de la lettre&amp;nbsp;: de même que l'habit fait l'homme, le tube cathodique se nourrit du spectateur. Innovation pour l'époque, au moins dans le domaine des littératures de kiosques, le texte est le compte-rendu de l’enregistrement d’un interrogatoire, rédigé dans une langue à peine écrite, avec une mise à plat totale du point de vue. Le plus surprenant est qu'avec aussi peu de moyens, en somme un stylo pour recopier une bande son, et avec une écriture aussi blanche et sans le moindre relief, le texte fonctionne à la manière d'une mécanique parfaitement huilée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle09.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Autre réussite peu contestable, la très étonnante nouvelle «&amp;nbsp;Dressed of White Silk&amp;nbsp;» est une histoire de possession comme il est rare d'en lire, menée avec un sens achevé de la construction et du suspense. Et toujours cette approche de l'extérieur, par petites touches, par glissements de points de vue, par superposition des perspectives&amp;nbsp;: voilà un texte davantage architecturé qu'écrit. Du grand art qui clôt avec brio un numéro du &lt;em&gt;Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt; qui s'ouvrait par un autre grand texte, «&amp;nbsp;Of Time and Third Avenue&amp;nbsp;» d'Alfred Bester…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l'exception de «&amp;nbsp;The Thing&amp;nbsp;», première variation science-fictive crédible de Matheson même si construite sur une aberration scientifique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftn5&quot; id=&quot;_ftnref5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; – les autres nouvelles publiées au cours de l'année 1951 sont peu mémorables.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The Return&amp;nbsp;» a toutefois le mérite de colorer de fantastique horrifique un motif classiquement science-fictif &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftn6&quot; id=&quot;_ftnref6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;. C’est un bel exemple de mélange des genres – mais le texte est trop long, la narration assez plate et le style plutôt vieillot. Rien d'étonnant à ce que cette novelette ait été publiée par &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, un &lt;em&gt;pulp&lt;/em&gt; emblématique de l'Âge d'Or gernsbackien et arrivé en bout de course. Même commentaire pour &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt; – qui vaut toutefois pour les quelques bons, voire excellents, romans qu'on y trouve à la même époque, sous les plumes inspirées de Philip José Farmer (&lt;strong&gt;Les amants étrangers&lt;/strong&gt;, 1952), John D MacDonald (&lt;strong&gt;Le Vin des Rêveurs&lt;/strong&gt;, 1950), Jack Vance (&lt;strong&gt;La Planète géante&lt;/strong&gt;, 1952) ou bien encore Leigh Brackett, Eric Frank Russell, Jack Williamson ou Henry Kuttner. &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt; est hélas moins performant du côté des nouvelles et celle que Matheson y publie dans le numéro daté juillet 1951, «&amp;nbsp;Witch War&amp;nbsp;» n'a pas vraiment d'intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle11.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'année 1951 s'achève pour Matheson par un texte très peu connu «&amp;nbsp;Mountains of the Mind&amp;nbsp;» que l'on trouve au sommaire du numéro daté novembre de &lt;em&gt;Marvel Science Stories&lt;/em&gt;. Non reprise dans le recueil &lt;strong&gt;Born of Man and Woman&lt;/strong&gt;, oubliée par les anthologistes, curieusement absente de cette édition pourtant supposée intégrale, «&amp;nbsp;Mountains of the Mind&amp;nbsp;» est une novella découpée en six chapitres – une distance atypique dans l'œuvre d'un écrivain plus à l'aise sur la forme courte, voire très courte. Il s'agit d'un texte de SF plutôt archaïque dans lequel un homme abandonne tout pour traverser un continent, au volant de sa voiture, pour rejoindre un complexe camouflé à l'intérieur d'une montagne. L'homme reçoit des images mentales et est guidé par une voix dans son cerveau&amp;nbsp;: une machine immense produit en effet de sondes accordées avec certains cerveaux humains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On sait qu'en 1971, Richard Matheson signera, à partir d'un de ses textes, le scénario du téléfilm &lt;em&gt;Duel&lt;/em&gt;, première réalisation d'un débutant doué et promis à un bel avenir&amp;nbsp;: Stephen Spielberg. Ce dernier n'a jamais caché son admiration pour l'œuvre littéraire de Richard Matheson. Faut-il alors voir dans la première partie de &lt;em&gt;Rencontre du Troisi&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ème Type&lt;/em&gt;, colossal succès de ce même Spielberg, cette fois scénariste et réalisateur, en particulier dans l'errance du personnage interprété par Richard Dreyfuss, une réminiscence de «&amp;nbsp;Moutain of the Mind&amp;nbsp;»&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Parenthèse 2&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce tour d'horizon critique des premières années de notre auteur achevé, ouvrons une nouvelle parenthèse – et ce à propos de cet écrivain qu’une première nouvelle, à la fois «&amp;nbsp;chef d'œuvre&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;coup de tonnerre&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Électrochoc&amp;nbsp;», aurait «&amp;nbsp;mis sur l'orbite du succès&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;imposé et fait connaître comme un maître&amp;nbsp;»… pour reprendre quelques commentaires cités ci-avant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’exception du &lt;em&gt;Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt; qui annonçait l’intégralité de son sommaire sur sa couverture, l’usage de l’époque voulait que ne soient signalés en accroche de couverture que les auteurs les plus vendables, commercialement parlant, et/ou les textes considérés comme les plus importants&amp;nbsp;: en particulier le (court) roman lorsque le numéro en proposait un.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soyons clairs&amp;nbsp;: Matheson n'a &lt;em&gt;jamais &lt;/em&gt;eu l'honneur de voir figurer son nom en couverture des magazines dans lesquels il publiait. En février 1951, les vedettes annoncées de &lt;em&gt;Worlds Beyond&lt;/em&gt; sont Jack Vance et Lester del Rey&amp;nbsp;; en avril, c'est Geoff St. Reynard qui fait la couverture d’&lt;em&gt;Imagination&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; en mai le &lt;em&gt;Special Feature&lt;/em&gt; annoncé en couverture de &lt;em&gt;Marvel Science Stories&lt;/em&gt; est une controverse à propos de la Dianétique avec des interventions de Hubbard, Del Rey et Sturgeon, tandis que le roman vedette est de Betsy Curtis&amp;nbsp;; en juillet, Wallace West et Leigh Brackett font la couverture de &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; en octobre &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt; met à l'honneur Fletcher Pratt, Kendell Foster Crossen et Jack Vance&amp;nbsp;; enfin, en novembre, suprême injure, &lt;em&gt;Marvel Science Stories&lt;/em&gt; annonce son sommaire en couverture en ces termes&amp;nbsp;: Latham, Bradbury, Asimov, Leiber, Pratt, Gallun, Vance, Tenn, others. Notons que Leiber et Pratt figurent dans ce numéro pour des contributions rédactionnelles à une controverse sur le contrôle de la population – les annoncer en couverture sans autre précision relève un peu de l’arnaque au lecteur…. mais ce sont des noms d'auteurs connus et appréciés, donc vendeurs. Ce qui n'est sans doute pas le cas de Mack Reynolds et de… Richard Matheson, puisque ces deux auteurs forment la totalité des «&amp;nbsp;others&amp;nbsp;». Fait sans précédent, bien que signant le texte annoncé en tête de sommaire, dans la catégorie reine du court roman, Matheson n'est même pas annoncé en couverture et n'a pas droit, non plus, à l’illustration de couverture. Il faut donc se rendre à l'évidence&amp;nbsp;: après avoir pourtant publié une dizaine de nouvelles dans sept magazines différents, Richard Matheson est considéré par les décideurs du marché de la SF en pleine expansion, comme un auteur de dernière catégorie, tout juste bon à boucher des trous dans les sommaires. Il est donc inutile de le mettre en avant sur la couverture, les lecteurs n'ayant même pas remarqué son existence. Les publications de l'année 1952 ne changeront rien à ce statut d’auteur au rabais. Les vraies vedettes de l’époque sont Vance, Del Rey, Brackett, Pratt, K. F. Crossen, Leiber…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme trop souvent, les critiques et historiens français de la science-fiction ont, au fil des années, construit une légende autour de Richard Matheson, brodant sur le motif imaginaire du jeune premier surdoué ayant connu un succès foudroyant. Matheson était jeune – mais certainement pas surdoué&amp;nbsp;! Et il faudra attendre que le cinéma et la télévision s'intéressent à lui (et réciproquement) pour que son nom se détache de la masse des contributeurs interchangeables des revues de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; ou de science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'où vient cette légende&amp;nbsp;? À l'évidence des pages de la revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; où officiait, dans les années cinquante et soixante, une assez jolie brochette d'affabulateurs notoires. En définitive, loin de nous l'idée de nous en plaindre. Après tout, le réel est assez triste pour que des vrais et purs artistes comme Jacques Bergier ou Alain Dorémieux aient succombé à la tentation de s'employer à le rendre conforme à leur mythe personnel. Mais un demi-siècle plus tard, il serait temps que certains historiens de la SF (voire même de simples commentateurs) fassent l'effort de reprendre leur copie après s'être constitué par eux-mêmes une «&amp;nbsp;culture SF&amp;nbsp;» conforme aux faits, et cessent d'accréditer des rumeurs et des contrevérités assénées par leurs aînés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;1952&amp;nbsp;: destination science-fiction&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;L’année 1952 est marquée par un changement d'orientation radical dans la production de Matheson. Après avoir musardé entre SF et &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;, l'auteur semble avoir fait son choix&amp;nbsp;: ce sera la Science-fiction. Au moins pour un temps. Nul doute que ce choix est purement stratégique. Le Science-fiction est le genre dominant et dès lors que l'on maîtrise à peu près la construction d'un récit et sa coloration par une gadgeterie science-fictive, il est sans doute plus «&amp;nbsp;facile&amp;nbsp;» de rédiger des textes de SF acceptables, plutôt que de se montrer vraiment convaincant dans le registre du fantastique, a fortiori dans la forme courte. Le fantastique est une littérature en demi-teintes et sans doute plus subtile que la Science-fiction. Les personnages étant au centre de la problématique, la dimension psychologique y est essentielle – alors que la Science-fiction des années cinquante n’est souvent qu’une littérature du «&amp;nbsp;décor&amp;nbsp;», et à l’intérieur de ce décor évoluent des personnages stéréotypés, manquant de profondeur. Dans la pratique, le fantastique s’avère être une littérature plus «&amp;nbsp;littéraire&amp;nbsp;» que la Science-fiction. Or, littéraire, Matheson ne l'est que par à-coups. Des quinze textes qu'il publie en 1953, seul «&amp;nbsp;Disappearing Act&amp;nbsp;» est parvenu jusqu'aux pages très sélectives du &lt;em&gt;Magazine of Fantasy and Science-fiction&lt;/em&gt;. Même score médiocre pour sa production de 1952&amp;nbsp;: un seul texte dans &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt;, relevant d'ailleurs de la pure Science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle12.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est également un récit relevant clairement du genre qui est publié dans le numéro de janvier de &lt;em&gt;Imagination Stories of Science and Fantasy,&lt;/em&gt; sous le titre transparent de «&amp;nbsp;Letter to the Editor&amp;nbsp;». Il s'agit effectivement d'une lettre envoyée par l’écrivain Richard Matheson au rédacteur en chef de la revue, William L. Hamling, dans laquelle le premier explique au second qu'il ne peut plus écrire. À cela une bonne raison&amp;nbsp;: il est en train de se produire des «&amp;nbsp;choses&amp;nbsp;» pour le moins bizarres – et le plus bizarre c'est que ces «&amp;nbsp;choses&amp;nbsp;» proviennent, en réalité, des dossiers préparatoires du prochain roman de l'auteur. De fait, il apparaît que l’écrivain Richard Matheson a littéralement anticipé la guerre des mondes qui vient de débuter «&amp;nbsp;pour de vrai&amp;nbsp;». Ses notes, rédigées au long des dernières années, décrivent ce qui est en train de se produire&amp;nbsp;! «&amp;nbsp;Comment cela&amp;nbsp;: en train de se produire&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» s'étonnera le lecteur de l'époque, en se précipitant vers sa fenêtre, pour vérifier… avant de revenir à sa lecture, rassuré de constater que tout semble aller pour le mieux. L’explication ne tarde pas&amp;nbsp;: le rédacteur en chef s’est rendu compte que la lettre qu’il a reçue, et qu’il publiée, a été postée le 6 novembre 1955 – le cachet de la Poste faisant foi, selon la formule d’usage. Or, nous sommes en train de lire le numéro de janvier 1952&lt;em&gt; &lt;/em&gt;d’ &lt;em&gt;Imagination Stories of Science and Fantasy&lt;/em&gt;. Cette lettre provient donc du futur&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Letter to the Editor&amp;nbsp;» n'est pas à proprement parler un récit épistolaire – on réserve en général ce qualificatif aux récits fonctionnant sur un échange de courrier entre plusieurs protagonistes. Mais le ton y est et le principe plus qu'esquissé. La nouvelle épistolaire est un genre apprécié des lecteurs anglo-saxons. On en trouve dans les fanzines, dans les «&amp;nbsp;one-shot&amp;nbsp;» édités à l'occasion des conventions, dans les anthologies, dans les revues ouvertes à l'humour – l’écriture épistolaire faisant bon ménage avec ce dernier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être jugé trop «&amp;nbsp;fanique&amp;nbsp;», c’est-à-dire s'adressant davantage aux fans qu'aux lecteurs sérieux, «&amp;nbsp;Letter to the Editor&amp;nbsp;» ne fut pas reprise dans le premier recueil de Matheson, &lt;strong&gt;Born of Man and Woman&lt;/strong&gt;, mais seulement dans un recueil ultérieur, le premier de la série des &lt;strong&gt;Shock Waves&lt;/strong&gt; (Dell, 1970), sous le titre «&amp;nbsp;Advance Notice&amp;nbsp;» et dans une nouvelle version où les références internes au genre ont été gommées, et de fait bien moins savoureuse. C’est malheureusement cette version édulcorée qui a été utilisée pour les deux traductions françaises de cette nouvelle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle13.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le pas en direction du véritable récit épistolaire est franchi dans la nouvelle suivante «&amp;nbsp;SRL AD&amp;nbsp;». Il s'agit d'un échange de courrier assez croustillant entre cinq personnages&amp;nbsp;: un étudiant en astronomie, son camarade de chambre, un de ses professeurs, une vénusienne cherchant un mari et le responsable du service des petites annonces du journal dans lequel la vénusienne a passé une annonce matrimoniale. C'est proprement hallucinant. Les quiproquos sur les noms propres et sur la langue (expressions familières, vocabulaire détourné) foisonnent&amp;nbsp;; le suspense est remarquablement entretenu&amp;nbsp;; l'humour est permanent et bien dosé. Bien que publié dans &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;, ce texte pourtant très réussi fut écarté par Alain Dorémieux, tant pour publication dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; que pour ses anthologies consacrées à l’auteur, publiées chez Casterman. Il fut traduit très tardivement dans une anthologie parue au Livre de Poche. Le détail est révélateur. Avec un bel ensemble, les éditeurs français détestent la science-fiction humoristique – alors que les lecteurs en raffolent. C’est avec une extrême prudence que l’on traduit des œuvres comme celles de Douglas Adams ou de Terry Pratchett, ce dernier n’ayant d’ailleurs été traduit que longtemps après être devenue une énorme star dans les pays anglo-saxons, et qui plus est par un éditeur de moyenne importance. Le succès de ces traductions ne change rien à la donne&amp;nbsp;: on a réellement l'impression que les éditeurs français prennent la Science-fiction trop au sérieux pour accepter que l'on en rie, que l'on joue avec ses codes, que l'on détourne ses motifs (pour la plupart des clichés qui ne méritent pourtant rien d’autre que d’être détournés), en somme qu'on la dynamite de l'intérieur&amp;nbsp;! Ceci explique que pour un Fredric Brown, des dizaines d’écrivains d’importance – citons Cyril M. Kornbluth ou Eric Frank Russell – soient à ce point sous-estimés dans notre pays. Et quand un Matheson se risque avec succès dans une manière humoristique, nos éditeurs le boudent&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle14.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et rebelote, serions nous tentés de dire avec «&amp;nbsp;The Foodlegger&amp;nbsp;» publié en avril dans &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;. Il s'agit d'une seconde aventure du professeur Robert Wade et de sa machine à voyage dans le futur – on se souvient qu'il était mort dans le premier épisode également publié par &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, mais bon… c'est de la Science-fiction&amp;nbsp;! Cette fois-ci, Wade atteint un futur qui apparaîtra comme bien terrifiant à tout lecteur non anorexique&amp;nbsp;: on s'y nourrit uniquement par injection. Voilà qui promet bien des ennuis pour le héros qui a pris soin d’emporter avec lui un petit en-cas bien de chez nous – et qui donc se consomme par ingestion buccale. Le texte est plaisant et reste lisible, en dépit d'un ton un peu vieillot et de sa longueur un tantinet excessive. Mais qu'un héros puisse se tirer d'affaire - et en somme être sauvé – par une barre de chocolat est une morale assez réjouissante et qui nous satisfait pleinement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette seconde aventure du professeur Robert Wade pourrait bien être remarquable pour des raisons autres que littéraires. Une rapide relecture de «&amp;nbsp;The Return&amp;nbsp;» fait apparaître une allusion discrète à «&amp;nbsp;The Foodlegger&amp;nbsp;». Avant de s'embarquer pour le futur lointain dans lequel il trouvera la mort, Wade rappelle qu'il a effectué un premier saut d'un siècle dans le futur – ce qui correspond à la situation décrite dans «&amp;nbsp;The Foodlegger&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le rédacteur en chef de &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, Samuel Mines, aurait- il publié les deux récits dans le désordre&amp;nbsp;? C'est peu probable. À en croire les archives de l'auteur, «&amp;nbsp;The Foodlegger&amp;nbsp;» a bien été écrit après «&amp;nbsp;The Return&amp;nbsp;» – en somme en profitant d'une possibilité offerte par le premier texte. L'allusion dans celui-ci d'une expérience «&amp;nbsp;transtemporelle&amp;nbsp;» antérieure autorisait le personnage à revenir la vivre sur le papier, &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce stade, Matheson parait avoir semé des indices dans un certain nombre de textes, afin de les connecter les uns aux autres, constituant peu à peu une mythologie personnelle centrée sur la ville de Fort, dans l'Indiana.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le héros malheureux de «&amp;nbsp;Mad House&amp;nbsp;» est professeur de lettres au Fort College – tandis que le héros de &quot;&lt;em&gt;SRL AD&lt;/em&gt;&quot; y est étudiant en astronomie. Ce dernier décrit d'ailleurs Fort College comme «&amp;nbsp;&lt;em&gt;un établissement subventionné par un vieux con plein aux as qui s'est entiché&lt;/em&gt; &lt;em&gt; de la prose de Charles Fort.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est clair qu'il se passe des choses curieuses sur ce campus très… fortéen – comme son nom l'indique&amp;nbsp;! Dans «&amp;nbsp;Mad House&amp;nbsp;», il est fait référence à certaines recherches relevant de la parapsychologie menées par un collègue du personnage principal. Il n'y aurait donc rien d’étonnant à ce que Robert Wade soit lui aussi professeur sur ce même campus – à la tête d'une équipe travaillant sur le voyage dans le temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'élaboration d'une telle mythologie personnelle, avec des personnages et lieux récurrents, utilisés dans des textes indépendants mais semés de références croisées, est un projet littéraire magnifique. Mais il passe en général très au-dessus de la compréhension de la critique spécialisée française, souvent bien étriquée, qui a le déplorable réflexe d’y voir une manière de dissimuler un défaut d'imagination. Alors que c’est l’inverse&amp;nbsp;! Les critiques reportent souvent sur les auteurs leurs propres manques et errements – ce n’est pas pour rien qu’on les considère souvent, à juste titre, comme des écrivains ratés, auto-légitimant de manière désespérée leur pitoyable existence sur le dos des authentiques créateurs. Créer «&amp;nbsp;sa&amp;nbsp;» ville est pourtant un exercice naturel dans la SF classique américaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Coïncidence amusante, c'est à nouveau dans l'Indiana, dans la petite ville d’Eerie, que furent situés, en 1991, les dix-neuf épisodes de la série &lt;em&gt;Eerie, Indiana&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Marshall et Simon&lt;/em&gt; en français) à laquelle fut associé Joe Dante. Le monde est petit, n'est-il pas&amp;nbsp;? Et le hasard souvent… objectif&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sautons des pages de &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt; dans celles de &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt; pour deux nouvelles&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Lover, when you are near me&amp;nbsp;» (mai 1952) et «&amp;nbsp;Shipshape Home&amp;nbsp;» (juillet 1952).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle15.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle15.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle16.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle16.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première est une relation du séjour de David Lindell, agent de la compagnie commerciale interstellaire Wentner, sur Station Quatre, une planète surnommée la Maison de fous des trois lunes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La population locale, les Gnees, travaille pour la Wentner. Tandis que les «&amp;nbsp;mâles&amp;nbsp;», des humanoïdes craintifs apparemment abrutis et au comportement bovin, travaillent du matin au soir en échange de quelques épices, l'unique &quot;femelle&quot; du comptoir est au service de l'agent en poste – en tant que femme à tout faire. Curieusement, sur cette planète, la Wentner relève ses agents au bout de six mois, alors que la durée normale d'une mission sur les autres comptoirs est de deux ans. En étudiant les agendas de ses prédécesseurs, Lindell s'aperçoit qu'à l'exception du premier, un certain Jefferson Winters qui fut ici vingt ans plus tôt, tous les agents qui se sont succédés sur Station Quatre sont devenus rapidement à moitié fous&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lindell ne tarde pas à comprendre que les Gnees sont soumis à une forme de matriarcat mental – si les mâles sont à ce pont éteints, c'est pour résister à la domination télépathique des femelles. La pression constante qu’exerce la Gnee – dotée qui plus est d'autres pouvoirs parapsychiques – sur Lindell transforme peu à peu la vie du terrien en un véritable enfer. Le fautif de tout cela est le premier agent qui, on le comprend peu à peu, fit de la femelle extraterrestre sa maîtresse. Depuis, celle-ci pratique une forme particulièrement redoutable de harcèlement sexuel envers les successeurs de Jeff.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Réussite totale, «&amp;nbsp;Lover, when you are near me&amp;nbsp;» recèle plusieurs niveaux de lecture. De prime abord, il s’agit d’une Science-fiction à la coloration exotique, un courant dans lequel s’illustrera un Jack Vance – mais une lecture plus subtile montre qu’il s’agit, en réalité, de la transposition d'une situation commune dans la littérature coloniale. Station Quatre est une nouvelle Afrique dans l'espace. Les Gnees sont des «&amp;nbsp;nègres&amp;nbsp;» des étoiles, la Wentner une banale entreprise d'exploitation coloniale et David Lindell l'agent de l’exploiteur. À un niveau encore plus subtil, est posée la problématique des relations sexuelles entre races – dans le sens qu'avait encore ce mot dans les années cinquante où l'on estimait que certaines caractéristiques physiques, telles que la couleur de la peau, divisaient les hommes en plusieurs races. Alors que Jeff fit naturellement et ouvertement de la femelle Gnee sa maîtresse, comme n'importe quel colon français ou belge en A.O.F. ou au Congo, dans la première moitié du vingtième siècle, David Lindell est profondément dégoûté par une telle union et l'idée mentale du corps dénudé de la Gnee lui donne la nausée. On retrouve là l’état d'esprit des rares colons établies dans les colonies anglaises où «&amp;nbsp;l'utilisation sexuelle&amp;nbsp;» des femmes africaines était jugée choquante – non pas d’un point de vue moral, mais véritablement d’un point de vue physiologique. Ce qui n'empêchait sans doute pas son existence, mais dans l'ombre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au terme d'un voyage en Afrique Noire dans les années trente, Georges Simenon publia une série de reportages &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftn7&quot; id=&quot;_ftnref7&quot; title=&quot;&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; dans lesquels étaient abordées, entre autres, les différences de statut de la femme indigène dans les colonies anglaises et francophones, et l'extrême hypocrisie anglo-saxonne à ce sujet. Sans chercher évidemment le moins du monde à justifier ou à légitimer &lt;em&gt;a posteriori&lt;/em&gt; le colonialisme francophone, force est de constater que le petit colon français, tout paternaliste et exploiteur qu'il fut, ne pratiquait généralement pas ce racisme primaire en forme d'apartheid courant dans les colonies anglaises.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce texte, en bon anglo-saxon auto-satisfait, Richard Matheson indique clairement ses choix. En faisant de la « négresse », décrite physiquement comme un monstre avec des archétypes parfaitement racistes, sa maîtresse, Jeff l’a pervertie. Il lui a donné le goût de &quot;l’homme blanc&quot; et en a fait une dévoreuse d'hommes&amp;nbsp;! David Lindell en fait les frais et il est donc présenté comme une pure victime. Alors que, dans les faits, il est l'agent d'une entreprise qui maintient un peuple en esclavage en pillant les ressources naturelles d'une planète.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J'ai à plusieurs reprises avancé l'idée selon laquelle la science-fiction exotico-spatiale des années 50 n'est pas une transposition dans l'espace du western, comme on le prétend souvent, mais s’avère plutôt une résurgence de la littérature coloniale. Il est évident que nombre de romans de Jack Vance (&lt;em&gt;Tschaï&lt;/em&gt;) ou Robert Silverberg ( &lt;em&gt;Les Profondeurs de la Terre&lt;/em&gt;) doivent bien davantage à Kipling ou Conrad qu'à H.G. Wells. Cette nouvelle fascinante illustre parfaitement cette théorie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Également publiée dans &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;Shipshape Home&amp;nbsp;» relève de cette science-fiction ancrée dans le quotidien et fonctionnant sur le décalage, qui fit les beaux jours de la revue. Le texte reste aujourd'hui très lisible, même si certaines ficelles sont aussi grosses que des câbles. Et puis elle prend avec humour le contre-pied du machisme culturel banalisé à l'époque par Hollywood, où les personnages féminins ne sont bons qu’à pousser des cris de terreur, tandis que le héros, le doigt sur la couture du pantalon et le menton fièrement relevé, sauve la situation en deux coups de cuillères à pot. Le personnage masculin de «&amp;nbsp;Shipshape Home&amp;nbsp;» est bel et bien un macho moyen considérant sa femme comme une cruche à moitié hystérique – mais c’est pourtant elle qui a raison. Et la seconde chute du récit montre que l'homme a tort sur toute la ligne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Immeuble piégé et texte piégé&amp;nbsp;: la science-fiction de Matheson est ici en phase avec celle de Philip K. Dick ou de Robert Sheckley, comme elle l'était, dans le texte précédent, avec celle de Jack Vance ou de Henry Kuttner.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle17.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle17.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Poursuivant dans une veine ouvertement science-fictive, Matheson publie dans le numéro daté novembre de &lt;em&gt;If, Worlds of Science Fiction&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;Brother of the Machine&amp;nbsp;». Comme nombre de nouvelles de notre auteur, le texte fonctionne sur un renversement de perspective - mais il relève de cette même science-fiction archaïque (elle l'était déjà dans les années cinquante) que «&amp;nbsp;Third form the Sun&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;The Waker Dreams&amp;nbsp;». On est ici très loin des réussites exemplaires d'un Alfred Bester sur le même motif du renversement de point de vue humain/androïde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle19.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle19.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous avons vu que les femmes ont rarement la part belle dans les nouvelles de Matheson. Ses personnages sont assez fréquemment des intellectuels plus ou moins ratés, dans le genre petit professeur rêvant d'être écrivain, et rendant leur épouse responsable de leur médiocrité et de leurs échecs. Le texte le plus exemplaire de ce point de vue reste la novella «&amp;nbsp;Mad House&quot;&amp;nbsp;». Paru début 1953, ce texte, bien que figurant dans ce volume, échappe à notre propos&amp;nbsp;: la production 1950/52 de Matheson. On trouve toutefois ce même mépris du personnage/écrivain pour la femme dans «&amp;nbsp;To Fit the Crime&amp;nbsp;», dernière nouvelle publiée par Matheson au cours de l'année 1952, dans le numéro daté novembre/décembre de &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;. Longtemps inédite en France, cette courte nouvelle est présentée pour la première fois dans &lt;em&gt;Derrière l'écran&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;matheson-legende-nouvelle18.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/matheson-legende-nouvelle18.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Faut-il que je sois, moi qui sculpte les mots avant de les animer du souffle même de la puissance, enchaîné à cette idiote bardée de clichés&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» se demande Iverson Lord à propos de sa femme, alors qu'il est en train de mourir. La punition (éternelle?) du sculpteur de mots sera en proportion de son arrogance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Détail intéressant, ce même numéro de &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt; comporte une petite présentation de Matheson. Il est rapporté que l'auteur a vendu sa première nouvelle à sa mère, pour la somme de 8 cents, et que son destin fut arrêté lorsque sa sœur lui offrit, pour son treizième, une machine à écrire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sans Smith-Corona, je serais probablement devenu plombier&amp;nbsp;» commente Matheson. Plombier contrarié par le sort mais écrivain majeur de la SF et de la fantasy des années 50/60, Richard Matheson est à découvrir ou à redécouvrir puisque les traductions ont été revues pour cette édition, afin de mieux coller au texte original. Le premier volume de cette édition intégrale est donc de ces incontournables se devant de figurer dans la bibliothèque de tout honnête homme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Bibliographie&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;1950&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;1 «&amp;nbsp;Born of Man and Woman&amp;nbsp;»&quot;, &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy &amp;amp; Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 1 n°3, summer 1950&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;2 «&amp;nbsp;Third from the Sun&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 1 n°1, 10.1950&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;3 «&amp;nbsp;The Waker Dreams&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 1 n°3, 12.1950&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;1951&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;4 «&amp;nbsp;Clothes Make the Man&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Worlds Beyond Science-fantasy Fiction&lt;/em&gt;, volume n°3, 02. 1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;5 «&amp;nbsp;Drink my Red Blood&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Imagination Stories of Science and Fantasy&lt;/em&gt;, volume 2 n°2, 04.1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;6 «&amp;nbsp;Through Channels&amp;nbsp;», &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 2 n°2, 04.1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;7 «&amp;nbsp;The Thing&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Marvel Science Stories&lt;/em&gt;, volume 3 n°3, 05.1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;8 «&amp;nbsp;Witch War&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, volume 23 n°3, 07.1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;9 «&amp;nbsp;Dress of White Silk&amp;nbsp;», &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 2 n°5, 10.1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;10 «&amp;nbsp;Return&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, volume 39 n°1, 10.1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;11 &quot;Mountains of the Mind&quot;, &lt;em&gt;Marvel Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 3 n°5, 11.1951&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;1952&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;12 «&amp;nbsp;Letter to the Editor&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Imagination Stories of Science and Fantasy&lt;/em&gt;, volume 3 n°1, 01.1952&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;13 «&amp;nbsp;S.R.L. AD&amp;nbsp;», &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;, 04.1952&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;14 «&amp;nbsp;The Foodlegger&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, volume 40 n°1, 04.1952&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;15 «&amp;nbsp;Lover, when you are near me&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 4 n°2, 05.1952&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;16 «&amp;nbsp;Shipshape Home&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;, volume 4 n°4, 07.1952&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;17 «&amp;nbsp;Brother to the Machine&amp;nbsp;», &lt;em&gt;If, Worlds of Science Fiction&lt;/em&gt;, 11.1952&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;18 «&amp;nbsp;To Fit the Crime&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Fantastic&lt;/em&gt;, volume 1 n°3, 11/12 1952&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Références françaises&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Richard Matheson&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Derriè&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;re l'écran, nouvelles 1&lt;/strong&gt;, Éditions Flammarion, collection &quot;Imagine&quot; dirigée par Jacques Chambon, mars 1999, 335 pages.&lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;hr class=&quot;left&quot; size=&quot;1&quot; width=&quot;33%&quot; /&gt;
&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; J'ai sous les yeux l'exemplaire de &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt; ayant appartenu à Alain Dorémieux, avec l'annotation de sa main de ces deux textes en page de sommaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; &lt;em&gt;Third from the Sun&lt;/em&gt; est l'épisode 12 (par ordre de production) de la première saison 1959/60, première diffusion&amp;nbsp;: 8 janvier 1960&amp;nbsp;; scénario Rod Sterling&amp;nbsp;; direction&amp;nbsp;: Richard L. Bare&amp;nbsp;; directeur de la photographie&amp;nbsp;: Harry Wild.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn3&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftnref3&quot; id=&quot;_ftn3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; La situation a bien changé, au moins pour le &lt;em&gt;steampunk&lt;/em&gt;, depuis l’écriture de cet article à la fin du millénaire précédent (note additionnelle de 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn4&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftnref4&quot; id=&quot;_ftn4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; Voir la chronique « Mes Cahiers Rouges » de la revue &lt;em&gt;T&lt;/em&gt; &lt;em&gt;énèbres&lt;/em&gt; ainsi que, de manière plus allusive, dans les pages littéraires de &lt;em&gt;L'Humanité&lt;/em&gt;, à propos de la nouvelle génération d'écrivains venus des marges pour prendre d'assaut le &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt; – ou d'écrivains apparus dans le &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt; mais dotés d’une culture comparable à celle des auteurs de genre&amp;nbsp;: Houellebecq, Darrieussecq, Ravalec, Faye…&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn5&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftnref5&quot; id=&quot;_ftn5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; On est ici dans une SF à la Bradbury où la poésie remplace aisément les diplômes universitaires…&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn6&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftnref6&quot; id=&quot;_ftn6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt; À noter la formidable illustration de Poulton où l'on voit la reconstruction de l'épouse du personnage principal se dissoudre, dans un rictus d'horreur, les os apparaissant peu à peu sous les chairs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn7&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/04/13/La-Legende-Richard-Matheson-1950-1952#_ftnref7&quot; id=&quot;_ftn7&quot; title=&quot;&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; Dans &lt;strong&gt;L'heure du Nègre&lt;/strong&gt;, collection « Afriques », Éditions DLM, dans lequel j’ai réédité en 1996 ces récits de voyage, accompagnés de photos d'époque et d'un matériel rédactionnel critique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Z comme Zone de feu émeraude</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/04/03/Z-comme-Zone-de-feu-emeraude" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zone de feu émeraude" />
      <id>urn:md5:d9dc6415088fe4ceca9071f3db606a85</id>
      <published>2017-04-03T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-04-03T15:43:23+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on termine ce tour d'Abécédaire avec &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/lucius-shepard/&quot;&gt;Lucius Shepard&lt;/a&gt; et son recueil &lt;strong&gt;Zone de feu émeraude&lt;/strong&gt;, démonstration de son talent en six nouvelles, entre États-Unis, Amérique du sud et espace interplanétaire, entre (réalisme) fantastique et science-fiction…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Zone de feu Émeraude, Lucius Shepard, récits traduits de l’anglais [US] par William Desmond. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», 1988. Poche, 256 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zone de feu émeraude&lt;/strong&gt; est un recueil original, sans réel équivalent anglosaxon, qui compile sept nouvelles, publiées par Lucius Shepard entre 1986 et 1987 dans différents magazines (&lt;em&gt;Asimov&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt;) et anthologies, et qui fait suite à&lt;strong&gt; La Fin de la vie (pour ce que nous en savons)&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Chasseur de jaguar&lt;/strong&gt; pour ce qui relève de la traduction des novellas de notre auteur dans nos contrées.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-z-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-z-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première nouvelle du recueil donne son titre à ce dernier. «&amp;nbsp;Zone de feu émeraude&amp;nbsp;» nous plonge dans la jungle guatémaltèque, où le jeune soldat Douglas Quinn vient de perdre toute son unité&amp;nbsp;; égaré dans cet enfer vert, il possède cependant assez de provisions et munitions, de quoi tenir quelque temps. Un autre soldat égaré, prénommé Mathis, prend alors contact avec lui. Celui-ci hante la jungle depuis plusieurs années et, avec les siens, semble vénérer quelque déesse&amp;nbsp;: la reine, «&amp;nbsp;celle qu’est dans la lumière&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La nuit qui tombait était semblable à celle de la reproduction de Rousseau avec sa lune comme un globe jaune qui sculptait toute une géométrie d’ombres et de lumières dans le feuillage&amp;nbsp;? Une nuit pour les tigres, les dames mystérieuses et les noirs desseins.&amp;nbsp;» (p. 32)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Si la trame est classique – la proie devient chasseur –, Shepard y insuffle son originalité dans ce huis-clos étouffant dans une jungle folle. Toute ressemblance du Guatemala avec le Temalagua sera purement accidentel. Si aucun dragon ne laisse planer son influence délétère sur la jungle, celle-ci est néanmoins hantée par des soldats, comme morts intérieurement, mus seulement par la croyance en l’esprit de cette mystérieuse déesse. L’aspect guerrier du récit préfigure &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/la-vie-en-temps-de-guerre&quot;&gt;La Vie en temps de guerre&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, que Shepard publiera peu après.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dernière Valse à Nadoka&amp;nbsp;» emmène le lecteur sur les traces de Hayes, un musicien en cavale. «&amp;nbsp;Croyez-en mon expérience[…], les filles, c’est rien que des ennuis&amp;nbsp;» explique Hayes. Nadoka, c’est ce «&amp;nbsp;bled paradigmatique&amp;nbsp;» perdu au fin fond de l’Oklahoma où il atterrit. Dans le rade où il pose ses fesses en attendant de repartir, les jukeboxes ont un effet saisissant. C’est là aussi qu’il tombe raide dingue amoureux d’Ainsley, la serveuse. Une préfiguration du roman &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/louisiana-breakdown&quot;&gt;Louisiana Breakdown&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Une nouvelle prenante, à l’atmosphère étouffante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec «&amp;nbsp;L’Aragne solaire&amp;nbsp;», on s’aventure dans l’espace à la suite de Carolyn et Reynolds. Elle, c’est l’épouse du second. Leur couple est atypique, voire dysfonctionnel, quelque peu à l’image de Reynolds, scientifique aux raisonnements peu orthodoxes. Lorsque le couple arrive sur la station Hélios, en orbite proche autour du soleil, c’est l’occasion pour Reynolds de vérifier ses théories&amp;nbsp;: l’homme est persuadé que notre Soleil abrite la vie, en particulier une créature qu’il nomme aragne solaire. Existe-t-elle ou est-ce le fruit de sa folie&amp;nbsp;? Un texte qui m’a fait pensé à une nouvelle (mais quel titre&amp;nbsp;?) de Bernard Werber, où l’auteur des &lt;strong&gt;Fourmis&lt;/strong&gt; imagine la vie sur le Soleil. Prémisses semblables mais résultats différents. Cette nouvelle, l’une des plus ouvertement SF du recueil,&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour dans la jungle amazonienne avec «&amp;nbsp;L’Arcevoalo&amp;nbsp;». L’arcevoalo, c’est cet homme sans passé qui quitte la forêt amazonienne, créé par cette dernière pour gagner la ville de Manaus et détruire l’humanité. La plume de Shepard, excellemment servie par William Desmond, se fait lyrique. Qu’on en juge par cette phrase introductive&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Un matin, près de cinq cents ans après la guerre de Septembre, dont les effets avaient transformés l’Amazone en un pays de sortilèges, un jeune homme au teint olivâtre et aux traits délicats, les cheveux noirs et courts, s’éveilla sur un lit de fougères à peu de distance de la ville en ruine de Manaus.&amp;nbsp;» (p.117)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L’Arcevoalo&amp;nbsp;» prend les atours d’un conte cruel pour les temps futurs. Le jeune homme, qui adopte le nom de João Merin Nascimento en mémoire d’un soldat portugais dont il serait une sorte de réincarnation, est ainsi doté d’un pouvoir magique, celui de faire en sorte que les gens l’aiment, mais ce don n’a rien d’inépuisable. Il va s’en rendre compte lorsqu’il va s’amouracher de la superbe Sylvana. Et sa mission&amp;nbsp;? Sans cesse, il la repousse… À la fois histoire d’amour empoisonnée, récit d’un renoncement où la nature, aussi résiliente qu’obstinée, s’entête à lutter contre les humains, «&amp;nbsp;L’Arcevoalo&amp;nbsp;» est une superbe nouvelle, l’un des sommets de &lt;strong&gt;Zone de feu &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;émeraude&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans «&amp;nbsp;Exercice spirituel&amp;nbsp;», on suit le parcours d’un pasteur doté – du moins le croit-il – d’un pouvoir lui permettant de connaître et de revivre les péchés de ses fidèles ouailles. Il va entreprendre de libérer leurs pulsions, de gré ou de force. Surtout de force. Une plongée en apnée dans les tréfonds obscurs de l’âme humaine, mais néanmoins pas mon texte préféré du recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Aymara&amp;nbsp;» nous ramène en Amérique centrale, non plus le Guatemala mais le Honduras. Plus jeune, le journaliste William P. Corson a publié un article intitulé justement «&amp;nbsp;Aymara&amp;nbsp;» au sujet de ce mercenaire américain (personnage réel au demeurant), Lee Christmas, qui a œuvré pour l’indépendance politique du Honduras. D’après les dires d’un ancien compagnon de route de Christmas, toute cette fibre révolutionnaire celui lui est venu des suites de sa rencontre avec Aymara, une femme prétendant débarquer du futur. Une quinzaine d’années après la publication de cet article, Corson va découvrir que celui-ci a des répercutions sur l’activité des révolutionnaires honduriens… et que les scientifiques américains ont un projet de machine à voyager dans le temps. Il rencontre bientôt la belle Ivie (un nom peu anodin), dont le nom de guerre est Aymara. Encore un texte centraméricain où Shepard mêle avec brio science-fiction, avec le trope du voyage temporel (et du potentiel paradoxe qui l’accompagne), et réflexions politiques – ici, la doctrine Monroe et l’ingérence politique des USA dans leur pré carré. Brillant et vertigineux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Delta Sly Honey&amp;nbsp;» conclut le recueil en revenant à la thématique militaire de «&amp;nbsp;Zone de feu émeraude»&amp;nbsp;: basé à Loc Nimh en pleine guerre du Viêtnam, le narrateur nous raconte l’histoire de ce soldat préposé à la morgue, Randall J. Willingham. Celui-ci a un peu pété un fusible et, lors de son temps libre, se plaît à dégoiser à la radio, s’adressant, entre autres diatribes contre la guerre, à des escouades disparues. Jusqu’au jour où il reçoit une réponse. Jusqu’au jour où le sergent-chef Moon prend méchamment Randall en grippe. Randall disparaît, revient. Le drame n’a plus qu’à se dérouler. Un récit fantastique&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs thématiques se dégagent&amp;nbsp;: le couple, comme unité dysfonctionnelle (dans six des sept nouvelles – il n’y en a pas dans la dernière –, aucun ne fonctionne), et surtout l’Amérique centrale/du Sud, terrain d’exploration qui inspire particulièrement Shepard – rien d’étonnant à ce que les trois meilleurs textes du recueil prennent pour cadre cette zone géographique, soumise à l’influence US mais tâchant de s’en libérer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce sont là des textes de (relative) jeunesse de l’auteur, Shepard n’ayant commencé à publier qu’en 1983. Et, mazette, quel talent&amp;nbsp;! Une écriture ample, qui frappe juste, avec le sens du détail et quelques échos des textes à venir. Et un joli zeste de fantastique ou d’imaginaire&amp;nbsp;: si l’argument de genre est parfois mince, toujours Lucius Shepard parvient à accrocher son lecteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans plus d’ambages, c’est là un superbe recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra également se reporter avec profit à &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/o/blog/zone-de-feu-emeraude&quot;&gt;la critique de Laurent Leleu&lt;/a&gt;, parue dans le &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-51&quot;&gt;Bifrost 51&lt;/a&gt; dédié au créateur du dragon Griaule.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, seulement d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: au contraire&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Y comme Yucca Mountain</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/30/Y-comme-Yucca-Mountain" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Yucca Mountain" />
      <id>urn:md5:11097440ec8cc30af163d9b146b513e1</id>
      <published>2017-03-30T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2017-03-30T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Yucca Mountain, c'est ce projet de site de stockage de déchets nucléaires du côté de Las Vegas, envisagé depuis plus de trois décennies par le gouvernement US. &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt;, c'est aussi un brillant essai de John D'Agata au sujet de ce projet, et de bien d'autres choses — Las Vegas, ses prairies, son désert, sa Stratosphere Tower, ses suicides, le lobbying, le langage, le temps…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Yucca Mountain [About A Mountain], John D’Agata, texte traduit de l’anglais [USA] par Sophie Renaut. Zones sensibles, 2016 [2010]. Semi-poche, 160 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Votre serviteur le reconnaît volontiers, le nucléaire le fascine, tout autant que les fictions autour de cette source d’énergie controversée. L’année dernière, je vous avais proposé une brève sélection littéraire et musicale autour de Tchernobyl (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/26/Radioactivity-is-in-the-air-for-you-and-me&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/12/Tu-m-irradieras-encore-longtemps&quot;&gt; ici &lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/26/Tchernobyl-Blues&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;), auquel on pourrait rajouter &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/11/5-comme-Le-Pouvoir-des-Cinq&quot;&gt; &lt;strong&gt;Raven’s Gate&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; d’Anthony Horowitz, où l’énergie d’une centrale doit servir à ramener les monstrueux Anciens, créatures maléfiques rejetées outre-temps. Bref, dans notre monde, moins fictionnel que souhaité, où même les princesses doivent aller aux toilettes, il faut s’occuper de faire quelque chose des déchets nucléaires. Les balancer dans la cuvette des WC ou au fond des océans n’étant pas une option valable, les expédier vers le Soleil non plus, pourquoi pas les enterrer profondément ?&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-y-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-y-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-y-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;John D’Agata est un essayiste américain, à qui l’on doit plusieurs essais qui décloisonnent avec brio la notion même d’&lt;em&gt;essai&lt;/em&gt;. Lors du festival America de Vincennes, en septembre 2016, il a également décloisonné la notion de dédicace, s’abstenant de se pointer (enfin, du moins à &lt;em&gt;celle &lt;/em&gt;où je l’attendais).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quoi&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt; est une manière de documentaire/essai/autofiction sur le projet d’enfouissement de déchets nucléaires de Yucca Mountain, au sud du Nevada. Et ça parle de bon nombre d’autres choses aussi, au fil de différents chapitres titré selon la méthode de questionnement QQOQCCP — et que le présent billet pastiche éhontément.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Cet été-là, après le vote du Sénat pour le projet Yucca Mountain et après que des employés eurent divulgué des documents apportant la preuve que les scientifiques avaient falsifié leurs études, après que ma mère eut déménagé de Summerlin pour s’installer dans un studio quand le travail pour lequel elle était venue à Las Vegas disparut au bout de trois mois, et qu’une vague de suicide eut convaincu l’expert médico-légal que le record de suicides serait encore une fois battu, des articles de presse firent état de la présence d’étranges poissons dans les eaux du lac Mead, des poissons génétiquement modifiés, physiquement difformes, à l’épine dorsale tordue et dont les femelles étaient toutes stériles.&amp;nbsp;» (p. 111)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Où&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt; débute avec l’installation de la mère de John D’Agata à Las Vegas. Après quelques hésitations, l’auteur finit par s’y installer à son tour afin de rassembler des informations sur le site d’enfouissement de déchets nucléaires de Yucca Mountain, situé à quelque cent trente kilomètres de la ville. De fait, la ville avec toutes ses extravagances finit par devenir un personnage à part entière du récit, sorte d’aberration urbaine, qui continue à croître en dépit du bon sens – localisation en plein désert, irriguation difficile, déficits chroniques en eau. Taux de suicides élevés aussi, semble-t-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt; a bénéficié d’une réédition en 2016, la première édition en français remonte à 2012 et le texte originel date de 2010. Quant au projet duYucca Mountain Nuclear Waste Repository, son origine remonte à 1980 et à l’incident de Three Mile Island, quand le cœur du réacteur n°&amp;nbsp;2 a fondu suite à une perte d’étanchéité du circuit de refroidissement et relâché dans l’environnement une faible quantité de résidus radiocatifs. Dans la foulée de l’incident, le lobby nucléaire, représenté par Comité américaine de l’énergie atomique, a incité le Congrès à voter le placement de tous les déchets nucléaires en un même lieu. Récemment mis en suspens par l’administration Obama, sa construction pourrait être relancée. On l’aperçoit également, construit (enfin, plutôt &lt;em&gt;à moitié détruit&lt;/em&gt;), dans le film &lt;em&gt;Godzilla&lt;/em&gt; de Gareth Edwards, après le petit gueuleton nucléaire de l’un des deux Mutos.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-y-godzilla.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-y-godzilla.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit de D’Agata brasse un nombre affolant de thèmes en un nombre restreint de pages, c’est probablement ce qui fait la force du livre. On y voit la pression des lobbies, avec le sénateur Harry Reid tout d’abord farouche opposant du projet et par la suite un peu moins farouche&amp;nbsp;; les problèmes linguistiques soulevés par la nécessité de faire une construction censée durer officiellement dix mille ans (mais en fait, dix fois plus) et d’avertir nos éventuels descendants de ne pas y aller&amp;nbsp;; les problèmes logistiques soulevés par le convoyage des déchets nucléaires d’un peu partout à travers les USA jusqu’au site&amp;nbsp;; l’impréparation générale de tout le monde… ainsi que la lutte des Indiens Shoshone pour récupérer leurs terres&amp;nbsp;; la mise au point d’un matériau solide, non poreux, capable de résister des milliers d’années&amp;nbsp;; le &lt;em&gt;Cri&lt;/em&gt; d’Edvard Munch (dont on peut d’ailleurs voir une pertinente adaptation sur la couverture). Si D’Agata fait mine de se montre généralement neutre dans sa présentation des faits, il écrit avec une ironie à peine perceptible – notamment lors de la séquence décrivant la sensibilisation nucléaire auprès d’un jeune public, afin de prouver que l’énergie nucléaire est censément écologique – et se garde bien de toute dénonciation en gros sabots.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-y-qfdccqt.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-y-qfdccqt.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt; est hanté par la mort, en particulier celle d’un adolescent américain qui s’est jeté du haut de la Stratosphere Tower. À plusieurs reprises, l’auteur revient sur cette événement a priori décorrélé du sujet du présent livre. Quelques années plus tard, il y a consacré un article, qui, fact-checké exhaustivement par un certain Jim Fingal, a donné naissance à un curieux livre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Lifespan of a fact&lt;/strong&gt;, traduit en langue française par les éditions belges Vies Parallèles sous le titre &lt;strong&gt;Que faire de ce corps qui tombe&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt; On en recausera par ici, dès que la lettre s’y prêtera.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Profitons-en pour rappeler l’existence de &lt;em&gt;Into Eternity&lt;/em&gt;. Sous-titré «&amp;nbsp;A Film for the Future&amp;nbsp;», ce documentaire de Michael Madsen — rien à voir avec l’acteur de &lt;em&gt;Reservoir Dogs&lt;/em&gt;, il s’agit ici d’un réalisateur danois – qui propose une visite du complexe Onkalo en Finlande, un ensemble de tunnels actuellement en cours de percement, destinés à accueillir des déchets nucléaires. C’est peu de le dire, c’est passionnant. Moins exubérant que &lt;strong&gt;Yucca Mountain&lt;/strong&gt;, et tout aussi indispensable pour qui s’intéresse au nucléaire et à la nécessité vitale de penser sur le long terme.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-y-intoeternity.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-y-intoeternity.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-y-intoeternity_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, brillant, percutant. Et indispensable, cela va sans dire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>X comme Xiu Xiu Plays the Music of Twin Peaks</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/27/X-comme-Xiu-Xiu-Plays-the-Music-of-Twin-Peaks" rel="alternate" type="text/html" title="X comme Xiu Xiu Plays the Music of Twin Peaks" />
      <id>urn:md5:fed97567fa8cd8d90e7cf30149382694</id>
      <published>2017-03-27T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-03-27T15:52:24+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-une.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant, non sans impatience, la saison 3 de &lt;strong&gt;Twin Peaks&lt;/strong&gt;, on se plaît à cauchemarder avec le groupe Xiu Xiu, qui propose avec &lt;strong&gt;Xiu Xiu Plays The Music of Twin Peaks&lt;/strong&gt; une relecture passablement anxiogène de la bande originale composée par Angelo Badalamenti pour la série de David Lynch et Mark Frost…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Xiu Xiu Plays the Music of Twin Peaks, Xiu Xiu (Bella Union, 2016). 12 morceaux, 68 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’art de la reprise est des plus délicats. Comment apporter quelque chose de neuf par rapport à un original qui n’en réclamait parfois pas tant&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil des billets, on s’est intéressés à quelques cas, en particulier le duo français Zombie Zombie qui, avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/23/Z-comme-Zombie-Zombie-Plays-John-Carpenter&quot;&gt; &lt;em&gt;Plays John Carpenter&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, proposait une relecture musclée et adaptée au format d’un disque (d’un EP en l’occurrence) des meilleurs morceaux du maître de l’épouvante. Ou encore &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/07/B-comme-The-Book-of-Scotlands&quot;&gt; Momus&lt;/a&gt;, qui propose des reprises toute personnelles de David Bowie. Et, à la recherche d’une œuvre commençant par X (ce qui n’est pas si facile et m’oblige parfois à trouver des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/09/X-comme-Voyage-au-pays-de-la-quatrieme-dimension&quot;&gt; excuses bidon&lt;/a&gt; pour ne pas le faire), je suis tombé sur ce groupe, Xiu Xiu, que je connaissais pas auparavant. L’avant-dernier album de cette formation (qui vient de sortir un disque titré &lt;em&gt;FORGET&lt;/em&gt;), fondée par Jamie Stewart voici une quinzaine d’années, s’intitule &lt;em&gt;Xiu Xiu Plays the Music of Twin Peaks&lt;/em&gt; et forme l’objet du présent billet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-x-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une chose est sûre&amp;nbsp;: la série culte créée par Mark Frost et David Lynch doit énormément à la musique composée par Angelo Badalamenti – entre nappes de synthétiseurs, aussi hypnotiques qu’envoûtantes, et un rockabilly vaguement jazzy à même de susciter des ambiances mystérieuses. Pas sûr que &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt; aurait été une série aussi marquante sans cette musique, qui relève les scènes les plus anodines, comme si quelque chose d’étrange se déroulait en cet instant, à l’insu du spectateur. L’essentiel de la bande originale a d’ailleurs (et fort heureusement) été rassemblée dans un disque des plus recommandables&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Soundtrack from Twin Peaks&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-badalamenti.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-x-badalamenti.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-badalamenti.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-josie.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-x-josie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-x-josie_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Joan Chen&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À l’occasion d’une exposition en Australie, &lt;em&gt;David Lynch: Between to worlds&lt;/em&gt;, le groupe Xiu Xiu a joué des reprises de cette fameuse bande originale. L’expérience a plu au groupe, suffisamment pour leur donner envie d’en enregistrer un album, publié d’abord lors du Record Store Day dans une édition limitée (double LP, avec un vinyle rouge et un vinyle bleu). Là où ça devient intéressant et où, pour citer Dirk Gently, l’interconnectivité des choses apparaît, c’est lorsqu’on se penche sur l’origine du nom du groupe&amp;nbsp;: Xiu Xiu, que l’on prononce «&amp;nbsp;chou-chou&amp;nbsp;», provient d’un film chinois intitulé &lt;em&gt;Xiu Xiu: The Sent Down Girl&lt;/em&gt; (1998), réalisé par une certaine Joan Chen. Réalisatrice mais également actrice, c’est Joan Chen qui interprète justement le rôle de l’ambigüe Josie Packard dans &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;. Tout est lié.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-x-xiuxiu.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-x-xiuxiu.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-x-xiuxiu_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Coïncidences mises à part, que vaut donc ce &lt;em&gt;Music of Twin Peaks&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? À consulter la tracklist, il ne s’agit pas d’une simple reprise du disque &lt;em&gt;Soundtrack of Twin Peaks&lt;/em&gt;, mais de réinterprétation de divers morceaux entendus au fil de la série. En résumé, ça ressemble au cauchemar frénétique d’Angelo Badalamenti. Dès le morceau introductif, «&amp;nbsp;Laura Palmer’s Theme&amp;nbsp;», on comprend que ça ne va pas rigoler&amp;nbsp;: la reprise est sombre et crasseuse, transformant l’aérienne musique du générique de la série en un mauvais rêve poisseux. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=QW5zwDH7ggo&quot;&gt;« Into The Night »&lt;/a&gt;, ballade aussi éthérée que mélancolique que l’on entend &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=vorS-Zq15bE&quot;&gt;chantée par Julee Cruise&lt;/a&gt; dans l’épisode S01E05, devient ici un duo, à l’instrumentation passablement anxiogène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/uzvOwgewoLQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=DF43b38k0Mw&quot;&gt;« Audrey’s Dance »&lt;/a&gt;, dans sa version Badalamenti, évoque à merveille le caractère intrigant du personnage &lt;em&gt;cheeky&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;nosy&lt;/em&gt; d’Audrey. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=vZZ7VLvRB5s&quot;&gt;Dans sa version Xiu Xiu&lt;/a&gt;, un brin dérangée, je n’oserais pas trop me pencher sur la psyché de la jeune femme. Et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5ATmnbDmCms&quot;&gt;« Packard’s Vibration »&lt;/a&gt;, titré d’après la scierie dirigée par la jolie Josie Packard, commence gentiment avant de virer façon descente aux enfers. Suit « Nightsea Wind », long morceau plutôt ambient, aux amples oscillations&amp;nbsp;; c’est &lt;em&gt;presque&lt;/em&gt; reposant, à part ces grésillements et autres accidents sonores. Retour à un rockabilly déviant avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ItnDN-XIh_g&quot;&gt;« Blue Frank / Pink Room »&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=fiwtDoxHT2Y&quot;&gt;« Sycamore Tree »&lt;/a&gt; est cette chanson mélancolique que l’on entend lorsque Dale Cooper s’aventure dans la Loge blanche (ou noire, allez savoir) dans l’épisode S02E21. La chanson originelle est de Jimmy Scott. Ici, Jamie Stewart en propose &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=nDUcr4EPKsU&quot;&gt;une relecture&lt;/a&gt; aux accents tragiques&amp;nbsp;: piano + voix pendant l’essentiel du morceau, ça vire ensuite en empoignades instrumentales occasionnelles. Un peu long et pénible, il faut bien se l’avouer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Harold Smith est l’un des personnages secondaires de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: c’est cet homme souffrant d’agoraphobie à qui Laura Palmer confie son journal et que Donna tente de récupérer par tous les moyens. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=R2y5vOKN_i4&quot;&gt;« Harold’s Theme »&lt;/a&gt; accentue l’aspect profondément mélancolique de la musique originelle, et transforme &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=7Z6F0QPd7D8&quot;&gt;une ritournelle d’à peine deux minutes&lt;/a&gt; en un morceau plus conséquent, aussi trouble que la psyché de cet individu introverti fan de botanique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans sa version originale, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=vKBRyNNW3u0&quot;&gt;« Dance of the Dream Man »&lt;/a&gt; est un morceau gentiment jazzy, porté par une ligne de basse dansante et un saxophone aérien, que l’on entend dans l’épisode S01E02, quand Dale Cooper rêve de la Loge noire (ou blanche&amp;nbsp;?) et que Laura Palmer lui révèle le nom de son assassin. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=GzJWbPsSre4&quot;&gt;La version Xiu Xiu&lt;/a&gt; transforme ce morceau en &lt;em&gt;autre chose&lt;/em&gt;, se développant selon une logique onirique. Ce qui n’est pas sans pertinence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Fck3P8usTCQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_rZbsnB-xkM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrive enfin «&amp;nbsp;Falling&amp;nbsp;». Chantée originellement par Julee Cruise, cette chanson forme, dans sa version instrumentale, la musique du générique. La chanteuse fait d’ailleurs plusieurs apparitions dans la série, cela dès l’épisode pilote où elle interprète «&amp;nbsp;Falling&amp;nbsp;» au Bang Bang Bar. Dans sa version Xiu Xiu, en mode gentiment noisy, la chanson prend de puissants accents lyriques. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=rHkhYECW_oQ&quot;&gt;« Love Theme Farewell »&lt;/a&gt; reprend le &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Wz-ueGN0a5M&quot;&gt;« Love Theme »&lt;/a&gt;, morceau dont l’intensité romantique va en grandissant jusqu’à délivrer une mélodie libératrice&amp;nbsp;: ici, foin de romantisme, on s’imagine plutôt sur une lande désolée, tout seul.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/LgNf1LIa68Y?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album se termine par une coda, «&amp;nbsp;Josie’s Past&amp;nbsp;». Une voix (celle de Joan Chen&amp;nbsp;?) lit des extraits du journal de Josie Packard&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I dreamed about BOB last night. Not a real nice dream at all, a little sick in my opinion because I have so much hatred for the way he spoiled me, made me feel ugly and bad for wanting love or affection. He ruined all of my pride and self-esteem for the longest time… I could only be pretty and sweet, because pretty and sweet was easy… good grades even better. No one wanted me…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Est-ce la voix de BOB le tueur qui conclue le morceau&amp;nbsp;? Ce qui est sûr, c’est que ces propos insensés et incompréhensibles n’ont rien de rassurant. Non, en vrai, c’est même carrément terrifiant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’en retenir&amp;nbsp;? Avec ce disque de reprises tout sauf bénignes, Xiu Xiu réinvente la bande originale d’Angelo Badalamenti en mode cauchemardesque, au fil de morceaux terriblement anxiogènes. À écouter en pleine nuit, forcément.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: mais non…&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme The Wolf Among Us</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/24/W-comme-The-Wolf-Among-Us" rel="alternate" type="text/html" title="W comme The Wolf Among Us" />
      <id>urn:md5:0296f3ba01500b7b32f09eb44121368c</id>
      <published>2017-03-24T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-25T00:40:43+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l'Abécédaire, on s'est de temps à autres penchés sur des livres dont vous êtes le héros (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/02/C-comme-Le-Chant-des-oublies&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; ou encore &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/11/L-comme-La-nuit-je-suis-Buffy-Summers&quot;&gt;là&lt;/a&gt;). On s'intéresse ici à &lt;strong&gt;The Wolf Among Us&lt;/strong&gt;, adaptation vidédoludique par le studio Telltale du comics &lt;strong&gt;Fables&lt;/strong&gt; de Bill Willingham, qui emprunte aux livres-jeux quelques mécanismes et interroge le joueur sur la portée de ses choix…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Wolf Among Us, studio Telltale (2013-14).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les livres dont vous êtes le héros, c’est cool, mais le concept est-il adaptable sur d’autres supports&amp;nbsp;? Certains se sont dit que oui, et, du côté de la série «&amp;nbsp;Défis Fantastiques&amp;nbsp;», ont ainsi proposé des romans situés dans l’univers mis en place par Steve Jackson et Ian Livingstone, un jeu de rôle et deux jeux de plateau. Sous nos latitudes, c’est &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/28/T-comme-Tales-of-Arabian-Nights&quot;&gt; Tales of Arabian Nights &lt;/a&gt; qui a paru, dans sa prime version, dans un coffret estampillé «&amp;nbsp;livres dont vous êtes le héros&amp;nbsp;». Et côté jeux vidéo&amp;nbsp;? Pour le coup, il faut chercher ailleurs, et pourquoi pas du côté du comics &lt;em&gt;Fables&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-fables1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-fables1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-fables1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Fables&lt;/em&gt; est un comic book en 150 numéros signé Bill Willingham, dessiné par Lan Medina et, essentiellement, Mark Buckingham, qui transporte les créatures de nos contes et légendes – les Fables du titre – dans le monde réel. À la suite d’un événement dévasteur, ces Fables sont désormais contraints de vivre à New York, pour les plus humanoïdes – ou les plus riches, ceux capables de s’acheter des charmes de dissimulation. Quant aux autres, c’est un peu forcés qu’ils doivent résider à la Ferme. Impossible de ne pas penser à &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt; de Neil Gaiman, où les divinités du Vieux Continent émigrent aux USA, mais l’approche de Willingham est bien différente. En France, la série a d’abord été publiée par Semic, puis par Panini avant que Urban Comics reprenne la main&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le studio Telltales Game s’est fait remarquer par l’adaptation en jeux vidéos des séries télévisées &lt;em&gt;Walking Dead&lt;/em&gt; – même si la première expérience du studio avec les comics remonte à 2005 et l’adaptation de &lt;em&gt;Bone&lt;/em&gt; de Jeff Smith, &lt;em&gt;Bone&amp;nbsp;: La For&lt;/em&gt;&lt;em&gt;êt sans retour&lt;/em&gt; – et &lt;em&gt;Games of Thrones&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Confronté à un défi – comment rendre le jeu intéressant pour qui a déjà lu le comics&amp;nbsp;? –, le studio Telltale a opté pour une préquelle, divisée en cinq épisodes publiés entre octobre 2013 et juillet 2014. L’histoire débute à New York, en 1986, et le joueur suit (autant qu’il incarne) Bigby, le shériff des Fables. Bigby qui, en un autre temps, un autre lieu, s’est fait connaître sous le nom de Grand Méchant Loup. Le prologue plonge Bigby, et partant, le joueur, directement dans l’ambiance&amp;nbsp;: répondant à l’appel de Monsieur Crapaud, le shériff sauve une jeune prostituée des coups du Bûcheron, sorte de golgoth au tempérament colérique et à la constitution increvable. Une fois le Bûcheron temporairement circonvenu, Bigby échange quelques mots avec la prostituée, dont l’indicible mélancolie qui émane d’elle le subjugue. Problème, Bigby retrouve la tête de la jeune femme quelques heures plus tard, au pied de l’immeuble où réside Blanche-Neige, l’assistante de l’irascible maire par intérim Ichabod Crane. Qui&amp;nbsp;? Pourquoi&amp;nbsp;? Comment&amp;nbsp;? Au joueur de mener l’enquête avec Bigby, ce qui est l’occasion d’arpenter les rues de ce New York parallèle où coexistent tant bien que mal avec la société humaine toute une galerie de personnages tirés des contes et légendes – le magouilleur Monsieur Crapaud, un débonnaire Cochon (l’un des trois mais pas si petits porcelets), la Belle et la Bête et leurs problème de cœurs comme de portefeuille, un prince charmant dans la dèche, etc. Et le mystérieux Crooked Man, personne aussi mystérieux qu’insaisissable qui semble tirer les ficelles…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img0.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img0.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img0_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Jouer à &lt;em&gt;The Wolf Among Us&lt;/em&gt; ou lire &lt;em&gt;Fable&lt;/em&gt; amène ce genre de constats&amp;nbsp;: les folklores de chaque pays se superposent mais ne se recouvrent pas entièrement, et bon nombre de chansons enfantines sont typiques d’une langue / d’un pays. À ma connaissance, il n’y a pas d’équivalent anglophone à, par exemple, «&amp;nbsp;Une souris verte&amp;nbsp;», tout comme «&amp;nbsp;There was a crooked man&amp;nbsp;» n’existe pas en français. Tant pis pour le joueur non-anglophone (voire non-britannique), pour qui le Crooked Man paraîtra sortir de nulle part.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Visuellement, le jeu opte pour une approche très BD – avec le cell-shading, qui réduit le nombre de couleurs et donne des contours marqués aux objets, un procédé apparu au début des années 2000, notamment dans le jeu &lt;em&gt;XIII&lt;/em&gt; (tiens, encore une adapation d’une BD). Très coloré mais sombre, l’univers mis en place est une réussite, qui parvient à transporter le joueur dans ce New York aussi enchanté que cradingue – et les créateurs du jeu n’ont pas rechigné à ce que l’on pourrait qualifier pudiquement de contenu «&amp;nbsp;adulte&amp;nbsp;». Musicalement, on se situe davantage dans une ambiance revival 80s (des synthés qui grésillent, du jazz&amp;nbsp;: on n’est pas loin de ce que fait, par exemple, un musicien comme &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/07/U-comme-The-Uncanny-Valley&quot;&gt; Perturbator&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Droit vers Oz ?&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Bigby, le Grand Méchant loup&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Bigby, énervé&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Not really safe for work&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus haut, j’évoquais les «&amp;nbsp;livres dont vous êtes le héros »&amp;nbsp;: sur la forme, &lt;em&gt;The Wolf Among Us&lt;/em&gt; est plutôt structuré comme une série, avec sa division en épisodes, le résumé des épisodes précédents au début de chaque nouvel épisode, un générique arrivant au bout de quelques minutes de jeu, et à la fin, une preview de la suite. Plusieurs mécaniques de jeu sont présentes&amp;nbsp;: le point &amp;amp; click pour l’exploration de l’environnement, et les QTE (quick-time events), où il s’agit d’appuyer (plus ou moins frénétiquement) sur les touches du clavier pour réussir certaines actions. À tout le moins pourra-t-on reprocher des combats assez moyens. L’un des climax du jeu, lorsque Bigby montre enfin de quel bois il se chauffe face à l’antagoniste majeure du jeu, est assez décevant à ce titre-là.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un peu de point &amp;amp; click&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Et d'interactivité avec les personnages : plus que quelques secondes pour décider quoi répondre&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Press Q !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, le jeu doit également beaucoup aux livres-jeux, en particulier lors des dialogues, où le joueur a le choix entre plusieurs répliques (ou conserver le silence) pour Bigby, ou à certains moments, lorsqu’on doit se rendre à un endroit A ou un endroit, sachant qu’on ne pourra faire les deux. Et côté prise de décision, les concepteurs du jeu ont réussi à donner l’impression que, même s’il s’agit d’un jeu, rien ne se fait à la légère&amp;nbsp;: vos choix comptent. Lors de certains choix de répliques, une mention apparaît&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;[Machin] se souviendra de cela.&amp;nbsp;» Et le joueur de se demander s’il a bien fait de refuser de donner de l’argent à Monsieur Crapaud ou de mentir à Blanche-Neige. Ces mentions n’influent pas forcément les personnages secondaires, la mention peut s'avérer anodine. Mais parfois, ces choix importent dans les réactions futures des personnages secondaires envers Bigby. D’autres choix sont plus importants encore (éventrer l’insupportable Tweedledee ou l’épargner&amp;nbsp;?) et auront de véritables conséquences sur la suite de l’histoire. À la fin de chaque épisode, un tableau récapitulatif indique quel pourcentage de gens a choisi quoi&amp;nbsp;: 54% des joueurs ont choisi d’aller à la résidence Woodlands, 46% au club de strip-tease. 82% des joueurs ont choisi de laisser vivre Tweedledee, le reste n’a pas été aussi miséricordieux. Quelque part, cela permet de se situer par rapport à la majorité, et de s’interroger sur nos comportements. De fait, le ton est volontiers adulte – les Fables ne sont pas moins corrompus, violents ou névrosés que leurs homologues humains.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-stats1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-stats1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-stats1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-w-stats2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-w-stats2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-w-stats2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans les jeux ultérieurs de Telltale, comme &lt;em&gt;The Walking Dead&lt;/em&gt;, le matériel originel s’y prêtant à merveille, les choix sont bien plus cornéliens&amp;nbsp;: allez-vous sauver cette petite fille ou cet handicapé&amp;nbsp;? Ici, il n’est pas ardu de comprendre que, sous des dehors très revêches, Bigby n’est pas une enflure. Faire les «&amp;nbsp;bons&amp;nbsp;» choix et donc parvenir jusqu’à la meilleure fin n’est donc pas excessivement ardu dans &lt;em&gt;The Wolf Among Us&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, une fort belle adaptation du comics de Bill Willingham, qui ne trahit pas l’œuvre originelle. Et de quoi passer agréablement quelques heures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme La Voix du maître</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/22/V-comme-La-Voix-du-maitre" rel="alternate" type="text/html" title="V comme La Voix du maître" />
      <id>urn:md5:14f4b31d4d267e7a1a379cd350144388</id>
      <published>2017-03-22T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-03-22T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-v-une.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est rien de le répéter, la communication (ses modalités, son absence) constitue probablement l’épine dorsale de l’œuvre de Stanislas Lem. Paru sept ans après le célèbre &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt; en fournit une nouvelle illustration, des plus particulières…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Voix du maître [Głos pana], Stanislas Lem, roman traduit du polonais par Anna Posner. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», 1976 [1968]. 248 pp, poche.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;C’est rien de le répéter, la communication constitue probablement l’épine dorsale de l’œuvre de Stanislas Lem. &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt; en fournit une nouvelle illustration, des plus particulières.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-v-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Paru en 1968, quatre ans après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; et la fameuse &lt;strong&gt;Summa Technologiae&lt;/strong&gt;, sept ans après la productive année 1961, qui a vu la parution successive de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/21/M-comme-Memoires-trouves-dans-une-baignoire&quot;&gt; &lt;strong&gt;Mémoires trouvés dans une baignoire&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/03/10/R-comme-Retour-des-etoiles&quot;&gt; &lt;strong&gt;Retour des étoiles&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; et surtout de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt; creuse le même sillon… mais différemment. De fait, Stanislas Lem aime varier les plaisirs&amp;nbsp;: satire kafkaïenne, contes robotiques réinventant les contes traditionnels, space operas métaphysiques, essai sur la science. Ici, on a affaire à ce que notre auteur désigne comme un «&amp;nbsp;hybride&amp;nbsp;» dans sa brève introduction, une « manière de repriser le trou&amp;nbsp;» entre ses ouvrages romanesques et la veine plus technique et philosophique initiée par la &lt;strong&gt;Summa Technologiae&lt;/strong&gt;. Ainsi, le présent ouvrage prend la forme d’un ouvrage fictif écrit par l’un des participants au mystérieux projet MAVO – comme &lt;strong&gt;Ma&lt;/strong&gt;ster’s &lt;strong&gt;Vo&lt;/strong&gt;ice.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La tâche du Projet &lt;em&gt;The Master’s Voice&lt;/em&gt; est d’étudier sous tous ses aspects et d’essayer de traduire ce qui a été qualifié de &quot;nouvelle en provenance des étoiles&quot;. Laquelle consiste, selon toute probabilité, en une série de signaux, envoyés intentionnellement à l’aide d’installations techniques artificielles, par une ou des créatures appartenant à une civilisation extra-terrestre pas davantage définie.&amp;nbsp;» (p. 104)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt;, Stanislas Lem ne cherche ni la facilité ni l’envie de se concilier le lecteur. La longue introduction par l’auteur fictif de l’ouvrage est à même de décourager les plus tenaces, et les chapitres suivants sont d’une veine à peine plus accessible. Il faut attendre une cinquantaine de pages avant d’entrer dans le vif du sujet&amp;nbsp;: l’étude de flux de neutrinos dans un coin particulier du ciel a mis en évidence quelque chose qui a tout l’air d’un signal intelligent. Un canular&amp;nbsp;? Il semble que non. Mais ce message, si c’en est un, est-il destiné aux humains&amp;nbsp;? Rien n’est moins sûr&amp;nbsp;: il pourrait tout aussi bien s’agir d’un dialogue dont on surprendrait un bout. Un consortium scientifique secret est mis en place aux USA, les membres sont logés dans une cité bâtie ex-nihilo dans le désert, et le professeur Hogarth, l’auteur du présent ouvrage, est bientôt invité à prendre part au projet. C’est Hogarth qui part de l’hypothèse selon laquelle certains passages du message pourraient se comprendre comme des relations atomiques. Une hypothèse qui finit par aboutir à la création de deux substances similaires, le «&amp;nbsp;frai de grenouille&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;seigneur des mouches&amp;nbsp;». Une application particulière du Seigneur des mouches permet d’ailleurs la mise au point d’une arme imparable – le déplacement d’une explosion nucléaire partout là où l’on souhaite. Mais Hogarth a des doutes&amp;nbsp;: a-t-on correctement compris le message&amp;nbsp;? Ne s’agit-il plutôt pas d’une interprétation erronée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ouvrage (peut-on parler de roman&amp;nbsp;?) est touffu, et part volontiers en digressions diverses, souvent à caractère philosophique. Bon nombre d’entre elles ont trait au langage et à la manière dont l’humain en est prisonnier, à la communication et ses modalités, à la culture. Florilège&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le monde a injecté ses règles dans le langage humain dès que celui-ci a commencé à surgir&amp;nbsp;; la mathématique sommeille en tout langage et elle est à découvrir seulement, non à inventer.&amp;nbsp;» (p. 25)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Héritiers de deux évolutions, celle de la matière vivante et celle de la matière informative du langage, nous ne les avons pas épuisées et déjà nous rêvons de franchir les limites de l’une et de l’autre.&amp;nbsp;» (p. 26)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Si notre culture ne sait pas assimiler adroitement des courants qui surgissent dans les cerveaux humains lorsqu’ils s’écartent de son courant central, bien que les créateurs de ces conceptions soient les enfants de la même époque que les autres hommes, comment pourrions-nous compter que nous serons en mesure de comprendre efficacement une culture entièrement différente de la nôtre, si elle s’adresse à nous à travers les étendues cosmiques&amp;nbsp;? La comparaison avec une armée d’animalcules morts qui ont largement profité de leur rencontre avec un philosophe mort me semble ici toujours pertinente.&amp;nbsp;» (p. 42-43)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Stanislas Lem reste fidèle à lui-même&amp;nbsp;: misanthrope, il ne parvient dans &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt; qu’à un constat amer. Le livre s’achève sans qu’il soit certain que le message ait été compris, et l’apport des scientifiques aura surtout été de concevoir une arme sans parade – certes, il s’avère qu’elle est aussi peu efficace à longue portée, mais il n’empêche, quand on s’attend à trouver un message du genre «&amp;nbsp;Hello World&amp;nbsp;» et qu’on déchiffre à la place la recette de la nitroglycérine, ça fait mal. L’humain est-il capable de sortir de ses ornières, constituées par sa culture et son langage, d’abandonner ses schémas de pensée, de quitter son atavisme destructeur&amp;nbsp;? (On pense à Laurent Genefort qui, dans son cycle d’Omale, nous présente des extraterrestres, les Hogdqins, capables d’apprendre les langues humaines mais oubliant dès lors leur langue natale.) On se retrouve tel un chien face à un objet parlant dont il ne comprend pas la nature. Et encore, le logo du label His Master’s Voice suggère que la bestiole reconnaît la voix. Ce qui n’est pas le cas des humains face à cette «&amp;nbsp;nouvelle venue des étoiles&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-v-hmv.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-v-hmv.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On retrouve quelques motifs récurrents&amp;nbsp;: outre la communication, évoquée plus haut, la thématique du premier contact, déjà abordée dans plusieurs ouvrages précédents, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; (même si les ET sont morts), &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; (quoique de manière secondaire), &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt; &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; bien sûr, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, et &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt; – ici, revisitée comme jamais. Sans oublier les relations acides et souvent conflictuelles entre les personnages (cet aspect reste peu présent ici, mais Hogarth conclut sur le fait qu’il n’a su engendrer de relations avec ses collègues)&amp;nbsp;; il y a à nouveau des armes surpuissantes (on se souvient du monstrueux Cyclope de &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt;, et le plus tardif &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt; n’est pas avare en armes de destruction massive), l’ombre d’un contre-Projet (faisant écho à l’Anti-Édifice des &lt;strong&gt;Mémoires trouvés dans une baignoire&lt;/strong&gt;). Néanmoins, par sa forme, cet ouvrage se situe clairement à part dans la bibliographie romanesque de Lem. Foisonnant du côté des thèmes abordés, il peut se lire tout à la fois comme une satire de la communauté scientifique – rédigé en pleine Guerre froide, il y présente des chercheurs plus ou moins à la botte des militaires, et la «&amp;nbsp;voix du maître&amp;nbsp;», comme le remarque le narrateur, peut désigner Washington –, et comme une réflexion des limitations humaines en termes de compréhension de l’altérité&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-v-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-v-cover2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt; préfigure également &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/20/In-Memoriam-Carl-Sagan#contact&quot;&gt; &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Carl Sagan&amp;nbsp;: certains motifs se recoupent, comme la captation d’un message venu des étoiles et la création d’un consortium scientifique pour l’étudier. Mais là où le roman de Sagan s’ouvre sur des perspectives vertigineuses (en dépit d’une fin en demi-teinte), l’auteur polonais reste fidèle à lui-même, et termine son livre sur un constat d’échec. À tout le moins les humains se connaissent-ils un peu mieux eux-mêmes à défaut d’avoir compris le message. Un constat pas dissemblable à celui émit par le professeur Pilman au début de &lt;strong&gt;Stalker&lt;/strong&gt; des frères Strougatski, quand cet expert reconnaît que la plus grande découverte sur la Visite… n’est autre que la Visite elle-même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sûrement l’un des ouvrages les moins accessibles de son auteur, &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt; compte clairement au rang des grands textes de Stanislas Lem. Chef d’œuvre&amp;nbsp;? Allez.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, d’occasion seulement, et c’est fort dommage&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: disons plutôt pas très facile d’accès&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Ultrasymet bleibt geheim</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/20/U-comme-Ultrasymet-bleibt-geheim" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Ultrasymet bleibt geheim" />
      <id>urn:md5:0b27e22e2a9d70808d0751caab385ee1</id>
      <published>2017-03-20T14:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-03-20T14:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-une.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Continuons l'exploration de la science-fiction est-allemande. Après le très communiste premier contact de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt;Die Goldene Kugel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, place à un récit d'anticipation placé sous le signe de la découverte d'un nouveau matériau révolutionnaire&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; de Hans Vieweg.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Ultrasymet bleibt geheim!, Heinz Vieweg, illustrations de Karlheinz Birkner. Verlag Neues Leben, coll. «&amp;nbsp;Spannend Erzählt&amp;nbsp;», 1955. 216 pages, GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons gaiement la poursuite de notre exploration de la SF est-allemande après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel&quot;&gt;Die Goldene Kugel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, avec ce roman de Heinz Vieweg. La bibliographie de l’auteur sur Wikipédia indique qu’il s’agit de son troisième roman&amp;nbsp;: brève bibliographie, comptant six titres répartis entre 1953 et 1958. De fait, Vieweg, né en 1920 (et toujours vivant&amp;nbsp;?), est l’un des premiers auteurs de science-fiction est-allemand.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-u-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; (que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;Ultrasymet reste un secret ») a été publié chez Verlag Neues Leben, l’une des plus grandes maisons d’édition est-allemande, au sein de la collection jeunesse Spannend Erzählt (que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;Écrit avec du suspense&amp;nbsp;»). Une collection dédiée à l’aventure, pas uniquement la SF, et qui a accueilli des auteurs aussi divers que le Russe Ivan Efremov (l’auteur de &lt;strong&gt;La N&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ébuleuse d’Andromède&lt;/strong&gt;, dont on reparlera à un moment ou à un autre), Walter Scott, James Fenimore Cooper, Jules Verne et son émule Paul d’Ivoi. Je viens d’écrire le mot «&amp;nbsp;SF»&amp;nbsp;: c’est une erreur, Spannend Erzählt n’a rien publié sous le nom de science-fiction. Par contre, des «&amp;nbsp;Zukunftsromanen&amp;nbsp;», des «&amp;nbsp;romans futuristes&amp;nbsp;», oui – comme le présent roman. Science-fiction&amp;nbsp;: le terme forgé par Hugo Gernsback sonnait de manière trop américaine au goût du régime en place, et les éditeurs lui ont préféré différents termes, tels que «&amp;nbsp;Zukunftsroman&amp;nbsp;» ou surtout «&amp;nbsp;wissenschaftliche Phantastik&amp;nbsp;», un «&amp;nbsp;fantastique scientifique&amp;nbsp;» aux tropes différents des productions américaines/occidentales.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-sans.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-u-sans.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-u-sans_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La couverture, sans la jaquette&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. Voyons ce qu’il en est de plus près. &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; débute par le journal de bord de l’archéologue Schlüter et de l’échec de son expédition au Sahara – échec retentissant, car Schlüter et un collègue botaniste y laissent leur vie. Ce journal est lu par le professeur Herbert Grant, un an après que les restes de l’expédition ont été retrouvés&amp;nbsp;; Grant a mis la main sur de mystérieux cristaux bleutés. Soumis aux ultrasons, le professeur découvre que ces cristaux deviennent malléables. Une sorte de fusion froide, mais pas nucléaire. Voilà que se dessine la perspective d’un avenir serein, où cette nouvelle matière, l’utrasymet – comme &lt;strong&gt;Ultra&lt;/strong&gt;schall &lt;strong&gt;sy&lt;/strong&gt;nthetisches &lt;strong&gt;Met&lt;/strong&gt;all, pourrait remplacer l’acier, dont le monde subit actuellement une pénurie. Sauf qu’Olaf Sören, le Suédois qui dirige le lobby de l’acier, ne l’entend pas de cette oreille. Il dépêche auprès du laboratoire de Grant une espionne, la belle Sonja Janssen. Censée séduire l’un des collègues de Grant, c’est finalement de ce dernier qu’elle s’amourache. Bientôt, des scientifiques algériens rejoignent l’équipe, et quelques temps plus tard, tout le monde se rend dans le Sahara, afin de partir à la recherche de ces fameux cristaux bleus (de la meth cuisinée par Walter White&amp;nbsp;?). Des incidents se produisent&amp;nbsp;: l’effondrement d’un mur de chantier sur des membres de l’équipe, l’assassinat déguisé en suicide d’une assistante de Grant… De fait, l’équipe grouille de saboteurs – venant tant de l’engeance capitaliste que des cheikhs arabes, persuadés que les Allemands veulent coloniser l’Algérie (alors qu’en fait, ben non, pas du tout). Grant parviendra-t-il à triompher&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La prose de Vieweg est tristement fonctionnelle&amp;nbsp;; c’est, au mieux, passable. Les phrases, brèves, se suivent&amp;nbsp;: sujet, verbe, compléments. La dramaturgie n’est pas non plus exempte de faiblesse&amp;nbsp;: nul chapitrage, le roman est un texte d’un seul tenant – tant pis pour les cliffhangers. Des personnages assez fades, un récit qui alterne entre recherche scientifique et aventures un peu exotiques, illustré par les croquis et les aquarelles un brin fadasses de Karlheinz Birkner : rien d’excitant a priori. Néanmoins, ce n’est pas pour autant que &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; est dépourvu d’intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-u-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-img1.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-u-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-u-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-u-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-u-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-u-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans le monde décrit par Vieweg, peu de détails sont donnés sur le contexte international&amp;nbsp;: tout juste comprend-on que l’Allemagne est unie (plus exactement, il n’est pas fait mention d’une Allemagne divisée), vraisemblablement communiste, et que l’Algérie est désormais une république – à l’époque de publication, la guerre d’Algérie vient tout juste de débuter. Au détour d’un paragraphe (p. 81), on apprend que les ferments de la révolution couvent en France et que l’Angleterre et les USA sont de plus en plus sujets aux troubles. Voilà pour les seules données indiquant une action située dans un cadre futur.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Grant winkte ab. &quot;Alles halb so schlimm. Der Sieg ist von vornherein auf unsere Seite. Vor Sabotage werden wir uns schützen wissen. Wäre Algerien heute noch eine französische Kolonie und Deutschland ein Land der Konzerne… Ja, dann sähe es wohl anders aus. Dann hieße es ‘Weltmonopol Ultrasymet’. Oder wir, samt unsere Erfindungen, wären zugunsten des Stahl längst verschwunden. Paß auf, vielleicht bekommen wir noch eine verlockendes Angebot von einer kapitalistischen Stahlgesellschaft.&quot;&amp;nbsp;» (p. 66)&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp; Grant fit un geste de dénégation. &quot;Ce n’est pas trop grave. La victoire est d’emblée de notre côté. Nous savons nous protéger des sabotages. Si l’Algérie était encore une colonie française et l’Allemagne un pays de trusts, oui, ça serait tout à fait différent. Ça s’appellerait ‘Monopole mondial Ultrasymet’. Ou nous aurions, avec toutes nos inventions, disparu depuis longtemps en faveur de l’acier. Attention, peut-être recevrons nous encore une offre attrayante d’une société sidérurgique capitaliste.&quot;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le monde reste donc encore divisé entre communistes et capitalistes. Côté communiste, la société semble rester bien patriarcale&amp;nbsp;: le laboratoire est dirigé par un homme, Grant, et l’équipe est essentiellement masculine&amp;nbsp;; les femmes sont réduites au rôle d’assistantes. Sonja Janssen, la vile espionne suédoise, a des tendances hédonistes&amp;nbsp;: si elle a des connaissances scientifiques, c’est aussi une artiste, et sa fin sera cruelle. Un brin simpliste, certes. Un schématisme qui se retrouve dans les relations entre les personnages&amp;nbsp;: les Allemands convainquent et triomphent par le dialogue (et à coups d’ultrasons à la fin), tandis que les vilains ont recours au meurtre et à la coercition, utilisent l’extrémisme religieux (on trouve une escouade d’islamistes fanatiques), sans forcément obtenir de résultats probants. Sans oublier que les capitalistes sont incompétents, car incapables de trouver un remède à la pénurie d’acier&amp;nbsp;: la solution provient du monde communiste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et scientifiquement&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; a le mérite de se pencher sur la fusion froide, concept assez nouveau à l’époque et remontant (selon Wikipédia) à la fin des années 40, avec les hypothèses d’Andrei Sakharov et Ilia Frank sur le remplacement des électrons par des muons afin d’effectuer une fusion nucléaire à température ambiante. Près de soixante-dix plus tard, il ne semble pas y avoir eu d’avancée véritable en la matière, et l’expérience pas-super-reproductible de Pons et Fleischmann en 1989 a quelque peu sonné le glas des recherches sur le sujet, qui a rejoint la «&amp;nbsp;mémoire de l’eau&amp;nbsp;» au rang des bullshits. Mais en cette année 1955, Vieweg faisait preuve d’originalité, en remplaçant le nucléaire par des ultrasons. J’ignore à quel point cette méthode possède quelque fond de réalisme&amp;nbsp;; le soudage par ultrasons existe mais se destine surtout à certains plastiques au point de fusion inférieur à 200° C – et dégage donc un minimum de chaleur, sans parler des ultrasons eux-mêmes, potentiellement nocifs pour l’oreille humaine. Notre auteur ne semble y avoir guère réfléchi, ses scientifiques effectuant leurs recherches sans équipement particulier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;strong&gt;Ultrasymet bleibt geheim&lt;/strong&gt; reste témoin d’une époque, un échantillon absolument peu passionnant d’un «&amp;nbsp;wissenschaftliche Phantastik&amp;nbsp;» aux enjeux mineurs. Une curiosité archéologique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Thorgal</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/16/T-comme-Thorgal" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Thorgal" />
      <id>urn:md5:93968bfeb744dac5f10c39f369fcd0ea</id>
      <published>2017-03-16T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-17T00:08:28+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On poursuit notre exploration des bandes dessinées adaptées sous forme musicale&amp;nbsp;: après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/06/H-comme-L-Horloger-du-reve&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Horloger du rêve&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; basé sur les Cités obscures de Schuiten et Peeters et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/05/V-comme-Le-Vaisseau-de-pierre&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; où Tri Yann faisait de la BD de Christin et Bilal un opéra-rock, place à &lt;strong&gt;Thorgal&lt;/strong&gt;… pour un résultat sans égal… et ça fait mal…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Thorgal, Éric Mouquet et Philippe Malempré (Le Lombard, 2000). 18 morceaux, 53 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Certaines entreprises semblent vouées au ridicule dès leur conception, et ne méritent pas qu’on les ressorte de l’oubli dans lequel elles sont bienheureusement tombées. Sauf que dans ce navrant Abécédaire, on apprécie plus que de raison exhumer ces trucs-là, quitte à se faire saigner les yeux. Ou les oreilles, dans le cas présent. Mais ne préjugeons de rien&amp;nbsp;: on n’est nullement à l’abri d’une bonne surprise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Précédemment dans l’Abécédaire, votre serviteur vous a entretenu de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/06/H-comme-L-Horloger-du-reve&quot;&gt;L’Horloger du rêve&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, bande-son signée Bruno Letort accompagant les expositions consacrées aux «&amp;nbsp;Cités obscures&amp;nbsp;» de Schuiten et Peeters, ainsi que du &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/05/V-comme-Le-Vaisseau-de-pierre&quot;&gt;Vaisseau de pierre&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, l’opéra-rock de Tri Yann basé sur la bande dessinée éponyme de Bilal et Christin (votre serviteur ayant été biberonné à cet album lors de son enfance, son avis ne savait être objectif).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et au tournant du siècle dernier, quelqu’un a eu l’idée de faire un album-concept dédié à Thorgal.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-t-bd.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-t-bd.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-t-bd_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Est-il besoin de rappeler qui est Thorgal, cet «&amp;nbsp;enfant des étoiles&amp;nbsp;», adopté par une tribu viking mais toujours en marge de la société, et n’aspirant à rien d’autre qu’à mener une vie tranquille avec la belle Aaricia et leurs enfants, Jolan et Louve&amp;nbsp;? Né en 1977 dans les pages du &lt;em&gt;Journal de Tintin&lt;/em&gt;, il est le héros de plus d’une trentaine d’aventures, situées peu avant l’an 1000, l’ayant mené à travers le globe — principalement la Scandinavie, mais aussi le mystérieux Pays Qâ en Amérique centrale. Des aventures qui mêlent avec brio l’historico-fantaisiste avec un zeste de science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-t-portrait.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-t-portrait.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Je ne saurais dissimuler ma sympathie envers la série de Van Hamme et Rosinski, que j’ai suivie avec grand plaisir, avant de la lâcher lorsqu’elle a commencé à sombrer dans la médiocrité – je situerai cela à partir d’&lt;em&gt;Arachnéa&lt;/em&gt;. Pour ma part, j’estime que le 23e album, &lt;em&gt;La Cage&lt;/em&gt;, formait une jolie conclusion, certes assez ouverte mais ne nécessitant pas les développements ultérieurs. N’ayant pas lu les spin-offs, je ne saurais pas trop quoi en dire. Un article sur la série principale commis par votre serviteur figure d’ailleurs au sommaire du &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; hors-série BD &amp;amp; SF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Thorgal, en plus de voyager à travers le monde, a également arpenté quelques supports autre que les albums de bandes dessinées. On peut citer ainsi trois adaptations en BDVD, sorte de BD animée et sonore, ancêtre des «&amp;nbsp;motion comics»&amp;nbsp;; une adaptation en jeu vidéo, et donc &lt;em&gt;Thorgal&lt;/em&gt;, l’album, donc, publié quand la série commençait à baisser en qualité (y a-t-il un lien&amp;nbsp;?). Une idée surprenante, mais bon… sait-on jamais, hé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-t-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-t-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et ça commence assez mal, dès le morceau d’introduction, logiquement intitulé «&amp;nbsp;Ouverture&amp;nbsp;», bouillie musicale d’inspiration ambiant/celtique d’à peine trente secondes, qui cède vite la place à une deuxième bouillie musicale d’inspiration ethno-celtique chantée. On dirait du Manau (mais si, ceux de «&amp;nbsp;La Tribu de Dana&amp;nbsp;»…) feat. Mylène Farmer. C'est marrant, moi qui croyais que Thorgal, c'était la Scandinavie, je m'attendais à une ambiance un peu plus nordique. Et les paroles sont… Disons que les rimes font un peu vers de mirliton, avec le dico des rimes orales et écrites à portée de main (j'ai le même à la maison, gagné lors d'une édition des Dicos d'or, quelque part à la fin des années 90). Un échantillon&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Guerrier sans égal, ton cœur est loyal &lt;br /&gt;
Assoiffé de justice, ton âme est féale&lt;br /&gt;
 L'épée qui arme ton bras défend cet idéal&lt;br /&gt;
 C'est pour ça que les vils tremblent au nom de Thorgal&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/oPxelBob96I?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mon Bel Amour&amp;nbsp;» est une ballade passablement mièvre, où Virginie Schaeffer chante l’amour indéfectible d’Aaricia pour Thorgal. Ça rime, mais c’est du niveau de votre petite sœur en classe de 4e&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«Mon amour&lt;br /&gt;
 Mon aimant &lt;br /&gt;
je t'aime au delà des temps.&lt;br /&gt;
 Mon ami&lt;br /&gt;
 Mon aimé &lt;br /&gt;
je t'aime pour l'éternité.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/BO-yw5ynTvU?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Terre du nord&amp;nbsp;» renoue avec la bouillie ethno-celtique, avec des soupçons d’Adiemus. Sans surprise, «&amp;nbsp;Aaricia&amp;nbsp;» est une nouvelle ballade, et puis soudain la chanson passe en anglais, parce que, hé, parce que. Et, entre deux références aux albums, c’est mièvre, encore une fois&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Love bring my love back to me.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suit un bref et anecdotique instrumental, «&amp;nbsp;Oracle (Part I)&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Louve&amp;nbsp;» se pique d’une humeur primesautière pour évoquer la fille de Thorgal et Aaricia, capable de communiquer avec les animaux. Une voix niaiseuse, qui fait des «&amp;nbsp;ouhouhouhouh&amp;nbsp;». C’est odieux. L’écouter donne envie de faire un massacre. C’est dommage, car l’album &lt;em&gt;Louve&lt;/em&gt; est loin d'être le plus faible de la série.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/XoZtkTPPGfM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Oracle (Part II)&amp;nbsp;» est la continuation de la bouillie de la «&amp;nbsp;Part I&amp;nbsp;». En pire. Un peu d’opéra du côté des voix, des uilleann pipes, des voix «&amp;nbsp;ethniques&amp;nbsp;» qui évoquent tout sauf la Scandinavie. La suite du disque s’intéresse à un personnage marquant de la BD&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Kriss de Valnor (intro)&amp;nbsp;» est un instrumental trop bref pour susciter l’intérêt. La chanson véritable, «&amp;nbsp;Kriss de Valnor&amp;nbsp;» tout court, commence par une autre intro&amp;nbsp;: ses synthés menaçants lui donnent une ambiance gothique à la Hammer, c’est assez intéressant. La suite du morceau, bon, pas vraiment, à cause d’une voix manquant de caractère et des paroles pas à la hauteur. Seul le passage jungle gothique qui conclut la chanson possède un minimum d’intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/1MFAGMzSIHc?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Shaïgan sans merci&amp;nbsp;» lorgne du côté des «&amp;nbsp;spoken words&amp;nbsp;». Sur un fond musical ambient inquiétant, une voix profonde et rocailleuse à souhait déclame une ode dédiée à Shaïgan sans merci, c’est-à-dire l’identité qu’acquiert Thorgal lorsque la déesse Frigg efface sa mémoire. Quelques effets sonores malvenus gâchent la chose, déjà que le narrateur en faisait un peu trop.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Terre du Milieu&amp;nbsp;» est un nouvel instrumental, qui s’inscrit dans la lignée des précédents&amp;nbsp;: mélodie d’inspiration celtique, rythmique 90s, nappes de voix célestes, bruitages et arrangements qui en font trop. Suit «&amp;nbsp;La Mémoire des vivants (part 1)&amp;nbsp;», duo niais qui, avec un peu d’imagination, évoque le Ragnarok&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mais quand viendra enfin &lt;br /&gt;
La nuit des temps Restera-t-il un seul combattant&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
 Il n'y aura Plus que l'eau et le vent&lt;br /&gt;
 Pour célébrer la mémoire des vivants&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le morceau se poursuit avec «&amp;nbsp;La Mémoire des vivants (part 2)&amp;nbsp;», qui se poursuit pendant une minute avec emphase et un chant en yaourt celtique. Et des fois que vous en auriez marre des arrangements celtiques, il y a «&amp;nbsp;Les Elfes&amp;nbsp;» et ses voix trafiquées au vocoder. Sérieux, on croirait écouter Plastic Bertrand. Au fait, il n’y a pas l’ombre de l’oreille pointue d’un d’elfe dans Thorgal, j'ai vérifié. Après quoi, on s’intéresse à «&amp;nbsp;Jolan&amp;nbsp;», où une voix suraigüe et compassée s’adresse au fils de Thorgal et Aaricia, doué de pouvoirs particuliers. Quelques références à l’album &lt;em&gt;Alinoë&lt;/em&gt; parsèment la chanson – un album huis-clos pas mal du tout. «&amp;nbsp;Rituels&amp;nbsp;» est un instrumental, à l’ambiance mystique, porté par un violon aérien et une voix légèrement traficotée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On termine avec le calvaire avec l’ambiance très new age de «&amp;nbsp;Déesse Frigg»&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Bienvenue, Thorgal, dans le jardin d’Asgard, où poussent les fleurs qui ne fânent jamais.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bref. L’ensemble, au fil de ses dix-huits morceaux, alterne chansons et instrumentaux, et constitue moins l’adaptation d’une aventure en particulier qu’une évocation des aventures de Thorgal au travers de ses personnages les plus marquants, avec une construction assez narrative.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour qui en veut encore une dose, voici un échantillon de vingt minutes :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/5Kd93wKJqNg?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème de l’album &lt;em&gt;Thorgal&lt;/em&gt;, c’est qu’il tombe dans les pires travers. Et tant qu’à faire, l’album les enfile tous&amp;nbsp;: les arrangements électro qui sonnaient tellement bien dans les 90s (hé, peut-être que ça reviendra à la mode dans vingt ans), des chansons divisées en deux parties soigneusement titrées Part I et Part II, des variations dans le chant (duo, spoken words) qui ont tout l’air de passages obligés, un morceau en deux parties dont l’une est un court instrumental titré «&amp;nbsp;intro&amp;nbsp;» (ou, attention, l'inverse), du «&amp;nbsp;too much&amp;nbsp;» permanent dans le chant, des paroles assez faiblardes, parfois en anglais sans autre raison que de vouloir sonner cool. Surtout, ça ne véhicule rien&amp;nbsp;: à titre de comparaison, &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt; de Tri Yann est lui aussi perclus de défauts, en premier lieu des paroles parfois pas terribles et trop démonstratives, des arrangements très datés, mais la BD de Bilal et Christin comme l’album possèdent un fond social plutôt pertinent pour l’époque (l’argent et l’action des promoteurs immobiliers détruisant le quotidien des petites gens). Certes, &lt;em&gt;Thorgal&lt;/em&gt; n’est pas trahi dans le fond&amp;nbsp;: les paroles présentent les personnages de la bande dessinée tels qu’ils sont, mais…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Ce disque &lt;em&gt;Thorgal&lt;/em&gt; est pathétiquement nul. Je ne doute pas que ce disque ait été élaboré avec passion, mais bon, ça ne suffit pas pour lui accorder de la qualité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ne pas appuyer frénétiquement sur la touche «&amp;nbsp;Skip&amp;nbsp;» a représenté un intense effort pour votre serviteur, qui se répétait comme un mantra «&amp;nbsp;Le monde a le droit de savoir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Maintenant que vous le savez, on peut passer à autre chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: fort heureusement&lt;br /&gt;
 Inécoutable&amp;nbsp;: et comment&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;
 Inoubliable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Shirley, visions of reality</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/14/S-comme-Shirley-visions-of-reality" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Shirley, visions of reality" />
      <id>urn:md5:dad3ae581465c130b1a2bfbc7975ddc3</id>
      <published>2017-03-14T13:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-14T19:41:50+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil de cet Abécédaire, on s’est intéressé à quelques modalités d’adaptation d’un média à un autre – les films adaptés en livres, les bandes dessinées adaptées en musique… Le film &lt;strong&gt;Shirley&lt;/strong&gt; se propose d'adapter la peinture d’Edward Hopper au cinéma, une gageure s’il en est, d'autant qu'on échappe au traditionnel biopic…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Shirley, un voyage dans la peinture d’Edward Hopper [Shirley, visions of reality], Gustav Deutsch (2013). Couleurs, 93 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au fil de cet Abécédaire, on s’est intéressé à quelques modes d’adaptation d’un média à un autre – les films adaptés en livres, les bandes dessinées adaptées en musique… Le réalisateur Gustav Deutsch, autrichien en dépit de son nom, s’est proposé d’adapté la peinture d’Edward Hopper sous la forme d’un film. Une gageure s’il en est (et pas une once de cinéma de genre là-dedans, désolé). Il ne s’agit pas ici d’un film retraçant la vie de Hopper mais bien d’autre chose.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-poster.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Des biopics de peintres, on a déjà pu en voir. Quelques exemples parmi d’autres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Van Gogh&lt;/em&gt; de Maurice Pialat, &lt;em&gt;Basquiat&lt;/em&gt; de Julien Schnabel, &lt;em&gt;Pollock&lt;/em&gt; d’Ed Harris, &lt;em&gt;Frida&lt;/em&gt; de Julie Taymor ou le très récent &lt;em&gt;Paula&lt;/em&gt; de Christian Schowchow&amp;nbsp;: la liste est bien plus longue. Si Edward Hopper n’a jamais bénéficié de son propre biopic (pas assez de conflits et de difficultés dans sa vie&amp;nbsp;?), son œuvre a toutefois inspiré plusieurs cinéastes. De fait, il y a quelque chose de profondément narratif dans ses peintures – du moins, celles mettant en scène des individus dans des lieux relativement impersonnels –, comme si quelque chose venait de se passer, ou allait se passer, dans les secondes ou minutes qui précèdent/suivent. Des récurrences y sont présentes, telle la présence d’une femme rousse, parfois vêtu d’une robe (ou d’une nuisette) rose. Un même modèle&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rien d’étonnant en conséquence à ce que ses tableaux forment la matière même d’un film&amp;nbsp;: le présent &lt;em&gt;Shirley&lt;/em&gt;. Sous-titré prosaïquement «&amp;nbsp;Un voyage dans la peinture d’Edward Hopper&amp;nbsp;» en français et plus métaphysiquement «&amp;nbsp;Visions of reality&amp;nbsp;» en anglais, &lt;em&gt;Shirley&lt;/em&gt; raconte trente ans dans la vie de l’héroïne éponyme du film, au travers de treize tableaux. Du samedi 28 août 1931 à Paris jusqu’au jeudi 29 août 1963, c’est toute une histoire qui défile. Celle avec un grand H, au travers des dépêches lues, qui introduisent chaque nouveau tableau, et la petite histoire, celle de Shirley. Comédienne, femme forte, elle ne se résoud pas à mener une existence de simple ménagère. Elle vit en couple avec Steve, un journaliste-photographe&amp;nbsp;; elle joue sous la direction d’Elia Kazan, tente Hollywood, préfère revenir à New York et pour gagner un peu d’argent, fait ouvreuse dans un cinéma, voit son couple se déliter mais ne quitte pas pour autant son compagnon, qui tombe malade. Fascinée par la vieille Europe, elle hésite à partir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/IU0yL36IKR8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le défi majeur de Gustav Deutsch était de rendre son film intéressant&amp;nbsp;: le réalisateur n’a pas choisi la facilité en optant pour quelques contraintes ardues. S’il s’agit d’un «&amp;nbsp;voyage dans la peinture d’Edward Hopper&amp;nbsp;», le spectateur ne verra pas l’envers du décor (ou du tableau). &lt;em&gt;Shirley&lt;/em&gt; se divise en quatorze séquences, un même tableau faisant office d’ouverture et de conclusion du film (ce qui porte donc leur nombre à treize). Au sein de ces séquences, pas d’autres mouvements de caméras que des zooms et des panoramiques&amp;nbsp;: l’angle de vue ne change pas et on ne verra des tableaux, reconstitués en décors réels, seulement ce que Hopper aura montré, et tout se passera dans ces tableaux – sans oublier ce qui se passe hors-champ. Les séquences sont brèves, six-sept minutes&amp;nbsp;; avec leur nombre assez restreint, leur variété et la durée idoine du long-métrage (environ 80 minutes sans le générique), Deutsch parvient à maintenir l’intérêt. Le réalisateur a également travaillé sur l’aspect sonore&amp;nbsp;: de nombreux bruitages émaillent le film, ronron de la circulation pour la plupart des séquences newyorkaises, mais aussi (par exemple) un oiseau, hors-champ, dans la cinquième séquence située dans le hall d’un hôtel – si le tableau de Hopper ne montre pas de volatile, rien n’indique qu’il n’y ait de perroquet en cage dans une pièce hors-champ. Quant aux chansons, si quelques unes ont été composées spécialement, d’autres fournissent des indications sur l’époque (on entend aussi bien de la vieille chanson française de l’entre-deux-guerres que du rock’n’roll ou que «&amp;nbsp;We Shall Overcome&amp;nbsp;» chanté par Joan Baez).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-0film.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-0film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-0film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-0chaircar.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-0chaircar.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-0chaircar_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Chair Car, 1965&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-1film.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-1film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-1film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-1hotelroom.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-1hotelroom.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-1hotelroom_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hotel Room, 1931&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-2film.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-2film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-2film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-2roominnewyork.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-2roominnewyork.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-2roominnewyork_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Room in New York, 1932&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-5film.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-5film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-5film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-5hotellobby.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-5hotellobby.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-5hotellobby_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Hotel Lobby, 1943&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-6film.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-6film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-6film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-6morningsun.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-6morningsun.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-6morningsun_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Morning Sun, 1952&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-8film.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-8film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-8film_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-s-8westernmotel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-s-8westernmotel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-s-8westernmotel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Western Motel, 1957&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien évidemment, l’aspect principal de &lt;em&gt;Shirley&lt;/em&gt; est le fascinant travail sur les décor et la lumière — on peut voir un &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=9oAQatBmX40&quot;&gt;making-of par ici&lt;/a&gt;. Filmé en studio (les extérieurs sont figurés par des peintures), le long-métrage reproduit scrupuleusement treize tableaux de Hopper. On peut d’ailleurs s’amuser à guetter le moment précis où l’image du film de Gustav Deutsch se confond avec le tableau de Hopper (pour qui veut comparer, films et tableaux sont juxtaposés &lt;a href=&quot;http://https/ifitshipitshere.blogspot.fr/2013/02/13-edward-hopper-paintings-are.html?m=1&quot;&gt; par ici &lt;/a&gt; ). Si la peinture de Hopper est en apparence froide et distante, Gustav Deutsch parvient à y faire surgir la sensualité, au travers du personnage de Shirley. Les dates citées plus haut n’ont rien de gratuit&amp;nbsp;: chacune des treize séquences se déroule l’année où le tableau a été peint.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film n’est pas pour autant centré uniquement sur la peinture. D’autres arts sont présents aussi dans &lt;em&gt;Shirley&lt;/em&gt;, dépassant le cadre des tableaux de Hopper&amp;nbsp;: la chanson (via la bande-son), le cinéma (objet de deux séquences), le théâtre (de manière filée), la photographie (objet d’une séquence, la seule où l’on entend Steve parler… hors-champ).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une curiosité, qui ne sacrifie l’histoire sur l’autel du concept et de l’expérimentation arty, et qui s’avère des plus fascinantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>R comme Retour des étoiles</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/10/R-comme-Retour-des-etoiles" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Retour des étoiles" />
      <id>urn:md5:65d1cddbbe7385606a03c27378a6fbba</id>
      <published>2017-03-10T17:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-03-10T17:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Aller dans l'espace, voyager à des vitesses relativistes, voilà qui est exaltant… mais que se passe-t-il lorsqu'on revient sur Terre&amp;nbsp;? Dans &lt;strong&gt;Retour des étoiles&lt;/strong&gt;, Stanislas Lem nous raconte le retour sur Terre d'un astronaute après plus d'un siècle d'absence et sa difficile réadaptation à ce monde qu'il ne comprend pas et qui n'éprouve aucun intérêt pour son expédition.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Retour des étoiles [Powrót z gwiazd], Stanislas Lem, roman traduit du polonais par Michel de Wieyska. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;», 1961 [1979]. Poche, 288 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons gaiement notre tour d’horizon des romans de Stanislas Lem, avec un texte paru la même année que le fameux &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Retour des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt;. Le titre ne ment pas, et là où le premier roman amène son lecteur en orbite autour de cett étrange planète recouverte d’un océan sentient, &lt;strong&gt;Retour des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt; le ramène sur notre Terre. (Dissipons toute ambiguités&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Retour des &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; n’entretiennent pas rapports suite/même univers entre eux.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-r-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-r-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Hal Bregg était pilote à bord du Prométhée, un vaisseau spatial lancé pour une longue mission d’exploration. Pour les voyageurs, dix ans se sont écoulés, au cours desquels ils sont allés plus loin qu’aucun homme n’a jamais été, au cours desquels ils ont vécu des aventures fortes ou bien tragiques – ceux qui ne sont pas revenus sont nombreux. Mais sur Terre, plus d’un siècle s’est écoulé. Lorsque le roman débute, Hall Bregg débarque sur Terre après un bref séjour à l’Adapte, situé sur la Lune. Quelqu’un est censé l’attendre à la descente de la navette, mais personne ne se pointe. Et Bregg de décider de se prendre en charge lui-même… mais le voilà vite perdu dans une ville qu’il ne comprend pas. Surtout, si personne ne semble savoir qui il est (ça peut se comprendre), personne non plus n’a vraiment gardé souvenir de cette expédition, et le retour du &lt;em&gt;Prom&lt;/em&gt; &lt;em&gt;éthée&lt;/em&gt; a été un non-événement.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le fait qu’il ne restait plus une seule pierre de la ville que j’avais laissée en partant était plutôt favorable. C’était comme si je vivais sur une autre planète, parmi d’autres gens. L’autre monde n’existait plus et celui-ci était nouveau. Pas de vestiges, pas de ruines qui remettraient en doute mon âge biologique, je pouvais presque oublier cet âge terrestre, tellement incroyable.&amp;nbsp;» (p. 103)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce que Bregg découvre au fil du temps et de ses rencontres, c’est que la société dans son ensemble n’est pas la même&amp;nbsp;: les gens sont plus calmes, moins entreprenants. Un changement qui n’est pas dû à une évolution naturelle de la nature humaine, mais qui s’avère artificiel&amp;nbsp;: un an après le départ du Prométhée, trois scientifiques ont mis au point un procédé chimique, la «&amp;nbsp;bettrisation&amp;nbsp;», qui tempère les gens – les neutralise, même. Non-bettrisé, les cheveux blancs et tout musclé par rapport à ses semblables maigrichons et paraissant éternellement jeunes, Bregg fait figure d’anomalie… de monstre, même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comment s’adapter&amp;nbsp;? Le veut-il vraiment&amp;nbsp;? Après quelques temps à errer dans la ville et sa géographie étrange, il finit par décider de s’installer dans une villa. Il partage les lieux avec un couple&amp;nbsp;; ce sera pour l’ancien astronaute l’occasion de découvrir avec la douce Eri que les relations amoureuses ont elles aussi changé. Quelques aspects ont passablement vieilli sous cet aspect-là&amp;nbsp;: Hal Bregg, pour conquérir une femme, la violente un peu afin de l’amener à de meilleurs sentiments.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-r-cover-pl1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-r-cover-pl1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La communication, encore et toujours. Cette fois, le problème n’est plus de communiquer avec une intelligence autre – que ce soit l’océan sentient de&lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, la nécrosphère inanimée de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt;L’Invincible&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, ou les aliens étranges d’&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt;Eden&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; –, mais bien avec ses semblables. Dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/21/M-comme-Memoires-trouves-dans-une-baignoire&quot;&gt;Mémoires trouvés dans une baignoire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, la communication peine à s’établir parce que les couches de sens et le chiffrement des informations s’accumulent jusqu’à l’overdose. Ici, les &lt;em&gt;revenants des étoiles&lt;/em&gt; (poke les Strougatski) sont surtout déphasés temporellement&amp;nbsp;; la société et son langage a évolué, pas eux.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;– Si vous étiez, par exemple, réaliste…&lt;br /&gt;
– Mais je le suis, réaliste, l’interrompis-je.&lt;br /&gt;
Le docteur eut un sourire.&lt;br /&gt;
– Ce mot a une autre signification maintenant. Il désigne un comédien jouant au réal.&amp;nbsp;» (p. 84)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un problème de communication qui se révèle notamment au travers des dialogues&amp;nbsp;: quand Bregg tente de converser avec ses semblables, c’est à peine si les deux interlocuteurs parviennent à former des phrases complètes. L’un commence à parler, l’autre croit comprendre et le premier s’arrête&amp;nbsp;: l’espace d’un instant, tous deux imaginent comprendre les non-dits mais en fait, pas du tout. Et Bregg a vécu tant de choses dans l’espace… Il a besoin d’en parler, de s’épancher au sujet des camarades qu’ils ont perdu. Mais à quoi bon&amp;nbsp;? Car les membres de ce futur doux et lissé ont perdu tout intérêt pour la conquête spatiale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après tout, peut-être la solution à la survie de l’humanité réside-t-elle, dans la tempérance de ses ardeurs&amp;nbsp;? Le monde futur que décrit Lem a tout de l’utopie, l’homme vit en paix avec lui-même et avec la nature. Mais on peut également y voir une prémonition de notre société&amp;nbsp;: en dépit des rodomontades d’Elon Musk et consorts, en dépit de l’enthousiasme passager suscité par les sondes &lt;em&gt;Juno&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;New Horizons&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Curiosity&lt;/em&gt;, nous sommes davantage préoccupés par nos nombrils (et nos smartphones) que par les étoiles. Rien n’indique toutefois que la société pré-bettrisation ait été au bord de l’effondrement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous certains aspects, on peut rapprocher &lt;strong&gt;Retour des &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt; du &lt;strong&gt;Meilleur des mondes&lt;/strong&gt;, l’auteur polonais décrivant une société future aseptisée, où les gens mènent une vie d’abondance autant que lénifiante, la bettrisation étant semblable au soma d’Huxley.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-r-cover-pl2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-r-cover-pl2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, en dépit de ses points intéressants, &lt;strong&gt;Retour des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt; peine à être pleinement convaincant. Lem en est conscient, et, dans l’&lt;em&gt;Avertissement de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’auteur&lt;/em&gt; qui introduit &lt;strong&gt;La Voix du ma&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ître&lt;/strong&gt;, il livre un bref commentaire à son sujet&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;[un roman] qui se veut être un &quot;avertissement en matière de civilisation&quot;, et que je n’ai pas réussi aussi bien que j’aurais pu le souhaiter.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Effectivement. La première moitié, montrant un Hal Bregg aux repères atomisés, est la plus réussie. La seconde moitié tire en longueur, jusqu’à une épiphanie finale pas inintéressante, mais qui arrive tardivement, au termes d’atermoiements agaçants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En définitive, pas le roman de Stanislas Lem le plus intéressant. Mais pas de quoi le dédaigner si d’aventure vous tombez sur un exemplaire d’occasion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (occasion)&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non plus&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Q comme Quintet</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/08/Q-comme-Quintet" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Quintet" />
      <id>urn:md5:fc19a0e653a3f233d840795f50d81487</id>
      <published>2017-03-08T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-08T10:12:32+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Quintet &lt;/strong&gt;de Robert Altman, seul et unique film de science-fiction du réalisateur de &lt;strong&gt;M*A*S*H&lt;/strong&gt;, une allégorie en mode post-apocalyptique glaciaire…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Quintet, Robert Altman (1979). 118 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au cours de sa longue carrière, le cinéaste américain Robert Altman a abordé de nombreux genres (le drame, la comédie satirique avec&lt;em&gt; M*A*S*H&lt;/em&gt;, la comédie musicale, l’adaptation de BD (&lt;em&gt;Popeye&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!)), et s’est tourné une unique fois vers la science-fiction – si l’on veut – avec &lt;em&gt;Quintet&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quintet&lt;/em&gt; se déroule dans un futur éloigné, où la Terre semble entamer un retour à l’ère glaciaire. Dans un paysage enneigé, deux personnages avancent péniblement&amp;nbsp;: il y a là Essex, un homme d’âge mur, sévère&amp;nbsp;; sa compagne Vivia, plus jeune et plus insouciante, a un véritable tempérament de gamine. Essex est à la recherche de son frère Francha, qui réside désormais dans une ville prise par les glaces, dont la construction évoque les oripeaux d’une gloire révolue. Dans les rues, les chiens bouffent les cadavres. La moyenne d’âge du village semble assez élevée, et Vivia semble être la benjamine de ce monde. De plus, elle est enceinte – une rareté, selon toute apparence.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-q-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un monde glaciaire…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-q-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Dans les ruines…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-q-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Paul Newman, ébahi.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-q-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les meilleurs éboueurs du monde…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les retrouvailles entre Essex et Francha sont de courte durée&amp;nbsp;: alors qu’il est parti chercher du bois, Essex découvre à son retour qu’une explosion a tué son frère, sa femme, ainsi que Vivia. Le responsable est un certain Redstone, qu’un autre individu tue de sang-froid. Fouillant les poches du mort, Essex y découvre des jetons ainsi qu’une liste où figure le nom de Francha. Ce que le voyageur découvre, c’est que cette ville est régie par un jeu&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;quintet&lt;/em&gt; du titre. Ce jeu se joue à cinq joueurs plus un – le sixième homme –, et le but du jeu consiste en l’élimination progressive des autres joueurs, le sixième homme affrontant le dernier joueur en vie. Et dans cette ville à la population désœuvrée, les pièces du quintet sont humaines et les éliminations n’ont rien de «&amp;nbsp;pour de faux&amp;nbsp;». L’ensemble est placé sous la direction bienveillante de Grigor, arbitre qui veille au respect des règles… et à leur interprétation. Tant pis si, comme il le déclare, sa tâche l’ennuie, son rôle est de «&amp;nbsp;keep the game alive&amp;nbsp;». Et peut-être qu’en sous-main, cela l’amuse énormément de jouer au démiurge&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Essex, sous le pseudonyme de Redstone, va donc se prêter au jeu et, au cours de la partie qu’il va jouer, tenter de survivre et d’échapper aux manigances des autres joueurs, en particulier le vindicatif St Christopher. Celui-ci, prêtre de son état, a développé une théorie particulière sur le jeu&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;You've been taught that the universe is bounded by five sides and that life has but five stages. Primum – the pain of birth. Secundum – the labor of maturing. Tercium – the guilt of living. Quartum – the terror of aging. Quintum – the finality of death. But this is not complete, for five sides demand a sixth space, a center and that is what you have to look forward to. What is the sixth space? It's empty. It's blackness. Void! In other ages, equally ignorant, it was said an eternal fire would follow death. But I tell you, I tell you… there is no fire. I tell you, fire is not enough punishment. No. No, my sons! The emptiness I'm speaking of is the total horror of madness, the awareness of nothing. So, your wretched lives, in fact, are supremely happy. It is your reward. You must cherish your tortured life because it is a pause, an interruption of the void, preceding and following it. Don't fight. Don't struggle. Accept. When you think of the number five, remember it is six. And if you look for an answer, look far beyond what facts you have… and add yet one more – the unknown. Because only when you consider the unknown, you have a hope, a chance to solve the dilemma.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce jeu a également influencé les relations sociales dans cette société de survivants, au point que des termes se sont substitués à d’autres&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;– Amicus.&lt;br /&gt;
– I haven't heard that word for a long time.&lt;br /&gt;
– And what do you use in its place?&lt;br /&gt;
– Alliance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, le monde mis en place par Altman est peu décrit&amp;nbsp;: au spectateur de se faire ses propres hypothèses. Un retour à un âge glaciaire&amp;nbsp;? Dans le même temps, les humains sont-ils frappés de stérilité (aucun enfant visible) et/ou de régression (on surprend les personnages de Vivia et Deuca à sucer leur pouce)&amp;nbsp;? Peu explicites également, ce sont les règles du quintet&amp;nbsp;: si une partie sur plateau est montrée lors du film, en comprendre le fonctionnement s’avère toutefois difficile, et on peut examiner les règles &lt;a href=&quot;http://https/ghostradio.files.wordpress.com/2011/01/quintet-the-rules.pdf&quot;&gt; par ici &lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-q-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-q-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Altman opte pour un choix particulier en matière de réalisation&amp;nbsp;: seul le centre de l’image, un large ovale, est net, tandis que le pourtour se dilue dans un flou volontaire. Un effet curieux, puis lassant, avant que l’on s’y fasse. Les prises de son mettent l’accent sur les bruitages annexes, en particulier le bruit des jetons de quintet, qui parasitent une bonne part des scènes. Les acteurs, Paul Newman en tête, ne crèvent pas spécialement l’écran, écrasés qu’ils sont par les décors. Ceux-ci, si étranges dans leur manière de rétrofuturisme, sont en réalité les pavillons de l’Exposition universelle de Montréal de 1967. Une douzaine d’années après l’Exposition, les lieux sont en ruine, rouillés et détériorés, et contribuent grandement à l’atmosphère de déliquescence généralisée. C’est superbe décrépit et c’est là sûrement le plus grand attrait du film. (Pour un peu, on pense à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/24/I-comme-Il-est-difficile-d-etre-un-dieu&quot;&gt; &lt;em&gt;Il est difficile d&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’être un dieu&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; d’Alekseï Guerman.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-q-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-q-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-q-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Malgré ses idées intéressantes et ses décors, &lt;em&gt;Quintet&lt;/em&gt; ne m’a pas paru une franche réussite. Dans son ambition à mêler une science-fiction qui n’en est pas une et réflexions métaphysiques, &lt;em&gt;Quintet&lt;/em&gt; n’est pas sans rappeler les deux films-culte d’Andrei Tarkovski, &lt;em&gt;Solaris&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Stalker&lt;/em&gt; – deux parangons d’ennui&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;Avec ce long-métrage, Robert Altman semble lui aussi confondre lenteur et longueur &amp;nbsp;: le film suscite chez son spectateur une neurasthénie certaine, reflet de la langueur qui a envahi les personnages à l’écran. La dramaturgie est anémique, les discours sonnent creux, et en fin de compte, le film se révèle à l’image de ce que le personnage de St Christopher évoquait en parlant du chiffre 6 occupant le centre du quintet&amp;nbsp;: vide.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>P comme Perpetuum Mobile</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/06/P-comme-Perpetuum-Mobile" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Perpetuum Mobile" />
      <id>urn:md5:11620361d5500f725673ada9dc0e8ab5</id>
      <published>2017-03-06T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-06T15:58:07+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Davantage rêveur que scientifique, Paul Scheerbart, écrivain allemand auteur de l'étrange roman de proto-SF &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt;Lesabéndio&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, s'est également entêté à mettre au point une machine à mouvement perpétuel. Avec &lt;strong&gt;Perpetuum Mobile&lt;/strong&gt;, il raconte ses espoirs et ses déboires…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Perpetuum Mobile. L’histoire d’une invention [Das Perpetuum Mobile. Die Geschichte einer Erfindung], Paul Scheerbart, essai traduit de l’allemand par Odette Blavier (Hélène Morice pour la préface). Zones Sensibles, 2014 [1910]. 64 pp. Semi-poche.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mais tout changera, le jour où la roue tounera, ce que de toute façon elle ne fait pas aujourd’hui.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Paul Scheerbart (1863-1915) est un écrivain allemand polygraphe, auteur notamment d’un étonnant roman de science-fiction mettant en scène des créatures résolument non-humaines sur l’astéroïde Pallas&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Lesab&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éndio&lt;/strong&gt; (dont votre serviteur vous entretenait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt; par ici &lt;/a&gt; et Arnaud Laimé dans &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/o/blog/lesabendio&quot;&gt; les pages du Bifrost n°84&lt;/a&gt;). Si son œuvre, forte d’une quarantaine de titres, a été fort peu traduite en France, quelques ouvrages ont néanmoins franchi le Rhin, tel ce &lt;strong&gt;Perpetuum Mobile&lt;/strong&gt;, publié originalement en 1958 aux éditions Pauvert avant d’être sauvé de l’oubli voici trois ans par Zones Sensibles, éditeur belge aux publications parcimonieuses mais pertinentes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-p-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-p-cover_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perpetuum Mobile&lt;/strong&gt; &amp;nbsp;: le mouvement perpétuel, une chimère qui a hanté pas mal de monde au fil des siècles… Paul Scheerbart aurait-il vécu cent ans de plus qu’il aurait pu lire sur &lt;a href=&quot;https://de.wikipedia.org/wiki/Perpetuum_mobile&quot;&gt;Wikipédia&lt;/a&gt; ceci&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Wenn das „Perpetuum mobile“ Nutzenergie bereitstellen soll, ohne dass von außen Energie zugeführt wird, widerspricht das dem Energieerhaltungssatz.&amp;nbsp;» Traduit dans la langue de Molière, ça dit que, grosso modo, ça n’est pas possible, le mouvement perpétuel contrevenant aux règles de conservation de l’énergie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fin 1907, Scheerbart tient donc ces propos&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La force d’attraction de la terre étant perpétuelle, cette force d’attraction peut, au moyen de roues placées les unes sur les autres, être transformée en mouvement perpétuel.&lt;br /&gt;
Que les physiciens dussent s’inscrire en faux contre ceci, je le savais très bien. Mais là résidait précisément pour moi l’un des principaux attraits. Les physiciens, je les ai toujours détestés. Que m’importait Robert Mayer et la loi de la conservation de l’énergie&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au fil de l’année 1908, Scheerbart poursuit sa quête de ce fameux mouvement perpétuel, plus rêveur que scientifique, traçant sur le papier les schémas de machines toutes plus absurdes et compliquées les unes que les autres… et toutes moins fonctionnelles les unes que les autres.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-p-perpe.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-p-perpe_m.png&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’écrivain allemand tente de mettre au point des systèmes de roues dentées et de contrepoids tirant leur énergie de la force de gravité. D’une certaine façon, ces machineries inutiles rappellent les fameuses «&amp;nbsp;machines célibataires&amp;nbsp;» de Raymond Roussel, décrites avec une surabondance de détail dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/21/I-comme-Impressions-d-Afrique&quot;&gt; &lt;strong&gt;Impressions d&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Afrique&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/23/L-comme-Locus-Solus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; . Mais là où Roussel privilégie l’art, ses machines n’existant que pour elles-mêmes (d’où l’adjectif «&amp;nbsp;célibataires&amp;nbsp;»), celles de Scheerbart ont une vocation universelle, visant à délivrer l’humanité de la tyrannie du travail (et l’Allemand a vécu dans une constante précarité financière). Les perspectives sont grandioses et prosaïques tout à la fois.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il n’est malheureusement que trop certain qu’au début, chacun voudra se mettre à rouler, avec son petit ou son grand perpé.&lt;br /&gt;
L’homme aisé fera rouler derrière lui son potager et ses étables à cochons ou à bœufs – le perpé ne coûte pas cher –, il durera aussi longtemps que les roues tiendront. Il faudra donc s’attendre, dans les premiers temps, à un véritable démembrement des différentes patries.&lt;br /&gt;
Ce qu’il adviendra des différentes langues sera aussi très curieux. Je veux espérer tout de même que les principales langues de culture se maintiendront.&lt;br /&gt;
La langue allemande doit, en tout cas, être préservée, sinon mes livres deviendraient absolument incompréhensibles. Et cela me ferait malgré tout enrager quelque peu.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les mois s’écoulent, Scheerbart n’avance pas, ses machines se révélant toutes foireuses les unes après les autres. Pour se délasser, il écrit de la fiction, comme des histoires se déroulant dans les astéroïdes ( &lt;strong&gt;Lesab&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éndio&lt;/strong&gt;) avant de replonger dans ses schémas et ses maquettes en fer blanc.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;En juin et juillet, je parvins presque à oublier l’affaire&amp;nbsp;; j’écrivis énormément d’histoires astrales, se déroulant sur d’autres planètes, dans des conditions qui n’avaient absolument rien de terrestre.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Il y a là quelque chose de profondément touchant dans cette quête inutile, à voir Scheerbart s’escrimer à mettre point quelque chose qui, fondamentalement, ne peut fonctionner. Mais, quelque peu à la manière de Fermat et de son fameux dernier théorème («… j'en ai découvert une démonstration véritablement merveilleuse que cette marge est trop étroite pour contenir.&amp;nbsp;»), notre auteur conclut son ouvrage par une ultime pirouette. Trait d’humour&amp;nbsp;? Allez savoir. Si la pirouette en question s’était avérée, le monde tel que nous le connaissons aurait un aspect bien différent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ouvrage édité par Zones Sensibles comprend un cahier central, où il est possible de découper quelques engrenages afin de se créer son propre pop-up de petit moteur à mouvement perpétuel… en papier cartonné. Ce qui est mieux que rien, reconnaissons-le. Votre serviteur, détestant plus que tout amocher ses livres, n’a pas testé la chose&amp;nbsp;; on peut néanmoins en voir quelques photos &lt;a href=&quot;http://www.zones-sensibles.org/paul-scheerbart-perpetuum-mobile-lhistoire-dune-invention/&quot;&gt; sur le site de l’éditeur&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-p-montage.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-p-montage_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non plus&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme Obliques Strategies</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/03/O-comme-Obliques-Strategies" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Obliques Strategies" />
      <id>urn:md5:82059c98c34970be9dd8c8a9f246551e</id>
      <published>2017-03-03T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-03T17:07:24+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse aux &lt;strong&gt;Stratégies obliques&lt;/strong&gt; de Brian Eno et Peter Schmidt. Sous-titrées «&amp;nbsp;Plus d’une centaine de dilemmes qui en valent la peine&amp;nbsp;», cet ensemble de cartes invitent à laisser entre le hasard, l’accident, l’involontaire dans le processus créatif…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Obliques strategies – over one hundred worthwile dilemmas, Brian Eno et Peter Schmidt, deck d’une centaine de cartes. 1975, 2001.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La dévotion de votre serviteur envers Brian Eno n’est plus à démontrer. Surtout prolifique sur le plan musical, le producteur des meilleurs albums de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/07/D-comme-The-Diary-of-Nathan-Adler&quot;&gt; David Bowie &lt;/a&gt; et des Talking Heads a également signé un livre, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/17/A-comme-Une-Annee-aux-apprendices-gonfles&quot;&gt; &lt;strong&gt;Une Ann&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ée aux appendices gonflés&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; , où, en sus d’un journal couvrant l’année 1995, il propose bon nombre d’articles, essais et mêmes deux nouvelles. Mais l’objet du présent billet n’est ni musical ni littéraire mais ludique. Enfin, presque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égies Obliques&lt;/em&gt; de Brian Eno et Peter Schmidt ont beau prendre l’apparence d’un jeu de cartes, elles ne sont pas vraiment un jeu. Sous-titrées «&amp;nbsp;Plus d’une centaine de dilemmes qui en valent la peine &amp;nbsp;», ces &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égies&lt;/em&gt; se présentent sous l’apparence d’une petite boîte noire contenant une centaine de cartes. Coins arrondis, noir intégral sur le verso, phrase sybilline en Helvetica sur le recto.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-o-box1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-o-box1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-o-box1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une carte propose un mode d’emploi&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;These cards evolved from separate observations of the principles underlying what we [Eno &amp;amp; Schmidt] were doing. Sometimes they were recognized in retrospect (intellect catching up with intuition), sometimes they were identified as they were happening, sometimes they were formulated.&lt;br /&gt;
They can be used as a pack (a set of possibilities being continuously reviewed in the mind) or by drawing a single card from the shuffled deck when a dilemma occurs in a working situation. In this case, the card is trusted even if its appropriateness is quite unclear. They are not final, as new ideas will present themselves and others will become self-evident.»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pourquoi obliques&amp;nbsp;? Selon Brian Eno, qui est loin d’énoncer que des bêtises, elles servent à dépasser les blocages créatifs en encourageant la pensée latérale – oblique, donc – grâce à ces incitations, parfois curieuses, parfois lumineuses. Elles invitent à laisser entrer le hasard, l’accident, l’involontaire dans le processus créatif. Dans le genre, on peut rapprocher les &lt;em&gt;Stratégies Obliques&lt;/em&gt; du Yi-King – en moins fastidieux que le tirage des hexagrammes et leur interprétaton. La question que je me pose est de savoir si Eno lui-même a eu besoin d’utiliser ses propres cartes pour en créer de nouvelles. À en juger par son &lt;strong&gt;Ann&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ée aux appendices gonflés &lt;/strong&gt;— qui dissémine au fil de ses pages une vingtaine d’idées de stratégies –, pas vraiment, les idées lui venant au fil du temps.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-o-box2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-o-box2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-o-box2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À citer Eno sans cesse, on en finit par oublier le co-créateur du deck, Peter Schmidt, artiste allemand (1931-1980) qui a rencontré le musicien et producteur en Angleterre à la fin des années 60. L’un comme l’autre se sont rendus compte qu’ils utilisaient un système similaire pour dépasser leurs blocages, et de fait, les &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égies obliques&lt;/em&gt; semblent dériver du livre d’art de Schmidt, &lt;strong&gt;The Thoughts behind the thought&lt;/strong&gt;, un coffret contenant aphorismes et dessins (&lt;a href=&quot;http://www.peterschmidtweb.com/thoughtsbehind.html&quot;&gt;quelques photos par ici&lt;/a&gt;). La collaboration entre Eno et Schmidt ne s’est pas arrêtée là, et c’est ce peintre qui a conçu en 1974 la couverture de l’un des disques de l’Anglais, &lt;em&gt;Taking Tiger Mountain (By Strategy)&lt;/em&gt; (le titre de l’album provient du roman &lt;em&gt;Lin hai xue yuan / Traces dans la for&lt;/em&gt;&lt;em&gt;êt enneigée &lt;/em&gt;de l’auteur chinois Qu Bo, récemment adapté en film par Tsui Hark&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La Bataille de la montagne du tigre&lt;/em&gt;). C’est à l’occasion de l’enregistrement du disque que les &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt; &lt;em&gt;égies obliques&lt;/em&gt; auraient été formalisées.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-o-cards.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-o-cards.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-o-cards_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Publiées en 1975, elles ont connu diverses éditions, dont une version française en 1979 – l’unique traduction du deck, probablement basée sur la 2e édition de 1978, à en juger par le nombre identique de cartes (128). Aucune édition n’est identique. Si les premières éditions ainsi que la sixième, dernière en date (2013), ont toutes été tirées en nombre limité, allant de 500 à 4000 exemplaires, la cinquième édition de 2001 est en revanche régulièrement réimprimée et demeure disponible. D’une édition à l’autre, le nombre de carte varie, oscille entre 100 et 128&amp;nbsp;; un passionné du jeu s’est d’ailleurs amusé à &lt;a href=&quot;http://www.rtqe.net/ObliqueStrategies/Explore.html&quot;&gt; retracer les changements au fil des éditions &lt;/a&gt; . Quelques échantillons de la cinquième édition&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Take away the element in order of apparent non importance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;You don’t have to be ashamed of using your own ideas.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Accretion.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Do the word need changing?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Be extravagant.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Certaines cartes semblent, de prime abord, davantage dédiée à un emploi dans un cadre musical. Encore que… cela se discute, et rien ne prévient l’emploi de ces &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égies&lt;/em&gt; dans un contexte d’écriture créative, ou autre. Selon la légende, la fameuse trilogie berlinoise de David Bowie – &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Lodger&lt;/em&gt; – a bénéficié de l’utilisation des &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égies obliques&lt;/em&gt;, ce qui vaut à ces disques une place particulière au sein de la discographie du Thin White Duke. Comment ces disques auraient sonné sans&amp;nbsp;? Beaucoup plus sages&amp;nbsp;? Brian Eno a également oeuvré comme producteur auprès des Talking Heads, de U2, et plus récemment de Coldplay&amp;nbsp;: je serai curieux de savoir à quel point la collaboration entre Eno et ces groupes repose sur l’emploi des &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égies&lt;/em&gt;. Si les albums &lt;em&gt;Fear of Music&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Remain in Light&lt;/em&gt; des Talking Heads, et surtout le séminal &lt;em&gt;My Life In The Bush Of Ghosts&lt;/em&gt;, avec le seul David Byrne, ont un son et une approche particulière, une ambiance particulière, on ne peut guère en dire autant des disques produits par Eno pour la bande à Bono ou de Chris Martin et ses amis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une version des &lt;em&gt;Strat&lt;/em&gt;&lt;em&gt;égies obliques&lt;/em&gt; existe en tant qu’application pour iPhone, mais, à en juger par &lt;a href=&quot;http://https/itunes.apple.com/us/app/the-oblique-strategies/id638528266?mt=8&quot;&gt; les commentaires des utilisateurs&lt;/a&gt; , semble posséder un défaut passablement rédhibitoire&amp;nbsp;: l’impossibilité de tirer une carte au hasard, les cartes défilant toujours dans le même ordre – c’est ballot pour quelque chose fondé sur le hasard. Un défaut que corrige ce &lt;a href=&quot;http://stoney.sb.org/eno/oblique.html&quot;&gt;site web&lt;/a&gt;. Mais reconnaissons que c’est tout de même plus amusant avec les vraies cartes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Terminons ce billet en rappelant que, depuis le début de la décennie 2010, Brian Eno semble revenu aux affaires, et assez sérieusement. Le fait d’avoir signé sur le label Warp (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/16/L-comme-LP5&quot;&gt;Autechre&lt;/a&gt;, Aphex Twin, Boards of Canada) n’y est peut-être pas étranger. Qu’on en juge : des albums collaboratifs, à savoir le stimulant&lt;em&gt;Small Craft on a Milk Sea&lt;/em&gt; (2010) et le décevant &lt;em&gt;Drums Between the Bells&lt;/em&gt; (2011), deux albums avec le chanteur Karl Hyde (&lt;em&gt;Someday World&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;High Life&lt;/em&gt;, publiés à deux mois d’intervalle en 2014)… Et des albums solo&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Lux&lt;/em&gt; (2012) à la pureté limpide, &lt;em&gt;The Ship&lt;/em&gt; (2016), monumental et instable, inspiré lointainement par le &lt;em&gt;Titanic&lt;/em&gt;, et &lt;em&gt;Reflection&lt;/em&gt; en ce début d’année 2017, longue pièce d’ambient génératif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Il va de soi que ce billet a été rédigé sous l’influence d’une &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/03/03/O-comme-Obliques-Strategies#&quot;&gt;carte tirée du deck au hasard…&lt;span&gt;« Do something boring. »&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non (sur le site d’Eno)&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: hmmm&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Les Harpistes de Titan</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/03/01/Les-Harpistes-de-Titan" rel="alternate" type="text/html" title="Les Harpistes de Titan" />
      <id>urn:md5:80eb32fd440c676a0f9aa0fd8c6f478e</id>
      <published>2017-03-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-04-03T13:54:06+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Edmond Hamilton</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hamilton-harpistes-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/hamilton-harpistes-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une révolte gronde sur Titan, le satellite de Saturne… Dans la ville de Moneb, les tensions montent entre les Terriens et les autochtones, d'autant que ces derniers menacent d'utiliser une arme aussi redoutable que mystérieuse&amp;nbsp;: les Harpistes. Si Curt Newton, alias Capitaine Futur, est présent, c'est son fidèle mentor, Simon Wright, qui détient le moyen de désamorcer la situation. Mais que peut un cerveau dans un bocal&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
Comptant au rang des derniers récits de Hamilton pour sa saga de &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/serie/capitaine-futur&quot;&gt;Capitaine Futur&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/edmond-hamilton/les-harpistes-de-titan&quot;&gt;« Les Harpistes de Titan »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; marque par son atmosphère crépusculaire…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/edmond-hamilton/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Edmond Hamilton&lt;/a&gt;, parue dans &lt;a href=&quot;https://www.noosfere.org/icarus/livres/EditionsLivre.asp?numitemsommaire=30464&quot;&gt;&lt;em&gt;Les Meilleurs Récits de Startling Stories&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais (US) par France-Marie Watkins (avec des révisions de Pierre-Paul Durastanti), vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/edmond-hamilton/les-harpistes-de-titan&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 31 mars 2017. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hamilton-harpistes-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/hamilton-harpistes-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;h5&gt;Illustration et logo&amp;nbsp;: Philippe Gady&lt;/h5&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>N comme Nightfall</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/27/N-comme-Nightfall" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Nightfall" />
      <id>urn:md5:de4084cb132d84b2d82cb8c5e236146f</id>
      <published>2017-02-27T14:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-02-27T14:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On commémore cette année les vingt-cinq ans du décès d’Isaac Asimov… Côté cinéma, le cas Asimov représente une anomalie : alors que les œuvres de certains auteurs de SF tels que Philip K. Dick sont adaptées à tour de bras au cinéma, le Bon Docteur est relativement délaissé. Dire qu’il n’y a rien serait exagéré : il existe quelques adaptations, en particulier &lt;strong&gt;L’Homme bicentenaire&lt;/strong&gt; et surtout &lt;strong&gt;I, Robot&lt;/strong&gt;. Et puis &lt;strong&gt;Nightfall&lt;/strong&gt; en 1988, adaptation ratée de «&amp;nbsp;Quand les ténèbres viendront&amp;nbsp;»…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Nightfall, Paul Mayersberg (1988). Couleurs, 83 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On commémore cette année les vingt-cinq ans du décès d’Isaac Asimov… Côté cinéma, le cas Asimov représente une anomalie&amp;nbsp;: alors que les œuvres de certains auteurs de SF tels que Philip K. Dick sont adaptées à tour de bras au cinéma, le Bon Docteur est relativement délaissé. Dire qu’il n’y a rien serait exagéré&amp;nbsp;: il existe &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/tag/Asimov&quot;&gt;quelques adaptations&lt;/a&gt;, que notre ami Philippe Boulier avait entrepris de visionner voici cinq ans, en particulier &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Homme bicentenaire&lt;/em&gt; et surtout &lt;em&gt;I, Robot&lt;/em&gt; d’Alex Proyas, long-métrage n’ayant pas fait l’unanimité (mais Proyas a du mal à la faire, l’unanimité, depuis son très chouette &lt;em&gt;Dark City&lt;/em&gt;… quoiqu’on puisse considérer que &lt;em&gt;Gods of Egypt&lt;/em&gt; a mis tout le monde d’accord contre lui).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-n-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-n-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Celle qui nous intéresse dans le présent billet concerne sans nul doute l’une des histoires les plus connues d’Asimov&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Quand les ténèbres viendront&amp;nbsp;». D’abord publiée sous la forme d’une nouvelle dans &lt;em&gt;Astounding Science Fiction&lt;/em&gt; en 1941, l’histoire fut ensuite développée sous la forme d’un roman en 1990, &lt;em&gt;Le Retour des t&lt;/em&gt; &lt;em&gt;énèbres&lt;/em&gt;, co-écrit avec Robert Silverberg. Elle raconte comment, sur la planète Lagash, éclairée constamment par six soleils, des scientifiques mettent en évidence la présence de cycles civilisationnels, tous s’achevant après une durée similaire. Quelle est la raison de ces effondrements réguliers&amp;nbsp;? Est émise l’hypothèse d’un astre obscur, qui provoquerait une éclipse lors d’un alignement particulier des astres tous les 2049 ans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette nouvelle a connu deux adaptations, deux films titrés en toute logique &lt;em&gt;Nightfall&lt;/em&gt;, sortis respectivement en 1988 et 2000. Faute d’avoir pu trouver la seconde adaptation, c’est la première qui aura les honneurs du présent billet.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d'un millénaire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des générations le souvenir de la Cité de Dieu&amp;nbsp;! &amp;nbsp;» Ralph Waldo Emerson&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;(À noter que la vidéo ci-dessous est moins une bande-annonce qu'un truc passablement erroné(c'est la version de 2000 de &lt;em&gt;Nightfall&lt;/em&gt; qui est produite par Roger Corman, pas celle de 1988, produite par… Julie Corman, épouse de) et plutôt publicitaire.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/HEfsOzugp0I?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nightfall &lt;/em&gt; commence par nous présenter les trois soleils de ce monde où jamais il ne fait nuit. Un monde peuplé… d’humains. Dans la nouvelle d’Asimov, il est fait expressément mention que les protagonistes ne sont pas humains mais que le texte adopte quelques conventions pour faciliter la compréhension auprès du lecteur &lt;em&gt;homo sapiens&lt;/em&gt;. Mais ne chipotons pas déjà. Aton (ha, ha, &lt;em&gt;aveuglante&lt;/em&gt;, cette référence solaire) est un scientifique et également le chef d’une petite communauté. Mais certains illuminés, menés par Sor, un rouquin aveugle et vaguement charismatique, sont persuadés que les ténèbres viendront&amp;nbsp;; ils cherchent, et trouvent, des preuves pour accréditer leur prophétie (des cadavres dans une capsule qui remonte au cycle précédent), et prônent une foi sans fards pour survivre à cet événement imminent. Aton, lui, s’en fiche un peu&amp;nbsp;: les ténèbres, il n’y croit pas trop et préfère se la couler douce avec une étrangère, la belle Ana. Kin, son assistant, fait en sorte de se débarasser de celle qu’il considère comme une intruse, mais le voilà bientôt obligé d’aller la retrouver, au grand dam de sa petite amie Bet. De fait, Kin et Ana deviennent amants. Pendant ce temps, Sor continue à faire des siennes (ce qui implique entre autres la joyeuse énucléation de sa plus fidèle zélote), et contrecarre mollement les efforts d’Aton pour comprendre le problème de la venue des ténèbres et sa solution. Peu à peu, les soleils s’éteignent, conformément à la prophétie&amp;nbsp;; les calculs d’Aton, enfin convaincu de la venue des ténèbres, confirment la réalité des observations, et le scientifique met au point un moyen de produire artificiellement de la lumière. Néanmoins, quand la nuit tombe finalement sur ce monde, tout le monde sombre dans une folie furieuse, y compris Aton – le drame amoureux se résoudra dans le sang. Mais tout n’est pas perdu pour autant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-n-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-n-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-n-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un problème à trois corps…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-n-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-n-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-n-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-n-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-n-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-n-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le gentil Aton…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-n-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-n-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-n-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;… et le méchant Sar&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce &lt;em&gt;Nightfall&lt;/em&gt; est l’œuvre de Paul Mayersberg, réalisateur et scénariste américain, plus actif dans sa seconde activité que la première. Outre Nightfall, on lui doit deux autres films n’ayant pas marqué les esprits (&lt;em&gt;H&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éroïnes&lt;/em&gt; en 1986, &lt;em&gt;The Last Samurai&lt;/em&gt; en 1988). Scénariste, c’est lui qui a signé le script notamment de &lt;em&gt;L&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Homme qui venait d’ailleurs&lt;/em&gt;, la fameuse adaptation par Nicholas Roeg du roman &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Homme tombé du ciel&lt;/strong&gt; de Walter Tevis, avec David Bowie dans son rôle le plus marquant… ainsi que le script du &lt;em&gt;Naufrag&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é des étoiles&lt;/em&gt; (1987), une autre adaptation, bien moins brillante, du même roman, sans oublier &lt;em&gt;Furyo&lt;/em&gt; de Nagisa Ôshima, avec Bowie également. Pas un débutant, a priori. Sauf que &lt;em&gt;Nightfall&lt;/em&gt; est un foirage, et mérite sa note piteuse de 2.4 sur l’Imdb. Le film peine à convaincre par rapport à la nouvelle d’Asimov, en opposant sans subtilité deux interprétations opposées de l’éclipse : comprendre le phénomène avec les lumières de la science ou embrasser les ténèbres. Soit donc une science mollassone aux accents new age et un méchant-méchant culte obscurantiste avec des méchants (dont la grande-prêtresse accepte volontiers de se faire picorer les yeux par des corbeaux, c’est dire s’ils sont pas gentils et qu’ils aiment les ténèbres). S’y ajoutent quelques péripéties amoureuses dont on se fiche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les acteurs, parmi lesquels aucune tête d’affiche, sont au mieux passables. Aton est joué par David Birney, habitué des séries et téléfilms. Coiffé d’une serpillière, il fait le minimum syndical. Son opposant, Sor, est interprété avec un peu plus de conviction par Alexis Kanner, déjà aperçu dans &lt;em&gt;Le Prisonnier&lt;/em&gt; (où il interprète N° 48), dont il s’agit du dernier rôle, si l’on en croit l’Imdb.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le budget du film, sûrement minuscule, ne permet guère de merveilles dans les effets spéciaux, et le film se hâte de vite faire disparaître deux des trois soleils (pouf, comme ça, entre deux scènes), histoire de revenir à un seul et unique soleil, plus gérable et moins calamiteux à montrer. L’univers mis en place est sous-exploité, et on pourra seulement retenir les décors, plutôt sympas et convaincants pour cette société champêtre vivant dans un climat estival constant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce que prouve surtout ce &lt;em&gt;Nightfall&lt;/em&gt;, c’est l’importance du montage. Le film ne consiste qu’en une succession de séquence maladroitement juxtaposée ou entremêlée, un massacre qui plombe la dramaturgie au lieu de la renforcer&amp;nbsp;: long de seulement 83 minutes, le film traîne en longueur et en paraît durer le double. La partition musicale n’aide en rien&amp;nbsp;; signée Frank Serafine, plus un habitué du département son que compositeur, s’avère médiocre (et pourtant, votre serviteur se plaît à écouter son content de musiques inécoutables).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’ayant pas réussi à mettre la main sur la version de 2000 de &lt;em&gt;Nightfall&lt;/em&gt;, je ne saurai trop en parler – hormis signaler que sa note de 3.1 sur l’Imdb n’est pas beaucoup plus engageante que pour la version de 1988.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Quand les ténèbres viendront&amp;nbsp;» est considérée comme l’une des meilleures nouvelles d’Isaac Asimov, à juste titre. Le texte questionne les rôles de la science et de la religion, et bien qu’il se passe sur un monde différent du nôtre, la pertinence de son fond n’est jamais prise en défaut – surtout pas à l’heure actuelle où, mine de rien, tout donne l’impression que l’on aboutit vers une situation pas dissemblable à quelque décennie de triste mémoire. Il reste dommage qu’aucune adaptation filmique ne soit révélée à la hauteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=GHcNX9QfZbM&quot;&gt;en streaming en cherchant un peu&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>En parcourant le fleuve</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve" rel="alternate" type="text/html" title="En parcourant le fleuve" />
      <id>urn:md5:e18d67296abd9959de3ccedf7aa60dab</id>
      <published>2017-02-24T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-02-24T14:45:00+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Jean-Pierre Andrevon</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a vingt ans, en février 1997, la mythique collection &lt;strong&gt;Anticipation&lt;/strong&gt; du Fleuve Noir prenait fin avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/wonderland&quot;&gt;Wonderland&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Serge Lehman et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/l-odyssee-de-l-espece&quot;&gt;L'Odyssée de l'espèce&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Roland C. Wagner, après près d'un demi-siècle d'existence et plus de deux mille volumes publiés. À cette occasion, l'on ressort des archives le panorama qu'avait dressé notre ami Jean-Pierre Andrevon au sein de l'anthologie périodique &lt;strong&gt;Univers&lt;/strong&gt;, panorama fluvial brossant vingt-cinq ans de publication et les mythiques auteurs du début de la collection, de Richard-Bessière à Pierre Pelot en passant par Stefan Wul…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La collection Anticipation des Éditions Fleuve Noir apparaît sur le marché en septembre 1951. Son rythme de parution est alors d'un volume par mois. La série se présente sous la forme de minces volumes de 188 pages, à la couverture illustrée d'une gouache criarde de style réaliste, à dominante brun-verdâtre. Le nom de l'auteur est indiqué en haut et à droite de la page, en petits caractères blancs, tandis que le titre de l'ouvrage, en jaune, est tracé en une espèce de cursives maladroitement hachées. En dessous, sur un bandeau jaune également, le titre de la collection flamboie en rouge. Sur la tranche du volume, au-dessus du bandeau, une petite fusée prend son essor&amp;nbsp;: en rang d'oignons sur une étagère, les volumes de la collection organiseront bientôt l'envol de toute une armada, auquel l'œil sera sensible.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-intro1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-intro1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1956, la collection adopte le rythme de deux volumes mensuels, qui durera dix ans. Les couvertures se sont sensiblement modifiées, le nom de l'auteur prenant place au bas de la couverture et se cerclant de rouge, tandis que le titre du roman a gagné le sommet, s'est cerclé de bleu, et que la cursive est devenue plus ronde, plus épaisse, plus aimable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'amateur se sera, au fil des ans, pris d'une tendresse, voire d'un engouement véritable pour les dessins de couverture, qui se sont améliorés, et auxquels il associe désormais le nom du graphiste&amp;nbsp;: Brantonne, dont la signature, complète au début, s'est rapidement simplifiée en un bref mais célèbre &lt;em&gt;br.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aussi la déception est-elle grande quand Brantonne disparaît d'Anticipation, en 1965. Cette disparition annonce d'autres mutations&amp;nbsp;: à partir de février 66 des volumes «&amp;nbsp;Hors-Série&amp;nbsp;» se glissent entre les parutions normales, d'une présentation radicalement différente&amp;nbsp;: format légèrement inférieur, nombre de signes augmenté (248 pages), titre en caractères typo noirs à l'intérieur d'un bandeau blanc cerné de lisérés bleu et noir, disparition, sur la tranche, de la petite fusée, au profit de l'écusson «&amp;nbsp;Fleuve Noir&amp;nbsp;». Visiblement, Anticipation veut faire peau neuve, se draper d'une enveloppe qui fasse moins «&amp;nbsp;populaire&amp;nbsp;». Mais c'est raté, le dessin de couverture, un gouaché épais et sans grâce, étant incurablement laid&amp;nbsp;: Brantonne était rétro avant la lettre et avait le charme poussiéreux de la naïveté&amp;nbsp;; le graphiste anonyme&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; qui lui succède n'a ni charme ni naïveté. Cependant les volumes «&amp;nbsp;Hors-Série&amp;nbsp;» se multiplient, au détriment des numéros courants à qui ils mangent tout l'espace&amp;nbsp;: fin 67, ils restent seuls· maîtres de la place, paraissant à raison de 3 volumes mensuels, et perdant du même coup le sigle «&amp;nbsp;HS&amp;nbsp;», de même que la désignation Anticipation, jugée peut-être trop restrictive, devient Anticipation-Fiction, ce qui ne «&amp;nbsp;prend&amp;nbsp;» pas&amp;nbsp;: pour l'amateur, la collection restera toujours Anticipation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et le rythme des sorties va croissant&amp;nbsp;: 4 volumes par mois en 1970, et &lt;em&gt;5 &lt;/em&gt;à partir de 1972, où l'expansion se stabilise, puisque la collection en est là aujourd'hui. Mais une bonne surprise avait entre-temps ravivé la flamme des lecteurs&amp;nbsp;: en juin 1973, avec le n°&amp;nbsp;564, Brantonne faisait sa seconde entrée, après 8 ans d'absence, et sur des couvertures à nouveau rénovées, portant bandeaux de couleurs différentes suivant les volumes et laissant une surface plus grande à l'illustration – une illustration plus baroque que jamais, et d'une beauté précieuse et précise de miniature…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Repère I&amp;nbsp;: Les 4 auteurs de la période archaïque.&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;François RICHARD-BESSIÈRE&amp;nbsp;: Pseudonyme commun à deux auteurs, François Richard, directeur littéraire des Éditions du Fleuve Noir, et Henri Bessière. Ce dédoublement explique la variance tant qualitative que thématique de l'œuvre (79 romans entre 1951 et 1975), où le pire côtoie le bon, où le &lt;em&gt;space-opera &lt;/em&gt;le plus éculé s'intercale entre des fictions prospectives doublées d'une certaine recherche stylistique, où l'humour en gros sabots frôle les plus noires évocations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Planète de mort, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;93 (aventures et noir), &lt;em&gt;Pas de goniapour les Gharkandes, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;238 (aventures et drôle), &lt;em&gt;Les jardins de l'apocalypse, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;228, réédité en Marabout-S-F n°&amp;nbsp;478 (sociologique et noir), &lt;em&gt;1973… et la suite, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;&lt;em&gt;555 &lt;/em&gt;(sociologique et drôle).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-richardbessiere.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-richardbessiere.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-richardbessiere_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Jimmy GUIEU&amp;nbsp;: Attaché à l'exploration systématique, sous l'angle romanesque, des «&amp;nbsp;faits maudits&amp;nbsp;» chers à Charles Fort ou Bergier/Pauwels (soucoupes volantes surtout, mais aussi Atlantide, abominables hommes des neiges, télépathie, «&amp;nbsp;parebrisite&amp;nbsp;», etc. mis à la sauce d'aventures poussives et sans surprise. Avait pourtant assez bien débuté avec des &lt;em&gt;space &lt;/em&gt;ou &lt;em&gt;time opera &lt;/em&gt;bondissants. (71 romans entre 1952 et 1975).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Au-delà de l'infini, L'invasion de la Terre, Hantise sur le monde, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;8, 13, 18 (batailles stellaires), &lt;em&gt;La spirale du temps, Univers parallèles, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;36, 58 (paradoxes temporels).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-guieu.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-guieu.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-guieu_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Vargo STATTEN&amp;nbsp;: Un des multiples pseudonymes de l'écrivain britannique John Russell Fearn, mort il y a quelques années, et dont Anticipation publia 23 romans entre 1952 et 1957. Caractérisé par la noirceur de son inspiration et la sécheresse voulue de son écriture, et spécialisé dans le cataclysme collectif ou l'acharnement du sort sur un petit groupe ou un héros isolé. Beaucoup de médiocrités mais, au milieu, d'indéniables réussites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres &lt;em&gt;: La planète pétrifiée, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;14 (la Terre figée dans une stase temporelle), &lt;em&gt;Course vers Pluton, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;20 (épopée spatiale), &lt;em&gt;Infernale menace, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;23 (fourmis géantes), &lt;em&gt;Métal de mort, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;38 (invention diabolique).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-statten.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-statten.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-statten_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Jean-Gaston VANDEL&amp;nbsp;: Pseudonyme commun à deux auteurs belges&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftn2&quot; id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; recyclés depuis vingt ans dans l'espionnage, sous le nom de Paul Kenny. Ont donné à Anticipation, entre 1952 et 1956, 20 romans, puis se sont tus pour nous, définitivement. Dommage, car ce furent les seuls auteurs de la collection à s'écarter délibérément du &lt;em&gt;space-opera, &lt;/em&gt;pour œuvrer dans le champ de la prospective-fiction, ou sociologie-fiction, avec un bonheur constant, une grande originalité dans les thèmes, et un coefficient de crédibilité et de lisibilité encore élevé aujourd'hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Frontières du vide, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;17 (l'esprit des morts hante un monde obscur), &lt;em&gt;Départ pour l'avenir, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;56 (l'usage «&amp;nbsp;pacifique&amp;nbsp;» de l'énergie atomique détruit toute vie sur Terre), &lt;em&gt;Fuite dans l'inconnu, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;34 (une maladie mutationnelle décime l'humanité), &lt;em&gt;Le troisième bocal, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;77 (les Terriens ne peuvent résister à la concurrence d'une race plus évoluée).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-vandel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-vandel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-vandel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La collection Anticipation marche. Les chiffres en font foi&amp;nbsp;: &lt;em&gt;5 &lt;/em&gt;volumes par mois, c'est plus qu'aucune autre collection de S-F sur le marché français. 24 ans d'existence, c'est une longévité plus importante que toute autre. Et un tirage moyen qui se situe entre 25 000 et 30 000 exemplaires par ouvrage – c'est un volume de vente qui n'est surclassé que par J'ai Lu. On doit donc s'interroger sur les raisons de ce succès.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tient-il à l'antériorité de la collection&amp;nbsp;? Mais Anticipation n'est apparu qu'en seconde position sur notre sol, ayant été coiffé au poteau de quelques mois par le Rayon Fantastique, apparu, lui, en janvier 51. Tient-il à son faible prix de vente&amp;nbsp;? (5,20 F en 1975) Mais il se situe dans la fourchette des collections bon marché, où l'on retrouve aussi, outre J'ai Lu, les séries «&amp;nbsp;science-fiction&amp;nbsp;» du Masque ou d'Albin-Michel. Tient-il au fait qu'Anticipation abrite pour les neuf dixièmes des pensionnaires français&amp;nbsp;? Mais une autre collection au moins avait tenté la gageure&amp;nbsp;: la «&amp;nbsp;Série 2000&amp;nbsp;» des Éditions Métal, qui naquit en 1954, mais ne vécut que le temps d'une vingtaine de titres&amp;nbsp;? Tient-il enfin à cette caractéristique qui veut que les Anticipation, en majorité des &lt;em&gt;space-opera, &lt;/em&gt;sont d'une lecture facile qui peut satisfaire aussi bien l'adolescent à la découverte d'un genre que l'adulte de faible niveau culturel (ça existe et il n'est pas diffamatoire de le rappeler), ou que l'intellectuel fatigué en quête de lecture délassante&amp;nbsp;? Bien sûr, mais des collections comme la défunte «&amp;nbsp;Série 2000&amp;nbsp;», ou aujourd'hui celles du Masque, d'Albin-Michel, ainsi que «&amp;nbsp;Galaxie­bis&amp;nbsp;», naviguent dans les mêmes eaux…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, toutes nos questions contiennent implicitement leur réponse, &lt;em&gt;la &lt;/em&gt;réponse&amp;nbsp;: Anticipation n'est peut-être pas la première collection, mais cela revient au même puisque la première est morte&amp;nbsp;; Anticipation est effectivement, tout compte fait, la collection la &lt;em&gt;moins chère&amp;nbsp;; &lt;/em&gt;Anticipation a trouvé, avec des hauts et des bas, la voie française de la S-F&amp;nbsp;; et Anticipation est &lt;em&gt;effectivement &lt;/em&gt;la collection la plus accessible à tous. Ces facteurs de succès, elle les additionne, les multiplie, les synthétise&amp;nbsp;: ainsi, Anticipation se révèle comme une sorte de stéréotype, &lt;em&gt;la &lt;/em&gt;collection moyenne-type&amp;nbsp;: vulgaire mais pas trop, grisaille mais avec des sursauts, facile à lire mais pourtant intéressante. C'est elle qui fournit le parfait livre de hall de gare, qu'on lit et qu'on jette ou qu'on oublie. Pourtant nous n'avons rien jeté, rien oublié, ce qui est heureux pour la suite de cet article…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Repère II&amp;nbsp;: 4 auteurs de la période classique.&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;B.R. BRUSS&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftn3&quot; id=&quot;_ftnref3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: Le doyen de la collection, né en 1895. A donné à la collection, entre 1953 et 1975, 43 romans. Œuvre le plus souvent dans le &lt;em&gt;space-opera &lt;/em&gt;de tradition, selon une optique pacifiste fort sympathique, et avec des intrigues astucieuses et bien construites. On regrettera cependant une certaine grisaille persistante dans le style qui rend peu convaincantes beaucoup de ses évocations.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres &lt;em&gt;: Terre, siècle 24, An… 2391, Complot Vénus­Terre, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;136, 143, 225, réédition en Marabout-S-F N° 466, 485, 536 (conflit entre les hommes et leurs ordinateurs géants), &lt;em&gt;Le grand feu, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;256 (mutants et robots sur une Terre post-atomique), &lt;em&gt;Le grand marginal, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;472 (variations humoristiques sur les archétypes du &lt;em&gt;space-opera).&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-bruss.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-bruss.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-bruss_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Stefan WUL&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftn4&quot; id=&quot;_ftnref4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: Chantre du dépassement de l'homme et de sa survivance, à travers les métamorphoses et mutations imposées par un environnement hostile, ceci placé dans le cadre de onze &lt;em&gt;space-opera &lt;/em&gt;de style gothique flamboyant&amp;nbsp;: on lui doit les seuls véritables chefs-d'œuvre publiés dans la collection.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Niourk, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;83 (Terre post-atomique), &lt;em&gt;Rayons pour Sidar, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;90 (un homme seul sur un monde hostile), &lt;em&gt;Oms en série, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;103 (adapté à l'écran par Topor et Laloux, sous le titre&amp;nbsp;: La &lt;em&gt;planète sauvage) – &lt;/em&gt;réédités en Présence du futur – Denoël n°&amp;nbsp;128, 136, 146&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Le temple du passé, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;106 (un astronef avalé par une créature géante), &lt;em&gt;La mort vivante, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;113 (mutations monstrueuses), &lt;em&gt;Piège sur Zarkass, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;119 (des enquêteurs sur une planète ennemie) – réédités chez Laffont, Ailleurs et demain/ Classiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-wul.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-wul.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-wul_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Kurt STEINER&amp;nbsp;: La profession de l'auteur (médecin) et une longue carrière dans la collection Angoisse expliquent une prédilection pour les ambiances morbides et «&amp;nbsp;saignantes&amp;nbsp;», qui cachent (mal) un romantisme désespéré. Par ailleurs styliste aux trouvailles fameuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le 32 juillet&lt;/em&gt;, n°&amp;nbsp;146 (exploration d'un organisme monstrueux), &lt;em&gt;Aux armes d'Ortog&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Ortog et les ténèbres &lt;/em&gt;(épopée chevaleresque dans un néo­ moyen âge), n°&amp;nbsp;155 et 376 – réédités chez Laffont, Ailleurs et demain/Classiques&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Brebis galeuses, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;596 (les parias d'une Terre future).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-steiner.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-steiner.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-steiner_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Gilles d'ARGYRE&amp;nbsp;: Certains prétendent que c'est sous ce nom secret que Gérard Klein a donné le meilleur de son œuvre. De grandes influences&amp;nbsp;: Van Vogt et Philip K. Dick se remarquent derrière de précises et vigoureuses variations sur les thèmes classiques du &lt;em&gt;space-opera, &lt;/em&gt;du &lt;em&gt;time-opera, &lt;/em&gt;et des mécanismes du Pouvoir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les voiliers du soleil, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;172 (course au pouvoir à travers le système solaire), &lt;em&gt;Les tueurs de temps, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;263 (épopée galactique), &lt;em&gt;Le sceptre du hasard, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;357 (le mécanisme politique d'une Terre future) – réédités chez Laffont, Ailleurs et demain/ Classiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-klein.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-klein.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-klein_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;De manière schématique (et donc volontairement grossière), on peut scinder la continuité d'Anticipation en 3 périodes assez nettement tranchées. Une période dite «&amp;nbsp;archaïque&amp;nbsp;», qui se termine très exactement (on verra plus loin pourquoi) au n°&amp;nbsp;77, en novembre 1956. Une période dite «&amp;nbsp;classique&amp;nbsp;» qui irait (et cette fois, la frontière est beaucoup plus floue) jusqu'en 1966. Une période dite «&amp;nbsp;moderne&amp;nbsp;», sur les brisées de laquelle nous piétinons encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;PÉRIODE ARCHAIQUE&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;La période archaïque se signale par la suprématie absolue de quatre auteurs, les trois premiers français, le dernier britannique&amp;nbsp;: F. Richard-Bessière (11 volumes), Jimmy Guieu (17), Jean-Gaston Vandel (20) et Vargo Statten (16 + 3 sous les pseudonymes de Volsted Gridban et Vector Magroon) – le tout recensé sur cette période de &lt;em&gt;5 &lt;/em&gt;ans qui court de septembre 51 à novembre 56, et qui regroupe 77 numéros… Jusqu'au numéro 29, nos quatre auteurs se partagent l'intégralité de la collection. Le n°&amp;nbsp;30 est signé par Rog Philips&amp;nbsp;; c'est le premier intrus, un Anglais. Quelques autres traductions éparses s'introduisent dans cette phase temporelle&amp;nbsp;: un Arthur C. Clarke, un Paul French (pseudonyme d'Isaac Asimov pour ses ouvrages pour la jeunesse), un G.O. Smith, un Murray Leinster &lt;em&gt;(Les voleurs de cerveau, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;66), un John Wyndham &lt;em&gt;(Révolte des triffides, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;68 – réédité récemment, sous le titre &lt;em&gt;Triffides &lt;/em&gt;et dans une version plus complète, dans la collection Antimondes de chez OPTA). Deux auteurs français se glissent également entre les mailles&amp;nbsp;: B.R. Bruss à partir du n°&amp;nbsp;33 et Max-André Rayjean à partir du n°&amp;nbsp;71. Mais ils appartiennent à la «&amp;nbsp;période classique&amp;nbsp;», de la même façon que Statten, dont le dernier volume porte le n°&amp;nbsp;99, appartient totalement à la période archaïque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-periode-archaique1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-periode-archaique1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-periode-archaique1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette période archaïque d'Anticipation est celle qui fait en général pleurer le plus d'yeux. La politique de la collection étant de ne jamais rééditer ses ouvrages épuisés, la distance temporelle est naturellement un facteur d'importance dans ces regrets, où la nostalgie s'appuie sur l'oubli total ou relatif qui vient estomper le relief des romans concernés. Ces pleurs sont-ils alors justifiés&amp;nbsp;? Certainement pas si l'on se base sur la valeur des ouvrages publiés, qui accusent presque tous un fort effet de vieillissement, et dont aucun ne peut valablement prétendre au Panthéon de la bibliothèque imaginaire de la S-F. Déjà plussi on survole la qualité moyenne de ces 77 volumes, assez remarquablement stable. Et plus encore si on replace la collection dans son contexte d'époque, c'est-à-dire celui d'un isolement presque total (qui se brisera en)954 avec l'entrée dans l'arène de «&amp;nbsp;Métal&amp;nbsp;», de «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;» et de quelques autres collections à la vie très éphémère…), et de l'effet psychologique (naturellement non mesurable) qui résultait de la découverte d'une S-F d'accès facile, à côté d'une S-F anglo-saxonne plus ardue, servie sans préparation, sans discernement ni méthode, au «&amp;nbsp;Rayon Fantastique&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce titre, les auteurs de la période archaïque apportaient tous quelque chose&amp;nbsp;: Richard-Bessière l'aventure spatiale au niveau le plus primaire, avec la série (illisible aujourd'hui) des &lt;em&gt;Conquérants de l'univers &lt;/em&gt;(n°&amp;nbsp;1, 2, 3, 4 et 37)&amp;nbsp;; Jimmy Guieu un survol des grands thèmes classiques (exploration de l'infiniment petit&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le pionnier de l'atome, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;&lt;em&gt;5, &lt;/em&gt;la guerre des mondes&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L'invasion de la Terre, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;13, les guerres stellaires &lt;em&gt;: L'homme de l'espace, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;45)&amp;nbsp;; Vargo Statten le «&amp;nbsp;cataclysme à l'anglaise&amp;nbsp;» &lt;em&gt;(La flamme cosmique, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;17, &lt;em&gt;Métal de mort, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;38)&amp;nbsp;; Jean-Gaston Vandel enfin, de loin l'auteur le plus talentueux et «&amp;nbsp;avancé&amp;nbsp;» des quatre, une approche plus sociologique de la S-F, avec exploration du devenir lointain de l'homme &lt;em&gt;(Incroyable futur, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;24), de ses transformations possibles &lt;em&gt;(Fuite dans l'inconnu, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;34), voire de son effacement &lt;em&gt;(Le troisième bocal, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;77).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'effacement de l'auteur lui-même après ce n°&amp;nbsp;77 (mais il continuera sa carrière dans d'autres voies plus lucratives) clôt de manière commode cette période archaïque, et précipite la collection dans sa phase classique avec l'apparition, dès le n°&amp;nbsp;78, d'un auteur d'une tout autre trempe&amp;nbsp;: Stefan Wul.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;PÉRIODE CLASSIQUE&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Comme tous les âges classiques, celui d'Anticipation porte en lui-même sa contradiction&amp;nbsp;: ce n'est pas une période de repos, mais de bouillonnement. La collection, sa base solidement ancrée, se cherche, explore plusieurs chemins à la fois dans un chaos interne qui est la marque d'une grande indécision au niveau de sa direction – ce qui aura pour conséquence un marasme terminal de plusieurs années qui achèveront en catastrophe la période classique, dans une non moins classique phase de décadence. Nous avons évoqué des chemins divergents. Nous pouvons en dénombrer trois.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-periode-classique.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-periode-classique.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le premier marque une intensification des traductions anglo-saxonnes&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La porte vers l'infini &lt;/em&gt;(Leigh Brackett, n°&amp;nbsp;92 – réédité sous le titre &lt;em&gt;L'épée de Rhiannon &lt;/em&gt;en Marabout-S-F n°&amp;nbsp;503), &lt;em&gt;Retour à demain &lt;/em&gt;(L. Ron Hubbard, n°&amp;nbsp;98), &lt;em&gt;Le navire étoile &lt;/em&gt;(B. C. Tubb, n°&amp;nbsp;107), &lt;em&gt;Verte destinée &lt;/em&gt;(Kenneth Bulmer, n°&amp;nbsp;125), &lt;em&gt;Qui parle de conquête&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;(Lan Wright, n°&amp;nbsp;128), &lt;em&gt;La troisième race &lt;/em&gt;(Poul Anderson, n°&amp;nbsp;150), &lt;em&gt;La guerre contre le Rull &lt;/em&gt;(AB. van Vogt, n°&amp;nbsp;233-réédité en version complète&amp;nbsp;: J'ai lu n°&amp;nbsp;475), sans compter d'autres Clarke, Wyndham, Leinster, et encore quelques auteurs de moindre importance. Cela forme un solide bloc d'une S-F à la fois intelligente et populaire, à côté de laquelle, il faut bien le dire – et c'est peut-être la cause principale de son extinction —beaucoup de confrères français font piètre figure. À partir de 1960 les traductions s'estompent, deviennent rarissimes. Le point final est donné en 1966, avec la parution de deux romans signés Fred Hoyle et John Elliot&amp;nbsp;: &lt;em&gt;A comme Andromède &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;Andromède revient &lt;/em&gt;(n°&amp;nbsp;281 et 282).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième chemin est emprunté par trois auteurs nationaux qui furent et restent les meilleurs que le bateau Anticipation ait jamais eus à son bord&amp;nbsp;: Stefan Wul (avec 11 romans depuis &lt;em&gt;Retour à zéro, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;78, novembre 56 jusqu'à &lt;em&gt;Odyssée sous contrôle, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;138, mai 59)&amp;nbsp;; Kurt Steiner, transfuge de la collection Angoisse, avec 6 romans entre 1958 et 1967 (mais il y en a eu 4 autres depuis)&amp;nbsp;; Gilles d'Argyre (4 romans entre 1960 et 1965 + un cinquième déjeté en 1968). C'est peu quantitativement, mais grand par la qualité&amp;nbsp;: Wul, météore de la S-F française écarté trop vite de l'écriture par une profession astreignante, apportait à Anticipation un souffle débridée, à travers l'explosion gothique du &lt;em&gt;space-opera&lt;/em&gt;, Steiner (ce pseudonyme cache André Ruellan, scénariste connu, et auteur, sous son nom, d'un des meilleurs romans de S-F de ces dernières années&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Tunnel, &lt;/em&gt;chez Laffont), c'est la noirceur d'épopées sans gloire et la plongée dans les gouffres de l'inconscient&amp;nbsp;; d'Argyre (pseudonyme, longtemps tenu secret, de Gérard Klein), c'est la froide intelligence appliquée aux vertiges des longs voyages spatiaux ou temporels… Un beau tiercé, dont on ne retrouvera jamais l'équivalent, et dont le secret de la réussite tenait sans doute à cette particularité&amp;nbsp;: aucun des trois auteurs n'était écrivain à plein temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le troisième chemin est celui, au mieux, de la continuité dans la tradition, au pire, de l'engloutissement dans la routine&amp;nbsp;: et le sort a voulu que c'est celui-là qui fut suivi jusqu'au bout. Si Vandel et Statten ont disparu, F. Richard­Bessière et Guieu continuent. Le premier suit un itinéraire en zigzag où le pire côtoie l'à peu près bon. La période classique est en tout cas celle qui voit sortir ses meilleurs livres, du genre sombre comme &lt;em&gt;Planète de mort &lt;/em&gt;(n°&amp;nbsp;93) ou &lt;em&gt;Ceux de demain &lt;/em&gt;(n°&amp;nbsp;139), ou non-sensique et loufoque comme &lt;em&gt;Les mages de Dereb &lt;/em&gt;(n°&amp;nbsp;289). Jimmy Guieu, lui, poursuit inlassablement de galactiques variations sur l'existence des soucoupes volantes (soutenue par de fréquentes notes estampillées par la mention &lt;em&gt;authentique), &lt;/em&gt;et la lourdeur du style et celle de l'humour déployé ne contribuent pas à sauver cette curieuse documentarisation de l'imaginaire. Deux autres auteurs étaient apparus pendant la période archaïque&amp;nbsp;: B.R. Bruss et M.-A. Rayjean. Si le premier (pseudonyme de l'excellent romancier surréalisant Roger Blondel, auteur entre autres du &lt;em&gt;Mouton enragé) &lt;/em&gt;n'a jamais donné de grands romans à la S-F, la continuité de son œuvre le place tout de même dans une honnête moyenne et c'est sans mal que, empruntant ce troisième chemin, il peut prétendre à la tête du peloton. Le second par contre ne peut susciter le moindre commentaire tant ses romans sont impalpables, à tel point qu'on se demande après les avoir lus s'ils étaient réellement imprimés, ou simplement composés de pages blanches… Deux derniers auteurs achèvent (c'est bien le cas de dire&amp;nbsp;!) le portrait en coupe de ce chemin&amp;nbsp;: Maurice Limat et Peter Randa, tous deux intégrés en 1959. Mais le premier ne se signale que par une écriture exécrable au point d'en être comique, le second par des intrigues stéréotypées et une inspiration par trop militariste&amp;nbsp;: RAS.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le malheur est que, par suite de la trop faible productivité du Grand Trio et de l'abandon inéluctable des traductions, la fin de l'âge classique soit tombée aux mains de tels forçats de la plume&amp;nbsp;: entre 1960 et 1966, deux ouvrages sur trois, ou presque, sont signés Rayjean, Limat, Randa.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est la période la plus sinistre d'Anticipation, la plus désespérante pour le lecteur, et avec laquelle s'achève en débandade l'âge classique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;PÉRIODE MODERNE&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Bien qu'elle regroupe à ce jour autant d'ouvrages que les deux premières réunies, nous ne nous y arrêterons pas longtemps&amp;nbsp;: nous la supposons connue du lecteur contemporain. La période moderne, qu'on peut faire débuter en février 66 avec la parution du Hors Série n°&amp;nbsp;1 (ce repère en vaut bien un autre), tient à la fois de la période archaïque et de la période classique&amp;nbsp;: de la première se retrouvent un certain tassement, un resserrement, une cohésion renouvelée – même si les auteurs de base sont maintenant une vingtaine au lieu de quatre&amp;nbsp;; de la seconde subsistent de très larges écarts qualitatifs entre les volumes, la collection se partageant toujours très libéralement entre auteurs d'une médiocrité absolue et ceux manifestant un certain talent, quand ce n'est pas un talent certain.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-periode-moderne1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-periode-moderne1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les traductions anglo-saxonnes ont donc disparu, mais au profit de l'arrivée massive (4, puis 6 volumes par an) de traductions de l'allemand, en l'occurrence la série des Perry Rhodan, inaugurée avec le HS 1&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Opération Astrée. &lt;/em&gt;Signée K.H. Scheer et C. Darlton (pseudonymes qui cachent en réalité l'œuvre collective d'un véritable bureau d'étude de l'écriture à la chaîne), la série est publiée en Allemagne de l'ouest sous la forme de fascicules quinzomadaires. C'est du classique &lt;em&gt;space-opera, &lt;/em&gt;assez belliqueux mais pas inintéressant, et qui est mis en forme pour Antici­pation avec beaucoup de soin par Jacqueline Osterrath. En somme, de la production standard, jamais déshonorante. À part ça, tous les auteurs de la période précédente continuent sans variance leur petit bonhomme de chemin, même si certains (F. Richard-Bessière, Bruss) produisent sensiblement moins. Cependant, ce qui caractérise la période moderne, c’est bien naturellement l’arrivée constante (au rythme de deux ou trois chaque année) de nouveaux auteurs qui viennent alimenter la croissance accélérée de la collection qui passe, rappelons-le, à 3, puis 4, puis &lt;em&gt;5 &lt;/em&gt;volumes par mois. Le renouvellement est donc incessant, mais presque imperceptible à cause de la quantité d'ouvrages crachés et aussitôt remplacés, à cause aussi du fait que certains auteurs disparaissent en sourdine après quelques parutions désolantes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-periode-moderne2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-periode-moderne2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;S'il est inutile de faire un commentaire sur Daniel Piret, Dan Dastier ou Robert Murcie, si Pierre Barbet (qui a parfois des idées intéressantes noyées dans un style négligé et des constructions brouillonnes), Robert Clauzel (capable de dresser des décors et d'évoquer des atmosphères bien sentis) ou Paul Béra (qui a donné à la S-F ses meilleurs ouvrages sous le nom d'Yves Dermèze) ne se hissent jamais bien haut dans le firmament de la littérature, s'il est encore difficile de juger un G.J. Arnaud (surtout connu comme auteur de policiers et d'espionnages), un Jacques Hoven, un Alphonse Brutsche, qui n'ont donné chacun que 3 ou 4 romans, d'assez bonne tenue toutefois, d'autres se signalent davantage à notre attention, comme Louis Thirion, d'inspiration presque surréalisante et capable de brosser de vigoureux tableaux &lt;em&gt;(Sterga la noire, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;456 ou &lt;em&gt;Métrocéan, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;2031, n°&amp;nbsp;590) ou Jan de Fast, attaché à la construction tenace d'un univers dompté par l'humanité et où œuvre un médecin spatial sympathique. Ce dernier auteur n'a pas, croyons-nous, donné encore son entière mesure, et doit donc en principe nous réserver de bonnes surprises. En cette attente, les meilleurs auteurs de la période moderne restent J. et D. Le May (apparus en 1966) et Pierre Suragne (débarqué en 72). Le couple Le May se distingue par une écriture très travaillée, et le cadre galactique lointain où il inscrit des épopées colorées débordant parfois vers le domaine de &lt;em&gt;l'heroic-fantasy. &lt;/em&gt;Suragne (qui a débuté dans le roman-western sous son vrai nom&amp;nbsp;: Pierre Pelot&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftn5&quot; id=&quot;_ftnref5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt;) est plus attiré vers les sombres perspectives de l'avenir proche, qu'il recrée à l'ombre de ses maîtres&amp;nbsp;: Sturgeon et Dick.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si ces quatre derniers noms cités peuvent valoir à la collection Anticipation des années 70 une mention très honorable, il lui manque sans doute quelques coups de folie, l'introduction ponctuelle d'auteurs, de romans qui, tout en restant dans un moule accessible au plus grand nombre, secoueraient un peu le cocotier. À ce titre, la collection ne peut présenter qu'un exemple unique et comme égaré&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La vermine du lion &lt;/em&gt;(n°&amp;nbsp;310, premier trimestre 67), un roman dû à Francis Carsac dont l'introduction au Fleuve fut purement accidentelle, et nécessitée par la cessation de parution du «&amp;nbsp;Rayon Fantastique&amp;nbsp;» où il publiait d'ordinaire ses ouvrages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cependant, il ne faut pas désespérer&amp;nbsp;; les mutations, ça existe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Repère III&amp;nbsp;: Les 3 meilleurs auteurs de la période moderne.&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Jean et Doris LE MAY&amp;nbsp;: Cisèlent de livre en livre un univers galactique clinquant, pittoresque, précieux, gothique, décrit dans un style répondant aux mêmes adjectifs. Surprenant, mais à la longue, tout de même, lassant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Les landes d'Achernar, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;462, &lt;em&gt;Les fruits du Métaxylia, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;524, &lt;em&gt;Les trésors de Chrysoréade, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;581, etc.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-lemay.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-lemay.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-lemay_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Jan de FAST&amp;nbsp;: Construit lui aussi, de roman en roman, un Empire Galactique cohérent, mais avec une rigueur scientifique qui fait de l'auteur le seul représentant français de ce nouveau courant de S-F anglo-saxonne post-campbellien&amp;nbsp;: la &lt;em&gt;Hard-Science. &lt;/em&gt;On lui doit aussi la création d'un des rares héros spatiaux délibérément pacifique, un médecin et biologiste itinérant, dont les enquêtes et interventions forment le fil d'Ariane de l'ensemble.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Infection focale, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;539, &lt;em&gt;Cancer dans le cosmos, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;593, &lt;em&gt;Les hordes de Céphée, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;661, etc.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-fast.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-fast.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-fast_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pierre SURAGNE&amp;nbsp;: Âgé de 29 ans&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftn6&quot; id=&quot;_ftnref6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;, se lance à travers tous les thèmes explorés par ses aînés avec une fougue juvénile et une ardeur de néophyte. Parfois ça rate, mais souvent la variation est originale, et bien enlevée par un style violent, rugueux, imagé, et très efficace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Œuvres &lt;em&gt;: La septième saison, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;505 (une planète se venge «&amp;nbsp;Écologiquement&amp;nbsp;» d'une invasion humaine), &lt;em&gt;La nef des dieux, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;549 (Le retour des Atlantes), &lt;em&gt;Mais si les papillons trichent…, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;612 (interpénétration de deux univers mentaux).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-suragne.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-suragne.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-suragne_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Arrivé au bout de ce parcours fluvial, le lecteur conviendra qu'il est toujours aussi malaisé de donner une opinion tranchée et globale sur la production du Fleuve Noir – Anticipation. Pourtant cette collection suscite, plus qu'aucune autre, des réactions passionnées, voire pathologiques. Pour les uns, elle est la collection-martyre par excellence, qui malgré la qualité du produit est scandaleusement sous­estimée ou bafouée, et doit être l'objet d'un culte permanent de réhabilitation. Pour d'autres, et en vertu d'un effet bien ordonné de dialectique, elle compte effectivement pour moins que rien, et nous connaissons certains critiques qui préféreraient se faire briller les doigts plutôt &lt;em&gt;que &lt;/em&gt;d'avoir à parler d'elle – en général d'ailleurs parce qu'ils ne la lisent pas et ne veulent pas la lire, reproduisant ainsi en mineur le schéma de ceux qui dénigrent la science-fiction en général sans en connaître ne fût-ce que l'A de l'ABC.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des auteurs, la collection Anticipation est presque unanimement un but envié à atteindre, mais que souvent on n'ose approcher, par peur de se mouiller dans des eaux suspectes, ou alors en vertu de l'information fausse mais fort répandue qu'elle est inaccessible. Cette ferveur vient naturellement du fait que la collection paye relativement bien (en 1975, un Anticipation rapporte environ 7 000 F, avec sans doute un petit coup de pouce supplémentaire aux auteurs «&amp;nbsp;historiques&amp;nbsp;»), et qu'on peut théoriquement vivre d'elle si on y produit suffisamment. Nous avons en tout cas rencontré, au cours de cette enquête dans les eaux du Fleuve (et que nos lecteurs voudront bien considérer comme longue, patiente, et effectuée sans aucun a priori), plusieurs auteurs de S-F connus qui ont vainement tenté d'y accéder, d'autres qui y travaillent sous pseudonyme, et un nombre plus grand encore de «&amp;nbsp;jeunes&amp;nbsp;» qui en sont à leur quatrième ou sixième manuscrit refusé, mais qui ne se déclarent pas battus&amp;nbsp;! La preuve en est que le poisson est solidement ferré…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un autre reproche, courant, est que la collection véhicule massivement des valeurs réactionnaires. Certes, la direction littéraire n'encourage guère les audaces, qu'elles soient stylistiques, politiques ou sexuelles (encore qu'un sous-genre comme &lt;em&gt;l'heroic-fantasy &lt;/em&gt;ait commencé à y pénétrer par la plume de Barbet et des Le May), et ce blocage systématique ne favorise pas l'évolution de la S-F à la sauce Anticipation. Mais, quelle que soit son enveloppe, le message finit toujours par passer et, en Anticipation, le clivage entre «&amp;nbsp;droite&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;gauche&amp;nbsp;» n'est ni plus ni moins marqué que dans les hautes sphères de la S-F anglo-saxonne où l'on trouve bien, par exemple, Poul Anderson, Robert Heinlein ou Larry Niven aux côtés de John Brunner, Philip K. Dick ou Thomas M. Disch. Si l'éloge sans frein de la technologie et de la suprématie de l'homme, si la glorification du héros viril s'y trouvent bien (Scheer et Darlton, Randa, Guieu – ce dernier auteur s'étant fait récemment remarquer (cf. &lt;em&gt;Manipulations psi, &lt;/em&gt;n°&amp;nbsp;647) par la hargne toute particulière avec laquelle il s'attaque aux contestataires chevelus amateurs de musique dégénérée et aux Arabes naturellement tous souteneurs et joueurs de couteau), l'humanisme des contacts pacifiques, la mise en avant des périls écologiques et de la civilisation technicienne y ont aussi leur place, avec Le May, Suragne, de Fast.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En vertu de tous ces facteurs divergents (mais néanmoins cohérents), nous considérons qu'on ne peut avoir, sur la collection Anticipation, qu'une opinion &lt;em&gt;moyenne &lt;/em&gt;: ce qui ne veut nullement dire que nous sommes à son égard prudents, tièdes, ou que nous voulions ménager la chèvre et le choux. Il se trouve simplement qu'Anticipation renferme de bons et de mauvais livres, regroupe de bons et de mauvais auteurs, et que le lecteur préoccupé par des considérations idéologiques y trouvera en partage des messages réactionnaires et des messages progressistes. Ce qui veut dire en dernier ressort que le lecteur, en face d'Anticipation, est vraiment le roi, le maître&amp;nbsp;: car c'est à lui et à lui seul, de faire un choix qui prouvera son indépendance.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-conclusion1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-conclusion1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Repère IV&amp;nbsp;: Un illustrateur.&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Âgé aujourd'hui&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftn7&quot; id=&quot;_ftnref7&quot; title=&quot;&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; de 72 ans, René Brantonne a tout fait, depuis le pavé publicitaire jusqu'à la bande dessinée. Mais son nom restera attaché aux couvertures d'Anticipation, au départ simples bariolages, mais qui ont atteint ces dernières années une beauté enviable. Brantonne est surtout célèbre par la galerie d'astronefs de toutes formes dont il s'est fait une spécialité, mais il illustre aussi avec un égal talent les cataclysmes, les robots, les cosmonautes, les villes ou paysages extra-terrestres. En fait, ne manquent à son exploration tâtonnante (car Brantonne ne lit pas les romans qu'il illustre, pas plus que la science-fiction en général&amp;nbsp;!) des archétypes de la S-F, que les monstres d'outre-ciel&amp;nbsp;: on s'en consolera devant cent autres merveilles, qui font du peintre un maître naïf en même temps qu'un prodigieux baroque. Cette collision hardie peut seule rendre compte de son sens chaviré de la composition et de son coin maniaque du détail, de la dureté minérale de ses lignes et de l'éclaboussure de ses couleurs. Brantonne, c'est la résolution des contradictions stylistiques, dans un bain de fraîcheur et de poésie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-brantonne1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-brantonne1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/enparcourantlefleuve-brantonne2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;enparcourantlefleuve-brantonne2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.enparcourantlefleuve-brantonne2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; La plupart du temps, Gaston de Sainte-Croix&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; Jean Libert et Gaston Vandenpahuyse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftnref3&quot; id=&quot;_ftn3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; Pseudonyme de René Bonnefoy. Signe aussi Roger Blondel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftnref4&quot; id=&quot;_ftn4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; Pseudonyme de Pierre Pairault.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftnref5&quot; id=&quot;_ftn5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; En réalité, un autre pseudonyme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftnref6&quot; id=&quot;_ftn6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt; À la date de parution de l’article, au 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; trimestre 1975.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/02/24/En-parcourant-le-fleuve#_ftnref7&quot; id=&quot;_ftn7&quot; title=&quot;&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; En 1975. René Brantonne est décédé en 1979.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Article originellement paru dans &lt;em&gt;Univers 02&lt;/em&gt; sous le pseudonyme d'Italo et Tomaso Tomasini.&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>M comme Mémoires trouvés dans une baignoire</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/21/M-comme-Memoires-trouves-dans-une-baignoire" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Mémoires trouvés dans une baignoire" />
      <id>urn:md5:2ea958b200c8205710ea353e12b64549</id>
      <published>2017-02-21T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-02-21T13:25:00+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Stanislas Lem, encore et toujours… Avec &lt;strong&gt;Mémoires trouvés dans une baignoire&lt;/strong&gt;, roman publié la même année que le fameux &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, l'auteur polonais nous propulse au cœur du Dernier Pentagone, un dédale bureaucratique truffé d'espions où le plus dur n'est pas de trouver la sortie mais le sens…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Mémoires trouvés dans une baignoire [Pamietnik znaleziony w wannie], Stanislas Lem, roman traduit du polonais par Anna Labdezka et Dominique Sila. Calmann-Levy, coll. «&amp;nbsp;Dimension SF&amp;nbsp;», 1975 [1961]. 256 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;j'sais plus qui tu es / qui a commencé / quelle est la mission&amp;nbsp;» Alain Bashung, &lt;em&gt;Fantaisie Militaire&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Continuons gaiement notre exploration de la vaste bibliographie de Stanislas Lem. Dans la lignée de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt; &lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; , notre auteur a continué à s’essayer à des genres autres que le space opera. La quatrième de couverture ne fait pas dans la demi-mesure et convoque les mânes de Borges et Kafka – la pertinence de la comparaison n’est pas fausse mais reste douteuse. Certes, on retrouve les jeux littéraires à la Borges dans l’introduction et essentiellement les cauchemars bureaucratiques kafkaïens dans le reste du roman, mais, on va le voir, Lem fait sa propre mayonnaise. Parus en 1961, ces &lt;strong&gt;Mémoires…&lt;/strong&gt; ont inauguré une année chargée pour Lem, qui a publié trois livres cette année-là et pas les moindres&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Retour des étoiles&lt;/strong&gt; (qui fera l’objet d’un prochain billet) et surtout &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-m-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-m-cover1.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ces &lt;strong&gt;Mémoires&lt;/strong&gt; commencent par une introduction, rédigée dans un futur lointain et postérieure à la terrible papyrolise qui a détruit l’essentiel des œuvres imprimées sur papier. De ce fait, la transcription de certains termes d’époques manque de fidélité. C’est dans une baignoire située au cœur d’un bunker du continent d’Ammer-Que que sont découvertes ces Mémoires, miraculeusement préservés des ravages de la papyrolise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Celles-ci débutent quand le narrateur desdits &lt;strong&gt;Mémoires&lt;/strong&gt; arrive au cœur de l’Édifice, également nommé le Dernier Pentagone. Dans ce bunker fait de dédales de couloirs, de bureaux – et de salles de bain —, entièrement coupé du monde extérieur, tout un microcosme s’agite – ou plutôt brasse de l’air, en attendant on ne sait quoi. Tout le monde vit dans la crainte des espions, et de fait, ceux-ci sont partout. Tout le monde s’exprime à mots couverts, au cas où. Mais n’importe quelle parole est susceptible d’être un code. Les codes sont partout.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Toutefois, je soupçonnais déjà que l’état-major de la Section Cosmique ne pouvait, en raison de son énorme extension, contrôler individuellement les millions et millions d’affaire dont il était chagé. Peut-être s’en était-il finalement remis au hasard, partant du principe suivant&amp;nbsp;: à force de circuler parmi les myriades de bureaux différents, chaque document devait bien finir par atteindre sa destination réelle. C’est un processus analogue, lent, certes, mais infaillible, qui règle la marche de l’univers. &amp;nbsp;» (p. 24)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le Dernier Pentagone a tout de la tour de Babel. On n’y parle qu’une seule langue, certes, mais les mots ne veulent jamais forcément dire la même chose&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Chaque Service, en effet, a son propre code intérieur&amp;nbsp;; ainsi, lorsque vous entrez dans une pièce et que vous dites quelque chose, le même mot ou le même nom a une signification différente selon l’étage.&amp;nbsp;» (p. 71)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« … on en arrive à la conclusion que tout est code.&lt;br /&gt;
– Ce qui serait exact, cher monsieur. Tout, absolument tout est code – ou bien camouflage. Vous aussi.&lt;br /&gt;
– Vous plaisantez&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Nullement, c’est la vérité.&lt;br /&gt;
– Comment, moi, je suis un code&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Ou un camouflage. À vrai dire, le rapport est le suivant&amp;nbsp;: tout code est un masque, un camouflage, mais tout masque n’est pas un code.&amp;nbsp;» (p. 81-82)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Autre exemple, cette information secrète (p. 82-83) qui dit ceci&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Danger manœuvre débordement – stop – amener renforts secteurs VII – 19 431 – stop pour l’intendant de la septième section opérationnelle Ganzmirst col. dipl. – stop.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;devient, décodée&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Barémisoziturie impeclancybillistique à tritoriser pour chancépoudroliser l’ambrendafigianturélie indertouchiffulable.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce qui, décodé à nouveau, donne&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Chancélériser abruptivement derviches porteurs de mortiboules barbimouchés via turmansk perspicacité célérative recommandée.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-m-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-m-cover2_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Est-ce fini&amp;nbsp;? Non, car l’élément humain entre en jeu. Le message final n’est autre que ceci&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pas de réponse.&amp;nbsp;» Ce qui est quelque peu la note sera laquelle s’achève le roman de Lem. Entretemps, le narrateur se sera promené, ou vu promené, à travers les couloirs, les bureaux (et les salles de bain) de l’Édifice, aura assisté à bon nombre de scènes absurdes, aura assisté à la démonstration de tout et surtout de son contraire. L’Édifice n’est-il en fin de compte peuplé que d’agents infiltrés&amp;nbsp;? Et y aurait-il un Anti-Édifice, peuplé quant à lui des agents venus de l’Édifice&amp;nbsp;? Y a-t-il seulement une sortie&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Alors, s’il n’y avait ni épreuves ni Mission ni chaos, que me restait-il &amp;nbsp;? La salle de bains&amp;nbsp;? Les couloirs&amp;nbsp;? Errer de porte en porte, de porte en porte…&amp;nbsp;» (p. 172)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-m-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-m-cover_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le thème de la communication est central dans l’œuvre de Lem&amp;nbsp;: souvent, celle-ci est impossible et amène à la confrontation totale (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt;&lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; , &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible&quot;&gt; &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) ou à un constat d’échec (&lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;). Ici, les couches de sens, plus insensées les unes que les autres, se superposent jusqu’à brouiller totalement le message. À supposer qu’il y ait eu intention de communiquer au départ et que tout cela ne consiste juste pas en un simple mouvement brownien de particules humaines au sein de l’Édifice – partant, notre monde. Vers la fin du roman, le narrateur rencontre un prêtre, occupé à défaire les significations&amp;nbsp;: est-ce là la solution&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu de coupage de cheveux en quatre maintenant. Bien sûr, on pourra arguer que Lem, parfois visionnaire (&lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt; et ses machines auto-réplicantes), peut être surpris à faire preuve de myopie&amp;nbsp;: les astronautes prennent soin d’emporter dans leur fusée toute leur bibliothèque, au mépris du poids. Ici, on est à bon droit de sourire quand au fait que tout soit conservé sur papier. Néanmoins, la pérennité des supports digitaux pose problème, et sûrement davantage. Donc, peut-être bien que Lem n’a pas visé si mal en fin de compte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autre reproche que l’on peut adresser au roman&amp;nbsp;: sa longueur. Les blagues les plus courtes sont les meilleures, et celle de Lem traînasse, lui faisant perdre sa pertinence. C’est là un défaut récurrent dans son œuvre&amp;nbsp;: une longueur pas toujours adéquate, parfois trop long (&lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt;), parfois trop long pour peu de choses ou trop court (&lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt;). Il n’empêche, avec ces &lt;strong&gt;Mémoires trouvés dans une baignoire&lt;/strong&gt;, Lem développe à fond son univers où, à défaut de communication, la seule constante est absurdité de toute chose…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme LP5</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/16/L-comme-LP5" rel="alternate" type="text/html" title="L comme LP5" />
      <id>urn:md5:b149569de211dd1e4c82161b04b66b58</id>
      <published>2017-02-16T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-02-16T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sans frémir, l'Abécédaire continue son exploration de la discographie d'Autechre, duo électro britannique dont l'ambition semble, au fil des années, d'être la conception d'une musique destinée aux intelligences artificielles. Si le quatrième album, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/08/C-comme-Chiastic-Slide&quot;&gt;Chiastic Slide&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, semblait à la croisée des chemins, le présent &lt;strong&gt;LP5&lt;/strong&gt; franchissait le Rubicon, voici près de vingt ans.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;[Autechre/LP5], Autechre (Warp, 1998). 10 morceaux (11 avec la piste cachée), 64 minutes (76 avec la piste cachée).&lt;br /&gt;
EP7, Autechre (Warp, 1999). 11 morceaux (12 avec la piste cachée en pregap), 60 minutes (69 avec la piste cachée).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En 1998, Air s’envolait pour un &lt;em&gt;Moon Safari&lt;/em&gt;, Massive Attack s’enfonçait dans la noirceur avec l’inégalé &lt;em&gt;Mezzanine&lt;/em&gt;, les Smashing Pumpkins déconcertaient avec &lt;em&gt;Adore&lt;/em&gt;, successeur du formidable &lt;em&gt;Mellon Collie and the Infinite Sadness&lt;/em&gt;, Marilyn Manson troquait son costume d’antéchrist pour celui d’émule de Bowie avec le très glam &lt;em&gt;Mechanical Animals&lt;/em&gt;, Tori Amos teintait sa musique d’electro et nous donnait de ses nouvelles &lt;em&gt;from the Choirgirl Hotel&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/02/13/Entretien-avec-Arjen-Anthony-Lucassen&quot;&gt; Ayreon &lt;/a&gt; s’aventurait &lt;em&gt;into the Electric Castle&lt;/em&gt;, Sonic Youth éparpillait &lt;em&gt;a Thousand Leaves&lt;/em&gt;, et les drogués de Coil embarquaient leurs auditeurs dans de lysergiques &lt;em&gt;Time Machines. &lt;/em&gt;Tandis que Matmos continuait sur sa lancée avec ses &lt;em&gt;Quasi Objects&lt;/em&gt;, qu’Amon Tobin effectuait ses &lt;em&gt;Permutations&lt;/em&gt; et que Boards of Canada surprenaient tout la planète electro avec l’excellentissime&lt;em&gt;Music has the right to children&lt;/em&gt;, Autechre proposait un &lt;em&gt;Minidisc&lt;/em&gt; sous le pseudonyme de Gescom, et surtout passait la cinquième aec &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En réalité, ce &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt; est un album sans titre, appelé&lt;em&gt; Autechre&lt;/em&gt; (la seule info figurant sur le boîtier) ou surtout &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt; par convention. En conséquence, dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;», ce disque voit son titre (conventionnel) justifier sa position dans la discographie du duo. Idem pour l’&lt;em&gt;EP7&lt;/em&gt;, qui est effectivement le septième EP si l’on commence à compter à partir d’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber#antiep&quot;&gt;Anti EP&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-l-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-l-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/08/C-comme-Chiastic-Slide&quot;&gt; &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; est l’album le plus sous-estimé du duo formé par Sean Booth et Rob Brown, &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt; est inversement leur album le plus surestimé (à l’humble avis de votre serviteur).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, le disque ne commence pas si mal. Les premières secondes de « Acroyear2&amp;nbsp;» sonnent comme le réveil d’une IA joueuse, avant que ne se mette en place une section complexe mélodico-rythmique. La mutation a été effectuée, Autechre a définitivement délaissé les mélancoliques paysages sonores pour plonger au cœur d’un monde virtuel. «&amp;nbsp;777&amp;nbsp;» poursuit dans cette veine&amp;nbsp;: mélodie abstraite coexistant avec une rythmique martiale&amp;nbsp;; quelques bribes d’accords, à l’arrière plan sonore, rappellent la mélancolie inhérente à la musique du duo. Un spleen plus présent encore sur «&amp;nbsp;Rae&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: si les percussions, rentre-dedans, paraissent presque concrètes, le tempérament du morceau constrate, la ligne mélodique se faisant dolente, plus encore à mi-parcours, lorsque tout ralentit. Délicate vignette longue d’une petite minute, «&amp;nbsp;Melve&amp;nbsp;» crée la surprise. Inattendu de trouver là une telle sensibilité dans un morceau si court. L’influence de Boards of Canada&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour aux choses sérieuses avec «&amp;nbsp;Vose In&amp;nbsp;». Des harmoniques progressant lentement, sur fond de percussions complexes, avant que le morceau ne commence à s’auto-détruire au bout de trois minutes et demi – la dernière centaine de secondes de «&amp;nbsp;Vose In&amp;nbsp;» voient le morceau tenter, lamentablement, de reprendre forme. Mine de rien, en dépit de son caractère a priori anodin, ce morceau possède un caractère fondateur&amp;nbsp;: le procédé de déconstruction ici à l’œuvre se fera de plus en plus présent dans les albums suivants. Voire dès le morceau suivant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;fold4wrap5&amp;nbsp;» débute comme une conclusion – une conclusion longue de quatre minutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Croirait-on entendre des vocalises maladroites sur «&amp;nbsp;underBOAC&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Derrière le déluge de percussions et de «&amp;nbsp;bouncing balls&amp;nbsp;», il y a bien quelque chose qui ressemble à cela. Mais pas longtemps, car le morceau se transforme bien vite en étude rythmique, où des synthés maladifs émettent des notes formant vaguement mélodie, quelque part dans le lointain, avant que l’ensemble ne vire en féroce empoignade. Un lendemain de cuite pour une IA restée seule aux commandes du disque&amp;nbsp;? La geule de bois est bien présente sur «&amp;nbsp;Corc&amp;nbsp;», qui ne perd jamais son humeur maussade comme un dimanche de pluie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tbKw2o4tsdE&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Grattements, grincements, pincements de trucs et de machins sur «&amp;nbsp;Caliper Remote&amp;nbsp;», deuxième vignette de l’album, elle aussi sous-tendue par une petite musique que n’aurait pas reniée les deux frangins nostalgiques de Boards of Canada. On reprend son sérieux quand débute «&amp;nbsp;Arch Carrier&amp;nbsp;», qui conjugue une implacable rythmique martiale et des notes de synthés distillant un sentiment de panique, d’urgence. À l’arrière-plan, des nappes synthétiques accordent une ampleur inédite au morceau. L’un des morceaux les plus immédiats et les plus narratifs du disque, qui s’interrompt brutalement pour laisser place aux élancements douloureux de «&amp;nbsp;Drane2&amp;nbsp;» (vraie-fausse suite à «&amp;nbsp;Drane&amp;nbsp;» sur l’EP &lt;em&gt;Peel Session&lt;/em&gt;). Les boucles s’ajoutent se superposent – le leitmotiv mélodique répété, les percussions rebondissantes, les bruitages divers – avant de se disperser en tintinabullements.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un morceau bonus se dissimule au terme de quelques minutes de silence&amp;nbsp;: une minute et demi de bruitages insanes. Oubliable, au mieux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-l-ep7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-l-ep7.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La démarche musicale entreprise sur &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt; s’est poursuivie l’année suivante (1999, donc) sur un double EP, &lt;em&gt;EP7&lt;/em&gt; – double car consistant en deux EP d’une demi-heure, &lt;em&gt;EP7.1&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;EP7.2&lt;/em&gt;, rassemblés ensuite sur un même disque (chose que certains auraient pu appeler &lt;em&gt;LP6&lt;/em&gt;, mais Booth &amp;amp; Brown ne font jamais dans la demi-mesure et offrent des EP plus longs que bien des albums). L’EP débute par une piste cachée en pré-gap (c’est-à-dire un morceau placé avant la première piste audio, et accessible uniquement sur un lecteur CD en utilisant la fonction «&amp;nbsp;retour arrière&amp;nbsp;» quand débute ladite première piste). Un morceau caché, et ça n’est plus mal, tant l’intérêt lui fait défaut. Premier véritable morceau, «&amp;nbsp;Rpeg&amp;nbsp;» s’avère bien plus convaincant, dans son systématisme quasi robotique. Inquiétant, «&amp;nbsp;Ccec&amp;nbsp;» triture une voix sur des harmoniques d’outre-monde. L’intérêt se disperse dans « squeller&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;left blank&amp;nbsp;» (du Autechre générique) mais revient dans l’angoissant «&amp;nbsp;Outpt&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Dropp&amp;nbsp;» est une pièce dont la mélodie guindée se voit bientôt dissimulée derrière des percussions en folie. Suit «&amp;nbsp;liccfii &amp;nbsp;», qui ne mérite guère qu’on s’y attarde. Poussé par des percussions martiales, «&amp;nbsp;Maphive 6.1&amp;nbsp;» commence comme si les aliens débarquaient, avant de muter en une pièce plus apaisée. Après un début déconcertant, «&amp;nbsp;Zeiss Contarex&amp;nbsp;»… produit un bel effet wow&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un EP décevant, somme toute, avec quelques morceaux intéressants dispersés au milieu de titres plus dispensables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/hWGUnrIiOoI?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où Matmos s’amusait ludiquement avec &lt;em&gt;Quasi Objects&lt;/em&gt;, là où Boards of Canada conjuguait brillamment influences hip-hop et irrémédiable nostalgie dans &lt;em&gt;Music has the right to children&lt;/em&gt;, là où Amon Tobin mélangeait intelligemment breakbeat et jazz dans &lt;em&gt;Permutations&lt;/em&gt;, là où Air offrait une flânerie des plus mignonnes avec &lt;em&gt;Moon Safari&lt;/em&gt;, Autechre propose une electro ayant coupé les ponts avec toute accointance terrestre voire humaine. Une tentative de musique classique pour les intelligences artificielles&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, parler de musique faite par des machines, à destination de machines relève du cliché dès lors qu’il est question d’Autechre, car ce sont cependant bien deux humains qui demeurent aux commandes, en maîtrise parfaite de leurs instruments (en l’occurrence, des logiciels pour majeure part). Ça n’est là qu’une impression donnée par leur musique, radicale dans son refus des conventions. D’ailleurs, Booth et Brown se défendent de composer une musique foncièrement abstraite&amp;nbsp;; dans une &lt;a href=&quot;http://https/www.residentadvisor.net/features/2756&quot;&gt; récente interview &lt;/a&gt; , voici ce qu’en dit Sean Booth&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;It's pretty abstract if you're not used to hearing people doing abstract music. But to other people our work sounds quite mainstream!&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La démarche musicale du duo, tout simplement, est d’aller sans cesse de l’avant, sans guère s’encombrer de réflexions sur son potentiel commercial – tant mieux que le label Warp et les fans aient suivi, car les disques ultérieurs n’ont eu de cesse de radicaliser cette approche. À suivre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: presque&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: allez, quand même&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>K comme KTL V</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/14/K-comme-KTL-V" rel="alternate" type="text/html" title="K comme KTL V" />
      <id>urn:md5:90a913cd97a715bc5eadf1646ebc916e</id>
      <published>2017-02-14T14:02:00+01:00</published>
              <updated>2017-02-14T16:03:27+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'amûûûr, tout ça tout ça, ça n'est guère le ton de l'Abécédaire, même et surtout en ce jour de Saint-Valentin. On s’est plongé une première fois dans les abîmes ténébreux de Lustmord &lt;strong&gt;&lt;em&gt;avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter&quot;&gt; Dark Matter&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Poursuivons donc avec joie et entrain dans le dark ambient tendance cosmique avec le cinquième album studio de KTL, intitulé &lt;strong&gt;V&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;KTL V, KTL (Editions Mego, 2012). 5 morceaux, 71 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On s’est plongé une première fois dans les abîmes ténébreux de Lustmord avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter&quot;&gt; &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Poursuivons avec joie et entrain dans l’ambient tendance cosmique avec le cinquième album studio de KTL, intitulé &lt;em&gt;V&lt;/em&gt; (ou bien &lt;em&gt;KTL V&lt;/em&gt; ).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;KTL, c’est le projet commun de Stephen O’Malley, surtout connu pour former la moitié de Sunn O))) (qu’on évoquait rapidement &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/29/B-comme-Bish-Bosch#soused&quot;&gt; dans cette collaboration avec Scott Walker&lt;/a&gt;) et de Peter Rehberg, autrefois à la tête du label musical Mego&amp;nbsp;; le duo s’est constitué pour créer la musique d’une pièce de théâtre, &lt;em&gt;Kindertotenlieder&lt;/em&gt;, de Gisèle Vienne et Dennis Cooper (merci discogs). Pièce créée d’ailleurs sur la scène du Quartz, à Brest, lors de l’édition 2007 du festival de danse Antipodes. Aux dires de ses membres, KTL mélange «&amp;nbsp;extreme computer music and black metal&amp;nbsp;»… Et les quatre premiers albums du duo s’inscrivent à fond dans cette veine&amp;nbsp;: c’est sombre de chez sombre. Plus dépouillé que les compositions de Sunn O))), il s’agit là d’un drone ténébreux au possible, déployant ses climats anxiogènes sur des morceaux longs d’une dizaine de minutes ou plus. Percussions éparses, Larsens savamment triturées, guitares étiques, la bande-son parfaite pour (par exemple) des jeux de rôle lovecraftiens… On pourrait toutefois argumenter sur l’adjectif «&amp;nbsp;extreme&amp;nbsp;» accolé à «&amp;nbsp;computer music&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: ce n’est pas tout à fait les expérimentations avant-gardistes d’Aphex Twin ou d’Autechre que nous proposent là O’Malley et Rehlberg.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ce cinquième album&amp;nbsp;? Les deux compères allaient-ils gratter encore un peu de noirceur&amp;nbsp;? La pochette du disque laisse supposer l’inverse, avec ses bandes colorées en plein contraste avec les illustrations lugubres des précédents albums.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=113852152/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 721px;&quot;&gt;V by KTL&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Phill1&amp;nbsp;», qui introduit l’album, donne le ton et confirme l’impression donnée par la pochette&amp;nbsp;: dès les premières secondes, voilà l’auditeur propulsé dans la stratosphère, l’épiderme frotté par les rayons solaires sans le filtre de la couche d’ozone – aérien et piquant. De fait, « atmosphérique&amp;nbsp;» convient bien pour désigner les douze minutes de ce morceau. Suit «&amp;nbsp;Study A&amp;nbsp;», long de dix minutes (ce qui en fait le morceau le plus court du disque), à la fois planant et strident – pas réellement relaxant. Dix minutes que viennent perturber des accidents sonores – des astéroïdes pénétrant l’atmosphère&amp;nbsp;? À noter que la page Bandcamp du groupe propose l’écoute de &lt;em&gt;KTL V GRM&lt;/em&gt;, un maxi édité à quelques centaines d’exemplaires dont les deux faces présent les «&amp;nbsp;Study&amp;nbsp;» B, C, D et E. Ces quatre morceaux, sur une base sonore formée par «&amp;nbsp;Study A&amp;nbsp;», poursuivent en plus sombre et plus discordant le travail entrepris sur le morceau originel. On tient là des pièces plus expérimentales que celles ayant abouti sur l’album. Pas forcément indispensable, si ce n’est pour les complétistes. Un peu plus tard, troisième morceau de l’album, «&amp;nbsp;Tony&amp;nbsp;» offre quatorze minutes d’un ambient quasi anesthésiant. Sous un drone lancinant s’agitent lentement des percussions ouatées et majestueuses, formant une ébauche de mélodie… Une ambiance mystique s’en dégage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrive enfin «&amp;nbsp;Phill2&amp;nbsp;», sûrement la pièce maîtresse du disque. Au duo Rehberg/O’Malley vient s’ajouter Jóhann Jóhannsson, devenu depuis &lt;em&gt;Prisoners&lt;/em&gt; le compositeur fétiche de Denis Villeneuve. Ce sont ici quinze minutes d’un ambient spatial, porté par les cordes amples et inquiètes du Philharmonique de Prague, qui transportent l’auditeur vers un ailleurs, et le résultat est tout bonnement magnifique. Si les trois premiers morceaux nous faisaient planer assez haut au-dessus de la surface terrestre, «&amp;nbsp;Phill2&amp;nbsp;» nous emmène tout droit dans la couronne solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/KKiVcESVDw4?rel=0&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premières lignes de ce billet, on évoquait Gisèle Vienne. Manière de boucler thématiquement un cheminement entamé quelques années plus tôt, &lt;em&gt;KTL V&lt;/em&gt; se termine par un morceau dénué de liens avec les quatre précédents&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Last Spring: A Prequel&amp;nbsp;» a été créé pour la chorégraphe et metteuse en scène et son installation éponyme à la Passerelle – autre lieu de perdition brestois en matière d’art contemporain. De fait, l’installation propose un ventriloque interprétant un dialogue schizophrénique avec sa marionnette. Et… musicalement, je ne sais trop que penser de cette pièce. Longue de vingt minutes, riche en craquements, grincements et autres grondements divers, on y entend une voix énoncer (en français), d’une voix fragile et angoissée, un texte d’un certain Denis Cooper. Drôle de contrepoint – aussi flippé que flippant – aux quatre précédents morceaux, pas forcément le plus convaincant en guise de conclusion du disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour votre serviteur, cet album s’avère (avec un bémol pour le morceau final) l’œuvre la plus abordable du duo O’Malley/Rehlberg. Plus aérien, moins ténébreux que les précédents albums, porté par l’excellentissime « Phill2&amp;nbsp;», &lt;em&gt;KTL V&lt;/em&gt; représente une manière de conclusion radieuse à la discographie de KTL, moins actif depuis quelques années.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Journal de la guerre au cochon</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/10/J-comme-Journal-de-la-guerre-au-cochon" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Journal de la guerre au cochon" />
      <id>urn:md5:5c796ab7f7233fe55e40c3c2a40ff578</id>
      <published>2017-02-10T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-02-10T16:13:12+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/23/P-comme-Plan-d-evasion&quot;&gt;Plan d'évasion&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/23/S-comme-Le-Songe-des-heros&quot;&gt;Le Songe des héros&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, terminons notre tour d'horizon des romans de l'Argentin Adolfo Bioy Casarès, avec ses textes tardifs et tout particulièrement &lt;strong&gt;Journal de la guerre au cochon&lt;/strong&gt;, sorte de dystopie où la jeunesse portègne s'embrase contre les vieux…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Journal de la guerre au cochon (Diaro de la guerra del cerdo), Adolfo Bioy Casarès, roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Françoise-Marie Rosset. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Bouquins&amp;nbsp;», 2001.&lt;br /&gt;
Dormir au soleil (Dormi al sol), Adolfo Bioy Casarès, roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Françoise-Marie Rosset. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp; Bouquins&amp;nbsp;», 2001.&lt;br /&gt;
Un Autre Monde (De un mundo a otro), Adolfo Bioy Casarès, roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Michel Lafon. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Bouquins &amp;nbsp;», 2001.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Cinq d’un coup, pour conclure notre tour des romans d’Adolfo Bioy Casarès (ABC pour les intimes). Avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/23/S-comme-Le-Songe-des-heros&quot;&gt; &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; (1954), l’auteur argentin s’est installé dans une routine, si l’on puit dire, d’un roman par décennie (un peu à la manière d’un Thomas Pynchon ou, pour la musique, d’un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/29/B-comme-Bish-Bosch&quot;&gt; Scott Walker &lt;/a&gt; – à cette nuance que Bioy Casarès a publié à côté de nombreux recueils de nouvelles). Bref, &lt;strong&gt;Journal de la guerre au cochon&lt;/strong&gt; est son roman de la décennie 60, tout comme &lt;strong&gt;Dormir au soleil&lt;/strong&gt; sera celui des années 70, &lt;strong&gt;Un photographe à La Plata&lt;/strong&gt; celui des années 80 et &lt;strong&gt;Un Champion fragile&lt;/strong&gt; celui des années 90.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-j-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-j-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Journal de la guerre au cochon&lt;/strong&gt; &amp;nbsp;: voilà un titre qui claque. Mais il n’est pas question de porc au sens littéral du terme dans ce roman. Le cochon, aussi surnommé le hibou, c’est le vieux. Le vioque, le croulant, le papy… Cet hiver-là à Buenos Aires, les jeunes font preuve d’un irrespect de plus en plus marqué envers les personnes âgées. Jusqu’à les battre. Les tuer. Isidro Vidal, homme entre deux âges mais qui a l’impression de pencher du mauvais côté, est l’observateur de ces événements lors d’une semaine folle. Pourtant Isidro ne s’en fait pas trop au début&amp;nbsp;: les événements sont toujours lointains, et ça ne l’empêche guère de continuer à fréquenter ses amis, plus âgés que lui, ni à flirter gentiment avec la jeune Nélida. Ils s’interrogent&amp;nbsp;: faut-il se teindre les cheveux ou pas. Ils se rendent compte qu’ils sont un peu hors du coup, à se perdre dans la ville avec ces rues qui changent de nom tous les vingt, trente ans…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les événements pourtant sont horribles – ainsi de ce grand-père assassiné par ses petites-filles de six et huit ans. Mais bon, c’est un peu la faute des vieux, ils le cherchent bien&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dans la vieillesse, tout est ridicule, jusqu’à la peur de mourir.&amp;nbsp;» Certains se posent des questions pratiques&amp;nbsp;: tabasser les vieux dans la rue, ça n’est pas très propre. N’y aurait-il pas des moyens moins brutaux d’exterminer les vieux&amp;nbsp;? Mais pourquoi les jeunes s’en prennent-ils aux personnes âgées&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Dans cette guerre, les jeunes tuent par haine des vieux qu’ils vont devenir. Une haine apeurée.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Poursuivant la logique amorcée avec &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt;, Adolfo Bioy Casarès renonce à une intrigue faisant la part belle aux mécanismes, pour se concentrer sur l’humain. Pas d’argument fantastique non plus, tout juste a-t-on affaire à une amorce de dystopie, qui s’effondrera aussi vite qu’elle a commencé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, l’accent est moins porté sur les horreurs de cette guerre parricide (géronticide&amp;nbsp;?), la plupart du temps à la périphérie du regard, que sur la vie quotidienne des personnages. De fait, l’histoire du &lt;strong&gt;Journal&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; est narrée à hauteur d’homme, perçue du point de vue d’Isidro Vidal, individu terne que le vieillissement rend mélancolique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1975, le roman a été adapté au cinéma par Leopoldo Torre Nilsson – l’un des derniers films du réalisateur, décédé trois ans plus tard. Ne l’ayant pas vu (et ne comprenant guère l’espagnol), je me contenterai donc d’en signaler l’existence (et qu’on peut le regarder aisément sur YouTube).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-j-dormir.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-j-dormir.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Continuons brièvement avec la suite de la bibliographie de Bioy Casarès&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Dormir au soleil&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire de &lt;strong&gt;Dormir au soleil&lt;/strong&gt; se présente comme la lettre qu’un certain Lucio – Lucho – Bordenave, horloger à Buenos Aires, écrit à certain correspondant. Marié à Diana, une femme forte et autoritaire, il mène une vie tranquille. Cela l’agace de voir le docteur Sandle, un Allemand, vétérinaire, lui tourner autour. Et les choses commencent à déraper lorsque Sandle lui confie que quelque chose ne va pas avec Diana&amp;nbsp;: l’Allemand lui a proposé d’acquérir un chien, mais Diana ne parvient pas à se décider. Indécis, influençable, Lucho consent à faire interner Diana. Mais par la suite, il s’avère ardu d’avoir de ses nouvelles, voire de la récupérer. Pour compenser l’absence de son épouse, Lucho adopte à son tour, et sans hésiter, une chienne, qu’il décide de baptiser… Diana. Les deux s’entendent à merveille. Mais Diana, la vraie, finit par revenir. Changée. Les psys sont formelles&amp;nbsp;: elle était malade, la voilà guérie. Maintenant, il n’y a plus qu’à soigner Lucho – il ne s’agirait pas qu’il recontamine Diana de sa propre folie. Pris par surprise, Lucho est interné. Il va tâcher de s’évader, et aussi de comprendre de quoi il retourne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dormir au soleil&lt;/strong&gt; revient, sans trop y toucher, aux thématiques présentes dans les premiers romans de Bioy Casarès&amp;nbsp;: le savant fou, l’évasion, et les introduit dans le cadre désormais familier de Buenos Aires. Mais le docteur Samaniego, armé de tout l’appareil médico-psychiatrique, s’avère bien plus dangereux que Morel ou Castel – Lucho l’apprendra à ses dépens. Difficile d’en dire plus sans déflorer l’intrigue. Tout au plus pourra-t-on dire que Bioy Casarès, même avançant en âge, ne répugne nullement à l’argument fantastique – ou plutôt science-fictif, dans le cas présent. Celui-ci est sans cesse repoussé, faisant douter le lecteur de la santé mentale du brave Lucho, personnage qui insiste cependant sur sa fiabilité («&amp;nbsp;N’oubliez pas, je vous prie, que c’est un horloger qui vous écrit.&amp;nbsp;»), jusqu’à la révélation finale. Une révélation aux implications pas forcément neuves pour l’amateur éclairé de science-fiction, mais qui fonctionne tout de même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’œuvre romanesque de Bioy Casarès semble ainsi faite d’itérations de thématiques, de correspondances entre les textes, alternant continuités et contre-pieds. &lt;strong&gt;Dormir au soleil&lt;/strong&gt; est une nouvelle pierre à ladite œuvre, la préférée de l’auteur selon son propre aveu. Pas la mienne – j’avoue une préférence pour &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt; – mais qui demeure d’une lecture agréable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que le film a lui aussi bénéficié d’une (relativement) récente adaptation en film TV, &lt;em&gt;Dormir al sol&lt;/em&gt; (2010), par un certain Alejandro Chomsky.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-j-champion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-j-champion.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-j-champion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-j-photographe.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Entre &lt;strong&gt;Dormir au soleil&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Un Autre Monde&lt;/strong&gt;, ABC a publié d’autres romans&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Un photographe à La Plata&lt;/strong&gt; (1985) et &lt;strong&gt;Un Champion fragile&lt;/strong&gt; (1993), dont je n’ai que peu à en dire. Bon, quelques mots toutefois. &lt;strong&gt;Un photographe à La Plata&lt;/strong&gt; raconte les aventures de Nicolasito Almanza, photographe de métier, envoyé à La Plata en vue d’un livre sur cette ville&amp;nbsp;; il sauve la vie d’un étrange vieil homme, Juan Lombardo, qui voyage accompagné de ses deux (magnifiques) filles, Julia et Griselda. Au fil de ce court roman, Almanza est plusieurs fois mis en garde&amp;nbsp;: il ne devrait pas fricoter avec Lombardo, qui serait peut-être le diable, ni fréquenter ses filles. Mais Almanza s’obstine… Si l’ambiance s’avère intéressante, l’intrigue peine à passionner, et l’argument fantastique est des plus faible. &lt;strong&gt;Un Champion fragile&lt;/strong&gt; lorgne du côté des super-héros, et raconte l’histoire de Morales, chauffeur de taxi doté d’une relative super-force. Lorsque sa dulcinée disparaît, Morales part à sa recherche. L’intrigue est mince, l’argument de genre est à peine existant, et se conclut d’une manière scandaleusement expéditive&amp;nbsp;: de fait, l’intérêt réside sûrement davantage dans la description des petites gens de Buenos Aires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et l’on termine cette rétrospective sur l’auteur argentin avec son ultime roman. Quoique «&amp;nbsp;nouvelle&amp;nbsp;» soit là un terme plus approprié. &lt;strong&gt;Un Autre Monde&lt;/strong&gt; compte en effet moins d’une trentaine de pages dans l’intégrale Robert Laffont.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Javier Almagro est journaliste, et se retrouve à participer à un vol habité vers la planète 14 (les nouvelles planètes sont numérotées d’après leur découverte&amp;nbsp;; la Terre possède le numéro 1). Sa compagne Margarita, réticente à le voir partir, se retrouve à faire partie du voyage. Voilà le couple lancé vers les étoiles. La planète 14 s’avère peuplée&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Avec effroi, [Almagro] se dit que ce n’étaient pas des hommes mais des oiseaux, de grande taille et recouverts de plumes. (…) Autour du bec, ils avaient un visage pas très différent du nôtre, et sous leurs plumes ils cachaient des bras courts, pourvus de mains. Avec les plumes qui les recouvraient, ils n’avaient sans doute jamais eu besoin d’inventer les habits.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Hormis ce point de détail, la planète 14 ressemble en tout point à la Terre, et c’est à peine si la ville où se rend Almagro diffère du quartier Palermo à Buenos Aires. Almagro et Margarita se sont retrouvés séparés à l’atterrissage, et le premier n’a de cesse de chercher sa compagne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l’œuvre de Bioy Casarès a flirté plus souvent qu’à son tour avec les littératures de l’imaginaire, &lt;strong&gt;Un Autre Monde&lt;/strong&gt; relève de la plus pure science-fiction. Quoique à la sauce ABC, avec une désinvolture concernant la quincaillerie SF pas éloignée de Bradbury. Pourquoi s’embêter à parler du mode de propulsion de la fusée spatiale&amp;nbsp;? C’est une fusée spatiale, point barre. L’auteur s’intéresse moins à l’exploration de ce nouveau monde qu’à la quête de Javier pour retrouver sa chère et tendre. Les démêlés du héros avec les hommes-oiseaux rappellent &lt;strong&gt;La Plan&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ète des singes&lt;/strong&gt;, de loin. Le roman – en fait, plutôt une nouvelle – se révèle d’un intérêt faible, et constitue une curiosité à réserver à ceux voulant tout lire d’ABC.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-j-autremonde.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-j-autremonde.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: tout se trouve dans l’omnibus des romans d’ABC&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui, quand même&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>I comme L'Invincible</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/08/I-comme-L-Invincible" rel="alternate" type="text/html" title="I comme L'Invincible" />
      <id>urn:md5:182207a0d4a9556d65a0fdad1f538418</id>
      <published>2017-02-08T14:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-02-08T14:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt;Eden&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on poursuit notre exploration des œuvres de Stanislas Lem avec &lt;strong&gt;L'Invincible&lt;/strong&gt;. Dans ce roman de 1964, l'auteur polonais met un équipage humain en prise avec une forme de vie et d'intelligence radicalement autre… N'y a-t-il d'autre possibilité que la confrontation&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Invincible [Niezwyciezony], Stanislas Lem, roman traduit du polonais par Anna Posner. Presses Pocket, coll. «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;», 1972 [1964]. 224 pp. Poche.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Et l’on poursuit notre exploration de l’œuvre de Stanislas Lem, en faisant quelques entorses d’ordre alphabétique à la lecture chronologique des œuvres de l’auteur&amp;nbsp;: lorsque &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invincible&lt;/strong&gt; sort en 1964, Lem a déjà publié &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; ainsi que &lt;strong&gt;Retour des &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Mémoires trouvés dans une baignoire&lt;/strong&gt; (ces deux derniers feront l’objet de billets ultérieurs dans ce tour d’abécédaire).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la différence de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden&quot;&gt;&lt;strong&gt;Éden&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ou &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, dont le titre fait référence à la planète théâtre des événéments, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invincible&lt;/strong&gt; est ici un vaisseau spatial – l’un des meilleurs vaisseaux de guerre qu’il soit. Gigantesque et surarmé, ce croiseur de seconde classe est censément à même de faire face à bon nombre de périls.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-i-cover-pl.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-i-cover-pl.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lors d’un début rappelant celui d'&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; (de loin), on voit les astronautes de l’ &lt;em&gt;Invincible&lt;/em&gt; s’éveiller&amp;nbsp;: le vaisseau se dirige vers la planète Régis III, où l’on suppose que le &lt;em&gt;Condor&lt;/em&gt;, jumeau de l’ &lt;em&gt;Invincible&lt;/em&gt;, a disparu. Planète éclairée par une géante rouge moribonde, Régis III a tout du monde mort&amp;nbsp;; ses continents sont déserts, et c’est à peine si on y trouve des traces de vie. En revanche, curieusement, la vie subsiste dans les océans mais les créatures marines ont une crainte inexpliquée de tout ce qui provient de la surface. Retour à la surface, justement&amp;nbsp;: l’équipage de l’&lt;em&gt;Invincible&lt;/em&gt; y remarque, outre de la roche et du sable, des concrétions métalliques à l’origine inexplicable, et finit par découvrir l’épave du &lt;em&gt;Condor&lt;/em&gt;, curieusement amochée, comme avec un papier de verre géant. À bord du vaisseau ne reste plus qu’un unique survivant, au cerveau hélas lavé… De fil en aiguille, l’équipage finit par supposer l’existence d’une «&amp;nbsp;nécrosphère»&amp;nbsp;: des essaims de machines auto-réplicantes, dépourvues de but après la mort de leurs créateurs des millions d’années plus tôt, ayant fini par entrer en compétition avec les espèces animales puis contre elles-mêmes, jusqu’à aboutir à une division en deux «&amp;nbsp;espèces&amp;nbsp;», un embranchement végétal (formé par les concrétions) et un embranchement animal (les essaims), cette dernière ayant fini par emporter le conflit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-i-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-i-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pourquoi le terme «&amp;nbsp;nécrosphère&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Parce que ces choses ne sont pas vivantes au sens strict du terme, il s’agit là «&amp;nbsp;d’une nécro-évolution, une évolution de la matière non-vivante&amp;nbsp;» (p. 169) Les scientifiques à bord de l’Invincible élaborent des hypothèses, se basant sur d’hypothétiques extraterrestres ayant créé des macro-automates ainsi que ces minuscules créatures métalliques&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il est tout de même extraordinaire que des créatures dotées d’une intelligence supérieure, autrement dit ces macro-automates, n’aient pas eu le dessus […]. Ce serait là une exception qui confirme la règle qui veut que l’évolution aille dans le sens de la complication, du perfectionnement de l’homéostase… les questions de l’information, de son utilisation.&lt;br /&gt;
– Ces automates n’avaient pas la moindre chance précisément parce que, dès le début, ils étaient si hautement développés et si compliqués […].&amp;nbsp;» (p. 126)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’un point de vue romanesque, &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt; est un roman passablement dépouillé, au même titre qu’&lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: le contexte extérieur est tout juste esquissé, l’essentiel de l’intrigue se déroule sur Régis III&amp;nbsp;; même s’ils ne sont pas tout à fait interchangeables, les membres d’équipage n’ont guère d’importance et aucun ne reste durablement en mémoire (au moins ont-ils des noms, à l’inverse d’&lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;). Sur plusieurs aspects, le roman accuse son âge&amp;nbsp;: les bibliothèques de livres à bord de l’astronef, le fait de se poser directement sur Régis III sans préférer une petite reconnaissance orbitale, un équipage uniquement masculin, à se demander qu’il est advenu de l’autre moitié de la population humaine…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au-delà de ses défauts formels, &lt;strong&gt;L’Invincible&lt;/strong&gt; vaut surtout pour sa thématique. En 1964, le thème des machines auto-réplicantes n’est pas nouveau dans la science-fiction, et &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Self-replicating_machine#In_fiction&quot;&gt; Wikipedia &lt;/a&gt; fait remonter leur apparition à 1943 avec la nouvelle «&amp;nbsp;M33 in Andromeda&amp;nbsp;» d’A.E. Van Vogt, qui formera les derniers chapitres de &lt;strong&gt;La Faune de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’espace&lt;/strong&gt;. Néanmoins, si l’on se fie à la liste fournie par l’encyclopédie collaborative, Lem est le premier à les faire figurer au sein d’un roman, fût-il bref. Par la suite, ces machines envahiront également la science-fiction, des «&amp;nbsp;Berserkers&amp;nbsp;» de Fred Saberhagen aux «&amp;nbsp;Inhibiteurs&amp;nbsp;» d’Alastair Reynolds en passant par &lt;strong&gt;Spin&lt;/strong&gt;. Cette même liste wikipédienne y rajoute avec enthousiasme les virus informatiques&amp;nbsp;: bon, c’est pousser le bouchon un peu plus loin. Bref, Lem présente ces machines auto-réplicantes comme un danger si laissées à elles-mêmes. Surtout, il questionne les notions de vie, d’évolution et d’intelligence&amp;nbsp;: peut-on considérer vivant un objet capable de s’auto-répliquer&amp;nbsp;? Sur Terre, la question se pose au sujet des virus. Peut-on également considérer intelligent des créatures inertes, idiotes seules mais capables de stratégies réunies en grand nombre&amp;nbsp;? La vie biologique est-elle une finalité&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans surprise, la communication avec la nécrosphère est impossible. Comment raisonner avec quelque chose qui n’est pas intelligent, ou plutôt, dont la forme d’intelligence défie les humains. C’est l’occasion pour Lem de déployer toute une quincaillerie science-fictive, à savoir l’arsenal défensif de l’&lt;em&gt;Invincible&lt;/em&gt; comportant notamment une sorte de tank automatisé doté d’un terrifiant canon à antimatière. Une telle pyrotechnie surprend de prime abord – ce n’est pas l’action qui étouffe Solaris – mais on se souviendra que &lt;strong&gt;Feu V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;énus&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt; ne sont pas dénués de combats lourds. À propos du tank affrontant le nuage de machines autoréplicantes&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Si les attaquants avaient été des créatures humaines, le massacre qu’ils subissaient auraient sans doute contraint les rangs suivants au seuil de l’enfer déchaîné. Mais le mort combattait le mort […].&amp;nbsp;» (p. 154)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Enfin, Lem fait se questionner les humains face à leurs propres actions et celles de l’essaim&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est tout à fait que si les autres [du &lt;em&gt;Condor&lt;/em&gt;] avaient été tués par un orage ou un tremblement de terre. Aucune intention consciente, aucune pensée hostile ne se sont dressées sur notre route. Un processus inerte d’auto-organisation… est-ce que ça vaut la peine de gaspiller toutes nos forces et toute notre énergie afin d’anéantir cette chose […]&amp;nbsp;? Combien de phénomènes semblables, stupéfiants, échappant à la compréhension humaine, le Cosmos ne renferme-t-il pas&amp;nbsp;? Est-ce que nous devons partout nous rendre avec cette énorme puissance de destruction à bord de nos navires, afin de briser tout ce qui est contraire à notre façon de comprendre&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 169)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le roman se termine sans réelle conclusion, Lem laissant le lecteur aussi désemparé que les membres d’équipage de l’&lt;em&gt;Invincible&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>H comme L'Horloger du rêve</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/06/H-comme-L-Horloger-du-reve" rel="alternate" type="text/html" title="H comme L'Horloger du rêve" />
      <id>urn:md5:da64371ca537c5185481b9445a48935e</id>
      <published>2017-02-06T11:28:00+01:00</published>
              <updated>2017-02-06T14:24:57+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/05/V-comme-Le-Vaisseau-de-pierre&quot;&gt; &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, disque où Tri Yann mettait en musique la BD de Bilal et Christin, poursuivons notre exploration des liens entre bande dessinée et musique, avec &lt;strong&gt;L'Horloger du rêve&lt;/strong&gt;, mise en musique par Bruno Letort des Cités obscures imaginées par Schuiten et Peeters…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Horloger du rêve – Explorations sonores dans les Cités Obscures, Bruno Letort (2013). 19 morceaux, 66 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/05/V-comme-Le-Vaisseau-de-pierre&quot;&gt; &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , disque où Tri Yann mettait en musique la BD de Bilal et Christin, poursuivons notre exploration des liens entre bande dessinée et musique. Dans le numéro hors-série de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;La Science-fiction en bande dessin&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt;, notre ami Jean-Pierre Lion s’est penché sur l’œuvre majeure de Schuiten et Peeters, le cycle des Cités Obscures. Loin de se cantonner aux seules cases des (superbes) albums dessinés par Schuiten, le monde obscur a également investi notre univers via deux autres portes&amp;nbsp;: le cinéma, avec&lt;em&gt;Le Dossier B&lt;/em&gt;, et la musique, avec le présent &lt;em&gt;Horloger du R&lt;/em&gt;&lt;em&gt;êve&lt;/em&gt;, collaboration avec le compositeur Bruno Letort. Guitariste et orchestrateur féru de pluridisciplinarité, Letort a publié quelques albums en solo, travaillé régulièrement du côté de France Culture et œuvré tant pour la danse que le théâtre ou le cinéma… et donc la bande dessinée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-h-livre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-h-livre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-h-livre_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous-titré «&amp;nbsp;Explorations sonores dans les Cités Obscures&amp;nbsp;», &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Horloger du rêve&lt;/em&gt; doit son son titre au beau-livre &lt;strong&gt;Fran&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;çois Schuiten, l’horloger du rêve&lt;/strong&gt; de Thierry Bellefroid, paru en novembre 2013. L’album emprunte une partie de ces morceaux à un précédent album, &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Affaire Desombres&lt;/em&gt;, qui consiste en une transposition de &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Enfant penchée&lt;/em&gt;, BD datant de 1996 où l’on suit parallèlement la vie compliquée de Mary, attirée par une force de gravité autre que celle du monde obscur, et les efforts du peintre Desombres dans son atelier situé dans une maison abandonnée quelque part du côté de l’Aubrac. Divisé en trois parties, &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Affaire Desombres&lt;/em&gt; possède en son cœur une succession de six morceaux formant une exploration musicale des Cités obscures. Bruno Letort a régulièrement mis en musique des expositions et scénographies de François Schuiten&amp;nbsp;: l’exposition &lt;em&gt;Le Transsib&lt;/em&gt;&lt;em&gt;érien&lt;/em&gt; en 2005, &lt;em&gt;La Th&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éorie du grain de sable&lt;/em&gt; en 2008, &lt;em&gt;Souvenirs de l'&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éternel présent&lt;/em&gt; en 2009, et il est permis d’imaginer, au vu des titres des morceaux de l’album, que des extraits de ces œuvres figurent dans cet &lt;em&gt;Horloger du r&lt;/em&gt;&lt;em&gt;êve&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-h-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-h-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-h-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Du côté des interprètes, &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Horloger du rêve&lt;/em&gt; fait tantôt appel à l’Orchestre National de Radio France, tantôt à Procédé Rodesco-Letort ou Cube Project. Je n’ai pas réussi à déterminer si ces deux dernières formations sont des alias pour Bruno Letort, la documentation sur le web étant passablement succincte à ce sujet&amp;nbsp;; disons seulement que Procédé Rodesco-Letort et Cube Project sont uniquement associés à Bruno Letort et ses collaborations avec Schuiten.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/z_h8C4h6f2s?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’Horloger du rêve&lt;/em&gt; commence justement par une partie cette séquence. «&amp;nbsp;Urbicande&amp;nbsp;» introduit l’album&amp;nbsp;: une cavalcade de violons et de clarinette pour signifier la prolifération croissante de ce réseau cubique qui envahit la ville dans &lt;em&gt;La Fièvre d’Urbicande&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;L’Affaires Désombres&amp;nbsp;» commence de manière similaire, avant que le sond chaud et rond d’une basse électrique vienne soutenir l’orchestre de chambre. «&amp;nbsp;Samaris&amp;nbsp;» est forgé dans le même moule. Pièce plus inquiétante, «&amp;nbsp;Brüsel&amp;nbsp;» se caractérise par une approche plus dissonnante, lorsque des sons industriels déboulent — manière de symboliser soniquement le bruxellisme&amp;nbsp;? Retour à un calme relatif, avec les cordes amples de «&amp;nbsp;La Fille penchée&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Le Désert des Somonites&amp;nbsp;», du nom de ce désert au cœur du Continent obscur, change d’ambiance du tout au tout, avec ses sonorités plus électroniques&amp;nbsp;: pas de doute, on est vraiment ailleurs. Intervient de manière plutôt inopinée une voix qui, en anglais, s’exprime sur quelque sujet. Très proche du drum’n’bass, le morceau s’apaise ensuite sans pour autant délaisser ses sons étranges.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Qene5O4AamA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au cœur du disque se trouve le triptyque «&amp;nbsp;Maison Autrique&amp;nbsp;», qui, en trois mouvements, dépeint cette maison conçue par l’architecte belge Victor Horta, fer de lance de l’Art Nouveau, à destination d’un certain Eugène Autrique. Maison ayant été transformée en musée dont l’aménagement fut confié à nuls autres que Schuiten et Peeters… Tout est lié, mais il reste dommage que cette exploration de la Maison Autrique soit si brève.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Carnet graphite&amp;nbsp;» est porté par une ambiance onirique, sorte de déambulation dans l’univers musical de quelque tribu vivant au cœur du Continent obscur. Retour à l’instrumentation classique avec le «&amp;nbsp;Portrait d’Axel Wappendorf&amp;nbsp;», aux cordes soyeuses et inquiètes, et «&amp;nbsp;Souvenirs de l’éternel présent&amp;nbsp;», qui poursuit dans cette lignée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/aACgaJJj7A8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une ambiance ferroviaire intense déboule avec «&amp;nbsp;La Douce&amp;nbsp;», dont la rythmique se calque sur le staccato d’un train&amp;nbsp;; et d’un rien, on se retrouve soudain embarqué à bord d’un train fou. Las&amp;nbsp;! Le morceau prend fin au bout d’une minute et demi, laissant l’auditeur un tantinet sur sa faim. Vient ensuite «&amp;nbsp;Quai des Orfèvres&amp;nbsp;», de nouveau une pièce aux cordes aussi douces qu’anxiogènes. Pièce la plus longue du disque avec ses sept minutes, jouée par l’Orchestre National d’Urbicande, «&amp;nbsp;Urbanologie&amp;nbsp;» poursuit dans cette voie. Toujours interprété par le même orchestre obscur, «&amp;nbsp;La Théorie du grain de sable&amp;nbsp;» égrène une rythmique électronique le son d’un morceau hélas trop court. Suit «&amp;nbsp;Chamanik (Suite sibérienne)&amp;nbsp;», aux rythmes à la fois tribaux et électro, qui monte inexorablement en puissance au son de violons qui s’excitent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’Horloger du rêve&lt;/em&gt; se conclut par deux extraits d’&lt;em&gt;Un Op&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éra pictural&lt;/em&gt; (une autre collaboration Schuiten/Peeters/Letort), avec deux pièces consacrées aux peintres Émile Claus et René Magritte, deux morceaux plus atmosphériques et rêveurs…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quid de l’architecture dans cet &lt;em&gt;Horloger du r&lt;/em&gt;&lt;em&gt;êve&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? En tant que tel, par sa nature de compilation, l’album tient de la chimère, comme un bâtiment mariant les styles architecturaux. L’unité est moins musicale que thématique, et (pour votre serviteur qui est attaché à la notion d’album comme construction) c’est un peu dommage. Il est dommage que les disques dont proviennent ces morceaux soient introuvables. Néanmoins, prises une par une, les pièces fonctionnent, leur tonalité mêlant instrumentation classique et sonorités plus modernes se mettant au diapason de l’œuvre dessinée de Schuiten, au trait classique mais dépeignant des folies architecturales et citadines comme on n’en verra guère sur nos continents terriens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, cette «&amp;nbsp;Exploration sonore des Cités obscures&amp;nbsp;» forme un complément musical agréablement surprenant au cycle imaginé par Schuiten et Peeters, et constitue sûrement la bande-son idoine à un ouvrage tel que le &lt;strong&gt;Guide des cit&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;és obscures&lt;/strong&gt;. On recommande l’écoute.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-h-trainworld.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-h-trainworld.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-h-trainworld_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;(La collaboration entre Letort et Schuiten s’est poursuivie récemment avec&lt;em&gt;Trainworld, sonographies de Bruno Letort pour la sc&lt;/em&gt; &lt;em&gt;énographie de François Schuiten&lt;/em&gt;. Paru en mars 2016, cet album (où l’on retrouve «&amp;nbsp;La Douce&amp;nbsp;») propose une très belle exploration sonore du travail entamé par Schuiten avec sa BD &lt;em&gt;Irma la douce&lt;/em&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>G comme Die Goldene Kugel</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/03/G-comme-Die-Goldene-Kugel" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Die Goldene Kugel" />
      <id>urn:md5:9cee3956f647c86cfafd67e6fc0f069d</id>
      <published>2017-02-03T15:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-02-03T15:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil de cet Abécédaire, on s'est déjà intéressé à plusieurs reprises à la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/19/M-comme-Die-Macht-der-Drei&quot;&gt;science-fiction de langue allemande&lt;/a&gt;… datant tant de l'Empire allemande que la République de Weimar. À partir de 1949, l'Allemagne a donc été divisée en deux&amp;nbsp;: il est temps de s'intéresser aux productions science-fictives de la RDA, avec ici &lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt; de Ludwig Turek, premier roman de SF est-allemand…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Die Goldene Kugel – Phantastischer Kurzroman um Atomkraft und Weltraumschiffe, Ludwig Turek. Dietz Verlag Berlin, 1949. Gdf. 172 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ce qu’il y a d’intéressant avec certains domaines, c’est d’être finis. Ils possèdent un début et une fin identifiés, et un contenu dénombrable. La science-fiction est-allemande en relève – à la perfection. On peut en donner la date de naissance, le 7 octobre 1949, avec la fondation de la République Démocratique Allemande, et la fin, le 9 novembre 1989, avec la disparition du même État. Les études sur la SF est-allemande existent mais sont rares, et si votre serviteur a commis un mémoire de master 1 au genre (sous l’angle spécifique de la figure des extraterrestres), on peut également citer d’autres œuvres plus sérieuses quoique malheureusement guère trouvables&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Science Fiction Literature in East Germany&lt;/strong&gt; (2006) de Sonja Fritzsche et surtout &lt;strong&gt; Vorgriff auf das Lichte Morgen. Studien zur DDR-Science-Fiction &lt;/strong&gt; (1995) d’Angela et Karlheinz Steinmüller, couple d’auteurs est-allemands. De fait, la SF est-allemande a existé en parallèle d’une SF ouest-allemande, sans que les deux ne se mêlent pour autant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt; − «&amp;nbsp;La Sphère dorée&amp;nbsp;» en français−, de Ludwig Turek (1898-1975), a l’insigne honneur d’être le premier roman de SF publié en Allemagne de l’Est. Avec une sortie en 1949, cela en fait le premier ouvrage du genre à avoir été publié dans la toute jeune République Démocratique Allemande (je n'ai pas réussi à retrouver la source, mais il me semble que le livre est paru un peu avant le 7 octobre 49 ; les mentions légales précisent seulement que le livre est paru avec l'accord de l'administration militaire soviétique). De fait, le sous-titre «&amp;nbsp;Phantastischer Kurzroman um Atomkraft und Weltraumschiffe&amp;nbsp;» (roman court fantastique au sujet de l’énergie nucléaire et de vaisseaux spatiaux) ne laisse guère de place à l’ambiguité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-g-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-g-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-g-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un petit résumé&amp;nbsp;: dans un contexte de tensions grandissantes entre les États-Unis et l’URSS, une nouvelle étoile est découverte. Une nouvelle étoile&amp;nbsp;? Celle-ci s’approche cependant bien trop rapidement de la Terre. Comme elle survole le territoire américain, elle provoque des scènes de panique dans la population effarée. Seules quelques âmes gardent la tête froide − il s’agit de nos héros&amp;nbsp;: un journaliste, sa petite amie, et un poète, d’obédience communiste, dont les œuvres subversives sont censurées par le gouvernement – Upton Britten (dont le prénom évoque irrésistiblement l’écrivain &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Upton_Sinclair&quot;&gt; Upton Sinclair &lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’astre voyageur se révèle être une gigantesque sphère en or, qui se pose aux alentours de New-York. Les financiers voient en ce vaisseau spatial une manne dorée de quatre kilomètres de diamètre, mais à peine ont-ils la velléité d’extraire cet or qu’ils se retrouvent soudain avec le visage tout vert et la maturité mentale d’un enfant de cinq ans. Après quoi, les militaires s’y mettent, mais de la sphère surgissent des myriades de fourmis mécaniques, contre lesquelles les soldats ne peuvent guère lutter. Heureusement, le poète intervient pour faire comprendre au général sa folie. Celui-ci écoute et remercie chaleureusement l’homme de lettres. C’est alors que la sphère émet de la lumière − il fait jour en pleine nuit − ainsi qu’une musique céleste (la musique des sphères&amp;nbsp;!), qui chavire le cœur de tout le monde aux alentours. Une voix se fait entendre&amp;nbsp;: « Terriens, frères par notre mère commune le soleil, qui nommez ce vaisseau la Sphère Dorée, laissez-nous vous parler&amp;nbsp;: nous venons de l’astre qui, dans votre langue, porte le nom de Vénus.&amp;nbsp;» Bref, les Vénusiens sont venus sur Terre car les humains jouent avec des jouets dangereux, à savoir les armes atomiques, et ce serait idiot de s’autodétruire. Ils invitent une poignée d’humains à monter à bord de leur vaisseau – le journaliste, son amie, un astronome, le poète, le général, et un prisonnier qui avait eu le malheur d’être le leader d’un mouvement de grève.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la Sphère, les Vénusiens procèdent à une visite guidée. Ils sont beaux, intelligents, raisonnables&amp;nbsp;; entre eux règne une belle égalité hommes-femmes&amp;nbsp;; ils ne parlent plus qu’une seule langue unifiée afin d’éviter les malentendus. Ils possèdent également une formidable machine capable de lire et enregistrer les pensées de tout un chacun sur Terre. C’est ainsi que sont retransmises au monde entier les pensées mauvaises et mercantiles des méchants − des lobbyistes, des directeurs de trusts financiers, etc. Les gens se rendent alors compte qu’ils sont dirigés par des individus avides d’argent et de de pouvoir… Il faut faire la révolution &amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au micro de la Sphère Dorée, en diffusion planétaire, le poète Upton Britten tient alors un discours vibrant d’émotion, long plaidoyer pour la fin du capitalisme et du militarisme, éloge d’une nouvelle fraternité interplanétaire, qu’il conclut par ces mots&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ich schlage vor, die Goldene Kugel, ein Symbol des Friedens und der wirklichen volksdemokratischen Freiheit, als neuen roten Stern in unser Banner aufzunehmen.&lt;br /&gt;
Je propose de faire de la Sphère Dorée un symbole de la paix et de la véritable liberté populaire et démocratique, et de l’élever comme nouvelle étoile rouge dans notre bannière.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tout est ainsi bien qui finit bien. Le roman s’achève à la veille de la révolution mondiale, à l’aube d’une ère de paix interplanétaire et de lendemains qui chantent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Niais&amp;nbsp;? Naïf&amp;nbsp;? Le résumé de votre serviteur ne rend peut-être pas honneur à ce roman. On ne peut toutefois douter des bonnes intentions de l’auteur&amp;nbsp;: communiste, brièvement membre de la Ligue spartakiste puis membre du PC allemand, il vécut pendant deux ans (1930-32) en Union soviétique avant de fuir l’Allemagne nazie en 1933. Il revient cependant en Allemagne dès 1940 mais vit dans l’illégalité. Il commence à publier en 1947 et poursuivra son œuvre littéraire jusqu’à sa mort, en 1975. &lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt; représente son unique incursion en science-fiction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien sûr, il faut aussi remettre &lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt; dans son contexte&amp;nbsp;: en 1949, alors que la RDA vient juste de naître sur le secteur allemand occupé par les Russes, les tensions continuent de grandir entre les blocs américains et soviétiques. Ce que craint l’auteur, il l’explique dans sa «&amp;nbsp;postface nécessaire&amp;nbsp;», c’est que tombent du ciel non pas des vaisseaux mais des bombes atomiques. Seule une plus grande puissance pourrait calmer le jeu, et Ludwig Turek n’hésite pas à doter ses Vénusiens d’outils surpuissants… mais porteurs potentiels des germes d’une effroyable dictature, comme la machine à lire et enregistrer les pensées, ou les rayons Wasa permettant de verdir le visage des méchants. Pour le coup, ces derniers sont identifiés et identifiables, en raison du manichéisme patent de ce roman (l’argent et le capital, c’est le mal). Néanmoins, ce roman se présente donc comme un message d’espoir en des temps alors incertains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut également le lire comme un anti-&lt;strong&gt;Guerre des mondes&lt;/strong&gt; &amp;nbsp;: à la place des Martiens agressifs de Wells, Turek propose des Vénusiens bienveillants (un peu trop), sous lesquels il ne sera pas difficile de voir une métaphore de l’Union soviétique. Le roman de Turek rappelle également &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt; &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Kurd Lasswitz&amp;nbsp;: des extraterrestres humanoïdes plus puissants technologiquement, qui mettent la pâté aux peuples belliqueux avant d’aider à asseoir une paix globale. (De fait, les textes expérimentaux de Paul Scheerbart, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt; &lt;strong&gt;Lesab&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;éndio&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; , et d’Alfred Döblin, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/19/B-comme-Berge-Meere-und-Giganten&quot;&gt; Berge Meere und Giganten &lt;/a&gt; , ne semblent pas avoir eu vraiment de descendance, et ce roman de Turek assume pleinement sa vocation populaire.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tant de bonnes intentions suffisent-elles à faire un bon roman&amp;nbsp;? Dans ce cas précis, pas vraiment – le texte de Turek pèche par son manichéisme et s’avère aujourd’hui assez vieillot (mais moins que le pénible &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/19/M-comme-Die-Macht-der-Drei&quot;&gt; &lt;strong&gt;Die Macht der drei&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Hans Dominik). &lt;strong&gt;Die Goldene Kugel&lt;/strong&gt; a surtout un intérêt archéologique. C’est déjà ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: pas loin, d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas vraiment&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Confirmation</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/01/La-Confirmation" rel="alternate" type="text/html" title="La Confirmation" />
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      <published>2017-02-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-01T10:28:39+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Laurent Kloetzer</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-confirmation-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/kloetzer-confirmation-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cinquante-sept ans après le Satori, qui a provoqué la disparition des trois-quarts de l'humanité, les survivants continuent de s'organiser, vaille que vaille. Mais dans les Cévennes rôde la terrifiante Dame des moissons… Dans la lignée de &lt;strong&gt;Anamnèse de Lady Star&lt;/strong&gt;, Laurent Kloetzer continue avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/laurent-kloetzer/la-confirmation&quot;&gt;La Confirmation&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; — couronnée par le &lt;a href=&quot;https://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=16&amp;amp;t=7056&quot;&gt;Prix des lecteurs &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 2016&lt;/a&gt; — de bâtir sa description toute personnelle d'un futur post-apocalyptique à nul autre pareil.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;introtexte&quot;&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Laurent Kloetzer&lt;/a&gt;, parue dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-83&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;83&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/la-confirmation&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 28 février 2017. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-confirmation-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/kloetzer-confirmation-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration © Romain Étienne&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Une brève histoire du tunnel Transpacifique</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/02/01/Une-breve-histoire-du-tunnel-Transpacifique" rel="alternate" type="text/html" title="Une brève histoire du tunnel Transpacifique" />
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      <published>2017-02-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-01T10:28:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Ken Liu</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;liu-tunnel-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/liu-tunnel-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui se souvient du &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/ken-liu/une-breve-histoire-du-tunnel-transpacifique&quot;&gt;Tunnel Transpacifique&lt;/a&gt;, ce projet fou qui a relancé l'économie mondiale au lendemain de la crise financière de 1929&amp;nbsp;? Dans sa nouvelle, couronnée par le &lt;a href=&quot;https://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=16&amp;amp;t=7056&quot;&gt;Prix des lecteurs Bifrost 2016&lt;/a&gt;, Ken Liu nous propose un rappel des événements au travers du vécu de l'un de ceux qui ont participé à sa construction… sans oublier les à-côtés tragiques de l'histoire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ken-liu/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Ken Liu&lt;/a&gt;, parue dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-83&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;83&lt;/a&gt; et traduite de l'anglais (US) par Pierre-Paul Durastanti, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ken-liu/une-breve-histoire-du-tunnel-transpacifique&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 28 février 2017. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;liu-tunnel-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/liu-tunnel-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h5 style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Illustration © Jubo&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>F comme Les Fous</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/30/F-comme-Les-Fous" rel="alternate" type="text/html" title="F comme Les Fous" />
      <id>urn:md5:c99c1b104ddc5288fb66b2429206e9aa</id>
      <published>2017-01-30T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-01-30T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec son cinquième long-métrage, &lt;strong&gt;Les Fous&lt;/strong&gt;, inspiré tant par Edgar Allan Poe que le Marquis de Sade, le cinéaste tchèque Jan Švankmajer nous proposait une allégorie au sujet de notre réalité, pas la plus réjouissante qui soit…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Fous [Šílení], Jan Švankmajer (2005). 114 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les Fous&lt;/em&gt; , également titré &lt;em&gt;D&lt;/em&gt;&lt;em&gt;émence&lt;/em&gt; sous nos latitudes, est le cinquième film de Jan Švankmajer, réalisateur tchèque moins prolifique que prodige, après une ribambelle de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/23/J-comme-Jabberwocky&quot;&gt; courts-métrages &lt;/a&gt; , le formidable &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt; &lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , le très bon &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/09/F-comme-Faust&quot;&gt; &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; , le dérangeant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/22/C-comme-Les-Conspirateurs-du-plaisir&quot;&gt; &lt;em&gt;Conspirateurs du plaisir&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; et le grotesque-burlesque &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/08/O-comme-Otesanek&quot;&gt; &lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; . Dans la lignée des précédentes œuvres, relevant à divers degrés de l’adaptation d’œuvres existantes, le film tire ici sa substance de deux nouvelles d’Edgar Allan Poe&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;L'Enterrement prématuré&amp;nbsp;», avec en sus l’influence du Marquis de Sade, à qui le réalisateur, de son propre aveu, emprunte quelques motifs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-f-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film débute par une introduction de Švankmajer &lt;em&gt;himself&lt;/em&gt;, qui émet un avertissement au spectateur&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Mesdames et Messieurs, le film que vous allez voir est un film d'horreur, avec tout ce que ce genre implique de bas. Il ne s'agira donc pas d'art. D'ailleurs, l'art est déjà presque mort. Il a été supplanté par des réclames publicitaires vantant le reflet de Narcisse à la surface de l'eau. Prenez ce film comme un hommage infantile à Edgard Allan Poe, à qui j'ai emprunté certains motifs, ainsi qu'au Marquis de Sade, de qui le film tire son ton blasphématoire et quelques idées subversives. Le sujet de ce film n'est rien de moins qu'un débat idéologique sur la façon de diriger un asile d'aliénés. Il y a, en effet, deux manières de gérer ce type d'institution, toutes les deux aussi extrêmes. L'une est la liberté absolue &amp;nbsp;; l'autre la méthode conservatrice, celle bien connue du contrôle et des châtiments. Mais il en existe une troisième qui combine et cumule les pires aspects des deux autres. Et c'est là l'asile dans lequel nous vivons.»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voici Jean Berlot, un jeune homme qui, depuis le récent décès de sa mère dans un asile, a une tendance à faire un même cauchemar&amp;nbsp;: deux infirmiers patibulaires s’approchent pour le saisir avec une camisole de force, le forçant à se défendre coûte que coûte avec tout ce qui lui tombe sous la main. Si les infirmiers sont imaginaires, les dégâts sont eux bien réels. Lors d’une nuit dans une auberge, Jean dévaste ainsi sa chambre, et un étrange individu, se faisant passer pour un marquis, décide de payer pour la casse et de prendre en charge le jeune homme. Bientôt, Jean arrive au château du Marquis, dont il devient l’hôte plus ou moins reconnaissant. La nuit tombée, l’invité est témoin d’une scène étrange&amp;nbsp;: dans une chapelle, le Marquis blasphème et fait subir des déprédations à une statue du Christ, tandis que trois jeunes femmes, nues sous leur tunique de nonne, bouffent puis baise, le tout sous les yeux d’une rouquine qui semble être présente contre son gré. Le lendemain, Berlot insiste pour quitter les lieux mais le Marquis, après une longue diatribe contre Dieu (très inspirée des écrits du Marquis de Sade, &lt;strong&gt;Justine&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Philosophie dans le boudoir&lt;/strong&gt; en tête), subit une crise cardiaque&amp;nbsp;; avec l’aide du valet muet, il met en terre le vieil homme. Quelle n’est pas sa surprise de le voir, en pleine forme, le lendemain matin. Et le Marquis d’expliquer sa hantise d’être enterré vivant comme le fut sa mère. Il propose alors à son invité de vivre pareille thérapie&amp;nbsp;: Jean craint les hôpitaux psychiatriques&amp;nbsp;? Qu’il aille y faire un tour ! Le Marquis connaît justement le directeur d’une telle institution, le docteur Murlloppe qui administre d’une main bienveillante ses pensionnaires. Son credo&amp;nbsp;: les laisser faire. De fait, l’asile ressemble à une véritable basse-cour, peuplée de poules et de fous en liberté. Berlot hésite à rester mais ce qui le convainc est la présence de Charlotte, la jolie rouquine entraperçue plus tôt, et qui lui affirme être prisonnière ici, les patients ayant mené une révolution et enfermé l’ancien directeur, le docteur Coulmière, et son équipe d’infirmiers. Et le Marquis de mettre en garde Berlot contre Charlotte et ses mensonges. Entre la belle rouquine et l’irascible Marquis, qui croire&amp;nbsp;? De tous, qui est le plus fou&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Švankmajer himself&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le cauchemar de Jean Berlot&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img3.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jean Berlot&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img4.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Marquis en pleine séance de blasphème&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img5.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Marquis&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img6.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;À l'asile&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img7.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Charlotte&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img8.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le retour de l'ordre ancien&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans son introduction, Švankmajer présente &lt;em&gt;Les Fous&lt;/em&gt; comme un film d’horreur&amp;nbsp;: en fait, pas vraiment au sens strict du terme. Le cinéaste tchèque reste fidèle à lui-même et, visuellement, &lt;em&gt;Les Fous &lt;/em&gt;reste dans la lignée des films précédents, avec ses décors et accessoires usés, patinés, amochés, salis (intemporels, à nouveau). Des films précédents justement, on retrouve au casting Pavel Nový, déjà vu dans &lt;em&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt;, dans le rôle du serviteur muet. Sans oublier ce qui fait la marque de fabrique de Švankmajer&amp;nbsp;: l’animation. En parallèle de l’action en prise de vues réelles se jouent de nombreuses séquences d’animation joyeusement dérangeantes&amp;nbsp;: on y voit des morceaux de viande — et pas forcément les plus ragoûtants&amp;nbsp;: yeux, cervelle, intestins — se balader, prendre possession d’objets inanimés, et mimer à l’occasion des activités humaines, avec une féroce ironie. On y voir la poursuite du travail entrepris sur le (très court) court-métrage &lt;em&gt;Viandes amoureuses&lt;/em&gt; (1988)&amp;nbsp;; la métaphore est claire — nous sommes de la viande, aux instincts animaux, avec un fin vernis de civilisation.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img9.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-f-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-f-img10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le cadre des &lt;em&gt;Fous&lt;/em&gt; est flou&amp;nbsp;: s’agit-il de la France du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle ou bien de la République Tchèque des années 2000&amp;nbsp;? Des éléments de modernité apparaissent parfois, mais le monde du Marquis se situe dans un entre-deux — quelque peu à la manière du reste de la filmographie de Švankmajer, dont l’action se situe toujours dans un vague présent où infuse le passé. Le film fonctionne d’ailleurs sur quelques oppositions qui ne s’avèrent autre chose que des décalques&amp;nbsp;: les mauvais rêves de Berlot et une réalité non moins cauchemardesque&amp;nbsp;; la folie et les moyens de la traiter, guère raisonnables&amp;nbsp;; la débauche et la pruderie, incarnée par le même personnage de Charlotte&amp;nbsp;; la mort qui suinte dans la première partie contrastant avec le chaos plein de vie de la seconde… jusqu’au retour du docteur Coulmière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Allégorie à peine déguisée du monde réel, &lt;em&gt;Les Fous&lt;/em&gt; compare ce dernier à un asile d’aliéné et s’interroge sur la manière de le diriger, comparant deux extrêmes&amp;nbsp;: la liberté et le joyeux chaos créatif, ou bien l’apparence de la civilisation avec son lot de répression et de punition. Le film ne décide pas&amp;nbsp;: si l’asile, dirigé par Murlloppe, provoque gêne et répulsion chez notre prude Jean Berlot, le même lieu sous la dangereuse férule de Coulmière lui fait regretter l’ordre ancien. N’y a-t-il pas d’échappatoire&amp;nbsp;? La troisième que suggère Švankmajer dans son introduction, qui «&amp;nbsp;combine et cumule les pires aspects des deux premières&amp;nbsp;», à savoir notre monde, n’a rien de beaucoup réjouissant. Le propos des &lt;em&gt;Fous&lt;/em&gt; est intemporel, et conserve (hélas) toute sa pertinence à l’heure actuelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela étant, en dépit de tous ses aspects intéressants sur le papier, &lt;em&gt;Les Fous&lt;/em&gt; m’a paru moins réussi que les précédents films du cinéaste tchèque&amp;nbsp;: prenant son temps, le film juxtapose les deux nouvelles de Poe dont il s’inspire (la première partie s’inspire lointainement de « L’Enterrement prématuré&amp;nbsp;», tandis que la deuxième adapte «&amp;nbsp;Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume&amp;nbsp;»), avec comme fil conducteur le personnage du Marquis. Ennuyeux dans sa première heure, &lt;em&gt;Les Fous&lt;/em&gt; aurait gagné à trouver un rythme plus resserré&amp;nbsp;; heureusement, la seconde partie gagne en tonus. Si Pavel Liska dans le rôle de Jean Berlot est assez transparent (d’autant que le personnage n’évolue guère au cours du film), Jan Tríska, qui interprète le Marquis, fait des merveilles, rendant son personnage aussi détestable qu’attachant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche. S’il ne s’agit pas de la meilleure œuvre de Švankmajer, ce film plus cru (à l’image de la viande) que ses prédécesseurs vaut néanmoins le coup d’œil. Histoire de se souvenir de la nature timbrée dans lequel nous évoluons.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;À votre santé… mentale.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>De La Contrée à L’Atelier : Semaine 07</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/27/De-La-Contree-a-L-Atelier-7" rel="alternate" type="text/html" title="De La Contrée à L’Atelier : Semaine 07" />
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      <published>2017-01-27T16:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-01-27T16:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Semaine pour l’essentiel cymbalienne, tomtomesque, agnelesque et fraisienne. Ce n’était pas arrivé depuis bien longtemps et nous en sommes tout patachonnés du rétibule&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-J43.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-J43.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170127-J43_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 43&amp;nbsp;: Samedi 14 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Matinée consacrée à finir de tapisser l’une des chambres du premier étage. Il y a toujours trois agneaux dans le parc. Plusieurs autres mémères brebis ont l’air bien grosses&amp;nbsp;: on attend semble-t-il d’autres naissances.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dès que je sors pour aller faire du bois, un rouge-gorge vient se poser tout près et m’observe. Il a vite repéré l’endroit où nous déposons les miettes de pain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai trouvé l’énergie de nettoyer le bac à plantation, devant la fenêtre de L’Atelier. C’est bien, je t’en félicite, mon bon Francis&amp;nbsp;! Par contre, je n’ai pas encore sorti les éléments de batterie de leurs housses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-J44.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-J44.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170127-J44_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 44&amp;nbsp;: Dimanche 15 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Journée repos – ou peu s’en faut. Nettoyage des fûts de la batterie, qui avaient été emballés dans leurs housses de transports en mars dernier, en prévision d’un déménagement qui, mois après mois, n’a cessé d’être repoussé. Mais aujourd’hui, nous y sommes. J’avais rapidement empaqueté fûts, cymbales et accessoires (pieds, supports, etc.) et prend donc seulement maintenant le temps de tout remettre en état – il y a toujours des machins à resserrer, des trucs à lubrifier, des choses à nettoyer… c’est comme ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon set de base – grosse caisse, caisse claire, deux toms sur la grosse caisse et un tom basse sur pieds, avec une pédale charley et trois cymbales sur pieds – consiste en un matériel antédiluvien, ne portant, en ce qui concerne les fûts, aucune marque de fabrique. Curieusement, la grosse caisse et les toms ne sont pas équipés de peaux de résonance – elles n’ont pas été démontées, car il n’y a aucune marque d’anciennes coquilles sur les fûts, simplement il n’y en a jamais eu. Du coup, faute du cercle extérieur qui fait également office de renfort, la grosse caisse a pas mal travaillé et n’est plus tout à fait circulaire. Ça fait son petit effet&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette très vieille batterie m’a été donnée il y sept ou huit ans par un ami d’enfance, membre du premier groupe que nous avions monté ensemble, avec son frère et un voisin. L’ami a eu au cours de sa vie de musicien plusieurs batteries dont du haut de gamme, et ce vieux set, récupéré personne ne sait plus où, traînait dans un coin de son garage, inutilisé de longue date. Les fûts ont été équipés de peaux Remo – sans doute ce qu’il y a de mieux&amp;nbsp;; la caisse claire a une Coated Ambassador blanche en peau de frappe, les autres fûts sont montés avec des Pinstripe transparentes avec un cercle noir près du cercle. Dire que ça sonne est peu dire&amp;nbsp;! Tout est soigneusement réglé et accordé&amp;nbsp;: la caisse claire en D# (156 Hz), les toms en G (98 Hz) et B (123 Hz). Je crois me souvenir que le tom basse était également en D# mais je l’ai réaccordé en le baissant en C à 65Hz, afin de le caler sur le bourdon de la vielle à roue de ma compagne, à l’occasion d’un duo vielle/percussions que nous avons expérimenté l’an dernier. En fait, il est trop bas, la peau n’est plus assez tendue et le son a tendance à flotter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En réalité, les caractéristiques physiques de chaque fût (largeur, profondeur, nombre de plis, épaisseur et densité du bois) et de chaque peau (épaisseur, nombre de plis, densité) déterminent une bande de fréquences relativement étroite, dans laquelle «&amp;nbsp;Ça sonne&amp;nbsp;». Plus haut, le son est sec et fermé&amp;nbsp;; plus bas, il est mou et sans dynamique, flou et trop résonnant. C’est ce qui explique que l’immense majorité des batteurs n’accordent pas leur batterie selon des notes précises – qui plus est, on a affaire plutôt à des émissions spectrales que purement tonales, avec des tas d’harmoniques plus ou moins parasites, et il y a par ailleurs deux peaux à accorder, celle de frappe et celle de résonance, et dès que l’on touche à l’une on influence le rendu de l’autre&amp;nbsp;; globalement, accorder une batterie est assez fastidieux et réellement difficile, et ce pour un rendu sonore pas toujours évident. De fait, tout le monde ou presque se moque donc qu’une batterie soit accordée ou pas – du moment qu’elle sonne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Incidemment, ce constat nous encourage dans notre opinion que la plupart des batteurs sont davantage des bourrins que des musiciens&amp;nbsp;! Et cela nous renvoie à l’anecdote bien connue du chanteur expliquant que, dans son groupe, il y avait trois musiciens et un batteur…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la mesure où je ne joue jamais de la batterie sur scène – ou alors vraiment très occasionnellement, il y a bien longtemps, et ce n’était pas sur la mienne – je n’ai pas besoin de posséder un instrument puissant qui sonne comme une batterie de canons, avec un gros son portant haut et fort, bien musclé en harmoniques et qui vous triture les boyaux. Je ne me sers d’une batterie que dans le cadre de mes enregistrements en home-studio. Je souhaite donc un son aussi précis que possible, sans réverbération ni résonnance, susceptible d’être facilement capté avec un bon micro – puis travaillé à ma convenance, via un rack d’effets. Et si je souhaite une rythmique un peu complexe – et techniquement au-delà de mes compétences instrumentales – je l’enregistre piste à piste et passe le temps qu’il faut pour reconstituer l’ensemble au mixage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un jour que je parlais avec un batteur professionnel de ces histoires d’accordage – qu’il jugeait sans intérêt ni réel bien-fondé – il me fit remarquer qu’il ne pouvait tout de même pas changer l’accordage de ses fûts au milieu d’un concert, en fonction de la tonalité des morceaux&amp;nbsp;! En concert, non, bien sûr. Mais en studio, qu’est-ce qui l’empêche&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une modification d’accordage restant, malgré tout, une opération longue et délicate, la parade – en studio mais pourquoi pas également sur scène&amp;nbsp;? – est de posséder/déployer une armada de toms sur pieds et de toms basses, judicieusement positionnés/espacés sur deux octaves, avec accords à la tierce, à la quarte, à la quinte… et de composer le set dont on a besoin pour chaque morceau. Et comme nous le verrons dans un prochain article, ce n’est en rien un problème financier insurmontable – si on n’est pas trop snob bien sûr…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-J45.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-J45.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170127-J45_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 45&amp;nbsp;: Lundi 16 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Hier je vous ai parlé de mon set de batterie de base, aujourd’hui je vous parlerai du set de cymbales qui m’a été donné en même temps que le reste de la batterie. Il s’agit, pour l’essentiel, d’une série Kashian Pro datant sans doute des années soixante-dix. Le fabricant est UFIP – pour Unione Fabbricanti Italiani Piatti, une société coopérative établie à Pistoia, en Toscane, dans le nord de l’Italie, fondée en 1931 par quatre fabricants de cymbales dans le but de mettre un terme à la concurrence qui régnait entre eux. Dans les années soixante, UFIP invente un procédé de fabrication révolutionnaire&amp;nbsp;: le rotocasting. Du bronze liquide est injecté dans un moule circulaire qui tourne à un millier de tours par minute. Les cymbales sont ainsi moulées par effet centrifuge, la technique limitant considérablement les micros poches d’air qui risque de se former au cœur du métal, ce qui assure un rendu sonore beaucoup plus précis. UFIP fabrique des sets de cymbales sous diverses désignations, chacune étant dédiée à une ou plusieurs marques de batteries&amp;nbsp;: la gamme &lt;em&gt;Zinjian&lt;/em&gt; est ainsi commissionnée par Pearl, Ludwig et Premier, &lt;em&gt;Pasha&lt;/em&gt; est utilisée par Rogers et &lt;em&gt;Ajaha&lt;/em&gt; par Gretsch, enfin &lt;em&gt;Kashian&lt;/em&gt; est destinée aux sets de batteries de la marque Slingerland. Les noms à consonance turque sont là pour rappeler que la Turquie est, historiquement parlant, la patrie d’origine des cymbales – ainsi c’est au dix-septième siècle qu’a été établie Zildjian, l’une des marques principales parmi les plus connues, toujours en existence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Slingerland, puisque nous en parlons, a été créée en 1912, à Kalamazoo, Michigan. Pour la petite histoire, Slingerland est le fabricant de la toute première guitare électrique à caisse plate, déclinée en deux modèles, « hawaïen&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;espagnol&amp;nbsp;», à la fin des années 1930. A la même époque, la société se lance dans la fabrication de sets de batterie, ce pour quoi elle est essentiellement connue – et très réputée aux Etats-Unis, dans le milieu des batteurs de jazz. Slingerland finira par être rachetée par Gretsch dans les années 1990 et se retrouvera intégrée au groupe Gibson en 2003.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon set de Kashian Pro est orné d’un gros logo rouge, ce qui témoigne de son ancienneté – le logo rouge n’ayant été utilisé qu’au début de la fabrication. Les Hi-Hat (paire de cymbales de la pédale Charleston ou Charley) sont des 13&quot;, il y a une splash de 12&quot; et une crash de 16&quot;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour tout dire, les Kashian Pro – bien qu’elles aient fait le bonheur de nombre de batteurs et non des moindres – ont plutôt mauvaise réputation sur les forums genre Audiofanzine. Cela n’a en soi aucune importance, les avis publiés sur les forums «&amp;nbsp;de musiciens&amp;nbsp;» étant largement rédigés par des gens peu fiables. Je suppose que décerner à l’envi des mauvais points doit avoir un petit côté valorisant&amp;nbsp;: on montre ainsi qu’on sait de quoi on parle, qu’on a de l’oreille et de l’expérience – alors que cela montre juste qu’on est snob ou incompétent. Le premier qualificatif s’applique aux personnes qui ne jurent que par les «&amp;nbsp;marques&amp;nbsp;» et descendent par posture le matériel d’entrée et de moyenne gamme. Le second concerne les gens qui n’ont toujours pas compris que c’est pour l’essentiel le musicien qui fait le son, pas l’instrument&amp;nbsp;! Un instrument de moyenne facture, très bien réglé, confié à musicien doté d’une grande sensibilité et d’un excellent touché, sonnera de manière très satisfaisante voire très étonnante – alors qu’un instrument de marque confié à un goret sonnera hélas comme une casserole.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce set UFIP Kashian est complété par une ride de 18&quot; de marque Zyn. C’est en 1950 que le fabricant de batteries britannique Premier établit cette marque de cymbales pour compléter ses sets. Elles sont d’abord fabriquées dans un alliage de nickel et d’argent, puis assez rapidement dans un alliage de bronze B20. La marque disparaît en 1984. Elle réapparaîtra à l’occasion, plus ou moins récemment. Cette ride Zyn date des années cinquante. Elle est assez lourde et produit un son très stable et bien progressif selon la frappe. C’est du vieux matos, comme on dit, mais ça en a encore dans le ventre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-J46.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-J46.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170127-J46_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 46&amp;nbsp;: Mardi 17 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Matinée passée à La Contrée pour mettre sous enveloppes matelassées les quelques livres vendus sur ebay au cours du week-end, uniquement des petites choses proposées à deux ou trois euros. Cela contribue à faire un peu de place dans mes étagères – l’objectif étant de vendre de mon vivant l’ensemble de ma bibliothèque et de mes archives de travail. Ces derniers mois j’ai commencé à mettre en vente ma collection – presque complète – d’ouvrages de chez Marabout. Dans les années 1990, je m’étais pris de passion pour cet éditeur belge, pionnier du livre au format de poche et du «&amp;nbsp;niche marketing&amp;nbsp;» dans le monde de l’édition, au tout début des années cinquante, et à force de visiter les innombrables bouquinistes bruxellois, j’avais fini par réunir une immense documentation – dont au moins 90% de tous les titres édités par la maison. J’avais d’ailleurs relancé le légendaire CICM et créé le fanzine &lt;em&gt;Marabout Chercheur&lt;/em&gt;, avant de laisser tomber tout cela, en grande partie suite à ma déception quant à l’attitude d’Henri Vernes à mon égard, lorsque j’avais écrit &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/francis-valery/bob-morane&quot;&gt; un essai sur Bob Morane &lt;/a&gt; , et à celle de certain «&amp;nbsp;gardien du temple&amp;nbsp;» convaincu que Marabout était une chasse gardée… Il est des belges qui ne méritent pas de l’être tant leur état d’esprit est semblable à celui des hexagonaux. Au début des années 2000, j’ai toutefois publié – à tirage très limité – un inventaire détaillé de cette production, mais sans susciter le moindre intérêt&amp;nbsp;! Parfois, de manière plus générale, je me désole d’avoir passé tout ce temps – des dizaines d’années – à amasser des connaissances sur les sujets les plus divers, sans qu’en définitive cela n’intéresse quiconque. Ce «&amp;nbsp;savoir &amp;nbsp;» disparaîtra avec moi – tant pis&amp;nbsp;; et mes immenses collections, parfois si difficilement réunies, finiront par être dispersées – tant pis aussi&amp;nbsp;! Et puis, pour tout dire, ces ventes de mes collections, aussi limitées et modestes soient-elles, sont devenues simplement vitales pour ma simple survie au jour le jour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-J47.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-J47.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170127-J47_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 47&amp;nbsp;: Mercredi 18 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;En un mot comme en cent&amp;nbsp;: sibérien&amp;nbsp;! Je passe la journée calfeutré à L’Atelier, à régler ma batterie et mes toms additionnels que j’accorde en prévision du réenregistrement de «&amp;nbsp;La fille aux allures de garçon&amp;nbsp;», en sol bémol. C’est une tonalité que j’utilise peu. En réalité, j’ai composé le morceau en sol, à la guitare. Mais j’ai revu la structure couplets/refrain/chorus du morceau pour le rendre plus compact et j’ai enregistré un nouveau témoin voix/guitare/métronome sur une guitare accordée un demi-ton plus bas, pour des raisons de réglage de l’action du manche, et de recherche d’un bon compromis dynamique/souplesse en ce qui concerne les cordes, du coup légèrement détendues. J’aurais pu enregistrer le témoin sur une autre guitare mais je dois avouer qu’avec l’âge, j’apprécie de pouvoir prendre les parties vocales un peu plus bas – la période où j’assurais les parties vocales sur des reprises de Led Zeppelin ou Deep Purple est bien lointaine. En fait, je m’aperçois qu’en vieillissant on garde à peu près le même timbre de voix, le même phrasé, les mêmes intentions vocales. Ce qu’on perd, c’est une partie de la tessiture. On chante moins haut – et parfois beaucoup moins haut. Je suppose que c’est du à une perte de souplesse des cordes vocales&amp;nbsp;? J’espère trouver l’énergie de passer demain à La Contrée et de continuer d’avancer dans mon déménagement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-J48.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-J48.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170127-J48_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 48&amp;nbsp;: Jeudi 19 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Ce matin, je me suis levé de fort bonne humeur, très en forme et animé par l’envie de faire de belles choses. Il y a dans l’air quelque chose relevant d’un Karma positif – et je sens que je vais cueillir deux ou trois jolis fruits sur l’Arbre de la Destinée. Une visite au site de nos voisins de chez Thomann s’impose d’elle-même – et comme ces temps-ci je vous ai entretenu de mon petit matériel de batterie, je commence par aller voir ce qu’il y a de neuf au niveau des toms, porté comme je le suis par l’intention, puisque désormais je dispose de la place nécessaire, de compléter mon set. Et tout de bon, j’aperçois immédiatement un tom de la série MX200 de Chez Millenium en solde, car retourné par un client. Thomann a des pratiques commerciales très intéressantes. Outre une garantie d’assez longue durée sur tout ce qu’ils proposent, ils offrent également la possibilité d’un retour – à leurs frais&amp;nbsp;! – de tout matériel qui, une fois déballé et testé, ne répondrait pas aux attentes de l’acheteur. Il suffit de les prévenir et ils envoient un transporteur reprendre le colis – l’offre est valable également à l’international. De retour chez eux, le matériel est vérifié et reconditionné, puis vendu en «&amp;nbsp;B-stock&amp;nbsp;» avec une remise significative. Ce n’est pas tout à fait sans raison que Thomann est, de très loin, la plus importante société de vente de matériel de musique en Europe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce tom est un 10 x 9, ce qui signifie qu’il fait 10 pouces de diamètre pour une profondeur de 9 pouces. Sa zone d’accordage optimale doit donc s’étendre du Sol (196 Hz) avec un son sec et relativement fermé, jusqu’au Ré (147 Hz) avec un son très plein mais avec peu de dynamique&amp;nbsp;; un changement de peau pour une Remo plus épaisse devrait permettre de le descendre jusqu’au Si (123 Hz). Le tom alto de ma batterie est également un 10&quot;, accordé en Si (123 Hz), et je dispose déjà de deux toms 8&quot; de la gamme Millénium, sur pied, accordés ces temps-ci en La (221 Hz) et Sol (196 Hz). Ce nouveau tom pourrait s’insérer entre mes toms sur pied et l’alto de la batterie, quelque part entre Fa (175 Hz) et Do (131 Hz) – je pourrais même très facilement en utiliser deux ou trois de cette taille, dans cette bande de fréquences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le prix catalogue de ce tom est de 29€&amp;nbsp;; en B-stock il est proposé à seulement 23,90€, soit avec une remise de près de 18% et avec une pleine garantie. C’est le moins cher du marché. Les premiers modèles de marques plus réputées – comme Pearl, Tama ou Yamaha – dépassent tous les 100€. Et un tom de 10&quot; de très haute gamme, comme un Sonor 10x8 ou 10x7, coûte, prix catalogue, 639€. Le plus cher des 10 pouces proposé chez Thomann est un DW Drums, vendu 831€. Vous avez bien lu&amp;nbsp;: 831€, soit environ &lt;em&gt;trente-cinq fois plus cher&lt;/em&gt; que le Millenium en B-stock.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces écarts de prix laissent tout de même un peu rêveur… et franchement dubitatif&amp;nbsp;! Car s’il fait peu de doute que le son du DW soit très supérieur à celui du Millénium, en termes de puissance, de projection ou de richesse des harmoniques, autant de qualités essentielles pour jouer en live, on peut par contre penser que le rendu en studio – compte tenu de ce qu’il est possible de faire en termes de traitement du son – n’est pas… trente-cinq fois meilleur&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrivé à La Contrée, je trouve dans le courrier de la veille une lettre d’un copain m’informant de sa volonté de m’acheter une douzaine de titres dans la collection du Rayon Fantastique. Tout bien&amp;nbsp;! Un chèque est joint. Par un étrange phénomène de synchronicité, ce chèque couvre exactement le prix du tom, d’une peau de frappe Remo, et d’un pied prévu pour deux toms, que je sais par expérience robuste et doté de réglages d’une très grande précision. Chic planète&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du coup, j’achète le tom avec son pied – et je fais le paquet avec les Rayon Fantastique, que je dépose à la Poste en rentrant à L’Atelier, ma petite Twingo bien chargée d’une cargaison de cartons contenant mes collections et archives de presse musicale. Lorsque j’étais adolescent, je dépensais mon argent de poche en disques et en revues de musique&amp;nbsp;:&lt;em&gt;Rock &amp;amp; Folk&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Best&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Extra&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Shake&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Pop Music&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;SuperHebdo&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Pop 2000&lt;/em&gt;, etc. Mes moyens étaient très insuffisants pour suivre tout cela de manière régulière, aussi ai-je eu longtemps d’énormes trous dans ces collections. Plus tard, j’ai retrouvé chez des bouquinistes certains des numéros que je n’avais jamais eus/lus et je me suis aperçu que, vingt ans plus tard, je les lisais avec autant de plaisir qu’à leur époque. Puis il y a eu l’internet et des sites comme ebay qui permettent de retrouver à peu près n’importe quoi, pour autant qu’on puisse se le payer. Aujourd’hui je continue de lire la presse musicale. J’achète assez régulièrement &lt;em&gt;KR home-studio&lt;/em&gt; qui est un magazine plus technique que d’information musicale et je suis abonné au mensuel britannique &lt;em&gt;Wire&lt;/em&gt;, le top dans le domaine des musiques électroniques. Il m’arrive encore d’acheter &lt;em&gt;Rock &amp;amp; Folk&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce soir, après avoir rangé tout cela, il n’est pas exclu que je feuillette une fois encore quelques bons vieux &lt;em&gt;Rock &amp;amp; Folk&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a des journées moins agréables…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170127-J49.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170127-J49.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170127-J49_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 49&amp;nbsp;: Vendredi 20 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Ce matin, à huit heures, la température extérieure était de -6 degrés. Mais ce midi, au Super U du coin, j’ai aperçu des plateaux de fraises en provenance d’Espagne. Enormes, parfaitement calibrées, sans le moindre défaut cosmétique, en un mot magnifiques. Si ce n’est qu’il fait peu de doutes qu’elles soient, par ailleurs, totalement insipides. Car franchement, des fraises en hiver, ça peut avoir goût de quoi&amp;nbsp;? Vu ce que la culture forcée de fraises sous des serres chauffées jour et nuit, puis leur transport jusqu’à nos supermarchés dans de jolis camions encombrant nos belles routes nationales, demandent d’énergie, en particulier par ce temps à ne pas pointer son nez (j’allais dire sa fraise) dehors, si on n’est pas dans un monde organisé par des salopards pour le contentement des cons, alors je ne sais pas où on est. Manger des fraises en janvier&amp;nbsp;! Mais que peut-il y avoir de plus imbécile&amp;nbsp;? Des cerises à Noël, peut-être&amp;nbsp;? Chose également observée dans ce même magasin, le mois dernier. Devant ce spectacle, j’ai simplement envie de déployer la machine à botter les culs et à calotter les margoulettes. Mais il ne faut pas. En bon écolos-bouddhistes que nous sommes, à Terre Profonde, nous devons nous efforcer d’éprouver tout de même et quoi qu’il nous en coûte de la compassion pour ces gens (les salopards comme les cons), en se disant qu’ils sont eux-mêmes les victimes d’un système qui les dépasse et qui les manipule en leur faisant éprouver des désirs aussi vains qu’artificiels. Bon. Un peu de méditation nous aide à ne pas céder au bon vieux réflexe de faire un scandale dans le magasin – d’autant que le personnel au rayon fruits et légumes n’y est pas pour grand-chose. Que faire, alors&amp;nbsp;? Bien sûr, à notre petit niveau individuel, il faut continuer d’essayer de vivre conformément à une certaine éthique que l’on estime juste, espérer non pas convaincre mais au moins donner à réfléchir par l’exemple, à deux ou trois personnes qui prendront peut-être le relais. Et surtout, continuer de croire qu’on finira par s’en sortir tous ensemble, et non pas chacun dans son petit camp retranché – ce que je fais, pour l’essentiel, et je n’en suis pas spécialement fier. Mais il y a des jours où c’est plus difficile qu’à d’autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi s’achève cette septième semaine de notre grand feuilleton &lt;em&gt;De La Contrée à L’Atelier&lt;/em&gt; qui, rappelons-le, est disponible quotidiennement (ou peu s’en faut) sur notre blog terreprofonde.over-blog.com, la mise en ligne de chaque nouveau billet étant annoncée sur notre page facebook à &lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/bodh.gaia.5&quot;&gt; https://www.facebook.com/bodh.gaia.5 &lt;/a&gt; , avec piqûre de rappel sous la forme d’une version hebdomadaire dans le cadre du Journal d’un Homme des Bois sur le site &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/&quot;&gt;https://www.belial.fr&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; c’est dire s’il est simple de nous lire. Allez, on y retourne&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>E comme Eden</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/25/E-comme-Eden" rel="alternate" type="text/html" title="E comme Eden" />
      <id>urn:md5:06aeb76ba0f1cfa654c0ce7976a516e6</id>
      <published>2017-01-25T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-25T19:45:43+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'auteur polonais Stanislas Lem, loin de se résumer au seul roman &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, avait à son actif bon nombre de romans, peut-être plus mineurs mais toutefois dignes d'intérêt, tel &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;, son cinquième roman…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Eden [Eden], Stanislas Lem, roman traduit du polonais par Edouard et Edwige Pomorski. Marabout, coll. «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;», 1972 [1959]. Poche, 256 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Techniquement, votre serviteur aurait dû évoquer &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt; avant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt; &lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; , mais… la contrainte alphabétique de cet Abécédaire oblige à faire quelques concessions du côté de la chrono-bibliographie. Bref. &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;, donc.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-e-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-e-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans un futur lointain… Une fusée d’exploration s’écrase sur une planète, suite à une erreur dans les coordonnées. À bord de l’engin, ils sont six&amp;nbsp;: le Coordinateur, le Chimiste, le Docteur, le Physicien, l’Ingénieur et le Cybernéticien. Ils se trouvent bel et bien sur le monde qu’ils devaient explorer, mais ils ignorent leur position précise, le crash inattendu les ayant privés de données utiles. Qu’importe&amp;nbsp;: une fois parvenus à sortir de la fusée, partiellement enfouie, ils commencent à explorer ce monde dont la flore et la faune n’ont rien de commun avec ce qu’ils connaissent sur Terre. Hostiles&amp;nbsp;? Difficile à dire. Les Terriens se rendent bientôt compte que certains lieux explorés s’avèrent des usines, qui reproduisent mécaniquement un cycle de construction/déconstruction d’objet. Des usines détraquées&amp;nbsp;? Où en sont les créateurs&amp;nbsp;? Bientôt, nos voyageurs découvrent les habitants de ce monde, des êtres doubles, vaguement humanoïdes, avec qui toute forme de communication est pour le difficile.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’équipage a beau y mettre du sien, ses membres ne comprennent rien aux lieux qu’ils visitent et aux individus qu’ils croisent. Sont-ils aveuglés par leurs préconceptions humaines&amp;nbsp;? Le Docteur met ses amis en garde&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Remarquez que tout ce qui s’est passé ici nous rappelle des choses connues sur la Terre, mais toujours en partie seulement&amp;nbsp;; toujours, quelques pièces du puzzle nous manquent, ou ne conviennent pas. (…) Et ces squelettes&amp;nbsp;? Un musée&amp;nbsp;? Un abattoir&amp;nbsp;? Une chapelle&amp;nbsp;? Production de pièces d’exposition biologiques&amp;nbsp;? Une prison&amp;nbsp;? On peut penser à tout, même à un camp de concentration. Mais nous n’avons rencontré personne qui voulait nous arrêter ou lier connaissance avec nous – rien de pareil&amp;nbsp;! C’est ça qui est le plus incompréhensibkl, pour du moins. (…) Nous sommes des hommes, nous faisons des associations d’idées, nous raisonnons comme des Terriens, nous pouvons commettre de graves erreurs, en prenant les apparences étrangères pour nos vérités, c’est-à-dire en rangeant certains faits dans les schémas importés de la Terre.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’Ingénieur, péremptoire, déclare ceci&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Parce que je continue à affirmer que nous avons vu juste autant que &quot;verraient&quot; les aveugles.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En dépit de leur prise de conscience de cette nécessité à dépasser les schémas mentaux terriens obsolètes, les explorateurs doivent se résoudre parfois à la violence (suite à une agression, ou préventivement), notamment avec le Défendeur, une énorme machine de guerre tapie dans les entrailles de la fusée. Ce n’est que tardivement, alors qu’ils sont sur le point de partir, qu’ils parviendront à communiquer avec l’un des «&amp;nbsp;doubles&amp;nbsp;». Et par quel autre moyen que la science, langage universel, quelle que soit la planète&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les personnages se rendent compte, tardivement, de l’incompréhension qu’a pu susciter leur arrivée et leurs mésactions (et leur pollution radioactive). Tardivement, ils essayent de se mettre à la place des « doubles&amp;nbsp;», qui voient débarquer des intrus hostiles sur leur monde. Dommage que ce moment où, enfin, les Terriens et leur interlocuteur alien parviennent à communiquer arrive si proche de la fin du roman. Les pistes de réflexions sur cette société s’avèrent des plus intéressantes, mais ne demeurent qu’esquissées. Disons sommairement que ce monde-là a trouvé un moyen d’oppression particulier, où la figure des dictateurs disparaît et où il devient interdit d’en parler comme de parler du gouvernement en tant que tel. Des dictateurs anonymes… (Hé, attendez, je crois qu’on tient un sacré concept, là&amp;nbsp;!) Chose qui n’entrave nullement les répressions, en particulier envers les mutants issus de manipulations biologiques pourchassés par ce qui tient lieu d’armée. Un éden, cet Eden, vraiment…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt; se situe davantage dans la continuité de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt; &lt;strong&gt;Feu V&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;énus&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; que dans celle de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt; &lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; &amp;nbsp;: l’exploration d’un monde inconnu et les conclusions pessimistes qui en découlent. Toutefois, Lem évacue d’emblée tout contexte extérieur&amp;nbsp;: on ne saura rien de la situation sur Terre, cela n’a aucune sorte d’importance dans le récit. Ce qui compte, c’est Eden, ses étranges habitants, et leur histoire qui, les personnages le découvrent, s’est avérée tumultueuse. De fait, cette planète n’a de paradisiaque que le nom&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté personnages, &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt; préfigure le récent &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/annihilation_6368&quot;&gt; &lt;strong&gt;Annihilation&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Jeff VanderMeer&amp;nbsp;: des protagonistes anonymes (ou presque&amp;nbsp;: on apprendra que l’Ingénieur d’eux se prénomme Henri), définis uniquement par leur métier. Néanmoins, le roman de Lem souffres des défauts de son époque et, par certains aspects (qui relèvent surtout du détail et non de points essentiels de l’intrigue), a passablement vieilli – par certains aspects, plus que &lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt;. Les défauts plus flagrants se situent au début du roman. Ainsi, c’est une fusée qui transporte nos protagonistes, et une fusée des plus aménagée, capable de se poser sur une planète&amp;nbsp;: la postérité semble prouver que ça n’est pas l’outil idéal, si ce n’est pour quitter un puits de gravité tel qu’une planète. Dans leur fusée, les explorateurs ont une bibliothèque bien fournie… de livres en papier. Ils se posent sur une planète étrangère, sans l’avoir auparavant étudiée depuis l’espace (ils ont certes manqué de temps). Il n’empêche, ces détails donnent un petit charme rétro à un livre, surprenant par ailleurs. Charme rétro rehaussé par la traduction, pas toujours au top – échanges de dialogues un peu trop ampoulés, et c’est parfois à se demander si le traducteur avait une vague idée de ce qu’il transcrivait. En dépit d’un texte français assez moyen, les scènes marquantes du roman le demeurent&amp;nbsp;: les premiers pas sur Eden, l’exploration de l’usine insensée, la bousculade dans la ville étrangère enténébrée… Et les réflexions sur la communication (ou son absence) avec ces extraterrestres, qui n’ont que peu en commun avec les humains, demeure pertinente — même si Lem fera mieux, plus tard, avec &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;La Voix du maître&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, s’il ne s’agit pas du meilleur roman de Stanislas Lem, &lt;strong&gt;Eden&lt;/strong&gt;, bien que mineur par rapport aux œuvres ultérieures, reste toutefois d’une lecture toute digne d’intérêt et s’inscrit en plein dans la thématique parcourant la bibliographie de l’auteur polonais : la communication et les biais qui l’entravent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, d’occasion seulement&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non, en dépit d’une traduction médiocre&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>D comme Dark Matter</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/23/D-comme-Dark-Matter" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Dark Matter" />
      <id>urn:md5:ff2307595308b399bab7a7d7e72872df</id>
      <published>2017-01-23T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-23T15:01:51+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'aventure vers ces zones ténébreuses et glacées qui s'étendent entre les étoiles, sans pour autant quitter son salon&amp;nbsp;: il suffit de tendre une oreille vers Lustmord et son dernier album en date, le (très) sombre et (très) bien nommé &lt;strong&gt;Dark Matter&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Dark Matter, Lustmord (Touch, 2016). 3 morceaux, 70 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La matière noire est réputée composer une proportion assez élevée de l’Univers – aux alentours des trois quarts. Risquons une métaphore&amp;nbsp;: dans le continuum musical de tout un chacun, cette matière noire pourrait consister en tout ce qu’on ne connaît pas, et il n’est jamais inintéressant de partir en exploration. Aussi, dans le lot de toutes ces heures de musiques encore inécoutées, trouve-t-on parfois des pépites. Parfois des albums très brillants, à tous points de vue, ou encore des disques plus obscurs – sortes de naines brunes. À longueur d’Abécédaire, votre serviteur s’emploie à trouver les albums les plus inécoutables de sa cédéthèque (mp3thèque&amp;nbsp;?)&amp;nbsp;: si j’assume les goûts pour tout ce qui est sombre, expérimental, dissonnant, il m’arrive aussi d’écouter &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/10/Q-comme-Queen-Mimosa-3&quot;&gt; des choses &lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/10/14/M-comme-Mr-Spock-s-Music-From-Outer-Space&quot;&gt; plus primesautières &lt;/a&gt; . Ce qui n’est &lt;em&gt;clairement&lt;/em&gt; pas le cas de &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt; de Lustmord (ha, ha, assez ri pour aujourd’hui). Sérieux, vu le titre, vu le nom de l’artiste, à quoi faut-il s’attendre&amp;nbsp;? À du Mika sous LSD&amp;nbsp;? Mais le présent album a tout d’une pépite d’un noir intense.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-d-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-d-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lustmord est considéré comme l’un des pionniers du dark ambient (une définition est-elle nécessaire&amp;nbsp;? Le nom de ce courant parle pour lui-même), genre qu’il a pour ainsi dire fondé avec &lt;em&gt;Heresy&lt;/em&gt; en 1989, et il est réputé pour la rareté de ses prestations scéniques (rien entre 1991 et 2006 &amp;nbsp;; depuis, il se produit (un tout petit peu) plus régulièrement des concerts). Accessoirement, Brian «&amp;nbsp;Lustmord&amp;nbsp;» Williams a participé au groupe australien SPK, dont faisait partie Graeme Revell, ce dernier à qui l’on doit la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/08/Dune-en-musique-Illustrations#spk&quot;&gt; BO du téléfilm &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; – le monde est petit. À voir le titre de ses précédents albums, la thématique spatiale s’avère un motif récurrent chez le bonhomme&amp;nbsp;:&lt;em&gt;The Place Where The Black Stars Hang&lt;/em&gt; (1994),&lt;em&gt;Trans Plutonian Transmissions&lt;/em&gt; (1994), ou encore &lt;em&gt;Strange Attractor / Black Star&lt;/em&gt; (1996), album qui, en dépit du titre, n’a rien à voir avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/08/Imprononcables-2&quot;&gt; celui de David Bowie &lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Paru à l’automne 2016, &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt; consiste en trois longs morceaux de dark ambient, dont le plus court fait vingt minutes au compteur – une durée relativement habituelle au sein de la discographie de Lustmord.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est le moment d’éteindre les lumières, de pousser le volume à fond, et d’appuyer sur &lt;em&gt;play&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/qxNmEHtJmwk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout au long de ses vingt-sept minutes, «&amp;nbsp;Subspace&amp;nbsp;» entreprend de plonger l’auditeur dans une mousse quantique aussi sombre que glacée. Au bout d’une douzaine de minutes, d’amples grincements retentissent à l’arrière-plan tandis que la mousse quantique entre dans une lente ébullition. Puis une ébauche de mélodie fluette – deux notes légères – émerge&amp;nbsp;; c’est bientôt une corne de brume lointaine qui retentit – dans le genre balise, c’est de celle dont on n’a pas forcément envie de s’approcher. Une note stridente se répéte en arrière-plan alors que le morceau touche à sa fin. Le son s’abaisse peu à peu, et l’on enchaîne sur «&amp;nbsp;Astronomicon&amp;nbsp;». Ce «&amp;nbsp;livre des étoiles&amp;nbsp;» dure vingt minutes et s’avère des plus obscurs lui aussi. Des fréquences ultrabasses vrombissent et oscillent&amp;nbsp;: si vos murs ne sont pas déjà en train de vibrer, vous manquez une partie de l’expérience. Une sorte de &lt;em&gt;ressac de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’espace&lt;/em&gt;, bientôt perturbé par des grésillements et des claquements distants – un morceau de métal cognant contre un autre au gré des courants. Puis une sirène se met à retentir&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/wi6lBFrhc7g?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le disque se conclut avec les vingt-trois minutes de «&amp;nbsp;Black Static&amp;nbsp;». Pas vraiment de motif repérable&amp;nbsp;; il s’agit plutôt d’une sorte de longue respiration évoquant les abysses ou les tréfonds insondables du vide spatial&amp;nbsp;; au bout d’un quart d’heure enfin, une sorte de grésillement apparaît et se mue en respiration (une autre) inhumaine. Pour ainsi dire, il ne se passe pas grand-chose dans ce morceau, mais celui-ci parvient à provoquer une sorte de torpeur inquiète. Sûrement le moins impressionnant des trois composant le disque, il forme une manière de retour à la clarté — enfin, à sa façon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/pCPdEscHyBo?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après quoi, on peut rallumer les lumières.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt;, Lustmord travaille sur la matière noire d’une manière similaire – mais sur un médium différent – à Pierre Soulages. De grandes étendues évoquant le noir – l’&lt;em&gt;outrenoir&lt;/em&gt; même, pour reprendre le terme du peintre français –, les couches sonores remplaçant les coups de brosse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra reprocher à &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt; de reposer essentiellement sur les mêmes effets&amp;nbsp;: emplois de fréquences ultrabasses proches des infrasons, sons ralentis – mais la même chose est valable aussi pour Sunn O))). Il n’empêche, la plongée s’avère immersive pour qui accepte de se laisser emporter. &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt; évoque le noir de l’espace, ces immenses zones de vide entre les étoiles, où il n’y a… rien. De vide, c’est vite dit &amp;nbsp;: écouter &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt;, c’est comme quitter sa chambre en pleine nuit pour se rendre dans le noir aux toilettes à l’autre bout de la maison &amp;nbsp;; on sait qu’il ne peut rien se passer de grave, qu’il n’y a aucun monstre derrière soi, mais… la peur est toujours là, insidieuse. Aucune horreur lovecraftienne ne hante ces espaces intersidéraux, mais pourtant…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie&amp;nbsp;», disait Pascal. Certes, et Lustmord en propose justement avec le fort et éprouvant &lt;em&gt;Dark Matter&lt;/em&gt; la bande-son idoine. Flippez, mes amis, flippez.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>De La Contrée à L’Atelier : Semaine 06</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/20/De-La-Contree-a-L-Atelier-6" rel="alternate" type="text/html" title="De La Contrée à L’Atelier : Semaine 06" />
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      <published>2017-01-20T17:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-20T18:01:01+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170120-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170120-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;« La nouvelle maison, si elle a toujours des allures de chantier éternel, ressemble tout de même un peu plus à l’idée que le commun des mortels se fait d’un lieu de vie &quot;acceptable&quot;.&amp;nbsp;».Où Francis Valéry fait le point sur son déménagement. Sans oublier des agneaux et des synthétiseurs…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Jour 42&amp;nbsp;: Vendredi 13 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Vous avez peut-être remarqué que j’ai fait une pause dans la rédaction de mes billets quotidiens, tout au long de la semaine qui s’achève aujourd’hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour tout dire, il ne s’est rien passé se démarquant d’un ordinaire répétitif pour mériter d’être un tant soit peu mis en avant. Anita ayant pris une semaine de «&amp;nbsp;vacances&amp;nbsp;» et notre trio de fines lames tessoualaises (i.e.&amp;nbsp;: venant de La Tessouale, petit village situé aux portes de Cholet, capitale des Mauges de mon adolescence) nous ayant rejoint, nous avons juste bossé, sur un rythme assez soutenu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les copains sont repartis aujourd’hui, en fin d’après-midi. Je vais donc pouvoir reprendre ma vie normale de doutes, d’incertitudes et de procrastination – et continuer de vous raconter, au jour le jour, le rien de mes réalisations virtuelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant, la nouvelle maison, si elle a toujours des allures de chantier éternel, ressemble tout de même un peu plus à l’idée que le commun des mortels se fait d’un lieu de vie «&amp;nbsp;acceptable&amp;nbsp;». À l’étage, une première pièce s’achemine vers sa conclusion&amp;nbsp;: le plancher a été poncé, le radiateur et le cadre de la grande fenêtre ont été peints, les murs poncés puis tapissés – il en reste un que nous finirons au cours du week-end qui s’annonce. Restera également à passer de l’huile sur le plancher puis à poser des plinthes. Nous avons été ralentis dans ces travaux par l’activité des brebis, dans le parc arboré qui s’étend sous la fenêtre. Trois agneaux sont nés au cours de la semaine et ont immédiatement entamé une carrière de concertistes. Le spectacle était assez fascinant – jusqu’à ce que nous réalisions que ces agneaux allaient être très certainement sacrifiés en avril, pour le rituel familial et gourmand de Pâques (pas chez nous, évidemment). Du coup, je me suis fait cette réflexion que les gens qui ne manquent jamais de faire remarquer que les musulmans massacrent quantité de moutons (adultes) pour je ne sais plus quelle fête religieuse rituelle, feraient mieux de se la coincer, vu que les chrétiens, eux, massacrent pour Pâques des agneaux – donc des bébés, ce qui, de mon point de vue, est évidement encore pire. En définitive, si les mangeurs de viande – disons plus justement&amp;nbsp;: de produits animaux à l’état cadavérique – devaient tuer de leurs petites mains supposées innocentes les animaux qu’ils consomment, la barbarie chuterait d’un bon cran dans nos sociétés. Car qui aurait le « courage&amp;nbsp;» d’aller chercher un agneau sous sa mère pour l’égorger et le faire cuire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la partie nord-ouest de la maison, l’électricité a également bien progressé dans deux pièces et dans la salle de bains du rez-de-chaussée&amp;nbsp;; tout est en place&amp;nbsp;: goulottes, câbles, interrupteurs, prises… il reste à tout vérifier puis à connecter à l’un de tableaux électriques. Il y a, par ailleurs et désormais, de la lumière dans la chaufferie et dans le cellier. Chic planète&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De son côté, la cuisine a perdu ses ambiances cavernicoles grâce à l’installation d’une série de petits néons au-dessus des plans de travail – reste à repeindre les portes et à isoler/aménager une niche creusée dans un renfoncement du mur (très épais) de la façade, où avait été installé un évier rejetant ses eaux usées directement dehors, datant sans doute du dix-neuvième siècle. La niche sera peut-être transformée en bibliothèque pour accueillir nos collections de livres de cuisine – Anita et moi cuisinons dans des registres fort différents, pour ne pas dire inconciliables, mais bon…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170120-J42.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170120-J42.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170120-J42_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’Atelier a perdu quant lui une partie de son esthétique de forêt primaire. Cinq accès électriques au bas des murs ont été connectés, ce qui a entraîné la soudaine disparition du dispatching posé sur le sol, au milieu de la pièce, et de ses cinq arborescences faites de câbles et de prises multiples. Il y a toujours une cinquantaine d’appareils divers connectés en permanence (claviers, amplis, postes informatiques…) mais le fouillis est devenu un réseau soigneusement organisé (et équilibré, électriquement parlant&amp;nbsp;!). Concernant le matériel, six claviers sont désormais positionnés sur leurs supports. Je voudrais apporter encore mon Korg MS20 et son séquenceur. Par contre, faute de place et de réel intérêt, je ne sais pas si je vais installer les trois dernières machines qui, outre le Korg, sont encore à La Contrée (un synthé SIEL, un orgue Yamaha et un clavier-arrangeur Casio). Par contre, ce qui m’embête, c’est que je ne vois pas où je pourrais installer mon orgue Farfisa Capitol, une machine vintage avec deux claviers et un pédalier de basse, aussi lourde qu’encombrante, mais avec des sonorités très «&amp;nbsp;psychédéliques&amp;nbsp;». Concernant les guitares, j’en ai désormais onze sur place, plus un sitar et une slide. Il en reste à peu près autant à La Contrée, voire un peu plus – cela fait un moment que je ne sais plus, de mémoire, combien j’ai de guitares. Je pense d’ailleurs que je vais essayer d’en vendre deux ou trois dont je me sers très peu, voire plus du tout, pour financer l’achat d’une guitare à résonateur en métal et d’une guitare à caisse en composite, genre Ovation. Cela manque à l’éventail de mes possibles, d’un point de vue sonore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La semaine prochaine, j’installe la batterie et ses périphériques – mais je ne pourrai faire du bruit que lorsque j’aurai construit des paravents acoustiques…&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>C comme The Cremaster Cycle</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/16/C-comme-The-Cremaster-Cycle" rel="alternate" type="text/html" title="C comme The Cremaster Cycle" />
      <id>urn:md5:f76f731feefe0a0b2adaa5f8524022c9</id>
      <published>2017-01-16T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-16T17:27:28+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à l'art vidéo, avec le &lt;strong&gt;Cycle Cremaster&lt;/strong&gt; de Matthew Barney — un ensemble de cinq moyens et longs métrages réalisés entre 1994 et 2002 où l'artiste déploie une surprenante mythologie personnelle, entre expérience arty et films de genre…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Cremaster 1, Matthew Barney (1995). 40 minutes, couleurs.&lt;br /&gt;
Cremaster 2, Matthew Barney (1999). 80 minutes, couleurs.&lt;br /&gt;
Cremaster 3, Matthew Barney (2002). 182 minutes, couleurs.&lt;br /&gt;
Cremaster 4, Matthew Barney (1994). 42 minutes, couleurs.&lt;br /&gt;
Cremaster 5, Matthew Barney (1997). 55 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I love your friends&lt;br /&gt;
They're all so arty&amp;nbsp;» (Franz Ferdinand, &lt;em&gt;Do You Want To&lt;/em&gt;)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En cours d’histoire de l’art, je me suis retrouvé un jour à devoir faire un exposé&amp;nbsp;: ne restaient plus comme sujets que l’orphisme et l’art vidéo. Plutôt que d’opter pour le premier, qui ne me disait franchement rien, j’ai opté pour l’art vidéo. Je ne m’y connaissais pas beaucoup plus, mais au moins la documentation était plus abondante et le thème m’inspirait davantage. Hé, l’art vidéo, c’est un peu comme le cinéma, non&amp;nbsp;? Bon, pas vraiment en fait. Quoi qu’il en soit, j’ai dû avoir le nez creux, car le Musée d’Art Moderne de Paris présentait à ce moment-là &lt;em&gt;The Cremaster Cycle&lt;/em&gt; de Matthew Barney, l’occasion pour votre serviteur de se confronter directement avec ce médium et l’un de ces représentants actuels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Franchissons donc le Rubicon, parlons d’art contemporain, et intéressons-nous présentement à Matthew Barney.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oeuvrant à la fois dans les domaines de la photographie, de la performance et de l’art vidéo, le bonhomme a (aussi) été un temps l’époux de Björk. Le couple s’est séparé depuis, rupture qui a donné à la chanteuse islandaise l’impulsion pour son superbe album de 2015, &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt;, manière de retour en forme après une poignée d’albums moins inspirés et où le concept avait malheureusement tendance à primer sur les chansons. Barney et Björk ont collaboré ensemble sur &lt;em&gt;Drawing Restraint 9&lt;/em&gt;, film dont la chanteuse a assuré la bande originale (et qui pourra bien faire l’objet d’un billet ultérieur, tiens) (y a-t-il un lien entre les albums expérimentaux de Björk, qui demeurent les moins intéressants de sa carrière, et sa relation avec Matthew Barney&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Grossièrement résumé, on pourrait dire que l’art vidéo, c’est du cinéma arty expérimental où le béotien ne pige rien. Oui, mais pas que. En fait, on pourra voir le cinéma comme l’art rassemblant les autres arts&amp;nbsp;: la photographie, la performance, la mise en scène, la musique voire la littérature, la sculpture et l’architecture, et le courant de l’art vidéo conjugue cela sous un angle plus expérimental, qui va de l’approche exubérante de Nam June Paik (les amusantes sculptures formées de téléviseurs, c’est lui) à la démarche plus mystique de Bill Viola (qui a bénéficié d’une jolie rétrospective au Grand Palais au printemps 2014), à laquelle on peut volontiers rattacher Matthew Barney. L’œuvre maîtresse de notre artiste est le &lt;em&gt;Cycle Cremaster&lt;/em&gt;, un ensemble de cinq films tournés entre 1994 et 2002.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-logo2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-logo2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-c-logo2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre, étrange, frappe. De fait, le cycle tire son nom du &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Muscle_cr%C3%A9master&quot;&gt; muscle crémaster &lt;/a&gt; , censément le seul (ou l’un des seuls) qu’aucun sportif mâle ne pourra jamais maîtriser&amp;nbsp;: il s’agit du muscle abaissant ou relevant le scrotum afin d’en réguler la température. Chez la femme, le crémaster est présent mais sous forme atrophiée – et pour cause. Il y a sûrement quelque chose d’agaçant pour un sportif à se dire qu’un de ses muscles échappe à son contrôle&amp;nbsp;; en particulier pour Barney, qui a souvent associé la performance à ses œuvres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/6xWtS9HsP4U?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a plusieurs manières d’aborder le &lt;em&gt;Cycle Cremaster&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: l’ordre chronologique de réalisation (4, 1, 5, 2, 3) ou l’ordre numérique (1 à 5). L’ordre de réalisation correspond à la montée en complexité des œuvres. Pour notre part, on ne cherchera pas les difficultés et l’on commence donc par &lt;em&gt;Cremaster 1&lt;/em&gt; (1995).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Celui-ci se déroule au Bronco Stadium de Boise, Idaho, que survolent deux dirigeables Goodyear. À bord des cabines, deux équipages, de quatre hôtesses de l’air chacun, patientent autour d’une table&amp;nbsp;; dans l’un des dirigeables, ce sont des grappes de raisins blancs autour d’une scultpure d’ovaires (?) qui reposent sur la table&amp;nbsp;; dans l’autre dirigeable, les raisins sont noirs. Sous chacune des deux tables, une femme se contorsionne et finit par creuser une ouverture dans le plateau, d’où elle récupère des grains de raisin. Leur disposition (en cercle, en ligne, ou en forme de logo Cremaster) est reproduite par un aéropage de danseuses sur la piste du stade. Tout est dédoublé et se fait écho&amp;nbsp;: raisins blancs, raisins noirs&amp;nbsp;; mouvements des raisons et des danseuses&amp;nbsp;; représentations d’ovaires et de testicules, et une ouverture dans la table en forme de vulve&amp;nbsp;; musique orchestrale contre toy-piano… Sur le papier, c’est intéressant&amp;nbsp;; à la vision, &lt;em&gt;Cremaster 1&lt;/em&gt; s’avère d’un ennui profond, et le moyen-métrage, lent et répétitif, aurait gagné à être plus court de moitié.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem1-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem1-1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem1-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem1-2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cremaster 2&lt;/em&gt; (1999) gagne en épaisseur et en matière, si l’on peut dire. Deux fois plus long (80 minutes au compteur), il ne paraît pas pour autant tirer &lt;em&gt;trop&lt;/em&gt; à la ligne – même si certaines séquences finissent par provoquer l’ennui. Ce deuxième volet commence par un lent zoom arrière sur une inquiétante sculpture aux motifs hexagonaux&amp;nbsp;; une puissante musique à l’orgue soutient ce dézoom. Ce sont ensuite des paysages de littoraux symétriques avant que ne se déploie le logo et ne surgissent des abeilles. Le film ne possède pas de véritable trame linéaire, et enchaîne les séquences&amp;nbsp;: une étrange séance de spiritisme, un morceau de rock avec des bourdonnements furieux d’abeille en lieu et place de la guitare, tandis qu’un couple copule&amp;nbsp;; Gary Gilmore faisant des trucs dans un habitacle qui relie deux Ford Mustang avant qu’il n’aille tuer le pompiste d’une station-service&amp;nbsp;; ce même Gilmore dans un couloir de la mort qui le mène à un rodéo dans un paysage glacé&amp;nbsp;; et puis Harry Houdini. Le motif de l’abeille constitue un leitmotiv récurrent du film, autant que la figure de Gilmore, joué par Barney lui-même. Quant à Houdini (censément le grand-père de Gilmore), il est interprété par Norman Mailer, dont son &lt;strong&gt;Chant du bourreau&lt;/strong&gt; narrait justement les derniers mois de Gary Gilmore avant son exécution. Intriguant, à tout le moins.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem1-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem2-1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem1-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem2-2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem1-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem2-3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec une durée avoisinant les trois heures, &lt;em&gt;Cremaster 3&lt;/em&gt; (2002) est sans le moindre doute le gros morceau de l’œuvre. Débutant par un prologue de vingt minutes situé en Irlande, on y voit deux géants (l’un plus géant que l’autre) s'affronter du côté de… la chaussée des géants. On se retrouve ensuite au Chrysler Building&amp;nbsp;; une sorte d'elfe (en fait, une réincarnation féminine de Gilmore) émerge des profondeurs terreuses et est transportée dans une voiture. Cette dernière sert de jouet dans un destruction derby mené par cinq Cadillac. Dans le même temps, un apprenti choisit de brûler les étapes et gravit la cage d'ascenseur de l'immeuble tout en remplissant de béton la cabine. Arrivé en haut, il s'accoude au Cloud Club bar tandis qu'un serveur maladroit enchaîne les gaffes avant de comprendre comment bien servir. En parallèle a lieu une réunion maçonnique de mafiosi. Nous voici ensuite sur un champ de courses&amp;nbsp;: c'est une couse de chevaux écorchés (en total contraste avec le jazz pimpant qui accompagne musicalement la scène). L’attelage sur lequel a misé l’apprenti remporte la course, provoquant la colère des mafiosi/francs-maçons&amp;nbsp;; ceux-ci fracassent alors les dents de l’apprenti. L’apprenti se voit greffer un dentier&amp;nbsp;: les restes fracassés de la voiture. Le voici prêt à affronter le maître&amp;nbsp;: l’action se transporte au musée Guggenheim, et dans la séquence titrée &lt;em&gt;The Order&lt;/em&gt;, l’apprenti accomplit cinq épreuves rappelant les différents films du cycle. Le film se conclut sur la suite du conflit entre les deux géants et la création de l’île de Man. Ce troisième volet est sans conteste le plus agressif&amp;nbsp;: à la structure phallique du Chrysler Building répondent les différentes scènes de compétition (le destruction derby, les représailles contre un avatar volage de l'apprenti (pan dans les dents), la séquence &lt;em&gt;The Order&lt;/em&gt;). L'ensemble n'est cependant pas dénué d'humour &amp;nbsp;: la séquence située au Cloud Club du Chrysler Building fait preuve d’un pur comique burlesque. Mais la confuse séquence &lt;em&gt;The Order&lt;/em&gt; peine toutefois à convaincre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem3-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem3-1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem3-2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem3-2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem3-3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem3-3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’île de Man est le cadre de &lt;em&gt;Cremaster 4&lt;/em&gt; (1994), premier film tourné par Barney, qui met en parallèle deux trames&amp;nbsp;: deux pilotes (un bleu et un jaune) sont lancés dans une course autour de l’île, chacun allant dans un sens (horaire ou antihoraire), tandis qu’un satyre (joué par le réalisateur) fait du tap-dance jusqu’à tomber dans l’eau puis avance dans un tunnel de vaseline sous l’île de Man&amp;nbsp;; dans le même temps, trois elfes androgynes et bodybuildés aident l’homme-bélier, les pilotes ou bien pique-niquent. Sans surprise, &lt;em&gt;Cremaster 4&lt;/em&gt; apparaît considérablement plus amateur que les autres parties du cycle&amp;nbsp;: tout est filmé sans grand génie – à la différence des volumes ultérieurs, bien mieux tournés et montés – avec une caméra grand-angle, et le moyen-métrage souffre des mêmes défauts que &lt;em&gt;Cremaster 1&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: trop long pour pas grand-chose. Aurait-il duré vingt minutes au lieu de quarante que cela n’aurait pas changé grand-chose. Sans compter une fin qui n’en est pas une &amp;nbsp;: le film s’arrête sans véritable conclusion. À tout le moins a-t-on pu assister à la migration de deux boulettes de gelées symbolisant le mouvement ascendant ou descendant des testicules&amp;nbsp;: ici, c’est le mouvement descendant qui l’emporte, ce qui nous mène droit vers le dernier mouvement…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem4-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem4-1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem4-2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem4-2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;… à savoir &lt;em&gt;Cremaster 5 &lt;/em&gt;(1997). Ce cinquième volet, tourné à Budapest, se paye le luxe d’embaucher Ursula Andress, dans le rôle de la Reine des Chaines, et adopte l’apparence d’un opéra. De fait, la Reine chante son chagrin pour différentes incarnations de Matthew Barney. La première, «&amp;nbsp;her diva&amp;nbsp;», escalade l’arche de l’avant-scène&amp;nbsp;; la deuxième, « her magician&amp;nbsp;», épigone de Houdini, se tient enchaîné sur le pont Lanchid au-dessus des eaux froides du Danube&amp;nbsp;; le dernier, «&amp;nbsp;her giant&amp;nbsp;», participe à une sorte de rituel. Mais… «&amp;nbsp;her diva&amp;nbsp;» chute, «&amp;nbsp;her magician&amp;nbsp;» se jette dans le Danube mais ne remontera pas. Quant à «&amp;nbsp;her giant&amp;nbsp;», ses testicules (accrochés à une ribambelle de colombes) s’abaissent, concluant ainsi le cycle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem5-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem5-1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-crem5-2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-crem5-2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Vous n’avez rien compris&amp;nbsp;? Moi non plus. Toutes les pistes d’interprétation avancées dans ce billet ne sont pas de votre serviteur, et proviennent du livret de l’exposition au Musée d’Art Moderne – pour bonne part toutefois un joli concentré de boniment &lt;em&gt;arty&lt;/em&gt; qui ne veut pas dire grand-chose. Le concept général d’élévation et de descente des testicules demeure assez nébuleux, autant que le principe de différentiation/indifférentiation. C’est peut-être moi qui n’ai pas le bon œil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À tout le moins peut-on constater la présence de motifs plus ou moins visibles traversant le Cycle Cremaster. Le premier est sûrement l'emploi régulier de la vaseline, et d'objets plus ou moins incongrus moulés en un matériau blanchâtre. La montée et la descente des testiboules sous-tendant l’ensemble, on retrouve de nombreux organes sexuels (plus ou moins difformes), étonnantes réinterprétations de l’anatomie humaine. Un autre motif récurrent est la contrainte, et plus spécifiquement la performance sous contrainte&amp;nbsp;: dans &lt;em&gt;Cremaster 3&lt;/em&gt;, c'est cette femme qui épluche des patates avec de particulières chaussures à talon haut, cet apprenti qui escalade une cage d'ascenseur, ce barman qui enchaîne les maladresses (utilise un sous-bock, bon sang&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-titre1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-titre1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-titre2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-titre2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-titre3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-titre3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-titre4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-titre4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-c-titre5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-c-titre5.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Je ne sais pas s’il y a un sens ultime et universel à dégager du Cycle Cremaster. Quoi qu’il en soit, cette œuvre en cinq parties tend vers l’œuvre d’art totale, à la manière du Gesamtkunstwerk wagnérien&amp;nbsp;: scultpure, performance, musique et cinéma s’y conjuguent pleinement. À l’exception du premier film tourné, &lt;em&gt;Cremaster 4&lt;/em&gt;, les prises de vue sont soignées et les films ont de la gueule – en dépit d’un rythme parfois languissant. La musique de l'entièreté du cycle a été confiée à un certain Jonathan Bepler, qui varie avec un certain bonheur les genres&amp;nbsp;: opérette, contemporain atonal, musique celtique, punk et opéra… De quoi lui octroyer une forte cohérence interne. Sans oublier le reste – le diable est dans les détails, tellement. Une multitude d’objets estampillés Cremaster parsèment le film&amp;nbsp;: une truelle, des torchons, des sous-bocks, voire un objet dont j’ignore le nom mais dont l’emploi est évident – à savoir, imprimer une marque dans la mousse de bière. Cohérence interne, encore. En dépit d’un caractère passablement nébuleux, l’ambition de cette œuvre d’art totale impressionne, d’autant que Barney semble avoir eu les moyens – artistiques mais aussi financiers – de la concrétiser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Cremaster Cycle&lt;/em&gt; ne laisse pas de fasciner et d’exaspérer. Les films sont volontiers abscons – et si c’est parce que c’est de l’Aaart, bon, l’explication tombe un peu court – et exaspérant par leur lenteur appuyée. Davantage de rythme aurait parfois été salutaire, quelques coupes aussi, notamment dans les premiers films tournés. Mais bon nombres de scènes surprennent et restent imprimées sur la rétine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: techniquement oui, Barney refusant l’exploitation en DVD de ses films&amp;nbsp;; en pratique, tout se trouve sur YouTube&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: mais trop&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: définitivement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>B comme Bambi Galaxy</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/13/B-comme-Bambi-Galaxy" rel="alternate" type="text/html" title="B comme Bambi Galaxy" />
      <id>urn:md5:7f69d82621474a931cc5334003980bd5</id>
      <published>2017-01-13T09:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-01-13T09:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où, au risque de perdre toute crédibilité, on tend une oreille surprise vers &lt;strong&gt;Bambi Galaxy&lt;/strong&gt; de Florent Marchet : de la chanson française, certes, mais également de la science-fiction. Comme quoi, le mélange des deux ne se restreint pas à &lt;strong&gt;La Mort d'Orion&lt;/strong&gt; de Gérard Manset et la comédie musicale &lt;strong&gt;Starmania&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Bambi Galaxy, Florent Marchet (PIAS, 2014). 12 morceaux, 48 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Chanson française et science-fiction ne sont pas forcément des termes que l’on accole. Sauf lorsqu’on est Christine &amp;amp; the Queens et que l’on écrit justement une chanson intitulée &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=3uWY7bwycEs&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Science-Fiction&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; . Mais ce n’est là qu’une tentative isolée, au même titre que la fameuse &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=GnDyhX9M-jk&quot;&gt; &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Étoiles, garde-à-vous&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; de Guy Béart, et sûrement tout plein d’autres que je n’ai pas en tête. Sur la longueur d’un album, cette association est beaucoup plus rare. On peut évoquer &lt;em&gt;La Mort d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Orion&lt;/em&gt; de Gérard Manset (enfin, surtout sa face A, contenant l’épopée donnant son titre au disque), la comédie musicale &lt;em&gt;Starmania&lt;/em&gt;, manière de dystopie, ou (même s'il s'agit là plutôt de fantastique) &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/05/V-comme-Le-Vaisseau-de-pierre&quot;&gt; &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; de Tri Yann d’après la BD d’Enki Bilal et Pierre Christin, voire &lt;em&gt;Robots apr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ès tout&lt;/em&gt; de Philippe Katerine. Et, récemment, &lt;em&gt;Bambi Galaxy&lt;/em&gt; de Florent Marchet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-b-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-b-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il me faut reconnaître que je ne connaissais pas le chanteur avant d’écouter le présent album. Repéré grâce à un concours organisé par les Inrocks, il a sorti une poignée de disques… que je n’ai jamais ressenti l’envie d’écouter. Mais &lt;em&gt;Bambi Galaxy&lt;/em&gt;, quatrième album de l’artiste, apparaissant louvoyer du côté de la SF, il eût été dommage de ne pas tendre une oreille. (Et puis, ce titre&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Bambi Galaxy&lt;/em&gt; début avec «&amp;nbsp;Alpha Centauri»&amp;nbsp;: des chœurs tourmentés et spiralants, dans la droite (spirale) lignée de Ligeti et, partant, de l’usage culte qu’en fit Kubrick pour son &lt;em&gt;2001&lt;/em&gt;. Un instrumental qui met dans l’ambiance, avant que l’album n’entre dans le vif du sujet avec «&amp;nbsp;Reste avec moi&amp;nbsp;», « Que font les anges&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Où étais-tu&amp;nbsp;», un trio de pop songs furieusement catchy en dépit d’une mélancolie sous-jacente. Quelques vagues allusions science-fictives au passage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrive «&amp;nbsp;Héliopolis&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: est-ce une référence au roman éponyme&amp;nbsp;? Pas vraiment, à moins que la cité méditaréenne pas très radieuse d’Ernst Jünger ne ne soit ici une utopie naturiste. À 3’, Florent Marchet se lance dans une envolée burlesque qui n’est pas sans rappeler le final de «&amp;nbsp;Louxor j’adore&amp;nbsp;» de Katerine (d’ailleurs, les deux chanteurs ont collaboré sur le &lt;em&gt;Rio Baril&lt;/em&gt; (2007) de Marchet, sous inspiration western). Le clip le voit ligoté à un poteau, vêtu d’un pyjama évoquant &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, tandis que des éphèbes et des naïades tournent autour de lui avant de le mettre à nu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/LkxGttYpvyo?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Space Opera&amp;nbsp;» est la chanson la plus ambigüe du disque. Au premier degré, on pourrait la confondre pour une ode délirante à Raël&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Oh Raël, mon amour, prends-moi dans tes bras / La vie ici n'est pas pour moi / Raël, mon amour, mon space opera / Raël mon au-delà / Tu me reconnaîtras&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le second degré est cependant implicite et la chanson est plutôt à prendre comme la déclaration d’amour émanant d’un type paumé, bossant dans un centre commercial, probablement dépressif, et qui voit dans les élucubrations de Claude Vorilhon et ses femmes dévêtues une échappatoire. Musicalement, c’est un régal&amp;nbsp;: une mélodie enjouée sur laquelle viennent se greffer des accords de sitar et des effets spatiaux délicieusement rétro, et des chœurs aériens nous transportant dans la soucoup des Elohims.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les paroles de «&amp;nbsp;Bambi Galaxy&amp;nbsp;» s’avèrent pour le moins cryptiques, mais à tout le moins peut-on dégager le thème d’une solitude ultramoderne. Musicalement, elle est fort élégante et se conclut par une belle envolée instrumentale. Quant à «&amp;nbsp;La Dernière Seconde&amp;nbsp;», elle évoque l’inadéquation entre la superficielle société moderne et l’individu – dans le cas présent, quelqu’un de passablement dépressif. Alain Souchon aurait parlé d’ultra moderne solitude&amp;nbsp;; là on se situe un cran plus loin. Une mélancolie poignante émane de cette chanson, pas loin d’être l’une des meilleures du disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Devant l’espace» se caractérise par des arrangements plus électro. Les paroles évoquent une forme de réconciliation entre l’individu et la société (le «&amp;nbsp;nous&amp;nbsp;» remplace le «&amp;nbsp;je&amp;nbsp;»). Mais reste cette interrogation lancinante &amp;nbsp;: Florent Marchet aurait-il osé ce jeu de mot méritant (au moins) le peloton d’exécution, c’est-à-dire celui laissant planer l’ambiguité — est-il devant le cosmos ou devant une voiture espace&amp;nbsp;? (Cette fois, façon Francis Cabrel et son «&amp;nbsp;Encore et encore&amp;nbsp;».) De manière générale, c’est la chanson la plus faible de ce disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans le moindre doute, «&amp;nbsp;Apollo 21&amp;nbsp;» forme le point d’orgue de &lt;em&gt;Bambi Galaxy&lt;/em&gt;. Moins allusive que les précédentes, cette chanson se veut le (bref) journal d’un jeune père à bord d’une expédition à destination d’Alpha Centauri (et hop, petit clin d’œil à l’instrumental qui introduit le disque, dont on retrouve les mêmes chœurs spiralants), dans un vaisseau corporate, lancé par des marques (Virgin en l’occurrence). On suppose que la Terre passe un mauvais quart d’heure et que l’avenir se situe dans l’espace. Mais le voyage se passe mal, les passagers deviennent fous, les systèmes de survie lâchent, la société à bord du vaisseau part en cacahouète. Mais tout espoir n’est pas perdu, comme en témoigne l’essor qui mène jusqu’au climax de la chanson, à 4’50&quot;. Dommage que «&amp;nbsp;Apollo 21&amp;nbsp;» s’arrête là où elle aurait &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; pu décoller. Dans un genre différent&amp;nbsp;: entre les mains expertes de Dominique A (oui, j’aime beaucoup Dominique A), qui, l’air de rien, vous balance une envolée de plusieurs minutes au détour d’un album ( &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=0lbfe4m7j2k&quot;&gt; «&amp;nbsp;L’Horizon&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; , &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=Qd9L_Mn_QYI&quot;&gt; «&amp;nbsp;Le Convoi&amp;nbsp;» &lt;/a&gt; ), on imagine ce que cela aurait pu donner… (D’ailleurs, Dominique A a collaboré lui aussi avec Marchet sur &lt;em&gt;Rio Baril&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le clip&amp;nbsp;: une plante méca-organique, revisitation XXIe siècle de Jack et le haricots magique, des planètes et des nébuleuses, des ptérosaures et des plésiosaures…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;21 juin 2045,&lt;br /&gt;
Première journée de transit&lt;br /&gt;
On est encore sous le choc&lt;br /&gt;
Mélange de tristesse et de soulagement&lt;br /&gt;
On évite de regarder le paysage&lt;br /&gt;
Sauf les enfants qui à travers le hublot, découvrent leur avenir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/6qg9E0aav_Y?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Impossible de ne pas penser à Michel Houellebecq avec «&amp;nbsp;Ma particule élémentaire&amp;nbsp;», manière de coda élégiaque célébrant la vie mais anecdotique par ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une mélancolie générale émane de &lt;em&gt;Bambi Galaxy&lt;/em&gt; et contre tout attente (du moins, pour votre serviteur habitué à ne jurer que par l’electro et l’ambient), l’album s’avère d’une écoute plus qu’agréable. Un sens mélodique certain et assuré, avec des refrains catchy, une voix un peu plaintive pas désagréable, des textes parfois délicieusement abscons mais jamais cons, une utilisation de la SF pas trop gadget et enfin et quelques références bien choisies, dans l’ambiance générale, au détour d’un vers ou d’une sonorité&amp;nbsp;: le Houellebecq de &lt;strong&gt;La Possibilit&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;é d’une île&lt;/strong&gt;, Harry Harrison, Kubrick. Florent Marchet prouve avec son quatrième album, plus intéressant à mon sens que les précédents (que j’ai tenté d’écouter), que chanson française et science-fiction demeurent compatibles. Bref, pourquoi rechigner&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Les Apparitions OVNI</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/12/A-comme-Les-Apparitions-OVNI" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Les Apparitions OVNI" />
      <id>urn:md5:2eb1654e5f8fb7be99d25e37e960668b</id>
      <published>2017-01-12T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-12T11:29:08+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les extraterrestres sont parmi nous — ou peut-être pas. Pour Jacques Lob et Gigi, la réponse ne faisait guère de doute, et, de Kenneth Arnold à Barney et Betty Hill, les deux auteurs ont recensé bon nombre de rencontres des premiers, deuxièmes ou troisème types dans leur bande dessinée documentaire &lt;strong&gt;Les&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Apparitions OVNI&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Apparitions OVNI, Jacques Lob (scénario) et Gigi (dessins). Dargaud, 1979, 192 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/20/In-Memoriam-Carl-Sagan&quot;&gt;Après un long billet rétrospectif consacré à Carl Sagan &lt;/a&gt; , où l’on citait volontiers l’auteur de &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt; quand il affirme régulièrement que, s’il était loin d’exclure la possibilité d’une vie extraterrestre, il était loin également de prêter foi aux prétendues observations d’OVNI, il peut s’avérer surprenant un peu de se plonger dans &lt;strong&gt;Les Apparitions OVNI&lt;/strong&gt; de Gigi et Jacques Lob, bande dessinée passant justement en revue bon nombre d’observations d’OVNI. Surprenant, et amusant aussi. &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Apparitions OVNI&lt;/strong&gt; ont également en commun d’être deux œuvres que j’ai lues et relues étant gamin – on ne se refait pas – et qui m’ont, chacune en leur genre, passablement marqué&amp;nbsp;: d’un côté, l’approche rationnelle et émerveillée de Sagan, de l’autre les saynètes émerveillantes mais un brin moins rationnelles de Gigi et Lob. Bref.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-cover_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Apparitions OVNI&lt;/strong&gt; est en réalité l’édition intégrale de trois bandes dessinées parues entre 1972 et 1975&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Dossier des soucoupes volantes&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Ceux venus d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’ailleurs&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;O.V.N.I. Dimension Autre&lt;/strong&gt;, avec Jacques Lob aux scénarios et Gigi aux dessins.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-tome1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-tome1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-tome1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Jacques Lob était un scénariste prolifique&amp;nbsp;: c’est à lui que l’on doit le scénario de &lt;strong&gt;Delirius&lt;/strong&gt;, l’une des meilleures aventures Lone Sloane (juste après &lt;strong&gt;Salammb&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ô&lt;/strong&gt;), &lt;strong&gt;Le Transperceneige&lt;/strong&gt; ainsi que certaines des aventures de &lt;strong&gt;Superdupont&lt;/strong&gt;. Avant sa collaboration avec Lob, Robert Gigi avait publié &lt;strong&gt;Scarlett Dream&lt;/strong&gt;, bande dessinée mêlant SF et érotisme (une épigone de Barbarella?)&amp;nbsp;; à partir des années 80, Gigi s’est essentiellement consacré à l’enseignement à l’école de BD d’Angoulême.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier volume des &lt;strong&gt;Apparitions OVNI&lt;/strong&gt; rapporte les observations d’UFOs, en commençant par la première apparition d’objets volants «&amp;nbsp;se déplaçant comme des soucoupes&amp;nbsp;», signalée par Kenneth Arnold en juin 1947. Y suit la création du projet Blue Book, dirigé par le capitaine Edward J. Ruppelt, et les efforts de ce dernier pour jeter la lumières sur ce phénomène.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-tome2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-tome2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-tome2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme son titre l’indique, le deuxième volume présente plusieurs cas de rencontres du deuxième voire du troisième type sur l’échelle de Hynek. Un chapitre se consacre à George Adamski, doux rêveur prétendant être en contact avec des Vénusiens (cela, avant bien sûr que… Carl Sagan démontre que Vénus est un enfer invivable), un autre se concentre sur la fameuse rencontre de Barney et Betty Hill.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le troisième volume poursuit dans cette lignée, rapportant des événements moins spectaculaires ayant eu lieu dans la seconde moitié des années 60.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-tome3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-tome3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-tome3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur la forme, &lt;strong&gt;Les Apparitions OVNI&lt;/strong&gt; illustre sur deux, trois ou quatre pages, des observations ayant (censément) donc eu lieu. Plus documentaires que fictions (encore que), les albums sont volontiers bavards et comprennent plusieurs planches explicatives ne consistant qu’en de longs paragraphes de texte. Le dessin de Gigi, très académique a passablement vieilli, mais demeure intéressant&amp;nbsp;; on pardonnera sans problème le fait qu’une moitié des planches soit colorisée, que l’encrage soit parfois médiocre&amp;nbsp;: le dessinateur parvient tout de même à faire jaillir le &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; sur bien des planches, lorsque surgit soudain l’apparition alien. À ce titre, la séquence consacrée à la &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Rencontre_de_Kelly-Hopkinsville&quot;&gt; rencontre de Kelly-Hopkinsville &lt;/a&gt; m’a passablement terrifié quand j’étais plus petit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-planche7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-planche7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-planche7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La rencontre de Kelly-Hopkinsville&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans ses récitatifs, Lob prend soin de peser le pour et le contre de ces observations, un minimum. Tout se termine bien souvent par un équivalent de «&amp;nbsp;Et si c’était vrai&amp;nbsp;?…&amp;nbsp;», de bon aloi pour le support, mais un brin racoleur en fin de compte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le fond, la méthodologie de Gigi et Lob trouve vite ses limites, qui sont d’ailleurs les mêmes que celle de l’ufologie&amp;nbsp;: la prise en compte des témoignages et la relative absence d’un esprit critique. En dépit de quelques réserves, les deux auteurs prennent (ou semblent prendre) pour argent comptant n’importe quel témoignage, alors que, faute de preuves matérielles, il s’agit de la chose la plus aisée à contrefaire. Il ne s’agit pas forcément de mystifications systématiques faites par des témoins pas exactement dignes de foi, mais d’observations trompeuses, d’hallucinations ou d’hystéries collectives. Avec le recul des années, il s’est avéré que certaines des affaires rapportées avec enthousiasme par Gigi et Lob dans leur BD ne consistent en nulle autre chose que des canulars, ou des phénomènes pouvant s’expliquer sans faire appel au moindre engin extraterrestre. D’autres résistent aux tentatives d’explications rationnelles, pour le moment.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-planche1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-planche1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-planche1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'observation de Kenneth Arnold&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-planche2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-planche2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-planche2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Braxton (Virginie occidentale), 1952&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-planche3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-planche3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-planche3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;George Adamski&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-planche5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-planche5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-planche5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Exeter (New Hampshire), 1965&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-planche6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-planche6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-planche6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Valensole (Haute-Provence), 1966&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Revenons un instant à Sagan&amp;nbsp;: au fil de ses ouvrages, celui-ci déplore qu’aucune personne censément contactée par des extraterrestres n’aient jamais autre chose que de vagues généralités à répéter. L’auteur de &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt; suggère de réclamer des informations bien précises sur des problèmes juste hors de notre portée&amp;nbsp;: la résolution du théorème de Fermat, la présence d’un îlot de stabilité au-delà des nucléides transuraniens, etc. Pour l’instant, rien de tel n’a jamais été apporté par quelque personne prétendument contactée. À moins que la vérité… soit ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis l’essor de la photographie numérique et des smartphones les observations d’ovni n’ont pourtant pas explosé. &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27ufologie#Ann.C3.A9es_2010&quot;&gt; De temps à autres&lt;/a&gt;, des phénomènes inexpliqués en l’état se produisent. Où sont les soucoupes volantes&amp;nbsp;? Oh, wait… peut-être qu’elles n’existent nulle part ailleurs que dans l’esprit des gens&amp;nbsp;? En revanche fleurissent sur le web théories du complot et désinformation&amp;nbsp;: j’y préférais les aimables trucages sur film argentique visant à nous faire croire l’existence de petits hommes gris, verts, etc. Ou les dessins de Gigi dans &lt;strong&gt;Les Apparitions OVNI&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-a-planche8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-a-planche8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-a-planche8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;De quoi rire ou rêver &lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit d’un esprit critique défaillant (mais probablement n’y aurait-il pas eu cette BD avec), &lt;strong&gt;Les Apparitions OVNI&lt;/strong&gt; demeure un projet BD intrigant dans sa forme, et, dans le fond, constitue un intéressant témoignage d’une époque où l’on s’imaginait (je suppose, là) entrer prochainement en contact avec une intelligence extraterrestre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>5 comme Le Pouvoir des Cinq</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/11/5-comme-Le-Pouvoir-des-Cinq" rel="alternate" type="text/html" title="5 comme Le Pouvoir des Cinq" />
      <id>urn:md5:de1977dd86bc1b02b3fbdc7016512116</id>
      <published>2017-01-11T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2017-01-11T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'on débute un nouveau tour d'alphabet, placé (un peu) sous le signe du nombre 5. Plutôt que d'évoquer les gentillettes aventures du &lt;strong&gt;Club des Cinq&lt;/strong&gt; d'Enid Blyton, intéressons-nous plutôt à une série due à la plume d'un autre auteur britannique, Anthony Horowitz&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les Cinq contre les Anciens&lt;/strong&gt;. Laissée inachevée, Horowitz l'a récemment réécrite sous le titre &lt;strong&gt;Le Pouvoir des cinq&lt;/strong&gt; — mais pour quel résultat&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Portes du diable [The Devil’s Door Bell], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, coll. «&amp;nbsp;Bibliothèque verte&amp;nbsp;», 1990 [1983]. Poche, 220 pp.&lt;br /&gt;
La Nuit du scorpion [The Night of the scorpion], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, coll. «&amp;nbsp;Bibliothèque verte&amp;nbsp;», 1991 [1984]. Poche, 190 pp.&lt;br /&gt;
La Citadelle d’argent [The Silver Citadel], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, coll. «&amp;nbsp;Bibliothèque verte&amp;nbsp;», 1991 [1986]. Poche, 222 pp.&lt;br /&gt;
Le Jour du dragon [Day of the Dragon], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, coll. «&amp;nbsp;Bibliothèque verte&amp;nbsp;», 1992 [1989]. Poche, 282 pp.&lt;br /&gt;
Raven’s gate [id.], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, 2006 [2005]. GdF, 330 pp.&lt;br /&gt;
Evil Star [id.], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, 2006 [2006]. GdF, 403 pp.&lt;br /&gt;
Nightrise [id.], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, 2008 [2007]. GdF, 453 pp.&lt;br /&gt;
Necropolis [id.], traduit de l’anglais [UK] par Annick Le Goyat. Hachette jeunesse, 2009 [2008]. GdF, 453 pp.&lt;br /&gt;
Oblivion [id.], traduit de l’anglais [UK] par Christophe Rosson. Hachette jeunesse, 2012 [2012]. GdF, 576 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’auteur britannique Anthony Horowitz est surtout connu pour sa série de romans pour la jeunesse &lt;strong&gt;Alex Rider&lt;/strong&gt;. De fait, une bonne part de l’œuvre d’Horowitz se destine à la jeunesse, quand bien même l’auteur s’est aussi illustré avec des romans adultes (des suites officielles à Sherlock Holmes ou James Bond) ainsi que des scénarios de série TV du siècle dernier (&lt;em&gt;Inspecteur Barnaby&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Hercule Poirot&lt;/em&gt;). Pour sa part, votre serviteur l’a découvert avec une série plus ancienne&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Les Cinq contre les Anciens&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, publiée en Bibliothèque Verte au début des années 90. La série m’avait plu, avec son mélange de fantastique et d’humour noir (bon, à la relecture, ça n’est pas &lt;em&gt;si&lt;/em&gt; drôle que dans mes souvenirs).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Attention, soyez prévenu, ce billet n’est pas avare en spoilers.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome11.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Portes du diable&lt;/strong&gt; raconte l’histoire de Martin Hopkins, âgé de 13 ans et tout juste orphelin. Le voilà obligé d’emménager chez sa tante, Elvira Crow (&lt;strong&gt;E&lt;/strong&gt; lvira &lt;strong&gt;V&lt;/strong&gt;eronica &lt;strong&gt;I&lt;/strong&gt;ren &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; avinia Crow), dans la petite bourgade de Lesser Malling, au fin fond du Yorkshire. En plus de n’être pas très bien traité par Mme Crow, Martin se rend compte qu’il se passe des choses étranges à Lesser Malling, notamment du côté d’Omega One, l’ancienne centrale nucléaire expérimentale censément désaffectée… Il s’avère que toute la population du village ne vit que pour le retour des Anciens, des créatures maléfiques ayant vécu à l’aube des temps et qui furent refoulées dans l’au-delà par les Cinq, des adolescents aux pouvoirs extraordinaires. Mais certains humains prient pour le retour des Anciens, et veulent employer la science pour suppléer la magie&amp;nbsp;: l’énergie nucléaire pour déverrouiller la porte retenant ces créatures prisonnières. Il s’avère que Martin est l’un des Cinq et qu’il devra mener le combat contre les Anciens.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome12.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si la porte du Yorkshire est finalement refermée, des serviteurs des Anciens se préparent à déverrouiller la seconde, quelque part en Amérique du Sud. Ayant à peine eu le temps de se remettre des événements des &lt;strong&gt;Portes du Diable&lt;/strong&gt;, Martin doit se rendre au Pérou. Mais les choses sur place ne se déroulent pas comme prévu, et le jeune garçon se retrouve bien vite à la rue. C’est là qu’il rencontre Pedro, un Péruvien de son âge, qui se révèle être un descendant des Incas, mais aussi le deuxième des Cinq. Ensemble, ils vont lutter pour empêcher l’ouverture de la seconde porte. Celle-ci est verrouillée grâce aux fameuses lignes de Nazca. Seules les étoiles, placées dans une configuration certaine, peut défaire le verrou&amp;nbsp;: les serviteurs des Anciens comptent utiliser un satellite pour remplacer une étoile inopportunément cachée par la Lune. &lt;strong&gt;La Nuit du Scorpion&lt;/strong&gt; aura bien lieu, et les deux adolescents ne pourront empêcher le retour des Anciens.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol5-5-tome13_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Changement de décor et de casting avec &lt;strong&gt;La Citadelle d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’argent&lt;/strong&gt;. On y suit les pas à New-York de Nicholas et Jeremy, deux jumeaux, et faisant partie des Cinq (quoique l’ignorant encore). Orphelins eux aussi, ils sont séparés lorsque leur oncle veut les séparer. Tandis que Jeremy est kidnappé et subit un lavage de cerveau, Nicholas part à sa recherche dans les rues hostiles de la métropole. Il trouve de l’aide en la personne d’une écrivain ratée, Linda Thorn. Mais les périls rôdent&amp;nbsp;: les Anciens sont bel et bien de retour&amp;nbsp;; la directrice d’une organisation censément caritative n’est autre que leur reine, qui retient Jeremy prisonnier et qui va tenter de le retourner contre son jumeau. Elle prévoit aussi un plan pour pervertir tous les jeunes Américains par artifice. Le roman connaît alors un formidable flash-forward, où l’on voit les Cinq réunis, pour mener la bataille ultime contre les Anciens. Enfin, peut-être pas &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; bataille, mais une itération à tout le moins.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome14.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Jour du dragon&lt;/strong&gt; , dans sa première moitié, suit les pas de Will, qui retourne voir son père à Hong-Kong. Mais une étrange atmosphère pèse sur la ville, comme si celle-ci était morte. De fait, elle est passée sous la main des Anciens, qui contrôlent désormais un important pôle d’échange, pont entre l’Occident et l’Orient&amp;nbsp;: l’Orient, où règne la croyance aux esprits, et l’Occident, où l’argent est roi. Avec Hong-Kong, ville où bon nombre de banques ont leur siège, les Anciens dominent à la fois esprits et flux monétaires, sont désormais en mesure d’asservir le monde… Au fait, que veulent-ils&amp;nbsp;? Comme le père de Will l'explique à Martin:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ils ramèneront l’ordre, la discipline. Les anciennes valeurs. (…) Les Anciens écraseront ce monde pour en créer un nouveau.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lorsque Will est capturé par les serviteurs des Anciens, Martin Hopkins va partir à sa rescousse, et endiguer, un temps, le péril.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et rien. Pour des raisons connues seules des Anciens, Anthony Horowitz n’a pas achevé la pentalogie. Manque d’envie&amp;nbsp;? Dépassé par l’ampleur du projet &amp;nbsp;? Allez savoir… L’auteur n’a pas pour autant cessé d’écrire, et a commencé au début des années 2000 sa série à succès &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Alex Rider, quatorze ans, espion malgré lui&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Frustration pour le lecteur, qui attendait la conclusion, potentiellement épique, de cette série romanesque. En quatre romans, l’auteur avait posé des bases accrocheuses et des personnages réussis, à commencer par le jeune Martin. Heureusement, les choses n’en sont pas restées là, lorsque, au milieu des années 2000, Horowitz a commencé à réécrire&lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Les Cinq contre les Anciens&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, sous un nouveau titre, &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Le Pouvoir des Cinq&amp;nbsp;» &lt;/strong&gt;(&lt;strong&gt;The Power of Five&lt;/strong&gt; en Angleterre, &lt;strong&gt;The Gatekeepers&lt;/strong&gt; aux USA), dans un style dans la lignée des «&amp;nbsp;Alex Rider&amp;nbsp;», taillé pour plaire en somme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Drôle d’exercice que cette réécriture – qui n’est certes pas inédite. De ce côté-ci de la Manche, on a pu voir (enfin, lire surtout) Michel Tournier réécrire deux fois le &lt;strong&gt;Robinson Cruso&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;é&lt;/strong&gt; de Daniel Defoe, d’abord avec &lt;strong&gt;Vendredi ou les limbes du Pacifique&lt;/strong&gt; (1967) puis avec sa version jeunesse, &lt;strong&gt;Vendredi ou la vie sauvage&lt;/strong&gt; (1971). Mais ici, l’âge du lectorat est revu à la hausse&amp;nbsp;: si &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Les Cinq contre les Anciens&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; s’adressait à un lectorat d’une dizaine d’années, &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Le Pouvoir des cinq&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; vise plutôt les jeunes adolescents.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome21.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome21.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Portes du diable&lt;/strong&gt; sont donc devenues &lt;strong&gt;Raven&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s Gate&lt;/strong&gt;. Exit Martin Hopkins, bienvenue Matt Freeman, nom bien plus évocateur. Prénom monosyllabique qui claque, et nom de famille hyper-symbolique. La personnalité du protagoniste change (fini, le garçonnet timoré), partant certains détails de l’intrigue aussi&amp;nbsp;: Matt, âgé de 14 ans et orphelin depuis ses 8 ans, est sur la pente glissante de la délinquance. Après une agression où il porte sa part de responsabilité, il participe à un programme de réinsertion, et est ainsi envoyé dans la ferme de Mme Deverill, à Lesser Malling. Si le début rappelle passablement Harry Potter, le reste du roman conserve son propre ton, plutôt sombre. &lt;strong&gt;Raven&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s Gate&lt;/strong&gt; voit son histoire densifiée par rapport au roman originel, mais l’intrigue demeure identique. Nuance de taille, la fin voit intervenir une organisation, Nexus, qui lutte contre les Anciens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les Anciens justement&amp;nbsp;: s’ils conservent la même apparence monstrueuse, leurs buts et leur nature sont développés.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;D’un certain point de vue, ils agissent comme le cancer. Quand le cancer envahit un organisme, il le tue, et ce même si à terme cela signifie qu’il va se tuer lui-même. (…) Les Anciens ont envahi la planète et se sont mis à tuer tous ses habitants, toute forme de vie. Ils n’arrêteront pas tant qu’ils n’auront pas tout exterminé.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Oblivion&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les Anciens ne sont pas mauvais. C’est le monde qui est mauvais.&amp;nbsp;» ( &lt;strong&gt;Oblivion&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome22.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome22.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Evil Star&lt;/strong&gt; poursuit dans la même veine&amp;nbsp;: l’intrigue diffère sur des détails, plus ou moins importants, mais le gros du roman reste pareil à &lt;strong&gt;La Nuit du Scorpion&lt;/strong&gt; (à cette nuance que le scorpion devient un cygne). Le ton se fait plus dur, mais aussi plus fantastique&amp;nbsp;: d’un côté, Lima n’a rien ici du décor de carte postale&amp;nbsp;; sous un autre aspect, la séquence à Machu Picchu est transposée dans la cité mythique de Vilcabamba. Certaines facilités scénaristiques sont évacuées&amp;nbsp;: Matt parle anglais, Pedro espagnol, et les deux garçons ne peuvent donc communiquer que lors de leurs rêves communs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome23.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le travail de réécriture gagne en importance avec le troisième volume, &lt;strong&gt;Nightrise&lt;/strong&gt;. Exit Nicholas et Jeremy Helsey, bienvenue Scott et Jamie Tyler, deux orphelins d’origine amérindienne poursuivi par les sbires de la multinationale Nightrise. Scott est capturé, et Jamie va tout faire pour le libérer. La mère d’un autre enfant kidnappé va l’aider dans sa quête… Là où &lt;strong&gt;La Citadelle d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’argent&lt;/strong&gt; apparaissait déconnecté de la trame mise en place dans&lt;strong&gt;Les Portes du diable&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Nuit du scorpion&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Nightrise&lt;/strong&gt; s’inscrit bien mieux dans la lignée&amp;nbsp;: ce troisième roman du cycle débute peu de temps avant les événements cataclysmiques qui concluent &lt;strong&gt;Evil Star&lt;/strong&gt;, et se termine à peu près au même moment. Le flashback/forward consacré à la bataille contre les Anciens est plus conséquent, et permet à Horowitz de mieux creuser le background – grosso modo, les Cinq ont des allures de Champions éternels. Enfin, le dernier chapitre introduit le protagoniste du quatrième tome&amp;nbsp;: Scarlett.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome24.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome24.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Necropolis&lt;/strong&gt; remanie entièrement l’intrigue du &lt;strong&gt;Jour du dragon&lt;/strong&gt;, et comme &lt;strong&gt;Nightrise&lt;/strong&gt;, ne perd pas de vue les autres héros malgré l’introduction d’un nouveau protagoniste. La différence la plus notable réside justement dans le changement de sexe de celui-ci&amp;nbsp;: adieu Will, bienvenue Scarlett (changement bienvenu, bien plus en phase avec le lectorat actuel). Les nœuds de l’intrigue se resserrent à mesure que les Cinq se rapprochent, mais les choses ne sont pas faciles pour autant pour Matt, qui doit continuer à prouver sa légitimité. Comme de bien entendu, le roman se termine de manière apocalyptique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aventure allait-elle en rester là, comme vingt ans plus tôt&amp;nbsp;? A savoir une pentalogie qui reste au stade de tétralogie. Entre &lt;strong&gt;Necropolis&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Oblivion&lt;/strong&gt; vont s’écouler quatre (longues) années. Mais l’ultime roman du cycle fait pas loin quasiment du double de pages des romans précédents.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol5-5-tome25.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol5-5-tome25.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oblivion&lt;/strong&gt; débute dix ans après &lt;strong&gt;Necropolis&lt;/strong&gt;. Et&amp;nbsp;? Pas de chance, les Anciens ont gagné, et ont la mainmise sur le monde. Quant aux Cinq, ils sont dispersés à travers le monde. Dans le tome précédent, Horowitz introduisait les Portes, qui permettent aux Cinq de se déplacer instantanément à travers le monde. Mais… une anomalie s’est produite, et voilà les adolescents qui émergent de ces portails dimensionnels dix ans après y être entrés. Le premier tiers du roman raconte leurs retours au monde, le deuxième leurs tentatives pour sortir des ennuis catastrophiques dans lesquels ils sont tombés – en plus d’un problème sérieux&amp;nbsp;: Scott Tyler, qui s’est retrouvé prisonnier des Anciens dans &lt;strong&gt;Nightrise&lt;/strong&gt;, a l’impression d’être le laissé pour compte des Cinq, a choisi de pactiser avec l’ennemi. Dispersés, et désunis, les héros vont en baver, et leur douloureux itinéraire les mènera jusqu’en Antarctique pour défaire le mal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une conclusion épique à une saga jeunesse qui ne l’est pas moins. Dommage qu’il ait fallu, oh, plus de vingt ans pour la lire, mon petit cœur de lecteur âgé de onze ans ne s’en est pas encore remis (mais petit cœur sûrement préparé grâce à Horowitz pour aborder, quelques années plus tard, la lecture de Lovecraft). Proposant une vision intéressante du mal, qui change quelque peu du tout-venant, avec un ensemble de personnages vivants, célébrant l'amitié et l'entraide, &lt;strong&gt;« Le Pouvoir des cinq »&lt;/strong&gt; est une réussite. De plus, sur la forme (et pour l’amateur d’adaptation que je suis), la comparaison entre la pentalogie-restée-tétralogie originelle et le cycle final s’avère des plus intéressante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui pour &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Les Cinq contre les Anciens&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, non pour &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Le Pouvoir des cinq&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui pour les deux séries&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>De La Contrée à L’Atelier : Semaine 05</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/09/De-La-Contree-a-L-Atelier-5" rel="alternate" type="text/html" title="De La Contrée à L’Atelier : Semaine 05" />
      <id>urn:md5:cab7929d05ea119825d1aedbefb3cb11</id>
      <published>2017-01-09T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-17T15:05:16+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vivre, c’est aussi se souvenir et relire. Marion ne me contredira pas. Ni sans doute Arthur C. Clarke…&amp;nbsp;» Entre réveillon, galette des rois, musique et &lt;strong&gt;Les Enfants d'Icare&lt;/strong&gt;, le déménagement de Francis Valéry se poursuit…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vivre, c’est aussi se souvenir et relire. Marion ne me contredira pas. Ni sans doute Arthur C. Clarke…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-J29.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-J29.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170109-J29_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 29&amp;nbsp;: Samedi 31 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Ce soir, c’est réveillon. Comme ma compagne s’est également explosé une dent la semaine dernière, et que le plomb provisoire n’a pas tenu, le menu sera léger et la soirée risque de tourner court – d’autant qu’il n’y a rien à la télé&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant, j’installe les bass-traps, superposés, à la place qui sera la leur, de manière définitive, une fois bricolé un support. A ce moment de mon récit, je sens bien qu’une question vous titille&amp;nbsp;: un bass-trap, c’est quoi&amp;nbsp;? Et ça sert à quoi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Explication. Une enceinte acoustique projette de l’énergie sonore de manière omnidirectionnelle, pas seulement depuis la membrane des haut-parleurs. Cette énergie se diffuse donc en formant une sphère. Si vous collez votre enceinte trop près d’un mur, vous empêchez la sphère de se développer correctement d’un côté et l’enceinte diffuse selon un dôme hémisphérique. Si vous posez en plus votre enceinte au sol, vous faites disparaître la moitié inférieure de la zone de diffusion qui devient un quart de sphère. Continuons le massacre et poussons notre enceinte tout contre le mur perpendiculaire&amp;nbsp;: ainsi positionnée au coin d’une pièce, l’enceinte diffuse selon un huitième de sphère. A chaque réduction du volume de diffusion, la puissance sonore perçue par l’auditeur est dégradée d’environ 6 décibels. En plaçant une enceinte en coin, on perd environ 18 décibels. Pour compenser, l’auditeur monte le volume de l’amplificateur. Cela pourrait suffire à compenser la perte d’énergie sonore. Malheureusement, ce n’est pas si simple&amp;nbsp;: la diminution de la zone de diffusion de l’enceinte affecte fort différemment les diverses bandes de fréquence. Les aigus et les médiums sont les grands perdants de l’opération, tandis que les graves ne sont pas trop affectées – et que les ultra-graves ne le sont pas du tout. Autrement dit, ce type de positionnement des enceintes déséquilibre considérablement le spectre sonore et lorsque l’auditeur monte le son pour compenser la perte globale, il confirme ce déséquilibre&amp;nbsp;: le son est alors perçu avec un très fort renforcement des graves.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a des gens qui aiment que les basses soient très présentes – on ne s’étonnera pas de constater, chez eux, un placement des enceintes favorisant ce phénomène. Le plus souvent, les gens font cela de manière intuitive… et ils sont très satisfaits d’avoir un «&amp;nbsp;gros son&amp;nbsp;» parce qu’ils ont placé les enceintes dans les coins de leur salon, au-dessus d’un buffet ou d’une étagère (quasiment à ras du plafond&amp;nbsp;!). Chacun son truc – je dois avouer qu’aimant l’aspect un peu «&amp;nbsp;sauvage&amp;nbsp;» du son, c’est ce que j’ai tendance à faire moi-même. En fait, je suis plus pervers que cela&amp;nbsp;: je mets mes enceintes où je peux et c’est avec un équaliseur à une trentaine de bandes que je me «&amp;nbsp;creuse&amp;nbsp;» un son très riche en fréquences extrêmes (la basse et le pied de caisse d’un côté, les cloches des cymbales de l’autre &amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien entendu, tous les goûts sont dans la nature et chacun règle sa chaîne hi-fi comme il souhaite l’entendre. Mais ce qui est sans conséquence pour une écoute personnelle se révèle vite catastrophique quand il s’agit de réaliser un mixage en studio, car l’écoute doit être d’une parfaite neutralité. Les enceintes de proximité utilisées pour le mixage se doivent de ne flatter aucune fréquence et leur positionnement dans la pièce doit limiter au maximum les effets indésirables comme des renforcements (ou des affaiblissements) de certaines fréquences, des ondes stationnaires, des échos indésirables, etc. C’est là qu’on utilise des matériaux absorbants (par exemple pour «&amp;nbsp;manger&amp;nbsp;» les graves en excès) ou diffusants (par exemple pour «&amp;nbsp;Éclater&amp;nbsp;» en une multitude de mini-réflexions sur diverses fréquences un écho suscité par une pièce réverbérante). Cela s’appelle le traitement acoustique. C’est la première chose à faire lorsque l’on souhaite aménager un studio de mixage (ou bien sûr d’enregistrement) – en fait, c’est la priorité absolue. Pour produire un mixe de qualité, il faut absolument disposer d’un local aussi proche que possible de la perfection acoustique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un bass-trap, c’est donc un gros bloc de matière absorbante de section triangulaire, dans laquelle sont creusées des entailles plus ou moins profondes, destinées à retenir le surplus de fréquences graves, en empêchant leur réflexion – donc leur renvoi vers l’auditeur. On place les bass-traps dans les coins, là où, justement, les fréquences graves s’accumulent et créent toutes sortes de problèmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est tout bête – mais c’est très efficace&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon. Ça sera tout pour cette année.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-J30.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-J30.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170109-J30_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 30&amp;nbsp;: Dimanche 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; Janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;L’Atelier ne ressemble toujours pas à un studio d’enregistrement opérationnel – et il s’en faut de beaucoup&amp;nbsp;; mais on commence à se dire que ce doit être l’idée. Les guitares et les claviers s’y entassent gentiment, au fil de mes allers et retours.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À part cela, cédons à la tradition et adressons nos meilleurs vœux à nos lecteurs – nos meilleurs vœux de quoi, l’histoire ne le dit pas&amp;nbsp;; mais chacun complètera en fonction de ses désirs ou de ses besoins. Soyez fous&amp;nbsp;! Demandez l’Impossible&amp;nbsp;! En ce qui nous concerne, si déjà nous pouvions avoir un peu moins froid, ce serait un bon début. Après cela, j’aimerais que l’Énergie me revisite et que tous ces petits projets qui me maintiennent en vie finissent pas se concrétiser – au moins certains&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-J31.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-J31.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170109-J31_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 31&amp;nbsp;: Lundi 2 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;À l’automne dernier, j’ai retrouvé un gros carton contenant une soixantaine de cassettes audio de mes petits travaux musicaux plus ou moins anciens, certains enregistrements remontant au début des années soixante-dix. Je m’étais promis d’y jeter une oreille – poussé par une vague envie (très narcissique) de réaliser une compilation de ce qui me semblerait encore audible, et de la sortir, à l’intention des copains, pour fêter mes cinquante années de pratique musicale. J’ai eu ma première guitare à l’été 1969, j’avais treize ans. Il me reste donc deux ans et demi pour produire cette compilation – soit bien plus de temps qu’il n’en faut pour ne plus en avoir envie&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce matin, je me suis replongé dans ce lot de cassettes et ai retrouvé le master quatre pistes d’un morceau qui, selon le déroulé de la séance d’enregistrement, s’est appelé &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Marion&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; puis&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Fait divers&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et enfin &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La fille aux allures de garçon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. C’est sous ce dernier titre qu’il est sorti début 2002, couplé avec &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Au New-York Bar&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Ces deux morceaux ont été écrits et composés en 2000/2001, pendant des tournées. Je me souviens très bien avoir écrit &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La fille aux allures de garçon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; dans un bar, à Limoges, inspiré par une rencontre faite la veille, dans un autre bar de la ville. J’en ai enregistré une première version à Lausanne, courant 2001, avec un Portastudio 414 MKII Tascam, acheté d’occasion quelques mois plus tôt, dans un magasin de musique de Brives.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le Portastudio 414 MKII est un enregistreur analogique à quatre pistes mono plus deux fois deux pistes stéréo, sur K7 ordinaire mais défilant à 9,5 cm/s au lieu des 4,75 cm/s habituels. Du coup, on ne peut pas écouter le master sur un lecteur fonctionnant à la vitesse normale – il faut d’abord faire un mixe stéréo général et l’exporter vers un autre magnéto (à K7 ou à bande). Pas très pratique. Mais à cette époque où la MAO (musique assistée par ordinateur) balbutiait, c’était la seule solution simple et financièrement abordable pour réaliser des maquettes «&amp;nbsp;À la maison&amp;nbsp;»&amp;nbsp;» ou enregistrer un groupe en répétition ou en concert. C’est d’ailleurs là que le Portastudio prend tout son intérêt. Il ne s’adresse pas vraiment à un « homestudioïste&amp;nbsp;» – comme on dit aujourd’hui – souhaitant enregistrer toutes les pistes, une par une, car ce me semble à peu près impossible, en l’absence d’une connectique MIDI, de synchroniser avec les pistes mono, un sous-mixage qui serait envoyé en lignes 5-6 ou 7-8. Au bout du compte, en homestudio de type DIY (Do It Yourself = c’est moi qui fait tout), c’est seulement un quatre pistes. Par contre, en live, les entrées stéréo peuvent être utilisées, par exemple, pour injecter deux tables de mixage indépendantes&amp;nbsp;: une pour repiquer la batterie, avec autant de micros qu’on le souhaite, et produire un sous-mixage placé dans le PAN, l’autre pour sonoriser un troupeau de choristes ou une armada de claviers ou n’importe quoi d’autre. Du coup, les quatre entrées principales peuvent servir à la voix principale et à trois instrumentaux (guitare, basse, clavier par exemple). La connectique est très complète et il a des réglages de sensibilité très efficaces. Bref, si le Portastudio 414 MK II est devenu une machine de légende, ce n’est tout à fait sans de bonnes raisons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si certains de mes lecteurs étaient présents à l’inauguration de l’Espace Jules Verne de la Maison d’Ailleurs, il y a déjà bien longtemps, c’est cet enregistreur qui diffusait les bruits de foule, sur huit pistes, que j’avais construits à partir d’enregistrements radios en langues étrangères, plus ou moins bidouillés (certains étaient passés à l’envers). Ce qui ne nous rajeunit pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour en revenir à &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La fille aux allures de garçon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, le déroulé de la séance d’enregistrement a été conservé. Il indique une prise témoin guitare-métronome-voix en piste 1&amp;nbsp;; une prise batterie en piste 2&amp;nbsp;; une prise basse en piste 3&amp;nbsp;; un sous-mixage des pistes 2 et 3 vers la piste 4&amp;nbsp;; une prise percussions en piste 2&amp;nbsp;; un sous-mixage des pistes 2 et 4 vers la piste 3&amp;nbsp;; une prise de guitare acoustique en piste 2&amp;nbsp;; une prise de guitare électrique en piste 4&amp;nbsp;; une prise du chant en piste 1 (avec les pistes 2, 3 et 4 en témoins au casque)&amp;nbsp;; puis un mixage de ces quatre pistes définitives, suivi d’un transfert vers un enregistreur stéréo. Rustique mais assez efficace si l’on prend garde à travailler proprement, en réduisant au minimum le souffle et les bruits de fond, en particulier lors des sous-mixages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À réécouter ce morceau, j’ai presque une envie de numériser les pistes 1, 2 et 4, telles qu’elles ont survécu, en essayant toutefois de nettoyer le bruit de fond, puis de réenregistrer la basse et la batterie sur des pistes distinctes. Je pourrais alors faire un nouveau mixage, cette fois numérique. C’est l’histoire d’une journée de travail. Mais qui d’autre que moi cela pourrait intéresser&amp;nbsp;? Et n’est-ce pas surtout une occasion de plus pour &lt;em&gt;ne pas&lt;/em&gt; travailler sur mes projets en cours que j’ai toutes les peines du monde à faire avancer depuis bientôt un an&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-J32.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-J32.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170109-J32_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 32&amp;nbsp;: Mardi 3 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;J’ai commencé à relire &lt;em&gt;Les Enfants d’Icare&lt;/em&gt; d’Arthur C. Clarke – après avoir vu le premier volet de l’adaptation TV qui est, en ce moment, diffusée sur SyFy. D’emblée, il est évident que le texte original est bien plus malin que l’adaptation qui en a été faite. Je pense que je reviendrai sur le sujet, si j’arrive à visionner les deux derniers volets – car si je dispose d’un minuscule téléviseur à La Contrée, branché sur une parabole (et sur lequel je peux donc visionner SyFy), la télé qui est à L’Atelier ne reçoit que la TNT via une antique antenne râteau et un décodeur acheté en complément&amp;nbsp;; or l’adaptation des &lt;em&gt;Enfants d’Icare&lt;/em&gt; est diffusée à des horaires où je suis depuis longtemps rentré à la maison&amp;nbsp;! Il faut que je pense à regarder la diffusion (la dernière) qui a lieu vendredi prochain, en début d’après-midi. Sinon, bernique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-J33.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-J33.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170109-J33_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 33&amp;nbsp;: Mercredi 4 janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dire qu’on se gèle vraiment, c’est peu dire – comme aurait dit ma grand-mère. Ce matin, tout est blanc à perte de vue. Le spectacle vaut le détour – mais je n’ai pas le courage de sortir pour prendre des photos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hier soir, le décodeur TNT acheté pour raccorder l’antenne de toiture à notre vieille télé (pas si vieille en fait, elle doit avoir quatre ans, mais par ces temps d’obsolescence forcée…) a rendu l’âme. Il aura fonctionné trois semaines. Mais dans quel monde on vit&amp;nbsp;! En même temps, moi qui passe mon temps à râler qu’il n’y a jamais rien d’intéressant à la télé, j’ai sans doute été entendu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Déjà que je ne parviens pas à capter la radio – il faut que je bricole une antenne – et que je n’ai pas encore d’accès à internet, autant dire que je vais me trouver encore plus isolé du monde extérieur. Mais peut-être devrais-je dire&amp;nbsp;: plus &lt;em&gt;à l’abri&lt;/em&gt; du monde extérieur&amp;nbsp;? Car franchement, à en juger aux bribes d’information distillées par France Infos quand je suis au volant de ma voiture, peut-être vaut-il mieux ne rien savoir et continuer de faire ce que j’ai à faire – écrire et composer – sans me soucier du temps qui passe et de l’avancée du chaos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À La Contrée, j’ai un mail de reprise de contact, concernant le projet d’exposition SF. Les sélections finales ont été faites, à partir de mes propositions de couvertures. Je dois désormais prendre les mesures précises de tous ces magazines, pulps et comicbooks. L’occasion d’une toujours aussi plaisante petite piqûre de rappel visuel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-J34.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-J34.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170109-J34_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 34&amp;nbsp;: Jeudi 5 Janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Fini, carnaval&amp;nbsp;: j’ai tombé le masque du hamster joufflu. Mon abcès dentaire n’est plus qu’un vieux souvenir. Levé à 6h en pleine forme, comme dans le temps. Mais quelque chose me dit que ça ne va pas durer. Je profite de cette éclaircie énergétique pour écouter &lt;em&gt;«&amp;nbsp;La fille aux allures de garçon&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; avec un peu de recul par rapport à sa redécouverte. Premier constat&amp;nbsp;: la ligne de batterie, très minimaliste, est typique de l’époque (post-rock) et de mes quelques influences New Wave – le choix du moins-disant témoigne aussi du fait que je n’ai jamais joué de la batterie qu’en dilettante, sans jamais vraiment travailler l’instrument. Second constant&amp;nbsp;: le riff percussif sur quatre toms tourne plutôt pas mal, mais les toms ne sont pas accordés d’un point de vue tonal – longtemps, les batteurs ont réglé leurs toms pour que «&amp;nbsp;Ça sonne&amp;nbsp;», sans se préoccuper des fréquences exactes retenues (des notes, si l’on préfère, même si les percussions produisent des nappes spectrales plutôt que des notes bien définies). Troisième constat&amp;nbsp;: la ligne de basse, jouée à l’époque sur une Jazz Bass &lt;em&gt;fretless&lt;/em&gt; (c’est-à-dire avec une touche «&amp;nbsp;lisse&amp;nbsp;» sans barrettes ni repères, comme sur une contrebasse) reste sympa, avec des glissandos quinte/octave/neuvième, mais elle n’est pas toujours d’une grande justesse… Conclusion&amp;nbsp;: il faut refaire la piste 3 du master, qui est un sous-mixe basse/batterie/percussions. Je commence donc par numériser la K7 telle qu’elle a été éditée, ce qui va me servir de nouvelle piste témoin, et entreprends de réenregistrer (directement sur l’enregistreur numérique) la ligne de basse, sur ma basse &lt;em&gt;fretless&lt;/em&gt; – une copie de marque Harley Benton d’une Jazz Bass Fender, plutôt convaincante&amp;nbsp;: on n’insistera jamais assez sur la qualité vraiment bluffante des instruments haut-de-gamme de cette marque appartenant au distributeur allemand Thomann. Outre le son et le confort de jeu, un autre intérêt de cette &lt;em&gt;fretless&lt;/em&gt; est que des traits horizontaux sont tracés sur la touche, simulant les frettes des basses normales, ce qui constitue une aide appréciable pour un doigté précis, et donc pour jouer juste&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’écoute, ce n’est pas terrible. Le son de la basse est beaucoup trop aigu. Il va donc falloir recommencer, mais en mettant en œuvre davantage de matériel de correction du son, et aujourd’hui je n’en ai pas le temps.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170109-J35.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170109-J35.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170109-J35_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 35&amp;nbsp;: Vendredi 6 Janvier 2017&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Grande et frileuse journée à La Contrée – frileuse car mes poêles à pétrole n’étant pas dotés du don d’ubiquité, depuis qu’ils sont à L’Atelier ils ne sont plus ici. Comme prévu, j’ai visionné les deux derniers volets des &lt;em&gt;Enfants d’Icare&lt;/em&gt;, sur SyFy – et comme je m’y attendais, je reste un rien dubitatif&amp;nbsp;; mais soyons honnête&amp;nbsp;: si j’ai un souvenir précis et très fort sur le plan émotionnel de la première partie du roman, avec la chute sur la découverte de l’aspect des extra-terrestres, je ne me souviens pas vraiment de la suite&amp;nbsp;! Que l’adaptation télévisuelle me déçoive quelque peu, me donne à penser que le roman m’avait peut-être laissé sur ma faim, lui aussi. Ce qui expliquerait cette impasse mémorielle. Plus de quarante ans après sa lecture dans la collection du CLA – où il avait été réédité en 1969, après sa parution originale dans Le Rayon Fantastique – il est nécessaire que je le relise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour à L’Atelier où je commence par «&amp;nbsp;faire du bois&amp;nbsp;» pendant une bonne heure, car le week-end est annoncé comme particulièrement froid.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puis je continue de remettre en service une partie des synthés – j’ai toujours un peu de mal à retrouver mes marques et à tout (re)mettre en place après un démontage complet du studio, surtout après une aussi longue période. Je vais également commencer à câbler le pourtour de la pièce afin d’utiliser le (futur) réseau d’enceintes selon diverses configurations, en fonction de mes envies de mixage et/ou de diffusion. Cela va prendre encore plusieurs semaines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Anita a rapporté une galette des rois à la frangipane. Le soir venu, tandis que j’en mange un quartier en m’efforçant de me concentrer sur l’instant présent, une idée musicale me traverse l’esprit&amp;nbsp;: un motif tellement évident qu’il en est presque simplet, s’étirant sur trois mesures à quatre temps, et une quatrième mesure à seulement deux temps&amp;nbsp;; en contrepoint, j’entends une ligne de percussions sur sept temps, répétée deux fois. Et l’ensemble tourne en boucle, constituant les fondations d’un développement mélodique ultérieur. Je note rapidement et reviens vers la frangipane. Mais celle-ci à peine digérée, je m’aperçois que mon idée est juste insignifiante, pour ne pas dire sans intérêt. Faut pas demander ce qu’ils mettent aujourd’hui dans la frangipane&amp;nbsp;!?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Une autre chanson du futur</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/06/Une-autre-chanson-du-futur" rel="alternate" type="text/html" title="Une autre chanson du futur" />
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      <published>2017-01-06T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-06T16:07:35+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Daryl Gregory</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gregory-chanson-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gregory-chanson-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après sa mort, un certain M. Jones reprend conscience dans un hospice, avec une vague idée de qui il est. Mais tout le monde ne l'a pas oublié… Avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/daryl-gregory/une-autre-chanson-du-futur&quot;&gt;«&amp;nbsp;Une autre chanson du futur&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, Daryl Gregory rend élégamment hommage à une certaine icône de la pop culture nous ayant quittés en 2016.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/daryl-gregory/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Daryl Gregory&lt;/a&gt;, traduite par Erwann Perchoc, vous est proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/daryl-gregory/une-autre-chanson-du-futur&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 6 au 31 janvier 2017. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gregory-chanson-titre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gregory-chanson-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gregory-chanson-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsqu’ils le sortirent de la tente à oxygène, il s’enquit de la dernière fête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Oh, monsieur Jones, dit l’une des infirmières, amusée. Ce n’est pas quelque chose que nous oublierons.&amp;nbsp;» Les infirmières, des femmes vêtues de blouses grises, visages pâlots, allaient et venaient dans son champ de vision avec des murmures conspirateurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’était passé quelque chose d’important. Quelque chose dont il aurait dû se souvenir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un grand visage lunaire se pencha sur lui. L’homme sourit de toutes ses dents de laiton. «&amp;nbsp;Bienvenue, Jonesy.&amp;nbsp;» Un fort accent, celui de Brixton. Un autre individu se pencha, jumeau du premier. Le même front pareil à une enclume, le même cou épais. Visage minéral, ce type-là ne souriait pas du tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones ouvrit la bouche pour crier, mais tout ce qui s’échappa de ses lèvres fut un son éraillé. Il tenta de lever les bras pour se protéger, mais ses membres ne répondirent pas. Il connaissait ces deux hommes, ces frères, même s’il ne parvenait plus à se souvenir de leurs noms. Ils étaient présents, dans leurs étranges blouses noires, lorsqu’il mourut. Celui qui ne souriait jamais l’avait maintenu au sol tandis que de minuscules poignards le déchiraient, cellule par cellule.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les aide-soignants vont s’occuper de vous à partir de maintenant&amp;nbsp;», dit l’infirmière. Et soudain, ils furent seuls.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les deux frères soulevèrent son corps aux os légers, bougeant ses membres comme ceux d’une marionnette. Ils le vêtirent d’un pyjama de soie et d’une élégante veste d’un violet sombre, puis lui firent chausser des pantoufles de cachemire noir. Enfin, ils l’assirent sur une chaise de velours rouge équipée de roues argentées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le type souriant s’accroupit pour le regarder dans les yeux. «&amp;nbsp;Pas de petits jeux cette fois-ci, hein, monsieur Jones. On va pas aller se promener et faire des bêtises&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones ne savait pas de quoi l’autre parlait. Quelles bêtises pourrait-il bien commettre&amp;nbsp;? Tout son corps lui semblait aussi fragile que du papier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ils le poussèrent sur des sols de marbre, le long d’un couloir bordé de hautes fenêtres arquées. Dehors, il faisait sombre, mais les faisceaux de projecteurs inondaient les fenêtres et suscitaient des ombres dérangeantes. Ils finirent par atteindre une grande salle aux murs de verre. &lt;em&gt;Un solarium&lt;/em&gt;, songea M. Jones, bien qu’il n’y eut pas de soleil ici, rien que l’obscurité et ces lumières vagabondes, que le brouillard ou la crasse collant aux vitres rendaient diffuses. La lueur la plus forte dans cette salle émanait d’un énorme téléviseur, large de plus d’un mètre et moitié aussi haut – un cinéma miniature. Devant cet écran, des dizaines de vieillards et vieillardes occupaient des fauteuils roulants aussi enjolivés que celui de M. Jones. Presque chauves, ils avaient la peau parcheminée et leurs bouches béaient. La lumière de l’écran étincelait dans leurs yeux humides.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je…&amp;nbsp;» Le mot vint dans un murmure. «&amp;nbsp;Je veux…&amp;nbsp;» Il voulait voir le docteur, mais la peur étrangla sa voix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le frère qui souriait l’ignora. «&amp;nbsp;Votre attention, s’il vous plaît, s’exclama-t-il. Vous n’avez pas envie de manquer la &lt;em&gt;c&lt;/em&gt; &lt;em&gt;élébration&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» Une voix dégoulinante de sarcasme. Les deux jumeaux garèrent le fauteuil de M. Jones au centre de la salle, puis positionnèrent les autres patients autour de lui. Quelques vieillards poussèrent des cris, tordirent leur cou pour continuer à voir l’écran. D’autres demeurèrent assoupis, ou simplement inertes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le frère au visage de pierre poussa un chariot imposant au milieu du cercle. Sur le mobilier se trouvait un gâteau blanc hérissé de dizaines de bougies au bout noirci, tant que M. Jones ne pouvait bien lire les mots sur la surface du gâteau. Était-ce son nom&amp;nbsp;? On aurait dit qu’ils s’étaient trompés sur toute la ligne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le frère silencieux fit jaillir une allumette, l’alluma avec un ongle démesurément long. Il commença à toucher la mèche des bougies, allumant sans hâte les rangées les unes après les autres. L’allumette ne s’éteignait pas et ne donnait même aucun signe de faiblesse. Le gâteau disparut sous une vague de flammes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Combien&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda M. Jones. Sa propre voix lui semblait étrange, pareille à un râteau que l’on traîne sur le sol d’une grotte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Oh, mais z’êtes un gars de vingt-cinq piges&amp;nbsp;», dit le frère qui souriait. Prestement, il posa sa main sur l’épaule de M. Jones. «&amp;nbsp;Fois douze. Plus ou moins.&amp;nbsp;» Il éclata de rire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones se représenta vingt-cinq octaves de douze tons, montant de plus en plus haut. Il ne pouvait pas être si vieux. Aucun être humain ne le pouvait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Allez-vous nous faire l’honneur, Jonesy&amp;nbsp;? demanda l’aide-soignant. Vous &lt;em&gt;adoriez&lt;/em&gt; chanter.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones secoua la tête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Allez, soyez pas timide. Sonnez le gong.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le vieil homme eut la surprise d’apercevoir un visage jeune dans l’assemblée. Une adolescente se tenait au fond de la salle, observant les événements&amp;nbsp;: les mains calées dans les poches de son jean noir, une mèche de cheveux noir de jais rayée d’orange tombant sur un œil, des lèvres écarlates. Elle croisa le regard de M. Jones et opina du chef.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aide-soignant souriant fit tourner le fauteuil de M. Jones et secoua la tête en exagérant sa déception. «&amp;nbsp;Bon, d’accord. Les autres, je compte sur vous&amp;nbsp;! cria-t-il. Et un et &lt;em&gt;deux&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Il battit la mesure d’un bras et quelques vieillards se mirent à siffler et grincer comme un vieux manège. Leur chanson marqua une pause au moment où ils arrivèrent à son nom. M. Jones scruta la salle mais l’ado avait disparu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les deux frères remirent en place les patients face à l’écran immense, tandis que M. Jones regardait le gâteau brûler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, ils revinrent. Celui qui souriait poussa M. Jones au premier rang du public, à quelques dizaines de centimètres du téléviseur. «&amp;nbsp;La meilleure place pour le héros du jour&amp;nbsp;», dit-il. Un gros bouton en plastique était tourné sur C-15&amp;nbsp;; il y avait des milliers d’autres chaînes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les aide-soignants le laissèrent là, ce qui le soulagea. Il ne voulait pas pour autant regarder l’écran&amp;nbsp;; il avait assez vu la télé durant sa vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, les images attirèrent son attention. De minces jeunes hommes en costumes blancs et des marins démodés se battaient dans une salle de bal. Tandis qu’il observait, les personnages acquirent une troisième dimension et la télévision, de cinéma, se changea en scène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Derrière lui, quelqu’un lui toucha l’épaule, et une voix, grave et douce, lui dit à l’oreille&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vous n’êtes pas si vieux. Souvenez-vous-en.&amp;nbsp;» M. Jones leva les yeux, puis se pencha sur le côté, tâchant d’apercevoir son interlocuteur, mais il (ou elle) était déjà parti.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le vieillard à côté de lui se mit à rire. «&amp;nbsp;Regardez ces hommes des cavernes s’en aller&amp;nbsp;», dit-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones attendit que la voix revienne. Toutefois, les images aspiraient son attention. Bientôt, il hocha la tête, souriant. Oubliés, sa peur des aide-soignants, le gâteau intact, l’adolescente aux cheveux noir et orange.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les images ne s’arrêtaient jamais. Il n’y avait aucune intrigue perceptible, aucun ordre dans les scènes, mais il ne parvenait pas à détourner les yeux. M. Jones ne savait depuis combien de temps il regardait la télévision, et il retrouva ses esprits seulement lorsque les aide-soignants poussèrent son fauteuil et l’amenèrent dans une chambrette dans une autre aile du bâtiment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les murs étaient gris. Au-dessus du lit, une image représentant un astronef pendait, de guingois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous voyez&amp;nbsp;? fit l’aide-soignant au sourire. &lt;em&gt;Home, sweet home.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Il remonta la couverture presque jusqu’au menton de M. Jones. Des doigts épais caressèrent la peau ridée de son menton. «&amp;nbsp;C’est chaud comme tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Quand verrai-je le docteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Ce n’est pas la question que vous devriez vous poser. Non, vous devriez plutôt vous demander&amp;nbsp;: comment en suis-je arrivé là&amp;nbsp;? C’est le charme de la troisième fois. Deux fois, vous avez pris un sacré virage à gauche dehors, et deux fois on vous a ramené. La troisième fois, eh bien…&amp;nbsp;» Sourire fielleux. «… la troisième fois, ils vont vous croire sur parole. C’est eux qui font les règles.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le jumeau silencieux éteignit la lumière. Les deux frères se tinrent dans le rectangle lumineux de la porte pendant un long moment avant, enfin, de fermer le battant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones gisait dans les ténèbres. L’oreiller, les draps, tout sentait la Javel. Qu’avait voulu signifier l’aide-soignant avec ce virage à gauche&amp;nbsp;? Des souvenirs se bousculaient derrière ses yeux mais il ne savait plus s’il s’agissait d’images de sa vie ou de choses qu’il avait vues sur l’écran. Une chemise de smoking posée sur une chaise en métal. Un homme aux cheveux longs, pâle et nu jusqu’à la taille, retournant des cartes blanches, une à une, une phrase inscrite sur chacune. Et aussi&amp;nbsp;: une femme à la peau noire, aux magnifiques pommettes, allongée nue sur un lit, une jambe pliée, qui lui souriait. Il désirait tant connaître les histoires derrière ces images.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La pièce était dépourvue de fenêtres, mais M. Jones eut l’impression que plusieurs heures s’étaient écoulées depuis que les jumeaux l’avaient mis au lit. Le fauteuil roulant était adossé au mur, à plus d’un mètre de lui. Il repoussa les draps, posa un pied par terre puis l’autre. Il se pencha en avant, une main crispée sur la tête de lit. Ses cuisses frémirent à mesure qu’elles supportaient son poids.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les aide-soignants le surprirent alors qu’il se dirigeait vers le fauteuil. Se lever était contre les règles. Mais marcher&amp;nbsp;? C’était les outrepasser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Attention, Jonesy&amp;nbsp;», dit l’aide-soignant au sourire alors qu’ils l’installaient dans le fauteuil roulant. «&amp;nbsp;On aime pas vos combines.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ils le poussèrent vers le solarium, où les autres vieillards patientaient déjà. Une nouvelle fois, M. Jones demanda à voir un docteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Pas de traitement de faveur, dit l’aide-soignant au sourire. Vous le savez bien.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le vieil homme tourna ses yeux vers l’écran. Il ignorait l’heure de la journée&amp;nbsp;; les lumières étaient basses. Il s’appuya en arrière.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une voix douce le réveilla. Non, ce n’était pas le terme adéquat&amp;nbsp;: il était déjà réveillé, mais il rêvassait. Ou peut-être que la télévision rêvait pour lui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les Garçons lunaires sont partis, dit la voix grave et douce. Ça vous dit qu’on passe du temps ensemble&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Qui êtes-vous&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une silhouette se pencha sur lui, se courbant pour l’observer avec des yeux cernés de khôl et balayés par une mèche noire rayée d’orange. Le visage, fin et poudré, appartenait à une jeune fille, guère plus de seize ans. « Appelez-moi Jeanie.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’adolescente dirigea le fauteuil hors du groupe de vieillards, de l’autre côté de l’écran. Il s’y trouvait un couloir qu’il ne se souvenait pas avoir vu – mais il se rappelait si peu de choses. Cette jeune fille qui le poussait, c’était elle qui l’avait observé depuis l’autre côté de la salle la veille, il en était presque sûr.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le sol en bois du couloir, marqué par les intempéries et à l’odeur de moisi, semblait s’étirer sans fin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Où allons-nous&amp;nbsp;? demanda M. Jones. Dehors&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Il ne pouvait dissimuler l’empressement dans sa voix. Peut-être était-ce de la panique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je n’ai pas l’ensemble de permissions pour &lt;em&gt;ça&lt;/em&gt;, dit Jeanie. Je suis seulement une visiteuse, venue ici pour voir un ancêtre… soi-disant.&amp;nbsp;» Son accent était américain. Il avait peur des Américains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous êtes une espionne&amp;nbsp;», dit-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeanie gloussa de joie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Elle lui fit franchir une porte-fenêtre, et ils furent dehors, dans un jardin d’hiver&amp;nbsp;; le fauteuil bringuebala sur les pavés inégaux. Le ciel était gris, alourdi par le brouillard, et il sentait l’air froid contre son visage. Des pots de fleur en pierre, pareils à des urnes funéraires, s’étiraient en rangée&amp;nbsp;; la plupart étaient vides mais certains contenaient des plantes brunâtres, mourantes. Jeanie donna au fauteuil une dernière poussée, manquant en éjecter M. Jones, et elle bondit devant le vieil homme, l’arrêta en posant ses mains sur ses genoux osseux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On m’a &lt;em&gt;envoy&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt;, dit-elle. Pour vous secourir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un mur de pierre pas très haut s’incurvait devant eux. Derrière ce mur, le sol montait en pente raide, de telle sorte qu’ils avaient l’impression de se trouver au fond d’une cuvette. Des arbres décharnés se dressaient dans la brume, et le sommet de la colline restait invisible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est la limite, dit Jeanie. Nous ne sommes pas sortis, juste dehors. Le reste dépend de vous.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le reste&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; Il voulait rentrer, regarder la télé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il y a des gens qui vous attendent, dehors, dit Jeanie. Des gens qui se souviennent de vous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Qui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Des gens qui vous &lt;em&gt;aiment&lt;/em&gt;. Qui savent qui vous &lt;em&gt;êtes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Je… Non. Je ne veux pas…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Si vous restez ici, vous allez mourir&amp;nbsp;», dit Jeanie, les mains sur les hanches à la manière de Peter Pan. «&amp;nbsp;Vous avez déjà tenté d’en finir quelques fois. Si vous recommencez, ils ne vous ranimeront pas, quel que soit votre état mental. Vous comprenez&amp;nbsp;? Ce sont les règles.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La conservation s’étira encore longtemps. Des règles, des explications, des considérations techniques. Pourquoi se trouvait-il dehors&amp;nbsp;? Il faisait froid. L’ado remplissait l’air de mots.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’impression d’un mouvement accrocha son œil. Il leva les yeux vers la colline, vers le brouillard. Une chose sombre et basse se glissa derrière un arbre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Qu’est-ce c’est&amp;nbsp;? demanda Jeanie. Oh merde.&amp;nbsp;» Mais la jeune fille regardait par-dessus son épaule, en direction des portes qu’ils avaient franchies. Elle saisit sa main, griffonna sur la paume avec un stylo noir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je vous attendrai&amp;nbsp;», dit-elle, avant de l’embrasser sur les lèvres, aussi vive qu’une griffure de chaton.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Elle détala vers le mur, puis disparut. M. Jones voulut crier un avertissement. Il y avait des bêtes sauvages par-là&amp;nbsp;! Mais les portes s’ouvrirent derrière lui et il n’avait pas l’intention de dénoncer l’espionne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ah, vous voilà&amp;nbsp;», dit un homme. La voix d’un présentateur de la BBC.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones posa une main sur le sommet de l’une des roues, exerça une pression vers le bas. Le fauteuil bougea à peine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Quittez ce jardin, monsieur Jones&amp;nbsp;», dit l’homme. Il tapota son épaule, comme s’ils étaient de vieux amis. Peut-être était-ce le cas. «&amp;nbsp;Vous allez attraper la mort dans le brouillard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Vous êtes le docteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Eh oui. Très bien. Vous souvenez-vous de mon nom&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il ne s’en souvenait pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Benway, dit l’homme. Docteur Benway. À votre service. J’ai cru comprendre que vous vouliez discuter avec moi maintenant, plutôt que d’attendre notre rendez-vous habituel.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones acquiesça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ce qui ne pose absolument aucun problème. J’ai une heure de libre. Voudriez-vous retourner à l’intérieur&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le bureau du docteur correspondait entièrement aux attentes de M. Jones, et les dépassait même. Un décorateur de plateau ciné pour un film de 1962 au sujet d’un psychiatre n’y aurait apporté aucun changement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;J’espère que vous comprenez mon inquiétude, dit le Dr Benway. Si vous vous sentez soudain… bizarre, sachez que ma porte vous est toujours ouverte.&amp;nbsp;» Il tirait ostensiblement sur sa cigarette&amp;nbsp;; M. Jones rivait ses yeux au mégot. Il ne se souvenait pas être un fumeur, mais il se sentait l’âme d’en être un&amp;nbsp;; en fait, il avait probablement fumé abondamment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous vous sentez…&amp;nbsp;» demanda le docteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones leva les yeux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Bizarre&amp;nbsp;? termina le praticien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Non, je… Oui. Je veux rentrer à la maison.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La maison, dit Benway. &lt;em&gt;La maison&lt;/em&gt;. Voilà qui est délicat.&amp;nbsp;» Il tapota sa cigarette au-dessus d’un cendrier en verre assez grand pour servir des hors d’œuvres. «&amp;nbsp;Malheureusement, monsieur Jones, cette fenêtre s’est fermée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Cette fenêtre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Nous vous avons transféré ici juste à temps. Quelques jours de plus et vous n’auriez plus été en position d’accepter l’offre. Cette position étant, bien sûr, six pieds sous terre.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous le choc, M. Jones ouvrir la bouche. Puis la referma.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mes excuses, mes excuses, dit le docteur. Lors d’un précédent retour, cette blague vous avait fait rire. Vous l’aviez &lt;em&gt;ador&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt;. Néanmoins. Le fait est que…&amp;nbsp;» Il montra à son patient l’intervalle entre son index et son pouce. «&amp;nbsp;Vous l’avez manquée de peu. Bref. Est perdu celui qui hésite. En termes d’upload.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– D’upload&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Un terme horrible. Inadéquat et hors de propos. Il n’est pas question de logiciel, seulement de matériel. Observez l’intérieur d’un corps&amp;nbsp;: où allez-vous trouver ce &lt;em&gt;soi&lt;/em&gt; que l’on chérie tant, si ce n’est dans les choses en dur. Tous ces motifs de neurones et de synapses cultivés avec soin, l’écheveau de cellules gliales, les millions d’ions calcium chargés et prêts à bondir… Oh&amp;nbsp;! Et ce n’est juste dans le cortex frontal, pas même tout le cerveau, mais aussi dans les centres émotionnels du tronc cérébral, en bas de la colonne vertébrale, tout en bas, parmi les centaines de millions de neurones du système nerveux entérique…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le docteur remarqua enfin l’air confus de son interlocuteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les intestins, monsieur Jones. Le second cerveau, comme on dit. Mais pourquoi s’arrêter là&amp;nbsp;? Qu’en est-il de ces voies nerveuses qui courent à travers tout votre corps&amp;nbsp;? Où traçons-nous la limite entre ce qu’on copie et ce qu’on doit abandonner&amp;nbsp;? Voyez-vous le problème&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Il voit pas, doc.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones tressaillit dans son fauteuil, tel un enfant. Il n’avait pas entendu l’aide-soignant pénétrer dans le bureau. Non&amp;nbsp;: les deux aide-soignants. Les Garçons lunaires, comme les avait surnommés Jeanie. Tels deux corbeaux, ils se placèrent de part et d’autre du docteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il voit jamais, dit le jumeau souriant. Vous gaspillez votre salive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Non, répondit Benway. Il comprend. Vous commencez à comprendre, n’est-ce pas, monsieur Jones&amp;nbsp;? Nous faisons une percée.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le jumeau silencieux avait avidement rivé ses yeux aux siens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones baissa les yeux et regarda les mots inscrits sur sa paume. Instinctivement, il referma le poing pour cacher le message. «&amp;nbsp;Je veux retourner dans ma chambre, dit-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Pour quoi faire au juste&amp;nbsp;? demanda le jumeau souriant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Je pense que ce que mon associé veut dire, intervint Benway, est&amp;nbsp;: qu’y a-t-il de plus important maintenant que de résoudre le problème auquel nous sommes confrontés&amp;nbsp;? À savoir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– À savoir que vous êtes baisé, dit l’aide-soignant. D’un point de vue neurologique.&amp;nbsp;» Son frère acquiesça en silence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le docteur leva les mains. «&amp;nbsp;Ce n’est pas votre faute, bien sûr. La démence n’est pas rare chez les seniors, en particulier chez quelqu’un comme vous qui est extrêmement… Bien. Les systèmes tombent en panne. Et dans votre cas – comme dans le cas de tous les résidents du Bâtiment de la Tempérance — nous avons dû vous prendre tel quel. Car c’est du tout ou rien. Il n’y a pas de vous qui n’est pas ce qui est, vous suivez&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– S’il vous plaît… dit M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Il pige que dalle, dit l’aide-soignant. Ce type est insane.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le docteur prit une inspiration, puis sembla considérer mentalement une autre approche du problème. «&amp;nbsp;Même si nous pouvions percevoir la différence entre ce qui relève des &quot;dommages&quot; et ce qui résulte de l’action &quot;naturelle&quot; de votre esprit – ce qui n’est pas le cas, rien n’approchant un début de certitude –, nous ne vous ramènerions pas à quelque &quot;vrai vous-même&quot; idéalisé – car qui pourrait dire ce en quoi il consisterait&amp;nbsp;? Seulement &lt;em&gt;vous&lt;/em&gt;, monsieur Jones. Vous devez nous donner l’autorisation de vous opérer. Et pas juste vaguement&amp;nbsp;: vous devez comprendre les risques. La loi est plutôt stricte en la matière.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Op&lt;/em&gt; &lt;em&gt;érer&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; songea M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Allez direct au casse-tête, doc, dit l’aide-soignant. On pourra alors vous en débarrasser.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Benway fronça les sourcils, mais demeura réticent à croiser le regard de l’aide-soignant. «&amp;nbsp;Le &lt;em&gt;casse-t&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ête&lt;/em&gt;, comme mon associé le nomme, est ceci&amp;nbsp;: et si l’état de votre cerveau était précisément ce qui vous empêche de donner votre accord&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il écarta les mains, comme en conclusion d’un tour de magie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les trois hommes observaient M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ils veulent entrer dans ma t&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ête&lt;/em&gt; , se dit-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Benway perçut sa détresse. «&amp;nbsp;Vous n’êtes pas obligé de décider maintenant. Nous avons tout le temps du monde.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones faisait mine de contempler l’écran. Mais dès qu’il sentit que les aide-soignants avaient quitté la salle, il ferma les yeux, et les garda clos le reste de la journée, jusqu’à ce que les jumeaux reviennent pour le ramener dans sa chambre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On sait ce que tu mijotes, Jonesy.&amp;nbsp;» Celui qui souriait se pencha tant que ses lèvres frôlaient l’oreille du vieil homme. «&amp;nbsp; &lt;em&gt;Tu veux sortir.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aide-soignant se redressa et remua les sourcils. «&amp;nbsp;Montre-lui, frérot.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le silencieux se tenait au pied du lit. Dans sa main, un énorme couteau de cuisine, la lame aussi large qu’un chou, assez massive pour fendre des os.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je te demanderais bien si tu le reconnais, dit l’autre. Mais bien sûr, ce n’est pas le cas. Et tu ne remettras jamais la main dessus. Essaie un peu de nous duper, Jonesy. Tu te tireras pas d’ici facilement.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Allongé sur son lit, M. Jones observait le rai de lumière sous la porte, dans l’attente du retour des Garçons lunaires. Ils avaient raison, le désir de fuir le rongeait – mais fuir où&amp;nbsp;? Il devait accomplir quelque chose, mais quoi déjà&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il craignait de s’endormir. Finalement, il se glissa hors du lit et se tint debout, une main cramponnée à la tête de lit. Ses jambes le soutinrent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il avança dans le noir jusqu’à la porte, actionna l’interrupteur. La lumière lui fit cligner des yeux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il déplia ses doigts. En lettres tremblantes était écrit&amp;nbsp;: JARDIN MINUIT.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’abord, il ne parvint plus à se souvenir qui avait inscrit ces mots. Puis il se rappela le jardin, et la fille – ou était-ce un garçon&amp;nbsp;? – avec les cheveux noir et orange, les lèvres rouges. Petite Jeanie. Mais quand était-ce, minuit&amp;nbsp;? Il n’y avait aucune horloge ici.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puis il songea&amp;nbsp;: &lt;em&gt;s&lt;/em&gt; &lt;em&gt; ’il n’y aucune horloge, alors maintenant est probablement aussi bien le bon moment que n’importe quel autre instant &lt;/em&gt; . Il glissa ses pieds froids dans ses pantoufles et enfila sa veste violette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il entrouvrit la porte, guetta d’éventuels bruits de pas. Il écarta le battant un peu plus et vit que le couloir était vide. Dans quelle direction se trouvait le solarium&amp;nbsp;? Gauche ou droite&amp;nbsp;? Les rangées de portes s’étiraient dans les deux directions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il opta pour une direction, aussitôt oubliée. Il laissa traîner sa main sur le mur pour trouver son équilibre, la retirant au niveau de chaque porte, en une sorte de marelle rythmée par les numéros en caractères dorés. À un certain moment, il dut oublier de reposer sa main contre le mur, car il marchait désormais d’un pas ferme. Dès qu’il s’en rendit compte, il tâcha d’oublier cela aussi. L’astuce était de prétendre qu’il n’était pas si vieux, pas si décrépit. Il n’était pas &lt;em&gt;mourant&lt;/em&gt;. Non, il vivait ses années en or.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les globes lumineux sur les murs commencèrent à vaciller. M. Jones s’arrêta, tourna la tête. Le couloir derrière lui était maintenant strié d’obscurité, la moitié des luminaires éteints. Plus loin, une forme animale se glissa dans les ombres les plus noires. Il entrevit une fourrure brillante, des yeux rouges.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il aurait aimé avoir le couteau de l’aide-soignant. Il l’avait déjà manié, avant, sans le moindre doute. Pourquoi ne l’avait-il pas dissimulé dans un endroit où il aurait pu le retrouver&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les ampoules dans cette partie du couloir s’éteignirent soudain. Il s’obligea à accélérer. Puis ce furent toutes les lumières, de part et d’autre du corridor, qui s’éteignirent. Il se figea, son cœur battant la chamade. Il se retourna, tâchant de s’habituer à l’obscurité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On toucha son bras. Il poussa un cri et recula.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un visage s’avança vers lui. «&amp;nbsp;Regardez-vous, vous marchez&amp;nbsp;», dit Jeanie. L’adolescente réajusta la veste de M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Quelque chose arrive, dit-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Nous sommes proches&amp;nbsp;», répondit-elle.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De quelque manière, Jeanie savait s’orienter dans le noir. Quelques portes à franchir et ils se retrouvèrent dans le jardin. L’ado l’aida à grimper sur le muret puis lui dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vous devez descendre vous-même. Ce sont les règles.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Permissions. Règles. Il se souvint de ses tentatives d’explication mais pas des explications elles-mêmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il descendit du muret, tituba mais réussit à rester debout. Il s’attendait à quelque signal indiquant qu’il avait franchi une barrière, une sonnerie interne ou une alarme extérieure, mais rien ne se passa.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeanie le soutint tandis qu’il forçait ses jambes à gravir la colline. Il respirait fort dans l’air humide. À chaque instant, il craignait que des poursuivants apparaissent derrière eux – l’animal qu’il avait entraperçu ou les jumeaux. Le brouillard les enveloppa tous les deux et le Bâtiment de la Tempérance disparut, hors de vue. Il avança, la main de Jeanie dans la sienne, le tirant en avant, jusqu’à ce qu’ils quittent d’un coup la purée de pois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soudain, ils marchaient dans une large avenue. Aucune voiture sur les nombreuses voies&amp;nbsp;; tous les lampadaires étaient éteints. Les uniques sources de lumière provenaient d’une lune voilée descendant entre les gratte-ciel noirs et de quelques feux épars, brûlant dans de hautes fenêtres. Le sommet des immeubles semblait dentelé, comme si on les avait croqués.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones se tourna vers Jeanie, troublé&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Que s’est-il passé&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– C’est Famine-Ville&amp;nbsp;», dit la jeune fille, s’attendant à ce qu’il reconnaisse le nom. Comme si cela allait tout expliquer. «&amp;nbsp;Vous aimez&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Pas de sarcasme dans sa voix, mais de la fierté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Qui pourrait aimer &lt;/em&gt; &lt;em&gt;ça&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; se demanda M. Jones. C’était là une version infernale de Manhattan. Une ville fantôme. Un flash soudain du vrai New York&amp;nbsp;: les rues denses, les jeunes gens vêtus de couleurs vives, et les voitures, tant de voitures brillantes. La sensation lui révéla qu’il s’agissait d’un très vieux souvenir, imprimé sur le cerveau d’un très jeune homme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est affreux, répondit-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– On espérait, dit Jeanie avec quelque déception, que cela déclencherait quelque chose en vous.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’adolescente le mena le long du pâté d’immeubles. M. Jones entendait des mouvements derrière eux, des pattes trottinant sur les décombres. Comme Jeanie, dont l’ouïe était meilleure que la sienne, ne disait rien, il demeura silencieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Elle le guida à travers une étendue de béton craquelé, vers un bâtiment de verre et d’acier se dressant à son extrémité. Alors qu’ils entraient dans l’ombre du gratte-ciel, M. Jones aperçut, à la périphérie de sa vision, des yeux rouges. Il se tourna mais il n’y avait plus rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Attention.&amp;nbsp;» Jeanie posa une maison sur sa poitrine et le poussa&amp;nbsp;; une masse heurta le sol à quelques pas d’eux. Un rouleau de corde, lâché depuis les hauteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones leva les yeux. La corde serpentait sur la façade du bâtiment, ondulant comme douée de vie. Une forme glissa vers la rue en contrebas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le voilà, dit Jeanie. Un Tarzan réglo.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’était un homme, son corps se tordant autour de la corde à mesure qu’il descendait. Il se laissa tomber, et atterrit accroupi. Son visage s’ornait de la peinture d’un crâne ricanant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est Jack&amp;nbsp;», dit Jeanie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le nouveau venu se redressa, tendit une main.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vos mains font de la fumée, dit M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– En effet&amp;nbsp;», dit l’homme avec un sourire. Il frappa dans ses paumes et de la cendre s’éleva dans les airs. «&amp;nbsp;Je voulais juste dire&amp;nbsp;: je suis super honoré. Votre œuvre compte tellement pour moi. Vraiment.&amp;nbsp;» En dépit de la peinture digne d’Halloween, il parvenait à avoir l’air penaud.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous avez été suivis&amp;nbsp;? demanda Jack à Jeanie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Oui, répondit M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Les Lunaires sont de retour à la Tempérance, dit l’ado.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Ils vont vite se rendre compte qu’il a disparu, fit Jack. Mieux vaut se dépêcher.&amp;nbsp;» Il siffla et des silhouettes commencèrent à se mouvoir dans l’ombre de l’immeuble. Un jeune homme aussi fin qu’un squelette, vêtu d’une tunique de bain du XIXe siècle&amp;nbsp;; une femme-tronc rampant sur le sol&amp;nbsp;; un nain, d’à peine un mètre, vêtu d’un smoking immaculé. Une forme plus sombre – un homme, de quasiment deux mètres cinquante, nu excepté les tubes de cuivre s’enroulant autour de son corps. Le pavillon d’un sousaphone, posé sur son épaule gauche, lui faisait une seconde tête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones eut un mouvement de recul. «&amp;nbsp;Que voulez-vous&amp;nbsp;? Je n’ai rien.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il sentit qu’on tirait sur sa veste, et il se retourna. Deux écolières, chauves, liées au niveau des épaules et des hanches, lui souriaient timidement. Chacune possédait un bras unique, au bout duquel elle tenait une baguette de percussions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jack sourit. «&amp;nbsp;N’est-ce pas évident&amp;nbsp;? Nous voulons être votre groupe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Non, dit M. Jones. Plus jamais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Oh, mais nous pensons que vous changerez d’avis&amp;nbsp;», rétorqua Jack et les &lt;em&gt;freaks&lt;/em&gt; – M. Jones ne pouvait penser à eux qu’en ces termes — éclatèrent de rire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeanie attrapa sa main. «&amp;nbsp;Laissez-moi vous montrer le corps.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeanie le mena dans le bâtiment, un vaste espace évidé par les destructions. Elle le guida à travers des monceaux de béton, sous des tôles tombées du plafond, des rouleaux de corde, jusqu’aux bouches obscures formées par les puits d’ascenseurs que personne ne gardait. La majorité du groupe demeura dehors, mais Jack et quelques autres les suivirent à l’intérieur, gardant une distance discrète. Les écolières gloussèrent par anticipation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le corps gisait sur un bloc de métal, entouré de bougies. C’était un homme, nu et pâle, aux cheveux rouge-orange rayés de noir. Il luisait dans la lumière, comme s’il était couvert de diamants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est pour vous, dit Jeanie. Un cadeau d’anniversaire.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones avança d’un pas. Le visage du jeune homme était aussi magnifique qu’étranger. Une peinture rouge, brillante, divisait son visage avec un éclair. M. Jones toucha la face de l’index, qu’il fit glisser sur le zig-zag, puis il frotta son doigt contre le pouce, pour sentir la texture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jack apparut de l’autre côté du bloc. «&amp;nbsp;Permettez-moi de vous montrer comment y entrer.&amp;nbsp;» Il toucha la tête du corps, là où les cheveux vifs rencontraient la peau blême, et exerça une pression. Le crâne se divisa puis s’ouvrit tel une fleur, vide à l’intérieur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;À vous maintenant, dit Jack.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Allez-vous-en, fit M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– N’ayez pas peur&amp;nbsp;», intervint Jeanie d’une voix douce et rassurante, puis elle toucha son front, juste au-dessus du nez. Il se sentit tomber en arrière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelqu’un avait placé une chaise derrière lui. Il s’y effondra. Le nain en smoking recula, hochant la tête manière de dire&amp;nbsp;: &lt;em&gt;De rien&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ouvrez les mains&amp;nbsp;», dit Jeanie, et il obtempéra. L’ado leva les bras, hors de son champ de vision, et ramena un objet pulsant de lumière. De la forme d’un cerveau, il semblait constitué de néon. Un ruban lumineux se connectait à la base de l’encéphale, courait le long de sa joue jusqu’à son propre crâne – du moins le supposait-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Voici votre module noétique&amp;nbsp;», dit Jeanie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il était magnifique. M. Jones en toucha le sommet, entre deux replis luisant, et le cerveau parut s’étendre dans sa vision, à la manière d’un zoom au microscope. (Mais ce n’était pas la sensation d’un microscope, plutôt celle d’un télescope faisant la mise au point sur des étoiles lointaines.) Des lumières surgirent mais de vastes zones demeuraient dans l’ombre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est seulement une représentation, dit Jeanie. Mais c’est aussi une interface. Vous comprenez&amp;nbsp;? Vous pouvez aller tout en bas..&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Même à l’échelle atomique, compléta Jack.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;–… du substrat acquis.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jack s’accroupit à côté de M. Jones. «&amp;nbsp;Glissez-vous tout simplement dans le nouveau corps. La métaphore va concrétiser le transfert, ainsi qu’effectuer d’autres mises à jour sur le module. Nous l’avons conçu pour réparer certaines de vos actuelles, euh, difficultés.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones fronça les sourcils, tâchant de se souvenir des paroles du Dr Benway.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mais ce nouveau corps ne sera pas moi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Ce n’est pas une mauvaise chose, dit Jack. Vous êtes dans un sale état.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Ce sera vous, &lt;em&gt;grosso modo&lt;/em&gt;, dit Jeanie. Le reste, nous l’avons modelé d’après tout ce que nous connaissions de vous, votre véritable nature.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Bien sûr, il y a eu des désaccords, précisa Jack. Certains ont insisté pour qu’on jette un œil à votre œuvre tardive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Les disques plus dansants, fit Jeanie. Regrettable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Mais nous sommes tombés d’accord à la fin&amp;nbsp;: &lt;em&gt;ceci&lt;/em&gt; est celui que vous devez être.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jack leva la main et le nain en smoking lui tendit une paire de ciseaux brillants. «&amp;nbsp;Une fois que vous aurez inséré le module, vous devez couper la connexion. Nous ne pouvons pas le faire pour vous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Autorisation, dit M. Jones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Voilà&amp;nbsp;! s’exclama Jack. C’est ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Et qu’arrive-t-il à… moi&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Il toucha son sternum.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Vous serez dans le module. Ce vieux corps va juste… &lt;em&gt;pouf&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais M. Jones avait cessé de l’écouter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il plongeait le regard si profondément dans le module qu’il lui semblait être à l’intérieur, baigné de lumière. Ses pensées clignotaient et le ravissaient. Puis il prit conscience des pensées au sujet de ses propres pensées, et il rit. Il se regardait se regarder… et cette même pensée fut examinée à son tour… et &lt;em&gt;cette&lt;/em&gt; pensée…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il tituba et se sentit tournoyer en chute libre. Les rayons de lumière qui le coursaient ralentirent, se muèrent en gouttes de mercure. &lt;em&gt;C&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’est si beau&lt;/em&gt;… songea-t-il (et il vit cette pensée glisser à ses côtés comme un char de parade étoilé), &lt;em&gt;mais si contraint&lt;/em&gt;. Plus il regardait, plus il remarquait les connexions effilochées, pareilles à des ponts brisés, des zones aussi mortes que les ruines de Famine-Ville. Il tendit la main vers une veine de noirceur, en piqua le bout.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il gisait sur le flanc, le sol de ciment râpeux contre ses côtes. Que s’était-il passé&amp;nbsp;? Il s’était rendu au sein du module noétique, avait fait son apprentissage. Mais maintenant l’objet se trouvait à ses côtés, luisant, toujours rattaché à lui par un filin lumineux jusqu’à la prise invisible de son crâne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des cris. Des corps en mouvements partout dans la pièce. Impossible de comprendre ce qui se passait. Puis il saisit&amp;nbsp;: les Lunaires les avaient retrouvés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le jumeau au sourire brandissait un morceau de tuyau, sûrement récupéré dans les débris, qu’il agitait devant le géant, forçant ce dernier à reculer. Le colosse se déplaçait avec embarras dans son costume en tubulures de cuivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ceci n’est pas une pipe&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/01/06/Une-autre-chanson-du-futur#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;, dit l’aide-soignant avant de rire. Il bondit et agita encore son arme, frappant l’un des tuyaux avec un &lt;em&gt;clong&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;Je révoque vos privilèges&amp;nbsp;», dit-il calmement, et le colosse disparut avec un éclat lumineux. Le sousaphone tomba au sol dans un fracas métallique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques mètres plus loin, le jumeau silencieux tenait Jack par la gorge. Dans sa main, le grand couteau de cuisine – l’arme qu’il avait montrée à M. Jones au Bâtiment de la Tempérance. L’aide-soignant le plongea dans les entrailles de Jack, qui émit un son de porte grinçante. Le jumeau grimaça — la première expression que M. Jones vit jamais sur son visage – et tourna la lame d’un quart de tour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jack… vola en éclat. Un millier de fragments tintèrent dans l’obscurité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones s’assit, horrifié. Les membres du groupe chargèrent contre les jumeaux. Et dans le noir, les formes lupines qui l’avaient suivi rôdaient à la périphérie. Elles ne s’étaient pas engagées dans la bataille mais encerclaient les combattants, et patientaient.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Bon sang&amp;nbsp;», fit une voix. Le nain en smoking, qui contemplait l’endroit où Jack avait disparu. «&amp;nbsp;Tout va en enfer.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le jumeau silencieux se tourna et fit un mouvement de tête à l’adresse du nain, comme une invitation à danser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le petit homme en smoking lissa ses cheveux noirs huilés, redressa ses manchettes. «&amp;nbsp;Allons bon…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il fit deux pas vifs en avant et se jeta contre l’aide-soignant, hurlant avec une sauvagerie surprenante. Il se plaqua contre ses cuisses, envoyant son ennemi tituber en arrière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones entendit un gémissement. De l’autre côté du bloc de métal, hors de vue des aide-soignants, Jeanie gisait sur son dos. Elle (ou il) vivait encore, mais sa peau paraissait bizarre. Celle-ci pétillait de lumière, comme des lasers inversés. Jeanie était blessée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une voix derrière lui&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tu fais l’amour à ton ego, Jonesy&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aide-soignant souriant, qui en avait fini avec le géant, avança à grands pas vers lui, faisant tournoyer le tuyau dans sa main à la manière d’un batteur en plein échauffement. «&amp;nbsp;Ces peuploïdes ont dû t’apprendre le truc. Mais tu ne peux pas brandir ton bon vieux module là où on pourrait le blesser.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux cris retentirent. Avec leurs jambes surnuméraires, les siamoises chauves se jetèrent dans le passage de l’aide-soignant. Elles brandirent leurs baguettes tels des couteaux en direction de son visage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce sont des h&lt;/em&gt; &lt;em&gt;éros&lt;/em&gt; , pensa M. Jones, &lt;em&gt;qui risquent le tout pour le tout pour moi&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il fourra le module sous un bras puis se redressa. Le corps pâle et adorable l’attendait sur le bloc, son crâne ouvert comme un berceau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Glisse-toi &lt;/em&gt; &lt;em&gt;à l’intérieur&lt;/em&gt; , avait dit Jack. &lt;em&gt;Concrétise la m&lt;/em&gt;&lt;em&gt;étaphore&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il pouvait devenir quelqu’un d’autre. Dans ce monde, toutes les formes étaient malléables. Ces &lt;em&gt;freaks&lt;/em&gt; s’étaient façonné des apparences susceptibles de lui plaire. Ils avaient bâti une ville entière pour lui. Et cette enveloppe qu’ils lui avaient conçu, cet homme magnifique pailleté de diamants, correspondait pile à ce qu’ils rêvaient de lui. Il deviendrait leur rêve. Il ne serait pas celui qu’il était maintenant mais il pourrait fuir. Il pourrait les battre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les siamoises crièrent en harmonie, leurs tons séparés d’une tierce. M. Jones se retourna à temps pour voir l’aide-soignant assener son tuyau à leur jonction, les déchirant. «&amp;nbsp;Révoquées&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» hurla-t-il. Les deux corps tombèrent dans deux directions opposées, à la manière d’un arbre fendu en deux. Quand elles touchèrent le sol, elles s’évanouirent dans une nuée d’étincelles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones étouffa un cri de peur. L’aide-soignant lui lança un clin d’œil. « Viens, Jonesy. L’est temps de rentrer à la maison. Tu loupes tous les bons spectacles.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones se précipita vers son nouveau corps. Mais le jumeau silencieux était déjà là, accroupi au-dessus d’une manière obscène, le couteau en main. Son regard pivota pour rencontrer celui du vieil homme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce dernier comprit qu’il ne voulait rien avoir à faire avec ce corps, rien qu’une autre sorte de piège. Conçu par des gens qui l’aimaient, mais un piège tout de même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Allez-y, dit M. Jones. Je n’en veux pas.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aide-soignant haussa les épaules puis plongea la lame dans la poitrine du corps. Ce dernier ne tiqua pas ni ne réagit. Pas de sang.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Pas de transfert non-autorisé, dit le jumeau souriant. C’est les règles. &amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones avait déjà reculé. Il tenait le module d’une main, et les doigts de l’autre se serraient sur l’un des replis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Hé, attention, dit l’aide-soignant. T’as pas envie de tripoter ça.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones plongea sa main dans le module, jusqu’au poignet. Quoique, d’une autre manière, il fût plus loin. Submergé et cerné, là où les pensées deviennent aussi langoureuses qu’un flot de mercure. Il avait déjà appris beaucoup de choses sur les failles et les zones mortes de son esprit. Il était maintenant impatient d’effectuer les réparations.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le frère silencieux bondit sur le dos de M. Jones. Ils chutèrent tous les deux, et la main du vieil homme sortit du module avec un son digne d’un cartoon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones rit. Un son bas, venu des tréfonds de sa gorge. «&amp;nbsp;Wham &lt;em&gt;bam&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», dit-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Okay, Jonesy, fit l’aide-soignant au sourire avec un ton hésitant. Grouille-toi de remettre ce cerveau là où tu l’as trouvé.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;M. Jones acquiesça. Il dressa les bras au-dessus de sa tête, puis inséra le module noétique dans la cavité comme s’il se couronnait. Son crâne accepta le module et se replia autour. Les aide-soignants se baissèrent pour relever le vieil homme, mais celui-ci dressa une main pour les stopper. Il se remit debout de lui-même, un sourire inédit aux lèvres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Qu’avez-vous fait, monsieur Jones&amp;nbsp;? demanda l’aide-soignant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Ce n’est pas mon nom&amp;nbsp;», dit le vieillard. Il ôta sa veste, la laissa choir. De la brume s’éleva du col de son pyjama.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La peau de son visage commença à se craqueler et à tomber, comme de la glace qui s’effondre, exposant ainsi un nouveau derme, teinte indigo. Ses yeux changèrent de couleur, l’un vert, l’autre bleu. Son corps adopta une nouvelle forme, et le pyjama tomba à son tour.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il avait perdu une partie de sa mémoire, il en était certain, mais d’autres souvenirs, plus anciens, inaccessibles jusqu’alors, se trouvaient de nouveau à sa portée. Il se souvint de choses lui appartenant. Il se souvint des chiens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Monsieur Jones…&amp;nbsp;» dit l’aide-soignant, dont le sourire vacillait désormais. Les silhouettes de loup quittèrent les ténèbres, une douzaine de bêtes, leurs yeux rouges rivés sur les Garçons lunaires. Tandis qu’elles avançaient dans le cercle de bougies, leurs colliers de diamant étincelèrent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Révoqués&amp;nbsp;», dit l’homme indigo. Les chiens bondirent.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeanie le regardait à travers des yeux éclaboussés de lumière, tentant toujours de maintenir la cohésion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous avez changé, dit-elle, admirative. Tout seul.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Que puis-je faire pour toi&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda-t-il.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeanie eut un sourire timide. L’homme indigo s’agenouilla à côté de l’adolescente et posa ses lèvres contre les siennes. Il permit à un peu de violet profond de s’étaler contre le rouge à lèvres de la jeune fille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jeanie poussa un soupir. «&amp;nbsp;Ce corps que vous portez, je ne le reconnais pas. Il vient de 72&amp;nbsp;? Ou 74&amp;nbsp;? Quelque chose dans les années 80 que j’aurais loupé&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;– Oh, petite Jeanie, dit-il en posant gentiment la tête de l’adolescente contre la caillasse. Me suis-je jamais répété&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2017/01/06/Une-autre-chanson-du-futur#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;En français dans le texte. Jeu de mot intraduisible entre «&amp;nbsp;pipe&amp;nbsp;», tuyau, et la pipe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;h5&gt;Nouvelle reproduite avec l'accord de l'auteur.&lt;br /&gt;
Les lecteurs anglophones peuvent également la lire en ligne à &lt;a href=&quot;http://uncannymagazine.com/article/just-another-future-song/&quot;&gt;cette adresse&lt;/a&gt;.&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Dylan Stark</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/04/Dylan-Stark" rel="alternate" type="text/html" title="Dylan Stark" />
      <id>urn:md5:9bc07d269a5494a5a10f68908c333b9c</id>
      <published>2017-01-04T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-04T16:15:44+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Début 2016, &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-81&quot;&gt;le numéro 81 de Bifrost&lt;/a&gt; s’était consacré, au travers d’un gros dossier, à Pierre Pelot. Bbon nombre d’aspects de l’œuvre de l’auteur vosgien avaient été passés en revue, avec un accent tout particulier sur la SF et ses romans noirs. Autre mauvais genre de prédilection de notre auteur, le western avait toutefois été délaissé, faute de place. Il ne faudrait néanmoins pas oublier que les premiers romans de Pierre Pelot relèvent de ce genre, et que notre auteur a ainsi consacré près d’une vingtaine de romans à &lt;strong&gt;Dylan Stark&lt;/strong&gt;, héros récurrent objet du présent billet…&lt;/p&gt; &lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Hey&amp;nbsp;! Dylan&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En début d’année 2016, &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; s’était consacré, au travers d’un gros dossier, à Pierre Pelot. Notre équipe de chroniqueurs avait passé en revue bon nombre d’aspects de l’œuvre de l’auteur vosgien, en mettant l’accent tout particulièrement sur ses romans de science-fiction et ses romans noirs. Autre mauvais genre de prédilection de notre auteur, le western a toutefois été délaissé, faute de place dans la revue. Il ne faudrait néanmoins pas oublier que les premiers romans de Pierre Pelot relèvent de ce genre, à commencer par &lt;strong&gt;La Piste du Dakota&lt;/strong&gt; (1966), et que notre auteur a ainsi consacré près d’une vingtaine de romans à Dylan Stark.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-hermann01.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-hermann01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-hermann01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Dylan Stark vu par Hermann, dans l'hebdomadaire &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’aventure éditoriale de Dylan Stark, métis au grand cœur est presque aussi compliquée que son parcours à travers les USA. Les «&amp;nbsp;Dylan Stark&amp;nbsp;» sont d’abord parus chez Marabout, avec le lancement de la collection «&amp;nbsp;Pocket Marabout&amp;nbsp;», en 1967. Une collection qui accueillait les «&amp;nbsp;Compagnons de l’aventure&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: outre deux figures installées, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/12/03/Henri-Vernes-et-l-aventure-Marabout&quot;&gt; Bob Morane &lt;/a&gt; et Nick Jordan, on y trouvait aussi Doc Savage (seule série américaine du lot), Kim Carnot (de l’espionnage), Jo Gaillard (aventures maritimes), et, pour le western, Dylan Stark, donc. Pierre Pelot n’en était alors pas tout à fait à son coup d’essai, ayant publié entre 1966 et 1967 une huitaine de romans de ce genre chez Marabout. Ce sont quatorze volumes estampillés Dylan Stark qui paraîtront ainsi en «&amp;nbsp;Pocket Marabout&amp;nbsp;», jusqu’en 1969, sous des couvertures signées Pierre Joubert. Deux aventures paraissent ensuite en feuilleton dans l’hebdomadaire &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt; entre 1969 et 1971&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Sierra br&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ûlante&lt;/strong&gt; sort chez Robert Laffont en 1971 également, et Pelot publie &lt;strong&gt;Le Vent de la col&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère&lt;/strong&gt; (où Stark est toutefois renommé) aux éditions de l’Amitié en 1973. Ce ne sera qu’en 1982 que Pierre Pelot reviendra à Dylan Stark, avec &lt;strong&gt;Pour un cheval qui savait rire&lt;/strong&gt;, publié à nouveau aux éditions de l’Amitié en 1982 (autre aventure où Stark est renommé).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve200.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve200.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve200_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve301.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve301.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve301_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, certains romans de la série ont été republiés&amp;nbsp;: aux éditions de l’Amitié au début des années 70, chez Casterman dans les années 80. À la fin des années 90, Lefrancq réédite en intégrale les aventures de Stark&amp;nbsp;: deux volumes rassemblant les quatorze premiers romans (dont &lt;strong&gt;Le Vent de la col&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère&lt;/strong&gt;, où Stark retrouve son nom, et &lt;strong&gt;Plus loin que les docks&lt;/strong&gt;, un inédit). Le deuxième volume contient d’ailleurs une intéressante préface de Raymond Perrin, à côté de laquelle le présent billet fait figure d’aimable plaisanterie. Un troisième tome aurait été de mise pour que l’intégrale mérite pleinement son titre… En 2006, Le Navire en pleine ville a réédité&lt;strong&gt; Quatre hommes pour l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’enfer&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Sierra br&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ûlante&lt;/strong&gt;, et c’est tout. En 2014, c’est Bragelonne qui a repris le flambeau, rééditant en numérique les trois quarts des romans mais, pour quelque raison de moi inconnue, omettant les cinq derniers romans. Les deux aventures publiées dans &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt; demeurent introuvables, de même que &lt;strong&gt;La Loi des fauves&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Pour un cheval qui savait rire&lt;/strong&gt;. Et c’est on ne peut plus dommage. A priori, la balle est dans le camp de Bragelonne…&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La vingtaine d’aventures de Dylan Stark se décompose grosso-modo en trois cycles. Le premier constitue celui du retour au pays de notre héros et sa vengeance&amp;nbsp;; le second tient de la chasse au trésor&amp;nbsp;; pas d’arc narratif global pour le troisième, les intrigues ayant pour point commun leur cadre situé dans le même État du Nouveau-Mexique. Bref, commençons.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il était grand, un peu maigre et voûté, jeune malgré cet éclat sombre au fond des yeux gris. Sous le chapeau &quot;Horse Shoe&quot;, on devinait une chevelure noire et abondante qui tombait bas sur le col d’un blouson de peau. Les pommettes étaient hautes, accusées, la bouche violente&amp;nbsp;; le teint, très brun.&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;Quatre hommes pour l'enfer&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve101.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve101.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve101_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsqu’on fait la connaissance de notre héros, dans l’inaugural &lt;strong&gt;Quatre Hommes pour l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’enfer&lt;/strong&gt;, nous sommes en juillet 1864 en Géorgie. La Guerre de Sécession fait rage, et Dylan Stark, âgé de 23 ans (on apprendra un peu plus tard que son anniversaire tombe le 13 novembre) est un lieutenant du côté des Sudistes. Métis, né d’une mère française et d’un père amérindien, ce conflit n’est pas vraiment le sien («&amp;nbsp;En vérité, je n’appartiens qu’à moi&amp;nbsp;» explique-t-il), et lorsqu’il reçoit un ordre qu’il estime injuste – ordre qui équivaut à envoyer ses hommes à l’abattoir –, il refuse. Une ellipse nous transporte en mars de l’année suivante&amp;nbsp;: rétrogradé au rang de simple soldat, Stark se voit confier une mission par ses supérieurs&amp;nbsp;: en compagnie de trois autres soldats, trois autres «&amp;nbsp;maudits&amp;nbsp;», il doit dérober un troupeau de vaches aux troupes nordistes. Une mission désespérée, suicide même a priori, mais les supérieurs de Stark connaissent le bonhomme et savent le prendre par les sentiments. Avec lui, il y a Hotman le déserteur, Stress le lâche, et Claim l’exubérant. Une première aventure solide, pleine d’humanité dans un contexte historique sanglant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve102.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve102.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve102_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Vent de la col&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère&lt;/strong&gt; , jusqu’à son inclusion dans le premier volume de l’intégrale &lt;strong&gt;Dylan Stark&lt;/strong&gt; paru chez Lefrancq, en deuxième position, ne faisait pas exactement partie de la série, quand bien même le nom du protagoniste était des plus transparents&amp;nbsp;: Dan Starken. Dans l’intégrale, Starken y redevient Dylan Stark. La guerre est finie depuis quelques mois. Soit Vulcan, petite ville du Missouri&amp;nbsp;; un bandit, Klem Brûlé, rôde avec ses hommes dans les environs. Dylan Stark, démobilisé, arrive à Vulcan en même temps qu’une troupe d’occupation Yankee&amp;nbsp;; ces derniers ne sont pas les bienvenus et les habitants de la ville ne rende pas la vie plus facile que nécessaire face à ces «&amp;nbsp;envahisseurs&amp;nbsp;». Censément de passage en attendant le prochain train pour l’Arkansas, Stark se retrouve mêlé aux événements&amp;nbsp;: un train est attaqué, de l’argent dérobé, un enfant tué. Un déserteur est arrêté&amp;nbsp;; il ferait le coupable idéal, mais Stark sait que l’ivrogne, méprisé de tous, &lt;em&gt;sait&lt;/em&gt;. Alors l’ancien soldat confédéré va tenter de faire tomber Klem Brûlé. &lt;strong&gt;Le Vent de la col&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère&lt;/strong&gt; du titre est celui qui souffle dans le cœur de Dylan Stark, et le roman montre l’humanité profonde de notre protagoniste, qui va tout faire pour sauver la vie d’un homme, innocent du crime dont on l’accuse&amp;nbsp;; un héros qui nourrit amitié envers le reclus (Luther Lez) en dépit des défauts du bonhomme. Autour de lui gravitent des personnages jamais trop manichéens.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve103.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve103.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve103_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dieu a-t-il une couleur de peau&amp;nbsp;? Dans &lt;strong&gt;La Couleur de Dieu&lt;/strong&gt;, Dylan est enfin de retour chez lui, à Jaspero, Arkansas. Il espère retrouver ses parents et leur ferme, mais il apprend qu’ils ont été exécutés par des gens haineux, menés par un certain El Paso.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dylan Stark est revenu. C’est un homme qui a vécu une guerre sans être dans son camp, un homme qui revient et qui embrasse des cendres. Dylan, mon ami… Il est comme mort avec tant de haine en lui.&amp;nbsp;» (p. 278)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans le même temps, un ancien esclave veut que son fils aille à l’école, chose que certains des habitants du village voient d’un très mauvais œil. Mais la loi du silence est forte à Jaspero&amp;nbsp;; personne ne veut parler, personne ne veut dénoncer, et Dylan aura fort à faire pour découvrir les meurtriers de sa famille, et empêcher qu’il soit fait du mal à ce noir désireux de scolariser son fils.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas la moindre bondieuserie dans &lt;strong&gt;La Couleur de Dieu&lt;/strong&gt;, roman particulièrement sombre. On flirte parfois (rarement) avec le too much, mais la sincérité qui émane de Pelot finit toujours par emporter l’adhésion.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve104.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve104.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve104_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les conséquences des actions de Dylan se ressentent dans &lt;strong&gt;La Horde aux abois&lt;/strong&gt;. Cette quatrième aventure voit l’ancien soldat arriver dans la ville répondant au doux nom d’Unspeakable Town. Notre héros est poursuivi par des types désireux de se venger, et Dylan entend bien se mettre au vert quelques jours, le temps que ceux qui veulent sa peau perdent sa trace. Il trouve un petit boulot auprès de Matitias Teafield, sorte de patriarche dont le fils est persuadé que la Guerre de sécession a toujours cours. Le fidèle bras droit de Teafield menace de dénoncer Dylan, et va réclamer de lui un service inaccoutumé&amp;nbsp;: détruire son maître… &lt;strong&gt;La Horde aux abois&lt;/strong&gt; est particulièrement sombre — pas que les précédents fussent spécialement joyeux, certes –, et s’avère prenant, jusqu’à son final enflammé malheureusement un brin trop bref.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve105.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve105.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve105_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quittant Unspeakable-Town, Dylan Stark arrive à la ville voisine de Siloam, avec un Teafield Jr proche du mort-vivant. C’est là que débute l’action des &lt;strong&gt;Loups dans la ville&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: les loups du titre sont une troupe de soldats fédéraux, dirigé d’une main de fer par l’infâme Jeroham, qui font régner la terreur sur Siloam. Le jeune Teafield en fera les frais, mais Stark ne compte pas laisser Jeroham causer plus de dégâts et de morts. Le thème des conséquences de l’après-guerre est abordé de plein fouet, pour un récit plein de tensions latentes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve106.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve106.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve106_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les loups sur la piste&lt;/strong&gt; débute juste après&amp;nbsp;; l’automne et la pluie arrivent sur l’Arkansas. Jeroham mort, les troupes confédérées de Shanne reviennent à Siloam, un peu tardivement, et sont bientôt rejointes par Mallow, un lieutenant de l’Union au caractère pète-sec. Il y a huit hors-la-loi à amener à Little Rock&amp;nbsp;: les deux troupes et Dylan Stark vont devoir faire front commun pour convoyer les prisonniers. Mais des Indiens renégats, et quelque peu énervé suite à un malentendu, se mettent à les poursuivre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette sixième aventure de Dylan Stark met du temps à démarrer, à l’image des personnages, croupissant dans la gadoue d’un début d’automne pluvieux. En conséquence, la fin apparaît un peu brin hâtive. Dommage, car cette aventure s’avère pour autant d’une lecture prenante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve107.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve107.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve107_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On retrouve Dylan quelques jours plus tard dans &lt;strong&gt;Les Irr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éductibles&lt;/strong&gt;, observant attentivement le camp de prisonniers de Mountain Grove. Son but&amp;nbsp;: s’y faire enfermer. Car c’est à Mountain Grove que croupit El Paso, l’assassin des parents du jeune homme, et Dylan est décidé à se venger. Il parvient à ses fins et, une fois dans le camp, prétexte une tentative d’évasion pour rejoindre le «&amp;nbsp;carré des Irréductibles&amp;nbsp;», ces détenus promis à la corde. Ce à quoi le jeune homme ne s’attendait pas, c’est de découvrir que El Paso ne lui est pas antipathique, et que l’outlaw prépare une tentative d’évasion, sous la forme d’un tunnel. Et qu’il compte bien y faire participer Dylan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certainement l’aventure la plus crépusculaire de Dylan Stark jusqu’à présent, &lt;strong&gt;Les Irr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éductibles&lt;/strong&gt; plonge notre héros à nouveau auprès des bannis de la société, dans le froid, la boue, la maladie. De fait, l’ambiance du camp de Mountain Grove est pour le moins glauquissime – même si Pelot n’en rajoute pas dans le sordide&amp;nbsp;: si les conditions de vie sont ardues pour les prisonniers, au moins les gardes demeurent-ils humains. L’évasion de Stark et des prisonniers préfigure (un peu) celle des évadés dans «&amp;nbsp;Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank&amp;nbsp;» de Stephen King.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve108.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve108.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve108_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Hibou sur la porte&lt;/strong&gt; prend place un mois après l’évasion de notre héros&amp;nbsp;; l’hiver est déjà là dans le Nebraska. Dylan et un autre fugitif ont trouvé refuge dans le ranch de Cal. Cal, dont le fils est un joueur invétéré. Les dettes du fiston, les créanciers, l’arrivée d’un nouvel étalon dans le ranch&amp;nbsp;: tout va se lier… Sympathique et plus optimiste que les précédents, ce huitième roman a cependant tout d’une aventure de transition entre les deux premières parties de la saga de Dylan Stark – la vengeance et la chasse au trésor.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve109.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve109.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve109_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le roman suivant est d’une toute autre eau&amp;nbsp;: dans &lt;strong&gt;La Marche des bannis&lt;/strong&gt;, Dylan Stark retrouve ses racines cherokee, et choisit de partager le soir d’une tribu, déportée par le gouvernement américain, à l’autre bout de l’Oklahoma – cela, afin de s’accaparer leur terre. Divisée, cette tribu cherokee voit les uns se résigner au départ et élire Dylan comme porte-parole, les autres opter pour la rébellion. Cette marche sera terrible, et verra de nombreux Indiens tomber, au point de susciter l’émoi dans la troupe de soldats chargée de les accompagner. C’est là une aventure poignante et cruelle, à peine illuminée par les yeux de la belle Wahika.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dylan, Dylan Stark&amp;nbsp;! tes yeux brûlés de soleil n’auront jamais fini de luire sauvagement pour avoir vu naître un enfant sur un lit de poussière, pour avoir vu mourir un homme qui ne voulait pas se plaindre, ni abandonner &amp;nbsp;! Dylan Stark&amp;nbsp;! tu ne sais plus ton nom&amp;nbsp;! il y a ce grand tourbillon de feu qui bouillonne au fond de toi…&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;La Marche des bannis&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve111.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve111.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve111_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On retrouve Dylan un peu plus tard sur la route de la Louisiane dans &lt;strong&gt;Deux hommes sont venus&lt;/strong&gt;. En chemin, il croise un homme venant de crever son cheval&amp;nbsp;: l’hospitalité l’interdit de le laisser seul. Voilà bientôt Dylan et Hilkija Britton en route vers Sanwooten – les deux hommes du titre, ce sont eux. Métis, notre héros n’y est pas le bienvenue&amp;nbsp;; Kija non plus, pour d’autres raisons. Ancien bouvier, il veut se venger de Hicklebery, le type qui, lors de la guerre, a pour ainsi dire volé le troupeau de l’ancien patron de Kija. Hicklebery règne d’une main de fer sur Sanwooten, et, avec ses sbires, estime avoir le droit pour lui. Dylan et Kija vont s’empresser de lui prouver le contraire au cours de cette aventure pas avare de violence. Celle-ci introduit le personnage de Kija, grand rouquin (un émule de Bill Balantine&amp;nbsp;?) qui va désormais accompagner Stark dans ses tribulations. Ce dixième roman se poursuit par une nouvelle, «&amp;nbsp;7h20 pour Opesoulas&amp;nbsp;», qui conclut le fil d’intrigue initié relatif au troupeau et n’a guère d’autre intérêt.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve110.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve110.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve110_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La peau du n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ègre&lt;/strong&gt; commence par un prologue narré à la première personne&amp;nbsp;: un Noir patiente dans l’obscurité d’un saloon, un coup de feu est tiré mais pas par lui, une femme meurt. Craignant qu’on l’accuse, il fuit. Mais c’est l’Alabama, et une &lt;em&gt;posse&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;regulators&lt;/em&gt; emmenée par le sheriff Margrett se met en route. Hey, s’il fuit, c’est qu’il est coupable. En chemin, la troupe tombe sur Dylan et Kija&amp;nbsp;: pour calmer les soupçons qui pèsent sur les deux cavaliers, le sheriff décide de les prendre avec lui dans cette chasse à l’homme. À nouveau, Pierre Pelot évite le manichéisme, en particulier avec le personnage du sheriff Margrett, qui n’a rien du pèquenot borné mais se révèle un individu sensé et désolé par le racisme ambiant contre lequel il ne peut guère lutter. Quelles sont ses perspectives, et quelles sont celles du Noir, lorsque les véritables circonstances de la mort de la femme s’expliquent&amp;nbsp;? L’ambiance poisseuse des marécages est superbement rendue, et cette aventure constitue un récit haletant. Là aussi, le livre se termine par une nouvelle&amp;nbsp;: « L’Homme-qui-marche&amp;nbsp;», où Dylan et Kija sont confrontés à un vieil Indien ayant viré berserker. Un texte court et intense, mais qui semble confirmer que Pelot se débrouille mieux sur la longueur d’un roman, aussi court fût-il.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve112.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve112.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve112_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand gronde la rivi&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère&lt;/strong&gt; voit Dylan et Kija se joindre à une petite troupe, dont le job consiste à monter et descendre le Mississipi en quête de bois flotté. Le leader de la troupe est Rigo, qui a pour fâcheuse habitude de voler le bois d’autru — chose qui agace prodigieusement Modred Fleg, qui, pour sa part, vole légalement ce même bois. Lorsque Modred met un contrat sur la tête de Rigo, ce sont deux conceptions qui s’affrontent&amp;nbsp;: d’un côté l’insouciance et la liberté, de l’autre la loi et tout ce qu’elle peut avoir d’injuste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Plus loin que les docks&lt;/strong&gt;, Dylan et Kija sont coincés à Mobile, Alabama, en attente d’un navire pour la Nouvelle-Orléans. Ils se joignent à un équipe constituée de dockers et de Noirs pour contrer la venue d’une bande de tueurs. L’un d’entre eux, Shekomdom, va suivre une dangereuse trajectoire d’électron libre. Ce roman, inédit jusqu’à sa réédition au sein de l’intégrale Lefrancq, n’est pas le plus mémorable, et souffre de sa conclusion hâtive.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve113.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve113.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve113_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Un jour, un ouragan&lt;/strong&gt;, Dylan et Kija se retrouvent à la Nouvelle-Orléans fin juillet 1866, lors des émeutes&amp;nbsp;: contre les Démocrates, les Républicains défendent le droit au vote des Noirs, qui en étaient jusqu’à présent interdits. Les deux amis sont séparés, et chacun de son côté, ils tentent de gagner les docks, où les attend un navire à destination de la Floride. Un roman écrit comme un cri du cœur, aux oppressantes scènes de foule, et entre les chapitres duquel s’intercalent des extraits de témoignages et de textes relatifs à ces émeutes, qui dénoncent la piètre gestion du conflit par le maire. Il est vraiment regrettable qu’il s’achève lui aussi dans la précipitation (une relative constante).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve115.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve115.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve115_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Tombeau de Satan&lt;/strong&gt; (roman aimablement préfacé par Hergé, qui a mis le pied à l'étrier de Pelot pour que celui-ci se consacre à l'écriture plutôt qu'au dessin), ce sont les marais étouffant de Wahoo Swamp en Floride, où est censé se trouver le trésor d’El Paso. Dans la ville voisine de Sannactoochee, Dylan et Kija se font passer pour des chasseurs d’oiseaux, et engagent un Indien Séminole, Coccha, pour les guider dans le dédale marécageux. Problème&amp;nbsp;: Kija a lâché le morceau, et le trio doit se coltiner un quatrième larron dans leur chasse au trésor. Autre problème&amp;nbsp;: il semble y avoir d’autres individus sur la piste de ce même magot, dont d’anciens Irréductibles… Préfacé par nulle autre qu’Hergé, ce roman est une incontestable réussite, à l’atmosphère poisseuse et pesante, où les dangers ne proviennent pas uniquement des alligators mais surtout des congénères humains de Dylan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suivent ensuite trois romans sur lesquels je n’ai pas réussi à mettre la main. Le premier d’entre eux, &lt;strong&gt;La Loi des fauves&lt;/strong&gt;, conclut le deuxième arc narratif, constitué par la quête du trésor d’El Paso et le compagnonage avec Kija Britton. Les deux amis se séparent, et Dylan prend la route de l’Ouest. C’est au Nouveau-Mexique que se déroulent les deux aventures suivantes, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Homme des monts déchirés&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Erreur&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve11678.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve11678.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve11678_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve119.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve119.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve119_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sierra br&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ûlante&lt;/strong&gt; prend place dans ce même État. Dylan arrive dans le petit village de Taldico. Y vivent des péons, sous la férule du vieux Walker. Et à proximité de la ferme de ce dernier, la réserve indienne de Bosque Redondo. Un jour, Oola, l’un des Indiens, s’enfuit avec sa femme et leur enfant, laissant derrière eux un cadavre, celui de Walker. Son fils promet mille dollars à qui retrouvera les fugitifs. Dylan se retrouve à faire équipe avec Angel Belito, vaquero mexicain d’abord sympathique mais plus trouble qu’il n’y paraît… Voilà bientôt cinq hommes lancés sur les traces de la famille, sous le soleil écrasant du Nouveau-Mexique. Une autre réussite, où Pelot rend à merveillle l’atmosphère aride et poussiéreuse de cette région des USA.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-couve120.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-couve120.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-couve120_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Enfin, &lt;strong&gt;Pour un cheval qui savait rire&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;techniquement&lt;/em&gt;, pas une véritable aventure de Dylan Stark, car le protagoniste est un métis hopi nommé Man) voit notre héros à la poursuite d’un étalon sauvage, au cœur du Texas. Ne l’ayant pas lu, je ne saurais trop qu’en dire.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien que paru chez le même éditeur que Bob Morane et Doc Savage, avec une même dimension sérielle (une demi-douzaine de romans par an entre 1967 et 1968), le héros créé par Pierre Pelot s’avère atypique. Certes présent dans toutes les aventures estampillées à son nom, il apparaît souvent tardivement dans le texte, l’auteur accordant une importance égale à la caractérisation des personnages secondaires. Surtout, il s’agit d’un personnage en constant porte-à-faux par rapport aux canons de l’époque&amp;nbsp;: Dylan Stark n’a rien des cow-boys incarnés par John Wayne ou Lucky Luke, ni du héros sans peur et sans reproche façon Bob Morane ou Doc Savage&amp;nbsp;; il s’agit ici d’un métis, s’étant retrouvé enrôlé à contrecœur dans les troupes sudistes. Tout sauf un Yankee blanc bon teint, ce qui rend Dylan Stark d’autant plus intéressant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Stark n’est pas un justicier, au sens où il ne prend pas spontanément part à un combat pour rétablir la justice – même s’il ne peut s’empêcher de se fourrer dans les ennuis. De fait, il se retrouve plus souvent témoin d’injustices, ce qui le pousse à se dresser pour défendre les opprimés, quelle que soit leur origine et leur couleur de peau – dans les faits, essentiellement les Noirs, les Amérindiens et les laissés pour compte.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le côté du plus fort, en général, il se battait contre, il y donnait des coups de dents avec une rage incroyable… Il avait un peu l’impression d’avoir trahi quelque chose, d’avoir renié…&amp;nbsp;» (&lt;strong&gt;La Peau du n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ègre&lt;/strong&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quant à Kija Britton, qui partage son chemin le temps de six romans et deux nouvelles, il n’a rien du faire-valoir à la Bill Ballantine, quand bien même l’Écossais imaginé par Henri Vernes et ce personnage ont comme point commun une même chevelure rousse&amp;nbsp;: c’est ici un compagnon de route, avec son propre agenda. Pas de relations dominant-dominé&amp;nbsp;; les deux hommes sont à égalité – et c’est une femme qui sonnera le glas de leur amitié.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, les aventures de Dylan Stark s’avèrent essentiellement masculines, d’où les femmes sont pour ainsi dire absentes. Le personnage de sexe féminin le plus important est sûrement Wahika, dans &lt;strong&gt;La Marche des bannis&lt;/strong&gt;, et elle continuera longtemps à hanter les souvenirs de Dylan. Hypothèses expliquant ce déséquilibre de la représentation féminine&amp;nbsp;: en tant que héros d’une série feuilletonnesque, Dylan ne peut s’attacher et se fixer (mais quid d’une compagne de route&amp;nbsp;?) &amp;nbsp;; de plus, le lectorat visé était essentiellement masculin, d’où un ensemble de protagonistes à l’avenant.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ses aventures, Dylan parcourt une bonne part des États-Unis, quoique essentiellement dans sa moitié sud&amp;nbsp;: d’abord la Géorgie, la Caroline du Nord, le Tennessee, le Missouri, et l’Arkansas, puis la Louisiane, l’Alabama, la Floride, avant l’Ouest, représenté ici par le Nouveau-Mexique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La saga de Dylan Stark s’appuie peu sur le contexte historique, à deux exceptions près&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Quatre Homme pour l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’enfer&lt;/strong&gt; est en prise directe avec la Guerre de Sécession, tandis que &lt;strong&gt;Un jour, un ouragan&lt;/strong&gt; se déroule pendant une journée d’émeutes à la Nouvelle-Orléans. En-dehors de ces deux événements précis, les aventures se situent dans un contexte diffus d’immédiat après-guerre où les plaies sont encore à vif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ambiance et décors justement suscitent l’admiration, on veut bien croire à l’Amérique que nous décrit Pelot – qui, à l’époque, n’y avait jamais mis les pieds.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les aventures de Dylan Stark, c’est aussi une leçon d’écriture. Une écriture volontiers lyrique, en particulier pour retranscrire les pensées de Dylan (écriture à la 2e personne, plein de points d’exclamation). Une écriture sur le fil, qui frôle parfois la frontière du pathos facile, mais l’évite toujours.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un soin particulier est apporté aux conditions météorologiques&amp;nbsp;: le temps, et notamment le soleil, constituent un élément important, objets de descriptions vivaces qui vous posent une ambiance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Surtout, et cela devient presque un cliché de le dire quand il s’agit de Pierre Pelot&amp;nbsp;: son écriture est vibrante d’humanité. À chaque ligne, elle est là, et bon sang, c’est &lt;em&gt;puissant&lt;/em&gt;. Venant de la part d’un auteur, alors âgé d’une petite vingtaine d’années au moment de la parution des «&amp;nbsp;Dylan Stark&amp;nbsp;», il y a de quoi être surpris (et voilà qui donne envie à votre serviteur d’en lire davantage).&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/dylanstark-hermann02.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;dylanstark-hermann02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.dylanstark-hermann02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Dylan Stark, par Hermann dans l'hebdomadaire &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avant d’écrire ce billet, je n’éprouvais que peu d’attrait tant pour les westerns sous forme romanesque que pour l’œuvre de Pelot. Les aventures de Dylan Stark m’ont prouvé que, quelles qu’en fussent les raisons, j’avais tort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le personnage de Dylan Stark a également beaucoup compté pour son auteur&amp;nbsp;: ce n’est certainement pas un hasard si le fils de Pierre Pelot, né en 1969, se prénomme Dylan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après l’arrêt des aventures de Dylan Stark chez Pocket Marabout, Pelot s’est tourné vers d’autres genres littéraires, en particulier la science-fiction sous le pseudonyme de Pierre Suragnes, et n’est donc revenu que très ponctuellement à son personnage d’aventurier métis ainsi qu’aux westerns. Si l’essentiel des aventures de Dylan est désormais disponible en numérique, il reste néanmoins dommage qu’une poignée de romans demeure encore introuvable. On peut se consoler en lisant, relisant &lt;strong&gt;Quatre hommes pour l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’enfer&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Vent de la col&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Les Irr&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éductibles&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Marche des bannis&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Le Tombeau de Satan&lt;/strong&gt;, d’authentiques réussites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour en savoir plus&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.ecrivosges.com/auteurs/pelotp/stark/stark_accueil.php&quot;&gt; Ecrivosges&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.noosfere.org/icarus/articles/article.asp?numarticle=381&amp;amp;numpage=3&quot;&gt;(Une bibliographie complète, signée Raymond Perrin, est disponible sur l’indispensable nooSFère.) &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>De La Contrée à L’Atelier : Semaine 04</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2017/01/03/De-La-Contree-a-L-Atelier-4" rel="alternate" type="text/html" title="De La Contrée à L’Atelier : Semaine 04" />
      <id>urn:md5:278ac23a7994e09cc158c75e5e71edd6</id>
      <published>2017-01-03T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-03T16:28:22+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Obligations familiales, froid de canard et mal aux dents&amp;nbsp;: et vous voudriez qu’on fasse la fête&amp;nbsp;!? Rien envie de faire. Heureusement, quand tout a foutu le camp, il reste les Beatles et leur sous-marin jaune…&amp;nbsp;» Le déménagement de Francis Valéry se poursuit, quelque peu interrompu par les fêtes de Noël.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-J22.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-J22.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170103-J22_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 22&amp;nbsp;: Samedi 24 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;C’est l’anniversaire de ma fille Flora, elle a aujourd’hui trente-deux ans. Cela fait plusieurs années que je ne sais rien d’elle. J’espère qu’elle est heureuse là où elle est, qu’elle est entourée de gens qui l’aiment comme nous l’aimons. Ici, nous préparons Noël. Mes parents et mon frère viennent passer la soirée ici, du coup nous faisons tourner la chaudière. En fin d’après-midi, la température dans la cuisine et le salon est bien agréable. Je suis allé chercher mes parents, mon frère les reconduira ce soir. Je ne suis pas vraiment là.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-J23.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-J23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170103-J23_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 23&amp;nbsp;: Dimanche 25 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Aller-retour pour Andernos où nous déjeunons avec les parents d’Anita. Personne d’autre ne s’est déplacé, les petits-enfants ont tous mieux à faire ailleurs. Je ne connais pas grand-chose de plus désespérant que ces réunions de famille lorsqu’elles sont dépourvues du moindre sens.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-J24.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-J24.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170103-J24_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 24&amp;nbsp;: Lundi 26 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Nous pouvons enfin reprendre une vie normale, débarrassés de la corvée consistant à faire semblant d’apprécier la période. Ne subsistent, posées sur la cheminée du salon, que trois ou quatre petites maisons qui s’éclairent de l’intérieur et une poignée de personnages de circonstance. Curieusement, nous ne sommes pas pressés de les enlever ni de démonter le sapin…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je reprends mon déménagement en apportant à L’Atelier mon piano numérique – une machine dotée d’un véritable système de marteaux et d’un clavier à toucher lourd, sur plus de sept octaves. J’emporte également un rack de cinq plateaux, sur roulettes, fabrication maison, qui accueille une partie des amplis hi-fi stéréo que j’utilise pour mixer et diffuser en multicanal. En prime, quelques cartons de livres sur la musique. Je suis toujours estomaqué par ce que l’on peut entasser dans une Twingo, quand on rabat les sièges arrière et le dossier du siège avant droit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-J25.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-J25.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170103-J25_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 25&amp;nbsp;: Mardi 27 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;L’anecdote remonte à la presque fin du siècle dernier, en l’an de grâce 1999. Je vivais alors à Bordeaux – c’était quelques mois avant que je ne parte m’installer à temps partiel à Lausanne, en Suisse, et que je ne commence à travailler à la Maison d’Ailleurs. Une période charnière dans ma vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce temps-là, j’avais l’habitude de marcher un peu au hasard dans la ville, à la recherche de lieux déclencheurs d’inspiration. Avec ses deux millénaires d’histoire complexe (la Burdigala gauloise fut fondée par un clan dissident venu de Bourges, envahie, détruite et reconstruite plusieurs fois, romanisée enfin), son rapide développement, ses nombreux personnages illustres (Ausone, Montaigne, Montesquieu, François Mauriac, Jacques Ellul, Sempé, Boris Cyrulnik… mais aussi Marcel Amont, Philippe Sollers, Pierre Palmade, Christian Morin, Sophie Davant, Serge Lama…), ses retournements d’alliance (tantôt anglaise, tantôt française), ses expériences utopistes (telle la fameuse République de l’Ormaie), son extraordinaire dimension monumentale… Bordeaux ne manque pas de tels lieux&amp;nbsp;! Et ce n’est pas tout à fait le fruit du hasard si une part significative de mes écrits romanesques et de mes livres pour la jeunesse, est située dans cette ville.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce jour-là, or donc, alors que j’arpentais la rue des Trois-Connils, à la recherche des fantômes d’un quartier rasé dans les années soixante-dix pour y installer un centre commercial, je me suis retrouvé devant l’entrée de la FNAC (elle a déménagé depuis). Je suis entré. Je suis descendu au sous-sol. Et je suis tombé devant un amoncellement de DVD, CD et disques vinyle, célébrant la (re)sortie de &lt;em&gt;Yellow Submarine&lt;/em&gt;, le film d’animation – à l’époque on disait «&amp;nbsp;dessin animé&amp;nbsp;» – «&amp;nbsp;des&amp;nbsp;» Beatles, réalisé par George Dunning en 1968, et dont la bande son originale est sortie en janvier de l’année suivante. Bien qu’il s’agisse techniquement d’un album studio du groupe, le dixième en fait, seulement six morceaux sur les treize qu’il contient sont des Beatles, le reste consiste en parties instrumentales composées et dirigées par George Martin – et aucun membre du groupe n’y participe. Et sur ces six morceaux, quatre seulement sont des inédits – &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Yellow Submarine&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;«&amp;nbsp;All you Need is Love&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; ayant déjà été publiés auparavant. Plutôt décevant, l’album n’aura qu’un succès très limité – il faut dire que le fameux «&amp;nbsp;double blanc&amp;nbsp;» était sorti deux mois plus tôt, et qu’il concentrait toute l’attention des fans comme des critiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1999, Apple Records sort donc ce &lt;em&gt;Yellow Submarine Soundtrack&lt;/em&gt;. Les instrumentaux de George Martin ont été virés&amp;nbsp;! Et le disque propose quinze morceaux des Beatles – quasiment rien que du lourd, voire du très lourd&amp;nbsp;: &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Yellow Submarine&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Eleanor Rigby&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Lucy In The Sky With Diamonds&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;With A Little Help From My Friends&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;All you Need is Love&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;When I’m Sixty Four&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Nowhere Man&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du très lourd, certes, mais également du très connu… Alors quel est l’intérêt de ce disque&amp;nbsp;? Eh bien, il s’agit quasiment des toutes premières chansons du groupe à être remastérisées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après avoir écouté le CD sur une borne d’écoute, convaincu par la remastérisation, j’ai acheté le disque en version LP&amp;nbsp;: tout beau, tout attirant, tout jaune puisque pressé dans du vinyle teinté dans la masse. Magnifique. Nous étions en 1999, comme je l’ai dit. J’avais alors quarante-trois ans et, au moment de passer à la caisse, je me fis la réflexion que cela devait sûrement faire une bonne vingtaine d’années que je n’avais pas acheté un disque vinyle – neuf, s’entend, car je n’ai jamais cessé d’acheter des disques d’occasion (même si pendant des années je n’ai plus possédé de platine pour les écouter&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je suis rentré chez moi et j’ai soigneusement rangé le disque – je vivais alors seul, donc sans personne pour me reprocher d’avoir acheté un disque plutôt que d’avoir fait les courses. Depuis, ce &lt;em&gt;Yellow Submarine Soundtrack&lt;/em&gt; me suit à chacun de mes grands déménagements – sans être jamais sorti de sa pochette en plastique spécial, traité anti-UV et garanti non-rétractable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’à cet après-midi où, tout soudain et allez donc savoir pourquoi, j’ai eu envie de l’écouter. Un vinyle NEUF&amp;nbsp;! Jamais touché du bout des doigts de mes petites mains. Délicatement posé sur le plateau de ma Technics SL 22 – une de mes cinq platines «&amp;nbsp;tourne-disque&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: il faudra que je vous raconte, un jour, comment on fait pour se retrouver avec de quoi constituer cinq ou six chaînes hi-fi complètes à la maison. Et hop&amp;nbsp;! C’est parti… pour quinze morceaux dont plus de la moitié sont des chefs d’œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce vinyle m’avait attendu pendant dix-sept ans. Tel un grand cru. Comme disait je ne sais plus qui&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il faut donner le temps au temps.&amp;nbsp;» Pas faux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-J26.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-J26.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170103-J26_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 26&amp;nbsp;: Mercredi 28 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Depuis plusieurs jours, je sens une petite douleur dans la gencive, à la base d’une prémolaire de la mâchoire supérieure – ou plutôt de ce qu’il en reste&amp;nbsp;: un bout de racine dévitalisée, vestige d’une dent qui fut un temps couronnée avant de perdre ladite couronne et de se transformer en un pitoyable chicot républicain. Je suppose que j’ai un début d’infection… et j’espère que cela va s’arranger tout seul. Tant mon médecin que le dentiste du coin sont en vacances. L’idée est donc de rester en vie en attendant leur retour – ou mieux, de ne pas avoir besoin de faire appel à leurs bons services&amp;nbsp;! Car je ne bénéficie d’aucun remboursement de la part de la Sécurité Sociale pour ce genre d’interventions, par le jeu des «&amp;nbsp;participations forfaitaires&amp;nbsp;» restant dues sur tous les médicaments et actes médicaux concernant les affections de longue durée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Virée à La Contrée pour m’assurer que tout va bien – quand on a des «&amp;nbsp;vieux parents&amp;nbsp;» ayant très largement dépassé les quatre-vingt ans, il est indispensable d’aller jeter un petit œil régulièrement&amp;nbsp;; ça leur fait plaisir et ça me rassure. Du coup, je récupère mon courrier&amp;nbsp;: une petite enveloppe matelassée en provenance de Hong-Kong, pleine de composants électroniques, un relevé de compte bancaire et – excellente surprise – un courrier de la Sécu que j’avais fini par ne plus attendre, deux mois après le dépôt de mon dossier, m’informant que je bénéficiais désormais et pour une durée d’un an, de la CMU. Je dois dire que ce courrier m’a procuré un profond soulagement, car cela fait des mois que j’ai des douleurs chroniques au dos – certains jours, je peux à peine marcher&amp;nbsp;; et sans CMU, impossible de faire quoi que ce soit&amp;nbsp;: achat d’une ceinture lombaire, radios, séances de kiné, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour à L’Atelier avec un chargement de cartons contenant ma bibliothèque secondaire sur la musique et sur les années soixante. Je me fais une joie de réinstaller tous ces livres – je pense souvent que nos prétendues élites seraient sans doute bien inspirées de lire ou relire certains ouvrages de Timothy Leary, Lester Bangs, Richard Meltzer, Ivan Illitch, Tom Wolfe, Jean-François Revel… sur un fond musical approprié&amp;nbsp;! À défaut de les rendre significativement moins idiotes (c’est qu’elles partent de très très loin, nos élites autoproclamées… qu’elles soient politiciennes, journalistiques, universitaires…), ça leur décrasserait peut-être un tout petit peu les connections neurales. Ça serait toujours ça de pris.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-J27.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-J27.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170103-J27_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 27&amp;nbsp;: Jeudi 29 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Chaque matin, la première chose que je fais après m’être levé, c’est d’ouvrir les volets de l’une des fenêtres de L’Atelier, pour faire rentrer un peu de lumière. Et la première chose que je vois, juste devant mes yeux, c’est le grand bac à plantation que nous avons construit au printemps dernier – sitôt signés chez le notaire les papiers rendant ma compagne officiellement propriétaire de cette immense maison, de ses dépendances, de son parc et de son petit morceau de forêt. Nous étions pressés de marquer notre nouveau territoire – et pour ce faire il n’y a rien de plus symbolique que la construction de quelque chose destiné à produire de quoi nous nourrir convenablement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce bac, j’ai cultivé en un joyeux fouillis permaculturel des tomates, des salades, des haricots verts… et même deux pieds de pommes de terre, ainsi, bien entendu, que de nombreuses plantes aromatiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aujourd’hui, en cette toute fin d’année, ce bac a bien piètre allure, avec ses branches de noisetiers et ses perches de bambou autour desquelles s’accrochent encore des vestiges de plants de tomates.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chaque matin, ma première pensée en redécouvrant ce bac à plantation, en tous points semblable à ce qu’il était la veille, est de me promettre de trouver l’énergie pour le nettoyer. Ce n’est rien à faire&amp;nbsp;: il faudrait simplement enlever les anciens tuteurs en bois, les couper en morceaux et les utiliser pour démarrer la chaudière. Ce serait déjà bien, au moins sur le plan visuel. Et puis un peu plus tard, un jour où il ferait moins froid, je referais le niveau avec le premier compost produit ici et recouvrirais le tout d’une dizaine de centimètres de feuilles mortes, afin de préparer le printemps. Bien sûr, j’aurais pris soin de déterrer en belles grosses mottes les aromatiques vivaces (thym, serpolet, marjolaine, ciboulette, etc.) avant de les remettre en terre, au nouveau niveau de leur sol.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais voilà, je ne le fais pas…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans doute est-il nécessaire, au bout d’un certain temps, de se demander pourquoi on ne fait pas ce qu’il nous semble, pourtant, indispensable de faire&amp;nbsp;? Si je veux que le bac à plantation soit prêt à recevoir de nouveaux plants, au printemps, c’est maintenant que je dois le préparer. Si je veux que ma récolte devienne un peu plus significative, c’est maintenant que je dois construire et remplir de un ou deux autres bacs à plantation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chaque matin, quand je me réveille dans cette grande maison qui n’est pas la mienne mais où, pourtant, je passerai sans doute les dernières années qu’il me reste à vivre, je me pose cette sempiternelle question&amp;nbsp;: pourquoi ne fais-je pas ce que je devrais faire&amp;nbsp;? Alors que je le faisais, lorsque je vivais à La Contrée. Pour être très honnête, je ne creuse pas trop le sujet&amp;nbsp;! Car il est évident que je ne tiens pas à entendre la réponse – ou plutôt à la faire résonner en pleine conscience… car il fait peu de doute que je connais cette réponse mais que je m’efforce de la maintenir enfouie dans les profondeurs de mon esprit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20170103-J28.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20170103-J28.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20170103-J28_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 28&amp;nbsp;: Vendredi 30 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Ce matin, j’ai eu un peu de mal à me reconnaître dans le hamster joufflu que je découvre dans la glace de la salle de bains. Bien que n’éprouvant aucune douleur, tout au plus une gêne mal définie, j’ai la joue droite gonflée façon Elephant Man. Trop impressionnant&amp;nbsp;! Il est évident que j’ai un énorme abcès et que c’est le genre de choses, potentiellement d’une certaine gravité, qu’il vaut mieux ne pas laisser traîner. Mais pour tout dire, ce ne me semble pas être le meilleur moment de l’année et je crains de devoir aller passer la journée aux urgences, à l’hôpital de Libourne…&lt;br /&gt;
Avant toute chose, direction La Contrée où se trouvent tous mes papiers personnels – dont ma toute nouvelle attestation de CMU. Sitôt arrivé, je téléphone à mon médecin, espérant tomber sur un remplaçant – à L’Atelier il n’y a pour l’instant ni téléphone ni internet. Bonne surprise&amp;nbsp;: je ne tombe pas sur un répondeur… et une voix tout ce qu’il y a d’humaine m’indique que le cabinet rouvre ce matin. J’annonce ma prompte arrivée – le bon côté de la médecine à la campagne, c’est qu’il n’est en général pas nécessaire de prendre rendez-vous&amp;nbsp;: on y va, et on attend son tour. Retour vers L’Atelier&amp;nbsp;: le cabinet médical est tout à côté. Au premier coup d’œil, l’affaire est entendue&amp;nbsp;: dix jours d’antibiotiques, des bains de bouche et des antidouleurs (si besoin). Je repars vers La Contrée (la pharmacie est tout à côté) et en profite pour prendre également la ceinture lombaire prescrite il y a deux mois, l’ensemble sans rien débourser. Merci qui&amp;nbsp;? Merci, la CMU. Pour une fois, ça vaut la peine d’être malade.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Allez, je charge trois bricoles dans la Twingo, histoire de n’être pas venu tout à fait pour pas grand-chose – genre un synthé et quelques cartons de bouquins. Juste avant que je ne démarre, le livreur de chez UPS pointe le bout de son nez pour m’apporter un carton estampillé du logo Thomann, qui doit contenir les deux bass-traps commandés en début de semaine. Le temps de les charger et je rentre à L’Atelier.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>De La Contrée à L’Atelier : Semaine 03</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/29/De-La-Contree-a-L-Atelier-03" rel="alternate" type="text/html" title="De La Contrée à L’Atelier : Semaine 03" />
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      <published>2016-12-29T12:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-12-29T12:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry raconte la suite de son déménagement. «&amp;nbsp;Nous peignons des murs. Nous déménageons des étagères, des disques vinyles, des guitares, des livres. Nous essayons de chauffer la maison. Nous explorons nos collections et archives de pulps. Bref, ça avance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-J15.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-J15.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161229-J15_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 15&amp;nbsp;: Samedi 17 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Ce devait être une journée consacrée à la peinture des murs de L’Atelier. Mais je découvre ce matin que le séchage des bandes de toile de verre n’est pas complet. Avec un peu de chance, nous pourrons peut-être commencer à peindre demain – mais il n’est pas évident que le travail puisse se faire en une seule journée&amp;nbsp;: il y a tout de même une soixantaine de mètres carrés à peindre au rouleau, après avoir peint les coins et les bordures (plinthes, plafond, tour des fenêtres et de la porte) au pinceau. Du coup, nous nous occupons d’autres chantiers en cours – il n’en manque pas. Depuis des mois, nous menons une véritable chasse aux grands cartons et récupérons tout ce que nous trouvons. Le petit stock accumulé au cours de la dernière semaine prend donc la direction du grenier et se retrouve sans tarder taillé, ajusté et étendu sur le plancher, en un semblant d’isolation – l’important est de croire à ce que l’on fait&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-J16.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-J16.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161229-J16_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 16&amp;nbsp;: Dimanche 18 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Les murs sont secs quasiment partout – il reste seulement quelques petites zones encore humides au toucher, dans les coins, là où nous avons chargé en colle pour que la toile adhère bien au mur. Nous commençons donc à tout recouvrir d’une acrylique couleur paille, claire et lumineuse. En fin d’après-midi, à notre propre surprise, tout est peint. Mission remplie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-J17.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-J17.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161229-J17_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 17&amp;nbsp;: Lundi 19 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Suite de mes recherches de couvertures dans mes collections de pulps. Ils sont tous soigneusement rangés dans des boîtes archives, dûment identifiées sur le dos. Et ces boites sont alignées sur de solides étagères en bois massif par ordre alphabétique de leur contenu – avec toutefois des exceptions d’ordre logique, par exemple lorsqu’un magazine change de titre tout en poursuivant sa numérotation. Ainsi &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt; suit &lt;em&gt;Wonder Stories&lt;/em&gt;, lui-même prenant la suite de &lt;em&gt;Science Wonder Stories&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Air Wonder Stories&lt;/em&gt; puisqu’il est le résultat de la fusion de ces deux titres – et les «&amp;nbsp;suppléments&amp;nbsp;» trimestriels et annuels se placent à la fin de cette longue série qui, à proprement parler, constitue ce que j’appelle le &lt;em&gt;Wonder Group&lt;/em&gt;. Tandis que je manipule ces boites, il me prend la curiosité de mesurer ce que l’on pourrait appeler « l’encombrement&amp;nbsp;» de ma collection de pulps… et je découvre qu’elle dépasse les treize mètres linéaires. Pas si mal. Je ne collectionne pas &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, trop cher et manquant d’intérêt de mon point de vue d’amateur de science-fiction avant tout, et j’ai pas mal de manques dans les débuts d’&lt;em&gt;Astounding Stories&lt;/em&gt;, dont les premiers numéros sont assez rares et plutôt coûteux. Pour le reste, je suis à peu près complet ou très peu s’en faut. Il faudra que je mesure, de même, l’encombrement des titres au format digest – bien que ma collection s’arrête à décembre 1970, par choix, je pense qu’ils prennent nettement plus de place, ce serait-ce que parce qu’&lt;em&gt;Astounding&lt;/em&gt; passe au format digest très tôt et que dans les années cinquante et soixante on assiste à une explosion de nouveaux magazines, tous à ce format. Je mesurerai cela plus tard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de journée, je reprends mon déménagement. J’emporte cette fois une étagère Ikéa avec quatre casiers au format LP, un rack de scène pour aligner les guitares, un plein sac de manuels de mes synthés, une guitare slide (pour concrétiser des idées musicales qui me trottent dans la tête depuis quelques jours) et une boite d’ustensiles divers&amp;nbsp;: bottleneck, cordes, accordeurs… J’emporte également une paire de vieilles enceintes Technics à trois voies, bien grosses et bien lourdes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-J18.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-J18.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161229-J18_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 18&amp;nbsp;: Mardi 20 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Encore une journée passée sur l’exposition. Je suis assez satisfait de mes trouvailles iconographiques et j’espère qu’elles plairont en haut-lieu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rapporté à L’Atelier une deuxième étagère Ikéa à casiers et deux sacs de LPs – de &lt;em&gt;Point Blank&lt;/em&gt; à &lt;em&gt;Simpleminds&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: soit le casier n°6 de la zone «&amp;nbsp;rock anglo-saxon&amp;nbsp;». Un ampli, une platine disque et une platine CD vont rejoindre les enceintes apportées hier. Je vais bientôt pouvoir commencer à écouter un peu de musique correctement. Côté studio, j’emporte ma basse &lt;em&gt;fretless&lt;/em&gt;, la valise avec les pédales d’effet des guitares, une perche de micro et un carton de câbles divers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, en prévision des jours difficiles, je commence à constituer un stock de produits de première nécessité à forte composante chocolatière. Par expérience, j’ai bien noté que s’il est facile de survivre avec du riz, des pâtes et des pommes de terre – et des topinambours si on possède un grand jardin – pour autant que l’on dispose d’un bon choix d’épices, la dite survie est infiniment améliorée si l’on prend soin de ne jamais manquer de chocolat, de préférence noir de chez noir.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-J19.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-J19.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161229-J19_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 19&amp;nbsp;: Mercredi 21 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Et une journée de plus passée sur l’exposition. Voilà un projet qui aura demandé beaucoup de temps et d’énergie, mais le résultat vers lequel nous nous acheminons me semble en valoir la peine. Les quelques échanges de mails que j’ai eus sur le sujet, ces derniers jours, avec les personnes qui ont commenté mes billets, m’ont une fois encore rappelé que si de nombreux amateurs de Science-Fiction ont un intérêt marqué pour les Pulps, très peu de gens s’intéressent aux digests qui leur ont succédé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il fait peu de doute que l’attrait qu’exercent les pulps vient pour l’essentiel de leurs couvertures très colorées et, plus marginalement, pour les illustrations intérieures, en noir et blanc. Parmi les collectionneurs de Pulps, très peu de gens les lisent vraiment – tout au plus pourra-t-on s’amuser à lire les éditoriaux, le courrier des lecteurs, par exemple à la recherche de signatures de jeunes fans appelés à un brillant avenir, ou encore certains articles à caractère futurologique (histoire de mesurer à quel degré les auteurs se sont trompés, car les vulgarisateurs scientifiques s’essayant à la prospective se trompent toujours plus ou moins, et généralement plutôt plus que moins&amp;nbsp;!). Ce n’est pas faire injure aux auteurs de l’époque – qui produisaient au kilomètre, pour vivre – de rappeler que le niveau littéraire des pulps est dans l’ensemble peu élevé. Force est de constater que les textes des années vingt et trente, dans leur écrasante majorité, sont devenus illisibles. Les premiers vrais classiques du genre ayant conservé une certaine lisibilité ont été publiés dans les années quarante – et l’essentiel de la SF de qualité des années cinquante a déserté les pulps, moribonds, pour investir les digests et les paperbacks, diffusés en librairie. On ne collectionne donc les pulps qu’en tant qu’«&amp;nbsp;objets&amp;nbsp;» et rarement pour leur contenu littéraire – à part quelques historiens des origines et des premiers Âges d’Or du genre et une poignée d’archivistes complétistes. C’est d’autant plus vrai en France, que quasiment tout le matériel littéraire qui en vaut la peine a été traduit en français.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est pour ces raisons – et quelques autres – que je m’étonne du désintérêt de nombreux collectionneurs envers les digests des années cinquante et soixante. Car non seulement ils sont d’un niveau littéraire très supérieur à celui des pulps –plus justement exprimé, le pourcentage de textes de qualité y est bien plus important – mais d’un point de vue esthétique, de très nombreuses couvertures sont tout aussi fascinantes que celles des pulps et sont des merveilleux exemples de ce «&amp;nbsp;Sense of Wonder&amp;nbsp;» dont on aurait grand tort de croire qu’il soit cantonné aux pulps&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après une journée de recherche, retour à L’Atelier et poursuite du déménagement des vinyles&amp;nbsp;: cette fois de Corky Laing à Poco. Un premier carton de CD suit le mouvement&amp;nbsp;: de Ricardo Villalobos à ZZ Top. Avec cette question presque inévitable&amp;nbsp;: pourquoi commence-t-il par la fin&amp;nbsp;? J’emporte également toutes les valises de micros et une des tables de mixage, ainsi qu’un gros carton de livres sur la musique. Ca avance.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-J20.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-J20.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161229-J20_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 20&amp;nbsp;: Jeudi 22 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Voilà trois jours que la température dans la nouvelle maison, en l’absence de toute intervention de notre part, semble bloquée, nuit et jour, à huit degrés. Les pièces sont tellement grandes que les poêles à pétrole ne réchauffent, pour un très court moment, que les zones immédiates où on les installe – et il faut tout le temps les déplacer de la cuisine au salon, si l’on veut survivre devant la télé après avoir diné. Quelle tristesse que toutes les anciennes cheminées aient été condamnées&amp;nbsp;: les conduits ont été démolis et les ouvrages en saillie démontés, sans doute lors de travaux de réfection de la toiture et d’aménagement menés par les anciens propriétaires, dans les années quatre-vingt. Un chauffagiste spécialisé dans les chaudières à bois doit passer ce soir pour estimer la faisabilité – et le coût – des travaux pour remettre la chaudière en état. Nous nous sommes en effet rendu compte qu’il n’y a pas/plus de ballon tampon, or sans une importante réserve d’eau, le système ne peut pas fonctionner normalement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À La Contrée, la connexion avec l’internet n’a pas fonctionné de la journée. Je n’ai même pas pu lire mes mails. Je rentre à L’Atelier avec une troisième étagère Ikéa, deux sacs de LPs, l’ordinateur dédié à mes petits travaux sonores, et deux gros &lt;em&gt;basstraps&lt;/em&gt; afin de commencer le traitement acoustique des zones dédiées à l’enregistrement et au mixage, qui se définissent peu à peu. L’Atelier est encore loin d’être opérationnel, en tant que studio, mais j’espère pouvoir remettre en place suffisamment de matériel pour recommencer à travailler sur la musique d’Ayou début janvier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161229-J21.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161229-J21.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161229-J21_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 21&amp;nbsp;: Vendredi 23 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;On me demande à quelle distance se trouve L’Atelier de La Contrée, et combien de temps il me faut pour me rendre de l’un à l’autre. La réponse est simple&amp;nbsp;: quinze kilomètres et dix-sept minutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La maison dans laquelle se trouve L’Atelier se trouve dans un minuscule village, au rebord d’un plateau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour se rendre à La Contrée, il faut d’abord descendre la colline et passer devant l’Église et le Château. Tout en bas de la pente, on arrive à une ligne de chemin de fer encore empruntée, au cours de l’été et certains dimanches par un petit train touristique. On franchit la voie ferrée et on gravit une autre colline, laissant sur la droite une immense motte castrale qui date du Moyen-âge. Parvenu sur un autre plateau, on continue à zigzaguer pendant quelques kilomètres, au milieu des bois et des pâturages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puis on arrive à une route départementale à deux voies, assez fréquentée à certaines heures – en particulier le matin, quand les néo-ruraux se hâtent d’aller travailler à Bordeaux, et en fin d’après-midi, lorsque les mêmes (mais dans l’autre sens) se hâtent de regagner leur lotissement&amp;nbsp;; il est patent que le néo-rural ne vit pas vraiment à la campagne mais dans des morceaux d’une banlieue reconstituée à son intention, au pourtour des vrais villages, et tout aussi évident qu’une fois posé là, il doit courir encore plus vite qu’il ne courrait en ville&amp;nbsp;! En vérité, je vous le dis, le néo-rural est à plaindre, lui qui a renoncé aux avantages de la ville sans pour autant bénéficier des attraits de nos campagnes. Cela étant, le néo-rural est source de tant de désagréments pour l’authentique rural qu’il est vraiment difficile d’éprouver pour lui de la compassion – nous faisons nos petits possibles, mais c’est bien difficile…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour en revenir à notre itinéraire, tant que l’on emprunte cette départementale, on traverse deux villages. Puis on passe au-dessus de l’autoroute qui relie Bordeaux à Angoulême, et l’on s’enfonce entre les vignes et les bois, sur une route encore plus étroite que la première – on traverse à nouveau des zones anciennement de pâturages devenues terrains à bâtir et désormais couvertes de chancres préfabriqués, uniformément entourés de haies de thuyas ou de lauriers, dotés d’un garage attenant et d’une piscine plus ou moins minuscule (parfois hors-sol), l’ensemble au milieu d’une pelouse bien tondue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On passe deux autres villages et on arrive à La Contrée. On notera que cela fait donc cinq villages sur quinze kilomètres – la région est moins désertique qu’elle n’y paraît…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi est mon itinéraire de quinze kilomètres tout juste, compteur journalier de ma Twingo faisant foi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Mais pour les dix-sept minutes, allez-vous me demander, vous nous dites que la circulation est très variable selon l’heure de la journée, alors&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est ma foi bien vrai. Mais pour moi, cela ne change rien. Car prenant cette route tous les jours ou peu s’en faut et sachant qu’il arrive aux gendarmes du coin d’aller faire un peu de chiffre avec leurs radars mobiles, je respecte scrupuleusement les limitations de vitesse&amp;nbsp;: 30 km/h aux cœurs des villages, devant les écoles ou alentours des ronds-points, 50 km/h ailleurs dans les villages, 70 km/h en traversant les lieux-dits, 90km/h lorsqu’aucune limitation n’est indiquée – cela étant, quand on traverse des bois sur des petites routes sinueuses, seuls ceux qui ont envie de se tuer ou qui se moquent de tuer les autres, roulent à 90 km/h en cisaillant les virages. En ce qui nous concerne, ma Twingo et moi, nous dépassons fort rarement les 75 km/h dans les lignes droites et les 50 km/h dans la forêt. Pour tout avouer, je crois bien que personne ne roule moins vite que moi – sauf peut-être quelques tracteurs… mais comme je connais tout le monde, et que tout le monde me connaît, quand ils m’aperçoivent dans leurs rétroviseurs, ils serrent sur leur droite et m’adressent de grands gestes du bras pour m’inviter à les doubler quand il n’y a aucun risque. Je ne perds donc jamais de temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la mesure où, comme je viens de le dire, personne ne roule moins vite que moi, je mets toujours dix-sept minutes – et pas une de plus – pour circuler, quelque soit la circulation ambiante, entre L’Atelier et La Contrée, et réciproquement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui change, selon les heures et l’affluence routière, c’est la longueur de la file des voitures qui s’accumulent derrière moi – et incidemment le degré d’énervement qu’il m’arrive d’observer dans les regards furibards que me décochent, en me doublant, les conducteurs se croyant plus malins que les autres ou s’estimant au-dessus des lois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-être sont-ils pressés de mourir&amp;nbsp;? Pas moi…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>De La Contrée à L’Atelier : Semaine 02</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/21/De-La-Contree-a-L-Atelier-2" rel="alternate" type="text/html" title="De La Contrée à L’Atelier : Semaine 02" />
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      <published>2016-12-21T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-12-21T11:15:45+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry raconte la suite de son déménagement. Les travaux avancent, tant à L’Atelier où les murs se couvrent de toile de verre… qu’à La Contrée où l’Homme des Bois poursuit ses recherches iconographiques, pour une grande et prochaine exposition internationale sur la Science-Fiction…&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-J8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-J8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161221-J8_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 8&amp;nbsp;: Samedi 10 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Hier soir, passionnante (et très longue) émission sur Bob Dylan. Sur Arte, bien sûr. Mais cela finissait bien trop tard – comme tout ce qui est intéressant sur le petit écran – et je n’ai pas tenu jusqu’à la fin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Matinée de répétition pour Anita avec son groupe de musique traditionnelle et médiévale. Ils jouent la semaine prochaine. Pendant ce temps, j’installe un bureau provisoire avant de commencer à saisir les textes écrits au jour le jour, au cours de la semaine qui vient de s’écouler. Export des photos dans la foulée. Reste à mettre tout cela en ligne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après-midi électricité (pose des néons et des dernières prises électriques) et peinture des deux radiateurs en fonte, à L’Atelier. Anita fait quasiment tout. J’aide comme je peux (peu…). J’ai le vertige dès la première marche de l’escabeau et la tête me tourne au premier spray du pistolet à peinture. Avec l’âge, je deviens un rien chochotte. Bon. Chacun son truc, on va dire…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-J9.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-J9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161221-J9_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 9&amp;nbsp;: Dimanche 11 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Passé la nuit allongé sur le divan, enveloppé dans des couvertures, à cause de l’odeur de peinture dans ma pièce. Nous avons laissé les fenêtres ouvertes pendant toute la nuit, volets fermés toutefois, et ce matin l’atmosphère y est presque respirable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Saut à La Contrée en fin de matinée pour aller chercher mon deuxième poêle à pétrole – il sera plus utile à L’Atelier. J’en ai profité pour mettre ligne les sept billets concernant ma première semaine ici, sur le blog de &lt;em&gt;Terre Profonde&lt;/em&gt; – en me demandant qui ça pourra bien intéresser&amp;nbsp;? Je les annonce également avec une série de liens sur ma page Facebook et j’envoie une version regroupée à Erwann, au Bélial, pour qu’il la mette en ligne dans le &lt;em&gt;Journal d’un Homme des Bois&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Egalement rapporté une platine CD – le lecteur CD/DVD de ma vieille unité centrale ne reconnaît aucun des CDs que j’ai essayé d’y lire. C’est une machine assemblée au tout début des années 2000, qui tourne avec un XP Pro du commerce – en la mettant sous tension, hier, j’ai vu qu’elle n’avait pas été allumée depuis 2007&amp;nbsp;! Cela étant, elle fonctionne bien, à part quelques messages fantômes récurrents – elle insiste par exemple pour que je change la cartouche magenta de l’imprimante Epson qui devait y être connectée, à l’époque&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Branché la patine CD sur la mini-chaîne pour écouter &lt;em&gt;Rubycon&lt;/em&gt; de Tangerine Dream, ce qui ne nous rajeunit pas – en même temps, ce n’est pas le but… L’album est un des premiers du groupe. Il est date de 1975. Quarante et un ans au compteur. Et si le son a sans doute un peu vieilli – on reconnaît les sons caractéristiques des synthés analogiques d’antan&amp;nbsp;: Synthe A, VCS 3, ARP 2600 – les ambiances restent tout autant évocatrices et chargées de sensations «&amp;nbsp;science-fictives&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De même que je me souviens parfaitement du premier CD que j’ai écouté – &lt;em&gt;Hotel California&lt;/em&gt; des Eagles, chez un copain – et du premier CD que j’ai acheté moi-même – les &lt;em&gt;Blues Brothers&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! – je me souviendrai de &lt;em&gt;Rubycon&lt;/em&gt; comme étant le premier CD écouté dans cette nouvelle maison.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-J10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-J10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161221-J10_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 10&amp;nbsp;: Lundi 12 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;J’ai longtemps eu ce fantasme de commencer une nouvelle vie, débarrassé de tout ce qui m’encombre&amp;nbsp;: livres, BD, disques, objets divers… Tout en étant bien conscient (j’allais écrire «&amp;nbsp;douloureusement conscient&amp;nbsp;») que c’est justement cet encombrement qui, à la fois, me rassure et m’inspire. Je pense parfois que ma vie se confond avec cet encombrement qui, dans les faits, dévore une large part de mon temps et de mon énergie&amp;nbsp;: je suis toujours en train de classer, trier, lister, réorganiser. Cela étant, je me nourris de cet encombrement&amp;nbsp;: les milliers de pages que j’ai consacrées à la science-fiction en quarante années de pratique, articles, catalogues d’exposition, essais, ouvrages de référence… n’ont été possibles que parce que j’ai réuni, au fil de ces mêmes années, ce qui a fini par constituer une documentation immense. Souvent – et de plus en plus souvent, en vieillissant, c’est-à-dire en étant confronté à cette évidence qu’il me reste de moins en moins de temps pour, au minimum, mettre en ordre mes travaux dispersés çà et là, et si possible achever ceux qui en valent la peine, car sinon à quoi aurait servi une vie passée à étudier, analyser, commenter&amp;nbsp;? Souvent, disais-je donc, je me prends à regretter ce choix, à me dire que j’aurais peut-être mieux fait de consacrer davantage de temps à mon propre travail artistique, en particulier littéraire et musical. En somme, j’aurais peut-être gagné – au moins en estime de moi-même à défaut d’une reconnaissance significative – à être plus égoïste, à me placer davantage au centre de mes préoccupations. Je ne l’ai pas fait – même si ce blog est la pure expression d’un tel positionnement, merci de bien vouloir excuser les incohérences d’un homme revenu un peu de tout. Sur le fond, me semble-t-il, la tentation égocentrique n’est pas dans ma nature profonde, intime – la tenue d’un blog où l’on parle de soi me semble davantage relever d’une forme d’exhibitionnisme, en tout cas d’une incapacité à préserver l’intime, plutôt que de l’expression d’un amour excessif de soi, serait-il doublé de la certitude que l’on possèderait quelque chose d’unique et qui aurait valeur d’enseignement&amp;nbsp;! Après toutes ces années, force est de constater qu’un défaut d’égocentrisme est en fait une infirmité lorsqu’on envisage une &quot;carrière&quot; artistique&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais revenons à nos moutons. Ce fantasme que j’évoquais au tout début de ce billet, avant de me laisser aller à cette longue digression, s’exprime ainsi&amp;nbsp;: je prends possession d’un lieu vide, je déroule à même le sol un futon avec un oreiller et une couette, dans un coin j’installe une chaîne et quelques disques, dans un autre coin c’est une pile de livres qui grimpe contre le mur en s’y appuyant. Un plateau posé sur deux tréteaux occupe le centre de cet espace, avec un ordinateur. Il n’y a rien de plus. Je prends place devant l’écran et j’écris.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;A évoquer cela, je me trouve aussitôt, par je ne sais quelle magie, transporté – en esprit – à la fin de mon adolescence ou au tout début de ma vie d’adulte, disons vers l’âge de dix-huit ans, lorsque je vivais seul dans une «&amp;nbsp;piaule&amp;nbsp;» au cinquième étage d’un immeuble sordide, dans le quartier des prostituées, près du port, à Bordeaux. L’ordinateur était absent de mon décor d’alors – j’écrivais à la main des poèmes que personne n’a jamais lus et des pièces de théâtre qui n’ont jamais été montées. Par contre, il y avait en plus une guitare et un chevalet de peintre. En somme, le nécessaire et le suffisant pour écrire, composer et peindre. A une époque où tout restait à faire, où ma vie était à inventer – où tout était possible. J’ai laissé tomber la peinture, j’ai continué la musique et l’écriture. La lecture de la page que me consacre aujourd’hui Wikipédia donnerait presque à penser que j’ai plutôt «&amp;nbsp;réussi&amp;nbsp;», au moins dans le domaine littéraire. Alors pourquoi ce sentiment que ces quarante dernières années n’ont produit, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, que du vide &amp;nbsp;? Pourquoi cette envie d’une nouvelle vie, d’un autre départ, d’une seconde chance pour tout reprendre à zéro… surtout avec le peu, sans doute, qu’il me reste à vivre&amp;nbsp;? Je crains qu’il n’y ait pas de réponse simple – et satisfaisante. Ou simplement supportable. Et c’est peut-être mieux ainsi.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-J11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-J11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161221-J11_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 11&amp;nbsp;: Mardi 13 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Encore une journée passée à La Contrée pour travailler sur la troisième (et dernière) sélection, cette fois de magazines de SF (pulps, digests et assimilés), destinée à illustrer une double thématique&amp;nbsp;: les villes du futur et les fins du mondes, ou pour le moins les grosses catas&amp;nbsp;! Il me faut trouver dans mes collections cinquante couvertures, ce qui devrait être jouable – mais risque de prendre du temps puisque je dois passer en revue le contenu de plus de deux cents boites archives. Et ensuite, il faudra tout scanner.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je dois aussi trouver un moment pour découper sur mesure des «&amp;nbsp;bouchons&amp;nbsp;» dans des chutes de BA13, afin de combler des ouvertures dans un ancien conduit d’une cheminée condamnée depuis belle lurette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté déménagement, je marque une pause car nous allons profiter du week-end et d’un jour de RTT posé par Anita pour recouvrir les murs de L’Atelier de toile de verre avant de tout peindre en blanc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec un peu de chance, je pourrai peut-être commencer à installer (les bases de) mon studio pour Noël. Et recommencer à travailler sur la musique d’Ayou aux premiers jours de la nouvelle année.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce soir Anita rentre tard, pour cause de répétition. Je retrouve mon rythme de vie des années quatre-vingt, si ce n’est que les rôles sont inversés&amp;nbsp;: c’est maman qui part swinguer avec ses potes tandis que papa reste à la maison&amp;nbsp;! Les temps changent, comme chantait le Zim’. Et ça me convient bien.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-J12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-J12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161221-J12_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 12&amp;nbsp;: Mercredi 14 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Journée «&amp;nbsp;pulps&amp;nbsp;» à La Contrée. Je continue d’éplucher ma collection à la recherche de couvertures montrant des villes du futur et je m’aperçois que le motif est beaucoup plus rare que je ne l’imaginais. Les architectures futuristes grandioses mises en œuvre, par exemple, par Frank R. Paul – architecte de formation, soit dit en passant, avant d’être engagé par Hugo Gernsback comme artiste principal pour ses magazines – consistent pour l’essentiel en dessins au trait, illustrant des nouvelles, et non en peintures de couverture. Après avoir épluché le Wonder Group (&lt;em&gt;Air Wonder Stories&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Science Wonder Stories&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Wonder Stories&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt; ainsi que leurs annuels et trimestriels) et&lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, périodes gernsbackienne et post-gernsbackienne, je passe en revue quelques pulps mineurs comme &lt;em&gt;Comet&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Cosmic Stories/SF&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Fantastic Story Magazine&lt;/em&gt;… puis enfin &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;. Au final, je repère bien quelques villes de demain, mais elles sont utilisées en général comme un simple décor à une scène d’action qui constitue l’élément principal de l’illustration. Or, il me semble que ce motif des villes futuristes dans l’Imaginaire n’a d’intérêt que si l’artiste dépeint quelque chose se démarquant radicalement de l’architecture de sa propre époque&amp;nbsp;: se contenter de faire grimper un peu plus haut (voire beaucoup plus haut&amp;nbsp;!) les gratte-ciel de Manhattan, ou multiplier leur nombre, ne génère pas une vision futuriste très originale. La ville doit être le sujet principal de la couverture et non le décor. Je poursuis donc mes recherches de villes suspendues dans le ciel (grâce à un dispositif anti-gravité) ou de villes ancrées dans l’espace, par exemple aux points de Lagrange – mais ce motif-là me semble bien plus récent dans l’imaginaire science-fictif. J’aimerais également trouver de belles cités sous dôme, sur des mondes dépourvus d’atmosphère ou dans les profondeurs océaniques. J’espère que mes recherches dans les magazines au format digest des années cinquante/soixante seront plus fructueuses.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-J13.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-J13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161221-J13_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 13&amp;nbsp;: Jeudi 15 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Longue journée de travail à l’Atelier, débutée avant que le jour ne se lève et terminée bien après que la nuit ne soit tombée. Nous avons entièrement recouvert les murs de bandes de papier de verre, afin d’en égaliser la surface et de faciliter les opérations de peinture. Les murs totalisent vingt-trois mètres linéaires, et le plafond est à environ trois mètres. Compte tenu de la présence d’une porte et de deux fenêtres, la surface traitée doit faire environ soixante mètres carrés. Je crois que nous avons bien travaillé. En tout cas, nous sommes épuisés.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161221-J14.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161221-J14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161221-J14_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 14&amp;nbsp;: Vendredi 16 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Les jours se suivent aussi dissemblables que possible. Je suis de retour à La Contrée pour y poursuivre mes recherches. La mise en ligne des précédents billets a suscité plusieurs réactions sur le sujet, publiques et privées. Ces premiers – et rapides – retours sont toujours agréables et appréciés. J’ai sélectionné aujourd’hui une douzaine de couvertures supplémentaires et je dépasse désormais les trente propositions de villes futuristes et d’événements cataclysmiques – il est amusant de constater que les illustrateurs mettent volontiers en scène la fin du monde par la destruction d’immenses et splendides mégalopoles&amp;nbsp;: par le feu dévorant d’un soleil se transformant en nova, par un formidable tsunami, par une nouvelle glaciation… ou tout simplement, si l’on peut dire, par l’intervention d’une armada extraterrestre belliqueuse. Ainsi, les deux thèmes, l’architecture de demain et la destruction de la planète – ou au moins la fin de la civilisation occidentale – sont souvent liés. Sans doute parce que la mégalopole est le symbole le plus immédiat de la supposée toute-puissance – celle-ci rimant avec arrogance – humaine. Frapper l’homme dans ses plus intrépides réalisations architecturales, c’est porter atteinte à l’expression concrète du défi permanent que lui-même, en toute inconscience, adresse à la nature, et donc à la planète elle-même. D’un point de vue bio-centriste, l’urbanisation et ses corollaires (autoroutes, voies ferrées, aéroports, centres commerciaux, parkings périphériques…) constituent d’ailleurs un problème infiniment plus préoccupant pour la «&amp;nbsp;santé&amp;nbsp;» de la planète, qu’une de ces improbables catastrophes imaginées par la science-fiction. En définitive, il y a quelque chose de presque réjouissant dans la vision de ces vagues colossales qui font de l’arrogante New York un simple jeu de quilles&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour en revenir à l’exposition, il me faut encore trouver une vingtaine d’illustrations. Je n’ai pas encore consulté mes collections de &lt;em&gt;Famous Fantastic Mysteries&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Fantastic Novels&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Planet Stories&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;. Il me reste également tous les digests ainsi que les magazines non étasuniens (britanniques, canadiens, australiens…). Je ne suis donc pas inquiet quant à la faisabilité de cette recherche. Et c’est donc sur cette note positive que s’achève la deuxième semaine de mon grand redéploiement.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>In Memoriam : Carl Sagan</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/20/In-Memoriam-Carl-Sagan" rel="alternate" type="text/html" title="In Memoriam : Carl Sagan" />
      <id>urn:md5:c68fd04777af662b9ee625b72a17ebe5</id>
      <published>2016-12-20T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-03-04T15:56:53+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec Stephen Hawking et Neil deGrasse Tyson, Carl Sagan appartient à ces chercheurs ayant œuvré avec bonheur dans le domaine de la vulgarisation scientifique. Astrophysicien, promoteur du programme SETI, initiateur du &lt;em&gt;Voyager Golden Record&lt;/em&gt;, Sagan est aussi l'auteur d'une œuvre littéraire abondante, dont &lt;strong&gt;Cosmos &lt;/strong&gt;et le roman &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt;. À l'occasion des vingt ans de son décès, survenu en décembre 1996, le blog vous propose un passage en revue de ses livres…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Carl Sagan est décédé voici tout juste vingt ans. Avec Stephen Hawking et Neil deGrasse Tyson, il appartient à ces chercheurs ayant œuvré avec bonheur dans le domaine de la vulgarisation scientifique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-1994.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-1994.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Carl Sagan en 1994&amp;nbsp;; source&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Carl_Sagan,_1994.jpg&quot;&gt;Wikipédia&lt;/a&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Né en 1934 à Brooklyn, Carl Sagan effectue ses études à l’Université de Chicago, et loin de se spécialiser dans un champ précis, s’intéresse à la fois à la biologie (son mémoire de maîtrise porte sur les origines de la vie) et à l’astrophysique. Cette dernière forme l’objet de sa thèse de doctorat, «&amp;nbsp;Physical Studies of Planets&amp;nbsp;», thèse menée sous la direction de nul autre que Gerard Kuiper – celui de la ceinture du même nom. Celui-ci, cité par Davidson, auteur d’une biographie de Sagan, dira de son ancien élève&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Some persons work best in specializing on a major program in the laboratory; others are best in liaison between sciences. Dr. Sagan belongs in the latter group.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, Carl Sagan est principalement connu pour son œuvre de vulgarisation scientifique, sa carrière n’est pourtant pas en reste, et, dans les années 60, ses contributions furent notables pour déterminer les températures régnant sur Vénus – à l’époque, une planète que certains croyaient encore recouvertes de marécages humides. Par la suite, il s’est également intéressé à la planète Mars, proposant des modèles pour expliquer les apparents changements de saison, ainsi qu’au satellite Titan et son atmosphère, pour laquelle il fut parmi les premiers à proposer l’hypothèse de composés organiques. Conseiller de la NASA, il a collaboré aux programmes &lt;em&gt;Apollo&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Mariner&lt;/em&gt;, et c’est à lui que l’on doit les plaques figurant sur les sondes &lt;em&gt;Pioneer&lt;/em&gt; 10 et 11 ainsi que le disque de sons et d’images de la Terre sur les deux sondes &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt;. La quête d’une intelligence extraterrestre a également passionné Sagan, qui compte au rang des promoteurs du fameux SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence). Enfin, il est l’un des cofondateurs de la Planetary Society, organisme non-lucratif dont la mission est de «&amp;nbsp;empower the world's citizens to advance space science and exploration.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ayant postulé pour un poste à la prestigieuse université d’Harvard, Carl Sagan s’en vit refuser la titularisation en 1968. Il n’y perdit pas forcément au change, et accepta l’offre de l’Université Cornell, la plus récentes (et moins connue) des huit prestigieuses universités de l’Ivy League, où il enseigna jusqu’à la fin de sa vie. C’est à partir de ce moment-là qu’il commença son œuvre littéraire, et au cours du quart de siècle suivant, c’est une vingtaine de livres qu’il publiera – ouvrages scientifiques, surtout de vulgarisation, ainsi qu’un unique roman. Ce billet passe modestement quelques uns de ces livres en revue.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-intelligentlifeuniverse.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-intelligentlifeuniverse.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-mars.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-mars.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;Intelligent Life in the Universe&lt;/strong&gt; (1966), coécrit avec le Russe I. S. Shklovskii et &lt;strong&gt;Mars and the Mind of Man&lt;/strong&gt; (1971), compte-rendu d’une conversation entre Ray Bradbury, Arthur C. Clarke et Carl Sagan, modérée par Walter Sullivan du &lt;em&gt;New York Times&lt;/em&gt;, menée la veille de l’arrivée de la sonde &lt;em&gt;Mariner&lt;/em&gt; 9 en orbite martienne, notre auteur a publié son premier ouvrage solo en 1973. &lt;strong&gt;Cosmic Connection – L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Appel des étoiles&lt;/strong&gt; constitue un prélude à la pensée que l’auteur va développer dans ses textes ultérieurs.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-cosmicconnection.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-cosmicconnection_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première partie se focalise sur la Terre et nous autres, humains. Sagan y raconte notamment les conséquences de la plaque posée sur la sonde &lt;em&gt;Pioneer 10&lt;/em&gt; à son initiative et dessinée par Linda Salzman Sagan, son épouse de l’époque. Une plaque à la fois message à d’éventuels extraterrestres… et message à destination de nous-mêmes, à la manière d’un «&amp;nbsp;test de Rorschach cosmique&amp;nbsp;». Le raout provoqué par cette plaque reste surprenant encore aujourd’hui&amp;nbsp;: les uns et les autres trouvèrent moyen de reprocher à Sagan bon nombre de choses (sexisme&amp;nbsp;: l’homme brandit la main, pas la femme&amp;nbsp;; pornographie&amp;nbsp;: bon sang, ils sont tout nus&amp;nbsp;!&amp;nbsp;; irresponsabilité&amp;nbsp;: il y a possibilité de retrouver la Terre à partir de certaines données, en particulier les périodes de pulsars proches). Sagan conclut en listant les intérêts de l’exploration spatiale&amp;nbsp;: des intérêts scientifiques, publics et historiques. La deuxième partie s’intéresse aux planètes Vénus et Mars&amp;nbsp;: comment a-t-on découvert que Vénus était un enfer invivable, comment Mars a été démystifiée au fil de l’exploration spatiale. À ce titre, il est étonnant de se souvenir que ce n’est qu’en 1965 que les premières images correctes de la planète rouge nous sont parvenues, avec la mission américaine &lt;em&gt;Mariner&lt;/em&gt; 4. À l’époque de rédaction de &lt;strong&gt;Cosmic Connection&lt;/strong&gt;, c’est donc encore tout frais et la toponymie martienne n’est pas encore fixée&amp;nbsp;: Valles Marineris ne porte pas encore ce nom (Sagan parle de la Grande Vallée d’effondrement de Coprates), et le fameux mont Olympe est encore Nix Olympica. La mission &lt;em&gt;Mariner &lt;/em&gt;9, à laquelle a collaboré Sagan, a d’ailleurs apporté des photos précises de ces formations géologiques. La troisième partie, plus spéculative, s’intéresse aux éventuelles civilisations extraterrestres &amp;nbsp;: Sagan récapitule notamment les moyens mis en œuvre pour détecter des signaux ET et pour en envoyer depuis la Terre. En bon sceptique, il récuse les âneries ufologiques et tout ce qui tend à trouver des petits hommes verts là où il n’y en a pas. Le livre est illustré par de nombreuses photographies et les dessins de Jon Lomberg. L’ensemble constitue une bonne introduction à la pensée de Carl Sagan.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-pioneer10.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-pioneer10.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-murmurs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-murmurs_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sagan ne s’est pas contenté d’apposer une plaque sur les sondes &lt;em&gt;Pioneer 10&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;11&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le disque qui accompagne les deux sondes &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt; est également à son initiative, et il raconte la genèse et le développement de ce projet dans &lt;strong&gt;Murmurs of Earth&lt;/strong&gt;, ouvrage collectif est paru en octobre 1979, deux ans après le lancement des deux sondes. Sagan, Francis Drake (celui de la fameuse équation), Linda Salzman Sagan (alors épouse de Sagan), Ann Druyan (future épouse de Sagan) ou Jon Lomberg y expliquent en détail la manière dont l’étincelle du Voyager Golden Record apparut, les contraintes auxquelles ils furent confrontées, tant du côté technique, avec la quantité des données qu’il était possible de graver, que de la nature des dites données. Mettre de la musique&amp;nbsp;: mais laquelle&amp;nbsp;? Quels sons&amp;nbsp;? Quelles images&amp;nbsp;? Trois chapitres détaillent et expliquent ces choix&amp;nbsp;: le peintre Jon Lomberg passe en revue les photos (également incluses dans le livre) qu’il a contribué à choisir (l’occasion de pester au passage contre le puritanisme de la Nasa)&amp;nbsp;; Ann Druyan détaille les choix sonores tandis que Timothy Ferris fait l’inventaire des morceaux musicaux. À l’instar de la plaque des sondes &lt;em&gt;Pioneer&lt;/em&gt;, le Voyager Golden Record est également un message à l’intention de nous-mêmes, humains – car il est très peu probable que la sonde rencontre quelque chose ou quelqu’un avant un bon bout de temps. Son ambition n’a d’autre but que de montrer le meilleur de l’humanité&amp;nbsp;: ainsi, pas de photos de guerre, de champignon de bombe atomique, etc. Un ouvrage surprenant, et plutôt intéressant pour qui souhaite en savoir davantage sur l’aventure de ces disques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-dragons.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-dragons_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La question de l’intelligence est récurrente dans les ouvrages de Sagan. &lt;strong&gt;Les Dragons de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Éden&lt;/strong&gt; (1977) se focalise sur celle-ci. Notre auteur commence par exposer son fameux calendrier cosmique&amp;nbsp;: il s’agit de ramener l’histoire de l’Univers à une seule année, le Big Bang a lieu la première seconde du 1er janvier&amp;nbsp;; quant à nous, nous nous trouvons le 31 décembre juste quelques instants avant minuit. Néanmoins, cet ouvrage a vieilli dans l’exposition de certaines hypothèses. Ainsi, Sagan consacre un plein chapitre à la théorie du cerveau triunique développée par Paul MacLean dans les années 70 (théorie selon laquelle le cerveau s’est construit par empilements successifs, le néocortex se superposant au «&amp;nbsp;système limbique&amp;nbsp;» et au «&amp;nbsp;cerveau reptilien&amp;nbsp;»), abandonnée depuis. La question que se pose l’auteur est de savoir comment nous autres humains ont acquis cette intelligence qui est la nôtre&amp;nbsp;: y a-t-il un seuil, un passage du Rubicon pour la masse cérébrale, au-delà duquel l’intelligence s’emballe&amp;nbsp;? En quoi la sélection naturelle a joué son rôle, en dépit des difficultés d’enfantement liées à une boîte crânienne plus grosse&amp;nbsp;? En quoi les rêves influent&amp;nbsp;? Y a-t-il des atavismes inavouables inscrits au cœur de l’humanité&amp;nbsp;: avons-nous exterminé les autres humanités&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Dragons de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Éden&lt;/strong&gt; se concentre sur les intelligences humaines et animales – en particulier celle des chimpanzés. La question des intelligences extraterrestres n’est que brièvement abordée dans le chapitre final (à quoi bon gloser sur du vide&amp;nbsp;?). Sagan émet l’hypothèse que, l’Univers étant homogène, il y a peu de chance qu’il soit impossible de communiquer des créatures intelligentes, quelles que soient leurs formes et leur sens, sur d’autres mondes telluriques. L’ensemble se conclut sur une exhorte en faveur de la connaissance, récompensée par le prestigieux prix Pulitzer en 1978.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-broca.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-broca_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La connaissance forme le point de départ de &lt;strong&gt;Broca&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s Brain: Reflections on the romance of science&lt;/strong&gt; (1979), sorte de compilation d’articles parus les années précédentes. Débutant sur des réflexions au sujet de Paul Broca, le livre aborde différentes thématiques, de manière parfois décousue. À un chapitre dédié à Albert Einstein, sa jeunesse de cancre et des réflexions sur la manière d’enseigner la science suit un autre consacré au &lt;em&gt;debunking&lt;/em&gt; de certaines croyances et arnaques&amp;nbsp;: Sagan suggère qu’il n’est nul besoin de s’enthousiasmer pour la pseudosciences alors que la science offre déjà suffisamment de merveilles.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The best antidote for pseudoscience, I firmly believe, is science.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un très long chapitre démonte point par point une hypothèse tombée depuis longtemps dans les oubliettes de l’histoire&amp;nbsp;: au début des années 50, le psychiatre Immanuel Velikosky voit des coïncidences troublantes dans les chronologies de différentes civilisations, et attribue cela au passage sur Terre, voici 3500 ans, d’une «&amp;nbsp;comète&amp;nbsp;» expulsée par Jupiter qui aurait fini par trouver sa place entre les orbites de Mercure et de notre planète – ce serait Vénus. Cette hypothèse farfelue, exposée dans l’ouvrage &lt;strong&gt;Mondes en collisions&lt;/strong&gt; (1950 pour l’édition US, mais 2004 pour la première parution française), a fait l’objet d’un certain engouement aux USA&amp;nbsp;; une certaine partie de la communauté scientifique a tenté de censurer Velikovsky&amp;nbsp;: une erreur selon Sagan, qui jugeait plus pertinent de prouver à quel point cette théorie du choc des mondes était un ramassis de bêtises. À l’heure actuelle, ce chapitre perd de sa pertinence (encore que &lt;a href=&quot;http://https/www.amazon.fr/product-reviews/2914569203/ref=cm_cr_dp_see_all_btm?ie=UTF8&amp;amp;reviewerType=all_reviews&amp;amp;showViewpoints=1&amp;amp;sortBy=recent&quot;&gt; les commentaires de &lt;strong&gt;Mondes en collision&lt;/strong&gt; sur Amazon &lt;/a&gt; fassent peur par leur enthousiasme). Plus intéressante à lire est l’opinion de Sagan sur la science-fiction&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I find that science fiction has led me to science. I find science more subtle, more intricate and more awesome that much of science fiction.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Si notre auteur a apprécié Edgar Rice Burroughs et Stanley Weinbaum dans sa jeunesse, le Robert A. Heinlein d’&lt;strong&gt;Une porte sur l&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’été&lt;/strong&gt;, l’Alfred Bester de &lt;strong&gt;Terminus les &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étoiles&lt;/strong&gt;, le Frank Herbert de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, le Theodore Sturgeon de la novella «&amp;nbsp;To Here and the Easel&amp;nbsp;» ou le Walter M. Miller d’&lt;strong&gt;Un Cantique pour Leibowitz&lt;/strong&gt; trouvent grâce à ses yeux. Des idées, une narration qui emporte le lecteur… Sagan reconnaît à la SF la capacité de rendre abordable des concepts scientifiques potentiellement ardus&amp;nbsp;; dommage que, parfois, la suspension d’incrédulité s’effondre à cause d’invraisemblances trop fortes. Mais il conclut sur ces mots&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;I think it is no exaggeration to say that if we survive, science fiction will have made a vital contribution to the continuation and evolution of our civilization.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Broca&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’s Brain&lt;/strong&gt; se poursuit avec des chapitres dédiés à l’astronomie – l’occasion de passer en revue des sujets aussi divers que la toponymie des planètes (l’on apprend comment Uranus a failli s’appeler George…), l’âge d’or des sociétés astronomiques américaines au XIXe siècles, Titan ou la possibilité de vie dans le Système solaire –, des réflexions sur Robert Goddard, la robotique, la quête d’une intelligence extraterrestre, ou la manière dont notre naissance (i.e. la sortie de l’utérus) influence notre perception de la naissance de l’Univers. Certains chapitres ont un petit goût de réchauffé, mais l’ensemble, quoique décousu et parfois daté, reste intéressant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-demonhauntedworld.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-demonhauntedworld.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus pertinent, et d’une actualité malheureusement pas encore démentie en cette époque de &lt;em&gt;fake news&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Demon-Haunted World: Science as a Candle in the Dark&lt;/strong&gt;. Paru en 1995, cet épais ouvrage s’emploie à prouver l’utilité de la méthode scientifique, et à tout le moins d’un esprit critique dans le domaine des sciences.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The method of science, as stodgy and grumpy as it may seem, is far more important than the findings of science.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Science is more than a body of knowledge&amp;nbsp;; it is a way of thinking.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sagan est cependant conscient des limites&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Science is far from a perfect instrument of knowledge. It’s just the best we have. In this respect, as in many others, it’s like democracy. Science by itself cannot advocate courses of human action, but it can certainly illuminate the possibles consequences of alternative courses of action.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Partisan du scepticisme, Sagan s’attache à démonter les méthodes pseudoscientifiques, et les moyens de différencier ce qui relève des pseudosciences et ce qui relève de la science&amp;nbsp;: les preuves et la reproductibilité des expériences. Dans la foulée, notre auteur propose un «&amp;nbsp;Kit de Détection de Balivernes&amp;nbsp;», qui propose une série de questions essentielles à se poser et qui passe en revue bon nombre d’arguments fallacieux (pour une bonne part semblables à ceux listés par Schopenhauer dans son &lt;strong&gt;Art d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’avoir toujours raison&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une bonne part de l’ouvrage se consacre aux observations d’ovni et aux prétendus cas d’abductions&amp;nbsp;; Sagan, qui a (aurait&amp;nbsp;?) notamment participé au projet Blue Book, montre qu’il y a, pour l’essentiel, une explication rationnelle. Les observations de petits hommes verts (ou gris) ne sont, selon lui, que la version XXe siècle des créatures du Petit Peuple des siècles passés. On remarquera d’ailleurs que, depuis la fin de la Guerre froide, les observations d’ovni se sont faites beaucoup plus rares. Si la quête d’une vie extraterrestre est un leitmotiv chez Sagan, ce dernier n’a jamais laissé son jugement s’obscurcir par l’envie de trouver une telle vie. La religion prend également quelques coups. Pour Sagan, point de dessein intelligent&amp;nbsp;: s’il est un Créateur, pourquoi avoir conçu un Univers essentiellement hostile à la vie&amp;nbsp;? De fait, une bonne part de l’Univers observable consiste en vide intergalactique, -stellaire ou -planétaire. Notre l’auteur ne récuse pas pour autant la notion de spiritualité&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Science is not incompatible with spirituality&amp;nbsp;; it is a profound source of spirituality. When we recognize our place in an immensity of light years and in the passage of ages, when we grasp the intricacy, beauty and subtlety of life, then that soaring feeling, that sense of elation and humility combined, is surely spiritual.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bref, un ouvrage plus salutaire que jamais.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les livres, c’est bien, mais encore faut-il les &lt;em&gt;lire&lt;/em&gt;. Pour atteindre le plus grand nombre, Carl Sagan l’a bien compris, il fallait passer par la télévision. Ainsi est né &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt;, à la fois série télévisée et livre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-cosmos.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-cosmos.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; revêt un attachement particulier pour moi, comme pour à peu près toute chose qu’on découvre dans son enfance. Avec son titre universel, sa structure impeccable et bon nombre d’illustrations riches en émerveillement, l’ouvrage de Carl Sagan m’a profondémment marqué. Il s’agit bien sûr ici de la transposition en livre de la série télévisée éponyme. Treize chapitres composent le livre, correspondant aux épisodes&amp;nbsp;; les titres sont d’ailleurs des invitations à la rêverie&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les rivages de l’océan cosmique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’Échine de la nuit&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Au seuil de l’infini&amp;nbsp;»… L’ouvrage est assez richement illustré&amp;nbsp;: photographies, schémas, dessins émaillent les pages et agrémentent le texte (certes, on compte aussi quelques pages plus austères… mais le but de &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; n’est pas d’être un beau-livre). L’ensemble constitue une belle somme, à la fois de vulgarisation scientifique et de réflexions humanistes sur notre passé et notre devenir. De fait, &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; n’est pas seulement braqué vers les étoiles et les galaxies&amp;nbsp;: Sagan évoque abondamment l’historie les scientifiques de l’Antiquité et de la Renaissance, les grands explorateurs… Chaque chapitre constitue un petit voyage en soi, intelligemment structuré, et intelligent tout court, dans lequel le lecteur profane trouvera (aura trouvé) tout son bonheur&amp;nbsp;; le tout est rédigé dans une langue accessible, volontiers lyrique – un brin pompeuse par endroit, mais la sincérité émanant de l’ensemble emporte le morceau. Certaines connaissances apparaissent un peu datées (et encore, assez bas), mais sont le reflet de l’état de l’art scientifique de l’époque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; se conclut par le chapitre intitulé «&amp;nbsp;Qui plaide pour la Terre&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». Au terme de son voyage à travers l’histoire de l’Univers, de l’humanité et des sciences, Carl Sagan livre un beau plaidoyer dans le but que nous, humains, tâchions de ne pas nous auto-détruire. Écrit dans les dernières années de la guerre froide, alors que les craintes d’une guerre atomique restaient de mise, ce plaidoyer conserve cependant toute son actualité dans le fond – même si, à mon sens, l’urgence climatique remplace désormais les peurs d’une annihilation nucléaire. Sagan nous incite à lutter contre la fatalité et nos instincts destructeurs – l’humanité, ça n’est pas &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; ça – et de nous tourner vers les étoiles.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La découverte du Cosmos ne date que d’hier. Pendant un million d’années, nous nous sommes contentés de penser que seule la Terre existait. Et puis, dans le dernier millième de la vie de notre espèce, à un moment situé entre Aristarque et nous-mêmes, nous avons dû convenir que nous n’étions ni le centre ni le but de l’Unibers, que nous vivions plutôt dans un petit monde fragile, perdue dans l’infinité du temps et de l’espace, emporté dans un vaste océan cosmique constellé d’une centaine de milliards de galaxies, et de milliards de milliards d’étoiles. Nous avons bravement sondé les eaux, et nous avons eu la statisfaction de voir que l’océan était à notre ressemblance, en accord avec notre nature. Quelque chose en nous reconnaît le Cosmos comme notre résidence. Nous sommes faits de cendre stellaire. Notre origine et notre évolution sont intimement liés à des événements cosmiques lointains. Explorer le Cosmos, c’est partir à la découverte de nous-même.&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
Car nous sommes l’incarnation locale d’un Cosmos qui prend conscience de lui-même. Nous commençons à nous tourner vers notre origine. Poussière d’étoiles, nous méditons sur les étoiles. Systèmes organisés de milliards de milliards de milliards d’atomes, nous étudions l’évolution des atomes qui, chez nous du moins, ont fait surgir la conscience. Notre espèce et notre planète réclame notre loyalisme. C’est à nous qu’il revient de plaider pour la Terre. Notre obligation de survivre, nous la devons seulement à nous-mêmes, mais aussi à ce vaste et ancien Cosmos dont nous sommes issus.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Doublement couronné par le prix Hugo (tant pour la série télévisée que le livre), &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; semble avoir fait globalement l’unanimité, devenant le documentaire le plus regardé de la télévision américaine. Quelques esprits chagrins y ont trouvé à redire, estimant que Sagan profitait de l’occasion pour se mettre en avant et propulser sa carrière&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-palebluedot.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-palebluedot_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt; a connu une suite indirecte, inédite en français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Pale Blue Dot&lt;/strong&gt; (1994). Ce «&amp;nbsp;point bleu pâle&amp;nbsp;», c’est bien sûr la Terre… telle que photographiée par &lt;em&gt;Voyager 2&lt;/em&gt; alors que la sonde avait terminé le gros de sa mission et entamé sa sortie du Système solaire. Se retournant, la sonde a pris une rafale de clichés rassemblant une bonne part des astres du Système solaire&amp;nbsp;: le Soleil, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, et la Terre, toute petite, à moitié dissimulée dans un rayon de soleil. C’est là l’occasion pour Sagan d’emmener son lecteur faire un tour sur les traces des deux sondes, à travers les astres&amp;nbsp;: les planètes susnommées, Titan, Mars, Vénus… L’occasion aussi de faire un plaidoyer désabusé pour la reprise de la recherche spatiale – et non pas vers la Lune, mais plutôt vers Mars. L’occasion enfin de discourir sur les différentes rétrogradations «&amp;nbsp;subies&amp;nbsp;» par les humains&amp;nbsp;: du centre de l’Univers et du pinacle de la création, les découvertes scientifiques de Galilée, Copernic, Kepler, Darwin, Einstein, ont peu à peu démoli le piédestal sur lequel nous nous croyions tenir. Pour Sagan, il ne s’agit pour autant de s’en sentir ridiculisé ou amoindri&amp;nbsp;: nous ne sommes pas grand-chose mais ce n’est pas grave.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-pbd.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/sagan-pbd.png&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’ouvrage &lt;strong&gt;Com&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ète&lt;/strong&gt;, paru à l’occasion du passage de la comète de Halley en 1986, est une collaboration entre Sagan et son épouse Ann Druyan, et constitue une somme sur les comètes – avec un parti-pris dans la droite lignée de &lt;strong&gt;Cosmos&lt;/strong&gt;, la série TV en moins. Les auteurs commencent par aborder la manière dont l’humanité a perçu les comètes selon les époques et les continents&amp;nbsp;: allez savoir pourquoi, elles ont presque toujours été synonymes de malheur, et il aura fallu bien des efforts pour se défaire de la conception aristotélicienne de ces astres. Un long chapitre est consacré à Edmund Halley, brillant scientifique touche-à-tout du XVIIe siècle, contemporain de Newton, à qui l’on doit la compréhension du mouvement et la périodicité des comètes. La première partie, historique, retrace le parcours scientifique et ses errances ayant mené à une meilleure compréhension du phénomène cométaire&amp;nbsp;; la deuxième étudie les hypothèses concernant les comètes, notamment leur implication dans l’apparition de la vie sur Terre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-comete.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-comete_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien entendu, &lt;strong&gt;Com&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ète&lt;/strong&gt; a passablement vieilli sur l’aspect scientifique&amp;nbsp;: paru en 1986 donc, l’ouvrage n’a pas pu bénéficié des résultats des cinq sondes qui ont étudié la comète de Halley à son dernier passage (&lt;em&gt;Vega 1&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Vega 2&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Giotto&lt;/em&gt;,&lt;em&gt;Sakigake&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Suisei&lt;/em&gt;), et l’état des connaissances s’est accru depuis une quinzaine d’années, avec les missions &lt;em&gt;Deep Space 1&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Deep Impact&lt;/em&gt; et surtout &lt;em&gt;Rosetta&lt;/em&gt;. Néanmoins, tout l’aspect historique conserve un intérêt intact.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sagan et Druyan ne sont pas uniquement intéressés à l’espace&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Shadows of Forgotten Ancestors&lt;/strong&gt; (1993) se penche de près sur l’histoire de l’être humain et sur la manière dont l’évolution nous a forgés.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-hiver.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-hiver_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La question de la survie de l’humanité taraude Sagan, qui s’interroge au fil de chaque ouvrage sur les tendances humaines à l’autodestruction. Centrale est la crainte du conflit nucléaire&amp;nbsp;: depuis Hiroshima, nous savons que nous avons les moyens d’éradiquer une bonne partie de la vie sur Terre, à commencer par nous-mêmes. Rien d’étonnant à ce Sagan ait consacré un ouvrage entier à l’hiver nucléaire qui ne manquerait pas de suivre une guerre où l’arme atomique serait déployée. Chute du Bloc de l’Est oblige, cet &lt;strong&gt;Hiver nucl&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éaire &lt;/strong&gt;paru en 1983 et co-écrit avec Richard Turco a pris un coup de vieux, mais il se situe dans la lignée de (télé)films parus dans cette décennie&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Jour d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’après&lt;/em&gt; de Nicholas Meyer,&lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; de Mick Jackson (dont votre serviteur parlait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/19/A-Hard-Rain-s-a-Gonna-Fall&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;) ou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/04/W-comme-When-the-wind-blows&quot;&gt;&lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Jimmy T. Murakami.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À défaut d’être aussi passionnant à lire que les autres ouvrages de Sagan, car plus aride et moins destiné au grand public, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Hiver nucléaire&lt;/strong&gt; reste un témoignage intéressant d’une époque où un conflit USA/ URSS avec annihilation mutuelle demeurait plausible. Sagan et Turco, avec quelques autres scientifiques, effrayés par ces perspectives sombres, ont entrepris d’avertir les gouvernements sur les risques majeurs causés par l’hiver nucléaire qui ne manquerait pas de succéder à une guerre atomique. Le seul souci étant ici le manque de données, faute de précédents, Sagan et Turco reconnaissent l’aspect incertain de leurs conclusions&amp;nbsp;; la meilleure analogie s’avére pour le coup les explosions volcaniques propulsant des tonnes de débris dans l’atmosphère au point de l’obscurcir suffisamment pour affecter la photosynthèse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les années suivantes, Sagan a poursuivi sa réflexion sur le sujet, avec &lt;strong&gt;The Cold and the Dark: The World after Nuclear War&lt;/strong&gt; (1984) et &lt;strong&gt;A Path Where No Man Thought: Nuclear Winter and the End of the Arms Race&lt;/strong&gt; (1990).&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;contact&quot;&gt;Si Carl Sagan a beaucoup oeuvré dans le domaine de la vulgarisation scientifique, s’il s’est avoué lecteur de SF, son incursion dans la fiction littéraire se résume à unique roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt;, paru en 1985, couronné par un prix Locus l’année suivante, le roman a également été adapté au cinémaen 1997 par Robert Zemeckis. Pas désagréable à regarder, le film louche du côté de &lt;em&gt;Rencontre du Troisi&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ème Type&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;2001&lt;/em&gt;, est porté par une Jodie Foster impeccable, mais se retrouve plombé par les bondieuseries.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;sagan-contact.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.sagan-contact_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Divisé en trois parties, le roman commence par le parcours, narré de façon elliptique, de son protagoniste, Ellie Arroway. Un personnage assez froid, régulièrement en butte avec ses confrères masculins. Pendant qu’elle gravit les échelons jusqu’à devenir directrice du projet Argus, un programme héritier du SETI chargé de sonder le ciel profond à la recherche de signaux intelligents. Alors que son ancien directeur de thèse, l’insupportable et arrogant David Drumlin, fait tout pour que le projet Argus soit fermé et que les radiotélescopes soient employés à des tâches selon plus prioritaires, un signal étrange est capté. Une émission militaire&amp;nbsp;? Un canular&amp;nbsp;? Ou autre chose&amp;nbsp;? Le signal consiste en une suite de nombres premiers&amp;nbsp;; l’émission radio est polarisée, ce qui dissimule un code qui, déchiffré, aboutit à une vidéo&amp;nbsp;: celle d’Adolf Hitler déclarant ouverts les Jeux Olympiques de Munich en 1936.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de la réception de l’émission, les scientifiques découvrent qu’ils contient un autre message… Selon toute apparence, les plans d’une machine. Pour aller où&amp;nbsp;? Dans quel but&amp;nbsp;? Et surtout, de qui ou de quoi émane ce message&amp;nbsp;? Les religieux s’inquiètent… Les uns y voient un signe de Dieu, les autres du Diable. Rien de tout cela pour Ellie, qui, au plus des processus de décision du Consortium international du message, devenant Consortium de la machine, participe à cœur perdu au déchiffrage du message et la construction de la machine… quitte à passer à côté de choses non moins importantes. L’ensemble bouleversera la Terre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt; s’avère l’illustration de ses réflexions dans ses précédents ouvrages. L’écriture est élégante, en dépit d’une traduction un brin vieillotte de William Desmond (en deux-trois occasions à côté de la plaque)&amp;nbsp;; parfois relativement distant avec le personnage d’Ellie Arroway, Sagan est volontiers elliptique dans la narration. La fin cependant, qui juxtapose le vertige et un drame d’échelle toute personnelle parvient à susciter l’émotion, très contenue jusque là. Enfin, si le roman est avare en bondieuseries (et récuse plutôt le babillage obscurantiste et religieux du personnage du paster Billy Joe Rankin), la fin propose une interprétation agnostique – un léger reniement&amp;nbsp;? certes pas hors de propos, car elle fonctionne dans le cadre du livre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au rang des défauts, on pourra maugréer sur la date d’activation de la machine&amp;nbsp;: le 31 décembre 1999, un détail à caractère eschatologique quelque peu inutile dans un texte plutôt critique envers la religion. À la date de parution du roman, l’URSS existait encore, ce qui donne un petit côté daté au roman. Sagan se permet également quelques références discrètes à ses propres réalisations&amp;nbsp;: le disque à bord des sondes &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt;, le projet SETI – pas d’autoglorification malvenue, juste une manière de rendre plus réel le projet Argus en l’inscrivant dans la continuité d’entreprises existantes. Anecdote amusante&amp;nbsp;: le projet Argus existe réellement, depuis 1996. &lt;a href=&quot;http://www.setileague.org/argus/whargus.htm&quot;&gt;Sur la page web d’Argus&lt;/a&gt;, rien n’indique toutefois la référence à &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Petit florilège de citations&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Aucune civilisation extraterrestre, nulle part&amp;nbsp;? Tous ces milliards de mondes ne seraient que des étendues désolées, nues, sans vie&amp;nbsp;? Des êtres intelligents n’existeraient donc que dans ce coin obscur d’un univers aussi invraisemblablement vaste&amp;nbsp;? Si courageusement qu’elle essayât, Ellie ne parvenait pas à prendre au sérieux une telle hypothèse. Elle s’accordait à la perfection aux prétentions comme aux terreurs des hommes, aux doctrines sans preuves sur la vie après la mort, à des pseudo-sciences comme l’astrologie. Elle était l’incarnation moderne du solipsisme géocentrique, la bonne opinion d’eux-mêmes qui avait charmé nos ancêtres, l’idée que &lt;em&gt;nous&lt;/em&gt; étions le centre de l’univers.&amp;nbsp;» Un propos résumé dans le film par cette phrase&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si nous étions seuls dans l'Univers, ce serait un beau gâchis d'espace.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On finit par penser à la Terre comme à un organisme vivant&amp;nbsp;; on se fait du souci pour elle, on veut en prendre soin, on lui souhaite de bien se porter. Les frontières politiques sont aussi invisibles que les méridiens de longitude ou que les tropiques du Cancer et du Capricorne. Les frontières sont arbitraires&amp;nbsp;; la planète est réelle.&lt;br /&gt;
Le vol spatial a donc quelque chose de subversif.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On constate qu’au bout d’un certain temps, les civilisations n’ayant que des perspectives à court terme disparaissent de la scène. Elles décident elles-mêmes de leur destin.»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt; rassemble et condense de manière romanesque les thématiques portées par Sagan au fil de ses ouvrages de vulgarisation scientifique&amp;nbsp;: l’intelligence, la communication, la place de l’homme dans l’univers, le devoir qu’a l’humanité de veiller à sa propre survie. Une lecture plaisante&amp;nbsp;; pour un premier roman, Carl Sagan s’en sort bien, et on ne peut que regretter qu’il n’ait pas continué dans cette voie.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vingt ans après le décès de Carl Sagan, qu’en reste-t-il&amp;nbsp;? Une œuvre de vulgarisation scientifique, datée par endroit, mais dont la pertinence, dans le fonds, demeure inchangée, prônant de saines valeurs de connaissance, de curiosité et d’esprit critique. Un bon bouquin de SF (et sa très correcte adaptation). Un héritage que s’est employé à réactualiser l’actuel directeur du planétarium Hayden à l'American Museum of Natural History de New York, Neil deGrasse Tyson, au travers de la série documentaire &lt;em&gt;Cosmos&amp;nbsp;: Une odyss&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée à travers l'univers&lt;/em&gt;. Un astéroïde, 2709 Sagan. Et plusieus sondes, désormais aux lisières du Système solaire, portant chacune comme une bouteille à la mer.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Z comme Zaï Zaï Zaï Zaï</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/16/Z-comme-Zai-Zai-Zai-Zai" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zaï Zaï Zaï Zaï" />
      <id>urn:md5:1e0d10bd88d72045168dc6a91932897f</id>
      <published>2016-12-16T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-12-16T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'Abécédaire se prépare à conclure son tour d'alphabet placé sous le signe du chiffre 4 avec &lt;strong&gt;Zaï Zaï Zaï Zaï&lt;/strong&gt;, bande dessinée de Fabcaro où l'oubli d'une carte de fidélité dans un supermarché conduit un pauvre dessinateur de BD à des extrémités inimaginables…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Zaï Zaï Zaï Zaï, Fabcaro. 6 pieds sous terre, coll. «&amp;nbsp;Monotrème&amp;nbsp;», 2015. Moyen format, 72 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zaï Zaï Zaï Zaï&lt;/strong&gt; est un album de BD de Fabcaro, ayant quelque peu fait parler de lui lors de sa sortie. Jamais à l’abri de parler de quelque chose de lisible, trouvable &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; inoubliable, il est venu à votre serviteur l’envie saugrenue de dire quelques mots sur cette BD en conclusion de ce tour d’alphabet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-z-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-z-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Zaï&amp;nbsp;», répété quatre fois, sans rime ni raison (à première vue). On pense à «&amp;nbsp;Banzaï&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», mais sans le «&amp;nbsp;ban&amp;nbsp;». Ou à «&amp;nbsp;aïe&amp;nbsp;», mais avec un z, parce que. Un titre a priori absurde faisant écho au scénario qui ne l’est pas moins. A priori, parce que son explication est donnée, indirectement, à la dernière page de la BD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout commence lorsqu’à la caisse d’un magasin, un jeune homme se rend compte qu’il a oublié sa carte de fidélité. Aïe. On appelle le vigile, le client se défend, argue de sa bonne foi, «&amp;nbsp;Non mais je l’ai, elle est dans un autre pantalon&amp;nbsp;», bonne foi remise en doute par le vigile, «&amp;nbsp;Mais oui, bien sûr, et comme par hasard vous avez changé de pantalon&amp;nbsp;». Le jeune homme s’empare d’un poireau&amp;nbsp;; alarmé, le vigile menace d’effectuer une roulade arrière&amp;nbsp;; le client fuit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ça n’est que le début. Par petites touches, &lt;strong&gt;Zaï Zaï Zaï Zaï&lt;/strong&gt; montre la cavale du jeune homme et les réactions des gens, des proches jusqu’aux piliers de comptoir, l’emballement des médias… le tout, sur un mode à la fois effroyablement logique et absurde – absurdement logique.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Et comme par hasard, c’est un auteur de BD.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Oui, comble du comble, le fuyard est un &lt;em&gt;auteur de bandes dessin&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ées&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: ah, ma bonne dame, vous savez comment sont ces gens-là, peut-on vraiment leur faire confiance&amp;nbsp;? Roumains, gitans, auteurs de BD, c’est un peu tous la même engeance. Et voilà que les journalistes instillent un climat de peur, que les experts discourent sur du rien en joignant les doigts, que les députés s’interrogent, que les autres auteurs de BD envisagent de monter un collectif en soutien, que les chanteurs du Top 50 s’empressent d’enregistrer un hymne fédérateur…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-z-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-z-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-z-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-z-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-z-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-z-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-z-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-z-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au travers du prisme déformant qu’est cette cavale absurde, Fabcaro pointe – pile où ça fait mal – les travers de notre société&amp;nbsp;: la stigmatisation et la discrimination sur des critères n’ayant aucune forme de pertinence, l’emballement politico-médiatique, la bien-pensance, la capacité à compatir qui trouve bien vite ses limites. Sans oublier de dénoncer la précarité croissante des auteurs de bandes dessinées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Notre fuyard n’est pour autant érigé en héros, luttant contre l’oppression du système&amp;nbsp;: un brin niaiseux, il s’interroge sur la manière dont le monde en est arrivé là sans pour autant remettre en question la société&amp;nbsp;; il continue à éprouver des remords pour l’oubli de sa carte de magasin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zaï Zaï Zaï Zaï&lt;/strong&gt; se décompose en saynettes rarement plus longues qu’une page, qui suivent le fuyard ou s’attachent à montrer d’autres points de vue, du représentant des syndicats des vigiles aux proches du héros. L’histoire est encadrée par un prologue, un épilogue, et l’équivalent d’une scène post-générique. Le dessin, minimaliste (du noir, du blanc, et des aplats ocre) voire plutôt sommaire au niveau des traits, fait parfaitement effet. La répétition joue aussi un rôle&amp;nbsp;: de nombreuses planches fonctionnent avec un ensemble de cases identiques – du moins au premier regard, car en y regardant de plus près, il s’avère qu’elles sont redessinées à chaque fois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Surtout, Fabcaro donne de la cohérence à son univers absurde&amp;nbsp;: de nombreux gags ne sont pas à usage unique mais, au contraire, reviennent sous une forme ou une autre (l’usage de légumes comme moyen de défense, tout ce qui a trait à la chanson française, qu’elle se prétende engagée ou non&amp;nbsp;; trop en dire serait gâcher le plaisir), donnant, à défaut de sens, du corps à cette société. De fait, on tend vers une dystopie en bonne et due forme, avec un aspect absurde plein d’humour qui prévient &lt;strong&gt;Zaï Zaï Zaï Zaï&lt;/strong&gt; de sombrer dans la dénonciation bête et méchante – l’écueil qui plombe souvent la plupart des dystopies.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Zaï Zaï Zaï Zaï&lt;/strong&gt; a été récompensé par le prix des Auteurs et Critiques de Bandes Dessinées et a reçu le «&amp;nbsp;Coup de Cœur&amp;nbsp;» du Prix Landerneau. Des récompenses méritées, tant cet album est d’une acuité saisissante et d’une pertinence hélas un peu trop d’actualité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dessinateur et scénariste, Fabcaro a déjà près d’une trentaine de BD à son actif. Votre serviteur l’a découvert avec cet album, mais ne compte pas s’arrêter là.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Moralité&amp;nbsp;: n’oubliez jamais votre carte de fidélité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Y comme Year of the Sex Olympics</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/14/Y-comme-Year-of-the-Sex-Olympics" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Year of the Sex Olympics" />
      <id>urn:md5:cd48c5d6e706d13d7fb7c9e7f61be705</id>
      <published>2016-12-14T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-12-14T11:19:27+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;2016, année olympique&amp;nbsp;: voilà le prétexte parfait pour nous intéresser à un téléfilm méconnu datant de 1968, &lt;strong&gt;Year of the Sex Olympics&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: une sorte de lointain ancêtre de &lt;strong&gt;Black Mirror&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Year of the Sex Olympics, Michael Elliott (1968). 105 minutes, noir et blanc.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;2016, année olympique&amp;nbsp;: voilà le prétexte parfait pour nous intéresser à un téléfilm méconnu datant de 1968, &lt;em&gt;Year of the Sex Olympics&lt;/em&gt; (et tant pis si dans ce navrant Abécédaire, sur cinq billets «&amp;nbsp;Y comme…&amp;nbsp;», trois comportent le mot «&amp;nbsp;year&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: on fait ce que l’on peut avec ce que l’on trouve avec les lettres peu courantes).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-logo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-logo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-logo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sooner than you think…&amp;nbsp;» est-il d’emblée annoncé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une Grande-Bretagne d’un avenir plus ou moins proche, les shows télévisés jouent un rôle majeur au sein d’une société divisée en deux&amp;nbsp;: d’un côté, les «&amp;nbsp;high-drives&amp;nbsp;», 2% de la population dont le job consiste à produire des spectacles télé que regardent les 98% restants, les «&amp;nbsp;low-drives&amp;nbsp;». Ces shows servent de catharsis à ces derniers afin de les expurger de toutes leurs tensions – la haine, l’amour, la guerre, mais aussi la faim et le sexe. Dans tel show, les participants se balancent de la bouffe à la figure&amp;nbsp;; dans tel autre, ils font des clowneries avec de la bouffe (le genre de truc qui ne fait plus rire passé le CE2)&amp;nbsp;; le sexe lui-même devient spectacle, sous différentes formes avec ces émissions que sont &lt;em&gt;Sportsex&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Artsex&lt;/em&gt; et ce mot d’ordre&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Sex is not to do. Sex is to watch.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Avec son collègue Lasar et la présentatrice Misch, Nat Mender travaille sous la direction du coordinateur Ugo Priest pour une émission consacrée au sexe&amp;nbsp;: des couples y copulent en direct, dans le but de participer aux Jeux Olympiques du sexe. Mais les audiences baissent, et il faut y remédier. Les audiences ont pour jauge un rassemblement d’une vingtaine d’individus, dont les réactions servent de baromètre. Or, Nat a une idée, suite à la mort en direct d’un collègue souffrant de mal-être – une mort qui a suscité les rires du public-jauge. Son idée destinée à booster les audiences s’intitule&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Live-Life Show&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec une autre collègue, Deanie, et une orpheline, Keten, Nat Mender est parachuté sur une île au large de l’Angleterre, sans autre assistance qu’un magnétophone tout juste bon à donner quelques instructions de survie. La vraie-fausse famille se retrouve vite prise au dépourvu&amp;nbsp;: comment faire du feu, où et comment trouver à manger&amp;nbsp;? Ils découvrent très rapidement qu’on leur a menti&amp;nbsp;: ils ne sont pas seuls sur cette île. Il y vit une sorte de rustre et sa femme, près à aider ces nouveaux robinsons. Mais les choses ne se passent pas très bien, et de l’autre côté de l’écran, l’ancien collègue de Nat triomphe… Hé, ça fait de l’audimat et le public-cible s’amuse.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Year of the Sex Olympics&lt;/em&gt; s’inscrit dans la série télévisée britannique &lt;em&gt;Theatre 625&lt;/em&gt; (dont le nom provient des caractéristiques du format vidéo PAL), riche de 110 épisodes (mais hélas près de la moitié sont perdus), dont il est l’avant-dernier. Au sein de cet ensemble, la science-fiction apparaît à quelques reprises sous l’influence du scénariste Nigel Kneale. Outre ce &lt;em&gt;Year&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt;, on lui doit au sein de &lt;em&gt;Theatre 625&lt;/em&gt; une adaptation de &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;The World of George Orwell: 1984&lt;/em&gt;, en 1965, réadaptation d’une précédente adaptation de 1954 par le même Kneale). Il est aussi le créateur de &lt;em&gt;Quatermass&lt;/em&gt;, à la fois une série de films et de séries TV mettant en scène le physcien Bernard Quatermass. Plutôt méconnu de nos jours (&lt;a href=&quot;http://news.bbc.co.uk/2/hi/entertainment/6107564.stm&quot;&gt;dans son hommage&lt;/a&gt; lors du décès de Kneale, le scénariste Mark Gatiss ( &lt;em&gt;Doctor Who&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Sherlock&lt;/em&gt; entre autres) suppose que la compromission de Kneale avec la SF est responsable de cet oubli.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Year of the Sex Olympics&lt;/em&gt; possède un titre bien mal choisi et plutôt racoleur&amp;nbsp;: on verra quelques couples habillés faire du frotti-frotta et c’est tout (à peine entraperçoit-on vite fait l’ombre d’un téton un peu plus loin). De fait, les Jeux Olympiques du sexe ne sont clairement pas l’enjeu du téléfilm. Celui-ci se situe dans la dénonciation du média télévisé, plus préoccupé par ses audiences que par l’éthique des spectacles proposés, quitte à décérébrer des publics qui semblent n’en demander pas moins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit d’idées au caractère précurseur, &lt;em&gt;Year of the Sex Olympics&lt;/em&gt; peine à passionner dans un premier temps, et ce n’est pas le jeu des acteurs qui emporte le morceau. De fait, il faut bien attendre la moitié du téléfilm pour que l’action débute enfin, lorsque Nat Mender propose son idée. Après une première partie relativement ennuyeuse, la seconde surprend par sa sèche brutalité et parvient davantage à tenir en haleine. Pas que les images soient violentes en elles-mêmes (les scènes dites «&amp;nbsp;graphiques&amp;nbsp;» ont lieu hors-champ), mais les idées le sont. L’habillage musical a disparu&amp;nbsp;: ne reste que le souffle omniprésent du vent. Impossible de ne pas penser à une version survivaliste du &lt;em&gt;Truman Show&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans bon nombre d’œuvres de l’époque, la vision du futur a considérablement vieillie. Les personnages portent des costumes atroces (robes aux tenues promptes à faire saigner les yeux, heureusement que c’est en noir et blanc), s’alimentent dans de micro-biberons, parce que, bon, &lt;em&gt;c&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’est le futur&lt;/em&gt;. Ça, c’est la partie kitsch, et heureusement &lt;em&gt;Year&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; ne consiste pas que en cela. Plus intéressante est bien sûr la partie visionnaire&amp;nbsp;: la téléréalité et son essor&amp;nbsp;; les gens de ce futur usant d’une langue amoindrie (il n’y a plus de mot pour «&amp;nbsp;tuer&amp;nbsp;»), sachant encore à peine lire, et tellement abrutis qu’ils préfèrent tout laisser aux mains des autres – le sexe, c’est regarder, même les échecs sont joués par une machine.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Tout est dans le titre…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les candidats aux Olympiades du sexe&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'impitoyable audience-cible&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'Autochess…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;À la régie&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;En direct du Live-Life Show&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-y-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-y-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-y-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La nature n'est pas si simple qu'envisagée…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mine de rien, &lt;em&gt;Year of the Sex Olympics&lt;/em&gt; apparaît comme un lointain précurseur d’une série telle que &lt;em&gt;Black Mirror&lt;/em&gt;. Une même économie de moyens, une même réflexion sur les tendances sociétales, avec une poignée d’éléments un brin exagérés… et une certaine acuité, en dépit des gros sabots chaussés par les scénaristes. Une curiosité désuette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=XPHqPP-SP08&quot;&gt;sur YouTube&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>De La Contrée à L’Atelier : Semaine 01</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/12/De-la-contree-a-l-atelier-1" rel="alternate" type="text/html" title="De La Contrée à L’Atelier : Semaine 01" />
      <id>urn:md5:6f4b906f07e117fca97323228c75e207</id>
      <published>2016-12-12T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-12-12T15:53:04+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161212-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry raconte son déménagement – ou plutôt ce redéploiement entre &lt;em&gt;La Contrée&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;L’Atelier&lt;/em&gt;, les choix qu’il implique, les nouveaux possibles mais aussi des renoncements. Au fil des jours va s’esquisser puis se préciser un nouveau projet de vie…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est l’histoire de BodhGaïa qui vit dans une maison un peu délabrée au fin fond de nulle part, au milieu d’un amoncellement de livres et d’instruments de musique, en compagnie d’une bande de chats. Là-bas, cela s’appelle &lt;em&gt;La Contrée&lt;/em&gt; et on commence à s’y sentir vraiment à l’étroit&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis, un beau jour, s’offre la possibilité d’investir une grande pièce de plus de trente mètres carrés, dans une autre maison, à une quinzaine de kilomètres. Elle est en cours de rénovation et les travaux sont loin d’être terminés. Mais elle a déjà beaucoup de charme, cette maison, face à un château qui a des allures de commanderie templière, à côté d’une église également du treizième siècle, adossée à un petit bois touffu, avec un parc collé contre le vieux cimetière… c’est un lieu tout aussi magique que &lt;em&gt;La Contrée&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;BodhGaïa va continuer de mener ses petites activités littéraires à &lt;em&gt;La Contrée&lt;/em&gt; mais ses petites activités musicales vont être transférées dans ce nouveau lieu qu’il baptise &lt;em&gt;L’Atelier&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce blog raconte ce déménagement – ou plutôt ce redéploiement entre &lt;em&gt;La Contrée&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;L’Atelier&lt;/em&gt;, les choix qu’il implique, les nouveaux possibles mais aussi des renoncements. Au fil des jours, va s’esquisser puis se préciser un nouveau projet de vie…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-J1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161212-J1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 1&amp;nbsp;: Samedi 3 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Premier jour de mon déménagement personnel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’apporte à L’Atelier mon lit – fabrication maison avec deux madriers, des tasseaux et une série de planchettes transversales pour la plupart amovibles, afin de faciliter le déplacement et le transport de ce qui tient lieu de sommier. Un matelas et trois couvertures. Je récupère sur place deux étagères pour l’instant inutilisées et qui vont constituer une tête de lit provisoire très convenable. Un peu de linge. Des médocs. Une ramette de papier et quelques stylos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Première nuit frileuse. La pièce dans laquelle je m’installe fait plus de trente mètres carrés, son plafond se confond avec le plancher très approximatif d’une partie du grenier, constitué de planches non jointives, simplement posées bord à bord et clouées sur des poutres irrégulières. Il n’y a évidemment aucune isolation, le grenier étant livré aux quatre vents avec ses ouvertures sans fenêtres, seulement dotées de volets plus ou moins déglingués. Et dehors, il gèle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le peu de chaleur dégagée par les radiateurs d’un antique chauffage central, construit de bric et de broc autour d’une chaudière à bois, ne fait que passer. Il fait bien plus froid que dans la Petite Maison, à La Contrée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-J2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161212-J2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 2&amp;nbsp;: Dimanche 4 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Passé la matinée à étaler des cartons sur le plancher du grenier, dans l’espoir d’un semblant d’isolation. Dans l’après-midi, nouveau aller et retour à La Contrée. Cette fois j’apporte un commencement de poste de travail&amp;nbsp;: une unité centrale avec son clavier et sa souris, une lampe de bureau, quelques câbles. Egalement pris la table de bar sur laquelle je prends mon petit déjeuner, debout, histoire de ne pas me casser le dos à peine sorti du lit. Côté musique, j’emporte un enregistreur numérique ainsi que Marylou, la plus petite de mes guitares acoustiques, tout en acajou massif. En dépit de son format « Auditorium 000&amp;nbsp;», elle a une excellente projection sonore et le son est très équilibré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il a fallu rallumer la chaudière ce matin. Elle peine vraiment au labeur et en fin de journée nous atteignons un petit 14°C dans le salon.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-J3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161212-J3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 3&amp;nbsp;: Lundi 5 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;La chaudière s’est encore éteinte au cours de la nuit et ce matin il n’y a plus la moindre braise. Nous l’avions pourtant bourré, hier au soir, de quatre ou cinq énormes bûches de chêne avant de la régler au minimum.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Journée passée à La Contrée pour travailler sur une sélection de bandes dessinées, dans le cadre d’une exposition internationale sur la Science-Fiction – dont je ne peux parler davantage pour l’instant, clause de confidentialité oblige.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au retour, j’apporte à L’Atelier un écran d’ordinateur, une mini-chaîne dont seul le tuner fonctionne encore, un système de son 5.1 pour compléter l’ordinateur. Ainsi que des draps, une petite lampe d’ambiance et le classeur des textes et partitions des chansons que j’ai écrites ces derniers mois. Le soir, nous rallumons la chaudière et parvenons à atteindre 14°C – pas mieux qu’hier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soirée M6 avec deux émissions consacrées, la première à Renaud, très touchante, la seconde à Jean-Jacques Goldman, plus convenue. Je les ai toujours aimés, comme deux grands frères. Rien n’a changé.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-J4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161212-J4_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 4&amp;nbsp;: Mardi 6 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Sans surprise, la chaudière s’est une nouvelle fois arrêtée au cours de la nuit. Petit déjeuner aux côtés du poêle à pétrole apporté la semaine dernière depuis la Contrée, en prévision de notre entrée dans les lieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Journée studieuse à La Contrée où je continue de travailler sur la sélection BD&amp;nbsp;: je dois dénicher des super-héros «&amp;nbsp;décalés&amp;nbsp;» – le qualificatif devant être compris comme «&amp;nbsp;non-américains&amp;nbsp;» et/ou «&amp;nbsp;américains mais insolites&amp;nbsp;». Je cherche dans mes archives…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas le temps de poursuivre mon déménagement et je rentre à vide à L’Atelier.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-J5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161212-J5_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 5&amp;nbsp;: Mercredi 7 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Hier soir, Anita est rentrée tard d’une répétition avec son groupe et je ne l’ai vue que ce matin. Elle me dit avoir rallumé la chaudière à son arrivée, donc beaucoup plus tard que d’habitude, et réglé la combustion au minimum dans l’espoir que le feu tienne jusqu’au matin. Cela n’a pas fonctionné. Pas la moindre braise, ce matin. Pour tout dire, je ne me suis même pas rendu compte qu’elle avait fonctionné au cours de la nuit, tant j’ai eu froid, avec des crampes douloureuses dans les mollets et à l’arrière des cuisses. Il faut que je trouve des couvertures supplémentaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Journée à La Contrée et poursuite de mes petites recherches muséographiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour à L’Atelier avec un carton de vieilles couvertures, un lampadaire, deux tréteaux, deux enceintes amplifiées de monitoring et un de leurs supports – l’autre ne rentre pas dans la voiture, bien pleine. Sans oublier une poignée de CD (les premiers Tangerine Dream) et de DVDs (la première saison de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt;, deux saisons de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;…).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-J6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161212-J6_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 6&amp;nbsp;: Jeudi 8 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Toujours ce problème de chauffage – ou plutôt d’absence de chauffage. La chaudière brûle beaucoup trop rapidement sa charge de bois, en dépit de nos essais de «&amp;nbsp;blocage&amp;nbsp;» du tirage. Ce matin encore, elle est éteinte, alors que nous l’avons remplie hier soir. Départ pour La Contrée. Il faudrait que je finalise aujourd’hui ma sélection de personnages de BD, que je scanne tout cela, et que je réalise un tableau Excel avec toutes les informations nécessaires, à l’intention des scénographes. Les recherches s’avèrent plus compliquées que je ne l’escomptais – et donc plus longues. En fin d’après-midi, ma sélection dépasse les quarante propositions, allant des premiers personnages qui posent les bases du genre, comme le français &lt;em&gt;Judex&lt;/em&gt; (1916), aux créations les plus modernes, issues de l’underground et qui renouvellent le concept même de super-héros.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En rentrant à L’Atelier, j’entends à la radio qu’une exposition se tient à Beaubourg à l’occasion du soixantième anniversaire de Gaston Lagaffe. Dommage que personne – à ma connaissance – n’ait songé à prendre prétexte du centenaire de Judex pour monter une exposition dont l’intitulé aurait pu être « 1916-2016&amp;nbsp;: un siècle de Super-Héros&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je rapporte de La Contrée un petit poste de travail informatique, le second support d’enceinte et une paire de tréteaux étroits. Je prévois de m’organiser un espace de travail samedi matin.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161212-J7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161212-J7_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Jour 7&amp;nbsp;: Vendredi 9 décembre 2016&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Réveillé par l’Angélus, comme chaque matin. Pour tout dire, nous sommes les plus proches voisins de l’Eglise qui se dresse en parallèle à la maison – les seuls voisins, en fait, à part les gens du Château, de l’autre côté. Mes fenêtres donnent sur les vitraux de l’Eglise. Il semble ne plus jamais y avoir de messe dominicale – on y enterre parfois un des derniers anciens du village, et l’été il arrive qu’on y convole en justes noces. Mais chaque jour, le duo de cloches s’en donne à cœur joie, depuis l’Angélus du matin à 8h jusqu’à la sonnerie de 22h – entre temps, nous avons droit aux heures, quarts d’heures, demies heures et moins le quart, ainsi qu’à l’Angélus du Soir, à 19h, tout aussi sonore et intarissable que celui du matin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Encore une journée passée à La Contrée à poursuivre mes recherches. Après un choix de super-héros, je dois désormais réunir une vingtaine de comics avec des couvertures illustrant la faune et la flore de mondes extraterrestres – c’est une proposition bucolique que j’ai faite au commissaire général de l’exposition et qui a été acceptée, mais charge à moi de réunir le matériel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rapporté à L’Atelier Bob, un vieux Bronco de chez Fender en compagnie de qui j’ai établi mon record de kilométrage en train, à l’époque où j’accompagnais sur scène une conteuse et où nous déplacions uniquement en train… Côté matériel de musique, j’ai également pris un de mes synthés, un Venom de chez M-Audio, un «&amp;nbsp;stand&amp;nbsp;» de clavier et quelques câbles. Complété le chargement avec des planches, des vêtements, du ravitaillement et un genre de futon en prévision des futurs travaux de «&amp;nbsp;peinturage&amp;nbsp;» qui m’obligeront à aller dormir ailleurs dans la maison.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ma première semaine de (sur)vie ici s’achève. Mais dans ma tête, je ne suis pas encore vraiment là.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme Voyage au pays de la quatrième dimension</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/09/X-comme-Voyage-au-pays-de-la-quatrieme-dimension" rel="alternate" type="text/html" title="X comme Voyage au pays de la quatrième dimension" />
      <id>urn:md5:507221dfd9ae912ed9ee8c41f319a70a</id>
      <published>2016-12-09T08:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-12-09T08:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/15/Q-comme-La-Quatrieme-Dimension&quot;&gt;quatrième dimension&lt;/a&gt;, tout est possible&amp;nbsp;: retourner un objet tridimensionnel sans coup férir, enlever un objet d’une pièce fermée à quadruple tour. Ainsi que pirater la lettre X et la remplacer par la lettre V une deuxième fois dans le présent tour d’alphabet, avec &lt;strong&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension&lt;/strong&gt; de Gaston de Pawlowski, étranges divagations tour à tour foutraques et inspirées au sujet de la 4D et des temps futurs…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension, Gaston de Pawlowski. Eugène Fasquille Éditeur, 1912. Poche, 334 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans son ouvrage &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/15/Q-comme-La-Quatrieme-Dimension&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Quatrième Dimension&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, Rudy Rucker rappelle que cette thématique multidimensionnelle était dans l’air du temps au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/17/Flatland-1&quot;&gt;&lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d’Edwin Abbott Abbott n’était qu’un épiphénomène que la postérité a conservé (à bon escient). Ce qu’en dit Rucker dans sa nouvelle &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/12/01/Message-trouve-dans-un-exemplaire-de-Terreplate&quot;&gt;« Message trouvé dans un exemplaire de Terreplate&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;La “quatrième dimension” est un concept particulièrement lié à la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. À cette époque, les mathématiciens venaient tout juste de poser les bases d’une théorie complète des espaces de dimensions supérieures&amp;nbsp;; les physiciens commençaient à travailler avec la notion d’un espace-temps en quatre dimensions&amp;nbsp;; les philosophes utilisaient cette idée pour résoudre leurs énigmes les plus anciennes. Et les médiums à travers toute l’Europe arrivaient à la conclusion que les esprits des morts n’étaient autres que des ectoplasmes quadridimensionnels.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Avec la quatrième dimension, tout est possible&amp;nbsp;: retourner un objet tridimensionnel sans coup férir, enlever un objet d’une pièce fermée à quadruple tour. Ainsi que pirater la lettre X et la remplacer par la lettre V une deuxième fois dans le présent tour d’alphabet. Après tout, si l’on regarde bien, un X n’est autre que deux V accolés, l’un à l’endroit, l’autre à l’envers. Bref, foin de justification foireuse, et place à ce texte de Gaston de Pawlowski.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Touche à tout, Gaston de Pawlowski (1874-1933) fut écrivain, satiriste, reporter sportif, et demeure surtout connu pour son ouvrage &lt;strong&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension&lt;/strong&gt;, à la fois spéculations sur cette fameuse quatrième dimension et fiction brossant une histoire du futur. On lui doit aussi &lt;strong&gt;Inventions nouvelles et dernières nouveautés&lt;/strong&gt;, un amusant catalogue d’inventions absurdes – en vérité, une compilation des meilleurs articles de ce genre écrits par Pawlowski dans différents journaux – qui annonce le savoureux &lt;strong&gt;Catalogue d’objets introuvables&lt;/strong&gt; de Carelman. &lt;strong&gt;Voyage au pays de la quatrième dimension&lt;/strong&gt; reste son œuvre la plus connue et a connu plusieurs rééditions au fil des décennies&amp;nbsp; l'une des premières (chez Fasquelle, 1923) a bénéficié des illustrations d'un certain Léonard Sarluis, qu'on peut admirer &lt;a href=&quot;http://livrenblog.blogspot.fr/2009/08/leonard-sarluis-voyage-au-pays-de-la.html&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-x-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-x-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-x-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Moi qui suis parvenu depuis quelque temps déjà au pays de la quatrième dimension, j'éprouve, au moment d'écrire mes souvenirs anticipés, une peine étrange à les traduire en langue vulgaire.&amp;nbsp;» (p. 1)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans la lignée de Charles Hinton (dont on a brièvement évoqué l’ennuyeux roman &lt;strong&gt;An Episode of Flatland&lt;/strong&gt;), Gaston de Pawlowski envisage la quatrième dimension comme un état synthétisant et dépassant les trois dimensions et le temps&amp;nbsp;; dès le chapitre V, Pawlowski annonce qu’il ne s’intéresse pas à la 4D comme un ajout aux dimensions existantes – largeur, hauteur, longueur –, qu’il ne voit pas le point de soumettre ce qu’il nommme la «&amp;nbsp;géométrie transcendentale&amp;nbsp;» à la géométrie euclidienne. Nul tesseract ici&amp;nbsp;: la 4D selon de Pawslowski permet d’embrasser la totalité&amp;nbsp;; une vue vivante et globalisante, par opposition à un monde 3D figé. Pour lui, il s’agit davantage d’une forme élevée de la conscience (cf. chapitre XVIII «&amp;nbsp;Les quatre dimensions de l’esprit&amp;nbsp;»). Dans les premiers chapitres, notre auteur cite en vrac quelques exemples de la quatrième dimension – un escalier horizontal menant à l’étage d’où on est parti, des trajets dont l’auteur effectue instantannément certaines parties, une boîte fermée qu’il n’a pas besoin d’ouvrir pour y mettre quelque chose… –, tirés de ses expériences censément personnelles&amp;nbsp;: difficile de démêler le vrai du faux, l’expérience réellement vécue de la démonstration prévue pour le livre, de savoir si c’est de Pawlowski qui s’exprime ou bien un narrateur lambda.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-x-covers.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-x-covers.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-x-covers_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce compte-rendu des expériences dimensionnelles de de Pawlowski est volontiers décousu, l’auteur «&amp;nbsp;laissant au lecteur le soin de dégager le scénario intellectuel de ces aventures romanesques&amp;nbsp;» (p. 53) Mais, au bout de quelques chapitres, le texte se met à suivre une direction plus ordonnée, et se met à brosser une histoire des temps futurs. Celle-ci commence au début du XXe siècle, avec l’apparition d’un animal gigantesque, le Léviathan (toute référence à Hobbes assumée… mais votre serviteur, avec son bagage philosophique fort limité (i.e. ses cours de terminale) s’en tiendra éloigné), auquel les humains s’assujettissent volontiers, au point d’en devenir des cellules. La société se fonde sur le déterminisme&amp;nbsp;: tout est permis&amp;nbsp;; abandon des structures anciennes dans les arts. Le matérialisme puissant du Léviathan n’incite pas aux réflexions sur la conscience, partant, la quatrième dimension.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-x-leviathan.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-x-leviathan.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-x-leviathan_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Léviathan, vu par Léonard Sarluis&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le Léviathan, lui, ignora toujours cette science intime de la quatrième dimension. Entièrement construit à l'imitation des sens, il ne connut, durant toute son existence, que les seuls renseignements matérialistes à trois dimensions fournis par les sens. Il fut le dieu voulu par l'homme à l'image de ses théories d'alors.&amp;nbsp;» (p. 113)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Une réaction idéaliste au naturalisme et au matérialisme du Léviathan finit par surgir et favorisera la mort de la gigantesque créature. Une seconde période scientifique se met en place, période régie par les Douze Savants absolus appartenant au Grand Laboratoire Central. Ces Savants absolus sont immortels, mais au bout d’un siècle, certains, lassés de vivre, ils se laissent mourir (opposition entre la quantité de vie et sa qualité). Ils mettent toutefois au point des humains spécialisés, nains macrocéphales et géants idiots (cf. &lt;strong&gt;Le Meilleur des mondes&lt;/strong&gt;). Avec l’immortalité, plus besoin de reproduction&amp;nbsp;; les femmes et les hommes finissent par se ressembler, mais les scientifiques conservent quand même un couple d’humains véritables parce que, bon, on ne sait jamais. C’est une coucherie entre le doyen des Savants et cette femme-échantillon qui amorcera la fin de cette ère, à la laquelle succèdera une nouvelle renaissance idéaliste.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;D'un côté les sens matériels lui fournissent [à l’homme] les éléments d'observation du monde à trois dimensions, de l'autre, le sens intime&amp;nbsp;: la conscience, lui donne la notion de la quatrième dimension, c'est-à-dire complète pour lui la représentation de l'univers dans ce qu'il est convenu d'appeler l'espace et le temps.&lt;br /&gt;
Basé sur ces quatre dimensions toutes matérielles, l'esprit peut alors concevoir la seule réalité véritable&amp;nbsp;: celle des idées pures dégagées de toute analyse matérielle, et le temps et l'espace ne sont plus dès lors que de vains supports inutiles dont l'idée se dégage, comme une cathédrale achevée que l'on dépouille de ses fragiles échafaudages.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-x-leviathan.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-x-leviathan.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-x-leviathan_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les homoncules, vus par Léonard Sarluis&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette renaissance aboutit à l’Âge de l’Oiseau d’Or, époque éloignée de celle de l’auteur d’environ deux mille ans. Le nom en est un symbole&amp;nbsp;: pas d’animal étrange pour le coup. Cet âge se place sous le signe de l’amour et mène le monde à ne former plus qu’une seule âme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On évoquait plus haut le caractère décousu de ce &lt;strong&gt;Voyage&lt;/strong&gt;… De fait, le roman a tout d’un catalogue d’idées et d’inventions, dont certaines préfigurent de nombreux tropes de la SF. Citons en vrac la communication avec Mars, dont les habitants répondent en français aux humains&amp;nbsp;; un procédé de rajeunissement des élites (des vieillards cacochymes retrouvant leur vingt ans sous le règne du Léviathan), ledit Léviathan dont la chute trouve ses prémices dans une révolte de singes&amp;nbsp;; l’apprentissage de la synesthésie avec le photophonium&amp;nbsp;; la lévitation universelle, qui devient un moyen de transport, au risque de provoquer quelques perturbations – des «&amp;nbsp;forces vagabondes&amp;nbsp;» donnent une conscience aux objets – qui finissent par exaspérer, après quoi, on voyage par corps astraux&amp;nbsp;: d’où l’apparition de corps de location, à disposition là où le corps astral arrive. Il y a aussi des animaux mécaniques qui deviennent vivants&amp;nbsp;; l’apparition de plantes mutantes, acquérant une forme d’intelligence… mais, se rendant compte de leur propre laideur, se laissent mourir (et peindre de beaux paysages sur les murs n’y changera rien)&amp;nbsp;; des microbes devenus géants suite à un procédé, et qu’on finit par empailler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis Gaston de Pawlowski a parfois de surprenants éclairs de clairvoyance. L’intuition que la matière, loin d’être inerte, est un puissant réservoir d’énergie (p. 126-7&amp;nbsp;: préfiguration de la fameuse équation d’Einstein). Le chapitre XXX «&amp;nbsp;Les Surhommes&amp;nbsp;» préfigure la génétique et les manipulations génétiques (obtention des surhommes par sélection génétique). L’expansion de l’Univers est suggérée au chapitre XLII (ha&amp;nbsp;!) et on y lit quelque chose qui évoquerait presque l’hypothèse des univers multiples d’Everett. Le dernier chapitre s’intitule «&amp;nbsp;Le Secret de la vie&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: un roman de Rudy Rucker porte le même titre. Faut-il y voir une coïncidence&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans oublier d’intéressantes vues sur la société&amp;nbsp;: ce n’est pas le travail qui la guide, mais la paresse et la volonté de chercher le moindre effort (p. 198-9). Certains hommes politiques devraient en prendre de la graine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus agaçantes sont les opinions de Gaston de Pawlowski sur la science, qu’il oppose aux arts, arguant que la science détruit la religion et ses naïfs symboles, puis ces religions moindres que sont les beaux-arts. Au long des pages, l’auteur se défie des scientifiques et de leur approche, selon lui, trop matérielle, trop définie des choses. Évidemment, c’est là où les choses coincent avec votre serviteur, qui n’a pas épousé une scientifique pour rien. Pour généraliste que soit le terme, la méthode scientifique a du bon et constitue normalement un garde-fou contre les pseudosciences et les approximations. De fait, de Pawlowski adopte une vision moins physique et plus mystique de la quatrième dimension. Conséquence de quoi, certains passages peuvent s’avérer surprenant pour le lecteur n’appréciant rien de tel que la rigueur des faits purs et durs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, une curiosité, tour à tour brillante dans ses spéculations et agaçantes dans son dénigrement de la science.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d'occasion ou &lt;a href=&quot;https://archive.org/details/voyageaupaysdela00pawl&quot;&gt;en ligne&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme White God</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/07/W-comme-White-God" rel="alternate" type="text/html" title="W comme White God" />
      <id>urn:md5:b3caedc6059b84a74a8fbcce50e1ba80</id>
      <published>2016-12-07T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-12-07T11:15:23+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/24/T-comme-Taxidermia&quot;&gt;&lt;em&gt;Taxidermia&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, l'on continue à s’intéresser au cinéma de genre hongrois avec &lt;strong&gt;White God&lt;/strong&gt;. Où, dans une Budapest imposant le recensement de tous les chiens et la mise à la fourrière de ceux de «&amp;nbsp;race mixte&amp;nbsp;», le meilleur ami de l'homme se rebelle contre ce dernier…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;White God [Fehér isten], Kornél Mundruczó (2014). Couleurs, 121 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ha, la joie des films étrangers non-anglophones… qui écopent d’un titre en anglais lors de leur diffusion sur les écrans français. De fait, &lt;em&gt;Feh&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ér isten&lt;/em&gt; signifie effectivement «&amp;nbsp;dieu blanc&amp;nbsp;» en magyar, et rien ne justifie vraiment son titre anglais (si ce n’est le distributeur se disant que «&amp;nbsp;Dieu blanc&amp;nbsp;», ça sonne assez moyen). Bref, après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/24/T-comme-Taxidermia&quot;&gt;&lt;em&gt;Taxidermia&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, ce navrant Abécédaire continue à s’intéresser au cinéma de genre hongrois.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-w-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-w-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-w-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;White God&lt;/em&gt; est le sixième film de Kornél Mundruczó, après notamment &lt;em&gt;Johanna&lt;/em&gt; (2005), une réinterprétation de la vie de Jeanne d’Arc en comédie musicale dans un asile psychiatrique, et &lt;em&gt;Tender Son: The Frankenstein Project&lt;/em&gt; (2010), une réinterprétation du &lt;em&gt;Frankenstein&lt;/em&gt; de Mary Shelley. Mais &lt;em&gt;White God&lt;/em&gt; ne réinvente rien du tout, et, au milieu d’une constellation de références, invente…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/kIGz2kyo26U?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les premières images du film&amp;nbsp;: une jeune adolescente circule à vélo dans une ville déserte. Personnes dans les rues. Sur un pont, une voiture stationne au milieu de la chaussée, portières ouvertes, feux allumés. Ce n’est pas la seule. Quelque chose s’est passé, mais quoi&amp;nbsp;? Au spectateur féru de cinéma post-apo viennent en tête des images entraperçues dans &lt;em&gt;28 jours plus tard&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;The Walking Dead&lt;/em&gt;. La fillette continue à pédaler dans la ville. Soudain, au détour d’une rue, voilà une meute de centaines de chiens qui déboulent, qui coursent la jeune cycliste avant de la dépasser, le tout sur fond d’une intense musique à l’orgue. (C’est fou ce qu’un orgue, au risque de la grandiloquence, vous densifie une scène.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-w-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-w-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-w-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les images suivantes nous ramène quelque temps en arrière. La mère de la jeune Lili doit s’absenter à l’étranger, et laisse sa fille aux bons soins de son ex-époux. Le père de Lili n’apprécie guère le fait que la gamine ne se sépare pas de Hagen, son chien. Cela, d’autant qu’une loi est passée, imposant le recensement des chiens et le paiement d’une taxe si l’animal en question n’est pas hongrois / de race pure. Or Hagen est un bâtard, ou plutôt un «&amp;nbsp;chien de race mixte&amp;nbsp;» comme préfère le dire sa maîtresse&amp;nbsp;; un chien pas exactement au format caniche. Le père de Lili est intraitable, il ne paiera pas la taxe&amp;nbsp;; Lili n’est pas obstinée et refuse catégoriquement que son compagnon aille dans un refuge, où il sera fatalement piqué. Hagen finit par être brutalement abandonné lors d’une dispute entre la fillette et son père. Livré à lui-même, le chien entame une odyssée dans les rues de Budapest, pourchassé par les services vétérinaires de la ville. Il finit par arriver entre les mains d’un type qui veut le transformer en chien de combat. Dans le même temps, Lili persiste à le chercher à travers la ville, au mépris du reste. Jusqu’au moment où Hagen finit par retrouver la liberté, emmenant avec lui des centaines d’autres chiens…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-w-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-w-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-w-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre, a priori énigmatique, peut s’interpréter si l’on se place du côté du chien, pour qui l’humain est potentiellement un dieu. (Et on sait bien qu’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/24/I-comme-Il-est-difficile-d-etre-un-dieu&quot;&gt;il est difficile d’en être un&lt;/a&gt;…) &lt;em&gt;White God&lt;/em&gt; a une dimension hautement métaphorique et ne s’en cache pas. Un jour, on taxe les chiens de race mixte, et le lendemain… Difficile de s’empêcher de penser à &lt;strong&gt;Matin brun&lt;/strong&gt; de Franck Pavloff, opuscule qui avait fait parler de lui en son temps&amp;nbsp;: dans ce texte bref, le gouvernement interdit d’abord la possession d’animaux non bruns, et de petites compromissions en petites compromissions, cette discrimination amenant droit au fascisme. Ici, tout lien avec la Hongrie menée d’une poigne musclée par Victor Orban ne saurait être une coïncidence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;White God&lt;/em&gt; convoque également toute un ensemble de références. L’itinéraire cahotique de Hagen, en particulier sa rencontre avec le dresseur, rappelle &lt;strong&gt;Croc-blanc&lt;/strong&gt;… aussi bien que le film &lt;em&gt;Max, le meilleur ami de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’homme&lt;/em&gt; (1993), dans lequel un chien est transformé en machine à tuer. Ce n'est là pas le passage le plus subtil du film, mais il marque. Les séquences finales pourraient rappeler, de très loin, ces films d’épouvante que sont &lt;em&gt;The Pack&lt;/em&gt; (1977) et &lt;em&gt;The Breed &lt;/em&gt; (2006) – quoique l’ambition du présent long-métrage ne se situe aucunement du côté de l’horreur, en dépit de quelques scènes volontiers sanglantes. Pas de post-apo canin non plus, en dépit de ce que laisse croire la scène introductive – même si la fin, ouverte, laisse les conséquences à l’imagination du spectateur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;White God&lt;/em&gt; n’est pas exempt de défauts mineurs&amp;nbsp;: les courses-poursuite entre chiens et humains ont, pour quelques rares passages, tendance à subir des moments de flottement ; le nombre de chiens dans les séquences finales a tendance à fluctuer (mais entre «&amp;nbsp;beaucoup&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;très beaucoup&amp;nbsp;», difficile de bien compter). Il n’empêche&amp;nbsp;: les séquences avec ces dizaines de cabots impressionnent durablement, le film délaissant alors son aspect «&amp;nbsp;caméra portée à l’épaule&amp;nbsp;» pour une succession de plans plus marquants, avec des ralentis esthétisants — en particulier celles du début. Quant à Hagen, ce ne sont pas moins de deux chiens qui l'interprètent ; le travail de dressage (je ne sais pas si c'est le terme le plus adéquat) force le respect. Heureusement, les acteurs humains ne sont pas en reste, avec la jeune Zsófia Psotta en premier lieu, crédible dans son rôle d’ado en porte-à-faux avec son père et l’école.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, une bonne surprise que ce &lt;em&gt;White God&lt;/em&gt;, récompensé à juste titre par plusieurs prix, notamment le prix Un Certain Regard décerné à Cannes en 2014.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme Le Vaisseau de pierre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/05/V-comme-Le-Vaisseau-de-pierre" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Le Vaisseau de pierre" />
      <id>urn:md5:55fe47e1ac072115d03042a4e3dd5089</id>
      <published>2016-12-05T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-12-05T11:10:09+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on tend une oreille (pas tout à fait objective) sur &lt;strong&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/strong&gt;, un album du groupe Tri Yann adaptant la bande dessinée éponyme de Christin et Bilal — l'histoire d'un village breton que menacent les appétits d'un promoteur immobilier véreux et qui trouvera une échappatoire inattendue… Mais comment adapter une BD en album&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Vaisseau de pierre, Tri Yann Yann (Phonogram, 1988). 20 [21 sur le LP] morceaux, 73 [76 sur le LP] minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le concept d’adaptation est quelque chose qui fascine votre serviteur. Comment transposer une histoire d’un média à un autre&amp;nbsp;? Qu’y gagne-t-on au change, qu’y perd-on&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certaines directions d’adaptations sont très fréquents&amp;nbsp;: du roman ou de la BD au film ou à la série&amp;nbsp;; parfois du livre au film au roman (cf. &lt;strong&gt;Max et les maximonstres&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: le livre pour la jeunesse de Maurice Sendak a été adapté au cinéma par Spike Jonze, avant d’être novélisé par Dave Eggers)&amp;nbsp;; du roman à la BD ou inversement&amp;nbsp;; du film au jeu vidéo et (souvent pour des résultats médiocres) du jeu vidéo au film. Les exemples ne manquent vraiment pas. Mais en ce domaine, la musique reste le parent pauvre. On a pu voir des romans adaptés à l’opéra (&lt;strong&gt;Carmen&lt;/strong&gt;), des opéras en films (&lt;strong&gt;Madame Butterfly&lt;/strong&gt;). Et plus rarement, des BD adaptés en musique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-v-legendes.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-v-legendes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-v-legendes_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les trois Légendes d'aujourd'hui&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, cela existe, et le premier exemple de ce genre qui me vienne en tête est l’adaptation du &lt;em&gt;Vaisseau de pierre&lt;/em&gt;, BD de Christin et Bilal, par le groupe Tri Yann. &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt; s’inscrit dans la trilogie des «&amp;nbsp;Légendes d’aujourd’hui&amp;nbsp;», où Pierre Christin (dont on a lu lire les romans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/24/Z-comme-ZAC&quot;&gt;&lt;strong&gt;ZAC&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/11/E-comme-L-Ecume-de-l-aube#lininil&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lininil a disparu&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) met en scène des recoins de la France profonde touchés chacune par un phénomène étrange, avec la présence d’un même étranger anonyme et un un discours sociétal marqué (une habitude chez le scénariste). &lt;em&gt;La Croisi&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère des oubliés&lt;/em&gt; voit un village landais, situé non loin d’un camp militaire, se «&amp;nbsp;déraciner&amp;nbsp;» et flotter au gré des vents. Dans &lt;em&gt;La Ville qui n&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’existait pas&lt;/em&gt; (un titre qui sonne fort comme du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/07/13/Les-Conquerants-de-l-impossible&quot;&gt;Philippe Ébly&lt;/a&gt;), c’est à la suite d’une grève entre les ouvriers d’une usine et la direction qu’est prise la décision d’édifier une cité idéale. Et &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt; raconte les événements mystérieux se déroulant dans un petit village breton en proie aux appétits d’un promoteur immobilier aux faux airs de Bernard Tapie – événements qui mèneront à la disparition du village. Aux crayons, un Enki Bilal encore dans sa première manière (dessins au trait, avec une colorisation glauque aux teintes terreuses) fait des merveilles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-v-illus2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-v-illus2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-v-illus2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et est-il besoin de présenter au préalable Tri Yann&amp;nbsp;? Tri Yann, ce sont les Rolling Stones de la scène bretonne&amp;nbsp;: un groupe increvable, qui tourne depuis 1970 et qui continue régulièrement de sortir des albums dont on se fiche un peu. Au sein de leur discographie (qui ne s’arrête pas aux «&amp;nbsp;Prisons de Nantes &amp;nbsp;» ni à «&amp;nbsp;La Jument de Michao&amp;nbsp;», ouf), &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt;, huitième disque du groupe, est un album sur lequel j’ai une totale absence de recul — comme pour à peu près toute chose écoutée, réécoutée au cours de l’enfance.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-v-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-v-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Près de dix ans après &lt;em&gt;Starmania&lt;/em&gt; de Michel Berger et Luc Plamondon, et dix ans avant l’arrivée des purges &lt;em&gt;Notre-Dame de Paris&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Rom&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éo et Juliette&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Mozart&lt;/em&gt;, et cetera, &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt; adopte la forme d’une comédie musicale / opéra-rock. L’album se divise en deux actes (bien séparés sur la version vinyle&amp;nbsp;: c’est un LP pour chaque&amp;nbsp;; c’est moins évident sur la version CD), à la manière des musicals classiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-v-resume.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-v-resume.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-v-resume_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un résumé, si besoin…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Musik Glaz&amp;nbsp;» (musique bleue) pose une ambiance mystérieuse&amp;nbsp;: des chœurs éthérées, quelques notes de harpe s’égrènent sur des nappes de synthés. Et on bascule soudain sur «&amp;nbsp;Digoradur (Ouverture)&amp;nbsp;», qui, au bout de dix secondes et l’arrivée de flamboyantes cornemuses, aura fait fuir tous les allergiques à la musique bretonne et aux années 80&amp;nbsp;: le morceau explore plusieurs ambiances, tour à tour traditionnelles, enlevées ou un brin (beaucoup) pompeuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après cette mise en jambe, «&amp;nbsp;L'abordage de l'Avelenn &amp;amp; Les matins de chagrin&amp;nbsp;» entreprend de raconter l’histoire et de planter le décor&amp;nbsp;: la petite ville bretonne de Tréhoët, son port, ses marins-pêcheurs qui en bavent, et le promoteur véreux qui veut transformer tout ça en lotissements de luxe. Le chanteur en fait des tonnes, avec un texte péchant par un misérabilisme qu’avait su éviter Christin&amp;nbsp;: bon, il me faut reconnaître que la première partie de la chanson est assez ratée, mais elle oblique aux deux-tiers vers une ambiance plus mélancolique, avec un uilean pipe lointain qui mène vers un nouveau texte, bien plus lyrique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il fallait une chanson de marin, «&amp;nbsp;With a Bing-tow-row-row&amp;nbsp;» est celle-là, et, dans ses couplets en français, dénonce les excès de Pégrouillot, alias le gros promoteur véreux. Absent des rééditions en disque compact, le «&amp;nbsp;Reel de Louis-Marie&amp;nbsp;» est un instrumental enlevé, où le violon et la guitare électrique se tirent la bourre&amp;nbsp;: un peu trop énergique et trop long par rapport à l’ambiance générale de l’album, et un peu hors de propos, le reel étant une ronde écossaise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire reprend son cours avec «&amp;nbsp;L'Ouverture du chantier - Sonnerezh koz - Quiemboi&amp;nbsp;», morceau tri-partite qui débute par une ambiance où la légèreté de la flûte finit par l’emporter sur l’inquiétude diffuse, mais celle-ci reprend ses droits dans la deuxième partie, où les synthés grésillants instillent le mystère. C’est que le chantier en question se situe tout près du château où vit un vieux reclus. La dernière partie, avec ses rythmes tribaux, se consacre à un ouvrier immigré qui marmonne sa complainte, mais retombe dans les travers misérabilistes évoqués plus haut.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Gavotten nevez war sujet mouilc'hi tromilio&amp;nbsp;» est censément chantée par un gendarme, qui raconte comment le Vieux l’a transformé en moineau dans son enfance. Une gavotte sympa, plombée par quelques tics typés 80s (ici des percussions synthétiques), mais pas très dansable et qui traîne en longueur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Un soir à Tréhoët&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: tout est dans le titre, non&amp;nbsp;? La chanson, d’une écoute agréable, fait avancer l’histoire&amp;nbsp;; voilà l’Étranger qui, accompagné d’une jeune femme, s’en va à la rencontre dy Vieux – un vieillard vivant reclus dans le château en ruine surplombant Tréhoët. Et l’on arrive à la partie qui me faisait frémir lorsque, jeune gamin, j’écoutais cet album. Comprenant que Tréhoët est fichu, le Vieux décide de faire appel aux Anciens, afin de ramener le château d’où il est venu. Ambiance moyenâgeuse pour «&amp;nbsp;Klemnou ha meleudi&amp;nbsp;», prière chantée dans un latin de cuisine et adressée à Dionysos et aux dieux gaulois Teutatès et Bélénos. La chanson enchaîne sur «&amp;nbsp;Cantic war sujet an anaon&amp;nbsp;», élégiaque chant des ancêtres sur un texte dérivé du Barzaz Breiz (recueils de chants populaires bretonnants du XIX siècles), qui lui-même cède la place au «&amp;nbsp;Chant des Anciens&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: de lointains grognements inhumains résonnent (et quand Bilal attribue aux Anciens une tronche tirée d’un cauchemar de Lovecraft, il y a de quoi flipper) pendant une longue minute&amp;nbsp;; c’est ensuite un hymne caracolant, qui a pris un très vilain coup de vieux (dire que c’était ma chanson préférée du disque quand j’étais petit), avec des paroles assez colorées et naïves (et que n’auraient pas reniées Marie Myriam). Et c’est dans ces excès pompiers que s’achève l’acte I.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/zn25Ri25Bqs?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’acte II débute avec la gueule de bois. Adieu l’ambiance mystérieuse de «&amp;nbsp;Musik Glaz&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Musik Gwenn&amp;nbsp;» (musique blanche) laisse cette impression des petits matins blêmes. «&amp;nbsp;Le plus dur métier&amp;nbsp;» est une complainte, à savoir qui c’est qui en bave le plus, entre l’ouvrier, le pêcheur, le goémonier, et la jument de Michao… Un poil trop misérabiliste au goût de votre serviteur. «&amp;nbsp;Les Préparatifs du déménagement&amp;nbsp;» ne reste pas non plus comme le moment le plus glorieux de l’album&amp;nbsp;: chanson au rythme enlevée, ses paroles regorgent d’allitérations maladroites et veut sonner un peu trop djeun’s – mais de l’époque.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Embarque, Jacques, ta vache, ton sac, plaque ton boxon.&lt;br /&gt;
Charge ta jeep, Jess…&lt;br /&gt;
En vrac, Max, arrache ton saxe, claque ton paxon.&lt;br /&gt;
Jette ton joug, Jess…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est assez nul, et cela me fait vraiment de la peine d’écrire cela… mais moins que d’écouter cette chanson. Passons. Suit «&amp;nbsp;Kimiad eur paour kaez den oblijet da guitad e vro&amp;nbsp;», chanson sur la nostalgie du départ aux paroles signées Gilles Servat — pas le dernier des défenseurs de la culture bretonne. «&amp;nbsp;Les Guerriers d’une nuit&amp;nbsp;» et ses cuivres clinquants tombent dans les affreux travers des années 80. Tant pis, il faut bien ça pour que l’intrigue avance et que soit raconté un casse à l’arsenal de Tréhoët, comme un prélude rock à «&amp;nbsp;Histoire du bateau blanc changé en goéland&amp;nbsp;» – jolie gwerz qui gagne en puissance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une ambiance mystérieuse et pleine de promesses flotte sur «&amp;nbsp;Kan bale ar re varo&amp;nbsp;», ambiance qui décolle vraiment lorsque les cornemuses et les guitares retentissent à l’unisson&amp;nbsp;; ce morceau-fleuve long de sept minutes entreprend d’évoquer les événements étranges formant la conclusion de la BD de Christin et Bilal&amp;nbsp;: le départ des villageois de Tréhoët à bord du fameux vaisseau de pierre. À mi-chemin, la chanson vire vers un tempérament plus héroïque (et casse-gueule), avant de revenir vers l’ambiance mystérieuse du début. Impossible d’y résister. «&amp;nbsp;Gwerz inimaginabl war disparti lestr a vaen&amp;nbsp;» continue dans une veine similaire, avec quelques adorables synthétiseurs et une bombarde précédant le bagad dans toute sa splendeur et les chœurs élégiaques, forme le finale du disque.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-v-anciens.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-v-anciens.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-v-anciens_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un des Anciens à la trogne lovecraftienne&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En guise d’épilogue, l’album propose deux chansons qui s’éloignent de la BD – là où Christin et Bilal nous transportaient sur un autre continent, Tri Yann demeure dans l’Hexagone. «&amp;nbsp;Les Lambeaux de l'enfance&amp;nbsp;», sous-titrée «&amp;nbsp;Souvenirs d’un exilé&amp;nbsp;», tire sur la fibre nostalgique et célèbre la relative insouciance de la fin des années 60. «&amp;nbsp;L’En-dro vert&amp;nbsp;» est bien plus intéressante… et plus acide, évoquant un paysage ravagé par la pollution, digne du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/05/T-comme-Le-Troupeau-aveugle&quot;&gt;&lt;strong&gt;Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de John Brunner&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les matins de tolidine, de carboline,&lt;br /&gt;
De monométhylanine, dans les prés tout gris&lt;br /&gt;
Les parfums de méthoxyle et de formyle,&lt;br /&gt;
De phényle et de propyle, dans les bois jaunis »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quand les lambeaux, pardon&amp;nbsp;: les émotions de l’enfance s’en mêlent, difficile d’avoir un avis objectif sur une œuvre. En dépit de ses défauts évidents — des arrangements souvent très datés (aïe les oreilles), une propension au misérabilisme dans les paroles (que l’on peut lire in extenso &lt;a href=&quot;http://claire.allenou.free.fr/Discographie/Albums/Vaisseau.html&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;) –, &lt;em&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/em&gt; n’a pourtant pas perdu pour moi son pouvoir d’évocation&amp;nbsp;: des mélodies prenantes qui mélangent rock et influences bretonnes/celtiques, une histoire mêlant la Bretagne et un fantastique qui se défie des clichés menhirs/korrigans/druides. Les textes ne soient &lt;em&gt;trop&lt;/em&gt; illustratifs&amp;nbsp;; ce n’est pas un musical au sens strict du terme, cet album évite ici de faire figurer des personnages et propose à la place des chansons tantôt évocatrices d’une thématique, d’un contexte ou d’une atmosphère, tantôt narratives et centrées sur un seul événement. C’est aussi une tentative, plutôt aboutie, de transposer une bande dessinée dans un média radicalement différent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: presque&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Message trouvé dans un exemplaire de Terreplate</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/12/01/Message-trouve-dans-un-exemplaire-de-Terreplate" rel="alternate" type="text/html" title="Message trouvé dans un exemplaire de Terreplate" />
      <id>urn:md5:2530bdf5a8d50b4af89bf991407e4ac6</id>
      <published>2016-12-01T08:00:00+01:00</published>
              <updated>2017-01-02T10:50:57+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Rudy Rucker</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Rucker-message-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/Rucker-message-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À la suite de l'étude sur &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/17/Flatland-1&quot;&gt;ses suites&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/18/Flatland-2&quot;&gt;ses variations&lt;/a&gt;, découvrez &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Message trouvé dans un exemplaire de &lt;em&gt;Terreplate&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.transrealbooks.com/#completestories&quot;&gt;Rudy Rucker&lt;/a&gt;, expert ès &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/15/Q-comme-La-Quatrieme-Dimension&quot;&gt;quatrième dimension&lt;/a&gt;. Où un professeur d'université, parti à Londres sur les traces d'Edwin Abbott Abbott, découvre que ce monde bidimensionnel n'est peut-être pas qu'une fantaisie mathématique…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.transrealbooks.com/#completestories&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Rudy Rucker&lt;/a&gt;, traduite par Erwann Perchoc, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/rudy-rucker/message-trouve-dans-un-exemplaire-de-terreplate&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 31 décembre 2016. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Rucker-message-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/Rucker-message-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; 
&lt;h5&gt;Le texte original se trouve en &lt;a href=&quot;http://www.rudyrucker.com/transrealbooks/completestories/#_Toc21&quot;&gt;lecture libre&lt;/a&gt; sur le site de l'auteur, où l'on peut lire &lt;a href=&quot;http://www.transrealbooks.com/#completestories&quot;&gt;l'ensemble des autres nouvelles de Rudy Rucker&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;
Pour les amateurs du genre, l'ouvrage &lt;a href=&quot;http://www.rudyrucker.com/thefourthdimension&quot;&gt;&lt;em&gt;La Quatrième Dimension&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (en anglais) est également disponible en ligne.&lt;/h5&gt;
&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Ultimate Care II</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/30/U-comme-Ultimate-Care-II" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Ultimate Care II" />
      <id>urn:md5:3cfbd956c557a3ee0e29d563325cc9a7</id>
      <published>2016-11-30T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-11-30T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au lieu de s'occuper de faire le ménage, on préfère se faire rincer les oreilles par Matmos avec leur dernier album en date, &lt;strong&gt;Ultimate Care II&lt;/strong&gt;. Quarante minutes d'un mélange entre electro et musique concrète, avec,&amp;nbsp;comme principal instrument, une machine à laver…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Ultimate Care II, Matmos (Thrill Jockey, 2016). 38 minutes, 1 morceau.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le temps est venu de faire un peu de ménage, et de dire quelques mots sur l’Ultimate Care II de Whirlpool…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The Ultimate Care™ II system gives you the flexibility to wash a wide variety of fabrics. Easy to use consoles make it simple to select the wash/spin speed combination for each and every load.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le modèle semble exister depuis au moins une quinzaine d’années, et, à en juger par ces avis postés sur &lt;a href=&quot;http://www.washing-machine-wizard.com/whirlpool-ultimate-care-ii1.html&quot;&gt;www.washing-machine-wizard.com&lt;/a&gt;, les avis semblent diverger quant à la fiabilité de l’appareil, beaucoup d’utilisateurs lui reprochant de tourner mal. Pour sa part, votre serviteur s’en fiche un peu, possédant un modèle d’une autre marque. &lt;strong&gt;Ultimate Care II&lt;/strong&gt; est également le titre du nouvel album en date de Matmos, et à en juger par les propos du groupe, le lave-linge en question leur a donné pleine satisfaction. Suffisamment pour employer cet appareil électro-ménager comme instrument principal du disque en question et lui donner son titre.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-u-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-u-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques mots sur Matmos&amp;nbsp;: ce duo de musiciens australiens, composé de M.C. Schmidt et Drew Daniel, est probablement le groupe d’electronica le plus conceptuel et le plus déjanté qui soit. Qu’on en juge à leur discographie, qui mêle l’expérimentation et la musique concrète à un humour pince-sans-rire. Et à un brin de SF probablement, leur nom provenant directement du film &lt;em&gt;Barbarella&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le matmos, c’est cette entité liquide et maléfique, vivant sous la cité de Sogo (bien que présent dans la bande dessinée de Jean-Claude Forest, il ne porte pas ce nom-là, c’est là une (belle) invention du réalisateur Roger Vadim).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-u-matmos.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-u-matmos.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Barbarella face au matmos&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-u-discog.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-u-discog.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-u-discog_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les premiers albums du duo – &lt;strong&gt;Matmos&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Quasi Objects&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;The West&lt;/strong&gt; – conjuguaient electro et musique concrète. Il faut attendre leur quatrième disque, &lt;strong&gt;A Chance To Cut Is A Chance To Cure&lt;/strong&gt;, pour voir le duo décoller&amp;nbsp;; cet album-là se basait sur des sons chirurgicaux – métaphoriquement autant que littéralement, des samples de séance d’opération étant employés –, pour un résultat aussi original que… crispant. &lt;strong&gt;The Civil War&lt;/strong&gt; inventait la folktronica, collision entre l’electronica la plus pointue et le folk&amp;nbsp;: moins crispant, mais original tout de même. &lt;strong&gt;The Rose Has Teeth in the Mouth of a Beast&lt;/strong&gt; multipliait les collaborations (Björk, Antony sans les Johnsons) pour une dizaine de morceaux centrés sur autant de personnalités LGBT, telles que Patricia Highsmith, William S. Burroughs ou Louis II de Bavière – de fait, les deux têtes chercheuses de Matmos, en couple à la ville, n’ont jamais fait mystère de leur préférence sexuelle. Deux ans plus tard, &lt;strong&gt;Supreme Balloon&lt;/strong&gt; constituait une amusante pochade en mode 8-bits, avec, en conclusion du disque, une déconnade de 25 minutes évoquant le Pink Floyd des grandes heures passé au filtre des musiques des vieux jeux vidéo. &lt;strong&gt;The Marriage of True Minds&lt;/strong&gt; avait un concept un peu plus vaseux&amp;nbsp;: grosso modo, la télépathie, et malgré quelques bons moments, l’album peinait à fonctionner en tant qu’unité et apparaissait davantage comme une succession de morceaux disparates.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois ans plus tard, voici donc &lt;strong&gt;Ultimate Care II&lt;/strong&gt;, album se basant sur la machine à laver éponyme produite par Whirlpool. Et pourquoi pas&amp;nbsp;? Au cours d’un programme de lavage, une machine à laver émet une grande variété de sons, sans compter tous ceux qu’il est possible de lui faire émettre en utilisant le tambour comme percussion (forcément), en frottant divers objets, en y faisant couler de l’eau. Etc. Et l’album s’inscrit pleinement dans la discographie du duo, qui a toujours pris soin de prouver que tout est musique ou matériel pour la musique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sûrement parce que &lt;em&gt;précisément&lt;/em&gt; la machine à laver n’est pas forcément l’objet qu’on associe le plus à la musique. On peut toutefois citer Sonic Youth, le groupe américain ayant sorti en 1995 la chanson &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=aRZIESpjvt4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Washing Machine&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; sur l’album du même nom, ou encore Kate Bush qui, sur &lt;em&gt;Aerial&lt;/em&gt; (2005), parvient à faire sonner les mots «&amp;nbsp;Washing machine&amp;nbsp;» d’une manière obscurément érotique (&lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=GZnA4jHuyzs&quot;&gt;«&amp;nbsp;Mrs. Bartolozzi&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme de juste, &lt;strong&gt;UC2&lt;/strong&gt; débute donc avec le cliquètement du bouton que l’on remonte puis le bruit liquide de l’arrivée d’eau dans la machine, et c’est parti pour près de quarante minutes de délire où l’electronica la plus abstraite côtoie la musique concrète la plus… concrète (forcément). L’édition vinyle du disque se divise en deux parties, logiquement titrées «&amp;nbsp;Wash Side&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Rinse Side&amp;nbsp;». Bref, les sons, censément &lt;em&gt;tous&lt;/em&gt; produits/émis par la machine à laver – moyennant un éventuel retravail –, mélangent entre ceux que l’on peut aisément identifier (tapotage, grincement des boutons, couinement des doigts mouillés sur le métal, battement régulier du tambour en plein cycle), et tous les autres, bien moins identifiables. De fait, dans les notes du disque, Matmos prend soin de préciser qu’aucun synthétiseur, qu’aucune boîte à rythme n’a été utilisée&amp;nbsp;: rien que la machine. L’ensemble évoque un voyage sonore du autour et dans le lave-linge.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_4hc-F1g7tk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ukqOGGJqtZM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;On remarquera le T-shirt Sonic Youth porté par Drew Daniel…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À partir de la trentième minutes, &lt;strong&gt;UC2&lt;/strong&gt; part en vrille, sous la forme d’une réjouissante jam technoïde, aussi indus que concrète, quasi hystérique par endroit. Ça tape dur, la machine à laver donne tout ce qu’elle a dans le ventre. À toutes fins utiles, faut-il néanmoins préciser que l’appareil de Schmidt et Daniel a conservé toute son intégrité à l’issue de l’enregistrement du disque&amp;nbsp;? Il court sur YouTube &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=YO9ZY5V461c&quot;&gt;une vidéo&lt;/a&gt; où l’on voit une machine à laver méthodiquement s’autodétruire après qu’on a jeté dans le tambour un aimant&amp;nbsp;; avec Autechre en fond sonore, c’est imparable (mais on y reviendra, plus tard). Enfin, de manière somme toute logique, &lt;strong&gt;UC2&lt;/strong&gt; s’achève par la sonnerie de fin de programme, laissant les oreilles de l’auditeur joyeusement essorées…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, le résultat s’avère des plus écoutables, et carrément fun (cela change des&lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=dud4D6PeHqQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;Variations pour une porte et un soupir&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Pierre Henry). Après un &lt;strong&gt;The Marriage of True Mind&lt;/strong&gt; assez décevant, &lt;strong&gt;Ultimate Care II&lt;/strong&gt; constitue une boutade pince-sans-rire, montrant un duo en bonne forme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: ça dépendra des sensibilités&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et pour qui a une quarantaine de minutes devant lui&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/YnD5aVq8Eso?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Tales of Arabian Nights</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/28/T-comme-Tales-of-Arabian-Nights" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Tales of Arabian Nights" />
      <id>urn:md5:ed680ad675ce730473373bd3f7189e35</id>
      <published>2016-11-28T15:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-11-28T15:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Parce qu'on aime bien les livres dont vous êtes le héros, on s'intéresse ici à une déclinaison particulière&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Tales of Arabian Nights&lt;/strong&gt;, un livre-jeu situé dans l'univers des Mille et une nuits qui a l'agréable particularité d'être multijoueur…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Tales of Arabian Nights, Eric Goldberg, Filosofia. Traduit de l’anglais par une équipe de bénévoles, 2015 [1985, 2009].&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les livres dont vous êtes le héros, c’est bien, mais tous ont le défaut de n’être jouables qu’en solo.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On l’a évoqué brièvement plus tôt dans un précédent billet&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor#zagor1&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Sorcier de la Montagne de feu&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; a été adapté en jeu de plateau multijoueur, tout comme sa suite, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor#zagor3&quot;&gt;&lt;strong&gt;La L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;égende de Zagor&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. L’univers de la série de livres-jeux «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;» étant suffisamment vaste, un jeu de rôle en a même été tiré&amp;nbsp;: &lt;em&gt;D&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éfis fantastiques, le jeu de rôle&lt;/em&gt;. On ne peut toutefois pas parler de LDVELH multijoueur&amp;nbsp;: le support change du tout au tout – encore que celui puisse se discuter dans le cas du jeu de rôle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1985, un game designer américain du nom d’Eric Goldberg a créé l’équivalent d’un LDVELH multi-joueur. Le jeu étant doté d’une forte dimension narrative, quoi de mieux que le situer dans l’univers des mille et une nuits – cet univers où la &lt;em&gt;narration&lt;/em&gt; est à la base de tout&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les personnages : Aladin, Sinbad, Shéhérazade…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le jeu est sorti en français en 1987, dans la collection de Gallimard «&amp;nbsp;Une aventure dont vous êtes le héros&amp;nbsp;: une aventure à partager&amp;nbsp;». Longtemps introuvable, le jeu originel a reparu dans une version augmentée en anglais, avant de bénéficier d’une traduction française, parue courant 2015.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-game1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-game1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L’édition Gallimard du jeu&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu9.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Une bien belle boîte (ici, les couleurs sont un peu passées)…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu9_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;… pour un contenu roboratif…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Tales of Arabian Nights&lt;/strong&gt;, vous êtes Aladin, Sinbad, Schéhérazade ou Zumurud (mais le choix du personnage n’a pas la moindre sorte d’importance). Votre objectif est de parcourir le monde, de faire des rencontres, et de retirer de cela destinée et histoires… De fait, le but «&amp;nbsp;prosaïque &amp;nbsp;» du jeu est d’accomplir des quêtes et de remporter points de Destin et points d’Histoire, pour un total de 20.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la différence des LDVELH, il y a un plateau… et comme les LDVELH, il y a un livre, le &lt;em&gt;Livre des contes&lt;/em&gt; – qui n’est pas un petit livret, non&amp;nbsp;: un grand format de 300 pages, pour la bagatelle de près de 2500 entrées (qu’il s’agit bien sûr de ne pas feuilleter à outrance, pour ne pas gâcher le plaisir). Il ne s’agit pas d’un labyrinthe où l’on avance de paragraphe en paragraphe, comme dans les LDVELH habituels, mais plutôt d’une table de conséquences géantes. Le jeu combine l’emploi du livre comme du plateau, et, lors du tour d’un joueur, fait participer les autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le plateau de jeu, centré sur Bagdad, représente une bonne partie du monde arabe, s’étend jusqu’à l’Europe et au Japon&amp;nbsp;; les villes sont localisées parfois de manière fort approximative, en accord avec les connaissances de l’époque. Plus l’on s’éloigne de Bagdad, plus les rencontres s’avèrent potentiellement dangereuses… ou riches.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le plateau de jeu&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le coin du joueur&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques lieux spécifiques demeurent inaccessibles a priori&amp;nbsp;: des «&amp;nbsp;lieux de pouvoir&amp;nbsp;», qui nécessitent des circonstances particulières, et rares (en atteindre un lors d’une partie est remarquable) pour y accéder. Il s’agit là de l’Atlantide, de Stonehenge, etc. Le joueur qui s’y rend marche alors sur des œufs&amp;nbsp;: il est crucial d’y manœuvrer avec la plus grande finesse, car s’aventurer dans ces lieux produit des conséquences tantôt formidables, tantôt catastrophiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le point de départ des joueurs est à Bagdad&amp;nbsp;: ce sera là aussi le point de retour pour valider les missions. De fait, au début de chaque partie, les joueurs tirent une carte mission&amp;nbsp;: celles-ci sont variées, il s’agit d’aller visiter des lieux lointains, de trouver l’amour, de fuir les hommes du vizir… Notons que ces missions, en fin de compte, n’ont pas la plus grande des importances&amp;nbsp;: le but du jeu est essentiellement d’acquérir les 20 points de Destinée et d’Histoire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La course aux points de Destinée&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Livre des contes et la Table de réaction…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Livre des contes&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lors d’un tour de jeu, la personne à gauche du joueur récupère le &lt;em&gt;Livre des contes&lt;/em&gt; tandis que celle à sa droite prend la Table de réactions. Le joueur déplace son personnage du nombre d’emplacements qui lui est permis par son niveau de richesse (plus on est pauvre et plus on est lent). Arrivé à sa destination, il tire une carte Rencontre et doit la résoudre&amp;nbsp;: la combinaison des choix du joueur face à sa rencontre et la Table des réactions l’amène à un un paragraphe en particulier du Livre de contes. L’emploi de compétences particulières peut modifier le numéro du paragraphe&amp;nbsp;; il est possible, mais peu fréquent, qu’on se balade de paragraphe en paragraphe. À l’issue de la rencontre, le joueur gagne (ou perd) points de Destin et/ou d’Histoire ainsi que des compétences, voit sa richesse changer… et se rapproche (ou non) de l’accomplissement de sa quête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les rencontres sont innombrables&amp;nbsp;: chaque déplacement est l’occasion de croiser un djinn, un éfrite, un mendiant, etc. Suivant l’attitude que le joueur adopte, parmi une sélection (se prosterner, fuir, courtiser, voler, embobiner), il fera face à des conséquences plus ou moins néfastes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Quelques rencontres typiques.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’est là que&lt;strong&gt; Tales of Arabian Nights&lt;/strong&gt; révèle toute sa brillance&amp;nbsp;: les réactions à adopter n’ont rien d’évident, car si la plupart font appel au bon sens (taper sur un vieillard n’est pas une bonne idée), de nombreuses surprises se cachent dans le lot (ce vieillard était en fait un djinn maléfique, donc bon, ça passe). Les conséquences bénéfiques ou néfastes se traduisent par des bonus ou des malus&amp;nbsp;: voilà le joueur qui développe telle ou telle compétence, le voici béni ou bien maudit, chanceux ou bien malade, voire transformé en singe ou élevé au rang de sultan. Les dits bonus et malus conditionnent ensuite la manière dont se déroulent les rencontres ultérieures, et l’on assiste ainsi à de véritables arcs narratifs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Votre serviteur, jouant un jour Aladin le voleur, a gravi les échelons de la société… avant une inexorable descente aux enfers&amp;nbsp;: maudit, estropié, transformé en singe, mon personnage a fini par mourir dans d’atroces souffrances, et son immédiat successeur, Aladdin (avec deux ‘d’ parce que c’est le numéro 2), a emprunté un chemin similaire. Dans le même temps, mes adversaires suivaient d’autres trajectoires existentielles bien plus brillantes&amp;nbsp;: Schéhérazade a vite atteint son objectif de se dégoter un époux, tandis que Sinbad, après ses voyages, connaissait une superbe ascension sociale, jusqu’à devenir sultan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, le plus important dans &lt;strong&gt;Tales of Arabian Nights&lt;/strong&gt; n’est donc pas tant la complétion des missions que le parcours. Et le joueur est invité à aller loin&amp;nbsp;; les rencontres effectuées aux alentours de Bagdad ne procurent que peu de frisson et surtout d’occasion d’amasser points ou objets magiques, il faut au contraire se rendre vers les marges du monde…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si les rencontres en tous genres forment la base du jeu, à tout le moins peut-on regretter que les rencontres entre joueurs soient rares&amp;nbsp;: c’est d’autant plus dommage que certaines malédictions ne peuvent se guérir que si un adversaire charitable passe sur votre case. Mais le jeu évite cet écueil en prenant soin d’impliquer activement les autres joueurs, non seulement dans l’aspect logistique (lecture du Livre de contes et de la Table des réactions) mais dans l’aspect ludique aussi&amp;nbsp;: par exemple, un joueur devenu fou verra ses déplacements contrôlé par les autres.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-t-jeu4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-t-jeu8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-t-jeu4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En dépit de tout le fun qu’il procure, mieux vaut ne pas jouer mille et une nuits d'affilée à ce jeu&amp;nbsp;: malgré la variété des missions, d’une partie à l’autre, les rencontres ont tendance à se répéter et se ressembler, et ce n’est pas les trois «&amp;nbsp;périodes&amp;nbsp;» (matin, jour, nuit) qui changent grandement la donne. On pourra également regretter quelques petites erreurs dans le &lt;em&gt;Livre des contes&lt;/em&gt;, notamment des soucis d’adressages de paragraphes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’empêche&amp;nbsp;: en dépit de ces quelques défauts véniels, &lt;strong&gt;Tales of Arabian Nights&lt;/strong&gt; procure de superbes heures (nocturnes, forcément) d’exquises sensations ludiques dans un Orient mythique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 25 novembre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/25/Journal-d-un-homme-des-bois-25-11-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 25 novembre 2016" />
      <id>urn:md5:f0a5a1d7e0452361b67816596c184da5</id>
      <published>2016-11-25T08:30:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-25T09:33:08+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161125-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161125-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry nous raconte son expérience avec le café…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce matin, quand j’ai voulu me faire un café, il n’est tombé dans ma tasse qu’un ridicule filet d’eau à peine teintée – et ce pendant seulement quelques secondes. Je venais de remplir le réservoir donc le problème venait d’ailleurs. J’ai eu du mal à ouvrir le compartiment dans lequel on dépose la dosette – je possède une cafetière Sanséo d’entrée de gamme, achetée il y a cinq ou six ans et qui, je dois le reconnaître, est assez sollicitée. Chaque matin, je bois un premier café en petit-déjeunant – et un second dans la foulée, que j’emporte avec moi lorsque je m’installe devant mon ordinateur, pour lire les mails de la nuit. J’en bois un troisième en fin de matinée ou après le repas du midi. J’ai décidé il y a quelque temps de me limiter à trois cafés quotidiens, ce qui représente déjà une dose de caféine importante. Financièrement, c’est un budget des plus raisonnables&amp;nbsp;: le paquet de 36 dosettes d’Arabica «&amp;nbsp;classique&amp;nbsp;» est vendu 1,80€ au Leader Price de Caviganc. À cinq centimes la dosette, cela fait quinze centimes par jour, soit 4,50€ par mois. Il y a des addictions plus coûteuses. Il y a aussi des cafés meilleurs que celui-là, mais bon…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après avoir vérifié qu’il n’y avait pas de problème au niveau de la dosette, j’ai tenté d’avoir du rab – et cette fois il n’est rien coulé du tout. Kaput. Foutu. Cassé. En panne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me suis alors souvenu que je possédais, quelque part, une cafetière à piston qui n’avait pas servi depuis cinq ou six ans, soit depuis que j’avais acquis ma Sanséo à dosettes. Avant la cafetière à piston, j’avais utilisé une cafetière électrique à filtre tout ce qu’il y a de plus banale et qui continue de servir lorsqu’il y a du monde à la maison et qu’il faut, le matin, fissa fissa, faire un litre de café d’un coup – déjà qu’il faut prendre son ticket pour les toilettes et la salle de bains, au moins que l’on puisse prendre le café sans devoir faire la queue devant la Sanséo&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hélas, je me suis également souvenu que j’avais apporté cette cafetière à filtre à la maison de Tizac, pour les jours où nous travaillons à son aménagement, et avec elle les filtres ainsi que ma dernière boîte de café moulu (Malongo, commerce équitable). En fouillant tout de même dans mes placards, je suis alors tombé sur une poche de succédané de café, un mélange d’orge, avoine, chicorée, glands… garanti sans caféine, à peine ouverte mais à la date de péremption très largement dépassée – il faut dire que c’est franchement imbuvable&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai également retrouvé, dans le tiroir où je conserve d’ordinaire mes petites boites de graines à germer, quelques doses de café en poudre, récupérées il y a une éternité je ne sais plus où… J’ai failli me résigner à me faire un jus de chaussettes avec une de ces choses (Nescafé) lorsque je me suis souvenu que, de toutes façons, je ne pouvais pas faire chauffer de l’eau sur la gazinière puisque j’étais justement tombé en panne de gaz hier soir – même que je suis allé finir la cuisson de mon riz (long et demi-complet, acheté en vrac) chez les voisins…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Conclusion&amp;nbsp;: je vais devoir aller acheter sans tarder une bouteille de gaz, des filtres à café et une boîte de café moulu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Et alors&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» allez-vous me demander. Eh bien… rien&amp;nbsp;! C’était juste pour raconter quelque chose. Bonne journée à tous&amp;nbsp;!&amp;nbsp;;o))&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 24 novembre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/24/Journal-d-un-homme-des-bois-24-11-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 24 novembre 2016" />
      <id>urn:md5:3bbe6b244a5b555f0b70566d309190df</id>
      <published>2016-11-24T11:25:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-24T12:26:11+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161124-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161124-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry fait l'inventaire de sa musicothèque et s'interroge…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce matin, j’ai pris le temps de mettre à jour le document Excel qui, sur mon disque dur, porte le nom de &lt;em&gt;Musicothèque&lt;/em&gt; – ce mot étant suivi de la date de mise à jour. La nouvelle version s’appelle donc &lt;em&gt;Musicothèque_2016.11.24&lt;/em&gt; et prend en compte deux vieux CD de Susumu Yokota achetés sur ebay, chez nos voisins teutons, et que j’ai reçus en début de semaine. À chaque mise à jour de ce document, je crée une nouvelle version et conserve quelque temps les anciennes. Avec l’informatique, forme moderne du Vaudou, on n’est jamais assez prudent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a dans cet inventaire tous les 33 tours que j’ai acquis&amp;nbsp;: depuis mon adolescence dans le Maine-et-Loire, au début des années soixante-dix, jusqu’à ces dernières années lorsqu’il m’arrivait d’aller me balader aux Puces de Bordeaux, dans les vide-greniers de la région ou dans les boutiques du style cash-converteur&amp;nbsp;; en passant par les &lt;em&gt;parking sales&lt;/em&gt; de Rhino Records à Los Angeles, écumées au cours des années quatre-vingt, en compagnie de – et surtout par – Pascal Thomas, alors enseignant à UCLA, et où l’on pouvait alors dénicher des petites merveilles pour vingt-cinq cents. Heureuse époque où tout le monde ne jurait que par la nouvelle technologie du CD (ah, les benêts&amp;nbsp;!) et bazardait les vinyles au poids&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon fichier &lt;em&gt;Musicothèque&lt;/em&gt; prend également en compte mes K7 – j’en possède qui n’ont jamais eu d’équivalents en vinyle et n’ont jamais été rééditées en CD, par exemple des autoproductions de groupes qui évoluaient dans les marges du business du disque. J’en ai aussi beaucoup qui sont des copies de vinyles pirates ou, mieux, des enregistrements pirates de concerts auxquels j’assistais, avec un mini-cassette planqué sous mon blouson et des micros passés dans mes manches, scotchés à même la peau. Sans parler des éventuelles complicités permettant de pomper le son directement sur la table de mixage. On peut l’avouer&amp;nbsp;: il y a prescription&amp;nbsp;!&amp;nbsp;:o))&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bien entendu, mes CDs figurent également dans cet inventaire – je crois d’ailleurs que leur nombre a fini par dépasser celui des vinyles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui manque dans cette liste, ce sont les 45 tours. Au départ, je ne listais dans mon inventaire que les LPs et les équivalents en CD et/ou K7, et le courage m’a manqué lorsque j’ai voulu y intégrer également les SP et les EP. J’en ai trop&amp;nbsp;! Et puis le principal intérêt de ce document est de savoir ce que j’ai et sous quelle forme physique (LP, CD, K7). Ce qui est fort utile, car il m’arrive encore d’être persuadé de posséder tel album… avant de découvrir, en le cherchant, qu’il fait visiblement partie de la catégorie «&amp;nbsp;prêté/jamais rendu&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après avoir refermé mon fichier, j’ai entrepris de faire un peu le ménage en jetant les plus anciens états antérieurs. Je n’ai gardé que ceux des douze derniers mois, non sans avoir jeté un œil sur la version 2015.11.20 soit celle datant d’il y a précisément un an et quatre jours. Et je me suis rendu compte que mon tableau &lt;em&gt;Musicothèque&lt;/em&gt;, au cours de ce laps de temps, s’était enrichi de 185 nouvelles références – ce qui fait très précisément 15 par mois&amp;nbsp;: une tous les deux jours.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sachant d’une part que lorsque je reçois – ou emprunte à une médiathèque – un nouveau CD, puisque c’est presque essentiellement à ce format que mes archives sonores s’enrichissent désormais, je le passe généralement en boucle toute la journée&amp;nbsp;; sachant d’autre part que lorsque je suis moi-même en train de travailler dans mon studio je ne peux évidemment pas écouter de la musique autre que celle sur laquelle je travaille&amp;nbsp;; on pourra légitimement se demander à quel moment j’écoute les CDs anciennement acquis – sans même évoquer les vinyles qui sont dans mes étagères, certains depuis quarante-cinq ans&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La réponse doit très probablement approcher de «&amp;nbsp;jamais&amp;nbsp;», pondérée d’une légère dose de «&amp;nbsp;en tout cas vraiment pas souvent&amp;nbsp;». D’où cette autre question&amp;nbsp;: à quoi ça sert, or donc, de posséder des milliers de disques, de cassettes et de CDs que l’on n’écoute jamais&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Franchement, je l’ignore…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si quelqu’un a une idée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>S comme Sur l'onde de choc</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/23/S-comme-Sur-l-onde-de-choc" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Sur l'onde de choc" />
      <id>urn:md5:d19abf6483c81d2630a236f7da0b2881</id>
      <published>2016-11-23T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-23T11:03:01+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;2010, le choc d'un futur qui n'a jamais été (enfin, pas vraiment). Après &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/20/O-comme-L-Orbite-dechiquetee&quot;&gt;L'Orbite déchiquetée&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/05/T-comme-Le-Troupeau-aveugle&quot;&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, John Brunner conclut avec &lt;strong&gt;Sur l'onde de choc&lt;/strong&gt; sa tétralogie prospectiviste en s'intéressant à l'impact des technologies de l'information sur les citoyens…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Sur l’onde de choc [The Shockwave Rider], John Brunner. Roman traduit de l’anglais [UK] par Guy Abadia, 1977 [1975]. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Ailleurs &amp;amp; Demain&amp;nbsp;». Grand format, 292 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt;, John Brunner mettait un point final à sa tétralogie prospective entamée avec le fameux&lt;strong&gt; Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; et poursuivie par&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/20/O-comme-L-Orbite-dechiquetee&quot;&gt;&lt;strong&gt; L’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/05/T-comme-Le-Troupeau-aveugle&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, deux romans peut-être un peu moins marquants mais pas moins pertinents. Le premier volet de cette tétralogie s’intéressait à la surpopulation (et l’ingérence politique des USA), le second à la violence urbaine et le troisième à la détérioration de l’environnement. &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt;, dont le titre fait explicitement référence à l’ouvrage &lt;strong&gt;Le Choc du futur&lt;/strong&gt; du futurologue Alvin Toffler, se penche sur la question de l’impact des nouvelles technologies – enfin, les nouvelles technologies telles qu’extrapolées à l’époque de rédaction.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«… la loi de Toffler, selon laquelle le futur arrive toujours trop vite, et dans le désordre.&amp;nbsp;» (p. 273)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bienvenue en 2010, dans une Amérique qui ne sera pas. Le réseau informatique y est l’équivalent de notre futur TES&amp;nbsp;; pour en savoir davantage sur ses concitoyens, il suffit de connaître les bons codes. L’intrigue débute avec l’arrestation de Nick Haflinger. Assez vite, il apparaît que cet individu, longtemps recherché par les forces de l’ordre, avait un don inouï pour endosser de fausses identités. Haflinger n’est pas n’importe qui&amp;nbsp;: une demi-douzaine d’années plus tôt, il s’est échappé du centre secret de Randémont, où le gouvernement étasunien menait des recherches occultes dans le but de, grosso modo, trouver le gène de la sagesse, et de former une élite à même de gouverner le pays. Un peu plus loin, dans une Californie post-Big One, on tente des expériences, notamment dans la ville nouvelle de Précipice, sorte d’utopie&amp;nbsp;; Haflinger y a été, et ce qu’il a vu lui a plu. Mais le hacker finit donc par être rattrapé. Tout espoir est-il perdu&amp;nbsp;? Le jeune homme est porté par une conviction de fer&amp;nbsp;: celle de faire tomber le système.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-s-cover-us1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-s-cover-us1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par rapport aux précédents volumes de cette tétralogie informelle, &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt; délaisse l’expérimentation – particulièrement présente dans &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;, ouvrage situé sous la forte influence de la trilogie &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;USA&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; de John Dos Passos – et laisse place à une narration plus simplement structurée&amp;nbsp;: trois grandes parties, divisées en chapitres courts alternant entre passé, présent et contextualisation ironique. L’intrigue demeure tortueuse, avec un vocabulaire farci de néologismes&amp;nbsp;; Brunner laisse le lecteur sagace s’y dépatouiller.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-s-cover-fr2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-s-cover-fr2_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le roman brasse beaucoup de thématiques dans une pagination restreinte – &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt; est probablement le volume le plus court de cette tétralogie –, allant de ce qui n’est pas encore nommé data-mining au génie génétique, de l’accès à l’espace à l’accès à l’information (ou sa dissimulation), des utopies post-post-68 à bien sûr l’informatique. Cela fait &lt;em&gt;beaucoup&lt;/em&gt;, et pas mal de points restent survolés. À la vérité, votre serviteur n’est pas certain d’avoir &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt; saisi aux détails de l’intrigue. Centrale est cependant la surveillance des citoyens, comme Brunner l’indique avec ironie&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Bien sûr qu’il fallait que chacun reçoive un numéro de code personnel&amp;nbsp;! Sinon, comment le gouvernement ferait-il pour assurer le bien-être de ses citoyens, recenser les désirs, besoins, préférences, achats, engagements et, par-dessus tout, les déplacements d’un continent entier d’individus mobiles et libres&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
(…) Ne repoussez pas l’ordinateur comme un nouveau type de fer au pied. Considérez-le rationnellement comme la plus libératrice de toutes les machines jamais inventées, comme le seul outil capable de servir les multiples exigences de l’homme.&amp;nbsp;» (p. 109)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans les précédents romans de cette tétralogie, on rencontrait à chaque fois une figure prophétique&amp;nbsp;: le truculent Chad Mulligan, dont les aphorismes cinglants émaillent &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; Xavier Conroy, le sociologue de &lt;strong&gt;L’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; Austin Train, le leader écologiste récalcitrant du &lt;strong&gt;Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;. Si tous ont une importance cruciale dans le récit, ils demeurent des personnages secondaires. Ici, c’est notre protagoniste, Nick Haflinger, qui, à sa manière, endosse ce rôle. Point de formules qui claquent avec Haflinger, mais le héros acquiert une posture proche de celle d’un Julien Assange, trente ans avant WikiLeaks – une posture somme toute messianique pour notre héros… qui fera bouger les choses, peut-être. Ce qu’en dit justement Haflinger&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;À notre époque où l’information coule à flots d’une manière sans précédent, les gens sont hantés par la conviction qu’ils sont ignorants. L’excuse classique, c’est qu’il y a littéralement trop de choses à savoir. (…) Mais ne croyez-vous qu’il existe un facteur, qui fait bien plus de ravages&amp;nbsp;? Est-ce que nous ne prenons pas chaque jour un peu plus conscience de l’existence de données auxquelles on nous refuse l’accès&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 224)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Comme tout ouvrage spéculant sur les technologies informatiques, particulièrement promptes aux changements, &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt; est tout aussi perspicace que myope. John Brunner préfigure le réseau Internet – l’Arpanet n’existait que six ans lors de la parution du livre –, les hackers, l’usurpation d’identité par le biais des ordinateurs, ainsi que les virus informatiques – ici, les «&amp;nbsp;couleuvres&amp;nbsp;». Et comme exemple de «&amp;nbsp;ah ça je l’avais pas vu venir&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: notre auteur n’anticipe pas l’informatique domestique. À sa décharger, Brunner n’est pas le seul à ne pas avoir prévu du tout l’avènement des ordinateurs domestiques et tous les gadgets dont nous disposons aujourd’hui. Néanmoins, on observe une distanciation par rapport à &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;, écrit une huitaine d’années plus tôt, où Brunner mettait en scène (quoique de manière secondaire) Shalmeneser, un super-ordinateur vaguement conscient et aux oracles duquel tout le monde était suspendu&amp;nbsp;; ici, pas d’IA surpuissantes (mais des «&amp;nbsp;coracles delphiques&amp;nbsp;», donc je n’ai guère compris l’utilité).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-s-cover-fr1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-s-cover-fr1.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-s-cover-fr3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-s-cover-fr3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour un peu, on pourrait considérer &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt; comme l’ancêtre du cyberpunk, près de dix ans avant &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Mozart en verres miroir&lt;/strong&gt; – quoiqu’il semble que Brunner s’en soit défendu. Il n’empêche&amp;nbsp;: avec son proto-réseau informatique, ses hypercorpos, son Bureau Fédéral de l’Informatique, l’avènement de la société de l’information et de la transparence, le roman de Brunner avance plusieurs pistes qui seront développées plus tard par Gibson et compagnie. Mais l’auteur de &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; ne rentre guère dans les détails, se contentant d’évoquer seulement les capacités de hacker de Halfinger sans les décrires. Faute d’ordinateurs portables, on utilise des «&amp;nbsp;viphones»&amp;nbsp;; l’entreprise Ground-To-Space bâtit des stations orbitales&amp;nbsp;; on se prépare à mettre au point des «&amp;nbsp;oliviers&amp;nbsp;» (super-aide-mémoire)&amp;nbsp;; on utilise même des « libérateurs de tension à trompe réversible&amp;nbsp;» (des godemichets mixtes, quoi).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bref, si &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; demeure impressionnant, si &lt;strong&gt;L’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; restent glaçants, en dépit de défauts mineurs (comme des intrigues un peu à la ramasse), &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt; forme une intéressante conclusion à cet ensemble de romans interrogeant l’avenir proche. Une conclusion un brin moins pessimiste… presque optimiste, même. Et quand bien même cette tétralogie prospectiviste accuse un peu ses quarante ans d'âge, son acuité sur bien des points demeure impressionnante, et rend d'autant plus incompréhensible l'oubli quasi général dans lequel semble désormais couler John Brunner.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>R comme Réalité</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/21/R-comme-Realite" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Réalité" />
      <id>urn:md5:7426e80bcb8d1d3620ce359795558d19</id>
      <published>2016-11-21T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-11-21T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette réalité vous déplaît&amp;nbsp;? Dites-vous que cela pourrait être pire, telle une crise d'eczéma mais à l'intérieur. Avec &lt;strong&gt;Réalité&lt;/strong&gt;, l'Abécédaire conclut son passage en revue de la filmographie de Quentin Dupieux, avec ce qui est probablement son opus le plus abouti.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Réalité, Quentin Dupieux (2015). 87 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt;, la réalité n’est pas ce qu’elle est. La réalité est un film, pour commencer. Et ensuite&amp;nbsp;? C’est aussi une petite fille. Bon, c’est compliqué. Récapitulons…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-r-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En Californie, de nos jours… La jeune Reality, sept ans, découvre une cassette VHS dans le sanglier qu'a abattu son père, et veut découvrir ce qu'il y a dessus. La réalité commence à se détraquer, un peu, lorsque la mère de la fillette se met à lui lire une histoire qui correspond aux événements que celle-ci vient de vivre. Mais Reality s’avère en fait le personnage d'un film produit par Bob Marshall, pour qui Jason Tantra a bossé. Maintenant, Jason est cameraman dans une émission culinaire et nourrit dans le même temps un projet de film d'horreur qu’il va à soumettre à Marshall&amp;nbsp;: une histoire où les télés se piquent d’émettre des ondes néfastes pour les cerveaux humains.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;–… mais subitement, les postes de télévision deviennent très méchants.&lt;br /&gt;
– Quels postes de télé&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– Tous…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le producteur est carrément partant, mais avant de signer le contrat, il exige de Jason que celui-ci lui trouve un gémissement de douleur parfait, celui pour lequel il veut obtenir l'Oscar du meilleur gémissement. Et Jason de se mettre en quête dudit meilleur gémissement, ce qui ne plaît guère à son épouse, psychiatre dont l'un des patients est le directeur de l'école où se rend une petite fille nommée Reality qui aimerait découvrir le contenu de cette mystérieuse VHS…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/FRzONsDtDFM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt; , c’est un peu la rencontre improbable entre le David Lynch de &lt;em&gt;Mulholland Drive&lt;/em&gt; et Groland, le tout saupoudré de Philip K. Dick. La réalité, les rêves, la fiction, tout s’imbrique et se télescope peu à peu puis de plus en plus, dans une Californie étonnamment terne. On y croise un animateur de télé déguisé en rongeur, un majordome allemand poli jusqu’à provoquer l’inquiétude, un dirlo aimant se travestir mais sans l’assumer complètement… Au deux-tiers du film, alors que tout semblait se dérouler gentiment, quoique bizarrement, la réalité dérape crescendo et ne retrouve jamais plus sa normalité (passe-t-elle dans la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/15/Q-comme-La-Quatrieme-Dimension&quot;&gt;quatrième dimension&lt;/a&gt;&amp;nbsp;?). Jason Tantra, joué par un Alain Chabat réjouissant, n’y comprend plus rien&amp;nbsp;; le spectateur non plus, mais rien de grave.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;– Je suis confus. Que se passe-t-il&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
– C’est une crise d’eczéma, à l’intérieur.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Questionnant les notions de logique, de narration et de cohérence, l’ensemble est d’une fraîcheur bienvenue, absolument pas poseur pour un sou. Le film s'embarque dans un délire de réalités imbriquées, qui, avec un autre cinéaste (tiens, Nolan pour prendre un exemple sur qui il est (trop) facile de taper) aurait pu donner un résultat très prétentieux, «&amp;nbsp;Regardez comme je suis malin&amp;nbsp;». Mais ça n’est pas &lt;em&gt;Inception&lt;/em&gt;. Ici, tout le monde s'amuse, Quentin Dupieux en premier lieu, et les spectateurs ensuite – ce n'est pas la moindre des choses. On pourrait s’amuser à dessiner des schémas pour déterminer qui/quoi/où, mais cela finirait par ressembler à des gribouillis évoquant la représentation simpliste d’une mousse quantique. Et il n’est pas assuré qu’il existe une explication finale justifiant tout.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-r-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le professeur travesti rencontre le présentateur-rongeur…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-r-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;À la recherche du meilleur gémissement de douleur du monde…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-r-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jason Tantra, coincé dans un rêve.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-r-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Waves, film terrifiant…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-r-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Tout est lié…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-r-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-r-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-r-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Mise en abyme…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt; voit Quentin Dupieux refaire appel à des acteurs aperçus dans ses précédents films&amp;nbsp;: Eric Wareheim (le directeur d’école) jouait dans &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt;, Jonathan Lambert dans &lt;em&gt;Steak&lt;/em&gt;, Thomas Bangalter (aka la moitié de Daft Punk) et Roxane Mesquida (&lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt;) viennent faire un caméo. On notera également un clin d’œil à ce même &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt;, et on ne pourra pas s’empêcher de remarquer que le film d’horreur prévu par Jason Tantra a des faux airs de &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt; – mais en mode gore. L’ensemble forme une continuité avec le reste de la filmographie du cinéaste, sans que celui se répète pour autant dans ses thématiques. Ici, on a affaire à une satire amusante du microcosme hollywoodien, représenté ici par le producteur inconstant Bob Marschall, Zog le documentariste prétentieux et hermétique, Jason Tantra l’idiot idéaliste qui arrive bouche en cœur avec une idée pourrie et qui s’échine à trouver le meilleur gémissement du cinéma…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que &lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt; est le premier long-métrage de Dupieux à ne pas reposer sur sa musique – dans notre réalité, faut-il le rappeler, Quentin Dupieux sévit aussi sous le nom de Mr Oizo. La bande-originale provient d’une pièce de Philip Glass, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=slaixLikE2o&quot;&gt;&lt;em&gt;Music With Changing Parts&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, dont notre réalisateur utilise un bref fragment pour seule musique, avec pour résultat de le faire sonner comme du John Carpenter en mode minimaliste-répétitif. Ces quelques notes à l’orgue répétée au fil du film finisse par instiller une certaine inquiétude. Si le cinéma de Dupieux se fonde sur l’absurde et la douce déconnade, l’inquiétude demeure toujours sous-jacente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l’on récapitule&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/11/N-comme-Nonfilm&quot;&gt;&lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; était un ovni expérimental curieux, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/30/S-comme-Steak&quot;&gt;&lt;em&gt;Steak&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; tentait d’assimiler l’humour crétin d’Eric &amp;amp; Ramzy avec un certain bonheur, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/17/R-comme-Rubber&quot;&gt;&lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; était fou et plaçait la barre super haut,&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/16/W-comme-Wrong&quot;&gt;&lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; était fou mais moins, &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt; était fou mais inégal – et &lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt;… Wow. Maîtrisé sur toute la longueur (à la différence des précédents), &lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt; est tout bonnement le meilleur film de Dupieux, un réjouissant chef d’œuvre d’absurdité. Ce n’est pas peu dire qu’on attend vivement la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 18 novembre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/19/Journal-d-un-homme-des-bois-18-11-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 18 novembre 2016" />
      <id>urn:md5:9f4be386a777c3948cbd0bbbcceed678</id>
      <published>2016-11-19T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-22T13:36:50+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161118-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161118-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où notre Homme des bois nous raconte l'histoire d'un petit morceau de gingembre, oublié dans un recoin de la cuisine… et pas décidé à se laisser racornir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est l’histoire d’un petit morceau de gingembre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a déjà pas mal de temps, cela doit remonter au printemps dernier, j’ai acheté du gingembre à l’occasion d’une visite à un supermarché bio, près de Libourne. De retour chez moi, je me suis cuisiné un riz au gingembre frais dont j’ai le secret avant de ranger le reliquat du rhizome dans une petite boîte à l’abri de la lumière. Au fil des semaines, j’ai continué d’utiliser le gingembre et il a peu à peu fondu au rythme de ma gourmandise jusqu’à ce qu’il ne reste que la plus petite excroissance du rhizome, une bille de la taille d’une petite cerise… et que je l’oublie&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a trois semaines, à l’occasion d’un peu de rangement dans ma cuisine (c’est vrai, je ne la range pas souvent&amp;nbsp;!), j’ai retrouvé mon petit bout de gingembre, tout rond et tout dur. Mais une pousse minuscule – à peine un ou deux millimètres – avait percé la «&amp;nbsp;peau&amp;nbsp;» de la cerise et donnait l’impression qu’elle n’entendait pas en rester là. Ces petits témoignages de la force de vie qui réside dans le végétal m’émerveillent toujours&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai déposé le petit bout de gingembre sur une des étagères qui font face à une baie vitrée et sur laquelle une partie de mes plantes d’intérieur passent la saison froide, entre un &lt;em&gt;chlorophytum&lt;/em&gt; et un &lt;em&gt;ficus benjamina&lt;/em&gt; (ma collection de plantes d’intérieur n’a rien d’exceptionnel&amp;nbsp;!). Depuis, je l’observe chaque matin et constate que le minuscule bourgeon continue de se développer – mais sans que l’extrémité opposée ne fasse mine de développer quelque chose pouvant faire penser à des racines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ne sachant pas trop quoi faire, je suis allé jeter un œil sur internet. J’ai rapidement appris que le gingembre poussait facilement à l’intérieur des maisons, sous réserve qu’il bénéficie d’une terre légère et bien drainée, que le sol reste en permanence humide mais surtout pas trop, qu’il avait besoin de lumière tamisée, voire en été d’une ombre légère – et enfin qu’il valait mieux planter des fragments de rhizomes au début du printemps. Donc pas vraiment mi-novembre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme il m’a semblé hautement improbable que mon gingembre puisse attendre six mois en survivant sur les seules réserves de son petit trognon de rhizome, j’ai préféré suivre les conseils de la petite voix intérieure qui me soufflait de le planter sans tarder et qu’on verrait bien. Ce que j’ai fait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’heure où j’écris ces mots, mon petit bout repose entre un &lt;em&gt;monstera&lt;/em&gt; et un autre &lt;em&gt;chlorophytum&lt;/em&gt; – je vous l’ai déjà dit&amp;nbsp;: je ne cultive en intérieur que des plantes très ordinaires, en général récupérées çà et là ou résultant de boutures et marcottes&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161118-gingembre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161118-gingembre_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et comme on dit en Papouasie-Nouvelle-Guinée&amp;nbsp;: on verra bien&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Flatland : variations et autres dimensions</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/18/Flatland-2" rel="alternate" type="text/html" title="Flatland : variations et autres dimensions" />
      <id>urn:md5:092d39dbcad17a3ff8a461af94cd533c</id>
      <published>2016-11-18T10:30:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-18T11:45:53+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/17/Flatland-1&quot;&gt;&lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; d'Edwin Abbott Abbott, ses adaptations et ses suites&lt;/a&gt;, on passe sur un autre plan pour passer en revue les variations sur ce thème d'un univers bidimensionnel, du Planivers à Spaceland, de Rudy Rucker à Greg Egan en passant par Robert A. Heinlein et Cixin Liu…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Précédemment&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/17/Flatland-1&quot;&gt;&lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, ses adaptations et ses suites&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;❒❒❒❒ Variations&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Plus nombreuses que les suites à &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; sont les variations sur ce thème bidimensionnel imposé. En voici une sélection, probablement partielle…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;An Episode of Flatland: Or How a Plain Folk Discovered the Third Dimension&lt;/strong&gt; , Charles H. Hinton (1907)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une vingtaine d’années après la parution du roman d’Abbott, un mathématicien, britannique lui aussi, a donné la première suite à &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;. Disons, façon de parler. Hinton imagine lui aussi un monde en deux dimensions, non pas à plat comme dans l’œuvre d’Abbott, mais vertical. Par ailleurs, ses créatures bidimensionnelles n’évoluent pas dans quelque éther, mais sur des planètes… en forme de disque, telle Astria. Cette planète-là comporte deux continents, Unea et Scythea, qui se livrent une guerre sans merci. La spécificité des astriens est que les hommes sont toujours tournés vers l’Est et les femmes vers l’Ouest – chose aussi peu pratique que crétine.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-episode-people.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-episode-people.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Unea et Scythea se font la guerre d'une drôle de manière&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-episode-people2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-episode-people2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un homme et une femme d'Astria&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et c’est à peu près la seule contribution de Hinton à l’œuvre flatlandienne… Certes, comme chez Abbott, la satire sociale est elle aussi présente, la lutte des angles cédant la place à la lutte des classes – ouvriers contre patrons capitalistes. Néanmoins, l’intrigue du roman – une histoire d’expédition — s’avère d’un ennui profond et il apparaît vite que ce n’est pas la cohérence de son monde qui intéresse Hinton. Comment les astriens se croisent-ils&amp;nbsp;? Comment communiquent-ils&amp;nbsp;? Comment leurs maisons tiennent-elles debout&amp;nbsp;? L’auteur n’en a strictement rien à faire, et, partant, le lecteur aussi. Le seul point intéressant du roman reste son introduction, et la mise au point d’un univers bidimensionnel fait de planètes&amp;nbsp;: une fort bonne idée qui inspirera Dyonis Burger pour son &lt;strong&gt;Sphereland&lt;/strong&gt; (voir billet précécent).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-dotline.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-dotline.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Dot and the Line: A Romance in Lower Mathematic&lt;/strong&gt; s, Norton Juster (1963)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Dot and the Line&lt;/strong&gt; est une adorable romance en deux dimensions, dont le titre fait bien sûr directement référence à l’œuvre séminale de Abbot. L’intrigue du livre de Norton Juster tient en peu de mots&amp;nbsp;: une Ligne (de sexe masculin) est amoureuse d’un Point (de sexe féminin), mais le Point lui préfère un Gribouillis, bien plus amusant que la trop rigoureuse et rigide Ligne. Cette dernière va se plier en quatre (et même davantage) pour conquérir le cœur de sa dulcinée…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-dotline-perfect.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-dotline-perfect.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-dotline-perfect_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Point…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-dotline-art.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-dotline-art.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-dotline-art_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;… et la Ligne, donnant le meilleur d'elle-même.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce petit album illustré est un régal, tendre et amusant. À noter que &lt;strong&gt;The Dot and the Line&lt;/strong&gt; a bénéficié d’une adaptation en dessin animée, due à Chuck Jones, le père de Bugs Bunny (et Daffy Duck, et Porky Pig, et Bip Bip, et Coyote…). Pas de surprise, le livre de Juster y est adapté quasiment page par page, avec un style graphique identique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=hgqUya0kGPA&quot;&gt;Pour les curieux.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Planivers&lt;/strong&gt; , A.K. Dewdney (1984)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Paru l’année du centenaire de &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Planivers&lt;/strong&gt; n’est pas une suite au roman d’Abbott Abbott&amp;nbsp;: dès l’introduction, le texte de Dewdney – mathématicien et informaticien – cite ses prédécesseurs Abbott et Burger, et se présente comme le compte-rendu d’événements réels. Professeur de physique et d’informatique, Dewdney met au point avec ses élèves la simulation d’un monde plat&amp;nbsp;: le programme 2DWORLD, qui abrite le Planivers en question. Au sein de cet univers plat se trouve la planète Arde (enfin, l’équivalent d’une planète). Une terre peuplée d’une vie à deux dimensions… dont des créatures à quatre bras et deux jambes. Un jour, l’une d’elle, YNDRD, entre en contact avec les humains via l’interface de l’ordinateur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dewdney et ses élèves vont entrer en contact avec YNDRD, rebaptisé Yendred, puis suivre le parcours de cet être à travers le continent unique d’Arde. Mais le doyen de l’université ne voit pas les recherches de Dewdney et ses élèves d’un très bon œil. Bientôt, les voilà contraints de dialoguer en cachette avec l’être bidimensionnel, tandis que celui, porté à la philosophie, se met en quête d’un certain Drabk.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers-yendred.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-planivers-yendred_m.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Yendred&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-planivers-cover_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous l’angle «&amp;nbsp;géométrique&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;Le Planivers&lt;/strong&gt; est une réussite. Là où &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; et, dans une moindre mesure, sa suite &lt;strong&gt;Sphereland&lt;/strong&gt; s’avéraient un brin trop schématiques – des histoires de formes géométriques –, le roman de Dewdney offre une véritable réflexion sur le fonctionnement d’un monde en deux dimensions, sous les angles physiques, biologiques, culturels. Quelle est la biologie des habitants de ce monde&amp;nbsp;? Comment vivent-ils, alors que la place est restreinte et que le simple fait de se croiser est compliqué&amp;nbsp;? Comment naît une culture&amp;nbsp;? Quelle forme ont les arts – peinture, littérature, musique – là-bas&amp;nbsp;? Quid des atomes et des galaxies&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Le Planivers&lt;/strong&gt; entreprend de passer en revue tous ces aspects, avec force schémas et encadrés, plus un appendice. Dewdney n’ignore pas que le son ne se déplace pas pareillement dans un monde en 2D que dans un monde en 3D&amp;nbsp;; il en est de même pour la gravité, qui décroit là en fonction de la distance &lt;em&gt;seule&lt;/em&gt; et non du carré de la distance comme ici. Bref, c’est passionnant. Le lecteur attentif pourra également s’amuser à trouver les clins d’œil présents dans l’onomastique&amp;nbsp;: les noms de lieux dérivent souvent de l’arabe, mais le nom du protagoniste, Yendred, n’est autre que le nom de l’auteur écrit à l’envers.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers-house.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers-house.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-planivers-house_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les maisons du Planivers&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers-piston.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers-piston.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers-piston.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Exemple d'invention : le piston planiversien&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers-zip.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers-zip.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-planivers-zip_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Exemple d'invention : gros plan sur les organes des Planiversiens&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers-chemistry.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers-chemistry.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-planivers-chemistry_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le tableau de Mendeleiev… version 2D.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-planivers-molecules.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-planivers-molecules.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-planivers-molecules_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les molécules dans un monde en 2D.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais… Dewdney peine à rendre son récit romanesque&amp;nbsp;: au-delà de l’émerveillement suscité par la découverte et l’exploration du Planivers, le récit est plat (pardon). On voit Dewdney et ses étudiants suivre Yendred, communiquer avec lui, tenter de comprendre son monde comme lui essaie d’appréhender le nôtre&amp;nbsp;; l’histoire consiste en une simple suite d’épisodes permettant d’explorer point à point chaque particularité du Planivers. Et ce n’est pas les molles péripéties universitaires qui relèvent l’attention.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-spaceland.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-spaceland.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Spaceland&lt;/strong&gt;, Rudy Rucker (2002)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On l’a vu dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/15/Q-comme-La-Quatrieme-Dimension&quot;&gt;un précédent billet de blog&lt;/a&gt;, Rudy Rucker possède quelque expertise dans le domaine de la quatrième dimension. Également romancier, le bonhomme a écrit entre autres &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/maitre-de-l-espace-et-du-temps&quot;&gt;Maître de l’espace et du temps&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, amusante fantaisie scientifique capillotractée, et, plus récemment, &lt;strong&gt;Spaceland&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas encore tout à fait un gros bonnet de la Silicon Valley, Joe Cube bosse sur un projet de télévision 3D. Un 31 décembre, alors qu’il ramène le prototype chez lui, il est contacté par Momo, une femme issue de la quatrième dimension. Elle a choisi notre bonhomme et a une proposition à lui faire&amp;nbsp;: transformer Joe en un émissaire de cette dimension supérieure et diffuser la bonne parole. Par quel moyen&amp;nbsp;? Le Mophone, un téléphone mobile révolutionnaire qui utilise la quatrième dimension pour passer les appels. Une aubaine, non&amp;nbsp;? D’autant que Joe se voit pourvu par Momo d’un troisième œil quadridimensionnelle. Mais pour notre protagoniste, tout n’est cependant pas si simple&amp;nbsp;: sa femme, Jena, le quitte pour s’en aller fricoter avec l’associé de Joe, l’agaçant Spazz. Et si Joe peut utiliser ses capacités de dimensions supérieures pour, par exemple, dérober quelques billets dans une banque, il est régulièrement ennuyé par des Wackles, d’autres créatures quadridimensionnelles contre lesquels Momo le met en garde. Mais… les buts de Momo sont-ils si nobles que Joe veut bien le croire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-spaceland-people.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-spaceland-people.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-spaceland-people_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les individus bidimensionnels selon Rucker, pas éloignés de ceux de Dewdney&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-spaceland-house.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-spaceland-house.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les maisons 2D selon Rucker&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-spaceland-3dview.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-spaceland-3dview.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Analogie entre la vue 2D et la vue 3D&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-spaceland-murder.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-spaceland-murder.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un homicide accidentel est commis dans un monde 2D par un individu venant de la troisième dimension&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Toute ressemblance avec le roman d’Edwin Abbott Abbott est bien entendue tout sauf fortuite. Avec &lt;strong&gt;Spaceland&lt;/strong&gt;, Rucker opère une &lt;em&gt;translation&lt;/em&gt; du roman d’Abbott dans la troisième dimension – et qui plus est notre monde. Un Carré y devient un Cube, qui fait au passage de nombreux rêves dans des dimensions inférieures – en particulier dans un monde bidimensionnel, reflet du nôtre –, et les femmes y demeurent quasi réduites à leur seule dimension sexuelle – de fait, Joe ne pense qu’à tringler Jena, et quand Jena le quitte, à mettre dans son lit Tulip, l’épouse de Spazz. L’aspect mathématique de &lt;strong&gt;Spaceland&lt;/strong&gt; se situe plus en retrait que celui des romans précédemments abordés, Rudy Rucker proposant un technothriller multi-dimensionnel. Si Joe s’avère un narrateur vite exaspérant et si l’intrigue peine à durablement passionner, on retiendra quelques jolies balades dans des paysages quadridimensionnels, riches en sense of wonder – et c’est bien cela que l’on cherche dès lors qu’il est question de dimensions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-ligatura.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-ligatura.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-ligatura_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ligatura&lt;/strong&gt;, Steve Tomasula (2002)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman, sous-titré «&amp;nbsp;Un Opéra en Plat-Pays&amp;nbsp;», n’a que peu à voir avec &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; à première vue. Certes, le personnage principal s’appelle Carré&amp;nbsp;; il est marié à Cercle et le couple a une fille, Ovale. Cependant, il apparaît très vite à la lecture du roman que l’on se situe dans notre monde. Après une fausse couche de Cercle, Carré envisage la perspective d’une vasectomie – d’où le titre (&lt;strong&gt;Vas&lt;/strong&gt; en anglais).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quel lien avec &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? L’on se souvient cependant que Edwin Abboot évoquait une société flatlandienne prompte à l’eugénisme, éliminant sans pitié les individus qui avaient le malheure de n’être des polygones réguliers. Dans &lt;strong&gt;Ligatura&lt;/strong&gt;, en parallèle de l’histoire de Carré, Tomasula inclue bon nombre d’extraits de textes et de citations (de quelle véracité&amp;nbsp;?) ayant trait à l’eugénisme et aux (tentatives de) manipulations génétiques au fil des dernières décennies – il y est question des nazis, mais pas seulement&amp;nbsp;; bon nombre de gouvernements occidentaux s’y sont mis et c’est bien cela qui fait froid dans le dos.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Formellement, &lt;strong&gt;Ligatura&lt;/strong&gt; fait la part belle à une mise en page éclatée, aux expérimentations se situant dans la lignée de Mark Z. Danielewski&amp;nbsp;: textes et schémas s’entremêlent. À la lecture, on peut rester plus circonspect&amp;nbsp;: l’intrigue est élusive, cédant volontiers le pas aux expérimentations&amp;nbsp;: utilisant toutes les ressources offertes par l’espace plan qu’est la page, Tomasula propose un texte peu linéaire, à plusieurs niveaux de lecture. On adhère ou pas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-ligatura-page23.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-ligatura-page23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-ligatura-page23_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-ligatura-page38.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-ligatura-page38.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-ligatura-page38_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-ligatura-page200.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-ligatura-page200.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-ligatura-page200_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-ligatura-page300.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-ligatura-page300.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-ligatura-page300_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://charybde2.wordpress.com/2014/02/03/note-de-lecture-ligatura-steve-tomasula/&quot;&gt;Ce qu'en dit l'excellent Hugues de la librairie Charybde.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Terminons ce tour d’horizon avec XKCD&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://xkcd.com/721/&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-xkcd.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-xkcd_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;❒❒❒❒❒ Au-delà…&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;La thématique multi-dimensionnelle revient régulièrement dans la littérature de SF, et aborde d’ailleurs plus souvent la quatrième dimension que la deuxième. En voici un bref florilège, forcément partiel.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-histoires4D.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-histoires4D_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le recueil &lt;strong&gt;Histoires de la quatri&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ème dimension&lt;/strong&gt; propose quatorze nouvelles. Si certainesn’ont rien à faire dans ce recueil («&amp;nbsp;Delenda Est&amp;nbsp;» de Poul Anderson, une histoire appartenant au cycle de la Patrouille du Temps, qui aurait eu sa digne place dans &lt;strong&gt;Histoires de voyages dans le temps&lt;/strong&gt;…, «&amp;nbsp;Weihnachtabend&amp;nbsp;» de Keith Reynolds, qui tient de l’uchronie), d’autres voient simplemen tla quatrième dimension comme un simple biais pour attendre des univers parallèles (le sympathique «&amp;nbsp;Les Habitants de nulle part&amp;nbsp;» de Robert M. Green, le plus réussi «&amp;nbsp;Quelle apocalypse&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» de Damon Knight). On trouve dans le lot des récits se confrontant plus franchement à cette thématique. Si «&amp;nbsp;La Petite Pyramide bleue&amp;nbsp;» de Ray Bradbury est une charmante histoire où une mère se retrouve à accoucher d’un bébé quadridimensionnel, et de ce fait peu réceptif aux simples stimulis 3D, on retiendra surtout la fameuse «&amp;nbsp;Maison biscornue&amp;nbsp;» (1941), où Robert A. Heinlein imagine un architecte édifiant une maison en forme de tesseract déplié du côté de Los Angeles. Mais la Californie est sujette aux séismes, et l’un provoque l’effondrement de la maison sur elle-même… qui devient du coup un véritable hypercube.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-tevis.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-tevis_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au sein du recueil &lt;strong&gt;Loin du pays natal&lt;/strong&gt; de Walter S. Tevis (l’auteur de l’inoubliable &lt;strong&gt;Homme tomb&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;é du ciel&lt;/strong&gt; ), «&amp;nbsp;Le Cric du crac&amp;nbsp;» (1957) constitue une nouvelle histoire de tesseract – ou plutôt de «&amp;nbsp;pentaract&amp;nbsp;», l’équivalent 5D d’un hypercube. Dans un moment de désœuvrement, Farnsworth s’est amusé à en construire une maquette. Mais, comme il le montre à son ami narrateur, l’objet possède d’étranges propriétés spatiales… et temporelles. Une nouvelle à chute un brin vieillote dans le ton mais glaçante en fin de compte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-deathsend.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-2-deathsend_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Et dans le genre glaçant, les perspectives ouvertes par Cixin Liu dans &lt;strong&gt;Death&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s End &lt;/strong&gt;(2010), le troisième volet de la trilogie initiée par &lt;strong&gt;Le Probl&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ème à trois corps&lt;/strong&gt;, se révèlent intéressantes en leur genre. Des perspectives sûrement capillotractées d’un point de vue scientifique, mais, dans le fil du récit, elles produisent un bel effet de sidération. Trop en dire reviendrait à gâcher le plaisir de la découverte&amp;nbsp;; contentons-nous de dire que, par certains aspects, le roman évoque «&amp;nbsp;Radieux&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Les Entiers sombres&amp;nbsp;», ce duo de nouvelles de Greg Egan où l’on se bat contre un autre univers… avec l’énoncé de théorèmes mathématiques. Liu propose ici un équivalent. Le prologue se situe lors du siège de Constantinople par les Turcs&amp;nbsp;: une jeune femme offre ses services auprès des dirigeants byzantins, leur annonçant que, en tant que sorcière, elle est à même de tuer quelqu’un sans le toucher. Un test est effectué auprès d’un prisonnier&amp;nbsp;: la prétendue sorcière l’écervelle sans avoir besoin de lui ouvrir le crâne, et l’on comprend qu’elle passe, d’une manière ou d’autre, par une quatrième dimension physique. A priori déconnecté du reste du roman, ce prologue trouve plus tardivement des échos dans ses terrifiantes justifications finales.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr76-orthogonal123.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr76-orthogonal123.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En fait, le véritable héritier d’Edwin Abbot Abbot et de son &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; ne figure pas dans les livres passés en revue plus haut&amp;nbsp;; son lien au roman d’Abbot est ténu, plus thématique que formel, et il s’agit de Greg Egan, avec sa trilogie &lt;strong&gt;Orthogonal&lt;/strong&gt; (dont l’auteur de ces lignes évoquait plus longuement &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2014/10/24/objr-en-plus-bifrost-76#orthogonal&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;). Il n’est pas réellement question d’analogies entre les dimensions dans &lt;strong&gt;The Clockwork Rocket&lt;/strong&gt; et ses suites, mais l’auteur de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Énigme de l’univers&lt;/strong&gt; invente un monde différent du nôtre à partir de ses bases les plus élémentaires – dans la lignée du &lt;strong&gt;Planivers&lt;/strong&gt;. La principale particularité de cet univers est que, au lieu d’avoir trois dimensions physiques et une temporelle, il en possède quatre fondamentalement semblables. Conséquence de quoi, la vitesse de la lumière est une variable, et l’entropie est tout autre. En dépit de ses particularité, cet univers n’est pas hostile à la vie, et Egan nous présente une société de créatures intelligentes. Las, le statut des femmes se confine à la seule procréation. Une spécificité de ces créatures est que la naissance est &lt;em&gt;forc&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ément&lt;/em&gt; fatale aux femmes&amp;nbsp;: aussi, quelle utilité à ce qu’elles aient accès à l’éducation&amp;nbsp;? C’est du temps et de l’énergie perdus. Au fil des trois romans, la position des femmes va radicalement évoluer en fonction des découvertes scientifiques. Un autre aspect crucial de la trilogie est son angle épistémologique&amp;nbsp;: comment est faite la science&amp;nbsp;? Comment le progrès avance-t-il&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;The Arrows of Time&lt;/strong&gt;, ultime volet de la trilogie, voit ses personnages dans un embarras incroyable, lorsqu’une invention leur permet de communiquer avec le futur, stoppant net toute innovation. Le dernier aspect du livre est son &lt;em&gt;world-building&lt;/em&gt;, Egan créant un nouvel univers et ses lois à partir de zéro&amp;nbsp;: la physique change, et partant la chimie et la biologie. Les notions abordées par Egan sont pointues, mais il prend soin de ne jamais perdre son lecteur, et surtout de lui fournir les clefs pour comprendre&amp;nbsp;: les échanges à caractères scientifiques, très nombreux, sont agrémentés de schémas et graphiques (et tout de suite, c’est considérablement plus clair), et leur difficulté va croissant. Quoique a priori déconnecté de notre monde, l’ensemble est passionnant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-2-fin.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-2-fin.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Flatland : suites et adaptations</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/17/Flatland-1" rel="alternate" type="text/html" title="Flatland : suites et adaptations" />
      <id>urn:md5:aa3b3249bd395f1b625fcfd933fcfc6f</id>
      <published>2016-11-17T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-19T00:15:35+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il n'y a pas que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/15/Q-comme-La-Quatrieme-Dimension&quot;&gt;la quatrième dimension…&lt;/a&gt; En 1884, le clergyman anglais Edwin Abbott Abbott publiait &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, un récit se déroulant sur un monde bidimensionnel, tenant à la fois de la fantaisie mathématique et de la satire sociale, et qui allait faire date. Au point d'inspirer adaptations en films, en jeux de rôle, ainsi que des suites…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous vivons dans un univers plutôt correct, mine de rien. Des constantes ajustées pile ce qu’il faut pour permettre son existence et sa perduration, sans qu’il ne s’effondre deux jours – ou deux millisecondes – plus tard. Sans oublier, surtout, un nombre adéquat de dimensions physiques &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; temporelles. Une dimension temporelle, c’est amplement suffisant pour ne pas se prendre trop la tête&amp;nbsp;; trois dimensions physiques, c’est tout simplement pratique. Roland Lehoucq l’explique fort bien dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2010/10/18/Une-affaire-de-dimensions&quot;&gt;l’un de ces &lt;em&gt;Scientifiction&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais justement… qu’en serait-il avec plus ou moins de dimensions&amp;nbsp;? Avant que la physique émette les hypothèses d’un Univers à six, dix, onze dimensions — la plupart enroulées sur elles-mêmes et de ce fait inaccessibles –, la littérature s’était déjà emparée de cette thématique. Il y a quelque chose d’indéniablement fascinant à imaginer un monade au-delà du nôtre, s’étendant dans des directions inconcevables à notre cerveau limité&amp;nbsp;: la fameuse quatrième dimension, mais aussi la cinquième, la sixième, etc. Dans sa préface à &lt;strong&gt;Histoires de la quatri&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ème dimension&lt;/strong&gt; (1983), vingt-et-unième volume de la «&amp;nbsp;Grande Anthologie de la science-fiction&amp;nbsp;», Gérard Klein évoque des propriétés pouvant servir de dimensions&amp;nbsp;: la durée, voire la couleur (et grosso modo n’importe quelle propriété). Entendons-nous bien&amp;nbsp;: on parle ici de dimensions physiques, &lt;em&gt;perpendiculaires&lt;/em&gt; les unes aux autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’un des plus fameux romans à traiter de ces histoires de dimension est sans le moindre doute &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; (1884) d’Edwin Abbott Abbott (1838-1926)… Un texte devenu culte et qui, au fil des décennies, a engendré plusieurs suites officieuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;❒ Flatland&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-intro.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-intro.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-intro_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bienvenue sur Flatland, Terreplate, le Pays-Plat, ou quel que soit le nom qu’on lui donne. Un monde irrésistiblement bidimensionnel, peuplé de créatures intelligentes adoptant des formes géométriques menant leurs plates vies…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; se divise en deux parties. Dans la première, un Carré (A Square) décrit sa société&amp;nbsp;: une théocratie, où le rang social se détermine par le nombre de faces. Selon que l’on soit un triangle, un carré, un hexagone ou plus, l’on a un métier à l’avenant – car l’intelligence est (serait) fonction du nombre de côtés. La grande majorité de la population consiste en triangles isocèles, soldats ou travailleurs confinés à des tâches subalternes&amp;nbsp;; au fil des générations, les isocèles tendent vers l’équilatéralité, puis le nombre d’arêtes s’accroit, les enfants ayant généralement une face de plus que leurs parents. Mais la rétrogradation reste toujours possible… Enfin, pour les individus de sexe masculin&amp;nbsp;: les femmes n’ont d’autre apparence que celle d’une ligne. Censément idiotes et promptes à s’emporter, elles doivent être gérées avec précaution, et elles n’ont pas accès à l’éducation. La société vit donc sous le joug d’une théocratie, les cercles ayant le rang de prêtres. Des prêtres qui, des générations plus tôt, ont maté une révolution visant à introduire les couleurs sur Flatland, et qui, depuis, veillent férocement au maintien de l’ordre établi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un Carré a un caractère volontiers rêveur, ce qui lui permet de découvrir Pointland et Lineland, des mondes de dimensions inférieures. Pointland, habité par un unique individu égocentrique, et Lineland, où un roi idiot règne sur une population de lignes (les hommes) et de points (les femmes). Notre Carré s’en moque, faisant là preuve d’une charité bien mal ordonnée. Quoi qu’il en soit, ce caractère rêveur lui permet de ne pas être excessivement surpris lorsque, à la veille du nouveau millénaire flatlandien, il est contacté par une Sphère. Celle-ci a une mission&amp;nbsp;: trouver un émissaire qui professera la bonne parole en Flatland et fera comprendre aux habitants de ce monde l’existence de la troisième dimension, quelque chose qui est «&amp;nbsp;vers le Haut mais non pas vers le Nord&amp;nbsp;». Bon, c’est une mission quelque peu risquée dans ce monde plat, car contrevenant au dogme édicté par le circulaire clergé. Mais notre Carré est motivé, et si désireux d’apprendre qu’il en vient à agacer la Sphère, d’un naturel prétentieux, lorsqu’il se prend à imaginer des quatrièmes, des cinquièmes dimensions…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’image du sujet qu’il traite, &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; possède plusieurs dimensions, qu’il aborde. La première, la plus évidente à l’évocation du livre, est celle d’une «&amp;nbsp;romance mathématique à plusieurs dimensions&amp;nbsp;», permettant d’aborder par analogie la quatrième dimension. Mais y restreindre le livre serait dommage. Le roman d’Abbott est également une critique sociale fort acerbe, la société flatlandienne étant engoncée dans une misogynie atroce et un système de classes – de castes, même – fondé sur l’arbitraire, à savoir le nombre d’angles (angles aigus = bêtise&amp;nbsp;; angle obuts = intelligence). Quant à l’irrégularité des angles, elle vaut la mort à ceux qui en souffrent&amp;nbsp;: dans le Plat-Pays prévaut l’eugénisme. Cette société n’est bien sûr pas sans rappeler l’Angleterre victorienne de l’époque de rédaction du roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout à la fois fantaisie géométrique, satire sociale, allégorie, vulgarisation scientifique, &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; est une manière de petit chef d’œuvre… et une anomalie au sein de la bibliographie de son auteur. Théologien, Edwin Abbott Abbott avait par le passé fait paraître une&lt;strong&gt;Grammaire shakespearienne&lt;/strong&gt; (1870), deux romans religieux publiés anonyment (&lt;strong&gt;Philochristus&lt;/strong&gt; en 1878 et&lt;strong&gt;Onesimus&lt;/strong&gt; en 1882). Après sa «&amp;nbsp;romance à plusieurs dimensions&amp;nbsp;», il publiera d’autres livres tout aussi excitant&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Kernel and the Husk&lt;/strong&gt; (1886), &lt;strong&gt;Philomythus&lt;/strong&gt; (1891) ou encore &lt;strong&gt;The Anglican Career of Cardinal Newman&lt;/strong&gt; (1982). À la question&amp;nbsp;: pourquoi et comment ce théologien a-t-il eu l’idée de Flatland, Rudy Rucker fournit une amusant explication dans sa nouvelle « Message Found in a Copy of Flatland&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: le Pays-Plat existe et se trouve au fond d’une cave londonienne… (En attendant de la découvrir sur le blog, les lecteurs anglophones pourront la lire &lt;a href=&quot;http://www.rudyrucker.com/transrealbooks/completestories/#_Toc21&quot;&gt;sur le site de l’auteur&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-couves-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-couves-fr.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les différentes éditions française du roman&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Curieusement, il faudra attendre 1968 pour la première parution française de &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, soit plus de quatre-vingts ans après la parution originale du roman. Paru d’abord dans la collection «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;» de Denoël et traduit par Elisabeth Gille, il sera réimprimé sous de nouvelles couvertures en 1984 et en 1998. En 1999, 10/18 republie le livre dans une traduction de Philippe Blanchard, et c’est cette traduction qui sera utilisée par les éditions Zones Sensibles pour la dernière réédition en date – la plus élégante du lot. Une réédition qui lorgne du côté de Mark Z. Danielewski pour la présentation expérimentale du texte – en accord avec le texte. Les blocs-texte, la ponctuation, la couleur, tout se fait en accord avec l’histoire. Dommage que la couverture soit si fragile.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-couve-fr6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-couve-fr6.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'édition Zone sensible&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Aperçus de l'intérieur, cliquer pour agrandir.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-page2.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-page2.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-page2_s.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-page3.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-page3.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-page3_s.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-page4.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-page4.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-page4_s.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;❒❒ Adaptations&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Une parfaite adéquation de forme se produit entre le Pays-Plat et certains supports de notre monde en trois dimensions&amp;nbsp;: les livres et la vidéo, tous deux basés sur la 2D – même si les pop-ups et le cinéma en relief tendent justement à briser cette bidemensionnalité. Bref. &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; a été adapté à plusieurs reprises en film. Sobrement titrée &lt;em&gt;Flatland&lt;/em&gt;, la première date de 1965 et est désormais introuvable (sauf pour qui est prêt à débourser 275$ pour &lt;a href=&quot;http://www.der.org/films/flatland.html&quot;&gt;le DVD&lt;/a&gt;). Seul un &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=4-DnRJy7_X0&quot;&gt;bref extrait&lt;/a&gt; du film de 11 minutes demeure visible en ligne, et donne une impression d’austérité formelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Flatlandia&lt;/em&gt; , court-métrage italien de 1982, opte pour une approche tridimensionnelle pour représenter ce Plat Pays, et, côté intrigue, choisit de se focaliser sur l’organisation politique de ce monde. La sphère n’intervient que fort tardivement dans l’histoire. Visuellement, c’est à la fois très sobre – des polygones translucides se déplacent dans un monde terne – mais pourvu de quelques trouvailles (indiquer qui parle&amp;nbsp;; le final). Cette représentation avec des objets en volume permet d’appréhender aisément la manière dont fonctionne ce monde. On regrettera une fin jolie quoique hâtive (et pour qui ne comprend pas l’italien, les images permettent fort bien de suivre l’histoire). Le court-métrage est disponible sur YouTube&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=tNDhjYQKWt4&quot;&gt;avis aux amateurs&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-film3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-film3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-film3_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sur la seule année 2007, &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; a bénéficié de deux nouvelles adaptations. La première, titrée &lt;em&gt;Flatland&lt;/em&gt; (forcément) et signée Ladd Ehlinger Jr., est assez moche graphiquement mais plus flatlandesquement réaliste. Et amusant, du moins au début avec l'insertion de placards / commentaires du narrateur. Si la relative sècheresse du dessin est tempérée par l'humour, ça se gâte sérieusement lorsqu'on passe dans le monde en 3D&amp;nbsp;: c'est beaucoup moins drôle et c'est &lt;em&gt;tr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ès &lt;/em&gt;moche. La 3D semble avoir quinze ans d'âge, et… beurk. Ce qui avait bien commencé se termine en bouillie grotesque, barbouillée d’effets non-maîtrisés (les curieux pourront y jeter un œil, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=eyuNrm4VK2w&quot;&gt;le film étant visible sur YouTube&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/C8oiwnNlyE4?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde adaptation, de Dano Johnson et Jeffrey Travis, titrée aussi &lt;em&gt;Flatland&lt;/em&gt; (quelle surprise&amp;nbsp;!), est un court-métrage (34’), plutôt mignon et assez joli – j'ai beaucoup apprécié les motifs fractals que l'on retrouve un peu partout, beaucoup moins la simple transposition d'objets de notre monde en 3D dans ce monde 2D par une simple vue en coupe (ce qui n'est flatlandesquement guère réaliste). À noter également&amp;nbsp;: la différence de représentations des femmes. Si le long-métrage de Ehlinger Jr respecte le texte d’Abbott – les femmes sont donc des lignes –, le court-métrage de Johnson et Travis établit l’égalité des sexes et donc des formes&amp;nbsp;: l’épouse de Carré possède elle aussi quatre arêtes. En 2012, Johnson seul a sorti &lt;em&gt;Flatland 2: Sphereland&lt;/em&gt;, second court-métrage (36’) faisant suite au premier&amp;nbsp;; le titre provient tout droit d’une suite officieuse éponyme à &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, qu’on examinera un peu plus loin dans ce billet. Accompagné de la Sphère, les plats protagonistes s’y retrouvent confrontés à la nature de leur monde, en particulier sa courbure. (Mais n’ayant pas vu cette suite, l’auteur de ces lignes ne saura en dire plus.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-film4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-film4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-film4_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-film5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-film5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-film5_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les autres adaptations de &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; ne se limitent pas au seul support cinématographique, puisqu’il existe même non pas un mais trois jeux de rôle situés dans l’univers mis en place par Abbott.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-rpg1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-rpg1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-rpg1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le premier et le plus complet est &lt;em&gt;The Original Flatland Role Playing Game&lt;/em&gt; (2006), de Marcus Rowland. Si, sur la centaine de pages du manuel, près de la moitié sont réservées à l’inclusion du roman originel, le reste contient tout de même plusieurs aventures, une adaptation en wargame, et des règles assez complètes. On n’en dira pas autant de &lt;em&gt;Edward Abbot Abbot's Flatland (Inflated)&lt;/em&gt;, qui commence fort mal avec la grossière erreur sur le nom de l’auteur, plus succinct dans son approche. Les sept pages de &lt;em&gt;Fudge Flatland&lt;/em&gt; (2005) consistent essentiellement en la description de &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; et quelques indications pour créer les personnages. Ces trois jeux de rôle se concentrent essentiellement sur la simulation d’un monde bidimensionnel et s’attardent bien moins (voire pas) sur les autres dimensions.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Aperçus des fiches personnages, cliquer pour agrandir.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-rpg1-p1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-rpg1-p1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-rpg1-p1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-rpg1-p2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-rpg1-p2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-rpg1-p2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;❒❒❒ Les suites&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Chose intéressante, &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; n’a pas seulement inspiré des adaptations sur d’autres médias, mais également des suites et des variations, parues au fil des années (et, pour la plupart, inédites en français). Dans le lot, on compte deux romans se positionnant comme suites véritables.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-sphereland.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-sphereland_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sphereland – A Fantasy About Curved Space &amp;amp; an Expanding Universe&lt;/strong&gt; , Dionys Burger (1965)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman de l’auteur néerlandais Dionys Burger se présente comme la suite officieuse de &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; – à cette nuance que Burger tente la synthèse entre le monde plat version Abbott et les planètes-disques de Charles C. Hinton (dont on évoquera son roman &lt;strong&gt;An Episode of Flatand&lt;/strong&gt; dans la suite de ce billet). La première partie du livre consiste en un long résumé du texte d’Abbott, mais les choses sérieuses commencent ensuite, lors de la seconde partie&amp;nbsp;: le petit-fils de Carré, le narrateur de &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, prend la plume pour nous parler de son monde. Soixante-dix ans se sont écoulés et le Pays-Pkat a subi bien des bouleversements, à commencer par la réhabilitation de Carré et le changement de statut des femmes – celles-ci ne sont plus considérées comme les écervelées qu’elles ne sont pas (même s’il reste du progrès à faire). Hexagone donne également quelques indications sur la nature du Pays-Plat, précisions qui faisaient défaut au compte-rendu d’Abbott&amp;nbsp;: sur quoi repose le monde&amp;nbsp;? Comment fonctionne la gravité&amp;nbsp;? La vérité est que le monde où vit Hexagone a la forme d’un disque, flottant dans l’espace&amp;nbsp;; un disque qui se compose d’une atmosphère et de divers substrats (forêt puis océan) jusqu’au noyau rocheux. Une planète, en somme. Mais les choses sont-elles si simples&amp;nbsp;? Quid de la forme de l’univers&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-sphereland-world.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-sphereland-world.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-sphereland-world_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La Plate-Planète&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans le même temps, la Sphère, interlocutrice de Carré, revient au Plat Pays. Depuis &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, la Sphère a eu la visite d’une Hyper-Sphère et, découvrant l’existence des dimensions supérieures, a revu son arrogance à la baisse. Et notre Hexagone, avec ses conseils, va en apprendre davantage sur la nature de son monde. La deuxième partie du roman, outre les données relatives à Flatland, s’attachent à la symétrie et à la congruence (i.e. main gauche et main droite sont symétriques mais ne se superposent pas&amp;nbsp;; les exemples de &lt;strong&gt;Sphereland&lt;/strong&gt; se fondent sur l’exemple de chiens plats… un peu à côté de la plaque dans le cadre du roman&amp;nbsp;: il n’est guère logique, si ce n’est pour les besoins de la démonstration, d’avoir des animaux flatlandiens ressemblant à des versions aplaties des nôtres). Dans la troisième partie, un ami d’Hexagone lui demande conseil sur cet étrange phénomène&amp;nbsp;: le total des angles des triangles de grande taille aboutit à une somme supérieure à 180°. Comment est-ce possible dans un univers &lt;em&gt;plat&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? La réponse se trouve dans le titre du roman. Pour Hexagone, il faudra rêver à nouveau de Lineland pour aboutir à des analogies (et au lecteur d’effectuer l’analogie pour notre monde). Enfin, la dernière partie aborde l’expansion de cet univers plat.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-sphereland-circleland.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-sphereland-circleland.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Circleland&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sous l’angle purement romanesque, &lt;strong&gt;Sphereland&lt;/strong&gt; n’arrive pas à la cheville de son précédesseur. L’histoire est assez bancale, et ne retient que peu l’attention. L’intérêt réside bien sûr pour l’essentiel dans la description du Pays-Plat. Description sociétale, avec l’évolution des mœurs, en particulier la manière dont les femmes sont considérées, et surtout la description physique&amp;nbsp;: la cohérence du monde décrit par Abbott laissait à désirer par endroit (pourquoi la pluie vient du Nord&amp;nbsp;?), et Dyonis Burger lui donne une assise plus solide. Un certain A.K. Dewdney saura s’en souvenir… ce qu’on verra, là aussi, dans la suite de ce billet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-flatterland.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.flatland-1-flatterland_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Flatterland&lt;/strong&gt; , Ian Stewart (2002)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ironiquement sous-titré «&amp;nbsp;Comme &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; mais tellement plus plat&amp;nbsp;», ce roman se présente lui aussi comme une suite officieuse à &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, prenant place dans le même univers mais un siècle plus tard. Nous suivons les aventures de Vikki, la petite-fille de Albert Square (voilà donc ce à quoi correspondait le «&amp;nbsp;A&amp;nbsp;» de A Square). Cent ans après les événements de &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, alors que la société a (imparfaitement) évolué vers quelque chose de plus juste et plus égalitaire, la jeune Vikki entre en contact avec… non pas une sphère mais un Ballon Sauteur – les temps ont changé. Celui-ci va embarquer la jeune femme dans le monde fascinant des curiosités mathématiques. Curiosités dont l’abstraction n’a rien de gratuit&amp;nbsp;: peu à peu, on se rapproche de «&amp;nbsp;Planiturth&amp;nbsp;» – ce qu’on pourrait probablement traduire par «&amp;nbsp;Planèterre&amp;nbsp;». Entretemps, Vikki se sera aventurée du côté de la géométrie projective – celle qui étudie les propriétés des figures par projection –, de la géométrie hyperbolique&amp;nbsp;; elle aura rencontrée Moobius (une vache de Möbius), le roi Faucon (ce qui, en anglais, s’écrit… Hawk King)&amp;nbsp;; aura plongé dans un trou noir, etc. Sa compréhension de l’univers n’en sera que plus grande.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-flatterland-hopper.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-flatterland-hopper.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Ballon Sauteur&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-flatterland-moobius.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-flatterland-moobius.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Moobius la vache à une seule face…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si Ian Stewart s’amuse à décrire la société flatlandienne, après que ce soient écoulés cent ans depuis les événements narrés par Edwin A. Abbott, l’aspect satirique n’est pas celui mis le plus en avant&amp;nbsp;: la société du Pays-Plat est devenue plus égalitaire, merci. L’intérêt se situe clairement du côté des mathématiques, et la matière, &lt;strong&gt;Flatterland&lt;/strong&gt; se révèle pour le moins complexe. La progession se veut linéaire, afin de fournir les outils théoriques nécessaires à la compréhension de la suite&amp;nbsp;; de nombreux schémas agrémentent le livre… mais le lecteur mal accroché pourra éprouver quelques difficultés à suivre les pérégrinations de Vikki et du Ballon Sauteur. Le tout est bourré de jeux de mots, dont une bonne part est tout simplement intraduisible. Mais sur le plan romanesque et scientifique, &lt;strong&gt;Flatterland&lt;/strong&gt; s’avère supérieur à son prédécesseur &lt;strong&gt;Sphereland&lt;/strong&gt; et offre un contenu à même de décrasser les neurones.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;flatland-1-flatterland-platterland.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/flatland-1-flatterland-platterland.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Bienvenue à Platterland, un monde pas très euclidien…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/11/18/Flatland-2&quot;&gt;variations sur un thème bidimensionnel&lt;/a&gt;…&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 10 novembre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/16/Journal-d-un-homme-des-bois-10-11-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 10 novembre 2016" />
      <id>urn:md5:ded6d07394aa628a9de27a006c268208</id>
      <published>2016-11-16T17:30:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-16T18:35:30+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161110-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161110-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry ne réagit pas à l'élection de Donald Trump&amp;nbsp;: il s'est aussi passé d'autres choses les 9 et 10 novembre…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La première chose que j’ai remarqué, hier matin, c’est que les figuiers avaient perdu toutes leurs feuilles au cours de la nuit. Et la première chose que j’ai entendue à la radio, en buvant mon café, c’est que Donald Trump avait gagné les élections présidentielles étasuniennes. «&amp;nbsp;Ah, shit&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» comme disent les Français, en particulier ceux qui reviennent de vacances à San Francisco et qui ont envie de le rappeler aux autres. «&amp;nbsp;Oh, my God&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» s’exclameront les plus branchés ou les plus cinéphiles – le fin du fin étant tout de même de prononcer&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Omagosh&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Pour ma part, je me contenterai d’un «&amp;nbsp;Flûte&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» ou peut-être, à l’extrême limite, d’un «&amp;nbsp;Zut, alors&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» un peu plus musclé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La journée commençait donc très moyennement. Zut, alors&amp;nbsp;! Non pas à cause du choix des électeurs étasuniens, qu’allez-vous vous imaginer&amp;nbsp;? Je n’appartiens pas, mais alors vraiment pas, à cette élite autoproclamée et gonflée de certitudes sur tout et rien, ce qui l’autorise à nous donner son avis également sur tout et sur rien, avec un aplomb souvent hallucinant – pseudo élite que le réel s’emploie d’ailleurs à démentir en permanence, mais sans pour autant que cela ne la désarçonne le moins du monde&amp;nbsp;! C’est assez fou, tout de même&amp;nbsp;! Ces gens ne sont pas seulement des mégalomanes égocentriques, ce sont aussi voire surtout des abrutis, aveugles et sourds à tout ce qui pourrait remettre en cause l’efficience qu’ils s’attribuent. Non, non&amp;nbsp;! L’élection de Donald Trump me laisse profondément indifférent. Si la journée commençait plutôt mal, c’était uniquement à cause de la couche de feuilles de figuiers qu’il allait falloir ratisser avant de la transporter sur le tas de compost. Ça, c’est une vraie préoccupation. Surtout avec mon lumbago chronique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, hier aurait pu être une bien agréable journée – ne serait-ce que parce que c’était l’anniversaire de Neil Young. Eh oui, mon canadien préféré a eu soixante-et-onze ans en ce mercredi 9 novembre. Du coup, j’ai écouté du Neil Young toute la journée tout en travaillotant sur &lt;em&gt;Ayou&lt;/em&gt;, mon roman escargotique – rapport à la vitesse avec laquelle il avance. Et en fin de journée, je suis allé me coucher de bonne heure, rapport au fait que l’acte d’écrire m’épuise littéralement – les gens qui pensent qu’écrivain, c’est un métier où on se la coule douce n’ont visiblement jamais pratiqué…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première chose que je remarque, ce matin, c’est que le vent a commencé à disperser les feuilles de figuiers et que, donc, plus j’attendrai avant de me décider à les ratisser, plus il y en aura un peu partout à ratisser. Et la première chose que j’entends à la radio, en buvant mon café, c’est que Donald Trump a effectivement gagné les élections présidentielles étasuniennes – ce qui a déjà été annoncé la veille… comme si régnait chez les commentateurs une espèce de sidération dont ils ne parviendront à sortir qu’en récitant des mantras. «&amp;nbsp;Ah, shit&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» comme disent les Français, etc. Et la seconde chose que j’entends à cette même radio, en finissant de boire mon café, c’est que Leonard Cohen est mort. En fait, il est mort dans la nuit de lundi à mardi, vingt-quatre heures avant le triomphe de Donald Trump – on ne pourra au moins pas l’accuser de cela. Quoi que… Mais sa disparition a été annoncée après son enterrement, à Montréal. Du coup, je me suis dit que les feuilles de figuier pouvaient attendre un peu et je suis allé jouer sur ma guitare les quelques chansons de Cohen que je jouais quand j’étais adolescent – au moins celles dont je me souvenais à peu près…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161110-cohen.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161110-cohen.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>Q comme La Quatrième Dimension</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/15/Q-comme-La-Quatrieme-Dimension" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme La Quatrième Dimension" />
      <id>urn:md5:869b53e5b082a0406b4687534efc86c6</id>
      <published>2016-11-15T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-15T14:54:11+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cet univers vous déplaît&amp;nbsp;? Avez-vous essayé les autres dimensions&amp;nbsp;? Avec &lt;strong&gt;La Quatrième Dimension&lt;/strong&gt;, le romancier et vulgarisateur scientifique Rudy Rucker tente d'élargir le cadre de notre pensée pour mieux entrevoir les dimensions supérieures…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Quatrième Dimension [The Fourth Dimension], Rudy Rucker, essai traduit de l’anglais [US] par Christian Jeanmougin&amp;nbsp;; préface de Martin Gardner, illustrations de David Povilaitis, 1985 [1984]. Seuil, coll. «&amp;nbsp;Points Sciences&amp;nbsp;». Poche, 320 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-cover-fr1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-q-cover-fr1.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-cover-fr2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-q-cover-fr2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En plus d’être un concept excitant l’intellect, la quatrième dimension recouvre plein d’œuvres dans le domaine culturel. Il ne s’agit pas ici de parler de la formidable série télé &lt;em&gt;La Quatri&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ème Dimension&lt;/em&gt;, qui mérite davantage qu’un simple billet de quelques milliers de signes, mais de l’ouvrage de vulgarisation scientifique de Rudy Rucker, qui s’emploie à nous retourner (quadridimensionnellement, forcément) le cerveau, afin de nous faire appréhender une réalité supérieure. De fait, la quatrième dimension est quelque chose d’excessivement agaçant, tout autant que passionnant&amp;nbsp;; cela, selon toute probabilité, parce que la comprendre et surtout se la représenter fait chauffer les neurones. La chose vaut son pesant de cacahouètes (enfin, d’hypercacahouètes), côté &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; – qui les termes de tesseract ou d’hypersphère n’ont jamais fait rêver&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Que verriez-vous si, à l'instant, une hypersphère à quatre dimensions traversait l'espace là, juste au-dessus de votre tête&amp;nbsp;? En raisonnant strictement par analogie, vous vous attendrez à voir d'abord un point, puis une petite sphère, puis une sphère encore plus grosse, puis à nouveau une petite sphère et finalement un point qui disparaîtrait. Vous verriez exactement la même chose en gonflant un ballon lentement, puis en le laissant se dégonfler tout aussi lentement. (…) Ainsi, de même qu'une sphère est un empilement de cercles en trois dimensions, une hypersphère est un empilement quadridimensionnel de sphères.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est le cas de Rudy Rucker, arrière-arrière-arrière-petit-fils du philosphe Hegel, romancier et vulgarisateur scientifique. En français, il demeure relativement peu traduit, et on le connaît surtout pour &lt;strong&gt;Ma&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ître de l’espace et du temps&lt;/strong&gt; (réédité en 2006 dans un omnibus du même titre chez Denoël «&amp;nbsp;Lunes d’encre&amp;nbsp;»). En 2002, il a donné une suite officieuse à &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Spaceland&lt;/strong&gt;. Côté non-fiction, sa bibliographie comporte plusieurs titres s’intéressant à la quatrième dimension (&lt;strong&gt;Geometry, Relativity and the Fourth Dimension&lt;/strong&gt;, 1977) ou encore l’édition de &lt;strong&gt;Speculations on the Fourth Dimension: Selected Writings of Charles H. Hinton&lt;/strong&gt;, (1978), ainsi que le présent volume.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-cover-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-q-cover-us_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref. On considère souvent que la quatrième dimension est le temps&amp;nbsp;: dans la perspective einsteinienne, c’est tout à fait le cas, avec trois dimensions physiques et une temporelle. Mais Rucker annonce d’emblée la couleur&amp;nbsp;: il s’agit, dans son ouvrage, d’aborder en premier lieu la quatrième dimension &lt;em&gt;physique&lt;/em&gt;. C’est-à-dire une direction perpendiculaire aux trois autres – gauche-droite, devant-derrière, haut-bas, pour faire simple –, surnommée ana-kata par le mathématicien Charles D. Hinton, même s’il existe bien d’autres manières de la désigner –, et qui nous sera (probablement) à jamais inaccessible. Une dimension supérieure où il est impossible de faire un nœud avec une corde mais pas avec une surface, où il y a plus d’une manière de déplier un hypercube, etc.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-tesseract.gif&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-q-tesseract.gif&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fort utilement, Rucker utilise le principe de l’analogie pour nous faire appréhender la quatrième dimension. Pour comprendre les relations 3D-4D, visualiser les relations 2D-3D s’avère bien pratique. C’est-à-dire s’imaginer ce que pourrait voir ou comprendre un éventuel être ne possédant que deux dimensions physiques. Et, forcément, cela nous ramène à une œuvre séminale en la matière&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;! Le roman d’Edwin A. Abbott est un modèle du genre, qui évite à nos neurones de trop surchauffer pour se représenter ce qui ne peut l’être (à plus forte raison sur un support &lt;em&gt;plat&lt;/em&gt; tel qu’un livre). Accessoirement, &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; est un excellent roman, qui dépasse la simple fantaisie mathématique pour proposer une critique acérée de la société anglaise de la fin du XIXe siècle – et on s’y penchera plus longuement dans un prochain billet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; et son monde bidimensionnel, rebaptisé ici Terreplate, servent donc de matière première à Rucker, qui illustre ses exemples avec une vraie-fausse suite au roman de Abbott. (Ce n’est pas la première fois que notre auteur se réfère à &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt;, ayant publié l’année d’avant la nouvelle &lt;a href=&quot;http://www.rudyrucker.com/transrealbooks/completestories/#_Toc21&quot;&gt;« Message Found in a Copy of Flatland »&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Rucker sait bien ce que l’analogie peut avoir de frustrant par moment, et propose d’autres approches de cette quatrième dimension physique. Bien des concepts sont fort capillotractés, mais Rucker prend soin de ne pas perdre son lecteur. Le livre est fort joliment agrémenté&amp;nbsp;: de nombreux dessins et schémas&amp;nbsp;; des problèmes invitent le lecteur à se creuser le crâne (mais pas d’inquiétude, les solutions sont données en fin de volume)&amp;nbsp;; sans oublier des extraits de textes (de fiction ou non) ayant trait à la quatrième dimension – &lt;strong&gt;Flatland&lt;/strong&gt; en premier lieu, mais aussi «&amp;nbsp;La Maison biscornue&amp;nbsp;» de Robert A. Heinlein.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-q-dessin1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-dessin1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-q-dessin1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un passage entre deux univers…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-dessin3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-q-dessin3.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'équivalent d'un pont Einstein-Rosen en 2D.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-q-dessin2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-q-dessin2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-q-dessin2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La courbure d'un espace 2D…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Probl&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ème 3.1&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
En quatre dimensions, il est possible d’avoir deux espaces 3-D &quot;perpendiculaires&quot; entre eux. Deux tels espaces auraient seulement un plan en commun. Supposez maintenant qu’il existe un espace 3-D perpendiculaire au nôtre, avec ses habitants se déplaçant dessus. Utilisez l’analogie avec Terreplate pour représenter comment ces habitants nous apparaîtraient.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sur le pur plan (pardon) théorique, &lt;strong&gt;La Quatri&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ème Dimension&lt;/strong&gt; est impeccable dans ses deux premières parties, d’autant que l’hypothèse de dimensions supérieures s’avèrent loin d’être dénuées de fondement. Notre univers pourrait ainsi n’être autre que la surface d’un hypervolume. J’ignore toutefois comment cette hypothèse s’articule avec la théorie des cordes, qui fait intervenir plusieurs dimensions supplémentaires, mais repliées sur elles-mêmes, à des échelles minuscules. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2010/10/18/Une-affaire-de-dimensions&quot;&gt;À en lire le bon professeur Lehoucq&lt;/a&gt;, il apparaît toutefois qu’un univers possédant quatre dimensions physiques aurait des difficultés à avoir une forme pareille au nôtre – avec des hyper-galaxies, des hyper-étoiles, des hyper-planètes –, la force de gravitation n’y permettant pas des orbites stables (les planètes s’écraseraient sur le soleil ou seraient éjectées de leur orbite en un rien de temps). La force de gravitation est fonction du carré de la distance dans notre univers à trois dimensions physiques&amp;nbsp;; dans un 4-univers, elle serait fonction du &lt;em&gt;cube&lt;/em&gt; de la distance, ce qui n’autorise pas grand-chose, y compris à l’échelle atomique&amp;nbsp;: les atomes seraient instables. Tant pis pour les hyper-êtres vivants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dommage que la troisième partie vienne doucher l’enthousiasme suscité par les deux premières, lorsque Rucker entreprend d’ajouter le temps à ses réflexions dimensionnelles. Purement spéculatives et ne reposant en définitive sur peu de choses concrètes, les réflexions en question peinent à convaincre. Par exemple, lorsqu’il passe du paradoxe EPR à la synchronicité jusqu’à la démonstration de l’inexistence de la télépathie et de la psychokinésie, ou qu’il s’interroge sur la réalité, pour aboutir à des conclusions me paraissant un chouïa trop subjectives. De fait, assujettir le monde mathématique à ces envolées plus mystiques déçoit et rappellent les théories capillotractées en vogue au XIXe siècle qu’évoque (et dénonce) déjà Rucker au fil de son ouvrage. Dommage (mais Martin Gardner, auteur de la préface, mettait déjà le lecteur en garde).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de sa troisième partie bancale, &lt;strong&gt;La Quatri&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ème Dimension&lt;/strong&gt; reste une lecture passionnante et forme une introduction parfaite aux espaces de dimensions supérieures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>P comme Pas de quatre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/10/P-comme-Pas-de-quatre" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Pas de quatre" />
      <id>urn:md5:6fd47d90e67d5582c2a75764d49ead0b</id>
      <published>2016-11-10T09:30:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-10T10:32:07+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;voL4-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/voL4-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un peu d'escapisme&amp;nbsp;? Où l'on jette un œil curieux sur &lt;strong&gt;Pas de quatre&lt;/strong&gt;, roman de l'auteur britannique Edmund Cooper… Une robinsonnade de l'espace, où quatre individus se retrouvent projetés sur une planète qui n'est pas la Terre, sur une île qui n'est pas exactement déserte…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Pas de quatre [The Transit], Edmund Cooper, traduit de l’anglais [UK] par Claude Saunier. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du Futur&amp;nbsp;», 1964 [1964]. Poche, 240 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Et puis, parfois, on opte dans cet Abécédaire pour une œuvre en vertu de son titre. &lt;strong&gt;Pas de quatre&lt;/strong&gt; pour un tour d’alphabet placé sous ce nombre-là, avouez que c’est marrant. Non&amp;nbsp;? Mmm… bon.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-p-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-p-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas de quatre&lt;/strong&gt; , donc. Il s’agit ici du quatrième roman du Britannique Edmund Cooper, un auteur assez prolifique outre-Manche mais demeuré relativement méconnu en France en dépit d’une huitaine de romans traduits chez différents éditeurs (Opta, Presses de la cité, Marabout, Denoël). Parmi eux, &lt;strong&gt;Le Jour des fous&lt;/strong&gt; a bénéficié de quelques rééditions, la dernière en date remontant à 2009 chez Terres de brume. Le seul véritable titre de gloire de ce romancier, décédé en 1982 à l’âge pas très vénérable de 55 ans, est d’avoir vu sa nouvelle, «&amp;nbsp;The Brain Child&amp;nbsp;», adaptée en un film, &lt;em&gt;The Invisible Boy&lt;/em&gt;, en 1957, avec comme star Robby le robot, tout droit échappé de &lt;em&gt;Planète interdite&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Richard Avery, peintre de son état, est inconsolable depuis le décès de sa petite amie, morte d’une leucémie. Un jour qu’il se promène dans Kensington Gardens, il remarque un cristal bleu par terre. Sans se poser plus de question, il le saisit… et reprend conscience dans une sorte de chambre. Un lieu immaculé. Chambre d’hôpital&amp;nbsp;? Cellule carcérale&amp;nbsp;? S’y trouvent un lit, une malle en-dessous, un fauteuil, et un appareil de communication en forme de machine à écrire. Les interlocuteurs invisibles à l’autre bout du canal obligent Avery à répondre à des questionnaires. S’il refuse, on l’endort… et il faut recommencer. Voilà un jour (si tant est qu’il y ait des jours), l’une des cloisons s’ouvrent. De l’autre côté, une femme&amp;nbsp;: Barbara, une actrice. À peine le temps de sympathiser et d’échanger des hypothèses qu’il leur faut regagner leurs cellules. Plus tard, une autre cloison s’ouvre&amp;nbsp;: une autre femme, Mary, plus réservée. Avery apprend qu’il y a un autre homme, Tom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Puis, sans crier gare, voilà les quatre humains sur une plage. Sur Terre&amp;nbsp;? Haïti ou Tonga&amp;nbsp;? Une deuxième lune vient vite les détromper&amp;nbsp;: ils ne sont pas sur leur monde natal. Les voici livrés à eux-mêmes pour assurer leur subsistance. Et, bientôt, tout semble indiquer qu’ils ne sont pas seuls. Et par «&amp;nbsp;pas seuls&amp;nbsp;», ils n’entendent pas la faune locale – qui évoque des succédanés de lapins ou de rhinocéros – mais d’autres créatures sentientes. Ce sont quatre grands humanoïdes, aux réactions pour le moins belliqueuses… Mais avant de s’en préoccuper, les quatre humains devront d’abord réussir à gérer leur micro-communauté.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-p-cover-us2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-p-cover-us2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par rapport à certains récits contemporains, &lt;strong&gt;Pas de quatre&lt;/strong&gt; surprend par son ton, pas gnangnan pour un sou – à l’exact opposé de la pusillanimité en matière de sexualité d’auteurs de la même époque. Deux hommes et deux hommes seuls (ou presque) sur une île ne vont pas contenter de se regarder dans le blanc des yeux. De fait, le traitement psychologique des personnages surprend agréablement par sa qualité, et l’auteur place l’essentiel de son intérêt dans les relations entre ses personnages – tant les relations entre les deux hommes que celles entre les sexes –, même si certains points de vue ont pris un coup de vieux.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Avery était fasciné par ce qu’il appelait en secret le mécanisme psychologique du groupe. Au début, ils étaient quatre étrangers, en trois jours ils s’étaient nettement séparés en trois couples. Ses rapports avec Barbara, tout comme ceux de Tom et Mary étaient très particuliers. Particulier n’était peut-être pas le mot qui convenait. Ce n’était pas de l’amour et pourtant ça n’était point sans amour. Un amour, qui comme l’invention, était fils de la nécessité. Dans un groupe tel que le leur, chacun dépendait des autres, puisait en eux des forces. Mais il y avait une forme de dépendance plus précise, qui ne paraissait pas liée à la sexualité, et qui n’existait pourtant qu’entre un homme et une femme. Ce n’était point l’amour, ce n’était point le mariage, mais en ces circonstances c’était sans doute bien plus proche de l’amour et du mariage.&amp;nbsp;» (p. 127)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On retiendra Barbara, qui revendique l’envie de laisser le pouvoir de décision aux hommes (comme elle le dit à Avery&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est vous le capitaine. […] Mais j’aime bien faire l’enfant, ça me remonte le moral.&amp;nbsp;» (p. 35)). En revanche, le personnage de Mary demeure malheureusement plus en retrait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chaque membre du quatuor possède une malle, contenant les affaires les plus chères à leur cœur&amp;nbsp;; il s’agit de matériel de peinture en ce qui concerne Avery, mais celle de Tom va susciter pendant longtemps l’interrogation. Lorsqu’Avery en découvrira le contenu, cela lui vaudra d’émettre cette remarque&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Nous sommes dans un Paradis Terrestre, messieurs dames, mais les névroses y sont plus nombreuses que les pommes.&amp;nbsp;» (p. 135-6)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Heureusement, Cooper ne se contente pas de promener ses personnages de crises de nerf en crises de nerf. L’intrigue de cette robinsonnade sur un monde étranger suit son cours, et a fin donne toutes les réponses aux questions que se posaient les personnages (et, incidemment, le lecteur), et les extraterrestres jouent effectivement un rôle dans l’intrigue. À noter que Richard Avery est devenu le pseudonyme de l’auteur pour une tétralogie, &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;The Expendables&amp;nbsp;» &lt;/strong&gt;(1975).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans être un chef d’œuvre impérissable, &lt;strong&gt;Pas de quatre&lt;/strong&gt; s’avère une œuvre agréablement surprenante, et pas trop vieillotte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, seulement d’occasion&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas loin&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>O comme Otesanek</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/08/O-comme-Otesanek" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Otesanek" />
      <id>urn:md5:fab4df56358e1e3fb32a553bbe120bc4</id>
      <published>2016-11-08T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-08T10:53:46+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/23/J-comme-Jabberwocky&quot;&gt;courts-métrages&lt;/a&gt;, et les films &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt;Alice&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/09/F-comme-Faust&quot;&gt;Faust&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/22/C-comme-Les-Conspirateurs-du-plaisir&quot;&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on poursuit l'exploration de la filmographie intriguante du cinéaste tchèque Jan Švankmajer, avec son quatrième long-métrage&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Otesanek&lt;/strong&gt;, l'histoire d'un couple en désir d'enfant… qui se retrouve soudain à s'occuper d'un rejeton en bois et passablement affamé.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Otesanek, Jan Švankmajer (2000). 127 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Faites des enfants, qu’ils disaient…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-poster0.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-poster0.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-o-poster0_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La première scène du film donne le ton, mais s’avère un brin trompeuse. Dans la salle d’attente d’un gynécologue, un homme – Karel – attend sa femme — Bozena – en regardant par la fenêtre. En contrebas, sur un étal de marché, un individu plonge une épuisette dans un bac rempli d’eau… et de bébés. Il en ressort des nourrissons, qu’il emballe à l’attention des clientes. Bon, cela a tout de l’hallucination provoquée par le désir consumant que Karel et Bozena ont d’avoir un enfant. Tout le monde en a, pas eux. Sur les conseils de son voisin, Karel achète une maison de campagne&amp;nbsp;; il faut défricher le terrain, et notamment arracher un arbuste. Oh, voilà que la souche a une forme humanoïde. Karel se sent d’humeur cocasse, il sculpte et polit un peu la souche et la présente à Bozena comme s’il s’agissait d’un véritable bébé. Et Bozena marche à fond – non, en fait, elle &lt;em&gt;court&lt;/em&gt;. Les tentatives de Karel pour la détromper échouent toutes, et notre pauvre manque péter un boulon lorsqu’il voit Bozena mimer une grossesse afin de mieux justifier l’existence du bébé. Contraint de marcher dans la combine, il découvre avec stupéfaction que le bout de bois a pris vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mieux vaut pour Karel accepter la situation. Mais le bébé a faim. Tout le temps. Et si la situation n’était pas déjà assez tendue, elle va le devenir davantage. Mais dans le voisinage, il ne faut pas oublier la jeune Alzbetka, gamine un peu trop fûtée pour son bien, qui va chercher à comprendre le pourquoi du comment. Du moins, si sa mère la laisse faire, si son père cesse de lui mettre une taloche dès qu’elle prononce un mot compliqué, et si ce voisin aussi décrépit que libidineux la laisse tranquille…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img4.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img5.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img6.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img11.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On a pu se le rappeler au long de cette série de billets sur Jan Švankmajer, notre réalisateur s’est fait une spécialité du cinéma d’animation, sans pour autant s’y restreindre. Si ses courts-métrages reposent pour la plupart sur la technique du stop-motion, on peut citer &lt;em&gt;Le Jardin&lt;/em&gt; (1968), entièrement en prises de vue réelles. Parmi les longs-métrages, &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt; était le premier à faire figurer des acteurs réels ayant des lignes de dialogue – &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt;&lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; étant en majeure part animé et raconté par la protagoniste, et les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/22/C-comme-Les-Conspirateurs-du-plaisir&quot;&gt;&lt;em&gt;Conspirateurs du plaisir&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; s’avérant peu bavard –, mais, avec un bébé surtout hors-champ, &lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt; repose essentiellement sur le jeu de ses acteurs. Par bonheur, ceux-ci sont bien dirigés par le cinéaste. On retrouve Pavel Nový, déjà vu dans &lt;em&gt;Les Conspirateurs&lt;/em&gt;…, qui délaisse son rôle de policier tactilement obsédé pour celui d’un père de famille allergique à l’intelligence. La jeune Kristina Adamcová (qui n’a tourné que dans ce film) est impeccable dans le rôle de la gamine précoce, mais c’est Jan Hartl et – surtout – Veronika Zilková que l’on retient, dans le rôle des parents dépassés par leur progéniture. Une progéniture joliment flippante, en plein dans la Vallée de l’étrange. Comme pour &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; ou n’importe quel bon film d’horreur, Švankmajer prend bien soin de peu dévoiler son monstrueux bébé. Dans ses mensurations finales, le grotesque rejeton de bois n’apparaît que peu, et encore, par fragments seulement.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-miam2.gif&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-miam2.gif&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt;, Jan Švankmajer laisse libre cours à ses marottes, et bon nombre d’éléments ou de thématiques présents dans ce film-ci peuvent être reliés à de précédentes œuvres du cinéaste. Cela, à commencer par la bouffe. Dans les précédents courts et longs métrages du réalisateur, nombreux sont les gros plans sur de la nourriture ou sur une bouche&amp;nbsp;; Quentin Tarantino semble avoir un fétichisme des pieds, chez Švankmajer, c’est la bouche (même si celle du monstrueux bébé a parfois l'apparence d'un anus denté). Côté décors, on retrouve le même aspect usé et intemporel des choses. La folie est une autre thématique récurrente, présente dans Faust, exacerbée dans &lt;em&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/em&gt; – dans la continuité duquel s’inscri le présent &lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt;, avec ces personnages cédant à leurs pulsions – et gageons que le film suivant, &lt;em&gt;Les Fous&lt;/em&gt; (2005), ne parle pas de gens sains d’esprit. Sans omettre le fait qu’&lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt; est, à l’instar d’&lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt; (Lewis Carroll), &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/09/F-comme-Faust&quot;&gt;&lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (Goethe aussi bien que Gounod), &lt;em&gt;Les Fous&lt;/em&gt; (Poe) et le futur &lt;em&gt;Insects&lt;/em&gt; (Karel Čapek), une adaptation assez libre d’un texte – ici, celui d’un conte de Karel Jaromír Erben, écrivain tchèque du XIXe siècle connu pour avoir rassemblé bon nombre de contes populaires en recueils. Dans le registre des références, on notera enfin que Švankmajer s’autorise un clin d’œil, son court-métrage &lt;em&gt;Viandes amoureuses&lt;/em&gt; devenant ici une publicité télévisée, que l’infortuné chat était déjà présent dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/23/J-comme-Jabberwocky&quot;&gt;&lt;em&gt;Jabberwocky&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, que le bébé monstrueux rappelle, quant à lui, le bébé cochon d’&lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;, et la cave rappelle celle du court-métrage &lt;em&gt;Dans la cave&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, &lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt; recombine bon nombre d’éléments de la boîte à outils de notre cinéaste, mais on ne ressent pour autant aucun sentiment de redite. Surtout, Švankmajer s’autorise ici des excès inédits, en faisant flirter son film du côté de la comédie horrifique le temps de quelques scènes volontiers «&amp;nbsp;graphiques&amp;nbsp;», et assez inattendues. Inattendue, aussi, les passages en dessins animés, qui illustrent le conte tel que dit par la jeune Alzebtka.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img7.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img8.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img9.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-o-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-o-img10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Que représente Otesanek&amp;nbsp;? Dans un commentaire sur son film, Švankmajer le définit comme l’expression irréprimées de nos pulsions (MAAAANGER &amp;nbsp;!), ou encore comme la Nature en soi – la créature était faite de bois. À chacun de se faire son idée. Pour sa part, votre serviteur opte volontiers pour la première option. Dans la continuité des &lt;em&gt;Conspirateurs du plaisir&lt;/em&gt;, le réalisateur tchèque y dépeint un personnage qui ne cherche même plus à se dissimuler&amp;nbsp;: Otesanek est la pulsion pure. Une avidité irrépressible, dont la personnalité n’évolue guère au fil du film&amp;nbsp;: c’est à peine si Alzbetka parviendra à l’apprivoiser, et seule certaine fatalité, inscrite dans la sagesse séculaire des contes, parviendra à en venir à bout. Peut-être.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref&amp;nbsp;: drôle, cruel, complètement fou, &lt;em&gt;Otesanek&lt;/em&gt; poursuit dans la veine d’excellence des précédents longs-métrages du cinéaste tchèque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en français du moins&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>N comme Le Naurne</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/04/N-comme-Le-Naurne" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Le Naurne" />
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      <published>2016-11-04T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-11-04T15:35:22+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on se perd dans les méandres du &lt;strong&gt;Naurne&lt;/strong&gt;, webfiction en quinze épisodes hantés proposée par Léo Henry, luvan et Laure Afchain l'an passé.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Naurne, Léo Henry, luvan et Laure Afchain, webfiction autopubliée. 15 épisodes d’environ 20 000 signes chacun.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Depuis l’apparition du web, la littérature s’est souvent emparée d’internet afin de faire sortir le livre de son format a priori figé, avec un bonheur variable. Certes, on peut faire remonter les tentatives de lectures actives aux «&amp;nbsp;livres dont vous êtes le héros&amp;nbsp;», ou à des trucs plus sérieux comme &lt;strong&gt;Marelle&lt;/strong&gt; de Julio Cortazar (sympathique mais moins funky qu’un combat contre l’infâme &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor&quot;&gt;Zagor&lt;/a&gt;), mais les possibilités offertes par le html — les liens hypertextes, l’inclusion éventuelle de musiques, de vidéos, etc. – étaient indéniablement excitantes sur le papier. À la lecture, il y avait sûrement à boire et à manger.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-n-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-n-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-n-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Entre octobre 2014 et juillet 2015, Léo Henry – qu’on a pu lire entre autres dans les &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-67&quot;&gt;67&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-74&quot;&gt;74&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-83&quot;&gt;83&lt;/a&gt; –, luvan (auteure du recueil &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/cru_4104&quot;&gt;Cru&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;) et Laure Afchain (graphiste et typographe, œuvrant entre autres pour La Volte) se sont attachés à un projet&amp;nbsp;: le présent &lt;strong&gt;Naurne&lt;/strong&gt;, une fiction en épisode disponible sur le web. Ne connaissant pas suffisamment bien les textes de luvan comme de Léo Henry, votre serviteur est à la peine pour être à même de déterminer qui a écrit quoi – à supposer que la webfiction ait été conçue ainsi, rien n’est moins sûr.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Au centre d'une grande ville européenne, un complexe hospitalier à l'abandon est racheté par un entrepreneur. Les lots sont découpés, les bâtiments réhabilités en logements, les premiers habitants emménagent. Sernin est embauché pour le gardiennage, Nisrin à l’entretien. Les deux jeunes gens découvrent le labyrinthe du chantier, ses recoins, ses sous-sols, et entrevoient des choses qui auraient dû rester cachées. Il y a des bruits derrière les murs. Des ombres au bout des corridors.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’on suite deux protagonistes, Nisrin et Sernin – mais le Naurne lui-même compte comme une figure à part entière. Ancienne taularde, Nisrin est pensionnaire du Naurne&amp;nbsp;; Sernin y bosse comme vigile. Peu à peu, l’un et l’autre découvrent et explorent le Naurne, ses habitants, jusqu’à se rencontrer l’un l’autre. Des événéments se passent, notamment l’incendie d’un libraire, les tensions entre l’association des Amis du Vieux Naurne et la Sofreco qui veut réhabiliter l’ancien hôpital. Sans oublier des disparitions inquiétantes et inexpliquées, la présence d’une douteuse équipe de sécurité, les White Knights, d’une équipe d’exploration urbaine, d’une commissaire de police qui prend les visions de Sernin au sérieux.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le Naurne est construit sur des couches de remblai minier. La colline Saint-Sébastien était un tertre, le complexe hospitalier son pinacle. Un nœud d’énergie. La lumière s’éteint sous la porte de communication. Sernin tend l’oreille. Il a l’impression que les conversations se poursuivent là-bas. Chuchotées. Dans le noir. Les différents dessins se superposent. Il existe un chemin. Le trouver. Le suivre.&lt;br /&gt;
Sernin ne dort pas beaucoup, la nuit.&amp;nbsp;» (Épisode 5)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Chacun des quinze épisodes – tous assez courts et divisés en brefs paragraphes – adopte une forme qui lui est propose, utilisant les ressources du code HTML pour proposer une expérience particulière. L’épisode 1 voit les deux lignes narratives se superposer, celle que l’on lit étant nette au premier plan, l’autre floue au second, un clic permettant de passer de l’une à l’autre&amp;nbsp;; dans l’épisode 2, les paragraphes se succèdent, avec de plus en plus d’espaces entre eux tandis qu’à l’arrière-plan, une forme inquiétante se précise. Dans un contexte tragique, l’épisode 14 déplie, déploie le temps – le suspend. Et caetera. Tous les décrire serait fastidieux, allez donc y faire un tour.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-n-page1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-n-page1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-n-page1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Épisode 1&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-n-page2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-n-page2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-n-page2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Épisode 1&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-n-page3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-n-page3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-n-page3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Épisode 2&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-n-page4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-n-page4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-n-page4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Épisode 6&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;SERNIN: Je suis le gardien. Je suis là pour que rien ne soit cassé.&lt;br /&gt;
LEHMANN: Parce que ce n’est pas déjà le cas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
SERNIN: Pas vraiment. Le Naurne est très résilient. C’est plutôt pour les gens que j’ai peur, maintenant.&lt;br /&gt;
LEHMANN: Quels gens&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;
SERNIN: Eh bien, vous, pour commencer.&amp;nbsp;» (épisode 11)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Naurne&lt;/strong&gt; évoque tout un ensemble d’influence, de &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Hôpital et ses fantômes&lt;/em&gt; de Lars von Trier jusqu’au mini-jeu &lt;em&gt;SCP-087&lt;/em&gt; (qui reste l’un des &lt;u&gt;plus flippants&lt;/u&gt; auxquels j’ai joués… même si tout se passe en fin de compte dans l’esprit du joueur)&amp;nbsp;; Volodine pour le nom des personnages&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; de Mark Z. Danielewski, pour l’emploi parcimonieux de la couleur bleue sur certains mots / cadres, ici tous en lien avec la thématique de l’eau. Danielewski justement&amp;nbsp;: avec son projet au long cours &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/07/F-comme-The-Familiar-T1&quot;&gt;The Familiar&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l’auteur fait rentrer au forceps les séries TV dans un livre&amp;nbsp;; la webfiction littéraire de luvan et Léo Henry s’avère peut-être moins colorée mais plus fluide (nonobstant certains passages d’une compréhension difficile).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Naurne&lt;/strong&gt; conjugue les littératures de genre avec l’expérimentation, avec un certain bonheur quoique inégal. Narrées à la 3e personne, les séquences consacrées à Sernin s’avèrent plus à même de satisfaire l’amateur de mauvais genres&amp;nbsp;; les séquences centrées sur Nisrin, plus expérimentales, façon flux de conscience alternant entre 1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; personne du singulier et 3&lt;up&gt;e personne, sont d’un abord plus ardu, voire abscons – dommage. Le résumé plus haut laisse augurer une lecture lorgnant vers le fantastique&amp;nbsp;: cela n’est pas si simple, et la webfiction s’ingénie à défier les genres, empiétant également sur le roman social et le policier. L’épisode 13 fait mine de proposer des explications, peut-être. Et en fin de compte, votre serviteur n’est pas sûr du tout de tout avoir compris – ou plutôt est sûr de n’avoir pas compris grand-chose. C’est là la beauté de la webfiction&amp;nbsp;: proposer une merveille d’expérimentation, sans se soucier le moindre du monde de l’aspect commercial de la chose. Ainsi, dans &lt;strong&gt;Le Naurne&lt;/strong&gt;, qu’importe l’intrigue&amp;nbsp;: l’expérience de lecture prime, et ne fait guère de concessions. (Et en dépit de toute la sympathie que votre serviteur porte aux œuvres de Léo Henry et luvan, il eût préféré que l’histoire marque moins le pas face à l’expérimentation.)&lt;/up&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.lenaurne.fr/&quot;&gt;nullement&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: pas d’une lecture aisée&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 30 octobre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/02/Journal-d-un-homme-des-bois-30-10-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 30 octobre 2016" />
      <id>urn:md5:d22c8ae2873a7ad1a972195a92714bbf</id>
      <published>2016-11-02T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-11-02T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161030-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161030-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La musique conduit-elle à l'Éveil&amp;nbsp;? Francis Valéry nous raconte une expérience, vécue lors d'un concert d'Amon Düül II à Nantes en 1972…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Placer la pratique musicale au cœur de l’enseignement est l’une des spécificités de &lt;em&gt;Terre Profonde&lt;/em&gt;. S’efforcer de lâcher prise, parvenir à prendre une certaine distance avec tout ce qui nous impose des limites, afin de pouvoir se laisser aller à &lt;em&gt;ressentir la musique en plein conscience&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: voilà qui, je le crois, peut nous aider de manière concrète à progresser sur le chemin qui conduit à l’Eveil – ou pour le moins à nous faire expérimenter ce que l’on peut considérer comme des «&amp;nbsp;instants d’Eveil&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette idée selon laquelle la musique est un des chemins conduisant à la juste perception de la réalité, est apparue il y a déjà longtemps dans mon esprit, au début toute petite, très imprécise et bien fragile… mais assez forte, toutefois, pour refuser de se laisser emporter par le flot de mes pensées. Elle s’est accrochée, elle s’est installée. Puis elle s’est développée au cours des mois – et des années – qui ont suivi une première expérience dont je me souviens avec une extrême précision.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161030-ad2-phallus.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161030-ad2-phallus.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;C’était au cours de la nuit du 3 au 4 juin 1972. Je me trouvais à Nantes, à un festival qui se tenait dans une immense salle omnisport, au Parc des Expositions de la Beaujoire. Il flottait dans l’air des parfums que je découvrais pour la première fois – j’ai vite réalisé qu’il s’agissait simplement d’un mélange d’effluves de patchouli, un parfum utilisé par nombre des personnes présentes, et des senteurs de bâton d’encens distribués par des «&amp;nbsp;Hare Krishnas&amp;nbsp;», comme on les appelait alors. Mais sur le moment, cette sensation olfactive était chargée d’une sensation d’interdit, d’autant que j’avais entendu quelqu’un affirmer, sur le ton de celui qui sait, que «&amp;nbsp;cela sentait le shit&amp;nbsp;». J’y avais cru. J’avais tout juste seize ans et j’étais un adolescent encore très crédule&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si ce que je sentais était pour moi très nouveau, ce que je voyais l’était encore davantage. Une immense toile blanche que les pompiers étaient venus installer en fin de matinée avec leur immense échelle à rallonges, fixée sur un camion, était le lieu d’un spectacle tout bonnement ahurissant. Des formes lumineuses en mouvement et qui semblaient vivantes s’y déployaient&amp;nbsp;; des images fixes apparaissaient soudain, pour un bref instant, noyées dans ce qui évoquait un véritable bouillon de culture – les formes mouvantes me rappelaient les paramécies que j’avais observées au microscope, dans le cours de Sciences Naturelles&amp;nbsp;; il y avait aussi de puissants faisceaux lumineux de toutes les couleurs, des flashs répétitifs générés par des stroboscopes, de soudaines luminescences produites par ce que nous appelions de la «&amp;nbsp;lumière noire&amp;nbsp;», en fait de la lumière ultra-violette. Ce spectacle était ce que l’on appelait un élight-showé et si je connaissais l’existence de compagnies spécialisées dans ces fascinants théâtres de lumières, par la lecture régulière de revues comme &lt;em&gt;Rock and Folk&lt;/em&gt;, c’était la première fois que j’assistais en direct à un light show. Le concept était apparu au cours des années soixante, dans la mouvance psychédélique californienne et n’avait pas tardé à gagner New-York, avant de traverser l’Atlantique. Les grands light-shows fonctionnaient avec une dizaine d’opérateurs pilotant parfois plus de soixante-dix projecteurs&amp;nbsp;! Ils se produisaient dans les festivals pop ou accompagnaient en tournée des groupes comme le Grateful Dead. Je ne suis pas certain de l’identité du light show qui officiait au cours de ce festival. Dans mon souvenir, il avait été présenté comme étant le Joshua Light Show, une compagnie de New York fondée par un certain Joshua White et qui venait parfois en Europe – mais je confonds peut-être avec des articles de presse lus à la même époque. Je sais aussi qu’un autre light show américain, le Light Sound Dimension de Bill Hamm, s’était installé en France au tout début des années soixante-dix, aussi s’agissait-il peut-être, ce week-end là, de l’équipe de Bill Hamm. Deux ou trois semaines plus tard, fin juin 1972, allait se tenir en banlieue parisienne un festival light show avec Soleil Noir, Pyers Light et Morning Glory Cosmic Light. Important à l’époque, le phénomène a rapidement périclité – les light shows autonomes qui se produisaient ça et là ont disparu, tout comme d’ailleurs les grands festivals&amp;nbsp;; la dimension lumineuse des spectacles s’est bientôt limitée aux installations fixes des salles de concert ou à un simple complément visuel géré en interne par les tourneurs ou les producteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Assis sur le sol en béton froid avec mon sac de couchage plié en quatre en guise de coussin, des parfums étranges plein les narines, des lumières encore plus étranges plein les yeux, je n’allais pas tarder à en prendre également plein les oreilles&amp;nbsp;! C’est ce qui arriva dès les premières mesures jouées par le groupe qui venait de prendre possession de la scène. Un groupe originaire d’Allemagne et alors en peine tournée française&amp;nbsp;: il était le 26 mai à Versailles, le 27 à Bienne (petit détour vers la Suisse), le 28 à Strasbourg, le 30 à Bordeaux, le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juin à Lyon. Avec quelques-uns de leurs compatriotes comme Tangerine Dream, Ash Ra Tempel, Cluster, Popol Vuh ou l’omniprésent Klaus Schulze, cette bande de musiciens inventifs et imprévisibles étaient en train de révolutionner la musique occidentale. Le groupe s’appelait Amon Düül II.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161030-ad2-yeti.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161030-ad2-yeti.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Marquons un temps d’arrêt et profitons-en pour faire un bref retour en arrière, pour tenter de «&amp;nbsp;contextualiser&amp;nbsp;» quelque peu l’événement. Cette histoire commence de fait avec la tenue, au début du mois d’avril 1971, d’un «&amp;nbsp;festival pop&amp;nbsp;» – comme on disait alors – à Saint-Gratien, dans le Val-d’Oise. Il semble que l’événement ait rencontré un certain succès puisque les organisateurs voulurent récidiver l’année suivante. Mais la nouvelle mouture du festival va être déplacée – lieu et dates – à deux reprises, pour des problèmes divers. Finalement, il se tiendra à Nantes, au Parc des Expositions de la Beaujoire, au cours du week-end des 3 et 4 juin 1972. L’affiche est très incertaine, les deux reports ayant entraîné de nombreux désistements de la part de groupes ayant donné leur accord initial mais déjà engagés pour les nouvelles dates – il est également possible qu’une partie des retraits soit due à des rumeurs quant à la mauvaise santé financière des organisateurs. Au moment où le festival ouvre ses portes, le samedi à 13h, personne ne sait si deux des principaux groupes prévus – Gong et Magma – seront présents. Et de fait, ils ne viendront pas. D’autres grosses pointures comme Variations avaient déjà annoncé l’annulation de leur participation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté pratique, le tarif pour les deux jours était de 25 francs – ce qui donnait droit à un billet que l’on pouvait acheter à l’avance par correspondance, permettant d’entrer et de sortir de l’immense salle (dans mon souvenir&amp;nbsp;: une gigantesque salle omnisport au sol en béton, avec une grande scène à un bout et des gradins métalliques entassés à l’autre bout, et une entrée unique sur le côté gauche lorsque l’on faisait face à la scène). Je ne sais pas ce qui est comparable et ce qui ne l’est pas, mais 25 F, c’était quasiment le prix d’un disque vinyle 33 tours au code T («&amp;nbsp;Économique&amp;nbsp;») soit 24,25 F – alors que les nouveautés en pressage français sortaient au code B à 31,70 F et les imports à des prix encore plus élevés. Les organisateurs proposaient donc deux jours de musique pour un prix inférieur à celui d’un disque en nouveauté – si l’on se réfère au prix actuel d’un CD ou à celui d’une entrée à un concert d’un artiste unique, force est de constater qu’il s’agissait d’une somme dérisoire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’affiche initiale annonçait trente-six groupes ou artistes mais il semble que seulement seize d’entre eux furent effectivement de la partie. Pour la plupart, il s’agissait de groupes français plus ou moins connus, comme Catharsis, Au bonheur des dames, Mark Robson et le Poing, Dagon, Solitude, Barricade II, Voyage, Heaven Road, Nuances – pour citer les noms de ceux dont je me souviens. Deux groupes avaient fait le déplacement depuis la Belgique&amp;nbsp;: Creative Cranium et Lagger Blues Machine. Deux artistes étiquetés «&amp;nbsp;folk&amp;nbsp;» étaient également présents&amp;nbsp;: Roger Mason et Valérie Lagrange. Quant au groupe vedette, il s’agissait des allemands d’Amon Düül II.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le festival démarra plutôt mal. Heaven Road, un groupe du Mans, fit l’ouverture – et dut cesser de jouer après seulement quelques morceaux, suite à un mouvement de foule et le déclenchement d’une bagarre, entre un service d’ordre dépassé par les événements et une bande de resquilleurs tentant de forcer l’entrée, ces derniers appuyés par une poignée d’indépendantistes bretons. Un grand classique de l’époque où le FLB – Front de Libération de la Bretagne – était sur tous les événements et où il commençait à être de bon ton d’exiger la gratuité d’accès aux festivals de musique. Toute la journée sera constellée de tels incidents, les groupes proposant un «&amp;nbsp;rock and roll&amp;nbsp;» classique, comme Mark Robson et le Poing étant les plus chahutés par la partie du public venue pour entendre les groupes plus progressifs comme Catharsis – et surtout Amon Düül II. L’annonce du retrait de l’affiche de groupes également très attendus comme Gong ou Magma n’arrangera rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La musique comme un des voies possibles sur le chemin de l’Eveil&amp;nbsp;? &lt;em&gt;A posteriori&lt;/em&gt;, ce jour-là, on en était très loin. Au moins jusqu’à la tombée de la nuit et l’arrivée sur scène d’Amon Düül II avec son light-show et ses bonnes odeurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour tout dire, je n’ai aucun souvenir d’ordre musical de ce concert. Je ne sais plus ce qu’ils ont joué. En juin 1972, la discographie d’Amon Düül II était forte d’au moins trois albums&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Phallus Dei&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Yeti&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Tanz der Lemminge&lt;/em&gt; / &lt;em&gt;Dance Of The Lemmings&lt;/em&gt;, sortis respectivement en 1969, 1970 et 1971. &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Amon_D%C3%BC%C3%BCl_II#Discographie&quot;&gt;Leur discographie sur Wikipédia&lt;/a&gt; liste trois autres albums pour la seule année 1972, sans préciser les mois de parution. À l’époque, je connaissais seulement &lt;em&gt;Phallus Dei&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Yeti&lt;/em&gt;. J’ai tout de même quelques souvenirs, plus ou moins incertains, de l’arrivée du groupe et de son installation sur la scène – j’étais dans les premiers rangs. Du concert lui-même, je n’ai que ce souvenir de m’être soudain senti transporté ailleurs – ou plus exactement, d’avoir senti autant que compris qu’une porte était en train de s’ouvrir vers un ailleurs n’ayant rien à voir avec le monde physique qui m’entourait, vers un endroit où tous mes sens – j’en étais certain – pourraient y fonctionner de manière bien plus efficace, allégé que je serais du poids des contraintes, débarrassé de mes limitations d’être humain ordinaire. Il suffisait que je prenne mon courage à deux mains, que je me risque de franchir cette porte, que je m’aventure dans cette autre univers – mais sans savoir s’il me serait possible de revenir en arrière, de réintégrer le monde restreint avec sa réalité étriquée, parcellaire, déformée. C’était tout de même bien tentant… mais également bien effrayant&amp;nbsp;! J’étais en train de réaliser que ce monde-ci était fait d’apparences et de faux-semblants… et que si une vérité existait, c’est là-bas, de l’autre côté, qu’il fallait la chercher. Comme le proclamera trente ans plus tard &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents&quot;&gt;une célèbre série télévisée étasunienne&lt;/a&gt;, une évidence s’imposa à moi&amp;nbsp;: la vérité était «&amp;nbsp;ailleurs&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme je l’ai déjà dit, j’avais tout juste seize ans et cela se passait au mois de juin 1972, trois semaines avant les épreuves du Bac. Je n’avais jamais fumé d’herbe qui fait rire – et ce n’est pas ce soir-là que j’en pris pour la première fois. Je n’étais donc pas &lt;em&gt;stoned&lt;/em&gt; – et je ne crois pas que les vapeurs d’encens mêlées de patchouli aient pu me faire un tel effet&amp;nbsp;! Ce qui avait fait apparaître cette porte vers un ailleurs «&amp;nbsp;plus grand&amp;nbsp;», c’était bel et bien la musique d’Amon Düül II. Certes, il y avait un contexte de dérèglement sensoriel suscité par l’ambiance, le light show, le volume sonore, la fatigue physique et que sais-je encore… Mais l’élément à la fois déclencheur et porteur de ce phénomène, c’était tout de même la musique.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161030-ad2-tanz.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161030-ad2-tanz_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Je passai le reste de l’été à jouer de la guitare dans le groupe que nous avions formé deux ans plus tôt – avec les copains qui m’accompagnaient d’ailleurs à ce festival et avec qui il m’arrive de jouer encore, à l’occasion&amp;nbsp;! Je commençai également à lire des ouvrages sur l’hindouisme et le bouddhisme – un peu comme quelqu’un qui se serait mis à lire des livres sur l’ufologie après avoir observé un OVNI&amp;nbsp;! Ma démarche manquait de sérieux. Je me posais des questions et j’étais seul dans ma recherche d’éléments de réponse, sans personne à qui en parler. Ma quête partait dans toutes les directions, influencé davantage que guidé par ce que je pouvais apprendre dans les revues musicales ou dans &lt;em&gt;Actuel&lt;/em&gt;, dans les livres de Michel Lancelot et surtout dans ceux d’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2014/06/09/Journal-d-un-homme-des-bois-02-06-2014&quot;&gt;Alan Watts&lt;/a&gt; que je n’allais pas tarder à découvrir. Mais comme on dit à la fin des contes, ceci est une autre histoire.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>L'Île</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/11/01/L-Ile" rel="alternate" type="text/html" title="L'Île" />
      <id>urn:md5:aa6a3619c57acb1c8d7c7508afd3e64b</id>
      <published>2016-11-01T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-12-01T10:51:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Peter Watts</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Eriophora and the Island, by Dan Ghiordanescu&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watts-ile-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Qui bâtit les portails spatiaux&amp;nbsp;? Avant de pouvoir bénéficier d'un réseau hyperspatial, il faut bien que des gens se coltinent le gros œuvre. C'est là la mission laborieuse de l'équipage de l'&lt;strong&gt;Eriophora&lt;/strong&gt;, vaisseau qui arpente les espaces interstellaire depuis des éons. Jusqu'au jour où l'&lt;strong&gt;Eriophora&lt;/strong&gt; arrive en vue d'une sphère de Dyson constituée de matière organique : vivante, et intelligente selon toute apparence… Un texte vertigineux, couronné par le Hugo 2010, paru dans le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/revue/bifrost-61&quot;&gt;Bifrost 61&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et que nous vous proposons de (re)découvrir en attendant la sortie d'&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/peter-watts/au-dela-du-gouffre&quot;&gt;Au-delà du gouffre&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, recueil rassemblant les meilleures nouvelles de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/peter-watts/&quot;&gt;Peter Watts&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/peter-watts/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Peter Watts&lt;/a&gt;, traduite par Pierre-Paul Durastanti et extraite de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/peter-watts/au-dela-du-gouffre&quot;&gt;&lt;em&gt;Au-Delà du Gouffre&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/peter-watts/l-ile&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 30 novembre 2016. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;watts-ile-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watts-ile-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption align=&quot;center&quot;&gt;
&lt;p&gt;Illustration © &lt;a href=&quot;https://www.artstation.com/artist/ghiordanescu&quot;&gt;Dan Ghiordanescu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; 
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Star Trek : dans le doute, reboote (3/3)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/28/Star-Trek-3" rel="alternate" type="text/html" title="Star Trek : dans le doute, reboote (3/3)" />
      <id>urn:md5:360f6ce6a22aa2f525ccb18fe0be5ab1</id>
      <published>2016-10-28T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-10-28T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-3-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-3-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2002, &lt;strong&gt;Star Trek&amp;nbsp;: Némésis&lt;/strong&gt; semblait sonner le glas de la saga &lt;strong&gt;Star Trek&lt;/strong&gt; – glas entériné par la fin, trois ans plus tard, de &lt;strong&gt;Enterprise&lt;/strong&gt;, dernière série à ce jour sur petit écran… Une saga ronronnante en dépit de ses titres ronflants, et, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, tout juste bonne à intéresser un public de vieux fans. Jusqu’à ce que J.J. Abrams, le créateur des séries &lt;strong&gt;Alias&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Lost&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Fringe&lt;/strong&gt; et le sauveur de la franchise &lt;strong&gt;Mission&amp;nbsp;: Impossible&lt;/strong&gt;, ne soit appointé sur le projet de reboot…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 2002, &lt;em&gt;Star Trek&amp;nbsp;: Némésis&lt;/em&gt; semblait sonner le glas de la saga &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; – glas entériné par la fin, trois ans plus tard, de &lt;em&gt;Enterprise&lt;/em&gt;, dernière série à ce jour sur petit écran… Une saga ronronnante en dépit de ses titres ronflants, et, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, tout juste bonne à intéresser un public de vieux fans. Jusqu’à ce que J.J. Abrams, le créateur des séries &lt;em&gt;Alias&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Lost&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Fringe&lt;/em&gt; et le sauveur de la franchise &lt;em&gt;Mission&amp;nbsp;: Impossible&lt;/em&gt;, ne soit appointé sur le projet de reboot…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Troisième époque&amp;nbsp;: dans le doute, reboote&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-3-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-3-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-3-poster1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek&lt;br /&gt;
J. J. Abrams, 2009&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Comment raconter à nouveau la même vieille histoire… si ce n’est en la racontant différemment&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Origin story&lt;/em&gt; , le film débute lorsque l’&lt;em&gt;USS Kelvin&lt;/em&gt; est attaqué par un monstrueux vaisseau romulien. Capitaine du vaisseau pendant exactement douze minutes, George Kirk a tout juste le temps de donner un nom à son fils, qui vient de naître à bord d’une navette de sauvetage, avant de jeter le Kelvin contre la nef romulienne. Enfant indiscipliné, James Tiberius Kirk ne s’assagit guère en grandissant. Néanmoins, le capitaine Pike lui donne une chance de s’engager dans Starfleet. Trois ans plus tard, et suite à ses frasques, Kirk n’est pas convié à bord de l’&lt;em&gt;USS Enterprise&lt;/em&gt; lorsque celui-ci appareille pour Vulcain avec les autres vaisseaux de la Fédération afin de faire face à une menace inconnue…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et c’est reparti pour un tour, pas dénué de surprises&amp;nbsp;: on croit connaître l’histoire mais, univers parallèles oblige, celle-ci n’est plus exactement la même. Après les mises en scènes plan-plan des précédents volets de la saga, Abrams nous offre un film faisant preuve d’une jolie fluidité et d’une photographie réussie. Le film marie ombre et lumières avec brio – c’est une orgie de lense flares (mais ce ne serait pas un film de J.J. Abrams sans). Le sense of wonder est indéniablement présent, que ce soit dans les scènes spatiales – l’&lt;em&gt;USS Kelvin&lt;/em&gt; face au Narada – ou celles se déroulant sur le plancher des vaches – Kirk filant en moto sur fond de buildings futuristes. Au fil des péripéties, qui s’enchainent sans temps morts, la caméra virevolte d’un personnage à un autre avec maestria, sans jamais donner le tournis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout au plus pourra-t-on regretter quelques coïncidences faciles, et un méchant pas très convaincant. «&amp;nbsp;Je m’appelle Nero, ce qui veut dire &quot;noir&quot; en italien, j’ai des vilains tatouages partout sur le visage et j’habite dans un vaisseau à l’ambiance glauque.&amp;nbsp;» Mouais. Le film paraît lorgner par endroit du côté de &lt;em&gt;N&lt;/em&gt;&lt;em&gt;émésis&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: quelques scènes, notamment celles avec le vaisseau romulien toisant l’Enterprise, ont des airs de clins d’œil&amp;nbsp;; quant à Nero, il a des faux airs de Shinzon. Des défauts véniels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car la moindre des choses à propos de ce &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; rebooté – le terme adéquat serait plutôt re-boosté – par J.J. Abrams est l’intense sentiment de jubilation qu’il procure. À ce titre, l’ultime scène est du pur fan service, et c’est exquis. Les personnages cultes sont là, chacun à droit à son quart d’heure de gloire – sans oublier l’émouvant caméo de Leonard Nimoy. Et l’ensemble est porté par une musique au thème majestueux et plein d’entrain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, un retour en forme.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair et on ne passe pas&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-3-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-3-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-3-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek into Darkness&lt;br /&gt;
J.J. Abrams, 2013&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Pour avoir violé la Prime Directive, qui interdit le contact avec les peuplades dites primitives, dans le but de voler au secours de M. Spock, James T. Kirk est rétrogradé au rang de premier officier de l’Amiral Pike. Et les deux hommes ont du pain sur la planche&amp;nbsp;: un ancien officer de Starfleet, un certain John Harrison, veut détruire l’organisation. Après avoir provoqué une explosion dans un centre de recherches secret, il décapite l’élite de Starfleet – ce qui a pour effet de ramener Kirk sur le devant de la scène, avec pour mission de traquer Harrison. Mais (bien entendu) les choses ne sont exactement pas ce qu’elles paraissent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des points positifs, &lt;em&gt;Star Trek Into Darkness&lt;/em&gt; est d’une très jolie facture. Certes, Abrams abuse de sa marque de fabrique – lenses flare à gogo –, mais les images sont belles, lumineuses, chatoyantes et colorées. Quant à la partition de Michael Giacchino, elle s’intègre bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais… ce douzième épisode se base sur une fausse bonne idée, à savoir refaire/réinterpréter &lt;em&gt;La Col&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère de Khan&lt;/em&gt;. Pour les trekkies, l’identité du personnage joué par Cumberbatch ne fait jamais le moindre doute et le suspense qui est ménagé autour s’avère inutile. Pour ceux qui n’ont pas vu l’original de 1982&amp;nbsp;: c’est qui ce Khan&amp;nbsp;? Certes, et sans grande surprise, Cumberbatch excelle dans le rôle, déployant sa partition habituelle d’individu froid et super intelligent. Du côté des autres personnages, les interactions Kirk/Spock font mouche de nouveau, mais on pourra regretter que les autres membres d’équipage soient délaissés – les deux femmes, Uhura et le Dr Marcus, font pratiquement de la figuration et c’est fort dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une autre erreur est de centrer essentiellement cet épisode sur la Terre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, c’est censément l’espace, la découverte de nouvelles planètes et de nouvelles civilisations… chose qui n’est abordée que lors du prologue et le temps d’une excursion du Kronos, le monde d’origine des Klingons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dernière erreur, et pas la moindre&amp;nbsp;: le caractère exagérément sombre de l’intrigue. Trop de sérieux et de sombre finit par peser, et &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; n’en a pas besoin. Avec le précédent volet, J.J. Abrams a choisi de dépoussiérer la saga&amp;nbsp;: chose salutaire, mais qui s’est faite au détriment du caractère de la série, qui s’égare en chemin dans ce &lt;em&gt;Into Darkness&lt;/em&gt;. Certes, autres temps, autres attentes…&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: pair et on passe (avec quelques regrets)&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-3-poster3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-3-poster3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-3-poster3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek Sans Limites&lt;br /&gt;
Justin Li, 2016&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;La fin de &lt;em&gt;Star Trek into Darkness&lt;/em&gt; laissait envisager un épisode suivant qui reviendrait au cœur de la saga, à savoir l’exploration de mondes nouveaux lors d’une expédition de cinq ans. Le début de &lt;em&gt;Sans Limites&lt;/em&gt; nous plonge en plein dedans, avec Kirk en pleine négociation avec une race alien&amp;nbsp;; on apprend un peu plus tard que le capitaine a déjà dépassé la moitié de sa mission quinquennale… et qu’il commence à en avoir assez. Après une mission où Kirk échoue à remplir sa mission d’ambassadeur, l’&lt;em&gt;Enterprise&lt;/em&gt; fait escale sur la station Yorktown mais en repart bientôt, pour partir secourir l’équipage d’un vaisseau censément en détresse sur une planète perdue au seine d’une nébuleuse non-cartographiée. Mais il s’avère que c’est là un piège, et des essaims de vaisseaux disloquent l’Enterprise&amp;nbsp;: Kirk et les siens doivent s’éjecter, et atterrissent sur cette planète. La plupart sont faits prisonniers par Krall, le tyran local. Kirk va avoir fort à faire pour les délivrer… et neutraliser une menace pesant sur la Fédération.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Visuellement, &lt;em&gt;Star Trek Sans Limites&lt;/em&gt; est assez beau… mais moins que le précédent volet. Si la station Yorktown est un décor intéressant, Li oublie d’insuffler pleinement dans les scènes s’y déroulant l’indispensable &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; – il suffirait que certaines scènes d’exposition durent juste un poil plus longtemps. Côté bande originale, Michael Giacchino ne fait cette fois pas vraiment des merveilles, signant une partition assez anecdotique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce treizième épisode reste un rien bancal. Les enjeux de l’intrigue sont un peu moins élevés que dans &lt;em&gt;Into Darkness&lt;/em&gt; – ce n’est pas une mauvaise chose en soi –, mais l’histoire peine à passionner, et l’on s’ennuie un peu. Le seul véritable moment d’émotion provient de l’hommage rendu à Leonard Nimoy, décédé alors que le film était en préproduction. Rien d’aussi émouvant hélas pour Anton Yelchin, décédé peu avant la sortie du long-métrage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des bons aspects, on retiendra la dynamique des personnages, qui, en choisissant de séparer les protagonistes, amènent à se focaliser sur autre chose que la relation Kirk-Spock. Tandis que Kirk et Chekov se débrouillent autant qu’ils peuvent, McCoy et Spock doivent se supporter… et se soutenir mutuellement&amp;nbsp;; Scotty fait équipe avec Jaylah&amp;nbsp;; enfin, Uhura a l’occasion (un peu) de briller face à Krall. (Au passage&amp;nbsp;: adieu le Dr Marcus&amp;nbsp;? Censément membre à part entière de l’équipage à la fin d’&lt;em&gt;Into Darkness&lt;/em&gt;, elle est absent de ce nouveau volet. Espérons que le personnage de Jaylah restera de la partie pour un éventuel quatorzième épisode.) Quant à Idriss Elba, il est mésemployé&amp;nbsp;: prendre un acteur de sa carrure pour n’en faire pas grand-chose à part un méchant lambda&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble forme un épisode sympathique, à défaut d’inoubliable, et qui ne décolle jamais vraiment.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair et on ne passe pas (avec quelques doutes)&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;And beyond&amp;nbsp;?&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Si la production de &lt;em&gt;Star Trek Sans Limites&lt;/em&gt; a été hâtée pour coller aux cinquante ans de la saga initiée par Gene Roddenberry, l’avenir reste plus flou du côté du grand écran&amp;nbsp;: Chris Pine et Zachary Quinto, interprètes respectifs de Kirk et Spock, ont signé pour un quatrième volet, mais on ne sait rien de plus. D’ici que les choses bougent de ce côté-là, on pourra regarder une nouvelle série télévisée, &lt;em&gt;Discovery, &lt;/em&gt;douze ans après la fin de Enterprise. &lt;em&gt;Discovery&lt;/em&gt; verra le jour en mai 2017 sur la chaîne américaine CBS, et, à la différence des récents longs-métrages, sera rattachée à l’univers originel.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Star Trek : une nouvelle génération (2/3)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/27/Star-Trek-2" rel="alternate" type="text/html" title="Star Trek : une nouvelle génération (2/3)" />
      <id>urn:md5:67a540b2e139a61b073eec89ba78af12</id>
      <published>2016-10-27T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-10-27T10:49:43+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-2-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au moment où la série &lt;strong&gt;Star Trek: The Next Generation&lt;/strong&gt; quitte le petit écran après sept saisons, elle investit le grand. L’occasion de solder les comptes de l’équipage de la série originelle, et d’amener le spectateur à (re)faire connaissance avec le capitaine Jean-Luc Picard et son équipage. Reste la question&amp;nbsp;: la règle, certes empirique, pair/impair = bon film/mauvais film a-t-elle toujours cours&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment où la série &lt;em&gt;Star Trek: The Next Generation&lt;/em&gt; quitte le petit écran après sept saisons, elle investit le grand. L’occasion de solder les comptes de l’équipage de la série originelle, et d’amener le spectateur à (re)faire connaissance avec le capitaine Jean-Luc Picard et son équipage. Reste la question&amp;nbsp;: la règle, certes empirique, pair/impair = bon film/mauvais film a-t-elle toujours cours&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Deuxième époque&amp;nbsp;: une nouvelle génération&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-2-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-2-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-2-poster1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek Generations&lt;br /&gt;
David Carson, 1994&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Les héros vieillissent, les six films tirés de la série originelle nous l’ont montré au fil des treize années sur lesquelles se sont réparties leurs sorties. Mais les héros meurent aussi… Ce qui constitue comme un prologue à ce septième long-métrage voit Kirk, alors à la retraite, disparaître lors de l’inauguration de l’&lt;em&gt;Enterprise NCC-1701-B&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: un vaisseau en détresse appelle à l’aide et l’&lt;em&gt;Enterprise&lt;/em&gt; est le seul bâtiment à même d’intervenir. Mais une sorte de mystérieux ruban énergétique, le Nexus, rend la manœuvre difficile et cause la perte de Kirk. Parmi les rescapés, Tolian Soran, un scientifique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soixante-dix ans plus tard, Jean-Luc Picard, capitaine de l’&lt;em&gt;Enterprise NCC-1701-D&lt;/em&gt;, se retrouve confronté à ce même Tolian Soran. Soran qui veut à tout prix retourner dans le Nexus et les dimensiosn idylliques qu’il permettrait d’atteindre, quitte à sacrifier un système stellaire ou deux dans l’affaire… Magie du Nexus, Picard va recevoir un coup de main d’un allié inattendu&amp;nbsp;: James T. Kirk &lt;em&gt;himself&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette aventure se place sous le signe du temps qui passe. Et on le sent, le temps qui passe, à la vision de ce film, pas exempt de longueurs – disons qu’on s’y ennuie parfois poliment. Le long-métrage possède cependant quelques bons moments, comme la rencontre entre Picard et Kirk – notamment lorsque le second prépare une omelette au premier. La scène est touchante, et le passage de flambeau entre les deux générations se fait à merveille. En guest stars, on notera les présences de Malcolm «&amp;nbsp;Orange mécanique&amp;nbsp;» McDowell et Whoopi Goldberg.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair et on garde&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-2-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-2-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-2-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek&amp;nbsp;: Premier Contact&lt;br /&gt;
Jonathan Frakes, 1996&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Nouvel ennemi&amp;nbsp;: après les Klingons, désormais membres de la Fédération, et les Romuliens, ce sont les Borgs, créatures biomécaniques ayant une fâcheuse tendance à vouloir assimiler toute forme de vie présente sur leur chemin. «&amp;nbsp;Toute résistance serait futile.&amp;nbsp;» Un ennemi que le capitaine Picard connaît bien, pour avoir été leur prisonnier quelques années plus tôt (situation racontée dans le double épisode Le Meilleur des deux mondes (S03E26/S04E01)). L’ &lt;em&gt;Enterprise&lt;/em&gt; sauve la Terre d’une attaque borg, mais une capsule de survie s’échappe et fuit dans le passé, précisément le 4 avril 2063, veille de l’invention du moteur Warp et du premier contact de l’humanité avec une autre civilisation extraterrestre. Et les Borgs ont bien l’intention de saborder ce premier contact. Bref, Picard et son équipage ont du pain sur la planche pour que l’Histoire se déroule comme elle est censée se dérouler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À plusieurs égard, on peut rapprocher ce &lt;em&gt;Star Trek: Generations&lt;/em&gt; de &lt;em&gt;Star Trek IV Retour sur Terre&lt;/em&gt;. Dans les deux cas, le film est réalisé par l’un des acteurs de la série – ici, c’est Jonathan Frakes, alias le second Riker, déjà réalisateur d’une douzaine d’épisodes (de &lt;em&gt;The Next Generation&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Deep Space Nine&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Voyager&lt;/em&gt;) qui s’en sort avec tous les honneurs pour ce premier long-métrage. Enfin, les deux aventures sont situées dans le passé – le passé de l’univers mis en place, pas le nôtre, en ce qui concerne ce &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, ce huitième se épisode se regarde avec grand plaisir&amp;nbsp;: meilleure gestion des personnages, méchants plutôt convaincants, meilleurs effets spéciaux, et surtout une fin qui pourra arracher une petite larme au fan (ou à celui qui se sera regardé toute la série filmique d’affilée), lorsque se fait la jonction avec un moment-clé de l’univers de la saga. Sans être un chef d’œuvre, cet épisode de la franchise s’avère une agréable réussite.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: pair et on garde&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-2-poster3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-2-poster3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-2-poster3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek&amp;nbsp;: Insurrection&lt;br /&gt;
Jonathan Frakes, 1998&lt;/h2&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Can anyone remember when we used to be explorers&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dès le début champêtre, pastoral, bucolique, on sent qu'on va s'ennuyer. Même lorsqu'on se rend compte que les habitants sont surveillés et qu'il rôde dans les environs un Data en mode Bad Guy.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pendant que le commandant Riker se la coule douce auprès de la conseillère Deanna Troi, le capitaine Picard conte fleurette à Anij, une jolie humaine d’âge mûr vivant, avec les siens, sur une planète excitant la convoitise de certains. Et pour cause&amp;nbsp;: ses anneaux émettent un champ (des «&amp;nbsp;radiations métaphysiques&amp;nbsp;») assurant aux habitants de ce paradis une jeunesse éternelle. Une race quelque peu décrépite (ils sont obligés de subir des liftings à longueur de temps) veut prendre possession de cette planète, avec la bénédiction de la Fédération. Mais les choses ne se passeront pas comme prévu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt; était une réussite, autant &lt;em&gt;Insurrection&lt;/em&gt; ressemble fort à un épisode de série télé artificiellement étiré. Bien que le plus court de tous les Star Trek avec 103 minutes au compteur, celui-ci paraît en durer le double.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’on retrouve ici des thématiques similaires à &lt;em&gt;Star Trek&amp;nbsp;: Generations&lt;/em&gt; au sujet du temps, de la jeunesse, de l’éternité, etc. Et le temps qui passe… passe… lentement. L’histoire traîne en longueur, à peine saupoudrée de quelques batailles spatiales. On se croirait dans &lt;em&gt;La Petite Maison &lt;s&gt;dans la prairie &lt;/s&gt; dans l’espace&lt;/em&gt;. Bref, un épisode tout aussi mauvais, pour des raisons différentes (à part la présence d'un gamin aussi blondinet qu'exaspérant), que &lt;em&gt;La Menace fantôme&lt;/em&gt;, qui sortira l’année suivante. Comme quoi, quand on veut, &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; peut être aussi raté que &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’autant que le film pâtit d’une photographie assez terne, de scènes d’action sans souffle, d’effets spéciaux ayant pris un coup de vieux, quand ils ne sont pas inachevés. De fait, les fonds bleus lors de la séquence finale à bord du collecteur semblent avoir été oubliés… De fait, le film dans son entièreté semble assez cheap et a davantage vielli que les autres. Et ce n’est pas Picard dansant (brièvement) le mambo qui sauve &lt;em&gt;Insurrection&lt;/em&gt; du naufrage.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair et on passe&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-2-poster4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-2-poster4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-2-poster4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek&amp;nbsp;: Némésis&lt;br /&gt;
Stuart Baird, 2002&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Alors que le sénat romulien débat de la nécessité d’accepter une alliance avec Shinzon, le leader rebelle de Remus, planète jumelle de Romulus, une arme dézingue la plupart des «&amp;nbsp;colombes&amp;nbsp;». Ailleurs, le capitaine Picard trouve sur la planète Kolarus III des morceaux d’androïdes&amp;nbsp;: assemblés, cela donne un proto-Data. Picard l’ignore encore, mais il s’agit là d’un appât. Bientôt, le voilà confronté à Shinzon… qui s’avère être son clone, créé par les Romuliens pour de sombres objectifs aujourd’hui abandonnés. Et Shinzon veut détruire toute vie sur Terre. Picard va devoir réfléchir sur lui-même pour contrer les sombres desseins de sa némésis…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le dixième épisode de la saga, Jonathan Frakes cède son poste de réalisateur à Stuart Braid, dont il s’agira du troisième et dernier film. Braid est plus réputé pour son travail d’éditeur (notamment sur les derniers James Bonds), et, de son propre aveu, ne connaissait pas grand-chose à Star Trek quand on l’a propulsé réalisateur de &lt;em&gt;Nemesis&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le résultat est bancal&amp;nbsp;: la photographie un peu moins terne qu'à l'accoutumée lors des scènes sur Kolarus III&amp;nbsp;; le budget consacré aux effets spéciaux a lui aussi augmenté, notamment lors de scènes de batailles spatiales. Et le jeune Tom Hardy, en clone maléfique de Picard, s’en sort pas mal du tout, quand bien même il a tendance à trop se couler dans la facilité du moule «&amp;nbsp;Oh, regardez comme je suis méchamment méchant&amp;nbsp;». Mais cet épisode provoque l’ennui à peine moins souvent qu’&lt;em&gt;Insurrection&lt;/em&gt;, et – spoiler en approche – ce n’est pas le sacrifice final de Data qui sauve la chose. Si le résultat demeure un brin meilleur que le précédent volet, &lt;em&gt;Nemesis&lt;/em&gt; donne toutefois l’impression d’une franchise à bout de souffle. La fin du film est à la fois conclusive (mort de Data, Riker quittant l’&lt;em&gt;Enterprise&lt;/em&gt; pour devenir le capitaine de son propre vaisseau) et ouverte (B4 comme remplaçant de Data).&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair et on passe&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’en retenir&amp;nbsp;? De cette série de quatre films &lt;em&gt;La Nouvelle G&lt;/em&gt;&lt;em&gt;énération&lt;/em&gt;, il est ardu de tirer quelque régle numérique pair/impair. Abandonnant la numérotation, &lt;em&gt;G&lt;/em&gt;&lt;em&gt;énérations&lt;/em&gt;, septième film donc de la saga, est sympathique&amp;nbsp;; le neuvième, &lt;em&gt;Insurrection&lt;/em&gt;, est mauvais. L’unique film a vraiment valoir le coup d’œil est le huitième de la saga, &lt;em&gt;Premier Contact&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; tandis que le dixième, &lt;em&gt;N&lt;/em&gt; &lt;em&gt;émésis&lt;/em&gt;, se contente d’être platement oubliable. Un bilan assez maigre. Reste à voir ce qu’il en est avec le récent reboot…&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Star Trek : impair ou passe (1/3)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/26/Star-Trek-1" rel="alternate" type="text/html" title="Star Trek : impair ou passe (1/3)" />
      <id>urn:md5:3e6ee23b7810840a8ddb7e771d7eaf9c</id>
      <published>2016-10-26T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-10-26T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-1-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-1-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; fête donc en cette année 2016 ces cinquante d’existence, et assez joliment, avec la sortie sur les écrans d’un treizième long-métrage, &lt;em&gt;Star Trek sans limites&lt;/em&gt;, et l’annonce d’une nouvelle série télévisée, &lt;em&gt;Star Trek Discovery&lt;/em&gt;. L’occasion rêvée pour se repencher sur les films, au sujet desquels une légende veut que, dans le lot, ceux numérotés pairs sont qualitativement supérieurs à ceux numérotés impairs… Voyons cela de plus près.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La saga &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; fête donc en cette année 2016 ces cinquante d’existence, et assez joliment, avec la sortie sur les écrans d’un treizième long-métrage, &lt;em&gt;Star Trek sans limites&lt;/em&gt;, et l’annonce d’une nouvelle série télévisée, &lt;em&gt;Star Trek Discovery&lt;/em&gt;. L’occasion rêvée pour se repencher sur les films, au sujet desquels une légende veut que, dans le lot, ceux numérotés pairs sont qualitativement supérieurs à ceux numérotés impairs… Voyons cela de plus près…&lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;Star Trek, impair ou passe&amp;nbsp;?&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-1-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-1-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-1-poster1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek, The Motion Picture&lt;br /&gt;
Robert Wise, 1979&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Dix ans après la série télé originelle, &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; s’en va explorer les salles obscures. Derrière la caméra, un Robert Wise vieillissant – ce sera d’ailleurs son avant-dernier film. Robert Wise donc, à qui l’on doit le meilleur film d’épouvante jamais réalisé, &lt;em&gt;La Maison du diable&lt;/em&gt;, ainsi que&lt;em&gt;West Side Story&lt;/em&gt; et… &lt;em&gt;La M&lt;/em&gt;&lt;em&gt;élodie du bonheur&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Star Trek, The Motion Picture&lt;/em&gt; lorgne néanmoins du côté de &lt;em&gt;2001, L&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Odyssée de l’espace&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques années ont passé depuis la mission quinquennale du capitaine Kirk. Mais voilà que la Terre se retrouve menacée par un immense nuage, qui absorbe planètes et vaisseaux sur son passage. Tout juste refait à neuf, l’&lt;em&gt;Enterprise&lt;/em&gt; est le seul vaisseau disponible pour partir au-devant du nuage. Le chemin jusqu’aux lisières du système solaire n’est pas sans embûches, mais l’équipage de l’Enterprise se retrouve bientôt confronté à l’énigmatique V’Ger.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Robert Wise est un bon réalisateur, quel que ce soit le genre auquel il s’attaque&amp;nbsp;: la comédie musicale avec &lt;em&gt;West Side Story&lt;/em&gt;, le fantastique horrifique avec &lt;em&gt;La Maison du diable&lt;/em&gt;. Ici, la SF. Soutenu par des effets spéciaux, dus à Douglas Trumbull et qui tiennent encore pas trop mal la route, trente-cinq ans après sa sortie, &lt;em&gt;Star Trek, The Motion Picture&lt;/em&gt; est du genre à s’imposer comme une réussite. Mais que le film est long&amp;nbsp;! Rester éveiller les 137 minutes qu’il dure est une véritable gageure, et ce n’est pas sans raison que cette première adaptation sur grand écran de la saga est surnommé &lt;em&gt;Star Trek, The Motionless Picture&lt;/em&gt; (ou Star Trek, The Slow Motion Picture, c’est selon).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le pré-générique – une ouverture symphonique sur fond étoilé – donne le ton. Le film est d’un sérieux imperturbable, qui privilégie un certain hiératisme, dans les dialogues ou les images, à l’action. De fait, c’est long, c’est lent… Chaque scène s’étire un peu trop&amp;nbsp;; dans les dialogues, il semble s’écouler une demi-seconde de trop entre chaque réplique. Néanmoins, certaines séquences, comme l’exploration de l’intérieur de V’Ger, sont d’une beauté remarquable et forment une réplique à &lt;em&gt;2001&lt;/em&gt;, onze ans après. &lt;em&gt;Star Trek, The Motion Picture&lt;/em&gt; assume pleinement sa portée métaphysique, et le final est à la hauteur des ambitions. Rencontre avec l’Autre, émergence d’une nouvelle forme de vie… l’essence de la série initiée par Gene Rodenberry. Mais encore faut-il ne pas s’être endormi avant.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair mais on ne passe pas.&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-1-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-1-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-1-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek II, La Colère de Khan&lt;br /&gt;
Nicholas Meyer, 1982&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Ici, on abandonne la métaphysique pour l’aventure. Conçu à l’origine comme deuxième et dernier film de la série, il inaugure en réalité un arc narratif qui va courir sur encore deux longs-métrages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve un personnage de la série originelle&amp;nbsp;: Khan, apparu dans l’épisode &lt;em&gt;Space Seed&lt;/em&gt; de la première saison de la série originelle, et condamné à l’exil sur une planète hostile. Khan Noonien Singh, humain génétiquement modifié, conçu pour être supérieur, veut se venger de Kirk, qu’il tient pour responsable de son bannissement. Un concours de circonstance l’amène à capturer le commandant Tchekov et à apprendre l’existence du mystérieux projet Genesis. À bord de l’Enterprise, Kirk (devenu amiral) et Spock vont tâcher d’empêcher le projet Genesis de tomber entre les mains de Khan – dussent-ils y laisser leur vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parachuté dans la franchise &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, Nicholas Meyer fait de son mien, octroyant la part belle à l’action et aux relations entre les personnages. Cela n’empêche pas cette &lt;em&gt;Col&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère de Khan&lt;/em&gt; de générer un ennui certain. La faute à quoi&amp;nbsp;? À une action somme toute assez mollassonne, à un méchant bodybuildé manquant de charisme et qui jamais ne se confronte à Kirk en un face à face bien viril. Khan est souvent présenté comme l’un des meilleurs méchants de la saga&amp;nbsp;: qu’on permette à l’auteur de ces lignes de protester. Khan peine à convaincre en mutant censément génial qui finit berné par un truc assez con. Tout n’est pas à jeter, et de ce deuxième long-métrage, on retiendra surtout les dernières scènes, pleines d’émotion.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: pair et on passe.&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-1-poster3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-1-poster3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-1-poster3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek III, À la recherche de Spock&lt;br /&gt;
Leonard Nimoy, 1984&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;À la recherche de Spock&lt;/em&gt; &amp;nbsp;? Ah, amiral Kirk, tu as mal cherché ton ami. Si le Vulcain est absent pour l’essentiel du champ des caméras, c’est parce qu’il est derrière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;À la recherche de Spock&lt;/em&gt; est la suite directe de &lt;em&gt;La Col&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère de Khan&lt;/em&gt; – comme le prouve le pré-générique, qui reprend les images finales du deuxième opus. Spock a donné sa vie pour que survive l’équipage de l’Enterprise&amp;nbsp;; la vie a éclos sur la planète Genesis, avec un développement accéléré de sa flore&amp;nbsp;; quant au projet Genesis, il intéresse fortement les Klingons, qui vont tenter de s’en emparer. Charge au capitaine Kirk de contrecarrer leurs visées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’instar de &lt;em&gt;La Colère de Khan&lt;/em&gt;, À la recherche de Spock ressemble à un épisode de série artificiellement étiré sur près de deux heures. C’est long, l’action y est mollassone, l’émotion rare – en dépit. Mais le finale, situé sur Genesis, est réussi – presque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quand on pense que &lt;em&gt;Le Retour du Jedi&lt;/em&gt; est sorti l’année précédente, ce troisième &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; fait cependant peine à voir. On remarque d’ailleurs que l’épisode VI de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; n’a pas été sans influencer légèrement ce film-ci (par exemple, le grotesque familier du méchant Klingon semble tout droit échappé de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair et on passe.&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-1-poster4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-1-poster4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-1-poster4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek IV, Retour sur Terre&lt;br /&gt;
Leonard Nimoy, 1986&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Un vaisseau cylindrique est en approche de la Terre, où il provoque de violentes perturbations climatiques. Toute tentative de communication avec eux n’aboutit à rien. L’équipage de l’&lt;em&gt;Enterprise&lt;/em&gt; (qui, suite aux événements du film précédent, navigue à bord du &lt;em&gt;Bounty&lt;/em&gt;, un navire klingon) finit par comprendre que les seuls êtres à même d’entrer en contact avec ces aliens mystérieux seraient les cétacés… Mais, sur Terre, ils ont disparu. La solution&amp;nbsp;: aller en chercher dans le passé. Et voilà Kirk, Spock, McCoy et compagnie propulsés dans le San Francisco de 1986, sans autre arme que leur sagacité, avec pour mission le sauvetage de deux baleines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour sa seconde réalisation dans la saga initiée par Gene Rodenberry, Leonard Nimoy rajoute un ingrédient totalement absent des précédents longs-métrages&amp;nbsp;: l’humour. Et ça marche incroyablement bien&amp;nbsp;: les interactions entre les personnages fonctionnent du tonnerre, le décalage futur/présent (qui est désormais aussi notre passé) provoque de jolis quiproquos. Et, &lt;em&gt;last but not least&lt;/em&gt;, le message écologique fait mouche. Sans oublier l’inquiétude produite par ces aliens invisibles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un quatrième volet qui s’avère incontestablement une réussite. Par la suite, le Leonard Nimoy réalisateur s’essaiera à d’autres genres&amp;nbsp;: la comédie romantique avec &lt;em&gt;Trois Hommes et un b&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ébé&lt;/em&gt;, le drame avec &lt;em&gt;Le Prix de la passion&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: pair et on ne passe pas&amp;nbsp;!&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-1-poster5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-1-poster5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-1-poster5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek V, L’Ultime Frontière&lt;br /&gt;
William Shatner, 1989&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Après Leonard Nimoy, c’est au tour de William Shatner de passer derrière la caméra. Dès le générique, le ton est donné&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Trek V&lt;/em&gt; se veut un retour aux sources. Le film reprend la même musique que &lt;em&gt;Star Trek, The Motion Picture&lt;/em&gt;, et même ambition métaphysique. Tout est dans les deux premières scènes – Sybok, l’antagoniste, soignant un individu&amp;nbsp;; Kirk escaladant une falaise à mains nues –, l’ultime frontière est intérieure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, &lt;em&gt;Star Trek V&lt;/em&gt; s’attaque à la question de la foi. Dieu se situerait sur une planète de l’autre côté de la Grande Barrière. Mais le détail que nos héros oublient, c’est qu’une barrière ne sert pas forcément à empêcher quelqu’un de se rendre en un endroit, ça peut aussi servir à contenir quelque chose, fût-il Dieu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce cinquième volet de la saga est celui de la discorde. Les uns, grandement majoritaires, le considèrent comme le plus mauvais, les autres, dont votre serviteur, estiment que c’est là un avis un brin péremptoire. D’accord, l’humour est souvent bon enfant, parfois assez balourd&amp;nbsp;; certes, les effets spéciaux sont cheap (mais pas beaucoup plus que dans les volets &lt;em&gt;II&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;III&lt;/em&gt;), Shatner en fait parfois trop, mais le trio Kirk-Spock-McCoy a droit à un joli traitement. Au début comme à la fin lui faisant écho, on voit ce trio chanter des chansons auprès d’un feu de camp&amp;nbsp;: trois vieux amis dont un extraterrestre, cette scène aurait pu être écrite par Clifford D. Simak.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à Sybok, c’est l’un des méchants les plus réussis de la saga sur grand écra, – peut-être justement parce qu’il ne s’agit pas d’un véritable méchant, voulant détruire la Fédération et blablabla (cet objectif-ci est remplie par un Klingon agressif, et ridicule). Charismatique, Sybok (joué par un Laurence Luckinbill parfait dans son rôle) est habité par sa mission, et sa désillusion n’en sera que d’autant plus grande.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’Ultime Frontière&lt;/em&gt; n’est pas le navet intersidéral que l’on veut croire, et il ne me paraît pas pire que &lt;em&gt;La Col&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère de Khan&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;À la recherche de Spock&lt;/em&gt;, et on peut en retrouver des échos dans certaines nouvelles d’Eric Brown.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdict&amp;nbsp;: impair et on ne passe pas, non&amp;nbsp;!&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/startrek-1-poster6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;startrek-1-poster6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.startrek-1-poster6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h2&gt;Star Trek VI, Terre inconnue&lt;br /&gt;
Nicholas Meyer, 1991&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Et c’est reparti pour un dernier tour, avec au commande de ce sixième épisode le réalisateur du second et Nimoy en cosignataire du scénario. Et en une dizaine d’années, Nicholas Meyer a eu le temps de mieux comprendre la saga &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le temps passe, les héros vieillissent et le savent… mais la relève est assurée. Tout commence ici avec l’explosion d’une lune minière appartenant aux Klingons. Cet incident les affaiblissant, les Klingons décident de normaliser leurs relations avec la Fédération. Charge à l’Enterprise d’accompagner le chancelier klingon jusqu’à l’endroit où devront être signés les accords de paix. Mais le chancelier est assassiné, et Kirk aura fort à faire pour préserver la paix.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est là un épisode réussi avec son intrigue policière/géopolitique, en écho direct avec l’actualité de l’époque, qui s’avère plus complexe que d’habitude, ainsi que truffé de clins d’œil littéraires et cinématographiques. Le rôle de William Shatner est ici plus effacé (et ce n’est pas forcément un mal). Dans les seconds rôles, on remarquera Christopher Plummer et la fort charmante Iman, alias Mme Bowie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour Kirk et son équipage, c’est la dernière mission. Ou plutôt l’avant-dernière&amp;nbsp;: le film s’achève sur les images de l’Enterprise filant pour un dernier voyage. Quelle destination&amp;nbsp;? Au spectateur de l’imaginer. Un indice&amp;nbsp;: c’est la 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; étoile à droite, puis tout droit jusqu’au matin. Le générique de fin, où viennent s’inscrire les signatures des acteurs principaux, envoie un petit pincement au cœur du spectateur. La relève est assurée dès le départ, lorsqu’on voit le Lieutenant Sulu ayant pris du galon et devenu le capitaine de son propre vaisseau.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Verdit&amp;nbsp;: pair et on ne passe pas.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Qu’en retenir&amp;nbsp;? Les six premiers films de la saga sont d’une qualité variable mais généralement bonne, qui tient pour bonne part à Leonard Nimoy — l’acteur-réalisateur (et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/10/14/M-comme-Mr-Spock-s-Music-From-Outer-Space&quot;&gt;chanteur&lt;/a&gt;) ayant participé de près à l’élaboration de deux des meilleurs films, le IV et le VI. Ce sont ces deux-là qu’on retiendra, avec le I. Et le V, parce que ce n’est pas un navet. Enfin&amp;nbsp;: la règle des mauvais &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; impairs et des bons &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; pairs ne semble guère tenir la route. Qu'en sera-t-il avec les films tirés de la série &lt;em&gt;La Nouvelle Génération&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale : Episode 76</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/23/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-76" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale : Episode 76" />
      <id>urn:md5:b465b44fd8ee15df898d1a2dec54f470</id>
      <published>2016-10-24T09:30:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:04:26+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi76-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi76-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke concluent (à nouveau) leur tour d'horizon des séries télévisées américaines, avec cet épisode consacré aux séries diffusées le dimanche&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Westworld&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Westworld&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Westworld&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Ash vs. Evil Dead&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Westworld&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;The Strain&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Westworld&lt;/strong&gt;,&lt;strong&gt; Berlin Station&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Graves&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Westworld&lt;/strong&gt;. Et &lt;strong&gt;Westworld&lt;/strong&gt; aussi un peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au programme :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi76-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi76-series.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 20 octobre 2016</title>
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      <published>2016-10-22T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-10-22T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161020-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161020-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où Francis Valéry se retrouve contraint à quelques heures de repos forcé, l'occasion pour lui de lire &lt;strong&gt;Electrosound&lt;/strong&gt;, recueil d'articles paru à l'occasion de l'exposition éponyme qui a lieu récemment à la Fondation EDF…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le froid s’est abattu sans crier gare et le temps a viré à l’humidité. Mes vieux os n’ont que fort peu apprécié ce changement un rien brutal. Cela fait maintenant plusieurs dizaines d’années que, de temps en temps, mes vertèbres lombaires me jouent des tours – j’ai remarqué que le froid et l’humidité sont parmi les facteurs déclencheurs. Par ailleurs, je n’aurais sans doute pas du m’engager, seul, dans la reconstruction du toit de l’avancée, au-dessus de la porte de ma cuisine – et encore moins jouer au jeune homme en hissant à bout de bras les grandes plaques de couverture que j’ai fabriquées avec des lattes de plancher jointives. Tout cela pour dire que cela fait désormais deux semaines que j’ai des douleurs assez présentes dans le bas du dos, au point de ne pouvoir à certains moments ne serait-ce que marcher. Je consomme donc une bonne dose d’anti-inflammatoires, ce qui me permet de tenir le coup en me ménageant (enfin… en essayant de me ménager), le temps que ça s’arrange un peu et que je puisse aller passer des radios. Rien de plus banal&amp;nbsp;! Si ce n’est que je n’aime guère l’idée de croquer encore plus de médicaments, de devoir enclencher la petite vitesse et de voir les choses en retard s’accumuler… alors que les projets jouent des épaules et se bousculent pour attirer mon attention&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du coup, je n’ai pas tout à fait terminé l’avancée de toiture et je n’ai pas eu le temps de passer la tondeuse une dernière fois avant l’installation durable de la froidure&amp;nbsp;! Détails, me direz-vous. Ce n’est pas faux. Il y a plus important dans la vie que de s’efforcer de maintenir un devant de porte pas trop encombré par les herbes folles. Je me plains… mais pour tout dire, j’ai passé une bonne partie de ces heures de repos forcé à lire, ce qui ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161020-electrosound.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161020-electrosound.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ainsi ai-je dévoré &lt;em&gt;Electrosound&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: un recueil d’articles dirigé par Jean-Yves Leloup, constituant le catalogue (plus de deux cents pages) de l’exposition du même nom, qui s’est tenue à l’Espace Fondation EDF, du 25 mai au 2 octobre dernier. L’ouvrage présente quelques articles historiques et des encarts consacrés à des instruments et dispositifs, trois entretiens avec Jean-Michel Jarre, Ralf Hütter (co-fondateur de Kraftwerk) et François Pachet (directeur du Sony Computer Science Laboratory), ainsi que des réflexions sur l’avenir de la musique électronique. L’ensemble m’a semblé assez bien équilibré entre une approche didactique s’adressant au grand public et des réflexions plus pointues qui ne manqueront pas de titiller ceux qui, aujourd’hui, travaillent au sein de ce vaste domaine. L’article de Roland Cahen, titré «&amp;nbsp;Nouvelles extensions du domaine instrumental&amp;nbsp;», est particulièrement intéressant. On y lit par exemple des réflexions comme celle-ci&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;La spatialisation des musiques électroacoustiques est devenue un enjeu en soi. Aujourd’hui, le concert est sonorisé en multicanal, grâce à des systèmes de spatialisation, des effets sonores de position, de trajectoires, et d’animation des sources. Si les nombreux procédés développés à ce jour ont montré leurs limites, les meilleurs actuellement sont l’Ambisonic et la WFS qui permettent de spatialiser de manière précise la perception des sons parmi le public, et de créer chez chacun des spectateurs une illusion identique quant à la position du son dans l’espace d’écoute. Ces outils ouvrent vers de nouveaux modèles musicaux comme la musique cinétique dans laquelle le mouvement du son devient alors partie intégrante de la composition musicale. Il ne suffit plus de donner des impressions d’immersion, de balader le son ou de faire de jolies bascules entre des plans, mais d’animer l’espace musical comme une nouvelle dimensions expressive de la composition musicale et de l’orchestration.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est la première fois que je vois exprimé de manière aussi claire, pertinente, évidente, ce que je ressens moi-même et ce vers quoi je tente de me rapprocher, avec mes modeste compétences – et en utilisant un empilement d’amplis stéréo pilotant, deux par deux ou quatre par quatre, plusieurs dizaines d’enceintes acoustiques disposées dans ma «&amp;nbsp;pièce à musique&amp;nbsp;»&amp;nbsp;! Je suis bien conscient des limites du procédé&amp;nbsp;: la musique composée et mixée dans un acousmonium ne peut être correctement ressentie que par un très petit nombre d’auditeurs en même temps, installés aussi près que possible de l’endroit précis où se tenait le compositeur&amp;nbsp;; la musique cinétique ne pourra se populariser que si on peut la donner à entendre à un nombre plus important d’auditeurs et dans une salle de concert&amp;nbsp;: d’où la nécessité, comme le souligne Roland Cahen, de «&amp;nbsp;créer chez chacun des spectateurs une illusion identique quant à la position du son dans l’espace&amp;nbsp;». Sans doute que seule l’informatique peut concourir à cette création.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté jardin, voici venu le moment où l’écorce des troncs d’eucalyptus se détache en fragments de toutes tailles et formes et où les dernières tomates immatures s’apprêtent à être transformées en confiture de tomates vertes – expression qui ne manque jamais de me faire penser au magnifique film réalisé en 1991 par Jon Avnet&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Beignets de tomates vertes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161020-ecorce.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161020-ecorce.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale : Episode 75</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/21/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-75" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale : Episode 75" />
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      <published>2016-10-21T08:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:04:04+02:00</updated>
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              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi75-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi75-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où vont les préférences des deux compères de la Bibliothèque orbitale lorsqu'il s'agit de séries&amp;nbsp;? Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke passent en revue les séries télé américaines diffusées le vendredi sur les networks et le câble, l'occasion de discuter des mérites de &lt;strong&gt;The Exorcist&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Hawaii 5-O&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Z-Nation&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Quarry&lt;/strong&gt; (ou de leur absence)…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au programme :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi75-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi75-series.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale : Episode 74</title>
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      <published>2016-10-20T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:03:21+02:00</updated>
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              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi74-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi74-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En viendront-ils aux mains&amp;nbsp;? À bord de la Bibliothèque orbitale, Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke continuent de passer en revue les séries télévisées américaines — celles du jeudi pour ce nouvel épisode —, y chantent les louanges de &lt;strong&gt;The Blacklist&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;The Good Place&lt;/strong&gt;, et s'écharpent au sujet de &lt;strong&gt;Legend of Tomorrow&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Supernatural&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au programme :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi74-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi74-series.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale : Episode 73</title>
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      <published>2016-10-19T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:02:47+02:00</updated>
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        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi73-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi73-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&amp;quot;/&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À bord de la Bibliothèque orbitale, Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke mettent les bouchées doubles (littéralement) et nous offrent rien moins qu'un double épisode pour ces séries américaines diffusées le mercredi. Au programme, une heure et demi d'échanges entre nos deux chroniqueurs au sujet des génériques des séries TV, et aussi de &lt;strong&gt;Blind Spot&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Law and Order SVU&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Lethal Weapon&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;American Horror Story&lt;/strong&gt; et bien d'autres…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au programme :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi73-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi73-series.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale : Episode 72</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/18/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-72" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale : Episode 72" />
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      <published>2016-10-18T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:02:24+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi72-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi72-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke continuent de passer en revue les séries télévisées US. Dans ce nouvel épisode, le duo s'attaquent aux séries diffusées le mardi&amp;nbsp;: accords et désaccords sur &lt;strong&gt;Agents of SHIELD&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;The Flash&lt;/strong&gt; ou encore, en moins super-héroïque, &lt;strong&gt;This Is Us&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;No Tomorrow&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au programme :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi72-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi72-series.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale : Episode 71</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/17/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-71" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale : Episode 71" />
      <id>urn:md5:4ccdbe3dfa8b95823dec50a0ad971ea6</id>
      <published>2016-10-17T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:01:59+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi71-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi71-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous&amp;nbsp;: l'an passé, Philippe Boulier et son ami Wilfrid Tiedtke passaient en revue l'actualité des séries TV au travers des épisodes &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/29/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-62&quot;&gt;62&lt;/a&gt; à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/27/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-69&quot;&gt;69&lt;/a&gt; de ce podcast spatial et alcoolisé. Les voilà qui reviennent, plus remontés que jamais&amp;nbsp;! Au programme de cet épisode, les séries du lundi&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Timeless&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Supergirl&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Lucifer&lt;/strong&gt; et bien d'autres…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au programme :&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi71-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi71-series.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>M comme Mr Spock's Music From Outer Space</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/14/M-comme-Mr-Spock-s-Music-From-Outer-Space" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Mr Spock's Music From Outer Space" />
      <id>urn:md5:6a3b784e3b321864c57581a5064e38fb</id>
      <published>2016-10-14T15:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-10-14T15:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À mille parsecs de la polémique sur la pertinence des choix effectués par le jury du Nobel de littérature, l'&lt;strong&gt;Abécédaire&lt;/strong&gt; tend une oreille attentive sur la production musicale de feu Leonard Nimoy — l'interprète du plus fameux des Vulcains fut chanteur aussi — et s'injecte dans les oreilles son premier album, &lt;strong&gt;Mr Spock's Music from Outer Space&lt;/strong&gt;, vingt-minutes d'un plaisir gentiment régressif.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Leonard Nimoy presents: Mr Spock’s Music From Outer Space, Leonard Nimoy (Dot Records, 1967). 11 morceaux, 25 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il n’aura pas échappé à grand-monde en cette année 2016 que la saga Star Trek fêtait ses cinquante ans en septembre. Histoire de fêter cela, un treizième film est sorti&amp;nbsp;: l’inégal &lt;em&gt;Star Trek sans limites&lt;/em&gt; de Justin Li, et une nouvelle série télévisée a été annoncée sur CBS&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Trek: Discovery&lt;/em&gt;, dirigée par Bryan Fuller. Pour notre part, contentons-nous dans cet Abécédaire d’effectuer un saut dans le temps de quelques quarante-neuf années, pour écouter &lt;em&gt;Leonard Nimoy presents: Mr Spock&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Music From Outer Space&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-m-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-m-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-m-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans cette fin d’années 60, le merchandising &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; devait battre son plein – mais, bon, le reprocher serait assez malvenu, compte tenu du fait que la situation est exactement la même actuellement. À cette différence que les acteurs commettent un peu moins de disques de nos jours.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’ajouter de plus&amp;nbsp;? Le titre du disque en révèle le contenu. Il s’agit de morceaux originaux, de reprises ou de variations, avec pour point commun la thématique des étoiles&amp;nbsp;; et de fait, &lt;em&gt;Leonard Nimoy presents: Mr Spock&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Music From Outer Space &lt;/em&gt;débute, forcément, par une reprise du thème de la série &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; composé par Alexander Courage. Sympathique, swinguant, avec ses sonorités électroniques surannées&amp;nbsp;: voilà qui donne le ton. Avec «&amp;nbsp;Alien&amp;nbsp;», Leonard Nimoy prendre la parole et nous raconte l’histoire d’un extraterrestre. Notre Mr Spock préféré pousse ensuite la chansonnette sur «&amp;nbsp;Where Is Love?&amp;nbsp;», (une reprise du musical &lt;em&gt;Oliver!&lt;/em&gt;) et, mine de rien, la voix grave et suave de Nimoy fait merveille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais comment ne pas résister à «&amp;nbsp;Music to watch space girls by&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Enjoué, un brin nostalgique, ce morceau instrumental est incontestablement l’un des sommets de l’album, avec ses «&amp;nbsp;ooooh&amp;nbsp;» suaves et ses synthés Moogs acides, qui transporte l’auditeur de cette deuxième décennie dans une époque où on s’imaginait sûrement encore qu’on irait sur Mars d’ici l’an 2000. Un shoot de plaisir régressif (devenu également le générique de &lt;a href=&quot;https://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=17&amp;amp;t=7023&quot;&gt;certaine récente émission radiophonique&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/zlG7Zrr-WQA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Formant contrepoint au précédent morceau, «&amp;nbsp;Beyond Antares&amp;nbsp;» est un autre instrumental au tempérament mélancolique. «&amp;nbsp;Twinkle Twinkle Earth&amp;nbsp;» est un autre texte parlé, où Mr Spock s’amuse (autant qu’un Vulcain puisse s’amuser) sur le renversement des perspectives. En l’occurrence, l’interversion entre étoile et terre, pour un texte gentiment naïf&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Have you considered the possibility that on a star, the star-people wish upon an earth?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La face B débute par une nouvelle reprise&amp;nbsp;: le thème de &lt;em&gt;Mission: Impossible&lt;/em&gt;. Sympa mais anecdotique. Plus intéressant est «&amp;nbsp;Lost in the stars&amp;nbsp;», où Nimoy chante du Kurt Weill. «&amp;nbsp;Where No Man Has Gone Before&amp;nbsp;» est une nouvelle variation sur le thème de &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, plus douce que la première. Des quelques chansons chantées par Leonard Nimoy, «&amp;nbsp;You Are Not Alone&amp;nbsp;» est certainement la plus réussie, où l’acteur fait montre d’une voix de velours et pleine de nuances.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Have you ever wondered when you gazed up in the sky,&lt;br /&gt;
watching stars like diamonds shining there on high,&lt;br /&gt;
that somehow in that great unknown&lt;br /&gt;
you may find you are not alone.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le disque se conclut par «&amp;nbsp;A Visit to a Sad Planet&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: c’est là une entrée du journal de bord d’un officier en mission dans un coin un peu paumé de la Voie lactée, officier qui se rend sur une planète en ruines&amp;nbsp;; il y découvre un survivant qui lui raconte que ce monde, autrefois beau, a péri à cause de la folie de ses habitants… Une conclusion en forme de cri d’alarme, et qui détonne passablement au sein de ce disque à l’humeur plutôt légère.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-m-shatner.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-m-shatner.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-m-shatner_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Disque fort bref (même pas 25 minutes au compteur), &lt;em&gt;Leonard Nimoy presents: Mr Spock&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Music From Outer Space&lt;/em&gt; s'écoute en entier &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=LiR2LcdoMj8&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt; et vaut certainement mieux que &lt;em&gt;The Transformed Man&lt;/em&gt;, paru l’année suivante et commis par William Shatner. Là où le disque de Nimoy est globalement léger et sympathique, celui de Shatner est volontiers pompeux et d’une écoute assez chiante&amp;nbsp;: le capitaine Kirk s’y prend de déclamer du Shakespeare entre deux reprises de chansons folk. On oubliera.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-m-discog.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-m-discog.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-m-discog_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans son album suivant, Nimoy tente déjà de se défaire de l’image de Spock qui lui est (et restera) irréductiblement attachée&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Two Sides of Leonard Nimoy&lt;/em&gt; (1967). La pochette et le titre ne mentent pas&amp;nbsp;: une face A sous influence &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, une face B plus rock et country. C’est d’ailleurs sur ce disque que l’on trouve l’ironique «&amp;nbsp;Highly Illogical&amp;nbsp;» et l’inénarrable «&amp;nbsp;Ballad of Bilbo Baggins&amp;nbsp;». Les trois albums qui suivent (&lt;em&gt;The Way I feel&lt;/em&gt; (1968), &lt;em&gt;The Touch of Leonard Nimoy&lt;/em&gt; (1969) et &lt;em&gt;The New World of Leonard Nimoy&lt;/em&gt; (1969 aussi)) délaissent entièrement l’imagerie trekkie. Cette poignée d’albums sortis à la fin des années 60 constitue la seule incursion musicale de Nimoy, incursion sans grande postérité&amp;nbsp;: selon &lt;a href=&quot;http://https/www.discogs.com/fr/artist/278871-Leonard-Nimoy&quot;&gt;Discogs&lt;/a&gt;, seul &lt;em&gt;Leonard Nimoy presents: Mr Spock&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’s Music From Outer Space &lt;/em&gt;a bénéficié d’une (unique) réédition en CD, au milieu des années 90. Le même site liste les autres œuvres de Nimoy, qui consistent essentiellement en lectures à voix haute de textes de science-fiction (forcément), comme ceux de Wells, Bradbury ou Heinlein.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter qu’il existe un autre disque, titré également &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=Q-BbnOt3reQ&quot;&gt;&lt;em&gt;Music from Outer Space&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Sorti en 1962, cet album est dû à Franck Comstock. L’écoute en est sympathique, et à défaut de retenir l’attention par rapport au disque de Nimoy (parce que Nimoy, quoi&amp;nbsp;!), constitue un agréable fond sonore. (Signalons, à toutes fins inutiles, qu’il existe un &lt;em&gt;Music from Outer Space&lt;/em&gt; plus récent (1999), de l’Allemand Bernd Kistenmacher. N’ayant pu écouter le disque en question, je me contente d’indiquer son existence.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écouter maintenant &lt;em&gt;Leonard Nimoy presents: Mr Spock&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Music From Outer Space&lt;/em&gt;, c’est s’offrir une douce piqûre de nostalgie. Pourquoi pas&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L comme Landfall</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/12/L-comme-Landfall" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Landfall" />
      <id>urn:md5:07e91a577984b17612dabeaa0437617c</id>
      <published>2016-10-12T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-10-12T10:01:36+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-l-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-l-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Prolonger le plaisir avec &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/10/12/www.belial.fr/stephen-baxter/&quot;&gt;Stephen Baxter&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: notre auteur poursuit souvent le développement de ses romans dans des nouvelles. Avec le recueil inédit en français &lt;strong&gt;Landfall&lt;/strong&gt;, c'est un troisième volume conclusif qu'il offre au diptyque apocalyptique &lt;strong&gt;Déluge/Arche&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Landfall, Stephen Baxter. Roadswell Editions, 2015. 190 pp, édition numérique.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Stephen Baxter est un habitué de la chose&amp;nbsp;: un certain nombre de ses nouvelles et novellas se rattachent à un ou plusieurs romans.&lt;strong&gt;Vacuum Diagrams&lt;/strong&gt; vient ainsi compléter le cycle des «&lt;strong&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Xeelees &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Resplendent&lt;/strong&gt; fait de même avec les &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Enfants de la destinée&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Phase Space&lt;/strong&gt; offre de nouveaux récits en rapport plus ou moins proche avec les &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Univers multiples&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Sans oublier &lt;strong&gt;Newton&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s Aliens&lt;/strong&gt;, qui offre trois novellas dérivant de &lt;strong&gt;Anti-glace&lt;/strong&gt;, mais écrites plus de quinze après la parution du roman original, ou le plus récent &lt;strong&gt;Obelisk&lt;/strong&gt;, recueil dont une partie des nouvelles complètent le diptyque&lt;strong&gt;Proxima&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Ultima. &lt;/strong&gt;Seuls les cycles &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mammoth&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Time’s Tapestry&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Northland&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, et la trilogie de la NASA semblent ne pas avoir de tels appendices.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’objet de ce billet, &lt;strong&gt;Landfall&lt;/strong&gt;, se rattache à l’univers mis en place dans le diptyque &lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éluge&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Arche&lt;/strong&gt; – dont Claude Ecken vous parlait par &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/deluge&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/arche&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, et Bruno Para par &lt;a href=&quot;http://https/www.belial.fr/blog/deluge-2&quot;&gt;là&lt;/a&gt;. (Pour être précis, ce court recueil numérique provient du recueil papier &lt;strong&gt;Universes&lt;/strong&gt;, contenant aussi les trois novellas antiglacées et deux autres textes.) Pour mémoire, ce diptyque raconte une fin qui commence là, paf, maintenant (2016), et attention, ça va spoiler grave.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Vous êtes prévenus.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-l-floodark.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-l-floodark.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsque &lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éluge&lt;/strong&gt; débute, le niveau des océans ne cesse de monter, et il apparaît assez vite que la fonte des glaciers n’y est pas pour grand-chose. Face à cette inéluctable montée des eaux, les gens s’organisent comme ils peuvent pour assurer leur survie, en attendant une éventuelle décrue. A mesure que celle-ci devient de plus en plus illusoire et que les places se font chères sur les zones les plus élevées du globe, certains mettent les bouchées doubles pour que l’humanité ait un futur&amp;nbsp;: les Arches. Il y en aura trois&amp;nbsp;: deux demeurent sur Terre, mais la troisième s’élance vers les étoiles, dans l’espoir de trouver une planète habitable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit d’&lt;strong&gt;Arche&lt;/strong&gt; commence un peu avant la fin de &lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éluge&lt;/strong&gt;. On y suit les derniers préparatifs de la construction d’Arche Un, cette nef spatiale censée emmener quelques dizaines d’humains vers un hypothétique nouveau foyer. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu, et, au dernier moment, des désespérés s’imposent de force parmi les voyageurs, événement qui créera fatalement des tensions. Mue par une propulsion Alcubierre, qui déforme l’espace-temps autour de l’Arche afin de lui permettre un déplacement supraluminique, Arche Un quitte le système solaire pour un voyage au long cours – mais faisable en une vie humaine, la nef n’est pas un vaisseau générationnel –, laissant les Terriens à leur triste sort. Arche Un se dirige vers 82 Eridani, où se situe une planète potentiellement habitable, sobrement surnommée Terre II. Las, son orbite est instable et la zone habitable se situe à son équateur&amp;nbsp;: cela n’empêche pas un petit groupe de voyageurs de choisir de coloniser cette planète. L’équipage d’Arche Un se divise encore&amp;nbsp;: les uns retournent vers la Terre, tandis que les autres se dirigent vers une autre planète candidate, Terre III, à 30 années-lumière de là…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-l-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-l-cover.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les trois novellas rassemblées dans &lt;strong&gt;Landfall&lt;/strong&gt;, titrées respectivement «&amp;nbsp;Earth II&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Earth III&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Earth I&amp;nbsp;», forment une conclusion au diptyque. Les deux premières furent publiées dans &lt;em&gt;Asimov&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s&lt;/em&gt;, la dernière est inédite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme son titre l’indique très clairement, «&amp;nbsp;Earth II&amp;nbsp;» se déroule sur la planète éponyme, quatre siècles après sa colonisation. Une planète majoritairement océane, à l’orbite instable et où coexistent des nations désormais adverses, et revenues à un stade pré-industriel, faute de matières du genre charbon, acier, uranium… Les uns se raccrochent précieusement au souvenir des Fondateurs, dont ils vénèrent les reliques. Les autres ne voient pas les choses ainsi. Comme Xaia Windru, une femme forte qui entreprend la conquête de ce monde, nullement exempt de mystères. Par exemple, la Pourpre, une sorte d’organisme monocellulaire capable de s’assembler pour former des structures plus grandes&amp;nbsp;; ou encore, cette mythique Cité des Morts Vivants, située loin au nord. Des mystères que Xaia va tenter d’éclaircir, tout en affermissant sa philosophie&amp;nbsp;: du passé, faisons table rase.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Earth II&amp;nbsp;» s’empare de la thématique du passé&amp;nbsp;: qu’en faire quand celui-ci devient encombrant&amp;nbsp;? S’y accrocher comme une bernique à son rocher&amp;nbsp;? Ou aller de l’avant, s’adapter à son mode&amp;nbsp;? Il n’y a pas de demi-mesure…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Earth III&amp;nbsp;» se passe mille ans après l’arrivée des colons. Comme sur Earth II, la société s’est segmentée en fonction du lieu où se trouvent les habitants. De fait, cette troisième Terre, qui orbite autour d’une naine rouge, présente toujours la même face à l’astre. Au point substellaire, là où le soleil demeure au zénith et où les étoiles sont absentes, le culte de la Simulation a prospéré&amp;nbsp;: un culte qui remonte à Arche Un, où l’un des voyageurs s’était mis en tête qu’il vivait dans une simulation informatique (non)&amp;nbsp;; les problèmes avaient surgi au moment où il a tenté d’ouvrir le hublot pour prouver ses dires. Bref. Lorsque le fils du clan scientifique, situé non loin du terminateur, cette zone crépusculaire, fuit avec la fille du dirigeant du culte, ce dernier se lance sur ses traces. Une fuite longue d’un demi-monde, qui va mener les fuyards au point antistellaire…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette deuxième nouvelle reprend l’hypothèse de la simulation (rien de nouveau, elle a déjà cours&amp;nbsp;: vivrait-on dans un hologramme&amp;nbsp;? &lt;a href=&quot;http://motherboard.vice.com/fr/read/selon-elon-musk-nous-vivons-probablement-dans-une-simulation&quot;&gt;Même Elon Musk se pose la question&lt;/a&gt;). Les cultistes ont des arguments intenables mais comment faire raisonner des fanatiques&amp;nbsp;? Cette fois, Baxter réitère la thématique de l’aveuglement religieux — bon nombre des personnages de notre auteur sont portés par une croyance aveugle, pour le meilleur ou le pire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, «&amp;nbsp;Earth I&amp;nbsp;» ne commence pas sur notre Terre. Dix mille ans se sont écoulés depuis les événements de &lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éluge&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Arche&lt;/strong&gt;. Sur Urthen (Earth &lt;em&gt;n&lt;/em&gt;, parce qu’on ne sait plus trop quel est son numéro), planète orbitant une naine brune qui n’en finit pas de se refroidir, quelque part à l’extrémité d’une bulle galactique d’humanité, on se prépare à lancer un vaisseau pour découvrir les origines. Au fil des millénaires, les humanités éparpillées sur les différentes Terres se sont rejointes. Pour le malheur des archéologues, les xaians ont fait table rase du passé, partout où ils le pouvaient&amp;nbsp;; les Simulationnistes, eux, persistent dans leur croyance (pour eux, le silence des Contrôleurs de la Sim n’est qu’une mise à l’épreuve). Le chemin des voyageurs va les mener jusqu’à la Terre des origines, où ils découvriront ce que sont devenus les humains ayant choisi de rester sur la planète inondée. Voilà qui offre une belle conclusion à l’ensemble de la série, novellas et romans confondus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Baxter fait du Baxter&amp;nbsp;: des personnages féminins forts, des voyages qui font traverser un monde entier, des environnements peu hospitaliers, la vie présente partout (ou l’ayant été&amp;nbsp;: notre Galaxie est âgée), le temps qui passe inexorablement… Mais ces trois novellas de &lt;strong&gt;Landfall&lt;/strong&gt; forment des appendices et une conclusion réussis à &lt;strong&gt;D&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éluge&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Arche&lt;/strong&gt;. À réserver surtout aux lecteurs complétistes anglophones.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-l-universes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-l-universes.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, du moins en français&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non, à moins d’être allergique à Baxter&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 6 octobre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/10/Journal-d-un-homme-des-bois-06-10-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 6 octobre 2016" />
      <id>urn:md5:3e57cd97d77a18f0357bb59b3d98736b</id>
      <published>2016-10-10T13:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-10-10T13:35:39+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161006-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161006-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&amp;quot;/&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;« Show&amp;nbsp;! Don’t Tell&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Ou pas. Francis Valéry nous dévoile ce qui le pousse à écrire des romans…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce matin, alors que je travaillais sur &lt;em&gt;Ayou&lt;/em&gt; avec toute ma documentation – carte de l’Archipel, encyclopédie, lexique, fiches personnages, synopsis et pré-découpage, etc. – étalée devant moi, sur la table de la cuisine, mon regard a été attiré vers l’extérieur. À travers la large fenêtre qui s’étire au-dessus de l’évier et donne directement sur le jardin, j’ai aperçu un de mes chats qui déambulait tout en haut du toit du grand abri de jardin. Ce spectacle parfaitement banal a suscité en moi un sentiment de bien-être immédiat.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161006-chat.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20161006-chat_m.jpg&quot; /&gt;

&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il y a quelques années, lorsque la petite maison était encore à l’état de quasi ruines et que j’en faisais refaire le toit par portions, au fur et à mesure de maigres rentrées financières, je vivais dans cet abri de jardin – qui avait été rebaptisé «&amp;nbsp;Le Chalet&amp;nbsp;». Un «&amp;nbsp;chalet&amp;nbsp;», c’est tout de suite plus vivable qu’un «&amp;nbsp;abri de jardin&amp;nbsp;», non&amp;nbsp;? J’y ai passé deux hivers sans chauffage autre qu’un poêle à pétrole poussif, et avec pour toute isolation un peu de lambris récupéré, des plaques de carton agrafées contre le plafond et des morceaux de tissu entortillés et glissés dans des jointures incertaines, en haut des cloisons. Au mieux, il faisait sept ou huit degrés à mon lever – mais il est arrivé que le thermomètre dépasse à peine le zéro, comme ce matin où des petits morceaux de glace s’étaient formés là où dépassaient les pointes qui maintenaient en place le shingle, sur la toiture. En milieu de matinée, après deux heures de chauffe, j’atteignais parfois les douze ou treize degrés, ce qui me permettait d’écrire sans geler sur place&amp;nbsp;! Je repense parfois à cette époque pas si lointaine et jamais je n’y vois quoi que ce soit de négatif – et encore moins de regrettable. Ce fut une expérience. J’ai appris pas mal de choses, en particulier sur moi-même et sur ma capacité à relativiser n’importe quelle situation. Je pense que, par cette expérience, j’ai également compris un peu de ce que peuvent ressentir ceux qui possèdent encore moins pour s’abriter. Je n’ai pas l’arrogance de croire que ces conditions de vie ont fait de moi quelqu’un de meilleur – mais je constate qu’elles ont nourri mon blog, sur le site du Bélial, et je crois que ce que j’y exprimais n’était pas tout à fait dépourvu d’intérêt. En tout cas, j’avais quelques lecteurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai reposé mon stylo pour aller chercher mon appareil photo, dans ma chambre. J’ai pris une photo du chat. Puis je me suis fait un café. Après cette petite pause, je me suis remis à travailler sur &lt;em&gt;Ayou&lt;/em&gt;. Et ce soir, au sortir d’une longue et besogneuse journée d’écriture, j’ai du mal à ne pas me poser à nouveau cette sempiternelle question&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pourquoi fais-tu ce que tu fais&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne possède pas la réponse à cette question. Je le fais, voilà tout. Depuis maintenant des mois, je suis engagé dans l’écriture de ce nouveau livre, présenté sur le site de Kickstarter au début de l’année. Une fois encore, je me rends compte que ce qui m’intéresse, ce n’est pas «&amp;nbsp;Écrire&amp;nbsp;» – dans le sens de la mise en forme romanesque d’un récit, avec des personnages évoluant dans un décor et participant à l’avancement d’une intrigue que je dois m’efforcer de rédiger avec une certaine habileté, ménageant le suspense, gérant l’information via des interactions plutôt que par de l’exposition (technique étasunienne&amp;nbsp;!), tout cela dans le seul but de conserver l’attention du lecteur. Non, cela ne m’intéresse pas vraiment. En réalité, cela me coûte même car je trouve que c’est à la fois ingrat et difficile. Et sans doute est-ce pour cela que je n’ai, par exemple, jamais écrit de roman policier&amp;nbsp;: je ne suis pas assez malin dans la construction d’une intrigue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce que j’aime, en réalité, c’est &lt;em&gt;inventer&lt;/em&gt; un monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi, ce matin, m’est venue l’idée d’un instrument de musique ainsi que son nom&amp;nbsp;: le glinkak, ou lyre ayenne. J’ai imaginé comment le glinkak était fabriqué&amp;nbsp;: une côte très arquée d’un mammifère marin, dotée à la base d’une caisse de résonnance en bois ajouré, avec une barre verticale de renfort entre les deux extrémités de la côte&amp;nbsp;; des cordes sont tendues au centre de la partie arquée et accordées à l’aide de chevilles enfoncées dans la partie inférieure. Cela étant précisé, se posent immédiatement de nombreuses questions. Quid du mammifère marin&amp;nbsp;? Son nom, sa description, son habitat, la manière avec laquelle les côtes sont obtenues… Quid du (des) bois dans le(s)quel(s) sont fabriquées les pièces ajoutées&amp;nbsp;: base, barre de renfort, chevilles&amp;nbsp;? Qui de la fabrication des cordes&amp;nbsp;: boyau animal&amp;nbsp;? fibre végétale&amp;nbsp;? L’instrument est-il décoré et si oui les décorations ont-elles une signification&amp;nbsp;? Dans quelles circonstances l’instrument est-il utilisé et éventuellement dans quelles zones de l’Archipel en joue-t-on&amp;nbsp;? Quid des luthiers&amp;nbsp;: où vivent-ils, comment travaillent-ils, avec quels outils&amp;nbsp;? Et bien entendu quid de la musique produite par cet instrument avec pour première interrogation&amp;nbsp;: comment est-il accordé&amp;nbsp;? Une fois mon glinkak bien présent dans mon esprit, je m’emploie à répondre à ces questions… Après plusieurs heures de réflexion, de prise de notes et de petits gribouillages, j’ai de quoi ajouter une dizaine de fiches, certaines accompagnées de croquis, à l’encyclopédie permanente d’Ayou que je développe au jour le jour. Voilà un instrument qui va peut-être intervenir dans une scène du livre et qui sera décrit en quelques lignes (ou pas&amp;nbsp;!)… mais qui aura fourni le prétexte à une meilleure connaissance de ma part de l’univers que je mets en scène, au fur et à mesure que je l’invite et qui, en définitive, est le véritable héros de mon livre. N’a-t-on d’ailleurs pas souvent fait remarquer que le véritable héros, dans nombre de récits de science-fiction, c’est le décor&amp;nbsp;! En définitive, je crois que j’aurais sans doute fait un meilleur documentaliste que l’écrivain que je suis&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le fond, je pense que ma démarche permet de poser la question de la nature et de la forme de ce qui peut être présenté/proposé comme une œuvre &lt;em&gt;littéraire&lt;/em&gt;. Au-delà de la forme reine – le roman – je crois qu’il est possible de «&amp;nbsp;faire de la littérature&amp;nbsp;» en utilisant largement un matériau de type «&amp;nbsp;rédactionnel&amp;nbsp;». Au passage, c’est une manière de travailler dans le registre de l’exposition – en prenant le contre-pied de la fameuse règle du « Show&amp;nbsp;! Don’t Tell&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» quant à la gestion de l’information fournie au lecteur. Déjà, mon roman &lt;em&gt;La cité entre les mondes&lt;/em&gt; (Denoël, 2000) fonctionnait pour une large part grâce à l’insertion de textes présentés comme des documents&amp;nbsp;: extraits d’encyclopédies, coupures de presse, etc. En définitive, le travail de mise en forme romanesque – l’écriture, fut-elle virtuelle, d’un récit – est ainsi confié pour partie au lecteur qui doit faire preuve d’un certain talent pour «&amp;nbsp;cuisiner&amp;nbsp;» ces documents, afin de les intégrer dans la progression romanesque du récit. Si je ne craignais de passer pour un vil démagogue, je dirais que fort heureusement mes lecteurs ne manquent pas de talent…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 4 octobre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/06/Journal-d-un-homme-des-bois-04-10-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 4 octobre 2016" />
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      <published>2016-10-06T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-10-06T09:09:57+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161004-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161004-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où, entre Cubnezai sur Sol-3 et les Mondes de l'Essaim, notre Homme des bois partage son temps entre le maniement de la scie et du stylographe…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Déjà octobre&amp;nbsp;! Cette année m’aura semblé passer à toute allure. Encore plus vite que d’habitude, serais-je tenté de dire&amp;nbsp;; il paraît que cette sensation de «&amp;nbsp;temps qui file&amp;nbsp;» s’accroît avec l’âge. C’est ainsi. Si ce matin je me fais cette remarque, c’est parce que je viens de jeter un œil dans mon agenda pour constater que c’est au tout début de l’année, au cours de la première semaine de janvier, il y a neuf mois, qu’une tempête a emporté l’arche fleurie devant la porte de ma cuisine ainsi que l’abri en bambou qui l’abritait de la pluie – et achevé de détruire ma serre dont la toile de plastique avait déjà été rafistolée une paire de fois. Je n’ai pas eu le temps – ni l’énergie – d’en construire une autre et j’ai donc passé l’année sans serre, ce qui a été fort préjudiciable à ma récolte de tomates. Par contre, à l’arrivée des mauvais jours, je me suis enfin décidé à reconstruire l’abri en surplomb de la porte de la cuisine. Orientée à l’ouest et face à un terrain en pente – un muret retient la terre mais il penche de plus en plus – ma cuisine est inondée dès qu’il pleut et que le vent se met de la partie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20161004-cubnezai.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20161004-cubnezai.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;J’ai commencé par repeindre la structure constituée de poteaux en pin sylvestre de section carrée (huit centimètres), fixés dans des supports plantés dans le sol ou posés sur des dalles en ciment, et reliés entre eux par des équerres en métal. C’est assez solide. À la place des bambous (production personnelle &amp;nbsp;!) et de la couverture en plaques de contreplaqué (récupération) qui a été littéralement arrachée et emportée par la tempête, je vais cette fois (re)construire en dur, avec des lames de plancher de dix centimètres de large. J’ai acheté du «&amp;nbsp;déclassé&amp;nbsp;» – ce qui signifie qu’il est plein de nœuds, ce qui n’a pas la moindre importance, mais aussi que certains des nœuds ont sauté, laissant la place à de jolis trous au plein milieu des planches, ce qui est plus embêtant. Mais ce plancher est vendu à très bas prix, par paquets de cinq lames de deux mètres de longueur. J’ai acheté trois paquets, ce qui représente au total trois mètres carrés de future couverture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’idée est de prendre trois lames et de les couper chacune en deux morceaux de 120 cm et 80 cm&amp;nbsp;; puis de couper un des morceaux de 80 cm en deux parties égales de 40 cm. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait de brillantes études scientifiques pour saisir la finalité de la chose&amp;nbsp;: au bout du compte je dispose de 5 longueurs de 120 cm chacune&amp;nbsp;: trois sont d’un seul tenant et deux sont composées d’une chute de 80 cm et d’une chute de 40 cm. En assemblant tout cela bord à bord, on obtient un panneau de 120 cm (la longueur de la couverture, dans le sens de la pente) sur 50 cm de large. Comme je dispose en tout de quinze lames, je vais fabriquer cinq de ces panneaux et je les fixerai sur la structure des poteaux, côte à côte, pour obtenir une couverture de deux mètres cinquante de long. Ce qui protégera une partie suffisante de la façade – après avoir posé des rustines sur les trou-trous des lames et peint l’ensemble. Comme disait l’autre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il n’y a plus qu’à le faire&amp;nbsp;!&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et tandis que du côté de La Contrée on procède à ces menus travaux de charpenterie incertaine, sur Ayou, planète-océan désormais bien connue, située quelque part dans l’Essaim, un amas globulaire à la lisière de notre galaxie, notre ami Broderick, ambassadeur de son état et représentant de l’Empire NovaTerrien, continue de rédiger son journal de bord. Après plusieurs semaines passées à explorer ce nouveau monde et à tenter de comprendre la psychologie parfois déroutante de ses habitants, notre équipe de Sensoriels se trouve confrontée à un bien étrange phénomène qui serait lié, du moins c’est ce qu’il semble, à un alignement périodique des lunes d’Ayou…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vous l’aurez compris&amp;nbsp;: je me partage ces temps-ci entre le maniement de la scie et du marteau, et celui du stylographe&amp;nbsp;; loin de moi l’idée de m’en plaindre&amp;nbsp;: il est des occupations nettement moins plaisantes&amp;nbsp;! À part cela, les topinambours commencent seulement à fleurir&amp;nbsp;; je pense que nous pourrons manger les premières dans le courant du mois.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 70</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/05/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-70" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 70" />
      <id>urn:md5:edab4647c9baf6039fc012e5a5e032d9</id>
      <published>2016-10-05T09:30:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:01:27+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bibliorb-epi70-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi70-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/podcast&quot;&gt;Bibliothèque orbitale&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; revient&amp;nbsp;! Dans ce nouvel épisode, Philippe Boulier et sa bouteille de Sancerre nous aident à faire le tri dans les nouvelles publications de ce mois d'octobre, de Cixin Liu à David Brin en passant par Terry Pratchett… et &lt;strong&gt;Demain les chats&lt;/strong&gt; de Bernard Werber.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bibliorb-epi70-livres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi70-livres.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical : Salad - &lt;em&gt;Drink me&lt;/em&gt; (1995)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;bibliorb-epi70-salad.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi70-salad.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Your Ma&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Granite Statue&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Drink the Elixir&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>K comme Kalpa Imperial</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/04/K-comme-Kalpa-Imperial" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kalpa Imperial" />
      <id>urn:md5:62c94702c8f5b2d32e9b4a46beca9b18</id>
      <published>2016-10-04T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-10-04T15:54:04+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Si l'Abécédaire apprécie les littératures de l'imaginaire en provenance d'Europe de l'Est (coucou &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation&quot;&gt;Stanislas Lem&amp;nbsp;!&lt;/a&gt;), pas question pour autant de dédaigner ce qui vient d'Amérique du Sud (hello &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/23/S-comme-Le-Songe-des-heros&quot;&gt;Bioy Casarès&amp;nbsp;!&lt;/a&gt;). Ici, avec &lt;strong&gt;Kalpa Imperial&lt;/strong&gt; d'Angélica Gorodischer, fix-up de nouvelles au sujet du «&amp;nbsp;plus grand empire qui ait jamais existé&amp;nbsp;», traduit en anglais par nulle autre qu'&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/28/M-comme-Music-Poetry-of-the-Kesh&quot;&gt;Ursula K. Le Guin…&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kalpa Imperial, Angélica Gorodischer, recueil formant roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Ursula K. Le Guin. Small Beer Pres, 2003 [1983]. Grand format, 248 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The greatest empire that never was&amp;nbsp;»… Voilà ce qu’indique, en toute humilité, le sous-titre de ce recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela ne fait rien de le répéter&amp;nbsp;: Ursula K. Le Guin est l’une des plus grandes conteuses qui soit, et dont l’œuvre transcende les genres. Au lieu de lui dédier un maladroit panégyrique, j’invite plutôt (re)lire le &lt;a href=&quot;mailto:http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;numéro 78 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; qui lui est consacré. On connaît surtout Le Guin pour son œuvre d’auteure, mais moins comme celle de traductrice. Pourtant la dame s’intéresse aux littératures de genre en provenance des autres pays, et a ainsi traduit &lt;strong&gt;Kalpa Imperial&lt;/strong&gt; d’une auteure pour ainsi dire inconnue en Francophonie&amp;nbsp;: Angélica Gorodischer. (Au passage, merci à Cédric Jeanneret du blog &lt;a href=&quot;http://https://siku00.blogspot.fr/&quot;&gt;Reflets de mes lectures&lt;/a&gt; pour m’avoir évoqué en termes évocateurs ce recueil&amp;nbsp;; il en parle &lt;a href=&quot;http://https://siku00.blogspot.fr/2014/04/kalpa-imperial.html&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://https://siku00.blogspot.fr/2010/05/kalpa-imperial.html&quot;&gt;ici aussi&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-k-cover-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-k-cover-us.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Kalpa&amp;nbsp;: le terme évoque cette unité de temps de l’hindouisme, équivalant à une journée dans la vie de Brahmâ, soit la bagatelle de 4 320 000 000 ans. Cet Empire le plus grand qui jamais exista ne s’étend peut-être pas sur une telle durée, mais bon… il a duré fort longtemps, et son histoire est aussi vaste que parcellaire. Au long des pages, c’est à peine si Angélica Gorodischer cite deux fois la même dynastie, a plus forte raison le/la même empereur/impératrice.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vast is the Empire, said the storyteller, so vast that a man can’t cross it in his lifetime. You might be born in Lyumba-Lavior and start traveling and never stop and when death came, however long in coming, you migh not even have reached Gim-Ghimlhassa.&amp;nbsp;» (p. 183)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-k-cover-es.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-k-cover-es.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kalpa Imperial&lt;/strong&gt; se compose de onze nouvelles rassemblées dans deux parties, «&amp;nbsp;The House of Power&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;The Greatest Empire&amp;nbsp;». (Une séparation correspondant au découpage originel de la première édition espagnole.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Portrait of the Emperor&amp;nbsp;», jolie nouvelle introductive, nous évoque ce tas de pierre dans le palais de l’empereur. Pourquoi cet amoncellement rocheux&amp;nbsp;? Il faut revenir des milliers d’années plus tôt, après la chute de l’empire, lorsque, en pleine période de ténèbre, un garçon plus entreprenant que ses semblables, se décida à s’aventurer dans les ruines non loin de son village… «&amp;nbsp;The Two Hands&amp;nbsp;», deuxième nouvelle pas moins réussie que la précédente, alterne les voix&amp;nbsp;: celle du conteur, mais aussi celles de gens qui croisèrent le chemin d’un usurpateur du trône. En quelques mots, Angélica Gorodischer parvient à susciter l’émerveillement&amp;nbsp;; ici, lorsqu’elle évoque cette dynastie des Trois Cents Rois – qui, en réalité, ne furent que douze. «&amp;nbsp;The End of a Dynasty or the Natural History of Ferrets&amp;nbsp;» nous conte l’histoire d’un jeune prince, Livna’lams, prisonnier d’un protocole mortifère, qui rencontre deux étranges personnages dans le jardin impérial. Ceux-ci vont lui ouvrir les yeux, mais la nouvelle ne se conclut pas forcément de la manière attendue… Texte bref, «&amp;nbsp;The Siege, Battle, and Victory of Selimmagud&amp;nbsp;» raconte un épisode cruel dans l’histoire militaire de l’Empire, avec la rencontre entre un général et un déserteur, sur laquelle se jouera l’issue d’un siège sans fin. Enfin, concluant cette première partie, «&amp;nbsp;Concerning the Unchecked Growth of Cities&amp;nbsp;» est peut-être l’une des nouvelles qui m’a le moins plu. Un texte tortueux, qui préfigure par endroits China Miéville et son obsession des villes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-k-cover-es4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-k-cover-es4_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La seconde partie débute avec «&amp;nbsp;Portrait of the Empress&amp;nbsp;», nouvelle où intervient le conteur. De fait, son histoire alterne avec celle de la Grande Impératrice Abderjhalda, qui, des rues de la capitale. Les deux apprendront l’un de l’autre. «&amp;nbsp;And the streets deserted&amp;nbsp;» est une horrible histoire de vengeance&amp;nbsp;: en l’honneur d’une concubine, un empereur fait édifier une cité ex nihilo… ce qui n’est pas du goût de l’impératrice. «&amp;nbsp;The Pool&amp;nbsp;» se focalise sur les relations entre un vieux docteur et une jeune femme, tous deux à même de jouer un rôle crucial dans la destinée de l’empire, mais aux opinions divergentes. Constituant une exception, «&amp;nbsp;Basic Weapons&amp;nbsp;» délaisse les palais impériaux pour s’intéresser aux petites gens, en l’occurrence un noble et un marchand, tous deux aussi retors – une nouvelle histoire de vengeance. «&amp;nbsp;“Down there in the south”&amp;nbsp;» raconte l’itinéraire épique d’un homme&amp;nbsp;: ayant assassiné sans le savoir le beau-frère de l’Empereur, le voilà contraint de fuir dans le Sud, cette zone que l’Empire n’a jamais réussi à conquérir&amp;nbsp;; à mesure qu’il s’enfonce dans les lointains méridionaux, la légende naît autour de ce fugitif… Enfin, «&amp;nbsp;The Old Incense Road&amp;nbsp;» raconte comment un jeune garçon, surnommé The Cat, rejoint une caravane&amp;nbsp;; là, on s’y raconte des histoires où il est question de Clargueibl, de Kirkdaglass, d’Alandelon, de Yeimsbon ou Yeimsdin… Étrange et dernière nouvelle, qui rattache d’une manière inattendue l’histoire de l’Empire à notre monde.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-k-cover-es3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-k-cover-es3.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Celui qui compte, c’est le conteur (pardon pour le jeu de mot pourri). Chaque texte, à l’exception notable du dernier, débute par les mêmes mots&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The storyteller said:&amp;nbsp;» Un conteur malicieux, qui se permet même quelques moqueries envers son public&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Well, well, each of you has an imagination; not a very big one, or you wouldn’t need me&amp;nbsp;» (p. 6). Un conteur également bien conscient de son pouvoir&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;How do I know that? Ah, my little man, that’s my privilege, you know. And I have a further privilege, which is that you don’t know what I know nor how I know it&amp;nbsp;» (p. 39)et de ses effets&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Where’s all this leading this? You’ll soon see, my good friends, you’ll soon see.&amp;nbsp;» (p. 11) Mais qui est le conteur&amp;nbsp;? S’agit-il même d’une histoire à l’autre&amp;nbsp;? À quel point est-il fiable&amp;nbsp;? Au lecteur de se faire son idée.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The history of the Empire is strewn with surprises, contradictions, abysses, deaths, resurrections.&amp;nbsp;» (p. 4)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Il émane de l’ensemble une ambiance sans pareil. Chacune des nouvelles apporte sa pierre à l’édifice, interroge les liens entre les histoires individuelles et la grande Histoire, aborde la question la nature du pouvoir et son exercice. On peut regretter que Gorodischer n’ait pas cherché à construire davantage son univers, à ancrer davantage son Empire dans une réalité plus solide… mais c’est l’amateur en moi d’Asimov et Heinlein qui s’exprime (la chronologie dans les cycles de l’Ekumen et des «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Seigneurs de l’instrumentalité&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» est lacunaire, et je vénère encore davantage Ursula Le Guin et Cordwainer Smith)&amp;nbsp;; de fait, cela contribue au charme du livre. Il est question d’un Empire, c’est &lt;em&gt;le plus grand&lt;/em&gt; qui ait jamais été&amp;nbsp;: voilà qui suffit déjà à allumer l’étincelle de l’émerveillement. Charge au lecteur d’imaginer le reste.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-k-postkalpa.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-k-postkalpa.jpg&quot; /&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Small Beer Press a continué à s’intéresser à l’œuvre d’Angélica Gorodischer&amp;nbsp;: en 2013, son roman &lt;strong&gt;Trafalgar&lt;/strong&gt; (1979) est paru, suivi de &lt;strong&gt;Prodigies&lt;/strong&gt; (1983) en 2015.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: du moins dans l’Hexagone&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non (sauf à ne rien comprendre à l’anglais ou l’espagnol)&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 29 septembre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/10/01/Journal-d-un-homme-des-bois-29-09-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 29 septembre 2016" />
      <id>urn:md5:20364e08555ca18c5051daf7afbdb2ac</id>
      <published>2016-10-01T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-10-01T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20160929-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160929-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où il est question d'épinards et grenouilles (mais pas seulement) dans le jardin de notre Homme des bois…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voici aux derniers jours de septembre. Les matinées commencent à être fraiches avec une belle régularité – autour des dix degrés sur le coup de huit heures du matin, lorsque les chats commencent à s’impatienter et le font savoir sous nos fenêtres. Les nuits ne sont pas encore assez froides pour qu’ils aient envie de les passer à la maison, aussi continuent-ils de les passer dehors, planqués dans une multitude de coins et de recoins. L’après-midi, le soleil réchauffe l’atmosphère et, parfois, on approche même des trente degrés – ce qui fait un sacré différentiel thermique, nos vieilles carcasses ont du mal à suivre&amp;nbsp;! Comme disait ma grand-mère&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On ne sait plus comment s’habiller&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Heureusement, dans quelques semaines, il fera froid tout le temps. Ce sera plus simple à gérer&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant, nous avons semé des épinards, de la variété Géant d’Hiver. Avec un peu de chance, si le thermomètre de nuit ne descend pas trop rapidement et si le soleil continue de briller pendant la journée, nous aurons une première récolte début novembre – il suffira de prélever les jeunes feuilles&amp;nbsp;: en salade, c’est un délice. Puis il faudra attendre mars, pour la reprise de la pousse et la suite de la récolte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous avons ça et là, des énormes potées de &lt;em&gt;Billbergia&lt;/em&gt;. C’est une plante tropicale de la famille des Broméliacées, originaire du continent américain. On en trouve dans la nature depuis le Mexique jusqu’en Amérique du Sud mais la majorité des variétés – il en existe une soixantaine – est originaire du Brésil. Les &lt;em&gt;Billbergias&lt;/em&gt; forment de grandes rosettes de feuilles coriaces qui se développent en longs rubans retombants, de couleur verte ou panachée. La partie inférieure des rosettes constitue un véritable entonnoir au fond duquel l’eau de pluie s’accumule. J’ignore le nom de la variété que nous cultivons car la plante-mère est dans la famille depuis plusieurs générations&amp;nbsp;: je me souviens avoir vu ma grand-mère (puis ma mère) diviser les touffes devenues trop grosses et les replanter dans plusieurs pots. La floraison est spectaculaire, avec de grandes fleurs tubulaires accrochées à de longues bractées. Les Billbergias ne connaissent pas de repos végétatif. Dans de bonnes conditions, elles se développent sans cesse et la floraison peut avoir lieu à n’importe quel moment de l’année. En mai, nous sortons les pots à l’extérieur pour les accrocher à des supports muraux ou, plus simplement, nous les déposons sur les rebords des fenêtres. L’un des intérêts de vivre dans une très vieille maison avec des murs en pierre incroyablement épais, est qu’on dispose de très larges rebords de fenêtres&amp;nbsp;! En octobre, nous rentrons les pots et les entassons en haut des buffets, dans des pièces relativement chauffées comme la cuisine. C’est là que ça devient vraiment amusant… À la fin de l’été, des petites grenouilles vertes s’installent dans les potées. Elles passent la journée sur une feuille, parfaitement immobiles, au soleil ou à mi-ombre. Le soir, quand il commence à faire plus frais, elles descendent tout au fond des rosettes où elles passent la nuit. Lorsque nous rentrons les potées à l’intérieur, il est fréquent que nous rentrions aussi les grenouilles – sans le savoir. Et du coup, je suppose qu’elles hibernent au chaud&amp;nbsp;! De fait, au printemps, nous les voyons réapparaître – il est plus juste de dire que nous les «&amp;nbsp;entendons&amp;nbsp;»… car ces grenouilles poussent un coassement d’un volume sonore vraiment impressionnant, sans le moindre rapport avec leur taille minuscule&amp;nbsp;! Une fois les potées sorties à l’extérieur, les grenouilles les quittent et on les retrouve bientôt dans les collecteurs d’eau de pluie&amp;nbsp;: sous les couvercles ou sur le pourtour intérieur des cuves dans lesquelles elles se glissent en empruntant les petits tuyaux en plastique qui les relient aux descentes des gouttières. Je crois savoir, vieux souvenir de collège, que les grenouilles ne peuvent se reproduire que dans l’eau où elles pondent des œufs d’où émergent des têtards. Il est donc probable que les réserves d’eau se transforment bientôt en maternité à têtards&amp;nbsp;! Nous laissons faire tout ce petit monde qui vit sa vie sans nous causer le moindre problème.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160929-grenouille.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20160929-grenouille.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20160929-grenouille_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Côté musique, c’est le calme plat. Les travaux d’aménagement de l’Acousmonium sont au point mort, faute de temps. Donc mon matériel à faire du bruit attend son transfert à Tizac pour y être installé – depuis des mois, les claviers et les guitares sont dans des flightcases, la batterie et les percussions dans des housses, les amplis dans des cartons, tout le reste (pédales d’effets, micros, câbles…) est entassé dans des valises. Je n’ai conservé près de mon lit qu’une guitare acoustique et un enregistreur numérique. Au cours de l’été, j’ai écrit et composé sept ou huit chansons, et enregistré des maquettes minimalistes – davantage pour ne pas oublier que pour constituer de véritables bases de travail. Je suis le premier surpris de me voir renouer, par la force des choses, avec cette esthétique «&amp;nbsp;folk&amp;nbsp;» que je pratiquais à mes débuts, avec cette différence que j’écris désormais tous les textes en français. J’aime bien. Mais cela ne fait pas avancer la «&amp;nbsp;bande son&amp;nbsp;» de &lt;em&gt;Ayou&lt;/em&gt;… qui a désormais pas loin de six mois de retard.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Le Jeu des perles de verre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/30/J-comme-Le-Jeu-des-perles-de-verre" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Le Jeu des perles de verre" />
      <id>urn:md5:73ed3e02ddc9d8241ab4c3686626e90c</id>
      <published>2016-09-30T07:30:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-30T07:38:31+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/15/E-comme-L-Etoile-de-ceux-qui-ne-sont-pas-nes&quot;&gt;L'Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Franz Werfel et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/23/H-comme-Heliopolis&quot;&gt;Héliopolis&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; d'Ernst Jünger, on conclut avec &lt;strong&gt;Le Jeu des perles de verre&lt;/strong&gt; de Herman Hesse notre tour des romans en langue allemande ayant flirté de près avec la science-fiction au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Foin de conflit ici, mais la biographie du grand-maître d'un jeu d'ambition universelle dans un futur utopique…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Jeu des perles de verre [Das Glasperlenspiel], Herman Hesse, roman traduit de l’allemand par Jacques Martin. Le Livre de Poche [Calmann-Lévy], 1955 [1943], préfaces de Édouard Sans et Jacques Martin. Poche, 700 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/15/E-comme-L-Etoile-de-ceux-qui-ne-sont-pas-nes&quot;&gt; &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; de Franz Werfel et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/23/H-comme-Heliopolis&quot;&gt;&lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éliopolis&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d’Ernst Jünger, il est temps de s’intéresser au troisième des romans de SF-pas-vraiment-SF de langue allemande parus dans les années 40.&lt;strong&gt;Le Jeu des perles de verre&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;magnum opus&lt;/em&gt; de Hesse, est aussi son ultime roman – après &lt;strong&gt;Le Loup des steppes&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Siddhartha&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-j-etoilehelio.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-j-etoilehelio.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bien que signée non par Gérard Klein mais par un certain Édouard Sans, la préface est des plus instructives, tant au sujet de l’auteur que de la place du présent roman au sein de son œuvre et des thématiques qu’elle aborde. Toutefois, mieux vaut la lire à la manière d’une postface, Sans spoilant sans vergogne la fin du roman. Une deuxième préface, signée par le traducteur, s’avère tout aussi intéressante, donnant quelques clefs pour aborder le roman de Hesse en toute sérénité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-j-cover-de1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-j-cover-de1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-j-cover-de1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici en Castalie, sorte de «&amp;nbsp;province pédagogique&amp;nbsp;» de quelque État, dans un futur indéterminé – plusieurs siècles probablement, après l’époque des « pages de variété&amp;nbsp;» (la nôtre) et deux cents ans après la fondation de l’Ordre des Joueurs des perles de verre. De fait, le roman se présente comme une tentative, écrite a posteriori (donc dans un futur encore plus distant), pour tenter de retracer l’itinéraire de vie de Joseph Valet, l’un des meilleurs joueurs, qui atteindra les plus hautes fonctions de l’ordre – quasiment religieux – qui dirige la province de Castalie. Le premier chapitre du roman s’attache à présenter le Jeu des perles de verre, et les suivants s’attachent à raconter la vie de Joseph Valet, de son enfance à sa fin. Le sous-titre du roman est d’ailleurs «&amp;nbsp;Essai de biographie du MAGISTER LUDI JOSEPH VALET accompagné de ses écrits posthumes, présenté par HERMAN HESSE&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-j-cover-de2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-j-cover-de2_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le Jeu des perles de verre du titre est moins un jeu que l’établissement d’un langage d’un genre nouveau&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;[le Joculator Basiliensis] inventa pour le Jeu des Perles de Verre les principes d’un langage nouveau, d’une langue faite de signes et de formules, dans laquelle les mathématiques et la musique eurent une part égale, où il devint possible d’associer les formules astronomiques et musicales, et de réduire en somme à un dénominateur commun les mathématiques et la musique.&amp;nbsp;» (p. 91-92)&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Une partie pouvait avoir par exemple pour point de départ une configuration astronomique donné ou le thème d’une fugue de Bach, une phrase de Leibniz ou des Upanishads, et elle pouvait, selon l’intention ou le talent du joueur, ou bien poursuivre et développer l’idée directrice qu’elle avait éveillée ou en enrichir l’expression en évoquant des représentations voisines.&amp;nbsp;» (p. 95)&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Tout Joueur de Perles actif ne rêve-t-il pas d’élargir constamment les domaines du Jeu, jusqu’à englober l’univers&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (p. 210)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un jeu global, universel, mais réservé seulement à quelques-uns parmi les plus doués&amp;nbsp;: ça n’est pas le jeu de l’oie… Repéré par le Maître de Musique, le jeune Joseph Valet va intégrer une école d’élite à Celle-les-Bois, afin d’y perfectionner ses dons. Bientôt, le voilà admis à une Université où il apprendra le Jeu des perles de verre. Ses études terminées, Valet est invité dans un monastère bénédictin (cet ordre religieux ayant survécu aux secousses de l’histoire), afin d’y apprendre le jeu aux frères – et accessoirement accomplir une mission de début de tentative de rapprochement entre cet confrérie religieuse et l’Ordre des Joueurs de perle de verre. Cette mission accomplie, Valet retourne à Castalie, où un triste événements le propulse aux plus hautes fonctions.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&quot;Ah&amp;nbsp;! Si seulement on pouvait acquérir le savoir&amp;nbsp;! s’écria Valet. S’il y avait une doctrine, quelque part, quelque chose à quoi l’on pût croire&amp;nbsp;! Tout se contredit, tout se dérobe, il n’y a de certitudes nulle part. On peut interpréter dans un sens comme dans le sens opposé. On peut déceler dans l’ensemble de l’histoire universelle un développement et un progrès, mais aussi bien n’y voir que déchéance et absurdité. N’existe-t-il donc pas de vérité&amp;nbsp;? N’y a-t-il donc pas une doctrine qui soit authentique et valable.&amp;nbsp;» (p. 143)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Plinio Designori, un ami de Valet, provoque régulièrement ce dernier et schématise les choses de manière assez grossière&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Tu as pour fonction de montrer que la vie naturelle et naïve peut, sans la discipline de l’esprit, devenir un bourbier et nous ramener au stade de la bête ou plus bas encore. Et, de mon côté, il me faut sans cesse rappeler à quel point une existence uniquement axée sur l’esprit peut être risquée, périlleuse et en fin de compte stérile.&amp;nbsp;» (p. 171-172)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et continue à insister lourdement des années plus tard&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;… on se consacre diligemment à toutes ces spécialités d’érudits, on compte des syllabes et des lettres, on fait de la musique et on joue aux Perles de verre, tandis qu’à l’extérieur, dans la crasse du siècle, de pauvres gens harcelés vivent la vie véritable et font le vrai travail.&amp;nbsp;» (p. 414)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Devenu Magister Ludi, Valet va se rendre peu à peu compte – grâce notamment à Designori – des menaces qui pèsent sur Castalie et sur l’avenir du Jeu des perles de verre. De fait, l’élite castalienne est coupée de la vie séculaire, et le Jeu semble se diriger vers une stérilité certaine. En dépit de l’inertie de l’Ordre, Valet a un plan qu’il va tâcher de mener à bien pour sauver ce qui peut l’être… d’autant que des temps sombres se profilent au loin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Jeu de perles de verre&lt;/strong&gt; se conclut par une poignée de poèmes (trois dans l’édition française, treize a priori en VO) et trois autobiographies déguisées censément écrites par Valet lors de ses études. Ces dernières nous racontent successivement la vie d’un «&amp;nbsp;faiseur de pluie&amp;nbsp;» à l’époque préhistorique, celle d’un anachorète en pleine crise de doute dans la Palestine des débuts du christianisme, et l’expérience de la maya que fait un jeune Indien. Curieusement, ce sont là trois longues nouvelles d’une lecture incomparablement plus plaisante que celle du roman proprement dit – elles ont pour elle la vivacité de leur brièveté.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-j-cover-fr.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-j-cover-fr.jpeg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’amateur de science-fiction sera peut-être désarçonné par ce &lt;strong&gt;Jeu des perles de verre&lt;/strong&gt;, tant le roman ne ressemble guère à de la SF ni même de l’anticipation – mais il n’appelle guère une grille de lecture de ce genre. L’action aurait-elle lieu au XIXe siècle qu’on ne percevrait aucune différence, tant rien ne vient montrer qu’on se situe dans le futur – le narrateur de cette tentative de biographie de Valet prenant soin de se référer essentiellement à des œuvres et des artistes des XVIIe et XVIIIe siècles. On se situe plus du côté de l’utopie, avec cette province imaginaire, Castalie (qui tire son nom de la &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Castalie&quot;&gt;mythologie grecque&lt;/a&gt;). Impossible de la situer (si ce n’est en Europe), avec une onomastique des lieux variable dans la traduction&amp;nbsp;: Waldzell devient Celle-les-bois mais Mariafels reste tel quel (au lieu de devenir, au hasard, Rocmaria). Dans une moindre mesure, idem pour les noms&amp;nbsp;: Joseph Knecht devenant Joseph Valet. Au cas où cela n’aurait pas transparu de soi, la préface prend soin de préciser que les noms des personnages du roman sont tous chargés de sens&amp;nbsp;: l’Ordre ne met pas l’accent sur les personnalités, et Valet n’est que le serviteur de sa fonction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On retrouve un cas de figure similaire avec &lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éliopolis&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: cadre futur indéterminé, utopie ambigüe, et surtout une anticipation qui n’en est pas vraiment une. La comparaison entre les deux textes s’arrête là&amp;nbsp;; celui de Jünger a été écrit peu après la Seconde Guerre, tandis que ceux de Hesse et Werfel ont été rédigés en plein conflit. Là où Jünger a pris part malgré lui à la guerre, ayant été incorporé à la Wehrmacht, les deux autres ont opté pour l’exil – la Californie pour Werfel, et la Suisse en ce qui concerne Hesse. Si des traces de la guerre transparaissent dans &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile…&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Jeu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; fait cependant peu référence à son temps de rédaction, le récit faisant abstraction quasi totalement les XIXe et XXe siècle. L’exil de Hesse se communique à son roman, situé donc dans une époque indéfinie mais rappelant un XVIIIe siècle idéal(isé).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra regretter que davantage de détails ne soit pas donné sur le jeu des perles de verre lui-même – à quoi ressemble-t-il&amp;nbsp;? comment y joue-t-on&amp;nbsp;? —, mais c’est là un défaut véniel. Un point en particulier surprend, et n’est pas vraiment imputable à l’âge du roman&amp;nbsp;: l’absence des femmes. Le roman ne fait figurer pas le moindre personnage féminin, et c’est à peine si leur existence est mentionnée au détour d’une phrase&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le danger de trop se dépenser auprès des femmes ou de faire des excès sportifs n’y est pas non plus très grand.&amp;nbsp;» (p. 176-177)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu de capillotraction maintenant… Sous son aspect dédié aux activités (censément) ludiques, le roman préfigure, de loin, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Homme des jeux&lt;/strong&gt; de Iain Banks. Dans ce troisième roman du cycle de la Culture, Banks y décrit une société basée uniquement sur un jeu, mélange de jeu de stratégie, de plateau et de cartes&amp;nbsp;; l’Empereur de cette société-là est censément le meilleur joueur, mais le personnage principal du récit va découvrir, à ses dépens, que les choses ne sont pas aussi simples.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman de Hesse appelle bien naturellement les commentaires et analyses, mais à ce jeu-là, les deux préfaces de É. Sans et J. Martin s’en chargent bien mieux que votre serviteur. Concluons par quelques généralités&amp;nbsp;: à l’instar de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éliopolis&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Jeu des perles de verre&lt;/strong&gt; est un roman roboratif, pas toujours trépidant à la lecture (et c’est peu de le dire), mais suscitant tout un insigne intérêt. Pour les prochains billets consacrés à la SF de langue allemande (pas avant la prochaine lettre G), on s’intéressera à celle ayant existé de l’autre côté du Rideau de fer, et cela promet d’être funky.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>I comme The Investigation</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/28/I-comme-The-Investigation" rel="alternate" type="text/html" title="I comme The Investigation" />
      <id>urn:md5:3dc89a466bbf14ddbba45ecccefe283c</id>
      <published>2016-09-28T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-28T14:21:13+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Suite de l'exploration de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt;l'œuvre de Stanislas Lem&lt;/a&gt;. Réduire au seul genre de la science-fiction serait… réducteur. Avec &lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt;, roman inédit en français, l'auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; s'essaie au roman policier, avec une abracadabrante histoire de vols de cadavres…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Investigation [Śledztwo], Stanislas Lem, roman traduit du polonais en anglais par Adele Milch. Houghton Mifflin Harcourt, 1974 [1959]. Édition numérique, ≈ 216 pages.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons notre exploration de la bibliographie de Stanislas Lem. Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum&quot;&gt;&lt;strong&gt;Człowiek z Marsa&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Obłok Magellana&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, c’est à un autre roman inédit en français que l’on s’attache, &lt;strong&gt;Śledztwo&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt; dans sa traduction anglaise. Un titre qui a tout d’un programme&amp;nbsp;: délaissant la science-fiction, Lem nous propose ici un polar, consacré tout entier à une enquête.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-i-cover-uk2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-i-cover-uk2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-i-cover-uk2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-i-sledztwo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-i-sledztwo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-i-sledztwo_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Nous voici à Londres, à Scotland Yard. Les policiers sont sur les dents&amp;nbsp;: se pose à eux un problème quelque peu embarassant. Dans les morgues, les cadavres bougent, ou plus exactement&amp;nbsp;: sont bougés. Bon, personne ne va croire à des morts-vivants… à moins que&amp;nbsp;? Qui fait cela&amp;nbsp;? Dans quel but&amp;nbsp;? Plus ennuyeux, les cadavres se mettent ensuite à disparaître. L’enquête est confiée au lieutenant Gregory, doté d’un bel esprit analytique. Gregory rencontre bientôt le Dr Sciss, qui place toute sa foi dans la statistique et qui a ses propres hypothèses sur la question&amp;nbsp;: selon lui, on peut trouver une corrélation entre ces déplacements de cadavres et le cancer.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;“It is your primary duty to respect the facts,” Sciss continued. “I, my dear sir, went beyond the facts. Some corpses disappeared. How? The evidence suggests they walked away by themselves. Of course, you, as a policeman, want to know if anyone helped them. The answer is yes: they were helped by whatever causes snail shells to be dextrorotatory. But one in every ten million snail shells is sinistrorsal. This is a fact that can be verified statistically. I was assigned to determine the connection between one phenomenon and other phenomena. That’s all that science ever does, and all that it ever will do—until the end. Resurrection? By no means. Don’t be ridiculous. The term is used much too loosely. I’m not claiming that the corpses came back to life, with their hearts beating, their brains thinking, the coagulated blood in their veins flowing again. The changes which take place in a dead body are not reversible in that sense. What other sense is there, you ask—the corpses moved around, changed their positions in space. I agree, but the things you’re talking about are nothing but facts—I have explanations!”&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bon, Sciss s’avère un individu tellement perché que notre lieutenant Gregory en vient à le soupçonner activement d’être l’instigateur de cette série de disparitions…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;The idea of the police checking out a scientific hypothesis is too funny for words. Still, so far as the theory’s long range consequences are concerned, Sciss was very clever. Instead of trying to confuse me with fantastic possibilities, he made it into a joke. But there aren’t any alternatives.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et trop réfléchir, c’est mal vu chez les policiers, semble-t-il. L’inspecteur-en-chef en fait la remarque à Gregory&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;You’ve done so much research that you hardly sound like a policeman anymore. Weel, I suppose it’s a good idea to master the enemy’s language.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Gregory, lui, a ses méthodes&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;The overall picture didn’t fall into place, so I skipped the usual routine. Besides, I’m not a very systematic investigator. I improvise, or you might say, I tend to be disorderly. I even have a theory to justify my careless work habits: until you have a specific theoretical structure to fit the facts into, there’s not point in collecting evidencee.»&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-i-cover-uk1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-i-cover-uk1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-i-cover-uk1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans ses éléments, &lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt; a tout pour être un roman policier classique&amp;nbsp;: des policiers comme protagonistes, un environnement urbain hivernal qui dépeint un Londres fantasmé, un mystère impénétrable à la lisière du fantastique – un fantastique qui tient davantage de Kafka que de George Romero –, façon &lt;em&gt;whodunit&lt;/em&gt;. Mais en fin de compte, Lem se refuse à proposer un polar banal, et l’intrigue tourne très vite en une succession d’épisodes curieux et de réflexions sur la nature d’une investigation. À quoi servent les preuves&amp;nbsp;? À quel point peut-on déduire une règle élégante, ou à tout le moins valide, à partir d’une suite d’événements qui paraissent reliés en apparence – en l’occurrence, ces disparitions de cadavres. À quel point l’analyse statistique proposée par l’étrange Dr Sciss tient-elle la route&amp;nbsp;? Plus l’enquête avance, plus les explications avancées deviennent farfelues…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La fin ne résoudra pas grand-chose, laissant une impression curieuse assez peu satisfaisante. &lt;strong&gt;The Investigation&lt;/strong&gt; a pour lui sa brièveté, son ambiance et son humour pince sans rire&amp;nbsp;; pour le reste, il laisse sur votre serviteur une impression mitigée. C’était bien mais…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une quinzaine d’années plus tard, Lem va revenir au polar avec &lt;strong&gt;Le Rhume&lt;/strong&gt;, roman non moins curieux et empruntant des motifs similaires. On y reviendra en temps voulu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: peu s’en faut&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 26 septembre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/26/Journal-d-un-homme-des-bois-26-09-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 26 septembre 2016" />
      <id>urn:md5:b49f026084501c75051a497e9f7d0a82</id>
      <published>2016-09-26T09:49:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-26T09:56:12+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20160926-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160926-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où notre Homme des bois patate (du verbe patater)…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Septembre touche à sa fin et voici venu le temps de nettoyer le jardin. Cette semaine, nous avons commencé à réorganiser les bacs à plantation, en commençant par celui des pommes de terre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous avons une manière bien à nous de cultiver les pommes de terre&amp;nbsp;! À la sortie de l’hiver, après avoir choisi un endroit qui nous semble bien exposé, nous posons à même le sol des parpaings en série, afin de délimiter un espace rectangulaire de trois mètres de long (six parpaings alignés) sur environ un mètre de large (deux parpaings). Cela nécessite donc seize parpaings. Nous utilisons les plus larges (20 cm) qui sont bien stables. En mars/avril, nous posons à l’intérieur de cet espace, sur deux lignes espacées de trente centimètres, des pommes de terre germées, à raison d’une tous les trente centimètres, et ce directement sur le sol. Ce qui fait en tout dix-huit plants. Nous recouvrons immédiatement chaque pomme de terre d’une pelletée de terre. Une tige portant quelques feuilles ne tarde pas à émerger. Au fur et à mesure de sa croissance, nous continuons de la recouvrir en ne laissant à la lumière que son extrémité. Désormais, nous n’utiliserons plus de terre mais du broyat, c’est-à-dire des branchages provenant de la taille des haies, des arbustes, des arbres fruitiers et des bambous, que nous passons au broyeur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160926-bac.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20160926-bac.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20160926-bac_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au bout de deux ou trois semaines, il est nécessaire de surélever le bac avec une seconde ligne de parpaings, tout en bouchant les trous entre les plants avec du broyat. Une troisième ligne est bientôt nécessaire&amp;nbsp;! Nous obtenons alors un bac de soixante centimètres de hauteur, entièrement rempli de broyat, à l’occasion complété par des tontes d’herbe. Refaire le niveau est le seul travail nécessaire – nous n’arrosons jamais et il n’y a rien à désherber car rien venu du sol d’origine ne peut traverser 60 cm de broyat, pas même le chiendent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les tiges des plants de pomme terre continuent ensuite de pousser à la lumière. Notons qu’en fouillant/creusant délicatement autour des pieds, il est possible de récolter dès le mois de mai quelques pommes de terre, en fonction des besoins – il suffit ensuite de bien reboucher, les plantes continuant de pousser et de produire des nouveaux tubercules, tandis que les plus anciens continuent de grossir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fin septembre, alors que toutes les tiges ont séché avant de disparaître, nous procédons à la dernière récolte. Nous ouvrons le bac à l’une de ses extrémités, simplement en enlevant les trois hauteurs de deux parpaings. On découvre alors que le broyat s’est transformé en une terre très sombre, presque noire, sur une trentaine de centimètres d’épaisseur, tandis que la partie supérieure poursuit cette même transformation. Nous disposons alors sur le sol les six parpaings ainsi récupérés, dans le prolongement de ceux qui sont encore en place – en somme nous rallongeons le bac. Parfois, faute de place, nous ne construisons pas le nouveau bac dans le prolongement de l’ancien, mais perpendiculairement, à partir de deux parpaings prélevés sur la longueur – l’ensemble esquisse alors un L voire un T. A l’aide d’un râteau, nous émiettons la paroi de terre dégagée avant de la ratisser, pour commencer à remplir la rallonge. Et là, miracle&amp;nbsp;! Les pommes de terre dégringolent à leur tour avec la terre, par dizaines, de toutes les tailles&amp;nbsp;: des énormes aussi bien que des toutes petites&amp;nbsp;! Il suffit alors de les ramasser. À mesure que le bac d’origine est vidé et démonté, un bac identique est construit et rempli dans son prolongement. Quand toute la terre a été émiettée et déplacée, nous refermons l’extrémité du nouveau bac.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160926-patates.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20160926-patates.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20160926-patates_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au cours de l’hiver, nous continuons de nourrir la terre qu’il contient avec du broyat, puis avec une couche finale de compost. Au printemps, nous creusons dans ce compost des petits trous et y déposons trois à cinq graines de haricots, ce que l’on appelle des «&amp;nbsp;poquets&amp;nbsp;». Et entre ces poquets – que nous repérons avec des petits morceaux de bois – nous plantons des plants de salade, tandis que nous déposons des graines de radis tout au long des parpaings. Salades et radis seront récoltés avant que les haricots ne poussent. Dans le même temps, nous commençons la construction d’un nouveau bac pour la prochaine plantation de pommes de terre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ultime précision, les haricots ayant la particularité d’enrichir la terre en azote, leur bac sera laissé tel que en fin de récolte, tout juste ajouterons-nous peut-être un peu de broyat pour refaire son niveau, et nous pourrons y cultiver l’année suivante des plantes gourmandes en nutriments.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans notre jardin, tout bouge tout le temps et chaque nouvelle année est l’occasion de nouvelles expériences. Nous ne travaillons jamais la terre – au sens traditionnel du terme – mais nous «&amp;nbsp;laissons faire&amp;nbsp;» et n’apportons pour seule nourriture que du broyat et du compost. Et bien sûr, nous n’arrosons quasiment jamais. Les parpaings étant réutilisables à l’infini et simplement superposés, sans aucune sorte de mortier, notre jardin a une empreinte écologique strictement égale à zéro. Idéal, en somme&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>H comme Héliopolis</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/23/H-comme-Heliopolis" rel="alternate" type="text/html" title="H comme Héliopolis" />
      <id>urn:md5:a31c8cc3cc0fd3d0915ba317e2270c01</id>
      <published>2016-09-23T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-08-20T17:42:44+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Héliopolis&lt;/strong&gt; d'Ernst Jünger, nous poursuivons notre exploration de la science-fiction de langue allemande allemande, avec une autre des trois grandes œuvres du genre parues au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Dans un futur indéterminé, l'histoire d'une cité radieuse qui (surprise) ne l'est pas tant que cela…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Héliopolis [Heliopolis. Rückblick auf eine Stadt], Ernst Jünger, roman traduit de l’allemand par Henri Plard. Christian Bourgois, 1975 [1949]. Grand format, 500 pp.&lt;br /&gt;
Abeilles de verre [Gläserne Bienen], Ernst Jünger, roman traduit de l’allemand par Henri Plard. Christian Bourgois, 1972 [1967]. Semi-poche, 250 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-h-falaises.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-h-falaises_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ernst Jünger tient une bonne part de sa reconnaissance à son roman &lt;strong&gt;Sur les falaises de marbre&lt;/strong&gt; (1939). Dans ce texte aux lisières des littératures de l’imaginaire, à ranger sur la même étagère que &lt;strong&gt;Le Rivage des Syrtes&lt;/strong&gt; de Julien Gracq, &lt;strong&gt;En attendant les barbares&lt;/strong&gt; de J.M. Coetzee et le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2012/09/01/Voyage-dans-les-Contrees&quot;&gt;« cycle des Contrées »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Jacques Abeille,on voit la lente invasion d’un pays idyllique, la Marina, par le Grand Forestier. Toute ressemblance métaphorique avec la situation que traversait l’Allemagne à ce moment-là ne saurait être fortuite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Héliopolis&lt;/strong&gt;, considéré par Gérard Klein comme l'un des trois grands romans de genre (enfin, disons) parus au tournant de la guerre, avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/09/15/E-comme-L-Etoile-de-ceux-qui-ne-sont-pas-nes&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Franz Werfel et &lt;strong&gt;Le Jeu des perles de verre&lt;/strong&gt; de Herman Hesse (sur lequel on se penchera très vite).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-h-etoilejeu.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-h-etoilejeu.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Héliopolis&lt;/strong&gt; , donc, roman considéré également par d’aucuns comme le chef d’œuvre de son auteur.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&quot;Héliopolis&quot; – il murmurait ce nom moitié avec tendresse, moitié avec mystère, comme des runes du destin. À cette heure de midi, la mer était d’un bleu sombre, comme une soie à côtes menues&amp;nbsp;; les bastions s’y découpaient sans ombre. Les formes ressortaient sous une lumière brutale de surréalité.&amp;nbsp;» (p. 218)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-h-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-h-cover1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Étrange roman, qui débute par un long premier chapitre difficile d’accès. La suite ne l’est pas moins. Un navire, l’Aviso bleu, est de retour à Héliopolis après une mission du côté des Hespérides. À son bord, le lieutenant Lucius de Geer, qui sera notre protagoniste. Héliopolis est une ville méditerranéenne, sans équivalent dans le monde présent, qui semble être revenue pour part à un idéal gréco-romain. On comprend peu à peu que cette ville, radieuse en apparence, est le théâtre d’une lutte de pouvoir entre deux personnalités, le Bailli d’une part et le Proconsul de l’autre, suite à l’absence du Régent. Les deux potentats ont des visions du monde très différentes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le Proconsul posait en maxime que la vraie vie politique n’est que là où la Poésie lui a frayé les voies&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; le Bailli est un individu plus brutalement pragmatique. Au milieu de tout cela, la minorité des Parsis est victime d’exactions&amp;nbsp;; Lucius tente de protéger un érudit, Antonio Péri, et sa fille, Boudour. Sa perte en découlera.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l'instar de Franz Werfel et de Herman Hesse, Ernst Jünger choisit également de situer l'action de son roman dans une époque future, sans lien évident avec le présent — mais à la différence de ses deux prédécesseurs, Jünger a écrit Héliopolis &lt;em&gt;après&lt;/em&gt; la Seconde Guerre mondiale. Plus besoin d'exil aux USA comme pour Werfel ou d'exil intérieur comme pour Hesse (qui résidait néanmoins en Suisse). Bref, le roman se place donc dans un futur indéterminé, un certain temps après les «&amp;nbsp;Grands Embrasements&amp;nbsp;» — on n’en saura guère plus, en dépit de quelques références à des dates précises du XXe siècle —, période pas forcément moins troublée que celle que l'Allemagne vient de subir&amp;nbsp;: la présence de la minorité parsie n'a rien d'anodin. On trouve ici des inventions, tel le phonophore, appareil multi-fonction&amp;nbsp;; mais beaucoup d’appareils semblent en lien avec la lumière (même les mesures le sont&amp;nbsp;: on parle en «&amp;nbsp;unités-lumière&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; Jünger imagine également un appareil, l’&lt;em&gt;Energeion&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;qui pouvait se comparer à une exploitation souterraine. Mais ces installations ne contenaient ni pétrole ni charbon&amp;nbsp;; elles représentaient des ateliers plutoniens. Le feu ouranien, dont le Régent s’était réservé l’emploi illimité, n’avait d’autre fonction ici que celles d’une pure réserve de finances et de travail.&amp;nbsp;» (p. 247) Quant à savoir ce que sont ces «&amp;nbsp;ateliers plutoniens&amp;nbsp;» et ce «&amp;nbsp;feu ouranien&amp;nbsp;», on ne peut que le déduire (je suppose l’énergie nucléaire en ce qui concerne le second). Un peu plus loin, l’auteur détaille un peu la structure économique de ce monde futur, qui a à la fois «&amp;nbsp;une allure de totale détermination par l’État ou de libéralisme total&amp;nbsp;». À l’opposé de la luminosité constante d’Héliopolis se trouvent des nécropoles du Pagos, un « contrepoids d’ombre à la vie des villes et ses buts éphémères&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-h-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-h-cover2_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éliopolis&lt;/strong&gt; est un roman déstabilisant, qui ne promet rien de ce qu’on en attend. Une vision du futur&amp;nbsp;? Une tentative d’utopie&amp;nbsp;? Une guerre civile au sein d’une cité radieuse&amp;nbsp;? À peine. Tout se déroule à la marge, et l’essentiel du roman se passe dans ses à-côtés&amp;nbsp;: dans le conte moral proposé par Ortner, une variation sur le pacte avec le diable située à Berlin, des réflexions sur la nature de l’État, ou encore cette discussion au sujet des abeilles. L’intérêt varie en conséquence, la langue est belle, mais l’intrigue d’&lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éliopolis&lt;/strong&gt; a hélas tendance à ennuyer – du moins, pour qui s’attend à un roman de genre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Allez, deux citations pour la route&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tout État se doit de créer une utopie, dès qu’il a perdu le contact avec le mythe. C’est en elle qu’il parvient à prendre conscience de sa mission. L’utopie est l’esquisse du plan idéal, qui sert à déterminer la réalité. Les utopies sont les tables de la Loi contenues dans la nouvelle Arche d’alliance &amp;nbsp;; les armées les emportent, invisibles, avec elle.&amp;nbsp;» (Le Conseiller aux Mines, p. 264)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il fallait, peut-être depuis Caïn et Abel, qu’il y eût deux grandes races, avec deux conceptions toutes différentes du bonheur. Et toutes deux continuaient à vivre parmi les hommes et se succédaient au pouvoir. Souvent, toutes deux habitaient le même cœur.&amp;nbsp;» (p. 270)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-h-abeilles.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-h-abeilles_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p id=&quot;abeilles&quot;&gt;Terminons par quelques mots sur &lt;strong&gt;Abeilles de verre&lt;/strong&gt;, roman que, dans sa préface à &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt;, Gérard Klein imagine troisième volet d’une trilogie placée sous le signe des littératures de l’imaginaire (quoique &lt;strong&gt;Eumeswil&lt;/strong&gt;, roman un peu plus tardif de Jünger, pourrait lui aussi en relever). De fait, &lt;strong&gt;Abeilles de verre&lt;/strong&gt; appartient lui aussi à la science-fiction, si l’on veut. Disons à la manière Jünger, de telle sorte qu’on la trouvera à la marge des canons du genre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le lieu et l’époque de l’action se sont pas donnés&amp;nbsp;: c’est peut-être l’Allemagne, peut-être au vingtième siècle. En mal d’argent, le capitaine Richard va voir son ami, Twinnings. Individu ayant de l’entregent, il propose à Richard de se rendre auprès de Giacomo Zapparoni&amp;nbsp;: c’est là un magnat de l’industrie, dont la fortune se base sur ses inventions (et celles des autres). Les plus notables sont ses automates, non pas de balourds robots humanoïdes (encore qu’il produise des androïdes, ceux-ci ayant remplacé les acteurs au cinéma), mais des créatures miniaturisées. Voilà donc notre narrateur introduit auprès de Zapparoni&amp;nbsp;; après une discussion, sorte d’entretien d’embauche qui ne s’avoue pas comme tel, l’inventeur invite Richard à se rendre au jardin, avec cette simple mise en garde&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Attention aux abeilles.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, les abeilles qui bourdonnent dans le jardin ne sont pas les hyménoptères que l’on connaît, mais bien des automates. Un peu plus loin, Richard découvre une oreille humaine coupée, et bientôt plein. Il s’interroge…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-h-bienen.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-h-bienen_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Amateur de science-fiction depuis tout petit, j’apprécie régulièrement aller chercher la SF du côté de la littérature générale. Quitte à être régulièrement déçu, les auteurs s’emparant de tropes du genre sans forcément en faire grand-chose d’intéressant pour le petit cœur de lecteur de votre serviteur qui n’apprécie rien tant que le &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt;, le vertige de l’espace, du temps et de l’altérité. Bref, &lt;strong&gt;Abeilles de verre&lt;/strong&gt; possède un thème a priori intéressant (des nano-robots&amp;nbsp;!), mais Jünger préfère laisser son narrateur digresser sur son passé, notamment militaire. Pas que ce soit d’une lecture pénible, l’ouvrage bénéficiant d’un style plutôt riche&amp;nbsp;; c’est juste frustrant pour qui aborde l’ouvrage avec une grille de lecture science-fictive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, ce sont là deux romans pour le moins intéressants, mais qu’il est préférable ne pas aborder comme des romans de genre afin de, peut-être, davantage les apprécier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: disons qu’on s’ennuie&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>G comme Gast im Weltraum</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/21/G-comme-Gast-im-Weltraum" rel="alternate" type="text/html" title="G comme Gast im Weltraum" />
      <id>urn:md5:50c78faa27f4e6ba49322f3fe70e2a19</id>
      <published>2016-09-21T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-03-16T10:35:10+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Stanislas Lem est loin de se résumer au seul roman &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; : après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt;Feu Vénus&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on continue de s'intéresser à son œuvre. Dans le présent billet, on se penche rapidement sur son premier roman, &lt;strong&gt;Człowiek z Marsa&lt;/strong&gt;, et plus longuement sur son épopée intersidérale, &lt;strong&gt;Obłok Magellana&lt;/strong&gt;, adaptée au cinéma sous le titre &lt;strong&gt;Ikarie XB1&lt;/strong&gt;. Deux textes d'intérêt variable, et malheureusement toujours inédits en français…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Der Mensch vom Mars [Człowiek z Marsa], Stanislas Lem, roman traduit du polonais en allemand par Hanna Rottensteiner. Suhrkamp, coll. «&amp;nbsp;Phantastische Bibliothek&amp;nbsp;», 1992 [1946]. 160 pages&lt;br /&gt;
Gast im Weltraum [Obłok Magellana], Stanislas Lem, roman traduit du polonais en l’allemand par Rudolf Pabel. Verlag Volk und Welt, 1956 [1955]. 434 pp.&lt;br /&gt;
Ikarie XB1, Jindrich Polák (1963). 82 minutes, noir et blanc.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À moins d’être polonais, ou locuteur de la langue de Stanislas Lem, il est ardu de se constituer une intégrale des œuvres de l’auteur de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;. Faute de lire et comprendre le polonais, faute d’une traduction française, faute d’une traduction anglaise, c’est donc en allemand que l’on aura lu &lt;strong&gt;Człowiek z Marsa&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;L’Homme de Mars&amp;nbsp;», premier roman de notre auteur, encore inédit en français.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-mensch-pl1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-mensch-pl1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-mensch-pl1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-mensch-de1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-mensch-de1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-mensch-de1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’histoire débute quand McNoor, un journaliste, est kidnappé à New York, et soumis à un étrange questionnaire de la part d’un trio d’individus qui semblent remettre en cause sa nature humaine. Ce n’était là qu’un test, car ces messieurs ont besoin de sa sagacité&amp;nbsp;: un projectile a atterri aux USA. Il ne vient pas de Russie ni du Japon, mais de Mars… À l’intérieur du projectile en question se trouve une créature, surnommée par l’équipe de scientifique « aréanthropos&amp;nbsp;», c’est-à-dire «&amp;nbsp;homme de Mars&amp;nbsp;». Les tentatives pour tenter d’entrer en communication avec lui vont aboutir à la catastrophe.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-mensch-de2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-mensch-de2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-mensch-de2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une courte postface de l’auteur en 1989 nous montre celui-ci regarder cette œuvre de jeunesse avec amusement. De fait, ce texte souffre de longs bavardages, d’une action expéditive, mais on y pressent déjà le Lem de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; ou de &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;. Bien des thèmes récurrents de Lem sont déjà présents dans ce premier et court roman, à commencer par l’incommunicabilité. «&amp;nbsp;Die Planeten sind einander fremd. Nicht ganz so fremd sind zwei Menschen einander / Deux humains ne sont pas aussi étrangers l’un à l’autre que ne le sont les planètes entre elles&amp;nbsp;», conclut tristement l’un des personnages après les événéments dramatiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-gast-pl1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-gast-pl1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-gast-pl1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Intéressons-nous maintenant plus longuement à &lt;strong&gt;Obłok Magellana&lt;/strong&gt;, le quatrième roman de Lem, après &lt;strong&gt;Szpital Przemienienia&lt;/strong&gt; (« L’Hôpital de la transfiguration&amp;nbsp;», deuxième roman de notre auteur, premier hors-genres, et inédit en français) et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus&quot;&gt;&lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (dont votre serviteur vous avait entretenu lors d’un précédent tour d’alphabet). Si le titre original signifie «&amp;nbsp;le Nuage de Magellan&amp;nbsp;», son titre allemand se traduit par «&amp;nbsp;invité de l’espace&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire se situe dans un XXXIIe siècle utopique et socialiste. La monnaie n’a plus cours&amp;nbsp;; on a tiré une bonne leçon des siècles précédents, en particulier le XXe&amp;nbsp;; l’égalité homme-femme est désormais une réalité (à peu près). L’humanité a colonisé le système solaire (qui compte ici dix planètes&amp;nbsp;: celle qui orbite au-delà de Pluton se nomme Cerberus… une amusante coïncidence, lorsqu’on considère que l’un des cinq satellites de la planète naine s’appelle justement Kerbéros) mais certains comprennent bien l’importance d’aller au-delà. Mission est lancée d’aller vers Alpha Centauri, à bord d’un vaisseau spatial&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Gea&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Die &lt;em&gt;Gea&lt;/em&gt; ist kein Raumschiff, sondern ein Stück deines Lebens, Doktor, dein Land, deine Heimat für lange Zeit.&lt;br /&gt;
Le &lt;em&gt;Gea&lt;/em&gt; n’est pas vaisseau spatial, mais une part de ta vie, docteur. Ton pays, ton foyer pour longtemps.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-gast-pl2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-gast-pl2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-gast-pl2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lem nous propose là un roman fort long, raconté à la première personne par son narrateur – le narrateur, dont on ignore le nom, médecin à bord du &lt;em&gt;Gea&lt;/em&gt;, débute son récit par ses années de jeunesse et sa formation, à la manière de tout bon &lt;em&gt;bildungsroman&lt;/em&gt;… avant de s’élancer (enfin) vers l’espace passé le premier quart du roman. Ce sera là un voyage au long cours, et tout est fait à bord du &lt;em&gt;Gea&lt;/em&gt; pour rendre agréable la vie de ses passagers – une salle reproduit ainsi de manière fidèle l’environnement terrestre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le problème de &lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt; tient à sa longueur (pas loin d’un million de signe dans sa traduction allemande) et à son parti-pris optimiste&amp;nbsp;: grosso modo, on s’ennuie un peu avec cette taille, assez inhabituelle chez Lem, et cette relative absence de catastrophe. De fait, Lem souligne régulièrement le caractère utopique de ce futur&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;In dem grossen Kollektiv unserer Besatzung hat kein Mensch Macht über den anderen.&lt;br /&gt;
Dans ce grand collectif qu’était notre équipage, aucun humain n’exercait de pouvoir sur un autre.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Diese Freude, die allein der Tatsache entsprang, &quot;etwas zu besitzen&quot;, scheint uns sinnlos, ja geradezu lächerlich.&lt;br /&gt;
La joie qui nait de ce seul fait, &quot;posséder quelque chose&quot;, nous semble insensée, voire carrément ridicule.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les dangers sont rares, et le plus souvent externes. Deux &lt;em&gt;love stories&lt;/em&gt; viennent épicer, si peu, le roman – entre le narrateur et sa collègue Anna, et l’amourette malheureuse entre Piotr, rescapé d’un naufrage spatial, et une membre de l’équipage. On n’y sent pas Lem à son aise et, filtre de la langue ou pas, c’est un brin pataud – avec un discours balourd sur l’amour qui ne se laisse pas enfermer dans des modèles et des formules (si tu veux, Stan).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Die Liebe überwindet die trennende Entfernung zwischen den Menschen, und die Raumschiffahrt tut das gleiche zwischen den Sternen.&lt;br /&gt;
L’amour surmonte les distances qui séparent les hommes, et ce vaisseau fait de même avec les étoiles.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quelques péripéties émaillent toutefois le roman&amp;nbsp;: il se trouve des imbéciles pour se mettre à croire que tout n’est qu’illusion et qu’il suffit d’ouvrir la porte&amp;nbsp;; l’exploration d’un vaisseau abandonné provoque quelque surprise à l’équipage du &lt;em&gt;Gea&lt;/em&gt;, et les conséquences de sa découverte se feront sentir lorsque nos héros arriveront en vue d’Alpha Centauri – [spoiler] il s’enuite quelques difficultés de communication avec les Centauriens.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-gast-de1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-gast-de1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-gast-de1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le roman fait preuve d’un souci de réalisme qui me semble assez inhabituel pour l’époque&amp;nbsp;: pas d’antigravité, le vaisseau (construit en orbite) tourne sur lui-même pour assurer une gravité artificielle à ses passagers&amp;nbsp;; un vaisseau qui s’approche de vitesses relativistes sans toutefois dépasser celle de la lumière. Lem reformule, sans la nommer, la première loi de la robotique, et imagine également quelques concepts intéressants, en faisant par exemple réfléchir l’un de ses personnages à l’idée d’un cerveau ayant une taille galactique, dont les pensées mettraient des millions d’années à se former.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au chapitre 15 «&amp;nbsp;Anna aus der Sternen&amp;nbsp;», l’un des personnages narre un conte – une histoire se déroulant dans les temps ancien (comprendre&amp;nbsp;: notre XXe siècle) et mettant en scène Alan Turing et des robots –, conte préfigurant avec bonheur ce que Lem entreprendra quelques années plus tard avec les&lt;strong&gt; Contes inoxydables&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Cybériade&lt;/strong&gt;. D’autres détails préfigurent également d’autres romans – &lt;strong&gt;Retour des étoiles&lt;/strong&gt;, par exemple.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;[Unsere Sonne] war so verschwindend klein, so unähnlich der Sonne meiner Errinerungen, dass ich weder Heimweh noch Verwunderung empfand, sondern nur Gleichgültigkeit, unter der sich unzugänglich und unfassbar für alle Argumente des Verstandes, der Zweifel verbarg, dass dieses gelbliche Stäubchen, dass sich in nichts von vielen tausend anderen unterschied, wirklich das strahlende Licht meiner Heimat war.&lt;br /&gt;
[Notre soleil], réduit à peu de choses, était si différent de celui de mes souvenirs, que je ne ressentais ni nostalgie ni émerveillement, mais plutôt de l’indifférence, derrière laquelle, inaccessible et imperméable à tous les arguments raisonnables, se dissimulait ce doute&amp;nbsp;: cette étincelle jaunâtre, que rien ne venait distinguer de milliers d’autres, était en fait l’astre radieux de mon monde natale.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Plötzlich fragte er&amp;nbsp;: &quot;Weshlab fliegen wir eigentlich zu anderen Sternen?&quot; &quot;Einer muss doch der erste sein&quot;, antwortete Lena.&lt;br /&gt;
Soudain il demanda&amp;nbsp;: &quot;Pourquoi voyageons-nous jusqu’à d’autres étoiles&amp;nbsp;? – Il faut bien que quelqu’un y soit en premier&quot;, répondit Lena.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Selon Wikipédia, &lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt; aurait été partiellement censuré mais les éditions postérieures à la chute de l’URSS aurait rétabli le texte intégral. L’édition en langue allemande que j’ai lue date de 1956, et contiendrait donc le texte tronqué. En l’état, le roman est bien assez long (et lent) comme ça, et s’il n’est pas dénué d’intérêt, il peine tout de même à passionner sur la durée…&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;ikariexb1&quot;&gt;Mine de rien, Lem est un auteur plus adapté qu’on le croit au premier abord&amp;nbsp;: les deux adaptations de &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; sont pour ainsi dire l’arbre qui cache la forêt (plus exactement le bosquet). Comme &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt; avec &lt;em&gt;L’Étoile du silence&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;Gast im Weltraum&lt;/strong&gt; a bénéficié d’une adaptation cinématographique&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ikarie XB-1&lt;/em&gt; (sous le titre &lt;em&gt;Voyage to the End of the Universe&lt;/em&gt; dans sa version US), une production tchécoslovaque datant de 1963.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un vaisseau en forme de barquette file dans l’espace. À l’intérieur, un homme fuit, tandis que ses collègues restés dans le poste de pilotage tentent de le ramener à la raison. «&amp;nbsp;La Terre n’est plus là. La Terre n’existe plus&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» s’exclame le type, visiblement perturbé. Générique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première partie du film nous présente l’équipage par petites touches, et dans l’ensemble, provoque un ennui terrible. À tout le moins peut-on apprécier les décors intérieurs et la vision de cet équipage d’un futur utopique (mais encore marqué par les horreurs du XXe siècles&amp;nbsp;: après Auschwitz et Hiroshima, rien n’est plus jamais pareil). C’est kitsch, mais pas plus que les films américains de la même époque. &lt;em&gt;Ikarie XB1&lt;/em&gt; se distingue par le soin apporté aux détails&amp;nbsp;: on appréciera les semelles lumineuses des bottes magnétiques des spationautes, ou cette séquence de danse au seuil du ridicule, ou encore les tentatives piteuses des acteurs pour simuler l’apesanteur. L’&lt;em&gt;Ikarie&lt;/em&gt; arrive bientôt en vue d’un vaisseau abandonné&amp;nbsp;; deux membres d’équipage partent l’explorer, et découvrent un lieu empli de cadavres humains – une séquence glaçante, plutôt réussie. La suite replonge le spectateur dans l’ennui&amp;nbsp;: l’équipage succombe peu à peu à une épidémie de mystérieuse somnolence, provoquée par une Étoile noire (un trou noir, quoi, mais en mode magique), et, dans ses dernières minutes, rattache les wagons avec les premières scènes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La barquette de l'espace…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Dans les couloirs de l'&lt;em&gt;Ikarie XB1&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les danses du futur…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ça ne se remarque peut-être pas très bien, mais ce sont les fameuses bottes à semelle lumineuse&amp;nbsp;!&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les effets spéciaux sont un peu à la ramasse, c'est vrai…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Abayev pète un fusible.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-g-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-g-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-g-poster2_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ikarie XB1&lt;/em&gt; reste aussi proche du matériau originel que, par exemple, les &lt;em&gt;Solaris&lt;/em&gt; de Tarkovski et Soderberg ou que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: à l’exception du vaisseau spatial lancé vers Alpha Centauri et du vaisseau abandonné, la trame n’a pas grand-chose en commun. L’ensemble est loin d’être désagréable à regarder, et constitue une jolie curiosité dans le genre « production SF de l’autre côté du Rideau de fer&amp;nbsp;». On y reviendra…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non (à condition de lire le polonais ou l’allemand)&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme The Fantastic Four</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/19/F-comme-The-Fantastic-Four" rel="alternate" type="text/html" title="F comme The Fantastic Four" />
      <id>urn:md5:8c6de05f692c904198ec07a7b87d3225</id>
      <published>2016-09-19T17:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-09-19T17:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à un film super-héroïque auréolé d'une réputation super-mauvaise : &lt;strong&gt;The Fantastic Four&lt;/strong&gt;, première adaptation, produite en 1994 par Roger Corman, des aventures de Reed Richards et sa bande sur grand écran, mais jamais sortie nulle part et visible depuis seulement en bootleg de mauvaise qualité sur le web.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Fantastic Four, Oley Sassone (1994). 91 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avant la déferlante de films de super-héros, initiée grosso modo au début de ce siècle par le &lt;em&gt;X-Men&lt;/em&gt; de Bryan Singer, lesdits super-héros avaient déjà investi les écrans – grands ou petits – pour le meilleur et le pire. Pour le meilleur, on retiendra bien sûr le &lt;em&gt;Superman&lt;/em&gt; de Richard Donner en 1978, ainsi que &lt;em&gt;Batman&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Batman&amp;nbsp;: le d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éfi&lt;/em&gt; de Tim Burton. Pour le pire, on aurait tort d’oublier &lt;em&gt;Superman III&lt;/em&gt; (1983), &lt;em&gt;Superman IV&lt;/em&gt; (1987) – et &lt;em&gt;Supergirl&lt;/em&gt; (1984) aussi –, &lt;em&gt;Batman Forever&lt;/em&gt; (1995) et &lt;em&gt;Batman &amp;amp; Robin&lt;/em&gt; (1997).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si Superman et Batman sont les deux premiers exemples qui viennent en tête, il ne faudrait pas oublier que Spider-Man a eu droit à un premier film en 1977, que Captain America a été le héros de deux films TV en 1978 et 1979, que l’anomalie filmique Howard the Duck a bel et bien eu lieu en 1986, que le Punisher a sévi lors d’un premier film en 1989, que Captain America s’est illustré cette fois dans les salles obscures en 1990, que Spawn s’est fait massacrer dans les salles obscures en 1997 et que Nick Fury a d’abord eu les traits de David «&amp;nbsp;fuckin’&amp;nbsp;» Hasselhoff dans un film TV en 1998 (j’en oublie sûrement). Et il a failli y avoir les Quatre Fantastiques, avec un &lt;em&gt;Fantastic Four&lt;/em&gt; jamais sorti sur les écrans et auréolé d’une réputation désastreuse…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette première adaptation du comics de Stan Lee est-elle aussi catastrophique que la rumeur le prétend&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le générique nous balade à travers le système solaire, parce que, mais nous voici bientôt sur Terre. Lycéens pleins d’idées et d’ambition, Reed Richards et son ami Victor Doom veulent profiter du passage du Colossus au large de l’atmosphère terrestre pour en extraire de l’énergie. Las, l’expérience a tout de l’&lt;em&gt;epic fail&lt;/em&gt;, et Victor meurt – du moins, c’est ce que croit Reed. Victor a été récupéré par des gens (qui&amp;nbsp;?), qui le soignent. Dix ans plus tard, Reed Richards est devenu un scientifique renommé. Toujours pote avec Ben Grimm, il retrouve Susan Storm et son jeune frère, l’impétueux Johnny. C’est avec eux qu’il décide d’entreprendre une expédition spatiale. Mais Victor Doom veut se venger de Reed, et c’est un voleur, le Joaillier, qui va l’aider involontairement dans ses plans&amp;nbsp;: le malfrat échange le mirifique diamant de Reed, que ce dernier compte utiliser dans son expédition, contre une copie. Une fois notre quatre héros dans l’espace, ça merde grave, et leur vaisseau explose. Quelle n’est pas alors leur surprise de se retrouver vivants sur Terre. Vivants, mais désormais dotés de capacités hors normes. Très vite, les voici prisonniers de Doom, qui désire acquérir leurs capacités en question, dans des buts rien moins que délétères…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La mort de Victor Doom&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La première apparition du Joaillier&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-imG4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les 4, pas encore fantastiques&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un trip spatial inspiré, de loin, de &lt;em&gt;2001&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Doom en mode Grand Méchant sur son trône&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img9.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img9_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Baxter Building&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img10.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img10_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les Quatre Fantastiques se confrontent à Doom&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Alors, &lt;em&gt;The Fantastic Four&lt;/em&gt;, catastrophique&amp;nbsp;? Curieusement, pas tout à fait. L’histoire tient grosso-modo la route, malgré une ligne d’intrigue pas super utile (Alicia, l’aveugle amour de Ben Grimm) et un raccourci qui voit les quatre rescapés de l’espace devenir un peu trop vite les Quatre Fantastiques. L’humour est assez bon enfant, notamment dans lors des combats – qui sont franchement paresseuses, avec une mention spéciale pour le duel final. Quant aux scènes avec le Joaillier, elles semblent une pâle tentative d’imitation de Tim Burton,&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-doomed.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-doomed.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-doomed_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le film bénéficiait d’un petit budget, et cela s’en ressent&amp;nbsp;: en 1994, c’est un an après la sortie de &lt;em&gt;Jurassic Park&lt;/em&gt;, qui a mis tout le monde d’accord. De fait, &lt;em&gt;The Fantastic Four&lt;/em&gt; a surtout l’apparence d’un téléfilm ou d’un direct-to-video, avec des effets pour le moins cheap&amp;nbsp;: sur grand écran, il aurait fait pâle figure. La légende veut d’ailleurs que ce film ait été tourné dans le seul but de conserver les droits sur les personnages&amp;nbsp;; personne – à l’exception des producteurs – n’étant informé de cette volonté de ne pas le montrer. Un documentaire, &lt;em&gt;Doomed: The Untold Story of Roger Corman's the Fantastic Four&lt;/em&gt;, revient sur cette histoire en détails.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Fantastic Four&lt;/em&gt; est l’œuvre d’un certain Oley Sassone, dont il s’agissait du cinquième long-métrage (après deux direct-to-video). Par la suite, Sassone a surtout réalisé des épisodes de séries TV (&lt;em&gt;Hercule&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Xena la guerri&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Mortal Kombat&lt;/em&gt; entre autres)&amp;nbsp;; depuis dix ans, c’est le calme plat. Plus notable est le producteur, à savoir l’inénarrable Roger Corman – dont on regardait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/07/X-comme-X-the-Man-with-the-X-Ray-Eyes&quot;&gt;&lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Horrible Cas du Docteur X&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; voici quelques tours d’alphabet. Corman qui déclarait au sujet de &lt;em&gt;The Fantastic Four&lt;/em&gt; que l’essentiel du budget (s’élevant à 1,5 millions de dollars) avait été englouti par le costume de la Chose. Ce qui, avouons-le, ne se remarque pas beaucoup (un peu d’animatronique pour faire bouger sa bouche et ses sourcils rocaillaux, et c’est bien tout). À côté, les incrustations pour Susan Storm en mode semi-invisible sont assez dégueu, l’élasticité de Reed Richards est aussi cheap que perturbante (quoique moins que dans le film de 2004), et quand Johnny Storm passe en mode tout feu tout flamme, c’est fort laid.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La Femme invisible réapparaît&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img12.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img12_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Johnny Storm…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Côté casting, Alex Hyde-White (Reed Richards) avait notamment joué Indiana Jones jeune dans &lt;em&gt;La Derni&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère Croisade&lt;/em&gt;. Après&lt;em&gt;The Fantastic Four&lt;/em&gt;, il a enchaîné ensuite les petits rôles dans des films ou des épisodes de série (on a ainsi pu le croiser récemment dans &lt;em&gt;Les Agents du SHIELD&lt;/em&gt;). Même suite de carrière pour Rebecca Staab (Susan Storm), Jay Underwood (Johnny Storm), Joseph Culp (Victor Doom). Quant à Michael Bailey Smith (Ben Grimm), on a pu le revoir dans des rôles souvent monstrueux&amp;nbsp;: dans &lt;em&gt;Men in Black II&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;La colline a des yeux&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Monster Man&lt;/em&gt;. C’est d’ailleurs le seul à tirer son épingle du jeu&amp;nbsp;: Alex Hyde-White et Rebecca Staab sous-jouent, tandis que Jay Underwood surjoue et que Joseph Culp cabotine en gros méchant se sentant obligé de pousser des rires machiavéliques en tordant ses mains gantées.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img8.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img8.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img8_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Au cas où le spectateur aurait encore un doute, Doom est &lt;em&gt;méchant&lt;/em&gt;.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La musique hésite entre le passable et le médiocre. Si la scène du passage du Colossus bénéficie d’un thème réussi, la séquence suivant, centrée sur la mort de Victor Doom à l’hôpital, est affligée d’une musique au piano hors de propos, faisant basculer l’ensemble vers le soap. Quant aux passages mettant en scène le Joaillier, on croirait entendre du Danny Elfman&amp;nbsp;; le fait que le personnage ressemble au Pingouin de &lt;em&gt;Batman&amp;nbsp;: Le D&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éfi&lt;/em&gt; n’y est pas étranger non plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, en dépit de tous ses défauts (et ils sont nombreux), cette première adaptation des Quatre Fantastiques&lt;em&gt; &lt;/em&gt;est faite avec un premier degré une fraîcheur qui la sauve du naufrage total – un peu à l’opposé des adaptations ultérieures, dépourvues du moindre supplément d’âme. C’est là où réside la nuance entre le nanar, genre qui inspire forcément la sympathie, et le navet OGM gonflé aux CGI et des plus insipides.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-f-img11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-f-img11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-f-img11_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: seulement sur le Web, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=QW5rLyzFWJM&quot;&gt;sur Youtube par exemple&lt;/a&gt; (dans une qualité d’image assez moche&amp;nbsp;; il faut réussir à passer outre)&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme L'Étoile de ceux qui ne sont pas nés</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/15/E-comme-L-Etoile-de-ceux-qui-ne-sont-pas-nes" rel="alternate" type="text/html" title="E comme L'Étoile de ceux qui ne sont pas nés" />
      <id>urn:md5:648e3997bf53bc051551e41d88c063f3</id>
      <published>2016-09-15T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-09-15T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'on poursuit notre exploration de la science-fiction de langue allemande allemande, avec l'une des trois grandes œuvres du genre parues au tournant de la Seconde Guerre mondiale : &lt;strong&gt;L'Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt; de Franz Werfel, un étonnant voyage dans un futur distant de cent mille ans…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Étoile de ceux qui ne sont pas nés [Stern der Ungeborenen], Franz Werfel, roman traduit de l’allemand par Gilberte Marchegay, 1977 [1946], préfaces de Gérard Klein. Le Livre de Poche, coll. «&amp;nbsp;Science-Fiction&amp;nbsp;». Poche, 768 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans ce navrant Abécédaire, on s’est régulièrement intéressé à la science-fiction d’outre-Rhin – avec le fondateur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/a&gt; de Kurd Lasswitz, le surprenant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lesab&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éndio&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Paul Scheerbart et l’ambitieux &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/19/B-comme-Berge-Meere-und-Giganten&quot;&gt;&lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d’Alfred Döblin (et aussi le médiocre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/19/M-comme-Die-Macht-der-Drei&quot;&gt;&lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Hans Dominik).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au cours et au sortir de la Seconde Guerre mondiale sont parus trois romans de science-fiction en Allemagne, trois «&amp;nbsp;Éclairs dans un ciel immaculé&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: rien auparavant ne les a annoncés, tant dans l’œuvre de leurs auteurs respectifs que dans la SF de langue allemande de l’époque, et ils n’ont pas eu de descendance immédiate, tant dans l’œuvre de leurs auteurs respectifs que dans la SF de RDA et de RFA. (Mon affirmation selon laquelle il y a «&amp;nbsp;trois&amp;nbsp;» romans souffre sûrement de son caractère péremptoire et de mon ignorance&amp;nbsp;: s’il y a d’autres livres se rapprochant de la SF parus à cette période, je n’en ai pas eu connaissance.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-e-glasshelio.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-e-glasshelio.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le premier de ces trois romans est &lt;strong&gt;Le Jeu des perles de verre&lt;/strong&gt; de Herman Hesse. Paru en 1943, lors des heures les plus sombres de la guerre, ce roman se déroule dans une utopie future, régie par un jeu, celui des «&amp;nbsp;perles de verre&amp;nbsp;». L’auteur de &lt;strong&gt;Siddharta&lt;/strong&gt; nous raconte le parcours de Joseph Valet, de son enfance jusqu’à son ascension dans la hiérarchie ludique… (et on en reparlera à la lettre J du présent tour d’alphabet). Le troisième est &lt;strong&gt;H&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éliopolis&lt;/strong&gt; d’Ersnt Jünger (1949), manière de contre-utopie dans une ville imaginaire (et, devinez quoi, on en reparlera à la lettre H du présent tour d’alphabet). Et le deuxième est &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt;, objet du présent billet et description d’un futur lointain de plusieurs dizaines de milliers d’années.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-e-cover-fr1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-e-cover-fr1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La suite&amp;nbsp;? Franz Werfel est mort juste après avoir achevé l’écriture de son roman, Hesse n’a plus écrit de romans et seul Jünger a continué son œuvre littéraire. Quant à la SF de langue allemande&amp;nbsp;: en RFA, il y a surtout eu la saga interstellaire au long cours &lt;strong&gt;Perry Rhodan&lt;/strong&gt;, qui a éclipsé passablement le reste (Wolfgang Jeschke ou l’auteur autrichien Herbert Franke)&amp;nbsp;; en RDA, les auteurs se sont vus incités à s’orienter vers une science-fiction qui n’en était pas&amp;nbsp;: la «&amp;nbsp;wissenschaftliche Phantastik&amp;nbsp;», du «&amp;nbsp;fantastique scientifique&amp;nbsp;» si l’on traduit mot à mot, et en réalité, une sorte de littérature d’anticipation pas toujours palpitante – mais sur laquelle on reviendra dans de prochains tours d’alphabet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Retour à Franz Werfel. Dans son édition française, le roman est introduit par trois préfaces&amp;nbsp;; la première, signée Gérard Klein, regrette le distingo effectués par certains entre SF, «&amp;nbsp;littérature de bas étages&amp;nbsp;», et la littérature littéraire, et s’appuie sur le présent roman de Franz Werfel pour réfuter cela. On en retiendra notamment ces phrases&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On pourrait continuer à contester la valeur de telle œuvre particulière, surtout spécialisée, mais on ne devrait plus pouvoir refuser toute possible dignité à l’espèce dans son ensemble. Pour prendre un exemple concret, quiconque aura lu &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt;, même s’il n’aime pas le livre, pourra difficilement lui dénier de la grandeur, et donc pour une anticipation la virtualité de la grandeur.&amp;nbsp;» Les deux autres préfaces (non signées) entreprennent de présenter Werfel au lecteur francophone. En bref&amp;nbsp;: né en 1890 à Prague, décédé en 1943 en Californie, marié entretemps à la compositrice Alma Mahler (ex-épouse du compositeur Gustav Mahler, ex-maîtresse du peintre Oscar Kokoschka, ex-épouse de l’architecte Walter Gropius), il n’est certes pas le plus célèbre des écrivains langues allemandes, étant éclipsé par (au pif) Thomas Mann ou Herman Hesse. De confession juive (d’où son exil californien), Werfel s’est cependant intéressé de très près au catholicisme, chose qui se ressent particulièrement dans &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt;. Voyons ce qu’il en est plus précisément…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-e-cover-de.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-e-cover-de.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-e-cover-de_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Notre narrateur, un certain individu répondant aux initiales F.W., se réveille – ou plus exactement&amp;nbsp;: est ramené à la vie – dans un avenir distant de soixante ou cent mille ans, dans la «&amp;nbsp;onzième année cosmique de la Vierge&amp;nbsp;». La Californie où il reprend vie n’a rien à voir avec celle qu’il connaît&amp;nbsp;: place à la société «&amp;nbsp;astro-mentale&amp;nbsp;». Ici, les villes ont disparu, ou plus exactement changé de forme – les maisons sont souterraines pour l’essentiel —, le climat est plus froid suite à l’éloignement de la Terre du soleil. Plus de montagne, juste une plaine uniforme de gazon couleur gris acier. Un vieil ami de F.W., B.H., mort depuis longue date, est présent à ses côtés, pour le guider à une fête de mariage, dont le nouveau venu représente, pour ainsi dire, le clou.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;L’apparition d’un être venu du fond de l’antiquité la plus nébuleuse, c’était là le cadeau offert par B.H. au jeune couple en ce premier jour de leur noce&amp;nbsp;! Jadis, on envoyait des singes, des perroquets, des nains et des fous de cour. À présent, on offrait des &quot;esprits convoqués&quot;. Pourquoi pas&amp;nbsp;? À savoir ce qu’ils comptaient faire d’un esprit invisible&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» (P.86)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà F.W. décontenancé par les nouveaux us et coutumes. Les échos du XXe siècle sont encore présents, et B.H. se souvient d’un certain chef de guerre fanatique, nommé peut-être Hiltier (on notera le jeu de mot avec «&amp;nbsp;Tier&amp;nbsp;», qui signifie «&amp;nbsp;animal&amp;nbsp;» en allemand). Par ailleurs, la monolingua de l’avenir est compensée dans le roman par l’inclusion de nombreux termes et locutions en latin, français, italien, anglais… Les habitants de cette ère distante ont un aspect qui surprend le narrateur&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Leurs harmonieuses et moyennes statures démentaient l’idée que l’on se fait généralement d’individus futurs à la volonté de fer et de taille gigantesque (…). Quant à l’habillement de ces personnes, il ne m’aidait pas davantage à les distinguer les unes des autres. Si, en ce lieu, chaque individu s’entourait de l’étrange clarté dont j’ai parlé comme d’un vêtement d’intérieur commode et léger, celui-ci effaçait toute particularité plutôt qu’il ne la révélait.&amp;nbsp;» (P.92)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ces gens du futur sont devenus plus végétaliens encore que les plus extrêmes des végans&amp;nbsp;; on ne dit plus «&amp;nbsp;tuer&amp;nbsp;» mais «&amp;nbsp;retirer&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; le piano a disparu, le billard a survécu&amp;nbsp;; on aime la position debout ou la position allongée mais pas la position assise, qui ne forme pas une ligne droite&amp;nbsp;; l’idiome monolingual prévient curieusement tout commentaire désobligeant. Ce qui était habituel au XXe siècle ne l’est plus, les valeurs ont quelque peu muté&amp;nbsp;; tout le monde a apparemment un niveau de vie des plus confortable, faisant parvenir la société à ce que F.W. suppose être une forme de communisme, sans grande mesure avec celui qu’il connaissait – encore qu’il existe encore des pauvres.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;L’éternelle jeunesse, la distribution de tous les biens de la vie par le Travailleur, la suppression de toute disette et probablement des principales maladies, le prolongement de la vie humaine jusqu’aux limites de la lassitude, tout cela avait-il pour autant abaissé le chiffre statistique de cet inconvénient humain&amp;nbsp;: être malheureux&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (P. 315)&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Enfin, le simple d’esprit de cette époque était vraiment un simple, même s’il en était arrivé à l’étude de la phrase binomique et au calcul différentiel, ce en quoi il dépasse la plupart d’entre nous.&amp;nbsp;» (P.319)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’un côté, si même le plus ignare des habitants de cet avenir a plus de connaissances en maths que vous et moi, les prétendus grands esprits en sont encore réduit à discutailler de l’existence de Dieu – et F.W. départagera deux rhéteurs avec une ironie comprise de lui seul (à son grand désespoir). De fait, l’une de choses à avoir survécu au fil des éons est la foi catholique, pour ainsi dire inchangée par rapport au XXe siècle – ce qui n’empêche nullement la présence d’un seul et unique juif –, et devenue prépondérante suite à un conflit majeure qui dura trois treizièmes de minutes&amp;nbsp;; les planètes du système solaire seront ainsi renommées à sa suite St Jean l’Évangéliste (Mercure), Marie-Madeleine (Vénus) ou l’Apôtre Pierre (Jupiter).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais tout est-il si parfait dans ce meilleur des mondes futurs&amp;nbsp;? F.W. comprend peu à peu que ses hôtes, affables au possible, et B.H., cicérone un brin jaloux, ne lui disent pas tout&amp;nbsp;: qui est ce mystérieux «&amp;nbsp;Travailleur&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Quelle est cette «&amp;nbsp;jungle&amp;nbsp;» qui modifie le paysage trop bien normé de ce monde futur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;D’abord, aux limites de la civilisation quelque chose avait surgi, désigné par des vocables imprécis qui trahissent l’horreur, tels que &quot;jungle&quot;, &quot;désordre porcin&quot;. Je ne pouvais me représenter ce qu’exprimaient ces mots, mais je compris bientôt qu’il ne s’agissait pas seulement d’un désordre de caractère végétal mais aussi d’une aberration humaine.&amp;nbsp;» (P.126)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;B.H. compare cette zone, séduisante à l’œil, à la «&amp;nbsp;lèpre et la vérole&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Même ici, au voisinage de la Californie, il existait une de ces jungles où s’étaient développées (…) non seulement une faune et une flore infectes, mais, chose affreuse à dire, où se multipliait une nouvelle race humaine engendrée par les déserteurs, les ratés de la société. Cela avait donné naissance à des êtres simiesques, des nains ou des géants singulièrement éloignés de l’élégante mesure que l’humanité avait acquise.&amp;nbsp;» (P. 127)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-e-cover-fr3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-e-cover-fr3.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le séjour de F.W. dans cet avenir distant va durer trois jours – comme autant de parties dans le roman. Lors du premier jour, il reste pour l’essentiel dans le cadre intimiste de la famille qui l’a ramené à la vie. Lors de la deuxième journée, il s’aventure plus avant dans ce monde, suit une formation accélérée dans le Djébel (ce qui vaut une excursion spatiale fantasmée, avec un étrange passage science-fictif à la surface de Jupiter), et s’aventure dans la fameuse Jungle. Celle-ci n’est pas sans rappeler les «&amp;nbsp;réserves&amp;nbsp;» du &lt;strong&gt;Meilleur des mondes&lt;/strong&gt;, à savoir un endroit où vivent des humains refusant cette société utopique. Le troisième jour, F.W. se rend dans le Jardin d’Hiver, lieu où se rendent les gens afin d’y mourir. Mourir n’est pas le terme exact&amp;nbsp;: ils régressent, rajeunissant jusqu’à redevenir embryon puis plus rien. Le drame couve, cette société future portant en elle les germes de sa destruction, et lorsque F.W. revient à la surface, c’est pour découvrir le monde à feu et à sang (enfin, autant que puisse l’être une société de ce genre).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Cela veut dire que quoi qu’on fasse pour changer le monde, le pourcentage d’échec demeure constant. L’humanité astro-mentale, froide, imperméable à la sensualité, joueuse, cette humanité qui vivait dans un ordre du monde rigide, orienté cosmiquement, ne pouvait être capable d’endiguer les passions sanglantes qui avaient émergé brusquement des profondeurs. Qui se serait également douté que ces passions existaient encore&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» (P.584)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le moins que l’on puisse dire est que &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt; possède un titre superbe, quoique sans guère de rapport avec le reste du roman. Celui-ci relève d’une science-fiction éminemment personnelle, ambitieuse mais ne cherchant absolument pas à explorer les tropes habituels de la SF, ce dont l’auteur/narrateur se justifie&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Rien ne m’intéresse aussi médiocrement, rien n’est plus éloigné de ma pensée que de singer Jules Verne. D’ailleurs, je fais la description d’un monde astro-mental et non d’un monde techico-matérialiste, comme ce Français. Je raconte ce qu’il m’advint et comment, c’est tout.&amp;nbsp;» (P.364)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’histoire ayant mené à ce futur est peu détaillée&amp;nbsp;: le Stapledon des &lt;strong&gt;Derniers et des Premiers&lt;/strong&gt; peut rester tranquille, d’autant que &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile…&lt;/strong&gt; ne s’aventure «&amp;nbsp;que&amp;nbsp;» cent mille ans, une broutille façon aux deux milliards d’années du roman de l’Anglais. Lui rapprocher la trilogie de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;L’œcumène d’or&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; de John C. Wright est envisageable, dans le genre «&amp;nbsp;geste de l’avenir lointain&amp;nbsp;» (et Wright ayant, quant à lui, viré bigot). Le roman déborde d’idées intéressantes (en particulier le glaçant Jardin d’Hiver)… et de concepts un peu foireux (replacer la Terre au centre de l’univers, dont les humains sont la seule espèce sentiente), mais sa longueur (760 pages bien tassées en poche), ses innombrables discussions et réflexions peuvent faire vaciller la patience du lecteur. Et la religiosité, quoique sans prosélytisme (ouf), qui en émane, en agacera certainement plus d’un.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le roman, F.W. suppose qu’il est décédé à l’âge de 52 ans, avant d’être ramené à la vie des éons plus tard&amp;nbsp;: un aspect prophétique assez troublant, Werfel étant décédé deux jours après avoir mis le point final à &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Étoile de ceux qui ne sont pas nés&lt;/strong&gt;, à l’âge de 53 ans. Ultime roman de son auteur, cette &lt;strong&gt;Étoile&lt;/strong&gt; n’est pas exactement celle qui brille au firmament de sa bibliographie&amp;nbsp;: semblent lui être préférés &lt;strong&gt;Les Quarante Jours du Musa Dagh&lt;/strong&gt; (1933), au sujet du génocide arménien, ou &lt;strong&gt;Le Chant de Bernadette &lt;/strong&gt;(1941), consacré à Bernadette Soubirous.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin de compte, une nouvelle curiosité dans la littérature de langue allemande.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: c’est selon&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>D comme Le Dossier 51</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/13/D-comme-Le-Dossier-51" rel="alternate" type="text/html" title="D comme Le Dossier 51" />
      <id>urn:md5:d2cffd7d5b95158c069b648409b57d8d</id>
      <published>2016-09-13T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-13T09:19:40+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une fois n'est pas coutume, on s'intéresse à un roman d'espionnage&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Dossier 51&lt;/strong&gt; de Gilles Perrault. Une forme expérimentale pour un résultat formant l'antithèse de James Bond, Jason Bourne, Jack Bauer et consorts…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;[Le] Dossier 51, Gilles Perrault. Fayard, coll. « Les Classiques de l’espionnage », préface de Francis Lacassin, 1973 [1969]. Poche, 444 pp.&lt;br /&gt;
Le Dossier 51, Michel Deville (1978). 88 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Supposons un axe. À l’une des extrémités, on trouve James Bond, Jason Bourne ou Jack Bauer ; en se décalant, on croise les romans de John Le Carré. Et à l’autre extrémité, il y a &lt;strong&gt;Le Dossier 51&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-cover1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Roman d’espionnage des plus particuliers, &lt;strong&gt;Le Dossier 51&lt;/strong&gt; se présente comme une succession de documents échangés par des gens entre l’automne 1967 et l’automne 68. Qui sont-ils ? On sait seulement qu’ils se désignent par des noms de code : Mercure, Minerve, Jupiter… Ils font appels à des intervenants extérieurs, surnommés Pâris, Ménélas ou tout simplement par un numéro — 5353, 8047, etc. Chacun se différencie par une typographie différente dans ses courriers : une didone pour Mercure, une mécane pour Minerve, une fine linéale pour Jupiter. On comprend peu à peu que chacun de ces noms ne désignent pas une personne en particulier mais plus vraisemblablement un service, au sein d’une organisation anonyme. Au fil du temps, on finit néanmoins par déceler des embryons de personnalités : Minerve, pète-sec ; Mercure, défiant envers sa supérieure Minerve, envers qui il s’ingénie à se montrer des plus tatillons ; Esculape, le psy blasé… Que veulent-ils ? En savoir davantage sur le remplaçant de Jean de Malarielle à la tête de l’O.V.R.A. (non, pas cette &lt;a href=&quot;http://https/fr.wikipedia.org/wiki/Organizzazione_di_Vigilanza_e_Repressione_dell%27Antifascismo&quot;&gt;Ovra&lt;/a&gt; de triste mémoire), un certain Dominique Auphal. Le mémo est clair :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;« 1°) Recueillir tous les éléments d’information sur Dominique Auphal.&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
6°) Auphal sera désigné par le chiffre 51. » (P. 4)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Culture du secret oblige, rien n’est dit sur l’organisation qui enquête sur 51. Quelques hypothèses se font jour : il s’agit peut-être des services secrets d’un pays d’Afrique, à en juger par les indices traînant çà et là au fil des échanges. Comment savoir ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fouille de portefeuille, lecture de correspondance intime, entrevues avec les proches de 51 et 52, soudoyage de la bonne 56 : tout est mis en œuvre par Minerve pour trouver la faille qui permettra « d’exploiter » Dominique Auphal. Le retourner, non, mais juste un moyen de pression sur lui. Le décryptage de la personnalité de 51 se base sur un tableau d’un peintre méconnu, Félix Labisse : &lt;em&gt;Mythom&lt;/em&gt;&lt;em&gt;écanique&lt;/em&gt;. Le web dit peu de choses au sujet de Labisse, et la plupart des références renvoient au film (dont il sera question plus loin dans ce billet), au point que j’ai cru un instant à une invention de la part de Perrault. Bref, diplomate carriériste, 51 est marié à 52, dont il a deux enfants, 53 et 54. Une famille modèle telle que requise par la diplomatie française. Évidemment, les choses ne sont pas aussi simples, et l’on comprend peu à peu mieux la personnalité de 51 — du moins, via le prisme des investigations de l’organisation mystère. Le type est entier, volontiers raciste (mais est-ce si étonnant dans la diplomatie ?), a eu une enfance compliquée avec un père qui ressentait de l’aversion pour lui et une mère trop aimante (choses qui trouvent leur explication de sombres heures de la Seconde Guerre mondiale), et, surtout, sa sexualité fait l’objet d’une enquête approfondie. L’organisation semble en effet porter une importance quasi obsessive aux rapports sexuels « complets et satisfaisants ». En fin de compte, les conclusions d’Esculape et ses suggestions provoqueront le drame, après un indécent travail de fouille et de mise à nue du sujet (casser des œufs ne donne pas forcément une omelette).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-labisse-mythomecanique.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-labisse-mythomecanique.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En somme, &lt;strong&gt;Le Dossier 51&lt;/strong&gt; forme un contrepoint à Ian Fleming, en présentant ce qui pourrait bien être l’anti-thèse de James Bond. Pas de héros, un personnage — 51 — sujet du roman mais à qui est quasiment déniée toute possibité de s’exprimer (si ce n’est par des documents dérobés), pas vraiment d’espions, une intrigue tortueuse dont les enjeux sont obscurs — et ne concernent certainement pas l’équilibre du monde. Le livre pousse dans ses derniers retranchements la notion de roman : bien que fictive, cette accumulation de mémos et de documents forme-t-elle un roman à proprement parler ? Oui : disons que, en dépit de l’absence de texte narratif, l’intrigue et ses personnages forme une histoire romanesque. Reste à déterminer (comme pour tout &lt;em&gt;found footage&lt;/em&gt;) qui a réuni cette collection de documents et pourquoi. Bref, la lecture du livre, a priori aride, s’avère prenante en fin de compte. Les documents présentés sont d’une grande variété, et afin de varier les plaisirs, les échanges les plus anodins (données factuelles sur la généalogie de 51 et 52) sont suivis de textes plus consistants : des retranscriptions de conversations, des lettres diverses, un poème (raté) et une nouvelle (plus réussie) de 51… Sans oublier les bisbilles et ratées au sein de l’organisation. Au lecteur de faire travailler sa matière grise et de tirer certaines conclusions — notamment face à l’ultime mémo.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra regretter une fin abrupte, quoique éminemment logique dans la forme. Mais c’est chipoter. Passons.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-poster_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 1978, &lt;strong&gt;Le Dossier 51&lt;/strong&gt; a bénéficié d’une adaptation au cinéma, par Michel Deville. Comment rendre à l’écran le texte de Perrault ? Et (à l’époque) que fallait-il attendre d’un cinéaste ayant à son actif des films tels que &lt;em&gt;À cause, à cause d'une femme&lt;/em&gt; (1963), &lt;em&gt;Benjamin ou les M&lt;/em&gt;&lt;em&gt;émoires d'un puceau&lt;/em&gt; (1968) ou encore &lt;em&gt;Rapha&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ël ou le Débauché&lt;/em&gt; (1971) ? (Notons que Deville réalisera en 1999 une autre adaptation, celle de &lt;strong&gt;La Maladie de Sachs&lt;/strong&gt; de Martin Wincker.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de quelques différences mineures (en vrac, l’action est déplacée de 1967 à 1977, et se déroule à Luxembourg au lieu d’une ville-mystère ; l’OVRA devient ODENS (Organisation pour le Développement des Échanges Nord-Sud) ; Mercure cède la place à Mars), &lt;em&gt;Le Dossier 51&lt;/em&gt; ne trahit pas l’œuvre de base, et opte pour un rigoureux dispositif filmique, légèrement différent que celui du roman : les mémos sont remplacés par des séquences filmées en caméra subjective, des dialogues entre les membres de l’organisation (sans qu’aucun n’apparaisse à l’écran) sur fond de télex crépitants, de diaporamas… Aride, mais intrigant, et peut-être plus frappant encore que le roman dans la présentation de l’absence de scrupule de Minerve, Mercure, Mars pour trouver le moyen de pression sur 51 : les fouilles, les entrevues avec les proches de 51 pour en soutirer les informations quitte à abuser des mensonges et de la tromperie… — la rencontre avec la mère de 51 est révélatrice à ce titre. Le spectateur se voit ainsi devenir voyeur, à son corps défendant.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-img5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-img6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-img6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-img6_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-d-img7.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-d-img7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-d-img7_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Une œuvre glaçante sans équivalent, et éminemment recommandable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui&lt;br /&gt;
Illisible : pas vraiment&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 7 septembre 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/09/Journal-d-un-homme-des-bois-07-09-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 7 septembre 2016" />
      <id>urn:md5:63e60d4551874c168cf9667947ca9cf0</id>
      <published>2016-09-09T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-09T09:46:20+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;valery-jhb-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/valery-jhb-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-valery/&quot;&gt;Francis Valéry&lt;/a&gt;, notre homme des bois préféré, fait lui aussi sa rentrée et nous tient informé de ses projets en cours, et en particulier de son studio d'enregistrement&amp;nbsp;: l'Acousmonium…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien chères toutes, bien chers tous…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Septembre est là qui s’accompagne d’une nouvelle livraison de notre lettre d’informations quant à nos réalisations du moment et nos projets plus ou moins lointains. Globalement, nous continuons d’avancer tout en faisant nos petits possibles. En particulier dans les domaines où nous pensons détenir quelque compétence – ou avons la faiblesse de le croire. Ecriture et musique, bien entendu. Mais nous avançons également – et bien malgré nous – dans des domaines où nous sommes magnifiquement incompétents&amp;nbsp;: à savoir le reste de l’activité humaine dans son entièreté, ou très peu s’en faut. Pour tout dire, il est doux de ne savoir rien faire – tout en considérant que cela n’est en rien rédhibitoire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le chantier de la maison de Tizac continue d’avancer à son rythme. Ces dernières semaines de presque canicule, ce fut à la vitesse d’un escargot en stase. Pour ma part, après avoir creusé une tranchée pharaonique depuis le compteur d’eau en bord de route jusqu’au lieu d’un raccord pressenti, je me suis attaqué (au sens militaire du terme) aux murs du futur salon&amp;nbsp;: de la pierre de taille recouverte, au nom d’une de ces lubies esthétiques typiques des années 60/70, de rien moins que trois épaisseurs de ciment. Après force burinage et marteau-piquage, la pierre respire à nouveau librement et les bas des murs ont commencé à perdre leur humidité chronique. On ne dira jamais assez à quel point nos maisons traditionnelles ont été littéralement massacrées, dans la seconde moitié du vingtième siècle, par des gens qui souhaitaient les faire ressembler à des appartements urbains&amp;nbsp;! Sols bétonnés, murs cimentés ou recouverts de panneaux supposés isolants, poutres dissimulées par des plaques d’aggloméré ou, au moins pire, plafonds lambrissés. Le chantier est long et difficile car nous essayons, aussi souvent que possible, de revenir à un état raisonnable des lieux, et de (re)mettre en valeur les prestations anciennes – et surtout de réutiliser tout ce qui peut l’être, pour d’évidentes raisons d’éthique mais aussi de restrictions financières. Un raisonnement parfaitement incompris de la part des artisans qui sont juste capables de construire du neuf en parpaings et BA13&amp;nbsp;! Seule bonne nouvelle, le système d’épuration des eaux usées par des bacs filtrants est en place, et les roseaux commencent à pousser – même si les cuves ne sont pas encore connectées, faute de pouvoir à ce jour alimenter électriquement la pompe de relevage. Ce système écologique est le premier sur la commune et les environs. C’est à peine plus cher à réaliser qu’un système traditionnel qui éventre la terre-mère pour y enfouir un monstre technologique et occupe une place invraisemblable avec son fragile circuit d’épandage&amp;nbsp;! Par ailleurs, l’épuration par plantation coûte bien moins cher en entretien. Et puis, c’est beau&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La conséquence la plus dommageable de ces retards – de mon point de vue très égocentré – est que je n’ai pas pu organiser ce petit concert privé présentant mon travail littéraire et musical, relatif à la planète-océan Ayou, tel qu’annoncé dans la précédente livraison de &lt;em&gt;Chic Planète&lt;/em&gt;. Pour tout dire, cela m’a un peu arrangé… car je n’ai pas réussi à trouver l’énergie pour finir le travail d’écriture dans les temps – avec l’âge, j’ai de plus en plus de mal à supporter les épisodes de forte chaleur. Et faute d’avoir pu redéployer mon studio à Tizac, je n’ai tout simplement pas pu terminer la musique et surtout le mixage. En regard du nouvel «&amp;nbsp;agenda des travaux&amp;nbsp;» de la maison, je ne pourrai pas disposer de la pièce qui m’est réservée avant mi-octobre au plus tôt&amp;nbsp;! Il y a d’autres priorités&amp;nbsp;: cuisine, salle d’eau, toilettes, aménagement d’un espace de services autour de la chaudière à bois, etc. Ce qui signifie que mon nouveau studio ne sera pas opérationnel avant novembre. En attendant, j’ai simplement accès à une guitare acoustique – posée près de mon lit – et à un enregistreur numérique sur lequel j’ai branché un casque. Chaque fois que cela me démange et que des idées se pressent dans ma tête, j’attrape la guitare et lance l’enregistreur. Du coup, cela fait des semaines que je compose (et écris) des chansons dont l’esthétique, au final, emprunte autant au folk que je pratiquais il y a bien longtemps (influencé que j’étais alors par &lt;em&gt;Neil Young&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Fairport Convention&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;America&lt;/em&gt; …) qu’à la chanson française contemporaine. La création emprunte les chemins qu’elle peut et utilise ce qu’elle a à sa disposition&amp;nbsp;! Lorsque cela sera possible, il n’est pas exclu que j’enregistre quelques unes de ces chansons, dans des versions minimalistes (voix et guitare ou voix et piano). J’espère seulement en avoir encore envie, le moment venu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du studio, parlons-en. Cela fait des mois que je dessine des plans, que je fais et refais l’inventaire de mon matériel, que j’essaie de trier mes envies, conservant sous le coude celles qui sont réalisables et écartant celles qui ne le sont pas – pour des raisons objectives telles que les limites spatiales&amp;nbsp;: la pièce est grande… mais tant que cela non plus&amp;nbsp;! En gros, je dispose d’un peu plus de trente mètres carrés, ce qui est bien pour un lieu de travail… mais un peu juste pour un lieu de diffusion. Or, c’est bien ce que j’ai envie d’aménager&amp;nbsp;: un endroit pour à la fois travailler (composer, enregistrer, mixer…) et donner à entendre ma musique, telle que je souhaite qu’elle soit entendue. En fait, je souhaite aménager ce que l’on appelle un &lt;em&gt;acousmonium&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil des décennies, le travail en studio a profondément évolué. Au départ, il s’agissait de coller un micro devant un groupe qui jouait dans les conditions du direct. Puis on a inventé le magnétophone multipiste. L’électronique est arrivée, suivie de l’informatique, entraînant un effondrement des coûts du matériel. Aujourd’hui, un musicien isolé peut, dans son «&amp;nbsp;studio à la maison&amp;nbsp;», enregistrer autant de pistes qu’il le souhaite, utiliser des simulations d’instrument raisonnablement convaincantes, appliquer les effets les plus basiques comme les plus sophistiqués, mixer tout cela en stéréo, mettre le résultat en ligne sur l’internet et/ou graver des CDs. Chic planète&amp;nbsp;! Certes. Mais dans ce qui précède, le mot restrictif est «&amp;nbsp;stéréo&amp;nbsp;». Le concept est bien connu&amp;nbsp;: deux oreilles (de part et d’autre de la tête) et deux enceintes acoustiques placées face à l’auditeur, positionnées de telle manière qu’elles forment, avec le fauteuil de l’auditeur, un triangle équilatéral. C’est la théorie. Dans la pratique, on place tout cela comme on peut. Imaginez la même chose derrière l’auditeur&amp;nbsp;: il se retrouve au centre d’une pièce carrée (idéal) avec une enceinte acoustique dans chaque coin – et bien entendu, ce qui est diffusé devant est différent/complémentaire de ce qui est diffusé derrière. La musique est diffusée sur quatre canaux au lieu de deux. La stéréophonie devient quadriphonie. Et rien n’empêche d’aller encore plus loin&amp;nbsp;: en équipant chaque mur de deux enceintes écartées d’une distance plus ou moins égale au tiers de la largeur du mur, la quadriphonie devient double ou octophonique&amp;nbsp;! Variante&amp;nbsp;: octophonie avec une enceinte placée dans chacun des coins, inférieurs et supérieurs, de la pièce. Plus on multiplie le nombre d’enceintes et plus on peut proposer à l’auditeur une sensation d’immersion totale dans la musique, une expérience sensorielle entièrement nouvelle. Évidemment, c’est tout sauf simple. Il faut beaucoup de matériel&amp;nbsp;: un ordinateur très puissant, une carte son externe avec de nombreuses sorties, un grand nombre d’enceintes acoustiques et d’amplificateurs hi-fi. Et puis il faut acquérir la maîtrise du placement des objets sonores dans l’espace – et plus encore de leur déplacement. De vous à moi&amp;nbsp;: c’est un truc de malade&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Composer et mixer des pièces musicales en multicanal, c’est-à-dire sur un nombre de canaux supérieur aux deux canaux de la simple stéréophonie, est une chose. Diffuser cette musique est autrement plus complexe – et rapidement tout à fait impossible. Car si tout le monde dispose d’une écoute en stéréophonie (chaîne hi-fi, lecteur mp3 avec un casque, ordinateur avec sa paire d’enceintes amplifiées, etc.), relativement peu de personnes sont équipées pour écouter de la musique diffusée sur davantage de canaux&amp;nbsp;: un ensemble 5.1 connecté aux sorties de la carte son interne d’un ordinateur de bureau relativement récent ou un home-studio complet sur lequel sera connecté un lecteur de DVD, permettra d’écouter de la musique mixée et enregistrée en quadriphonie ou en 5.1 (gravée sur un support de type DVD). Mais au-delà de six canaux, c’est impossible – à moins d’avoir aménagé chez soi son propre acousmonium et de positionner, pour l’occasion, les enceintes tel que préconisé par le compositeur. D’où le concept d’acousmonium&amp;nbsp;: à la fois le lieu de création de la musique et le lieu de sa diffusion. En clair&amp;nbsp;: il s’agit de composer à la maison… puis d’inviter les gens à venir écouter chez vous, au même endroit, à l’occasion de soirées très privées, ne serait-ce que par le nombre de place extrêmement limitée, afin de bénéficier d’un confort d’écoute (c’est-à-dire du placement de l’auditeur dans la salle) satisfaisant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant le futur Acousmonium – la majuscule indiquait que je parle désormais du lieu et non plus du concept – je dispose de la salle (6.10 m de profondeur sur 5.40 m de largeur) et d’une partie du matériel, à ce jour&amp;nbsp;: un ordinateur raisonnablement puissant, une carte son avec 20 sorties, un subwoofer amplifié, cinq amplis hi-fi stéréo, 6 paires d’enceintes hi-fi ainsi qu’une enceinte dépareillée. Le matériel hi-fi date pour l’essentiel des années 80, le genre de chaînes qui étaient considérées en leur temps comme du milieu de gamme, déjà très performant, et que l’on achète aujourd’hui quasiment au poids sur ebay ou le bon coin – la plupart des gens préférant une mini-chaîne avec un lecteur CD et une prise pour une clef USB, voire pas de chaîne du tout mais une espèce de truc sur lequel on emboîte un téléphone portable. Pauvres gens. J’ai également récupéré du matériel dans les garages, caves et greniers de vieux copains qui, eux aussi, sont passés à des systèmes d’écoute davantage dans l’air du temps. Je ne suis pas encore opérationnel. Je souhaiterais équiper l’Acousmonium, dans un premier temps, de manière telle que l’on puisse écouter en 2.0 (stéréo), 2.1 (stéréo + subwoofer), 4.0 soit quadriphonie bi-stéréo (les enceintes aux quatre coins de la pièce à hauteur médiane) ou quadriphonie centrée (les enceintes au centre des murs), 5.1 (en façade gauche et droit, centre, subwoofer et en arrière/éloigné gauche et droit), 8.0 soit octophonie avec deux enceintes par mur, écartées du tiers de la largeur du mur, ou avec les enceintes aux huit coins de la pièce. Il y a déjà de quoi diffuser un répertoire varié et procurer de belles sensations à l’auditeur&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je me suis procuré quelques boitiers permettant de distribuer jusqu’à quatre paires d’enceintes par ampli, en sélectionnant celles que l’on souhaite utiliser – ce qui permet, au prix de quelques manipulations, d’utiliser un peu moins d’amplis et d’enceintes que nécessaire pour l’ensemble de ces configurations. Il me rester à trouver encore un peu de matériel – et à acheter au moins 200 mètres de câble de 4 mm2 de diamètre, fort coûteux mais indispensable pour des connections aussi longues. Et bien sûr, je reste preneur (à petit prix&amp;nbsp;!) de toute chaîne hi-fi de l’époque où l’on construisait « lourd et encombrant&amp;nbsp;» qui vous encombrerait…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’espère être en mesure d’inaugurer l’Acousmonium au printemps 2017. Nous avons le temps d’en reparler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vous lire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>C comme Chiastic Slide</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/08/C-comme-Chiastic-Slide" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Chiastic Slide" />
      <id>urn:md5:56050ecfbbe4ed084521b43d86d5f03d</id>
      <published>2016-09-08T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-06-08T18:57:36+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on poursuit notre exploration de la discographie d'&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt;Autechre&lt;/a&gt;, duo électro anglais parmi les plus intéressants de ces vingt dernières années, avec leur quatrième album&amp;nbsp;: le mésestimé &lt;strong&gt;Chiastic Slide&lt;/strong&gt;. Un disque en apparence en roue libre, où le pouvoir semble laissé aux machines…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Envane, Autechre (Warp, 1997). 4 morceaux, 35 minutes.&lt;br /&gt;
Chiastic Slide, Autechre (Warp, 1997). 9 morceaux, 69 minutes.&lt;br /&gt;
Cichlisuite, Autechre (Warp, 1997). 5 morceaux, 29 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Rappelez-vous, c'était il y a presque vingt ans&amp;nbsp; en 1997, Daft Punk déboulait avec un devoir maison des plus convaincant&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Homework&lt;/em&gt;. De l’autre côté de la Manche, David Bowie s’essayait à la &lt;em&gt;jungle&lt;/em&gt; avec l’excitant &lt;em&gt;Earthling&lt;/em&gt;, Brian Eno balançait &lt;em&gt;The Drop&lt;/em&gt;, drôle de machin glacial, Depeche Mode prouvait que le cadavre bougeait encore avec le tourmenté &lt;em&gt;Ultra&lt;/em&gt;, Blur faisait du Blur avec le solide album &lt;em&gt;Blur&lt;/em&gt;, Björk imposait son statut d’icône d’avant-garde pop avec le superbe &lt;em&gt;Homogenic&lt;/em&gt;, Portishead exposait son spleen existentiel avec un deuxième album éponyme (avant de se taire pendant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/30/T-comme-Third&quot;&gt;onze ans&lt;/a&gt;), Radiohead synthétisait les angoisses d’une époque avec leur chef d’œuvre &lt;em&gt;OK Computer&lt;/em&gt;. Et les Rolling Stones montraient qu’ils étaient encore en vie avec &lt;em&gt;Bridges to Babylon&lt;/em&gt; (mais on s’en fiche un peu). Aux USA, Sparks faisait son retour avec un album de reprises… d’eux-mêmes. Aphex Twin mettait tout le monde d’accord avec &lt;em&gt;Come to Daddy&lt;/em&gt;, et Autechre passait la quatrième.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’œuvre musicale du duo electro Autechre, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt;&lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; représentait une sorté d’acmé, le parfait point d’équilibre entre l’ambient mélancolique des premiers disques et l’aspect abstracto-rythmique de la suite de la discographie. &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt;, quatrième disque des deux têtes chercheuses du label Warp, voit le basculement s’opérer nettement en faveur de cette recherche. Attention les oreilles, ça va commencer à piquer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: ici, c’est un peu plus complexe et plus grammatical qu’à l’accoutumée avec ce «&amp;nbsp;glissement chiasmatique&amp;nbsp;» (oui, le mot n’existe pas en vrai). Figure de style, le chiasme voit s’opposer deux groupes de mots dans un ordre inversé – «&amp;nbsp;Schtroumpf vert et vert schtroumpf&amp;nbsp;» – ce qui nous met en présence de quatre éléments. C'est l'hypothèse, du moins.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-c-envane.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-c-envane.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sorti en février 1997, &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt; a été précédé d’un mois par l’EP &lt;em&gt;Envane&lt;/em&gt;. Tous les morceaux de l’EP précédent, &lt;em&gt;Anvil Vapre&lt;/em&gt;, débutaient par «&amp;nbsp;Second…&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; ici, ils se terminent tous par «&amp;nbsp;Quarter&amp;nbsp;» (voilà). Si le titre de cet EP laisse libre cours à l’imagination, la pochette s’avère moins énigmatique&amp;nbsp;: il s’agit de la fameuse «&amp;nbsp;maison sur la cascade&amp;nbsp;» conçue par l’architecte Frank Lloyd Wright.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dès &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=hnpAymeHiiI&quot;&gt;«&amp;nbsp;GOZ Quarter&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Envane&lt;/em&gt; entreprend de rappeler les racines hip-hop du duo et de les faire rentrer en collision avec leur électro froide. Un beat irrésistible, des scratches à l’ancienne, quelques synthés ébauchant une ligne de basse bien ronde… mais des micro-percussions typiques du duo, et à mi-morceau, une ambiance mélancolique à nulle autre pareille. Des racines bien dissimulées par la suite. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=3qz_j-GHkgc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Latent Quarter&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; poursuit dans une veine similaire, avec une ambiance en mode mineur plus tristoune encore. En dépit de son titre, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2fNJZ67roTM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Laughing Quarter&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; n’est pas un morceau riant, plutôt troublant d’une inquiétante étrangeté – genre «&amp;nbsp;la maison sur la cascade hantée&amp;nbsp;». Le morceau préféré de votre serviteur sur cet EP, qui s’achève avec les onze minutes de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=3eTpBjtmi4o&quot;&gt;«&amp;nbsp;Draun Quarter&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Une atmosphère emplie d’une langueur maussade, sur fond de micro-rythmiques élaborées.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-c-chiastic.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-c-chiastic.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l’ouvrage &lt;strong&gt;Modulations – une histoire de la musique &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;électronique&lt;/strong&gt; (Allia, 2007), intéressant ouvrage se consacrant aux musiques électroniques, le glossaire consacre une entrée à Autechre, lapidairement décrit comme un&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;influent duo de techno anglaise, dont les quelques gouttes d’électro-funk et de hip-hop distillées au milieu de paysages sonores désolés provoquent chez les jeunes nerds blancs des paroxysmes de jouissance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Déclaration un brin péremptoire, mais pas forcément dénué d’un fond de vérité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Lançons &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt;. Pendant une quinzaine de secondes, des crépitements, façon engin qui peine à démarrer ou lecteur CD qui déconne… Puis un rythme, solide, se met en place, secondé par une mélodie engorgée de tristesse. Mais au bout de trois minutes, l’installation commence à déraper, avec l’arrivée d’une contre-rythmique détraquée qui amène le morceau dans une toute nouvelle direction, presque dansante. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=f7RqusSKiQE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Cipater&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; constitue une introduction réussie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peut-on dire la même de chose du morceau suivant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=n_0AoACqvq0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Rettic AC&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;? Des percussions à l’allure de frottements, agaçants, et une mélodie distante, pour une vignette de tout juste deux minutes. Mouais (la vidéo du lien est à l'avenant). Embrayons plutôt sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=PodP-H5mk68&quot;&gt;«&amp;nbsp;Tewe&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, un morceau qui évoque, un peu, Aphex Twin, notamment pour les rythmiques (l’effet «&amp;nbsp;boucing ball&amp;nbsp;» en particulier). Mais la mélodie, elle, sonne bien comme du Autechre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=8m4jOwrVOPQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;Cichli&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; débute avec une rythmique râpeuse, façon hip-hop joué par des robots n’ayant aucune idée de ce qu’est le groove, avant que n’arrive une mélodie un brin mélancolique, qui se déploie au fil des neuf minutes du morceau. L’un des sommets du disque. À côté, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=FXEsMMBEv7k&quot;&gt;«&amp;nbsp;Hub&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, pièce centrale, fait pâle figure. Une esquisse mélodique ponctuée de percussions, une ambiance paresseuse, d’une langueur coupable. Le morceau n’évolue guère, et s’achève dans des crachotements, genre machine torturée. Suit &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=N-D-euc7ntM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Calbruc&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, qui commence avec une rythmique martiale, agressive – le pouls implacable des machines. Mais les machines ont une sensibilité, comme le souligne la mélodie maladive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les trois derniers morceaux occupent près de la moitié du disque. La ligne de basse inquiète de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=wZ1FxBTJIpE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Recury&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; veut prouver que les choses sérieuses débutent. Une nouvelle fois, la rythmique est des plus travaillée, et prend, déforme, triture ses racines hip-hop et vire, imperceptiblement, vers une inquiétante ambiance indus. L’un des morceaux les plus directs de l’album, qui se développe sur près de dix minutes (tout de même). Une lente montée de puissance, qui se termine en bruit blanc et débouche sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=RdAkYgRaFCE&quot;&gt;«&amp;nbsp;Pule&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Ce huitième morceau retrouve l’immédiateté mélodique d’un morceau comme «&amp;nbsp;Slip&amp;nbsp;» sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt;&lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. Apaisant, mais peut-être ennuyeux. &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt; se termine en beauté avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=9UaqEIyJb2o&quot;&gt;«&amp;nbsp;Nuane&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et ses 13 minutes en roue libre, sa mélodie pas très saine d’esprit, sa boucle rythme hypnotique, sa conclusion qui n’en finit pas de finir de se désagréger. Un peu comme ces groupes qui, en concert, quittent la scène en laissant leurs instruments continuer de vrombir derrière eux (Kraftwerk par exemple, avec l’inoxydable &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=oQENfDAnL-s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Music non stop&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;). Le pouvoir est laissé aux machines – c’est là le principal reproche que les critique ont effectué à Autechre pour &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt; lors de sa sortie. De fait, il s’agit sûrement du disque le plus sous-estimé de la discographie du groupe. Le fait qu’il n’ait pas été disponible aux USA pendant un temps explique peut-être un peu cela&amp;nbsp;; son aspect très abstrait par rapport aux disques précédents, les morceaux assez statiques, et le retrait de l’humain face aux machines est une autre ébauche d’explication.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-c-cichlisuite.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-c-cichlisuite.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, l’EP &lt;em&gt;Cichlisuite&lt;/em&gt; est venu conclure cette parenthèse chiastique. Comme le titre le laisse (vaguement) supposer, il s’agit de cinq remixes de «&amp;nbsp;Cichli&amp;nbsp;», quoique la filiation soit difficile à entendre. Les morceaux, «&amp;nbsp;récupérés mécaniquement par Autechre&amp;nbsp;» (manière de revendiquer les critiques portées sur &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt;, sont relativement courts (six minutes en moyenne), mais vont plus loin que &lt;em&gt;Chiastic Slide &lt;/em&gt;dans l’abandon des sonorités Autechre-première-période, cela dès l’abstrait &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=6cBmECIv9w0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Yeesland&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; qui ouvre l’EP, et amorce le travail quasi autistique (le terme n’est sûrement pas celui qui convient le mieux, mais je n’en vois pas d’autre) des albums suivants, notamment &lt;em&gt;Confield&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Draft 7.30&lt;/em&gt;, qu’on écoutera en temps voulu. On retiendra surtout &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=YN1ZaaqpCto&quot;&gt;«&amp;nbsp;Pencha&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, qui débute avec une mélodie innocente avant que le morceau mute à mi-parcours vers une folie douce. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=tD1xgJ4U88Y&quot;&gt;«&amp;nbsp;Characi&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; évoque la longue parade nuptiale de deux robots insectoïdes, et s’avère assez vite agaçant. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zix0nqrRrJ4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Krib&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; fait penser aux trajectoires et rebonds aléatoires d’une bille métallique dans une station spatiale du XXIIe siècle. Enfin, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=_y58zj0ODyI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Tilapia&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est une jolie pièce, portée par des rythmiques complexes tandis que des ébauches de mélodies se débattent dans le lointain&amp;nbsp;; il faut attendre la moitié du morceau pour qu’apparaisse, enfin, de manière libératrice, une mélodie presque radieuse et insouciante.&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;tilapia&quot;&gt;On notera l’étrange reprise de «&amp;nbsp;Tilapia&amp;nbsp;» sur l’album &lt;em&gt;Warp20 (Recreated)&lt;/em&gt; par John Callaghan (et son clip un brin flippant)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/5ZrHeXJplus?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En résumé, &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt; et ses deux EP forment le premier pas d’Autechre en direction d’une electro d’apparence froide et désincarnée. Adieu les paysages sonores post-industrielles&amp;nbsp;: désormais, les recherches pures sur les textures sonores et les rythmiques vont prendre le dessus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: ça commence&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>B comme The Book of Scotlands</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/07/B-comme-The-Book-of-Scotlands" rel="alternate" type="text/html" title="B comme The Book of Scotlands" />
      <id>urn:md5:1af82ae5bef63b590262373ddec1faac</id>
      <published>2016-09-07T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-09-07T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à Momus, obscur avatar de David Bowie. Musicien, le bonhomme est aussi écrivain et son premier livre publié, le présent &lt;strong&gt;Book of Scotlands&lt;/strong&gt;, présente une collection d’Écosses alternatives.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Book of Scotlands, Momus. Sternberg Press, coll. «&amp;nbsp;Solutions&amp;nbsp;», 2009. Poche, 160 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans la mythologie grecque, Momus est la fille de Nyx, la nuit, et est la déesse du sarcasme. Sur notre plan de réalité, Momus a acquis une existence des plus concrètes, sous la forme d’un musicien-écrivain écossais, sorte d’avatar obscur de David Bowie.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-b-momus.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-b-momus.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les points de convergence, et de divergence totale, entre les deux artistes sont nombreux, qu’on en juge&amp;nbsp;: les deux portent un pseudo – Robert David Jones pour l’un, Nicholas Currie pour celui qui nous intéresse –&amp;nbsp;; Momus est écossais tandis que Bowie était un anglais, expatrié aux USA depuis longtemps&amp;nbsp;; Bowie a sorti vingt-six albums – Momus une trentaine, dans l’indifférence quasi-générale&amp;nbsp;; Bowie avait les yeux vairons – Momus est borgne. Bowie était le pape de l’art-pop – Momus est, aux yeux du Guardian, le «&amp;nbsp;David Bowie de l’art-pop underground&amp;nbsp;» (une définition que Momus affiche avec autant de fierté que d’ironie sur la page d’accueil de son site). Et Momus est encore en vie, ouf.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ma part, ma découverte de l’artiste remonte à début 2013, lorsque David Bowie, après dix ans de quasi-silence, a lancé &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=QWtsV50_-p4&quot;&gt;« Where Are We Now ? »&lt;/a&gt; en éclaireur pour son solide come-back &lt;em&gt;The Next Day&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;Where Are We Now&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» est une mélancolique chanson revenant sur son fameux séjour berlinois, à laquelle Momus a répliqué dans la foulée avec un remix hanté, au moins aussi bon que l’original. Quand Bowie a annoncé la sortie prochaine du single &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=gH7dMBcg-gE&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Stars are out (tonight)&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, l’Écossais a choisi de surfer sur le succès de son remix et a mis en ligne, deux semaines &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt; la publication officielle du titre de Bowie, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Kh9djDJyI0Y&quot;&gt;une reprise par anticipation de la chanson&lt;/a&gt; – en d’autres termes, les deux chansons n’avaient en commun que le titre. Par la suite, Momus a enregistré un album de reprises de celui qui fut Ziggy Stardust&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Dybbuk&lt;/em&gt; (2015). Mais cela nous éloigne du pendant littéraire de l’œuvre de Momus…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/WF1QQW0LHNQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Book of Scotlands&lt;/strong&gt; est le premier livre de Momus. Remarquez le titre, Scotland&lt;strong&gt;s&lt;/strong&gt; et pas Scotland&amp;nbsp;: le livre affiche en lettres plus grosses que le titre son slogan, «&amp;nbsp;Every lies creates a parallel world. The world in which it is true.&amp;nbsp;» Ce «&amp;nbsp;Livre des Écosses&amp;nbsp;» nous propose plus ainsi de cent soixante Écosses imaginaires, dans des textes qui, en termes de taille, vont de la vignette tenant en trois lignes, à la nouvelle s’étalant sur trois pages.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-b-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-b-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-b-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour vous donner le ton, voici quelques extraits choisis parmi les textes (ultra) brefs&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Scotland 164&lt;/em&gt;. The Scotland in which four hundred years of profound influence from Calvin is replaced by four hundred years of profound influence by Calvino.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Scotland 145. The Scotland in which there is no repetition. No two houses are alike, nobody has the same name as anybody else, there is no habits. Every television show is seen just once, and no website visited twice. If you’ve used a word before, you have to make up a new one.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Scotland 97&lt;/em&gt;. The Scotland in which the monarch is Aslan et the glen is Narnia.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Scotland 117&lt;/em&gt;. The Scotland millions of Canadians, Americans, Australians and New Zealanders sail toward annually in the hope of finding a better life. Many perish in the attempt.»&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Scotland 76&lt;/em&gt;. The mist-filled Scotland in which people chant Hugh McDiarmid poems over Side Two of David Bowie’s &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;David Bowie&amp;nbsp;: on évoquait plus haut la relation quasi-fusionnelle qu’entretient Momus avec le Thin White Duke. De fait, celui-ci apparaît dans plusieurs des short short stories du &lt;strong&gt;Book of Scotlands&lt;/strong&gt;. On notera en particulier «&amp;nbsp;Scotland 109&amp;nbsp;» où Momus imagine que le chanteur, cocaïné à mort, fuit Los Angeles pour gagner Édimbourg au lieu de Berlin en 1977, où il enregistrera une trilogie d’albums qui formeront le pinacle de sa carrière. Dans « Scotland 137&amp;nbsp;», Bowie devient, un temps, dictateur du Royaume-Uni, avant qu’on le chasse suite à la parution du décevant album &lt;em&gt;Tonight&lt;/em&gt;… Mais il n’y en a pas que Bowie&amp;nbsp;: dans «&amp;nbsp;Scotland 31&amp;nbsp;», Momus s’intéresse cette fois à Tricky (dont le surnom signifie «&amp;nbsp;sournois, fourbe&amp;nbsp;»), l’un des membres fondateurs de Massive Attack, renommé ici Tricksy («&amp;nbsp;espiègle&amp;nbsp;»). Et l’espièglerie est bien le maître mot de ce livre. Savoureux pour qui apprécie Bowie (ou Massive Attack).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Ce recueil de variations sur un thème imposé va au-delà de simple clin d’œil amusés (et amusants). Tandis que les vignettes font la part belle au bon mot et à l’absurde, Momus prend le soin de développer des historiettes sur les textes plus longs, volontiers ironiques voire féroce. Tel «&amp;nbsp;Scotland 116&amp;nbsp;», qui se présente comme un guide de survie à l’usage des employés étrangers (anglais&amp;nbsp;?) mutés en Écosse, guide prenant d’expliquer que les indigènes sont rustres, paresseux voire primitifs, mais pas méchants pour autant. Inversement, «&amp;nbsp;Scotland 162&amp;nbsp;» tient du conte et «&amp;nbsp;Scotland 109&amp;nbsp;» (déjà évoquée au paragraphe ci-dessus) relève de l’uchronie. De nombreux textes s’avèrent critiques, tant envers les Anglais que les Écossais eux-mêmes. Pour qui s’intéresse à l’Ecosse (ou à Momus, soyons fous), ce recueil est indispensable.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-b-japans.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;110505_Japans_flat_cover.indd&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-b-japans_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, Momus a publié &lt;strong&gt;Book of Japans&lt;/strong&gt;, qui, sur la forme, ne semble ne pas avoir grand-chose en commun avec &lt;strong&gt;Book of Scotlands&lt;/strong&gt; – à cela que les deux livres sont parus dans la même collection. Dans ce nouveau livre, il y est question de douze Écossais effectuant un voyage temporel et débarquant au pays du soleil levant…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peu connu dans l’Hexagone, Momus a vu toutefois deux de ses livres bénéficier d’une traduction en français&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Livre des blagues&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Book of Jokes&lt;/strong&gt;, 2009), publié chez La Volte, et &lt;strong&gt;UnAmerica&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;UnAmerica&lt;/strong&gt;, 2014), chez le Serpent à plumes. Ce dernier s’attache à raconter le périple d’un Américain, à qui Dieu demande d’effectuer le voyage de saint Brendan, à l’envers, afin de désinventer les USA – drôle quoique inégal et foutraque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Foutraque, inégal, mais terriblement attachant, cela s’applique aussi à Momus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: pas facile&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Apparat Organ Quartet</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/06/A-comme-Apparat-Organ-Quartet" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Apparat Organ Quartet" />
      <id>urn:md5:4f35ffe71e610e13505fb19cce1a89ce</id>
      <published>2016-09-06T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-06T14:06:53+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on tend une oreille attentive sur &lt;strong&gt;Apparat Organ Quartet&lt;/strong&gt;, quintette islandais dont les deux disques ressemblent à la collision inattendue de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk&quot;&gt;Kraftwerk&lt;/a&gt; et Black Sabbath. En somme, le rock des robots, tous synthés dehors&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Apparat Organ Quartet, Apparat Organ Quartet (TMT Entertainment, 2002). 9 morceaux, 47 minutes.&lt;br /&gt;
Pólýfónía, Apparat Organ Quartet (12 Tónar, 2010). 9 morceaux, 46 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En 2005, les Daft Punk avaient annoncé leur album &lt;em&gt;Human after all&lt;/em&gt; comme étant «&amp;nbsp;la rencontre de Kraftwerk et de Back Sabbath&amp;nbsp;». Oui, ça faisait rêver sur le papier, mais… ces deux groupes, essentiels chacun dans leur genre, avaient &lt;em&gt;d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éjà&lt;/em&gt; produit un rejeton illégitime, quelques années plus tôt. Et ce rejeton a pour nom Apparat Organ Quartet. (Les Daft Punk auraient pu déclarer&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On va faire du Apparat Organ Quartet mais en moins bien&amp;nbsp;», ce qui, &lt;em&gt;certes&lt;/em&gt;, n’aurait pas été très vendeur.)&lt;/p&gt;

&lt;figure&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-a-haa.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-a-haa_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Un disque sous-estimé mais pas très original en fin de compte.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fondé en 1999 sous la houlette du musicien islandais Jóhann Jóhannsson, Apparat Organ Quartet est un groupe à géométrie multiple. Et ils sont cinq – quatre claviéristes au départ, certes, d’où le nom, avant que ne se rajoute un batteur. Les débuts expérimentaux ont vite laissé la place à des morceaux plus structurés, faisant la part belle aux synthétiseurs vintage et aux mélodies sous une influence kraftwerkienne revendiquée. Pas de séquenceurs, pas d’ordinateurs, que de vieux synthés au son un peu crade, sonnant souvent comme des guitares électriques, et une batterie pour dynamiser le tout.&lt;/p&gt;

&lt;figure&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-a-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-a-cover1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Playmobil power&amp;nbsp;!&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Leur premier disque, tout simplement titré &lt;em&gt;Apparat Organ Quartet&lt;/em&gt;, est sorti en 2002, soit donc trois ans avant celui des Daft Punk. Cet album consiste en neuf morceaux, sous une vague influence science-fictive – gentiment régressive, à en juger par la pochette montrant le groupe sous l’apparence de bonhommes Playmobil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gros synthés sonnant comme autant de grosses guitares, voix vocodorisées&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Apparat Organ Quartet&lt;/em&gt; préfigure &lt;em&gt;Human after all&lt;/em&gt;. Et s’avère bien supérieur à l’album du duo masqué. «&amp;nbsp;Notre album parle pour lui-même&amp;nbsp;» disait les Daft Punk au sujet de leur troisième album&amp;nbsp;; le problème était que celui-ci n’avait pas des masses de choses à dire (en dehors d’un petit côté anti-technologique, du genre «&amp;nbsp;trop regarder la télé, c’est pas bien&amp;nbsp;») et s’avérait musicalement faiblard (pas plus d’une idée par morceau, comme en témoigne &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=sFZjqVnWBhc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Robot Rock&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;). Plus modeste, &lt;em&gt;Apparat Organ Quartet&lt;/em&gt; est un album à la hauteur de ses ambitions, n’a pas non plus de masses de choses à dire, mais s’avère surtout d’une écoute bien plus fun.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des petites notes colorées qu’on dirait issues d’un synthé pour enfant introduisent &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=uynQmiXLaWo&quot;&gt;«&amp;nbsp;Romantika&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, avant que batterie et grosse rythmique ne débarquent au bout de quinze secondes. De vagues paroles marmonnées au vocodeur surgissent au bout de deux minutes. Véritable tube aussi crétin qu’efficace, «&amp;nbsp;Stereo Rock &amp;amp; Roll&amp;nbsp;» bénéficie d’un clip improbable, où une tribune d’officiels assistent à une représentation du groupe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/FjAi7MgRBhM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il ne s’agit pas que de rigoler, et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=XULD3wrqSEM&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Anguish of Space Time&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est un morceau plus intense et plus mélancolique. Le caracolant «&amp;nbsp;Cruise Control&amp;nbsp;» revient à l’immédiateté pop de «&amp;nbsp;Stereo Rock &amp;amp; Roll&amp;nbsp;». Des sonorités dignes de la space music introduisent &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=OUHakZwiWAY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ondula Nova&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, un autre morceau plus aérien et plus tristounet (il n’a pas fallu attendre &lt;em&gt;Everyday Robots&lt;/em&gt; de Damon Albarn pour savoir que les robots pouvaient avoir le blues). Retour en forme avec &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=0up996-vtBM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Global Capital&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, nouveau morceau aussi sautillant que rigide, où alternent chœurs suaves et grosse voix passée au vocodeur – pas la chanson la plus convaincante du disque. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=clPRZ4GY0WI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Seremonia&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: oppressant et dramatique, intense dans sa montée en puissance. Morceau empreint d’une lourdeur mortifère, «&amp;nbsp;Charlie Tango #2&amp;nbsp;» déploie sur sept minutes la mélancolie des robots. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=I9JEQ88_lng&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sofðu Litla Vél&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; commence comme l’un de ces matins mornes de gueule de bois. À vrai dire, il s’agit plutôt d’une berceuse&amp;nbsp;: si Translate Google ne se moque pas de moi, le titre signifie «&amp;nbsp;Dors, petit moteur&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-a-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-a-cover2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;8-bit power&amp;nbsp;!&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Apparat Organ Quartet&lt;/em&gt; (l'album) avait tout pour être un one-shot. Mais huit ans plus tard, le groupe s’est de nouveau réuni pour sortir &lt;em&gt;Pólýfónía&lt;/em&gt;, second album qui s’inscrit dans la droite lignée du premier. Si &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1aml2OkzNVY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Babbage&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est une gentille piste introductive, plutôt régressive avec ses sonorités guillerettes, si &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ozYImRIWceQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;Cargo Frakt&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=3_VhDG130Ak&quot;&gt;«&amp;nbsp;Konami&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=FDuohVKvfrU&quot;&gt;«&amp;nbsp;Polynesia&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; poursuivent dans cette veine acidulée, les choses sérieuses commencent à la moitié de l’album, avec un enchaînement exceptionnel&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=QjP7tn2t7pk&quot;&gt;«&amp;nbsp;Pentatronik&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; lance les hostilités, mais le rouleau compresseur musical qui met tout le monde d’accord est &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=9axWqcP2Lb4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Macht den Apparat&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (le pouvoir de (à&amp;nbsp;?) l’appareil&amp;nbsp;»). &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=PfAy3dS4_nI&quot;&gt;«&amp;nbsp;Síríus Alfa&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; poursuit avec le même sentiment d’urgence. Un quart d’heure furieux, façon révolte des machines. Les choses se calment avec «&amp;nbsp;123 Forever&amp;nbsp;», qui retrouve le climat solaire du début de l’album. On termine avec «Söngur Geimunglingsins&amp;nbsp;» (titre se traduisant peut-être par «&amp;nbsp;La Chanson des adolescents de l’espace&amp;nbsp;»), jolie conclusion pleine de spleen de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Bkf0eV3lWyQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le groupe se produit rarement en concert, on peut toutefois apprécier sa prestation en studio de la revue KEXP de Seattle en 2012. Trois claviéristes sérieux comme des papes, penchés sur leurs synthés hors d’âge, et un batteur qui s’éclate comme un petit fou…/p&amp;gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/wFd0wfeQzCg?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2012, Jóhann Jóhannsson a quitté le groupe pour se consacrer à ses activités en solo. L’avenir du groupe semble donc compromis. À raison d’un album tous les 8 ans, on verra en 2018 s’il y a du nouveau… D’ici là, on peut écouter, réécouter les deux albums d’Apparat Organ Quartet. &lt;em&gt;Theses robots rock&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non plus&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas loin&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>4 comme Les Quatre Vents du Désir</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/05/4-comme-Les-Quatre-Vents-du-Desir" rel="alternate" type="text/html" title="4 comme Les Quatre Vents du Désir" />
      <id>urn:md5:ee753f53aff614f976ba95de11302b58</id>
      <published>2016-09-05T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-05T17:24:17+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-4-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-4-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L'Abécédaire rempile pour un nouveau tour d'alphabet, placé sous le signe &lt;strike&gt;des&lt;/strike&gt; du 4. Foin de Conan Doyle, et place à Ursula K. Le Guin, avec son superbe recueil, &lt;strong&gt;Les Quatre Vents du désir&lt;/strong&gt;, où l'auteure de &lt;strong&gt;La Main gauche de la nuit&lt;/strong&gt; montre en vingt nouvelles toute l'étendue de son talent, dans les mauvais genres comme en dehors.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Quatre Vents du désir [The Compass Rose], Ursula K. Le Guin, recueil traduit de l’anglais [US] par Philippe Rouillé et Martine Laroche, 1982 [1988]. Presse Pocket, coll. «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;». Poche, 350 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Quatre Vents du d&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ésir&lt;/strong&gt; est le troisième recueil de nouvelles d’Ursula K. Le Guin, après&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/03/W-comme-The-Wind-s-Twelve-Quarters&quot;&gt;&lt;strong&gt;The Wind&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s Twelve Quarters&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;strong&gt;Chroniques orsiniennes&lt;/strong&gt;. À la différence du premier, qui tenait lieu de best-of (surtout dans sa version française, tronquée), et du deuxième, thématique, &lt;strong&gt;Les Quatre Vents&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; est un recueil parfaitement composé, qui se divise en six parties comme autant de directions cardinales, tel que l’indique le titre. Enfin, le titre &lt;em&gt;original – &lt;/em&gt;&lt;strong&gt;The Compass Rose &lt;/strong&gt;—, qui provient, à l’instar du premier recueil de notre auteure, d’un poème, ici de Rainer Maria Rilke – mais les traducteurs ont choisi de lui donner un autre titre, qui rappelle &lt;strong&gt;The Wind&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s Twelve Quarters&lt;/strong&gt;. Confusant&amp;nbsp;? Oh, juste un peu. Passons.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-4-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-4-cover-fr.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Trois nouvelles composent «&amp;nbsp;Nadir&amp;nbsp;», le premier ensemble du recueil. «&amp;nbsp;L’Auteur des graines d’acacia&amp;nbsp;» est une brève compilation de documents centrés sur la «&amp;nbsp;thérolinguistique&amp;nbsp;», discipline scientifique imaginaire visant à décoder les langues animales – celle des fourmis, celles des dauphins, des manchots… Un bel exercice d’érudition fictive. Trente ans plus tard, Ken Liu saura s’en rappeler pour sa nouvelle «&amp;nbsp;Le livre chez différentes espèces&amp;nbsp;» (in &lt;strong&gt;La Ménagerie de papier&lt;/strong&gt;), où notre auteur imagine les traditions livresques extraterrestres, où ce qu’on appelle «&amp;nbsp;livre&amp;nbsp;» peut prendre d’autres formes que celles que nous connaissons. «&amp;nbsp;La Nouvelle Atlantide&amp;nbsp;», longue nouvelle, laisse plus circonspect. On peut en dire qu’elle a la texture d’un rêve diaphane, chargé d’images évocatrices mais où l’on ne comprend pas trop ce qu’on lit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La deuxième partie, «&amp;nbsp;Nord&amp;nbsp;», commence par nous ramener en Orsinie, avec «&amp;nbsp;Deux retards sur la ligne nord&amp;nbsp;». Deux aperçus mélancoliques de ce pays imaginaire d’Europe de l’est. «&amp;nbsp;Le Test&amp;nbsp;» se situe à l’inverse dans un futur proche, où le Pr Speakie instaure une sorte de dictature hygénieste, fondée sur la santé mentale – une des grandes réussites de ce recueil, joliment glaçante. «&amp;nbsp;Une pièce d’un sou&amp;nbsp;» opte pour une approche plus sensible du deuil, au sujet d’une tante âgée qui se refuse à mourir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Est&amp;nbsp;» débute par «&amp;nbsp;Premier Rapport du naufragé étranger au Kadanh de Derb&amp;nbsp;». Vu le titre, on pourrait s’attendre à un texte s’inscrivant dans le cycle de l’Ekumen et… pas vraiment. Un visiteur étranger choisit de décrire la Terre non de manière générale mais en allant au particulier, avec Venise. Une nouvelle qui est, des mots de l’auteure, l’une ces «&amp;nbsp;apparentes incursions vers l’extérieur, qui sont en fait des incursions vers l’intérieur&amp;nbsp;». Au cœur du recueil, «&amp;nbsp;Le Journal de la rose&amp;nbsp;» est l’une des nouvelles les plus longues&amp;nbsp;; dans un hôpital psychiatrique, Rosa, une &lt;em&gt;scopiste&lt;/em&gt;, raconte son travail au jour le jour et sa relation progressive avec l’un de ses patients, sur fond d’univers dystopiques. «&amp;nbsp;L’Âne blanc&amp;nbsp;» est un conte, aussi bref qu’anecdotique, dommage. Concluant cette troisième partie, «&amp;nbsp;Le Phoenix&amp;nbsp;» a des rémininscences de &lt;strong&gt;Fahrenheit 451&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol4-4-cover-us.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol4-4-cover-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol4-4-cover-us_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme «&amp;nbsp;Est&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Zénith&amp;nbsp;» compte quatre nouvelles. La première, «&amp;nbsp;Intraphone&amp;nbsp;», nous présente un dialogue entre un capitaine de vaisseau spatial et ses membres d’équipage – dont un Second Maître Dément. Dialogue de sourds, où la santé mentale des uns et des autres n’est pas optimale, et que l’arrivée d’une créature ne va pas améliorer. Une nouvelle qui nous rappelle que Le Guin n’est pas une auteure imperméable à l’humour – et c’est réussi, comme le texte suivant. «&amp;nbsp;L’œil transfiguré&amp;nbsp;» ne quitte pas le cadre science-fictionnel et nous transporte sur la Nouvelle-Sion, où les colons et leurs enfants peinent à s’adapter à la biosphère locale et doivent prendre des compléments alimentaires pour survivre. À moins que… Narré par le prisonnier involontaire d’expériences, «&amp;nbsp;Labyrinthes&amp;nbsp;» renverse habilement les perspectives (difficile d’en dire plus sans spoiler cette courte nouvelle). Enfin, la novella «&amp;nbsp;Les Sentiers du désir&amp;nbsp;» s’inscrit dans la veine SF anthropologique du cycle de l’Ekumen, sans toutefois en faire partie&amp;nbsp;: sur une planète lointaine, jamais encore explorée, les scientifiques terriens découvrent que les indigènes humanoïdes, les Ndif, parlent une langue dérivée du français moderne. Comment est-ce possible&amp;nbsp;? Ingérence insue&amp;nbsp;? Ou autre chose… Le Guin prend le temps de poser son univers et l’intrigue, faisant de ces «&amp;nbsp;Sentiers du désir&amp;nbsp;» une incontestable réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas grand-chose hélas à dire sur «&amp;nbsp;Ouest&amp;nbsp;», dont les nouvelles ne m’ont guère parlé. «&amp;nbsp;La Harpe de Gwilan&amp;nbsp;» est un conte charmant, plus réussi que «&amp;nbsp;L’Âne blanc&amp;nbsp;». Nouvelle réaliste, «&amp;nbsp;Malheur County&amp;nbsp;» à l’inverse se situe dans notre monde et… je serais bien en peine de dire de quoi ça parle ni pourquoi ça ne m’a pas parlé. Idem pour «&amp;nbsp;L’eau est vaste&amp;nbsp;», qui n’appelle pas beaucoup de commentaires. Une cinquième partie avec peu d’accroches.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Heureusement, «&amp;nbsp;Sud&amp;nbsp;» rattrape le coup. Dans la lignée de «&amp;nbsp;Labyrinthes&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Récit de sa femme&amp;nbsp;» propose un nouveau et habile renversement de perspectives. À nouveau, impossible de trop en raconter sans dévoiler le sel de ce bref texte. «&amp;nbsp;Quelques approches au manque de temps&amp;nbsp;» reprend la formule d’érudiction fictive pour, avec un humour absurde, expliquer pourquoi et comment le temps nous file entre les doigts. Enfin, «&amp;nbsp;Sur&amp;nbsp;» nous plonge dans l’histoire secrète de la conquête du pôle Sud&amp;nbsp;: des années après les faits, la narratrice retrace la première expédition vers le pôle Sud, peu de temps avant Amundsen. Affabulations ou non&amp;nbsp;? Un bijou, féministe et délicat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Recueil d’une haute tenue générale, couronné à juste titre par un prix Locus en 1983, &lt;strong&gt;Les Quatre Vents du d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ésir&lt;/strong&gt; est à nouveau une manière de best-of, où Le Guin montre l’étendue de son registre. Fantasy, contes, SF anthropologique ou dystopie, voire réalisme. Sur les vingt nouvelles qui composent le recueil, certaines peuvent laisser froid («&amp;nbsp;La Nouvelle Atlantide&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Malheur County&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;L’eau est vaste&amp;nbsp;»), mais les autres compensent aisément&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’Auteur des graines d’acacia&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Test&amp;nbsp;», Les Sentiers du désir&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Le Récit de sa femme&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Sur&amp;nbsp;». Comme l’auteur s’en explique dans sa préface, des liens plus ou moins évidents se tissent entre les différents textes, à la fois au sein du recueil et aussi avec le reste de l’œuvre. Le recueil n’est trouvable que d’occasion, et c’est fort dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Dead Horse Point</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/09/01/Dead-Horse-Point" rel="alternate" type="text/html" title="Dead Horse Point" />
      <id>urn:md5:588f209400cdfcfe9e21d00b02e6afee</id>
      <published>2016-09-01T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-10-03T10:43:19+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Daryl Gregory</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;Dead Horse Point&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gregory-dhp-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Pour patienter d'ici la sortie d'&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/daryl-gregory/afterparty&quot;&gt;Afterparty&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le nouveau roman de Daryl Gregory, (re)découvrez &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/daryl-gregory/dead-horse-point&quot;&gt;«&amp;nbsp;Dead Horse Point&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Dans cette nouvelle touchante, parue originellement dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-74&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 74&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, on y suit les retrouvailles de Venya avec Julia, son ancienne amante, physicienne de génie souffrant d'une affection particulière qui l'empêche de déconnecter… Jusqu'où va le petit train de la pensée quand il n'y a rien pour l'arrêter&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/daryl-gregory/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Daryl Gregory&lt;/a&gt; , parue dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-74&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 74&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/daryl-gregory/dead-horse-point&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 30 septembre 2016. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;gregory-dhp-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/gregory-dhp-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;Illustration © &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%22Anatomie_et_physiologie...%22_F.J._Gall_%26_J.C._Spurheim,_1810_Wellcome_L0020420.jpg&quot;&gt;&quot;Anatomie et physiologie...&quot; F.J. Gall &amp;amp; J.C. Spurheim&lt;/a&gt; + &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/bumeister/10293173925/&quot;&gt;John Buie&lt;/a&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La joyeuse complexité de la vie : rencontre avec John Vance</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance" rel="alternate" type="text/html" title="La joyeuse complexité de la vie : rencontre avec John Vance" />
      <id>urn:md5:4c4c815c0ceaa64117292b095770cd37</id>
      <published>2016-08-28T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-08-28T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Thomas A. Sieber</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce 28 août 2016, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://belial.fr/jack-vance/&quot;&gt;Jack Vance&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; aurait fêté ses cent ans. À cette occasion, nous vous proposons de découvrir une interview de John Vance, son fils. Originellement parue dans le numéro 61 du fanzine allemand &lt;strong&gt;Phantastisch&lt;/strong&gt;, cette entrevue est l'occasion de découvrir l'auteur du cycle de &lt;strong&gt;Tschaï &lt;/strong&gt;sous un jour plus intime, et d'en apprendre davantage sur les projets de John Vance au sujet de l'œuvre de son père.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Né en 1916 à San Francisco, juste un an avant le décollage du premier aéroplane intégralement métallique, Jack Vance est décédé en 2013 à Oakland, tandis qu’un engin nommé Curiosity arpentait la surface de Mars à la recherche de vie. On ne peut qu’être d’accord avec lui quand il écrit dans son autobiographie qu’il a «&amp;nbsp;eu la chance de vivre une période riches en événements intéressants.&amp;nbsp;» Une époque qui, entre autres choses, a vu l’émergence de ce nouveau genre littéraire, la science-fiction, dans lequel Vance s’est illustré, en dépit de la rareté de ses apparitions publiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-portrait.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-portrait.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-portrait_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tenter d’appréhender l’influence de l’œuvre de Vance sur la SF et la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; modernes dépasse de loin l’ambition de cet article, et ça n’est de toute façon pas le sujet. Il suffit de dire ceci&amp;nbsp;: la liste des auteurs qui remercient Jack Vance pour ses «&amp;nbsp;livres merveilleux&amp;nbsp;» et pour son inspiration dans leurs propres œuvres est longue, et en révèle davantage que bon nombre des articles parus ces dernières années. Une liste qui inclut des noms tels qu’Ursula K. Le Guin, George R.R. Martin, Neil Gaiman, Dan Simmons, Tanith Lee, Robert Silverberg, Lucius Shepard, Mike Resnick, Terry Dowling, Dean Koontz – juste pour en citer quelques-uns.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La période littéraire de Jack Vance – en prenant en compte son autobiographie, publiée en 2009 – s’est étalée sur près de 65 années, durant lesquelles notre auteur a publié plus de soixante romans et pas loin de quatre-vingt œuvres plus courtes. Parmi les romans, les plus connus sont les récits légendaires de la &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Terre mourante&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, la trilogie de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Lyonesse&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; et la &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Geste des Princes-Démons&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;. Mais des textes tels que &lt;strong&gt;Un monde d’azur&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Emphyrio&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;La Planète géante&lt;/strong&gt; comptent au rang des classiques du genre et sont d’excellents exemples de ce &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; si souvent invoqué.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des nouvelles – à côté de textes couronnés par les prix Hugo ou Nebula «&amp;nbsp;Les Maîtres des dragons&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Le Dernier Château&amp;nbsp;» – figure aussi «&amp;nbsp;Papillon de lune&amp;nbsp;», superbe nouvelle considérée par beaucoup pour être la meilleure de tous les temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le gars qui a écrit tous ces trucs pendant si longtemps… on dirait quelqu’un d’autre&amp;nbsp;», disait Jack Vance en 2009, à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Et quand on lui demandait s’il reprendrait la plume&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je n’ai plus d’histoires en moi. Seulement celle qui dit que j’arrive à la fin de la mienne.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sa dernière histoire, son autobiographie titrée &lt;strong&gt;This is me, Jack Vance!&lt;/strong&gt;, avec sa truculence et son sens de l’aventure, ses élégances stylistiques typiquement vanciennes et son attitude très terre à terre, peut être mentionnée dans la liste de ses meilleurs récits. Celui-ci nous montre un Vance aux multiples facettes, tour à tour artisan, jazzman, ingénieur, marin, bon vivant, organisateur de grosses fêtes, ayant sa famille à cœur et qui – il oublie presque de le mentionner – est aussi écrivain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Longtemps avant qu’il ne commence à écrire, Vance avait envisagé un système pour voyager à travers le monde et vivre dans chacun de «&amp;nbsp;ces lieux éloignés aux noms si doux&amp;nbsp;» une vie d’écrivain-voyageur. «&amp;nbsp;Et par un incroyable concours de chance, ça a marché.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La liberté et les nombreuses expériences liées à son style de vie, combinées à une imagination débordante, ont trouvé un chemin direct jusqu’au cœur de son œuvre. Si vous ajoutez à cela un œil acéré pour décrire les gens et les lieux, un sens de l’humour imparable et un talent expressif – qui lui a valu, et pas seulement parmi ses fans, le surnom de «&amp;nbsp;Shakespeare de la science-fiction&amp;nbsp;» –, vous pouvez comprendre qui était Jack Vance l’écrivain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’espère toutefois en apprendre davantage sur lui auprès de son fils John (né en 1961), qui réside dans la maison familiale et qui m’a aimablement accordé une entrevue.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-vw1969.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-vw1969.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-vw1969_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack et John en Volkswagen, 1969&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Salut, John. Penses-tu que ton père aurait cessé d’écrire s’il avait percé en tant que jazzman&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Thomas, tout d’abord merci pour cette interview.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon père aurait probablement abandonné l’écriture. Heureusement (pour nous&amp;nbsp;!), écrire s’est avéré un meilleur moyen de payer les factures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais la musique ne l’a jamais quitté&amp;nbsp;: il m’a décrit plusieurs morceaux complexes qu’il avait composés en rêve.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Tu gères l’héritage littéraire de ton père, le site web jackvance.com et tu as conçu les vidéos pour &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/channel/UCbOZjbaKxSX2z8GrG66duYg&quot;&gt;la chaîne YouTube Spatterlight&lt;/a&gt;. Dans le même temps, tu restes en contact avec les fans et tu donnes des interviews telles que celle-ci. As-tu le temps pour d’autres choses&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes plus occupés que jamais depuis que nous nous sommes séparés de notre agent littéraire. Cette responsabilité nous donne satisfaction puisque nous pouvons répondre plus rapidement, de manière plus flexible, aux opportunités, grandes ou petites, qui se présentent. Dans les années à venir, nous pourrons faire davantage pour Vance, en tant qu’indépendants, que nous n’avons pu le faire par le passé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Heureusement, je ne travaille pas seul. Koen Vyverman s’occupe de l’Europe, et nous collaborons avec des amis&amp;nbsp;: Arjen Broeze, Menno van der Leden, Chris Wood, Steve Sherman, Rob Friefeld, Wil Ceron, Andreas Irle, Patrick Dusoulier, Joel Anderson, Howard Kistler et bien d’autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Travailler autour de Jack Vance est un projet familial, que j’apprécie.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Deux ans&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; après le décès de ton père, tu reçois toujours beaucoup de mots d’adieu sur la page &lt;a href=&quot;http://foreverness.jackvance.com/&quot;&gt;Foreverness&lt;/a&gt; de ton site. Comment se fait-il que ses lecteurs soient aussi proches de lui&amp;nbsp;? Quel est le portrait-type du fan de Jack Vance&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Les amateurs de Vance sont imaginatifs, intelligents, ont le sens pratique ainsi que des talents et des compétences particulières. Ce sont des voyageurs, des ingénieurs, des scientifiques, des artistes, des écrivains, etc. Ils ont soif de vivre, ils mènent une existence hors du commun, et s’intéresse à Vance parce qu’ils s’y reconnaissent. Voilà comment je perçois, de manière on ne peut plus théorique, ses fans&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-vie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-vie.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Dans les années 90, le projet de la Vance Integral Edition a été mis au point par les fans, avec ton soutien et celui de ta famille. Les œuvres complètes de Jack Vance ont été republiées sous leur forme originale. Peux-tu nous dire quelques mois sur ce projet et la version allemande dirigée par Andreas Irle. Et y a-t-il d’autres entreprises menées par des fans, en cours ou en projet&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Le meilleur moyen d’explorer la VIE est de lire &lt;em&gt;Cosmopolis&lt;/em&gt;, la newsletter, qu’on peut en lire en ligne, avec d’autres choses en lien avec la VIE, sur &lt;a href=&quot;http://www.integralarchive.org&quot;&gt;www.integralarchive.org&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance#_ftn2&quot; id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil des ans, les éditeurs et les correcteurs ont altéré les histoires de différentes façons, parfois de manière significative, souvent avec des maladresses. Entre autres buts, la VIE voulait ramener ces récits à leur état original. Paul Rhoads a rêvé de ce projet et a fourni l’élan et l’inspiration pour un grand nombre de bénévoles. Ces restaurations se sont basées sur les manuscrits originaux, la correspondance entre mon père et ses éditeurs, et la consultation de mes deux parents. Il a fallu des années pour accomplir ce travail, et en fin de compte, celui-ci a impliqué plusieurs centaines de collaborateurs à travers le monde et le Web. Ma tâche a été de superviser l’aspect légal des choses, de m’occuper de la gestion bancaire et de la comptabilité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-thisisme.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-thisisme.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La VIE a été l’un des premiers exemples de «&amp;nbsp;crowdsourcing&amp;nbsp;» – si ce n’est le premier au vu de sa taille. La publication se répartit sur quarante-quatre volumes, imprimés de deux manière&amp;nbsp;: l’édition «&amp;nbsp;Reader’s&amp;nbsp;» et l’édition Deluxe, reliée en cuir. La seule œuvre qui n’a pas été incluse dans la VIE est &lt;strong&gt;This is me, Jack Vance!&lt;/strong&gt; – l’autobiographie, que mon père n’avait pas encore rédigée. Nous en avons vendu 650 exemplaires – un bon investissement, car ces livres sont maintenant recherchés avec ardeur par les collectionneurs de Vance de par le monde, et leur valeur a doublé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un autre résultat de la VIE a été son versant numérique, un ensemble de fichiers qui englobait toutes les histoires restaurées avec passion. Chaque nouvelle publication en anglais (et chaque nouvelle traduction, telles que celles d’Andreas Irle – dont les &lt;em&gt;hardcovers&lt;/em&gt; d’excellente qualité ont inspiré la VIE pour la taille et la forme) s’est basée sur ces fichiers. La VIE est un événement-pivot au sein des publications récentes de l’œuvre de mon père.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Spatterlight Press a vu le jour en 2012 pour concevoir et vendre les livres de Vance sous forme numérique, d’après les textes de la VIE. La force motrice de ce projet est venue une nouvelle fois d’un fan – Arjen Broeze –, qui m’a écrit pour se proposer de prendre en charge le boulot de formatage. Une chose en amenant une autre, le boulot s’est vite fini.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Spatterlight Press a ensuite évolué pour devenir une entreprise, avec comme mission globale la publication de Vance ou d’aider d’autres personnes à le publier, en autant de langues et de formats, sur autant de territoires que l’on peut.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les activités de fans sont toujours possibles. Ceux que cela intéresse devraient entrer en contact&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-dyingearth.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-dyingearth.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Le recueil &lt;strong&gt;Chansons de la Terre mourante&lt;/strong&gt;, publié en 2010, relève lui aussi d’une forme de «&amp;nbsp;projet de fan&amp;nbsp;» – mais de manière très spéciale. Ce sont des hommages à ton père émanant d’auteurs de SF et de fantasy bien connus, édités par George R.R. Martin et Gardner Dozois. Comment ce livre a-t-il vu le jour&amp;nbsp;? Et il y en aura-t-il une traduction allemande&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance#_ftn3&quot; id=&quot;_ftnref3&quot; title=&quot;&quot;&gt;&lt;strong&gt;[3]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je ne sais pas qui a conçu &lt;strong&gt;Chansons de la Terre mourante&lt;/strong&gt;, mais je suis reconnaissant à tous les auteurs, en particulier à George Martin et Gardner Dozois pour avoir rendu le projet possible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au rang des contributeurs, on compte Dean Koontz, Robert Silverberg, Matt Hughes, Terry Dowling, Liz Williams, Mike Resnick, Walter Jon Williams, Paula Volsky, Jeff VanderMeer, Kage Baker, Phyllis Eisenstein, Elizabeth Moon, Lucius Shepard, Tad Williams, John C. Wright, Gleen Cook, Elizabeth Hand, Byron Tetrick, Tanith Lee, Dan Simmons, Howard Waldrop, Neil Gaiman, et Martin lui-même. Ce recueil est aussi riche que merveilleux, et constitue un formidable hommage à mon père – ce qu’il a profondément apprécié (même si, de manière caractéristique, il ne comprenait pourquoi les gens en faisaient tout un plat au sujet de son œuvre&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une édition allemande de &lt;strong&gt;Chansons…&lt;/strong&gt; est possible&amp;nbsp;; il nous faut de bonnes traductions pour commencer.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Dans ces &lt;strong&gt;Chansons…&lt;/strong&gt;, Jack Vance est une nouvelle fois surnommé le «&amp;nbsp;Shakespeare de la science-fiction&amp;nbsp;». Ton père lisait-il Shakespeare&amp;nbsp;? Ou de la SF&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Mon père a tout lu dans sa jeunesse, ce qui inclut Shakespeare, et la science-fiction de l’époque. Mais, pour autant que je sache, il n’en a pas relu une fois adulte.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-oakland1964.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-oakland1964.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-oakland1964_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;À Oakland, 1964&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Lors d’une interview de 1976, Jack Vance expliquait qu’il lisait peu de SF et fantasy, bien qu’il y ait d’excellents auteurs comme Le Guin, Lem et Dick, actifs à cette époque. N’était-il pas intéressé de savoir ce que ses «&amp;nbsp;concurrents&amp;nbsp;» faisaient&amp;nbsp;? Ou bien se reposait-il sur sa propre vision, sans la moindre influence&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Les auteurs qu’il a lus dans sa jeunesse l’ont influencé, mais il ne lisait pas les romans de ses contemporains. Il ne relisait pas non plus ses propres romans une fois qu’il les avait remis à son éditeur.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;De nombreux auteurs ont tâché de faire la distinction entre la fantasy et la SF, parfois avec des résultats discutables. Il serait intéressant de savoir si ton père – dont l’œuvre est largement à même de miner ces efforts – a déjà parlé de ces distinctions en question. Comment décrivait-il son propre genre qui, faute d’un meilleur terme, a souvent été nommé «&amp;nbsp;science-fantasy&amp;nbsp;»&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Il n’avait pas de réponse facile pour cette question, mais quand on la lui posait, il répondait «&amp;nbsp;fantasy et science-fiction&amp;nbsp;» – bien qu’il ait écrit aussi des romans policiers dignes d’attention.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-jack1979.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-jack1979.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-jack1979_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack Vance, 1979&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Un thème récurrent dans les histoires de Jack Vance est que le coupable est vaincu avec intelligence et perspicacité. Un thème utilisé avec ironie dans les histoires mettant en scène Cugel, où les stratégies de ce dernier se retournent souvent contre lui. Ici, comme dans les récits plus sérieux, la punition du malfaiteur est parfois sévère, et la revanche joue un rôle important. Avez-vous idée d’une raison, dans le vécu de ton père, qui explique ceci&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Sa jeunesse et le début de son âge adulte se sont déroulés dans le contexte de la Grande Dépression puis de la Seconde Guerre mondiale&amp;nbsp;: une époque dramatique et difficile, sans le moindre doute. Ceux qui s’intéressent à sa vie devraient consulter son autobiographie, vraiment agréable à lire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les frasques de Cugel peuvent avoir été inspirées par les emplois fastidieux et désagréables occupés par mon père lors des années de vaches maigres de sa jeunesse. Quant aux revanches originales et les punitions exhaustives, on peut s’interroger&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-jack2009.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-jack2009.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-jack2009_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack Vance, 2009&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Jack Vance a expliqué qu’il considérait les traditions culturelles comme étant extrêmement valables, car elles rendent la vie des gens bien plus complexe et intéressante. D’un autre côté, les protagonistes de ses romans sont généralement ceux qui détruisent les traditions et mettent à bas les carcans sociétaux. Une raison à cette apparente contradiction&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Les traditions et les carcans sont défaits parce qu’ils sont injustes, répressifs ou exploitent les gens. La destruction survient comme préalable nécessaire à une nouvelle ère de paix et de liberté. Même Cugel ne cherche pas l’anarchie pour elle-même (certes, il la sème dans son sillage).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-banjo1977.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-banjo1977.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-banjo1977_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack Vance au banjo, 1977&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Ton père nourrissait un intérêt marqué pour des activités non-littéraires&amp;nbsp;: les travaux manuels, les voyages au long cours, le jazz et tant d’autres. Il semble que son mode de vie ait rendu possible ses histoires en premier lieu. Les éléments exotiques de ses histoires paraissent authentiques parce que des expériences dépaysantes, de la vraie vie et en n’importe quel point du globe, les ont inspirés. La même chose est sûrement vraie pour les détails techniques ou le savoir-faire. Es-tu d’accord&amp;nbsp;? Si oui, quel est ton exemple favori&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Les indices et les références à sa propre vie sont partout. Il avait pour habitude d’utiliser les noms de ses amis et connaissances dans des buts amusants, généralement flatteurs – mais pas toujours – en changeant l’orthographe ou des choses du genre, de temps à autres. J’apparais même quelque part – plus exactement, un de mes descendants de la cinquantième génération le fait. Il mentionnait fréquemment les menus et boissons, parce que la cuisine et les festivités demeurent éternellement fascinantes&amp;nbsp;; la navigation et les yachts spatiaux reflètent son intérêt constant pour les voyages en mer, pas seulement la mécanique mais aussi l’attirail et le rythme d’une vie bien entamée. Il appréciait fabriquer et faire voler des cerfs-volants, ce qui se remarque çà et là. Le travail de la céramique et du verre apparaît par endroit, ce qui provient d’une passion partagée avec ma mère. Et le sujet de l’architecture est un thème récurrent, sans aucun doute stimulé par ses années de charpenterie. Il a bâti de nombreuses choses, et la maison familiale demeure bien sûr ma favorite.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-tahiti1965.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-tahiti1965.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-tahiti1965_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;À Tahiti, 1965&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-tahiti1965-2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-tahiti1965-2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-tahiti1965-2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;À Tahiti toujours, 1965&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Tu as participé à bon nombre des voyages évoqués plus haut, par exemple à Tahiti. Cette image d’écrire sous les palmiers, tandis que le reste de la famille explore le lagon dans une pirogue avant que n’arrivent un chef polynésien et son entourage pour faire la fête du siècle, est un indémodable fantasme d’écrivain. Je suppose que Hemingway ou Jack London auraient levé leur chapeau. Mais comment était la vie quotidienne, la vraie, sur la route&amp;nbsp;? Quels souvenirs gardes-tu de cette époque&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Mes parents cherchaient des endroits pittoresques et bon marché pour y passer quelques semaines – voire des mois parfois. Quand j’ai eu quatorze ans, nous avions déjà vécu au moins deux ans outre-mer, dans des endroits comme Tahiti, l’Australie, l’Irlande, l’Espagne, la Grèce, Madère, l’Afrique du Sud, le Pakistan, le Cachemire et le Sri Lanka.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-houseboat-kashmir1974.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-houseboat-kashmir1974.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-houseboat-kashmir1974_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Dans le house-boat, au Cachemire en 1974&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Ce mode de vie ne m’a pas toujours plu&amp;nbsp;: les amis et les animaux familiers que je laissais à la maison me manquaient, tout comme quitter les nouveaux amis avec qui je me liais à l’étranger. Mais, de manière générale, cette expérience unique a été merveilleuse, et m’a donné au cours des années un aperçu appréciable sur les gens et les modes de vie du monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi les moments mémorables, les six mois que nous avons vécus en Irlande, lors de l’hiver 1969, dans un cottage sur les rives du Lough Corrib, nous ont profondément marqués. Je me souviens encore des paysages, de la météo, des gens, de la musique, de l’herbe verte et des pierres effritées, des eaux teintées de tourbe du lough lui-même. À y repenser, la nostalgie m’envahit – un sentiment doux-amer depuis le décès de mes deux parents.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Plusieurs des textes de ton père, parfois aussi les titres, ont été changés sans son accord voire contre sa volonté. L’intérêt commercial des éditeurs, à l’époque et encore maintenant, entrait souvent en contradiction avec la liberté artistique. Aujourd’hui, toutefois, il existe de meilleures options pour l’auteur afin de s’autopublier, par exemple les ebooks ou l’impression à la demande. Jack Vance a-t-il fait des commentaires sur ces méthodes alternatives de publication, depuis que ces médias existent&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Internet, la publication en ligne, l’impression à la demande&amp;nbsp;: ces technologies se sont répandues durant les dernières années de vie de mon père, alors qu’il était aveugle et donc peu en mesure d’apprécier ces médias. Donc, alors même que Spatterlight Press était fondée puis grandissait, il était incapable de saisir les implications de la technologie sur les affaires et l’industrie…&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Aujourd’hui, de nombreux auteurs twittent avec leurs fans, et sont encouragés par leurs éditeurs à poursuivre, car cela se traduit par une hausse des ventes. Ton père avait un style plutôt à l’opposé. Il apparaissait rarement en public. Peu importe si cela est possible ou non aujourd’hui&amp;nbsp;: estimes-tu que cette aura quelque peu mystérieuse de Jack Vance était plus un avantage ou un inconvénient à l’époque&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Il aurait pu davantage capitaliser sur sa notoriété qu’il ne l’a fait, mais son retrait de la vie publique a eu, je pense, comme effet d’isoler son œuvre des caprices du style. C’est un avantage, sur le long terme.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Jack Vance a d’abord étudié la physique mais, à l’instar de ses camarades de classe, a assez vite trouvé le sujet ennuyeux. Dans la plupart de ses histoires, il s’intéresse peu aux détails techniques, les aspects scientifiques deviennent étranges et se teintent de magie. Cela reflète-t-il une relation ambiguë avec la science&amp;nbsp;? Une fascination pour le sujet d’un côté, mais un rejet de son formalisme aride de l’autre&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Il ne rejetait pas la science&amp;nbsp;; en fait, il m’a incité autant qu’il a pu à étudier les maths, la physique et la chimie. Mais sa nature, son intuition – et peut-être son éducation – s’accordaient davantage avec les choses sociales que le monde physique. Cela se ressent dans son écriture.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-papillon.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-papillon.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;«&amp;nbsp;Papillon de lune&amp;nbsp;» est souvent considérée comme étant non seulement la meilleure nouvelle de Jack Vance mais aussi la meilleure nouvelle de SF tout court. Y a-t-il quelque chose de particulier à l’origine de cette histoire&amp;nbsp;? La remarque de ton père, comme quoi il était toujours content de recevoir une récompense même s’il avait parfois l’impression que ce n’était pas pour le bon texte, faisait-elle référence à «&amp;nbsp;Papillon de lune&amp;nbsp;», qui n’a rien récolté&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Il ne m’a jamais parlé de son ressenti envers cette histoire, je ne peux donc pas vraiment répondre à cette question. Mais il reste vrai que si la reconnaissance a mis du temps à venir, elle est finalement arrivée – pas spécifiquement pour «&amp;nbsp;Papillon de lune&amp;nbsp;» mais pour son œuvre générale. Et cela lui faisait plaisir.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Ou bien on comprend aussitôt le sens de «&amp;nbsp;il y a de la musique dans une histoire&amp;nbsp;» ou bien on ne le saisit jamais. Dans les histoires de Vance, c’est sans aucun doute le cas, parfois littéralement lorsque ses personnages se comportent à la manière de musiciens de jazz qui, après exécuté un brillant solo et donné tout ce qu’ils avaient, laissent le morceau se terminer de façon peu spectaculaire. En d’autres termes, si une histoire a atteint un certain niveau de complexité ou est juste assez bizarre, Vance semble parfois perdre tout intérêt. Raison pour laquelle la fin de tel ou tel roman m’évoque plus la conclusion d’une jam que celle d’un roman. Ce n’est cependant rien que mon ressenti. Un commentaire&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Je suppose qu’il y avait des moments où une histoire l’ennuyait, où il était impatient de commencer un nouveau roman, et il se dépêchait donc de conclure. Dans ses œuvres tardives, il s’est discipliné et a trouvé de meilleures fins.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La transition entre &lt;strong&gt;Escales dans les étoiles&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Lurulu&lt;/strong&gt; mérite un commentaire. Comme il me l’a expliqué à l’époque, &lt;strong&gt;Escales…&lt;/strong&gt; était destiné à être un roman unique, mais il s’est étiré et mon père l’a divisé en deux, sans faire dans la dentelle. La fin du premier volume a reçu des avis peu élogieux, mais je pense que les gens devraient savoir que mon père se battait contre un diabète encore non diagnostiqué, et il était aveugle depuis des années déjà. À l’époque, les capacités de ma mère pour l’aider avaient aussi diminué de manière significative. Il a donc travaillé dans des circonstances très difficiles.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-escales.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-escales.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Selon ses propres termes, Jack Vance estimait qu’il écrivait pour le mieux quand c’était pour son amusement personnel. Il prenait beaucoup de plaisir à imaginer les formulations les plus alambiquées. Quand on l’interrogeait sur son auteur favori, il mentionnait d’abord ceux dont il appréciait le plus le style, pas vraiment ceux qui mettaient l’accent sur des thèmes précis. Il semble qu’en premier chef – en tant que auteur et comme lecteur –, il privilégiait le son qui fait la musique. Es-tu d’accord&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Les artifices – ces sujets amusants un moment mais peu durables – ne l’intéressaient pas. Et il dédaignait ouvertement la mode, quelle qu’elle soit – qu’il s’agisse des vêtements ou des idées. Derrière les apparences de chaque situation humaine, il percevait les motifs et les conditions, basiques et communs à travers les époques, susceptibles d’être bien sûr modifiés ou distordus mais demeurant reconnaissables et constants. Ces caractéristiques étaient «&amp;nbsp;réelles&amp;nbsp;» pour lui, tout le reste n’étant que poudre aux yeux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ses goûts en matière de lecture l’amenaient vers des auteurs utilisant des thèmes immémoriaux, écrivant avec un style authentique, sans prétention ni vanité. Vers la fin de sa vie, il a dressé une liste d’auteurs favoris et respectés, qui révèle ses goûts romanesques généraux&amp;nbsp;: Margery Allingham, Robert Barnard, L. Frank Baum, M. C. Beaton, Rhys Bowen, Max Brand, Edgar Rice Burroughs, John Dixon Carr, Robert Chambers, Raymond Chandler, Agatha Christie, Philip Craig, A. B. Cunningham, Jeffrey Farnol, E. X. Ferrars, Dick Francis, Erle Stanley Gardner, E. X. Giroux, Sue Grafton, Zane Grey, Victoria Holt, Ngaio Marsh, Daphne du Maurier, Lawrence Sanders, Dorothy Sayers, Clark Ashton Smith, Mary Stewart, Rex Stout, Jules Vernes, Patricia Wentworth, et par-dessous tout P. G. Wodehouse.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-cugel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-cugel.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;L’un de mes personnages favoris dans les récits de ton père est Cugel l’Astucieux, un personnage retors. Si l’on compare les deux histoires le mettant en scène, en 1966 et 1983, on remarque que son attitude a changé dans le récit le plus récent&amp;nbsp;: il est plus souvent la victime que le criminel. Ton père t’en a-t-il parlé&amp;nbsp;? Y a-t-il une raison spécifique pour ce changement&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Avec l’âge, mon père a gagné en assurance dans son écriture et en confort dans sa vie. Les intrigues se sont enrichies et adoucies, les thèmes plus complets et moins acerbes. Cugel est devenu moins caricatural et, peut-être, plus humain&amp;nbsp;? L’humour s’est glissé là où il y en avait peu auparavant, et les malheurs de Cugel ont évolué&amp;nbsp;: plus compliqués, plus poignants quoique avec humour.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Y a-t-il un personnage dans les histoires de ton père dont la personnalité est similaire à la sienne&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Mon père était un homme pratique, passionné, imaginatif, généreux et sociable, parfois inconstant, un peu canaille. À mon sens, il avait davantage en commun avec des personnages complexes comme Treesong et Cugel que les héros conventionnels comme Gersen ou Reith.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Peux-tu nous parler de son processus d’écriture&amp;nbsp;? Et le rôle de ta mère, Norma&amp;nbsp;? À quoi ressemblait une journée typique d’écriture&amp;nbsp;? Enfant, devais-tu être silencieux quand le drapeau blanc était hissé&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Mon père prenait des notes sur des bouts de papier, parfois des carnets. Il écrivait le premier jet au stylo à plume, sur des feuilles de papier pliées en deux, afin de faire des livrets de quatre pages. Chacun était numéroté, avec les faces externes étiquetées A ou B&amp;nbsp;; il se servait de l’intérieur pour développer ou réécrire un paragraphe, prendre des notes, lister des idées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sa graphie était un gribouillis, nécessitant de l’expérience pour être déchiffrée&amp;nbsp;; décoder certains mots ou phrases posaient parfois problème à ma mère même, la plus sagace des lectrices. Mon père faisait de la calligraphie à l’occasion, et faisait souvent de petits dessins. Il s’amusait à utiliser des encres de couleurs différentes. Certains de ses manuscrits sont un régal à l’œil, rien que pour leurs qualités esthétiques.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-manuscrit1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-manuscrit1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-manuscrit1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Page de manuscrit de &lt;strong&gt;L'Homme sans visage&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-manuscrit2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-manuscrit2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-manuscrit2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Page de manuscrit de «&amp;nbsp;Morréion&amp;nbsp;», in &lt;strong&gt;Rhialto le merveilleux&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lorsqu’il a travaillé comme charpentier, il écrivait en soirée et la nuit. De retour à la maison, il prenait un bain, se mettait à l’aise en enfilant son pyjama et son peignoir, s’asseyait en calant ses pieds, posait un coussin sur ses genoux et un bloc-notes par-dessus – généralement avec un verre d’alcool à portée de main.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ma mère lisait et tapait les premiers jets, en corrigeait l’orthographe et les petites incohérences. Ses premières machines à écrire étaient manuelles, bien sûr, et ça a été un grand jour quand elle a eu sa machine à écrire électrique, une IBM Selectric. Lors des voyages, elle transportait une petite machine manuelle.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-jack-norma-1952.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-jack-norma-1952.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-jack-norma-1952_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack et Norma, 1952&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quand mon père récupérait le tapuscrit, il l’examinait de près, le désassemblait, le réassemblait, le réécrivait, l’étendait, le compressait, le distillait. Il ne faisait pas de compromis sur la clarté et l’économie de l’expression, à l’aise côté vocabulaire mais peu enclin à utiliser un terme rare quand un mot simple était suffisant. Il avait du détachement envers son travail, et retirait des paragraphes de texte sans en souffrir s’il estimait que son histoire n’était pas optimale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ma mère tapait à la machine un deuxième jet, qui nécessitait moins de travail éditorial, même si de gros changements demeuraient encore possibles, et pas rares, avant l’état final.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le troisième tapuscrit était vérifié et corrigé une dernière fois. Des paragraphes, des sections pouvaient être biffés ou réécrits. L’éditeur recevait cette copie en général.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les années 80, avec l’aide et l’encouragement de notre ami David Alexander, mon père a acquis son premier logiciel de traitement de texte, et il n’a pas fallu longtemps avant que ma mère s’en équipe aussi. Les claquements de la machine à écrire ont été remplacés par le bourdonnement de l’imprimante. Le processus est resté le même, mais avec des outils différents, et les manuscrits recouverts de gribouillis colorés ont dès lors appartenu au passé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors que sa vue se détériorait, mon père s’est de plus en plus remis à un logiciel de synthèse vocale appelé &lt;em&gt;Accent&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; impossible pour moi d’oublier sa voix électronique. &lt;em&gt;Accent&lt;/em&gt; n’était au départ qu’une béquille, tandis que mon père utilisait des polices de caractère de plus en plus grandes à l’écran – en utilisant le logiciel &lt;em&gt;BigEd&lt;/em&gt;, fourni par notre ami Kim Kokkonen – mais il a fini par acquérir peu à peu un rôle prépondérant. Puis l’écran est devenu superflu, même si j’ai conservé un petit moniteur cathodique pour la maintenance du système, la restauration des fichiers, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’a jamais réussi à utiliser une interface graphique ou une souris, donc on employait le DOS. Il se servait beaucoup de &lt;em&gt;SmartKey&lt;/em&gt; pour les raccourcis clavier (des mots à rallonge comme «&amp;nbsp;Schwatzendale&amp;nbsp;» étaient plus simple à taper via une macro&amp;nbsp;!). Tenir à jour les définitions relevait de mes responsabilités.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les améliorations pour son travail et son lieu de travail comprenaient des bureaux, des étagères, des tablettes pour les écrans avec des étagères pour clavier suspendues à des solives au-dessus, des plateformes à roulette pour mettre facilement sa chaise en place&amp;nbsp;: j’ai construit tout cela sur ses indications. J’ai collé des matériaux à son clavier pour améliorer la navigation par les sensations, ce que nous appelions «&amp;nbsp;architecture&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; sans ces petits morceaux bizarres et anodins de mousse, de métal, de balsa, de plastique et de toile émeri, il était incapable de travailler.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-office.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-office.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-office_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack Vance et sa petite-fille Alison, 2009&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;Lurulu&lt;/strong&gt;, il n’a utilisé le PC que pour organiser son index de jazz et y conserver les numéros de téléphone de ses amis (il a dicté &lt;strong&gt;This Is Me!&lt;/strong&gt; à Jeremy Cavaterra, qui l’a transcrit). Vers la fin, il allumait rarement son ordinateur, les numéros étant aussi conservés dans le répertoire de ses téléphones – qui ont été aussi beaucoup «&amp;nbsp;architecturalisés&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà comment les choses se sont passées au fil des années. Enfant, j’étais plutôt tranquille, il n’était donc pas utile de me dire de me taire – même si parfois…&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Y a-t-il déjà eu une interview avec Jack Vance, ou au sujet de lui, dans laquelle son house-boat n’a pas été évoqué&amp;nbsp;? Probablement non. Si je me devais d’être original, je ne poserais pas la question, mais je ne peux y résister. L’idée que Vance, Poul Anderson et Frank Herbert ont construit un bateau ensemble et navigué avec, voilà qui est fascinant pour le lecteur de SF. Tu devais avoir sept ans quand le navire a été bâti&amp;nbsp;: que t’en souviens-tu&amp;nbsp;? As-tu vogué dessus&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Mes parents étaient socialement actifs à l’époque. Des écrivains, des professeurs, des mécanos, des musiciens, des plombiers, les voisins&amp;nbsp;: toute sorte de gens passaient à la maison prendre un peu de bon temps, discuter, apprécier la bonne bouffe et boire, écouter de la musique et jammer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon père connaissait bien la région du delta de la rivière Sacramento, qui était chère à son cœur, et il a pensé que ce serait génial d’en profiter avec un bateau, à voguer ou bien rattaché à la berge, parmi les roseaux. Frank et Poul ont été convaincus et s’est ainsi que le projet est né.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-houseboat-frank1965.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-houseboat-frank1965.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-houseboat-frank1965_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack Vance et Frank Herbert bossent sur le house-boat&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le bateau était une simple construction sur pontons, et a été fait rapidement. On a assemblé la charpente pour les pontons sur l’allée de la maison, mais l’ensemble a vite été transporté à Point Molate, un endroit sans prétention un peu en amont du pont de Richmond-San-Rafael, sur la rive est de la baie de San Fransisco. Finalement, le navire a été amarré dans une marina à côté de Moore’s Riverboat, sur Brannan Island.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-houseboat.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-houseboat.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-houseboat_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Le fameux house-boat, avec Frank Herbert et Poul Anderson à son bord&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On s’est souvent amusés là-bas, avec les Herbert, les Anderson, la famille de Albert Hall et bien d’autres. Il y a eu une jam-session ou deux à bord du bateau. Cette époque a pris fin quand nous avons recommencé à voyager, et mon père a donné la péniche à Ali Szantho, un Hongrois incroyable, fan de football, qui s’en est servi pour pêcher. Finalement, lors d’une tempête, le bateau est parti à la dérive, a heurté des rochers et a coulé… pour la deuxième fois (mais c’est une autre histoire).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À un moment, mon père a commencé à bâtir un trimaran dans notre allée, avec lequel il espérait naviguer dans le Pacifique Sud. Il a fini la coque centrale, fort jolie&amp;nbsp;; mais quand Arthur Piver, le constructeur de navire, a disparu dans le Pacifique en 1968 à bord d’une embarcation semblable, mon père a estimé qu’un monocoque plus grand était nécessaire. Il a vendu la coque et a continué à rêver.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-jack-frank-manfred-1965.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-jack-frank-manfred-1965.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-jack-frank-manfred-1965_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Jack Vance, Frank Herbert et Manfred Funk&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;En dépit des histoires cosmiques et de l’exotisme extraterrestre, ce sont les beautés de notre propre monde que nous célébrons en fiction. Même l’humanité – quoique malhonnête et égoïste… jusqu’à la tombée du jour – mérite un peu de compassion, ne serait-ce que pour ses personnalités excentriques et ses traditions bizarres. Serait-ce tiré par les cheveux de percevoir l’œuvre de ton père comme l’expression de son amour pour les merveilles de la nature et la complexité de la coexistence humaine&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;La conscience – peut-être subliminale – de l’étrangeté et de l’improbabilité de l’existence n’était jamais loin de son esprit. Il avait un sens de l’émerveillement au sujet de l’univers, et de la place qu’il y occupait, qui rôdait toujours dans sa tête. L’humanité n’avait rien de spécial ou de sacré&amp;nbsp;; nos bizarreries, nos faiblesses et nos marottes étaient tristement amusantes, sans amertume ou cynisme. Il acceptait simplement l’humanité pour ce qu’elle était, bonne et mauvaise, et il jouait son rôle, sans offense ni déférence. Il vénérait la beauté, tant qu’elle durait. Sa dynamique intérieure et sa détermination, depuis un âge précoce, était de croquer la vie à pleine dent.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-stonehenge.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-stonehenge.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-stonehenge_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Jack Vance à Stonehenge, , en 1952&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Que faire de son œuvre, à chacun de décider pour soi. Mais ses sensibilités sont tissées partout.&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;En comparaison avec d’autres auteurs à succès de SFF, Jack Vance possède une communauté de fans inhabituellement loyale mais quelque peu réduite. Certains critiques supposent que le gros succès commercial lui a échappé faute d’une œuvre majeure, à l’inverse de Tolkien ou Asimov. À lire This Is Me!, on se rend compte que la vie de Vance était son œuvre principale, et qu’il n’a pas manqué de lui apporter une fin. Penses-tu que ton père aurait apprécié cette interprétation.&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Sûrement&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-princesdemons1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-princesdemons1_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h4&gt;Y a-t-il des projets, des demandes concernant l’adaptation en film d’une histoire de Vance&amp;nbsp;? La &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Terre mourante&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; par exemple&amp;nbsp;? Quelqu’un a suggéré l’idée de Johnny Depp jouant Cugel, et je dois avouer que c’est assez alléchant…&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Une option a été posée sur la &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Geste des Princes-Démons&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; pour un épisode-pilote sur le câble, l’idée étant d’en faire une série. On verra si cela se concrétise. &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Tschaï&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; a éveillé l’intérêt aussi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Johnny Depp serait pas mal en Cugel, mais cet acteur ne serait pas mon premier choix. Je choisirai plutôt quelqu’un de talentueux mais de relativement inconnu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et si seulement Peter Jackson pouvait adapter la &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Terre mourante&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Thomas, merci pour cette interview et ta patience à la mener. J’espère que nous verrons prochainement du Vance&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-son-grandson.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-son-grandson.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-son-grandson_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;John Vance et son fils Jack, 2016&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Au moment de l’interview. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; Lien inactif à présent. (NdT)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn3&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/08/28/Rencontre-avec-John-Vance#_ftnref3&quot; id=&quot;_ftn3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; En France, le projet a été publié aux deux-tiers par les éditions ActuSF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-vance-phantastisch61.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;itw-vance-phantastisch61.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/.itw-vance-phantastisch61_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h5&gt;Interview originellement parue dans le numéro 61 de &lt;em&gt;Phantastisch&lt;/em&gt;, reproduite avec l'accord de John Vance, et traduite de l'anglais par Erwann Perchoc.&lt;br /&gt;
Photos © John Vance.&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Magie des renards</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/08/01/Magie-des-renards" rel="alternate" type="text/html" title="Magie des renards" />
      <id>urn:md5:86bbd848e3623d1ca8f790491de69fc7</id>
      <published>2016-08-01T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-09-01T10:03:21+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Kij Johnson</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;johnson-foxmagic-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/johnson-foxmagic-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Fin août, la collection «&amp;nbsp;Une Heure-Lumière&amp;nbsp;» va s'enrichir de deux nouveaux titres, dont &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/kij-johnson/un-pont-sur-la-brume&quot;&gt;Un pont sur la brume&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Kij Johnson, nouvelliste prolifique hélas trop peu traduite en français. En attendant la sortie de son roman court, découvrez sa nouvelle «&amp;nbsp;Magie des renards&amp;nbsp;», trouble et délicate histoire d'amour et de métamorphose dans un Japon fantastique, récompensée par un prix Theodore Sturgeon en 1994…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/kij-johnson/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Kij Johnson&lt;/a&gt; , parue originellement dans l'anthologie &lt;em&gt;Extrême-Orient&lt;/em&gt; (L'Oxymore, 2002), traduite de l'anglais par &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/melanie-fazi/&quot;&gt;Mélanie Fazi&lt;/a&gt; vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/kij-johnson/magie-des-renards&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 31 août 2016. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;johnson-foxmagic-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/johnson-foxmagic-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;Illustration © Utagawa Kuniyoshi&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Les Conquérants de l'impossible</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/07/13/Les-Conquerants-de-l-impossible" rel="alternate" type="text/html" title="Les Conquérants de l'impossible" />
      <id>urn:md5:45bee6cbd17e476270eddf5f51e1c07d</id>
      <published>2016-07-13T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-07-13T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Refaisons le saut dans le temps… L'on s'intéresse dans cette rubrique-sœur de l'&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/abcdr&quot;&gt;Abécédaire&lt;/a&gt;, après la tétralogie &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;Ambient&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Brian Eno et la BD &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/09/Balade-au-bout-du-monde&quot;&gt;Balade au bout du monde&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, aux &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Conquérants de l'impossible&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, excellente série de romans jeunesse due à Philippe Ébly, parue dans les années 70-80. Un marchepied idéal pour la SF, hélas tombé dans un semi-oubli…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au rang des séries de romans jeunesse injustement oubliées figure «&amp;nbsp;Les Conquérants de l’impossible&amp;nbsp;» de Philippe Ébly, auteur belge décédé en 2014. C’est là une série de vingt-et-un textes, publiés entre 1971 et 2004, qui oscillent entre aventure, science-fiction et fantastique. Pour votre serviteur, certains de ces romans – dont les titres, on va le voir, invitent au rêve et à l’évasion – ont fait de lui le lecteur qu’il est aujourd’hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La disponibilité des «&amp;nbsp;Conquérants de l’impossible&amp;nbsp;» étant hasardeuse, ce compte-rendu sera forcément parcellaire, se basant sur les textes sur lesquels j’ai pu remettre la main – au fond de ma bibliothèque ou dans les médiathèques parisiennes – soit la moitié d'entre eux, c'est-à-dire seulement une dizaine de volumes.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t01.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le premier roman de la série, &lt;strong&gt;Destination Uruapan&lt;/strong&gt;, est paru en 1971. Tout commence à l’aéroport de Champaign, quelque part en Illinois&amp;nbsp;: le jeune Serge Daspremont s’apprête à prendre sa correspondance pour rejoindre son père à Chicago. Il fait connaissance de deux autres Français&amp;nbsp;: Marc et Raoul Forrestier. Les trois garçons sont témoins d’un vol, commis sur le tarmac. Croyant suivre un détective privé, ils se retrouvent kidnappés et relâchés en plein désert. Où&amp;nbsp;? Probablement au Mexique. Serge, Raoul et Marc se mettent en chemin, essayant de retrouver la civilisation, mais le désert est traître et semé de périls… En cours de route, ils rencontrent un jeune Indien, Xolotl, qui se propose de les amener jusqu’à la ville lointaine d’Uruapan. Pourtant, leur guide est-il digne de confiance&amp;nbsp;? Raoul et Marc en doutent, mais Serge est persuadé du contraire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-serge.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-serge.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;em&gt;Serge Daspremont ; illustration intérieure de Destination Uruapan par Yvon Le Gall&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’impossible, dans ce premier roman, tient moins à l’aspect fantastique, finalement peu présent, qu’à l’aventure humaine. Comme pour tout trajet, l’important est moins la destination que le parcours lui-même. De fait, le roman se conclut avant le retour des aventuriers à la civilisation. Aspect fantastique ténu, donc, mais non négligeable pour autant&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Destination Uruapan&lt;/strong&gt; connaît son point d’orgue lors d’une cérémonie de guérison quasi-mystique, où peut-être l’inconcevable se produit. Peut-être. Les protagonistes sont exténués à ce moment-là et ce pourrait bien être une hallucination. Quarante-cinq ans après sa première édition, &lt;strong&gt;Destination Uruapan&lt;/strong&gt; se relit très bien. L’aventure fait fi de tout manichéisme (pas d’antagonistes, juste des personnages en nuances), célèbre le courage, la persévérance, l’amitié, la confiance.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-marc-raoul.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-marc-raoul.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;em&gt;Marc et Raoul Forrestier, éphémères membres des Conquérants.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t02.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t02.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La thématique temporelle apparaît dès le deuxième roman, &lt;strong&gt;Celui qui revenait de loin&lt;/strong&gt; (1972). Lors de l’exploration d’une grotte, Serge, Xolotl, Raoul et Marc découvrent un lac souterrain. Un lac d’azote liquide, où flotte un corps congelé… Bien vite, nos héros réfléchissent à la manière de retirer le corps de son bain glacial, puis de le ramener à la vie. Et nonobstant les lois de la physique et de la biologie cellulaire (parce que où résiderait le plaisir sinon), ils y parviennent. C’est ainsi qu’ils font la connaissance de Thibaut de Châlus, jeune noble au caractère un brin sauvage, qui deviendra un compagnon régulier de Serge et Xolotl dans leurs aventures.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t03.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t03.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Éclair qui effaçait tout&lt;/strong&gt; (1972), c’est cet éclair qui frappe Serge et Xolotl et les envoie dans la Rome antique. Pourquoi eux et pas leurs amis&amp;nbsp;? Parce que les deux naufragés du temps portent une gourmette faite d’un alliage novateur, l’autinios… qui possède d’étranges propriété temporelles. Un alliage découvert par le professeur Auvernaux, qui deviendra un personnage secondaire régulier de la série. Bref, tandis que Serge et Xolotl tâchent de survivre dans un passé dont ils ne savent pas grand-chose, leurs amis restés à l’époque présente s’ingénient à comprendre le pourquoi du comment, et à trouver le moyen de ramener les naufragés temporels. Une aventure qui est surtout le prétexte à une exploration des bas-fonds de Rome, rarement une partie de plaisir pour Serge et Xolotl.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t04.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t04.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette sympathique aventure temporelle annonce les suivantes. Mais exit Raoul et Marc. Avec &lt;strong&gt;L’Évadé de l’an II&lt;/strong&gt; (1973), le groupe des Conquérants se réduit désormais à Serge, Thibaut et Xolotl. Ceux-ci sont convoqués par une vieille dame, inconsolable à l’idée que Louis XVIII soit misérablement mort dans sa geôle de la Tour du Temple. Elle leur demande, non de changer le cours de l’Histoire, mais juste de sauver le garçonnet. Voilà le trio projeté le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; Nivôse de l’an II&amp;nbsp;: ils ont un mois pour exfiltrer Louis XVIII.Évidemment, les choses ne sont pas si simples dans le Paris de la Terreur&amp;nbsp;: tout le monde craint la guillotine, et le trio a bien du mal à trouver des alliés disposés à les aider.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas de paradoxes temporels à craindre dans ce roman&amp;nbsp;: le voyage est davantage le prétexte à une aventure historique bien menée, où les enjeux sont posés sans manichéismes ni simplifications. Louis XVIII est certes un jeune enfant, mais c’est aussi un symbole, dont la libération pourrait mettre en danger la Révolution.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Suivent trois romans, &lt;strong&gt;Pour sauver le diamant noir&lt;/strong&gt; (1973), &lt;strong&gt;…Et les Martiens invitèrent les hommes&lt;/strong&gt; (1974) et &lt;strong&gt;Le Navire qui remontait le temps&lt;/strong&gt; (1974), que je n’ai hélas pas lus. Le premier voit nos héros faire un (petit) saut temporel pour empêcher qu’un diamant ayant appartenu à Catherine II de Russie ne disparaisse en Mer des Sargasses&amp;nbsp;; le deuxième semble relever du &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; enfin, dans le troisième, une substance, le «&amp;nbsp;chrono-régresseur&amp;nbsp;» change la personnalité de Serge, qui se prend dès lors pour un viking et se pique de traverser l’Atlantique en drakkar…)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t05t06t07.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t05t06t07.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t08.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t08.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le temps est aussi une notion malléable dans &lt;strong&gt;La Ville qui n’existait pas&lt;/strong&gt; (1975). Au cours d’une randonnée en Auvergne, Serge, Thibaut et Xolotl découvrent une grotte aux parois étonnamment lisses. Ils suivent le tunnel et parviennent à une immense grotte souterraine, au centre de laquelle se dresse la ville de Sanderloz. Étrange cité, fondée par les Maures une douzaine de siècles plus tôt, mais ayant développé des technologies propres, ne faisant pas appel à l’électricité&amp;nbsp;: des oursons, créés artificiellement, servant les humains&amp;nbsp;; un système de miroirs et de tuyaux acoustiques pour surveiller les sujets&amp;nbsp;; un mur de temps lent (la chronorésine) qui enserre la grotte dans une bulle infranchissable. Un concours de circonstance a beau faire de Serge l’héritier présomptif du chef de Sanderloz, le jeune homme et ses amis souhaitent regagner la surface. Ce qui ne sera pas si facile.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il est permis de trouver certaines idées quelque peu capillotractée (les oursons, ou le niveau de technologie atteint par une société autarcique, voire la simple existence d’une grotte aussi vaste – sa dimension se chiffre en dizaines de kilomètres), &lt;strong&gt;La Ville qui n’existait pas&lt;/strong&gt; s’avère une très bonne aventure. Le manichéisme en est absent&amp;nbsp;: l’on vit en paix à Sanderloz. Cette ville inexistante s’approche d’une véritable utopie, avec ses ambiguïtés (ambiguïtés présentes elles aussi dans le texte fondateur de Thomas More) comme la surveillance des sujets, un pouvoir seigneurial (quoique pas forcément héréditaire), l’ignorance du monde extérieur dans laquelle est maintenue le peuple.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t09.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t09.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;(Suit un roman, &lt;strong&gt;La Voûte invisible&lt;/strong&gt; (1976), qui projette nos héros dans une Bretagne distante de 5000 ans et que je n’ai pas lu.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t10.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t10.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Île surgie de la mer&lt;/strong&gt; (1977) reprend un mythe classique. Serge, Thibaut et Xolotl voyagent en tant que passagers à bord d’un cargo dont l’équipage semble mystérieusement incompétent. Le navire heurte un obstacle invisible. A bord de leur canot de sauvetage, les trois amis sont bientôt distancés par le reste des marins. Et une île apparaît soudain. Une île aux paysages idylliques, où les gens parlent latin. Recueilli par un vieil homme, Angorius, le trio découvre qu’ils se trouvent sur l’Atlantide – ou ce qu’il en reste, après l’engloutissement du continent mythique des millénaires plus tôt. Serge devient bientôt l’hôte particulier de Ténès, le souverain de l’île.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Curieusement, &lt;strong&gt;L’Île surgie de la mer&lt;/strong&gt; opte pour une narration à la première personne. Un changement étonnant, pour un résultat peu convaincant et qui affadit le récit. En somme un semi-ratage. &lt;strong&gt;L’Île…&lt;/strong&gt; réitère bon nombre de thématiques de &lt;strong&gt;La Ville qui n’existait pas&lt;/strong&gt;, sans les ambiguïtés&amp;nbsp;: le souverain Ténès est loin du peuple et exerce une surveillance constante&amp;nbsp;; pas d’oursons-serviteurs mais des esclaves vivant dans les tréfonds de l’île… qui ne rêve que de révolte. Pas de manichéismes pour autant&amp;nbsp;: les aventuriers, hôtes de Ténès, feront tout pour que le renversement se fait en douceur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t11.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;(Suit &lt;strong&gt;Le Robot qui vivait sa vie&lt;/strong&gt; (1978), où nos héros rencontrent un androïde désireux… de vivre sa vie, comme l’indique le titre.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t12.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t12.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il est à nouveau question de voyage temporel dans &lt;strong&gt;S.O.S. Léonard de Vinci&lt;/strong&gt; (1979)&amp;nbsp;: Serge, Xolotl et Thibaut sont envoyés à Milan en 1490 pour une mystérieuse mission (dont l’auteur retardera avec habileté la révélation), qui implique de contacter le génial inventeur. Las&amp;nbsp;! celui-ci ne se laisse pas aisément approcher, tant son serviteur Giacomo fait du zèle. Mais le pire survient quand Serge disparaît une nuit. L’œuvre de bandits, vraisemblablement. Tandis que Xolotl et Thibaut arpentent Milan pour retrouver leur ami, Serge fait sa convalescence dans la demeure des gens qui l’ont secouru. Problème&amp;nbsp;: un coup sur la tête lui a fait perdre la mémoire… Le temps presse, pourtant, pour les trois aventuriers du temps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la lignée des précédents volumes, &lt;strong&gt;S.O.S. Léonard de Vinci&lt;/strong&gt; est l’occasion d’explorer une nouvelle période du passé. Surtout, passé, présent et futur se mêlent&amp;nbsp;: c’est pour résoudre une énigme qui n’a pas encore été posée que les trois amis ont été envoyés à l’époque de de Vinci. Pour le reste, le roman reste assez classique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Suit un roman, &lt;strong&gt;Le Naufragé des étoiles&lt;/strong&gt; (1980), que je n’ai pas lu, et j’en suis fort marri car il y intervient un futur personnage récurrent. Un astéroïde menaçant de détruire la Terre est le prétexte à une nouvelle aventure temporelle.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t13.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t14.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t14.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plus ambitieux est &lt;strong&gt;Le Matin des dinosaures&lt;/strong&gt; (1982)&amp;nbsp;: Xolotl a repéré une erreur sur une carte géographique. Une vallée des Pyrénées à laquelle plus aucune route ne mène. Pas de panique, il n’y a pas de complot, juste un projet expérimental abandonné, comme l’explique le professeur Auvernaux. Les trois amis se rendent sur place, et un autre scientifique, le professeur Martigny, leur propose de prendre part malgré tout à l’expérience. Cette vallée, protégée par un champ de force, a été vidée de tout organisme vivant – et même de son oxygène. Le but est de comprendre comment la vie a pu apparaître sur Terre, et si elle peut réapparaître sur une Terre morte en cas de désastre majeur. Grâce à un traitement spécial, Serge et ses amis ont la possibilité d’évoluer sans risque dans ce paysage désolé. Mais il y a deux-trois choses étranges&amp;nbsp;: ces rocs pourvus de dessins hypnotiques qui leur interdisent l’accès à certaines zones, ces deux adolescents rencontrés plus tardivement, à qui ils n’ont le droit de poser aucune question. Et deux-trois autres choses plus périlleuses, tels les dinosaures, ou le mystérieux titane colloïdal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Matin des dinosaures&lt;/strong&gt; peut faire sourire pour ses raccourcis scientifiques&amp;nbsp;: cette vallée coupée de tout revit l’évolution terrestre en une poignée de jours, sans que les échelles de temps soient respectées. Il n’empêche que le roman soulève des problématiques environnementales ainsi que des questionnements intéressants sur la science – jusqu’à quel point peut-on expérimenter&amp;nbsp;? – et sur la pérennité de la vie sur Terre. Le &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; est indéniablement présent, et fait oublier les quelques facilités du récit.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t15t16t17.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t15t16t17.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’inquiétude du &lt;strong&gt;Matin des dinosaures&lt;/strong&gt; se retrouve dans &lt;strong&gt;La Grande Peur de l’an 2117&lt;/strong&gt; (1983). Le professeur Auvernaux convoque Serge et ses amis&amp;nbsp;: ses expériences (envoi de petits mammifères dans le futur) ont montré deux choses inquiétantes. La première est qu’une bonne partie de la France sera sous l’eau en septembre 2117 – bon, ça arrive et rien de trop dramatique – mais la seconde montre qu’il n’y aura plus rien en octobre de cette même année. Rien de ce qui a été envoyé en octobre 2117 n’est revenu, laissant supposer que la Terre aura disparu. Serge, Xolotl et Thibaut sont envoyés au début de l’automne 2117 pour tâcher de faire la lumière sur ces événements futurs. Et ça n’est pas riant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2117, la fin de la civilisation a eu lieu&amp;nbsp;: quelques décennies plus tôt, un grand cataclysme a provoqué la fonte des glaces des pôles et la montée soudaine des eaux. Les humains survivants ont trouvé refuge sur les hauteurs, où ils vivent dans des sociétés dures et primitives. Mais les trois voyageurs temporels font la connaissance d’une jeune femme, Souhi. Souhi, dont Serge a rencontré le moi futur dans &lt;strong&gt;Le Naufragé des étoiles&lt;/strong&gt; et qui deviendra son épouse et la mère de son fils… Souhi, qui semble en connaître beaucoup et qui cache de stupéfiants secrets (autant que Serge, Xolotl et Thibaut lui en cachent, certes). (Spoilers&amp;nbsp;! Elle vient de l’an 4203, doit provoquer l’envoi de fusées pour résorber le CO2, ce qui causera la Grande Peur mais permettra le renouveau de la civilisation mais l’impossibilité du voyage temporel.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les préoccupations environnementales évoquées dans &lt;strong&gt;Le Matin des dinosaures&lt;/strong&gt; sont présentes, plus fortes encore&amp;nbsp;: le réchauffement climatique et l’effet de serre, d’origine anthropique, sont clairement les responsables du désastre. Les survivants mènent une vie âpre, oublieux du passé… Le pessimisme est temporisé par le semi happy-end&amp;nbsp;: la solution viendra du futur. Mais cela n’empêchera nullement les temps troubles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Ce mini-cycle temporel se poursuit avec &lt;strong&gt;2159, la fin des temps troublés&lt;/strong&gt; (1985) et &lt;strong&gt;Les Parias de l'an 2187&lt;/strong&gt; (1986), que je n’ai – hélas – pas lus.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t18.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t18.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Ordinateur qui semait le désordre&lt;/strong&gt; (1986) voit les Conquérants confrontés à l’informatique et aux réalités virtuelles – quelque part dans la lignée, par exemple, d’un roman comme &lt;strong&gt;Simulacron 3&lt;/strong&gt;. Les quatre amis sont invités à évoluer dans une simulation de Paris, où le professeur Auvernaux teste des «&amp;nbsp;particules de hasard&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: tandis que Xolotl demeure à l’extérieur pour la surveillance, Serge, Souhi et Thibaut explorent ce Paris virtuel. Très vite, les choses dérapent&amp;nbsp;: Thibaut disparaît et Souhi est remplacée par un double de sexe masculin. Et une étrange pluie grise tombe sur la ville à intervalle régulier. Le hasard, c’est sûr, fait mal les choses. Le roman, pas désagréable à lire, évite le poncif du Grand Méchant Ordinateur, mais n’est pas exempt de quelques facilités (les héros entre dans la simulation en passant une porte, le temps virtuel s’écoule en même temps que le temps réel, etc.).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-duo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-duo.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;em&gt;Xolotl et Serge&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t19.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t19.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dix ans s’écoulent entre la parution de &lt;strong&gt;L’Ordinateur…&lt;/strong&gt; et le roman suivant.&lt;strong&gt; Mission sans retour&lt;/strong&gt; (1996) est un roman à part dans la série&amp;nbsp;: son écriture résulte d’une collaboration entre Philippe Ébly et des élèves d’une classe de Savoie. De fait, l’intrigue prend place dans cette région. La découverte d’un bracelet en autinios amène Serge, Xolotl, Thibaut et Marine, la cousine de Serge, à voyager dans le passé. D’abord au début du XXe siècle, puis la fin du XVIIIe siècle, l’enjeu de l’intrigue résidant dans la découverte d’une source d’eau thermale — sans quoi Évian ne serait pas la ville qu'elle est. Si l’exercice a dû être charmant pour ceux qui y ont participé, le roman s’avère d’une lecture plus anecdotique, et l'enjeu dramatique soulevé par le titre ne met guère les protagonistes en danger.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-t20t21.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-t20t21.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Il faut à nouveau attendre onze ans pour lire les ultimes aventures des «&amp;nbsp;Conquérants&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Prisonnier de l’eau&lt;/strong&gt; (2007) et &lt;strong&gt;Le Chien qui miaulait&lt;/strong&gt; (2009), parus chez Temps Impossible, une maison d’édition spécialisée dans la réédition des œuvres d’Ébly. Deux aventures que je n’ai pas lues – la première propulse nos héros en plein Moyen-Âge pour comprendre l’apparition inexpliquée d’un tunnel temporel, la seconde semble une aventure médicale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter enfin qu’il existe deux livres-jeux, une série intitulée «&amp;nbsp;Deviens Conquérant de l'impossible&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Montagne aux robots&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L'Île aux pieuvres&lt;/strong&gt;. (&lt;a href=&quot;http://www.philippe-ebly.net/eblywiki_planeterouge.html&quot;&gt;Il semblerait&lt;/a&gt; que l’auteur en ait écrit un troisième, &lt;strong&gt;La Planète rouge&lt;/strong&gt;, jamais paru.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-dci.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-dci.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Les «&amp;nbsp;Conquérants de l’impossible&amp;nbsp;» fonde une grande part de ses aventures sur le voyage temporel – plus à la manière de &lt;em&gt;Doctor Who&lt;/em&gt; outre-Manche que façon Poul Anderson et sa Patrouille du temps. Comme la série télévisée anglaise, les intrigues situées dans le passé ne sont justement pas dénuées d’intérêt pédagogique. À cette différence que nos héros voyagent seuls, quoique souvent à la demande d’une autorité scientifique&amp;nbsp;: le professeur Auvernaux, découvreur de l’alliage d’autinios (ou d’autres professeurs, quand Auvernaux n’est pas disponible pour les besoins de l’intrigue). L’autinios en question – dont le nom rappelle ses composants atomiques (or, titane, nickel et osmium (&lt;a href=&quot;http://www.philippe-ebly.net/eblywiki_autinios.html&quot;&gt;source&lt;/a&gt;)) — remplace le TARDIS. Et le temps s’avère une chose malléable&amp;nbsp;: les aventures se suivent chronologiquement, des notes de bas de page renvoyant fréquemment aux romans précédents (essentiellement ceux où les personnages se rencontrent pour la première fois&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Destination Uruapan&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Celui qui revenait de loin&lt;/strong&gt;), mais la temporalité s’avère floue. De fait, la plupart des aventures se situent peu ou prou &lt;em&gt;un an&lt;/em&gt; après &lt;strong&gt;Destination Uruapan&lt;/strong&gt;. En littérature jeunesse, il n’est pas de bon ton de faire vieillir ses héros (à quelques exceptions près, tel qu’Harry Potter). La forte présence des voyages temporels (un tiers des aventures) rend ce paradoxe savoureux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Essentiellement masculines au départ, les aventures des Conquérants voient tardivement un personnage féminin fort apparaître, en la personne de Souhi, qui accompagne nos héros dans la séquence &lt;strong&gt;La Grande Peur de l’an 2117&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;2159 La fin des temps troublés&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Les Parias de l’an 2187&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-thibaut.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-thibaut.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;em&gt;Thibaut de Châlus&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Les Conquérants de l’impossible&amp;nbsp;» demeure probablement la plus connue des créations de Philippe Ébly, mais il ne faudrait pas réduire notre auteur à cela. En parallèle des aventures de Serge, Xolotl et Thibaut, l’auteur a également publié, toujours en Bibliothèque verte, les onze volumes des «&amp;nbsp;Évadés du temps&amp;nbsp;» entre 1977 et 1988, qui se consacrent aux péripéties vécues par un trio de jeunes garçons, dont l’un d’eux vient d’&lt;em&gt;ailleurs&lt;/em&gt;. Un peu comme «&amp;nbsp;Les Conquérants…&amp;nbsp;» (le troisième élément du trio ne vient pas d’une autre époque mais d’un monde parallèle), avec une tonalité plus fantastique que SF, et pour une qualité moindre que la première série de l’auteur. Enfin, entre 1984 et 1986, Ébly s’est consacré aux «&amp;nbsp;Patrouilleurs de l’an 4003&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: cinq romans narrent les aventures de ce quatuor d’aspirants de la Police de l’espace, à raison d’une planète explorée par aventure.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-evades-patrouilleurs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-evades-patrouilleurs.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;em&gt;Les tomes 1 des deux autres séries de Philippe Ébly&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Depuis une dizaine d’années, l’œuvre de Philippe Ébly semble tomber dans un relatif oubli. Régulièrement réédités dans les années 70/80 (six éditions pour &lt;strong&gt;Destination Uruapan&lt;/strong&gt; entre 1971 et 1995, par exemple), les romans paraissent perdre en popularité dans les années 90, en dépit de la publication de l’inédit &lt;strong&gt;Mission sans retour&lt;/strong&gt; (1996). Au début des années 2000, les éditions Degliame entreprennent d’exhumer la série mais la tentative tourne court&amp;nbsp;; la maison d’édition met la clé sous la porte en 2004. Quelques années plus tard, une micro-structure, Temps Impossibles, reprend le flambeau&amp;nbsp;; après une biographie (&lt;strong&gt;Destination Philippe Ébly&lt;/strong&gt;), Temps Impossibles publie deux inédits ( &lt;strong&gt;Le Prisonnier de l’eau&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Chien qui miaulait&lt;/strong&gt;), sous des couvertures discutables (pour dire le moins) et introuvables hormis sur le site de l’éditeur. Un cas de figure qui rappelle à l’auteur de ces lignes &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/12/03/Henri-Vernes-et-l-aventure-Marabout&quot;&gt;le cas de Bob Morane&lt;/a&gt;, série autrefois fort populaire mais dont la disponibilité des ouvrages en librairie n’a cessé de diminuer au fil des années. Dommage… «&amp;nbsp;Les Conquérants de l’impossible&amp;nbsp;» a beau accuser un léger coup de vieux, la série n’en demeure pas moins d’une excellente qualité générale, et – avec un brin d’indulgence et de nostalgie – se relit bien à l’âge adulte. Il en reste que les «&amp;nbsp;Conquérants…&amp;nbsp;» est une fort jolie série de romans ayant représenté pour quelques générations de lecteurs (dans votre serviteur) un marchepied idéal vers la SF.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;conquerants-trio.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/conquerants-trio.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;em&gt;Xolotl, Thibaut et Serge&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Laurent Kloetzer, guide de lecture évanescent</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/07/06/Laurent-Kloetzer-guide-de-lecture-evanescent" rel="alternate" type="text/html" title="Laurent Kloetzer, guide de lecture évanescent" />
      <id>urn:md5:9319991b0ea1466341073d1a03964d71</id>
      <published>2016-07-06T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-07-07T09:37:32+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En attendant la sortie du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-83&quot;&gt;Bifrost 83&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, consacré à &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot;&gt;Laurent Kloetzer&lt;/a&gt; (avec une novella inédite, une longue interview-carrière et un guide de lecture), on se souvient que votre revue préférée suit depuis longtemps l'auteur de &lt;strong&gt;Mémoires vagabondes&lt;/strong&gt;, comme en témoigne ce guide de lecture parallèle…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-memoires.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-memoires.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Mémoire vagabonde&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Nouvelle incursion dans la Fantasy chez Mnémos, par, une fois de plus, un jeune auteur (cet éditeur en est une véritable mine). &lt;strong&gt;Mémoire vagabonde&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;est une espèce de &lt;strong&gt;Trois Mousquetaires&lt;/strong&gt; qu'on aurait croisé avec le cycle d'&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/le-cycle-d-elric&quot;&gt;&lt;strong&gt;Elric&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt;de Moorcock — sans épée maudite enchante, ce qui n'est pas un mal. Le tout illustré par Florence Magnin et, toujours aussi admirablement maquetté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Auteur de roman pour dames vivant au crochet des notables qu'il courtise (tout en séduisant leur filles), Jaël de Kherdan est un personnage tourmenté par une double identité (qui écrit exactement ses livres ? est-il ou non l'aventurier dont il raconte la vie?) et un passé sombre dont le meurtre de « frère » Cassiel constitue un motif récurrent. Chassé une fois de plus de la principauté dont il œuvrait pour les bonnes mœurs, Kherdan, que la protection d'une mystérieuse princesse albinos suit de loin, se réfugie dans le port mal famé de Dvern, où il est pris au piège des luttes de pouvoir locales. La mystérieuse Amance, une drogue hypnotique très courue, va désormais hanter sa vie déjà abondamment peuplée de fantômes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces quatre cent quarante-quatre pages de caractères écrits petits et serrés sont inspirées d'une musique et d'un texte du groupe Noir Désir (&lt;em&gt;Joey 1 &amp;amp; 2&lt;/em&gt;). Ambiance marine, romantique et noire à souhait — les lieux et les personnages y apparaissent cendreux, les marivaudages de capes et d'épées se muent au fil des pages en un carnaval halluciné, et le bateau ivre finit par se métamorphoser en nef des fous. Kloetzer installe dès les premières pages un style égal et une intrigue labyrinthique apparemment structurée. Il finit toutefois par sombrer dans le dernier tiers du roman, quand le sort de son héros se scelle, entraînant le lecteur sur les rivages amers de l'autodestruction. Autre phénomène structural curieux : l'étrange bascule de la première partie toute en badinages, duels et interrogations, à une seconde partie de fantasmes possessifs, repli sur soi-même et homo-érotisme payé au prix fort. L'impression finale étant que l'ensemble, personnages, intrigues, décors, aura dérivé au gré des aléas créatifs, le glacier qui avale tout pouvant être interprété comme une métaphore de la page blanche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot;&gt;Kloetzer&lt;/a&gt; est un jeune auteur aussi prometteur que ceux que nous découvre bien souvent les collections Mnémos, dont la maturité apportera sans doute à l'avenir une maîtrise plus grande des conclusions et apothéoses.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/david-sice/&quot;&gt;David Sicé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-7&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;7&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-voie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-voie.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;La Voie du cygne&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Après un premier roman, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/memoire-vagabonde/&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mémoire vagabonde&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, salué par tous et couronné en 1998 par le prix Julia Verlanger, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot;&gt;Laurent Kloetzer&lt;/a&gt; revient avec cette &lt;strong&gt;Voie du cygne&lt;/strong&gt;, fantasy à la mode Renaissance comme il en paraît de plus en plus, mais dont on n'a pas encore réussi à se lasser. Première originalité de cette histoire, celle de s'inspirer du jeu de l'oie, amusement enfantin qui à priori semble peu propice à stimuler l'imagination. Pourtant, quand on voit le résultat auquel Kloetzer est arrivé, on se prend à rêver que, pour son prochain livre, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/serge-lehman/&quot;&gt;Serge Lehman&lt;/a&gt; s'inspire des petits chevaux. Ou &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-claude-dunyach/&quot;&gt;Dunyach &lt;/a&gt;des sept familles (« C'est ce qu'il a fait pour &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/etoiles-mourantes&quot;&gt;&lt;strong&gt;Étoiles mourantes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; », me souffle une petite voix perfide. Passons.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'action se situe dans le domaine de Dvern, ville portuaire dirigée par le jeune prince Melki. Jeophras Denio est un universitaire, respecté, si ce n'est sa passion et son acharnement à construire un engin volant, lubie qui n'est pas du goût de tous. Mais ses projets connaissent un sérieux coup d'arrêt lorsqu'il apprend que Carline, sa fille adoptive, a été arrêtée et est fortement soupçonnée du meurtre du prince Nerio, dirigeant d'un domaine voisin en visite à Dvern. Denio va faire tout son possible pour prouver l'innocence de sa fille, aidé en cela par Jaran, le propre frère de Melki, qui le charge de mener l'enquête en son nom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Voie du cygne&lt;/strong&gt; se présente donc sous la forme d'une enquête policière classique, Denio tentant au fil de ses rencontres de reconstituer les événements qui ont entraîné la mort de Nerio. En parallèle, Kloetzer met en scène d'autres situations, survenues vingt années plus tôt et qui, on s'en doute, joueront un rôle crucial dans la résolution de cette affaire. Soyons clair, ce roman est passionnant de bout en bout. Le récit est d'une fluidité exemplaire, sa construction parfaite. Que manque-t-il pour en faire un chef-d'oeuvre ? Pas grand chose, une petite dose d'inventivité, un soupçon d'excentricité, dont ont su faire preuve récemment, et dans un registre proche, des auteurs comme Hervé Jubert ou &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/david-calvo/&quot;&gt;David Calvo&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors quoi ? &lt;strong&gt;La Voie du cygne&lt;/strong&gt; n'est pas un chef-d'oeuvre ? Et alors ? Tel quel, c'est un livre tout à fait réjouissant, un authentique plaisir de lecture. On attend la suite avec délectation.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-16&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;16&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-reminiscences.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-reminiscences.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Réminiscences 2012&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Pour son troisième ouvrage, Laurent Kloetzer a choisi de déserter la fantasy pour la science-fiction. Et plus précisément, pour la nouvelle de science-fiction. En effet, &lt;strong&gt;Réminiscences 2012&lt;/strong&gt; est un recueil — recueil certes un peu particulier, dans la mesure où on retrouve dans tous les textes les mêmes personnages inscrits dans le même univers, mais recueil tout de même. Bref, douze nouvelles qui se décomptent au rythme des douze mois de l'année 2012.&lt;br /&gt;
Le monde de Monsieur K, le héros, perd sa jeunesse : un virus mortel s'attaque à tous les enfants de moins de quinze ans. Seule une drogue synthétisée par une multinationale permet de retarder l'échéance. Mais en contrepartie, elle fait des mômes atteints des junkies sans avenir ni lumière (on se souviendra du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/le-temps-du-twist&quot;&gt;&lt;strong&gt;Temps du Twist &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;de Joël Houssin…). Bref, rien de bien réjouissant.&lt;br /&gt;
Monsieur K est un être décalé. Petit flic sans envergure, il travaille à la sécurité interne d'une grosse société. Son boulot consiste, la plupart du temps, à régler les affaires de vols de stylos, un train-train pimenté de temps en temps par un meurtre sordide… Bref, pour lui non plus, il n'y a pas d'avenir. Méprisé par ses supérieurs, il rêve d'un monde plus souriant, plus romantique.&lt;br /&gt;
L'arrivée d'Alex dans la vie de Monsieur K va résonner comme un coup de canon. Ce garçon débrouillard, sans âge, possède assez de culot pour bousculer son terne quotidien. Les origines et les motivations d'Alex sont floues — un avatar moorcockien, un compagnon de héros. Drôle et déjanté, il va accompagner K, l'antihéros, dans toutes ses enquêtes, lui sauvant régulièrement la mise. Il est le contre-pied permanent du caractère rêveur et passif de K. D'ailleurs, tous les récits tournent autour de leur couple. Aucun autre personnage n'est aussi développé et deux textes sont même entièrement consacrés à Alex.&lt;br /&gt;
Le décor planté dès la première nouvelle, on peut suivre les enquêtes de K dans les autres. Et ce qui frappe, c'est l'ambiance générale. Si c'est parfois violent, il reste toujours cette atmosphère indéfinissable dans ce décor ultra urbain : il y a de la tendresse et de la poésie chez Kloetzer. Ses personnages, bons ou mauvais, sont souvent décalés, peu adaptés au monde qui les entoure. Cela ne les rend que plus attachant. Mais qu'on ne s'y trompe pas : on ne bascule pas dans la mélancolie. Les nouvelles de &lt;strong&gt;Réminiscences 2012&lt;/strong&gt; sont généralement des textes d'action, dans lesquels l'auteur sème à loisir références et clins d'œil — présence d'Amundsen, le personnage de Jean-Claude Dunyach, rencontre d'Alex avec les Beatles en plein cœur de la forêt de Tom Bombadil, etc. Dans ce monde complètement flingué, Kloetzer se permet tout.&lt;br /&gt;
Au final, &lt;strong&gt;Réminiscences 2012&lt;/strong&gt; est un petit bonheur dont on se délecte nouvelle après nouvelle. Avec un bémol coriace pourtant : son prix. À 159 balles (ou 24,24 euros) les 400 pages, dans un format pas tant éloigné du poche que ça : on fait un peu plus que friser l'arnaque… Quand on sait que pour 6 francs de plus on a &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/sacrements&quot;&gt;le dernier Clive Barker&lt;/a&gt; (qui plus est vachement plus gros, grand, beau !), faut arrêter de déconner… C'est d'autant plus regrettable que voici un ouvrage (en dépit d'une couverture fort laide) qui mériterait de trouver son public. Mais quoi ! ? À ce prix-là, force est de conclure en se disant qu'on attendra une hypothétique reprise en poche.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jerome-vincent/&quot;&gt;Jérôme Vincent&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-24&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;24&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

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&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-royaume.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-royaume.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Le Royaume blessé&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;On avance dans cette énorme geste d'heroic-fantasy comme dans l'aube de la narration ; une aube longue et parfaite, contenant toutes les couleurs de la nuit qui précède et du jour qui suivra : à la fois épique, théâtrale, précieuse, brutale, philosophique, fantastique ; mêlant les scènes d'actions, les dialogues enlevés, les récits dans le récit, les mises en abyme et trompe-l'œil, les descriptions précises de tueries et de passions. Un kaléidoscope de mots, de situations et de sensations, tantôt très doux, d'un lyrisme sec, et tantôt d'une violence extrême — souvent ambiguë. C'est un texte écrit avec le recul de quelques années de réflexion sur le genre, une tentative pour sublimer l'héritage des glorieux anciens (Tolkien peut-être, Leiber sans doute, Howard évidemment). Fantasy ? Pas vraiment. On n'y trouve aucune magie, point de dragon ni de quête ni d'anneau : mais une Antiquité et un Moyen-Âge réinventés, subtilement décalés (on reconnaît en filigrane le Saint Empire romain germanique, les clans celtes, l'épopée d'Alexandre…), un héros barbare, des conquêtes et des échecs, une inquiétante étrangeté, quelques fantômes. La filiation est donc évidente. Comme un Guy Gavriel Kay, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot;&gt;Laurent Kloetzer&lt;/a&gt; flirte avec l'épopée, avec le roman picaresque ou historique, à la marge.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'histoire, comme de juste, commence dans une taverne, à Koronia, colonie de l'empire Atlan. Un jeune homme assiste aux représentations de Kyle, le conteur errant, dont les récits échauffent un parterre en mal de héros et de rébellions. C'est que Koronia est une ville prise sur les territoires Keltes, et Kyle raconte l'histoire du plus fameux d'entre eux, Allander Ap'Callaghan, le rassembleur des clans, le Roi Rouge conquérant du monde. Mais Allander est mort et raviver son souvenir n'est pas au goût des autorités, si bien que Kyle est arrêté pour trouble de l'ordre public, laissant son auditeur privilégié avec une question en suspens : qu'est devenu Eylir, le cadet d'Allander ? Car, comme le dit le quatrième de couverture, on ne grandit pas dans l'ombre d'un géant sans être soi-même un jour poussé sur les chemins de l'aventure… Parce que cette destinée tourne pour lui à l'obsession, parce qu'un obscur désir le pousse à la restituer, le jeune homme va devenir le chroniqueur d'Eylir. Mais les règles du jeu sont biaisées : longtemps Eylir se dérobe, ce n'est que par des on-dit, des racontars, des témoignages de seconde main que le chroniqueur peut reconstituer, séquence après séquence, l'œuvre de sang et d'encre qu'est la vie du héros.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, chacun de leur côté, le chroniqueur et le héros avancent dans l'inconnu, au milieu des ombres du passé, du futur : le premier à la recherche d'indices sur l'autre, et l'autre du destin glorieux qui lui a été promis — achever l'entreprise d'Allander, réunir ceux qui ont été séparés. À chacun sa trajectoire, ses épreuves de souffrance. Trajectoires qui se croisent, épreuves qui les mènent partout dans le haut royaume Kelte et au-delà : de Koronia aux sauvages terres pictes, des douceurs de Nymir à l'antique Harmorée, de la pierre de Fâll à la vallée des rois — où Eylir et son héritage seront confrontés — jusqu'au cœur de l'empire Atlan, en passant par les limbes où les morts rêvent et attendent… Tout un monde se révèle sous les pas d'Eylir Ap'Callaghan, tour à tour mercenaire, chef de guerre, bandit, mendiant ou roi. Amours et larmes. Grandeur, gloire et puis néant. De rêves en échecs, au bout des douleurs et des blessures, Eylir trouvera enfin son royaume parfait : un royaume blessé pour un roi blessé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le roman vaut par son souffle épique, par la qualité de péripéties qui recyclent avec maestria les poncifs de l'heroic-fantasy, sa grande force, sa richesse tient avant tout aux personnages : des seconds rôles bien troussés, Eylir, bien sûr et sa grande ombre Allander, mais surtout, surtout, le chroniqueur — dont Kloetzer nous taira le nom presque jusqu'au bout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est par le chroniqueur en effet que le roman s'ouvre à une dimension imprévue. Son credo : « J'ai plus voyagé en rêve qu'en vérité. Je veux trouver pour quoi vivre et pour quoi mourir, je voudrais comprendre pourquoi les autres vivent et meurent. J'aime qu'on me raconte des histoires et j'aime en raconter. » Et il nous raconte la sienne. S'emparant d'une figure un peu légendaire, d'un tourbillon, d'une action en marche, il en a exploré les diverses facettes avec tout son corps et toute son âme ; il a suivi le courant d'une aventure, il y a participé, il s'y est trouvé compromis, impliqué. Il a été meurtri, il a été passionné, il a souffert et vécu chaque instant l'histoire qu'il voulait écrire. Son enquête, l'écriture de ce récit dans le récit, basé sur des faits advenus et les témoignages des protagonistes de l'épopée, semble donc procéder d'une feinte. « Je leur ai tout jeté à la face, pour qu'ils s'abaissent devant ces choses qui les dépassaient. Je leur ai raconté mon Eylir. Celui-là, il m'appartenait, il était à moi. Mon Eylir. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est que le rapport d'élection entre le périple d'Eylir et le chroniqueur se complique dès lors que celui-ci rencontre son héros, se met à le jalouser, à le détester, à le trahir, se sent attiré par lui (sexuellement ?), se voit aussi comme une sorte d'alter ego déchu : « Je rêvais de lui longtemps avant que nos chemins ne se croisent […] Il est ma part de rêve, mes lambeaux d'autre monde, ma certitude qu'il existe des ciels si bleus qu'ils blessent les yeux et des amours qui valent de mourir pour eux […]. J'ai encore besoin de lui. Même maintenant, alors que toute cette histoire est terminée. C'est lui qui m'a forgé. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le fonctionnaire mondain alterne avec l'enfant aux chairs et aux émotions mutilées, le brillant phraseur dissimule un conteur grossier et ivrogne, l'ami désintéressé et l'artiste prêt à tout pour satisfaire son obsession échangent quotidiennement leurs masques et jouent sur une même scène aux éclairages trompeurs les rires et larmes de la sincérité. De paliers en paliers, on s'enfonce avec lui en eaux troubles, jusqu'aux fonds boueux ultimes dont on ne revient pas. À la fin, lorsqu'il soulève le masque du Maître — cette étrange ombre suiveuse abattue par la lame d'Eylir — ce n'est peut-être pas le visage d'Allander qu'il voit mais lui-même, représenté et aboli en monstre manigançant à coup de visions et de ruses un récit qui semble, à son tour, une défiguration de tous les principes romanesques. Si le roi ne peut mentir, si la parole du héros modèle le monde, le chroniqueur, lui, ment sans cesse pour extirper le vrai, à moins que le mensonge soit partie prenante d'une vérité immanente que seule la parole de l'écrivain aurait le don de révéler. Qui donc, du héros ou du chroniqueur, modèle le monde, alors ? À ce dernier, Lyciane, la femme d'Eylir, dit : « Eloigne-toi de mon mari. Fuis-le le plus possible. C'est parce qu'il y a des gens comme toi, pour croire qu'il est plus qu'un homme, qu'il se comporte comme s'il était plus qu'un homme. » Pas du tout, répond le chroniqueur, à moitié sûr de son fait, je ne pense pas qu'Eylir soit plus qu'un homme. Mais nous, nous savons qu'un rêve a conditionné l'épopée depuis le début ! « Je rêvais de lui longtemps avant que nos chemins ne se croisent. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman de Kloetzer évidemment procède, lui aussi, d'une feinte : le dénouement du texte, les péripéties, le point final suspendu à la mort d'Eylir (à laquelle le chroniqueur assiste), nous connaissons tout cela, nous avons déjà lu tout cela, ailleurs… et Kloetzer n'essaie jamais de placer des coups de théâtre là où tout est déjà joué : la chronologie des événements, l'obsession du chroniqueur, moitié dévoré par les ténèbres de cette épopée, moitié vampirisant la cervelle d'Eylir en lui promettant la vie éternelle dans les pages d'une Odyssée qu'il ne lira jamais. L'art est ici à double fond, naissant d'un rapport constant à la solitude et d'une tension fantastique, verticale, entre la crapulerie constitutive (qui tire vers le trou, et la tombe) et une injonction morale supérieure (qui aspire vers le ciel, et la gloire). Kafka disait en substance qu'écrire, c'était faire un bond hors du rang des menteurs et des assassins. Ce roman montre avec une belle acuité les points d'appui, les déséquilibres et la périlleuse voltige de ce bond rédempteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S'il faut conclure, disons simplement que &lt;strong&gt;Le Royaume blessé&lt;/strong&gt; est une claque monumentale, la meilleure illustration qu'un genre décrié peut aussi accoucher d'une œuvre exigeante et de qualité. C'est simple : en français, dans le domaine, on n'a jamais rien lu de mieux ; on n'a pas lu grand-chose de mieux non plus parmi ses inspirateurs anglo-saxons, dont Kloetzer a su capter l'essence et qu'il a donc renouvelé magistralement. Un récit en manière d'hommage, mais encore l'aboutissement d'une histoire vieille d'un siècle, si on considère que l'heroic-fantasy est né avec Robert E. Howard. Souhaitons maintenant que le pari insensé de l'éditeur (750 pages de fantasy sans sorcier ni grand méchant, c'en est un) soit suivi par les lecteurs, pour offrir à ce roman la postérité qu'il mérite.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/sam-lermite/&quot;&gt;Sam Lermite&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-44&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;44&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

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&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-cleer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-cleer.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;CLEER&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Deux Kloetzer pour le prix d’un, c’est la promotion de rentrée offerte par la collection « Lunes d’encre », avec en prime un habillage impeccable et résolument hype. Roman à quatre mains signé &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot;&gt;Laurent&lt;/a&gt; et Laure Kloetzer (L.L. Kloetzer, donc), &lt;strong&gt;Cleer &lt;/strong&gt;s’impose d’entrée de jeu comme un texte à part, littérairement et physiquement. Le graphisme soignée rend l’objet aussi curieux que désirable, et l’étiquetage « Fantaisie Corporate » le classe parmi les ovnis littéraires. De fait, &lt;strong&gt;Cleer &lt;/strong&gt;se range sans doute plus facilement du côté des transfictions qu’autre chose, la saveur politique en plus. Car même si les Kloetzer s’en défendent et s’abritent derrière une neutralité ironique, Cleer est une interrogation politique sur le monde moderne, traitée comme un texte d’anticipations aux accents fantastiques. A travers les aventures (?) de deux employés d’une multinationale tentaculaire qui symbolise à peu près tout ce que le capitalisme tertiaire fait de pire, on contemple par petites touches (cinq nouvelles, en fait) un paysage moderne et quasi extraterrestre de l’aliénation voulue. Charlotte Audiberti et Vinh Tran sont jeunes, beaux, intelligents et super efficaces. Ils sont recrutés par la société Cleer pour gérer les situations de crise. Si les Kloetzer baptisent ce service Cohésion Interne, la Gestion de Crise existe bel et bien dans l’organigramme des entreprises d’aujourd’hui. En gros, il s’agit de jouer les interfaces entre la boîte et les médias, de remettre de l’ordre quand il le faut et de savoir se montrer discret quand tout devient gênant. Et ceux qui bossent dans ce service font de l’argent. Beaucoup d’argent. Entités en plastique aux allures de Ken et Barbie, Charlotte et Vinh avancent comme des automates dans un monde parfait, où les écologistes sont des terroristes, où les saboteurs font du social, où les cultures transgéniques sont aussi belles qu’utiles. Les deux agents servent un mode de vie aussi glaçant que totalitaire, sans jamais s’interroger sur le bien fondé de leur action. A l’image de ces scientifiques sympathiques, chevelus et fumeurs de joints qui travaillent pour Matra à la mise au point d’un missile révolutionnaire par guidage laser, Charlotte et Vinh sont tout simplement déconnectés du monde réel et vivent littéralement pour leur entreprise. Si les émotions et le sexe ne sont pas absents de leur existence, ils les relèguent à la marge. Seul compte le board, les résultats, les meetings, le traitement des données et la neutralisation des problèmes. Le reste, c’est de la morale. Et c’est là où les Kloetzer tapent juste, dans la représentation d’un univers tautologique qui se suffit à lui-même dont la morale (et l’éthique) touche au vide. Ici, ni bien, ni mal. Deux personnages qui font ce qui doit l’être. Et qui le font bien. Le tout dans une ambiance blanche, lumineuse, propre. Flippante, en fait. Impossible de ne pas se souvenir de la dernière phrase de l’indispensable &lt;strong&gt;1984 &lt;/strong&gt;: « Il aimait Big Brother. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Glaçant, effrayant, bien ficelé, &lt;strong&gt;Cleer &lt;/strong&gt;impressionne. Malheureusement, le côté collage de nouvelles lasse sur la longueur. C’est d’ailleurs le seul défaut du roman. Quelques pages sabrées et sans doute un peu moins d’explications auraient encore renforcé cette impression de réalisme magique assez unique. Défaut mineur, tant la lecture de &lt;strong&gt;Cleer &lt;/strong&gt;interroge. Un questionnement renforcé par les étranges passages fantastiques (rêvés ?) dans lesquels s’embourbent les personnages. Magie, prescience, troisième œil ? On n’en saura rien et c’est très bien comme ça. Le livre refermé, le lecteur pense. Le lecteur réfléchit. Et les livres capables d’entraîner ce genre de réactions ne sont pas si nombreux.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/patrick-imbert/&quot;&gt;Patrick Imbert&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-61&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;61&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

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&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-petitesmorts.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-petitesmorts.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Petites Morts&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Petit retour au siècle dernier : en 1997, Laurent Kloetzer faisait son entrée en littérature avec &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/memoire-vagabonde&quot;&gt;&lt;strong&gt;Mémoire vagabonde&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, roman de fantasy devant davantage aux mémoires de Casanova et à l’œuvre de Choderlos de Laclos qu’aux traditionnelles références du genre. Un récit où, par le biais des aventures libertines et picaresques de son héros, Jaël de Kherdan, l’auteur s’interrogeait sur les rapports entre réalité et fiction, souvenirs et mensonges, et développait un univers bien plus complexe que ce qu’il semblait être de prime abord. Quinze ans plus tard, il renoue avec le personnage de ses débuts — personnage qu’il n’avait d’ailleurs jamais tout à fait abandonné, puisque deux des cinq nouvelles qui composent ce livre, davantage roman que recueil, d’ailleurs, ont déjà été publiées précédemment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Premier constat : Laurent Kloetzer écrit mieux que jamais. Il n’est qu’à lire les quelques scènes du premier roman qu’il revisite ici pour juger du parcours accompli. C’est également cette écriture ciselée qui donne tout leur charme aux deux premières nouvelles au sommaire de &lt;strong&gt;Petites&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;morts&lt;/strong&gt; : « Eva » et « Mademoiselle Belle ». La première, une fois n’est pas coutume, apporte un regard extérieur sur le personnage de Jaël, héros romantique tel que le rêvent Eva, jeune valétudinaire de douze ans, et sa grande sœur Léora. Un triangle amoureux qui ne peut bien entendu que très mal finir. La seconde est une merveille d’érotisme pas toujours feutré, où l’on batifole au cœur d’un jardin luxuriant et où l’on s’émeut d’une gorge à peine découverte ou de la courbe d’une nuque, avant de s’abandonner à des jeux d’une rare perversité. L’une comme l’autre de ces nouvelles constitue une fête des sens permanente, comme peu d’écrivains sont capables d’en mettre en scène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malheureusement, la seconde moitié de &lt;strong&gt;Petites morts&lt;/strong&gt; abandonne en grande partie ces célébrations charnelles pour renouer avec les principaux thèmes qui animaient &lt;strong&gt;Mémoire&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt; vagabonde&lt;/strong&gt;. A la recherche de sa propre identité, Jaël y est balloté en permanence entre rêve et réalité, manipulé par des forces qui le dépassent et des individus dont il ignore tout. Dans le dernier texte au sommaire, « Immacolata », le récit bascule d’ailleurs dans la pure science-fiction, remettant en cause tout ce qu’on pensait avoir compris de cet univers. Mais à force d’empiler ainsi les strates de réalité et de remettre sans arrêt en question leur existence véritable, Laurent Kloetzer finit par perdre son lecteur. Et il est d’autant plus difficile de suivre ses développements que les textes n’offrent pas grand-chose à quoi s’accrocher. Pas les univers, qui se succèdent sans révéler leur vraie nature, ni les protagonistes, qui dissimulent leurs motivations — quand ce n’est pas leur identité — sous plusieurs épaisseurs de faux-semblants. Certes, « Immacolata » parvient in fine à renouer certains fils, en même temps qu’il offre à Jaël l’une de ses incarnations les plus intéressantes et qu’il prolonge dans une nouvelle direction la plupart des thèmes précédemment abordés. Néanmoins, à trop souvent se montrer cryptique dans sa narration, Laurent Kloetzer finit par perdre de vue l’essentiel, et les bonheurs de lecture qu’il a si bien su susciter dans la première moitié de &lt;strong&gt;Petites morts&lt;/strong&gt; ne se retrouvent que trop rarement dans la seconde.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-boulier/&quot;&gt;Philippe Boulier&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-66&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;66&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-gdl-anamnese.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/kloetzer-gdl-anamnese.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;h3&gt;Anamnèse de Lady Star&lt;/h3&gt;

&lt;h3&gt; &lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anamnèse&lt;/strong&gt;, le nouveau roman de L. L. Kloetzer, est un ouvrage personnel, comme l’était &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/cleer-roman&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cleer&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Milieu connu des auteurs dans &lt;strong&gt;Cleer&lt;/strong&gt;, approches connues d’eux dans &lt;strong&gt;Ana&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;mnèse&lt;/strong&gt;. Clin d’œil à la méthode Karenberg qui fait jonction entre les deux romans. Et encore ici, la Suisse, le groupe vocal Norn, Giessbach sans doute.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Futur proche. Survient le Satori. Un attentat et une apocalypse. La plus grande partie de l’humanité est éradiquée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avant, un complot. Un sémiologue, des militaires, tous extrémistes. Un enquêteur. Et une femme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après, la traque des responsables dans un monde ravagé. Des militaires, des agents, des chercheurs. Et une femme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L.L. Kloetzer déroule pour le lecteur le fil des évènements. Des prémisses, dix-huit ans avant le Satori, jusqu’à la fin ultime (ou pas), cinquante-quatre ans après. Il montre les transformations que subissent l’Humanité et la Terre elle-même, comme lieu habité. Il montre surtout la quête pour retrouver et neutraliser l’élément manquant du complot, la « femme », inspiratrice, servante, esclave, et muse. Ne pas oublier, pour que ça ne se reproduise pas !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Disons-le clairement, &lt;strong&gt;Anamnèse&lt;/strong&gt; est un roman qui se mérite. Quatre cent cinquante pages, serrées ; j’ignore combien de caractères mais chacun d’eux compte. Dense, touffu, &lt;strong&gt;Anamnèse&lt;/strong&gt; ne peut se lire dans le métro ou à la plage. Il lui faut du calme, de la concentration. Il a définitivement quelque chose d’une ballade un peu sélective. Effort, concentration, on l’a dit, puis satisfaction d’avoir fait une belle promenade et vu des choses rarement visibles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car L.L. Kloetzer ne donne rien. Il suggère, insinue, pose des points impressionnistes auxquels seule une vue globale donnera sens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le background d’abord. Il faut le saisir tout au long du roman. Des mots, des références, des lignes de dialogue, à collectionner pour que se dessine très progressivement un monde d’où presque toute vie humaine a disparu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des milliards de morts. Une Nature en reconquête territoriale au sein de laquelle errent et survivent des groupes errants de « porteurs lents », infectés par le « contagieux » mème tueur, aussi létaux que des zombies. Des villes et des villages abandonnés qui menacent ruine. L’effondrement progressif de la plupart des créations humaines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des survivants indemnes de toute contamination. Après la guerre consécutive au Satori, une communauté internationale les regroupant s’est constituée, installée dans des enclaves, souvent sur des îles, là où il fut possible de se protéger en isolant le mème (et ses porteurs) à l’extérieur. Ils utilisent une technologie avancée. Certains dorment en stase et attendent des jours meilleurs, d’autres enfin partent pour l’espace vers une nouvelle terre promise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais l’essentiel n’est pas là. Le background n’est qu’un fond sur lequel se déroule le plus important, la convergence progressive de la chasseuse et de la proie, seule réalité à occuper le devant de la scène en pleine lumière. Ce qui importe dans &lt;strong&gt;Anamnèse&lt;/strong&gt;, c’est la quête. Retrouver et neutraliser « la » femme, la dernière qui possède en mémoire le secret de la bombe iconique qui a anéanti l’Humanité. C’est cette tâche que s’assigne une jeune chercheuse, Magda, poussée par un mentor qui y a voué sa vie. Pour cela, elle doit remonter dans le temps ; re-trouver les traces subliminales de la femme dans l’océan infini des documents informatiques, réaliser l’anamnèse, c’est-à-dire l’histoire des antécédents de la maladie, de la personne, ou de ses incarnations (au choix, les trois s’appliquent ici). Comme les archéologues numériques Qeng Ho d’&lt;strong&gt;Au tréfonds du ciel&lt;/strong&gt; de Vernor Vinge, Magda fouille les bases de données, les blogs, les enregistrements publics et privés, les archives des réseaux sociaux, les vestiges d’un univers virtuel. Elle y cherche des preuves de l’existence de la femme mystère et des indices sur sa localisation. Aidée d’outils de &lt;em&gt;data mining&lt;/em&gt; ultra-performants, elle fouille l’énorme botte de foin des mémoires informatiques sur la trace de la paille qui s’y cache. Et souvent, ce n’est même pas la paille qui est signifiante ; l’absence parfaite, trop parfaite, de toute preuve, là où il devrait y en avoir une, signifie sans équivoque l’effacement des données, donc la présence préalable de la chose. Prouver les omissions ou les mensonges des témoins survivants aussi ; après des décennies, la mémoire est une chose fragile, a fortiori si on joue avec. Magda elle-même se connaît mieux en se remémorant, en tirant presque involontairement les fils de sa mémoire, dans un processus de réminiscence (anamnèse) dont l’aboutissement la choque en l’éclairant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout ceci serait difficile mais raisonnable si la proie était une simple femme. Ce n’est pas le cas. « La » femme est Elohim, non humaine mais si proche. Passant d’apparence en apparence, d’identité en identité, de lieu en lieu, de nom en nom, et de rôle en rôle, « la » femme est irrésistiblement attirée par le désir qu’on éprouve pour elle ; ce désir l’attache à la matière et il faut la nommer pour l’y attacher plus encore et, en quelque sorte, la définir. « La » femme au centre d’&lt;strong&gt;Anamnèse&lt;/strong&gt; semble être une Idée platonicienne que le désir humain fait s’incarner dans le monde sensible, que le désir de nombreux humains (y compris ceux qui la traquent pour la tuer) fait pénétrer irrésistiblement sous maintes formes dans le monde de la matière. Et c’est la gageure de Magda, comme celle du philosophe, de dépasser par la raison le multiple, de remonter à l’unique par une dialectique ascendante, et de voir, par-delà les informations sensibles infiniment variables, la Vérité essentielle de la chose. Mais qu’elle est longue et difficile, la sortie de la caverne !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chasseuse et proie se trouvent finalement. La traque s’achève. Le risque est écarté (ou pas). Peut-on annihiler une idée (celle de la bombe iconique ?), et peut-on tuer une Idée, aussi longtemps que quelqu’un espèrera (même dans le secret de l’âme) son incarnation ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Remontant du passé vers le présent et alternant dans chaque phase passé et présent, dans un traitement qui rappelle le &lt;em&gt;Memento&lt;/em&gt; de Christopher Nolan, L.L. Kloetzer joue avec l’attention du lecteur qui doit se souvenir sans cesse où il est, à quel moment, et qui parle car les locuteurs alternent aussi. Loin de la linéarité abordable de cet autre récit de reconstitution historique post-apocalyptique qu’est le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/world-war-z&quot;&gt;&lt;strong&gt;World War&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Z&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Max Brooks, &lt;strong&gt;Anamnèse&lt;/strong&gt; brouille les témoignages et les traces, plaçant par là même le lecteur dans la peau de son héroïne, au cœur d’un écheveau particulièrement embrouillé et touffu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’une construction minutieuse et parfaitement maitrisée, &lt;strong&gt;Anamnèse&lt;/strong&gt; évoque ces œuvres de marqueterie qui impressionnent par l’agencement complexe des nombreuses pièces qui les composent, et l’absence totale de solution de continuité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, les nombreuses références posées dans le texte comme par accident donnent le sentiment d’une profusion intellectuelle, d’une culture qu’on ne rencontre pas tous les jours, ni dans tous les romans.&lt;/p&gt;

&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/eric-jentile/&quot;&gt;Éric Jentile&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-71&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;71&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Tea, coffee, me ?</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/07/01/Tea-coffee-me" rel="alternate" type="text/html" title="Tea, coffee, me ?" />
      <id>urn:md5:89e46834524917ad7a02239342055a70</id>
      <published>2016-07-01T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-08-01T13:51:42+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Laurent Kloetzer</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-tcm-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/kloetzer-tcm-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un mois de juillet placé sous le haut patronage de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot;&gt;Laurent Kloetzer&lt;/a&gt;… Pour patienter d'ici la parution du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-83&quot;&gt;Bifrost 83&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dédié à l'auteur de &lt;strong&gt;Mémoire vagabonde&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Anamnèse de Lady Star&lt;/strong&gt;, et la réédition numérique de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/la-voie-du-cygne_ebelial&quot;&gt;La Voie du cygne&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, nous vous invitons à (re)découvrir &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/tea-coffee-me&quot;&gt;«&amp;nbsp;Tea, Coffee, Me&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, nouvelle parue dans le numéro &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-48&quot;&gt;48&lt;/a&gt; de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; et intégrée par la suite au roman &lt;strong&gt;CLEER&lt;/strong&gt;. La première enquête de deux détectives de l'étrange dans un monde corporate…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Laurent Kloetzer&lt;/a&gt; , parue dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-48&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 48&lt;/a&gt; et intégrée au fix-up &lt;a href=&quot;http://www.denoel.fr/Catalogue/DENOEL/Lunes-d-encre/CLEER&quot;&gt;&lt;strong&gt;CLEER&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de L.L. Kloetzer, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-kloetzer/tea-coffee-me&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 31 juillet 2016. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;kloetzer-tcm-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/kloetzer-tcm-titre.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;Illustration © Jubo&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;</content>
      
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      <title>Imprononçables 3</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/28/Imprononcables-3" rel="alternate" type="text/html" title="Imprononçables 3" />
      <id>urn:md5:b423e767365233dfb845b2e95df348cf</id>
      <published>2016-06-28T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-28T09:29:19+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-imprononcables3-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-imprononcables3-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Comme à l'accoutumée, on termine ce tour d'alphabet avec une brève sélection de disques aux titres imprononçables (rappelez-vous &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/17/typos&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/08/Imprononcables-2&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;). Avec les trois collaborations entre Autechre et The Hafler Trio, on se frotte les oreilles au papier émeri à grain ultrafin et l'on dit adieu à toute idée de mélodie et de joie de vivre…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;æ³o &amp;amp; h³æ, Autechre et The Hafler Trio (Phonometrography, 2003). 2 disques de 1 morceau, 16 et 15 minutes.&lt;br /&gt;
æo³ &amp;amp; ³hæ, Autechre et The Hafler Trio (Die Stadt, 2005). 2 disques de 1 morceau, 32 et 49 minutes.&lt;br /&gt;
ah³eo &amp;amp; ha³oe (ae3o3), Autechre et The Hafler Trio (Die Stadt, 2011). 2 DVD de 1 morceau, 2h et 1h47.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Continuons à nous triturer les oreilles avec l'electro pointue de l'un des groupes culte de votre serviteur&amp;nbsp;: j’ai nommé Autechre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce navrant Abécédaire, au rythme d’un album par tour d’alphabet, on s’est rendu au &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt;troisième album&lt;/a&gt; d’une discographie qui en comporte douze depuis mai 2016 et qui peut, grosso modo, se diviser en trois parties&amp;nbsp;: la période «&amp;nbsp;mélancolie des machines&amp;nbsp;», (de l’inaugural &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;Incunabula&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (1993) jusqu’à &lt;em&gt;Chiastic Slide&lt;/em&gt; (1997), qu’on abordera dans un prochain billet), la période «&amp;nbsp;abstraite&amp;nbsp;» (de &lt;em&gt;LP5&lt;/em&gt; (1998) à &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt; (2005)), et la période actuelle, qu’on pourra s’enhardir à qualifier de «&amp;nbsp;post-abstraite-WTF&amp;nbsp;» (et qui va de &lt;em&gt;Quaristice&lt;/em&gt; (2008) au présent &lt;em&gt;elseq 1-5&lt;/em&gt; (2016) – et craignez pour vos oreilles, on les passera &lt;em&gt;tous&lt;/em&gt; en revue). En marge de leurs albums studio, Sean Booth et Rob Brown ont collaboré à trois reprises avec The Hafler Trio, groupe qui est surtout le projet d’un seul homme&amp;nbsp;: Andrew McKenzie, un spécialiste des albums collaboratifs. On lui doit des disques enregistrés avec Nurse With Wounds, Blixa Bargeld (de Einstürzende Neubauten), Jim O’Rourke (ex-Sonic Youth) ou encore Jónsi Birgisson (Sigur Rós). Des albums collaboratifs allant souvent par trois (parce que thèse/antithèse/synthèse&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De la rencontre entre Autechre et The Hafler Trio sont donc nés trois albums, si particuliers en leur genre, qu’ils valent bien qu’on les mette à part dans l’exploration de la discographie du duo electro.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-imprononcables3-aetht1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-imprononcables3-aetht1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette première collaboration s’intitule &lt;em&gt;æ³o &amp;amp; h³æ&lt;/em&gt;. L’album, double, consiste en deux morceaux d’une quinzaine de minutes&amp;nbsp;; l’un est un morceau d’Autechre remixé par The Hafler Trio, l’autre un morceau du Hafler Trio remixé par Autechre. Impossible de dire lequel est duquel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les titres évoquent la formule de molécules. À vrai dire, si les titres sont imprononçables, la musique est à peine écoutable… On se situe ici dans le domaine de l'infinitésimal. Côté aridité, on peut penser à Biosphere (en particulier certains morceaux de son disque le plus austère,&lt;em&gt;Autour de la lune&lt;/em&gt;, comme &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2Zw67liHC0s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Translation&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ou surtout &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zb-zzf6l9sk&quot;&gt;«&amp;nbsp;Rotation&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) ou encore Éliane Radigue, dont le morceau &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=s8Tn0JN-pzM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Transamorem Transmortem&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, composé trente ans plus tôt, préfigure le travail d’Autechre avec le Hafler Trio.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce premier disque reste une timide tentative&amp;nbsp;: les morceaux sont relativement brefs&amp;nbsp;: un quart d'heure chacun &lt;em&gt;seulement&lt;/em&gt;. Au regard des suivants, ils paraissent même très évolutifs… Les sons se font grésillements, scintillations, granulosités sonores – mais du micro-grain, ici. Ou, parfois, soufflerie/ventilation ou bourdonnement de perceuse. &lt;em&gt;h&lt;/em&gt;&lt;em&gt;³æ &lt;/em&gt;se distingue par son atmosphérique oppressante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sortie en 2003, cette collaboration se situe en plein dans l'époque abstraite du duo – mais les morceaux repliés sur eux-mêmes de &lt;em&gt;Draft 7.30&lt;/em&gt; passent ici pour des parangons de luxuriance… Ici, c'est ultra dépouillé, c'est le minimalisme du minimalisme. Mais les trois musiciens ont tenu à prouver qu’il était possible de faire mieux…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-imprononcables3-aetht2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-imprononcables3-aetht2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La deuxième collaboration est titrée &lt;em&gt;æo³ &amp;amp; ³hæ&lt;/em&gt;. Voyons, ami lecteur, c’est pourtant facile de ne pas le confondre avec &lt;em&gt;æ³o &amp;amp; h³æ&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: les&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;em&gt;³&lt;/em&gt; ont changé de place. Sortie en 2005, soit la même que le huitième album d’Autechre, &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt; (dont on parlera également en temps opportun), ce deuxième double album reprend les bases du premier mais étend tout&amp;nbsp;: morceaux beaucoup plus longs… qui tirent parti de toutes les capacités offertes par l'enregistrement en numérique. Il faut parfois augmenter le volume au maximum pour discerner le son. Avant que ne surgisse une perturbation sonore intense.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;æo³ &lt;/em&gt; commence à la manière d’Autechre – une mélodie lointaine et mélancolique – mais qui mute au bout de deux minutes, comme perçue à travers une paroi gondolée. Suivent des grondements quasi indus, avant que, à mi-parcours, le morceau semble se mettre à déconner&amp;nbsp;: ce n’est pas le CD qui dérape mais la matière musicale qui se retrouve triturée, comme passée au filtre d’un statoréacteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;³hæ &lt;/em&gt; tend plutôt vers la musique concrète dans ses premiers instants, avec des sons que l’on suppose émaner d’objets du quotidien frottés, râpés, cognés. Voire du vent soufflant dans les interstices, vers la vingtième minute. Par moment, &lt;em&gt;³hæ &lt;/em&gt;devient quasi-inaudible à volume normal, voire à fond&amp;nbsp;: les 27e et 28e minutes contiennent des passages silencieux (ou presque&amp;nbsp;: ne poussez pas le volume à fond, vous pourriez être surpris par un son inattendu). Des nappes de synthés hypnotisantes concluent le morceau.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-imprononcables3-aetht3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-imprononcables3-aetht3.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Titrée &lt;em&gt;ah&lt;/em&gt;&lt;em&gt;³eo &amp;amp; ha³oe&lt;/em&gt;, la troisième collaboration est parue en 2011 et pousse un cran plus loin le travail entrepris sur la deuxième&amp;nbsp;: à nouveau deux morceaux, encore plus longs, qui dont désormais près de deux heures. Chacun. Pour le coup, on change de médium&amp;nbsp;: ce n'est plus un CD mais un DVD, avec un son en 5.1. Avec une telle spatialisation du son, on touche aux franges de la musique contemporaine. Et je ne pourrai guère en dire davantage, n’ayant pu écouter la chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;æo³ &amp;amp; ³hæ&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;æ³o &amp;amp; h³æ&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;ah&lt;/em&gt;&lt;em&gt;³eo &amp;amp; ha³oe&lt;/em&gt; s’affranchissent des contraintes commerciales, et s’adressent aux plus persévérants de leurs auditeurs. Qui ne doivent pas forcément être très nombreux, chacune de ces collaborations n’étant pressée qu’à mille exemplaires. L’ensemble de ces trois collaborations trouve l’exploit d’être à la fois introuvable, inécoutable et inoubliable – le cerveau ne ressort pas intact de l’expérience&amp;nbsp;! Les mauvaises langues diront que, grosso merdo, c’est du bruit… et force m’est de reconnaître qu’ils n’auraient pas tout à fait tort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, disons que ces trois collaborations Autechre/the Hafler Trio ressemblent à l’équivalent musical (?) de braquer un projecteur sur un mur blanc, façon lumière rasante, et d’observer les micro-aspérités avec les détails. Dites adieu à la fantaisie et à la joie de vivre&amp;nbsp;: ces notions n'ont plus cours dans cette musique infinitésimale, qui amène à réfléchir sur la nature même de ce qu’on entend par musique. Quelque part, on se situe à l’exact opposé du Metal Machine Music de Lou Reed (maigre consolation dans l’inécoutable&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’ayant pas trouvé d’extraits audio des collaborations Autechre/the Hafler Trio, je vous propose à la place une autre collaboration, celle entre The Hafler Trio et Thee Temple of Psychick Youth, titrée &lt;em&gt;Brion Gyson's Dreamachine&lt;/em&gt;, permet de situer un peu l’ambiance.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/DPHAV7o4-BA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Z comme ZAC</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/24/Z-comme-ZAC" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme ZAC" />
      <id>urn:md5:52c632e9cfcc21e37d245262e4ccef03</id>
      <published>2016-06-24T09:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-06-24T09:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;L'Abécédaire se prépare à conclure son tour d'alphabet placé sous le signe du chiffre 3, et s'intéresse une &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/11/E-comme-L-Ecume-de-l-aube&quot;&gt;nouvelle fois&lt;/a&gt; à Pierre Christin, scénariste et romancier, avec son troisième livre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;ZAC - Zone d'Aménagement concerté&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;ZAC, Pierre Christin. Grasset, 1981. GdF. 260 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Sur le blog, votre serviteur s’est intéressé à Pierre Christin ces derniers temps – relecture de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Valérian et Laureline&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; pour le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/collectif/bifrost-hs-la-science-fiction-en-bande-dessinee&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; hors-série BD &amp;amp; SF&lt;/a&gt; oblige. Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/11/E-comme-L-Ecume-de-l-aube#lininil&quot;&gt;Lininil a disparu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dispensable roman mettant en scène les deux agents spatio-temporels, et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/12/Tu-m-irradieras-encore-longtemps#sarcophage&quot;&gt;Le Sarcophage&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, projet factice d’un «&amp;nbsp;Musée des musées&amp;nbsp;» situé en plein cœur de la centrale de Tchernobyl, on remonte dans le passé de l’œuvre de notre auteur avec&lt;strong&gt;ZAC – Zone d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Aménagement Concertée&lt;/strong&gt;, son troisième livre publié après &lt;strong&gt;Les Prédateurs enjolivés&lt;/strong&gt; et le recueil &lt;strong&gt;Le Futur est en marche arrière&lt;/strong&gt;. Notons que la couverture est signée Jean-Claude Mézières… qu’on a connu plus inspiré.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-z-cover.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-z-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-z-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;La thématique de l’urbanisme est chère à Christin, et se retrouve notamment dans la trilogie des «&amp;nbsp;Légendes d’aujourd’hui&amp;nbsp;», trois bandes dessinées en collaboration avec Enki Bilal, en particulier &lt;strong&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Ville qui n&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’existait pas&lt;/strong&gt;. Dans la première, on voit les habitants d’un village breton lutter contre les plans d’un promoteur immobilier&amp;nbsp;; la seconde, située dans un Nord de la France marqué par la fin de l’ère industrielle, nous montre l’édification d’une ville censément utopique destinée à accueillir les travailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ce que je veux dire, c’est que Paris, on ne le voit presque plus des Églantiers, parce que, entretemps, quelque chose a poussé entre les deux. Pas vraiment une autre grande bille, non. Pas non plus un chapelet de petites villes. Non. Quelque chose d’à la fois mollasson et anguleux, sans début ni fin, avec de grosses barres horizontales qui écrasent un gribouillis de taches rouges au milieu de lopins d’un vert sale, avec des pâtés verticaux blanchâtres qui tout d’un coup brisent la courbe d’un vallonnement avec des trouées brutales comme un giclement de laser gigantesque qui autour de son parcours admirablement rectiligne n’aurait laissé que des amoncellements informes et saignants.&lt;br /&gt;
Bref, je suppose qu’on appelle ça la banlieue, la périphérie, le phénomène suburbain, l’explosion citadine, et même (oui, il faut le lire pour le croire) le redéversement centrifuge… Moi j’appelle ça le chancre. Insensiblement, il ronge tout sur son passage. Il n’y a plus ni ville ni campagne, il y a quelque chose de vague, innommmé, innommable (…).&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ZAC&lt;/strong&gt; se situe à l’époque de rédaction du roman, grosso-modo la fin des années 70, et se présente comme une collection de documents rassemblés par plusieurs compilateurs. Il y a d’abord des échanges et remontées de courriers au sein d’un ministère, courriers relatifs à la thèse d’un certain Michel Durban. Le corps du livre comprend les documents réunis par Durban, les annotations de ce dernier, les remarques de son directeur de thèse, Etienne Vendée, ainsi que les commentaires plus ou moins amusés d’un individu haut placé. Et Christin d’alterner les styles&amp;nbsp;: prose administrative, épistolaire, journal intime, retranscription d’enregistrement audio ou vidéo, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout se déroule à Saint-Martin-des-bois, petite commune fictive située en région parisienne, et en particulier au quartier des Eglantiers. Que ce soit Jean Doineau, l’écrivain bien à droite qui n’écrit plus grand-chose, Frédéric Dallencourt, le cinéaste engagé, ou le jeune et brillant Olivier Sartel, tous sont d’accord sur un point&amp;nbsp;: quelque chose ne tourne plus rond aux Églantiers. Les origines en sont-elles à chercher dans ce qui s’est déjà passé ou dans ce qui se prépare&amp;nbsp;? Car la banlieue s’étend de plus en plus et certains veulent transformer ce patchwork disparate de villages en une unité rationnalisée, faite de ZAC, de ZAD, de ZUP, etc. Fatalement, les choses vont craquer, et Michel Durban en sera le témoin objectif – quand bien même son maître de thèse peine à voir l’intérêt de son travail.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut reconnaître que Durban a du mal à couper dans le vif du matériau qu’il a recueilli, qu’il a plutôt tendance à se laisser dépasser par les anecdotes – et les reproches d’Etienne Vendée à Durban, parfois injustes mais parfois très justifiés, peuvent tout à fait s’appliquer à Pierre Christin. Le roman commence de manière intrigante, mais se perd en chemin, s’éparpillant dans des digressions pas toujours passionnantes. De fait, la tension dramatique peine à monter et le dénouement apparaît précipité. Si par endroit, &lt;strong&gt;ZAC&lt;/strong&gt; flirte, de loin, avec les littératures de genre – espionnage, voire un soupçon de science-fiction, avec l’enfant en scaphandre –, il n’en fait absolument rien. Dommage…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans &lt;strong&gt;Le Vaisseau de pierre&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Valérian &amp;amp; Laureline&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, Pierre Christin n’oublie pas les laissés pour compte de la société, en particulier les immigrés. Ici, il s’agit d’un travailleur d’origine turc, dont Durban joint une lettre à sa famille à son dossier. Mais… là aussi, ça ne dépasse pas le stade de l’anecdote.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;… les projets grandioses qui vont balayer nos colline&amp;nbsp;? Extraordinaire vocabulaire technocratico-paranoïaque des aménageurs qui vont tous nous faire déménager. Désenclavement programmé, schéma directeur, tracé axial, pénétrantes paysagées, environnement remodelé, abords réhabilités, zone d’aménagement concerté (ou différé il est vrai), A.P., E.R., P.M.E., P.R.D.E., F.B.C.F., O.P.H.L.M., R.O.R. J’en passe et des meilleures. En clair&amp;nbsp;: balayez-moi ça – et avec, les fourmis qui s’y trouvent – pour une belle autoroute, des grosses rocades, un centre commercial mahousse, bien d’autres choses encore, je suppose. &amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Christin se garde toutefois bien d’opposer bêtement de vilains politiciens contre de braves habitants de quartier&amp;nbsp;: les uns sont peut-êtres vils, cramponnés à leur fonction électorale, mais les résidents des Eglantiers s’avèrent loin d’être au-dessus de tout reproche, comme aime à le rappeler le personnage de l’acariâtre Jean Doineau. Le quartier comporte ses meurtriers, ses voleurs, ses violeurs… Là où Ballard aurait proposé un roman faisant preuve d’un glauque glaçant, Christin opte pour un sordide et une mesquinerie toute française, où les blessures de l’histoire (la collaboration, la guerre d’Algérie) ne sont pas encore pleinement refermée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la forme, &lt;strong&gt;ZAC&lt;/strong&gt; évoque &lt;strong&gt;Le Dossier 51&lt;/strong&gt; (1969) de Gilles Perrault, roman d’espionnage consistant en un ensemble de documents (mémos, notes de service, comptes rendus divers, etc.), et qui a bénéficié d’une adaptation cinématographique reprenant ce procédé pour un résultat surprenant, un brin aride.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par moment, on se surprend à penser à &lt;strong&gt;L’Aménagement du territoire&lt;/strong&gt; (2014) d’Aurélien Bellanger&amp;nbsp;: un titre houellebecquien en diable, une prose quasi-wikipédienne, mais une ambition réelle, ne dédaignant pas les mauvais genres (même si le flirt avec la SF ne réussit guère à Bellanger, en particulier avec la conclusion quelque peu ratée de &lt;strong&gt;La Théorie de l’information&lt;/strong&gt;) et s’intéressant de près à la matière même de l’Hexagone.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est certes un brin catégorique de juger sur la foi de deux romans, mais &lt;strong&gt;Lininil a disparu&lt;/strong&gt; et le présent &lt;strong&gt;ZAC&lt;/strong&gt; m’apparaissent tous deux comme des déceptions. Deux romans au fond intéressant mais décevant sur la forme. De quoi préférer Pierre Christin comme scénariste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (quoique le roman existe depuis peu sous forme numérique)&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Y comme Yragaël</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/22/Y-comme-Yragael" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Yragaël" />
      <id>urn:md5:3d229fc56b70d607ea84330e68f441ec</id>
      <published>2016-06-22T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-22T09:43:58+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Yragaël&lt;/strong&gt;, collaboration entre Michel Demuth et Philippe Druillet&amp;nbsp;: l'auteur des &lt;strong&gt;Galaxiales&lt;/strong&gt; et le père de &lt;strong&gt;Lone Sloane&lt;/strong&gt; mettent en commun leurs talents visionnaires pour une œuvre qui explose les limites de la BD… au risque de perdre au passage les thuriféraires de la ligne claire amateurs et les amateurs d'histoires linéaires…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Yragaël, Philippe Druillet (dessins) &amp;amp; Michel Demuth (scénario). Albin Michel, 2001 [1974]. GdF. 62 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On connaît surtout Philippe Druillet pour sa série &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Lone Sloane&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, dont votre serviteur a pu vous chanter les louanges dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/collectif/bifrost-hs-la-science-fiction-en-bande-dessinee&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; hors-série BD &amp;amp; SF&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; on connaît surtout Michel Demuth pour son activité de traducteur (&lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; de Frank Herbert, c’est lui) et d’écrivain, en particulier avec son cycle inachevé des &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Galaxiales&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; (que le Bélial’ prévoit de rééditer dans un futur moins lointain qu’on ne voudrait l’imaginer). Voici une quarantaine d’année, le dessinateur et l’écrivain ont uni leur talent sur &lt;strong&gt;Yraga&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ël ou la fin des temps&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Autant l’avouer d’emblée, j’ai quelques difficultés à lire la prose de Michel Demuth&amp;nbsp;: je ne trouve guère de points d’accroche avec ses univers, et je ne comprends rien aux textes les plus tardifs dans son œuvre. Et ce n’est pas le présent &lt;strong&gt;Yragaël&lt;/strong&gt; qui va me réconcilier avec son œuvre&amp;nbsp;: le scénario est proprement incompréhensible&amp;nbsp;! Mais on va y revenir un peu plus bas.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Imaginez cet œil de lumière crevé aux cils d’hydrogène&lt;br /&gt;
Ce suint de soleils sur l’iris en fusion&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-cover2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-cover2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Druillet… La découverte de son adaptation de &lt;strong&gt;Salammbô&lt;/strong&gt; a représenté un choc esthétique pour moi – et je ne suis sûrement pas le seul. Un souffle et une ambition démente parcourent son œuvre dessinée, et les aventures de &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Lone Sloane&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; ont vu Druillet atomiser les cases bien ordonnées de la BD franco-belge pour imposer à la place des planches, de véritables tableaux par moment, fourmillant de détails, à lire en tournant l’album à 90° ou -90°… Dans l’effervescence des 70s, le dessinateur a pour ainsi dire réinventé le médium.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-lunatique.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-lunatique.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-lunatique_t.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Publié après &lt;strong&gt;Délirius&lt;/strong&gt; mais avant &lt;strong&gt;Salammbô&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Yragaël&lt;/strong&gt; n’entretient donc aucun lien avec Lone Sloane, le chien aux yeux rouges (même si le personnage d’Yragaël ressemble passablement à Sloane) et s’inscrit en réalité dans la trame des &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Galaxiales&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, cette histoire du futur imaginée par Michel Demuth mais laissée inachevée. Dans cet ensemble de nouvelles brossant la fresque des mille et quelques prochaines années, la présente bande dessinée se situe plutôt en toute fin (le sous-titre ne ment pas). D’ailleurs, il s’agit à l’origine d’une nouvelle, «&amp;nbsp;Yragaël ou la Fin des temps&amp;nbsp;», parue en 1965 dans le fanzine &lt;em&gt;Mercury&lt;/em&gt;, réimprimée dans le &lt;em&gt;Lunatique&lt;/em&gt; spécial Demuth paru en 2007.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, entre &lt;strong&gt;Délirius&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Salammbô&lt;/strong&gt;, Druillet a publié plusieurs autres albums&amp;nbsp;: les deux tomes de &lt;strong&gt;Vuzz&lt;/strong&gt;, le punkissime &lt;strong&gt;La Nuit&lt;/strong&gt;, le déprimé &amp;amp; déprimant &lt;strong&gt;Gail&lt;/strong&gt;, mais &lt;strong&gt;Yraga&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ël&lt;/strong&gt; tient surtout de ces deux albums. Druillet retient de &lt;strong&gt;Délirius&lt;/strong&gt; la démesure graphique, et préfigure de six ans le travail sur les textes et les typographies entrepris sur &lt;strong&gt;Salammbô&lt;/strong&gt;. (L’album omet de le préciser&amp;nbsp;: les lettrages ne sont pas de Druillet mais, comme pour l’adaptation du roman de Flaubert, de Dom, alias Dominique Amat.) Ici, la lisibilité en prend souvent un coup… On ne compte pas les pages où il faut déchiffrer les caractères stylisés dans cette graphie gothico-cyrillique. Il n’empêche&amp;nbsp;: l’ensemble de la BD est portée par un souffle dément, et tant pis si on ne capte pas grand-chose à l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ceci est l’histoire de la chute du tout dernier empire sur la Terre, de l’ultime domaine à porter encore l’empreinte des dieux créateurs qui assistèrent à l’éclosion de l’univers.&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
Ceci est l’histoire d’Yragaël, porteur de la vision, héritier du trône de Sharaïn et de sa lutte effrayante et triste contre son frère-fou Saber d’Irismonde.&lt;br /&gt;
Ceci est la ballade du plus fragile et terrifiant amour que jamais un mâle noble porta à une magicienne.&lt;br /&gt;
Et ceci est aussi le récit de la fin des hommes.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Une longue introduction où la prose succincte et enfiévrée de Demuth se conjugue avec les illustrations pleine page de Druillet où se succèdent des scènes folles, un héros qui n’apparaît qu’à la moitié de l’album, une intrigue impossible à raconter tant elle est élusive et elliptique. Grosso-modo, il y est question d’un monde futuriste barbare, dans lequel Yragaël, leader parmi les hommes, tente de trouver l’élue de son cœur. &lt;em&gt;Grosso-modo&lt;/em&gt;, on est d’accord. L’intérêt se situe moins dans l’histoire elle-même que dans les visions hallucinées du dessinateur et les textes insanes de l’écrivain. Surtout, &lt;strong&gt;Yragaël&lt;/strong&gt; envoie valser les canons de la bande dessinée&amp;nbsp;: sur la soixantaine de pages, à peine une demi-demi-douzaine relève d’une forme classique, avec ses cases carrées/rectangulaire placées dans un ordre de lecture conventionnel, et ses sages bulles de dialogue. Le reste consiste en du pur Druillet psychédélique, un imaginaire violent, baroque, étouffant, fourmillant de détails, un style catégorique auquel on adhère ou pas.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-image1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-image1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-image1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-image2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-image2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-image2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-image3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-image3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-image3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-image4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-image4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-image4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-y-image5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-y-image5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-y-image5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Bref, lire &lt;strong&gt;Yragaël&lt;/strong&gt; tient de l’&lt;em&gt;expérience&lt;/em&gt;. Pour notre part, on adore. À vous de voir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dommage que Albin Michel n’ait pas choisi de ressortir cet album lors de la réédition des &lt;strong&gt;Lone Sloane&lt;/strong&gt; consécutive à la parution de&lt;strong&gt;Délirius 2&lt;/strong&gt; (BD médiocre au demeurant). De fait, la dernière édition remonte à 2001 (concomittante à la sortie de &lt;strong&gt;Chaos&lt;/strong&gt;, décevante résurrection de Lone Sloane).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X comme Xtro</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/20/X-comme-Xtro" rel="alternate" type="text/html" title="X comme Xtro" />
      <id>urn:md5:a4584c6586177240a13df14bba405b8d</id>
      <published>2016-06-20T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-20T09:20:19+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse, vaille que vaille, à la trilogie &lt;strong&gt;Xtro&lt;/strong&gt; de Harry Bromley Davenport, trois films n'ayant rien d'autre en commun que de présenter de vilains extraterrestres s'attaquant à des humains… Du nanar, certes, mais du bon nanar&amp;nbsp;? C'est à voir…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Xtro, Harry Bromley Davenport, 1982. 82 minutes, couleur.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;(Ah, ces fichues lettres rares en fin d’alphabet qui obligent à fouiner dans les poubelles…)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-x-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-x-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-x-poster1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Un jour, Sam, le père du jeune Tony disparaît dans une grande lumière blanche. Selon le garçonnet, il a été enlevé&amp;nbsp;; selon sa mère, Rachel, il a juste fichu le camp. Trois ans plus tard, Rachel, a refait sa vie avec un photographe, Joe. Mais voilà qu’un objet lumineux non identifié s’écrase quelque part dans la campagne anglaise et laisse derrière lui une créature humanoïde. Laquelle s’empresse de ramper jusqu’à une maison non loin, où une jeune femme vit seule. L’extraterrestre déboule, et viole l’occupante. Enfin, disons qu’il la met en cloque en apposant son ovipositeur sur la bouche de la jeune femme (ça ne vous rappelle rien&amp;nbsp;?), laquelle, après quoi, accouche&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/06/20/X-comme-Xtro#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; d’un individu ressemblant comme deux gouttes d’eau à Sam. Lequel se met bien vite en quête de retrouver son fils. Lorsque c’est fait (oui, ça va vite), Rachel est bien ennuyée&amp;nbsp;: quelle place dans son couple pour ce revenant&amp;nbsp;? Celui-ci prétend ne se souvenir de rien, mais sait en revanche très bien ce qu’il doit faire de son fils.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/56pvjrZg5p8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deuxième film du réalisateur britannique Harry Bromley Davenport, &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; louche volontiers du côté d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;. De fait, la méthode de reproduction de la créature extraterrestre imite celle du fim de Ridley Scott – à cette nuance que c’est ici fichtrement incohérent. L’extraterrestre n°&amp;nbsp;1 «&amp;nbsp;insémine&amp;nbsp;» un hôte humain, qui donne naissance à un extraterrestre n°&amp;nbsp;2 déguisé en humain, lequel «&amp;nbsp;contamine&amp;nbsp;» un être humain, lequel pond (euh, disons &amp;nbsp;: souffle) dans un autre hôte humain, lequel pondra des œufs, lesquels contiennent des ovipositeurs (grosso modo, juste l’appendice de l’extraterrestre n° 1). Compliqué pour si peu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; passe lamentablement à côté de ses enjeux&amp;nbsp;: les relations père-fils sont survolées. Le père adoptif supporte tout juste Tony, qui le lui rend bien&amp;nbsp;; la relation entre le garçonnet et son père biologique suscite davantage le malaise, notamment dans la scène où Sam insuffle quelque chose dans l’épaule de son fils pour le transformer à son image (alerte inceste&amp;nbsp;!). Au lieu de ça, &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; opte pour des scènes d’épouvante domestique pas très inspirée&amp;nbsp;: Tony se retrouve bientôt doté de pouvoirs qui lui permette de faire apparaître tout ce qu’il veut (un clown, une panthère) ou transformer un soldat en plastique en sa version grandeur nature (ce qui donne une scène certes sympa).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout l’intérêt de &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; réside surtout dans les scènes d’accouchements, réjouissamment dégueulasse. Bien que pompée sur &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;, celle où la jeune femme du cottage donne naissance à Sam a de quoi marquer les esprits (comment un ventre peut-il accueillir &lt;em&gt;tout &lt;/em&gt;&lt;em&gt;ça&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?) – ça a valu au film d’être censuré en Angleterre. Les aliens sont joliment monstrueux, et pas trop cheap sous cet aspect-là. La principale rupture de ton provient des scènes dans l’appartement où vivent Rachel, Joe et Tony, complètement hors de ton. Le résultat est qu’&lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; est un film hybride et pas tellement réussi, en dépit du côté un brin dérangeant de l’ensemble. &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; évoque aussi une sorte d’anti-&lt;em&gt;Starman&lt;/em&gt;, mais le film de HBD est sorti deux ans avant celui de John Carpenter&amp;nbsp;; disons alors que, sorti 6 mois après &lt;em&gt;E.T. l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’extraterrestre&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; en représente l’anti-thèse gore (et l'une des affiches joue bien là-dessus).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-x-not-et.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-x-not-et.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-x-not-et_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;(Parce que ça ne serait pas drôle sinon, &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; se doit d’avoir quelques plans nichons gratuits avec Analise, la jeune fille au pair française. On n’atteint pas le niveau d’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/07/E-comme-Evil-Toons&quot;&gt;&lt;em&gt;Evil Toons&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, qui mettait certes la barre assez haute.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Notons enfin que le réalisateur signe aussi la musique de son film, avec une BO sous influence &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt;John Carpenter&lt;/a&gt;. Qui sonne quand même moins bien que John Carpenter, dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où ça devient drôle, c’est que Harry Bromley-Davenport a donné à &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; deux suites qui n’en sont pas et qui, de fait, n’ont de commun avec le premier titre de cette improbable série que le titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Xtro II&lt;/em&gt; (1990) et &lt;em&gt;Xtro 3&lt;/em&gt; (1995) – plus exactement &lt;em&gt;Xtro&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;, histoire de se la jouer &lt;em&gt;Alien&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-x-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-x-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-x-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Xtro II&lt;/em&gt; , sous-titré &lt;em&gt;The Second Encounter&lt;/em&gt;, ne possède de similitudes avec le premier de la série que la présence d’une créature extraterrestre (qui n’est donc &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; la même). Tout débute dans une base enterrée à 800 mètres de profondeur&amp;nbsp;: dans le cadre du projet Nexus, une expérience a lieu – expédier trois explorateurs dans un monde parallèle. Ils s’y retrouvent coincés, et appel est fait au Dr Shepard, qui est seul à être allé et revenu de l’autre dimension, ainsi qu’à une escouade de militaires. Des trois explorateurs, seule une femme revient… porteuse d’une créature hostile. La base, coupée du monde extérieur, devient le théâtre d’un affrontement entre les humains et l’insaisissable monstre. Potentiel cas d’école, &lt;em&gt;Xtro II&lt;/em&gt; ne possède &lt;em&gt;aucune&lt;/em&gt; des rares qualités de &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt;, à croire que Bromley Davenport a régressé pendant les huit années qui séparent les deux films. Les acteurs principaux se distinguent par leur jeu assez mauvais, notamment Jan-Michael Vincent (le héros de &lt;em&gt;Supercopter&lt;/em&gt;…) et à l’exception de Nicholas Lea, dont il s’agit du deuxième film et qu’on retrouvera ensuite dans &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;, dans le rôle de l’agent Krycek. La musique est naze, la créature est moche, le scénario et les décors paraissent tout droit pompés de &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Aliens&lt;/em&gt;… Surtout, le montage est un ratage&amp;nbsp;: abrupt, il ne permet en aucun l’instauration d’une quelconque ambiance, d’un quelconque suspense. Bref, &lt;em&gt;Xtro II&lt;/em&gt; a le goût et la consistance d’un navet.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-x-poster3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-x-poster3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-x-poster3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Xtro&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt; … c’est la même chose, mais avec d’autres militaires et sur une île. Et ce n’est pas assez mauvais pour être un nanar&amp;nbsp;: le film, comme l’opus précédent, est un navet. Comme si Davenport, devenu conscient du potentiel nanardesque de sa série, avait décidé d’en jouer. Dommage pour lui (et pour nous), ça ne prend pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2013, &lt;a href=&quot;http://https/horrorpedia.com/2013/01/13/xtro-1983/&quot;&gt;Davenport annonçait&lt;/a&gt; le tournage imminent d’un &lt;em&gt;Xtro 4&lt;/em&gt;. Pour le moment, rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bref, conseillons &lt;em&gt;Xtro&lt;/em&gt; aux amateurs. Sans être une pépite inoubliable du cinéma bis, ce premier long-métrage de Davenport s’avère tout à fait digne d’intérêt dans le genre SF horrifique, avec son lot de moments dérangeants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: meh&lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/06/20/X-comme-Xtro#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Voui, vu l’endroit par lequel Sam s’extirpe, il s’agit bien d’un accouchement. Ça n’a pas le moindre sens, vu que l’œuf (?) a été déposé dans l’œsophage de son réceptacle humain… mais on ne va pas s’arrêter à de tels détails, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>W comme Wrong</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/16/W-comme-Wrong" rel="alternate" type="text/html" title="W comme Wrong" />
      <id>urn:md5:d74a95fc5e6095d0642f50c673a5827e</id>
      <published>2016-06-16T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-16T09:18:03+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/11/N-comme-Nonfilm&quot;&gt;&lt;strong&gt;Nonfilm&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/30/S-comme-Steak&quot;&gt;&lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/17/R-comme-Rubber&quot;&gt;&lt;strong&gt;Rubber&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, l'Abécédaire continue son exploration de la filmographie gentiment déjantée de Quentin Dupieux, avec &lt;strong&gt;Wrong&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Wrong Cops&lt;/strong&gt; &lt;strong&lt;wrong cops=&quot;&quot;&gt;. Deux histoires avec des flics d'une incompétence frisant l'extraordinaire, des chiens perdus et où la réalité se détraque subtilement…&lt;/strong&lt;wrong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Wrong, Quentin Dupieux (2012). 89 minutes, couleurs.&lt;br /&gt;
Wrong Cops, Quentin Dupieux (2014). 82 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/11/N-comme-Nonfilm&quot;&gt;&lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;,&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/30/S-comme-Steak&quot;&gt;&lt;em&gt;Steak&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/17/R-comme-Rubber&quot;&gt;&lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt; est le quatrième film de Quentin Dupieux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-w-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-w-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-w-poster1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Chacun cherche son chien. D’une certaine manière, Dupieux reproduit le schéma du film de Cédric Klapisch – quelqu’un part en quête de son animal de compagnie et fait des rencontres au passage – mais pour un résultat tout autre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/rb069J3GPz0?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dolph Springer (et pas Adolf, bordel) se réveille un matin, à 7:60, et se rend compte que Paul, son chien, n’est plus là. Voilà qui pertube grandement notre bonhomme. Quoi que, côté perturbations, il en a vu d’autres&amp;nbsp;: bien que viré depuis trois mois, Dolph continue à se rendre à son lieu de travail, des bureaux sous une pluie continuelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt; nous montre donc le quotidien de Dolph et ses vagues efforts pour retrouver Paul – au point qu’on finit par douter même de l’existence du cabot en question. Tout autour de notre anti-héros, les choses vont gentiment de travers. De fait, un aréopage de personnages étranges gravite autour de Dolph&amp;nbsp;: son voisin, qui refuse d’admettre qu’il fait du jogging et qui finit par fuguer&amp;nbsp;; la standardiste d’une boîte de livraison de pizza, un peu trop entreprenante &amp;nbsp;; un jardinier français (Eric Judor), dévoué&amp;nbsp;; un détective colérique&amp;nbsp;; et surtout (&lt;i&gt;surtout&lt;/i&gt;), Maître Chang (interprété par un William Fichtner complètement perché), qui a kidnappé Paul.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-w-poster11.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-w-poster11.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-w-poster11_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt; abandonne le dispositif narratif enchâssé de &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt; pour se concentrer sur la narration d’une histoire aussi simple que loufoque. De fait, l’intérêt se situe moins dans l’intrigue – à la résolution complètement expédiée – que dans les détails. Le film est ponctué de trouvailles, où la réalité semble dévier de son cours normal. Le réveil qui passe de 7:59 à 7:60 en est l’exemple le plus flagrant. Mais il y a aussi un palmier qui se transforme en pin. Citons aussi la musique, qui ponctue de manière aussi menaçante qu’absurde certaines scènes anodines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’ensemble se laisse regarder sans déplaisir, mais peine à susciter le même enthousiasme que &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt;. Dupieux continue à développer son univers improbable, où la réalité telle qu’on la connaît subit un léger décalage, et cet univers en question vaut suffisamment le détour pour qu’on lui pardonne un film un peu moins dingue – juste doux dingue, là où le précédent, porté par son pneu tueur (je ne m’en suis pas remis) et son dispositif narratif, se révélait d’une férocité inattendue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Profitons-en pour dire quelques mots sur le film suivant dans la filmographie de Dupieux, &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt;. (Après un film nommé &lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt;, pourquoi ne pas faire un film au titre presque similaire&amp;nbsp;?)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-w-poster2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-w-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-w-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le titre ne ment pas sur le contenu. Dans &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt;, il est donc question de flics pas très professionnels dans l’exercice de leur métier, quelque part dans une banlieue résidentielle californienne anonyme. Dans cet avenir proche où la criminalité a disparu, les flics s’ennuient. Il y a Duke, mélomane, qui deale accessoirement de l’herbe (enrobé dans des rats morts, parce que). Il y a Renato, qui fait chanter les jeunes femmes pour voir leurs nichons – ce qui ne marche pas à tous les coups. Il y a Rough, flic borgne persuadé d’avoir composé un hit electro – mais tout le monde n’est pas forcément de son avis. Il y a Shirley, fliquette qui se fiche éperdument de la déontologie et du professionnalisme. Il y a Sunshine, qui n’est pas un flic et qui déterre quatorze mille dollars dans son jardin. Enfin, il y a un cadavre récalcitrant, que tout le monde s’empresse de se refiler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_0b5y4lGunk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt; était à l’origine une série de courts-métrages, que Quentin Dupieux a remontés pour aboutir au présent film. Pour un résultat un tantinet déconcertant&amp;nbsp;: c’est aussi amusant que vain. On ne s’ennuie pas&amp;nbsp;: l’humour absurde fait mouche, et l’on guette les quelques références à la filmographie de Dupieux, glissés çà et là (on retrouve plusieurs acteurs déjà présents dans &lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt;), ou de la présence de Marilyn Manson dans un rôle à contre-emploi&amp;nbsp;; la bande originale de Mr Oizo/Dupieux est positivement affreuse et l’on amuse d’autant plus des rebuffades essuyées par Rough (Eric Judor en mode Nick Fury). Mais une fois le film terminé, il n’en reste pas grand-chose, à la différence de &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt; ou de &lt;em&gt;R&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éalité&lt;/em&gt;. Pas de questionnement amusé sur le médium cinématographique, la narration ou la réalité, pas d’absurde au carré, juste une histoire de &lt;em&gt;bad cops&lt;/em&gt;. Sympa mais oubliable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt; fonctionnent comme un vague diptyque. Triptyque même, si l’on considère que &lt;em&gt;R&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éalité&lt;/em&gt; (qui fera l’objet d’un prochain billet) aurait pu s’appeler &lt;em&gt;Wrong Reality&lt;/em&gt;. Avec &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt;, l’ensemble constitue une forme de «&amp;nbsp;dupieux-verse&amp;nbsp;», sorte de réalité déviante et délirante qui prend pour cadre une Californie désenchantée. C’est fou et c’est pour ça qu’on aime.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui pour &lt;em&gt;Wrong&lt;/em&gt;, un peu moins pour &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Lucifer</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/14/Lucifer" rel="alternate" type="text/html" title="Lucifer" />
      <id>urn:md5:ba2306b844521b7bf32bf57ee5625521</id>
      <published>2016-06-14T09:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-06-14T09:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Super les héros !</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-82&quot;&gt;numéro 82 de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, on vous entretenait de ce qui est probablement le grand œuvre de Neil Gaiman : &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;. Ce comic-book, littéraire et ambitieux, a engendré bon nombre de spinoffs, dont &lt;strong&gt;Lucifer&lt;/strong&gt;. Personnage secondaire dans la création de Gaiman, le maître des Enfers va voler de ses propres ailes sur 75 numéros entre 2000 et 2006, sous l'impulsion de Mike Carey. Voilà qui mérite bien qu'on s'y attarde un peu, au risque d'y perdre son âme…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lucifer – ou quel que soit le nom qu’on lui donne, Satan, l’Adversaire, l’Étoile du matin, le Porteur de lumière… – est un personnage qui n’a cessé de hanter la littérature. On retiendra en particulier le &lt;strong&gt;Paradis perdu&lt;/strong&gt; où John Milton le magnifie en un être tragique. Rien d’étonnant à ce que, plus récemment, les comics s’en soient emparé, pour en faire un de leurs (anti-)héros&amp;nbsp;: Lucifer fait preuve d’ubiquité, et apparaît dans les univers Marvel et DC. Chez Marvel, Lucifer est le nom d’une maléfique entité alien, ennemie des X-Men&amp;nbsp;; c’est aussi le Prince des Ténèbres, ennemi du Ghost Rider. Mais c’est le côté DC de Lucifer qui nous intéresse ici, et en particulier la version proposée par Mike Carey dans sa série au long cours…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un côté DC où figure déjà une part des lieux et personnages issue de la mythologie judéo-chrétienne. Il s’y trouve L’Enfer et le Paradis y existent, parmi d’autres territoires issus d’autres panthéons&amp;nbsp;; Caïn et Abel y sont déjà présents&amp;nbsp;; Ève aussi, quoique à la marge. Neil Gaiman saura s’en souvenir quand il concevra &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;. (Le répètera-t-on jamais assez&amp;nbsp;? Le &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt; de Neil Gaiman est probablement le grand-œuvre de son auteur, et un chef-d’œuvre tout court.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-collected.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-collected.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-collected_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Une saga qui s'étend sur près de deux mille pages…&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Lucifer avant Lucifer&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Des personnages nommés Lucifer apparaissent chez DC Comics bien avant &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: la toute-première serait dans le numéro 65 de&lt;em&gt;Superman's Pal Jimmy Olsen&lt;/em&gt; (1962), le comics consacré au jeune journaliste. On revoit Lucifer dans &lt;em&gt;Weird Mystery Tales&lt;/em&gt; #4 (1973) et dans &lt;em&gt;DC Special Series&lt;/em&gt; #8 (1978).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-oldlucifer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-oldlucifer.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais le «&amp;nbsp;vrai&amp;nbsp;» Lucifer débarque dans le premier arc narratif de &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Pr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éludes et nocturnes&lt;/em&gt;. Après ses soixante-dix ans d’enfermement, Morphée, alias le Rêve, est déterminé à récupérer ses accessoires&amp;nbsp;: sa bourse, son casque et son rubis. La première, c’est avec l’aide de Constantine qu’il remet la main dessus&amp;nbsp;; le rubis, il le reprend à John Dee aka Docteur Doom, un échappé de l’asile d’Arkham. Quant au casque, il se trouve en Enfer&amp;nbsp;; Lucifer n’en est alors plus l’unique maître, juste l’un des membres d’un triumvirat, avec Azazel et Belzébuth. Le Rêve le récupère au cours d’un duel. Même s’il n’y prend pas part, Lucifer ressort humilié de l’affaire et promet de se venger de Morphée. (&lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt; #4, &lt;em&gt;Un espoir en enfer&lt;/em&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-triumvirat.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-triumvirat.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-triumvirat_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-sandman23-2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-sandman23-2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-sandman23-2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On retrouve Lucifer au cours de la &lt;em&gt;Saison des brumes&lt;/em&gt;, l’un des moments cruciaux de la carrière de notre (anti-)héros en comics&amp;nbsp;: le Rêve doit retourner en Enfer afin de retrouver une ancienne amante. Quelle n’est pas la surprise de Morphée d’arriver dans une géhenne dépourvue du moindre supplicié. L’explication est simple et sans faux-semblants&amp;nbsp;: Lucifer en a marre (après dix milliards d’années à gérer l’Enfer, on peut le compendre), il ferme boutique. En lieu et place d’une bataille aux proportions qu’on aurait imaginé homériques, le Rêve voit Lucifer lui demander un simple service&amp;nbsp;: couper ses ailes… Plus tard, le voilà à savourer une tranquille existence terrienne à Perth, en Australie, tandis que le Rêve se démène pour savoir à qui refiler l’Enfer.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-sandman28.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-sandman28.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-sandman28_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lucifer revient dans les pages de &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt; une dernière fois dans l’arc &lt;em&gt;Les Bienveillantes&lt;/em&gt;. Il est désormais propriétaire du Lux, un bar à Los Angeles. Quand l’envie lui prend, il pousse la chansonnette, assis à son piano. Aidera-t-il le Rêve&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-sandman60.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-sandman60.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-sandman60_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Création(s)&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Trois ans après la fin de &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;, l’écrivain et scénariste Mike Carey reprend le personnage de Lucifer en 1999, tout d’abord sous la forme d’une mini-série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Sandman presents: Lucifer: The Morningstar Option&lt;/em&gt;, au cours de laquelle Lucifer est tiré de sa retraite pour accomplir une dernière mission – un sale boulot, pour le bénéfice d’une plus haute autorité. Une première aventure peu convaincante, la faute à un scénario confus et à un Lucifer manquant de charisme. Les dessins de Scott Hampton sont cependant réussis, et mettent davantage en valeur Lucifer que le trait de Kieth et Dringenberg – la ressemblance de l’ex-prince de l’Enfer avec le David Bowie de la fin des années 80 apparait de manière plus évidente.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-morningstaroption.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-morningstaroption.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-morningstaroption_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’histoire commence pour de bon avec &lt;em&gt;A Six-Card Spread&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Lucifer&lt;/em&gt; #1-3)&amp;nbsp;; Lucifer, en mission à Hambourg pour y rencontrer de vieilles connaissances, en savoir davantage sur son avenir et comprendre pourquoi Dieu lui a donné une Lettre de Passage qui lui permettrait de quitter cette création. Dans la métropole allemande, il y rencontre Jill Presto, l’assistante d’un illusionniste. Personnage récurrent, Jill est possédée par le Basanos, un jeu de tarot, qui lui donne des pouvoirs surnaturels (et qui deviendra un ennemi de Lucifer).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-jill.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-jill.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-jill_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Jill possédée par le Basano.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-jill2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-jill2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-jill2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Ça ne se voit pas mais Jill a perdu sa main droite.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Born with the dead&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Lucifer&lt;/em&gt; #4) apparaît le personnage d’Elaine Belloc, fillette capable de voir les morts. La jeune Elaine va elle aussi s’avérer d’une importance cruciale dans la suite des aventures de l’Etoile du matin, lorsque sa mystérieuse ascendance sera révélée.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-elaine1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-elaine1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-elaine1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;La jeune Elaine Belloc et ses grands-mères…&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-elaine2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-elaine2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-elaine2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Elaine a, en quelque sorte, pris du galon.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Quant à Mzzikine, la femme à demi défigurée, indispensable bras droit de Lucifer, présente depuis les débuts dans &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;, elle va voir son apparence et son statut évoluer, et sera l'objet de nombreux sous-intrigues.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-sandman23.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-sandman23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-sandman23_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Dans &lt;i&gt;Sandman&lt;/i&gt; #23, Mazikine est remerciée par Lucifer.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-lucifer-et-mazikeen.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-lucifer-et-mazikeen.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-lucifer-et-mazikeen_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Lucifer et Mazikine, en force.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;L’arc narratif &lt;em&gt;The House of Windowless Rooms&lt;/em&gt; (Lucifer #5-9) amène Lucifer du côté du panthéon japonais du label Vertigo. Au cours de cette aventure riche en coups bas, Lucifer finit par regagner ses ailes – non plus ailes de chauve-souris mais ailes d’oiseaux, qui ont guéri avec le temps et donc retrouvé leur apparence première.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En une douzaine de numéros, voilà les bases posées. La suite va gagner en ampleur du côté des enjeux. Notre ange déchu, habité par le désir de quitter cette création-ci, se retrouve bientôt à l’origine d’un nouvel multivers. Un unique commandement&amp;nbsp;: n’adorer aucun dieu. S’y reproduit ici la même tragédie au jardin d’Eden, à cette nuance que le tentateur est l’ange Amenadiel, l’ennemi juré de Lucifer. Ce nouvel univers, ouvert à tous ceux qui désirent fuir le nôtre, va devenir l’objet de convoitises (détaillées dans le triptyque &lt;em&gt;Paradisio&lt;/em&gt;/&lt;em&gt;Purgatorio&lt;/em&gt;/&lt;em&gt;Inferno&lt;/em&gt;). Mais, bientôt, Dieu abandonne son trône et disparaît&amp;nbsp;: la question de savoir qui va occuper son trône devient bientôt secondaire, lorsqu’il s’avère que le nom divin est inscrit jusqu’au cœur des atomes et que, Dieu absent, sa création va commencer à s’effilocher…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-enfer.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-enfer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-enfer_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Bienvenue en enfer.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Au fil des numéros, Mike Carey prend peu à peu son autonomie vis-à-vis du Sandman de Gaiman – sans toutefois trahir le matériau originel. Mazikine (Mazikeen en VO), l’âme damnée de Lucifer, au visage à moitié défiguré, gagne ainsi en importance. L’Enfer, toujours sous l’égide des anges Rémiel et Duma, se détaille et l’on revient à plusieurs reprises dans la région d’Effrul. Le lecteur a enfin le plaisir de croiser quelques visages déjà aperçus dans le comics de Gaiman&amp;nbsp;: le Roi des rêves bien sûr (&lt;em&gt;Nirvana&lt;/em&gt;), mais aussi ses adorables sœurs, la Mort (&lt;em&gt;Purgatorio&lt;/em&gt;) et le Délire.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-dream.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-dream.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-dream_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Le Rêve, dans le hors-série &lt;i&gt;Nirvana&lt;/i&gt;.&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-death.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-death.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-death_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-delire.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-delire.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-delire_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-destiny.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-destiny.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-destiny_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Mais Carey s’appuie aussi sur le reste de la mythologie Vertigo, convoque les mythologies japonaises ou nordiques, et amène ses propres changements – un acte somme toute logique, pour une série où l’acte démiurgique est au cœur des problématiques. La notion d’émancipation acquiert une importance similaire, tant pour Lucifer, qui souhaite plus que tout s’affranchir de la tutelle de Dieu – que du côté d’Elaine Belloc – dont les relations parentales ne sont guère plus simple. L’ensemble forme une grande fresque, à peine interrompue par quelques aventures annexes, pleine de bruit et de fureur, et qui nécessite une attention soutenue de la part du lecteur.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-japan.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-japan.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-japan_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Le Lucifer de Mike Carey s’inscrit dans les pas de celui esquissé par Neil Gaiman. Il n’est nullement un être maléfique, même si l’Enfer qui s’est aggrégé autour de sa personne est un lieu de souffrances. Ce diable-ci est habité par un profond sentiment de liberté, et le principe qui le meut est la volonté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Plume et crayon&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Avant de commencer &lt;strong&gt;Lucifer&lt;/strong&gt;, Mike Carey avait déjà une petite expérience de scénariste, mais ce travail sur le personnage imaginé par Neil Gaiman a représenté une forme de consécration. Notre auteur ne s’est d’ailleurs pas arrêté à Lucifer dans ses incursions dans l’univers&lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;. Au sein de la collection &lt;em&gt;The Sandman Presents&lt;/em&gt;, notre auteur a publié un one-shot centré sur Petrefax (&lt;strong&gt;Petrefax&lt;/strong&gt;, 2000), cet apprenti embaumeur de la Nécropole Litharge que l’on croise dans l’arc &lt;em&gt;La Fin des mondes &lt;/em&gt;( &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt; #51-56), et un autre mettant en scène les Furies (&lt;strong&gt;The Furies&lt;/strong&gt;, 2002). On doit également à Carey l’adaptation en comic book du roman &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt; (qui est lui-même la novélisation de la série conçue par Gaiman pour la BBC).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-neverwhere.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-neverwhere_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans le même temps qu’il scénarisait &lt;strong&gt;Lucifer&lt;/strong&gt;, Carey a également travaillé sur &lt;strong&gt;Hellblazer&lt;/strong&gt;, avec une quarantaine de numéros, entre 2002 et 2006. C’est aussi à partir de 2005-06 que Carey a commencé à collaborer plus régulièrement avec Marvel, chez qui il a scénarisé quelques numéros des Quatre Fantastiques et bon nombre des aventures des X-Men. Sans oublier une autre adaptation en comics d’un roman&amp;nbsp;: celle de&lt;strong&gt;La Strat&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;égie Ender&lt;/strong&gt; d’Orson Scott Card, où il a scénarisé deux arcs, &lt;strong&gt;Ender&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’s Shadow: Battle School&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Ender&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’s Shadow: Command School&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme si cela ne suffisait pas, Mike Carey s’est tourné depuis &lt;em&gt;aussi &lt;/em&gt;vers le roman. D’abord la série de fantasy urbaine &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Felix Castor&amp;nbsp;» &lt;/strong&gt;(cinq volumes entre 2007 et 2009, les deux premiers traduits chez Bragelonne), et deux romans en collaboration avec son épouse, Linda Carey, et leur fille, Louise Carey&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Steel Seraglio&lt;/strong&gt; (2012), une fantasy orientale, et&lt;strong&gt;The House of War and Witness&lt;/strong&gt; (2014), un roman historique mâtiné de fantastique. Enfin, en 2014 toujours, est paru &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/celle-qui-a-tous-les-dons&quot;&gt;&lt;strong&gt;Celle qui a tous les dons&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, roman de zombies dont l’adaptation cinématographique devrait arriver sur nos écrans d’ici quelques mois.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-carey-works.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-carey-works.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dessinateur principal de &lt;strong&gt;Lucifer&lt;/strong&gt;, Peter Gross se distingue par un trait anguleux et l’usage d’aplats noirs, qui me rappelle par endroit le trait de Mike Mignola sur &lt;strong&gt;Hellboy&lt;/strong&gt;. Avant &lt;strong&gt;Lucifer&lt;/strong&gt;, Gross avait déjà travaillé, en tant qu’illustrateur et scénariste, sur la série collective &lt;strong&gt;The Book of Magic&lt;/strong&gt; – où officiait également Neil Gaiman –, une sorte de parcours guidé à travers l’univers DC. Après Lucifer, Gross a poursuivi sa collaboration avec Mike Carey sur la série &lt;strong&gt;The Unwritten&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La structure de &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt; se caractérisait par l’alternance d’arcs narratifs plus ou moins longs (entre cinq et treize numéros) entrecoupés par des histoires indépendantes. Mike Carey opte pour une autre approche&amp;nbsp;: les arcs narratifs sont relativement courts, s’étalant sur deux ou trois numéros (six au maximum), entre lesquels s’intercalent systématiquement des histoires indépendantes. Celles-ci sont pour le scénariste l’occasion de faire appel à d’autres dessinateurs, aux styles bien différents. Citons ainsi Dean Ormston (&lt;strong&gt;Judge Dredd&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Northlanders&lt;/strong&gt; ), Chris Weston (&lt;strong&gt;Judge Dredd&lt;/strong&gt; aussi).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parfois, Carey fait appel aux anciens de &lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: l’épisode standalone &lt;em&gt;Nirvana&lt;/em&gt; est ainsi dessiné par Jon J Muth (Sandman #74 &lt;em&gt;Exils&lt;/em&gt;), Marc Hempel (onze des treize parties de l’arc &lt;em&gt;Les Bienveillantes &lt;/em&gt;(#57-69) s’occupe de &lt;em&gt;The Eighth Sin&lt;/em&gt;, et P. Craig Russell (qui a dessiné le superbe épisode #50 &lt;em&gt;Ramadan&lt;/em&gt; ainsi que le superbe &lt;em&gt;Les Chasseurs de rêve&lt;/em&gt;) dessine l’épisode #50 &lt;em&gt;Lilith&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-marchempel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-marchempel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-marchempel_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Marc Hempel&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs illustrateurs se succèdent pour les couvertures&amp;nbsp;: d’abord Duncan Fegredo (avec des peintures assez réussies), puis Christophe Moeller (avec des peintures carrément superbes qui marqueront durablement l'identité de la série), et enfin Mike Wm. Kaluta (avec des aquarelles aux couleurs quelque peu discutables).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-fegredo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-fergedo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-fegredo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Duncan Fegredo&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-moeller.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-moeller.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-moeller_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Christopher Moeller&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-kaluta.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-kaluta.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-kaluta_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Mike Wm. Kaluta&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Lucifer on TV&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;À lire les soixante-quinze numéros du comics et leur ampleur cosmique, on était en droit de se demander comment la série télé allait adapter tout cela. Rien de bien compliqué&amp;nbsp;: les showrunners ne l’&lt;em&gt;ont pas fait&lt;/em&gt;. Ils se sont contentés de concevoir un &lt;em&gt;procedural&lt;/em&gt; banal, avec le nom de notre protagoniste et une vague intrigue en arrière-plan où il est question d’une guerre dans les cieux. Lucifer, charmeur et roublard (correctement incarné, malgré tout, par Tom Ellis), a le pouvoir d’inciter tout un chacun à vider son sac devant lui, sauf, bien évidemment, la policière avec qui il se retrouve à faire équipe. Celle-ci demeure insensible à son charme, au grand dépit de l’Étoile du matin. Qu’en dire de plus, si ce n’est que c’est une série parfaitement dispensable&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-tvseries1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-tvseries1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par rapport aux comics de Mike Carey, les changements sont légion&amp;nbsp;: l’ange Amenadiel n’est plus un clodo mais un grand Noir&amp;nbsp;; Mazikine, renommée Maze, a un visage entier, Elaine Belloc n’y apparaît pas, et, &lt;em&gt;surtout&lt;/em&gt;, Tom Ellis, l’acteur gallois incarnant le démon n’a absolument pas le moindre début d’air de ressemblance avec David Bowie, partant le personnage imaginé par Neil Gaiman, Sam Kieth et Mike Dringenberg. Ballot.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-tvseries2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-tvseries2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Lucifer is back&lt;/h3&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-luciferisback.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-luciferisback.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-luciferisback_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;En 2009, Lucifer s’est manifesté (au sein d’un flashback, certes) dans la série de Paul Cornell, &lt;strong&gt;Demon Knights&lt;/strong&gt;, intégrant ainsi l’univers DC Renaissance. Surtout, depuis octobre 2015, Lucifer est de retour. Scénarisé par Holly Black, romancière à qui l’on doit notamment les &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Chroniques de Spiderwick&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, la nouvelle série ne reprend pas les choses où Mike Carey les avait laissées. Lucifer est de retour à Los Angeles. Pas de chance, Dieu est mort et notre Étoile du matin est le premier suspect… Un arc narratif qui occupe les six premiers numéros. Sept sont parus jusqu’à présent, suscitant des réactions globalement positives.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-lucifer-reboot.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-lucifer-reboot.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-lucifer-reboot_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme Les Villes de l'espace</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/09/V-comme-Les-Villes-de-l-espace" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Les Villes de l'espace" />
      <id>urn:md5:40ac1ea68e1e3f36e0d85271007a5728</id>
      <published>2016-06-09T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-09T12:30:55+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après le rétro-futur musical de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/03/T-comme-Trilogy&quot;&gt;Carpenter Brut&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/07/U-comme-The-Uncanny-Valley&quot;&gt;Perturbator&lt;/a&gt;, replongeons dans les livres et faisons un peu d'archéo-prospective, en redécouvrant l'avenir que nous proposait le physicien américain Gerard K. O'Neill. Un avenir dans l'espace, avec la construction de cylindres orbitaux destinés à accueillir des humains sur le long terme : les &lt;strong&gt;Villes de l'espace&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les villes de l’espace [The High Frontier], Gerard K. O’Neill, traduit de l’anglais [US] par Christian Léourier, préface de Gérard Klein. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Les Visages de l’avenir&amp;nbsp;», 1978 [1976-78], 380 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En conclusion du billet sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/01/T-comme-Third-Law&quot;&gt;&lt;em&gt;Third Law&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, cet album de Roly Porter qui aurait dû servir de BO à &lt;em&gt;Interstellar&lt;/em&gt;, on s’exclamait&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vers l’espace&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Ça tombe bien, &lt;strong&gt;Les Villes de l'espace&lt;/strong&gt;, ouvrage de prospective spatiale, Gerard K. O’Neill se situe pile dans le ton.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-cover-fr.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-cover-fr.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;À noter que ce texte est paru dans l’éphémère collection «&amp;nbsp;Les Visages de l’avenir&amp;nbsp;», sous la direction de Gérard Klein, qui signe la préface, un brin distanciée, des &lt;strong&gt;Villes de l’espace&lt;/strong&gt;. Le premier titre de la collection était &lt;strong&gt;Les 10 000 prochaines années&lt;/strong&gt;, ouvrage de prospective d’Adrian Berry (que je suis fort curieux de lire)&amp;nbsp;; le troisième et dernier&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Allonger la vie&amp;nbsp;: une approche scientifique&lt;/strong&gt;, par Albert Rosenfeld. &lt;strong&gt;Les Villes de l’espace&lt;/strong&gt; (tout comme &lt;strong&gt;Allonger la vie&lt;/strong&gt;) bénéficie de la traduction élégante de Christian Léourier (à en juger par sa &lt;a href=&quot;http://noosfere.org/icarus/livres/auteur.asp?NumAuteur=243&quot;&gt;bibliographie sur nooSFère&lt;/a&gt;, ce sont là ces deux seules traductions).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La traduction française a ceci de particulier qu'elle condense les deux éditions américaines du texte&amp;nbsp;: la première édition de 1976 et la deuxième, sur le point de sortir quand C. Léourier finalisait sa traduction. En conséquence de quoi, l'éditeur a choisi de fusionner les textes, précisant quels sont les passages supprimés de la seconde édition (surtout tout ce qui relève de données chiffrées).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. En exploration spatiale et en science-fiction, O’Neill est connu pour avoir imaginé les cylindres qui portent son nom&amp;nbsp;: ce sont les villes de l’espace donnant son titre au présent ouvrage, des habitats spatiaux cylindriques conçus pour abriter la vie de manière durable, dans la perspective de la conquête du système solaire par les humains, et que l’on retrouve régulièrement en science-fiction. Il s’agit moins de SF que de science&amp;nbsp;: O’Neill, physicien de formation, tâche de faire le tour de la question et, loin de se contenter d’affirmer qu’il faut aller dans l’espace, indique aussi la manière de le faire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;O’Neill se base sur plusieurs constats&amp;nbsp;: la population humaine augmente, mais la quantité de ressources diminue et poursuivre au rythme actuel (de 1976) amènera instabilité. L’auteur se base entre autres sur l’ouvrage de Robert Heilbronner, &lt;strong&gt;An Inquiry Into the Human Prospect&lt;/strong&gt; (1974), qui estime nécessaire des changements drastiques dans la société pour répondre aux crises futures, liées à la demande en énergie et la population. L’ouvrage de Heilbronner semble, au vu des extraits, assez orienté, mais passons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au deuxième chapitre, «&amp;nbsp;L’Avenir de l’homme sur Terre&amp;nbsp;», O’Neill détermine quatre objectifs primordiaux pour l’humanité dans son ensemble&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;1. Mettre fin à la misère et à la faim pour tous les êtres humains.&lt;br /&gt;
2. Trouver un espace vital de qualité pour une population qui doublera dans quarante ans et triplera au cours des trente prochaines années suivantes, même si les prévisions optimistes concernant les taux de croissance démographique se réalisent.&lt;br /&gt;
3. Parvenir au contrôle de la population sans guerre, sans famine, sans dictature et sans coercition.&lt;br /&gt;
4. Accroître la liberté individuelle et le champ des possibilités offertes à tous les êtres humains.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sur le papier, ces points n’ont rien d’échevelés, et apparaissent même plutôt louables. La solution que préconise O’Neill apparaît simple&amp;nbsp;: aller dans l’espace, y construire des habitats spatiaux – des «&amp;nbsp;Îles&amp;nbsp;» – capables d’héberger des milliers de personnes sur le long terme et de servir de base pour l’exploitation des astéroïdes. Des Îles abritant fermes, villes, usines… Tout un microcosme. L’auteur en imagine différents modèles, cylindriques ou sphériques, de différentes capacités, et se pique de proposer au sein de son ouvrage de vraies-fausses lettres, où des familles de ces villes de l’espace narrent leur quotidien à ceux restés sur Terre – des échanges épistolaires aussi mignons que désuets, pas super crédibles dans la forme, et servant davantage à illustrer le propos. En matière d’illustrations, on préfèrera celles qui constituent le cahier central du livre&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-cylindres.jpeg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-cylindres.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-v-cylindres_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Deux cylindres O'Neill&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-bernal-sphere.jpeg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-cylindres.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-v-bernal-sphere_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Une sphère de Bernal&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-stanford-torus.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-cylindres.jpeg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-v-stanford-torus_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt;Vue en coupe d'un tore de Stanford&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-inside.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-inside.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;L'intérieur d'un cylindre O'Neill&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Publié quelques années après les premiers pas de l’homme sur la Lune et la fin du programme Apollo, à une période où l’URSS existait encore (mais pour une quinzaine d’années seulement), &lt;strong&gt;Les Villes de l’espace&lt;/strong&gt; exprime le regret de son auteur que les systèmes économiques dominants ne favorisent pas les programmes spatiaux sur le moyen ou le long terme. La logique capitaliste privilégie le court terme et le retour rapide sur investissement, tandis que le modèle socialiste imposé dans les pays d’obédience soviétique cherche à perpétuer une même situation présente (l’ère Brejnev dans l’histoire soviétique est d’ailleurs plutôt synonyme de stagnation). Et O’Neill d’encourager à dépasser ces modes de réflexion. Selon l’auteur, la résolution des problèmes sur Terre passe par l’essor dans l’espace, afin de faire diminuer la pression démographique et énergétique sur notre monde natal. D’autant que la Terre, à l’instar des autres planètes, est certes spacieuse, mais ce genre de puits de gravité s’avère une de ces tannées quand il s’agit d’en partir, et demeure toujours à la merci d’un astéroïde indélicat. Bref, ces Îles pourraient fort bien devenir de véritables arches de Noé. Toujours terre à terre quand il le faut, O’Neill prend cependant bien soin de considérer l’aspect économique de ses Îles, tant le coût de leur construction que leur rentabilité et la façon dont elles participeront à l’économie – ce qui donne au livre quelques passages économiques un brin arides, mais prouvant qu l’auteur a voulu réfléchir à tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;O’Neill esquisse également les étapes nécessaires à la construction de ces Îles&amp;nbsp;: les édifier sur Terre serait un non-sens énergétique, mieux vaudrait le faire depuis l’espace. D’autant que le stock de matières premières sur notre planète est vite limité, à l’inverse de la Lune et des astéroïdes. Surtout, il y a là-haut une source d’énergie inépuisable (à nos échelles de temps), à savoir&amp;nbsp;: le soleil. (Bon, il y a le problème des rayons cosmiques, c’est vrai…) Les matières premières seraient d’abord extraite de notre satellite, où il faudrait certes préalablement installer une base permanente, puis expédiée en orbite, où elles seraient ensuite traitées pour former les habitats spatiaux. D’abord de petites Îles, avant de passer à des cylindres de dimensions supérieures. Les Îles orbiteraient ensuite au large de la Terre ou du côté des points de Lagrange 4 et 5.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre fait montre, sans grande surprise, d’une vision clairement américaine&amp;nbsp;: rappelons que le titre original est &lt;strong&gt;The High Frontier&lt;/strong&gt; et que la frontière est un mythe qui a passablement marqué l’histoire des USA. Après «&amp;nbsp;Go West&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Go Up&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Au détour d’une page, O’Neill reconnaît néanmoins que les éventuelles civilisations ayant acquis les moyens de partir à la conquête des étoiles peuvent choisir de ne pas le faire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Villes de l’espace&lt;/strong&gt; se termine par deux annexes. Dans la première, O’Neill explique le parcours du combattant qui fut le sien au sujet de la publication d’articles sur le sujet des habitats spatiaux&amp;nbsp;: ses premiers articles sur ce thème, au début des années 70, furent refusés car, selon lui, jugés trop novateurs. De fait, ce projet d’Îles de l’espace émane de O’Neill seul, qui n’a pas été commandit par la NASA. La seconde partie consiste en la retranscription d’une présentation face aux sénateurs américains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Optimiste (mais plus pragmatique que Jack Vance dans son savoureux avant-propos aux &lt;strong&gt;Vandales du vide&lt;/strong&gt;), O'Neill estimait de l'ordre du possible la construction de ces cylindres spatiaux pour les prochaines décennies, avec l'an 2000 comme horizon sereinement envisageable Gerard K. O’Neill est décédé en 1992&amp;nbsp;: il aura pu voir les Skylab et surtout l’assemblage de Mir, première tentative d’un habitat-laboratoire spatial.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-cover-us1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-cover-us1.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-v-cover-us2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-v-cover-us2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Lire &lt;strong&gt;Les Villes de l’espace&lt;/strong&gt; en 2016, c’est faire de l’archéo-prospective&amp;nbsp;: découvrir comment on imaginait le futur il y a quarante ans. Un plaisir méchamment régressif, à l’heure où, malgré les grandes déclarations (&lt;a href=&quot;http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1454702-l-exploitation-des-asteroides-autorisee-dans-20-ans-on-verra-des-mineurs-de-l-espace.html&quot;&gt;Barack Obama affirmant que ça serait cool d’aller exploiter les astéroïdes&lt;/a&gt;), les programmes spatiaux nationaux ont cessé de promettre la Lune. Certes, on a posé une sonde sur Titan, envoyé une autre frôler Pluton et Charon, tandis qu’un gros robot arpente la planète rouge, et qu’on se prépare à lancer le télescope spatial James Webb. C’est excitant, mais c’est &lt;em&gt;peu&lt;/em&gt;. Quelqu’un, je ne sais plus qui disait, récemment, qu’on se voyait conquérir la lune puis Mars et qu’en fin de compte, on a eu internet et les smartphones. Pas qu’internet et les smartphones soient sans intérêt&amp;nbsp;; par rapport aux perspectives étoilées, cela demeure toutefois un peu maigre. Tout dernièrement, Elon Musk &lt;a href=&quot;http://www.futura-sciences.com/magazines/espace/infos/actu/d/astronautique-elon-musk-promet-vol-habite-vers-mars-63050/&quot;&gt;déclarait vouloir envoyer un équipage sur Mars pour 2024&lt;/a&gt;, soit dans tout juste huit ans. Un pari dingue, mais on peut rêver – c’est justement les rêveries échevelées qui font avancer l’humanité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (d’occasion seulement)&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la Terre comme au ciel… Les réflexions de O’Neill sur les besoins en matière première trouvent un écho en Cixin Liu, qui pose, trente ans après O’Neill, les bases de la sociologie cosmique dans &lt;strong&gt;The Dark Forest&lt;/strong&gt;, la suite de l’acclamé &lt;strong&gt;The Three-Body Problem&lt;/strong&gt;. Une science très hypothétique mais qui prend pour base deux axiomes frappés au coin du bon sens&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;1. Survival is the primary need of civilization.&lt;br /&gt;
2. Civilization continuously grows and expands, but the total matter in the universe remains constant.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Glop…&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>U comme The Uncanny Valley</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/07/U-comme-The-Uncanny-Valley" rel="alternate" type="text/html" title="U comme The Uncanny Valley" />
      <id>urn:md5:720d359de6fab0393b6f9d5e9dc6a24e</id>
      <published>2016-06-07T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-07T09:51:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Dans la lignée de Carpenter Brut et de son tonitruant &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/03/T-comme-Trilogy&quot;&gt;Trilogy&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on s'aventure dans &lt;strong&gt;The Uncanny Valley&lt;/strong&gt;, le dernier album en date de Perturbator, autre fer de lance de la mouvance «&amp;nbsp;dark eighties&amp;nbsp;». Un disque sous influence cyberpunk, évoquant les ambiances de &lt;strong&gt;Blade Runner&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Akira&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Uncanny Valley, Perturbator (Blood Music, 2016). 13 morceaux, 68 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un billet plus tôt, nous évoquions Carpenter Brut et son album &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/03/T-comme-Trilogy&quot;&gt;&lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Dans la même mouvance rétro-futuriste sous influence &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt;John Carpenter&lt;/a&gt;/eighties, l’autre fer de lance se nomme Perturbator — oublions Justice et Kavinsky, qui œuvrent certes dans des sonorités similaires mais qui m'apparaissent passablement surestimés. Perturbator est le pseudonyme de James Kent, jeune musicien français de 23 ans – qui n’a donc pas connu les années 80 et qui fait lui aussi preuve d’une maturité musicale étonnante, et réjouissante.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-u-discographie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-u-discographie.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Depuis 2012, Perturbator a sorti une demi-douzaine d’albums et d’EPs, traversés par une même ligne narrative et thématique, et surtout une même ambiance rétrofuturiste – un futur apocalyptique tel qu’on pouvait l’imaginer au cœur des années 80, lorsque l’an 2000 demeurait encore un horizon à la fois proche mais distant pour que tout soit possible. (2012 ayant été elle aussi une date un tantinet apocalyptique, Perturbator ne pouvait certainement pas faire ses débuts à un autre moment.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La présentation de &lt;strong&gt;The Uncanny Valley&lt;/strong&gt; ne prétend pas autre chose&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Continuing in the same story thread as previous works, Perturbator's fourth album &lt;strong&gt;The Uncanny Valley&lt;/strong&gt; takes place 24 years after the finale of &lt;strong&gt;Dangerous Days&lt;/strong&gt;. Focus shifts from the world of Nocturne City into the future alleys of Tokyo, after the conclusion of the War Against Machines.&lt;br /&gt;
This story is your story – you are the motorcycle helmet-clad vigilante known as the Night Driving Avenger. Your narrative intertwines with a female android/assassin, fighting for liberty and equality in a cynical world that attempts to eradicate all traces of the machines. Together, you attempt to dismantle an underground faction who spreads their message of hate through a false religion – its recruiting station is the black church that hovers over the city.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mazette, on croirait lire le résumé d’un livre dont vous êtes le héros&amp;nbsp;! Un LDVELH sous influence &lt;em&gt;Akira&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;, avec un peu de &lt;em&gt;Brazil&lt;/em&gt;. &lt;strong&gt;Dangerous Days&lt;/strong&gt; s’inscrivait déjà dans la continuée de &lt;strong&gt;I Am The Night&lt;/strong&gt;, deuxième album du musicien, et brosse effectivement l'histoire d'une guerre contre les robots, et l’album se conclut par la chanson-titre, douze minutes de synthpop épique. La ville de Nocturne City était explorée dans l’EP du même titre, tandis que le Night Driving Avenger faisait sa première apparition dans un autre EP éponyme – la première publication de Perturbator, qui a pris un vilain coup de vieux.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-u-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-u-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The uncanny valley&amp;nbsp;», la «&amp;nbsp;vallée de l’étrange/dérangeante&amp;nbsp;», désigne cette zone trouble où quelque chose, en particulier un robot/androïde, va ressembler presque parfaitement à son modèle humain, mais dont les imperfections nous apparaîtront néanmoins monstrueuse. Justement, il sera question de robots dans le présent album, ainsi que de religion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=99843590/size=large/bgcol=333333/linkcol=9a64ff/artwork=small/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 450px;&quot;&gt;The Uncanny Valley by PERTURBATOR&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, pénétrons dans cette Vallée de l’étrange. Pas de courte introduction pour poser l’ambiance comme dans les précédents albums&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Neo-Tokyo&amp;nbsp;» débarque et écrase tout sur son passage. Une entrée en matière percutante. «&amp;nbsp;Weapons for children&amp;nbsp;» s’inscrit dans la même lignée, avec ses synthés grésillants et son ambiance dramatique. «&amp;nbsp;Death Squad&amp;nbsp;» se distingue par ses sonorités plus brutes. Après ce trio de morceaux qui déboîtent, arrive «&amp;nbsp;Femme Fatale»&amp;nbsp;: un tite plus mélancolique, on est dans une ambiance cyberpunk noir. Nappes de synthés, piano qui égrène ses notes, il ne manquerait plus qu’un saxophone pour compléter le tableau&amp;nbsp;: ça tombe bien, il arrive au bout de deux minutes. «&amp;nbsp;Venger&amp;nbsp;» est l’un des rares morceaux chantés – ici, la voix éthérée de Greta Link soutenue par des synthés acidulés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus orgiaque, plus dramatique, «&amp;nbsp;Disco Inferno&amp;nbsp;» nous transporte dans les tréfonds terrifiants d’une boîte de nuit hantée du XXIIe siècle. «&amp;nbsp;She moves like a knife»&amp;nbsp;: premier morceau composé pour l’album, efficace à souhait, tragique et frénétique (on pense par moment à Carpenter Brut)&amp;nbsp;; celle qui se déplace comme une lame donne sa justification à la pochette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chantée par Hayley Stewart, l’atmosphérique «&amp;nbsp;Sentient&amp;nbsp;» bénéficie d’un clip soigné en pixel-art, dont l’histoire semble s’intégrer à celle de l’album — celle d’une jeune femme se faisant embrigader par une église de cyborgs.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I’ve shutting down my brain…&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/oTN6cGmH2yM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après cette parenthèse, «&amp;nbsp;Diabolicus Ex Machina&amp;nbsp;» reprend les choses là où «&amp;nbsp;She Moves Like a Knife&amp;nbsp;» les avait laissées. Un sens d’inéluctabilité imprègne «&amp;nbsp;Assault&amp;nbsp;», qui enchaîne sur «&amp;nbsp;The Cult of 2112&amp;nbsp;», particulièrement réussi avec ses orgues dramatiques et ses voix tout droit tirées de &lt;em&gt;Carmina Burana&lt;/em&gt;. Peut-être s’agit-il d’un hommage à &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=AZm1_jtY1SQ&quot;&gt;«&amp;nbsp;2112&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Rush, l’épique morceau qui forme la face A de leur disque éponyme, et qui raconte l’histoire d’une dictature religieuse en l’an 2112… Sans oublier que la pochette de l’album arbore un pentacle pas si différent du logo de Perturbator. Bref. Suit «&amp;nbsp;Souls at zero&amp;nbsp;», qui semble malheureusement assez fade aux premières écoutes, mais dont les suivantes révèlent les beautés instables de ce morceau surprenant. On atteint enfin «&amp;nbsp;The Uncanny Valley&amp;nbsp;», qui déploie ses merveilles sur plus de six minutes. Pas forcément le plus pyrotechnique des morceaux composant le disque, mais tout de même une belle conclusion à cette &lt;strong&gt;Uncanny Valley&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=375192310/size=large/bgcol=333333/linkcol=9a64ff/artwork=small/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 250px;&quot;&gt;The Uncanny Valley - Bonus by Perturbator&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’EP bonus, riche de 7 morceaux et long de quarante minutes (quand même), contient trois inédits qui n’ont rien de chutes de studio. «&amp;nbsp;The Church&amp;nbsp;» en particulier est un morceau des plus réjouissants, tandis que «&amp;nbsp;Consecration&amp;nbsp;» forme une belle deuxième conclusion à &lt;strong&gt;The Uncanny Valley&lt;/strong&gt;. La consécration, c’est justement ce qu’on peut souhaiter de mieux à Perturbator. Suivent deux reprises instrumentales de morceaux plus anciens, un remix 8-bits et une démo, «&amp;nbsp;VERS/US&amp;nbsp;», qui a de la gueule.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En revanche, le &lt;em&gt;comic book&lt;/em&gt; qui accompagne les éditions spéciales de l’album manque relativement d’intérêt&amp;nbsp;: il s’agit moins d’un graphic novel que d’une série de dessins, par endroits d’une qualité discutable. Dommage. Un satisfecit pour l’effort néanmoins&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-u-comics3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-u-comics3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-u-comics3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-u-comics2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-u-comics2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-u-comics2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Véritable album-concept, &lt;strong&gt;The Uncanny Valley&lt;/strong&gt; forme la bande originale d’un film qui n’existe pas. Il ne faut probablement pas chercher une histoire précise, mais plutôt une trame narrative globale. Les images, on les a&amp;nbsp;: celles induites par la musique, les illustrations de la pochette, les rappels inévitables de quelques films (outre la sainte trinité &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;/&lt;em&gt;Akira&lt;/em&gt;/&lt;em&gt;Brazil&lt;/em&gt;, on pourrait aussi citer &lt;em&gt;I robot&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Terminator&lt;/em&gt; voire &lt;em&gt;New York 1997&lt;/em&gt;). Premier album de Perturbator, &lt;strong&gt;Terror 404&lt;/strong&gt; revendiquait pleinement cette influence cinématographique, avec un morceau introductif titré «&amp;nbsp;Opening Credits&amp;nbsp;» et bon nombre d’extraits de films pour introduire les titres. Comme les précédents, le présent disque assume pleinement son aspect SF, que rehausse une ambiance religieuse pas très catholique. Au fil des albums de notre musicien, tout un univers cyberpunk se dessine, illuminé par les néons des districts rouges, peuplé d’androïdes et de &lt;em&gt;vigilantes&lt;/em&gt; masqués. Curieusement, ce qui donnerait un résultat assez banal au cinéma, en BD ou en littérature, constitue ici une franche réussite, des plus jouissives. Un plaisir régressif, celui de retourner avec confort dans une décennie passée&amp;nbsp;? Peut-être. Mais là où un Kavinsky, avec son &lt;strong&gt;OutRun&lt;/strong&gt;, nous ramène directement en 1986, Perturbator regarde droit vers le futur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas de franche rupture stylistique dans &lt;strong&gt;The Uncanny Valley&lt;/strong&gt;, qui s’inscrit dans la droite lignée des précédents albums de Perturbator, quoique avec une approche plus brute, plus rentre-dedans – et c’est &lt;em&gt;bon&lt;/em&gt;. Qu’elle nous emmène en 2222 ou à une autre date, voire ailleurs, vivement la suite&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: follement&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Trilogy</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/03/T-comme-Trilogy" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Trilogy" />
      <id>urn:md5:79b3e5ea6cf7e5e5eab973516bec67df</id>
      <published>2016-06-03T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-03T10:13:54+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-t-une3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-t-une3.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'Abécédaire, au lieu de consacrer un billet au groupe Tryo, préfère réécouter un trio d'albums sous influence électronique plutôt que reggae. Après le spleen de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/30/T-comme-Third&quot;&gt;Third&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et l'intranquille musique des sphères de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/06/01/T-comme-Third-Law&quot;&gt;Third Law&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on termine avec &lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt; de Carpenter Brut, un ensemble de trois EP dessinant un univers où se collisionnent les années 80, Lovecraft et le post-apo au son de synthétiseurs furieux…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Trilogy, Carpenter Brut (No Quarter, 2015). 18 morceaux, 81 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les échos des années 80 n’en finissent pas de résonner…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après les Sixties et les Seventies, marquées par l’émergence de la contre-culture, le rejet de bon nombre des valeurs héritées des générations précédentes, les années 80 marquent un gros changement. L’accent se porte sur l’argent et le culte du corps&amp;nbsp;; la superficialité semble de mise. Musicalement, c’est un désastre&amp;nbsp;: la plupart des stars de la décennie précédentes se vautrent, et bon nombre des productions de l’époque s’avèrent aujourd’hui à peine écoutables – disons embarrassantes. Bon, je noircis le tableau, et il n’y a pas eu que des déchets.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/06/K-comme-Kung-Fury&quot;&gt;&lt;em&gt;Kung Fury&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; représentait une hilarante parodie des tropes des films et séries des années 80, la musique n’est pas en reste. En témoignent quelques artistes dont les albums remette au goût du jour la synthpop estampillée eighties – on évoquait voici quelques semaines &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/10/Q-comme-Queen-Mimosa-3&quot;&gt;Queen Mimosa 3&lt;/a&gt;, qui propose une pop hédoniste et festive. Et dans un genre assez différent, Carpenter Brut.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le nom ne ment pas&amp;nbsp;: la musique de Carpenter Brut se place sous l’égide de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt;John Carpenter&lt;/a&gt;. Et «&amp;nbsp;Brut&amp;nbsp;», parce que ça envoie du pâté. D’aucuns pourront trouver des ressemblances avec et les productions du label Ed Banger, comme &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/17/typos#justice&quot;&gt;Justice&lt;/a&gt; et surtout Kavinsky, dont l’album &lt;strong&gt;OutRun&lt;/strong&gt; (2013) joue dans la même cour que le présent &lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: à savoir un gros son synthétique très influencé par le metal. Certes, mais Carpenter Brut a trouvé sa propre voie – et propose quelque chose de plus solide et plus intéressant que les musiciens cités plus haut.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-t-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-t-cover3.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt; , ce sont en fait trois EP de six titres, parus entre décembre 2012 et janvier 2015, et rassemblés dans le présent album. «&amp;nbsp;Escape from Midwich Valley&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;347 Midnight Demons&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Sexkiller on the loose»&amp;nbsp;: les titres des morceaux donnent le &lt;em&gt;la&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: les USA, des synthés, des néons, des ambiances de films d’horreur&amp;nbsp;! Le tout replacé dans une décennie 80 fantasmée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est bourrin, frénétique, dramatique, c’est rentre-dedans, volontiers sombre, un brin grandiloquent&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt;, dans ses moments les plus calmes, laisse toujours planer une atmosphère inquiète. Les morceaux sont essentiellement instrumentaux, à une exception près, et l'imparable sens mélodique de notre musicien empêche lassitude. À l’écoute de ces dix-huit morceaux, on s’imagine volontiers des rues au macadam luisant, encore humide d’une récente averse, où se reflètent les couleurs de néons grésillants… Cela étant dit, l’imagerie du disque comme de l’artiste, à base d’obèles renversées, de crâne de bélier, évoque plutôt quelque chose de diabolique — sans pour autant tomber dans du macabre à deux balles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, à l’instar des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lost Themes&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de John Carpenter, les morceaux de Carpenter Brut sonnent de manière très cinématographique – outre le réalisateur de &lt;em&gt;The Thing&lt;/em&gt;, on pense aussi à Dario Argento –, et &lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt; monte en puissance au fil des morceaux, à croire que cet ensemble de trois EP a été conçu selon une véritable progression dramatique. Les six premiers morceaux (correspondant à l’&lt;strong&gt;EP I&lt;/strong&gt;) posent fort efficacement le décor&amp;nbsp;; les six suivants (&lt;strong&gt;EP II&lt;/strong&gt;) montent en puissance avec une aisance insolente et les six derniers (&lt;strong&gt;EP III&lt;/strong&gt;) tutoient l’excellence. Ce troisième acte de &lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt; commence fort avec &lt;a href=&quot;https://carpenterbrut.bandcamp.com/track/division-ruine-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Division Ruine&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://carpenterbrut.bandcamp.com/track/paradise-warfare-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Paradise Warfare&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; montre que Carpenter Brut n'a rien à envier à Kavinsky, Justice ou John Carpenter (pour citer les références évidentes), et &lt;a href=&quot;https://carpenterbrut.bandcamp.com/track/run-sally-run-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Run, Sally, Run!&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; prouve qu'il peut même faire &lt;em&gt;mieux&lt;/em&gt;. Ce troisième acte s'achève par un envoûtant triptyque final &amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://carpenterbrut.bandcamp.com/track/turbo-killer-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Turbokiller&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; nous plonge en pleine apocalypse, tandis que &lt;a href=&quot;https://carpenterbrut.bandcamp.com/track/anarchy-road-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Anarchy Road&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; nous promène à travers les ruines et que &lt;a href=&quot;https://carpenterbrut.bandcamp.com/track/invasion-a-d-2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Invasion A.D.&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; constitue le générique de fin… auquel s’ajoute une scène post-crédit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2411281348/size=large/bgcol=333333/linkcol=e32c14/artwork=small/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 450px;&quot;&gt;TRILOGY by Carpenter Brut&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans surprise, les nombreux clips qui accompagnent l’album jouent volontiers de l’aspect cinématographique et chronologique de la musique. D'abord, les teasers, pots-pourris de cinéma bis (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=4hyALGKwluA&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=hnC4STo6BfY&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=EiIW-izVkBk&quot;&gt;là&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Escape from Midwich Valley&amp;nbsp;» adopte la forme d’un court-métrage éponyme, long de presque neuf minutes et sous pleine influence Lovecraft. Un couple se rend à Innsmouth, avant de se retrouver pourchassés par les monstrueux habitants du cru. Mais quitte-on jamais vraiment Innsmouth, lorsque les atavismes ont la peau (écailleuse) dure&amp;nbsp;? Adapter Lovecraft relève de la mission quasi impossible, mais cette mise en image-et-musique du Cauchemar d’Innsmouth, en dépit de son aspect un brin amateur, s’en sort de manière correcte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/FEV9zjHiICA&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le clip de «&amp;nbsp;Le Perv&amp;nbsp;», qui annonçait le premier EP, situe bien les choses&amp;nbsp;: les quatre minutes du morceau collisionnent &lt;em&gt;Flashdance&lt;/em&gt; avec un slasher des années 80. Des filles, jeunes et jolies, dansent&amp;nbsp;; un tueur les poursuit, armé d’une épingle à cheveux. Rien d'étonnant de la part d'un musicien qui n'hésite pas à reprendre &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=bZwG2pjzUAo&quot;&gt;«&amp;nbsp;Maniac&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; sur scène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; src=&quot;https://player.vimeo.com/video/54355011?color=ff9933&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une esthétique volontiers vintage que l’on retrouve dans «&amp;nbsp;Obituary&amp;nbsp;», dont le clip rend hommage aux films japonais. Érotique et violent, une réussite en la matière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;232&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; src=&quot;https://player.vimeo.com/video/74333931?color=ff9933&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Clip le plus récent et le plus travaillé, «&amp;nbsp;Turbo Killer&amp;nbsp;» relève pleinement de la SF, et concasse bon nombre d’influences&amp;nbsp;: éléments typiques de la dark synthwave (à commencer par les bagnoles de course), imagerie religieuse remixée dans la quincaillerie spatiale…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; src=&quot;https://player.vimeo.com/video/156773180?color=ff9933&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avant-dernier titre de &lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;Anarchy Road&amp;nbsp;» est aussi la seule chanson du disque. Des paroles évoquant la fin du monde – prévue pour les prochaines Seventies –, avec un clip à l’avenant&amp;nbsp;: la fuite éperdue d’une jeune femme et d’un garçonnet à travers des paysages de ruines.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;In twenty seventy or so&lt;br /&gt;
Tenements on fire&lt;br /&gt;
Blazing through endless nights&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; src=&quot;https://player.vimeo.com/video/117199800?color=ff9933&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus haut, on citait John Carpenter et Kavinsky. Il ne faudrait pas oublier Perturbator, autre Frenchie œuvrant dans la même mouvance néo-rétro-eightie, auteur de trois albums et d’autant d’EP. Moins rentre-dedans, plus atmosphérique, sa musique vaut elle aussi qu’on y prête une oreille – et c’est ce qu’on fera au prochain billet. Voilà en tous cas des musiciens qui sont parvenus à remporter un défi pas forcément gagné d’avance&amp;nbsp;: réinventer la bande-son des eighties et rendre cool à nouveau cette décennie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trilogy&lt;/strong&gt; , avec ses quatre-vingt-une minutes de musique, est un disque pour le moins roboratif. Mais indispensable pour tout amateur de musiques sombres et évocatrices. Dire que j’attends la suite (&lt;em&gt;LP I&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?) avec impatience relève de l’euphémisme. Reste à espérer que Carpenter Brut saura se renouveler : le tout récent morceau &lt;a href=&quot;https://furi.bandcamp.com/track/youre-mine&quot;&gt;« You’re Mine »&lt;/a&gt; sur la BO du jeu &lt;em&gt;Furi&lt;/em&gt; a tout l’air d’un auto-pastiche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant, &lt;em&gt;back to the eighties&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: on&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Third Law</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/06/01/T-comme-Third-Law" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Third Law" />
      <id>urn:md5:2d67c5f4db194b9a7048c712eba0e1ad</id>
      <published>2016-06-01T08:30:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-01T08:34:34+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-t-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-t-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'Abécédaire, au lieu de consacrer un billet au groupe Tryo, préfère réécouter un trio d'albums sous influence électronique plutôt que reggae. Après le superbe &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/30/T-comme-Third&quot;&gt;&lt;strong&gt;Third&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Portishead, on continue avec &lt;strong&gt;Third Law&lt;/strong&gt;, troisième disque en date du musicien anglais Roly Porter, qui formerait une bande originale alternative des plus valables à &lt;strong&gt;Interstellar&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Third Law, Roly Porter (Tri Angle, 2016). 52 minutes, 8 morceaux.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans notre billet sur l’exploration musicale du &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; de Frank Herbert, on s’était attardé brièvement sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/15/Dune-en-musique-Inspirations-II#aftertime&quot;&gt;&lt;em&gt;Aftertime&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; de Roly Porter. Ce premier album du musicien anglais aurait joliment pu former la bande-son d’une nouvelle adaptation cinématographique du roman. Côté adaptation, Roly Porter a également composé en live une nouvelle BO du film &lt;em&gt;Gandahar&lt;/em&gt; de René Laloux, d’après le roman éponyme de Jean-Pierre Andrevon, mais introuvable (&lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/factmag/roly-porter-re-score-of-light-years-trailer&quot;&gt;à l'exception du trailer par ici&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-t-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-t-cover2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Sorti début janvier, &lt;em&gt;Third Law&lt;/em&gt; est le troisième et dernier album en date de Roly Porter (et n'a rien à voir avec &lt;em&gt;2nd Law&lt;/em&gt; de Muse, ouf). Quelle est la troisième loi du titre&amp;nbsp;? Laquelle&amp;nbsp;? &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_du_mouvement_de_Newton#Troisi.C3.A8me_loi_de_Newton_ou_principe_des_actions_r.C3.A9ciproques_.28ou_mutuelles.29&quot;&gt;Celle de Newton&lt;/a&gt;, qui stipule que&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L'action est toujours égale à la réaction&amp;nbsp;; c'est-à-dire que les actions de deux corps l'un sur l'autre sont toujours égales et de sens contraires.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;ou bien &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_de_Kepler#Troisi.C3.A8me_loi_.E2.80.93_Loi_des_p.C3.A9riodes&quot;&gt;celle de Kepler&lt;/a&gt;, sur l’orbite des planètes&amp;nbsp;? À moins qu’il ne s’agisse de la &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_principe_de_la_thermodynamique&quot;&gt;troisième loi de la thermodynamique&lt;/a&gt;, selon laquelle&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;L'entropie d'un cristal parfait à 0 kelvin est nulle.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Chacun se fera son opinion sur le titre, qui s’inscrit dans la lignée scientifique des précédentes œuvres du musicien&amp;nbsp;: son deuxième disque s’intitulait &lt;em&gt;Lifecycle of a Massive Star&lt;/em&gt;. La pochette s’avère énigmatique. Au premier regard, on croit deviner la représentation conventionnelle d’un trou noir, ou bien quelque paysage spatial. Mais le bas de l’image est des plus organique, évoquant le pourtour humide d’un œil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a dans «&amp;nbsp;4101&amp;nbsp;» des échos du &lt;em&gt;Requiem&lt;/em&gt; de Giorgy Ligeti, lorsque surgissent ces chœurs vibrionnants. Quant aux percussions, à l’opposé des chœurs aériens, elles sont telluriques, et l’on imagine bien la dynamique des plaques continentales à l’œuvre. Les blocs sonores s’élèvent, s’effondrent, dans une logique proche de celle abordée par Scott Walker dans son effrayant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/02/D-comme-The-Drift&quot;&gt;&lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;. De possibles influences, certes, mais Roly Porter a son propre univers. Les huit minutes de «&amp;nbsp;4101&amp;nbsp;» sont pour le moins intenses – dans le genre «&amp;nbsp;approchez-vous d’un trou noir et voyez ce que ça fait&amp;nbsp;» – et, reconnaissons-le d’emblée, la suite de l’album ne parviendra jamais tout à fait à regagner de tels sommets (mais, vu la manière dont le morceau laisse le cerveau de l’auditeur, ça n’est pas forcément un mal).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;lt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/KEGgwI_EnZE?list=PL19Rg9TxaFdfwLd1HZFXOqqVj4Cbwm1XD&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&amp;gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;In System&amp;nbsp;» poursuit le travail entrepris sur «&amp;nbsp;4101&amp;nbsp;», en plus apaisé. Dans «&amp;nbsp;Mass» retentissent des percussions rebondissantes, bientôt en folie, soutenues par des nappes synthétiques vibrantes, des échos de voix distordues, qui peinent à surnager au chaos. On pense, de loin, à un Aphex Twin de l’ère spatiale. Il faut bien «&amp;nbsp;Blind Blackening&amp;nbsp;» pour se reposer les oreilles. Un morceau plus apaisé, qui débute comme un véritable cocon sonore dont la cotonneuse paroi est de plus en plus souvent traversée par des accidents à l’arrière plan. Puis ça mute et retrouve les sommets d’intensité de «&amp;nbsp;4101&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde moitié de l’album semble s’organiser selon une progression dramatique, débutant avec le superbe «&amp;nbsp;High Places&amp;nbsp;». Après une première minute tranquille, «&amp;nbsp;In Flight&amp;nbsp;» décolle soudain. Un martèlement traverse le morceau, propulsant l’auditeur au cœur d’une fusée au décollage, dont l’allumage connaît des ratés. Mais tout va bien, nous voilà bientôt en orbite&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Departure Stage&amp;nbsp;» renoue avec la majesté tragique des débuts. On a quitté la Terre… et nous voici maintenant dans la banlieue proche de notre système solaire dans «&amp;nbsp;Known Space&amp;nbsp;», superbe conclusion à &lt;em&gt;Third Law&lt;/em&gt;. Percussions en bazar, lamentations, montée en puissance du morceau… À 4’45&quot;, des notes de piano (ou d’un truc qui y ressemble), inattendues, retentissent, formant une mélodie – simple, fragile mais emplie d’une détermination. L’espace est peut-être un endroit terrifiant, peuplé de périls, mais c’est dans cette direction qu’il faut aller.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ZEjpkC4feEg?list=PL19Rg9TxaFdfwLd1HZFXOqqVj4Cbwm1XD&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’exception de «&amp;nbsp;4101&amp;nbsp;», tonitruante introduction, et de «&amp;nbsp;Know Space&amp;nbsp;», poignante conclusion, les huit morceaux de &lt;em&gt;Third Law&lt;/em&gt; se distinguent relativement peu entre eux. Mêmes nappes de synthétiseurs, même sonorités stridentes, mêmes magma de percussion&amp;nbsp;: l’ensemble du disque provient de la même boîte à outil musicale. Peu de surprises, mais une cohérence sans faille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, Roly Porter semble se situer dans une veine abordée par Aphex Twin et Autechre. La virtuosité un peu vaine du premier et la mélancolie machinique des seconds (la mélodie de «&amp;nbsp;Departure Stage&amp;nbsp;» m’évoque le déchirant &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=72TbUKMZys8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Vletrmx21&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) est ici remplacée par une gravitas sous une pure inspiration astrophysique. La musique des sphères n’a jamais été aussi intranquille. À l’heure où les deux chevrons du label Warp ont tendance à se faire rares (encore que Aphex Twin est sorti de sa retraite depuis deux ans et qu’Autechre vient de sortir &lt;em&gt;elseq 1-5&lt;/em&gt;, un quintuple album fort de quatre heures de musique), entendre une relève aussi intéressante fait pour le moins plaisir aux oreilles. Dire que j’ai hâte d’écouter le prochain album de Roly Porter tient de l’euphémisme…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un petit exercice d’imagination. Dans un univers parallèle, &lt;em&gt;Interstellar&lt;/em&gt; est un film de Christopher Nolan à même de faire pâlir le &lt;em&gt;2001&lt;/em&gt; de Stanley Kubrick, et sa bande originale n’est pas signée par Hans Zimmer mais par Roly Porter. (&lt;em&gt;Third Law&lt;/em&gt; n’aurait pas démérité comme véritable BO du film de Nolan même si la partition de Hans Zimmer, assez pompeuse comme à l’accoutumée, demeure cependant pourvue d’une certaine majesté et d’avère d’une écoute agréable – durant le film comme après.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À écouter, cela va sans dire, avec les basses à fond. Si vos murs ne tremblent pas sur «&amp;nbsp;4101&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Known Space&amp;nbsp;», vous manquerez une part de l’expérience.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 28 mai 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/31/Journal-d-un-homme-des-bois-28-05-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 28 mai 2016" />
      <id>urn:md5:9ec698004049f45331475f5e5ee8be43</id>
      <published>2016-05-31T10:22:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-31T11:06:28+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-jhb-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/valery-jhb-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où Francis Valéry fait un point sur ses différents projets, mis en route au cours des derniers mois : l'opération &lt;strong&gt;Adoptez un artiste&lt;/strong&gt;, les ventes d'e-books et les livres audio, les campagnes de financement participatif…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En cette fin de printemps, il m’a semblé opportun de faire le point sur les divers projets mis en route au cours des douze derniers mois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela fait maintenant près d’un an et demi que je réfléchis à un mode de rétribution des artistes qui leur permettrait de vivre – au minimum de survivre – dans le contexte des nouvelles pratiques de consommation culturelle. Je ne vais pas revenir sur le sujet. Mon renvoi de la Maison d’Ailleurs – ce qu’en termes diplomatiques on appellera plutôt le «&amp;nbsp;non-renouvellement de mon mandat&amp;nbsp;» – en avril 2015, a été l’occasion de lancer concrètement ce projet un peu fou – pour ne pas dire totalement insensé – connu sous le nom de code &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/22/Journal-d-un-homme-des-bois-13-04-2015&quot;&gt;Adoptez un artiste&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Là non plus, je ne vais pas revenir sur le sujet. J’en ai suffisamment parlé dans ce blog. Par contre, il m’apparaît intéressant de dresser un bilan de cette expérience.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://blog.belial.fr/media/JHB/adopte-un-artiste-une2.jpg&quot; src=&quot;http://blog.belial.fr/media/JHB/adopte-un-artiste-une2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Onze personnes ont répondu favorablement et ont accepté de participer, de manière directe et concrète, au financement de mes petites activités d’écriture et de musique. J’ai tenté de tenir mes engagements – donner chaque mois des nouvelles par le biais d’un courrier et offrir, de temps en temps, un petit quelque chose d’inédit, rendant compte de mes travaux (CD, fichiers audio). Je pense y être assez moyennement parvenu et estime, tout compte fait, que je n’ai pas été à la hauteur de ce que je voulais faire. Je ne me sens donc pas le droit de renouveler cette expérience qui aura consisté – pour l’essentiel – à demander à des personnes de payer pour pouvoir lire, trop souvent, mes pleurnicheries et écouter, trop rarement, des choses un rien intéressantes. J’ai donc décidé d’en rester là, au moins sous cette forme. Je ne remercierai jamais assez mes «&amp;nbsp;adoptants&amp;nbsp;» de leur soutien, mais réitérer ma demande serait sans doute abuser de leur gentillesse. Merci à eux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Poursuivons le petit point promis. Persistons dans cette posture minimaliste et petit-pointons allègrement le reste de nos petites activités (restons dans la cohérence&amp;nbsp;: on fait le &lt;em&gt;point&lt;/em&gt; sur des activités, comme il s’agit ici d’un &lt;em&gt;petit point&lt;/em&gt; on admettra qu’il s’agit bien de &lt;em&gt;petites&lt;/em&gt; activités, l’autodérision un rien flagellatoire n’étant pas le moindre de mes talents).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parlons d’un sujet qui ne va pas manquer de fâcher&amp;nbsp;: les e-books.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20160528-bumpie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160528-bumpie.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt;Cela fait plusieurs années que l’on me contacte, à l’occasion, pour reprendre certains de mes écrits sous la forme – moderne&amp;nbsp;! – de e-books. Le premier fut un certain Jérôme Baud qui souhaitait rien moins que mettre à flots une «&amp;nbsp;Armada&amp;nbsp;» (nom de sa maison d’éditions) constituée de titres essentiels et indispensables. L’homme souhaitait éditer ma novella «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bumpie™&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui eut l’insigne honneur d’être récompensée par un Prix Rosny Aîné et reprise aux USA, dans une traduction de Sylvie Denis, par rien moins que Robert Silverberg, dans son anthologie &lt;em&gt;Universe&lt;/em&gt;. Dans la foulée, je fourguai au sieur Baud les droits d’exploiter sous forme d’e-book mon roman préféré, &lt;em&gt;L’Erreur de France&lt;/em&gt;. Cinq ans plus tard, rien ne s’est concrétisé. J’ai vu passer (par mail) les maquettes de ces deux e-books mais je ne les ai jamais vus en ligne nulle part. Les contrats n’ont donc pas été honorés. Mais difficile d’en vouloir au jeune homme&amp;nbsp;: je suppose qu’il a eu les yeux plus gros que le ventre et qu’il n’est pas parvenu à s’y retrouver sur le plan financier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/51/45951-w150.jpg&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/51/45951-w150.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Quelque temps plus tard, c’est le Bélial’ qui souhaita e-bookéditer mon essai sur &lt;em&gt;Bob Morane&lt;/em&gt; – mis à jour par Erwann Perchoc – et mon roman &lt;em&gt;La Cité entre les Mondes,&lt;/em&gt; paru en Présence du Futur et qui reçut le Prix Julia Verlanger. Ce dernier n’est pas ce que j’ai écrit de pire, selon mes lecteurs et éditeurs. Même si, pour cette édition, je n’ai pas pu relire davantage que les cinq premières pages tant je le trouve écrit à chier. Mais bon, c’est normal&amp;nbsp;: je n’aime plus rien de ce que j’ai fait. Ou si peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, il y a un an, quasiment jour pour jour, suite à l’intervention de l’un de mes «&amp;nbsp;adoptants&amp;nbsp;», j’ai signé avec un troisième éditeur d’e-books, belge cette fois, rien moins qu’une quinzaine de contrats pour des reprises en e-books d’autant de mes livres. Je crois bien me souvenir que les contrats précisaient que l’éditeur s’engageait à remplir ses obligations dans un délai d’un an après signature – le genre de contrat qui n’engage que ceux qui ont la faiblesse d’y croire. Aux dernières nouvelles, après un zeste d’insistance (légère, l’insistance…) de ma part, un de mes romans que je ne renie pas, &lt;em&gt;Les Sources du Nil&lt;/em&gt;, est disponible en e-book. Enfin, en théorie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toujours au registre de l’édition dite en ligne, Le Bélial’, lui encore, a accepté mon projet de collection de livres audio baptisée &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt;, du nom d’une antique réalisation datant de mes années de priapisme chronique (ça a bien changé…). De mémoire, cinq ou six titres sont parus. Un temps, il fut question de tenter d’accroître la diffusion via divers partenaires – puis il n’en fut plus question ou, tout au moins, je ne fus plus informé de l’avancement de la chose ou, plus probablement, de son abandon. Un temps, il fut ensuite question de donner davantage de visibilité à la collection en y incluant des auteurs poids lourds – j’y donc commis un &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; d’après Jules Verne, texte intégral et deux heures (ou peu s’en faut) de musique spécialement composée à l’occasion. Fort heureusement, ce projet fut financé via le site Kickstarter – nous y reviendrons. Je dis «&amp;nbsp;fort heureusement&amp;nbsp;» car la réalisation pratique demanda pas loin de quatre mois de travail (composition, enregistrement et toutes ces choses) – mais ne suscita, une fois bélialisée, aucune retombée financière sous forme de droits d’auteur. Pas un centime&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/13/54013-w250.jpg&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/13/54013-w250.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et l’on en arrive à ce constat assez simple&amp;nbsp;: l’édition d’e-books ne fonctionne absolument pas. Et il est à peu près évident que cela ne fonctionnera jamais, pour la simple raison que la production culturelle est désormais perçue par le consommateur comme quelque chose auquel il a &lt;em&gt;droit&lt;/em&gt;, sans contrepartie. C’est ce que j’ai désigné dans plusieurs de mes billets comme relevant du «&amp;nbsp;Mythe de la gratuité&amp;nbsp;». L’offre d’e-books piratés est foisonnante&amp;nbsp;! Alors pourquoi payer pour télécharger légalement quelque chose que l’on peut aisément télécharger, copier, échanger, rediffuser gratuitement&amp;nbsp;? Il en va de même – et c’est sans le moindre doute encore pire – pour la musique enregistrée. Cela étant, les éditeurs d’e-books n’ont pas encore bien compris cela et continuent de signer à tour de bras tout et n’importe quoi, afin de se constituer un (futur) catalogue. Ils vous promettent de reprendre vos livres épuisés et de les diffuser sous cette forme nouvelle, très moderne, adaptée au monde d’aujourd’hui et assurée de casser la baraque dans le grandiose avenir du tout virtuel, et patati et patata, turlututu chapeau pointu. Ce serait la meilleure manière, dans le monde d’aujourd’hui, de rester disponible malgré tout, vous susurre-t-on à l’oreille, dans un monde où l’édition papier relève de l’industrie du Kleenex. Comme les auteurs sont des ballots égocentrés, ils gobent et signent&amp;nbsp;! Les éditeurs d’e-books se retrouvent donc avec des projets pour les cinquante prochaines années&amp;nbsp;! Et puis le réel se rappelle à l’ordre. Les e-books ne se vendent pas – ou pas assez… et de &lt;em&gt;très beaucoup&lt;/em&gt;, si vous voyez ce que je veux dire. Il est donc impossible de générer un chiffre d’affaire, et partant un bénéfice, qui soit en rapport avec le travail que cela représente de préparer et mettre en ligne un e-book – il y a tout de même du boulot technique qui demande du temps. Donc les gens qui se lancent dans les e-books finissent par se rendre compte qui si, de fait, ça ne coûte rien (ou pas grand-chose&amp;nbsp;: en tout cas, il n’y a aucun frais d’impression, aucun pourcentage à laisser à un distributeur, un diffuseur, un libraire… aucun frais de port sur les ventes directes, etc.), pour autant ça ne rapporte pas davantage (ou si peu…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Éditer des e-books n’est simplement pas viable. Et en bout de chaîne, ceux qui font les frais de ces opérations, ce sont les auteurs dont la seule rétribution, au bout du compte, est un mélange de déception et de frustration. En ce qui me concerne, six mois après la date légale d’arrêté des comptes annuels, je n’arrive même pas, faute de réponse de l’éditeur, à connaître le nombre d’exemplaires vendus en 2015 de mes deux ouvrages réédités ( &lt;em&gt;Bob Morane&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Cité entre les Mondes&lt;/em&gt;) et de mes six livres audio diffusés par Le Bélial’. Connaissant tout de même un peu mes lascars et n’ayant aucune raison de les soupçonner de tenter de me spolier du fruit de ventes colossales, je crois plutôt – et plus simplement – que les ventes ont du être à ce point dérisoires que les droits d’auteur ne doivent même pas couvrir le timbre pour m’envoyer un chèque… L’e-book, c’est un rêve d’utopiste mal dégrossi, de la branlette de p’tite bite, un délire de pseudo-businessmen se croyant «&amp;nbsp;dans l’air du temps&amp;nbsp;». Et ce n’est &lt;em&gt;même pas&lt;/em&gt; une arnaque, puisque personne n’y gagne rien&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après l’échec de l’opération &lt;strong&gt;Adoptez un Artiste&lt;/strong&gt; et la pitoyable tentative de l’Homme des Bois (un rien innocent sur ce coup-là, façon papillon blanc) de relancer sa petite carrière littéraire et artistique dans le e-world, venons-en au troisième sujet méritant son propre petit point&amp;nbsp;: mes expériences de financement participatif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/03/Journal-d-un-homme-des-bois-03-06-2015&quot;&gt;Début juin 2015&lt;/a&gt;, j’ai découvert l’existence de la toute récente plate-forme française du site de financement participatif Kickstarter. J’ai aussitôt lancé &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/maitre-zacharius-poeme-symphonique-sur-texte-de-ju&quot;&gt;un premier projet&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: un Poème Symphonique inspiré par &lt;em&gt;Maître Zacharius&lt;/em&gt;, un court roman fantastique de Jules Verne. Grâce à l’implication personnelle de Jean-Jacques Girardot qui a fait un véritable forcing auprès de ses relations (en partie autour de l’Ecole des Mines et du Conservatoire de Saint-Étienne, d’après ce que j’ai cru comprendre), je suis parvenu à convaincre cinquante-quatre personnes de participer au financement – auxquelles se sont ajoutées dix personnes ayant souhaité donner un coup de main direct, sans passer par le site. J’ai composé, harmonisé, arrangé et enregistré plus de 400 heures de musique… pour au final concocter une œuvre de près de deux heures, structurée en un peu moins de vingt mouvements de 5/6 minutes (chacun composé de 15/20 pistes). Bref, un très gros travail, mêlant musique traditionnelle acoustique, musique bruitiste, musique électro-acoustique voire purement électronique. L’ensemble est articulé avec des variations sur un thème simple&amp;nbsp;: une simple descente de gamme en mode phrygien. De mon point de vue, l’œuvre n’est pas honteuse et je pense que les longues journées d’écriture musicale, d’harmonisation, d’arrangement et d’enregistrement s’entendent. Six mois plus tard, j’ai donc lancé &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;un second Kickstarter&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: le journal de bord d’un ambassadeur envoyé en poste sur une planète alien, Ayou, située dans un amas globulaire extragalactique, et où se passent des phénomènes un rien étranges&amp;nbsp;; ce texte étant accompagné et illustré par un collectage de la musique de ce monde alien (donc le fruit d’une réflexion sur ce que pourrait être une musique radicalement «&amp;nbsp;autre&amp;nbsp;»). Ce second kickstarter a bénéficié d’une levée de fond d’un montant du tiers de celui de la première levée (mais le travail et donc le temps nécessaire me semblant moindres, j’avais demandé le quart du premier financement, donc on peut considérer que le challenge a été relevé).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À ce jour, j’en suis à la moitié de cette réalisation, ayant pris pas mal de retard suite à des événements personnels sur lesquels il n’est pas nécessaire de s’attarder – mais une chose reste certaine&amp;nbsp;: ce «&amp;nbsp;journal en musique&amp;nbsp;» va se concrétiser&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatrième et dernier projet initié au cours de l’année qui vient de s’écouler&amp;nbsp;: le redémarrage de ma petite «&amp;nbsp;carrière&amp;nbsp;» d’écrivain. Premier et immédiat constat&amp;nbsp;: plus personne ne sait qui je suis (qui je fus…) – à part les vieux copains… mais comme il y a plusieurs éditeurs dans le lot, je dispose tout de même de plusieurs opportunités pour qu’un futur manuscrit soit examiné avec une certaine bienveillance… et finisse par être publié s’il est jugé publiable. Avec ce bémol que le temps est révolu où il me suffisait de me mettre d’accord sur un projet avec un éditeur, pour qu’un contrat soit établi et qu’une avance financière me soit versée. De nos jours, il faut d’abord faire le boulot et seulement ensuite toucher un peu d’argent. Dans le meilleur des cas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nouveau monde, nouvelles règles. En fait, je crois bien que personne n’a d’argent (en tout cas pas pour les auteurs) et qu’il est devenu totalement illusoire de vivre de sa seule plume. Pas étonnant que les quelques écrivains qui publient avec une certaine régularité, dont on parle un peu ou que l’on croise dans les salons du livre, soient désormais tous des «&amp;nbsp;amateurs&amp;nbsp;» – dans le sens où ce n’est pas l’écriture qui les fait vivre, mais le plus souvent un travail salarié (journaliste) ou de fonctionnaire (Éducation Nationale). Ca a toujours été un peu comme ça. Désormais, c’est &lt;em&gt;totalement&lt;/em&gt; comme ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ce contexte peu favorable, je suis tout de même parvenu à publier un recueil de récits fantastiques&amp;nbsp;: &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.riviereblanche.com/revemandarine.htm&quot;&gt;Un Rêve Mandarine et autres mythes urbains&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. Au départ, il s’agissait d’une poignée de nouvelles publiées dans la revue &lt;em&gt;Ténèbres&lt;/em&gt; il y a vingt ans. À l’arrivée, c’est un fort volume composé de textes assez longs (voire très longs), certes plus ou moins basés sur les premières versions, mais considérablement allongés et entièrement réécrits. S’y ajoutent des inédits. Le livre est beau. Grâce au petit réseau de soutien dont bénéficie l’éditeur, Rivière Blanche, il y a eu quelques excellentes critiques dans des supports divers et sur des sites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20160528-revemandarine.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160528-revemandarine.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par contre et à mon grand désespoir, le recueil s’est retrouvé tricard dans la presse spécialisée&amp;nbsp;! Non pas parce qu’il aurait été jugé peu intéressant – ce qui aurait été une raison parfaitement recevable – mais simplement parce qu’il serait difficile, voire impossible, de le trouver facilement en libraire. Vu l’offre éditoriale pléthorique, il conviendrait de ne signaler aux lecteurs que des ouvrages faciles à trouver. C’est bien l’argument le plus stupide que j’ai jamais entendu&amp;nbsp;! D’abord parce que vu les délais de parution des revues et le fait que chaque nouveauté chasse des librairies la précédente, les livres qui font l’objet d’une critique ne sont pour la plupart &lt;em&gt;plus&lt;/em&gt; disponibles en librairie lorsque paraît ladite critique. Ensuite, les revues spécialisées – elles-mêmes peu évidentes à trouver en dehors de quelques grandes librairies dans des grandes villes et dont les audiences globales ne font pas rêver&amp;nbsp;! – s’adressent, justement, à des lecteurs motivés, souvent abonnés, qui font l’effort de chercher et de trouver des choses sortant un peu de l’ordinaire. Par ailleurs, il faut savoir que &lt;em&gt;tous&lt;/em&gt; les ouvrages de Rivière Blanche sont disponibles sur eBay en achat immédiat, au prix librairie, une personne s’occupant de la diffusion du fond (plusieurs centaines de titres au jour d’aujourd’hui) de cette manière. Donc n’importe quel ouvrage paru chez Rivière Blanche peut être acheté/payé en deux clics et reçu à domicile sous 48 heures. Moi qui vis à la campagne, comment croyez-vous que j’achète le peu de livres que j’achète&amp;nbsp;? Quand je lis une critique qui me donne envie d’acquérir un ouvrage (exemple&amp;nbsp;: critique de Fabrice Pliskin dans &lt;em&gt;L’Obs&lt;/em&gt; de cette semaine, sur l’essai de Laurent de Wilde, &lt;em&gt;Les Fous du son. D’Edison à nos jours&lt;/em&gt;, paru chez Grasset) je vais chez Amazon, je le commande, je le reçois deux jours plus tard. Qu’est-ce que j’en ai à faire qu’on le trouve facilement ou pas dans les librairies&amp;nbsp;!? Et puis quelles librairies&amp;nbsp;? Je suis à une heure et demie en voiture + tramway de la plus proche librairie digne de ce nom, vous croyez que je n’ai que ça à faire&amp;nbsp;? Je remercie &lt;em&gt;L’Obs&lt;/em&gt; d’avoir attiré mon attention sur ce livre, et puis c’est tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une bonne critique d’un ouvrage (réputé «&amp;nbsp;difficile à trouver&amp;nbsp;» ou pas), ne peut que donner envie à un lecteur motivé de se le procurer directement – au pire, dans le cas d’une autoproduction non diffusée, il suffit que la chronique soit accompagnée d’une adresse postale ou du mail de la maison d’éditions. Au lecteur d’être un peu réactif&amp;nbsp;! Toutes les revues de SF ont toujours fonctionné ainsi&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Futurs&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Ozone&lt;/em&gt;… s’efforçaient de donner un coup de main aux «&amp;nbsp;petits&amp;nbsp;» éditeurs. Je me souviens d’une époque où un quotidien comme &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt;, la star de la presse française s’il en est, publiait à l’occasion de petits articles sur mes réalisations d’alors, des fascicules autoédités tirés à cent ou deux cents exemplaires, en indiquant mon adresse postale. Ce fut le cas pour mon premier recueil de nouvelles, &lt;em&gt;L’Horreur des collines&lt;/em&gt;, et pour mon premier essai sur la série TV &lt;em&gt;Les Envahisseurs&lt;/em&gt;. Ce qui, à chaque fois, me valait plusieurs dizaines de commandes (plus de 100 pour le livret sur &lt;em&gt;Les Envahisseurs&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!) et permettait de rentabiliser mes petites productions et de construire peu à peu un fichier de personnes intéressées par ce que je faisais, et donc susceptibles de répondre favorablement à de futures souscriptions. Il y a vingt ou trente ans, &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; faisait ce que les revues de SF d’aujourd’hui – qui ne sont en définitive que des fanzines joliment imprimés, vu leur tirage dérisoire en regard de celui de n’importe quelle véritable «&amp;nbsp;revue&amp;nbsp;» et le fait qu’ils ne rétribuent pas leurs collaborateurs – refusent de faire&amp;nbsp;! Et cela au nom d’une posture complètement insensée et qui, dans la pratique, se révèle n’être qu’un simple boycott qui ne dit pas son nom. Bref, on l’aura compris, j’ai été profondément déçu par cette attitude.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après une année de recherches et de nouvelles expériences, j’ai véritablement le sentiment d’être arrivé au terme de mon parcours. Ou pour le moins de cette manière d’avancer qui fut la mienne pendant quarante ans&amp;nbsp;: en faisant confiance aux personnes, en estimant que la parole donnée était suffisante, en étant partant pour tout projet me semblant conforme à l’éthique, en ne comptant jamais mes heures et ma peine, en considérant toujours l’aspect financier comme secondaire, en voulant aider, faire connaître, partager mes bonheurs de lecteur… Je ne reconnais pas le monde dans lequel nous vivons. Et je ne parviens plus à y trouver ma place. Ce monde manque d’honneur, d’entrain, de courage. De nombreuses personnes qui, naguère, se seraient positionnées à la pointe de la résistance marchent désormais au même pas que le reste du troupeau. S’en rendent-elles compte&amp;nbsp;? Je ne sais pas. Je n’en veux à personne. Ce qui ne m’empêche pas de trouver tout cela terriblement décevant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour les semaines et peut-être les mois qui viennent, j’ai quelques petites choses en cours. Je dois finaliser le texte et la musique de &lt;em&gt;Ayou&lt;/em&gt;, un long chapitre autonome des &lt;em&gt;Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt;, financé par le second Kickstarter que j’ai évoqué. J’ai également promis à David Camus et aux éditions ActuSF, suite à leur demande, un essai pour un projet d’ouvrage collectif sur Lovecraft. Après cela, ces engagements tenus, j’aurai la possibilité de mettre un terme à mes petites activités littéraires et artistiques, sans que cela ne cause de tort à quiconque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Merci à ceux qui auront lu cette longue chronique jusqu’au bout.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>T comme Third</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/30/T-comme-Third" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Third" />
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      <published>2016-05-30T13:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-05-30T13:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-t-une1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-t-une1.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'Abécédaire, au lieu de consacrer un billet au groupe Tryo, préfère réécouter un trio d'albums sous influence électronique plutôt que reggae. L'on commence avec le superbe et tragique &lt;strong&gt;Third&lt;/strong&gt;, troisième et dernier disque en date du groupe de trip-hop Portishead…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Third, Portishead (Island Records, 2008). 52 minutes, 11 morceaux.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Au début de ce tour d’alphabet placé sous le signe du chiffre 3, un individu répondant aux initiales de RMD affirmait &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?p=45263#p45263&quot;&gt;sur le forum&lt;/a&gt; guetter avec la plus vive des impatiences (grosso modo, peut-être que j’enjolive) un article sur Tryo pour la lettre T. Sa déclaration n’est pas restée lettre morte, puisque voici un trio de billets consacrés à trois disques dont le titre évoque le chiffre 3. Mais pas Tryo, non, désolé, c’est au-dessus de mes forces.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’on commence avec un classique&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt;, de Portishead (et pas &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt; de Soft Machine). S’il y a bien une chose pour laquelle le trio de Bristol ne s’est jamais trop foulé, c’est le titre. Après &lt;em&gt;Dummy&lt;/em&gt; (1994), leur deuxième album est tout simplement titré &lt;em&gt;Portishead&lt;/em&gt; (1997). Et le troisième s’intitule… &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt; (2008). En trouver le titre n’a pas dû prendre plus de trois minutes. Passons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Dummy&lt;/em&gt;, Portishead a contribué, en compagnie de Massive Attack, à la popularisation du trip-hop, ce mélange de hip hop et d’electronica teinté de jazz, de funk et de psychédélisme. Quoique dans la même veine, &lt;em&gt;Portishead&lt;/em&gt; témoignait d’un mal-être existentiel profond – le genre d’albums déprimants à écouter en boucle un pluvieux dimanche de printemps. Avec &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt;, on ne peut pas reprocher au groupe de s’être assis sur ses lauriers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-t-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-t-cover1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une pochette sobre et élégante&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’entrée de jeu, l’album ne sonne en rien comme les deux précédents&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Silence&amp;nbsp;», l’ironiquement nommée qui a la lourde charge d’introduire &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt; , débute par une voix annonce quelque chose en portugais – une sorte de manifeste&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«Esteja alerta para as regras dos três&lt;br /&gt;
O que você dá, retornará para você&lt;br /&gt;
Essa lição, você tem que aprender&lt;br /&gt;
Você só ganha o que você merece».&lt;/blockquote&gt;

&lt;blockquote&gt;(Soyez vigilant aux les trois règles&lt;br /&gt;
Ce que vous donnez vous sera retourné&lt;br /&gt;
Cette leçon, vous devez l’apprendre&lt;br /&gt;
Vous obtenez seulement ce que vous méritez&amp;nbsp;») (Désolé, hasardeuse tentative de traduction, je l'admets.)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Adieu le trip-hop brumeux, place à un son beaucoup plus rock – une rythmique galopante, soutenue par des synthés aigus –, où une indicible mélancolie demeure de mise. La voix de Beth Gibbons plus dolente que jamais, se fait désirer et n’apparaît qu’au bout de deux minutes. Une chanson prenante, qui, au moment où elle décolle vers une cavalcade instrumentale, s’interrompt brusquement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Hunter&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Nylon Smile&amp;nbsp;» poursuivent dans une veine similaire. On retient surtout «&amp;nbsp;The Rip&amp;nbsp;», balade triste mais implacable, qui gagne en puissance&amp;nbsp;: la guitare acoustique du début est bientôt épaulée par un synthé au timbre nasillard. Le genre de chanson qui te dit «&amp;nbsp;on en a bavé mais ne t’inquiète pas, ça ira mieux désormais — peut-être.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«And the tenderness I feel&lt;br /&gt;
Will send the dark underneath&lt;br /&gt;
Will I follow&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Sans conteste, l’un des sommets du disque, qu’accompagne un clip en dessins animés des plus étranges&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/kBOaLjtR4mw?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après un «&amp;nbsp;Plastic&amp;nbsp;» tout en tensions déboule «&amp;nbsp;We Carry On&amp;nbsp;», une autre chanson marquée par un sentiment d’inexorabilité et d’urgence – c’est fort, c’est prenant. Et alors qu’on s’attend à une escalade, vient «&amp;nbsp;Deep Waters&amp;nbsp;», improbable petite balade au ukélélé où Beth Gibbons chante particulièrement faux (dans le genre pastiché improbable, «&amp;nbsp;Deep Water&amp;nbsp;» m’évoque &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=q0LmWUUVvUM&quot;&gt;«&amp;nbsp;Darkness&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Scott Walker, un gospel rigide inquiétant). On s’imagine dans un décor toc imitant Hawaï pendant une centaine de secondes, tant mieux, parce que la suite… Voici «&amp;nbsp;Machine Gun&amp;nbsp;» qui, en tant que premier single, a annoncé l’album quelque semaines avant sa sortie. Dans le genre suicide commercial, c’est… parfait. Une batterie martiale plu un synthé évoquant un tir de mitraillette, voilà pour l’instrumentation, répétée ad libitum sur une bonne part du morceau avant que celui-ci ne vire à l’indus&amp;nbsp;; au-dessus flotte la voix triste de Beth Gibbons. On pense à New Order, à Joy Division. Sûrement le morceau le plus radical jamais composé par Portishead.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/00PdHIPjaWQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Small&amp;nbsp;» débute comme une balade, où la voix plaintive de Beth Gibbons est accompagnée par un mélancolique violoncelle. Mais à 2’30&quot;, un synthé strident s’impose, emmenant la chanson vers des territoires rappelant le Pink Floyd d’&lt;em&gt;Ummagumma&lt;/em&gt; en mode bad trip… Au temps pour le confort. De lointaines influences orientales se font entendre sur «&amp;nbsp;Magic Doors&amp;nbsp;», qui est peut-être le morceau le plus proche du Portishead des années 90.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur «&amp;nbsp;Threads&amp;nbsp;», onzième et élégique dernière chanson, Beth Gibbons chante sa lassitude &amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I'm worn, tired of my mind&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Where do I go?&amp;nbsp;» sont les derniers mots du disque. Et c’est une question à laquelle les amateurs du groupe seraient ravis d’avoir une réponse. &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt; s’achève sur des sons évoquant celui de tonitruantes cornes de brume, façon cargo en partance. Beth Gibbons, Adrian Utley, Geoff Barrow, &lt;em&gt;see you&lt;/em&gt;, à la prochaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt;, on ne peut pas reprocher à Portishead d’avoir voulu reproduire la même formule gagnante des précédents disques. De fait, côté étiquettes, l’album relève à peine du trip hop&amp;nbsp;: pas de scratches, pas de samples, les influences sont ici à rechercher du côté de l’indus et du krautrock. Et le résultat, sombre et émouvant, est une franche réussite, le groupe s’appropriant avec brio cette nouvelle direction musicale&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’il y a bien une chose que l’on peut accorder au groupe, c’est la constance&amp;nbsp;: les trois albums studio et le &lt;em&gt;Roseland NYC Live&lt;/em&gt; comportent tous onze morceaux. Et s’il y a bien encore une chose qu’on ne peut imputer à Portishead, c’est la régularité&amp;nbsp;: onze insupportables années se sont écoulées entre le sombre &lt;em&gt;Portishead&lt;/em&gt; et le présent &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt;. Et tout semble indiquer qu’il faudra s’attendre au minimum à une durée similaire si l’on veut entendre du nouveau de la part de ce groupe&amp;nbsp;: depuis 2008, rien. En dépit de déclarations encourageantes peu après la sortie de &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt;, Geoff Barrow, tête pensante du groupe, se consacre désormais à Beak ( &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/08/Imprononcables-2#beak&quot;&gt;qu’on évoquait à la fin du précédent tour d’alphabet&lt;/a&gt;), et rien n’indique que le groupe se reformera dans un avenir proche. Dommage&amp;nbsp;: les territoires musicaux abordés par &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt; demeurent des plus passionnants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Tchernobyl Blues</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/26/Tchernobyl-Blues" rel="alternate" type="text/html" title="Tchernobyl Blues" />
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      <published>2016-05-26T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-05-26T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-3-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-3-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/26/Radioactivity-is-in-the-air-for-you-and-me&quot;&gt;l'immédiate catastrophe&lt;/a&gt; et le &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/12/Tu-m-irradieras-encore-longtemps&quot;&gt;tourisme nucléaire&lt;/a&gt;, l'on conclut notre bref tour d'horizon des fictions inspirées de près (ou d'un peu plus loin) par le désastre nucléaire de Tchernobyl, avec les histoires se déroulant dans un lointain futur, quand les radiations appartiennent désormais au rang des mauvais souvenirs (ou non)…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Longtemps, bien longtemps après la catastrophe… Que reste-t-il, alors que la catastrophe nucléaire remonte à un passé lointain&amp;nbsp;? En fiction, si le post-apo en mode nucléaire, a fait des petits, l’ensemble se cantonne au nucléaire militaire&amp;nbsp;: le désastre y est souvent causé par un conflit, non par une catastrophe civile. Dans ce dernier cas, les fictions sont plus rares. L’on s’éloigne ainsi de Tchernobyl dans la présente sélection, sans pour autant abandonner les radio-nucléides en goguette…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La bande dessinée&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-3-valerian1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.radioactivity-3-valerian1_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;strong&gt;Le Confesseur sauvage&lt;/strong&gt; (2015) de Philippe Foerster nous emmenait à Tchernobourg, ville frappée par la chute d’un morceau de lune sur une centrale nucléaire, Pierre Christin et Jean-Claude Mézières nous propulsait dans un monde déglingué suite à un désastre nucléaire survenu en 1986, avec le premier album de «&amp;nbsp;Valérian &amp;amp; Laureline&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Cité des eaux mouvantes&lt;/strong&gt; (1970). (&lt;strong&gt;Les Mauvais Rêves&lt;/strong&gt; étant un «&amp;nbsp;zéroième&amp;nbsp;» album, coup d’essai d’abord mis de côté à cause de son format bâtard (une trentaine de pages) avant d’être pleinement assumé.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-3-valerian2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.radioactivity-3-valerian2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une aventure publiée entre 1968 et 1969 dans &lt;em&gt;Pilote&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: en voilà, un album de BD visionnaire&amp;nbsp;! En dépit de la triste prémonition, le désastre n’a toutefois pas pour origine l’explosion d’une centrale, mais celui – accidentel&amp;nbsp;? – d’un dépôt d’armes nucléaires situé au pôle Nord. La catastrophe climatique qui en résultera ramènera l’humanité à des âges sombres, mais il en résultera Galaxity, une utopie technocratique aussi radieuse qu’émolliente… et le voyage temporel. La mythologie de la série se fonde sur ce désastre nucléaire&amp;nbsp;: lorsque nos deux agents empêchent ce désastre dans &lt;strong&gt;Les Foudres d’Hypsis&lt;/strong&gt;, il se crée une tension dans la réalité. La catastrophe empêchée, Galaxity ne peut naître&amp;nbsp;; pourtant, Valérian et Laureline sont bien là. La résolution de cette tension occupera la seconde moitié des aventures de nos deux agents…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le livre&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-3-terminusradieux.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-3-terminusradieux.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dernier roman en date du pape du post-exotisme, Antoine Volodine, &lt;strong&gt;Terminus Radieux&lt;/strong&gt; ne prend pas pour cadre spécifique les plaines de l’Ukraine et Tchernobyl… Voici le lecteur plongé dans les ruines d’une Russie future, ayant connu l’émergence et la chute d’une Deuxième Union soviétique — laquelle couvrait une bonne partie du globe. La Sibérie est criblée de zones radioactives, suite à l’explosion des centrales nucléaires réparties à travers la région. Des centrales dont les piles sont quasiment personnifiées&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le puits avait été creusé par la pile nucléaire elle-même, quand, après avoir tout vaporisé aux alentours, elle était devenue folle et avait commencer à s’enfoncer sous la terre. […] Selon [l’ingénieur Bargouzine], au fond du précipice, la pile avait mis fin à sa progression. Elle restait là, toujours folle mais immobile, sans plus chercher à rejoindre les entrailles de la terre proprement dites. Elle se contentait de dévorer la nourriture qu’elle recevait depuis les hauteurs.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le roman suit les trajectoires de Kronauer et Iliouchenko, deux hommes en fuite après la chute de l’Orbise (la structure ayant succédé à la deuxième Union soviétique&amp;nbsp;?). Une végétation démente envahit les lieux, tout un assortiment de plantes où Volodine laisse libre cours à sa fantaisie&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;des grandes-ogrontes, des touffes de kvoïna, des zabakoulianes, des septentrines, des Jeannes-des-communistes, des renardes-bréhaignes, des aldousses.&amp;nbsp;» Alors que leur compagne de déroute, Vassilissa Marachvili, est à l’agonie, les deux hommes se séparent&amp;nbsp;: tandis qu’Iliouchenko reste sur place, Kronauer part chercher de l’aide et arrive à Terminus Radieux, kolkhoze dirigé d’une main de fer par l’implacable Solovieï. Du kolkhoze, Solovieï en dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;c’est mon rêve, et ça durera autant de temps que je voudrai.&amp;nbsp;» Pour sa part, Iliouchenko finit par partir après la mort de Vassilissa, et parvient à son tour à Terminus Radieux…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sous la plume de Volodine, la radioactivité acquiert des propriétés quasi magiques, qui affecte différemment les personnages. Si elle est fatale à Vassilissa Marachvili, et affaiblit durablement Kronauer et Iliouchenko, d’autres en tirent parti. Telle la Mémé Oudgoul, à l’apparence d’octogénaire mais âgée de cent trente-deux ans…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Son organisme avait réagi de manière positive à l’exposition répétée aux matières fissiles. Les rayonnements ionisants avaient détruit toutes les cellules malades ou potentiellement cancéreuses que sa chair pouvait héberger. Certes, la radioactivité l’avait rendue légèrement iridescente dans l’obscurité, mais elle avait stoppé dans ses chairs le processus du vieillissement…&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Une Mémé Oudgoul qui manipule trois types d’eau&amp;nbsp;: l’eau très-lourde, l’eau très-morte et l’eau très-vive. Mais le maître du kolkhoze Terminus Radieux n’est pas non plus en reste&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Solovieï possédait un organisme insensible au délire des neutrons, ce qu’il expliquait volontiers en prétendant qu’il descendait d’une lignée de chamans bolcheviques et de magiciens qui avaient évolué perpétuellement sur la frontière entre la vie, la mort et le sommeil.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tous les termes liés à la radioactivité – nucléides, rayons ionisants, etc. – perdent leur aspect scientifique et deviennent des mantras.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman vire peu à peu au cauchemar éveillé, un mauvais rêve présidé par le terrifiant Solovieï, qui n’hésite pas à maudire ses ennemis pour les siècles et les siècles&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tiens, tu peux imaginer mille six cent dix-neuf ans de confusion et de peur, deux mille quatre cent une années de souffrance ou un peu plus&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Le temps devient une matière malléable, qui emprisonne les personnages pour des durées égales aux demi-vies des combustibles nucléaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lors de la lecture de &lt;strong&gt;Terminus Radieux&lt;/strong&gt;, le temps est long aussi&amp;nbsp;: le roman pèse ses six cents pages en grand format. Le texte, touffu et foisonnant, finit par épuiser. (On y préfèrera la concision de &lt;strong&gt;Des anges mineurs&lt;/strong&gt;, recueil de quarante-neuf bref narrats mâtinés d’une science-fiction chamanique.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/terminus-radieux&quot;&gt;On ne manquera de se reporter à la critique du roman par Eric Jentile dans le numéro 77 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;. &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le film&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Le post-apocalyptique nucléaire est un thème qui irrigue le cinéma depuis les années 1950. Néanmoins, du &lt;em&gt;Dernier Rivage&lt;/em&gt; à &lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt; en passant par &lt;em&gt;Un Homme et son chien&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Docteur Folamour&lt;/em&gt;, l’événement déclencheur s’avère quasi exclusivement d’une guerre. À la connaissance (partielle) du rédacteur de ce billet, il n’existe pas de film de fiction se déroulant consécutivement à une catastrophe atomique &lt;em&gt;civile&lt;/em&gt; et, partant, dans l’avenir lointain de la centrale de Tchernobyl. De manière connexe, attardons-nous tout de même sur le clip «&amp;nbsp;On Your Mark&amp;nbsp;» que Hayao Miyazaki a conçu pour le duo japonais Chage &amp;amp; Aska en 1994.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; src=&quot;https://player.vimeo.com/video/115387039?title=0&amp;amp;byline=0&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://https://en.wikipedia.org/wiki/On_Your_Mark_%28song%29#Song&quot;&gt;Selon toute apparence&lt;/a&gt;, les paroles n’ont pas grand-chose à voir avec les images. Ces dernières nous présentent d’emblée une construction gigantesque – un autre château, tel que Miyazaki a l’habitude d’en concevoir pour ses films&amp;nbsp;? Que nenni, il s’agirait plutôt ici d’un sarcophage pour quelque monstrueuse centrale nucléaire&amp;nbsp;: cela apparaîtra plus clairement dans la suite du clip. Le scénario du clip nous emmène dans une ville futuriste, où bon nombre d’équipements sont estampillés du symbole nucléaire. L’assaut par la police du QG d’une secte permet la découverte d’une femme ailée. Deux des policiers tentent de la délivrer, y réussissent ou y échouent, suivant les deux fins que propose le clip. Le monde mis en place alterne entre urbanisme dément et campagnes désertées, ponctuées de cheminées de refroidissement ou de zones interdites, probablement à cause de la radioactivité – d’où, probablement (bis), le sarcophage. De loin, «&amp;nbsp;On Your Mark&amp;nbsp;» évoque les prémices de &lt;em&gt;Nausicaä et la Vallée du vent&lt;/em&gt;, film dont l’action se déroule longtemps après un conflit nucléaire&amp;nbsp;; l’héroïne, Nausicaä, n’est d’ailleurs pas sans rappeler la fille ailée du présent clip. L’ensemble reste cependant libre à l’interprétation…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-3-onyourmark.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-3-onyourmark.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, la silhouette reconnaissable du sarcophage du réacteur n°&amp;nbsp;4 de la centrale de Tchernobyl demeure un artefact à même d’attiser l’imagination. L’arche en cours de construction et destinée à durer mille ans aura-t-elle un effet similaire&amp;nbsp;? Le temps aidant, la catastrophe survenue le 26 avril 1986 acquéra-t-elle un statut d'ordre mythologique&amp;nbsp;? À suivre, peut-être.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>S comme Le Songe des héros</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/23/S-comme-Le-Songe-des-heros" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Le Songe des héros" />
      <id>urn:md5:d3e9db2b7cfe18488835fb0fa8c103e6</id>
      <published>2016-05-23T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-23T11:21:57+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/23/P-comme-Plan-d-evasion&quot;&gt;Plan d’évasion&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on continue à explorer la bibliographie d'Adolfo Bioy Casarès. Foin d'île perdue et de savant fou dans &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt;, mais une aventure dans une Buenos Aires maussade, baignée (forcément) de réalisme magique, à la recherche d'un souvenir évanescent…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Songe des héros (El sueño de los héroes), Adolfo Bioy Casarès, roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Georgette Camille. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Bouquins&amp;nbsp;», 2001.&lt;/h5&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-s-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-s-cover2_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Dans l’œuvre d’Adolfo Bioy Casarès, &lt;strong&gt;L’Invention de Morel&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/23/P-comme-Plan-d-evasion&quot;&gt;Plan d’évasion&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; se caractérisent par des décors insulaires et des thématiques semblables. Son troisième roman, &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt; (1954), en prend le contrepied. Voyons cela de plus près…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Accessoirement, c’est par &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt; que votre serviteur a découvert Bioy Casarès. J’avais déjà lu son nom associé à celui de Borges, dont je ne me lassais pas de relire le recueil &lt;strong&gt;Fictions&lt;/strong&gt; (et dont je ne me lasse toujours pas), et à voir une vieille édition de ce &lt;strong&gt;Songe des héros&lt;/strong&gt; sur les étagères d'un bouquiniste, je n’ai guère hésité. C’est un roman que j’ai lu, relu, re-relu au fil des années, chaque relecture incitée par l’impression diffuse que j’avais omis de comprendre le sens de ce roman étrange, ne relevant guère du fantastique, lors de ma lecture précédente.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;À la fin des trois jours et des trois nuits du Carnaval de 1927, la vie d’Emilio Gauna atteignit son premier et mystérieux paroxysme. Il est difficile de savoir si, après avoir prévu l’effroyable terme décidé d’avance, quelqu’un aurait pu réussir de loin à modifier le cours des événements. (…) Ce que Gauna entrevit à la fin de la troisième nuit constitua pour lui une sorte d’expérience magique, obtenue et perdue lors d’une prodigieuse aventure. La rechercher et la retrouver devint, pendant les années suivantes, son obsession quotidienne qui le discrédita grandement auprès de ses amis.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Par ce paragraphe, magique, débute &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt;. On y suit Emilio Gauna, jeune homme qui gagne un jour aux courses une jolie somme d’argent, qu’il décide de partager avec ses amis en les invitant au Carnaval. Quelle fête… et quelle gueule de bois. Les souvenirs qu’il garde de ces trois jours sont flous, Emilio conserve seulement le sentiment d’avoir touché de près une révélation, l’amour, le mystère des choses. Retour à la grise vie quotidienne. Ou pas si grise, car il rencontre la jolie Clara, fille du sorcier Taboada, tout en continuant à fréquenter ses amis, dont le docteur Valerga, leur «&amp;nbsp;maître et modèle à tous&amp;nbsp;». Il sort avec Clara, l’épouse sans tarder, ne prend guère en garde les avertissements de Taboada. Ce qui meut le jeune homme, ce pour quoi il s’impatiente, c’est de pouvoir retourner au Carnaval, et de réitérer l’expérience mystique de 1927 afin d’espérer comprendre cette expérience ineffable…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-s-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-s-cover1.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Par rapport à la «&amp;nbsp;méthode&amp;nbsp;» établie dans &lt;strong&gt;L’Invention de Morel&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Plan d’évasion&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt; représente donc une rupture stylistique. Il n’est plus question d’îles lointaines&amp;nbsp;: le roman s’ancre en un lieu (Buenos Aires) et une époque (1927-1930) précis. Impossible de rattacher de près ou de loin ce troisième roman de l’auteur à la science-fiction, nulle invention étrange ne se dissimule dans ses pages&amp;nbsp;; c’est à peine si on peut lui apposer l’étiquette «&amp;nbsp;fantastique&amp;nbsp;». Pas de savant fou, même s’il y a un individu qui se prétend sorcier&amp;nbsp;; on y lit de vagues prémonitions de désastres individuels à venir, mais le roman est essentiellement réaliste. Enfin, du réalisme fantastique, car, il n’empêche, l’atmosphère tour à tour chaleureuse et pluvieuse, maussade et mystérieuse qui l’imprégne l’amène vers les territoires indistincts de ce courant littéraire. Impossible de quitter réellement la Buenos Aires décrite par Adolfo Bioy Casarès dans ce roman… Pas de grandiose révélation finale (encore que…), ce &lt;strong&gt;Songe&lt;/strong&gt; y préfère au fantastique la description du quotidien portègne à la fin des années folles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, &lt;strong&gt;Le Songe des héros&lt;/strong&gt; demeure une lecture des plus élusives. Un brin ennuyeux par moment, à la manière d’un dimanche pluvieux où l’on est erre, désœuvré, ce roman reste cependant en mémoire, avec la texture d’un rêve inquiet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que le roman de Bioy Casarès a bénéficié d’une adaption filmique en 1997, &lt;em&gt;El Sue&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ño de los heroes&lt;/em&gt;, par l’acteur-réalisateur Sergio Renán. Ne parlant pas un mot de la langue de Cervantès (voilà ce que c’est &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/19/M-comme-Die-Macht-der-Drei&quot;&gt;d’être germaniste&lt;/a&gt;), je me contenterai de signaler que les hispanophones peuvent &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=Jw9OIuvWDsU&quot;&gt;le regarder sur YouTube&lt;/a&gt; (et, au vu des images, ça n’a pas l’air transcendant).&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: table;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-s-film.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-s-film_s.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (sauf d'occasion)&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>The Lone Gunmen</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/19/The-Lone-Gunmen" rel="alternate" type="text/html" title="The Lone Gunmen" />
      <id>urn:md5:3e1015916cae6e460aaac4a241913422</id>
      <published>2016-05-19T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-19T11:09:56+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;xfiles-4-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après les &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/09/X-Files-diX-episodes-eXtra-ordinaires&quot;&gt;X-Files&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on s'intéresse à &lt;strong&gt;The Lone Gunmen&lt;/strong&gt;, spinoff des aventures de Mulder et Scully centré sur le trio de hackers formé par les inénarrables Byers, Langly et Frohike. Un spinoff qui n'a guère rencontré de succès, ayant été annulé en 2001 au terme d'une demi-saison… Annulation méritée ou non&amp;nbsp;? On se penche sur le cas de nos justiciers geeks sur le blog.&lt;/p&gt; &lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;These were the most paranoid people I ever met.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’est peu dire que les Lone Gunmen font partie de l’ADN de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: c’est lors de la première saison que le trio formé par John Fitzgerald Byers, Richard Langley et Melvin Frohike fait sa première apparition, et au cours de la neuvième qu’il effectuera la dernière (si l’on omet le très bref caméo dans l’épisode 5 de la saison 10). Au cours de l’épisode-complot &lt;em&gt;Entité Biologique Extraterrestre&lt;/em&gt;, Mulder a besoin d’aide et présente donc cet improbable trio à Scully – ainsi qu’au spectateur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-trio.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Paranoïaques et complotistes jusqu’au bout des ongles, Byers, Frohike et Langly s’avèrent tous trois fort timbrés. On les aperçoit à l’écran que le temps de deux scènes mémorables, qui assurent au trio une popularité certaine. Destinés à n’être les sidekicks que d’un unique épisode, ils vont devenir des personnages récurrents qui épaulent Mulder et Scully dans leurs enquêtes, leur assurant un support technique indispensable – Langly étant censément un hacker hors-pair.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;No matter how paranoid you are, you're not paranoid enough.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Première rencontre&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-unusualsuspects.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aussi, rien d’étonnants à ce que le trio bénéficie bientôt de sa propre &lt;em&gt;origin story&amp;nbsp;: ce sera Les Bandits solitaires &lt;/em&gt;( &lt;em&gt;Unusual Suspects, troisième épisode &lt;/em&gt;de la saison 5 de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;). L’action des &lt;em&gt;Bandits solitaires&lt;/em&gt; se situe en mai 1989&amp;nbsp;: John Fitzgerald Byers travaille alors à la Federal Communication Commission. Lors d’une convention dédiée au matériel électronique, il tombe sous le charme de Holly Modeski, belle blonde éplorée à la recherche de sa fille et poursuivie par son ex psychotique. Byers est bientôt secondé par Melvin Frohike et Richard Langly, deux vendeurs de matériel audiovisuel, hackers à leurs heures perdues. Il s’avère que l’ex psychotique n’est autre que Fox Mulder, agent du FBI alors assigné à l’unité des crimes violents, et que Holly Modeski n’est peut-être pas la femme qu’elle prétend être…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Narré par Byers à l’inspecteur John Munch (on parlait de crossover x-filien&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/09/X-Files-diX-episodes-eXtra-ordinaires#millennium&quot;&gt;par là&lt;/a&gt; mais ce personnage &lt;a href=&quot;http://https://en.wikipedia.org/wiki/John_Munch&quot;&gt;&lt;em&gt;est&lt;/em&gt; un crossover à lui-seul&lt;/a&gt;), cet épisode raconte donc la rencontre de Fox Mulder avec ceux qui ne se nomment pas encore les Lone Gunmen, autour d’une intrigue voyant s’échaffauder un sinistre complot gouvernemental. Bien entendu, à condition que le rapport de J.F. Byers soit véridique&amp;nbsp;: les narrateurs et les informations non-fiables sont légion dans &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; ( &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/09/X-Files-diX-episodes-eXtra-ordinaires#cigarette&quot;&gt;par exemple&lt;/a&gt;). De plus, la paranoïa de Fox Mulder semble trouver ici son origine, plus encore qu’avec l’abduction de sa sœur. Une réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;La mystérieuse Susanne Modeski&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-susanne.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si l’affaire Susanne Modeski a trouvé une première conclusion dans &lt;em&gt;Les Bandits solitaires&lt;/em&gt;, dix ans intradiégétiques plus tard, l’épisode &lt;em&gt;Brelan d’as&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Three of a kind&lt;/em&gt;, vingtième épisode de la saison 6) boucle les fils. Byers traîne Langly et Frohike aux conventions de toute sorte, dans l’espoir de retrouver celle pour qui il a toujours le béguin. Justement, alors que le trio assiste à une convention à Las Vegas, dans le but de soutirer des informations, Byers croise Susanne. Ou du moins, le croit-il. Via un ami/concurrent, Jimmy le Geek, les Lone Gunmen apprennent qu’une prochaine conférence devrait apporter des informations sur de nouvelles et terriblement efficaces méthodes d’assassinat. Y aura-t-il un rapport entre la présence supposée de Susanne Modeski et cette conférence&amp;nbsp;? Pour ce faire, le trio débauche Dana Scully.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un épisode sympathique, miroir du précédent&amp;nbsp;: Mulder en est totalement absent, remplacé au pied levé par Scully. Gillian Anderson se retrouve à jouer une partition amusante, lorsque son personnage se retrouve drogué et plongé dans un état second. Pour le reste… eh bien, c’est un épisode des plus sympathiques, peut-être un brin anecdotique et moins bon que &lt;em&gt;Les Bandits solitaires&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux ans plus tard, les Lone Gunmen obtiennent leur propre série, spin-off de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;. La question était&amp;nbsp;: l’inénarrable trio parviendrait-il à assurer&amp;nbsp;? Réjouissants en sidekicks paranos de Mulder et Scully, qu’allaient-ils donner, livrés à eux-mêmes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-logo.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Créée par Chris Carter, Vince Gilligan, John Shiban et Frank Spotnitz, la série a été diffusée au printemps 2001 sur la Fox. Mark Snow en signe la musique, avec un thème principal moins atmosphérique, plus rock et gouaillard que &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;. Moins atmosphérique, le générique l’est aussi, en reprenant les conventions des génériques de l’époque – et vas-y que je tourne la tête…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’épisode pilote commence par une opération digne de &lt;em&gt;Mission Impossible&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: tandis que Langly fait le mariolle lors d’une convention, Frohike, aidé par Byers, joue les acrobates pour dérober un processeur ultra-puissant. Mais une hackeuse, Yves Adele Harlow (un anagramme de Lee Harvey Oswald), aussi sexy que douée, les coiffe au poteau. Dégoûtés, les trois hackers ruminent leur peine, lorsque Byers apprend le décès de son père. Un décès qui s’avère suspect… ça conspire à fond&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-pilote.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mine de rien, le 11-Septembre est préfiguré, avec six mois d’avance, dans ce pilote diffusé en mars 2001&amp;nbsp;: une faction occulte au sein du gouvernement américain prévoit de faire s’écraser un avion sur le World Trade Center… Troublant, mais voir autre chose qu’une triste coïncidence serait devenir aussi complotiste que nos héros.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I know you and your friends are fighting for the American dream. Just don’t expect to win.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Si le pilote s’avère un épisode agréable à regarder, il faut bien vite déchanter avec la suite. On peut légitimement s’attendre à une série à l’ambiance lourde et paranoïaque, une version de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; débarrassée de l’élément surnaturel… mais il n’en sera rien. Ne faites pas confiance à la pochette du DVD, qui clame fièrement son sous-titre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Au cœur du complot&amp;nbsp;». Le complot est ailleurs, sûrement au même endroit que la vérité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-dvd.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, dans son bunker, quelque part au Maryland – un foutoir rempli de matos électronique –, le trio édite tant bien que mal sa feuille de fou, &lt;em&gt;The Lone Gunman&lt;/em&gt;. Trio, les Lone Gunmen ne vont pas le rester très longtemps&amp;nbsp;: dès le deuxième épisode, la donne est changée. Lors d’une mission, Byers, Frohike et Langly croisent le chemin d’un coach de football américain, qui entraîne une équipe d’aveugles&amp;nbsp;: Jimmy Bond. Le jeune homme, aussi enthousiaste que crétin, et habité par le même patriotisme que Byers &amp;amp; co, est bombardé «&amp;nbsp;stagiaire&amp;nbsp;» du trio, et sa fonction devient celle d’élément comique de la série. S’il y a une bourde à ne pas faire, Jimmy la commettra quand même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-jimmy.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La redoutable hackeuse Yves Adele Harlow est elle aussi de tous les épisodes. Hackeuse aussi sexy que redoutable, volontiers moqueuse («&amp;nbsp;Conspiracy theories and masturbation. I suspected there was a connection.&amp;nbsp;»), elle sauve systématiquement la mise aux Lone Gunmen, tout en empochant la monnaie et le résultat de leurs efforts. Les personnages de Jimmy et Yves évoluent peu à peu au fil des épisodes, le premier se révélant avoir plus de jugeote que Byers, Frohike et Langly, la seconde gagnant tardivement en profondeur, en particulier dans &lt;em&gt;Le Dernier Tango à Miami&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Romeo 61&lt;/em&gt;. Si Byers, Frohike et Langly bénéficient chacun d’épisodes détaillant un tant soit peu leur passé, ils ne changent guère au cours de la série&amp;nbsp;: Byers demeure le type normal un peu coincé, Langly le hackeur geignard et Frohike le baroudeur du groupe. Leurs attitudes et réactions restent des plus prévisibles jusqu’à la lassitude.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-yves.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant au contenu des épisodes, ils nous éloignent donc du complot cher à Mulder. L’épisode 3, &lt;em&gt;L’Empoisonneuse d’Alsace&lt;/em&gt;, nous montre le trio à la recherche d’une ancienne sympathisante nazie&amp;nbsp;; dans l’épisode 4, &lt;em&gt;De l’eau dans le carburateur&lt;/em&gt;, c’est le prototype d’une voiture fonctionnant à l’eau qu’il s’agit de retrouver avant une grosse entreprise automobile&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Trois hommes et un bambin&lt;/em&gt;, cinquième épisode, possède un titre qui indique grosso modo les enjeux, sur fond de campagne électorale… L’épisode 7, &lt;em&gt;La Planète des Frohikes&lt;/em&gt;, voit le trio se faire duper par un chimpanzé des plus intelligent. Il faut attendre l’épisode 11, &lt;em&gt;Jeux de menteurs&lt;/em&gt;, pour que les Lone Gunmen croisent le chemin de Walter Skinner… et interfèrent son enquête avec leur maladresse habituelle. L’épisode final (quoique ayant été diffusé sur la Fox en avant-dernière position, allez comprendre), &lt;em&gt;Romeo 61&lt;/em&gt;, ramène Morris Fletcher, un Man In Black, aussi insupportable que roublard, déjà aperçu dans le double épisode des&lt;em&gt;X-Files Zone 51&lt;/em&gt; (S06E04-05) et entraperçu dans &lt;em&gt;Brelan d’as&lt;/em&gt;, ainsi que Kimmy, le frère de Jimmy le Geek assassiné dans ce même &lt;em&gt;Brelan d’as&lt;/em&gt; – sans oublier un sympathique caméo de Fox Mulder.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avant d’atteindre les derniers épisodes, il aura fallu ainsi se fader une dizaine d’épisodes relativement médiocres, fonctionnant sur un schéma similaire&amp;nbsp;: les Lone Gunmen enquêtent&amp;nbsp;; Jimmy fait des gaffes&amp;nbsp;; Yves intervient. La série ne brille guère par son humour, à peine au-dessus du niveau pipi-caca&amp;nbsp;; à ce titre-là, &lt;em&gt;L’Empoisonneuse d’Alsace&lt;/em&gt; est un modèle d’humour puéril – l’un des enjeux est que Frohike vérifie si la vieille dame, pour le fils de laquelle il se fait passer, possède bien une tache de naissance sur les fesses. Avouons-le, on s’attendait à autre chose. Abandonner le ton globalement sérieux des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; est un choix compréhensible – ce spinoff se devait sûrement d’avoir un ton propre –, mais la série a débuté sur un malentendu, avec le très x-filien pilote, et la suite n’a jamais vraiment décollé, le cocktail d’humour et d’espionnage échouant à faire mouche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les spectateurs n’ont pas suivi les Lone Gunmen dans leurs aventures (et ça se comprend), au point que la série a été annulée au milieu de sa première saison. C’est ballot, quand le treizième épisode, à l’ambiance un un peu plus sérieuse qu’à l’accoutumée, s’achève sur un vilain cliffhanger. «&amp;nbsp;To be continued&amp;nbsp;» affiche l’écran. Bien essayé, messieurs les showrunners, mais raté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-jumptheshark.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le trio a fait son retour un an plus tard, en 2002, au cours de la saison 9, avec l’épisode &lt;em&gt;N’abandonnez jamais&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Jump the shark&lt;/em&gt;). Morris Fletcher, aussi combinard que d’habitude, est interrogé par les agents Reyes et Doggett, à qui il affirme que Yves Adele Harlow a été transformée en super-soldat. On comprend que la hackeuse a disparu depuis &lt;em&gt;Romeo 61&lt;/em&gt; et que Jimmy Bond s’est lancé à sa recherche&amp;nbsp;; quant aux Lone Gunmen, ils ont épuisé leurs maigres économies dans cette quête vaine, arrêtant la publication de leur magazine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour qui n’a pas suivi la série, cet épisode semblera sûrement nébuleux, même si les scénaristes prennent soin de présenter Jimmy et Yves, et de résumer les événements de &lt;em&gt;The Lone Gunmen&lt;/em&gt;. Mais &lt;em&gt;N’abandonnez jamais&lt;/em&gt; s’achève d’une manière frustrante. &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/05/19/The-Lone-Gunmen#&quot;&gt;Spoiler&amp;nbsp;:&lt;span&gt;Sélectionner le texte pour le faire apparaître.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; &lt;font color=&quot;#FFFFFF&quot;&gt;sérieusement, tuer le trio d’une manière aussi lamentable, il n’y avait pas mieux à faire&amp;nbsp;? Les Lone Gunmen sont étroitement liés à la présence de Mulder, et se débarrasser de ces personnages dans un épisode dont Mulder est absent et où Scully se contente d’une apparition finale a quelque chose de désinvolte.&lt;/font&gt; Un dénouement regrettable&amp;nbsp;: en dépit d’un spinoff médiocre, les Lone Gunmen méritaient mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avant la récente saison 10, X-Files avait déjà connu des saisons 10 et 11, sous la forme d’un comics. Les Lone Gunmen y sont de retour, avec une bonne raison pour l’être, mais la mini-saison diffusée début 2016 semble entériner la conclusion de &lt;em&gt;N’abandonnez jamais&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Personnages secondaires truculents de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;, les Lone Gunmen ont fait le sel de la série mais leurs aventures en solo (enfin, en trio (enfin, en quintet plus exactement)) n’ont pas réussi à convaincre, faute de qualité. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;We never gave up, we never will. In the end, if that's the best they can say about us, it'll do.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ils sont fous…&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-4-rwb.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>R comme Rubber</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/17/R-comme-Rubber" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Rubber" />
      <id>urn:md5:bee743e31941b6133f73f6953b8d7d3a</id>
      <published>2016-05-17T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-17T12:26:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; &gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/11/N-comme-Nonfilm&quot;&gt;Nonfilm&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/30/S-comme-Steak&quot;&gt;Steak&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'Abécédaire poursuit son exploration du cinéma de Quentin «&amp;nbsp;Mr Oizo&amp;nbsp;» Dupieux, avec &lt;strong&gt;Rubber&lt;/strong&gt;, son troisième film… qui nous raconte l'histoire la plus terrifiante qui soit, celle d'un pneu tueur&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Rubber, Quentin Dupieux (2010). 82 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Certains pitchs sont juste magiques. Celui de &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt; l’est en particulier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt; raconte l’histoire d’un pneu tueur…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; absolument incroyable de cette affirmation ne vous a pas frappé, ré-essayons&amp;nbsp;: c’est l’histoire d’un pneu tueur. D’un pneu. Tueur. Vous savez, le pneu, ce truc qui sert à faire en sorte que les voitures roulent. Et qui tue des gens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/6G5pyFhmAqE?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut bien reconnaître que les pneus sont honteusement dépréciés dans notre société&amp;nbsp;: bien pratiques pour permettre à une bonne part de nos véhicules de rouler, de la simple brouette jusqu’aux poids-lourds, dès qu’ils sont usés, on s’en débarrasse. Leur triste destin n’est plus que de servir de récipients à d’infâmes bouillons de culture, du genre incubateurs à larves de moustiques (il est étonnamment difficile de retirer l’eau qui s’accumule dans un récipient toroïdal du genre pneu) ou d’être brûlés lors de piquets de grève ou d’émeutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-r-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-r-poster1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, dans &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt;, tout commence dans un désert américain. Un policier se pointe et explique, face caméra, que bon nombre de films n’ont pas de sens&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;In the Steven Spielberg movie &lt;em&gt;E.T.&lt;/em&gt;, why is the alien brown? No reason. In &lt;em&gt;Love Story&lt;/em&gt;, why do the two characters fall madly in love with each other? No reason. In Oliver Stone's &lt;em&gt;JFK&lt;/em&gt;, why is the President suddenly assassinated by some stranger? No reason. In the excellent &lt;em&gt;Chain Saw Massacre&lt;/em&gt; by Tobe Hooper, why don't we ever see the characters go to the bathroom or wash their hands like people do in real life? Absolutely no reason. (…) Ladies, gentlemen, the film you are about to see today is an homage to the &quot;no reason&quot; – that most powerful element of style.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà déjà une chose de posée. L’on découvre alors que le policier s’adresse à un groupe de spectateurs. Ceux-ci, munis de paires de jumelles, attendent que le spectacle commence. Générique sur fond de wasteland. Dans un coin de désert pas moins sali d’ordures que les autres gît un pneu. Il frémit, finit par se dresser et, comme après un lendemain de cuite, avancer cahin-caha. Très vite, le caractère maléfique du pneu se fait jour&amp;nbsp;: face à une bouteille en plastique. Il la palpe, hésite, finit par l’écraser. Plus loin, une bouteille en verre résiste. Le pneu de se mettre à frémir et de faire exploser, par télékinésie, la bouteille récalcitrante. Et ce pouvoir fonctionne aussi sur les êtres vivants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus tard, le pneu finit par atteindre une route, où il se fait dépasser par une jeune femme en voiture. Une femme (la jolie Roxane Mesquida) dont il tombe amoureux et qu’il va suivre. Mais quelque chose ne va pas. Les policiers ne savent pas comment terminer l’histoire. Que faire alors sinon se débarrasser des spectateurs&amp;nbsp;? Il reste également le problème du pneu, dont il va bien falloir s’occuper…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-r-rabbit.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-r-rabbit.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Cet enfoiré tue un innocent lapin !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt; cultive le nonsense et le «&amp;nbsp;no reason&amp;nbsp;» sans pour autant renoncer à être un pur film de genre, véritable thriller/slasher réjouissant dans son décalage. Le personnage du pneu est une trouvaille extraordinaire, que le film parvient à rendre réellement terrifiant – nonobstant son intrinsèque caractère ridicule. Après tout, pourquoi pas un pneu&amp;nbsp;: le cinéma d’épouvante nous a déjà proposé des cassettes vidéos maléfiques (&lt;em&gt;Ring&lt;/em&gt;, 1998), un ascenseur hanté (&lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Ascenseur&lt;/em&gt;, 1983), des lapins géants (&lt;em&gt;Les Rongeurs de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’apocalypse&lt;/em&gt;, 1972) voire des clowns extraterrestres (&lt;em&gt;Killer Klowns from outer space&lt;/em&gt;, 1988, mais l’aspect bis y est clairement assumé). Dans le potentiel ridicule, &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt; n’a pas à rougir, et s'octroie même le luxe d'un gros clin d'œil à Hitchcock lors d'une scène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, le dispositif narratif, rappelant celui de &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt;, déconcerte, et n’est probablement pas l’aspect le plus convaincant du film. Dans &lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt;, film sur lequel on reviendra en temps voulu, Dupieux fera mieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt; était une amusante mise en jambe et &lt;em&gt;Steak&lt;/em&gt; un objet hybridant l’humour d’Eric et Ramzy avec la folie douce de Dupieux, &lt;em&gt; Rubber&lt;/em&gt; s’avère un creuset dans l’œuvre filmique de notre réalisateur, qui contient les germes des films suivants&amp;nbsp;: les personnages de flics improbables, une Californie ensoleillée mais terne, les dispositifs narratifs bizarres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-r-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-r-poster2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la suite de la filmographie de Dupieux, ce film va acquérir une dimension méta, au fil d’easter eggs&amp;nbsp;: dans &lt;em&gt;Wrong Cops&lt;/em&gt;, on voit au détour d’une scène des personnages regardant Rubber, tandis que l’on peut distinguer dans &lt;em&gt;Réalité&lt;/em&gt; un cinéma ayant &lt;em&gt;Rubber 2&lt;/em&gt; à l’affiche… (Il est vrai que la dernière scène de &lt;em&gt;Rubber&lt;/em&gt; tease ironiquement une éventuelle suite.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Coup de maître, en tous cas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: pas qu’un peu&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Tu m'irradieras encore longtemps</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/12/Tu-m-irradieras-encore-longtemps" rel="alternate" type="text/html" title="Tu m'irradieras encore longtemps" />
      <id>urn:md5:f91f29579dc8432e1adab17adf76fee5</id>
      <published>2016-05-12T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-06-13T15:03:03+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/26/Radioactivity-is-in-the-air-for-you-and-me&quot;&gt;un premier billet&lt;/a&gt; consacré à l'immédiateté de la catastrophe de Tchernobyl dans la fiction, voici une deuxième sélection d'œuvres se situant après, lorsqu'il devient enfin possible de revenir sur les lieux du désastre…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le XIXe siècle avait le mouvement romantique, qui trouvait beauté et réconfort dans la poésie des ruines du Moyen-Âge ou de l’Antiquité&amp;nbsp;; notre société industrielle a pour elle la splendeur paradoxale de ses propres constructions, moins glamour. Il émane de ces paysages industrielles une mélancolie particulière. Moins bien construit que leurs prédécesseurs en pierre, ils dureront moins longtemps… Il s’est ainsi développé au cours des dernières années un tourisme des ruines. Voir telle bâtisse, telle construction en ruine avant qu’elle ne soit détruite, de la main de l’homme ou par le travail de la nature. Bien évidemment, cela pose question dans le cas de ruines telles que celles d’une centrale nucléaire. Et parmi les destinations privilégiées, il y a bien sûr Tchernobyl et son charme vénéneux…&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La chanson&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;À la centrale, y a carnaval…&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;L’Imprudence&lt;/em&gt; (2002), onzième album d’Alain Bashung, se distinguait par une tonalité franchement crépusculaire. Succédant à &lt;em&gt;Fantaisie militaire&lt;/em&gt; (1998), il s’agissait d’une nouvelle pierre de touche dans la discographie du chanteur, qui s’inscrivait dans la droite lignée des albums les plus expérimentaux du chanteur, &lt;em&gt;Play Blessures&lt;/em&gt; (1982), &lt;em&gt;Novice&lt;/em&gt; (1989) et &lt;em&gt;Chatterton&lt;/em&gt; (1994). Un «&amp;nbsp;disque tragique et sensuel&amp;nbsp;», selon les mots de son auteur, qui laissait derrière lui les structures familières couplet-refrain pour des structures plus incertaines, transformant ses chansons en mini-symphonies, sombres et tortueuses. Chef d’œuvre, cela va sans dire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-imprudence.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-imprudence.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fin d’album, entre l’anxieuse «&amp;nbsp;Est-ce aimer&amp;nbsp;» et la fougueuse «&amp;nbsp;Dans la foulée&amp;nbsp;», la chanson «&amp;nbsp;Le Dimanche à Tchernobyl&amp;nbsp;» proposait un détour du côté de Pripiat. Avec son instrumentation – piano et un ensemble de cordes soyeuses –, la voix étouffée de Bashung, des accidents sonores à l’arrière-plan, la chanson monte lentement en puissance, avec un intermède menaçant en son cœur. Dans sa dernière minute, les cordes se déploient, annonçant un tout autre morceau… avant de s’interrompre brusquement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/JV-XvTbIJAA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passer un dimanche à Tchernobyl comme, dans le temps, on allait sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/15/J-comme-La-Jetee&quot;&gt;la jetée de l’aéroport d’Orly&lt;/a&gt; pour observer les avions. Les paroles de la chanson, volontiers cryptiques et ne dédaignant pas les allitérations et les jeux de mots, évoque par endroit les durées incommensurables auxquelles les humains sont confrontés avec les matières radioactives – à moins qu’il ne s’agisse d’un amour radioactif&amp;nbsp;? De fait, difficile de savoir à qui s’adresse Bashung dans sa chanson.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;tu m'irradieras encore longtemps&lt;br /&gt;
bien après la fin&lt;br /&gt;
tu m'irradieras encore longtemps&lt;br /&gt;
au delà des portes closes&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Superbe, assurément.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;sarcophage&quot;&gt;Le livre&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs ouvrages abordent, sous un angle documentaire, la question du tourisme nucléaire. On peut citer &lt;em&gt;Les Fleurs de Tchernobyl&lt;/em&gt; (2008) ou la BD &lt;em&gt;Un printemps &lt;/em&gt;&lt;em&gt;à Tchernobyl&lt;/em&gt; (2012) d’Emmanuel Lepage, ou le livre de photographies &lt;em&gt;Weekend &lt;/em&gt;&lt;em&gt;à Pripiat&lt;/em&gt; de Patrick Imbert. Mais il ne s’agit pas là de fictions, raison pour laquelle on privilègiera dans le cadre de ce billet &lt;strong&gt;Le Sarcophage&lt;/strong&gt; de Pierre Christin, petit livre illustré par Enki Bilal. Inutile de revenir sur l’un et l’autre&amp;nbsp;: le premier, scénariste de &lt;em&gt;Val&lt;/em&gt;&lt;em&gt;érian et Laureline&lt;/em&gt; et le second, créateur de la &lt;em&gt;Trilogie Nikopol&lt;/em&gt;, ont œuvré ensemble sur les «&amp;nbsp;Légendes d’aujourd’hui&amp;nbsp;», trois BD proposant autant d’histoires où un élément fantastique déboule dans des recoins de France, ainsi que le diptyque &lt;em&gt;Fin de si&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ècle&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Les Phalanges de l&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’ordre noir&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Fin de si&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ècle&lt;/em&gt;). &lt;strong&gt;Le Sarcophage&lt;/strong&gt; s’intègre dans la série des «&amp;nbsp;Correspondances de Pierre Christin&amp;nbsp;», dont il représente le cinquième volume.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-sarcophage.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-sarcophage.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’argument du &lt;strong&gt;Sarcophage&lt;/strong&gt; est simple&amp;nbsp;: transformons la centrale de Tchernobyl en un musée du XXIe siècle&amp;nbsp;! Avec un humour pince-sans-rire, Christin et Bilal nous promènent à travers ce projet de Musée de l’Avenir, musée d’un genre nouveau tenant à la fois de «&amp;nbsp;l’usine robotisée, de la centrale d’énergie, du plateau de tournage, du parc de loisirs et de l’espace virtuel&amp;nbsp;». Quatre bâtiment, autant de pôles précis&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Conservatoire du Souvenir&lt;/em&gt; – où l’on croise les idéologies mortifères, les espèces disparues –, l’&lt;em&gt;Usine de la Modernit&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é&lt;/em&gt; – emphase sur le culte du corps, de la performance, de la richesse, avec exposition de personnes riches –, la &lt;em&gt;Centrale de l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Avenir&lt;/em&gt; – pouvoir et immortalité – et surtout le bâtiment 4, &lt;em&gt;Au c&lt;/em&gt;&lt;em&gt;œur de la mort, la vie&lt;/em&gt;, situé dans le sarcophage du réacteur n°&amp;nbsp;4 de la centrale de Tchernobyl.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;À la question posée dans l’excellent ouvrage &lt;em&gt;Museums for A New Millenium&lt;/em&gt; et qui est la suivante&amp;nbsp;: &quot;Comment créer des musées… qui ne soient ni des cimetières, ni des parcs de loisirs, mais des laboratoires pù s’exercent les perceptions sensuelles et la pensée critique&amp;nbsp;?&quot;, le sarcophage de Tchernobyl répondra en faisant les trois à la fois&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;cimeti&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ère, loisir, laboratoire&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;L’ouvrage se conclue sur les données chiffrées du projet, son budget, le nombre de visiteurs attendus, ainsi que la réponse fictive du gouvernement ukrainien, qui qualifie ce Musée de l’avenir «&amp;nbsp;d’obscène&amp;nbsp;»… mais qui ne s’interdit pas de reconsidérer la question. Cynique, vous avez dit&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Christin et Bilal pensent à tout&amp;nbsp;: l’apparence du checkpoint d’entrée, les trains blindés pour se rendre au musée, les tenues stériles fournies aux visiteurs, l’emploi des liquidateurs pour assurer les visites guidées… Un sens du détail imparable, exarcerbant l’ironie glacée de ce projet de «&amp;nbsp;Musée des Musées&amp;nbsp;». Inventif, indispensable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-sarcophage-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-sarcophage-img1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-sarcophage-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-sarcophage-img2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-sarcophage-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-sarcophage-img3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La véritable Tchernobyl n’est jamais loin. Sur fond noir, certaines planches comportent photographies et témoignages, rappelant que, aussi délirantes que soient les propositions des deux auteurs, leur travail se base sur une réalité bien moins drôle. Comme &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?p=46488&quot;&gt;M le soulignait sur le forum&lt;/a&gt;, l’ampleur écologique et humaine de la catastrophe, supérieure aux incidents de Harrisburg et Three Mile Island, égalée seulement par Fukushima un quart de siècle plus tard, explique peut-être le peu de fictions centrées sur Tchernobyl.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-bifrost-confesseur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-bifrost-confesseur.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté fictions, on citera également &lt;strong&gt;Le Confesseur sauvage&lt;/strong&gt;, bande dessinée de Philippe Foerster&amp;nbsp;: un morceau de lune s’est écrasé sur la ville de Tchernobourg, éparpillant des agents mutagènes. Le père Irradieu est un poulpe empathique&amp;nbsp;: poser l’un de ses nombreux tentacules sur l’épaule d’un quidam poussera celui-ci à s’épancher. L’album consiste en un recueil d’historiettes, faisant la part belle à l’humour noir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans oublier «&amp;nbsp;Le Dragon de Pripiat&amp;nbsp;», novella de Karl Schroeder parue en français dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 26. Gennady Malianov, expert en nucléaire, est engagé pour enquêter sur de possibles fuites de matériel radioactif à Pripyat. Sur place, il découvre qu’une sorte de dragon hante les lieux. Bien entendu, le dragon n’en est pas réellement un, et la vérité est tout autre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le jeu&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;L’auteur de ces lignes n’étant pas un grand gamer, il se bornera à rappeler l’existence du jeu &lt;em&gt;S.T.A.L.K.E.R.&lt;/em&gt; (2007), qui plonge son joueur dans la Zone d’exclusion de Tchernobyl, après que la centrale a subi un second accident. Le jeu concasse s’inspire allègrement du roman &lt;strong&gt;Stalker – Pique-nique au bord du chemin&lt;/strong&gt; des frères Strougatski et de son adaptation cinématograhique par Andrei Tarkovski.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-stalker.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-stalker.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le film&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Chernobyl Diaries&lt;/em&gt; , premier film réalisé par Brad Parker (par ailleurs souvent crédité comme assistant-réalisateur ou pour les effets visuels), se situe dans ce que la deuxième partie de &lt;em&gt;La Terre outrag&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt; montrait&amp;nbsp;: le tourisme nucléaire.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Have you heard of extreme tourism?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lors d’un voyage en Europe, un trio d’Américains – Chris, sa plantureuse petite copine Natalie, et une amie, Amanda – fait une escale à Kiev pour rendre visite à Paul, le grand frère de Chris. Paul leur suggère – leur impose – un bon plan&amp;nbsp;: aller faire un tour à Pripiat. Un couple de backpackers, Michael et Zoe, les rejoint le matin du départ. Leur guide est Youri, un Ukrainien. Bon, les militaires au checkpoint leur interdise l’entrée dans la zone d’exclusion totale, mais qu’à cela ne tienne, Youri connaît une autre route pour aller dans la ville abandonnée. La visite de Pripiat, où la nature reprend ses droits, se déroule à peu près bien. Mais en fin de journée, le van de Youri refuse de redémarrer, la faute à des câbles rongés par… ils ne savent pas quoi. La solution du guide est simple&amp;nbsp;: passer la nuit dans le van et attendre le matin pour gagner le checkpoint. Mais des bruits retentissent dans la nuit&amp;nbsp;; Youri va voir ce dont il s’agit, suivi par Chris puis Paul. Seuls les deux jeunes hommes reviennent, et Chris est blessé. Que faire&amp;nbsp;? Des &lt;em&gt;choses&lt;/em&gt; rôdent dans Pripiat, avec des intentions qu’on aurait peine à qualifier d’amicales…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-2-diaries.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-2-diaries.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Chernobyl Diaries&lt;/em&gt; , co-scénarisé par Oren Peli, à l’origine de la saga &lt;em&gt;Paranormal Activity&lt;/em&gt;, ne parvient pas à aller plus loin que ses prémisses. De ce fait, le film peut se résumer à cette comparaison&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est &lt;em&gt;La Colline a des yeux&lt;/em&gt;, mais à Tchernobyl, et en moins bien.&amp;nbsp;» Tout n’est pourtant pas mauvais dans &lt;em&gt;Chernobyl Diaries&lt;/em&gt; et, à vrai dire, le film commence de manière intéressante, si l’on fait abstraction de personnages assez creux et peu creusés en fin de compte. L’errance dans un Pripiat déserté s’avère assez réussie et anxiogène&amp;nbsp;: ce sont les animaux qui y règnent en maître. Le film n’abuse pas des scare-jumps et parvient à susciter l’angoisse par moments – et de moins en moins plus le temps passe. De manière regrettable, la seconde moitié du film accumule les ratés&amp;nbsp;: les personnages n’ont en fin de compte pas d’autres fonctions que de se faire dézinguer les uns après les autres, sans que cela fasse ni chaud ni froid au spectateur&amp;nbsp;; la «&amp;nbsp;shaky cam&amp;nbsp;» rend l’action souvent illisible&amp;nbsp;; le background est à peine une esquisse&amp;nbsp;; la radioactivité consiste en rien de plus qu’un accessoire utilisé hâtivement vers la fin du film. Et la fin est complètement bâclée, au point qu’elle donne l’impression que les scénaristes n’avaient plus d’idées pour terminer leur histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/P7ZTLckhg_g?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Terminer cet ensemble de billets, l’auteur de ces lignes espère le savoir, avec le troisième et dernier, qui se consacrera aux conséquences lointaines de la catastrophe de Tchernobyl.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Q comme Queen Mimosa 3</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/10/Q-comme-Queen-Mimosa-3" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Queen Mimosa 3" />
      <id>urn:md5:82f2db492b10d241eed3435179385db6</id>
      <published>2016-05-10T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-23T20:14:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;En mai… on connaît bien l'adage&amp;nbsp;: écoute ce qu'il te plaît. Où l'on s'éloigne des territoires science-fictifs pour décider de faire fi du bon goût et d'écouter l'electro-pop queer et déjantée de Queen Mimosa&amp;nbsp;3.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Diverses chansons, Queen Mimosa 3, 2006 – maintenant.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans cet Abécédaire, on s’est efforcé de chroniquer des disques exigeants, demandant parfois quelques efforts. Du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/05/05/P-comme-Povandenines-Kronikos&quot;&gt;folk lituanien&lt;/a&gt;, de l’&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae&quot;&gt;electronica pointue&lt;/a&gt;, de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/05/M-comme-Music-for-films&quot;&gt;l’ambient&lt;/a&gt;, les œuvres choisies de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/07/D-comme-The-Diary-of-Nathan-Adler&quot;&gt;David Bowie&lt;/a&gt;,&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt; Brian Eno&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/02/D-comme-The-Drift&quot;&gt;Scott Walker&lt;/a&gt;… Un jour, pourquoi pas, de la kosmische Musick en provenance d’ex-Allemagne de l’est (oui, &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=U_fwJF-w7Bg&quot;&gt;ça existe&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et vous savez quoi&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Fuck&lt;/em&gt; le bon goût et le sens de la mesure, et écoutons Queen Mimosa 3. L’un des artistes favoris de Christine Boutin, sans le moindre doute.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le mec que tu vois c’est QM3 / Il est plus hot que ta petite culotte&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;On s’la pète&amp;nbsp;»)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Avec Queen Mimosa 3, les années 80 sont réactualisées, au son d’une «&amp;nbsp;electro glam-trash&amp;nbsp;» &lt;a href=&quot;http://https/superconnasses.wordpress.com/2007/10/29/queen-mimosa-iii-is-there/&quot;&gt;pour reprendre les mots de son auteur&lt;/a&gt; en 2007. Des chansons sautillantes, aux mélodies irrésistibles. À l’inverse de l’actuelle (et excitante) vague dark synthwave, qui ressort les synthés et s’inspire de certains films de genre, &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Akira &lt;/em&gt;en tête – et sur laquelle on aura sûrement l’occasion de revenir –, QM3 cherche à retrouver l’immédiateté des tubes pop des décennies 80, les synthés à donf, les mélodies catchy et acidulées, avec des textes faussement naïfs – et une voix un peu outrée… à laquelle, certes, on peut ne pas adhérer.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;En topless&lt;br /&gt;
Remue ton coeur trop lourd&lt;br /&gt;
Sur des sons qui t'oppressent&lt;br /&gt;
Secoue-toi mon amour&lt;br /&gt;
Oublions les pensées rétro&lt;br /&gt;
Qui cloisonnent ton cerveau&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Existant depuis 8 ans, Queen Mimosa 3 est en fait le projet d’une seule personne, Jonathan Icher, qui signe paroles, musiques et l’aspect visuel – mais la tatoueuse Noémie Alazard collabore régulièrement depuis quelques temps. Le nom, &lt;a href=&quot;http://https/interviewsmusicmagazine.wordpress.com/2014/05/11/queen-mimosa-3-lalchimie-des-dons/&quot;&gt;de l’aveu de J. Icher&lt;/a&gt;, provient tout droit de &lt;strong&gt;Notre-Dame-des-Fleurs&lt;/strong&gt; de Jean Genet – chose qui, si besoin était, donnerait déjà quelque indication sur la tonalité de l’ensemble. En d’autres mots, les postures machos et viriles du hip-hop ou du hard rock ne sont pas tellement de mise ici. Au fil des chansons, que QM3 égrène sur YouTube, apparaît tout un univers, flashy et clinquant (des paillettes et du gloss&amp;nbsp;!), volontiers queer, et où la mélancolie n’est jamais loin («&amp;nbsp;Ne m’embrasse pas&amp;nbsp;» par exemple). Les questions de genre transparaissent notamment dans «&amp;nbsp;Androginy&amp;nbsp;». Les textes sont chantés en anglais ou en français&amp;nbsp;; au départ hédonistes et festifs, un brin vulgaires, ils gagnent en qualité au fil du temps – sans perdre de leur salacité. Honte de rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-q-poneyfier.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-q-poneyfier.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les années 80 sont présentes en force, à l’image du clip de «&amp;nbsp;Let’s go crazy&amp;nbsp;» (rien à voir avec la chanson éponyme de Prince) qui collisionne le David Bowie de «&amp;nbsp;Life on Mars&amp;nbsp;» avec le Club Dorothée et des animés japonais tout droit sortis des 80s). QM3 va au-delà de cette seule décennie&amp;nbsp;: la chanson «&amp;nbsp;Starman&amp;nbsp;» (référence à Bowie&amp;nbsp;?) commence certes par ces mots, «&amp;nbsp;Fan des années 80&amp;nbsp;», mais cite Roxy Music, le Velvet Underground et «&amp;nbsp;Stuntman&amp;nbsp;» de Kasabian. Ailleurs, on peut encore discerner des références plus ou moins obliques à Iggy Pop ou les Village People. Musicalement, QM3 se rapproche des Rita Mitsouko ou de Yelle pour son approche déjantée de la pop, tous synthés et boîtes à rythmes dehors&amp;nbsp;; on pense aussi à Indochine par endroit. Visuellement, les clips (dirigés par Jonathan Icher &lt;em&gt;himself&lt;/em&gt; ou d’autres) sont des soignés, l’accent étant particulièrement porté sur les costumes et les maquillages (le fait que Icher, qui signe la direction artistique de ses clips, sorte de l’école Duperré n’est pas un hasard), avec une inspiration et une inventivité pas éloignée de ce qu’on peut voir et entendre du côté du Japon&amp;nbsp;; c’est plein de trouvailles, c’est souvent quelque peu perturbant, à l’image des zombies qui débarquent soudain dans &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=nPEa4Y4YYJc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sexophone&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, pastichant le «&amp;nbsp;Thriller&amp;nbsp;» de Michael Jackson. Ou du tricératops gonflable de «&amp;nbsp;Poney Fier&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/IIbD_ApIs3Y?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi les plus récentes chansons mises en ligne, le clip improbable de «&amp;nbsp;Poney Fier&amp;nbsp;» carre le bon goût là où on le pense. Mais au-delà de la surenchère délirante et du refrain crétin («&amp;nbsp;Comme un poney je suis super fier / Des arcs-en-ciel plein la crinière / Ça me fait bander dur comme fer / Quand toi tu es extraordinaire&amp;nbsp;»), la chanson s’avère moins idiote qu’il n’y paraît de prime abord et invite à l’affirmation de soi. «&amp;nbsp;Quand t'es un fier destrier, / Tu fais ce qu'il te plait. / Même si tu risques de choquer / Les moldus d'à côté…&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Viens montrer aux gens le poney que t'as dans le sang&amp;nbsp;», voilà qui ne sonne pas plus différent du «&amp;nbsp;Don’t dream/Be it&amp;nbsp;» du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;. (Bon, si, un peu, parce qu’il y a des poneys, mais si on est heureux à faire le poney… eh bien, pourquoi pas.) Un manifeste sans complexes, en somme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-q-petitchat.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-q-petitchat.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Queen Mimosa 3 sort ses &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/user/queenmimosa&quot;&gt;chansons et leurs clips&lt;/a&gt; quand bon lui semble. Depuis le début de l’aventure, la plupart des chansons ont été rassemblées dans différents albums&amp;nbsp;: &lt;em&gt;So Sexy&lt;/em&gt; (2009), &lt;em&gt;Splash&lt;/em&gt; (2010) et &lt;em&gt;Licorne&lt;/em&gt; (2012), le dernier en date.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-q-discog.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-q-discog.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-q-discog_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En parallèle de Queen Mimosa 3, Jonathan Icher poursuit une carrière de photographe. La plupart de ses travaux sont exposés sur &lt;a href=&quot;http://www.jonathanicher.com/&quot;&gt;son site&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: ce sont là différentes séries de photos aux mises en scène soignées, aux couleurs acidulées&amp;nbsp;; les éléments de pop culture et l’imaginaire transgenre déjà à l’œuvre avec QM3 s’y collisionnent avec bonheur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, au travers de ses chansons, Queen Mimosa 3 prône une existence gentiment folle, décomplexée, décalée et hédoniste – être soi et être bien, quelle que soit son orientation sexuelle. Un message qu’on ne peut qu'approuver.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: ça dépendra des sensibilités&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans un univers parallèle, le projet de remake du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; est mené sous la houlette de Queen Mimosa 3. Et quoi&amp;nbsp;? Qu’y aurait-il d’absurde à cela&amp;nbsp;? La meilleure façon de refaire le séminal &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; est de le réinventer et le mettre au jour des musiques et des problématiques de cette deuxième décennie du XXIe siècle.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>P comme Povandeninės Kronikos</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/05/P-comme-Povandenines-Kronikos" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Povandeninės Kronikos" />
      <id>urn:md5:0e78c21a0eb4ce65b2d70287b2ffbd20</id>
      <published>2016-05-05T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-05T11:14:39+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'aventure, pour ce centième billet de l'&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/abcdr&quot;&gt;Abécédaire&lt;/a&gt;, du côté d'une Lituanie rêvée avec &lt;strong&gt;Povandeninės kronikos&lt;/strong&gt; du groupe Aistė Smilgevičiūtė &amp;amp; Skylė, très belle évocation, en quatorze chansons, du plus méridional des pays baltes…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Povandeninės kronikos, Aistė Smilgevičiūtė &amp;amp; Skylė (2007). 14 morceaux, 68 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Allez savoir pourquoi, on s’amourache parfois d’un pays à cause d’une chanson ou deux. Ma découverte musicale de la Lituanie tient à la chanteuse Aistė Smilgevičiūtė&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/05/05/P-comme-Povandenines-Kronikos#_ftn1&quot; id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; et une poignée de chansons, quasi introuvables, présentes sur l’EP &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/sakme-apie-laume-martyna&quot;&gt;Sakmė apie laumę Martyną&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;Contes de Martyna le lutin&amp;nbsp;») et sur la compilation &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/po-vandeniu&quot;&gt;Po Vandeniu&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;Sous l’eau&amp;nbsp;»). Des chansons d’une folk âpre et un brin dérangée, chantées dans une langue liquide aux inflexions rocailleuses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aistė Smilgevičiūtė s’est fait connaître en 1999 avec la chanson «&amp;nbsp;Strazdas&amp;nbsp;», qui a eu le douloureux honneur de représenter la Lituanie à l’Eurovision — et qui a fini 20e sur 23, juste derrière la France (représentée par une certaine Nayah… qui semble n’avoir fait que ça dans sa carrière). &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/strazdas/the-song-trush-strazdas&quot;&gt;« Strazdas »&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;Hirondelle&amp;nbsp;»), chantée en samogitien, un dialecte de l’ouest de la Lituanie, était loin d’être dégueulasse bien qu’un peu surproduite. On sait déjà l’intérêt musical de ce concours, passons… En 1999 donc, Aistė Smilgevičiūtė avait déjà rejoint depuis trois ans le groupe Skylė (dont le nom signifie «&amp;nbsp;trou&amp;nbsp;»), groupe ayant alors publié une belle poignée d’albums. Existant depuis 1900, Skylė est aujourd’hui un collectif de six membres (sept lors de l’enregistrement de l’album auquel se consacre ce billet), mené par Rokas Radzevičius et Aistė Smilgevičiūtė (madame Radzevičienė à la ville, les deux têtes pensantes du groupe étant mariés), auteurs de la plupart des paroles et musiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/05/05/blog.belial.fr/media/ABDCR/vol3-p-skylographia.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-skylographia.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-p-skylographia_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2007, le groupe a sorti un album titré &lt;em&gt;Povandeninės kronikos&lt;/em&gt;, titre qui pourrait se traduire par «&amp;nbsp;les chroniques englouties&amp;nbsp;». Cela, onze ans après un album dont le titre se traduit par «&amp;nbsp;Sous l’eau&amp;nbsp;» – y aurait-il quelque lien entre les deux œuvres&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Povandenin&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ės kronikos &lt;/em&gt;succédait à &lt;em&gt;Babilonas&lt;/em&gt; (2000), album de folk-pop sympathique, sans plus, à &lt;em&gt;Vilniaus Legendos&lt;/em&gt; (2001), &lt;em&gt;musical&lt;/em&gt; consacré à la capitale lituanienne, et &lt;em&gt;Jūratė ir Kastytis&lt;/em&gt; (2002), une autre comédie musicale, inspirée du conte éponyme — l'un des plus fameux contes lituaniens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-p-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album débute avec &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/sventaragis&quot;&gt;«&amp;nbsp;Šventaragis&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Ample, lyrique, peut-être un brin pompeuse, «&amp;nbsp;Šventaragis&amp;nbsp;» s’impose d’emblée comme une excellente chanson — probablement l’une des toutes meilleures de l’album. Sauf erreur de ma part, le titre désigne un endroit, à la confluence de la Neris et de la Vilnia, les deux rivières qui bordent Vilnius, où l’on incinérait les dépouilles mortelles des grands ducs lituaniens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Faute de bien comprendre les paroles, en lituanien forcément (Google Translate donnant des résultats… poétiques, sûrement autant que les paroles véritables, mais peu exploitables), impasse sera faite sur l’analyse titre par titre. Sans s'aventurer trop loin, on peut toutefois remarquer que l’ensemble des chansons repose sur la même base instrumentale&amp;nbsp;: les guitares, acoustiques ou électriques, sont régulièrement accompagnées à l’accordéon et à la flûte, avec des synthétiseurs très discrets en soutien. Une relative unité stylistique, qui donne à ces &lt;em&gt;Povandeninės kronikos&lt;/em&gt; une belle cohésion. Si Aistė Smilgevičiūtė chante sur la plupart des chansons, elle se met parfois en retrait, assurant les chœurs et laissant le micro à Rokas Radzevičius («&amp;nbsp;Sesuo&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Jūržolių šokis&amp;nbsp;») — on préfère toutefois quand c'est elle qui chante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quatrième morceau de l’album, &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/jurzoliu-sokis&quot;&gt;«&amp;nbsp;Jūržolių šokis&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; justement donne (peut-être) sa justification à la pochette et au titre de l’album. Sauf erreur de ma part (de Google Translate plus exactement), le titre signifie «&amp;nbsp;la danse des algues&amp;nbsp;», et les paroles semblent avoir une thématique des plus aquatiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après un beau début («&amp;nbsp;Šventaragis&amp;nbsp;» et &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/uola&quot;&gt;«&amp;nbsp;Uola&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), l’intérêt se dilue quelque peu avec des ballades sympathiques mais languissantes (&lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/eliziejaus-laukai&quot;&gt;«&amp;nbsp;Eliziejaus laukai&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/adonis&quot;&gt;«&amp;nbsp;Adonis&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;)&amp;nbsp;; l’album redécolle dans sa seconde moitié, d’abord avec le tubesque &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/laikas18&quot;&gt;«&amp;nbsp;Laikas&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;Temps&amp;nbsp;»). Un brin emphatique, mais que c’est bon… On retrouve avec &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/teogonija&quot;&gt;«&amp;nbsp;Teogonija&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;théogonie&amp;nbsp;») le même tempérament lyrique. Coincé entre «&amp;nbsp;Teogonija&amp;nbsp;» et la très rock &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/sesuo2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Sesuo&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;Soeur&amp;nbsp;»), &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/ismintis&quot;&gt;«&amp;nbsp;Išmintis&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;Sagesse&amp;nbsp;») pâtit un peu de sa position.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ses sept minutes au compteur, &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos/ruduo40&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ruduo&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;Automne&amp;nbsp;») conclue l’album sur le même tempérament sauvage et lyrique que «&amp;nbsp;Sventaragis&amp;nbsp;». Il existe une version préliminaire de cette chanson, &lt;a href=&quot;http://https/www.pakartot.lt/album/po-vandeniu/uzgimes-ruduo&quot;&gt;«&amp;nbsp;Užgimęs Ruduo&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; («&amp;nbsp;Naissance de l’automne&amp;nbsp;»), où l’on devine tout le potentiel hymnique de la chanson. Une superbe conclusion, point d’orgue d’un disque d’une belle qualité générale – pour peu que l’on supporte les vocalises d’Aistė Smilgevičiūtė. Pour sa part, votre serviteur est conquis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une ambiance liquide baigne &lt;em&gt;Povandeninės kronikos&lt;/em&gt;. Quoi d’étonnant à cela&amp;nbsp;? Le nom même de la Lituanie, &lt;em&gt;Lietuva&lt;/em&gt;, évoque «&amp;nbsp;lietus&amp;nbsp;», qui signifie pluie. En toute méconnaissance des paroles, difficile de dégager précisément un thème de l’album&amp;nbsp;; à vue de nez (d'oreille ?), celui-ci apparaît toutefois comme (en partie) une ode à une Lituanie proche de ses légendes, de la nature, panthéiste – un certain mysticisme semble imprégner l'album un tant soit peu. Une vision à l'opposé de ce que l'écrivain lituanien Ricardas Gavelis décrivait dans son âpre &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/20/objr-en-plus-bifrost-79#vilnius&quot;&gt;Vilnius Poker&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Aistė Smilgevičiūtė signe les paroles d’un peu plus de la moitié des chansons, et reprend deux chansons en provenance de son passé en solo&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ruduo&amp;nbsp;» donc, et &lt;a href=&quot;http://https/www.pakartot.lt/album/po-vandeniu/prikalta&quot;&gt;«&amp;nbsp;Prikalta&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, rejouée de manière plus fougueuse et moins sautillante sous le titre «&amp;nbsp;Uola&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;rocher&amp;nbsp;») en deuxième position du disque. &lt;em&gt;Povandeninės kronikos&lt;/em&gt; semble donc une manière de boucler la boucle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-broliai-vilkovartai.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-p-broliai-vilkovartai.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par la suite, Skyle a sorti &lt;em&gt;Broliai&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;frères&amp;nbsp;», 2010), un album commémorant la résistances à l’occupation soviétique entre 1944 et 1953, et &lt;em&gt;Vilko Vartai&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;les portes du loup&amp;nbsp;», 2015). Deux albums de pop-rock mâtiné de folk, d’une écoute au mieux agréable, mais qui ne retrouvent jamais vraiment le lyrisme et les grands moments de &lt;em&gt;Povandeninės kronikos&lt;/em&gt;. Sans compter leur aspect roboratif — 17 ou 18 chansons qui remplissent le CD de fond en comble. En définitive, à l’écoute des œuvres antérieures et postérieures, &lt;em&gt;Povandeninės kronikos&lt;/em&gt; a tout d'un accident dans la discographie de Skyle. Un très bel accident.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-svesiatyloje.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-p-sviesatyloje.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La pochette de l’album est due au photographe Saulius Kirvela, dont les œuvres ont été rassemblées dans le beau livre &lt;strong&gt;Šviesa Tyloje&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Lumière Silence&amp;nbsp;») en 2007. Des paysages aquatiques fantomatiques, peuplés de forêts englouties – ou comment la lente putréfaction du bois dans les eaux peut s’avérer magnifique. Les photographies s’appuient sur l’alchimie entre les contraires&amp;nbsp;: forêts submergées et algues bien vivantes, le terne de la vase s’opposant aux couleurs chatoyantes, jeux de contrastes entre les ombres et la lumière diffractée… Est-on tout le temps sous l’eau&amp;nbsp;? Certains paysages laissent subsister l’ambiguïté. On se croirait souvent sur un autre monde – dans les marécages de Dagobah ou ailleurs. Dommage que le livre soit quasiment introuvable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-st1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-p-st1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-st3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-p-st3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-p-st2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-p-st2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: le CD est épuisé, mais on peut écouter l’album en streaming &lt;a href=&quot;https://www.pakartot.lt/album/povandenines-kronikos&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/05/05/P-comme-Povandenines-Kronikos#_ftnref1&quot; id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Rassurez, ça n’est pas &lt;em&gt;aussi &lt;/em&gt;difficile à prononcer qu’il n’y paraît.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme Ô Grand Rosenfeld</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/05/03/O-comme-O-Grand-Rosenfeld" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Ô Grand Rosenfeld" />
      <id>urn:md5:d3d434ce2e165a56f6578dcb144c221f</id>
      <published>2016-05-03T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-03T12:57:02+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/21/X-comme-Les-Xipehuz&quot;&gt;Les Xipéhuz&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Rosny aîné, l'on continue de s'intéresser à la « prehistoric fiction » avec &lt;strong&gt;Ô Grand Rosenfeld&lt;/strong&gt;, une fantaisie due à la plume de Daniel Wallace — l'auteur du roman &lt;strong&gt;Big Fish&lt;/strong&gt;, que Tim Burton a porté à l'écran en 2003.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Ô Grand Rosenfeld [O Great Rosenfeld], Daniel Wallace, illustré par l’auteur, traduit de l’anglais [US] par Laurent Bury. Autrement, coll. «&amp;nbsp;Littérature&amp;nbsp;», 2004 [1998]. 128 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Daniel Wallace s’est fait remarqué au début des années 2000 lorsque Tim Burton a porté à l’écran son premier roman, &lt;strong&gt;Big Fish&lt;/strong&gt;. Un roman où fantastique et réalité s’entremêlaient, au fil de la confession à son fils d’un père à l’agonie, à la jeunesse et au parcours hors du commun… Dans la filmographie du réalisateur, le film succédait à la médiocre &lt;em&gt;Plan&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ète des singes&lt;/em&gt; et constitue probablement le dernier éclat d’un Tim Burton désormais trop souvent enferré dans ses propres gimmicks. Bon, reconnaissons que &lt;em&gt;Big Eyes&lt;/em&gt; (2014) n’était pas mauvais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-big-fish.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-bigfish.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Daniel Wallace a publié par la suite d’autres romans, plus ou moins régulièrement – le dernier en date, &lt;strong&gt;The Kings and Queens of Roam&lt;/strong&gt;, étant paru en 2013, après une éclipse de Wallace d’une demi-douzaine d’années. Côté traductions, les éditions Autrement se sont arrêtées au &lt;strong&gt;Roi de la past&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;èque&lt;/strong&gt;, après le présent &lt;strong&gt;Ô Grand Rosenfeld&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ô Grand Rosenfeld&lt;/strong&gt; est un drôle de roman, une fantaisie préhistorique se situant dans une lignée similaire à &lt;strong&gt;Pourquoi j&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’ai mangé mon père&lt;/strong&gt; de Roy Lewis ou la série des &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Petits Féroces &lt;/strong&gt;» de Paul Thiès&amp;nbsp;: un monde préhistorique fantasmé, qui se préoccupe guère de la véracité historique. Ça n'est pas&lt;strong&gt; La Guerre du feu&lt;/strong&gt; de J.H. Rosny aîné ni &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/sous-le-vent-du-monde&quot;&gt;Sous le vent du monde&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Pierre Pelot. Ici, l’argument préhistorique est d’ailleurs minimaliste&amp;nbsp;: pas de mammouth, de rhinocéros laineux ou de tigre à dents de sabre&amp;nbsp;; à peine y croisera-t-on une Bête monstrueuse que personne n’a jamais vue. Bref.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-img3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-img3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ô Grand Rosenfeld, notre chef&amp;nbsp;! Tu n’as d’égal dans aucun des pays auquel on peut songer, ni dans le monde qu’il y a devant nous ni dans celui qu’il y a derrière nous. Dans toutes les autres tribus, chez les Smith ou les Wilson (les cupides Wilson&amp;nbsp;!), personne ne saurait être aussi extraordinaire que le Grand Rosenfeld, troisième du nom&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Rosenfeld a donc succédé à son père, qui lui-même avait succédé à son propre père. Mais Rosenfeld, deuxième du nom, est mort en tombant accidentellement d’une falaise et son rejeton s’est retrouvé propulsé chef, un peu à son corps défendant. Surtout, le jeune Rosenfeld n’a pas un charisme de fou, et sa plus importante décision envers la tribu a été de proscrire l’accès aux falaises, ces accidents de terrain si dangereux. Le souci, c’est que Rosenfeld est confronté à deux problèmes&amp;nbsp;: le premier est lointain mais s’approche, et c’est la tribu des Wilson, dont le chef a des vues sur Sally la Très Belle&amp;nbsp;; le deuxième, c’est que la tribu se retrouve désormais acculée à une falaise. Du coup, leurs chances de survie face aux Wilson semblent assez minces à George le scribe, narrateur de la présente histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-img2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-img2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La tribu dirigée par Rosenfeld compte trente-mois membres et demi. Demi, parce qu’il y a Roy, «&amp;nbsp;qui est né avec la moitié d’un corps&amp;nbsp;» (la moitié haute, on vous rassure). Outre Rosenfeld troisième du nom, George et Sally la Très Belle, on y trouve aussi Gros Akins, brute qui aimerait bien devenir chef à la place du chef et qui s’avère parfois doué d’éclairs de lucidité&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Rosenfeld&amp;nbsp;: (…) Tu as regardé un peu ces falaises&amp;nbsp;? Mon père est tombé d’une falaise infiniment moins dangereuses que celles-ci ne le paraissent. Donc il ne va rien se passer de tel [quitter le Pays-devant-les-Falaises].&lt;br /&gt;
Gros Akins&amp;nbsp;: Avec tout le respect qui t’est dû, Ô Grand, ces falaises ne m’ont pas l’air si dangereuses que ça. Ce ne sont peut-être même pas toutes des falaises.&lt;br /&gt;
Rosenfeld&amp;nbsp;: Je sais reconnaître des falaises quand j’en vois une, Gros Akins. Crois-moi, elles sont dangereuses.&lt;br /&gt;
Gros Akins&amp;nbsp;: Oui. Mais elles ne sont dangereuses que si on s’approche d’elles. Si on traversait les prairies et les champs qui se trouvent entre ici et les falaises, je pense qu’on survivrait et qu’on arriverait bientôt dans un meilleur pays.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;En tant que conte préhistorique, &lt;strong&gt;Ô Grand Rosenfeld &lt;/strong&gt;fait la part belle à l’absurde et aux anachronismes. On ne peut donc s’empêcher de penser à &lt;strong&gt;Pourquoi j&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’ai mangé mon père&lt;/strong&gt;, sans toutefois les implications idéologiques du roman de Roy Lewis. De fait, narré par le progressiste Edouard, &lt;strong&gt;Comment&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; prône l’expérimentation à tout va, qu’importe les conséquences – tant pis si on fait cramer la savane à la suite d’un feu mal maîtrisé. Rosenfeld, quant à lui, se complaît dans une molle inaction&amp;nbsp;; il n’est pas réactionnaire, juste excessivement prudent et pas très inventif, et heureusement que George est là pour lui sauver la mise. Bien souvent, le scribe fait office d’éminence grise, aidant Rosenfeld à accoucher d’histoires n’ayant pas encore été écrites et d’idées n’ayant pas encore été formulées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-img4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-img4.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-rosenfeld.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-rosenfeld.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt; Le sous-titre ne laisse guère de place au doute&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Une histoire avec des images&amp;nbsp;». Le roman est donc agrémenté par des illustrations de l’auteur&amp;nbsp;: un style naïf, faussement maladroit, qui rappelle quelque peu celui de Quentin Blake, l’illustrateur favori de Roald Dahl, ou Kurt Vonnegut et son &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/le-petit-dejeuner-des-champions&quot;&gt;Petit Déjeuner des champions&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (en moins trash, il n’est nullement question de «&amp;nbsp;beaver&amp;nbsp;» ici). Pour autant, il ne s’agit pas ici vraiment d’un roman pour la jeunesse… quoique. Disons un livre pour enfants mais pour les grands. Rosenfeld, George et les autres sont potentiellement des adultes, avec cependant des attitudes puériles. En fin de compte, &lt;strong&gt;Ô Grand Rosenfeld&lt;/strong&gt; ressemble au caprice d’un auteur désireux de se faire plaisir avec une histoire sans autre prétention que de l’amuser, lui (et ses éventuels lecteurs).&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Les histoires ne finissent jamais, elles s’arrêtent simplement. Celle-ci continue aussi, tout comme le Grand Rosenfeld. Ses aventures&amp;nbsp;? Elles sont merveilleuses et ineffables&amp;nbsp;; j’hésite à vous en faire part ici, car vous ne les croiriez pas.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De manière fort curieuse, ce court roman n’a pas connu d’édition anglaise. &lt;a href=&quot;http://www.goodreads.com/author/show/15393.Daniel_Wallace&quot;&gt;La page de l’auteur&lt;/a&gt; sur GoodReads indique que Ô Grand Rosenfeld existe en français et en coréen mais pas en anglais – à l’exception d’un tirage limité destiné à l’auteur et ses proches. Comme on peut donc le lire en français, on aurait tort de se priver de cette fantaisie préhistorique, gentiment désopilante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-o-img1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-o-img1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Cyberforce</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/29/Cyberforce" rel="alternate" type="text/html" title="Cyberforce" />
      <id>urn:md5:a7404d0a8f3825f77040c3ce4061245b</id>
      <published>2016-04-29T15:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-04-29T15:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Super les héros !</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Paygnard</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-une.jpg&quot; /&gt;Pour fêter la parution toute récente du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/collectif/bifrost-hs-la-science-fiction-en-bande-dessinee&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bifrost hors-série BD &amp;amp; SF&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, on vous propose de plonger loin dans les archives de la revue, avec le premier article de la rubrique tenue fièrement par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/tag/Philippe%20Paygnard&quot;&gt;Philippe Paygnard&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/super-les-heros&quot;&gt;Super les héros&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, dédiée aux comics. Paru dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-4&quot;&gt;numéro 4&lt;/a&gt;, en février 1997, cet article se consacrait à un groupe de super-héros assez méconnu, la &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;Annoncée dès &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 2, attendue pour le numéro 3, voici enfin ouverte notre rubrique consacrée aux comics de tous bords. «&amp;nbsp;Super, les héros&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» ciblera chaque trimestre une grande série, un super-groupe, dont nous nous efforcerons tant d'aborder la genèse que les évolutions et particularités, le parcours de son ou ses créateurs et les rouages de l'éditeur duquel il est issu. Ajoutez-y quelques notules d'actualités généralement liées à la série et voici grossièrement brossé le profil de cette nouvelle rubrique, rubrique qui, pour sa première, nous invite à découvrir l'univers de Marc Silvestri, pilier d'Image comics, au travers d'une de ses créations des plus marquantes&amp;nbsp;: la Cyberforce&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-logo.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-logo.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les cyber-trucs sont à la mode (et les modes passent vite), alors profitons-en pour évoquer ici l'un des meilleurs comic books du groupe Image&amp;nbsp;: Cyberforce.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais avant tout, il me semble naturel de présenter l'homme qui est à l'origine de cette bande dessinée typiquement américaine&amp;nbsp;: Marc Silvestri.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;La Marque de Silvestri&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Après des années passées à dessiner les X-Men et Wolverine chez Marvel Comics, Marc Silvestri était amplement prêt à s'attaquer à de nouveaux mutants. Mais, cette fois, il ne se contente pas de les dessiner, il en conserve la pleine et entière maîtrise en montrant ses capacités de créateur et de coscénariste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-xmen.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-xmen.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S'il débute quelques années plus tôt chez DC Comics, illustrant diverses histoires courtes pour &lt;em&gt;House of Mystery&lt;/em&gt; et et &lt;em&gt;Weird War Tales&lt;/em&gt;, il faut attendre l'année 1987 pour que le nom de Marc Silvestri soit connu reconnu par les fans de comics. En effet, c'est cette époque que le dessinateur prend en charge la destinée du plus célèbre des super-groupes&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Uncanny X-Men&lt;/strong&gt;. Se bornant, mais avec quelle maestria, à illustrer les scénarios de Chris Claremont, il livre là un travail d’excellente tenue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certes, certains esprits chagrins constatent qu'il n'égale pas ses prédécesseurs (John Byrne et Paul Smith, notamment), cependant Marc Silvestri réussit sans peine à maintenir la qualité graphique de ce titre. Et, lorsqu'un certain Jim Lee lui succède aux commandes de cette série phare de Marvel, Silvestri s'en va dessiner les aventures du plus sauvage des X-Men, Wolverine. Après tout, il n'est qu'un dessinateur parmi tant d'autres au sein de cette entité sans cœur qu'est la Marvel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-imagescomicslogo.png&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-imagecomicslogo.png&quot; /&gt;Pendant ces quelques dix années passées chez Stan Lee, Marc Silvestri a l'occasion de rencontrer quelques-unes des st de la génération montante, parmi lesquels Erik Larsen, Rob Liefield, Todd McFarlane, Jim Valentino, Whilce Portacio et Jim Lee. De jeunes créateurs épris de liberté qui finissent par décider de ne plus être de simples mercenaires au service d'une grande compagnie. Dès 1993 et d'un commun accord, ils préfèrent prendre le risque de fonder leur propre structure éditoriale&amp;nbsp;: Image Comics. Et, parce qu'il a déjà passé bien des années à dessiner des héros qui ne lui appartiennent pas, sur des scénarios écrits par d'autres, sans récolter les fruits de son dur labeur, Marc Silvestri n'hésite pas longtemps avant de rejoindre ce groupe de jeunes illuminés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'il n'écrit ou ne dessine pas de nouvelles aventures de Cyberforce, Marc Silvestri trouve parfois le temps d'illustrer quelques-unes des très sexy couvertures de la série &lt;strong&gt;Shi&lt;/strong&gt; de William Elliot Tucci, chez Crusade Comics. Et, comme la plupart de ses petits camarades, Silvestri a eu l’occasion de participer, avec ses héros, au méga cross-over entre Image et Valiant&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Deathmate&lt;/strong&gt;, en 1993.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Cyberforce sur Internet&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Cyber oblige, Top Cow Interactive a développé son propre site internet. On y trouve des Informations sur les dernières parutions, quelques mots sur les projets et surtout il y a un jeu interactif. Ce dernier fait hélas de ce site un endroit à éviter à moins de ne pas avoir peur d’affronter des notes de téléphone astronomiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Online game&amp;nbsp;: http://www.cforce.com&lt;a id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/29/Cyberforce#_ftn1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les incroyables Cyber-Men&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Paradoxalement, en créant Cyberforce, Marc Silvestri ne fait pas réellement œuvre de créateur. En fait, il se contente de reprendre les recettes qui ont marché et marchent encore si bien chez Marvel. Comme leurs glorieux aînés (les X-Men), les six membres de la Cyberforce sont bel et bien des mutants. Il existe cependant quelques différences subtiles entre ces deux super-groupes. En effet, ces mutants­là ont subi de sérieuses améliorations bio-cybernétiques, démultipliant les pouvoirs qu'une nature détraquée leur avait déjà offerts. Subir est vraiment le terme adéquat pour décrire leur triste sort. En effet, ils sont tous les six passés entre les griffes de CyberData, un complexe technico-politico­financier des plus effrayants. Ce conglomérat de force et d'argent utilise tous les moyens à sa disposition, même les plus vils, pour atteindre un seul et unique but&amp;nbsp;: s'emparer du pouvoir sous toutes ses formes. À cette fin, ses sbires parcourent le pays à la recherche de jeunes mutants qu'ils enlèvent ou achètent à des parents dégénérés. Ils les confient ensuite aux démoniaques bio­ cybernéticiens de CyberData qui vont transformer ces enfants en véritables machines de guerre et faire de leurs pouvoirs plus ou moins latents des armes terrifiantes et destructrices. Les six membres de la Cyberforce ont suivi ce même parcours mais, contrairement à d'autres, ils ont réussi à échapper à la terrible emprise de cette hydre maléfique. Depuis, ils n'ont qu'une seule raison de vivre détruire CyberData&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-team&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-team.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-cyberforce-team_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au-delà du thème classique et maintes fois rabâché du mutant en lutte contre le reste de la société, les différents membres de la Cyberforce ont, avec les X-Men, certains points communs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l'évidence, et malgré ses trois bras droits artificiels, le major Morgan Stryker ressemble beaucoup à Cable, leader de la X-Force chez Marvel. Et, lorsqu'il ne joue pas les utilités au cœur de la Cyberforce, Stryker se transforme en chef de guerre du groupe de mercenaires connu sous le nom de Codename&amp;nbsp;: Strykeforce.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De la même façon, Ripclaw a les griffes et le même sale caractère qu'un certain Wolverine, alors que la juvénile Velocity a un air de famille flagrant avec Kitty Pryde et que la charmante Cyblade a des pouvoirs qui peuvent aisément se comparer à ceux de Storm.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Heat Wave, le leader officiel de la Cyberforce, possède quant à lui la rigueur morale de Cyclops, tandis qu'Impact a la force et la carrure de Colossus survitaminé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, Timmie, la machine autonome et intelligente créée par Chip le petit génie, apparaît à l'évidence comme une sympathique résurgence d'Elsie Dee, fillette cyborg aperçue dans plusieurs épisodes de &lt;strong&gt;Wolverine&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-issue13.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-issue13.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les hommes derrière les machines&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Avec une telle hérédité, &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; pourrait donc n'être qu'un &lt;strong&gt;X-Men&lt;/strong&gt; bis. Ce serait certainement le cas si Marc Silvestri ne s'investissait complètement dans les premiers épisodes de cette série. Il en est en effet le coscénariste, le créateur graphique et surtout, il a su s'entourer d'une équipe composée de jeunes talents débordant de vitalité et de quelques vieux routiers du comic book.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avant de passer la main à cette fine équipe, Marc Silvestri a dessiné les aventures de Cyberforce pendant plus d'un an. Durant cette période, il a bénéficié de l'inestimable assistance d'encreurs d'élite&amp;nbsp;: Scott Williams (qui travaille également avec Jim Lee sur &lt;strong&gt;WildC.A.T.S.&lt;/strong&gt;), Brandon Peterson (qui a dessiné plusieurs aventures des &lt;strong&gt;Uncanny X-Men&lt;/strong&gt; chez Marvel), Panosian (qui a encré plusieurs épisodes de &lt;strong&gt;X-Force&lt;/strong&gt; pour Rob Liefield) et collabore régulièrement aux Top Cow depuis 1994). Ce faisant, Silvestri a offert à cette série une âme que les X-Men ont perdue depuis longtemps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et puis, Silvestri dessine si bien les super-héroïnes…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-heroine.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-heroine.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parmi les autres scénaristes de &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt;, on doit citer Eric Silvestri, qui n'est autre que frère de Marc, mais aussi Chris Claremont qui, le temps d'un arc de trois épisodes, retrouve son des années &lt;strong&gt;X-Men&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Actuellement, la série &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; est dessinée par David Finch, encrée par Joe Weems V, sur des scénarios de Brian Holgiun. Et la série prend un nouveau départ puisque la quête de vengeance de Heatwave et compagnie a pris fin avec la destruction récente de CyberData. En attendant que débute un nouveau cycle, les membres de la Cyberforce rencontrent au détour des numéros 27 et 28 de leur série (datés d'octobre et novembre 1996) quelques hot stars du petit monde comics. ll s'agit du personnage créé par Quesada et Jimmy Palmiotti chez Comics&amp;nbsp;: Ash.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Seul maître à bord&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Cependant tout n'est pas aussi rose qu’il n’y parait En effet, il est à craindre que l’esprit d'indépendance de Marc Silvestri et des autres hot stars issues de la Marvel permit la création d'Image conduise à un éclatement prochain. Pour fournir sa de travail au groupe, chacun des fondateurs d'Image a créé sa propre structure de production&amp;nbsp;: Highbrow Entertainment pour Erik Larsen, Entertainment d.b.a. WildStorm Studios et Homage Studios pour Jim Lee et Whilce Portacio, Extreme Studios et Maximum Press Productions pour Todd Mcfarlane, Top Cow Productions et Ballistic Studios pour Eric Silvestri, enfin Shadowline pour Jim Valentino. Et l'on peut constater que chacune de ces entités évolue autour du noyau Image selon une orbite de plus en plus elliptique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi Maximum Press se développe-t-elle petit à petit avec quelques titres-phares comme &lt;strong&gt;Warchild&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Avengelyne&lt;/strong&gt; et un étonnant &lt;strong&gt;Battlestar Galactica&lt;/strong&gt;. De son côté, le créateur de &lt;strong&gt;Youngblood&lt;/strong&gt; n'hésite pas à vendre de nouveau son âme à la Marvel pour dessiner de nouvelles aventures de &lt;strong&gt;Captain America&lt;/strong&gt; et des &lt;strong&gt;Avengers&lt;/strong&gt;. Et, depuis septembre 1996, la structure initiée par Marc Silvestri pour produire &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; et compagnie, se transforme elle aussi en une véritable compagnie indépendante, Top Cow Comics, pleine de projets et d'ambitions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les autres apparitions de la Cyberforce&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Membres à part entière de l’univers Image, la Cyberforce fait ponctuellement des apparitions aux côtés d'autres héros Image. Ainsi, dans la grande tradition marvellienne, les commandos de choc de Heatwave affrontent-ils les chats sauvages de &lt;strong&gt;WildC.A.T.S.&lt;/strong&gt; dans un cross-over intitulé &lt;strong&gt;Killer Instinct&lt;/strong&gt; (paru aux États-Unis, en 1994, dans &lt;strong&gt;WildC.A.T.S.&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;5, 6 &amp;amp; 7 et &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;1, 2 &amp;amp; 3, et de décembre 1995 à février 1996 dans &lt;strong&gt;WildC.A.T.S.&lt;/strong&gt; n°4 &amp;amp; 5 et &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;1 &amp;amp; 2, chez Semic France).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les cyborgs de la Cyberforce rencontrent également les mutants de la Freak Force (n°&amp;nbsp;9 par Erik Larsen, Keith Giffen, Victor Bridges et Mike Miller, 1994).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors que la féline Velocity joue les co­stars auprès du plus sympathique membre de Youngblood dans &lt;strong&gt;Badrock and Company&lt;/strong&gt; (n°&amp;nbsp;2 par Tom &amp;amp; Mary Bierbaum, Todd Nauck et Lary Stucker, 1994).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout naturellement, les deux super­groupes de Marc Silvestri se rencontrent au sein d'une mini-série en deux parties intitulée &lt;strong&gt;Cyberforce-Codename&amp;nbsp;: Strykeforce Opposing Forces&lt;/strong&gt; par Steve Gerber et Billy Tan Mung Khoy, en 1995.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-opposingforces.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-opposingforces.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certains membres de la Cyberforce ont droit à leur propre série, mini-série ou numéro spécial. C'est le cas de &lt;strong&gt;Velocity&lt;/strong&gt; (par Kurt Busiek, Anthony Chun et Aaron Sowd, en 1995), de &lt;strong&gt;Cyblade&lt;/strong&gt; (par Marc Silvestri, Joe Benitez et Batt, en 1995), de &lt;strong&gt;Stryker&lt;/strong&gt; (par Eric Silvestri et Randy Queen, en 1995), et d'&lt;strong&gt;Impact&lt;/strong&gt; (par Marc Silvestri, Brian Selzer, Randy Queen et Chance Wolf, en 1995).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-velocity.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-velocity.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, l'adversaire de la Cyberforce, CyberData, est présent au détour de différents titres Image, à commencer par &lt;strong&gt;Youngblood&amp;nbsp;: Strikefile&lt;/strong&gt; (par Rob Liefield et Danny Miki, 1993) où Die Hard affronte un Super Patriot en cours de reconstruction, victime du conditionnement psychique des têtes pensantes de CyberData.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Ripclaw&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Toutes griffes dehors, Ripclaw est le personnage de la Cyberforce qui a droit au maximum d'apparitions dans les divers titres du groupe Image. À l'inverse d'un John Proudstar, alias Thunderbird, sous-utilisé dans l'équipe des X-Men (cf. &lt;strong&gt;Giant Size X-Men&lt;/strong&gt; n°&amp;nbsp;1 en 1975), l'Amérindien Robert Bearclaw, alias Ripclaw; est pleinement utilisé au sein de la Cyberforce et au cœur de l'univers Image. On le voit ainsi aux côtés de Battalion and co dans le huitième épisode de la série &lt;strong&gt;StormWatch&lt;/strong&gt; (par Brandon Choi, Jim Lee, Scott Clark et Trevor Scott, 1994). C'est également lui qui croise le fer avec Warblade, l'un des membres de &lt;strong&gt;WildC.A.T.S.&lt;/strong&gt;, dans la mini­série consacrée à ce personnage (par Steve Seagle, Scott Clark et Sal Regla, 1994) et qui rencontre les Newmen dans les quatrième et cinquième volets de leurs exploits (par Eric Stephenson, Jeff Matsuda et Jonathan Sibal, 1994).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-ripclaw.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-ripclaw.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est également le héros de sa propre mini-série écrite par Eric Silvestri et dessinée par Brandon Peterson et Al Vey, en 1995. Cette série limitée est suivie par un numéro spécial écrit par Marc Silvestri et David Wohl, avec des dessins de Jordan Raskin, avant de se transformer en une série régulière scénarisée par David Wohl et illustrée par Anthony Winn et Joe Weems V. Faute d'avoir su trouver son public, cette dernière s'arrête au numéro six et les intrigues en cours trouvent leurs conclusions dans la série &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt;. Cette éphémère série aura néanmoins permis à la scénariste Christina Z. de faire ses premiers pas chez Top Cow, on la retrouve aujourd'hui, associée à David Wohl, aux commandes scénaristiques de &lt;strong&gt;Witchblade&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette multitude d'apparitions confirme, s'il en était encore besoin, que Ripclaw est bel et bien la version Image de Wolverine tant au niveau du caractère que du merchandising.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les gadgets Cyberforce&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Comme la plupart des séries Image, la Cyberforce a eu droit à sa collection de &lt;em&gt;trading cards&lt;/em&gt;. Publiée par lntrepid, ces cartes sont bien évidemment illustrées par toute l'équipe de Top Cow, mais aussi quelques &lt;em&gt;guest artists&lt;/em&gt; parmi lesquels Simon Bisley (&lt;strong&gt;Slaine&lt;/strong&gt; pour 2000 AD), Kennedy (&lt;strong&gt;Rogue Trooper&lt;/strong&gt; pour 2000 AD), Jae Lee (&lt;strong&gt;Hellshock&lt;/strong&gt; chez Image), Adam McDaniel ( &lt;strong&gt;Cyberforce Annual 2&lt;/strong&gt; chez Image), Mike Manley (&lt;strong&gt;Darkhawk&lt;/strong&gt; chez Marvel) et Bill Sienkiewicz (&lt;strong&gt;Mutants&lt;/strong&gt; chez Marvel). On y retrouve les héros imaginés par Marc Silvestri, quelques héroïnes en très petite tenue, et leurs adversaires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fort du succès commercial de ces &lt;em&gt;trading cards&lt;/em&gt;, Top Cow a décidé d’en lancer sa propre ligne en utilisant le personnage montant de la jeune comgnie&amp;nbsp;: Witchblade. Cette toute collection permet de retrouver les deux illustrateurs de la série, Michael Turner et D-Tron, ainsi qu'une remarquable sélection de &lt;em&gt;guest artists&lt;/em&gt;, Marc Silvestri et Brandon Peterson, en tête. À leurs côtés, on renoue avec quelques habitués de l’univers Cyberforce et certains nouveaux venus&amp;nbsp;: Mike Allred (&lt;strong&gt;Madman&lt;/strong&gt;), Tony Daniel (&lt;strong&gt;The Tenth&lt;/strong&gt; chez Image), Mike Mignola ( &lt;strong&gt;Hellboy&lt;/strong&gt; chez Dark Horse), Wo Sirnonson (&lt;strong&gt;Mighty Thor&lt;/strong&gt; chez Marvel) et quelques autres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout comme &lt;strong&gt;The Savage Dragon&lt;/strong&gt; (de Erik Larsen), Morgan Stryker a les honneurs d'une statuette produite par Heroes, alors que Clayton Moore Moore Creations) a conçu celle de disponible pour la modique (!) somme de 150 dollars.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et, pour en terminer avec ce paragraphe bassement mercantile, les fans ultimes de Ripclaw peuvent l'avoir sur le dos, au propre, en achetant le blouson proposé par B 1st de Laguna Hills.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les autres productions Top Cow&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Outre &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Codename&amp;nbsp;: Strykeforce&lt;/strong&gt;, la fine équipe de Marc Silvestri a donné la vie à plusieurs super-héros dont le point commun est une arrogante jeunesse et une beauté glaciale à l’image de Witchblade.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-witchblade.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-witchblade.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par sa beauté et par ses origines mystérieuses, cette héroïne peut sans peine rivaliser avec les nouvelles sexy comics girls&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Shi&lt;/strong&gt; de William Tucci, &lt;strong&gt;Lady Death&lt;/strong&gt; de Brian Pulido (et Steven Hughes) ou &lt;strong&gt;Vampirella&lt;/strong&gt; new look de Harris Comics. Le scénario de cette série, créée en octobre 1995, est l’œuvre de Brian Haberlin et David Wohl, alors que les dessins sont signés Michael Turner et D-Tron.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En parlant de &lt;strong&gt;Shi&lt;/strong&gt;, cette dernière a croisé la belle Cyblade, membre de la Cyberforce, dans les deux numéros d'un &lt;strong&gt;Cyblade/Shi Special&lt;/strong&gt; mitonné par Marc Silvestri, William Tucci et Batt, en 1995.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-cybladeshi.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-cybladeshi.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis 1995, Top Cow produit également, pour Image Comics, les aventures de &lt;strong&gt;Weapon Zero&lt;/strong&gt;. Il s'agit d'un groupe de véritables armes vivantes poursuivies par une puissante organisation para-gouvernementale (fugace impression de &lt;em&gt;déjà- vu&lt;/em&gt;, n’est-il pas&amp;nbsp;?). Les scénarios sont signés Walt Simonson et les dessins sont dus aux talents conjugués de Joe Benitez et Batt.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, associé à Len Wein, Marc Silvestri travaille également sur les trois épisodes de comic books illustrés par Billy Tan Mung Khoy et D-Tron. Vieux routier de la BD US, Len Wein a, au cours de sa déjà longue carrière, collaboré à des séries aussi diverses que &lt;strong&gt;The Uncanny X-Men&lt;/strong&gt; chez Marvel, &lt;strong&gt;The Blue Beetle&lt;/strong&gt; chez DC Comics, &lt;strong&gt;Dark Dominion&lt;/strong&gt; chez Defiant. Il est également le créateur de &lt;strong&gt;The Swamp Thing&lt;/strong&gt; (avec le dessinateur Berni Wrightson) et de &lt;strong&gt;Gunfire&lt;/strong&gt; (avec Steve Erwin).Pour Image Comics et Rob Liefield, Wein a signé le scénario de &lt;strong&gt;The Allies&lt;/strong&gt; et servi d'Editor à divers titres parmi lesquels on peut citer le &lt;strong&gt;Misery Special&lt;/strong&gt; de Brandon Peterson. Par ailleurs, &lt;strong&gt;21&lt;/strong&gt; sera la première bande dessinée de Top Cow Comics à se transformer en série d'animation par la grâce des récents accords passés entre Marc Silvestri et Phil Roman. Ce dernier est le big boss de Film Roman, une compagnie qui participe à la création des meilleurs dessins animés du moment&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Simpsons&lt;/em&gt; (Fox), &lt;em&gt;Garfield and Friends&lt;/em&gt; (CBS), &lt;em&gt;The Mask &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;Mighty Max&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'un organisme ne se développe pas, il meurt. Ce constat est également vrai pour une entreprise telle que Top Cow Comics. La multitude de projets et de développements autour et au-delà de la &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; prouve que Marc Silvestri n'a pas l'intention de laisser mourir sa petite entreprise. Cette dernière pourrait même avoir un avenir radieux, à condition que le grand méchant loup ne soit pas au coin du bois…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-topcowcomics.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-topcowcomics.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Marc Silvestri chez Marvel&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1982&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;King Conan n°&amp;nbsp;13 à 16&lt;br /&gt;Conan n°&amp;nbsp;135&lt;br /&gt;Master of Kung-fu n°&amp;nbsp;119&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Marvel Graphie Novel n°&amp;nbsp;17&amp;nbsp;: Revenge of the living Monolith&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1986&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cloak and Dagger n°&amp;nbsp;7&lt;br /&gt;Web of Spider-Man n°&amp;nbsp;15 à 20&lt;br /&gt;X-factor n°&amp;nbsp;8&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1987&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;X-factor n°&amp;nbsp;12&lt;br /&gt;X-Men/Avengers n°&amp;nbsp;1 à 3&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1987-1989&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Uncanny X-Men n°&amp;nbsp;221, 222, 224 à 227, 229, 230, 232 à 234, 236,&lt;/p&gt;&lt;p&gt;238 à 244, 246, 247, 249 à 255, 259 à 261&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1990-1992&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Wolverine n°&amp;nbsp;31 à 53, 53, 55 à 57&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1993&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Uncanny X-Men n°&amp;nbsp;273 (participation)&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Les brèves… de 1997&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le règne du Diable&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Devil's Reign&lt;/strong&gt;) va commencer dès la fin de l'année et se prolonger au début de l'année 1997 lorsque le très marvellien Mephisto va tenter de s'empare de l'univers Top Cow. Il s'agit là d'un cross-over entre les univers de Stan Lee (Marvel Comics) et de Marc Silvestri (Top Cow). Huit chapitres vont ainsi se succéder mettant aux prises les héros des deux compagnies. Après un prologue au sein du vingt-neuvième épisode de &lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; , le premier duel du cycle &lt;strong&gt;Devil's Reign&lt;/strong&gt; oppose Weapon Zero au Silver Surfer. Le second mettra face à face la charmante Cyblade et le bouillant Ghost Rider. Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-crossover-xmen.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-crossover-xmen.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D'autres nouveautés sont annoncées Top Cow Comics. La première d'entre l’est &lt;strong&gt;The Darkness&lt;/strong&gt;, une nouvelle série régulière de Garth Ennis, Marc Silvestri et Batt. À noter que le personnage de Darkness fait une toute première apparition dans les dixième et onzième épisode de &lt;strong&gt;Witchblade&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après &lt;em&gt;Medieval Spawn/Witchblade&lt;/em&gt;, Brandon Peterson travaille sur un autre projet pour Marc Silvestri&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Arcanum&lt;/strong&gt;. Cette nouvelle série s'intégrera totalement à l'univers Top Cow mais Peterson en conservera l'entière propriété littéraire en tant que créateur. Une première pour ce jeune deessinateur qui a, jusque-là, illustré les créations des autres&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Uncanny X-Men&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Codename&amp;nbsp;: Strykeforce&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Misery Special&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Ripclaw&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Edit de 2016&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cyberforce&lt;/strong&gt; a été temporairement arrêté au printemps 1997, quelques mois après la sortie du &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 4. Sous la houlette du scénariste Ron Marz et du dessinateur, la Cyberforce a repris du service en 2006, le temps de six numéros&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Rising from the ashes&lt;/strong&gt;. En 2012, via une campagne de financement participatif, un reboot a vu le jour&amp;nbsp;; onze numéros sont parus irrégulièrement entre octobre 2012 et février 2015.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-tpb2006.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-tpb2006.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-cyberforce-tpb2012.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-cyberforce-tpb2012.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div&gt;&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/29/Cyberforce#_ftnref1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Note de 2016&amp;nbsp;: le site existe toujours, mais ne correspond plus exactement à la Cyberforce.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
      
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      <title>Radioactivity is in the air for you and me</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/26/Radioactivity-is-in-the-air-for-you-and-me" rel="alternate" type="text/html" title="Radioactivity is in the air for you and me" />
      <id>urn:md5:dec0773763738d5ab1ba1e28c6ed9213</id>
      <published>2016-04-26T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-12-20T00:14:07+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-1-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-1-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Happy Tchernobyl Day. À l'occasion du trentième anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986, l'on s'intéresse aux œuvres de fiction prenant pour base le désastre ou s'en inspirant. Au sommaire de ce premier billet sur trois&amp;nbsp;: la chanson &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Radioactivity&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; de Kraftwerk, le roman &lt;strong&gt;Chernobyl&lt;/strong&gt; de Frederik Pohl et le film &lt;strong&gt;La Terre outragée&lt;/strong&gt; de Michale Boganim.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est peu dire que le nucléaire alimente les fantasmes autant que l’imagination. D’abord perçue comme bénéfique – &lt;a href=&quot;http://owni.fr/2011/01/23/quand-les-produits-radioactifs-etaient-en-vogue/&quot;&gt;ah, ces incroyables publicités dans les années 30 vantant les sous-vêtements au radium&lt;/a&gt; – puis comme infiniment destructrice après Hiroshoma et Nagasaki, l’énergie nucléaire, avec toute son ambiguité, a irrigué dans la culture populaire. (Rappelez-vous, l’été dernier, on s’était d’ailleurs penché sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/19/A-Hard-Rain-s-a-Gonna-Fall&quot;&gt;trois docufictions dépeignant les effets d’une guerre nucléaire&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1986, la catastrophe nucléaire de Tchernobyl a durablement ébranlé les consciences (et le désastre de Fukushima a ravivé le débat sur l’énergie atomique). Les trente ans de cet accident fournisse l’occasion de s’intéresser à son incidence dans la culture populaire, au travers d’une sélection réduite d’œuvres – une chanson, un livre, un film. Une sélection réduite, par choix… et aussi parce que les chansons, romans et films non-documentaires focalisés sur Tchernobyl ne sont peut-être pas si nombreux qu’attendus. De quoi toutefois fournir de la matière pour quelques billets, le premier s’intéressant à la catastrophe elle-même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;La chanson&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-1-kraftwerk.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-1-kraftwerk.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Si le groupe allemand Kraftwerk s’est d’abord fait connaître avec le morceau-fleuve «&amp;nbsp;Autobahn&amp;nbsp;» sur l’album du même titre, après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk&quot;&gt;trois disques&lt;/a&gt; appartenant désormais à la préhistoire du groupe, c’est leur chanson «&amp;nbsp;Radioactivity&amp;nbsp;» sur l’album éponyme qui leur a valu la reconnaissance. Adieu le krautrock automobile, place à un hymne aux sonorités polaires. Tout commence par une nappe de synthétiseurs à même de former l’apparition d’une pellicule de givre sur le plus enflammé des dancefloors (voire de refroidir du graphite en fusion), suivie par un message en morse qui épelle «&amp;nbsp;R-A-D-I-O-A-C-T-I-V-I-T-Y&amp;nbsp;». S’ensuit une mélodie simple, triste et imparable – Kraftwerk ayant toujours œuvré dans l’immédiateté sous cet aspect-là – avant que la voix plaintive de Ralf Hütter&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Radioactivity&lt;br /&gt;
Is in the air for you and me&lt;br /&gt;
Radioactivity&lt;br /&gt;
Discovered by Madame Curie&lt;br /&gt;
Radioactivity&lt;br /&gt;
Tune in to the melody&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les paroles, d’abord chantées en anglais, passent ensuite en allemand. «&amp;nbsp;Radioactivity&amp;nbsp;» est sans conteste le sommet de l’album, où alternent chansons et morceaux plus expérimentaux. D’abord jugée ambigüe, «&amp;nbsp;Radioactivity&amp;nbsp;» s’est vue modifiée après la catastrophe de Tchernobyl, avec des paroles clairement orientée anti-nucléaire sur la version retravaillée de la chanson présente sur la compilation &lt;em&gt;The Mix&lt;/em&gt; (1991). Le refrain débute par un «&amp;nbsp;Stop&amp;nbsp;» catégorique, tandis que Tchernobyl fait désormais partie des catastrophes listées au début du morceau &amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Tschernobyl, Harrisburgh&lt;br /&gt;
Sellafield, Hiroshima&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ainsi, sur la tournée Minimum-Maximum de 2004-05, une voix robotique balance quelques nombres pas très rassurants sur la production de plutonium de la centrale de Sellafield 2 en introduction du morceau (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=o1kOOJwYlOc&quot;&gt;à voir ici&lt;/a&gt;). Depuis 2012, le quatuor robotique a régulièrement modifié les paroles lorsqu’il joue «&amp;nbsp;Radioactivity&amp;nbsp;» en concert et Fukushima est à son tour rajouté à la litanie des catastrophes. Lors du concert No Nukes cette même année 2012, Kraftwerk chante une version en japonais du morceau, avec des paroles adaptées pour l’occasion&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;There's radioactivity also in Japan&lt;br /&gt;
Today and Forever&lt;br /&gt;
Fukushima Radioactivity&lt;br /&gt;
Air Water Everything&lt;br /&gt;
There's radioactivity also in Japan&lt;br /&gt;
Stop Right Now&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;(&lt;a href=&quot;http://www.electriccafe.info/forum/index.php/topic/3934-houshanou-radioactivity-japanese-lyric-version/&quot;&gt;Source pour la traduction&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une chanson mutante – pas forcément l’intention de départ, et espérons qu’il ne sera pas nécessaire à Hütter de modifier encore les paroles. Dans tous les cas, un classique de Kraftwerk, qu’on ne se lasse pas de réécouter.&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Malgré l'image de la vidéo, reprenant la pochette de la version remasterisée &lt;em&gt;Radioactivity&lt;/em&gt;, il s'agit ici de la version originale de 1976.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/M0D7MBBI2Ik?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Bis repetita&amp;nbsp;: malgré l'image de la vidéo, qui reprend la pochette originale, il s'agit ici de la version du morceau présente sur &lt;em&gt;The Mix&lt;/em&gt;.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/095iyCeJSbs?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;La version No Nukes 2012, chantée en japonais.&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt; &lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/IWsQgmq-fNs?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;chernobyl&quot;&gt;Le livre&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;En nos contrées, l’on connaît surtout Frederik Pohl pour son roman &lt;strong&gt;Plan&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ète à gogos&lt;/strong&gt;, écrit en collaboration avec Cyril Kornbluth, et son&lt;strong&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;cycle de la Grande Porte&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. L’auteur s’est pourtant illustré aussi sur des thématiques moins science-fictives, et plus radioactives dans le cas qui nous intéresse présentement. En mars 1988, près de deux ans après la catastrophe de Tchernobyl, Pohl publie &lt;strong&gt;Chernobyl&lt;/strong&gt;, roman inédit en français.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman serait-il paru deux (ou dix ou vingt) ans plus tôt qu’on aurait cru à de la science-fiction. De la spéculation, voire du catastrophisme. Ici, Pohl nous livre une version romancée des événements survenus à Pripiat en avril-mai 1986. «&amp;nbsp;Romancée&amp;nbsp;» certes, mais (aux yeux du béotien qu’est l’auteur de cet article) fort documentée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-1-chernobyl.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-1-chernobyl.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout commence tranquillement le 25 avril à Pripiat, riante petite bourgade du nord de l’Ukraine. La centrale nucléaire de Tchernobyl fait vivre une bonne partie de la ville et en représente la fierté&amp;nbsp;: ce 25 avril, des officiels yéménites visitent les lieux&amp;nbsp;; Simyon Smin, directeur-adjoint de la centrale, leur fait l’article, dans l’espoir de leur vendre les réacteurs RBMK-1000. Après tout, ces réacteurs de grande puissance à tube de force, de conception soviétique, valent bien leurs équivalents américains utilisant de l’eau pressurisée au lieu de tubes de graphites pour modérer la réaction en chaîne. Certes, le dernier numéro de la gazette &lt;em&gt;Literaturna Ukraina&lt;/em&gt; fait état de manques, mais c’est normal&amp;nbsp;: l’Union Soviétique teste la glasnost, la transparence, depuis même pas deux mois. Durant la nuit, alors que Smin s’est absenté pour une réunion familiale, une expérience est menée sur le réacteur n°&amp;nbsp;4, visant à le faire fonctionner à bas régime. Sur l’ordre de leur supérieur, Khrenov, les techniciens passent outre les sécurités et amènent le réacteur à s’emballer puis exploser. L’ingénieur Leonid Sheranchuk, surnommé le «&amp;nbsp;plombier&amp;nbsp;» par Smin, est l’un des premiers à se rendre sur place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première moitié de &lt;strong&gt;Chernobyl&lt;/strong&gt; se concentre sur les premières journées qui suivent la catastrophe et la lutte forcenée contre l’incendie&amp;nbsp;; la deuxième partie s’éloigne un peu de Pripiat et montre l’aspect politique des événements. L’ensemble fonctionne à la manière d’une fresque&amp;nbsp;: chaque chapitre suit un personnage, les plus récurrents étant Smin et Sheranchuk. On y croise un lâche ingénieur russo-lituanien, ceux qu’on appelle pas encore les liquidateurs, un couple d’américains d’ascendance ukrainienne perdu dans la nature…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut sûrement reprocher à Frederik Pohl quelques inexactitudes (n’étant pas physicien ni spécialiste de l’URSS, je ne saurais pointer lesquelles), mais il faut se rappeler que cette œuvre de fiction est sortie même pas deux ans après la catastrophe. Pohl a composé avec les éléments dont il pouvait disposer à l’époque. Le roman n’a rien d’un témoignage à charge contre l’URSS, ni, inversement, d’une vision béate du monde soviétique sous l’ère Gorbatchev. L’auteur nous y montre un quotidien crédible&amp;nbsp;: les tentatives d’œuvrer dans la transparence, l’ombre permanente du KGB, le comportement ambigu des Ukrainiens durant la Seconde Guerre mondiale (le personnage de Smin est juif), mais également l’héroïsme des uns et des autres pour lutter contre la catastrophe, l’efficacité brutale de la machine administrative une fois lancée. L’ensemble forme une lecture prenante, quoique surtout dans sa première moitié&amp;nbsp;; la seconde, en s’éloignant de Pripiat, voit son intérêt faiblir quelque peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, quel que soit son degré de véracité, &lt;strong&gt;Chernobyl&lt;/strong&gt; éveille plusieurs choses&amp;nbsp;: 1) l’envie de se documenter davantage sur ce drame et 2) l’idée que ça ferait une putain de série TV.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le film&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;À défaut de série TV, on peut toutefois regarder &lt;em&gt;La Terre outrag&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt; (2011), film français de Michale Boganim. Réalisateur de documentaires, c’est là sa première (et pour l’instant seule) incursion dans la fiction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;radioactivity-1-terreoutragee.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/radioactivity-1-terreoutragee.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là aussi, tout commence le 25 avril 1986, belle et riante journée (mais un peu pluvieuse) à Pripiat. La jeune Anya se prépare à se marier avec Piotr. Le 26, jour des noces, Piotr est appelé pour ce qui est annoncé comme un feu de forêt&amp;nbsp;; il ne reviendra pas. Alexei, qui travaille à la centrale, est mis au courant mais on lui défend d’en parler. À tout le moins peut-il faire partir sa femme et son fils, Valery, peu avant que la ville soit enfin évacuée par l’armée. La première partie du film s’achève sur le départ précipité des habitants de Pripiat&amp;nbsp;; la seconde débute dix ans plus tard. Anya est désormais guide dans la Zone, où elle fait visiter à des touristes français son ancienne ville, désormais abandonnée. Elle voudrait partir, tout quitter mais ne peut s’y résoudre, partagée qu’elle est entre son amant ukrainien, qui se complait dans cette Zone si délétère, et son amoureux français, qui souhaite l’emmener vivre à Paris. Quant à Alexei, il erre, marginal, cherchant en vain à retourner à Pripiat…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après la lecture de &lt;strong&gt;Chernobyl&lt;/strong&gt;, la vision de &lt;em&gt;La Terre outrag&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt; laisse parfois perplexe sur les détails&amp;nbsp;: a-t-on affaire à du symbolisme ou bien a-t-il plu des pluies sombres&amp;nbsp;? les chiens se sont-ils mis à aboyer a priori sans raison&amp;nbsp;? les poissons sont-ils tous morts dans l’eau de la rivière Pripiat&amp;nbsp;? les habitants ne se sont-ils pas rendu compte qu’une fumée s’élevait de la centrale, distante d’une poignée de kilomètres seulement&amp;nbsp;? (Et le temps est-il si instable en Ukraine, passant de la pluie au soleil plusieurs fois par jours&amp;nbsp;?). Dans sa seconde partie, on est en terrain connu, grâce aux nombreuses photos qui circulent de Pripiat, devenue ville fantôme (la piscine vide, la grande roue n’ayant jamais servi, les appartements pillés). La centrale est là, menaçante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit de réserves somme toute mineures, il n’empêche&amp;nbsp;: la peinture sensible des protagonistes est réussie, avec une Olga Kurylenko qui porte le film à bout de bras (l’actrice étant sûrement désireuse de prouver qu’elle pouvait autre chose que de tourner dans des grosses productions américaines), et si &lt;em&gt;La Terre outrag&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ée&lt;/em&gt; s’apesantit en définitive peu sur la catastrophe elle-même et les efforts pour la juguler, c’est pour mieux se concentrer sur l’après. Est-il possible seulement de quitter Pripiat, quand bien même le gouvernement vous a relogé, à Slavoutitch, cette ville crée de toute pièce pour accueillir la population de Tchernobyl, ou ailleurs&amp;nbsp;? Pour Anya, Alexei, le jeune Valery, tout les ramène à Pripiat.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La seconde partie du film aborde, quoique de manière marginale, la question du tourisme. Ce qui forme une transition parfaite pour la suite de ce billet, qui s’attachera au tourisme nucléaire.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>N comme Nouvelle de rêve</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/25/N-comme-Nouvelle-de-reve" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Nouvelle de rêve" />
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      <published>2016-04-25T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-04-25T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-une.jpg&quot; /&gt;L'on reste avec un texte de langue allemande, contemporain de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/19/M-comme-Die-Macht-der-Drei&quot;&gt;&lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Hans Dominik, mais œuvrant dans le psychanalytique&amp;nbsp;: la fameuse &lt;strong&gt;Nouvelle de rêve&lt;/strong&gt; d'Arthur Schnitzler, célèbre depuis que Kubrick l'a porté à l'écran sous le titre &lt;strong&gt;Eyes Wide Shut&lt;/strong&gt;, mais qu'on relit ici dans la superbe adaptation en roman graphique proposée par l'illustrateur berlinois Jakob Hinrichs…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Nouvelle de rêve [Traumnovelle], Arthur Schnitzler, mis en images par Jakob Hinrichs et traduit de l’allemand par Jörg Stickan (nouvelle originale traduite par Pierre Deshusses). Le Nouvel Attila, 2014 [2012 pour le roman graphique, 2010 pour le texte français de la nouvelle, 1926 pour la nouvelle]. 160 pp. GdF.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La &lt;strong&gt;Nouvelle de r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt; (parfois titrée &lt;strong&gt;Double R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt;) d’Arthur Schnitzler, romancier et dramaturge autrichien (1862-1931), est probablement l’un des textes les plus connus de son auteur. Ce court roman raconte, sur deux journées et une nuit, l’histoire d’un couple normal – Fridolin et Albertine – dans la Vienne du début du XXe siècle. Lui est médecin, elle ne travaille pas. Un soir de confidences, Albertine confie à Fridolin que, quelques années plus tôt, lors de vacances au Danemark, elle a failli le quitter sur un coup de tête, pour les beaux yeux d’un officier&amp;nbsp;; Fridolin prend la chose moyennement bien, mais lui-même, lors de ce séjour danois, doit admettre qu’il avait été troublé par quelque belle naïade. Puis Fridolin est appelé au chevet d’un mourant. La nuit qui s’ensuit sera des plus étranges, faite de coïncidences et de rencontres troublantes, et culminera lors d’une orgie organisée par une société secrète, à laquelle le médecin tente de se rendre incognito. Quand vient le matin, tout cela a pour Fridolin l’apparence d’un rêve. Un rêve&amp;nbsp;? Rien n’est moins sûr.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Texte freudien au possible, la &lt;strong&gt;Nouvelle de r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt; voit se juxtaposer deux manières de se confronter aux désirs que la pression sociale pousse Fridolin et Albertine à refouler&amp;nbsp;: d’un côté, Albertine vit dans le rêve, de l’autre, Fridolin tente de reproduire les aventures de ses vertes années, en allant aux prostituées ou en suivant à l’impromptu un vieil ami (une manière de céder au &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/22/C-comme-Les-Conspirateurs-du-plaisir&quot;&gt;principe de plaisir&lt;/a&gt;&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le court roman a bénéficié d’un joli coup de projecteur voici dix-sept ans, lorsque Stanley Kubrick l’a adaptée en film sous le titre &lt;em&gt;Eyes Wide Shut&lt;/em&gt;. Beaucoup de choses ayant été dites/écrites sur Kubrick et sur &lt;em&gt;Eyes Wide Shut&lt;/em&gt;, l’on va davantage s’intéresser à une autre adaptation du texte de Schnitzler, une adaptation sous forme de roman graphique due à Jakob Hinrichs, artiste berlinois que votre serviteur a découvert par la même occasion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-cosmogony-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-cosmogony-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;A Graphic Cosmogony&lt;/strong&gt; (2011), ouvrage collectif où vingt-quatre artistes réinterprètent à leur façon la création biblique, Jakob Hinrichs propose une vision techniciste, avec un texte parodiant la Bible. Par la suite, l’illustrateur a illustré &lt;strong&gt;Le Prol&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;étaire volant&lt;/strong&gt; de Vladimir Maïakowski, ainsi que &lt;strong&gt;Vie d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’un buveur&lt;/strong&gt; de Hans Fallada, récemment traduit chez Denoël, avec un style aisément identifiable – on se risquera à qualifier cette esthétique de néo-rétro.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-cosmogony.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-cosmogony.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour son deuxième ouvrage, Hinrichs s’est donc intéressé à Schnitzler et à sa fameuse &lt;strong&gt;Nouvelle de r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt;. Adaptation&amp;nbsp;: le terme est adéquat, car il ne s’agit pas de l’illustration mot-à-mot du texte de l’écrivain. Hinrichs ici modernise l’intrigue, qu’il déplace dans une Vienne contemporaine&amp;nbsp;; il y a des voitures, des radios, des télévisions&amp;nbsp;; la baronne rencontrée lors de l’orgie devient ici une chanteuse. L’esthétique générale fleure bon les années 50, et on peut rapprocher le travail de Hinrichs de celui d’Alexandre Clérisse sur&lt;strong&gt; Souvenirs de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’empire de l’atome&lt;/strong&gt; ou de Laurent Bourlaud sur &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/22/R-comme-Retour-a-zero&quot;&gt;&lt;strong&gt;Retour &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à zéro&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, deux excellentes BD scénarisées par Thierry Smolderen.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-extrait2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-extrait2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-n-extrait2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jakob Hinrichs effectue un superbe travail de composition des pages. Découpage, symétrie&amp;nbsp;: tout est soigneusement construit. Les perspectives sont tordues, les échelles se désaxent, afin de servir le texte et de suivre le parcours d’un Fridolin en plein doute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vivant selon les conventions sociales, Fridolin et Albertine répriment leurs désirs et leurs envies, consciemment. Inconsciemment, c’est une autre histoire, et le dessin est à l’aune des tentations refoulées. Dans la scène à la fête foraine qui introduit la &lt;strong&gt;Nouvelle de r&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt;, la barbe-à-papa prend la forme d’une femme plantureuse, façon Vénus préhistorique. Dans l’un de ses rêves, Fridolin se promène sur une plage&amp;nbsp;; au loin, les collines ont une apparence plus que suggestive. Au fil des pages, c’est donc un festival d’images et de détails troublants, où le moindre objet adopte soudain des rondeurs ou des droites suggestives, qui accentuent le fond érotique du texte de Schnitzler (pas d’organes génitaux adroitement dissimulés comme dans &lt;em&gt;Eyes Wide Shut&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-extrait1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-extrait1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les illustrations de Hinrichs soulignent l’aspect onirique, disons même cauchemardesque, du court roman&amp;nbsp;: l’individu au chevet duquel se rend Fridolin a l’apparence d’un gros cafard, tout droit tiré de &lt;strong&gt;La M&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;étamorphose&lt;/strong&gt; de Kafka, et sa fille s’avère posséder les mêmes caractéristiques insectoïdes lorsqu’elle se tisse une chrysalide. Pour leur part, les participants à l’orgie ont des traits animaliers, et rien ne dit qu’il s’agisse de masques. Quant à la fille de Fridolin et Albertine, personnage très secondaire, elle voit ici son apparence mise en rapport avec l’importance de son rôle&amp;nbsp;: ce n’est rien de plus qu’un culbuto vert muet.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-extrait4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-extrait4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-n-extrait4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-extrait5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-extrait5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-n-extrait5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme à l’accoutumée dans l’œuvre de Hinrichs, la palette colorée demeure restreinte&amp;nbsp;: noir, jaune (jaunâtre&amp;nbsp;?), rouge, bleu et vert, s’appliquant par grands aplats. Des couleurs vives, agressives, en adéquation avec le dessin très anguleux. On appréciera notamment le jeu sur les superpositions de couleurs et les nombreux noirs colorés, qui apportent des nuances subtiles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ouvrage publié par le Nouvel Attila compte 160 pages&amp;nbsp;; les cent premières sont occupées par le roman graphique, les soixante dernières par le texte original d’Arthur Schnitzler. Leur juxtaposition n’a rien de gratuit, afin de gonfler artificiellement la pagination&amp;nbsp;: de la même manière que Kubrick, répétons-le, Hinrichs &lt;em&gt;adapte&lt;/em&gt; l’œuvre originelle et apporte sa propre vision de l’histoire de Fridolin et Albertine. De quoi donner une bonne raison de lire ou relire la &lt;strong&gt;Nouvelle de r&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-n-extrait3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-n-extrait3.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Neil Gaiman, un marchand de sable au pays de nulle-part</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part" rel="alternate" type="text/html" title="Neil Gaiman, un marchand de sable au pays de nulle-part" />
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      <published>2016-04-21T13:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-04-21T13:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Patrick Marcel</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-une.jpg&quot; /&gt;Pour patienter d'ici la parution du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-82&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 82&lt;/a&gt; spécial Neil Gaiman&lt;/strong&gt; — en librairie le 22 avril —, redécouvrez une interview que l'auteur de &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt; avait accordé à votre revue préférée, dans son &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-11&quot;&gt;numéro 11&lt;/a&gt;. Une interview, menée par son traducteur &lt;strong&gt;Patrick Marcel&lt;/strong&gt;, qui nous ramène en 1998, à une époque où Gaiman n'avait pas encore publié &lt;strong&gt;Coraline&lt;/strong&gt; ni &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt; ni encore atteint le fait de sa gloire…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Après des débuts de journaliste et quelques livres qui n'étaient pas des fictions&lt;a id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;, Neil Gaiman s'est fait un nom en fantastique par la bande – &lt;em&gt;bande dessinée&lt;/em&gt; s'entend. En particulier avec &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt; (édité chez Le Téméraire &lt;a id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;), une série qui suivait le retour aux affaires de Morphée, seigneur des rêves, après une longue absence. Gaiman remporta pour un numéro de la série le seul &lt;em&gt;World Fantasy Award&lt;/em&gt; de la nouvelle jamais attribué à une BD. On a ensuite changé le règlement du &lt;em&gt;World Fantasy Award&lt;/em&gt; pour que le cas ne se reproduise plus&amp;nbsp;!&lt;/h5&gt;&lt;h5&gt;Depuis, il mène une carrière de nouvelliste fécond et de romancier doué (&lt;strong&gt;De bons présages&lt;/strong&gt; en collaboration avec Terry Pratchett, et surtout &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref3&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;, tous deux chez J'ai lu). Pour la sortie française de ce dernier ouvrage, il est passé à Paris, où nous avons profité de l’occasion pour l'interviewer…&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-sandman.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-sandman.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: Petite variante sur une vieille question: quand trouvez-vous vos idées&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Neil Gaiman&amp;nbsp;: Tard dans la nuit, parfois. En fait, tard le soir, ce n'est pas le moment où je trouve mes idées, mais plutôt celui où je suis couché, en train de réfléchir à des histoires qui ne fonctionnent pas tout à fait. Et, tout d'un coup, elles prennent tournure. C’est le moment où on commence à comprendre que l'héroïne doit traverser à pied un endroit plein de brumes et de brouillards pour fuir la maison, et quand elle parvient à ce qu'elle croyait être la liberté, elle voit la maison se dresser devant elle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et là, on s'endort!&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Je voulais plutôt dire&amp;nbsp;: dans quelles conditions trouvez-vous vos idées&amp;nbsp;? Je me souviens d'avoir lu une interview il y a quelques années où vous évoquiez une idée de roman en cours, &lt;strong&gt;Wall&lt;/strong&gt;, qui rappelle beaucoup &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt; &lt;a id=&quot;_ftnref4&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;, le roman que vous venez de publier aux Etats-Unis…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-stardust.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-stardust.jpg&quot; /&gt; N. G.&amp;nbsp;: Non, en réalité, &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt; se place avant &lt;strong&gt;Wall&lt;/strong&gt;. De &lt;strong&gt;Wall&lt;/strong&gt;, je n'ai écrit que le prologue et le chapitre premier. Et j'ai réutilisé un morceau du premier chapitre dans le chapitre premier de &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt;. Dans six ou sept ans, probablement, j'écrirai &lt;strong&gt;Wall&lt;/strong&gt;, qui se situera dans le village de Wall, où démarre l'intrigue de &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt;. En fait, je me suis dit que &lt;strong&gt;Wall&lt;/strong&gt; fonctionnerait beaucoup mieux si &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt; sortait en premier. Parce qu'une partie du plaisir qu'on en tirera viendra de ce qu'on a déjà rencontré dans &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt; quelques uns de ses personnages. Dans certains cas, on fera la connaissance de leurs arrières-arrières petits-enfants. Mais c'est toujours Mr Bromios qui tient le pub. On y verra les petits-enfants des Hempstock et des Forester&amp;nbsp;; tous ces noms de famille subsistent encore.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: En fait, on trouve ces temps-ci votre nom dans un grand nombre d'anthologies à thème. je suppose donc qu'on vous a commandé des nouvelles bien précises&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Non.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Alors, vous les puisez dans un stock préexistant&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Pas exactement. Ce qui se passe, c'est que parfois les errances de l'édition ont des conséquences un peu bizarres. L'an dernier, pour la première fois depuis cinq ou six ans, rien n'est paru sous mon nom dans &lt;strong&gt;The Year's Best Fantasy&lt;/strong&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref5&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn5&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt;. Pendant cinq ou six années de suite, je crois, il y avait quelque chose de moi chaque année. Et l'an dernier, rien. La raison c'est que l'an dernier ne sont parus que mon histoire de chat, «&amp;nbsp;The Price&amp;nbsp;», chez un petit éditeur, et un poème. Tandis que cette année, toutes les nouvelles que j'ai écrites depuis trois ans sortent pêle-mêle en octobre. Ce qui donne brutalement l'impression que j'écris des centaines de nouvelles dans des anthologies à thème.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Simplement, ces nouvelles ont été écrites sur une longue période, et elles ne sortent que maintenant. Beaucoup d'entre elles sont des histoires sur lesquelles je travaillais parce que je savais que je devais en écrire pour &lt;strong&gt;Smoke and Mirrors&lt;/strong&gt;, mon recueil de nouvelles à paraître &lt;a id=&quot;_ftnref6&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn6&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;. Quand quelqu'un me demande d'écrire une nouvelle, que par exemple Lisa Tuttle me demande une histoire pour un recueil sur l'ambiguïté sexuelle, si j'en ai une en réserve ou que j'ai une idée que j'aimerais coucher sur le papier, je lui réponds&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Très bien &amp;nbsp;! Je serais ravi de participer», et ça me donne une bonne excuse pour écrire ma nouvelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tastings&amp;nbsp;», que j'ai écrit pour &lt;strong&gt;Sirens and other demon lovers&lt;/strong&gt;, est une nouvelle prévue pour Ellen Datlow et l'anthologie de fantastique érotique qu'elle préparait il y a cinq ans. Je l'ai entamée à l'époque, j'ai écrit à peu près cinq paragraphes, et j'ai eu trop honte pour continuer. J'ai raté la date limite de remise. Je l'ai reprise pour la deuxième anthologie de ce genre qu'a réunie Datlow, et là encore, j'ai progressé de deux ou trois pages. Je me souviens d'avoir alors passé un coup de fil à Ellen pour lui dire que si je devais mourir dans des circonstances mystérieuses (ou pas forcément mystérieuses, d'ailleurs), mon ordinateur contenait quatre pages de pornographie, dans un dossier baptisé Datlow, et qu'il ne fallait rien y voir de personnel. J'imaginais déjà, une fois que je serais mort, les gens en train de tomber sur le document et dire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Grand Dieu, voilà donc les sentiments que lui inspirait Ellen&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais encore une fois, j'ai loupé la date de remise, et elle m'a demandé si je voulais la faire pour son antho d'histoires de vengeance. Je lui ai dit oui, j'ai continué. Encore une fois, je n'ai pas terminé à temps. J'en suis finalement arrivé au point où la nouvelle était pratiquement achevée. Je lui ai téléphoné pour lui demander&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tu fais encore des anthos dans le même genre de thème&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Elle m'a répondu&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Oui, on prépare des histoires de fantasmes érotiques.&amp;nbsp;» Alors, je lui ai promis de l'envoyer quand j'aurais fini. Ce que j'ai fait. Voilà donc une nouvelle que j'ai passé quatre ans à écrire et c'est encore une nouvelle qui paraît en ce mois d'octobre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-neverwhere.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-neverwhere.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Quelle a été la genèse de &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Est-ce que le roman a débuté spécifiquement comme un roman, ou bien pour la série télé que la BBC vous avait commandée?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: C'est une histoire que je souhaitais écrire depuis très longtemps. Je voulais écrire une histoire qui traite de Londres comme d'un lieu magique. À une certaine époque, au début des années quatre-vingt, sont sortis des livres&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Winter’s Tale&lt;/strong&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref7&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn7&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Little, big&lt;/strong&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref8&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn8&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt;&amp;nbsp;;&lt;strong&gt;Free, live free&lt;/strong&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref9&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn9&quot;&gt;[9]&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Down Town&lt;/strong&gt; &lt;a id=&quot;_ftnref10&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn10&quot;&gt;[10]&lt;/a&gt; Et je me suis dit que ce serait merveilleux de faire la même chose pour Londres. Je me revois encore en parler à Richard Evans pour lui dire «&amp;nbsp;Tu es directeur de collection, tu devrais demander à quelqu'un d'écrire un bouquin de ce genre sur Londres.&amp;nbsp;» Et il m'a répondu&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pourquoi ne t'en charges-tu pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Ce qui m'a complètement pris au dépourvu, parce que je n'écrivais pas de romans à l'époque. Je n'étais pas écrivain de fiction professionnel. Et je me suis dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tien pourquoi pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors j'y ai réfléchi, et je n'ai lu aucun des bouquins qui sont sortis sur Londres, même pas ceux des auteurs que j'aimais bien. Je n'ai donc pas lu&lt;strong&gt;Mother London&lt;a id=&quot;_ftnref11&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn11&quot;&gt;&lt;strong&gt;[11]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, je n'ai pas lu &lt;strong&gt;Le monde d’en haut&lt;/strong&gt; &lt;a id=&quot;_ftnref12&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn12&quot;&gt;[12]&lt;/a&gt;. Ils sont arrivés, je ne leur ai pas cassé le dos, je ne les ai pas ouverts, je les ai directement posés sur mes étagères en me disant qu'un jour j’écrirais ma propre histoire sur Londres. Et puis, un beau jour, je rencontre Lenny Henry &lt;a id=&quot;_ftnref13&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn13&quot;&gt;[13]&lt;/a&gt;, et il me dit&amp;nbsp;: «J'ai envie de faire une série télé, est-ce que ça t'intéresserait d'en être le créateur&amp;nbsp;? La seule idée que j'ai, c'est que je veux parler des sans-logis de Londres.&amp;nbsp;» Et je lui ai répondu que non, je n'avais pas envie de faire ça, parce que je risquais de donner l'impression qu'être sans-logis à Londres, c'est très cool. Et ce n'est pas du tout le cas, c'est atroce. J’ai connu des gens qui sont morts ou qui ont failli mourir dans les rues de Londres, c'est horrible. Mais j'ai suggéré «Racontons l'histoire comme une métaphore.&amp;nbsp;» Donc, je l'ai rédigée sous forme de scénario. Elle est devenue un roman quand la BBC a commencé le tournage de la série et que j'ai ressenti mes premières déceptions… Je crois, surtout, devant le manque d'imagination de la série télé. La Grande Bête de Londres transformée en vache&amp;nbsp;!?&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: En taureau, quand même&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: En taureau… [pas convaincu] Il avance au petit trot jusqu'au coin et… Non, non… Ce n'était pas ce que disait le scénario… Et ce n'était pas ce que je voulais. À ce moment-là, l'envie de décider est devenue très forte&amp;nbsp;: je vais écrire mon histoire, ce sera le &lt;em&gt;director's cut&lt;/em&gt;, la version que je voulais. Et je l'ai fait. J'ai ensuite réécrit l'histoire quand on m'a demandé de faire une version plus appropriée pour l'édition américaine. Je me suis dit qu'il y avait beaucoup d'éléments que j'accepte sans y penser, à propos de l'Angleterre. Des détails sur Londres. Alors, j'ai développé le texte, et j'en ai écrit une nouvelle version, qui est en gros celle qui a été traduite en français. Depuis, j'ai passé l'année qui vient de s'écouler à l'écrire et à la réécrire sous forme de scénario de film. Je l'ai écrite trop souvent, désormais.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/eHpYWy89yVU?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Quelles nouvelles du film&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Rien n'a été décidé au niveau de l’interprétation, mais je peux vous dire qui s'en occupe. C'est Jim Henson Productions, en association avec Denise Di Novi, qui a produit tous les films de Tim Burton. Et à la mise en scène, Jesse Dylan, le fils de Bob Dylan, est pressenti. Il n'a pas encore fait de film mais on le considère comme le metteur en scène numéro un de spots publicitaires aux États-Unis, et c'est un magnifique directeur de clips vidéo &lt;a id=&quot;_ftnref14&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn14&quot;&gt;[14]&lt;/a&gt;. Et, chose qui compte pardessus tout pour moi, il adore le roman. Le tournage aura lieu à Londres. Certains avaient suggéré qu'on transpose l'action à New York, mais je leur ai dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ecoutez, indépendamment de toute autre considération, il y a déjà des gens qui vivent réellement dans les sous-sols de New York, il ne s'agit plus d'une métaphore&amp;nbsp;». Certes, il faudrait réinventer les noms, mais l'avantage dans toutes les villes, c'est qu'on peut trouver des noms de lieu à utiliser. On aurait pu créer un &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt; parisien.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Ce serait peut-être plus difficile, à Paris, beaucoup de noms de lieux sont en fait des noms de personnes. Il y a moins de ces noms bizarrement descriptifs qu'on trouve à Londres.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: C'est l'étrangeté des noms de Londres qui m'a inspiré.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-neverwhere2&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-neverwhere2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-gaiman-neverwhere2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Le roman laisse supposer qu'une suite serait possible. Avez-vous des projets à ce sujet&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: C'est un monde que j'aime beaucoup et il y a assez d'espace pour justifier un retour, mais je n'ai pas renvoyé Richard pour préparer une suite. &lt;a id=&quot;_ftnref15&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn15&quot;&gt;[15]&lt;/a&gt; Je l'ai renvoyé là-bas parce que c'est ainsi que son histoire devait se terminer.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Je pensais davantage à la survie d'Issue, la sœur de Porte.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: L'histoire que j'aimerais beaucoup raconter, si j'entame un nouveau volume, c'est celle des Sept Sœurs. J'aime bien l'idée de ces sept femmes qui ne se parlent plus depuis trente ans, chacune poursuivant ses buts personnels, tous très différents. Dans &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;, on n'en rencontre qu'une, et on en évoque une deuxième. Serpentine et Olympia. Il y en a d'autres.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;:Est-ce que vous travaillez sur un roman actuellement&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Le prochain roman qui sortira aux États-Unis est &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt;, dans une version sans images. Ainsi, des gens qui n'achèteraient jamais un livre illustré pourront l'acheter. Je suppose que ceux qui tiennent à avoir les illustrations prendront la peine de se rendre dans un magasin spécialisé pour le trouver sur les étalages. Nous avons vendu trois mille exemplaires de &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt; en édition reliée&amp;nbsp;; la plupart, pour autant que je sache, n'étaient pas des fans du &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt;. On les a vendus à des gens qui ont aimé la couverture, ou qui en avaient lu une critique qui leur a donné envie. J'espère que ces gens qui ont aimé &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt; achèteront la version non illustrée, tandis que les fans de &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt; achèteront la version illustrée par Charles Vess.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-stardust2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-stardust2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Actuellement, j'écris un livre pour enfants, appelé &lt;strong&gt;Coraline&lt;/strong&gt;, très court – lorsqu'il sera terminé, il devrait faire trente mille mots. Et ensuite, J'attaque mon prochain roman, dont le titre de travail est &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt; et qui sera un bouquin très gros, très épais, fourmillant, sur l'Amérique et l'idée que les colons, lorsqu'ils sont arrivés en Amérique, ont amené leurs dieux avec eux. Et ces dieux sont désormais abandonnés en Amérique. ils travaillent, ils tiennent des casses de voitures, des garages, ce sont… de simples ouvriers, des marginaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-coraline.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-coraline.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Vous avez donc abandonné l'Angleterre pour l'Amérique. Pourquoi les États-Unis&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Hé bien, parce que ma femme est américaine et que sa mère avait envie de voir un peu les enfants avant de mourir, et pour des considérations de ce genre [rires]&amp;nbsp;! Mais ce que j'adore aussi en Amérique c'est que j'y ai une maison qui ressemble à celle de la famille Addams [Nell exhibe la photo d'une superbe maison de bol isolée au cœur d'un champ de neige]. Et j' toujours eu envie d'avoir une maison à clocheton.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Vous écrivez dans la chambre de la tour&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Pas encore. En fait, j'écris dans un petit pavillon, au fond du petit bois dans le jardin. Mais j'ai le mal du pays, c'est vrai. J'envisage de m'acheter une chaumière en Irlande, ou un appartement Londres, simplement pour avoir un pied-à-terre quand j'ai envie d quitter les États-Unis quelques mois. C'est très bon de quitter les États-Unis, ne serait-ce que pour réajuster votre vision du monde. Du point de vue de l'Amérique, le monde, c'est elle. Là-bas, les gens ont en tête une carte du monde qui recouvre la forme de l'Amérique et tout autour, sur les marges, on trouve de petites îles qui portent les noms d'Asie, d'Europe… «&amp;nbsp;Tu as visité l'Iowa&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Ouais, l'Iowa et l'Europe.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: À propos de choses abandonnées, vous avez déclaré récemment que vous ne feriez plus de bandes dessinées.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Ce n'est pas si définitif que ça. Mon opinion sur la question c'est que j'ai écrit de bonnes bandes dessinées, j'ai fait du travail dont je suis content, et je n'ai plus l'envie dévorante d'écrire des BD qui a pu être la mienne. Ce qui peut se passer désormais au plan BD, c'est que des gens viennent me trouver à l'occasion pour me faire des propositions que je ne pourrais pas laisser passer. La dernière en date est celle de Shelly Roeburg, et elle m'a dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Est-ce que ç vous dirait de faire une histoire en six pages, sur la Mort, avec Jeff Jones&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;a id=&quot;_ftnref16&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn16&quot;&gt;[16]&lt;/a&gt;, et j'ai dit oui, et ça m'a beaucoup plu. Parce que ça fait vingt-cinq ans que Jeff Jones n'a plus fait de BD. Est-ce qu'il est encore capable d'en faire&amp;nbsp;? Je n'en savais fichtre rien, mais combien de fois une telle occasion se présentera-t-elle? S'il ne peut plus, c'est dommage&amp;nbsp;; s'il peut encore, ce sera épatant. Et j'ai été très content de ce qu'il a fait. Je lui ai écrit une histoire courte, c'est plus ou moins un &lt;strong&gt;Idyll&lt;/strong&gt; &lt;a id=&quot;_ftnref17&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn17&quot;&gt;[17]&lt;/a&gt; en six pages. La Mort se promène, elle parle à la caméra, et dit plein de choses. Et j'ai été ravi de faire ça.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-death.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-death.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même chose pour cette petite histoire, &lt;strong&gt;Welcome Back to the House of Mystery&lt;/strong&gt;&lt;a id=&quot;_ftnref18&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn18&quot;&gt;[18]&lt;/a&gt;, qu'a dessinée Sergio Aragonès. Toute ma vie, j'ai eu envie de travailler avec Sergio, et l'occasion s'est présentée. La plupart des fans de comics, les gens qui croient que Jack Kirby et Todd McFarlane sont des gens qui appartiennent à la même période, ceux-là m'ont demandé «Sergio&amp;nbsp;? Pourquoi&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Ma réponse, c'est que je voulais le faire, et que c'était amusant.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Personnellement, vous n'avez pas de projets précis en ce domaine&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: J'ai quelques projets en chantier, les contrats sont signés et je ne les ai pas encore finis. Il y a une histoire de Batman avec Simon Bisley Nous avons signé les contrats en 1990. Un jour, si Simon et DC Comics parviennent à s'entendre, nous le ferons. J'ai déjà écrit le scénario.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Et avec Dave McKean&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-poissonsrouges.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-poissonsrouges.jpg&quot; /&gt; N. G.&amp;nbsp;: Une chose qui s'apparente un peu à la BD, c'est qu' après &lt;strong&gt;The Day I swapped my Dad for deux poissons rouges&lt;/strong&gt; [Neil dit les derniers mots en français], notre prochain livre va s'appeler &lt;strong&gt;The Wolves in the Walls&lt;/strong&gt;, et parle d'une petite fille persuadée qu'il y a des loups qui courent dans les murs&lt;a id=&quot;_ftnref19&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftn19&quot;&gt;[19]&lt;/a&gt;. Ses parents lui assurent qu'il s'agit de souris ou de rats. Mais elle est convaincue que ce sont des loups. Un jour, pourtant, les loups sortent du mur et chassent les gens de la maison, et c'est l'histoire de la façon dont la petite fille persuade sa famille de rentrer dans la maison pour chasser les loups. C'est très amusant. Et là encore, l'idée est que, comme avec le livre pour enfants précédent, ce sera en fait une BD, mais personne ne s'en apercevra, et on estimera qu'il s'agit d' un livre illustré pour les enfants. Ce sera à mi-chemin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-loups.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-loups.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Et à la télévision. On parlait d'une série qui serait un western surréaliste&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Je ne sais pas si ça se fera. Il y a quinze jours, je devais prendre l'avion pour Hollywood, de façon à présenter le projet à la chaîne. Et brusquement, la compagnie qui mettait tout en place a eu peur et a annulé la réunion. Ça n'ira donc peut-être pas plus loin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le plus curieux, c'est que les jours suivants, j'ai été appelé au téléphone par deux chaînes télé différentes qui voulaient toutes les deux que je leur concocte une série d'horreur. Et j'ai donc imaginé deux séries d'horreur totalement différentes, avec l'idée que… Bon, au pire, elles se feront toutes les deux. Et si ça se produisait, elles sont tellement différentes…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a au moins une des deux idées dont je suis ravi. Ce n'est même pas un concept dont je peux parler. L'idée est tellement simple… D'ordinaire, je n'ai pas des idées simples, j'ai des idées compliquées, et je dois les rédiger complètement pour qu'elles fonctionnent. Mais là, l'idée est vraiment, vraiment simple, et si je la raconte, il y a des gens qui vont dire «Ah, tiens&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». Et ils vont aller la faire de leur côté&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Mais Hollywood ne vous a pas totalement dévoré&amp;nbsp;? Vous continuez à écrire&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Absolument, je tiens beaucoup à ne pas me faire avaler tout cru par Hollywood. D'un autre côté, j'adore l'argent qu'on m'offre.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: C'est le gros problème. Hollywood a complètement dévoré des auteurs comme Michael McDowell. Peut-être aussi Clive Barker, jusqu'à un certain point.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: C'est une double vie. Ce qui me trouble pour Clive, c'est qu'il reste toujours aussi bon. Après &lt;strong&gt;Cabale&lt;/strong&gt;, ses phrases n'étaient plus aussi intéressantes. Les histoires n'étaient pas mal mais… Ceci dit, la nouvelle qu'il a écrite pour l’anthologie &lt;strong&gt;Millennium&lt;/strong&gt; de Doug Winter est superbe, tellement bien écrite. Chaque phrase a sa musique. Clive a toujours le don.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais c'est très facile de se faire dévorer par Hollywood. La façon la plus rapide, c'est de dépendre de l'argent versé. Par contre à Hollywood, même quand on ne veut pas de vous, on vous verse deux cent mille dollars&amp;nbsp;! Donc, on peut prendre l'argent et se consacrer à ce qui vous tient à cœur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je me suis beaucoup amusé à Hollywood. J'ai fait &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;, j'ai écrit les dialogues anglais du nouveau film de Hayao Miyazaki, &lt;em&gt;Princesse Mononoké&lt;/em&gt;… J'ai été un peu déçu en voyant une partie du film mixé. En certains endroits où ils ont utilisé mon texte, ça me semblait bien &amp;nbsp;; en d'autres, ils ont employé autre chose, plus proche des sous-titres d'origine, en général pour suivre le mouvement des lèvres. Ça n'a pas la même saveur, j'ai trouvé ça plus maladroit. J'aurais aimé que le dialogue coule mieux de bout en bout, mais…&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Donc, pas de risque de tomber en panne de nouvelles ou de romans signés Gaiman?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Les nouvelles sont en route. Il y en a une très bien qui devrait paraître. Je peux me permettre de le dire, parce que c'est une de ces histoires dont non seulement j'étais satisfait, mais qui a aussi passé le cap des testeurs. Il y a cinq personnes à qui je peux envoyer les histoires par e-mail, et sur qui je peux compter pour les lire et me dire ce qui ne va pas. Martha Soukup, par exemple. Aucun des cinq n'a le moindre scrupule à me dire ce qui ne va pas. Et pour celle-ci, ils me l'ont renvoyée en disant&amp;nbsp;: wow&amp;nbsp;! Elle figurera dans une antho d'Al Sarrantonio intitulé &lt;strong&gt;999&lt;/strong&gt;, dont le thème sera l'horreur millénariste, et j'en suis très content.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si j'arrive à achever mon prochain roman adulte avant décembre 1999, je m'estimerai très satisfait. Ça reviendra à publier un livre par an. &lt;strong&gt;Smoke and Mirrors&lt;/strong&gt; sort maintenant, et &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt; en livre de poche en début d'année prochaine. Avon va bien pousser le livre, j'ai une tournée de vingt-et-une villes où faire des dédicaces.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-gaiman-miroirs.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-gaiman-miroirs.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B.&amp;nbsp;: Quand est-ce que vous écrivez&amp;nbsp;? Vous êtes tout le temps en tournée&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;N. G.&amp;nbsp;: Cette année, ça a été chaque fois que je pouvais. L'année a été assez chargée. Je vais me reposer, m'arrêter en avril l'an prochain. À cette époque-là, soit je devrai écrire une nouvelle série d'horreur en plus du reste, soit je pourrai me consacrer à mon roman à temps complet.&lt;/p&gt;&lt;h5&gt;[Interview menée, transcrite et traduite par Patrick. Marcel.]&lt;/h5&gt;&lt;div&gt;&lt;hr class=&quot;left&quot; size=&quot;1&quot; width=&quot;33%&quot; /&gt;&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Un ouvrage sur le groupe Duran Duran, et un florilège des perles de style en SF et en fantastique, co-écrit avec Kim Newman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Ghastlier than belief&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn2&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; Après la fin des éditions du Téméraire, Delcourt a entrepris de republier &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt;, quoique partiellement, avant que Panini comics ne prenne la relève et termine la série. Entre 2012 et 2016, Urban Comics a réédité l’intégrale de &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt; dans une nouvelle traduction, due à Patrick Marcel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn3&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn3&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;De bons présages&lt;/strong&gt; chez j'ai Lu&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=-327608&quot;&gt;Neverwhere&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; en « Millénaires&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn4&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn4&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; La première version de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/stardust&quot;&gt;Stardust&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est parue chez l'éditeur de bandes dessinées américain DC Vertigo, superbement illustrée par Charles Vess. L’intrigue suit la quête du jeune Tristran qui pénètre au pays des fées pour ramener à la femme qu'il aime une étoile filante qu'ils ont vue dans le ciel. Mais comme l'étoile est tombée en Féerie, notre héros va avoir une surprise en atteignant l'objet de sa quête qui, incidemment, a allumé la convoitise d'êtres peu recommandables.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn5&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn5&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref5&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; Anthologie annuelle menée par Terri Windling et Ellen Datlow, faisant le bilan de l'année en &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; et en horreur, et publiant les meilleures nouvelles parues durant l'année écoulée.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn6&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn6&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref6&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt; Et depuis paru, sous le titre &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/miroirs-et-fumee&quot;&gt;Miroirs et fumée&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (Au Diable vauvert, 2000&amp;nbsp;; rééd. J’ai lu, 2003).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn7&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn7&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref7&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;Conte d'hiver&lt;/strong&gt; , par Mark Helprin, Nouveau cabinet cosmopolite, Stock.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn8&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn8&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref8&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;Le parlement des fées&lt;/strong&gt; , par John Crawley. Rivages Fantasy.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn9&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn9&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref9&quot;&gt;[9]&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;Free, live free&lt;/strong&gt; , par Gene Wolfe, inédit en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn10&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref10&quot;&gt;[10]&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;Down Town&amp;nbsp;: A Fantasy&lt;/strong&gt; , par Tappan King et Viido Polikarpus, inédit en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn11&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn11&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref11&quot;&gt;[11]&lt;/a&gt; Roman de Michael Moorcock (Denoël, coll. Lunes d’encre, 2002&amp;nbsp;; rééd. Folio SF, 2007).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn12&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn12&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref12&quot;&gt;[12]&lt;/a&gt; Roman de Christophe Fowler (J’ai lu, coll. Ténèbres, 2000).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn13&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn13&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref13&quot;&gt;[13]&lt;/a&gt; Producteur et acteur comique anglais, vu sur scèn et dans des séries de la BBC, comme &lt;em&gt;Chef&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn14&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn14&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref14&quot;&gt;[14]&lt;/a&gt; Jesse Dylan n’a guère percé, son principal fait d’arme étant &lt;em&gt;American Pie&amp;nbsp;: Marions-les&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; (2003), troisième opus de la série…&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn15&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn15&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref15&quot;&gt;[15]&lt;/a&gt; La novella «&amp;nbsp;Comment le marquis a retrouvé son manteau&amp;nbsp;», au sommaire du &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 82 et publiée originellement en 2014 dans l’anthologie &lt;strong&gt;Rogues&lt;/strong&gt; dirigée par George R.R. Martin et Gardner Dozois, fait suite à &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn16&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn16&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref16&quot;&gt;[16]&lt;/a&gt; L’histoire de 6 pages est sortie sous le titre «&amp;nbsp;A Winter’s Tale&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn17&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn17&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref17&quot;&gt;[17]&lt;/a&gt; Bande dessinée que signait Jeff Jones dans les pages du magazine National Lampoon, où une gracieuse héroïne nue et candide se promenait en parlant tout seule ou à des êtres variés.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn18&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn18&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref18&quot;&gt;[18]&lt;/a&gt; Dans un récent &lt;em&gt;comic book&lt;/em&gt; homonyme, rééditant quelques-unes des meilleures histoires de ce titre qui a eu son heure de gloire dans les années 70.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn19&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn19&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/04/21/Neil-Gaiman-un-marchand-de-sable-au-pays-de-nulle-part#_ftnref19&quot;&gt;[19]&lt;/a&gt; Les deux sont parus en France chez Delcourt, sous les titres &lt;strong&gt;Le jour où j’ai échangé mon père contre deux poissons rouges&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Des loups dans les murs&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
      
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      <title>M comme Die Macht der Drei</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/19/M-comme-Die-Macht-der-Drei" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Die Macht der Drei" />
      <id>urn:md5:5483964fa3b82197c9a4792d0aec22fc</id>
      <published>2016-04-19T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-04-19T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-m-une.jpg&quot; /&gt;La proto-SF allemande, encore et toujours. Après le séminal &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Kurd Laßwitz, le fantasque &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lesabéndio&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Paul Scheerbart et l'ardu &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/19/B-comme-Berge-Meere-und-Giganten&quot;&gt;&lt;strong&gt;Beerge Meere und Giganten&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; d'Alfred Döblin, on s'intéresse à &lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt;, récit, un brin plus conventionel, d'une autre seconde guerre mondiale par Hans Dominik…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Die Macht der Drei, Hans Dominik, 1922. Édition numérique, ≈ 300 pp. Inédit en français.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;La proto-SF allemande (faisons simple&amp;nbsp;: proto, parce que publiée avant l’invention du terme «&amp;nbsp;science-fiction&amp;nbsp;» par Hugo Gernsback – en 1926) ne se résume pas à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;Kurd Laßwitz&lt;/a&gt;, aux élucubrations plus ou moins perchées d’Alfred Döblin (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/19/B-comme-Berge-Meere-und-Giganten&quot;&gt;&lt;strong&gt;Beerge Meere und Giganten&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) et Paul Scheerbart ( &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt;&lt;strong&gt;Lesabéndio&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;). En 1922, Hans Dominik faisait paraître &lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt;, son premier roman relevant d’une forme de SF. À l’époque, Dominik est tout sauf un auteur débutant&amp;nbsp;: on lui doit déjà une quinzaine de romans de littérature générale, publiés depuis les années 10.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-m-cover0.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-m-cover0.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Adoncques, &lt;strong&gt;Die Macht der Drei &lt;/strong&gt;— titre se traduisant par «&amp;nbsp;Le Pouvoir des Trois&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’histoire débute dans un futur distant de trente ans, par rapport à la date de publication. Nous voici en 1955, et les USA sont en émoi&amp;nbsp;: Log Sarr, emprisonné sur l’île de Sing-Sing et condamné à mort par électrocution, vient d’échapper incompréhensiblement à la mort… et de s’échapper tout court. Cela, sous les yeux des douze témoins supposés assister à l’exécution. Le temps que les autorités se ressaisissent, le détenu a pris la fille de l’air… dans les airs, justement, à bord d’un avion ultrarapide. À bord de l’aéronef, l’un des témoins&amp;nbsp;: Erik Truwor, un Suédois&amp;nbsp;; et Soma Atma, un Indien (au nom porteur de sens&amp;nbsp;? Soma&amp;nbsp;: le corps&amp;nbsp;; atma&amp;nbsp;: le souffle). Quant à Logg Sag, son véritable nom est Silvester Bursfeld et il est allemand. Les «&amp;nbsp;trois&amp;nbsp;» du titre, ce sont eux&amp;nbsp;; réunis grâce à trois anneaux et une vieille prophétie. Leur pouvoir&amp;nbsp;: la mise au point par Bursfeld d’un appareil qui leur permet d’obtenir une énergie illimitée et de la téléguider là où ils le souhaitent. Entre de mauvaises mains, voilà qui constituerait une arme redoutable. Ils sont nombreux, ceux à vouloir s’en emparer, car en cette année 1955, l’Empire britannique, au bord de l’effondrement, a des relations plus qu’envenimées avec les USA, lesquels sont dirigés d’une main de fer par un dictateur, Cyrus Stonard, et la guerre menace… Côté américain, il y a le Dr Glossin, doté de pouvoirs hypnotiques, qui s’en prend à la fiancée de Bursfeld pour faire pression sur ce dernier. Mais les Trois vont tout faire pour empêcher la guerre d’éclater, quitte à y laisser la vie.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Wer das Schwert nimmt, wird durch das Schwert umkommen. Die Macht der Drei warnt alle vor dem Kriege.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;(«&amp;nbsp;Qui vit par l’épée périra par l’épée. Le pouvoir des Trois vous met en garde contre la guerre.&amp;nbsp;»)&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-m-covers.png&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-m-covers.png&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Publié au début des années 20, &lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt; porte la marque du premier conflit mondial – même si l’auteur n’y a pas combattu. Dominik pressent que la «&amp;nbsp;der des ders&amp;nbsp;» ne l’est pas, et que de nouveaux conflits, plus meurtriers encore, peuvent surgir.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Der Krieg, der uns bevorsteht, wird das Entsetzlichste, was die Welt jemals gesehen ha. Die Industrie der Erde keucht schon jetzt in voller Kriegsarbeit. Neue Mittel, neue Methoden, von denen die meisten Menschen heute noch keine Ahnung haben. Aber… es geht nicht um unsere Haut. Die beiden Weltmächte, die übriggeblieben sind, schneiden sich die Kehle ab. Niemand kann die Katastrophe aufhalten. Sie ist unabwendbar. Wenn sie nicht morgen kommt, dann übermorgen. Aber sie kommt.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;(«&amp;nbsp;La guerre qui nous attend sera la pire que le monde ait connu. Partout sur Terre, les usines sont à pied de guerre. De nouveaux moyens, de nouvelles méthodes, dont la plupart des gens n’a aucune idée. Mais… il ne s’agit pas de nous. Les deux grandes puissances restantes se serrent mutuellement la gorge. Personne ne peut empêcher la catastrophe. Si elle n’a pas lieu demain, ce sera après-demain. Mais elle aura lieu.&amp;nbsp;»)&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;D’où la solution d’une arme qui, détenue par un petit groupe, suffirait à créer un équilibre de la terreur prévenant tout conflit. Bien entendu, il faudrait s’assurer que le petit groupe ayant l’arme soit doté des meilleures intentions et d’une sagesse sans égale, mais Hans Dominik n’a guère de recul sur la question. Pour l’auteur, ce «&amp;nbsp;pouvoir des trois&amp;nbsp;» est forcément une bonne chose – mais le roman est sorti trente-deux ans avant Hiroshima, ceci expliquant cela. La science décrite ici va dans le sens du progrès, ce qui donne parfois lieu à des développements que le lecteur d’aujourd’hui pourra estimer… dangereux.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Doch auch Erik Truwor war Techniker und rechnete. 10.000 Kilowatt waren vernichtend für den einzelnen, den sie trafen. Aber sie bedeuteten nichts für die hundert Millionen Menschen. Viel grössere Apparate mussten zur Verfügung stehen. Viele Millionen von Kilowatt mussten auf seinen Wink an jedem Punkt der Erde wirksam werden. Nur dann würde er die Macht haben, alles Menschenleben auf Erden nach seinen Willen zu lenken.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;(«&amp;nbsp;Mais Erik Truwor était un technicien [par opposition à Bursfelfd, qui n’est jamais qu’ingénieur] et il savait compter. Dix mille kilowatts suffisaient à anéantir le premier venu, mais ne signifiaient rien pour des centaines de millions de personnes. Il lui fallait disposer de bien plus d’appareils plus gros, de façon à pouvoir envoyer des millions de kilowatts en n’importe quel point du globe. Alors il aurait le pouvoir de soumettre la volonté de millions de gens sur Terre.&amp;nbsp;»)&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-m-cover1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-m-cover1_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur bon nombre de points, &lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt; accuse son âge&amp;nbsp;: le monde de 1955 que dépeint Dominik ne brille pas par son approche prospective – ce sont les années 20 avec trente ans de plus –, les rares personnages féminins sont à la ramasse (Miss Jane, qui n’a d’autre fonction que d’être l’intérêt amoureux de Bursfeld, à sauver des griffes de Glossin le cas échéant), l’un des deux seuls personnages de couleur, une servante noire, est décrite de manière fort peu flatteuse – l’Indien Soma Atma est cependant un personnage positif. Le racisme latent dans l’œuvre de Dominik lui a d’ailleurs valu une mise à l’index dans les deux Allemagnes après la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En comparaison des œuvres de proto-SF de langue allemande précédemment abordées, &lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt; peine à briller et s’avère d’une lecture un brin poussive. L’intrigue, plombée par les atermoiements amoureux de Jane et Bursfeld, ne décolle jamais vraiment, et n’est pas relevée par l’extraordinaire inventivité du récit. Reconnaissons toutefois que, de manière curieuse, le roman préfigure Doc Savage et, partant, Superman, avec ce refuge, cette «&amp;nbsp;forteresse de la solitude&amp;nbsp;», que les Trois possèdent au cœur de l’Arctique. Un refuge qui finit bien mal, comme le roman au demeurant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une vraie-fausse suite à &lt;strong&gt;Die Macht der Drei&lt;/strong&gt; existe&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Atlantis&lt;/strong&gt; (1925), une histoire de conflits géopolitique en l’an 2000, où trois puissances mondiales coexistent – l’Europe, l’Amérique, et une Afrique unie sous la bannière d’un «&amp;nbsp;Napoléon noir&amp;nbsp;» désireux de faire valoir l’égalité des races. Ne l’ayant pas lu, votre serviteur se gardera bien d’e&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Dune en musique : Inspirations II</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/15/Dune-en-musique-Inspirations-II" rel="alternate" type="text/html" title="Dune en musique : Inspirations II" />
      <id>urn:md5:7b8ff269afc17b686c6467c8f7535551</id>
      <published>2016-04-15T06:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-12-16T17:43:32+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Musique(s)</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-3-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-3-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Concluons notre tour d'horizon des adaptations musicales de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/08/Dune-en-musique-Illustrations&quot;&gt;Après les bandes originales&lt;/a&gt;, retour aux albums inspirés plus ou moins lointainement, plus ou moins pertinemment par le roman de Frank Herbert, au travers d'une sélection de disques parus au cours des quinze dernières années — une sélection partielle et partiale, focalisée sur l'electro (mais pas que)…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un grand merci à Joseph Vintimille pour la doc&amp;nbsp;! Sa base de données des groupes et musiciens faisant référence à &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; est une véritable mine d’or.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/30/Dune-en-musique-Inspirations&quot;&gt;Dans un premier temps&lt;/a&gt; , on a vu que le projet d’adaptation de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; par Alejandro Jodorowski a servi de creuset à toute une avant-garde electro/krautrock. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/04/08/Dune-en-musique-Illustrations&quot;&gt;Dans un deuxième temps&lt;/a&gt;, ce sont les bandes originales qui ont prédominé, à commencer par celle du film controversé de David Lynch. &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, en dépit de sa mauvaise réputation, réussi à essaimer dans la culture pop, notamment en matière de musique – on peut se fier à &lt;a href=&quot;http://dune.wikia.com/wiki/Dune_%281984_movie%29#In_popular_culture&quot;&gt;cette liste&lt;/a&gt; répertoriant les chansons ou morceaux utilisant des samples tirés du film, mais elle est fort incomplète. Concluons ce passage en revue des albums inspirés par le roman-culte de Frank Herbert, avec une sélection, forcément des plus partielles et partiale, de disques parus au cours de la dernière quinzaine d’années.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;Inspirations II&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Au fil des décennies, &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; a donc inspiré un nombre considérable d’œuvres musicales, dans des domaines aussi variés que le jazz, l’electro, le rock, progressif notamment, ou le metal. Quand ce n’est pas le roman de Frank Herbert qui donne lui-même son nom aux groupes&amp;nbsp;: outre Bene Gesserit et Dün, abordés dans le premier billet de la série, citons aussi Paul Atreides, Kwistatz Haderach, Shai Hulud, voire Arrakis ou Dune.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Walk without rhythm / and it won't attrack the worm&amp;nbsp;» (Fatboy Slim, «&amp;nbsp;Weapon of choice&amp;nbsp;»)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans le lot, bon nombre de ces artistes se distinguent par leur emploi de samples du &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; de David Lynch. Fatboy Slim, le thuriféraire du big beat, en est un&amp;nbsp;; l’un des papes de l’electro ambient, feu Peter Namlook, aussi. Le topo introductif de la princesse Irulan est abondamment repris, la Litanie contre la peur aussi, et quelques phrases marquantes reviennent régulièrement («&amp;nbsp;The sleeper has/must/will awaken&amp;nbsp;»). Il ne sera toutefois guère question de samples dans ce billet&amp;nbsp;: le nombre est inversement proportionnel à l’intérêt de la chose. Ce que l’on cherche ici, c’est une inspiration dunesque dépassant la simple citation filmique sur une seule chanson.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette troisième partie va s’attacher en grande parties à des albums parus depuis le début de la décennie&amp;nbsp;; la plupart sont en écoute sur Bandcamp. Ce magasin de musique en ligne tient autant de la mine d’or que du dépotoir, tant on y trouve de tout. Les «&amp;nbsp;grands anciens&amp;nbsp;» comme &lt;a href=&quot;http://cuneiformrecords.bandcamp.com/album/chronolyse&quot;&gt;Richard Pinhas&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://bernardszajner.bandcamp.com/album/visions-of-dune-lp-cd&quot;&gt;Zed&lt;/a&gt; (cf. le premier billet) y côtoie des artistes beaucoup plus obscurs. L’observation du nombre d’albums tagués &lt;a href=&quot;http://https://bandcamp.com/tag/dune&quot;&gt;«&amp;nbsp;dune&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; donne d’ailleurs de jolis résultats. Tous ne sont pas pertinents, mais l’ensemble s’avère assez considérable. Notons que le tag Frank Herbert donne moins de résultat que Philip K. Dick (10 occurrences, contre 8 pour Herbert) mais plus qu’Asimov (7 résultats) ou Ursula K. Le Guin (2 résultats).&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençons tout d’abord par une nouvelle mise au point. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/30/Dune-en-musique-Inspirations&quot;&gt;Dans le premier billet de cette étude&lt;/a&gt;, l’auteur de ces lignes, mal renseigné (on croit avoir fait le tour de la question, mais on se trompe), déclarait que David Matthews était le premier musicien à s’inspirer textuellement de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;. Un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/30/Dune-en-musique-Inspirations#Edit&quot;&gt;premier rectificatif&lt;/a&gt; a indiqué que le groupe de proto-metal australien Buffalo s’avérait le tout premier. Ce qui ferait de Matthews le deuxième&amp;nbsp;? Non, car il existe un autre groupe, australien lui aussi – à croire que le désert au cœur de l’île-continent est un marchepied vers Arrakis –, qui s’est inspiré de Dune&amp;nbsp;: Cybotron. Ce groupe de krautrock a sorti au cours de sa brève carrière (1976-1980) trois albums, le premier d’entre eux, titré &lt;em&gt;Cybotron&lt;/em&gt;, commençant par une chanson titrée «&amp;nbsp;Arrakis&amp;nbsp;». Un krautrock de bon aloi. (Ne pas confondre ce Cybotron des antipodes avec le Cybotron co-fondé à Detroit par un autre pionnier des musiques électroniques, le tout à tout Juan Atkins.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/r_DebdQ2DLM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Amusante coïncidence, «&amp;nbsp;Arrakis&amp;nbsp;» est aussi le nom du morceau introduisant &lt;em&gt;Driving Insane&lt;/em&gt; (2004) de Black Sun Empire, groupe néerlandais. C’est là une drum’n’bass d’excellente facture, sombre et frénétique. Imagine-t-on pour autant les sables du fief du duc Atréides&amp;nbsp;? Ce serait plutôt les profondeurs de la demeure des Harkonnen qui viennent en tête. A chacun de voir… «&amp;nbsp;Arrakis&amp;nbsp;» s’avère en tous cas l’un des meilleurs morceaux de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/NZvOB0emxdM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Revenons ensuite au siècle dernier. &lt;em&gt;The Dune Concept Album&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: tout est dans le titre&amp;nbsp;? Sorti en 1999 par Nero, groupe originaire de Louisville, Kentucky, cet album se veut une bande originale alternative au film de David Lynch. Adieu le symphonique épique de Toto, place aux grosses guitares énervées, voire carrément agressive, et à la distorsion à tout va. Des extraits du film surnagent au sein des morceaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album se conclut par «&amp;nbsp;Kwizzach Haderach&amp;nbsp;», chaos sonore long de quasiment dix-huit minutes. Ce n’est pas la traversée du désert mais plutôt celle d’une tempête de sable…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2338281064/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;The Dune Concept Album by Nero&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;grimes&quot;&gt;En 2010, une jeune chanteuse québecoise, Grimes, a rendu hommage au baron Harkonnen, avec &lt;strong&gt;Giedi Primes&lt;/strong&gt;, son premier album. Voilà des ambiances plus cosmopolites – tel le très japonisant «&amp;nbsp;Sardaukar Levenbrech&amp;nbsp;». Au travers de la dizaine de chansons, dont la moitié, par les titres, fait référence à l’univers de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, Grimes propose une pop délicate qui varie les inspirations. Par les titres seulement&amp;nbsp;: les paroles semblent n’entretenir par ailleurs &lt;em&gt;aucun&lt;/em&gt; rapport avec l’œuvre de Herbert.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I won't break your heart / In the dark&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Feyd Rautha Dark Heart&amp;nbsp;»)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Accessoirement&amp;nbsp;: Grimes est (à ma connaissance) l'une des rares musiciennes revendiquant l’influence de Frank Herbert, tous les autres abordés au fil de cette sélection étant de sexe masculin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/bTwO36TAj3k&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;aftertime&quot;&gt;C’est au mucien anglais Roly Porter que l’on doit une nouvelle mise en musique de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, avec &lt;em&gt;Aftertime&lt;/em&gt;, son premier album solo. Dans l’œuvre de Porter, la science obtient une place de choix, au vu des titres de ses albums suivants&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Lifecycle of a Massive Star&lt;/em&gt; (2013), ou le tout récent – et magnifique – &lt;em&gt;Third Law&lt;/em&gt; (2016). Sans oublier la composition d’une nouvelle bande originale pour le film de René Laloux, &lt;em&gt;Gandahar&lt;/em&gt;, lors du festival Days of Fear and Wonder du British Film Institute en novembre 2014.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ici aussi, les morceaux s’appellent «&amp;nbsp;Caladan&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Arrakis&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Giedi Prime&amp;nbsp;»… Comme dans le cas de David Matthews, est-ce des titres dunesques collés à des morceaux n’ayant rien à voir thématiquement&amp;nbsp;? Ou bien s’agit-il de pièces musicales réellement inspirées par le roman&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les onze morceaux qui composent &lt;em&gt;Aftertime&lt;/em&gt; relèvent d’une electro volontiers abstraite, basée sur les textures sonores&amp;nbsp;: un drone élégant et glacé. Les morceaux mêlent grésillements et perturbations soniques avec mélodies éthérées —telles les sept minutes de «&amp;nbsp;Tleilax&amp;nbsp;», minées par des grincements menaçants, des percussions agitées par des robots en roue libre et des éruptions de samples. Pas avare en contrastes, Porter leur fait suivre les cordes majesteuses qui nimbent la brève «&amp;nbsp;Kaitain&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Corrin&amp;nbsp;» propose la synthèse de ces deux tendances. Quant à «&amp;nbsp;Al Dhanab&amp;nbsp;», sa mélodie plaintive et lointainement orientale nous transporte dans les dunes d’Arrakis… «&amp;nbsp;IX&amp;nbsp;», avec ses sonorités lancinantes, s’avère le morceau le plus abstrait du disque. On se situe ici dans la lignée de &lt;em&gt;Visions of Dune&lt;/em&gt; de &lt;a href=&quot;http://bernardszajner.bandcamp.com/album/visions-of-dune-lp-cd&quot;&gt;Bernard «&amp;nbsp;Z&amp;nbsp;» Szajner&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Aftertime&lt;/em&gt; , meilleure bande-son pour le roman &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? C’est l’avis de votre serviteur. Un peu aride, un peu grandiloquente, carrément glaçante… comme le roman de Herbert&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/videoseries?list=PL04Kz00dYCpBXnu8QH9wWNRXkftQna9tC&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Arrakis: Music inspired by Frank Herbert’s Dune&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: avec un tel titre pour ce disque publié en 2012, Timotheos met d’emblée les points sur les i. En quatorze morceaux, le musicien canadien propose autant de mises en musique de l’univers de Frank Herbert – les morceaux dépassent le seul cadre du premier roman de la saga pour explorer musicalement les suites, jusqu’à L’Empereur, comme en témoigne les morceaux titrés «&amp;nbsp;Kralizec&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Hymn to the Divided God&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;The Scattering&amp;nbsp;», évocateurs des conséquences de la mort de Leto II.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est là une electro planante, mélancolique, volontiers ambient, parfois &lt;em&gt;acid&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;Great Revolt&amp;nbsp;»), avec des échos de guitares lointaines. L’aspect simili-Aphex Twin sur «&amp;nbsp;Shai Hulud&amp;nbsp;» se teinte de mystique, avec ces sonorités évoquant les bols tibétains. Parfois, les morceaux s’avèrent plus guerriers («&amp;nbsp;Mentat Messiah&amp;nbsp;») ou plus délicats («&amp;nbsp;Irulan&amp;nbsp;»). Une bande-son parfaite pour la lecture du roman&amp;nbsp;? Pourquoi pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2633475578/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=e99708/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;Arrakis: Music Inspired by Frank Herbert&amp;#39;s Dune by TIMOTHEOS&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu plus tard en 2012, le musicien Shaddam IV publie &lt;em&gt;Sickbed of Mentats&lt;/em&gt;, un EP dont le principal défaut est sa brièveté (cinq titres dont un seul dépasse les trois minutes, laissant l’auditeur avec même pas un quart d’heure de musique et un goût de trop peu). C’est là une synthpop instrumentale, à la netteté chirurgicale, des plus recommandables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tendez une oreille ou deux par là&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2338859198/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;Sickbed of Mentats by Shaddam IV&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En avril 2013, Dathon, musicien originaire de l’Illinois, a publié &lt;em&gt;The Thread will be torn&lt;/em&gt;. Cet EP emprunte une voie musicale qu’on n’avait plus entendu depuis… le &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; de David Matthews&amp;nbsp;: le jazz&amp;nbsp;! Mais attention, pas de jazz funky chaleureux ici. Au fil des trois morceaux de cet EP, on dérive du côté du dark jazz. On retiendra surtout «&amp;nbsp;Waking Idaho&amp;nbsp;» est une longue pièce hantée…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2375625447/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=e99708/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;The Thread Will Be Torn by DATHON&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toujours en 2013, le musicien newyorkais Backtrace a sorti un album intitulé &lt;em&gt;Arrakeen Buried&lt;/em&gt;. Il s’agit là d’une seule pièce instrumentale longue de 69 minutes. Un ambient aux sonorités froides et précises, aux textures granuleuses, où l’on imagine volontiers des grains de sable former des motifs fractales. Probablement la bande-son idéale pour illustrer les rêveries mystiques de Paul Muad’dib.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, sur la longueur, &lt;em&gt;Arrakeen Buried&lt;/em&gt; hypnotise autant qu’il fatigue. Jamais répétitive &lt;em&gt;stricto sensu&lt;/em&gt;, la pièce n’évolue guère au fil de sa durée et peut émousser la patience de l’auditeur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1475833586/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=e99708/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;Arrakeen Buried by Backtrace&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le musicien BassDbler a sorti deux albums dont les titres ne laissent aucune équivoque&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Slow Blade Penetrates the Shield&lt;/em&gt; (2013) et &lt;em&gt;Machine and Ghola&lt;/em&gt; (2015). Le pseudo du musicien et la mise en avant de la basse laisse aussi peu de doutes sur l’instrument privilégié par BassDbler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Machine and Ghola&lt;/em&gt; , pas désagréable, est cependant souvent plombé par les simili-chœurs synthétiques omniprésents sur le disque. Surtout, ce disque comme le suivant pèche dans ses compositions, qui peinent à retenir durablement l’attention.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/user/BassDblerMusic&quot;&gt;Curieux?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/videoseries?list=PLJlFnYOIB8BJ6cgXVW2EW-2O1PC41FDWp&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au printemps 2014, le musicien américain Stoneburner a sorti, coup sur coup, trois (3) albums inspirés par Dune&amp;nbsp;; un quatrième a suivi à l’été 2015. &lt;em&gt;The No Chamber&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Songs in the Key of Arrakis&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Sisters of Isolation&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Mouse Shadow&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: autant d’albums qui explorent en long, en large, en travers l’univers dunien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’opposé de la concision quasi-clinique d’un Shaddam IV, Stoneburner fait dans le roboratif et le lourdingue. Vous souvenez-vous du brûle-pierre qui aveugle Paul Atréides dans &lt;strong&gt;Le Messie de Dune&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? C’est un peu ça, mais pour les esgourdes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’electro de Stoneburner tend vers la grosse techno, mâtinée d’influences orientales. Ce n’est pas très subtil, certes, mais point désagréable sur quelques morceaux. Sur la longueur, c’est épuisant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://stoneburnerdune.bandcamp.com/&quot;&gt;Mais si vous y tenez, la page du groupe est ici.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=781986873/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=e99708/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;Songs In The Key Of Arrakis by Stoneburner&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme son titre ne l’indique pas, &lt;em&gt;System VII&lt;/em&gt; (2014) est le premier album du groupe anglais IX.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;System VII&lt;/em&gt; is a concept album inspired Frank Herbert's &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; series of books&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: voilà ce qu’indique la page du disque. A la différence de bon nombre de disques évoqués dans cet article, aucun titre de morceau ne fait explicitement référence à &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; (peut-être le dixième, «IXIAN Archive Entry 119-27&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La douzaine de morceaux relèvent d’une electronica faisant la part belle aux ambiances. On retiendra notamment les douze minutes de «&amp;nbsp;The Machines (part I-III), aussi épiques qu’excellentes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=801717128/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=7137dc/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;System VII by IX&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis début 2015, un groupe texan nommé Wormsign s’attache lui aussi à explorer l’univers de Frank Herbert. L’album Wormsign, paru début avril 2016, a été précédé par quelques morceaux indépendants. &lt;em&gt;Litany&lt;/em&gt; (2015) fait bien sûr référence à la fameuse «&amp;nbsp;Litanie contre la peur&amp;nbsp;» – ce sont 2’30&quot; où une voix éthérée est parasitée par des bruits parasites –, tandis que &lt;em&gt;Caladan&lt;/em&gt; (2015) nous ramène vers la planète natale de Paul Atréides pour huit minutes moins aquatiques qu’industrielles (on peut ne pas apprécier).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album &lt;em&gt;Wormsign&lt;/em&gt;, paru début avril 2016, faire preuve de davantage d’ambition. Deux pistes, riches chacune de six morceaux. La face A, «&amp;nbsp;Bene Gesserit/Thumper/Gom Jabbar/Desert Mouse&amp;nbsp;», relève d’un ambient minimaliste. La face B, «&amp;nbsp;Kyne's Garden/Thopter/Prescience&amp;nbsp;», se conclut par un bourdonnement synthétique menaçant (agaçant si l’on veut, mais c’est là du pur &lt;em&gt;drone&lt;/em&gt;) et les vocalises d’une émule de Lisa Gerrard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2683842044/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=63b2cc/tracklist=false/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 570px;&quot;&gt;Wormsign by Wormsign&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;Wormsign&lt;/em&gt; est (à vue de nez) le dernier album en date consacré à Dune, gageons que ce n’est sûrement pas le dernier tout court à s’aventurer du côté d’Arrakis.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;En conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;!--StartFragment--&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La vingtaine d’albums présentés au fil de ces billets consacrés au versant musical de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; ne représentent &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; qu’une maigre sélection au regard du vivier. Notamment parce que ce passage en revue musical s’est focalisé sur l’electro, l’auteur de ces lignes péchant par manque de connaissance (et d’attrait) pour le metal, autre genre musical ayant puisé son inspiration dans &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Y a-t-il une adaptation musicale définitive du roman de Frank Herbert&amp;nbsp;? Quel album est le plus pertinent au regard de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? A chacun de se faire son idée, en fonction de sa perception du roman de Frank Herbert et de ses goûts musicaux – et rien ne se discute plus chèrement que les goûts musicaux&amp;nbsp;! Suivant les musiciens, les albums s’inspirent plus ou moins lointainement du texte, choisissent tour à tour de proposer des ambiances propres à évoquer ce futur distant, des chansons valorisant l’héroïsme des protagonistes, Paul Atréides en tête, ou encore des trucs n’ayant pas grand-chose à voir mais qu’importe, c’est cool.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’en retenir&amp;nbsp;? L’œuvre de Frank Herbert peut se targuer d’une postérité étonnante, qui ne connait probablement pas d’équivalent. &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, sa saga au long cours s’est vue déclinée sur plusieurs médias – un film, deux téléfilms, cinq jeux vidéos et une tripotée d’albums –, bien plus que les cycles de Fondation, des Seigneurs de l’Instrumentalité ou d’Hypérion peuvent s’en prévaloir. Et pourquoi pas&amp;nbsp;? La musique tient une place non négligeable au sein du roman &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, avec le personnage truculent de Gurney Halleck, mercenaire qui, accompagné de sa balisette, pousse volontiers la chansonnette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/dDwFgSAOBLA&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Neil Gaiman, guide de lecture rêvé</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/13/Neil-Gaiman-guide-de-lecture-reve" rel="alternate" type="text/html" title="Neil Gaiman, guide de lecture rêvé" />
      <id>urn:md5:eff1fb5f18de951e367b75668eb0daf5</id>
      <published>2016-04-13T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2016-04-13T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;gaiman-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-une.jpg&quot; /&gt;&lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; n'a pas attendu d'avoir vingt ans pour s'intéresser à Neil Gaiman. Le père du Sandman et de Coraline est un auteur que l'on suit avec attention depuis &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;&lt;strongneverwhere&lt; strong=&quot;&quot;&gt;. Aussi, en complément du guide de lecture du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-82&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;82&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, voici donc un autre guide, rassemblant les critiques des romans de Gaiman parues au fil des numéros… (Lisez Gaiman&amp;nbsp;!)&lt;/strongneverwhere&lt;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La critique de &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt; par André-François Ruaud, parue dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-10&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;10&lt;/a&gt; est à lire sur &lt;a href=&quot;http://noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=-327608#Crit_-352570&quot;&gt;nooSFère&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-miroirs.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Miroirs et fumées&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-miroirs.jpg &quot; /&gt;Miroirs et fumées&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Gaiman a une fascination pour les magi­ciens, leurs trucs et astuces, leurs jeux de miroirs, leurs effets de fumées. Et, en vrai bon fan, à force de fasci­nation, il en est devenu un. Tout simple­ment. Un magicien. Voilà ce qu'il est. Rares sont les auteurs à avoir acquis aussi rapidement — ou, plus précisément, à travers aussi peu d'œuvres — une réputation telle que la sienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Car après tout, en France, que connaît-on de Neil Gaiman ? Principalement son travail de scénariste de comics, sur &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Sandman&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (trois tomes au Téméraire, coll. «&amp;nbsp;Vertigo&amp;nbsp;») ou bien encore &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Death&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (deux tomes, également au Téméraire et toujours en «&amp;nbsp;Vertigo&amp;nbsp;»), voire, peut-être, pour certains d'entre vous, son troublant roman graphi­que, &lt;strong&gt;Mr. Punch&lt;/strong&gt;, mis en images par Dave McKean et publié en France en 1997 chez Reporter. Il y a aussi l'amusant roman, co-écrit avec la star britannique Terry Pratchett, &lt;strong&gt;De Bons présages&lt;/strong&gt; (J'ai Lu — 1995). Puis, bien sûr, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/neverwhere&quot;&gt;&lt;strong&gt;NeverWhere&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; (cf. interview de Gaiman in&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-11&quot;&gt; Bifrost 11&lt;/a&gt;), un formidable roman de fantasy urbaine dans la collection «&amp;nbsp;Millénaires&amp;nbsp;». On ajoutera, pour la mesu­re, une poignée de nouvelles publiées ça et là (à commencer par «&amp;nbsp;Chevalerie&amp;nbsp;», dans le Dossier Fantasy de la revue thématique &lt;em&gt;Yellow Submarine&lt;/em&gt;, rééditée ici sans aucune mention de la part de l'éditeur, ce qui fait toujours plaisir…). Bref, et en résumé : voici un auteur dont on a lu deux romans, quel­ques nouvelles et des scénars de BD. Pas grand chose, donc, mais rien que du bon, voire de l'excellent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous attendions ce recueil en J'ai Lu « Millénaires ». Marion Mazauric ayant quit­té le groupe Flammarion pour fonder sa propre maison d'édition, c'est d'Au diable vauvert qu'il nous arrive. Qu'importe. La couverture a changé (elle n'est d'ailleurs pas plus folichonne que ce que nous pro­pose habituellement la collection « Millénaires ») mais le contenu demeure le même : à savoir un recueil non pas artifi­ciellement réuni mais pensé, imaginé, réa­lisé et présenté par l'auteur lui-même. Ce dernier point est fondamental. Car &lt;strong&gt;Miroirs et fumée&lt;/strong&gt; n'est pas qu'un excellent recueil, c'est avant tout un état, une compilation représentative du travail fort particulier et personnel d'un écrivain, de ses premiers pas dans le métier, au début des années 80, jusqu'à 1998, date à laquelle Gaiman a rassemblé ces textes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Gaiman est un auteur à la palette extrê­mement étendue, tant au niveau de ses vecteurs d'expressions (la BD, la littérature, le cinéma, la télévision) que des genres, des traitements et des sujets. Miroirs et fumée se fait tout naturellement l'écho de cette diversité. Science-fiction, fantastique, fantasy, le tout pour aborder des sujets aussi divers que le sexe, la créativité, la maladie, la mort, la religion… autant de sujets eux-mêmes abordés dans des traités différents, nouvelles en proses ou en vers, poèmes, pastiches, contes, etc. C'est un flo­rilège magnétique, accaparant (magique ?), servi par une écriture légère et un sens du mot remarquable (on saluera à ce propos l'excellente traduction de Patrick Marcel). Gaiman est de ces auteurs capables, en deux lignes pleines de nostalgie, de vous faire décrocher le téléphone afin d'appeler votre grand mère pour le simple plaisir d'entendre sa voix, chose que vous n'aviez pas faite depuis des semaines…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Miroirs et fumée&lt;/strong&gt; est un recueil à se procurer d'urgence. Ceux qui connaissent déjà Gaiman ne se feront pas prier. Les autres découvriront un auteur riche et magique, qu'ils auront tôt fait de placer aux côtés d'autres illusionnistes magiciens, qu'ils se nomment Tim Burton ou Clive Barker, par exemple.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Olivier Girard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-22&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;22&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-stardust.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Stardust&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-stardust.jpg &quot; /&gt;Stardust&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;La première erreur du jeune Tristran Thorn aura été de tomber amoureux. Et qui plus est de cette petite salope de Victoria Forester, une vraie garce qui, pour prix d'un baiser, lui demande d'aller chercher une étoile filante (et pourquoi pas décrocher la Lune, hein ?). Étoile qui a la mauvaise idée de tomber de l'autre côté du Mur, cette frontière qui sépare le paisible petit village de Wall du monde étrange et merveilleux du Pays des Fées. Une frontière gardée nuit et jour par les villageois, et qui n'entrouvre ses portes que tous les neuf ans à l'occasion de la Foire des Fées, un marché fabuleux qui se tient juste de l'autre côté du Mur. Mais qu'importe le Mur et ses gardes. L'amour ne connaît aucune frontière. Tristran Thorn ira jusqu'au bout de sa quête, jusqu'au bout de son destin, quitte à affronter tous les mystères de la Faërie…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bienvenue de l'autre côté du miroir, au pays des merveilles perpétuelles. Et croyez bien qu'avec un guide comme Neil Gaiman, le voyage promet des chatoiements.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Stardust &lt;/strong&gt;se présente en fait comme l'exemple même d'une fantasy puisée à ses sources, ni plus ni moins qu'un conte de fées. Et en matière de contes de fées, Gaiman, en maître raconteur, connaît ses gammes sur le bout des doigts. Tous les grands poncifs du domaine sont là : la quête, l'amour, le mythe de la frontière, l'enfant volé, le pays fantastique et ses êtres magiques, la reine des sorcières, les morts-vivants, l'accession au pouvoir, l'initiation… Et cette manière toute gaimanienne d'instiller au récit, avec un air de ne pas y toucher, comme un goût de cruauté diffus et prégnant tout à la fois. On frissonne, on vibre, on s'émerveille et savoure&amp;nbsp;: bref, on se divertit. Et ce même si cette histoire, profondément ancrée dans le substrat folklorique anglais, doit avoir, on l'imagine aisément, une saveur toute particulière pour le lecteur anglo-saxon (les références sont nombreuses et il ne fait pas de doute que nous, public nourri au lait de la francophonie, en ratons en certain nombre).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un regret, toutefois : l'absence des magnifiques illustrations de l'édition originale signées Charles Vess (édition américaine, chez DC Comics «&amp;nbsp;Vertigo&amp;nbsp;»). Ç'eût été plus cher, évidemment, mais ô combien plus beau &amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Las&amp;nbsp;! Le texte se suffit à lui-même et s'apprécie en tant que tel. Gaiman démontre une nouvelle fois cette force narrative qui en fait un des auteurs les plus exceptionnels de ces dernières années.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On achèvera sur une dernière précision, un souvenir qu'on se remémorera, plutôt… l'évocation, par Gaiman lui-même, dans son interview publiée dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-11&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 11&lt;/a&gt;, d'une suite à &lt;strong&gt;Stardust&lt;/strong&gt;, ou plus exactement d'une autre histoire mais qui se passerait dans le même univers et chronologiquement après les événements narrés dans le présent roman, une histoire qu'il aurait déjà commencé à écrire et qui s'intitulerait &lt;em&gt;Wall&lt;/em&gt;. Vivement&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Olivier Girard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-24&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;24&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-americangods.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;American Gods&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-americangods.jpg &quot; /&gt;American Gods&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Ombre a payé sa dette à la société. Condamné à six ans, libéré au bout de trois, il sort de prison avec de solides projets de réinsertion. Aussi, c'est en pensant tourner définitivement cette page sombre de son existence qu'il prend l'avion pour rejoindre son épouse. Il ne sait pas encore à quel point sa vie et sa conception du monde vont bientôt être irrémédiablement bouleversées. Plus que le décès et la résurrection de sa femme — événement déjà peu banal s'il en est — , c'est cette rencontre, pas tout à fait fortuite, avec un borgne très mystérieux qui, telle Alice, le fait basculer de l'autre côté du miroir. Bientôt, il comprend que l'Amérique est en réalité bien plus étrange qu'il ne le pensait. Mais après tout, quel mortel pourrait soupçonner ce dont est faite la vie des dieux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De Lakeside, Wisconsin, à Las Vegas, Nevada, Neil Gaiman navigue sans cesse entre l'Amérique profonde et celle des guides touristiques. D'autres, beaucoup d'autres, l'ont précédé en ces territoires, cette forme particulière de régionalisme étant même devenue, depuis le succès de Stephen King, un poncif du fantastique à l'anglo-saxonne. Gaiman, pourtant, s'en tire haut la main, s'appuyant plus que jamais sur cet humanisme, ou plutôt cette humanité, dans laquelle il a toujours su tremper sa plume. Ses personnages ont en partage cette qualité rare, subtile et indéfinissable, qui transcende l'encre et le papier pour toucher le lecteur directement au cœur. Même lorsqu'il revisite — avec beaucoup de finesse, d'ailleurs — des archétypes fantastiques aussi usés que le dieu oublié marchant parmi les mortels ou la morte-vivante transie d'amour, Gaiman parvient, souvent en à peine quelques paragraphes, à produire de la vie, de la réalité. Sans doute cette impression provient-elle également — paradoxe intéressant — de cette distance bienveillante et doucement ironique dont il pétrit sa narration. Un humour à l'anglaise, qui opère un décalage contrôlé — et diablement efficace — avec les thèmes, les personnages et les décors de son roman&amp;nbsp;: l'Amérique, les Américains, leur histoire et leurs légendes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les lecteurs qui connaissent et apprécient le travail de Gaiman en bande dessinée retrouveront dans &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt;, plus encore que dans ses précédents romans, tout ce qui fait le charme de sa magistrale série &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt;. Il puise en effet de nouveau très largement à ce vivier inépuisable que sont la religion, la mythologie et le folklore. Force est d'ailleurs de constater que depuis &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt;, il a beaucoup progressé dans la maîtrise de ce périlleux exercice. Là où la bande dessinée renvoyait parfois l'image d'une mosaïque quelque peu anarchique, &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt;, qui troque le royaume onirique de Morpheus contre une Amérique peuplée de divinités oubliées, séduit par l'exploitation beaucoup plus raisonnée de ces personnages mythologiques. Sans doute est-ce parce qu'il a aujourd'hui bien plus de métier qu'à l'époque où il écrivait les scénarios de &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt;, mais on peut également penser que la bande dessinée lui a permis de raffiner son approche syncrétique du folklore mondial.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un sens aigu du dialogue, une attention particulière portée au quotidien de ses personnages, à ces petits détails qui le rendent si vivant, une maîtrise rare de l'enchevêtrement harmonieux du naturel, du surnaturel et du merveilleux, un humour tout en finesse et en nuances, marquent la maturité d'un auteur dont on ne peut qu'espérer qu'il porte encore en lui plusieurs romans du calibre de ce très enthousiasmant &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/johan-scipion/&quot;&gt;John Scipion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-27&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;27&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-coraline.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Coraline&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-coraline.jpg &quot; /&gt;Coraline&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Coraline vient d'emménager dans sa nouvelle maison avec ses parents. Elle part à la découverte de son nouveau monde et rencontre ses étranges voisins — deux anciennes actrices de théâtre et un vieux monsieur éleveur de rats — qui ne cessent de l'appeler Caroline. Elle explore les moindres recoins, mais son sujet d'étude favori, celui qui monopolise bientôt toute son attention, est une porte condamnée dans son salon. Et surtout ce qu'il y a derrière…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Derrière, elle découvre un appartement presque identique au sien. Et dans lequel vivent ses parents. Enfin, ses autres parents…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C'est par le biais du livre pour enfants que nous revient Neil Gaiman. Vu son talent à susciter notre émerveillement (souvenez-vous de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/neverwhere&quot;&gt;&lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;), cela n'a rien de surprenant. Il nous livre ici une version sombre d'Alice au pays des merveilles, livre auquel se réfère du reste la quatrième de couverture. Il est vrai que les ressemblances sont frappantes : une jeune protagoniste guidée par un chat qui découvre un monde qu'elle ne soupçonnait pas et passe de l'autre côté du miroir. Mais l'embêtant, c'est que ce nouveau monde serait presque plus sympathique que le sien : dans sa réalité, ses parents, très occupés, n'ont pas de temps à lui consacrer. Tout le monde se trompe dans son prénom, et les couleurs sont maussades. Dans l'autre appartement, les teintes les plus joyeuses sont de mise, ses voisins — décalcomanies de ceux du vrai monde — prononcent correctement « Coraline », et ses parents se mettent en quatre pour elle. Bref, s'il n'y avait les yeux de ces doubles, des yeux en forme de boutons noirs, elle serait très contente…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Neil Gaiman laisse finement de côté tout manichéisme, préférant jeter son héroïne — et son lecteur avec elle — dans le flou. Bien sûr, on n'est pas dupe longtemps, mais ce sentiment de marcher sur la corde raide fait beaucoup pour le plaisir du lecteur. Lequel se souvient en outre des longues journées passées à découvrir son environnement et à s'inventer des aventures extravagantes, de telle sorte qu'il n'a aucun mal à s'identifier au personnage de Coraline, même s'il n'a pas son âge. Enfin, au moment où l'on apprend que le prochain Harry Potter fera sans doute plus de sept cents pages, Neil Gaiman a le bon goût de nous livrer un court roman (cent cinquante pages écrit gros) qui se suffit à lui-même et qu'on viendra souvent relire, aussi bien en famille que seul.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bruno-para/&quot;&gt;Bruno Para&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-30&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;30&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-panique.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Pas de panique !&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-panique.jpg &quot; /&gt;Pas de panique&amp;nbsp;!&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Même s'il ne désirait pas n'être que l'auteur du &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Guide galactique&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;, Douglas Adams aura été étiqueté comme tel, car disparu trop tôt pour avoir le temps de développer des œuvres aussi puissantes et remarquables que sa célèbre trilogie en cinq volumes. Il est vrai que celle-ci a été développée sur tant de supports, souvent assez succès mais aussi avec des échecs retentissants, qu'elle ne pouvait qu'éclipser ses autres écrits. Le détective Dirk Gently, après deux enquêtes saugrenues, était prometteur, mais sa carrière s'acheva en plein milieu du troisième opus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce livre n'est pas une biographie de Douglas Adams (on se reportera pour cela au livre qui lui fait pendant, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/fonds-de-tiroir&quot;&gt;&lt;strong&gt;Fonds de tiroir&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, où, en vingt pages, Nicholas Wroe en dit plus sur le personnage que Gaiman sur 350 pages) mais l'histoire de la carrière mondiale du &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Guide Galactique&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, depuis les débuts artisanaux à la radio jusqu'aux éditions dans de nombreuses langues en passant par les adaptations télévisuelles, cinématographiques, CD-Rom et autres. On y voit un Adams soucieux de préserver l'unité de son univers, cherchant à intervenir à tous les niveaux, allant jusqu'à apprendre l'informatique (et perdre beaucoup de temps dans les jeux) pour adapter le jeu vidéo du &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Guide&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour mieux coller à l'esprit de l'œuvre, Neil Gaiman s'efforce d'adopter, quand le discours s'y prête, le même humour loufoque, ce qui permet de ne pas trop s'endormir dans les passages ennuyeux d'embrouilles de studios et de réunions de collaborateurs émaillant les péripéties de cette aventure galactique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet ouvrage est avant tout destiné aux fans de la série, même si la genèse de l'œuvre ne manque pas de piquant. Adams savait perdre son temps : il s'adonnait à ses distractions et sa gadgétomanie avant de devoir travailler dans l'urgence, parfois enfermé dans un hôtel sous la surveillance d'un éditeur jusqu'à ce qu'il livre la mouture finale du projet en cours. On en retire l'impression d'un homme qui, pour pouvoir paresser, était sans cesse sous pression, un paradoxe qui convient parfaitement à l'auteur du &lt;em&gt;&lt;strong&gt;Guide galactique&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; !&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-35&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;35&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-anansiboys.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Anansi Boys&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-anansiboys.jpg &quot; /&gt;Anansi Boys&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Du haut de ses 46 piges et en une poignée de bouquins (cinq romans «&amp;nbsp;adultes&amp;nbsp;» dont une coécriture avec Pratchett, sans oublier un recueil de nouvelles, auxquels on ajoutera l'excellent Coraline paru dans la non moins excellente collection jeunesse «&amp;nbsp;Wiz&amp;nbsp;» d'Albin Michel), Neil Gaiman, auteur de BD culte, s'est imposé en une petite dizaine d'années comme l'un des romanciers anglo-saxons les plus originaux, les plus novateurs, les plus trans-genres, bref, les plus doués, quelque part entre Christopher Moore et Clive Barker, c'est dire… Un statut en rien usurpé, pour peu qu'on se souvienne du remarquable roman de fantasy urbaine &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/neverwhere&quot;&gt;&lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ou encore, plus récemment, d'&lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt; (tous les bouquins de Gaiman sont disponibles en poche chez J'ai Lu, et ils ont tous, ou peut s'en faut, été critiqués dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: à vous de chercher). Aussi, lorsqu'un nouveau Gaiman arrive chez notre dealer préféré, sommes-nous nombreux à nous ruer sur l'objet, quand bien même il est doté d'une couverture aussi repoussante que dans le cas présent, assurés qu'on est de passer un bon moment au cœur d'un univers dans lequel on se sent comme chez soi…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Gros Charlie travaille à Londres, un petit boulot peinard dans une agence qui gère la carrière et les actifs de quelques célébrités. Gros Charlie est un gars consciencieux, timide, foncièrement honnête. Gros Charlie va bientôt se marier à Rosie, dont la maman, madame Noah, est comme il se doit une vraie peau de vache. Gros Charlie a un papa. Et son papa est un dieu, Anansi, un dieu roublard et farceur, le propriétaire de toutes les histoires. Un dieu qui vient de mourir. Mais les dieux peuvent-ils mourir&amp;nbsp;? Enfin, Gros Charlie à un frère, et ça, Gros Charlie ne le savait pas. Un frère du genre encombrant, du genre à avoir hérité de tous les pouvoirs divins paternels, un type cool, une rock star en puissance, un mec à qui tout réussi parce qu'après tout, ben ouais, c'est un demi-dieu. Et quand un demi-dieu débarque dans votre vie bien pépère, forcément, ça fout le bordel…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Que ce soit clair, et contrairement à ce qu'on a pu lire çà et là, &lt;strong&gt;Anansi Boys&lt;/strong&gt; n'est pas la suite d'&lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt;. Il se passe probablement dans le même univers, ce monde où les dieux, faute de croyants, se sont incarnés pour vivre sous une humaine condition aux quatre coins de l'Amérique, mais la filiation s'arrête là — ici, point d'immersion dans une géographie fantasmée de l'Amérique et, en soi, mythologique, point de réflexion sur le statut du divin et l'opposition entre permanence et impermanence, point de personnages aux profondeurs abyssales et à l'âme sillonnée par les écorchures de la vie, aucun discours sur la modernité et ses errances. Autre évidence&amp;nbsp;: Gaiman s'est fait plaisir. Pas de doute possible, l'auteur est Anansi, le dieu tisseur d'histoires : drôle, malin, touchant, sûr de son talent. En immense professionnel de l'écriture, Gaiman livre un roman remarquablement goupillé de bout en bout, construit aux petits oignons, mêlant les lignes de narrations pour, telle la toile de l'araignée Anansi, ficeler le lecteur dans une intrigue mince mais efficace car portée par des personnages, comme toujours chez lui, d'une remarquable dimension humaine. On ne s'ennuie pas, non, on sourit même beaucoup (Pratchett n'est pas loin) et… on achève le livre. Voilà, oui, c'était bien. Et alors&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Anansi Boys&lt;/strong&gt; appartient à cette famille bizarre des livres trop bien faits. Non pas qu'on s'y ennuie, loin de là, mais il est sans aspérité aucune, d'un excellent niveau global mais dénué de scènes véritablement fortes, curieusement dépourvu de toute vibration. Bref, on se dit que oui, décidemment, ce Gaiman est vraiment fort, qu'&lt;strong&gt;Anansi&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Boys&lt;/strong&gt; est un pur livre plaisir (plaisir de l'auteur à l'avoir écrit, c'est flagrant, plaisir de lecture pour celui qu'y s'y plonge, c'est tout aussi évident), mais qu'on est loin de l'âpreté et de la dimension proprement mythologique d'&lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt;, de l'émerveillement teinté d'angoisse de &lt;strong&gt;Neverwhere&lt;/strong&gt;, ou de l'étrangeté douceâtre et inquiétante de &lt;strong&gt;Coraline&lt;/strong&gt;. Ainsi referme-t-on l'ouvrage à la fois curieusement satisfait par le «&amp;nbsp;système Gaiman&amp;nbsp;» et pour autant aucunement rassasié, dans l'attente d'un écrivain qui remettrait le couvert en nous proposant le vrai plat de résistance. Alors, maître Gaiman, la choucroute, c'est pour quand&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-girard/&quot;&gt;Olivier Girard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-43&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;43&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-fragiles.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Des choses fragiles&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-fragiles.jpg &quot; /&gt;L’Île au trésor&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Après l'indispensable &lt;strong&gt;Miroirs et fumée&lt;/strong&gt;, Neil Gaiman, que l'on ne présente plus, nous revient aujourd'hui avec un second recueil de nouvelles, poèmes et autres expérimentations diverses et variées, dont bon nombre de textes primés. Et l'auteur britannique, à n'en pas douter, a choisi pour son ouvrage à la fois dense et volumineux le meilleur des titres. Ce sont bien, en effet, «&amp;nbsp;des choses fragiles&amp;nbsp;» que ces trente-deux textes de taille variable, et bien souvent des «&amp;nbsp;merveilles&amp;nbsp;». Une succession d'instants précieux, de petites histoires enchâssées les unes dans les autres, de fragments plus ou moins hermétiques, de saynètes tantôt drôles, tantôt cauchemardesques, alternant gravité et légèreté, quelque part entre l'enfance de tous les possibles et les tristes réalités de l'âge adulte. Des petits bijoux, camées fourmillant de détails, gravés avec délicatesse et méticulosité. La confirmation, s'il en était besoin, de l'art de l'auteur, tout particulièrement pour ce qui est de la forme courte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Difficile, ceci étant, d'en dire beaucoup plus&amp;nbsp;: dans bien des cas, en dire quelques mots, c'est déjà en dire trop. Et détailler par le menu ce recueil confinerait à l'absurde…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faudra donc bien se contenter ici d'impressions, de survol, de souvenirs plus particulièrement saillants : évoquer par exemple la confrontation des univers de Lovecraft et de Conan Doyle dans «&amp;nbsp;Une étude en vert&amp;nbsp;», la nouvelle qui ouvre ce recueil (prix Hugo 2004).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ou mentionner parallèlement la novella (on préférera ce terme à celui de «&amp;nbsp;court roman&amp;nbsp;» employé un peu abusivement par la quatrième de couverture…) intitulée «&amp;nbsp;Le Monarque de la vallée&amp;nbsp;», qui clôt le volume et rappelle à notre bon souvenir Ombre, le héros du roman sur-primé &lt;strong&gt;American Gods&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; Ombre, ici amené à participer à d'étranges festivités au cœur de l'Ecosse la plus embrumée et la moins touristique, où il croisera les inquiétants et fascinants personnages que sont Smith et son employeur M. Alice, que l'on avait déjà suivis auparavant dans «&amp;nbsp;Souvenirs et trésors&amp;nbsp;», une nouvelle particulièrement glauque.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C'est qu'il y eut, entre temps, bien des «&amp;nbsp;nouvelles et merveilles&amp;nbsp;», expérimentations plus ou moins anecdotiques, poèmes épars et, surtout, petits bijoux de nouvelles. «&amp;nbsp;La Présidence d'Octobre&amp;nbsp;», par exemple (prix Locus 2003)&amp;nbsp;; ou «&amp;nbsp;Amères moutures&amp;nbsp;» et ses filles-café&amp;nbsp;; ou «&amp;nbsp;Les Bons garçons méritent des récompenses&amp;nbsp;» et son merveilleux souvenir d'enfance&amp;nbsp;; ou encore «&amp;nbsp;L'Oiseau-soleil&amp;nbsp;», avec ses fins gourmets en quête du plus précieux des repas… Mais on pourrait en citer bien d'autres&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La Vérité sur le cas du départ de Mlle Finch&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Comment parler aux filles pendant les fêtes&amp;nbsp;»…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y eut aussi, régulièrement, des univers accaparés et/ou revisités (dont, dans un sens, celui de Matrix avec «&amp;nbsp;Goliath&amp;nbsp;»), des histoires et archétypes renouvelés, de Boucles d'or à Arlequin. Un texte de jeunesse au titre à coucher dehors, également («&amp;nbsp;Les Épouses interdites des esclaves sans visage dans le manoir secret de la nuit du désir redoutable&amp;nbsp;»). Et nombre de bizarreries souvent savoureuses, et en tout cas largement rétives à la classification comme au commentaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien des choses, tout ce qui, en somme, fait de Neil Gaiman un des meilleurs auteurs du genre, a fortiori en tant que nouvelliste. Ce n'est sûrement pas un hasard si le volume est dédié à Ray Bradbury, Harlan Ellison et Robert Sheckley, «&amp;nbsp;grands maîtres de l'art&amp;nbsp;». Et le fait est qu'il se montre ici à son meilleur, particulièrement convaincant quand il se livre au travail de précision. &lt;strong&gt;Des choses fragiles&lt;/strong&gt; le confirme, s'il en était encore besoin après &lt;strong&gt;Miroirs et fumée&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Neil Gaiman est bel et bien un des meilleurs nouvellistes de sa génération.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bertrand-bonnet/&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-55&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;55&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-cthulhu.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Moi, Cthulhu&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-cthulhu.jpg &quot; /&gt;Moi, Cthulhu&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Plus proche de nous, Neil Gaiman, grand amateur du corpus lovecraftien, auquel il a souvent rendu hommage (comme nous le rappelle Patrick Marcel dans son introduction), nous propose un «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Moi, Cthulhu &lt;/em&gt;&amp;nbsp;» plus drôle que le texticule de Clarke, malin (il faut une sacrée culture lovecraftienne pour tout comprendre), et par conséquent nettement plus convaincant. L’introduction suscitée, une lettre de Neil Gaiman et un gros appareil de notes complètent ce «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Moi, Cthulhu&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qu’on recommandera aux fans de Gaiman, à ceux de Lovecraft et aussi aux joueurs de &lt;em&gt;L’Appel de Chtulhu&lt;/em&gt; — ce qui fait du monde…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour commander ces livres, &lt;a href=&quot;http://www.clef-argent.org&quot;&gt;une seule adresse&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; on paye par PayPal, c’est simple, sûr et pratique.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-69&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;69&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;gaiman-gdl-ocean.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;L’Océan au bout du chemin&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/gaiman-gdl-ocean.jpg &quot; /&gt;L’Océan au bout du chemin&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Alors qu’il revient dans la ville qui l’a connu enfant, un homme se souvient de ce qu’il y vécut à l’âge de sept ans…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ses parents louent une chambre à un vendeur de passage&amp;nbsp;; celui-ci, un homme inquiétant qui écrase le chat du garçon, vole un jour une voiture. Lorsque le véhicule est signalé stationnant sur une route de campagne, le narrateur s’y rend avec son père pour y découvrir que le voleur s’est suicidé dans le véhicule. Le garçon est alors emmené loin des lieux par une de ses voisines, une fille à peine plus âgée prénommée Lettie, qui le ramène chez elle. Il y fait la rencontre de sa mère et sa grand-mère, qui semblent connaître la nature des événements sans y avoir assisté. Elles parlent également de la mare derrière leur ferme, qui serait un océan vers un autre monde… Au contact de Lettie, le garçonnet découvre progressivement l’existence non seulement d’une certaine forme de magie, mais aussi de menaces bien réelles… qui semblent s’incarner dans la personne d’Ursula Monkton, la nouvelle locataire de la chambre de sa maison.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Neil Gaiman a confié avoir écrit ce livre pour sa compagne, la chanteuse Amanda Palmer&amp;nbsp;; en partie autobiographique (l’anecdote sur le suicide est issue de ses souvenirs), &lt;strong&gt;L’Océan au bord du chemin&lt;/strong&gt; était censé être une novella avant que Gaiman ne se rende compte qu’il venait d’écrire un roman… Un livre qui aurait bien pu obtenir le prix Hugo si son auteur ne l’avait pas déclaré inéligible — pour laisser leur chance aux autres, et parce qu’il s’agit plus de &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; que de science-fiction (ce qui l’a pas empêché d’obtenir le prix Locus et d’être élu Book of the Year au Royaume-Uni).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Premier livre pour adultes de Gaiman depuis près de dix ans, &lt;strong&gt;L’Océan…&lt;/strong&gt; démarre très fort avec la noirceur des premières pages (la mort du chat, le suicide), puis la scène chez la famille Hempstock, où les trois générations de femme évoquent bien sûr des divinités mythologiques, manières de Parques déformées. Et la légende qui fait d’une simple mare un océan menant vers un autre monde est splendidement suggérée, attisant la curiosité du lecteur. Sauf que très vite, le livre retrouve l’habillage habituel des romans jeunesse de l’écrivain&amp;nbsp;: des protagonistes enfants confrontés à des menaces incarnées par des êtres proches, et auxquelles ils vont s’opposer par la force de leurs convictions enfantines, qui céderont par là même la place à des considérations plus adultes. Et le roman, qui s’annonçait comme un renouveau dans l’œuvre de l’auteur, de basculer peu à peu dans la redite de ses livres précédents, notamment &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/coraline&quot;&gt;&lt;strong&gt;Coraline&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. Certes, Gaiman reviendra &lt;em&gt;in extremis&lt;/em&gt; vers des rivages adultes, puisque le roman est un grand flash-back sur ces événements formateurs, mais il sera passé avant cela par un certain nombre de figures imposées qu’on croirait sorties de ses œuvres antérieures. Ce n’est pas désagréable, bien sûr — Gaiman a un vrai talent pour nous faire ressentir les émotions contradictoires vécues par ses protagonistes, et son imagination est toujours aussi débordante —, mais on ne peut s’empêcher de penser que le romancier est tout doucement en train de se mettre à radoter, voire à s’auto-parodier, ce qui est d’autant plus dommage pour un livre qu’il nous «&amp;nbsp;vend&amp;nbsp;» comme des plus personnels. Signé par un autre, &lt;strong&gt;L’Océan au bout du chemin&lt;/strong&gt; aurait fait office de très bonne surprise. Sauf qu’on est en droit d’attendre plus surprenant, plus innovant, de la part de quelqu’un du calibre de Neil Gaiman.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/bruno-para/&quot;&gt;Bruno Para&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-77&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;77&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>L comme La nuit je suis Buffy Summers</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/11/L-comme-La-nuit-je-suis-Buffy-Summers" rel="alternate" type="text/html" title="L comme La nuit je suis Buffy Summers" />
      <id>urn:md5:2fc3a76ea02d02db701a61fdbb58f5b8</id>
      <published>2016-04-11T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-04-11T16:26:42+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-l-une.jpg&quot; /&gt;Si vous pensez être une tueuse de vampires isolée dans une chambre d'un asile psychiatrique, rendez-vous au paragraphe 1. Sinon, rendez-vous au 2… Avec &lt;strong&gt;La nuit je suis Buffy Summers&lt;/strong&gt; de Chloé Delaume, l'on continue à s'intéresser aux livres dont vous êtes le héros sous un versant plus expérimental et intertextuel.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La nuit, je suis Buffy Summers, Chloé Delaume. È®e Editions, 2007. 59 §, 120 pages, poche.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Votre serviteur est totalement passé à côté de &lt;em&gt;Buffy contre les vampires&lt;/em&gt; lors de la diffusion de la série à la fin des années 90. Sûrement qu’à cette époque, il préférait encore jouer à des livres dont vous êtes le héros plutôt que de regarder des trucs vampiriques pour ados à la télé. Un livre dont vous êtes le héros consacré (pour part) à Buffy Summers permet de (ré)concilier les deux&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La nuit je suis Buffy Summers&lt;/strong&gt; de Chloé Delaume.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-l-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-l-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nuit, je suis Buffy Summers&lt;/strong&gt; se base sur un épisode en particulier de la série&amp;nbsp;: &lt;em&gt;A la d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;érive&lt;/em&gt;, dix-septième épisode de la saison 6. Blessée par un démon, Buffy se met bientôt à avoir des hallucinations dans lesquelles elle est enfermée dans un asile psychiatrique et où sa mère, censément décédée, s’avère en vie. Les médecins tentent de soigner la jeune femme depuis six ans, en vain jusqu’à présent – mais un espoir demeure, si Buffy accepte d’oublier ce rêve où elle tueuse de vampires. Cauchemar ou réalité&amp;nbsp;? La conclusion de l’épisode laisse pencher du côté de la seconde option, ce qui amène à reconsidérer la série sous un tout autre jour&amp;nbsp;: l’ensemble des 144 épisodes ne serait que le produit de l’imagination d’une jeune fille dérangée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-l-episode.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-l-episode.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Vous êtes parfaitement amnésique. Vous êtes une jeune femme et c’est tout. (…) Vous vous appelez comme vous voulez&amp;nbsp;; l’apparence est à votre guise à l’instar de qui vous serez. C’est à vous de remplir la béance intérieure.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nuit, je suis Buffy Summers&lt;/strong&gt; nous propulse donc en plein cœur d’un asile psychiatrique. Le joueur est la résidente de la chambre 56. La première tâche à accomplir&amp;nbsp;: sortir de la chambre. Mais on peut tout aussi bien choisir d’y rester.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’on sort (car on peut choisir de ne pas sortir, auquel cas l’aventure tournera court), plusieurs choix sont offerts&amp;nbsp;: tenter de sortir de l’HP, ou bien explorer, glâner des renseignements… Il s’avère vite que l’infirmière en chef est à la tête d’un trafic d’organes humains, que des fanatiques de Nietzsche, l’Ordre des Néantisateurs, ont l’intention de conquérir le monde. Mais la nature du personnage incarné par le lecteur-joueur devient bientôt un enjeu&amp;nbsp;: est-on Buffy la Tueuse&amp;nbsp;? Est-on sa réincanation&amp;nbsp;? Ou autre chose encore&amp;nbsp;? Au §13, la fiction prend conscience de sa propre nature et, au travers d’un bref historique de la série &lt;em&gt;Buffy&lt;/em&gt;, du matériel sur laquelle elle se fonde.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;&lt;strong&gt;La nuit je suis Buffy Summers&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: à toute action sa conséquence, ses avancées labyrinthiques, ses paragraphes numérotés. Une autofiction collective, caillouteuse est l’interaction, le crayon y est imposé et les jets de dés hasardeux.&lt;br /&gt;Si vous n’acceptez pas le pact de lecture, passez votre chemin. Assumez crânement votre penchant pour la passivité, ne tentez aucune expérience. Vous risquez de mourir, d’être parfois blessée et d’abhorrer les bleus collectés dans la chute. Peut-être même que le twist vous colle des tours de rein.»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/02/C-comme-Le-Chant-des-oublies&quot;&gt;Dans un précédent billet&lt;/a&gt;, on avait vu que les LDVELH pouvaient prendre d’autres formes que les traditionnels titres de la collection «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;». &lt;strong&gt;Le Chant des oubli&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;és&lt;/strong&gt; de FibreTigre constituait un très élégant pastiche des DF tendance spatiale&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;La nuit, je suis Buffy Summers&lt;/strong&gt; opte pour une approche différente, plus psychanalytique, le labyrinthe des pages étant à l’image de l’esprit du personnage qu’incarne le joueur – sans renoncer pour autant aux caractéristiques des LDVELH. Le joueur est ainsi doté de points, dont il gère l’attribution entre «&amp;nbsp;habitation corporelle&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;santé mentale&amp;nbsp;» (forcément), ainsi que d’une liste d’objets, susceptible de s’accroître avec le temps. Rien de tout cela n’est certes indispensable pour terminer le jeu, qui ne s’embarasse guère d’un système de paragraphes dédalesques&amp;nbsp;: du §1, on peut aller au §3, au §4, au §5 ou au §6&amp;nbsp;; les ultimes paragraphes sont les § finaux. L’amateur de «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;» restera sur sa faim, d’autant que, avec 59 §, l’histoire se joue et se termine assez rapidement – il est conseillé d’y rejouer, pour explorer les recoins du livre et y découvrir quelques surprises.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Nous sommes dans un hôpital psychiatrique d’un genre un peu particulier, ici. (…) Ce n’est pas un établissement classique, il est exclusivement réservé aux personnages de fiction. De séries télé, de films, de romans aussi. (…) On a été écrit comme ça, on ne cherche pas à nous soigner.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Réalité et fictions s’entremêlent. Des fragments d’un journal censément intimes sont dispersés au fil des paragraphes et, le livre s’affirmant autofiction, on peut supposer que l’auteure a mis d’elle-même dans l’histoire – mais votre serviteur, qui n’a lu de Chloé Delaume que le présent livre, ne s’aventurera guère sur ce sujet. Outre &lt;strong&gt;Buffy contre les vampires&lt;/strong&gt;, le livre-jeu fait donc intervenir des personnages issus d’autres continuums fictifs, tangents&amp;nbsp;: l’infirmière Mildred Ratchett sort tout droit de &lt;strong&gt;Vol au-dessus d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’un nid de coucous&lt;/strong&gt;, et au détour d’un paragraphe, la Dame à la bûche de &lt;em&gt;Twin Peaks&lt;/em&gt; pointe le bout de son nez (et de sa bûche). On cite aussi bien &lt;em&gt;Soleil vert&lt;/em&gt; (le film) que Nietzsche et son &lt;strong&gt;Ainsi parlait Zarathoustra&lt;/strong&gt;. Et, parfois, l’époque de rédaction de ce LDVELH fait irruption, lorsqu’au §29, le personnage nommé X se demande si les Néantisateurs ont voté Bayrou&amp;nbsp;; chose à quoi réplique Le Petit Robert, dictionnaire soudainement doté de parole, qui rappelle qu’on ne se situe pas dans la France de 2007. Jolie collision d’influences et de références.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Je suis peut-être Buffy Summers, mais je ne sais pas ce que ça veut dire. J’ai une mission, c’est vraie. Mais je ne suis pas Clark Kent, Bruce Wayne ou Nick Fury. J’ai une chemise de nuit et un journal intime. J’ai une croix en argent, l’esprit dans l’escalier. Je suis mon seul secours.&lt;br /&gt;Je suis Buffy Summers. C’est écrit, semble-t-il, quelque part noir sur blanc &amp;nbsp;: ci-vit Buffy Summers. C’est bien ce que je lis. Si j’ai vraiment des yeux.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Qu’on apprécie &lt;em&gt;Buffy contre les vampires&lt;/em&gt; ou non, &lt;strong&gt;La nuit je suis Buffy Summers&lt;/strong&gt; est une jolie curiosité, qui nécessite au préalable d’accepter un pacte de lecture différant des LDVELH classiques, mais qui apporte une intéressante variation sur le thème.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: désormais&lt;br /&gt;Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Dune en musique : Illustrations</title>
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      <published>2016-04-08T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-11-25T23:55:18+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>Musique(s)</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Et l'on continue à tendre une oreille curieuse sur les nombreuses déclinaisons de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; en musique. Dans ce nouveau billet, cette exploration musicale d'Arrakis se fait au travers des bandes originales, qu'il s'agisse de celles de adaptations (télé)filmiques ou vidéoludiques, du groupe Toto jusqu'aux compositions de Frank Klepacki en passant par l'étonnant 8-bits de Stéphane Picq…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si la fin des années 70 a vu plusieurs groupes appartenant à l’avant-garde electro, ainsi qu’au metal, s’intéresser à &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/30/Dune-en-musique-Inspirations&quot;&gt;cf. le précédent billet&lt;/a&gt;), la décennie 80 se distingue par la sortie du film de David Lynch et la décennie 90 par celle de nombreux jeux vidéo inspirés tant du long-métrage décrié que du roman lui-même. Il sera donc ici question uniquement de leurs bandes originales. Un médium particulier, avec ses propres contraintes d’illustration musicale, conçu en premier lieu pour s’écouter en même tant que l’œuvre visuelle – qu’il s’agisse de film, téléfilm ou jeu vidéo – mais aussi par lui-même (sans quoi, les disques de BO n’existeraient tout simplement pas).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Illustrations&lt;/h3&gt;

&lt;h4&gt;Musiques pour petit et grand écrans&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-toto-ost.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-toto-ost.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Dune Soundtrack, Toto (Polydor, 1984). 17 morceaux, 37 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/28/J-comme-Jodorowsky-s-Dune&quot;&gt;Comme on le sait&lt;/a&gt;, le projet d’adaptation de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; par Alejandro Jodorowski en 1975-76 a tristement échoué. Le cinéaste avait fait appel à Pink Floyd et Magma (Virgin Records lui avait proposé Mike Oldfied ou Tangerine Dream (ou bien Klaus Schulze&amp;nbsp;?)) pour se charger de la bande originale, et c’est immensément regrettable que peu de choses en ait résulté – Schulze a sorti un album titré &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; (1978), et c’est bien tout.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Assez curieusement, c’est à Toto, le groupe responsable des scies que sont «&amp;nbsp;Africa&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Hold the line&amp;nbsp;», que David Lynch a fait appel pour la bande originale de son &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;. Adieu l’avant-garde pop, bienvenue rock mainstream. Toto avait atteint le faît de sa gloire avec leur album &lt;em&gt;Toto IV &lt;/em&gt;(1982) mais ne s’était jamais illustré dans le domaine des BO.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, la bande originale commence bien&amp;nbsp;: après un céleste «&amp;nbsp;Prologue&amp;nbsp;» narré par la Princesse Irulan suit «&amp;nbsp;Main Title&amp;nbsp;», avec un thème principal à la fois héroïque (pompeux&amp;nbsp;? oui, aussi), évocateur, science-fictif. Un thème qui donne l’impression que l’on va voir quelque chose d’épique&amp;nbsp;! Soyons fou, on pense même au Maurice Jarre de &lt;em&gt;Lawrence d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Arabie&lt;/em&gt;. Mais… les choses se gâtent dès «&amp;nbsp;Robot Fight&amp;nbsp;», ses sonorités de vieil indus. Le problème de cette BO réside là&amp;nbsp;: bon nombre de morceaux ont affreusement vieillis. Pour un «&amp;nbsp;Leto’s Theme» encore écoutable, on récolte «&amp;nbsp;The Floating Man (The Baron)&amp;nbsp;», courte pièce pastichant Bach ou Philipp Glass, aux affreux synthés eighties. Idem pour «&amp;nbsp;Dune (Desert Theme&amp;nbsp;»), dont les claviers se vautrent dans les pires clichés de la décennie 80.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, pour sa première et unique expérience de bande originale, Toto a composé une partition réussie par endroits mais entachée par quelques morceaux que le temps n’a pas épargnés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/videoseries?list=PL3ww1i4eVAAKrImVNYhdqymIaM2iuD-WB&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Par bonheur, cette &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=MCiRR3X7rjM&quot;&gt;suite symphonique&lt;/a&gt; jouée par Toto avec l’orchestre symphonique de Vienne propose l’essentiel de la BO, sans les morceaux les plus datés.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que un morceau de la BO n’est pas signé Toto. Il s’agit du superbe et aérien «&amp;nbsp;Prophecy Theme&amp;nbsp;», que l’on doit à nul autre que Brian Eno, accompagné de Daniel Lanois et Roger. Si l’auteur de ces lignes faisait preuve de la mauvaise foi la plus crasse, il affirmerait qu’il s’agit du plus beau morceau de cette bande originale. Une légende veut que Brian Eno ait en réalité composé toute une bande originale pour le film de Lynch, mais que, à l’exception de «&amp;nbsp;Prophecy’s Theme&amp;nbsp;», rien n’en aurait été conservé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/m4SwFhfNh1w?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il existe une version étendue de la bande originale de Toto, publiée par le label PEG et comportant une douzaine de morceaux absents sur la première édition de la BO (retirant au passage la contribution d’Eno).&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;spk&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-revell-ost.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-revell-ost.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5&quot;&gt;Dune, Graeme Revell (Brain, 2000). 26 morceaux.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Le téléfilm &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; (2000), diffusé sur SciFi Channel en décembre 2000, n’est pas resté dans les mémoires. À tout le moins peut-on en dire qu’il était très fidèle au roman, sa durée (trois parties d’une heure et demi) permettant de restituer l’essentiel du roman de Frank Herbert. Pour le reste… acteurs transparents, décors peu inspirés, manque flagrant de budget pour les rares scènes épiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sa BO est signée par Graeme Revell. Avant d’être un prolifique compositeur de bandes originales de films (près de quatre-vingt-dix, avec du bon comme du moins) et de séries, Revell a fait partie de SPK, un groupe australien actif dans les années 80. SPK (acronyme dont la signification change suivant les albums&amp;nbsp;: System Planning Korporation ou encore SePpuKu) a débuté avec un indus agressif (&lt;em&gt;Information Overload Unit&lt;/em&gt;, 1981), puis a muté au fil des albums jusqu’à atteindre une forme de synthpop rigide (&lt;em&gt;Digitalis Ambigua: Gold and Poison&lt;/em&gt;, 1988) avant sa séparation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour à &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;… Le «&amp;nbsp;Main Theme&amp;nbsp;» sonne affreusement classique&amp;nbsp;: d’amples nappes de violons, des percussions étouffées qui virent tribales, une mélodie cuivrée qui gagne en force (un point d’exclamation à la cloche pile quand il le faut &amp;nbsp;: 1’22&quot;) avant d’être reprise par les cordes. Comparée au «&amp;nbsp;Main Title&amp;nbsp;» de Toto, c’est plat. L’ensemble est à cette aune&amp;nbsp;: aussitôt écoutée, aussitôt oubliée. Pas de thèmes mémorables, des effets déjà entendus cent fois&amp;nbsp;: des chœurs éthérés, des violons lancinants, une petite flûte désolée… Une bande originale hélas bien trop générique, malgré quelques bons moments. Ainsi, «&amp;nbsp;Paul’s Vision&amp;nbsp;» s’avère un morceau assez réussi, tout comme les sonorités quasi indus présentes sur «&amp;nbsp;Baron Harkonnen Dies». En revanche, «&amp;nbsp;Conquering the Worm&amp;nbsp;» semble loucher un peu trop du côté de la partition de Hans Zimmer pour &lt;em&gt;Gladiator&lt;/em&gt;, sorti quelques mois plus tôt (en particulier le morceau «&amp;nbsp;The Might of Rome&amp;nbsp;»). Notons aussi la petite référence à la BO de Toto dans l’ultime morceau, «&amp;nbsp;Paul Chooses: Finale&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/videoseries?list=PL3ww1i4eVAAIynFoASJR_pGAOSQhZyboF&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-tyler-children.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-tyler-children.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Children of Dune, Brian Tyler (Varèse Sarabande, 2003). 36 morceaux, 77 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Non&amp;nbsp;: ceci n’est &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; le générique de &lt;em&gt;P&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ékin Express&lt;/em&gt;, mais la bande originale des &lt;em&gt;Enfants de Dune&lt;/em&gt;… reprise ensuite dans l’émission télévisée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/0iBS9BemtDk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les Enfants de Dune&lt;/em&gt; , mini-séries en trois parties diffusée sur SciFi Channel, est la suite du téléfilm précédent, adaptant &lt;strong&gt;Le Messie de Dune&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Enfants de Dune&lt;/strong&gt;, et se distingue surtout par la prestation d’un jeune James McAvoy, convaincant en Leto II, futur Empereur-Dieu. Sa bande originale est signée par Brian Tyler, un autre compositeur des plus prolifiques – on lui doit notamment les BO de bon nombre de grosses productions hollywoodiennes des dernières années (les &lt;em&gt;Fast &amp;amp; Furious&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Expendables&lt;/em&gt;, quelques &lt;em&gt;Marvels&lt;/em&gt;…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dès l’énergique «&amp;nbsp;Summon the Worms&amp;nbsp;», qui introduit la bande originale, la partition s’avère plus prenante que celle de Graeme Revell. Enfin, voilà de l’épique et du mémorable&amp;nbsp;! Ce qui n’empêche pas quelques légères fautes de goût, comme «&amp;nbsp;Inama Nushif&amp;nbsp;», sonnant comme du Adiemus. La BO assume volontiers ses influences ethniques, avec l’emploi régulier de clarinettes et de guitares orientalisantes. C’est fort joli et ça change des nappes de cordes parfois un peu trop lisses, mais c’est un brin trop évident&amp;nbsp;: Arrakis = désert = Arabie = musique orientalisante. On se situe sur une planète située dans un futur distant d’au minimum une douzaine de milliers d’années&amp;nbsp;! Un peu d’imagination, que diable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La bande originale des &lt;em&gt;Enfants de Dune&lt;/em&gt; se distingue surtout par son thème principal, grâce notamment à cette virgule de cordes spiralantes (disons), que l’on retrouve sur «&amp;nbsp;Summon the worms&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;The Jihad&amp;nbsp;», parmi les meilleurs moments de la BO. Notons aussi quelques moments où l’influence orientale se mâtine de guitares électriques, comme sur le très bon «&amp;nbsp;My Skin is Not My Own&amp;nbsp;». Le reste demeure assez générique – à peine moins que le travail de Revell –, sous influence Hans Zimmer période &lt;em&gt;Gladiator&lt;/em&gt;. En somme, une BO à réserver aux fans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/dZdj5NJj-Bk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;Vidéoludisme&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le domaine du jeu vidéo, &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; a donné naissance à cinq œuvres. Parfois indirectement, certains jeux se basant non sur le roman de Frank Herbert mais sur le film ou le téléfilm.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-dune1992.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-dune1992.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier de ces jeux vidéo, titré &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, développé par le studio Cryo Interactive, est paru en 1992, et se montrait relativement fidèle à la trame du roman. Sa bande originale est co-signée Philippe Ulrich, co-fondateur du studio, et Stéphane Picq, compositeur spécialisé dans les jeux vidéo, ayant œuvré lors d’une petite décennie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Amateurs de 8-bits, cette BO sera (ou bien l’est déjà) un pur régal pour vos oreilles&amp;nbsp;! Picq a su transcender les restrictions imposées par la carte-son AdLib pour composer des musiques riches, aux tonalités organiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/FjHon6yg-r8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il existe plusieurs versions de cette BO&amp;nbsp;: la version PC et la version Mega-CD se ressemblent fort&amp;nbsp;; l’ordre des morceaux varie, leur durée et les tonalités aussi (question de support vraisemblablement). Avec &lt;em&gt;Dune: Spice Opera&lt;/em&gt;, on a là affaire à un véritable album, recréant la musique du jeu avec de véritables synthés&amp;nbsp;; on pense par moments à du Kraftwerk, lorsque les vocodeurs s’en mêlent sur les introductifs «&amp;nbsp;Spice Opera&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Emotion Control&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Ecolove&amp;nbsp;», avec ses saxophones remontant à la décennie passée, convainc moins. On retiendra la très orientale «&amp;nbsp;Free Men&amp;nbsp;». Dans l’ensemble, on se plaît à retrouver les mélodies du jeu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/IF_0W1cYPYo?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour voir la bande originale en contexte, c’est &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=2_B4WPnf-AY&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt; (avec plus de quatre heures de gameplay).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De manière générale, les BO composées par Stéphane Picq valent bien qu’on leur tende l’oreille.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-dune2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-dune2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Développé par Westwood Studios (responsables entre autres de la série &lt;em&gt;Command &amp;amp; Conquer&lt;/em&gt;), &lt;em&gt;Dune II&lt;/em&gt; est sorti en 1992, mais ne consiste nullement en la suite du jeu Cryo. Là où le premier est un jeu d’aventure, le deuxième est un jeu de stratégie en temps réel, considéré comme révolutionnaire en la matière – sans ce jeu, pas de &lt;em&gt;WarCraft&lt;/em&gt; ou d’&lt;em&gt;Age of Empires&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La bande-son de &lt;em&gt;Dune II&lt;/em&gt; est composée par Franck Klepacki. Compositeur prolifique sur le terrain vidéoludique, Klepacki a débuté chez Westwood avec&lt;em&gt;DragonStrike&lt;/em&gt; en 1991 – le musicien avait alors 17 ans – et a collaboré ensuite à plusieurs licenses (&lt;em&gt;Command &amp;amp; Conquer&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Lands of Lore&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour cette BO, les sonorités restent encore très synthétiques… Peu de mélodies dans cette bande originale mais plutôt des ambiances. L’ensemble fleure bon le 8-bits aussi, mais avec un charme moindre que le travail de Stéphane Picq.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/2WKBjmJCBHw?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-dune2000.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-dune2000.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sorti, comme son nom ne l’indique pas, en 1998, &lt;em&gt;Dune 2000&lt;/em&gt; ne constitue pas une suite à &lt;em&gt;Dune II&lt;/em&gt; mais plutôt un remake. Les graphismes sont améliorés, tout comme la musique, à nouveau confiée à Franck Klepacki. En six ans, les moyens techniques ont bien évolué, et le joueur peut bénéficier d’une musique aux sonorités tout autres, essentiellement orchestrales.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une bande originale toujours synthétique, car composée sur ordinateur ( &lt;a href=&quot;http://https/www.facebook.com/notes/frank-klepacki/the-gear-i-used-to-compose-westwood-studios-games/10153478025859603/&quot;&gt; sur sa page Facebook, Klepacki détaille le matériel utilisé pour ses BO &lt;/a&gt; ), mais qui se permet plus d’ambition – celà, dès l’introductive et énergique «&amp;nbsp;Harkonnen Battle&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette nouvelle BO s’amuse à revisiter tant celle de &lt;em&gt;Dune 2&lt;/em&gt; que, par endroit, le film de David Lynch. Ainsi, la piste &lt;a href=&quot;https://youtu.be/sNPUOoQoukk?t=46m11s&quot;&gt;«&amp;nbsp;Robotix&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; fait clairement un clin d’œil à &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MQlb6CEfVB4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Robot Fight&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; avec ces mêmes sonorités industrielles reconnaissables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une BO appréciée de son auteur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;I suppose &lt;em&gt;Dune 2000 &lt;/em&gt;was a great deal of fun for me because it gave me the opportunity to do justice to my old adlib card score for &lt;em&gt;Dune 2&lt;/em&gt;!&amp;nbsp;» (&lt;a href=&quot;http://www.westwoodi.net/read.php?Articles/Frank_Klepacki_Interview&quot;&gt;source&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/sNPUOoQoukk?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-2-emperor.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-2-emperor.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le jeu &lt;em&gt;Emperor: Battle for Dune&lt;/em&gt; (2001), développé à nouveau par Westwood Studios, constitue la suite de Dune 2000, et en poursuit l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La bande-son du jeu ne propose pas moins de trois heures de musique. La bonne idée est d’avoir attribué à chacune des Maisons qu’il est possible de jouer un compositeur, afin de leur octroyer une identité propre. Une reproduction du souhait de Jodorowski d’attribuer un groupe pour chacune des planètes — Magma pour Giedi Prime&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Déjà à l’œuvre sur &lt;em&gt;Dune II&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Dune 2000&lt;/em&gt;, Frank Klepacki s’occupe de la Maison Atréides, pour une partition épique, sûrement un brin lourdingue quand on l’écoute hors d’un contexte vidéoludique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;David Arkenstone a mis en musique la Maison Harkonnen. Des sonorités plus électriques, parfois teintées d’Orient (par exemple «&amp;nbsp;The Machine&amp;nbsp;»). De grosses guitares avec des arrangements électroniques. Efficace pour sûr. Compositeur prolifique, Arkenstone a sorti une quarantaine d’albums en solo, pour bonne part inspirés par Tolkien et le monde celtique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, Jarrid Mendelsohn signe la partition de la Maison Ordos – et, outre sa participation à la BO de &lt;em&gt;Command &amp;amp; Conquer: Soleil de Tiberium&lt;/em&gt;, semble n’avoir rien signé d’autre, ce qui fait de lui le moins prolifique des trois compositeurs à l’œuvre sur cette BO). Maison inventée pour les besoins du jeu &lt;em&gt;Dune 2000&lt;/em&gt;, Ordos se distingue par leur capacité à créer des gholas – à la manière du Bene Tleilax. De manière somme toute logique, la musique tend plus volontiers vers l’electro. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça a assez mal vieilli… Qui sait, avec un peu de chance, et de la même manière que pour le 8-bits, il naîtra dans quelques années un &lt;em&gt;revival&lt;/em&gt; de l’electro des années 2000, qui redonnera gloire à ces sonorités datées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/HJgdp4uhSbs?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2001, le studio Cryo a également renoué avec l’univers dunesque, en publiant le jeu &lt;em&gt;Frank Herbert&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Dune&lt;/em&gt;. À l’instar du jeu&lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; de 1992, il s’agit à nouveau d’une adaptation&amp;nbsp;: celle du téléfilm diffusé l’année d’avant, et il semblerait que la musique soit la même ( &lt;a href=&quot;http://www.gamekult.com/jeux/test-frank-herberts-dune-SU3010000509t.html#pc&quot;&gt;selon Gamekult du moins&lt;/a&gt;). Cryo avait prévu de sortir un jeu intitulé &lt;em&gt;Dune Generations&lt;/em&gt;, mais a fait faillite peu avant, et l’aventure vidéoludique de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; s’est arrêtée là.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre&amp;nbsp;: Inspiration II&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>K comme Kung Fury</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/04/06/K-comme-Kung-Fury" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kung Fury" />
      <id>urn:md5:6a100ab149f70bb5e455f4eaa5993e7d</id>
      <published>2016-04-06T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-04-06T11:22:45+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-k-une.jpg&quot; /&gt;Où l'Abécédaire fait un saut dans le temps, direction les années 80, et s'intéresse avec un retard inqualifiable au moyen-métrage &lt;strong&gt;Kung Fury&lt;/strong&gt; du suédois David Sandberg, hilarante parodie d'un certain genre de films de cette décennie.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kung Fury, David Sandberg, 2015. 31 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Et un jour, les années 80 sont redevenues cool. (D’une certaine manière, faut pas déconner.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce qui, avouons-le, n’était pas gagné.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les Fifties ont leur charme désuet de riant après-Guerre, les Sixties ont ce doux cachet psychédélique, les Seventies itou, sans omettre les ruptures punks et new wave. Et puis sont arrivées les Eighties, avec la new wave et la synthpop, et aussi le libéralisme à tout crin, les affreuses permanentes et les non moins hideuses coupes mulet, l’essor de la VHS et de l’informatique domestique, les gros &lt;em&gt;actioners&lt;/em&gt; made in USA, l’apogée de Stallone et Chuck Norris. Cela, pour poser très grossièrement le contexte. Aujourd’hui, les années 80 commencent à appartenir à un passé suffisamment lointain (mais pas trop) pour qu’on puisse les reconsidérer, au-delà des vidéo-clips vieillots et des coupes de douilles que le bon goût réprouve, et les réinventer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-k-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-k-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fin 2013, certains d’entre vous ont pu voir passer l’annonce d’un projet de crowdfunding pour un film au pitch délicieusement crétin&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Kung Fury&lt;/em&gt; ou comment, en 1985, un flic adepte du kung-fu retourne dans le temps pour tuer Hitler. La bande-annonce, signée par le Suédois David Sandberg, était suffisamment prometteuse pour que la campagne remplisse, et même dépasse largement ses objectifs (630 000 $ récoltés sur les 200 000 réclamés). Aurait-elle atteint le million de dollars qu’un véritable long-métrage en aurait résulté. Mais bon, ne finassons pas&amp;nbsp;: le présent moyen-métrage s’avère déjà assez réjouissant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/72RqpItxd8M?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Kung Fury: I'm a cop… from the future. I was sent back in time to kill Hitler, but I… I accidentally went back too far in time, and ended up in this place.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Au long de sa demi-heure, &lt;em&gt;Kung Fury&lt;/em&gt; accumule les références et les clins d’œil, tandis que l’on suit l’histoire de ce flic de Miami investi par le pouvoir du kung-fu après la mort tragique de son coéquipier, à la recherche d’un moyen de retourner dans l’Allemagne nazie afin de tuer Hitler avant que le dictateur ne déboule en 1985 pour tenter de devenir le Kung Führer. Mais comment se rendre dans le passé&amp;nbsp;? En hackant le temps, bien sûr, grâce à Hackerman, un geek capable de hacker absolument n’importe quoi. Pas de chance, une fausse manip’ et le super-flic atterrit à l’ère viking… (Et ça n’est que le début.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=bS5P_LAqiVg&quot;&gt;Pour voir le film en entier, c’est par là.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-k-title.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-k-title.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des nazis&amp;nbsp;? Check. Des arts martiaux&amp;nbsp;? Check. Des bombasses vikings&amp;nbsp;? Double-check. Des dinosaures&amp;nbsp;? Oh yeah. David Hasselhoff&amp;nbsp;? OH YEAH. Les pires clichés des années 80 réunis, concassés, parodiés dans une seule et même oeuvre&amp;nbsp;? Oh fuckin’ yeah.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vous avez saisi l’idée. Au fil de ses trente et une minutes, &lt;em&gt;Kung Fury&lt;/em&gt; offre un concentré d’action (over the top et gentiment gore) et d’humour (aux premier, second et ixième degrés) pour un résultat jouissif, riche en punchlines («&amp;nbsp;Knock-knock. – Who’s there? – Knuckles.&amp;nbsp;»). Surtout si on a passé une partie de sa jeunesse ou de son enfance (comme votre serviteur) dans cette fameuse décennie 80. Le moyen-métrage se permet à peu près tout&amp;nbsp;: des giclées de sang numérique, des séquences inspirées par les jeux d’arcade, une scène entièrement dans un dessin animé au style d’époque. Citer tous les bons moments reviendrait en fait à raconter le film de bout en bout.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Hacker Man: I was able to triangulate the cell phone signal and trace the caller. His name is Adolf Hitler.&lt;br /&gt;Kung Fury: Hitler. He's the worst criminal of all time.&lt;br /&gt;Hacker Man: Do you know him, sir?&lt;br /&gt;Kung Fury: I guess you could say that. In the 1940s, Hitler was a kung-fu champion. He was so good at kung-fu, that he decided to change his name to &lt;em&gt;Kung Führer&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-k-ost.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-k-ost.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Côté musical, David Sandberg a fait appel à Mitch Murder, musicien suédois spécialisé dans la synthwave. Si la BO du moyen-métrage (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Sw9uicEGjGw&quot;&gt;en écoute par ici&lt;/a&gt;) contient plusieurs interventions d’autres musiciens, l’album &lt;em&gt;Kung Fury [The Lost Tapes]&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;https://mitchmurder.bandcamp.com/album/kung-fury-lost-tapes&quot;&gt;en écoute par là&lt;/a&gt;) est signé du seul Mitch Murder, et consiste essentiellement en outtakes. Un résultat sympathique, mais dont tout le sel provient surtout de la chanson du générique de fin, chantée par David Hasselhoff. L’inoubliable interprète de « Hooked on a feeling&amp;nbsp;» a prouvé une nouvelle fois qu’il n’était pas dépourvu d’auto-dérision et qu’il assumait parfaitement son statut d’ancienne gloire des Eighties. (Voilà qui achève de rendre sympathique le Hoff, capable d’une bonne dose d’auto-parodie.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ZTidn2dBYbY?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Naturellement, &lt;em&gt;Kung Fury&lt;/em&gt; s’est vu également décliné au format vidéoludique, avec &lt;em&gt;Kung Fury: Street Rage&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: un jeu de combat où notre héroïque policier tape sur des nazis, des bornes d’arcade bersekers, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/8AKmRbJFJLM?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certes, &lt;em&gt;Kung Fury&lt;/em&gt; n’invente rien&amp;nbsp;: ce genre de parodie remonte au moins jusqu’au projet &lt;em&gt;Grindhouse&lt;/em&gt; (2007) de Robert Rodriguez et Quentin Tarantino, qui s’amuse à pasticher les conventions de genres hyper datés, ou encore à reproduire l’aspect usé de la pellicule (le film fût-il tourné en numérique). On retiendra en particulier les fausses bandes-annonces – l’une d’elle ayant abouti au film &lt;em&gt;Machete&lt;/em&gt;, du même Rodriguez. Sans oublier &lt;em&gt;Iron Sky&lt;/em&gt; du Finnois Timo Vuorensola, mettant en scène (surprise) des nazis, voire, plus récemment, le pataud &lt;em&gt;Pixels&lt;/em&gt; de Chris Colombus (lui aussi originellement une fausse bande-annonce). Soyons fous, on peut même remonter jusqu’au &lt;em&gt;Discovery&lt;/em&gt; (200) des Daft Punk, album-concept où le duo rend hommage à ses influences musico-cinématographiques, jusqu’à faire appel à Leiji Matsumoto, le père d’Albator, pour assurer la réalisation de la mise en images du disque&amp;nbsp;: le film &lt;em&gt;Interstella 5555&lt;/em&gt; (mais on se situe là du côté de l’hommage, pas vraiment de la parodie). Sans oublier le jeu&lt;em&gt;FarCry 3: Blood Dragon&lt;/em&gt;, un FPS parodiant les actioners de sci-fi des 80s (avec des putain de dragons crachant des lasers). Bref, si &lt;em&gt;Kung Fury &lt;/em&gt;n’invente pas grand-chose, ce moyen-métrage propose un réjouissant melting-pot d’influences, qu’il tord et parodie avec un bonheur irrésistible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reste à savoir comment David Sandberg envisagera la suite des choses. Transformer l’essai sur la durée d’un long-métrage&amp;nbsp;? Offrir une suite du même format &amp;nbsp;? Essayer autre chose&amp;nbsp;? Si l’on regarde du côté des illustres prédécesseurs, les résultats sont mitigés&amp;nbsp;: si &lt;em&gt;Planète Terreur&lt;/em&gt; a rencontré un succès mérité, &lt;em&gt;Machete&lt;/em&gt; et (surtout) &lt;em&gt;Machete Kills&lt;/em&gt; n’ont pas vraiment rencontré leur public (dommage). Quant à &lt;em&gt;Iron Sky&lt;/em&gt;, ce qui était formidable sur la durée d’une vraie-fausse bande-annonce se révélait poussif au format long&amp;nbsp;; on verra ce que donnera la suite, intitulée &lt;em&gt;Iron Sky: The Coming Race&lt;/em&gt;… A suivre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nope&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: nope&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Dune en musique : Inspirations I</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/30/Dune-en-musique-Inspirations" rel="alternate" type="text/html" title="Dune en musique : Inspirations I" />
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      <published>2016-03-30T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2018-03-02T00:35:07+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Musique(s)</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-1-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;La récente sortie du documentaire &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/28/J-comme-Jodorowsky-s-Dune&quot;&gt;Jodorowski's Dune&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; est l'occasion de s'intéresser aux adaptations du roman-culte de Frank Herbert… sur le plan musical. Si les groupes&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/01/10/Rencontre-avec-Pink-Floyd&quot;&gt; Pink Floyd&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/01/21/En-direct-de-Kobaia-rencontre-avec-Christian-Vander&quot;&gt;Magma&lt;/a&gt; étaient attachés au projet du cinéaste chilien, ce sont d'autres musiciens qui, à la fin de la décennie 70, ont proposé leur interprétation de l'épopée de Paul Atréides. De Klaus Schulze à Blind Guardian, voici un passage en revue des albums inspirés par &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;À quoi reconnaît-on l’influence d’une œuvre&amp;nbsp;? Si c’est au nombre d’adaptations qu’elle est capable de susciter, alors &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2011/07/14/Resume-du-cycle-de-Dune&quot;&gt;Dune&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Frank Herbert figure en bonne position.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman-culte s’il en est, &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; a suscité plusieurs adaptations. Les plus connues sont bien sûr les adaptations à l’écran – principalement le grand –, qu’elles aient abouti ou non. Il ne faudrait cependant pas omettre d’autres supports, comme les jeux vidéo ou… les disques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La sortie toute récente de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/28/J-comme-Jodorowsky-s-Dune&quot;&gt;Jodorowski’s Dune&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, consacré au projet échoué du scénariste/réalisateur/poète franco-chilien, vaut bien la peine qu’on tende les oreilles sur &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, quand le roman est mis en musique – qu’il s’agisse de bandes originales pour films, téléfilms ou jeux vidéo, ou bien de morceaux tirant leur inspiration dans l’Imperium de ce onzième millénaire après la fondation de la Guilde spatiale…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-cover2.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.musique-dune-1-cover2_s.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençons par passer en revue une première sélection d’albums, ayant plusieurs points communs. Le premier d’entre eux est naturellement d’avoir le roman de Frank Herbert comme source d’inspiration, le deuxième est d’être paru lors d’une même période, assez brève (entre 1977 et 1981) et comme dernier point commun d’appartenir à un même genre musical.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Inspirations I&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le projet d’adaptation d’Alejandro Jodorowsky a sûrement cristallisé les envies, car plusieurs disques partageant la même inspiration dunesque sont sortis à la fin des années 70.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-matthews-dune.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-1-matthews-dune.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5 id=&quot;matthews&quot;&gt;Dune, Dave Matthews (CTI Records, 1977). 8 morceaux, 36 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À ma connaissance, le tout premier est un certain Dave Matthews. Né en 1942, Matthews est un pianiste, qui a notamment travaillé avec James Brown en tant qu’arrangeur sur quelques albums dans les années 70. C’est aussi dans les années 70 que se concentre l’essentiel de son œuvre solo. Et &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, son troisième album, s’inspire pour moitié du roman-culte de Frank Herbert&amp;nbsp;: la face A lui est entièrement dédiée. On appréciera la pochette, dont la graphie du titre est… comment dire… à côté de la plaque (mais juste un peu).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face A débute avec «&amp;nbsp;Arrakis&amp;nbsp;», au thème chaleureux. Pas forcément évocateur du roman de Frank Herbert – mais on comprendra cela deux paragraphes plus loin. Des cordes aux tonalités lointainement orientales, quelques inévitables solos. À condition de ne pas être allergique à un jazz teinté de funk, ce disque commence plutôt bien. Mais avec «&amp;nbsp;Sandworms&amp;nbsp;», les choses se gâtent déjà un peu&amp;nbsp;: imaginez Paul Atréides se déhancher tandis qu’il attend de jeter ses harpons sur le premier ver des sables qui se pointe (tandis qu’un orchestre de Fremens joue derrière lui). C’est un peu l’impression que laisse ce deuxième morceau (mais cela s’explique). Des dégoulinures de saxophone et des cordes langoureuses forment «&amp;nbsp;Song of the Bene Gesserit&amp;nbsp;»… Mouais. Enfin, «&amp;nbsp;Muad’Dib&amp;nbsp;», sur ses presque sept minutes, renoue avec la qualité de «&amp;nbsp;Arrakis&amp;nbsp;» – mais on ne pourra guère s’empêcher de poser les traits de Richard «&amp;nbsp;Shaft&amp;nbsp;» Roundtree sur ceux de Paul Atréides.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face B de l’album abandonne Arrakis mais demeure dans les espaces intersidéraux, avec quelques reprises. Et ça commence mal, avec une reprise de «&amp;nbsp;Space Oddity&amp;nbsp;» de David Bowie. Dire qu’elle est nulle et de mauvais goût serait lui faire encore trop d’honneur. La reprise du thème de &lt;em&gt;Silent Running&lt;/em&gt; est elle aussi dépourvue d’intérêt, et la reprise so funky du «&amp;nbsp;Main Theme&amp;nbsp;» de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; pique aussi les oreilles – avant de gagner un semblant d’intérêt vers le milieu, quand la reprise s’éloigne de son modèle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; de Dave Mathews a connu quelque grosse avanie&amp;nbsp;: l’idée de nommer les morceaux de la face A d’après le roman de Herbert n’a pas plu à ce dernier. C’était moins là l’idée de Matthews que celle du producteur de l’album (un fan de l’écrivain&amp;nbsp;?). Quoiqu’il en soit, Herbert aurait engagé des poursuites et exigé que le disque soit retiré du catalogue de l’éditeur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/videoseries?list=PLE77102F7CF36FBEF&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-schulze-dune.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-1-schulze-dune.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Dune, Klaus Schulze (Brain, 1979). 2 morceaux, 56 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans son projet pharaonique d’adaptation de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, Alejandro Jodorowski avait approché Tangerine Dream et Mike Oldfied puis Pink Floyd et Magma pour en composer la bande originale. Le capotage légendaire du projet ne permet pas de savoir comment aurait pu sonner une telle BO – regrets éternels.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Celui qui à l’époque ne cachait pas non plus son admiration pour Frank Herbert est l’Allemand Klaus Schulze. Ancien membre de Tangerine Dream parti en solo dès 1970, il dédiait en 1978 au père de Paul Atréides un (excellent) morceau sur son dixième album, &lt;em&gt;X&lt;/em&gt;. Entraînant, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=krE5T57hFp4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Frank Herbert&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est l’un des sommets de &lt;em&gt;X&lt;/em&gt;. L’année suivante, Schulze sortait son onzième disque, &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; – sous une pochette illustrée (ironiquement&amp;nbsp;?) par une photo tirée du &lt;em&gt;Solaris&lt;/em&gt; de Tarkovski.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face A est intégralement occupée par «&amp;nbsp;Dune&amp;nbsp;», plage instrumentale longue d’une demi-heure. Après une introduction instables, ponctuée par des grincements synthétiques façon révision d’un vaisseau de la Guilde, nappes de synthétiseurs et cordes orientalisantes s’installent, se mêlent et s’entremêlent, pour un résultat hypnotique et somptueux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hypnotique, la face B l’est tout autant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Shadows of ignorance&amp;nbsp;» voit ressurgir les percussions, qui, avec une flûte virevoltante, entraînent les 25 minutes du morceau vers une irrésistible fuite en avant. Bientôt, la voix du chanteur Arthur Brown s’élève bientôt, déclamant puis un long poème de Schulze. Par moment, on pense au Kraftwerk des débuts. Si la très atmosphérique face A est des plus agréables à écouter, c’est cependant cette face B qui emporte l’adhésion.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Face to the future.&lt;br /&gt;
The past will cling and gather to us&lt;br /&gt;
Face the future, free from all&lt;br /&gt;
Look beyond where nothing gathers&lt;br /&gt;
Where no voices ever call.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans l’ensemble, un disque superbe et majestueux. &lt;em&gt;Klaus Schulze rules.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/INL1hzOjq4I?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;pinhas&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-pinhas-chronolyse.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-1-pinhas-chronolyse.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Chronolyse, Richard Pinhas (Brain, 1979). 9 morceaux, 53 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Cette même année 1978, c’est le musicien français Richard Pinhas, tête pensante du groupe Heldon, de s’intéresser à &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;. Quelques mots sur Heldon&amp;nbsp;: groupe pionnier tirant son nom de &lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;êve de fer&lt;/strong&gt; de Norman Spinrad, il conjugue l’electro mininaliste et le rock, sous les influences aussi diverses que Brian Eno et King Crimson (dont le guitariste Robert Fripp a justement collaboré avec Eno). En parallèle de Heldon, Pinhas se lance en solo dès 1977 avec &lt;em&gt;Rizosph&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ère&lt;/em&gt; – pas de surprise, le maître de thèse de Pinhas à la Sorbonne n’était autre que Gilles Deleuze – et récidive l’année suivante avec le présent &lt;em&gt;Chronolyse&lt;/em&gt;. Si le titre de l’album provient directement du &lt;strong&gt;Temps incertain&lt;/strong&gt; de Michel Jeury, afin d’éviter une référence trop évidente à &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;, les morceaux, au travers de leurs titres, rendent hommage à la création de Frank Herbert.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La face A contient sept «&amp;nbsp;Variations sur le thème de Bene Gesserit&amp;nbsp;». Des variations au sens propre&amp;nbsp;: il s’agit de sept fois la même mélodie, reproduite différemment dans sept différents morceaux – six vignette dépassant à peine les deux minutes, suivant d’une dernière plongée plus conséquente dans ces sonorités spiralantes, obsédantes. Suit «&amp;nbsp;Duncan Idaho&amp;nbsp;», dans la foulée des précédents, en plus dansant—le morceau évoque indéniablement le Kraftwerk de &lt;em&gt;The Man-Machine&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à la face B, elle ne contient qu’un unique morceau&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Paul Atréides&amp;nbsp;». Une jam longue de trente minutes, où le son des synthétiseurs Moog se mêle à celui des guitares. Hypnotique, entraînant&amp;nbsp;: comme si Magma empruntait une autoroute hyperspatiale. Mais les dix dernières minutes consistent en une conclusion un brin longuette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2432690131/size=large/bgcol=333333/linkcol=ffffff/artwork=none/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 210px;&quot;&gt;Chronolyse by Richard Pinhas&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-z-visionsofdune.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-1-z-visionsofdune.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Visions of Dune, Z (Sonopress, 1979). 14 morceaux, 54 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En 1979, Bernard Szajner, musicien français lui aussi, sort, sous le pseudonyme définitif de Z (parfois orthographié Zed), son premier album, titré &lt;em&gt;Visions of Dune&lt;/em&gt;. Sur les deux faces du LP se déploient des morceaux dont les titres proviennent tout droit du roman de Frank Herbert.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Visions&amp;nbsp;? La face A est titrée «&amp;nbsp;First Vision&amp;nbsp;», la face B, en toute logique, «&amp;nbsp;Second Vision&amp;nbsp;». Pas de longues plages instrumentales, ce sont là des morceaux &lt;em&gt;relativement&lt;/em&gt; courts (entre une et sept minutes). Douze morceaux au total (quinze sur la réédition, &lt;a href=&quot;http://bernardszajner.bandcamp.com/album/visions-of-dune-lp-cd&quot;&gt;en écoute sur Bandcamp&lt;/a&gt;) qui explorent Arrakis au prisme d’une musique électronique volontiers expérimentale, froide, lancinante, hypnotique. Parfois, on vire dans l’horreur pure, tel «&amp;nbsp;Duke&amp;nbsp;», où l’on imagine bien les derniers instants de Leto I&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un disque essentiellement instrumental, à l’exception de «&amp;nbsp;Ibad&amp;nbsp;», où la voix de Klaus Basquiz (ancien chanteur de Magma) passée au vocodeur s’exprime dans une langue gutturale (la langue des Fremen&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toute l’œuvre de Szajner se concentre en 1979 et 1986&amp;nbsp;: passé cette année-là (qui est, par coïncidence, celle du décès de Frank Herbert), le musicien cesse son activité. On lui doit, outre une dizaine de disques, l’invention de la harpe laser, cet instrument popularisé par Jean-Michel Jarre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe seamless=&quot;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1658671303/size=large/bgcol=333333/linkcol=4ec5ec/artwork=none/transparent=true/&quot; style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 210px;&quot;&gt;Visions of Dune LP/CD by Z aka Bernard Szajner&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-dun-eros.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-1-dun-eros.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Eros, Dün (auto-édité, 1981 [Soleil Zeuhl, 2012, pour la rééd.]). 4 morceaux, 36 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On évoquait Magma quelques lignes plus haut. Ce groupe hors-norme, chantant dans la langue de la fictive planète Kobaïa, est à l’origine du «&amp;nbsp;zeuhl&amp;nbsp;», courant musical mélangeant rock furieux, un peu de musique classique (Wagner ou Stravinsky, au choix), chants rappelant les chœurs d’opéra et jazz moderne – rappelons que Christian Vander, le batteur à la tête de Magma, est un fan inconditionnel du saxophoniste John Coltrane. Cela, sur le papier. Ce qui sort des enceintes ne correspond pas à la lettre à cette tentative de définition&amp;nbsp;; Vander, toujours lui, définit ainsi le zeuhl&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;une sorte de mémoire cosmique en relation avec l'univers, qui aurait mémorisé tous les sons existants dans les profondeurs de notre esprit. C'est lorsqu'on arrive à se dégager de toutes choses en musique que cette mémoire entre en activité pour correspondre avec l'univers tout entier.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et il faut croire que les navigateurs de la Guilde desservent aussi bien Arrakis que les alentours de Kobaïa. En 1981, le groupe Dün, émule du mouvement zeuhl, publie son seul et unique album, &lt;em&gt;Eros&lt;/em&gt;. La référence à Herbert est moins à chercher dans le nom de l’album que dans le nom du groupe ou les titres des morceaux&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;L’Épice&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Arrakis&amp;nbsp;» sur la face A. («&amp;nbsp;Bitonio&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Eros&amp;nbsp;» sur la face B.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’amateur de Magma se retrouvera ici en terrain connu. Mais, plus dépouillée, la musique de Dün demeure moins puissante, moins évocatrice que celle de son illustre aîné.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/KHgOdOI6e2o?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et le rock dans tout ça&amp;nbsp;? Les disques passés en revue jusqu’à présent font la part belle à la musique électronique. Lançons une hypothèse&amp;nbsp;: en cette deuxième moitié des années 70, la musique psychédélique passée à la moulinette du synthétiseur a le vent en poupe. D’un côté, il y a les vulgarisateurs (Isao Tomita, Japonais qui, dans la veine de Walter/Wendy Carlos, réinterprète au synthé des thèmes issus du répertoire classique&amp;nbsp;; Jean-Michel Jarre), de l’autre les têtes chercheuses, comme Klaus Schulze, Tangerine Dream, Heldon. Rock psyché, rock prog et krautrock tirent volontiers leur inspiration dans la SF. L’excitation provoquée par le projet d’Alejandro Jodorowski a probablement contribué à donner un nouveau coup de projecteur sur le roman de Herbert à la fin de la décennie 70.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-ironmaiden.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.musique-dune-1-ironmaiden_s.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-blindguardian.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.musique-dune-1-blindguardian_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; et le rock&amp;nbsp;? Il faut plutôt chercher du côté du metal, un peu plus tardivement. Un an avant la sortie du film &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, le groupe Iron Maiden sortait l’album &lt;em&gt;Piece of Mind&lt;/em&gt;, comprenant la chanson «&amp;nbsp;To Tame a Land&amp;nbsp;», dont les paroles sont une ode à Paul Atréides.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;He rules the sandworms and the Fremen&lt;br /&gt;
In a land amongst the stars&lt;br /&gt;
Of an age tomorrow.&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&lt;br /&gt;
He is destined to be a King&lt;br /&gt;
He rules over everything&lt;br /&gt;
On the land called planet Dune.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ogoqP_-0jto?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt; &lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1990, le groupe de metal allemand Blind Guardian sort son troisième album, &lt;em&gt;Tales from the Twilight World&lt;/em&gt;, album débutant par la chanson «&amp;nbsp;Traveler in Time&amp;nbsp;», nouvel hymne à la gloire du Kwisatz Haderach.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;The Fremen sing that&lt;br /&gt;
Their kingdom will come&lt;br /&gt;
And I'm the leading one&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&lt;br /&gt;
Battlefields on our crusade&lt;br /&gt;
Filled with Sardokaurs&lt;br /&gt;
Killing machines crying&lt;br /&gt;
In raising fear they're hiding&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/bS5kMMMI5XA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le hard rock et le metal&amp;nbsp;: des genres eux aussi inspirés par la SF et la fantasy. Rien d’étonnant à ce qu’ils prennent comme source d’inspiration un roman relevant des littératures de l’imaginaire, un aussi puissant et évocateur que &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;edit&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;musique-dune-1-benegesserit2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/musique-dune-1-benegesserit2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Postcards from Arrakis, Bene Gesserit (sans label, 1983). 8 morceaux, 28 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un oubli&amp;nbsp;: au début des années 80 s’est formé en Belgique un groupe, nommé Bene Gesserit, constitué (et ça ne s’invente pas) de B. Ghola (pseudonyme d’un certain Alain Neffe, à ne pas confondre avec le footballeur suisse Alain Nef) et de Benedict G. (son épouse, Nadine Bal). De manière fort ironique, leur premier album s’intitule &lt;em&gt;Best Of&lt;/em&gt;. Publié sur K7 en 1981 à une cinquantaine d’exemplaires, c’est aujourd’hui un objet fort recherché… du moins, par les amateurs. Pour la beauté du geste, le duo se présente comme un groupe suisse sur la pochette de &lt;em&gt;Best Of&lt;/em&gt;, fausse biographie à l’appui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Foin de kosmische Muzik, de zeuhl ou de jazz-rock avec Bene Gesserit&amp;nbsp;: le duo œuvre dans la new wave, tendance electro minimale. Il règne sur les deux faces de &lt;em&gt;Best Of&lt;/em&gt; un sentiment un brin claustrophobique. Du proto-The Cure, si l’on cherche une comparaison – mais en sacrément plus dérangé. Faisant honneur au nom du groupe, &lt;em&gt;Best Of&lt;/em&gt; comporte deux morceaux (le deuxième de chaque face) amenant l’auditeur du côté d’Arrakis&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Hymne au ver&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Erg Habbanya&amp;nbsp;». Le premier est un morceau où flotte une voix aérienne au-dessus d’une instrumentation quasi-bruitiste&amp;nbsp;; le second est tout en boîte à rythme obstinée, synthés détraqués et saxo lancinant…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux ans après cet improbable &lt;em&gt;Best Of&lt;/em&gt;, Bene Gesserit a sorti &lt;em&gt;Postcards from Arrakis&lt;/em&gt;. Même inquiétant climat musical, minimaliste, sans concession. On retiendra «&amp;nbsp;Moki-Toki Oka-Owa&amp;nbsp;», qui introduit la face B, et l’étrange reprise du «&amp;nbsp;Gloria&amp;nbsp;» de Van Halen, immortalisé par Patti Smith. Probablement n’est-ce pas exactement la planète Dune envisagé par Herbert, d’autant que l’argument science-fictif de Bene Gesserit, au-delà de sa référence au roman, est sûrement plus ténue que chez Klaus Schulze ou Richard Pinhas. Qu’importe, &lt;em&gt;Best Of&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Postcards from Arrakis&lt;/em&gt; n’en demeurent pas moins des curiosités dignes d’écoute, deux curiosités représentatives d’une autre forme d’electro très «&amp;nbsp;do it yourself&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/iY1M1X3fk6c&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la page Facebook du Bélial’, Joseph Vintimille Tariki Askaris &lt;a href=&quot;http://https/www.facebook.com/lebelial/posts/10153601975947877&quot;&gt;commentait&lt;/a&gt; le présent article, affirmant que, si &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; a bel et bien été une source d’inspiration commune à l’avant-garde electro ainsi qu’au metal, ce sont là deux approches différentes d’un même matériau. Restitution d’ambiances d’outre-espace d’un côté, glorification du héros de l’autre. (De là à qualifier de hors-sujet le fait de parler d’un genre comme de l’autre au sein d’un même billet, l’auteur de ces lignes proteste.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cité par notre aimable commentateur, le tout premier groupe à s’inspirer textuellement de l’œuvre-phare de Frank Herbert est Buffalo, groupe australien de proto-metal, actif durant les années 70 uniquement. Sur leur troisième album, &lt;em&gt;Only Want You For Your Body&lt;/em&gt; (1974), figure ainsi une chanson titrée «&amp;nbsp;Dune Messiah&amp;nbsp;», dont les paroles correspondent typiquement aux valeurs metalleuses évoquées par Joseph Vintimille Tariki Askaris – ici, sur un mode interrogatif, le texte questionnant le messie sur ses capacités:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Dune messiah, leading man&lt;br /&gt;
Can you get much higher, than any other can&lt;br /&gt;
Can you lead them to freedom&lt;br /&gt;
Can you tell what is right&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/cVYiDZ4gby8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre&amp;nbsp;: les bandes originales.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme Jodorowsky's Dune</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/28/J-comme-Jodorowsky-s-Dune" rel="alternate" type="text/html" title="J comme Jodorowsky's Dune" />
      <id>urn:md5:d18d37735cef1f5cde2360d046779e0c</id>
      <published>2016-03-28T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-03-29T10:57:10+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-j-une.jpg&quot; /&gt;S'il est bien un projet mythique, c'est l'adaptation de &lt;strong&gt;Dune&lt;/strong&gt; par le cinéaste franco-chilien Alejandro Jodorowski. Réunissant le gratin créatif de l'époque — Chris Foss, Moebius, Giger, Pink Floyd, Magma… —, le projet a échoué… d'une certaine manière. Fort heureusement, l'excellent documentaire &lt;strong&gt;Jodorowski's Dune&lt;/strong&gt; de Frank Pavich nous fait revivre cette épopée ayant (hélas) tourné court.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Jodorowsky’s Dune, Frank Pavich (2013). 90 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-j-poster2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-j-poster2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au sein de l’industrie cinématographique, il est des films fameux pour leur inexistence. Des projets que leur réalisateur n’a pas réussi à porter à terme pour &lt;em&gt;x&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;y&lt;/em&gt; raison. Deux d’entre eux ont même eu droit à leur propre documentaire, expliquant les raisons de cet échec. Le premier est &lt;em&gt;Lost in La Mancha&lt;/em&gt;, qui raconte comment le tournage de &lt;em&gt;The Man who killed Don Quixote&lt;/em&gt;, tentative de Terry Gilliam de porter à l’écran l’œuvre de Cervantès, a… tourné court de manière épiquement catastrophique. L’autre, après avoir tourné dans les festivals, arrive sur nos écrans&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Jodorowski’s Dune&lt;/em&gt;, ou comment le réalisateur de &lt;em&gt;El Topo&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;La Montagne sacrée&lt;/em&gt;, a échoué à concrétiser sa monstrueuse adaptation du roman culte de Frank Herbert.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/01cvnGEqYmA?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Je voulais faire un film qui donnerait aux gens qui prenaient du LSD à cette époque, les hallucinations liées à la drogue, mais sans halluciner. Je voulais fabriquer les effets du LSD. Ce film allait changer les perceptions du public. Mon ambition avec &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; était gigantesque. Je voulais créer un prophète.&amp;nbsp;» Alejandro Jodorowsky&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Au fil du documentaire interviennent la plupart des collaborateurs – des «&amp;nbsp;guerriers&amp;nbsp;», pour reprendre le terme de Jodorowsky – recrutés par le réalisateur pour la préparation de son film&amp;nbsp;: Dan O’Bannon, spécialiste en effets spéciaux&amp;nbsp;; les illustrateurs Chris Foss et H.R. Giger&amp;nbsp;; le producteur Michel Seydoux &amp;nbsp;; le musicien Christian Vander&amp;nbsp;; Brontis Jodorowsky, fils de… et Jodo en personne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-j-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-j-poster1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le documentaire aborde chronologiquement le projet&amp;nbsp;: les débuts iconoclastes de Jodo au Chili ; après la sortie française de &lt;em&gt;La Montagne sacrée&lt;/em&gt;, la rencontre avec Michel Seydoux, qui se propose de produire le prochain film de Jodorowsky, quel qu’il soit – et Jodo de balancer le titre &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; comme il aurait pu balancer autre chose, comme &lt;em&gt;Don Quichotte&lt;/em&gt;. Puis le recrutement des collaborateurs, une dream team rassemblant des jeunes talents prometteurs (O’Bannon, Foss, Moebius, Giger) et des gloires installées (la joyeuse troupe de Magma, Pink Floyd, approchant le faît avec &lt;em&gt;Dark Side of the Moon&lt;/em&gt;) ou has been encore dotée d’une aura sans pareille (Dali, Orson Welles). Puis le couperet&amp;nbsp;: les studios hollywoodiens refusant de produire un film qu’ils ne comprenaient pas, dont ils craignaient le réalisateur et sa folie artistique. Enfin, l’héritage de &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, à savoir toutes ces œuvres sorties postérieurement, qui portent la marque du projet, de manière plus ou moins évidente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-j-foss.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-j-foss_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la vision du documentaire, tout porte à croire que le film aurait été un chef-d’œuvre, ou à tout le moins, un film hors-norme. Pas forcément des plus fidèles au roman d’origine, comme le reconnaît Jodo, non sans humour&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;J'ai violé Frank Herbert. Mais avec amour.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Bon, ce serait sûrement se leurrer que de ne pas se dire que le film aurait &lt;em&gt;pu&lt;/em&gt; tout aussi bien être une grosse bouse, les limitations techniques de l’époque restreignant Jodo dans ses visions, des divergences artistiques naissant entre les membres de l’équipe, allez savoir…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais le feuilletage du story-board, dessiné par Moebius, laisse rêveur. L’un des points forts du documentaire de Frank Pavich est d’ailleurs d’animer ce story-board (on imagine sans peine qu’il y en a qui vendraient père et mère pour obtenir une copie de cet épais ouvrage, probablement imprimé à peu d’exemplaires).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-j-moebius1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-j-moebius1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le film a eu la gorge tranchée, il a été tué. Mais on peut entendre dans d'autres films&amp;nbsp;: &quot;Je suis &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;, je suis &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;.&quot;&amp;nbsp;» Brontis Jodorowsky&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Non seulement &lt;em&gt;Jodorowsky’s Dune&lt;/em&gt; s’avère d’un intérêt patrimonial, pour qui s’intéresse à l’histoire du cinéma – de SF ou non—, à l’artiste chilien, à l’œuvre de Frank Herbert, mais le documentaire s’avère également passionnant à suivre. Cela, grâce à sa narration, qui donne des allures d’épopée à cette aventure. Les différents intervenants – qu’il s’agisse de Jodo en personne, de ses collaborateurs de l’époque ou d’intervenants extérieurs, apportant un regard plus distancié sur le projet – nous la font vivre. (Et la voix étranglée de H.R. Giger est tout bonnement flippante.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a aussi la présence unique de Jodorowsky&amp;nbsp;: la passion sincère qui émane du bonhomme est communicative (et l’on comprend sans peine comment il a pu motiver ses collaborateurs, en dépit de son atroce accent lorsqu’il s’exprime en anglais). Quarante ans après, le réalisateur a laissé &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; derrière lui et s’exprime sans amertume à son sujet. D’une certaine manière, comme le documentaire l’indique, bon nombre de films ultérieurs portent, de manière plus ou moins évidente, l’empreinte de ce &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; avorté&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; (peut-être), &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt; (on réduit trop souvent le film à la seule réalisation de Ridley Scott, mais c’est omettre le travail de Dan O’Bannon, auteur du scénario)… ou des œuvres moins avouables comme &lt;em&gt;Flash Gordon&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Les Maîtres de l’univers&lt;/em&gt;. Sans oublier l’apport majeure à la BD qu’est le cycle de l’&lt;em&gt;Incal&lt;/em&gt; (dessiné par Moebius… mais je ne vous apprends rien).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Moebius, justement, grand absent du documentaire de Frank Pavich — le fait qu'il nous ait quitté en 2012 n'aide pas (mais Dan O'Bannon, décédé en 2009, est «&amp;nbsp;présent&amp;nbsp;» via des témoignages audio). Voici un extrait documentaire allemand &lt;em&gt;Moebius Redux&lt;/em&gt;, où le dessinateur s'exprime au sujet de &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/-fv4F8HasKA?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; de Jodorowsky existe donc… d’une certaine manière. Libre à nous de se l’imaginer – et l’idée que chacun s’en fait, dans sa petite salle de cinéma cérébrale, est probablement la meilleure qui soit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le monde réel, il y a donc eu depuis l’infâmeux &lt;em&gt;Dune&lt;/em&gt; de David Lynch (la réaction de Jodorowsky à ce sujet-là est tout bonnement réjouissante), une mini-série en trois épisodes (en 2000), pas terrible mais assez fidèle au matériau d’origine, et vers 2010-11, un nouveau projet d’adaptation, par le Français Pierre Morel, assez vite abandonné… Lorsqu’on voit la qualité des séries TV actuelles (&lt;em&gt;Games of Thrones&lt;/em&gt; étant l’exemple le plus flagrant), il laisse peu de doute qu’une adaptation pour le petit écran serait sûrement plus pertinente qu’un à destination des salles obscures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: non (le documentaire du moins)&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: sans le moindre doute&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La SF des pulps : une approche factuelle 3/3</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/25/La-SF-des-pulps-3" rel="alternate" type="text/html" title="La SF des pulps : une approche factuelle 3/3" />
      <id>urn:md5:8b7d10760775554ceee05128ea7135eb</id>
      <published>2016-03-25T12:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-03-25T12:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-une3.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-une3.jpg&quot; /&gt;Suite et fin de l'approche factuelle des pulps. La &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/21/La-SF-des-pulps-1&quot;&gt;première partie de l'étude&lt;/a&gt; cherchait à définir la nature du support,&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/23/La-SF-des-pulps-2&quot;&gt; la deuxième&lt;/a&gt; en brossait un historique ; dans cette dernière partie, Francis Valéry apporte quelques éléments de réflexion sur la SF en pulps et des précisions sur la périodicité des magazines…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On aura beau jeu de m’expliquer que parler de «&amp;nbsp;SF des pulps&amp;nbsp;» signifie que l’on parle, de manière symbolique, d’une science-fiction haute en action et en couleurs, bien construite, pleine d’émotion et d’images fascinantes, vive et rapide, répondant aux besoins de rêve et d’évasion du lecteur, etc. On fera peut-être même appel à une autre notion tout aussi symbolique et galvaudée&amp;nbsp;: le fameux «&amp;nbsp;Sense of Wonder&amp;nbsp;». La «&amp;nbsp;SF des pulps&amp;nbsp;» serait, peu ou prou, celle habitée par le «&amp;nbsp;Sense of Wonder&amp;nbsp;». Nous voilà bien renseignés&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela ne fera que poser différemment une question qui reste sans objet. La «&amp;nbsp;SF des pulps&amp;nbsp;», répétons-le, c’est la quasi-totalité de la SF des années 1910 à 1950. &lt;em&gt;Et ce n’est rien d’autre&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-nicholls.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-nicholls.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, je juge très dangereuse l’utilisation hors contexte de cette expression. Pendant longtemps, &lt;em&gt;The Science Fiction Encyclopedia&lt;/em&gt; de Peter Nicholls a été un de mes livres de chevets, à côté de l’&lt;em&gt;Encyclopédie&lt;/em&gt; de Versins et de &lt;em&gt;L’Histoire de la SF moderne &lt;/em&gt;de Sadoul. On a les admirations d’adolescence que l’on peut&amp;nbsp;! Pourtant, dans la notice générale consacrée aux pulps, on trouve dans le Nicholls une réflexion sur ce qu’est, pour les critiques et les historiens, la SF des plps, d’un point de vue symbolique. Dans ce court article qu’il signe lui-même, Nicholls affirme que si les pulp magazines ont disparu, l’état d’esprit de ce qui y était publié perdure. Après avoir rappelé que les critiques considèrent ce qui en relève comme &lt;em&gt;«&amp;nbsp;stylistically crude&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, il entre dans le détail et nous explique qu’il s’agit de&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Stories written, usually rapidly, for the least intellectual segment of the SF market, packed with adventure and with little emphasis on character which is usually stereotyped or ideas which are frugally and constantly recycled&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Vous avez bien lu&amp;nbsp;: les lecteurs d’Asimov, Van Vogt, Heinlein, Howard, Hubbard, Williamson, Sprague de Camp, Hamilton, Brackett, Anderson, Weinbaum, Schachner, Jones, Lovecraft, Russell et tant d’autres…, tous des écrivains idéalement représentatifs de ce fameux «&amp;nbsp;esprit des pulps&amp;nbsp;», constituent donc le «&amp;nbsp;segment le moins intellectuel du marché de la SF&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: la pitance de lecteurs qui se gavent d’histoires où les personnages sont «&amp;nbsp;stéréotypés&amp;nbsp;» et les idées «&amp;nbsp;recyclées en permanence&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais quel mépris&amp;nbsp;! Et quelle stupidité&amp;nbsp;! Quelle ignorance…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout cela est bien triste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je pense qu’il faut cesser une bonne fois pour toutes de considérer la «&amp;nbsp;SF des pulps&amp;nbsp;» comme un sous-genre de la SF, une sorte de produit d’entrée de gamme – et encore moins, dans une démarche renversant cette problématique qualitative, d’en faire un slogan marketing&amp;nbsp;! Encore une fois&amp;nbsp;: les mots ont un sens et ce qu’ils désignent s’inscrit dans un contexte historique. Ne faisons pas de la «&amp;nbsp;SF des pulps&amp;nbsp;» autre chose que ce qu’elle est, historiquement parlant. Parlons tout simplement de Science-Fiction. Contentons-nous de situer les œuvres dans leur contexte historique, si nous estimons qu’il est utile de le faire. Et arrêtons de nous gargariser d’étiquettes fantasmatiques comme s’il s’agissait de vendre de vulgaires produits de supermarché.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Annexe&lt;/h4&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il m’est arrivé de lire, sous des plumes mal informées, que les pulps étaient des publications mensuelles. C’est inexact. Il y a des pulps hebdomadaires, mensuels, bimestriels, trimestriels, annuels…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette notion de périodicité est parfois mise en avant dans le titre même des pulps – pour le moins, elle figure dans la page réservée au sommaire et aux mentions légales. Il m’a semblé intéressant de dresser un petit inventaire des expressions utilisées pour qualifier cette périodicité, en précisant ce dont il s’agit. Certaines formes ont des équivalents simples – donc des traductions pour le dire&amp;nbsp;; d’autres sont plus originales et certains qualificatifs fleurent bon le faux-ami&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Semiweekly,&lt;/em&gt; parfois orthographié &lt;em&gt;semi-weekly&lt;/em&gt;, indique deux parutions par semaine, par exemple le lundi et le jeudi. Les britanniques utilisent parfois l’expression &lt;em&gt;twice-weekly&lt;/em&gt;. À ma connaissance, le mot français bihebdomadaire, parfois orthographié bi-hebdomadaire, décrit en principe des périodiques paraissant deux fois par semaine (le mot est alors construit sur le même principe que bimensuel&amp;nbsp;: deux parutions par mois). Mais il est parfois utilisé, à tort si j’en crois le Larousse, pour décrire des périodiques paraissant toutes les deux semaines (le mot renvoyant alors à une construction de type bimestriel&amp;nbsp;: tous les deux mois).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Weekly&lt;/em&gt; signifie hebdomadaire&amp;nbsp;: une parution par semaine (tous les sept jours).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Biweekly&lt;/em&gt; , parfois (rarement) orthographié &lt;em&gt;Bi-weekly&lt;/em&gt;, n’a pas de traduction simple en français&amp;nbsp;: cela indique une parution une semaine sur deux, donc tous les quatorze jours. Un synonyme de &lt;em&gt;biweekly&lt;/em&gt; est &lt;em&gt;fortnightly&lt;/em&gt;. Le sens est identique. Certains (j’en suis) utilisent à l’occasion l’expression «&amp;nbsp;quatorzomadaire&amp;nbsp;» mais, tout comme «&amp;nbsp;Étasunien&amp;nbsp;», le mot, outre le fait qu’il soit assez inélégant, n’est pas vraiment reconnu. Curiosité&amp;nbsp;: au dix-neuvième siècle, le mot &lt;em&gt;biweekly&lt;/em&gt; a été parfois utilisé, en Grande-Bretagne, pour des publications paraissant deux fois par semaine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Semimonthly&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: cela indique deux parutions par mois, soit un bimensuel. À noter qu’un &lt;em&gt;biweekly &lt;/em&gt;ou &lt;em&gt;fortnightly&lt;/em&gt; paraît 26 fois par an (1 an = 52 semaines), alors qu’un &lt;em&gt;semimonthly&lt;/em&gt; paraît 24 fois par an (1 an = 12 mois). Ce n’est pas tout à fait la même chose.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Monthly&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: pas de souci, il s’agit d’un mensuel qui paraît donc une fois par mois (12 fois par an, mais dans la pratique nombre de mensuels paraissent seulement 11 fois par an car il est presque d’usage de faire paraître en été un numéro double, daté de deux mois consécutif, par exemple juillet/août). Et d’autres paraissent 13 fois par an (voir plus loin).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Bimonthly&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: le faux ami par excellence, il indique une parution tous les deux mois (six fois par an), donc en français un &lt;em&gt;bimestriel&lt;/em&gt; et non un &lt;em&gt;bimensuel&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-amazing-quaterly.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-amazing-quaterly.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quarterly&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: autre faux ami, il n’indique pas une parution tous les quatre mois, mais quatre parutions par an&amp;nbsp;; il s’agit donc simplement d’un trimestriel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certains magazines compliquent un peu les choses en annonçant une parution huit fois par an, donc deux numéros par trimestre. Dans la pratique, il y a des mois qui sautent officiellement. Enfin, il y a les supposés mensuels qui paraissent en réalité toutes les quatre semaines, donc treize fois par an, ce qui se traduit en général par la parution d’un numéro supplémentaire daté «&amp;nbsp;mid december&amp;nbsp;». Je crois me souvenir que ce fut longtemps le cas de &lt;em&gt;Analog&lt;/em&gt; et de Isaac &lt;em&gt;Asimov’s SF Magazine&lt;/em&gt; dont les années légales comptaient treize livraisons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et les pulps dans tout ça&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Eh bien, comme précisé en ouverture de cette annexe, ils ont existé dans à peu près toutes les périodicités, avec certes une très nette préférence pour la parution mensuelle – et parfois avec un supplément trimestriel et même un supplément annuel. Ainsi ont existé et à l’occasion cohabité &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; (mensuel), &lt;em&gt;Amazing Stories Quarterly&lt;/em&gt; (trimestriel) et &lt;em&gt;Amazing Stories Annual&lt;/em&gt; (annuel).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-amazing-annual.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-amazing-annual.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>I comme Il est difficile d'être un dieu</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/24/I-comme-Il-est-difficile-d-etre-un-dieu" rel="alternate" type="text/html" title="I comme Il est difficile d'être un dieu" />
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      <published>2016-03-24T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-24T14:16:46+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-i-une.jpg&quot; /&gt;Retour sur Arkanar… Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/09/D-comme-Un-Dieu-rebelle&quot;&gt;Un Dieu rebelle&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on s'intéresse à la deuxième adaptation, âpre au possible, du roman-culte des frères Strougatski, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/il-est-difficile-d-etre-un-dieu&quot;&gt;Il est difficile d'être un dieu&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, par le réalisateur russe Alekksie Guerman (qui a eu la mauvaise idée de décéder avant d'avoir fini son film)…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Il est difficile d’être un dieu [Трудно быть богом], Aleksei Guerman, 2013. 170 minutes, noir &amp;amp; blanc.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-i-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-i-cover_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques billets, on s’intéressait à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/09/D-comme-Un-Dieu-rebelle&quot;&gt;&lt;em&gt;Un Dieu rebelle&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (1989), première adaptation du classique des frères Strougatski, &lt;strong&gt;Il est difficile d’être un dieu&lt;/strong&gt;. Vingt-quatre ans plus tard, une seconde adaptation est sortie, cette fois due au cinéaste russe Aleksei Guerman. Drôle de film, dont la conception s’est étalée sur douze ans et dont le réalisateur n’a pas vu la fin, ayant eu le malheur de décéder en février 2013 – c ’est ainsi son fils qui a en terminé la production. Après avoir été présenté dans quelques festivals, &lt;em&gt;Il est difficile d’être un dieu&lt;/em&gt; est finalement sorti en salle en février 2015, avec une diffusion taillée pour le succès&amp;nbsp;: trois salles l’ont diffusé à Paris pendant une semaine et pas plus…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-d-roman.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Couverture de l'édition Denoël « Lunes d'Encre »&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-d-roman_s.jpg&quot; /&gt; &lt;em&gt;Il est difficile d’être un dieu&lt;/em&gt; raconte (?) l’histoire de Don Roumata, observateur terrien en mission sur une planète située dans une époque correspondant à notre Moyen-Âge européen. Une voix off nous précise que la capitale du royaume d’Arkanar a, pour ainsi dire, foiré sa Renaissance&amp;nbsp;; dans un élan rétrograde plein d’enthousiasme, les dirigeants se sont mis en tête d’occire tous les érudits. Impossible pour Roumata de demeurer inactif&amp;nbsp;: autant sauver ce qui peut l’être. Le voici à essayer de récupérer un lettré nommé Boudakh pour l’exfiltrer dans l’état voisin, tandis que ses collègues observateurs continuent de s’interroger sur la marche à suivre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec une durée de 2h50, &lt;em&gt;Il est difficile d’être un dieu&lt;/em&gt; est d’une longueur peu commune au cinéma (cela étant dit, plusieurs blockbusters récents frôlent ou dépassent les trois heures&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Interstellar&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Django&lt;/em&gt;…), mais on ne s'ennuie pas pour autant. Les images grouillent de détails, il se passe toujours quelque chose à l'écran&amp;nbsp;: la caméra est souvent en mouvement, lors de nombreux plans-séquences&amp;nbsp;; le cadre fourmille de personnages, à croire qu’Arkanar est une ville surpeuplée où la notion d’intimité n’a aucun sens&amp;nbsp;; le quatrième mur est par ailleurs souvent brisé&amp;nbsp;: regards face caméra, interpellations du spectateur par des personnages, à moins qu’ils ne s’adressent à un personnage hors-champ, on ne sait pas trop&amp;nbsp;; objets agités par des personnages hors-champ qui se baladent au tout premier plan. On imagine sans mal le temps requis pour la préparation du bordel visible à l’écran. Une foultitude de détails pour donner de l’épaisseur à un monde ancien, usé, sale…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http:blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-i-image02.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-i-image02.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-i-image02_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De fait, le film est crade, magnifié en cela par le noir et blanc – du moins, cela passe mieux en sépia qu’en couleurs. Tout est liquide&amp;nbsp;: la pluie, la boue, les sécrétions corporelles du genre morve, pisse ou vomi… Les personnages (tous dotés de trognes incroyables, à se demander où le réalisateur les a dénichés) passent leur temps à renifler, éructer, se moucher, voire se tartiner mutuellement de substances diverses – et, le reste du temps, ils se brutalisent les uns les autres. Au milieu de ce foutoir incroyable, Don Roumata déambule en pontifiant d'un air blasé, parfois amusé, parfois désespéré — et comment faire autrement&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http:blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-i-image01.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-i-image01.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-i-image01_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http:blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-i-image03.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-i-image03.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-i-image03_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Réflexion sur le pouvoir, l’ignorance (et le pouvoir de l’ignorance), le sens de l’histoire (ou du moins, l’éventualité d’un sens pour l’histoire), &lt;em&gt;Il est difficile d’être un dieu&lt;/em&gt; est un film de science-fiction de la même manière que le &lt;em&gt;Stalker&lt;/em&gt; d’Andrei Tarkovski en est un. Hormis le contexte, explicité par la voix off, rarement par les personnages, rien ne permet de déterminer qu’on se situe censément sur une autre planète. Pas de vaisseaux spatiaux, pas de pistolasers&amp;nbsp;: l’arsenal science-fictif demeure rangé au placard, soigneusement hors-cadre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http:blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-i-image04.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-i-image04.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-i-image04_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http:blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-i-image05.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-i-image05.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-i-image05_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette seconde adaptation du roman des Strougatski entretient un rapport étrange avec le film de Peter Fleischman, dont elle semble vouloir représenter par moments l’antithèse. Le film de Fleischmann se passe dans des décors arides et poussiéreux&amp;nbsp;; tout est boueux dans celui de Guerman. L’un assume (un peu) son aspect SF, l’autre se fiche des genres. Les regards face caméra sont nombreux dans les deux films&amp;nbsp;: chez Fleischmann, les observateurs sont observés&amp;nbsp;; chez Guerman, le spectateur fait peut-être partie de l’action… Si le film de Fleischmann est une illustration honnête (à défaut d’être pleinement convaincante) du roman des Strougatski, celui de Guerman tient davantage du geste artistique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http:blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-i-image06.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-i-image06.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-i-image06_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ne s’agit en rien d’un film facile, mais qui ne laisse cependant de fasciner. &lt;em&gt;Il est difficile d’être un dieu&lt;/em&gt; pêche cependant par sa longueur un brin excessive&amp;nbsp;: une demi-heure en moins lui aurait sûrement été bénéfique. Mais ne faisons pas les grincheux&amp;nbsp;: les longs-métrages de ce calibre ne sont pas légion, et l’amateur éclairé aurait tort de passer à côté de cette œuvre sans équivalents.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour la route, un &lt;em&gt;court&lt;/em&gt; extrait&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/F7rDpiiOIYA?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: ça dépend des sensibilités&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: à sa manière&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La SF des pulps : une approche factuelle 2/3</title>
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      <published>2016-03-23T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-23T17:16:15+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-une2.jpg&quot; /&gt;Après avoir défini ce qu'est, physiquement, un pulp magazine, dans la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/21/La-SF-des-pulps-1&quot;&gt;première partie de son étude&lt;/a&gt;, Francis Valéry nous brosse dans la deuxième partie un historique des pulps…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un peu d’Histoire, maintenant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-argosy1932.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.pulps-argosy1932_s.jpg&quot; /&gt; En 1882 est créé le magazine &lt;em&gt;The Golden Argosy&lt;/em&gt;. C’est un magazine généraliste au contenu varié, il publie un peu de fiction. En 1888, son titre est raccourci en &lt;em&gt;The Argosy&lt;/em&gt;. En 1896, son éditeur, Frank Munsey, décide de ne plus y publier que de la fiction, essentiellement des nouvelles. C’est un acte fondateur&amp;nbsp;: il crée ainsi le premier «&amp;nbsp;pulp magazine&amp;nbsp;». &lt;em&gt;The Argosy&lt;/em&gt; publie de nombreux textes de proto-SF d’auteurs comme George Griffith, Garrett P. Serviss, Francis Stevens. On y trouve d’ailleurs un des premiers futurs classiques du genre en formation&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Runaway Skyscraper&amp;nbsp;» (1919) de Murray Leinster. En 1905, Frank Munsey a également lancé &lt;em&gt;The All-Story&lt;/em&gt;, autre pulp magazine au sommaire duquel on trouve des textes de Ray Cummings (autre classique&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Girl in the Golden Atom&amp;nbsp;», 1919/20), Abraham Merritt et surtout Edgar Rice Burroughs (dès 1912).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-amazing-april26.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.pulps-amazing-april26_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le premier pulp magazine d’une certaine importance, spécialisé dans un type particulier de récits – ou dans ce qu’on pourrait appeler un genre littéraire, avec toutes les précautions d’usage quant à cette expression – est &lt;em&gt;Detective Story Monthly&lt;/em&gt;, lancé en 1915. Il est suivi en 1919 par &lt;em&gt;Western Story&lt;/em&gt; puis en 1921 par &lt;em&gt;Love Stories&lt;/em&gt;. Concernant ce que l’on appelle de nos jours les «&amp;nbsp;littératures de l’imaginaire&amp;nbsp;», expression stupide s’il en est, on considère que le premier pulp magazine spécialisé est &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, lancé en 1923 (cela reste discutable, mais nous réserverons cette discussion pour une autre occasion). Concernant la science-fiction, le premier pulp magazine de SF est supposé être &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, lancé par Hugo Gernsback début 1926.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-weirdtales-mars37.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.pulps-weirdtales-mars37_s.jpg&quot; /&gt; Je dis «&amp;nbsp;supposé&amp;nbsp;» car pour Hugo Gernsback, il ne fait aucun doute qu’&lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; n’est &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; un pulp destiné à un public populaire mais un magazine littéraire édité à l’intention d’un lectorat cultivé, en particulier sur le plan scientifique. Gernsback n’utilise pas le format standard des pulp magazines, mais un format bien plus grand&amp;nbsp;: environ 20,4 × 27,8 cm. Le papier est de meilleure qualité que celui des pulps – et de fait, les premiers &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; vieillissent plutôt bien, comparés par exemple aux &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt; des mêmes années. Par ailleurs, il fait procéder à un massicotage des trois tranches après la mise en place de la couverture&amp;nbsp;: on obtient ainsi un magazine bien plus élégant, aux bords nets et lisses. &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; n’est pas pour autant un «&amp;nbsp;slick magazine&amp;nbsp;», comme on le lit parfois – le mot slick désignant un papier de bien meilleure tenue, quasiment glacé&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Playboy&lt;/em&gt; est un slick magazine, pas &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! Lorsque Gernsback perd le contrôle de sa société en 1929, &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; est repris par un éditeur qui en fait un pulp traditionnel&amp;nbsp;: format, qualité de fabrication, contenu, etc. Mais il n’en reste pas moins vrai qu’à l’origine, &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; se démarque nettement des pulp magazines et qu’il semble abusif de le considérer, comme le font la plupart des historiens du genre, comme un «&amp;nbsp;bedsheet size pulp magazine&amp;nbsp;». C’est une erreur factuelle et ceux qui la commettent témoignent du fait qu’ils n’ont pas compris la démarche éditoriale et philosophique d’Hugo Gernsback – et n’ont bien entendu pas lu ses nombreux éditoriaux dans lesquels il explique en détail sa position et ses ambitions. Mais les choses étant ce qu’elles sont, décrire &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; comme le premier pulp magazine spécialisé en SF est hélas devenue une assertion évidente pour tous et à laquelle il faut bien se résoudre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1926, quand Hugo Gesnsback lance &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt;, il identifie un genre littéraire par le biais d’une thématique (un catalogue de motifs) et d’un projet philosophique&amp;nbsp;: préparer son lectorat au monde de demain, à la fois par un discours prophétique et par la teneur des récits publiés. Gernsback dote ce genre littéraire d’un nom&amp;nbsp;: &lt;em&gt;scientifiction&lt;/em&gt;, qui deviendra assez rapidement science-fiction. Dans le même temps, il organise l’indépendance éditoriale de ce genre, en créant un support réservé/spécialisé. À ce titre, la science-fiction est née en 1926, même si on peut discerner au sein de la production littéraire des décennies précédentes un assez grand nombre d’œuvres qui annoncent ce genre et participent pleinement à sa protohistoire – le plus connu étant sans doute &lt;em&gt;Under the Moons of Mars&lt;/em&gt; d’Edgar Rice Burroughs qui introduit le personnage de John Carter. L’état d’esprit y était. Mais pas l’intention de participer à la création de quelque chose de nouveau. Les &lt;em&gt;Scientific Romances&lt;/em&gt; que publie Munsey annoncent à l’évidence la science-fiction, mais ils/elles ne sont pas de la science-fiction, faute d’une intention de la part de l’auteur. C’est pour la même raison qu’il est absurde de parler de science-fiction française avant l’arrivée en masse de la SF étasunienne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Les mots ont un sens. L’Anticipation Scientifique ou le Roman d’Hypothèse ne sont pas la Science-Fiction. Pour que la SF existe, il faut que des écrivains affirment&amp;nbsp;: j’écris de la SF dans des supports de SF pour des lecteurs de SF. Nommer les choses, c’est les faire émerger du chaos des possibles et leur donner un destin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-magazineoffantasy-49.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-magazineoffantasy-49.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1949, le lancement du &lt;em&gt;Magazine of Fantasy &lt;/em&gt;(puis &lt;em&gt;of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;) – suivi l’année suivante par le lancement de &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt; – change la donne et inaugure l’ère des &lt;em&gt;digests&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: des magazines au petit format qui, en quelques années, vont faire prendre un sacré coup de vieux aux pulp magazines et les amener à disparaître. John Campbell, Jr., a eu beau réduire de manière drastique le format d’&lt;em&gt;Astounding&lt;/em&gt; en novembre 1943, il n’en a pas pour autant fait un «&amp;nbsp;digest&amp;nbsp;» mais simplement un pulp plus petit que le format standard&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelques années après l’apparition des premiers véritables digest, vers 1954/55, la publication massive de romans de SF inédits dans les catalogues des éditeurs de paperbacks (des livres pas chers, au format poche&amp;nbsp;: un tout nouveau support apparu à l’extrême fin des années trente et qui s’impose dans l’édition de librairie au début des années cinquante) comme Ace et Ballantine, fait que la forme courte (short story, novelette, novella) qui nourrit les publications périodiques, cesse d’être la forme privilégiée de la SF, au profit du roman (long récit). Pour un auteur professionnel, il est beaucoup plus lucratif d’écrire un roman qui sera diffusé en librairie, maintenu disponible pendant des années, puis réimprimé ou réédité (Ballantine réédite ainsi régulièrement ses romans de SF dans la même collection, mais sous un nouveau numéro et une nouvelle couverture), que de pondre des nouvelles à la chaîne, dont la durée de vie n’excédera pas un mois, chaque numéro d’un magazine étant remplacé par le suivant dans les stands de presse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est là véritablement un autre chapitre de l’histoire de la SF qui débute. Car il est évident que ce sont les conditions éditoriales qui définissent le type de littérature qui est produite par les auteurs professionnels&amp;nbsp;: le roman de SF n’a commencé à se développer que lorsqu’il y a eu des éditeurs pour en publier&amp;nbsp;! Et les écrivains ont suivi, parce qu’il est plus lucratif, à temps égal consacré à l’écriture, d’écrire un roman que dix nouvelles. Et accessoirement, cela demande bien moins d’effort intellectuel et d’inventivité. À ce jeu-là, les nouvelles ont fini par être considérées comme le terrain de jeu des débutants, de ceux dont on affirme volontiers qu’ils n’ont pas assez de souffle pour développer une histoire sur la longueur d’un roman, et pas assez d’expérience pour conserver l’attention du lecteur. Ce qui est bien entendu dépourvu de fondement&amp;nbsp;: tout au long de son histoire, les plus grandes réussites de la SF se trouvent dans la forme courte, qui réclame un énorme savoir-faire dans la construction, la gestion de l’information, les interactions entre les personnages ou entre les personnages et leur environnement, etc. De plus, c’est oublier que, pendant des décennies, les plus gros bestsellers du genre ont été des recueils de nouvelles déguisés en romans – comme la trilogie de &lt;em&gt;Fondation&lt;/em&gt; ou les &lt;em&gt;Chroniques Martiennes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entre 1910 et 1950, seule une poignée de livres de SF importants sont publiés et diffusés en librairie, plus spécialement en Grande Bretagne, et en particulier par Olaf Stapledon – qui est quasiment le seul écrivain de l’époque ayant écrit de la SF sans savoir que la SF existait&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours de ces quatre décennies, c’est très certainement bien plus de 95% des œuvres ce qui peuvent être considérées comme relevant du genre, au moins par les thématiques abordées, qui sont publiées dans les pulp magazines. Cela concerne plusieurs dizaines de milliers de textes. Donc la science-fiction des pulps &lt;em&gt;est&lt;/em&gt; la science-fiction. En parler comme s’il s’agissait d’un sous-genre ou d’un marché parallèle, laisser entendre qu’il y aurait d’une part la SF des pulps et d’autre part (à côté ou en face&amp;nbsp;?) une autre SF (sous-entendu de meilleure facture) ne repose sur rien de factuel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-vandals.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.pulps-vandals_s.jpg&quot; /&gt; Avant 1950, la SF &lt;em&gt;est&lt;/em&gt; la SF des pulps. À partir de 1950, la SF &lt;em&gt;est&lt;/em&gt; la SF des digests et des paperbacks, et dans une moindre mesure des juveniles (comme &lt;em&gt;Vandals of the Void&lt;/em&gt; de Jack Vance, point de départ de cette discussion sur le site du Bélial). Au cours des années 50 et 60, les revues se portent plutôt bien, après cela elles entament un long déclin – la forme courte (nouvelles, etc.) se redéploye un temps dans un support mixte&amp;nbsp;: l’anthologie originale. Il s’agit d’un livre, donc diffusé en librairie et exploité sur la durée, mais le sommaire consiste en des nouvelles inédites de différents auteurs, donc on retrouve l’esprit d’une revue. L’anthologie originale étant à son tour entrée en récession, la SF n’a bientôt eu pour seul support que le livre de librairie, pour l’essentiel le roman. Ce sont les structures éditoriales et les possibilités qu’elles représentent et donc offrent aux auteurs, qui dictent la forme des œuvres écrites&amp;nbsp;: un écrivain professionnel écrit pour le marché et se conforme à ce que le marché réclame. Sinon, il change de métier. C’est ainsi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;À suivre…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>H comme Haunted</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/22/H-comme-Haunted" rel="alternate" type="text/html" title="H comme Haunted" />
      <id>urn:md5:d88b2d68d9477ef2e9b5a3e9cb2d930b</id>
      <published>2016-03-22T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-24T13:13:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-h-une.jpg&quot; /&gt;Dans la famille Danielewski, après le frère, on demande la sœur… Poe, sœur aînée de MZD, est l'auteure de deux disques, parus dans la seconde moitié des 90s. Le second, &lt;strong&gt;Haunted&lt;/strong&gt;, a pour particularité d'entretenir des liens avec &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; — mais qu'en est-il musicalement&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Haunted, Poe (Atlantic, 2000). 18 morceaux, 74 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Au fil de cet Abécédaire, il a été question &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions&quot;&gt;çà&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/03/E-comme-L-Epee-des-cinquante-ans&quot;&gt;là&lt;/a&gt; (et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/07/F-comme-The-Familiar-T1&quot;&gt;ici aussi&lt;/a&gt;) de Mark Z. Danielewski et de ses textes faisant la part belle l’expérimentation. Mais le saviez-vous&amp;nbsp;? L’auteur de &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;«0000FF»&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; a une sœur aînée, Poe. Musicienne, celle-ci a publié deux disques dans les années 90, &lt;strong&gt;Hello&lt;/strong&gt; (1995) et le présent &lt;strong&gt;Haunted&lt;/strong&gt; (2000). Et depuis… plus rien – on y reviendra.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-h-haunted.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-h-haunted.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La présence de &lt;strong&gt;Haunted&lt;/strong&gt; dans ce navrant Abécédaire se justifie par ses liens avec le premier roman. De fait, &lt;strong&gt;Haunted&lt;/strong&gt; débute par «&amp;nbsp;Exploration B&amp;nbsp;», pièce instrumentale à l’ambiance pour le moins inquiétante&amp;nbsp;: voilà l’auditeur plongé dans les couloirs obscurs s’étendant derrière une porte qui ne devraient pas exister&amp;nbsp;; on compose un numéro de téléphone, un répondeur prend l’appel, tandis qu’une voix chantonne. Une belle introduction, qui constitue le lien avec le premier album de Poe («&amp;nbsp;Hello&amp;nbsp;» est le premier mot prononcé) et qui s’enchaîne sur le morceau-titre. Et… les choses se gâtent un peu, du moins pour l’amateur inconditionnel de &lt;em&gt;dark ambient&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: l’atmosphère glauque de l’intro s’estompe et laisse place maintenant à une chanson relevant d’un pop-rock aussi carré qu’efficace, mais quelque peu… hantée (désolé).&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Don't cry, there's always a way&lt;br /&gt;Here in November&lt;br /&gt;In this house of leaves we'll pray&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/o3lBF2h-Pl0?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une vignette lugubre conclut «&amp;nbsp;Haunted&amp;nbsp;», que suit «&amp;nbsp;Control&amp;nbsp;». Plus sombre que «&amp;nbsp;Haunted&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Control&amp;nbsp;» se fait tourmentée (et c’est bon). Poe assure.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«And at the end of it all lies of course the final&lt;br /&gt;Phenomenon of deterioration, entropy&lt;br /&gt;Which is a predictable deterioration&lt;br /&gt;When the creative energy ceases&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Suit «&amp;nbsp;Terrible Thought&amp;nbsp;» &amp;nbsp;: une chanson plus légère, pas désagréable pour autant. On peut dire la même chose de «&amp;nbsp;Walk the Walk&amp;nbsp;», rock énervé, au potentiel tubesque. «&amp;nbsp;Wild&amp;nbsp;» s’inscrit dans cette lignée, avant de bifurquer dans une veine electro à partir de sa cinquième minute et pour les quatre minutes suivantes – mais la version single est bien plus courte, faudrait pas effrayer les auditeurs radiophoniques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/TAI__h-Bxzo?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une déconnade instrumentale que suit «&amp;nbsp;5&amp;amp;1/2 Minute Hallway&amp;nbsp;», chanson étonnament pop au vu de son contenu. Là où le fan du roman de MZD aurait voulu entendre une chanson labyrinthique, il se retrouve face à ce qui débute commen une aimable balade à la guitare&amp;nbsp;: hé, c’est du pop-rock, pas du dark ambient (mais je me répète)…&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I live at the end&lt;br /&gt;Of a 5 &amp;amp; 1/2 minute hallway&lt;br /&gt;But as far as I can see&lt;br /&gt;You are still miles from me in your doorway&lt;br /&gt;(…)&lt;br /&gt;'Cause there's only so far I can go&lt;br /&gt;When you're living in a hallway that keeps growing&lt;br /&gt;I think to myself&lt;br /&gt;Thirty seconds and I'll be there&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Que dire de la suite&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Not a virgin&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Hey Pretty&amp;nbsp;» ont elles aussi un évident potentiel tubesque. Les titres suivant, «&amp;nbsp;Could’ve Gone Mad&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Lemon Meringue&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Amazed&amp;nbsp;» s’avèrent d’une écoute agréable&amp;nbsp;: des chansons pleine d’énergie, avec des mélodies et des rythmes toujours entraînants.&lt;/p&gt;&lt;p id=&quot;Edit&quot;&gt;(EDIT : on n'oubliera pas « Hey Pretty (Drive By 2001 Mix) », où les couplets sont remplacés par un extrait de &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;«0000FF»&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;. Lu par Mark Z. Danielewski, cet extrait nous raconte la virée nocturne en voiture que fait Johnny Truant en compagnie d'une amante, Kyrie, du côté de Mulholland Drive. Un extrait troublant, porté par&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;le style très… “musical”, finalement, de l'auteur. Ou l'extrême qualité de son “flow”… &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?p=45852#p45852&quot;&gt;(Pascal Godbillon)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Rien d'étonnant de la part de l'auteur de &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns &lt;/strong&gt;(dont on parlait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions&quot;&gt;par là&lt;/a&gt;) et de &lt;strong&gt;L'Épée des cinquante ans&lt;/strong&gt; (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/03/E-comme-L-Epee-des-cinquante-ans&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;) deux textes très musicaux mais, certes, relevant moins de la prose que &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;«0000FF»&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;… Dans tous les cas, ça s'écoute &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=sEK-_jk9GdU&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des instrumentaux lugubres ponctuent le disque, toutes les trois-quatre chansons&amp;nbsp;: outre l’introductif «&amp;nbsp;Exploration B&amp;nbsp;», citons «&amp;nbsp;Terrified Hearts &amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Dear Johnny&amp;nbsp;» (nouvelle référence à &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;«0000FF»&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;?) et «&amp;nbsp;House of Leaves&amp;nbsp;». Ce ne sont pas les seuls, car de nombreux intermèdes parlés se situent à la fin de la plupart des chansons. Il y résonne des voix d’enfant (Poe jeune&amp;nbsp;?) et les paroles sentencieuses de Tad Danielewski, le père de Poe et Mark Z., cinéaste décédé en 1993. C’est probablement là que le disque trouve la justification de son titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Haunted&lt;/strong&gt; est moins hanté par le &lt;font color=&quot;FF0000&quot;&gt;Minotaure&lt;/font&gt; qui rôde – peut-être – dans la &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; que par les fantômes du passé, en particulier celui de ce père absent. Les allusions directes à son décès s’entendent ainsi dans «&amp;nbsp;Exploration B&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Walk the Walk&amp;nbsp;». Et, mine de rien, donnent un supplément d’âme à ce disque par ailleurs solide et qui se bonifie au fil des écoutes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec ses soixante-quatorze minutes et sa quinzaine de chansons (mettons de côté les intermèdes instrumentaux), &lt;strong&gt;Haunted&lt;/strong&gt; s’avère donc un disque long et roboratif… sûrement trop. L’attention finit fatalement par se disperser, en dépit des nombreuses chansons tubesques — c’est dommage. Plus concentré, l’album n’en aurait conservé que davantage d’impact. L’ensemble demeure d’une facture robuste et efficace&amp;nbsp;: les meilleures chansons, si elles passaient la radio, seraient à même d’attirer durablement l’attention de l’auditeur distrait (du moins, je suppose&amp;nbsp;: je n’écoute plus guère la radio).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/smc18aecLuI?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les chansons spécifiquement liées à &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; ont été rassemblées dans un disque promo, &lt;strong&gt;Don’t be scared&lt;/strong&gt;, paru cette même année 2000. Entre «&amp;nbsp;Exploration B&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;5&amp;amp;1/2 Hallway&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Wild&amp;nbsp;» s’intercalent ainsi des extraits du roman de Danielewski, lus par l’auteur (du moins, je le suppose, n’ayant pu mettre la main sur le disque).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-h-dontbescared.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-h-dontbescared_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Deuxième disque de Poe, &lt;strong&gt;Haunted&lt;/strong&gt; est aussi, malheureusement, le dernier – du moins, jusqu’à présent. Lors de la fusion entre la maison de disque Atlantic et AOL Time Warner, le contrat liant Poe à Atlantic s’est retrouvé invalidé puis racheté, et des arguties semblent avoir empêché la chanteuse de publier légalement de la musique – du moins, pendant une dizaine d’années, avant que le contrat léonin ne soit révoqué ( &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Poe_%28singer%29#2001.E2.80.932011&quot;&gt;si j’ai bien compris&lt;/a&gt;). Depuis, rien. Le site internet de Poe est en chantier, et rien ne semble indiquer un éventuel troisième disque. Mais s’il plaît à la sœur de MZD de proposer un pendant musical du projet au long cours &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/07/F-comme-The-Familiar-T1&quot;&gt;&lt;strong&gt;The Familiar&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, ou tout autre chose, on est preneurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(Comme quoi, il n’y a pas dans cet Abécédaire que de l’electro, de l’expérimental, Brian Eno et David Bowie.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La SF des pulps : une approche factuelle 1/3</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/21/La-SF-des-pulps-1" rel="alternate" type="text/html" title="La SF des pulps : une approche factuelle 1/3" />
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      <published>2016-03-21T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-03-21T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-une1.jpg&quot; style=&quot;display: none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-une1.jpg&quot; /&gt;Suite aux récentes discussions sur le forum quant à &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=16&amp;amp;t=6492&quot;&gt;la collection Pulps et la nature même des pulps&lt;/a&gt;, Francis Valéry nous livre ici une approche factuelle des pulps magazine. Dans la première partie de cette étude, notre érudit ami explique ce qu'est, physiquement, un pulps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces dernières semaines, dans le contexte du lancement d’une nouvelle collection intitulée&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/collection/le-belial-pulps&quot;&gt;«&amp;nbsp;Pulps&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, aux éditions du Bélial’, il a beaucoup été question de la &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=16&amp;amp;t=6492&quot;&gt;«&amp;nbsp;science-fiction des pulps&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: un concept un peu flou qui semble ressortir davantage au marketing que relever d’une approche scientifique. On ne voit pas très ce qui caractériserait cette branche ou ce sous-genre de la littérature de science-fiction. On évoque volontiers un supposé «&amp;nbsp;État d’esprit des pulps&amp;nbsp;», sans pour autant avancer ce qui pourrait ressembler à un cahier des charges&amp;nbsp;! À l’évidence, le sujet intéresse. Le sujet passionne. Le mot même de «&amp;nbsp;pulps&amp;nbsp;» semble véhiculer une charge émotionnelle étonnante. Du coup, tout est permis – y compris affubler les mots d’un sens qu’ils n’ont pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’où cette tentative de clarifier les choses. En utilisant une méthode qui me paraît pertinente et efficace&amp;nbsp;: commencer par refermer le couvercle de la boîte à fantasmes puis se tourner vers le factuel. Et seulement le factuel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-lecturespourtous.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-lecturespourtous.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-jesaistout.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-jesaistout.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un «&amp;nbsp;pulp magazine&amp;nbsp;» (parfois désigné sous le nom «&amp;nbsp;pulp&amp;nbsp;») est d’abord&lt;em&gt;une publication périodique dont le contenu consiste, pour l’essentiel, en textes de fiction&lt;/em&gt;. Ainsi, des publications comme &lt;em&gt;Lectures pour Tous&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Je sais Tout&lt;/em&gt; ne peuvent pas être considérées comme des «&amp;nbsp;pulps à la française&amp;nbsp;» comme on le lit parfois, car il s’agit de magazines généralistes&amp;nbsp;: les textes de fiction (des romans en feuilleton) ne consistent qu’une part très minoritaire du sommaire. Sans même parler de leur excellente qualité de fabrication, comparable à celle de leurs homologues britanniques comme &lt;em&gt;The Strand&lt;/em&gt;, et très supérieure à celle des pulp magazines étasuniens. Donc premier critère&amp;nbsp;: un «&amp;nbsp;pulp&amp;nbsp;», ça publie avant tout de la fiction&amp;nbsp;: nouvelles, novellas, romans en feuilleton.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après le contenu, examinons le contenant soit l’objet lui-même&amp;nbsp;: le mot «&amp;nbsp;pulp&amp;nbsp;» fait référence à un type de papier &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; à un format de publication – ce dernier conditionné par le procédé d’impression.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le papier utilisé est fabriqué à partir de pulpe de bois mêlée à un liant. Il est très absorbant ce qui limite la finesse et la précision de l’impression. Et il est très acide, donc il vieillit mal&amp;nbsp;: le papier imprimé finit par brunir et devient sec et cassant. Cette évolution est inéluctable. On peut seulement la ralentir via un protocole de conservation rigoureux&amp;nbsp;: pochette protectrice en papier désacidifié, plaque de rigidité en carton également neutre, stockage à l’abri de la lumière et de la chaleur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le format de publication est quant à lui bien défini&amp;nbsp;: un pulp magazine standard mesure 7 × 10 pouces, ce qui fait en centimètres environ 17,5 × 25. Ce sont des dimensions théoriques, découlant du format du papier utilisé. Dans la pratique, c’est un peu plus subtil (à quelques millimètres près&amp;nbsp;!), à cause du procédé d’impression et de façonnage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’intérieur d’un pulp magazine est en général imprimé sur des machines rotatives qui utilisent des bobines de papier de 28 pouces (72 cm) de large. Après l’impression en continu, recto-verso, la bande de papier est tranchée en longueurs imprimées de 40 pouces (100 cm). Sur chaque face de ces feuilles de 72 × 100 sont imprimées 16 pages de magazine, en quatre lignes/colonnes de quatre pages. Il y donc 32 pages par feuille, recto-verso. Chaque feuille est pliée 4 fois pour constituer un cahier de 32 pages au format 17,5 × 25. Les cahiers sont superposés et massicotés sur trois faces. Comme tout ceci se fait rapidement, il est normal que certaines pages soient un peu plus courtes que d’autres (de quelques millimètres) suite à un pliage un peu approximatif qui les fait échapper aux lames du massicot. Trois (ou quatre, parfois davantage) cahiers différents sont ainsi indépendamment imprimés et rognés. Puis on passe à l’assemblage&amp;nbsp;: les cahiers (un exemplaire de chaque) sont superposés avec, là encore, plus ou moins de précision, et après calage du dos un système d’agrafage rudimentaire mais très solide vient les relier, sur le côté. Rien n’est cousu, ni collé. La reliure se limite à ces deux agrafes. Un «&amp;nbsp;trois cahiers&amp;nbsp;» comporte donc 96 pages, un «&amp;nbsp;quatre cahiers&amp;nbsp;» en comporte 128, etc. Certains pulp magazines font plus de 300 pages&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puis la couverture est imprimée. Compte tenu de l’épaisseur du cahier intérieur qui s’ajoute à la largeur des plats, une couverture entière mesure environ 25 × 36. On voit donc que sur une surface au format 100 × 72, on peut imprimer, en une seule fois, huit couvertures en couleurs – et leurs versos en noir et blanc. On utilise pour cela du papier beaucoup plus épais que celui des cahiers, de bonne qualité et bien blanc, nettement plus coûteux. Et on travaille non plus en noir et blanc mais en quadrichromie (en trichromie et même en bichromie, dans les périodes de disette&amp;nbsp;!). Afin de réduire les frais de fabrication, plutôt que d’imprimer huit exemplaires de la même couverture, on imprime huit couvertures différentes. C’est pourquoi les éditeurs de pulp magazines produisent toujours de nombreux titres. En jouant sur la périodicité de certains titres, on peut rentabiliser la surface d’impression de façon parfaite. Ainsi tel éditeur produisant dix titres, sortira par exemple six mensuels et quatre bimestriels, ces derniers voyant leurs couvertures fabriquées deux par deux, sur deux mois consécutifs – tandis que les couvertures des six mensuels seront imprimées chaque mois. On raconte ainsi qu’ &lt;em&gt;Astounding Stories&lt;/em&gt; serait né juste pour occuper une place vide dans la maquette d’impression des couvertures des autres pulps de l’éditeur. Le papier de la couverture étant déjà payé et l’intérieur en noir et blanc s’effectuant sur du papier bon marché, le projet d’un magazine de SF destiné à concurrencer les publications de Gernsback aurait donc été accepté parce qu’il ne coûtait quasiment rien&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une fois la bande de papier imprimée et débitée en longueurs d’un mètre, celles-ci sont massicotées et on obtient nos huit couvertures. Reste à éventuellement rainer la couverture (pour qu’elle se plie aisément), à encoller la face intérieure du verso ainsi qu’une petite zone sur le rebord de la première et de la dernière pages, à plier la couverture et à glisser à l’intérieur le triple cahier central, puis à laisser sécher l’ensemble.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà pourquoi les pulps qui ont été bien conservés ont des couvertures plus ou moins débordantes – si elles n’ont pas été frottées et usées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Certains pulp magazines ont été réalisés à un format inférieur à ce «&amp;nbsp;standard pulp format&amp;nbsp;» de 10 × 7. Il s’agit souvent de publications semi-professionnelles, plus marginales que les pulp magazines largement diffusés, et imprimées sur du matériel moins performant. On désigne en général ce format par l’expression «&amp;nbsp;small pulp size&amp;nbsp;». Il a été également beaucoup utilisé pour des publications britanniques originales (quelques numéros de &lt;em&gt;New Worlds&lt;/em&gt;) ou des éditions britanniques de magazines étasuniens (comme &lt;em&gt;Astounding/Analog&lt;/em&gt;) mais le papier employé tend à disqualifier ces publications quant au qualificatif de «&amp;nbsp;pulp magazine&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-astounding-nov43.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-astounding-nov43.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’inverse, quelques véritables pulp magazines sont à un format beaucoup plus grand, proche du traditionnel «&amp;nbsp;US letter&amp;nbsp;» (8 ½ × 11 pouces, soit environ 21,6 × 27,9) toujours d’usage en Amérique du Nord. C’est par exemple le cas d’&lt;em&gt;Astounding Stories&lt;/em&gt;, entre janvier 1942 et avril 1943. Ce format est appelé «&amp;nbsp;bedsheet&amp;nbsp;» et on parle alors de «&amp;nbsp;bedsheet size&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pulps-formats.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pulps-formats.png&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À suivre : un historique des &lt;em&gt;pulps&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>G comme A Girl Walks Home Alone at Night</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/17/G-comme-A-Girl-Walks-Home-Alone-at-Night" rel="alternate" type="text/html" title="G comme A Girl Walks Home Alone at Night" />
      <id>urn:md5:9469a6261ef605e348de90fbe1c2d9a0</id>
      <published>2016-03-17T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-17T13:36:18+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-g-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;A Girl Walks Home Alone at Night&lt;/strong&gt;, premier long-métrage d'Ana Lily Amirpour et — probablement — le meilleur western vampirique iranien qui soit (mais le film concourt seul dans sa catégorie…).&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;A Girl Walks Home Alone at Night [دختری در شب تنها به خانه می رود], Ana Lily Amirpour, 2014. 99 minutes, noir et blanc.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Souvent, je m’amuse à décrire le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again&quot;&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; comme la meilleure comédie musicale érotique de science-fiction – mais le film de Jim Sharman concourt seul dans sa catégorie. Dans la même catéorie «&amp;nbsp;unique en son genre», on pourrait définir &lt;strong&gt;A Girl Walks Home Alone at Night&lt;/strong&gt; d’Ana Lily Amirpour comme le meilleur western vampirique iranien – et c’est bien le seul, jusqu’à présent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après la tétralogie en cinq épisodes &lt;em&gt;Twilight&lt;/em&gt;, c’est peu dire qu’on en avait marre des vampires au cinéma. Point trop n’en faut, dit-on. Mais en 2014 sont sortis deux films ayant l’insigne mérite de vouloir renouveler le genre et de présenter autre chose que des vampires énamourés luisant au soleil. Le premier est &lt;strong&gt;Only Lovers Left Alive&lt;/strong&gt; de Jim Jarmusch, ou le parcours de deux suceurs de sang désabusés, des ruines de Detroit jusqu’aux nuits de Tanger. Une errance magnifiée par le charisme de ses protagonistes, Tom Hiddelston et Tilda Swinton.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le second, objet du présent billet, est &lt;strong&gt;A Girl Walks Home Alone at Night&lt;/strong&gt;, objet filmique non moins fascinant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-g-poster1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-g-poster1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette fille qui rentre seule chez elle la nuit venue, c’est une vampire. La ville, c’est Bad City, quelque part en Iran. (Il y a peut-être là un jeu de mot&amp;nbsp;: dans les langues indo-iraniennes, «&amp;nbsp;bad&amp;nbsp;» signifie «&amp;nbsp;ville&amp;nbsp;». Si les personnages du film désignent leur ville sous le nom de [quelque-chose]bad, les sous-titres disent «&amp;nbsp;Bad City&amp;nbsp;». «&amp;nbsp;Ville-ville&amp;nbsp;» donc&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;Vile ville&amp;nbsp;»&amp;nbsp;??) Un jeune homme, Arash, vivote de petits boulots et tâche de gérer son père, Hossein, accro à l’héroïne. L’autre vampire de la ville, métaphorique pour le coup, c’est Saeed le dealer – accessoirement maquereau –, type haïssable avec qui Arash doit composer. Une nuit, la vampire raccompagne le sinistre individu chez lui, et le vide de son sang sans autre forme de procès – la suite montrera qu’elle n’incarne pas pour autant une justicière nocturne. C’est après une fête costumée, où Arash erre en triste comte Dracula, qu’il rencontre la vampire, avec qui va se nouer une intriguante relation…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_YGmTdo3vuY?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tourné en langue persane, avec des acteurs iraniens, &lt;strong&gt;A Girl Walks…&lt;/strong&gt; a cependant été intégralement filmé dans un recoin de la Californie du sud, sorte de friche industrielle située en plein désert, où l’on trouve des puits de pétrole et une imposante usine électrique. Un décor magnifié par le noir et blanc un brin cradingue du film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les acteurs ne sont pas en reste pour participer au charme du film. Si Dominic Rains a un rôle bref et un brin trop caricatural dans celui du dealer, on retient davantage Arash Marandi et ses faux airs de Shia LaBeouf dans la peau d’Arash et, surtout, Sheila Vand, incroyablement magnétique en jeune vampire vêtue d’une marinière et d’un long voile noir traînant jusqu’au sol.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans l’un des meilleurs épisodes de X-Files, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents#bad-blood&quot;&gt;Le Shériff a les dents longues&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, Fox Mulder explique qu’il y a quasiment autant de traditions vampiriques qu’il y a de peuples. La publication du &lt;strong&gt;Dracula&lt;/strong&gt; de Bram Stoker a cristallisé dans l’imaginaire une bonne part de cette mythologie, en gravant dans le marbre certaines de ses caractéristiques. Par la suite, les uns et les autres ont tenté d’apporter leur pierre à l’édifice, en ajoutant de nouvelles caractéristiques ou en cherchant d’anciens traits. Là où Jim Jarmush injectait sa propre touche au mythe du vampire dans &lt;strong&gt;Only Lovers Left Alive&lt;/strong&gt;, en rajoutant ce rituel avec les gants, Ana Lily Amirpour ne conserve que le strict essentiel&amp;nbsp;: la vampire se contente de vivre la nuit (pas de cercueil) et d’être dotée de deux canines pointues, rétractables. Rien concernant une aversion à l’ail, au soleil ou aux symboles religieux – d’ailleurs, qu’en est-il des vampires dans les pays musulmans&amp;nbsp;? y sont-ils insensibles à la croix&amp;nbsp;? Mais l’une des jolies trouvailles dans &lt;strong&gt;A Girl Walks…&lt;/strong&gt;, c’est d’avoir transformé le voile islamique en cette cape typiquement bela-lugosienne. En dehors de la présence de foulard, nulle autre mention de religion dans ce film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-g-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-g-img1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-g-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-g-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-g-img2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-g-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-g-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-g-img3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-g-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-g-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-g-img4.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-g-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, &lt;strong&gt;A Girl Walks Home Alone at Night &lt;/strong&gt;se distingue par sa bande originale, où se côtoient chansons iraniennes, rock et musique d’inspiration western (en particulier les cinq morceaux composés par Federale pour le dernier album en date, &lt;em&gt;The Blood flowed like wine&lt;/em&gt;, qui lorgne volontiers du côté d’Ennio Morricone et de Calexico). Au mur de l’appartement en sous-sol de notre vampire s’affichent de nombreux posters ramenant tout droit aux années 80. (À noter que l’affreux dealer a des goûts musicaux pas terribles, à l’inverse de ceux, assurés, de la vampire.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-g-album.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-g-album_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En dépit de nombreuses qualités, &lt;strong&gt;A Girl Walks Home Alone at Night&lt;/strong&gt; souffre de quelques défauts, en particulier le rythme. Le film développe un court-métrage éponyme (un format sur lequel Ana Lily Amirpour s’est faite la main), ce qui explique probablement son aspect languissant&amp;nbsp;: étendu à la durée d’un long-métrage, le rythme y perd et la dernière demi-heure du film s’avère franchement longuette. Dommage&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le prochain long-métrage d’Ana Lily Amirpour, a priori prévu pour cette année 2016, s’intitule &lt;strong&gt;The Bad Batch&lt;/strong&gt; et l’Imdb en propose un résumé tout à fait alléchant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;A dystopian love story in a Texas wasteland and set in a community of cannibals.&amp;nbsp;» Au casting&amp;nbsp;: Keanu Reeves, Jason Momoa et Jim Carrey (sans déconner&amp;nbsp;?). Pas question de passer à côté.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 11 mars 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/16/Journal-d-un-homme-des-bois-11-03-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 11 mars 2016" />
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      <published>2016-03-16T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-16T13:18:17+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160316-mda.jpg&quot; alt=&quot;jhb-20160316-mda.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot;/&gt;Où Francis Valéry nous explique comment il en est venu à travailler à la Maison d'Ailleurs, ce musée — unique en son genre — dédié à la science-fiction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je découvre ce matin &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?p=45692#p45692&quot;&gt;le commentaire de RMD à propos de la Maison d’Ailleurs&lt;/a&gt; et j’adhère tout à fait à sa conclusion&amp;nbsp;: il faut aller visiter ce lieu, tout simplement formidable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du coup, je m’aperçois que mes commentaires ou allusions à la MdA suscitent quelques réactions de lecteurs – ce qui n’arrive jamais quand je parle de la construction de gammes musicales basées sur des harmoniques naturelles ou quand je me lance dans un panégyrique du topinambour. Ce qui me donne à penser – curieusement, j’avais un peu zappé cette problématique – que les gens qui fréquentent le site du Bélial’ y viennent, avant tout, par intérêt pour la science-fiction (et ses épiphénomènes comme la fantasy). Et pas vraiment pour &lt;em&gt;élucubrationner&lt;/em&gt; de concert avec votre serviteur, sur la véritable finalité de l’univers ou le temps de cuisson des spaghettis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La MdA s’avérant un sujet porteur, je vais donc continuer d’en parler, histoire d’assurer l’audience – et partant de me retrouver mieux placé dans les petits papiers d’Olivier Girard, président-directeur-général des Éditions du Bélial S.A. (ça peut toujours être utile d’être bien vu de la Direction et d’être perçu comme quelqu’un qui fait de l’audience, si vous voyez ce que je veux dire).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je n’avais jamais visité la MdA avant d’aller y travailler.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque Roger Gaillard a pris la direction des lieux, &lt;em&gt;de facto&lt;/em&gt; abandonnés à leur sort par la municipalité yverdonnaise après le départ de Pierre Versins dix ans plus tôt, j’ai sans doute été la seule «&amp;nbsp;personnalité&amp;nbsp;» du milieu de la SF française à ne pas être invitée pour aller croquer des petits fours et écluser du champagne, le jour de l’inauguration.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160316-versins.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160316-versins.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rappel des faits&amp;nbsp;: le franc suisse ne cessant de prendre de la valeur par rapport au franc français, et Pierre Versins vivotant d’une petite pension perçue en tant qu’ancien déporté, donc versée par la France en francs français, sa capacité de survie dans un pays, la Suisse, où tout est cher, n’a cessé de se dégrader tout au long des années septante. En 1976, un appartement de trois pièces avait été mis gratuitement à sa disposition, pour lui et sa collection, contre le leg de cette dernière à la ville, tout en en conservant la jouissance. Mais ne pouvant bientôt plus faire face aux autres dépenses ordinaires, Versins a fini par jeter l’éponge et est donc parti s’installer en Avignon en 1981. Pour être tout à fait complet, je crois aussi que la SF avait tout soudain cessé de l’intéresser. En tout cas, c’est ce qu’il disait. Je ne sais pas ce qu’il en est réellement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160316-encyclo.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160316-encyclo.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pendant quelques années, un certain Pascal Ducommun avait été de fait l’assistant de Pierre Versins, de manière entièrement bénévole et par pure passion pour la SF ancienne. Versins parti, Pascal s’employa pendant quasiment dix ans à faire survivre les lieux, assurant des permanences plus ou moins régulières, recevant des visiteurs et continuant d’y travailler pour le plaisir et parce qu’il refusait de voir tout cela disparaître.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1989, après avoir gentiment laissé mourir à petit feu la Maison d’Ailleurs, la municipalité d’Yverdon se réveille et décide de transférer les collections dans les bâtiments de l’ancienne prison, rénovée pour l’occasion, et nomme à sa tête, en tant que directeur et conservateur, un certain Roger Gaillard, un journaliste proche des politiciens yverdonnais. Le lieu ouvre en 1991 et est inauguré en grandes pompes. Le petit souci est que Pascal Ducommun a été écarté du projet, alors qu’il était à l’évidence la bonne personne pour faire de la MdA ce dont Versins rêvait. Les formes sont respectées, puisqu’on lui propose un poste subalterne dans la nouvelle équipe… que Pascal, parfois un rien caractériel, a sans doute refusé de manière peu diplomatique. On en a peu parlé, mais je crois qu’il estimait que la direction de la MdA devait lui revenir, à lui et pas à un autre, et qu’il voyait un peu cela comme un dû, compte tenu de son dévouement pour la cause et de ses bien réelles compétences. C’est en gros l’histoire du mec qui démissionne par fierté, comme ça on n’a pas besoin de le virer&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pascal fait part de sa déception (c’est peu dire), par la rédaction d’un document qui commence à circuler dans le milieu de la SF française. Je crois bien avoir été le seul, à l’époque, à publier &lt;em&gt;in extenso&lt;/em&gt; sa version des faits et à clairement prendre position à ses côtés contre ce que je considérais comme une simple récupération de l’œuvre de Versins par des politiciens, avec la nomination à la tête de la MdA de quelqu’un dont la connaissance de la SF devait être de l’ordre de 5% de celle de Pascal Ducommun. Je n’ai pas relu les numéros d’&lt;em&gt;A&amp;amp;A&lt;/em&gt; dans lesquels ces interventions – ainsi que mes commentaires – ont été publiés. Mais me connaissant un peu, je suppose que je n’ai pas dû être très diplomatique moi non plus. Et ce contrairement à la plupart des ténors de la SF made in France, dont le soutien à n’importe quoi est acquis dès lors qu’ils sont invités tous frais payés – le Festival SF de Metz ne fonctionnait pas autrement.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160316-meteor.jpg&quot; alt=&quot;jhb-20160316-meteor.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Bien entendu, et c’est de bonne guerre, je n’ai pas été convié à l’inauguration de la MdA (même pas informé) et je n’ai donc pas eu droit aux petits fours – ni aux discours des officiels de la culture locaux, ce qui, tout bien pesé, doit être globalement plutôt une bonne chose. Disons tout de suite que, bien peu rancunier, Roger Gaillard, que j’avais à nouveau égratigné suite à sa préface pour la réédition des &lt;em&gt;Météor&lt;/em&gt; chez Lefrancq, m’a par la suite publié dans une de ses anthologies – ce n’était donc pas fondamentalement un méchant homme et, avec le recul, je pense qu’il n’a été pour rien dans l’aspect déplaisant de la renaissance de la MdA. Gaillard a sans doute considéré qu’il avait l’opportunité de faire quelque chose d’intéressant, et il l’a fait. Et il a eu raison de le faire. Son travail à la tête de la MdA s’est caractérisé, me semble-t-il, par une emphase sur la BD au détriment des autres supports – mais le fond BD n’était pas terrible, Versins s’en foutant un peu, et Gaillard a procédé à des acquisitions très judicieuses dont une partie des archives Artima et a créé plusieurs expositions de haute tenue. Toutefois, c’est sous sa direction qu’on a commencé à voir à la MdA des expositions et des happenings sans queue ni tête, relevant de l’art contemporain (et pas de la SF) et que l’événementiel primait de loin sur le souci de conservation et de mise en valeur des collections. C’est du moins ainsi que je vois les choses, mais j’ai une âme de collectionneur-archiviste et cela fausse très certainement mon point de vue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour en revenir à l’historique des lieux, le problème, quand on fait partie d’un camp politique, c’est que votre fauteuil se transforme vite en strapontin lorsque l’autre camp remporte les élections. Après avoir vécu pendant cinq ans sur un budget conséquent avec du personnel en nombre – qui, d’après ce que j’ai pu constater quand j’ai repris et examiné le travail fait pendant ces années-là, ne devait pas exagérément se ruiner la santé – la MdA se voit signifiée une réduction soudaine de 70% de son budget 1996. La plus grande partie du personnel est licenciée et Roger Gaillard s’en va. Une fondation est créée en 1998 pour tenter de sauver le musée et assurer la gestion. Cette fondation fait alors appel à Patrick Gyger, historien de formation et grand connaisseur de la SF moderne, qui prend ses fonctions de nouveau directeur en février 1999. Il a alors 27 ans. Quelques mois plus tard, Patrick se rend au festival Utopia (créé l’année précédente et qui se tenait alors à Poitiers, avant de s’installer à Nantes l’année suivante, sous le nouvel intitulé Utopiales) pour se présenter – car personne ne le connaît dans le monde de la SF.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je me souviens de cette première rencontre. Un jeune homme tout propre sur lui, avec des cheveux longs et un grand sourire de gendre idéal, s’approche de moi, me tend la main en disant «&amp;nbsp;Bonjour, je suis Patrick Gyger, le nouveau directeur de la Maison d’Ailleurs&amp;nbsp;». Moi, un rien étonné, sans doute légèrement alcoolisé, voire davantage, serre la main tendue en disant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Euh… On se connaît&amp;nbsp;?&amp;nbsp;». Et lui, du tac au tac&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Non&amp;nbsp;! C’est pour ça que je me présente&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Moi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ah bon&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Fin de la discussion. Par la suite, je me suis dit que ce jour-là, il avait vraiment du me prendre pour un autiste – ce que je suis, dans une assez large mesure. Des années plus tard, j’ai évoqué avec lui cette première rencontre et il a prétendu ne pas s’en souvenir (c’est quelqu’un de vraiment gentil…).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet Utopia n°2, cru 1999 m’a laissé un très bon souvenir. Je n’avais pas été invité pour le premier festival – j’étais de toutes façons dans un autre salon du livre, je ne sais plus où (Montreuil, peut-être&amp;nbsp;?). Mais ça ne m’avait pas empêché de faire un article pas gentil dans lequel je relevais l’utilisation politique de l’événement et la présence, par les invités de haut vol, d’un écrivain étasunien tenant depuis quelques années un discours ouvertement fasciste – il est mort, alors inutile d’entrer dans les détails. J’étais donc très clairement interdit de séjour à la deuxième mouture&amp;nbsp;! Mais ma copine de l’époque, elle, était invitée… je me suis donc pointé en tant qu’accompagnateur-chauffeur-bagagiste. Pas de badge et pas d’accès gratuit au bar – tout le long des festivités, je me suis donc promené en discutant avec les uns et les autres, et en prenant des notes (je travaillais en même temps sur un livre en cours). Ce qui a été interprété par les organisateurs et leur garde rapprochée, complètement paranoïaques, comme la preuve que l’immonde Francis Valéry préparait, à n’en pas douter, une future descente en flammes de l’événement, dans ses &lt;em&gt;Carnets de Voyage&lt;/em&gt; – mon blog de l’époque, sur le net, qui était pas mal suivi. Croyez-moi ou pas&amp;nbsp;: le matin du dernier jour, s’est tenue une réunion interne à mon sujet, pour savoir ce qu’il convenait de faire&amp;nbsp;: me faire expulser par la sécurité et reconduire à la frontière (luxembourgeoise&amp;nbsp;?), me briser les genoux (oui, mais en commençant par lequel&amp;nbsp;?), me crever la langue et me couper les yeux (ou le contraire, je ne sais plus), me faire fondre dans l’acide (ça aurait coûté cher en acide…)&amp;nbsp;? Allez, je plaisante&amp;nbsp;: je crois qu’ils avaient juste grave les boules&amp;nbsp;! Finalement, on m’a laissé en vie. Le soir même, tout le monde est parti pour une grosse bouffe dans un restaurant chic aux frais de l’organisation – sauf une dizaine de personnes invitées par J’ai Lu dans un autre restaurant chic, en l’honneur d’une anthologie concoctée je crois par Jean-Marc Ligny. Les trois &lt;em&gt;very bad boys&lt;/em&gt; de la SF française de cette époque, détestés à peu près par tout le monde – à savoir Olivier Girard, Francis Valéry et Gilles Dumay, par ordre de détestation croissante – se sont retrouvés seuls dans l’hôtel où se tenait le congrès. Seuls&amp;nbsp;? Pas vraiment, car le duo en charge des Éditions de l’Atalante s’était également, pour une raison que j’ignore, retrouvé sur la touche. Du coup, nous avons mangé tous les cinq, au restaurant de l’hôtel. Et pour tout dire, cette soirée constitue l’un de mes meilleurs souvenirs de toute ma carrière dans la SF&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En définitive, &lt;em&gt;quid&lt;/em&gt; des horreurs que j’étais supposé écrire sur cette manifestation poitevine&amp;nbsp;? Eh bien, j’ai effectivement fait &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-16&quot;&gt;un papier dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, à mon retour, sous la forme d’un reportage, à ma manière de l’époque – c’est-à-dire complètement déglingué, mêlant bio-fiction et fantasmes, réalité et dérives spatio-temporelles. Et dans ce reportage, je disais entre autres tout le bien que je pensais du principal organisateur&amp;nbsp;: Bruno della Chiesa, tant j’avais été impressionné, à l’occasion de plusieurs de ses interventions publiques, par son érudition, sa culture monstrueuse, son multilinguisme effarant, son énergie… Ce type était bel et bien un pur politique, une créature issue du premier cercle autour de René Monory (alors président ou ancien président du Sénat, je crois, et initiateur du Futuroscope), mais il était également – et je suppose qu’il l’est toujours – quelqu’un qui aime profondément la science-fiction, et qui, tout simplement, profitait de son réseau professionnel pour pouvoir organiser un événement de stature internationale. Bruno della Chiesa est un vrai surdoué et, ce jour, il m’a littéralement scotché. Je n’avais donc pas la moindre raison de critiquer son travail de manière négative, car pour moi, les gens valent ce qu’ils font.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Retournons à la MdA.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160316-passeport.jpg&quot; alt=&quot;jhb-20160316-passeport.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À la fin de l’année 1999, alors que je suis dans un salon du livre à Creil, en banlieue parisienne, ma vie personnelle et affective prend une nouvelle orientation. Et courant 2000, je commence à vivre à temps partiel en Suisse, à Lausanne, tout près d’Yverdon où se trouve la Maison d’Ailleurs. Je renoue avec ma première manière de gagner ma vie&amp;nbsp;: la musique. Sans pour autant abandonner l’écriture de livres pour la jeunesse (ça marche plutôt bien) et de nouvelles et romans de SF. Quelques mois plus tard, je revoie Patrick Gyger. Je pense que c’était aux Utopiales, désormais nantaises, où je me trouve à l’occasion de la sortie de mon essai &lt;strong&gt;Passeport pour les étoiles&lt;/strong&gt; en Folio SF, invité par Gallimard et non par les organisateurs d’alors du salon&amp;nbsp;: les mêmes que ceux de la version Poitiers et qui, va savoir pourquoi, me considèrent toujours comme une sorte de croisement entre un alien et un pitbull. Patrick me propose de dresser un rapide (mais néanmoins précis) inventaire des collections, en les chiffrant. À l’époque, j’ai largement plus de vingt ans d’expérience dans le domaine de la bouquinerie spécialisée, d’abord par correspondance (depuis 1977) puis via ma première boutique ouverte à Bordeaux en 1981. La mission consiste à produire un document détaillé et argumenté afin de renégocier le contrat d’assurance de la MdA. J’accepte avec grand plaisir et commence donc à m’y rendre régulièrement – en fait quasiment chaque fois que je suis à Lausanne, je vais y travailler quelques jours.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ces années 2001/2002, à quoi ressemblait la Maison d’Ailleurs&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Eh bien, vous le saurez dans un prochain épisode…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>F comme Feu Vénus</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/15/F-comme-Feu-Venus" rel="alternate" type="text/html" title="F comme Feu Vénus" />
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      <published>2016-03-15T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-16T13:58:05+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-une.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot;/&gt;Stanislas Lem, l'auteur de l'inoubliable &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; est décédé voici dix ans — en mars 2006. Un prétexte tout trouvé pour se replonger dans son œuvre, et l'on commence avec le tout premier roman de l'auteur&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;, adapté au cinéma en Allemagne de l'Est sous le titre &lt;strong&gt;L'Étoile du silence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Feu Vénus [Astronauci], Stanislas Lem, traduit du polonais par Alexandre Guthart. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Le Rayon Fantastique&amp;nbsp;», 1962 [1951]. 250 pp, poche.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Cette année 2016 est celle du dixième anniversaire du décès de Stanislas Lem, le plus fameux des auteurs de science-fiction de langue polonaise – une bonne occasion pour se pencher sur son œuvre. Une œuvre partiellement indisponible&amp;nbsp;: en dépit de la renommée acquise par Lem avec &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt;, doublement adapté au cinéma par Andreï Tarkovski puis Steven Soderbergh, l’essentiel de ses romans et recueils est aujourd’hui épuisé en France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quoi de plus naturel que de débuter cette rétrospective par &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;, le premier roman de l’auteur&amp;nbsp;? Un roman qui commence avec l’événement de la Toungouska. Météorite&amp;nbsp;? Comète&amp;nbsp;? Ou vaisseau extraterrestre…? Certains scientifiques lancent d’audacieuses hypothèses, selon laquelle un ovni aurait effectué plusieurs passages auprès de la Terre, avant de manquer s’écraser au cœur de la Sibérie. Un objet est découvert sur place, une étrange bobine qui, dépliée, contient un message rédigé dans une langue incompréhensible. Déchiffré, il s’avère qu’il s’agit d’un compte-rendu&amp;nbsp;; en creux, les scientifiques peuvent émettre de nouvelles hypothèses sur la nature des visiteurs. Quant à leurs intentions, rien n’est moins sûr&amp;nbsp;; lors d’un vote, les savants choisissent de considérer non-hostile. L’analyse de la trajectoire indique que l’astronef vient du système solaire intérieur. Plus précisément de Vénus… Décision est prise d’envoyer une expédition, à bord du &lt;em&gt;Cosmocrator&lt;/em&gt;, vers la deuxième planète de notre système solaire pour comprendre de quoi il retourne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-cover-fr.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt; se divise en deux parties. La première, la plus courte, raconte l’évènement de la Toungouska et ses conséquences puis suit les préparatifs de l’expédition du &lt;em&gt;Cosmocrator&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; la seconde, narrée par Robert Smith (que je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer avec la trombine échevelée du chanteur de The Cure), commence au décollage du vaisseau et se poursuit avec l’exploration de Vénus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-cover-pl.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-f-cover-pl_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’époque de rédaction du roman, cette planète garde tous ces mystères, l’épais voile de nuages qui la recouvre n’ayant pas encore été percé. Mais Lem déjà imagine un monde loin de la touffeur de la Vénus telle qu’imaginée par Edgar Rice Burroughs&amp;nbsp;: il décrit certes un monde chaud, mais aride et radioactif par endroit. Il faut attendre 1962, année de parution du roman en France, pour en apprendre davantage, lorsque la sonde Mariner 2 survole Vénus et indique sa désespérante température de surface&amp;nbsp;; les sondes soviétiques Venera 4 à 6 pénètrent dans l’atmosphère au fil des années suivantes et confirment le caractère proprement invivable de l’astre&amp;nbsp;; Venera 7 est la première à s’y poser en décembre 1970 et Venera 9 la première à envoyer une photo de la surface.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt;, Stanislas Lem hésite probablement encore sur la voie à suivre&amp;nbsp;: la sienne, propre, ou bien les canons de l’époque. Le roman contient bon nombre d’éléments typiques de la production science-fictive du Bloc de l’Est à l’époque&amp;nbsp;: un futur forcément radieux (on en retrouvera de pareils dans la SF est-allemande ou russe)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Une chose est certaine&amp;nbsp;: aucune machine ne rendra l’homme inutile. Autrefois, il y a cent ans, les hommes pensèrent que les machines les priveraient de travail et de pain. Or ce n’était pourtant pas le fait des machines mais des mauvais régimes sociaux. &amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;… ainsi qu’un intérêt marqué pour les sciences (un personnage passe un demi-chapitre à raconter une anecdote au sujet de la création d’un caoutchouc hyper-résistant). Pourtant, on devine déjà de quoi sera fait l’œuvre future de l’écrivain polonais, avec en particulier le détournement des poncifs et le motif de l’incommunicabilité. Concernant le premier&amp;nbsp;: Lem oriente son aventure non vers la rouge Mars mais vers Vénus. Et à la différence des auteurs est-allemands, dont les aliens des décennies 50-60 sont souvent bienveillants ou bien à la recherche d’une guidance humaine éclairée, ceux de Lem n’apparaissent pas dotés des meilleures des intentions, et la vérité, révélée dans les ultimes chapitres du roman, est pour le moins triste – le titre français du roman prend alors tout son sens. Par ces aspects-là, &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt; rappelle &lt;strong&gt;Fiasco&lt;/strong&gt;, que Lem publiera quelque trente-cinq ans plus tard (et qu'on relira dans un futur tour d'alphabet).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Premier roman, &lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt; tient plutôt bien la route, plus de soixante ans après sa parution, à condition d’être un brin indulgent. En plus de la description datée de Vénus, l’aspect technique a pris un énorme coup de vieux (la fusée façon Tintin, les calculateurs de bord). Il n’empêche&amp;nbsp;: les déambulations dans les paysages torturés de Vénus valent la lecture, en dépit d’une traduction correcte mais qui mériterait un bon coup de peigne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-film-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-film-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Feu Vénus&lt;/strong&gt; a bénéficié d’une adaptation cinématographique, sous le titre &lt;strong&gt;L’Étoile du silence&lt;/strong&gt; (1960). Cette coproduction germano-polonaise compte au rang des rares films de SF jamais produits par la RDA&amp;nbsp;: la DEFA (Deutsche Film-Aktiengesellschaft) en a, en tout et pour tout, produit quatre. Quatre et demi, disons, si l’on compte &lt;strong&gt;Chemie und Liebe&lt;/strong&gt;, sorti en 1948, un an avant la fondation de la République Démocratique Allemande. Cette considération mise à part, &lt;strong&gt; L’Étoile du silence&lt;/strong&gt; représente le premier véritable film de SF est-allemand.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le long-métrage débute sous la forme d’un exposé, à l’instar du roman, mais se poursuit de manière plus conventionnel par la suite. Les premières minutes commencent mal, le film accumulant les bourdes. Arseniev, le charismatique leader du &lt;em&gt;Cosmocrator&lt;/em&gt;, balance à un parterre de scientifiques cette ahurissante affirmation&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Cependant, nos connaissances sur le sujet ont déjà beaucoup avancé&amp;nbsp;; nous savons que ce vaisseau venait d'une part de notre système solaire, d'autre part d'une planète plus éloignée du Soleil que notre Terre. Attendu qu'aucune forme de vie ne peut exister sur la planète Mercure, la conclusion qui s'impose, conclusion logique, mathématique et astronomique, est que la base de lancement de ce vaisseau ne peut que se trouver sur Vénus, notre étoile polaire. &amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Erreur de doublage ou texte originel inepte&amp;nbsp;? Voilà qui ne donne pas envie de confier sa destinée à un tel astronaute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En dépit d’un début maladroit, que n’arrange pas un doublage français assez catastrophique, &lt;strong&gt;L’Étoile du silence&lt;/strong&gt; finit par gagner en intérêt. On note ainsi la volonté d’avoir un équipage international, avec notamment un Américain (pas rancuniers, les Soviétiques), un Africain et deux Asiatiques, dont une femme&amp;nbsp;: pour l’époque, ça n’est pas si courant, la norme hollywoodienne présentant essentiellement des protagonistes blancs masculins (et des filles pour justifier les passages explicatifs et servir de faire-valoir). Pas de prosélytisme communiste&amp;nbsp;: on nous décrit une Terre globalement en paix – seuls les USA font un peu du boudin dans leur coin, mais bon… (putain de capitalistes&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les meilleurs passages se situent sur Vénus, avec ses paysages sombres et désolés à mêmes de susciter quelque émotion – pour peu que l’on fasse preuve d’indulgence envers les effets spéciaux un brin vieillots. Pour l’époque, ça n’était sûrement pas si mal. L’exploration de la forêt de verre ou de la grotte où s’agite un magma noir demeurent saisissantes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-film-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-film-img1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Arseniev déconne à bloc&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-f-film-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-film-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-film-img2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le Kosmokrator décolle&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-f-film-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-cover-img3.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-film-img3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un équipage international&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-f-film-img3_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-film-img4.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-film-img4.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Charmant paysage vénusien&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-f-film-img4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-f-film-img5.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-f-film-img5.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un magma pas très engageant…&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-f-film-img5_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lem, semble-t-il, n’aurait pas goûté cette adaptation. En dépit de ses défauts, c’est là une curiosité qu’on aurait cependant tort de dédaigner.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: pas tout à fait&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 10 mars 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/14/Journal-d-un-homme-des-bois-10-03-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 10 mars 2016" />
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      <published>2016-03-14T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-14T11:20:14+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160314-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160314-une2.jpg&quot; /&gt;Il y a quelques jours décédait George Martin, le légendaire producteur des Beatles. L'occasion pour Francis Valéry pour revenir sur sa carrière, ainsi que sur deux membres du Jefferson Airplane qui nous ont quittés en janvier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le courant du mois de janvier, j’ai posté &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/22/Journal-d-un-homme-des-bois-19-01-2016&quot;&gt;un billet&lt;/a&gt; qui témoignait de mon effarement face à la succession de décès au sein du monde de la culture. Je n’en ai pas reparlé – ne ressentant pas la nécessité de continuer de plomber l’ambiance. Mais il ne faut pas croire, pour autant, que la grande faucheuse ait, tout soudain, décidé de prendre des vacances.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hier, j’apprenais le décès de George Martin, bien connu pour avoir été le génial producteur des Beatles – et de nombre d’artistes de nos jours quelque peu oubliés mais qui, en leur temps, furent de sérieux rivaux du quatuor de Liverpool, tels les redoutables Gerry and The Pacemakers, autre quatuor également originaire de Liverpool et, tout comme les Fab Four, managé par le tout aussi légendaire Brian Epstein.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On trouve aisément sur Amazon de nombreux enregistrements musicaux de Gerry and The Pacemakers – mais pas le film &lt;em&gt;Ferry Cross The Mersey&lt;/em&gt;, sorti en janvier 1965, réalisé par Jeremy Summers et produit par Brian Epstein et Michael Holden. Ce long métrage emprunte son titre à une chanson de Gerry and The Pacemakers, et ceux-ci en sont les principales vedettes. Le film n’a jamais fait l’objet d’une commercialisation officielle en cassette vidéo ou en DVD, mais comme il a été plusieurs fois diffusé à la télévision britannique, on arrive – en cherchant bien ou en fréquentant le réseau des boutiques spécialisées dans ce genre de raretés illégales – à trouver des DVD pirates. Hélas, il s’agit le plus souvent de simples transferts d’après des enregistrements sur bande, d’une qualité pas toujours très évidente…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160314-gerry.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160314-gerry.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques années, un de mes correspondants en Écosse m’en a trouvé une copie correcte, chez un disquaire de Glasgow. Je ne regrette pas les dix livres que m’a coûté cette rareté ni le temps passé à la visionner – traquer et archiver, c’est un bon début, visionner pour en parler en connaissance de cause, c’est mieux&amp;nbsp;! Mon verdict est sans appel&amp;nbsp;: il s’agit rien moins que d’un petit chef d’œuvre d’humour, bien dans l’esprit des films des &lt;em&gt;Beatles&lt;/em&gt; de la même époque, même si réalisé avec sans doute moins de moyens. Si vous avez l’opportunité de le visionner, allez-y&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160314-jeff2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160314-jeff2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourquoi suis-je en train de parler &lt;em&gt;de&lt;/em&gt; Gerry and The Pacemakers, déjà&amp;nbsp;? Ah oui, parce que George Martin vient de mourir. Ce qui me fait tout soudain penser à d’autres disparitions récentes. En particulier celles, ce même 28 janvier dernier, de Paul Kantner et de Signe Anderson, tous deux nés en 1941 et tous deux membres fondateurs du Jefferson Airplane. Paul Kantner était le guitariste rythmique du groupe et un de ses chanteurs, il aurait eu 75 ans le 17 mars prochain. Signe Anderson était la première chanteuse de l’Airplane. On l’entend sur le premier LP du groupe, &lt;em&gt;Takes Off&lt;/em&gt;, sorti en septembre 1966. Souhaitant se consacrer à sa fille, née quelques mois plus tôt, elle quitte le groupe alors que le succès se profile à l’horizon. Signe Anderson donne son dernier concert au sein du Jefferson Airplane le 15 octobre 1966, au Fillmore Auditorium de San Francisco. Elle aurait eu soixante-quinze ans le 15 septembre prochain.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160314-anderson.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160314-anderson.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160314-kantner.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160314-kantner.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le groupe se produit le lendemain, 16 octobre 1966, dans la même salle mais Signe Anderson est remplacée par Grace Slick, transfuge de The Great Society. Elle apporte avec elle une de ses compositions personnelles, déjà rodée avec Great Society, et qui deviendra emblématique de l’Airplane&amp;nbsp;: &lt;em&gt;White Rabbit&lt;/em&gt;. Le groupe reprendra également un autre titre chanté par Slick dans The Great Society&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Somebody to Love&lt;/em&gt;, composé par son beau-frère Darby Slick, et qui sera un immense succès dans la nouvelle version.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/WANNqr-vcx0?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bon…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ça secoue toujours autant. J’ai du mal à faire avec la disparition de personnes qui ont accompagné mon adolescence de jeune musicien passionné, dont l’écoute aussi assidue qu’analytique m’a littéralement formé, aussi bien à l’apprentissage de la guitare qu’à la manière de composer des chansons, de les harmoniser, de les arranger. À soixante ans, il n’est pas vraiment anormal de devoir faire face à la disparition de mes héros, qui étaient de jeunes adultes alors que j’étais encore un gamin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si ce billet vous donne envie d’aller plus loin, sachez que les cinq premiers albums de Jefferson Airplane ont fait en 2008 l’objet d’une édition en coffret économique – je crois me souvenir l’avoir payé moins de vingt euros, il y a cinq ou six ans&amp;nbsp;; l’immense intérêt vient de la présence de nombreux bonus&amp;nbsp;: versions non censurées, mixages différents, versions live, démos acoustiques, etc. Autre bonne nouvelle&amp;nbsp;: des dizaines de concerts de l’Airplane existent en CD, plus ou moins officiels (disons que les ayant droits laissent faire) dans des enregistrements le plus souvent de très bonne qualité, pris à l’époque en sortie de table de mixage sur des magnétophones professionnels. Ainsi les concerts auxquels je fais allusion sont disponibles sous les titres&amp;nbsp;:&lt;em&gt;Live at The Fillmore Auditorium 10.15.66 Late Show «&amp;nbsp;Signe’s Farewell&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Live at The Fillmore Auditorium 10.16.66 Early and Late Show «&amp;nbsp;Grace’s Debut&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. On les trouve sur Amazon pour une douzaine d’euros chacun. Il s’agit d’éditions limitées, sorties en 2014. Il vaudrait mieux ne pas trop tarder…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>E comme L'Écume de l'aube</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/11/E-comme-L-Ecume-de-l-aube" rel="alternate" type="text/html" title="E comme L'Écume de l'aube" />
      <id>urn:md5:93d6ffe4a4636f98398df919a3c9e7e8</id>
      <published>2016-03-11T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-06-13T15:00:16+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à trois grands personnages de la BD franco-belge, Yoko Tsuno, Valérian et Laureline… dans leurs versions romanesque&amp;nbsp;: avec &lt;strong&gt;L'Écume de l'aube&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Lininil a disparu&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Écume de l’aube, Roger Leloup. Casterman, 1999. 120 pp. GdF.&lt;br /&gt;
Lininil a disparu, Pierre Christin. Mango, 2009. 268 pages, GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Parmi les fleurons que compte la bande dessinée de science-fiction, il y a Yoko Tsuno, la plus asiatique des héroïnes de la BD franco-belge. Ses aventures sont faites d’une science-fiction teintée d’un soupçon de fantastique, tantôt située sur Terre, tantôt dans l’espace, sur la planète Vinéa que peuplent des extraterrestres humanoïdes à la peau bleu clair.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Yoko Tsuno, ce sont vingt-sept bandes dessinées, dessinées par Roger Leloup sur plus de quarante ans de carrière – le dernier tome en date est paru en 2015. Et un unique roman, le présent &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Écume de l’aube&lt;/strong&gt;, sous-titré «&amp;nbsp;La première aventure de Yoko Tsuno&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-e-ecume.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-e-ecume.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soyons précis&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Écume de l’aube&lt;/strong&gt; n’est pas pour autant l’unique roman de Roger Leloup. Il a été suivi par &lt;strong&gt;Le Pic des t&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;énèbres&lt;/strong&gt;, paru quatre ans plus tard, et couronné au passage par un Grand Prix de la Science-Fiction française.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Leloup avait déjà eu l’occasion de se pencher sur le passé de son héroïne dans &lt;em&gt;La Fille du vent &lt;/em&gt;(1979), quatorzième aventure de la série&amp;nbsp;: Yoko revient au Japon lorsqu’un ami de sa famille la prévient que son père se prépare à commettre une folie. Seiko Tsuno, ingénieur, est engagé dans un duel contre Ito Kazuki, ancien collaborateur devenu ennemi. Le deuxième provoque des typhons artificiels, dans le but d’en faire une arme, que le premier s’échine à détruire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-e-filleduvent.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-e-filleduvent.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;ll est difficile de recomposer les premiers souvenirs de la vie. Ils vous apparaissent, le plus souvent, incomplets et indéfinissables, ou sous la forme d’une image dont l’enfance a exagéré l’importance. Tout ce que Yoko connaissait de sa famille, elle l’avait glané à l’écoute des conversations. Les Tsuno n’avaient jamais été très fortunés et si la grande maison, bâtie sur l’éperon rocheux faisant face au couchant, faisait l’envie de la modeste population de l’île du Songe, elle n’était qu’un héritage offert par les générations antérieures à celle du présent.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Écume de l’aube&lt;/strong&gt; entreprend de raconter l’enfance de Yoko, au travers d’une chronique familiale. On y croise ainsi les parents de notre héroïne japonaise, ainsi que son grand-père&amp;nbsp;: vieil homme aigri, celui-ci va se laisser amadouer par la fraîcheur et la vivacité d’esprit de la petite Yoko. Surtout, elle va le convaincre de se relancer dans une entreprise demeurée inachevée&amp;nbsp;: la création d’une perle transparente. Une œuvre ardue, la production d’huîtres perlières s’avérant un labeur long et aléatoire – comme va le comprendre la jeune Yoko, qui devra apprendre la patience, entre autres qualités. Sur la fin du livre, la chronique familiale se teinte de «&amp;nbsp; detective story&amp;nbsp;», et le terme de l’aventure, des années plus tard, verra notre héroïne acquérir les valeurs et les caractéristiques qu’on lui connaît dans la bande dessinée – le respect, l’honnêteté, la patience, un goût immodéré pour l’aventure. De fait, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Écume de l’aube&lt;/strong&gt; ne consiste pas vraiment en &lt;em&gt;une&lt;/em&gt; aventure spécifique d’une jeune Yoko, mais bien en la narration d’un parcours initiatique, façon «&amp;nbsp;origin story&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après un bref prologue un brin surécrit, le style de Roger Leloup dans &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Écume de l’aube&lt;/strong&gt; atteint vite une qualité qui ne varie guère, et l’on prend grand plaisir à suivre les évolutions de la jeune Yoko. Une histoire narrée à la hauteur de la jeune enfant, sans niaiserie. De jolis crayonnés du dessinateur ponctuent le roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-e-ecume-img1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-e-ecume-img2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol3-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-e-ecume-img3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si les BD &lt;em&gt;Yoko Tsuno&lt;/em&gt; demeurent toutes disponibles, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Écume de l’aube&lt;/strong&gt; (tout comme &lt;strong&gt;Le Pic des t&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;énèbres&lt;/strong&gt;) s’avère malheureusement épuisé (on peut le dénicher d’occasion, mais à des prix souvent prohibitifs), dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable &amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;lininil&quot;&gt;Profitons de l’occasion pour écrire quelques mots sur une autre bande dessinée elle aussi adaptée en roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Val&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;érian et Laureline&lt;/strong&gt;. On ne présente plus Valérian, agent spatio-temporel qui, en compagnie de la sublime Laureline, arpente bon nombre de planètes exotiques, à la recherche de Galaxity. En 2009, les aventures de l’irrésistible duo touchaient à leur fin&amp;nbsp;: Christin et Mézières se préparaient à publier &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’OuvreTemps&lt;/strong&gt;, ultime volume de la série censé y apposer un point final.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Lininil a disparu&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-e-lininil.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lininil a disparu&lt;/strong&gt; nous propulse sur Point Central, cet astre artificiel rassemblant des émissaires de chaque peuple de la Galaxie – sauf de la Terre, vue que celle-ci n’existe plus depuis les événements narrés dans le dyptique &lt;strong&gt;Les Spectres d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Inverloch&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Les Foudres d&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Hypsis&lt;/strong&gt;. Le ConSec est confronté à plusieurs problèmes, le premier d’entre eux étant le kidnapping du biprince Lininil, venu de la lointaine et mystérieuse planète Extrêma. Sans oublier des troubles par ici, des trafics par là, et une grève des Zools – les prolétaires de PC. Recommandés au ConSec par les inénarrables Shingouz, Valérian et Laureline vont devoir mettre bon ordre dans tout ce bazar, avant d’enquêter sur la disparition du biprince. Une enquête qui va les emmener sur Paradizaz, où se réunit tout le gratin des ultrariches de la galaxie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lininil a disparu&lt;/strong&gt; s’adresse essentiellement aux aficionados de la série de Christin et Mézières. L’histoire fait de multiples clins d’œil aux aventures passées, en faisant intervenir des personnages bien connus (outre les Shingouz, le transmuteur grognon de Bluxte et des schniarfeurs, on y voit aussi la déesse Kistna de&lt;strong&gt;Sur les fronti&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ères&lt;/strong&gt;, les centaures des &lt;strong&gt;Armes vivantes&lt;/strong&gt;, la triple divinité des &lt;strong&gt;Foudres d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Hypsis&lt;/strong&gt;, le trio Tlocq, Na-Zultra et S’Traks des &lt;strong&gt;Cercles du Pouvoir&lt;/strong&gt;, le Quatuor Mortis et le sultan d’Iksaladam d’ &lt;strong&gt;Otages de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’ultralum&lt;/strong&gt;). Pour qui ne les a pas lues, c’est dommage. Autre point potentiellement ennuyeux, le roman peine à s’intégrer dans la continuité&amp;nbsp;: si Valérian et Laureline reconnaissent S’Traks, le colonel Tlocq et Na-Zultra n’ont aucun souvenir d’avoir croisé le couple dans le quinzième album. Bon, Valérian et Laureline, ayant vécu dans deux réalités (celle où Galaxity existe, et celle où elle a disparu), ne sont pas à un paradoxe près. Quant au biprince, il évoque l’imperoratriz de la série &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Incal&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où ça coince, c’est que Valérian et Laureline, ce n’est pas seulement les scénarios de Christin, ce sont aussi les dessins de Mézières. Dépourvue de ces derniers (hormis la couverture), cette aventure y perd beaucoup. L’histoire est, au mieux, sympathique&amp;nbsp;: ça dénonce les manigances des ultrariches (pour un peu, le roman se lirait de manière complotiste)&amp;nbsp;; un discours certes salutaire, mais amené de manière un peu trop évidente et sans grande subtilité. Par ailleurs, Christin tente de proposer une aventure à la tonalité légère, avec bon nombre de remarques censément amusantes du narrateur et de jeux de mots basés sur la langue française… qui tombent à plat (selon moi). L’humour est certes la chose la moins partagée du monde, et les jeux de mots, dans un contexte où, de toute évidence, personne ne parle français mais plus probablement un idiome future, me hérissent le poil. Ça n’est juste &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; cohérent. (Et pas très drôle, dans le cas présent.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, en fin de compte, &lt;strong&gt;Lininil a disparu&lt;/strong&gt; me paraît constitué un roman assez dispensable, même aux afficionados de «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Val&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;érian et Laureline&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Lisons, relisons, plutôt les BD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 8 mars 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/10/Journal-d-un-homme-des-bois-08-03-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 8 mars 2016" />
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      <published>2016-03-10T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-10T12:29:59+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-une2.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry continue à nous parler de &lt;em&gt;pulps&lt;/em&gt;, et en particulier des &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jack-vance/les-vandales-du-vide&quot;&gt;Vandales du Vide&lt;/a&gt; de Jack Vance (en librairie le 24 mars).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hier, j’ai lu &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=16&amp;amp;t=6492&quot;&gt;la série de commentaires publiés dans le forum de ce site&lt;/a&gt;, à propos de &lt;strong&gt;Vandales du vide&lt;/strong&gt; de Jack Vance et de la nouvelle collection &lt;em&gt;Pulps&lt;/em&gt;. Connaissant un peu ce bon Docteur Durastanti et l’affriolant Oliver Girard, Grand Prêtre du &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, j’en ai conclu que tout ça, c’était juste pour me faire râler et pester contre le flou pas vraiment artistique de toute l’opération, bien en harmonie avec la tendance dominante de ce monde sans mémoire et tout en approximation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?p=45638#p45638&quot;&gt;À un endroit de ses commentaires&lt;/a&gt;, le bon Docteur fait remarquer que &lt;em&gt;Pulp Fiction&lt;/em&gt;, le film de Tarantino, n’a pas grand-chose à voir avec le mot «&amp;nbsp;pulp&amp;nbsp;». Nous lui accordons volontiers la pertinence du commentaire. Mais nous ne résistons pas à lui retourner le compliment&amp;nbsp;: en quoi &lt;strong&gt;Vandals of the Void&lt;/strong&gt; a quelque chose à voir avec les pulps&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/52/54952-w250.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/52/54952-w250.jpg&quot; /&gt;Vandals of the Void&lt;/strong&gt; est ce que les étasuniens appellent un «&amp;nbsp;juvenile&amp;nbsp;», c’est-à-dire un (court) roman écrit spécifiquement pour les adolescents. Il suffit d’ailleurs de le lire pour s’en rendre compte&amp;nbsp;: le héros est un gamin d’une quinzaine d’années originaire de Vénus qui joue au détective de l’espace, suite à des actes de piraterie. Au passage, ça se passe en 1985 et ça offre une vision délicieusement décalée d’un futur dont on nous a privé – enfin, moi je trouve ça rigolo tout plein, kitsch à souhait, plein d’espoir (trahi) en un grandiose avenir qui n’est hélas pas advenu. Mais pas mal de gens trouveront peut-être ce roman niais et sans intérêt, si ce n’est pour les historiens de la culture populaire et les fans au premier degré comme votre serviteur. Eh bien, disons-le tout net et par avance&amp;nbsp;: nous les merdons&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-vandals.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-vandals.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vandals of the Void&lt;/strong&gt; a été publié en 1953, dans une collection de livres de Science-Fiction, essentiellement des romans mais il y a eu au moins une anthologie, titrée &lt;em&gt;Winston SF Series&lt;/em&gt; et lancée au début de l’année précédente. Jack C. Winston était un éditeur basé depuis 1884 à Philadelphie, et il avait également des bureaux à Toronto. La collection est très clairement positionnée sur le créneau «&amp;nbsp;jeunesse&amp;nbsp;». Trente-cinq volumes sont publiés entre 1952 et 1960, année de la fusion de la Winston Company avec deux autres maisons d’éditions, et la création de Holt, Rinehart &amp;amp; Winston. La collection proposera deux titres supplémentaires en 1961 sous cet intitulé éditorial, avant de disparaître.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La &lt;em&gt;Winston SF Series&lt;/em&gt; est justement réputée pour la qualité des textes proposés ainsi que pour l’aspect des volumes&amp;nbsp;: ce sont d’élégants hardcovers, présentés sous des jaquettes souvent superbes. Il faut dire que Winston a fait appel à des écrivains de talent comme Arthur C. Clarke, Chad Oliver, Lester Del Rey, R.F. Jones, Donald A. Wolheim, Poul Anderson ou encore un certain Richard Marsten, pseudonyme de Evan Hunter, bien connu dans le monde de la littérature policière sous le pseudonyme Ed McBain. Quant aux jaquettes et illustrations, elles sont signées des plus grands artistes de l’époque&amp;nbsp;: Ed Emshwiller, Virgil Finlay, Mel Hunter, Paul Orban ou encore Alex Schomburg.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une partie non négligeable de la collection a été traduite par chez nous, au fil du temps. La collection à intitulé variable parue aux Editions Daniber en 1960 est, à l’origine, dédiée aux traductions de chez Winston. Mais plusieurs volumes avaient été traduits avant cela, en particulier au Fleuve Noir Anticipation&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les Îles de l’Espace&lt;/strong&gt; de A.C. Clarke paru en 1954, dans lequel un gamin gagne un concours organisé par une chaîne de télévision et se retrouve sur une station orbitale. Le même éditeur a d'ailleurs publié, la même année, un autre juvenile d'importance&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Sur la planète rouge&lt;/strong&gt; de Paul French (alias Isaac Asimov), premier volume de la série des David «&amp;nbsp;Lucky&amp;nbsp;» Starr. Beaucoup de ces titres ont ensuite été réédités chez Marabout, dans la collection Poche 2000.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-planeterouge.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-planeterouge.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-iles.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-iles.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour une raison inconnue, le roman de Jack Vance – le seul qu’il a publié dans cette collection – avait échappé jusqu’à ce jour aux éditeurs français. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir traduit le moindre de ses fonds de tiroirs, chez Pocket ou ailleurs. Les italiens ont eu plus de chance, puisque &lt;strong&gt;I Vandali delle Spazio&lt;/strong&gt; a figuré dès 1954 dans la célèbre collection &lt;em&gt;I Romanzi di Urania&lt;/em&gt;, sous le numéro 53 et sous une couverture signée C. Caesar, illustrateur bien connu des amateurs de bande dessinée de SF des années 50/60, en particulier sous sa signature de Kurt Caesar.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-vandali.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-vandali.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour en revenir au sujet de ce billet, &lt;strong&gt;Les Vandales du Vide&lt;/strong&gt; de Jack Vance est un court roman bien construit et de bonne facture. Mais il n’en reste pas moins un roman destiné, à l’origine, à des gamins de quinze ans et n’a donc rien à voir avec la SF publiée dans les pulps. De même, d’ailleurs, que pas mal de romans de Robert Heinlein. La plupart de ces romans ont toutefois été publiés, en France, dans des collections de SF généralistes et non comme des œuvres destinées spécifiquement à la jeunesse. Même ceux que Gérard Klein a pris soin de rééditer dans sa collection estampillée jeunesse «&amp;nbsp;L’Âge des Éoiles&amp;nbsp;» étaient parus, il me semble, à l’origine en feuilleton dans &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; (mais je fais là appel à de vieux souvenirs un peu flous). Est-ce un problème&amp;nbsp;? A mon sens, non. Car concernant cette production de SF haute en couleurs de ces années-là, la différence adulte/jeunesse me semble globalement peu pertinente. Ce sont les mêmes auteurs qui exploitent les mêmes thématiques, avec la même écriture et la même autocensure (politique, sexe…). La différence se fait au niveau du point de vue et donc de la capacité du lecteur à se projeter dans les personnages&amp;nbsp;: dans les œuvres explicitement destinées à la jeunesse, le narrateur et/ou le personnage principal est un adolescent et non pas un adulte. Cela fait en définitive peu de différence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Donc si vous aimez Jack Vance ou si vous avez aimé les romans de Heinlein ou la série des David Starr, achetez &lt;strong&gt;Vandales du Vide&lt;/strong&gt;, vous ne serez pas déçus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PS&amp;nbsp;: sur le même sujet, je garde des biscuits pour mon prochain billet dans lequel je montrerai que parler d’une sorte d’esprit soufflant dans la SF des pulps ne repose sur aucune donnée objective et n’a donc pas de sens.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>X-Files : diX épisodes eXtra-ordinaires</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/09/X-Files-diX-episodes-eXtra-ordinaires" rel="alternate" type="text/html" title="X-Files : diX épisodes eXtra-ordinaires" />
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      <published>2016-03-09T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-09T12:11:03+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;La vérité est ailleurs&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-une2.jpg&quot; /&gt;Après s'être intéressé aux &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents&quot;&gt;meilleurs&lt;/a&gt; comme aux &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/03/03/X-Files-diX-episodes-desastreuX&quot;&gt;pires&lt;/a&gt; épisodes des &lt;strong&gt;X-Files&lt;/strong&gt;, l'on se penche dans ce dernier billet sur dix épisodes spéciaux&amp;nbsp;: dix moments où, pour une raison ou pour une autre, la série de Chris Carter &lt;span data-offset-key=&quot;oa7m-0-0&quot;&gt;&lt;span data-text=&quot;true&quot;&gt;s'est amusée à proposer des variations formelles&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fil du temps, une série se permet des audaces, des épisodes sortant de la norme. &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; n’échappe pas à cette règle, et cet article se propose de passer en revue dix épisodes estimés «&amp;nbsp;extraordinaires&amp;nbsp;», car sortant justement de l’ordinaire – monstre de la semaine ou épisode complot –, pour une raison ou pour une autre et quelle que soit leur qualité intrinsèque. De manière assez évidente, les premières saisons sont peu représentées, à l’inverse des saisons 6 et 7, en force.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S04E07.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S04E07 – L’Homme à la cigarette (Musing of a Cigarette-Smoking Man)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I work very hard to keep any president from knowing I even exist.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;L’un des personnages les plus emblématiques des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; est sans conteste cet individu anonyme jamais désigné autrement que par son addiction&amp;nbsp;: l’Homme à la cigarette (Cancer Man en VO). Rien d’étonnant à ce qu’un épisode lui soit entièrement consacré. Un épisode consistant uniquement en le compte rendu biographique que fait Frohike, l’un des trois Lone Gunmen, à Mulder et Scully. L’on apprend ainsi que l’Homme à la cigarette a trempé, de très, très près dans les assassinats de JFK et de Martin Luther King… Et qu’il tenterait, à ses heures perdues, d’entamer une carrière de romancier. Divisé en quatre chapitres, cet épisode montre différents moments-clés de la carrière de notre mystérieux bonhomme. En supposant que rien de tout ça ne soit un ramassis d’élucubrations. Après tout, ce fumeur complotiste est passé maître dans la dissimulation de ses traces, et on sait bien que la vérité est ailleurs… L’épisode n’en reste pas moins un très bon exercice de style, ponctué de clins d’œil. &lt;em&gt;Compagnons de route&lt;/em&gt;, dans la saison 5, tente une approche semblable, centrée sur le père de Fox Mulder, mais avec un succès moindre.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S05E05.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S05E05 – Prométhée post-moderne (The Post-Modern Prometheus)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;It’s alive.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Dans la première image de cet épisode, un livre s’ouvre, à la manière des adaptations de contes par Disney. Mais il s’agit ici d’un comic book… Comme son titre l’indique de manière fort pertinente, ce &lt;em&gt;Prom&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éthée post-moderne&lt;/em&gt; réinterprète le mythe de Frankenstein au prisme des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;, avec un bonheur rare. Soit une petite ville de l’Indiana, où rôde un monstre biface&amp;nbsp;: le Grand Mutato. Insaisissable, même si tout le monde l’a vu au moins une fois – même si certaines femmes prétendent avoir été engrossées par lui. Canular? Abduction extraterrestre&amp;nbsp;? Mulder et Scully mènent l’enquête une nouvelle fois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Filmé en noir et blanc, &lt;em&gt;Prom&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éthée post-moderne&lt;/em&gt; rend hommage au séminal &lt;em&gt;Frankenstein&lt;/em&gt; de James Whale, dont il pastiche le final. Sans oublier un clin d’œil à James Polidori, le médecin personnel de Lord Byron, à qui l’on doit la première histoire de vampire, «&amp;nbsp;Le Vampire&amp;nbsp;» (1819). L’horreur gothique britannique est hybridée ici avec cette aptitude propre aux USA d’avoir des villes peuplées d’hillybillies aux trognes inquiétantes. On pense également au gothique de Tim Burton&amp;nbsp;; la partition de Mark Snow rappelle ici volontiers les œuvres de Danny Elfman pour le réalisateur de &lt;em&gt;Ed Wood&lt;/em&gt;. Sans oublier les chansons de Cher, autour desquelles s’articule l’épisode. Si on dénombre tout de même un mort dans l’intrigue, la tonalité demeure légère, proche du burlesque. Peut-on lui reprocher ses personnages caricaturaux&amp;nbsp;? Non&amp;nbsp;: il s’agit d’une histoire digne d’un &lt;em&gt;comic book&lt;/em&gt;, comme le précise la première image. L’ensemble forme une réjouissante rupture de ton et une indéniable réussite.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S06E03.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S06E03 – Triangle (Triangle)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I can't stay. I gotta get back to history.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Le plan-séquence est un effet immersif, efficace, mais qui relève souvent de l’esbrouffe quand étendu à la durée d’un long-métrage – citons le récent&lt;em&gt;Birdman&lt;/em&gt; en exemple. La saison 6 des X-Files est la plus riche en exercices de style/pastiches, et, après un deuxième épisode sous influence&lt;em&gt;Speed&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Poursuite&lt;/em&gt;), ce troisième, le bien nommé &lt;em&gt;Triangle&lt;/em&gt;, lorgne du côté du huis-clos/plan-séquence d’Alfred Hitchcock, &lt;em&gt;La Corde&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelque part dans le Triangle des Bermudes, Mulder est repêché à bord d’un navire, le &lt;em&gt;Queen Anne&lt;/em&gt;… le 3 septembre 1939. Le navire vient d’être arraisonné par des Nazis, à la recherche du Marteau de Thor.. Non, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/stephane-przybylski/le-marteau-de-thor&quot;&gt;pas ce marteau-ci&lt;/a&gt;, il s’agit d’un scientifique à même de construire une bombe atomique. Curieusement, bon nombre d’individus ressemblent aux contemporains de Mulder. Celui-ci parvient à sauver sa peau grâce à sa nationalité… et sa connaissance de l’histoire. Dans le même temps, Scully remue ciel et terre – la bureaucratie du FBI à tout le moins – pour retrouver son coéquipier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les trente premières minutes (séquence pré-générique et générique exclus) consistent donc en trois plans-séquences&amp;nbsp;: deux à bord des entrailles du navire et un (excellent) dans le labyrinthe des bureaux du FBI. Un joli tour de force, rarement vu sur petit écran (même si, bon, ce sont de faux plans-séquences avec d’adroits raccords). Les dix dernières minutes rompent quelque peu ce principe, mais l’essentiel est là&amp;nbsp;: sur une trame assez classique et pas dénuée d’approximations historiques, Chris Carter nous offre une leçon de réalisation, avec un épisode fluide (osons le terme&amp;nbsp;: virtuose&amp;nbsp;?) et captivant. Pas un seul instant d’ennui dans &lt;em&gt;Triangle&lt;/em&gt; et son aspect quasi-onirique. On pardonnera même à William B. Davis son piètre accent allemand.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S06E06.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S06E06 – Les Amants maudits (How the Ghosts stole Christmas)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Tell me you didn't call me out here on Christmas Eve to go ghost-busting with you.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Après l’esbrouffe de &lt;em&gt;Triangle&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Les Amants maudits&lt;/em&gt; est un autre exercice de style sous contrainte. Non seulement on a là l’unique épisode des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; que l’on pourrait qualifier d’épisode de Noël, mais il s’agit d’un micro-budget. Ici&amp;nbsp;: quatre acteurs en tout et pour tout, et une seule pièce pour l’essentiel du décor.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Adoncques, alors que tout le monde se prépare à réveillonner, voici Mulder qui convoque Scully le soir du 24 décembre afin d’explorer une maison réputée hantée. Naturellement, Scully ne croit pas aux fantômes et voudrait prouver à son coéquipier qu’il se trompe. Mais les deux agents sont confrontés à des phénomènes étranges dans le salon abandonné, dont le moindre n’est pas la découverte de leurs cadavres momifiés. Bientôt, les voilà séparés&amp;nbsp;: c’est l’heure des rencontres avec les spectraux occupants des lieux… A moins que&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En dépit d’une fin un brin convenue, épisode de Noël oblige, &lt;em&gt;Les Amants maudits&lt;/em&gt; s’avère une nouvelle réussite, qui tire le meilleur de ses contraintes budgétaires. Reposant sur l’interprétation impeccable de ses acteurs et des dialogues, tout à la fois drôle et poignant, ce huis-clos met à jour les failles de nos deux agents et fait briller l’affection liant Mulder et Scully.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S06E14.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S06E14 – Lundi (Monday)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;What are you doing here &amp;nbsp;? – Havin' the best day of my life.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Vivre, mourir, recommencer… Le culte &lt;em&gt;Un jour sans fin&lt;/em&gt; a fait de nombreux émules – jusqu’au récent &lt;em&gt;Edge of tomorrow&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; ne s’en est pas privé, avec ce &lt;em&gt;Lundi &lt;/em&gt;— qui revendique cependant moins une filiation avec le classique de Harold Ramis qu’avec &lt;em&gt;Shadow Play&lt;/em&gt;, un épisode de &lt;em&gt;La Quatri&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ème Dimension&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce lundi entre tous, la journée de Mulder débute fort mal&amp;nbsp;: une petite catastrophe domestique l’amène à être retard au bureau et à devoir se rendre à la banque&amp;nbsp;; alors qu’il patiente dans la queue, un déséquilibré fait un braquage. Peu après, Scully débarque, à la recherche de son coéquipier. Dans l’échaufourée, Mulder est blessé par balles. Lorsque la police donne l’assaut, le braqueur fait exploser sa ceinture d’explosif.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce lundi, Fox Mulder commence bien mal sa journée&amp;nbsp;: matelas à eau percé, panne de réveil, téléphone HS… Il doit endosser sa paye mais, alors qu’il fait la queue à la banque, un hold-up a lieu. A la recherche de son coéquipier, Scully pénètre dans la banque. Paniqué, le braqueur tire et blesse mortellement Mulder, avant de faire détonner sa ceinture d’explosif quand les forces de police donnent l’assaut.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce lundi… Seule Pam, la petite amie du braqueur, revit, inexplicablement, la même matinée, qui se termine toujours, quoi qu’elle fasse, par l’explosion de la banque. A moins que Mulder parvienne à se &lt;em&gt;souvenir&lt;/em&gt;, d’une manière ou d’une autre, des événements…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La séquence pré-générique, qui se termine sur la mort de nos protagonistes, fait mouche. Jouant sur les micro-variations, le réalisateur Kim Manners réussit à éviter l’ennui sur le reste de l’épisode. Si les situations se ressemblent, scénario «&amp;nbsp;death and retry&amp;nbsp;» oblige, chaque séquence diffère par ses détails… jusqu’à ce que nos protagonistes parviennent à la résolution. Un épisode solide, qui mise sur l’aspect tragique de la boucle temporelle pour qui est forcé de la (re)vivre.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S06E19.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S06E19 – Le Grand Jour (The Unnatural)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Now what you fail to understand in your joyless myopia is that baseball is the key to life.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Pas de contrainte, pas de pastiche dans cet épisode. La particularité qui lui vaut de figurer dans cette sélection est David Duchovny, son scénariste et réalisateur. Une première, pour l’interprète de Fox Mulder. Et une jolie réussite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Arthur Dales, ancien agent du FBI aperçu dans &lt;em&gt;Compagnons de route&lt;/em&gt; a un frère, également nommé Arthur Dales, qui lui aussi a des choses à raconter à Mulder. En 1947, officier de police à Roswell, Dales décide d’assurer la protection de Josh Exley, excellent joueur de baseball dont la couleur de peau ne sied malheureusement pas à tout le monde. Voyageant avec Exley, Dales se doute bientôt que le sportif, qui a tout pour monter en ligue mais ne fait rien pour, cache un secret…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Manière de conte de fées (car quel crédit apporter au récit d’Arthur Dales&amp;nbsp;?), &lt;em&gt;Le Grand Jour&lt;/em&gt; se lie de manière lâche aux épisodes complots, mais compte surtout au rang des meilleurs de la saison 6 avec son humour et l’indéniable sympathie dont il fait preuve envers ses personnages. Cela, qu’on aime le baseball ou qu’on s’en désintéresse. C’est aussi l’occasion pour &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; d’aborder la thématique du racisme et de la nature humaine&amp;nbsp;: qu’est-ce qui nous rend humain&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au total, David Duchovny a participé au scénario d’une huintaine d’épisodes et en réalisé trois – notamment &lt;em&gt;Hollywood&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Hollywood AD&lt;/em&gt;), l’un des plus réussis d’une saison 7 au demeurant inégale. Dans celui-ci, tout commence avec un film… inspiré des aventures de Mulder et Scully&amp;nbsp;; l’action effectue un flashback de dix-huit mois, et nous montre un scénariste hollywoodien sur les talons de nos deux investigateurs du paranormal, qui enquête sur une explosion dans la crypte d’une cathédrale. Un épisode où la série se met en abîme, pour un résultat réjouissant et un final des plus réussis.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S07E03.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S07E03 – App&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;étit monstre (Hungry)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;But the hunger is always there. And it satisfies it any way it can.»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;La quasi-totalité des épisodes de X-Files suivent un traitement similaires&amp;nbsp;: on suit Mulder et Scully dans leur enquête. Un principe qui connaît quelques rares exception, dont le présent &lt;em&gt;App&lt;/em&gt;&lt;em&gt;étit monstre&lt;/em&gt;. Ce qui lui vaut de figurer dans la présente sélection est sa narration, centrée sur le «&amp;nbsp;monstre de la semaine&amp;nbsp;». En l’occurrence, un banal employé de fastfood. Banal, c’est vite dit&amp;nbsp;: Robert Roberts (c’est son nom) a la fâcheuse tendance à aspirer la cervelle de son prochain, bien qu’il tente de maîtriser ses pulsions. Mais celles-ci deviennent incontrôlables, et les choses de partir en vrille lorsque deux agents du FBI enquêtent sur la disparition d’un client du fastfood.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans cet épisode, Mulder et Scully se voient réduits au rôle de personnags secondaires. Un changement de perspective bienvenu pour un portrait pas dénué de sensibilité. Rob Roberts se révèle un jeune homme bien plus sympathique que les autres «&amp;nbsp;monstres de la semaine&amp;nbsp;», Tooms, le flukeman ou autre être humain qu’une tare transforme en danger mortel pour ses pairs.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S07E04.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S07E04 – Millennium&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;They claimed I was an unfit father, obsessed with conspiracy and the end of the world.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Y aurait-il un «&amp;nbsp;carterverse&amp;nbsp;», un univers dans lequel les différentes créations de Chris Carter coexistent&amp;nbsp;? Trois ans après le début de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;, le showrunner lançait &lt;em&gt;MillenniuM&lt;/em&gt;, série consacrée aux enquêtes de Frank Black, un ancien agent du FBI doté de pouvoirs psychiques et opérant pour le compte d’une organisation occulte. Confronté d’abord à des tueurs en série, il prend conscience de l’émergence du Mal à l’approche du troisième millénaire. Au cours de la deuxième saison, on croise ainsi l’écrivain José Chung (&lt;em&gt;Le Jugement dernier&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;Jose Chung&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Doomsday Defense&lt;/em&gt;]), déjà aperçu dans la troisième saison de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;. Et c’est au cours de la septième saison de &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; que &lt;em&gt;MillenniuM&lt;/em&gt; connaît un véritable dénouement, après son annulation au terme de sa troisième saison.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fin décembre 1999. Mulder et Scully enquêtent sur des pillages de tombes—des tombes d’anciens agents du FBI ayant en commun de s’être suicidé. Il apparaît que ces désacralisations entretiennent un lien avec l’organisation Millennium, dont les buts sont rien moins que nébuleux&amp;nbsp;; nos deux agents de prendre alors contact avec Frank Black, qui vit reclus dans un hôpital psychiatrique…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les angoisses millénaristes, voilà qui remonte à une autre époque – un autre siècle. Ce qui vaut à cet épisode sa présence dans cette sélection, c’est son statut de premier crossover des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; (en attendant &lt;em&gt;N&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’abandonnez jamais&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;Jump the shark&lt;/em&gt;], qui lie le spin-off &lt;em&gt;The Lone Gunmen&lt;/em&gt; à la série-mère). Néanmoins, &lt;em&gt;Millennium&lt;/em&gt; risque fort de ne guère parler à ceux qui n’ont pas vu cette série-là – il s’agit rien de plus qu’un épisode mettant en scène des zombies un peu moches, avec un Frank Black faisant de la figuration. Ha, mais ce qui donne tout son intérêt à ce &lt;em&gt;Millennium&lt;/em&gt;, c’est le baiser entre Mulder et Scully, instant longuement attendu (car non, celui de &lt;em&gt;Triangle&lt;/em&gt; ne compte pas). Maigre consolation.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S07E12.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S07E12 – Peur bleue (X-Cops)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Mulder, have you noticed that we are on television?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Depuis 1989, l’émission de télé-réalité &lt;em&gt;Cops&lt;/em&gt; suit le quotidien de policiers en service, jusqu’à être devenu un élément incontournable du paysage télévisuel américain et une cible de pastiches, comme en témoigne &lt;em&gt;X-Cops&lt;/em&gt; (titre plus cohérent que le titre français). Dans cet épisode, Mulder et Scully deviennent malgré eux protagonistes de l’émission lorsque leur enquête croise le chemin d’un adjoint du shériff du comté de Los Angeles. Quelque chose rôde dans les rues de la mégapole californienne, terrorisant les gens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mine de rien, &lt;em&gt;X-Cops&lt;/em&gt; se révéle un épisode plus malin qu’il n’en a l’air, au-delà de son amusant détournement de &lt;em&gt;Cops&lt;/em&gt; et de son aspect méta-narratif, poussant à s’interroger sur la nature des images montrées lors de telles émissions. D’abord rétifs à apparaître être filmés par les cameramen de &lt;em&gt;Cops&lt;/em&gt;, nos deux agents se prêtent au jeu&amp;nbsp;: pour Mulder, l’enjeu est de pouvoir montrer le surnaturel sur petit écran, si tant est qu’il mette la main sur l’éventuel monstre. Une rupture stylistique très réussie.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-3-S07E17.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S07E17 – Existences (all things)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;You come off so rational. But maybe you know less than you think.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Existences&lt;/em&gt; sort du lot pour la même raison que &lt;em&gt;Le Grand Jour&lt;/em&gt;, à savoir la personnalité de son réalisateur. Après Duchovny, c’est au tour de Gillian Anderson de passer derrière la caméra. Oh, &lt;em&gt;accessoirement&lt;/em&gt;, c’est aussi le seul et unique épisode des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; écrit &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; dirigé par une femme (dans la saison 9, Michelle MacLaren n’a «&amp;nbsp;que&amp;nbsp;» réalisé &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents#amnesie&quot;&gt;Amnésie&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;). En dépit d’une figure féminine aussi réussie que Dana Scully, on ne peut que regretter que l’équipe créative de la série n’ait pas fait preuve de davantage de mixité derrière la caméra.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans cet épisode, Mulder abandonne Scully pour aller guetter l’apparition d’agroglyphes en Angleterre. Restée à Washington, l’agente spéciale retrouve par un concours de circonstance un ancien petit ami, Waterston. Hospitalisé, celui-ci voit son état s’aggraver. Dans le même temps, Scully s’interroge sur les choix qui font une vie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Existences&lt;/em&gt; se concentre essentiellement sur Dana Scully, personnage au background moins fouillé que Mulder, au travers d’une brève crise existentielle traversée par l’agente. Malheureusement, l’épisode peine à convaincre, sans se ranger toutefois dans la catégorie des pires moments de la série ou de cette inégale saison 7. Les portraits sont certes brossés avec sensibilité, mais on peut se montrer moins convaincu par le mysticisme empreignant l’épisode ni par les affèteries de la réalisation (ralentis, focus sur des détails insignifiants).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À noter que &lt;em&gt;En Ami&lt;/em&gt;, quinzième épisode de cette même septième saison, a été écrit (mais pas réalisé) par William B. Davis – un épisode relié au complot, bien naturellement&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;À suivre ?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 7 mars 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/08/Journal-d-un-homme-des-bois-07-03-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 7 mars 2016" />
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      <published>2016-03-08T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-08T13:49:27+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous parle de pulps — en particulier de sa collection personnelle, de celles de la Maison d'Ailleurs, et de la (non)conservation de ces fragiles imprimés…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a trois semaines, j’ai reçu un mail d’Erwann Perchoc me demandant si tout allait bien, vu mon silence sur ce blog. Ah, bon&amp;nbsp;? fis-je. Il s’est donc passé tant de temps que cela depuis mon dernier billet&amp;nbsp;? Ce matin, or donc, profitant d’un petit moment dépourvu de la moindre envie de faire quoi que ce soit d’utile, en somme dans l’état d’esprit idéal pour aller relire les derniers billets postés sur ce blog histoire d’optimiser le coefficient de radotage (j’oublie au fur et à mesure l’essentiel de ce que j’y raconte), je me suis aperçu que, de fait, cela faisait bien un mois et demi que je n’avais donné de nouvelles…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je suis bien conscient de n’avoir manqué à personne – pas même à moi-même (je serais même légèrement fatigué de ma propre présence et de l’obligation, purement physiologique, de cette cohabitation façon siamois de moi avec moi) Mais bon, s’épancher doit être comme une seconde nature chez moi – à moins que cela ne soit la première, qui peut savoir&amp;nbsp;? Alors, épanchons-nous&amp;nbsp;: il en sortira peut-être quelque chose.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’ai commencé par jeter un œil (raisonnablement distrait) sur la page d’accueil des Éditions du Bélial. Tout de go, j’y ai appris (car ne croyez surtout pas que j’en sache davantage que n’importe lequel lecteur de base sur ce qui se trame dans les couloirs de la maison) le prochain lancement d’une collection titrée &lt;em&gt;Pulps&lt;/em&gt; et dirigée par ce bon Docteur Durastanti.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/52/54952-w250.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/52/54952-w250.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De prime abord, cela m’incita à penser que le Bélial’ était en zone de &lt;em&gt;bonne portance&lt;/em&gt; (substantif d’après le verbe &lt;em&gt;bien se porter&lt;/em&gt; n’ayant rien à voir avec l’aéronautique mais ça aurait pu). Voilà donc une deuxième nouvelle collection, après le lancement d’une série de novellas au début de cette année (sauf erreur de ma part, je crois que j’ai vu passer les annonces de parution de déjà quatre volumes) &lt;a id=&quot;_ftnref1&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/03/08/Journal-d-un-homme-des-bois-07-03-2016#_ftn1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De second abord, j’éprouvai comme une petite mais agréable remontée d’acide (je ne parle pas de reflux gastrique mais de mini-réplique suite à l’absorption d’un buvard bleu ou d’une étoile rose, pour les plus de soixante ans qui voient de quoi je parle). Le mot «&amp;nbsp;pulps&amp;nbsp;» éveille en effet toujours un petit quelque chose en moi de singulièrement titillant et volontiers psychédélique, façon picotement sur la langue causé par un cristal de machin chimique en fonte rapide.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour tout avouer – sans me la péter autre mesure pour autant bien que je pourrais – je possède toujours une collection à peu près complète, ou très peu s’en faut, de tous les magazines de SF (et assimilés) parus dans le monde anglo-saxon (Etats-Unis, Grande Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle Zélande) depuis la création d’&lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; tout début 1926 jusqu’aux magazines datés «&amp;nbsp;december 1970&amp;nbsp;» (il faut bien s’arrêter quelque part).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-amazing1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-amazing1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Concernant le «&amp;nbsp;avant &lt;em&gt;Amazing&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», j’ai juste quelques dizaines de magazines (techniquement ce ne sont pas des pulps) gernsbackiens (genre &lt;em&gt;Science &amp;amp; Invention&lt;/em&gt;) ainsi que quelques pulps de la Munsey (je ne les collectionne pas, les choses intéressantes qui y furent publiées ont été rééditées dans des pulps comme &lt;em&gt;Famous Fantastic Mysteries&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Fantastic Novels&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Concernant le «&amp;nbsp;après 1970&amp;nbsp;», j’ai tout revendu il y a déjà quelques années (dix ou quinze&amp;nbsp;?), faute de place et, surtout, d’intérêt esthétique. Je crois me souvenir que c’est, pour l’essentiel, mon bon camarade Laurent Greusard qui m’a acheté à foison des années complètes de &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Analog&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Amazing&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;IASFM&lt;/em&gt;, etc., pour meubler le grenier de l’ancienne école primaire qui lui sert de maison, dans une petit localité vosgienne, bien connue pour la présence en ses murs de ce bon Rodolphe Burger, ancien guitariste-chanteur-fondateur du réjouissant Kat Onoma.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-amazing2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-amazing2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce n’est pas un secret que je suis un grand malade qui a consacré l’essentiel de son temps et de son énergie – ainsi que quasiment tous les revenus tirés de ses diverses activités allant de la musique à l’écriture en passant par la bouquinerie et la muséographie – à monter, au fil des années 1975/2010, une collection de SF qui, à son apogée, compta plus de 40.000 items (livres, revues, bédés…). Depuis une dizaine d’années, je suis en phase déstockage. Le fait de travailler à la Maison d’Ailleurs et d’avoir accès à ses collections, quand j’avais besoin de consulter quelque chose, m’a incité à vendre le «&amp;nbsp;tout venant&amp;nbsp;» de manière directe, et de mettre en dépôt à la MdA (ou échanger) des belles pièces qui manquaient dans la collection originale de Pierre Versins.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-logo-mda2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-logo-mda2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aujourd’hui je ne travaille plus à la Maison d’Ailleurs qui m’a tout soudain remercié, après quatorze ans d’activités en ses murs, le plus souvent de manière anonyme (il faudra bien qu’un jour je donne ma version du «&amp;nbsp;qui a fait quoi&amp;nbsp;» à la Maison d’Ailleurs au cours de ces années, en particulier au cours des dernières…). Mais le fait de ne plus avoir d’accès à toute cette documentation – celle, personnelle, dont je me suis séparée, ou celle stockée à la MdA – s’avère ne pas constituer un véritable problème. Car cet accès m’était indispensable uniquement dans le cadre de mon travail (depuis chez moi) consistant à faire des recherches et à écrire des articles sur la SF littéraire et dessinée, en général pour cette même MdA mais aussi parfois pour des partenaires amis comme &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;N’ayant plus à produire ce type de travaux d’érudition, historiques ou critiques, je découvre – de retour dans le monde réel – que cela ne me manque pas vraiment&amp;nbsp;! Cette page de ma vie ayant été tournée, j’ai la possibilité faire autre chose (quitte à ne plus avoir le moindre revenu de mes travaux d’écriture depuis maintenant dix mois). D’un point de vue d’auteur, de critique et même de lecteur, je n’ai en définitive plus grand-chose à faire de la science-fiction. De un, je n’arrive plus vraiment à écrire des choses porteuses de modernité (ce que je produis est bien trop daté&amp;nbsp;! on dirait du Simak, du Bester, du Sheckley, du Russell, du Heinlein… ça intéresse qui&amp;nbsp;?). De deux, je n’ai plus envie de parler de SF (les auteurs que j’aime n’intéressent plus personne). Et de trois, je n’ai de toutes façons pas les moyens de me payer les livres que j’aurais éventuellement envie de lire, alors&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par contre, en tant &lt;em&gt;qu’expérience esthétique et sensorielle&lt;/em&gt;, je reste littéralement passionné par certains objets de SF pour les émotions qu’ils éveillent en moi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les pulps sont bien entendu au nombre de ces objets – au même titre que les &lt;em&gt;hardcovers&lt;/em&gt; des specialty publishers (Gnome Press, Shasta, Arkham House…), les premiers &lt;em&gt;paperbacks&lt;/em&gt;, les comics DC comme &lt;em&gt;Mystery in Space&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Strange Adventures&lt;/em&gt;, les premières séries TV de SF ou encore les affichettes belges des films SF étasuniens des années 50/60, les cent premiers Fleuve Noir Anticipation, les premières années de la revue &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a donc une sorte de «&amp;nbsp;minimum vital&amp;nbsp;» au sein de mes collections, dont je n’envisage pas – en tout cas pas dans un avenir proche – de me séparer. C’est le cas de ma collection de pulps. Même si j’ai, un temps, fait courir le bruit que je m’en étais séparé, juste pour que les gens arrêtent de me demander des photocopies que je ne veux/peux pas faire (bordel, c’est si difficile à comprendre que ce sont des objets fragiles, agrafés sur le côté, que ça explose quand on les ouvre en grand et que, une fois cela reprécisé, je vis à trente-cinq kilomètres de la première photocopieuse en libre service&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ah, les pulps&amp;nbsp;! Objets de convoitise&amp;nbsp;! Et pourtant, si vous saviez ce qu’en font ceux qui en possèdent…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jacques Sadoul, que j’ai un peu connu et qui avait également une collection de pulps très importante, considérait que ceux-ci devaient être rangés verticalement dans des étagères, comme n’importe quel livre, sans aucune protection particulière, donc à la lumière et à la poussière, et qu’il était normal de balayer régulièrement au pied des étagères les fragments de papier desséché, témoins de leur lente et régulière destruction&amp;nbsp;! Il poussait la chose assez loin en critiquant même de manière acerbe les gens ayant une autre conception de tout cela, en regard de la nécessaire préservation de ce qui est, tout de même, un patrimoine fragile. La seule fois que nous en avons vraiment parlé, j’ai bien senti que Sadoul me trouvait complètement maniaco-débile&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-mda.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-mda.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la MdA, il y a deux collections de pulps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première est forte de seulement quelques centaines de numéros (dont toutefois un très grand nombre de &lt;em&gt;Weird Tales&lt;/em&gt;, mais en mauvais état) récupérés par Versins au fil du temps. Cette collection a longtemps été stockée plus ou moins en vrac sur des étagères de compactus, dans un ancien abri antiatomique logé sous l’ancienne prison d’Yverdon (si, si&amp;nbsp;!). Il y a du tout venant (des piles de &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;…) comme des choses plus rares (deux exemplaires de &lt;em&gt;Amazing Stories&lt;/em&gt; #1, mais un est complètement pourri, des pulps australiens et britanniques, peu fréquents, etc.). Versins n’attachait pas la moindre importance à l’état des livres et revues qu’il «&amp;nbsp;entassait&amp;nbsp;», les considérant uniquement comme des documents à utiliser dans le cadre de ses recherches et de l’écriture de l’&lt;em&gt;Encyclopédie&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce n’est pas un secret de rappeler que le conservateur qui lui a succédé, Roger Gaillard, préférait de loin l’événementiel, comme on dit, à la bonne conservation des collections&amp;nbsp;! De toutes façons, il était avant tout intéressé par la BD – comme en témoignent plusieurs expositions qu’il réalisa dont une très belle sur Artima. Ainsi, j’ai une fois vu ce qu’il restait d’une collection des premiers Fleuve Noir Anticipation, récupérée sans doute suite à un don, dans un état absolument neuf&amp;nbsp;: dos rebondis sans marque de lecture, couvertures légèrement débordantes, sans la moindre usure et ayant le lustre de la sortie d’imprimerie… Vraiment magnifiques, comme on n’en voit jamais. Hélas, cette collection avait été littéralement massacrée&amp;nbsp;: coups de tampon à l’intérieur des volumes, collage d’une large étiquette avec un code en bas du dos et débordant sur les couvertures&amp;nbsp;! À peine déballée, partant du principe que la MdA possédait déjà une série de Fleuve Noir Anticipation, cette collection admirable avait été ainsi «&amp;nbsp;préparée&amp;nbsp;» et déposée à la bibliothèque municipale d’Yverdon pour enrichir leur fond de SF au prêt… sans que personne n’ait le réflexe préalable de tout simplement &lt;em&gt;comparer&lt;/em&gt; cette collection, avec celle du fond Versins (dans un état infiniment moins bon), histoire de garder les plus beaux. La MdA est tout de même un musée, merde&amp;nbsp;! Mais non, tout le monde s’en foutait. Le genre de choses qui, moi, me donne mal aux tripes&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sous Patrick Gyger, conservateur suivant, une seconde collection de pulps, celle-là très prestigieuse et quasi complète, dans un état de conservation exceptionnel, a été acquise (une petite fortune) auprès d’un collectionneur étasunien. Actuellement, sous la direction de l’équipe mise en place après le départ de Patrick Gyger, parti officier au Lieu Unique, à Nantes, cette collection «&amp;nbsp;luxe&amp;nbsp;» est exposée, en rangs d’oignons, sans protection individuelle, dans des bibliothèques &lt;em&gt;ouvertes&lt;/em&gt; – puisque les «&amp;nbsp;portes&amp;nbsp;» consistent en un grillage très large… du coup, les gamins ne se privent pas d’y passer leurs petits doigts pour repousser au fond les pulps ou gratouiller les dos… De plus, comme plusieurs dizaines de pulps sont exposés en permanence, par roulement, dans des vitrines à plat au centre de la salle, il y a des trous dans les rangs d’oignons et les pulps ont tendance à se vriller. Force est de constater que la Maison d’Ailleurs n’estime vraiment pas avoir une mission de «&amp;nbsp;conservation&amp;nbsp;» au sens qu’a ce mot pour la plupart des musées&amp;nbsp;! Son principe de fonctionnement est bien plutôt de «&amp;nbsp;montrer des choses&amp;nbsp;» aux visiteurs. Un principe respectable en soi, mais peu judicieux quant il s’applique à des pulps dont l’état se dégrade très rapidement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’actuel directeur, Marc Atallah, n’a absolument pas une âme de collectionneur – une composante qui n’a pourtant rien de honteux dans la personnalité d’un directeur de musée et que j’estime même indispensable, à dose raisonnable – et il semble ne rien partager des émotions esthétiques que ressentent les gens comme moi (et comme nombre de fans&amp;nbsp;!) face à certains objets de SF. Marc Atallah est un intellectuel brillant qui considère que la SF est un formidable outil pour donner à réfléchir quant à la condition humaine – et certainement pas le véhicule du fameux «&amp;nbsp;sense of wonder&amp;nbsp;», expression d’ailleurs littéralement interdite d’usage à la MdA. J’ai souvent eu l’impression qu’aux yeux de Marc Atallah, seules les personnes issues du monde de l’Université, et pour la plupart ayant découvert la SF bien plus tard qu’au cours de leur enfance, étaient capables de tenir un discours pertinent et légitime sur celle-ci – les autres amateurs de SF étant des «&amp;nbsp;fans&amp;nbsp;» plus ou moins idiots et incultes, justes capables de dresser des listes d’œuvres, connaissant certes tout mais ne comprenant en fait rien. Il est clair que Marc Atallah n’aime pas la SF comme l’aiment les gens qui sont tombés dedans au cours de leur enfance et ont, par là même, découvert quelque chose qui, au fil des années, a fini par donner un sens à leur vie. Il l’aime autrement&amp;nbsp;! Et loin de moi l’idée de lui contester ce droit et cette différence. Simplement, cette posture transparaît dans la manière avec laquelle sont traités les «&amp;nbsp;objets&amp;nbsp;» qui constituent les collections. Un seul exemple&amp;nbsp;: alors que la bibliothèque secondaire (ouvrages sur la SF) est stockée dans les bureaux mêmes – grâce à des acquisitions récentes et suivies, il s’agit d’ailleurs d’un fond remarquable même si la composante intellectualisante/universitaire est privilégiée – le fond de fanzines anciens, dont des publications étasuniennes et britanniques absolument rarissimes, avec les premiers travaux très pointus sur le genre, est entassé dans un coin du compactus (il l’était à ma dernière visite).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Patric Gyger avait considérablement accru la visibilité de la MdA. Marc Atallah a poursuivi dans cette voie et en a fait une institution de premier plan, ce qui est une bonne chose en soi. Mais au risque de fâcher quelques personnes avec lesquelles j’ai pourtant eu beaucoup de plaisir à travailler, pendant toutes ces années, je ne suis pas certain que l’actuelle MdA se situe dans la continuité de la vision de Pierre Versins pour qui «&amp;nbsp;sense of wonder&amp;nbsp;» n’était pas un gros mot ni une expression réservée aux débiles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, tout cela pour dire que bien peu de gens – dans le monde de la SF – éprouvent cet amour et ce profond respect qui sont les miens pour les pulps en tant «&amp;nbsp;qu’objets&amp;nbsp;». En ce qui me concerne, je m’efforce de conserver ma collection au mieux – peut-être aussi parce que je suis conscient des sacrifices qu’il m’a fallu consentir pour la réunir. Mes pulps sont glissés individuellement dans des poches de conservation muséale en papier translucide (genre ancien papier fleuriste mais sans acide), et rangés à plat dans des petites boites en carton également désacidifié, par semestres ou années complètes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le soin que j’apporte à cette collection ne la soustrait pas à la Loi de l’Impermanence&amp;nbsp;: mes pulps finiront en poussière&amp;nbsp;! Mais au moins, je tente de les maintenir le plus longtemps possible dans le meilleur état possible. Est-ce vraiment ridicule à ce point&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160308-weirdtales1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160308-weirdtales1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div&gt;&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a id=&quot;_ftn1&quot; title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/03/08/Journal-d-un-homme-des-bois-07-03-2016#_ftnref1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Exact…&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
      
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      <title>D comme The Diary of Nathan Adler</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/07/D-comme-The-Diary-of-Nathan-Adler" rel="alternate" type="text/html" title="D comme The Diary of Nathan Adler" />
      <id>urn:md5:bb9522394b16d980a493df33fa614321</id>
      <published>2016-03-07T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-07T12:50:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on feuillette le livret de &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt;, l'un des albums les plus étranges que David Bowie ait jamais conçu, premier volet d'un «&amp;nbsp;hypercycle gothique non-linéaire&amp;nbsp;» demeuré inachevé…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;1. Outside, David Bowie (BMG, 1995). 19 morceaux, 74 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;David Bowie rules&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-nathan.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;My name is Nathan Adler, or Detective Professor Adler in my circuit. I'm attached to the division of Art-Crime Inc., the recently instigated corporation funded by an endowment from the Arts Protectorate of London, it being felt that the investigation of art-crimes was in itself inseparable from other forms of expression and therefore worthy of support from this significant body.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;La collaboration entre Brian Eno – alias le non-musicien le plus doué de sa génération – et David Bowie – alias le chanteur le plus influent de la second moitié du XXe siècle – a donné la fameuse trilogie berlinoise à la fin des années 70&amp;nbsp;: les impeccables &lt;strong&gt;Low&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/strong&gt;, mêlant pop-songs et expérimentations, et le plus bancal &lt;strong&gt;Lodger&lt;/strong&gt;. Quinze ans après ce dernier volet de cette trilogie, qui n’a au demeurant de berlinoise que son nom, &lt;strong&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/strong&gt; seul ayant été enregistré entièrement à Berlin-Ouest, les deux artistes se sont retrouvés pour une nouvelle collaboration&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt;, le premier volet d’un projet envisagé par Bowie comme «&amp;nbsp;a nonlinear Gothic drama hypercycle&amp;nbsp;». Rien que ça&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;David Bowie rules&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-outside.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Impossible de faire plus clair, ce &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt; est un album-concept, lequel concept apparaît notamment dans le livret accompagnant le disque&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Diary of Nathan Adler&amp;nbsp;». L’album ne forme en aucun la bande originale du livret, les deux sont deux œuvres qui se complètent. Dans&lt;a href=&quot;http://www.rollingstone.com/music/albumreviews/outside-19951019&quot;&gt;sa critique&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.rollingstone.com/music/albumreviews/outside-19951019&quot;&gt;de l’album&lt;/a&gt;, le magazine &lt;em&gt;Rolling Stone&lt;/em&gt; qualifiait l’intrigue sous-tendant &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt; de «&amp;nbsp;Sam Spade meets &lt;strong&gt;Neuromancer&lt;/strong&gt; via &lt;strong&gt;Naked Lunch&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Voilà qui laisse rêveur…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;David Bowie rules&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-baby.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;It was precisely 5.47am on the morning of Friday 31 of December 1999 that a dark spirited pluralist began the dissection of 14-year-old &quot;Baby Grace Blue&quot;.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Le journal commence par une introduction goûteuse à souhait&amp;nbsp;: le meurtre rituel de Baby Grace Blue, raconté par Nathan Adler, détective-professeur à Art-Crime Inc., une firme soutenue par le Protectorat des Arts de Londres. Adler, nouvel avatar de Bowie – incidemment, tous deux partagent la même année de naissance. Dans ce monde-là, les arts – et le &lt;em&gt;body art&lt;/em&gt; en particulier – semblent avoir acquis une importance considérable. Hypercycle non-linéaire&amp;nbsp;: l’adjectif trouve sa justification dans la narration, qui bascule entre différentes époques – la matinée du 31 décembre 1999, 1994, 1977 — et différents lieux – New York, Berlin. Le texte, assez bref (quelque douze mille signes) se termine sur un frustrant «&amp;nbsp;To be continued…?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-page1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;David Bowie rules&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-d-page1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Difficile d’en dire plus, faute de savoir où l’histoire devait mener. En l’état, ce sont juste des bribes, posant personnages et bouts d’intrigue, qui s’achèvent sans conclusion. On a pu voir Eno &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/17/A-comme-Une-Annee-aux-apprendices-gonfles&quot;&gt;auteur de &lt;em&gt;short short stories&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, et il s’avère plaisant de voir Bowie, que l’on savait déjà amateur de SF depuis «&amp;nbsp;Space Oddity&amp;nbsp;», fan du roman &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; (qui sera lointainement adapté sur l’album &lt;strong&gt;Diamond Dogs&lt;/strong&gt;), se frotter de nouveaux aux mauvais genres sous l’angle de la fiction. Il plane sur ces quelques pages une ambiance millénariste, malsaine, teintée d’autobiographie, avec une jolie ambiance très nineties, rehaussée par les affreux collages photoshopés qui ornent le livret (on pense à du Dave McKean en culottes courtes).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;David Bowie rules&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-deranged.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Malgré de vagues annonces dans la foulée de la sortie du disque, Bowie n’a donné aucune suite à &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt;, et les volumes suivants de cet hypercycle, quatre au total (&lt;strong&gt;2. Contamination&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;3. Afrikaan &lt;/strong&gt;étaient les titres envisagés), à la parution supposée s’échelonner jusqu’à l’an 2000, n’ont jamais vu le jour. De fait, l’album suivant, &lt;strong&gt;Earthling&lt;/strong&gt; (1997), a été une incursion, fort réjouissante au demeurant, dans la &lt;em&gt;jungle&lt;/em&gt;, et la suite a vu Bowie passé à d’autres projets, enterrant pour de bon cet «&amp;nbsp;Hypercycle gothique non-linéaire&amp;nbsp;» (malgré des rumeurs sur la possible sortie de chutes de studio). Quelques temps avant son décès, Bowie caressait toutefois l’idée d’une nouvelle collaboration avec Brian Eno.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;David Bowie rules&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-heart.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;It was definitely murder – but was it art?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Quant à l’album lui-même, c’est un demi-ratage. Ou une demi-réussite, c’est selon. De la menaçante introduction «&amp;nbsp;Leon Takes Us Outside&amp;nbsp;» au jazzy «&amp;nbsp;The Motel&amp;nbsp;», c’est un quasi sans-faute&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The Heart’s Filthy Lesson&amp;nbsp;» est un monument de déviance, illustré par l’un des clips les plus malsains jamais présentés par Bowie – l’inspiration &lt;em&gt;body art&lt;/em&gt; –&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;A Small Plot of Land&amp;nbsp;» est une cauchemardesque montée en puissance&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Hallo Spaceboy&amp;nbsp;» est joliment féroce, et l’on oubliera le pâle remix des Pet Shop Boys présent sur la plupart des compilations et best-ofs. La suite, jamais désagréable, est plus inégale&amp;nbsp;: pour un monstrueux «&amp;nbsp;The Voyeur of Utter Destruction (As Beauty)&amp;nbsp;», on récolte d’un pénible «&amp;nbsp;We Prick You»&amp;nbsp;; pour un immortel «&amp;nbsp;I’m Deranged&amp;nbsp;», on oublie le peu mémorable «&amp;nbsp;Wishful Beginnings&amp;nbsp;», et «&amp;nbsp;Thru This Architect’s Eyes&amp;nbsp;» est un piètre final, heureusement contrebalancé par un «&amp;nbsp;Strangers When We Meet&amp;nbsp;», tiré de la BO &lt;strong&gt;Buddha of Suburbia&lt;/strong&gt; et venant conclure le disque.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/lVgk7wYeZHw?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans son journal, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/17/A-comme-Une-Annee-aux-apprendices-gonfles&quot;&gt; &lt;strong&gt;Une Année aux appendices gonflés&lt;/strong&gt; &lt;/a&gt; , Brian Eno donne son ressenti sur l’enregistrement d’&lt;strong&gt;1. Outside &lt;/strong&gt;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Quand [David] est en forme, il est vraiment en forme. Peut-être devrais-je accepter le fait qu’il est chasseur et moi pasteur – il rôle aux environs pendant longtemps puis bondit pour la curée, tandis que je parviens à des résultats par des processus plus lents, semi-agricoles. Ça semble marcher chaque fois que nous respectons ces règles. Parfois j’aimerais qu’il me laisse complètement ma part des choses – de cette façon nous pourrions arriver à des structures claires, aérées, qui pourraient soutenir les orgies de chaos évocateurs qu’il affronte avec tant de succès (i.e. 6B et 6H).&amp;nbsp;» Brian Eno, &lt;strong&gt;Une ann&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ée aux appendices gonflés&lt;/strong&gt;, entrée du 17/01&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;De fait, &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt; souffre quelque peu d’une dualité mal équilibrée&amp;nbsp;: un côté atmosphérique-glauque co-existant à côté de morceaux plus rythmés. Un déséquilibre que l’on retrouve dans la genèse du projet. À l’origine, il y a une longue jam, entre David Bowie, Brian Eno et les autres musiciens (le pianiste Mike Garson, le batteur Sterling Campbell, le guitariste Reeves Gabrels et le multi-instrumentiste Erdal Kızılçay)&amp;nbsp;; il en a émergé trois heures et demi de musique (parfois plus, suivant les sources), en tous cas de quoi constituer un double album – une moitié atmosphérique, une moitié plus vive –, que la maison de disques de Bowie aurait refusé, jugeant la chose trop peu commerciale. &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt; serait issu du retravail de cette jam. La jam en question, on peut en entendre des fragments, notamment sur le disque d’&lt;em&gt;outtakes&lt;/em&gt; – les prises et éléments non-conservés — intitulé &lt;strong&gt;Something Really Fishy&lt;/strong&gt;. La qualité audio est déplorable, mais au milieu du magma sonore surnagent les bouts de ce qui donnera les chansons du disque définitif&amp;nbsp;; on notera en particulier la longue et terrifiante impro «&amp;nbsp;I Am With Name / Hide Me / We Creep Together Part I&amp;nbsp;», qui, au fil de ses quelque vingt-deux minutes, contient bon nombre de fragments d’&lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt; et de pistes demeurées inexplorées. La chasse aux informations sur la suite de &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt; et aux &lt;em&gt;outtakes&lt;/em&gt; s’avère un jeu forcément insatisfaisant et frustrant, rien de solide, d’officiel ou d’une qualité suffisante ne venant corroborer cet ensemble incertain de morceaux encore bruts. ( &lt;a href=&quot;http://https/avantgardisme.wordpress.com/tag/the-1-outside-outtakes/&quot;&gt;Plus de détails et d’hypothèses par là.&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;David Bowie rules&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-d-leon.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Me rends compte que peut-être le disque de Scott Walker pourrait occuper une bonne part du territoire de David. Si c’est le cas, celui-ci ne sortira pas le sien et avec le temps, de plus en plus de choses seront peu à peu grignotées, ou submergées sous des additions ultérieures.&amp;nbsp;» Brian Eno, &lt;strong&gt;Une Année aux appendices gonflés&lt;/strong&gt;, entrée du 11/04&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Orgie de chaos évocateurs&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;1. Outside&lt;/strong&gt; et son complément écrit «&amp;nbsp;The Diary of Nathan Adler&amp;nbsp;» aboutissent à un résultat plus qu’honorable, et demeurent le disque le plus intéressant et le plus ambitieux que Bowie a sorti au cours de la décennie 90 (même si&lt;strong&gt;Earthling&lt;/strong&gt; est très bien en son genre), qui n’a nullement à rougir face au &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt;&lt;strong&gt;Tilt&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Scott Walker ni au &lt;strong&gt;Downward Spiral&lt;/strong&gt; de Nine Inch Nails – une parenté certaine existe, ces trois albums explorant à divers degrés de semblables territoires d’inquiétude. Encore une fois&amp;nbsp;: regrets éternels que le projet n’ait été poursuivi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>X-Files : diX épisodes désastreuX</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/03/X-Files-diX-episodes-desastreuX" rel="alternate" type="text/html" title="X-Files : diX épisodes désastreuX" />
      <id>urn:md5:598fe5fb052a618df9400e11896ae26e</id>
      <published>2016-03-03T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-01-25T22:30:49+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;xfiles-2-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;« I wanted to believe… that this episode was a good one.&amp;nbsp;» Les &lt;strong&gt;X-Files&lt;/strong&gt;, c'est du bon voire du &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents&quot;&gt;très bon&lt;/a&gt;… mais pas toujours. Au fil de ses &lt;s&gt;neuf&lt;/s&gt; dix saisons, la série de Chris Carter s'est parfois lamentablement plantée. Qui aime bien châtie bien&amp;nbsp;: voici un florilège du médiocre et du désastreux…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est impossible de conserver un niveau de qualité égal, surtout sur dix saisons et plus de deux cents épisodes. Dans la masse, certains se distinguent par leur indécrottable nullité. Dans ce billet, on tâchera de ne pas trop accabler les saisons 6 à 10, moins réussies dans l’ensemble que les cinq premières — qui contiennent aussi leur part de médiocrité. Le fait que la sélection ne contiennent pas d’épisodes provenant des saisons 1, 4 ou 6 ne signifie pas que ces saisons soient dépourvues de ratages… juste de ratages moins spectaculaires que les ci-présents.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S02E18.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;S02E18 – Parole de singe (Fearful Symmetry)&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;You think that these animals were taken aboard some spaceship?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tout commence lorsqu’un éléphant invisible piétine tout sur son passage. Échappé d’un zoo de manière inexplicable, le pachyderme est retrouvé (visible) mort des kilomètres plus loin. Mulder et Scully mène l’enquête, cherchent des responsables du côté de l’équipe du zoo – en difficulté financière – ou d’activistes prônant la libération des animaux. Chose plus surprenante, aucun des pensionnaires n’a pu mener une grossesse à son terme… La vérité viendrait-elle (une nouvelle fois) d’ailleurs&amp;nbsp;? Genre d’outre-espace&amp;nbsp;?…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les épisodes à base d’animaux sont toujours risqués, et celui-ci n’échappe pas au ridicule. Passé la séquence pré-générique, pas trop dégueulasse, &lt;em&gt;Parole de singe&lt;/em&gt; s’enfonce dans la médiocrité. Sur le fond, le message est valable (protégeons la faune sauvage), mais l’explication apportée par Mulder (des kidnappeurs d’outre-espace) fait gentiment ricaner, avec son lot d’incohérences internes (si les aliens sont capables de kidnapper des animaux, pourquoi ne parviennent-ils pas à les remettre en place incognito). Surtout, l’intrigue ne décolle jamais, l’épisode se contentant d’être une simple et longuette scène d’exposition.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S03E06.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S03E06 – Meurtres sur internet (2Shy)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;From a dry skin sample, you’re concluding that he’s a fat-sucking vampire?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le cadavre méconnaissable d’une femme est découvert dans une voiture. Méconnaissable, car paraissant liquéfié par des sucs gastriques… Le plus étonnant est l’apparente réduction de masse corporelle de la victime&amp;nbsp;: dotée, vivante, d’un léger embonpoint, la voici toute fine une fois morte. Lors de leur enquête, Mulder et Scully s’intéressent au fait que cette femme entretenait une correspondance sur un site de rencontre avec un certain 2shy, qui semblait parler si bien à son cœur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté des créatures mythiques, qu’il s’agisse de vampires, loups-garou ou chupacabra, &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; a rarement brillé. Côté vampirique justement &amp;nbsp;: entre &lt;em&gt;3&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Meurtres sur internet&lt;/em&gt;, lequel est le pire&amp;nbsp;? Les deux mettent en scène la figure du vampire, avec un bonheur bien moindre que dans &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents#bad-blood&quot;&gt;Le Shériff a les dents longues&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;3&lt;/em&gt; où Mulder s’amourache d’une vampire, n’est pas bien terrible, mais &lt;em&gt;Meurtres sur internet&lt;/em&gt; est probablement plus mauvais encore. Quoique tout ne soit pas intégralement raté&amp;nbsp;: ce vampire qui se nourrit des aspirations amoureuses de femmes fragiles est intéressant&amp;nbsp;; le fait qu’il doive s’abreuver de graisse humaine tend carrément vers le ridicule (et on préféra regarder une nouvelle fois &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents#tooms&quot;&gt;Compressions&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;). Plus agaçant encore est cette énième déclinaison du «&amp;nbsp;oh, danger technologie&amp;nbsp;», magnifié par le stupide titre français. Bon, on échappe à l’ordinateur tueur, c’est déjà ça – mais c’est peu.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S03E18.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S03E18 – Malédiction (Teso Dos Bichos)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;More rats, Scully.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lors de fouilles archéologiques en Equateur, le squelette d’une &lt;em&gt;amaru&lt;/em&gt;, une femme chaman est mis à jour. Une aubaine pour le musée diligentant les fouilles. En dépit des avertissements des Indiens, le squelette est ramené aux USA. Mais les morts commencent à s’accumuler, à commencer par les archéologues – l’un est tué par un jaguar, l’autre disparaît en laissent derrière lui une mare de sang. Mulder et Scully mènent l’enquête, et sont confrontés à des hordes de rats ainsi qu’à des chats particulièrement agressifs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En matière de films et de séries, il est bien connu qu’il ne fait pas bon toucher aux affaires des morts, surtout lorsqu’il s’agit d’Indiens&amp;nbsp;: une thématique vue et revue, remontant au moins à &lt;em&gt;Amytiville&lt;/em&gt;. Ce &lt;em&gt;Malédiction&lt;/em&gt; accumule les poncifs de la même manière que l’on fait un collier de perle. Le compositeur Mark Snow ne fait pas des merveilles, se sentant obligé d’inclure une inévitable flûte andaise dans sa partition vu qu’il est question de chamanisme amérindien&amp;nbsp;; Duchovny et Anderson paraissent désintéressés de l’intrigue, et, à lire les commentaires, toute l’équipe des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; a grosso modo détesté cet épisode. En fin de compte, la seule chose que réussit à faire &lt;em&gt;Malédiction&lt;/em&gt; est de produire un ennui tenace.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S05E09.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S05E09 – Schizogénie (Schizogeny)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Talk about puttin’ down roots. &amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un adolescent, du genre boutonneux rebelle, est soupçonné du meurtre de son beau-père, et se défend mollement des accusations. Se serait-il vengé, suite à des abus&amp;nbsp;? Mulder et Scully, pas convaincus de sa culpabilité, poussent l’investigation du côté de sa psychiatre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas grand-chose ne fonctionne dans &lt;em&gt;Schizogénie&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le portrait des adolescents est affreusement caricatural («&amp;nbsp;Gné, je suis un ado rebelle boutonneux pas coopératif qui écoute du gros rock et joue à des jeux vidéo&amp;nbsp;»), le vieux jardinier, façon «&amp;nbsp;esprit de la forêt&amp;nbsp;» va et vient selon ce qui arrange le scénario, la référence à &lt;em&gt;Psychose&lt;/em&gt; échoue à provoquer le moindre sentiment de sidération. Et puis… bon, l’idée d’arbres tueurs n’est pas mauvaise en soi, juste ridicule sur le papier mais exploitable, sous réserve d’un bon scénario – ce qui n’est clairement pas le cas ici. &lt;em&gt;Schizogénie&lt;/em&gt; est l’un des pires épisodes de la saison 5, et l’un des plus faibles en général.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S06E16.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S06E16 – Entre chien et loup (Alpha)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Dog gone. Dog gone. Doggone? – Yeah, I got it.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un collectionneur fait venir de Chine un chien d’une race réputée disparue. Problème&amp;nbsp;: à l’arrivée en Californie, la bestiole a joué les filles de l’air, laissant deux cadavres derrière elle. Un troisième ne tarde pas à suivre. Une experte en comportement canins prévient Mulder de l’affaire, sans toutefois se montrer totalement claire à son sujet. Mais le collectionneur non plus ne s’avère pas non plus très coopératif. Par le plus grand des hasards, cet individu louche aurait-il des choses à cacher&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oh, mais s’agirait-il d’une nouvelle histoire de loup-garou&amp;nbsp;? Hélas… Déjà, &lt;em&gt;Métamorphoses&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Shapes&lt;/em&gt;) dans la première saison montrait que les X-Files sont jamais aussi peu convaincants que lorsque les scénaristes s’attaquent à des mythes du genre loups-garous/vampires (cf. &lt;em&gt;Meurtres sur Internet&lt;/em&gt; plus haut). Au bout de la énième scène «&amp;nbsp;chien aux yeux orange luminescent qui montre les dents avant de bondir sur sa victime&amp;nbsp;», on commence à en avoir &lt;em&gt;un peu&lt;/em&gt; marre. Quel dommage que l’essentiel de l’épisode consiste en de telles scènes. On appréciera enfin le titre français, un brin à côté de la plaque.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S07E13.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;matreya&quot;&gt;&lt;strong&gt;S07E13 – Matreya (First Person Shooter)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;This is my game.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Saviez-vous que Stephen King avait co-écrit un épisode pour &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Il s’agit de &lt;em&gt;Chinga&lt;/em&gt;, dixième épisode de la saison 5, et c’est une histoire de poupée tueuse très oubliable. King s’en sort indéniablement mieux avec les romans et nouvelles qu’avec les scripts. Mais saviez-vous que William Gibson – oui, &lt;em&gt;le&lt;/em&gt; Gibson de &lt;strong&gt;Neuromancien&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Identification des schémas &lt;/strong&gt;— avait co-écrit avec Tom Maddox (pionnier du cyberpunk ayant omis de concrétiser) deux épisodes pour la série&amp;nbsp;? Le présent &lt;em&gt;Matreya&lt;/em&gt;, et &lt;em&gt;Kill Switch&lt;/em&gt; (onzième épisode de la saison 5). Deux ratages. &lt;em&gt;Kill Switch&lt;/em&gt; et son énième histoire d’IA tueuse brillait par son absence de qualités, mais Matreya est encore pire. Comment le pape du cyberpunk a pu se fourvoyer à ce point dans cette intrigue débile décrédibilisant les jeux vidéos&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire nous montre Mulder et Scully enquêtant sur un jeu vidéo, titré (ironiquement&amp;nbsp;?) &lt;em&gt;First Person Shooter&lt;/em&gt;. Ce jeu de tir subjectif, en réalité virtuelle, a la fâcheuse tendance à tuer ses joueurs, par l’intermédiaire d’un PNJ, sorte de Lara Croft équipée d’une grosse épée et nommée Matreya.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De manière générale, &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; se plante dès qu’il est question de nouvelles technologies. IA tueuses, machines hantées… le résultat n’est jamais concluant. Et le présent &lt;em&gt;Matreya&lt;/em&gt;, qui semble considérer concepteurs de jeux et joueurs comme des post-ados imbibés de testostérone, s’avère pour le moins navrant.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S07E20.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;doubles&quot;&gt;&lt;strong&gt;S07E20 – Doubles (Fight Club)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;You know what they say. Everyone has a twin out there somewhere.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;À Kansas City, deux femmes identiques se suivent et se poursuivent, semant le chaos sur leur passage – quand elles sont en présence, tous les gens à proximité se découvrent l’étrange tendance à vouloir cogner son prochain. Ces deux femmes entretiennent une passion amoureuse envers un même catcheur, sorte de nounours décati au bout du rouleau. Mulder et Scully se retrouvent à enquêter à leur sujet…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Soyons honnête, cet épisode ne commence pas &lt;em&gt;si&lt;/em&gt; mal. On s’attend à un nouvel épisode «&amp;nbsp;méta&amp;nbsp;», lorsqu’on croise ces doubles de Mulder et Scully&amp;nbsp;; espoirs déçus, l’intrigue s’intéressant en fin de compte à des personnages ratés. De fait, tout est raté&amp;nbsp;: l’actrice jouant les deux sœurs interprète son double rôle comme un seul&amp;nbsp;; Duchovny et Anderson paraissent s’en ficher&amp;nbsp;; Mark Snow nous inflige une partition digne des pires heures des Eighties… et puis&amp;nbsp;: le vieux papa colérique qui transmet génétiquement son irascibilité&amp;nbsp;?? Si le titre français ne laisse aucune place à l’ambiguité (pour ne rien changer), il n’en est rien avec l’original&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Fight Club&lt;/em&gt;. Voulait-on sauver cet épisode avec un malentendu destiné à le rapprocher du film éponyme de David Fincher sorti l’année d’avant&amp;nbsp;? L’unique règle de cet épisode devrait être&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il est interdit d’en parler.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S08E10.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S08E10 – À l’intérieur (Badlaa)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;The man sitting here may not be the man sitting here.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De retour d’un voyage en Inde, un homme d’affaire ventripotent est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel. Problème&amp;nbsp;: il serait en réalité déjà décédé avant d’avoir embarqué. Et quelque chose serait &lt;em&gt;sorti&lt;/em&gt; de son corps… Scully et son nouveau partenaire, l’agent Doggett, mènent l’enquête.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Même si le fond de l’histoire se veut social et dénonciateur de certaines pratiques – cf. la catastrophe de Bhopal –, rien ne tient la route dans &lt;em&gt;A l’intérieur&lt;/em&gt;. Ce fakir nain vindicatif, à la vengeance aveugle et qui se dissimule aux USA sous l’apparence d’un concierge mutique, s’avère plus ridicule qu’autre chose, en plus d’être extrêmement embarrassant comme bon nombre d’autres éléments de l’épisode&amp;nbsp;: les deux gamins qui veulent piéger le fakir, Scully qui tente non sans mal de suivre les pas de Mulder en l’absence de ce dernier, les incohérences du scénario… L’un des pires moments de la saison 8, déjà pas avare en épisodes médiocres.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S09E20.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S09E19-20 – La vérité est ici, 1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; et 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; parties (The Truth/The Truth II)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I’m putting the truth on trial. – What truth&amp;nbsp;? Whose truth&amp;nbsp;? You think these men will even hear it&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tout ça pour ça&amp;nbsp;?&lt;/em&gt; C’est l’impression qui prédomine à la fin de ce double épisode final (enfin, &lt;em&gt;final&lt;/em&gt; pendant une quinzaine d’années). Tout commence avec Fox Mulder, qui s’invite inopinément dans la visite du fort de Mount Weather, destiné à abriter le gouvernement américain en cas d’attaque sur le territoire. L’agent du FBI y découvre &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; vérité sur le complot, les aliens, tout ça, avant d’être repéré par un super-soldat, qu’il tue. Mis aux arrêts par les militaires, il est bientôt jugé par un tribunal exceptionnel constitué de membres du FBI. Pour assurer sa défense, il peut compter sur l’assistant-directeur Skinner, qui va faire comparaître de nombreux proches de l’agent&amp;nbsp;: Scully, Dogget, Reyes… Mais comment se défendre efficacement quand les preuves tendent à disparaître&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après une longue mise en place, l’essentiel de ce double épisode se focalise sur le procès à huis-clos de Mulder – c’est l’occasion de revoir bon nombre d’anciens visages de la série, pour un exercice un brin nostalgique. Quant au procès, il sert surtout de résumé à l’ensemble de l’arc narratif complotiste… qui montre ici ses limites. Sûrement demeurait-il plus intéressant dans la pénombre. Rien de génial, et un virage en eau de boudin dans les dernières vingt minutes&amp;nbsp;: certains personnages changent brutalement d’allégeances, certains morts ne le sont plus en fin de compte… En matière de conclusion, &lt;em&gt;La vérité est ici&lt;/em&gt; se révèle peu satisfaisant. Au lieu d’apporter un véritable dénouement, l’épisode élève mollement les enjeux, en présentant un horizon d’attente qui ne sera jamais atteint, l’annulation de la série l’en empêchant. Quant à la saison 10, elle y répondra… à sa manière, avec le double épisode introductif-et-final-à-la-fois &lt;em&gt;My Struggle&lt;/em&gt;, qui conclut ce palmarès du médiocre et du raté.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-2-S10E01.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S10E01+E06 – La vérité est ailleurs, 1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; et 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; parties (My Struggle I &amp;amp; II)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;It makes no sense.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quatorze ans après la fermeture des X-Files, Mulder est recontacté par Walter Skinner via Dana Scully. L’assistant-directeur souhaite qu’il rencontre Tad O’Malley, un influent youtubeur conspirationniste. Celui-ci veut lui présenter Sveta, une jeune femme qui prétend avoir été enlevée par des aliens. Mais Mulder en arrive à douter de tout ce en quoi il voulait croire&amp;nbsp;: toutes ces histoires de complots aliens ne seraient-ils que du vent face à un complot plus grand encore&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En tant qu’épisode introductif d’une nouvelle saison quatorze ans après la dernière en date, &lt;em&gt;My Struggle I&lt;/em&gt; laisse un petit goût de ratage. Forcément, les attentes étaient élevées – sûrement trop. À trop vouloir brasser de thèmes, l’intrigue va trop vite, laissant une impression de gloubi-boulga confus. Les saisons 8 et 9 sont par endroit allègrement piétinée (pas que ces deux saisons soient particulièrement réussies, mais de là nier leur existence, il y a un pas), avec une Scully redevenue inexplicablement l’incrédule qu’elle était au début. Malgré la joie que l’on éprouve à retrouver nos protagonistes, Gillian Anderson est inexpressive au possible (à peine si elle hausse un sourcil de temps à autre) et David Duchovny marmonne dans sa barbe. Les épisodes suivants de cette saison 10 relèvent le niveau – en particulier &lt;em&gt;Mulder and Scully meet the Were-Monster&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Home Again&lt;/em&gt; –, en saupoudrant les «&amp;nbsp;monstres de la semaine&amp;nbsp;» d’un soupçon de complot. Las&amp;nbsp;! &lt;em&gt;Babylon&lt;/em&gt;, pénultième épisode à base de terroristes musulmans, s’avère au mieux embarrassant (en dépit de la présence sympathique des agents Miller et Einstein, avatars jeunots de nos deux héros), et &lt;em&gt;My Struggle II&lt;/em&gt; achève d’enfoncer le clou. Tandis que Mulder se balade d’un côté de cette intrigue bancale, Scully gesticule de l’autre en répétant les mots «&amp;nbsp;alien DNA&amp;nbsp;» comme une sorte de baguette magique. On voudrait y croire, mais… pfff… Et que dire de la fin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au bout du compte, les trois plus mauvais épisodes de cette inégale saison 10 (ce qui en représente la moitié…) portent tous la signature de Chris Carter, ce qui ne rend pas le spectateur forcément confiant quant à la saison 11 qui ne manquera pas de suivre.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À suivre…&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L'Auberge verte</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/03/01/L-Auberge-verte" rel="alternate" type="text/html" title="L'Auberge verte" />
      <id>urn:md5:fecf58fad2c4338db73293401653bff9</id>
      <published>2016-03-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-04-01T11:01:45+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Jacques Abeille</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;abeille-auberge-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/abeille-auberge-une.jpg&quot; /&gt;En ce mois de mars, les éditions du Tripode parachèvent leur travail de (re)publication de Jacques Abeille, auteur d'une œuvre singulière, aussi minérale que magnétique&amp;nbsp;: le «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2012/09/01/Voyage-dans-les-Contrees&quot;&gt;Cycle des Contrées&lt;/a&gt;&amp;nbsp;». Pour célébrer cet événement, nous vous invitons à faire un détour du côté de l'&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jacques-abeille/l-auberge-verte&quot;&gt;Auberge verte&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, où Ludovic Lindien, jeune ethnologue parti en quête de son père et protagoniste du recueil &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jacques-abeille/l-auberge-verte&quot;&gt;Les Voyages du fils&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, passera une nuit qui changera sa vie…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.belial.fr/jacques-abeille/&quot;&gt;Jacques Abeille&lt;/a&gt;, extraite du recueil &lt;a href=&quot;http://le-tripode.net/livre/jacques-abeille/les-voyages-du-fils&quot;&gt;&lt;strong&gt;Les Voyages du fils&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, réédité au Tripode en mars 2016, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jacques-abeille/l-auberge-verte&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; au 31 mars 2016. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;L'Auberge verte&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/abeille-auberge-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ruins of Dalballoch - The Empty Glen&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/&quot;&gt;CC BY 2.0&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/summonedbyfells/6946260607/&quot;&gt;Summonedbyfells&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>X-Files : diX épisodes eXcellents</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/25/X-Files-diX-episodes-eXcellents" rel="alternate" type="text/html" title="X-Files : diX épisodes eXcellents" />
      <id>urn:md5:196a08c750d7ade86d5dc1fae844665f</id>
      <published>2016-02-25T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2018-01-25T22:31:59+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;xfiles-1-une2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Le retour de &lt;strong&gt;X-Files&lt;/strong&gt;, série-culte des 90's s'il en est, au travers d'une dixième saison, vaut bien le coup qu'on s'y arrête, le temps de quelques billets. L'on commence dans un premier temps par une sélection, forcément partiale et partielle, des dix meilleurs épisodes de la série de Chris Carter…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fil de ses deux cents et quelques épisodes, la série-culte de Chris Carter a connu différents moments de gloire, au sein d’une production d’une relative bonne qualité – du moins dans les premières saisons. À l’occasion de la diffusion de la toute nouvelle saison des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;, ce billet se propose de passer en revue quelques-uns des meilleurs épisodes de la série. Un choix forcément très subjectif, qui fait la part belle aux épisodes «&amp;nbsp;monster of the week&amp;nbsp;» et à l’aspect méta.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S01E01.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S01E01 – Nous ne sommes pas seuls (Pilot)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;It was incredible.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Mars 1992. La jeune Dana Scully, fraîche émoulue de la formation FBI, est chargée par ses supérieurs de travailler en tandem avex Fox «&amp;nbsp;Spooky&amp;nbsp;» Mulder dans le département des X-Files. Le but officieux de la manœuvre n’est autre que d’enquêter sur l’agent, brillant analyste féru de théories sur les extraterrestres. Pour leur première enquête, Mulder et Scully se rendent à Bellefleur, Oregon, où une série de morts suspectes frappent certains jeunes. Sur place, les deux agents vivent quelques événements étranges, inexplicables par la science. Ils doivent également faire face à l’hostilité des locaux, ainsi qu’à la tendance agaçante des preuves à disparaître.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qualifier cet épisode pilote d’excellent est sûrement un brin exagéré&amp;nbsp;: le trait y est souvent sans grande finesse, avec Scully et Mulder arqueboutés sur leurs convictions, des personnages secondaires sans grande profondeur, trop d’heureuses coïncidences et de coins d’ombre pas élucidé. Et pourtant… Il contient à peu près tout ce qui fera le sel de la suite, avec son ambiance sombre et paranoïaque, l’ombre du début du commencement de la tension amoureuse entre nos deux héros, et en particulier concernant l’arc narratif complotiste&amp;nbsp;: l’Homme à la cigarette nous fait grâce de sa mutique présence, le complot se dessine, on se questionne sur l’éventualité d’une présence extraterrestre sur Terre… L’ensemble finit par emporter l’adhésion, et c’est là un début plus que prometteur.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S01E03.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;tooms&quot;&gt;&lt;strong&gt;S01E03 – Compression (Squeeze)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;That vent is 6 inches by about 18. Even if a Reticulan could crawl through, it’s screwed in place.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tout commence lorsqu’un émule de Donald Trump est assassiné, façon meurtre en chambre close, et son foie arraché. Voilà qui est fâcheux&amp;nbsp;; ce qui l’est davantage, c’est qu’il s’agit du troisième meurtre de la sorte. L’agent Tom Colton demande de l’aide à Scully, et Mulder d’y mettre son grain de sel. Après tout, ce dernier est censément spécialiste des tueurs en série, et l’affaire présente semble bien être un tel cas. En effectuant des recherches, Mulder découvre que de semblables crimes ont été commis par le passé, à trente ans d’intervalles à chaque fois…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après deux épisodes «&amp;nbsp;complot&amp;nbsp;», voici le premier épisode «&amp;nbsp;monster of the week&amp;nbsp;» des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Compression&lt;/em&gt; se distingue par une atmosphère poisseuse à souhait, ainsi qu’un vilain particulièrement répugnant… qui n’a néanmoins rien de manichéen. Un monstre que l’on reverra un peu plus tard au cours de la saison, dans l’épisode &lt;em&gt;Tooms&lt;/em&gt;. Au cours des saisons ultérieures, X-Files nous présentera toute une belle brochette de monstres en tous genres, mais l’inaugural Tooms reste l’un des plus adorablement dégueulasse. Cette réflexion sur la monstruosité montre également nos deux héros en porte-à-faux avec leurs collègues et la hiérarchie, ce qui deviendra une constante&amp;nbsp;; ici, Scully se retrouve bien vite confrontée à un choix&amp;nbsp;: favoriser sa carrière ou rester loyale au département où on l’a reléguée.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S02E16.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S02E16-17 – La Colonie, 1re et 2e parties (Colony/Endgame)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;What happened to &quot;trust no one&quot;, Mulder. – I changed it to &quot;trust everyone&quot;. I didn’t tell you?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Tout commence avec un Fox Mulder en état d’hypothermie, convoyé aux urgences. Lorsque Scully débarque en catastrophe, c’est pour annoncer qu’il ne faut surtout pas tenter de le réchauffer&amp;nbsp;: cela le tuerait. Pourquoi&amp;nbsp;? L’intrigue a débuté deux semaines plus tôt, quand les deux agents enquêtent sur la mort suspecte de trois individus absolument identiques. Des clones&amp;nbsp;? S’il y en a d’autres, il faut les protéger. D’autant qu’un individu polymorphe et quasi-invulnérable les traque. Et voilà que ressurgit Samantha, la sœur de Mulder, disparue vingt-deux ans auparavant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parmi les épisodes «&amp;nbsp;complots&amp;nbsp;», ceux des premières saisons comptent sans le moindre doute au rang des meilleurs. &lt;em&gt;Les Hybrides&lt;/em&gt; dans la saison 1, le diptyque &lt;em&gt;Duane Barry&lt;/em&gt; dans la saison 2, le triptyque à cheval entre les saisons 2 et 3 (&lt;em&gt;Anasazi&lt;/em&gt;/&lt;em&gt;Le Chemin de la bénédiction&lt;/em&gt;/ &lt;em&gt;Opération Presse-Papiers&lt;/em&gt;)… Par la suite, la qualité baissera, avec des doubles épisodes «&amp;nbsp;complots&amp;nbsp;» systématiquement bancals&amp;nbsp;: une bonne première partie, une deuxième moitié ratée. Joliment structuré, avec un excellent cliffhanger à la fin de la première partie, &lt;em&gt;La Colonie&lt;/em&gt; mêle avec un bonheur rare les éléments-clefs de l’arc narratif complotiste (la présence d’extraterrestres, la sœur de Mulder), et introduit le terrifiant chasseur de prime.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S03E04.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;clyde&quot;&gt;&lt;strong&gt;S03E04 – Voyance par procuration (Clyde Bruckman’s Final Repose)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;So alright. How do I die&amp;nbsp;? – You don’t. &amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans une petite ville du Minnesota, un tueur en série semble s’attaquer aux voyants, cartomanciens et autres diseurs de bonne aventure. Mulder et Scully sont dépêchés sur les lieux, pour se voir aussitôt mis à l’écart, la faute au Stupéfiant Yappi, un médium pour le moins allumé. Mais Mulder, d’autant plus sceptique qu’il voudrait croire, rencontre un vieil homme qui semble réellement capable de voir l’avenir&amp;nbsp;: Clyde Bruckman, vendeur d’assurances-vie, individu tourmenté par son don et son incapacité à enrayer l’inévitable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Se distinguant par son ton étonnament sombre (mais loin d’être dénué d’humour pour autant), cet épisode se focalise moins sur l’enquête proprement dite que sur le portrait de Clyde Bruckman – interprété par un Peter Boyle qui remportera un Emmy Award pour sa touchante prestation. Grincheux, acariâtre, hanté par un sentiment d’inexorable fatalité, son personnage complexe crève l’écran. L’épisode aborde avec intelligence différentes thématiques&amp;nbsp;: le libre arbitre et la mort, et se montre impeccable de bout en bout, jusqu’à son émouvant final. Ce n’est pas pour rien que, depuis sa sortie en octobre 1995, &lt;em&gt;Voyance par procuration&lt;/em&gt; compte au nombre des épisodes favoris.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S03E20.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;chung&quot;&gt;&lt;strong&gt;S03E20 – Le Seigneur du magma (Jose Chung’s From Outer Space)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I know how crazy this is gonna sound, but… &amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Voilà Dana Scully interviewée, dans le réduit bordélique qui constitue son bureau et celui de Mulder, par Jose Chung, auteur de polars que son éditeur a chargé d’écrire un livre sur les phénomènes inexpliqués. Scully évoque ainsi une affaire en particulier&amp;nbsp;: deux jeunes gens, qui affirment avoir été enlevés par des extraterrestres. Si Mulder est convaincu qu’il y a anguille sous roche, Scully demeure sceptique. Mais les témoignages varient, et si tout mène à la conclusion d’un canular, la vérité reste ailleurs…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comment déconstruire les &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? En un épisode, Darin Morgan (déjà scénariste de l’excellent &lt;em&gt;Voyance par procuration&lt;/em&gt;) montre la méthode, en basant son scénario sur des narrateurs non-fiables et la retranscription de mêmes événements selon différents points de vue. L’épisode mélange avec bonheur théories du complot, aliens, «&amp;nbsp;hommes en noir&amp;nbsp;»… &lt;em&gt;Le Seigneur du magma&lt;/em&gt; forme une véritable rupture stylistique avec tous les précédents épisodes&amp;nbsp;: un indispensable contrepied, à l’aspect méta des plus réjouissants, sans lequel les &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; auraient risqué de trop se prendre au sérieux. (À noter que Jose Chung fera une seconde apparition dans «&amp;nbsp;Jose Chung’s Doomsday Defense&amp;nbsp;», neuvième épisode de la saison 2 de &lt;em&gt;Millennium&lt;/em&gt;, une autre de séries pilotées par Chris Carter.)&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S04E02.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S0402 – La Meute (Home)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;They raise and breed their own stock, if you get my meaning…&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un bébé difforme est trouvé, enterré, dans un champ de Home, charmante et tranquille petite bourgade de Pennsylvanie. Une maison se dresse non loin, habité par trois frères reclus, restés coincés à l’époque de la Guerre de Sécession. Scully suppose que les frangins retiennent la mère prisonnière, et l’exploration de la baraque, en l’absence de ses propriétaires, donne une moisson d’indices suffisamment accablantes pour arrêter la fratrie. Mais Mulder et Scully ne sont pas au bout de leurs surprises…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour à l’épouvante pure avec &lt;em&gt;La Meute&lt;/em&gt;. Certes, on pourra lui trouver des airs de ressemblance avec des films comme &lt;em&gt;Massacre à la tronçonneuse&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;La colline a des yeux&lt;/em&gt;, mais ces histoires de dégénérés sont toujours dotées d’un efficace potentiel horrifique. Sous cet aspect-là, cet épisode est une réussite&amp;nbsp;: la campagne pennsylvanienne ensoleillée contraste durement avec l’intérieur sordide de la maison, dont l’exploration par Mulder et Scully procure moult frissons. Le modèle de la famille nucléaire américaine se voit perverti dans cet épisode, probablement le plus sombre, glauque, dérangeant de tous les &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S05E12.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;bad-blood&quot;&gt;&lt;strong&gt;S0512 – Le shériff a les dents longues (Bad Blood)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Why would a vampire need fake fangs?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Un jeune homme court dans les bois en appelant au secours, poursuivi par une silhouette sombre. Quand cette dernière le rattrape, c’est pour lui planter un pieu dans le cœur. L’apprenti Van Helsing en question s’avère n’être autre que Mulder, pourchassant un vampire… doté de crocs en plastique. Une splendide bévue, non&amp;nbsp;? En attendant de présenter leur rapport à l’AD Skinner, Mulder et Scully décident d’accorder leurs violons et passent en revue leurs versions respectives des événements.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans &lt;em&gt;Le Seigneur du magma&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Le shériff a les dents longues&lt;/em&gt; (un titre au demeurant trop révélateur) repose sur le principe du narrateur non-fiable – à cette différence que ce sont nos deux enquêteurs les narrateurs en question. L’épisode présente d’abord la version des faits de Scully, puis celle de Mulder&amp;nbsp;: l’occasion réjouissante de voir la perception que l’un a de l’autre. Les &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; s’étaient déjà attaqué au mythe du vampire, au travers de deux épisodes &amp;nbsp;: &lt;em&gt;3&lt;/em&gt; dans la saison 2 et &lt;em&gt;2Shy&lt;/em&gt; dans la saison 3, pour des résultats rien moins que convaincants – on y reviendra dans le prochain billet consacré aux &lt;em&gt;mauvais&lt;/em&gt; épisodes de la série. Ici, c’est l’inverse, avec une réflexion sur la nature du vampire au vu des innombrables folklores relatifs à cette créature.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S06E21.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;strong&gt;S06E21 – Spores (Field Trip)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;What if we’re being digested, right now?&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On retrouve les ossements parfaitement nettoyés d’un couple dans un champ. Ce qui motive l’intervention de Mulder et Scully, ce sont les données temporelles&amp;nbsp;: le couple n’était porté disparu que depuis trois jours. Pour Mulder, aucun doute&amp;nbsp;: des ovnis sont en cause&amp;nbsp;; Scully penche plutôt pour le meurtre rituel. Tandis qu’elle étudie les os, Mulder part sur le terrain. Dans une grotte, quelle n’est pas sa surprise de retrouver l’un des deux membres du couple, qui affirme que sa compagne a été enlevée par des aliens. Tout semble conforter la thèse de l’agent&amp;nbsp;; même Scully est prête à y croire. Mais pourquoi ces ossements… La vérité serait-elle ici&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À nouveau, on regrettera le titre français, trop révélateur. De fait, trop en dire au sujet de &lt;em&gt;Field Trip&lt;/em&gt; gâcherait le plaisir procuré par la vision de cet épisode surprenant. Ce qui débute comme une nouvelle pièce à apporter au complot, qui donne subitement raison à toutes les thèses ufologiques de Mulder, vire peu à peu au cauchemar, avec un premier et douloureux twist scénaristique à mi-épisode. Philip K. Dick n’est pas loin. Certains placent le «&amp;nbsp;monstre de la semaine&amp;nbsp;» au rang des plus ridicules jamais rencontrés par notre duo d’agents&amp;nbsp;; pour notre part, on estime au contraire qu’il s’agit d’un excellent épisode d’une saison 6 qui alterne le très bon avec le très moyen.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S09E07.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;amnesie&quot;&gt;&lt;strong&gt;S09E07 – Amnésie (John Doe)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;You don’t know me. – You don’t know you.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Lorsque l’agent Dogget reprend conscience dans ce hangar, il ne sait plus qui il est ni ce qu’il fait là. Seule certitude&amp;nbsp;: il est quelque part au Mexique. Dépourvu de la moindre pièce d’identité, il atterrit rapidement en prison, et se retrouve contraint de travailler pour Domingo, sous-fifre de l’un des cartels de drogue. Dans le même temps, les agents Scully et Reyes s’inquiètent de la disparition de leur collègue, mais se heurtent à leur hiérarchie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Second épisode des &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; réalisé par une femme&amp;nbsp;: Michelle MacLaren, qui s’est illustrée par la suite en tant que productrice exécutive de &lt;em&gt;Breaking Bad&lt;/em&gt;. Le premier, on y reviendra dans un prochain billet. Les épisodes des saisons 8 et 9 se distinguent peu par leurs qualités, mais, au milieu de ce marasme de relative médiocrité, surnagent quelques bonnes surprises, tel ce &lt;em&gt;Amnésie&lt;/em&gt;. Une réalisation nerveuse, une ambiance réussie, avec ses couleurs saturées, ses décors usés – ça n’est pas exactement une carte postale du Mexique, décrit ici comme un pays corrompu, en proie aux cartels. L’accent se porte ici sur l’agent Doggett, que l’on découvre plus mal en point que jamais. Suscitant un attachement peu coutumier, il parvient même à faire oublier la quasi-absence de Scully.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nous ne sommes pas seuls&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/xfiles-1-S10E03.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;weremonster&quot;&gt;&lt;strong&gt;S10E03 – Rencontre d'un drôle de type (Mulder and Scully meet the Were-Monster)&lt;/strong&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Since we've been away, much of the unexplained has been explained.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Après une éclipse de quatorze ans (huit, si l’on compte le film &lt;em&gt;X-Files&amp;nbsp;: Regénération&lt;/em&gt;), voici donc nos deux agents spéciaux favoris réinstaurés dans leurs anciennes fonctions. Alors que, avec un brin d’amertume, Mulder constate qu’une bonne part des mystères ont trouvé des explications logiques, voilà qu’un monstre, un vrai, aurait été aperçu en Oregon. La créature, en admettant sa réalité, aurait tout de même égorgé trois personnes. Sur place, Mulder et Scully se lancent à sa chasse, et découvrent que le monstre n’est pas exactement celui qu’ils croyaient…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Troisième épisode de la toute récente dixième saison, &lt;em&gt;Mulder and Scully meet the Were-Monster&lt;/em&gt; signe le retour de Darin Morgan, déjà responsable des excellents &lt;em&gt;Voyance par procuration&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Seigneur du magma&lt;/em&gt; (mais nous nous répétons). Pas de faux suspense&amp;nbsp;: c’est là un très bon épisode, après un début de saison poussif et une suite décevante. Malgré son titre, il ne s’agit pas d’une histoire de loup-garou (on verra dans le prochain billet de cette série que &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; reste à la peine quand il s’agit de mettre en scène les monstres classiques). Enfin, pas vraiment. S’il n’y a pas de loup dans cette histoire, un garou y figure bien. Plein d’humour, &lt;em&gt;Mulder and Scully…&lt;/em&gt; voit D. Morgan s’amuser avec le principe des narrateurs (potentiellement) non-fiables, auquel s’ajoutent bon nombre de références x-filiennes qui raviront les fans. La réflexion sur le monstre qui sommeille en chacun de nous, thème certes un brin galvaudé, prend ici une nouvelle dimension, des plus réjouissantes. Aussi drôle que satirique, un très bon moment.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/02/25/blog.belial.fr/post/2016/03/03/X-Files-diX-episodes-desastreuX&quot;&gt;À suivre…&lt;/a&gt;&lt;/h4&gt;</content>
      
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      <title>C comme Les Conspirateurs du plaisir</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/22/C-comme-Les-Conspirateurs-du-plaisir" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Les Conspirateurs du plaisir" />
      <id>urn:md5:0b39d369a8ca1a0375973821832e0ec8</id>
      <published>2016-02-22T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-02-22T19:03:52+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-une.jpg&quot; /&gt;Après les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/23/J-comme-Jabberwocky&quot;&gt;courts-métrages&lt;/a&gt;, et les films &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt;Alice&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/09/F-comme-Faust&quot;&gt;Faust&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, continuons notre exploration des œuvres du cinéaste tchèque Jan Švankmajer avec &lt;strong&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/strong&gt;, son troisième film et premier scénario entièrement original. Une réflexion ironique sur nos obsessions et l'opposition entre principe de plaisir et les normes sociales…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Conspirateurs du plaisir [Spiklenci slasti], Jan Švankmajer, 1996. 82 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;On avait laissé Jan Švankmajer avec &lt;strong&gt;Faust&lt;/strong&gt;, deuxième long-métrage et deuxième adaptation. Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt;&lt;strong&gt;Alice&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, revisitation inquiétante du roman de Lewis Carroll et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/09/F-comme-Faust&quot;&gt;&lt;strong&gt;Faust&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, réinterprétation du mythe popularisé par Goethe, on pouvait se demander ce à quoi le réalisateur s’attaquerait par la suite…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Deux ans après &lt;strong&gt;Faust&lt;/strong&gt;, Švankmajer est donc revenu avec, non pas une nouvelle adaptation d’un texte littéraire, mais un scénario original&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/strong&gt;, qui cite comme «&amp;nbsp;conseillers techniques&amp;nbsp;» des gens comme le marquis de Sade, Leopold de Sacher-Masoch, Sigmund Freud ou encore Luis Buñuel. Et de quoi ça parle&amp;nbsp;? Grosso modo, de masturbation. Attention, rien de graveleux ou de pornographique—on ne verra aucune quéquette, aucun bout de début de téton—, Švankmajer est plus subtil que ça. Plus dérangeant aussi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-c-poster_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le film nous présente six protagonistes, aux trajectoires croisées. Il y a ce vendeur de journaux, qui bricole des circuits électroniques quand il est seul dans sa boutique, et qui est fasciné par la présentratrice du journal télé. Quant à celle-ci, elle éprouve un goût immodéré envers les poissons. Son policier de mari arpente les rues de Prague, à la recherche d’objets divers – des objets qui piquent, des objets qui caressent. Des rues également parcourues par cette postière, qui aime se cacher dans les recoins en bas des cages d’escalier des immeubles où elle distribue le courrier, afin de creuser ses miches de pain et de façonner des boulettes de mie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Surtout, il y a M. Pivonka, qui achète volontiers des revues pornographiques – mais &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; pour les lire d’une seule main, ses achats ont de tout autres buts –, et sa voisine de palier, Mme Loubalova. Entre le jeune célibataire timide et la rombière, rien d’autre que de la crainte (pour M. Pivonka) et du mépris (pour Mme Loubalova), du moins, aux premières apparences. Mais l’un et l’autre apprécient de s’enfermer régulièrement dans leurs armoires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-conspi01.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-conspi01.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-c-conspi01_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-conspi02.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-conspi02.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-c-conspi02_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chacun de ces six individus éprouve une fascination obsessionnelle pour un autre, et tous se lancent dans des manœuvres improbables pour assouvir leur obsession. En dire davantage serait dommage. &lt;strong&gt;Les Conspirateurs du plaisir &lt;/strong&gt;se divise ainsi en deux parties. Dans la première, on voit ces six personnages préparer minutieusement leur fantaisie sexuelle, qu’ils vivent dans la seconde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-conspi03.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-conspi03.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-c-conspi03_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-conspi04.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-conspi04.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-c-conspi04_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec ce troisième long-métrage, Švankmajer s’essaie à quelque chose de neuf, sans pour autant renoncer à ses propres motifs et obsessions. De fait, &lt;strong&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/strong&gt; nous montre bon nombre de gros plans sur des bouches et de la nourriture (une constante chez le réalisateur), des créatures en argile, l’aspect cyclique de l’histoire (la fin faisant ici écho au début), mais qui ne sont que gnognote par rapports aux fétichismes des personnages mises en scène – domination, travestissement, sex-toys élaborés… Le réalisateur reste fidèle à son esthétique de l’usé, de l’abîmé – rien de trop glauque, mais rien de bien sexy non plus –, opérant une distanciation ironique vis-à-vis de nos personnages.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-conspi05.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-conspi05.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-c-conspi05_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-conspi06.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-conspi06.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol3-c-conspi06_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ceux-ci tentent, avec un certain bonheur, de faire coexister le principe de plaisir avec le principe de réalité. Le premier nous pousse à assouvir nos passions, au mépris des normes sociales&amp;nbsp;; le second, chape imposée par l’éducation, la société, tempère le premier. M. Pivonka et les autres, comme le titre du film l’indique très justement, conspirent pour vivre en accord avec un principe de plaisir prédominant, au sein d’une réalité pas vraiment des plus exaltantes – comme en témoigne les extraits de journaux télévisés qui ponctuent le film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ce16VwMEuRc?rel=0&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À noter que &lt;strong&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/strong&gt; est un film muet&amp;nbsp;; les personnages ne s’y expriment guère que par onomatopées. L’accent se porte sur les bruitages, exagérés au possible&amp;nbsp;: tout grince, bruit, crisse… Lors de certains moments, cela en devient quasi hypnotique. Pour un peu, on imagine Švankmajer préfigurer malgré lui l’ASMR – pour Autonomous Sensory Meridian Response. Allez savoir ce que l’acronyme veut réellement signifier, mais, dans les faits, cela désigne une sorte de fétichisme auditif – jouir par les oreilles, en écoutant (en regardant aussi&amp;nbsp;?) des gens chuchoter des paroles indescernables, effectuer des actions aussi minuscules que précises et aux bruitages apaisant. On trouve sur YouTube tout une foultitude de vidéos au caractère lénifiant – ou horripilant, c’est selon. &lt;a href=&quot;http://sexes.blogs.liberation.fr/2013/07/18/lasmr-jouir-de-loreille/&quot;&gt;Sur son blog Les 400 Culs, Agnès Giard en parle bien mieux que moi.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’inverse, Švankmajer paraît s’inspirer de l’artiste vidéo Nam June Paik, lorsqu’on voit le vendeur de journaux fabriquer une machine vaguement anthropomorphe, couronnée par une télévision en guise de tête. De fait, Paik, membre de l’iconoclaste groupement artistique Fluxus, n’était pas le dernier à brocarder avec humour nos propres obsessions avec la télé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-c-namjunepaik.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-c-namjunepaik.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ici, Švankmajer ne cherche toutefois pas à dénoncer quoi que ce soit. Ni, à l’inverse, à en faire l’apologie – au vu de l’esthétique peu glamour du film. On se situe plutôt dans un entre-deux, où le réalisateur observe avec ironie et une précision entomologique les comportements étranges de quelques-uns de nos congénères. Avec ses &lt;strong&gt;Conspirateurs du plaisir&lt;/strong&gt;, Švankmajer fait rire autant qu’il fait grincer des dents.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable &amp;nbsp;: d’occasion ou en import&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>B comme Berge Meere und Giganten</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/19/B-comme-Berge-Meere-und-Giganten" rel="alternate" type="text/html" title="B comme Berge Meere und Giganten" />
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      <published>2016-02-19T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-02-22T18:16:59+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-b-une.jpg&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt;Lesabéndio&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on continue de s'intéresser à la proto-science-fiction allemande, avec &lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt; d'Alfred Döblin. Où l'auteur de &lt;strong&gt;Berlin, Alexanderplatz&lt;/strong&gt; s'essaye à la prospective pour un résultat des plus surprenants…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Berge Meere und Giganten, Alfred Döblin. Fischer, coll. «&amp;nbsp;Klassik&amp;nbsp;», 2013 [1924]. 650 pp, semi-poche.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Des montagnes, des mers et des géants…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur la suggestion de Léo Henry, j’ai lu, ou plutôt&amp;nbsp;: tenté de lire ce roman d’Alfred Döblin. Je reviendrai plus loin un peu plus en détail sur la difficulté stylistique du roman, raison pour laquelle ce billet ne pourra pas faire le tour de la question au sujet de ce texte, par ailleurs sûrement passionnant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Döblin (1878-1957) est, sous nos latitudes, essentiellement connu pour son roman &lt;strong&gt;Berlin, Alexanderplatz&lt;/strong&gt; (1929), où l’on suit les déambulations dans la métropole allemande de Franz Biberkopf, au sortir de sa peine de prison. J’ai lu &lt;strong&gt;Berlin, Alexanderplatz&lt;/strong&gt; il y a quelques années, et la seule chose dont je me souvienne à son sujet est que j’avais trouvé ce roman &lt;em&gt;tr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ès&lt;/em&gt; long et pas très palpitant — disons que ça manquait sûrement d’extraterrestres, d’explosion ou d’exotisme. Néanmoins, le sieur Henry m’a convaincu de lire &lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt;, avec un argument imparable me concernant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;c’est de la SF&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Effectivement c’est de la SF. Mais quelle SF&amp;nbsp;!…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-b-cover01.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-b-cover01.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On a pu le voir avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; ou surtout &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio&quot;&gt;Lesabéndio&lt;/a&gt;, la proto-science-fiction de langue allemande est un genre très libre&amp;nbsp;: si Kurd Laßwitz raconte avec son séminal roman une histoire où le merveilleux scientifique se mêle à la romance interplanétaire et au récit de guerre (dans une moindre mesure), Paul Scheerbart, auteur protéiforme, propose une aventure débridée se teintant d’un mysticisme unique vers la fin de son livre. Quant à Döblin, qui a déjà œuvré dans la littérature dite générale avant 1924 et qui continuera à le faire ensuite, il propose avec &lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt; une vaste fresque dépeignant rien de moins que les sept prochains siècles, menée par une ambition prospectiviste.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Es lebte niemand mehr von denen, die den Krieg überstanden hatten, den man den Weltkrieg nannte.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;(Il ne restait plus personne de ceux qui avaient survécu à cette guerre que l’on nommait la Guerre mondiale.)&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-b-cover02.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-b-cover02.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt; se découpe en neuf livres comme autant de chapitres. Mais le terme fresque est peut-être exagéré à son encontre&amp;nbsp;: en deux chapitres, nous voici déjà au XXVIIe siècle, qu’on ne quittera guère par la suite. Mais quels premiers chapitres… Le premier, «&amp;nbsp;Les Continents occidentaux&amp;nbsp;» nous dépeint les prochaines centaines d’années, faites d’expansion urbaine et de migrations des peuples&amp;nbsp;; les rapports de force entre les états changent, faisant de Londres et du bloc Chine-Inde-Japon les puissances dominantes. Les choses se gâtent assez vite lors du deuxième chapitre, qui narre «&amp;nbsp;La Guerre ouralienne &amp;nbsp;» opposant l’Europe à l’Asie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous voici donc au XXVIIe siècle, dans une Europe marquée par la récente guerre. Un certain Marke devient Consul de Berlin et impose une politique faite de retour à la terre, d’austérité et d’autoritarisme. Bientôt, Marduk (qui donne son titre à cette troisième partie) prend le pouvoir, qu’il continue d’exercer dans la lignée de son précédesseur. Ses démêlés politiques et sentimentaux forment l’essentiel des troisièmes et quatrièmes chapitres, pas forcément les plus passionnants. Mais le plus spectaculaire est à venir… Alors que les citadins désertent massivement les villes pour s’installer à la campagne, les différents gouvernements se lancent dans un projet démesuré&amp;nbsp;: la colonisation du Groenland. Quoi de mieux pour faire fondre le glacier recouvrant l’île que d’utiliser la chaleur volcanique de l’Islande&amp;nbsp;? Cette dernière, en dépit de l’opposition de ses habitants, est donc ouverte en deux. On utilise des «&amp;nbsp;voiles de tourmaline&amp;nbsp;» pour stocker l’énergie, qui se révèle peu à peu avoir d’étranges effets, tant sur les équipages des navires transportants ces voiles que sur la faune. Bientôt, voilà que des animaux mutants, géants, arpentent un Groenland déglacé… avant de se déplacer vers le continent eurasiatique. Au moindre contact, les humains sont susceptibles de muter à leur tour&amp;nbsp;; les uns trouvent refuge dans des villes souterraines, les autres décident d’édifier les «&amp;nbsp;Géants&amp;nbsp;» du titre, des tours organiques se dressant sur le littoral européen afin de lutter contre les mutants. De ce désastre, une nouvelle société, plus proche de la nature, finira par naître.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-b-cover03.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-b-cover03.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce qui frappe à la lecture de &lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt;, c’est la difficulté du texte. Je me flatte de me débrouiller un peu en allemand, suffisamment pour pouvoir lire un sympathique paveton comme &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt;, mais le roman de Döblin s’est avéré une autre paire de manches. Les choses commencent (mal) avec une «&amp;nbsp;Zueignung&amp;nbsp;» (une dédicace) des plus hermétiques. Stylistiquement, Döblin choisit de brusquer la grammaire allemande, brisant régulièrement la syntaxe et faisant un emploi immodéré de la parataxe – au lieu d’en séparer les termes par des virgules, les énumérations consistent en une succession de mots (substantifs ou adjectifs). Un efficace effet de scansion. Côté récit, il s’agit surtout de descriptions d’événements, où les personnages se retrouvent réduits à la part congrue. Peu de protagonistes ressortent du roman. Au fil de ma lecture malaisée, il en est tout de même ressorti deux-trois impressions&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt; est un roman passablement dingue&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Die Apparate hatten sich in den vergangenen Jahrhunderten völlig verändert. Aus Maschinen, in Hallen durcheinander gestreut, waren Maschinenblöcke Maschinenhäuser Kolosse Pyramiden von Anordnung, Maschinenorganismen geworden.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;(Au cours des siècles passés, les appareils avaient changé du tout au tout. Les machines, éparpillées dans les usines, étaient devenues des blocs-machines des maisons-machines des colosses des pyramides d’ordre, des organismes-machines.)&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Dans son coin(enfin, façon de parler), Döblin reprend à son compte, ou bien réinvente, bon nombre de tropes de la SF, et les conjugue dans un texte sans équivalent immédiat – à l’exception de Stapledon. Au fil des pages, on croise ainsi des Stadtlandschaften (littéralement, «&amp;nbsp;villes-paysages&amp;nbsp;», disons des mégapoles, qui deviennent souterraines), des Ölwolken (littéralement, «&amp;nbsp;nuages de pétrole&amp;nbsp;»), des Mekifabriken (des usines automatisées), des mutants (les fameux géants)… Il est question de totalitarismes, de guerres totales, de migrations des peuples, de surveillance généralisée, d’une opposition entre nature et technique se muant en dichotomie organique/mécanique&amp;nbsp;: des thématiques gardant pour la plupart encore leur actualité. Pour le lecteur d’aujourd’hui, l’originalité sur le plan strictement science-fictif peut sembler absente, mais replacé dans le contexte des années 20, l’ouvrage fait figure de précurseur. Une ambition qui préfigure celle d’Olaf Stapledon ou H.G. Wells. Du premier, il faudra attendre 1930 pour lire &lt;strong&gt;Les Premiers et les Derniers&lt;/strong&gt;, roman brossant l’évolution de l’être humain sur les deux prochains milliards d’années – c’est un texte aussi aride qu’époustouflant, et dont je ferais bien de parler un de ces billets. Du second, c’est pratiquement dix ans plus tard (1933) qu’il publie &lt;strong&gt;The Shape of Things to Come&lt;/strong&gt;, roman en cinq tableaux décrivant le futur jusqu’en 2106. Un ouvrage qui aura une plus grande influence sur le reste de la SF que celui de Döblin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, on a avec &lt;strong&gt;Berge Meere und Giganten&lt;/strong&gt; un roman surprenant, à part au sein de la SF allemande comme de l’œuvre de Döblin. Au vu de son évident potentiel commercial, il faudra sûrement attendre le XXVIIe siècle pour espérer en lire une traduction française.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: oui (ou pas loin)&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: mouais&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>A comme Une Année aux apprendices gonflés</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/17/A-comme-Une-Annee-aux-apprendices-gonfles" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Une Année aux apprendices gonflés" />
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      <published>2016-02-17T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-02-17T15:42:13+01:00</updated>
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        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-a-une.jpg&quot; /&gt;Après la musique de Brian Eno, intéressons-nous ici au pendant littéraire de l'œuvre du bonhomme, avec son unique livre &lt;strong&gt;Une année aux appendices gonflés&lt;/strong&gt;, journal intime de l'année 1995 augmenté d'une tripotée d'articles divers. Eno, aussi bon littérateur que musicien&amp;nbsp;? C'est à voir…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Une année aux appendices gonflés [A Year with Swollen Appendices], Brian Eno, journal et essais traduits de l’anglais [UK] par Jean-Paul Mourlon. Le Serpent à plumes, 1998. 498 pp. GdF.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;J’ai parlé çà et là de Brian Eno&amp;nbsp;: au sujet de sa séminale tétralogie &lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt;, et de sa plus discrète trilogie &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/05/M-comme-Music-for-films&quot;&gt;&lt;em&gt;Music for films&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; (sans oublier des mentions au fil des billets, comme avec &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/25/Q-comme-q-are-we-not-men-a-we-are-devo&quot;&gt;le premier album de Devo&lt;/a&gt;). Je pourrais continuer à décortiquer sa discographie, disque par disque, elle est passionnante (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;comme celle d’Autechre&lt;/a&gt;) et ça m’occuperait pour bon nombre de prochains billets (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt;comme celle d’Autechre&lt;/a&gt;), mais ça risquerait d’être répétitif (comme celle d’Autechre&amp;nbsp;?). On va s’arrêter là et s’intéresser à l’œuvre &lt;em&gt;litt&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éraire&lt;/em&gt; d’Eno. Sa bibliographie primaire est courte, et ne tient pour l’essentiel qu’en ce titre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Une Ann&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ée aux appendices gonflés&lt;/strong&gt;, sous-titré «&amp;nbsp;Journal&amp;nbsp;». Fin 1994, Eno a pris la résolution de tenir un journal, et surtout d’essayer de maintenir sa rédaction (dans sa préface, le musicien explique que, à quelques reprises, il a échoué à dépasser le 6 ou le 7 janvier).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En règle générale, je n’ai pas d’appétence pour les autobiographies. Quel intérêt à découvrir l’individu derrière l’œuvre, lorsque celle-ci se suffit à elle-même&amp;nbsp;? Ce livre-ci déroge à la règle en question, au vu de la personnalité de son auteur, ainsi que de sa nature&amp;nbsp;: un journal, non une autobiographie stricto sensu. Il s’agit moins de la présentation d’un parcours de vie a posteriori qu’un instantané sur une période précise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’année de ce journal, c’est 1995. Une année intéressante sous l’aspect musical, tant pour Eno lui-même qu’en général. En 1995, Eno finit de collaborer avec feu David Bowie sur le projet &lt;em&gt;Outside&lt;/em&gt;, et se lance ensuite avec U2 dans l’expérience Passengers, collaboration d’où il résultera l’album&lt;em&gt;Original Soundtracks 1&lt;/em&gt; – un disque de musiques pour films inexistants (mais ça ne vous rappelle pas &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt;quelque chose&lt;/a&gt;&amp;nbsp;?). C’est aussi en 1995 que sort &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt;&lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, album signant le retour en grâce de Scott Walker.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(Faison obligeamment l’impasse sur la couverture du livre, proprement hideuse, pour se concentrer sur le texte.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-a-cover-fr.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-a-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fil des entrées de journal (environ 350, une poignée de jours passent à l’as), Brian Eno nous apparaît comme un individu des plus recommandables. Cela, d’autant plus qu’il ne cherche pas à se présenter sous son plus beau jour. Époux attentionné, père choyant ses deux filles, individu à la fois créatif et pragmatique pas insensible à la procrastination, la fatigue, à l’énervement… Un être humain, en somme. Dans l’entrée du 9 août, il se définit ainsi&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Je suis&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;un mammifère&lt;br /&gt;un père&lt;br /&gt;un Européen&lt;br /&gt;un hétérosexuel&lt;br /&gt;un artiste&lt;br /&gt;un fils&lt;br /&gt;un inventeur&lt;br /&gt;un Anglo-Saxon&lt;br /&gt;un oncle&lt;br /&gt;une célébrité&lt;br /&gt;un masturbateur&lt;br /&gt;un cuisinier&lt;br /&gt;un jardinier&lt;br /&gt;un improvisateur&lt;br /&gt;un époux&lt;br /&gt;un musicien&lt;br /&gt;un chef d’entreprise&lt;br /&gt;un employeur&lt;br /&gt;un enseignant&lt;br /&gt;un amateur de vin&lt;br /&gt;un cycliste&lt;br /&gt;un non-conducteur&lt;br /&gt;un pragmatique&lt;br /&gt;un producteur&lt;br /&gt;un écrivain&lt;br /&gt;un utilisateur d’ordinateurs&lt;br /&gt;un Blanc&lt;br /&gt;un interviewé&lt;br /&gt;un grommeleur&lt;br /&gt;un &quot;clarificateur dérivant&quot;&amp;nbsp;» 09/08&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Ce journal varie les styles, alternant entre les simples prises de notes, les extraits d’emails et les passages plus narratifs. Tout à trac, Eno y fait part de ses réflexions, de ses rêves, de son quotidien fait de séances d’enregistrement comme de journées à bosser sur Photoshop ou sur des CD-roms, de voyages, de glandouillage aussi. Des plus intéressants pour découvrir la manière dont Eno a collaborer avec Bowie et U2 sur respectivement &lt;em&gt;Outside&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Original Soundtracks 1&lt;/em&gt;. Une mise à nue, qui contient son lot de surprise&amp;nbsp;: le 26 août, notre chauve préféré se rend compte qu’il n’a jamais goûté à son urine, alors il le fait&amp;nbsp;; le 5 octobre, il s’interroge sur le fait que certains étrons flottent et d’autres coulent (c’est vrai, pourquoi&amp;nbsp;?). Et le 8 septembre, il livre une passionnante réflexion sur le bruit et sa relation à la musique. De temps à autres lui vient l’idée de nouvelles cartes pour ses &lt;strong&gt;Strat&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;égies obliques&lt;/strong&gt;, ce jeu de cartes développé par Peter Schmidt et lui-même, comme aide à la création valorisant la pensée latérale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-a-obliques.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-a-obliques.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Le problème est que dès que je me mets à penser, je m’égare dans les petites allées et les chemins de traverse. J’y ai découvert des choses avant, et l’habitude persiste.&amp;nbsp;» 13/02&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;La réserve que constitue ce genre de projet, c’est l’ennui qu’il est susceptible de provoquer. Ce &lt;strong&gt;Journal&lt;/strong&gt; n’échappe pas à la règle&amp;nbsp;: bon nombre d’entrées où Eno se contente de parler de sa journée s’avèrent d’un intérêt quelque peu limité. La décision de transformer ce journal intime en ouvrage à publier n’intervient que tardivement dans l’année, vers septembre&amp;nbsp;; l’ambition originelle consistait pour Eno à tenir seulement un journal pour lui-même. En vue de la publication, le musicien a revu quelques passages à la demande de son épouse, sans pour autant &lt;em&gt;éditer&lt;/em&gt; le reste&amp;nbsp;: voilà qui explique l’intérêt fluctuant, subordonné à la volonté de donner aux lecteurs une œuvre la plus proche de l’intention originelle – un journal intime.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Rêvé que j’étais une chanson. Il est décevant de m’éveiller pour découvrir que je suis un homme dans un trou.&amp;nbsp;» 22/01&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Les appendices gonflés du titre, c’est une quarantaine de documents, rassemblés en fin de volume, dont ils occupent un bon quart. Ce sont des lettres, des articles, et, de manière assez surprenante trois nouvelles (disons plutôt short short stories). De fait, si on imagine bien Eno en tant que théoricien de la musique, on l’attend moins sur le plan de la fiction. Dans ces trois nouvelles, Eno s’intéresse aux comportement humains modifiés par tel ou telle invention&amp;nbsp;: une méthode pour acquérir une phobie (le must pour briller en société), ou encore un jeu pervers pour pimenter les longs voyages en avion… Rien d’inoubliable, mais de quoi regretter que notre chauve préféré ne donne pas l’impression d’avoir poursuivi en la matière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-a-cover-en.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-a-cover-en.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qu’en retenir&amp;nbsp;? Il y a quelque chose de rassurant à constater que l’un des musiciens les plus intéressants de ces dernières années est, finalement et au-delà de sa trombine lunaire et de ses contributions à la musique, aussi un être humain (sans blague). En dépit du caractère passionnant de certaines entrées du &lt;strong&gt;Journal&lt;/strong&gt; et des appendices, ce drôle d’objet littéraire ne parlera sûrement qu’aux fans hardcore du bonhomme. Du genre à écouter Eno du petit-déjeuner au dîner et pour s’endormir (on peut raisonnablement trouver parmi son œuvre musicale de quoi servir de bande-son à une journée toute entière). Mais our ceux-là, ce &lt;strong&gt;Journal&lt;/strong&gt; s’avère un document indispensable de la plume de l’un des musiciens les plus fascinants du XXe siècle, à la frontière de la pop et de l’avant-gardisme.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ma nouvelle épitaphe&amp;nbsp;: &quot;Il fut co-auteur d’une ou deux chansons décentes, et devint effrontément chauve&quot;.&amp;nbsp;» 21/12&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Patrouille du temps (nouvelle)</title>
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      <published>2016-02-15T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-02-16T18:56:16+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Poul Anderson</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;anderson-patrouille-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/anderson-patrouille-une.jpg&quot; /&gt;Refaisons le saut dans le temps&amp;nbsp;! Façon de parler, du moins&amp;nbsp;: pour fêter la parution en intégrale du cycle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/poul-anderson/la-patrouille-du-temps-l-integrale-1&quot;&gt;la Patrouille du Temps&lt;/a&gt; (tome 1 en librairie le 18 février, tome 2 le 17 mars) l'une des œuvres les plus emblématiques de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/poul-anderson/&quot;&gt;Poul Anderson&lt;/a&gt;, retrouvez Manse Everard dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/poul-anderson/la-patrouille-du-temps_nouvelle&quot;&gt;sa toute première mission…&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.belial.fr/poul-anderson/&quot;&gt;Poul Anderson&lt;/a&gt;, au sommaire du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/poul-anderson/la-patrouille-du-temps-l-integrale-1&quot;&gt;premier volume de l'intégrale de &lt;strong&gt;La Patrouille du temps&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, traduite par Bruno Martin et harmonisée par Pierre-Paul Durastanti, vous est proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/poul-anderson/la-patrouille-du-temps_nouvelle&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 15 février au 31 mars 2016. Retrouvez chaque mois (ou peu s'en faut) une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;La Patrouille du Temps&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/anderson-patrouille-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;Illustration © Caza&lt;/h5&gt;&lt;h5&gt; &lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;h2&gt;1.&lt;/h2&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;ON DEMANDE HOMMES, 21-40, de préf. célib., exp. mil. ou tech., bonne cond. phys., pour travail bien rémunéré av. voyages à l’étranger. Bureau d’Ingénierie sa, 305 E. 45, 9-12 &amp;amp; 2-6. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous comprenez qu’il s’agit d’un travail assez inhabituel, dit Mr. Gordon. Et confidentiel. J’imagine que vous savez garder un secret&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– En temps normal, répondit Manse Everard. Et tout dépend du secret.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mr. Gordon sourit – d’un sourire bizarre, une courbe des lèvres serrées telle qu’Everard n’en avait jamais vue. Il parlait un américain courant et portait un complet banal, mais il dégageait une étrangeté qui ne venait pas seulement de son teint bistre, de ses joues imberbes ou de l’incongruité de ses yeux mongols, effilés de part et d’autre de son nez mince et caucasien. C’était difficile à définir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Nous ne sommes pas des espions, si c’est ce que vous pensez&amp;nbsp;», dit-il.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard sourit. «&amp;nbsp;Excusez-moi. Ne croyez pas que je me laisse gagner par l’espionnite, comme tout le reste du pays. De toute façon, je n’ai jamais eu accès à des données confidentielles. Mais votre annonce parle d’outre-mer et, dans la situation actuelle… Je tiens à conserver mon passeport, vous comprenez.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’était un homme de haute taille, aux épaules carrées, et au visage marqué sous ses cheveux bruns en brosse. Il avait ses papiers devant lui&amp;nbsp;: sa feuille de démobilisation, des certificats d’employeur où il apparaissait comme ingénieur mécanicien. Mr. Gordon avait à peine semblé les effleurer du regard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La pièce était simple, un bureau et deux fauteuils, un classeur et une porte donnant sur l’arrière. La fenêtre ouvrait sur la bruyante circulation de New York six étages plus bas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Esprit d’indépendance, dit l’homme installé au bureau. Ça me plaît. Trop de gens viennent ici en rampant, comme prêts à recevoir un coup de pied et à en éprouver de la gratitude. Bien sûr, avec votre formation, tous les espoirs vous sont permis. Vous pouvez encore trouver du travail, même en… euh… je crois que le terme usité actuellement est&amp;nbsp;: &lt;em&gt;période de réadaptation générale.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Votre annonce m’a intéressé. Comme vous pouvez le voir, j’ai travaillé à l’étranger et j’aimerais me remettre à voyager. Mais franchement, je n’ai aucune idée de vos activités.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Elles sont multiples. Voyons… vous vous êtes battu. En France et en Allemagne.&amp;nbsp;» Everard cilla&amp;nbsp;; une liste de ses citations figurait parmi ses papiers, mais il aurait juré que l’autre n’avait pas eu le temps de la parcourir. «&amp;nbsp;Hum… ça ne vous ferait rien de saisir ces poignées sur les bras de votre fauteuil&amp;nbsp;? Merci. &lt;em&gt; &lt;/em&gt;À présent… quelles sont vos réactions devant un danger d’ordre physique&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard se hérissa. «&amp;nbsp;Écoutez…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mr. Gordon jeta un bref coup d’œil sur un instrument posé sur son bureau, un simple boîtier avec une aiguille et deux cadrans. «&amp;nbsp;Peu importe. Quelle est votre opinion de l’internationalisme&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Dites donc…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Du communisme&amp;nbsp;? Du fascisme&amp;nbsp;? Des femmes&amp;nbsp;? Quelles sont vos ambitions personnelles&amp;nbsp;?… Ce sera tout. Vous n’êtes pas obligé de répondre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– De quoi diable s’agit-il&amp;nbsp;? s’écria Everard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Un petit test psychologique. N’y pensez plus. Je ne m’intéresse en rien à vos opinions, sauf dans ce qu’elles révèlent de votre orientation émotionnelle.&amp;nbsp;» Mr. Gordon se rencogna dans son siège en joignant le bout des doigts. «&amp;nbsp;Très encourageant jusqu’à présent. Bon, voici de quoi il s’agit. Nous accomplissons des tâches très confidentielles, comme je vous l’ai déjà dit. On… euh… prévoit de surprendre nos concurrents.&amp;nbsp;» Il eut un petit rire. «&amp;nbsp;Allez-y, signalez-moi au fbi si vous voulez. On nous a déjà soumis à une enquête et nous sommes au-dessus de tout soupçon. Vous apprendrez qu’on s’occupe &lt;em&gt;réellement &lt;/em&gt;de finance et d’ingénierie dans le monde entier. Mais pour l’autre facette de notre travail, il nous faut des hommes. Je vous propose cent dollars pour passer dans la pièce de derrière et subir une batterie de tests. Il y en a pour à peu près trois heures. Si vous ne convenez pas, on en reste là. Si ça marche, on vous engage, on vous expose la situation et on entame sur-le-champ votre formation. Ça vous va&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard hésita. Il avait l’impression qu’on le bousculait. Cette entreprise, c’était plus que ce bureau et cet étranger inodore. Pourtant…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il prit sa décision. «&amp;nbsp;Je ne signe &lt;em&gt;qu’après &lt;/em&gt;avoir été mis au courant de tout.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Comme vous voudrez.&amp;nbsp;» Mr. Gordon haussa les épaules. «&amp;nbsp;D’ailleurs, les tests indiqueront la décision que vous prendrez. Nous utilisons des méthodes très avancées.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ça, en tout cas, c’était bien vrai. Everard avait des notions de psychologie moderne&amp;nbsp;: encéphalogrammes, tests d’associations, esquisses de personnalité. Une fois dans la pièce voisine, aucune des machines bâchées qui ronronnaient et clignotaient autour de lui ne lui sembla pourtant familière. Les questions que lui posait l’assistant – d’âge imprécis, la peau blanche, le crâne chauve, avec un accent prononcé et une physionomie impassible – lui paraissaient incohérentes. Et qu’est-ce que c’était que ce casque de métal sur sa tête&amp;nbsp;? Où en aboutissaient les fils&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il étudia les cadrans à la dérobée, mais les lettres et les chiffres lui étaient inconnus. Ni de l’anglais, ni du français, ni du russe, ni du grec ou du chinois… rien qui appartienne à l’an 1954. Il commençait peut-être à entrevoir la vérité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tandis que les tests s’enchaînaient, il se découvrait, d’une étrange manière. Manson Emmert Everard, trente ans, ancien lieutenant du génie de l’armée américaine, travaux d’ingénieur en Amérique, en Suède, en Arabie&amp;nbsp;; toujours célibataire, bien que pensant de plus en plus souvent avec une certaine nostalgie à ses amis mariés&amp;nbsp;; pas de liaison, ni d’attaches d’aucune sorte&amp;nbsp;; bibliophile, joueur de poker entêté, amateur de voile, d’équitation, de tir, campeur et pêcheur à ses heures de loisir… Il le savait déjà, bien sûr, mais sous la forme de traits distincts. Curieux&amp;nbsp;: il se voyait soudain comme un organisme intégré, où chaque élément composait une facette unique et inévitable d’un ensemble donné.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il sortit des tests épuisé, trempé de sueur. Mr. Gordon lui offrit une cigarette et parcourut la liasse de feuillets codés que lui avait remis l’assistant. Parfois, il marmonnait quelques mots&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Zeth-20 cortical… estimation indifférenciée ici… réaction psychique à l’antitoxine… faiblesse de la coordination centrale…&amp;nbsp;» Il se laissait aller à un accent, un chantonnement, une prononciation des voyelles qui ne ressemblait à rien de ce qu’Everard avait pu connaître au cours d’une carrière où il avait entendu massacrer l’anglais de toutes les façons possibles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il se passa une demi-heure avant qu’il relève les yeux. Everard commençait à s’agiter et à s’irriter de ces façons cavalières, mais la curiosité le poussait à se tenir tranquille sur son siège. Mr. Gordon découvrit des dents d’une blancheur insolite en un large sourire de satisfaction. «&amp;nbsp;Ah, enfin&amp;nbsp;! Vous savez, j’ai déjà dû repousser vingt-quatre candidatures&amp;nbsp;? Mais vous ferez l’affaire. Sans conteste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– L’affaire pour quoi&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Everard se pencha&amp;nbsp;; il sentit son pouls s’accélérer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Pour la Patrouille. Vous allez devenir une sorte de policier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ouais&amp;nbsp;? Où ça&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Partout. Et en tout temps. Préparez-vous à une surprise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Voyez-vous, notre société, quoique légale, ne constitue qu’une façade… et une source de fonds. Notre vraie fonction, c’est de patrouiller le temps.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;2.&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;L’Académie se situait dans l’ouest de l’Amérique. Elle se situait aussi à l’Oligocène, une époque chaude de forêts et de prairies, où les tristes ancêtres de l’homme détalaient en trottinant au passage des mammifères géants. On l’avait bâtie mille ans plus tôt et on l’entretiendrait un demi-million d’années — le temps de former autant d’individus qu’il en fallait à la Patrouille – puis on la démolirait avec soin pour qu’il n’en reste aucune trace. Plus tard viendraient les glaciers, puis les hommes et, en l’an 19352 après Jésus-Christ (7841&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; année du Triomphe de Moren), ces hommes découvriraient le voyage dans le temps et remonteraient jusqu’à l’Oligocène pour fonder l’Académie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Structure complexe de bâtiments longs et bas, aux courbes souples et aux couleurs changeantes, elle s’étalait dans une clairière au milieu d’arbres énormes et très anciens. Au-delà, des collines boisées se déroulaient jusqu’à la rive d’une grande rivière brunâtre et, la nuit, on entendait parfois beugler les brontothères ou rugir au loin les tigres à dents de sabre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard sortit de la navette temporelle, une grande boîte en métal sans traits distinctifs, la gorge sèche. Il avait la même impression qu’à son premier jour de régiment, douze ans plus tôt – ou quinze à vingt millions d’années dans le futur, si l’on veut. Il se sentait seul, impuissant, et désireux de trouver un moyen honorable de rentrer chez lui. Ce n’était qu’une maigre consolation de voir les autres navettes débarquer un contingent d’une cinquantaine de jeunes hommes et femmes. Les recrues se rassemblèrent peu à peu, mal à l’aise. Au début, on ne se parlait pas&amp;nbsp;; on se contentait de s’entre-regarder. Everard reconnut un col dur et un haut-de-forme&amp;nbsp;; vêtements et coiffures montraient la succession des modes jusqu’en 1954 et au-delà. D’où venait la fille à la culotte collante et iridescente, avec ses lèvres vertes et ses cheveux jaunes aux ondulations fantastiques&amp;nbsp;? Ou plutôt… de quand&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un homme d’environ vingt-cinq ans se tenait par hasard auprès de lui – un Anglais, de toute évidence, à voir son tweed usé jusqu’à la trame et son visage long et maigre. Il semblait dissimuler, sous une apparence étudiée et maniérée, une virulente amertume. «&amp;nbsp;Bonjour, lui dit Everard. Autant faire connaissance.&amp;nbsp;» Et il déclina son nom et son origine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Charles Whitcomb, Londres, 1947, répondit timidement l’autre. Je venais d’être démobilisé… de la raf… et ceci m’a semblé une bonne opportunité. À présent, je m’interroge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ça peut l’être&amp;nbsp;», dit Everard qui pensait au salaire. Quinze mille dollars par an pour commencer&amp;nbsp;! Mais comment comptaient-ils les années&amp;nbsp;? Sans doute en fonction du sentiment individuel de la durée réelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un homme s’avança dans leur direction. Jeune, mince, vêtu d’un uniforme collant de couleur grise et d’une cape bleu roi qui paraissait scintiller, comme cousue d’étoiles, il arborait une expression aimable, joviale, et s’exprimait avec cordialité, d’un accent neutre. «&amp;nbsp;Bonjour à tous&amp;nbsp;! Bienvenue à l’Académie. Je suppose que vous comprenez tous l’anglais&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Everard remarqua un individu portant les vestiges d’un uniforme allemand, un Hindou et d’autres individus originaires de divers pays étrangers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On utilisera donc l’anglais, jusqu’à ce que vous ayez appris le temporel.&amp;nbsp;» Le nouveau venu adopta une posture décontractée, les mains sur les hanches. «&amp;nbsp; Je m’appelle Dard Kelm. Je suis né en… voyons… 9573 de l’ère chrétienne, mais je me spécialise dans votre période. Laquelle, à propos, va de 1850 à 2000, ce qui signifie que vous provenez tous d’une époque située entre ces deux dates. Je suis votre mur des lamentations officiel, si quelque chose cloche.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Cet endroit est régi par des règles sans doute différentes de ce que vous attendiez. On ne forme pas nos hommes en masse, et on n’a donc pas besoin de la discipline complexe d’une école ou d’une armée. Chacun d’entre vous recevra un enseignement personnel en dehors de l’instruction générale. Il ne nous est pas nécessaire de sanctionner l’échec dans les études, car les tests préliminaires nous garantissent qu’il n’y en aura pas… et ne prédisent que peu de chances d’échec dans le travail proprement dit. Chacun de vous possède un quotient de maturité d’esprit élevé au sein de sa propre culture. Toutefois, la variabilité des aptitudes signifie que, pour pousser chaque individu au maximum de son potentiel, on doit le guider personnellement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Peu de formalités ici, en dehors de la courtoisie élémentaire. Vous aurez l’occasion de vous distraire comme d’étudier. On n’attend jamais plus de votre part que vous ne pouvez fournir. J’ajoute que la pêche et la chasse sont assez intéressantes dans les environs immédiats, et deviennent fantastiques à quelques centaines de kilomètres de vol.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Si personne n’a de questions, veuillez me suivre&amp;nbsp;; je vais vous présenter la maison.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dard Kelm leur fit la démonstration des appareils en usage dans une pièce modèle, d’un type qu’on se serait attendu à voir, par exemple, en l’an 2000&amp;nbsp;; un mobilier discret, adapté d’avance pour un confort parfait, des distributeurs de rafraîchissements, des écrans reliés à une immense bibliothèque audiovisuelle. Rien de trop futuriste jusqu’à présent. Chaque étudiant avait sa propre chambre dans le bâtiment «&amp;nbsp;dortoir&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; on prenait les repas dans un réfectoire central, mais on pouvait organiser des réunions privées. Everard sentit sa tension refluer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le banquet de bienvenue offrit un menu classique, servi en silence par des machines qui l’étaient beaucoup moins. Il y avait du vin en abondance, de la bière et du tabac. Peut-être avait-on ajouté quelque chose dans la nourriture, car Everard éprouva, comme tous, un sentiment d’euphorie. Il finit par jouer un &lt;em&gt;boogie&lt;/em&gt; endiablé au piano, tandis que six ou sept autres emplissaient l’air de leurs chants discordants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Seul Charles Whitcomb se tenait sur la réserve, sirotant un verre d’une mine maussade, à l’écart dans son coin. Dard Kelm s’abstint avec tact de s’efforcer de l’attirer parmi les autres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard se dit que ça allait lui plaire. Toutefois, le travail, l’organisation et le but poursuivi demeuraient encore brumeux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;On a découvert le voyage temporel vers la fin de l’Hérésiarchie Chorite, expliqua Kelm dans la salle de conférences. Vous en étudierez les détails par la suite. Pour le moment, croyez-moi sur parole&amp;nbsp;: c’était une époque turbulente où les rivalités commerciales et raciales engendraient des luttes féroces entre de gigantesques combinats, où tous les moyens étaient bons, où les gouvernements n’étaient qu’autant de pions sur l’échiquier galactique. L’effet temporel résulta par hasard des recherches entreprises pour trouver un moyen de transport instantané, dont certains d’entre vous comprendront que la description exigerait des fonctions mathématiques discontinues à l’infini… de même que pour les voyages dans le passé. Je ne traiterai pas cet aspect théorique, car on vous en donnera une idée au cours de physique, mais je tiens à vous dire qu’il met en jeu le concept de relations à valeurs infinies dans un continuum à 4N dimensions, où N représente le nombre total des particules de l’Univers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Évidemment, le groupe qui effectua cette découverte, les Neuf, se rendait compte de ses possibilités commerciales… négoce, exploitation minière et toute autre transaction que vous pouvez imaginer… mais aussi techniques&amp;nbsp;: porter à ses ennemis un coup mortel. Voyez-vous, le temps est variable&amp;nbsp;; on peut changer le passé…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Une question&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» lança la fille de 1972, Elisabeth Gray, jeune physicienne d’avenir dans sa période.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je vous en prie, répondit poliment Kelm.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je trouve que vous décrivez une situation logiquement impossible. Je vous accorde la possibilité de voyager dans le temps, puisque nous sommes ici, mais un événement ne peut pas à la fois &lt;em&gt;avoir &lt;/em&gt;et &lt;em&gt;ne pas avoir &lt;/em&gt;eu lieu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– La logique aristotélicienne ne s’applique pas à de telles situations. Voilà ce qui se passe&amp;nbsp;: imaginez que je remonte le temps et que j’empêche votre père de rencontrer votre mère. Vous ne seriez jamais venue au monde. Cette portion de l’histoire universelle ne serait plus la même&amp;nbsp;; elle aurait toujours été différente, bien que je doive garder le souvenir de la situation “originelle”.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Et si vous en faisiez autant pour vous-même&amp;nbsp;? Vous cesseriez d’exister&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non, parce que j’appartiendrais au secteur de l’histoire antérieur à mon intervention. Appliquons l’exemple à vous. Si vous retourniez en, disons, 1946, et que vous vous efforciez d’empêcher le mariage de vos parents en 1947, vous n’en auriez pas moins existé cette année-là&amp;nbsp;; vous ne cesseriez pas d’exister du seul fait que vous auriez influé sur le cours des événements. Ce serait valable même si vous n’étiez apparue en 1946 qu’une microseconde avant de tuer l’homme qui serait autrement devenu votre père.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Mais alors j’existerais sans… sans origine&amp;nbsp;! protesta-t-elle. J’aurais la vie, des souvenirs… tout… et pourtant &lt;em&gt;rien &lt;/em&gt;ne les aurait causés.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Kelm haussa les épaules. «&amp;nbsp;Et alors&amp;nbsp;? Vous prétendez que la loi de causalité ou, à proprement parler, la loi de conservation de l’énergie, n’implique que des fonctions continues. En réalité, la discontinuité est tout à fait possible.&amp;nbsp;» Il rit et s’appuya à son pupitre. «&amp;nbsp;Bien entendu, il subsiste des impossibilités. Vous ne pourriez pas être votre propre mère, par exemple, à cause de la génétique. Si vous retourniez épouser votre ancien père, les enfants seraient différents, aucun ne serait vous, car chacun n’aurait que la moitié de vos chromosomes.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il s’éclaircit la gorge. «&amp;nbsp;Ne nous écartons pas du sujet. Vous apprendrez les détails dans d’autres cours. Je ne donne que l’idée d’ensemble. Je continue&amp;nbsp;: les Neuf entrevirent la possibilité de remonter le temps et d’empêcher leurs ennemis d’avoir commencé leurs activités, et même d’être nés. Mais alors apparurent les Danelliens.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour la première fois, il se départit de son attitude débonnaire et narquoise, et il se tint comme un homme nu et seul face à l’inconnaissable. Il reprit d’une voix posée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les Danelliens appartiennent à l’avenir… &lt;em&gt;notre &lt;/em&gt;avenir, plus d’un million d’années après mon époque. À force d’évolution, l’homme a adopté une forme… impossible à décrire. Vous ne rencontrerez sans doute jamais de Danellien. Dans le cas contraire, cela vous causera… un choc. Ils n’ont rien de malveillant… ni de bienveillant. Ils sont aussi étrangers à nos connaissances ou sentiments que nous le sommes à ces insectivores qui vont être nos ancêtres. Il n’est pas souhaitable de se trouver nez à nez avec ce genre de créatures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Ils n’avaient d’autre souci que de protéger leur propre existence. À leur apparition, l’exploration du temps était déjà ancienne, chez nous&amp;nbsp;; les sots, les avides, les fous avaient eu des occasions innombrables de remonter le cours de l’histoire et de la mettre sens dessus dessous. Les Danelliens ne souhaitaient pas interdire le voyage temporel, qui participait du système aboutissant à eux, mais ils devaient le réglementer. Les Neuf se virent empêchés de mener à bien leurs complots. Et on fonda la Patrouille pour faire la police sur les pistes du temps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Votre travail s’effectuera surtout dans le cadre de votre propre époque, à moins que vous n’atteigniez le grade de non-attaché. Dans l’ensemble, vous mènerez une vie ordinaire, avec une famille et des amis comme de coutume. Sa part secrète comprendra un bon salaire, une protection efficace, des vacances occasionnelles dans des lieux fort intéressants et un labeur suprêmement utile. Mais vous serez toujours de service. Parfois, vous aiderez des voyageurs temporels en difficulté d’une manière ou d’une autre. Parfois, on vous confiera des missions, comme l’appréhension d’ambitieux conquistadores de la politique, de la guerre ou du commerce. Parfois, la Patrouille devra s’incliner devant les dégâts déjà causés et travailler au contraire, au cours de périodes postérieures, à contrebalancer les influences pour remettre l’histoire sur la voie désirée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Je vous souhaite à tous bonne chance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première partie de l’instruction était physique et psychologique. Everard ne s’était jamais rendu compte à quel point son mode de vie avait diminué son être, de corps et d’esprit&amp;nbsp;; il n’était que la moitié de l’homme qu’il aurait dû être. Il souffrit, mais il eut enfin la joie de se sentir pleinement maître de ses muscles, d’éprouver des émotions renforcées du fait de leur discipline, d’avoir une pensée consciente, rapide et précise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En cours de route, on le conditionna&amp;nbsp;; devant une personne non autorisée, il ne devait rien révéler de la Patrouille, pas même faire allusion à son existence. Quelque influence qu’on exerce sur lui, ça lui était impossible, aussi impossible que de sauter jusqu’à la lune. Il découvrit aussi dans leurs moindres détails les traits de sa personne publique du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On lui enseigna le temporel, cette langue artificielle qui permettait aux Patrouilleurs de toutes les époques de communiquer entre eux sans être compris des étrangers, miracle d’expression logique et organisée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il croyait connaître le métier de combattant, mais il lui fallut maîtriser les stratagèmes et l’usage des armes de cinquante millénaires, du glaive de l’Âge de Bronze jusqu’à la charge cyclique capable d’anéantir un continent. À son retour dans sa propre période, on lui remettrait un arsenal restreint, mais, comme il se pouvait qu’on l’envoie à d’autres époques, il fallait, autant que possible, éviter l’anachronisme évident.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il étudia l’histoire, la science, l’art, la philosophie, les dialectes, les mœurs. Ces derniers sujets ne concernaient que la période 1850-2000&amp;nbsp;; si d’aventure on l’envoyait ailleurs, il recevrait un enseignement spécifique d’un conditionneur hypnotique. C’étaient de telles machines qui permettaient d’achever la formation des recrues en trois mois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il apprit l’organisation de la Patrouille. Dans l’avenir au-delà d’elle résidait le mystère que constituait la civilisation danellienne, mais on n’avait que peu de contacts directs avec celle-ci. La Patrouille se calquait sur le mode paramilitaire, avec des grades mais sans formalisme particulier. On divisait l’histoire en divers Milieux, avec un bureau central sis dans une ville importante pour une période de vingt ans (sous couvert d’une activité légitime, comme le commerce), ainsi que divers bureaux secondaires. Son époque comptait trois Milieux&amp;nbsp;: le monde occidental, avec siège à Londres&amp;nbsp;; la Russie, à Moscou&amp;nbsp;; l’Asie, à Peiping. Ces qg se situaient dans les années faciles de 1890 à 1910, où on avait moins de mal à se dissimuler que par la suite, des bureaux moins importants, tel celui de Gordon, contrôlant les décennies ultérieures. L’attaché ordinaire, souvent nanti d’une occupation légitime, vivait dans son propre temps. Les communications entre années se faisaient par des navettes-robots minuscules ou par courriers, avec des dérivations automatiques pour que les messages n’affluent pas en trop grand nombre au même instant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’organisation était si vaste qu’Everard ne parvenait pas à en appréhender l’ampleur. Il avait rejoint un projet nouveau et passionnant, voilà tout ce qu’il comprenait pleinement… pour l’heure.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ses instructeurs se montraient bienveillants, toujours prêts à bavarder. Le vétéran grisonnant qui lui apprit à manœuvrer plusieurs vaisseaux spatiaux avait combattu sur Mars en 3890. «&amp;nbsp;Vous autres, vous pigez rapidement, dit-il, mais c’est l’enfer d’instruire ceux des ères préindustrielles. On n’essaie même plus de leur inculquer les premiers rudiments. J’ai eu un Romain, de l’époque de César, un garçon assez brillant, d’ailleurs, qui n’a jamais pu se fourrer dans le crâne qu’on ne traite pas une machine comme un cheval. Quant aux Babyloniens, le voyage dans le temps échappait tout simplement à leur conception du monde. On a dû leur fourguer une histoire de bataille des dieux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Quelle histoire est-ce que vous nous fourguez, à nous&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda Whitcomb.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’astronaute le regarda de près. «&amp;nbsp;La vérité, finit-il par dire. Tout ce que vous pouvez en assimiler.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Comment en êtes-vous venu à faire ce travail&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oh… on m’a abattu au large de Jupiter. Il ne restait pas grand-chose de moi. Ils m’ont recueilli, m’ont refait un corps tout neuf… et comme je n’avais plus de parents vivants, et que tout le monde me croyait mort, je n’ai pas vu la nécessité de rentrer chez moi. Ce n’est pas drôle de vivre sous la coupe du Corps Directeur. Alors j’ai accepté ce poste. Bonne compagnie, vie facile, permissions dans un tas d’époques.&amp;nbsp;» Il sourit. «&amp;nbsp;Attendez de voir la période décadente du Troisième Matriarcat&amp;nbsp;! Vous ne savez pas ce que c’est que de rigoler&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard n’émit aucun commentaire, fasciné qu’il était par le spectacle du globe énorme de la Terre roulant devant un fond d’étoiles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il se lia d’amitié avec les autres étudiants – aimables et, du fait qu’on les avait choisis pour la Patrouille, audacieux et intelligents par nature. Une ou deux idylles se nouèrent. Everard se rappela &lt;em&gt;Le Portrait de Jennie&lt;/em&gt;, mais il n’y avait pas ici de malédiction. Le mariage était tout à fait possible, du moment que le couple choisissait l’année où s’installer. Il aimait lui-même beaucoup les filles, mais il ne perdait pas la tête.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fait étrange, ce fut avec le taciturne et morose Whitcomb qu’il se retrouva le plus intime. Il y avait quelque chose d’attirant chez cet Anglais – si cultivé, si brave garçon et, cependant, comme perdu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un jour, ils partirent se promener&amp;nbsp;; les ancêtres lointains des chevaux qu’ils montaient se sauvaient à la vue de leurs gigantesques descendants. Everard avait pris un fusil dans l’espoir d’abattre un sanglier géant qu’il avait aperçu. Tous deux portaient l’uniforme de l’Académie, un habit gris clair, frais et soyeux sous le soleil jaune et chaud.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je m’étonne qu’on nous laisse chasser, observa l’Américain. Supposons que j’abatte un tigre à dents de sabre… en Asie, j’imagine… destiné sur la ligne temporelle d’origine à dévorer un de ces insectivores pré-humains. Ça ne change pas l’avenir entier&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non.&amp;nbsp;» Whitcomb avait progressé plus vite dans l’étude de la théorie du voyage temporel. «&amp;nbsp;Tu vois, c’est comme si le continuum était un réseau de solides rubans de caoutchouc. Il n’est pas facile de le déformer, il tend toujours à reprendre sa forme “antérieure”. Un insectivore particulier n’a pas d’importance, c’est le réservoir génétique de son espèce qui a abouti à l’homme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» De même, si je tuais un mouton au Moyen Âge, je ne supprimerais pas du coup toute sa descendance, voire tous les moutons de 1940. Ils seraient encore là, inchangés jusque dans leurs gènes, en dépit d’une ascendance différente&amp;nbsp;: sur une aussi longue période, tous les moutons, ou tous les hommes, descendent de &lt;em&gt;tous &lt;/em&gt;les premiers moutons ou hommes. En un point quelconque de la chaîne, un autre ancêtre fournit les gènes que tu croyais avoir éliminés. Une compensation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Dans le même ordre d’idées… tiens, imaginons que je revienne empêcher Booth de tuer Lincoln. À moins que je ne prenne des précautions extrêmes, il arriverait sans doute que quelqu’un d’autre tire le coup de feu et que Booth en soit tout de même accusé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» C’est cette résistance du temps qui permet de s’y déplacer sans dommage. Si tu veux changer l’ordre des choses, il faut utiliser une méthode rigoureuse et se donner beaucoup de mal, d’ordinaire.&amp;nbsp;» Il pinça les lèvres. «&amp;nbsp;Endoctrinés, tous autant que nous sommes&amp;nbsp;! On nous serine qu’une intervention de &lt;em&gt;notre&lt;/em&gt; part nous vaudra une punition. Je ne suis pas autorisé à retourner tuer ce salaud d’Hitler au berceau. Je suis censé le laisser évoluer comme il l’a fait, pour qu’il déclenche la guerre et qu’il tue ma fiancée.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard chevaucha en silence pendant un moment. Il n’y avait d’autre bruit que le crissement du cuir des selles et le friselis des hautes herbes. «&amp;nbsp;Oh… je suis navré, finit-il par dire. Tu veux qu’on en parle&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui. Mais il n’y a pas grand-chose à dire. Auxiliaire féminine des forces aériennes… Mary Nelson. On devait se marier après la guerre. Elle se trouvait à Londres en 1944. Le 17 novembre. Une date que je n’oublierai jamais. C’est un V1 qui l’a tuée. Elle était allée chez une voisine, à Streatham… Elle passait une permission auprès de sa mère. La maison a été pulvérisée, et son propre domicile n’a même pas été touché.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb était livide. Son regard se perdait devant lui. «&amp;nbsp;Il me sera rudement difficile de ne pas… de ne pas revenir en arrière, de quelques années seulement, pour la revoir tout au moins. Juste la revoir… Non&amp;nbsp;! Je n’ose pas.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard lui posa gauchement la main sur l’épaule, et ils poursuivirent leur chemin en silence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La classe progressait, chacun à son allure, mais, les compensations jouant, ils obtinrent leur brevet tous ensemble. Ce fut une brève cérémonie, suivie d’une grande fête et de promesses d’ivrogne concernant des réunions futures. Puis ils repartirent pour les années d’où ils étaient venus, à l’heure près.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard reçut, outre les félicitations de Gordon, une liste des agents qui étaient ses contemporains (certains occupaient un poste dans les services secrets militaires, par exemple), puis il rentra chez lui. Plus tard, on lui trouverait peut-être quelque travail à un poste d’observation bien situé, mais sa tâche – derrière l’emploi de «&amp;nbsp;conseiller spécial du Bureau d’Ingénierie, sa&amp;nbsp;» qui justifiait ses revenus aux yeux des Impôts – ne consistait qu’à parcourir une douzaine de journaux par jour pour y relever les indices de voyages temporels qu’on lui avait appris à déceler, et se tenir prêt à répondre à tout appel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par hasard, ce fut lui qui dénicha sa première mission.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;3.&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;C’était une impression bizarre que de lire les titres et de savoir dans une certaine mesure ce qui allait suivre. Cela supprimait la tension nerveuse, mais cela causait de la tristesse, car il s’agissait là d’une ère tragique. Il comprenait le désir de Whitcomb de revenir en arrière et de modifier l’histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un homme seul était, bien entendu, trop limité dans ses possibilités. Il ne pouvait pas changer favorablement le monde, sauf par un hasard extraordinaire&amp;nbsp;; plus vraisemblablement, il ne réussirait qu’à tout gâcher. Retourner tuer Hitler et les chefs japonais et soviétiques… pour que quelqu’un de plus rusé les remplace. Peut-être l’énergie atomique resterait-elle en jachère et la floraison merveilleuse de la Renaissance vénusienne n’aurait-elle jamais lieu. Du diable si on savait…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il regarda par la fenêtre. Les lumières flamboyaient devant un ciel agité&amp;nbsp;; la rue grouillait de voitures et de passants pressés et anonymes&amp;nbsp;; il ne voyait pas les gratte-ciel de Manhattan, d’ici, mais il savait qu’ils se dressaient, orgueilleux, vers les nuées. Et tout cela n’était qu’un simple remous de ce fleuve au courant irrésistible qui se précipitait dans un bruit de tonnerre depuis le paisible paysage pré-humain où lui-même s’était trouvé jusqu’à l’inconcevable futur danellien. Combien de milliards et de trillions d’êtres humains devaient vivre, rire, pleurer, travailler, espérer et mourir dans ce courant bondissant&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il soupira, bourra sa pipe et se retourna. Une longue promenade n’avait pas suffi à le calmer&amp;nbsp;; il avait l’esprit et le corps impatients de se mettre à l’œuvre. Mais il était tard et… Il s’approcha de l’étagère de livres, prit un volume plus ou moins au hasard et se mit à lire – un recueil de récits des époques victorienne et édouardienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une mention le frappa, à propos d’une tragédie survenue à Addleton et de l’étrange contenu d’un tumulus breton antique. Rien de plus. Ah&amp;nbsp;! Voyage dans le temps&amp;nbsp;? Il sourit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pourtant…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Non&lt;/em&gt; , songea-t-il, &lt;em&gt;c’est insensé&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela ne ferait cependant aucun mal de vérifier. L’incident remontait à 1894 en Angleterre. Il pouvait consulter les archives du &lt;em&gt;Times &lt;/em&gt;de Londres. Rien d’autre à faire… C’était sans doute pour cette raison même qu’on lui avait confié ce morne travail de lecture des journaux&amp;nbsp;: pour que son esprit, irrité à force d’ennui, s’aventure dans tous les coins imaginables.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il se trouvait sur le perron de la bibliothèque publique lorsqu’elle ouvrit ses portes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le compte-rendu datait du 25 juin 1894&amp;nbsp;; les articles continuaient les jours suivants. Addleton était un village du Kent, notable par son château du xvii &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle appartenant à lord Wyndham et par un tumulus d’âge indéterminé. Le lord, archéologue amateur mais enthousiaste, y avait procédé à des fouilles, en compagnie d’un certain James Rotherhithe, spécialiste du British Museum qui se trouvait être son parent. Ils avaient mis au jour une chambre funéraire saxonne, sans grand intérêt&amp;nbsp;: quelques objets artisanaux, presque tous pourris et rouillés, des ossements d’hommes et de chevaux. Il y avait aussi un coffre dans un état de conservation inattendu, renfermant des lingots d’un métal inconnu, qu’on présumait être un alliage de plomb ou d’argent. Mais lord Wyndham était tombé gravement malade en présentant les symptômes d’un empoisonnement mortel&amp;nbsp;; Rotherhithe, qui avait à peine jeté un coup d’œil dans le coffre, n’avait pas été affecté, et des preuves circonstancielles suggéraient qu’il avait fait absorber à son compagnon une dose d’un mystérieux poison oriental. Scotland Yard l’avait arrêté à la mort de lord Wyndham, survenue le 25. La famille de Rotherhithe avait engagé un détective privé bien connu qui était parvenu à démontrer, par un raisonnement très astucieux suivi d’expériences sur des animaux, l’innocence de l’accusé, l’agent de la mort étant une «&amp;nbsp;Émanation nocive&amp;nbsp;» provenue du coffre. On avait jeté la boîte et son contenu dans la Manche. Félicitations mutuelles. Et, en fondu, une fin satisfaisante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard demeura assis dans la longue salle silencieuse. Le récit, avare de détails, restait très suggestif, à tout le moins.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors pourquoi le bureau victorien de la Patrouille n’avait-il pas enquêté&amp;nbsp;? Ou l’avait-il fait&amp;nbsp;? Sans doute. Il n’avait pas rendu ses découvertes publiques, bien entendu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En tout cas, mieux valait envoyer un mémo.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De retour en son appartement, il prit l’une des petites navettes messagères qu’on lui avait remises, y déposa un rapport et régla les commandes pour le bureau de Londres au 25 juin 1894, jour du premier compte rendu dans le &lt;em&gt;Times. &lt;/em&gt;Quand il eut pressé le dernier bouton, la boîte disparut dans un souffle d’air qui vint combler l’espace qu’elle avait occupé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle revint presque instantanément. Everard l’ouvrit et en tira une feuille de papier mince couverte de caractères dactylographiés bien lisibles – oui, bien sûr, la machine à écrire était déjà inventée à cette époque. Il la parcourut avec la promptitude qu’on lui avait enseignée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cher Monsieur,&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;En réponse à votre lettre du 6 septembre 1954, nous tenons à vous en accuser réception et à vous féliciter de votre diligence. Cette affaire vient juste de commencer ici, mais nous sommes fort occupés à prévenir l’assassinat de Sa Majesté la Reine, ainsi que concernés par la question des Balkans, le commerce de l’opium avec la Chine, etc. Bien que nous puissions évidemment conclure les affaires courantes avant de revenir à celle-ci, il convient d’éviter les singularités telles que de se trouver en deux endroits en même temps, ce qui se pourrait remarquer. Nous apprécierions donc que vous-même, et un agent britannique qualifié, nous assistassiez. Sauf contrordre, nous vous attendons au 14B, Old Osborne Road, le 26 juin 1894, à minuit. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Veuillez croire, Monsieur, à nos sentiments les plus dévoués.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J. Mainwethering.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Suivait un tableau de coordonnées spatio-temporelles, d’un effet inattendu après ce style fleuri.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard appela Gordon, obtint son accord et réserva un sauteur temporel à l’entrepôt de la «&amp;nbsp;société&amp;nbsp;». Il envoya ensuite une note à Charles Whitcomb en 1947, reçut une réponse d’un mot – «&amp;nbsp;Volontiers&amp;nbsp;» – et alla prendre livraison de l’engin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il rappelait une moto, sans roues ni guidon. Il comportait deux selles et un élément propulseur anti-gravité. Everard régla les commandes sur l’époque de Whitcomb, effleura le bouton principal et se retrouva dans un autre entrepôt.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Londres, 1947. Il resta assis un moment, songeant qu’à ce même moment, il se trouvait lui-même, de sept ans plus jeune, à l’université, aux États-Unis. Puis Whitcomb apparut et lui serra la main. «&amp;nbsp;Content de te revoir, mon vieux.&amp;nbsp;» Son visage hagard s’illumina de cet étrange et attirant sourire qu’Everard avait appris à connaître. «&amp;nbsp;Donc… chez Victoria, hein&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Exact. Monte.&amp;nbsp;» Everard effectua un autre réglage. Cette fois, il arriverait dans un bureau. Un bureau intérieur, tout à fait privé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La pièce se matérialisa autour de lui. Le mobilier de chêne, l’épais tapis, les manchons incandescents au gaz donnaient une sensation inattendue de lourdeur. Les lampes électriques existaient déjà, mais Dalhousie &amp;amp; Roberts&lt;em&gt; &lt;/em&gt;était une firme réputée pour sa solidité et son esprit conservateur. Mainwethering en personne se leva de son fauteuil pour les accueillir. Homme corpulent, d’aspect pompeux, aux favoris en broussaille et portant monocle, il paraissait aussi tout de force rentrée. Son accent d’Oxford était si poussé qu’Everard avait du mal à le comprendre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Bonsoir, messieurs. J’espère que vous avez fait bon voyage&amp;nbsp;? Oh&amp;nbsp;! oui… pardon… vous êtes nouveaux dans le métier, n’est-ce pas&amp;nbsp;? C’est toujours un peu déconcertant au début. Je me rappelle ma surprise lors d’une visite au xxi&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Si peu anglais… C’est tout naturel, cependant, ce n’est qu’un autre aspect d’un univers toujours étonnant. Vous excuserez mon manque d’hospitalité, mais nous sommes vraiment très occupés. Un Teuton fanatique de 1917 a découvert le secret du voyage dans le temps, près d’un de nos agents imprudents&amp;nbsp;; il a volé une machine et gagné Londres pour assassiner Sa Majesté. Nous avons un mal du diable à le retrouver.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Vous y parviendrez&amp;nbsp;? demanda Whitcomb.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;– &lt;/em&gt; Certes. Mais c’est un fichu labeur, messieurs, surtout lorsqu’on est tenu d’opérer en secret. J’aimerais engager un enquêteur privé, mais le seul qui vaille la peine est beaucoup trop futé et risquerait de découvrir la vérité par déduction. Il opère selon le principe que lorsqu’on a éliminé l’impossible, tout ce qui reste, aussi improbable que ce soit, doit être la vérité absolue. Et le voyage temporel ne lui paraîtrait peut-être pas trop improbable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je parie que c’est le même homme qui s’occupe de l’affaire d’Addleton ou s’en occupera demain, dit Everard. Peu importe&amp;nbsp;; nous savons qu’il prouvera l’innocence de Rotherhithe. Ce qui compte, c’est que, selon toute probabilité, on a là une trace d’un voyage temporel non réglementaire à l’époque bretonne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Saxonne, tu veux dire, corrigea Whitcomb qui avait vérifié les données. Bien des gens confondent les Bretons et les Saxons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Tout autant confondent les Saxons et les Jutes, dit Mainwethering d’un ton affable. Je crois savoir que les envahisseurs du Kent venaient du Jütland. Hum&amp;nbsp;! Voici des vêtements, messieurs, et de l’argent, et des papiers tout prêts à votre intention. Je pense parfois que vous autres, les agents de terrain, vous n’appréciez pas tout ce que les bureaux ont à fournir de travail pour l’opération même la plus infime. Hum&amp;nbsp;! Pardon. Avez-vous un plan de campagne&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui.&amp;nbsp;» Everard ôtait ses vêtements du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. «&amp;nbsp;Je crois. On en sait tous les deux assez sur l’ère victorienne pour se débrouiller, mais il faudra que je reste américain… oui, je vois que vous en avez tenu compte pour mes papiers.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mainwethering prit un air chagrin. «&amp;nbsp;Si l’incident du tumulus a trouvé place dans un ouvrage littéraire important, comme vous le dites, nous allons recevoir des centaines de notes à ce sujet, maintenant que nous entrons dans la période où il se déroule. Il appert que la vôtre est arrivée la première. J’en ai reçu deux autres depuis, de 1923 et 1960. Mon Dieu&amp;nbsp;! comme je voudrais qu’on m’autorise à avoir un secrétaire-robot&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard se débattait avec son costume inaccoutumé. Ce dernier lui allait assez bien, ses mesures étant déposées à ce bureau, mais il n’avait jamais encore apprécié à sa juste valeur le confort de la mode de son temps. Fichu gilet&amp;nbsp;! «&amp;nbsp;Écoutez, reprit-il, il se peut que l’affaire soit sans danger de conséquences. En fait, puisqu’on est tous ici, elle a &lt;em&gt;dû &lt;/em&gt;être sans suite. Hein&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Pour le moment, dit Mainwethering. Mais réfléchissez. Vous retournez tous deux à l’époque jute et vous découvrez le maraudeur. Mais vous échouez. Soit il vous tue avant que vous ayez eu le temps de tirer vous-même, soit il attire dans une embuscade ceux que nous envoyons à votre suite. Puis il entreprend sa révolution industrielle ou tout autre projet qu’il a en tête. L’histoire se modifie. Vous, vous trouvant là-bas avant le point de changement, vous existez encore… ne serait-ce qu’à l’état de cadavres… mais nous, ici, nous n’avons jamais existé. Cette conversation n’a jamais eu lieu. Comme dit Horace…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Peu importe&amp;nbsp;! fit Whitcomb en riant. On va d’abord examiner le tumulus dans l’année présente, puis revenir ici pour décider de la suite.&amp;nbsp;» Il se pencha pour transférer le contenu d’une valise du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle dans une monstruosité en étoffe fleurie, à la Gladstone&amp;nbsp;: deux armes de poing, quelques appareils de physique et de chimie encore à inventer en son temps, et une radio minuscule pour appeler le bureau en cas d’ennuis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mainwethering consulta l’indicateur Bradshaw des chemins de fer. «&amp;nbsp;Vous pouvez prendre le train de 8 h 23, à Charing Cross, demain matin. Comptez une demi-heure pour vous rendre d’ici à la gare.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Vu.&amp;nbsp;» Everard et Whitcomb enfourchèrent de nouveau leur machine pour sauter jusqu’au lendemain et disparurent. Mainwethering soupira, bâilla, laissa ses instructions à son employé et rentra chez lui. L’employé était présent quand le sauteur se matérialisa, à 7 h 45.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;4.&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Ce fut la première fois qu’Everard prit conscience de la réalité des voyages dans le temps. Il l’appréhendait auparavant, sur le plan intellectuel, et il en avait été frappé comme il se doit, mais, du point de vue émotif, elle lui était restée étrangère. Or, à parcourir dans un vrai cab&lt;em&gt; &lt;/em&gt;(véhicule poussiéreux, abîmé, outil de travail au lieu de curiosité pour touristes) un Londres qu’il ignorait, à respirer un air qui renfermait davantage de fumée que celui du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, quoique aucune vapeur d’essence, à voir fourmiller des hommes en melon et en haut de forme, des ouvriers couverts de suie, des femmes en jupe longue, non pas des figurants mais des êtres humains bien réels, rieurs ou sombres, qui parlaient, transpiraient, riaient, s’affairaient, il avait le sentiment brutal et violent d’être bien &lt;em&gt;là.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce moment, sa mère n’était pas encore née, ses grands-parents étaient deux jeunes couples se préparant à leur union, Grover Cleveland était président des États-Unis, Victoria reine d’Angleterre, Kipling écrivait, les soulèvements ultimes des Indiens d’Amérique restaient à venir… Il crut recevoir un coup de massue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb acceptait la situation avec plus de calme, mais les yeux sans cesse en mouvement, comme pour absorber la gloire de l’Angleterre en ce jour. «&amp;nbsp;Je commence à comprendre, souffla-t-il. On n’a jamais décidé si cette période constitue le triomphe des conventions rigides et sans naturel, ou la dernière fleur de la civilisation occidentale avant le début de sa flétrissure. Rien qu’à voir ces gens, je constate que c’était à la fois tout ce qu’on en a dit, le bon et le mauvais, car il ne s’agissait pas d’un simple fait qui concernait tout le monde, mais bien du produit de millions de vies individuelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui. Et ce doit être vrai de chaque époque.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’aspect familier du train – guère différent des voitures de chemins de fer anglais de l’an 1954 – fournit à Whitcomb l’occasion de quelques observations sarcastiques sur l’inviolable tradition. Au bout de deux heures, il les déposa dans une gare de village endormie, parmi des jardins de fleurs soignés avec amour, où ils louèrent une voiture pour les conduire au château de Wyndham.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un constable poli les introduisit après leur avoir posé quelques questions. Ils se faisaient passer pour des archéologues – Everard américain, et Whitcomb australien – fort désireux de rencontrer lord Wyndham et durement éprouvés de sa fin tragique. Mainwethering, qui semblait avoir des accointances dans tous les domaines, leur avait remis des lettres d’introduction signées d’une personnalité du British Museum bien connue. L’inspecteur de Scotland Yard consentit à leur laisser examiner le tumulus. «&amp;nbsp;L’affaire est entendue, messieurs, car il n’y a plus d’indices, même si mon collègue n’est pas d’accord, ha&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» L’enquêteur privé, grand, mince, le visage aigu, et accompagné d’un individu trapu, à moustaches, boiteux, qui paraissait jouer le rôle d’acolyte, eut un sourire acide et les observa d’un œil acéré tandis qu’ils approchaient du monticule.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le tumulus était long et haut, couvert d’herbe, sauf à l’endroit où une entaille à vif marquait l’entrée des fouilles jusqu’à la chambre funéraire, étayée de poteaux mal équarris, depuis longtemps écroulés&amp;nbsp;; il y avait encore, dans la poussière, des fragments de ce qui avait été autrefois du bois. «&amp;nbsp;Les journaux ont parlé d’un coffre de métal, dit Everard. Je me demande si nous pourrions y jeter un coup d’œil&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’inspecteur hocha la tête et les emmena dans une bâtisse extérieure où les principales trouvailles reposaient sur une table. À part la boîte, il n’y avait que des morceaux de métal corrodé et des ossements écrasés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le regard de Whitcomb était pensif en se posant sur la surface polie et nue du coffret qui brillait d’un éclat bleuté – quelque alliage à l’épreuve du temps, non encore inventé. «&amp;nbsp;Tout à fait inusité, dit-il. Rien de primitif. On penserait presque que cela a été usiné, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard s’approcha prudemment. Il avait une idée assez juste de ce qui se trouvait à l’intérieur, et faisait montre de la circonspection naturelle en pareil cas chez un citoyen de l’ère atomique. Il tira un compteur de son sac et le braqua sur la boîte. L’aiguille oscilla, pas beaucoup, mais…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Drôle d’appareil, dit l’inspecteur. Puis-je vous demander ce que c’est&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Un électroscope expérimental&amp;nbsp;», mentit Everard. Avec prudence, il releva le couvercle et tint le compteur au-dessus de la boîte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Grand Dieu&amp;nbsp;! La radioactivité à l’intérieur vous tuerait dans la journée.&lt;/em&gt; Il entrevit à peine des lingots massifs, à l’éclat peu prononcé, avant de claquer le couvercle. «&amp;nbsp;Prenez garde à ce matériau&amp;nbsp;», dit-il en chevrotant. Grâce au Ciel, l’individu qui avait transporté ce fardeau mortel était venu d’une époque où l’on savait comment se protéger des radiations&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le détective privé s’était approché sans bruit derrière eux. Son visage perspicace avait une expression de chasseur sur la piste. «&amp;nbsp;Vous en identifiez le contenu, monsieur&amp;nbsp;? demanda-t-il d’une voix calme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui… je crois.&amp;nbsp;» Everard se rappela que Becquerel ne découvrirait pas la radioactivité avant deux ans&amp;nbsp;; même les rayons X ne verraient le jour que dans un an. Il devait se montrer prudent. «&amp;nbsp;C’est-à-dire… en pays indien, j’ai entendu parler d’un minerai qui serait un poison…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– &lt;em&gt;Très&lt;/em&gt; intéressant.&amp;nbsp;» Le détective bourrait une pipe à gros fourneau. «&amp;nbsp;Tout comme les vapeurs de mercure, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Rotherhithe aura donc placé cette boîte dans la tombe, hein&amp;nbsp;? marmonna l’inspecteur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ne soyez pas ridicule&amp;nbsp;! répliqua le détective d’un ton sec. Je peux prouver de trois façons décisives la totale innocence de Rotherhithe. Ce qui m’intriguait, c’était la cause réelle de la mort de Sa Seigneurie. Mais si, comme ce monsieur le dit, il se trouvait un poison mortel enterré dans ce tumulus… pour écarter les pilleurs de tombe&amp;nbsp;? Je me demande pourtant comment les anciens Saxons ont pu se procurer un minerai américain. Peut-être y a-t-il du vrai dans ces théories selon lesquelles les Phéniciens auraient traversé l’Atlantique dans l’Antiquité. J’ai effectué moi-même quelques recherches à propos d’une de mes marottes, selon laquelle il y aurait des éléments de chaldéen dans la langue galloise et ceci paraît appuyer ma théorie.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard éprouva un sentiment de culpabilité à l’idée du tort qu’il causait à l’archéologie. Oh&amp;nbsp;! et puis cette boîte finirait jetée dans la Manche et oubliée. Whitcomb et lui-même trouvèrent un prétexte pour partir au plus vite possible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Durant le retour à Londres, en sûreté dans la solitude de leur compartiment, l’Anglais produisit un fragment de bois pourri. «&amp;nbsp;Il provient du tumulus, où je l’ai glissé dans ma poche. Cela nous servira à établir une date. Passez-moi le compteur au radiocarbone, s’il vous plaît.&amp;nbsp;» Il fourra le morceau dans l’appareil, tourna des boutons et lut la réponse tout haut. «&amp;nbsp;Mille quatre cent trente ans, à dix près. On a donc érigé ce tumulus aux environs de l’an… voyons… 464, soit à l’époque où les Jutes commençaient à s’installer dans le Kent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Pour que ces lingots restent aussi brûlants, murmura Everard, qu’est-ce que ça devait être à l’origine&amp;nbsp;? Difficile de comprendre comment il subsiste une telle radioactivité, après une aussi longue demi-vie, mais il est vrai que, dans le futur, on est capable de faire avec l’atome des choses dont ma propre époque n’a jamais rêvé.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après avoir remis leur rapport à Mainwethering, ils jouèrent les touristes une journée entière tandis que l’agent local envoyait des messages dans le temps pour mettre en branle l’énorme machine de la Patrouille. Le Londres victorien fascina Everard et l’enchanta presque, malgré la pauvreté et la saleté. Whitcomb avait une expression lointaine dans le regard. «&amp;nbsp;J’aurais aimé vivre ici, dit-il.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ouais… avec leur médecine et leurs dentistes&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Et sans bombardements aériens.&amp;nbsp;» Il y avait du défi dans la réponse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mainwethering avait pris ses dispositions quand ils repassèrent au bureau. Tout en fumant un gros cigare, il arpentait la pièce, ses mains potelées jointes sous les basques de son habit, et leur dévidait les résultats.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Métal identifié selon toute probabilité. Carburant isotopique des alentours du xxx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Les recherches indiquent qu’un marchand de l’Empire Ing a visité l’année 2987 pour échanger ses matières premières contre leur synthrope, dont le secret s’est perdu au cours de l’Interrègne. Naturellement, il a pris ses précautions, tâché de se faire passer pour un commerçant du système de Saturne, mais il a néanmoins disparu. De même que sa navette temporelle. Sans doute quelqu’un de 2987 a-t-il découvert qui il était et l’a-t-il tué pour lui prendre sa machine. La Patrouille a été alertée, mais aucune trace de la machine… Elle a finalement été retrouvée dans l’Angleterre du v&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle par deux patrouilleurs nommés… hum… Everard et Whitcomb.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Si on a déjà réussi, à quoi bon s’en faire&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda l’Américain, tout sourire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mainwethering parut scandalisé. «&amp;nbsp;Voyons, mon cher ami&amp;nbsp;! Vous n’avez pas déjà réussi. La tâche reste à accomplir, tant aux termes de votre sentiment de la durée que du mien. Et je vous prie de ne pas croire au succès, du seul fait que l’histoire l’a enregistré. Le temps n’a rien de rigide&amp;nbsp;; l’homme a son libre arbitre. Si vous échouez, l’histoire changera et n’aura jamais enregistré votre succès. Je ne vous en aurai jamais parlé. C’est sans doute ce qui est “arrivé”, si je puis dire, dans les rares cas où la Patrouille a connu l’échec. On continue de travailler sur ces cas, et si le succès vient enfin, l’histoire sera changée et il y aura “toujours” eu réussite. &lt;em&gt;Tempus non nascitur, fit, &lt;/em&gt;si je puis me permettre cette petite variante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Bon, bon, je plaisantais, dit Everard. Allons-y, &lt;em&gt;tempus fugit&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;em&gt;, &lt;/em&gt;ajouta-t-il avec une préméditation qui fit faire la grimace à Mainwethering.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La Patrouille elle-même se révéla mal connaître la période obscure où les Romains avaient quitté la Grande-Bretagne, la civilisation bretonne romanisée s’écroulait et les Saxons commençaient de survenir. Elle n’avait jamais paru importante. Le bureau de Londres de l’an 1000 envoya les documents dont il disposait, ainsi que des vêtements qui pourraient convenir. Everard et Whitcomb restèrent inconscients une heure sous les instructeurs hypnotiques, pour ressortir en pleine possession de la langue latine ainsi que de plusieurs dialectes saxons et jutes, et avec une connaissance adéquate des mœurs et coutumes de l’époque.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les habits étaient malcommodes&amp;nbsp;: un pantalon, une chemise et un manteau de laine grossière, une cape de cuir, et une infinité de lanières et de lacets. De longues perruques blond lin recouvraient leurs cheveux à la coupe moderne. On ne remarquerait pas qu’ils étaient rasés de près, même au v&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Whitcomb portait une hache et Everard une épée toutes deux fabriquées sur mesure, d’acier à forte teneur en carbone, mais se fiaient davantage aux paralyseurs soniques du xxvi&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle dissimulés sous leurs manteaux. Ils n’avaient pas d’armure, mais l’une des sacoches du sauteur contenait des casques de moto&amp;nbsp;: ils n’attireraient guère l’attention en cette époque d’artisanat au foyer, et ils étaient beaucoup plus résistants et confortables que l’article authentique. Tous deux emportaient aussi un pique-nique substantiel et quelques jarres pleines de bonne bière victorienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Parfait.&amp;nbsp;» Mainwethering consulta sa montre de gousset. «&amp;nbsp;Je vous attends ici à… disons à quatre heures&amp;nbsp;? J’aurai des gardes armés au cas où vous amèneriez un prisonnier, et nous pourrons aller ensuite prendre le thé.&amp;nbsp;» Il leur serra la main. «&amp;nbsp;Bonne chasse&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard enfourcha le sauteur temporel, régla les commandes sur l’an 464, au tumulus d’Addleton, par une nuit d’été, à minuit, et mit le contact.&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;5.&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;C’était la pleine lune. Sous sa clarté, le pays dormait, vaste et désert, l’horizon borné par la noirceur d’une forêt. Quelque part, un loup hurlait. Le tumulus se trouvait déjà là – ils n’arrivaient pas assez tôt.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après avoir pris de l’altitude grâce à l’anti-gravité, ils scrutèrent les denses ténèbres d’un bois. Un hameau s’élevait à environ un kilomètre du tombeau&amp;nbsp;: un fort en rondins et un groupe de bâtiments plus petits, autour d’une cour. Baigné par la lune, le hameau était très calme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Des champs cultivés&amp;nbsp;», observa Whitcomb, qui parlait à voix basse dans le silence. «&amp;nbsp;Les Jutes et les Saxons étaient surtout des agriculteurs, venus ici à la recherche de terres. Songe que les Bretons ont pour ainsi dire disparu de la région depuis des années.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Il faut se renseigner sur l’inhumation. Repartir pour localiser le moment de la construction du tumulus&amp;nbsp;? Non, il vaut peut-être mieux se renseigner à cette date ultérieure, où l’effervescence qui a pu régner ici s’est apaisée. Je propose demain matin.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb acquiesça&amp;nbsp;; Everard posa l’engin sous le couvert d’un taillis et sauta de cinq heures en avant. Le soleil brillait, aveuglant, au nord-est, la rosée restait accrochée aux longues herbes et les oiseaux faisaient un vacarme infernal. Descendus de machine, les Patrouilleurs expédièrent le sauteur à une altitude de quinze mille mètres, où il resterait suspendu en attendant qu’ils le rappellent à eux au moyen de la radio miniature cachée dans leur casque.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ils s’approchèrent ouvertement du hameau, chassant du plat de l’épée et de la hache les chiens quasi-sauvages qui leur montraient les dents. La cour, plutôt que pavée, était couverte d’un épais tapis de boue et de fumier. Deux enfants nus aux cheveux en broussaille les regardaient du seuil d’une hutte de torchis. Une jeune fille assise dehors, occupée à traire une vache rabougrie, poussa un faible cri et un valet de ferme trapu, le front bas, qui donnait à manger aux porcs, saisit son javelot. Le nez pincé, Everard souhaita que certains fanatiques des vestiges et des traditions des Scandinaves en son propre siècle puissent visiter celui-ci.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un homme à la barbe grise, une hache à la main, apparut à la porte du fort. Comme tous les individus de cette période, il était de quelques bons centimètres plus petit que la moyenne du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Il les examina avec prudence avant de leur souhaiter le bonjour.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard eut un sourire poli. «&amp;nbsp;Je m’appelle Uffa Hundingsson, et voici mon frère Knubbi. Nous sommes des marchands du Jütland, venus ici commercer à Canterbury.&amp;nbsp;» Il donna le nom de l’époque, Cant-wara-byrig. «&amp;nbsp;Partis au hasard de la plage où nous avons hissé notre bateau, nous nous sommes égarés et, après avoir tourné en rond toute la nuit, nous avons aperçu vos maisons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je m’appelle Wulfnoth, fils d’Ælfred, répondit le cultivateur. Entrez vous restaurer avec nous.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La vaste salle, sombre, enfumée, regorgeait d’une foule bavarde&amp;nbsp;: les fils de Wulfnoth, leurs épouses et leurs enfants, les serfs et leur famille. Le repas, servi dans de grandes écuelles de bois, consistait en viande de porc à demi cuite. Il ne fut pas difficile de lancer la conversation&amp;nbsp;: ces gens étaient aussi potiniers que les paysans isolés de partout ailleurs. La difficulté était d’inventer des comptes-rendus vraisemblables sur ce qui se passait au Jütland. Wulfnoth, qui n’était pas sot, releva une fois ou deux des erreurs, mais Everard lui affirma&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On vous a raconté des choses fausses. Les nouvelles se déforment quand elles traversent la mer.&amp;nbsp;» Il fut surpris d’apprendre combien il subsistait de rapports entre le vieux pays et le nouveau. Quant à la conversation sur le temps et les récoltes, elle ne différait guère de ce qu’il avait entendu dans le Middle-West, au xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il dut patienter pour glisser une question au sujet du tumulus. Wulfnoth se rembrunit, et son épouse grassouillette et édentée esquissa un signe de protection dans la direction d’une grossière idole de bois. «&amp;nbsp;Il n’est pas bon de parler de ces choses, murmura le Jute. Je regrette que le sorcier soit enterré sur mon domaine. Mais c’était un proche de mon père, mort désormais, et il n’a pas voulu se laisser dissuader.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Le sorcier&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Whitcomb dressa l’oreille. «&amp;nbsp;Quelle histoire est-ce là&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Bah&amp;nbsp;! autant que vous le sachiez, grommela Wulfnoth. C’était un étranger appelé Stane, arrivé à Canterbury il y a six ans. Il devait venir de fort loin, car il ne parlait ni l’anglais ni les langues bretonnes, mais le roi Hengist l’accueillit et bientôt il apprit. Il donna au roi des présents étranges mais bénéfiques, et c’était un devin habile auquel le roi eut de plus en plus souvent recours. Nul n’osait le contrarier, car il possédait un bâton qui lançait la foudre… on l’avait vu fendre des roches… et une fois, dans une bataille contre les Bretons, il avait calciné des hommes. Si certains le prenaient pour Wotan, cela ne se peut, puisqu’il est mort.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ah bon&amp;nbsp;! dit Everard, intéressé. Et que fit-il encore de son vivant&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oh… il donna au roi de sages conseils, comme je l’ai dit. C’était son idée que nous autres du Kent nous devions cesser de repousser les Bretons et de faire venir sans cesse nos parents en plus grand nombre du vieux pays&amp;nbsp;; au contraire, nous devions faire la paix. Il pensait qu’avec notre force et leur science romaine, nous pourrions constituer ensemble un puissant empire. Il avait peut-être raison, bien que, pour ma part, je ne voie guère l’utilité de tous ces livres et ces bains, sans parler de ce dieu bizarre en forme de croix qu’ils ont… En tout cas, il a été tué par deux messagers inconnus, il y a trois ans, et enterré ici avec des animaux sacrifiés et celles de ses possessions que ses ennemis n’avaient pas pillées. Nous lui offrons un sacrifice deux fois l’an et je dois avouer que son fantôme ne nous a pas causé d’ennuis. Mais cela continue à me déplaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Depuis trois ans, hein&amp;nbsp;? Je vois…&amp;nbsp;» dit Whitcomb. Il leur fallut une bonne heure pour prendre congé et Wulfnoth insista pour envoyer un garçon les guider jusqu’à la rivière. Everard, qui n’avait pas envie d’aller si loin à pied, sourit et appela à terre le sauteur. Tandis qu’il l’enfourchait avec Whitcomb, il dit d’un ton grave à l’adolescent qui écarquillait les yeux&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Sache que tu as accueilli Wotan et Thunor qui préserveront désormais les tiens contre tout mal.&amp;nbsp;» Puis il sauta de trois ans en arrière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Et voici le moment difficile&amp;nbsp;», dit-il en observant le hameau de derrière le taillis. Le tumulus, cette fois, n’était pas là. Le sorcier Stane vivait encore. «&amp;nbsp;Ce n’est pas bien difficile de mystifier un gamin, mais il nous faut maintenant extirper cet individu d’une ville solide et guerrière, où il est le bras droit du roi. Et il possède un désintégrateur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Apparemment, nous avons réussi… ou nous allons réussir, dit Whitcomb.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non. Tu sais que ça n’a rien d’obligatoire. Si on échoue, Wulfnoth nous racontera une autre histoire dans trois ans… et il est probable que Stane sera là&amp;nbsp;! Il pourrait nous tuer deux fois&amp;nbsp;! Et l’Angleterre, arrachée aux temps obscurs pour passer à une culture néoclassique, évoluera d’une manière qu’on ne risque guère de reconnaître en 1894… Je me demande où Stane veut en venir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il fit prendre de la hauteur au sauteur et le dirigea vers Canterbury. Le vent de la nuit lui soufflait au visage, menaçant. Bientôt le bourg apparut&amp;nbsp;; Everard se posa dans un bosquet. La clarté blanche de la lune se reflétait sur les murs à demi ruinés de la Durovernum romaine, mouchetés de noir aux endroits que les Jutes avaient réparés avec du bois et de la terre. Nul n’avait le droit d’y pénétrer après le coucher du soleil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De nouveau le sauteur les mena en plein jour – vers midi – et fut renvoyé dans le ciel. Le déjeuner qu’il avait pris deux heures plus tôt et trois ans plus tard pesait sur l’estomac d’Everard tandis qu’il se dirigeait vers une voie romaine en ruine, puis vers la ville. La circulation était assez intense, des cultivateurs, pour la plupart, qui menaient en chars à bœufs leurs produits au marché. Deux brutes à l’air farouche les arrêtèrent à la porte et s’enquirent de leurs intentions. Cette fois, Everard et Whitcomb étaient les représentants d’un négociant de Thanet qui les envoyait interroger divers artisans de l’endroit. Les gardes restèrent hargneux jusqu’au moment où Whitcomb leur glissa dans la main deux pièces romaines&amp;nbsp;; alors les javelots s’abaissèrent et ils poursuivirent leur chemin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La ville s’agitait et bruissait autour d’eux, mais une fois de plus, c’était la vive puanteur qui frappait le plus Everard. Parmi les Jutes qui se bousculaient, il apercevait parfois un Breton romanisé qui se frayait un chemin dans la boue, l’air dédaigneux, en écartant sa tunique effrangée pour éviter tout contact avec ces sauvages. Ç’aurait pu être comique si ce n’avait été pathétique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y avait une auberge extraordinairement sordide installée dans les ruines d’une ancienne maison de ville en marbre. Everard et Whitcomb découvrirent que leur argent avait une grande valeur ici, où les échanges se faisaient encore en nature dans la plupart des cas. En offrant quelques tournées générales, ils obtinrent tous les renseignements désirés. Le fort du roi Hengist s’élevait près du centre de la ville… pas vraiment un fort, mais un vieux bâtiment embelli de façon déplorable sous l’influence de cet étranger. Stane… non que notre roi bon et fort soit une fillette, ne vous méprenez pas, étranger… tenez, rien que le mois dernier… oui, Stane&amp;nbsp;! Il habite la maison voisine. Un homme bizarre, certains le qualifient de dieu… en tout cas, il sait choisir les filles… oui, on dit que c’est lui qui manigance toutes ces histoires de paix avec les Bretons. Il nous en arrive de plus en plus, de ces malins, au point qu’un honnête homme ne peut plus faire couler un peu de sang… bon, Stane est très sage, je ne voudrais rien dire contre lui, comprenez-moi bien, après tout, il peut lancer la foudre…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Alors&amp;nbsp;? demanda Whitcomb quand ils eurent regagné leur chambre. On va l’arrêter&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non… je doute que ce soit possible. J’ai un vague plan, mais il faudrait deviner ses intentions réelles. Voyons si nous pouvons obtenir audience.&amp;nbsp;» En se levant de la paillasse qui lui servait de lit, Everard se grattait. «&amp;nbsp;Diable&amp;nbsp;! Ce n’est pas de l’instruction qu’il faut à cette époque, c’est de la poudre insecticide&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La maison, sa façade blanche à colonnes d’une propreté presque pénible au milieu de toute cette saleté, avait été rénovée avec soin. Deux gardes, debout sur les degrés, se mirent sur la défensive à l’approche des Patrouilleurs. Everard leur donna de l’argent et leur raconta qu’il avait des nouvelles qui ne manqueraient pas d’intéresser le sorcier. «&amp;nbsp;Dites-lui&amp;nbsp;: “L’homme de demain”. C’est un mot de passe. Compris&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ça ne veut rien dire, protesta le garde.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Un mot de passe n’a aucun besoin de signifier quoi que ce soit&amp;nbsp;», répondit Everard d’un ton hautain.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le Jute s’éloigna dans un cliquetis métallique en secouant tristement la tête. Toutes ces idées nouvelles&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tu es sûr de ton coup&amp;nbsp;? demanda Whitcomb. Il va se tenir sur ses gardes, à présent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Un personnage important ne perdra pas son temps pour un inconnu quelconque. L’affaire presse, mon vieux&amp;nbsp;! Jusqu’à présent, il n’a rien accompli de permanent, pas même assez pour que sa légende se perpétue. Mais si le roi Hengist réalisait une véritable alliance avec les Bretons…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le garde revint, grogna quelque chose et les conduisit en haut des marches, puis à travers le péristyle. Au-delà se trouvait l’atrium, une pièce de bonne taille où des tapis modernes en peau d’ours contrastaient avec le marbre ébréché et la mosaïque décolorée. L’homme, debout devant un grossier lit de bois, leva la main à leur entrée. Everard aperçut le fin canon d’un désintégrateur du xxx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Gardez vos mains bien en vue et à l’écart de votre corps, suggéra l’autre. Sans quoi il me faudra sans doute vous anéantir en jouant les lanceurs de tonnerre.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb ravala une exclamation dépitée, mais Everard s’attendait assez à cette réception. Néanmoins, il se sentait l’estomac noué.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Stane le sorcier était un homme de petite taille, vêtu d’une belle tunique brodée qui devait provenir de quelque villa bretonne. Son corps mince était musclé, sa tête volumineuse et ses traits d’une laideur assez plaisante sous une masse de cheveux noirs. Un sourire pincé se dessinait sur ses lèvres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Fouille-les, Eadgar, ordonna-t-il. Prends tout ce qu’ils peuvent avoir dans leur vêture.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Malgré la gaucherie de sa palpation, le Jute trouva les paralyseurs et les jeta sur le sol. «&amp;nbsp;Tu peux partir, lui dit Stane.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Vous ne risquez rien de leur part, maître&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda le soldat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Stane sourit plus largement. «&amp;nbsp;Avec ceci dans ma main&amp;nbsp;? Non, va.&amp;nbsp;» Eadgar s’éloigna en traînant les pieds. &lt;em&gt;Au moins, on a encore l’épée et la hache&lt;/em&gt;, se dit Everard. &lt;em&gt;Mais elles ne nous serviront à rien face à cette arme braquée sur nous.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ainsi vous venez de demain&amp;nbsp;», murmura Stane. Une pellicule de sueur brilla soudain à son front. «&amp;nbsp;Cela m’intriguait. Vous parlez l’anglais futur&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb ouvrit la bouche, mais Everard le devança, en improvisant, car sa vie était en jeu. «&amp;nbsp;Quelle langue voulez-vous dire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Celle-ci.&amp;nbsp;» Stane passa à un anglais accentué, mais reconnaissable à des oreilles du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. «&amp;nbsp;Je veux savoir d’où et quand vous venez, vos intentions et tout le reste. Dites-moi la vérité ou je vous réduis en cendres.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard secoua la tête. «&amp;nbsp;Non, répondit-il en jute. Je ne comprends pas.&amp;nbsp;» Whitcomb lui jeta un coup d’œil mais se tut, prêt à suivre son exemple. L’esprit d’Everard fonctionnait activement, sous l’aiguillon du désespoir&amp;nbsp;; il comprenait que la mort le guettait à la première erreur. «&amp;nbsp;À notre époque, on parlait ainsi.&amp;nbsp;» Et il débita une tirade de jargon hispano-mexicain.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Une langue latine&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Stane avait les yeux brillants. Le désintégrateur tremblait dans sa main. «&amp;nbsp;De &lt;em&gt;quand &lt;/em&gt;venez-vous&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle après Jésus-Christ. Notre pays s’appelle Lyonesse. Il se trouve de l’autre côté de la mer Occidentale…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– L’Amérique&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» C’était un soupir. «&amp;nbsp;L’a-t-on &lt;em&gt;jamais &lt;/em&gt;appelé Amérique&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non. J’ignore de quoi vous parlez.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Stane ne put réprimer un frisson. Il se domina. «&amp;nbsp;Vous connaissez la langue romaine&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard opina du chef.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Stane éclata d’un rire nerveux. «&amp;nbsp;Dans ce cas, utilisons-la. Si vous saviez combien je suis écœuré de ce langage de porcs qu’est le saxon&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Son latin était un peu décadent, appris en ce siècle, de toute évidence, mais assez courant. Il agita son arme. «&amp;nbsp;Pardonnez mon manque de courtoisie. Mais je dois me montrer prudent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Bien sûr, dit Everard. Ah… je m’appelle Mencius et mon ami Iuvelanis. Nous venons du futur, comme vous l’avez deviné. Nous sommes historiens, et notre époque vient juste d’inventer le voyage temporel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– À proprement parler, moi, je suis Rozher Schtein, de l’année 2987. Vous avez… entendu parler de moi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Question superflue&amp;nbsp;! dit Everard. Nous sommes revenus à la recherche de ce mystérieux Stane qui paraît être l’un des personnages essentiels de l’histoire. Nous soupçonnions que ce pouvait être un… &lt;em&gt;peregrinator temporis. &lt;/em&gt;À présent, nous le savons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Trois ans.&amp;nbsp;» Schtein se mit à arpenter fiévreusement la pièce, les bras ballants, mais trop loin pour qu’Everard lui saute dessus. «&amp;nbsp;Trois ans que je suis ici. Si vous saviez combien de fois j’ai connu l’insomnie, à me demander si j’allais réussir… Dites-moi, votre monde est-il uni&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Le monde et les planètes, dit Everard. Depuis longtemps.&amp;nbsp;» Il dissimula un frisson. Sa vie dépendait de son habileté à deviner les plans de Schtein.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Et vous êtes un peuple libre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Nous le sommes. C’est-à-dire que l’empereur préside, mais c’est le Sénat qui fait les lois, et il est élu par le peuple.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le visage de gnome affichait une ferveur sacrée qui le transfigurait. «&amp;nbsp;Tel que je l’ai rêvé, murmura-t-il. Merci.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Vous êtes donc venu de votre époque pour… créer l’histoire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non, dit Schtein. Pour la changer.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les paroles lui venaient, précipitées, comme s’il souhaitait parler depuis de nombreuses années sans jamais l’oser. «&amp;nbsp;J’étais historien, moi aussi. Par hasard, j’ai croisé un homme qui se prétendait commerçant et venu des lunes de Saturne, mais comme j’y avais moi-même séjourné, je l’ai percé à jour. En faisant des recherches, j’ai appris la vérité. C’était un voyageur temporel venu de très loin dans l’avenir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Il vous faut comprendre que l’époque où je vivais était atroce et, en tant qu’historien psychographe, je me rendais bien compte que la guerre, la misère et la tyrannie qui nous accablaient ne provenaient pas d’un mal inné chez l’homme, mais de la simple loi de causalité. Il y avait eu des périodes de paix, même assez prolongées&amp;nbsp;: mais le mal était trop profondément enraciné, l’état de conflit faisait partie de notre civilisation même. Un raid vénusien avait anéanti ma famille. Je n’avais rien à perdre. J’ai pris la machine temporelle après avoir… disposé de son propriétaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» La grande erreur, me disais-je, remontait aux siècles obscurs. Rome avait unifié un vaste empire qui connaissait la paix, et de la paix peut toujours naître la justice. Mais Rome s’était épuisée dans l’effort et désagrégée. Les barbares nouveaux venus étaient vigoureux, ils avaient beaucoup de possibilités, mais ils ne tardèrent pas à se corrompre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Mais prenons l’Angleterre, isolée de l’influence délétère de la société romaine. Les Germains entrent en scène&amp;nbsp;; ce sont des paresseux dégoûtants, mais ils sont forts et ne demandent pas mieux que de s’instruire. Dans mon histoire, ils avaient simplement anéanti la civilisation bretonne puis, intellectuellement impuissants, s’étaient fait absorber par la nouvelle… et maléfique… civilisation qualifiée d’occidentale. Je désirais qu’il arrive quelque chose de meilleur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Cela n’a pas été facile. Vous seriez surpris de la difficulté qu’on éprouve à vivre à une époque différente, avant d’avoir appris à s’acclimater, même si on dispose d’armes modernes et de présents pour le roi. Mais je me suis assuré le respect de Hengist, et je gagne de plus en plus la confiance des Bretons. Je peux unir les deux peuples dans une guerre commune contre les Pictes. L’Angleterre deviendra un royaume unique, riche de la force saxonne et des connaissances romaines, assez puissant pour repousser tous les envahisseurs. Bien entendu, le christianisme est inévitable, mais je ferai en sorte que ce soit le bon, celui qui instruira et civilisera les hommes sans entraver leur esprit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;» Un jour ou l’autre, l’Angleterre sera en mesure de prendre la direction des événements sur le continent. Enfin, un monde uni. Je resterai ici assez longtemps pour assurer l’alliance contre les Pictes, puis je disparaîtrai en promettant de revenir plus tard. Si je reparais, disons à des intervalles de cinquante ans pendant les quelques siècles à venir, je deviendrai une légende, un dieu, qui pourra veiller à ce que ces gens restent dans le droit chemin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– J’ai beaucoup lu au sujet de saint Stanius, dit lentement Everard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– J’ai donc gagné&amp;nbsp;! s’écria Schtein. J’ai donné la paix au monde&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Les larmes lui coulaient sur les joues.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard se rapprocha. Schtein lui braqua son arme sur le ventre, encore méfiant. Everard tourna autour de lui, d’un air détaché, et Schtein pivota pour le couvrir. Mais, troublé par la preuve apparente de son succès, il en oubliait la présence de Whitcomb. Everard adressa un regard à l’Anglais.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb lança sa hache. Everard s’aplatit sur le sol. Schtein hurla et le désintégrateur cracha. La hache lui avait fendu l’épaule. Whitcomb bondit et lui empoigna la main qui tenait l’arme. Schtein cria, en s’efforçant de redresser celle-ci. Everard sauta dans la mêlée. La confusion s’ensuivit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Puis le désintégrateur cracha une nouvelle fois et Schtein ne fut plus qu’un poids inerte dans leurs bras. Le sang qui s’écoulait de l’affreuse blessure ouverte dans sa poitrine se répandit sur leurs vêtements.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les deux gardes accoururent. Everard s’empara de son paralyseur toujours au sol et le régla sur l’intensité maximale. Un javelot lui effleura le bras. Il tira par deux fois et les brutes s’abattirent, assommées pour des heures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Accroupi, il tendit l’oreille. Un cri de femme jaillit des pièces intérieures, mais personne ne se présentait à la porte. «&amp;nbsp;Je crois qu’on a réussi, haleta-t-il.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui.&amp;nbsp;» Whitcomb contemplait d’un air sombre le cadavre étendu à ses pieds et qui paraissait pitoyablement petit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je ne désirais pas sa mort, dit Everard. Mais le moment était… difficile. C’était écrit, sans doute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Cela vaut mieux pour lui que le tribunal de la Patrouille et la planète d’exil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– D’un point de vue pratique, c’était un voleur et un meurtrier. Mais il avait un bien beau rêve.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Un rêve que nous avons brisé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– L’histoire en aurait fait autant. Sans doute. Un seul homme ne saurait être assez puissant ni assez sage. Je pense que la plus grande part de la misère humaine vient de fanatiques bien intentionnés comme celui-ci.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Par conséquent, nous nous en lavons les mains et nous acceptons la suite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Pense à tous tes amis de 1947. Ils n’auraient même jamais existé.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb ôta son manteau et tenta d’essuyer le sang qui avait coulé sur ses vêtements.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;En route&amp;nbsp;», dit Everard. Il franchit la porte de derrière d’un pas pressé. Une concubine effrayée le fixait de ses grands yeux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il dut fracasser la serrure d’une porte intérieure. La pièce au-delà contenait la navette temporelle de l’époque Ing, des livres et des caisses d’armes et d’approvisionnements. Everard chargea le tout sur la navette, sauf le coffre de combustible radioactif. Ce dernier devait en effet rester sur place afin que lui, Manse Evrard, apprenne son existence dans le futur et revienne détruire l’homme qui voulait être Dieu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Tu devrais livrer le tout au dépôt de 1894, dit-il. Je ramène notre sauteur et je te retrouve au bureau.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb lui décocha un long regard. Il avait les traits tirés. Sous les yeux de son compagnon, son expression se fit résolue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;D’accord, mon vieux.&amp;nbsp;» L’Anglais sourit avec un peu de tristesse et serra la main d’Everard. «&amp;nbsp;Adieu, et bonne chance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard le regarda s’installer dans le grand cylindre d’acier. Drôle de salut, si l’on songeait que dans deux heures ils prendraient le thé ensemble, en 1894.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un souci le rongeait quand il sortit de la maison pour se mêler à la foule. Charlie était un original…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Personne ne s’occupa de lui quand il sortit de la ville et pénétra dans le bosquet. Il rappela le sauteur temporel et, en dépit de la nécessité de se hâter au cas où un curieux se serait approché pour voir cet oiseau géant au sol, il ouvrit une cruche de bière. Il en avait grand besoin. Puis, après un dernier regard à la Vieille Angleterre, il bondit en 1894.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mainwethering était là, avec ses gardes, comme promis. Il eut l’air inquiet en voyant arriver un seul homme aux vêtements tachés de sang. Mais Everard le rassura.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il lui fallut un moment pour se laver et se changer, avant de dicter un rapport détaillé au secrétaire. Whitcomb aurait déjà dû arriver en cab, or il n’en était rien. Mainwethering appela le dépôt par radio et revint, les sourcils froncés. «&amp;nbsp;Il n’est pas encore là, dit-il. Un incident mécanique, peut-être&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– J’en doute fort. Ces machines sont à l’épreuve des pannes.&amp;nbsp;» Everard se mordit la lèvre. «&amp;nbsp;Je ne sais pas ce qui se passe. Il aura peut-être mal compris et sera reparti en 1947.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un échange de notes révéla que Whitcomb ne s’était pas présenté là-bas non plus. Everard et Mainwethering sortirent prendre le thé. Whitcomb n’avait toujours pas donné signe de vie à leur retour.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il vaut mieux que j’informe le service de terrain, dit Mainwethering. Qu’en pensez-vous&amp;nbsp;? Ils devraient réussir à le retrouver.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non… attendez.&amp;nbsp;» Everard réfléchit un instant. Une pensée le travaillait depuis un moment. Elle était terrible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous avez une idée&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui… un germe.&amp;nbsp;» Il entreprit de se débarrasser de son attirail victorien. «&amp;nbsp;Demandez mes vêtements du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, s’il vous plaît. Je le retrouverai peut-être tout seul.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– La Patrouille va réclamer un rapport préliminaire sur votre idée et vos intentions, lui rappela Mainwethering.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Au diable la Patrouille.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;6.&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Londres, 1944. La nuit d’hiver était tombée tôt. Un vent froid et coupant soufflait dans les tunnels ténébreux des rues. Quelque part retentit une explosion assourdie&amp;nbsp;; un incendie dressait de grandes bannières rouges au-dessus des toits.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard laissa son sauteur sur le trottoir – nul ne se risquait dehors quand il pleuvait des V1 – et se faufila dans l’obscurité. Le 17 novembre&amp;nbsp;; sa mémoire entraînée avait bien retenu la date. Mary Nelson était morte aujourd’hui.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il trouva une cabine téléphonique au coin de la rue et consulta l’annuaire. Il y avait des tas de Nelson, mais une seule Mary pour la région de Streatham. Ce devait être la mère – il lui fallait supposer que la fille portait le même nom. Il ne savait pas à quelle heure tomberait la bombe, mais il existait des moyens de le découvrir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le feu et le tonnerre se précipitèrent en grondant sur lui quand il ressortit. Il se jeta à plat ventre tandis que des débris de verre passaient en sifflant au-dessus de lui. Le 17 novembre 1944. Manse Everard, de dix ans plus jeune, lieutenant du génie de l’armée des États-Unis, était quelque part de l’autre côté de la Manche, à portée des canons allemands.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ne parvenait pas à se rappeler où exactement, à ce moment précis, et il ne s’y efforça guère. Pas d’importance. Il savait qu’il survivrait à ce péril &lt;em&gt;-là.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le nouvel incendie dansait, rouge et sinistre derrière lui, quand il fonça vers sa machine, l’enfourcha et décolla. À haute altitude au-dessus de Londres, il ne distingua que de vastes ténèbres mouchetées de flammes. La nuit de Walpurgis et l’enfer tout entier déchaîné sur la terre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il se rappelait bien Streatham, une triste étendue de brique habitée par de petits employés, des épiciers, des mécaniciens, la toute petite bourgeoisie qui s’était levée pour bloquer la puissance qui avait conquis l’Europe. Une jeune fille qu’il avait connue y avait vécu, en 1943… Par la suite, elle avait épousé quelqu’un d’autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En volant bas, il essaya de trouver l’adresse. Il y eut à proximité comme une éruption de volcan. Sa machine se cabra et il faillit se laisser désarçonner. Il se hâta vers l’endroit et vit une maison écroulée, détruite, en flammes. Il arrivait trop tard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Non&amp;nbsp;! Il regarda l’heure – 10 h 30 précises – et il sauta de deux heures en arrière. C’était déjà la nuit, mais la maison se dressait solidement dans l’ombre. Pendant un bref instant, il caressa l’idée d’avertir tous ses occupants. Mais non… à travers le monde, des millions d’êtres mouraient. Il n’était pas Schtein pour se charger du fardeau de l’histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il grimaça un sourire froid, descendit et franchit la grille. Il n’était pas non plus un de ces sacrés Danelliens. Il frappa à la porte qui s’ouvrit. Une femme d’âge moyen le dévisagea dans l’ombre et il comprit qu’elle trouvait bizarre de voir un Américain en civil à ce moment.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je vous demande pardon, dit-il, connaîtriez-vous Miss Mary Nelson&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Mais… oui.&amp;nbsp;» Une pause. «&amp;nbsp;Elle habite tout près. Elle ne va pas tarder. Vous êtes un ami&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– C’est elle qui m’envoie vous porter un message, Mrs…&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Enderby.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ah oui&amp;nbsp;! Mrs Enderby. J’ai une très mauvaise mémoire. Écoutez, Miss Nelson désire vous faire savoir qu’elle regrette beaucoup, mais qu’elle ne pourra pas venir. Toutefois, elle voudrait que vous alliez, au contraire, chez elle avec toute votre famille avant 10 h 30.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Nous tous, monsieur&amp;nbsp;? Mais les enfants…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je vous en prie, les enfants aussi. Tous. Elle a préparé une surprise tout à fait spéciale, quelque chose qu’elle ne peut vous montrer qu’à ce moment-là. Il faut que vous y soyez tous.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Eh bien, entendu, monsieur, puisqu’elle le demande.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Tout le monde, avant 10 h 30 sans faute. Je vous reverrai à cette heure-là, Mrs Enderby.&amp;nbsp;» Everard hocha la tête et repartit dans la rue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il avait fait son possible. Ensuite venait la maison des Nelson. Il trouva l’adresse à deux rues plus loin, gara son engin à l’entrée d’une impasse sombre et s’approcha de la maison. Il était coupable, lui aussi, à présent. Aussi coupable que Schtein. Il se demanda à quoi ressemblait la planète d’exil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aucune trace de la navette Ing, pourtant trop grande pour qu’on la cache. Charlie n’était donc pas encore arrivé. Il allait devoir improviser en attendant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En frappant à la porte, il se demandait quels effets aurait le sauvetage de la famille Enderby. Ces enfants grandiraient, auraient à leur tour des enfants – des Britanniques tout à fait insignifiants, de la classe moyenne, sans aucun doute. Mais à un moment quelconque dans les siècles à venir, un homme important pourrait naître ou ne pas naître. Bon, le temps n’était pas trop inflexible. Sauf en de rares cas, l’hérédité précise n’avait pas d’importance, seul comptait le vaste réservoir des gènes humains et de la société humaine. Pourtant, ce serait peut-être un de ces rares cas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une jeune fille lui ouvrit la porte. Elle était jolie, sans ostentation, mais plaisante sous son uniforme bien repassé. «&amp;nbsp;Miss Nelson&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je m’appelle Everard. Je suis un ami de Charlie Whitcomb. Puis-je entrer&amp;nbsp;? J’ai des nouvelles assez surprenantes à vous communiquer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– J’étais sur le point de sortir, dit-elle comme en s’excusant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Mais non.&amp;nbsp;» Une erreur&amp;nbsp;: elle se raidit d’indignation. «&amp;nbsp;Pardonnez-moi. Je vous en prie, permettez-moi de m’expliquer.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle le conduisit dans un salon triste et encombré. «&amp;nbsp;Asseyez-vous donc, Mr. Everard. Je vous prierai de ne pas parler trop fort. Toute la famille dort. Ils se lèvent tôt.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard s’installa confortablement. Mary se posa au bord d’un divan et ouvrit de grands yeux. Il se demanda si Wulfnoth et Eadgar comptaient parmi ses ancêtres. Oui… sans aucun doute, après tous ces siècles écoulés. Peut-être Schtein, aussi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous appartenez aux Forces aériennes&amp;nbsp;? C’est là que vous avez connu Charlie&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non, je suis dans les Services de renseignement, ce qui explique ma tenue civile. Puis-je vous demander quand vous l’avez vu pour la dernière fois&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oh… il y a des semaines. Il est en France pour le moment. J’espère que la guerre finira bientôt. C’est idiot de leur part de continuer alors qu’ils doivent bien savoir que c’est la fin, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Elle inclina la tête d’un air intrigué. «&amp;nbsp;Mais quelles sont ces nouvelles&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je vais y venir dans un moment.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il se mit à bavarder autant qu’il l’osait, évoquant la situation de l’autre côté de la Manche. C’était étrange de parler à un fantôme. Et son conditionnement l’empêchait de dire la vérité. Il le désirait, mais quand il essayait, sa langue s’immobilisait.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Et ce que coûte une simple bouteille de vin rouge…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je vous en prie, coupa-t-elle impatiemment, voulez-vous en venir au fait&amp;nbsp;? J’ai ma soirée prise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oh&amp;nbsp;! je suis vraiment navré. Voyez-vous, c’est…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un coup à la porte le délivra. «&amp;nbsp;Excusez-moi&amp;nbsp;», murmura-t-elle avant de se glisser sous les rideaux sombres du black-out pour ouvrir. Everard la suivit à pas de loup.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Elle recula en trébuchant et poussa un cri&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Charlie&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb la serra dans ses bras, sans prendre garde au sang encore humide qui venait d’éclabousser dix siècles plus tôt ses vêtements saxons. Everard parut dans l’entrée et l’Anglais le regarda avec une expression horrifiée. «&amp;nbsp;Toi&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il voulut saisir son paralyseur, mais Everard braquait déjà le sien. «&amp;nbsp;Ne fais pas l’idiot, dit l’Américain, je suis ton ami. Je veux t’aider. Quel plan insensé as-tu conçu, hein&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je… la garde ici… pour l’empêcher d’aller…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Et tu crois &lt;em&gt;qu’ils &lt;/em&gt;n’ont pas les moyens de te repérer&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Everard passa au temporel, seule langue utilisable en la présence de Mary apeurée. «&amp;nbsp;Quand j’ai quitté Mainwethering en 1894, il commençait à nourrir de vilains soupçons. Si on s’y prend mal, toutes les unités de la Patrouille seront alertées. On rectifiera l’erreur, sans doute en tuant Mary, et on te condamnera à l’exil.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je…&amp;nbsp;» Whitcomb déglutit. Son visage était un masque de terreur. «&amp;nbsp;Tu… ne la laisserais tout de même pas mourir&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Non, mais il faut s’y prendre avec plus de soin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Nous allons fuir… trouver une période loin de tout… retourner à l’âge des dinosaures, s’il le faut.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mary s’écarta de lui. Elle avait la bouche ouverte, prête à crier. «&amp;nbsp;Taisez-vous&amp;nbsp;! lui dit Everard en anglais. Votre vie est en danger et nous nous efforçons de vous sauver. Si vous n’avez pas confiance en moi, faites au moins confiance à Charlie.&amp;nbsp;» Il reprit en temporel, à l’adresse de l’autre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Écoute, mon vieux, il n’y a pas d’endroit ni d’époque où vous puissiez vous cacher. Mary Nelson est morte ce soir, un fait historique. Elle n’était pas là en 1947, autre fait historique. Moi, je me suis déjà fourré dans le pétrin… la famille à laquelle elle allait rendre visite ne sera pas dans sa maison quand la bombe tombera. Si tu essayes de t’enfuir avec elle, on vous retrouvera. C’est une chance incroyable qu’un agent de la Patrouille ne soit pas déjà là.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autre se força au calme. «&amp;nbsp;Et si je sautais en 1948 avec elle&amp;nbsp;? Comment savoir qu’elle n’a pas soudain reparu en 1948&amp;nbsp;? Ça appartient peut-être aussi à l’histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Tu ne &lt;em&gt;peux pas&lt;/em&gt;, mon vieux&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;Essaie. Vas-y, dis-lui que tu l’amènes quatre ans dans l’avenir.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Whitcomb gémit. «&amp;nbsp;Ce serait me trahir… et je suis conditionné…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ouais. Tu as tout juste la possibilité de lui apparaître comme à l’instant, mais si tu devais lui en parler, tu devrais mentir faute de pouvoir faire autrement. D’ailleurs, comment expliquerais-tu son existence&amp;nbsp;? Si elle reste Mary Nelson, elle aura déserté des Auxiliaires féminines des forces aériennes. Si elle change de nom, où sont son acte de naissance, son livret de famille, ses tickets de rationnement, tous ces morceaux de papier que les gouvernements du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle révèrent à un si haut point&amp;nbsp;? C’est sans espoir, mon vieux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Alors, que peut-on faire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Affronter la Patrouille et nous défendre. Attends là une minute.&amp;nbsp;» Everard était d’un calme glacial. Il n’avait pas le temps de s’effrayer ni de s’étonner de son comportement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la rue, il retrouva son sauteur et le régla de façon à l’expédier cinq ans plus tard, en plein midi, à Picadilly Circus. Il appuya sur le disjoncteur principal, vit disparaître la machine, puis rentra dans la maison. Mary, frissonnante et en larmes, était dans les bras de Whitcomb. Ces malheureux enfants perdus&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’est bon.&amp;nbsp;» Everard les ramena dans le salon et s’assit l’arme au poing. «&amp;nbsp;Maintenant, attendons.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela ne dura guère. Un sauteur apparut, avec à bord deux hommes en gris de la Patrouille, armés. Everard les balaya d’un rayon paralysant à basse tension. «&amp;nbsp;Aide-moi à les ficeler, Charlie&amp;nbsp;», dit-il.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mary, sans voix, se tassait dans un coin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quand les hommes reprirent leurs esprits, Everard se pencha sur eux avec un sourire froid. «&amp;nbsp;De quoi nous accuse-t-on, les gars&amp;nbsp;? demanda-t-il en temporel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je pense que vous le savez, énonça l’un des prisonniers. Le bureau central nous a chargés de vous retrouver. En étudiant la semaine prochaine, on a vu que vous avez fait évacuer une famille qui devait disparaître dans un bombardement. Le dossier de Whitcomb nous a indiqué que vous aviez dû venir ici pour l’aider à sauver cette femme qui devait mourir ce soir. Vous devriez nous relâcher, ou ça aggravera encore votre cas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Je n’ai pas transformé l’histoire, dit Everard. Les Danelliens sont toujours là-bas, n’est-ce pas&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui, naturellement, mais…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Comment saviez-vous que la famille Enderby devait périr&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Leur maison a été touchée et ils ont dit qu’ils ne l’avaient quittée que…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Oui, mais le fait est&amp;nbsp;: ils l’ont quittée&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;C’est écrit. Et c’est &lt;em&gt;vous &lt;/em&gt;qui tentez de changer le passé, à présent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Mais la femme que voici…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Vous êtes sûrs qu’il n’y a pas &lt;em&gt;eu &lt;/em&gt;une Mary Nelson qui s’est établie… à Londres, disons, en 1850… pour mourir de vieillesse autour de 1900&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autre sourit grand. «&amp;nbsp;On se donne du mal, hein&amp;nbsp;? Ça ne marchera jamais. Vous ne pouvez pas lutter contre toute la Patrouille.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Ah bon&amp;nbsp;? Je peux vous abandonner ici, où les Enderby vous retrouveront dans deux heures. J’ai réglé mon sauteur pour qu’il apparaisse en un lieu public à un moment que je suis seul à connaître. Quel effet cela aura-t-il sur l’histoire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– La Patrouille prendra des mesures correctives pour renverser la vapeur, comme vous-même l’avez fait au v&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Peut-être&amp;nbsp;! Mais je peux lui faciliter drôlement le travail, si on consent à écouter ma requête. Je veux un Danellien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– &lt;em&gt;Quoi&amp;nbsp;?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Vous m’avez bien entendu. S’il le faut, j’enfourche votre propre sauteur et j’avance d’un million d’années. Je leur exposerai à quel point la situation sera simplifiée s’ils nous accordent une chance.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce ne sera pas nécessaire.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard pivota, le souffle coupé. Le paralyseur lui tomba des mains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ne pouvait pas regarder la silhouette qui brillait devant lui. Il avait des sanglots dans la gorge en reculant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Votre requête a été examinée, &lt;/em&gt; dit la voix silencieuse. &lt;em&gt; Elle était connue et pesée des millénaires avant votre naissance. Mais vous demeuriez néanmoins un maillon indispensable dans la chaîne du temps. Si vous aviez échoué ce soir, il n’y aurait pas eu de pitié. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Pour nous, il était déjà écrit qu’un certain Charles et une certaine Mary Whitcomb vivaient en Angleterre victorienne. Il était également écrit que Mary Nelson était morte avec la famille à laquelle elle avait rendu visite en 1944, et que Charles Whitcomb avait vécu célibataire pour finir par mourir en service commandé dans la Patrouille. On avait pris note de cette anomalie, et comme le plus infime paradoxe constitue une faille dans la trame de l’espace-temps, nous devions le rectifier en éliminant du cours des choses l’un ou l’autre de ces faits. Vous avez décidé de celui qu’on éliminerait. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Everard sut dans un coin de son esprit ébranlé que les deux Patrouilleurs étaient soudain libérés. Il sut que son sauteur avait été… était… serait subtilisé à l’instant même de sa matérialisation. Il sut que l’histoire se lisait à présent ainsi&amp;nbsp;: Mary Nelson, Auxiliaire féminine des forces aériennes, disparue, présumée tuée par la chute d’une bombe près du foyer des Enderby, qui se trouvaient tous chez elle quand leur propre maison avait été détruite&amp;nbsp;; Charles Whitcomb, disparu en 1947, présumé noyé accidentellement. Il sut qu’on expliquait la vérité à Mary, avant de la conditionner pour qu’elle ne la révèle jamais, et qu’on l’envoyait en 1850 avec Charlie. Ils mèneraient leur existence dans la classe moyenne, sans se trouver jamais très à l’aise sous le règne de Victoria, et Charlie aurait souvent la nostalgie de la Patrouille… puis il se tournerait vers son épouse, ses enfants, et se dirait qu’après tout le sacrifice n’était pas si considérable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il sut tout cela, puis le Danellien disparut. Quand les tourbillons ténébreux s’apaisèrent dans sa tête et que sa vue s’éclaircit, révélant les deux Patrouilleurs libérés, il ignorait cependant ce que serait son propre destin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Venez, dit le premier. Partons d’ici avant que quelqu’un se réveille dans la maison. On vous ramène à votre année. 1954, c’est ça&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Et ensuite&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» demanda Everard, étonné.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’autre haussa les épaules. Son air dégagé cachait mal le choc qui l’avait saisi en présence du Danellien. «&amp;nbsp;Présentez-vous à votre chef de secteur. Vous avez démontré à l’évidence qu’on ne peut vous employer régulièrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Donc… je suis viré&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– On se calme. Vous vous croyez unique, en un million d’années de travail de la Patrouille&amp;nbsp;? Le règlement en tient compte. Il vous faudra un complément de formation, bien sûr. Ce qui convient à votre personnalité, c’est le statut de non-attaché&amp;nbsp;: n’importe quelle ère, n’importe quel endroit, où et quand on pourra avoir besoin de vous. Je pense que ça vous plaira.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les jambes molles, Everard enfourcha le sauteur. Quand il mit pied à terre, dix ans avaient passé.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>3 comme Tri Repetae</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/12/3-comme-Tri-Repetae" rel="alternate" type="text/html" title="3 comme Tri Repetae" />
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      <published>2016-02-12T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-02-12T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-3-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-3-une.jpg&quot; /&gt;Où l'Abécédaire repart pour un nouveau tour, placé sous le signe du nombre 3. Et l'on commence en fanfare avec Autechre, chefs de file de l'&lt;em&gt;intelligent dance music&lt;/em&gt;, et &lt;strong&gt;Tri Repetae&lt;/strong&gt;, leur troisième album du duo electro après les très atmosphériques &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;Incunabula&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt;Amber&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Tri Repetae&lt;/strong&gt;, album passionnant où résonne la mélancolie des machines…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Anvil Vapre, Autechre (Warp, 1995). 4 morceaux, 35 minutes.&lt;br /&gt;Tri Repetae, Autechre (Warp, 1995). 10 morceaux, 72 minutes.&lt;br /&gt;We R are Why, Autechre (Warp, 1996). 2 morceaux, 14 minutes&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;En 1995, ça faisait &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt;Tilt&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; chez Scott Walker, tandis que David Bowie allait &lt;em&gt;Outside&lt;/em&gt;. Les Smashing Pumpkins nous emmenaient dans leur ambitieuse balade nocturne qu’est &lt;em&gt;Mellon Collie and the Infinite Sadness&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Radiohead passait aux choses sérieuses avec &lt;em&gt;The Bends&lt;/em&gt; et Björk partait dans tous les sens avec &lt;em&gt;Post&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; les rigolos de Rammstein débarquaient avec leurs peines de cœur, &lt;em&gt;Herzeleid&lt;/em&gt;. Sonic Youth se faisait propre avec &lt;em&gt;Washing Machine&lt;/em&gt; (on reparlera de musique &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; de machine à laver dans ce volume de l’Abécédaire, soyez-en certain). Côté électro, Brian Eno et U2, sous le pseudo commun Passengers, s’essayaient aux BO inexistantes avec &lt;em&gt;Original Soundtracks 1&lt;/em&gt; (on en reparlera aussi, mais par la bande), les Chemical Brothers sortaient le tonitruant &lt;em&gt;Exit Planet Dust&lt;/em&gt;, Aphex Twin testait l’empathie avec &lt;em&gt;…I care because you do&lt;/em&gt;. Et Autechre, après &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;Incunabula&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber&quot;&gt;Amber&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, passait la troisième.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: le titre de l’album le positionne de manière plus qu’évidente dans la discographie du groupe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-3-anvil.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-3-anvil.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt; est sorti en novembre 1995, mais a été précédé d’un mois par un EP, &lt;em&gt;Anvil Vapre&lt;/em&gt; – méthode qui sera, pour quelques années, une habitude du duo. &lt;em&gt;Anvil Vapre&lt;/em&gt;, titre énigmatique&amp;nbsp;: la vapeur d’enclume&amp;nbsp;? (Si on se fie à la prononciation de «&amp;nbsp;vapre&amp;nbsp;», proche de «&amp;nbsp;vapour&amp;nbsp;».) L’EP débute avec «&amp;nbsp;Second Bad Vilbel&amp;nbsp;», accessoirement premier morceau du groupe à bénéficier d’un clip. Celui-ci, signé Chris Cunnigham, se focalise sur une créature biomécanique et ses métamorphoses.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/g6zT3kVtpHc?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Grosses rythmiques industrielles, façon pistons et marteaux en folie, alternent avec grincements menaçants… «&amp;nbsp;Second Bad Vilbel&amp;nbsp;» chante le blues des chaînes de montage d’automobiles. Les titres suivants, &lt;a href=&quot;https://youtu.be/q5pUFn7jud0&quot;&gt;«&amp;nbsp;Second Scepe&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://youtu.be/D5R_XfoW2co&quot;&gt;«&amp;nbsp;Second Scout&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, poursuivent dans cette même mélancolico-indus. (Et oui, tous les titres débutent par «&amp;nbsp;Second&amp;nbsp;»… parce que.) Pour terminer les trente cinq minutes de l’EP (aussi long que certains LP, oui), le duo propulse &lt;a href=&quot;https://youtu.be/Km7B83qI4kU&quot;&gt;«&amp;nbsp;Second Peng&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, onze minutes inquiétantes menées par une mélodie, façon guimbarde du XXXe siècle, dans les entrailles de quelque usine tournant sous pilote automatique. Pas aussi puissant que le précédent EP du duo, &lt;em&gt;Garbage&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Anvil Vapre&lt;/em&gt; n’en demeure d’une écoute intéressante avec son travail sur les textures sonores&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-3-trirepetae.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-3-trirepetae.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et donc, &lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt;. Un album paru sous une pochette d’un or sombre intégrale, immanent. Pas de mention de titre ou de nom du groupe, rien. Le livret lui-même ne comporte aucune info&amp;nbsp;; celles-ci se retrouvent rassemblés sur la face imprimée du CD lui-même.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;Anvil Vapre&lt;/em&gt; n’avait pas été assez clair, l’introductif &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=AMIV6JddzVE&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=1&quot;&gt;«&amp;nbsp;Dael&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; pose les choses de manière catégorique&amp;nbsp;: ce troisième opus sera mécanique. Imaginez un robot triste dansant un slow&amp;nbsp;: grosso-modo, vous avez l’idée. Après cette solide déclaration d’intention suit &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=BU_A5p04VXc&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=2&quot;&gt;«&amp;nbsp;Clipper&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, titre plus rythmé où s’affrontent mélodie fragile et gros synthés bourdonnants. Les titres suivants (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ZudFE4mOT7c&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=3&quot;&gt;«&amp;nbsp;Leterel&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=gfeKb1UcIn4&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Rotar&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;) poursuivent dans cette lignée&amp;nbsp;: des rythmiques élaborées, sur lesquelles se nouent des mélodies plaintives, pour des titres déployés sur une huitaine de minutes – des dix morceaux du disque, seuls deux sont d’une longueur légèrement inférieure à cinq minutes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après quatre morceaux rythmés, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=3URPAf5FKko&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=5&quot;&gt;«&amp;nbsp;Stud&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ouvre une parenthèse plus apaisée, à la langueur lancinante. Apaisées, les machines&amp;nbsp;? Pas vraiment. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=UKuLU0Yvi4I&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=6&quot;&gt;«&amp;nbsp;Eutow&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; (qui se prononce U2&amp;nbsp;?) est probablement le titre le plus commercial du disque. Une durée de 4’16&quot;, une mélodie céleste sur laquelle se greffent une efficace rythmique technoïde et de gros synthés bien gras. Efficace. Et propre à faire pâlir &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-BjrhjT0-oc&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=7&quot;&gt;«&amp;nbsp;C/Pach&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=dO_2jXHlFkI&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=8&quot;&gt;«&amp;nbsp;Gnit&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, les oubliables morceaux suivants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/coPcRW1Xm2g?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=i6KhkNpTHfg&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=9&quot;&gt;«&amp;nbsp;Overand&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; est une nouvelle parenthèse dans ce disque de tôles froissées et de machines survoltées&amp;nbsp;: sept minutes trente où l’auditeur, gagné par la lenteur et la douceur lénifiantes de ce titre, ne peut que se laisser aller à la torpeur. C’est là un morceau étonnant, où derrière la mélodie hypnotique se dissimulent une myriade d’accidents sonores, à la limite de la perception.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et voici venir &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=UAYHLVQIx_I&amp;amp;list=PL87AC6907F719160C&amp;amp;index=10&quot;&gt;«&amp;nbsp;Rsdio&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, une fresque de six cent huit secondes qui conclut l’album. «&amp;nbsp;Rsdio&amp;nbsp;», c’est une rythmique martiale, imparable. Les machines sortent de l’usine et ne feront pas de concession. Mais bon, on connaît la solution&amp;nbsp;: rien de tel pour désactiver un grille-pain devenu berseker que de tirer la prise. Ainsi, «&amp;nbsp;Rsdio&amp;nbsp;» se conclut par une minute de grésillements.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt; est également le premier album où le duo propose une piste bonus exclusive à l’édition japonaise&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Medrey&amp;nbsp;». Bien que ce titre court (quatre minutes au compteur) puise dans la même boîte à outils que le reste du disque, il réussit l’exploit d’être parfaitement anodin. On l’écoute et puis on l’oublie. Un titre pas spécialement honteux, juste inaudible – Autechre fera pire sur &lt;em&gt;Untilted&lt;/em&gt;, avec un titre bonus japonais qui a tout du doigt d’honneur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol3-3-weRareY.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol3-3-weRareY.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Terminons avec &lt;em&gt;We R are Why&lt;/em&gt;, seule production du duo pour l’année 1996, single de deux morceaux. Le premier, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=9FzZjyMW8ds&quot;&gt;«&amp;nbsp;We R are Why&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, consiste en un martèlement façon hip-hop du IIIe millénaire mais d’un univers parallèle, tandis que la limpide ligne mélodique ne cesse de se fracturer. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ml9l6IdqaIY&quot;&gt;«&amp;nbsp;Are Y Are We&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; second morceau donne le &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; pour les orientations futures&amp;nbsp;: une rythmique à la précision chirurgicale, une mélodie d’ailleurs… mais le morceau mute à mi-chemin pour explorer d’autres contre-allées. Pas indispensable, mais des plus plaisant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;In fine, &lt;em&gt;Tri Repetae&lt;/em&gt; s’avère un album solide, cohérent de bout en bout, qui synthétise la période ambient d’Autechre et annonce les évolutions futures, axées sur la recherche rythmique et la mise en retrait des mélodies. En résumé, le dernier album aisément écoutable, situé pile à la frontière de l’expérimentation pure.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: ça passe encore&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Balade au bout du monde</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/09/Balade-au-bout-du-monde" rel="alternate" type="text/html" title="Balade au bout du monde" />
      <id>urn:md5:53045a1392478625c45555e6fd7b247a</id>
      <published>2016-02-09T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-02-09T14:03:17+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-une.jpg&quot; /&gt;Après la tétralogie &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;Ambient&lt;/a&gt; de Brian Eno, la rubrique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/abcdr/a-z&quot;&gt;De A à Z&lt;/a&gt; se penche sur une bédéistique tétralogie de tétralogies : la &lt;strong&gt;Balade au Bout du Monde&lt;/strong&gt;, où le scénariste Makyo nous emmène à sa suite dans un mystérieux royaume de poche, dissimulé dans un marécage…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour le premier billet de cette rubrique «&amp;nbsp;De A à Z&amp;nbsp;», j’évoquais la tétralogie &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Ambient&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Brian Eno. Pour le deuxième billet, on va élever un peu les enjeux et parler non pas d’une tétralogie mais d’une tétralogie de tétralogies, une tétralogie au carré&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Balade au Bout du Monde&lt;/strong&gt;, série de bandes dessinées scénarisées par Makyo, illustrées par différents artistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-17albums.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-17albums.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.balade-17albums_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt;, ce ne sont pas moins de dix-sept albums publiés entre 1982 et 2012 – ce à quoi ceux qui savent compter me feront remarquer qu’une tétralogie de tétralogie devraient compter seize unités et non dix-sept. Certes, les règles d’arithmétiques demeurent les mêmes, mais Makyo a rajouté un épilogue à sa sage, portant ainsi le nombre total d’albums à dix-sept.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-integrale1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-integrale1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Considérations mathématiques à part, &lt;strong&gt;La Prison&lt;/strong&gt;, premier album du cycle nous présente Arthis Jolinon, photographe de métier. Pris d’un mal-être existentiel, le jeune homme décide de partir loin de Paris, loin de sa compagne Anne, direction&amp;nbsp;: le bout du monde. Lequel bout du monde s’avère un marais, quelque part en France. Hébergé dans l’hôtel d’un village proche du marécage, Arthis y croise une inconnue, une jolie brune, elle aussi photographe. Leurs regards se croisent un matin, par objectifs interposés. Et voilà qu’un cavalier tout droit issu d’un cosplay un peu trop réaliste surgit des sous-bois et kidnappe l’inconnue. Quelques instants plus tard, c’est au tour d’Arthis d’être enlevé à son tour. Lorsqu’il reprend ses esprits, c’est au fond d’un cachot, dans une prison ressemblant à celles dessinées par le Piranèse en son temps. Dans cette geôle labyrinthique vivent des hommes, tous retenus prisonniers en ce lieux pour s’être aventurés un peu trop loin dans le marécage du bout du monde. Une société totalitaire a fini par y naître, sous la férule d’un abbé (mais vous connaissez le proverbe concernant son habit). Par la suite, Arthis n’a de cesse de tenter de fuir – chose à laquelle il parvient, ou croit parvenir, dans &lt;strong&gt;Le Grand Pays&lt;/strong&gt;, lorsqu’un passage est creusé dans une paroi. Et ne donnant que sur une autre prison, celle-là habitée par des femmes. Mais c’est en ce lieu que se trouve une nouelle échappatoire. Quand Arthis réussit enfin à quitter la geôle, c’est pour arriver en plein cœur d’un uniers moyen-âgeux&amp;nbsp;: le royaume de Galthédoc, enclave coupée du monde par les impénétrables marais depuis plusieurs siècles. Un royaume qui ne connait pas la paix pour autant, car déchiré par des dissensions et des intrigues faisant l’objet des deux albums suivants, &lt;strong&gt;Le B&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;âtard&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Pierre de folie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce premier cycle pose les bases de l’ensemble de la &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: le royaume de Galthédoc, la pierre de folie, le personnage d’Arthis et les femmes qui gravitent autour de lui. Des éléments que l’on retrouvera par la suite (mais n’anticipons pas). L’ensemble constitue une jolie réussite, en dépit d’un deuxième album un peu faible et d’un scénario parfois un brin trop confus. Il n’empêche&amp;nbsp;: la prison gigantesque où erre Arthis contient son lot d’images frappantes. Et ses mésaventures dans le royaume de Galthédoc s’avèrent prenantes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-cycle1-planche2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-cycle1-planche2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.balade-cycle1-planche2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les dessins de ce premier cycle sont dûs à Laurent Vicomte, qui n’est pas exactement le dessinateur le plus prolifique du monde de la BD franco-belge — outre la &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt;, il a publié le dyptique &lt;strong&gt;Sasmira&lt;/strong&gt;, remarquée pour le délai inhabituellement long entre la parution du premier et du second tome (oh, juste quinze ans). Si seulement dix-huit mois séparent &lt;strong&gt;La Prison&lt;/strong&gt; du&lt;strong&gt;Grand Pays&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Grand Pays&lt;/strong&gt; du &lt;strong&gt;B&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;âtard&lt;/strong&gt;, il aura fallu attendre trois ans pour lire &lt;strong&gt;La Pierre de folie&lt;/strong&gt;. Sur la &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt;, son style gagne en assurance au fil des albums&amp;nbsp;: trait plus vif, couleurs moins lavasses. Mais sa propension à dessiner des femmes maniérées à l’extrême peut lasser.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-integrale2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-integrale2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La fin du premier cycle nous laissait un Arthis en sale posture&amp;nbsp;: hanté par la pierre de folie, il finissait enfermé dans un asile psychiatrique. Aussi soudainement que sa névrose a commencé, elle s’achève dans &lt;strong&gt;Ariane&lt;/strong&gt;, premier volet du deuxième cycle. Le jeune homme tente de reprendre les fils de sa vie, mais en cinq ans, le monde et ses amis ont changé&amp;nbsp;; le photographe s’exile alors dans une ville anonyme, quelque part en province, à la recherche d’un sujet photographique. Ce sujet, ce sera cette belle inconnue aux yeux verts qui semble avoir du mal à être elle-même. Dans &lt;strong&gt;A-Ka-Tha&lt;/strong&gt;, Arthis va découvrir que l’inconnue, qu’il baptise Ariane faute de connaître son nom, entretient une étrange relation avec sa vieille tante, Karine Evans. Cette dernière n’a d’autre ambition que d’atteindre et comprendre un autre bout du monde, qui n’a rien de géographique&amp;nbsp;: la mort. Grâce à une méthode particulière de méditation indienne, Evans est capable d’échanger son corps avec celui d’un autre. Quant à Ariane, elle apprend que son père, qu’elle croyait mort, serait vivant en Inde. Nos protagonistes vont y converger, dans les deux albums suivants, &lt;strong&gt;La Voix des maîtres&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Mahrani&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-cycle2-planche4.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-cycle2-planche4.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.balade-cycle2-planche4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ce deuxième cycle, Makyo confie le pinceau à Eric Hérenguel. Moins maniaque que son prédécesseur Vicomte, Hérenguel permet la publication d’un album par an entre 1992 et 1995 – ce qui ne signifie en rien une baisse de qualité. Au contraire, le dessin est vif et expressif, avec une belle mise en couleur&amp;nbsp;: teintes peu saturées pour le côté français des aventures, et exubérance colorée pour l’Inde (c’est facile mais ça marche). Côté scénario, proposer quelque chose de différent du premier cycle est un choix assumé, mais le résultat est un brin inférieur aux aventures d’Arthis dans Galthédoc. Disons simplement que le mysticisme hindou imprégnant ce deuxième cycle peut rebuter. L’arc narratif des quatre albums tient la route, en dépit d’un dernier album plus faible&amp;nbsp;: rajouter un élément faussement important en toute fin de cycle s’avère rarement une bonne idée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-integrale3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-integrale3.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après le deuxième cycle, Makyo ne chôme pas, et enchaîne avec le troisième, dont la parution s’échelonne de 1997 à 2000. La question qui se pose aux lecteurs d’alors (et à votre serviteur quand il a ouvert le troisième tome de l’intégrale) est de savoir où se dirige Makyo&amp;nbsp;? Reprendre le fil du premier cycle et retourner à Galthédoc, ou poursuivre dans la veine du deuxième cycle, et s’aventurer vers un autre bout du monde, géographique, mystique ou autre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les V&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;éritables&lt;/strong&gt; laisse planer le doute pendant bon nombre de pages. Arthis est de retour à Paris, dans un état heureusement moins lamentable qu’au début du deuxième cycle. Tandis qu’il cherche un sujet pour un livre photographique, la capitale est frappée par des attentats très ciblés&amp;nbsp;: les sectes se livrent une guerre sans merci, à coups d’explosifs (mais pas seulement&amp;nbsp;: on s’y bat fort bien à l’épée). Deux grandes factions s’y affrontent&amp;nbsp;: des néo-Cathares d’un côté, des extrémistes chrétiens de l’autre. Et Arthis s’y retrouve impliqué, bien malgré lui, lorsqu’un ancien ami-ennemi, membre de la Nouvelle Église cathare, lui demande de les aider à trouver refuge en Galthédoc…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-cycle3-planche1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-cycle3-planche1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.balade-cycle3-planche1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’aspect visuel de ce troisième cycle est assuré par Michel Faure, dessinateur assez prolifique depuis ses débuts à la fin des années 70. Un trait solide, même si on peut déplorer la tendance de Faure à donner à Arthis des traits trop carrés – où est passé le frêle photographe des débuts&amp;nbsp;? Le premier tome tient la route, mais le deuxième, &lt;strong&gt;Blanche&lt;/strong&gt;, s’égare dans une sous-intrigue inutile&amp;nbsp;; l’intérêt revient dans &lt;strong&gt;Rabal le Guérisseur&lt;/strong&gt;, où le premier cycle est remis en perspective. &lt;strong&gt;L’œil du poisson&lt;/strong&gt; conclut ce troisième cycle avec un certain bonheur, en dépit d’une conclusion un tantinet foireuse, à base d’apocalypses et de prophéties. La &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt; avait réussi jusque là à s’en passer, dommage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-integrale4.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-integrale4.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entre 2003 et 2008, Makyo publie le quatrième et dernier cycle de la &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt;. Un cycle minéral, au vu des titres&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;Les Pierres lev&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ées&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Pierres invoqu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ées&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Pierres envo&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;ûtées&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Pierres de v&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;érité&lt;/strong&gt;. Michel Faure cède la place à NG Laval, dont il s’agissait de la première œuvre (et qui a par la suite participé à quelques séries). Le trait est vif et expressif, très dynamique, impeccable pour les décors et les scènes d’action, mais malheureusement parfois trop sommaire pour les visages.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-cycle4-planche4.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-cycle4-planche4.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.balade-cycle4-planche4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le gros problème de ce quatrième cycle consiste en son scénario. Sous prétexte de boucler la boucle, Makyo tâche d’élaborer des explications à des éléments qui auraient très bien pu demeurer dans le mystère&amp;nbsp;: justifier comment le royaume de Galthédoc est coupé du reste du monde, expliquer la nature du nain Rabal… Là-dessus se greffe une intrigue où Arthis se retrouve pris entre plusieurs feux. D’un côté, une autre secte chrétienne déterminée à faire advenir un second Messie, de l’autre le roi de Galthédoc, qui ne tient plus le photographe pour son meilleur ami. En jeu, le sort du royaume. Pour l’aider dans sa mission, Arthis peut compter sur Rabal et ses pierres – la pierre de folie, enjeu du dernier album du premier cycle. L’on obtient une dernière tétralogie confuse, où ce qui se veut grandiose se vautre dans le ridicule. Dommage, encore.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;balade-epilogue.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/balade-epilogue.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, Makyo convoque les anciens dessinateurs (à l’exception de Vicomte) pour l’&lt;strong&gt;Epilogue&lt;/strong&gt; (2012), censé clôturer définitivement la &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt; – nouer les derniers fils d’intrigue et apporter une conclusion. Et… c’est assez raté, malgré des intentions que l’on veut imaginer louables. Le feu d’artifice final ressemble plutôt à un pétard mouillé, la faute à une intrigue qui a tout l’air d’une énième péripétie d’Arthis, qui doit retourner une énième fois à Galthédoc – ici, afin de retrouver son fils, kidnappé. Seule la dernière dizaine de pages constitue l’épilogue attendu, et encore… pour un résultat mièvre. La fausse bonne idée est le partage de la BD entre plusieurs dessinateurs, choix graphique qui n’apporte absolument rien. Chaque dessinateur s’occupe d’une quinzaine de planches consécutives avant de laisser sa place au suivant&amp;nbsp;: une répartition des tâches bêtement scolaire, sans le moindre intérêt narratif. Et l’ensemble est unifié par une mise en couleur marronasse du plus moche effet.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, la &lt;strong&gt;Balade au bout du monde&lt;/strong&gt; de Makyo &amp;amp; cie représente un projet étonnant dans la bande dessinée au vu de son ambition et de sa structure. La découverte d’un royaume oublié du monde en plein cœur de la France&amp;nbsp;: une manière de rééchanter un morne quotidien urbain. Dommage que, à la lecture, l’ensemble s’avère plus inégal&amp;nbsp;: après un excellent premier cycle, ce sont des albums plus inégaux qui se succèdent, avec un deuxième cycle en décalage dans le projet d’ensemble, jusqu’à sombrer dans une franche médiocrité et un mysticisme de pacotille (bon, on est encore loin des délires abscons d’un Jodorowski, mais quand même). Gardons surtout en tête l’excellent premier cycle de cette &lt;strong&gt;Balade&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Imprononçables 2</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/08/Imprononcables-2" rel="alternate" type="text/html" title="Imprononçables 2" />
      <id>urn:md5:20bc9e6e354b96365bfdcf9eccdb10f5</id>
      <published>2016-02-08T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-04-24T16:25:01+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-imprononcables2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-imprononcables2-une.jpg&quot; /&gt;En attendant d'entamer le prochain volet de l'&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/abcdr&quot;&gt;Abécédaire&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; en fin de semaine, on s'intéresse &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/17/typos&quot;&gt;de nouveau&lt;/a&gt; à une poignée d'albums ayant pour point commun leur titre imprononçable. Ici, quelques artistes un chouïa underground&amp;nbsp;: David Bowie, Beak (alias l'échappée d'un membre de Portishead) et Godspeed You! Black Emperor!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et une nouvelle fournée d’albums au titre imprononçable, une ! (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/17/typos&quot;&gt;Pour mémoire, la première est par là.&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il ne sera pas question du «&amp;nbsp;Love Symbol Album&amp;nbsp;» de Prince, parce que je n’ai pas grand-chose à dire sur Prince, ni du quatrième album de Led Zeppelin, dont le titre consiste en quatre symboles ésotériques, parce que beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce disque (sur &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Led_Zeppelin_IV#Track_listing&quot;&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;, chacune des huit chansons a droit à sa propre page&amp;nbsp;!), ni du dixième album du groupe allemand d’electro-indus KMDFM, lui aussi consistant en symboles. L’on va plutôt s’intéresser à des trucs plus &lt;em&gt;obscurs&lt;/em&gt;… en commençant par un certain David Bowie…&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-imprononcables2-blackstar-cd.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Bye bye Bowie&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-imprononcables2-blackstar-cd.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;★, David Bowie (Sony Music, 2016). 7 morceaux, 40 minutes. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si, après une décennie de quasi-silence discographique, chaque nouveauté de Bowie faisait l’actualité ces dernières années (&lt;strong&gt;The Next Day&lt;/strong&gt;, sa version &lt;strong&gt;Extra&lt;/strong&gt;, le best-of &lt;strong&gt;Nothing Has Changed&lt;/strong&gt; assorti de l’inédite «&amp;nbsp;Sue (Or In A Season of Crime)&amp;nbsp;»), le décès inopiné du musicien le 10 janvier a placé son ultime album sous les projecteurs – et permit de prendre mesure, si besoin était, de son influence sans pareille dans la musique pop occidentale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;★ n’est pas un titre imprononçable à proprement parler, il s’agit plutôt de la stylisation graphique de «&amp;nbsp;Blackstar&amp;nbsp;». Je ne suis pas sûr d’avoir beaucoup d’eau à rajouter au moulin, mais le Thin White Duke demeure mon péché mignon. Dans la première version de cet article, rédigée peu après le fuitage de l’album et donc avant la mort de Bowie, j’y exprimai ma crainte que cette pochette, la seule où le visage du chanteur n’apparaît pas, représente quelque forme de point final à une discographie exceptionnelle (en dépit de quelques déchets dans les années 80 et d’une portée moindre depuis les années 90). Pour un point final, c’en est un. Et quel point final.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;★ était-il cependant envisagé par Bowie comme un album final&amp;nbsp;? Rien n’est moins sûr, le producteur Tony Visconti ayant annoncé récemment que le musicien avait comme projet d’enregistrer de nouvelles chansons – mais son cancer l’a pris de cours, c’est à craindre. Quoi qu’il en soit, le décès de Bowie a changé la donne quant à l’écoute de ★&amp;nbsp;: ce qui semblait &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt; juste être des allusions à la mort, pas rares dans les chansons du Thin White Duke, ont acquis un tout autre relief &lt;em&gt;apr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ès&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;★ donc. Sept titres pour quarante minutes de musique, un album plutôt ramassé, dont la concision rappelle &lt;strong&gt;Station to Station&lt;/strong&gt; – excellente disque qui, d’ailleurs, fêtait ses quarante ans en ce même mois de janvier. L’album commence donc par la chanson-titre, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=kszLwBaC4Sw&quot;&gt;« Blackstar »&lt;/a&gt;, l’une des plus longues jamais composées par Bowie. À l’opposé de l’héroïsme caracolant de «&amp;nbsp;Station to Station&amp;nbsp;», c’est là une introspection aussi cryptique que crépusculaire, peut-être un ultime clin d’œil à Scott Walker, dont la pièce centrale du dernier album solo, le déstabilisant &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/29/B-comme-Bish-Bosch&quot;&gt;&lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, faisait la part belle à une naine brune&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;SDSS14+13B (Zercon, A Flagpole Sitter)&amp;nbsp;». Étoile noire contre naine brune, deux astres n’émettant aucune lumière – j’extrapole, mais les deux musiciens s’admiraient et s’inspiraient mutuellement. (Scott, ne nous lâche pas&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-zF2tsBJnpk&amp;amp;list=PLvQskJAg3ncLHZYu9cmjvgFFOroZMwkIZ&amp;amp;index=2&quot;&gt;« ‘Tis Pity She Was A Whore »&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MOGPDAFTLQY&quot;&gt;« Sue (Or In A Season of Crime) »&lt;/a&gt;, toutes deux retravaillée par rapport à la première version sortie quelques mois plus tôt, passent en mode frénétique, et bien que plaisantes, souffrent de la comparaison avec la chanson qu’elles encadrent&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=y-JqH1M4Ya8&quot;&gt;« Lazarus »&lt;/a&gt;, élégiaque au possible. Les paroles comme le clip laissaient, &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt;, une impression de malaise, confortée &lt;em&gt;apr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ès&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;Look up here, I’m in heaven / I’ve got scars that can’t be seen»&amp;nbsp;: effectivement… Lazare s’est, paraît-il, relevé d’entre les morts&amp;nbsp;: Bowie se contente d’accéder à une forme d’immortalité&amp;nbsp;: mourir deux jours après la sortie de cet album crépusculaire semble avoir eu pour effet de graver ★ dans le marbre et de sacraliser davantage encore Bowie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Where the fuck did Monday go&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» chante Bowie sur &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=wDCk1X2S00A&quot;&gt;« Girl Loves Me »&lt;/a&gt;, prémonitoire par hasard&amp;nbsp;: avait-il prévu que la nouvelle de son décès serait annoncée un lundi&amp;nbsp;? Un titre solide, à la rudesse inhabituelle, chanté dans une sorte de nadsat. Suit &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=qqW-kvU5cLg&amp;amp;list=PLvQskJAg3ncLHZYu9cmjvgFFOroZMwkIZ&amp;amp;index=6&quot;&gt;« Dollar Days »&lt;/a&gt;, ballade délicate.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’album se conclut par &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=sE1Zcngd3VA&amp;amp;list=PLvQskJAg3ncLHZYu9cmjvgFFOroZMwkIZ&amp;amp;index=7&quot;&gt;« I Can’t Give Everything Away »&lt;/a&gt;, titre évoquant &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=-m30aaI5Yf8&quot;&gt;« Always Crashing In The Same Car »&lt;/a&gt; sur le cultissime &lt;strong&gt;Low&lt;/strong&gt; et qui n’aurait pas déparé sur &lt;strong&gt;‘Hours…’&lt;/strong&gt;, album certes faiblard. Une ultime chanson qui apparaît désormais un aveu d’impuissance face à l’inexorabilité de la maladie. À moins que tout ne soit pas fini&amp;nbsp;: des rumeurs courent, selon lesquelles des chansons inédites soient publiées d’ici les prochaines années.&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p id=&quot;beak&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-imprononcables2-beak2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Faute de Portishead, on écoute Beak…&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-imprononcables2-beak2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;&amp;gt;&amp;gt;, BEAK&amp;gt; (Invada, 2012). 10 morceaux, X minutes. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Continuons du côté des grosses pointures avec &lt;strong&gt;&amp;gt;&amp;gt;&lt;/strong&gt; de Beak&amp;gt;. Beak&amp;gt;, c’est le side-project de Geoff Barrow, le mec à tout faire de Portishead (batterie, clavier, guitare, samples). Après le retour surprise du groupe en 2008 – le troisième album, pertinemment titré &lt;em&gt;Third&lt;/em&gt;, mettant un terme à onze années de quasi-silence –, Barrow s’est lancé dans l’aventure Beak&amp;gt;, en compagnie de deux autres musiciens. Un premier album éponyme est paru en 2009 et, parce que le trio avait de la suite dans les idées, un deuxième a suivi en 2012&amp;nbsp;: le présent &lt;strong&gt;&amp;gt;&amp;gt;&lt;/strong&gt;, que je vous mets au défi de prononcer. Deux signes supérieurs à&amp;nbsp;? Deux guillemets simples vers la droite&amp;nbsp;? Deux chevrons mathématiques droits&amp;nbsp;? Signe Avance Rapide&amp;nbsp;? Allez savoir… On parie que l’éventuel troisième disque du groupe sera titré &lt;strong&gt;&amp;gt;&amp;gt;&amp;gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? D’ici que Portishead se décide à presser la touche «&amp;nbsp;avance rapide&amp;nbsp;», Beak constitue une alternative des plus écoutables (sans oublier &lt;strong&gt;Out of season&lt;/strong&gt;, le superbe album solo de Beth Gibbons, la chanteuse du groupe).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&amp;gt;&amp;gt;&lt;/strong&gt; contient dix morceaux, vingt si l’on ajoute le disque bonus. Musicalement, on pense à du Portishead qui aurait mangé du tigre (lequel aurait auparavant gobé Beth Gibbons) ou à du Pink Floyd passé au filtre d’un krautrock rentre-dedans, sans l’aspect lysergique de la musique de la bande à Gilmour et Waters.&lt;strong&gt;&amp;gt;&amp;gt;&lt;/strong&gt; est sombre et ne rigole pas trop&amp;nbsp;: pour un peu, on penserait aussi à Joy Division et son plombant&lt;strong&gt; Unknown Pleasure&lt;/strong&gt;. Si les sept minutes &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=udkoNdjLzTg&quot;&gt;« Wulfstan II »&lt;/a&gt; constituent l’un des sommets de l’album, inquiétantes, épiques, façon &lt;em&gt;dark side of Echoes&lt;/em&gt;, les autres morceaux ne sont pas en reste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-imprononcables2-beakbonus.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-imprononcables2-beakbonus.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le disque bonus, la qualité demeure au rendez-vous, avec dix morceaux, essentiellement instrumentaux, coulés dans le même moule granuleux que le disque originel. Pour l’exemple, citons &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=dnTgGoMACs0&quot;&gt;« Failand »&lt;/a&gt;, dont les onze minutes de plus en plus furieuses et bruitistes évoquent un Godspeed You! Black Emperor! Justement, ce collectif canadien a sorti un disque, flanqué lui aussi d’un titre imprononçable…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://beak.bandcamp.com/album/beak-2&quot;&gt;La page du disque…&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;https://beak.bandcamp.com/album/beak-bonus-album-2&quot;&gt;… et celle du disque bonus.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-imprononcables2-gybe.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Voilà un groupe qui décoiffe…&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-imprononcables2-gybe.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;f♯ A♯ ∞, Godspeed You! Black Emperor! (Kranky, 1997). 3 morceaux, 61 minutes. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Fa dièse La dièse infini&amp;nbsp;», c’est ainsi qu’on pourrait appeler ce deuxième album du collectif canadien Godspeed You! Black Emperor! Deuxième album, mais premier à bénéficier d’une véritable diffusion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En ce qui me concerne, j’ai découvert le groupe avec &lt;strong&gt;Don&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’t bend! Ascend!&lt;/strong&gt;, album paru en 2012, faisant suite à un hiatus de dix ans. Et quel album… Quatre morceaux comme autant de blocs sonores, massifs et furieux, dont une tuerie – je ne me suis pas remis des fulminantes vingt minutes de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=dggM4DGW6Rk&quot;&gt;« We Drift Like Worried Fire »&lt;/a&gt;. Post-rock, dark ambient, rock expérimental&amp;nbsp;: difficile de faire rentrer la musique de Godspeed You! Black Emperor! dans une case.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Face au surpuissant &lt;strong&gt;Don&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’t bend! Ascend!&lt;/strong&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=VpAwrkmzmp0&quot;&gt;f♯ A♯ ∞&lt;/a&gt; pâlit toutefois quelque peu de la comparaison. Différemment structurés, ses trois morceaux ne sont pas d’inexorables montées en puissance, achevant de planter l’auditeur face à un mur sonore&amp;nbsp;; dans ce deuxième album, les morceaux louvoient, alternant phases de calme voire de silence avec furies instrumentales, des voix monocordes font office de chant. Dans l’ambiance désolée qui introduit «&amp;nbsp;The Dead Flag Blues&amp;nbsp;», on verrait bien des tumbleweeds roule-bouler sur des plaines enneigées… «&amp;nbsp;East Hastings&amp;nbsp;», passées ses cornemuses introductives, est un morceau lent et mélancolique qui monte peu à peu en puissance, jusqu’à un libérateur moment de pur défoulement… avant de se terminer façon morceau d’outre-monde (avec un moustique vers la 33e minute). Enfin, «&amp;nbsp;Providence&amp;nbsp;», long de près d’une demi-heure, tour à tour épique, tragique (et silencieux dans les dernières minutes avant une résurgence surprise) conclut en beauté l’album.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Pierre Pelot, guide de lecture bis</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/02/01/Pierre-Pelot-guide-de-lecture-bis" rel="alternate" type="text/html" title="Pierre Pelot, guide de lecture bis" />
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      <published>2016-02-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-02-01T13:26:59+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;pelot-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-une.jpg&quot; /&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Guide-de-lecture&quot;&gt;Comme à l'accoutumée&lt;/a&gt;, voici un nouveau guide de lecture bis venant compléter celui du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-81&quot;&gt;Bifrost 81&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, consacré à &lt;strong&gt;Pierre Pelot&lt;/strong&gt;. Un guide constitué des critiques des livres de « l'ours vosgien » parues au fil des numéros de votre revue préférée…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-messager.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Messager des tempêtes lointaines&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-messager.jpg &quot; /&gt;Messager des tempêtes lointaines&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;C'est alors que la lumière s'intensifia au point de devenir une matière presque solide sur laquelle le moindre jet, le plus infime projectile eût rebondi avec un vrai tintement de cloche. La lumière envahit tout le ciel… Marine tomba à genoux. Une douleur jamais ressentie encore la traversa, passant par elle et se dissipant aussitôt… Les baraquements préfabriqués construits cinq heures à peine auparavant s'écroulaient parmi les silhouettes anonymes qui se hâtaient en tous sens…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Une fois morte, Marine ouvrit les yeux. L'étranger agenouillé auprès d'elle souriait pour la rassurer.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un futur où un pouvoir totalitaire ordonne de gigantesques travaux d'exploitation minière, puis organise le massacre des mineurs lorsque ceux-ci découvrent les reliques du passé, une jeune fille, qui croit avoir découvert le «&amp;nbsp;Sauveur des Pénitents&amp;nbsp;» (c'est-à-dire ceux qui luttent pour la mémoire du passé) entreprend de le guider jusqu'au lieu mythique qu'il prétend rejoindre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Oui, l'idée de fond est bonne. Non, le récit qu'en tire Pelot ne m'a pas passionné (mais peut-être qu'il vous passionnera, vous&amp;nbsp;?). La raison, en ce qui me concerne, tient au fait qu'une fois la trame tracée sur 60 à 90 pages, l'auteur se borne à meubler les quelques 200 restantes avec des intrigues secondaires filiformes, des personnages qui se contentent plus ou moins d'être là au bon (?) moment, puis de mourir dans leur coin, tandis que la cohérence générale de l'univers tressaute au gré des péripéties dramatiques. Il faut bien entendu relativiser. C'est bien écrit&amp;nbsp;; pour une fois on ne nous ressert pas la scène de sexe gratuite homo ou hétéro histoire d'épicer l'indigeste saveur du reste de l'intrigue. Tout cela nous vaut un roman francophone moyen, mais puisque l'idée centrale est bonne, pourquoi pas y jeter un coup d'œil, même s'il est peu probable que vous conserviez de cette lecture un souvenir impérissable.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/david-sice/&quot;&gt;David Sicé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-2&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;2&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-graal.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Les Pirates du Graal&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-graal.jpg &quot; /&gt;Les Pirates du Graal&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Balancer le Christ à la flotte. Dans les bayous, en Louisiane, Voir sa tête couronnée d'épines gobée comme un gros bonbon par les alligators du cru, ça vous inspire&amp;nbsp;? Si oui, il va vous falloir lire ce petit roman de Pierre Pelot qui fait suite au &lt;strong&gt;Chant de l'homme mort&lt;/strong&gt;, naguère paru dans la collection «&amp;nbsp;Aventures et mystères&amp;nbsp;» (même éditeur).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D'enlèvements en détentions, de détentions en évasions, de séparations en retrouvailles, il vous faudra suivre Matt Garden et sa nièce, Nadia, sur la piste du Graal qui, du fief cathare de Montségur aux bayous du pays Cajun, est semée de nombre d'embûches. Piste qui mène au père de l'un, oncle de l'autre, chasseur de trésor qui a exhumé celui des Templiers sous la forme d'une momie christique – fausse au demeurant – et n'a rien d'une sinécure. L'Organisation Mondiale de Protection du Mensonge étant prête à tout afin que ne soit pas révélé, et encore moins prouvé, que ce brave Jésus ne mourût pas le moins du monde sur la croix mais en France après avoir assuré sa descendance. Un petit coup de pouce des Enfants du Graal, ces authentiques descendants du fils de Dieu, ne sera pas de trop pour arracher les héros à un sort funeste…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur ce thème pour le moins iconoclaste, Pierre Pelot brosse un sympathique roman d'aventures et d'actions. &lt;strong&gt;Les Pirates du Graal&lt;/strong&gt; n'a bien évidemment rien d'un livre&amp;nbsp;: ambitieux&amp;nbsp;; c'est juste un bon petit moment de détente. Si ce n'est pas un impérissable Fleuve Noir, il faut néanmoins reconnaître à Pierre Pelot le talent de produire ici un œuvre alimentaire sans se foutre du monde ni sombrer dans la médiocrité, assumant son statut d'écrivain populaire et professionnel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C'est supérieur à une bonne part de la collection. De la littérature de quai de gare, certes, mais en première classe.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-12&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;12&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-pacte.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Le Pacte des loups&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-pacte.jpg &quot; /&gt;Le Pacte des loups&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sur les forêts vibrantes de septembre et sur les landes recuites par trois mois de sécheresse et sur les plaies croûteuses des ruisseaux, les pluies revenues déferlaient brusquement, cohortes safres surgies des brumes en ululant&amp;nbsp;». C'est par ces mots que commence la novélisation du &lt;strong&gt;Pacte des loups&lt;/strong&gt;, un des trois titres [avec &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/la-louve-et-l-enfant&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Louve et l'Enfant&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/nadya&quot;&gt;Nadya&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;] du début d'année à s'intéresser à cet animal fascinant. Nous sommes dans le Gévaudan en 1764, deux hommes (un naturaliste français et Crying Freeman privé dieu sait pourquoi de ses gros calibres et de son katana) arrivent sous une pluie digne d'un clip de Whitney Houston. Et pourquoi qu'y viennent&amp;nbsp;!&amp;nbsp;? Hébin, pour mettre fin à un règne de terreur qui a fait plus de cent victimes – une bête rôde, très très méchante, même qu'elle tue des mannequins scandinaves à 100 000 balles le défilé, déguisées en fermières du Gévaudan… Oui, vraiment, c'est bien la première fois qu'il nous est offert de lire une novélisation plus intéressante que le film dont elle a été tirée (on s'amusera d'ailleurs à remarquer les petites divergences, parfois savoureuses). Dans une langue riche, prodigieusement maîtrisée, Pierre Pelot évite certains écueils ridicules du film de Christophe Gans et nous offre, dès janvier, ce qui sera peut-être le meilleur livre de fantasy francophone de l'année 2001.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/cid-vicious/&quot;&gt;Cid Vicious&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-23&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;23&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-broceliande.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Brocéliande&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-broceliande.jpg &quot; /&gt;Brocéliande&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/le-pacte-des-loups&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Pacte des loups&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, Pierre Pelot revient ici à la novelisation, toujours pour le compte de Rivages, ce qui est la moindre des choses, le film ayant été réalisé par Doug Headline (directeur de collection chez ce même éditeur).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La réception du film par la critique s'échelonnant du froid à la descente en flammes en passant par le tir à boulets rouges, il fallait s'attendre au pire. D'autant qu'il faut bien reconnaître que le film ne se goûte guère…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ça ne se passe pas dans les Vosges chères à Pierre Pelot, mais en Bretagne, à Rennes et, bien sûr, en forêt de Brocéliande.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chloé, l'héroïne, est une grenobloise étudiante en histoire celtique qui travaille comme serveuse dans une boite de nuit et vit en cité U. La nuit de la rentrée, elle voit un monstre tuer un homme dans le parc de la cité. Sauf que les flics ne trouvent nulle trace du forfait et constatent que Chloé avait pas mal picolé. À la reprise des cours, elle se fait quelques relations, Léa, Thomas, un beau ténébreux répondant au nom couleur locale d'Erwann et découvre ses profs, Vernet et Brennos notamment. Les travaux pratiques sont menés en forêt de Brocéliande où les fouilles mettent à jour d'immenses catacombes qui s'étendent sous la forêt. Elle rencontre également Iris, qui s'avère être la fille du professeur Brennos… Dans le même temps, quelqu'un s'introduit chez elle à plusieurs reprises pour y laisser de macabres avertissements. Une secte celtique est déterminée à invoquer à coups de sacrifices humains la Morigane, déesse de la guerre qui pourrait être difficile à contrôler.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En tant que thriller, l'intérêt de &lt;strong&gt;Brocéliande &lt;/strong&gt;réside dans l'interrogation du lecteur qui se demande qui, parmi les personnages qui gravitent autour de Chloé, sont les bons et les méchants. L'intrigue, bien que classique, lorsqu'elle est servie par un conteur de l'envergure de Pierre Pelot, se tient bien, même si on pourra regretter que le suspense du «&amp;nbsp;qui est qui&amp;nbsp;» soit un peu tôt levé ainsi que le «&amp;nbsp;deus ex chaudron&amp;nbsp;». Si ce livre n'est évidemment pas à la hauteur des créations originales de Pierre Pelot, on y passe néanmoins une agréable soirée et il se révèle finalement d'un meilleur niveau que le film dont il est tiré. Il reste certes une œuvre alimentaire, mais le contrat de lecture est rempli et c'est déjà pas si mal, par les temps qui courent…&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-30&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;30&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-cestainsi.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;C’est ainsi que les hommes vivent&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-cestainsi.jpg &quot; /&gt;C’est ainsi que les hommes vivent&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Voici donc ce roman qui a connu une si longue gestation, écrit sur deux ans mais déjà bénéficiaire d'une bourse à la création en 1994 afin de mener les recherches nécessaires. Il ne s'agit pas de S-F, bien que cette Lorraine du XVIIe offre un dépaysement et un exotisme au moins aussi grands que l'exploration d'une autre planète. Il ne s'agit pas non plus de fantastique, même si le roman s'ouvre sur un procès en sorcellerie minutieusement conté, observé par les mentalités de l'époque, et se poursuit par une impressionnante descente aux enfers. Il s'agit simplement d'un roman de Pelot, d'un grand roman où l'on retrouve toutes les qualités de l'auteur, un récit d'une extrême noirceur où surnagent cependant des îlots de tendresse&amp;nbsp;: Dolat, né pendant la captivité de la supposée sorcière, échappe à la mort et devient le filleul d'adoption d'Apolline, une fillette de haute lignée éduquée par les religieuses de Remiremont. Mais la belle marraine qui déniaise le «&amp;nbsp;fils du Diable&amp;nbsp;» à son adolescence l'entraîne dans ses intrigues coupables&amp;nbsp;: ayant cherché à se débarrasser de la mère supérieure qui a aboli certains privilèges des religieuses par des maléfices auxquels elle a associé Dolat, elle fuit avec lui dans la montagne habitée par des «&amp;nbsp;myneurs&amp;nbsp;» et des «&amp;nbsp;forestaux&amp;nbsp;» vivant en marge de la société et des juridictions locales. Les péripéties, et elles sont nombreuses, qui ont jusqu'ici émaillé la vie de ces deux personnages, ne sont rien en comparaison des épreuves qui les attendent. Ce cortège de malheurs où l'humain descend toujours plus bas sans jamais toucher le fond atteint son point culminant lors des sanglants épisodes de la guerre de Trente Ans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parallèlement à cette intrigue, Lazare Grosdemange, grand reporter récemment victime d'une crise cardiaque qui l'a rendu partiellement amnésique, se penche sur ses origines jusqu'à ce que ses recherches croisent les événements dont ses ancêtres furent les acteurs. Travail de mémoire pour retrouver des bribes de sa vie, mémoire du passé&amp;nbsp;: la double quête rejoint celle de l'identité. Cette préservation de l'oubli est également à l'œuvre quand Apolline entreprend d'écrire sa vie. Pelot, pour qui écrire, c'est respirer, souligne bien les vertus identitaires de l'écriture, a fortiori si elle est biographique (ce qu'est en partie ce roman)&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Parce que l'écrire, c'était admettre. Qu'admettre c'était donc exister…&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On n'avait pas lu pareille fresque depuis longtemps. Pierre Pelot a magnifiquement restitué le moindre détail de cette sombre période, en effectuant notamment un impressionnant travail sur le langage, qui intègre les mots d'alors dans un phrasé très contemporain. C'est un torrent de mots qui roule, dévale et ravine, un torrent qui n'est pas fait d'une eau pure comme les phrases filtrées pour éliminer les redondances, choisir les expressions et peser le sens des mots, mais une eau de terre et de pierres mêlée, qui charrie un vocabulaire glaiseux encore mal dégrossi de sa gangue originelle, des gravillons de patois crachés avec un accent rocailleux, des expressions profondément racinées dans le rude quotidien du lieu et de l'époque, des tournures anciennes immergeant dans ce passé révolu le lecteur ballotté comme un fétu, tournures qui se succèdent tumultueusement le long d'infinis déroulements de phrase, virevoltant et tourbillonnant dans le flot furieux des pensées cherchant à se fixer comme des branchages qui s'accrocheraient sur une berge ou un tronc flottant qui se coincerait entre deux rocs de certitude, revenant avec obstination sur l'image, l'idée, la scène, pour les mieux préciser, à coups d'adverbes et d'adjectifs qui sans cesse nuancent, corrigent, retouchent ou redressent l'impression première, avec l'impossible mais convaincant et sinon séduisant projet de réaliser par ces patientes touches impressionnistes une fresque hyperréaliste qui restituerait la trame et la texture même de ce monde éteint, afin de témoigner que c'est ainsi que les hommes vivent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce roman n'est pas un chef-d'œuvre de plus de Pierre Pelot&amp;nbsp;: c'est son chef-d'œuvre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-33&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;33&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-delirium.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Delirium Circus&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-delirium.jpg &quot; /&gt;Delirium Circus&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Pierre Pelot est un auteur prolifique qui est parvenu à écrire jusqu'à aujourd'hui plus de 150 romans. Ecrivain multiple, il débute par des romans de western, puis, lorsque sa série doit cesser, se lance dans diverses catégories de la littérature de genre. Ainsi, il écrit des romans de S-F au Fleuve Noir sous le pseudonyme de Pierre Suragne, puis sous son vrai nom pour d'autres éditeurs, notamment J'ai Lu, Robert Laffont et Denoël. Véritable hydre-écrivain, Pelot livre aussi des romans fantastiques, des reconstitutions scientifiques, des novélisations, mais encore des scénarii de cinéma et de télévision. Longtemps considéré comme un littérateur populaire – aux connotations diverses –, il se libère des clichés qui lui collent à la plume avec &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/c-est-ainsi-que-les-hommes-vivent&quot;&gt;&lt;strong&gt;C'est ainsi que les hommes vivent &lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;(Denoël), fresque brutale et puissante, incontournable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Devant une telle quantité de textes, il est parfois difficile de faire un choix, pour celui qui tenterait de s'immiscer dans cet univers fécond. Et pourtant, le recueil &lt;strong&gt;Delirium Circus&lt;/strong&gt; présente en un fort volume quatre romans de Pelot qui, avec une certaine unité thématique, exposent différentes facettes de l'auteur et la qualité de son œuvre. Au sommaire&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Delirium Circus&lt;/strong&gt; (1978), &lt;strong&gt;Transit &lt;/strong&gt;(1978), &lt;strong&gt;Mourir au hasard&lt;/strong&gt; (1980) et &lt;strong&gt;La Foudre au ralenti&lt;/strong&gt; (1983)&amp;nbsp;; les deux premiers textes sont couronnés par des prix littéraires, le premier par le Grand Prix de l'Imaginaire, le second par le Graouly d'or de Metz.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D'un côté, deux romans rapides, nerveux et radicaux&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mourir au hasard &lt;/strong&gt;montre une société qui établit à la naissance un pronostic de vie, ne laissant à première vue aucune place au hasard de la mort. Le roman se déploie comme un véritable thriller S-F mené par un natural killer. &lt;strong&gt;La Foudre au ralenti &lt;/strong&gt;est une sombre histoire de réplication humaine, rouge sang à l'odeur de polar, où plusieurs personnages se croisent dans la fumée des bars louches de Denvercolorado.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De l'autre, deux romans «&amp;nbsp;dickiens&amp;nbsp;» plus élaborés&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Delirium Circus &lt;/strong&gt;décrit un monde qui serait calqué sur celui du cinéma. Une société autarcique qui se développe en univers-bulles le long d'une grande roue perdue dans l'espace. Les personnages se démènent dans ce lieu hiérarchisé selon les métiers du cinéma pour découvrir leur être profond, mais aussi pour percer le secret du Dieu-public&amp;nbsp;; univers truqué et satire de l'existence par procuration. &lt;strong&gt;Transit&lt;/strong&gt;, c'est l'histoire de deux mondes radicalement opposés, traversés par deux personnages qui ne sont qu'une seule et même personne – errance d'amnésique en utopie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L'unité de ces quatre romans se retrouve dans leur thématique qui dénonce sans cesse et sous toutes les formes le simulacre – c'est-à-dire l'abus de pouvoir et l'injustice, les bases vérolées de la société, le problème de la liberté de l'individu, l'identité de soi au sein de la masse. Chaque texte, à sa manière, explore les faux-semblants d'univers viciés, parce que construits sur le trucage, et dénonce l'impossibilité d'ébranler des conventions universelles. La fiction pelotienne est une remise en question de la réalité comme elle est perçue par l'être social, face aux autres et à soi-même. Réalité trop présente pour que les personnages ne se fassent pas broyer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le style de l'auteur participe pleinement de cette catharsis. Ainsi, la construction narrative ne cesse d'amener le sujet au travers de différents parallélismes&amp;nbsp;: en suivant plusieurs personnages qui se croiseront pendant le récit, en mettant en miroir différents mondes. Comme pour accentuer l'effet implacable de la machine à démembrer les illusions humaines, les univers de Pelot se répètent en eux-mêmes par des effets de mise en abyme – la fiction illustrant les trucages de la réalité. En général, Pelot excelle dans l'économie du texte, présentant nerveusement ses mondes imaginaires. Parfois, l'auteur laisse couler son texte vers des horizons plus lyriques – îlots de tranquillité – qui sont souvent brisés par des passages plus violents – crudité ramenant le texte dans la dureté de son propos. Il ne faut pas se fier aux apparences&amp;nbsp;: Pelot est un architecte minutieux qui sait manier les styles afin de raconter une histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce recueil illustre tout cela et démontre la puissance narrative de Pelot en tant que conteur implacable – pour reprendre les paroles de Philippe Curval à son sujet&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;car, comme tous les grands romanciers populaires – je n'hésite pas à citer Gaston Leroux ou Maurice Leblanc à son propos –, Pierre Pelot jouit d'un souffle 1 […]&amp;nbsp;». Pour être plus radical, l'auteur dépasse les classifications convenues&amp;nbsp;: Pelot est un romancier qu'il faut avoir lu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notes&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;1. Philippe Curval, «&amp;nbsp;Chronique du temps qui vient&amp;nbsp;» in Futurs n°5, novembre 1978.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/frederic-jaccaud/&quot;&gt;Frédéric Jaccaud&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-39&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;39&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-tresor.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;L’Île au trésor&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-tresor.jpg &quot; /&gt;L’Île au trésor&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'Ile au trésor&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;! L'impérissable chef-d'œuvre de Robert Louis Stevenson, qui n'est pas autre chose que l'archétype même du roman d'aventure. C'est à ce monument de la littérature que Pierre Pelot a décidé de s'attaquer. Une entreprise pour laquelle il ne faut manquer ni de talent ni de courage, car l'échec s'y paie cash et la médiocrité ne saurait y être de mise. Haute est la barre et, coûte que coûte, il faut la franchir… Ou renoncer. Echouer à revisiter une œuvre d'une telle envergure vous expédie illico au «&amp;nbsp;terminus des prétentieux&amp;nbsp;», ce cimetière où gisent tant de grenouilles ayant voulu se faire aussi grosses que le bœuf. Selon l'adage bien connu, le ridicule ne tue pas&amp;nbsp;; il peut néanmoins causer beaucoup de tort, même à un écrivain aussi établi et réputé que Pierre Pelot. Inutile de maintenir davantage le suspense. Pierre Pelot a les armes pour relever et tenir la gageure.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, à l'aune de ses plus de quarante ans de carrière, Pierre Pelot a publié chez Héloïse d'Ormesson &lt;strong&gt;L'Ombre des voyageuses&lt;/strong&gt;, un roman historique où la piraterie était déjà à l'honneur. Or, qui dit roman de pirates, dit &lt;strong&gt;L'Ile au trésor&lt;/strong&gt;. Les plus splendides monuments historiques ont parfois besoin d'un bon ravalement de façade pour retrouver tout leur lustre d'antan, mais il ne saurait être question de confier pareille tâche à des gougnafiers qui saloperont le boulot. Il existe plusieurs manières de rendre hommage à un texte ou à un auteur. Pierre Pelot a choisi celle consistant à réécrire purement et simplement le même roman en le mettant au goût du jour. Ça n'a l'air de rien, comme ça. Il n'y a rien à inventer, l'histoire existe déjà. Or, justement, la difficulté gît là car il s'agit alors de respecter le plus possible le texte d'origine tout en changeant le maximum de ce qui doit l'être.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quand, vers 1880, Stevenson écrit &lt;strong&gt;L'Ile au trésor&lt;/strong&gt;, la marine à voile brille de ses derniers feux, ceux des grands clippers à coque d'acier qui mènent une lutte perdue d'avance contre ces vapeurs sur l'un desquels il rejoint sa future femme en Californie. La marine en bois, elle, n'est déjà plus qu'un souvenir romantique avalé par l'histoire. À l'instar, par exemple, d'Alexandre Dumas, son roman d'aventure est aussi un roman historique. En 1880, les chevaliers et autres nobles gentilshommes ont définitivement cédé la place à des capitaines d'industrie ou de commerce, rationnels et avides de bénéfices, pour qui la chasse au trésor est passée de mode, si tant est qu'elle l'ait jamais été ailleurs que dans des esprits épris de romantisme. L'époque est pourtant celle de la ruée vers l'or, de la course aux pôles et des dernières grandes explorations, mais l'âme en est celle de la révolution industrielle. C'est &lt;strong&gt;Oil&lt;/strong&gt;, le roman d'Upton Sinclair, qui reflète bien mieux le Zeitgeist au tournant du siècle. C'est donc depuis un recul de deux siècles et non d'un que Pelot va devoir brosser &lt;strong&gt;L'Ile au trésor&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pierre Pelot reprend le même mode narratif, quasiment les mêmes péripéties et, bien sûr, les mêmes personnages, au premier chef desquels Jim Hawkins, neveu au lieu de fils d'aubergiste – dont le père est inconnu/absent plutôt que mort. La tante se substituant à la mère et le compagnon de celle-ci, Trelaway, remplaçant, en sus du père, le chevalier Trelawney. Billy Bones tient son rôle et connaît son funeste sort, tache noire/rouge oblige. Long John Silver, archétype du pirate, devient, du fait des prothèses handisports qui ont remplacé sa mythique jambe de bois, Johnny «&amp;nbsp;Jump&amp;nbsp;» Silver, et perd son emploi de cuisinier au profit de celui d'affréteur de l'Hispaniola, bateau qui conserve son nom de baptême. Le trésor est toujours celui de Flint, quoiqu'il soit devenu pour le coup un mercenaire d'envergure «&amp;nbsp;faisant&amp;nbsp;» de l'Afrique, à l'image d'un Bob Denard du XXIe siècle. Ben Gun(n), qui perd un «&amp;nbsp;n&amp;nbsp;», ce qui renvoie mieux à un surnom de baroudeur, n'a plus été abandonné sur l'île par Flint mais ne s'y est pas moins retrouvé piégé. Des scènes aussi capitales que celle du tonneau de pomme passent quasiment à l'identique du passé au futur. Et à la fin, Silver s'enfuit avec la portion congrue d'un magot qui tombe bel et bien dans les mains prévues quoique désormais roturières.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l'on y tient absolument, on peut considérer cette version de &lt;strong&gt;L'Ile au trésor&lt;/strong&gt; comme de la science-fiction puisque l'action est située dans quelques décennies, après que le réchauffement climatique a fait fondre les calottes glaciaires et, partant, modifié le dessin des continents. Ces soubresauts écologiques ont ébranlé les régions du monde les moins stables, dont l'Afrique, au profit d'aventuriers tels que Flint, Silver, Bones, Gun. Le pognon a été rematérialisé et soustrait aux voraces appétits des uns et des autres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour Jim Hawkins, ado plutôt dégourdi dont la mère a un beau jour disparu sans crier gare, tout va commencer par l'arrivée de Billy Bones au Barraco, comme porté par un ouragan. Bones n'arrive pas là par hasard. Il est à la recherche de la mère du garçon. Jim est fasciné par la personnalité de Bones et se lie d'amitié avec lui. Pelot renforce les liens entre les personnages et accroît ainsi la crédibilité de l'intrigue à petites touches, tout en finesse. Durant ce premier tiers du roman, qui se passe dans l'auberge, les éléments se mettent en place tandis que la tension liée à l'obscure menace que l'on sent peser sur Billy Bones monte progressivement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jim, narrateur a posteriori de toutes ces aventures, nous les conte de son point de vue, loin qu'il est de connaître tous les tenants et aboutissants de la situation. De temps à autre, il interpelle le lecteur qui sait depuis le début qu'il va s'en sortir mais ce n'est pas l'enjeu du roman. Hawkins laisse des zones d'ombre dans sa narration avec le dessein de les combler ultérieurement en respectant la chronologie événementielle. Le moteur de lecture reste la découverte du puzzle final où l'on voit comment s'agence l'ensemble des éléments. Le récit coule inexorablement vers sa conclusion attendue, à l'instar d'un fleuve vers son embouchure, les divers rebondissements s'y greffant comme autant d'affluents sur le cours principal, apportant leurs éléments à l'intrigue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme il est si bien dit en quatrième de couverture, on mesure là tout le prix d'un grand roman d'aventure. Pierre Pelot a gagné haut la main son pari et on mesure à l'aune de Stevenson combien il est un grand écrivain populaire – dans «&amp;nbsp;grand écrivain populaire&amp;nbsp;», il y a «&amp;nbsp;grand écrivain&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;populaire&amp;nbsp;» n'est pas un terme réducteur, au contraire. Leur talent n'est nullement circonscrit à une élite, mais ouvert au plus grand nombre. Il faut lire et relire &lt;strong&gt;L'Ile au trésor&lt;/strong&gt;, jouir du bonheur qui nous est donné. Pelot et Stevenson. Pelot, diable d'écrivain, gît dans les détails.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-lion/&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-54&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;54&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;pelot-gdl-ville.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot; La Ville où les morts dansent toute leur vie&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/pelot-gdl-ville.jpg &quot; /&gt;La Ville où les morts dansent toute leur vie&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Roque Grange, nom pour le moins rugueux, à l’image du personnage, illustrateur sur le retour, alcoolo, voit débarquer un jour Léonore, une jeune femme dont il serait le père et que la mère, qu’il n’a pas revue depuis leur brève liaison, avant qu’elle ne soit enceinte, lui confie car, malade, elle ne peut plus s’occuper d’elle. Mais Léonore est schizophrène et elle veut rejoindre «&amp;nbsp;la ville où les morts dansent toute leur vie&amp;nbsp;», où se serait réfugiée sa mère, ce à quoi consent Roque qui refuse d’assumer cette paternité impromptue. Léonore, belle, fantasque, impudique, est fermement ancrée dans ses rêves…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pense à &lt;strong&gt;Elle qui ne sait pas dire Je&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Commence alors un &lt;em&gt;road movie&lt;/em&gt; en direction de l’Est, alors qu’on est en train d’évacuer la région suite à une catastrophe climatique qui n’est pas précisément nommée, mais se révèle d’envergure, voire apocalyptique…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pense alors au &lt;strong&gt;Sourire des crabes&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous sommes dans un futur indéterminé, où Nadine Morano est décédée depuis un certain temps des suites d’un AVC. Le pays semble à la dérive, les villes livrées aux délinquants, comme ceux qui se dressent sur la route de Roque et Léo, laquelle, pour ingénue qu’elle soit, peut se révéler redoutable quand elle a une arme dans la main. Elle rêve d’être croquée par Roque en personnage de western, avec une carabine à la main.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Progressivement, on en sait davantage sur Roque, dont les carnets de notes parsemés de dessins (signés Pelot, appartenant à toutes les périodes) racontent la trajectoire à rebours, entre journal intime et scènes dialoguées comme au théâtre. De même qu’on cerne un peu mieux la personnalité fantasque et perturbée de Léo, dont le confident imaginaire se nomme Pas-Robert.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du récit post-cataclysmique au polar urbain, on traverse divers types de récits, au gré des rencontres et des scènes marquantes, le temps d’une fusillade mémorable, improbables ou fantasmagoriques, comme ce lion couché sur la banquette arrière de l’automobile, poétiques assurément, ainsi la troublante danse érotique de Léonore. On passe du rire aux larmes, de la poésie au tragique, brutalement, à l’image de l’humeur de Léo, jusqu’à une conclusion encore plus brutale. Voilà tout Pelot en un livre, œuvre picturale et théâtrale comprises.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A l’origine, &lt;strong&gt;La Ville où les morts dansent toute leur vie&lt;/strong&gt; est une pièce diffusée sur France Culture en 2009. Elle se limitait à la confrontation entre le père et la jeune fille de vingt ans. Pelot a entièrement repris l’histoire, la plaçant sur une autre trajectoire. Relecture transversale d’une œuvre, toutes ses histoires se télescopent ici, tous les genres qu’il a abordés, les ambiances qu’il a travaillées, patchwork résumant une formidable carrière et accouchant au final d’un récit généreux et sensible, que domine l’attachante figure de Léonore.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reste à parler de l’écriture. Depuis le temps que Pelot s’attache à raconter sans expliquer, même indirectement, à croquer les attitudes, à retranscrire la banalité d’échanges qui en disent bien plus, il est passé maître dans l’art de laisser le contexte faire résurgence, comme il peut affleurer aux yeux et aux oreilles d’un étranger immergé dans un quotidien dont il ignore tout. Il confine ici au sublime, et de ce traitement vient en grande partie l’émotion que suscite cette tranche de vie. Il faut se laisser porter par le récit, vivre avec les personnages pour recomposer le puzzle de leur histoire et en sortir bouleversé. On ne peut conclure sans évoquer la très belle couverture de Manu Larcenet, ni aussi, surtout, l’émouvante dédicace au fils disparu, à qui ce formidable conteur racontait des histoires petit, avant qu’il ne se mette à en imaginer à son tour.&lt;/p&gt;&lt;h5 class=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-72&quot;&gt;Bifrost n°&amp;nbsp;72&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 81)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/01/29/objectif-runes-en-plus-bifrost-81" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 81)" />
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      <published>2016-01-29T09:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-01-29T09:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;objr81-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr81-une.jpg&quot; /&gt;La faute à un dossier Pierre Pelot des plus conséquents, une petite partie du cahier critique du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-81&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 81&lt;/a&gt; se retrouve délocalisée sur le blog. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Critiques&quot;&gt;Comme de coutume&lt;/a&gt;, on s'intéresse ici à des titres en marge des genres qui nous intéressent ou ayant échoué à nous convaincre complètement.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr81-mystere.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Le Mystère Dyatlov&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr81-mystere.jpg&quot; /&gt; Le Mystère Dyatlov&lt;/h3&gt;&lt;h5&gt;Anna Matveeva - Presses de la Cité - mars 2015 (roman inédit traduit du russe par V. Patte - 318 pp. GdF. 13,45 euros)&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;En février 1959, dans l’Oural, neuf jeunes gens bien entraînés, sept garçons et deux filles, partaient pour une randonnée sportive vers le Kholat-Siaskhyl &lt;em&gt;, le mont des cadavres&lt;/em&gt; dans la langue mansi, l’ancien peuple autochtone. Ils ne reviendront jamais. On les retrouvera morts, certains gelés, d’autres ayant subi des coups, éparpillés hors de leur tente lacérée. Aucun ne portait ses chaussures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’était l’époque de Khrouchtchev, un moment de respiration après la mort de Staline. Mais aussi l’époque des escadrons de la mort à la recherche des zeks évadés, l’époque des tests de fusées et d’armes nucléaires. Une époque de secrets. L’enquête n’a permis aucune conclusion définitive, les parents des disparus ont dû se battre pour accéder aux quelques informations qu’on voulait bien leur donner.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur ces faits réels passionnants, Anna Matveeva construit un roman très bancal. Son héroïne et double fictionnel vit comme l’auteur, en 1999 à Sverdlovsk/Iekaterinenbourg, la ville d’où était originaire le groupe Dyatlov, et se retrouve par un hasard un peu fantastique à lire une pile de vieux documents sur le groupe. Ce procédé, de mêler enquête réelle et fiction, est assez élégant en ce qu’il permet de construire une relation émotionnelle avec les faits. Malheureusement la fiction, si elle nous donne une vision intéressante de la vie en Russie à la fin des années 90, est globalement très mal écrite, mal ficelée et sans intérêt. Toutes les pistes intéressantes (la vision du premier chapitre, la relation aux voisins bizarres…) sont abandonnées, et le style est au mieux plat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On s’en moque un peu, car l’auteur cite et commente de nombreux documents réels (près de la moitié du livre, en fait), reproduits dans une police de caractère spécifique, qui permettent au lecteur de disposer de tous les éléments et de se faire sa propre opinion quant à l’explication du mystère. Prisonniers en fuite&amp;nbsp;? Avalanche&amp;nbsp;? Accident militaire&amp;nbsp;? Opération de nettoyage&amp;nbsp;? (Créature indicible&amp;nbsp;?)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rien ne colle parfaitement, on ne saura jamais. Mais le temps de ce (court) documentaire, on sera replongé dans un monde tout aussi étrange pour la narratrice que pour nous, lecteurs français&amp;nbsp;: l’Union Soviétique des années 1950, ses étudiants, ses sportifs, ses chansons, ses carnets de randonnée. Le plongeon dans le passé et le beau mystère valent quand même le coup d’œil. On songe en rêvant à ce qu’une romancière plus rigoureuse et plus chevronnée pourrait faire d’une pareille histoire.&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Laurent Kloetzer&lt;/h5&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr81-fantome.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Le Fantôme de la tasse de thé&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr81-fantome.jpg&quot; /&gt; Le Fantôme de la tasse de thé&lt;/h3&gt;&lt;h5&gt;Lafcadio Hearn, Jean-Philippe Depotte, N. M. Zimmermann &amp;amp; Jérôme Noirez - Issekinicho - octobre 2015 (recueil inédit illustré par R. Maynègre, N. Peña &amp;amp; J. Walder - 159 pp. GdF.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Lafcadio Hearn est connu pour &lt;strong&gt;Kwaidan&lt;/strong&gt;, recueil d’histoires de fantômes et autres bizarreries nippones. Parmi les textes le composant, il est un fragment intitulé «&amp;nbsp;Dans une tasse de thé&amp;nbsp;» qui n’a pas vraiment de chute&amp;nbsp;: nous y voyons un homme d’armes du nom de Sekinaï qui, lors d’une halte dans une maison de thé, aperçoit dans sa tasse un reflet qui n’est pas le sien – celui d’un fantôme de samouraï. Il boit néanmoins, et se retrouve hanté par l’esprit de Shikubu Heinaï, qui lui annonce qu’il se vengera bientôt de cet affront inacceptable…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et ça s’arrête là. Ce qui est certes un brin frustrant…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’où l’idée de cet étrange petit livre&amp;nbsp;: trois auteurs imprégnés de culture nipponne y livrent leurs «&amp;nbsp;suites&amp;nbsp;», chacun étant accompagné d’un illustrateur différent, respectivement Rémi Maynègre (plutôt quelconque…), Nancy Peña (l’approche la plus classique, via des sortes d’estampes), et Johan Walder (dans un style manga tordu).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Jean-Philippe Depotte entame l’exercice, mais biaise, dans la mesure où son récit n’est pas à proprement parler une «&amp;nbsp;suite&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: il entend remonter le temps pour expliquer comment le visage du détestable samouraï a fini dans cette tasse de thé. L’histoire est classique mais astucieuse. Sauf que lorsque le récit s’arrête, on en reste au même point&amp;nbsp;: on ignore ce qui va arriver à Sekinaï.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;N. M. Zimmermann livre bel et bien une «&amp;nbsp;suite&amp;nbsp;» directe – et c’est sans doute elle qui a l’approche la plus classique, voire convenue. Cela reste une conclusion bienvenue quoique prévisible à l’anecdote de &lt;strong&gt;Kwaidan&lt;/strong&gt;. On appréciera notamment la manière dont l’auteur emploie le thème du double suicide (les différents récits sont parsemés de traits culturels japonais, et cela participe sans doute de l’intérêt du livre).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reste Jérôme Noirez, qui quitte le Japon féodal pour nous ramener au temps présent – sa «&amp;nbsp;suite&amp;nbsp;» n’a donc rien de direct, et le lien avec le matériau de base est assez lâche… Son récit est le plus connoté «&amp;nbsp;jeunesse&amp;nbsp;», avec son narrateur adolescent victime d’un cruel drame amoureux. C’est bien le caractère rude de ce récit qui fait son intérêt. Une bonne idée par ailleurs, toujours dans la mise en scène de la culture japonaise&amp;nbsp;: l’intérêt des personnages pour la cérémonie du thé… Mais certaines scènes peuvent donner une impression d’artifice, comme si elles étaient des concessions arrachées pour la forme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pourrait considérer que seule N.M. Zimmermann a pleinement joué le jeu – mais la manière dont Jean-Philippe Depotte et Jérôme Noirez ont accompli l’exercice ne manque pas pour autant d’intérêt, et évite au recueil de sombrer dans la répétition. Bref, nous voici avec une curiosité, peut-être pas totalement satisfaisante, certainement pas renversante, mais néanmoins sympathique. Et nul doute que les jeunes lecteurs – &lt;em&gt;a fortiori&lt;/em&gt; ceux qui s’intéressent à la culture nipponne – pourront y trouver un intérêt.&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr81-dictionnaire.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Le Dictionnaire Khazar&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr81-dictionnaire.jpg&quot; /&gt; Le Dictionnaire Khazar&lt;/h3&gt;&lt;h5&gt;Milorad Pavić - le Nouvel Attila - octobre 2015 (réédition d’un roman traduit du serbe par M. Bejanovska - 288 pp. GdF. 24 euros)&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Qui sont les Khazars&amp;nbsp;? Une peuplade turc semi-nomade, qui, depuis son berceau originel entre la mer Noire et la mer Caspienne, a établi un khaganat&amp;nbsp;; à son apogée, celui-ci s’est étendu des Carpates jusqu’à l’ouest du Khazastan, du Sud de la Russie actuelle jusqu’à la Géorgie. Puis, peu avant le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; millénaire, les Khazars se sont convertis à l’une des trois grandes religions du Livre (mais laquelle&amp;nbsp;?), et ont disparu des annales historiques peu de temps après. La question de leur conversion soulève encore des controverses. C’est aussi le sujet central de ce &lt;strong&gt;Dictionnaire khazar&lt;/strong&gt;, premier roman de l’auteur serbe Milorad Pavić, originellement paru chez Belfond en 1988, indisponible depuis longtemps, et réédité au Nouvel Attila à l’automne 2015. Elégante réédition&amp;nbsp;: découpage de couverture, reliure apparente, maquette sobre et créative. Sous-titré «&amp;nbsp;Roman-lexique en 100 000 mots&amp;nbsp;» (avouons-le, nous n’avons pas compté), ce &lt;strong&gt;Dictionnaire…&lt;/strong&gt; consiste en trois dictionnaires – le premier de sources chrétiennes, le deuxième de sources islamiques, et le dernier de sources hébraïques – louvoyant autour de la polémique khazare&amp;nbsp;: lorsque le khagan a convoqué trois émissaires des trois grandes religions monothéistes, et qu’il leur a demandé d’interpréter son rêve, déclarant qu’il prendrait la religion de celui qui lui apporterait l’interprétation la plus convaincante, à quel dieu – Dieu, Allah ou Yahvé – s’est-il converti&amp;nbsp;? Et quel jeu a joué la princesse Ateh&amp;nbsp;? Forts d’une quinzaine d’entrées de longueurs inégales, se renvoyant les unes aux autres, ces trois dictionnaires s’attachent aux participants à la polémique khazare au VIIIe siècle (à moins que ça ne soit le IXe), les chroniqueurs du XIIe siècle, les auteurs de ces dictionnaires au XVIIe siècle, et les chercheurs qui étudièrent la question khazare au XXe siècle, dans un jeu de vraie-fausse érudition digne de Borges. C’est certain, ce &lt;strong&gt;Dictionnaire khazar&lt;/strong&gt; n’aurait pas déparé dans les ouvrages aussi magnifiques qu’imaginaires décrits par l’auteur argentin dans son recueil &lt;strong&gt;Fictions&lt;/strong&gt;. Réel et fiction s’entremêlent au sein d’un écheveau serré, dans un exercice à la fois fascinant et aride&amp;nbsp;: il n’y a pas d’intrigue à proprement parler, en-dehors de la non-résolution de la polémique khazare, et chaque entrée de dictionnaire prend soin d’épaissir le mystère. Histoires enchâssées, digressions parfois longuettes, symétries étranges, jeux de correspondances et de miroirs imprègnent ce livre&amp;nbsp;: rien d’étonnant à ce que &lt;strong&gt;Le Dictionnaire khazar&lt;/strong&gt; existe en deux versions, une édition masculine et une édition féminine, qui ne diffèrent que par un seul et unique mot, forcément crucial.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On l’aura compris, voici un indispensable pour les amateurs d’objets littéraires non-identifiés. Et l’on espère que le Nouvel Attila poursuivra son travail d’exhumation des œuvres du fascinant Milorad Pavić.&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr81-comedie.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;L’Infinie Comédie&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr81-comedie.jpg&quot; /&gt; L’Infinie Comédie&lt;/h3&gt;&lt;h5&gt;David Foster Wallace - éditions de l’Olivier - août 2015 (roman traduit de l’anglais [US] par F. Kerline &amp;amp; C. Recoursé - 1488 pp. GdF. 27,50 euros)&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp; &lt;em&gt; Ensuite j’ai perdu ma femme à cause de la boisson. Je ne dis pas que je ne savais plus où elle était et tout ça, seulement un beau jour, quand je suis arrivé, y avait quelqu’un d’autre qui s’en chargeait à ma place. &lt;/em&gt; &amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un kilo deux cent quatre-vingt grammes pour 1488 pages sur papier bible dans son édition française qui aura failli rendre fou l’un de ses traducteurs &lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;, mettre quelques éditeurs&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; courageux sur la paille et, surtout ne jamais sortir dans notre beau pays&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;. C’eût été dommage tant la presse littéraire, ou ce qu’il en reste par-ci par-là, s’est galvanisée à grands coups d’articles parfois forts intéressants sur &lt;strong&gt;L’Infinie comédie&lt;/strong&gt;, monument incontesté de la littérature américaine&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;. Si l’argument annonce clairement le contexte d’un futur proche, le lecteur surbooké d’Imaginaire est en droit de se demander si David Foster Wallace fait réellement partie de &lt;em&gt;notre club&lt;/em&gt;, et s’il doit plonger tête baissée dans un univers qu’il ne quittera peut-être pas de sitôt.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;A la première question, on répondra&amp;nbsp;: oui, David Foster Wallace fai(sai)t&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt; résolument partie de &lt;em&gt;notre club&lt;/em&gt; dans la mesure où Philip K. Dick, William S. Burroughs et James G. Ballard&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt; hantent son œuvre d’une page l’autre. A la seconde interrogation, on placera le lecteur devant lui-même et face à ses responsabilités&amp;nbsp;: un monument, ça se visite, même si on n’est pas obligé d’en tomber amoureux&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(1) à en croire Francis Kerline qui, quand il s’exprime dans le &lt;em&gt;Books&lt;/em&gt; d’octobre 2015, avoue qu’il aurait bien traité l’auteur d’«&amp;nbsp;enfoiré&amp;nbsp;» après une dure année de travail.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(2) après avoir édité des recueils de nouvelles, et autres textes plus courts, Le Diable Vauvert, alors titulaire des droits, jeta l’éponge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(3) alors qu’il a fait un tabac en Allemagne, en Italie, en Australie, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(4) entre le colloque tenu en septembre dernier à la Sorbonne et l’incroyable somme exégète qu’on trouve sur internet…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(5) gravement dépressif, l’auteur s’est pendu, non sans succès, en 2008.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(6) technologie dickienne, toxicomanie burroughsienne et folie balardienne sont au rendez-vous. La preuve par trois, rires et sourires en plus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(7) ceci était un test&amp;nbsp;: l’ouvrage contient 380 notes sur 157 pages et leur lecture est indispensable, comme celle, du reste, de &lt;strong&gt;L’Infinie comédie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Grégory Drake&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Ethfrag</title>
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      <published>2016-01-27T10:01:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-01T10:29:42+01:00</updated>
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        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Laurent Genefort</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;genefort-ethfrag-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/genefort-ethfrag-une.jpg&quot; /&gt;En plein cœur du conflit opposant humains et Hodgqins, le professeur Borigonkar est amené à diriger un camp d'expérimentation sur ces derniers… Retour sur Omale, cette gigantesque sphère de Dyson occupée par d'innombrables races extraterrestres, avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/ethfrag&quot;&gt;« Ethfrag »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, novella de Laurent Genefort couronnée par le &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=16&amp;amp;t=6218&quot;&gt;prix des lecteurs Bifrost&lt;/a&gt;, qui s'interroge sur les racines du mal. Qu'est-ce que l'inhumanité quand il est question d'extraterrestres&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/&quot;&gt;Laurent Genefort&lt;/a&gt;, parue dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;78&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/ethfrag&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 27 janvier au 29 février 2016. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Ethfrag&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/genefort-ethfrag-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;Illustration © Philippe Gady&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Nuits cristallines</title>
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      <published>2016-01-27T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-03-01T10:29:53+01:00</updated>
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        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Greg Egan</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;egan-nuits-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/egan-nuits-une.jpg&quot; /&gt;«&amp;nbsp;Il était un créateur juste, mais pas omnipotent. Ses élagages circonspects représentaient la seule solution.&amp;nbsp;» Daniel Cliff veut créer une IA de niveau humain, dans des buts rien moins qu'égoistes. Mais quelle méthode employer&amp;nbsp;? Avec &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Nuits cristallines&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;, nouvelle récompensée par le &lt;a href=&quot;http://forums.belial.fr/viewtopic.php?f=16&amp;amp;t=6218&quot;&gt;Prix des lecteurs de Bifrost 2015&lt;/a&gt;, Greg Egan donne son avis sur la question de l'intelligence artificielle…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.belial.fr/greg-egan/&quot;&gt;Greg Egan&lt;/a&gt;, parue dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-79&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;79&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/greg-egan/nuits-cristallines&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 27 janvier au 29 février 2016. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;Nuits cristallines&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/egan-nuits-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;Illustration © Jubo&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Le Cas L. Ron Hubbard</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard" rel="alternate" type="text/html" title="Le Cas L. Ron Hubbard" />
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      <published>2016-01-25T12:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-06-01T08:25:51+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Etudes</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Il y a aujourd'hui trente ans, quasiment jour pour jour, décédait l'un des écrivains de science-fiction les plus controversés qui soient : L. Ron Hubbard, à l'origine de l'Église de scientologie. Dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-12&quot;&gt;douzième numéro&lt;/a&gt; de votre revue préférée, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/tag/Francis%20Val%C3%A9ry&quot;&gt;Francis Valéry&lt;/a&gt; s'interrogeait : Hubbard, auteur à réhabiliter ou à oublier ?&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;Un Géant des Pulps&amp;nbsp;: L. Ron Hubbard&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-hubbard.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-hubbard.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Des débuts fracassants mais contestés&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dans son numéro daté juillet 1938, &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, alors en position dominante sur le marché anglo-saxon de la science-fiction, publie une nouvelle formidable qui devient immédiatement un classique de l’Âge d’Or.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-dimension.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-dimension.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The Dangerous Dimension&amp;nbsp;» – «&amp;nbsp;La dimension périlleuse&amp;nbsp;» dans sa traduction française &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn2&quot; id=&quot;_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; – est, en effet, une des toutes premières histoires de téléportation &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn3&quot; id=&quot;_ftnref3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;. On y voit un savant découvrir qu’il peut se rendre où bon lui semble rien qu’en le souhaitant. C’est l’idée de base de ce qui deviendra, une douzaine d’années plus tard, l’un des chefs-d’œuvre absolu du genre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Terminus les étoiles&lt;/strong&gt; d’Alfred Bester. Il faut un certain temps pour que les idées réellement novatrices soient intégrées dans cette manière de «&amp;nbsp;fond commun&amp;nbsp;» dans lequel piochent les écrivains de science-fiction, littérature collective par excellence. De plus, une simple idée – même brillante – ne fait pas forcément un bon texte. Alfred Bester avait cette folie pyrotechnique, cette fulgurance scénaristique, cette maîtrise littéraire qui faisaient probablement défaut à l’auteur de «&amp;nbsp;The Dangerous Dimension&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais il n’empêche&amp;nbsp;: cet auteur productif et déjà «&amp;nbsp;installé&amp;nbsp;» dans le monde des pulps qu’était alors L. Ron Hubbard, fit avec «&amp;nbsp;The Dangerous Dimension&amp;nbsp;», une entrée très remarquée dans le monde de la science-fiction. Avec raison, Alain Dorémieux, alors rédacteur en chef de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; et responsable de la collection d’anthologies associée, inscrivit cet étonnant récit au sommaire d’un numéro de &lt;em&gt;Fiction Spécial&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deux mois après avoir fait paraître «&amp;nbsp;The Dangerous Dimension&amp;nbsp;», Hubbard récidive, toujours dans &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; avec la première partie d’un roman qui en comptera trois&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The Tramp&lt;/strong&gt;. Le personnage principal est un petit homme découvrant qu’il possède d’étranges pouvoirs psychiques. L’auteur innove en mettant en action les possibilités de guérison découlant en l'occurrence de la télépathie – mais &lt;strong&gt;The Tramp&lt;/strong&gt; est un roman à mon avis trop long et pas très excitant, au-delà de l’idée de départ. Le texte suivant, livré à la revue en février 1939, par Hubbard est une novelette, «The Professor was a Thief». Un texte qui n’a vraiment rien de mémorable… On en arriverait presque à croire que L. Ron Hubbard n’est pas fait pour la S-F — et que l’idée de base de «&amp;nbsp;The Dangerous Dimension&amp;nbsp;» n’était peut-être pas de lui… et qu’il n’aurait fait qu’exploiter une idée de John Campbell. On sait, en effet, que Campbell était coutumier de ce genre de cadeaux. À l’époque où il reprend &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, il est un des plus grands auteurs de SF spatiale et a pour seul rival dans le cœur des lecteurs, le vieux maître E.E. «&amp;nbsp;Doc&amp;nbsp;» Smith, auteur de la série extrêmement populaire des &lt;strong&gt;Skylarks&lt;/strong&gt;. Campbell est un pur génie. Un écrivain en avance sur son temps de quelques bonnes longueurs – comme en témoigne certaines nouvelles parues sous son nom ou sous le pseudonyme de Don A. Stuart &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn4&quot; id=&quot;_ftnref4&quot;  title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;. C’est un être exceptionnel et d’une totale générosité. C’est lui qui, par exemple, définit les fameuses «&amp;nbsp;Lois de la Robotique&amp;nbsp;» et les offre littéralement à un de ses protégés, le jeune Isaac Asimov, en lui demandant d’essayer d’en tirer quelque chose. Le prenant au mot, Asimov en tira sa réputation, sa gloire et sa fortune&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hubbard véritable auteur ou pas de «The Dangerous Dimension&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Avec le recul, il est légitime de s’interroger. Collaborateur épisodique d’ &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, L. Ron Hubbard est en effet beaucoup plus à l’aise dans la revue sœur, &lt;em&gt;Unknown, &lt;/em&gt;plutôt orientée vers le fantastique – bien qu’y furent publiés quelques classiques de la S-F comme le remarquable &lt;strong&gt;Guerre aux invisibles&lt;/strong&gt; de Eric Frank Russell.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Détour par Unknown&amp;nbsp;: l’écrivain du doute&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-slavesofsleep-unknown.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-slavesofsleep-unknown.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt; Nouvelle star du fantastique, Hubbard&amp;nbsp;? Là, par contre, il est difficile de le contester. En quelques mois, il devient l’auteur vedette de &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; à qui il donne de nombreux romans qui sont publiés non pas en feuilleton mais en un seul morceau, preuve de son succès auprès du lectorat&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;The Ultimate Adventure&lt;/strong&gt; (avril 1939), &lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt; (juillet 1939), &lt;strong&gt;The Goul&lt;/strong&gt; (août 1939), &lt;strong&gt;Death’s Deputy&lt;/strong&gt; (février 1940), &lt;strong&gt;The Indigestible Triton&lt;/strong&gt; (avril 1940) – ce dernier sous le pseudonyme de René Lafayette –, &lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt; (juillet 1940), &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; (novembre 1940), &lt;strong&gt;The Case of the Friendly Corpse&lt;/strong&gt; (août 1941). Le départ sous les drapeaux de l’auteur mettra malheureusement un point final à cette liste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-brasdroit.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-brasdroit.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt; Le lectorat français n’a longtemps connu qu’un seul de ces romans&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Death’s Deputy&lt;/strong&gt;, alias &lt;strong&gt;Le bras droit de la mort&lt;/strong&gt;, publié en 1951 dans l’éphémère sous-série «&amp;nbsp;Les romans extraordinaires&amp;nbsp;» d’une collection policière, «&amp;nbsp;L’Énigme&amp;nbsp;» &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn5&quot; id=&quot;_ftnref5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;. Le personnage central de ce roman est un «&amp;nbsp;porte-guigne&amp;nbsp;», quelqu’un&amp;nbsp;! qui attire les accidents, voire les catastrophes, sur son entourage et sur lui-même. Un final onirico-métaphysique propose une explication (si l’on peut dire) au phénomène.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Beaucoup plus intéressant me paraît être &lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt; dont le personnage est un homme qui vit deux vies&amp;nbsp;: l’une, à l’état de rêve, se situe dans un univers de fantasy et est particulièrement aventureuse&amp;nbsp;; l’autre, à l’état d’éveil, est parfaitement banale et anodine. Pour L. Ron Hubbard, il y a donc, d’une part, le «&amp;nbsp;vrai monde où l’on s’ennuit&amp;nbsp;» pour reprendre une expression à la Olivier Rameau &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn6&quot; id=&quot;_ftnref6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; et, d’autre part, le monde qui s’étend de l’autre côté du miroir et des apparences. Le thème procède à l’évidence de &lt;strong&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/strong&gt;, classique s’il en est de la littérature anglo-saxonne d’imagination, et en propose une manière de justification – dans le même temps, elle anticipe brillamment tout un courant de la science-fiction moderne, selon lequel «&amp;nbsp;la vraie vie est ailleurs&amp;nbsp;». On pense immédiatement à certaines séries télévisées actuelles – comme les &lt;em&gt;X-Files&lt;/em&gt; qui font de la formule leur credo – mais aussi à une bonne partie des écrits d’un auteur comme Philip K. Dick, pour qui le questionnement du réel est le sujet central de la création littéraire, au point de constituer le ressort principal de son œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-slavesofsleep.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-slavesofsleep.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt; Dans &lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt;, L. Ron Hubbard apparaît bel et bien comme l’écrivain du doute – un doute presque systématique. En cela, il ne s’agit absolument pas d’une littérature paranoïaque, comme on l’a parfois prétendu&amp;nbsp;! Le paranoïaque ne doute de rien, bien au contraire, il est pétri de certitudes. Chez Hubbard, la seule certitude serait que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être – Philip Dick tiendra ce même discours dans l’une de ses plus célèbres nouvelles&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le père truqué&amp;nbsp;» &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn7&quot; id=&quot;_ftnref7&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce positionnement à la fois intellectuel et littéraire apparaît à nouveau dans &lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt;, traduit en français sous le titre &lt;strong&gt;Au bout du Cauchemar &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn8&quot; id=&quot;_ftnref8&quot; title=&quot;&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; avec une dimension supplémentaire&amp;nbsp;: si le roman anticipe à nouveau certaines œuvres futures de Philip Dick, il annonce clairement ce que sera l’évolution de la littérature fantastique, dans les années 70/80. À l’évidence, il y a du Stephen King dans &lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;! Le maître de l’horreur moderne paiera d’ailleurs sa dette au vieux maître des années 40 en présentant &lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt; comme «&amp;nbsp;un classique du genre&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-cauchemar.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-cauchemar.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Curieusement, Hubbard s’impose à la fois comme un écrivain très «&amp;nbsp;populaire&amp;nbsp;» presque basique – et comme un véritable expérimentateur sur le plan des idées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’une part, il produit – voire même «&amp;nbsp;fabrique&amp;nbsp;» – une littérature volontiers convenue, fonctionnant avec des recettes et des ficelles (parfois grosses comme des câbles), pleine d’action et riche en rebondissements. Mais il le fait bien, tel un artisan qui façonne le produit qui lui est commandé, en respectant le contrat passé avec l’acheteur – c’est-à-dire le lecteur. À ce titre Hubbard est véritablement un des leaders de la littérature des pulps. Avec le recul, il fait même figure de modèle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’autre part, Hubbard avance des idées volontiers dérangeantes, souvent novatrices, et qui s’avèrent être parfois d’une étonnante modernité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-typewriter.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-typewriter.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt; Après &lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Au bout du cauchemar&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; complète une manière de trilogie du questionnement du réel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’idée de départ est brillante. Un pianiste, Mike de Wolf, se retrouve soudain transporté dans les pages du manuscrit en cours d’écriture de son ami Horace Hackett, un auteur de pulps bien connu. Mike de Wolf est devenu Miguel de Lobo, un espagnol – notons que si le personnage avait été français, il se serait sûrement appelé Michel Du Loup. Mike se rend compte qu’il a endossé le rôle du méchant – or, il sait par expérience que dans les romans de son ami Hackett, les méchants ont du souci à se faire. Car ils finissent toujours très mal&amp;nbsp;! Ce qui est une des règles du genre. Démarre alors un récit plein de rebondissements et très agréable à lire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Idée brillante, ai-je dit. On peut ajouter d’une époustouflante modernité. &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; est un des premiers exemples de métafiction et ouvre un chemin qui, par la suite, sera parcouru à plus d’une reprise par des auteurs considérés comme d’avant-garde. On ne s’étonnera donc pas de lire sous la plume de Tim Powers, auteur que l’on peut difficilement soupçonner de complaisance littéraire ou de révisionnisme&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Je ne pense pas que Philip K. Dick aurait écrit ses romans s’il n’avait pas lu &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Une opinion comparable est exprimée par l’auteur, critique et historien James Gunn, dans &lt;strong&gt;The Science-Fiction Encyclopedia&lt;/strong&gt; (1988)&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; y est décrit comme une œuvre devant être réévaluée par la critique, en cela qu’elle a anticipé les travaux littéraires expérimentaux de nombreux “métafictionnistes”.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans aller jusqu’à citer Shakespeare (on peut toujours citer Shakespeare&amp;nbsp;!), cette idée rappelle celle exprimée en 1936 par Alan Connell dans &lt;strong&gt;Dream’s End &lt;/strong&gt;: la  Terre, et probablement tout l’univers, ne sont que le rêve d’un être supérieur. Dieu. Dans une certaine mesure – et à sa manière iconoclaste – Philip José Farmer répondra de façon positive dans sa série des &lt;strong&gt;Faiseurs d’Univers&lt;/strong&gt;, dont le premier texte est publié en 1965. On peut voir en &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; une manière de prototype de ce qui constituera un véritable courant de pensée illustré par des romans comme &lt;strong&gt;L’Empire des esprits&lt;/strong&gt; (1970) de Clifford D. Simak ou &lt;strong&gt;Un monde en morceaux&lt;/strong&gt; (1973) de Barry Malzberg.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et s’il m’est permis une anecdote personnelle…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans mes années d’adolescence, un de mes écrivains français préférés était Gérard Klein, auteur de nouvelles originales et brillantes, et d’une poignée de romans (sous le pseudonyme de Gilles d’Argyre) que je considérais alors (et considère toujours) comme des modèles du space opera – ou du moins d’une science-fiction populaire de qualité. Une des nouvelles de Klein qui m’avait fait la plus forte impression mettait en scène un écrivain dont les personnages, curieusement, semblaient prendre vie et se rebellaient contre leur créateur qui finissait par y perdre son identité – l’écrivain était décrit comme une manière de démiurge et les personnages comme ses «&amp;nbsp;choses&amp;nbsp;». En même temps était proposée une adéquation entre l’homme et son œuvre&amp;nbsp;: un écrivain n’est rien d’autre que la somme de ses écrits. Véritable paradigme à prendre au sens figuré mais aussi au sens propre. Découvrant des années plus tard &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt;, j’ai retrouvé exactement la même émotion. Cette sensation étrange que l’écrivain est l’égal de Dieu – pour autant que ce dernier existe… Par la négative, il faudrait en conclure que le seul Créateur c’est l’Artiste. Et que Dieu n’est qu’un de ses personnages. Blasphème &amp;nbsp;? Peut-être. Et alors&amp;nbsp;? La science-fiction sert également à remettre en cause les idées reçues – toutes les idées reçues.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gérard Klein, Philip K. Dick, L. Ron Hubbard&amp;nbsp;: quel étrange cousinage…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Retour à la science-fiction&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dans son numéro daté avril 1940, &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; publie la première partie d’un roman d’une rare noirceur&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt;. De nombreux lecteurs sont surpris – ce texte n’est pas du tout dans «&amp;nbsp;l’esprit&amp;nbsp;» d’&lt;em&gt;ASF&lt;/em&gt;. La revue propose d’habitude des récits nettement plus positifs – faisant écho aux éditoriaux engagés et peu nuancés de John W. Campbell Jr., alors son rédacteur en chef. Ce dernier est un inconditionnel de la science et de la technologie, un militant du «&amp;nbsp;grandiose avenir&amp;nbsp;», un fervent propagateur d’idées considérées alors comme d’avant-garde. John Campbell croit par exemple dur comme fer que l’avenir de l’humanité se trouve loin là-haut&amp;nbsp;: du côté des étoiles. Il est certain que l’homme est perfectible, qu’il va continuer de s’améliorer, en particulier en développant les capacités latentes de son cerveau. Campbell est un génie – je l’ai déjà dit. Mais c’est un génie parfois un peu allumé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-blackout-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-blackout-us.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Or, voici un texte qui affirme que les choses ne sont pas si simples – et que l’avenir, non seulement ne sera peut-être pas aussi grandiose que cela, mais qu’il risque même de ne pas être du tout &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn9&quot; id=&quot;_ftnref9&quot; title=&quot;&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; décrit un monde en ruines. Une guerre totale a en effet embrasé l’Europe pendant plusieurs générations. Les communications ne fonctionnent évidemment plus. Les gouvernements ont disparu. Partout des ruines. Et au milieu de ces ruines, des petits groupes d’irréductibles, des bandes de survivants qui continuent de se battre – on ne sait trop pourquoi ni contre qui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le héros de &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; ne porte pas de nom. On le désigne simplement comme étant «&amp;nbsp;le lieutenant&amp;nbsp;». Il est à la tête d’une brigade de durs-à-cuire. Lui-même est né au cours d’un bombardement. Le récit est celui de la lutte du Lieutenant et de ses hommes, en vue de rétablir un semblant de civilisation en Angleterre – puis d’assurer l’indépendance de leur pays par rapport aux USA, qui n’ont pas participé à la guerre et ont laissé l’Europe s’effondrer d’elle-même. Le Lieutenant parvient à ses fins mais au prix de l’établissement d’une dictature militaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; a été écrit à toute allure, pendant les premières semaines de la seconde guerre mondiale. Au moment même où le Lieutenant se bagarrait dans son univers de fiction, la Pologne était envahie par l’Allemagne nazie, détruite par la Blitzkrieg, écrasée par les hordes de Panzer, pulvérisée par les nuées de Stukas. Et quelques semaines plus tard, c’était au tour de la Finlande d’être envahie par la Russie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toutes les grandes puissances européennes sont désormais entrées dans la ronde. Guerre totale et chaos en direct. Pour tout le monde, il est évident que l’heure de l’Armageddon a sonné pour le vieux continent – à qui la première guerre mondiale n’aura donc rien appris. Et cela sous les yeux d’une Amérique résolument non-interventionniste. Car tandis que quelques libéraux ou radicaux (au sens américain de ces termes) plaident, avec lucidité et courage, pour un engagement aux côtés de l’Angleterre et de la France, le reste du pays est très majoritairement pacifiste.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela – la guerre en Europe et la réaction américaine – fournit un modèle pour &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt;. L’ampleur que prend la catastrophe nourrit les spéculations de l’auteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et la polémique ouverte autour de «&amp;nbsp;The Dangerous Dimension&amp;nbsp;» redémarre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn10&quot; id=&quot;_ftnref10&quot; title=&quot;&quot;&gt;[9]&lt;/a&gt;, cette fois non sur la paternité de l’œuvre mais sur son positionnement. S’agit-il d’une propagande communiste ou d’une propagande fasciste&amp;nbsp;? &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; est-il un roman anti-guerre ou pro-guerre&amp;nbsp;? Fort habile, l’auteur répond qu’il ne fait pas de politique mais de la science-fiction. Que son œuvre n’est qu’une simple vision du futur, certes sous un angle ultrapessimiste. En réalité, la réponse est que tout dépend du point du lecteur. Chacun peut y voir un plaidoyer pour ses propres idées – ou, au contraire, une manifestation de ceux qui pensent l’inverse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En dépit d’une rédaction à la tronçonneuse – la plupart des auteurs de S-F ont hélas cette fâcheuse habitude de considérer que la S-F n’est pas de la littérature – &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; est, par certains côtés, un roman d’une très grande modernité. C’est le véritable prototype de toute cette littérature survivaliste qui se développera dans les années 70/80. On sera surpris d’y trouver une vision moderne du chaos avec des ambiances à la &lt;em&gt;Terminator&lt;/em&gt;, des images mentales faisant écho à celles, tragiques, vues sur nos téléviseurs ou dans la presse, volées au Liban ou au Viêt-Nam – et une esthétique parfois étrangement proche de celle des mangas ou de certains jeux vidéo.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le courrier des lecteurs d’&lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; comme les réactions au sein de la communauté S-F de l’époque en témoignent&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; est immédiatement considéré comme un futur «&amp;nbsp;classique&amp;nbsp;» du genre. Comme l’écrit Lester Del Rey dans&lt;strong&gt;The World of Science Fiction &lt;/strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn11&quot; id=&quot;_ftnref11&quot; title=&quot;&quot;&gt;[10]&lt;/a&gt;: &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; établit L. Ron Hubbard comme un écrivain de science-fiction majeur. Rien d’étonnant à ce qu’il inclue ce roman dans la liste d’une centaine de «&amp;nbsp;lectures recommandées&amp;nbsp;» qu’il propose à qui veut découvrir la S-F.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Hubbard&amp;nbsp;: Retour à demain&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Mobilisé pour cause de seconde guerre mondiale – comme la plupart des écrivains de l’écurie Campbell – Hubbard doit placer entre parenthèses sa carrière d’auteur de S-F et de fantastique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À partir de 1947, le nom de L. Ron Hubbard réapparaît dans &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; – mais également dans des pulps moins prestigieux comme &lt;em&gt;Thrilling Wonder Stories&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Super Science Stories&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Two Complete Science Adventure Novels&lt;/em&gt;, sans doute pour des récits refusés par John W. Campbell. Une quinzaine de nouvelles et novelettes sont publiées – ainsi que trois romans&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;The End is not yet&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 08/09/10.1947), &lt;strong&gt;To the Stars&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 02.1950) et &lt;strong&gt;The Masters of Sleep&lt;/strong&gt; (&lt;em&gt;Fantastic Adventures&lt;/em&gt; 10.1950) qui est la suite de &lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le même temps, Hubbard ressuscite le pseudonyme de René Lafayette qu’il avait utilisé en 1940, pour signer un roman dans &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; — probablement parce que le même mois démarrait &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; dans &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, sous son véritable nom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-mathusalem-us.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-mathusalem-us.jpg&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-mathusalem.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-mathusalem.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Seize nouvelles additionnelles sont publiées sous cette signature entre 1947 et 1950, la plupart (quatorze) appartenant à deux séries&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Conquest of Space&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;, dans &lt;/strong&gt;les pages de &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;&amp;nbsp;! et sur un rythme effréné (une nouvelle par numéro, sept numéros consécutifs) et &lt;strong&gt;Old Doc Methuselah&lt;/strong&gt;, dans les pages de &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; (également sept nouvelles). Le cycle de Doc Methuselah, le médecin de l’espace, fera l’objet d’un volume – traduit en français &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn12&quot; id=&quot;_ftnref12&quot; title=&quot;&quot;&gt;[11]&lt;/a&gt;. Il s’agit de space opera lisible mais daté.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On le voit&amp;nbsp;: avec trois romans et une trentaine de récits publiés en trois ans, L. Ron Hubbard n’a pas perdu la main et reste un écrivain productif et fécond.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le meilleur texte de cette seconde phase de carrière – et en réalité le dernier texte majeur de l’auteur – est le roman &lt;strong&gt;To the Stars&lt;/strong&gt; qui met en scène des hommes vivant à bord d’astronefs interstellaires qui sillonnent l’espace à une vitesse proche de celle de la lumière – conformément à la théorie de la relativité, le temps s’écoule donc de manière beaucoup plus lente dans leur référentiel propre&amp;nbsp;:&amp;nbsp;: un mois passé à bord équivaut à un siècle sur Terre. À leur retour, ces astronavigateurs ne peuvent donc jamais retrouver une famille, un cadre de vie habituel, des amis. Ce sont littéralement des parias.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’idée est intéressante en cela qu’elle sous-entend qu’il y a toujours un prix à payer. De même que l’immortalité se paie toujours au prix fort – par exemple la stérilité &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn13&quot; id=&quot;_ftnref13&quot; title=&quot;&quot;&gt;[12]&lt;/a&gt; ou le fait de voir systématiquement vieillir et mourir tout être aimé –, l’ivresse des grands espaces a pour prix la solitude absolue. Ce motif sera magnifié par Vonda McIntyre dans la formidable novella «&amp;nbsp;Aztèques&amp;nbsp;» &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn14&quot; title=&quot;&quot;&gt;[13]&lt;/a&gt;, dans laquelle la métaphore est poussée à l’extrême.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant au fameux paradoxe des jumeaux de Langevin, transposé en S-F il fait aujourd’hui figure de cliché, mais à l’époque il s’agissait d’un motif nouveau et très «&amp;nbsp;science-fictif&amp;nbsp;» qui ne pouvait que convaincre John Campbell.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Prépublié en 1950 dans &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;To the Stars&lt;/strong&gt; a été édité par Ace Books sous le titre &lt;strong&gt;Return to Tomorrow&lt;/strong&gt; — c’est cette version qui a été traduite en France sous le titre Retour à Demain &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftn15&quot; id=&quot;_ftnref15&quot; title=&quot;&quot;&gt;[14]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Hubbard en librairie&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dans les années d’après-guerre, la science-fiction et le fantastique des pulps n’ont toujours pas droit de cité en librairie. Les éditeurs ne veulent pas entendre parler de ces littératures qu’ils estiment dépourvues de toute valeur littéraire – quand on sait que les littératures de genres (S-F, polar, fantastique…) assurent aujourd’hui une bonne part du chiffre d’affaires de la plupart des maisons d’éditions, on sourit…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De nombreux fans estiment, de leur côté, que les meilleurs textes doivent être sauvés des pulps – un support fragile et donc périssable – et réédités sous une forme durable. On va donc créer des maisons d’éditions spécialisées. Et toute la communauté S-F va se mobiliser pour leur assurer un succès minimum&amp;nbsp;: petites annonces dans les revues et fanzines, lancement de souscriptions et vente par correspondance, ventes directes dans les conventions, etc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première maison d’éditions spécialisée est fondée en 1946&amp;nbsp;: Hadley Publishing Company. Les premiers auteurs à bénéficier d’une édition en volume sont, dans cet ordre, E.E. «&amp;nbsp;Doc&amp;nbsp;» Smith, John W. Campbell, Jr. et L. Ron Hubbard – voilà qui témoigne de la stature de ces trois auteurs et de leur popularité auprès du lectorat. &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; sort en volume en 1948.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La même année, Shasta Publishers, un autre éditeur spécialisé, sort ses trois premiers titres: &lt;strong&gt;Le ciel est mort&lt;/strong&gt;, le magnifique recueil de John W. Campbell, &lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt;, un des meilleurs romans de L. Ron Hubbard, et un premier recueil de nouvelles de Robert Heinlein qui pose les fondations de son «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Histoire du Futur&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs éditeurs inscriront les «&amp;nbsp;classiques&amp;nbsp;» du vieux maître à leurs catalogues, avec des succès divers. Car il y a un problème. Le style deHubbard a terriblement vieilli. Face à l’émergence de nouveaux talents dans les pages des nouveaux magazines au format digest, &lt;em&gt;Galaxy SF&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;, les récits à la Hubbard, rédigés à la tronçonneuse et au premier degré, sonnent de manière vieillotte. Les auteurs de &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt; sont volontiers plus littéraires – tandis que les meilleurs de &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt; cultivent la distanciation, l’ironie et l’irrévérence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Indépendamment du fait qu’il souhaite désormais orienter sa vie professionnelle dans une autre voix, plus lucrative, il est clair qu’il est temps pour L. Ron&amp;nbsp;: Hubbard de raccrocher ses gants de «&amp;nbsp;pulpsteur&amp;nbsp;». L’image est voulue&amp;nbsp;: voilà un homme qui a longtemps écrit comme on boxe, vite et fort, avec du punch et des idées, mais hélas sans guère se préoccuper de style. Mais n’est-ce pas là le défaut de la plupart des écrivains de science-fiction de ces années-là? Et de nombre de leurs successeurs. Ainsi, de nos jours, on peut voir en Greg Egan l’auteur le plus novateur et bouleversant de sa génération tout en déplorant le bien peu de cas qu’il fait du style…&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Quelques mots sur la Dianétique&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;À partir de 1950, Hubbard se tourne vers les sciences humaines, en particulier la psychologie, et développe une théorie qu’il nomme «&amp;nbsp;Dianétique&amp;nbsp;» et présente comme une «&amp;nbsp;science de l’esprit&amp;nbsp;». Dans la pratique, c’est un mélange de freudisme et de thérapie par le cri primal, agrémenté de théories personnelles et saupoudré de pensée orientale. De fait, Hubbard pose une série d’interrogations quant à la nature humaine et propose des réflexions souvent plutôt pertinentes, tout en proposant des éléments de réponse. Il n’y a absolument rien de scandaleux dans les théories d’Hubbard qui s’inscrivent parfaitement dans l’air du temps, en parallèle à d’autres exposés de même nature. La Dianétique connaît son heure de gloire au début des années cinquante. Dans la foulée sera créée l’Église de Scientologie. Ce n’est que du factuel d’indiquer que le livre &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Dianétique&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; fut un best-seller et que des cercles de dianétique se créèrent à travers tous les USA.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Notons toutefois que si la Dianétique est apparue pour la première fois dans les pages d’&lt;em&gt;Astounding Stories&lt;/em&gt;, sous la forme d’un essai, moins d’un an plus tard il n’en était plus question dans la revue. John Campbell prit rapidement ses distances, en reconnaissant que les théories d’Hubbard ne valaient sans doute pas le battage qu’elles avaient suscité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet aspect des activités d’Hubbard ne concerne pas cet article dont le sujet est l’écrivain de SF et de fantasy. Cela étant, il n’y a pas grand-chose d’étonnant à ce qu’un «&amp;nbsp;pulpsteur&amp;nbsp;» acharné comme Hubbard – et comme tous les autres à la même époque – se soit lancé dans l’aventure sans doute plus lucrative et qui peu sembler, pour certains, un peu délirante, de ce qui est le plus souvent considéré comme une pseudo-science puis d’une pseudo-religion (les Scientologues étant les premiers à reconnaître et à expliquer que l’expression «&amp;nbsp;Église de Scientologie&amp;nbsp;» a été choisie pour bénéficier d’un statut fiscal avantageux). Pour revenir à ce «&amp;nbsp;non-étonnement&amp;nbsp;» manifeste, il suffit de se rappeler deux ou trois choses. La première est que les écrivains sont tous plus ou moins des mégalomanes égocentriques, la deuxième est que la réussite monte rapidement à la tête d’à peu près n’importe qui et fait rapidement perdre le sens de la mesure, la troisième est que l’entourage immédiat des gens connus ne fait rien pour les aider mais, au contraire, les caresse en général dans le sens de leurs délires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Le retour&amp;nbsp;!&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Trente ans d’activités annexes plus tard, l’écrivain Hubbard revient à la S-F au début des années 80 avec &lt;strong&gt;Terre, champ de bataille&lt;/strong&gt; (un roman en deux volumes) et &lt;strong&gt;Mission Terre&lt;/strong&gt; (une saga en dix volumes) – douze pavés qui ne resteront probablement pas dans l’histoire du genre comme des incontournables. Les mauvaises langues diront que cette seconde carrière littéraire ressemble un peu à une danseuse artistique pour homme d’affaires très occupé. Pour d’autres, et non des moindres, Hubbard est très motivé et est poussé par une sorte de nécessité intérieure, un véritable besoin ou au minimum une profonde envie d’écrire à nouveau. Il n’y a pas de raison de douter de cela. Ces nouveaux romans relèvent du space opera le plus classique, un courant de la SF qui a toujours été apprécié d’une très large partie du lectorat, en particulier le plus populaire.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Trois mots sur le fond&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;En ce qui nous concerne, L. Ron Hubbard, écrivain populaire et fécond, apparaît courant 1938 dans &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; puis dans &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; pour y publier de la S-F et du fantastique. Le lectorat de ces deux magazines s’est aussitôt enthousiasmé pour les aspects novateurs de son œuvre. Cela a duré un peu plus de quatre ans puis, pour cause de mobilisation sous les drapeaux, le nom de Hubbard a disparu de la scène éditoriale – avant de réapparaître dans les années 1947/1950. L’histoire dure donc douze ans. Sur la tombe de l’auteur j’aurais tendance, comme le fit avant moi Pierre Versins, dans son &lt;strong&gt;Encyclopédie&lt;/strong&gt;, à faire inscrire&amp;nbsp;: L. Ron Hubbard (1938-1950).&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Trois mots pour conclure&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Concernant la science-fiction de l’Âge d’Or, Hubbard vaut beaucoup mieux que le silence dans lequel on le tient en France – mais il vaut également tout de même moins que les déclarations fracassantes de nombre d’écrivains anglosaxons (en particulier ses «&amp;nbsp;vieux copains&amp;nbsp;» de l’époque comme Asimov, Van Vogt…), probablement aveuglés par le devoir d’amitié. La mesure est entre ces deux attitudes de rejet systématique (pour des raisons non littéraires) et d’encensement outrancier (idem). Même si leur style a mal vieilli, des romans comme &lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Retour à demain&lt;/strong&gt;, et surtout une nouvelle comme «&amp;nbsp;La dimension périlleuse&amp;nbsp;», méritent de figurer dans toute bonne bibliothèque de S-F – parce qu’ils ont compté et exercé une influence certaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté fantastique, l’œuvre d’Hubbard me semble avoir mieux (ou moins mal vieilli. Et les trois romans sur lesquels j’ai insisté dans cet article – &lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Cauchemar&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; – restent, à mon sens, des textes tout à fait lisibles, intéressants et représentatifs de «&amp;nbsp;l’école &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;valery-hubbard-slavesofsleep-2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/valery-hubbard-slavesofsleep-2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Quelques références&lt;/h3&gt;

&lt;h4&gt;Romans de S-F dans Astounding SF&amp;nbsp;:&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Tramp&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 09/10/11.1938&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 04/05/06.1940&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Romans de fantastique dans Unknown&amp;nbsp;:&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Ultimate Adventure&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 04.1939&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 07.1939&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Goul&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 08.1939&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Death’s Deputy&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 02.1940&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Indigestible Triton&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 04.1940 (René Lafayette)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 07.1940&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 11/12.1940&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Case of the Friendly Corpse&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Unknown&lt;/em&gt; 08.1941&lt;br /&gt;
 &lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Série Kilkenny Cats (Kurt von Rachen)&amp;nbsp;:&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Idealists&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 07.1940&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Kilkenny Cats&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 09.1940&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Traitor&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 01.1941&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Mutineers&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 04.1941&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Rebels&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 02.1942&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Romans d’après-guerre&amp;nbsp;:&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The End is not yet&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 08/09/10.1947&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;To the Stars&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; 02.1950&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Masters of Sleep&lt;/strong&gt; , &lt;em&gt;Fantastic Adventures&lt;/em&gt; 10.1950&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Cycle Old Doc Mathuselah (René Lafayette)&amp;nbsp;:&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;1- «&amp;nbsp;Old Doc Methuselah&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 10.1947&lt;br /&gt;
2- «&amp;nbsp;The Expensive Slaves&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 11.1947&lt;br /&gt;
3- «&amp;nbsp;Her Majesty’s Aberration&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 03.1948&lt;br /&gt;
4- «&amp;nbsp;The Great Air Monopoly&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 09.1948&lt;br /&gt;
5- «&amp;nbsp;Plague&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 04.1949&lt;br /&gt;
6- «&amp;nbsp;A Sound Investment&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 06.1949&lt;br /&gt;
7- «&amp;nbsp;Ole Mother Methuselah&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt;, 01.1950&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Cycle Conquest of Space (René Lafayette)&amp;nbsp;:&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;1- «&amp;nbsp;Forbidden Voyage&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, 01.1949&lt;br /&gt;
2- «&amp;nbsp;The Magnificent Failure&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, 03.1949&lt;br /&gt;
3- «&amp;nbsp;The Incredible Destination&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, 01.1949&lt;br /&gt;
4- «&amp;nbsp;The Unwilling Hero&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, 07.1949&lt;br /&gt;
5- «&amp;nbsp;Beyond the Black Nebula&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, 09.1949&lt;br /&gt;
6-«&amp;nbsp;The Emperor of the Universe&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, 11.1949&lt;br /&gt;
7- «&amp;nbsp;The Last Admiral&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Startling Stories&lt;/em&gt;, 01.1950&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Premières éditions en librairie&amp;nbsp;:&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Final Blackout&lt;/strong&gt; , Hadley Publishing Company, 1948&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Slaves of Sleep&lt;/strong&gt; , Shasta Publishers, 1948&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Death’s Deputy&lt;/strong&gt; , 1948&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Kingslayer&lt;/strong&gt; (recueil), 1949 (réédité en 1975 sous le titre &lt;strong&gt;Seven Steps to the Arbiter&lt;/strong&gt;)&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Triton &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;&amp;amp;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; Battle of Wizards&lt;/strong&gt; , 1949&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Typewriter in the Sky&lt;/strong&gt; &amp;amp; &lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt;, 1951&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;From Death to the Stars&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Death’s Deputy&lt;/strong&gt; &amp;amp; &lt;strong&gt;The Kingslayer&lt;/strong&gt;), 1953&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Return to Tomorrow&lt;/strong&gt; , 1954&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt; , Galaxy Science Fiction Novel n°29, 1957&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Fear&lt;/strong&gt; &amp;amp; &lt;strong&gt;The Ultimate Adventure&lt;/strong&gt;, 1970&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Ole Doc Methuselah&lt;/strong&gt; , 1970&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;The Case of the Friendly Corpse&lt;/strong&gt; , 1991&lt;/p&gt;

&lt;div&gt;
&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref2&quot; id=&quot;_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; «&amp;nbsp;La dimension périlleuse&amp;nbsp;», in anthologie &lt;em&gt;L’Âge d’Or de la Science-Fiction&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: 4e série, &lt;em&gt;Fiction Spécial&lt;/em&gt; 21, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn3&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref3&quot; id=&quot;_ftn3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; C’est à ma connaissance la première, mais il se trouvera peut-être un spécialiste de la science-fiction moldovalaque pour dénicher la référence d’un texte utilisant le même motif, quinze jours plus tôt, dans un obscur fanzine tiré à cinquante exemplaires à la ronéo à alcool… Alors n’affirmons que ce dont nous sommes tout à fait certain !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn4&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref4&quot; id=&quot;_ftn4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; Un choix des nouvelles les plus représentatives se trouve dans l’incontournable et excellent recueil &lt;strong&gt;Le ciel est mort&lt;/strong&gt;, éditions Robert Laffont, collection «Ailleurs et Demain».&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn5&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref5&quot; id=&quot;_ftn5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; Antérieure de quelques mois au lancement chez le même éditeur (Hachette) de la collection de référence de la période, «&amp;nbsp;Le Rayon Fantastique&amp;nbsp;», la sous-série «Romans Extraordinaires» proposera trois romans campbelliens : &lt;strong&gt;L’œil géant&lt;/strong&gt; de Max Ehrlich, &lt;strong&gt;Sixième colonne&lt;/strong&gt; de Robert Heinlein et &lt;strong&gt;Le bras droit de la mort&lt;/strong&gt; de L. Ron Hubbard. Les deux premiers ont, aux USA, rang de classiques – un statut amplement mérité. Le roman d’Ehrlich est un des premiers, à ma connaissance, à exploiter l’idée du péril venu de l’extérieur venant fort à propos souder l’humanité contre lui (ici un faux péril… mais il s’agit évidemment d’un pieux mensonge !). Le roman d’Heinlein, quant à lui, met en scène un groupe de résistants dans une Amérique sous la dictature – parfois considéré comme un Heinlein mineur, je vois plutôt dans ce roman une œuvre forte et habile, un jalon important dans l’évolution politique et esthétique de l’auteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn6&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref6&quot; id=&quot;_ftn6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; Héros d’une bande dessinée très populaire dans les années 70/80, mettant en scène le monde féerique de Rêverose où tout est possible, ancré et dissimulé quelque part au sein du «&amp;nbsp;vrai monde où l’on s’ennuie&amp;nbsp;». Y vivent les poètes, les magiciens, les ballerines et toutes sortes de créatures étranges. Dessinées par Dany sur des scénarios de Greg, les Aventures d’Olivier Rameau sont apparues en 1968 dans l’hebdomadaire &lt;em&gt;Tintin&lt;/em&gt;, avant de faire l’objet de onze volumes (1970/1987).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn7&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref7&quot; id=&quot;_ftn7&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt; Reprise dans de nombreuses anthologies…&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn8&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref8&quot; id=&quot;_ftn8&quot; title=&quot;&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; Au bout du cauchemar, Presses de la Cité, 1991, traduction de Michel Demuth.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn9&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref9&quot; id=&quot;_ftn9&quot; title=&quot;&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt; Quelques mois plus tôt, &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; a publié le premier court roman de Robert Heinlein, &lt;strong&gt;If this Goes on&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; appartenant à sa future &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Histoire du Futur&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; et dont l’action se situe dans une Amérique sous la botte d’une dictature religieuse. Le motif de la «&amp;nbsp;guerre future&amp;nbsp;», classique dans la littérature anglo-saxonne depuis le célèbre&lt;strong&gt;Bataille de Dorking&lt;/strong&gt;, fait un retour en force dans la S-F de l’époque. En 1941, Robert Heinlein publiera également dans &lt;em&gt;Astounding SF&lt;/em&gt; mais sous le pseudonyme de Anson MacDonald, &lt;strong&gt;Sixth Column&lt;/strong&gt;. (voir note n°5).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn10&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref10&quot; id=&quot;_ftn10&quot; title=&quot;&quot;&gt;[9]&lt;/a&gt; Il semble que le goût pour la «&amp;nbsp;polémique&amp;nbsp;» soit une caractéristique du petit monde de la science-fiction…&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn11&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref11&quot; id=&quot;_ftn11&quot; title=&quot;&quot;&gt;[10]&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;The World of Science Fiction&lt;/strong&gt; , 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn12&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref12&quot; id=&quot;_ftn12&quot; title=&quot;&quot;&gt;[11]&lt;/a&gt; Traduction par Michel Demuth sous le titre &lt;strong&gt;Doc Mathusalem, Le médecin des étoiles&lt;/strong&gt;, Presses de la Cité, 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn13&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref13&quot; id=&quot;_ftn13&quot; title=&quot;&quot;&gt;[12]&lt;/a&gt; On pensera à une série télé très populaire&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Highlander&lt;/em&gt;. Ou au roman (hélas sous-évalué et épuisé depuis des années) de James Gunn &lt;strong&gt;Les Immortels&lt;/strong&gt; — lui aussi adapté en série TV — avec cette fois la nécessité de l’errance éternelle comme prix de la survie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn14&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref14&quot; id=&quot;_ftn14&quot; title=&quot;&quot;&gt;[13]&lt;/a&gt; «&amp;nbsp;Aztecs&amp;nbsp;» a été publié en 1977 dans l’anthologie de Ed Bryant 2076&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;The American Tricentennial&lt;/strong&gt; ; traduction française dans &lt;em&gt;Étoile Double&lt;/em&gt; n°9, Editions Denoël, 1984. Cette novella est à la base du roman &lt;strong&gt;Superluminal&lt;/strong&gt; (1983).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;div id=&quot;ftn15&quot;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2016/01/25/Le-Cas-L-Ron-Hubbard#_ftnref15&quot; id=&quot;_ftn15&quot; title=&quot;&quot;&gt;[14]&lt;/a&gt; &lt;strong&gt;Retour à demain&lt;/strong&gt; , collection «&amp;nbsp;Anticipation&amp;nbsp;», n°98, Éditions Fleuve Noir, 1957.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h5&gt;Une première version de cet essai a été publiée dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°12 (3.1999).&lt;br /&gt;
Le texte a été revu en 2016 pour cette mise en ligne.&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 19 janvier 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/01/22/Journal-d-un-homme-des-bois-19-01-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 19 janvier 2016" />
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      <published>2016-01-22T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-01-22T11:18:02+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;Où Francis Valéry revient sur les nombreux et récents décès qui, quasi-quotidiennement, ont plombé ce début d'année 2016.&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160119-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160119-une2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce matin, j’ai entendu un type à la radio expliquer que «&amp;nbsp;c’était la loi de séries&amp;nbsp;». Avec ça, il avait vraiment l’impression d’avoir tout dit, l’abruti. Sauf qu’il n’avait rien dit — et qu’il n’avait même pas donné la liste entière…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le début de l’année a été difficile. Le 2, c’est Michel Delpech qui tire sa révérence. Et deux jours après, il est rejoint de l’autre côté par Michel Galabru. Salut temps pour les Michel — après Michel Jeury il n’y a pas si longtemps. Il paraît que Michel Polnareff a mis à jour son testament, juste au cas où.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La mort de ces deux là a fait tellement de bruit que personne n’a pris garde au départ de Robert Stigwood, le 4 janvier, le même jour que Galabru. Pour la plupart des lecteurs de ce billet, Stigwood doit être un parfait inconnu… ce fut pourtant l’une des personnes les plus influentes dans le monde de la musique anglo-saxonne, dans les années soixante — il a par exemple été le manager des Bee Gees. J’ai appris sa mort par internet.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160119-stigwood.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160119-stigwood.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Robert Stigwood&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le lendemain, le 5 janvier donc, c’est Pierre Boulez qui tourne la page. Là encore, c’est par internet que la nouvelle est parvenue jusqu’à moi. Les médias officiels étaient tellement occupés à célébrer Delpech et Galabru qu’ils n’ont pas eu le temps de parler de Boulez. C’était pourtant l’un des acteurs les plus importants — si ce n’est le plus important — dans l’univers de la musique contemporaine, en France. Et ce depuis plus de soixante ans. Chef d’orchestre admiré et admirable, compositeur inventif mais difficile, caractère parfois difficile mais véritable génie.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160119-boulez.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160119-boulez.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Pierre Boulez&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le 6 janvier, deux jours après la mort de Galabru, c’est un autre acteur présent dans l’équipe des gendarmes de Saint-Tropez, Yves Vincent, qui disparaît. On se souvient de lui dans le rôle d’un colonel de gendarmerie dans &lt;em&gt;Le gendarme se marie&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Gendarme en balade&lt;/em&gt;. Il avait également joué dans &lt;em&gt;Hibernatus&lt;/em&gt;, toujours aux côté de Louis de Funès.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le 7 janvier, le monde de la mode perd un de ses plus grands créateurs en la personne du couturier André Courrèges. L’homme avait révolutionné la mode dans les années soixante. Le 8 janvier, s’éteint le chanteur de soul et de rhythm and Blues Otis Clay.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160119-otisclay.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160119-otisclay.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Otis Clay&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À peine le temps de souffler, et on annonce avec fracas le décès de David Bowie, le 10 janvier&amp;nbsp;! Une perte immense pour moi et pour nombre de mes proches. Sa musique n’aura jamais été autant écoutée que depuis qu’il n’est plus là. Il fait peu de doute que son dernier disque, &lt;em&gt;Blackstar&lt;/em&gt;, sorti deux jours avant sa mort, va cartonner dans le monde entier…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160119-bowie.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160119-bowie.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Mr Bowie&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le 14 janvier, le mari et manager de Céline Dion tire sa révérence&amp;nbsp;: René Angelil est parti dans la discrétion, suivi de l’un des frères de la chanteuse. Le même jour, les journaux télévisés signalent également la mort d’Alan Rickman, surtout connu chez nous pour avoir incarné pendant dix ans le Professeur Severus Rogue, dans les adaptations cinématographiques des aventures d’&lt;em&gt;Harry Potter&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et ce matin, j’apprends le décès de Michel Tournier, écrivain pétillant et tout sourire à qui l’on doit, en particulier, &lt;strong&gt;Le Roi des Aulnes&lt;/strong&gt; (Prix Goncourt 1970) et les deux versions de &lt;strong&gt;Robinson ou les limbes du Pacifique&lt;/strong&gt;, la première pour les adultes et la seconde, réécrite, à l’intention des enfants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ajoutons à cette litanie, le fait que, depuis deux semaines, se succèdent les émissions spéciales consacrées à Daniel Balavoine — trente ans déjà. Et pas plus tard qu’hier soir, Arte diffusait un documentaire passionnant sur Pink Floyd, en particulier sur la genèse de l’album &lt;em&gt;Wish You Were Here&lt;/em&gt;… en rappelant que cela fait dix ans qu’est mort Syd Barrett, à l’âge de soixante ans, mon âge actuel…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Désolé, mais il y a des jours où on se dit que ça fait beaucoup…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160119-wywh.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20160119-wywh_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PS&lt;br /&gt;Au moment d’envoyer ce billet, j’apprends un nouveau décès, celui survenu hier, à New-York, du guitariste et claviériste Glenn Frey, membre fondateur de Eagles et auteur de la plupart des chansons du groupe, en particulier l’immense «&amp;nbsp;Hotel California&amp;nbsp;». CeQe nouvelle me plonge dans une grande tristesse.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 17 janvier 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/01/21/Journal-d-un-homme-des-bois-17-01-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 17 janvier 2016" />
      <id>urn:md5:3e1796b5241400f6013af701a3699e4a</id>
      <published>2016-01-21T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-01-21T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160117-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160117-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry se débarrasse de vieux livres…&lt;/p&gt; &lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160117-sartre.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160117-sartre.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le grand tri continue&amp;nbsp;! Je me suis attaqué – au sens quasi militaire du terme – à ma bibliothèque de référence sur la littérature et toutes ces choses.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;On y trouve des essais – des ouvrages tels que &lt;strong&gt;Qu’est-ce que la littérature&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt; de Jean-Paul Sartre, &lt;strong&gt;Le roman français depuis la guerre&lt;/strong&gt; de Maurice Nadeau, &lt;strong&gt;L’Ère du soupçon&lt;/strong&gt; de Nathalie Sarraute ou encore &lt;strong&gt;Questions à la Littérature&lt;/strong&gt; de Jean-Louis Curtis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On y trouve des biographies – beaucoup de biographies… Soit que l’auteur abordé m’intéresse – ainsi j’ai une dizaine de livres sur Marguerite Duras, sa vie, son œuvre. Soit que l’auteur abordeur compte au (petit) nombre de personnes dont le point de vue m’intéresse, en particulier dès lors qu’il s’agit de parler d’autres écrivains – ainsi, de Claude Mauriac, je possède un essai sur Balzac, avec une préface du paternel, ainsi qu’un recueil titré &lt;strong&gt;Conversations avec André Gide&lt;/strong&gt;. Or, ni Balzac ni Gide ne m’intéressent outre mesure. Mais c’est que j’ai découvert Claude Mauriac à l’adolescence, avec son &lt;strong&gt;Déjeuner en ville&lt;/strong&gt;, un fascinant roman en forme de retranscription d’une bande-son d’un repas où il n’est jamais précisé qui parle&amp;nbsp;: ce livre m’a suffisamment interpelé pour que je continue de m’intéresser à son auteur. Parfois, j’ai autant d’estime pour l’auteur de l’essai que pour celui qui se retrouve ainsi disséqué – comme le magnifique &lt;strong&gt;Rimbaud et la Commune&lt;/strong&gt; de Pierre Gascar, auteur de nouvelles remarquables flirtant parfois avec le fantastique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On y trouve à peu près tout ce qu’ont écrit Roland Barthes et Jean-Paul Sartre – ces livres-là, je vais très certainement tous les conserver, ainsi que les cahiers d’écolier sur lesquels j’ai pris des notes en les lisant.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160117-oulipo.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160117-oulipo.jpg&quot; /&gt;&amp;lt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;On y trouve plusieurs dizaines de livres sur les techniques d’écriture – tous anglo-saxons, bien entendu, puisqu’en France « écrire&amp;nbsp;» relève du «&amp;nbsp;don&amp;nbsp;» et ne saurait donc s’enseigner&amp;nbsp;! Il n’est, pour s’en convaincre, que de comparer la littérature française contemporaine (pour autant qu’elle existe) au «&amp;nbsp;roman américain&amp;nbsp;». Mais ne soyons pas méchant. J’ai aussi quelques livres plus pointus comme le merveilleux &lt;strong&gt;Traité de ponctuation française&lt;/strong&gt; de Jacques Drillon – et quelques livres pour rire comme le collectif &lt;strong&gt;Oulipo&amp;nbsp;: la littérature potentielle&lt;/strong&gt;, paru en 1973 chez Gallimard, dans la collection Idées, une de mes préférées à l’époque&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On y trouve des entretiens – j’aperçois &lt;strong&gt;Le spectateur enragé&lt;/strong&gt; de Raymond Aron, recueil d’entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160117-almanach.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160117-almanach.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On y trouve des curiosités comme cet &lt;strong&gt;Almanach des Lettres 1949&lt;/strong&gt;, sous-titré «&amp;nbsp;Toute l’Année Littéraire&amp;nbsp;», ou ce gros &lt;strong&gt;Dictionnaire des Pseudonymes&lt;/strong&gt; paru en 1961.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On y trouve des dictionnaires comme &lt;strong&gt;Les Allusions littéraires&lt;/strong&gt; de Jean-Claude Bologne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On y trouve des inclassables – qui devraient sans doute se trouver dans un autre rayon de ma bibliothèque – comme &lt;strong&gt;Aller plus vite, laver plus blanc, la culture français au tournant des années soixante&lt;/strong&gt; de Kristin Ross.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160117-50motscles.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160117-50motscles.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;On y trouve même des livres pédants, prétentieux, pitoyables ou simplement inutiles comme &lt;strong&gt;50 mots clés de la culture générale contemporaine, explications et commentaires&lt;/strong&gt;, par un certain Philippe Forest…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le tri ne va pas forcément être facile à faire, car je les ai quasiment tous lus, certains même relus. Ils m’ont sans doute tous apporté quelque chose — même le risible &lt;strong&gt;Nos Mythologies&lt;/strong&gt; de Daniel Schneidermann ou le très méchant &lt;strong&gt;Les ai-je bien descendus&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt; de Patrick Besson.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais je suis à l’âge où l’on sait qu’on ne relira plus.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 16 janvier 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/01/20/Journal-d-un-homme-des-bois-16-01-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 16 janvier 2016" />
      <id>urn:md5:dc62c95f2130deec1642b05396e57307</id>
      <published>2016-01-20T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-01-20T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160116-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160116-une.jpg&quot; /&gt;«&amp;nbsp;La musique a toujours tenu une grande place dans ma vie – sans doute davantage que la littérature. J’ai probablement écouté bien plus de disques et croisé au fil des tournées davantage de musiciens que je n’ai lu de livres et que je ne connais d’écrivains.&amp;nbsp;» Où Francis Valéry se confie au sujet de la musique…&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;p&gt;La musique a toujours tenu une grande place dans ma vie – sans doute davantage que la littérature. J’ai probablement écouté bien plus de disques et croisé au fil des tournées davantage de musiciens que je n’ai lu de livres et que je ne connais d’écrivains. Il faut dire qu’écouter un disque demande, a priori, moins d’effort que de lire un livre. Curieusement, je vis entouré de livres et je continue de compter au nombre de mes (plus ou moins) proches quelques écrivains, alors que je n’entretiens de relation avec aucun autre musicien – si ce n’est ceux qui sont à la fois écrivain et musicien, comme mon bon Jiji de Saint-Étienne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis plusieurs années, je ne suis pas (plus…) curieux de ce qu’écrivent les autres – je n’ai pas le temps de les lire et, pour être honnête, pas vraiment envie d’y consacrer de ce temps que je ressens désormais comme compté. Par contre, je continue de vivre en musique&amp;nbsp;: qu’il s’agisse d’écouter des CDs empruntés en médiathèques ou des émissions de radio, en général sur le service public. Les compositeurs disent souvent qu’ils préfèrent ne pas trop entendre ce que font les autres, par crainte d’être influencés. C’est idiot. On est toujours influencé, qu’on le veuille ou non. Simplement parce qu’on est le résultat de tout ce qui nous entoure et nous envoie des informations – la musique n’étant qu’une information parmi d’autres. Moi, je ne me suis jamais considéré sous influence des uns ou des autres – mais au contraire littéralement nourri par tout ce que je ressens. Un artiste est une éponge sensorielle. Le talent consiste à pouvoir, le plus souvent inconsciemment, profiter de ces nourritures, plus ou moins brutes, pour constituer sa propre cuisine, et par là exprimer sa personnalité – après l’avoir construite et développée. La métaphore culinaire me semble pertinente. Il y a un nombre incroyable de façons d’utiliser les mêmes produits de base – de la farine, du lait, des œufs, du beurre, une pincée de sel… pour faire des gâteaux, des plus simples aux plus extravagants. C’est pour cela que la pâtisserie est un art&amp;nbsp;! En musique, il n’y a qu’un nombre de notes très limité, et pourtant…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;N’ayons pas peur des influences&amp;nbsp;: elles nous construisent, et sans elles, la petite graine d’éternité que chacun recèle en soi resterait parfaitement virtuelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Donc, j’écoute de la musique. Beaucoup de musique. Et comme je choisis souvent au hasard – voir un de mes billets de la semaine dernière – je me retrouve bien souvent en territoire inconnu, en &lt;em&gt;terra incognita&lt;/em&gt; disait-on aux siècles d’avant. Et c’est là que l’internet, en particulier Wikipédia, est bien utile. En particulier lorsque ce qu’il me donne à connaître de certains artistes m’incite à faire preuve d’indulgence ou même à procéder à une nouvelle écoute, dans d’autres conditions, à un autre moment de la journée, d’un CD que j’avais placé sur la pile des «&amp;nbsp;À rendre sans tarder&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela fait longtemps que je crois que la littérature se fait à deux&amp;nbsp;: l’écrivain, bien entendu, mais aussi son public. De manière assez étrange, par un feed-back qui n’est pourtant presque jamais exprimé et, plus encore, par sa manière de s’aventurer dans une œuvre et de parvenir, parfois, à se l’approprier, le lecteur fait lui aussi un acte de création. Je ne saurais expliquer clairement ce ressenti. Et je me rends compte que ce que j’écris là peut paraître fort abscons – voire insensé…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La musique me fait en définitive le même effet. Au final, c’est moi qui décide si une œuvre me plaît – comprendre&amp;nbsp;: si elle suscite en moi une émotion que je suis heureux de ressentir&amp;nbsp;; ou si elle ne me plaît pas, ce qui signifie alors qu’elle me laisse indifférent, n’évoque rien en moi, ne fait rien émerger des profondeurs… Or, ce processus implique une forme de disponibilité de la part de celui qui écoute – et ne se contente pas d’entendre. Il m’est arrivé de réécouter des œuvres que j’avais négligée, des années plus tôt, et de les trouver soudain vraiment intéressantes. Ce ne sont pas ces œuvres qui ont changé – on lit parfois que des œuvres se bonifient avec le temps&amp;nbsp;: c’est idiot. Le temps n’y est pour rien. Ou plutôt si, mais il s’agit du temps propre à l’observateur, au lecteur, à l’auditeur. Si une œuvre désormais me parle, ce n’est pas parce qu’avant elle était muette, mais parce qu’avant j’étais sourd à ce qu’elle avait à me dire, à me transmettre. Tout change tout le temps. La personne que je suis, aujourd’hui, est forcément fort différente de celle que j’étais il y a cinq ans, dix ans, vingt ans. Les goûts changent, dit-on. Je ne sais pas si c’est vrai. En tout cas, ce que je crois, c’est que notre capacité d’être davantage ouvert, réceptif, touché… augmente avec le temps. Enfin, peut-être pas pour tout le monde&amp;nbsp;! Disons que l’expression «&amp;nbsp;bien vieillir&amp;nbsp;» signifie sans doute cela&amp;nbsp;: être toujours capable (et même davantage qu’auparavant) d’écouter, de lire, d’observer… pour, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, ressentir.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 15 janvier 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/01/19/Journal-d-un-homme-des-bois-15-01-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 15 janvier 2016" />
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      <published>2016-01-19T16:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-01-19T17:33:54+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160115-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160115-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous rappelle sa fascination pour le concept de «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;» et nous parle de ses collections de livres…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces dernières journées ont été fort studieuses. J’ai continué de trier mes archives et ai mis en vente dans ma boutique ebay ma collection de &lt;em&gt;Mangajin&lt;/em&gt; ainsi qu’une série complète des aventures de &lt;strong&gt;L’Exécuteur&lt;/strong&gt;, parues chez Plon au tournant des années 70/80. «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;L’Exécuteur&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;! Mais quelle horreur&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» ne manquerez-vous pas de vous exclamer – et possiblement à juste titre. Je dis «&amp;nbsp;possiblement&amp;nbsp;», car je n’ai jamais lu un seul titre de la série et n’ai donc aucune opinion sur son intérêt – et encore moins sur sa qualité littéraire. Tout juste serai-je amené à préciser que certaines couvertures ne me paraissent pas vraiment désagréables à regarder…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160115-executeurs.jpg&quot; figure=&quot;&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160115-executeurs.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans les faits, au cours de la dernière décennie du siècle précédent, je me suis assez intéressé au concept de «&amp;nbsp;héros&amp;nbsp;» – c’est-à-dire, pour l’essentiel, aux personnages récurrents dans la littérature populaire, ayant bénéficié d’un supplément de vie par le biais d’autres supports comme le cinéma, la bande dessinée, les séries TV. J’ai d’ailleurs créé une collection logiquement titrée &lt;em&gt;Héros&lt;/em&gt; aux Editions…car rien n’a d’importance, devenues rapidement DLM Éditions. Chaque volume était consacré à un personnage et envisageait sa carrière à la fois sous l’angle habituel du critique-collectionneur-historien consistant à rassembler le maximum de documentation factuelle sur le personnage en question, en particulier ses diverses déclinaisons (BD, cinéma…), mais également – et ce me semblait là une approche originale – d’un point de vue &lt;em&gt;intérieur&lt;/em&gt; à l’œuvre, en considérant celle-ci comme une manière de biographie d’une personnage ayant réellement existé&amp;nbsp;: il s’agissait pour l’auteur de chaque titre de la collection de se faire également le biographe du personnage, en somme de jouer au Docteur Watson narrant les exploits, mais aussi les faits et gestes, de ce bon Sherlock Holmes.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160115-heros.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160115-heros.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;J’ai donné le ton, si l’on peut dire, en publiant un volume consacré à Bob Morane – qui fit un peu de bruit dans le milieu des moraniens et a d’ailleurs été republié au Bélial, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-valery/bob-morane&quot;&gt;dans une version mise à jour&lt;/a&gt; par Erwann Perchoc. J’en ai dédié un second à Simon Templar, alias &lt;em&gt;Le Saint&lt;/em&gt;. Je me souviens que Raymond Milési signa un fort érudit et amusant &lt;strong&gt;San Antonio&lt;/strong&gt; tandis que Philippe Paygnard réalisait un &lt;strong&gt;Dracula&lt;/strong&gt; et A.-F. Ruaud un &lt;strong&gt;Arsène Lupin&lt;/strong&gt;. Je ne me souviens pas d’autres titres éventuels – mes archives éditoriales étant stockées je ne sais plus où. Le concept de cette collection fut repris par Les Moutons Électriques, avec nettement plus de moyens mais dans une optique collaborative, chaque volume étant placé sous la direction d’une personne gérant une équipe de collaborateurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À partir du tout début des années 1980, j’ai commencé à réunir de la documentation sur tous les héros de la littérature&amp;nbsp;: Catamount, Doc Savage, Biggles, Le Poisson Chinois, Arsène Lupin, Nick Jordan, Conan, Le Saint, OSS 117, San Antonio, Coplan… Au bout du compte, cela revenait presque à rassembler la totalité des collections populaires (du Fleuve Noir et des autres éditeurs) et des collections de littérature pour la jeunesse depuis l’après-guerre, tant la figure du héros récurrent y est omniprésente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon projet initial était de concocter une énorme encyclopédie des héros – comme il en a existé par la suite des dizaines aux États-Unis. Faute d’un éditeur réellement intéressant, ce projet n’a jamais vu le jour. Outre les deux volumes publiés indépendamment, il me reste quelques dizaines de fiches bien avancées – voire finalisées – et des notes en pagaille. Et surtout j’ai conservé des milliers de bouquins que je disperse aujourd’hui – j’ai mis en vente le mois dernier une série complète de &lt;strong&gt;Nick Jordan&lt;/strong&gt;, en parfait état (si je me considère avant tout comme un archiviste plutôt que comme un collectionneur, j’apprécie de posséder des livres en le meilleur état possible). Un de ces quatre, je vais vendre mes &lt;strong&gt;Biggles&lt;/strong&gt; – autre série complète avec diverses variations de cartonnages et de jaquettes. Parfois, je me dis que ce qui aurait pu être un projet d’envergure et passionnant à mener à son terme, s’achève de manière un peu pitoyable… par une grande dispersion de ce qui a été bien difficile à réunir&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’aurais aimé trouver une institution comparable à la Maison d’Ailleurs pour acquérir ces collections de «&amp;nbsp;Héros&amp;nbsp;» ou trouver un arrangement pour me permettre de continuer de les étudier contre une donation en dépôt. Ainsi, j’ai un copain qui a fait don de son hallucinante collection de bande dessinée à une bibliothèque d’une grande ville, en échange d’une sorte de contrat de travail pour continuer de s’en occuper, de la compléter, de la valoriser, de l’étudier… ainsi il a troqué sa casquette de collectionneur contre celle de conservateur&amp;nbsp;! Mais cela se passe en Suisse… vous savez, c’est ce petit pays qui a accepté de recevoir la collection de SF de Pierre Versins dont aucune institution française ne voulait – ce qui est devenu la Maison d’Ailleurs&amp;nbsp;; c’est ce même petit pays qui a accueilli la collection de Jean Dubuffet qui, faute d’intérêt de la part des institutions françaises, est devenue le Collection de l’Art Brut de Lausanne…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme on le dit parfois&amp;nbsp;: nul n’est prophète en son pays. Du coup, si vous cherchez à compléter vos collections, faites moi signe. Il y a du lourd dans la dispersion&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 12 janvier 2016</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2016/01/13/Journal-d-un-homme-des-bois-12-01-2016" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 12 janvier 2016" />
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      <published>2016-01-13T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-01-13T12:24:02+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160112-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/jhb-20160112-une.jpg&quot; /&gt;Où le jardin de notre Homme des bois préféré est dévasté par une tempête…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ça y est&amp;nbsp;: je n’ai plus de serre&amp;nbsp;! Je n’ai plus non plus de grande arche fleurie (l’été, une bignone s’y promène et j’y fais courir des mûriers sauvages qui prennent racine au milieu d’une proche haie de lauriers), devant la porte de ma petite maison – ce même devant de porte n’est d’ailleurs plus protégé de la pluie par une avancée en bambou, construite (comme tout ici) de mes petites mains. La grande flèche d’un des peupliers est étendue de tout son long sur la prairie et, à vue de nez (depuis la fenêtre de ma cuisine) il manque plusieurs pruniers – en particulier celui qui poussait devant l’entrée du chalet, juste en face, et que je comptais transformer en porte-greffes. Tout ça pour dire que si ça n’a pas été officiellement une tempête – la météo parle seulement de coups de vents… – au niveau des conséquences ça y ressemble bien&amp;nbsp;! Mon jardin est littéralement dévasté…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et bien entendu, il n’y a plus l’internet. Donc si je sais quand j’écris ces lignes (mardi 12 janvier, 8h), je ne sais quand elles seront transmises à Erwann du Bélial, le sémillant jeune homme grâce à qui ce blog existe – vous pensez bien que je serais incapable de mettre moi-même en ligne mes élucubrations&amp;nbsp;! Il va pourtant falloir que j’apprenne un minimum à gérer un site internet… car la rumeur selon laquelle l’Homme des Bois disposerait, dans quelques mois, d’un site personnel va bon train&amp;nbsp;! Et comme le disait Lao Tseu, une fois une certaine vitesse atteinte, le train de la rumeur échappe au contrôle du meilleur chef de gare – j’ajouterais volontiers&amp;nbsp;: en particulier dans nos campagnes où la plupart des gares sont fermées ou réduites à un portillon automatique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous en reparlerons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160112-mangajin.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160112-mangajin.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce week-end, je suis allé faire un tour à Bordeaux. C’était le samedi pour rendre les CDs empruntés aux bibliothèques de Talence et de Bordeaux, institutions grâce auxquelles je progresse peu à peu dans ma connaissance des musiques d’aujourd’hui. J’emprunte à chaque fois dix CDs à la première et quinze à la seconde, maximas autorisés. Ce samedi, comme je n’avais pas trop le temps de traîner, j’ai pioché quasiment au hasard et à toute allure, dans les rayons de musiques électroniques. Ce qui est la meilleure manière, à ma connaissance, d’être obligé d’écouter des CDs que l’on aurait sans doute longtemps continué d’ignorer, pour cause de nom de groupe ne vous disant strictement rien, ou pour cause d’illustration de jaquette particulièrement indigente. En même temps, on se retrouve à peu près certain de récupérer au moins un tiers de productions particulièrement navrantes – au point de parfois s’interroger sur les capacités auditives des personnes chargées des achats… Mais ne soyons pas méchant, il en faut pour tous les goûts y compris ceux des autres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme je suis privé d’internet, j’écoute de la musique (ou assimilée) depuis ce matin, fort tôt. Tout en scannant des couvertures de livres et revues destinés à être mis en vente dans ma boutique ebay quand la connexion reviendra. Ces temps-ci, j’en suis à liquider tout ce qui, dans ma bibliothèque, témoigne de l’intérêt que j’ai pu avoir, à une époque, pour la culture japonaise. Ce matin, je vais faire les scannes de couverture de ma collection de &lt;em&gt;Mangajin&lt;/em&gt;, une belle revue étasunienne consacrée à la culture populaire nippone ainsi qu’à l’apprentissage du japonais par la BD. Dans la foulée, je vais me séparer des mangas qui me restent (j’en avais déposé plusieurs cartons à la Maison d’Ailleurs, il y a une dizaine d’années, en échange de je ne sais plus quoi qui s’y trouvait en triple&amp;nbsp;!) et de tous mes livres sur le Japon – sauf ceux sur le Zen qui iront intégrer ma vaste bibliothèque sur le Bouddhisme, que je conserve pour l’instant. Dans les années 1990/2000, je me suis beaucoup intéressé au Japon&amp;nbsp;; j’avais même commencé à apprendre le japonais. La suite de mon roman exotico-uchronique qui était sorti en Présence du Futur, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-valery/la-cite-entre-les-mondes_numerique&quot;&gt;La cité entre les Mondes&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, se passait d’ailleurs dans un Japon uchronique, dans les années 1920. Je crois que j’avais retrouvé l’an dernier un manuscrit bien avancé – je crois également que je l’ai à nouveau égaré. C’est dire à quel point ça m’intéresse aujourd’hui…&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160112-disques.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160112-disques.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Comme prévu, deux des CDs empruntés (nous tairons les noms) atteignent tout juste et fort péniblement la fin de la première audition – je m’efforce toujours d’écouter jusqu’au bout au moins une fois&amp;nbsp;; et croyez-moi, j’ai parfois bien du mérite. Un troisième – &lt;em&gt;Familia&lt;/em&gt; d’un certain Pier Bucci — initie, pour cette session, la pile de ceux à qui il faudra donner une seconde chance, demain ou après-demain. Enfin, je me risque à écouter &lt;em&gt;Our Love&lt;/em&gt; du canadien Caribou (on ne rit pas, tabernacle&amp;nbsp;!) puis &lt;em&gt;Swin&lt;/em&gt; du même – quand je me lance dans l’œuvre d’un artiste inédit à mes oreilles, j’emprunte tout ce qui est disponible. Bingo&amp;nbsp;! Les deux CDs vont tourner en boucle pendant toute la journée, histoire de bien les intégrer dans ma musicothèque interne… avant d’être honteusement copiés et archivés, pour les jours difficiles. Si un jour je suis à nouveau capable de m’offrir ce genre de petits plaisirs, je les achèterai pour de vrai. En attendant, je me contenterai d’en dire tout le bien que j’en pense.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;À part cela, il pleut toujours et il fait vraiment froid. Vivement ce soir, qu’on se couche&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 5 janvier 2016</title>
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      <published>2016-01-06T14:00:00+01:00</published>
                    <updated>2016-01-06T14:00:00+01:00</updated>
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        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20160105-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20160105-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry continue à nous donner des nouvelles des &lt;strong&gt;Mondes de l'essaim&lt;/strong&gt;, la campagne de financement participatif du projet atteignant son terme d'ici peu…&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chers lecteurs de ce blog ainsi que tous les autres,&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’ici quelques jours &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;la campagne de financement de mon projet &lt;em&gt;Les Mondes de l’Essaim : Ayou&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; arrivera à son terme. Les souscriptions ont couvert la somme demandée. Et cela grâce à la générosité d’un petit groupe de dix-sept personnes&amp;nbsp;: quatorze se sont manifestées via la plateforme et trois m’ont contacté en direct, pour proposer une aide parallèle. Sur ces dix-sept personnes, seize avaient déjà participé au financement de mon précédent projet, &lt;em&gt;Zacharius&amp;nbsp;: un poème symphonique&lt;/em&gt;. A tous et à toutes, j’adresse un immense merci.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dix-sept personnes, en soi c’est très peu. Cela signifie très clairement que mon travail d’écrivain et de compositeur n’intéresse quasiment personne&amp;nbsp;! Ce qui, soyons honnête, n’est pour moi en rien une découverte – l’audience du &lt;em&gt;Journal d’un Homme des Bois&lt;/em&gt; est sans doute du même ordre. Cela étant, et c’est ce que je retiens, dix-sept personnes à ce point présentes et actives, prêtes à soutenir mon travail de manière très concrète – ce qui, je pense, témoigne de leur intérêt pour les fruits de ce travail – c’est assez pour que je puisse continuer d’écrire et de composer, avec en tête l’espoir de leur faire plaisir. Comme je me fais plaisir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le montant de la somme réunie est suffisant pour couvrir le coût de la réalisation&amp;nbsp;: de l’achat d’un peu de matériel spécifique (musique, studio) aux frais d’envoi du «&amp;nbsp;produit fini&amp;nbsp;» (un petit livre avec un CD), en passant par sa fabrication (achat de CD vierges, coffrets, frais d’impression, etc.).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je n’ai bien sûr pas attendu pour me lancer dans le travail. J’y suis depuis deux mois et je dispose déjà de quatre pièces de musique électro-acoustique assez brèves (de l’ordre de 3 minutes chacune) et de quelques dizaines de pages de texte. Bien sûr, j’ai composé et enregistré bien plus de matériel musical et écris davantage de pages&amp;nbsp;! Mais comme toujours, j’ai beaucoup jeté. Au fil des écoutes et des réécoutes, de l’écriture et des réécritures, il ne reste que cela. Mais c’est une bonne base. Et moi qui ai plutôt tendance à ne jamais considérer mon travail comme «&amp;nbsp;achevé&amp;nbsp;», pour une fois je trouve ces premiers extraits plutôt satisfaisants. Je ressens même, ça et là, quelques bribes d’une étrangeté assez bienvenue…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Rassurez-vous, je ne sombre pas pour autant dans l’autosatisfaction&amp;nbsp;! Je pense que cela ne m’arrivera jamais&amp;nbsp;: je suis trop angoissé quant à la qualité de ce que j’écris ou compose, et sans doute parfois trop versé dans l’autocritique, lorsque ce n’est pas la simple dévalorisation… C’est peut-être (sans doute&amp;nbsp;?) ma manière d’avancer…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En tout cas, voilà. C’est fait. Il n’y a «&amp;nbsp;plus qu’à&amp;nbsp;»&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’ai posté aujourd’hui une «&amp;nbsp;actu&amp;nbsp;» sur le site kickstarter, à la fois sur les pages de &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/maitre-zacharius-poeme-symphonique-sur-texte-de-ju&quot;&gt;Zacharius&lt;/a&gt; – puisque je continue d’informer les souscripteurs de ce premier projet de la suite de mes petites aventures – et sur celles du &lt;em&gt;Monde de l’Essaim&lt;/em&gt;. J’y dis à peu de choses près ce que je viens de (re)dire ci-avant. J’ai un peu réfléchi à l’éventuel «&amp;nbsp;pourquoi&amp;nbsp;» du fait que seul le quart des personnes ayant soutenu &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; se sont engagées sur &lt;em&gt;Le Monde de l’Essaim&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je sais bien qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, il y a peut-être des personnes qui n’ont pas du tout aimé mon adaptation de l’œuvre de Jules Verne – j’espère simplement qu’elles n’auront pas été trop déçues et n’auront pas trop regretté d’avoir financé un travail qui ne les a pas convaincues ou séduites. Il y a peut-être aussi des personnes qui ont mis l’info dans un petit coin, l’ont oubliée et sont passées à autre chose – on est tellement sollicité… et l’actualité de ces derniers mois ne porte pas à la frivolité&amp;nbsp;: or, quoi de plus frivole que ce projet relevant d’une science-fiction exotique accompagnée d’un projet musical aussi bizarre&amp;nbsp;! Je me dis qu’il y a peut-être, également, un aspect financier. La somme demandée, pour l’ouvrage et son CD, est de 25€, ce qui est sans doute un peu cher pour une réalisation artisanale réalisée par un artiste très peu connu. Cette demande a peut-être été perçue comme un brin exagérée&amp;nbsp;? J’avoue ne pas trop savoir…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même réflexion concernant les personnes suivant plus ou moins ce blog. Evidemment, on peut aimer ma manière de dire le monde – ma manière de le percevoir, de m’y inscrire, d’aimer la vie malgré tout – et ne pas apprécier ma musique. Donc on peut lire ce blog et n’éprouver aucune curiosité pour mes livres audios. Tant pis pour moi&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais bon, dans la vie, tout est question d’équilibre et d’harmonie. Le financement obtenu pour &lt;em&gt;Les Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt; couvre tous les frais et laisse même du «&amp;nbsp;rab&amp;nbsp;» en matériel (CDs, coffrets). J’achète en effet les CDs vierges en tours de 100 exemplaires et les boitiers par cartons de 50 exemplaires – à des prix de demi-gros, dans des pays frontaliers (pourtant tout aussi européens que nous) où les coûts de ces produits culturels sont nettement moindres. Donc si des personnes, parmi les lecteurs de ce blog, n’ont pas pu participer à l’aventure des &lt;em&gt;Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt; pour des raisons financières, qu’elles sachent que ça ne doit pas constituer un problème&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si vous pensez que, peut-être, vous pourriez apprécier &lt;em&gt;Les Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt;, sentez-vous libres de participer à son financement à la hauteur de vos possibilités – donc en-dessous de la somme demandée sur le site kickstarter si celle-ci (25€ + le port) vous paraît trop élevée. Rendez-vous sur la page de présentation du projet – et souscrivez en envoyant la somme de votre choix, aussi minime et symbolique soit-elle, sans gêne ni raison à donner. J’enverrai à &lt;em&gt;tous&lt;/em&gt; les souscripteurs le livre et le CD, sans distinction. Je peux le faire, grâce à la générosité de ce petit groupe de personnes dont je parle en ouverture de ce billet. Ce sont mes mécènes&amp;nbsp;! Sans elles, rien n’aurait été possible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Attention, il faut le faire de suite, sans tarder. La souscription s’arrête, me semble-t-il, le onze janvier au matin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon seul désir est de tenter de faire connaître mes textes et mes musiques. Je n’ai jamais cru que j’en vivrais décemment un jour – c’est fini, ce temps-là&amp;nbsp;! A soixante ans désormais passés, je n’ai d’autre espérance que de continuer à vivoter quelques années encore tout en travaillant – à mon bureau, dans mon studio, et… dans mon jardin&amp;nbsp;! J’ai appris il y a déjà bien longtemps à vivre avec rien ou peu s’en faut. C’est un choix de vie réfléchi, profond, sincère. C’est un engagement total. Tant que je peux continuer, je continuerai. Dans le cas présent, &lt;em&gt;Les Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt; sont financés&amp;nbsp;: ils vont s’incarner dans ce monde-ci. Rejoignez-moi dans l’aventure, ne serait-ce que par curiosité&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Encore merci à toutes et tous.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 24 décembre 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/28/Journal-d-un-homme-des-bois-24-12-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 24 décembre 2015" />
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      <published>2015-12-28T11:30:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-28T12:37:00+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151224-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151224-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous donne quelques nouvelles de son projet intitulé &lt;strong&gt;Les Mondes de l'essaim&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;De nos petits possibles… (suite).&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;N’étant plus capable de mener plusieurs chantiers de front en les faisant progresser à toute allure — comme lorsque j’étais plus jeune et peu soucieux de m’économiser — j’ai pris un peu de recul avec mes petits articles sur la construction de diverses gammes naturelles (basées uniquement sur des harmoniques, c’est-à-dire des notes se déduisant l’une de l’autre par des rapports vibratoires simples) pour me consacrer davantage à l’expérimentation de ces gammes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je continue bien entendu de me poser des problèmes qui n’intéressent sans doute que moi — par exemple&amp;nbsp;: doit-on considérer un ré comme la quarte du la ou comme la quinte du sol&amp;nbsp;? (Dès lors que l’on a déjà déterminé les fréquences du la et du sol, par d’autres déductions). Car de fait, on obtient ainsi &lt;em&gt;deux&lt;/em&gt; ré qui n’ont pas la même fréquence (ce sont deux notes différentes) et elles permettent donc des transitions plus ou moins agréables, du point de vue des sensations qu’elles nous procurent. Je sais&amp;nbsp;: tout cela ne fait guère sens aux oreilles biberonnées depuis le plus jeune à la dictature du demi-ton constant. Pire, mes propres oreilles ne valent plus beaucoup mieux, à mon âge avancé, que celles de mes voisins (et parfois néanmoins amis). Aussi appliquai-je sans vergogne la méthode Coué consistant à me répéter que ce n’est pas parce que j’ai désormais bien du mal à repérer une variation de fréquence inférieure à une dizaine de cents (un «&amp;nbsp;cent&amp;nbsp;» est un centième de demi-ton) que tout cela est égal — c’est le cas de le dire. Par contre, en ce qui concerne des accords tenus en nappes profondes, bien charpentées et chargées en harmoniques, j’arrive encore assez bien à ressentir les battements (infimes certes mais qui relèvent du parasitage) induits par le tempérament égal, et je suis bien content de pouvoir les éliminer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Aussi, ces derniers temps, me suis-je employé à bidouiller un de mes synthétiseurs pour que son générateur de sons produise les notes que j’ai envie d’entendre, au centième de demi-ton près, en lieu et place de celles qu’il délivre par défaut. Soit un facteur dix par rapport à ce que je peux entendre — mais dans l’écart de ce que je peux ressentir. Evidemment, c’est un peu (beaucoup&amp;nbsp;!) de travail puisque pour chaque tonalité dans laquelle je souhaite composer un morceau — il y a douze tonalités en majeur et autant en mineur car dans une gamme non tempérée il n’y a plus coïncidence entre les gammes majeures/mineures associées — je dois reprogrammer la machine après avoir laborieusement traduit en centièmes de demi-ton les variations de fréquences en hertz. Mais vous me direz&amp;nbsp;: personne ne m’y oblige&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Concernant Ayou, ma planète-océan, je continue également d’avancer dans le journal intime de l’Ambassadeur Broderick. L’homme a vu beaucoup de choses et s’est employé à les rapporter dans le détail — parfois sans chercher à dissimuler son incompréhension. Car les peuples d’Ayou ont un rapport bien particulier avec le monde physique et spirituel qui les entoure et dont ils font intimement partie. Et certaines de leurs cérémonies auxquelles sont associées d’autres formes de vie que la leur, paraissent bien étranges. Mais notre ambassadeur croit en sa mission&amp;nbsp;: il observe, note, décrit, tente d’interpréter… et chaque fois qu’il le peut, il enregistre ce qu’il entend. Et moi, j’essaie de reconstituer ce que Broderick entend — d’après ce qu’il décrit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le travail de l’écrivain et le travail du musicien sont ici intimement liés. D’une part, je m’efforce de donner à entendre ce qui est dit avec des mots — si Broderick décrit une créature, son comportement, les sons qu’elle émet… alors je cherche à donner une réalité acoustique à ces descriptions. D’autre part, je m’efforce de trouver un sens (et donc d’établir une narration avec des mots) aux idées musicales qui me viennent, aux sons que j’obtiens en expérimentant les possibilités de mes machines.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, il y a une scène où, une fois leur initiation achevée, les jeunes gens d’une île se rassemblent sur le rebord d’une falaise et, littéralement, appellent des créatures marines avec des instruments à cordes très simples et avec des énormes tambours qui génèrent des sons aux limites des infrabasses. Le but, pour eux, est de se présenter aux créatures dans leur nouveau statut social&amp;nbsp;: ils ne sont plus des enfants mais des membres de plein droit de leurs communautés. Les créatures répondent à cet appel et arrivent en nombre — et elles se mettent à chanter à leur tour en une forme d’hommage aux nouveaux adultes&amp;nbsp;! Puis, elles repartent vers le large. Les jeunes gens, ayant reçu une sorte de «&amp;nbsp;reconnaissance&amp;nbsp;» de la part des créatures, déploient alors les bannières de leurs clans respectifs qui se mettent à flotter dans le vent, en émettant des sons complexes— car elles sont fabriquées dans des matériaux qui ont des sonorités très particulières, un peu «&amp;nbsp;organiques&amp;nbsp;». Ecrire/décrire cette scène est une chose&amp;nbsp;: un pur travail d’ «&amp;nbsp;imagination appliquée&amp;nbsp;» comme n’importe quel écrivain de science-fiction ou de fantasy est amené à le faire. Créer avec des synthétiseurs les sons des instruments décrits sur le papier ou éventuellement construire réellement, pour en jouer, ces instruments avec des matériaux simples tels que ceux décrits, en est une autre. Et que dire de la complexité d’ «&amp;nbsp;entendre&amp;nbsp;» dans sa tête le chant des animaux marins et le produire/construire à l’aide d’une tonne d’électronique — et éventuellement en piochant dans mes banques de sons naturels, comme des chants de baleine. Pas simple&amp;nbsp;! Dans cette aventure des &lt;em&gt;Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt;, il est souvent bien plus difficile pour le musicien de donner à entendre quelque chose, que pour l’écrivain dont l’imagination, le plus souvent, n’a pas à se confronter au réel et qui peut donc repousser les limites aussi loin qu’il le souhaite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À bientôt.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Z comme Zombie Zombie Plays John Carpenter</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/23/Z-comme-Zombie-Zombie-Plays-John-Carpenter" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zombie Zombie Plays John Carpenter" />
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      <published>2015-12-23T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-12-23T10:00:00+01:00</updated>
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        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-z-une.jpg&quot; /&gt;L'influence de John Carpenter au niveau cinématographique est tout simplement énorme. Mais sur le plan musical, le réalisateur de &lt;strong&gt;The Thing&lt;/strong&gt; n'est pas en reste, comme le prouve &lt;strong&gt;Zombie Zombie plays John Carpenter&lt;/strong&gt;, album d'electro du duo français Zombie Zombie rendant hommage au maître de l'épouvante…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Zombie Zombie plays John Carpenter, Zombie Zombie, 2010 (Versatile). 6 morceaux, 27 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;C’est peu dire que le cinéma de John Carpenter a, avec celui de Wes Craven et de David Cronenberg, exercé une influence considérable sur le genre — du moins, la première partie de carrière du monsieur, de &lt;em&gt;Dark Star&lt;/em&gt; (1974) jusqu’à &lt;em&gt;Starman&lt;/em&gt; (1984). Réalisateur, scénariste, monteur, Carpenter a plusieurs cordes à son arc, la moindre n’étant toutefois pas celle de compositeur&amp;nbsp;: que serait &lt;em&gt;Halloween&lt;/em&gt; sans son inoubliable thème&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt;Dans un précédent billet&lt;/a&gt; , je disais tout le bien que je pensais de &lt;em&gt;Lost Themes&lt;/em&gt;, premier véritable album de Carpenter, paru début 2015 et proposant neuf morceaux pour des films inexistants (et qu’on serait trop heureux de voir exister). Musicalement, les BO synthétiques de Carpenter se sont elles aussi révélées avoir un rayonnement certain. Sous nos latitudes en particulier, avec le groupe Zombie Zombie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-renegades.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-z-renegades_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec un tel nom, difficile d’offrir (par exemple) des balades sucrées. Wikipédia nous apprendra que le duo Zombie Zombie se compose d’Étienne Jaumet, saxophoniste du groupe de rock The Married Monk, qu’on a pu entendre parfois aux côtés de Yann Tiersen, et de Néman, membre du groupe de folk Herman Düne. N’ayant écouté ni les uns ni les autres, je ne saurais en dire plus, si ce n’est que Zombie Zombie ne relève absolument pas de la folk ou du rock.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le premier album de Zombie Zombie, &lt;em&gt;A Land for Renegades&lt;/em&gt;, paru en 2008, jouait pleinement le jeu de l’hommage à Carpenter, dès le premier morceau, «&amp;nbsp;Driving this road until death sets you free&amp;nbsp;». Le clip recrée avec malice &lt;em&gt;The Thing&lt;/em&gt;, en stop-motion et avec des figurines articulées façon GI Joe. Pas question d’édulcorer le film originel pour autant&amp;nbsp;: la vidéo est volontiers sanglant, riche en effusions d’hémoglobine jaillissant de corps (plastiques) éventrés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/rT7AH4JyuNs?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le reste de &lt;em&gt;A Land for Renegades&lt;/em&gt; est à l’aune du morceau introductif&amp;nbsp;: une pop sombre, minimaliste, entièrement synthétique, qui assume avec fierté ses sonorités eighties.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-zzpjc.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-z-zzpjc.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Deux ans après ce disque introductif, Zombie Zombie est revenu avec le présent &lt;em&gt;Zombie Zombie Plays John Carpenter&lt;/em&gt;, un EP rendant hommage au maître de l’épouvante. Cinq morceaux le composent, tirés de la musico-filmographie du cinéaste, mais avec une nette préférence pour les années 70 (quatre morceaux).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ruIU1AiGWQo?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On entame les hostilités avec «&amp;nbsp;The Bank Robbery&amp;nbsp;», tiré de &lt;em&gt;New York 1997&lt;/em&gt;. Par rapport au morceau original, plutôt sage malgré des guitares funky dans le dernier tiers, et qui sert surtout des intentions cinématographiques — favoriser l’immersion du spectateur dans une scène, désolé de l’évidence —, la version ZZ se doit de remporter un défi tout autre &amp;nbsp;: fonctionner en tant que morceau indépendant, qui plus introductif, sans le support des images, sans forcément les souvenirs du spectateur (pas les miens en tout cas, j’ai vu le film il y a trop longtemps). Un pari réussi. Le morceau gagne deux minutes et une véritable intensité dramatique au passage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-escapefromny.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-z-escapefromny.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-escapefromla.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-z-escapefromla.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Même frénésie à l’œuvre sur «&amp;nbsp;Espace from L.A.&amp;nbsp;» Ici, le morceau est plus dépouillé que sa version ciné ( &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=QT1_fsOy_r0&quot;&gt;du moins celle-ci&lt;/a&gt;), et ça n’est pas plus mal. Un brin pompeux, l’original a pâti du passage des ans. La version de ZZ se concentre sur l’aspect «&amp;nbsp;escape&amp;nbsp;», pour un résultat haletant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Back to basics avec «&amp;nbsp; Assault on Precinct 13&amp;nbsp;». L’original se teinte de synthés mélancoliques, mais malgré son thème tristoune, échoue à se bâtir en tant que morceau (&lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=RGME6jCwqw0&quot;&gt;on l’écoute par ici&lt;/a&gt;). La version ZZ y remédie très bien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Halloween&amp;nbsp;» recompose le thème du film sur près de cinq minutes. Avouons-le&amp;nbsp;: les deux minutes que dure le morceau sur la bande originale sont bien trop courtes. Déployé sur cinq minutes, cette reprise du thème atteint les dimensions d’un véritable cauchemar éveillé, perturbé de nombre de sonorités bizarres. Le sommet du disque, sans le moindre doute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-assault.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-z-assault.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-halloween.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-z-halloween.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La seule fausse note serait «&amp;nbsp;The Thing&amp;nbsp;», qui conclut le disque de manière décevante. Mais la faute tient peut-être au &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=EnFc7D0ZoCc&quot;&gt;morceau original&lt;/a&gt;, composé pour le coup non par Carpenter mais par Ennio Morricone&amp;nbsp;: long, sombre, ponctué par une basse métronimique, avec une mélodie plaintive en arrière-plan &amp;nbsp;; un orgue intervient de manière dramatique vers la fin, sauvant le thème de l’ennui. Dans la version ZZ, un drone lancine en arrière-plan, des percussions sourdes percutent. Ça bruite. Ça dure. Pas d’explosion d’orgue. Dommage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-z-rituels.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-z-rituels_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec la régularité d’un coucou suisse, Zombie Zombie a commis deux autres opus depuis cet EP. D’abord &lt;em&gt;Rituels d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’un monde nouveau&lt;/em&gt; en 2012, album où les synthés du duo lorgnent du côté de la pop psychédélique pour un résultat aussi fun qu’enthousiasmant. Puis, en 2014, la bande originale du film &lt;em&gt;Loubia Hamra&lt;/em&gt;, qui n’a pour le coup rien à voir avec le genre — il s’agit d’un docufiction sur la guerre d’Algérie. Rien d’étonnant à ce qu’on ait fait appel au duo, vu son attrait pour le cinéma. Néanmoins, sans le support des images, cette BO déçoit un peu lorsqu’on l’écoute &lt;em&gt;per se&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On attend du nouveau pour 2016, que ce soit sous le haut patronnage de Carpenter ou non (mais avec de préférence…).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Y comme Year Walk</title>
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      <published>2015-12-22T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-12-22T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-y-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on profite de cette année finissante pour s'aventurer dans la Suède des temps anciens avec &lt;strong&gt;Year Walk&lt;/strong&gt;, jeu d'exploration du studio Simogo…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Year Walk, Jonas Tarestad (Simogo), 2013.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-y-titre.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-y-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La fin de l’année approche à grands pas&amp;nbsp;: c’est pile le bon moment pour évoquer &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;. À l’origine de &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;, petit jeu développé pour appareils mobiles avant d’être disponible sur ordinateurs, et récompensé par une kyrielle de prix, il y a (aurait&amp;nbsp;?) une tradition de divination, anciennement répandue dans le sud de la Suède&amp;nbsp;: Årsgång, la «&amp;nbsp;marche de l’année&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Celui qui pratiquait l’Årsgång devait s’enfermer dans le noir pendant toute une journée, en s’abstenant de boire, manger ou parler. Sur les coups de minuit, il se rendait à l’église, dont il effectuait alors plusieurs fois le tour&amp;nbsp;; des créatures surnaturelles faisaient leur apparition, et le marcheur pouvait alors avoir quelque aperçu de son avenir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/LVz_MhMsAvs?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt; débute par un bref prologue, où l’on déambule dans un paysage enneigé jusqu’à ce que l’on atteigne un moulin. À l’intérieur, on y rencontre une jeune fille, Stina, qui reconnaît ses sentiments pour le personnage incarné par le joueur mais qui le prévient qu’on lui a déjà demandé sa main, et qu’elle doit répondre très prochainement. Suis une mise en garde du joueur&amp;nbsp;: attention à l’Årsgång, c’est une pratique non exempte de danger.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-y-stina.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-y-stina.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque le jeu commence pour de bon, la nuit est tombée sur ce coin de campagne. L’Årsgång débute alors… Le joueur va, au cours de ses pérégrinations dans la nève, croiser plusieurs créatures inquiétantes issues du folklore suédois, résoudre plusieurs énigmes, dans le but d’atteindre l’église, d’en faire le tour et d’y connaître son avenir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-y-brookehorse.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-y-brookehorse.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Là où le jeu brille, c’est par son ambiance. Les graphismes, simples, sont de toute beauté, et participent de l’atmosphère. Celle-ci, hivernale, enneigée, et nocturne, s’avère carrément flippante, et se ponctue par quelques scare jumps (ou la crainte d’en subir). La bande-son de Daniel Olsén alterne petites mélodies mélancoliques au piano et morceaux plus hantés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe style=&quot;border: 0; width: 450px; height: 120px;&quot; src=&quot;http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=4196060008/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=63b2cc/tracklist=false/artwork=small/transparent=true/&quot; seamless=&quot;&quot;&gt;Year Walk by Daniel Olsén&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le folklore suédois/scandinave, dans ce qu’il a de plus inquiétant, est mis à contribution dans &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;, et l’on croise ainsi une huldra, des nourrissons morts, un cheval des ruisseaux… Le jeu s’accompagne d’une encyclopédie détaillant ces diverses créatures ainsi que la tradition de l’Årsgång.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-y-encyclo.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-y-encyclo.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-y-encyclo_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On pourra regretter une chose&amp;nbsp;: la brièveté de &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;. Le jeu se termine en une heure ou deux, et laisse une impression de trop peu. Mais… la fin n’est pas la fin. Quand on achève le jeu, une dernière énigme demeure non-résolue&amp;nbsp;: la nature d’un objet. Il faut se garder de quitter le jeu une fois que les crédits s’affichent, car à la fin de ceux-ci s’affichent des indices permettant de terminer réellement le jeu. On découvre alors la véritable histoire et les liens entre Stina et le personnage incarné par le joueur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En termes de jouabilité, &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt; est très simple&amp;nbsp;: le joueur se déplace latéralement dans des tableaux qui sont autant de zones, passant de l’un à l’autre en avançant ou reculant. Nul besoin de cliquer partout. Les seules choses requises sont un minimum de réflexion, et également une bonne oreille — l’une des énigmes se base sur des sons musicaux. Les énigmes ne s’avèrent jamais d’une complexité insurmontable, mais réclament cependant au joueur de mettre sa matière grise (et ses oreilles) à contribution.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-y-contes.png&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-y-contes.png&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt; se base essentiellement sur le bestiaire folklorique suédois, on ne peut s’empêcher de penser par endroit à Ander Fagers, auteur suédois responsable des &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/les-furies-de-boras#boras&quot;&gt;Furies de Borås&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, formidable recueil où le panthéon lovecraftien est délocalisé dans une Scanie à la fois terne et inquiétante. Shub-Niggurath rôde dans les forêts, et de jeunes bacchantes lui vouent un culte brutal. Pas de lovecrafteries dans le jeu de Jonas Tarestad, mais une même volonté de montrer qu’il y a davantage de choses en la Suède que ABBA, les meubles Ikea et &lt;strong&gt;Mill&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;énium&lt;/strong&gt;.Afin d’étendre (un peu, si peu) l’univers de &lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt;, Jonas Tarestad (scénariste du jeu) et Simon Flesser ont sorti un recueil de contes&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Contes du soir pour vilains enfants&lt;/strong&gt;, qui offre cinq histoires centrées sur les créatures que l’on croise dans le jeu. Cinq contes aussi brefs que cruels. C’est joliment illustré, c’est gratuit, et c’est traduit en français — pourquoi s’en priver. ( &lt;a href=&quot;http://simogo.com/work/year-walk-bedtime-stories-for-awful-children/&quot;&gt;Hop, par ici&amp;nbsp;!&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-y-keygirl.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-y-keygirl.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Year Walk&lt;/em&gt; est dû au studio Simogo, fort de deux membres (&lt;strong&gt;Sim&lt;/strong&gt;on Flesser et Magnus “&lt;strong&gt;Go&lt;/strong&gt;rdon” Gardebäck), dont la production s’avère très variée, quoique restreinte (bon, ils ne sont que deux) et destinée pour majeure part aux appareils mobiles (dommage pour ceux qui, comme moi, jouent essentiellement sur ordinateur). On trouve ainsi au catalogue du studio un jeu de puzzle minimaliste et mathématique (&lt;em&gt;SPL-T&lt;/em&gt;), un jeu de plate-forme rythmé/rythmique (&lt;em&gt;Beat Sneak Bandit&lt;/em&gt;), une histoire interactive (&lt;em&gt;The Sensational December Machine&lt;/em&gt;), un thriller surréel ( &lt;em&gt;Device 6&lt;/em&gt;) ou encore un jeu de pure exploration (&lt;em&gt;The Sailor&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’s Dream&lt;/em&gt;)… On tâchera de s’y intéresser.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: nullement&lt;br /&gt;Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>X comme Les Xipéhuz</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/21/X-comme-Les-Xipehuz" rel="alternate" type="text/html" title="X comme Les Xipéhuz" />
      <id>urn:md5:d7326e07e84127856315e91cfc29d65f</id>
      <published>2015-12-21T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-12-21T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-x-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on fait un saut dans la préhistoire et la proto-science-fiction, avec &lt;strong&gt;Les Xipéhuz&lt;/strong&gt;, novella de J.-H. Rosny aîné…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Les Xipéhuz, J.H. Rosny aîné, 1887. (Divers éditions du texte, la dernière en date in Serge Lehman présente&amp;nbsp;: La Guerre des règnes, Bragelonne, 2012.)&lt;/h5&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-x-livre.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-x-livre_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;J.H. Rosny Aîné est essentiellement connu pour &lt;strong&gt;La Guerre du feu&lt;/strong&gt;. Un roman qui ressemble à l’arbre cachant la forêt&amp;nbsp;: notre auteur est la tête d’une œuvre forte d’une quarantaine de romans et novellas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son premier roman, &lt;strong&gt;Nell Horn de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’armée du Salut&lt;/strong&gt;, publié en 1886 sous le nom véritable de l’auteur (Joseph Henri Honoré Boex) fait dans le réalisme et le social. La bascule vers ce qui n’est pas encore défini comme roman préhistorique ni comme science-fiction s’effectue dès le suivant, &lt;strong&gt;Les Xip&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éhuz&lt;/strong&gt;, novella parue en 1887 — novella préhistorique de science-fiction.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C’était mille ans avant le massement civilisateur d’où surgirent plus tard Ninive, Babylone, Ecbatane.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première phrase plante le décor — pour un peu, on dirait du Flaubert, avec un sentiment de dépaysement pareil à l’incipit de &lt;strong&gt;Salammb&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ô&lt;/strong&gt;. En des temps reculés, une tribu nomade traverse une forêt, et, quelques paragraphes plus loin, tombe nez à nez avec l’extraordinaire&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Une fantasmagorie se montra aux nomades.&lt;br /&gt;C’était d’abord un grand cercle de cônes bleuâtres, translucides, la pointe en haut, chacun du volume à peu près de la moitié d’un homme. Quelques raies claires, quelques circonvolutions sombres parsemaient leur surface&amp;nbsp;; tous avaient vers la base une étoile éblouissante.&lt;br /&gt;Plus loin, aussi étranges, des strates se posaient verticalement, assez semblables à celles de l’écorce de bouleau et madrées d’ellipses versicolores. Il y avait encore, de-ci de-là, des Formes presques cylindriques, variées d’ailleurs, les unes minces et hautes, les autres basses et trapues, toutes de couleur bronzée, pointillées de vert, toutes possédant, comme les strates, le caractéristique point de lumière.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Le souci, c’est que ces créatures en forme de cristaux géants sont particulièrement agressives. Quand on les approche de près, elles attaquent et dévorent les êtres humains («&amp;nbsp;vident de leur substance&amp;nbsp;» serait plus approprié). Au désespoir, les chefs de la tribu décident de faire appel à Bakhoûn, un «&amp;nbsp;homme extraordinaire&amp;nbsp;» qui vit dans une vallée reculée. Bakhoûn est un esprit libre, cartésien, qui prône la vie sédentaire, aussi bon observateur que stratège — un véritable prototype de l’homme moderne. À force d’étudier, à ses risques et périles, ces formes de vie étrangères — un règne autre —, Bakhoûn découvre leur point faible. Le conflit est inéluctable, mais Bakhoûn n’a rien d’un va-t-en-guerre&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Et pourtant, quand elle revint, la Nuit aimée, la Nuit pensive, une ombre tomba sur ma béatitude, le chagrin que l’Homme et le Xipéhuz ne pussent pas coexister, que l’anéantissement de l’un dût être la farouche condition de la vie de l’autre.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Sous la plume de Rosny aîné, la préhistoire acquiert une légère dimension &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; — du moins, à nos yeux de lecteur du XXIe siècle. Les connaissances en la matière ont passablement augmenté depuis 1887, et si Rosny aîné ne décrit pas un Néolithique de pacotille à la façon du &lt;em&gt;10 000&lt;/em&gt; de Roland Emmerich, on peine à croire à certains détails, tel ces &lt;em&gt;dizaines&lt;/em&gt; de milliers de guerriers rassemblés pour botter les fesses (ou plutôt leur absence) des Xipéhuz. Probable que la population humaine était moindre, plus dispersée, et que l’hécatombe qu’elle subit lors du conflit aurait eu un impact significatif sur la perpétuation de l’espèce.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, le récit de Bakhoûn consiste en un «&amp;nbsp;livre antécunéiforme de soixante tables&amp;nbsp;» en pierre, formant un livre «&amp;nbsp;lapidaire»&amp;nbsp;: le flou contextuel dans lequel Rosny aîné drape son histoire ne permet guère de la situer — mille ans avant l’aube de Ninive, c’est vague, et ça nous emmène neuf ou dix mille ans avant notre ère. Mais c’est là chercher la petite bête pour pas grand-chose.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Soyons indulgent, et rendons à Rosny aîné ce qui lui appartient de droit&amp;nbsp;: au sein d’un même texte, l’invention du roman préhistorique (enfin, de la nouvelle préhistorique), et les premiers extraterrestres de science-fiction dignes de ce nom. Et qui, dix ans avant les horribles Martiens de H.G. Wells, n’ont absolument rien d’humanoïdes. Cela étant dit, &lt;em&gt;rien&lt;/em&gt; n’est spécifiquement dit quant à la nature extraterrestre des Xipéhuz. Du moins peut-on émettre cette hypothèse, au vu de leur apparition a priori soudaine, de leur nature radicalement différente, et l’absence de fossiles (hormis quelques rares débris). Il s’agit peut-être seulement d’un autre règne, ayant vécu et évolué en parallèles des règnes végétaux, animaux, bactériens, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la vraie vie, le silice n’est (ne serait) pas un élément super pratique pour servir de base à la vie — pour des raisons qu’un &lt;a href=&quot;http://https/en.wikipedia.org/wiki/Hypothetical_types_of_biochemistry#Silicon_biochemistry&quot;&gt;article Wikipédia&lt;/a&gt; saura mieux expliquer que moi. S’il existait des formes de vie silicatées, il est probable que cela se saurait&amp;nbsp;: cet élément est le deuxième plus répandu sur Terre, bien loin devant le carbone.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-x-exogorth.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-x-exogorth.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'exogorth, qui ne doit avoir trop à manger dans son astéroïde&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-x-gorignak.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-x-gorignak.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un gorignak pressé de dire bonjour à un spécimen humain.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Extraterrestres ou non, Rosny a le mérite d’inventer une forme de vie radicalement différente. Par la suite, on a de temps à autre pu lire ou voir en SF des formes de vie cristallines et/ou basées sur le silice&amp;nbsp;: les rocailleux Gorignak dans &lt;em&gt;Galaxy Quest&lt;/em&gt;, le vermisseau d’astéroïde (l’exogorth, me souffle-t-on à l’oreille) dans &lt;em&gt;L’Empire contre-attaque&lt;/em&gt;… ou encore les habitants de Titan dans &lt;strong&gt;Die Untersuchung&lt;/strong&gt;, roman de l’auteur de SF est-allemand Rainer Fuhrmann.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-x-xipehuz1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-x-xipehuz1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les Xipéhuz par François Bourgeon&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-x-xipehuz2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-x-xipehuz2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-x-xipehuz2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les Xipéhuz par Robert Bressy&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À noter qu’il existe deux mises en image de la novella, la deuxième étant due à François Bourgeon (&lt;em&gt;Les Passagers du vent&lt;/em&gt;, le &lt;em&gt;Cycle de Cyann&lt;/em&gt;) et ayant paru dans le numéro 17 de la défunte revue &lt;em&gt;(À suivre)&lt;/em&gt;.On peut en admirer quelques planches &lt;a href=&quot;http://jhrosny.overblog.com/j.-h.-rosny-a%C3%AEn%C3%A9-les-xip%C3%A9huz-adaptation-b.d.-par-fran%C3%A7ois-bourgeon&quot;&gt;par là&lt;/a&gt;, où Bourgeon illustre le texte de Rosny aîné par des illustrations au trait joliment maîtrisé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Les Xipéhuz&lt;/strong&gt;, J.-H. Rosny aîné a écrit une œuvre fondatrice, précurseur pour deux genres littéraires trop souvent distincts, teintée d’une surprenante mélancolie. Que dire de plus ? Lisez-là.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;Illisible : non&lt;br /&gt;Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Don't dream it, be it : Rencontre avec les Sweet Transvestites</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it" rel="alternate" type="text/html" title="Don't dream it, be it : Rencontre avec les Sweet Transvestites" />
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      <published>2015-12-18T13:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-18T16:27:56+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part3-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part3-une2.jpg&quot; /&gt;Après s'être intéressé au &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again&quot;&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; ainsi qu'à ses &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/14/Double-Feature-Picture-Show&quot;&gt;vraies-fausses suites, ses tentatives de remakes et ses parodies porno&lt;/a&gt;, il est temps de laisser la parole à ceux qui continuent à faire vivre ce film-culte quarante ans après sa sortie : les Sweet Transvestites, le fan-club officiel emmené par Brigitte Pistol, qui ont accepté de répondre à nos questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Début juillet, alors que la canicule battait son plein, votre serviteur s’est rendu, magnétophone à cassette sous le bras, à l’Espace Jemmapes, dans le 10&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement parisien, afin d’y rencontrer les Sweet Transvestites.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again#galande&quot;&gt;Dans un précédent article&lt;/a&gt;, on y évoquait les troupes qui continuent à faire vivre le Rocky Horror Picture Show en faisant de la projection du film une véritable expérience interactive où ce qui se passe sur l’écran se passe aussi sur la scène et dans le public. Pendant une quinzaine d’années, sous l’égide de Brigitte Pistol et Christophe Morand, les Sweet Transvestites ont assuré l’animation du film au Studio Galande, tous les samedis soirs de l’année (ou peu s’en faut). À présent, la troupe emmenée par Brigitte Pistol seule a quitté le Galande et continue à assurer l’animation dans différents cinémas de France et de Navarre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est donc à l’issue de l’une des séances de répétition des Sweet Transvestites que l’interview s’est effectuée. D’abord Brigitte Pistol, avant que les membres du cast nous rejoignent peu à peu.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part3-timewarp1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part3-timewarp1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part3-timewarp1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Brigitte, racontez-moi votre découverte du Rocky Horror Picture Show, votre réaction à ce film&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Brigitte&amp;nbsp;: J’ai découvert le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; très tardivement, en 1996, lors de la Nuit des Films Cultes, sur Canal + &lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it#_ftn1&quot; name=&quot;_ftnref1&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;sup&gt;[1]&lt;/sup&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;. J’ai déliré tout de suite dessus, j’ai trouvé ça génial. J’habitais alors à Rouen, et j’ai montré le film à tous mes amis. Quand on est revenu habiter à Paris, j’ai consulté l’Officiel des Spectacles et j’ai vu que le film était projeté au Studio Galande.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Les animations du Rocky Horror Picture Show existaient déjà en France, avant que vous créiez les Sweet Transvestites&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Ça a commencé en 1979 ou 1980. Il n’y avait pas d’animation pour ainsi dire&amp;nbsp;: c’était les gens dans la salle qui faisaient l’animation. Le bordel total, il y avait de la flotte et du riz partout… Cela, six jours sur sept. Le gérant du Galande me disait que c’était l’horreur&amp;nbsp;: la moquette par terre ne séchait jamais, il y avait aussi des rats. Puis des troupes se sont peu à peu constituées, au départ pas vraiment costumées. En 1988, une troupe a commencé à avoir des costumes. Il y en a ensuite eu une autre, avec laquelle on a joué pendant un an — on a commencé en 1992. Cette troupe avait des costumes, pas parfaits, mais au moins ils en avaient. On a joué pendant un an avec eux. Moi, je voulais qu’on ait des costumes parfaits et surtout qu’on répète, ce qui ne se faisait pas du tout à l’époque. J’ai fait du théâtre pendant sept ans, et je voulais un spectacle bien théâtral. On a donc fini par créer les Sweet Transvestites, en 2001. On a eu pratiquement tout de suite la séance du samedi. Au fil des années, j’ai conçu encore plus de costumes, en travaillant sur photo. Mon compagnon, Christophe, qui jouait Riff, réalisait tous les accessoires. On a opté pour le perfectionnisme.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Comment s’est passé votre toute première représentation&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Ça s’est bien passé, même s’il n’y avait pas beaucoup de monde. La première séance qu’on a faite a eu lieu à minuit, parce qu’il y avait une autre troupe qui jouait, parfois, le samedi à 22h. Autant dire que… c’était l’horreur&amp;nbsp;: le public comptait cinq, six personnes. Dix, c’était merveilleux. On avait beaucoup répété à la maison, avec des membres qui venaient de troupes différentes. On connaissait l’animation mais le public ne suivait pas. À mon avis, à minuit, ça n’aurait jamais marché bien longtemps. Et cela a duré un mois. Un soir où l’on remplaçait la troupe de 22h — parce qu’ils n’étaient jamais là —, le gérant est venu et m’a dit que la séance de minuit, c’était fini. J’ai protesté. Mais il m’a dit que les Sweet Transvestites allaient prendre celle de 22h. On a commencé alors à avoir du monde, pas beaucoup plus. Puis la salle s’est remplie au fil des années, au point qu’on devait souvent refuser du monde ces dernières années.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Oui, il fallait s’y prendre à l’avance pour réserver les billets…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Et on a arrêté au mois d’août l’année dernière.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Sauf indiscrétion, pourquoi&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Il n’y avait aucune reconnaissance de la part du Galande. On était bénévoles, l’argent n’était pas ça le problème… mais juste un peu de gentillesse. Ils étaient assez désagréables avec nous. Avant, on faisait des sketches de vingt minutes, que j’écrivais et qu’on jouait juste avant le pré-show Village People, toujours en rapport avec la saison (Noël, les Rois mages…) et avec le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;. Puis on nous a interdit de les jouer, car ils faisaient finir la séance trop tard&amp;nbsp;: on terminait normalement à 0h45. Cela dérangeait donc le gérant. Il ne voulait même plus qu’on fasse le pré-show Village People. Ce que j’ai fait, c’est de sabrer dans le film pour récupérer le temps du pré-show. On a continué comme ça un temps.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Pourtant c’était un sacré boulot, vous étiez là tous les samedis soirs, toute l’année.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Pendant dix ans, Christophe et moi ne sommes jamais partis en vacances. Si on le faisait, c’était du dimanche au vendredi. La dixième année est tombée lors du 35&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: les organisateurs d’une convention à Los Angeles nous ont demandé de venir jouer. On est partis et on a loupé un samedi – le premier en dix ans. Et les États-Unis, ça nous a plu. Alors l’année suivante, on a loupé deux samedis&amp;nbsp;; trois ou quatre l’année suivante, et l’année dernière (2014), on allait louper sept samedis. D’habitude, on avait des gens de la troupe pour nous remplacer, mais l’année dernière, ça n’a pas été possible. Alors on a dit au Galande qu’on serait absent pendant sept semaines et qu’on allait arrêter. On leur a demandé s’ils avaient prévu du monde pour nous remplacer&amp;nbsp;: non. Au lieu de trouver un arrangement, ils ne nous ont rien dit. Alors on est partis. Quand on est revenu des USA, je ne suis même pas retournée au Galande.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Il y a maintenant une nouvelle troupe le samedi, les Deadly Stings…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Ce sont des anciens des Sweet Transvestites. Ou plutôt un ancien. Il n’a pas vraiment de troupe, ce sont rarement les mêmes membres qui jouent, et ils n’ont pas de rôle attribué.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Ça n’est pas trop difficile de recruter&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Un peu&amp;nbsp;: le plus dur est de trouver des gens sur qui on peut compter sur le long terme.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Je me souviens des appels à volontaires que vous faisiez à la fin de chaque séance, et d’une séance où vous aviez dû remplacer le professeur Scott par une marionnette.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Ah oui. On avait parfois du mal à recruter. Là, en ce moment, on a du mal à recruter des mecs. J’ai contacté des comédiens, mais je crois que je vais arrêter&amp;nbsp;: ils veulent que ce soit rémunéré. Au Galande, on n’était pas rémunéré&amp;nbsp;: c’était au chapeau. Ce qu’on récoltait servait pour les costumes, à payer le site, le nom de domaine, et quand on jouait à l’extérieur. Malheureusement, les comédiens ne viennent pas si ça n’est pas payé. J’aimerais bien des fans, mais masculins – il y a souvent beaucoup plus de filles… Mais on a connu beaucoup de périodes semblables. Ça nous est arrivé d’avoir des casts uniquement féminins. La troupe compte actuellement une fille, une petite blonde, qui a joué tous les rôles de mecs.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Justement, quelles sont les qualifications, les compétences requises pour rejoindre les Sweet Transvestites&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Les compétences&amp;nbsp;? Ce dont on rêve, c’est que les gens soient fiables.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[Charlotte, l’assistante de Brigitte Pistol, nous a rejoints.]&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Est-ce qu’il faut avoir vu le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt; un nombre minimum de fois&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Charlotte&amp;nbsp;: Non, il faut juste le connaître un peu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Il faut connaître l’univers quand même. Il faut répéter. On a des antisèches, des fiches pour chaque rôle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Elles sont très détaillées. Les placements, les costumes, le moment où les changer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: La salle du Galande était petite, il fallait donc bien connaître les placements. On répète en fonction de la grandeur de la scène&amp;nbsp;: il y a des choses qu’on peut faire sur les grandes scènes, qu’on ne pouvait pas faire au Galande. Parmi les autres compétences&amp;nbsp;: l’esprit d’équipe aussi. Et sinon&amp;nbsp;: être studieux, motivé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: La fiabilité. L’important, c’est d’être là aux répétitions et de prévenir quand on s’absente.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est assez astreignant. Vous faites combien de répétitions par semaine&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Une par semaine. Pour ne pas perdre. L’animation passe avant tout&amp;nbsp;: c’est ce qu’on sait faire, et bien. Mais on travaille aussi sur un autre projet&amp;nbsp;: la pièce.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Au moins en version condensée.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Le Rocky Horror Show&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Oui. J’en rêve depuis huit ans. On avait commencé, mais cela a capoté à cause de gens peu fiables. On avait des comédiens, mais l’un d’entre eux, une fille, ne venait pas répéter. On avait fixé une date pour la représentation&amp;nbsp;: quinze jours avant, cette comédienne n’est plus venue répéter. J’ai voulu la remplacer, mais le comédien qui jouait Brad s’est barré dans la foulée, et le projet est tombé à l’eau… Mais c’est quelque chose que je voudrais vraiment monter. Ailleurs que dans un cinéma, pour des versions un peu cabaret. Quand on fera le &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt;, ce sera différent, on n’aura pas d’écran derrière. Ça nous donnera de l’air, permettra de faire des digressions sur les costumes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C. Il y a une part de créativité qui est importante, ne serait-ce que pour les chorégraphies. C’est aussi très agréable pour nous de faire des choses différentes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Cependant, c’est l’animation qui nous a fait connaître. Et on continue à nous solliciter. Nous irons bientôt à Genève, puis Lyon, avant de revenir Paris, au Brady. Dans un premier temps, ce sera tous les trois mois&amp;nbsp;; probablement tous les mois par la suite. Ce n’est pas que je ne veux pas faire de l’animation toutes les semaines&amp;nbsp;: je voudrais avoir des gens disposés à le faire toutes les semaines. Au Galande, cela me rendait folle, ces gens qui ne vous préviennent pas, qui disparaissent… D’où l’histoire du professeur Scott joué par une marionnette. Je te rassure&amp;nbsp;: j’ai tout le cast en marionnettes. D’ailleurs, on avait fait une animation pour Paris Tech&amp;nbsp;: ils n’avaient pas d’argent, et on leur a dit que, déontologiquement, on ne pouvait pas faire cela pour rien. On s’est accordé avec l’organisateur pour jouer un petit bout du film, jusqu’à l’arrivée de Rocky – environ vingt minutes – et pour le faire à trois. Cela a quand même donné quelque chose avec les marionnettes. En fait, c’est la meilleure séance que j’aie faite. J’avais la marionnette de Janet, Frank avait celle de Brad, Christophe faisait Riff puis Rocky. J’ai revu l’organisateur à la Gay Pride, il m’a dit qu’il en avait gardé un excellent souvenir et que toute l’école en parlait encore.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Justement, j’allais vous demander quels sont vos meilleurs et vos pires souvenirs…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Eh bien voilà, celui-là. Les spectateurs étaient hyper contents, ils nous ont embrassé, nous ont proposé une collation. Habituellement, lors des séances privées, on ne nous demande pas si on veut boire ou manger&amp;nbsp;; les gens ne sont pas aux petits soins. À Paris Tech, si. À La Ciotat, c’était pas mal non plus. On avait des marionnettes aussi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: On a fait le cinéma Éden à cinq, c’était un peu juste comme cast, mais la séance était vraiment sympa.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: C’est le plus vieux cinéma du monde.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Et un pire souvenir&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Il y a eu des séances au Galande assez sportives, mais les gens sont toujours contents à la fin. Sur le coup, on en bave, mais finalement c’est bien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: J’ai deux pires souvenirs, datant de la même semaine en 2002. On était à Nantes, d’abord pour un festival gay-lesbien. Le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt; a été diffusé après &lt;em&gt;Priscilla, folle du d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ésert&lt;/em&gt; – jusque-là, ça va – et il y avait des numéros de drag-queens, ou plutôt de transformistes, entre les films. On a commencé à une heure du matin, au moins. La salle était aux trois quarts pleine, et quand on a fini, elle était au quart. Ce n’était pas terrible, mais toujours mieux que l’école des Mines. C’était une soirée sur le thème Mexico et je me demande bien ce qu’on venait faire là-dedans&amp;nbsp;! Ils nous avaient placés au fond de la salle, juste à côté du buffet et du bar. Les élèves étaient tous en train de manger et surtout de boire, personne ne regardait. Au bout d’un moment, l’organisateur est venu et nous a dit qu’il faudrait peut-être arrêter là. Christophe lui a dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ce n’est pas moi qui arrêterai, c’est toi qui le feras&amp;nbsp;». Et l’organisateur nous a fait cesser à la scène du dîner.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est assez tard dans le film…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Et on était content que ça se finisse, ça oui…&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Mais en règle générale, ça se passe bien avec le public, les gens sont réceptifs&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Oui&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Même si ça se passe mal pour nous, qu'on n'est pas satisfait de notre prestation parce qu'on a raté quelque chose, les gens sont super contents.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: À nos débuts au Galande, des gens gueulaient parce qu’on était grossier. Il y a longtemps, j’ai vu une bonne femme, qui a quitté la salle alors que j’étais en train de me changer dans les escaliers [à la fois vestiaire pour les comédiens et chemin de sortie]. Elle m’a dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si vous étiez fans du film, vous ne seriez pas devant l’écran. –&amp;nbsp;Écoutez, madame, si vous voulez voir le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt; sans personne devant l’écran, eh bien, louez le DVD…&amp;nbsp;» Parce que de telles projections du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; n’existent plus nulle part ailleurs en France. (Peut-être à Londres et en Allemagne.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Quand le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt; a été projeté récemment au Cinéma Paradiso, les gens attendaient qu’on fasse l’animation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B. On était censés rester assis dans la salle mais on a fini par le faire. Sans changement de costumes ni rien du tout. J’avais proposé aux organisateurs qu’on fasse l’animation, mais ils avaient refusé, disant que la salle était trop grande, qu’on serait trop petits devant l’écran. D’autant que les spectateurs écoutaient le film au casque. On devait faire un pré-show puis aller nous asseoir avec notre casque dans la salle. Et puis, en entrant dans la salle, il y a un type, – tu me dis que c’est un producteur – [Charlotte acquiesce] à l’entrée qui nous dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Allez, mettez le feu.&amp;nbsp;» Et on a fait l’animation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Quand on est rentrés dans la salle, les deux mille spectateurs nous ont acclamés. Cela nous a fait vraiment plaisir. Si j’avais un meilleur souvenir, ça serait celui-là. C’est très impressionnant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part3-brigitte.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part3-brigitte.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part3-brigitte_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Par ailleurs, ça fait des années que vous voyez le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;. Il n’y a pas de lassitude à la fin&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Le film, je ne le vois pas vraiment. On ne le voit pas, on l’entend. Je le connais par cœur, toi aussi peut-être déjà.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Oui, oui.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Ce qui est marrant avec ce film, c’est que plus tu le regardes, plus tu trouves des trucs que tu n’avais jamais vus. Lorsque je fabrique les costumes, je passe le film en image par image, et je découvre des trucs. L’autre jour encore, j’ai remarqué encore quelque chose que je n’avais pas remarqué avant. C’est extraordinaire. Le décorateur était très fort.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Créer les costumes doit représenter un sacré travail… J’étais souvent dans les premiers rangs, parfait pour voir le soin apporté aux détails.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Lorsque j’ai débuté, il y avait une Américaine, Ruth Fink Winter, juge des costumes dans les Conventions, qui était hyper pointilleuse. Elle avait écrit un article&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it#_ftn2&quot; name=&quot;_ftnref2&quot;&gt;&lt;sup&gt;&lt;sup&gt;[2]&lt;/sup&gt;&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt; où elle louait mes costumes. Tiens, voilà pour moi. Et elle a un site où elle décrit chaque costume en détails. Elle regardait le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt; à une époque où il n’y avait pas encore de DVD mais seulement de la VHS. Elle notait les détails&amp;nbsp;: par exemple, le col de Magenta mesure onze centimètres. À son contact, je suis devenue perfectionniste aussi. J’ai fabriqué tous les costumes – je n’avais pas réfléchi à ça au début. Après avoir refait deux fois la cape et le corset de Frank N. Furter, je me suis dit que j’allais concevoir tous les costumes, pour être sûre de leur qualité. Mais cela a changé aux États-Unis, où ils ne sont plus aussi pointilleux qu’avant. Là-bas, il n’y a pas de costumier&amp;nbsp;: chacun apporte son costume. Certains sont très réussis, d’autres… pfft. C’est inégal. L’année dernière, on a vu le cast de Vegas&amp;nbsp;: c’était limite. Puis on a vu celui de Tucson. Là… Arrivés au «&amp;nbsp;Time Warp&amp;nbsp;», j’ai demandé à Christophe s’il pensait qu’on pouvait s’en aller. Non, impossible, d’autant qu’on était au premier rang. Quand ça s’est fini, j’ai espéré que personne ne me demande mon opinion, parce que je suis incapable de mentir.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Est-ce que vous avez eu l’occasion de rencontrer des membres originels du Rocky Horror (Picture) Show&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Oui, j’ai rencontré Richard O’Brien, puisqu’on est le fan-club français officiel. Il y a une maison-mère, le fan-club international, qui a été créé par Sal Piro, celui qui a inventé l’animation. Maintenant, quand tu veux fonder un fan-club du RHPS, il faut demander l’autorisation à ceux des USA. Nous avons donc fait la demande, par l’intermédiaire de Ruth Fink Winter&amp;nbsp;; Sal Piro a donné son accord, ne manquait plus que celui de Richard O’Brien. On l’a rencontré deux ans plus tard, dans sa loge, lors d’une tournée du &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; en Angleterre, où il jouait l’usherette – que j’ai joué également. Parmi les autres que j’ai vraiment rencontrés, il y a Barry Botswick [Brad], avec qui j’ai joué pendant la convention des 35 ans. On a rejoué la scène du déshabillage. Cela se passait censément 35 ans après le film&amp;nbsp;; Brad rencontrait Magenta et Columbia – qui arrivait dans un fauteuil roulant, moi j’arrivais en boitant –, on discutait et hop, j’enlevais à Brad son pantalon, c’était le but de l’opération. J’ai rencontré Pat Quinn [Magenta] à une convention, mais on n’a pas eu l’occasion de beaucoup discuter. Maintenant on échange via Facebook, et je devrais la voir à Londres la prochaine fois que j’irai là-bas. J’ai aussi un très bon copain, qui jouait un Transylvanien, le plus jeune, ainsi que l’assistant du photographe. C’est par son intermédiaire que j’ai connu du monde, notamment le premier Rocky, celui qui a créé le rôle dans la pièce mais qu’on n’a pas pris pour le film. Enfin, j’ai aussi approché Sue Blane, la costumière, puisqu’on a reçu des prix pour les costumes&amp;nbsp;: on a été primés à Londres lors d’une convention, et Sue Blane nous a remis le prix.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[Robin et Marie-Alix arrivent.]&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part3-robin.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part3-robin_m.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Riff-Raff, alias Robin&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;L’acteur qui joue Rocky dans le film n’a plus fait de cinéma par la suite&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Peter Hinwood était mannequin en fait.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Et antiquaire maintenant. Si, il avait joué auparavant dans deux-trois films, assez limite. Il ne savait pas chanter, donc il est doublé&amp;nbsp;; il ne savait pas jouer, du coup Rocky dans le film ne parle pas, à l’inverse de la pièce&amp;nbsp;; il ne savait pas danser, ça se voit&amp;nbsp;: dans la pièce, Rocky fait la roue, des saltos arrière, plein de trucs, et il dit entre autres à Frank d’aller se faire foutre. J’ai demandé à mon copain transylvanien qui, dans l’équipe du film, voulait coucher avec Hinwood. Il m’a répondu&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le réalisateur peut-être&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» Franchement, c’est juste un sex-toy. Parce que normalement, Rocky, il est comme lui [Brigitte désigne Robin, qui interprète justement Rocky, et qui est plutôt sec et fluet], ce n’était pas un «&amp;nbsp;muscle-man&amp;nbsp;». Dans le film, chanter «&amp;nbsp;In just seven days I can make you a man&amp;nbsp;» ne correspond à rien puisqu’il est déjà bodybuilé.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;De temps à autres, il y a des rumeurs concernant un éventuel remake du RHPS. Vous en pensez quoi&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: …&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: …&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R.&amp;nbsp;: …&lt;/p&gt;&lt;p&gt;M.-A.&amp;nbsp;: …&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Ça veut tout dire…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Tout le monde dit que ça ne marchera pas. De toute façon, cela fait un tollé partout.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Et Shock Treatment, vous en pensez quoi&amp;nbsp;? Le film existe à vos yeux&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: S’il n’y avait que moi, je ferais l’animation de &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt;. La musique est mieux. L’histoire… faut suivre. J’avais vu &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; justement à la convention, et je me suis dit en rentrant des USA que j’aimerais le monter, mais alors là, il faudrait… quinze personnes. Il y a beaucoup de personnages.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;J’avoue que je n’ai pas encore vu le film&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it#_ftn3&quot; name=&quot;_ftnref3&quot;&gt;&lt;strong&gt;[3]&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;. J’ai le DVD, mais à la maison…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Mais si tu l’as avec des sous-titres, regarde-le, notamment parce que la musique est vraiment très bien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Elle est plus rock, plus travaillée en termes d’orchestration.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Je te rassure, la musique que tu entends dans le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;, ça n’est pas la musique de la pièce, les mêmes arrangements diffèrent. Richard O’Brien a fait ce qu’il a fait et voilà. Qui lui a demandé de ralentir le rythme, je n’en sais rien, mais la musique du film est quand même &lt;em&gt;un peu&lt;/em&gt; lente. Dans la pièce, ça déménage plus, c’est plus enlevé. Est-ce que ça explique pourquoi le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; n’a pas marché au cinéma, je n’en sais rien. Dans le film, ils ont rajouté la scène du dîner, mais ce n’est pas ça qui a fait capoter le truc. Le truc marrant&amp;nbsp;: la lenteur donne l’impression que c’est fait pour que les gens puissent placer des blagues, interagir avec les personnages à l’écran. En réalité, pas du tout. Dans la pièce, impossible de placer de blagues. J’ai vu le &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; à Wimbledon, avec une nouvelle mise en scène de Richard O’Brien. Et la pièce durait 1h20. En comparaison avec la version qu’on avait vue avant à Sarrebrück, et qui durait 2h15, parce qu’il y avait des blagues, un peu, pas beaucoup, des jetés de plein de trucs – les Allemands sont délirants.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Une sacrée différence…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Même dire des conneries lors de la pièce d’O’Brien, tu n’as pas le temps. Je crois qu’il l’a fait exprès. Il faut savoir que O’Brien déteste l’anim.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Le Rocky Horror Picture Show met quand même en scène des extraterrestres, il y est question d’un time warp… Je me demandais si vous appréciez les films de SF.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Les films de science-fiction cités dans le générique du début, je les ai tous vus, sauf &lt;em&gt;Le Jour des triffides&lt;/em&gt;. Mais c’était plus les films d’horreur que je regardais, &lt;em&gt;Dracula&lt;/em&gt; et les trucs du genre. Mais de la SF aussi. C’est une époque où on voyait beaucoup de films de science-fiction, mais est-ce que ça existe encore maintenant&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Si, il s’en fait encore tout plein…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;M.-A.&amp;nbsp;: Mais ça n’est plus le même style. C’est plus sociétal, des choses comme ça, qu’axé sur la technologie.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Quarante ans après la sortie du film, est-ce que vous pensez que le Rocky Horror Picture Show est toujours pertinent, d’actualité&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Vu comment les salles sont remplies, je dirais oui.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: On pensait que les gens venaient surtout voir le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;, principalement au Galande, pour jeter de l’eau et du riz. Moi, je déteste ça. Parce que ça déprécie le travail que l’on fait. Si c’est pour lancer de l’eau et du riz, nous n’avons pas besoin de répéter. Et si l’on ne fait pas ça, l’animation marche très bien aussi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C.&amp;nbsp;: Les gens s’amusent autant. À La Ciotat, on n’a pas eu le droit de jeter de l’eau et du riz pour des raisons évidentes, mais les gens avaient l’air tout aussi content.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B. On a participé à la Gay Pride aussi. Et nous avons été sidérés de voir le nombre de fans du &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt; qu’il y a… Je n’imaginais même pas à quel point. Les gens se précipitaient vers nous, prenaient des photos, nous disaient qu’ils adoraient le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;. Donc, il y a des fans. Mais peut-être pas où l’on croit. Peut-être pas au Galande. Il y a quelqu’un qui organise un event vers Halloween, je ne sais pas si tu as vu ça sur Facebook pour le quarantième anniversaire du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;, secret party et cætera&amp;nbsp;: il a dix-sept mille personnes d’inscrites. Bon, il n’aura peut-être pas dix-sept mille personnes, mais quand même. Et là, on va le jouer en Suisse, au bord du Lac Léman&amp;nbsp;; l’organisateur m’a dit, au bas mot, de s’attendre à deux mille cinq cents à trois mille personnes, et s’il fait beau, plutôt six ou sept mille personnes.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est impressionnant…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Quand on a vu le &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; à Sarrebrück, il y avait cinq mille personnes dans la salle, dont les trois quarts étaient déguisés. Au Galande, j’ai voulu tester le Kararocky&amp;nbsp;: faire chanter les gens. Mais pour les faire chanter… faut ramer. Et pour les faire venir déguisés, alors là… Même s’il y en a qui viennent, habillés n’importe comment…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R.&amp;nbsp;: À Strasbourg, c’était surtout du cosplay d’un peu de tout. C’était presque une Gay Pride.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Oui, mais au Galande, les mecs enfilent la robe de leur sœur, mettent un peu de rouge à lèvre. Le travelo de base. Sans l’effort de mettre des costumes. J’ai été voir le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; à Londres&amp;nbsp;: les Anglo-Saxons connaissent tous le film, les chansons, ils viennent déguisés. Mais il n’y a pas d’animation, il n’y en a plus à Londres depuis des années. Il y a juste au début quelqu’un qui explique, qui distribue des petits trucs, des cartes où il y a marqué Janet, Brad. L’explication dure environ une demi-heure, puis le type part et te laisse avec le film. Eh bien, les gens dansent, chantent. Parce que c’est un truc anglo-saxon. Les Français… Ce n’est pas pour rien que la tournée européenne n’est jamais passée par la France. Entre 1996 et 2006, une troupe a tourné en Europe, elle a été partout sauf en France. Nous avons été les voir en Allemagne, deux fois. Et le comédien jouant le narrateur m’a dit qu’il n’en revenait pas de voir des fans français, parce qu’on lui avait dit que les Français n’aimaient pas le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;. Moi je persiste et signe à vouloir monter le &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt;. Mais pas à la Kamel Ouali. On m’a dit que pour le monter, il me faut des gens qui chantent hyper bien. Non, je n’ai pas besoin de gens qui chantent hyper bien… Je ne sais pas si tu as déjà entendu le cast original de 1973, c’est… Bon, Tim Curry chante bien, Richard O’Brien aussi. Mais Pat Quinn, on dirait un chat. Les autres, ils ne savaient pas chanter.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Ça s’entend dans le film. Dans la chanson «&amp;nbsp;Damnit Janet&amp;nbsp;», Barry Botswick a du mal à monter dans les aigus, c’est…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Tu sais que c’est Barry Botswick qui a créé le rôle de Danny dans &lt;em&gt;Grease &lt;/em&gt;? Il joue bien, sexy et tout. Mais il n’a pas participé au film, je crois qu’il y a eu une magouille, une emmerde avec son agent. Tu te rends compte de la carrière qu’il aurait pu avoir… Parce que là, la carrière de Barry Botswick est restée un peu underground. Mais il tourne toujours&amp;nbsp;: la série &lt;em&gt;Spin City&lt;/em&gt;, George Washington dans un téléfilm…&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Dans le cast du film, il n’y a que Susan Sarandon qui a fait vraiment carrière. Tim Curry un peu aussi.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Oui, mais il a beaucoup changé… Il y a deux ans, il a fait un méchant AVC. Il est désormais dans un fauteuil roulant, l’air un peu perdu. Il a pris un coup de vieux aussi. Les gens qui postent des photos de lui maintenant, avec une image de Frank N. Furter à côté, je trouve cela dégueulasse. Je n’ai pas voulu la relayer, je n’aimerais pas qu’on me le fasse. Lui, je ne sais pas, d’autant qu’il se produit en public, alors il doit bien s’y attendre… Dans&lt;em&gt;Ça&lt;/em&gt;, tu sais que c’est lui. Il joue dans &lt;em&gt;Le Cri du sorcier&lt;/em&gt;, dans &lt;em&gt;Legend&lt;/em&gt; aussi&amp;nbsp;: Darkness, c’est lui. Après, il a fait &lt;em&gt;Congo&lt;/em&gt;. Dans ce film, ils cherchent les mines du roi Salomon, et il joue le savant qui veut voler les diamants. Dans &lt;em&gt;Octobre Rouge&lt;/em&gt;, il joue le docteur. Il a même joué dans la &lt;em&gt;Famille Addams &lt;/em&gt;: il fait Gomez, le mari de Morticia.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[Suit un bref débat pour savoir si Tim Curry a bien joué dans &lt;em&gt;La Famille Addams&lt;/em&gt;, que ce soit le film ou la série. Brigitte est persuadé que oui, mais nous émettons des doutes&amp;nbsp;: il s’avère que oui, Tim Curry a bel et bien joué dans le téléfilm &lt;em&gt;La Famille Addams, les retrouvailles&lt;/em&gt;.]&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Tim Curry a aussi dans &lt;em&gt;Clue/Cluedo&lt;/em&gt;. Aux États-Unis, ils s’amusent&amp;nbsp;: après le show, ils font des parties de cluedo. C’est presque une animation&amp;nbsp;: ils refont le jeu, en s’habillant comme les personnages du film. Côté &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;, il y a un cast de Los Angeles, Sin of the Flesh, qui fait des courts-métrages, plein de trucs&amp;nbsp;: ils n’arrêtent pas. Ils ont même prêté leurs costumes pour un film de cul inspiré du&lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;.&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/14/Double-Feature-Picture-Show#rocky-porn&quot;&gt;En fait, il y a deux films de cul d’après le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: le&lt;em&gt;Rocky Porno Video Show&lt;/em&gt; [Marie-Alix éclate de rire]. C’est pas que je regarde des pornos, mais celui-là, si, forcément&amp;nbsp;! Le dernier, le &lt;em&gt;Rocki Whore Picture Show&lt;/em&gt;, je crois qu’il remonte à deux ans. Tu l’as vu, toi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R.&amp;nbsp;: Euh, ouais, les costumes sont vraiment fidèles...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Il y avait des décors, des costumes exacts. Je me suis dit qu’un cast était derrière ça. Effectivement, les Sin of the Flesh ont prêté leurs costumes et ont peut-être été conseillers. Mais le réalisateur a changé les paroles des chansons, tout en gardant l’air. «&amp;nbsp;Let’s do the time warp again&amp;nbsp;» devient «&amp;nbsp;Let’s do the orgy again&amp;nbsp;». Alors tout le monde baise avec tout le monde, mais comme aux Etats-Unis, ils sont devenus complètement puritains, Rocky est désormais une fille. À aucun moment Frank ne se tape Brad. À aucun moment, il n’y avait des histoires de gays. &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/14/Double-Feature-Picture-Show#glee&quot;&gt;Comme dans l’épisode de &lt;em&gt;Glee&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: les élèves rejouent le film, et ils ont pris une fille, une Noire assez grosse, pour interpréter Frank. Pour le «&amp;nbsp;Touch-a-touche-me&amp;nbsp;», Rocky ne touche en aucun cas Janet.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est affadi&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Il y a une vague de puritanisme et c’est pour ça que les casts américains ont beaucoup de Frank joués par des femmes.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part3-mariealix.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part3-mariealix_m.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Columbia, alia Marie-Alix&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;[La cassette arrive à sa fin, il va être temps de conclure…]&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Est-ce que, parmi les paroles de chanson, il y en a une qui vous servirait de devise&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;M.-A.: «&amp;nbsp;Don’t dream it, be it&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R.&amp;nbsp;: Je pense que c’est plus la chanson «&amp;nbsp;Sweet Transvestite&amp;nbsp;» qui est vraiment emblématique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Oui, mais ça n’est pas une devise. Moi ce serait «&amp;nbsp;Let’s do the time warp again&amp;nbsp;» ou alors «&amp;nbsp;with voyeuristic intention&amp;nbsp;». Mais ce n’est pas une devise, c’est ma signature, parce que, quand je ne sais pas quoi marquer aux gens… Non, une devise… Tout le monde pense à «&amp;nbsp;Don’t dream it, be it&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est libérateur en tout cas.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Je ne sais pas si c’est si libérateur que ça.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R.&amp;nbsp;: Je pense qu’inconsciemment, on l’applique quand même.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;B.&amp;nbsp;: Je n’avais pas pensé à ça… Moi ce qui m’a plu dans le film, c’est que c’était complètement immoral et très drôle. C’est vraiment symptomatique d’une époque. En ce temps-là, des gens qui se fiançaient et se mariaient, c’était &lt;em&gt;ridicule&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/pMYdmMKNv1w?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, sous des températures un brin plus clémentes, je suis retourné à l’Espace Jemmapes, nonobstant un magnétophone quelque peu récalcitrant, terminer l’interview et recueillir les témoignages de Mathieu (qui joue Frank N. Furter, parfois le Criminologue, mais qui a testé tous les rôles), de Robin et Marie-Alix.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part3-mathieu.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part3-mathieu_m.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption align=&quot;center&quot;&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Le Narrateur, alias Mathieu&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;Quand et comment avez-vous découvert le RHPS&amp;nbsp;? Et comment avez-vous rejoint la troupe&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Mathieu&amp;nbsp;: C’était en 2005. J’étais allé voir le film au Galande avec des amis. J’ai donc vu la troupe qui se produisait, et j’ai trouvé géniale cette interaction qu’il y a entre le film, le public, les personnages entre eux, l’extraordinaire ressemblance des costumes, des accessoires, tout le côté scénographie professionnelle de la chose. Cela dégageait une grande énergie, c’était hyper sympa. C’est un environnement dans lequel je me suis reconnu, et donc, j’ai franchi le pas très vite. Je leur ai dit que j’avais trouvé ça génial&amp;nbsp;», et ils m’ont demandé si je ne voulais pas venir avec nous. J’ai dit «&amp;nbsp;oui&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», et un mois après, j’ai commencé les répétitions. C’était aussi en 2005.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;R&amp;nbsp;: Il y a deux ans, avec des amis&amp;nbsp;: on voulait assister à la séance du samedi avec les Sweet Transvestites, mais on s'y était pris le soir même et il n'y avait plus de places, alors on y est retournés la semaine suivante. La première fois, ça allait très vite, c'était hyper dense entre le film et l'animation, mais j'ai tout de suite adoré&amp;nbsp;: la scénographie devant l'écran est vraiment impressionnante et super bien réglée, et puis l'interaction entre le public, le film et les animateurs est vraiment grisante. J'y suis retourné plusieurs fois, et il y a un peu plus d'un an, nous y sommes allés avec Marie-Alix – on était déguisés, elle en Columbia, moi en Frank –, et Christophe nous a proposé de rejoindre la troupe à la fin de la séance. J'ai hésité deux secondes parce que je n'y croyais pas vraiment et j'ai accepté. Marie-Alix, partant un an en Irlande ne pouvait pas, mais elle nous a rejoints en rentrant, il y a quelques mois.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Que faites-vous dans la vraie vie / hors du RHPS&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;R&amp;nbsp;: En ce moment, un peu de théâtre et de cinéma, ainsi que des petits boulots, après avoir fini un master d'Histoire-Anglais. Marie-Alix a commencé des études de psychomotricité après une licence d'Anglais-Espagnol.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part3-timewarp2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part3-timewarp2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part3-timewarp2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.rhps-paris.fr/&quot;&gt;Le site web des Sweet Transvestites&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/groups/SweetTs/&quot;&gt;La page Facebook&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;div&gt;&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it#_ftnref1&quot; name=&quot;_ftn1&quot;&gt;&lt;sup&gt;[1]&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt; Très précisément, la nuit du 14 novembre 1996. Le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; a été suivi de &lt;em&gt;Easy Rider&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Orange M&lt;/em&gt; &lt;em&gt;écanique&lt;/em&gt;. Cf. l’article de &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.liberation.fr/medias/1996/11/14/canal-a-partir-de-20h35-nuit-du-film-culte-avec-orange-mecanique-de-stanley-kubrick-orange-mecanique_188551&quot;&gt;Libération&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; paru à l’époque, au ton très méprisant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it#_ftnref2&quot; name=&quot;_ftn2&quot;&gt;&lt;sup&gt;[2]&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://www.sweet-transvestites.com/uk/article.htm&quot;&gt; L'article de Ruth Fink Winter&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn3&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it#_ftnref3&quot; name=&quot;_ftn3&quot;&gt;&lt;sup&gt;[3]&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/14/Double-Feature-Picture-Show#shock-treatment&quot;&gt;Depuis, c’est le cas&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 17 décembre 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/17/Journal-d-un-homme-des-bois-17-12-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 17 décembre 2015" />
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      <published>2015-12-17T09:30:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-17T10:33:07+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151217-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151217-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous parle de l'avancement de son projet &lt;strong&gt;Les Mondes de l'essaim&lt;/strong&gt;, roman de SF pourvu d'une bande-son dont l'ambition est d'être la plus non-humaine possible…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;em&gt;De nos petits possibles…&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon travail sur &lt;strong&gt;Les Mondes de l’Essaim&lt;/strong&gt; avance gentiment, à son rythme et dans trois directions.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je continue de prendre des notes et de les structurer, de temps en temps, sous la forme de petits articles dont les premiers ont été mis en ligne ici-même ainsi que sur la &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;page de présentation du projet&lt;/a&gt;. J’essaie de montrer comment, de manière simple et naturelle, c’est-à-dire en constatant l’existence de phénomènes vibratoires ne devant rien à la présence d’un observateur humain, donc sans artifice ni intervention d’ordre culturel, il est possible de créer des « gammes ». C’est-à-dire de collationner un ensemble de sons liés par des rapports harmoniques, de leur donner le statut, culturel cette fois, de « notes », et d’expérimenter les sensations que peuvent susciter l’agencement de ces notes&amp;nbsp;: ce que l’on appelle de la « musique ». Ces articles sont sans prétention – ils ne visent qu’à montrer qu’il n’y a pas une manière unique de concevoir des gammes, que cette opération est le résultat d’une série de choix, voire d’un accommodement avec le réel (comme la création de la gamme tempérée). Ces articles fournissent la base d’une réflexion sur ce que pourrait être une musique extraterrestre, basée sur d’autres choix que ceux qui se sont exprimés au sein de nos cultures terriennes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour l’instant, je continue de mener ces réflexions, sans grande prétention. Elles paraitront sans doute futiles à « ceux qui savent » — je me souviens de la réflexion méprisante d’un étudiant en musicologie, il y a une quinzaine d’années, lorsque j’avais (déjà&amp;nbsp;!) exposé ces petites considérations dans le cadre d’une rencontre organisée à Lyon, me faisant remarquer que tout cela était « du niveau CM2 ». Peut-être. Sans doute, même&amp;nbsp;! Mais pour parodier je ne sais plus quel philosophe&amp;nbsp;: ce qui se conçoit bien s’énonce clairement&amp;nbsp;! (et donc simplement). Et je crois qu’il peut être utile, parfois, de retourner à l’école… et de reprendre là où ça a commencé à dérailler&amp;nbsp;! Le CM2 me paraît un bon (re)départ.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon deuxième angle d’approche des &lt;strong&gt;Mondes de l’Essaim&lt;/strong&gt; consiste à écrire des fragments du journal de l’ambassadeur Broderick, en poste sur la planète-océan Ayou. C’est le personnage principal à travers lequel les lecteurs vont appréhender peu à peu le monde sur lequel tout cela se passe. Ces jours-ci, j’ai travaillé sur une scène qui débute par un événement fondateur&amp;nbsp;: le moment où Sholvä se met à chanter. Sholvä est une île volcanique inabordable en temps ordinaire, tant ses falaises s’enfoncent à pic dans l’océan. Au centre de son cratère se trouve un lac, et sur ce lac il y a une île où vit une communauté de personnages secrets, détenteurs de la mémoire de toute la planète. De temps à autre, les trois lunes d’Ayou entrent en conjonction, ce qui provoque divers phénomènes comme une baisse significative du niveau de l’océan autour de Sholvä et un changement de direction des vents dominants. Des ouvertures d’ordinaire sous le niveau des eaux apparaissent alors dans les flancs de l’île montagne, le vent s’y engouffre et remonte le long d’anciennes cheminées volcaniques&amp;nbsp;: ce qui fait chanter la montagne. A un endroit précis de l’île, une ouverture permet de traverser la montagne et d’atteindre directement l’îlot central&amp;nbsp;: un chemin praticable pendant seulement quelques jours. Il y a alors un vaste pèlerinage&amp;nbsp;: venus de toutes les îles de l’archipel, des jeunes gens gagnent Sholvä pour y subir une initiation au terme de laquelle ils deviennent, à leur tour, détenteur d’une partie de la mémoire collective des peuples d’Ayou. Je n’en dirai pas davantage — j’en ai sans doute déjà trop dit&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ma troisième occupation consiste à composer et enregistrer les musiques qui accompagnent ces événements&amp;nbsp;: du chant diaphonique de la montagne aux récitations incantatoires des moines de la communauté de l’îlot. Mon optique est résolument non humaine. Ma musique tient à la fois du paysage musical (non culturel par nature) et de l’expression d’une forme d’indicible, de non humanité (culturellement autre). Autant dire que je reviens souvent sur ma copie et que j’ai la sensation d’avancer avec une extrême lenteur — voire de ne pas avancer du tout… quand je jette un œil au stock de fichiers .wav qui s’entassent dans mes poubelles virtuelles. C’est difficile. Je traverse de nombreux moments de découragement, me demandant alors dans quelle galère je me suis fourvoyé&amp;nbsp;! Et puis je reviens à mes claviers et à mes constructions hétéroclites desquelles j’essaie de tirer des sons avant de les bidouiller.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà. J’écris ces lignes le jeudi 17, au petit matin — je me suis réveillé peu après 4h, après m’être retourné dans mon lit pendant un bon quart d’heure, lorsqu’il fut évident que je ne parviendrais pas à me rendormir. La nuit fur très courte. Je suis en permanence plongé dans les &lt;strong&gt;Mondes de l’Essaim&lt;/strong&gt; — le jour, j’écris et je compose&amp;nbsp;; la nuit, j’essaie de dormir… mais Broderick s’invite à visiter mes rêves. J’avance. Lentement, mais j’avance tout de même. Pour tout dire, la perspective d’avoir soixante ans dans trois jours — tout seul dans mon coin — ne participe que très modérément à mon enthousiasme naturel…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du coup, je me demande si je ne vais pas aller me recoucher et tenter de dormir une paire d’heures de plus&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>W comme Wax Audio</title>
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      <published>2015-12-16T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-12-16T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-w-une.jpg&quot; /&gt;Bon + bon&amp;nbsp;= encore mieux&amp;nbsp;? Ne vous êtes-vous jamais dit que combiner deux choses cool entre elles conduirait à un résultat encore plus cool&amp;nbsp;? C'est l'avis de Wax Audio, musicien australien qui propose des mashups de chansons issues du panthéon pop-rock pour des résultats aussi réussis qu'irrévérencieux…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Mashopolos, Wax Audio, 2007 (auto-édité). 11 morceaux, 35 minutes.&lt;br /&gt;Mashopolos II - The Mashening, Wax Audio, 2009 (auto-édité). 14 morceaux, 59 minutes.&lt;br /&gt;Mashopolos III - Mashups for the people, Wax Audio, 2012 (auto-édité). 13 morceaux, 53 minutes.&lt;br /&gt;Mashphonics, Wax Audio, 2015 (auto-édité). 10 morceaux, 37 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Comment aborder Wax Audio&amp;nbsp;? Comme «&amp;nbsp;comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Plus exactement, comme la rencontre, inattendue, sur une table de mixage de deux morceaux pas forcément faits pour se rencontrer. Comme, au hasard, «&amp;nbsp;Another Brick in the Wall Pt2.&amp;nbsp;» rencontrant «&amp;nbsp;Stayin’ Alive &amp;nbsp;», pour donner une idée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/141848078&amp;amp;auto_play=false&amp;amp;hide_related=false&amp;amp;show_comments=true&amp;amp;show_user=true&amp;amp;show_reposts=false&amp;amp;visual=true&quot; frameborder=&quot;no&quot; height=&quot;450&quot; width=&quot;100%&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reconnaissons que c’est tout simplement parfait, non&amp;nbsp;? La section rythmique des deux chansons est si similaire qu’elles semblaient faites pour aller ensemble. Les deux refrains s’opposent et se complètent de la plus amusante des manières, la protest-song de Roger Waters se dissolvant dans le disco inoffensif des Bee Gees. C’est irrésistible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tom Compagnoni alias Wax Audio, musicien australien (du moins, je crois&amp;nbsp;; je n’ai guère d’autre information sur le bonhomme), s’est ainsi spécialisé dans le mash-up, un amusant domaine d’activité musicale proche du remix. Si le remix est un exercice consistant à recréer un morceau déjà existant, avec un bonheur variable (cela va de la recréation complète, comme Yann Tiersen réinventant &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=yzFTd-ipcFU&quot;&gt;«&amp;nbsp; À ton étoile&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Noir Désir, jusqu’à la paresse pure et simple, tels les Daft Punk rajoutant des beats un peu crades à &lt;a href=&quot;http://https/www.youtube.com/watch?v=JxX_7WAvXn4&quot;&gt;«&amp;nbsp; Take Me Out&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Franz Ferdinand et grosso modo rien de plus, en passant par bon nombre d’états intermédiaires), le mash-up télescope deux morceaux (au moins) pour en recréer un troisième. Il s’agit souvent de la partie chantée d’une chanson collée sur l’instrumentation d’un autre titre. Un véritable collage sonore/sonique, dans la lignée des collages surréalistes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/141848227&amp;amp;color=ff5500&amp;amp;auto_play=false&amp;amp;hide_related=false&amp;amp;show_comments=true&amp;amp;show_user=true&amp;amp;show_reposts=false&quot; frameborder=&quot;no&quot; height=&quot;166&quot; width=&quot;100%&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le résultat s’avère souvent troublant&amp;nbsp;: on connaît l’un ou l’autre titre, mais son union improbable avec telle ou telle autre chanson le rend soudain imprévisible. C’est familier tout autant qu’infamilier. Irrévérencieux&amp;nbsp;? Sûrement. Et parfois, on obtient même un morceau supérieur aux deux premiers — «&amp;nbsp;Relax&amp;nbsp;» de Frankie Goes to Hollywood est bien sympathique, mais mixé avec du Iron Maiden, &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/maiden-goes-to-hollywood&quot;&gt;ça envoie du tonnerre de Dieu&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut également assister à des collaborations que l’on n’écouterait jamais dans la vraie vie, comme Queen et Toris Amos (&lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/i-want-precious-things&quot;&gt;«&amp;nbsp;I want Precious Things&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;), Europe et Nirvana (&lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/wax-audio-mashopolos-iii#t=1:42&quot;&gt;«&amp;nbsp;The Final Spirit&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, titre qui assume son pur mauvais goût), ou comme &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/dissolved-by-the-water&quot;&gt;«&amp;nbsp;Dissolved by the water&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;, qui propose une rencontre au sommet entre trois des plus grandes chanteuses des années 90, Tori Amos (oui, encore), Björk et PJ Harvey, sur «&amp;nbsp;Dissolved Girl&amp;nbsp;» de Massive Attack. De manière générale, on retrouve une constante dans les mashups de Wax Audio&amp;nbsp;: balancer des gros riffs qui tachent sur des chansons plus… délicates. «&amp;nbsp;Come Together&amp;nbsp;» voit les Beatles assaillis par Justice&amp;nbsp;; les guitares de Metallica donnent toute leur puissance sur &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/sad-but-superstitious&quot;&gt;«&amp;nbsp;Superstition&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; de Stevie Wonder&amp;nbsp;; les titres &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/maiden-goes-to-bollywood&quot;&gt;«&amp;nbsp;Maiden goes to Bollywood&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/metallica-goes-to-punjab&quot;&gt;«&amp;nbsp;Metallica goes to Punjab&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; se passent d’explication. (Irrévencieux&amp;nbsp;: l’ai-je déjà dit &amp;nbsp;?) Metallica, Led Zep’, Iron Maiden ou AC/DC sont des noms que l’on recroise souvent chez Wax Audio. Mais cela va parfois au-delà de l’ajout de hard rock sur des chansons pop&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/i-hear-it-now&quot;&gt;«&amp;nbsp;I Hear it now&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; ressemble à une drôle de jam, longue de huit minutes, qui rassemble la trompette aérienne de Miles Davis, la voix lointaine de Lisa Gerrard de Dead Can Dance, ainsi que Public Enemy, King Crimson et Angus Young.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-w-mashopolos1234.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-w-mashopolos1234.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les quatre albums &lt;em&gt;Mashopolos I&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;II&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;III&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Mashphonic&lt;/em&gt; contiennent ainsi leur lot de grands moments de pur délire. On accroche, ou pas. Pour sa part, votre serviteur adore.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Wax Audio ne s’est pas seulement contenté de mélanger entre elles nombre de chansons populaires. Ses premiers EP (&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/wmd-and-other-distractions&quot;&gt;WMD&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/mediacracy&quot;&gt;Mediacracy&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/cut-paste-and-run&quot;&gt;Cut, Past and Run&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;), auto-publiés au début des années 2000, mélangent chansons et discours issus de l’actualité politique australienne/américaine de l’époque. Ça date un peu, forcément, et ce ne sont pas les œuvres les plus intéressantes. Certains des albums de Wax Audio s’aventurent vers d’autres territoires sonores, plus proches de l’ambient, voire de la musique concrète, comme &lt;em&gt;9 Countries&lt;/em&gt;, voyage hypnotique d’une heure autour du monde qui poursuit le travail entrepris avec ces groupes de gros rock mixés avec des musiques venues de l'orient. Ou encore &lt;em&gt;CMYK&lt;/em&gt;, quatre longues pièces instrumentales (hélas introuvables sur la page Soundcloud de Wax Audio), qui prouvent que le bonhomme sait faire autre chose que le concassage malicieux de chansons pop-rock. (Sans oublier deux EP de mashups sous inspiration David Lynch&amp;nbsp;: &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;https://soundcloud.com/waxaudio/sets/mashed-in-plastic&quot;&gt;Mashed in Plastic&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/143326052&amp;amp;color=ff5500&amp;amp;auto_play=false&amp;amp;hide_related=false&amp;amp;show_comments=true&amp;amp;show_user=true&amp;amp;show_reposts=false&quot; frameborder=&quot;no&quot; height=&quot;166&quot; width=&quot;100%&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Wax Audio n’a pas l’apanage du mash-up. Citons aussi Soulwax, groupe d’electro-rock gantois qui, sous leur pseudo 2 Many DJs, faisait se rencontrer &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=38SHb6hfOJg&quot;&gt;Eleanor Rigby et Kraftwerk&lt;/a&gt;, Nirvana et les Destiny’s Child (irrévérencieux, on vous dit&amp;nbsp;!), ou encore le site &lt;a href=&quot;http://www.bootlegsfr.com/blog/&quot;&gt;bootlegs.fr&lt;/a&gt;, qui répertorie bon nombre de mashups et d’événements liés à cette sous-culture. Le problème du mashup, comme celui du remix, se situe du côté des droits musicaux, raison pour laquelle les albums de Wax Audio n’existent que sur le web. À ma connaissance, la seule œuvre de ce genre à avoir une existence physique est &lt;em&gt;As Heard on Radio Soulwax Pt.2&lt;/em&gt; (2002) de Soulwax / 2 Many DJs&amp;nbsp;; plus d’une centaine de morceaux s’y côtoient, s’y mélangent, et les musiciens belge se sont échinés à obtenir l’accord des ayant-droit pour chacun des titres remixés. (Le Pt.2 du titre s’explique par le fait qu’il en existe onze autres, sans existence officielle. Par la suite, 2 Many DJs s’est lancé dans le projet &lt;a href=&quot;http://www.2manydjs.com/?page=radiosoulwax&quot;&gt;Radio Soulwax&lt;/a&gt;, compilant vingt-quatre mixes/mashups longs d’une heure, chacun dédié à une thématique précise&amp;nbsp;: David Bowie, le rap des 80s, la musique cosmique, les banques de musiques, une heure de riffs de guitare.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/GXGSBpMHcpA?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À quoi reconnaît-on un bon mash-up&amp;nbsp;? Parce qu’on distingue ses éléments constitutifs, qu’on les apprécie séparément, et qu’on apprécie &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; leur malicieux mélange&amp;nbsp;? Parce qu’il nous fait sourire&amp;nbsp;? Un peu de tout ça. Sous cet aspect, les albums de Wax Audio s’avèrent de jolies petites réussites.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable &amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://waxaudio.com.au/&quot;&gt;non&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et, au vu de la date, un titre de circonstance&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/141857302&amp;amp;color=ff5500&amp;amp;auto_play=false&amp;amp;hide_related=false&amp;amp;show_comments=true&amp;amp;show_user=true&amp;amp;show_reposts=false&quot; frameborder=&quot;no&quot; height=&quot;166&quot; width=&quot;100%&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 11 décembre 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/15/Journal-d-un-homme-des-bois-11-12-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 11 décembre 2015" />
      <id>urn:md5:3efdda84364f3aaa512e493ce34eebaa</id>
      <published>2015-12-15T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-15T11:03:42+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/valery-jhb-une-vert.jpg&quot; alt=&quot;valery-jhb-une-vert.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous parle jardinage, et nous fait part de son projet de jardin médiéval. Un projet plus complexe à mettre en œuvre qu'il n'y paraît, l'identification des plantes cultivées à l'époque posant problème…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En me levant ce matin, je me suis dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mon bon Francis, et si tu écrivais aujourd’hui un billet pour ton blog qui commencerait par&amp;nbsp;: il n’y a pas que la musique dans la vie…&amp;nbsp;». Car de fait, depuis quelques temps ton &lt;em&gt;Journal d’un Homme des Bois&lt;/em&gt; ne parle, pour ainsi dire, &lt;em&gt;que&lt;/em&gt; de musique&amp;nbsp;: tes petites réalisations via kickstarter, tes petites considérations harmoniques suggérées par le monocorde que tu as bricolé, et avant cela la présentation de tes guitares, enfin… de quelques-unes parmi tes deux douzaines de guitares (ce qui laisse augurer d’un bel avenir pour ce type de billets), et même une mise en ligne d’un petit bidouillage sonore. Cela fait beaucoup, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et le lecteur de ce blog — je dis «&amp;nbsp;le&amp;nbsp;» car il ne doit pas en rester beaucoup plus — de s’exclamer&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est vrai, ça&amp;nbsp;! Ca ne parle que de musique&amp;nbsp;! On se demande bien ce que ce blog fait sur un site dédié à la science-fiction et à toutes ces choses&amp;nbsp;! Quand est-ce que l’Homme des Bois se décidera à parler d’autre chose que de musique&amp;nbsp;? Ou de jardinage&amp;nbsp;!?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et moi de m’exclamer, à mon tour et tout soudain&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Mais oui, ami lecteur, tu as absolument raison. Il n’y a pas que la musique dans la vie&amp;nbsp;! Et comme tu le rappelles fort à propos, il y aussi… le jardinage&amp;nbsp;!&amp;nbsp;». Et de prendre conscience, tout aussi soudain, que cela fait longtemps que je n’ai pas parlé de jardinage dans ce blog. C’est vrai. Et Je sens bien, ami lecteur, que cela te manque. Ne souhaitant rien d’autre que te faire plaisir, j’accède bien volontiers à tes désirs&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Oui&amp;nbsp;: il n’y a pas que la musique dans la vie, il y aussi le jardinage&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et ce, même en hiver, une période de l’année où l’on pouvait espérer être tranquille de ce point de vue là&amp;nbsp;; mais non&amp;nbsp;: même pas&amp;nbsp;! Car comme l’affirme cet alexandrin tout pourri extrait de &lt;em&gt;l’Encyclopédie des dictons populaires et autres savoirs du temps d’avant&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;C’est en hiver que se prépare le printemps&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a une bonne quinzaine d’années, si ce n’est davantage, j’avais commencé à créer sur le domaine un jardin médiéval. Il se situait en bordure de l’ancienne maison de mes grands-parents maternels, l’un et l’autre alors disparus — une petite maison où il était convenu que je m’installerais un jour prochain. J’avais donc débroussaillé un espace, construit plusieurs carrés, délimité des bordures… avant de commencer à mettre en place des plantes aromatiques et médicinales. Le choix des plantes était à mes yeux évident&amp;nbsp;: je m’appuyais dans ma sélection sur le texte original du fameux capitulaire De Villis, édicté par Charlemagne et dans lequel il expose une série de règles et recommandations, régentant l’organisation et la vie dans son empire. Plusieurs chapitres de ce capitulaire sont consacrés aux plantes. Une liste est dressée de celles que ce bon Charlemagne souhaitait voir cultivées dans tous ses domaines, ainsi que dans les monastères. On y trouve les plantes potagères de l’époque, les plantes aromatiques et médicinales d’usage, des arbres fruitiers et même la joubarbe que l’on recommande d’installer sur les toits. En somme, l’empereur que l’on nous décrivait, au temps de notre petite école, comme arborant une barbe fleurie séparant les bons élèves (placés à sa droite) des mauvais (placés à sa gauche), s’avère être de fait l’inventeur (en sus de l’école) des toits végétalisés&amp;nbsp;! Et ce, douze siècles avant l’exode urbain des bobos parisiens. Pas mal, pour un barbare&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous disposons toujours de cette liste de plus de cent plantes. Elle forme la base botanique, si l’on peut dire, des jardins médiévaux — leur esthétique, quant à elle, nous étant connue par quelques gravures anciennes ainsi que par des textes plus ou moins empreints de mysticisme. L’ensemble constitue un corpus documentaire fort intéressant mais parfois relativement difficile à utiliser, le principal problème résidant dans l’identification des plantes qui sont désignées sous des noms prêtant parfois à confusion — sans compter qu’en douze siècles de sélection botanique, la plupart des plantes recensées dans le capitulaire n’existent plus sous leur forme ancienne, voire plus du tout, ou font l’objet de controverses quant à leur identification.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Prenons un exemple. Le capitulaire recense la «&amp;nbsp;carvita&amp;nbsp;», une plante connue de longue date et que Pline l’ancien désigne dans son &lt;em&gt;Histoire naturelle&lt;/em&gt; sous le nom de «&amp;nbsp;Pastinaca Gallica&amp;nbsp;» (racine de Gaulle). La description de la plante et son usage laissent peu de doute sur le fait qu’il s’agit de la carotte sauvage (&lt;em&gt;Daucus carota&lt;/em&gt;), une plante de la famille des Apiacées, qui existe encore de nos jours. Le nom prête à confusion&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;carvita&amp;nbsp;» aurait pu désigner le carvi (&lt;em&gt;Carum carvi&lt;/em&gt;), une autre Apiacées dont on sait qu’elle est également connue et utilisée de longue date, pour ses graines. Et de fait, le carvi figure bien dans le capitulaire mais sous la désignation «&amp;nbsp;careium&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La carotte sauvage produit de longues hampes surmontées d’une ombelle de petites fleurs blanches qui fleurissent de mai à octobre. Un bobo de base a toutes les chances de la confondre avec la grande ciguë — ce qui, à l’arrivée, fait un néo-rural de moins, ce qui en soi n’est pas très grave. A l’inverse, un homme des bois normalement constitué sait, quant à lui, que la carotte sauvage présente la particularité de posséder une petite fleur de couleur pourpre au plein milieu de l’ombelle de fleurs blanches&amp;nbsp;: juste un point. C’est ainsi qu’on la reconnaît. Aucun risque de la confondre avec la ciguë. Si ce n’est qu’il est préférable de récolter les racines, pour qu’elles soient plus tendres, un peu avant que la hampe florale ne se développe, donc avant l’apparition de ce signe de reconnaissance. Ah, flûte&amp;nbsp;! Bon, d’un autre côté, on n’est pas obligé de la récolter — la racine de la carotte sauvage est un machin un peu long, un peu tout tordu, pas bien renflé et où il n’y a pas grand-chose à manger. C’est tout blanc, parfois un peu violacé. Ca ne ressemble en rien à notre conception moderne de la carotte cylindrique géante de couleur orange que l’on trouve sur les marchés&amp;nbsp;! Pourtant, c’est bien bon, la carotte sauvage. Entre autres, c’est plus sucré que la carotte cultivée. On peut couper des petits tronçons de racine et les mélanger dans des salades, ou les faire cuire avec d’autres légumes, pour faire des soupes ou accompagner des ragoûts.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce bon Charlemagne nous invite également à manger ce qu’il appelle «&amp;nbsp;caulos&amp;nbsp;», autrement dit&amp;nbsp;: du choux (&lt;em&gt;Brassica oleracea&lt;/em&gt;). Mais attention&amp;nbsp;: il s’agit bien évidemment du choux de l’époque, donc du choux sauvage qui pousse de manière spontanée sur les côtes rocheuses de l’Europe. Pas grand-chose à voir, tant par la forme que sur le plan gustatif, avec les innombrables variétés de choux obtenus par les sélectionneurs au fil des siècles, rouges ou verts, pommés ou pas, d’ici ou de Bruxelles…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Constituer un jardin médiéval n’est donc pas une mince affaire&amp;nbsp;! Sans compter que du point de vue alimentaire, c’est se priver de plein de choses fort appréciables, comme par exemple tout ce qui vient du continent américain et que Charlemagne, près de sept siècles avant Christophe Colomb, ne pouvait connaître et donc conseiller&amp;nbsp;: maïs, tomates, pommes de terre, etc. Il convient donc de compléter ce que produit votre jardin médiéval par la production de quelques planches additionnelles, plantées de légumes plus récents ou venus d’ailleurs. Ce ne peut donc être qu’un agréable passe-temps, un acte de résistance en faveur de la biodiversité, une démarche pédagogique, une tentative de transmettre un savoir qui disparaît peu à peu. Pour qui forme le projet d’aménager quelques chambres d’hôtes, la présence d’un jardin médiéval (et éventuellement les propositions culinaires qui en découlent) peut être une bonne manière de faire plaisir à vos hôtes de passage. Tout cela demande du travail, certes. Mais au moins c’est un travail porteur de sens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mon premier jardin médiéval a été laissé à l’abandon. La première raison est que je l’avais installé, comme je l’ai précisé, près d’une maison où je devais venir vivre… mais c’est mon frère qui a finalement pris possession des lieux. La seconde, plus prosaïque, est que je suis parti vivre à Lausanne, en Suisse, et que personne, dans ma famille et en mon absence, n’a eu envie de s’occuper de mes petites plantations. Mon jardin médiéval est donc peu à peu retourné à l’état sauvage et la plupart des plantes ont disparu. Depuis mon épisode suisse — qui a tout de même duré quinze ans, d’abord à Lausanne puis de manière récurrente à Yverdon — je me suis installé dans une autre maison du domaine, où avaient vécu mes grands-parents paternels. C’est l’histoire bien connue de la construction du «&amp;nbsp;chalet&amp;nbsp;», de la restauration de la «&amp;nbsp;petite maison&amp;nbsp;», de mes expériences de jardinage en biodynamie, etc., bref, de tout ce qui a nourri le &lt;em&gt;Journal d’un Homme des Bois&lt;/em&gt; depuis cinq ans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le départ de ma compagne de Bordeaux pour une installation à la campagne, dans une grande maison située à une dizaine de kilomètres de chez moi et dotée d’un immense terrain, a donné une nouvelle jeunesse à mes aspirations médiévalistes&amp;nbsp;! J’ai une nouvelle fois l’opportunité de réaliser un jardin médiéval, en profitant de l’expérience du premier et en allant beaucoup plus loin — puisqu’il s’inscrit dans un projet plus vaste dont je reparlerai un de ces jours. J’ai donc ressorti mes fiches, mes notes, mes commentaires, mes plans, etc. Et depuis deux semaines, je passe mes soirées à faire de nouveaux plans d’implantation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si tout se passe comme espéré, je devrais pouvoir prendre possession de ce nouveau terrain en avril — je commencerai immédiatement les travaux d’aménagement&amp;nbsp;: construction de bacs à plantation, montage de lasagnes et de buttes, mise en place de treillis, etc. Un gros travail&amp;nbsp;! L’espoir est de réaliser les premières récoltes au début de l’été prochain.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chic planète&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Double Feature Picture Show</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/14/Double-Feature-Picture-Show" rel="alternate" type="text/html" title="Double Feature Picture Show" />
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      <published>2015-12-14T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-05-17T09:44:37+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;La popularité d’une œuvre se mesure également avec ce qu’elle engendre par la suite, que ce soit séquelles, remakes ou parodies. Et de ce côté-là, on va le voir, le &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again&quot;&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; est modestement servi — mais avec quel bonheur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h1 id=&quot;shock-treatment&quot;&gt;Les suites&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;En matière de suites, le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt; en a connu deux, dont une seule a finalement atteint les écrans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Shock Treatment&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;En 1981, Jim Sharman et Richard O’Brien ont donné une suite au &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt;. Néanmoins, seule une partie du casting du RHPS a répondu à l’appel&amp;nbsp;: Tim Curry (refus), Barry Botswick (indisponible) et Susan Sarandon (trop gourmande) en sont notoirement absents — mais les autres sont là, à savoir Richard O’Brien (forcément), Patricia Quinn, Nell Campbell et Charles Gray. &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: avec un tel titre qui claque, le long-métrage allait-il être à la hauteur du film originel&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-shocktreatment.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-shocktreatment.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire se déroule quelque temps après les événements du premier film. Désormais mariés, Brad et Janet Majors vivent à Denton, cette charmante petite ville américaine. Depuis peu, l’entière population semble vivre dans les studios de DTV, la chaîne de télévision locale passée sous la coupe d’un riche homme d’affaire, Farley Flavors. Les habitants sont soit simples spectateurs, soit figurants, soit techniciens voire animateurs. Un jour, Brad et Janet sont invités sur le plateau de l’émission Marriage Maze, présentée par Bert Schnick, un excentrique animateur censément aveugle. Les choses se déroulent moyennement bien, Brad voyant sa cote de popularité dégringoler. Le voilà bientôt emmené en fauteuil roulant dans l’annexe psychiatrique voisine, où les docteurs Cosmo et Nation McKinley vont prendre soin de lui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfermé dans une camisole, attaché à son fauteuil roulant, le tout dans une cage, le pauvre Brad ne risque guère d’aller mieux. Les tentatives de Janet pour revoir son époux sont sans cesse repoussées par les frère et sœur McKinley, et Farley Flavors convainc la jeune femme d’endosser une carrière d’animatrice&amp;nbsp;; Janet hésite mais cède, et acquiert une popularité soudaine dans son rôle de diva. Parviendra-t-elle toutefois à libérer Brad&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; s’avère un étrange objet filmique. Le changement de casting passe plutôt bien&amp;nbsp;: depuis le &lt;em&gt;Phantom of the Paradise&lt;/em&gt; de Brian de Palma, où elle tenait le rôle de Phoenix, Jessica Harper avait prouvé qu’elle savait (bien) chanter (que serait le film sans sa voix grave et mélancolique&amp;nbsp;?), et sa prestation parvient à faire oublier les regrets que l’on éprouve à ne pas voir Susan Sarandon. Cliff De Young interprète doublement Brad Majors et Farley Young, mais sans faire d’étincelles. Dans le rôle des frère &amp;amp; sœur bizarres, Richard O’Brien et Patricia Quin sont égaux à eux-mêmes&amp;nbsp;; idem pour Charles Gray, non plus criminologiste mais juge (oh, c’est &lt;em&gt;un peu&lt;/em&gt; la même chose). En revanche, Nell Campbell est méconnaissable dans sa tenue d’infirmière sexy.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-janet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-janet.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; surprend aussi. Une quinzaine de chansons émaillent le film&amp;nbsp;: si aucune ne possède la même immédiateté que «&amp;nbsp;The Time Warp&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;Hot Patootie (Bless My Soul&amp;nbsp;», elles s’avèrent toutes cependant très plaisantes au fil des écoutes, dans une tonalité bien plus rythmée que les chansons du RHPS. «&amp;nbsp;Me of Me&amp;nbsp;», où Janet fait son show, pastiche le «&amp;nbsp;Call Me&amp;nbsp;» de Blondie (en incluant &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt; une phrase ou deux en français).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À sa sortie, &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; s’est sévèrement planté, tant auprès du public que des critiques. Au moins autant que le RHPS. Par malheur, le temps n’est pas parvenu à lui accorder un statut culte, chose d’autant plus dommage que &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; n’est pas un mauvais film. En fait, c’est même un &lt;em&gt;bon&lt;/em&gt; film, à la réalisation plus assurée que le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;, et qui a pour qualité de ne pas ressembler au &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;. Enfin, une qualité qui s’avère sûrement un défaut&amp;nbsp;: ceux qui s’attendent à un &lt;em&gt;Rocky Horror 2&lt;/em&gt; ont été ou en seront pour leurs frais. &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; s’attaquant à d’autres thématiques. Adieu le travestissement, les questions de genre et l’hommage amusé à la SF des années 50&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; nous montre une autre bande d’aliénés, fourre dans un même sac téléréalité, consumérisme et psychiatrie, dans une satire des années Reagan.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt; est une vraie-fausse suite injustement sous-estimée et qui mériterait d’être réhabilitée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/qIxUhYQlnA8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Revenge of the Old Queen&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;À la fin des années 80, Richard O’Brien s’est penché sur le projet d’une deuxième suite au &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;: &lt;em&gt;The Revenge of the Old Queen&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Let me take you to a place of seduction&lt;br /&gt;
Where hearts are light because it's night all day&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
Stay vain in Transylvania&lt;br /&gt;
Stay sane in Transylvania&lt;br /&gt;
Remain in Transylvania&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La Vieille Reine du titre, qui ressemble à «&amp;nbsp;une sosie d’Elizabeth Taylor noyée depuis une semaine ou deux&amp;nbsp;», n’est autre que la mère de feu Frank N. Furter. Brad est devenu go-go-dancer cul-de-jatte à Las Vegas puis est mort&amp;nbsp;; Janet cuve son chagrin dans l’alcool… En réaction aux avis mitigés sur &lt;em&gt;Shock Treatment&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Revenge of the Old Queen&lt;/em&gt; se concentre sur Riff Raff. Devenu général sur Transylvania, l’ancien majordome culpabilise quelque peu, non pas tant pour avoir assassiné Frank N. Furter mais pour avoir aussi occis sa sœur Magenta&amp;nbsp;: la première scène le voit pleurer sur son cercueil de la défunte. Mais le voilà bientôt chargé d’une mission&amp;nbsp;: la Vieille Reine veut qu’il retourne sur Terre afin de retrouver Frank… Quant à Steve Majors, agent du FBI spécialisé dans les ovnis, il tente de comprendre ce qu’il est advenu de son grand frère Brad quinze ans plus tôt, et découvre qu’une communauté de Transylvaniens réside sur Terre. S’ensuivent imbroglios et quiproquos, l’histoire s’achevant sur un improbable détournement de &lt;em&gt;La Chose d&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’un autre monde&lt;/em&gt; (1951)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Keep watching the showers&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Ce &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show part 2&lt;/em&gt; n’a jamais été plus loin que le scénario, et à défaut de voir un jour le film se concrétiser, on peut toujours en lire &lt;a href=&quot;http://www.rockymusic.org/showdoc/revenge-of-the-old-queen.php&quot;&gt;le premier jet du script&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1 id=&quot;rocky-porn&quot;&gt;Règle 34&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Vous connaissez sûrement la Règle 34 de l’internet, qui formule plus ou moins en ces termes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si ça existe, il en existe une version porno.&amp;nbsp;» (Son corollaire est la règle 35&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;S’il n’y a pas de version porno, ça ne saurait tarder.&amp;nbsp;») La seule exception à la règle 34 étant la règle 34 elle-même, le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; n’y échappe pas – le contraire aurait été franchement surprenant –, et il existe (au moins) deux versions porno du film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;The Rocky Porno Video Show&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-rpvs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-rpvs.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt; Le titre de ce film porno de 1986 annonce la couleur. Tammy et Tommy (franchement, faire un effort pour les noms, c’était de trop&amp;nbsp;?), un jeune couple nouvellement marié se retrouve (comment&amp;nbsp;? pourquoi&amp;nbsp;?) dans la demeure de Mistress Tantala, qui vit là avec ses compatriotes de Sexsylvania (forcément), répondant aux noms évocateurs d’Eros, Priapus, Venus ou Pandora.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;Tammy&amp;nbsp;: Tommy, I need to talk to you. I want to go home.&lt;br /&gt;
Tommy&amp;nbsp;: Why?&lt;br /&gt;
Tammy&amp;nbsp;: The food looks awful, these people are freaky and I'm so horny I can't stand it.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et puis… eh bien, ils baisent. Que voulez-vous, c’est un film porno. Mais moche. Comme le dit Gene Chiovari ( &lt;a href=&quot;http://www.rockyhorror.com/profiles/fan_1996_12.php&quot;&gt;grand fan du Rocky devant l’Éternel&lt;/a&gt;), ce &lt;em&gt;Rocky Porno Video Show&lt;/em&gt; se résume à «&amp;nbsp;ugly people having ugly sex under ugly lighting&amp;nbsp;», avec son lot de scènes improbables (il y a plus d’une manière de souffler une chandelle).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malheureusement, dans le genre, celui-ci peine à susciter quelque afflux sanguin du côté de l’entrejambe. Surtout, il ne fait pas grand-chose de sa thématique &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: les costumes et maquillages ne ressemblent guère au film dont il s’inspire, et le seul lien véritable s’avère le titre. Bref, une pornoparodie franchement dispensable… (Mais si vous voulez vous brûler les rétines, des extraits sont visibles &lt;a href=&quot;http://www.rockymusic.org/videoscat/rocky-porno/&quot;&gt;par là&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;The Rocki Whore Picture Show: A Hardcore Parody&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-rockiwhore.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-rockiwhore.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; /&gt; Plus proche de nous dans le temps, une nouvelle version porno du film de Jim Sharman a vu le jour en 2011. Pour le coup, il s’agit moins d’un film surfant mollement sur le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; qu’une véritable parodie pornographique, comme le titre l’indique fort justement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le générique reproduit celui du film originel, où nom des acteurs et de leur personnages apparaissent dans une typographie ensanglantée. Si Brad, Janet et Eddie demeurent tels quels, Frank N. Furter devient Frank N. Beans, ses serviteurs sont Stiff-Staff («&amp;nbsp;bâton raide&amp;nbsp;») et Vagina au lieu de Riff-Raff et Magenta, et la groupie Columbia s’excite en Euphoria. Quant à Rocky Horror, le voilà mué en Rocki Whore. Enfin, l’histoire est narrée, non par un Criminologue, mais par un «&amp;nbsp;Pornologist&amp;nbsp;»…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout commence par une nuit sombre et orageuse. Au volant de sa voiture, Brad peine à rassurer Janet, qui s’inquiète de n’avoir qu’un seul partenaire sexuel au cours de sa vie. Puis le GPS annonce obligeamment aux jeunes mariés qu’ils sont perdus au milieu de nulle part. Ce sur quoi Janet commence par faire une fellation à Brad, afin de passer le temps. Quittant leur véhicule, ils se dirigent vers le manoir tout proche, dans le but d’y passer un coup de téléphone. Ils y sont accueillis par l’inquiétant Stiff-Staff, qui annonce au couple qu’il fera l’affaire. Bientôt voilà Brad et Janet introduits auprès de Frank N. Beans…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Brad&amp;nbsp;: They’re making a p… p… pornographic movie&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
Frank&amp;nbsp;: Yes, we are… &amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Après quoi, Vagina et Euphoria se papouillent (pour dire les choses chastement), sous la caméra de Stiff-Staff, le regard ébahi de Janet et celui, plus intéressé, de Brad. Une fois la scène bouclée, Frank convie tout ce beau monde au laboratoire, où il donne à la vie à Rocki (avec un «&amp;nbsp;i&amp;nbsp;», oui), qui n’est non plus un Muscle Man, mais une pornstar.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par rapport au &lt;em&gt;Rocky Porno Video Show&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Rocki Whore Picture Show&lt;/em&gt; redresse le niveau. Le film se veut comme un véritable remake porno, non comme une simple resucée parodiant un titre connu. L’histoire reprend assez fidèlement la trame du film de Jim Sharman, et costumes comme décors sont reproduits avec un luxe de détails (la troupe de fans Sins of the Flesh ont apporté leur soutien à la préparation du film). Et Mac Hunter, dans le rôle de Frank N. Beans, s’avère le plus convaincant du casting – pour le reste, c’est jeu plat et seins refaits.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans oublier une poignée de chansons, détournant (sans surprise) lubriquement les paroles des originelles. Le refrain du «&amp;nbsp;Time Warp&amp;nbsp;» devient ainsi «&amp;nbsp;Let’s do an orgy again&amp;nbsp;». Des reprises aux orchestrations un peu cheap, chantées en playback par des acteurs peu doués en la matière – on retiendra surtout l’effort fait de coller au film originel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où &lt;em&gt;The Rocki Whore Picture Show&lt;/em&gt; pèche, c’est dans les actes sexuels en eux-mêmes. Le film reste tranquillement dans les clous du mainstream&amp;nbsp;: relations hétérosexuelles ou lesbiennes – pas de scènes gays. Trente-cinq plus tôt, le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; nous montrait pourtant un Frank N. Furter qui assume fièrement sa bisexualité&amp;nbsp;; ici, ça ne va pas plus loin qu’un vague flirt entre Brad et Frank. Certes, le &lt;em&gt;Rocki Whore Picture Show&lt;/em&gt; ne s’adresse pas aux fans hardore du &lt;em&gt;Rocky Horror&lt;/em&gt; en premier lieu, mais plutôt à un public consommateur de porno. Une absence de prise de risque que l’on ne peut que regretter, la transgression n’ayant guère droit de cité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-franknbeans.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-franknbeans.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h1&gt;&lt;strong&gt;Remakes &amp;amp; hommages&lt;/strong&gt;&lt;/h1&gt;

&lt;p&gt;Retour à des choses beaucoup plus sages… voire trop sages, si l’on regarde l’hommage rendu par la série &lt;em&gt;Glee&lt;/em&gt; au &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; et si l’on examine les régulières rumeurs de remakes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;The Rocky Horror Glee Show&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;En 2009, la série TV &lt;em&gt;Glee&lt;/em&gt; a entrepris de rendre hommage au &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; dans le cinquième épisode de sa deuxième saison.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-glee.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-glee.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout commence avec le professeur de chant William Schuester qui décide de monter le &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; avec le Glee Club, tout cela dans le but inavoué d’essayer de reconquérir Emma Pilsbury, la conseillère d’orientation, fan de ce spectacle qui l’a aidé à surmonter ses TOC. Certes, ledit spectacle est plutôt NSFS (not safe for school), et Schuester sait qu’il faudra l’amender, voire le caviarder. Chose à laquelle va s’employer la coach des cheerleaders, Sue Sylvester, également animatrice télé, que deux managers de la chaîne ont poussé à s’engager dans le spectacle. Schuester s’emploie donc à faire répéter ses élèves tout en faisant face aux différents problèmes&amp;nbsp;: c’est l’insupportable petit ami d’Emma qui joue Eddie&amp;nbsp;; l’élève censé interpréter Frank n’a pas l’autorisation parentale et le rôle échoit à Mercedes (au physique à l’opposé du personnage)&amp;nbsp;; Finn qui endosse le rôle de Brad ne se sent pas à l’aise à l’idée de passer la moitié du spectacle en sous-vêtements, idem pour Sam jouant Rocky. Ce dernier abandon conduit Schuester à répéter la lascive «&amp;nbsp;Touch-a Touch-a Touch-a Touch Me&amp;nbsp;» avec Emma, tant pis si ça enrage méchamment Eddie. Mais Schuester se rend compte qu’il est allé un peu trop loin lorsque Finn, après s’être baladé en caleçon dans les couloirs du lycée afin de s’imprégner de son rôle, est menacé d’exclusion. Sue fait la morale à Schuester, qui reconnaît avoir utilisé le spectacle dans des buts égoïstes et admet que le Rocky Horror Show relève moins de la provoc’ que de l’acceptation de soi-même. Et le Glee Club de jouer finalement le spectacle pour eux-mêmes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les choses ne commencent pas si mal dans cet épisode, avec un générique pastichant «&amp;nbsp;Science-Fiction / Double Feature&amp;nbsp;», les sympathiques caméos de Barry Bostwick et Meat Loaf, le sujet du caractère approprié ou non du RHS pour un public adolescent abordé de front. Les numéros musicaux reprennent l’essentiel des chansons du film, pour des résultats d’une fidélité et d’une qualité variables&amp;nbsp;: la réinterprétation de «&amp;nbsp;Sweet Transvestite&amp;nbsp;» peine à convaincre (du moins, lorsqu’on connaît par cœur l’original)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rhps-part2-glee-cast.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part2-glee-cast.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Faire jouer Frank N. Furter par une Noire obèse&amp;nbsp;: pourquoi pas, mais le choix fait perdre une bonne part de l’impact provocateur. Par ailleurs, les paroles «&amp;nbsp;I’m a sweet transvestite / From Transexual, Transylvania&amp;nbsp;» deviennent «&amp;nbsp;I'm just a sweet transvestite / From sin…sational Transylvania&amp;nbsp;». (Pareillement, «&amp;nbsp;Touch-a Touch-a Touch Me&amp;nbsp;» voit «&amp;nbsp;I thought there's no use getting into heavy petting / It only leads to trouble and seat wetting&amp;nbsp;», des paroles de toute évidence un minimum explicites, devenir gentillettement «&amp;nbsp;I thought there's no use getting into heavy sweating / It only leads to trouble and bad fretting &amp;nbsp;».)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est là que réside l’essentiel du problème&amp;nbsp;: cet épisode de &lt;em&gt;Glee&lt;/em&gt; choisit de décentrer la thématique, et insiste lourdement sur la non-nécessité de pousser les limites mais plutôt de trouver sa place, les élèves du Glee Club étant tous plus ou moins des «&amp;nbsp;misfits&amp;nbsp;». Mais retirer au RH(P)S son caractère gentiment provocateur revient à lui retirer son sel&amp;nbsp;: le film est justement apprécié parce que ses protagonistes repoussent leurs limites, parce que Brad et Janet se découvrent. Les histoires de personnages peinant à s’intégrer et trouvant finalement un milieu ou une manière de s’épanouir, il y en a à la pelle sinon. En somme, cet épisode de &lt;em&gt;Glee&lt;/em&gt; constitue un hommage regrettable, qui, non content d’affadir l’œuvre originelle, la transforme en un spectacle affreusement inoffensif.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/DPpTIOTxgVQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h2 id=&quot;remake&quot;&gt;Remakes&amp;nbsp;?&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Depuis des années court la rumeur d’un remake du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;. Une rumeur qui remonte au moins à 2009 (voire plus tôt), quand MTV Films avait annoncé son intention de refaire le film pour Halloween cette année-là. L’année suivante, c’est Ryan Murphy, le créateur des séries &lt;em&gt;Glee&lt;/em&gt; puis &lt;em&gt;American Horror Story&lt;/em&gt;, qui semblait en vue de réaliser le remake en question. Plus récemment, au printemps 2015, la Fox s’est à son tour positionnée pour ce projet, avec une sortie envisagée pour Halloween&amp;nbsp;: rien de vraiment concret jusqu’à novembre 2015, où les choses ont commencé à se préciser. Un titre&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Rocky Horror Picture Show Event&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; un réalisateur&amp;nbsp;: Kenny Ortega, responsable de &lt;em&gt;High School Musical&lt;/em&gt; 1, 2 et 3&amp;nbsp;; et dans le rôle de Frank N. Furter, Laverne Cox, actrice transgenre remarquée dans la série &lt;em&gt;Orange is the new black&lt;/em&gt;. Un choix audacieux, mais guère pionnier, &lt;em&gt;Orange&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Sense8&lt;/em&gt; (avec Jamie Clayton, autre actrice transgenre) étant passés par là.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Malgré tous ses défauts formels (qu’on énonçait dans le &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again&quot;&gt;billet précédent&lt;/a&gt;), le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; est tout simplement in-remakable. C’est énoncer l’évidence, mais ce film est sorti à une époque et un contexte donnés, qui ont certes changé sans que le film perde de sa pertinence. Sans oublier la tendance des remakes à être plus fades que les originaux&amp;nbsp;: remettre au goût du jour un &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; en le vidant de sa charge subversive n’aurait pas le moindre intérêt. De plus, le &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;&lt;em&gt;…&lt;/em&gt; est devenu culte et s’est acquis une fanbase conséquente, qui, comme toute fanbase, ne supporterait pas de voir l’œuvre originelle trahie. &lt;em&gt;Wait and see.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I see you shiver with antici… pation&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>V comme Le Vol de la Libellule</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/12/V-comme-Le-Vol-de-la-Libellule" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Le Vol de la Libellule" />
      <id>urn:md5:516f970bade1d89e6a393275890067a3</id>
      <published>2015-12-12T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-12T10:32:20+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-v-une.jpg&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/04/O-comme-l-oeuf-du-dragon&quot;&gt;L’Œuf du dragon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on continue à se pencher sur les œuvres de Robert L. Forward. On s'aventure ainsi en direction de l'étoile de Barnard et son étonnant système planétaire, avec &lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt;, deuxième roman de l'auteur.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Vol de la libellule [The Flight of the Dragonfly], Robert L. Forward, roman traduit de l’anglais [US] par Jacques Polanis. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp; Ailleurs &amp;amp; Demain&amp;nbsp;», 1986 [1984]. GdF. 334 p.&lt;/h5&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-v-rocheworld-fr1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-v-rocheworld-fr1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;On avait abordé Robert L. Forward, auteur américain de hard science, avec son premier roman, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/04/O-comme-l-oeuf-du-dragon&quot;&gt;L’Œuf du dragon&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: une aventure située sur une étoile à neutrons et préfigurant le roman de Stephen Baxter, &lt;strong&gt;Flux&lt;/strong&gt;. En toute logique, poursuivons avec le deuxième roman de l’auteur, &lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; – et accessoirement le dernier publié dans la langue de Bernard Werber. Mais il n’est pas question d’entomologie dans ce roman, et encore d’odonatoptères (de libellule, bande d’ignares). La libellule du titre, on le découvrira au cours de la lecture, s’avère un avion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au début d’un XXIe siècle qui ne sera jamais, une expédition est lancée en direction de l’étoile de Barnard, autour de laquelle un système planétaire a été découvert par une sonde automatique. Drôle de système, et drôle d’étoile aussi&amp;nbsp;: l’étoile de Barnard est une naine rouge, à peine plus grosse que Jupiter, dont les deux particularités les plus notables sont 1) d’être l’une des plus proches voisines du Soleil, située à même pas 6 années-lumière de notre soleil et 2) d’avoir le mouvement propre le plus rapide parmi les étoiles du coin. Cela, pour la réalité. Dans la fiction de Forward, l’étoile est accompagnée de deux planètes&amp;nbsp;: une géante rouge au riche cortège de satellites, et une planète double en forme d’haltère. Le vaisseau Prométhée (le véritable &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/05/D-comme-Derelict&quot;&gt;&lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!!!&lt;/a&gt;) se lance en direction de l’étoile, poussé par une voile solaire alimentée depuis le Soleil par un laser géant. Le voyage prendra quarante ans. Pas d’hibernation pour les membres d’équipage, mais un traitement anti-sénescence qui a le défaut d’abêtir ceux qui en prennent (sérieux). En conséquence de quoi, les voyageurs doivent tous être dotés d’un QI monstrueux, afin que la perte ne soit pas trop importante… Arrivés en vue de Barnard, les explorateurs commencent par visiter les satellites de Gargantua, puis se dirigent vers la planète double. Baptisée Rochemonde, elle tient son nom de l’astronome français Édouard Roche, connu pour la limite qui porte son nom – celle en deçà de laquelle un satellite sera irrémédiablement détruit par les forces de marée de l’astre autour duquel il orbite. Malgré sa forme inhabituelle, Rochemonde ne contrevient pas aux équations de Roche&amp;nbsp;; la planète se divise en deux lobes séparés, Roche et Eau, que les forces gravitationnelles ont sculpté en forme de goutte. Comme leurs noms l’indiquent, le premier est essentiellement rocailleux, le second est recouvert d’un océan d’ammoniac d’une température glaciale (Barnard émet peu de chaleur). Tandis qu’un camp de base est établi sur Roche, un avion – la Libellule Magique, c’est son petit nom – s’envole vers Eau. Et les membres d’équipage vont y faire une découverte stupéfiante&amp;nbsp;: la vie intelligente existe dans les profondeurs ammoniaquées de l’océan. Des créatures informes, colorées, avec un don inattendu pour les mathématiques… (La présence d’une vie intelligente n’a rien du spoiler&amp;nbsp;: le roman débute par une scène présentant ces étranges organismes que sont les «&amp;nbsp;flouwens&amp;nbsp;».)&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-v-rocheworld-fr2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-v-rocheworld-fr2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Évoquons d’abord les points qui fâchent&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; reproduit les mêmes défauts que &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Œuf du dragon&lt;/strong&gt;. Les protagonistes humains demeurent insipides, malgré les quelques efforts de Forward pour les caractériser (il essaie, il essaie, ça se sent, mais… c’est raté)&amp;nbsp;; les flouwens et les deux IA, en particulier Jill, celle de la Libellule, s’avèrent plus intéressantes. C’est à se demander si Forward n’est pas conscient de son incapacité à donner consistance à ses personnages, lorsqu’il fait s’entretenir les flouwens avec Jill plutôt qu’avec les Raides×Mouvants (les humains). Le roman connaît un début poussif, certaines lignes d’intrigue sont bâclées (les atermoiements au sujet du laser propulsant le Prométhée depuis le système solaire), mais &lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; prend heureusement son envol (pardon) à l’arrivée du Prométhée sur Rochemonde. Sans oublier une traduction (une écriture aussi) pas exempte de maladresses.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-v-rocheworld1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-v-rocheworld1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Là où &lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; révèle son potentiel, c’est dans son catalogue d’inventions. Certes, la voile solaire n’est pas neuve (cf. &lt;strong&gt;La Paille dans l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’œil de Dieu&lt;/strong&gt;, où un vaisseau pailleux est propulsé par une telle méthode), mais s’avère décrite avec un luxe de détails, un appendice sous forme de commission d’enquête venant conclure le roman et approfondir ses données techniques (vous y saurez tout sur tout). Les robots parallélépipédiques d’&lt;em&gt;Interstellar&lt;/em&gt; trouvent ici leur ancêtre&amp;nbsp;: le «&amp;nbsp;buisson de Noël&amp;nbsp;», un truc absolument non-humanoïde, polyvalent, en forme de… buisson, aux branches articulées qui se ramifient jusqu’à l’épaisseur de quelques microns.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-v-robot1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-v-robot1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-v-robot1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; à gauche, &lt;strong&gt;Interstellar&lt;/strong&gt; à droite.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le décor de l’étoile de Barnard n’est pas neuf&amp;nbsp;: dès 1934, Jack Williamson y basait la planète d’origine des féroces Méduses, dans &lt;strong&gt;La Légion de l’espace&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; soixante ans plus tard, Dan Simmons en fera le monde natal de l’érudit Sol Weintraub dans &lt;strong&gt;Hyp&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;érion&lt;/strong&gt;. Mais Forward décrit ici avec minutie le système planétaire, et propose un environnement hors du commun avec la double planète Rochemonde. Tout récemment, on a découvert deux étoiles — deux géantes bleues — orbitant l’une autour de l’autre au point de quasiment se toucher, mais cela demeure encore inédit au niveau d’une planète&amp;nbsp;; selon Forward, Rochemonde ne contrevient toutefois pas aux lois de la physique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sans oublier les flouwens, les inoubliables extraterrestres débonnaires, surfeurs mathématiciens qui peuplent l’océan du lobe aquatique de Rochemonde. Je l’écrivais dans le billet consacré à &lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt;, Forward s’est spécialisé au fil de ses romans dans la description d’entités biologiques extrêmophiles&amp;nbsp;: des dodécapodes à la surface brûlante d’une étoile à neutrons, des viscosités mathématiciennes dans un bain d’ammoniac à 180° K, des crevettes sur un monde à 30° K… (Plus tard, Stephen Baxter fera de même, en imaginant la vie comme un processus inéluctable, capable d’apparaître n’importe où, jusqu’aux premières secondes ayant suivi le Big Bang dans &lt;strong&gt;Exultant&lt;/strong&gt;.)&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;[C]es êtres ne manipulaient pas le monde extérieur, ils se contentaient d’y exister. Était-il possible qu’ils n’eussent aucune idée de la relation entre la longueur d’une bande et la progression géométrique des nombres, de la relation entre la surface d’un carré géométrique et le carré mathématique d’un nombre&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-v-rocheworld2345.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-v-rocheworld2345.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; se termine de manière quelque peu abrupte&amp;nbsp;: après le spectaculaire climax, le Prométhée se hâte de regagner la Terre, sans que le lecteur ait un sentiment de «&amp;nbsp;mission accomplie&amp;nbsp;». L’appendice final laisse augurer une deuxième mission vers Rochemonde. De fait, quatre suites poursuivent l’histoire&amp;nbsp;:&lt;strong&gt;Return to Rocheworld&lt;/strong&gt; (1993), &lt;strong&gt;Marooned on Eden&lt;/strong&gt; (1993), &lt;strong&gt;Ocean Under the Ice&lt;/strong&gt; (1994) et &lt;strong&gt;Rescued from Paradise&lt;/strong&gt; (1995). Le premier et le dernier sont co-écrits avec Julie Forward Fuller, les volumes intermédiaires par Martha Dodson Forward. Tous sont inédits en français, et si l’on en juge par les critiques sur GoodReads (un moyen comme un autre, je l’avoue volontiers), ils ne se distinguent pas par leur qualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;S’il s’en faut de pas mal pour que &lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; tienne du chef-d’œuvre, terme certes galvaudé, ce deuxième roman de Forward demeure d’une lecture intéressante, dans le genre d’une hard SF tout à fait distrayante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, d’occasion uniquement&lt;br /&gt;llisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>U comme Upstream Color</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/11/U-comme-Upstream-Color" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Upstream Color" />
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      <published>2015-12-11T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-11T17:27:36+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-u-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Upstream Color&lt;/strong&gt;, deuxième long-métrage de Shane Carruth après son très remarqué premier film, &lt;strong&gt;Primer&lt;/strong&gt;, étonnante histoire de voyage temporel. Ici, pas de paradoxe, mais un parasite, des cochons et des trajectoire de vie perturbées…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Upstream Color, Shane Carruth, 2013. 96 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;En 2004, Shane Carruth s’était fait remarquer avec &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt;, un étonnant film de hard SF remarquable par son budget riquiqui et son inventivité. Carruth y prouvait que, même sans effets spéciaux, avec un casting et une équipe réduits au strict minimum (le réalisateur y cumulait plusieurs fonctions, dont celles d’acteur, de monteur et de compositeur), il est possible de réaliser des films de science-fiction aussi exigeants qu’excitants.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-u-credits.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-u-credits.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Quelques mots sur &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: le film raconte la mise au point accidentelle d’une machine à voyager dans le temps. L’appareil est tout simple, se fabrique avec un budget ne nécessitant nullement de mettre sa maison en hypothèque, mais possède quelques limitations&amp;nbsp;: le voyage à rebrousse-temps dure aussi longtemps que le moment auquel on veut se rendre, et il est impossible de se rendre &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt; l’instant où la machine est mise en fonction. Le concept évacue d’emblée toute considération romanesque liée au voyage temporel&amp;nbsp;: pas d’éclairs ni de vortex, ça n’est ni &lt;em&gt;Terminator&lt;/em&gt; ni&lt;em&gt; Retour vers le futur&lt;/em&gt;, à peine &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/15/J-comme-La-Jetee&quot;&gt;La Jetée&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; l’imagerie traditionnellement associée à ce trope de la SF est absente de &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt;. À la place, Carruth nous propose une histoire ingénieuse, quoique ardue à suivre&amp;nbsp;: le réalisateur ne prend pas vraiment le spectateur par la main pour lui expliquer les concepts et le pourquoi du comment (certains s'y essaient &lt;a href=&quot;http://gorillafilmonline.com/wp-content/uploads/2014/12/Primer-Timeline.jpg&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://unrealitymag.bcmediagroup.netdna-cdn.com/wp-content/uploads/2011/09/primer-chart.jpg&quot;&gt;là&lt;/a&gt;). La limite de l’exercice réside peut-être là, &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt; risquant d’égarer quelques spectateurs en chemin et nécessitant d’être vu deux fois. Rien d’étonnant non plus à ce que &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt; comme &lt;em&gt;Upstream Color&lt;/em&gt; figurent parmi &lt;a href=&quot;http://gregegan.customer.netspace.net.au/ESSAYS/NISF/NISF.html&quot;&gt;les films de genre favoris de Greg Egan&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-u-primer.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-u-primer.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-u-primer_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Bref. &lt;em&gt;Upstream Color&lt;/em&gt; donc, deuxième long-métrage de Shane Carruth sorti neuf ans après &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt; — presque une éternité. Et quasi inédit en France, hormis deux présentations (Festival de Deauville 2013, Étrange Festival 2015).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À ceux qui se seraient demandé si Carruth allait proposer un film plus accessible que son premier long-métrage, la réponse est un « non » sans ambages. Relevant toujours de la SF, quoique moins hard que celle de &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Upstream Color&lt;/em&gt; s’avère tout aussi difficile à suivre que son aîné.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-u-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-u-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Quelques mot sur le scénario, pour autant qu’il soit possible de le raconter (c’est inracontable). L’histoire débute avec un individu, éleveur de gros vers qu’il sélectionne avec soin et qu’il s’insère dans des gélules. Un soir, ce type agresse une jeune femme – Kris –, à qui il fait avaler de force l’une de ses gélules. Bientôt, voilà anéantie la volonté de Kris&amp;nbsp;: fragilisée par l’ingestion du parasite (car c’est bien d’un parasite dont il s’agit), dans un état de suggestibilité, elle cède biens et argent à celui qui n’est autre qu’un voleur (quand bien même sa tête est parfois aussi lumineuse qu’un soleil). Plus tard, comme si elle répondait à l’appel du parasite, Kris se rend chez un autre individu&amp;nbsp;: celui-ci lui retire le vers, qu’il injecte dans un nouvel hôte&amp;nbsp;: un porc. Plus tard encore, Kris, désormais libérée du parasite, tente de se rebâtir une vie, et rencontre Jeff, lui aussi une ancienne victime du parasite. Mais des résonances semblent s’établir entre Jeff et Kris et les porcs qui abritent leurs parasites. Et ça n’est que le début…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-u-intro.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-u-intro.jpg&quot; /&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-u-marionnettes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-u-marionnettes_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le cycle de vie du parasite de &lt;em&gt;Upstream Color&lt;/em&gt; rappelle celui de la douve du foie, ce ver dont le développement passe par trois hôtes – un mollusque, une fourmi et un ruminant, le plus souvent un mouton. L’aspect le plus inquiétant et le plus «&amp;nbsp;romanesque&amp;nbsp;» de ce parasite est son effet sur la fourmi, qu’il contraint à grimper en haut des brins d’herbe pour qu’elle se fasse obligeamment brouter par un mouton. La «&amp;nbsp;manipulation parasitaire&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: une thématique marquante que la SF a reprise à son compte – citons entre autres &lt;strong&gt;Marionnettes humaines&lt;/strong&gt; de Robert Heinlein, où des aliens mollusquoïdes s’empressent de parasiter les humains. Ici, les tenants et aboutissants de ce parasitage ne seront pas développés&amp;nbsp;: pas de parabole paranoïaque, juste l’exploration de trajectoires humaines perturbées par ce ver. Des cycles, en fait, comme le montre le graphique ci-dessous&amp;nbsp;: non seulement le ver, mais le porcher et le voleur, et Kris et Jeff qui en font les frais.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-u-cycles.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-u-cycles.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-u-cycles_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Carruth délaisse donc la spéculation sur le voyage temporel pour une histoire plus humaine, mais pas plus simple à suivre – même s’il n’est pas forcément nécessaire, pour le coup, de voir le film deux fois d’affilée pour en comprendre tous les ressorts. Les fils d’intrigue s’entremêlent, s’embrouillent même — si l’on suit de près Kris, Jeff et le Porcher (sans oublier ses animaux), d’autres personnages secondaires apparaissent lors de quelques scènes, dont le lien avec l’intrigue principale sont ténus.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/5U9KmAlrEXU?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La nature du Porcher est elle-même sujette à questionnement&amp;nbsp;: éleveur de cochons, l’individu est également amateur de prises de son (nature recording&amp;nbsp;?), et lors d’une scène, apparaît successivement auprès de plusieurs individus, à la manière d’un ange gardien. Qu’en retenir&amp;nbsp;? Humains, cochons, même condition&amp;nbsp;? Nos vies seraient (dé)réglées par un éleveur de porcs&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Upstream Color&lt;/em&gt; me laisse cependant un sentiment mitigé. Intriguant, le film tend parfois à l’hermétisme, pour des enjeux moins immédiats que &lt;em&gt;Primer&lt;/em&gt;. La reconstitution des voyages temporels donnait à ce premier film, certes aride par endroits, un aspect ludique&amp;nbsp;: s’amuser à comprendre. Après avoir embrassé le Temps, Carruth se mesure à la Vie… et bon… ça passe ou ça casse. Pour ma part, je n’ai pas encore réussi à trancher&amp;nbsp;: j’ai trouvé ce deuxième long métrage intéressant mais frustrant, sans points d’accroche.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il en reste que Shane Carruth est sans nul doute — pardon pour la formule galvaudée — l’un des cinéastes les plus intéressants de sa génération. Le réalisateur travaillerait à son troisième film, qui devrait bénéficier d’un budget un peu plus élevé&amp;nbsp;: demeurons curieux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 8 décembre 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/10/Journal-d-un-homme-des-bois-08-12-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 8 décembre 2015" />
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      <published>2015-12-10T10:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-12-10T10:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151210-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151210-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry revient sur ses deux expériences de financement participatif — la première concernant &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/10/http//:www.belial.fr/jules-verne/zacharius&quot;&gt;Zacharius&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, adaptation en poème symphonique de la nouvelle éponyme de Jules Verne, la deuxième, en cours, visant à financer la création d'une bande-son pour son roman en cours, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;Les Mondes de l'essaim&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; — et nous fait part de ses réflexions à leur encontre.&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;&lt;em&gt;Les Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: au jour d’aujourd’hui…&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Tout d’abord un grand merci aux personnes ayant apporté leur soutien à mon deuxième kickstarter. Ce projet, à la fois littéraire et musical, et s’inscrivant dans l’univers plus vaste des &lt;em&gt;Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt;, est à ce jour financé. J’en suis bien sûr très heureux. Et cette satisfaction concerne également la manière avec laquelle à été lancé puis géré ce kickstarter. Avec cette nouvelle expérience, il me semble avoir trouvé une formule qui fonctionne plutôt bien et relève d’une véritable éthique quant aux rapports entre un créateur et les personnes auxquelles il s’adresse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/13/54013-w225.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/13/54013-w225.jpg&quot; /&gt;Suggéré par mon ami, l’écrivain Vincent Gessler, mon précédent et premier kickstarter avait été lancé de manière très impulsive, au &lt;em&gt;feeling&lt;/em&gt; pourrait-on dire, sans vraiment réfléchir à la faisabilité de la chose. À l’époque, je m’étais dit&amp;nbsp;: voilà, ce projet va te coûter pas mal d’argent en simples frais techniques (achat d’un peu de matériel pour mettre à niveau mes possibilités d’enregistrement, fabrication des livres et coffrets de CDs, frais d’envoi aux souscripteurs…) et il faut également que tu prennes en compte ta survie au quotidien pendant la durée des travaux&amp;nbsp;! Et de fait, j’ai quasiment travaillé à temps plein sur la composition, l’enregistrement, le mixage… de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jules-verne/zacharius&quot;&gt;Zacharius&lt;/a&gt; pendant trois mois (au lieu des deux que j’envisageais). Ce fut passionnant mais littéralement épuisant — et pendant ce laps de temps, il a bien fallu faire face aux dépenses de la vie courante. C’est pour cela que j’avais lancé le projet &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; en demandant pour son financement deux mille euros. C’est à la fois très peu — cela implique de rogner sur tous les aspects du budget et d’accepter de vivre à la spartiate pendant tout ce temps — et beaucoup&amp;nbsp;: pour qui te prends-tu, Francis Valéry, pour avoir le culot de demander à des gens que tu ne connais pas (et dont la plupart ne te connaissent pas) de te donner de l’argent pour « faire l’artiste » plutôt qu’aller bosser, comme tout le monde&amp;nbsp;? Oui… Il faut quand même une bonne dose d’arrogance pour, déjà, estimer avoir quelque chose à dire… et ensuite penser que ce quelque chose est assez intéressant en soi pour que des gens paient&amp;nbsp;! Si je m’étais arrêté à ce raisonnement — qui m’a traversé l’esprit, c’est certain — alors je n’aurais rien fait. À ma décharge, j’ai aussi un petit peu pensé que mes états de service, si l’on peut dire, entre ma bibliographie à rallonges dans le monde de l’édition et mes quarante-sept années d’expérience dans le monde de la musique (j’ai commencé très jeune…), plaidaient en faveur d’une certaine légitimité à lancer un tel projet. Mais bon, il y a certainement des tas de gens qui pensent le contraire et qui ont du se dire « pour qui se prend-il, celui-là&amp;nbsp;!? ».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, c’est la vie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une fois &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; mis en route, je me suis très vite aperçu qu’il est fort compliqué de convaincre les gens de vous donner de l’argent — ce dont je me doutais bien un peu, tout de même&amp;nbsp;! Si les deux mille euros ont été réunis, c’est tout d’abord parce que mon ami Jean-Jacques Girardot a fait un sacré forcing dans son entourage professionnel, musical, familial… en particulier auprès de personnes que j’avais pu rencontrer, par son intermédiaire, au cours des dix ou douze dernières années, quand j’allais travailler une fois de l’an à l’École des Mines, ou qui m’avaient vu sur scène, à Saint-Éienne ou à Lyon. Ensuite, il y a eu la mobilisation de plusieurs personnes dans le monde de la science-fiction, pour m’aider à monter un fichier « ciblé SF » d’adresses mail, aussi vaste que possible. Et au final, j’ai passé énormément de temps à « exploiter » ce fichier, au risque de frôler parfois le harcèlement — c’est cet aspect de la campagne de levée de fonds que j’ai le moins aimé.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y a un autre aspect de la chose que j’ai découvert, au fur et à mesure de l’avancement du financement, et qui m’a profondément déstabilisé. Le principe de Kickstarter, c’est « tout ou rien ». Vous avez demandé 2000 euros et au terme de la campagne vous en avez engrangé 1999… et bien vous n’avez rien&amp;nbsp;! Tout est annulé. Il faut &lt;em&gt;impérativement&lt;/em&gt; atteindre la somme demandée pour bénéficier d’un financement. A mesure que le financement progressait, je devenais de plus en plus angoissé. La caisse se remplissait avec une extrême lenteur. Parfois, tout s’arrêtait pendant trois ou quatre jours. Quand on a atteint deux cents euros au terme d’une campagne qui en visait deux mille, on se dit que c’est comme ça et que ce n’est pas grave. Quand on arrive à 1400, 1500, 1600… on se dit que si on n’arrive pas au terme, alors on va « perdre » ces 1600 euros, simplement parce qu’on a été trop gourmand au départ. Ah, si on avait su ne demander que 1600, 1500, 1400… on les aurait eus&amp;nbsp;! En réalité, on ne « perd » rien, puisque tant que l’objectif n’est pas atteint, cet argent est purement virtuel. Ce n’est pas une vraie perte. Mais c’est ressenti comme tel — et tout cas, moi, je le ressentais comme ça et de plus en plus violemment à mesure que l’on approchait du terme et que… « ça n’y était pas encore ». Le but atteint, et même dépassé, après le soulagement il y a une forme de honte de se rendre compte qu’on s’est laissé piéger dans un rapport un peu malsain à l’argent. Je n’avais jamais ressenti ce genre de choses. Je n’ai jamais couru après l’argent. Toute ma vie ou peu s’en faut, j’ai vécu très en-dessous du seuil de pauvreté (selon les calculs statistiques officiels&amp;nbsp;!) mais dans un bonheur souvent très présent. L’argent n’est qu’un moyen pour faire des choses — et si l’argent n’est pas là, on peut faire les choses quand même&amp;nbsp;: c’est juste plus compliqué, plus long… mais on apprend vite à se débrouiller avec peu. Donc me retrouver à lorgner la courbe du financement de mon kickstarter, plusieurs fois par jours, avec l’espoir de constater qu’un nouveau souscripteur a rajouté quelques dizaines d’euros depuis la dernière visite… pas bien&amp;nbsp;! En plus, c’est un peu réduire les personnes qui vous apportent leur aide et leur soutien, à des portemonnaies… encore moins bien&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après la finalisation de &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; et l’envoi des livres et coffrets de CD à tous les souscripteurs, j’ai donc entamé une longue réflexion sur ce que, compte tenu de cette expérience (par ailleurs formidable&amp;nbsp;!), j’avais désormais envie de faire — et surtout sur ce que je me refusais à faire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le lancement d’un kickstarter consacré au &lt;em&gt;Monde de l’Essaim&lt;/em&gt; s’est donc fait de manière très différente. J’ai estimé que j’avais besoin, de manière impérative, de cinq cents euros, pour acquérir le matériel que je ne pouvais bricoler/recycler, pour financer la fabrication d’une brochure et d’un CD (papier, toner, CD vierges, coffrets), pour couvrir les frais d’expédition (enveloppes matelassées, timbres).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’ai donc demandé cinq cents euros. Et rien de plus. Du moins de manière formelle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une fois la description du projet mise en ligne sur le site de kickstarter, j’ai envoyé l’information &lt;em&gt;uniquement&lt;/em&gt; aux personnes qui avaient participé au financement du précédent — puis, une quinzaine de jours plus tard, à la dizaine de personnes qui avaient soutenu le premier kickstarter de manière directe (ces personnes ne voulant pas passer par internet, pour des raisons qui leur sont propres). Et j’ai commencé sans tarder à mener une réflexion sur ce que pouvait être une musique extra-terrestre, en commençant par tenter de discerner, dans l’histoire et l’évolution de la musique en occident, ce qui relevait du « naturel » et du « culturel ». Avec l’idée qu’une musique &lt;em&gt;alien&lt;/em&gt; s’appuierait sans doute sur les mêmes constats naturels mais serait conceptualisée selon des modèles culturels autres (certains pouvant toutefois être identiques). Depuis deux semaines, je publie régulièrement des petits articles sur ces recherches, à la fois comme « Actus » de mon kickstarter et comme billets dans mon blog, le &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/journal&quot;&gt;Journal d’un Homme des Bois&lt;/a&gt;, sur le site &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr&quot;&gt;www.belial.fr&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Résumons. Une bonne cinquantaine de personnes ont soutenu mon premier kickstarter et ont donc reçu le fruit de mon travail. Je les ai informées que je lançais un autre projet. Les personnes qui n’ont pas apprécié mon travail sur &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; n’auront sans doute aucune envie de financer &lt;em&gt;Le Monde de l’Essaim&lt;/em&gt; — et c’est bien normal. À l’inverse, les personnes ayant aimé &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt; auront peut-être envie de participer au financement d’un nouveau projet, comparable au précédent puisque relevant également de la littérature et de la musique, dans une esthétique que l’on pourrait qualifier de « science-fictive ».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les choses ne sont pas plus compliquées que cela.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La philosophie qui s’exprime par cette attitude est simple. D’une part, un artiste ne vaut que par ce qu’il offre de la pratique de son art&amp;nbsp;; s’il se monter exigeant dans cette pratique, transparent dans les conditions dans lesquelles se développe son travail et d’une vraie honnêteté intellectuelle, alors il saura « convaincre » un auditoire ou un lectorat, et donc construire peu à peu un réseau de personnes appréciant son travail et souhaitant le voir continuer de s’exprimer. D’autre part, si des personnes apprécient la démarche dans laquelle s’inscrit cet artiste, ainsi qu’&lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; le fruit de son travail, alors ces personnes peuvent contribuer de manière très concrète à la vie et au travail de cet artiste, selon leurs moyens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je vois là l’expression d’une éthique qui me semble tenir la route de manière plutôt solide. C’est simple et rigoureux. Et je crois que cela peut s’avérer tout simplement efficace. Quelque part, c’est une forme de mécénat adaptée à une société qui se développe autour de l’internet et des nouveaux possibles qu’il autorise — voire qu’il induit ou suggère. Pour quelqu’un comme moi — soixante ans dans quelques jours — qui a grandi et a construit sa vie dans un environnement culturel profondément différent, c’est aussi et surtout une manière de montrer, par l’exemple, qu’un artiste du monde d’avant peut continuer de vivre et de créer dans le monde d’aujourd’hui, à la condition de maintenir le cap de manière ferme, de refuser tout renoncement à ses valeurs aussi bien esthétiques, que morales ou éthiques. Je trouve que le financement participatif est un outil puissant pour parvenir à ce but.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme précisé ci-avant, j’ai donc demandé cinq cents euros pour rendre mon projet faisable sur le plan matériel — tout en précisant que si je recevais davantage, eh bien cela aiderait à me rendre davantage disponible, et ce de manière très concrète. Ne soyons pas hypocrite&amp;nbsp;: ne parvenant à vivre d’air et d’eau fraiche que durant un laps de temps relativement limité, j’espère recevoir davantage que ces cinq cents euros&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce contexte, il n’est pas inutile de préciser que j’accepte par ailleurs et bien volontiers les colis de ravitaillement&amp;nbsp;! Conserves de légumes, chocolat, fromages, légumes secs, chocolat, pâtes (de préférence spaghettis complètes), riz (de préférence basmati demi-complet), chocolat, fruits séchés, café, thé, chocolat, petits biscuits, boulgour, confitures (toutes&amp;nbsp;!), etc., sans oublier du chocolat (je crois que je l’ai déjà mentionné, non&amp;nbsp;?). Inutile de m’envoyer des pommes de terre et des topinambours, j’en ai encore un stock. Ça a été une sacrée bonne année au jardin pour les patates et les topines&amp;nbsp;! Chic planète tout de même&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bon, on peut aussi rigoler…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les Mondes de l’Essaim&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;c’est là.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À vous lire&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Star Wars: X-wing Rogue Squadron</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron" rel="alternate" type="text/html" title="Star Wars: X-wing Rogue Squadron" />
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      <published>2015-12-09T11:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-12-09T11:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Super les héros !</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Paygnard</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-une.jpg&quot; /&gt;Il n'aura échappé à personne que l'épisode 7 de la saga &lt;strong&gt;Star Wars&lt;/strong&gt; sort très, très prochainement, dans cette galaxie-ci. Mais il y a de cela une éternité, peu avant la sortie de l'épisode 1, Philippe Paygnard s'intéressait à la série de comics &lt;strong&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/strong&gt; dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-15&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 15&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dark Horse Comics est une maison d'édition très particulière. Elle publie tout à la fois les œuvres parfois difficiles de véritables créateurs du monde de la BD US, comme les adaptations plus commerciales des films à la mode. Et dans le genre à la mode, difficile de faire davantage que &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn1&quot; name=&quot;_ftnref1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;L'ailier devient leader&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Dans la trilogie mythique &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;, Wedge Antilles est l'un des rares pilotes rebelles à avoir survécu à l'attaque de deux étoiles noires. Il a ainsi eu l'occasion de croiser la route de Luke Skywalker, dont il fut l'ailier au cours de plusieurs batailles. Il est également son successeur à la tête de l'escadrille Rogue qui participa avec honneur aux batailles de Yavin et d'Endor. Malgré tout cela, gageons qu’il ne s'attendait certainement pas à devenir le héros d'une série de comic books chez Dark Horse Comics en 1995...&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Téléguidée par le romancier Michael A. Stackpole et le scénariste Mike Baron (&lt;em&gt;Nexus&lt;/em&gt;), sa toute première mission, à la tête du X-Wing Rogue Squadron, l'entraîne sur Mrisst, une planète dont les habitants haïssent l'Empire mais haïssent plus encore l'Alliance. Avec ses équipiers, Wedge va tenter de les convaincre de faire le bon choix.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-rebelopposition.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-rebelopposition.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Cette première aventure, sous-titrée &lt;em&gt;The Rebel Opposition&lt;/em&gt;, se compose de quatre épisodes. Ce sont Allen Nunis (&lt;em&gt;Cadillacs and Dinosaurs: Man Eater!&lt;/em&gt;) et Andy Mushynsky (&lt;em&gt;Aliens: Berserker&lt;/em&gt;) qui illustrent ces quelque quatre-vingt-seize planches replongeant le lecteur dans l'univers de Star Wars. N'utilisant aucun des personnages principaux de la trilogie cinématographique, les dessins n'ont pas à être décalqués sur les photographies des comédiens. Sur grand écran, Wedge n'a fait que de courtes apparitions, souvent casqué et coincé dans le minuscule habitacle de son chasseur. Son physique n'a donc guère pu s'imposer à la mémoire collective des millions de fans de la trilogie à travers le monde &lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn2&quot; name=&quot;_ftnref2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-planche3.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-planche3.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À l'inverse, il convient de noter le souci du détail qui habite Nunis, Mushynsky et les autres dessinateurs de la série lorsqu'ils dessinent un chasseur X-Wing ou tout autre machine de guerre bien connue des spectateurs de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;. Leurs engins faits d'encre et de papier rivalisent réellement avec les maquettes d'Industrial Light &amp;amp; Magic.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce même souci du détail et de la précision se retrouve dans les superbes couvertures que Dave Dorman (&lt;em&gt;Star Wars: Dark Empire&lt;/em&gt;) a composé pour les quatre épisodes de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron - The Rebel Opposition&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Star Wars, la galaxie Dark Horse&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; est l'une des rares séries régulières (même si elle se compose en réalité de mini-séries successives) de l'univers &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; que Dark Horse Comics développe sous licence. Comme les autres productions du genre, elle s'intègre totalement à la chronologie vue et approuvée par Lucasfilm qui incorpore les trois longs-métrages déjà tournés par George Lucas et son équipe, les séries Dark Horse et les nombreux romans écrits autour de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-planche2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-planche2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xwing-planche2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dans ce cadre-ci, &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; se situe quelques années à peine après la chute de l'Empire. L'Empereur semble avoir disparu à jamais, cependant les forces de l'Alliance rebelle n'ont pas encore réussi à pacifier l'ensemble des mondes qui composaient l'ancienne République. Décapité, l'Empire existe toujours. Quelques-unes de ses meilleures troupes restent actives et efficaces dans de nombreux systèmes stellaires d'où les forces rebelles n'ont que peu de chances de les déloger de sitôt. C'est l'histoire de cette reconquête ponctuée d'escarmouches que conte la série &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais il est d'ores et déjà écrit que l'Empereur Palpatine reviendra se venger car le Mal ne meurt jamais. Cette histoire-là a déjà été racontée sous le titre &lt;em&gt;Star Wars: Dark Empire&lt;/em&gt;. Le scénariste Tom Veitch (frère aîné de Rick Veitch, celui de &lt;em&gt;Swamp Thing&lt;/em&gt;) et le dessinateur Cam Kennedy (&lt;em&gt;Judge Dredd&lt;/em&gt;) ont ainsi mis en scène le retour du terrifiant Empereur. Animé par la puissance infinie du côté obscur de la Force, son esprit vit dans les corps que ses serviteurs ont clonés pour lui. Habité par une haine éternelle, avec de nouvelles troupes plus aguerries et de nouvelles machines de guerre plus dévastatrices, l'Empereur va s'employer encore une fois à détruire l'Alliance rebelle. Ayant réussi à s'emparer de Luke Skywalker, il va à nouveau essayer de corrompre la pureté de la Force qui vibre dans le cœur du jeune Chevalier Jedi. Ayant réuni autour d'elle tous les amis et compagnons de son frère, Han Solo, Chewbacca, Lando Calrissian, Wedge Antilles, C-3PO et R2-D2, la princesse Leia va se lancer dans la bataille.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette véritable saga galactique en six épisodes a été publiée par Dark Horse Comics en 1991-92, sous de splendides couvertures de Dave Dorman. Première d'entre toutes, elle constitue le point de départ de la galaxie &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; chez Dark Horse Comics.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Un coup de rétro-propulseur&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;Star Wars chez Marvel&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Avant d'atterrir chez Dark Horse Comics, les séries &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; ont connu une première incarnation chez Marvel Comics. C'était il y a plus de vingt ans, en 1977, lors de la sortie du premier long-métrage de la première trilogie. À l'époque, Marvel avait tendance à adapter de manière presque systématique tous les films à succès.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-marvel.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-marvel.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Confiée au scénariste Roy Thomas (&lt;em&gt;Conan the Barbarian&lt;/em&gt;) et au dessinateur Howard Chaykin (&lt;em&gt;Cody Starbuck&lt;/em&gt;), l'adaptation de Star Wars aurait très bien pu être une œuvre incontournable. Ce ne fut hélas qu'une banale exploitation commerciale. Le scénario de Thomas était par trop elliptique et le dessin de Chaykin était bien peu inspiré. L'esprit &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; devait cependant planer sur ces quelques pages puisque Marvel décida de poursuivre la série au-delà des six épisodes de l'adaptation du film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour succéder à Chaykin, Marvel fait alors appel à un vieux routier au style efficace et aisément reconnaissable : Carmine Infantino (&lt;em&gt;Flash&lt;/em&gt;). Même s'il s'en sort plutôt bien et donne corps aux visions du scénariste Archie Goodwin (&lt;em&gt;Manhunter&lt;/em&gt;), Infantino n'est certainement pas l'illustrateur idéal pour ce genre de récit. Une planète aquatique et des dragons marins, un casino de l'espace et des gladiateurs galactiques intègrent pourtant grâce à lui l'univers Star Wars version Marvel&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn3&quot; name=&quot;_ftnref3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De 1977 à 1986, ce sont cent-sept épisodes de &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; et trois « annuals » qui voient ainsi le jour. Au sein d'une telle profusion d'images et d'idées, les bonnes surprises côtoient les plus grosses bourdes. Ainsi le premier « annual » de 1979 permet-il de retrouver trois Chevaliers Jedi du temps de la République : Ben Kenobi, Darth Vader et… Anakin Skywalker ! Alors que dans le 28&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; épisode de la série, Han Solo et Chewbacca trouvaient, bien avant &lt;em&gt;The Empire Strikes Back&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Return of the Jedi&lt;/em&gt;, le moyen de rembourser Jabba the Hutt, un humanoïde bedonnant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais il ne faut surtout pas bouder son plaisir lorsque, sur des scénarios d'Archie Goodwin, le dessinateur Al Williamson (&lt;em&gt;Flash Gordon&lt;/em&gt;) illustre avec un brio inégalé les adaptations des deux derniers volets de la première trilogie de George Lucas. Véritable consécration pour ce duo d'exception, c'est leurs versions de &lt;em&gt;The Empire Strikes Back&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Return of the Jedi&lt;/em&gt; qui ont récemment été rééditées par Dark Horse Comics alors que le premier volet, celui de Thomas et Chaykin, était délaissé au profit d'une toute nouvelle adaptation&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn4&quot; name=&quot;_ftnref4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Du film au livre&lt;br /&gt;et du livre à la BD&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Avant d'être scénariste de BD, Michael A. Stackpole est un spécialiste des jeux de rôles, un journaliste et un romancier. Il est surtout connu pour sa trilogie &lt;em&gt;Warrior&lt;/em&gt; et ses livres de la série &lt;em&gt;BattleTech&lt;/em&gt;. Pour Bantam Books, il écrit un roman consacré aux exploits de Wedge Antilles et des pilotes du Rogue Squadron dans un monde post-&lt;em&gt;Return of the Jedi&lt;/em&gt;. Lorsque Dark Horse Comics lui offre d'écrire une série de comic books inspirés de ce livre, Stackpole décide non pas de l'adapter purement et simplement mais de s'attacher au passé de ses héros. Ainsi les aventures de&lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; le comic book précèdent-elles chronologiquement celles de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; le livre &lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn5&quot; name=&quot;_ftnref5&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-novel.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-novel.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Dark Horse Comics fait appel aux romanciers de la collection &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; pour alimenter ses séries de comic books. Ainsi, les best sellers de Timothy Zahn ou Alan Dean Foster font-ils régulièrement l'objet d'adaptations.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Associé aux dessinateurs français Olivier Vatine (&lt;em&gt;Aquablue&lt;/em&gt; - le dessin), Fred Blanchard (&lt;em&gt;Aquablue&lt;/em&gt; - le design) et Isabelle Rabarot ( &lt;em&gt;Aquablue&lt;/em&gt; - les couleurs), Mike Baron est l'adaptateur efficace de &lt;em&gt;Star Wars: Heir to the Empire&lt;/em&gt; (1995-96) d'après Timothy Zahn, alors que Terry Austin (&lt;em&gt;Dragon&lt;/em&gt;&lt;em&gt;/&lt;/em&gt;&lt;em&gt;Superman&lt;/em&gt;) épaulé par Chris Sprouse (&lt;em&gt;Supreme&lt;/em&gt;) illustre le récit d'Alan Dean Foster : &lt;em&gt;Star Wars: Splinter of the Minds Eye&lt;/em&gt; (1996).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il arrive parfois que ce soient les romanciers qui adaptent eux-mêmes leurs récits au format comic book. C'est le cas de Steve Perry dont les multiples talents dans le domaine de l'écriture lui permettent de signer sans peine les quatre épisodes de &lt;em&gt;Star Wars: Shadows of the Empire - Evolution&lt;/em&gt; illustrés par Ron Randall (&lt;em&gt;Trekker&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour « adapter » son récit au format comic book et le développer en une véritable série régulière, le scénariste débutant Michael A. Stackpole reçoit l'aide de professionnels chevronnés.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-phantomaffaire.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-phantomaffaire.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Mike Baron est ainsi le « scripter » de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; &lt;em&gt;- The Rebel Opposition&lt;/em&gt; (1995) d'après les histoires originales de Stackpole.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ensuite, c'est le croate Darko Macan qui fait de même sur les quatre épisodes de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron - The Phantom Affair&lt;/em&gt; (1996). Avec son compatriote Edvin Biukovic, il a déjà eu l'occasion de faire ses preuves aux Etats-Unis en travaillant sur les mini-séries &lt;em&gt;Matt Wagner's Grendel Tales: Devils and Deaths&lt;/em&gt; (1994) et &lt;em&gt;Matt Wagner's Grendel Tales: Devil's Choice&lt;/em&gt; (1995). C'est d'ailleurs ce même Biukovic qui illustre trois des quatre épisodes de &lt;em&gt;The Phantom Affair&lt;/em&gt;, alors que le dernier est confié à l'efficace britannique Gary Erskine ( &lt;em&gt;Knights of Pendragon&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-battlegroundtattoine.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-battlegroundtattoine.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xwing-battlegroundtattoine_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Après Macan, c'est au tour de Jan Strnad de prendre la main pour une première tétralogie intitulée &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt;&lt;em&gt;- Battleground: Tatooine&lt;/em&gt; (1996) et, quelques mois plus tard, les quatre chapitres de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; &lt;em&gt;- Requiem for a Rogue&lt;/em&gt; (1997). Longtemps scénariste attitré de Richard Corben (&lt;em&gt;Den&lt;/em&gt; — cf. Bifrost 14), Strnad a considérablement diversifié ses activités en travaillant aussi bien pour Marvel, DC ou Dark Horse. On lui doit également quelques épisodes de séries d'animation à l'image de &lt;em&gt;Spider-Man&lt;/em&gt; (diffusé sur TF1).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut donc attendre &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; &lt;em&gt;- In the Empire Service&lt;/em&gt; (1997) pour que Michael A. Stackpole vole véritablement de ses propres ailes. Depuis, il signe seul les scénarios de la succession de mini-séries qui composent la série &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h2&gt;Une autre princesse&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;La trilogie Star Wars nous a offert une princesse digne des contes de fées de notre enfance: Leia Organa d'Alderande. Michael A. Stackpole et &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; nous en offrent plusieurs pour le même prix.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-masquerade.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xwing-masquerade_m.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Il y a tout d'abord Dame Winter, la super-espionne de l'Alliance rebelle et le parfait sosie de Leia. Elle n'hésite d'ailleurs pas à prendre sa place lors de missions dangereuses comme dans &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; &lt;em&gt;- The Rebel Opposition&lt;/em&gt; ou plus encore dans &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; - &lt;em&gt;Masquerade&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais surtout, il y a la princesse Isplourrdacartha Estillo de la planète Eiattu. Plus connue sous le nom raccourci de Plourr Ilo, elle est l'un des meilleurs pilotes du Rogue Squadron. Une partie de sa triste histoire est contée dans les quatre épisodes de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; &lt;em&gt;- The Warrior Princess&lt;/em&gt; (1996-97)&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn6&quot; name=&quot;_ftnref6&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;. On apprend ainsi comment la jeune princesse a dû fuir son monde après que sa famille tout entière eut été massacrée par des nobles frondeurs lors d'une sanglante révolution de palais. Pour l'honneur de sa famille disparue et avec l'aide de ses camarades du Rogue Squadron, Plourr accepte de retourner sur Eiattu pour bousculer une noblesse trop orgueilleuse et rétablir la paix en chassant la garnison impériale qui a profité de la vacance du trône pour s'installer. Pour atteindre ses buts, Plourr doit affronter les fantômes de son passé et revivre encore une fois la nuit du massacre de sa famille afin de venir à bout d'un agent impérial qui se fait passer pour Harran, son frère défunt. Autant de péripéties qui conduisent Plourr jusqu'au trône d'Eiattu qu'elle partage désormais avec Rial Pernon, vaillant prince consort.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais, à l'image de la princesse Leia, Plourr ne peut rester loin des combats. Dès que l'occasion se présente &lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn7&quot; name=&quot;_ftnref7&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt;, elle rejoint ses camarades du Rogue Squadron : Wedge Antilles, Wes Janson, Tycho Celchu, Derek &quot;Hobbie&quot; Klivan, Dllr Nep, Feylis Ardele, Ibtisam, Herian I'ngre et Nrin Vakill, dont certains connaîtront un sort funeste. Mais c'est une tout autre histoire.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-princess.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-princess.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h2&gt;Un ennemi pour la vie ?&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Alors que la série devrait tout naturellement ne s'intéresser qu'à l'escadrille de têtes brûlées réunies autour de Wedge Antilles, il est un épisode qui s'écarte de cette règle, le numéro vingt-cinq daté du mois de décembre 1997. En effet, ce dernier se concentre totalement et exclusivement sur un personnage qui ne fait aucunement partie du X-Wing Rogue Squadron. Ce serait plutôt son adversaire acharné puisqu'il s'agit du Baron Fel &lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn8&quot; name=&quot;_ftnref8&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt;, pilote émérite à l'efficacité redoutable et leader de la 181eme escadrille de chasseurs impériaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette aventure nous entraîne de l'autre côté de la barrière, du côté sombre, celui de l'armée impériale. Michael A. Stackpole, qui a écrit cette histoire en solo, nous fait découvrir qu'il y a un être humain derrière l'uniforme gris de pilote de chasseur Tie&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn9&quot; name=&quot;_ftnref9&quot;&gt;[9]&lt;/a&gt;. En quelque quarante planches, il nous décrit par le menu la vie et la carrière de Soontir Fel, fermier corellien parti s'engager à l'Académie, devenu au fil des ans un brillant pilote et un éminent stratège de l'armée impériale. D'une certaine manière Fel a suivi le même parcours qu'un certain Luke Skywalker de Tatooine, mais il l'a fait du mauvais côté. On peut noter au passage que Darth Vader et l'Empereur font une apparition dans cet épisode par le biais des souvenirs de Fel. Homme d'honneur, Fel est pourtant prêt à trahir son camp pour sauver les seules amours de sa vie : sa femme et son fils. Il rejoindra ainsi le camp des gentils et son compatriote Wedge Antilles au sein du Rogue Squadron&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn10&quot; name=&quot;_ftnref10&quot;&gt;[10]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce &lt;em&gt;one-shot&lt;/em&gt; dans la série est illustré par Steve Crespo, un dessinateur au trait clair et efficace jusqu'alors plus habitué aux charmes féminins, ceux de la fille de Drakulon dans le quatrième épisode de &lt;em&gt;Vengeance of&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Vampirella&lt;/em&gt;, en 1994, ou ceux de la juvénile Anima, pour DC Comics en 1994-95.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Encreur de Chris Warner sur Will to Power, de Karl Waller sur Motorhead ou de Tim Hamilton sur &lt;em&gt;Aliens: Music of the Spears&lt;/em&gt;, Timothy Bradstreet démontre, s'il en était besoin, qu'il est aussi un excellent dessinateur en signant seul la couverture de ce &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; n°25. On a également pu apprécier le style très particulier de Bradstreet sur les quatre couvertures du &lt;em&gt;Unknown Soldier&lt;/em&gt; chez Vertigo/DC Comics en 1997, et bien évidemment celle de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; n°21.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-mandatoryretirement.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xwing-mandatoryretirement_m.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le reste de l'équipe habituelle de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; est fidèle au poste puisque Vickie Williams (&lt;em&gt;Prime&lt;/em&gt;) assure le lettrage de cet épisode alors que Dave Nestelle (&lt;em&gt;Star Wars: Shadows of the Empire&lt;/em&gt;) se charge de la mise en couleurs, sous la supervision éditoriale de Peet Janes (&lt;em&gt;Tarzan&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L'aventure &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; est loin d'être finie chez Dark Horse Comics qui voit avec bonheur se profiler la nouvelle trilogie cinématographique « made in » Lucasfilm, inaugurée en fanfare par &lt;em&gt;Star Wars Episode 1: The Phantom Menace&lt;/em&gt;. Celle de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt;, quant à elle, est arrivée à son terme avec les quatre épisodes de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt; &lt;em&gt;- Mandatory Retirement&lt;/em&gt; (illustrés par Steve Crespo et John Nadeau). Il est cependant évident que, tant qu'il restera une planète à libérer du joug de l'Empire, Wedge Antilles et ses vaillants pilotes répondront présent&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftn11&quot; name=&quot;_ftnref11&quot;&gt;[11]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xwing-planche4.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;slh-xwing-planche4.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xwing-planche4_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;div&gt;&lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref1&quot; name=&quot;_ftn1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Comme les œuvres de Mike Mignola (&lt;em&gt;Hellboy&lt;/em&gt;) et de Frank Miller (&lt;em&gt;Sin City&lt;/em&gt;), la plupart de ces aventures de l'univers &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; sont publiées en France par Dark Horse France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref2&quot; name=&quot;_ftn2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; C'est le comédien Denis Lawson qui a interprété le rôle de Wedge Antilles dans les films de George Lucas, Irvin Kershner et Richard Marquand.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn3&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref3&quot; name=&quot;_ftn3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; Outre Thomas, Goodwin, Chaykin et Infantino, d'autres habitués de la Marvel ont collaboré à cette version de Star Wars. On peut citer les scénaristes David Michelinie, Chris Claremont et Jo Duffy, les dessinateurs Walter Simonson, Ron Frenz et Cynthia Martin, et l'encreur supremo Tom Palmer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn4&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref4&quot; name=&quot;_ftn4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; Bruce Jones, Eduardo Barretto, Al Williamson et James Sinclair redonnent ainsi le luxe qui manquait à la version BD du premier volet de la trilogie. Alors que les frères Hildebrandt, Greg et Tim, signent les couvertures des trois ouvrages édités, en 1997, à l'occasion de la nouvelle sortie de la trilogie Star Wars sur grand écran.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn5&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref5&quot; name=&quot;_ftn5&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; Le roman &lt;em&gt;Star Wars : Rogue Squadron&lt;/em&gt; et ses suites ont été publiés en France par Le Fleuve Noir, en 1999.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn6&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref6&quot; name=&quot;_ftn6&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt; La tétralogie &lt;em&gt;X-Wing Rogue Squadron - The Princess Warrior&lt;/em&gt; est due aux talents conjugués de Michael A. Stackpole, Scott Tolson (scénario), John Nadeau (dessins) et Jordi Ensign (encrage).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn7&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref7&quot; name=&quot;_ftn7&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; Et, plus précisément, dans &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron - Requiem for a Rogue&lt;/em&gt; de Michael A. Stackpole, Jan Strnad (scénario) et Gary Erskine (dessins).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn8&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref8&quot; name=&quot;_ftn8&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt; Ce sont les quatre épisodes de &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron - In the Empire Service&lt;/em&gt; (1997) qui ont permis de découvrir le personnage du Baron Fel, homme d'honneur dans une armée sans honneur. Ils sont signés de Michael A. Stackpole (scénario), John Nadeau (dessins) et Jordi Ensign (encrage).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn9&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref9&quot; name=&quot;_ftn9&quot;&gt;[9]&lt;/a&gt; Cette idée a déjà servi de base à un épisode de la série &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; version Marvel (n°86 d'août 1984) écrit par Randy Stradley, l'actuel Creative Director de Dark Horse Comics, et illustré par Bob McLeod et Tom Palmer. Cette fois-là, c'est un citoyen d'Alderande qui se cachait sous l'armure blanche des troupes de l'Empire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn10&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref10&quot; name=&quot;_ftn10&quot;&gt;[10]&lt;/a&gt; Voir le premier épisode de la tétralogie &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron - Masquerade&lt;/em&gt; (1998), écrit par Michael A. Stackpole et dessiné par Drew Johnson et Gary Martin, avec une apparition surprise de Han Solo, Chewbacca et la princesse Leia.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&quot;ftn11&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;a title=&quot;&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/12/09/Star-Wars-X-Wing-Rogue-Squadron#_ftnref11&quot; name=&quot;_ftn11&quot;&gt;[11]&lt;/a&gt; Luke Skywalker, Wedge Antilles et les meilleurs pilotes de l'escadrille sont également les héros d'un jeu vidéo de LucasArts : &lt;em&gt;Star Wars: X-Wing Rogue Squadron&lt;/em&gt;, sur PC et Nintendo 64.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 5 décembre 2015</title>
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      <published>2015-12-08T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-08T11:52:45+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151208-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151208-une.jpg&quot; /&gt;Après nous avoir entretenu du monocorde dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/04/Journal-d-un-homme-des-bois-04-12-2015&quot;&gt;son précédent billet&lt;/a&gt;, Francis Valéry poursuit ses expérimentations avec cet instrument. L'occasion de revenir sur les notions d'octave et de quinte, de «&amp;nbsp;power chords&amp;nbsp;» et de gammes…&lt;/p&gt; &lt;h1&gt;Une seconde harmonique&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;la quinte (et ses conséquences)&lt;/h1&gt;&lt;p&gt;Poursuivons nos petites expérimentations avec notre monocorde. Après avoir «&amp;nbsp;coupé&amp;nbsp;» la corde à la moitié de sa longueur et mis en évidence la notion d’octave, nous allons cette fois opter pour un léger contact du doigt sur la corde, au tiers de sa longueur. Et faire ensuite sonner la corde sur sa partie la plus longue (les 2/3). Surprise&amp;nbsp;: nous obtenons un son qui s’avère très bien défini, net et précis, et d’une puissance sonore importante. Une rapide recherche sur le clavier de notre piano nous permet d’identifier ce son comme étant la note &lt;em&gt;sol&lt;/em&gt; – je rappelle que la tension de la corde est réglée pour produire un &lt;em&gt;do&lt;/em&gt; (la note «&amp;nbsp;fondamentale&amp;nbsp;») lorsqu’elle vibre de toute sa longueur. Cette note &lt;em&gt;sol&lt;/em&gt; porte le nom de «&amp;nbsp;quinte&amp;nbsp;». Jetez un œil sur le clavier du piano, et comptez les touches blanches (en ignorant pour l’instant les touches noires)&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;sol&lt;/em&gt; est la cinquième à partir du &lt;em&gt;do&lt;/em&gt;. D’où son nom&amp;nbsp;: quinte.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Mln0RciE2o0?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du point de vue de la plupart des guitaristes de hard-rock, la quinte est ce qui peut arriver de mieux à une fondamentale&amp;nbsp;! Depuis les origines, le hard rock est une musique profondément identifiée à l’utilisation par les guitaristes de ce que l’on appelle les «&amp;nbsp;power chords&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: expression que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;accords de puissance&amp;nbsp;», ce qui dit bien ce que cela veut dire. Outre ses chanteurs maigrichons en pantalons pattes-d’éléphants et moule-couilles, à tignasse ébouriffée et hurlant comme des gorets un après-midi d’abattoir, le hard rock se caractérise par le son saturé (de nos jours on dit plutôt overdrivé) des guitares produisant des riffs plus ou moins mortels intégrant des successions d’accords dont la simplicité n’a d’égal que la redoutable efficacité. Tels ceux de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zt51rITH3EA&quot;&gt;« Sunshine of Your Love »&lt;/a&gt; (Cream), &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zUwEIt9ez7M&quot;&gt;« Smoke on the Water »&lt;/a&gt; (Deep Purple), &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=Mln0RciE2o0&quot;&gt;« Whole Lotta Love »&lt;/a&gt; (Led Zepellin) ou encore &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=GlC92FufXp8&quot;&gt;« Paranoïd »&lt;/a&gt; de Black Sabbath, pour en citer quelques-uns qui ont nourri notre enfance avant de s’attaquer à nos cils vibratiles, et depuis passés dans l’inconscient collectif&amp;nbsp;! Mais attention&amp;nbsp;: avec une guitare branchée sur une pédale d’overdrive (avant, on disait plutôt pédale de distorsion), plaquer un accord sur les six cordes à la fois produit une sorte de bouillie des plus confuses, pleine de résonnances indésirables, inesthétique au possible, et donc tout à fait contre-productive. Par contre jouer la note fondamentale de l’accord sur une corde en même temps que sa quinte sur la corde suivante (dans le sens ascendant) produit un effet proche de celui des fameuses trompettes qui, si l’on se réfère à la Bible, ont fait s’effondrer les murailles de Jéricho – pour autant, cela va sans dire, que la guitare soit équipée de micros à double bobinage (les fameux humbeckers de chez Gibson) et qu’elle soit branchée sur un ampli à tubes d’une petite centaine de watts, au hasard un Marshall trois corps. Si l’on ajoute à nos deux notes l’octave de la fondamentale, jouée sur la corde suivante, on obtient ce que l’on appelle un «&amp;nbsp;power chord&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: fondamentale / quinte / octave. Cet accord a la particularité de n’être ni majeur ni mineur, puisque dépourvu de tierce, et de sonner dans à peu près tous les cas de figure. Au registre des dommages collatéraux, le power chord a pendant des années largement participé à l’apparition de fissures dans les murs des salles omnisports et salles des fêtes communales où l’on organisait des concerts de hard-rock – c’est pourquoi de tels événement musicaux (si l’on peut dire) sont désormais le plus souvent organisés en plein air, ce qui ne va pas sans créer d’ailleurs de nouveaux problèmes tels des vagues de suicide collectif dans les élevages de volailles, et ce dans un rayon de plusieurs kilomètres (mais certains prétendent qu’il s’agit là d’un mythe urbain, enfin… rural).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet exemple, parmi d’autres, montre le pouvoir redoutable de la quinte dans le cadre de l’harmonisation d’une mélodie. Après l’octave, que nous avions qualifiée, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/04/Journal-d-un-homme-des-bois-04-12-2015&quot;&gt;dans notre précédent article&lt;/a&gt;, de «&amp;nbsp;première harmonique de la fondamentale&amp;nbsp;», la quinte prend rang de «&amp;nbsp;deuxième harmonique de la fondamentale&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151208-monocorde.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151208-monocorde.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Mais revenons à notre monocorde. Si la partie vibrante la plus longue (2/3 de la corde) produit un sol, soit la quinte du dos, il en découle que la partie la plus courte (1/3) produira également un sol, mais à l’octave supérieure. Comme précisé dans le précédent article, diminuer de moitié la longueur vibrante consiste à produire une fréquence d’une valeur double.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les effets psychoacoustiques de la quinte semblant particulièrement puissants, forte est la tentation, en complément des notes dont nous disposons désormais suite à nos premières manipulations (fondamentale/quinte/octave de la fondamentale/octave de la quinte) de nous demander ce qu’il pourrait advenir si l’on s’intéressait à «&amp;nbsp;la quinte de la quinte&amp;nbsp;», puis à «&amp;nbsp;la quinte de la quinte de la quinte&amp;nbsp;», etc. Le jeu est d’autant plus facile que le rapport de quinte est un rapport très simple&amp;nbsp;: 3/2 (soit 1,5) pour déterminer la quinte ascendante de notre note de départ, et à l’inverse 2/3 pour déterminer la note dont notre note de départ est la quinte, soit ce que l’on appellera la quinte descendante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est temps d’ouvrir une parenthèse d’importance. Au fil des articles, on va voir que les gammes que l’on va être amené à construire sont faites de notes qui, si elles portent les mêmes noms (&lt;em&gt;do&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;ré&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;mi&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;fa&lt;/em&gt;, etc.), ne sont que rarement les mêmes – elles vont en effet souvent se définir par des fréquences différentes selon les gammes, parfois de peu, parfois de manière très sensible. Afin de comparer ces diverses gammes, en particulier en ce qui concerne leurs effets psychoacoustiques, il s’avère nécessaire de disposer d’une note dont la fréquence serait immuable, d’une gamme à l’autre. Un point central de référence, en quelque sorte. Une telle note existe, du moins en occident. C’est ce que l’on appelle le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la&lt;/em&gt; du diapason&amp;nbsp;» qui vibre très précisément à 440 Hz. C’est une convention internationale, recommandée lors d’une conférence internationale qui s’est tenue en 1939 et finalement acceptée en 1955 par l’Organisation Internationale de Normalisation (à l’origine des normes ISO). Avant cela, le &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; avait une valeur très fluctuante, en fonction des époques, des pays, du type de musique jouée, etc. On trouve des instruments de l’époque baroque (clavecins ou instruments à vent par exemple) accordés avec un &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; à peine supérieur 400 hz et, à l’inverse, on en trouve accordés sur un &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; à plus de 480 hz. En réalité, d’un strict point de musical l’existence d’un diapason fixe et qui serait le même pour tout le monde ne sert absolument à rien&amp;nbsp;: on peut jouer plus haut, plus bas… pratiquer des accordages en fonction des sensations que l’on en retire. L’intérêt est essentiellement commercial&amp;nbsp;: une norme mondiale dans l’accordage permet aux fabricants de vendre leurs instruments dans le monde entier. Fin de la parenthèse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Continuons de repérer les quintes successives – et précédentes – sur le clavier de notre piano, en comptant jusqu’à cinq. Dans le sens ascendant, la quinte du &lt;em&gt;do&lt;/em&gt; est le sol, la quinte du &lt;em&gt;sol&lt;/em&gt; est le &lt;em&gt;ré&lt;/em&gt;, la quinte du &lt;em&gt;ré&lt;/em&gt; est le la&lt;em&gt;,&lt;/em&gt; etc. avec à chaque fois, un rapport de fréquence ascendant de 3/2 – et avec un rapport descendant de 2/3&amp;nbsp;: &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; est la quinte du &lt;em&gt;ré&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;ré&lt;/em&gt; est la quinte du &lt;em&gt;sol&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;sol&lt;/em&gt; est la quinte du &lt;em&gt;do&lt;/em&gt;, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’on part du &lt;em&gt;la (&lt;/em&gt;440), on détermine ainsi en mode ascendant un &lt;em&gt;mi&lt;/em&gt; (660) et un &lt;em&gt;si&lt;/em&gt; (990). En mode descendant, on détermine un &lt;em&gt;ré&lt;/em&gt; (2/3x440), un &lt;em&gt;sol&lt;/em&gt; (4/9x440) et un &lt;em&gt;do&lt;/em&gt; (8/27x440). En faisant appel à la notion d’octave (division par deux ou par quatre de la fréquence pour obtenir l’octave inférieure, ou l’octave deux fois inférieure), on arrive aisément à construire une gamme circonscrite à une octave, avec des valeurs de fréquence propres – nous indiquons le nom de chaque note, sa fréquence, et la fraction à appliquer à la fréquence du &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; de référence (440) pour obtenir ces résultats.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Fondamentale&amp;nbsp;: Do&amp;nbsp;: 130.37 hz – coefficient 8/27&lt;br /&gt;Seconde&amp;nbsp;: Ré&amp;nbsp;: 146,67 hz – coefficient 1/3&lt;br /&gt;Tierce&amp;nbsp;: Mi&amp;nbsp;: 165 hz – coefficient 3/8&lt;br /&gt;Quarte&amp;nbsp;: Fa&amp;nbsp;: 173,83 hz – coefficient 32/81&lt;br /&gt;Quinte&amp;nbsp;: Sol&amp;nbsp;: 195,55 hz – coefficient 4/9&lt;br /&gt;Sixte&amp;nbsp;: La&amp;nbsp;: 220 hz – coefficient ½&lt;br /&gt;Septième&amp;nbsp;: Si&amp;nbsp;: 247,5 – coefficient 9/16&lt;br /&gt;Octave&amp;nbsp;: Do&amp;nbsp;: 260, 74 – coefficient 16/27&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette gamme est tout simplement la gamme dite de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;do&lt;/em&gt; majeur&amp;nbsp;». Elle ne comporte aucune altération (les fameux dièses et bémols) et ne fait donc appel qu’aux touches blanches du piano. C’est également ce que l’on appelle une gamme diatonique, utilisée dans les musiques populaires qui se jouent avec des instruments souvent assez simples dans leur fabrication et qui ne savent pas produire des notes altérées (comme la chifonie, le dulcimer, l’accordéon diatonique, les harmonicas diatoniques, la plupart des flûtes, etc.).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Maintenant, si vous pensez que tout cela est un peu simplet et bien trop beau pour ne pas cacher de piège, alors, vous avez raison. J’entends déjà un petit malin me dire&amp;nbsp;: vous avez tournicoté autour du &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; parce que cela vous arrangeait, car si l’on part du &lt;em&gt;la&lt;/em&gt; et que l’on note les quintes ascendantes, après le &lt;em&gt;mi&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;si&lt;/em&gt; on arrive à une note qui, le clavier du piano faisant foi, est un &lt;em&gt;fa&lt;/em&gt; dièse&amp;nbsp;: une des touches noires du piano&amp;nbsp;! Et là, tout se complique&amp;nbsp;! Fini le bel agencement des notes de la gamme majeure considérée comme une gamme dans laquelle chaque note est la quinte d’une autre… et patati et patata.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’abord, je ferai remarquer que, comme le disait mon instituteur quand nous refusions de ranger nos pots de peinture, «&amp;nbsp;il faut savoir arrêter une activité&amp;nbsp;». Donc après le &lt;em&gt;si&lt;/em&gt;, on s’arrête (pour l’instant du moins). Ensuite, certes, ça se complique… mais juste un peu&amp;nbsp;! Et c’est de cette complication que va d’ailleurs naître notre fameuse gamme occidentale avec ses douze demi-tons (ces histoires de dièses et de bémols). Et pire&amp;nbsp;: à la terrible notion de «&amp;nbsp;tempérament&amp;nbsp;», responsable du fait que depuis Bach ou peu s’en faut (il faut bien un coupable), tout le monde joue faux et entend faux&amp;nbsp;! (après cela, il ne faut pas s’étonner que la plupart des gens ne voient pas en quoi le mp3 est tout pourri). Nous verrons cela dans notre prochaine intervention. Avec cette interrogation&amp;nbsp;: est-ce que les extra-terrestres jouent faux, eux aussi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Let's do the Time Warp again</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again" rel="alternate" type="text/html" title="Let's do the Time Warp again" />
      <id>urn:md5:e798dbd9d06e3ab149312f51ee2e1dde</id>
      <published>2015-12-07T14:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-18T12:43:58+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-une.jpg&quot; /&gt;Osons le terme : le &lt;strong&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/strong&gt; est la meilleure comédie musicale érotique de science-fiction de tous les temps. Certes, le film de Jim Sharman concourt à peu près seul dans sa catégorie. Il n’empêche. Et les quarante ans du RHPS lui valent bien une petite rétrospective.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Osons le terme&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; est la meilleure comédie musicale érotique de science-fiction de tous les temps. Certes, le film de Jim Sharman concourt à peu près seul dans sa catégorie. Il n’empêche. Et les quarante ans du RHPS lui valent bien une petite rétrospective.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-poster2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-poster2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h1&gt;It was great when it all began&lt;/h1&gt;&lt;p&gt;Le titre l’indique bien&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Rocky Horror &lt;u&gt;Picture&lt;/u&gt; Show &lt;/em&gt;est la version filmée d’une comédie musicale&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt;. Celle-ci a été imaginée par Richard O’Brien lors de soirées de désœuvrement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelques mots sur O’Brien. Né en 1942 à Cheltenham, Richard O’Brien (Richard Timothy Smith de son vrai nom) passe son adolescence dans la campagne de Nouvelle-Zélande. De retour en Angleterre en plein cœur des Swinging Sixties, il met à profit ses compétences en équitation comme cascadeur dans une poignée de films (&lt;em&gt;Casino Royale&lt;/em&gt;, 1967, notamment)&amp;nbsp;: s’y éveille là son intérêt pour le cinéma. O’Brien suit bientôt des cours de théâtre et participe notamment à &lt;em&gt;Hair&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Jesus Christ Superstar&lt;/em&gt;. C’est dans un moment d’inactivité entre deux pièces, qu’il écrit les paroles du &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; (qui ne s’appelait pas encore ainsi), où transparaît son intérêt, passionné et ironique, pour le rock’n’roll, la SF et les vieux films d’horreur de série B des décennies précédentes.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-riffraff.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part1-riffraff_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;O’Brien rencontre le réalisateur Jim Sharman en mai 1972, lors de la production australienne du musical &lt;em&gt;Jesus Christ Superstar&lt;/em&gt;, où il joue le roi Hérode le temps d’un soir. Par la suite, O’Brien soumet à Sharman son ébauche de pièce&amp;nbsp;: le metteur en scène va le soutenir et l’aider dans son projet, dont le titre change au passage, &lt;em&gt;They Came from Denton High&lt;/em&gt; (de Denton, le nom de la ville d’où viennent deux des protagonistes) devenant &lt;em&gt;The Rocky Horror Show&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-poster-rhs.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-poster-rhs.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le casting du musical se précise. O’Brien prend le rôle d’un personnage secondaire&amp;nbsp;: le valet Riff-Raff. Patricia Quinn, méconnue à l’époque (et guère plus connue par la suite), joue sa soeur, Magenta. Quant à Tim Curry (&lt;em&gt;Le Cri du sorcier&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Ça&lt;/em&gt;), pressenti pour le rôle de Rocky, il endosse finalement celui de Frank N. Furter&amp;nbsp;; la postérité n’y a pas perdu au change, bien au contraire. Quant à Meat Loaf, après avoir joué dans la version américaine de Hair, il prend le rôle du professeur Scott et d’Eddie dans la version anglaise du &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt;, et s’il est absent de sa contrepartie américaine, il reviendra pour le film — et entamera deux ans plus tôt une jolie carrière discographie avec &lt;em&gt;Bat out of Hell&lt;/em&gt; (1977). O’Brien, Quinn et Curry sont les trois comédiens à avoir joué à la fois dans les versions anglaises, américaines du &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; et dans le film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première du &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; a lieu le 19 juin 1973, et le musical est joué jusqu’au 20 juillet. À la surprise de Richard O’Brien, le musical remporte un franc succès, qui va lui permettre d’être joué dans de plus grandes salles. Cette même année 1973, le musical est couronné par l’Evening Standard Award.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-rhs1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-rhs1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À la manière des musicals de l’époque (&lt;em&gt;Jesus Christ Superstar&lt;/em&gt;, par exemple, sorti deux ans plus tôt), un projet d’adaptation du &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; sur grand écran est rapidement lancé, avec Lou Adler, co-organisateur du festival de Monterey, à la production. Afin de préparer le terrain, le musical tente de s’exporter à New York, mais y échoue lamentablement. Qu’importe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le tournage a lieu à l’automne 1974, à Oakley Court, une vieille demeure anglaise qui a notablement servi de décor à bon nombre de films de la Hammer. Certains membres du cast de la comédie musicale reprennent leur rôle dans le film&amp;nbsp;: O’Brien reste Riff-Raff, Patricia Quinn rendosse le tablier de Magenta et Tim Curry garde les bas résilles de Frank N. Furter. En revanche, Jonathan Adams quitte son costume de Narrateur pour s’asseoir dans le fautueil roulant du professeur Scott. Barry Bostwick est quant à lui un transfuge de la comédie musicale &lt;em&gt;Grease&lt;/em&gt; – aurait-il joué dans le film qu’il aurait sûrement connu une carrière bien différente que celle qui est la sienne, faite de rôles dans de petites productions. Quant à Susan Sarandon, au moment de jouer dans le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;, elle avait déjà joué dans bon nombre de téléfilms et n’avait rien d’une débutante. Bref, venons-en enfin à l’histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La bande-annonce d'époque qui ne fait pas envie&amp;nbsp;:&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/4plqh6obZW4?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h1&gt;Science Fiction Double Feature&lt;/h1&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h2&gt;And this is how the message ran…&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Spoilers ahead… Si cette partie du billet ne s’intéresse qu’aux chansons, il est inévitable de parler aussi de l’intrigue. Allez par &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/07/Let-s-do-the-Time-Warp-again#hop&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; si vous souhaitez vous les épargner.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=MudWYgfwUvA&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&quot;&gt;Science Fiction / Double Feature&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: une évocation nostalgique mais moqueuse des films de SF d'antan. Il y a des «&amp;nbsp;ooooh&amp;nbsp;» et des dégoulinures de saxophone, c'est une introduction parfaite. Dans le film, la chanson est chantée par les fameuses lèvres rouge vif qui ornent l'affiche, tandis que défile le générique en lettres sanglantes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(Un peu plus haut, j’évoquais un Narrateur&amp;nbsp;: l’histoire nous est narrée par un Criminologue/Narrateur, qui servira sûrement d’inspiration trente ans plus tard à Christophe Hondelatte pour &lt;em&gt;Faites entrer l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’accusé &lt;/em&gt;(ou pas).)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=p3tQUtDfgd8&amp;amp;index=2&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&quot;&gt;Damnit Janet&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: où, peu après le mariage de son meilleur ami, Brad Majors déclare ses sentiments à Janet Weiss. La déclaration d'amouuur est suivie d'une envolée de violons digne de Le cœur a ses raisons, et s'ensuit un swing adorable. Des chœurs irrésistibles ponctuent la chanson (comment ne pas faire écho et répéter «&amp;nbsp;Janet&amp;nbsp;» avec eux&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-brad-janet.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-brad-janet.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ycLhb6DpnIs&amp;amp;index=3&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&quot;&gt;Over at the Frankenstein Place&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: sur le point de rendre visite à leur ami, le professeur Scott, Janet et Brad tombent en panne en pleine nuit pluvieuse, non loin d'un manoir. Une sympathique chanson de transition, hantée par un doux sentiment d'inquiétude.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=cMPrvhgg6CM&amp;amp;index=4&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&quot;&gt;The Time Warp&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: s'il n'y avait qu'&lt;em&gt;un&lt;/em&gt; morceau à retenir du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;, ce serait celui-ci sans le moindre doute. Une mélodie sautillante, un refrain entraînant, une chorégraphie à faire oublier la Macarena que nous enseigne le Criminologue. Un classique intemporel. Voilà Brad et Janet accueillis dans le mystérieux manoir par un majordome peu aimable (Riff-Raff) et sa rouquine de sœur (Magenta). Le maître des lieux organise une convention de Transylvaniens, où les participants appellent de tous leurs vœux à refaire le Saut dans le Temps. L’occasion de voir la pétillante Columbia s’essayer à un numéro de claquettes (et le rater, presque).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-dancesteps.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-dancesteps.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=zMhG239Mqtw&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&amp;amp;index=5&quot;&gt;Sweet Transvestite&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: où le maître des lieux fait son apparition. Frank N. Furter y chante l'une des déclarations d'intention du film («&amp;nbsp;I'm just a sweet transvestite / From Transsexual, Transylvania&amp;nbsp;»), et commmence à conquérir Janet. Quitte à se répéter&amp;nbsp;: Tim Curry assure à mort dans le rôle dans le rôle, aussi séducteur que lubrique.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-throne.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-throne.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5WGEon28uKo&quot;&gt;Sword of Damocles&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: l'une des chansons omises sur le disque de la BO — reconnaissons qu'il s'agit d'un titre assez faible, où Rocky, alias la Créature, revient à la vie dans le labo, dans une parodie de &lt;em&gt;Frankenstein&lt;/em&gt;. Tout juste réveillé par Frank, Rocky en panique se rend compte que sa vie ne tient qu'à un fil, et flippe un peu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=orwsgowXSAo&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&amp;amp;index=6&quot;&gt;I Can Make You a Man&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: où Frank N. Furter fait bosser les muscles de Rocky, tout en chantant les raisons pour lesquelles il a fabriqué ce Monsieur Muscle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=txnYRcygEAE&quot;&gt;Hot Patootie (Bless My Soul)&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: une chanson un peu hors-sujet par rapport au reste du film. La sueur a à peine fini de sécher sur les biceps de Rocky que débarque Eddie, livreur semi-décérébré (il y a un point de scénario pas clair&amp;nbsp;: Frank Furter aurait échangé les encéphales de Rocky et d'Eddie), qui se demande où est passé le bon temps. Et c'est un rock'n'roll endiablé.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-eddie.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.rhps-part1-eddie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=hJwe9w8PyWE&quot;&gt;I Can Make You A Man (Reprise)&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: après le meurtre sauvage d'Eddie, Frank entonne, l’air de rien, une reprise de &lt;em&gt;I Can Make You A Man&lt;/em&gt;, qui se termine sur la &lt;em&gt;Marche Nuptiale&lt;/em&gt; de Haendel — un mariage gay &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; extraterrestre. Ce sur quoi, tout le monde va au lit&amp;nbsp;: Rocky dans une niche de luxe, Brad et Janet dans des chambres à part… où ils ne resteront pas seul longtemps. Fin du premier acte dans le musical.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=2Sq7BKyLLcg&quot;&gt;Touch-A, Touch-A, Touch Me&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: où Janet explique sa vie de jeune femme carrément coincée qui vient de découvrir les joies de la chair — mais pas en compagnie de son futur mari. Une ode au plaisir, et un gentil doigt d’honneur à la continence, l'abstinence et le pas-avant-le-mariage.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-surpris.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-surpris.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=FOTFs5jY9RU&quot;&gt;Once in a while&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: une chanson malaimée, à la fois absente du film et de la BO sur disque. C'est le pendant mollasson et déprimant du titre précédent, où Brad nous fait part de son spleen.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=xQlh54o_6Dg&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&amp;amp;index=10&quot;&gt;Eddie's Teddy&lt;/a&gt; : le professeur Scott, accessoirement oncle d'Eddie, débarque au manoir, afin de savoir ce qu’il est advenu de son neveu. Voilà tous les protagonistes rassemblés à table autour d'un dîner, à chanter la vie du défunt livreur. (Et les convives de se rendre que la dinde qu'on leur a servi n'en était pas.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=wjWAY-CbYGU&quot;&gt;Planet Schmanet, Janet&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: la découverte de la nature du repas servi a provoqué quelques troubles, en particulier chez Janet, qui pète un boulon et tente de fuir à travers le manoir. Une chanson assez anecdotique (également absente du disque), qui fait toutefois avancer l'intrigue, se moque gentiment de la quincaillerie SF. Mais grâce à elle, on peut briller en société et apprendre à répéter sans se tromper&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Audio-vibratory, physiomolecular transport device&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-floorshow.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-floorshow.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://youtu.be/ru3RG_uhCac&quot;&gt;Rose Tints My World&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: à l'issue de la précédente chanson, Furter a pétrifié tous les protagonistes, qu'il maquille et dispose sur une scène. Que le Floor Show commence&amp;nbsp;! Columbia, Rocky, Brad puis Janet vont chacun leur tour être dé-médusés et chanter à quel point leur rencontre avec Frank Furter a été libératrice. Une montée en puissance irrésistible pour une chanson qui ne l’est pas moins.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://youtu.be/ru3RG_uhCac?t=2m45s&quot;&gt;Fanfare / Don't dream it&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: l'autre déclaration d'intention du film, non moins irrésistible, moite et sensuelle. Un refrain libérateur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Don't dream it, be it&amp;nbsp;». Et voilà nos héros plongés en pleine orgie dans une piscine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://youtu.be/ru3RG_uhCac?t=6m20s&quot;&gt;Wild and Untamed Thing&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: la conclusion débridée du Floor Show. Un dernier slogan pour la route&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Rose tint my world / Keep me safe from my trouble and pain&amp;nbsp;». Mais voilà que la chanson oblique vers des territoires bien moins agréables, lorsque débarquent Riff-Raff et Magenta en tenue de cosmonautes, bien décidés à faire cesser les agissements, déviants selon eux, de leur patron.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=YRJVYoOaBbY&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&amp;amp;index=12&quot;&gt;I'm Going Home&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: Frank N. Furter fait ses adieux déchirants à la Terre, mais n'a pas compris que le voyage retour se fera sans lui. Musicalement, la chanson en fait des tonnes dans le pathos — petit violon solo, chœurs chagrinés — au point que ça en devient presque drôle.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=EzYaRPZFH8w&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&amp;amp;index=13&quot;&gt;Super Heroes&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: tout est fini. Dans une chanson déchirante, Brad et Janet comprennent que rien ne sera plus jamais pareil pour eux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=93NqnD8Jg8o&amp;amp;list=PLOhhrxpnIVS5RU0CDvBUdKEfplM9MpQkZ&amp;amp;index=14&quot;&gt;Science Fiction/Double Feature (Reprise)&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: la tristoune chanson du générique de fin reprend l’air du générique du début, et ses paroles résume le film pour qui n'aurait pas compris.&lt;/p&gt;&lt;h2 id=&quot;hop&quot;&gt;Some terrible thrills&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Entre le &lt;em&gt;Rocky Horror Show&lt;/em&gt; et sa version &lt;em&gt;Picture&lt;/em&gt;, pas de quoi effrayer les fanas du jeu des 7 erreurs&amp;nbsp;: les deux versions restent très proches l’une de l’autre. Quelques scènes et chansons sont absentes de l’une ou l’autre version, sans que cela n’influe sur l’intrigue (si le dîner est absent du musical, la fadasse «&amp;nbsp;Once in a while&amp;nbsp;» a disparu au montage du film). Notons que les chansons du musical sont cependant plus enlevées que celles du film, qui paraissent mollassones en comparaison.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mollasson&amp;nbsp;: le qualificatif peut s’appliquer au film tout entier, qui accumule les longueurs et dont la réalisation n’est pas toujours au top. La fameuse scène de danse du «&amp;nbsp;Time Warp&amp;nbsp;» ainsi aurait gagné en efficacité avec un montage plus dynamique (plus clipesque, disons). Des longueurs que les spectateurs ont mis à contribution — on verra ça plus loin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Côté casting, la qualité de l’interprétation varie. Celui qui sort du lot pour la médiocrité de son jeu est clairement Peter Hinwood, qui incarne le rôle-titre, Rocky&amp;nbsp;: son jeu est peu mémorable, et seul son corps sculptural vaut le coup d’œil. D’ailleurs, l’expérience du cinéma n’a guère plu à Hinwood, qui s’est reconverti assez vite en antiquaire. Si les autres membres du cast assurent (Susan Sarandon, Barry Bostwick), celui qui tire son épingle du jeu est sans conteste Tim Curry, tout bonnement incroyable d’aisance dans le rôle de l’extravagant Frank N. Furter. Susan Sarandon assure&amp;nbsp;; Barry Bostwick n’est pas un bon chanteur, mais est impeccable dans son rôle d’étudiant coincé.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-ag.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-ag.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; regorge de références culturelles, cela dès la chanson du générique, «&amp;nbsp;Science Fiction / Double Feature&amp;nbsp;», dont les paroles convoquent Tarantula et Flash Gordon, l’Homme invisible et les Triffides, King Kong et Klaatu, le &lt;em&gt;Choc des mondes&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Plan&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ète interdite&lt;/em&gt;. Il était envisagé au départ que des extraits de ces films illustrent le générique, tout comme, en référence au &lt;em&gt;Magicien d&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’Oz&lt;/em&gt;, le film devait être en noir et blanc jusqu’au premier refrain du «&amp;nbsp;Time Warp&amp;nbsp;». Citons également une référence à &lt;em&gt;Docteur Folamour&lt;/em&gt; en la personne du professeur Scott. Enfin, certains plans font quant à eux citations de tableaux, en particulier &lt;em&gt;American Gothic&lt;/em&gt; de Grant Wood. L’ensemble constitue un hommage quelque peu parodique – qui aime bien châtie bien…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À son tour, le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; a fini par infuser dans la culture populaire, acquérant le statut envié de film-culte au fil du temps. Jusqu’à être intronisé à la Bibliothèque du Congrès en 2005, pour son importance culturelle, historique et esthétique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h1&gt;In just seven days, I can make you a fan&lt;/h1&gt;&lt;p&gt;On l’a dit plus haut, sous le strict aspect cinématographique, le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; est loin d’être un chef d’œuvre. Pas avare en défauts, il parvient tout de même à les transcender, le statut de film-culte le plaçant désormais «&amp;nbsp;au-delà du bien et du mal&amp;nbsp;» — sans ses défauts, le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; ne serait pas le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;. Au départ, c’était pourtant mal parti.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lors de sa sortie, en août 1975 au Royaume-Uni et septembre 1975 aux USA, le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; a rencontré une totale absence de succès, tant critique que public. Jusqu’à ce que quelqu’un ait l’idée de programmer le film en séance de minuit, en compagnie d’autres œuvres étranges et déviantes, tel le trash &lt;em&gt;Pink Flamingos&lt;/em&gt; de John Waters. Le long-métrage de Jim Sharman a alors gagné en popularité, attirant un public de curieux. Un public qui est revenu au fil des séances. Et qui s’est dit que pimenter les séances avec des interventions de leur cru serait une bonne idée. Comment placer des blagues, d’une finesse douteuse, aux temps morts du film. Certains spectateurs ont commencé par revenir aux séances du film, avec des accessoires&amp;nbsp;: du riz, à jeter à travers la salle lors des deux mariages, de l’eau lors de l’averse, du PQ, lorsqu’on ôte les bandages de Rocky. Ce sont là les accessoires minimum&amp;nbsp;: les fans hardcore peuvent se munir d’une crécelle ou de cartes à jouer, en écho à d’autres scènes ou paroles de chanson.&lt;/p&gt;&lt;h2 id=&quot;galande&quot;&gt;Some Regular Franky’s Fans&lt;/h2&gt;&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; peut se targuer d’être le film ayant la plus longue durée d’exploitation&amp;nbsp;: depuis sa sortie voici quarante ans, il y a toujours eu au moins &lt;em&gt;un&lt;/em&gt; cinéma au monde le projetant. Un joli record pour cette pochade. Depuis, un fan-club officiel s’est créé et a essaimé un peu partout, dont en France.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;rhps-part1-galande.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rhps-part1-galande.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;De fait, l’Hexagone n’est pas en reste dans le suivi du culte du &lt;em&gt;Rocky&lt;/em&gt;. Depuis une vingtaine d’années, un cinéma diffuse le film de manière ininterrompue&amp;nbsp;: le studio Galande, situé dans le 5e arrondissement de Paris. Chaque vendredi et samedi soir de l’année, des troupes aux noms évocateurs (les Deadly Stings, les No Good Kids, les Sweet Transvestites…) assurent ou ont assuré la représentation du film, devant une salle souvent comble. Le Studio Galande est un tout petit cinéma indépendant, dont l’unique salle se situe dans une cave. Existant depuis 1973, il a une programmation spécialisée Art &amp;amp; Essai — c’est là que votre serviteur a pu voir et apprécier des œuvres aussi diverses que &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/14/P-comme-Polyester&quot;&gt;Polyester&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de John Waters ou &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/19/H-comme-Hormona&quot;&gt;Hormona&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de Bertrand Mandico.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est en descendant un étroit escalier que l’on parvient à la salle de projection. Celle-ci n’est pas bien grande&amp;nbsp;: quelque quatre-vingt spectateurs (parfois déguisés comme les personnages du film, mais pas toujours avec la plus grande justesse) peuvent s’entasser dans ses rangées resserrées. Lors des séances du &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt;, mieux vaut se présenter en avance afin d’être bien situé dans la queue&amp;nbsp;: c’est une séance de cinéma qui se &lt;em&gt;vit&lt;/em&gt; (et de préférence, pas dans votre salon), et avoir une place dans les trois premiers rangs est de rigueur pour une meilleure expérience du film.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(À noter que ce qui suit se base sur ma propre expérience, forcément partiale et partielle, n’ayant assisté qu’aux séances proposées par la troupe des Sweet Transvestites entre 2009 et 2014, une troupe dont on pourra lire une interview dans un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/12/18/Don-t-dream-it-be-it&quot;&gt;prochain billet&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La mise en jambe commence (souvent) par un medley Village People. «&amp;nbsp;In the Navy&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;YMCA&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Go West&amp;nbsp;» s’enchaînent. Pas question de rester enfoncé dans son fauteuil, l’implication du public est requise.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les comédiens, dans des costumes reproduisant au plus près ceux du film, reconstituent avec force accessoires les scènes du film dans la salle (fort peu spacieuse), et font régulièrement participer les spectateurs des premiers rangs — c’est interactif, vous dis-je. Les lancers de riz et d’eau font partie des incontournables, tout comme (ré)apprendre la chorégraphie du Time Warp dans les allées étroites ou swinguer sur «&amp;nbsp;Hot Patootie&amp;nbsp;». Les temps morts du film (et il y en a) servent à placer bon nombre de plaisanteries, pas toujours les plus fines (mais qu’importe), avec des constantes et des variations au gré de l’actualité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour ceux qui rentrent dans le délire (car il est possible de rester totalement impénétrable au RHPS, ça arrive), ce sont là deux heures aussi jouissives que libératoires, qui font désormais partie intégrante de l’ADN du film, et qui lui assurent sa popularité depuis maintenant quarante ans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h1&gt;It's a gas that Frankie's landed&lt;/h1&gt;&lt;p&gt;Qu’en conclure&amp;nbsp;? Quarante ans après sa sortie, le &lt;em&gt;Rocky Horror Picture Show&lt;/em&gt; est-il encore d’actualité&amp;nbsp;? Au-delà de la vingtaine de chansons, qui restent, l’inoxydable «&amp;nbsp;Time Warp&amp;nbsp;» en tête, un régal pour qui n’est pas allergique au glam-rock. La popularité continue du film semble le prouver. Même s’il est sûrement moins novateur qu’au moment de la sortie du film, son discours progressiste n’a pas pris une ride. Une ode joyeuse au travestissement et à la libération sexuelle — tout le monde couche avec tout le monde, et les protagonistes terminent le film en bas-résille et porte-jarettelles. Indispensable.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Don't get strung out by the way I look&lt;br /&gt;Don't judge a book by its cover&lt;br /&gt;I'm not much of a man by the light of day&lt;br /&gt;But by night I'm one hell of a lover&lt;br /&gt;I'm just a sweet transvestite&lt;br /&gt;From Transexual, Transylvania&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;</content>
      
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      <title>T comme Le Troupeau aveugle</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/05/T-comme-Le-Troupeau-aveugle" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Le Troupeau aveugle" />
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      <published>2015-12-05T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-05T16:30:34+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-t-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on se prépare aux désastres écologiques avec &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;. Après &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/20/O-comme-L-Orbite-dechiquetee&quot;&gt;L'Orbite déchiquetée&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, John Brunner poursuit sa tétralogie prospectiviste, avec ce troisième volet consacré à la destruction de l'environnement.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Troupeau aveugle [The Sheep Look Up], John Brunner, roman traduit de l’anglais [UK] par Guy Abadia. J’ai lu, 1981 [1972]. Poche, 256 pp (volume 1), 256 pp (volume 2).&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Troisième volet de la «&amp;nbsp;Tétralogie noire&amp;nbsp;» (ou du cycle du «&amp;nbsp;Choc du futur&amp;nbsp;», il n’y a pas de titre précis pour l’ensemble) initié par&lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; et poursuivi par &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/11/20/O-comme-L-Orbite-dechiquetee&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; voit John Brunner se colleter à la thématique de la destruction de l’environnement. Avec une double illustration de Caza devenue culte pour la première édition poche.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-t-covers.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-t-covers.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Arrêtez, vous me faites mourir.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Bienvenue dans un XXIe siècle qui n’est, heureusement, pas le nôtre — encore que ça discute. Aux USA, l’atmosphère est irrespirable, les rivières et les bords de mer sont pollués, pas grand-chose ne distingue les produits bio des produits non-bio, les catastrophes sont fréquentes, le gouvernement fait la guerre aux Tupamaros d’Amérique du sud, tous les citoyens sont malades, frappés d’allergies diverses… Et au milieu de ce chaos, le leader écologiste Austin Train se planque, dépassés par les «&amp;nbsp;trainites&amp;nbsp;», ces gens se réclamant de sa philosophie.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-t-cover-vo1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-t-cover-vo1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Comme ses deux prédécesseurs, &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; s’inspire, sur la forme, de la trilogie &lt;strong&gt;U.S.A.&lt;/strong&gt; de John Dos Passos&amp;nbsp;: au fil de chapitres très courts, l’action se répartit sur plusieurs personnages entretenant des liens plus ou moins ténus entre eux, et de nombreux extraits de communiqués de presse, d’interviews télévisées, de notices, d’infos, parsèment le roman. À la différence de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;, dont les quatre cents pages concentrent le récit sur une durée de deux jours, l’action du &lt;strong&gt;Troupeau&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; s’étale sur les douze mois d’une année, de décembre à décembre.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-t-cover-ldp.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-t-cover-ldp.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Les personnages, nombreux, vont et viennent au fil des pages, brossant ainsi un tableau d’ensemble. Dans son intéressante&lt;a href=&quot;http://www.quarante-deux.org/archives/klein/prefaces/lp27207.html&quot;&gt;préface au roman dans l’édition Livre de poche&lt;/a&gt;, Gérard Klein estime &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; supérieur à &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt;, reprochant au premier volet de la tétralogie des emprunts trop voyants au roman d’espionnage. Ce à quoi j’ai envie de répondre par un «&amp;nbsp;moui&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: au moins dans &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar &lt;/strong&gt;les protagonistes, Donald Hogan et Norman House, sont-ils pleinement caractérisés&amp;nbsp;; dans le &lt;strong&gt;Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;, à l’exception d’Austin Train, les personnages font figure de silhouettes relativement interchangeables, auquel il est ardu de s’attacher, et que l’auteur sacrifie sans ménagement au fil des pages. Et il n’y a pas de mal à proposer une intrigue de série B de luxe&amp;nbsp;: d’intrigue, &lt;strong&gt;Le Troupeau…&lt;/strong&gt; n’en propose en fait pas vraiment — le temps passe et les choses empirent. De ce côté-là, c’est une légère déception, tempérée par l’acceptation de Brunner de son propre pessimisme &amp;nbsp;: pas de happy ending artificiel, à la différence de &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;, mais un méchant unhappy ending au goût de cendres. In fine, l’intérêt du roman se situe surtout dans le travail de prospective — imaginer un avenir crédible au vu des données de l’époque.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-t-cover-vo2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-t-cover-vo2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Évoquons rapidement là où Brunner s’est révélé myope&amp;nbsp;: le nucléaire, grand absent du roman, et l’informatique (mais qui fera l’objet du dernier volet de la «&amp;nbsp;tétralogie noire&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;Sur l’onde de choc&lt;/strong&gt;). Il n’est non plus pas vraiment question de réchauffement climatique, ou d’OGM. Quelques autres pétouilles, çà et là, rattachent le roman à l’époque à laquelle il a été rédigé. Là où il a vu juste&amp;nbsp;: grosso modo, le reste. L’impact humain dévastateur sur l’environnement, l’exploitation des ressources des pays en voie de développement par les pays développés, les scandales alimentaires et la malbouffe, l’aveuglement des politiques et le jemenfoutisme des entreprises, les citoyens qui en bavent, et dans le lot, quelques prophètes prêchant dans le désert.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Extraits choisis, dont certains sont étrangement en phase avec l’actualité de ce mois de décembre 2015, COP21 et climat sécurité oblige&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;À New York, la pluie n’éclaircissait même plus l’atmosphère, elle humidifiait seulement un peu la poussière.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;D’une part la loi sur l’Environnement n’est pas une arme suffisante. On peut invoquer toutes sortes de raisons d’exemptions, de dispenses et d’ajournement, et naturellement les compagnies qui verraient leurs profits réduits par l’application des nouvelles réglementations utilisent tous les moyens en leur possession pour les contourner. Et le second point est que nous ne sommes plus aussi sensibilisés sur la question que nous ne l’avons été. Il y a eu un bref moment d’angoisse il y a quelques années à la suite de quoi la Loi sur l’Environnement a été votée (…) et depuis, nous nous sommes laissés allés avec l’idée que le problème avait été réglé, ce qui en réalité est tout à fait faux.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Toi et tes ancêtres, vous avez traité la planète comme si c’était une putain de cuvette de cabinet géante. Vous avez chié dedans, et vous vous êtes vantés de toute votre merde. Et maintenant que la cuvette déborde, vous êtes gras et contents (…).&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Il n’était pas impossible qu’elle ait enfreint l’une des lois de plus en plus complexes sur l’antiactivisme. La situation commençait à ressembler à celle qui avait régné en Grande-Bretagne au dix-huitième siècle&amp;nbsp;: n’importe quelle loi proposant un châtiment plus exemplaire pour des crimes de plus en vagues était assurée de passer au Congrès et d’obtenir l’approbation instantanée du Président.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Ce qui lui faisait le plus mal, ce qui lui donnait l’impression d’être un gosse malade témoin d’une injustice douloureuse et cependant incapable de s’en expliquer à quelqu’un qui pourrait lui venir en aide, c’était que malgré tout ce que leurs yeux et leurs oreilles enregistraient, malgré leurs corps meurtris, poignardés, leur toux déchirante et leurs multiples maux, ces gens-là étaient convaincus que leur manière de vivre était la meilleure du monde, et ils étaient prêts à l’exporter à la pointe d’un fusil.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-t-wylie.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-t-wylie.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le plus désolant, c’est de n’avoir, par endroits, même plus l’impression de lire de la SF ou un roman prospectiviste, mais juste une description du monde tel qu’il est &lt;em&gt;maintenant&lt;/em&gt;. Sans que le trait ne paraisse vraiment forci. Pour un peu, &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; évoque une préquelle à &lt;strong&gt;La Fin du rêve&lt;/strong&gt; de Philip Wylie, roman imparfait mais qui vaut tout pour sa description, terrifiante et désespérée, d’une fin du monde causée par des désastres écologiques. Coïncidence intéressante, ces deux textes essentiels sont parus la même année 1972. Et les deux sont honteusement indisponibles depuis trop longtemps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Relire aujourd’hui &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; ne sert à rien, on est en plein dedans. (Mais relisez-le quand même, hein.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 4 décembre 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/12/04/Journal-d-un-homme-des-bois-04-12-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 4 décembre 2015" />
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      <published>2015-12-04T09:40:00+01:00</published>
                    <updated>2015-12-04T09:40:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151204-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151204-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous entretient du &lt;strong&gt;monocorde&lt;/strong&gt;, instrument de musique parmi les plus anciens, peut-être inventé par Pythagore…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;Un dispositif&amp;nbsp;: le Monocorde&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;Le monocorde est un des instruments de musique parmi les plus anciens utilisés par l’homme. On en attribue souvent l’invention à Pythagore. Celui-ci est supposé l’avoir conçu au cours du sixième siècle avant JC, et utilisé, en tant que dispositif expérimental, afin de mettre en évidence la relation entre la longueur vibrante d’une corde et la fréquence des sons qu’elle produit lorsque mise en vibration. Il aurait ainsi défini les lois de l’harmonique et conçu une méthode pour établir les principales notes d’une gamme permettant de réaliser ce que l’on appelle des accords purs, c’est-à-dire utilisant l’octave, la quinte, la quarte et les tierces (des notions sur lesquelles nous reviendrons). En réalité, le personnage est mal connu et on lui attribue sans doute beaucoup de choses en réalité découvertes et/ou théorisées par ses disciples. Concernant le monocorde, il est désormais admis que les Égyptiens l’utilisaient, en tant qu’instrument de musique, des siècles plus tôt. Et il n’est pas exclu que d’autres cultures l’aient connu et utilisé de très longue date, en particulier dans le monde asiatique.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151204-monocorde.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151204-monocorde.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dans sa version la plus simple, le monocorde est constitué, comme son nom le suggère, d’une corde unique tendue le long d’un support (manche) auquel elle est fixée aux deux extrémités. Cette corde repose sur deux chevalets afin de se trouver à quelques millimètres au-dessus de ce support. Dans la version de Pythagore, l’un des chevalets est mobile afin de modifier la longueur vibrante de la corde. Lorsqu’on l’utilise comme un instrument de musique, les chevalets sont fixes et la longueur vibrante est modifiée soit en plaquant avec un doigt la corde contre la touche du manche (comme avec un violon) soit en faisant glisser dessus un objet lisse et d’une certaine densité (comme avec une steel guitar). Une caisse de résonnance est fixée au support de la corde (le manche) ou peut être partie intégrante de celui-ci. La corde est mise en vibration, avec le bout d’un doigt, un ongle, un archet, ou encore un mediator tenu fermement entre le pouce et l’index.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La fréquence du son émis par la corde dépend de la longueur vibrante et de la tension&amp;nbsp;: plus la corde est tendue, plus le son produit a une fréquence élevée&amp;nbsp;; pour une tension donnée, plus la longueur vibrante est réduite, il en va de même.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour des raisons pratiques, il peut être nécessaire de changer de corde — par exemple lorsque l’on s’emploie à modifier la tension pour obtenir un son d’une fréquence plus basse (si la corde n’est plus assez tendue elle produit un son imprécis) ou plus élevée (la corde risque d’atteindre rapidement sa limite maximale de résistance à la tension). Deux autres facteurs vont alors intervenir dans le choix d’une corde&amp;nbsp;: son diamètre (grosseur) et le matériau (densité) qui la constitue. Pour un même matériau, une corde d’un diamètre plus important produira un son d’une fréquence plus basse — elle sera également plus difficile à tendre. Opter pour un matériau de plus forte densité permet, à l’inverse, d’obtenir un son de fréquence plus élevée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avant d’utiliser cet instrument, il convient de s’assurer que la corde a une tension correcte. On peut régler celle-ci en utilisant un poids attaché à une de ses extrémités (l’autre étant fixe) — ce qui suppose que le monocorde soit en position horizontale, et posé sur un support stable. Pas très pratique&amp;nbsp;! Le mieux est d’utiliser une cheville légèrement conique dans laquelle la corde est introduite, puis enroulée autour — on tourne alors la cheville pour régler la tension avant de la bloquer en l’enfonçant dans un orifice. C’est une technique millénaire utilisée par exemple sur les violons.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mise en vibrations à sa longueur maximale, la corde émet un son que l’on considérera comme la note «&amp;nbsp;fondamentale&amp;nbsp;». Supposons que la tension de la corde soit telle que la note obtenue soit un Do — on vérifie, par exemple, avec un piano. Nous allons utiliser notre monocorde non pour faire de la musique, mais pour mettre en évidence l’existence de fréquences très particulières — émises par des longueurs vibrantes précises. L’expérience va consister à «&amp;nbsp; sectionner&amp;nbsp;» la corde tendue par un léger contact, tel un effleurement du bout du doigt, puis à faire vibrer à tour de rôle les portions de corde de part et d’autre de cet effleurement. Le contact doit être très léger — mais d’une certaine fermeté. On constate qu’en agissant ainsi, on obtient la plupart du temps un son manquant de précision, étouffé, sans relief. Avec un peu de maîtrise, on parviendra toutefois à obtenir, ça et là, un son net et précis, très présent et d’un volume sonore relativement puissant. Le son le plus évident à obtenir est celui produit lorsque la corde est effleurée juste en son milieu. Les deux parties ayant la même longueur vibrante, le son obtenu d’un côté ou de l’autre est évidemment le même. Si l’on vérifie avec le piano, on s’aperçoit que le son produit est également la note Do&amp;nbsp;: non celui du monocorde dans son entier mais le premier qui apparaît, dans le sens de l’augmentation de la fréquence. La distance — en termes de fréquence — entre ces deux Do est ce que l’on appelle une octave.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Intuitivement, on «&amp;nbsp;sent&amp;nbsp;» bien que lorsque deux notes sont séparées par une octave — ce qui, en termes de physique ondulatoire, signifie que la fréquence de la seconde est le double de la fréquence de la première — on a affaire, non pas à la «&amp;nbsp;même note&amp;nbsp;» (la fréquence n’est pas la même) mais a un phénomène mettant en évidence bien davantage qu’une forte parenté entre ces deux notes&amp;nbsp;! On l’expérimente couramment lorsqu’on se met à chanter une mélodie et que, soudain, on se rend compte, comme on dit, «&amp;nbsp;qu’on a pris trop haut&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: on ne parvient plus à chanter les notes les plus élevées&amp;nbsp;! Alors, tout naturellement, on reprend la mélodie une octave en-dessous&amp;nbsp;: c’est la même mélodie, le rapport entre chacune de ses notes est le même. Il ne s’agit pas d’une simple transposition limitée à quelques tons — ce qui supposerait une réécriture de l’accompagnement musical de cette mélodie, dans une autre tonalité — mais bien «&amp;nbsp;de la même chose mais plus bas&amp;nbsp;». On comprend/ressent intuitivement qu’une musique peut se reproduire à l’identique, à des hauteurs différentes séparées par une ou plusieurs octaves, et que surtout on peut écouter cette mélodie exécutée en même temps sur plusieurs octaves différentes, en ressentant une parfaite consonance, une parfaite harmonie. Ce phénomène perceptif relève de la psychoacoustique. Il semble n’être en rien culturel mais parfaitement consubstantiel au fonctionnement de l’esprit humain et à sa manière de réagir aux fréquences sonores. En somme, il s’agit d’un phénomène purement naturel n’ayant rien à voir avec la culture dans laquelle a grandi et/ou évolué un individu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette note obtenue avec une longueur vibrante diminuée de moitié, cette «&amp;nbsp;octave&amp;nbsp;», est la «&amp;nbsp;première harmonique&amp;nbsp;» de la «&amp;nbsp;note fondamentale&amp;nbsp;» émise par le monocorde avec sa longueur vibrante complète. Elle est l’expression d’un phénomène fondamental à la base de ce que l’on appelle la musique, et ce partout sur la Terre — et sans doute partout dans l’univers…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 2 décembre 2015</title>
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      <published>2015-12-02T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-02T17:00:13+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151202-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151202-une.jpg&quot; /&gt;Où Francis Valéry, dans le cadre de son &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;projet de musique extraterrestre&lt;/a&gt;, tente une approche de l'exomusicologie, le pendant spéculatif et sciencefictionnel de l'ethnomusicologie et de l'exobiologie…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’Exomusicologie&amp;nbsp;: une approche&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une définition consensuelle de la musicologie est de la considérer comme la science qui, en premier lieu, a pour objet la théorie musicale&amp;nbsp;: sa construction, son évolution… et donc, par conséquent, l’histoire de la musique. Ou plutôt&amp;nbsp;: une histoire de la musique, car force est de constater que la musicologie telle qu’elle a longtemps été enseignée ne concernait, pour l’essentiel, que la musique occidentale. L’existence d’expressions musicales non européennes était certes admise, mais leur éventuelle étude — pour autant qu’il y ait un intérêt à étudier quelque chose alors considéré comme anecdotique — relevait plutôt de l’ethnologie. Ce n’est que relativement récemment que l’expression »&amp;nbsp;ethnomusicologie&amp;nbsp;» a commencé à être employée pour désigner l’étude des musiques non occidentales, désormais considérées comme des domaines artistiques à part entière, dotés eux aussi d’une théorie, d’une esthétique, d’une histoire parfois aussi riches et complexes que celles de la musique occidentale. L’émergence et le développement de ce que l’on appelle la World Music participe désormais à l’idée même d’une musique globalisante, se nourrissant de l’ensemble des apports du genre humain.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur le modèle de l’ethnomusicologie, considérée comme l’étude des musiques prenant leur source dans des sociétés humaines non européennes, il est tentant de fonder une nouvelle science que l’on nommerait exomusicologie&amp;nbsp;; un nom qui suggère clairement qu’il s’agirait de l’étude des musiques produites par des sociétés non humaines.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’emblée, le concept s’avère ambiguë puisque le qualificatif de «&amp;nbsp;société non humaine&amp;nbsp;» peut d’emblée désigner une organisation sociale qui se serait développée au sein du règne animal — ce qui pose une première question&amp;nbsp;: comment définir le concept de «&amp;nbsp;société animale&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Si celui-ci s’avère pertinent, peut-on considérer que de telles sociétés utilisent les sons (les bruits) de manières comparables aux démarches des sociétés humaines&amp;nbsp;? L’objet de cette étude est complexe&amp;nbsp;: la gestion des sons (bruits) relève de projets très divers tels que communiquer, ritualiser, émouvoir, divertir… Les baleines « chantent-elles&amp;nbsp;» pour des raisons qui nous échappent et qui relèveraient d’un autre propos que celui de communiquer&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’exomusicologue peut aller encore plus loin&amp;nbsp;: tout simplement en prenant comme objet d’étude une société extérieure au territoire que représente la planète Terre. L’exomusicologie deviendrait alors la science ayant pour objet les musiques des sociétés extra-terrestres. Une science virtuelle, une science imaginaire… mais une science tout de même car une fois posé — et décrit au niveau de ses interactions — le cadre dans lequel une musique (ou ce que l’on considèrera comme tel) se déploie, son étude peut se faire d’une manière respectueuse d’une certaine démarche scientifique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bien évidemment, à ce stade de notre projet, l’exomusicologue et l’écrivain de science-fiction ne feront plus qu’une seule et même personne. Et la musique étudiée devra être considérée comme une expression musicale d’un état d’esprit science-fictif — au même titre qu’un roman relève de l’expression littéraire de ce même état d’esprit. Au passage, on relèvera que c’est dans ce cadre — et seulement dans celui-ci — que fait sens et prend rang de concept l’expression «&amp;nbsp;musique de science-fiction&amp;nbsp;», d’ordinaire extraordinairement galvaudée et utilisée sans le moindre discernement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;La page Kickstarter du projet de musique extraterrestre de Francis Valéry.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>S comme Steak</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/30/S-comme-Steak" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Steak" />
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      <published>2015-11-30T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-11-30T17:34:26+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-s-une.jpg&quot; /&gt;Où, après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/11/N-comme-Nonfilm&quot;&gt;Nonfilm&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on continue de s'intéresser à la filmographie de Quentin «&amp;nbsp;Mr. Oizo&amp;nbsp;» Dupieux, avec son premier vrai long-métrage, &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt;. Et tant qu'à être à la lettre S, on poursuit avec &lt;strong&gt;Seuls Two&lt;/strong&gt; d'Eric et Ramzy.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Steak, Quentin Dupieux, 2007. 82 minutes, couleurs.&lt;br /&gt;Seuls Two, Eric Judor &amp;amp; Ramzy Bedia, 2008. 94 minutes, couleur.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques mois dans ce navrant Abécédaire, on s’amusait devant &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/11/N-comme-Nonfilm&quot;&gt;Nonfilm&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le premier film de Quentin Dupieux. Sorti en 2001, ce moyen-métrage avait tout du film d’étudiant en cinéma / art&amp;nbsp;: un objet filmique avec peu de budget, moyennement identifié / identifiable, sacrément méta. Six ans plus tard, le bonhomme a remis le couvert avec un deuxième film, &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt;, véritable long-métrage pour le coup au vu de sa durée, avec des acteurs (re)connus — Eric et Ramzy —, non plus uniquement une bande de potes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qu’en attendre&amp;nbsp;? A fortiori quand, depuis sa sortie, on a eu le temps de voir les films postérieurs du cinéaste-musicien&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-s-poster.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-s-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;L’histoire de &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt; se déroule quelque part aux Etats-Unis. Tout commence par un enchaînement invraisemblable de circonstances&amp;nbsp;: un militaire en goguette perd sa perruque alors qu’il roule au volant de sa 4x4 et fait un accident&amp;nbsp;; un lycéen qui passait par là, Georges (Ramzy), récupère le pistolet automatique du type&amp;nbsp;; du genre souffre-douleur, Georges flingue ses tourmenteurs, mais laisse l’arme du crime entre les mains de son ami Blaise (Eric Judor), lequel se fait arrêter par les policiers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sept ans plus tard, Blaise sort (ou plutôt&amp;nbsp;: est expulsé) de son hôpital psychiatrique où il avait commencé à se sentir à l’aise. C’est nul autre que Georges, le visage couvert de bandage (on dirait un émule de Jason), qui vient le chercher. Blaise s’en rend compte à ses dépens&amp;nbsp;: le monde a changé mais pas lui. Morts de honte, ses parents ont fichu le camp, et Georges semble décidé à ne plus vouloir s’encombrer de son ancien ami. Parce que Georges, maintenant, veut devenir un Chivers. Les Chivers, c’est une bande de lycéens (car, oui, Georges fréquente &lt;em&gt;toujours&lt;/em&gt; le lycée) qui roulent en 4x4, se sapent avec le même uniforme (jean slim, veste rouge estampillée Chivers), boivent du lait dans de petites bouteilles et ne jurent que par l’artificiel (pas question de sortir avec une fille qui n’aurait pas les seins refaits). Georges, donc, veut rejoindre ce clan-là, mais le retour de Blaise va lui compliquer la tâche. D’autant que Blaise aimerait bien, tant qu’à y être, devenir un Chivers lui aussi…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/AuyLRcjPtdE?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lors de sa sortie, &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt; semble avoir été très, très fraîchement accueilli, tant par la critique que (surtout) par le public. Le gros malentendu de &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt;, c’est son affiche, qui proclame fièrement «&amp;nbsp;La nouvelle comédie avec Eric et Ramzy&amp;nbsp;». Certes, il y a bien le duo comique dans les rôles principaux, mais on est à des kilomètres de comédies comme &lt;strong&gt;La Tour Montparnasse infernale&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; il s’agit surtout d’un film de Quentin Dupieux — chose qui apparaît de manière plus évidente à l’aune des films suivants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De fait, le réalisateur introduit des éléments récurrents de son cinéma&amp;nbsp;: les USA vus sous un jour absolument pas glamour… mais pas glauque pour autant, juste terne et sans fard&amp;nbsp;; un humour absurde, dans un monde possédant sa propre logique légèrement décalée&amp;nbsp;; une douce mélancolie&amp;nbsp;; une bande-son électronique aussi crétine que déjantée (aussi &lt;em&gt;daft&lt;/em&gt; que &lt;em&gt;punk&lt;/em&gt;, disons)&amp;nbsp;; la présence de potes musiciens parmi les acteurs (Sébastien Tellier, Vincent Belorgey aka Kavinsky, Sébastien Akchoté aka SebastiAn, qui figurent tous, en compagnie de Dupieux aka Mr Oizo, sur le label Ed Banger) — inversement, on retrouvera Eric Judor dans &lt;strong&gt;Wrong Cops&lt;/strong&gt;. Enfin, le dispositif «&amp;nbsp;métafilm», déjà présent dans &lt;strong&gt;Nonfilm&lt;/strong&gt;, ressurgira dans &lt;strong&gt;Rubber&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela étant dit, &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt; n’a rien du chef d’oeuvre méconnu. Le film demeure un cran en-dessous des suivants (&lt;strong&gt;Rubber&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Wrong&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;R&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éalité&lt;/strong&gt;)&amp;nbsp;: il y a des longueurs, la fin apparaît préciptée, ce n’est pas aussi &lt;em&gt;fou&lt;/em&gt; qu’attendu. Mais &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt; possède néanmoins ses moments de grâce&amp;nbsp;: les Chivers, émules gentillets (enfin, disons moins ultraviolents) d’Alex DeLarge et ses droogies&amp;nbsp;; la partie de ce jeu incompréhensible mêlant cricket et calcul mental&amp;nbsp;; la séquence du kidnapping d’enfant. Et le film, loin d’être un divertissement idiot, se montre une satire par l’absurde de notre société. Sans oublier quelques scènes touchantes, comme la rupture entre Georges et Blaise à la moitié du film :&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;Georges : Viens, je vais t’expliquer quelque chose. Écoute-moi, écoute-moi. Est-ce que tu te souviens des types que tu as vus hier ? C’est les Chivers. (…) Bon ben moi maintenant, je suis un Chivers, tu vois. Ça veut dire que j’assure à fond. Y a pas mieux que les Chivers.&lt;br /&gt;Blaise : Et moi, je suis quoi ?&lt;br /&gt;Georges : Toi, t’es rien du tout.&lt;p&gt;(…)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Georges : Toi, tu crains. Tu crains à mort, même. Tu crains à l’infini.&lt;br /&gt;Blaise : Qu’est-ce que tu sous-entends par « tu crains à l’infini ». Toi, tu crains à l’infini et toi tu crains à mort.&lt;br /&gt;Georges : Mais enfin, Blaise, regarde-moi ce visage, il est même pas refait. Et puis ces habits, ça ne se fait plus, plus personne ne met ça. C’est comme ton bicross, là. Qui c’est qui vient en bicross ? Tu vois des bicross de garés quelque part ? Tu vois des bicross ? Mais pas besoin de chercher, y en a pas, t’es le seul mec en bicross ici ! C’est comme ce bracelet, euh, uruguayen, personne ne met ça.&lt;br /&gt;Blaise : Mexicain. C’est un bracelet…&lt;br /&gt;Georges : Écoute-moi bien. J’ai une solution pour toi. Tu devrais partir. Tu devrais partir très très loin, dans un pays très lointain, sous-développé. Un pays où un pauvre type comme toi, ben ça deviendrait cette fois un king.&lt;br /&gt;Blaise : Hmm !&lt;br /&gt;Georges : T’as compris l’expression « king » ?&lt;br /&gt;Blaise : J’ai compris, ça y est. J’ai besoin de temps, mais c’est le nouvel humour. (Il applaudit.) Bravo, parce que là, j’ai marché.&lt;br /&gt;Georges : Écoute-moi bien, je vais pas te le dire dix fois, tu comprends pas, je te parle sérieusement d’homme à homme. Il y a des fois, il faut savoir écouter et c’est maintenant. Je ne veux plus jamais te revoir, tu ne viens plus frapper chez moi. C’est compris ? C’est fini, chacun sa route. Tchao.&lt;br /&gt;Blaise : Georges ? C’est le nouvel humour, ça, Georges ? Georges ! On était comme frère et sœur, Georges !&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Cela n’est que pure spéculation de ma part&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt; a peut-être infusé dans l’esprit d’Eric et Ramzy, les incitant à se tourner vers la réalisation à leur tour, afin de porter sur grand écran leur univers décalé. C’est en 2008, soit un après après &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt;, que le duo comique a sorti son premier et unique film, &lt;strong&gt;Seuls Two&lt;/strong&gt;. Tant qu’à y être, quelques mots sur ce film-là…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-s-seulstwo.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-s-seulstwo.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seuls Two&lt;/strong&gt; , écrit et réalisé par Eric et Ramzy, raconte l’histoire de Gervais (Eric), flic maladroit et malchanceux (et puceau également) qui, à la veille de son mariage, est sur le point d’attraper Curtis (Ramzy), insaisissable voleur. Le matin-même de la cérémonie, Gervais se retrouve lancé dans une course-poursuite au cours de laquelle… Paris se vide de ses habitants. Voilà le pauvre individu tout seul, livré à lui-même dans une capitale déserte — ou presque. Curtis est la seule autre personne à ne pas avoir disparu. S’ensuit un jeu de chat et souris, fait de haine et d’amitié.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bon, &lt;strong&gt;Seuls Two&lt;/strong&gt; n’a pas grand-chose à voir avec &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: si Eric Judor reprend son rôle de type un peu fragile et très gamin dans sa tête et Ramzy celui de l’enfoiré qui ne l’est pas tant que ça, les ressemblances s’arrêtent là. Le film vaut surtout pour ses scènes dans Paris désert, où le duo s’en donne à coeur joie. Pour le reste&amp;nbsp;: humour frénétique gentiment régressif, potentiellement lourdingue&amp;nbsp;; bande-son funky-omniprésente, lourdingue elle aussi. Une semi-réussite.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fait, et le titre&amp;nbsp;? Il est autant question de steak dans &lt;strong&gt;Steak&lt;/strong&gt; que d’automne et de capitale chinoise dans &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Automne à Pékin&lt;/strong&gt; de Boris Vian.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non, se trouve aisément en DVD&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>R comme Roche-nuée</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/28/R-comme-Roche-nuee" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Roche-nuée" />
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      <published>2015-11-28T07:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-11-28T07:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-r-une.jpg&quot; /&gt;Où, en complément du cahier critique du &lt;em&gt;Bifrost 80&lt;/em&gt;, l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Roche-nuée&lt;/strong&gt;, roman de Garry Kilworth récemment réédité par la librairie Scylla.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Roche-née [Cloudrock], Garry Kilworth, roman traduit de l’anglais [UK] par Monique Lebailly. Éditions Scylla, 2015 [1988]. Poche, 210 pp.&lt;/h5&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-r-cover-fr2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-r-cover-fr2.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Pour qui fréquente ce lieu de perdition qu’est le 8 de la rue Riesener à Paris, il n’aura échappé à personne que la librairie Scylla s’est lancée dans l’édition début 2015, avec un projet de financement participatif ayant abouti à la réédition de &lt;strong&gt;Roche-nuée&lt;/strong&gt;, roman de Garry Kilworth, et la publication de la novella inédite de Sébastien Juillard, &lt;strong&gt;Il faudrait pour grandir oublier la frontière&lt;/strong&gt;, texte inaugurant par ailleurs la collection 111 111 — dont les titres comptent pile ce nombre de signes.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-r-cover-fr1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-r-cover-fr1.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Bref, &lt;strong&gt;Roche-nuée&lt;/strong&gt;. Et qu’on me pardonne le doublon que représente cet article par rapport à l’excellente critique qu’en fait Pierre Charrel dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 80. Dixième roman de l’auteur britannique, troisième à avoir été traduit en français, après &lt;strong&gt;Captifs de la cité de glace&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Ramages de la douleur&lt;/strong&gt; (joli titre), il est d’abord paru en Présence du futur, sous une couverture de Luigi Castiglioni un peu trop littérale&amp;nbsp;: de la roche dans le ciel. Oui, bon, ce n’est pas exactement &lt;em&gt;ça&lt;/em&gt;. Et à ce titre, la couverture de la réédition chez Scylla, signée par le talentueux Laurent Rivelaygue, s’avère parfaitement en phase avec le roman.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour pasticher Ursula K. Le Guin&amp;nbsp;: le nom du monde est Roche-nuée. Roche, parce qu’il s’agit d’un promontoire caillouteux, nuée parce qu’il s’élève assez haut au-dessus du sol. C’est là que, en une époque indéterminée, vivent deux Familles&amp;nbsp;: la Famille du jour et la Famille de la nuit, qui se partagent les lieux. Sous un régime matriarcale, l’une et l’autre pratiquent une inceste rituelle, doublée de cannibalisme&amp;nbsp;: il ne faut pas que le sang se perde.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Argile m’aimait, j’en étais sûr, sinon il m’aurait parlé.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;L’histoire est narrée par Ombre, frère d’Argile, dont on comprend bien vite qu’il est un être malingre et contrefait, asexué également&amp;nbsp;: un &lt;em&gt;ind&lt;/em&gt; &lt;em&gt;ésiré&lt;/em&gt; en d’autres termes. D’habitude, pour garder le sang pur, on jette les &lt;em&gt;ind&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ésirés&lt;/em&gt; du haut depuis le rebord de Roche-nuée, mais par le passé, Argile a intercédé en la faveur d’Ombre. La propre existence de ce dernier lui vaut l’inimitié d’une bonne part de la tribu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout se passe tant bien que mal, jusqu’au moment où Argile rencontre Tilana, de la Famille de la Nuit. Tels des Roméo et Juliette d’un autre âge, les deux jeunes gens tombent amoureux l’un de l’autre, et, sous l’oeil bienveillant d’Ombre, vivent leur idylle dans le plus grand secret — car Argile est promis à sa mère et Tilana à son frère. N’y a-t-il aucun échappatoire sur Roche-nuée&amp;nbsp;? Peut-être faut-il descendre du côté des Terres-mortes, en contrebas&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Être en sursis, en porte-à-faux permanent envers les différents peuples de Roche-nuée, Ombre va toutefois devenir celui par qui le salut des deux Familles adviendra — car un danger insoupçonné guette ce coin de monde.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;La Famille était un nœud si embrouillé, si rempli de jalousie intestines, de soupçons et de haines… (…) Qui pourrait dénouer ces vilaines conspirations de sentiments et d’émotions solidement formées par le sang et le mariage. Un nœud écarlate de fils tendus. C’était la Famille, cette bande de gens physiquement beaux, mais spirituellement laids.&lt;br /&gt;(…)&lt;br /&gt;Quel réseau nerveux complexe que cette Famille, prête à se défendre contre tout sauf elle-même&amp;nbsp;! Je n’en faisais pas partie, je n’étais pas l’un d’eux, donc le danger, en ce qui me concernait, venait du groupe tout entier.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Écrit dans une langue claire, Roche-nuée évite l’écueil du pathos — avec un héros handicapé et asexué, ç’aurait été facile pourtant. La relation d’Argile à son jeune frère, où l’affection s’exprime par le silence et l’évitement du regard — l’ignorance de l’autre en somme —, s’avère cependant étonnament touchant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La première moitié du roman s’attache à poser le décor et le fonctionnement de la société où vivent Ombre et Argile. L’approche se fait sous un angle sociologique/ethnologique, et si de ce fait le roman évoque forcément Ursula K. Le Guin, l’approche est intérieure&amp;nbsp;: pas de voyageur en provenance d’un monde plus évolué pour décrire cette société, avec ses doutes et a prioris. Ce qui en devient souvent troublant&amp;nbsp;: si Ombre s’érige contre le sort réservé aux &lt;em&gt;indésirés&lt;/em&gt;, il s’abstient de porter un jugement sur d’autres traditions odieuses à nos yeux d’Occidentaux du XXIe siècle, et éprouve des difficultés à remettre en question ces traditions en question.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Juste au moment où &lt;strong&gt;Roche-nu&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;ée&lt;/strong&gt; pourrait devenir languissant, la seconde moitié voit enfin l’action (oui, bon, il en faut quand même une) prendre le pas et acheminer l’intrigue vers son dénouement. Au passage, le monde de Roche-nuée gagne en perspective&amp;nbsp;: le lecteur comprend peu à peu &lt;em&gt;où&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;quand&lt;/em&gt; se déroule l’histoire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ensemble constitue un fort joli roman de science-fiction anthropologique, digne des meilleurs Le Guin, et des plus recommandables.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis la parution de la trilogie des &lt;strong&gt;Rois-navigateurs&lt;/strong&gt; et la réédition en poche de &lt;strong&gt;La Compagnie des fées&lt;/strong&gt;, remontant l’un et l’autre à presque dix ans, on n’a plus guère eu de nouvelles de Kilworth en France, chose fort regrettable. Grâce soient rendues à la librairie Scylla pour avoir mis fin à cette injustice en rééditant &lt;strong&gt;Roche-nuée&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: plus maintenant&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 27 novembre 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/27/Journal-d-un-homme-des-bois-27-11-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 27 novembre 2015" />
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      <published>2015-11-27T12:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-11-27T12:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151127-une.jpg&quot; alt=&quot;jhb-20151127-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot;/&gt;Y a de l'amour.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre ami, l’écrivain et sculpteur &lt;a href=&quot;http://www.mereste.net/&quot;&gt;Fabrice Méreste&lt;/a&gt;, convole dès demain en justes noces, avec la jolie Delphine. Tous nos vœux de longue vie, bonheur et prospérité&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Que cette petite musique, composée et enregistrée ces derniers jours à leur intention, les accompagne.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quant aux lecteurs du Journal de l’Homme des Bois, qu’ils deviennent un instant auditeurs — et qu’ils tournent leurs pensées vers nos amis&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chic Planète&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Q comme Q: Are we not men? A: We are Devo!</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/25/Q-comme-q-are-we-not-men-a-we-are-devo" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Q: Are we not men? A: We are Devo!" />
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      <published>2015-11-25T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-11-25T11:54:44+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-q-une.jpg&quot; /&gt;Sont-ils humains&amp;nbsp;? Non, ils sont… Devo. Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Q: Are we not men? A: We are Devo!&lt;/strong&gt;, premier album débridé du rejeton illégitime de Brian Eno, Kraftwerk et de la new wave…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Q: Are We Not Men? A: We Are Devo! Devo, 1978 (Warner Bros.). 11 morceaux, 34 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;« Are we not men?&lt;br /&gt;We are Devo&lt;br /&gt;Are we not men?&lt;br /&gt;D E V O&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Par où aborder Devo&amp;nbsp;? Par la présentation de ce groupe, fondé à Akron, Ohio au début des années 70, et composé de deux fratries (les frères Bob et Mak Mothersbaugh, les frères Bob (encore) et Gerald Casale, et aussi Alan Myers)&amp;nbsp;? Par leur premier disque officiel&amp;nbsp;? Par leur accoutrement&amp;nbsp;? Ou par leur proximité avec David Bowie — dans l’hypothèse selon laquelle il existerait un axe Bowie, à l’aune duquel tout s’échelonne. (Et votre serviteur d’avoir que son petit cœur de fan bat très fort pour le Thin White Duke.) De fait, le premier album de Devo, objet du présent billet, &lt;strong&gt;Q: Are we not men? A: We are Devo!&lt;/strong&gt;, a été co-produit par David Bowie qui, plus tôt en 1977, avait reçu une convaincante démo du groupe. Mais occupé par le tournage de &lt;em&gt;Just a Gigolo&lt;/em&gt;, il a délégué l’essentiel de la production à nul autre que Brian Eno, lequel venait de produire les séminaux &lt;strong&gt;Low&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/strong&gt; du même Bowie. Quant à Devo, c’est à Cologne, au studio de Conny Plank, qu’il a enregistré&lt;strong&gt;Q: Are we not men? A: We are Devo!&lt;/strong&gt; — Plank, qui avait produit les premiers albums de Kraftwerk qu’on évoquait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk&quot;&gt;dans un précédent billet&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-q-yellow.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-q-yellow.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Kraftwerk, ce quatuor à l’humour pince-sans-rire ayant pour ambition de ressembler à des robots et de proposer une musique robotique, digne bande-son de l’époque (bon, c’est dit de manière simpliste, mais l’idée y est). Ce qui nous amène aux costumes de scène de Devo&amp;nbsp;: si la tenue de protection chimique jaune est désormais plus associée à Walter White dans &lt;em&gt;Breaking Bad&lt;/em&gt;, elle est devenue part intégrante de l’apparence du groupe, en compagnie de l’ «&amp;nbsp;energy dome&amp;nbsp;», cet improbable chapeau rouge (mais si vous préférez, le modèle existe en bleu turquoise) en forme de pot de fleurs renversé à degrés. Si le couvre-chef n’a rejoint l’attirail de Devo qu’en 1980, deux ans après l’album objet de ce billet, on peut toutefois voir dans les atours du groupe une version déconnante de Kraftwerk, avec un même goût pour le second degré et l’emploi de choses tirées d’un monde marqué par l’industrialisation.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-q-energydome.png&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-q-energydome.png&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Cette longue introduction pour s’exclamer&amp;nbsp;: tout est lié&amp;nbsp;! (Oui, bon, forcément&amp;nbsp;: pendant que le punk battait son plein en Angleterre, il se passait plein de trucs intéressants à Berlin, avec un tout petit monde, donc, rien d’étonnant à ce que l’on retrouve les mêmes noms çà et là.)&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-q-cover.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-q-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Une influence Kraftwerk pour la tenue, Brian Eno et Bowie à la production, que cela donne-t-il musicalement&amp;nbsp;? Un rock sonnant très new wave, passablement déviant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Q: Are we not men? A: We are Devo! &lt;/strong&gt; débute par un «&amp;nbsp;Uncontrollable Urge&amp;nbsp;», aussi… urgent que tordu. Si mes connaissances en solfège s’avéraient moins anémiques qu’elles ne le sont, je pourrais dire que cette reprise se caractérise par des rythmes inhabituels, typiques de Devo. Bref, cette chanson est une véritable déclaration d’intention, qui donne le ton de l’album&amp;nbsp;: pressé (34 minutes au compteur), saccadé, frénétique, pas avare d’humour.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;I got an uncontrollable urge I want to tell you all about it&lt;br /&gt;An uncontrollable urge make me scream and shout&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Suit une reprise de «&amp;nbsp;(I can’t get no) Satisfaction&amp;nbsp;». La chanson-culte des Tones se mue en un morceau fébrile, complètement instable et qui fait craindre pour la santé mentale de ses interprètes Troisième morceau de l’album, «&amp;nbsp;Praying Hands&amp;nbsp;» ressemble à un gros doigt d’honneur aux puritains de tout acabit&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Well the left hand's diddling&lt;br /&gt;While the right hand goes to work&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Space Junk&amp;nbsp;» traite d’un problème très inactuel, la chute de cochonneries de l’espace. Marrant, voilà&amp;nbsp;; cela permet aussi de préciser que Devo apprécie la SF et abordait de temps à autres ce genre dans leurs chansons. La face A de l’album se conclut en beauté, avec un premier tube, l’accrocheur «&amp;nbsp;Mongoloid &amp;nbsp;», qui évoque un joyeux trisomique. Aucune idée si c’est à prendre au premier ou au sixième degré. On continue dans le survoltage avec la féroce et ironique «&amp;nbsp;Jocko Homo&amp;nbsp;», qui donne son titre au disque&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;They tell us that&lt;br /&gt;We lost our tails, evolving up&lt;br /&gt;From little snails&lt;br /&gt;I say it's all, just wind in sails&lt;br /&gt;(…)&lt;br /&gt;Are we not men?&lt;br /&gt;We are Devo&lt;br /&gt;(…)&lt;br /&gt;I can walk like an ape, Talk like an ape&lt;br /&gt;I can do what a monkey can do&lt;br /&gt;God made man&lt;br /&gt;But a monkey supplied the glue&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Voilà qui explique le nom du groupe&amp;nbsp;: Devo comme dévolution/désévolution. Une joyeuse dégringolade dans les branches de l’arbre de l’évolution… Et un clip assez dingue :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/hRguZr0xCOc?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pas question de mollir&amp;nbsp;: la face B commence sur des chapeaux de roues, avec l’hystérique «&amp;nbsp;Too Much Paranoias&amp;nbsp;», où le chanteur vient de subir une attaque de Big Mac. «&amp;nbsp;Gut Feeling (Slap your mammy)&amp;nbsp;» est également un tube en puissance, avec sa mélodie furieusement entraînante&amp;nbsp;; dans ses dernières trente secondes, la chanson part sur autre chose. À première écoute, «&amp;nbsp;Come Back Jonee&amp;nbsp;» évoque une reprise déjantée de «&amp;nbsp;Johnny B. Goode&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; on se situe davantage dans l’hommage décalé, le Jonee du titre préférant s’enfuir avec sa guitare plutôt que de consoler sa copine. Pas sûr d’avoir bien compris de quoi parlent «&amp;nbsp;Sloppy (I Saw My Baby Gettin’)&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp; ;Shrivel Up&amp;nbsp;», peut-être de trucs pas très catholiques (mais sûrement est-ce moi qui ai l’esprit mal placé). Ces deux derniers titres ne faiblissent pas non plus en termes de rythme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les premières écoutes de &lt;strong&gt;Q: Are we not men? A: We are Devo!&lt;/strong&gt; peuvent déconcerter, mais l’album finit par révéler ses charmes déviants et goguenards au fil du temps. Assez curieusement, la patte Eno se perçoit peu&amp;nbsp;: de l’aveu même du groupe, les propositions du génial non-musicien n’ont guère été prises en compte, et ses interventions se sont limitées à aux bruitages et à jouer du synthé. Fraichement accueilli lors de sa sortie, &lt;strong&gt;Q: Are we not men? A: We are Devo!&lt;/strong&gt; a toutefois fini par acquérir un statut de classique. Les albums suivants, faisant pour le coup davantage aux synthétiseurs, n’auront pas autant de succès, et le groupe finira par entrer en hibernation en 1990, après &lt;strong&gt;Smooth Noodle Maps&lt;/strong&gt; — avant de revenir sur le devant de la scène avec &lt;strong&gt;Something for Everybody&lt;/strong&gt; vingt ans plus tard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Musicalement, ce premier album de Devo évoque les Talking Heads — un autre groupe emblématique de new wave dont les meilleurs albums ont été produits par, devinez qui, Brian Eno — et préfigure, avec leur immédiateté frénétique, des groupes plus récents comme Art Brut (&lt;strong&gt;Bang Bang Rock &amp;amp; Roll&lt;/strong&gt;, 2005) ou The Hives (&lt;strong&gt;Tyrannosaurus Hives&lt;/strong&gt;, 2004).&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;We must be&lt;br /&gt;D E V O&lt;br /&gt;We must be&lt;br /&gt;D E V O&lt;/p&gt;&lt;p&gt;We must be&lt;br /&gt;D E V O&lt;br /&gt;We must repeat&lt;br /&gt;Okay, let's go&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>P comme Plan d'évasion</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/23/P-comme-Plan-d-evasion" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Plan d'évasion" />
      <id>urn:md5:7cbb48d365fe89315d9152c6fd883ef5</id>
      <published>2015-11-23T15:40:00+01:00</published>
                    <updated>2015-11-23T15:40:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-p-une.jpg&quot; /&gt;Direction l'Amérique du Sud, avec Adolfo Bioy Casares (auteur dont les initiales le prédestine à figurer dans ce navrant Abécédaire) avec son deuxième roman, &lt;strong&gt;Plan d'évasion&lt;/strong&gt;, qui a eu la lourde tâche de succéder au classique qu'est &lt;strong&gt;L'Invention de Morel&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Plan d’évasion (Plan de evasion), Adolfo Bioy Casarès, roman traduit de l’espagnol (Argentine) par Françoise-Marie Rosset. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Bouquins &amp;nbsp;», 2001.&lt;/h5&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-p-morel.JPG&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-p-morel.JPG&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Il serait dommage de réduire l’œuvre d’Adolfo Bioy Casarès à sa seule &lt;strong&gt;Invention de Morel&lt;/strong&gt;. Aussi brillant soit-il (et il &lt;em&gt;est&lt;/em&gt; brillant), ce roman n’est que le premier d’une œuvre romanesque – certes réduite, Bioy Casarès ne se caractérisant pas par sa prolixité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Est-ce nécessaire de le rappeler&amp;nbsp;? Adolfo Bioy Casarès (1914-1999) est connu, reconnu pour avoir été l’ami de Jorge Luis Borges et pour avoir créé avec lui le personnage de H. Bustos Domecq, dont les enquêtes pastichent volontiers les romans d’énigmes policières. Romancier et nouvelliste, il a publié en un demi-siècle sept romans et autant de recueils. Son œuvre connaît une partie «&amp;nbsp;souterraine&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: des publications de jeunesse — une demi-douzaine de romans —, dont ABC a veillé à effacer toutes traces après la sortie de son premier roman officiel, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invention de Morel&lt;/strong&gt; (1940). Celui-ci raconte l’arrivée d’un fugitif sur une île de Polynésie, réputée maudite. Dans son journal, l’homme raconte les événements étranges dont il est le témoin, en particulier les apparitions inexpliquées d’une clique d’individus qui semblent ne pas le voir. Parmi ces gens, la belle Faustine, dont il tombe amoureux, et Morel, qui a mis au point certaine invention… Roman encensé par la critique, en particulier Borges («&amp;nbsp;J’ai discuté avec son auteur des détails de la trame, je l’ai relue&amp;nbsp;; il ne me semble pas que ce soit une inexactitude ou une hyperbole de la qualifier de parfaite&amp;nbsp;» déclare-t-il en conclusion de sa préface), adapté deux fois au cinéma, ayant inspiré Alain Resnais pour &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Année dernière à Marienbad&lt;/em&gt; voire J.J. Abrams pour la série&lt;em&gt;Lost&lt;/em&gt; (sans oublier George Perec, qui y fait référence dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/13/R-comme-Les-Revenentes&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Disparition&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;) il a accédé au rang de classique. Que faire ensuite&amp;nbsp;? Prendre son temps et écrire un autre roman.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-p-cover-arg.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-p-cover-arg.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Ce sera&lt;strong&gt; Plan d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’évasion&lt;/strong&gt; (1945), qui se situe dans la droite lignée de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invention de Morel&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: une île, des événements qui défient la nature et le bon sens. Bien après les faits, le narrateur reprend la correspondance qu’il a échangée avec son neveu, le lieutenant de vaisseau Henri Nevers.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Il y a à peine un jour que je suis dans ces îles et j’ai déjà vu quelque chose de tellement grave qu’il me faut bonnement et simplement t’appeler au secours.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;En 1913, Nevers est parti pour le bagne de Cayenne, en qualité de surveillant, quoique à la suite d’une mesure disciplinaire — voilà où courir les jupons mène. Sur l’île du Diable, Nevers est témoin, de loin, d’événements étranges. Les événements, ce sont des individus et des animaux aux comportements erratiques&amp;nbsp;; il y a des morts aussi, que certains tentent d’évacuer en cachette. Que faire&amp;nbsp;? En parler aux supérieurs hiérarchiques&amp;nbsp;? Le problème est que le gouverneur du bagne, Castel, semble lié de près à ces phénomènes. Henri Nevers va tenter d’en savoir plus, sans perdre de vue pour autant son projet de regagner la métropole. (Et difficile d’en dire davantage sans spoiler comme un gros porc.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-p-cover-fr1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-p-cover-fr1.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-p-cover-fr2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-p-cover-fr2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plan d’évasion&lt;/strong&gt; reprend donc certains éléments de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invention de Morel&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: un décor insulaire et exotique, un protagoniste en fuite, étranger aux mécanismes mis au point par l’antagoniste (qui s’avère un nouveau savant fou), une amoureuse idéalisée, une mise en doute des événements rapportés — ici, non par l’éditeur mais par l’oncle de Nevers. Dans une certaine mesure, avec la réitération de ces thématiques, &lt;strong&gt;Plan d&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’évasion&lt;/strong&gt; fonctionne en tant que double de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invention de Morel&lt;/strong&gt;, mais s’oppose toutefois à ce premier roman sur d’autres points. Là où le fugitif de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invention…&lt;/strong&gt; tente de s’intégrer, là où Morel enclot ses invités dans une boucle temporelle, Nevers n’a d’autre désir que de fuir, et Castel lui-même impose une méthode de fuite un plan d’évasion (certes inhumaine) à ses malheureux cobayes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pareillement, la révélation de la nature science-fictive des événements diffère. &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Invention de Morel&lt;/strong&gt; table sur l’intelligence du lecteur&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Plan d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’évasion&lt;/strong&gt; accumules les mystères, mais il faut bien une explication en bonne et due forme pour les dévoiler. Et cela fonctionne hélas moins bien. C’est fascinant, certes, mais la nature épistolaire du roman en distancie le lecteur (à tout le moins votre serviteur), qui peine à trouver intérêts aux dits mystères. Surtout, la fin ne fascine pas autant que celle de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Invention…&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: tout ça pour ça&amp;nbsp;? À moins qu’il ne se trouve au sein du roman une structure, un plan caché, que je n’aurais perçu&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, &lt;strong&gt;Plan d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’évasion&lt;/strong&gt; se révèle un deuxième roman aussi curieux et science-fictif que &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Invention de Morel&lt;/strong&gt;. Moins fort, moins puissant que son prédécesseur néanmoins. Une légère déception.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À noter que &lt;strong&gt;Plan d&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’évasion&lt;/strong&gt; a tout de même été couronné en 1979 par le Prix du Meilleur Livre Étranger, prix littéraire décerné à… un roman étranger traduit (sans blague). Des œuvres insignes comme &lt;strong&gt;Cent ans de solitude&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Le Seigneur des anneaux&lt;/strong&gt; (entre autres) l’ont ainsi reçu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À suivre avec &lt;strong&gt;Le Songe des h&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;éros&lt;/strong&gt;, troisième roman de l’auteur qui fera l’objet d’un billet ultérieur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: presque&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>O comme L'Orbite déchiquetée</title>
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      <published>2015-11-20T13:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-11-20T13:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-o-une.jpg&quot; /&gt;Violence urbaine, paranoïa, individualisme, émeutes raciales, ségrégation&amp;nbsp;: bienvenue dans l'année 2014 que prophétisait John Brunner dans &lt;strong&gt;L'Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;, deuxième volet de la « tétralogie noire » inaugurée par &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Orbite déchiquetée [The Jagged Orbit], John Brunner, roman traduit de l’anglais [UK] par Frank Straschitz. Denoël, coll. «&amp;nbsp;Présence du Futur&amp;nbsp;», 1971 [1969]. Poche, 410 pp.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Il y a vingt ans décédait John Brunner. S’il est &lt;em&gt;un&lt;/em&gt; livre associé à cet auteur, c’est bien &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt;, formidable anticipation politico-sociale présentant un instantané d’un monde futur — l’année 2010, mais telle que perçue en 1968.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans sa préface à &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt;, Gérard Klein explique que l’auteur, bénéficiant d’une large documentation, a réparti cette somme dans trois romans ultérieurs, chacun développant un aspect particulier&amp;nbsp;: la violence urbaine, la dégradation de l’environnement, l’intrusion de l’informatique dans la vie quotidienne. L’ensemble constitue la «&amp;nbsp;Tétralogie noire&amp;nbsp;» — une dénomination plutôt pratique mais pas (à ma connaissance) employée par l’auteur pour désigner ces quatre romans dystopiques que sont &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Sur l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’onde de choc&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Malheureusement pour Brunner et pour ses lecteurs, la postérité semble ne retenir que le premier de ces quatre romans. Et l’édition aussi, vu que seul &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt; demeure disponible et régulièrement réédité. Dernière édition du &lt;strong&gt;Troupeau aveugle&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: 1998. &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: 1995. &lt;strong&gt;Sur l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’onde de choc&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: 1990. Dommage…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-o-tetralogie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-o-tetralogie.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt;, paru en 1969, couronné par&amp;nbsp;British Science Fiction Award millésime 1970, puis publié en «&amp;nbsp;Présence du futur&amp;nbsp;» originellement en 1971 puis réédité en 1977 et 1995, et oublié depuis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La couverture de l'édition 95 est signée Hubert de Lartigue, talentueux illustrateur qui trouve le moyen de proposer une peinture à la fois hideuse et hors de propos avec le roman. À côté de cela, ce sont quand même Manchu et Caza qui ont illustré les autres volets de cette «&amp;nbsp;tétralogie noire&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-o-cover-fr3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-o-cover-fr3.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Alors, comment allait le monde ce matin&amp;nbsp;? Encore plus mal qu’hier.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Si le monde décrit dans &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt; était un fichu bazar, celui de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt; est encore plus sombre. Aussi, bienvenue en 2014&amp;nbsp;! Du moins, pas le 2014 de l’année dernière mais une autre année 2014 où les choses n’auraient cessé d’aller de mal en pis. Aux États-Unis, les émeutes font florès&amp;nbsp;: Nis, Blanks et Nieblanks (c’est-à-dire Noirs, Blancs et les autres populations) vivent dans des enclaves et se foutent sans cesse sur la gueule&amp;nbsp;; les Gottschalk, mafia omniprésente, a le monopole sur les armes et souffle sur le feu&amp;nbsp;; les femmes se baladent dans la rue vêtues d’un &lt;em&gt;yash&lt;/em&gt;, sorte de vêtement-armure&amp;nbsp;; une bonne part de la population est névrosée, et l’influent psychiatre Mogshack rêve d’interner autant de monde que possible. Quant à son adversaire, le sociologue Xavier Conroy, il s’est exilé au Canada, histoire de garder la tête froide. Au beau milieu de cette société en pleine décomposition, plusieurs citoyens se croisent. Il y a Matthew Flamen, présentateur d’une émission quotidienne dénonçant les machinations des puissants, dont l’épouse est enfermée dans l’hôpital dirigé par Mogshack, où bosse Reedeth, psychiatre peu raccord avec les directives de son boss&amp;nbsp;; il y a Harry Madison (pas Mad Harrison), patient de Reedeth, accessoirement crack en informatique, mais noir pour sa plus grande infortune, qui finit par être libéré&amp;nbsp;; il y a Lyla Clay, une pythonisse — prophétesse, disons — à peine majeure, qui a eu une vision des plus ardue à interpréter… Et il y a Morton Lenigo, leader Ni en exil et fauteur de trouble notoire, à qui l’on vient enfin d’accorder un visa d’entrée sur le sol américain.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le roman adopte une structure corsetée, se composant de cent chapitres de longueur variée (allant d’une ligne à une vingtaine de pages) et de styles divers : narration classique, extraits de journaux, passages plus expérimentaux. L’influence de Dos Passos, écrasante dans &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt;, qui reprenait les choix narratifs de l’auteur de la (formidable) trilogie &lt;strong&gt;U.S.A.&lt;/strong&gt;, se fait ici moins visible, quand bien même l’intention reste de donner une vision globale du New York enfiévré d’un 2014 qui ne sera jamais. Les chapitres bondissent de personnage en personnage, brossent une intrigue s’étalant sur à peine 48 heures.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-o-cover-vo1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-o-cover-vo1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dommage que l’histoire s’avère moins réussie que celle de son illustre prédécesseur, avec un ou deux éléments de pure SF introduit tardivement et de manière peu adroite, et un happy end qui sonne assez artificiel. &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt; alignait un incroyable travail de prospective avec une intrigue de série B de luxe&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt; entremêle des lignes narratives moins palpitantes, la faute peut-être à des personnages un brin moins attachants (ou détestables). Demeure la prospective, avec son lot de prédictions justes et son inévitable myopie. L’informatique demeure traitée d’une manière proche de la magie («&amp;nbsp;donnons des instructions floues aux ordis, laissons-les se débrouiller&amp;nbsp;»), rien d’inhabituel pour l’époque. Si l’Apartheid en Afrique du Sud, en pleine vigueur lors de la rédaction du roman, ainsi que les émeutes raciales appartiennent par bonheur au passé, Brunner omet quasi-totalement les autres minorités ethniques et/ou religieuses, en particulier les Latinos. La question de l’armement des particuliers ne semble avoir guère évoluée, même si la NRA n’emploie pas (à ma connaissance) vos voisins comme démarcheurs à domicile.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme s’exprime Xavier Conroy, personnage qui reprend le rôle laissé vacant par l’irrésistible Chad Mulligan de &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt;, à Matthew Flamen, épigone du Jack Barron de Norman Spinrad&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ni vous ni moi ne sommes susceptibles de déclencher une émeute, pas plus que les dirigeants formés des Patriotes X. Non, ce sont des paranoïaques qui jouent ce rôle, et la contagion de l’hystérie collective fait basculer les autres. Votre insurgé type n’est ni un révolutionnaire, ni même un fanatique&amp;nbsp;; c’est un homme suffisamment dénué de sentiment pour pouvoir traiter les êtres humains qu’il voit défiler de sa fenêtre comme des cibles commodes sur lesquelles il pourra s’exercer. Et en exploitant habilement l’insécurité du public, les Gottschalk ont réussi à faire passer un tissu de mensonges dont le but est de confondre dans l’esprit du public l’habilité au tir avec la virilité […]. L’individu capable de considérer un autre être humain comme une cible pour s’exercer est encore plus infantile qu’un adolescent qui a peur de passer de la masturbation aux relations normales avec une fille&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Dystopie moins puissante que l’excellentissime &lt;strong&gt;Tous &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;à Zanzibar&lt;/strong&gt; ou que &lt;strong&gt;Le Troupeau aveugle &lt;/strong&gt;(objet de la prochaine lettre T), &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Orbite déchiquetée&lt;/strong&gt; demeure néanmoins un roman tout à fait digne d’intérêt.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: quand même&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>N comme Nouvelles Impressions d'Afrique</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/17/N-comme-Nouvelles-Impressions-d-Afrique" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Nouvelles Impressions d'Afrique" />
      <id>urn:md5:963d79e67ff5cb4abf8d2e3cf2e180d5</id>
      <published>2015-11-17T13:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-11-17T13:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-n-une.jpg&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/21/I-comme-Impressions-d-Afrique&quot;&gt;Impressions d'Afrique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/23/L-comme-Locus-Solus&quot;&gt;Locus Solus&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on conclut notre approche de Raymond Roussel avec son poème impossible, &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d'Afrique&lt;/strong&gt; — véritable OLNI où le procédé d'enchâssement repousse la gymnastique cérébrale au-delà du raisonnable…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique, Raymond Roussel, 1932. Librairie Alphonse Lemerre, 313 pp. Cinquante-neuf illustrations d'Henir-Achille Zo.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Dans ce qui tient lieu de système de notes dans cet Abécédaire, je qualifie certains textes d’illisibles. Sans ambages, je reconnais qu’il s’agit d’un jugement des plus subjectifs, contrairement au caractère trouvable/introuvable – encore que l’on puisse ergoter à ce sujet, suivant que l’objet du billet puisse être obtenu par des moyens que d’aucuns qualifieraient de pas très légaux. Enonçons l’évidence&amp;nbsp;: certains textes, que les uns estimeront d’une lecture aisée (ou pas trop malaisée), paraîtront à d’autres illisibles. Et puis il y a d’autres cas, où le caractère d’illisibilité fait l’unanimité. Comme les &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; de Raymond Roussel — accessoirement le dernier ouvrage publié du vivant de son auteur, décédé dans des circonstances obscures l'année suivante (en 1933 donc).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De Raymond Roussel, j’ai déjà évoqué plus tôt ses deux romans&amp;nbsp;: l’exotique et tarabiscoté &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/21/I-comme-Impressions-d-Afrique&quot;&gt;Impressions d’Afrique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et le quasi science-fictif &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/23/L-comme-Locus-Solus&quot;&gt;Locus Solus&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Deux œuvres intrigantes, mais d’une lecture peu facile (et c’est peu de le dire) face aux canons romanesques, dont Roussel semble se défier, en proposant des textes fonctionnant sur un procédé imaginatif, laissant l’action et les personnages au second plan, au profit de récits enchâssés (ha&amp;nbsp;!) et de descriptions minutieuses d’inventions bizarres.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-n-nia2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-n-nia2.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Cela étant dit, avant d’être romancier, Roussel est poète. Et, contrairement à ce que le titre laisse supposer, &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; n’est en rien la suite d’&lt;strong&gt;Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: juste un poème, illisible de surcroît. Bon, votre serviteur doit vous avouer qu’il ne goûte guère la poésie, à quelques exceptions près. Ça ne me parle pas — c’est sûrement fâcheux, je sais. Le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sonnet_en_X&quot;&gt;Sonnet en X&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Mallarmé trouve grâce à mes yeux, justement parce qu’il n’y a rien à y comprendre, que l'on peut se contenter d'admirer l’agencement des sonorités rares et précieuses. Le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_coup_de_d%C3%A9s_jamais_n'abolira_le_hasard&quot;&gt;Coup de dés&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; du même Mallarmé me fascine pareillement. Et les &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; ont tout pour plaire, véritable objet poétique sans équivalent, qui pousse à ses limites le langage.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-n-nia1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-n-nia1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À l’inverse d’&lt;strong&gt;Impressions Afrique&lt;/strong&gt;, il est cependant davantage question d’Afrique dans ce poème, les titres des quatre parties du poème le démontre plutôt bien&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Damiette - La maison où Saint Louis fut prisonnier&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Le Champ de bataille des pyramides&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; &lt;em&gt;La Colonne qui, léchée jusqu’à ce que la langue saigne, guérit la jaunisse&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Les Jardins de Rosette vus d’une dahabieh&lt;/em&gt;. Un cadre indubitablement égyptien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le texte s’enchâsse à l’extrême&amp;nbsp;: au bout de quelques lignes s’ouvre déjà la première parenthèse, bientôt suivie d’une autre, puis d’une autre encore… Le nombre de parenthèses ouvertes va jusqu’à sept — de quoi étirer au-delà du raisonnable la capacité de compréhension du cerveau. Cela, sans compter les nombreuses incises, les listes, qui composent une bonne part des poèmes, et surtout les notes. Car les poèmes s’ornent de notes de bas de page, souvent assez longues pour permettre l’ouverture de parenthèses (jusqu’au niveau 2 (c’est peu, mais si l’on convient que les notes forment un degré d’enchâssement supplémentaire, cela s’avère pas si mal)). D’ailleurs, les rimes se poursuivent avec les notes, achevant de les intégrer dans le corps du poème.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;– L’ignorant qui voit fuir vers le large un bateau†&lt;br /&gt;Dont seul émerge encore un fragment de mâture,&lt;/p&gt;&lt;p&gt;†Pour qui n’a rien appris la terre est un plateau.&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Les rimes, justement. Des alexandrins en rimes plates, où Roussel cherche surtout à obtenir l’homophonie. Cela surprend, lorsqu’on voit «&amp;nbsp;porte&amp;nbsp;» (le verbe) rimer avec «&amp;nbsp;porte&amp;nbsp;» (l’objet). Puis, on s’y fait. En dépit de bizarreries&amp;nbsp;: faire rimer «&amp;nbsp;truc&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;truck&amp;nbsp;» surprend, mais moins que «&amp;nbsp;John&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;clown&amp;nbsp;». Bref, on est proche du fameux procédé, avec lequel notre auteur décomposait des mots en d’autres («&amp;nbsp;Napoléon, premier empereur&amp;nbsp;» se dégradant en «&amp;nbsp;nappe, olé, ombre, miettes, hampe, air, heure &amp;nbsp;», mots servant ensuite à l’édification d’un récit).&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Plume aux doigts, l’œil vers Dieu, le ciseleur de vers,&lt;br /&gt;Qui – sans cesse y cherchant la plus millionnaire –&lt;br /&gt;Des rimes sait par cœur tout le dictionnaire&amp;nbsp;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Parfois, la syntaxe subit elle aussi un procédé d’enchâssement, ce qui contribue à la difficulté de lecture.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;– Le dompteur, si sa veuve, un an, sans gris ni mauve,&lt;br /&gt;Stricte s’habillera, dont se régale un fauve&amp;nbsp;;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’on qualifie les &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; de poème impossible, ce n’est donc pas une figure de style&amp;nbsp;: les quatre poèmes sont littéralement illisibles, à moins que le lecteur soit pourvu d’un cerveau capable de faire un grand écart similaire à celui séparant deux parties d’une phrase — un écart long de plusieurs pages. Pourtant, le premier niveau de chaque poème n'est pas si long ; plus l'on avance dans les parenthèses, plus les digressions s'étirent. Illisible, du moins dans sa version imprimée. Il paraît que Roussel avait songé à une machine, permettant/facilitant la lecture de ce poème — un ensemble de deux roues superposées, l’une d’elle occultant l’autre par endroit. On peut se montrer curieux de voir à que cela aurait ressemblé concrètement. Néanmoins, aussi pratique que cette potentielle machinerie, il y a l’informatique. Le site &lt;a href=&quot;http://withhiddennoise.net/roussel/&quot;&gt;With Hidden Noise&lt;/a&gt;, grâce aux ressources du code HTML, permet de déplier/replier les parenthèses, niveau par niveau.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-n-damiette.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-n-damiette.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-n-couleurs.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-n-couleurs_m.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dans sa deuxième édition (&lt;a href=&quot;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k108582f/&quot;&gt;celle que l’on trouve aisément sur Gallica&lt;/a&gt;), les &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; sont illustrées (ce qui rend d’ailleurs leur lecture fastidieuse&amp;nbsp;: à chaque page de poème succède une page blanche, l’illustration en question, et une nouvelle page blanche). Des gravures, dues à un certain Henri-Achille Zo, d’une nature étonnamment prosaïque&amp;nbsp;: pour peu que le poème évoque un perroquet, l’on verra une illustration du volatile. Non seulement les gravures sont sans génie, mais elles n’apportent rien aux poèmes. Ce qui en rehausse l'intérêt : selon &lt;a href=&quot;http://madinkbeard.com/archives/new-impressions-of-africa-by-raymond-roussel&quot;&gt;cet article&lt;/a&gt;, Roussel aurait donné des instructions au graveur par l’intermédiaire d’un détective privé&amp;nbsp;; Zo n’aurait su pour qui il travaillait, ni la nature de l’œuvre destinée à être illustrée — un amusant exemple de contrainte que l'on pourrait qualifier de très roussellien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette deuxième édition des &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; se conclue par un poème que l’on pourra qualifier de normal, «&amp;nbsp;L’Âme de Victor Hugo&amp;nbsp;», écrit par un Roussel alors âgé de dix-sept ans. La poésie et moi faisant deux, je n’ai pas grand-chose à en dire, si ce n’est&amp;nbsp;: lisez, voyez que Roussel ne rédigeait pas uniquement des textes illisibles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;In fine, je serais bien en peine de dire de quoi parlent les &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;; mais l’œuvre, fascinante, énigmatique, véritable objet littéraire non-identifié qui repousse les limites du langage, invite son lecteur à y replonger, encore et encore.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;(Dans &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/07/F-comme-The-Familiar-T1&quot;&gt;The Familiar&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Mark Z. Danielewski, les lignes narratives de deux personnages sont écrites selon de semblables procédés d'enchâssement, où les parenthèses (ou tout autre symbole typographique approchant, du genre crochets, accolades, chevrons) s'échelonnent. Mais ça se lit.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: hahaha&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 14 novembre 2015</title>
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      <published>2015-11-16T15:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-11-16T16:13:00+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151115-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151115-une.jpg&quot; /&gt;Où l'Homme des bois nous invite à découvrir son &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;nouveau projet de financement participatif&lt;/a&gt;, un pendant musical à son projet de roman intitulé &lt;strong&gt;Les Mondes de l'Essaim&lt;/strong&gt;. L'objectif&amp;nbsp;: créer une musique extraterrestre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C’est l’histoire d’un mec, comme disait Coluche, qui lance une grande souscription populaire pour financer un projet littéraire et musical. Il fait ça un vendredi matin et commence de suite à récolter des fonds – en particulier auprès des personnes qui avaient déjà financé son précédent projet et qui, semble-t-il, avaient trouvé ça plutôt intéressant. Et puis paf&amp;nbsp;! Dans la nuit du vendredi au samedi, on annonce sur toutes les ondes que c’est la fin du monde – ou peu s’en faut. Clairement, comme dirait Olivier Girard, le mec se retrouve un peu con et légèrement en décalage par rapport aux préoccupations de ses concitoyens, avec son projet consistant à raconter les états d’âme d’un ambassadeur tout frais nommé sur une planète-océan, où les indigènes partagent leur temps entre glander et rien foutre, avec pour seule activité un peu physique, à part la fornication, la pratique de la musique. Le genre de choses qui n’a aucune chance d’arriver. Sauf que vendredi matin, l’homme des bois a effectivement lancé un nouveau kickstarter (en français&amp;nbsp;: une campagne de financement participatif) pour son nouveau projet&amp;nbsp;; que dans un premier temps en ont été informées les personnes ayant participé au financement du précédent kickstarter&amp;nbsp;; que les promesses de dons, comme on dit, ont de suite commencé à arriver&amp;nbsp;; et qu’au moment où l’homme des bois allait faire suivre l’information au reste de son petit fichier de contacts dans le monde de la science-fiction, on a appris ce que vous savez…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Du coup, l’homme des bois se sent légèrement indécent de demander de l’argent pour financer ses petites amuseries littéraires et musicales, aussi insignifiantes qu’inutiles, dans un monde de plus en plus cruel et vide de sens…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et puis, comme parfois dans ces moments-là, les copains envoient des mails juste pour savoir si tout va bien, sur comment on va faire maintenant, sur la bonne attitude à adopter… des mails dans lesquels apparaissent des mots comme «&amp;nbsp;éthique&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;engagement&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;résistance&amp;nbsp;»… et cette formule enfantine mais qui semble tellement appropriée à la situation, peut-être à cause de l’innocence qu’elle suggère, trois mots qui disent simplement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;même pas peur&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ecrire des choses aussi futiles que des récits qui se passent sur des planètes lointaines, composer des musiques qui n’ont d’autre ambition, dans le meilleur des cas, que de susciter chez leur auditeur un peu d’émotion… désolé, à part cultiver des pommes de terre et des topinambours, je ne sais rien faire d’autre&amp;nbsp;! Et surtout je n’ai aucune envie de faire autre chose&amp;nbsp;! Donc l’homme des bois qui, la tête dans les étoiles, lançait vendredi dernier son nouveau kickstarter, est resté le même homme des bois, quarante-huit heures après l’abomination. Soyons honnête&amp;nbsp;: un peu peur tout de même… Mais ça passera. Et en tout cas, pas assez peur pour devenir quelqu’un d’autre&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà donc le texte de présentation de mon nouveau projet, tel qu’il a été mis en ligne vendredi, en fin de matinée.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;Bienvenue dans le monde de l’Essaim&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’Essaim… il est ce que les astrophysiciens appellent un «&amp;nbsp;amas globulaire&amp;nbsp;», c’est-à-dire un ensemble de plusieurs milliers à plusieurs centaines de milliers d’étoiles, relativement proches (voire très proches) les unes des autres, et ayant toutes peu ou prou le même âge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’Essaim est situé à l’extérieur de notre galaxie – à la lisière de celle-ci. Il est constitué de quelques milliers d’étoiles du même type que notre soleil. La plupart de ces étoiles possèdent un système planétaire – et un certain nombre de ces planètes possèdent des caractéristiques propices à la vie. Au sein de vaste ensemble, il existe une planète sur laquelle réside une colonie d’origine humaine. Ses habitants ont baptisé ce monde NovaTerra. Après trois siècles de présence et de développement, ces humains se sont lancés dans l’exploration de l’Essaim.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De nombreuses planètes se sont révélées peuplées par des créatures intelligentes, parvenues à des degrés de civilisation divers – mais toujours très inférieur à celui de NovaTerra. A leur grande surprise, les explorateurs venus de NovaTerra ont même découvert des peuples qui, à l’évidence, sont eux aussi d’origine humaine. Même si aucun d’eux n’a de souvenirs de ses origines… Comment des humains sont-ils arrivés sur NovaTerra, alors que l’Essaim est à une distance incommensurable de la Terre&amp;nbsp;? Comment et quand les autres colonies d’origine humaine sont-elles arrivées dans l’Essaim&amp;nbsp;? Les mêmes interrogations se posent pour tous les autres peuples d’origine extraterrestre qui vivent sur des planètes de l’Essaim.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Afin de tenter de comprendre le comment – et éventuellement le pourquoi – de cette situation, les Novaterriens ont constitué un corps d’élite dont les membres, triés sur le volet au terme d’une formation de très haut niveau, et dotés de compétences très particulières&amp;nbsp;: les Ambassadeurs. Ceux-ci sont envoyés sur toute planète de l’Essaim nouvellement découverte, afin de jouer le rôle d’une «&amp;nbsp;interface&amp;nbsp;» entre les peuples aliens et les équipes d’explorations novaterriennes. Leur mission consiste à faire en sorte que tout se passe pour le mieux, dans le respect des peuples indigènes. Et de fait, ce n’est pas une mission de tout repos, car les Ambassadeurs sont souvent amenés à s’opposer aux intérêts de NovaTerra et à se tendance à l’expansionnisme. A ce titre, le Corps des Ambassadeurs constitue un véritable contre-pouvoir, n’ayant de comptes à rendre qu’aux dirigeants du Temple&amp;nbsp;: une organisation indépendante des instances dirigeantes de NovaTerra, dont le but est de collecter l’ensemble des connaissances rapportées par les équipes d’exploration, et de maintenir le silence sur ce qui ne doit pas être révélé…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout au long de sa carrière et au gré de ses nombreuses affectations, l’Ambassadeur Broderick a fini par comprendre beaucoup de choses sur la nature de l’Essaim et sur le vaste projet auquel il participe et qui dépasse l’entendement. En parallèle aux rapports officiels qu’il adresse au Temple, Broderick a toujours rédigé en secret une sorte de journal intime, et ce sans aucune autocensure. Ayou est un chapitre du journal intime de l’Ambassadeur Broderick. C’est le récit de son séjour sur une planète-océan où la mémoire se transmet d’une manière déconcertante, de sa découverte d’une civilisation plus ancienne cachée sous la surface de l’océan, de sa lutte aux côtés des indigènes soucieux de préserver leur culture ancestrale de l’ingérence des humains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Détail qui n’est pas sans intérêt, Broderick est à titre personnel un passionné de musique. Aussi met-il à profit ses diverses affectations sur des planètes aliens, pour se livrer à un collectage auprès des populations indigènes. Au fil du temps, il a ainsi constitué des archives sonores uniques en leur genre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On l’aura compris&amp;nbsp;: mon projet est de vous proposer le chapitre du journal intime de Broderick, consacré à la planète-océan Ayou, ainsi qu’un CD de musique collectée auprès des divers peuples de ce monde, à l’occasion d’événements festifs ou de cérémonies rituelles. Ce projet relève donc à la fois de la littérature et de la musique – dans une esthétique propre à la science-fiction.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Risques et défis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le pendant littéraire consiste à écrire un récit autonome, bien que s’inscrivant dans un cadre plus vaste dont le titre de travail est «&amp;nbsp;Les Mondes de l’Essaim&amp;nbsp;». Cela fait plusieurs mois que je travaille à l’occasion sur ce projet&amp;nbsp;: recherche de documentation, échange de mails avec mes «&amp;nbsp;référants&amp;nbsp;» (conseiller scientifique, éditeur), prise de notes, réflexions quant au plan global, rédaction de fragments, etc.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le pendant musical consiste à composer une musique aussi déconnectée que possible des aspects «&amp;nbsp;culturels&amp;nbsp;» des musiques humaines (au moins de la musique occidentale liée à la tonalité et au tempérament égal), ramenée à des fondamentaux «&amp;nbsp;naturels&amp;nbsp;» (relevant de la physique ondulatoire, de l’acoustique), composée à partir de ses fondamentaux dans un environnement autre que celui de la Terre, par des êtres dont les modes de pensée seraient assez largement différents. Autant dire&amp;nbsp;: mission impossible&amp;nbsp;! Mais le défi est de taille et il n’est pas interdit de tenter de le relever.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce projet a un coût. Il demande la construction de plusieurs dispositifs sonores&amp;nbsp;: en particulier un ensemble de monocordes, de tubes accordés et de percussions également accordées. Ces instruments peuvent être partiellement construits avec des éléments recyclés (micros, manches, mécaniques de guitare, etc.) mais certaines percussions devront être acquises – ainsi qu’un accordeur spécifique aux percussions basé sur l’analyse de fréquences spectrales (le premier prix pour un tel accordeur est d’une centaine d’euros). Il faut ajouter a cela les coûts d’impression du texte, sous forme d’une brochure réalisée de façon artisanale, la fabrication du CD (achats CD vierges et coffrets, impression d’une jaquette). Et in fine les coûts d’expédition postale. Même en privilégiant le «&amp;nbsp;Do It Yourself&amp;nbsp;», la somme de 500 euros apparaît comme un minimum difficilement compressible. Par ailleurs, j’estime à trois mois le temps nécessaire pour mener ce projet à son terme&amp;nbsp;: écriture, composition, enregistrement, fabrication des brochures et des CDs. Il conviendrait donc d’ajouter à cette somme un montant nécessaire à financer ma modeste existence pendant ce temps&amp;nbsp;: emplettes alimentaires, loyer, charges et toutes ces choses. Plutôt que de placer la barre trop haut en demandant, par exemple, 2000 € pour la totalité du projet – et de risquer ainsi de ne pas boucler son financement – j’ai donc décidé de laisser aux internautes le libre choix de participer à ce financement de ma survie au quotidien, à la hauteur de leur choix – et de leur possible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le financement «&amp;nbsp;officiellement&amp;nbsp;» demandé via kickstarter est donc de seulement 500 €, ce qui correspond aux simples frais. Pour le reste, nous ferons comme nous pourrons&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Si vous souhaitez aider au financement de ce projet, il vous suffit de vous rendre sur sa page, sur le site de kickstarter.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/les-mondes-de-lessaim-un-roman-de-sf-avec-sa-bande&quot;&gt;C'est ici. &lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Merci d’avance à toute personne qui pourra apporter son aide.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>M comme Music for films</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/05/M-comme-Music-for-films" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Music for films" />
      <id>urn:md5:c0606e7a26e9aa3b25ba063c6fadec8c</id>
      <published>2015-11-05T07:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-11-05T07:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-m-une.jpg&quot; /&gt;Continuons à nous intéresser à l'une des têtes chercheuses les plus captivantes de l'histoire de la musique&amp;nbsp;Brian Eno. Après sa formidable série &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;Ambient&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, on tend une oreille attentive sur les trois disques &lt;i&gt;Music for films&lt;/i&gt;, bandes-sons pour films imaginaires (ou non).&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Music for films, Brian Eno (EG, 1978). 18 morceaux, 41 minutes.&lt;br /&gt;More Music for films, Brian Eno, Daniel Lanois, Roger Eno (EG, 1983). 21 morceaux, 42 minutes.&lt;br /&gt;Music for films III, Brian Eno et al. (EG, 1988). 15 morceaux, 52 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Dans un précédent billet, on écoutait la série de disques &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4&quot;&gt;Ambient&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de Brian Eno, quadruple pierre de touche du genre musical… ambient. Si le bonhomme a régulièrement remis le couvert en la matière dans les années 80 et 90, il a proposé, dans une veine quasi ambient, des musiques pour films inexistants, avec une série de trois albums&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Music for Films&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;More Music for Films&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Music for Films III&lt;/em&gt;, parus entre 1978 et 1988.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’origine (1976), Brian Eno a d’abord envoyé cet album, pressé à 500 exemplaires, à différents réalisateurs de films. Le tracklisting diffère du &lt;em&gt;Music for films&lt;/em&gt; officiel, ce LP originel comprenant des morceaux présents sur &lt;em&gt;Another Green World&lt;/em&gt; (dont «&amp;nbsp;In dark trees&amp;nbsp;», employé trente ans plus tard par Daft Punk dans &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/11/E-comme-Electroma&quot;&gt;Electroma&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;). La réédition revue et augmentée, et donc officielle, avait cette fois pour but de proposer des bandes-son pour films &lt;em&gt;imaginaires&lt;/em&gt; — comme le fera trente-cinq ans plus tard John Carpenter avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes&quot;&gt;Lost Themes&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. &lt;em&gt;Music for films&lt;/em&gt; compile en fait des morceaux enregistrés au cours des trois années précédentes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-m-mff1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-m-mff1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Musicalement, &lt;em&gt;Music for films&lt;/em&gt; constitue un condensé du Eno de la seconde moitié de la décennie 70, tant dans ses compositions personnelles que ses productions. «&amp;nbsp;Slow Water&amp;nbsp;» aurait pu figurer sur &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt;, l’excellentissime premier volet de la trilogie berlinoise de David Bowie (composée, pour les deux du fond qui n'auraient pas suivi, des inoubliables &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/em&gt; et du plus terne &lt;em&gt;Lodger&lt;/em&gt;) ; «&amp;nbsp;Alternative 3&amp;nbsp;» semble sortir tout droit de &lt;em&gt;Another Green World&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; d’autres morceaux rappellent &lt;em&gt;Discreet Music&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Ambient 1&lt;/em&gt;, que ce soit au niveau des sonorités synthétiques ou des mélodies lancinantes. D'autres morceaux diffèrent, par l'ajout de cordes (guitare, par exemple) ou de percussions, délaissant le tout-synthétique, tout-éthéré. Dans l'ensemble, c'est beau, parfois apaisant, parfois inquiétant. Incontestablement les trois (trop courtes&amp;nbsp;!) variations sur «&amp;nbsp;Sparrowfall&amp;nbsp;» constituent l’un des sommets du disque. Pourraient-elles durer des heures qu’on ne s’en lasserait pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/xuucfvTMwCc?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/42eWgZz7GXg?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/V-W3HCoGoQY?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La question que l’on pourra légitimement se poser est&amp;nbsp;: Brian Eno a-t-il réussi son coup&amp;nbsp;? Les morceaux de &lt;em&gt;Music for films&lt;/em&gt; figurent-ils dans quelque bande originale d’un film &lt;em&gt;réel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Réponse positive&amp;nbsp;: consulter la &lt;a href=&quot;http://www.imdb.com/name/nm0006061/&quot;&gt;fiche Imdb d'Eno&lt;/a&gt; nous apprend certes que « Heroes&amp;nbsp;» et « I'm Afraid of Americans », deux chansons produites pour Bowie, sont très régulièrement utilisées, mais aussi que «&amp;nbsp;Slow Water&amp;nbsp;» a été utilisé dans &lt;em&gt;Jubilee&lt;/em&gt;, film paru plus tôt en 1978&amp;nbsp;; on entend «&amp;nbsp;M386&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Alternative 3&amp;nbsp;» dans &lt;em&gt;Rock’n’roll High School&lt;/em&gt; (1979), «&amp;nbsp;Aragon&amp;nbsp;» dans &lt;em&gt;Remembrance&lt;/em&gt; (1982), «&amp;nbsp;Final Sunset&amp;nbsp;» dans&lt;em&gt;Sebastiane&lt;/em&gt; (1976) et &lt;em&gt;À bout de souffle made in USA&lt;/em&gt; (1983)&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Inland Sea&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Two Rapid Formations&amp;nbsp;» apparaissent dans deux épisodes de &lt;em&gt;Deux flics à Miami&lt;/em&gt;, et enfin, «&amp;nbsp;Sparrowfall (1)&amp;nbsp;» dans &lt;em&gt;Le Syndicat du crime&lt;/em&gt; de John Woo (1986)… Huit morceaux (au moins) sur dix-huit&amp;nbsp;: un joli succès.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’on écoute les partitions des films parus vers la fin des années 70, on se rend vite compte que la musique est très symphonique, très orchestrale, et utilise des thèmes forts et pimpants, qui demeurent en tête. Que serait &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; sans sa musique&amp;nbsp;? (Ça perdrait méchamment son effet, comme le prouve &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=vP_1T4ilm8M&quot;&gt;la bande-annonce originelle de l'épisode IV&lt;/a&gt;.) Idem pour &lt;em&gt;Superman &lt;/em&gt;(Williams encore), &lt;em&gt;Star Trek: The Motion Picture&lt;/em&gt; (Jerry Goldsmith) ou &lt;em&gt;Alien &lt;/em&gt;(Goldsmith à nouveau). L’échantillon est certes biaisé, car grosso modo limité à un seul genre filmique – la science-fiction, que j’avoue mieux connaître que, par exemple, le cinéma social anglais voire ouzbek –, mais la seule influence d’un compositeur comme John Williams est tout bonnement monstrueuse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cela demanderait davantage de recherches, mais à vue de nez (et je peux faire preuve de myopie), Brian Eno adopte le rôle d’un précurseur&amp;nbsp;: les musiques de films ambient, atmosphériques, n’étaient (à ma connaissance) pas vraiment répandues à l’époque (fin des années 70). À présent, ces bandes-son font florès, se souciant moins de mélodies évocatrices que de l’instauration d’une ambiance via des textures/paysages sonores — Trent Reznor et son travail sur les films de David Fincher est le premier exemple qui me vient en tête (je l'évoque par la bande &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/09/Y-comme-Year-Zero&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/11/Q-comme-Quake&quot;&gt;là&lt;/a&gt;). De fait, et pour ce que cela vaut, sa BO pour &lt;em&gt;The Social Network&lt;/em&gt; a été récompensée par un Oscar en 2011, tandis que la BO de &lt;em&gt;Gravity&lt;/em&gt; par Steven Price, faisant la part belle aux ambiances rugueuses, a récolté la même statuette trois ans plus tard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelques mots sur les deux disques suivants.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;More Music for Films&lt;/em&gt; , alias &lt;em&gt;Music for Films volume 2&lt;/em&gt;, reprend les choses là où Eno les avait laissées en 1978. Des micro-paysages sonores, plus ou moins grinçants, oniriques ou inquiétants&amp;nbsp;; des ébauches de mélodies. Certains morceaux y sont quelque peu plus rythmés – il faut peut-être y voir l’influence des Talking Heads, dont Eno venait de produire une autre sainte trinité (&lt;em&gt;More Songs about Buildings and Food&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Fear of Music&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Remain in light&lt;/em&gt;, sans omettre le surgeon essentiel qu’est &lt;em&gt;My Life in the Bush of Ghosts&lt;/em&gt;, en collaboration avec David Byrne, le chanteur des «&amp;nbsp;têtes parlantes&amp;nbsp;»). Dans la première édition du disque, une part des morceaux de ce deuxième volet figure sur le formidable &lt;em&gt;Apollo: Atmosphere and Soundtracks&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; la réédition de 2005 les omet, pour proposer à la place d’autres morceaux provenant d’autres compilations, ainsi que deux titres déjà présents sur &lt;em&gt;Music for Films&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-m-mff2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-m-mff2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Music for films III&lt;/em&gt; prend le contrepied du premier disque&amp;nbsp;: là où &lt;em&gt;Music for films&lt;/em&gt; donnait l’impression d’une compilation, il s’agit pour ce troisième volet d’un album collaboratif, où Eno invite famille et amis. On y croise son frère Roger, le producteur Daniel Lanois, Laaraji (&lt;em&gt;Ambient 3: Day of Radiance&lt;/em&gt;), Harold Budd (&lt;em&gt;Ambient 2: The Plateau of Mirrors&lt;/em&gt;) ou encore John Paul Jones… Côté sonorités, pas de révolution, on se situe dans la droite lignée des deux volumes précédents&amp;nbsp;: une collection d’instrumentaux, qui semblent provenir d’une jungle urbaine («&amp;nbsp;Tension Block&amp;nbsp;»), de déserts glacés («&amp;nbsp;Err&amp;nbsp;») ou d’une autre planète («&amp;nbsp;4-Minute Warning&amp;nbsp;»)…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme de juste, ces volumes 2 et 3 ont servi à illustrer films ou documentaires pour le cinéma ou la télévision.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-m-mff3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-m-mff3.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Grossièrement résumé, les trois &lt;em&gt;Music for Films&lt;/em&gt; forment une version &lt;em&gt;digest&lt;/em&gt; des travaux précédemment entrepris par Eno sur la série &lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt; — à destination des gens dotés d’une capacité de concentration proche de celle d’une mouche&amp;nbsp;? Moins marquant que &lt;em&gt;Ambient 1&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Ambient 4&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;voire Apollo: Music and Soundtracks, &lt;/em&gt;les&lt;em&gt; Music for Films&lt;/em&gt; n’en demeurent pas d’une écoute intéressante, dans le genre collection de micro-paysages sonores. Charge à l'auditeur d'imaginer les films qui les accompagneraient.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: bien au contraire&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Masato Hisa, le virtuose</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/11/02/Masato-Hisa-le-virtuose" rel="alternate" type="text/html" title="Masato Hisa, le virtuose" />
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      <published>2015-11-02T12:00:00+01:00</published>
                    <updated>2015-11-02T12:00:00+01:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Doc Stolze</dc:subject>
                    <dc:subject>Pierre Stolze</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot;/&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Toutes les bonnes choses ont une fin : c'est avec ce &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-80&quot;&gt;numéro 80 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; que l'on souffle la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Doc-Stolze&quot;&gt;Chandelle de Pierre &quot;Doc&quot; Stolze&lt;/a&gt; — pour un article de nouveau délocalisé sur le blog, faute de place dans le magazine papier. La rubrique de notre ami était l'une des plus anciennes rubriques de la revue, une collaboration qui remonte jusqu'au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-2&quot;&gt;numéro 2&lt;/a&gt;. Pour cette ultime Chandelle, Pierre Stolze nous parle du mangaka Masato Hisa.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un nouveau venu vient de faire une entrée fracassante dans l’univers du manga, Masato Hisa, avec la publication en France et en parallèle de deux séries, &lt;strong&gt;Jabberwocky&lt;/strong&gt;, chez Glénat , et &lt;strong&gt;Area 51&lt;/strong&gt;, chez Casterman. Chaque série nous présente une héroïne aussi sexy que combative.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-jabberwocky-couve1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-jabberwocky-couve1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Commençons par &lt;strong&gt;Jabberwocky&lt;/strong&gt;, au titre fleurant bon son Lewis Carrol. À bon droit car il nous fait entrer dans un monde steampunk et rétro-futuriste totalement loufoque. Un monde dans lequel les dinosaures n’ont pas tous disparu. Devenus bipèdes et à taille humaine, ils possèdent un royaume caché, lequel a protégé autrefois l’empire byzantin comme il protège désormais l’empire tsariste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lily Abricot est une jolie espionne à la solde de l’Angleterre victorienne, pocharde à ses heures et redoutable manieuse d’une longue corde à crochet. Si elle a été contrainte d’accepter un job dangereux par les services secrets de Sa Majesté, c’est qu’elle doit racheter la faute de ses parents qui auraient été des traîtres à leur patrie. Dans ses diverses missions, Lily Abricot est aidée par une organisation secrète, intitulée le château d’If, dirigée, comme de bien entendu, par un certain comte de Monte Cristo et dont le siège se trouve sur une île. Dans cette organisation, elle peut compter sur l’appui de Boothroyd, un inventeur de génie, ainsi que sur celui de Sabata van Cleef, un dinosaure oviraptor, redoutable pistolero qui porte sans cesse un masque pour ne pas être reconnu en tant que saurien. Les références au cinéma et à la littérature, surtout populaires, sont innombrables dans Jabberwocky. Les lister toutes tournerait au catalogue à la Prévert. Au cours de ses aventures, notre héroïne va parcourir bien des pays et bien des continents et se trouver face à d’innombrables personnages historiques.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-jabberwocky-img1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-jabberwocky-img1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.stolze-80-jabberwocky-img1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Pour sa première mission Lily doit éliminer, sur le sol russe, un anarchiste qui veut renverser le tsar et instaurer «&amp;nbsp;La Volonté du Peuple&amp;nbsp;». Cet anarchiste a réussi a volé l’orbe véritable, représentation symbolique du monde, en fait un oeuf de dinosaure, celui du Prince des dinos. Qui le possède peut commander toute l’armée secrète des dinos. Dans un village caché de la «&amp;nbsp;Volonté du Peuple&amp;nbsp;», où se retrouvent plein de clans de sauriens, l’infâme Dorokhov sera finalement vaincu et s’avérera être lui aussi un dino&amp;nbsp;! Dans l’aventure suivante, qui nous conduit à Florence, Budapest et Pise, les membres du château d’If rencontrent le savant Nikola Tesla qui a inventé un générateur surpuissant capable de carboniser à distance des centaines de personnes. Or cette machine est tombée dans de mauvaises mains. Troisième histoire&amp;nbsp;: l’impératrice chinoise Cixi a donné l’ordre de tuer un bébé nommé Mao Tsé Toung car les prédictions à son sujet sont terribles pour l’empire. Lily, évidemment, sauvera le bébé, même si elle sait que, devenu adulte, il causera la mort de plus de 70 millions de personnes. Dans une autre aventure encore, Lily rencontre l’archéologue Heinrich Schliemann qui, dans les ruines de Troie, aurait trouvé ce qu’il n’aurait jamais dû trouver, la supposée côte d’Adam, un os immense, en fait celui d’une créature antédiluvienne. Car la belle Hélène n’était autre que la reine d’une armée de dinos et les Américains, parfaitement au courant, ont fait disparaître plus tard quantité de reliques gênantes, à Ithaque, Mycènes et Troie.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-jabberwocky-couve2345.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-jabberwocky-couve2345.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.stolze-80-jabberwocky-couve2345_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Si donc Masato Hisa, dans ses scenarii, jongle avec quantité de références historiques et culturelles, se fondant surtout sur la littérature et le cinéma populaires, ce qui frappe avant tout c’est la virtuosité de son graphisme, lorgnant plus vers la dynamique des Comics américains que vers le manga traditionnel. Chaque double planche se veut un morceau de bravoure en noir et blanc, jouant beaucoup sur des effets en négatif, des perspectives déformées (Hisa serait-il un fan du cinéma expressionniste allemand&amp;nbsp;?) et la multiplicité des cadrages. Souvent l’œil se perd et il lui faut du temps pour comprendre ce qu’il voit. La série &lt;strong&gt;Jabberwocky&lt;/strong&gt;, achevée au Japon, a compté 7 tomes, mais Masato Hisa l’a reprise pour un nouveau cycle, en plaçant désormais ses personnages dans le monde de la guerre 14/18.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On retrouve la même folie graphique dans la série &lt;strong&gt;Area 51&lt;/strong&gt;, Hisa ajoutant désormais des nuances de gris (50, au hasard&amp;nbsp;?) à ses à-plats en noir et blanc, ajout qui ne m’a pas vraiment convaincu. Et nous voici à nouveau plongé dans un univers baroque et foisonnant.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-area51-couve.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-area51-couve.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Area 51 est une zone secrète où ne vivent que des monstres, des êtres mythologiques ou folkloriques, ainsi que des divinités de divers panthéons, occidentaux ou orientaux. On y trouvera donc des «&amp;nbsp;yokai&amp;nbsp;» japonais comme les kappas (batraciens bipèdes au crâne creusé en cuvette qui doit être toujours arrosée, créatures popularisées par l’animé &lt;strong&gt;Un Été avec Coo &lt;/strong&gt;de Keiichi Hara en 2007) ou les ittan momen (longues bandes de coton aussi vivantes que terriblement coupantes), le dieu Hermès, les déesses Artémis ou Amatérasu, le roi Arthur, le centaure Chiron, une femme araignée, une salamandre cracheuse de feu, Bigfoot, le dieu Râ et sa fille Bastet à tête de chat, le monstre du Loch Ness. À Area 51 vivent aussi quelques humains, dont des yakuzas et des mafieux de tous bords, ainsi que la jolie détective Tokuko Magoi, qui se fait appeler Mac Coy, et qui a pour arme une pièce de collection, un «&amp;nbsp;colt govrnement 1912&amp;nbsp;», devenu un &lt;em&gt;tsukumo&lt;/em&gt;, c’est-à-dire un objet qui, ayant servi 99 ans chez les humains, peut acquérir une vie propre. Quand il le veut, le colt de Mac Coy s’orne de dents de carnassier tout au long de son canon, et ses balles sont alors infaillibles. Mac Coy a pour partenaire un kappa as du volant. Chaque tome comporte 4 aventures. La 4e se poursuivant sur le tome suivant. Procédé cliffhanger que l’on trouvait déjà dans &lt;strong&gt;Jabberwocky&lt;/strong&gt; et qui doit rendre le lecteur accroc.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-area51-img1.png&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-area51-img1.png&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Au fil de ses aventures, la jolie Tokuko poursuit d’abord un vase devenu un tsukumo et qui fuit grâce à ses deux longs bras, puis elle est avalée par le monstre du Loch Ness, rend sa couronne au roi Arthur, tue avec une balle d’argent un vampire proxénète, élimine un chef mafieux grâce à une mandragore et un &lt;em&gt;penanggalan&lt;/em&gt; (créature du folklore malais, très exactement un être humain qui, la nuit tombée, voit sa tête se détacher de son corps en entraînant derrière elle toutes les viscères, et au petit matin, tête et viscères regagnent le corps abandonné, ce qui donne des illustrations particulièrement gore), se fait soigner par le centaure Chiron car elle souffre d’une maladie inconnue, redonne au Père Noël ses habits rouges volés par des extra-terrestres échappés de Roswell et drogués à la sauce chili …entre autres péripéties. Bien sûr, l’armée américaine connaît la Zone 51, mais elle empêche quiconque y habite d’en sortir.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-area51-img2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-area51-img2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.stolze-80-area51-img2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dans le 3e tome de la série, on apprend que la belle Tokuko Mac Coy a été autrefois coupée en deux et en diagonale au niveau de la poitrine et que c’est une épée magique qu’elle a avalée qui tient ensemble les deux parties de son corps. Cette épée n’est autre que la célèbre Kusanagi, un des Trois Trésors Sacrés du Japon (avec le miroir de bronze Yata, et un magatama, croc ou griffe d’ours en jade vert), dont l’original était tombée dans la mer en 1185 lors de la bataille de Dan-no-Ura. Forcément, cette épée va susciter bien des convoitises.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-area51-couve2345.png&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-area51-couve2345.png&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Il ne faudrait pas croire que la situation des mangakas soit des plus florissantes au Japon. Bien au contraire, car la censure y sévit de façon féroce. Une autre BD signée Tetsuya Tsutsui, &lt;strong&gt;Poison City&lt;/strong&gt;, nous le rappelle fort à propos. Sans même que le mangaka ait été tenu au courant, sa BD policière &lt;strong&gt;Manhole&lt;/strong&gt; avait été mis à l’index en 2009 par un comité de Nagasaki pour «&amp;nbsp; &lt;em&gt;incitation considérable à la violence et la cruauté chez les jeunes&amp;nbsp;». &lt;/em&gt; Et son œuvre retirée alors des librairies et des bibliothèques. Les interdictions au moins de 15 ans, voire de 18 ans, sont de véritables mises à mort de certaines œuvres, voire de revues ayant osé les publier. Là-bas, l’autocensure fait désormais des ravages. À l’incitation des éditions Kioon, qui avait déjà publié, avant le Japon, sa première BD, Tsutsui revient donc sur ses déboires de créateur, imaginant un mangaka d’un futur proche en butte aux incessantes tracasseries de la dame Anastasie locale. L’auteur passe en revue tout ce qui est proscrit&amp;nbsp;: certains thèmes délicats, comme l’enfance maltraitée, et certaines images trop sanglantes, trop explicites ou trop incitatives; il est ainsi déconseillé de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;montrer le héros avec une cigarette devant une mineure&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» La censure pour la BD jeunesse est tatillonne jusqu’au ridicule au Pays du Soleil Levant&amp;nbsp;? En France, la cigarette de Lucky Luke a été remplacée par un brin de paille, et dans l’adaptation en dessins animés pour la TV des aventures de Tintin, l’alcoolisme du capitaine Haddock est passé à la trappe. Même censure aux Etats-Unis, où la BD que nous aimions tant dans les années 70/80 ne se résume quasiment plus qu’à l’infantilisme débilitant des super-héros de Marvel ou DC Comics. Mais où sont passés les Wallace Wood, Richard Corben, Berni Wrightson, Jeff Jones, Vaugh Bodé, Joe Kubert et autres Will Eisner de notre, pardon, de «&amp;nbsp;ma&amp;nbsp;» jeunesse&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze80-manhole-poisoncity.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze80-manhole-poisoncity.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Masato Hisa ne risque pas d’être embêté par la censure. Ses monstres, même les plus épouvantables, sont dûment répertoriés par les folklores du monde entier, notamment les yokaï nippons. Et puis, ne se prenant jamais au sérieux, il évite tous les sujets qui pourraient fâcher. Osera-t-il un jour changer de registre&amp;nbsp;? Je le souhaite ardemment.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;PS&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;- On évitera &lt;strong&gt;Kokkoku&lt;/strong&gt; de Seita Horio, une histoire de temps qui s’immobilise, mais pas pour tout le monde, histoire aussi lente qu’obscure où trop de personnages se ressemblent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;- Pour plus de renseignements sur les yokaï, je renverrai mon lecteur à l’excellent &lt;strong&gt;Dictionnaire des Yokai&lt;/strong&gt;, de Shigeru Mizuki (Pika Edition), où environ 450 de ces créatures sont recensées avec illustrations et anecdotes. Sinon, voyez ou revoyez le remarquable animé de Isao Takahata, &lt;strong&gt;Pompoko &lt;/strong&gt;(2008),&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;où l’on assiste à un mémorable défilé de centaines de yokaï.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;- Je recommanderai encore chaudement la formidable &lt;strong&gt;République du Catch&lt;/strong&gt; de Nicolas de Crécy, BD publiée d’abord dans une revue japonaise, &lt;em&gt;Ultra Jump&lt;/em&gt;, de novembre 2014 à mars 2015, avant de paraître en France chez Casterman. Parmi les personnages aussi improbables que hauts en couleur de cette drôle de république, voici une ribambelle de fantômes et d’esprits très farceurs qui font indéniablement penser aux yokaï nippons. Les échanges entre les BD françaises et japonaises sont fructueux. Ce n’est pas l’œuvre de Taiyou Matsumoto qui me démentira, lui qui a été si fortement influencé par Moebius. Et l’on ne manquera pas sa dernière série en cours, &lt;strong&gt;Sunny&lt;/strong&gt;, sur la vie quotidienne dans un orphelinat.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-yokai.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-yokai.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;stolze-80-republique.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-80-republique.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Symphonie inaccessible</title>
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      <published>2015-11-01T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-12-01T10:01:19+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Berthelot</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;berthelot-symphonie-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/berthelot-symphonie-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour fêter la réédition (longuement attendue) en intégrales du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dystopia.fr/a/francis-berthelot/le-rve-du-dmiurge-l-intgrale-13&quot;&gt;Cycle du Démiurge&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-berthelot/&quot;&gt;Francis Berthelot&lt;/a&gt;, dont le premier volume sur trois paraît en ce mois de novembre, (re)découvrez &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-berthelot/la-symphonie-inaccessible&quot;&gt;«&amp;nbsp;La Symphonie inaccessible&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, nouvelle où notre auteur nous convie à suivre les pas d'un musicien immortel. Une nouvelle également à la base du disque &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.musearecords.com/boutique/francais/index.php?ficheprod=1&amp;amp;artiste=FRANCIS+BERTHELOT&amp;amp;refp=40996&quot;&gt;L'Inaccessible – ballet en cinq tableaux pour orchestre virtuel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, paru cet été chez Musea Records.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-berthelot/&quot;&gt;Francis Berthelot&lt;/a&gt;, issue de l'anthologie &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lavolte.net/livre/aux-limites-du-son/&quot;&gt;Aux limites du son&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, parue chez La Volte en 2006, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-berthelot/la-symphonie-inaccessible&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1er au 30 novembre 2015. Retrouvez chaque mois (ou presque) une nouvelle gratuite dans la rubrique Interstyles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;berthelot-symphonie-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/berthelot-symphonie-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/hatipoglu/8332358023/&quot;&gt;bird song&lt;/a&gt;&amp;nbsp;» + «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/duncanjohnston/5172135569/&quot;&gt;thank you for the music&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr&quot;&gt;CC-BY 2.0&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/hatipoglu/&quot;&gt;Ozan Hatipoglu&lt;/a&gt; &amp;amp; &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/duncanjohnston/&quot;&gt;*nacnud*&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>L comme Lesabéndio</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/29/L-comme-Lesabendio" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Lesabéndio" />
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      <published>2015-10-29T11:00:00+01:00</published>
              <updated>2016-05-05T12:12:31+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'Abécédaire continue à s'intéresser à la science-fiction d'outre-Rhin. Dans le deuxième volet de cette exploration, on découvre avec &lt;strong&gt;Lesabéndio&lt;/strong&gt; les étranges extraterrestres de Paul Scheerbart, curieux habitants de l'astéroïde Pallas, et leur quête de connaissance.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Lesabéndio. Ein Asteroiden-Roman, Paul Scheerbart, 1913. Édition numérique, ≈ 150 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À plus de quinze ans d’écart et mille lieues de la rigueur scientifique de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten&quot;&gt;Auf zwei Planeten&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Kurd Lasswitz, Paul Scheerbart, écrivain allemand lui aussi, proposait avec &lt;strong&gt;Lesabéndio&lt;/strong&gt;, sous-titré «&amp;nbsp;Un roman d’astéroïdes&amp;nbsp;», une étrange aventure spatiale, à nulle autre pareille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-l-cover-de2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-l-cover-de2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoique très prolifique (une trentaine de romans, recueils de poèmes et essais), Paul Scheerbart (1863-1915) n’est pas le plus connu des auteurs de langue allemande et a, pour ainsi dire, sombré dans l’oubli — bon, pas tant que ça, si l’on en juge par des pages Wikipédia française, anglaise ou allemande qui dépassent le stade de la simple ébauche de deux lignes. Bref, dans nos contrées, seule une poignée de ses textes ont bénéficié de traductions&amp;nbsp;: quatre nouvelles (une dans la revue &lt;em&gt;Bizarre&lt;/em&gt;, une autre dans &lt;strong&gt;Le Livre d’or de la science-fiction allemande&lt;/strong&gt;, deux dans la défunte revue&lt;em&gt;Antarès&lt;/em&gt;), ainsi que l’essai &lt;strong&gt;L’Architecture de verre &lt;/strong&gt;et le pamphlet antimilitariste &lt;strong&gt; L'Évolution du militarisme aérien et la dissolution des infanteries, forteresses et flottes européennes&lt;/strong&gt;.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Celui qui donne son titre au roman, Lesabéndio, est l’un des habitants de l’astéroïde Pallas. Les Pallasiens sont des extraterrestres fort peu humanoïdes&amp;nbsp;: évoquant lointainement une salamandre mais doté d’un unique pied-ventouse, ils peuvent modifier leur taille, et transformer leurs tubes oculaires en microscopes ou télescopes. Ils se nourrissent par des moyens peu conventionnels pour nous autres humains&amp;nbsp;: il leur suffit de s’allonger sur des prairies de champignons pour absorber les nutriments nécessaires.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Violett war der Himmel. Und grün waren die Sterne. Und auch die Sonne war grün.&lt;br /&gt;
Lesabéndio machte seinen Saugfuß ganz breit und klemmte ihn fest um die sehr steil abfallende zackige Steinwand und reckte sich dann mit seinem ganzen Körper, der eigentlich nur aus einem gummiartigen Röhrenbein mit Saugfuß bestand, über fünfzig Meter hoch in die violette Atmosphäre hinein.&amp;nbsp;»
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le ciel était violet. Et les étoiles étaient vertes. Le soleil aussi.&lt;br /&gt;
Lesabéndio élargit sa ventouse et l’accrocha fermement sur la falaise escarpée et déchiquetée, et étendit son corps, un tube caoutchouteux doté d’une ventouse, plus de cinquante mètres en direction de l’atmosphère violette.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La géographie de l’astéroïde Pallas se révèle particulière, et je ne suis vraiment pas sûr de bien l’avoir comprise. Ses habitants vivent à l’intérieur de l’astre (ou pas&amp;nbsp;: Lesabéndio a connaissance d’astres comme Jupiter ou la Terre, et sait que les humains appellent aussi leur astéroïde Pallas). Un nuage en toile d’araignée (Spinnengewebewolke), opaque, surplombe l’astéroïde et empêche les Pallasiens d’étudier le ciel au-delà. Sans oublier un «&amp;nbsp;Kopfsystem&amp;nbsp;» (système de tête) et un «&amp;nbsp;Rumpfsystem&amp;nbsp;» (système de tronc/coque), dont je n’ai absolument pas compris la nature.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La population de Pallas se divise entre artistes et ingénieurs. Les uns s’amusent, les autres construisent des tours. Quant à Lesabéndio, il a un objectif qu’il compte bien concrétiser&amp;nbsp;: bâtir une tour gigantesque, qui atteindra le nuage de toile d’araignée et permettra de découvrir et comprendre les mystères de l’univers au-delà. Le projet ne fait pas l’unanimité, mais Lesabéndio parvient à convaincre les Pallasiens de s’y mettre. La tour sera construite, Lesabéndio ira jusqu’à son sommet, et en reviendra transformé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une chose est certaine&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Lesabéndio&lt;/strong&gt; s’avère l’un des plus étranges romans de proto-SF — et de SF tout court — que j’ai pu lire. Cela, à commencer par ses personnages résolument non-humains&amp;nbsp;: si, lors d’un flashback, un voyage sur Terre est raconté, aucun humain n’intervient dans l’intrigue, qui demeure centrée sur Pallas et les astéroïdes adjacents. Le roman n’est une expérience de xénopensée, mais cet aspect non-humain tient bien la route. D’ailleurs, l’édition originale du roman s’enrichissait de gravures d’Alfred Kubin&amp;nbsp;: aussi talentueux qu’il fut, l’illustrateur austro-hongrois n’est pas parvenu à «&amp;nbsp;désanthropomorphiser&amp;nbsp;» ses dessins&amp;nbsp;: assurément étranges, les créatures demeurent encore trop humanoïdes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-l-kubin1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-l-kubin1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-l-kubin2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-l-kubin2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par certains aspects, &lt;strong&gt;Lesabéndio&lt;/strong&gt; préfigure le roman de Greg Egan &lt;strong&gt;Incandescence&lt;/strong&gt;. Dans ce dernier, le lecteur suit deux lignes d’intrigues, toutes deux situées dans un futur distant de centaines de milliers d’années&amp;nbsp;; l’une de ces deux lignes se déroule sur un monde peuplé de créatures rappelant des crabes. Ceux-ci n’ont qu’une compréhension approximative de leur habitat, qui n’est de toute évidence &lt;em&gt;pas&lt;/em&gt; une planète. Lorsque ces créatures comprennent que leur monde est menacé de destruction, ils vont devoir affiner de toute urgence leurs connaissances en cosmologie, et découvrir la théorie de la relativité par des méthodes tout autre que celle dont Einstein a disposé, ne serait-ce que parce qu’ils ne peuvent voir le ciel nocturne (expliquer pourquoi serait spoiler gravement). Bref, dans l’un et l’autre roman, le besoin de la connaissance pousse les protagonistes à se dépasser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, aussi intéressant que soit &lt;strong&gt;Lesabéndio&lt;/strong&gt;, sa lecture ne s’avère guère aisée. L’action est lente et emprunte des détours pas forcément passionnants. Et la fin m’a laissé perplexe. De fait, à l’instar de &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt;, il tient davantage de la curiosité — une curiosité à l’imagination débridée, qu’il serait dommage d’oublier. Parce que la science-fiction allemande ne se résume pas à Andreas Eschbach et Perry Rhodan. Il y a même eu une science-fiction est-allemande, sur laquelle on se penchera dans un ou deux tours d’alphabet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-l-cover-en.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-l-cover-en.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour les curieux germanophones, le texte est disponible en ligne &lt;a href=&quot;http://gutenberg.spiegel.de/buch/lesabendio-1764/2&quot;&gt;ici&lt;/a&gt;. Et pour les curieux anglophones, le roman a bénéficié d’une traduction dans la langue de H.G. Wells et Asimov en 2012.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Edit de mai 2016 : la traduction française du roman de Scheerbart arrive chez &lt;a href=&quot;http://www.vies-paralleles.org/portfolio/lesabendio/&quot;&gt;Vies Parallèles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: pas loin&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Stephen King, guide de lecture terrifiant</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/26/Stephen-King-guide-de-lecture-terrifiant" rel="alternate" type="text/html" title="Stephen King, guide de lecture terrifiant" />
      <id>urn:md5:9f03d9f48d39e47ca7cded391eef855a</id>
      <published>2015-10-28T09:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-10-28T10:25:08+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;king-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Guide-de-lecture&quot;&gt;Comme de coutume&lt;/a&gt;, voici, en complément de l'exhaustif guide de lecture Stephen King du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-80&quot;&gt;Bifrost 80&lt;/a&gt; un autre guide, constitué des critiques des livres du roi de l'épouvante, parues au fil des numéros… Cela, dès le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-2&quot;&gt;numéro 2&lt;/a&gt; de la revue — preuve s'il en est que l'auteur de &lt;strong&gt;Carrie&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;Ça&lt;/strong&gt; est quelqu'un que nous suivons de près depuis longtemps.&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;La Ligne verte&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;king-gdl-ligneverte-tt.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-ligneverte-tt.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;– Je cuis&amp;nbsp;! criait le vieux Thot. Je cuis-cuis! Ahhh&amp;nbsp;! J'suis rôti comme une dinde!&lt;/p&gt;&lt;p&gt;– Merde alors, a dit Harry. Y a un témoin qu’est arrivé avec une journée d'avance.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Assise sur le seuil, sa queue soigneusement lovée autour de ses pattes, la souris observait la scène de ses petits yeux de jais.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Le couloir de la mort (années 30) comme si vous y étiez, vu par un ex-chef des gardiens flirtant avec Alzheimer (pratique pour prendre l'histoire en route). Une atmosphère et un sens du suspens excellent, même si l’impression d'avoir déjà vu les jumelles Detterick au détour des couloirs de l'hôtel de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;Shining&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;. Une documentation, un style, une montée en tension irréprochable — précisons que je ne suis pas un lecteur de King.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La ligne verte parait en épisode dans une collection à 10 FF, mais si vous ajoutez le prix des six volumes, ça fait 60 FF le roman complet. À part ça, c'est vrai que la présentation en roman-feuilleton fait qu'on ne peut pas tricher et aller regarder comment l'histoire se finit. Alors, Caffrey frira-t-il sur la chaise électrique du pénitencier de Cold Mountain pour un crime qu'il n'a peut-être pas commis&amp;nbsp;? Et quelle mort affreuse Edward Delacroix va-t-il connaître&amp;nbsp;? Lecteur veinard, peut-être le savez-vous déjà&amp;nbsp;! (Fichu décalage spatio-temporel).&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/david-sice/&quot;&gt;David Sicé&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-2&quot;&gt;Bifrost n° 2&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Les Yeux du dragon&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-yeux.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-yeux.jpg&quot; /&gt;Si le nom de quelques personnages ou de certains lieux laissent un instant à penser que l'on retrouve là l'un des mondes bien connus de Stephen King, la lecture de ce récit oblige rapidement à se rendre à l'évidence&amp;nbsp;: il s'agit là d'un nouveau royaume tout droit sorti de l'imagination du romancier du Maine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ni récit de pure terreur, ni introspection pénétrante, &lt;strong&gt;Les yeux du dragon&lt;/strong&gt; est purement et simplement un conte de fées, mais un conte de fées à la manière de Stephen King.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au fil de ce récit, on croise ainsi des princes, des chevaliers et même un dragon. Il manque toutefois une belle princesse dont le héros pourrait s'enamourer. Il y a bien évidemment un diabolique sorcier aux pouvoirs terrifiants nommé Flagg ou encore l'Homme Noir. Mais, lorsque le temps est enfin venu, la noirceur de cette âme damnée et les actions maléfiques de ce sombre Machiavel ne résistent pas longtemps face à la pureté d'un héros sans peur et sans reproche, le roi Peter.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Personnages simplistes pour une histoire simple, Peter, son frère Thomas et tous les autres n'ont pas la complexité habituelle des héros de Stephen King. Mais c'est là une chose normale lorsque l'on sait que Les yeux du dragon est bel et bien ce qu'il parait être, un simple conte de fées écrit par l'auteur pour sa fille Naomi et publié en tirage limité en 1984 par Philtrum Press, la maison de micro-édition de Stephen King. La version proposée ici par Pocket (et celle présentée en 1987 par les Editions Albin Michel) correspond à l'édition grand public de Viking Press amplement revue et corrigée par King.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En fait, le plus intéressant dans ce conte de fées à la manière King est de voir comment ce récit peut s'intégrer de façon cohérente au grand œuvre du romancier. Sorcier maléfique, Flagg est certainement une incarnation ancienne de cette vivante personnification du mal qui hante les pages du Fléau, autre roman de Stephen King. Et il suffit d'une phrase au romancier dans le second volet de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Tour Sombre&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; pour réussir à faire le lien avec le monde de Roland le pistolero, lorsqu'il écrit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Sur les talons de Flagg, étaient survenus deux autres personnages, des jeunes gens respirant le désespoir mais n'en dégageant pas moins une aura sinistre, et qui se nommaient Dennis et Thomas.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sans être le plus passionnant des livres écrits par Stephen King, &lt;strong&gt;Les yeux du dragon&lt;/strong&gt; est un récit agréable à lire même si quelques péripéties supplémentaires auraient pu apporter le brin de folie ou le grain de piment qui manquent par instant. À noter enfin que &lt;strong&gt;Les Yeux du dragon&lt;/strong&gt; a déjà été publié en France dans une édition illustrée par Christian Heinrich par Albin Michel d'abord, puis par Pocket «&amp;nbsp;Junior Frissons&amp;nbsp;», avant d'intégrer la désormais classique collection «&amp;nbsp;Terreur&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-paygnard/&quot;&gt;Philippe Paygnard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-9&quot;&gt;Bifrost n° 9&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;La Tour sombre T4&amp;nbsp;: Magie et cristal&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-toursombre4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-toursombre4.jpg&quot; /&gt;1978&amp;nbsp;: Roland le pistolero fait ses premiers pas de héros dans «&amp;nbsp;The Gunslinger&amp;nbsp;», une courte nouvelle publiée par &lt;em&gt;The Magazine of Fantasy and Science Fiction&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;1998&amp;nbsp;: Roland et son katet animent sans peine les six cents pages et plus de &lt;strong&gt;Magie et cristal&lt;/strong&gt;, le quatrième tome du Cycle de &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Tour Sombre&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En vingt ans, le pourtant fort prolifique Stephen King n'a écrit que quatre chapitres de la quête de Roland de Gilead, le dernier pistolero de l'Entre-Deux-Mondes. Cette série de romans d'aventures écrite en parallèle à l'œuvre classique de Stephen King continue à vivre et à grandir grâce aux milliers de fans qui ne cessent de rappeler au romancier du Maine qu'il s'était engagé, voici donc bientôt vingt ans, à écrire un véritable cycle romanesque consacré au monde de Roland. Fidèle à ses promesses, Stephen King livre enfin le quatrième volet des aventures du Pistolero et s'engage, dans sa postface, a boucler le présent cycle de son vivant…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour l'heure, le romancier nous invite à retrouver Roland, Eddie, Susannah, Jake et Ota dans la bien mauvaise posture où il les avait placés à la fin des&lt;strong&gt; Terres perdues&lt;/strong&gt;, entre les griffes de Blaine le Mono Une fois passée cette première épreuve, Roland, héros du récit de King, se transforme à son tour en conteur pour livrer à ses compagnons d'aventures quelques-uns de ses secrets. Il leur raconte comment, à peine âgé de quinze ans, il fit ses premières armes de pistolero en affrontant, aux côtés de ses amis Alain et Cuthbert, quelques-uns des séides de John Farson. Il leur confie également comment il rencontra Susan Delgado, le seul amour de sa vie de pistolero.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme c'est devenu une habitude chez le romancier du Maine, Stephen King tisse quelques liens plus ou moins ténus entre ses différentes œuvres. Ce jeu de références est parfois subtil et souvent amusant. Cette fois, il s'agit plutôt d'énormes cordages puisque King nous fait visiter la ville de Topeka dévastée par une supergrippe, une catastrophe en tous points semblable à celle du &lt;strong&gt;Fléau&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On prend un grand plaisir à retrouver l'univers du Pistolero, même sachant que si King continue sur le même rythme, il faudra attendre 2002 pour lire le cinquième volet des aventures de Roland. Un héros qui, pourtant, ne cesse de se rapprocher de son but&amp;nbsp;: la Tour Sombre… En attendant, les lecteurs américains auront plus de chance que nous puisqu'ils pourront bientôt lire une longue nouvelle située dans le monde du Pistolero, «&amp;nbsp;The little sisters of Eluria&amp;nbsp;», qui doit paraître dans l'anthologie &lt;strong&gt;Legends&amp;nbsp;: Stories By the Masters of Modern Fantasy &lt;/strong&gt;dirigée par Robert Silverberg. À suivre…&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-paygnard/&quot;&gt;Philippe Paygnard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-10&quot;&gt;Bifrost n° 10&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;La Tempête du siècle&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-tempete.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-tempete.jpg&quot; /&gt;Affirmons-le d'emblée ce n'est pas là le nouveau grand roman de Stephen King. Ce dernier a déjà un titre, &lt;strong&gt;Bag of Bones&lt;/strong&gt;, et il a été publié aux Etats-Unis par Simon &amp;amp; Schuster — il semble fort raisonnable d'espérer qu'il paraîtra bientôt en France. &lt;strong&gt;La Tempête du siècle&lt;/strong&gt; n'est pas non plus la novélisation de la mini-série homonyme de la chaîne américaine ABC. En fait, il s'agit tout simplement du scénario brut de décoffrage de cette production. Certes, ce texte est bel et bien signé par Stephen King, mais il a été pensé et formaté pour être joué et mis en scène.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au-delà de la forme, qui ne facilite pas la lecture, on peut quand même apprécier le récit de King réservant, comme d'habitude quelques bonnes surprises pour le lecteur et d'autres moins bonnes pour les personnages. Car, après la fantasy de &lt;strong&gt;La Tour sombre&lt;/strong&gt;, le romancier fait un retour aux sources et renoue ici avec l'horreur pure, celle de ses premières œuvres, de &lt;strong&gt;Carrie &lt;/strong&gt;à &lt;strong&gt;Bazaar&lt;/strong&gt;, en passant par &lt;strong&gt;Christine &lt;/strong&gt;et &lt;strong&gt;Simetierre&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ne pouvant situer cette nouvelle histoire à Castle Rock, cette ville ayant été dévastée dans &lt;strong&gt;Bazaar&lt;/strong&gt;, Stephen King choisit la petite communauté de Little Tall Island. L'île de &lt;strong&gt;Dolores Claiborne&lt;/strong&gt; est en effet idéale pour un huis clos tel que &lt;strong&gt;La Tempête du siècle&lt;/strong&gt;. Isolés du monde par une catastrophe naturelle — la tempête dite «&amp;nbsp;du siècle&amp;nbsp;» qui frappe les États-Unis, et le Maine en particulier —, les hommes, les femmes et les enfants de Little Tall Island vont devoir affronter une autre catastrophe, surnaturelle celle-là, personnifiée par cet étranger nommé André Linoge. Par bien des aspects, ce dernier ressemble au Leland Gaunt de &lt;strong&gt;Bazaar &lt;/strong&gt;ou au Randall Flagg du &lt;strong&gt;Fléau&lt;/strong&gt;. Son arrivée à Little Tall Island provoque la fin de l'harmonie toute apparente qui existait sur cette petite île. Sa venue est marquée par un meurtre horrible et incompréhensible, celui de Martha Clarendon. Un crime dont l'assassin est immédiatement identifié par Mike Anderson, comptable à temps partiel de Little Tall Island, en la personne d'André Linoge. Cependant, le fait de mettre ce meurtrier sous les verrous est loin de résoudre tous les problèmes. Comme les habitants de Little Tall Island s'en rendront compte et de la manière la plus tragique qui soit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Habituellement, ce qui fait le charme et l'efficacité des récits de Stephen King, c'est son inimitable approche des personnages. Leur caractérisation parfaite est la marque de fabrique de ce romancier, dont le goût du détail parvient à humaniser presque totalement les créations de son esprit fécond. Hélas, dans &lt;strong&gt;La Tempête du siècle &lt;/strong&gt;les personnages sont réduits à la portion congrue au profit des dialogues et des indications techniques (puisque toutes les mises en place de caméra et formats de prise de vue sont présentes dans le texte proposé par Albin Michel). Avec un brin d'exagération, on peut dire que ce ne sont plus que des marionnettes sans âme que des acteurs tels que Tim Daly (Mike Anderson) Debrah Farentino (Molly Anderson), Casey Siemaszko (Hatch), Jeffrey DeMunn (Robbie Beals), Julianne Nicholson (Cat Withers) et surtout Colm Feore (André Linoge), ont animées lors du tournage, sous la direction du réalisateur Craig R. Baxley (&lt;em&gt;L'Agence tous risques&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Dark Angel&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne peut donc qu'attendre, avec une certaine impatience, de voir le résultat à l'écran. Notons au passage que &lt;em&gt;La Tempête du siècle&lt;/em&gt; (la mini-série) a été diffusée par la chaîne américaine ABC les dimanche 14, lundi 15 et mardi 16 février 1999, à 21h00.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au final, &lt;strong&gt;La Tempête du siècle&lt;/strong&gt; (le livre) apparaît donc comme un simple pis-aller, un vulgaire substitut, un banal moyen de calmer les fans du King en manque de sa prose inimitable. Mais à trop jouer ce jeu-là, les éditeurs risquent de dégoûter plus d'un lecteur. Ce qui, on en conviendra, serait plus que regrettable...&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/philippe-paygnard/&quot;&gt;Philippe Paygnard&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-13&quot;&gt;Bifrost n° 13&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;La Tour sombre T1 à T3&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-toursombre123.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-toursombre123.jpg&quot; /&gt;Hosanna&amp;nbsp;! Hosanna&amp;nbsp;! Chant de joie pour ses fans inconditionnels, Stephen King a enfin achevé son cycle de &lt;em&gt;&lt;strong&gt;La Tour Sombre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; (sept volumes, de plus en plus gros), en profitant pour déclarer qu'il s'agissait de «&amp;nbsp;la Jupiter de son Système imaginaire&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;[petite pensée polémique pour les anglophiles&amp;nbsp;:]&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Jupiter? oh no, it's just shit from Uranus.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Hélas, trois fois hélas, aimant bien l'œuvre du géant du Maine, je me suis porté volontaire pour suivre Roland de Gilead, le dernier pistolero, dans la longue quête qui finira par l'amener jusqu'à la Tour Sombre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le premier volume — western post-apocalyptique très marqué par la Bible, &lt;strong&gt;Le Seigneur des anneaux &lt;/strong&gt;et les films de Sergio Leone —, Roland poursuit l'Homme en Noir, massacre les habitants d'une petite ville (scène hallucinante), rencontre le jeune Jake avant de le laisser mourir dans un monde souterrain — une fin qui ressemble un peu trop à mon goût à la chute de Gandalf dans la Moria. À la fin du volume, bien entendu, le dernier pistolero retrouve l'Homme en Noir sur le Golgotha. Et ils ont beaucoup de choses à se dire…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le second volume, Roland — attaqué par une «&amp;nbsp;homarstruosité&amp;nbsp;» — perd trois doigts, chope une sale infection, récupère (dans notre monde) Eddie et Susannah, ses futurs compagnons de route — Eddie étant un ancien junky, Susannah une femme de couleur schizophrène privée de ses deux jambes à la suite d'une tentative de meurtre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le troisième volume, Roland et ses compagnons décident de ramener Jake d'entre les morts. Pour ce, le trio devra se rendre à Lud, une étrange cité. Mais avant ils affronteront et vaincront un des «&amp;nbsp;douze gardiens&amp;nbsp;» — un ours gigantesque (format King Kong, pour tout dire) portant une antenne radar sur le sommet du crâne…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Soyons clairs, &lt;em&gt;&lt;strong&gt;La Tour Sombre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt; — inspiré d'un poème de Robert Browning, «&amp;nbsp;Le Chevalier Roland s'en vient à la tour noire&amp;nbsp;» — est un navet, et pas un petit, planté au beau milieu de l'œuvre d'un écrivain qui avait souvent réussi à passionner (&lt;strong&gt;Shining&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Dead Zone&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Misery&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Simetierre&lt;/strong&gt;…). Tout y est trop. C'est trop gros car trop long (ou l'inverse), c'est régulièrement trop con (l'auteur, très fier de lui, il suffit de lire ses postfaces, préfaces, avant-propos, semble croire que ses lecteurs sont capables de gober n'importe quoi et donc écrit n'importe quoi), trop américain (comme si on avait besoin de ça en ce moment), trop amateur d'un point de vue purement stylistique, trop puéril (bonjour l'humour caca-boudin, et donc cauchemardesque, du deuxième tome).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le premier volume est quasi incompréhensible (ce que n'arrange pas une «&amp;nbsp;nouvelle traduction&amp;nbsp;» plus mauvaise que la précédente), le second volume, avec ses va-et-vient entre le monde de Roland et notre monde (ah, que c'est beau New York&amp;nbsp;!), est pénible à cause de sa longueur, son côté répétitif, son autosatisfaction permanente. Quant à&lt;strong&gt; Terres Perdues&lt;/strong&gt;, c'est certes le meilleur du lot, mais je l'ai fini aux forceps, à la rame et dans l'unique but d'achever mon papier pour &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce navet de comices agricoles qui promettait pourtant moult plaisirs de lecture est surtout un gâchis monumental (il n'y a pas d'autre mot) car durant les rares moments où King se réveille, et donc réveille ses lecteurs, il se révèle brillant, hallucinant de justesse… ces étincelles créatives apparaissant généralement au détour d'un dialogue, d'une description ou d'une scène d'action. Toujours au détour du récit, et non au cœur du problème…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au final, &lt;em&gt;&lt;strong&gt;La Tour Sombre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, où en tout cas ses trois premiers opus, est l'œuvre d'un auteur qui refuse son sujet comme un cheval refuse l'obstacle. Sans doute trop ignorant des règles du monde de Roland, Stephen King n'a pas su affronter (construire&amp;nbsp;?) cet univers à bras-le-corps. Il a écrit &lt;strong&gt;&lt;em&gt;La Tour Sombre&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt; au fil de la plume, sans plan véritable, sans horizon précis&amp;nbsp;; résultat, il passe plus de temps à réparer les incohérences flagrantes de son récit-fleuve qu'à s'y consacrer vraiment. Reste que cette œuvre tend à ses lecteurs — même ceux qui ne l'ont pas appréciée —, un piège intéressant, car j'ai beau bougonner, pester comme un balai à chiottes qui vient de survivre à la fête de la bière de Munich, je ne peux m'empêcher de me demander, en français dans le texte&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Putain, mais c'est quoi cette Tour Sombre&amp;nbsp;?!&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/cid-vicious/&quot;&gt;Cid Vicious&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-38&quot;&gt;Bifrost n° 38&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Cellulaire&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-cellulaire.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-cellulaire.jpg&quot; /&gt;En déplacement à Boston, Clayton Ridell, dessinateur de BD, vient juste de signer un contrat qui arrangera peut-être ses relations avec son épouse lorsque l'enfer se déchaîne autour de lui&amp;nbsp;: toutes les personnes utilisant leur portable sont saisies de folie meurtrière. Avec deux compagnons d'infortune, Tom, un homme mûr, et Alice, une jeune fille, il fuit la ville désorganisée. La catastrophe ne serait que temporaire si les victimes du téléphone portable se comportaient en zombies classiques. Mais ils acquièrent des pouvoirs, dont celui de télépathie, et se regroupent en bandes quadrillant le territoire. Les rescapés n'ont d'autre choix que de se laisser regrouper dans les zones qu'ils leur allouent. Pour avoir éliminé un regroupement de zombies du temps où la résistance semblait encore possible, le groupe qui s'est constitué autour du trio de base est traité comme des pestiférés. Un espoir subsiste cependant pour annuler le programme qui, via les portable, a instauré ce cauchemar…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Référence avouée aux films de Romero comme à &lt;strong&gt;Je suis une légende&lt;/strong&gt; de Matheson, King montre habilement avec quelle rapidité la société peut s'effondrer à présent que le monde entier est interconnecté. Il sait instaurer avec le talent qu'on lui connaît un sentiment d'oppression ponctué de fortes scènes d'action, mais on reste cependant sur sa faim car, à aucun moment, on ne délivre d'explication sur le phénomène nommé l'Impulsion, sur son origine ou ses causes, pas plus qu'on n'informe le lecteur de la situation dans le reste du monde. Ces manques deviennent toujours plus criants à mesure que progresse l'intrigue et provoquent la déception quand, en fin de récit, on comprend qu'ils ne seront pas comblés. Bref, un roman singulièrement inabouti, qui surprend de la part d'un conteur comme Stephen King.&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-43&quot;&gt;Bifrost n° 43&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Histoire de Lisey&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-lisey.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-lisey.jpg&quot; /&gt;Le célèbre écrivain Scott Landon est mort. Deux ans après, sa veuve entreprend de ranger les manuscrits et les papiers qui encombrent son bureau. Après vingt-cinq ans de vie commune, elle continue d'entretenir un dialogue avec son mari, dont elle a copié pas mal de tics de langage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lisey a peut-être de l'argent, mais sa vie n'est pas simple&amp;nbsp;: elle a quatre sœurs dont l'une, de plus en plus fragile psychologiquement, a besoin de sa présence maintenant qu'elle est frappée d'une nouvelle crise de catatonie. Un professeur d'université qui la harcèle pour récupérer les inédits de Scott Landon a dépêché un malade mental chargé de les récupérer&amp;nbsp;; celui-ci se fait toujours plus menaçant et il est trop tard pour l'arrêter. N'ayant pas encore totalement achevé son deuil, Lisey craque. Les souvenirs l'envahissent au fur et à mesure qu'elle classe les documents&amp;nbsp;: la tentative d'assassinat de son mari, le récit de son enfance martyre aux côtés de son frère Paul, qui le défendait contre un père manifestement fou, et surtout, le secret de son imagination, la mare aux histoires située dans un lieu hors du temps et de l'espace, où il va pêcher ses idées, voire s'entretenir avec les autres qui le fréquentent ou y végètent, cadavres amenés là ou esprits dérangés que le délire a conduit en ces lieux. Parfois, on n'en revient jamais. Cet endroit inquiétant, dangereux à certaines heures, Lisey s'y est rendue, il y a longtemps, guidée par Scott. Elle doit à présent y retourner seule, pour y récupérer sa sœur égarée ou pour régler son compte à ce malade mental bien décidé à la torturer. Peut-être pour y revoir son mari une dernière fois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En affrontant les peurs du présent ou les fantômes du passé se dessinent la relation particulière qui unissait le couple et la personnalité de cet écrivain adulé. Ecrire était chez lui un processus thérapeutique le délivrant de sa cauchemardesque enfance. Stephen King reprend là le concept rebattu (et discutable) selon lequel il faut avoir souffert pour être un auteur. Il est douteux cependant de croire qu'on puisse devenir écrivain après avoir vécu l'enfance de Scott Landon&amp;nbsp;: la grandeur de l'œuvre n'est pas proportionnelle aux traumatismes subis. Passons&amp;nbsp;: il faut croire que Scott Landon a eu énormément de chance pour parvenir à sublimer ces horreurs tout au long de sa vie, une chance qui pourrait bien s'appeler Lisey, Babylove comme la surnommait son mari. L'épouse, en apparence effacée derrière la star, se révèle farouche et volontaire, acharnée à défendre les siens et à faire leur bonheur avec une détermination qui force l'admiration. Elle se révèle admirable à tous points de vue et ses passages à vide, ses moments de faiblesse ne la rendent que plus attachante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D'autant plus que le bonheur qu'elle a distribué autour d'elle résulte d'un combat quotidien contre la folie et ses multiples manifestations&amp;nbsp;: folie de Scott capable de se mutiler pour lui prouver son amour, folie des admirateurs excessifs, folie de sa sœur catatonique, folie des mots et du langage que l'écrivain n'a cessé de tordre jusqu'à bizarrement travestir le quotidien&amp;nbsp;: Cigarette-moi, crapouasse, toufoutu, termes déclinés dans des phrases à la syntaxe malmenée, parasitées par des jeux de mots à deux balles ou crevassées d'éruptions de grossièretés, jusqu'à ce foutu nard, aux sens multiples, exprimant la surprise, qui peut-être plaisante (bon-nard) ou angoissante (traque-nard), le nard-de-sang de l'enfance de Scott présageant généralement quelque indicible cruauté. Saluons au passage le travail de la traductrice qui a cherché dans San Antonio et ailleurs, jusque dans le langage de sa fille, des transpositions françaises acceptables du style de Landon.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ceci dit, on a du mal à croire que Landon puisse être un grand écrivain à travers l'aperçu qu'on donne de son écriture, un rien puérile (mais Landon a de nombreux côtés gamin) et plutôt artificielle. Mais King n'allait pas élaborer un véritable langage d'auteur juste pour les besoins de l'histoire&amp;nbsp;: il suffit de savoir que Landon est célèbre et particulier dans son expression.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En revanche, il a voulu soigner l'écriture de ce roman, mais le collage un peu brouillon de scènes issues de diverses époques, loin de paraître moderne, désarçonne le lecteur, l'histoire peinant à démarrer. En voulant immédiatement entrer dans l'univers littéraire de Scott Landon et les pensées de Lisey, l'auteur déverse une masse d'infos telle qu'on perd le fil et qu'on peine à identifier les personnages. Le langage distordu de Scott achève de dérouter&amp;nbsp;: il faut dépasser les deux cents premières pages pour que les choses se stabilisent autour d'une intrigue identifiable et que, familiarisé avec l'univers de Lisey, on puisse à son tour entrer dans l'histoire. Passé ce cap, King se révèle excellent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Misery&lt;/strong&gt;, Stephen King a délivré les processus d'écriture qui le travaillaient. &lt;strong&gt;L'Histoire de Lisey&lt;/strong&gt; n'est pas un livre sur les sources de la création comme l'affirme le dos de couverture, quand bien même l'intrigue s'articule autour de la mare aux histoires et que les souffrances de l'enfance sont à la base du processus d'écriture, mais c'est un formidable roman d'amour qui témoigne, au passage, de la fusion identitaire des vieux couples ayant en commun manies et façons de penser. L'épouse de l'écrivain se trouve au centre de son existence, elle en est le pivot, l'élément stabilisateur sans lequel l'auteur n'est rien. Et la façon que trouve Stephen King pour révéler cette dimension de l'histoire est tout simplement magnifique. Finalement, en mettant de côté la mare aux histoires, il se pourrait bien que le roman soit malgré tout basé sur les processus de création.&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-49&quot;&gt;Bifrost n° 49&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Charlie&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-charlie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-charlie.jpg&quot; /&gt;États-Unis. Années 70. Au milieu de dix autres étudiants, Andy McGee et Vicky Tomlinson participent, contre 200 dollars, à une expérience du docteur Wanless durant laquelle leur est injecté un soi-disant hallucinogène léger apparenté au LSD et appelé Lot 6. L'expérience tourne mal&amp;nbsp;: un des étudiants s'arrache les yeux, un autre fait un arrêt cardiaque fatal. Andy et Vicky ont l'impression d'être passés au travers et se mettent en couple, jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que cette expérience les a changés. Andy a le pouvoir de pousser les gens à agir contre leur gré, un pouvoir qui lui occasionne ensuite de terribles migraines&amp;nbsp;; Vicky ferme le frigo depuis l'autre côté de la cuisine sans vraiment y penser, sans vraiment s'en rendre compte. Et puis le bonheur arrive dans la maison, sous la forme d'un bébé, Charlie, une petite fille qui en cauchemardant ne va pas tarder à mettre le feu à sa chambre, car elle a un don autrement plus impressionnant que ceux de ses parents&amp;nbsp;: elle est dotée du pouvoir de pyrokinésie. Après la mort (accidentelle&amp;nbsp;?) de Vicky, il est temps pour le docteur Wanless de réapparaître et avec lui «&amp;nbsp;La Boîte&amp;nbsp;», cette étrange agence gouvernementale qui n'est ni la CIA, ni le FBI, ni la NSA…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Stephen King a commencé sa carrière littéraire en 1974 avec &lt;strong&gt;Carrie&lt;/strong&gt; (adaptée au cinéma par Brian De Palma dès 1976) et n'a jamais vraiment cessé d'écrire sur les pouvoirs parapsychologiques&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Shining&lt;/strong&gt; (1977), &lt;strong&gt;Dead Zone&lt;/strong&gt; (1979, écrit juste avant &lt;strong&gt;Charlie&lt;/strong&gt;), &lt;strong&gt;La Ligne&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;verte&lt;/strong&gt; (1996), &lt;strong&gt;Cœurs perdus en Atlantide&lt;/strong&gt; (1998), &lt;strong&gt;Dreamcatcher&lt;/strong&gt; (2001), etc. En considérant cette liste non exhaustive et la qualité de ces titres (&lt;strong&gt;Dreamcatcher&lt;/strong&gt; est sans doute le plus faible de la liste), force est de constater que les pouvoirs psys ont plutôt bien inspiré King. &lt;strong&gt;Charlie&lt;/strong&gt; (dont l'intrigue ressemble sans doute trop à &lt;strong&gt;Furie&lt;/strong&gt; (1976) de John Farris&amp;nbsp;; le traqueur est Amérindien dans les deux livres, ce qui a donné lieu à quelques explications d'avocats) est une des réussites majeures de l'auteur, une sorte de «&amp;nbsp;roman de gare&amp;nbsp;» parfait. La course-poursuite est haletante, les personnages fouillés, les scènes d'action remuent, ça chauffe (pour le moins) et le vertige naît à plusieurs moments. Servi par un sens de la narration, et notamment du flash-back, tout simplement magistral, &lt;strong&gt;Charlie&lt;/strong&gt; se dévore par paquets de 100 pages (malgré une traduction française qui mériterait d'être revue, F. M. Lennox arrivant à restituer à l'identique tous les faux amis de la langue américaine ou presque). Cette lecture, qui nous happe comme par un torrent furieux, nous rappelle, car on l'avait un petit peu oublié ces dernières années, que Stephen King est un géant, tout autant dans le domaine de la littérature populaire que celui de la littérature dite «&amp;nbsp;générale&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thomas-day/&quot;&gt;Thomas Day&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-54&quot;&gt;Bifrost n° 54&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Dôme&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-dome12.png&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-dome12.png&quot; /&gt;Chester’s Mill, petite ville du Maine, près de Castle Rock, se retrouve du jour au lendemain isolée sous un champ électromagnétique qui a sectionné tout ce qui se trouvait à cheval sur la frontière, provoquant d’emblée une série de catastrophes routières et aériennes. L’écrasement d’un avion contre le dôme invisible, au pourtour vite matérialisé par une double rangée d’oiseaux morts, marque d’ailleurs le spectaculaire début de ce huis-clos à l’échelle municipale. Dale Barbara était en train de quitter la ville. Le cuisinier du fast-food local, ex-vétéran de la guerre d’Irak, avait eu quelques jours plus tôt une altercation avec quelques mauvais garçons de la ville, dont Junior Rennie, fils du deuxième conseiller de Chester’ Mill,&amp;nbsp; fraîchement exclu de la fac parce qu’il a du mal à canaliser sa violence, ce qu’ignore son père, concessionnaire automobile aux manières patelines. C’est précisément parce que ce dernier prend mal la mesure de la situation que les premiers problèmes apparaissent. Pour ne pas se laisser distancer par un leader quelconque, il cherche à accroître son pouvoir sur la population en jouant sur le levier de la peur, n’hésitant pas à laisser pourrir les choses, voire à provoquer des drames pour devenir l’homme de la situation. D’ailleurs, il s’avère vite que le premier adjoint, le pharmacien Andy Sanders, n’est qu’une marionnette entre ses mains, un responsable placé en première ligne pour porter le chapeau en cas de problème. Et que les décisions sont également prises pour dissimuler un juteux trafic orchestré à grande échelle, lequel, à mesure qu’il se précise, permet de comprendre la fortune de quelques administrés ou de réinterpréter les histoires qui traînent dans la ville. Du fait de l’isolement, toutes ces affaires souterraines rendent la situation explosive et finissent par dégénérer en conflit ouvert. Pour renforcer celui-ci, les protagonistes extérieurs au dôme n’interviennent que de façon indirecte, par le biais de conversations téléphoniques ou d’interventions télévisées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il s’agit donc moins d’un roman d’horreur classique que d’une étude de caractères en période de crise, à l’instar de n’importe quel récit catastrophe. Mais pas de n’importe quels caractères&amp;nbsp;: Stephen King prend une photo de l’Amérique actuelle, travaillée par les pires courants réactionnaires et puritains. Les conséquences de l’isolement décrites ici sont surtout celles, sociologiques, qui modifient le comportement des habitants, en particulier l’attitude des dirigeants. Certes, l’absence d’électricité, les pénuries progressives d’alimentation, le manque d’eau et la pollution atmosphérique croissante sont des facteurs aggravants générant nombre de rebondissements. Mais les principaux dommages sont d’abord causés par les élus et la police municipale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des portions de territoires isolées du monde ne sont pas neuves en science-fiction, depuis celles volontairement coupées de l’extérieur à celles mises en coupe par les extraterrestres comme dans &lt;strong&gt;Les Coucous de&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Midwich&lt;/strong&gt;. Difficile surtout de ne pas penser à &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/post/la-maison-qui-glissait&quot;&gt;&lt;strong&gt;La Maison qui glissait&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de Jean-Pierre Andrevon, publié au Bélial’, qui a un axe d’entomologie sociale identique et propose la même explication au phénomène, d’autant plus que le roman de l’auteur américain, conçu et entamé en 1976, mais abandonné à deux reprises, prenait pour point de départ la population d’un immeuble coupé du monde. Seule la perspective diffère.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si le scénario minutieux de Stephen King permet pareillement de déclencher des réactions en chaîne, jusqu’au macabre horrifique qui donne volontiers dans le grotesque et l’hystérique au gré des situations, son but n’est pas seulement d’éviter les baisses de régime dans la narration mais de donner des responsables l’image d’une agitation irrationnelle et frénétique. Car ce roman est avant tout une charge politique contre les Républicains des derniers mandats, en particulier depuis le 11 septembre qui a renforcé la politique isolationniste du pays et restreint les libertés publiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce n’est pas un hasard si le récit commence avec une catastrophe aérienne. Le détestable deuxième adjoint est une référence avouée à Dick Cheney (c’est d’ailleurs un masque à son effigie qu’utilisent les révoltés pour attaquer le poste de police), la fabrication de preuves, grossières pour accabler le coupable désigné, rappelle fortement celles désignant l’Irak, de même que le musellement de la presse, l’accablement de témoins gênants, et jusqu’au trafic auquel se livrent les élus, qui n’est pas sans rapport avec les bénéfices engendrés par le clan Bush. La dévotion excessive, l’horreur des excès de langage, va de pair avec le racisme et les pratiques mafieuses, la violence, y compris sexuelle, étant tolérée du moment qu’elle sert de «&amp;nbsp;justes&amp;nbsp;» intérêts. Tout y est, depuis le spectre de l’insécurité sans cesse agité jusqu’à l’amalgame religieux avec l’Axe du Mal. Ce qui paraît excessif chez King cesse de l’être pour peu qu’on se remémore la première décennie du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Dès lors, les séquences grotesques deviennent une parodie jouissive. Les problèmes de pollution qui se manifestent surtout dans le second tome élargissent la métaphore de la ville sous dôme à l’échelle de la planète.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Question écriture, l’auteur a manifestement misé sur l’efficacité, laissant de côté les exercices de style qui caractérisaient quelques-uns de ses derniers opus. Personne ne sera étonné d’apprendre que King n’échappe pas à certaines longueurs, malgré un découpage inspiré des séries télévisées actuelles, qui saucissonne l’intrigue en scènes très brèves pour soutenir le suspense. Spielberg en a d’ailleurs acquis les droits dans ce but. Ce Stephen King a l’envergure du &lt;strong&gt;Fléau&lt;/strong&gt; ou de &lt;strong&gt;Ça&lt;/strong&gt;, la dimension polémique en plus. Tout de même…&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-62&quot;&gt;Bifrost n° 62&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Nuit noire, étoiles mortes&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-nuitnoire.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-nuitnoire.jpg&quot; /&gt;Les quatre nouvelles qui composent ce recueil parlent une fois de plus de drames intimes, de gens ordinaires confrontés à des drames qui les amènent à réagir, et pas toujours de la façon dont on s’y attend. Dans «&amp;nbsp;1922&amp;nbsp;», un fermier du Nebraska assassine sa femme, acariâtre, désagréable, avant qu’elle ne vende la propriété qui les fait vivre afin de pouvoir s’installer en ville. Il s’assure la complicité de leur fils, aisément manipulable depuis qu’un amour adolescent fait battre son cœur pour la fille de la ferme voisine. Mais on a beau préméditer soigneusement son acte, rien ne se passe comme prévu, et la cascade d’évènements qui découle du meurtre originel sera pire que tout… C’est comme cette femme, auteur de polars à succès, qui, pour avoir emprunté le raccourci indiqué par la présidente d’un cercle littéraire, est violée et laissée pour morte par un «&amp;nbsp;Grand chauffeur&amp;nbsp;» au retour de sa conférence&amp;nbsp;: en décidant de faire justice elle-même, et découvrant des turpitudes connexes en cours d’enquête, elle risque bien de basculer à son tour dans l’inhumanité… Les motifs qui poussent des gens ordinaires à des conduites excessives sont foncièrement égoïstes, ainsi cet homme condamné qui, afin d’éloigner le cancer pour quelques années encore, est prêt à accepter un pacte pour que son chanceux ami d’enfance voit la roue tourner. «&amp;nbsp;Extension claire&amp;nbsp;» est le plus fantastique récit du recueil. «&amp;nbsp;Bon ménage&amp;nbsp;» s’inscrit dans le droit fil des précédents&amp;nbsp;: comment va agir une femme qui découvre, après vingt-sept ans de bonheur sans nuage, que son mari est un tueur en série&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La vengeance personnelle plutôt que par voie de justice est un thème récurrent, surtout aux Etats-Unis, mais il est d’ordinaire traité de façon quasi automatique alors que la prise de décision mûrit ici lentement, parfois étayée par des motifs largement secondaires par rapport au préjudice subi. C’est au choix, face à un drame intense, que sont confrontés les personnages de Stephen King dans chaque récit. Des choix cornéliens, qui peuvent pousser la victime à devenir coupable. C’est dans les interstices des vies banales que se niche l’horreur, du moins que le lecteur trouvera les éléments glaçants du récit. L’impensable agit ici comme un révélateur des tréfonds de l’âme humaine, laissant penser que bien des gens honorables ne sont restés estimables que parce que le destin les a épargnés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour nous faire partager ces pénibles prises de décision, Stephen King n’épargne aucun détail de la biographie de ses personnages, insiste sur les aspects sordides des drames, et donne à lire les pensées in-times, les voix intérieures devenant même audibles quand le protagoniste fait jouer à ses figurines le rôle d’interlocuteur. Coller au plus près de la personne a un effet d’empathie certain, mais la propension au ba-vardage atténue beaucoup l’impact de ces récits.&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-67&quot;&gt;Bifrost n° 67&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;22/11/63&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-22-11-63.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-22-11-63.jpg&quot; /&gt;Commençons par être désagréable. Si l’on en croit certains propos récents (&lt;a href=&quot;http://www.sudouest.fr/2012/08/17/nadine-gassie-la-voix-de-stephen-king-796659-3333.php&quot;&gt;sudouest.fr, le 17/08/2012&lt;/a&gt;), l’actuelle traductrice de Stephen King semble considérer que faire ses armes chez Harlequin tient lieu d’excellente école de traduction, ce que nous nous garderons bien de contester. Mais force est de constater qu’avoir été à bonne école ne prémunit pas contre les approximations, maladresses et autres faux-amis, et que de toute évidence, la notion de registre de langue n’est pas encore tout à fait assimilée chez ladite traductrice.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais pardonnons ces errements — qui seront certainement corrigés dans la version définitive (à l’heure où nous bouclons, nous n’avons eu accès qu’à un jeu d’épreuves non corrigées) —, car King conduit sa machine à voyager dans le temps de main de maître&amp;nbsp;: chaos et nids-de-poule, pour agaçants qu’ils soient, ne parviennent jamais à faire oublier aux passagers la réussite de l’excursion.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les règles du voyage dans le temps à la sauce Stephen King sont des plus simples&amp;nbsp;: le départ se fait dans la réserve de la caravane où Al Templeton a installé son diner, au fond de la cour d’une usine textile désaffectée de Lisbon Falls, dans le Maine&amp;nbsp;; l’arrivée, dans la cour de cette même usine, tournant à plein régime, le 9 septembre 1958 à 11h58. Comme chaque passage remet les pendules à l’heure, chaque voyage est le premier voyage. Et peu importe le temps que l’on passe «&amp;nbsp;là-bas&amp;nbsp;», l’aller-retour (pour peu qu’il y ait un retour) ne prend jamais plus de deux minutes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà ce que Al, presque vaincu par la maladie, sera à même de révéler à Jake Epping, prof d’anglais au lycée de Lisbon Falls. Quelques règles d’un phénomène inconcevable, et, surtout, le fruit d’années de recherches consacrées à ce qui était devenu son grand projet&amp;nbsp;: déjouer l’assassinat de JFK, le 22 novembre 1963 à Dallas. Empêcher la guerre du Vietnam. Sauver Martin Luther King. Eviter les émeutes raciales qui ont suivi. Prolonger le rêve américain, rendre le monde meilleur, peut-être…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En acceptant le défi, Jake ne s’attend pas à une tâche facile&amp;nbsp;: il devra tout mettre en œuvre pour établir avec certitude la culpabilité de Lee Harvey Oswald, s’assurer que celui-ci sera bel et bien le tireur isolé qu’il prétendra être, et pas l’ultime pièce d’une machination qui bien qu’improbable, n’en reste pas moins possible. Lourde responsabilité, d’autant que même avec la possibilité de tout reprendre à zéro (chaque voyage est le premier voyage&amp;nbsp;!), les cinq ans qui sépareront son arrivée dans le passé et la visite présidentielle à Dallas lui interdisent la perspective d’un coup d’essai…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cinq ans durant lesquels Jake Epping, devenu George T. Amberson, devra surtout vivre une vie riche d’évènements et d’une multitude de choix qui, sans doute, infléchissent l’Histoire aussi sûrement que la mort d’un grand de ce monde. Cinq ans de rencontres avec ces personnages qui peuplent les meilleurs textes de King&amp;nbsp;: attachants, profondément humains, et sans doute tout aussi éprouvés par la vie que par l’irruption du surnaturel. Car ce &lt;strong&gt;22/11/63&lt;/strong&gt; n’est pas fait que de voyage dans le temps. Dès les premiers pas en 1958, une ombre s’installe insidieusement. Les règles peuvent-elles vraiment être si simples&amp;nbsp;? Ces étranges coïncidences, ces «&amp;nbsp;harmonies&amp;nbsp;» entre le passé qui fut et celui qui pourrait être ne sont-elles pas le signe que le passé ne &lt;em&gt;veut pas&lt;/em&gt; être changé&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La tension, le flou qui s’installent entre les possibles nourrissent ainsi l’ensemble du roman. De Derry, maléfique ville (imaginaire) du Maine qui était déjà le terrain de jeux du clown de &lt;strong&gt;Ça&lt;/strong&gt; à Jodie, lumineux contrepoint texan (tout aussi imaginaire) où George Amberson posera un temps ses valises, King laisse libre cours à sa fascination et sa nostalgie pour une époque révolue, enluminée de modes passées, de musiques alors inédites, d’emblématiques marques disparues… Sans jamais manquer de lucidité sur la réalité d’une époque qui porte en germe les travers de la nôtre, il dévoile «&amp;nbsp;son&amp;nbsp;» Amérique, où l’horreur se niche entre un âge d’or impossible et le monde que connaissent et vivent lecteur, auteur et principal protagoniste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Stephen King, qui a porté ce &lt;strong&gt;22/11/63&lt;/strong&gt; près de quarante ans, affirme en postface se réjouir de ne pas l’avoir écrit plus tôt. On ne peut qu’abonder en son sens&amp;nbsp;: ce qui en 1972 n’aurait sans doute été qu’une variation uchronique sur une «&amp;nbsp;&lt;em&gt;blessure (…) encore trop fraîche &lt;/em&gt;» est devenu quelque chose de plus grand, un roman d’une profonde maturité, à même de séduire et réconcilier fans et détracteurs&amp;nbsp;: le «&amp;nbsp;Grand Roman Américain&amp;nbsp;» d’un géant de la culture pop.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Alors, qui a tué JFK&amp;nbsp;? King a tranché, bien sûr, mais au fond, est-ce vraiment important…?&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/olivier-legendre/&quot;&gt;Olivier Legendre&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-70&quot;&gt;Bifrost n° 70&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;Docteur Sleep&lt;/h3&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;king-gdl-docteursleep.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/king-gdl-docteursleep.jpg&quot; /&gt;Cher Monsieur Esménard,&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est avec une émotion toute particulière que je tenais à vous féliciter pour ce nouveau Stephen King. Amateur de longue date du maître de l’horreur, j’attendais avec impatience, comme beaucoup, cette suite donnée à &lt;strong&gt;Shining&lt;/strong&gt;, trente-six ans après la chute de l’hôtel Overlook. J’ai donc couru l’acheter et n’ai pu le lâcher qu’une fois décortiqué dans tous les sens.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vous avez beau ne pas être près de moi, je vous imagine sourire… Dubitatif&amp;nbsp;? On vous l’a sans doute déjà dit&amp;nbsp;: passée la satisfaction de retrouver Danny Torrance, le jeune héros de &lt;strong&gt;Shining&lt;/strong&gt;, et de découvrir ce qui lui est arrivé après avoir échappé à son père dipsomane, il ne se passe pas grand-chose de bien original. Danny sombre dans l’éthylisme avant de trouver la rédemption par le travail et une stricte assiduité aux réunions des Alcooliques Anonymes. Le fils doit faire face au même démon que son père, et résister à l’appel du côté obscur pour devenir le maître d’une jeune apprentie, Abra, chez qui le Don se révèle très puissant. Si puissant qu’elle devient la proie du «&amp;nbsp;True Knot&amp;nbsp;», troupe nomade de vampires psychiques prêts à tout pour se nourrir de sa «&amp;nbsp;vapeur&amp;nbsp;», figuration gazeuse de l’âme, d’autant plus nourrissante qu’elle est riche en Don.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;King a favorisé avec brio un thème qui lui est cher&amp;nbsp;: la sobriété. Dommage qu’il n’ait pas insisté sur celui des maisons de retraite&amp;nbsp;: il n’effleure que la surface d’un problème qui lui aurait permis de terrifier ses lecteurs comme au bon vieux temps. &lt;strong&gt;Docteur&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Sleep&lt;/strong&gt;, même en restant sympathique, apporte peu à l’Œuvre. La seule réelle surprise vient d’une écriture râpeuse comme jamais, truffée d’expressions incohérentes&amp;nbsp;; bref, d’un style ne correspondant pas à ce qu’on connaît de King dans la langue de Molière, ni dans celle de Shakespeare. C’est ce qui m’a mis la puce à l’oreille. Vous avez réalisé une véritable prouesse. Vous êtes fort, Monsieur Esménard. Très fort.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Reconstitution&amp;nbsp;: le nouveau King arrive dans vos locaux, rue Huyghens. Verdict&amp;nbsp;: sympa, mais pas terrible. Très en dessous de &lt;strong&gt;22/11/63&lt;/strong&gt;. Souci&amp;nbsp;: il vient pour la première fois en France faire sa promotion&amp;nbsp;; si les fans ne s’y retrouvent pas, tout est foutu. Et là, vous avez l’idée de génie&amp;nbsp;: rappeler Nadine Gassie aux affaires et lui laisser carte blanche.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quelle astucieuse stratégie qui ne risque pas de réveiller un grand public acquis aux vacuités stylistiques d’un Werber ou d’un Chattam&amp;nbsp;! Il ne doit pas être facile de saboter le style fluide de King, qui sait créer l’illusion d’être là, avec vous au coin du feu, par une nuit sombre&amp;nbsp;; pas facile de rendre grotesques ses personnages si finement ciselés qu’on peine à croire qu’ils sont fictifs&amp;nbsp;; pas facile de faire taire cette voix qui nous raconte le quotidien de l’Amérique depuis plus de trente ans.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vous sauvez ainsi les &lt;em&gt;aficionados&lt;/em&gt; de la déception en recentrant le débat sur la piètre qualité de la traduction. Nous avons donc joué à &lt;em&gt;Où est cachée Nadine&amp;nbsp;? &lt;/em&gt;et je ne peux résister à l’envie de partager avec vous quelques truculences choisies.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Passons le «&amp;nbsp;True Knot&amp;nbsp;» transformé en un navrant «&amp;nbsp;Nœud vrai&amp;nbsp;». Nadine a su rendre ses méchants plus sordides que ceux de King en les adaptant aux clichés franchouillards sur les Gens du voyage — qui parlent forcément le langage peu châtié des parias malfaisants. C’est à la mode, ça tombe bien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après 169 pages à m’érafler les yeux, j’ai eu droit à une épiphanie. Bérurier est toujours vivant&amp;nbsp;! Il travaille dans un hospice au fin fond &lt;strike&gt;de Belleville&lt;/strike&gt; du New Hampshire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Qui c’est qu’a clamecé et qui t’as&lt;/em&gt; &lt;em&gt;foutu&lt;/em&gt; &lt;em&gt;sur&lt;/em&gt; &lt;em&gt;les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;endosses&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» pour le plus naturel «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Who died and left you in charge&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;Qui est mort et t’a laissé te débrouiller seul&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»). Madame Gassie n’utilise pas que son fabuleux sens de l’exportation idiomatique, elle dénature aussi à merveille les registres de langage. Ainsi, page 240, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;He fooled you, Brad&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Il t’a trompé, Brad.&amp;nbsp;») devient «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Il t’a entubé, Brad&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Les deux procédés peuvent être maniés conjointement pour doubler l’effet comique. Prenez «&amp;nbsp;&lt;em&gt;But give me another kiss first. Maybe a little of that educated tongue, for good measure&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;Mais donne-moi d’abord un autre baiser. Et peut-être un peu de cette langue experte, pour faire bonne mesure.&amp;nbsp;» - p. 355). En croisant les effluves (et en rajoutant un peu n’importe quoi), elle obtient&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mais fais-moi encore un bécot&lt;/em&gt; &lt;em&gt;avant&lt;/em&gt; &lt;em&gt;de&lt;/em&gt; &lt;em&gt;partir.&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Une&lt;/em&gt; &lt;em&gt;bonne&lt;/em&gt; &lt;em&gt;grosse galoche, tiens avec cette belle langue sucrée que&lt;/em&gt; &lt;em&gt;tu&lt;/em&gt; &lt;em&gt;as.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Combo&amp;nbsp;! Avec Nadine Gassie, c’est tout de suite plus sexy. Surtout quand les filles de treize ans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;mouillent leur culotte&lt;/em&gt; &lt;em&gt;pour&lt;/em&gt; &lt;em&gt;les&lt;/em&gt; &lt;em&gt;mêmes&lt;/em&gt; &lt;em&gt;chanteurs&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» au lieu de «&amp;nbsp;couiner&amp;nbsp;» («&amp;nbsp;&lt;em&gt;All of them (...) moan over the same band.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» - p. 379).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je pourrais vous en noircir des pages entières, votre «&amp;nbsp;traductrice&amp;nbsp;» étant capable de tout, même d’inventer le verbe «&amp;nbsp;&lt;em&gt;cradosser&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; pour rendre «&amp;nbsp;&lt;em&gt;make the mess&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;mettre la pagaille&amp;nbsp;») un peu plus pittoresque.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Madame Gassie a bien rempli la mission que vous lui avez confiée. Vous pouvez maintenant la renvoyer chez Harlequin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Vôtre,&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/gregory-drake/&quot;&gt;Grégory Drake&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Critique parue in &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-74&quot;&gt;Bifrost n° 74&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>K comme Kampus</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/27/K-comme-Kampus" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kampus" />
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      <published>2015-10-27T13:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-10-27T16:17:42+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-k-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Où l'on profite des vacances scolaires pour relire &lt;strong&gt;Kampus&lt;/strong&gt; de James E. Gunn, roman dystopique narrant les tribulations d'un étudiant, révolutionnaire malgré lui, à travers des États-Unis en pleine déliquescence…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kampus [Kampus], James E. Gunn, roman traduit de l’anglais [US] par Marie-France Watkins. Albin-Michel, coll. «Super + Fiction», 1980 [1977]. 288 pp. GdF.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Il ne faudrait pas confondre James E. Gunn avec James Gunn. Le second est l’estimé réalisateur de &lt;em&gt;Super&lt;/em&gt; et des &lt;em&gt;Gardiens de la galaxie&lt;/em&gt;, tandis que le premier est un auteur de science-fiction, quelque peu tombé dans l’oubli dans nos contrées. Gunn est pourtant l’auteur d’une œuvre forte d’une soixantaine de nouvelles, et d’une vingtaine de romans et recueils, dont le dernier en date, &lt;strong&gt;Transcendental&lt;/strong&gt;, est paru en 2013. De fait, bien qu’ayant atteint fêté ses 92 ans cet été, il continue à écrire et publier.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au cours des décennies 50 à 70, James E. Gunn a vu plusieurs de ses nouvelles traduites dans &lt;em&gt;Galaxies&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; une demi-douzaine de ses romans sont parus dans les années 70, et c’est à peu près tout, jusqu’en 1998 et la sortie d’un roman situé dans l’univers &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;La Machine à bonheur&lt;/strong&gt; (un titre qui sonne très Ray Bradbury). Enfin, en 2010, les Moutons électriques ont réédité son premier roman paru en France, une collaboration avec Jack Williamson&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Le Pont sur les étoiles&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1977, Jean-Pierre Fontana, chantant les louanges de l’omnibus contenant &lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;http://noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=6227#Crit_-351981&quot;&gt;Le Monde forteresse / Futur imparfait / Les Hommes du dehors&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt; dans le numéro 283 de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;, déplorait déjà que Gunn soit trop peu traduit&amp;nbsp;; quelques mois plus tard, dans le numéro 287 de la même revue, Roger Bozzetto proposait dans sa critique du roman &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=5981#Crit_2039&quot;&gt;Les Magiciens&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; un début d’explication&amp;nbsp;: Gunn ayant peu écrit pour &lt;em&gt;Galaxy&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;F&amp;amp;SF&lt;/em&gt;, il a donc été peu traduit «&amp;nbsp;automatiquement&amp;nbsp;» dans les émanations françaises de ces deux revues américaines.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-k-cover-fr.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-k-cover-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, &lt;strong&gt;Kampus&lt;/strong&gt; est le dernier des romans de Gunn à avoir été publié en France avant une longue éclipse sporadiquement interrompue. Ce titre figure au sein de la collection «&amp;nbsp;Super + Fiction&amp;nbsp;» d’Albin Michel, la version grand format de la collection «&amp;nbsp;Super Fiction&amp;nbsp;», qui a accueilli des p’tits jeunots comme Arthur C. Clarke (&lt;strong&gt;Terre, planète impériale&lt;/strong&gt;), Frank Herbert (&lt;strong&gt;La Ruche d’Hellstrom&lt;/strong&gt;) ou Larry Niven &amp;amp; Jerry Pournelle (&lt;strong&gt;La &lt;s&gt;Paille&lt;/s&gt; Poussière dans l’œil de Dieu&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;D’abord nous faisons la révolution et ensuite nous cherchons pourquoi.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;L’action de &lt;strong&gt;Kampus&lt;/strong&gt; se déroule dans un futur proche, aujourd’hui passé&amp;nbsp;: 1996, une dizaine d’années après une radicalisation certaine des étudiants dans les universités américaines. Le campus est une véritable zone de guerre, où étudiants et forces de l’ordre — les kampusflics — s’affrontent régulièrement, où les professeurs font leurs cours magistraux par hologramme interposé ou, s’ils se rendent en amphi, y viennent en tank et sous escorte. Bref, le jeune Tom Gavin se prépare à la rentrée, et effectue son choix de discipline comme on se promène dans une foire&amp;nbsp;: chaque professeur faisant la réclame de sa matière, c’est à qui sera le mieux-disant, le plus convaincant. Finalement, le choix de Gavin se porte sur la philosophie. L’admiration du jeune homme pour le Professeur est telle qu’il décide de le kidnapper. Pas de chance, l’enseignant décède&amp;nbsp;; alors, à la manière d’un cannibale, absorbe son cerveau — à la paille. Les événements s’enchaînent&amp;nbsp;: Gavin est considéré, à son corps défendant, comme un cador parmi les révolutionnaires, au point qu’un groupe l’engage pour participer à un attentat contre une centrale. Le coup d’éclat échoue, Gavin en est le seul survivant, ce qui soulève les soupçons du Studex, le Bureau étudiant. Après avoir découvert que le Chancelier (le doyen) est un robot, de collusion avec le Studex, Gavin est viré… Piteusement, il reprend le chemin de la maison, et découvre que les choses au domicile familial ont changé. Pire encore, le monde hors du kampus — le monde réel en somme — n’a rien de commun avec le creuset idéologique qu’est l’université. Gavin va en faire l’expérience (amère, forcément) au long de ce roman initiatique.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Gavin tourna les talons et repartit dans la rue en mordant dans la pomme, léchant le jus sur ses lèvres, pensant que les simples plaisirs de la vie avaient du bon, quand ils n’étaient pas compliqués par des questions de justice révolutionnaire.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Ainsi, chacun des onze chapitres — tous introduits par une stance du Professeur — correspond à une étape dans le parcours de Gavin. Des étapes comme autant de rencontres et de débats. De fait, &lt;strong&gt;Kampus&lt;/strong&gt; vire parfois au pensum, lorsque de grands pans de chapitres sont dédiés à autant de dialogues contradictoires sur autant de sujets variés que sont la question de la liberté, de l’égalité, du capitalisme, de l’histoire. Par endroit, c’est barbant. Et parfois, férocement drôle, comme cette confrontation entre Gavin et un avocat&amp;nbsp;: le jeune homme s’est fait prendre au piège par un autostoppeur qui a violé son amie et dérobé la voiture de cette dernière en prenant à la lettre les péroraisons de l’étudiant («&amp;nbsp;ce qui est à toi est à moi&amp;nbsp;»)&amp;nbsp;; mais poursuivre ce voleur, ce serait lui faire subir une agression, ce que ne peut permettre l’avocat.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;« Ma fonction est de protéger l’individu contre l’injustice sociale. (…) Mais pas contre l’injustice individuelle. De part la nature de ma responsabilité, voyez-vous, je dois me placer du côté du stoppeur, qui est le plus menacé par la société. (…) Dans un sens plus étendu, naturellement, le stoppeur jouissait de sa liberté fondamentale, aux dépens, c’est certain, de la liberté de quelqu’un d’autre. C’est une question difficile. L’acte de viol pourrait être appelé une expression de liberté existentielle. »&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Là où &lt;strong&gt;Kampus&lt;/strong&gt; surprend, c’est dans son ton, assez réac à première vue. Sans pour autant faire l’éloge du monde hors-kampus, Gunn se moque assez méchamment des étudiants aux velléités révolutionnaires. &lt;a href=&quot;http://noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=5835#Crit_125&quot;&gt;Dans le numéro 315 de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, Richard D. Nolane avance une explication&amp;nbsp;: professeur à l’université du Kansas, James E. Gunn était excédé contre le laxisme ambiant et contre ces étudiants désireux de faire la révolution sans autre cause que la révolution elle-même — comme l’indique le slogan ironique répété plusieurs au fil du roman.&lt;/p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-k-cover.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-k-cover.jpg&quot; tyle=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; /&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kampus&lt;/strong&gt; peut ainsi être lu comme un anti-&lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt;. Là où le roman de Orwell montre un monde où les libertés individuelles sont étouffées par un gouvernement totalitaire, celui de Gunn dépeint un monde où les tenants d’une certaine forme de libéralisme — les libertés individuelles à tous crins — ont gagné la partie. D’après l’auteur, trop de libertés aboutit à… pas grand-chose de bon. L’oppression ne vient pas d’une autorité centrale, mais des gens eux-mêmes. Dans des USA dirigés par un gouvernement fantoche, les uns et les autres s’organisent comme ils peuvent&amp;nbsp;: Gavin croise des citadins dont la ville hésite entre l’asile de vieillards et le camp de concentration, une communauté égalitariste, une famille incestueuse dirigée par un patriarche redoutable, des hordes quasi-tribales de gamins, et une utopie scientiste. Peut-être que l’espoir viendra de ces derniers, semble dire Gunn. Là où les trois-quarts du roman suscitent la réflexion, que l’on soit d’accord ou pas avec l’auteur, la fin désappointe, lorsque l’une des têtes pensantes de cette utopie de scientifiques s’explique auprès de Gavin&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Le monde est engagé dans une expérience dangereuse, une expérience sociale appelée liberté. L’expérience a commencé sur ce continent il y a plus de deux cents ans et s’est répandue dans le reste du monde. (…) C’est une expérience dangereuse. Nous ne savons pas si elle réussira&amp;nbsp;; si elle échoue, elle échouera désastreusement. Nous n’interviendrons pas, car elle peut contenir l’ultime expression du potentiel humain.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Gunn, à travers le personnage du vieux sage sur la montagne, fait ici preuve d’une agaçante myopie, oubliant l’esclavage et la ségrégation ayant marqué l’histoire des USA, faisant de la Révolution Américaine de 1776 le creuset de &lt;em&gt;toutes&lt;/em&gt; les révolutions démocratiques ultérieures. Certes, chacun voit midi à sa porte, mais l’on peut tout de même tiquer de ce côté-ci de l’Atlantique. Tout ça pour ça donc&amp;nbsp;? Laisser le dernier mot à une bande de vieux (et moins vieux) barbons qui optent pour le laisser faire. Dommage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En bref, philo-fiction teintée de SF, passablement datée — tout autant qu’un peu à côté de la plaque —, &lt;strong&gt;Kampus&lt;/strong&gt; déçoit en fin de compte, mais demeure intéressant sous l’aspect «&amp;nbsp;archéologique&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: d’occasion seulement&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: ça dépend des sensibilités&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 22 octobre 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/26/Journal-d-un-homme-des-bois-22-10-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 22 octobre 2015" />
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      <published>2015-10-26T10:00:00+01:00</published>
              <updated>2015-10-26T11:03:25+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151022-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151022-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Où Francis Valéry s'intéresse aux musiques extraterrestres, dans le corpus cinématographique et littéraire de la science-fiction. Des musiques extraterrestres parfois un peu trop terre-à-terre…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rapports entre la science-fiction et la musique constituent un sujet de réflexion riche et varié, de par la multiplicité des approches possibles. Si l’on se réfère à la définition proposée par l’encyclopédiste Pierre Versins, la science-fiction serait avant tout l’expression d’un état d’esprit — et cet état d’esprit serait susceptible de s’exprimer à travers l’ensemble des activités humaines. En particulier dans la littérature, les arts graphiques, le cinéma ou les séries télévisées, mais aussi dans des domaines moins évidents comme l’architecture, la danse, les arts ménagers, l’esthétique industrielle ou… la musique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ainsi, lorsque Edgar Varèse compose son &lt;em&gt;Poème électronique&lt;/em&gt;, diffusé à l’occasion de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958, c’est bien une évocation d’un supposé &lt;em&gt;Grandiose Avenir&lt;/em&gt; qu’il propose, sous la forme d’une pièce de musique électronique. Au cours des années 1970, des groupes comme Magma ou Tangerine Dream proposent à leur tour des œuvres nourries des motifs de la science-fiction littéraire ou cinématographique, évoquant des mondes extrasolaires et des civilisations extra-terrestres. Ces motifs vont également nourrir des textes de chansons (Boris Vian), des décors de spectacles ou des costumes de scène (&lt;em&gt;Starmania&lt;/em&gt;), ou encore l’iconographie des pochettes de disques (Roger Dean) — et de manière moins évidente à définir, ils vont être à l’origine de certaines esthétiques purement musicales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est un aspect de cette problématique rarement abordé par les écrivains et les réalisateurs de films — et encore plus rarement par les compositeurs eux-mêmes — c’est celui d’une musique qui pourrait être, elle-même, d’origine extra-terrestre. Il s’agit pourtant de l’aspect le plus fascinant de ce que l’on pourrait appeler, de manière simplificatrice, la «&amp;nbsp;musique de science-fiction&amp;nbsp;». La question requiert une réflexion approfondie et complexe, puisqu’il convient d’abord de décider de ce que l’on entend par «&amp;nbsp;musique&amp;nbsp;», avant de tenter d’établir ce qui la détermine d’un point de vue culturel — ou plutôt exo-culturel.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une des premières évocations d’une musique d’origine extra-terrestre — ou pour le moins &lt;em&gt;interprétée&lt;/em&gt; par des extra-terrestres à défaut d’être explicitement décrite comme &lt;em&gt;composée&lt;/em&gt; par des extra-terrestres — est proposée par l’illustrateur Emsh, alias Ed Emshwiller, avec la couverture du numéro daté février 1955 du magazine &lt;em&gt;Galaxy Science Fiction&lt;/em&gt;. L’illustration ne se rapporte pas à un des textes inclus dans le sommaire mais est une œuvre à part entière, titrée &lt;em&gt;Chamber Music Society of Deneb&lt;/em&gt;. De fait, elle dépeint un orchestre de chambre composé de six musiciens&amp;nbsp;: un humain, clarinettiste de son état, vêtu d’un costume strict et portant un nœud papillon, et cinq aliens aux allures aussi improbables que les instruments dont ils jouent. Emsh se fera une spécialité de ces couvertures magnifiques et extravagantes, porteuses d’un humour décalé et pour lesquelles une certaine plausibilité scientifique n’était pas vraiment de mise — et c’est sans doute pour cela que son travail reste d’une étonnante fraicheur alors que nombre d’anticipations supposées et autres extrapolations futuristes sont tombées en désuétude.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151022-galaxy.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151022-galaxy.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151022-sweetwater.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151022-sweetwater.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;De nombreux textes mettent en scène des musiciens confrontés à des situations relevant de la science-fiction, mais il s’agit en général de musiciens humains — ou d’origine humaine, pour ce qui concerne des œuvres situées dans un lointain futur, dans le cadre d’une Fédération ou d’un Empire. Le sujet d’une musique authentiquement alien n’y est en général même pas évoqué. En 1973, paraît toutefois &lt;em&gt;Sweet Water&lt;/em&gt; de Laurence Yep, un roman de SF pour la jeunesse dans lequel apparaît un musicien alien. Des colons humains se sont installés sur un monde baptisé Harmony où ils s’efforcent de survivre, non sans difficultés. Un adolescent, Tyree, finit par se lier d’amitié avec Amadeus, le plus grand maître de musique de la race indigène, des créatures arachnoïdes. Amadeus fait découvrir à Tyree le pouvoir que recèle la musique. Le roman est d’une lecture agréable mais il ne propose pas de réelle réflexion sur le concept de musique extraterrestre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il faut attendre 1977 pour que deux propositions de musique alien soit faites, dans deux films appelés à un connaître un immense succès. Le premier est &lt;em&gt;La Guerre des Etoiles&lt;/em&gt; de George Lucas. On se souvient de cette scène dans une taverne, dans laquelle un orchestre d’aliens assure l’ambiance musicale. Plusieurs plans — dont un bref travelling — permettent d’apercevoir des instruments plutôt classiques dans leur aspect et leur fonction (deux instruments à vent ressemblent à des clarinettes dotées d’une tuyauterie additionnelle) et d’autres plus énigmatiques. Mais la musique proposée relève du jazz le plus traditionnel qui soit — le premier morceau donne envie de danser le charleston&amp;nbsp;! Aussi compliqués qu’ils soient dans leur apparence, les instruments sonnent comme des instruments acoustiques (clarinette, saxophone, contrebasse…) des années 1930/40. Cette scène de la taverne (baptisée plus tard Mos Eisley Cantina) est très colorée, et sa faune d’extraterrestres plus ou moins bizarres a, à l’époque, marqué les esprits — ainsi que l’orchestre, désigné par la suite sous le nom Figrin D’an and the Modal Nodes. Elle a aujourd’hui terriblement vieilli sur le plan visuel, les images numériques modernes étant autrement plus crédibles que les masques en latex et les animations mécaniques. Et surtout le choix de la musique apparaît comme totalement absurde&amp;nbsp;! Plusieurs critiques firent en leur temps remarquer que &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; était avant tout une œuvre parodique, en forme d’hommage au space opera archaïque à la Flash Gordon. Près de quarante ans plus tard, cet aspect de l’œuvre est d’autant plus évident.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/eGy1BRO1WCs?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À la fin de la même année 1977 sort &lt;em&gt;Rencontres du troisième type&lt;/em&gt;, réalisé par Steven Spielberg. Dans ce film pétri de bons sentiments et à la gloire des tubes au néon vintage, les extraterrestres ont la bonne idée d’utiliser la musique comme moyen de communication. Ils ont par contre la mauvaise idée de s’exprimer via une gamme tempérée — c’est-à-dire que les notes qu’ils utilisent n’ont rien à voir avec les harmoniques naturelles produites, par exemple, à l’aide d’un monocorde «&amp;nbsp;découpé&amp;nbsp;» par effleurement à des positions définies par des fractions simples (quinte, quarte, tierce majeure, sixte…) mais un système purement culturel, apparu en occident à la fin du seizième siècle, popularisé par la musique baroque. Il est tout de même étonnant que des extraterrestres utilisent ce système musical qui, en regard de la diversité des cultures humaines et de leurs productions artistiques, apparaît comme un simple épiphénomène occidental moderne. Le fameux message extraterrestre utilise quatre notes — dont une répétée à l’octave inférieur&amp;nbsp;: Sib, Do, Lab, Lab (octave inférieur), Mib. À l’oreille, le Mib final s’impose en réalité comme la fondamentale&amp;nbsp;: on peut parfaitement le jouer en continu (en faire un bourdon) et greffer dessus la phrase originale. On se trouve alors sur une gamme de Mib majeur avec le Sib en rapport de quinte, les notes additionnelles ayant valeur de quarte et de sixte majeure. On pourrait aussi éventuellement considérer que la phrase de quatre notes constitue un arpège sur un accord de Lab majeur (Lab / Do / Mib), le Sib ayant alors rang de seconde/neuvième. Sur le papier, cette seconde interprétation fonctionne (elle s’appuie en effet sur un accord complet), mais à l’oreille elle est plus discutable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/m2JL0xABlrQ?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, l’utilisation du tempérament est aussi absurde que le choix du jazz classique dans &lt;em&gt;La Guerre des étoiles&lt;/em&gt; — et est d’ailleurs d’autant plus injustifiable que la phrase musicale relève de la musique modale (à bourdon) qui se joue sur une gamme diatonique construite avec des harmoniques naturelles, non transposable. Là encore, aucune réflexion n’a été menée par les scénaristes sur la nature même de ce que l’on appelle «&amp;nbsp;musique&amp;nbsp;» — et sur les conditions de son émergence dans une culture donnée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1983, un nouveau groupe de musiciens aliens est présenté dans Le &lt;em&gt;Retour du Jedi&lt;/em&gt;, troisième et ultime volet de la trilogie originale &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;. Il s’agit d’un trio assurant l’animation musicale pour Jabba the Hutt. On l’entend d’abord en musique d’ambiance lorsque les droïdes apportent à Jabba un message holographique de Luke Skywalker — pour un morceau à l’esthétique baroque, avec des sons évoquant une flûte et un clavecin, sur lesquelles plane une vague vocalise. Quelques minutes plus tard, à l’arrivée du mercenaire ayant capturé Chewbacca, on aperçoit enfin les musiciens&amp;nbsp;: un éléphanteau à la peau bleue qui joue des claviers et une créature bouffie vaguement humanoïde qui utilise un instrument à vent, qui accompagnent une chanteuse dégingandée. La musique change&amp;nbsp;: on entend désormais une flûte, un piano électrique qui plaque des accords, une basse, une batterie… pour un morceau en 4/4 déjà un peu daté en ce début des années 80&amp;nbsp;! Plus avant dans la bande son, on entend des frappes sur des cymbales. Une fois de plus, l’inventivité réside uniquement dans le design des instruments — mais celui-ci est purement gratuit&amp;nbsp;: l’aspect des instruments est largement déconnecté de leur fonction musicale, c’est-à-dire des sons qu’ils produisent. Et d’ailleurs, comment le joueur de clavier peut-il piloter une boîte à rythmes, assurer un accompagnement avec des accords plaqués et une ligne de basse sur un seul clavier et avec ses grosses pattes&amp;nbsp;? Là encore, il y a totale déconnection entre ce que l’on voit et ce que l’on entend.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/LJ_rN-1BQJA?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;jhb-20151022-jabba.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20151022-jabba.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le groupe aura pourtant un franc succès dans l’univers étendu de la saga, à travers plusieurs nouvelles et des récits graphiques. Ils sont d’abord nommés&amp;nbsp;: le clavier éléphantesque est un Ortolan du nom de Siiruulian Phantele, son nom de scène étant Max Rebo&amp;nbsp;; le petit bouffi s’appelle Droopy McCool et son espèce de clarinette est un kitonak woodwind&amp;nbsp;; enfin la chanteuse montée sur échasses est de race B’lowick et se prénomme Sy Snootles. Là encore, la crédibilité n’est pas à l’ordre du jour avec ces noms à la consonance anglo-saxonne, la palme revenant à Droopy McCool — rappelez-moi de quelle région de l’Écosse vient le clan McCool&amp;nbsp;? Dans l’immense documentation produite autour de la saga, les musiciens sont décrits comme étant des jizz-wailers, c’est-à-dire des pratiquants d’une musique «&amp;nbsp;rapide, contemporaine, au tempo rapide&amp;nbsp;» — précision fort utile car à l’écoute ce n’est guère évident. La chanson interprétée dans le film s’appelle «&amp;nbsp;Lapti Nek&amp;nbsp;», et est chantée dans la langue des hutts. Dans une nouvelle de John Gregory Bettancourt, «&amp;nbsp;And the Band Played on: The Band’s Tale&amp;nbsp;», publiée en 1995 dans l’anthologie &lt;em&gt;Tales from the Jabba’s Palace&lt;/em&gt;, on apprend que le trio était à l’origine un quatuor du nom de Evar Orbus and His Galactic Jizz-Wailers, venu sur Tatooine à la recherche d’engagements. Le groupe joue un temps à la Mos Eisley Cantina et se trouve donc en concurrence avec le groupe attitré des lieux, les Modal Nodes. La situation devient conflictuelle et Evar Orbus est tué par Figrin D’an, le leader des Modal Nodes. Les survivants décident de continuer en trio, avec Siiruulian Phantele comme nouveau leader — l’occasion pour lui de prendre le pseudonyme de Max Rebo, peut-être plus vendable, en tout cas plus prononçable. C’est ainsi qu’ils entrent au service de Jabba. Lorsque la barge stellaire de celui-ci est détruite, les musiciens parviennent à s’échapper. Droopy part de son côté pour rejoindre des membres de sa race. Max et Sy continuent un temps en duo avant de se séparer. Sy se lance dans une carrière solo mais ne rencontre pas le succès, tandis que Max rejoint les rebelles et se sert de sa musique pour alimenter le moral des troupes. Chic planète&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;Envahisseurs&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/69/8869-w225.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Accordons-nous un bref détour par la littérature avec une nouvelle d’Andrew Weiner&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Band from the Planet Zoom&lt;/em&gt;, parue en 1986, traduite en français sous le titre &lt;em&gt;Le Groupe venu de la planète Zoom&lt;/em&gt;, dans le recueil &lt;em&gt;Envahisseurs&lt;/em&gt; (1998). L’histoire est simple&amp;nbsp;: sur la planète Zoom, on a la chance de capter les radios terriennes — et l’on devient accro au rock Made in Earth&amp;nbsp;! Un peu comme les européens (continentaux) des années soixante et soixante-dix tombèrent en pamoison devant le rock anglo-saxon. Du coup, des tas de groupes se forment et jouent du rock&amp;nbsp;! Jusqu’au jour où les habitants de la planète Zoom décident d’envoyer sur Terre leur meilleur groupe, histoire de nous faire voir ce qu’ils savent faire. Et pour tout dire, ils ne sont pas mauvais du tout&amp;nbsp;! Nous sommes ici dans le registre de l’humour — à l’occasion un peu noir… Quant à la musique que l’on jouait sur Zoom avant d’être contaminé par la gamme tempérée et les rythmes à quatre temps, on n’en saura rien. Ce qui vaut peut-être mieux, d’ailleurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1997, &lt;em&gt;Le Cinquième Élément&lt;/em&gt;, film réalisé par le français Luc Besson, aborde incidemment le chant lyrique en version alien. Interprétée par la comédienne Maïwenn — avec la voix de la soprano albanaise Inva Mula — la diva extraterrestre Plavalaguna interprète tout d’abord un petit air d’opéra tout ce qu’il y a de plus classique — et insipide. Tout soudain, sur fond de boîte à rythmes et de synthétiseur — et avec un substantiel apport d’effets numériques — la diva se lance dans une vocalise particulièrement acrobatique. Cela fait son petit effet sur le spectateur. Et l’air de rien, cela s’inscrit dans notre problématique — de manière certes marginale. La musique n’offre rien de spécialement déconnecté de la culture occidentale. Mais c’est une caractéristique physiologique propre à la race alien à laquelle appartient Plavalaguna — un ambitus exceptionnel — qui l’autorise à chanter la mélodie. On se souvient du film &lt;em&gt;Farinelli&lt;/em&gt; de Gérard Corbiau, sorti en 1994, dans laquelle la voix du personnage historique de Carlo Broschi, alias Farinelli, avait été fabriquée pour le cinéma en mêlant les voix naturelles d’un contre-ténor et d’une soprano, avec une bonne dose de bidouillage numérique développée par l’IRCAM. Farinelli avait la voix particulière des castrats du dix-huitième siècle. Plavalaguna a la voix des gens de sa race. Une caractéristique alien justifie donc la production d’une mélodie chantée qu’aucun humain ne saurait interpréter. Dans la démarche, il s’agit bien de proposer une véritable musique extraterrestre — et quant au résultat final, bien qu’elle s’appuie sur un accompagnement musical indigent, la vocalise reste intéressante.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/IoW_ZOfsrzA?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette même année 1997, sort une nouvelle version du &lt;em&gt;Retour du Jedi&lt;/em&gt;, dans laquelle le Max Rebo trio est remplacé par un grand orchestre d’une douzaine de musiciens et choristes. On aperçoit dans le troupeau un alien qui joue d’une sorte de basson et qui s’avère de la même race que les Modal Nodes&amp;nbsp;: la vaste littérature secondaire consacrée à la saga nous apprend qu’il s’agit effectivement d’un Bith originaire de la planète Clak’dor VII. Il s’agit même du frère de Figrin D’ann, venu sur Tatooine pour rejoindre le groupe. Mais faute d’avoir pu les contacter, il s’est fait engager dans la nouvelle formation de Max Rebo. Dans cette nouvelle version, la chanson en langue Hutt, «&amp;nbsp;Lapti Nek&amp;nbsp;», est remplacée par le fameux «&amp;nbsp;Jedi Rocks&amp;nbsp;» — c’est du moins le titre sous lequel le morceau figure dans le CD de la musique du film. Sur le plan visuel, on est dans la continuité de la version originale avec des aliens plus ou moins délirants, manipulant des instruments plus ou moins dérivés d’instruments familiers — l’aspect science-fictif résidant en général dans l’ajout d’une tuyauterie décorative mais inutile, puisqu’ils sonnent exactement comme des instruments contemporains&amp;nbsp;: orgue Hammond, harmonica, batterie, basse jouée en slap, etc. Cette fois, la musique relève du Rythm’ and Blues à la Tamla Motown (l’ombre de &lt;em&gt;Booker T. and the MG’&lt;/em&gt;s plane sur l’ensemble) modernisée d’un esprit funk tout droit sorti d’une boîte new-yorkaise à la mode — je parle ici bien entendu de la mode du début des années quatre-vingt, ce qui signifie que, lors de la sortie de la nouvelle version du film en 1997, la musique est déjà incroyablement datée. La techno et la house — entre autres — sont passées par là, mais le compositeur semble ne pas s’en être rendu compte. Bref, si sur le plan visuel on peut, avec un peu de bonne volonté, trouver la scène amusante, d’un point de vue musicologique c’est une nouvelle fois profondément affligeant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/ykrUO2pelT8?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En conclusion (provisoire), force est de constater que l’on attend toujours des propositions convaincantes de ce que pourrait être une musique alien — et que l’on voudrait donc résolument non-humaine.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>J comme J'en ai marre</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/23/J-comme-J-en-ai-marre" rel="alternate" type="text/html" title="J comme J'en ai marre" />
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      <published>2015-10-23T13:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-10-23T13:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-j-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas l'auteur de ce billet qui en a marre mais Eugène Ionesco, qui le dit — ou plutôt le chante. Dans ce billet, l'on s'éloigne de la SFFF pour aborder d'autres territoires (musicaux) imaginaires avec &lt;strong&gt;J'en ai marre&lt;/strong&gt;, album de Hugues Le Bars où les collages sonores et la musique concrète deviennent aussi facétieux que ludiques.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;J’en ai marre, Hugues Le Bars, 1991 (Nocturne). Disque 1&amp;nbsp;: 22 morceaux, 66 minutes&amp;nbsp;; disque 2&amp;nbsp;: 25 morceaux, 64 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;On aura peut-être pu s’en rendre compte au fil des billets de ce navrant Abécédaire&amp;nbsp;: s’il y a bien quelque chose que j’apprécie, c’est l’aspect «&amp;nbsp; fait-main&amp;nbsp;», bricolé. Les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/09/F-comme-Faust&quot;&gt;courts et longs-métrages de Jan Švankmajer&lt;/a&gt; me plaisent particulièrement pour cette raison, de même que le récent &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/10/19/H-comme-Hormona&quot;&gt;Hormona&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; de Bertrand Mandico. S’il est aisé de donner un tel aspect bricolé pour une œuvre filmique, qu’en est-il côté musique&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Eh bien, il y a par exemple &lt;em&gt;J&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; de Hugues Le Bars.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;C’est ma façon de faire de la musique sans musique.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Hugues Le Bars est décédé en novembre dernier, dans une relative indifférence – il n’était certes pas le plus prolifique ni le plus connu des musiciens français. Quant à sa discographie, elle compte une demi-douzaine d’albums répartis sur trente ans d’activité&amp;nbsp;: le premier, tout simplement titré &lt;em&gt;Hugues Le Bars&lt;/em&gt;, date de 1981 et, à en juger par les titres des chansons, relève de la chanson française/variété – une veine dans laquelle le musicien n’a (heureusement&amp;nbsp;?) pas poursuivi, entamant à la fin des années 80 des collaborations fructueuses avec Maurice Béjart pour ses ballets. Ont suivi &lt;em&gt;Zinzin&lt;/em&gt; (1995) et &lt;em&gt;Musique pour Versailles &lt;/em&gt;(2000), une autre collaboration avec Béjart. Son dernier album en date, &lt;em&gt;Ettoo&lt;/em&gt;, est sorti en 2013 après une longue période de silence. Il est dommage que la notoriété de Le Bars n’ait pas été plus grande, car son œuvre mérite largement qu’on y prête une oreille.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-j-behart123.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-j-bejart123.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;J&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; est quant à lui sorti en 1991. Sur la pochette, Le Bars a tout l’air d’une créature apeurée surprise par les feux de la rampe. Involontaire mise à nu&amp;nbsp;? Double album, comptant près d’une cinquantaine de morceaux, J’en ai marre fait la part belle aux collages sonores. Le morceau-titre donne le «&amp;nbsp;la&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: sur fond de valse (Chostakovitch&amp;nbsp;?), la voix samplée d’Eugène Ionesco déclare qu’il est bien fatigué&amp;nbsp;; bientôt, une voix féminine émet des annonces en allemand. Ludique et déroutant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/zD32v2Au504?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’album est bricolé, Le Bars le reconnaissait dans &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/emission-les-passagers-de-la-nuit%E2%94%8210-11-vendredi-hors-serie-21-hugues-le-bars-2011-03-11&quot;&gt; l’émission &lt;em&gt;Les Passagers de la nuit&lt;/em&gt; &lt;/a&gt; sur France Culture, avec un certain dépit. Il n’empêche&amp;nbsp;: le fait que le souffle du magnétophone soit perceptible dans la chanson «&amp;nbsp;J’en ai marre&amp;nbsp;» n’enlève rien au morceau, mais au contraire lui rajoute un charme inégalable. Il y a quelque chose de réconfortant à constater qu’il est toujours possible de bricoler avec amour et inventivité une bonne chanson.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-j-cover.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-j-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des voix étouffées, des rires, mais des ambiances inquiètes, convoquant enfance et onirisme. Les sonorités concrètes sont assemblées, recomposées de manière imaginative et facétieuse. De fait, bon nombre de morceaux se révèleraient d’excellentes bandes-son pour rêves ou cauchemars, et ce n’est pas un hasard si les musiques d’Hugues Le Bars ont été utilisées régulièrement sur &lt;a href=&quot;http://www.franceculture.fr/emission-ce-qui-nous-arrive-en-musique-hugues-le-bars-poum-tchack-de-fin-2014-11-05&quot;&gt;France Culture ou Canal+&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur ses deux disques, &lt;em&gt;J&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; contient plus de cinquante morceaux (22 et 25), qui alternent entre la vignette longue d’à peine une minute, et chansons développés sur une durée plus longue. Outre «&amp;nbsp;J’en ai marre&amp;nbsp;», évoqué plus haut et qui inaugure superbement le disque, citons aussi &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=FOcrCwUnDRA&quot;&gt;« Arepo »&lt;/a&gt;, qui mêle bris de verre et duo de voix chantant des notes&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=K6VZfVxxXVw&quot;&gt;« Bébé Funk »&lt;/a&gt;, qui consiste en la rencontre de Jordi et James Brown&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=1qF92c4GKfw&quot;&gt;« Malraux 1 »&lt;/a&gt; où l’auteur de &lt;strong&gt;La Condition humaine&lt;/strong&gt; pontifie sur une musique inquiétante, perturbé par des interventions enfantines&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=ifu9TUvHaaI&quot;&gt;« Guerre et cirque »&lt;/a&gt;, oscillant entre tragique, inquiétude et insouciance&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=0AWpfrNShy0&quot;&gt;« Mets l’ange »&lt;/a&gt;, où un chœur d’anges hystériques rejoint des percussions tribales pour un résultat perturbant&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=bSj7MsuGznI&quot;&gt;« Bébé chanteur »&lt;/a&gt; opte pour le ludique et l’espiègle, avec un xylophone et des samples de vocalises enfantines, des éternuements (et peut-être un pet)&amp;nbsp;; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=NwbqnSos6gw&quot;&gt;« Locomotive vocale »&lt;/a&gt; fait preuve d’une maîtrise consommée de l’art de la human beatbox… Forcément, il y a parfois des titres moins intéressants, voire carrément agaçants, comme «&amp;nbsp;Tonino Versace&amp;nbsp;» et son irritante ritournelle façon bourrée auvergnate (pas que j’aie quelque chose contre la bourrée…).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;J&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; se rapproche par endroit de la musique concrète, avec son usage immodéré de l’échantillonnage sonore. Mais avec un indéniable aspect ludique, réjouissant comme tout. C’est amusant, c’est varié, et jamais aride. On peut tracer une filiation entre Pierre Henry, l’un des pères de la musique concrète, et Hugues Le Bars, avec Maurice Béjart comme trait d’union&amp;nbsp;: le chorégraphe a travaillé avec Pierre Henry pour les classiques que sont &lt;em&gt;Symphonie pour un homme seul&lt;/em&gt; (1955, Henry/Schaeffer) ou &lt;em&gt;Messe pour le temps pr&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ésent &lt;/em&gt;(1967, Henry/Colombier).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;J&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; fait preuve de cohérence&amp;nbsp;: d’un morceau à l’autre, certaines sonorités, certains bruitages, certaines rythmiques (valse à trois temps façon paf-paf-poum) se répètent et se font écho. L’antépénultième chanson du deuxième disque, intitulée «&amp;nbsp;Final&amp;nbsp;», consiste d’ailleurs en un pot-pourri de mélodies et sons issues des morceaux précédents. La limite de &lt;em&gt;J&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; réside sûrement là&amp;nbsp;: au fil de la cinquantaine de morceaux, on se retrouve avec l’impression d’écouter plusieurs fois des choses très similaires. Le premier disque s’avère sûrement le plus réussi et le plus varié, là où le second peine à retenir durablement l’attention. Sans nul doute, un disque unique aurait suffi.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cet aspect pot-pourri trouve son explication dans le fait que &lt;em&gt;J&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; relève pour part de la compilation. Près d’une vingtaine de morceaux proviennent d’œuvres antérieures de Le Bars&amp;nbsp;: &lt;em&gt;1789&lt;/em&gt;&lt;em&gt;… et nous&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Musiques pour Ionesco&lt;/em&gt; (d’où provient le morceau-titre) et &lt;em&gt;Musiques pour Malraux&lt;/em&gt;, trois ballets de Béjart. Les autres morceaux sont inédits (du moins, je suppose).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il n’empêche&amp;nbsp;: avec son usage malicieux de l’échantillonnage sonore et sa ludique touche de bricolage que tempèrent une mélancolie sous-jacente, &lt;em&gt;J&lt;/em&gt; &lt;em&gt;’en ai marre&lt;/em&gt; est une jolie porte d’entrée à l’univers d’Hugues Le Bars.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: quasiment, sauf sur certains magasins en ligne&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oh que oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>I comme L'Inaccessible</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/22/I-comme-L-Inaccessible" rel="alternate" type="text/html" title="I comme L'Inaccessible" />
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      <published>2015-10-22T13:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-10-22T13:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-i-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Où l'on tend une oreille curieuse sur &lt;strong&gt;L'Inaccessible&lt;/strong&gt;, ballet pour orchestre virtuel, composé par Francis Berthelot. Quand l'auteur du &lt;strong&gt;Rivage des intouchables&lt;/strong&gt; et du «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;cycle du Démiurge&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» délaisse l'écriture pour la composition musicale, que cela donne-t-il&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Inaccessible - Ballet en cinq tableaux pour orchestre virtuel, Francis Berthelot (Musea Records, 2015 [2012]). 22 morceaux, 72 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;En Bifrostie, l’on connaît surtout Francis Berthelot pour ses romans et nouvelles — du &lt;strong&gt;Rivage des intouchables&lt;/strong&gt; jusqu’au «&amp;nbsp; &lt;strong&gt;Rêve du démiurge &lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», cycle romanesque en neuf volumes dont le Bélial’ a publié trois volumes et dont la reparution en intégrale est imminente.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans le «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Rêve du démiurge &lt;/strong&gt;&amp;nbsp;», les arts de la scène tiennent une importance centrale. Plusieurs des romans qui le composent se déroulent autour du monde du théâtre (&lt;strong&gt;Mélusath&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Petit Cabaret des morts&lt;/strong&gt;) ou du cirque (&lt;strong&gt;Le Jongleur interrompu&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Jeu du cormoran&lt;/strong&gt;), et la plupart s’articulent sur une structure joliment corsetée — trois parties, composées chacune du même nombre de chapitres, variant selon les livres mais toujours impair. Un découpage tripartite, qui rappellerait volontiers les trois actes des comédies classiques, là où les tragédies en comptent cinq — si ce n’est que les romans de ce «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Rêve…&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;» ne versent guère dans la franche rigolade.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-i-cover.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-i-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-i-limites.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-i-limites_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;La musique ne se trouve jamais loin&amp;nbsp;; aussi, rien d’étonnant si Francis Berthelot a récemment délaissé l’écriture pour la composition. Le ballet &lt;em&gt;L’Inaccessible&lt;/em&gt; adapte en musique une nouvelle de l’auteur, parue dans l’anthologie &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/aux-limites-du-son&quot;&gt;Aux limites du son&lt;/a&gt; (La Volte, 2006), «&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Symphonie inaccessible&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Cette nouvelle nous narre l’histoire d’un compositeur, Peter Adam (Johann Cèdre dans le livret du disque), hanté par un thème musical… inaccessible. Lorsque l’histoire débute, à notre époque, Adam/Cèdre gît, à l’agonie, dans une chambre d’hôpital&amp;nbsp;; à la suite d’un enchantement, l’homme est âgé de plusieurs siècles, et il se remémore son existence passée, consacrée à la musique et à la composition.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;… son rêve se précisait&amp;nbsp;: un prodigieux morceau de musique où s’uniraient instruments à cordes, à vent, à percussion, et qui traduirait de façon définitive les splendeurs de la Création. Il le percevait à travers une brume, entendait les bruits de la campagne — le bourdonnement des abeilles, le brame d’un cerf, le son ancestral des cloches — s’y ajouter un à un, transfigurés par son esprit en un ensemble rutilant. Mais lorsque vint la nuit, qu’il regagna la table où sa mère servait la soupe de pois chiches, il lui fallut en rabattre. Même si, au loin, hulottes et grillons continuaient à l’encourager, ce n’était là qu’un rêve. Merveilleux autant qu’inaccessible.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Sans surprise, &lt;em&gt;L’Inaccessible&lt;/em&gt; adopte une structure méticuleusement construite&amp;nbsp;: entourés d’un prologue et d’un épilogue, cinq tableaux de quatre morceaux se succèdent, embrassant plusieurs siècles de musique et autant de genres différents — passacaille, mazurka, menuet, valse.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment narrer une histoire &lt;em&gt;musicalement&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? En simplifiant de manière éhontée, on pourrait dire que chansons et opéras s’en sortent avec les paroles — mais ce serait omettre les leitmotive, popularisé par Wagner. &lt;em&gt;L’Inaccessible&lt;/em&gt; étant entièrement instrumental, cette narration se fait donc entre via les leitmotive, notamment celui de «&amp;nbsp;l’inaccessible&amp;nbsp;». Pour ceux, comme moi, dépourvus de toute connaissance en solfège, le livret du CD prend soin de fournir une explication, morceau par morceau, fort utile. Sur le papier, ok, c’est bon — mais à l’écoute&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le disque débute avec «&amp;nbsp;Agonie&amp;nbsp;», un prologue qui débute sous de sombres auspices. Sépulcral — le battement d’un métronome rythme les derniers instants de la vie de Johann Cèdre, tandis que résonne à intervalle régulier le glas —, la pièce mute lorsqu’apparaît le thème de «&amp;nbsp;L’Inaccessible&amp;nbsp;». Un thème élégiaque, «&amp;nbsp;douloureux&amp;nbsp;» dixit le livret, porté par un mouvement ascendant. Une «&amp;nbsp;Agonie&amp;nbsp;» qui condense &lt;em&gt;L’Inaccessible&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une tristesse insondable tempérée par des élans pleins d’espoir&amp;nbsp;; une opposition entre sacré et profane, musique savante ou populaire, leitmotive et inventivité mélodique. Quant au thème «&amp;nbsp;inaccessible&amp;nbsp;», répété de proche en proche tout au long des quatre tableaux, il finit par retentir pleinement lors du pénultième morceau, précisément intitulé «&amp;nbsp;L’Inaccessible&amp;nbsp;», aux tonalités apaisées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tfjs0ScqdFk?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entretemps, on aura traversé les siècles au son de morceaux aussi colorés qu’enlevés — on ne s’ennuie pas, malgré la relative longueur du disque (plus de soixante-dix minutes). D’après le livret, l’influence des compositeurs russes, Prokofieff en tête, est à percevoir. Avant de glisser le CD dans le lecteur, mon inculture crasse me faisait craindre des mignardises maniérées sans objet et qui ne racontent pas grand-chose&amp;nbsp;: erreur grossière, &lt;em&gt;L’Inaccessible&lt;/em&gt; fait la part belle aux airs chaleureux et évocateurs, l’histoire se déroule à mesure qu’on l’écoute. C’est narratif, expressif, prenant — du miel pour les oreilles. Un miel fort peu analogique pour le coup.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le sous-titre du disque l’indique clairement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;pour orchestre virtuel&amp;nbsp;». Aucun instrument analogique n’a été utilisé dans la composition de ce ballet. À première vue, on pouvait craindre, peut-être pas le pire, mais un résultat aux embarrassantes sonorités MIDI ou, pire, Bontempi. Heureusement, il n’en est rien&amp;nbsp;: dans le livret, Francis Berthelot indique avoir travaillé à partir d’une base de données musicale — et je m’avoue curieux de connaître la petite cuisine de ce disque. Mieux, &lt;em&gt;L’Inaccessible&lt;/em&gt; est par endroits troublant de réalisme. En d’autres, le timbre synthétique de certains instruments s’avère plus audible et un brin moins convaincant, en regard du reste. Enfin, quelques sonorités, volontairement électroniques pour le coup, soulignent avec discrétion certains passages.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Élégant et d’une écoute des plus plaisantes, &lt;em&gt;L’Inaccessible&lt;/em&gt; fait plus que pasticher différents genres musicaux passés, et nul besoin de connaissances musicales pointues pour l’apprécier. Francis Berthelot convie son auditeur à une envoûtante balade. Une très bonne surprise, chaudement recommandée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>H comme Hormona</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/19/H-comme-Hormona" rel="alternate" type="text/html" title="H comme Hormona" />
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      <published>2015-10-19T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-19T16:01:08+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Hormona&lt;/strong&gt;, moyen-métrage de Bertrand Mandico réunissant trois de ses courts les plus récents qui dessinent les contours d'un univers loufoque (et c'est peu dire), entre douce horreur et absurde.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Hormona (Y a-t-il une vierge encore vivante&amp;nbsp;?, Notre-Dame des hormones, Prehistoric Cabaret), Bertrand Mandico, 2015 (2015, 2015, 2014). 49 min. Couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Sous-titré «&amp;nbsp;trois films charnels », &lt;em&gt;Hormona&lt;/em&gt; propose une compilation de trois courts-métrages de Bertrand Mandico, réalisateur français dont j’ignorais tout jusqu’à l’existence avant la sortie de ce florilège sur les écrans. Une bonne chose de réparée, tant les trois courts forment une remarquable porte d’entrée à l’univers du cinéaste. Celui-ci a œuvré, jusqu’à présent, uniquement dans le court&amp;nbsp;: ses films portent des noms aussi intriguants que «&amp;nbsp;Souvenirs d’un montreur de seins », «&amp;nbsp;La Résurrection des natures mortes », «&amp;nbsp;Vie et mort d’Henry Darger »…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voyons de plus près ce qu’il en est…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-poster.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Y a-t-il une vierge encore vivante&lt;/em&gt; &amp;nbsp;: Ce que les Français racontent sur Jeanne d’Arc est faux, la Pucelle d’Orléans a juste été énuclée. Depuis, elle erre à travers la forêt, un masque sur les yeux, jusqu’au moment où elle trouve une vierge attachée à un arbre, non loin d’un corps mutilé. Bon, «&amp;nbsp;vierge&amp;nbsp;», c’est vite dit&amp;nbsp;: la jeune femme n’est plus qu’une «&amp;nbsp;demi-vierge&amp;nbsp;», ayant été dépucelée par l’arbre, fort lubrique. Un court… court, cruel et drôle. L’ambiance forestière qui baigne l’histoire est aussi chatoyante que glauque. Mais ça n’est rien en comparaison du court-métrage suivant, &lt;em&gt;Notre-Dame des Hormones&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-vierge1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-vierge1.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-vierge2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-vierge2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Notre-Dame des Hormones&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: On y suit deux actrices, Lune et Lautre, se promenant en forêt tout en lisant à voix haute, jusqu’au moment où Lautre découvre un… truc, à moitié enfoui dans l’humus. Le truc est indubitablement organique, façon gros bloc de chair poilu, doté d’un appendice érectile — plus exactement en (semi-)érection constante — et qui communique par des couinements/gémissements. Lautre s’empare de la créature, ce qui n’est pas sans susciter la jalousie de Lune. Lautre hésite à la lécher (la créature, pas Lune), et rapporte finalement la chose dans leur pavillon, perdu au milieu des bois. Un étrange et délétère ménage à trois se met en place.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette &lt;em&gt;Notre-Dame des Hormones&lt;/em&gt; est clairement le plus ambitieux des trois, tant par sa longueur (31 minutes) que par son ambition. L’histoire se décompose en une série de vignettes comment autant de courts chapitres, séparés par des placards façon film muet, dont les titres sont énoncés par la voix amusée de Michel Piccoli. L’ambiance est hors de ce monde, autour de ce pavillon logé au cœur d’une forêt luxuriante&amp;nbsp;; la végétation prolifère jusque dans la maison, s’approprie les corps – celui de la créature, tout comme les statues vivantes qui peuplent les lieux. L’imagerie grecque semble pervertie&amp;nbsp;: des acteurs en chair et en os interprètent les statues d’éphèbes et de nymphes, tandis que la figure du satyre est réduite à une chair informe pourvue d’une bite. Et ça s’entretue joyeusement&amp;nbsp;: le sang vermillon ne dépare pas au sein de la palette très colorée de ce court. Ah, et on y croise aussi, brièvement, un réalisateur androgyne (on dirait Bowie, période &lt;em&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/em&gt;), ainsi qu’une biche avec des seins (c’est beau, oui).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-nd1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-nd1.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-nd2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-nd2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Prehistoric Cabaret&lt;/em&gt; conclut cet ensemble. Dans un… cabaret (ben oui), une femme (la Terre, selon le générique) propose aux quelques spectateurs (une femme, et quatre hommes aux costumes suspectement tachés de blanc) d’assister à une représentation d’un genre particulier. Cela, à l’aide d’une caméra, conçue pour appréhender les différentes strates temporelles. Bon, la caméra ressemble fort à un œuf de verre planté sur une tige très organique, et la maîtresse de cérémonie de se l’enfoncer dans les fesses pour un voyage aussi visuel que sensoriel…&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Did you like it? Say it, say it if you liked it.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Pas moins dérangeant que les deux précédents courts-métrages, &lt;em&gt;Prehistoric Cabaret&lt;/em&gt; souffre de sa dernière position au sein d’&lt;em&gt;Hormona&lt;/em&gt;. Une position qui, thématiquement, s’avère logique, mais qui affadit le film après le grand délire de &lt;em&gt;Notre-Dame des Hormones.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-prehistoric.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-prehistoric.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces trois courts-métrages ont en commun la présence de l’actrice roumaine Elina Löwensohn, à la diction si particulière et qui figure dans tous les courts-métrages de Bertrand Mandico depuis 2011 (ce qui fait un peu plus d’une demi-douzaine), et un même goût pour une esthétique que l’on pourrait qualifier de bricolo-érotico-macabro-néo-giallo (ou tout simplement, en adjectivisant le nom du réalisateur, de &lt;em&gt;mandico&lt;/em&gt;, c’est plus court). Sans oublier un humour omniprésent&amp;nbsp;: les trois courts-métrages ont beau être dérangeants et/ou sanguinolents par moment, jamais ils ne cherchent à dégoûter le spectateur&amp;nbsp;; l’humour se situe dans les dialogues ou les situations délicieusement absurdes, ou tout simplement dans le fait de laisser certains trucages apparents. Une ambiance «&amp;nbsp;fait-main », pas éloignée des œuvres de Jan Švankmajer et qui n’est pas pour déplaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-h-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-h-etrange_couleur.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-h-etrange_couleur_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt; L’affiche, très Art nouveau, m’a irrésistiblement fait penser à celle d’un autre film, lui aussi d’inspiration néo-giallo&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étrange couleur des larmes de ton corps&lt;/em&gt;. Mais là où &lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;’Étrange couleur… &lt;/em&gt;donnait l’impression de vouloir agresser constamment le spectateur — en lui enfonçant une perceuse dans les oreilles et des aiguilles chauffées à blanc dans les yeux —, &lt;em&gt;Hormona&lt;/em&gt; s’avère une douce invitation à découvrir l’univers érotique et macabre de Bertrand Mandico. De fait, le seul défaut de ce recueil de courts est sa brièveté&amp;nbsp;: on en redemande.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: pas tout à fait&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: forcément&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Un travail d'horloger, rencontre avec Francis Valéry</title>
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      <published>2015-10-14T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-14T14:26:08+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Lionel Dansler</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;travail-horloger-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/travail-horloger-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En attendant la parution, le 21 octobre, de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jules-verne/zacharius&quot;&gt;Zacharius&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le fameux conte de Jules Verne lu et mis en musique par &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/francis-valery/&quot;&gt;Francis Valéry&lt;/a&gt;, notre ami répondu aux questions éclairées de Lionel Dansler au sujet de ce nouveau livre audio, sûrement l'un des plus ambitieux au sein de la collection &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/collection/le-belial-cyberdreams&quot;&gt;CyberDreams&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/43/48043-w200.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/43/48043-w200.jpg&quot; /&gt;Il y a tout juste un an, nous nous étions rencontrés pour parler de votre collection de livres audio CyberDreams, aux Éditions du Bélial. Vous veniez d’y faire paraître Bleu. Et dans la foulée, vous avez fait paraître L’Horreur des Collines, un texte relevant cette fois du fantastique, avec un accompagnement musical constitué de samples de morceaux de jazz des années 1940. Je ne vous imaginais pas en amateur de jazz classique&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Toutes les musiques m’intéressent. J’ai fait partie d’un quartet de jazz, à la fin des années soixante-dix. Ce fut une expérience intéressante.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous êtes aussi éclectique dans votre pratique musicale que dans les esthétiques sonores que vous choisissez pour votre collection ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;La collection pourrait sans doute être encore plus variée.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Lors de notre rencontre, en octobre 2014, vous aviez le projet de réaliser une version studio d’un spectacle donné lors de l’inauguration de l’Espace Jules Verne, à la Maison d’Ailleurs. Il s’agissait d’une adaptation de «&amp;nbsp;Maître Zacharius&amp;nbsp;», une nouvelle fantastique de Jules Verne. Cette adaptation vient d’être publiée. Il vous a fallu un an pour la réaliser ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/81/51081-w200.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/81/51081-w200.jpg&quot; /&gt;Non&amp;nbsp;! Heureusement&amp;nbsp;! Après &lt;em&gt;Bleu&lt;/em&gt;, j’ai réalisé &lt;em&gt;L’Horreur des Collines&lt;/em&gt;, comme vous l’avez mentionné. Puis j’ai passé plusieurs mois à écrire des articles et mener des recherches bibliographiques pour la Maison d’Ailleurs, en particulier pour sa prochaine exposition &lt;em&gt;Danse avec les Étoiles&lt;/em&gt;. J’ai établi un corpus de textes et de documents sur lequel l’exposition pourrait s’appuyer. Il se trouve que mon mandat avec ce musée a pris fin en avril 2015. Je me suis retrouvé sans aucun engagement – donc avec tout le temps nécessaire pour monter un projet personnel – mais aussi sans revenu&amp;nbsp;! Mon ami Vincent Gessler m’a convaincu de lancer un kickstarter. Ce concept de financement participatif était très nouveau pour moi. J’en avais un peu entendu parler mais je pensais que c’était un de ces trucs d’internet pour les jeunes&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous n’êtes pas si vieux&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C’est gentil. Enfin, je suis quand même un peu vieux&amp;nbsp;! J’ai mis en ligne un petit dossier présentant un projet musical inspiré par la nouvelle de Jules Verne. Le financement a été obtenu, à ma grande surprise&amp;nbsp;! J’ai même récolté un peu plus d’argent que demandé. Et j’ai travaillé pendant quasiment quatre mois, à temps plein, sur cette pièce.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous aviez annoncé vouloir réaliser une version studio du spectacle créé pour l’Espace Jules Verne de la Maison d’Ailleurs.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;À l’origine, c’est ce que je comptais faire. Je voulais écrire ma propre adaptation du texte, l’enregistrer, puis essayer de caler dessus la musique que j’avais composée à l’époque, avec d’éventuels ajouts. Il n’existe pas d’enregistrement de ce spectacle (qui durait je crois une quarantaine de minutes) mais j’ai conservé une partition assez détaillée et je possède toujours le clavier sur lequel j’avais cherché des sons. Et puis finalement, j’ai décidé de partir d’une lecture du texte intégral, en essayant de lui donner un aspect un peu théâtral, et de composer une musique inédite et beaucoup plus vaste.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/13/54013-w450.jpg&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/13/54013-w450.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Le résultat dure en effet près de deux heures.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Oui. C’est d’ailleurs trop long, je pense. Mes précédents audios durent dans les trente/quarante minutes. On peut les écouter d’une traite. Là, ça me semble difficile. Or, je préfèrerais que les auditeurs se laissent aller… et vivent une sorte d’expérience sensorielle. Mais on vit dans un monde où la plupart des gens ne peuvent que rarement disposer de deux heures pour s’isoler.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous décrivez votre Zacharius comme étant un «&amp;nbsp;poème symphonique&amp;nbsp;». Vous pouvez nous en dire davantage ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Le poème symphonique est une forme musicale qui a connu son heure de gloire au dix-neuvième siècle. C’est une composition, en général en un seul mouvement, sur un sujet littéraire ou artistique. Ou sur une idée, un concept… ou encore sur un personnage ou un lieu. C’est une musique très descriptive. Je crois que c’est Franz Liszt qui, le premier, a défini ce genre dans lequel s’est également illustré Richard Strauss. Un bon exemple de poème symphonique connu est le &lt;em&gt;Finlandia&lt;/em&gt; de Sibelius, qui s’inscrit d’ailleurs dans un propos nationaliste. À l’origine, le poème symphonique est écrit pour un orchestre symphonique comprenant les quatre grandes familles d’instruments traditionnels&amp;nbsp;: les cordes (violons, etc.), les bois (les instruments à vent dotés d’un biseau ou d’une hanche, comme les flûtes, la clarinette et les saxophones… qui sont fabriqués en métal mais sont tout de même considérés comme des «&amp;nbsp;bois&amp;nbsp;»), les cuivres (les instruments à vent doté d’une embouchure&amp;nbsp;: ce sont les lèvres du musicien qui créent la vibration sonore, comme la trompette, le trombone… ou le didgeridoo australien qui est fabriqué en bois mais est un «&amp;nbsp;cuivre&amp;nbsp;») et enfin les percussions&amp;nbsp;: c’est-à-dire tout ce qui produit du son quand on tape dessus&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Mais vous n’avez pas fait appel à un orchestre symphonique pour enregistrer Zacharius ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Non, bien sûr&amp;nbsp;! Je pourrais vous dire qu’une des fonctions de mes synthétiseurs est de remplacer un orchestre symphonique, en imitant de manière souvent assez convaincante n’importe quel instrument. D’ailleurs, à un moment, je me suis lancé dans des compositions faisant appel à des flûtes, des hautbois, des cordes, etc. avec une quarantaine de pistes enregistrées une par une. Mais j’ai laissé tomber assez vite. Ca faisait un peu trop «&amp;nbsp;le type qui montre qu’il sait faire des arrangements d’orchestre&amp;nbsp;»… ou au minimum qui a la prétention de le penser&amp;nbsp;! Je suis revenu assez vite à des compositions moins chargées.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous n’avez donc pas respecté les règles que vous venez d’énoncer ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;travail-horloger-ahsprema.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/travail-horloger-ahsprema.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Eh bien… non&amp;nbsp;! En tant qu’objet musical rigoureusement défini, le poème symphonique est peu à peu tombé en désuétude. On peut même dire que personne n’en composait plus. Et puis dans la mouvance des musiques électroniques, des compositeurs ont commencé à proposer à nouveau des œuvres sur des arguments non musicaux. Et sans doute parce que la musique électronique a été, dès l’origine, associée à la SF, en particulier avec les musiques des films des années cinquante qui utilisaient les premiers instruments de lutherie électronique comme les ondes Martenot ou le thérémin, c’est dans ce même domaine de la science-fiction que le poème symphonique a trouvé une nouvelle jeunesse. À la fin des années quatre-vingt, j’ai découvert un disque de Ash Prema qui s’appelle &lt;em&gt;Foundation &amp;amp; Empire&lt;/em&gt;. L’œuvre est présentée comme inspirée par le roman d’Asimov. Ashok Prema, de son véritable nom, est un compositeur anglais d’origine indienne. &lt;em&gt;Foundation &amp;amp; Empire&lt;/em&gt; est son premier disque, sorti en mai 1987. C’est ce qu’on appelait, à l’époque, de la musique New Age. À ma connaissance, il n’a jamais été réédité en CD et est aujourd’hui très rare. Il a réalisé au moins quatre autres disques, le dernier en 2005. Son site officiel est fermé, je ne sais pas si Ashok Prema compose toujours. Ce disque m’a influencé, non pas musicalement mais intellectuellement, au niveau du concept. Mon envie de composer de la musique directement inspirée d’une œuvre de SF vient de là. Au même moment, j’ai écouté la bande son du film de Hayao Miyazaki&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Nausicaä of the Valley of the Winds&lt;/em&gt;. À l’époque, je tenais une boutique spécialisée dans la SF et les imports. Je connaissais donc la BD en version étasunienne, magnifique, sortie en 1982, ainsi que le film d’animation de 1984 que je possédais sous forme d’une cassette VHS au format NTSC. Je crois que le film est sorti en France beaucoup plus tard. Un certain Joe Hisaishi en avait composé la musique et, techniquement parlant, il s’agissait d’un poème symphonique – avec ce «&amp;nbsp;plus&amp;nbsp;» qu’il n’était pas seulement inspiré de l’œuvre et détaché d’elle, mais qu’il l’accompagnait. Je me suis dit&amp;nbsp;: on peut faire pareil avec un livre. Plutôt que de publier le livre d’un côté puis de composer une musique s’en inspirant et de la sortir en disque, pourquoi ne pas proposer une œuvre unique qui soit déclinée de deux manières&amp;nbsp;: à lire &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; à écouter ?&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est ce que vous faites avec la collection CyberDreams ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Pas tout à fait. Puisqu’il s’agit d’enregistrements qui intègrent le texte du livre sous la forme d’une lecture. Il n’y a rien à lire mais tout à entendre/ressentir.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;travail-horloger-nausicaa.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/travail-horloger-nausicaa.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous dites souvent que la partie sonore est pour vous aussi importante que le texte lu.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Oui. Je ne compose pas des «&amp;nbsp;bandes-son&amp;nbsp;» à écouter, tout en lisant un bouquin&amp;nbsp;! Je propose des histoires qui sont «&amp;nbsp;racontées&amp;nbsp;» à l’auditeur en s’adressant à la fois à sa sensibilité (l’habillage sonore et musical s’adresse aux sens) et à sa pensée consciente (le texte lu est composé de mots qui ont une signification). J’ai commencé à travailler de cette manière au tout début des années 2000 en composant les musiques des spectacles d’une conteuse. J’ai fait ça pendant sept ou huit ans. Nous étions ensemble sur scène, nous racontions une histoire unique mais à deux voix&amp;nbsp;: les mots qu’elle disait/jouait et la musique que je jouais en direct, dans les deux cas avec une part d’improvisation. Il ne s’agit pas de proposer une musique pour accompagner un texte (ou des images, ou un film) en restant dans son ombre, en arrière-plan. Mais bien de partager le devant de la scène et de proposer quelque chose de fusionnel.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;En vous écoutant, je repense à ce que vous m’aviez dit, il y a un an, sur la difficulté à convaincre des gens de vous proposer quelque chose pour la collection. Vous venez d’employer le terme «&amp;nbsp;fusionnel&amp;nbsp;» pour qualifier, comment dire ?... le «&amp;nbsp;résultat final&amp;nbsp;».&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Ne serait-ce pas là le problème de cette collection ? Associer un écrivain et un compositeur, leur demander de travailler ensemble, ou demander à l’un d’illustrer le récit de l’autre en le reprenant à son compte, n’est-ce pas quelque chose de peu raisonnable ? Les artistes sont souvent des gens égocentrés. En définitive, vous demandez qu’on vous propose des œuvres «&amp;nbsp;fusionnelles&amp;nbsp;». C’est peut-être tout simplement impossible ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Je ne sais pas. Vous n’êtes pas le premier à me faire cette remarque. Joëlle Wintrebert, par exemple, m’a fait remarquer que ça fonctionnait sans doute parce que j’étais &lt;em&gt;à la fois&lt;/em&gt; l’auteur des textes et des musiques. Et plusieurs personnes pressenties pour enregistrer des voix ont décliné, car elles pensaient que j’étais le seul capable de lire mes textes et de leur donner le ton juste. Ce dont je ne suis pas convaincu. Je ne suis pas comédien&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Pourtant, dans L’Horreur des Collines, vous avez utilisé une musique dont vous n’êtes pas l’auteur. Et pour Zacharius, vous avez utilisé un texte de Jules Verne.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;J’ai voulu voir si ça pouvait fonctionner.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Et alors, ça fonctionne ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Il me semble que ça fonctionne assez bien pour &lt;em&gt;L’Horreur des Collines&lt;/em&gt;, bien que la musique soit strictement illustrative et ne participe véritablement au récit que lorsque c’est moi qui joue, en particulier quand j’ajoute des ambiances ou un paysage sonore aux claviers. Pour &lt;em&gt;Zacharius&lt;/em&gt;, j’ai joué le jeu&amp;nbsp;: ma musique est vraiment au service du texte. Enfin, je le crois. J’ai pris garde à ne pas déborder le texte lu — en particulier j’ai revu à plusieurs reprises les mixages, à chaque fois j’ai dégagé la voix de la musique pour qu’elle soit vraiment devant.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Je suis d’accord. La voix se détache parfaitement, tout le temps. Et elle sonne encore mieux que dans les audios précédents.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Merci. J’ai investi dans un bon micro de studio. J’ai cassé ma tirelire, mais effectivement ça s’entend&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Parlons un peu de musique. Comment définiriez-vous la musique de Zacharius ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Je ne la définis pas. Il y a des passages pianistiques minimalistes qui révèlent l’influence d’Erik Satie aussi bien que des constructions purement bruitistes, avec des sons collectés en milieu industriel. Il y a des nappes de claviers très travaillées qui témoignent de mon intérêt pour les débuts du Krautrock, des percussions bidouillées (c’est mon côté fan d’Edgar Varèse) aussi bien que de la vielle à roue dont joue ma compagne, un instrument acoustique plus que millénaire.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Cet instrument intervient dans deux morceaux. Le son est incroyable&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;La vielle à roue est composée d’un clavier monophonique qui agit sur une chanterelle, et une série de bourdons que l’on utilise ou pas. C’est une roue que l’on tourne de la main droite, avec une manivelle, qui joue le rôle d’un archet continu et permet également de déclencher un effet percussif sur une des cordes affectées à cet usage, donc un rythme plus ou moins complexe. J’ai beaucoup travaillé sur les enregistrements. À un moment je fais se répondre plusieurs chants de vielle, certains descendus de un, deux, voire trois octaves. On arrive aux limites des infrabasses. Personne n’a jamais fait sonner une vielle à roue de cette manière.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-ambient4.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ambient-ambient4_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous allez trouver que j’insiste mais quand vous avez présenté le projet sur Kickstarter, vous avez défini la musique comme étant de l’ambient.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C’est vrai. Il faut parfois communiquer sur son travail et le présenter comme on peut, avec des mots connus mais réducteurs. C’est mon ami et vieux complice Jean-Jacques Girardot qui estime que je fais de l’ambient. En tout cas, il affirme que c’est dans ce domaine que je donne le meilleur de moi. Les critiques musicaux aiment bien mettre la musique dans des petites cases&amp;nbsp;! Je pense que ma musique entretient des rapports avec l’electronica — une étiquette fourre-tout s’il en est, mais on l’on trouve parfois mentionnés des gens comme Aphex Twin — et bien évidemment avec l’ambient telle qu’a pu la définir Brian Eno, dans le prolongement tant du travail minimaliste de Satie que de la Kosmiche Musik à la Tangerine Dream ou Klaus Schulze. Je me sens aussi parfois proche du downtempo tel qu’il fut pratiqué par des groupes à Bristol, en particulier par Massive Attack, ou de la trance Goa et de certains artistes du label anglais Dragonfly Records. L’un des problèmes de la musique électronique — au niveau de sa connaissance par le public — est que chaque artiste prétend inventer son propre courant, dans un souci d’originalité proclamée, et que nombre de critiques musicaux pratiquent volontiers une surenchère. On arrive à des situations où les artistes les plus novateurs et éclectiques se retrouvent catalogués un peu partout — comme Aphex Twin, justement. C’est un peu ridicule et en tout cas parfaitement vain.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Vous fréquentez le milieu de la musique ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Non, pas du tout. Je vis reclus au fin fond de nulle part, entouré de mes instruments de musique, mes livres et mes chats. Je ne suis en contact avec aucun musicien, à part Jean-Jacques Girardot qui habite Saint-Étienne et mes deux amis d’enfance, Jean-Marie et Claude Oger, avec qui j’ai commencé à jouer il y a pas loin de cinquante ans, mais ils vivent dans le Maine-et-Loire. C’est loin. On se voit très rarement.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est un choix ? Souvent les musiciens justifient cette attitude de repli en disant qu’ils ne veulent pas être influencés.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Non, ce n’est pas ça. Je ne crains pas d’être influencé, bien au contraire. Je vais régulièrement à Bordeaux et j’emprunte des piles de CD dans les médiathèques, que je choisis quasiment au hasard. Je suis très en demande de musique. J’adore quand je découvre quelqu’un qui me plaît. Je n’ai jamais été jaloux du succès des autres. Souvent, les musiciens se la pètent un peu&amp;nbsp;! Il suffit d’entrer dans un magasin de musique (ce que je ne fais plus depuis des années) et d’écouter les conversations&amp;nbsp;! J’aime la musique mais je ne tiens pas spécialement à fréquenter des musiciens.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Des projets ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Sans doute un autre financement participatif. J’ai un sujet.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Plutôt musique ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://media.biblys.fr/book/71/47971-w200.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; src=&quot;http://media.biblys.fr/book/71/47971-w200.jpg&quot; /&gt;Pas que&amp;nbsp;! Je travaille à temps perdu depuis un bon moment sur un projet de roman pour le Bélial. Ou plutôt d’une série de textes se passant dans le même univers, dont un roman. Parmi les personnages principaux, il y a un Ambassadeur qui passe de monde en monde, en général pour régler des problèmes entre les populations locales et le pouvoir central. J’ai commencé à travailler sur un texte qui sera probablement une novella&amp;nbsp;: c’est le récit de l’intervention de cet Ambassadeur sur une planète-océan où la transmission de la mémoire (individuelle et collective) est très particulière. Il se trouve que cet Ambassadeur, à titre personnel, est très intéressé par la musique. Il profite donc de son job pour faire du collectage sonore sur divers mondes. Mon projet est donc d’écrire le récit sur ce que l’Ambassadeur vit sur cette planète et, en parallèle, de «&amp;nbsp;fabriquer&amp;nbsp;» un CD présenté comme le résultat du collectage musical auquel il se livre auprès des populations locales. Mon idée est de proposer via un financement participatif une version audio de la novella qui se développerait au sein d’un «&amp;nbsp;paysage sonore&amp;nbsp;», et de la servir accompagnée du CD de collectage. Puis de proposer la version papier du texte à un éditeur.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Cet Ambassadeur a un rapport avec l’Ambassadeur Broderick, le personnage principal de Bal à l’Ambassade dont vous avez publié une version audio dans votre collection ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Ce personnage apparaît à divers âges de sa vie, dans plusieurs nouvelles que j’ai publiées dans les années 90, en particulier &lt;em&gt;Suraa Kerta&lt;/em&gt; (dans l’anthologie &lt;em&gt;Voyageons dans l’Espace&lt;/em&gt;, 1992) et &lt;em&gt;Des Signes dans le ciel&lt;/em&gt; (dans l’anthologie de Serge Lehman &lt;em&gt;Escales sur l’horizon&lt;/em&gt;, 1998), ainsi que dans un roman jeunesse inédit&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L’île sur le toit du monde&lt;/em&gt;, écrit à la même époque. C’est un personnage qui me suit depuis longtemps.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Réaliser un CD présenté comme le fruit d’un collectage, cela revient à inventer une musique extra-terrestre ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Oui, il faut désapprendre tout ce qu’on sait, revenir aux fondamentaux physiques et acoustiques (je dirais naturels et non culturels) de ce qu’est le son et de la manière avec laquelle (lesquelles) il peut s’organiser, cette fois selon d’autres choix culturels.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;C’est un sacré défi&amp;nbsp;!&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;En effet, mais les choses trop faciles ne m’intéressent pas. Ce qui me fait vivre, c’est de me lancer des défis. Vous savez, à soixante ans, je pense avoir pas mal exploré les territoires de l’écriture, tant littéraire que musicale. Ca devient difficile de ne pas emprunter des voies déjà explorées&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Cela fait deux fois que vous parlez de votre âge. Ca vous inquiète ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Je ne sais pas. Un peu, sans doute… Dans ma tête, je suis le même gamin curieux de tout. Dans mon corps, c’est plus difficile. J’ai du mal à accepter les limitations qui me sont désormais imposées, comme la capacité de travail en baisse, les choses à faire qui demandent plus de temps, la mémoire qui fout le camp. J’ai moins de dextérité&amp;nbsp;: j’ai vite des crampes dans les doigts et j’ai perdu de la force musculaire. Mais bon, il y a plus malheureux que moi&amp;nbsp;! Et puis la musique, c’est davantage une histoire de silence entre les notes que de densité de notes.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;Rendez-vous dans un an ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Avec plaisir&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>G comme The Guild of Xenolinguists</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/12/G-comme-The-Guild-of-Xenolinguists" rel="alternate" type="text/html" title="G comme The Guild of Xenolinguists" />
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      <published>2015-10-12T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-12T15:25:15+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-g-une.jpg&quot; /&gt;Parce que la linguistique en science-fiction a donné au genre quelques excellents fleurons — les classiques que sont devenus &lt;strong&gt;Les Langages de Pao&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Babel 17&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;L'Enchâssement&lt;/strong&gt; —, on s'intéresse à un ouvrage inédit en français, &lt;strong&gt;The Guild of Xenolinguists&lt;/strong&gt; de Sheila Finch. Un titre qui claque, assurément. Mais au-delà du titre, qu'en est-il&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Guild of Xenolinguists, Sheila Finch. Gold Gryphon Press, 2007. 295 pp. GdF.&lt;/h5&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;First was the Word and I am its carrier. Through me flows the meaning of the universe.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-g-sf.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-g-sf.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;La science-fiction et la linguistique sont deux domaines qui font bon ménage. De fait, la linguistique en SF a donné quelques classiques du genre&amp;nbsp;:&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/les-langages-de-pao&quot;&gt;Les Langages de Pao&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Jack Vance, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/babel-17&quot;&gt;Babel 17&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Samuel Delany, et bien sûr &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ian-watson/l-enchassement_belial&quot;&gt;L’Enchâssement&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Ian Watson. Dans sa brillante postface à la réédition de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Enchâssement&lt;/strong&gt; au Bélial’, Frédéric Landragin cite plusieurs ouvrages, dont le présent &lt;strong&gt;Guild of Xenolinguists&lt;/strong&gt; — un titre qui ne pouvait que titiller ma curiosité…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Son auteure, la Britannique Sheila Finch, est totalement inconnue en France. Ou quasi&amp;nbsp;: une unique nouvelle a été traduite dans la langue de Molière, «&amp;nbsp;PAPPI&amp;nbsp;», au sommaire de l’anthologie-hommage &lt;strong&gt;Les Fils de Fondation&lt;/strong&gt; (1989, 1993 pour la traduction). Dire que c’est peu tiendrait de l’euphémisme. Mais l’œuvre de l’auteure n’est pas non plus la plus étendue qui soit&amp;nbsp;: une huitaine de romans et quelque trente-cinq nouvelles, dont onze forment &lt;strong&gt;The Guild of Xenolinguists&lt;/strong&gt;. Née en 1935, Sheila Finch s’est mise tardivement à l’écriture&amp;nbsp;: sa première nouvelle publiée date de 1980, son premier roman de 1985, et le contenu de &lt;strong&gt;The Guild&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;…&lt;/strong&gt; a été rédigé entre 1988 et 2007, quoique le gros date des années 90. L’une des nouvelles composant le recueil, «&amp;nbsp;Reading the bones&amp;nbsp;», a d’ailleurs été récompensée en 1999 par le Nebula de la meilleure novella. Tout est lié&amp;nbsp;: c’est une aimable préface de nul autre que Ian Watson qui introduit l’ouvrage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-g-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-g-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;First was the word&amp;nbsp;» introduit le recueil. Dans un futur très proche, Jamal, un linguiste afro-américain, est joint par la NSA&amp;nbsp;: un vagabond a été recueilli quelque part aux USA. Un homme errant, qui, au vu de son physique d’apollon, n’a rien du clochard moyen. Surtout, l’étrange individu ne parle pas, surtout il ne communique pas. Jamal va pourtant tenter d’engager le contact, ce qui va l’amener, au fil des séances, à émettre des hypothèses sur la nature de son patient. C’est la nouvelle la plus récente du recueil, ce qui s’en ressent dans son aspect «&amp;nbsp;origin story&amp;nbsp;». Une entrée en matière sympathique, pas très mémorable toutefois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’inverse, «&amp;nbsp;A Flight of Words&amp;nbsp;» nous propulse loin dans l’avenir. Une durée indéterminée s’est écoulée depuis la rencontre entre Jamal et le vagabond, car l’humanité a essaimé dans ce coin de Voie Lactée qu’est le Bras d’Orion, et est entrée en contact avec différentes races extraterrestres. Il s’avère que les humains possèdent quelque don pour les langues et la prononciation, raison pour laquelle a été créée une guilde de linguistes spécialisés dans les langues extraterrestres et leur traduction — la fameuse Guilde des Xénolinguistes. Leur boulot&amp;nbsp;: interprètes essentiellement. «&amp;nbsp;Never judge the message or the sender. Never let emotion color the interface.&amp;nbsp;» Ce sont les règles cardinales de leur métier. La nouvelle suit la mission d’une jeune membre de la guilde, confrontée à un cas de conscience. Là, on rentre dans le vif du sujet, pour un joli résultat qui évoque, pour le mieux, Ursula Le Guin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;A World Waiting&amp;nbsp;» nous emmène sur la planète Mynah, couverte majoritairement d’océans, et où une équipe scientifique s’est établie afin de préparer le terrain pour une future colonie. Une xénolinguiste vien assister aux obsèques de sa sœur, qui s’est suicidée malgré sa grossesse. Cependant, le foetus a pu être sauvé, et a été implanté dans l’utérus d’un dauphin. Une intrigante nouvelle, qui introduit un arc se poursuivant avec «&amp;nbsp;A Roaring Ground&amp;nbsp;», où la jeune Delfin Nikos postule à la Guilde des Xénolinguistes. Son problème&amp;nbsp;: son empathie excessive, pas vraiment de mise lorsqu’on réclame aux linguistes d’être le plus neutre possible. Mais un cas d’urgence va permettre à l’apprentie de prouver sa valeur. Un texte sympathique, qui permet d’en savoir davantage sur le fonctionnement de la Guilde. «&amp;nbsp;No Brighter Glory&amp;nbsp;» conclut l’arc narratif formé par les deux nouvelles précédentes et tournant autour de la planète Mynah. Quoique l’action se situe sur Walden, un autre monde essentiellement marin&amp;nbsp;: la xénolinguiste Alyn Caradoc y est envoyée pour évaluer l’intelligence d’une espèce indigène de décapode, et notamment leur potentiel langage. Si le langage n’est pas synonyme de conscience, au moins y participe-t-il pour beaucoup. Mais l’entreprise pharmaceutique y teste des vaccins à un dangereux. Que pèse une éventuelle civilisation dans la balance&amp;nbsp;?…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans «&amp;nbsp;Out of the mouth&amp;nbsp;», un ancien xénolinguiste est confronté à son passé. Les humains et une race alien ont lutté dans une guerre sanglante qui s’est achevée aussi abruptement qu’elle avait commencé. Comment comprendre ces ET, quasi humains d’apparence, mais dont la langue ne consistent qu’en homonymes antonymes&amp;nbsp;? Ce linguiste a eu une idée, sûrement empruntée au Chris Sole de &lt;strong&gt;L&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’Enchâssement &lt;/strong&gt;: faire en sorte que cette langue devienne la langue maternelle de deux enfants humains… Comme dans la nouvelle précédente, fins et moyens sont questionnés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour une fois, «&amp;nbsp;Stranger than Imagination can&amp;nbsp;» ne prend pas pour protagoniste un xénolinguiste, mais un simple garçon à tout faire, assistant d’un odieux linguiste. Tous deux sont envoyés en compagnie d’archéologues sur un monde où l’on a découvert des vestiges, témoignant de la présence passée d’habitants. Mais ces derniers sont introuvables, comme s’ils s’étaient évaporés. À moins que&amp;nbsp;? Une nouvelle assez terne. Les deux suivantes s’avèrent plus intéressantes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Babel Interface&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;The Naked Face of God&amp;nbsp;» constituent deux variations sur le thème de la divinité — avec des titres pareils, on s’en serait douté. La première nous présente un xénolinguiste au service d’un extraterrestre infâme, qui va devoir acquérir un nouvel état de conscience pour se libérer. La seconde voit un autre xénolinguisite capturé par des aliens, auprès de qui il va devenir une sorte de shaman.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans «&amp;nbsp;Communion of Minds&amp;nbsp;», Greer Yancy (xénolinguiste, vous l’aurez deviné) se retrouve échouée avec l’équipage d’un vaisseau sur une planète désertique. Ils y retrouvent un type, sorte d’ermite qui fiche le camp avec l’astronef. Trop en dévoiler serait dommage&amp;nbsp;: disons seulement que cette nouvelle brode sur un thème proche de celui de &lt;em&gt;The Thing&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Enfin, la novella «&amp;nbsp;Reading the bones&amp;nbsp;» conclue le recueil. Sur une planète colonisée par les humains, les autochtones commencent à se rebeller et à massacrer les occupants. Bon, les humains n’ont jamais fait beaucoup d’efforts pour comprendre les natifs. Un xénolinguiste va fuir à travers la jungle qui couvre une bonne part du monde en compagnie des filles de l’administrateur colonial, et parvenir au cœur de la civilisation indigène. Là, il va assister à la naissance d’une chose inouïe… «&amp;nbsp;Reading the bones&amp;nbsp;» évoque Le Guin tout autant que Watson, pour un résultat intéressant, qui touche enfin au cœur du sujet. Il manque néanmoins un peu de force pour rendre cette novella inoubliable — qui a cependant convaincu les jurés du Nebula 1999.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le problème de &lt;strong&gt;The Guild of Xenolinguists&lt;/strong&gt; réside en ce que Sheila Finch ne fait malheureusement pas grand-chose de son concept. Des gens qui se trouvent être linguistes rencontrent des problèmes, qu’ils résolvent&amp;nbsp;: grosso-modo, chaque nouvelle se résume à cela. Dans le lot des onze textes, l’intérêt va donc s’avérer très variable, certaines développant un brin le concept («&amp;nbsp;Out of the mouth&amp;nbsp;» par exemple). La lecture demeure plaisante, mais rien de plus, et les textes ne volent guère plus haut que l’épisode de &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt; moyen — à l’exception de «&amp;nbsp;Reading the bones&amp;nbsp;», plus ambitieuse et plus fouillée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’auteure se base sur la théorie de la grammaire universelle, dit hypothèse Sapir-Whorf d’après ses deux créateurs, et… voilà. Rien de plus. Certes, Ian Watson se basait aussi dessus pour &lt;strong&gt;L’Enchâssement&lt;/strong&gt;, mais il avait le mérite de proposer une histoire excitante. Ici, aucune des nouvelles du recueil ne marque vraiment, et l’aspect linguistique du recueil très (trop) léger en devient donc un défaut. Zut, où sont les langues vraiment exotiques&amp;nbsp;? — Des langages basés sur la température, les odeurs, que sais-je. Pourquoi les aliens communiquent-ils tous verbalement&amp;nbsp;? Où sont les passages techniques qui raviraient les amateurs de (&lt;em&gt;hard&lt;/em&gt;)&lt;em&gt; science&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Les concepts qui mettent en surchauffe notre matière grise, manière Raymond Roussel&amp;nbsp;? La jaquette indique que Sheila Finch a étudié la linguistique&amp;nbsp;: cela ne se ressent que trop peu dans le recueil. Les xénolinguistes auraient pu être plombiers que le résultat serait demeuré le même.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un joli potentiel bien gâché. Dommage. (Autant de signes pour en arriver là, désolé…)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, en français&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: hélas non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>F comme Faust</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/09/F-comme-Faust" rel="alternate" type="text/html" title="F comme Faust" />
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      <published>2015-10-09T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-09T16:19:10+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt;Alice&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Jan Švankmajer était un formidable coup d'essai, une inventive réinterprétation du conte de Lewis Carroll. Qu'en est-il de &lt;strong&gt;Faust&lt;/strong&gt;, deuxième long-métrage du réalisateur tchèque ?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Leçon de Faust [Lekce Faust], Jan Švankmajer, 1994. 97 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Avant de nous intéresser à &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt;, terminons notre rétrospective des courts-métrages de Jan Švankmajer. Profitons-en, ce sont les derniers&amp;nbsp;: passé &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt;, le réalisateur tchèque s’est essentiellement consacré aux longs métrages.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-viandes.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-viandes.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Viandes amoureuses&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Zamilovan&lt;/em&gt;&lt;em&gt;é maso&lt;/em&gt;, 1 min., 1988) est une pochade&amp;nbsp;: dans une cuisine, un couteau découpe deux steaks dans un morceau de bidoche. Les deux tranches prennent vie, se courtisent, copulent en se roulant dans la farine… avant de finir dans la poêle. Švankmajer a l’habitude des fins cruelles, et celles-ci n’échappe pas à la règle. C’est aussi l’occasion pour le cinéaste de s’essayer au cinéma d’animation avec une matière rarement travaillée&amp;nbsp;: la viande. Cela n’a pas dû être une partie de plaisir, d’où, probablement, la faible durée du court-métrage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-flora.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-flora.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Flora&lt;/em&gt; (1 min., 1989) forme le pendant végétal de &lt;em&gt;Viandes amoureuses&lt;/em&gt;. Des bruits de rues résonnent, dont une sirène d’ambulance. Une silhouette humaine gît sur un lit, une sorte de femme-Arcimboldo constituée de légumes… qui se décomposent à toute vitesse. Les sirènes se rapprochent. Arriveront-elles à temps&amp;nbsp;? Un court aussi bref qu’angoissant, habité par un sentiment d’urgence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-light.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-light.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comme son titre l’indique, &lt;em&gt;Obscurité/Lumière/Obscurité&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Tma/Svetlo/Tma&lt;/em&gt;, 8 min., 1989) commence et se termine dans le noir. Entre les deux moments où l’interrupteur de cette pièce est actionné, l’on voit une main entrer. Puis une autre. Toutes deux se serrent mutuellement [Comment le dire autrement&amp;nbsp;: les mains se serrent la main…]. Arrivent les yeux, puis des oreilles-papillons, un nez-cochon précédant le crâne, un pénis tapageur… Peu à peu, un être humain se forme&amp;nbsp;: une sorte de golem, constitué de pâte à modeler dont la maestria de l’animation ne peut que susciter l’admiration.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-stalinisme.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-stalinisme.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sous-titré « Agitprop », &lt;em&gt;La Fin du Stalinisme en Bohême&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;(Konec stalinismu v &lt;/em&gt;&lt;em&gt;Čechách&lt;/em&gt;, 10 min., 1990) est sûrement le court-métrage le plus politique de son auteur, qui nécessite un minimum de connaissance de l’histoire tchèque récente. À la manière des précédents courts de Švankmajer, celui-ci est divisé en séquences courtes séparées par des intermèdes, ici indiquant vaguement le contexte sur fond de musique patriotique (je suppose). On y voit d’abord le buste de Staline emmené sur la table d’opération&amp;nbsp;: c’est que ce buste est enceint. On ouvre le crâne, d’où on extrait, sanguinolent, un second buste (mais de qui&amp;nbsp;?), qui se met bientôt à pleurer tel un nouveau-né. Suit la fabrication, sur une chaîne de montage, d’homoncules de pâte à modeler, aux membres formés dans un moule, et dont le but est de constituer la matière première pour les homoncules suivants. Puis ce sont des rouleaux à pâtisserie qui dévalent les rues, écrasant tout sur leur passage&amp;nbsp;: c’est le Printemps de Prague. L’on finit par voir une main, qui repeint tout aux couleurs de la Tchéquoslovaquie, y compris le buste… de Staline. De quoi accouchera-t-il&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-nourriture.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-nourriture.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ultime court-métrage de Jan Švankmajer s’intitule &lt;em&gt;Nourriture&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;J&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ídlo&lt;/em&gt;, 16 min., 1992). La bouffe fascine notre cinéaste&amp;nbsp;: il n’y a qu’à voir le nombre de gros plans sur des bouches ou la présence de langues dans ses courts ou longs métrages. Divisé en trois séquences plus dérangeantes les unes que les autres, &lt;em&gt;Nourriture&lt;/em&gt; se consacre entièrement à son sujet-titre. La première séquence, «&amp;nbsp;Petit Déjeunernbsp;», en pixilation, nous montre un homme entrer dans une pièce, s’installer à table face à un autre monsieur. On comprend vite que le deuxième individu fonctionne comme une sorte d’automate&amp;nbsp;: il faut fourrer une pièce dans sa bouche, lui enfoncer l’œil gauche pour le mettre en marche, etc., afin de se faire servir un petit déjeuner. Mais manger signifie ensuite être celui qui sert à manger… Dans «nbsp;Déjeunernbsp;», deux hommes – un individu bien habillé et un indigent – ne parviennent pas à attirer l’attention du serveur du restaurant où ils sont attablés. En désespoir de cause, le col blanc se met à déguster les fleurs&amp;nbsp;; le pauvre l’imite en gobant le vase. Peu à peu, tout y passe&amp;nbsp;: vêtements, table… jusqu’à la conclusion, cruelle. Cruel, «nbsp;Dînernbsp;» ne l’est pas moins&amp;nbsp;: assis à une table chargée de condiments, un gros monsieur, avec force sauces, olives, câpres, etc., assaisonne minutieusement son plat, invisible au spectateur – tout l’enjeu est là. Les relations et interactions humaines sont passées à la moulinette de Švankmajer pour un résultat inoubliable.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky&quot;&gt;&lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt; / &lt;em&gt;Neco z Alenky&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, Jan Švankmajer propose une version pragoise revue et corrigée du mythe de &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt;. Avec des marionnettes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-poster.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Tout commence à Prague, donc. Un homme ordinaire rentre chez lui après une journée de travail. En chemin, deux individus lui donnent un tract — un plan de ville, où est indiqué un lieu et où figure un symbole quasi cabalistique. C’est là le prélude à une succession d’événements étranges.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-anonyme.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-anonyme.jpg&quot; title=&quot;L'impressionnant M. Toutlemonde&quot;/&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En effet, ce M. Toutlemonde se rend le lendemain au lieu indiqué, passant à travers une succession d’arrière-cours crasseuses et de couloirs obscurs, au terme desquels il atteint une loge — de toute évidence une loge de théâtre. Il y trouve le texte d’une pièce, &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt;, un costume et du maquillage. Là, il se grime en Docteur Faust — et voilà qu’une sonnerie retentit. Il est l’heure de monter sur scène. Mais un instant avant le lever de rideaux, notre homme hésite et se défait de son costume — trop tard&amp;nbsp;! Le voilà prisonnier de son rôle et du théâtre&amp;nbsp;: il faudra jouer la pièce jusqu’à son terme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les deux individus du début sont toujours là, muets, souriants, inquiétants, et agissent de telle sorte qu’ils poussent notre homme plus loin dans la pièce qu’il joue, qu’il &lt;em&gt;vit&lt;/em&gt;. S’il rechigne au début, il joue bientôt son rôle à la perfection, comme s’il l’avait joué toute sa vie. Et, comme de juste, il lui faudra bientôt signer un pacte avec Méphistophélès, à l’encre de son sang. Assurément, un homme perd son âme — mais entre qui est signé le pacte&amp;nbsp;? Entre le bon docteur Faust et Méphisto&amp;nbsp;? Entre deux marionnettes tirées par les mêmes mains&amp;nbsp;? Ou entre le spectateur et le cinéaste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-mephisto.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-mephisto.jpg&quot; title=&quot;Un Méphisto très normal&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-biloukay.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-biloukay.jpg&quot; title=&quot;Un serviteur malicieux&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À l’image des précédentes œuvres de Švankmajer, &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt; est fait de bric et de broc, et on y recroise des constantes du cinéaste tchèque&amp;nbsp;: des objets qui mutent, des intérieurs labyrinthiques, des homoncules en terre glaise (et des gros plans sur des bouches). Tout cela contribue à l’atmosphère étrange qui se dégage du film, qui fait alterner scènes cocasses, passages mystiques et moments d’inquiétude. Si l’essentiel du film se déroule dans les dédales des coulisses du théâtre, &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt; introduit une nouveauté par rapport à Alice&amp;nbsp;: Švankmajer s’aventure en plein air, le temps de quelques scènes dans Prague. La capitale tchèque n’a cependant ici rien de touristique&amp;nbsp;: la voici présentée sous un jour terne et inquiétant, peuplée de gens étranges et de marionnettes géantes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-marionnette.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-marionnette.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-homonculus.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-homonculus.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si les animations en stop-motion caractérisaient &lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt; s’en distingue donc par ses marionnettes (rappelons que Švankmajer est marionnettiste à la base), ou plus exactement des pantins grandeur nature, dont les mains du tireur de ficelles demeurent visibles. Les effets spéciaux théâtraux (animation des marionnettes, grondement du tonnerre, pluie) sont montrés explicitement, les rideaux se rabattent régulièrement à la fin d’une scène&amp;nbsp;: tout ce que vit notre M. Toutlemonde appartient potentiellement à la pièce &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt;. Ou plutôt&amp;nbsp;: les pièces&amp;nbsp;? Le film mélange allègrement les différents &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: celui de Christopher Marlowe, celui de Goethe, l’opéra de Gounod…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-hands.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-hands.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-f-theatre.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-f-theatre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, &lt;em&gt;Faust&lt;/em&gt; étend l’univers de Jan Švankmajer, et concrétise le coup d’essai qu’était &lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À suivre avec &lt;em&gt;Les Conspirateurs du plaisir&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en cherchant bien&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: à moins que l’on soit allergique à Prague ou aux marionnettes&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>E comme Evil Toons</title>
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      <published>2015-10-07T13:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-10-07T13:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                  <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/30/C-comme-Cool-World&quot;&gt;Cool World&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, continuons à nous intéresser à la face obscure des toons avec &lt;strong&gt;Evil Toons&lt;/strong&gt;, un joyeux et sanglant nanard commis par Fred Olen Ray.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Evil Toons, Fred Olen Ray, 1992. 82 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/J7othu6spYY?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sorti quelques mois avant &lt;em&gt;Cool World&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Evil Toons&lt;/em&gt; s’attache lui aussi à explorer la face sombre des toons. Pour un résultat… euh. Bon, d’abord l’histoire&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-avertissement.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-e-avertissement_m.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un avertissement indispensable…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le film débute avec David Carradine, déguisé en magicien fauché, en possession d’un livre pourvu d’une sale gueule. Autrement dit, la couverture est un visage assez vilain (« don’t judge a book by its cover », mon œil), et le volume semble possédé par un démon. Carradine tente de s’en débarrasser en se pendant (ha, ha)&amp;nbsp;: le livre disparaît en même temps que meurt le magicien.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-img01.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-img01.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-img02.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-img02.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Carradine et son Necronomicon.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;De nos jours, quelque part dans une ville ensoleillée des USA&amp;nbsp;: Burt, gérant d’une compagnie de nettoyage, envoie ses quatre accortes employées faire le ménage dans une maison réputée hantée avant l’arrivée des futurs propriétaires. [Cinq minutes de film viennent de s’écouler, et l’on a droit à un gros plan sur le popotin rebondi des jeunes demoiselles.] Les filles — la Chef, la Brune sexy, la Blonde sans intérêt et la prude Rousse à lunettes — ne prêtent pas foi à l’avertissement du voisin, et commencent par nettoyer la cave, avec un chouia de réticence. Elles ont à peine déplacé deux cartons qu’elles trouvent une vieille malle, que la Chef s’empresse d’ouvrir. À l’intérieur&amp;nbsp;: un crâne et un kriss. Puis c’est déjà le soir, et il est temps de se détendre&amp;nbsp;: la Brune entreprend de montrer ses compétences en striptease [20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; minute&amp;nbsp;: boob-flash numéro 1], et essaie, vainement, d’inciter la Rousse à faire de même. Raté, la Rousse se vexe et file dans sa chambre. C’est à ce moment-là qu’on sonne à la porte&amp;nbsp;: David Carradine, revenu Dieu sait comment d’entre les morts, tend à la Chef un large paquet où est inscrit « Open immediately ». La Chef hésite mais finit par céder à la curiosité et ouvre donc le colis. Celui-ci contient, comme on s’en doutait un peu, le livre à sale gueule. Sûrement un livre en peau humaine&amp;nbsp;: ça ne vous évoque rien&amp;nbsp;? Les illustrations font frémir les trois jeunes femmes, qui rappellent la Rousse afin de déchiffrer les textes cryptiques. Dans la chambre, la Rousse admirait son corps [25 &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; minute de film&amp;nbsp;: boob-flash numéro 2], mais répond volontiers à l’appel de ses amies. Rechaussant ses lunettes, elle traduit le texte et ses incantations obscures… Il est question de « for that which lives not may never die ». Bon, assez déconné, il est l’heure d’aller se coucher&amp;nbsp;: la Chef, la Blonde et la Rousse montent dans la chambre [30&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;minute&amp;nbsp;: double boobs-flash&amp;nbsp;!]. La Brune reste en bas en attendant son petit ami qui doit la rejoindre. C’est alors que — surprise&amp;nbsp;!!! — l’un des dessins du livre prend vie&amp;nbsp;!!! Un toon monstrueux, qui va violer (?) puis tuer la jeune femme. À l’étage, ses amies pensent que la Brune prend du bon temps avec son copain&amp;nbsp;; seule la Rousse a des doutes. Lorsqu’elle descend, c’est pour voir la Brune à demi nue, la bouche ensanglantée, qui lui assure que tout va bien. En réalité, le monstre a, pour des questions de budget, adopté sa pulpeuse apparence, et n’aura de cesse de terroriser les trois filles — et le petit ami de la Brune, et leur patron [47&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; minute&amp;nbsp;: boobs-flash numéro 5, avec l’épouse du patron lui rappelant que vendredi, il trempe son spaghetti]. Et les tuer, aussi…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-img03.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-img03.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La fine équipe…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-img04.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-img04.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;No comment.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-img05.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-img05.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Ze craignos monster&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-img06.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-img06.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un, deux, trois…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-img07.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-img01.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;… métamorphose !&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Il va de soi que &lt;em&gt;Evil Toons&lt;/em&gt; n’est rien d’autre qu’un affreux nanard, une série B entièrement assumée. Le titre se révèle quelque peu trompeur quant à la marchandise&amp;nbsp;: il n’y a qu’un unique toon présent dans le film, présent à l’écran dans deux scènes uniquement… Mais entre « toons » et « boobs », la ressemblance est proche (juste une lettre ou deux qui changent, quoi), et les quatre joyeuses femmes de ménage n’ont pas peur de montrer leur poitrine — la Brune en particulier, qui passe l’essentiel du film les seins à l’air. Bien sûr, seuls les plus salaces des spectateurs s’imagineront que &lt;em&gt;Evil Toons&lt;/em&gt; fait mine de menacer à tout moment de virer au porno lesbien.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les seins des quatre actrices s’avèrent plus expressifs et moins insupportables que ces dernières, qui passent l’essentiel du film à s’exprimer au ralenti. Leurs personnages ont malheureusement le QI de paramécies, ce qui n’est guère aimable envers ces aimables protozoaires. Quant à David Carradine, qui assure le minimum syndical, son personnage agit et intervient d’une manière défiant la logique (que c’est dur d’être affligé du syndrome de Gandalf&amp;nbsp;: « je n’interviendrai pas quand tu auras besoin de moi »). Ah, cruelle ironie du sort&amp;nbsp;: son personnage se suicide par pendaison au début du film, préfigurant le décès accidentel de l’acteur d’un quart de siècle.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-e-poster.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-e-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À l’inverse de &lt;em&gt;Cool World&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Evil Toons&lt;/em&gt; ne cherche pas vraiment à explorer la face sombre des toons (ou si peu, juste le temps d’une scène où le monstre bave devant les seins et le petit derrière de la Brune), ni même à faire peur. Juste un film d’épouvante parodique, au scénario aussi inconsistant que son cast, et sans grande inspiration&amp;nbsp;: le livre maudit, &lt;em&gt;Necronomicon&lt;/em&gt; qui ne dit pas son nom, semble tout droit venu d’ &lt;em&gt;Evil Dead&lt;/em&gt;. Le réalisateur, Fred Olen Ray, est un habitué des mauvais genres&amp;nbsp;: depuis 1971, le bonhomme a commis (sous son nom ou sous pseudonymes) près de 130 longs-métrages, téléfilms ou direct-to-video, oscillant entre horreur, SF, érotique, drames…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En résumé, &lt;em&gt;Evil Toons&lt;/em&gt; est atroce, ce qui le rend d’emblée indispensable. À voir de préférence entre potes, une bouteille d’alcool fort non loin — le dernier à crier « boobs » a perdu.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: vient de ressortir en DVD&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: euh&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>D comme Derelict</title>
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      <published>2015-10-05T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-05T13:30:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-d-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Où l'on regarde attentivement &lt;strong&gt;Derelict&lt;/strong&gt;, la tentative entreprise par un étudiant en cinéma pour réhabiliter le désastreux &lt;strong&gt;Prometheus&lt;/strong&gt; de Ridley Scott… Remixée avec le séminal &lt;strong&gt;Alien&lt;/strong&gt;, la préquelle parvient-elle à se débarrasser de ses défauts rédhibitoires ?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Derelict, Job Willins, 2015. Auto-édité. 149/147 minutes.&lt;br /&gt;Basé sur Alien (1979) et Prometheus (2012) de Ridley Scott.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Est-il possible de sauver &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Il n’est pas question ici du demi-dieu, mais de la préquelle que Ridley Scott a infligée à son séminal &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;. Préquelle qui a suscité des tombereaux de réactions outragées, à juste titre, le film péchant par son inconsistance et une liste longue comme le bras de défauts impardonnables…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Drôle de saga que celle d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;, tout de même&amp;nbsp;: un film fondateur jamais égalé&amp;nbsp;; une suite (&lt;em&gt;Aliens&lt;/em&gt;, James Cameron, 1986) bourrine mais solide&amp;nbsp;; un troisième film renié par son auteur (&lt;em&gt;Alien&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;, David Fincher, 1992)&amp;nbsp;; un quatrième volet grotesque (&lt;em&gt;Alien, la r&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ésurrection&lt;/em&gt;, Jean-Pierre Jeunet, 1997)&amp;nbsp;; enfin, deux crossovers avec &lt;em&gt;Predators&lt;/em&gt; dont on taira prudemment l’existence… Et &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt;, manière pour Ridley Scott de revenir sur le tard sur sa création. Et de la massacrer purement et simplement.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-d-title.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-d-title.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Un étudiant en cinéma, Job Willins, a toutefois estimé que &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; pouvait être sauvé, et a proposé un nouveau montage du film, en retirant ce qui n’allait pas et en rajoutant des morceaux d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;. Avec comme ambition d’obtenir le film qu’aurait dû être &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une préquelle faisant réellement le lien avec &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;, et non le point de départ d’une nouvelle franchise. Un film hybride, mais unifié par une même image en noir et blanc. Et titré &lt;em&gt;Derelict&lt;/em&gt;, du surnom donné au vaisseau spatial extraterrestre abandonné, commun aux deux films. Scott l’appelle le « Croissant », mais faisons comme s’il n’avait rien dit.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et faisons comme si l’on découvrait l’histoire…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://player.vimeo.com/video/130948318?color=ff9933&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un futur lointain… En chemin vers la terre, le cargo Nostromo rentre de mission, mais détourne son trajet suite à la réception d’un signal. SOS&amp;nbsp;? Avertissement&amp;nbsp;? L’équipage n’en sait rien, et envoient une navette sur la planète d’où provient le signal. Planète inhospitalière, dont l’atmosphère irrespirable est balayée par des vents violents, et où se dresse l’épave d’un vaisseau spatial de toute évidence non-humain… Exploration&amp;nbsp;; les œufs&amp;nbsp;; le facehugger&amp;nbsp;; le petit déjeuner gâché&amp;nbsp;; le massacre lent et méthodique de l’équipage&amp;nbsp;; Ripley en petite culotte&amp;nbsp;: la suite de l’histoire, vous la connaissez…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Trente ans plus tôt, le vaisseau Prometheus était parti en mission secrète vers cette même planète, suite à la découverte, un an plus tôt, de dessins rupestres laissant supposer la venue sur Terre d’extraterrestres. Le Prometheus se pose non loin d’une éminence, de toute évidence artificielle. La partie scientifique de l’équipage l’explore, et découvre divers mystères&amp;nbsp;: des cadavres d’humanoïdes géants (les Ingénieurs), une sculpture gigantesque figurant une tête, des centaines d’amphores contenant une sorte d’huile noire. L’un des équipiers, David, est un androïde, qui poursuit des buts dont la majeure part de l’équipage n’a pas connaissance&amp;nbsp;: se trouve en secret à bord du vaisseau son commanditaire, le magnat Peter Weyland, en quête de l’immortalité. Les choses commencent à mal tourner&amp;nbsp;: le biologiste est retrouvé mort dans la colline artificielle, le biologiste revient mais zombifié, l’archéologiste meurt peu après avoir ingéré de l’huile noire. Et sa compagne, Shaw, accouche d’une créature en forme de calamar… David a trouvé dans les souterrains sous la colline un vaisseau spatial, où gît encore un Ingénieur. Weyland se rend à son chevet, mais les choses virent à l’eau de boudin&amp;nbsp;: l’extraterrestre décapite David et tue Weyland, avant de prendre le contrôle du vaisseau et de se préparer à décoller, direction la Terre. Après y avoir amené la vie, les extraterrestres veulent l’y détruire. Shaw et la capitaine, Vickers, sorte du &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; à temps&amp;nbsp;: celui-ci fonce sur le vaisseau alien et provoque son crash. Vickers meurt écrasée, mais Shaw survit. Elle trouve refuge dans le module de survie, largué par le Prometheus avant son accident volontaire, mais s’y fait agresser par l’Ingénieur, qui a survécu au crash. Le calamar, qui a bien grandi depuis avoir été ôté du ventre de Shaw, se rue sur l’extraterrestre et l’insémine avec un alien, qui « éclot » quelques heures plus tard. Quant à Shaw, elle décide de partir avec David vers la planète d’origine des Ingénieurs…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Oui, cela ressemble &lt;em&gt;beaucoup&lt;/em&gt; au &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; sorti sur grand écran… mais sans la plupart des grosses conneries qui plombaient le film originel. Le script originel de John Spaihts pour &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt;, intitulé &lt;em&gt;Alien: Engineers &lt;/em&gt; &lt;a href=&quot;http://avp.wikia.com/wiki/Alien:_Engineers&quot;&gt;(cf. Xenopedia pour un résumé assez complet)&lt;/a&gt;, avait certes plus de sens que la version réécrite par Damon Lindelof. En disposant des images d’&lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;, de &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; et de ses scènes coupées, Job Willins ne disposait pas de tout le matériel adéquat pour « restaurer » la préquelle et la ramener dans le droit chemin. À tout le moins, Willins la réaligne avec le projet de Spaihts, en coupant la plupart des moments embarrassants de &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; — et il y en avait… Adieu, les déclarations anti-scientifiques de Shaw qui préfère croire qu’avoir la preuve&amp;nbsp;; adieu, le biologiste faisant gouzi-gouzi avec le pénis-vagin extraterrestre&amp;nbsp;; adieu, l’inutile lien de parenté de Vickers avec Weyland…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-footage1.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-d-footage1.png&quot; title=&quot;Ce que Willins a utilisé de Alien...&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-d-footage1_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-footage2.png&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-d-footage2.png&quot; title=&quot;... et ce qu'il gardé de Prometheus.&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-d-footage2_m.png&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qu’en est-il&amp;nbsp;? Le résultat est intéressant, réellement. Willins a opté pour le montage en parallèle des deux films, l’un et l’autre se faisant très souvent écho dans cette variation/remix, comme le montre la scène de confrontation ci-dessous&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://player.vimeo.com/video/133618191?color=ff9933&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Néanmoins, force est d’avouer que cette tentative de reconstruction/réhabilitation de &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; fait apparaître de manière flagrante sa médiocrité face à &lt;em&gt;Alien&lt;/em&gt;. Parce que les acteurs sont mal dirigés&amp;nbsp;: en un haussement de sourcil, Ian Holm fait oublier Michael Fassbender, qui est pourtant celui qui se défend le mieux dans la préquelle. Parce que les personnages sont mal écrits. Parce qu’à aucun moment &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; ne fait peur&amp;nbsp;: la scène de l’avortement fait grincer des dents parce qu’elle est dégueulasse, mais n’arrive pas à la cheville de l’explosion du torse de John Hurt. Parce que les effets spéciaux numériques banalisent le spectaculaire et, pire, le rendent toc&amp;nbsp;: le derelict d’Alien a plus de présence que tous les décors de &lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt;. Parce que la BO de Marc Streitenfeld, un temps assistant de Hans Zimmer, demeure fade face à la partition classique mais soignée et inquiétante de Jerry Goldsmith. Malgré toutes les qualités du travail de Job Willins, ce re-montage fait rarement oublier cette différence de qualité entre les deux œuvres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Prometheus&lt;/em&gt; aurait pu être un film réussi, mais Ridley Scott a opté pour la facilité. Willins fait œuvre de recréation (récréation aussi), d’un intérêt toutefois mineur&amp;nbsp;: il faut bouffer de l’alien matin, midi et soir pour regarder cette copie éditée. Ou être curieux et avoir deux heures et demi à perdre. À noter que le projet n'a guère plus à la XXth Century Fox : le remix a été visible, juste un temps, sur la plate-forme Vimeo avant d'être retiré à l'injonction du studio. Mais on le trouve sur les sites de partage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En septembre, Willins a indiqué travailler sur un projet titré Ripley, dont l’ambition n’est rien de moins que de remixer &lt;em&gt;Alien&lt;sup&gt;3 &lt;/sup&gt;&lt;/em&gt;avec &lt;em&gt;Alien&amp;nbsp;: la r&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ésurrection&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://player.vimeo.com/video/136785421?color=ff9933&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://jobwillins.tumblr.com/archive&quot;&gt;Le tumblr de Job Willins.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (&lt;a href=&quot;http://jobwillins.tumblr.com/post/122395778152/improved-cut&quot;&gt;non&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>C comme Le Chant des oubliés</title>
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      <published>2015-10-02T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-02T10:16:51+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-une2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Où l'on persiste à s'intéresser aux livres dont vous êtes le héros, à travers une résurgence toute récente de ce genre : &lt;strong&gt;Le Chant des oubliés&lt;/strong&gt; de FibreTigre. Ici, foin de galaxie à sauver, mais de nombreuses planètes à explorer et un secret à découvrir… pour peu que l'on active ses cellules grises pour atteindre la bonne fin&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Chant des oubliés, FibreTigre. Editions Franciscopolis, 2015. 157 § ; jaquette-livret ; six cartes-dés.&lt;/h5&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-galaxie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-galaxie.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;On évoquait dans un précédent billet les livres dont vous êtes le héros, au travers de la série « Défis fantastiques » et en particulier de la trilogie de livres-jeux dédiés &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor&quot;&gt;au personnage de Zagor&lt;/a&gt;, un sorcier maléfique… Si la majeure part des « Défis fantastiques » se déroule dans un monde de fantasy (Titan, dont la géographie et les personnages, bons comme mauvais, se dévoilent au fil des volumes ; dommage que les noms VF fluctuent d’un livre à l’autre), certains titres prennent place dans des contextes autres : &lt;strong&gt;Le Manoir de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’enfer&lt;/strong&gt; relève de l’horreur contemporaine, &lt;strong&gt;Le Combattant de l&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;’autoroute&lt;/strong&gt; s’inspire ouvertement de &lt;em&gt;Mad Max&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;Rendez-vous avec la M.O.R.T.&lt;/strong&gt; consiste en une aventure super-héroïque – on y reviendra sûrement dans un billet futur. Et une poignée d’autres titres emmènent l’aventurier (vous !) dans l’espace. Cela, dès le quatrième « Défis fantastique », &lt;strong&gt;La Galaxie tragique&lt;/strong&gt; (quel titre ! En VO, c’est juste &lt;strong&gt;Starship Traveller&lt;/strong&gt;, ce qui correspond davantage au contenu du livre-jeu). L’histoire commence lorsque notre vaisseau spatial subit une grave avarie, passe à travers un trou noir et se retrouve dans un autre coin de l’univers ; il s’agit pour le joueur et son équipage de retrouver le chemin de la Terre, en explorant au passage différentes planètes. Une promenade de santé… L’intérêt de ce LDVELH réside en ce qu’on joue non pas &lt;em&gt;un&lt;/em&gt; héros mais dirige un équipage, dont les différents membres (officiers médicaux, scientifiques, de sécurité) peuvent nous accompagner lors des descentes sur chaque planète. On y rencontre différentes races extraterrestres, diversement avancées. L’ambiance fait très &lt;em&gt;Star Trek&lt;/em&gt;, d’autant que les combats sont aussi rares que rarement utiles. Intéressant sur le papier, cette &lt;strong&gt;Galaxie tragique&lt;/strong&gt; s’avère cependanty une déception : l’aventure est peu palpitante, l’intrigue consistant à savoir si on va se poser sur la planète jaune ou la planète bleue, ou bien la grise… Aucune situation ne marque l’esprit, et ce ne sont pas les illustrations, particulièrement peu inspirées, qui relèvent l’intérêt. Les nouveautés introduites dans les règles (équipage à gérer, différents types de combats) sont outrageusement sous-exploitées, le comble pour une aventure qui ne compte que 340 paragraphes au lieu des 400 habituels. Oubliable, donc.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-challenge.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-challenge.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Côté LDVELH spatiaux, il ne faudrait pas oublier non plus le « Challenge des étoiles », une autre série de livres-jeux, destinés à un public plus jeune que celui des « Défis fantastiques ». Sur les dix titres originaux, six sont parus en français. (Je me souviendrai toujours de mon premier LDVELH, un « Challenge des étoiles » : j’ai lu le §1, puis le §2, puis le §3… C’est à partir du §4 que j’ai commencé à me dire que je m’étais planté quelque part. Mais mon âge ne comportait alors qu’un seul chiffre.) Comportant une petite centaine de paragraphes, chaque livre de cette série proposait d’emblée deux histoires, suivant que l’on prenne (grosso modo) à droite ou à gauche. Pas de combat, pas de jets de dés : juste la sagacité du jeune lecteur. L’inspiration ? De la sci-fi : des planètes lointaines, des vaisseaux spatiaux, des pirates de l’espace, des robots et des mutants… L’enjeu ? Sauver le monde, naturellement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-couverture1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-couverture1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-c-couverture1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce qui nous amène à l’objet de ce billet : &lt;a href=&quot;http://franciscopolis.com/FibreTigre-Le-Chant-des-Oublies&quot;&gt;Le Chant des oubliés&lt;/a&gt;, livre dont vous êtes le héros qui perpétue cette tradition sous la forme d’un joli pastiche. L’ouvrage s’avère fort élégant : la jaquette bleu sombre, étonnamment épaisse, est en réalité un livret au format très étiré, qui contient l’encyclopédie scientifique du livre-jeu, où toutes les notions scientifiques évoquée dans chaque paragraphe sont brièvement expliquées. Six cartes-dés sont également fournies : au recto, la valeur d’une face de dé ; au verso, les règles du jeu. Et le livre proprement dit : une couverture toute simple en carton fort, une mise en page sobre, avec une paire de dés ornant chaque page (si l’on ne dispose pas de dés sous la main).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-encyclopedie.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-encyclopedie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-c-encyclopedie_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Quelques mots sur le design de l’objet-livre : l’auteure en est la graphiste Fanette Mellier, qui conclut là sa « trilogie du Cosmos ». Les deux autres volumes sont l’&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://editions-b42.com/books/astronomicon/&quot;&gt;Astronomicon&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; du poète romain Marcus Manilius (éd. B42, 2013), un traité d’astrologie et d’astronomie datant de 10 av. J.C., et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editionsdulivre.com/dans-la-lune&quot;&gt;Dans la lune&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (éd. du Livre, 2013), reproduction graphique des trentre lunes d’un mois de novembre 2013.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-mellier1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-mellier1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;L’on y incarne, non pas un aventurier pur jus, mais un explorateur. Nous voilà à bord de l’&lt;em&gt;Al&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éthéia&lt;/em&gt; (dont le nom signifie « vérité » en grec), un vaisseau spatial dédié à l’exploration. Notre mission est proche de celle de Star Trek : explorez, « to boldly go where no man has gone before ». Aucun homme ? Au fil des planètes explorées, on découvre des vestiges, aux inscriptions énigmatiques, ou encore des spationefs abandonnées depuis des éons. Difficile d’en dire davantage sans spoiler — une part du plaisir de jeu provenant du twist final (enfin, de la &lt;em&gt;bonne&lt;/em&gt; fin, car il y en a plusieurs), qui ne surprendra peut-être pas les aficionados, mais bon.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-page1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-c-page1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-page2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-page2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-c-page2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;strong&gt;Le Chant des oubli&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;és&lt;/strong&gt;, pas de combat à livrer (ou peut-être seulement un seul). Là où bon nombre de LDVELH s’avèrent frustrants, des jets de dés foireux provoquant des fins prématurées, ce livre-jeu n’attribue au lecteur qu’une seule caractéristique : les points d’énergie de sa combinaison, laquelle se recharge automatiquement dès qu’on revient à l’&lt;em&gt;Al&lt;/em&gt;&lt;em&gt;éthéia&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quant à l’aventure, elle possède plusieurs fins. Chaque planète explorée forme en soi une petite mission, au terme de laquelle nous est offert le choix de retourner à l’Académie — le nombre de connaissances acquises constitue le score final. Cependant, trouver la bonne fin n’est pas une mince affaire : s’il est aisé d’explorer les premières destinations, dont les coordonnées sont aisément trouvables, ça devient une autre paire de manche au fil de l’avancée dans l’intrigue. Déchiffrer les inscriptions codées s’avère certes facile, mais se servir utilement des informations acquises l’est moins (et c’est là qu’on se rend compte que la carte ornant la jaquette n’a rien de gratuit).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-c-livre-des.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-c-livre-des.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-c-livre-des_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Si l’on compare avec les livres-jeux habituels (i.e. &lt;strong&gt;La Galaxie tragique&lt;/strong&gt;, ou bien la trilogie de Zagor évoquée plus tôt), ce qui frappe avec &lt;strong&gt;Le Chant des oubli&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;és&lt;/strong&gt; est sa brièveté, l’aspect scientifique poussé, ainsi que sa qualité d’écriture. Je ne l’ai guère souligné dans le billet sur &lt;strong&gt;Le Sorcier de la montagne de feu&lt;/strong&gt; et ses suites : les Défis fantastiques ne s’encombrent pas souvent de fioritures stylistiques, mais FibreTigre rehausse (sacrément) le niveau.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le regret que susicte &lt;strong&gt;Le Chant des oubli&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;és&lt;/strong&gt;, ce sont les coquilles qui l’émaillent, en l’occurrence des erreurs dans les renvois de paragraphes. Des erreurs gênantes lorsqu’elles se situent au sein des énigmes. Mais gageons que ce sera corrigé dans une éventuelle réédition de ce livre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Car il n’empêche : l’objet-livre est fort joli, et l’aventure contentera les amateurs de SF comme de LDVELH. Pourquoi se priver alors ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable : pas loin&lt;br /&gt;Illisible/injouable : pas loin non plus&lt;br /&gt;Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Salut, Wolinski !</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/10/01/Salut-Wolinski" rel="alternate" type="text/html" title="Salut, Wolinski !" />
      <id>urn:md5:b9773ec850642f63c2a4ac47ca16138d</id>
      <published>2015-10-01T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-01T10:56:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Jean-Pierre Andrevon</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;andrevon-wolinski-une2.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/andrevon-wolinski-une2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je n’aime pas les pauvres. Je n’aime pas les riches. Je n’aime pas les pauvres et je n’aime pas les riches, mais ce n’est rien à côté des intellectuels. Les intellectuels, je les hais. Les philosophes surtout mais en vérité je les mets tous dans le même sac à merde.&amp;nbsp;» Pour fêter la réédition toute récente chez ActuSF du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.editions-actusf.fr/jean-pierre-andrevon/travail-furet&quot;&gt;Travail du Furet&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le roman-culte de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-andrevon/&quot;&gt;Jean-Pierre Andrevon&lt;/a&gt;, (re)découvrez gratuitement &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-andrevon/salut-wolinski-&quot;&gt;« Salut, Wolinski ! »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, la nouvelle à l'origine du roman, au sommaire du florilège &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-andrevon/demain-le-monde&quot;&gt;Demain le monde&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-andrevon/&quot;&gt;Jean-Pierre Andrevon&lt;/a&gt;, issue du recueil &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-andrevon/demain-le-monde&quot;&gt;Demain, le monde&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, vous est proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/jean-pierre-andrevon/salut-wolinski-&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1er au 31 octobre 2015. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;andrevon-wolinski-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/andrevon-wolinski-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;« &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/dirkusmaximus/690702810/&quot;&gt;IMG_9881&lt;/a&gt; »&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr&quot;&gt;CC-BY 2.0&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/dirkusmaximus/&quot;&gt;Dirk&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;La première chose que je fais en me réveillant, c’est d’aller dire bonjour à mon poisson rouge. Il flotte plus qu’il ne nage dans un aquarium rectangulaire, tout petit, que j’ai placé sur l’angle de la tablette d’un meuble à tiroirs, près de la fenêtre, pour qu’il ait du jour. Mon poisson rouge me donne des soucis. Je ne le garderai sans doute guère plus longtemps que les autres, bien que j’aie réussi à trouver pour lui une marque d’eau minérale plus pure que l’Évian, qui avait fait crever les précédents. Hector… Hector… tu vas bien&amp;nbsp;? Je cogne de mon index replié la paroi de verre de son minuscule univers en forme de boîte. Mon poisson rouge s’appelle Hector, je ne sais pas pourquoi, un caprice, une connerie. Ils se sont tous appelés Hector, depuis le début. Quand ils crèvent, je les jette dans le vide-ordures. Aujourd’hui, il me semble qu’il a encore pâli, que ses mouvements sont encore plus lourds que d’habitude… Il tourne lentement dans son monde fermé, ses nageoires délicates rament dans l’eau avec nonchalance (ou bien est-ce de la lassitude&amp;nbsp;?), il a l’œil rond et noir, sans expression aucune. Mais est-ce qu’on peut savoir ce qui se passe dans la tête légère d’un poisson rouge malade de mauvaise flotte&amp;nbsp;? Hector… Je l’appelle quand même, bien que je sache qu’il ne peut pas m’entendre. Mon poisson rouge est sourd-muet de naissance, mon poisson rouge n’est même pas rouge, il est d’un rose fané de vieille fleur, il devient presque translucide à force de se décolorer. Il n’en a plus pour longtemps. Si celui-là crève, je crois que je n’en achèterai plus. Je dis toujours ça. Et puis la solitude… Quand je l’ai acheté, celui-là, il était d’un beau rouge, un beau rouge comme celui d’un crayon feutre rouge. Maintenant il pèle. Il a encore deux écailles en moins sur le flanc droit… Le flanc&amp;nbsp;? C’est pas grand-chose, le flanc d’un poisson rouge même pas rouge. C’est un ou deux centimètres carrés de peau froide et carrelée. C’est rien. C’est de la merde. Qu’il crève&amp;nbsp;! J’ai saupoudré le dessus de l’eau avec un peu de nourriture qu’on vend pour les poissons rouges, cette espèce de poudre noirâtre qui n’a pas de goût, j’en ai mis un jour quelques grains sur ma langue, et j’ai remarqué qu’Hector ne faisait aucun effort pour se propulser vers la surface et happer, de sa bouche sans langue et sans dents, cette manne céleste dégueulasse. Ça m’a découragé, je suis allé m’habiller.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je me lève tôt, toujours au même moment à quelques minutes prés, vers les six heures et demie, été comme hiver, mais il n’y a plus d’hiver ni d’été, ils ont détraqué le temps avec leurs expériences nucléaires. Je n’ai pas besoin de réveil, ou alors c’est que j’en ai un dans ma tête, accroché à l’intérieur de mon crâne comme une araignée tic-tac. Maintenant c’est l’été, la pluie est plus chaude et plus grasse, plus noire. Après avoir avalé une tasse de Nescafé avec trois sucres – j’aime le café très sucré –, je suis allé voir la gueule que j’avais dans la glace de mon coin salle de bains. J’ai trouvé que j’avais la même gueule que les autres jours, une gueule passable, enfin chacun ses goûts. Il faut tout de même que je me rase avant d’aller au boulot, un menton râpeux ça fait négligé, et puis on vous remarque. Mon Philips à deux têtes pivotantes a fait ça en un tournemain. Après, j’ai passé sur mes épaules le harnais de mon.45. C’est une bonne arme, je l’ai bien en main, je la soigne, toujours impeccablement graissée et nettoyée. J’ai pris deux chargeurs de rechange que j’ai mis dans la poche de ma veste et j’ai accroché à mon épaule gauche la sacoche en toile avec les bombes et les machins. La sacoche, je la vérifie toujours le soir avant de me coucher, comme ça je n’ai pas à m’en occuper le matin. Je suis un maniaque. Bon, je n’ai rien oublié&amp;nbsp;? Non, je n’ai rien oublié. Je sors, je ferme à clé le triple verrou de sécurité. Une fois, on m’a cambriolé&amp;nbsp;: il faut être prudent. Bonjour, monsieur Duthoit. Je viens de saluer mon voisin de palier, il sort presque toujours en même temps que moi. Bonjour, monsieur Andrevon. Pas fameux, le temps, ce matin… Non, pas fameux. Enfin, comme d’habitude, quoi. Ben oui, comme d’habitude. En bavardant, nous avons descendu à pied les onze étages jusqu’au rez-de-chaussée. L’ascenseur ne marche toujours pas. Roux et Combaluzier sont au chômage, ou quoi&amp;nbsp;? Enfin, par les temps qui courent… Mais précisément les temps ne courent pas&amp;nbsp;: ils dégoulinent. J’ai enfoncé mon chapeau imperméable jusqu’au-dessus des yeux et j’en ai resserré d’un cran la jugulaire. Au revoir, monsieur Duthoit, bonne journée. Bonne journée à vous aussi, monsieur Andrevon. Lui, il va vers le sud. J’ai relevé le col de ma pelure imperméable et allez, je file vers les quartiers pauvres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il a beau pleuvoir, les pauvres grouillent toujours dans les rues des quartiers pauvres. Que ce soit le matin, le soir, la nuit, rien à faire&amp;nbsp;: on en rencontre par paquets entiers qui se poussent sur le macadam à la recherche de quoi, je vous le demande. Je n’aime pas les pauvres. Ils sont pauvres, ils puent, ils ont de sales têtes, des manières qui ne me plaisent pas, ce sont des déchets. Tu pourrais pas me filer deux nickels pour m’acheter un morceau de pain&amp;nbsp;? Toujours le même refrain. Ça commence dès qu’on rentre dans les quartiers pauvres, la main tendue, le regard glaireux, ils vous collent le train, pire que de la glu. Mais je suis bonne pâte, je peux rarement résister. Je lui sors ses deux nickels… non, un, c’est bien suffisant, et j’enfile la rue Georges-Pompidou, la plus large du coin, avec les marchands de frites et de merguez, les vendeurs de mauvaise herbe, les tapineuses défraichies à vingt nickels. La pluie tombe dru comme jamais. On dit que certains pauvres dorment dans les rues. Ils doivent être pleins de vase à l’intérieur, c’est peut-être pour ça qu’ils puent tant de la gueule. Par qui je vais commencer&amp;nbsp;? C’est toujours difficile de se mettre en train, il y a toujours un moment d’indécision, de flottement. De flottement&amp;nbsp;! Dites, qu’est-ce que j’ai comme esprit&amp;nbsp;! Bon&amp;nbsp;: il faut y aller franco, sinon on perd des heures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Je me suis accoudé au comptoir d’une buvette BIÈRE 33 EXPORT qui donne directement sur le trottoir, heureusement il y a un rideau pare-pluie, et j’ai demandé un café, un vrai. J’aime bien le café. C’est fou ce que j’aime le café. En le sirotant gorgée par gorgée, brûlantes, j’ai choisi le premier avec mon œil. Je choisis toujours avec mon œil, pas avec ma tête. C’est un grand maigre, avec une grande barbe, un gilet en peau de mouton, le crâne déjà dégarni. À peu près mon âge. Il fumait une Marlboro à côté de moi, vautré sur le bar devant un verre vide. J’ai sorti mon.45, j’ai manœuvré la culasse pour faire glisser une balle dans le canon, j’ai appuyé le canon sur sa tempe et j’ai tiré ayant qu’il ait pu se rendre compte de quoi que ce soit. Sa tête a explosé, plein de cervelle est allé s’étaler sur le dessus du bar et un ou deux autres pauvres qui se trouvaient dans l’enfilade ont été arrosés. Je tire à balles blindées. C’est de la bonne camelote. J’ai demandé combien c’était le café, un nickel, j’ai payé, j’ai ramassé ma sacoche et je suis parti. La pluie forme de grandes mares huileuses au milieu de la rue. Parfois, un rat sort d’une bouche d’égout et court d’un trottoir à l’autre. J’aime bien les rats. J’en ai un peu peur aussi. On dit qu’ils constituent une véritable société parallèle à la nôtre, juste sous nos pieds, de l’autre côté de la chaussée. Notre reflet inversé, en quelque sorte. On dit même qu’un jour… Mais c’est dans les bouquins qu’on dit tout ça.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans la rue Richard-Nixon, où un minable cinéma de l’U.G.C. projette en permanence &lt;em&gt;Les Aventures de Rabbi Jacob&lt;/em&gt;, il y a des tas de petites baraques en bois qui crament facilement. Les pauvres aiment bien donner à leurs rues des noms qui pètent. C’est comme une compensation, il paraît&amp;nbsp;: plus les rues sont étroites et cradingues, plus elles portent des noms qui impressionnent. Les pauvres sont vraiment des cons. Une fille m’a demandé si je venais. Elle avait les yeux très bleus dans un petit visage de rien du tout, un visage de craie avec deux ronds rouges pour les joues et une balafre rouge pour la bouche. Un petit visage de clown triste. Pas vraiment moche, mais d’un maigre&amp;nbsp;! Je suis passé sans rien dire, mais je lui ai fait quand même un petit sourire en coin pour lui montrer que… Pour lui montrer, j’en sais rien, quoi. Des fois, quand j’ai le temps, je m’arrête, je leur demande combien c’est, et si elles se laissent mettre la langue dans le machin, enfin des trucs comme ça. Ça m’amuse, ça m’excite même un peu. Il m’en faut pas beaucoup. Quand la maison a commencé à brûler dans les grandes flammes jaunes du phosphore, je l’ai vue qui s’approchait pour regarder elle aussi. Mais elle n’a pas osé venir trop près de moi, elle est restée blottie dans la foule des pauvres qui s’assemblaient. Dans la maison, ça gueulait. C’est une petite maison d’un seul étage&amp;nbsp;; j’avais vu par la fenêtre qu’il y avait une femme et trois gosses, deux-quatre-six ans, dans la pièce du devant en bas. Je n’ai jamais su si d’autres occupants se trouvaient dans les autres pièces, mais je ne crois pas. La femme était grasse et grise, genre italienne, gonflée de mauvais lard dû aux spaghettis et à la mortadelle, une nourriture de pauvres. Les grosses femmes, ça brûle bien. Celle-là, elle est partie en pétillant, dans une fumée voluptueuse. Les gosses, c’étaient des gosses genre sales gosses. Je me suis fait marcher sur les pieds plusieurs fois tellement la foule était dense autour de moi. Les pauvres, ça aime bien les incendies, surtout quand ça grésille à l’intérieur et que ça sent la viande brûlée. Les flics ont mis longtemps pour arriver, les flics ou les pompiers, je ne sais pas. Mais il n’y avait déjà plus rien à faire, la pluie avait tout éteint, il y avait une fumée du diable, les spectateurs refluaient en toussant. Les flics ou les pompiers m’ont demandé si c’était moi. Ils ont l’œil, et puis je n’ai tout de même pas l’air d’un pauvre&amp;nbsp;! Oui, c’est moi. Avec un cocktail Molotov&amp;nbsp;? Non, non, une grenade au phosphore… Quel genre de détonateur&amp;nbsp;? Je leur ai expliqué qu’il ne s’agissait pas d’un détonateur, que c’était une fabrication personnelle, chimique, deux corps instables qui s’enflamment spontanément au moment où ils se mélangent. Ils m’ont remercié, se sont excusés à cause du travail à faire sur les décombres. J’ai dit pas de quoi et j’ai cherché de l’œil la putain blonde au petit visage de craie, mais elle était partie, ou alors avec un client. J’en ai brusquement eu marre des quartiers pauvres et de la pluie, ici encore plus triste qu’ailleurs si c’est possible. Je suis parti.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ciao&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;J’ai marché à pied jusqu’au périphérique et là j’ai fait signe à un taxi pour qu’il m’emmène jusqu’aux quartiers riches. Il est difficile d’accéder en marchant dans les quartiers riches, les vigiles filtrent salement et un piéton, c’est toujours automatiquement suspect. Les quartiers riches sont magnifiques, avec les buildings hauts comme ça, les hôtels scintillants de lumières et les parcs avec de l’herbe, des fleurs, des arbres, tout en plastique. J’aime bien flâner dans les quartiers riches, même sous la pluie tiède qui craque sur mon chapeau de pluie. Une fois dans l’enceinte, on ne vous demande plus rien. J’aime bien me promener dans les quartiers riches, mais je n’aime pas les riches. Ils sont riches et ils le portent sur leur gueule lisse et pommadée, sur leurs vêtements ruineux, sur leurs bagnoles toujours plus longues et toujours bien astiquées. Les riches me font gerber. Les riches, je les encule. Et coule la pluie. Un jour, c’est sûr, il s’arrêtera de pleuvoir. Pour toute une semaine. Ou pour un jour entier. Et si ce n’est que pour une heure, c’est toujours ça de pris. En traversant le square Léon Trotsky, un des plus beaux, avec les magnolias imputrescibles et le lilas qui défient les saisons sans saison, j’ai assisté à un spectacle qui m’a pincé le cœur&amp;nbsp;: un gosse de riche qui traînait au bout d’une laisse un gros chat gris au poil tout collé par la pluie, et le chat ne voulait pas avancer, et le gosse lui donnait des coups de pied. Sales petits morveux de gosses de riches&amp;nbsp;! Mais je n’ai rien osé dire, le gosse n’était pas seul, sa bonne ou sa gouvernante le surveillait à quelques pas sous un grand parapluie orange. J’ai juste fait au chat &lt;em&gt;tsk tsk&lt;/em&gt; avec la bouche en passant, il m’a regardé avec des yeux misérables, ses oreilles étaient tout aplaties sur sa tête. J’aimerais bien avoir un chat. Pas vous&amp;nbsp;? Un chat, c’est tiède et doux, ça sent bon, on met son nez dans les poils épais de son cou et on lui gratte le poitrail&amp;nbsp;; et le chat se met à ronronner. Un chat, c’est une grosse boule de laine vivante, avec un nez toujours froid, des yeux verts qui vous fixent du fond de leur marais vieux et mystérieux&amp;nbsp;; une langue râpeuse qui passe sur votre joue et dans le creux de votre main, et des griffes pas méchantes qui coulissent entre les coussinets de caoutchouc-mousse de leurs pattes. C’est bien d’avoir un chat. Ça serait bien d’avoir un chat. Avec un chat, je ne sortirais presque plus jamais de chez moi, enfin, le minimum, pour le boulot. Ce n’est pas juste que seuls les riches aient des chats. Et pour ce qu’ils en font&amp;nbsp;! Le square Léon-Trotsky me dégoûte, tout à coup. Je fous le camp en vitesse, le parapluie orange reste piqué au loin contre un angle de pelouse vert électrique, le gosse au chat… Je ne sais pas, je ne me retourne même pas.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avant d’aller bouffer dans un restaurant de riches, j’ai fait quelques centaines de mètres le long de la perspective Che-Guevara. Les riches aiment bien donner à leurs rues des noms de révolutionnaires morts, étrangers, folkloriques, qui chantent à l’oreille et au cœur. C’est en bordure de la perspective Che-Guevara que se dresse le building noir et or de la Banque Nationale du Commerce et de l’Industrie. Au centre du grand hall d’entrée, il y a douze ascenseurs dans des cages tarabiscotées. Chaque cabine peut contenir douze personnes. J’en ai choisi une au hasard, je suis monté avec onze riches jusqu’au quatrième, là où on peut accéder à la terrasse avec vue sur la ville, la tour Eiffel, les tours de la Défense, la tour Montparnasse, toutes ces beautés évanescentes sous la pluie. En haut, une fille m’a demandé si je voulais un massage, une spécialité, un petit quelque chose, quoi. J’ai dit non merci, pourtant elle était vraiment bien foutue, grande, brune et bien proportionnée, avec une grosse poitrine qui remuait sous son corsage en écailles dorées et de grosses cuisses bronzées qui sortaient de son petit short rouge moulé sur le pubis. Non merci, j’ai dit. Elle m’ouvre un grand sourire violet qui montre des dents parfaitement blanches et carrées, voraces, à vous manger tout cru. Mon cœur cogne fort et mes mains en tremblent encore quand j’ouvre ma sacoche dans la rotonde interdite au public où fonctionnent les moteurs des ascenseurs, avec les treuils, les câbles et tout. Je règle le retard du détonateur sur un quart d’heure et je colle le pain de TNT par sa capsule magnétique sur le montant principal de la bobineuse. En sortant de la rotonde, je constate que j’ai les mains un peu tachées par le cambouis. Je vais les laver aux lavabos de la terrasse, pardon monsieur, pardon madame. En me frottant les doigts, savon parfumé vert amande amère, je regarde la tête que j’ai dans le miroir où quelqu’un a écrit avec du rouge à lèvres&amp;nbsp;: VOUS NE ME METTREZ JAMAIS PLUS. J’ai ma tête ordinaire, neutre, un peu pâle, plus tellement de cheveux sur le devant du crâne. Je me fais un petit clin d’œil, et puis je redescends en prenant le fameux ascenseur. Quand je suis dans le hall, je m’éloigne vers les portes coulissantes, je m’adosse à un pilier de marbre rose et noir, et j’attends. Je compte douze riches qui prennent place dans la cabine. Les portes se ferment, la cabine commence à monter, les petits voyants lumineux dans le mur s’allument pour indiquer la progression, I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, et j’entends un bruit sourd juste comme le IX vient de s’éclairer. La chute fracassante de la cabine m’emplit les oreilles, et je me contente de lire le spectacle dans le regard étonné des riches qui pénètrent dans le hall, parce que moi j’ai déjà tourné les talons, &lt;em&gt;hop&lt;/em&gt;, le parvis, &lt;em&gt;hop&lt;/em&gt;, la petite rue à droite, elle s’appelle rue Amilcar-Cabral…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le repas que j’ai pris sur le coup de treize heures dans un restaurant de riches – sur la porte, il y avait inscrit &lt;em&gt;Produits exclusivement Fauchon&lt;/em&gt; – n’a pas été si formidable&amp;nbsp;: œufs mimosa, pâté de campagne fleuri de rondelles de concombres, un poisson de mer, dont j’ai oublié le nom, entouré de champignons et de tomates en coulis au vin blanc, au dessert un sorbet au cassis, café fort, armagnac du Clos des Ducs. Pas si formidable mais pas si mal que ça, il ne faut pas exagérer… Seulement je n’aime pas les restaurants de riches. Trop de meubles luisants, trop de petites ampoules mignardes aux lustres clinquant de verroterie, trop de conversations furtives et basses, et tous ces parfums langoureux, doucereux, lavande, santal, déodorants, after shave… Saloperie&amp;nbsp;! Je suis passé dans les toilette-dames, j’ai attendu qu’une porte s’ouvre après le bruit de chasse d’eau&amp;nbsp;: c’était une grosse femme, cinquante ans, rousse cuivrée, avec une robe grenat moulant sa grosse panse. Elle a eu l’air surpris en me voyant, elle a ouvert la bouche pour dire quelque chose. Mais c’était trop tard, je lui avais déjà enfoncé la lame épaisse de mon couteau de chasse juste au-dessus du pubis, et j’ai remonté jusqu’au nombril. C’était dur, la lame tranchait en même temps le tissu, l’épiderme, le péritoine, les intestins coulés dans la graisse. Elle a fait &lt;em&gt;Oh&amp;nbsp;!&lt;/em&gt;, a lâché un pet mouillé. J’ai fait la même entaille transversalement, entre les deux épines iliaques antéro-supérieures. Le sang a commencé à couler, et d’autres liquides aussi, mélangés, sur sa robe grenat, son jupon de mousseline et sa culotte mauve, déchirés en croix. Elle a encore fait &lt;em&gt;Oh&amp;nbsp;! oh&amp;nbsp;! oh&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; plusieurs fois de suite, de plus en plus fort, avec une voix de plus en plus aiguë et de plus en plus sifflante. En même temps elle s’affaissait lentement, comme un gros sac rempli d’air qui se dégonfle et se tasse sur lui-même. Le sang pissait maintenant très fort, par saccades, j’avais dû creuser assez profond pour couper l’artère iliaque. Séchée en dix minutes, même pas. Les boyaux commençaient à se dérouler hors de la cavité abdominale comme de gros vers gris et gras sortant aveugles d’une caverne, et elle essayait de les retenir avec ses mains aux doigts pleins de bagues. Lorsque je suis sorti des lavabos, elle n’était pas encore tout à fait morte. Elle était assise par terre, jambes ouvertes, au milieu d’une flaque rouge et brune grandissante&amp;nbsp;; ses intestins avaient entièrement débordé et formaient entre ses cuisses un grouillement de matières molles, ses gémissements n’étaient plus qu’un seul râle ininterrompu, presque imperceptible. Ça puait les entrailles chaudes et merdeuses. J’étais tellement excité que je bandais un maximum, j’ai dû attendre un moment dans le couloir que ça se tasse. Quand j’ai été correct, j’ai regagné ma table et, au moment de payer, ça faisait un De Gaulle-or et trente nickels, ils n’y vont pas de main morte, j’ai dit au garçon que quelqu’un était mort dans les toilettes-dames. Il m’a dit on arrangera ça et je suis parti sans laisser de pourboire. J’avais rengainé mon couteau de chasse, je venais d’essuyer la lame avec ma serviette de table. Avant de quitter les quartiers riches, je suis repassé à la BNCI et j’ai demandé au portier le nombre des victimes de l’accident d’ascenseur. Neuf morts et trois blessés graves, monsieur. J’ai remercié. C’était un bon résultat, j’étais content, j’en ai presque oublié la mémé répugnante des lavabos. La pluie était fine, le ciel presque léger, j’ai pris un taxi pour les quartiers intellectuels.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les quartiers intellectuels ressemblent assez aux quartiers pauvres. On y trouve le même genre de ruelles étroites et de maisons basses, à demi croulantes, et autant de monde dans les rues. Mais les ressemblances s’arrêtent là. Dans les quartiers intellectuels, il y a des tas d’endroits qui n’existent nulle part ailleurs&amp;nbsp;: des galeries de peinture, des librairies, des kiosques à journaux, des caves et des cabarets où on fait de la musique, des théâtres, et bien sûr des cinémas, à part qu’ici on les appelle cinémathèques ou art et essai. Une autre différence avec les quartiers pauvres tient à ce que les gens dans la rue n’ont pas cet aspect morne, cette allure effondrée et errante qui caractérisent les pauvres. Les intellectuels sont toujours affairés, ils ont toujours l’air d’aller quelque part, d’avoir quelque chose à faire de précis, d’important, de définitif. Je vous demande un peu&amp;nbsp;! Mais pour qui ils se prennent&amp;nbsp;? Chacun d’eux a toujours l’air d’être en train de changer le monde et pourtant le monde ne change pas. Ça non, il ne change pas. Dans les rues des quartiers intellectuels, on s’interpelle sans arrêt, les gens trouvent toujours quelque chose à se dire, je viens de lire tel bouquin, le pied&amp;nbsp;! j’ai réfléchi à la théorie d’Untel, c’est superastucieux&amp;nbsp;! tu as vu les nouvelles structures intégrées de Machin, extatique&amp;nbsp;! et toutes sortes de conneries de ce genre. Dans les quartiers intellectuels, on n’est jamais tranquille, pas la moindre intimité, les intellectuels font toujours mine de tous se connaître mais ce n’est pas vrai, on t’accroche pour un oui pour un non, le Grand Magic Circus joue sur le square Bradbury, le Gong est à l’amphi Yves-Klein, on ne peut pas avoir la paix, c’est la merde tout le temps. Mais ce qu’il y a de pire, c’est que tous ces excités ont l’air heureux. Heureux, oui&amp;nbsp;! Vous vous rendez compte&amp;nbsp;? Les hommes ont le visage angélique et doux, les yeux dans le vague, les filles rient tout haut sous la pluie, elles ont des tuniques indiennes trempées qui leur collent aux seins et leurs longs cheveux flamme ruisselants sont plaqués, sur leur front et leurs joues, elles écartent une mèche de temps en temps, elles ont le nez pointu, des boucles d’oreilles, les lèvres pulpeuses. Je n’aime pas les pauvres. Je n’aime pas les riches. Je n’aime pas les pauvres et je n’aime pas les riches, mais ce n’est rien à côté des intellectuels. Les intellectuels, je les hais. Les philosophes surtout mais en vérité je les mets tous dans le même sac à merde. Ça me part du fond des tripes, et ça me remonte jusqu’au cerveau en bousculant toute ma viande, j’y peux rien, c’est comme ça. Résultat des courses, je viens le moins souvent possible dans les quartiers intellectuels, juste pour le boulot.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais j’ai pris soif à dégoiser comme ça, même à l’intérieur de ma tête. Je rentre dans un bistrot bondé, j’essaie de ne pas écouter les conversations, toujours les mêmes, j’essaie de ne pas avaler trop de cette dégueulasserie de fumée de hasch qui stagne de partout, je me case sur une chaise libre à une table où trois intellectuels mâles ou femelles qui puent le patchouli discutent à n’en plus finir à propos de je ne sais quoi, et je commande un &lt;em&gt;Cuba libre&lt;/em&gt;, infecte mélange de rhum et de Coca.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Juste avant de sortir, j’ai piqué un intellectuel qui était assis près de la porte et dessinait sur un petit carnet la fille en face de lui. En principe, ça dure douze secondes. J’ai compté lentement, en le regardant faire. Il a grimacé, a lâché son crayon feutre, a porté sa main à son bras à l’endroit de la piqûre, est devenu tout pâle, a essayé de reprendre sa respiration mais l’air ne venait plus. Il a toussoté, son corps s’est arqué en arrière, il est tombé avec sa chaise, tout raide, et n’a pas remué. Douze secondes. C’est un peu du luxe, cette bague avec une aiguille creuse et la strychnine, mais dans les endroits bondés, ça a son avantage. La fille qu’il était en train de dessiner ne l’a même pas regardé, elle ne s’était aperçue de rien, elle discutait avec un autre intellectuel. Dehors la pluie, plusieurs marchands de journaux, tu veux pas essayer le dernier numéro du &lt;em&gt;Citron Hallucinogène&lt;/em&gt;, la meilleure des revues underground&amp;nbsp;? Non, je veux pas, merci… Je me suis enfoncé dans un dédale de petites rues, guitare par-ci, tambourin par-là, flûte andine ailleurs, rue Roland-Barthes, rue Ivan-Illich, rue Herbert-Marcuse, rue Gisèle-Halimi, les intellectuels ont le chic pour donner à leurs rues des noms imbéciles que personne ne connaît, sauf eux. Devant un magasin d’objets d’art moderne, un grand type maigre avec de petites lunettes rondes et un sourire flottant m’a envoyé des baisers bruyants avec sa bouche et m’a demandé si j’avais envie de venir avec lui. Je suis passé très vite, la tête baissée. En plus de tout, les intellectuels sont pédés&amp;nbsp;! Et probablement gouines, mais j’ai moins d’expérience. J’ai débouché sur une petite place où une troupe genre cirque donnait un spectacle, avec cracheurs de feu, clowns, danseuses, des plumes et des couleurs sous la pluie. Je me suis approché. J’aime bien ça. Qu’est-ce que je dis, j’aime bien ça&amp;nbsp;? Non, je n’aime pas. Je déteste. Je me suis reculé, je me suis adossé à l’angle de la place contre un pan de mur couvert d’affiches déchirées, j’ai tiré mon.45 de son étui et, en le tenant à bout de bras, j’ai choisi avec mon œil parmi les intellectuels qui passaient. Les deux premiers coups ont été pour une femme en châle qui portait un bébé sur son dos, dans une espèce de panier. La première balle a traversé le buste de l’enfant et a fait exploser sa cage thoracique, la deuxième a cueilli la mère au-dessus du bassin et l’a pratiquement coupée en deux. Les six autres balles… je ne sais plus très bien. Quelle importance&amp;nbsp;? Huit balles, huit morts, huit cadavres en tas sous la pluie, au milieu de la place, avec le spectacle derrière et les bruits de la fanfare, quelques curieux autour et un chien jaune qui rôde. J’ai retiré le chargeur et j’en ai glissé un plein à la place, mais l’envie de tirer m’était passée tout d’un coup et j’ai remisé le.45 tiède dans l’étui sous mon aisselle. Deux intellectuels étaient debout à côté de moi, ils me regardaient avec une expression vaguement intriguée. Je leur ai rendu leur regard, le premier m’a demandé pourquoi je faisais ça. Tais-toi, a dit l’autre, tout le monde est libre. Je suis parti sans rien répondre. C’est ça&amp;nbsp;: tout le monde est libre…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Avant de quitter les quartiers intellectuels par la montée Pierre-Fournier, j’ai fouillé dans ma sacoche, il n’y restait presque plus rien, juste une grenade soufflante que j’ai balancée derrière moi, sans regarder. Je me suis protégé sous une porte cochère, j’ai attendu l’explosion et je suis sorti. Quelques hurlements retentissaient derrière moi, les éclats dans la gueule et dans le bide, ça fait mal, une trompette bouchée s’est tue en plein milieu d’une note haute. J’avais les jambes fatiguées. Il était temps de rentrer. Un bon café, une bonne douche, et au lit. Demain, je ferai peut-être les quartiers juifs, les quartiers arabes, les quartiers prolétaires. Ou alors les quartiers policiers, les quartiers militaires, les quartiers militants, les quartiers nègres. Ou si je pousse encore plus loin, les quartiers paysans. J’ai le choix. Il est pas loin de sept heures, le jour s’épaissit, la pluie est toujours pareille.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans mon quartier de banlieue, je me sens à nouveau chez moi, je me sens à nouveau bien. Les rues ont des noms familiers, reconnaissables, qui veulent dire quelque chose. Rue du Concorde, rue du Paic-Superconcentré-Javellisant, rue du Tiers-Provisionnel, avenue Rhône-Poulenc, cours Mammouth. Il n’y a pas trop de voitures dans les rues, pas trop de piétons sur les trottoirs, pas de pauvreté dégoûtante, pas de luxe ostentatoire, pas de bouillon de culture. Le calme. Même la pluie a ici une douceur rassurante. Je passe le porche de mon immeuble, Duthoit est devant moi dans le couloir. Tiens, bonsoir, monsieur Duthoit. Bonsoir, monsieur Andrevon. Duthoit rentre presque toujours à la même heure que moi. Alors, bonne journée&amp;nbsp;? Pas plus mauvaise qu’une autre. Le travail, pas trop dur&amp;nbsp;? Non, pas trop dur, et vous&amp;nbsp;? Moi non plus, rien de spécial. Vous en avez fait combien, aujourd’hui&amp;nbsp;? Je compte dans ma tête. Dans les vingt-cinq, je pense… Un beau score&amp;nbsp;! Non, non, je vous assure, une journée normale. Sur notre palier, on reste un moment à se fixer sans rien dire, les sujets de conversation sont épuisés. Peut-être que Duthoit va m’inviter à rentrer chez lui boire un verre&amp;nbsp;? Peut-être que je vais me décider à lui proposer de passer dans mon deux-pièces pour prendre quelque chose&amp;nbsp;? Eh bien, bonne soirée, monsieur Andrevon. Bonne soirée à vous aussi, monsieur Duthoit. Sa porte s’ouvre et se ferme, la mienne suit le mouvement. Rien. Ça sera pour la prochaine fois, ou une prochaine fois. Fatigué. Je vais jeter un coup d’œil à Hector qui tourne inlassablement dans son eau trouble, je lui dis bonjour, ça ne l’émeut pas, je laisse glisser ma sacoche de mon épaule, je quitte ma pelure imperméable et mon chapeau de pluie, je quitte mon veston, je détache mon harnais que je suspends au porte-manteau, je défais ma ceinture avec l’étui du couteau de chasse, je balance mes godasses dans un coin. Fatigué, fatigué. Je vais m’étendre un moment sur mon lit, sans fermer les yeux&amp;nbsp;; je regarde miroiter au plafond les lueurs changeantes provoquées par les phares des voitures qui circulent dans la rue en contrebas. À huit heures, je sais qu’il est huit heures grâce à la pendule dans ma tête, je me lève pour aller manger quelque chose, un petit rien, un casse-croûte&amp;nbsp;: deux œufs sur le plat, un reste de soja germé à la vinaigrette, un yaourt Danone, une pomme verte et craquante, j’aime bien les pommes vertes et craquantes. Pendant que l’eau pour mon Nescafé chauffe sur le gaz, j’ouvre la fenêtre et j’écoute le crépitement de la pluie qui tombe. Il fait tiède, il fait gluant, je sens que mon front est tout poisseux. La pluie est sage, verticale, sereine. Perspective de toits luisants, de rues inondées, de trottoirs où nagent les reflets gras d’enseignes au néon. L’eau bouillante chante dans la casserole, je bois mon Nes devant la fenêtre, je savoure, j’adore le café, cinq ou six tasses par jour, mon cœur ou mes nerfs, zéro. Je ferme la fenêtre, j’allume la télévision, je m’installe dans le fauteuil devant le poste pour le programme des réclames du jour&amp;nbsp;: les punchs légers au rhum Clément &lt;em&gt;qui ne s’improvisent pas&lt;/em&gt;, la tronçonneuse McCulloch&lt;em&gt;car où il y a des arbres ou des haies il faut toujours débroussailler, élaguer, tailler, couper, abattre même&lt;/em&gt;, les parfums pour hommes GO WEST &lt;em&gt;une ligne pour homme qui a oublié d’être fade&lt;/em&gt;, les montres Timex Electric &lt;em&gt;qui donnent la précision électronique&lt;/em&gt;, les fixations de sécurité pour skis Look comme &lt;em&gt;Killy&lt;/em&gt;, les nouvelles Tefal-Top &lt;em&gt;c’est votre cuisine qui va être gaie&amp;nbsp;!&lt;/em&gt; Ensuite il y a un film de guerre, alors j’éteins. Je vais sortir mon.45 de l’étui, je le soupèse, c’est un bel outil noir avec des reflets bleutés. Je retire le chargeur, je renifle le canon qui sent la poudre brûlée, j’étale un vieux journal sur la table de la cuisine et je démonte le.45 pièce par pièce sur le journal. Chaque pièce a sa personnalité distincte, son brillant sourd ou insolent, son poids, sa forme trapue ou élancée. Sur le papier journal, on dirait une assemblée de petits insectes immobiles, le percuteur un long doigt raide et brillant, la culasse mobile une brique massive et sombre, le cliquet comme une pince à épiler tronquée, le ressort de détente, le boîtier de culasse, le chien, la queue de détente, le cylindre de percussion… C’est beau. Je nettoie tout ça, je huile juste comme il faut, je remonte la mécanique, mon.45 est à nouveau un bloc solide prêt à fonctionner. Ensuite, je regarnis ma sacoche avec tout ce qu’il faut pour le lendemain. Douche, vite fait bien fait. Il ne me reste plus qu’à me coucher. Pyjama, je m’étends sur mon lit sans me glisser entre les draps. Je ferme les yeux, je me remémore ma journée, avec les détails. J’ai posé une main sur mon petit instrument et je le sens qui grossit lentement sous mes doigts, qui se redresse, se penche en arrière. Bientôt, mon instrument est tout raide et tout gros, je peux l’empoigner comme si ça serait un morceau de bois lisse, tiède et souple, et je commence à le faire aller doucement d’avant en arrière. Quand je suis presque prêt, je me contente d’appuyer le bout de mon index à la base du gland et de remuer la peau sur quelques millimètres seulement, c’est l’endroit le plus sensible, le plus électrique. Je me tends, une explosion de chaleur à la racine de mon ventre, et ça part en trois ou quatre giclées contre mon estomac. J’ai à peine le temps de sentir passer mon plaisir que c’est déjà fini. C’est si court, si rapide, et on en fait une telle histoire&amp;nbsp;! Une telle histoire. Maintenant je suis vidé, dégoûté de tout, mon petit instrument est ratatiné, misérable entre les doigts. Le liquide est devenu tout froid sur mon ventre&amp;nbsp;; une longue rigole glacée me descend contre la hanche, une autre entre les cuisses. Je rabats les draps sur moi, je me sèche comme je peux, j’éteins la lumière. Il est temps que je dorme. L’histoire est terminée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’histoire est terminée, je vous l’ai racontée comme j’ai pu, sans la moindre absorption de L.S.D, sans le plus petit joint. Ça s’est bien passé, plusieurs personnes connues m’ont très volontiers autorisé à utiliser leur nom pour les angles de rue, toutes les marques ou firmes citées m’ont versé un petit peu d’argent, c’est toujours ça de pris. Maintenant, à vous de jouer, à vous de jouir. Mon poisson rouge n’est pas encore mort, il va même plutôt bien, merci. Maintenant, rideau.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Et demain&amp;nbsp;: boulot.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>B comme Bish Bosch</title>
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      <published>2015-09-29T14:00:00+02:00</published>
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        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où, après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/07/C-comme-Climate-of-Hunter&quot;&gt;Climate of Hunter&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt;Tilt&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/02/D-comme-The-Drift&quot;&gt;The Drift&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on conclut notre parcours à travers les territoires sonores enténébrés de la discographie du crooner désaxé Scott Walker, avec &lt;strong&gt;Bish Bosch&lt;/strong&gt;, son dernier album solo en date, ainsi que &lt;strong&gt;Soused&lt;/strong&gt;, sa collaboration attendue avec Sunn O)))… Un pas plus loin dans la noirceur ?&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;And Who Shall Go to the Ball? And What Shall Go to the Ball?, Scott Walker (4AD, 2007). 4 morceaux, 27 minutes.&lt;br /&gt;
Bish Bosch, Scott Walker (4AD, 2012). 9 morceaux, 73 minutes.&lt;br /&gt;
Soused, Scott Walker + Sunn O))) (4AD, 2014). 5 morceaux, 51 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On avait laissé Scott Walker avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/02/D-comme-The-Drift&quot;&gt;The Drift&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, son album de la décennie 2000. Un album pour moi en forme de mètre-étalon&amp;nbsp;: une incursion dans la psyché tourmentée de Walker, où l’on croise dans les ténèbres, entre deux terrifiants blocs sonores, le fantôme de Clare Petacci, le frère mort-né d’Elvis ou un Donald Duck acquis au côté obscur de la Force. Mais allait-il falloir patienter à nouveau onze ans pour entendre du neuf&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-b-ball.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-b-ball.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-b-ball_s.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Non, et cela dès 2007, lorsque le crooner a composé &lt;em&gt;And Who Shall Go to the Ball? And What Shall Go to the Ball?&lt;/em&gt;, musique à destination d’un ballet pour une troupe de danse, dont font partie des handicapés. Divisé en quatre mouvements d’égale longueur, pour une durée ne dépassant pas la demi-heure, ce disque a la particularité d’être entièrement instrumental. Des drones discrets, des violons perturbés, de nouveaux blocs sonores sombres et/ou stridents… On est clairement dans la musique contemporaine absconse, dans la lignée de Ligeti. Mais sans la voix de Walker, on y perd.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt; (2013), donc. Considéré de l’aveu de Walker comme le dernier volet d’une trilogie entamée par &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt;Tilt&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (1995) et poursuivie par &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/02/D-comme-The-Drift&quot;&gt;The Drift&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2006). Justement, après ces deux disques qui poussaient chacun l’expérimentation et la noirceur plus loin, les interrogations étaient grandes de savoir ce qu’allait proposer Walker avec ce nouvel album, dont le titre cite Jérôme Bosch mais peut se traduire par «&amp;nbsp;le boulot est fait&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-b-bishbosch.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-b-bishbosch.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;On débute en terrain connu, quoique hostile, avec «&amp;nbsp;'See You Don't Bump His Head'&amp;nbsp;», l’un des morceaux les plus courts du disque. Une batterie frénétique, des bruitages à la stridence inquiétante (oh, juste un peu). La voix de Walker, inchangée, s’élève au bout de trente secondes&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;While plucking feathers from a swan song&lt;br /&gt;
Shit might pretzel Christ's intestines&lt;br /&gt;
While plucking feathers from a swan song&lt;br /&gt;
Being crushed from the inside out&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De temps à autre, une guitare saturée balance des riffs sans rime ni raison (surtout sans raison). La chanson, qui aurait pu continuer encore longtemps ainsi, stoppe au bout de quatre minutes, et enchaîne sur «&amp;nbsp;Corps de Blah&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Nothing clears a room&lt;br /&gt;
Like removing a brain&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Presque timidement, Scott Walker y chante quasi a capella, avant que des bruitages inquiétants/stridents/dérangeants ne s’immiscent. Les paroles alignent les mots rares&amp;nbsp;: ce n’est pas dans la variétoche qu’on entendra «&amp;nbsp;Epicanthic knobbler of ninon / Arch to Macaronic mahout in the mascon&amp;nbsp;», mais je veux bien une explication de texte. Et au bout de trois minutes retentissent ce qui ressemble fort à des flatulences constipées. Euh… «&amp;nbsp;Corps de Blah&amp;nbsp;» enchaîne les ambiances, reconvoque les grosses guitares du morceau précédent, mais peine toutefois à décoller. Tout comme «&amp;nbsp;Phrasing&amp;nbsp;», qui passe la chanson pop au presse-purée. Il y est question du Klu Klux Klan et de Khrouchtchev. «&amp;nbsp;Pain is not alone&amp;nbsp;» psalmodie Walker&amp;nbsp;: c’est sûrement à ce moment-là que l’auditeur se dit qu’il commence à souffrir…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;If music were shit&lt;br /&gt;
You’d be a brass band&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et débute «&amp;nbsp;SDSS14+13B (Zercon, A Flagpole Sitter)&amp;nbsp;», la chanson (??) la plus longue jamais écrite par Walker. Près de vingt-deux minutes, centrées sur la vie d’un nain, bouffon à la cour d’Attila le Hun ou bien stylite, comparée in fine à une naine brune. Les paroles, qui ne semblent pas dépourvues d’un humour grinçant, entremêlent numéros de téléphones dictés en chiffres romains, graffitis lus dans des WC publics, nomment Lavinia et Gorbatchev, César et les Nibelungen (tiens, d’autres nains). Un morceau de bravoure, si l’on veut…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/2Ih7KzKLLWA?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les chansons suivantes pâlissent en comparaison. Des cuivres hystériques et des percussions frénétiques ponctuent «&amp;nbsp;Epizootics!&amp;nbsp;», morceau sous influence hawaïenne qui se conclut par une micro-ballade au ukulélé (Walker et son humour pince-sans-rire). Un ukulélé interrompu par une coup brusque&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dimple&amp;nbsp;» et son ambiance automnale, désolée, débute. Puis c’est «&amp;nbsp;Tar&amp;nbsp;», son ambiance poisseuse, façon étal de boucher hanté par les mouches. Si &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=r5hvHEBLNpI&quot;&gt;« Clara »&lt;/a&gt; sur l'album précédent se distinguait par ses viande-percussions, ce sont ici des épées frottées qui rythment cette chanson (oui, Walker a demandé à ses musiciens d’introduire des coupe-choux en studio et de faire joujou avec). Pas grand-chose à dire sur les paroles, aussi cryptiques que référencées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec ses 2’26&quot;, «&amp;nbsp;Pilgrim&amp;nbsp;» est le morceau le plus court. Une sorte de pochade, où il est question de souris et de crapauds que l’on fait exploser en soufflant dedans. Rompant la tradition du morceau à la guitare sèche terminant chaque album de Walker depuis &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/07/C-comme-Climate-of-Hunter&quot;&gt;Climate of Hunter&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt; se conclut avec un chant de Noël. Vous avez bien lu&amp;nbsp;: un chant de Noël, titré «&amp;nbsp;The Day the ‘Conducator’ Died (A Xmas Song)&amp;nbsp;». Le Conducator, pour ceux qui l’auraient oublié, c’est le surnom de feu Nicolae Ceaușescu, jugé et fusillé dans la foulée, le 25 décembre 1989 (ai-je déjà dit que les dictateurs fascinent Walker&amp;nbsp;?). La chanson se termine avec des grelots jouant l’air de «&amp;nbsp;Vive le vent&amp;nbsp;», avec le même enjouement sans joie qui caractérise «&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=q0LmWUUVvUM&quot;&gt; Darkness »&lt;/a&gt;, sa contribution à l’album collectif &lt;em&gt;Plague Songs&lt;/em&gt; (2006) (dix chansons sur les Dix Plaies d’Egypte), où la chanson vire en une sorte de doo-wop aussi rigide qu'inquiétant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/8YE2BeiQyt0?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt;, Scott Walker déconstruisait les chansons et tirait de force la pop dans des ténèbres désolées. Un travail qui se poursuit avec &lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une même chanson semble divisée en plusieurs morceaux&amp;nbsp;; les frontières entre les morceaux s’estompent (on pense que le morceau change&amp;nbsp;: non, c’est le même&amp;nbsp;; on pense que c’est la même chanson&amp;nbsp;: ah non, on est passé à la suivante)&amp;nbsp;; le disque semble former une seule unité, avec la voix de Walker, sinistre et incompréhensible maître de cérémonie, pour faire tenir le tout. Mais le plus souvent, Walker semble pérorer ou s’époumoner dans le vide. Les points d’accroche sont rares. Les guitares au son bien gras, qui surgissent çà et là&amp;nbsp;? Les épées frottées&amp;nbsp;? La chanson de Noël&amp;nbsp;? Les pets&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt; déstabilise, sûrement plus que &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt;. Mais &lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt; souffre d’un gros problème par rapport à ses prédécesseurs&amp;nbsp;: l’album est franchement chiant, intriguant par endroit, ridicule en d’autres, et les écoutes successives (si l’auditeur y parvient) n’apportent que peu de satisfaction. &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt; s’avérait inconfortable mais passionnant&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt; est juste… pénible. Par rapport au précédent disque, qui représentait un grand pas en avant (dans les ténèbres), on a l’impression que Walker a avancé mais en abandonnant l’auditeur sur le bord de la route. (Bien joué.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;soused&quot;&gt;Heureusement, Scott Walker n’en est pas resté là. Courant 2014, le label 4AD a annoncé sa collaboration avec le groupe de drone metal Sunn O))). Il semble que Walker et Sunn O))) souhaitaient enregistrer ensemble depuis plusieurs années déjà mais que l’occasion leur avait manquée. Chose réparée avec &lt;em&gt;Soused&lt;/em&gt;, pour une rencontre moins inattendue qu’on pourrait le croire. Entre la déconstruction à l’œuvre chez Walker et le drone sombre caractérisant Sunn O))), il y a des ponts.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-b-soused.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-b-soused.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Soused&lt;/em&gt; se situe plus sûrement dans la lignée de &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt; que &lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt;. Et ce n’est pas une mauvaise chose. &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt; fonctionnait par l’élévation et l’effondrement soudains de blocs sonores. &lt;em&gt;Soused&lt;/em&gt;, ce sont donc cinq blocs sonores monolithiques (en apparence), basaltiques pour ainsi dire, à l’image de la pochette du disque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Brando&amp;nbsp;» (comme Marlon, oui) s’ouvre sur la voix, mélodramatique comme pas souvent, de Walker&amp;nbsp;; trente secondes incongrues, et puis des guitares, du genre sismique, débarquent, accompagnées de coups de fouet. Plaisirs et douleurs s’entremêlent.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;A beating&lt;br /&gt;
would do me&lt;br /&gt;
a world&lt;br /&gt;
of good&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Herod 2014&amp;nbsp;» débute avec un tocsin, lui aussi bientôt noyé sous un magma de guitares malmenées&amp;nbsp;; il y est question d’une femme dissimulant ses bébés pour éviter qu’ils ne soient dévorés (enfin, je crois).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’une de ses rares interviews, Walker déclare au sujet de «&amp;nbsp;Bull&amp;nbsp;», troisième chanson de &lt;em&gt;Soused&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;The idea of the song is it’s a crusade. There are a lot of crusade images in it. It’s a crusade against existence itself.&amp;nbsp;» Tout un programme… Plus de plaisir, ne reste que la douleur, incessante. «&amp;nbsp;Continuons à avancer&amp;nbsp;» psalmodie Walker en latin avant que le morceau ne se termine en un lent fondu au noir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où «&amp;nbsp;Bull&amp;nbsp;» était du genre rentre-dedans, les neuf minutes de «&amp;nbsp;Fetish&amp;nbsp;» s’avèrent instables, en perpétuel effondrement. Le morceau se décompose et se recompose sans cesse (il n’aurait pas déparé sur &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt;), alterne silences où ne règne que la voix de Walker et moments de chaos sonique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album se conclut par «&amp;nbsp;Lullaby&amp;nbsp;», où Walker réinterprète une chanson qu’il avait écrite pour Ute Lemper. Si la voix de velours de la chanteuse allemande n’a rien à voir avec celle du crooner désaxé, les deux versions de la chanson s’avèrent tout aussi inquiétantes – aérienne et désolée pour Lemper, caverneuse et lancinante pour Walker –, pas vraiment le genre de berceuse que l’on chanterait à un enfant qui ne veut pas dormir. Sauf si c’est pour toujours&amp;nbsp;: la chanson (pour autant qu’on puisse en juger avec les paroles énigmatiques de Walker) serait au sujet du suicide assisté. Joie et bonne humeur…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/zTrl_4gzJ-M?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/GPMr8n2dJpY?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oppressants aux premières écoutes, ces cinq morceaux ne recèlent in fine que peu de promesses, et leur attrait plein de noirceur diminue vite. La rencontre entre les deux univers sombres de Walker et du duo O’Malley/Anderson ne produit autant d’étincelles qu’escompté, quand bien même ce &lt;em&gt;Soused&lt;/em&gt; (dont le titre signifie «&amp;nbsp;poivrot&amp;nbsp;») semble constituer une continuation logique du parcours musical de Scott Walker.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, malgré des parutions moins convaincantes que par le passé, Walker demeure l’un des musiciens les plus intrigants qui soit. S’il y a une suite («&amp;nbsp;si&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: l’ami Scott a tout de même 72 ans), je demeure cependant curieux de savoir de quel &lt;s&gt; bois &lt;/s&gt; charbon elle sera faite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui mais non (enfin, c’est plus écoutable que &lt;em&gt;Bish Bosch&lt;/em&gt;)&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Amber</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/25/A-comme-Amber" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Amber" />
      <id>urn:md5:f39d8d52447ad82a5845e327b8079a3e</id>
      <published>2015-09-25T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2017-02-13T19:43:52+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on continue notre exploration de la discographie d'Autechre, avec le deuxième disque du duo&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Amber&lt;/strong&gt; (sans omettre les EPs afférents). Une incursion dans la pénombre…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Anti EP, Autechre (Warp, 1994). 3 morceaux, 27 minutes.&lt;br /&gt;
Amber, Autechre (Warp, 1994). 11 morceaux, 74 minutes.&lt;br /&gt;
Garbage, Autechre (Warp, 1995). 4 morceaux, 39 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Autechre est, à n’en pas douter, l’un des groupes d’electro les plus intéressants qui soit. Mais je me répète&amp;nbsp;: j’évoquais déjà les premières sorties du duo Brown/Booth, en particulier leur premier album, &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;, dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula&quot;&gt;un précédent billet&lt;/a&gt;. Accessoirement, c’est toutefois avec le présent disque, &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;, que j’ai découvert le groupe – quoique avec douze ans de retard sur sa sortie, qui remonte à 1994.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1994, Nirvana implosait&amp;nbsp;; Trent «&amp;nbsp;Nine Inch Nails&amp;nbsp;» entamait sa &lt;em&gt;Downward Spiral&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Alain Bashung s’enveloppait, pour le meilleur, de &lt;em&gt;Chatterton&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Sparks revenait sur le devant de la scène avec des &lt;em&gt;Gratuitous Sax and Senseless Violins&lt;/em&gt; tandis que Pink Floyd faisait résonner la creuse &lt;em&gt;Division Bell&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Oasis était &lt;em&gt;Definitely Maybe&lt;/em&gt; et Blur vivait la &lt;em&gt;Parklife&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Prince faisait son œuvre au noir avec le &lt;em&gt;Black Album&lt;/em&gt;. Côté electro, Biosphere et Aphex Twin réinventaient l’ambient avec &lt;em&gt;Patashnik&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Selected Ambient Works Volume II&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; Daft Punk faisait ses premières armes avec «&amp;nbsp;The New Wave&amp;nbsp;». Et Autechre passait à l’orange.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans la rubrique «&amp;nbsp;Autechre et les nombres&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: en anglais, «&amp;nbsp;amber&amp;nbsp;» désigne l’orange aux feux de signalisation, donc la deuxième couleur. Et le deuxième morceau, «&amp;nbsp;Montreal&amp;nbsp;», fait référence à la deuxième plus grande ville du Canada. Cela relève certes du détail&amp;nbsp;: la plupart des disques, LP ou EP, d’Autechre, contiennent quelque référence quant à leur position au sein de la discographie du duo, et ce serait dommage de ne pas en prendre note.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-a-anti.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-a-anti.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Anti EP&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;antiep&quot;&gt;&lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt; est le deuxième album du duo, mais le premier conçu comme tel. &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;, rappelons-le, tenant davantage de la compilation. Sorti en novembre 1994, le disque a été précédé de deux mois par un EP, au titre paradoxal de &lt;em&gt;Anti EP&lt;/em&gt;. Celui-ci a de particulier qu’il servait un but, à savoir protester contre une loi britannique visant à interdire les musiques dites répétitives – dans l’espoir de juguler les raves. Il en résulte trois morceaux&amp;nbsp;: les deux premiers, «&amp;nbsp;Lost&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Djarum&amp;nbsp;», font un joli doigt d’honneur au projet de loi, se basant sur des rythmes très répétitifs. Le dernier morceau, « Flutter&amp;nbsp;», est à l’inverse dépourvu de rythmiques répétitives. D’un point de musical, on se situe dans la lignée d’&lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;, et les 25 minutes de l’EP s’écoutent comme on boit du petit lait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/LCsd2CDmXds?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-a-amber.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-a-amber.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Amber, et ses dunes de Cappadoce&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt; , donc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est le sombre «&amp;nbsp;Foil&amp;nbsp;» qui ouvre le disque. Auparavant, le titre m’avait marqué par sa noirceur. Avec le recul, celle-ci ne m’apparaît plus aussi évidente, et il faut bien reconnaître que «&amp;nbsp;Foil&amp;nbsp;» pèche par sa relative absence de développement et ses sonorités un tantinet vieillies. «&amp;nbsp;Montreal&amp;nbsp;» est déjà plus intéressant, lorsqu’une mélodie plaintive surnage au-dessus des synthés inquiets. Des voix distordues, incompréhensibles, parcourent «&amp;nbsp;Silverside&amp;nbsp;», qui évoque «&amp;nbsp;Basscadet&amp;nbsp;» sur &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;. «&amp;nbsp;Slip&amp;nbsp;» et son ton presque guilleret me paraît la fausse note de l’album&amp;nbsp;; à mesure que le morceau progresse, ça s’améliore (ça gagne en noirceur), mais le morceau demeure faiblard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/jvqSzRCLvEQ?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Glitch&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Piezo&amp;nbsp;» reviennent aux choses sérieuses, mais «&amp;nbsp;Nine&amp;nbsp;» retombe dans l’insouciance hors-sujet de «&amp;nbsp;Slip&amp;nbsp;». Déployée sur dix minutes, « Further&amp;nbsp;» évoque une longue marche dans l’obscurité et constitue l’un des temps forts de l’album, tandis que «&amp;nbsp;Yulquen&amp;nbsp;» s’aventure dans l’éther – des rythmiques ouatée se fondant dans un bourdonnement hypnotique. Enfin, «&amp;nbsp;Nil&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Teartear&amp;nbsp;» et leurs gros synthés indus concluent l’album&amp;nbsp;; j’avoue un petit faible pour ce dernier morceau, qui évoque une descente aux enfers dans une discothèque ténébreuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Longtemps, cet album a été considéré comme leur chef-d’œuvre&amp;nbsp;: un enthousiasme qui apparaît exagéré avec le temps, celui-ci ayant donné un petit coup de vieux à certains morceaux. Rob Brown et Sean Booth ne sont pas tendres non plus avec &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;, qu’ils considèrent comme passablement «&amp;nbsp;ringard&amp;nbsp;», selon leur propre terme. Mais en 1994, c’était un disque d’excellente trempe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol2-a-garbage.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-a-garbage.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Garbage : tous les musiciens voudraient avoir des fonds de tiroir de cet acabit...&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un deuxième EP, paru en février 1995, a conclu l’ère &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Garbage&lt;/em&gt;. Manière de tisser le lien avec l’album précédent, la pochette de l’EP déconstruit/pixellise la photo de couverture d’&lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;. Les quatre morceaux du disque (pour près de quarante minutes de musique), à l’inverse de ce que suggère le titre, ne relèvent en rien de chutes de studio. Il s’agit plutôt de titres qui, thématiquement (ou par leur longueur), ne seraient pas rentrés sur &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;. L’introductif «&amp;nbsp;Garbagemx36&amp;nbsp;» développe sur un long quart d’heure une accumulation de rythmes, sur lequel une mélodie vient peu à peu se greffer&amp;nbsp;; l’ensemble monte progressivement en puissance pour un résultat hypnotique. «&amp;nbsp;PIOBmx19&amp;nbsp;» réitère le même principe, avec une sorte de sample de voix (?), prononçant quelque chose proche de «&amp;nbsp;Jamie, connais pas, connais pas&amp;nbsp;» (du moins, c’est moi qui l’entends ainsi). Une tension larvée hante ce morceau. «&amp;nbsp;Bronchusevenmx24&amp;nbsp;» n’a que peu à voir avec «&amp;nbsp;Bronchus 2&amp;nbsp;» sur &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; une boucle rythmique et une mélodie lancinante se répète, la seconde gagnant en amplitude… avant de décroître doucement. Enfin, «&amp;nbsp;VLetrmx21&amp;nbsp;» s’avère sans conteste le sommet de l’EP&amp;nbsp;: les percussions sont absentes du morceau où une boucle mélodique, à la beauté tragique et majestueuse, se déploie dans un espace profond. (Les nombres présents dans chaque titre représentent le pourcentage de la durée du morceau sur le disque.) L’ensemble fait montre d’une cohérence et d’une qualité impressionnantes, pour un résultat plus convaincant encore qu’&lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/72TbUKMZys8?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’ère &lt;em&gt;Amber&lt;/em&gt;, Autechre continue de développer une superbe mélancolie machinique, qui supporte bien le poids du temps, plus de vingt après.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non, pour aucun des trois disques&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: pour l’instant, ça passe encore&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>À un coin de table avec Christopher Priest</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/23/A-un-coin-de-table-avec-Christopher-Priest" rel="alternate" type="text/html" title="À un coin de table avec Christopher Priest" />
      <id>urn:md5:256df32e63b1c538ac8d364da32f5cdd</id>
      <published>2015-09-23T07:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-09-23T07:35:30+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Claude Ecken</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;L'éte de l'infini - vignette&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-priest2-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour fêter la parution toute récente de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/09/23/www.belial.fr/christopher-priest/l-ete-de-l-infini&quot;&gt;L'Été de l'infini&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, nous vous invitons à replonger dans les archives de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt;. Voici une douzaine d'années, &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/christopher-priest/&quot;&gt;Christopher Priest&lt;/a&gt; avait accordé un entretien à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/tag/Claude%20Ecken&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/a&gt;, entretien paru dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-39&quot;&gt;numéro 39&lt;/a&gt; de la revue, à l'occasion de la parution en France de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/la-separation&quot;&gt;La Séparation&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, superbe uchronie couronnée par de nombreux prix.&lt;/p&gt; &lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-priest-separation.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.itw-priest-separation_s.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;&lt;strong&gt;Bifrost :&lt;/strong&gt; On imagine aisément que La Séparation a nécessité un gros travail de documentation, aussi bien sur la Seconde Guerre mondiale que pour tous les détails sur l’aviation et l’aviron…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;Christopher Priest : Je ne dirai pas un « gros travail ». Il est facile de se documenter sur la Deuxième Guerre mondiale, car de nombreux livres et émissions de télévision existent sur le sujet. Le véritable problème, c’est de savoir s’arrêter ! En ce qui concerne l’aviation, j’avais lu un grand nombre de bouquins à ce propos quand j’étais adolescent et, quoique j’aie oublié une bonne partie des détails entre temps, le sujet m’était assez familier. Pour l’aviron, je devais trouver un sport a) que personne ne connaissait très bien, et b) qui se pratiquait en équipes de deux. Les « deux de pointe sans barreur » constituaient la solution évidente… quoique j’aie aussi été inspiré par &lt;strong&gt;The Last Enemy&lt;/strong&gt; de Richard Hillary (de superbes mémoires romantiques de la Deuxième Guerre mondiale). Hillary était pilote de chasse pendant la Bataille d’Angleterre ; il a été abattu, horriblement brûlé, et il en a fait un livre. Avant la guerre, il était allé faire de l’aviron en Allemagne, si bien que j’ai utilisé une partie des détails de cet épisode.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-priest2-enemy.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-priest2-enemy.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;B. : Est-ce qu’il n’y a pas une certaine provocation à montrer Churchill beaucoup plus belliciste que Hitler ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Je ne suis pas sûr de le montrer comme plus belliciste ! Hitler était un agresseur. Churchill n’a jamais eu peur de se battre pour ses convictions. Je ne crois pas que ce soit la même chose. Ce qui compte, à propos de Churchill, c’est qu’on se rappelle essentiellement de lui aujourd’hui pour ce qu’il a fait entre 40 et 45. Mais il faisait de la politique depuis le début du siècle, et il avait été extrêmement critiqué (sa biographie vaut vraiment le coup d’être lue). Aux environs de 1930, il était presque complètement discrédité, en raison d’événements comme Gallipoli et la Grève Générale. Il était passionnément opposé à l’indépendance de l’Inde, et ses arguments avaient fini par l’acculer dans un angle terriblement idiosyncrasique et obsessif, où les gens avaient cessé de l’écouter. On lui reprochait énormément d’être un va-t-en-guerre, ou du moins quelqu’un qui n’était heureux que pendant les guerres. Il l’a d’ailleurs confirmé dans son autobiographie : « Je vis pour la guerre. » Les années 1930 étaient une période pacifiste de l’histoire britannique, si bien que Churchill était à contre-courant. Sa cause célèbre suivante a été une campagne contre le réarmement de l’Allemagne, tout aussi impopulaire. Il ne voulait pas, en fait, arrêter l’Allemagne, il voulait que l’Angleterre se réarme plus vite qu’Hitler ! A l’époque, de nombreux politiciens ont pensé qu’il devenait fou. Personne d’autre ne voulait entendre parler de ça en Angleterre, mais Churchill n’arrêtait pas d’y revenir. Il est impossible de savoir s’il a réellement prévu l’avenir ou s’il a juste eu de la chance, mais en tout cas, après la débâcle de Munich en 1938 et les invasions de la Tchécoslovaquie et de la Pologne en 1939, il est devenu le seul homme politique britannique à pouvoir dire : « Je vous avais prévenus. » Malgré cela, en 1940, lorsqu’il était premier ministre, une de ses tâches politiques les plus ardues a été d’amener les gens à travailler avec lui au sein de son gouvernement. La plupart des membres de son propre parti ne lui faisaient plus confiance. Vers la fin de 1940, il a réussi à se débarrasser de l’essentiel de ses ennemis politiques et a nommé un cabinet composé d’individus auxquels il pouvait se fier (à savoir : qui disaient oui quand on le leur ordonnait).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-priest2-separation.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-priest2-separation.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;B. : À propos de La Séparation, vous avez parlé dans une interview d’uchronie passive. Qu’est-ce que vous entendez exactement par là ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : La plupart des uchronies sont actives : elles dépeignent une scène ou un incident qui provoque ou crée la ligne temporelle alternative. Dans &lt;strong&gt;La Séparation&lt;/strong&gt;, il y a une division similaire de la ligne temporelle, mais il est difficile de pointer ou d’identifier ce qui la provoque exactement. Je désirais que le lecteur réfléchisse au processus, plutôt que de le laisser simplement m’observer le décrire.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : La guerre est très souvent présente dans votre œuvre, mais rarement au premier plan. En parallèle, un conflit individuel est souvent l’origine de vos récits. Pourquoi cette démarche ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : La fiction, c’est le drame. Le drame, c’est le conflit. Le conflit met en jeu des différences entre les gens.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : Le dérapage du réel est l’illustration ou la résultante de conflits individuels. Pourquoi ? Est-ce une manière d’extérioriser la subjectivité du personnage ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Euh… oui.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : Le thème du double, de la gémellité, est lui aussi récurrent dans votre œuvre. Mais il n’est pas traité dans le sens de la fusion, plutôt du conflit et de la séparation, comme si celle-ci n’est pas seulement inévitable mais nécessaire. Pourquoi ce conflit perpétuel ? Et pourquoi cette obsession ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Je ne suis pas sûr que ce soit une obsession. Les jumeaux et les doubles sont des sujets que je juge intrigants et qui m’apportent de nombreuses possibilités d’histoires intelligentes et complexes.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : Dans vos romans, il n’y a donc jamais de modification du réel, seulement un changement de perception de la part de l’observateur ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Non, on ne peut pas dire ça. Il y a parfois une modification du réel, mais pas toujours celle que les personnages ou les lecteurs attendent.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;L'éte de l'infini - couve&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-priest2-eteinfini.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;B. : Vos romans sont très autobiographiques ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Non, ils le sont assez peu. Ma vie personnelle n’a rien d’extraordinaire. J’ai eu une enfance conventionnelle et bourgeoise. J’ai grandi dans une famille unitaire ; nous n’avons jamais été riches mais jamais pauvres non plus. Si vous voulez un exemple, John Lennon est presque exactement mon égal, socialement, quoique les origines de nos familles soient légèrement différentes. Nous avions à peu près le même âge. Je crois qu’il avait un an ou deux de plus que moi. Après avoir quitté l’école, j’ai pris un travail ennuyeux, mais seulement parce que j’y ai été obligé. Depuis l’adolescence, la seule chose que j’ai eu envie de faire, c’est devenir écrivain. Donc, dès que j’ai pu quitter mon travail ennuyeux et me mettre à écrire, je l’ai fait. Et j’ai continué jusqu’à ce jour. Depuis 1968 — donc environ 37 ans. J’ai passé l’essentiel de ce temps assis devant un bureau. En conséquence, en matière d’événements, ma vie ne me fournit pas grand-chose que je puisse utiliser dans une fiction. Je dis parfois que le seul élément autobiographique de mes livres est que lorsqu’un problème se profile pour un de mes personnages, je me demande toujours : « Bon, qu’est-ce que je ferais pour me sortir d’un truc pareil, moi ? »&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : On trouve pourtant des correspondances entre votre vie et vos fictions (divorce, jumeaux) qui ne semblent pas fortuites…&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Mes jumeaux constituent une coïncidence. Déjà, ils ne sont nés qu’en 1989, alors que je me suis passionné pour le phénomène des vrais jumeaux en 1980, quand j’ai pris connaissance des expériences menées sur des jumeaux séparés par l’Université du Minnesota. Mon intérêt premier pour le sujet était en rapport avec le déterminisme : les recherches semblaient révéler que nos vies sont planifiées à l’avance, que la chance ou les coïncidences n’existent pas. Cela m’a donné à réfléchir et je n’ai depuis jamais cessé de travailler sur cette idée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, ce n’est pas ma faute si un scénariste de comics minable des USA s’est mis à signer « Christopher Priest » et fait passer son travail pour le mien depuis dix ans. (Quoiqu’en un sens, j’imagine que je suis le candidat idéal pour ce genre de mésaventure !) Une histoire similaire est arrivée à Graham Greene, qui appelait son double « l’Autre ». Cet homme suivait Greene partout, et donnait en son nom des interviews aux journaux, mais ils ne se sont jamais rencontrés.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : On dirait que le fait d’écrire sur le réel le modifie. Dans La Fontaine pétrifiante, la décision du narrateur de raconter sa vie fait basculer le réel ; dans La Séparation, c’est la juxtaposition de témoignages qui fait apparaître des divergences donnant à voir deux réalités distinctes. L’écriture transforme-t-elle le réel ? Ou bien est-elle ce qui met en évidence la divergence ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : L’écriture elle-même ne transforme pas le réel. La vie le peut peut-être. Mais dans un livre, l’écriture est la vie, alors j’estime toujours qu’il est juste d’écrire de manière à ce qu’à la fois le fait que j’écrive et celui que le lecteur lise puissent avoir une influence maligne sur la « réalité » de la fiction.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : Le héros priestien est-il ancré dans le réel ? On le dirait plutôt déconnecté du monde, évoluant dans un univers parallèle.&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Il n’y a pas de héros dans mes livres. Il y a des gens à qui il arrive des choses !&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : On a aussi l’impression que le personnage priestien oscille entre paranoïa et schizophrénie. Il se demande souvent s’il n’est pas fou. Est-ce un thème qui vous préoccupe ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Il m’arrive de m’inquiéter un peu pour ma santé mentale, mais plus on vieillit, plus on réalise qu’en fait, c’est le monde qui devient fou autour de nous. Vraiment.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-priest-archipeldureve.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-priest-archipeldureve.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;B. : Qu’est-ce pour vous que l’Archipel du rêve ? Un univers personnel, une perception particulière de la réalité ? Une mise en scène de celle-ci ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Je le vois comme une tapisserie, une scène de théâtre, une feuille blanche. Il existe à mi-chemin entre la réalité et le fantasme, et grâce à cette tension, il me permet d’imaginer des métaphores que j’estime intéressantes.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : Quelle est la perception de votre œuvre dans les pays anglo-saxons ? E n France, vous n’êtes pas considéré comme un auteur facile. Qu’en est-il ailleurs ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Je n’en ai aucune idée. Mes livres sont souvent qualifiés de « challenging » [N.d.T. : stimulant ; qui représente un défi] par les critiques anglais. Les critiques américains ignorent jusqu’à mon existence, donc ils ne m’ennuient pas plus que je ne les ennuie. Au début, j’ai pris ce « challenging » comme un compliment, car je pense que la bonne fiction doit proposer un défi au lecteur, ne serait-ce qu’un petit peu. Mais j’ai fini par m’apercevoir qu’en jargon de critiques, ce mot signifie « salement difficile » ou « Mais qu’est-ce qu’il nous raconte, lui, bordel ? ». En d’autres termes, il est utilisé pour décourager le lecteur. Je trouve cela décevant et déprimant. J’ai toujours estimé que le véritable intérêt de la science-fiction et du fantastique provenait d’une qualité double. 1) L’œuvre doit être distrayante. Elle doit être amusante, représenter une grande évasion du monde ordinaire de la réalité ennuyeuse. Mais 2) elle doit faire réfléchir le lecteur. Et réfléchir encore. Et continuer de réfléchir. Réfléchir pour lui-même, veux-je dire, pas essayer de comprendre ce que l’auteur a bien voulu dire. En d’autres termes, la science-fiction devrait présenter des idées intéressantes de manière distrayante, et c’est ce que j’ai toujours essayé de faire depuis le début. Si certaines personnes estiment que c’est « difficile », je n’ai qu’une réponse à leur apporter : « Pas de pot. Essayez de réfléchir, pour changer un peu. Se divertir ne consiste pas uniquement à regarder des émissions de télé-réalité. » Je trouve d’une tristesse sans borne la piètre qualité de la plupart des best-sellers : mal racontés, peu convaincants, bourrés de détails sans objet, de clichés, ainsi que d’intrigues et de personnages stéréotypés. Est-ce cela que veulent vraiment les gens quand ils lisent un livre ? J’estime que c’est terriblement décourageant.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : On peut donc en déduire que votre écriture n’est pas « typiquement » anglaise, si le succès n’est pas au rendez-vous dans votre pays. Votre sensibilité n’est elle pas plus largement européenne, française ou espagnole ? Quels sont les pays qui vous réservent le meilleur accueil ?&lt;/h4&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-priest2-cambridge.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ITW/itw-priest2-cambridge.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;C. P. : Je me suis toujours considéré comme un écrivain « britannique », empli des vertus et des vices des Rosbifs. On ne peut pas se débarrasser de ses origines. Mais dans l’ensemble, j’ai découvert qu’on n’est jamais prophète en son pays, et la plupart du temps, je me sens gravement sous-estimé et très peu respecté. La plupart des Anglais, même parmi les grands lecteurs, n’ont jamais entendu parler de moi. Cela dit, la situation est bien meilleure dans les autres pays européens. La France et l’Espagne, oui, mais aussi les Pays-Bas, l’Italie, l’Allemagne et le Portugal. En outre, j’ai eu plus de livres traduits en russe qu’Arthur C. Clarke ! J’ai été interdit en Afrique du Sud ! Parodié en Australie ! Pourtant, dans le récent &lt;strong&gt;Cambridge Guide to Science Fiction&lt;/strong&gt; (qui vient d’être édité par les Presses Universitaires de Cambridge, et qui se veut l’étude universitaire définitive sur le sujet, d’ores et déjà largement cité et utilisé comme une « référence »), je ne suis pas mentionné. Je ne veux pas dire que j’y suis mentionné au détour d’un paragraphe. Mon nom n’y figure pas du tout. Dans cet univers-là, je n’existe pas, tout simplement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Voilà pourquoi j’aime venir en France ! Parce que les gens savent qui je suis et ont lu mes livres. Ils prennent mon travail au sérieux. Presque tous sont des êtres intelligents, à la vie bien remplie, qui posent des questions difficiles ou délicates mais font preuve d’un véritable enthousiasme et apprécient réellement ce que je fais. Comme je l’ai dit à ma femme en rentrant de Paris et de Toulouse il y a quinze jours : « Si seulement la vraie vie pouvait ressembler à ça. » Donc, pour répondre à la question, je suppose que cela signifie que je possède une sorte de gène « européen » et qu’il se manifeste quand j’écris d’une manière que je ne soupçonne pas et suis incapable de réellement contrôler.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : Le rythme de vos romans est souvent lent, et accorde une large part au voyage, à la flânerie (la géographie de l’Archipel du rêve, les promenades touristiques dans le sud de la France dans Le Don, etc.). La S-F présente des technologies permettant d’aller plus vite dans tous les domaines, un désir de vitesse qu’on ne perçoit pas chez vous. Quelle est votre conception du temps ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Que cette interview touche à sa fin.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;itw-priest-machineaexplorerespace.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/itw-priest-machineaexplorerespace.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;h4&gt;B. : Curieusement, l’espace est davantage considéré dans votre œuvre en termes de durée (le temps passé à explorer un lieu ; c’est d’ailleurs le premier problème évoqué dans l’exploration de l’univers virtuel de Futur intérieur, celui du corps restant trop longtemps dans son caisson) que de spatialisation, alors que le temps est vu comme un espace (Le Monde inverti, La Machine à explorer l’espace). Peut-on affirmer que chez vous l’espace et le temps sont intervertis ? Ou que vous vous amusez à inverser leurs valeurs pour mieux observer la façon dont ils sont liés ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Oui, exactement. C’est H.G. Wells qui a suggéré pour la première fois que « le temps » et « l’espace » constituent deux expressions différentes du même phénomène et sont fondamentalement inséparables.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;B. : Curieusement, aussi, c’est dans les univers imaginaires comme l’Archipel du rêve qu’on s’affranchit de la durée (l’immortalité de la Fontaine pétrifiante). Avez-vous des commentaires à faire sur le sujet ?&lt;/h4&gt;&lt;p&gt;C. P. : Pas vraiment, sinon pour dire de l’impulsion de ralentir ou de figer le temps est très forte en de nombreuses personnes (dont moi), et qu’une grande partie du plaisir qu’inspirent les histoires situées dans l’Archipel du rêve, vient pour moi de la sensation d’absence de temps qui passe. On est stationnaire, on reste en place et on regarde autour de soi.&lt;/p&gt;&lt;h5&gt;Propos recueillis par Claude Ecken et traduits par Michel Pagel.&lt;br /&gt;Interview parue dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-39&quot;&gt;numéro 39&lt;/a&gt; de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;Merci à Pascal Thomas.&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>2 comme Auf Zwei Planeten</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/21/2-comme-Auf-Zwei-Planeten" rel="alternate" type="text/html" title="2 comme Auf Zwei Planeten" />
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      <published>2015-09-21T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-09-21T15:31:49+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-2-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Où,&amp;nbsp;après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/03/30/0-comme-Zone-Zero&quot;&gt;0&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, l'on entame un troisième tour d'alphabet en recommençant par un chiffre : 2, comme le nombre de mondes en scène dans &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt; de l'auteur allemand Kurd Laßwitz, épais roman fondateur de la science-fiction outre-Rhin.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Auf Zwei Planeten, Kurd Laßwitz, 1897. Édition numérique, ≈ 700 pages.&lt;/h5&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-2-cover1.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-2-cover1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-2-cover1_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;La science-fiction a plusieurs pères (et pas de mères : drôle de parentèle). En France, c’est une évidence, il s’agit de l’indétrônable Jules Verne. L’Angleterre a l’immense H.G. Wells. Moins connu sous nos latitudes, le russe Konstantin Tsiolkowsky s’est révélé d’une influence majeure, quoique peut-être davantage en matière d’astronautique que de littérature. Et en Allemagne ? L’Allemagne a Kurd Laßwitz. Manière de consécration pour l’auteur, un prix allemand porte son nom : le Kurd-Lasswitz-Preis, l’équivalent d’outre-Rhin du Grand Prix de l’Imaginaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Né en 1848 et décédé en 1910, auteur de plusieurs romans, Kurd Laßwitz est surtout connu pour &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt; (1897) — que l’on pourrait traduire par « Sur deux planètes ». Il s’agit d’un énorme roman, gros de la bagatelle de 1,3 millions de signes, inédit en français (mais traduit en anglais dans une version abrégée (&lt;strong&gt;Two Planets&lt;/strong&gt;) voici quelques décennies quoique désormais quasi-introuvables (à moins d’avoir quelques centaines de dollars à dépenser)).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-2-cover-us.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-2-cover-us.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Les couvertures très funky des éditions américaines du roman.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;L’histoire débute à la fin du XIXe siècle. Le pôle Nord demeure à cette époque encore une &lt;em&gt;terra incognita&lt;/em&gt;, et ne sera survolé en ballon que trente ans plus tard par Roald Amundsen. Justement, c’est avec un aérostat que trois explorateurs allemands, Hugo Torm, le naturaliste Josef Saltner et l’astronome Grünthe, se dirigent vers le pôle. Quelle n’est pas leur surprise de découvrir au pôle géographique une mer intérieure, au centre de laquelle se trouve une île de toute évidence artificielle, à en juger par la gigantesque carte terrestre qui s’y étend. Une carte qui, curieusement, ne représente la Terre que vue depuis le pôle, jusqu’au 30&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; parallèle. Alors que le ballon survole l’île, un courant ascendant l’aspire dans les airs avant de le faire chuter. Torm est porté disparu tandis que Grünthe et Saltner sont récupérés par les habitants de l’île. Ceux-ci ne sont autres que des Martiens : ils ont établi une base avancée sur l’îlot, à la verticale duquel se trouve une station spatiale, située à un demi-rayon terrestre de là. Les déplacements entre l’île et la station s’effectuent grâce à un système d’anti-gravité, dans lequel l’aérostat s’est retrouvé pris.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Saltner et Grünthe réagissent de manière très différente face aux Martiens. Le premier ne tarde pas à succomber aux yeux de la belle La. À l’inverse, l’astronome garde une attitude distante, s’inquiétant des objectifs des habitants de la planète rouge. Technologiquement supérieurs aux humains, ne risquent-ils pas de se comporter tels des Cortes ou des Pizarro de l’espace ? Grünthe se remémore également certaines paroles de leur collègue et mentor, Friedrich Ell, qui a poussé Hugo Torm à entreprendre son expédition : grâce à sa connaissance de la langue martienne, l’astronome comprend enfin certaines des paroles énigmatiques de Ell — pas de faux suspense, le plus inattentif des lecteurs aura compris que Ell entretient quelque lien occulte avec les Martiens. Si les deux humains sont donc bien accueillis par leurs hôtes d’outre-espace, ils se languissent vite de leur pays natal. Un compromis est trouvé : Grünthe repart en aéronef en Allemagne, tandis que Saltner s’envole pour Mars.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’astronome revient à Friedau, petite bourgade allemande d’où est également originaire Hugo Torm. C’est là que vit Isma Torm, l’épouse de ce dernier, ainsi que Friedrich Ell — qui annonce à ses amis être le fils d’un explorateur martien perdu sur Terre. Isma et Ell profitent de l’aéronef pour gagner la base polaire puis Mars. Et la jeune femme de visiter la planète rouge, ses canaux, ses villes sous canopées et leurs maisons mobiles… Une planète harmonieuse, qui n’a pas connu la guerre depuis des siècles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mais les événements se précipitent : sur Terre, un navire anglais a ouvert le feu sur un aéronef martien. Le sentiment anti-terrien grandit chez les habitants de la planète rouge (mais est peut-être amplifié et exagéré par les médias), et le gouvernement fédéral planétaire envisage diverses solutions : mettre la Terre sous tutelle ? S’accaparer les pôles comme colonies ? D’autant que l’intérêt de Mars pour la planète bleue a des raisons autres que politiques : la Terre bénéficie de davantage de ressources ainsi que d’un plus grand ensoleillement… Sur Terre justement, les gouvernements occidentaux hésitent sur la marche à suivre : accéder aux demandes des Martiens, ou résister ? Le Royaume-Uni tente de se rebeller, mais est bien vite écrasé par la flotte aérienne martienne. Plus tard, c’est au tour de la Russie. Friedrich Ell, mi-Terrien, mi-Martien, est nommé au rang de « Kultor » et administre d’une main de fer la partie allemande du protectorat terrien. Dans les latitudes boréales, Hugo Torm refait enfin surface. Le conflit est inévitable, mais la paix finira par vaincre.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-2-cover3.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-2-cover3.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-2-cover3_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Mine de rien, &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt; est paru la même année que &lt;strong&gt;La Guerre des mondes&lt;/strong&gt; de H.G. Wells. Sur des thématiques similaires, le traitement de Wells et de Laßwitz diffère grandement. La relative brièveté et le sentiment d’épouvante de &lt;strong&gt;La Guerre des mondes&lt;/strong&gt; (ainsi que, peut-être, le fait qu’il soit en anglais) ont participé à son élévation au rang de classique fondateur, ce qui semble être moins le cas de &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt;. Car il faut bien reconnaître que ce roman-ci est long, et par endroit affreusement longuet, l’auteur embarquant le lecteur dans des considérations arides sur l’ensoleillement et sa conversion en Reichsmark… Si la première partie est bien maîtrisée, la seconde s’éparpille, se perd entre les différents personnages et peine à faire ressentir autre chose que de l’ennui — alors que, zut, il est quand même question d’une guerre des mondes !&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-2-pict.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-2-pict.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Il n’empêche : lire cette proto-SF s’avère par moment passionnant, dans les extrapolations de Kurd Laßwitz, ou, au contraire, dans ce qu’il n’extrapole pas. Quelques notes en vrac :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les Martiens : le texte allemand dit « Martier », au lieu du désormais plus commun « Marsianer » (martien) ou « Marsbewohner » (habitant de Mars). Ici, pas de monstres tentaculaires, les habitants de la planète rouge sont humanoïdes, et seuls les distinguent des Terriens leurs grands yeux, pouvant faire montre d’une plus vaste palette émotionnelle. (Sans oublier leur difficulté à se mouvoir sous la gravité terrestre.)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Mars : pas d’innovations, Laßwitz décrit la planète rouge conformément aux croyances de l’époque, c’est-à-dire telle que perçue par Schiaparelli. Des canaux parcourent son hémisphère sud, pour amener l’eau, trop rare, dans le nord. Les villes s’étendent le long de ces canaux, protégées des ardeurs du soleil (car l’atmosphère est fine) par des arbres gigantesque jouant le rôle de parasol. Les zones industrielles sont elles aussi très vertes. Politiquement, la planète se découpe en plus de cent cinquante états indépendants, sous divers régimes (monarchies démocraties aux constitutions socialistes, communistes ou aristocratiques), regroupées au sein d’une fédération planétaire — ce qui explique le séculaire climat de paix.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-2-mars.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-2-mars.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-2-mars_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Mars selon Schiaparelli&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Les inventions : Kurd Lasswitz est-il le premier auteur à avoir inventé la station spatiale ? L’auteur les place à un rayon planétaire des astres à côté desquels elles se situent, pour des raisons d’équilibre gravitationnel : à en juger par le nombre de satellites stationnant à 6 356 kilomètres pile au-dessus des pôles, ça n’est pas forcément la meilleure idée (mais il fallait essayer). Les satellites justement : il n’est pas question de sondes orbitales, ce qui explique la perception partielle qu’ont les Martiens de la géographie terrestre. Les déplacements s’effectuent donc via aéronefs (Luftschiffe) et spationefs (Raumschiffe). Laßwitz invente l’anti-gravité pour permettre les déplacements entre la surface planétaire et les stations. Quant aux communications, elles s’effectuent par téléphone, ou, entre la Terre et Mars, via des dépêches lumineuses (Lichtdepesche).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En résumé, Kurd Laßwitz est un Arthur C. Clarke du XIXe siècle. À défaut de proposer une histoire passionnante et inoubliable, son &lt;strong&gt;Auf Zwei Planeten&lt;/strong&gt; s’avère prémonitoire par endroits, et soulève des questionnements intéressants. Certes, le progrès scientifique a rattrapé le roman, le reléguant désormais au rang de curiosité du patrimoine de la SF.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol2-2-cover2.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol2-2-cover2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol2-2-cover2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;/&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Une récente édition papier du roman&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Introuvable : oui (en français et en France du moins)&lt;br /&gt;Illisible : non&lt;br /&gt;Inoubliable : non&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Ambient 1-4</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/16/Ambient-1-4" rel="alternate" type="text/html" title="Ambient 1-4" />
      <id>urn:md5:96fc30aa88d57495716e561c4363d3ee</id>
      <published>2015-09-16T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-09-16T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>De A à Z</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on inaugure une sous-catégorie de l'Abécédaire, qui reviendra à chaque fin de tour d'alphabet afin de se consacrer à un cycle ou un ensemble d'œuvre formant sens. Et l'on commence ainsi à la lettre A, avec la série de disques &lt;strong&gt;Ambient&lt;/strong&gt; du pape de… l'ambient, Brian Eno, quatre albums dont les pochettes en forme de cartes topographiques dissimulent de fascinants paysages sonores.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Ambient 1: Music for Airports, Brian Eno, EG (1978). 4 morceaux, 48 minutes.&lt;br /&gt;Ambient 2: The Plateaux of Mirror, EG (1980). 10 morceaux, 39 minutes.&lt;br /&gt;Ambient 3: Day of Radiance, EG (1980), 49 minutes.&lt;br /&gt;Ambient 4: On Land, EG (1982). 8 morceaux, 44 minutes.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Pour commence ce billet, quelques excuses&amp;nbsp;: j’adore écrire sur la musique&amp;nbsp;; le problème, c’est qu’écrire sur la musique revient à vouloir chanter une statue, ou faire un dessin d’un film — inadéquation des médias, la description restera toujours pâlichonne en regard de l’œuvre originelle, vers laquelle vaudra mieux se tourner. De plus, mes compétences musicales étant proches du néant, parler de musique s’avère d’autant plus ardu, dès lors qu’il s’agit d’explorer le côté technique d’un morceau — ça ne sera jamais que des approximations maladroites. Bref. Désolé. Un non-musicien qui se pique d’écrire sur la musique, c’est risqué, forcément. Au moins autant que cette transition, qui nous amène à l’objet de ce billet&amp;nbsp;: s’il est en ce bas monde un musicien qui se qualifie de non-musicien — se revendique même —, et qui a profondément influencé un bon pan de la musique actuelle, c’est Brian Eno.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Brian Eno est tellement cool, tellement incontournable que le groupe de pop psyché MGMT lui a même dédié, sur l’album &lt;em&gt;Congratulations&lt;/em&gt; (2012), une chanson, intitulée &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=XRiBrWY3NB4&quot;&gt;« Brian Eno »&lt;/a&gt;&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I followed the sounds to a cathredal&lt;br /&gt;Imagine my surprise to find that they were produce by Brian Eno&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;(…)&lt;br /&gt;We're always one step behind him, he's Brian Eno, Brian Eno&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Mettons les points sur les i&amp;nbsp;: Brian Eno est Dieu sur Terre. Ou peu s’en faut. D’aucuns diront que c’est David Bowie, ce qui n’est pas entièrement faux. La récente exposition consacrée au Thin White Duke/Ziggy Stardut/Pub-Vittel-Man à la Cité de la musique, sobrement titrée «&amp;nbsp;David Bowie is&amp;nbsp;», l’énonce bien&amp;nbsp;: David Bowie &lt;em&gt;est&lt;/em&gt;. Présence immanente. Et Brian Eno est celui qui l’a annoncé, lorsque Bowie s’est piqué de faire des œuvres vraiment intéressantes – à savoir, la trilogie dite berlinoise, &lt;em&gt;Low&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&quot;Heroes&quot;&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Lodger&lt;/em&gt;. À la manière de Saint Jean Baptiste&amp;nbsp;? Quoique capillotractée, l’analogie tient la route&amp;nbsp;: le nom complet de Brian Eno est Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, considérations mystiques à part, si Brian Eno n’est pas exactement l’inventeur du courant de musique ambient, il est celui qui l’a nommée, et surtout popularisée. Cela, dès 1975 avec &lt;em&gt;Discreet Music &lt;/em&gt;(1975), puis avec sa tétralogie musicale tout simplement titrée &lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt;. Et sans ce travail de vulgarisation, nul doute qu’une part de la production musicale des trente dernières années sonnerait de manière fort différente.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-ocean.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-ocean.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;On peut retracer la généalogie de l’ambient à Erik Satie et John Cage. Le premier a, en 1917, composé plusieurs pièces musicales de «&amp;nbsp;musique d’ameublement &amp;nbsp;», faite pour être entendue, non écoutée, avec des titres à l’avenant&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Tapisserie en fer forgé&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Carrelage phonique&lt;/em&gt;. Le second est célèbre pour son morceau &lt;em&gt;4’33&quot;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une pièce pour piano en trois mouvements où le pianiste se contente de soulever et rabattre le couvercle du clavier&amp;nbsp;; bien entendu, ce sont les auditeurs qui produisent le morceau, avec les sons qu’ils ne pourront s’empêcher d’émettre — l’environnement sonore extérieur intègre l’œuvre. Des approches qui ont conduit à désacraliser la musique&amp;nbsp;: Satie, Cage, d’autres encore, ont montré que la musique pouvait être&lt;em&gt;autre chose&lt;/em&gt;, que ce qu’on considère «&amp;nbsp;bruit&amp;nbsp;» pouvait bien être, eh bien, de la musique. Et je ne saurais que trop recommander la lecture de &lt;strong&gt;Ocean of Sound&lt;/strong&gt; de David Toop, un ensemble de réflexions sur l’ambient et la musique, décousu mais passionnant.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-eno.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-eno.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/.ambient-eno_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Quatrième album solo de Brian Eno après son éviction de Roxy Music, &lt;em&gt;Discreet Music&lt;/em&gt; arrive après trois disques d’une pop inclassable, tendant vers des climats de plus en plus étranges (&lt;em&gt;Here Come the Warm Jets&lt;/em&gt; (1974), &lt;em&gt;Taking&lt;/em&gt; &lt;em&gt;Tiger Moutain (by Strategy)&lt;/em&gt; (1974) et le formidable &lt;em&gt;Another Green World &lt;/em&gt; (1974)). On peut y rajouter &lt;em&gt;Before and After Science&lt;/em&gt; (1977), afin de former une tétralogie art-pop formant pendant aux quatre disques &lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt; — même si Eno n’en a composé que deux et demi — avec &lt;em&gt;Discreet Music&lt;/em&gt; comme point d’articulation.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-discreetmusic.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-discreetmusic.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;L’histoire veut que Brian Eno ait eu une révélation lors d’une convalescence après un accident de la route&amp;nbsp;: alité à l’hôpital, il s’est un jour retrouvé à écouter un disque de harpe, quoique passé à très bas volume. Impossible de se déplacer pour augmenter le son&amp;nbsp;: en écoutant ainsi le disque, Eno a également porté son attention sur le reste de son environnement sonore.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La face A contient le morceau éponyme, une mélodie brumeuse et éthérée étalant ses sonorités synthétiques sur une demi-heure froide et lancinante. Apaisant, si l’on veut. Quant à la face B, elle propose trois variations sur le célèbre &lt;em&gt;Canon&lt;/em&gt; de Pachelbel&amp;nbsp;: les musiciens ne disposaient que de fragments de la partition, et avaient pour consigne d’altérer la composition – c’est sûrement ce qui donne cette impression frustrante à ces trois variations, qui repoussent sans cesse le moment libérateur où la mélodie décolle enfin. Un coup d’essai intéressant, mais d’une écoute potentiellement peu satisfaisante. On s’ennuie. Oh, rien de plus normal, &lt;em&gt;Discreet Music&lt;/em&gt; n’est pas un disque à écouter, mais à entendre. De ce côté-là, c’est réussi (mais n’empêche qu’on s’ennuie, comme une après-midi désœuvrée sous la grisaille).&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-ambient1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-ambient1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;C’est donc en 1978 que paraît l’acte de naissance du genre ambient&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Ambient 1: Music for airports&lt;/em&gt;. Quatre morceaux sans titre composent le disque — «&amp;nbsp;sans titre&amp;nbsp;», c’est vite dit, chaque morceau ayant pour titre un numéro indiquant sa position sur la face du 33 tours et surtout un dessin le représentant graphiquement. Sur la pochette figure une profession de foi où Eno annonce ses intentions&amp;nbsp;: la volonté de proposer une musique d’ambiance, d’environnement (ici, spécifiquement à destination des aéroports), qui ne soit pas frappée des mêmes préjugés que la «&amp;nbsp;muzak», la musique d’ascenseur ou de supermarché&amp;nbsp;; proposer une musique qui ne force nullement l’attention de l’auditeur, qui soit intéressante mais que l’on puisse ignorer. Un drôle d’enjeu…&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Whereas conventional background music is produced by stripping away all sense of doubt and uncertainty (and thus all genuine interest) from the music, &lt;em&gt;Ambient Music &lt;/em&gt;retains these qualities. And whereas their intention is to `brighten' the environment by adding stimulus to it (thus supposedly alleviating the tedium of routine tasks and levelling out the natural ups and downs of the body rhythms) &lt;em&gt;Ambient Music &lt;/em&gt;is intended to induce calm and a space to think.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Les 17 minutes de «&amp;nbsp;1/1&amp;nbsp;» évoquent irrésistiblement Erik Satie, fameux pour ses &lt;em&gt;Gymnopédies&lt;/em&gt; et autres &lt;em&gt;Gnossiennes&lt;/em&gt;. Une lente et délicate mélodie au piano se répète, inlassablement, ponctuée par les interventions d’autres instruments (à noter que ce morceau est co-écrit par l’excellent Robert Wyatt). Suit «&amp;nbsp;2/1&amp;nbsp;», où règnent des voix aériennes vocalisant gentiment dans l’éther. Des mêmes voix que l’on entend sur «&amp;nbsp;1/2&amp;nbsp;», en compagnie du même piano discret de «&amp;nbsp;1/1&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: un morceau synthétisant les deux précédents. Enfin, «&amp;nbsp;2/2&amp;nbsp;» revient aux froides sonorités synthétiques de &lt;em&gt;Discreet Music&lt;/em&gt;. Ces quatre pièces instrumentales forment un ensemble intrigant, aussi calme qu’austère, tout de même un chouïa ennuyeux à l’écoute.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/5KGMo9yOaSU?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-ambient2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-ambient2.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Eno cosigne &lt;em&gt;Ambient 2: The Plateaux of Mirror&lt;/em&gt; avec Harold Budd, compositeur dont il avait produit l’album &lt;em&gt;The Pavilion of Dreams&lt;/em&gt; en 1978. Ce deuxième album de la série délaisse les longs morceaux pour dix pièces musicales bien plus courtes, où domine le piano, accompagné de quelques effets. Le troisième morceau notamment, qui donne son titre à l’album, est sans conteste l’un des plus étranges, ses mélancoliques notes de piano laissant entrevoir quelque réalité parallèle inaccessible (bon, c’est du moins l’impression que me laisse ce morceau). Baigné d’un spleen aérien, l’ensemble constitue une invitation au rêve et au voyage.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/j0Sz0lgYhKw?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-ambient3.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-ambient3.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Pour &lt;em&gt;Ambient 3: Day of Radiance&lt;/em&gt;, Eno n’endosse que le rôle de producteur&amp;nbsp;: le disque est l’œuvre de Laraaji, musicien américain découvert par Eno dans les rues de New York. À la différence des deux disques précédents, &lt;em&gt;Ambient 3&lt;/em&gt; repose moins sur les effets électroniques que sur l’utilisation intensive de la cithare et du hammered dulcimer. La face A consiste en trois variations sur «&amp;nbsp;The Dance&amp;nbsp;», morceau rythmé quasi hypnotique joué au dulcimer &amp;nbsp;: les couches de dulcimer se superposent, jusqu’à créer de nouvelles sonorités. Prenant le contrepried de la face A, la face B, avec deux variations titrées «&amp;nbsp;Meditation&amp;nbsp;», cherche aussi l’hypnose mais de manière apaisée, les nappes de cithare montant et refluant. Un pas de côté au sein de la série &lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt;, et probablement son album le plus faible.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tMBNKmZgs_Y?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-ambient4.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-ambient4.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Enfin, &lt;em&gt;Ambient 4: On Land&lt;/em&gt; voit Brian Eno revenir aux commandes. Huit morceaux composent ce disque, que Eno perçoit comme l’aboutissement de ses recherches.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;This record represents one culmination of that development and in it the landscape has ceased to be a backdrop for something else to happen in front of; instead, everything that happens is a part of the landscape. There is no longer a sharp distinction between foreground and background.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Huit morceaux donc, formant autour de paysages sonores particulièrement perturbés, aux textures très organiques. Les ambiances sont végétales, moites, poisseuses, quelque peu inquiétantes. Il ne s’agit cependant pas d’effrayer ni de mettre mal à l’aise, comme le fera plus tard Trent Reznor avec sa terrifiante BO du jeu &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/11/Q-comme-Quake&quot;&gt;Quake&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. Juste instiller un doux climat d’inquiétude, propice à des rêveries troubles. Ce serait la bande originale parfaite pour &lt;strong&gt;Le Monde englouti&lt;/strong&gt; de J. G. Ballard. Contrairement à &lt;em&gt;Ambient 1&lt;/em&gt;, cet &lt;em&gt;Ambient 4&lt;/em&gt; sollicite davantage l’attention de son auditeur, et s’avère (à mon oreille du moins) le plus intéressant des quatre disques de la série, riche en détails sonores.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/6nl1_dFV5vk?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si les pièces musicales d’&lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt; (et les instrumentaux de Eno en règle générale) suggèrent des paysages mentaux propres à chacun des auditeurs, certaines ont servi à illustrer films ou vidéo — la BO d’&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/11/E-comme-Electroma&quot;&gt;Electroma&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; des Daft Punk contient ainsi un morceau tiré de &lt;em&gt;Another Green World&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Clean&lt;/em&gt; d’Olivier Assayas propose une jolie sélection couvrant plusieurs disques des 70s, et «&amp;nbsp;1/1&amp;nbsp;» peut s’entendre dans &lt;em&gt;9 semaines 1/2&lt;/em&gt;. Et les actuelles BO drone/ambient doivent sûrement beaucoup à Eno (bon, pas que lui, j’imagine) (et on reviendra sur Eno et les musiques de film à la prochaine lettre M de l’Abécédaire).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les liens entre musique et images animés chez Eno ne s’arrêtent pas&amp;nbsp;: notre chauve favori a par ailleurs composé la musique de la série TV&lt;em&gt;Neverwhere&lt;/em&gt; (scénarisée par Neil Gaiman, qui l’a novélisée ensuite avec le roman éponyme). Plus tôt, une sélection de morceaux tirés des disques &lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt; figure sur le moyen-métrage, réalisé par Eno himself, &lt;em&gt;Mistaken Memories of Medieval Manhattan&lt;/em&gt; (1980). Il s’agit de plusieurs séquences de time-lapses du quartier new-yorkais, portées à merveille par cette musique très atmosphérique. L’album &lt;em&gt;Thursday Afternoon&lt;/em&gt; (1984) a lui aussi son lent équivalent vidéo, que Eno appelle une «&amp;nbsp;peinture vidéo&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://player.vimeo.com/video/24656544?color=ffffff&amp;amp;portrait=0&quot; webkitallowfullscreen=&quot;&quot; mozallowfullscreen=&quot;&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;377&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La musique de Brian Eno, dans son pendant ambient, invite au repos et à la méditation. Opter pour la lenteur dans une société où tout va en s’accélérant (encore plus maintenant qu’au moment de la parution des &lt;em&gt;Ambient&lt;/em&gt;). Avec tout ça, notre non-musicen favori aurait pu céder aux sirènes du new age et d’un mysticisme de supermarché, tout ce qu’il y a de plus décrédibilisant, mais il s’en est toujours abstenu, préférant creuser son sillon personnel et tendre ses réflexions sur des visions (haha) à plus long terme — comme son implication dans la Long Now Foundation. Bon, cela ne l’a pas empêché de produire U2 et Coldplay &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt;, mais personne n’est parfait.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La musique qui s’entend mais ne s’écoute pas a fait des émules, plus ou moins intéressants&amp;nbsp;: citons entre autres Aphex Twin ou Biosphere (mais aussi Autechre à leurs débuts, Trent Reznor plus récemment, ou encore The Orb, The Future Sound of London, et tout plein de musiciens que j’oublie). L’ambient ne s’est pas non plus restreint au versant froid et cérébral initié par Eno&amp;nbsp;; le genre s’est aventuré du côté de la musique industrielle, du dub, du drone…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-whitecube.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-whitecube.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Quant à Eno, au tournant des années 2000, il a poursuivi ses recherches musicales en la matière au travers de pièces musicales conçues pour accompagner des installations artistiques&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Music for White Cube&lt;/em&gt; (1997), &lt;em&gt;Lightness: Music for the Marble Palace &lt;/em&gt;(1998), &lt;em&gt;Kite Stories&lt;/em&gt; (1999),&lt;em&gt;Music for Civic Recovery Center&lt;/em&gt; (2000), &lt;em&gt;Compact Forest Proposal&lt;/em&gt; (2001) ou &lt;em&gt;January 07003: Bell Studies for the Clock of the Long Now&lt;/em&gt; (2003)&amp;nbsp;; un ensemble de disques explorant des variations sur de mêmes mélodies. Ce n’est qu’en 2005 que le musicien a sorti a sorti un album avec des… ah, comment ça s’appelle déjà… des chansons&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Another Day on Earth&lt;/em&gt;. Mais l’un de ses derniers albums en date, &lt;em&gt;Lux&lt;/em&gt; (2012), revient à l’approche pianistique discrète de &lt;em&gt;Ambient 1: Music for Airports&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;ambient-lux.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/A-Z/ambient-lux.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Plus récemment et plus près de chez nous, on peut même voir dans l’initiative de la SNCF de doter chaque gare d’un piano une résurgence de l’ambient. Quel que soit la personne qui s’assied au clavier, quelle que soit la qualité de son jeu, la musique s’intègre à l’environnement sonore et contribue à l’améliorer, le dit environnement étant souvent désastreux dans ce genre de lieux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, grâces soient rendues à Brian Eno et ses réflexions sur la nature de la musique.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;He's go the whole world behind him he's Brian Eno, Brian Eno!&lt;br /&gt;He promised pretty worlds and all the silence&lt;br /&gt;I could dream of Brian Peter George St John Le Baptiste De La Salle Eno&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Z comme Zagor</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zagor" />
      <id>urn:md5:d287de8e685dce1cd30d9b8006baa527</id>
      <published>2015-09-11T13:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-11-27T22:43:48+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Où l'on conclut ce nouveau tour d'alphabet en retombant en enfance avec les livres dont vous êtes le héros, en s'intéressant tout particulièrement à la série &lt;strong&gt;«&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt; au travers de son méchant inaugural, Zagor, l'increvable Sorcier de la montagne de feu…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Sorcier de la montagne de feu [The Warlock of Firetop Mountain], Steve Jackson &amp;amp; Ian Livingstone, livre-jeu traduit de l’anglais [UK] par Camille Fabien. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Folio Junior / Un livre dont vous êtes le héros&amp;nbsp;: Défis fantastiques&amp;nbsp;», 1983 [1982]. 220 pages, poche.&lt;br /&gt;
Retour à la montagne de feu [Return to Firetop Moutain], Ian Livingstone, livre-jeu traduit de l’anglais [UK] par Yannick Surcouf. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Folio Junior / Un livre dont vous êtes le héros&amp;nbsp;: Défis fantastiques&amp;nbsp;», 1993 [1992]. 194 pages, poche.&lt;br /&gt;
La Légende de Zagor [Legend of Zagor], Ian Livingstone, livre-jeu traduit de l’anglais [UK] par Pascal Houssin. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;Folio Junior / Un livre dont vous êtes le héros&amp;nbsp;: Défis fantastiques&amp;nbsp;», 1994 [1993]. 272 pages, poche.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avant l’essor de l’informatique domestique, et donc des jeux vidéo, les livres dont vous êtes le héros ont connu un succès certain. Plusieurs collections ont vu le jour dans les années 70-80, certaines bénéficiant même d’une traduction française. Comme la série de livres-jeux «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;» ( &lt;em&gt;Fighting Fantasy&lt;/em&gt;), créée par Steve Jackson et Ian Livingstone, et qui compte plus de soixante titres. La plupart se déroulent dans un univers de fantasy, guère éloigné de celui de &lt;em&gt;Donjons &amp;amp; Dragons&lt;/em&gt;. Accessoirement, il existe un &lt;em&gt;autre&lt;/em&gt; Steve Jackson, dit Steve Jackson US pour le différencier de son homonyme britannique, qui a lui aussi écrit des «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;» et a fondé Steve Jackson Games et inventé le GURPS (système générique de règles pour jeux de rôles).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-zagor1.JPG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-zagor1.JPG&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Introducing Zagor…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;zagor1&quot;&gt;Bref. Le titre inaugural de la série «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;» s’intitule &lt;strong&gt;Le Sorcier de la montagne de feu&lt;/strong&gt;, et introduit le personnage de Zagor (d’où le titre de ce billet), maléfique sorcier qui va gagner en ampleur au fil des volumes qui lui seront consacré. En outre, ce premier volume de « Défis fantastiques&amp;nbsp;» pose les règles, qui ne varieront guère par la suite&amp;nbsp;: trois compétences (habileté, endurance, chance) pour déterminer le personnage du joueur, un système de combat simple.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-feuilleaventure.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-feuilleaventure.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Affutez votre crayon gris et préparez votre gomme.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’introduction du livre pose les enjeux&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Le Sorcier de la montagne de feu&lt;/strong&gt; n’est pas un livre comme les autres. Outre le livre lui-même, il vous faudra une paire de dés, un crayon et une gomme&amp;nbsp;: muni de ces armes, vous pourrez alors devenir le héros d’une aventure périlleuse au cours de laquelle vous chercherez le trésor que le sorcier a caché.&amp;nbsp;» Pas de monde à sauver, juste un trésor sur lequel il s’agit de mettre la main. Et c’est parti pour l’exploration de la montagne de feu (qui, malgré son nom, n’est pas un volcan mais juste une montagne coiffée de plantes rougeâtres), aux entrailles peuplées d’un bestiaire empruntant à Tolkien et la mythologie gréco-latine&amp;nbsp;: gnomes, gobelins et farfadets, mais aussi cyclope et minotaure, sans oublier l’indispensable dragon…&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-warlock.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-warlock.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Zagor, encore en forme…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre se divise grosso-modo en deux parties (les experts ès LDVELH attribuent la première à Ian Livingstone, la seconde à Steve Jackson). La première est un labyrinthe assez classique, fonctionnant sur le principe du Porte-Monstre-Trésor. Dans la majorité des cas, les ennemis sont faciles à vaincre et la curiosité est récompensée, et le joueur récupère ainsi or, équipement ou artefacts fort utiles en temps voulu. Puis l’on arrive à une rivière souterraine&amp;nbsp;: à partir de l’autre rive commence un second dédale, passablement plus complexe. Mieux vaut dresser un plan pour savoir où l’on va et surtout où l’on est déjà passé. L’issue du dédale nous mène au fameux Sorcier et à son dragon, deux ennemis qu’il est possible de vaincre sans avoir à livrer combat, pour peu que l’on ait récupéré les objets adéquats en cours de route. Répétons-le, l’enjeu est &lt;em&gt;juste&lt;/em&gt; le trésor.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-sentinelle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-sentinelle.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Une sentinelle, qui ne fera pas long feu, et dont on retrouvera les ossements dans la suite.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Côté jouabilité/parcours, les livres-jeux se divisent en deux types&amp;nbsp;: les «&amp;nbsp;One-True Path&amp;nbsp;», où un seul et unique bon chemin mènera à la fin, et… les autres, à la circulation beaucoup plus libre. Côté objectif, &lt;strong&gt;Le Sorcier de la montagne de feu&lt;/strong&gt; fonde le genre du «&amp;nbsp;Kill the Sorcerer&amp;nbsp;». Sans être un pur OTP, il n’a qu’un seul chemin correct pour parvenir au but (à savoir&amp;nbsp;: récupérer les bonnes clefs afin de faire main basse sur le trésor), et s’avère un pur KTS. Probablement novateur lors de sa parution originelle, &lt;strong&gt;Le Sorcier de la montagne de feu&lt;/strong&gt; a pris un petit coup de vieux. Le scénario est peu palpitant et l’aventure peine à passionner&amp;nbsp;: le joueur ouvre (ou pas) une porte, combat les monstres derrière (ou évite le piège), chope le trésor, et ainsi de suite jusqu’au boss de fin. Les points de chance/endurance sont pris ou donnés au petit bonheur la chance, le style demeure assez plat et moins riche en descriptions (heureusement qu’il y a des illustrations, qui donnent davantage à voir), et aucune rencontre marquante ne rehausse l’intérêt. Quant à l’antagoniste, Zagor, il n’a pas encore acquis la stature maléfique qui sera la sienne dans les deux volumes ultérieurs&amp;nbsp;: à peine décrit, il manque encore d’envergure. Cette qualité faiblarde n’empêche pas le livre d’être réédité régulièrement depuis une trentaine d’années. Surtout, il pose les bases du monde de Titan, dans lequel se dérouleront la grande majorité des «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;» suivants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lloydofgamebooks.com/2011/02/zagor-misunderstood-hero.html&quot;&gt;Par ici, un blogueur tente de réhabiliter Zagor&lt;/a&gt;, en tentant de démontrer que tout cela n'est qu'un malentendu et que le pauvre homme n'a fait de mal à personne (ce qui n'est pas faux dans &lt;strong&gt;Le Sorcier…&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, le livre-jeu est devenu un jeu de plateau en 1986, qui reproduit peu ou prou le plan du labyrinthe de Zagor. N’y ayant jamais joué (ayant en fait découvert son existence lors de la rédaction de ce billet), je ne saurai en dire davantage.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-boardgame1.JPG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-boardgame1.JPG&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;l'édition anglophone du jeu ; il en existe une française.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui, vu son statut de pionnier&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une cinquantaine de «&amp;nbsp;Défis fantastiques&amp;nbsp;» plus tard est paru &lt;strong&gt;Retour à la montagne de feu&lt;/strong&gt;, envisagé un temps comme le volume conclusif de cet ensemble de livres-jeux. Mais ce titre ayant rencontré un succès inattendu, la collection sera prolongée sur une quinzaine de volumes supplémentaires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-zagor2.JPG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-zagor2.JPG&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Et c'est reparti…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour à la montagne de feu&lt;/strong&gt; se déroule dix ans après &lt;strong&gt;Le Sorcier de la montagne de feu&lt;/strong&gt;. Il faut croire que l’aventurier du premier volume a choisi l’alternative « piller le trésor&amp;nbsp;» plutôt que «&amp;nbsp;devenir le nouveau boss des lieux&amp;nbsp;», car Zagor a usé d’un sortilège de résurrection pour revenir d’entre les morts. Problème, il lui faut un nouveau corps&amp;nbsp;: le mage maléfique envoie ses troupes ravager les environs. Et un nouvel aventurier (vous&amp;nbsp;!) de se coltiner le sale boulot…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intrigue ne commence pas immédiatement au pied de la montagne&amp;nbsp;: le joueur a le choix entre s’y rendre immédiatement ou bien faire un détour par une bourgade proche. Ce second choix s’avère l’occasion de récolter quelques précieux renseignements et de se fournir en équipement (et de buter un monstre ou deux). En fait, il &lt;em&gt;faut&lt;/em&gt; passer par la bourgade&amp;nbsp;: il est impossible de finir le jeu si l’on n’a pas les bons renseignements ni le bon équipement. Ce &lt;strong&gt;Retour…&lt;/strong&gt; a pris en compte le passage des années, et le lecteur-joueur retrouve, dès ses premiers pas dans le repaire de Zagor, quelques références au premier volet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-warlock2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-warlock2.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Zagor, moins en forme, plus en colère…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Attention cependant, le labyrinthe est devenu bien plus dangereux. Dans &lt;strong&gt;Le Sorcier de la Montagne de Feu&lt;/strong&gt;, les morts subites (i.e. paragraphe signifiant la fin prématurée de l’aventure suite à un choix funeste) étaient très rares. À l’inverse, ce &lt;strong&gt;Retour…&lt;/strong&gt; les multiplie &amp;nbsp;: s’écarter du bon chemin conduit, à plus ou moins court terme, à une mort certaine. Les ennemis sont plus costauds, le dédale moins évident à arpenter&amp;nbsp;: bref, le challenge augmente. Non seulement il faut récupérer plusieurs objets magiques, indispensables pour survivre au combat contre Zagor, mais la sagacité du joueur est aussi mise à l’épreuve au travers de quelques énigmes mathématiques (&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor#&quot;&gt;damned&amp;nbsp;!&lt;span&gt;Évidemment, on peut «&amp;nbsp;scroller&amp;nbsp;» à travers les paragraphes pour trouver celui qui correspond à la solution, mais c’est UN PEU de la triche, vous l'avouerez bien.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;). Du «&amp;nbsp;death and retry&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: ce n’est qu’au bout de plusieurs tentatives qu’on parviendra au but.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par rapport au premier volume de la trilogie, l’ambiance se fait plus sombre&amp;nbsp;: le bestiaire faire la part belle aux créatures dégoûtantes et aux nécromanciens, les occasions de trouver la mort sont nombreuses, le joueur est activement encouragé à tout explorer, y compris les poches de ses victimes (qui a dit que c’était moral&amp;nbsp;?)… Bref, une suite sympathique, si je puis dire, mais qui ne déborde pas d’originalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;zagor3&quot;&gt;Vous pensiez avoir mis la pâté à Zagor&amp;nbsp;? Oui mais non. Le vilain sorcier s’avère plus coriace que prévu. Les ultimes phrases de &lt;strong&gt;Retour à la Montagne de Feu&lt;/strong&gt; laissaient planer le doute, entrouvrant la porte à une suite&amp;nbsp;: suite au succès du deuxième volet des mésaventures de Zagor, le 54&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Défis Fantastiques (écrit, selon les spécialistes, non par Livingstone mais Carl Sargent, sous le pseudo de Keith Martin, auteur d’une huitaine de livres-jeux) ramène une nouvelle fois le maléfique sorcier d’entre les morts. Cette fois-ci, ce n’est plus l’Allansie qu’il menace, mais le royaume d’Amarillie, dans un univers parallèle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-zagor3.JPG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-zagor3.JPG&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Jamais deux sans trois…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’introduction, assez longue, donne un background important à ce nouveau monde&amp;nbsp;: le lecteur-joueur comprend qu’il débarque quelques années après un conflit long et meurtrier contre un ennemi… lequel vient de ressusciter, hybridé avec Zagor. Le sorcier fourbit ses armes au Château d’argent, peuplé d’orques (mutants parfois), de zombies et d’autres créatures revenues d’entre les morts d’un acabit similaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nouveauté par rapport aux Défis Fantastiques passés, le roman permet d’interpréter, au choix, plusieurs héros — chacun naturellement doté de capacités variées. Il y a un barbare (force brute), un magicien (ben… la magie), un nain (pas très maniable), et un guerrier (bon en tout, expert en rien). Cette galerie de personnages jouables garantit à ce LDVELH une plus grande rejouabilité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-warlock3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-warlock3.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Zagor, carrément furax…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, &lt;strong&gt;La Légende de Zagor&lt;/strong&gt; constitue l’aventure la plus ardue de la trilogie. Non seulement le Château d’argent nécessite d’être fouillé de fond en comble pour trouver les objets magiques, indispensables pour accéder au repaire de Zagor et affaiblir le sorcier, mais le joueur doit, en plus de faire travailler ses cellules grises pour les énigmes (il y en a une poignée, jamais difficiles, mais qui nécessitent d’explorer à fond les lieux), prier les dieux pour bénéficier d’une chance monstrueuse aux dés, cela afin d’espérer vaincre les innombrables monstres puis Zagor et son dragon, qui représentent les adversaires les plus forts de tous les Défis Fantastiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut certes choisir de zapper les combats et de se concentrer sur l’exploration&amp;nbsp;: quoi de plus agaçant que de perdre à cause d’un mauvais jet de dés&amp;nbsp;? Lorsque j’avais onze ans et pas de console, les combats et tests aux dés accroissaient passablement la durée de vie du livre-jeu. Combat perdu&amp;nbsp;? Retour au paragraphe 1 avec un nouveau héros. Vingt ans après, je n’ai tout simplement envie de laisser le pur hasard gâcher mon aventure, quitte à perdre une part de l’intérêt des LDVELH.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par rapport aux deux aventures précédentes et pour un même nombre de paragraphes (400, la norme d’un Défis Fantastiques, le livre se révèle plus épais&amp;nbsp;: l’auteur prend son temps pour décrire le Château d’argent et sa cohorte de créatures maléfiques (bon, il y a aussi quelques alliés, dont un curieux &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/09/11/Z-comme-Zagor#&quot;&gt;ferrocochon&lt;span&gt;Un cochon mangeur de fer, quoi !&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;), et l’ambiance surprend donc par sa qualité et sa variété. Côté jouabilité, on a la possibilité de vraiment explorer les lieux, c’est-à-dire de revenir sur ses pas et fureter plus attentivement dans certains lieux en disposant d’informations supplémentaires&amp;nbsp;; les morts subites sont bien plus rares que dans &lt;strong&gt;Retour à la montagne de feu&lt;/strong&gt;, et ce sont moins les mauvais choix de paragraphes que les combats qui achèveront le joueur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un contexte approfondi, une ambiance plus prenante, une plus grande rejouabilité… En somme, cette &lt;strong&gt;Légende de Zagor&lt;/strong&gt; s’avère sans conteste la plus réussie des trois aventures dédiées au sorcier maléfique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-chronicles.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-chronicles.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Une quadruple préquelle romanesque.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que Zagor est aussi l’antagoniste d’une série de romans, co-écrits par Ian Livingstone et Keith Martin, «&amp;nbsp;Zagor Chronicles&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: quatre volumes parus entre 1993 et 1994, formant une préquelle à &lt;strong&gt;La Légende de Zagor&lt;/strong&gt; (et inédits en français). Ne les ayant pas lus, j’ignore tout de leur qualité.&lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-boardgame2.JPG&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-boardgame2.JPG&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-z-boardgame2_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;

&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Tout comme &lt;strong&gt;Le Sorcier de la Montagne de feu&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Légende de Zagor&lt;/strong&gt; s’est vu adapté en jeu de plateau. Un jeu plutôt classieux, avec plateau en 3D, figurines, et un dispositif électronique faisant de Zagor le MJ. Le genre de jeu auquel j’aurais adoré jouer plus jeune.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Injouable&amp;nbsp;: vu sa difficulté, presque&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-z-zzz.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-z-zzz.jpg&quot; /&gt;
&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Y comme Yesterday's kin</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/09/Y-comme-Yesterday-s-kin" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Yesterday's kin" />
      <id>urn:md5:0d90cf8ae36b7b7212366a1221e7c97b</id>
      <published>2015-09-09T13:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-09-09T15:09:02+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-y-une.jpg&quot; /&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Où l'on ne dit pas que du bien de &lt;strong&gt;Yesterday's Kin&lt;/strong&gt;, novella de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/nancy-kress/&quot;&gt;Nancy Kress&lt;/a&gt; parue outre-Atlantique plus tôt cette année, et, excusez du peu, couronnée par les prix Locus et Nebula…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Yesterday’s Kin, Nancy Kress. Tachyon Publications, 2014. 189 pp. GdF.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Ce printemps 2015, &lt;strong&gt;Yesterday’s Kin&lt;/strong&gt; de Nancy Kress a remporté un joli doublé Nebula/Locus, notamment face à &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/daryl-gregory/nous-allons-tous-tres-bien-merci&quot;&gt;Nous allons tous très bien, merci&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le court roman de Daryl Gregory avec lequel la novella s’est retrouvée en lice. De fait, ces dernières années, les novellas de Nancy Kress sont régulièrement récompensées par des prix&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/apres-la-chute&quot;&gt;Après la chute&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; a reçu le Nebula 2013,&lt;strong&gt; Le Nexus du Dr Erdmann&lt;/strong&gt; (court roman que j’ai eu l’heur de co-traduire et qui sortira en janvier au Bélial’) a obtenu le Hugo 2009&amp;nbsp;;&lt;strong&gt; Foutain of Age&lt;/strong&gt; le Nebula 2008. Sans omettre &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/danse-aerienne&quot;&gt;Danse aérienne&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, récompensée par le prix Asimov’s des lecteurs en 1994, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-17&quot;&gt;Les Fleurs de la prison d'Aulite&lt;/a&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; par le même prix en 1997, et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/l-une-reve-l-autre-pas&quot;&gt;L’une rêve, l’autre pas&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, Hugo 1992. Engageant, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-y-awarded.png&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-y-awarded.png&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;Un joli palmarès…&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Dans un futur très proche, sur Terre… Quelques mois plus tôt, un vaisseau extraterrestre s’est posé à New York. Bien que désireux de coopérer avec les humains, les aliens sont demeurés invisibles&amp;nbsp;; on les a surnommés Denebs, même s’ils ne viennent pas de cette étoile. Or, voilà que la généticienne Marianne Jenner est conviée à une visite surprise à l’ambassade extraterrestre. Les visiteurs sont de férus lecteurs de la littérature scientifique, et ont donc étudié la récente publication de Marianne, qui a découvert un trente-et-unième haplogroupe en étudiant l’ADN mitochondrial. Un haplogroupe relativement ancien… Et il s’avère que les Denebs, très humanoïdes, sont non seulement d’origine humaine, mais aussi issus de cette lignée. Le deuxième but de leur visite est de saluer leurs cousins éloignés restés sur Terre&amp;nbsp;; le premier objectif, c’est de prévenir les humains qu’ils vont être confrontés à un danger mortel&amp;nbsp;: dans moins d’une dizaine de mois, le système solaire va traverser un nuage riche en spores mortelles. Un nuage qui a éradiqué la vie sur deux mondes colonisés par les Denebs. Marianne Jenner a trois enfants. Noah, le benjamin, est un jeune homme pas bon à grand-chose dans la vie, qui passe son temps à prendre du « sucre de canne », une nouvelle drogue qui modifie la personnalité. Face à son frère aîné, botaniste spécialisé dans les espèces invasives, et sa grande sœur, obsédée par les frontières et l’isolationnisme dans lequel les USA doivent se cloîtrer, selon elle, Noah a du mal à trouver sa place.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block; align=center&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-y-cover.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-y-cover.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;L’intrigue de &lt;strong&gt;Yesterday’s Kin&lt;/strong&gt; se déroule dans les mois précédant l’entrée du système solaire dans ce nuage mortel. La narration alterne entre Marianne, qui va se consacrer aux recherches scientifiques, et son fils Noah, lié aux Denebs d’une manière qu’il n’imagine pas. Tandis que le temps passe, que les recherches stagnent et que le nuage se rapproche, inexorablement, les humains se montrent de plus en plus hostiles envers leurs cousins éloignés. Du peu qu’on en voit, la société deneb accorde une plus grande importance à la famille, sorte de mètre-étalon qui se pose en regard de nos protagonistes humains, famille joyeusement dysfonctionnelle – un père décédée, une mère trop souvent absorbée par ses recherches (portant donc sur nos ancêtres commun), des enfants aux opinions diamétralement opposée.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-y-endoftheworld.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-y-endoftheworld.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Le problème avec &lt;strong&gt;Yesterday’s Kin&lt;/strong&gt;, c’est que… Bon, plusieurs choses ne vont pas&amp;nbsp;: histoire, personnages, contexte, inspiration. Ça fait beaucoup. L’histoire gagne en puissance, péniblement, mais la résolution est ratée, du genre soufflé qui s’effondre lamentablement sur lui-même. Les protagonistes humains peinent à éveiller quelque sympathie (ou antipathie)&amp;nbsp;; c’est la curiosité qui est aux abonnés absents avec les extraterrestres. Le contexte est peu développé&amp;nbsp;: on comprend que les USA souffrent d’une grave crise financière et envisagent une politique isolationniste. Quant à la fin du monde imminente, elle pourrait provoquer davantage de remous dans la société – du genre mouvements de panique, effort mondial pour trouver une solution. Apathie généralisée qui m’a fait penser à &lt;strong&gt;The End of the World Running Club &lt;/strong&gt;d’Adrian J. Walker, roman post-apo au demeurant fort sympathique mais où les gens ne font tout simplement &lt;em&gt;pas gaffe&lt;/em&gt; au fait qu’une putain de salve d’astéroïdes va mitrailler l’hémisphère nord de la Terre&amp;nbsp;: c’est ballot pour le narrateur, Ecossais d’Edimbourg, qui s’en rappelle le matin même. Heureusement qu’il sait (à peu près) comment procéder dans ce genre de situation, pour avoir lu des brochures sur la survie après une explosion atomique et pour avoir vu… &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/09/04/W-comme-When-the-wind-blows&quot;&gt;When the wind blows&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (tout est lié !).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-y-nuage-icare.png&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-y-nuage-icare.png&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Enfin, l’inspiration&amp;nbsp;: comment faire du vieux avec du pas neuf&amp;nbsp;? Nancy Kress s’y emploie à merveille avec &lt;strong&gt;Yesterday’s Kin&lt;/strong&gt;. Les aliens qui débarquent sur Terre sans vouloir montrer leur minois&amp;nbsp;? On pense à l’admirable roman d’Arthur C. Clarke, &lt;strong&gt;Les Enfants d’Icare&lt;/strong&gt;. L’Ève mitochondriale&amp;nbsp;? Greg Egan a déjà écrit, avec à-propos, à ce sujet dans sa &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/greg-egan/radieux&quot;&gt;nouvelle éponyme&lt;/a&gt;. Le nuage tueur&amp;nbsp;? Il y a &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/le-nuage-noir&quot;&gt;Le Nuage noir&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Fred Hoyle. Et le premier contact&amp;nbsp;? Nancy Kress a déjà fait mieux et plus intrigant avec &lt;strong&gt;Le Nexus du Docteur Erdmann.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Bref, rien de très neuf dans cette novella, qui s’avère bien décevante – et qui rend d’autant plus surprenant son couronnement par le Locus et le Nebula face à un &lt;strong&gt;Nous allons tous très bien, merci&lt;/strong&gt;, bien plus original et plus solide (cela dit avec toute l'objectivité dont je puis faire preuve (ce qui n'est pas gagné)).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en français pour le moment (mais gageons que, vu les prix dont le texte est bardé, une traduction finira par arriver)&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: non plus&lt;/p&gt;</content>
      
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      <entry>
      <title>X comme X, the Man with the X-Ray Eyes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/07/X-comme-X-the-Man-with-the-X-Ray-Eyes" rel="alternate" type="text/html" title="X comme X, the Man with the X-Ray Eyes" />
      <id>urn:md5:fae2521c46cd5b1833f99cfc3607fa59</id>
      <published>2015-09-07T12:50:00+02:00</published>
                    <updated>2015-09-07T12:50:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-une.jpg&quot; /&gt;Où l'on se penche sur &lt;strong&gt;L'Horrible Cas du Docteur X&lt;/strong&gt; de Roger Corman, l'histoire d'un savant, pas encore fou au début du film, mais qui ne tarde pas à le devenir, à trop vouloir élargir le spectre de ses perceptions visuelles… Un vibrant plaidoyer contre l'auto-expérimentation&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;ph5 l=&quot;&quot;&gt;&lt;p&gt;En 1981, le groupe de rock gothique Bauhaus sortait son deuxième album, l’inégalable &lt;em&gt;Mask&lt;/em&gt;. En pénultième position de la face B, la chanson «&amp;nbsp;The Man with the X-Ray Eyes&amp;nbsp;» et ses paroles cryptiques se terminent par quelques phrases faisant directement écho au film éponyme de Roger Corman.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;I have seen too much&lt;br /&gt;Wipe away my eyes&lt;br /&gt;Too much&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/AN5PLC9HQoY?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;p&gt;Est-il nécessaire de présenter Roger Corman&amp;nbsp;? Ce réalisateur et producteur américain est connu et reconnu pour son immense filmographie, essentiellement située dans le domaine des séries B, et pour avoir mis le pied à l’étrier à des jeunots (à l’époque) comme Francis Ford Coppola, Ron Howard, Martin Scorsese ou James Cameron. Entre 1955 et 1971, Corman a réalisé cinquante-deux films&amp;nbsp;: cela fait une moyenne de 3,25 par an, mais la seule année 1957 a vu sortir neuf (9&amp;nbsp;!) de ses films. À partir de 1971, son activité de réalisateur a toutefois cédé le pas à celle de producteur, et il n’a plus guère tourné.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Sam&amp;nbsp;: &quot;Only the gods see everything&quot;&lt;br /&gt;Xavier&amp;nbsp;: &quot;My friend, I'm closing in on the gods&quot;&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-poster.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-poster.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Sorti en 1963, &lt;em&gt;L’Horrible Cas du Docteur X&lt;/em&gt; se situe en plein dans la période créative de Corman. L’histoire est celle du Dr James Xavier, scientifique de renom qui cherche à percer les secrets de la vision&amp;nbsp;: le spectre du visible est si restreint. Que se passerait-il si l’on était capable de percevoir l’ensemble du spectre électromagnétique. Xavier met ainsi au point une substance permettant à l’œil de distinguer les ultraviolets et les rayons X. Mais sur qui la tester&amp;nbsp;? Employé comme cobaye, un singe meurt, et Xavier ne veut pas mettre en danger la vie d’autrui. En dépit de l’opposition de ses collègues, il teste le produit sur lui-même. Le voilà désormais capable de voir à travers la peau, ce qui permet de sauver des vies lors de mauvais diagnostics — ou à travers les vêtements, ce que découvre le praticien lors d’une soirée dansante. Mais Xavier va causer le décès accidentel d’un ami. Et le médecin de fuir à Las Vegas, où il va exercer la profession de magicien, doté d’un étonnant pouvoir de voyance (et pour cause). Le pouvoir des gouttes étant cumulatif, comme le découvre assez vite Xavier, il voit de plus en plus largement dans le spectre électromagnétique, chose qui n’est pas sans effet sur sa santé mentale. Jusqu’à voir la texture même de la réalité et ce qui s’y cache…&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;If thine eye offends thee, pluck it out.&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-xray1.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-xray1.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-xray2.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-xray2.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-xray3.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-xray3.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-xray4.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-xray4.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-xray5.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-xray5.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-xray6.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-x-xray6.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Depuis Lovecraft, on sait qu’il ne vaut mieux pas chercher à savoir ce qui se dissimule à l’extrême bout de nos perceptions, et la fin de &lt;em&gt;L’Horrible Cas du Docteur X&lt;/em&gt; n’est justement pas sans évoquer le Maître de Providence. Tout juste si l’on ne s’attend pas à voir Xavier s’écrier «&amp;nbsp;Nyarlathothep&amp;nbsp;! Azatoth&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Malgré un court passage humoristique (la soirée dansante, où la vision de Xavier traverse désormais les étoffes), la trajectoire de Xavier est celle d’une descente aux enfers&amp;nbsp;; la scène finale proscrit toute rédemption. La légende veut qu’une fin alternative était envisagée, dans laquelle [SPOILER] Xavier puisse toujours voir malgré son auto-énucléation[/SPOILER]. Xavier s’approche de l’archétype du &lt;em&gt;gentil&lt;/em&gt; savant fou&amp;nbsp;: son invention, censée faire le bien (en l’occurrence, améliorer les techniques médicales), finit par causer sa perte — mais le docteur le cherche bien, continuant à s’injecter les gouttes de sa substance en dépit des avertissements de ses amis et des conséquences néfastes.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Our means of receiving impressions are absurdly few, and our notions of surrounding objects infinitely narrow. We see things only as we are constructed to see them, and can gain no idea of their absolute nature. With five feeble senses we pretend to comprehend the boundlessly complex cosmos, yet other beings with wider, stronger, or different range of senses might not only see very differently the things we see, but might see and study whole worlds of matter, energy, and life which lie close at hand yet can never be detected with the senses we have.&amp;nbsp;» H.P. Lovecraft, «&amp;nbsp;From Beyond&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Le film repose assez peu sur les effets spéciaux. L’essentiel de ceux-ci résident dans la représentation des visions de Xavier&amp;nbsp;: dans un cadre circulaire, l’on voit d’abord le scientifique voir sous la surface des choses (sous les vêtements, sous la peau), avant que sa perception du spectre ne s’élargisse. Les images se troublent alors, deviennent de plus en plus abstraites. Des effets plutôt réussis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le film a certes pris un léger coup de vieux, mais pour peu que l’on le regarde avec un œil (pardon) indulgent, il demeure d’une vision (pardon) tout à fait plaisante malgré un rythme inégal. Et Ray Milland, qui interprète James Xavier, est remarquable dans ce rôle de scientifique dévoré par sa propre invention. Dans le genre, &lt;em&gt;L’Horrible Cas du Docteur X&lt;/em&gt; m’a paru plus réussi que le plus connu &lt;em&gt;La Petite Boutique des Horreurs&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En somme, une bonne surprise au sein de la filmographie monstrueuse (pardon) de Roger Corman.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/xmmycl_the-man-with-x-ray-eyes_shortfilms&quot;&gt;non&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-x-sexray.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-x-sexray_s.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;La fameuse règle 34 de l’Internet déclare que, pour chaque truc, il en existe une variante pornographique. Le thème des rayons X pouvant se prêter à des moments graveleux, j’ai cherché (sans assiduité, mieux vaut préciser) un équivalent porno à &lt;em&gt;L’Horrible Cas du Docteur X&lt;/em&gt;… mais, curieusement, n’ai rien trouvé sinon un film de 2007, &lt;em&gt;The Girl with the Sex-Ray Eyes&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.imdb.com/title/tt1142979/&quot;&gt;cf. sa fiche Imdb&lt;/a&gt;), de Fred Olen Ray (cinéaste dont on reparlera à la prochaine lettre E). Apparemment, il s’agit davantage d’un film érotique que pornographique.&lt;/p&gt; &lt;/ph5&gt;</content>
      
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      <title>W comme When the wind blows</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/09/04/W-comme-When-the-wind-blows" rel="alternate" type="text/html" title="W comme When the wind blows" />
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      <published>2015-09-04T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-09-04T15:45:18+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-une.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Après les apocalypses nucléaires de &lt;strong&gt;La Bombe&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Jour d'après&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Threads&lt;/strong&gt;, évoquées dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/19/A-Hard-Rain-s-a-Gonna-Fall&quot;&gt;un précédent billet&lt;/a&gt;, on s'intéresse à un dessin animé : &lt;strong&gt;Quand souffle le vent&lt;/strong&gt;, de Jimmy T. Murakami. Où l'on suit la vie d'un couple de paisibles retraités anglais, soudain confrontés à une attaque atomique sur la Grande-Bretagne…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Quand souffle le vent [When the wind blows], Jimmy T. Murakami, 1986. 80 minutes, couleurs.&lt;/h5&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, on passait en revue &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/19/A-Hard-Rain-s-a-Gonna-Fall&quot;&gt;trois documentaires/docufictions&lt;/a&gt; s’intéressant aux causes et surtout aux conséquences d’un conflit nucléaire. Avec le vrai-faux documentaire &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;The War Game&lt;/em&gt;, 1968] le Britannique Peter Watkins montrait avec intelligence les préparatifs peu efficaces des civils dans l’éventualité d’un conflit et les efforts d’un gouvernement tâchant de ne pas se laisser déborder par les événements&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; (1984) de Mick Jackson, réalisateur anglais, partait sur un postulat semblable, mais sous l’angle d’un docufiction, avec un bonheur (si l’on me passe l’expression) moindre. Enfin, &lt;em&gt;Le jour d’après&lt;/em&gt; [&lt;em&gt;The Day after&lt;/em&gt;, 1983] du cinéaste Nicholas Meyer, dépeignait une attaque nucléaire sur le Kansas et le Missouri.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-poster-uk.jpeg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-poster-uk.jpeg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;L'affiche anglaise du film.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Sorti sur les écrans anglais en 1986, &lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt;, dessin animé dû au réalisateur britannico-japonais Jimmy T. Murakami, continuait d’explorer les mêmes possibles causes et conséquences d’une attaque à l’arme atomique sur la Grande-Bretagne. À l’origine, &lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt; est un roman graphique de Raymond Briggs, illustrateur (re)connu outre-Manche pour son &lt;em&gt;Bonhomme de neige&lt;/em&gt;, autre roman graphique devenu dessin animé en 1982, un classique régulièrement diffusé à Noël au Royaume-Uni (merci Wikipédia).&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-comics.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-comics.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;La couverture de la BD de Raymond Briggs.&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt; raconte l’histoire d’un couple de retraités, Jim et Hilda Bloggs, deux personnes tout ce qu’il y a de plus normales, qui vivent tranquillement dans leur cottage, quelque part dans un coin reculé du Sussex. Leur relatif isolement n’empêche pas Jim de se tenir informé de la situation internationale, tendue lorsque débute le film&amp;nbsp;: les relations entre l’Union soviétique et l’Occident se détériorent, faisant craindre l’éventualité d’une guerre nucléaire. En accord avec les prospectus distribués par le gouvernement, Jim commence à aménager sa maison en abri&amp;nbsp;: dans le salon, des volets appuyés contre un mur forment un refuge rudimentaire, garni d’un peu de nourriture, et de grands sacs en papier dans lesquels s’envelopper pour se protéger des radiations. Il peint également les vitres en blanc, pour réfléchir ces mêmes possibles radiations. Le tout sous l’œil blasé de Hilda, pragmatique ménagère qui ne croit que ce qu’elle voit (et n’a justement pas tendance à voir plus loin que le bout de son nez).&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsque Jim apprend à la radio qu’une ogive nucléaire a été lancée et qu’ils n’ont plus que trois minutes pour se mettre aux abris, le vieil homme a fort à faire pour convaincre son épouse de le suivre dans leur refuge.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ensuite&amp;nbsp;? C’est le grand flash. Une vague brûlante déferle sur le Sussex et détruit presque tout. Et après&amp;nbsp;? Il n’y a plus qu’à attendre. Quatorze jours ou quarante-huit heures, peu importe. Jim tâche d’appliquer précisément le contenu des prospectus gouvernementaux pour savoir quoi faire. Hilda, elle, ne croit guère à tout ça&amp;nbsp;: les radiations, ça ne se voit pas donc ça n’existe pas. Les retombées&amp;nbsp;? Pareil. Peu à peu, le couple s’enhardit à sortir de leur refuge et à arpenter leur maison à moitié détruite. Dehors, la campagne alentour est cramée et le ciel demeure d’un gris de plomb. Mais les secours finiront bien par arriver, non&amp;nbsp;? Et la situation redeviendra normale, si&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-news.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-news.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-souffle.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-souffle.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-air.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-air.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-malades.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-malades.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt; se range dans la même veine pessimiste des films évoqués plus haut. Pas d’échappatoire… On s’en doute, les efforts de Jim sont pathétiques et ne serviront à rien, si ce n’est retarder, si peu, l’inévitable. Un inévitable représenté sans fard : la dégradation de l'état de santé du couple Bloggs ne laisse pas indifférent. Toute simple, l’histoire fait cependant mouche, portée par ses deux personnages, un couple lambda, touchant dans leur simplicité et leur tendresse. Hilda a beau être une ménagère de plus de cinquante ans pas très imaginative, Jim un petit vieux à l’optimisme forcené, ils parviennent à émouvoir.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-poster-fr.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-poster-fr.jpg&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-w-protectandsurvive.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-w-protectandsurvive.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt;&lt;font size=&quot;-2&quot;&gt;&lt;em&gt;Keep calm and find shelter.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;À noter que les prospectus gouvernementaux que cite Jim à longueur de temps s’inspirent d’ouvrages réels, tels que le livret &lt;strong&gt;Protect and survive&lt;/strong&gt; (l’une des affiches de Quand souffle le vent pastiche d’ailleurs la couverture). De telles brochures avaient pour but de rassurer la population quant à la possibilité de survivre à une attaque nucléaire&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt; s’attache à montrer le contraire. Jim, suivant les instructions de &lt;strong&gt;Advising the Householder on Protection Against Nuclear Attack&lt;/strong&gt;, stocke de la nourriture pour deux semaines, repeint les fenêtres en blanc et, après l’explosion, veut allumer la radio pour écouter les annonces gouvernementales. Mais la radio est grillée…&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Côté techniques, le film mêle dessin animé traditionnel et stop motion. Les personnages de Jim et Hilda sont dessinés, mais évoluent dans des décors réels. Une jolie hybridation, qui permet à Murakami des mouvements de caméras impossibles (ou plutôt difficiles, pour un résultat médiocre) dans un dessin animé. Quatre séquences oniriques/de souvenirs ponctuent le film, pour un résultat charmant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;iframe src=&quot;https://www.youtube.com/embed/EylA_1WRcpc?rel=0&quot; allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Côté musiques, c’est nul autre que David Bowie, au sommet de son manque de talent (vraiment, les années 80 ne lui ont pas réussi), qui signe et chante la chanson du générique d’ouverture. On retiendra surtout la participation de Roger Waters, qui compose le reste de la bande originale, notamment et surtout la chanson du générique de fin, «&amp;nbsp;Folded Flags&amp;nbsp;», dont les paroles pervertissent le classique «&amp;nbsp;Hey Joe&amp;nbsp;»&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;Hey Joe, where you goin'&lt;br /&gt;With that dogma in your head?&lt;br /&gt;You can prove your point&lt;br /&gt;But your kids will still be dead&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bring down the curtain&lt;br /&gt;The soap opera must surely close&lt;br /&gt;Before the cold wind blows&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;En 2010, Iron Maiden concluait son album &lt;em&gt;The Final Frontier&lt;/em&gt; avec une longue chanson, justement intitulée &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=PF7s1esAptg&quot;&gt;« When the wind blows »&lt;/a&gt;, dont les paroles s’inspirent du roman graphique de Briggs&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;«&amp;nbsp;He's nearly finished with the preparations for the day&lt;br /&gt;He's getting tired that'll do for now&lt;br /&gt;They are preparing for the very worst to come to them&lt;br /&gt;Getting ready when the wild wind blows&amp;nbsp;»&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;En somme, ce &lt;em&gt;Quand souffle le vent&lt;/em&gt; s’avère une véritable réussite, touchant plaidoyer anti-bombe : même en dessin animé, une bombe sale reste sale. Tant pis s’il est d’une actualité moins brûlante qu’il y a trente ans, il demeure tout à fait regardable et le message continue de porter. (Sa date de sortie en France ne peut que susciter l’incompréhension&amp;nbsp;: 2012… Un peu &lt;em&gt;tard&lt;/em&gt;, non&amp;nbsp;?)&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=sdtpvoOXn2o&quot;&gt;non&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Tête et la Main</title>
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      <published>2015-09-01T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-10-01T10:02:15+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Christopher Priest</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;priest-tetemain-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/priest-tetemain-une.jpg&quot; /&gt;«&amp;nbsp;Vu les limitations du corps humain, son départ de la scène était inévitable.&amp;nbsp;» Suite à un pari morbide, Todd Alborne est devenu un artiste. Un artiste d'un genre tout particulier, qui paye de sa personne lors de ses représentations scéniques. Et Alborne se prépare à sa dernière représentation… &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/christopher-priest/la-tete-et-la-main&quot;&gt;«&amp;nbsp;La Tête et la Main&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, glaçante nouvelle issue du recueil-best-of de Christopher Priest &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/christopher-priest/l-ete-de-l-infini&quot;&gt;L'Été de l'infini&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, vous est proposée à la lecture tout au long de ce mois de septembre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;http://www.belial.fr/christopher-priest/&quot;&gt;Christopher Priest&lt;/a&gt;, issue du recueil &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/christopher-priest/l-ete-de-l-infini&quot;&gt;L'Été de l'infini&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et traduite de l'anglais (UK) par Henri-Luc Planchat, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/christopher-priest/la-tete-et-la-main&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1er au 30 septembre 2015. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a hreflang=&quot;fr&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;priest-tetemain-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/priest-tetemain-titre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;« &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/keoni101/5301688514/&quot;&gt;Scene&lt;/a&gt; »&lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr&quot;&gt;CC-BY 2.0&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/keoni101/&quot;&gt;Keoni Cabral&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>V comme Le Voleur d'éternité</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/31/V-comme-Le-Voleur-d-eternite" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Le Voleur d'éternité" />
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      <published>2015-08-31T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-31T13:44:42+02:00</updated>
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        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;figure style=&quot;{figureStyle}&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-v-une.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Où l'on s'aventure avec le jeune Harvey dans le Pays des Vacances, paradis piégé imaginé par Clive Barker dans &lt;strong&gt;Le Voleur d'éternité&lt;/strong&gt;, première incursion de l'auteur des &lt;strong&gt;Livres de sang&lt;/strong&gt; dans le domaine de la littérature jeunesse…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Voleur d’éternité [The Thief of Always], Clive Barker, traduit de l’anglais [UK] par Thomas Bauduret. Pocket Junior, coll. «&amp;nbsp;Frissons&amp;nbsp;», 1994 [1992]. 238 pp. Poche.&lt;/h5&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-v-cover-vo.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-v-cover-vo.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Qui n’a jamais rêvé, enfant, de vacances éternelles&amp;nbsp;? C’est le cas de Harvey Swick, garçonnet de dix ans, que l’hiver est en passe d’achever&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Pas de doute, Février était un monstre, un mois qui n’apportait que laideur et tristesse&amp;nbsp;; une terrible bête qui avait dévoré Harvey Swick tout cru. Et celui-ci se morfondait au fond de son estomac.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Alors que le garçonnet se lamente face à son miroir, un étrange personnage débarque par la fenêtre de sa chambre&amp;nbsp;: Rictus, individu un peu trop souriant, invite Harvey à la Maison des Vacances. Un véritable paradis, loin de la morose grisaille quotidienne… Le garçonnet accepte l’offre quelques jours plus tard, et suit Rictus à l’autre bout de la ville. Derrière un mur de brume se dresse la demeure de Monsieur Hood, un terrain de jeu idéal. Harvey s’y lie d’amitié avec la très vieille cuisinière, Mme Griffin, et les autres enfants logeant là, Wendell et Lulu. Harvey le découvre vite, le Pays des Vacances possède quelques particularités étranges&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ils travaillèrent à la cabane dans l’arbre tout au long du printemps, qui dura une matinée, avant de décider devant un bon repas de la meilleure façon de passer l’après-midi. Les chaleurs de l’été furent consacrées à jouer et à paresser – en compagnie de Wendell, puis de Lulu – avant de partir à l’aventure sous la lumière de la lune. Finalement, lorsque le vent d’hiver éteignit les chandelles qui brillaient au cœur des citrouilles d’Halloween et que la neige étendit son blanc tapis, ils allèrent s’amuser dans le froid pour, à leur retour, fêter Noël à la chaleur du feu.&lt;br /&gt;C’était une journée de vacances idéale – toutes les vacances de l’année rassemblées en une seule – et le troisième jour fut tout aussi agréable que le second, et le quatrième aussi agréable que le troisième. Harvey ne tarda pas d’oublier qu’au-delà du mur s’étendait un monde d’ennui où Février dormait toujours de son sommeil fastidieux.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p&gt;Mais vient un moment où Harvey commence à se douter que le Pays des Vacances n’est pas tout à fait le paradis qu’il semble être. Il y a déjà cet étang lugubre, situé au fond du jardin, peuplé d’énormes poissons aux yeux tristes. Il y a aussi les quatre serviteurs de Monsieur Hood, tantôt d’un abord &lt;em&gt;presque&lt;/em&gt; sympathique (Rictus et son frère Rythme), tantôt juste horribles (Crypta et Carna). Avec Wendell, Harvey va tenter de quitter le Pays des Vacances, une mission qui s’avère des plus malaisées&amp;nbsp;: le mur de brouillard ramène inlassablement les deux enfants à leur point de départ. Il va falloir ruser pour s’échapper&amp;nbsp;: Wendell et Harvey vont y parvenir, mais subiront une désagréable surprise une fois de retour chez eux. Le voleur d’éternité du titre, c’est bien Monsieur Hood. À un moment ou un autre, Harvey devra affronter l’invisible propriétaire de la maison, nulle part ailleurs sur son propre terrain…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-v-harvey.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-v-harvey.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;Paru juste après l’énorme (et interminable) &lt;strong&gt;Imajica&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Le Voleur d’éternité&lt;/strong&gt; représente la première incursion de Clive Barker dans la littérature jeunesse, avant la série «&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Abarat&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;». Et pour un premier essai dans le genre, c’est réussi&amp;nbsp;: le roman se lit bien autant enfant qu’adulte. &lt;strong&gt;Le Voleur d’éternité&lt;/strong&gt; peut se percevoir comme une variation sur les pays rêvés, tels le Pays des Merveilles d’Alice ou le Pays Imaginaire de Peter Pan. Ici, cependant, cet endroit idyllique s’avère un piège, potentiellement létal là où ceux de Lewis Carroll ou James Barrie sont juste un tantinet dangereux.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-v-crypta.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-v-crypta.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;La morale du roman est inattaquable&amp;nbsp;: il faut profiter du temps qui nous est accordé, et apprendre à apprécier les moments creux de la vie, sans lesquels les temps forts perdent de leur saveur. Des vacances éternelles finissent par devenir ennuyeuses…&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-v-seasons.jpg&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-v-seasons.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-v-seasons_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Voleur d’éternité&lt;/strong&gt; est enrichi d’illustrations de Clive Barker. Les dessins à la plume de l’auteur font merveille, retranscrivant parfaitement le climat d’inquiétude gothique régnant dans le Pays des Vacances. La couverture de l’édition anglaise du roman est également signée Barker, et représente les quatre saisons rythmant les journées chez Monsieur Hood&amp;nbsp;: en regard, les couvertures françaises paraissent bien pâlichonnes, et surtout peu significatives. Là où le dessin de Barker, s’étalant sur toute la longueur de la couverture à rabats, fournit des indices sur le contenu de l’histoire, l’illustration de Pierre-Olivier Templier (à gauche) s’avère sans intérêt, et celle de Christian Heinrich (à droite) assez moche. Sur le site de la revue canadienne &lt;em&gt;Imaginations&lt;/em&gt;, &lt;a href=&quot;http://imaginations.csj.ualberta.ca/?p=4750&quot;&gt;un long article de l’universitaire australienne Gabrielle Kristjanson&lt;/a&gt; étudie les rapports entre les illustrations de Barker et le texte.&lt;/p&gt;&lt;figure style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot;&gt;&lt;img class=&quot;media&quot; alt=&quot;vol1-v-cover-vf.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-v-cover-vf.jpg&quot; /&gt;&lt;figcaption&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;&lt;p&gt;En bref, une excellente réussite de la part du créateur de &lt;em&gt;Hellraiser&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Candyman&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui, d’occasion seulement&lt;br /&gt;Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>U comme Un soir, un train</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/28/U-comme-Un-soir-un-train" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Un soir, un train" />
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      <published>2015-08-28T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-28T16:35:58+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Un soir, un train&lt;/strong&gt;, un film du cinéaste belge André Delvaux, qui transporte (en train naturellement) un professeur de linguistique dans une contrée dont il ne comprend pas la langue…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Un soir, un train, André Delvaux (1968). Couleurs, 91 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-titre.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mathias Bremen (Yves Montand) est professeur de linguistique dans une université belge, situé en Flandres. Lorsque débute le film, Mathias voit son cours abrégé&amp;nbsp;: les étudiants flamands manifestent contre la présence de francophones dans leur université. Se sentant peu concerné par ces événements, le professeur en profite pour rentrer plus tôt chez lui, et passe chercher sa compagne, Anne (Anouk Aimé), au théâtre, où elle travaille comme décoratrice. Mathias a une conférence prévue en soirée&amp;nbsp;: en attendant de prendre le train, il se promène avec Anne. Celle-ci veut l’accompagner, Mathias tente de l’en décourager, mais n’y parvient pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-mathias.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-mathias.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-anne.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-anne.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’ici, tout va bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bercé par le train qui traverse un paysage enneigé, Mathias s’assoupit bientôt. C’est le ralentissement du convoi qui le tire de sa torpeur. Constatant qu’Anne n’est plus dans le compartiment, il part à sa recherche, et croise dans le couloir le professeur Hernhutter, une vieille connaissance. Lorsque le train s’arrête totalement en pleine cambrousse, les deux enseignants descendent et rejoignent sur le bas-côté Val, un ancien étudiant de Mathias. Tous trois ont l’intention de gagner la locomotive, mais le train part soudain. Voilà les trois hommes abandonnés dans ce coin de campagne, loin de tout… La nuit tombe…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-hiver.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-hiver.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-train.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-train.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-boue.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-boue.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-perdus.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-perdus.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus tard, ils atteindront un village, peuplé de gens fuyants et parlant une langue incompréhensible… Comment procéder pour se faire comprendre&amp;nbsp;? Pour rentrer chez soi&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-roman-vo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-roman-vo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-u-roman-vo_s.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Un soir, un train&lt;/em&gt; est l’adaptation du roman éponyme de l’écrivain belge Johan Daisne (1912-1978), représentant du réalisme magique wallon. Deux de ses romans ont portés à l’écran&amp;nbsp;: d’abord &lt;strong&gt;L’Homme au crâne rasé&lt;/strong&gt; (1948) puis &lt;strong&gt;Un soir, un train&lt;/strong&gt; (1948), tous deux précisément par André Delvaux, en 1965 pour le premier roman, 1968 pour le second.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-roman-vf.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-roman-vf.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Sous ses atours de film fantastique, &lt;em&gt;Un soir, un train&lt;/em&gt; traite de l’incommunicabilité entre les êtres – y compris et surtout au sein d’un couple. Les scènes figurant Mathias et Anne ensemble sont significatives&amp;nbsp;: l’un et l’autre monologuent, chacun de son côté, et lorsqu’ils dialoguent enfin, ils peinent à se comprendre. Le lieu de l’action n’est pas non plus anodin&amp;nbsp;: la Belgique, divisée en deux par une frontière linguistique, où (pour autant que je sache) Wallons et Flamands ne font pas forcément l’effort d’apprendre la langue de l’autre. Quant au dernier quart du film, se déroulant dans cette ville étrange où les gens ont un comportement aussi incompréhensible que leur langue, il préfigure très fortement &lt;strong&gt;Épépé&lt;/strong&gt; (1970), roman de Ferenc Karinthy racontant les déboires d’un linguiste dans une ville inconnue peuplée de gens dont la langue défie toutes ses tentatives de compréhension (au demeurant, le roman est excellent et a récemment bénéficié d’une réédition chez Zulma&amp;nbsp;: lisez-le&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-epepe.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-epepe.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-u-epepe_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dès le générique et sa chanson hantée, un sentiment de tristesse va imprégner le film. Une ambiance accrue par le visage mélancolique d’Anouk Aimé et l’air de chien battu d’Yves Montand, ainsi que par les paysages hivernaux traversés par le train. On pourrait se trouver aussi bien en Belgique qu’aux confins des steppes asiatiques, comme le commente le professeur Hernhutter à ce sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Baignant dans une atmosphère de réalisme magique, &lt;em&gt;Un soir, un train&lt;/em&gt; retombe cependant sur ses pieds dans ses dernières scènes. Les événements étranges vécus par Mathias depuis sa descente du train trouvent un sens. De fait, un indice sur le dénouement est donné en cours de film, mais peut passer inaperçu aux yeux du spectateur inattentif (que j’étais lors de ma première vision). Un dénouement qui ne surprendra pas les amateurs de littérature fantastique et de nouvelles à chute, mais l’intérêt ne se situe pas là&amp;nbsp;: ce n’est pas un film de M. Night Shyamalan… Par ailleurs, la scène se déroulant au théâtre d’Anne, où Mathias fait une remarque sur la nature du texte joué (&lt;strong&gt;Elckerlijc&lt;/strong&gt;, pièce en vieux néerlandais datant de la Renaissance, où la Mort, sur ordre divin, fait voyager un monsieur tout-le-monde) s’avère elle aussi porteuse d’un sens métaphorique. L'ensemble acquiert une dimension tragique qui achève de rendre le film inoubliable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-u-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-u-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une remarque annexe&amp;nbsp;: la copie du film que je me suis procurée est un fichier .avi très probablement créé à partir du repiquage d’un enregistrement VHS, lors d’une diffusion du film à la télévision, du temps où les magnétoscopes existaient. Est-ce dû à la diffusion ou à la cassette&amp;nbsp;? L’image vidéo y prend des airs de palimpseste, avec d’autres images apparaissant en transparence&amp;nbsp;: des pages de livre, une publicité pour Panzani… Ces images rémanentes intervenaient de manière judicieuse par moment (souvent non), et laissaient l’impression d’une autre réalité, sous-jacente et inaccessible, effet non dénué d’à-propos quant au twist final d’&lt;em&gt;Un soir, un train&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: quasi (du moins en DVD ; en streaming en revanche…)&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Le Retour des vieux mythes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/26/Le-Retour-des-vieux-mythes" rel="alternate" type="text/html" title="Le Retour des vieux mythes" />
      <id>urn:md5:05874db9af050d2f5f6f3117ebf6c8a8</id>
      <published>2015-08-26T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-08-26T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Doc Stolze</dc:subject>
                    <dc:subject>Pierre Stolze</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;stolze-79-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-79-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Faute de place, la Chandelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/pierre-stolze/&quot;&gt;Pierre Stolze&lt;/a&gt; n'a pas figuré au sommaire du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-79&quot;&gt;Bifrost 79&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, paru le mois dernier — mais la voici sur le blog. Dans ce nouvel article, Doc Stolze passe en revue plusieurs œuvres puisant leur inspiration dans des mythes anciens : le roman graphique &lt;strong&gt;Le Sculpteur&lt;/strong&gt; de Scott McCloud, les dessins animés &lt;strong&gt;Arjun, le prince guerrier&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Conte de la princesse Kaguya&lt;/strong&gt;, ainsi que le film &lt;strong&gt;Les Contes d'Hoffmann&lt;/strong&gt;, tout récemment réédité.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;1. Le Sculpteur&lt;br /&gt;
roman graphique de Scott McCloud (Rue de Sèvres - 485 pp. GdF. 25 e)&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;2. Arjun, le prince guerrier&lt;br /&gt;
dessin animé d’Arnab Chaudhuri (Condor Entertainment - 12,99 e)&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;3. Le Conte de la princesse Kaguya&lt;br /&gt;
dessin animé d’Isao Takahata (Sudio Ghibli - 19,99 e)&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;4. Les Contes d’Hoffmann&lt;br /&gt;
film de Michael Powell &amp;amp; Emeric Pressburger (Studio Canal - 19,99 e)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les vieux mythes ont la peau dure. Sans cesse ils se rappellent à notre bon souvenir. Sans cesse, on les revisite, on les revivifie. Impossible de s’en débarrasser. En voici quelques exemples récents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;stolze-79-sculpteur1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-79-sculpteur1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La bande dessinée, pardon, le «&amp;nbsp;roman graphique&amp;nbsp;» de Scott McCloud (486 pages en noir, blanc et bleu) s’inspire ouvertement des mythes du docteur Faust et de celui du bouillant Achille. David Smith est un jeune sculpteur qui, après une courte période de notoriété, est retombé dans l’anonymat le plus total. Alors qu’il se désespère, il rencontre dans un bar le fantôme de son grand oncle Harry. Lequel fait une offre&amp;nbsp;: soit David connaîtra une longue vie paisible, avec une gentille famille, des enfants et des petits-enfants, soit il deviendra un sculpteur mondialement célèbre, mais alors il ne lui restera plus que deux cents jours à vivre. Pour aider son petit-neveu à acquérir l’immortelle renommée, Harry le dotera d’un étrange pouvoir&amp;nbsp;: celui de modeler à son gré et à mains nues les plus durs matériaux, acier, granite ou béton. David, évidemment, choisit la seconde proposition. De même, quand Thétis avait proposé à son fils Achille, soit une vie longue et obscure, soit une vie courte mais glorieuse, le futur héros avait choisi la gloire. Le pacte qui lie désormais David et Harry évoque également, on l’a dit, celui ayant lié Faust et Méphistophélès. À cette différence que Méphisto avait donné au docteur vingt-quatre années à vivre, et non deux cents jours&amp;nbsp;! À l’instar de Faust tombé amoureux de Marguerite, David tombe amoureux de la jolie et instable Meg. Sentiment réciproque. Dès lors, comment avouer la terrible vérité&amp;nbsp;? Et comment Meg supportera-t-elle le décès aussi proche qu’inévitable de son nouvel amant&amp;nbsp;? Le grand oncle Harry sait déjà que Meg mourra, avant David, d’un accident de la route. Et qu’avant d’accéder à la gloire, David subira bien des déboires et des contretemps…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-79-sculpteur2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;stolze-79-sculpteur2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.stolze-79-sculpteur2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Outre Faust et Achille, il est fait référence explicitement à un autre mythe (p. 13), celui du roi Midas, qui avait souhaité, de façon étourdie, que tout ce qu’il toucherait soit transformé en or. Dans ce pavé graphique, nous sommes dans la tradition manga (mais sans les personnages aux yeux immenses) où, pour une même scène, se multiplient les cadrages et les détails, avec un dessin souvent minimum, ce qui étire démesurément le récit. Dans le genre, j’avais préféré, et de loin, &lt;strong&gt;Habibi&lt;/strong&gt; de Craig Thompson (671 pages, chez Casterman, 2011) au scénario beaucoup plus fouillé et au visuel véritablement époustouflant, tout imprégné d’art musulman. Entre Craig Thompson et Scott McCloud, mon choix est fait&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;stolze-79-arjun.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-79-arjun.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après ces mythes occidentaux, passons à l’Orient et à l’Inde des grandes épopées. Vient de sortir directement en DVD, un dessin animé d’Arnab Chauduri, co-produit par Walt Disney, &lt;strong&gt;Arjun, le prince guerrier&lt;/strong&gt;. Il s’agit de l’adaptation de la partie centrale du &lt;strong&gt;Mahabharata&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;fresque tellement monstrueuse qu’elle n’a jamais été traduite entièrement en français. Voici donc d’un côté les cinq Pandava, fils de Pandu, et de l’autre leurs cousins, les Kaurava, au nombre d’une centaine (!), fils du roi aveugle Dhritharastra (nom simplifié dans le film en Dhrirashtra). Curieusement, si les noms des Kaurava ont gardé leur final en «&amp;nbsp;a&amp;nbsp;», ainsi Duryodhana (l’aîné assoiffé de pouvoir) ou Dushassana, les cinq Pandava ont vu leurs noms quelque peu «&amp;nbsp;occidentalisés&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: Arjuna, le plus valeureux, devient Arjun, Bhima devient Bhim, et les jumeaux Nakula et Sahadeva deviennent Nakul et Sadev. Le scénario se concentre sur l’enfance et la formation d’Arjun(a), sur la façon héroïque dont il obtint la main de la belle princesse Draupadi (en oubliant, détail qui aurait pu choquer, qu’elle fut en fait l’épouse des cinq Pandava en même temps), sur la célèbre partie de dés truqués qui provoqua la déchéance et l’exil des cinq frères, et enfin sur leur retour triomphal — on oublie donc la grande bataille finale de Kurukshetra entre les irréconciliables cousins et l’apparition de Krishna à Arjuna (section dite &lt;strong&gt;Bhagavad-Gita&lt;/strong&gt;). Quelques détails non explicités peuvent troubler des spectateurs peu au fait de l’épopée indienne. Ainsi Gandhari, l’épouse du roi Dhri(tha)rastra, apparaît toujours les yeux bandés. Son mari étant aveugle, elle a voulu, en effet, partager son infirmité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le dessin animé est des plus colorés (avec &lt;em&gt;motion capture&lt;/em&gt;), les quelques chansons qui l’émaillent sont heureusement plutôt brèves (ah&amp;nbsp;! les parties chantées, plaie des studios Disney, comme les parties dansées sont la plaie des films de Bollywood), les personnages sont bien typés, les décors très travaillés, et le tout se regarde avec un réel plaisir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;stolze-79-kaguya.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-79-kaguya.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Restons en Orient en sautant de l’Inde au Japon pour évoquer le dessin animé d’Isao Takahata, &lt;strong&gt;Le Conte de la princesse Kaguya&lt;/strong&gt;, lui aussi tout juste sorti en DVD. Il s’agit de l’adaptation d’un des textes fondateurs de la littérature nippone, originellement «&amp;nbsp;Le Conte du coupeur de bambou&amp;nbsp;» (IX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou X&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle). Un vieux paysan découvre dans un bambou lumineux un bébé, une petite fille que lui et sa femme adoptent d’autant plus facilement qu’ils n’ont jamais eu d’enfant. Le bébé grandit très vite, devient une belle jeune fille, et grâce aux pépites d’or trouvées dans d’autres bambous, la famille s’installe dans la capitale, même si Kaguya («&amp;nbsp;Princesse Lumière&amp;nbsp;») aurait préféré continuer à vivre à la campagne avec ses camarades de jeu. Les prétendants sont nombreux, mais la jeune fille leur impose des épreuves impossibles&amp;nbsp;: lui rapporter le bol de pierre qui servait à Bouddha pour mendier, le rameau d’argent aux fruits de jade de l’île de Horai, le joyau qui pend au cou du dragon des eaux, le pelage d’un roi des rats [cf. notre toison d’or], le coquillage dans lequel certaines hirondelles pondent leurs œufs. Tous échoueront, et le fils de l’Empereur lui-même ne saura convaincre la princesse de l’épouser. Car elle vient du royaume de la Lune, a été envoyée sur Terre pour expier une faute (laquelle&amp;nbsp;?) ou pour échapper à une guerre céleste (style &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?), la réponse n’est pas claire, et à la fin de l’histoire un cortège céleste la ramène sur la Lune (avec en tête un Bouddha aussi impavide que tête à claques). L’animé oublie la suite, ce qu’il advint des parents adoptifs de la princesse ou de l’empereur monté sur le Mont Fuji, le sommet le plus proche du ciel, avec une lettre pour la princesse disparue. Takahata, co-fondateur du studio (bientôt défunt) Ghibli nous avait émus ou régalés avec des animés comme &lt;strong&gt;Le Tombeau des lucioles&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Mes voisins les Yamada&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Le Conte de la princesse Kaguya&lt;/strong&gt; est une égale réussite, avec des dessins mêlant fusain et aquarelle, des moments forts (la fuite éperdue et furieuse de la princesse qui cherche à regagner sa campagne natale) et tout l’amour de la nature (l’idéologie écolo) propre au studio Ghibli en général et à Miyazaki en particulier. À noter que pour le dessin animé &lt;strong&gt;Rebelle&lt;/strong&gt; (2012), les studios Disney se sont largement inspirés du présent conte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;stolze-79-hoffmann.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-79-hoffmann.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Revenons chez nous sans quitter le cinéma. En avril est sorti sur nos écrans, et presque aussitôt en DVD, une version remastérisée d’un des chefs-d’œuvre du tandem Powell/Pressburger, &lt;strong&gt;Les Contes d’Hoffmann &lt;/strong&gt;(1951). Le film reprend fidèlement l’opéra d’Offenbach, lequel mêlait principalement trois récits d’E.T.A. Hoffmann, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Marchand de sable&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Violon de Crémone&lt;/em&gt; » (ou «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Conseiller Krespel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;») et «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Aventures de la nuit de la Saint Sylvestre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». J’ai toujours considéré, ainsi que nombre de commentateurs allemands,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;«&amp;nbsp; &lt;em&gt;Le Marchand de sable&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;(«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Der&lt;/em&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;em&gt;Sandmann&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», 1815) comme un des textes inauguraux de la science-fiction, texte renouvelant le mythe de Pygmalion&amp;nbsp;: de même que Pygmalion tombe amoureux de la statue qu’il a créée, de même Nathanaël va tomber amoureux d’une automate créée par deux savants et qu’il prend pour une véritable jeune fille. Sur toutes les inventions visuelles mises en œuvre dans le film de Powell/Pressburger, on renverra le lecteur aux pertinentes analyses de Jacques Lourcelles dans son &lt;strong&gt;Dictionnaire du cinéma, les films&lt;/strong&gt; (Robert Laffont, collection Bouquins, 1992). Pour le reste, on ne peut que vivement recommander les films de Powell et Powell/Pressburger, une œuvre filtrant, quand elle n’épouse pas carrément, le fantastique, comme &lt;strong&gt;Le Voleur de Bagdad&lt;/strong&gt; (1940), &lt;strong&gt;Une Question de vie ou de mort&lt;/strong&gt; (1946) ou &lt;strong&gt;Les Chaussons rouges&lt;/strong&gt; (1948).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Annexe&amp;nbsp;: La Vie après la mort (Suite)&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;dernier numéro de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, nous avions évoqué le roman de Yu Hua, &lt;strong&gt;Le Septième jour&lt;/strong&gt;, traitant de ce qu’il y a après la mort. Le français Eric Chevillard traite du même sujet dans son dernier roman &lt;strong&gt;Juste ciel &lt;/strong&gt;(éditions de Minuit), mais sur un ton beaucoup plus badin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;stolze-79-justeciel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/stolze-79-justeciel.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À l’âge de 50 ans, Albert Moindre meurt dans un accident de voiture, suite à une collision avec une fourgonnette livrant des olives et des dattes (eh oui, il meurt «&amp;nbsp;&lt;em&gt;criblé de dattes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», p. 59). Il était ingénieur en maintenance pour ponts transbordeurs, un métier rare, s’était séparé de sa femme Palmyre partie avec leur fille Sidonie. Il se retrouve dans une drôle de salle d’attente et parvient à communiquer, par transmission de pensée, avec sa voisine Clarisse, une américaine qui, en 1931, a été spoliée de son titre de Miss Colorado. Il est enfin conduit au &lt;em&gt;Bureau des Révélations&lt;/em&gt; par un ange à l’aspect néandertalien. Là, Albert apprend tout en même temps, dont, entre autres&amp;nbsp;: le nombre exact de melons qu’il a mangés au cours de sa vie, celui des moustiques qui l’ont piqué, quelles personnalités il a croisées sans les reconnaître, l’existence d’un trésor qu’il aurait dû découvrir mais qu’il a loupé, la confirmation qu’une certaine balle de tennis qu’on lui avait déclarée faute était bien pleine ligne. Il apprend également qu’il a mangé l’équivalent de trente-huit bovins, quarante-sept moutons (ou agneaux), soixante-et-onze cochons. Mais l’auteur nous évite le poids exact des déjections d’Albert et le volume total de ses mictions. Albert aimerait bien en arriver aux Grandes Révélations&amp;nbsp;: sur le Big Bang, les Aliens, l’alphabet étrusque ou les fresques rupestres. Las&amp;nbsp;! cela ne sera dévoilé qu’après l’Apocalypse. Albert est ensuite conduit à &lt;em&gt;l’Observatoire&lt;/em&gt;. Tout ce qui se passe sur Terre, sous terre et dans les mers, lui est alors dévoilé. Sa femme a un nouvel amant, qui mourra bientôt, sa fille a également un amant, et Albert n’a pas été inhumé mais ses cendres reposent dans une urne que conserve sa fille. Il revoit tous ceux qu’il a connus, dont ses anciens camarades d’école primaire. Après &lt;em&gt;l’Observatoire&lt;/em&gt;, voici &lt;em&gt;Le Service des Réclamations&lt;/em&gt;, et Albert tempête contre tout ce qui ne va pas sur notre planète (la liste est longue, l’auteur prisant fort les accumulations, souvent grotesques). Voici finalement le &lt;em&gt;Service des Rétributions&lt;/em&gt;. Albert, devenu une espèce «&amp;nbsp; &lt;em&gt;d’avatar spectral&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» (p. 121), apprend comment sont classés, par ordre de mérite, les peintres, les compositeurs, les poètes, classements qui réservent bien des surprises. Albert apprend encore qu’il est déjà mort plusieurs fois (dont une à huit ans, mordu par une vipère), qu’à chaque fois le «&amp;nbsp; ciel&amp;nbsp;» a décidé de changer le cours de l’histoire pour qu’il puisse continuer à vivre, car c’était dans son dessein à lui, le ciel, qu’Albert survécût, dessein jamais franchement explicité, et d’ailleurs Albert va ressusciter dans le corps d’un autre, un certain Ferdinand Arnodin, donc quasi Anodin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’impression que laisse ce récit&amp;nbsp;? Celui d’un long exercice de style, certes brillant, plein de périodes amusantes, de mots rares, de jeux de mots et de clins d’œil, mais un exercice à l’arrivée totalement vain. Bref, une lecture dispensable.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>T comme Taxidermia</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/24/T-comme-Taxidermia" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Taxidermia" />
      <id>urn:md5:4da62bd67d245cfaafc275dcda17fe21</id>
      <published>2015-08-24T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-24T15:18:51+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où, après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on continue à s'intéresser au cinéma hongrois, avec &lt;strong&gt;Taxidermie&lt;/strong&gt; de György Pálfi. Dans ce film cru et viscéral (littéralement), le cinéaste dresse un portrait de la Hongrie au travers de la seconde moitié du XXe siècle…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Taxidermie [Taxidermia], György Pálfi, 2006. Couleurs, 91 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Et un nouveau film hongrois…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour changer de &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1&quot;&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;&lt;em&gt;, Taxidermia&lt;/em&gt; ne se base pas sur une nouvelle de Stanislas Lem, mais sur deux textes de l’auteur hongrois Lajos Parti Nagy. Il s’agit là du deuxième film de Pálfi, après &lt;em&gt;Hic&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Hukkle&lt;/em&gt;, 2003). Se découpant en trois parties de longueur semblable, &lt;em&gt;Taxidermia&lt;/em&gt; brosse un étrange portrait de la Hongrie de la seconde moitié du XXe siècle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-t-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tandis que défile le sobre générique, une voix, doublée par celle d’un interprète, nous informe que, pour comprendre une œuvre, il faut remonter à son commencement. Le ton est donné.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’on suit tout d’abord Morosgoványi Vendel, ordonnance (autre manière de dire troufion) dans un coin de campagne au fin fond de la Hongrie. La Seconde Guerre mondiale semble finie, mais rien n’est moins sûr&amp;nbsp;: Vendel pourrait très bien ne pas en avoir eu connaissance. Le soldat, sorte de vieux garçon, est aux ordres d’un lieutenant tyrannique, Öreg Balatony Kálmán, et vit dans une cabane branlante, à mi-chemin des toilettes et de la maison du lieutenant, qui vit là avec son épouse et leurs deux charmantes filles. Une cabane dont le mobilier consiste essentiellement en une baignoire en bois, aux fonctions multiples&amp;nbsp;: bain, bac à lessive, lit de mort… Sexuellement frustré, Vendel se console avec la flamme d’une bougie… ou les restes d’un cochon récemment égorgé. Entre le porc et la femme grassouillette de Kálmán, quelle différence&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-t-soldatd.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-soldatd.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Vendel et son irascible supérieur&amp;amp;&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img alt=&quot;vol1-t-flammes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-flammes.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Si vous faites comme lui, vous devriez peut-être consulter.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cru, crade, cette première partie est furieusement organique (avec des scènes de sexe non-simulées, semble-t-il), et professe déjà la fascination de &lt;em&gt;Taxidermia&lt;/em&gt; pour le corps, ses orifices et ses substances. Hommes et bêtes se mêlent, tant dans leurs lieux de vie (à l’instar de la baignoire à tout faire, du lit jusqu’au lieu de stockage du porc) que dans leur apparence — la scène finale de ce premier segment est significative à cet égard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film se poursuit avec le fils du lieutenant (ou pas, le doute subsiste), Kálmán Balatony. L’époque a changé, la Hongrie est désormais sous le joug communiste. Le premier plan de cette deuxième séquence nous montre Kálmán en train de s’empiffrer de soupe&amp;nbsp;: le jeune homme, quasi obèse, est champion de bouffe sportive. Bouffe sportive&amp;nbsp;: avaler le plus vite possible le plus de bouffe possible&amp;nbsp;; les épreuves concernent soupes, pains de viande, légumes, desserts, etc. En la matière, Kálmán est rapide. Avec son collègue Bela, le jeune homme représente la Hongrie lors des compétitions de ce type, ayant lieu dans les pays du Pacte de Varsovie. C’est ainsi qu’il rencontre Gizi Acsél, championne en viande, qu’il va se disputer avec Bela…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La bouffe sportive, ce sont les &lt;em&gt;Hunger Games&lt;/em&gt; à l’envers, l’opposé de l’»&amp;nbsp;artiste de la faim&amp;nbsp;» de Kafka. Le pire étant qu’il ne s’agit pas d’une invention du réalisateur. Gerbante à souhait (littéralement&amp;nbsp;: Kálmán, Gizi et Bela passent leur temps à se goinfrer avant de tout régurgiter), cette deuxième partie est à mon sens la plus réussie de &lt;em&gt;Taxidermia&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: tant pour l’aspect historique que la thématique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-t-soupe.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-soupe.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Tu bouffes, et après tu vomis&quot; /&gt;&lt;br /&gt;
&lt;img alt=&quot;vol1-t-parents.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-parents.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les futurs heureux parents&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La troisième et dernière partie se consacre à Lajos Balatony, le fils (enfin, là encore le doute est de rigueur) de Kálmán. Individu malingre et souffreteux, taxidermiste de son état, il mène une vie solitaire dans une Hongrie contemporaine – ses seuls contacts humains sont la caissière du supermarché et son père, avec qui il entretient une relation conflictuelle. Au fil des années, Kálmán a continué à grossir, jusqu’à devenir aussi monstrueux qu’immobile, et il ne fait plus guère que bouffer des barres de chocolat (avec l’emballage en alu, parce que la flemme), engraisser de voraces chats de compétition (bon, techniquement, c’est Lajos qui s’en occupe) et regarder des championnats de bouffe sportive à la télé. Mais Lajos a un projet… L’œuvre de sa vie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette dernière partie, qui explique le titre du film, culmine lors d’une séance d’auto-vivisection à la limite de l’insoutenable, aussi clinique que gerbante (mais pas réellement gore). Le &lt;em&gt;body art&lt;/em&gt; rejoint le &lt;em&gt;body horror&lt;/em&gt;. Mais… cette séquence axée sur Lajos est ratée&amp;nbsp;: on ne comprend pas le cheminement qui amène Lajos à commettre ce geste extrême. La quête de l’immortalité&amp;nbsp;? Si c’est le cas, elle est imperceptible. Reste l’ambiance et les images, marquantes. L’épilogue tente, peut-être, une justification de cette intrigue en partie inaboutie&amp;nbsp;: le travail que Lajos accomplit sur lui-même subit in fine une imperfection.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-t-lajos.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-lajos.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Lajos ne devrait pas tenter de sourire.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-t-obese.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-t-obese.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Papounet&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans l’ensemble, &lt;em&gt;Taxidermia&lt;/em&gt; s’avère un film fascinant, à l’image impeccablement léchée (un peu trop peut-être&amp;nbsp;?). Son aspect cru et organique, ainsi que son attrait pour le corps humain (ou animal) sous toutes ses coutures (y compris intérieures) participent grandement à cette fascination mêlée de répulsion. Il ne faut cependant pas omettre le portrait de la Hongrie que dresse Pálfi via le prisme de ses protagonistes, tous plus ou moins tordus, frustrés, pervers, toujours en conflit — avec l’autorité ou à tout le moins le père — et aux amours insatisfaisantes. Un pays où il fait bon vivre, en somme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’au-boutiste, volontairement choquant, &lt;em&gt;Taxidermia&lt;/em&gt; n’est certes pas un film tout public (euphémisme). Il s’en faut sûrement de beaucoup pour crier au chef d’œuvre, mais malgré ses imperfections, ce deuxième long-métrage de György Pálfi mérite le coup d’œil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: par endroits&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>S comme Sent i november</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/21/S-comme-Sent-i-november" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Sent i november" />
      <id>urn:md5:b8f98a4272a72cec47b348faa28e024c</id>
      <published>2015-08-21T11:30:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-21T15:31:42+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on continue à s'intéresser aux indispensables &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/20/Q-comme-Que-crois-tu-qu-il-arriva&quot;&gt;Moumines&lt;/a&gt; de Tove Jansson, adorables trolls nourris au lait de la tendresse humaine, en se penchant plus particulièrement sur deux livres : &lt;strong&gt;Moomin et la Grande Inondation&lt;/strong&gt;, qui inaugure la série, et l'inédit en français &lt;strong&gt;Sent i november&lt;/strong&gt;, qui la conclut de la manière la plus dépressive possible…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Moomin et la grande inondation [Småtrollen och den stora översvämningen], Tove Jansson, roman traduit du suédois [Fin.] par Kersi Kinnumen. Le Petit Lézard, 2010 [1945]. 48 pp. GdF.&lt;br /&gt;
The Moominvalley in november [Sent i November], Tove Jansson, roman traduit du suédois [Fin.] par Kingsley Hart. Penguin Books, 1971 [1970].&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/20/Q-comme-Que-crois-tu-qu-il-arriva&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-livre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-q-livre_s.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Dans un précédent billet&lt;/a&gt; , votre serviteur avouait son amour pour les Moumines/Moomins (la graphie varie suivant la traduction) de Tove Jansson. L’objet de ce billet, &lt;strong&gt;Que crois-tu qu’il arriva&amp;nbsp;?&lt;/strong&gt;, était un charmant album illustré, mettant en scène Moumine le Troll à la recherche de la Petite Mu. À la réflexion, pas forcément la meilleure porte d’entrée pour découvrir ce pan de l’œuvre de Tove Jansson, mais un chouette petit livre. L’on a souvent tendance à acclamer l’œuvre graphique de Tove Jansson&amp;nbsp;: à raison, car ses dessins, qu’ils soient à l’aquarelle, au trait ou à la carte noire, sont des plus réussis. Davantage les illustrations de roman que les comic-strips, m’est avis. Des comic-strips qui se caractérisent par leur ton volontiers ironique, stigmatisant les travers de la vie moderne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais cela ne doit pas cependant faire omettre que les Moumines sont d’abord nés dans des romans, neuf au total (huit plus un recueil en fait). Le premier, &lt;strong&gt;Moomin et la grande inondation&lt;/strong&gt;, est paru en 1945 et le dernier, &lt;strong&gt;Sent i November&lt;/strong&gt;, en 1970 – et demeure encore inédit en français. Les huit autres volumes sont toutefois disponibles et/ou trouvables d’occasion. Et je ne peux qu’en recommander la (re)(re)(re)lecture.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-inondation.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-inondation.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moomin et la grande inondation &lt;/strong&gt; commence avec Moumine/Moomin le troll, errant dans une forêt obscure et terrifiante avec sa mère. Le père de Moumine a disparu depuis plusieurs mois, parti à l’aventure avec les Hattifnattes. Mais on arrive à la fin août, et il faut déjà penser à se trouver un abri pour l’hiver&amp;nbsp;: les Moumines hibernent, ne supportant pas le froid. En chemin, ils rencontrent une petite créature timorée, une fillette logeant dans la lampe-tulipe de Maman Moumine, un vieil homme qui vit dans un jardin fait de bonbons… Une errance pas dénuée de dangers&amp;nbsp;: un dangereux serpent, et surtout une pluie diluvienne qui provoque une inondation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-hattifnattes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-hattifnattes.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les fameux hattifnattes…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Première histoire des Moumines mais dernière en date à avoir été traduite en français, &lt;strong&gt;Moomin et la grande inondation &lt;/strong&gt;est relativement bref. L’essentiel des personnages peuplant les romans ultérieurs n’apparaitra que dans &lt;strong&gt;Une comète au pays de Moumine&lt;/strong&gt;. Ici, l’inénarrable Snif n’apparaît que sous le nom de «&amp;nbsp;petite créature&amp;nbsp;» et son caractère timoré et grincheux est tout juste esquissé. Moins qu’un roman introductif (les protagonistes sont là, mais n’ont pas encore leurs caractéristiques principales), c’est davantage une esquisse — qui laisse entrapercevoir de quoi sera faite la suite&amp;nbsp;: des personnages aussi adorables que légèrement bizarres, une galerie de créatures n’empruntant à aucun folklore connu et au charme inédit, des catastrophes constantes mais toujours un happy ending. Et surtout une tendresse inimitable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, une novella sympathique, mais d’un intérêt mineur, surtout en regard de la suite. À la différence de certains romans ultérieurs, &lt;strong&gt;Moomin et la grande inondation&lt;/strong&gt; n’a d’ailleurs pas bénéficié d’une réécriture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: en français, oui&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques mots sur les autres livres des Moumines&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-comete.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-comete.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Une comète au pays de Moumine&lt;/strong&gt; (1946, rév. 1968) est le premier roman traduit en français. En compagnie de Snif, Moumine entame une randonnée dans les montagnes, afin de gagner l’observatoire et d’interroger les astronomes sur la comète. Selon le rat Musqué, philosophe à ses heures, elle va heurter la terre. Ce que confirment les astronomes. En chemin, Moumine fait la connaissance du Renaclerican et des deux Snorques, compagnons que l’on reverra par la suite. L’approche de la comète fait reculer la mer, et lors du retour, les aventuriers traversent le lit asséché de l’océan. Expérience étonnante s’il en est. Tout s’achèvera avec un bon verre de grenadine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-chapeau.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-chapeau.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Moumine le troll&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Le Chapeau de magicien&lt;/strong&gt; (1948) raconte un nouvel été dans la vallée des Moumines. À leur réveil au tout-début du printemps, Moumine, Snif et le Renaclérican partent se dégourdir les jambes et se rendent au sommet d’une montagne. Là, ils trouvent le chapeau de Magicien. Un chapeau magique, assurément. Tout ce qui tombe dedans en ressort transformé&amp;nbsp;: des coquilles d’œufs deviennent des nuages, l’eau s’y change en grenadine et les gardons en oiseaux. Moumine en fera l’expérience malheureuse. L’histoire s’articule autour des aventures provoquées par ce chapeau…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-memoires.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-memoires.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Papa Moumine a comme loisir l’écriture de ses Mémoires. Celles-ci forment l’essentiel des &lt;strong&gt;Mémoires de Papa Moumine &lt;/strong&gt;(1950, rév. 1968), un récit picaresque narrant les aventures de jeunesse du personnage. Amusant, ce roman se situe cependant un cran au-dessous des autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-ete.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-ete.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;L’Eté dramatique de Moumine&lt;/strong&gt; (1954) est un retour en forme. Le début rappelle pourtant &lt;strong&gt;Moomin et la grande inondation&lt;/strong&gt;, avec une inondation qui emporte nos héros au loin. Moumine et sa famille trouvent refuge dans une étrange maison flottante, qui s’avère un théâtre. Mais les Moumines ne connaissent rien au théâtre. Tandis que Papa et Maman Moumine et leurs amis vont s’essayer à monter une pièce, processus irritant quoique gratifiant à la fin, le jeune Moumine et la demoiselle Snorque se retrouvent emprisonnés, pris par erreur comme ceux ayant vandalisé le zoo – le responsable n’est autre que le Renaclerican, qui n’a pas pire ennemi que le Gardien de zoo. Cet &lt;strong&gt;Eté dramatique…&lt;/strong&gt; est un chef d’œuvre, hanté par une folie douce-amère, qui culmine dans le surréaliste chapitre où le zoo est ravagé par le Renaclerican.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-hiver.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-hiver.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Un hiver dans la vallée de Moumine&lt;/strong&gt; (1957) voit notre héros se réveiller tout début janvier, à cause d’un rayon de lune. Traditionnellement, les Moumines hibernent de novembre à avril, mais Moumine ne parvient pas à se rendormir. Il quitte le nid douillet de sa maison et s’aventure dehors&amp;nbsp;; la vallée enneigée se révèle sous un autre jour. La mélancolie commence déjà à poindre, comme lors de cette nuit de Grand Froid&amp;nbsp;: un écureuil étourdi reste dehors et meurt, touché par la Dame du Grand Froid. Il a peut-être vu quelque chose de beau avant de mourir, mais ne s’en souviendra pas. Une nouvelle réussite, où pointe déjà une mélancolie inattendue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-contes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-contes.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Contes de la Vallée des Moumines&lt;/strong&gt; (1962) nous propose neuf histoires&amp;nbsp;: le Renaclerican qui, en quête d’inspiration pour une chanson, fait une rencontre&amp;nbsp;; un «&amp;nbsp;whomper&amp;nbsp;» un peu trop imaginatif&amp;nbsp;; une Filigonde qui craint les catastrophes et dont la vie prend sens lorsqu’une tempête frappe sa maison&amp;nbsp;; Moumine qui trouve le dernier, et minuscule, dragon du monde&amp;nbsp;; un Hémule qui ne rêve que de tranquillité et qui se retrouve à monter un parc d’attraction pour enfants silencieux&amp;nbsp;; une fillette, si timide qu’elle est devenue invisible&amp;nbsp;; la jeunesse de Papa Moumine, parti avec les Hattifnattes…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-mer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-mer.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;Un hiver…&lt;/strong&gt;, il faudra attendre huit ans avant de pouvoir lire un nouveau roman. &lt;strong&gt;Papa Moumine et la mer&lt;/strong&gt; (1965&amp;nbsp;; la ressemblance du titre avec le roman de Heminghway est volontaire) est un livre essentiel pour appréhender &lt;strong&gt;Sent i November&lt;/strong&gt;. Dans ce roman, Papa Moumine se monstre insatisfait de sa vie dans la vallée, et persuade sa famille de déménager. Où ça&amp;nbsp;? Sur une île battue par les vents, où se dresse un phare abandonné. Où est passé le gardien&amp;nbsp;? A-t-il fui&amp;nbsp;? La famille prend possession des lieux, et s’y installe de son mieux. Drôle de roman, d’une tonalité étonnamment adulte et sombre. Les émotions y sont complexes, insaisissables… &lt;strong&gt;Papa Moumine et la mer&lt;/strong&gt; tranche de manière singulière avec les romans qui le précèdent.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais que se passe-t-il dans la vallée des Moumines, lorsque ceux-ci partent en expédition vers cette île lointaine&amp;nbsp;? C’est le sujet de &lt;strong&gt; Sent in November&lt;/strong&gt;, dont le titre pourrait se traduire par «&amp;nbsp;fin novembre&amp;nbsp;». Ce roman, outre son caractère ultime, a ceci de particulier qu’il ne met pas en scène les Moumines. De fait, il se déroule en même temps que &lt;strong&gt;Papa Moumine et la mer&lt;/strong&gt;, mais se concentre sur d’autres personnages (comme George R.R. Martin l’a fait avec les tomes 4 et 5 de sa &lt;strong&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Geste de glace et de feu&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;;-)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-november.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-november.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En novembre, il pleut. En route vers le sud, le Renaclerican décide de revenir vers la maison de son ami Moumine pour retrouver l’inspiration. Dans le même temps, d’autres personnages entraperçus dans d’autres textes font également chemin vers cette vallée joyeuse&amp;nbsp;: il y a Grandpa-Grumble, aux trois-quarts sénile&amp;nbsp;; la folle Filigonde à moitié dépressive et maniaque de la propreté&amp;nbsp;; l’Hémule, non moins toqué et asocial que la Filigonde&amp;nbsp;; Toft (tibou&amp;nbsp;?), petit orphelin vivant sous une bâche&amp;nbsp;; la Mume, désireuse de revoir sa jeune sœur, la Petite Mu (par contre, exit Snif et la Demoiselle Snorque). Quelle n’est pas leur déconvenue de découvrir que les Moumines ne sont plus là. La famille a disparu, sans laisser un mot.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Somewhere in the empty house someone shut a door. How can there be so many sounds in an empty house, Fillyjonk thought. Then she remembered that the house was full of people. But somehow she still thought it was empty.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-bateau.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-bateau.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Non, non, pas la peine d'espérer : la famille Moumine ne reviendra pas.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les six invités vont d’abord attendre, vainement, le retour des Moumines, avant de tenter de reformer l’équivalent d’une famille. Dysfonctionnelle, forcément. La Filigonde échoue à reprendre le rôle de Maman Moumine et enchaîne les crises de nerf, le tibou se perd dans la lecture d’ouvrages scientifiques et s’invente un monstre gigantesque rôdant aux alentours&amp;nbsp;; l’Hémule essaie de construire une cabane pour Papa Moumine mais ne parvient pas à grand-chose…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;The Hemulen looked at all this and tried to remember what Moominpappa was like. He tried to remember the things they had done together and what they had talked about, but he couldn’t.»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-s-depart.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-s-depart.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une belle brochette de névrosés.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sans conteste, &lt;strong&gt;Sent in November&lt;/strong&gt; est le plus curieux – et le plus adulte sûrement – de tous les textes consacrés aux Moumines. La moitié des personnages est, au mieux, bizarre&amp;nbsp;; l’autre complètement timbrée, dérangée, névrosée, asociale… L’humour décalé est toujours présent, la fantaisie aussi, mais quelque chose semble cassé. Une ambiance tristounette pèse sur le roman&amp;nbsp;: malgré les efforts du Renaclerican et de ses compagnons, la vallée joyeuse des Moumines ne le redeviendra pas. Manière d’adieu à ses créatures pour l’auteure&amp;nbsp;? Âgée d’une cinquantaine d’années au moment de la publication de ce roman, Tove Jansson ne reviendra plus guère dans la vallée des Moumines par la suite&amp;nbsp;: deux livres d’illustration en 1977 et 1980, &lt;strong&gt;Den farliga resan&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Le voyage dangereux&amp;nbsp;») et &lt;strong&gt;Skurken in Muminhuset&lt;/strong&gt; («&amp;nbsp;Un scélérat dans la maison des Moumines&amp;nbsp;»). Par la suite, Tove Jansson va se consacrer à la littérature adulte — on ne manquera pas d’en reparler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et on ne peut qu’espérer que cet ultime roman des Moumines finira par paraître un jour en français.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui en français&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A Hard Rain's a-Gonna Fall</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/19/A-Hard-Rain-s-a-Gonna-Fall" rel="alternate" type="text/html" title="A Hard Rain's a-Gonna Fall" />
      <id>urn:md5:ed6db67c8932f766e7ade5b1b19d4407</id>
      <published>2015-08-19T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-19T16:17:40+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Souvenez-vous : il y a quatre ans (déjà…), Philippe Boulier nous proposait dans sa Bibliothèque Orbitale un passage en revue des films post-apo italiens, dans les &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2011/07/24/Episode-13&quot;&gt;épisodes 13&lt;/a&gt; à &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2011/08/26/Episode-17&quot;&gt;17&lt;/a&gt; du podcast. À l'occasion du triste soixante-dixième anniversaire des bombardements sur Hiroshima et Nagasaki, en août 1945, penchons-nous sur trois films TV per-apocalyptique : &lt;strong&gt;La Bombe&lt;/strong&gt; de Peter Watkins, &lt;strong&gt;Threads&lt;/strong&gt; de Mick Jackson et &lt;strong&gt;Le jour d'après&lt;/strong&gt; de Nicholas Meyer. Trois approches documentaires ou docufictionnelles des causes et conséquences d'un conflit nucléaire sur l'Angleterre ou les USA.&lt;/p&gt; &lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;«&amp;nbsp;It’s a hard rain’s a-gonna fall&amp;nbsp;» Bob Dylan&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Il y a des anniversaires qu’on aimerait ne pas avoir à souhaiter. En ce début août, c’est le triste soixante-dixième anniversaire des attaques nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, les deux seules et uniques fois que l’arme nucléaire a été déployée dans un contexte de guerre. C’est une évidence de le dire&amp;nbsp;: espérons que cela ne se produise jamais plus. Pour traumatisante que fut ce double bombardement, il n’a pas empêché USA comme URSS de s’équiper en conséquences dans les années qui ont suivi. De fait, lors de la guerre froide, la menace d’un conflit généralisé – et nucléaire – a suscité un climat d’inquiétude, infusant dans la littérature et le cinéma.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet anniversaire représente l’occasion de se pencher sur trois films, marquants en leur genre, qui explorent les prémices et les conséquences d’une attaque nucléaire sur la Grande-Bretagne et les USA&amp;nbsp;: &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;The War Game&lt;/em&gt;, 1965) de Peter Watkins, &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;The Day after&lt;/em&gt;, 1983) de Nicholas Meyer et &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; (1984) de Mick Jackson. Le premier est un documentaire, produit par la BBC et sorti confidentiellement en novembre 1965, le deuxième un téléfilm américain diffusé en novembre 1983 sur la chaîne ABC, et le dernier un autre téléfilm, britannique, diffusé par la BBC en septembre 1984.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hardrain-bombe-poster_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Avant la bombe&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Les trois œuvres dont fait l’objet ce billet n’ont, malgré leurs qualités, rien de précurseurs&amp;nbsp;: plusieurs films avaient déjà, par le passé, traité d’une guerre nucléaire, que ce soit dans ses causes ou ses conséquences&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Five&lt;/em&gt; (1951) est le plus ancien, mais il ne faut pas omettre &lt;em&gt;Le Dernier Rivage&lt;/em&gt; (1959), &lt;em&gt;Alas, Babylon&lt;/em&gt; (1960), ou encore &lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt; (1962), ou surtout &lt;em&gt;Dr Folamour&lt;/em&gt; (1964)… pour n’en citer que quelques-uns parmi les plus significatifs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-dayX.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-dayX.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La télévision n’était pas non plus en reste&amp;nbsp;: en 1957, la chaîne CBS diffusait &lt;em&gt;The Day Called X&lt;/em&gt;, un docufiction mettant en scène l’évacuation de Portland, Oregon, après qu’on ait détecté des bombardiers soviétiques, transportant des ogives, filant droit vers la ville. En une demi-heure, le court téléfilm montre l’exécution des protocoles pour assurer l’évacuation des civils et la continuité du gouvernement, et se termine sur une fin ouvert. Par certains aspects, ce docufiction préfigure les travaux de Peter Watkins&amp;nbsp;: emploi de comédiens non-professionnels (ce sont ici les habitants et officiels de Portland qui jouent leur propre rôle), inserts d’émissions radiophoniques (où s’affiche le message «&amp;nbsp;An attack is not taking place&amp;nbsp;», afin d’éviter que les téléspectateurs ne paniquent), voix off narrant les événements tout en questionnant la nature des images montrées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Trois trajectoires&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; , &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; sont les œuvres de trois réalisateurs très différents, aux filmographies respectives pareillement variées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier, Peter Watkins (1935-), est un cinéaste britannique, spécialisé dans le documentaire de fiction. Si ces premières œuvres relèvent du documentaire historique — notamment &lt;em&gt;Culloden&lt;/em&gt;, qui traite cette bataille décisive entre l’armée britannique et l’insurrection jacobite écossaise à la manière d’un reportage de guerre —, il va bifurquer vers le futur par la suite. &lt;em&gt;Gladiators/The Peace Game&lt;/em&gt; (1968) voit la guerre ramenée à un divertissement télévisé&amp;nbsp;; &lt;em&gt;Punishment Park&lt;/em&gt; (1971) adopte à nouveau l’apparence d’un documentaire fictif, où l’on suit une équipe de télévision allemande s’intéressant à des militants, dont la condamnation prend une forme inattendue. L’œuvre la plus récente de Watkins s’intitule &lt;em&gt;La Commune, Paris 1871&lt;/em&gt; (2000), film de presque six heures, interrogeant plus loin encore les limites entre documentaire et fiction. Au cours de sa carrière, Watkins a été confronté à un ostracisme, dans sa lutte contre la «&amp;nbsp;monoforme&amp;nbsp;», c’est-à-dire les schémas narratifs dominants qui règnent à la télévision.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un parcours tout autre pour Nicholas Meyer (1945-), romancier cinéaste américain peu prolifique mais reconnu entre autres pour son travail sur la franchise Star Trek, dont il a scénarisé et réalisé les deuxième et sixième volets, et scénarisé le quatrième. Lorsqu’il tourne &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt;, Meyer venait juste d’achever le tournage éprouvant de &lt;em&gt;Star Trek II, La Colère de Khan &lt;/em&gt;(pas le meilleur film de la série, auquel on préfèrera les 4 et 6, bien plus réussis). On lui doit également quatre pastiches romanesques de Sherlock Holmes, tous traduits en français, notamment &lt;strong&gt;La Solution à 7%&lt;/strong&gt;, qu’il va porter lui-même à l’écran (&lt;em&gt;Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express&lt;/em&gt; en France).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-dayafter-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-dayafter-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à Mick Jackson (1943-), réalisateur de téléfilms et documentaires au début de sa carrière, il se tourne vers Hollywood dans les années 90, en tournant des films de plus gros calibres&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Bodyguard&lt;/em&gt; avec Whitney Houston et Kevin Costner, &lt;em&gt;Volcano&lt;/em&gt; avec Tommy Lee Jones… &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; se base cependant sur un scénario de l’auteur britannique Barry Hines, crédité d’emblée de jeu (le nom de Mick Jackson n’apparaît qu’au générique de fin).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;L’heure ‘H’&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Lorsque sort&lt;em&gt; La Bombe&lt;/em&gt;, en 1965, c’est lors d’une période chaude de la guerre froide&amp;nbsp;: l’édification du mur de Berlin remonte à trois ans plus tôt, deux ans pour la crise des missiles de Cuba. Néanmoins, le documentaire ne sera montré au public britannique que vingt ans plus tard, bien après la sortie du &lt;em&gt;Jour d’après&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt;. Ces deux dernières œuvres, quant à elles, sont diffusées au début des années 80, dans une nouvelle période de tension&amp;nbsp;: invasion soviétique de l’Afghanistan fin 1979, crise des euromissiles, regain de la course aux armements, la politique étrangère musclée et l’Initiative de Défense Stratégique de Ronald Reagan… Avec pertinence, ces trois films s’inscrivent dans leur contexte géopolitique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Trois approches&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Les deux films anglais adoptent la forme du documentaire fictif, le «&amp;nbsp;documenteur&amp;nbsp;». Un genre qui fait florès aujourd’hui et qui a tendance à se confondre avec le «&amp;nbsp;found footage&amp;nbsp;». &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; évolue sur une ligne fine entre le documentaire fictif et le documentaire&amp;nbsp;: les images cherchent à recréer une impression de réalité, Watkins emploie des comédiens non-professionnels, mais le commentaire est en décalage, souligne la fictivité des images vues&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ceci est une conséquence possible d’une guerre nucléaire&amp;nbsp;», rappelle régulièrement la voix off. Des placards, affichant faits ou citations, apparaissent régulièrement à l’écran. &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; poursuit dans cette approche documentaire (des placards et une voix off sont aussi présents), mais adopte plus volontiers l’angle de la fiction&amp;nbsp;: on y suit de véritables &lt;em&gt;personnages&lt;/em&gt;, notamment deux familles, une prolétaire et une de la classe moyenne. Un personnage principal se dégage&amp;nbsp;: la jeune Ruth, qui veut se marier avec son petit ami, qui l’a mise enceinte. Elle puis son enfant vont gagner en importance au fil du film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-temoignage.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-temoignage.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-threads-rien.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-threads-rien.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; a quant à lui la forme d’un film, mais avec une réalisation très en retrait. On pense dans les premières minutes à un documentaire/docufiction, dépourvu de commentaire, mais les personnages, le montage, invalident peu à peu cette hypothèse&amp;nbsp;: on est bien dans un téléfilm. D’autant que celui-ci fait appel à des acteurs professionnels, notamment Jason Robards (&lt;em&gt;Il était une fois dans l’Ouest&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Les Hommes du président&lt;/em&gt;…). On suit là aussi différents personnages&amp;nbsp;: une jeune fille qui veut se marier avec son petit ami, qui l’a mise enceinte&amp;nbsp;; son redneck de père&amp;nbsp;; un médecin plein d’abnégation.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Faits et circonstances&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Si ces trois œuvres adoptent une forme et une approche différentes, le fond demeure cependant similaire, tant dans le contexte menant à un conflit nucléaire que ses conséquences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-titre.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; met en scène des tensions grandissantes entre USA et URSS à Berlin. La Chine attaque la République du Viêtnam&amp;nbsp;; les USA se préparent à répliquer&amp;nbsp;; l’URSS et la RDA menacent d’envahir Berlin-Ouest si Washington ne se rétracte pas&amp;nbsp;: Washington n’en démord et la moitié occidentale de la ville est donc investie. Deux divisions de l’armée américaine contre-attaquent mais se retrouvent bien vite en sous-nombre. Le président américain autorise alors l’OTAN a employer l’arme atomique contre l’URSS. Lors de cette période, la Grande-Bretagne se prépare à l’éventualité d’un conflit, et prend les mesures adéquates pour éloigner les habitants des potentielles cibles&amp;nbsp;: déloger puis reloger les habitants, les inciter à bâtir des abris. Ce qui ne se fait pas sans anicroches, malgré les discours se voulant rassurant. Quelques instants après l’attaque nucléaire américaine, l’Union soviétique réplique en tirant des missiles sur plusieurs cibles stratégiques anglaises. Les conséquences sont fatales pour ceux situés près des explosions&amp;nbsp;: cécité, vague de chaleur, maladie des rayons. Il faut ensuite gérer l’après&amp;nbsp;: soigner les blessés, du moins ceux qui peuvent l’être&amp;nbsp;; nourrir la population malgré les pénuries et les sols irradiés&amp;nbsp;; faire face aux émeutes et aux protestations des civils…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-abri.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-abri.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-porteaporte.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-porteaporte.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-explosion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-explosion.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-emeute.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-emeute.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-bombe-survivante.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-bombe-survivante.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; met à nouveau Berlin au cœur des tensions grandissantes entre l’URSS et les USA. L’Union soviétique se prépare à envahir le secteur occidental. Troupes de l’OTAN et soviétiques s’affrontent, ces dernières en ressortent victorieuses et filent vers la France. Pour empêcher l’Europe de tomber aux mains des Soviétiques, les USA répliquent par l’envoi d’ogives nucléaires sur les divisions russes. Des ogives tirées depuis une base militaire du Kansas. A Lawrence, Kansas, et Kansas City, Missouri, non loin de cette base, personne ne voulait croire à la guerre, malgré des reportages télévisés de plus en plus alarmants. Le conflit interrompt le quotidien&amp;nbsp;: une ogive nucléaire russe explose au-dessus de Kansas City, générant une impulsion électromagnétique dévastatrice, avant que des missiles ne pilonnent les environs. Le temps d’alerte est bref, il faut se terrer le plus vite possible, puis attendre la fin des retombées radioactives. Du moins, si c’est possible&amp;nbsp;; il est urgent de soigner les gens, malgré l’absence des appareillages électriques, grillés par l’EMP.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-dayafter-flash.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-dayafter-flash.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-dayafter-operation.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-dayafter-operation.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-dayafter-malade.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-dayafter-malade.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-dayafter-fin.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-dayafter-fin.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt;, c’est l’Iran qui est à l’origine du conflit nucléaire, et fait des USA les responsables. Un coup d’état, supposément causé par les Américains, amène les Soviétiques à occuper militairement une partie du pays. Intimidation et ultimatums se suivent, mais personne ne cède. Les destructions répondent aux destructions, jusqu’à l’emploi d’ogives nucléaires. A la différence du &lt;em&gt;Jour d’après&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt;, le conflit nucléaire ne se résout pas en une poignée de minutes&amp;nbsp;: il s’étale ici sur quatre jours. Trois mille mégatonnes sont échangées, dont deux cent dix retombent sur la Grande-Bretagne. Centré sur la ville de Sheffield, le téléfilm montre les efforts des habitants pour survivre dans une Angleterre bien vite en proie à un hiver nucléaire, et montre les conséquences de l’attaque sur une période d’une douzaine d’années.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tandis que la voix off de &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; annonce les faits, dans &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt;, le contexte est donné par les bulletins radio et les nombreuses télés allumées, toujours opportunément sur les chaînes d’infos. Moyen facile et pratique de contextualiser sans trop alourdir le récit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-threads-tv.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-threads-tv.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-threads-attaque.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-threads-attaque.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-threads-explosion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-threads-explosion.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-threads-moyenage.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-threads-moyenage.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les trois œuvres ont en commun de montrer longuement la vie avant le conflit, afin de poser les personnages (du moins, dans le cas du &lt;em&gt;Jour d’après&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt;) et les conséquences de ce dernier, sur une échelle plus ou moins longue&amp;nbsp;: quelques mois pour &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt;, une douzaine d’années pour &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt;. Dans les visions de Watkins, Meyer ou a détérioration de l’ordre public est inévitable&amp;nbsp;: en Angleterre, ce qu’il reste du gouvernement peine à maîtriser les débordements (émeutes de la faim en particulier) et emploie la manière forte (exécutions sommaires des éléments séditieux). Si le gouvernement survit dans &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt;, on semble revenu à un simili-Moyen-Âge post-apocalyptique à la fin de &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: des individus ignorants, parlant une langue dégénérée. &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; voit les Américains se replier sur de petites structures communautaires, le gouvernement fédéral demeurant loin et peu efficace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Après la bombe&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Proposé à la BBC par Peter Watkins lui-même, &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; ne sera cependant pas diffusé avant deux décennies. Selon le réalisateur, la BBC aurait paniqué et montré secrètement le documentaire à des officiels du gouvernement d’alors (membres du Bureau de l’intérieur, du Ministère de la Défense), ce qui aurait valu à &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; sa censure partielle&amp;nbsp;: le documentaire n’est pas diffusé à la télévision, mais seulement projeté qu’en de rares occasions. L’accueil de la presse est mitigé, les uns soutenant la décision de la BBC de ne pas montrer de telles images au public britannique, les autres criant au chef d’œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; est d’un réalisme cru et demeure, cinquante ans après, toujours aussi saisissant. Tourné en noir et blanc, le documentaire ne fait guère appel aux effets spéciaux (lors des explosions atomiques, les tons s’inversent brièvement), ce qui explique qu’il ait moins vieilli que &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-threads-poster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-threads-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.hardrain-threads-poster_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Non moins horrible dans ses images que le film de Watkins, &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; apparaît moins frappant que &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt;. Le téléfilm traine en longueur, à trop vouloir situer le contexte géopolitique et présenter ses personnages, qui peinent à emporter l’adhésion. Son intérêt se situe davantage dans la représentation réussie de l’hiver nucléaire comme l’une des conséquences à long terme de l’attaque, sans omettre la déliquescence de la civilisation. &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; remportera d’ailleurs plusieurs BAFTA en 1985. On peut cependant que le téléfilm, censé se dérouler au printemps, peine à cacher ses prises de vue hivernales&amp;nbsp;: fin mai, les gens sont vêtus d’épais manteaux, leur souffle fait de la buée, et les arbres sont dénudés…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut adresser de semblables reproches au &lt;em&gt;Jour d’après&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: un rythme lent, une image moche, des effets spéciaux peu réussis (emploi intensif de stock-shots&amp;nbsp;; des champignons atomiques réalisés par une goutte d’encre tombant dans un liquide&amp;nbsp;: à défaut d’être réaliste, le résultat est poétique). De légers défauts qui ne vont pas empêcher le téléfilm de recevoir de très bonnes critiques et surtout d’être vu par une grande partie de la population américaine le soir de sa diffusion. &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; va marquer les officiels américains, notamment ce bon vieux Ronald Reagan, qui l’avait vu en avant-première&amp;nbsp;: le téléfilm aurait influencé le président américain sur sa politique en matière d’armement nucléaire. &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; aurait également été diffusé en URSS.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;hardrain-dayafter-explosion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/hardrain-dayafter-explosion.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Retombées&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Au sein d’une production cinématographique axée, dans les années 60, sur le pré-apocalyptique, &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; s’en distingue par son approche documentaire/documenteuse ainsi que le réalisme de sa représentation, et a atteint aujourd’hui le rang de classique, figurant parmi les œuvres les plus connues de Peter Watkins. Dans les décennies 70 et 80, le cinéma s’oriente davantage vers le post-apocalyptique, traitant des conséquences plus ou moins lointaines d’une guerre nucléaire ayant mené à la disparition de la civilisation (souvent occidentale)&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Le Jour d’après&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Threads&lt;/em&gt; s’en démarquent, tourné vers ce qu’on pourrait nommer le «&amp;nbsp;per-apocalyptique&amp;nbsp;», c’est-à-dire&amp;nbsp;: avant l’apocalypse. Sans atteindre l’intensité de &lt;em&gt;La Bombe&lt;/em&gt; ni le statut de chefs d’œuvres, ces deux téléfilms s’avèrent convaincants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis l’effondrement de l’URSS, un conflit atomique n’est plus guère à craindre – du moins entre les USA et la Russie. La menace nucléaire serait plutôt à voir du côté d’états en délicatesse avec le reste de la communauté internationale, en particulier des USA, comme l’Iran ou la Corée du Nord, qui parviendraient à se doter de l’arme atomique, ou encore d’organisations terroristes, qui réussiraient à s’en procurer — tel Daech fanfaronnant et déclarant mi-2015 être en mesure d’obtenir très prochainement l’arme nucléaire. Espérons que cela ne reste que paroles en l'air ou, au pire, seulement fiction…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 13 août 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/17/Journal-d-un-homme-des-bois-13-08-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 13 août 2015" />
      <id>urn:md5:bcaa801a2bb77929e4f6b7bc7920ff6c</id>
      <published>2015-08-17T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-17T12:11:33+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;Où, dans la lignée de ses &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/06/Journal-d-un-homme-des-bois-04-05-2015&quot;&gt;articles consacrés à ses instruments de musique&lt;/a&gt;, Francis Valéry nous propose un long article au sujet des guitares basses, en particulier Big Fat Girl, une étonnante basse à sept (7) cordes.&lt;img alt=&quot;jhb-20150813-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150813-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Big Fat Girl est une basse électrique à sept cordes&amp;nbsp;: un instrument totalement hors-norme, qui ne ressemble à rien de connu. Une pièce d’exception sur le plan de sa lutherie et un véritable monstre pour ses caractéristiques acoustiques et son électronique embarquée. Présentation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150813-basse7-1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150813-basse7-1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20150813-basse7-1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Harley Benton est une marque d’instruments et accessoires de musique, émanation de la société Thomann, le plus important distributeur de matériel de musique en Europe. Côtés guitares, Harley Benton a commencé par proposer des copies souvent vraiment bluffantes de guitares de grandes marques, des modèles actuels ou anciens (&lt;em&gt;reissues&lt;/em&gt;), avec une excellente qualité de lutherie et une électronique embarquée très convaincante. Ainsi, il y a quelques années, j’ai eu une copie d’un modèle fifties de la Fender Telecaster, en tout point conforme à l’originale (bois, électronique, accastillage, etc.), qui avait un son absolument magique. Il n’y a pas de secret&amp;nbsp;: les guitares Harley Benton sortent des mêmes chaînes de montage et des mêmes usines que les modèles commercialisés sous des logos de marques étasuniennes, à des prix entre quatre et dix fois supérieurs. Elles utilisent les mêmes matériaux (bois, accastillage, électronique) et profitent du même savoir-faire. Aujourd’hui, seuls les imbéciles continuent de dénigrer les guitares made in China commercialisées en Europe sous des marques de distributeur – ou comme sous-marques de Fender, Gibson, Gretsch, Ovation. Soyons clair&amp;nbsp;: il n’y a aucune différence appréciable entre les originaux et les copies. Et le phénomène n’est pas nouveau&amp;nbsp;: dans les années soixante-dix déjà, certaines «&amp;nbsp;copies&amp;nbsp;» japonaises étaient mêmes supérieures, et parfois de loin, aux originaux américains de chez Fender ou Gibson&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a peu, Harley Benton a lancé une ligne Deluxe dans laquelle sont proposés des modèles plus sophistiqués, sortant nettement de l’ordinaire. L’instrument le plus extraordinaire de la série Deluxe est une basse &lt;em&gt;à sept cordes&lt;/em&gt; dont la référence est BZ 7000.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les années soixante, on appelait cet instrument une «&amp;nbsp;guitare basse&amp;nbsp;». Une manière d’affirmer qu’il est une sorte de déclinaison partielle (avec seulement quatre cordes) de la guitare traditionnelle, à l’octave inférieure. À l’époque, on utilise aussi la «&amp;nbsp;guitare barytone&amp;nbsp;» et la «&amp;nbsp;guitare douze cordes&amp;nbsp;», l’une et l’autre avec divers accordages. De nos jours, les douze cordes sont devenues rares (elles sont difficiles à jouer et surtout à accorder), les barytones ont quasiment disparu – tout comme les éphémères guitares à sept cordes, popularisées il y a vingt ans par quelques virtuoses en mal d’exhibition, et les encore plus rares guitares à huit cordes (qui existent, si, si… mais je n’en ai jamais vu pour de vrai). En fait, si la guitare basse est bien une déclinaison de la guitare à six cordes, elle est surtout une version légère, facilement transportable et plus facile à jouer juste (à cause de son manche dotés de frettes – parfois appelées barrettes), de la contrebasse (appelée «&amp;nbsp;double bass&amp;nbsp;», en anglais).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La contrebasse, au moins depuis le dix-neuvième siècle, est considérée comme le plus grave des instruments de la famille du violon – dans l’ordre&amp;nbsp;: contrebasse, violoncelle («&amp;nbsp;cello&amp;nbsp;» en anglais), alto («&amp;nbsp;viola&amp;nbsp;» en anglais) et violon. Elle a également quelque chose à voir avec la famille des violes de gambe – mais ne rallumons pas la querelle entre les experts&amp;nbsp;! Je devrais dire le plus grave des instruments «&amp;nbsp;courants&amp;nbsp;» de la famille, car il existe (ou a existé) des dispositifs permettant de générer des notes encore plus graves, comme l’octobasse à trois cordes, instrument géant (près de 4 mètres de hauteur&amp;nbsp;!) dont on joue juché sur un tabouret, en actionnant pédales et manettes qui agissent sur les cordes, et qui permet de descendre une octave et une tierce plus bas que la contrebasse – en théorie, parce que ces notes-là sont à la limite de ce que l’oreille humaine peut apprécier avec une netteté raisonnable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La contrebasse est accordée en quartes ascendantes, c’est-à-dire qu’une quarte (5 demi-tons) sépare chacune des quatre cordes, soit à partir de la plus grave&amp;nbsp;: mi, la, ré, sol. Cet accordage différencie très fortement la contrebasse des autres membres de sa famille qui sont, quant à eux, accordés en quintes ascendantes (7 demi-tons). La longueur de manche de la contrebasse la rendrait injouable si elle était accordée à la quinte, l’instrumentiste devrait parcourir le manche à toute allure, sans pouvoir conserver un pivot avec le pouce… alors qu’avec un accord à la quarte, il faut aller chercher moins loin l’endroit où une corde permet d’obtenir la note qui correspond à la corde suivante, jouée «&amp;nbsp;à vide&amp;nbsp;» (c’est-à-dire sans toucher le manche).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il existe des contrebasses à cinq cordes, utilisées dans des formations de musique classique ou dans le jazz. Les jazzeux optent en général pour une corde supplémentaire aigue&amp;nbsp;: un do, qui respecte la progression par quarte et facilite l’extension du doigté. Alors que les classiqueux préfèrent une corde supplémentaire grave, un choix lié à la nécessité d’interprétation de certaines partitions&amp;nbsp;: ce peut être une corde de si, ce qui respecte la progression par quarte, ou une corde de do, plus haute d’un demi-ton&amp;nbsp;; dans ce second cas de figure, le doigté est changé ainsi que les positions de pivots avec le pouce, mais le fait de débuter avec un do grave place alors la contrebasse «&amp;nbsp;étendue&amp;nbsp;» à précisément une octave en-dessous de la note sur laquelle démarre le violoncelle (un do).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première guitare basse commercialisée à grande échelle est la Precision Bass de chez Fender en 1951– on connaît des prototypes chez d’autres constructeurs, dès les années trente, mais cela reste purement anecdotique. L’accordage de la Precision Bass est mi, la, ré, sol&amp;nbsp;: le même accordage que la contrebasse à quatre cordes, et l’octave en-dessous de celui de la guitare (du moins les quatre cordes les plus graves de la guitare). La Precision Bass possède un manche doté de frettes, ce qui permet de jouer juste immédiatement – d’où son nom.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La basse traditionnelle ne tarde pas à être déclinée avec davantage de cordes. En 1956, Danelectro propose brièvement une basse à six cordes – un instrument rarissime que je n’ai jamais vu et sur lequel je ne sais pas grand-chose, mais je pense qu’il devait s’agir en réalité d’une guitare à six cordes, avec un manche de barytone, accordée une octave plus bas. À l’époque, Danelectro est une firme innovante, avec ses barytones et ses guitares à deux manches. Le principe est repris par Fender en 1961 avec la Bass VI. C’est un instrument hybride&amp;nbsp;: le corps et l’électronique sont ceux de la Fender Jazzmaster (il y a même un vibrato mécanique&amp;nbsp;!), le manche est beaucoup plus court que celui d’une basse (équivalent à celui de la guitare barytone), l’espacement entre les cordes est davantage celui d’une guitare que celui d’une basse. Mais l’instrument est bel et bien accordé une octave en-dessous de la guitare, ses quatre cordes les plus graves produisant donc les mêmes notes que celles d’une basse. La Bass VI est en particulier utilisée par Jack Bruce, bassiste-chanteur de &lt;em&gt;Cream&lt;/em&gt;, l’un des premiers «&amp;nbsp;super groupes&amp;nbsp;» avec Ginger Baker à la double-batterie et Eric Clapton à la guitare. On la voit en action sur les photos publiées par des magazines comme &lt;em&gt;Rock’n’Folk&lt;/em&gt; à la fin des années soixante. En fait, la Fender Bass VI doit être considérée comme un instrument à part entière, au même titre que la barytone, et non pas comme une véritable basse à six cordes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La basse à cinq cordes est devenu un instrument très courant, ce depuis plusieurs décennies. L’ajout d’une corde grave, en général un si, permet d’étendre dans le grave la tessiture de l’instrument et de faire sonner une fondamentale très grave, dans des morceaux composés en mi bémol, voire en si bémol (avec un ajustement de la corde), qui sont extrêmement fréquents dans la musique de variété. Je n’ai jamais lu ou entendu de réflexions sur le pourquoi de cette évolution de la basse vers une tessiture plus grave, qui apparaît dans les années soixante-dix et explose dans les années quatre-vingt. J’ai ma petite idée. On assiste, dès la fin des années soixante-dix, à une forte évolution de ce que l’on appelle alors la variété française&amp;nbsp;: les accompagnements, en studio ou dans des émissions de télévision, d’un chanteur par un grand orchestre avec un piano à queue, des percussions hyper-graves et une horde de cordes (dont des violoncelles et des contrebasses), cèdent le pas devant des arrangements de plus en plus proches du rock et de la pop. Il y a d’évidentes raisons financières – rappelons que les synthétiseurs sont au départ pensés comme une manière de faire des économies sur la masse salariale&amp;nbsp;! Il y a aussi une évolution du goût du public lié à la dissémination de l’esthétique pop/rock. Au point que l’on se met à parler de «&amp;nbsp;variété-rock&amp;nbsp;». Et de fait, quand on écoute Hallyday, Goldman, Cabrel, Berger… on s’aperçoit immédiatement de l’importance, dans les arrangements, de la section rythmique (basse/batterie), des chorus de guitare relevant totalement du pop-rock, des synthés, etc. Depuis trente ans, il n’y plus aucune différence d’ordre esthétique entre ce que ma génération appelait rock ou pop music, et ce que proposent la plupart des artistes francophones. Le rock a gagné la guerre qui l’opposait à la variète’, par dissolution&amp;nbsp;! Jannick Top joue de la basse derrière France Gall comme il en jouait dans Magma&amp;nbsp;! En fait, je crois que la disparition des orchestres classiques dans la variété a suscité, d’un point de vue strictement acoustique, un «&amp;nbsp;trou&amp;nbsp;» dans les fréquences bas-médiums et plus encore dans les basses. Cette large partie du spectre acoustique est désormais occupée uniquement par une petite partie de la batterie (grosse caisse, tom basse – mais on a là des fréquences spectrales et non tonales), les synthétiseurs (en particulier les parties les plus graves des nappes qui, de par leur nature même, relèvent également pour une bonne partie du spectral) et enfin par la guitare basse qui, en toute logique, se doit donc de progresser vers le grave, voire les infrabasses en utilisant des procédés électroniques (octavers) – de plus, c’est le seul instrument qui, dans ce champ acoustique, relève du pur tonal, c’est-à-dire qu’il produit des «&amp;nbsp;notes&amp;nbsp;» que l’on peut chanter et non des champs spectraux constitués d’une infinité d’harmoniques&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut également voir dans l’apparition d’instrumentistes virtuoses de la basse – dans le jazz rock, en particulier – une forme de nécessité pour l’instrument d’augmenter sa tessiture, et donc le champ de ses possibles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, si la Fender Precision traditionnelle (à quatre cordes) reste la basse la plus vendue dans le monde, et de très loin, les basses à cinq cordes sont devenues monnaie courante. À l’occasion, on peut apercevoir des basses à six cordes, la tessiture étant étendue à la fois dans les graves et dans les aigus, par deux cordes – en général un si grave et un do aigu – encadrant les quatre cordes habituelles. Ce sont des instruments relativement peu utilisés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis, il y a la Harley Benton BZ 7000…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a environ deux ans, j’ai décidé de vendre sur ebay ma collection quasiment complète de «&amp;nbsp;Fleuve Noir Anticipation&amp;nbsp;». L’intérêt de cette collection – en réalité des archives de travail – est que très peu de volumes avaient été lus et qu’ils étaient pour la plupart en état absolument neuf, jamais ouverts, avec tout le lustre du neuf sorti d’imprimerie&amp;nbsp;! L’argument a séduit plusieurs collectionneurs complétistes qui, du coup, ont cassé leur tirelire. À chaque vente un peu importante, et après prélèvement des commissions de eBay et Paypal, j’ai commencé une cagnotte… dans le but d’acheter cette basse qui me faisait vraiment envie et dont je pensais qu’elle pourrait m’être très utile pour mes enregistrements. Au bout de huit mois, j’avais la somme nécessaire (un peu plus de 350 euros, cela reste très raisonnable) et j’en ai acheté une.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chic planète&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette basse est construite autour d’un manche traversant – ce qui signifie qu’il fait toute la longueur de l’instrument. Il est composé de sept pièces de bois&amp;nbsp;: quatre longueurs en érable, espacées par trois longueurs de nato. L’érable est un classique des guitares Fender, il procure du brillant et contribue à une intonation très juste. Le nato est un bois dur et résonnant, que l’on exploite en particulier à Hawaï et qui est traditionnellement utilisé par fabriquer les ukélélés et les guitares hawaïennes. La tête du manche est recouverte d’un infime plaquage de sycomore (une variété d’érable) au «&amp;nbsp;veinage&amp;nbsp;» magnifique. De part et d’autre du manche, deux ajouts forment la caisse de l’instrument. Une plaque centrale en acajou assure le sustain, prise entre deux plaques de frêne, l’ensemble à nouveau pris entre deux plaques de sycomore ondé qui constituent, à proprement parler, la table d’harmonie et le fond. Il y a également deux minces ajouts (dans un bois que je n’ai pas identifié) qui assurent la transmission des vibrations entre le manche traversant et la caisse. Le frêne est un choix classique chez Fender, l’acajou est surtout utilisé par Gibson. La touche est en ébonol, un matériau synthétique à base de résine, désormais très utilisé sur les basses en particulier les fretless (manches sans frettes, comme sur une contrebasse). L’apparence de l’ébonol est un peu celle de l’ébène, en plus brillant. C’est increvable, très précis et cela permet un jeu très rapide. Le sillet est en graphite. Il y a deux micros, avec chacun un réglage de volume, et un équaliseur à trois bandes alimenté par deux piles de 9V embarquées. Les mécaniques sont dotées d’une grande démultiplication qui autorise un accordage extrêmement précis. L’instrument relève donc de la lutherie haut de gamme et joue la carte de la technologie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150813-basse7-2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150813-basse7-2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20150813-basse7-2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’accordage proposé par le constructeur est Si Mi La Ré Sol Do Fa et l’instrument est livré monté d’un jeu de cordes d’Addario 17-130&amp;nbsp;: la grosse corde est un câble et la plus petite ressemble à une corde de sol de guitare non filée. On a au final une basse traditionnelle à quatre cordes, étendue vers les graves d’une corde de si, étendue vers les aigus de deux cordes de do et fa. On a donc affaire à un accordage entièrement en quartes ascendantes&amp;nbsp;: un bassiste retrouve immédiatement ses habitudes de jeu, sur la totalité du manche, avec les repères de type fondamentale / quinte / octave et glissando avant en neuvième ou arrière en septième sur trois cordes consécutives, pour évoquer un placement des plus classiques. On peut, si l’on préfère, l’accorder comme une guitare à sept cordes, une octave plus bas, soit&amp;nbsp;: Si Mi La Ré Sol Si Mi. Mais je n’en vois guère l’intérêt. La BZ 7000 n’a strictement rien à voir avec une de ces prétendues basses à six cordes – la longueur des manches et l’écart entre les cordes étant ceux des guitares barytones, ces instruments sont de simples guitares «&amp;nbsp;long scale&amp;nbsp;» accordées une octave en-dessous de la normale. On ne peut certainement pas les considérer comme des «&amp;nbsp;basses étendues&amp;nbsp;», avec l’écart de corde habituel de la basse et surtout le manche beaucoup plus long que celui de la guitare. Le doigté main gauche de la basse n’a absolument rien à voir avec le doigté de la guitare – les techniques d’attaque de corde de la main droite encore moins&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ici, on a véritablement une basse étendue. Avec ses sept cordes et ses 24 frettes (donc deux octaves entières sur une seule corde), cet instrument a un ambitus (écart entre la note la plus grave et la note la plus aigüe) de cinq octaves et demie&amp;nbsp;! Alors que les guitares à six cordes ont en général un ambitus compris entre trois octaves et demie (guitares classiques) et un peu moins de quatre octaves (les guitares électriques étant dotées le plus souvent de 21 ou 22 frettes).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter encore que le diapason (distance entre le sillet de tête et le sillet de chevalet, soit la longueur vibrante des cordes) est ici de 890 mm&amp;nbsp;! Ce qui en fait la basse avec le manche le plus long qui existe – ce qui l’éloigne encore plus de l’esprit guitare. Pour comparaison, les Fender Jazz Bass et Precision Bass, ainsi que les versions basses des LesPaul et Thunderbird de chez Gibson, ont un diapason de 864 mm. Les Rickenbaker ont en général un diapason de 845 mm. Et enfin les basses dites «&amp;nbsp;short scale&amp;nbsp;», faites en réalité pour les guitaristes qui ont envie de jouer un peu de basse sans être trop dépaysés, comme les Fender Jaguar, Mustang ou Bass VI ou encore la Gibson SG Special, ont un diapason de 762 mm – c’est également le diapason des guitares barytones, accordées une quarte ou une quinte plus bas qu’une guitare normale. Quant à la fameuse basse Hoffner dite «&amp;nbsp;caisse violon&amp;nbsp;» qu’utilisait Paul McCartney, à l’époque des Beatles, elle a un diapason encore plus court de 760 mm. Pour comparaison, une Fender Stratocaster a un diapason de 648 mm&amp;nbsp;: on voit que le manche de la fameuse Fender Bass VI est beaucoup plus proche de celui d’une Stratocaster que de celui de la BZ 7000.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du côté de la largeur du manche, il est au sillet (tout en haut) de 62 mm, puis de 89 mm à la douzième case (octave) pour atteindre 100 mm à la vingt-quatrième case. Pour comparaison, une Fender Jazz Bass a une largeur de manche au sillet de seulement 38 mm. Le manche est par ailleurs d’une extraordinaire finesse – on imagine la prouesse de lutherie pour y parvenir, sans risque de déformation. Et la touche est plate.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec son manche extra-long et extra-large, c’est sans doute la basse la plus difficile à jouer qui soit. Il faut être capable de très grands écarts entre l’index et le petit doigt, tout en conservant la force nécessaire pour plaquer les cordes. Il faut tout réapprendre des techniques de pivot avec le pouce. Enfin, un jeu rapide et très harmonisé devient vite un calvaire pour les muscles du dessus de la main. Son poids est environ le double de celui d’une Fender Jazz Bass, ce qui la rend par ailleurs quasiment inutilisable sur scène, les séances de kiné n’étant pas fournies avec.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela étant, la Harley Benton BZ 7000 est un instrument magnifiquement conçu et réalisé. Elle est l’une des deux seules authentiques basses à sept cordes disponibles – l’autre étant la Ibanez BTB7 dont elle «&amp;nbsp;s’inspire&amp;nbsp;» fortement (disons-le comme ça…). Mais cette dernière vaut plus du triple, pour une électronique équivalente et une lutherie comparable – bien que les essences utilisées soient assez différentes&amp;nbsp;: corps en érable avec une table d’harmonie en noyer, manche érable/bubinga/noyer avec touche palissandre. La basse à 7 cordes est un instrument fascinant, de mon point de vue destiné à être utilisé essentiellement en studio (et assis&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Selon l’usage, j’ai donné à cette basse un petit nom. Elle s’appelle Big Fat Girl. Je trouve que ça lui va assez bien – et c’est le titre d’une chanson que j’avais écrite pour le groupe &lt;em&gt;Nightshift&lt;/em&gt; et qui a été enregistrée au début des années 90. Je n’en ai plus aucun exemplaire (s’il y a un collectionneur de rock français dans la salle…).&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>R comme Les Revenentes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/13/R-comme-Les-Revenentes" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Les Revenentes" />
      <id>urn:md5:f765121be1065ee89c09e5ceaafbcc25</id>
      <published>2015-08-13T16:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-08-13T16:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;On a causé &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/21/I-comme-Impressions-d-Afrique&quot;&gt;çà&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/23/L-comme-Locus-Solus&quot;&gt;là&lt;/a&gt; de Raymond Roussel, dont l'écriture à procédés a influencé les membres de l'Oulipo, en particulier Georges Perec. Une bonne raison pour s'intéresser à son classique &lt;strong&gt;La Disparition&lt;/strong&gt; et à son enteethèse &lt;strong&gt;Les Revenentes&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Disparition, Georges Perec. Gallimard, coll. «&amp;nbsp;L’Imaginaire&amp;nbsp;», 1989 [1968]. 328 pp. GdF.&lt;br /&gt;
Les Revenentes, Georges Perec. Juillard, 1997 [1972]. 140 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avant de parler des &lt;strong&gt;Revenentes&lt;/strong&gt;, «&amp;nbsp;texte&amp;nbsp;» de Georges Perec, il convient d’évoquer &lt;strong&gt;La Disparition&lt;/strong&gt;, son antithèse – brièvement, car beaucoup a déjà été dit sur ce roman et que je ne suis pas sûr d’avoir un éclairage nouveau et pertinent à apporter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-r-wvme.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-r-wvme.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman le plus connu de Perec, formant une sorte de trilogie de l’absence avec &lt;strong&gt;W ou le souvenir d’enfance&lt;/strong&gt; et l’énorme &lt;strong&gt;La Vie mode d’emploi&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Disparition&lt;/strong&gt; raconte celle de la lettre «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;», au point que le roman n’en comporte pas une seule occurrence. Ou presque&amp;nbsp;: dans l’édition Gallimard apparaissent en rouge les mots/paragraphes hors-contrainte, comme le nom de l’auteur, sa brève biographie, quelques épigraphes en fin de volume.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-r-disparition.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-r-disparition.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire commence par les insomnies d’Anton Voyl. L’individu est troublé par la présence de quelque chose qu’il ne parvient pas à définir&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;un rond pas tout à fait clos, fini par un trait horizontal&amp;nbsp;». Lorsqu’il disparaît, son ami Amaury Conson débute une enquête pour tenter de le retrouver. Il va retrouver amis et membres de la famille de Voyl, retracer son étonnante généalogie. Celle, expliquée au travers de longs flashbacks, a quelque chose de rocambolesque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais c’est peine perdue&amp;nbsp;: diégétiquement, leur quête est sans espoir. La lettre «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;» leur apparaît, mais ils sont incapables de l’identifier&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ainsi, parfois, un rond, pas tout à fait clos, finissant par un trait horizontal&amp;nbsp;; on eût dit un grand G vu dans un miroir.&lt;br /&gt;
Ou, blanc sur blanc, surgissant d’un brouillard cristallin, l’hautain portrait d’un roi brandissant un harpon.&lt;br /&gt;
Ou, un court instant, sous trois traits droits, l’apparition d’un croquis approximatif, insatisfaisant&amp;nbsp;; substituts saillants, contours bâtards profilant, dans un vain sursaut d’imagination, la Main à trois doigts d’un Sardon ricanant.&lt;br /&gt;
Ou, s’imposant soudain, la configuration d’un bourdon au vol lourd, portant sur son thorax noir trois articulations d’un blanc quasi lilial.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La lettre demeurant absente du texte, il leur est impossible de mettre le doigt sur cette absence. Même la lecture d’un lipogramme sans «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;» ni «&amp;nbsp;a&amp;nbsp;» ne leur met la puce à l’oreille&amp;nbsp;: s’ils remarquent l’absence du «&amp;nbsp;a&amp;nbsp;», ils ne peuvent effectuer le saut logique du «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Il marchait dans un haut corridor. Il y avait au mur un rayon d’acajou qui supportait vingt-six in-folios. Ou plutôt, il aurait dû y avoir vingt-six in-folios, mais il manquait, toujours, l’in-folio qui offrait (qui aurait dû offrir) sur son dos l’inscription «&amp;nbsp;CINQ&amp;nbsp;». Pourtant, tout avait l’air normal&amp;nbsp;: il n’y avait pas d’indication qui signalât la disparition d’un in-folio (un carton, «&amp;nbsp;a ghost&amp;nbsp;» ainsi qu’on dit à la National Library)&amp;nbsp;; il paraissait n’y avoir aucun blanc, aucun trou vacant. Il y avait plus troublant&amp;nbsp;: la disposition du total ignorait (ou pis&amp;nbsp;: masquait, dissimulait) l’omission&amp;nbsp;: il fallait la parcourir jusqu’au bout pour savoir, la soustraction aidant (vingt-cinq dos portant subscription du «&amp;nbsp;UN&amp;nbsp;» au «&amp;nbsp;VINGT-SIX&amp;nbsp;», soit vingt-six moins vingt-cinq font un), qu’il manquait un in-folio&amp;nbsp;; il fallait un long calcul pour voir qu’il s’agissait du «&amp;nbsp;CINQ&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
Il y avait un manquant. Il y avait un oubli, un blanc, un trou qu’aucun n’avait vu, n’avait su, n’avait pu, n’avait voulu voir. On avait disparu. Ça avait disparu.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Stylistiquement, c’est un tour de force, qui use de toutes les ressources de la langue française pour proposer trois cents pages sans la lettre «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;». Perec a recours, sans abus, à quelques locutions anglaises, latines, allemandes, et ne malmène que modérément la grammaire (par exemple, «&amp;nbsp;le hasard&amp;nbsp;» devient «&amp;nbsp;l’hasard&amp;nbsp;»).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman fait la part belle à l’intertextualité, préfigurant &lt;strong&gt;La Vie mode d’emploi&lt;/strong&gt; et la trentaine de pastiches contenu au fil de ses chapitres. Ici, le deuxième chapitre résume &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/08/13/R-comme-Les-Revenentes#&quot;&gt;&lt;strong&gt;L’Invention de Morel&lt;/strong&gt;&lt;span&gt;On en reparlera, ainsi qu’Adolfo Bioy Casarès.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; on retrouve plus loin&lt;strong&gt; Moby Dick&lt;/strong&gt; puis des pastiches de différents poèmes de Hugo ou Rimbaud&amp;nbsp;; sans oublier de nombreuses références à &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/23/L-comme-Locus-Solus&quot;&gt;Locus Solus&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (Canterel devenant ici Cantaral…) et à Roussel, notamment lorsque Perec cite la phrase à l’origine du procédé roussellien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Écrire un texte sans la lettre «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;» est une chose. Mais ça n’est «&amp;nbsp;faire que la moitié du chemin&amp;nbsp;», comme l’indique la quatrième de couverture des &lt;strong&gt;Revenentes&lt;/strong&gt;. Si la voyelle «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;» s’est absentée d’un roman, il n’est que justice et équilibre que de lui consacrer un volume entier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-r-revenentes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-r-revenentes.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref.&lt;strong&gt; Les Revenentes&lt;/strong&gt; est l’&lt;em&gt;exacte&lt;/em&gt; antithèse de &lt;strong&gt;La Disparition&lt;/strong&gt;. D’une part, parce que ces deux romans n’ont &lt;em&gt;aucun&lt;/em&gt; mot en commun&amp;nbsp;; d’autre part, parce que ce deuxième volume propose l’inverse du premier. Les deux textes partagent cependant deux choses&amp;nbsp;: une ambition folle, et une épigraphe, ne comportant comme voyelle que «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;», due à certain Lord Holland.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire des &lt;strong&gt;Revenentes&lt;/strong&gt; est (grosso modo) celle de Clément, qui se retrouve pris, entre la Frence et l’Engleterre, dans une intrigue visant à dérober les diamants de Bérengère de Brémen-Brévent. L’aide dans cette entreprise sa sœur Estelle et son amie Thérèse Merelbeke, l’ex-épouse du rebelle chef berbère Mehmed ben Berek. Ça se termine en partouze chez l’évêque d’Exeter, amateur d’éphèbes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bourré d’humour, &lt;strong&gt;Les Revenentes&lt;/strong&gt; suit une intrigue sans queue ni tête. Quant aux contraintes, Perec fixe d’entrée de jeu trois règles, l’une d’elle consistant à admettre que «&amp;nbsp;y&amp;nbsp;» est une semi-voyelle et que sa présence sera tolérée&amp;nbsp;; une autre règle déclarant que l’orthographe sera de moins en moins respectée…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Drôle de lettre que le «&amp;nbsp;e&amp;nbsp;». Une prononciation variable&amp;nbsp;: é, è, eu, e muet, i lorsque doublé en anglais. Perec emploie à fond ces ressources de prononciation pour &lt;strong&gt;Les Revenentes&lt;/strong&gt;. Le roman gagne d’ailleurs à être lu à voix haute, l’orthographe «&amp;nbsp;pèrteeQleeère&amp;nbsp;» du texte écrit rendant sa lecture malaisée. Cf. l’extrait ci-dessous&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je sens qe ce n’est le temps de plézenter. Qe je me permette d’emettre qelqe geste et ces mecs me descendent&amp;nbsp;! C’est le temps de recenser mes vertèbres et de me dépécher de trensmettre des tendres bézers vers mes chers Père et Mère&amp;nbsp;! Les verts temps de l’enfence émergent de Léthé&amp;nbsp;: mes dents de bébé et mes dents de lé, le blé de mes mèches rebelles, les fêtes et les étrennes&amp;nbsp;! Et mes semelles de crêpes&amp;nbsp;! Et les médelènes qe je trempe dens le thé qe Mémé me verse&amp;nbsp;! Et ces cents mètres ventre en terre dens les prés semés de genêts&amp;nbsp;! Les nèges éternelles, le dégel des névés, les belles bergères de Vendée&amp;nbsp;! Et «&amp;nbsp;Phedre&amp;nbsp;», et «&amp;nbsp;Esther&amp;nbsp;», et cette «&amp;nbsp;Belle Hélène&amp;nbsp;» qe j’entends chez Pleyel&amp;nbsp;! Et même Bébert de Flers&amp;nbsp;! Le brevet élémentère, le grec, les belles-lettres&amp;nbsp;! Merde, qe n’è-je enfenté cette thèse&amp;nbsp;: Entheethèse, réteecence, chrèses et épenthèse chez Térence et chez Scève&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les liens &lt;strong&gt;Disparition&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Revenentes&lt;/strong&gt; sont d’ordre binaire. Ce que le premier est, le second ne l’est pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Disparition&lt;/strong&gt; &amp;nbsp;: une contrainte respectée, sans trop d’accrocs à la grammaire française&amp;nbsp;; une structure réfléchie et une intrigue alambiquée&amp;nbsp;; une intertextualité réjouissante&amp;nbsp;; une réflexion sur l’absence et sa perception&amp;nbsp;; un succès littéraire, régulièrement réimprimé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Revenentes&lt;/strong&gt; &amp;nbsp;: une contrainte respectée… de loin, qui fait un gros fuck à la grammaire et l’orthographe&amp;nbsp;; pas de véritable structure et une intrigue foutraque, qui oscille entre les mauvais genres&amp;nbsp;; pas d’intertextualité&amp;nbsp;; discours aux abonnés absents&amp;nbsp;; un texte n’ayant pas marqué les mémoires, rarement réédité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si on a adoré &lt;strong&gt;La Disparition&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Les Revenentes&lt;/strong&gt; peut laisser une drôle d’impression&amp;nbsp;: celle d’un roman foutraque, gentiment jemenfoutiste, graveleux… et pas vraiment indispensable. Un texte en forme de récréation pour l’auteur oulipien. Pour les curieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Schwette, c’est pédestre&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Q comme Quake</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/11/Q-comme-Quake" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Quake" />
      <id>urn:md5:b399dfabb81e35d5d1d83f95175ffe66</id>
      <published>2015-08-11T16:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-08-11T16:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on continue à tendre une oreille aux &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/09/Y-comme-Year-Zero&quot;&gt;œuvres musicales&lt;/a&gt; de Trent Reznor, cette fois hors de Nine Inch Nails : la flippante bande originale du jeu &lt;strong&gt;Quake&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Quake / Soundquakes, Trent Reznor, 1996. 59 minutes, 10 morceaux (dont les titres peuvent différer suivant les versions)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans un précédent billet, on s’intéressait au sieur Trent «&amp;nbsp;Nine Inch Nails&amp;nbsp;» Reznor et à son décevant album &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/09/Y-comme-Year-Zero&quot;&gt;Year Zero&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2007) — un disque qui arrivait au début d’une phase de créativité inédite pour le musicien, l’une d’elle étant notamment ses contributions aux derniers films en date de David Fincher, pour lesquels il a composé, avec son compère Atticus Ross, les bandes originales. Des BO aux sonorités très expérimentales, faisant la part belle à un ambient ténébreux, et qui a valu des récompenses aux deux musiciens&amp;nbsp;: un Golden Globe pour &lt;em&gt;The Social Network&lt;/em&gt;, un Grammy Award pour &lt;em&gt;The Girl with the dragon tattoo&lt;/em&gt;. Mais ce travail sur les sonorités remonte à une décennie plus tôt, avec la bande originale de &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt;, premier jeu de la série créée par id Software.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-ost.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-ost.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-y-ost_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les trois (excellentes) BO signées trent Reznor et Atticus Ross&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Est-ce nécessaire de rappeler que &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt; est le digne successeur de &lt;em&gt;Doom&lt;/em&gt;&amp;nbsp;? Lancé en 1996, ce FPS reprend certaines des thématiques de &lt;em&gt;Doom&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: dans un univers mêlant SF et ambiance lovecraftienne, le space marine qu’incarne le joueur doit traverser des niveaux, y buter des monstres et autres démons du même acabit avec tout un arsenal d’armes. Par rapport à &lt;em&gt;Doom&lt;/em&gt;, paru trois ans plus tôt et pionnier dans son rendu 3D, &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt; se distingue par un &lt;em&gt;véritable&lt;/em&gt; moteur 3D. Tout cela est beau et bon (enfin, façon de parler), mais une chose est sûre&amp;nbsp;: autant que ses graphismes et son scénario, un jeu vidéo doit aussi beaucoup à son ambiance sonore. D’autant que le développement du CD-rom a permis, dans les années 90, aux musiques de jeux vidéo de quitter les sonorités 8-bits (qui connaissent cependant un regain de mode actuel) et d’avoir des sonorités plus chiadées. Qu’en est-il de celle de &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt;, connaissant son auteur&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-q-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-q-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ça ne nous rajeunit pas…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En contact avec id Software au moment de la parution de &lt;em&gt;Doom II&lt;/em&gt;, Trent Reznor – qui, avec Nine Inch Nails, avait déjà sorti &lt;em&gt;Pretty Hate Machine&lt;/em&gt; (1989), &lt;em&gt;Broken&lt;/em&gt; (1992) et &lt;em&gt;The Downward Spiral&lt;/em&gt; (1994), un trio gagnant – s’est impliqué assez tôt dans le processus (&lt;a href=&quot;http://web.archive.org/web/20010308153538/http:/www.burningsouls.com/complete/articles/misc/interview_with_american_mcgee.html&quot;&gt;cf.&lt;/a&gt;). Il a participé aux effets sonores, et surtout à la musique, enregistrée dans les dernières semaines de conception du jeu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Quake Theme&amp;nbsp;» débute de manière héroïque, avec un riff de guitare qui rappelle «&amp;nbsp;Kashmir&amp;nbsp;» de Led Zeppelin, qui monte en puissance pendant une minute… avant que ne subsiste qu’un cri/gémissement. Les quatre minutes suivantes, atmosphériques, laissent planer une ambiance des plus inquiète et inquiétante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Bon, cette chronique de la bande originale du jeu vient à peine de débuter et il me faut déjà avouer mon impuissance&amp;nbsp;: ça va être ardu de trouver des synonymes au mot «&amp;nbsp;inquiet&amp;nbsp;» et ses dérivés.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le court «&amp;nbsp;Aftermath&amp;nbsp;» poursuit dans cette lignée… inquiétante (et fort efficace). Une ambiance hantée, perturbée par des percussions électroniques. Inquiétant, inquiétant, inquiétant&amp;nbsp;: en comparaison du morceau suivant, ce n’est rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, avec «&amp;nbsp;The Hall of Souls&amp;nbsp;», Reznor semble avoir décidé de faire pisser le joueur dans son froc. Une rythmique martiale, un drone angoissant, des grésillements lointains, des voix insanes qui bruissent et murmurent à l’envers, une montée en puissance inéluctable… Les huit minutes malsaines du morceau sont proprement flippantes, et constituent sans le moindre doute l’un des moments les plus réussis de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à «&amp;nbsp;It is raped&amp;nbsp;», ce morceau pourrait servir de bande-son pour &lt;strong&gt;La Maison des feuilles&lt;/strong&gt; de Mark Z. Danielewski, en particulier les passages d’exploration des couloirs impossibles. Obscur, lancinant, parcouru de bruits déchirants et surtout d’un grondement régulier – pareil, j’imagine, à celui qui résonne de temps à autre dans les couloirs. Une réussite aussi. C’est le pouls de machines lointaines qui rythme «&amp;nbsp;Parallel Dimensions&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Life&amp;nbsp;». Les deux morceaux, longs chacun de près de dix minutes, se caractérisent par leur ambiance lourde et inquiétante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Damnation&amp;nbsp;» est un morceau ambient distordu, aux sonorités métalliques – des beats déformés, des bols tibétains mais venus de l’enfer… Une mélodie au piano se dissimule là-dessous, tandis que des geignements se font entendre, de plus en plus présents. Dans «&amp;nbsp;Focus&amp;nbsp;», des bruits industriels lointains résonnent à l’arrière-plan, tandis que des bégaiements liquides et un bourdon menaçant occupent le premier plan sonore. «&amp;nbsp;Falling&amp;nbsp;» évoque une attente angoissée dans un tunnel en période d’apocalypse&amp;nbsp;: de grosses percussions étouffées, comme si des choses massives se battaient dans les gravats, le son d’une scie circulaire en guise de drone…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album s’achève avec «&amp;nbsp;The Reaction&amp;nbsp;», pas forcément le morceau le plus conclusif qui soit. Une ambiance malsaine à couper au couteau (ou à la tronçonneuse, c’est vous qui voyez), d’incessants bruitages métalliques, un drone façon salle des machines…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ouf, ça s’arrête là.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À quelle aune juger une bande originale de jeu vidéo&amp;nbsp;? Dans le contexte ludique, cela sera à l’efficacité. En plus des graphismes, du gameplay, et éventuellement du scénario, un jeu se juge aussi à son ambiance, qui tient pour part au sound design et aux musiques. N’ayant guère joué à &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt;, je ne saurai guère dire à quel point le travail fourni par Trent Reznor sur les textures musicales (ce ne sont pas des chansons, c’est sûr) améliore l’expérience ludique de ce FPS, ni à quel point cette BO tire son épingle du jeu par le seul nom de Trent Reznor (qui avait déjà un début de notoriété à l’époque). Mais j’ai envie de croire que c’est réussi&amp;nbsp;: même sans les images, la musique remplit tout bonnement son effet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, le progrès technologique ayant permis aux compositeurs de musiques de jeu de s’extraire des contraintes du 8-bits et d’avoir les moyens techniques de leurs ambitions, les BO de jeu ont pu commencer à s’écouter hors du contexte ludique. De fait, la musique supporte le jeu, et les nombreuses BO de jeux que l’on trouve sur YouTube s’écoutent (j’imagine) dans un semblable contexte de support&amp;nbsp;: fournir une ambiance pendant que l’on fait autre chose (lire, écrire, cuisiner, j’en passe). De ce côté-là, à nouveau, Trent Reznor réussit son coup. La BO de &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt; ne s’écoutera certes pas comme un album, structuré comme tel&amp;nbsp;: hormis un morceau introductif, il n’y a pas de véritable construction dramatique. Mais qu’importe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-q-ghosts.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-q-ghosts.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Trente-six fantômes pour un disque indispensable…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce travail accompli sur la BO de &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt; va préfigurer de douze ans les disques ultérieurs de Trent Reznor/Nine Inch Nails, en particulier le formidable double instrumental &lt;em&gt;Ghosts I-IV&lt;/em&gt; (2008), qui servira lui-même de base aux bandes originales de &lt;em&gt;The Social Network&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;The Girl with the dragon tattoo&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Gone Girl&lt;/em&gt;. Près de vingt ans après sa sortie, on ne peut regretter que cet album-jalon ne soit pas disponible plus aisément&amp;nbsp;: il mérite qu’on lui tende une oreille.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: techniquement, oui&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: ça dépend du degré de sensibilité de chacun, mais disons oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt; ayant remporté un succès certain, le jeu a vite engendré des suites, elles aussi mises en musique – mais pas par Trent Reznor.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-q-quake23.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-q-quake23.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Paf-paf boum-boum&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Composée par Sonic Mayhem (tout un programme, ce nom), la BO de &lt;em&gt;Quake II&lt;/em&gt; prend le parti de sonorités plus rock, plus immédiates. Pour la petite histoire, Sascha Dikiciyan (alias Sonic Mayhem) avait envoyé à John Romero, game designer de &lt;em&gt;Quake&lt;/em&gt;, un CD proposant une bande-son alternative pour le jeu&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Methods of Destruction&lt;/em&gt;. Convaincu par le travail (convaincant, il faut le reconnaître, dans le genre inquiétant) de Dikiciyan, Romero lui a demandé de composer la musique de &lt;em&gt;Quake II&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Quake III&lt;/em&gt; Celle-ci m’apparaît cependant moins intéressante sur le plan musical. Celle-ci s’inscrit dans la lignée de Nine Inch Nails&amp;nbsp;: le morceau introductif consiste en grosses guitares saturées, voix qui alterne murmures et cris, nombreuses ruptures de style. Mais bien vite, il faut dire adieu aux ambiances suintant la peur&amp;nbsp;: la suite de l’album est du metal largement teinté d’électronique, lorgnant (et pas qu’un peu) sur NIN. Mais… en moins subtil. Dommage. N’ayant pas joué à &lt;em&gt;Quake II&lt;/em&gt;, et peu à &lt;em&gt;Quake III&lt;/em&gt;, je ne saurais dire leur adéquation au jeu.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>P comme Particle Fever</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/07/P-comme-Particle-Fever" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Particle Fever" />
      <id>urn:md5:e0fa4a3376de4977da7fa7834dbfcee2</id>
      <published>2015-08-07T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-17T12:20:37+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on quitte l'environnement pas si inhospitalier d'une &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/08/04/O-comme-l-oeuf-du-dragon&quot;&gt;étoile à neutrons&lt;/a&gt; pour plonger au cœur du Large Hadron Collider, grâce à &lt;strong&gt;Particle Fever&lt;/strong&gt;, admirable documentaire qui revient sur la genèse de l'accélérateur de particules et la découverte du Boson de Higgs, et nous amène dans les coulisses des expériences scientifiques qui y sont menées…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Fièvre des particules [Particle Fever], Mark Levinson, 2013. Couleurs, 99 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Côté sciences, on vit une époque formidable&amp;nbsp;: New Horizons vient de nous apporter les premières images détaillées de la lointaine Pluton&amp;nbsp;; on a posé, tant bien que mal, le robot Philae sur une &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/08/07/P-comme-Particle-Fever#&quot;&gt;comète &lt;span&gt;relisez ces mots : _poser_ un _robot_ _sur_ une _comète_ ! je n’en reviens toujours pas : même imparfait, c’est un putain d’exploit scientifique&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;; Dawn vient d’accomplir sa mission autour de la protoplanète Cérès&amp;nbsp;; on découvre des exoplanètes par paquets&amp;nbsp;; Curiosity arpente le sol de Mars depuis trois étés… Et du côté de l’infiniment petit, c’est tout aussi réjouissant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a bientôt deux ans, en octobre 2013, les physiciens Peter Higgs et François Englert ont reçu le prix Nobel de physique pour avoir postulé, cinquante ans plus tôt, l’existence du boson de Brout-Englert-Higgs-Hagen-Guralnik-Kibble — communément raccourci en boson de Higgs —, particule insaisissable, mise en évidence en juillet 2012 au Large Hadron Collider. En juillet 2013, un documentaire est sorti, s’intéressant à l’aventure que fut le lancement de cet accélérateur de particules.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/BbbGETO8G9g?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-p-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-p-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;All the superlatives are justified, this is the case where the hype is approximately accurate.&amp;nbsp;» Nina Arkani-Hamed.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le documentaire débute en 2008, alors que la construction du LHC sous la frontière franco-suisse touche à son terme. Si le projet du LHC a été approuvé dès 1994, pour succéder au collisionneur Large Electron Positron, sa mise en chantier n’a débuté qu’en 2000 et s’est achevée plus tard que prévu, à l’été 2008&amp;nbsp;: à l’origine, la date de mise en service était fixée à 1999. Est évoqué aussi le concurrent américain du LHC, qui n’a jamais vu le jour&amp;nbsp;: le Congrès a choisi de couper les fonds. Les diatribes des politiciens étatsuniens sont édifiantes. Grosso modo, les arguments sont&amp;nbsp;: c’est trop cher, y aura qu’à copier les Européens (qui font rien qu’à copier sur nous), et puis franchement, à quoi ça sert&amp;nbsp;??&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Why are we doing it? We actually have two answers. One answer is what we tell people and the other answer is the truth. I’ll tell you both. And there’s nothing incorrect about the first answer. It’s just… it’s not the thing that drives us. It’s not how we think about it, but it’s something you can say quickly (…). Answer number one: we are reproducing the physics, the conditions, just after the Big Bang. (…) Okay, answer two: we are trying to understand the basic laws of the nature. It’s sound slightly more mild (…).&amp;nbsp;» David Kaplan&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;David Kaplan pose d’emblée les enjeux&amp;nbsp;: va-t-on découvrir quelque chose&amp;nbsp;? Ou bien, dans le cas contraire, ne saura-t-on pas ce que l’on a loupé&amp;nbsp;? Est-ce que le LHC va fonctionner&amp;nbsp;? Et si oui, va-t-on trouver quelque chose&amp;nbsp;? Bien sûr, l’un des buts de l’appareil est de mettre en évidence le fameux boson dit de Higgs&amp;nbsp;: le nom de la «&amp;nbsp;particule de Dieu&amp;nbsp;» est prononcé à la onzième minute.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alternant entretiens, images d’archives, extraits de journaux télévisés, prises de vue in situ et schémas explicatifs animés, &lt;em&gt;La Fièvre des particules&lt;/em&gt; suit différents scientifiques&amp;nbsp;: David Kaplan, Monica Dunford, Fabiola Gianotti, Savas Dimopoulos, Nina Arkani-Hamed… Scientifiques installés, proches de la retraite ou alors juste post-doctorants (la sémillante Monica Dunford), théoriciens ou expérimentalistes. Le documentaire nous fait vivre l’excitation des participants au projet, sans omettre les points d’achoppement, où la science n’intervient que peu. C’est en grande pompe que le premier faisceau a été lancé le 10 septembre 2008, mais le LHC a subi une grave avarie quelques jours plus tard&amp;nbsp;: une fuite d’hélium qui a causé un retard de plus d’un an dans les expériences. Un ratage, en termes de communication et de réputation. Il est question aussi, un peu, de ces illuminés croyant que le LHC allait provoquer l’apparition d’un trou noir qui avalerait la Terre (on est toujours là, non&amp;nbsp;?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-p-atlas.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-p-atlas.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-p-atlas_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le détecteur est VRAIMENT grand…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On suit aussi les questionnements de Kaplan et Arkani-Hamed sur les implications de la masse du boson de Higgs&amp;nbsp;: une masse de 115 giga-électronvolt accréditerait l’hypothèse de la supersymétrie&amp;nbsp;; une masse de 140 GeV tendrait davantage vers l’hypothèse du multivers — une hypothèse funeste pour Arkani-Hamed, qui y voit là la fin de la physique, les réponses se situant potentiellement dans les autres univers. (En passant, cette hypothèse aurait représenté une étape supplémentaire dans le démontage de l’anthropocentrisme&amp;nbsp;: depuis Copernic, on sait que la Terre n’est plus au centre du monde&amp;nbsp;; Darwin a montré que l’homme, fruit de l’évolution, était un animal comme un autre, soumis, d’après Freud, à ses pulsions… Notre soleil justement, un «&amp;nbsp;petit soleil jaunâtre et minable&amp;nbsp;» selon Douglas Adams, se trouve dans une galaxie normale. Et si en plus notre univers est seulement &lt;em&gt;un&lt;/em&gt; univers parmi les autres, un peu plus vivable par la grâce de sa constante cosmologique…) Finalement, le boson de Higgs va se révéler peser un poids intermédiaire, laissant la porte ouverte aux deux possibilités.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Assez parlé du LHC et du boson… Dans la forme, ce documentaire est lui-même remarquable. Sans esbroufe, de manière discrète. À aucun moment il ne suscite l’ennui&amp;nbsp;: bien monté, bien mené, il rend compréhensible au béotien les enjeux de cet accélérateur de particules, et présente également une jolie galerie de scientifiques&amp;nbsp;: les théoriciens et les expérimentalistes, qui ont besoin l’un de l’autre&amp;nbsp;; les jeunes, plein d’allant et de motivation, les moins jeunes, qui ont conscience de la lenteur des choses… Bref, une réussite formelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre février 2013 et avril 2015, le LHC a été amélioré, afin de produire des taux d’énergie encore plus forts&amp;nbsp;; de nouvelles découvertes devraient en résulter (des pentaquarks, par exemple, ont été mis en évidence, selon une annonce du 14 juillet 2015). Maintenant qu’il est reparti, on attend prochainement un &lt;em&gt;Particle Fever 2&lt;/em&gt;…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/j50ZssEojtM?rel=0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-p-savejack.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-p-savejack.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le choix est vite fait pour amener Jack au LHC…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Connaissez-vous &lt;em&gt;Le meurtre le plus lent avec l'arme la moins efficace&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;The Horribly Slow Murderer with the Extremely Inefficient Weapon&lt;/em&gt;, 2008)&amp;nbsp;? Probablement, vu son succès et son ancienneté (relative, à l’heure d’internet). Publiée sur YouTube, cette vraie-fausse bande-annonce pour un film de neuf heures, réalisée par Richard Gale, raconte sur dix longues minutes l’histoire d’un type poursuivi par un psychopathe, armé d’une petite cuillère. Ce court-métrage a connu plusieurs suites. L’une d’elle, &lt;em&gt;Save Jack&lt;/em&gt;, est interactive, et propose au spectateur plusieurs choix pour sauver Jack. &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=evdt4jdf6sQ&quot;&gt;L’un d’eux&lt;/a&gt; nous amène dans un endroit connu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme L'Œuf du dragon</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/08/04/O-comme-l-oeuf-du-dragon" rel="alternate" type="text/html" title="O comme L'Œuf du dragon" />
      <id>urn:md5:ac04f886fe4270cdb0a864e4107942f8</id>
      <published>2015-08-04T15:50:00+02:00</published>
                    <updated>2015-08-04T15:50:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on se pose à la surface d'une étoile à neutrons pour y découvrir, en compagnie de Robert L. Forward, auteur spécialisé en description de mondes extrêmes, la vie extraterrestre et intelligente qui s'y niche, avec &lt;strong&gt;L'Œuf du dragon&lt;/strong&gt; et sa suite inédite &lt;strong&gt;Starquake&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Œuf du dragon [Dragon’s Egg], Robert Forward, roman traduit de l’anglais [US] par Jacques Polanis. Robert Laffont, coll. «&amp;nbsp;Ailleurs &amp;amp; Demain&amp;nbsp;», 1984 [1980], 296 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Ami lecteur, si tu t’imagines que je vais parler ici du recueil &lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt; de George R.R. Martin, une seule réponse&amp;nbsp;: ben non.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;I think I'll get back to working on my book,&quot; said Pierre. (…) The popular version that covers everything that happened on the trip. I was going to call it Dragon's Egg, but the editors at Ballantine Interplanetary said that they already had a title of that name in their inventory. Besides, they wanted something more personal, so they chose, My Visit With Our Nucleonic Friends. I think it's a dumb title, but they are the ones buying the book.&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-cover-fr1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-cover-fr1.jpg&quot; title=&quot;L'édition originale en A&amp;amp;D&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-cover-fr2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-cover-fr2.jpg&quot; title=&quot;La couverture de l'édition poche, signée Manchu&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une branche excitante de la science-fiction s’attache à jouer avec les phénomènes astrophysiques les plus extrêmes&amp;nbsp;: les singularités et autres objets stellaires d’un acabit similaire, en y ajoutant la possibilité d’une vie. Citons ainsi &lt;strong&gt;Incandescence&lt;/strong&gt; (2001) de Greg Egan, où l’une des deux lignes narratives du roman décrit la vie sur un morceau de roc en orbite autour d’un trou noir&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Flux&lt;/strong&gt; (1994) de Stephen Baxter, où l’on croise une humanité miniature implantée au sein d’une étoile à neutron&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Mission Gravité&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Une question de poids&lt;/strong&gt; (1954) de Hal Clement, où des humains entrent en contact avec une race extraterrestre vivant sur une planète où règne une intense gravité. Et &lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt; de Robert Forward…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-autres.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-autres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-o-autres_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Des livres décrivant des lieux où il ne fait pas bon vivre&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Physicien et écrivain, Robert Forward (1932-2002) est méconnu en France, où seuls ses deux premiers romans ont été traduits&amp;nbsp;: le présent &lt;strong&gt;Œuf du dragon&lt;/strong&gt; (1980), couronné par le prix Locus 1981 et &lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; (1984). Mais l’auteur est toutefois fort d’une bibliographie comptant onze romans et une douzaine de nouvelles, sans oublier un bon nombre d’articles scientifiques. Diplômé de l’université du Maryland, il a travaillé dans la compagnie de construction aérienne et aérospatiale Hughes Aircraft, avant de prendre une retraite anticipée pour se consacrer à l’écriture tout en officiant comme consultant auprès de la NASA et de l’US Air force (merci Wikipédia). Son œuvre science-fictionnesque se situe du côté de la hard science, et s’intéresse notamment à la question de la vie dans les lieux les plus improbables&amp;nbsp;: une étoile à neutrons dans l’objet du présent billet, mais aussi les nuages de Saturne (&lt;strong&gt;Saturn Rukh&lt;/strong&gt;, 1997) une planète double comportant une moitié océanique (&lt;strong&gt;Le Vol de la libellule&lt;/strong&gt; et ses suites), un monde où la température n’excède pas 30°… Kelvin (&lt;strong&gt;Camelot 30K&lt;/strong&gt;, 1993). Voilà qui fait rêver.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-camelot30k.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-camelot30k.jpg&quot; title=&quot;L'amour à - 240 °C&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-saturn.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-saturn.jpg&quot; title=&quot;La vie dans les nuages de Saturne ?&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Adonc &lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt;, roman qui se base, peut-être, sur un article de Forward, paru dans le numéro de septembre 1980 du magazine &lt;em&gt;Omni&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Life on a neutron star&amp;nbsp;». Voici cinq cent mille ans, une géante rouge se transforme en supernova puis en étoile à neutrons. Tandis que le rayonnement de la nova impacte la vie sur Terre, l’étoile, éjectée hors de son orbite par l’explosion, décrit une trajectoire qui va l’amener au large de notre Soleil. Entretemps, aussi incroyable que cela puisse paraître, la vie nait sur cet astre en apparence excessivement inhospitalier&amp;nbsp;: une gravité soixante-dix-sept milliards de fois supérieure à celle régnant sur Terre, une température frôlant la dizaine de milliers de degrés Celsius.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-cover-vo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-cover-vo.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est en 2020 que ce pulsar est découvert, alors qu’il s’approche de notre système solaire. Trente années s’écoulent avant qu’une mission spatiale habitée n’arrive aux abords de l’astre&amp;nbsp;: le &lt;em&gt;Saint-Georges&lt;/em&gt; comporte un équipage international, dont la mission est d’étudier l’étoile. Le vaisseau ne peut cependant s’en approcher trop près, sous peine d’être détruit par les gigantesques forces de marée. La solution choisie consiste en la mise en orbite d’un ensemble d’astéroïdes, compactés par des monopôles magnétiques&amp;nbsp;: ils formeront une masse contrebalançant l’influence du pulsar, qui permettra à une chaloupe sphérique, le &lt;em&gt;Tueur de dragon&lt;/em&gt;, de s’insérer à un point d’équilibre gravitationnel, tolérable pour les humains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce que les humains ignorent, c’est que la vie a éclos sur la surface ferreuse de l’étoile&amp;nbsp;: d’abord des végétaux, qu’un accident a transformé en animaux. Au fil du temps, ceux-ci vont développer une conscience, et former peu à peu une civilisation. Celle-ci va évoluer, et les cheela – c’est le nom de ces êtres habitant l’œuf – vont tourner leurs yeux, dont chaque individu possède une douzaine – vers le ciel…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-cheela.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-cheela.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-o-cheela_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt; ne se distingue pas par son écriture, très fonctionnelle, ni par la profondeur psychologique de ses personnages humains&amp;nbsp;: Forward assure le minimum de ce côté-là. L’intérêt se situe du côté des cheela, dont l’auteur va narrer l’évolution, au fil de nombreuses séquences centrées sur divers personnages-clés de leur civilisation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car il faut le préciser&amp;nbsp;: le temps sur l’œuf s’écoule un million de fois plus vite que sur Terre. L’étoile à neutrons tourne sur elle-même cinq fois par seconde, et l’existence des Cheela s’écoule à cette aune&amp;nbsp;: une vie cheela entière dure une demi-heure, mais à leur échelle, équivaut à environ soixante-dix de nos années. Avec deux échelles de temps si différentes, comment envisager le contact&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’essentiel du roman de Forward tend vers cette rencontre, car contact il y aura. Le livre lui-même s’achève sur un dossier, censément paru une dizaine d’années après les événements de juin 2050&amp;nbsp;; à la façon d’un Roland Lehoucq, l’auteur en profite pour donner des détails sur la morphologie cheela, le &lt;em&gt;Tueur de dragon&lt;/em&gt;, et glisser quelques références réelles au milieu des fictives. De fait, c’est là que se trouve concentrée toute la partie purement hard science du roman, celui-ci s’avérant d’une lecture fluide par ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On pourra effectuer quelques menus reproches&amp;nbsp;: l’indifférence que suscitent les protagonistes humains, la trop grande similitude entre le caractère et la civilisation des cheela et les nôtres (encore que cette ressemblance puisse se justifier). Côté scientifique, le roman semble tenir la route, même si Forward paraît omettre la déflection des rayons lumineux (il faudrait l’expertise du bon professeur Lehoucq pour en être sûr).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-o-starquake.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-o-starquake.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1985, Forward a donné une suite à &lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Starquake&lt;/strong&gt;, que l’on pourrait traduire par «&amp;nbsp;Tremblement d’étoile&amp;nbsp;». Inédite en français, elle se situe dans la suite immédiate de &lt;strong&gt;L’Œuf&lt;/strong&gt;. Immédiate, c’est-à-dire quelques secondes après la fin du premier roman. Les ennuis surgissent, façon tir groupé. Il y a d’abord le &lt;em&gt;Tueur du dragon&lt;/em&gt;, dont la désorbitation se déroule mal&amp;nbsp;: à son bord, les humains se retrouvent soudain avec une poignée de minutes devant eux pour trouver une solution. Du temps, les cheela en ont. Mais sur l’Œuf, où l’argent a fait son apparition, on hésite&amp;nbsp;: à quoi bon dépenser des sommes astronomiques pour sauver ces Lents à qui on estime ne plus rien devoir&amp;nbsp;? Des interrogations bientôt caduques lorsque des tensions de surface créent un séisme, lequel se transforme vite en un tremblement de croûte qui frappe tout l’Œuf. Les survivants sont rares et dispersés entre les stations orbitales et quelques abris à la surface de l’étoile. Sur l’Œuf, ce sont bientôt les Âges sombres…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;Starquake&lt;/strong&gt;, les défauts mineurs de &lt;strong&gt;L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt; deviennent flagrants&amp;nbsp;: les humains sont réduits à la portion congrue. Quant à la civilisation cheela, elle est plus humaine que jamais&amp;nbsp;: tant pis pour la vraisemblance et l’exercice de xénopensée. Surtout, le roman manque de focalisation et se disperse&amp;nbsp;: les événements se suivent, sans qu’une direction soit perceptible. Cela étant dit, &lt;strong&gt;Starquake&lt;/strong&gt; est très loin d’être honteux. Comme dans bien des cas, la suite n’a pas la même saveur que l’original.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref,&lt;strong&gt; L’Œuf du dragon&lt;/strong&gt; forme le chaînon logique et naturel entre &lt;strong&gt;Mission Gravité&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Flux&lt;/strong&gt;. Des créatures vivant sur un monde aux conditions de vie improbables. Et c’est passionnant&amp;nbsp;: la SF du vertige comme on l’aime en Bifrostie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une jolie réussite, malheureusement indisponible depuis trop longtemps.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: livre indisponible&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme Něco z Alenky</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/31/N-comme-Neco-z-Alenky" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Něco z Alenky" />
      <id>urn:md5:6f3193a76e6218888f45bb43e981a6e9</id>
      <published>2015-07-31T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-31T11:03:10+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on poursuit notre rétrospective des &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/23/J-comme-Jabberwocky&quot;&gt;courts-métrages&lt;/a&gt; de Jan Švankmajer, sans oublier, surtout, de nous intéresser à son formidable &lt;strong&gt;Alice&lt;/strong&gt;, étonnante réinterprétation du roman de Lewis Carroll, où l'inquiétant possède l'apparence du fait-maison…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Alice [Něco z Alenky], Jan Švankmajer (1988). Couleurs, 88 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avant de nous attarder sur &lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;, premier long-métrage de Jan Švankmajer (&lt;em&gt;Něco z Alenky&lt;/em&gt; en tchèque, ce qui signifierait «&amp;nbsp;Quelque chose d’Alice&amp;nbsp;»), poursuivons d’abord notre exploration des courts-métrages…&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On s’était arrêté avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/23/J-comme-Jabberwocky&quot;&gt;Jabberwocky&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, ce qui était une erreur&amp;nbsp;: il aurait mieux valu conclure ce billet-là avec &lt;em&gt;Le Journal de Léonard&lt;/em&gt; ( &lt;em&gt;Leonardův deník, &lt;/em&gt;11 min., 1972). Car, après ce court-métrage, la production de Švankmajer a connu une césure de cinq ans, le réalisateur ayant maille à partir avec les autorités. Déjà, &lt;em&gt;Jabberwocky&lt;/em&gt; avait été censuré en Tchéquoslovaquie, certains percevant dans cette fantaisie des allégories politiques de mauvais aloi (selon eux). Ce court-métrage n’avait pu être montré qu’à l’étranger&amp;nbsp;; à Prague, il ne fut visible qu’après 1989.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-leonardo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-leonardo.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le Journal de Léonard&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Le Journal de Léonard&lt;/em&gt; s’inscrit dans la lignée des courts-métrages précédents&amp;nbsp;: une fantaisie burlesque. Des dessins s’animant et des images d’actualité sont montés au rythme d’une musique. L’absurde nait de cette superposition, pour un résultat moqueur mais peu inoubliable. Švankmajer a déjà prouvé qu’il savait faire des œuvres plus ambitieuses, et ce &lt;em&gt;Journal…&lt;/em&gt; a tout d’un léger pas en arrière. Néanmoins, la censure n’a pas ri, et a contraint le réalisateur à cesser le cinéma, bien que celui-ci ait déjà mis en chantier &lt;em&gt;Le Château d’Otrante&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Otrantský zámek&lt;/em&gt;, 17 min., 1977), d’après le roman de Horace Walpole. Ce court-métrage adopte la forme d’un documentaire/documenteur&amp;nbsp;: un journaliste interroge un archéologue, persuadé d’avoir trouvé les traces du château d’Otrante, non plus en Italie mais en Tchéquie, à Otrhany. Car le bonhomme est persuadé que le roman a des bases historiques, et possède des «&amp;nbsp;preuves&amp;nbsp;» pour étayer son propos… En parallèle, l’on suit l’intrigue du &lt;strong&gt;Château d’Otrante&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: celui-ci adopte la forme d’enluminures animées (qui rappellent le travail de Karel Zeman ou celui de Terry Gilliam pour le &lt;em&gt;Monty Python’s Flying Circus&lt;/em&gt;). Drôle, impertinent, superbement fait, avec un impeccable twist final, c’est une franche réussite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-otranto.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-otranto.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le Château d'Otrante&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-usher.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-usher.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La Chute de la maison Usher&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Suit &lt;em&gt;La Chute de la maison Usher&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Zánik domu Usheru&lt;/em&gt;, 15 min., 1981), où c’est au tour d’Edgar Allan Poe d’être adapté une première fois, dans un court-métrage sans acteurs. L’histoire de Roderick et Madeline Usher est narrée par une voix off, tandis que la caméra explore l’intérieur d’une maison décrépite. Les objets prennent vie, et meurent&amp;nbsp;; un cercueil se déplace, des ustensiles se délitent, on assiste à un suicide de chaises. Aussi glauque que troublant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-dialoguejpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-dialogue.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les Possibilités du dialogue&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Les Possibilités du dialogue&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Moznosti dialogu&lt;/em&gt;, 12 min., 1982), Svankmajer accède enfin à la reconnaissance internationale. Ce court-métrage a été sélectionné dans de nombreux festivals, et a été couronné par le Grand Prix du festival d’Annecy en 1983 ainsi que par un Ours d’or. Chose amplement méritée. Trois séquences composent ces &lt;em&gt;Possibilités&lt;/em&gt;. La première voit des bustes arcimboldesques se rencontrer et se bouffer, littéralement, les uns les autres avant de se recomposer en êtres d’argile, dont les interactions sont au cœur de la deuxième partie. Un homme et une femme d’argile s’aiment fusionnellement, mais rejettent le fruit de leur union et se battent. Enfin, la dernière partie voit deux hommes (deux bustes à nouveau) dialoguer d’une manière particulière&amp;nbsp;: tirer la langue et produire un objet, comme une brosse à dents et un tube de dentifrice, une chaussure et un lacet, etc. Mais c’est bientôt la cacophonie. Saugrenu et dérangeant, &lt;em&gt;Les Possibilités du dialogue&lt;/em&gt; a marqué profondément Terry Gilliam.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-cave.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-cave.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Dans la cave&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De l’aveu de&lt;em&gt; &lt;/em&gt;Švankmajer (dans l’introduction figurant dans le DVD d’&lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;)&lt;em&gt;, Alice&lt;/em&gt; s’ébauche déjà avec &lt;em&gt;Dans la cave&lt;/em&gt; ( &lt;em&gt;Do pivnice&lt;/em&gt;, 12 min., 1982). Une fillette descend dans la cave, sous les yeux d’un vieil homme et d’une femme de ménage, afin d’y chercher des pommes de terre. Mais la cave est sombre, et la fillette est témoin de visions inquiétantes&amp;nbsp;: un type se couche dans un lit de charbon, une femme cuisine des palets de charbon, un chat à la robe charbonneuse veille, et les patates ont un drôle de comportement. Une nouvelle réussite, étrange et cruelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-pendulum2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-pendulum2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le Puits, le Pendule et l'Espoir&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Le Puits, le Pendule et l’Espoir&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Kyvadlo, jáma a naděje&lt;/em&gt;, 15 min., 1983), Svankmajer revient à Poe, et le remixe avec Villiers de l’Isle-Adam&amp;nbsp;: le court-métrage mélange «&amp;nbsp;Le Puits et le Pendule&amp;nbsp;» avec «&amp;nbsp;La Torture par l’espérance&amp;nbsp;». Perçu à la première personne, ce court-métrage en noir et blanc voit un prisonnier de l’Inquisition espagnole s’échapper de sa geôle, par l’ingéniosité autant que par la force du désespoir, à des machineries de torture… mais y a-t-il seulement une échappatoire&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-games2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-games2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Jeux virils&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il s’écoule à nouveau un laps de temps important avant &lt;em&gt;Jeux virils&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Mužné hry&lt;/em&gt;, 12 min., 1988). Un laps de temps qu’on imagine lié à la production d’&lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;. Un homme regarde un match de foot à la télévision en s’abreuvant de bière (forcément). Le foot est ici réduit à un jeu absurde, où les points ne sont comptés en fonction du nombre de buts mais de morts — et les joueurs de s’étriper joyeusement… Le court-métrage mélange les techniques (prises de vue réelles, pâte à modeler, papiers animés) pour un résultat jubilatoire et, à nouveau, cruel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-anotherkind.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-anotherkind.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Another Kind of Love&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, &lt;em&gt;Another Kind of Love&lt;/em&gt; est une première (une unicité d’ailleurs) pour Svankmajer&amp;nbsp;: un vidéoclip pour la chanson éponyme du chanteur des Stranglers, Hugh Cornwell, tirée de son premier album solo &lt;em&gt;Wolf&lt;/em&gt;. Pâte à modeler, pixilation&amp;nbsp;: les trois minutes sont un concentré de Svankmajer. Les visages, les corps se déforment, la pâte à modeler acquérant forme humaine puis humanité. Dommage que la musique n’ait rien d’inoubliable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au fil de ces courts-métrages, de nouvelles obsessions apparaissent&amp;nbsp;: le motif récurrent de la bouche et de langue, sans oublier la bouffe… Savnkmajer utilise davantage la technique de la pâte à modeler, pour décomposer et recomposer objets et individus. Une matière malléable qui rappelle l’argile utilisée, selon la légende, par le rabbi Löwe pour créer le golem de Prague – ville d’où est originaire le réalisateur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Trouvables en DVD, ces courts-métrages sont aussi visibles çà et là sur le web. N’hésitez pas, ils valent le détour.)&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-n-alice-poster1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'affiche tchèque&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Le premier long-métrage du réalisateur Jan Švankmajer est une adaptation d’&lt;em&gt;Alice aux pays des merveilles&lt;/em&gt;. Švankmajer est d’ailleurs un habitué des adaptations d’œuvres littéraires&amp;nbsp;: cinq de ses sept films en relèvent, et il s’était donc déjà attaqué à Lewis Carroll par le passé avec un court-métrage basé (lointainement) sur le poème &lt;em&gt;Jabberwocky&lt;/em&gt;. Mais on pouvait se demander comment Švankmajer aborderait le cap du long-métrage, aucun de ses courts ne dépassant les vingt minutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Alice se dit en elle-même&amp;nbsp;: je vais vous montrer un film. Un film pour les enfants. Peut-être. Peut-être si on se fie au titre. Pour ça il suffit de fermer les yeux. Car sans cela vous ne verrez rien du tout.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-chambre.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-chambre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-n-alice-chambre_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Tout est déjà là&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans sa chambre, Alice s’ennuie. Désœuvrée malgré le monceau de trucs divers qui encombre le lieu, elle jette des cailloux dans une tasse. Soudain, le lapin blanc (empaillé&amp;nbsp;?) qui occupe le vivarium prend vie. Le voilà qui extirpe un tiroir du sol de son enclos de verre, et s’habille. Consultant sa montre à gousset, il se rend compte qu’il est en retard. [pas le temps de dire au revoir. Ni bonjour] Puis il brise la paroi du vivarium et se carapate sur la colline (là où aurait dû se trouver un mur), au sommet de laquelle trône un bureau. Il en ouvre le tiroir, et disparaît par là. Et la jeune Alice de le suivre. La voilà qui débarque au pays des merveilles… À la poursuite de ce lapin blanc, aussi inquiétant qu’inamical, elle va boire de l’encre qui fait rétrécir, manger des cailloux à l’effet inversé, rencontrer des chaussettes vivantes, des bestioles constituées d’ossements divers, va prendre le thé avec le chapelier et le Lièvre de Mars — et être jugée par la fameuse Reine de Cœur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-tiroir.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-tiroir.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-n-alice-tiroir_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Plongée dans le tiroir&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-lapinblanc.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-lapinblanc.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-n-alice-lapinblanc_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un lapin blanc qui doit compter le Lapin de Caerbannog parmi ses ancêtres&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-radeau.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-radeau.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-n-alice-radeau_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Aïe&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-ossements.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-ossements.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-n-alice-ossements_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un ensemble de créatures peu amicales&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-chapelier.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-chapelier.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-n-alice-chapelier_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un chapelier marionnette et un lièvre de Mars en peluche&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Něco z Alenky&lt;/em&gt; est sûrement la plus étrange adaptation du roman de Lewis Carroll qui soit. Et des adaptations, il y en a eu. Si, parmi les plus connues, la version de Walt Disney s’avère étonnante, dans le genre halluciné/drogué, celle de Švankmajer va (re)donner au texte du diacre Dodgson un sentiment d’épouvante cauchemardesque. Une belle infidèle&amp;nbsp;: là où bon nombre de films mixent &lt;strong&gt;Alice au pays des merveilles&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;De l’autre côté du miroir&lt;/strong&gt;, Švankmajer se concentre uniquement sur le premier des deux, incluant la plupart des séquences du livre et n’omettant, de manière notable, que le Chat du Cheschire (peut-être s’est-il caché dans le court-métrage &lt;em&gt;Jabberwocky&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’accent d’&lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt; est porté sur la nature onirique de l’aventure — même lorsque cela vire au cauchemar (ai-je dit que le lapin blanc, qui perd son rembourrage en sciure et qui claque des dents quand il est contrarié, est flippant&amp;nbsp;?). Suivant sa propre logique onirique, l’histoire ne tente pas d’expliciter le roman de Carroll. Par ailleurs, la plupart des éléments présents au fil des différentes séquences du film se retrouvent dans les panoramiques des premières minutes, détaillant l’intérieur de la chambre d’Alice. Et comme de juste, le film se termine sur le réveil de la fillette. (Mais était-ce bien un rêve&amp;nbsp;?)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt;, Švankmajer demeure fidèle à ses marottes&amp;nbsp;: une animation morbide et surréalisante, pas dénuée d’un humour absurde, mais le réalisateur ne perd jamais son spectateur. Par ailleurs, le passage au long-métrage s’avère réussi&amp;nbsp;: allant de séquence étrange en séquence étrange, L’esthétique fait la part belle aux objets et décors vieillis, usés, altérés. Les objets justement prennent vie&amp;nbsp;: l’inanimé s’anime, et la plupart des personnages que croise l’héroïne sont formés à partir d’objets du quotidien (certes, &lt;em&gt;peut-être&lt;/em&gt; que les squelettes d’animaux ne font pas partie du quotidien)&amp;nbsp;: les exemples les plus notables en sont la chenille, faite à partir d’une chaussette, et Alice elle-même, dont une poupée remplace la jeune actrice lorsque son personnage rétrécit. Un parti pris réussi, qui donne à &lt;em&gt;Alice&lt;/em&gt; un cachet inimitable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-chenille.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-n-alice-chenille.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-n-alice-chenille.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Je suis une chaussette avec des yeux et un dentier…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait,&lt;em&gt; Alice&lt;/em&gt; donne l’impression d’un film tourné à la maison, littéralement. Les scènes en extérieur sont rares, et l’essentiel du film se déroule dans les différentes pièces d’un immeuble pragois. Une impression de fait-maison des plus réjouissantes (malgré le glauque du film), susceptible de communiquer une motivation contagieuse&amp;nbsp;: retroussons nos manches, armons-nous d’une caméra et de patience (surtout de patience), et… action&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: mille fois oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Journal d'un homme des bois, 29 juillet 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/30/Journal-d-un-homme-des-bois-29-07-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 29 juillet 2015" />
      <id>urn:md5:81fdf2825399ebb7d86ea79b08834a3a</id>
      <published>2015-07-30T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-30T14:35:23+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;Où Francis Valéry, au hasard d'un vide grenier, découvre feu le magazine &lt;em&gt;Coda&lt;/em&gt;, s'intéresse aux tendances actuelles de la musique électronique, et redécouvre des choses sur lui-même…&lt;br /&gt;
&lt;img alt=&quot;jhb-20150729-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150729-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au hasard d’un vide grenier, j’ai acheté – au poids du papier ou peu s’en faut – une pile du magazine &lt;em&gt;Coda&lt;/em&gt;. C’était une revue consacrée à la musique électronique, dans les années 1990/2000. Je ne l’ai jamais lue – à cette époque, je ne m’intéressais plus à ce type de musique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150729-electro70.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150729-electro70.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20150729-electro70_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Devo, Kraftwerk et Telex&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les années septante, je fus un grand fan de ce que l’on appelait alors le «&amp;nbsp;rock planant&amp;nbsp;» et qui, pour l’essentiel, nous arrivait d’Allemagne&amp;nbsp;: Tangerine Dream, Ash Ra Temple, Klaus Schulze. Le groupe qui me fascinait le plus était sans doute Kraftwerk. Dans la foulée, j’ai suivi les carrières de divers groupes s’inscrivant plus ou moins dans cette même esthétique, l’humour et l’irrévérence en plus – comme Devo (&lt;em&gt;Are we not men&amp;nbsp;? We are devo&lt;/em&gt; ) et Telex (&lt;em&gt;Moskow Diskow).&lt;/em&gt; Par la suite, certains courants de house music m’ont intéressé, en particulier ce qui provenait de Belgique. Et puis il m’a semblé que l’on entrait peu à peu dans une période de grand &lt;em&gt;nimportnawaque&lt;/em&gt; où des machines de plus en plus puissantes et dotées de banques de sons d’usine d’une grande richesse, prenaient le pas sur la créativité des musiciens. J’ai toujours pensé qu’un synthétiseur, ça servait avant tout à rendre possible des sons, des timbres, des textures, des phrasés… que l’on entendait dans sa tête et que l’on ne pouvait restituer avec des instruments traditionnels. Mais au cours des années 80/90, j’ai eu de plus en plus souvent la sensation que les musiciens commençaient d’abord par explorer les banques de sons d’usine de leurs machines fraichement déballées, avant d’en choisir quelques uns et de se contenter de les assembler pour produire des morceaux. Un jugement sans doute injuste, d’autant que les deux démarches sont complémentaires, mais c’est ce que je ressentais. À cette époque, je ne tournais qu’avec des groupes de pop-rock plutôt guitaristiques&amp;nbsp;! Il a fallu qu’arrive un nouveau millénaire, et le milieu de sa première décennie, pour que je m’intéresse à nouveau à la musique électronique – bien aidé en cela par le fait que quelques vieux copains, ne sachant que faire des synthétiseurs analogiques qui traînaient dans leur cave (ou dans leur grenier) me les donnent. En deux ou trois ans, je me suis retrouvé à la tête d’un commando d’une douzaine de machines, certaines de légende…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intérêt de faire des pauses au niveau de ses centres d’intérêt, c’est que lorsqu’on y revient, on a dix ans (ou plus&amp;nbsp;!) de «&amp;nbsp;nouveautés&amp;nbsp;» à découvrir. Concernant la musique électronique, ce serait plutôt vingt ans de retard que j’ai à combler. D’où le pillage organisé auquel je me livre des stocks de plusieurs médiathèques de Bordeaux et sa banlieue – j’ai récemment découvert la musique de groupes comme Boards of Canada, Chapelier Fou, Aphex Twin, Chemical Brothers, Cornelius ou Portishead que je ne connaissais que de nom (ou à peine davantage&amp;nbsp;: ah, le vieux ringard&amp;nbsp;!).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150729-electro90.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150729-electro90.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20150729-electro90_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Quatre albums phare des années 90&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est dans ce contexte de rétro-découverte que j’ai fait l’acquisition de ce lot du magazine &lt;em&gt;Coda&lt;/em&gt;. Cette revue apparaît sans doute en 1994 – le n°13, le plus ancien dont j’ai vu la couverture reproduite sur internet, est daté juin 1995 et semblait être un mensuel. Le logo s’écrit &lt;em&gt;CODa&lt;/em&gt; et la revue est sous-titrée «&amp;nbsp;nouvelles cultures&amp;nbsp;». Cette première série de la revue que certains commentateurs qualifient plutôt de fanzine, s’arrête au n°52, daté février 1999. Dès le mois suivant, elle redémarre au n°1 (daté mars 1999) avec un nouveau logo&amp;nbsp;: &lt;em&gt;COD@,&lt;/em&gt; et cette fois sur-titrée «&amp;nbsp;Musiques et cultures électroniques&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150729-coda13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150729-coda13.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Numéro 13 de COD@&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le petit lot que j’ai acheté concerne cette seconde série. Le plus ancien est le n°25 daté juin 2001, le plus récent, si l’on peut dire, est le n°124, daté août 2006. Quelque part après le n°37 et au plus tard au n°54, le logo devient &lt;em&gt;CODA&lt;/em&gt;. Je ne sais pas pendant combien de temps cette revue a continué de paraître. Y aurait-il dans la salle un ancien lecteur de &lt;em&gt;CODA&lt;/em&gt; qui pourrait éclairer notre lanterne&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai fait comme je fais tout le temps. J’ai classé les numéros par ordre chronologique et ai commencé ma lecture par le plus ancien en ma possession. D’emblée, j’ai constaté l’existence d’une rubrique SF tenue par un certain L@urent Diouf. Une petite recherche via Google a fait apparaître, entre divers Laurent Diouf (ils sont plusieurs en ce bas monde), un Laurent Diouf actuellement rédacteur en chef de &lt;em&gt;MCD&lt;/em&gt; (pour Magazine des Cultures Digitales) dont le contenu et le positionnement nous incitent à le placer dans une même mouvance que feu &lt;em&gt;Coda&lt;/em&gt;. Toujours est-il que, dans le n°25, daté juin 2001, de &lt;em&gt;Coda&lt;/em&gt;, notre L@urent Diouf commence sa rubrique par une chronique du n°22 de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, spécial Clifford D. Simak, et me cite comme étant l’auteur de la biographie de l’auteur – ce dont je ne me souvenais pas. Il faudra que j’aille voir si cet article est répertorié dans la bibliographie de ma page wiki &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2011/06/01/la-peche-et-les-etoiles&quot;&gt;[On peut lire cet article ici]&lt;/a&gt;. Dans le n°26 et suivant, daté été 2001, la rubrique SF fait à nouveau référence à ma petite personne&amp;nbsp;: le guide &lt;em&gt;Cartographie du Merveilleux&lt;/em&gt; de notre ami A.F. Ruaud est décrit comme ayant été réalisé «&amp;nbsp;sur le modèle de celui qu’avait rédigé Francis Valéry pour la SF&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est un sentiment étrange.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je suis passé à côté d’une revue dont j’ignorais totalement l’existence – alors qu’un de ses collaborateurs me connaissait et faisait volontiers référence à mon travail. Est-ce que c’est ce genre de choses qui fait que l’on estime que quelqu’un «&amp;nbsp;est connu&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Quinze ans après, j’ai un tel recul par rapport à cette époque où j’étais omniprésent sur la scène de la SF, que j’ai le sentiment que Laurent Diouf parle de quelqu’un d’autre que moi (que le moi d’aujourd’hui, tout aussi illusoire que le moi d’alors, dans une approche bouddhiste du réel). Est-ce que ça me fait plaisir de me rendre compte (bon, je le savais bien déjà un peu…) qu’il fut un temps où, toute fausse-modestie mise de côté, j’étais une sorte de référence dans ce petit milieu (en tant qu’éditeur, critique, auteur, etc.)&amp;nbsp;? Franchement, je ne sais pas. Je crois que ça ne me fait rien. Je n’ai aucun ressenti par rapport à cette époque, à cette situation. Je n’ai aucun regret de ne plus être cette personne-là – aucun remord non plus. Et je n’aurais pas envie de redevenir cette personne-là – c’est d’ailleurs sans doute un des éléments qui font que j’ai autant de difficultés à me remettre à écrire de la science-fiction. J’ai sans doute la légitimité pour souhaiter revenir sur le devant de la scène littéraire – mais quel sens ce retour pourrait avoir&amp;nbsp;? C’est peut-être une interrogation sans objet. La roue tourne. Je n’ai jamais regardé en arrière – du moins cela n’a jamais été le fruit d’une volonté, d’une démarche. C’est tout à fait par hasard que j’ai acheté ces numéros, que j’ai commencé à les lire, que je suis tombé sur une chronique SF, que j’ai vu que j’y étais cité. J’aurais pu ne jamais le savoir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150729-coda52.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20150729-coda52_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Numéro 52 de CODa&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne possède pas le n°27 de &lt;em&gt;Coda&lt;/em&gt;. Par contre j’ai le n°28, daté octobre 2001. La première chose que j’y ai relevée est la sixième livraison d’une série d’articles titrée Archéo-Mix, consacrés aux précurseurs de la musique électronique. Ah, voilà quelque chose qui m’intéresse fort. Sur le même sujet, je possède le n°11 de &lt;em&gt;Contrechamps&lt;/em&gt; (1990) consacré aux Musiques Électroniques, ainsi que plusieurs numéros de &lt;em&gt;Crystal Infos&lt;/em&gt;, la revue de l’association Crystal Lake dont j’étais adhérent au début des années 90, et qui était maquettée par nos amis (alors) de Quarante-Deux – Dominique Martel, crois-je m’en souvenir, était un fan absolu de Tangerine Dream dont il possédait un nombre impressionnant de CDs (son bon goût musical englobait également l’œuvre de Gérard Manset au point d’écouter &lt;em&gt;Royaume de Siam&lt;/em&gt; en boucle toute la journée). C’est un sujet passionnant que celui des premiers instruments électroniques. Au début des années 2000, j’ai d’ailleurs écrit une &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/01/28/Nouveaux-sons&quot;&gt;longue étude sur le sujet&lt;/a&gt;, dans le cadre de recherches pour une exposition à la Maison d’Ailleurs et pour une revue qui ne l’a finalement pas publiée. Mais une partie du manuscrit s’est, semble-t-il, retrouvé intégré à des articles wikipédia (ou a été utilisé – à moins que les articles de wiki et mon papier aient tout bonnement utilisé les mêmes sources&amp;nbsp;!) et l’ensemble a finalement été publié sur le site du Bélial, à l’occasion d’un dossier sur la SF et le musique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour en revenir à &lt;em&gt;Coda&lt;/em&gt;, je ne sais pas quand cette chronique historique tout à fait passionnante – et visiblement irrégulière – a débuté&amp;nbsp;? Elle se poursuit au moins jusqu’au n°37 qui contient la quatorzième livraison. Après cela, mon petit lot passe au n°53 d’où la série est absente. À noter qu’elle est également absente du n°31. Si un de mes honorables lecteurs en sait davantage, je suis preneur d’un complément d’informations. D’avance, merci&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et sur ce, je vais aller arroser mes courgettes.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Le Veilleur du jour</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/29/Le-Veilleur-du-jour" rel="alternate" type="text/html" title="Le Veilleur du jour" />
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      <published>2015-07-29T11:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-07-29T11:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Livres</dc:subject>
                    <dc:subject>Arnaud Laimé</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;Dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-79&quot;&gt;numéro 79 de Bifrost&lt;/a&gt;, Arnaud Laimé nous fait l'éloge du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://le-tripode.net/livre/jacques-abeille/le-veilleur-du-jour&quot;&gt;Veilleur du jour&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, roman de Jacques Abeille réédité ce printemps au Tripode et qui s'inscrit dans le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2012/09/01/Voyage-dans-les-Contrees&quot;&gt;Cycle des Contrées&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Le web étant dépourvu des contraintes de taille de la revue papier, découvrez dans le présent billet la version longue&lt;img alt=&quot;laime-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/laime-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt; de cette critique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Veilleur du jour&lt;/strong&gt; de Jacques Abeille, déjà publié à deux reprises auparavant chez Flammarion en 1986 puis Gingko en 2007, vient d’être réédité par les éditions du Tripode. Comme l’écrit sur son site Frédéric Martin, l’éditeur, le tripode est un symbole de stabilité. Ce trépied est aussi en premier lieu, rajouterai-je, le cadeau que se font entre eux les héros d’Homère, ou bien encore le siège de la Pythie, lieu d’où s’énonce l’énigme. Et il est vrai que cette réédition du &lt;strong&gt;Veilleur du Jour &lt;/strong&gt;nous est un don précieux et mystérieux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;laime-veilleur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/laime-veilleur.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La splendide couverture de Schuiten&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout d’abord parce que le lecteur a la chance de retrouver François Schuiten sur la couverture, comme nous avons pu en prendre l’habitude depuis que F. Martin a commencé à (ré)éditer le &lt;strong&gt;Cycle des Contrées&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;Les Jardins statuaires&lt;/strong&gt;, 2010 ; &lt;strong&gt;Les Mers perdues&lt;/strong&gt;, 2010 ; &lt;strong&gt;Les Barbares&lt;/strong&gt;, 2011 ; &lt;strong&gt;La Barbarie&lt;/strong&gt;, 2012). Nous y voyons dessiné, dans un style puissamment graphique, un bas-relief représentant un ermite qui tient à bout de bras une lanterne. Ce bas-relief gigantesque est éclairé par un homme qui semble surpris de sa découverte. Grâce à cette image – belle infidèle – de Schuiten (qui réinterprète, comme à son habitude, le passage du livre dans sa propre esthétique), nous replongeons de suite dans l’univers graphique des &lt;strong&gt;Contrées&lt;/strong&gt; auquel nous nous sommes habitués depuis 2010 et nous laissons le mystère de l’image venir souligner l’énigme du titre, magnifique : quel besoin a-t-on de veiller le jour, en effet ? À moins qu’il ne faille mettre une majuscule à jour – choix de la précédente édition – et espérer quelque ultime révélation, quelque apocalypse d’un Jour où se réalise une vieille prophétie ? En tout cas, le choix de l’image alertera de suite les connaisseurs du Tarot divinatoire qui y reconnaîtront l’arcane majeur 9, l’ermite, symbole de prudence et de réflexion qui préside à une lente mais sûre élaboration. Une lecture « à plus haut sens » s’impose donc d’entrée. Ouvrons le livre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;laime-veilleurs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/laime-veilleurs.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les couvertures des précédentes éditions, chez Flammarion en 1986 et Gingko en 2007&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Deuxième et troisième de couverture se déplient pour nous livrer la précieuse carte des Contrées – dessinée par Pauline Berneron – qui a accompagné le lecteur tout au long des &lt;strong&gt;Barbares&lt;/strong&gt;. Quel meilleur résumé proposer au lecteur des précédents ouvrages publiés chez Attila puis Le Tripode ? Hormis la couverture et la carte, nul autre dessin ne vient accompagner le texte qui semble se suffire à lui-même, comme c’était le cas pour les &lt;strong&gt;Jardins statuaires&lt;/strong&gt;, façon peut-être de nous suggérer que le déchiffrement et l’interprétation du signe sont au cœur de l’intrigue. La voici qui commence…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/laime-carte.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;laime-carte.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.laime-carte_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La carte des Contrées ; cliquez pour agrandir&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un homme sans identité, un ancien bûcheron des Hautes Brandes, qui dira bien plus tard s’appeler Barthélemy Lécriveur, marche vers Terrèbre. Il est à la recherche du cœur de la ville, c’est un appel inexplicable. Et voici que le lecteur des &lt;strong&gt;Jardins statuaires&lt;/strong&gt; glisse pour la première fois le long des contreforts ouest du haut plateau, vers les vignes de la plaine qui précèdent la capitale de l’empire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;laime-arcane9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/laime-arcane9.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Number Nine ?&quot; /&gt;Une fois arrivé à Terrèbre, Barthélemy prend chambre dans une auberge le temps de trouver du travail. La servante, nommée Zoé, élit pour amant cet étranger énigmatique ; l’aubergiste lui, le met en relation avec la guilde des hôteliers qui cherche quelqu'un pour garder de jour un entrepôt vide qui ne sert, semble-t-il, que d’entrée à un très vieux cimetière oublié dans le tissu urbain de Terrèbre. Barthélemy devient ce gardien, chargé d’attendre l’élu qui, selon une antique tradition, viendra prendre possession de ce lieu. Les agissements de cette guilde attirent l’attention d’un vieil enquêteur sur le retour, Molavoine, qui se met à espionner Lécriveur et à consigner dans ses cahiers ses faits et gestes, ce qui donnera de la matière à plusieurs livres du Cycle (le &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt; lui-même si l’on veut, &lt;strong&gt;Les&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Voyages du Fils&lt;/strong&gt; et surtout &lt;strong&gt;Les Chroniques scandaleuses de Terrèbre&lt;/strong&gt;). Ignorant de tout cela, Barthélemy, lui, prend place à l’entrée de l’entrepôt ; quand il ne veille pas, il s’occupe en bon jardinier du cimetière laissé à l’abandon ; il finit par s’y installer définitivement dans une solitude quasi monacale. Il n’est pas sans lecture : un antiquaire lui a fait don d’un livre ancien, unique, dont la couverture s’orne d’un cœur ; grâce à lui, Lécriveur va percer peu à peu les secrets du bâtiment et de ses inscriptions énigmatiques. Pendant ce temps, Zoé s’est éloignée de lui ; la jeune Coralie s’approche : brillante étudiante du professeur Destrefonds – celui-là même qui fera traduire les &lt;strong&gt;Jardins statuaires&lt;/strong&gt; dans &lt;strong&gt;Les Barbares&lt;/strong&gt; –, elle se passionne très vite pour le bâtiment et son gardien, dont elle devient la maîtresse. Ils seront l’un à l’autre comme on ne peut l’être qu’une fois dans une vie, emplis du sentiment du destin qui s’accomplit et peut-être même se rejoue. Mais sans le savoir, Coralie incarne aussi tout un pan de l’histoire et de la politique de Terrèbre, dont l’empire est menacé à l’extérieur par les barbares et à l’intérieur par un complot. Malgré elle, la jeune femme contribuera à déchaîner de puissantes forces qui emporteront les amants au cœur d’un secret qui révélera sa forme définitive dans les toutes dernières lignes du roman…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Qu’apprendra le lecteur du &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt; sur les jardins statuaires et les barbares ? Rien, seule Terrèbre importe, dont la folie viendra écraser plus tard le Maître sans nom de &lt;strong&gt;La Barbarie&lt;/strong&gt;. Mais peu importe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le lecteur des précédents romans de Jacques Abeille retrouvera cette langue unique qui charme de sa limpidité trompeuse, demeure insaisissable et vous emporte ; les dialogues y sont empreints de mystère, souvent lourds d’un sens que l’on sent échapper, et tactiles pour ainsi dire, car les personnages y avancent avec précaution pour rencontrer l’autre ou soi-même ; le rêve y a la même prégnance, qui réunit les amants égarés, comme dans &lt;strong&gt;Peter Ibbetson&lt;/strong&gt;, et surtout fait jaillir de manière hypnotique le récit ainsi qu’au début des &lt;strong&gt;Jardins Statuaires &lt;/strong&gt;; la même sensualité diffuse préside à l’écriture, et pourtant… Tout se joue dans une vibration légèrement différente : jamais le déchiffrement du monde n’y fut aussi anxieux, jamais l’érotique n’a occupé une telle place.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/laime-couves.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;laime-couves.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.laime-couves_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les autres romans du cycle des Contrées parus chez le Tripode, illustrés par François Schuiten&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Est-ce dû à cette noirceur romantique, comme en témoignent l’épigraphe tirée d’Ann Radcliff et la dédicace à Gérard de Nerval, qui renforce, de manière si originale par rapport aux autres romans, l’onirisme de l’écriture ? Terrèbre en ses nuits rappelle souvent le Paris de Nerval ou la Prague de Gustav Meyrink... On y sent à l’œuvre des puissances occultes, héritées d’un passé sans âge ; les signes y pullulent : les arcanes du tarot divinatoire jalonnent le parcours des personnages de leur discours énigmatique. Les demeures semblent douées de leur vie propre et creusées d’une infinité de communications secrètes. Nulle steppe, ici, sur l’horizon de laquelle perdre son regard, nulle échappée en dehors de Terrèbre sinon quelques très belles pages sur les amours de Barthélemy et Coralie sur le littoral : l’angoisse des murs est la plus forte, de la ville à la tombe. C’est bien là une différence essentielle avec les romans précédemment publiés&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;: alors que s’écroule un monde sous les yeux des narrateurs des &lt;strong&gt;Jardins Statuaires&lt;/strong&gt; et des &lt;strong&gt;Barbares&lt;/strong&gt;, le &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt; a pour sujet principal un plan qui s’accomplit pour déboucher sur une forme parfaite, l’avènement d’une architecture « opaque, muette, un sein de pierre pointé au ciel vide et couvant des morts », pour reprendre les tout derniers mots du roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce sentiment d’étrangeté par rapport aux &lt;strong&gt;Jardins Statuaires&lt;/strong&gt; tient également à ce que la narration se fait à la troisième personne, ce qui est bien rare dans le &lt;strong&gt;Cycle des contrées&lt;/strong&gt;. Le récit à la première personne est central dans les autres romans : il permet l’écriture ethnographique et garantit, d’une certaine façon, l’intégrité du sujet qui se remet sans cesse en question au fil de ses découvertes. Il permet également au narrateur de se forger sa propre identité : on peut être un Maître sans nom (&lt;strong&gt;La Barbarie&lt;/strong&gt;) quand on devient ce que l’on écrit et, pour ainsi dire, quand on s’y résume. Mais tout autre chose se produit avec le &lt;strong&gt;Veilleur du Jour &lt;/strong&gt;: la quête d’identité devient un des principaux ressorts de l’intrigue, et non seulement de celle du roman, mais, aurais-je presque envie de dire, de toute l’œuvre d’Abeille lui-même. Qui est, en effet, Barthélemy Lécriveur ? Le sait-il lui-même ? Peut-il d’ailleurs répondre, quand lui échappe son propre passé ? Ne cesse-t-on pas de lui dire qu’il n’est pas celui qu’il prétend ? Qui reconnaît-on en lui sinon ce double, aux initiales inversées, Léo Barthe ? Et voici que s’ouvre pour le lecteur le fascinant dossier Barthe, cet &lt;strong&gt;alter ego&lt;/strong&gt; d’Abeille qui l’accompagne depuis ses débuts et devient non seulement un des personnages du &lt;strong&gt;Cycle&lt;/strong&gt;, dont nous connaîtrons enfin l’histoire dans les &lt;strong&gt;Voyages du fils&lt;/strong&gt; (Gingko 2008), mais aussi un de ses auteurs avec les &lt;strong&gt;Chroniques scandaleuses de Terrèbre&lt;/strong&gt; (Gingko 2008). Moment de jonction important, central, dans l’œuvre d’Abeille et qui, je l’espère, appellera une prochaine réédition de ces deux romans : comment en effet comprendre le &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt;, sans avoir l’histoire de ce narrateur dont on sent la présence à quelques touches discrètes dans le texte ? comment faire sans lever le mystère de l’identité de celui qui se nomme lui-même Barthélemy Lécriveur ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À bien des endroits du &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt; on sent l’ombre de Barthe le pornographe et sans doute est-ce parce que l’érotisme y joue un rôle central : certes, il est souvent question d’amour dans le &lt;strong&gt;Cycle des Contrées&lt;/strong&gt;, et l’érotisme y est diffus dans l’écriture, mais le &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt; est à ce jour le grand roman d’amour de tout le &lt;strong&gt;Cycle&lt;/strong&gt;. Il n’est pas question d’y décrire avec détail les unions de Barthélemy et Coralie, les &lt;strong&gt;Chroniques scandaleuses&lt;/strong&gt; le feront parfaitement : le &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt; nous offre une véritable érotique de la connaissance, où la lecture sensuelle des signes empreints sur le corps de l’aimé(e) devient le modèle du déchiffrement du monde. On y voit Barthélemy, Coralie, Abeille à la recherche d’un creux, d’un cœur, d’une âme (comme celle des instruments, des statues de bronze, de l’entrepôt du &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt;) d’où rayonnent l’amour, la mort et l’écriture qui viennent se marquer en chiffres offerts et impénétrables sur le corps qui enserre cette âme, avant que ce corps lui-même n’offre plus que sa muette opacité. L’univers des Contrées ne cesse de gagner perpétuellement sa cohérence, on attend une suite bien sûr : sera-ce la clé de cet Eros métaphysique ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, vous ouvrirez ce livre comme un roman et vous aurez autant de mal à le refermer qu’à tourner l’une des pages les plus intenses de votre propre vie… Intrigue policière sur fond de complot d’état, réflexion sur la vie des civilisations, légende éternelle des amants perdus qui se retrouvent au tombeau, traité sur l’érotique déchiffrement du monde, roman d’existence et d’écriture : le &lt;strong&gt;Veilleur du Jour&lt;/strong&gt; offre à son lecteur tout à la fois le charme d’un récit d’énigme et d’amour somptueusement ménagé, la splendeur d’une longue et unique métaphore de la création et une méditation sur ce qui doit advenir, de l’œuvre et de nos vies : Terrèbre et son cœur sont le destin des amants, et c’est avec une délectation un peu angoissée qu’on sent le fil de leur histoire tisser peu à peu le chiffre du nôtre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;NB : impossible de finir ces lignes sans évoquer le prix Jean Arp de littérature francophone, délivré cette année à Jacques Abeille pour l’ensemble de son œuvre, qui s’étoffe de deux nouvelles publications : un recueil de poésies, &lt;strong&gt;Petites proses plus ou moins brisées&lt;/strong&gt; (Arfuyen), et un autre de sept nouvelles, &lt;strong&gt;Fins de carrière&lt;/strong&gt; (Éditions In8), autant de raretés précieuses !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;laime-fins-proses.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/laime-fins-proses.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Dernières parution en date de Jacques Abeille&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Music &amp; Poetry of the Kesh</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/28/M-comme-Music-Poetry-of-the-Kesh" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Music &amp; Poetry of the Kesh" />
      <id>urn:md5:0c82eddcc1b5650ce5f0a27c9d42f2a1</id>
      <published>2015-07-28T14:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-30T12:20:09+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Où l'on continue à s'intéresser à la formidable &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/03/W-comme-The-Wind-s-Twelve-Quarters&quot;&gt;Ursula K. Le Guin&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; (comme si un &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;Bifrost&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; entier ne suffisait pas), au travers de son livre le plus étonnant : &lt;strong&gt;La Vallée de l'éternel retour&lt;/strong&gt;, ouvrage d'ethnologie et archéologie future, qu'accompagne un album, &lt;strong&gt;Music and Poetry of the Kesh&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Vallée de l’éternel retour [Always coming home], Ursula K. Le Guin, livre traduit de l’anglais [US] par Isabelle Reinharez. Mnémos, 2012 [1985], 550 pp. GdF.&lt;br /&gt;
Music and Poetry of the Kesh, Ursula Le Guin et Todd Barton, 1985. 11 morceaux, 41 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Brillant mais indigeste&amp;nbsp;», c’est ainsi que le citoyen Nébal me décrivait &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt; d’Ursula K. Le Guin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-m-cover-fr2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-m-cover-fr2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1985, notre auteure a publié l’un de ses ouvrages les plus singuliers, cette &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt;. Dans le processus de la création d’un monde, l’on voit souvent les auteurs débuter par publier plusieurs romans qui l’explorent narrativement l’univers, le mettant peu à peu en place, avant, parfois, de rédiger un ouvrage explicitant le monde dans ses moindres détails. Pour prendre un exemple simple, citons, tout récemment, George R.R. Martin et son &lt;strong&gt;World of Ice and Fire&lt;/strong&gt;. Plus rare est l’inverse&amp;nbsp;: détailler le monde, et éventuellement l’explorer. L’option choisie par Ursula Le Guin, qui ne fait rien comme tout le monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-m-cover-vf1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-m-cover-vf1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Publié d’abord chez Actes Sud (1994), le livre a bénéficié d’une jolie réédition en 2012 chez Mnémos&amp;nbsp;: volume en grand format, illustré, imprimé dans une teinte sépia du plus doux effet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt; se présente comme un ouvrage d’archéologie et d’anthropologie future&amp;nbsp;: une certaine Pandora, double transparent de l’auteure, s’attache à l’étude du peuple Kesh, qui peuplera, peut-être dans un jour lointain, la Californie. Du moins, si d’aventure celle-ci, suite au Big One, se sépare du reste du continent américain et devient une île. Pour plus de commodités dans la concordance des temps, faisons comme si tout cela était &lt;em&gt;déjà&lt;/em&gt; arrivé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’épais ouvrage rassemble contes et légendes, poèmes, biographies&amp;nbsp;; une quatrième partie, «&amp;nbsp;L’Arrière du livre&amp;nbsp;», contient davantage de documents relatifs à la culture kesh. L’ensemble dresse le portrait d’une civilisation fascinante, proche de la nôtre par certains aspects, mais pourtant bien différente. Une sortie d’utopie, dans le sens premier du terme, écologiste, faisant un emploi modéré des technologies modernes (à peine trouve-t-on quelques ordinateurs çà et là), subissant les effets des déchets toxiques issus de notre civilisation – mais Le Guin, dans l’entretien accordé à &lt;em&gt;The Paris Review&lt;/em&gt; (cf. &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 78) se défend d’avoir écrit un manuel hippie naïf et béat. L’intérêt se situe pour bonne part dans ce travail de création ex-nihilo. Inutile de rappeler que l’auteure est fille d’anthropologue&amp;nbsp;; son attrait pour cette science a infusé dans son œuvre, en particulier dans le cycle de l’Ekumen, où les histoires mettent souvent en scène des ethnologues plongés dans des cultures étrangères. Un travail qui trouve un aboutissement dans &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: les préoccupations ethnologiques, écologiques et politiques s’y rejoignent et s’y fondent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une ambition inédite, impressionnante dans la somme de textes accumulés… mais d’une lecture un tantinet ardue, pour dire le moins. Hormis l’histoire de Roche qui Raconte, dont les extraits rythment le livre, celui-ci semble dépourvu de fil directeur. Les textes se succèdent, pas tous du même intérêt, suivant la sensibilité de chacun – j’avoue avoir zappé les quelques sections de poèmes. Donc, oui, &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt; est brillant et intelligent, sans conteste, mais indigeste&amp;nbsp;: le livre se picore plus qu’il ne se dévore.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/la-vallee-de-l-eternel-retour&quot;&gt;On peut également se reporter à la critique parue dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 67&lt;/a&gt;, ou bien au formidable article «&amp;nbsp;Ursula K. Le Guin&amp;nbsp;: l'anthropologie et l'archéologie du futur&amp;nbsp;» de Laure Assaf et Rémi Hadad &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 78&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt; devient encore plus intéressant, c’est avec son complément audio, &lt;em&gt;Music &amp;amp; Poetry of the Kesh&lt;/em&gt;. Il s’agit d’une cassette audio, vendue avec l’édition Gollancz de juillet 1986, qui poursuit le travail d’ethnologie fictive entrepris sur le livre. Les éditeurs français – Actes Sud ou Mnémos – ne l’ont pas inclus dans les versions françaises de &lt;strong&gt;La Vallée…&lt;/strong&gt;, et c’est fort dommage. D’autant plus que les morceaux sont désormais disponibles en .mp3 sur le site de Todd Barton.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-m-cover-vo.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-m-cover-vo.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-m-cover-vo_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la différence de ce qu’un éditeur comme La Volte a proposé avec certains de ses livres (&lt;strong&gt;La Horde du Contrevent&lt;/strong&gt; par exemple et le disque bonus composé par Arno Alyvan), &lt;em&gt;Music &amp;amp; Poetry of the Kesh&lt;/em&gt; ne consiste pas en une bande originale de livre, à écouter en parallèle de la lecture du livre, mais bien en une œuvre à part entière. En plus d’un article consacré aux instruments utilisés par les Kesh, &lt;strong&gt;La Vallée…&lt;/strong&gt; propose de nombreux poèmes et chansons&amp;nbsp;: rien de plus naturel que de les entendre mis en musique. Soyons précis&amp;nbsp;: dans le cadre de &lt;strong&gt;La Vallée…&lt;/strong&gt;, ce ne sont pas des poèmes mis en musique, mais plus exactement des poèmes et des chansons recueillis et enregistrés (par Pandora&amp;nbsp;?), en parallèle du travail de collecte des contes et récits formant le gros du livre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-m-music.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-m-music.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;De fait, le livret détaille chacun des poèmes, donnant les paroles en langue kesh et leur traduction, et les replaçant dans le contexte&amp;nbsp;: le sens du poème, les conditions d’enregistrement, quelques informations sur l’interprète.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier morceau, «&amp;nbsp;Heron Dance&amp;nbsp;», est une jolie entrée en matière, entièrement instrumentale. On pourra ne pas goûter le son aigu qui parcourt le morceau, mais celui-ci nous introduit joliment dans la culture musicale kesh, avec des sonorités familières, mais indubitablement étrangères.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’on continue avec «&amp;nbsp;Twilight Song&amp;nbsp;», qui a la particularité d’être dite/chantée par Ursula K. Le Guin. Mais le morceau, long d’une petite minute, est par ailleurs anecdotique. «&amp;nbsp;Yes-Singing&amp;nbsp;» est un morceau chanté par des chœurs féminins, débordant d’énergies positives. Une jolie réussite, quoique moins que l’intrigant «&amp;nbsp;Dragonfly&amp;nbsp;». Censément enregistré à l’insu de la jeune femme chantant cette chanson, quelque part «&amp;nbsp;Dragonfly&amp;nbsp;» est d’une délicatesse et d’une fragilité rares. On peut l'écouter en haut de page (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-m-dragonfly.mp3&quot;&gt;« l'épisode »&lt;/a&gt;…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;A Homesick song&amp;nbsp;» prend le contrepied&amp;nbsp;: un chœur d’hommes, loin de la Vallée. Une chanson à la mélancolie amplifiée par le bruit d’un vent que l’on imagine volontiers glacial. Retour en un coin plus ensoleillé, avec cigales et compagnie, pour «&amp;nbsp;The Willows&amp;nbsp;», une chanson pour enfants, aussi rythmée que charmante. «&amp;nbsp;Lullaby – Lahela&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: c’est au son d’un feu de bois qu’on entend une vieille femme raconter une histoire à ses petits-enfants, avant que son père n’entonne une berceuse pour son bébé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Long Singing&amp;nbsp;» tient davantage de la chanson rituelle. Extrait d’un chant censé durer plusieurs heures, c’est là le morceau le plus long, approchant les six minutes. On pense à des chants tibétains, voire au Ligeti de &lt;em&gt;Lux æterna&lt;/em&gt; — en bien moins inquiétant —, avec ces chœurs mixtes répétant sur divers tempos le mot «&amp;nbsp;heya&amp;nbsp;». Beau et apaisant. Retour à des choses plus légères avec «&amp;nbsp;Quail Song&amp;nbsp;», censément la chanson la plus ancienne des Kesh. Chanté a cappella (presque), harmonie et unisson y alternent pour un résultat primesautier, plein de verve et d’innocence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;A Teaching Poem&amp;nbsp;» consiste en un poème dit par une vieille femme&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;To offer is river&lt;br /&gt;
to give is river&lt;br /&gt;
to accept the given&lt;br /&gt;
is the river’s running&lt;br /&gt;
the motion of water&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;A River’s Song&amp;nbsp;» est un nouveau morceau instrumental — curieusement, il évoque le regretté Nick Drake. On y retrouve la même langueur mélancolique, contrebalancée par une sensibilité pop&amp;nbsp;: ici, le rythme mélodique fourni par des bols en cuivre frappés au maillet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Sun Dance&amp;nbsp;» est un nouveau poème dit.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Once you said this round word: sun&lt;br /&gt;
(...sky, light, day)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;May beauty be beautiful&lt;br /&gt;
May beauty have been beautiful&lt;br /&gt;
May beauty still be beautiful&lt;br /&gt;
May beauty always be beautiful&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;On termine &lt;em&gt;Music &amp;amp; Poetry of the Kesh&lt;/em&gt; avec un ultime instrumental&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;A Music of the Eighth House&amp;nbsp;» (rappelons que les Kesh se répartissent en neuf clans/maisons). Joué par des cors, ce morceau se distingue par son ambiance aérienne, nocturne, inquiète. Un véritable morceau d’ambient, que n’aurait pas renié Brian Eno.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Musicalement, l’album est réussi – même s’il s’avère difficile de l’écouter hors-contexte. Et les poèmes, qui peuvent laisser froid dans le livre, passent bien mieux ainsi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce qui frappe à l’écoute de ce disque, c’est son réalisme. Bien sûr, tout cela est fictif&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dragonfly&amp;nbsp;» n’a sûrement pas été enregistré à la fin du printemps, non loin d’une rivière… mais on veut bien y croire. Pareil pour le conte narré par cette vieille femme à ses petits-enfants, ou ces poèmes dits&amp;nbsp;: on ne peut douter qu’ils soient dépourvus de sens, même prononcés dans une langue imaginaire. Je ne sais pas à quel point Ursula K. Le Guin a mis au point la langue kesh&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt; se conclut par un glossaire loin d’être ridicule, et cette huitaine de poèmes et chansons laissent supposer que le kesh a un minimum de substance (même si cela est sûrement loin d’être aussi fouillé que le quenya, le klingon ou le dothraki).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-m-cassette.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-m-cassette.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-m-cassette_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, une curiosité, des plus réussies — mais peut-être seulement à destination de ceux qui ont adoré &lt;strong&gt;La Vallée de l’éternel retour&lt;/strong&gt;. Pour ceux que l’épais bouquin a indigestionnés, cela peut tout de même s’avérer l’occasion d’y retourner [pardon].&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ceux que cela intéresse, on peut acheter &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://bookviewcafe.com/bookstore/book/music-and-poetry-of-the-kesh/&quot;&gt;Music and Poetry of the Kesh&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (en mp3) par là.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: noui&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 69</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/27/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-69" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 69" />
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      <published>2015-07-27T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:01:02+02:00</updated>
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        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi69-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi69-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Ultime épisode estival consacré aux séries télé, dans lequel Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke se penchent sur deux des meilleures séries fantastiques du moment : &lt;strong&gt;Sleepy Hollow&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Salem&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi69-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi69-series.jpg&quot; title=&quot;Un cavalier sans tête et des sorcières&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Valérie Lemercier chante&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Quand je l'ai vu&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Goûte mes Frites&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Divine Comedy avec Valérie Lemercier&lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Comme Beaucoup de Messieurs&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 68</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/24/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-68" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 68" />
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      <published>2015-07-24T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T17:00:27+02:00</updated>
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        <name>philippeboulier@aol.com</name>
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              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi68-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi68-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Un épisode dans lequel Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke continuent de s'intéresser aux séries télé de fantastique et s'arrêtent sur trois œuvres (presque) honteuses : &lt;strong&gt;Supernatural&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Grimm&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Once Upon a Time&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi68-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi68-series.jpg&quot; title=&quot;Même pas honte !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Accompagnement musical&lt;/u&gt; :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tomahawk&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - 101 North&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - God hates a Coward&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Laredo&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>L comme Locus Solus</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/23/L-comme-Locus-Solus" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Locus Solus" />
      <id>urn:md5:fa623294aed13ef66364455ee731e907</id>
      <published>2015-07-23T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-24T08:50:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où, après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/21/I-comme-Impressions-d-Afrique&quot;&gt;Impressions d'Afrique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on continue à s'intéresser à Raymond Roussel, avec son deuxième et dernier roman&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt;, une promenade à travers un parc orné de surprenantes «&amp;nbsp;machines célibataires&amp;nbsp;»…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Locus Solus, Raymond Roussel. GF Flammarion, 2005 [1914]. 330 pp. Poche.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans un précédent billet, je disais tout le bien que je pensais d’&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/21/I-comme-Impressions-d-Afrique&quot;&gt;Impressions d’Afrique&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;. Il est temps maintenant de se pencher sur &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt;, l’autre roman de l’étonnant Raymond Roussel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;À Rebours &lt;/strong&gt;(1884), J.-K. Huysmans voulait écrire un roman où il ne se passait quasiment rien. Dans &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; (1914), il se passe encore moins de choses — ce qui n’empêche pas le roman d’être d’une richesse incroyable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-l-cover3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-l-cover3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; consiste uniquement en la visite du parc, situé à Montmorency, propriété d’un certain Martial Canterel. Ce parc, nommé &lt;em&gt;Locus Solus&lt;/em&gt; — le lieu solitaire, ou peut-être le lieu singulier, unique – contient différentes inventions mises au point par Canterel. Ce dernier, une journée d’avril, a convié en son domaine plusieurs invités et leur montre ses inventions, qui forment comme autant de tableaux. La première est d’ailleurs un tableau, dont l’explication est l’occasion d’un récit enchâssé. La deuxième s’avère déjà plus étonnante&amp;nbsp;: une «&amp;nbsp;demoiselle&amp;nbsp;», se mouvant avec le vent, va composer en dix jours un tableau fait de dents — des dents de toutes les couleurs, reproduisant une scène d’un livre de contes. Et que dire de la troisième invention&amp;nbsp;? C’est là un diamant rempli d’une substance aqueuse, l’aqua-micans, dans laquelle il est possible de respirer. Pour preuve&amp;nbsp;: le bocal gigantesque contient une chanteuse, un chat sans poil et… la tête de Danton. Sans oublier sept petits ludions, qui virevoltent dans ce diamant et reproduisent des scènes significatives. Cependant, cela n’est rien en comparaison de l’imposante quatrième invention&amp;nbsp;: un parallélépipède de verre, contenant des morts rejouant huit saynètes comme autant de moments significatifs de leur vie. Le soir tombe, et Canterel mène ses invités vers des inventions moins élaborées mais non moins étranges.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-l-plan.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-l-plan.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-l-plan_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le plan du parc ; cliquez pour agrandir&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ce jeudi de commençant avril, mon savant ami le maître Martial Canterel m’avait convié, avec quelques autres de ses intimes, à visiter l’immense parc environnant sa belle villa de Montmorency.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Locus Solus&lt;/em&gt; — la propriété se nomme ainsi — est une calme retraite où Canterel aime poursuivre en toute tranquillité d’esprit ses multiples et féconds travaux. En ce &lt;em&gt;lieu solitaire&lt;/em&gt; il est suffisamment à l’abri des agitations de Paris — et peut cependant gagner la capitale en un quart d’heure quand ses recherches nécessitent quelque station dans telle bibliothèque spéciale ou quand arrive l’instant de faire au monde scientifique, dans une conférence prodigieusement courue, telle communication sensationnelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est à &lt;em&gt;Locus Solus&lt;/em&gt; que Canterel passe presque toute l’année, entouré de disciples qui, pleins d’une admiration passionnée pour ses continuelles découvertes, le secondent avec fanatisme dans l’accomplissement de son œuvre. La villa contient plusieurs pièces luxueusement aménagées en laboratoires modèles qu’entretiennent de nombreux aides, et le maître consacre sa vie entière à la science, aplanissant d’emblée, avec sa grande fortune de célibataire exempt de charges, toutes difficultés matérielles suscitées au cours de son labeur acharné par les divers buts qu’il s’assigne.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; se divise en sept chapitres, comme autant de merveilles, et surtout comme le nombre d’inventions qui composent le jardin de Canterel. Les auteurs anglophones ont une expression pour désigner cette technique d’écriture consistant à exposer les choses plutôt qu’à les décrire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;show, don’t tell&amp;nbsp;». Comme dans &lt;strong&gt;Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt;, Roussel opte pour une autre méthode&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;show, then tell&amp;nbsp;». Chaque invention est minutieusement décrite — jusqu’à l’inintelligibilité, comme dans le cas de la hie —, suscitant le mystère, avant que Canterel, en bon hôte, explique à ses invités le fonctionnement de ladite invention et l’histoire qui se cache derrière, enchâssant (forcément…) les histoires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-l-hie.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-l-hie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-l-hie_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un schéma expliquant la fameuse hie ; cliquez pour agrandir &quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Nous fîmes quelques pas vers un point où se dressait une sorte d’instrument de pavage, rappelant par sa structure les &lt;em&gt;demoiselles&lt;/em&gt; — ou &lt;em&gt;hies&lt;/em&gt; — qu’on emploie au nivellement des chaussées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Légère d’apparence, bien qu’entièrement métallique, la &lt;em&gt;demoiselle&lt;/em&gt; était suspendue à un petit aérostat jaune clair, qui, par sa partie inférieure, évasée circulairement, faisait songer à la silhouette d’une montgolfière.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En bas, le sol était garni de la plus étrange façon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur une étendue assez vaste, des dents humaines s’espaçaient de tous côtés, offrant une grande variété de formes et de couleurs. Certaines, d’une blancheur éclatante, contrastaient avec des incisives de fumeurs fournissant la gamme intégrale des bruns et des marrons. Tous les jaunes figuraient dans le stock bizarre, depuis les plus vaporeux tons paille jusqu’aux pires nuances fauves. Des dents bleues, soit tendres, soit foncées, apportaient leur contingent dans cette riche polychromie, complétée par une foule de dents noires et par les rouges pâles ou criards de maintes racines sanguinolentes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les contours et les proportions différaient à l’infini, — molaires immenses et canines monstrueuses voisinant avec des dents de lait presque imperceptibles. Nombre de reflets métalliques s’épanouissaient çà et là, provenant de plombages ou d’aurifications.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Par ailleurs, &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; se rapproche par bien des aspects d’un roman de science-fiction&amp;nbsp;: parmi les inventions de Canterel, bon nombre d’entre elles reposent sur l’emploi de machines, mécanismes et produits aux effets miraculeux (respirer sous l’eau, ranimer les morts). On n’est pas loin de l’anticipation scientifique d’un Maurice Renard (&lt;strong&gt;Le Docteur Lerne, sous-dieu&lt;/strong&gt; par exemple) ou de Jules Verne (&lt;strong&gt;Le Château des Carpathes&lt;/strong&gt;). Verne, envers qui Roussel reconnaît une dette, comme il s’en exprime dans &lt;strong&gt;Comment j’ai écrit certains de mes livres&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le quatrième chapitre justement, où Canterel fait déambuler ses invités autour d’un gigantesque parallélépipède de verre, où des défunts ressuscités reproduisent le moment-clef de leur vie, préfigure &lt;strong&gt;L’Invention de Morel&lt;/strong&gt; d’A. Bioy Casarès — mais l’entière balade menée par Canterel pourrait tout aussi bien se répéter à l’infini, l’inventeur et ses invités étant pris dans une boucle temporelle les amenant à parcourir indéfiniment cette promenade. La sophistication inutile de ces machineries rappelle, en particulier avec la hie et le reître en dents, l’instrument de torture mis au point par Franz Kafka dans sa &lt;strong&gt;Colonie pénitentiaire&lt;/strong&gt;. Le critique Michel Carrouges trace un parallèle entre Roussel, Kafka, ainsi que Jules Verne, Marcel Duchamps ou encore Jacques Carelman dans son ouvrage &lt;strong&gt;Les Machines célibataires&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Chaque machine célibataire est un système d’images composé de deux ensembles égaux et équivalents, un ensemble sexuel et un ensemble mécanique.(…)&lt;br /&gt;
Une machine célibataire est une image fantastique qui transforme l’amour en mécanique de mort.&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
Elle apparaît d’abord comme une machine impossible, inutile, incompréhensible, délirante. Elle peut englober aussi bien un paratonnerre, une horloge, une bicyclette, un train, une dynamo ou même un chat, voire des débris de n’importe quoi.&lt;br /&gt;
(…)&lt;br /&gt;
Gouvernée avant tout par les lois mentales de la subjectivité, la machine célibataire ne fait qu’adopter certaines figures mécaniques. C’est seulement lorsqu’on découvre peu à peu les indices de cette détermination subjective qu’on voit se dissiper le brouillard de l’absurde et se lever l’aube d’une logique implacable.&amp;nbsp;» Michel Carrouges&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De fait, &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; forme un contrepoint fascinant à &lt;strong&gt;Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt;. Les deux seuls romans de Raymond Roussel s’avèrent à la fois similaires sur la forme et opposés dans le fond. &lt;strong&gt;Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; reposait beaucoup sur le «&amp;nbsp;procédé&amp;nbsp;», &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; bien moins&amp;nbsp;: les jeux de mots y sont plus rares, et le seul vraiment significatif concerne la deuxième invention (la demoiselle devient une hie, ses prétendants un reître en dents…), rendant de ce fait le roman bien moins cryptique que le premier. &lt;strong&gt;Impressions…&lt;/strong&gt; possédait un narrateur-protagoniste&amp;nbsp;; &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; est raconté par un narrateur collectif, un «&amp;nbsp;nous&amp;nbsp;» indistinct. L’un et l’autre roman reposent sur le principe d’exposition de quelque chose d’énigmatique, avant que n’arrive son explication, et il s’agit systématiquement d’inventions aussi étranges que sophistiquées. Mais là où &lt;strong&gt;Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt; fait la part belle au vivant — il s’agit de la représentation d’un spectacle —, &lt;strong&gt;Locus Solus&lt;/strong&gt; se concentre sur des œuvres déjà faites, figées, et étonnamment morbides. Les histoires enchâssées dans le récit sont pour la plupart glauques. De fait, la mort imprègne ce deuxième roman&amp;nbsp;: roman ultime aussi, Roussel n’en écrira plus d’autre par la suite — ce qui ne nous empêchera pas d’essayer de nous intéresser à ses autres œuvres, comme le «&amp;nbsp;poème impossible&amp;nbsp;» qu’est &lt;strong&gt;Nouvelles Impressions d’Afrique&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-l-cover2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-l-cover2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref,&lt;strong&gt; Locus Solus&lt;/strong&gt; s’avère un roman des plus fascinants, difficile d’accès lorsqu’on n’en a pas les clefs, et a l’influence rayonnante&amp;nbsp;: de Georges Perec dans &lt;strong&gt;La Disparition &lt;/strong&gt;(on y reviendra brièvement à la lettre &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/07/23/L-comme-Locus-Solus#&quot;&gt;R&lt;span&gt;Disparition commence par un D, je sais&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;) jusqu’à &lt;em&gt;Ghost in the Shell: Innocence&lt;/em&gt;. Si l’édition de la collection «&amp;nbsp;L’Imaginaire&amp;nbsp;» de Gallimard est fort jolie, on recommandera surtout la lecture du roman dans son édition critique chez GF-Flammarion, pourvue d’un riche dossier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: régulièrement réédité&lt;br /&gt;
Illisible&amp;nbsp;: il y a plus facile à lire que Roussel&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Yves et Ada Rémy, mini-guide de lecture</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/22/Yves-et-Ada-Remy-mini-guide-de-lecture" rel="alternate" type="text/html" title="Yves et Ada Rémy, mini-guide de lecture" />
      <id>urn:md5:ccbf0c9ed417b053d5493cf3bf3ae292</id>
      <published>2015-07-22T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-22T14:00:20+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Guide de lecture</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;remy-gdl-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/remy-gdl-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;À chaque dossier de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt;, on vous propose sur le blog un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/category/Guide-de-lecture&quot;&gt;guide de lecture parallèle&lt;/a&gt;, formé des critiques des livres de l'auteur concerné. &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/yves-remy/&quot;&gt;Yves&lt;/a&gt; &amp;amp; &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ada-remy/&quot;&gt;Ada Rémy&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, à l'honneur du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-79&quot;&gt;numéro 79&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de la revue, n'échappent pas à la règle… quoique avec un guide tout mini, auquel nous avons rajouté la toute-première critique (dans le milieu SF du moins) des &lt;strong&gt;Soldats de la mer&lt;/strong&gt;, due à Roland Stragliatti et parue dans sa rubrique &lt;strong&gt;Lectures insolites&lt;/strong&gt; du &lt;a href=&quot;http://www.noosfere.com/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=2146569708&quot;&gt;Fiction 179&lt;/a&gt;. (Mais ne manquez pas la critique du &lt;strong&gt;Mont 84&lt;/strong&gt;, dernier roman en date du couple, dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 79.)&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;remy-gdl-soldats1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/remy-gdl-soldats1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;L'édition Presses Pocket du roman-recueil&quot; /&gt;Les Soldats de la mer&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Enfin&amp;nbsp;! Un livre comme on n'en espérait plus&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Les soldats de la mer&lt;/strong&gt;. Deux jeunes auteurs, Yves et Ada Rémy — qui sont aussi mari et femme — nous donnent là quelque chose qui semblera neuf à d'aucuns et dont le mérite n’est pas mince. D’autant que cela n’a rien à voir avec la sempiternelle autobiographie tout juste déguisée qu'est, quasi généralement, une première œuvre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que sont donc ces &lt;strong&gt;Soldats de la mer&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? Des chroniques, assurent les auteurs. Pour moi, encore que plusieurs de leurs thèmes me soient déjà connus, j'y vois surtout une assez belle collection de récits fantastiques. Dix-sept au total, qui, si l'on s'en tient au décor, aux costumes, au langage, aux noms de personnes et de lieux, se passent apparemment tant à la fin du XVIIIe siècle que durant la première moitié du XIXe et, partiellement, dans cette Allemagne si chère au cœur de Marcel Brion. En fait, la fédération d'Etats qu'ils nous présentent, la Fédération de Laërne, se situe bel et bien dans un univers parallèle et qu'éclairent deux lunes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais les soldats, me direz-vous, les vrais&amp;nbsp;? Eh bien, qu'ils soient dragons, fusiliers, hussards, grenadiers, artilleurs, chevau-légers — toutes les armes y passent — ces soldats, qui sont ceux de la Fédération, ont mission de veiller aux frontières, de réprimer les soulèvements éventuels, de chasser l'envahisseur — Gardes Noirs et autres Queues de Loutre — et d'annexer de nouveaux territoires jusque par-delà les mers. Ce sont eux, ces soldats, que, revenants, amoureux, fantômes ou vampires, nous retrouverons tout au long de ces récits. Cela donne au volume plus d'unité encore que les astucieux extraits d'une soi-disant &lt;strong&gt;Nouvelle histoire de la Fédération&lt;/strong&gt; qui visent ouvertement à cet effet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les auteurs des &lt;strong&gt;Soldats de la mer&lt;/strong&gt; ne se défendent point d'aimer à la fois le fantastique et la science-fiction. Pas plus qu'ils ne font mystère d'admirer Jean Ray. Aussi n'ai-je guère été surpris de retrouver dans leur ouvrage, et plus spécialement dans «&amp;nbsp;Enfants perdus, perdus&amp;nbsp;», dans «&amp;nbsp;Verso d'ailleurs&amp;nbsp;», ces énigmatiques forêts enchantées qui foisonnent chez Harry Dickson. Un autre nom me vient à l'esprit, qu'ils ne citent point, celui de Perutz. Peut-être l'ignorent-ils. Il ne m’en a pas moins semblé qu'il y avait, dans «&amp;nbsp;Suicide par imprudence&amp;nbsp;», dans «&amp;nbsp;Celui qui se faisait appeler Schaeffer&amp;nbsp;» — par quoi s'ouvre le volume — dans «&amp;nbsp;Olga Mensonge&amp;nbsp;» aussi, beaucoup plus qu'un simple écho du &lt;strong&gt;Marquis de Bolibar&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’écriture d'Yves et Ada Rémy est le plus souvent de qualité. Ils aiment les mots. Sensibles à leur charme, ils savent bien les choisir et les utiliser. Certains, toutefois, tels «&amp;nbsp;messire&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;standard&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;coopératif&amp;nbsp;», ne sont pas plus dans le ton général de l'œuvre que dans celui de l'époque — qu'elle nous restitue à merveille. Il n'en demeure pas moins que, pour un premier livre, &lt;strong&gt;Les Soldats de la mer &lt;/strong&gt;ne sont pas loin d’être un coup de maître.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Roland Stragliatti&lt;br /&gt;
Critique originellement parue dans Fiction n° 179&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;remy-gdl-prophete.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/remy-gdl-prophete.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Le retour gagnant des Rémy&quot; /&gt;Le Prophète et le Vizir&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Nous sommes au huitième siècle de l’Hégire, notre xiv&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. «&amp;nbsp;Du golfe Persique à la mer Rouge, des côtes de l’Arabie Heureuse à celles de la Méditerranée&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: c’est ce domaine que va parcourir Kemal, qu’Allah (ou Iblis&amp;nbsp;?) a nanti d’un don de voyance. Il voit trop loin sans doute&amp;nbsp;: la guerre du Golfe, la révolution iranienne, la peste de Marseille, le siège de Malte par les Ottomans. Il ne peut pas prouver son don — en tout cas au début. Car chacune de ses visions successives se rapproche du présent, et le jour viendra où les deux flots, celui de sa voyance qui s’écoule vers l’amont et celui de sa vie qui s’écoule vers l’aval, se rencontreront, au prix d’inévitables remous. C’est à Tunis qu’il achèvera sa destinée et marquera celle du vizir Fares qui vient d’envahir la ville. Kemal a prédit que les huit enfants du conquérant périront, et ce dernier n’aura de cesse, par tous les moyens, de déjouer cette prophétie. Ou du moins d’essayer…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une confession&amp;nbsp;: je voue un culte au couple Rémy. Dans mon opinion, ce sont des lapidaires, plus que des écrivains. Ils façonnent leurs textes rares, ils les polissent, ils leur donnent un brillant auquel peu parviennent. J’ai dit «&amp;nbsp;rares&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; de fait, les Rémy ont donné trois romans, de 1968 à 1978, et quelques nouvelles. Deux de ces romans, &lt;strong&gt;Les Soldats de la mer&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;La Maison du cygne&lt;/strong&gt;, figurent, je crois, parmi les plus belles réussites de l’Imaginaire francophone, «&amp;nbsp;Imaginaire&amp;nbsp;» au sens le plus large, qui dépasse les genres et englobe des auteurs tels Gracq, Tournier et Le Clézio. C’est dire si j’attendais avec impatience ce livre inédit, composé de deux longs récits se faisant suite. On peut y voir un roman siamois ou un recueil au plus bref des sommaires possibles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On est loin de la manière habituelle de la fantasy, malgré les incursions du surnaturel&amp;nbsp;: prophéties avérées, certes, glissements temporels, en quelque sorte, fantômes, entraperçus… Les atours arabisants, bien entendu, peuvent renvoyer aux &lt;strong&gt;Mille et une nuits&lt;/strong&gt;, mais les visions de Kemal nous rappellent qu’il s’agit d’une légende moderne (même si les Rémy écrivent naphte au lieu de pétrole). Et le style, ciselé, n’a pas grand-chose à voir avec le tout-venant de la BCF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Oui, c’est une fable, aussi belle que sombre. On en lit peu de cette eau.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Pierre-Paul Durastanti&lt;br /&gt;
Critique originellement parue dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-67&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°67&lt;/a&gt;/h5&amp;gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;remy-gdl-soldats2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/remy-gdl-soldats2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;La réédition du roman-recueil chez Dystopia&quot; /&gt;Les Soldats de la mer&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Quand, voici quelques mois, les jeunes éditions Dystopia Workshop publièrent&lt;strong&gt; &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/le-prophete-et-le-vizir&quot;&gt;Le Prophète et le vizir&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, la surprise fut de taille. On ne s’attendait pas le moins du monde à voir le couple Rémy revenir à l’écriture et publier de l’inédit. Il avait eu une assez belle carrière dans les années 70, dont plus d’un se serait satisfait, mais il semblait qu’elle fût désormais de l’histoire ancienne&amp;nbsp;; le métier de cinéaste institutionnel avait définitivement pris le pas sur la carrière littéraire des époux Rémy. Ils avaient donné trois livres, comptant parmi ce que l’imaginaire français a produit de meilleur, et une poignée de nouvelles de qualité. C’était il y a plus de trente ans. J’ignore comment la route de ces vieux auteurs a croisé celle de ce jeune éditeur, mais peu importe, il suffit à notre bonheur de lecteur que cela soit. Dystopia Workshop n’en est pas resté là&amp;nbsp;; il eut été dommage, en effet, de s’arrêter en si bon chemin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dystopia Workshop a donc réédité le premier livre d’Yves et Ada Rémy, &lt;strong&gt;Les Soldats de la mer&lt;/strong&gt;, initialement publié en 1968 chez Julliard, alors que votre serviteur se penchait sur son premier abécédaire… Entre temps, le livre a connu trois rééditions. Une première chez Seghers, en 1980, sous la houlette de Gérard Klein, dans l’éphémère mais réputée collection «&amp;nbsp;Les Fenêtres de la nuit&amp;nbsp;». Une deuxième en 1987, au format de poche, chez Pocket, où il put être découvert à un prix modique par un large public. En-fin, &lt;strong&gt;Les Soldats de la mer&lt;/strong&gt; prirent place au Fleuve noir, en 1998, dans la «&amp;nbsp;Bibliothèque du fantastique&amp;nbsp;», qui se voulait une collection de référence, mais ne connut pas le succès escompté… Tous les livres n’ont pas ainsi la chance d’être régulièrement remis à la disposition du public&amp;nbsp;; c’est un honneur qui se mérite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce roman est un fix-up. Un ensemble de nouvelles liées entre elles par une trame qui en fait un tout sous-titré «&amp;nbsp;Chroniques Illégitimes Sous la Fédération&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur une Terre qui n’est pas la nôtre, aux nuits éclairées par deux lunes, dans une Europe qui ressemble à la nôtre, du moins à ce qu’elle fut avant la naissance des nations italiennes et allemandes, naît une fédération impérialiste de cités unissant à l’origine Lauterbronn, Laërne et Ozmüde, rejointes au fil de l’histoire par quatre autres capitales… Voici des histoires avant tout militaires, où la guerre est omniprésente, surtout peuplée de fringants officiers subalternes&amp;nbsp;; des guerres, des batailles, des régiments et des uniformes, des uniformes surtout. Un monde où les lignes de front restent bien dessinées et où, après cinquante ans de fédération, la guerre ne semble pas avoir évolué, comme entre Waterloo et Gettysburg. Voilà en guise d’esquisse de trame. Peut-être peut-on voir dans ce goût pour l’imagerie militaire, que l’on retrouvera dans cet autre chef-d’œuvre qu’est &lt;strong&gt;Le&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Grand&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;midi&lt;/strong&gt;, une orientation majeure de la carrière cinématographique ultérieure des Rémy, qui compte de nombreux films pour les armées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chacun des récits composant le volume constitue une anecdote de cette époque où les événements fantastiques sont tout à fait communs. Doubles, vampires et fantômes hantent à foison le quotidien de ce monde à l’envers du nôtre. On peut passer à ses risques et périls dans un autre monde où ne luit qu’une unique lune. Des soldats de plomb ou de bois peuvent s’y animer le temps de changer le cours d’une bataille et l’avenir de ce monde…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Soldats de la mer&lt;/strong&gt; n’est pas sans évoquer, tant par les personnages que par le ton, le climat ou les qualités d’écriture, &lt;strong&gt;Le Rivage des Syrtes&lt;/strong&gt; de Gracq, ou &lt;strong&gt;Le Désert des Tartares &lt;/strong&gt;de Buzzati, et on y perçoit comme un petit quelque chose de Borges ou de Supervielle. Il est possible de rêver à une parenté moins élogieuse… D’autres récits auraient pu être écrits a posteriori, mais n’auraient rien apporté de plus. L’ultime nouvelle, «&amp;nbsp;Fondation&amp;nbsp;», est une forme de coda qui clôt définitivement le livre sur lui-même et l’ancre au cœur de la fantasy, dont il reste à ce jour l’un des plus magnifiques fleurons.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;br /&gt;
Critique originellement parue dans &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-71&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°71&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Rencontre avec Didier Pemerle</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/21/Rencontre-avec-Didier-Pemerle" rel="alternate" type="text/html" title="Rencontre avec Didier Pemerle" />
      <id>urn:md5:0494e5b703ad411e0d9942f29a1f801d</id>
      <published>2015-07-21T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-21T11:10:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Rencontres</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rencontre-pemerle-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rencontre-pemerle-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;En complément à la récente réédition de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ian-watson/l-enchassement_belial&quot;&gt;L'Enchâssement&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le blog vous propose une rencontre avec le traducteur du roman-culte de Ian Watson, &lt;strong&gt;Didier Pemerle&lt;/strong&gt;. Où l'auteur-traducteur nous parle de son travail sur cette réédition, de ses autres traductions et de ses propres romans.&lt;/p&gt; &lt;h4&gt;Avant &lt;strong&gt;L’Enchâssement&lt;/strong&gt; de Ian Watson, vous avez d’abord traduit &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;. Comment en êtes-vous venu à travailler sur le roman de John Brunner&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;J’avais vingt-sept ans, j’étais naïf ou inconscient ou téméraire. Je venais de voir mon premier roman publié par Robert Laffont dans une collection dirigée par Michel-Claude Jalard, «&amp;nbsp;L’Écart&amp;nbsp;». C’était un récit qui contenait des vrais morceaux d’allusions à la science-fiction. Quelqu’un de chez Laffont (Jacques Peuchmaurd ou Jalard) en a parlé à Gérard Klein (directeur de la collection «&amp;nbsp;Ailleurs et demain&amp;nbsp;»), qui m’a fait signe et m’a parlé de &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt;. Les premiers contacts ont été bons, si je me souviens bien, et on a fait affaire. Avais-je une bonne connaissance de l’anglais&amp;nbsp;? Oui, correcte. Le roman de Brunner ne m’a pas paru difficile, de prime abord. J’avais une certaine habitude des littératures très modernes et, à tort ou à raison, je ne me suis pas senti dépaysé. Le plus dur, ça n’a pas été le travail lui-même, mais la peur de ne pas y arriver. Je crois qu’on connaît tous ça. En tout cas, moi, j’ai toujours le trac, à un moment ou à un autre, quand je traduis et même (suivez mon regard) quand je révise une de mes traductions. Donc, à l’automne de 1971, j’ai remis le tapuscrit, bien épais, à Klein, qui m’a dit, un peu plus tard, que la traduction n’était pas au point, que les passages difficiles avaient été correctement traités, mais que, là où c’était du récit standard, sans pièges, je n’avais pas assuré. Évidemment, Klein avait raison. Il m’a bien conseillé, aidé et j’ai complètement retravaillé la traduction. Après ça, on s’est perdus de vue. J’ai revu Klein en 2002 et, dans le cours de la conversation, il m’a dit qu’il croyait m’avoir vexé en refusant la première version de la traduction et qu’il était persuadé que je lui en voulais. Vexé, non. Terriblement ennuyé, oui, pour des raisons financières et personnelles bien imbriquées. Non seulement je ne lui en veux pas, mais je l’en remercie&amp;nbsp;: c’est grâce à lui que j’ai continué puisque c’est avec lui que j’ai vraiment débuté. C’est là que j’ai appris, sur le tas, à me relire, à me corriger — choses très pénibles. Je dis (peut-être trop) souvent que c’est un exercice spirituel, mais on ne se rend pas compte à quel point c’est vrai. Parenthèse&amp;nbsp;: je crois que d’habitude on ne raconte pas ces détails assez abrasifs pour le narcissisme, mais quelque chose me dit que je ne dois pas être le seul débutant à s’être pris un râteau. Coup de chance, le jardinier en chef était quelqu’un de bien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rencontre-pemerle-ailleurs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rencontre-pemerle-ailleurs.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Vous avez traduit quelques-uns des romans phares de la science-fiction&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;L’Enchâssement&lt;/strong&gt;, mais aussi &lt;strong&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/strong&gt;. Comment se fait-il que vous n’ayez pas poursuivi dans le genre&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rencontre-pemerle-moorcockspinrad.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rencontre-pemerle-moorcockspinrad.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;J’ai poursuivi, en fait. J’ai traduit un roman de Moorcock, &lt;strong&gt;Breakfast in the Ruins (La Défonce Glogauer) &lt;/strong&gt;pour Champ libre, deux nouvelles de Thomas Disch pour &lt;em&gt;Galaxie&lt;/em&gt;, une anthologie de nouvelles de Theodore Sturgeon (1978), une anthologie de Robert Silverberg (1979), toutes deux pour la collection dirigée par Jacques Goimard, une nouvelle de Norman Spinrad, &lt;strong&gt;Ligne ouverte&lt;/strong&gt;, pour les éditions de l’Astronaute mort (1996) — autrement dit pour Yves Letort. J’ai poursuivi aussi dans ce qui m’intéressait et m’intéresse encore, la poésie, l’ethnologie, les arts en général. Il faudrait des heures ou des pages pour répondre correctement à la question «&amp;nbsp;comment se fait-il&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» On se laisse ballotter par les rencontres, le vieillissement, les devoirs, parfois par la flemme d’entreprendre. Mais il y avait autre chose aussi&amp;nbsp;: mes goûts littéraires, très années 1960-1970, me portaient vers les œuvres dites difficiles, modernes (modernes de l’époque), etc., dans lesquelles la langue est un matériau massif, pas un vecteur transparent. Or les gens qu’on côtoie quand on s’occupe de science-fiction sont plus attentifs au contenu, aux implications idéologiques, politiques même, qu’aux qualités du langage de l’auteur. (Le cas le plus typique, c’est Dick, dont tout le monde disait en privé qu’il écrivait mal tout en reconnaissant que c’est un grand auteur de bonnes histoires.) Et donc je côtoyais des gens qui finissaient toujours par me trouver snob et inculte (tout ce que je lis finit quelque part dans les oubliettes de ma mémoire) et moi, ils me complexaient par leur connaissance précise des récits, des auteurs, des dates (leur mémoire est un registre impeccablement tenu). D’où, certainement, malentendus, incompréhensions — et on se perd de vue.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rencontre-pemerle-livres.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rencontre-pemerle-livres.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les quatre romans de Didier Pemerle&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;En parallèle à la traduction, vous avez donc publié plusieurs romans&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;Assise devant un décor de tempête&lt;/strong&gt; (&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/24/A-comme-Assise-devant-un-decor-de-tempete&quot;&gt;dont je dis quelques mots par là&lt;/a&gt;), &lt;strong&gt;Un monument au mont Gerbier-de-Jonc&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Il tombe&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;À trois jours de moi&lt;/strong&gt;… Pouvez-vous nous en dire plus&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Ça, c’est autre chose. Quand j’avais entre dix-huit et vingt ans, je me pensais poète. Ce que j’écrivais, c’était du &lt;em&gt;mainstream&lt;/em&gt; post-symbolique, post-surréaliste, pas indigne, mais totalement inintéressant, finalement, à mes yeux. Je me suis mis aux récits, et là mes ennuis ont commencé. J’avais beau croire que j’écrivais des histoires, oui, bien sûr, un peu fantastiques, un peu utopiques, un peu uchroniques, où échouaient des souvenirs de comics et de romans d’«&amp;nbsp;anticipation&amp;nbsp;» — bref, que j’écrivais normalement encore que de manière un peu décalée, le résultat était très décalé et pas du tout normalisé. Cela dit, l’époque était ouverte et j’ai fini par rencontrer un éditeur — deux, en fait — entre 1970 et 1985. Je n’ai eu aucun succès, à un point tel que même mon pire pessimisme en reste surpris. Dernièrement, j’ai terminé une sorte de chronique. Je me relis. Je voudrais seulement &lt;em&gt;fail better&lt;/em&gt; («&amp;nbsp;rater mieux&amp;nbsp;»), dirait Becket (Samuel). On verra.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rencontre-pemerle-lyrics.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rencontre-pemerle-lyrics.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le grand Bob&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Plus récemment, vous avez traduit les chansons de Bob Dylan, en collaboration avec Robert Louit, qui était le directeur de la collection «&amp;nbsp;Dimensions SF&amp;nbsp;» chez Calmann-Lévy. Comment s’est passé ce travail&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Il y a eu deux traductions Louit-Pemerle de Dylan. La première, &lt;strong&gt;Écrits et dessins&lt;/strong&gt;, parue en 1974 chez Seghers, et la seconde, &lt;strong&gt;Lyrics, 1962-2001&lt;/strong&gt;, parue chez Fayard en 2008. Ça s’est passé bien et mal, les deux, quelquefois simultanément. On se relisait et donc on se corrigeait mutuellement après s’être réparti le travail. On a failli, à la suite d’un échange de mails qui avait mal tourné, se désolidariser, mais ça s’est arrangé et le travail commun a continué. Forcément, la traduction de Dylan est le résultat d’un et même de plusieurs niveaux de compromis, entre traducteurs, entre plusieurs choix de sens possibles, et ça se sent à la lecture&amp;nbsp;: il y a quelque chose de moyen, de médian, dans le texte dont la source, anglaise, est parfois elle-même moyennissime.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;rencontre-pemerle-enchassement.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/rencontre-pemerle-enchassement.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Première et dernière édition en date de L'Enchâssement&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h4&gt;Revenons à &lt;strong&gt;L’Enchâssement&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: vous en avez révisé la traduction pour la réédition au Bélial’. Comment s’est passé ce travail&amp;nbsp;? Avez-vous eu beaucoup à corriger&amp;nbsp;?&lt;/h4&gt;

&lt;p&gt;Ça s’est très bien passé. Évidemment, je me suis dit, à plusieurs reprises, que, vraiment, traduire maintenant, avec un ordinateur, instrument par excellence de la correction et de la réécriture, avec les moteurs de recherche, les dictionnaires en ligne et toutes ces choses, c’est le grand confort. Sauf que j’ai corrigé à l’ancienne, sur l’édition papier de Calmann-Lévy, en prenant des notes sur un cahier à spirales, reportées dans un fichier transmis à l’éditeur. Bizarrement ou non, pour quelqu’un qui a pas mal lu de science-fiction dans les années 1960 et 1970, je ne crois pas au progrès, mais je crois au perfectionnement. Je me trouve meilleur traducteur, à l’âge canonique que j’ai atteint, qu’à mes débuts. Cela dit, &lt;strong&gt;L’Enchâssement&lt;/strong&gt;, c’est Watson, indubitablement, mais c’est aussi Chomsky et Chomsky, c’est en grande partie la revue &lt;em&gt;Change&lt;/em&gt; (Jean Pierre Faye, Jacques Roubaud, Danielle Collobert, Jean-Claude Montel &lt;em&gt;et alii&lt;/em&gt;) qui m’a fait entrer dans son équipe (son «&amp;nbsp;collectif&amp;nbsp;»). J’ai retrouvé des traces de mes motivations de l’époque en relisant-corrigeant ma traduction. Vous me demandez si j’ai eu beaucoup à corriger&amp;nbsp;: oui, dans les cent cinquante corrections, parfois importantes quantitativement, mais rien qui affecte directement le sens du livre — sauf deux termes anglais pourtant bien chomskyens, traduits initialement par «&amp;nbsp;récurrence&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;récurrente&amp;nbsp;» (ce qui avait fait tiquer Jacques Goimard, à la parution du livre), corrigés en «&amp;nbsp;récursivité&amp;nbsp;» et en «&amp;nbsp;récursive&amp;nbsp;». Et puis, pour certains éclaircissements, Watson s’est révélé disponible et précis&amp;nbsp;: qu’il en soit vivement remercié&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Objectif Runes en plus (Bifrost 79)</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/20/objr-en-plus-bifrost-79" rel="alternate" type="text/html" title="Objectif Runes en plus (Bifrost 79)" />
      <id>urn:md5:6da29da5473c051bd4e0de0a0050efc2</id>
      <published>2015-07-20T12:30:00+02:00</published>
              <updated>2017-11-08T13:42:00+01:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Critiques</dc:subject>
                    <dc:subject>Collectif</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;objr79-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-79&quot;&gt;Bifrost 79&lt;/a&gt; a beau compter exceptionnellement 196 pages, soit 4 de plus que les &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; les plus épais, ce n'était pas suffisant pour le cahier critique. Comme pour les numéros &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2014/10/24/objr-en-plus-bifrost-76&quot;&gt;76&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/01/23/objr-en-plus-bifrost-77&quot;&gt;77&lt;/a&gt;, une partie de celui-ci se retrouve délocalisé sur le blog. Où l'on s'intéresse à des titres plus davantage en marge des genres qui nous font vibrer, ou bien qui ont tout simplement échoué à le faire…&lt;/p&gt; &lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr79-groseilles.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-groseilles.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;L'homme qui connaissait la langue des groseilles ? ;-)&quot; /&gt;Les Groseilles de Novembre&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Andrus Kivirahk – Le Tripode – octobre 2014 (roman inédit traduit de l’estonien par Antoinr Chalvin – 266 pp. GdF. 21 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Que son précédent roman traduit, &lt;strong&gt;L'Homme qui Savait la Langue des Serpents, &lt;/strong&gt;également au Tripode, ait remporté le Grand Prix de l'Imaginaire 2014 dans la catégorie du meilleur roman étranger fait qu'Andrus Kivirahk n'est plus tout à fait inconnu sous nos latitudes. Selon l'éditeur, &lt;strong&gt;Les Groseilles de Novembre&lt;/strong&gt; serait considéré en Estonie comme son meilleur roman…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La présentation de l'ouvrage qui se réfère volontiers au précédent donne à penser qu'il ne sont guère différents, peut-être est-ce là le plus gros reproche que l'on pourra leur adresser. &lt;em&gt; «&amp;nbsp;Lire Kivirahk, c'est à chaque fois entrer dans un monde proprement extraordinaire. &lt;strong&gt;L'Homme qui savait la Langue des Serpents &lt;/strong&gt;nous avait habitué à l'idée d'une époque où il était encore possible d'épouser des ours, d'avoir pour meilleur ami une vipère royale ou encore de voler dans les airs à l'aide d'ossements humains.&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; La quatrième de couverture nous annonce simplement &lt;em&gt;«&amp;nbsp;Le destin de l'homme n'est pas facile. On vit. On Meurt. Puis on se change en démon.&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;Ce sont des choses qui arrivent…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Groseilles de Novembre&lt;/strong&gt; entonne le même air comme une suite de variations sur ce fantastique bien particulier. Fantastique ou &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; d'ailleurs&amp;nbsp;? On est là en plein sur une frontière entre deux genres qui n'a jamais trop fait débat. On est en Estonie. Dans le village qui semble hors du temps, comme s'il était unique ou presque, à une époque avant la télé et la bagnole, pré-soviétique évidement… Ça pourrait bien être notre monde à l'époque des barons baltes mais c'est un monde où le fantastique fait irruption à tous les coins de rue, au sens propre. Il est omniprésent à un point tel que cette Estonie là glisse dans les territoires du merveilleux sans que nul n'y trouve à redire. Ce roman est une chronique des événements du mois de novembre au jour le jour. Un journal, donc. Mais sans auteur. Comme si le lecteur, sous une forme invisible, avait pu assister lui-même aux événements. Il n'y aura ni début ni fin. C'est comme si vous vous étiez coupé une portion du saucisson du temps avant de la trancher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En ce premier jour de novembre, Jaan, le valet de ferme de Koera Kaarel, est bien mal en point, en proie à de violentes convulsions abdominales. On s'en est allé quérir Sander, le ganger, un sorte de guérisseur qui demande au malade &lt;em&gt; «&amp;nbsp;Ça sentait la rose&amp;nbsp;? Qu'est-ce qui t'as pris de le manger, alors&amp;nbsp;? Est-ce&lt;a name=&quot;_GoBack&quot;&gt;&lt;/a&gt; que tu broutes les fleurs en été&amp;nbsp;? Comme une vache&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» &lt;/em&gt; Parce que le bougre à qui il manque un bon quart d'heure de cuisson a bouffé du savon dans le garde-manger du manoir. Le ton est donné. Drôle. Souvent à se tordre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il faut dire que piller le manoir de ce vieux baron allemand qui n'y voit goutte et que du feu, tout particulièrement son garde-manger, avant de se voler les uns les autres le fruit de ces larcins est le grand sport local auquel tout un chacun s'adonne avec la ferveur la plus compulsive. Tous ces madrés paysans préfèrent recourir à leur kratt pour commettre leurs forfaits afin de rester chez eux à surveiller leur butin qui sans ça aurait tendance à s'envoler fissa. Le kratt est une créature folklorique confectionnée avec des rebuts de ferme&amp;nbsp;: sceau, vieux balais, tonneaux, branches etc. que l'on anime en allant acheter une âme au diable à la Croisée des Chemins. À la nuit tombée, vous pouvez les voir parcourant le ciel avec le feu aux fesses comme par un effet de postcombustion allant dérober ici ou là ceci ou cela. Il suffit toutefois que la victime tapât du pied gauche pour que le pinocchio volant chût du haut des airs. Ainsi en va-t-il au village où les contrats en bonne et due forme avec le Malin qui ne l'est pas tant que ça sont paraphés par ces roués paysans avec le jus des groseilles du titre plutôt qu'avec leur sang…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et vous en avez comme ça, à foison… un mois complet&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman est très drôle dans son ensemble bien qu'il glisse vers la fin sur une tonalité douce-amère qui s'enchaîne très logiquement avec les péripéties précédentes… &lt;strong&gt;Les Groseilles de Novembre&lt;/strong&gt; est incontestablement un livre très original des plus amusants qui sort allègrement des sentiers battus de la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt;. Tous les événements ne sont pas empreints de surnaturel quand bien même souvent est-ce le cas. Ainsi, quand deux petits vieux pas plus honnêtes mais moins malins que les autres villageois trouvent enfin, par miracle, le trésor enfoui qu'ils ont espéré toute leur vie, ils n'ont de cesse de l'enterrer aussitôt ailleurs de crainte qu'on ne le leur vole…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voici donc une excellente occasion de lire en s'amusant un livre des plus désopilants qui, bien que plus drôle, n'est quand même pas aussi bon que le recueil de Karen Russell mais dont il serait néanmoins bien dommage de se priver. Andrus Kivirahk pourrait bien combler les amateurs de feu Terry Pratchett…&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Jean-Pierre Lion&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3 id=&quot;vilnius&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;objr79-vilnius.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-vilnius.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Visitez Vilnius !&quot; /&gt;Vilnius Poker&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Ričardas Gavelis – Monsieur Toussaint Louverture – janvier 2015 (roman inédit traduit du lituanien par M. Leborgne – 544 pp. GdF. 24 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans le cahier critique du précédent &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;, nous disions à propos de &lt;strong&gt;LoveStar&lt;/strong&gt; que les romans islandais à paraître en français ne sont pas légion, et que ceux à relever des genres qui nous intéressent le sont encore moins. Une remarque tout aussi valable pour le présent &lt;strong&gt;Vilnius Poker&lt;/strong&gt; de Ričardas Gavelis, récit venu tout droit de Lituanie — le titre laisse à ce sujet peu d’équivoque — mais qui ne relève de l’Imaginaire que par la bande. On ne pourra que louer ces éditeurs qui vont creuser les veines des littératures de genre au-delà du seul monde anglophone…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Selon la légende, Vilnius aurait été fondée au XIVe siècle après que le grand-duc de Lituanie, Gediminas, se fut assoupi au pied d’une colline&amp;nbsp;: le souverain aurait rêvé d’un loup de fer aux hurlements puissants. Un prêtre païen expliqua au grand-duc que ce rêve lui enjoignait d’édifier en ce lieu, à la confluence de la Vilnia et de la Néris, une capitale, laquelle acquerrait une grande renommée. Par la suite, cependant, dans le monde de l’éveil, la ville va basculer sous l’influence de la Pologne voisine, avant d’être intégrée à l’Empire russe. Si la Lituanie acquiert une brève indépendance entre 1918 et 1940, Vilnius demeure en territoire polonais. Après son intégration forcée au sein de l’URSS, ce pays balte n’acquiert finalement son indépendance qu’en 1990. Voilà pour le rappel historique, pas forcément inutile pour appréhender &lt;strong&gt;Vilnius Poker&lt;/strong&gt;, roman qui s’inscrit en plein dans l’histoire complexe de la Lituanie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vilnius Poker&lt;/strong&gt; suit l’itinéraire de Vytautas Vargalys. Dernier membre de sa lignée, rescapé du goulag, il travaille désormais en tant que bibliothécaire et se désole de voir son pays croupir sous Leur joug. Ils sont partout&amp;nbsp;: Ils, ceux que Vytautas appelle les «&amp;nbsp;kanuk’ai&amp;nbsp;», dont le but est de «&amp;nbsp;kanuk’er&amp;nbsp;» le monde. C’est-à-dire asservir les peuples et engourdir les esprits. Envers et contre tout, Vytautas, dont la paranoïa est une seconde nature, veut protéger son amour, la belle Lolita — mais n’est-il pas déjà trop tard&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman polyphonique, &lt;strong&gt;Vilnius Poker&lt;/strong&gt; est narré tour à tour par Vytautas (pour l’essentiel du texte) puis par ses proches (plus brièvement). Il y a Martynas, fasciné par le concept d’homo lithuanicus contre celui d’homo sovieticus, qui revient sur le passé de son ami. Il y a Stefa, d’origine polono-biélorusse et qui peine à s’intégrer à Vilnius. Et il y a Gediminas, le meilleur ami de Vytautas, qui a fini réincarné en chien — drôle de destin pour celui qui porte le prénom du grand-duc… Mais en définitive, le personnage central du roman n’est autre que Vilnius elle-même, «&amp;nbsp;la frontière où s’affrontent l’expansionnisme russe et l’esprit européen&amp;nbsp;», où «&amp;nbsp;chaque maison, chaque intersection est à la fois le tableau de la vie d’antan et celui de la catalepsie contemporaine&amp;nbsp;», ville que Vytautas qualifie pourtant de «&amp;nbsp;nécropole mentale&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vytautas, Gediminas&amp;nbsp;: rien d’étonnant à ce que les protagonistes portent les prénoms des deux souverains les plus prestigieux de la Lituanie. &lt;strong&gt;Vilnius Poker&lt;/strong&gt; se veut le roman d’une nation qui a courbé l’échine pendant des siècles et qui continuait de le faire au moment de la rédaction dudit texte. Volontiers sarcastique, le portrait est à charge contre les Lituaniens, dont l’auteur fustige avec ironie la passivité et le fatalisme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Premier roman de Ričardas Gavelis, publié en 1989, &lt;strong&gt;Vilnius Poker&lt;/strong&gt; s’avère d’une lecture intense et ardue. L’intrigue y est minimale, le fantastique se situe à la toute marge, et éprouver un minimum d’intérêt pour la Lituanie semble un prérequis. Mais on tient là un grand roman, transcendant les genres. Pourvu que Monsieur Toussaint Louverture continue à nous proposer des livres de cet acabit.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr79-j.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-j.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Non, ce n'est pas J comme Joie&quot; /&gt;&lt;s&gt;J&lt;/s&gt;&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Howard Jacobson – Calmann-Lévy – janvier 2015 (roman inédit traduit de l’anglais [UK] par P. Loubet – 512 pp. GdF. 21,90 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Port-Reuben, petite ville trop tranquille d’une Angleterre future… Ailinn, jeune femme sans histoire, orpheline, tombe amoureuse de Kevern Cohen, tourneur sur bois. Drôle de bonhomme, ce Kevern, tourmenté par son ascendance incestueuse, et qui a l’étrange habitude de porter ses doigts à ses lèvres closes dès lors qu’il s’agit de prononcer la dixième lettre de l’alphabet. Dans le passé, une catastrophe a eu lieu, peut-être&amp;nbsp;: ce qui s’est produit, si cela s’est produit. Des gens ont — auraient — disparu, en masse. Personne n’en parle, mais en dépit des précautions oratoires, tout le monde sait que cela s’est effectivement passé. L’une des conséquences de ce désastre humain a été l’Opération Ismaël, dont le résultat a vu tous les individus survivants baptisés de noms bien particuliers&amp;nbsp;: Cohen certes, mais aussi Rosenthal et Gutkind ou encore Rabinowitz. Au milieu de tout cela, Ailinn et Kervern, donc, que l’on surveille de près, et que l’on pousse à tomber dans les bras l’un de l’autre. Dans quel but&amp;nbsp;? Y aurait-il un lien avec leurs lignages mystérieux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les amateurs d’uchronies à la &lt;strong&gt;Fatherland&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Le Cercle de Farthing&lt;/strong&gt;, les afficionadios du post-apo’ (il est bel et bien indiqué postapocalyptique sur la quatrième de couverture&amp;nbsp;: ce n’est pas faux, mais il ne faut surtout pas s’attendre à du &lt;em&gt;Mad Max&lt;/em&gt;) ou ceux qui se font des délices des dystopies en seront pour leurs frais&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;&lt;s&gt;J&lt;/s&gt;&lt;/strong&gt; se tient bien en marge des mauvais genres. L’intrigue louvoie, oscille entre paranoïa, anticipation, romance et roman policier, mais échoue à convaincre dans chacun des genres abordés, et en définitive, &lt;strong&gt;&lt;s&gt;J&lt;/s&gt;&lt;/strong&gt; peine tout simplement à passionner. La révélation quant à la nature de la catastrophe, le lecteur s’en doute très (trop) rapidement. Les personnages s’avèrent peu aptes à éveiller quelque sympathie, et le contexte, ce qui s’est produit, si cela s’est produit, demeure par trop succinct. Pourquoi, comment&amp;nbsp;: cela demeure inexpliqué, et nuit à la crédibilité du roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le fond (attention spoilers), &lt;strong&gt;&lt;s&gt;J&lt;/s&gt;&lt;/strong&gt; est inattaquable pourtant&amp;nbsp;: Howard Jacobson, auteur dont les romans mettent en scène des personnages juifs se questionnant sur leur judéité (chez Calmann-Lévy, notamment), propose avec celui-ci une réflexion sur l’antisémitisme, le passé, la mémoire, la culpabilité, dans le cadre d’une Solution finale ayant réussi. Sur la forme, malheureusement, &lt;strong&gt;&lt;s&gt;J&lt;/s&gt;&lt;/strong&gt; se plante, peu satisfaisant sur le pur plan romanesque tout autant que peu crédible. Bref, dans un genre similaire, on (re)lira plus volontiers &lt;strong&gt;Le Complot contre l’Amérique&lt;/strong&gt; de Philip Roth.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Erwann Perchoc&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr79-parapluie.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-parapluie.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Sortez couverts…&quot; /&gt;Parapluie&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Will Self – éditions de l’Olivier – février 2015 (romain inédit traduit de l’anglais par B. Hoepfnner – 412 pp. GdF. 24 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Trois périodes se télescopent dans &lt;strong&gt;Parapluie&lt;/strong&gt;. Dans les années 70, Zachary Busner, jeune psychiatre au Friern Hospital, administre de la L-DOPA, substance proche du LSD, à des patients atteints d’encéphalite léthargique, dont une vieille femme, Audrey Death (ou Deer, ou Deeth, ou De’Ath) enfermée ici depuis cinquante ans, ce qui les tire de leur état catatonique. Le récit de cette dernière fait revivre le Londres du début du siècle, de 1905 à la Grande Guerre, à laquelle elle et ses deux frères, Stanley et Albert, participent chacun à leur manière. Busner, âgé, de nos jours, revient sur cette histoire vieille de quarante ans, l’incompréhensible évolution du traitement mais aussi son implication personnelle, et tente d’en tirer les leçons.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le récit se base sur les faits relatés dans &lt;strong&gt;L’éveil,&lt;/strong&gt; le roman que le neurologue Oliver Sacks a tiré de sa propre expérience, adapté au cinéma avec Robert de Niro et Robin Williams, mais aussi au théâtre par Harold Pinter, et qui a en partie inspiré Neil Gaiman pour la BD &lt;em&gt;Sandman&lt;/em&gt;. On sait Will Self, dont la folie est le thème récurrent, admirateur de Sacks et de son écriture riche en détails, centrée sur la perception, cherchant à décrire de l’intérieur les maladies neurologiques&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Zach&amp;nbsp;» Busner, déjà croisé dans &lt;strong&gt;Les Grands Singes&lt;/strong&gt; et ailleurs, comme le rappelle d’entrée de jeu une rengaine (&lt;em&gt;I am a ape man&lt;/em&gt;), en est une référence transparente.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cette volonté de description intime est exactement ce que réalise Will Self dans ce récit déroutant où tout, les descriptions objectives et les narrations à la première personne de quatre protagonistes, les sensations et les errements de la pensée, sont placés sur le même plan, sans rien délivrer pour permettre au lecteur de se raccrocher à un détail qui faciliterait sa compréhension.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Autant le dire d’emblée&amp;nbsp;: il faut s’accrocher à la lecture. Nous sommes aux limites du roman, et même de la lisibilité. Baigné dans ce flux ininterrompu de conscience, on ne peut avancer dans le récit qu’en acceptant de se laisser porter par le flot de phrases parfois inachevées, à la syntaxe torturée, irriguée de pensées parasites, traversées de mots valises, d’onomatopées, et de termes phonétiquement orthographiés pour imiter un accent ou des phrasés particuliers («&amp;nbsp;Cruchoé — chette quintechenche de petit bourgeois&amp;nbsp;»). Ininterrompu, car un même paragraphe peut s’étaler jusque sur vingt pages&amp;nbsp;; on passe d’un narrateur à l’autre au sein de la même phrase, sans forcément signaler ce basculement par un indice. L’éveil ne concerne pas que les patients bénéficiaires de la L-DOPA, mais le lecteur, qui se trouve dans la situation d’un nouveau-né entendant des sons, langage, cris et bruits de fond, sans possibilité de les comprendre, jusqu’à ce que cette bouillie finisse par faire sens. Dans une interview, Self explique que le refus du narrateur impersonnel critiqué par Ballard, dont il est un disciple, le recours au subjectivisme de Joyce, est une réaction davantage émotionnelle que «&amp;nbsp;théorico-littéraire&amp;nbsp;». Elle n’en est pas moins radicale ici, même s’il reconnaît n’avoir pas totalement abouti dans son entreprise.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’éveil, c’est aussi celui de la société technologique&amp;nbsp;: Audrey raconte le Londres s’ouvrant à la modernité, avec le téléphone et le métro, lequel poussera bientôt son père conducteur d’omnibus hippomobile au chômage, avec une certaine liberté de mœurs, aussi, le militantisme des suffragettes. Mais on découvre très vite les maux qu’engendre la technique avec le passage à la guerre industrielle. L’effort de guerre provoquait chez les «&amp;nbsp;munitionnettes&amp;nbsp;», aussi surnommées «&amp;nbsp;canaris&amp;nbsp;» en raison de leurs mains jaunes qui enfonçaient l’explosif dans les têtes d’obus, des tremblements et des crises d’épilepsie. On trouve de terribles pages sur la condition des soldats coincés dans les tranchées. La stupeur et les tremblements accompagnent ces débordements. L’encéphalite léthargique, qui se propagea bien sous forme épidémique entre 1915 et 1922, reçut d’ailleurs le nom de maladie du sommeil européenne, ce qui fait dire à Zach que le responsable de cette propagation n’était pas la densité de la population, mais celle de la mécanisation et de la technologie. Accusées de dénaturer la conscience humaine et d’affecter la mémoire, Self a cherché à transcrire leur impact dans ses personnages, rejetés hors du temps jusqu’à ce qu’une molécule les y ramène avec des effets inattendus. C’est aussi à une réflexion sur le temps que se livre Will Self autour de cette maladie de la conscience, qui fait de la léthargique une fascinante voyageuse temporelle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce premier tome d’une trilogie centrée sur le danger de la technologie occidentale sera suivi de &lt;strong&gt;Shark&lt;/strong&gt;, autour d’Hiroshima, et de &lt;strong&gt;Téléphone&lt;/strong&gt;, qui se situera en Irak. Sans relever à proprement parler du champ de la science-fiction, &lt;strong&gt;Parapluie&lt;/strong&gt; contient suffisamment d’éléments insolites et de notations scientifiques (comparant par exemple le long corridor qu’arpentent les malades à un «&amp;nbsp;accélérateur de particules linéaires humaines&amp;nbsp;») pour mériter qu’on s’y attarde. Malgré les difficultés de lecture inhérentes à cette déconstruction de la narration, on y trouve de très belles pages et d’intelligentes réflexions. Un livre brillant.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;

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&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr79-tetrameron.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-tetrameron.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Mais le Pentaméron, c'est très bien aussi&quot; /&gt;Tétraméron&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;José Carlos Somoza – Actes Sud, coll. «&amp;nbsp;Lettres hispaniques&amp;nbsp;» – février 2015 (roman fix-up inédit traduit de l’espagnol par M. Millon – 240 pp. GdF. 21,50 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Jeune fille au sortir de l’enfance, Soledad part en excursion avec son école dans un ermitage. Isolée parmi ses camarades, avec la tenace impression d’être invisible, elle se perd dans l’ancien bâtiment et aboutit dans une pièce obscure où siègent quatre personnes silencieuses aux regards envoûtants ou hostiles. Assises autour d’une table, elles entraînent la jeune intruse dans un ballet verbal où se mêlent angoisse et érotisme, hermétisme et clins d’œil malicieux. Chacun à son tour, les deux hommes puis les deux femmes vont prendre la parole et raconter chacun deux histoires. Au terme de cette «&amp;nbsp;cérémonie&amp;nbsp;», Soledad se trouvera confrontée à un choix capital.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Récit initiatique (la jeune fille deviendra femme), &lt;strong&gt;Tétraméron&lt;/strong&gt; se présente comme un livre à clefs, multiples, pas toujours claires, ouvrant des boites ouvragées. Dès les premières pages, le narrateur s’adresse au lecteur, le prend à témoin, le met en position d’acteur. Tout est en place pour un spectacle captivant. José Carlos Somoza se propose alors de nous confronter à nos peurs, nos pensées dérangeantes, nos vices refoulés. Il commence par l’atome, ennemi de l’humanité, et poursuit par le sexe. Très présent dans cet ouvrage, il apparaît souvent de façon provocante — à travers le personnage principal, notamment, une jeune fille de douze ans, habillée en écolière, qui se dénude au fur et à mesure de l’histoire. Mais on y trouve aussi des sacrifices humains, sanglants, douloureux. Et aussi le Mal, dans toute sa cruauté. De quoi satisfaire tout le monde en somme, remuer et déstabiliser.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorgnant très explicitement du côté du &lt;strong&gt;Décaméron&lt;/strong&gt; de Boccace ou de l’&lt;strong&gt;Heptaméron&lt;/strong&gt; de Marguerite de Navarre, José Carlos Somoza nous offre hélas un récit décevant. Loin de ses modèles, entraînants et riches, le &lt;strong&gt;Tétraméron&lt;/strong&gt; reste superficiel, voire artificiel. Les tabous exposés dans les contes ont déjà été traités tant de fois, les péchés mis en lumière ont déjà été ressassés par tant d’écrivains, bons ou mauvais, tant de réalisateurs, talentueux ou pompeux&amp;nbsp;! Pourquoi se lancer dans ce sillon&amp;nbsp;? D’autant que la forme courte des nouvelles enchâssées dans un récit semble moins bien réussir à l’auteur espagnol que les romans au long cours. Sa plume est toujours pointue, acérée, mais les histoires peinent à décoller. Pas de rythme, un symbolisme tellement obscur, parfois, qu’il en perd tout intérêt. La bien mauvaise mayonnaise que voilà…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De grands regrets, donc, surtout au regard du talent de José Carlos Somoza, conteur hors pair, créateur d’univers oniriques et fous où l’on aime se perdre. Pourvu qu’il nous revienne rapidement avec toute sa puissance littéraire, et on oubliera tout aussi vite cette tentative avortée.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Raphaël Gaudin&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

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&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot; objr79-sable.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-sable.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Western + zombies !&quot; /&gt;Avaler du sable&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Antônio Xerxenesky – Asphalte – février 2015 (roman inédit traduit du portugais [Brésil] par Mélanie Fusaro – 192 pp. GdF. 15 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p id=&quot;xerxenesky&quot;&gt;Les éditions Asphalte ont pour vocation première de faire découvrir au lecteur des villes, tout un imaginaire urbain. Le plus souvent noir, mais n’excluant pas quelques détours du côté des mauvais genres – ainsi avec la science-fiction de Tommaso Pincio. &lt;strong&gt;Avaler du sable&lt;/strong&gt; ne détonne donc pas forcément tant que ça dans la production de la maison d’édition, puisqu’il se centre sur la ville de Mavrak (anciennement Maverick, mais des lettres tombent tandis qu’on en remplace d’autres…). Et sa présence dans les pages de &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; se justifie amplement, dans la mesure où ce qui n’aurait pu être qu’un énième western ultra-référencé (Ford, Peckinpah, peut-être un léger avantage à Leone) se teinte de fantastique macabre et même d’horreur quand les morts se relèvent de leurs tombes pour, comme de juste, bouffer les vivants. Mais on est bien loin d’un banal roman zombifique comme on nous en inflige beaucoup trop ces dernières années, genre qui a pu donner quelques merveilles (l’épatant &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/blog/world-war-z&quot;&gt;World War Z&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Max Brooks en tête) mais s’est surtout complu dans une facilité consternante et anti-littéraire sous prétexte de faire dans le «&amp;nbsp;pop&amp;nbsp;» alors qu’il ne s’agit que de putasserie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais revenons à Mavrak, donc, où, dès la première ligne, un mystérieux chaman annonce que «&amp;nbsp;les morts reviendront à la vie&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Nous n’en sommes toutefois pas encore là. Pour l’instant, il n’y a que l’archétypale bourgade paumée au milieu d’un désert infini. Forcément, deux clans, les Ramirez et les Marlowe, s’affrontent pour la domination de ce coin de sable sans valeur, même si le conflit est pour le moment larvé. Ici, on pense à &lt;em&gt;Pour une poignée de dollars&lt;/em&gt;, mais nul Clint Eastwood anonyme à l’horizon. Quand la situation dégénère du fait du meurtre d’un Ramirez (que son clan, faute de preuve, attribue nécessairement aux perfides Marlowe), un inconnu craignant pour la suite réclame l’intervention d’un shérif, qui n’a pas exactement le charisme de celui qui vient faire régner l’ordre dans la sanglante &lt;strong&gt;Warlock&lt;/strong&gt; d’Oakley Hall (on ne dira jamais assez de bien de ce classique du genre). Il ne picole pas, il ne baise pas, et, à vrai dire, il ne sait pas trop comment gérer l’affaire, entre récriminations des Ramirez et dénégations outragées des Marlowe. Alors il va boire (de l’eau) chez McCoy, dont la femme, Maria, tient un bordel à l’étage (la vilaine&amp;nbsp;!) et attend un peu que tout lui tombe dans la main.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’autres se montrent plus actifs par la force des choses. Et notamment Juan Ramirez, héritier du patriarche Miguel depuis la mort de Martin, qu’on lui préférait largement. C’est que Juan n’a rien d’un héros&amp;nbsp;: le jeune homme a étudié dans les grandes villes du nord et en a gardé quelque chose d’un peu «&amp;nbsp;yankee&amp;nbsp;» en lui. C’est aussi et surtout le pistolero le plus minable de l’Ouest, lent et imprécis&amp;nbsp;: un duel avec un Marlowe le conduirait illico au cercueil. Mais son père lui bourre le crâne quant à la perfidie de leurs ennemis, qui trameraient quelque chose de pas très catholique dans leur cave… Les Ramirez peuvent bien en faire autant, non&amp;nbsp;? Mais contre les machines que semblent incarner les Marlowe, eux se tourneront vers un passé tout aussi destructeur, sinon davantage, et Juan devra ainsi rendre une petite visite au chaman. «&amp;nbsp;Les morts reviennent à la vie&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le cocktail «&amp;nbsp;western + zombies&amp;nbsp;» d’&lt;strong&gt;Avaler du sable&lt;/strong&gt; justifie qu’on en parle ici, avouons qu’il n’est forcément d’une originalité bouleversante, littérature et jeux de rôle tendance «&amp;nbsp;weird west&amp;nbsp;» nous ayant depuis longtemps habitués au procédé. Pourtant, au-delà de cette mécanique narrative à la construction sans faille, le roman du jeune auteur brésilien Antônio Xerxenesky fait plus que convaincre. Parce qu’il y a ce style tout en nuances, générateur d’une belle atmosphère ensablée. Parce qu’il y a ces personnages authentiques, le falot mais sympathique Juan en tête. Parce que l’inévitable jeu sur les références se montre plus subtil que ce l’on pourrait croire à première vue, et tout à fait justifié. L’histoire est bien narrée, et l’on ne s’ennuie pas un seul instant à la lecture de ce roman, il est vrai fort bref.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a la cerise sur le gâteau, un jeu façon «&amp;nbsp;métafiction&amp;nbsp;» que l’auteur assume audacieusement (et sans doute avec une certaine coquetterie) tout en s’en moquant un brin. En effet, l’auteur du roman, détrompez-vous, n’est pas Antônio Xerxenesky, mais un vieillard mexicain porté sur la tequila et ayant depuis trop longtemps rompu les ponts avec son fils, et qui entend raconter l’histoire de ses ancêtres (oui, avec des zombies dedans, parfaitement&amp;nbsp;: tout est parfaitement vrai, puisque littéraire). La narration est ainsi régulièrement interrompue par des considérations de cet auteur «&amp;nbsp;de second niveau&amp;nbsp;» sur ce qu’il fait, ses doutes, ses craintes, ses faiblesses, ses incapacités. Et il en vient à dire que son roman (ressemblant étrangement, lui dit son fils lors d’une brève entrevue, à celui d’un autre vieillard mexicain faisant lui aussi dans le western horrifique… à moins que&amp;nbsp;?) a en fait pour raison d’être, au-delà de la seule bonne histoire, au-delà même du destin de Mavrak, d’étudier les rapports conflictuels entre père et fils, via les Ramirez et le jeune déserteur Juan. S’agirait-il, pour autant, à la manière psychanalytique, de «&amp;nbsp;tuer le père&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? Mais est-ce seulement possible&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout cela, en tout cas, fait d’&lt;strong&gt;Avaler du sable&lt;/strong&gt; une bonne surprise, un roman aussi divertissant qu’intelligent, au fond bien conçu et à la forme irréprochable.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Bertrand Bonnet&lt;/h5&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt; &lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;&lt;img alt=&quot;objr79-culturama.jpg&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/objr79-culturama.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Culturama, Des siècles de culture à la lumière des big data&lt;/h3&gt;

&lt;h5&gt;Erez Aiden et Jean-Batiste Michel – Robert Laffont – essai traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-France Desjeux – avril 2015 (304 pp. GdF. 20 €)&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;On sait que les big data, par leur capacité à traiter de grandes masses de données, sont en passe de corriger notre vision du monde. Un changement d'échelle comparable selon les auteurs à la révolution galiléenne où la lentille grossissante changea la vision et donc la compréhension du cosmos en révélant les lunes de Jupiter. Les recherches exploratoires des big data sont dépourvues d'hypothèse, mais offrent des résultats inattendus souvent instructifs. Profitant de la numérisation de trente millions d'ouvrages par Google, les auteurs ont imaginé une nouvelle approche de la culture, du langage et de l'Histoire basée sur la récurrence des termes à travers les textes, à laquelle ils ont donné le nom de &lt;em&gt;culturomique&lt;/em&gt;. À vrai dire, elle n'est pas inédite puisque des recherches lexicographiques ont déjà été menées par des linguistes qui ont patiemment recensé les occurrences d'un terme à travers une période ou dans l'espace restreint d'un livre&amp;nbsp;; l'aspect fastidieux de l'entreprise limitait ces évaluations à quelques rares recherches. Les capacités de l'ordinateur permettent de systématiser ce type de questionnement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet ouvrage retrace l'aventure des chercheurs&amp;nbsp;: il a fallu convaincre Google de l'utilité d'une telle exploration pour se voir accorder l'accès aux calculateurs et aux données couvrant l'édition de 1800 à nos jours. L'obtention de graphes a rencontré un tel enthousiasme auprès des utilisateurs potentiels, sociologues, historiens, linguistes, qu'un Ngram Viewer, &lt;em&gt;N&lt;/em&gt; identifiant le nombre d'éléments recherchés dans une requête, est désormais en libre accès (https://books.google.com/ngrams).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cet aspect anecdotique est de peu d'intérêt. Les premiers chapitres sont un exposé un peu laborieux de la constitution du savoir et de sa consultation depuis les origines. Mais il s'agit d'un ouvrage grand public, qui a pour corollaire de délimiter clairement la question. Pour exploiter les statistiques, il est nécessaire de se doter d'outils mathématiques&amp;nbsp;: on saura ainsi en quoi consiste la loi de Zipf (qui établit dans les années trente la liste des mots composant l'&lt;em&gt;Ulysse&lt;/em&gt; de James Joyce), celle de Benford, ou la fréquence de Hautpoul.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À quoi sert-il de relever les occurrences d'un terme dans un ensemble de livres ou de revues&amp;nbsp;? On peut ainsi démolir des idées reçues ou constater des mouvements de fond invisibles autrement, car étalés dans le temps ou occultés par le crépitement de l'actualité. On réalise là une traque de la matière noire de la culture. Ainsi, véritable matière noire lexicale, la loi de Zipf détermine que les mots revenant moins d'un million de fois ne sont pas repérés par les dictionnaires, même spécialisés. Le seuil d'entrée est fixé à un milliard d'occurrences.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il est troublant de constater que la fréquence de régularisation d'un verbe irrégulier en langue anglaise, du fait d'un emploi erroné généralisé, est similaire à la demi-vie d'une substance radioactive. Il est ainsi possible de connaître le nombre de verbes irréguliers qui le seront toujours dans cinq siècles et même de déterminer le prochain à recevoir une forme régulière. De même, l'entrée de mots nouveaux dans un dictionnaire est dépendante de leur fréquence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les exemples qui constituent l'essentiel de l'ouvrage, souvent surprenants, recensent les emplois possibles de telles recherches&amp;nbsp;: mise en évidence d'une censure dans l'Allemagne nazie jusqu'à présent passée inaperçue, activités garantissant une célébrité rapide (les grands criminels avant les acteurs) et courbe de l'oubli au sein de la mémoire collective, taux de pénétration d'une invention, accélération de la capacité d'apprentissage de la population. Au passage, on fait appel aux fractales de Mandelbrot ou à la théorie des jeux de von Neumann. Des applications pratiques sont également envisageables avec les big data, comme la détection des fraudeurs dont les déclarations ne suivent pas la courbe de Benford lors du trucage des chiffres. Sur le plan culturel, la mesure de l'accélération du progrès et des changements du mode de vie humain met en évidence la proximité d'une singularité typiquement vingienne d'une limite au-delà de laquelle l'activité humaine telle que conçue actuellement ne pourrait se poursuivre. De façon plus prosaïque, des changements progressifs de l'opinion peuvent être mis au jour, dont des publicistes ou des politiques pourraient tenir compte. Nous ne sommes pas loin de la psychohistoire asimovienne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Instructif et distrayant, l'ouvrage a le mérite de rendre ces notions statistiques accessibles au grand public. Corollaire&amp;nbsp;: il manque une analyse plus en profondeur des implications philosophiques et sociales de telles recherches. Mais chaque lecteur trouvera ici les éléments pour mener sa propre réflexion.&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;right&quot;&gt;Claude Ecken&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 67</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/20/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-67" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 67" />
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      <published>2015-07-20T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T16:57:17+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi67-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi67-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après les super-héros et la science-fiction, Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke s'intéressent aux séries télé de fantastique. Et s'ils partagent le même point de vue sur &lt;strong&gt;The Strain&lt;/strong&gt;, le ton monte très vite lorsqu'il est question de &lt;strong&gt;Penny Dreadful&lt;/strong&gt;. En viendront-ils aux mains ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi67-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi67-series.jpg&quot; title=&quot;Eva Green ! Eva Green !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Accompagnement musical&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Luscious Jackson&lt;/strong&gt; : Electric Honey&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Nervous Breakthrough&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Fantastic Fabulous (feat. Deborah Harry)&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 16 juillet 2015</title>
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      <published>2015-07-17T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-17T10:04:30+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
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              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;Où Francis Valéry s'interroge sur l'existence de sa propre page Wikipédia, les contributeurs qui l'ont complétée au fil des années, et y redécouvre des choses.&lt;img alt=&quot;jhb-20150716-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150716-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a quelques années, tout à fait par hasard, j’ai découvert qu’une &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Val%C3%A9ry&quot;&gt;page wikipédia&lt;/a&gt; m’était consacrée. J’étais à la Maison d’Ailleurs. Au détour d’une conversation – je ne me souviens pas de quoi nous parlions – le conservateur en charge des collections, l’honorable Fred Jaccaud, me fit remarquer que ma page wikipédia avait été pas mal consultée ces derniers temps. Ah bon&amp;nbsp;? Et comment sait-il cela, le bougre&amp;nbsp;? Fred venait de mitrailler un bref instant le clavier de son ordinateur, le temps qu’apparaisse un graphique avec des hauts et des bas – représentation, m’expliqua-t-il, du nombre de personnes ayant été lire «&amp;nbsp;ma&amp;nbsp;» page sur une période donnée. En soi, cela ne m’étonna pas vraiment puisque je fais pareil&amp;nbsp;: je veux dire qu’il m’arrive assez souvent d’aller voir ce que l’on dit, sur Wikipédia, de telle ou telle personne. Le facteur déclenchant cette «&amp;nbsp;envie d’aller voir&amp;nbsp;» est le plus souvent lié à l’actualité&amp;nbsp;: le nom de cette personne est mentionné dans un reportage (à la télé, à la radio) ou j’apprends qu’elle vient de sortir un nouveau livre ou disque (en lisant la presse ou en zappant sur le net) ou son existence m’est remise en mémoire par un fait divers. J’ai une pensée pour elle et me demande aussitôt ce qu’elle devient, voire ce qu’elle est devenue lorsqu’il s’agit d’une ancienne relation ou de quelqu’un dont le travail m’avait intéressé, à une époque plus ou moins lointaine. Mon premier réflexe est alors de taper son nom dans Google, suivi de «&amp;nbsp;wiki&amp;nbsp;» (au cas où une page wikipédia existerait). Je suppose que tout le monde réagit un peu comme ça. Les pics de consultation de ma page wikipédia sont probablement les conséquences de la sortie d’un livre, de la publication d’un article me concernant, de la mise en ligne de quelque chose sur un site plus ou moins fréquenté, etc. Rien de très mystérieux en soi. Pareil concernant le fait que Fred soit capable de faire apparaître de tels graphiques sur l’écran de son ordinateur portable – je sais qu’il possède de sérieuses compétences en informatique et qu’il fait, très certainement, partie de ces gens capables d’aller voir derrière une interface visuelle, pour voir comment ça marche, et faire apparaître des mécanismes invisibles au commun des mortels. Car en vérité je vous le dis, plus j’avance en âge, et plus je pense que l’informatique relève d’une forme de Vaudou occidental et que Fred est un des prophètes de cette religion des Temps Modernes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le «&amp;nbsp;mystère&amp;nbsp;», en fait, c’est qu’il puisse exister une page wikipédia à mon nom&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150716-wiki.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150716-wiki.jpg&quot; title=&quot;Eh oui.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ce mystère s’épaissit, lorsque l’on constate que cette page a évolué au fil des années, s’allongeant, se précisant, se diversifiant. Pour tout dire, j’y (re)découvre des choses que j’avais totalement oubliées&amp;nbsp;! Et d’autres, soit dit en passant, qui ne semblent pas correspondre à mes souvenirs… tandis que des réalisations à mes yeux importantes, dans la perspective d’évaluer la carrière ou l’itinéraire d’un créateur, sont simplement omises. Ainsi, il n’est pas précisé, sur ma page wikipédia, que je fus en 1957 couronné «&amp;nbsp;Plus Beau Bébé du Luxembourg&amp;nbsp;», après que ma grand-mère (à qui j’avais été confié puisque ma mère travaillait) m’eut inscrit à un concours. Nul doute que cette première et fort précoce consécration médiatique – ma photo passa sur la toute jeune &lt;em&gt;Télé-Luxembourg&lt;/em&gt; – orienta ma carrière à venir. Enfin, ils ne peuvent pas tout savoir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’où cette question que je me suis posée maintes fois&amp;nbsp;: qui décide qu’une personne «&amp;nbsp;mérite&amp;nbsp;» d’avoir une fiche wikipédia à son nom et qui, alors, rédige cette fiche et la maintient à jour&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, j’ai pris l’habitude d’aller consulter «&amp;nbsp;ma&amp;nbsp;» fiche lorsque je cherche un renseignement bibliographique (référence d’un de mes textes publiés, par exemple) ou factuel&amp;nbsp;: la dernière fois, ce fut pour rédiger une présentation de mon récent projet Kickstarter. Je suis allé voir la date de la première de mon spectacle adaptant Maître Zacharius, pour l’inauguration de l’Espace Jules Verne de la Maison d’Ailleurs. Je n’arrive pas à mémoriser cette date&amp;nbsp;! Ce qui n’est pas grave, puisque Wikipédia la mémorise pour moi. Chic planète&amp;nbsp;! A chacune de ces visites – elles ne sont pas si fréquentes&amp;nbsp;! – je jette un œil rapide sur le texte, par curiosité, pour voir s’il y a eu des modifications ou des ajouts. La semaine dernière, quelques jours après être rentré de la Necronomi’Con de Lyon, je suis allé faire un tour sur «&amp;nbsp;ma&amp;nbsp;» page, pour voir si la photo avait changé – ou s’il y en avait une deuxième en ligne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon, il faut que j’explique…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première fois que j’ai rencontré pour de vrai quelqu’un se présentant comme travaillant pour Wikipédia, c’était à Nantes, aux Utopiales – je dirais il y a trois ans. Une photographe m’a demandé si elle pouvait me tirer le portrait, «&amp;nbsp;pour Wikipédia&amp;nbsp;». Ce qui fut fait. Avec pour conséquence que «&amp;nbsp;ma&amp;nbsp;» page fut, quelques jours plus tard, illustrée d’une des photos prises ce jour-là. J’avais donc la preuve que Wikipédia n’était pas – ou du moins pas uniquement – une intelligence artificielle ayant commencé à répertorier l’ensemble de l’activité humaine, en vue d’on ne sait quel projet plus ou moins inquiétant. Non, non. Chez Wikipédia, il y a des gens. Il y a un peu plus d’un an, il me semble, j’ai été contacté par quelqu’un se présentant comme un «&amp;nbsp;fan&amp;nbsp;» de mon travail désireux de mettre à jour ma bibliographique en ligne sur wiki. J’ai accepté bien volontiers – avoir sa biblio en ligne peut servir (voir ce qui précède). J’ai ouvert mes archives et laissé consulter des collections de périodiques. Et, de fait, j’ai constaté que ma bibliographique wikipédienne prenait forme, peu à peu. J’ai également vu des précisions d’ordre biographique apparaître – conséquence d’un échange de mails. Mais toujours rien sur l’opération «&amp;nbsp;Plus Beau Bébé du Luxembourg&amp;nbsp;» dont nous n’avions pas parlé. Un oubli de ma part. Et il y a une dizaine de jours, à Lyon, une autre personne s’est présentée à moi et a demandé à faire des photos, toujours pour Wikipédia. J’ai pris un grand plaisir à discuter avec cette personne qui, du coup, m’a expliqué pas mal de choses sur le fonctionnement de Wikipédia – que j’ignorais totalement. Genre&amp;nbsp;: comment on s’inscrit, comment on prend un pseudo, comment on devient collaborateur, comment on est identifié par un machin appelé IP, comment on suit un certaine nombre de fiches, etc. Trop compliqué pour moi&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;N’empêche, de retour chez moi, comme je l’ai indiqué ci-avant, je suis allé sur wiki, voir si une nouvelle photo avait été mise en ligne. Non, point encore. Mais j’ai découvert, dans le bas de ma page, tout un tas de nouvelles références de machins appelés «&amp;nbsp;notices d’autorité&amp;nbsp;» et qui, après examen, sont des liens qui envoient vers des sites où l’on trouve des informations bibliographiques. Ces sites sont pour l’essentiel aux Etats-Unis et liés à des institutions – bibliothèques, universités et autres. J’ai évidemment jeté un œil sur ces listings… et ai carrément découvert des bouquins que je ne me souvenais pas avoir écrits, et surtout des traductions en anglais dont l’ignorais l’existence&amp;nbsp;! (j’en reparlerai une autre fois).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du coup, je me suis décidé à essayer de comprendre «&amp;nbsp;comment&amp;nbsp;» fonctionnait Wikipédia. Fort des renseignements rapportés de Lyon, au moins de ce que je n’avais pas encore oublié, j’ai donc consulté ce qui s’appelle «&amp;nbsp;historique&amp;nbsp;». Bingo&amp;nbsp;! J’ai découvert que «&amp;nbsp;ma&amp;nbsp;» fiche avait été créée le 9 mai 2008 par un(e) certain(e) Surréalatino. Puis, elle a été complétée, enrichie, modifiée, détaillée, réorganisée… au fil des années, par au moins une vingtaine de personnes différentes&amp;nbsp;: Huster, Romanc 195, Lescariot, Harmonia Amanda, Spirot, DSisyphBot, Eric Messet (le seul nom qui ressemble à un nom), Jarfe, Criric, Abeille Noire, Atpnh, Isaac Seldon (le seul nom qui ressemble à un pseudonyme de SF), Hercule Bot, Gzen92 (un fan de manga&amp;nbsp;?), HunsuBot, Patangel et enfin Ji-Elle qui, le 26 juin 2015, donc avant que je ne parte pour Lyon, a ajouté ces fameuses «&amp;nbsp;notices d’autorité&amp;nbsp;». Il y a aussi des dizaines et des dizaines d’interventions qui ne sont pas signées/identifiées (en général des petits ajouts bibliographiques ou des corrections typographiques – je suppose qu’il existe une charte graphique et que des personnes se chargent de veiller à sa bonne application).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelque part, ça ne m’en dit pas beaucoup plus…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant la bibliographie, OK&amp;nbsp;: tout le monde peut dresser une liste des mes travaux publiés, la compléter peu à peu et la maintenir à jour. Ca demande juste du temps et un petit peu d’habitude pour ce genre de recherche. Par contre, pour l’aspect biographique, c’est un autre problème. Ainsi, je relève plusieurs informations sur mon itinéraire musical dans les années 70/80 qui ne sont pas faciles à trouver – plusieurs ouvrages de référence et encyclopédies mentionnent de fait des groupes dans lesquels j’ai joué, des musiciens avec qui j’ai travaillé, des artistes que j’ai accompagnés… mais le nom de Francis Valéry est rarement mentionné (j’ai toujours évolué dans le milieu de la musique sous d’autres noms). Il est vrai que des plus ou moins récentes rééditions en CD contiennent des morceaux signés de mon véritable nom – je pense à une compilation du rock français des années 70/80 avec un livret bien informé. Il y a aussi cet énorme bouquin sur le rock bordelais, des origines aux années 2000, où je suis mentionné. Mais à part cela – c’est somme toute peu – comment faire le lien entre le musicien et l’écrivain&amp;nbsp;? Sans doute cela a-t-il suffi. Car si en tant qu’écrivain, j’ai donné quelques interviews, à l’occasion, évoquant mon travail musical, je ne me souviens pas d’avoir jamais parlé de plusieurs éléments que l’on trouve dans ma page wiki. Et qui sont exacts – y compris ceux que j’avais oubliés… comme le fait que j’ai fait partie, pendant quelques mois, à la toute fin des années septante, du quartet de jazz du pianiste Joseph Ganter. J’ai du en parler un jour quelque part. Ou alors, il y a parmi les wikipédiens actifs sur «&amp;nbsp;ma&amp;nbsp;» page quelqu’un d’assez proche (ou qui le fut)&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;A l’âge où je commence à oublier à peu près tout, force est de constater que Wikipédia se met à s’en souvenir à ma place. J’ai toutefois l’impression que l’on y parle parfois d’un Francis Valéry appartenant à un univers parallèle, subtilement décalé. Et ma foi, je ne sais trop qu’en penser…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fort de ce constat de subtile étrangeté, je me demande si Wikipédia ne serait pas l’expression d’un univers parallèle, cherchant – en s’imposant comme source hégémonique d’information – à modifie notre propre perception de nous-mêmes, afin de nous «&amp;nbsp;aligner&amp;nbsp;» ou de nous «&amp;nbsp;accorder&amp;nbsp;» sur cet autre monde, pour nous transformer peu à peu en réceptacles parfaits pour ses habitants, incapables de franchir la porte physiquement… Wikipédia en cheval de Troie d’une invasion psychique venue d’un monde parallèle&amp;nbsp;! Ca ressemblerait presque à de la science-fiction, non&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 66</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/17/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-66" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 66" />
      <id>urn:md5:8fb674de2f508804bc0b4aa59770d390</id>
      <published>2015-07-17T09:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T16:56:54+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi66-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/bo-epi66-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;Black Mirror&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Person of Interest&lt;/strong&gt;, que reste-t-il d'intéressant en matière de science-fiction à&amp;nbsp; la télévision ? C'est la question à laquelle tentent de répondre Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke en évoquant trois nouvelles séries : &lt;strong&gt;Extant&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;12 Monkeys&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Helix&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi66-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/bo-epi66-series.jpg&quot; title=&quot;Du bon et du moins bon&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Accompagnement musical :&lt;/u&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Great Jewish Music : Serge Gainsbourg&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - &lt;strong&gt;Blonde Redhead&lt;/strong&gt; : La Chanson de Slogan&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - &lt;strong&gt;Kramer &lt;/strong&gt;: 69 Année érotique&lt;br /&gt;
 &lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>K comme Kraftwerk</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/16/K-comme-Kraftwerk" rel="alternate" type="text/html" title="K comme Kraftwerk" />
      <id>urn:md5:cfdd9b82be8c7c77386bb9d13dcd4ea4</id>
      <published>2015-07-16T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-16T12:36:17+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-k-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-k-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;On continue à tendre nos oreilles vers les musiques électroniques, mais cette fois du côté de Kraftwerk, avec la prime partie de la discographie du quatuor allemand : les albums &lt;strong&gt;Kraftwerk&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Kraftwerk 2&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Ralf und Florian&lt;/strong&gt;, un trio d'albums aujourd'hui désavoué par le groupe.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Kraftwerk, Kraftwerk, Philips (1970). 4 morceaux, 39 minutes.&lt;br /&gt;
Kraftwerk 2, Kraftwerk, Philips (1972). 6 morceaux, 43 minutes.&lt;br /&gt;
Ralf und Florian, Kraftwerk, Philips (1973). 6 morceaux, 37 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À n’en pas douter un seul instant, le quatuor allemand Kraftwerk est l’un des groupes essentiels dans l’élaboration et le développement des musiques électroniques. S’ils n’avaient pas existé, il aurait fallu les inventer de toute urgence. Beaucoup de choses ont été écrites sur ce groupe, originaire de la Ruhr, dont le nom (est-ce nécessaire de le rappeler&amp;nbsp;?) signifie «&amp;nbsp;centrale nucléaire&amp;nbsp;» et dont le but était de donner une musique moderne à ces temps non moins modernes. Une musique qui serait basée sur des sons industriels — chose pas si évidente à l’oreille au début.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-k-katalog.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-k-katalog.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-k-katalog_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Das Katalog, avec les nouvelles pochettes&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La discographie de Kraftwerk se divise en deux parties, l’une visible/écoutable et l’autre occulte. Ou plus exactement&amp;nbsp;: occultée, de la volonté même du groupe [Boards of Canada est dans un cas de figure semblable&amp;nbsp;; on y reviendra]. De fait, la discographie désormais officielle de Kraftwerk compte huit disques et pas un de plus. Le premier est le fameux &lt;em&gt;Autobahn&lt;/em&gt; (1974)&amp;nbsp;; le dernier en date est &lt;em&gt;Tour de France (Soundtracks)&lt;/em&gt; (2003). Entre les deux, citons les jalons que sont &lt;em&gt;The Man-Machine&lt;/em&gt; (1978) et &lt;em&gt;Computer World&lt;/em&gt; (1981). Ralf Hütter, tête pensante du groupe et seul membre original de la formation, affirme être au travail sur un neuvième disque — ce dont on peut légitimement douter. Huit est le nombre de bits dans un octet, or le groupe a poussé assez loin la métaphore robotique et virtuelle pour qu’on imagine assez mal un numéro 9 briser cet ensemble, ou bien la discographie s’avérer soudainement compter 11 items.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-k-octet.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-k-octet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-k-octet_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Apprenez à compter avec Kraftwerk. Huit, ce n'est pas neuf ni onze.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ces trois premiers albums officieux, parus entre 1970 et 1973, sont &lt;em&gt;Kraftwerk&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Kraftwerk 2&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Ralf und Florian&lt;/em&gt;. Mais peu satisfait, le groupe a choisi de les oublier et de ne pas les rééditer – ce qui n’empêche nullement des versions pirate d’exister.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le premier album, le groupe n’a pas encore atteint la configuration qui sera la sienne pour les années à venir&amp;nbsp;: à Ralf Hütter et Florian Schneider, claviéristes et têtes pensantes du groupe, se sont adjoints Andreas Hohmann et Klaus Dinger — ce dernier partira fonder un autre groupe culte de l'époque, Neu!. Pour les deux albums suivants, Hütter et Schneider seront seuls&amp;nbsp;; le groupe redeviendra quatuor à partir d’&lt;em&gt;Autobahn&lt;/em&gt;, avec des membres qui ne varieront pas avant la fin des années 80. Le son de ces premiers disques ne porte pas non plus encore l’aspect tout-synthétique et maîtrisé des disques ultérieurs&amp;nbsp;: des instruments tout ce qu’il y a de plus analogiques, peu d’effets électroniques, pas de chant non plus. On se situe davantage dans la lignée d’Organisation zur Verwirklichung gemeinsamer Musikkonzepte, aka Organisation tout court, premier groupe fondé par Hütter et Schneider, dont le premier album, &lt;em&gt;Tone Float&lt;/em&gt; (1969)… a passablement vieilli (en gros&amp;nbsp;: improvisations chiantes).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Kraftwerk&lt;/em&gt; , premier du nom, donc.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-k-kraftwerk1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-k-kraftwerk1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une pochette sous influence pop-art&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier morceau, «&amp;nbsp;Rückzug&amp;nbsp;», porte en lui les germes d’A&lt;em&gt;utobahn&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Trans-Europe Express&lt;/em&gt;&amp;nbsp;: une mélodie ostinato simple mais efficace, un rythme entêtant, mécanique, des sonorités synthétiques. On dirait là une ébauche de «&amp;nbsp;Trans-Europe Express/Metal on Metal&amp;nbsp;». Au bout de quelques minutes, le morceau s’emballe, vire à l’empoignade déconnante… Suit «&amp;nbsp;Stratovarius&amp;nbsp;», titre en forme de mot-valise concassant Stradivarius avec la Stratocaster — et qui est aussi le nom d’un groupe de metal finnois fondé quinze ans plus tard, même s’il n’y a aucun rapport —, qui commence par des sons lancinants. Suivent quelques instants bruitistes, avant que le morceau ne se mette à caracoler, s’exciter puis retomber et repartir pour un entraînant galop final.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/tWKfo3LDI1Q?rel=0&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;La face B débute avec «&amp;nbsp;Megaherz&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: un grondement inquiétant introduit le morceau avant de revenir à quelque chose de plus apaisé — oh, si peu. Ce n’est pas tout à fait la Symphonie pastorale… Comme son titre l’indique, «&amp;nbsp;Von Himmel hoch&amp;nbsp;» est très aérien. Du moins dans ses premières minutes — façon deltaplane voletant doucettement dans des cieux dégagés. Sonnent les sirènes, retentissement des grondements&amp;nbsp;: est-ce la guerre&amp;nbsp;? La suite part à nouveau en déconnante empoignade (je me répète) à base de batterie, avant de se terminer sur des synthés en folie que n’aurait pas reniés Isao Tomita.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, à l’exception de «&amp;nbsp;Rückzug&amp;nbsp;», ce premier album de Kraftwerk sonne vraiment peu comme du Kraftwerk. Tour à tour planant, improvisé (du moins est-ce l’impression), férocement rythmé, peu synthétique, ce premier album tient plus du krautrock/rock psyché que de l’electro froide que le quatuor mettra au point par la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais certains indices présagent déjà de la suite&amp;nbsp;: certaines sonorités, un goût pour le rythme et les mélodies évidentes, sans oublier la pochette, sous influence pop-art, représente un simple plot de signalisation, objet caractéristique de la civilisation industrielle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième album de Kraftwerk n’entretient lui aussi que peu de rapports avec le reste de la discographie officielle. Sorti en janvier 1972, il n’a été enregistré que par Ralf Hütter et Florian Schneider — exit les autres. La pochette est un décalque du premier disque — mais l’orange laisse la place à un vert fluorescent (ce qui ne se voit guère sur l’image).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-k-kraftwerk2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-k-kraftwerk2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;On prend la première pochette, on change un peu la couleur et puis c'est marre…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Klingklang&amp;nbsp;» occupe l’essentiel de la face A. Il s’agit d’un long morceau instrumental, rythmé et entraînant, presque insouciant, faisant la part belle aux instruments analogiques (flûte, guitares, basse). Quelques effets synthétiques altèrent le morceau, qui perd son allégresse à mi-parcours pour opter pour une tonalité plus mélancolique. Avant de repartir de plus belle, pour trois minutes trépidantes. Long du magma insensé de «&amp;nbsp;Tone Float&amp;nbsp;», longue impro introductive du disque éponyme, c’est là une réussite, maîtrisée, qui donnera d’ailleurs son titre au studio du groupe&amp;nbsp;: Kling Klang. Cette face A s’achève avec le court «&amp;nbsp;Atem&amp;nbsp;», dont le titre signifie «&amp;nbsp;respiration&amp;nbsp;», et qui consiste effectivement en de puissantes inspirations/expirations — celles d’une énorme machinerie&amp;nbsp;? (Expérimentons, mes bons amis&amp;nbsp;!)&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/MXnjC3w6v60?rel=0&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;La face B compte quatre morceaux, à tonalité plus rock. «&amp;nbsp;Strom&amp;nbsp;» est un solo de guitare inquiet&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;Spule 4&amp;nbsp;» est quant à lui un duo inquiétant — c’est d’abord un dialogue de guitare et basse, qui s’estompe et qui laisse la place à des frottements, des glissements… et qui s’enchaîne sur «&amp;nbsp;Wellenlänge&amp;nbsp;», qui poursuit le dialogue sur près de dix minutes. Lentement, le morceau s’emballe. «&amp;nbsp;Harmonika&amp;nbsp;», qui conclut la face B, voit l’instrument du même nom passé au filtre du vocoder. Bon, là, on s’ennuie fermement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La construction de l’album s’avère typique de l’époque, notamment avec Pink Floyd occupant une face d’un disque avec un unique morceau et complétant l’autre face avec des chansons plus courtes (&lt;em&gt;Atom Heart Mother&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Meddle&lt;/em&gt;). Dans le cas de &lt;em&gt;Kraftwerk 2&lt;/em&gt;, ça n’est pas une réussite, la face A et «&amp;nbsp;Klingklang&amp;nbsp;» surtout, éclipsant totalement la terne face B.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: non&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Paru un an après Kraftwerk 2, &lt;em&gt;Ralf und Florian&lt;/em&gt; (1973) fait encore partie de la préhistoire de Kraftwerk, mais contient déjà en substance ce qui fera l’essentiel des disques suivants. Pour ce troisième disque, Ralf (Hütter) et Florian (Schneider) sont à nouveau seuls (ce que montre bien l’ironique pochette), si l’on omet le producteur Conny Plank, et ont eu le temps, depuis le précédent disque, paru dix-huit mois plus tôt, d’affiner leur son.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-k-ralfundflorian.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-k-ralfundflorian.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La pochette fait preuve d'une ironie pince-sans-rire, à l'image du groupe&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Elektrische Roulette&amp;nbsp;» possède une mélodie imparable et un rythme entraînant, sur lesquels viennent se greffer des expérimentations synthétiques. De quoi réconcilier avec le groupe ceux que la face B de &lt;em&gt;Kraftwerk 2&lt;/em&gt; avait laissés dubitatifs. «&amp;nbsp;Tongebirge&amp;nbsp;» est un intermède aérien, sans grand intérêt, et très vite éclipsé par le morceau suivant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Kristallo&amp;nbsp;». Une mélodie… cristalline, soutenue par une rythmique martiale, enlevée. Les synthétiseurs à fond les manettes, pour un résultat imparable — hormis les soixante dernières secondes, pas les plus inspirées. Enfin, «&amp;nbsp;Heimatklänge&amp;nbsp;» (les cloches du pays) est une nouvelle pièce mélancolique, qui conclut la face A.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passons à la face B. Comme son titre l’indique fort justement, «&amp;nbsp;Tanzmusik&amp;nbsp;» est une musique à danser. Vive, entraînante, avec en plus quelques clappements de main gentiment désuets, des chœurs lointains faisant «&amp;nbsp;ooooh&amp;nbsp;». Mine de rien, c’est réussi. Il faudra peut-être attendre 1978 et &lt;em&gt;The Man-Machine&lt;/em&gt; pour que Kraftwerk revienne à des morceaux véritablement dansants. Enfin, «&amp;nbsp;Ananas Symphonie&amp;nbsp;» termine le disque. Véritable morceau de bravoure, long d’un quart d’heure. Pas aussi hawaïen que le laisse imaginer le titre, c’est une jolie ballade de guitare, optimiste et ensoleillée.&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&quot;450&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/-yP8aVfXMKY?rel=0&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;L’année paraîtra &lt;em&gt;Autobahn&lt;/em&gt;, premier album officiel, dont le morceau-titre (qui occupe toute la face A du vinyle) remportera un succès certain. Assez curieusement, le virage tout-synthétique n’est pas encore pris&amp;nbsp;: on entend encore des instruments traditionnels parmi les synthés, et la face B n’est pas bien géniale. Si l’on chipotait (chipotons), on pourrait considérer que &lt;em&gt;Autobahn&lt;/em&gt; devrait lui appartenir à la préhistoire du groupe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quoi qu’il en soit, le son de Kraftwerk va donc devenir par la suite uniquement machinique&amp;nbsp;: synthétiseurs, boîtes à rythme, avant les ordinateurs. Les trois premiers albums, bien que peu représentatifs, demeurent cependant des curiosités tout ce qu’il y a de plus attachant, qui permettent de saisir l’évolution du groupe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dommage que celui-ci donne l’impression de stagner depuis des années&amp;nbsp;: depuis &lt;em&gt;Tour de France (Soundtracks)&lt;/em&gt;, le groupe continue à tourner, mais avec un répertoire identique, fossilisé. C’est passablement regrettable pour des musiciens ayant un temps incarné l’avenir.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: oui&lt;br /&gt;
Inécoutable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: presque oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>J comme La Jetée</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/15/J-comme-La-Jetee" rel="alternate" type="text/html" title="J comme La Jetée" />
      <id>urn:md5:54b89f0076f51f600be8b8d3aab6a728</id>
      <published>2015-07-15T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-15T14:51:20+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;La Jetée&lt;/strong&gt;, le court-métrage culte de Chris Marker, ainsi qu'aux œuvres qu'il a inspirées…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Jetée, Chris Marker, 1962. 26 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt; est sans nul doute l’une des œuvres les plus connues de Chris Marker, cinéaste décédé voici bientôt trois ans jour pour jour — le 29 juillet, qui est à la fois son jour de naissance &lt;em&gt;et&lt;/em&gt; de décès. Ce court-métrage a reçu un regain d’intérêt non négligeable lorsque Terry Gilliam en a fait un remake/réinterprétation avec &lt;em&gt;L’Armée des 12 singes&lt;/em&gt; (1995).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-intro.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-intro.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une intro qui intrigue…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;[Attention, ça spoile à mort.]&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Ceci est l'histoire d'un homme marqué par une image d'enfance. La scène qui le troubla par sa violence, et dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification, eut lieu sur la grande jetée d’Orly, quelques années avant le début de la troisième guerre mondiale. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’une voix aussi rocailleuse que désenchantée, le narrateur raconte l’histoire d’un homme. Enfant, celui-ci se promenait souvent le dimanche sur la jetée de l’aéroport d’Orly. C’est là qu’un jour, il est témoin de la mort d’un individu sous les yeux d’une jeune femme, dont les traits vont le hanter le restant de sa vie. Vient la guerre et la destruction de Paris. Les survivants se terrent dans les souterrains, et entreprennent des recherches visant à voyager dans le temps&amp;nbsp;: appeler passé et futur à la rescousse du présent. L’exercice est ardu et bon nombre en restent fous. Mais notre homme est doué d’une excellente mémoire visuelle, et sert donc de cobaye. Il est envoyé d’abord dans le passé, où il ne tarde pas à rencontrer la femme dont le visage le hante. Ils connaissent une brève idylle avant que notre homme soit envoyé vers le futur. Les gens de cette époque lui permettent de retourner à Orly au moment de son souvenir. Il se demande s’il se verra lui-même, mais les gens de son époque s’avèrent peu disposés à le laisser fuir, et le tue.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Il comprit qu’on ne s’évadait pas du Temps et que cet instant qu’il lui avait été donné de voir enfant, et qui n’avait pas cessé de l’obséder, c’était celui de sa propre mort. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Si Chris Marker ne s’est guère illustré dans le domaine de la science-fiction, &lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt; en relève néanmoins pleinement, avec quelques tropes du genre&amp;nbsp;: la fin du monde et le voyage temporel. Des tropes, certes pas les plus originaux qui soient, mais conjugués ici talentueusement avec une réflexion sur la mémoire. La technique de voyage temporel évoque, par certains aspects, &lt;strong&gt;Le Voyage de Simon Morley&lt;/strong&gt; (1970). Dans le roman de Jack Finney, les voyageurs se retrouvent dans le passé grâce au pouvoir de suggestion&amp;nbsp;: une méthode pas éloignée de celle imaginée par Marker.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-lnuettes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-lunettes.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'un des survivants…&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-voyage.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-voyage.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le voyageur…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sortie en 1962, une dizaine de mois avant l’un des moments les plus chauds de la guerre froide, à savoir la crise des missiles de Cuba, &lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt; voit l’ombre d’un troisième conflit mondial — comme bon nombre d’œuvres sorties à la même époque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le court-métrage est devenu fameux également pour son apparence&amp;nbsp;: il s’agit non pas d’un film, mais d’une succession de photos — à l’exception d’un unique plan filmé, montrant un battement de paupières. Marker désigne d’ailleurs son œuvre sous le terme de « photo-roman », manière de questionner le statut de son œuvre et celle du cinéma en général. Qu’il y ait 12, 24 ou 48 images par secondes, ce sont toujours des images fixes se succédant. &lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt; accroit seulement la durée de ces images, rend le spectateur conscient de la nature du médium.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-fille.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-fille.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La fille…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toutefois, Marker ne reste pas rigide dans la manière de procéder&amp;nbsp;: la durée des plans varient, jusqu’à donner l’illusion du mouvement dans les passages les plus rapides&amp;nbsp;; des fondus au noir séparent les scènes&amp;nbsp;; sans oublier quelques effets de zoom. Une image faussement statique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La photographie est superbe, avec un noir et blanc granuleux&amp;nbsp;; l’ambiance souterraine du refuge des survivants glaçante. Les images du voyage temporel et l'apparence du futur évitent l'écueil du kitsch : en optant pour la sobriété, obtient des visions intemporelles. Si les photos sont travaillées, l’ambiance sonore n’est pas en reste&amp;nbsp;: des voix murmurent en allemand lors des séquences de torture/voyage temporel. L’imagerie forte, notamment dans cette partie post-apo, en a inspiré plus d’un — jusqu’à &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/07/15/J-comme-La-Jetee#&quot;&gt;David Bowie&lt;span&gt;Je me demande s’il y a une « loi Bowie », qui stipulerait que, peu importe le sujet, on peut toujours le ramener au Thin White Duke…&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; dans le clip de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=89SrR-sKvtc&quot;&gt;«&amp;nbsp;Jump they say&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, une véritable réussite formelle, hantée par un sentiment de désolation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Irregardable&amp;nbsp;: non&lt;br /&gt;
Inoubliable&amp;nbsp;: oui&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus de cinquante ans après sa sortie, &lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt; continue d’inspirer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Outre le clip de David Bowie et le film de Terry Gilliam cités plus haut, il faut retenir &lt;em&gt;Her Ghost&lt;/em&gt;, œuvre publiée à l’occasion du cinquantenaire du court-métrage. Cette version est une performance où les matières filmiques et sonores sont retravaillées, pour donner le point de la femme. Qui est-elle&amp;nbsp;? Que sait-on d’elle&amp;nbsp;? À défaut de voir cette performance, on peut se consoler un tant soit peu avec &lt;a href=&quot;https://vimeo.com/39658258&quot;&gt;le trailer.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le roman &lt;em&gt;Le Temps n’est rien&lt;/em&gt; (qui y gagne avec son titre originel&amp;nbsp;: &lt;em&gt;The Time Traveler’s Wife&lt;/em&gt;, 2003) d’Audrey Niffenegger explore aussi ce renversement de perspective entre un voyageur temporel et celle qui l’attend.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-kode9.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-kode9.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La fille, revue et corrigée par Kode9&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin,&lt;em&gt; La Jetée&lt;/em&gt; a récemment fait l’objet d’un remake par Matt Lambert, plus fidèle que l’adaptation de Gilliam. Également titré &lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt;, ce nouveau court-métrage a été diffusé sur Arte en 2013. Deux fois plus court que l’original, en couleur, il reprend l’essentiel du film de Chris Marker. Les photos sont volontiers floues, surexposées avec du lense flare lorsqu’elles montrent le passé — mais évitent, de justesse, le cliché Instagram. Lambert s’autorise quelques effets de montage (images quasi-subliminales), et se démarque de Marker lors de la fameuse séquence du clignement d’œil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-j-revisited.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-j-revisited.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La fille, revue et corrigée par Matt Lambert&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si cette &lt;em&gt;Jetée&lt;/em&gt; 2013 s’avère tout à fait regardable, elle ne m’a néanmoins pas paru apporter grand-chose de plus à &lt;em&gt;La Jetée&lt;/em&gt; 1962 que la couleur (et une durée moindre, plus adaptée au public inattentif que nous sommes devenus par l’accroissement géométrique des distractions&amp;nbsp;?). &lt;a href=&quot;https://vimeo.com/76945065&quot;&gt;Pour les curieux, c’est par ici.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>I comme Incunabula</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/14/I-comme-Incunabula" rel="alternate" type="text/html" title="I comme Incunabula" />
      <id>urn:md5:a2227e7324b7da42938328038cc0ebb9</id>
      <published>2015-07-14T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-14T15:22:54+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-i-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-i-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on continue, gentiment, à se malmener les oreilles, en écoutant les débuts d'Autechre, duo de têtes chercheuses ès electronica, notamment avec l'album &lt;strong&gt;Incunabula&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Incunabula, Autechre, Warp (1993). 11 morceaux, 78 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Dans un &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/05/X-comme-Xen&quot;&gt;précédent billet&lt;/a&gt;, je brossais à grands traits une histoire des musiques électroniques. Parmi les genres ayant éclos au fil des décennies, il me faut avouer que celui de l’electronica — surnommée «&amp;nbsp;intelligent dance music&amp;nbsp;», comme s’il y avait de la «&amp;nbsp;stupid dance music&amp;nbsp;», comme s’il était possible de &lt;em&gt;danser&lt;/em&gt; sur de l’IDM — est celui que je goûte le plus. Allez savoir pourquoi… Parce que les glitchs et les bleeps s’avèrent plus intrigants que tous les poum-poum-poum technoïdes ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le genre, Autechre est, à n’en pas douter, l’un des meilleurs groupes d’electro : Sean Booth et Rob Brown, un duo de têtes chercheuses qui n’ont eu de cesse, depuis leur premier album, de tracer un sillon très personnel. L’histoire d’Autechre est liée à Warp Records, un label basé à Sheffield, fondé en 1989, qui a gagné ses lettres de noblesse en éditant bon nombre de musiciens d’IDM, dont certains des albums sont devenus des jalons du genre. Bien vite, Autechre a fini par faire partie de la sainte trinité du label, formée par Aphex Twin et Boards of Canada. Une production interrompue depuis plus de vingt ans, une qualité rarement démentie, une expérimentation constante. Mais là où les morceaux d’Aphex Twin me paraissent, ou partir dans tous les sens dans ses titres les plus acid, ou bien être un tantinet ennuyeux dans ses titres ambient, là où ses albums me paraissent manquer de consistance, morceaux et albums d’Autechre me semblent à l’inverse construits, procédant d’une démarche laissant peu de place au désordre. Quant à Boards of Canada, c’est une autre histoire — dans le genre secret que l’on garde par devers soi, de peur de l’affadir à trop en parler (mais il y a des choses à dire sur Boards of Canada ; j’y reviendrai sûrement dans un billet ultérieur).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-i-k7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-i-k7.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Intéressons-nous donc aux tout débuts d’Autechre. Avant &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt; (1993), premier album officiel d’Autechre, il y a eu quelques morceaux épars et un EP, &lt;em&gt;Cavity Job&lt;/em&gt; (1991). Et encore avant : une cassette audio, tout simplement titrée &lt;em&gt;Autechre&lt;/em&gt; et comprenant deux morceaux, «&amp;nbsp;Autechre&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Saw You&amp;nbsp;». En réalité, il s’agit d’une démo, dont l’existence n’a été révélée qu’en mars 2015. Introuvable, naturellement. Et tout aussi inécoutable, les morceaux n’ayant fuité nulle part. Selon le site de référence Discogs, c’est sur la foi de ces deux morceaux que le duo aurait signé chez Warp.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-i-cavity.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-i-cavity.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Bref, retour à &lt;em&gt;Cavity Job&lt;/em&gt;. Ce maxi de deux titres laissait déjà entrevoir de quoi le son Autechre serait fait. Enfin, juste un peu. Entre deux passages très technoïdes s’intercalent des séquences ambient, qui présagent la mélancolie des disques qui suivront. De frénétiques beats old school, des synthés très eighties, des samples potaches («&amp;nbsp;Cavity Job&amp;nbsp;» commence par une visite chez le dentiste, comme le titre l’indique). Une curiosité, un chouïa vieillotte, à réserver aux fans du groupe. Longtemps introuvable, &lt;em&gt;Cavity Job&lt;/em&gt; a bénéficié d’une réédition dans le coffret &lt;em&gt;EPs 1991-2002&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les disques qui suivront, à commencer par &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt;, donc, seront fait d’une autre étoffe. Moins qu’un album, il s’agit plutôt d’une compilation de morceaux indépendants. Ce qui n’empêche le disque de trouver une certaine cohérence le long de ses 78 minutes. Cela, dès son titre : «&amp;nbsp;incunabula&amp;nbsp;» signifie en latin «&amp;nbsp;berceau, origine, commencement&amp;nbsp;». (L’on verra progressivement que les titres des albums d’Autechre indiquent leur place dans la discographie du duo.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-i-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-i-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-i-basscad.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-i-basscad.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-i-basscad_s.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Le disque commence gentiment avec «&amp;nbsp;Kalpol Introl&amp;nbsp;», court morceau (que l’on peut entendre dans &lt;em&gt;Pi&lt;/em&gt; de Darren Aronofsky) qui s’enchaîne vite avec «&amp;nbsp;Bike&amp;nbsp;». Synthés menaçants à l’arrière-plan, mélodies plus légère. Même ambiance inquiète pour «&amp;nbsp;Autriche&amp;nbsp;», où une voix féminine proférant des paroles incompréhensibles sous-tend le morceau. Comme si on écoutait une conversation, plongé dans un demi-sommeil, ou bien de l’autre côté de la réalité. «&amp;nbsp;Bronchus 2&amp;nbsp;» est un intermède plus abstrait, annonciateur de la suite de la discographie : un espace sonore d’une profondeur inouïe, une mélodie qui se dissimule derrière les percussions – pas le meilleur moment de l’album toutefois. À l’inverse de «&amp;nbsp;Basscadet&amp;nbsp;», plus trépidant, qui s’avère l’un des titres les plus évidents, lorgnant du côté de la techno… mais à la manière qui va devenir celle d’Autechre. Un morceau qui aura droit à son propre EP de remix, &lt;em&gt;Basscad&lt;/em&gt; (1994) — seule et unique fois que le groupe publiera un disque de remixes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Eggshell&amp;nbsp;» reprend et développe un morceau plus ancien («&amp;nbsp;The Egg&amp;nbsp;»), déploie ses nappes synthétiques et ses mélodies mélancoliques sur près de neuf minutes. Comparer «&amp;nbsp;The Egg&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;Eggshell&amp;nbsp;» permet de constater l’évolution rapide suivie par le duo : paru sur la compilation &lt;em&gt;Artificial Intelligence&lt;/em&gt; (1992), «&amp;nbsp;The Egg&amp;nbsp;» est très marqué par des influences hip-hop, qui s’effaceront dans «&amp;nbsp;Eggshell&amp;nbsp;», portant le morceau dans des territoires bien plus atmosphériques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/_NyfHbyI4o8&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/Hqhra-lzRRE&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Doctrine&amp;nbsp;» réveille l’auditeur assoupi avec ses sonorités industrielles. «&amp;nbsp;Maetl&amp;nbsp;» évoque un morceau baroque du XXIIIe siècle. Avant de replonger dans la torpeur au cours des onze minutes de «&amp;nbsp;Windwind&amp;nbsp;», plus long morceau du disque, à l’ambiance quasi-hypnotique. «&amp;nbsp;Lowride&amp;nbsp;» superpose ces mêmes ambiances éthérées avec le son plus terre-à-terre de quelques notes de piano répétées, sample d’un morceau de Miles Davis. Enfin, «&amp;nbsp;444&amp;nbsp;» conclut le disque avec une mélodie douce-amère sur des rythmes concassés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le mélange de nappes atmosphériques et de rythmiques complexes s’avère évocateur, faisant d’&lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt; une déambulation mélancolique et nocturne à travers des paysages de friches industrielles.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/98uZgPXBEKE&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La musique electro, qui repose beaucoup sur l’emploi de machines, a un problème commun avec les effets spéciaux numériques dans le cinéma de SF : le temps lui inflige souvent un coup de vieux. Risquons cette comparaison : &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt; est sorti la même année que &lt;em&gt;Jurassic Park&lt;/em&gt;. Et &lt;em&gt;Incunabula&lt;/em&gt; n’échappe guère à la règle, avec un son quelque peu daté. Quant à Booth et Brown, eux-mêmes l’estiment «&amp;nbsp;cheesy&amp;nbsp;». Il n’empêche : l’œuvre d’Autechre n’ayant eu de cesse d’explorer des territoires musicaux inconnus, de moins en moins accessibles à l’auditeur néophyte, ce premier album représente sûrement la meilleure porte d’entrée pour découvrir l’œuvre du duo.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : nullement&lt;br /&gt;
Inécoutable : pas encore&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 65</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/13/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-65" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 65" />
      <id>urn:md5:c4a7d2ef06011f54624fd4ecb911675c</id>
      <published>2015-07-13T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T16:56:30+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi65-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi65-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après les séries télé de super-héros, Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke s'attaquent à un autre genre : la science-fiction, en s'intéressant à deux des meilleures séries apparues ces dernières années : &lt;strong&gt;Black Mirror&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Person of Interest&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bibliorb-epi65-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi65-series.jpg&quot; title=&quot;Black Mirror ; Person of Interest&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Silver Apples :&lt;/u&gt;&lt;br /&gt;
- Oscillations&lt;br /&gt;
- Seagreen Serenades&lt;br /&gt;
- Whirly-Bird&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 64</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/05/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-64" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 64" />
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      <published>2015-07-10T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T16:56:04+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi64-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi64-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Les séries télé super-héroïques, suite et fin. Du haut de leur station spatiale, Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke abordent trois séries supplémentaires, toutes estampillées DC Comics : &lt;strong&gt;Gotham&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;Constantine&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;iZombie&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bibliorb-epi64-series.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi64-series.jpg&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Accompagnement musical&lt;/u&gt; :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kenickie &lt;/strong&gt;: At the Club&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - In your Car&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - P.V.C.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 10 juillet 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/09/Journal-d-un-homme-des-bois-10-07-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 10 juillet 2015" />
      <id>urn:md5:47e227264a1657f03437f40892264b12</id>
      <published>2015-07-10T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-30T13:18:56+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;Où Francis Valéry revient sur l'opération de financement participatif sur l'adaptation en livre audio de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/03/Journal-d-un-homme-des-bois-03-06-2015&quot;&gt;Maître Zacharius&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de Jules Verne…&lt;img alt=&quot;jhb-20150710-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150710-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a un peu plus d’un mois, suite à un échange de mails concernant l’opération &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/22/Journal-d-un-homme-des-bois-13-04-2015&quot;&gt;« Adoptez un Artiste »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, lancée ici même et dont je reparlerai bientôt, je me suis aventuré, sans la moindre préparation et en toute inconscience, dans le vingt-et-unième siècle – et plus précisément dans le monde de la « culture.2 » comme me le fit aussitôt remarquer un autre de mes correspondants.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant le vingt-et-unième siècle, ma chorégraphie ressortit, est-ce bien nécessaire de le préciser, à l’esthétique du « un pas en avant et deux pas en arrière ». Le monde d’aujourd’hui continue de m’apparaître tout empreint d’une prodigieuse absurdité et – que l’on se rassure – je ne suis toujours pas prêt, par exemple, à faire l’acquisition de ce qui symbolise le mieux cette société où tout le monde communique sans cesse, mais sans jamais prendre le temps de se parler vraiment, à savoir – et les plus fidèles de mes lecteurs auront devancé ma pensée – un téléphone portable. Lancer un kickstarter, oui ! Participer à l’aliénation ambiante, non !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Concernant le monde de la « culture.2 », autant l’avouer sans détour : je n’ai pas bien compris ce dont il s’agit. Cela semble désigner un nouveau paradigme dans lequel les compositeurs et les musiciens, désormais et selon une pratique que je n’ai pas encore appris à bien maîtriser, vivent de l’air du temps – puisque leur musique est pillée par les internautes. Un monde dans lequel les écrivains cessent d’écrire puisque les éditeurs cessent de les éditer – parfois d’ailleurs parce qu’ils cessent d’exister : il ne faut voir aucune &lt;em&gt;méchanterie&lt;/em&gt; dans leur abandon de poste. Toutefois, l’un des aspects indéniablement positifs de cette transfiguration est que, si les internautes dans leur ensemble continuent de n’être que des stockeurs de données qui ne leur coûtent rien, peut-être en prévision d’un futur difficile, certains d’entre eux se sont emparés du concept de « financement participatif ». Concept tout nouveau tout beau, il faut bien le dire. Et concept somme toute relativement fou (certains diront plutôt d’une riche complexité) mais doté d’une réelle pertinence – au-delà de l’effet de mode et du fait que le dit concept relève, sans doute un peu également, d’une forme d’auto-rédemption. En « culture.2 », ce ne sont donc plus les donneurs d’ordre (éditeurs) et encore moins les pouvoirs publics (via les subventionneurs) qui assurent la survie des créateurs, mais le public lui-même – du moins, une partie de ce public. D’où le concept de « créateur.2 » qui pourrait désigner tout artiste qui, ne pouvant désormais plus vivre de ses droits d’auteur, royalties ou cachets, parvient toutefois à survivre de par la volonté d’un certain nombre de personnes. Dans la pratique – et l’on en revient au contenu de mes billets d’il y a quelques mois – cela revient à dire : « j’apprécie ce que vous faites, je souhaite que vous puissiez continuer de le faire, je vous soutiens donc financièrement » – et ce à des degrés d’implication divers et en contrepartie de prestations à définir. Car bien évidemment, il ne s’agit pas de faire la manche, le cul sur un cageot de légumes retourné à la sortie du marché du jeudi – dans mon cas, ce devrait d’ailleurs être un cageot d’une « solidité.2 »&quot; si l’on voit ce que je veux dire. Que nenni, ma brave dame, l’artiste reçoit, certes, mais en retour il donne ! Et que sait-il donner d’autre que le résultat de sa petite pratique artistique (en particulier lorsque parvenu à un âge où un priapisme effronté n’est plus guère dans ses possibilités) ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’où mon &lt;em&gt;aventuration&lt;/em&gt; dans le siècle XXI, évoquée en début de ce billet. Mon insouciante sous un bras et mon je-ne-doute-de-rientisme sous l’autre, je n’ai rien moins que &lt;em&gt;kickstarté&lt;/em&gt; !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/maitre-zacharius-poeme-symphonique-sur-texte-de-ju &quot;&gt;Pour mémoire, ce fut là.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je ne reviendrai pas sur les hauts et les bas – en terme de moral – de l’aventure ni sur l’avancement de mes petits travaux musicaux, puisque j’ai tenu un journal de bord de l’expérience, en particulier sous ses aspects humains, car ce fut aussi, et peut-être surtout, une belle aventure humaine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’avais pas du tout anticipé cet aspect des choses et j’ai été plus d’une fois très touché par des attitudes ou des commentaires. Ce journal de bord a été mis en ligne en temps réel sur le site de Kickstarter – et même si l’aspect « recherche du financement » de l’aventure est achevé, au moins sur le site, ce journal de bord est toujours en ligne. Son écriture explique d’ailleurs en grande partie le silence de l’Homme des Bois sur ce propre site, au cours du mois de juin. &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/maitre-zacharius-poeme-symphonique-sur-texte-de-ju/updates &quot;&gt;C’est là.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150603-maitrezach.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/.jhb-20150603-maitrezach_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon projet artistique consistait à composer et enregistrer un poème symphonique sur le texte d’un récit de Jules Verne : &lt;em&gt;Maître Zacharius&lt;/em&gt;. L’œuvre achevée devrait durer environ 90 minutes. C’est un travail énorme qui nécessite une disponibilité à temps plein. J’avais déjà commencé à travailler avant le lancement du kickstarter – mes adoptants ont d’ailleurs reçu en mai une pièce électronique qui est un travail préparatoire. J’ai continué de travailler pendant tout le mois de juin, à temps partiel. Je vais travailler à temps plein en juillet et août – en m’accordant toutefois quelques pauses, par exemple pour donner des nouvelles de l’homme des bois. Pendant ce temps, il faut (sur)vivre. L’œuvre achevée, il faudra fabriquer un certain nombre de coffrets avec les CD, ainsi qu’une édition de la partition et du journal de sa réalisation, au jour le jour. Et puis il faudra envoyer tout cela aux souscripteurs. Quelques ajustements techniques sont également nécessaires – tels l’acquisition d’un peu de matériel, voir le billet d’hier. Bref, pour couvrir tout cela, j’avais demandé deux mille euros, ce qui en soi est une somme non négligeable. Mais confronté à la réalité du projet, c’est un financement en mode survie – façon spartiate. Mais nous avons nos petites habitudes en la question. Le kickstarter a été financé, un peu au-delà de ma demande. Et j’ai également reçu un peu d’argent en direct, de la part de personnes ne souhaitant pas envoyer de l’argent via internet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la suggestion de plusieurs de mes correspondants, cette souscription parallèle va donc continuer jusqu’à la fin du mois d’août. À cette date j’aurai en principe finalisé mon travail musical et il sera temps de passer à la fabrication des coffrets et des livres. Donc si vous souhaitez rejoindre l’aventure, il est toujours temps et il n’y a rien de plus simple : il suffit de m’adresser un chèque pour une souscription à la « récompense » de votre choix – pour reprendre la terminologie du kickstarter. Mon adresse n’a pas changé : Francis Valéry, 3 lieu dit le Canton, 33620 Cubnezais. Et l’on peut aussi paynamer ou paypaliser sur mon adresse mail : francis.valery@mail.be.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ajoutons encore ceci : peu après l’envoi des versions matérielles – coffrets de CD et/ou ouvrage – aux souscripteurs, une version dématérialisée, comme d’habitude aux standards mp3 et ogg, intègrera la collection &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt; de livres audio aux Éditions le Bélial. Il sera alors temps de vous parler de l’aventure suivante…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant, je m’en retourne juleverniser.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>H comme L'Histoire de ma vie</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/09/H-comme-L-Histoire-de-ma-vie" rel="alternate" type="text/html" title="H comme L'Histoire de ma vie" />
      <id>urn:md5:d1b1592284b5815d12d0f1e07a918388</id>
      <published>2015-07-09T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-09T13:10:25+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-h-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on revient sur &lt;strong&gt;L'Histoire de ma vie&lt;/strong&gt;, l'autobiographie d'Henry Darger, parue l'an passé aux Forges de Vulcain, et sur le tout récent disque titré &lt;strong&gt;Henry J. Darger &lt;/strong&gt;de Philippe Cohen Solal et Mike Lindsay, qui rend hommage à l'artiste américain.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Histoire de ma vie [The History of my life], Henry Darger, traduit de l’anglais [US] par Anne-Sylvie Homassel, préface de Xavier Mauméjean. Les Forges de Vulcain, coll « Arts », 2014 [2013, 1968]. 144 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Il y a une chose vraiment importante que je dois écrire ici et que j’ai oubliée. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Henry Darger (1892-1973) est sans nul doute l’un des artistes les plus étranges qui ait été. Peintre autodidacte et écrivain, il n’a jamais rien exposé ni publié de son vivant. De fait, son œuvre fut découverte seulement peu de temps avant son décès, et s’est fait connaître, dans sa partie illustrée, au fil des années, via des expositions — comme &lt;a href=&quot;http://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-henry-darger&quot;&gt;celle que lui consacre présentement&lt;/a&gt; le Musée d’art moderne de Paris.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-h-dessin1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-dessin1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-h-dessin1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-h-dessin2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-dessin2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-h-dessin2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-h-dessin3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-dessin3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-h-dessin3_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’œuvre en question consiste en deux invraisemblables romans de plusieurs milliers de pages dactylographiées agrémentées de fresques. Des fresques étranges, alternant entre scènes bucoliques et paysages de guerre, peuplées de fillettes, de créatures humanoïdes et de soldats. Le premier roman, &lt;strong&gt; The Story of the Vivian Girls, in What is known as the Realms of the Unreal, of the Glandeco-Angelinnian War Storm, Caused by the Child Slave Rebellion &lt;/strong&gt; &lt;em&gt; &lt;/em&gt; – pour simplifier, &lt;strong&gt;In the Realms of the unreal&lt;/strong&gt; –, raconte sur quinze mille pages l’histoire d’une fratrie de sept filles – les sœurs Vivian –, menant une rébellion d’enfants lors d’une guerre mettant en prise plusieurs royaumes rivaux. Le second, &lt;strong&gt;Crazy House: Further Adventures in Chicago&lt;/strong&gt;, se déroule dans le monde réel et narre sur dix mille pages les tentatives des sœurs Vivian pour exorciser une maison hantée. Ces deux romans, inédits en français comme en anglais (seuls quelques fragments sont disponibles çà et là), ont occupé Darger pendant la majeure part de son existence. Vers la fin de sa vie, Darger a décidé de se consacrer à la rédaction de ses mémoires : &lt;strong&gt;The History of my life&lt;/strong&gt;. L’ouvrage est court : cinq mille pages &lt;em&gt;seulement&lt;/em&gt;, et selon toute apparence, le récit bifurque très vite de son ambition autobiographique pour raconter l’histoire d’une tempête nommée Sweetie Pie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les éditions Aux Forges du Vulcain ont choisi d'aborder la publication de Henry Darger par cet angle biographique — d'abord l'homme avant l'œuvre. De fait, &lt;strong&gt;L’Histoire de ma vie&lt;/strong&gt; ne propose donc qu’un condensé de la partie biographique de &lt;strong&gt;The History of my life&lt;/strong&gt;. Et le texte s’avère édifiant. Surtout, il a le mérite de rappeler que Darger, reconnu actuellement pour ses œuvres dessinées, n’en était pas moins un &lt;em&gt;écrivain&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-h-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une langue simple mais soignée, Darger raconte son enfance à Chicago, son adolescence en maison de redressement, sa passion pour la météo – et les tempêtes, et les incendies. Son irrépressible caractère colérique. Son penchant pour la pyromanie, ou pas. Le texte baigne dans un flou fascinant : Darger pose des affirmations qu’il contredit quelques lignes, quelques pages plus loin. Le voilà tantôt auteur d’un incendie, mais il trouve ensuite les preuves l’exonérant ; il se déclare habité par la colère et la rancune, mais n’a jamais haï personne.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Je détestais mes accusateurs ; j’aurais voulu les tuer mais je n’ai pas osé. Jamais je n’ai été leur ami ; je suis encore leur ennemi, qu’ils aient ou non vécu jusqu’à ce jour.&lt;br /&gt;
Cependant, c’est pour d’autres choses curieuses que je faisais vraiment, qu’on me trouvait fou et m’appelait ainsi.&lt;br /&gt;
C’était en particulier à cause de cette façon étrange que j’avais de bouger la main gauche, comme si je pensais que la neige tombait.&lt;br /&gt;
Si j’avais su cela, je ne m’y serais livré que lorsque j’étais seul. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’Histoire de ma vie&lt;/strong&gt; ne laisse pas de fasciner. Sous l’aspect littéraire, le texte n’est pas réellement intéressant : Darger s’y livre peu, et pour ainsi dire ne parle &lt;em&gt;pas du tout&lt;/em&gt; de son activité artistique : juste une ligne :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Pour aggraver les choses, je suis un artiste à présent, le suis depuis des années. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;D’un autre côté, cet exercice autobiographique permet d’en savoir davantage – mais si peu &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt; – sur cet artiste hors-normes. La finalité de l’œuvre laisse perplexe : à qui Darger s’adressait-il en rédigeant son autobiographie ? Une manière de catharsis ? Une tentative de se comprendre soi-même ? De fait, le texte interpelle régulièrement le lecteur. Si ses deux précédentes œuvres, monstrueuses, n’avaient d’autres auteur et lecteur que Darger lui-même, &lt;strong&gt;L’Histoire de ma vie&lt;/strong&gt; paraît pour le coup destiné à quelque hypothétique public. Mais qui s’intéressera aux ratiocinations de cet homme ? (Plein de monde, j’espère.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-h-manuscrits.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-manuscrits.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-h-manuscrits_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-americangothic.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-h-americangothic_s.png&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;L’ouvrage s’ouvre sur une très intéressante préface de Xavier Mauméjean, dont il ne faut manquer sous aucun prétexte l’excellent &lt;strong&gt;American Gothic&lt;/strong&gt; (2013). Présentant une version romancée de la vie d’Henry Darger, le roman intègre l’artiste pleinement au sein de l’histoire culturelle des USA. Un livre aussi fin que brillant. Cette (trop courte) préface tente d’éclaircir l’énigme qu’est Darger. Une dizaine de dessins de l’auteur ponctuent le livre&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les éditions Aux forges de Vulcain ont prévu (?) de publier (un jour) une traduction de &lt;strong&gt;In the realms of the unreal&lt;/strong&gt;. Celle-ci se baserait sur la version condensée du roman, dont la publication est (serait ?) prévue (prochainement ?) aux USA. On espère que le projet se concrétisera, car on l’attend cela de pied ferme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://officialhenrydarger.com/&quot;&gt;Le site officiel consacré à Henry Darger, d'où proviennent les dessins.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Illisible : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Henry J. Darger, Philippe Cohen Solal &amp;amp; Mike Lindsay, Yo Basta Records (2015). 5 titres, 21 minutes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Profitons de l’occasion pour dire quelques mots sur le disque &lt;em&gt;Henry J. Darger&lt;/em&gt;, paru à la mi-juin 2015. Enregistré par Philippe Cohen Solal, tête pensante de Gotan Project, et Mike Lindsay, du groupe de folktronica Tunng, cet EP propose cinq chansons inspirées par &lt;strong&gt;In the Realms of the Unreal&lt;/strong&gt;. Qu’on en juge par les titres : « Who will follow Angelinia? », « We sigh for the child slaves »…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cinq chansons lumineuses, par endroits mélancoliques, portées par la voix grave d’Adam Glover et des chœurs féminins de toute beauté. Quant aux textes, ils se basent (à l’exception du dernier) sur les écrits de Darger. Voix d’enfants et bruitages bizarres traversent les chansons, de loin en loin. Des sons guerriers plombent « Hark hark my friend. Cannon thunders are swelling ». L’ensemble baigne dans une joyeuse tristesse. Rien à redire, c’est tout simplement superbe…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-h-ep.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-h-ep_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plutôt que d’épiloguer à leur sujet, jetons plutôt une oreille :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe frameborder=&quot;no&quot; height=&quot;450&quot; scrolling=&quot;no&quot; src=&quot;https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/playlists/106956891&amp;amp;auto_play=false&amp;amp;hide_related=false&amp;amp;show_comments=true&amp;amp;show_user=true&amp;amp;show_reposts=false&amp;amp;visual=true&quot; width=&quot;100%&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
    Introuvable : non
    &lt;br/&gt;
    Inécoutable : non
    &lt;br/&gt;
    Inoubliable : oui
&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 9 juillet 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/09/Journal-d-un-homme-des-bois-09-07-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 9 juillet 2015" />
      <id>urn:md5:274dd57aef557fb5e594398aa9f1d8ca</id>
      <published>2015-07-09T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-09T10:11:59+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150709-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150709-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où notre Homme des bois nous parle de &lt;em&gt;câblologie&lt;/em&gt; — mais si, vous savez, la science des câbles jack, indispensables à tous musiciens&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D’un strict point de vue câblologique, ou plus prosaïquement, câblologiquement parlant, ce qui revient au même ou très peu s’en faut, il existe deux types de musiciens : les guitaristes et les autres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est bien entendu qu’un critère discriminant parmi d’autres. Ainsi, pour nombre de personnes évoluant dans le monde du spectacle vivant, s’il y a bien deux sortes de musiciens, la frontière passerait plutôt entre les batteurs et les autres musiciens – sans qu’il soit d’ailleurs indispensable de garder le « autres ». Il est de fait commun de dire qu’un groupe se compose, par exemple, de trois musiciens et d’un batteur. Il semble que le distinguo remonte à l’époque des Beatles. Mais c’est une autre discussion.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Revenons à nos petites considérations câblologiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les guitaristes ont cet immense avantage de n’avoir besoin que d’un seul type de câble pour agencer leurs petites bidouilleries : le fameux câble monophonique constitué d’un fil blindé dont les extrémités sont dotées du célèbre « jack 6,35 » parfois noté par erreur « jack 6,3 ». Il en existe de toutes les tailles : les plus courts (quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres) servent à chaîner les pédales d’effet ; les plus longs (de 1,50 m à une douzaine de mètres) servent à connecter les guitares sur les amplis, ou en entrée et sortie d’un chaînage de pédales d’effet, ou en entrée et sortir d’une boucle d’effets sur l’ampli – voire même de connecter les enceintes acoustiques (les boites avec les haut-parleurs) aux têtes d’amplification. Il en existe de toutes les qualités – et donc de tous les prix. Personnellement, je possède des dizaines de câbles de ce type, acquis au fil des siècles à des prix de plus en plus dérisoires à mesure que la Chine s’éveillait, comme le prédisait déjà en son temps ce bon Roger Peyrefitte. Ces câbles sont de qualité acceptable et ils servent un peu pour tout ; j’en utilise aussi pour programmer mes synthétiseurs analogiques, ceux qui ressemblent à des centraux téléphoniques. Et puis j’en ai deux dont je me sers en studio et qui m’ont coûté une petite fortune – j’ose à peine avouer que c’est de l’ordre de plusieurs dizaines d’euros le mètre… Evidemment, ils sont tip top : aucun bruit de fond, aucun parasite, une connectique plaquée or, etc. Bon. Si on peut faire à peu près tout avec du matériel de moyenne gamme – voire parfois d’entrée de gamme – il arrive, hélas, qu’il faille parfois casser sa tirelire lorsque la différence est significative.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150709-jack635.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150709-jack635.jpg&quot; title=&quot;Le fameux câble jack 6.35&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Globalement, les guitaristes sont donc tout relax au niveau de la connectique. Ce qui leur laisse tout le temps pour leurs gratouilleries – hélas, diront certains.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les autres par contre, n’arrêtent pas de s’arracher les cheveux dès qu’il faut connecter un truc sur un machin, tant les standards (minijack, jack 6,35, XLR, mini XLR, RCA, USB, optique, speakon… ) sont nombreux – sans oublier tous les particularismes des marques ! Entrées et sorties des ordinateurs, des cartes sons, des enregistreurs, des enceintes de proximité et de tout ce qui peut se connecter en ligne ou autrement, représentent souvent un vrai casse-tête. Ainsi, lorsqu’il vous faut, par exemple, un câble avec un minijack stéréo d’un côté, et un épanoui de deux fois cinq mètres avec deux jack 6,35 mono de l’autre côté – cas de figure classique si l’on veut brancher un ordinateur sur deux enceintes de mixage amplifiées – il est strictement impossible de le trouver dans le commerce, aussi bien chez les enseignes supposées avoir tout mais où on ne trouve jamais rien (Darty, Boulanger, FNAC et autres) que dans les magasins de musique (qui ne sont fréquentés, pour l’essentiel et c’est bien connu, que par des guitaristes, qui plus est souvent chevelus, ce qui prouve bien qu’ils ne connectent jamais rien d’autre que du câble mono avec deux jacks 6,35 sinon ils n’auraient plus de cheveux – on notera que je suis l’exception confirmant cette règle). Ajoutons qu’il est en général possible de connecter également vos enceintes de mixage amplifiées via leurs entrées RCA (Cinch) ou XLR, mais les câbles permettant de le faire sont tout aussi introuvables.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La première solution est d’utiliser des tas d’adaptateurs et plusieurs câbles répondant partiellement au cahier des charges mais cela fonctionne plus ou moins bien et introduit souvent des bruits de fond. La deuxième solution consiste à apprendre à se servir d’un fer à souder et de fabriquer vos câbles vous-mêmes – sous réserve d’accepter de vivre dangereusement. La troisième et de loin la plus efficace à tous points de vue, consiste à être client du cyberstore thomann.de où l’on trouve absolument tout – et même ce qui n’existe pas puisqu’il suffit de leur suggérer que ça serait bien que ça existe, et ils le font fabriquer pour leur propre marque de distribution.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Du coup, c’est ce que je viens de faire pour régler un problème de connectique qui traînait… je me débrouillais jusque-là en utilisant des adaptateurs et des portions de câble en Y, le genre de truc que si tu te prends les pieds dans un fil, tout explose. Et du coup, j’ai aussi fait l’acquisition – j’en avais besoin depuis longtemps – d’un Powerplant avec son jeu de plusieurs dizaines de câbles permettant d’alimenter à peu près n’importe quoi, en réglant tension, ampérage, phase, etc. On n’arrête pas le progrès.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>G comme La Gigantesque Barbe du mal</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/08/G-comme-La-Gigantesque-Barbe-du-mal" rel="alternate" type="text/html" title="G comme La Gigantesque Barbe du mal" />
      <id>urn:md5:0de0d80643f92683e8d56066d115fb56</id>
      <published>2015-07-08T12:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-07-08T12:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;La Gigantesque Barbe du mal&lt;/strong&gt;, roman graphique de Stephen Collins, qui n'est pas un ouvrage à charge contre les barbus comme son titre pourrait le laisser croire (mais on s'en doutait un peu, non&amp;nbsp;?)…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;La Gigantesque Barbe du mal [The Gigantic Beard that was evil], Stephen Collins, traduit de l’anglais par Cécile Guais. Cambourakis, 2014 [2013 pour la VO], 248 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gigantesque Barbe du mal&lt;/strong&gt; raconte l’histoire de Dave. Dave vit à Ici, une île entourée par un océan, aux marges duquel se trouve Là, une zone à laquelle mieux vaut ne pas trop penser. Dave est un individu lisse, littéralement : pas un poil sur le caillou (il porte une perruque) ni sur le corps, si ce n’est un mono-sourcil et un poil récalcitrant sur la joue gauche. Et lisse aussi, parce qu’il ressemble à tout le monde. Dave aime écouter la même chanson du même groupe, aller bosser (même s’il ne comprend pas vraiment les données qu’il est chargé d’ordonner dans de jolies présentations PowerPoint), et dessiner ce qu’il voit par la fenêtre de sa maison : les mêmes passants, les mêmes arbres impeccablement taillés. Dave vit une vie agréablement monotone dans un monde tranquillement uniforme. Lui comme tout le monde s’y complaît, alors pourquoi s’en faire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais un jour où rien ne va, un jour où le quotidien de Dave se dérègle, les joues lisses de Dave se couvrent de barbe. Une barbe qu’il est impossible de tailler : dès que Dave tente de la couper, elle repousse aussi sec. Et continue de pousser, jusqu’à envahir la chambre de Dave, puis sa maison, puis la rue… Et provoquer le désordre dans la vie si réglée d’Ici.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bande dessinée (d’aucuns diront « roman graphique ») tout en nuances de gris (pardon), &lt;strong&gt;La Gigantesque Barbe du mal&lt;/strong&gt; propose une histoire assez schématique et classique dans son développement. On a certainement déjà lu ou vu cent fois cette histoire allégorique se déroulant dans une société atone/monotone, que remet en cause l’irruption inopinée d’un élément perturbateur. La critique des modes de vie actuels, aliénants, est évidente. Encore que l’on pourrait trouver à redire : l’impression que donne la société occidentale de cette deuxième décennie du XXIe siècle n’est pas celle d’une société uniformisée et tendant à l’uniformisation. Ce serait plutôt l’inverse : la recherche à tous crins de l’originalité, de la micro-sub-culture de niche. Ne pas ressembler à son voisin. Haro sur le conformisme. Toute une myriade de modes, tendances et cultures mouvantes. &lt;em&gt;Certes&lt;/em&gt;, vu de loin, celles-ci peuvent se fondre dans le gris optique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à la barbe, taillée ou non, elle est devenue depuis quelques années un trait caractéristique et souvent parodié des hipsters — qui, sans grande surprise, tendent le bras pour se faire battre avec leur apparence. Des hipsters barbus dont la sous-culture tend à se transformer en nouveau mainstream. Faire de cette barbe incontrôlable le symbole de l’anti-conformisme m’apparaît gentiment inactuel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-hobo-hipster.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-hobo-hipster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-g-hobo-hipster_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le jeu des 7 erreurs entre clodo et hipster…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À moins qu’il faille adopter une autre grille de lecture pour ce roman graphique ? La société où vit Dave, outre son conformisme, se caractérise par sa peur de l’inconnu, du caché. En témoigne ces maisons tournant le dos à la mer, cette mer nommée Là-bas. Une peur de l’inconscient en somme ? Oh, il y a comme une métaphore freudienne… Dommage que Stephen Collins ne parvienne guère à conclure son histoire de manière satisfaisante. La fin laisse le lecteur sur sa faim (et votre serviteur récolte le droit de se faire raser la chevelure pour ce jeu de mot aussi éculé).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, rien de bien neuf, mais ce qui sauve cette &lt;strong&gt;Gigantesque Barbe…&lt;/strong&gt; du manque d’originalité, c’est le plan graphique. Bousculant le cadre ordinaire de la bande dessinée, Stephen Collins s’amuse avec la mise en page – certes, on pourra toujours arguer que ça n’est pas non plus &lt;em&gt;nouveau&lt;/em&gt; –, et la forme sert ici parfaitement le fond.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le coup de crayon est simple, faussement simpliste — on pense par moment à Chris Ware dans la gestion des cases. Pas de couleur, rien que du gris, au crayon, tout en nuances, sans le moindre encrage. La mise en page des premières planches, très ordonnées, correspond à la vie monotone de Dave. Mais les cases bientôt de se mettre muter, à se déformer, à onduler à mesure que la barbe de Dave se développe et perturbe, bouleverse, transforme le train-train de la vie d’Ici.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-page1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-page1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-g-page1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-page2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-page2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-g-page2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-page3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-page3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-g-page3_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-page4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-page4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-g-page4_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-g-page5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-g-page5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-g-page5_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Visuellement, c’est une réussite, aussi inventive qu’ébouriffante (pardon). De quoi pardonner à &lt;strong&gt;La Gigantesque Barbe du mal&lt;/strong&gt; un scénario et un fond manquant un poil (pardon) d’originalité.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Illisible : non&lt;br /&gt;
Inoubliable : &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/07/08/G-comme-La-Gigantesque-Barbe-du-mal#&quot;&gt;non&lt;span&gt;Mais que fait alors ce roman graphique dans cet Abécédaire ?&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 8 juillet 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/08/Journal-d-un-homme-des-bois-08-07-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 8 juillet 2015" />
      <id>urn:md5:87ee9a7a054aa5e92566700d065e56ea</id>
      <published>2015-07-08T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-08T10:15:37+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;78156210&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150708-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;On vit une époque formidable&amp;nbsp;! Dans ce nouveau billet, Francis Valéry s'extasie devant cette invention indispensable que sont les poubelles intelligentes…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On vit une époque vraiment formidable !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hier, en toute fin d’après-midi, après avoir pianoté comme un bienheureux, toute la journée, pour mettre au point l’arrangement d’une ritournelle en do phrygien, j’ai allumé la télévision pour regarder l’épisode du jour de &lt;em&gt;Silence, ça pousse&lt;/em&gt; – l’une des deux émissions de télévision que je regarde régulièrement, l’autre étant &lt;em&gt;Sagesses bouddhistes&lt;/em&gt; (le dimanche matin). TV5 s’est en effet engagé dans la rediffusion estivale des épisodes de la dernière saison de ce programme agriculturel et paysager, ordinairement diffusé le mercredi soir, animé – c’est peu de le dire – par le pétulant Stéphane Marie et la sémillante Noëlle Bréham, à moins que ce ne soit le contraire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et j’ai regardé l’émission.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusque-là, rien à signaler. En fait, ce n’est pas le sujet de ce papier. Et tout soudain, l’homme des bois de se demander pourquoi parle-t-il de cela ? Ah, oui : c’est pour préciser le contexte. Donc, j’ai regardé l’émission – il y a eu un reportage sur les jardiniers de Nantes qui ont aménagé un parc en reproduisant des scénettes dessinées par l’immense Claude Ponti. Trop bien. Puis il y a eu la réclame, alors j’ai zappé. Je me suis retrouvé sur France 2 (enfin, je crois), pour la fin de la météo. Et hop ! J’ai eu droit à l’ouverture du journal de 20h, avec l’annonce des sujets qui vont être traités. Et c’est là – ça y est, je me souviens de ce que je voulais dire – que j’apprends, juste après les hurlations de trois demies-folles venant d’apercevoir leur nom sur la liste des reçus au bac, qu’une application technologique révolutionnaire va tout bientôt rien moins que bouleverser nos vies. Qu’on en juge : il va être désormais possible d’équiper nos poubelles de capteurs qui nous informeront, quasiment en temps réel, lorsqu’elles seront bientôt pleines ou peu s’en faut !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150708-poubelle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150708-poubelle.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ça commence à déborder…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’où l’accroche de ce billet : on vit une époque &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; formidable.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis des années, j’utilise une poubelle qui, je l’avoue, n’est pas équipée d’un tel capteur. Je la remplis au jour le jour, en définitive sans rien connaître de son niveau de remplissage. De par le fait, ma poubelle est chaque jour un peu plus remplie que la veille – et un peu moins que le lendemain. Du moins, pendant un certain temps. Car arrive forcément l’instant fatidique où, totalement à l’insu de mon plein gré, ma poubelle a atteint gentiment son stade de remplissage maximal. C’est inéluctable. Et là, faute d’en être informé, je continue d’y déverser les menus rebuts découlant de ma simple existence. Et ces rebuts commencent à déborder, à choir au sol pour y esquisser une sorte de tas de saloperies, au départ circonscrit au pourtour extérieur de la poubelle et donc vaguement circulaire, puis gagnant peu à peu le reste de la pièce. Et tout cela, par simple conséquence accumulative due à mon ignorance de l’état de plénitude de ma poubelle. Il arrive que cela dure des mois, jusqu’à ce que l’assistante sociale appelle les pompiers. Et c’est à chaque fois la même chose : « Mon bon monsieur, il faut équiper votre poubelle d’un système de capteur mesurant son niveau de remplissage, enfin, on vous le dit à chaque fois ! Vous qui êtes dans la science-fiction, vous devriez être capable de vous bricoler un truc comme ça, non ? »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150708-napoli.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150708-napoli.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Oups, je me suis laissé déborder…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Eh bien ça y est, ça va exister. Oh, putain ! Je respire.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>F comme The Familiar T1</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/07/F-comme-The-Familiar-T1" rel="alternate" type="text/html" title="F comme The Familiar T1" />
      <id>urn:md5:bf1e2f7aaf0617c4f958c78e703741ab</id>
      <published>2015-07-07T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-07T13:26:40+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Miaou ! Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions&quot;&gt;Ô Révolutions&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/03/E-comme-L-Epee-des-cinquante-ans&quot;&gt;L'Épée des cinquante ans&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, il est temps de s'intéresser au projet en cours de Mark Z. Danielewski, &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;, œuvre pharaonique dont le premier tome, &lt;strong&gt;One Rainy Day in May&lt;/strong&gt;, est paru voici près de deux mois —et ça n'aura pas été de trop pour digérer les 880 pages du bestiau. Où il est question d'une fillette qui trouve un chat…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt; v1: One Rainy Day in May, Mark Z. Danielewski. Pantheon Books, 2015. 880 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La parution française de &lt;strong&gt;L’Épée des cinquante ans&lt;/strong&gt; en 2013 avait quelque chose de trompeur : cela donnait à la fois l’impression que Mark Z. Danielewski continuait à publier (non) et qu’il s’enferrait dans une voie typo-poétique (non plus : c’est plutôt &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; qui s’inscrit dans la continuité de &lt;strong&gt;L’Épée…&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En réalité, il a fallu attendre neuf ans avant de pouvoir lire quelque chose de nouveau de la part de l’auteur de &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; (si l’on fait exception de la nouvelle &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/07/03/E-comme-L-Epee-des-cinquante-ans#clip4&quot;&gt;«&amp;nbsp;Clip 4&amp;nbsp;»&lt;/a&gt; en 2012). Pour un résultat qui, au vu de ce premier tome, promet au minimum d’être monstrueux, tant en termes de taille que d’ambition.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref récapitulatif : en 2010, MZD annonce qu’il se lance dans un projet au long cours, l’écriture d’une saga en vingt-sept (27 !!!) volumes. Le sujet ? Un jour, une fillette trouve un chat. Par la suite, pas grand-chose à se mettre sous la dent (bien qu’il semble que ça ait phosphoré entre l’auteur et ses fans, sur son forum officiel). Sur sa page Facebook, MZD s’est longtemps contenté de publier des photos de carrés noirs, ou de cieux étoilés (les étoiles trouveront leur explication dans l’une des dernières pages du premier tome), avec des lignes de chiffres énigmatiques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-stars.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-stars.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-stars_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Des photos d'étoiles et des séquences de chiffres insensées…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est que début 2015 qu’a enfin été confirmée la sortie du premier volume de &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;One Rainy Day in May&lt;/strong&gt; – suivie de celle du deuxième volume, prévu pour octobre, puis de l’annonce de MZD de sortir deux ou trois tomes par an pendant les treize prochaines années. Rien que ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si cela n’était pas déjà clair, cette annonce l’a confirmé : MZD est fou.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, qu’en est-il de ce premier volume de &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;? D’abord, l’objet-livre est énorme : 880 pages, en quadri, et la mise en page intérieure semble un véritable foutoir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Avez-vous vu le chat gris sur la couverture ?&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le livre s’ouvre par une sorte de pré-générique : quatre séquences se succèdent avant l’apparition du titre. Tout d’abord, le monologue d’entités d’un futur très lointain, puis une histoire de rodéo, une vidéo sur deux camés, et le dialogue entre un garçon et une fille des cavernes. Curieuse entrée en matière, les liens avec la suite du texte sont rien moins qu’obscurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Débute alors véritablement &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chaque chapitre est introduit par une page de titre illustrée. Les chapitres sont de longueur variable, que viennent différencier polices de caractère, modes d’écriture et coins de page colorés. Lesdits coins comportent, au début et à la fin du chapitre, la mention du lieu, de la date et de l’heure : le roman entier se déroule sur la seule journée du samedi 10 mai 2014, de 8h03 à 23h32… À Los Angeles, la journée s’avère pluvieuse.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-corners.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-corners.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-corners_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Coins de page colorés&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il y a Xanther, jeune fille de douze ans, épileptique, et qui se pose beaucoup de questions. Son père adoptif (dont les initiales forment DZM…), dont elle était demeurée proche, est mort récemment en Irak. Ce 10 mai, elle se rend avec son père chez un vendeur d’animaux de compagnie pour y acheter un chien. Un animal, cela lui ferait du bien, c’est ce que se sont dit ses parents.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Anwar, le père adoptif de Xanther, est un informaticien. Le moteur qu’il a développé pour le jeu Paradis Open s’avère plus complexe que prévu. Quant à Astair, la mère de Xanther, elle galère, devant gérer entre ses filles – outre Xanther, il y a les jumelles Freya et Shasti – et sa reprise d’études en psychothérapie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À Los Angeles toujours, il y a un policier d’origine turque, Özgür, dont les méditations sur la ville sont interrompues par la découverte d’un meurtre ; il y a aussi un chauffeur de taxi arménien, qui conduit un individu menant justement des recherches sur le génocide de son peuple. Il y a enfin Luther, un jeune gangster plein d’ambition, chargé de tuer un geek.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au Texas, Cas et Bobby, un couple de scientifiques âgés, se cachent. Ils craignent que l’appareil qu’ils ont mis au point, l’Orbe, ne tombe en de mauvaises mains. L’Orbe, à même de faire passer la Machine de &lt;em&gt;Person of Interest&lt;/em&gt; pour un bricolage d’amateurs, serait capable de prédire le futur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au Mexique, le trafiquant d’animaux Isandorno réceptionne quatre caisses alors qu’il ne devrait y en avoir que trois.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À Singapour, Jingjing, un drogué, accompagne nuitamment une vieille femme, supposée guérisseuse et qui possède un chat, au domicile d’un milliardaire…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et il y a trois Constructs Narratifs, les Narcons, qui interviennent régulièrement dans le texte pour donner des précisions, ou pour traduire tel ou tel phrase en langue étrangère. Et qui, bien que hors de la continuité narrative, pourraient bien chercher à y jouer un rôle.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et comme dans tout épisode de toute série, le livre s’achève sur une preview de l’épisode suivant : une quarantaine de pages tirées du tome 2, où il est question d’une chouette. Le texte s’y fait par endroit très graphique, les mots, les lettres s’assemblant pour dessiner la chose qu’elles décrivent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(Pfiou.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-xanther.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-xanther.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-xanther_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Selon Xanther, la pluie c'est de l'eau avec de l'air entre les gouttes&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-anwar.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-anwar.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-anwar_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Anwar, programmateur&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-astair.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-astair.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-astair_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Astair et ses parenthèses&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-luther.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-luther.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-luther_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Luther, le gangster de LA&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-jingjing.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-jingjing.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-jingjing_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Jingjing, drogué à Singapour&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-wizard.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-wizard.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-wizard_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Cas, la magicienne de l'informatique, et son Orbe qui traverse la page&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-isandorno.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-isandorno.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-isandorno_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Isandorno, trafiquant mexicain&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-ozgur.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-ozgur.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-ozgur_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Özgür le flic turc&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-shnorkh.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-shnorkh.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-shnorkh_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Shnorkh l'Arménien&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-owl.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-owl.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-owl_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une chouette conclut le roman.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il ressort de la lecture de &lt;strong&gt;One Rainy Day in May&lt;/strong&gt; à la fois fascination et frustration. Si certaines interrogations liées au projet &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; trouvent une réponse, d’autres questionnements pointent le bout de leur nez…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Fascination d’abord, car le projet global est d’une ampleur sans précédents ; car l’objet-livre est superbe ; car ce premier volume abandonne la poésie hermétique de &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; et se rapproche davantage de &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; : plusieurs histoires sûrement passionnantes se dessinent, orientant le roman vers l’imaginaire, certains liens entre personnages se devinent, des questions se posent…&lt;strong&gt;One Rainy Day in May&lt;/strong&gt; voit aussi le paradigme danielewskien évoluer : le roman est &lt;em&gt;ouvert&lt;/em&gt;. Là où &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; était foisonnant mais concentré autour d’un espace clos (quoique potentiellement infini), là où &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; adoptait la figure close du cercle, ce premier tome de &amp;lt;&lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; est ouvert sur l’extérieur – les rues de Los Angeles ou Singapour, le désert texan ou mexicain – et est peuplé de personnages plus vivants que jamais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais la frustration est présente aussi : certains personnages paraissent d’une importance mineure (deux chapitres pour Isandorno, autant pour le taximan arménien et les scientifiques planqués) ; certains chapitres sont proches de l’illisible (les chapitres de Luther et Shnorhk sont malaisées à lire, mais ce n’est rien en comparaison du pidgin anglais singapourien de Jingjing, sabir mêlé de caractères chinois et russes) ; le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des attentes – ou disons que ça manque de cliffhangers –, et ça fait un peu mal aux fesses (et au portemonnaie) de se dire qu’il faudra patienter deux ou trois tomes supplémentaires pour savoir si, &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, on accroche ou pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’autant que MZD tend le bâton pour se faire battre : l’intrigue principale est – a priori – mince, le livre contient beaucoup de blancs et pourrait, avec une mise en page normale, être condensé en un volume de 300 pages. Et il n’est pas certain que tous les lecteurs soient prompts à laisser le bénéfice du doute sur 880 pages pas toujours lisibles. La quatrième de couverture est obligée d’en faire des tonnes :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« (…) a creature as fragile as it is dangerous… which will change not only her life and the lives of those she has yet to encounter, but this world too – or at least the world we think we know and the future we take for granted. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le courage de l’éditeur est à ce titre remarquable. S’investir dans la publication d’une série en 27 volumes, avec l’inévitable attrition des ventes, nécessite des bollocks grosses comme ça. Néanmoins, si les ventes ne suivent pas, &lt;a href=&quot;http://www.npr.org/2015/05/10/404917355/danielewski-returns-with-a-long-sideways-look-at-the-familiar&quot;&gt;MZD ne se fait guère d’illusions&lt;/a&gt;, même s’il semble que le contrat de l’auteur couvre les dix premiers volumes. Dans les interviews données en mai-juin 2015, Danielewski déclarait achever les corrections du volume 2, et indiquait qu’un tiers des vingt-sept volumes était déjà écrit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; avait comme protagonistes un photographe en train de réaliser un home-movie ainsi qu’un étudiant en ciné ; le road-novel &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; se fondait sur la forme de la bobine filmique – était quasiment un film. Ici, MZD délaisse le grand écran pour le petit : le découpage du roman comme des chapitres forme une narration sérielle, quand ce ne sont pas certaines pages qui évoquent des vidéo YouTube… Les esprits chagrins pourront s’interroger sur l’absence de contenu en ligne : pourquoi se contenter d’un livre alors que le projet se prêterait à des déclinaisons multimédia ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une chose est sûre : &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; suscite l’exégèse. Quels sont les liens que ce roman entretient avec les précédents ? On retrouve l’énigmatique VEM : qu’est-ce ? Le mot «&amp;nbsp;house&amp;nbsp;» apparaît en bleu, mais parfois seulement. Dans une même continuité, le terme « familiar » apparaît systématiquement en rose. D’ailleurs, les termes « maison » et « familier » sont connexes, évoquant quelque chose de &lt;em&gt;domestique&lt;/em&gt;. Le familier du titre, est-ce le chat recueilli par Xanther ? Ou un titre ironique, MZD nous amenant vers des territoires « infamiliers » ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-greycat.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-greycat.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-greycat_t.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Et là, vous l'avez vu, le chat gris ?&quot; /&gt;&lt;/a&gt;En parlant de matous, pourquoi trouve-t-on un chat gris parmi les chats roses sur la couverture ? Y a-t-il quelque chose à décoder dans les « crumbs » qui ornent les marges ? Surtout lorsque ces crumbs passent de noir à rose sur certaines pages (et à bleu à au moins un endroit). Le forum officiel de MZD phosphore déjà...&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-crumbs.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-crumbs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-crumbs_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Des motifs bizarres dans la marge&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les couleurs y ont sûrement un sens. Une chose est certaine : les polices de caractère en ont un. Citées à la fin de l’ouvrage, elles apparaissent comme des acteurs au générique d’un film. Chose qu’elles sont précisément. Non pas qu’elles &lt;em&gt;agissent&lt;/em&gt;, mais leur nom et leur utilisation reflète le &lt;em&gt;caractère&lt;/em&gt; des personnages. Quelques exemples : les chapitres dédiés à Xanther sont écrits en Minion, et « minion » signifie en anglais sbire, laquais, favori… voire familier, dans le sens de « créature entretenant un rapport avec un magicien » ; les chapitres Luther sont en Imperial, dénotant l’ambition du personnage ; pour Shnorkh l’Arménien hanté par le génocide de son peuple, c’est Memorial ; Özgür, policier, voit ses chapitres écrits en Baskerville ; la typo épurée de Jingjing est la même que la signalétique de Singapour…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-fonts.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-fonts.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-fonts_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Et par ordre d'apparition dans le livre…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À croire que l’œuvre de MZD détient un sens profond et caché. Comme si le hasard n’y avait pas de place, et que tout, absolument, y est réfléchi, porteur d’un sens dont l’évidence demeure à trouver. Comme si trouver la signification de tous ces indices permettrait de mieux comprendre l’œuvre en question, partant le monde. Et ce n’est pas un hasard si l’auteur a publié en 2010 un manifeste/poème, « The Promise of Meaning »…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une fois &lt;strong&gt;One Rainy Day in May&lt;/strong&gt; fini, difficile donc de se forger un avis définitif. Comme je le disais plus haut, ’est un peu là que le bât blesse : ce premier volume est foisonnant, mais ne donne que peu de choses au lecteur. En définitive, c’est le résumé sur le rabat qui s’avère le plus excitant, ouvrant des perspectives pour le moment absentes du projet. Pour ma part, je reste sur une impression mitigée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-f-forest.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-f-forest.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-f-forest_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Come closer and see / See into the trees&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le deuxième volume s’intitule &lt;strong&gt;Into the forest &lt;/strong&gt;: quelle forêt ? Celle d’algorithmes vue par Anwar ? Celle où vole la chouette dans la preview du T2 ? Sa sortie est prévue pour octobre 2015. Aucun doute, on le lira.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Illisible : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 63</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/06/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-63" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 63" />
      <id>urn:md5:3fc25c26b96f79ee4c4d8c9960a12519</id>
      <published>2015-07-06T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T16:55:41+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi63-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi63-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Dans ce 63e épisode de la Bibliothèque Orbitale, Philippe Boulier et Wilfrid Tiedtke continuent de discuter de séries télé super-héroïques en dézinguant &lt;strong&gt;Agents of SHIELD&lt;/strong&gt;, en défendant &lt;strong&gt;Agent Carter&lt;/strong&gt; et en se prosternant devant &lt;strong&gt;Daredevil&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bo-epi63-heros.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bo-epi63-heros.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Accompagnement musical&lt;/u&gt; :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;The Dukes of Stratosphear&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - 25 O'Clock&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Your Gold Dress&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Brainiac's Daughter&lt;/p&gt;</content>
      
        <link rel="enclosure" href="/media/Podcast/BO_Episode_63.mp3" length="23881350" type="audio/mpeg3" />
      
          </entry>
      <entry>
      <title>E comme L'Épée des cinquante ans</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/03/E-comme-L-Epee-des-cinquante-ans" rel="alternate" type="text/html" title="E comme L'Épée des cinquante ans" />
      <id>urn:md5:84ec49231caf767da24b3deb89d2439e</id>
      <published>2015-07-03T12:30:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-07T13:07:22+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions&quot;&gt;Ô Révolutions &lt;/a&gt;et avant &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;, poursuivons notre exploration des œuvres de Mark Z. Danielewski avec &lt;strong&gt;L'Épée des cinquante ans&lt;/strong&gt; et la petite poignée de nouvelles que notre auteur a écrite au cours des années…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;L’Épée des cinquante ans (The Fifty Year Sword), Mark Z. Danielewski, traduit de l’anglais (US) par Héloise Esquié. Denoël, 2013 (2005). 288 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Peu avant la parution du road-novel, alors que &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; (2000 pour la VO) et son livre-compagnon &lt;strong&gt;Les Lettres de Pelafina&lt;/strong&gt; (2000 itou) commençaient à dater un peu, Mark Z. Danielewski a publié en 2005 aux Pays-Bas &lt;strong&gt;Het Vijftig Jaars Zwaard&lt;/strong&gt; – &lt;strong&gt;L’Épée des cinquante ans&lt;/strong&gt; –, une novella. Tirée deux fois à mille exemplaires, l’édition en langue anglaise a vite été épuisée et est devenue collector. Finalement, la novella a reparu en 2012, dans une version révisée, et sur laquelle se base l’édition française de 2013.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Peut-être parce que l’histoire de toute histoire de fantômes est à elle toute seule une histoire de fantômes… »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Cette novella voit Chintana, une couturière, accepter de se rendre à la fête d’Halloween organisée par la vieille Mose Deddletown, 112 ans. S’y trouve aussi Belinda Kite, maîtresse du mari de Chintana, ainsi que cinq orphelins. Bientôt, un Conteur fait son apparition : drôle de bonhomme, inquiétant, plutôt du genre à clamer son caractère maléfique, et qui trimballe avec lui une boîte oblongue… Et ce Conteur de conter son histoire : comment sa noirceur intrinsèque l’a poussé à chercher pendant des années une arme. Traversant la Vallée de Sel, la Forêt de Note, il a atteint la Montagne de Tous Chemins, au sommet de laquelle l’attendait l’Homme Sans Bras et ses épées…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Il y en avait tellement.&lt;br /&gt;
Certaines si petites qu’elles auraient à peine rempli la moitié de votre paume.&lt;br /&gt;
D’autres par contre larges comme un regard perçant. Et d’autres plus larges qu’une route.&lt;br /&gt;
D’autres courbées comme le tonnerre.&lt;br /&gt;
D’autres étaient droites comme les marées. D’autres encore étaient minces comme le souffle d’une rosée de juin. Et j’en ai même vu quelques-unes qui grésillaient comme la chaleur d’un midi d’août. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dangereuses épées, aux lames invisibles. La plupart du temps, on n’en voit que la garde. (Une forme adoptée par le bloc-texte de l’introduction de Mose Deddletown.) L’Homme Sans Bras explique leurs fonctions :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« &quot;Il m’a fallu trois hivers pour forger celle-ci. Elle tue le goût du sel. Celle d’à côté tue l’odeur du lupin sauvage, de l’iris tigré et de l’onagre chatoyante. Là –&quot; désignant une épaisse lame suspendue dans la bourdon –&lt;br /&gt;
– nante grisaille – &quot;celle-ci tue la couleur verte.&quot; »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Parmi cette panoplie d’épée se trouve, bien entendu, celle des Cinquante Ans… Est-elle contenue dans la mystérieuse boîte du Conteur ? N’est-ce vraiment qu’un conte ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-coffret1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-coffret1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-coffret1_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;le coffret collector&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-coffret2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-coffret2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-coffret2_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le coffret collector&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-coffret3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-coffret3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-coffret3_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le coffeet collector&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Véritable histoire d’épouvante, effectivement digne d’être contée un soir d’Halloween, &lt;strong&gt;L’Épée des Cinquante Ans&lt;/strong&gt; n’est pas d’un abord aisé. Ne serait-ce qu’avec ces cinq guillemets colorés, comme autant de narrateurs — les cinq orphelins — dont les voix se fondent, qui ponctuent le texte, ou lorsque ce dernier part en vrille – mais les inconditionnels de l’auteur ne seront pas dépaysés. En définitive, &lt;strong&gt;L’Épée…&lt;/strong&gt; se lit aisément, dès lors que l’on passe l’étrangeté de la mise en page. Une novella méritant d’être vue autant que d’être lue, éventuellement à haute voix – et qui gagne à la relecture. Un conte, on le disait : pas forcément pour les seuls enfants, avec ses thématiques adultes (adultère, mort violente).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La traduction de cette novella n’a pas dû être une mince affaire : Héloise Esquié s’en est bien tirée dans l’ensemble, malgré quelques jeux de mots perdus dans la traduction. En voici quelques exemples. La Montagne de Tous Chemins est la traduction de Mountain of Manyone Paths : peut-être que Tous ChemUns ou Tous-Un Chemins aurait mieux convenu. Il y vit l’Homme Sans Bras : en anglais, il est « the Man with No Arms », donc l’homme qui n’a pas de bras… ou pas d’armes. Pas pratique pour un armurier. La proximité entre « sword » et « word » : un coup de lame sur l’épée et la voilà transformé en mot – s/word. Par ailleurs, la boîte transportée par le Conteur porte l’inscription J50UETS : T50YS en anglais, ce qui est aussi l’acronyme formé par les initiales de la novella. Quant aux cinq orphelins, nommés Tarff, Ezade, Iniedia, Sithiss et Micit, leurs noms alambiqués n’ont rien d’anodins si l’on considère les premières et dernières lettres qui les composent : times et fates. Procédé pas inattendu chez Danielewski, où rien n’est laissé au hasard, où tout est susceptible d’être porteur de sens. (On remarquera la présence de VEM&lt;sup&gt;TM&lt;/sup&gt; dans les remerciements en fin de volume : une compagnie fictive récurrente chez MZD.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les broderies en marge du texte peuvent sembler gratuites au premier regard. Pas tant que ça, si l’on considère le métier de Chintana, les voix des cinq orphelins qui s’entrelacent, ou si l’on examine le champ lexical du mot texte : on &lt;em&gt;brode&lt;/em&gt; une histoire ; une histoire qui a une &lt;em&gt;trame &lt;/em&gt;ou qui peut s’avérer &lt;em&gt;cousue de fil blanc&lt;/em&gt;, avec de &lt;em&gt;grosses ficelles&lt;/em&gt;… Sans oublier que « texte » provient du latin « textus », signifiant justement texte, tissu ou trame… Sans oublier non plus les Parques (&lt;em&gt;fates&lt;/em&gt;), dont les cinq orphelins, manière de chœur antique, seraient une émanation.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout est lié — une habitude chez MZD.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-extrait1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-extrait1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-extrait1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La garde d'une épée…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-extrait2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-extrait2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-extrait2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le Conteur apparaît…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-extrait3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-extrait3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-extrait3_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Broderies…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-extrait4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-extrait4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-extrait4_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Dans la Forêts de Notes&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-extrait5.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-extrait5.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-extrait5_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les épées…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-extrait6.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-extrait6.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-extrait6_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'ouverture de la mystérieuse boîte…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/l-epee-des-cinquante-ans&quot;&gt;On pourra également se reporter à la critique parue dans &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt;.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : plus maintenant&lt;br /&gt;
Illisible : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’œuvre de MZD ne se résume cependant pas à cette poignée de romans plus ou moins courts : notre auteur est également responsable d’une poignée de textes, disséminés çà et là au cours des quinze dernières années…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Commençons par « A Prediction », texte datant probablement du tournant du millénaire. Ce bref texte est censément l’œuvre de Wembley Ruse (MZD himself ?), un individu ayant voyagé avec Poe (aka : la sœur de MZD) et son groupe lors d’une tournée en 1995. Moins qu’une nouvelle, il s’agit surtout d’une déclaration d’amour à la chanteuse, qui se focalise sur un instant précis : l’éclosion d’un talent. (Pour de sombres raisons de rachats de catalogues entre maisons de disque, la carrière de Poe n’a pas décollé. Mais on reviendra dans un prochain billet sur son album &lt;em&gt;Haunted&lt;/em&gt;, disque tangent à &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;.) Plaisant, mais anecdotique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On peut le lire sur le fansite Exploration Z, &lt;a href=&quot;http://markzdanielewski.info/wembley.html&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;. Sur ce même site est également &lt;a href=&quot;http://markzdanielewski.info/mzdriddle.html&quot;&gt;disponible&lt;/a&gt; un deuxième bref texte : « The Most Wondrous Book of All – A Riddle ». Un texte dont MZD ne se présente pas comme l’auteur mais le traducteur, et qui a paru initialement dans le numéro d’hiver de &lt;em&gt;Bookforum Magazine&lt;/em&gt; en 2000. Quand on connaît l’attrait de Danielewski pour les auteurs fictifs, il est logique de supposer que cette « énigme » est bien de lui. Qu’est-ce que ce « livre le plus fabuleux entre tous » ? Un livre lisible par les plus jeunes comme par les plus vieux ? Une curiosité.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« You read this book many years ago. You read it every day.&lt;br /&gt;
The book is famous. Of course. It is always recommended by someone else–the best definition of fame–though it is also always recommended by its self. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pour ma part, je table sur le « livre de la vie ». Sur les forums de MZD, certains parient sur &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;. Allez savoir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-conjunctions37.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-conjunctions37.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;La première véritable nouvelle de Danielewski s’intitule « All the lights of midnight », publiée dans le magazine &lt;em&gt;Conjuctions&lt;/em&gt; n°37 en 2001 ( &lt;a href=&quot;http://fr.scribd.com/doc/258763694/All-the-Lights-of-Midnight-by-Mark-Z-Danielewski#scribd&quot;&gt;que l’on peut lire désormais ici&lt;/a&gt;). Le texte prend la forme d’une publication commentant deux autres textes, un article du physicien argentin Salbatore Nufro Orejón, « The Physics of Ero&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; » et un essai portant sur les physiciens et l’influence qu’a pu exercer leur vécu sur leur œuvre théorique. Notamment au sujet de Nufro, ce « Byron de la théorie des champs », chez qui les cordes s’emmêlent : celles de la guitare, dont le personnage jouait avec excellence dans sa jeunesse, et celles de la théorie du même nom. (Tiens, des cordes, qui préfigurent les ficelles brodées de &lt;strong&gt;L’Épée des cinquante ans&lt;/strong&gt;.) Bientôt, vie et théorie se mêlent, d’autant que le passé de Nufro est rien moins que trouble…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2010, Danielewski a publié un essai/poème intitulé « The Promise of Meaning », manifeste défendant la poésie. Le texte commence par une phrase-choc : « Writers who do not read poetry cannot be taken seriously. » Mais n’ayant pu trouver le texte complet de cette « Promise », il m’est difficile d’en parler davantage.&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;clip4&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-blackclock.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-blackclock.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Enfin, la nouvelle « Clip 4 » (in revue &lt;em&gt;Black Clock&lt;/em&gt; n°15, 2012) se révèle du concentré de Danielewski. Au départ, il y a le projet cinématographique d’un certain Darc : &lt;em&gt;The Zoo: Costruire Paradisi Di Buio&lt;/em&gt;. Projet auquel rien ne relie explicitement le Clip 4, un bref dialogue entre deux individus : The Man et The Kid. Vintage dans l’apparence, ce bout de film semble dater des années 60, mais comment se fait-il que le Kid parle de liens internet ? « The links are broken », annonce-t-il d’emblée, face à The Man éberlué : « Kid, what do you mean by links? »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La nouvelle elle-même n’est autre qu’une étude/enquête menée par Realic S. Tarnen (ce nom ! on dirait du Pynchon), et annotée par sa petite amie, Caroline Weld. Le texte commence comme une analyse du Clip 4 et passe en revue les différentes théories entourant ce bout de film, ainsi que leurs auteurs, avant de virer à l’enquête, lorsque Realic apprend l’identité des deux acteurs et l’histoire tragique les entourant… et c’est à ce moment-là que la nouvelle devient &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; intéressante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-clip4.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-clip4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-clip4_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Page de titre. En allemand, le mot tarnen signifie camoufler&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-e-linksarebroken.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-e-linksarebroken.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-e-linksarebroken_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les liens sont cassés…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Clip 4 » condense les thèmes de MZD, tant sur la forme que dans le fond. Un récit dont il n’est pas l’auteur, une mise en page particulière (la marge où Caroline Weld annote le texte de Realic S. Tarnen rappelle la chronomosaïque de &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt;) ; une vraie-fausse érudition, doublée d’une réflexion sur le cinéma, comme dans &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;, et qui n’est pas sans rappeler in fine l’épigraphe (apocryphe) de Josef Sternberg cité par Steve Erickson dans &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/11/Z-comme-Zeroville&quot;&gt;&lt;strong&gt;Zeroville&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; ; des auto-références, telles que le mot « maison » écrit en bleu (&lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;), trois « o » en or, vert et violet (&lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt;), l’apparition de nombres significatifs (50 ans, comme &lt;strong&gt;L’Épée…&lt;/strong&gt;, 27, comme le nombre de tomes de &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;)…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://tomabba.com/test/Clip4.pdf&quot;&gt;Les curieux pourront la lire par ici.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En définitive, « All the Lights of Midnight » et « Clip 4 », deux nouvelles de qualité, font regretter que Danielewski ne s’essaie pas plus souvent à cette longueur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvables : si l’on cherche les textes imprimés, oui&lt;br /&gt;
Illisibles : non&lt;br /&gt;
Inoubliables : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>D comme The Drift</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/02/D-comme-The-Drift" rel="alternate" type="text/html" title="D comme The Drift" />
      <id>urn:md5:e4af66bcb1ca825b4b96e89af48952f5</id>
      <published>2015-07-02T12:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-07-02T12:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-d-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-d-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Rien à voir avec le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thierry-di-rollo/drift&quot;&gt;dernier roman en date de Thierry Di Rollo&lt;/a&gt; (encore que…)&amp;nbsp;: avec &lt;strong&gt;The Drift&lt;/strong&gt;, l'on poursuit notre exploration de l'œuvre musicale de Scott Walker. Après le grisâtre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/07/C-comme-Climate-of-Hunter&quot;&gt;Climate of Hunter&lt;/a&gt; et le sombre &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt;Tilt&lt;/a&gt;, place à l'obscurité complète…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;The Drift, Scott Walker, 4AD (2006). 10 morceaux, 69 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Malgré un titre proche, il n’y a pas (a priori) de liens entre &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt;, album de Scott Walker, et &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/thierry-di-rollo/drift&quot;&gt;Drift&lt;/a&gt;, dernier roman en date de Thierry Di Rollo, si ce n’est une noirceur constante. Et Scott Walker, répétons-le, est l’un des plus musiciens les plus intéressants qui soient. Même lorsqu’il part à la dérive. &lt;em&gt;Surtout&lt;/em&gt; lorsqu’il part à la dérive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-d-polaX.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-d-polaX.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-d-polaX_s.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Pola X&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Comme on le disait en introduction du billet consacré à &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt&quot;&gt;Tilt&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, onze ans, c’est long. Entre 1995 et 2006, bien des choses se sont déroulées : le psychodrame du vrai-faux bug de l’an 2000, le traumatisme du 11-Septembre, l’insouciance de l’ère Clinton et la présidence Bush… Le disque de la décennie 80 de Scott Walker fut &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/07/C-comme-Climate-of-Hunter&quot;&gt;Climate of Hunter&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, dont il est dit que ce fut l’un des pires échecs commerciaux de Virgin comme de Walker, lequel dut attendre des lustres avant de pouvoir retourner en studio. Celui de la décennie 90 fut donc &lt;em&gt;Tilt &lt;/em&gt;en 1995, disque long et bien sombre, mais qui valut au musicien une reconnaissance critique certaine. De sorte que les années suivantes l’ont vu revenir aux affaires : programmation artistique d’un festival, sortie d’une compilation, production d’albums, réalisation de la bande-originale du film &lt;em&gt;Pola X&lt;/em&gt; de Leos Carax.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et en 2006, le vrai retour : &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt;, la dérive, ou comment l’ancien crooner invente un nouveau genre, l’horror-pop (pour reprendre le terme forgé par le musicien-écrivain Momus), qui repousse encore plus loin la noirceur de &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt;. Du rock ne demeurent plus que quelques guitares sur les morceaux d’ouverture et de clôture — et encore… On est plus proche des films de David Lynch ou des peintures de Soulages que des Rolling Stones.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-d-album.jpg&quot; class=&quot;media&quot; et=&quot;&quot; sa=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-d-album.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Fuligineux, c'est le mot pour décrire The Drift et sa pochette&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« You could easily picture this in the current top ten » chante Walker, non sans humour. Car le disque n’est pas dénué d’humour. Ha. Ha. Ha.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt; commence par un son strident, qui se transforme bien vite une agression sonore : la lourde charge sonique de « Cossacks are ». Les cosaques, ce sont les grands de ce monde, dont on entend les échos :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« I’m looking for a good cowboy / Been a pope like no other » (&lt;em&gt;Cossacks are&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Au cours de l’heure suivante, dans un espace d’une profondeur et d’une noirceur sans pareilles, Scott Walker convoque les fantômes, ceux de Mussolini et de sa compagne Clara Petacci, de Jesse Presley, des morts du 11 Septembre, de ceux de Sebrenica — sans omettre un Donald Duck passé du côté obscur — et se dresse en maître de cérémonie funèbre. Sa voix sépulcrale, sans émotions, domine au cœur de ces ténèbres. Scott Walker la pose sur des poèmes, souvent malaisés d’accès, où repasse, sous forme cryptique, l’histoire du XXe siècle.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« A nocturne filled with glorious ideas » (&lt;em&gt;Cossacks are&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Par rapport à &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt;, Walker repousse plus loin le procédé de déconstruction/reconstruction des chansons. Il ne s’agit pas d’expérimentations absconses, tout se tient — mais c’est peu de dire que le disque est d’un accès difficile.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt; s’élèvent soudain des blocs sonores, gigantesques ou tordus, qui s’effondrent à l’improviste − et lorsqu’ils s’affaissent enfin, le silence qui s’ensuit n’est guère tranquille. Infrabasses oppressantes, bourdonnements inquiets, bruissements grotesques et grouillements bizarres à l’arrière-plan. Par endroit, l’on pense au György Ligeti de &lt;em&gt;Lux Aeterna&lt;/em&gt;. L’obscurité est zébrée de fulgurances encore plus obscures (si c’est possible). À ce titre, les douze minutes de « Clara » constituent l’un des points d’orgue de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/r5hvHEBLNpI&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’obscurité — si tant est que l’on puisse parler d’obscurité pour de la musique — n’est pas unie, et chaque morceau se distingue par quelque particularité sonore. « Jesse », ce sont les accords de &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=gj0Rz-uP4Mk&quot;&gt;« Jailhouse Rock »&lt;/a&gt;, consciencieusement démontés jusqu’à ne plus être qu’une parodie sinistre de l’originale ; ce sont parfois les braiements d’un âne (est-ce bien un âne ?) dans « Jolson and Jones » ; « Clara » et les coups sauvages que le percussionniste assène à une pièce de barbaque ; « Psoriatic » et ses grattements sourds. La guitare acoustique que l’on entend brièvement dans « The Escape » endort la méfiance avant qu’un Donald Duck maléfique ne débarque avec ses zézaiements effrayants — « The Escape », un titre qui ne doit éveiller aucun espoir pour l’auditeur malgré son titre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/GYyOkQUyJZM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt; est un disque long et plombant, épuisant même. L’écouter en journée suffira à ternir celle-ci au-delà de l’acceptable. Ce n’est cependant rien en comparaison de l’écoute nocturne. Celle-ci − de préférence au casque — peut se révéler plus atroce encore, pour peu que l’on soit dans les dispositions d’esprit adéquates. Le plaisir d’écoute ? Ah mon bon monsieur, il est difficile à trouver. Si plaisir il y a, c’est celui que l’on peut éprouver à regarder des films d’épouvante réellement terrifiants, seul, en pleine nuit.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« You and me against the world / World about to end »(&lt;em&gt;The Escape&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Bien sûr, on peut garder la lumière allumée et se moquer de la voix de Scott Walker, se dire qu’elle est ampoulée. Néanmoins, on ne sort pas indemne de cette traversée des ténèbres. Ce n’est pas la chanson finale, « A Lover Loves », jouée à la guitare sèche, qui rassurera l’auditeur. Cette ballade toute simple n’a rien de rassurant ni d’apaisant.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« This is a waltz for a dodo / A samba for Bambi / Gavotte for the Kaiser / Bolero for Beuys / A reel for Red Rosa / A polka for Tintin » (&lt;em&gt;A Lover love&lt;/em&gt;s)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Pas de demi-mesure avec &lt;em&gt;The Drift&lt;/em&gt;. Le jusqu’au-boutisme forcené de Scott Walker provoque cette réaction binaire : on adore ou on déteste.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Bye the bye the bye the bye / Don’t think it hasn’t been fun because it hasn’t » (&lt;em&gt;Psoriatic&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Inécoutable : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>L'Apocalypse selon Eusèbe</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/07/01/L-Apocalypse-selon-Eusebe" rel="alternate" type="text/html" title="L'Apocalypse selon Eusèbe" />
      <id>urn:md5:a6887d4006f8f4559ffef95132d2167c</id>
      <published>2015-07-01T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-08-01T10:09:43+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Yves et Ada Rémy</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;B574636101_MS1598&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/remy-eusebe-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;En attendant le 20 juillet et la parution du &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-79&quot;&gt;Bifrost 79&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, consacré à Yves et Ada Rémy, (re)découvrez une nouvelle des auteurs des &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/blog/les-soldats-de-la-mer_3601&quot;&gt;Soldats de la Mer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/collectif/l-apocalypse-selon-eusebe&quot;&gt;&lt;strong&gt;«&amp;nbsp;L'Apocalypse selon Eusèbe&amp;nbsp;»&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, à lire en ligne ou à télécharger gratuitement tout au long de ce mois de juillet&amp;nbsp;! Un texte étrange, où la découverte du manuscrit d'un obscur moinillon du XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle prédisant des conflits futurs va provoquer l'inquiétude…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/yves-remy/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Yves Rémy&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ada-remy/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Ada Rémy&lt;/a&gt;, originellement parue dans le numéro 305 de &lt;em&gt;Fiction&lt;/em&gt; en novembre 1979, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/collectif/l-apocalypse-selon-eusebe&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1er au 31 juillet 2015. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;remy-eusebe-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/remy-eusebe-titre.jpg&quot; title=&quot;Visions d'Eusèbe…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>C comme Cool World</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/30/C-comme-Cool-World" rel="alternate" type="text/html" title="C comme Cool World" />
      <id>urn:md5:b9b496835861b77324a6ff1b9f84bee7</id>
      <published>2015-06-30T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-30T15:50:00+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on visionne sans déplaisir &lt;strong&gt;Cool World&lt;/strong&gt;, film mésestimé de Ralph Bakshi qui mêle prises de vue réelles et animation et s'impose comme la face sombre de &lt;strong&gt;Roger Rabbit&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Cool World, Ralph Bakshi (1992). 107 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-poster_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1945, le soldat Frank Harris (Brad Pitt) revient de la guerre. Trop impatient d’étrenner sa nouvelle moto, il part en virée avec sa mère. Mais une voiture conduite par un chauffard heurte leur moto, tuant la mère du soldat. Quant à Frank, encore sous le choc, il se retrouve soudain aspiré dans le Cool World : le monde des doodles – des toons, si l’on préfère. Le jeune homme va y devenir flic, et va faire respecter la règle primordiale de cet univers : en aucun cas les doodles ne doivent avoir des relations sexuelles avec des humains — eh bien, parce que ça ferait des trucs dangereux sinon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-brad.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-brad.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-brad_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Frank Harris et sa doodle chérie…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-gabriel.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-gabriel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-gabriel_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Jack Deebs à sa table de travail, en prison.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 1992, Jack Deebs, dessinateur de comics emprisonné pour avoir tué l’amant de sa femme, se retrouve soudain aspiré dans Cool World par l'une de ses créations, la pulpeuse Holli Would. Deebs déchante vite : lui qui pensait avoir inventé Cool World, il découvre que cet univers de toons existe indépendamment de lui-même. Holli Would, elle ne rêve que d'une chose : devenir une femme de chair et d'os pour aller à Las Vegas et surtout pouvoir véritablement s'envoyer en l'air. Mais les choses ne sont pas de tout repos pour le dessinateur, qui oscille entre le monde réel et Cool World. Et Holli Would est du genre tenace… Ses manigances risquent de causer le désastre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-wolves.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-wolves.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-wolves_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Holli Would règne sur Cool World.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cool&lt;/em&gt; &lt;em&gt; World&lt;/em&gt; est le dernier film en date réalisé par Ralph Bakshi, cinéaste spécialisé dans les dessins animés et qui avait déjà commis plus tôt la première adaptation du &lt;em&gt;Seigneur des anneaux&lt;/em&gt; (1978), ainsi qu'un long-métrage d’après &lt;em&gt;Fritz le chat&lt;/em&gt; (1972) de Robert Crumb — premier dessin animé à être classé X aux USA. Mais &lt;em&gt;Fritz le Chat&lt;/em&gt; a été désavoué par Crumb, et l’ambitieux &lt;em&gt;Seigneur des anneaux&lt;/em&gt;, qui adapte la première moitié du roman de Tolkien, a été assez mal accueilli par la critique, compromettant la mise en chantier d’une suite. Tous les films de Bakshi n’ont pas reçu un accueil aussi tiède : &lt;em&gt;Flipper City&lt;/em&gt; (1973) et &lt;em&gt;Les Sorciers de la guerre&lt;/em&gt; (1978) ont pour leur part récolté des critiques positives. Quoi qu’il en soit, Bakshi, après &lt;em&gt;Cool World&lt;/em&gt;, n’a plus fait grand-chose par la suite (on y reviendra), préférant se concentrer sur la peinture.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-filmo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-filmo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-filmo_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Adonc,&lt;em&gt; Cool World&lt;/em&gt; a lui aussi reçu un accueil très mitigé lors de sa sortie : les critiques ont pointé d’un doigt méchant le scénario, confus, et l’animation, parfois approximative, ainsi que le jeu de Kim Basinger (qui a récolté, pour ce que cette anti-récompense a de signifiant, un Razzie). De fait, sur l’agrégateur de critiques Rotten Tomatoes, &lt;em&gt;Cool World&lt;/em&gt; récolte un triste 4% : une tomate &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; pourrie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-comics.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-comics.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-comics_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bon nombre de défauts sont sûrement imputables à la production tumultueuse du film : à l’origine, Bakshi souhaitait réaliser un film d’horreur en animation, racontant l’histoire d’un toon et d’un dessinateur qui couchent ensemble, ont un enfant qui va se rendre dans le monde réel pour tuer son père qui l’a abandonné. Mais le scénario a été profondément remanié par le producteur, sans que Bakshi n’en sache grand-chose. D’où l’histoire, par endroits bancale ou obscure : une longue intro sur Frank Harris, guère plus qu’un personnage secondaire ; une présentation inexistante de Jack Deebs, le véritable protagoniste (joué par un Gabriel Byrne pas très motivé). Quant à Kim Basinger, dont le rôle était prévu au départ pour Drew Barrymore, sa prestation est effectivement calamiteuse : son double doodle est bien plus expressif que l’actrice de chair et de sang. Les règles du monde demeurent floues : rien n’explique vraiment les passages de Deebs entre notre univers et le Cool World. Et la réflexion sur le pouvoir de la création, l'indépendance des créations vis-à-vis de leurs auteurs demeure malheureusement minime…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-holliwould.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-holliwould.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-holliwould_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Holli Would, incendiaire…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-kim.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-kim.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-kim_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Holli Would dans le monde réel…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourtant, le film vaut mieux que ses défauts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait,&lt;em&gt; Cool&lt;/em&gt;&lt;em&gt; World&lt;/em&gt; ressemble à une version trash de &lt;em&gt;Qui veut la peau de Roger Rabbit.&lt;/em&gt; Du moins, la face sombre de Toon City, ses véritables bas-fonds où ni Roger ni Jessica n’aimeraient traîner leurs guêtres. Les décors, dantesques et effrayants, évoquent les peintures cauchemardesques de Druillet. Quant à l’univers toon, il s’avère des plus malsain : les personnages — Holli Would en tête — ont beau être hypersexués, leur vie sexuelle semble proche du néant, et ils ne pensent qu'au cul. Ou à se taper dessus, tout le temps. Comme dans les Looney Tunes et dessins animés du même acabit, mais ici de manière systématique, ininterrompue, donnant un côté inquiétant à l’ensemble. Car le monde des toons, intrinsèquement, est déjà peu rassurant, avec sa physique aléatoire et déformable, ses règles arbitraires, ses personnages aussi cruels et violents qu’incapables de mourir, sans oublier la sexualité inexistante. Il y a bien un envers à cette réalité cartoonesque, qu’explore le film de Bakshi de manière réussie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-baston.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-baston.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-baston_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le triste quotidien du Cool World : baston à tous les étages !!!&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-love.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-love.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-love_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Des amours interlopes.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus étonnant aussi, c'est la volonté d'assumer l'aspect &lt;em&gt;artificiel&lt;/em&gt; du monde des doodles. A la différence de &lt;em&gt;Roger Rabbit&lt;/em&gt;, le monde des doodles est rendu par des décors réels, non de la pure animation. Les décors sont parfois en matte painting, mais il s’agit parfois d’éléments en 2D, en trompe-l’œil, autour desquels la caméra se déplace librement. De plus, l'image est traversée régulièrement et sans raison de dessins à moitié finis : si cette ville doodle représente les bas-fonds du monde de &lt;em&gt;Roger Rabbit&lt;/em&gt;, rien d’anormal à ce que s’y trouvent des crayonnés. Enfin, sans oublier la musique, aux sonorités synthétiques venant tout droit des eighties, avec ses rythmes martelés, mécaniques qui ajoutent à l’ambiance folle et frénétique du film (l’album du film comporte notamment des titres méconnus de David Bowie ou Brian Eno) et achèvent de transformer Cool World en une descente aux enfers absurde. À ce titre, l’arrivée de Deebs dans le Cool World est représentative : le dessinateur tombe en plein milieu d’un bar, peuplé de loups se trémoussant en chœur face à une Holli Would se déhanchant de manière suggestive.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-cauchemar.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-cauchemar.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-cauchemar_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Des décors cauchemardesques…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-c-fake.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-c-fake.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol1-c-fake_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le réverbère n'est qu'un morceau de décor en 2D, cela se voit et c'est assumé.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une ambiance unique, donc, qui sauve le film du naufrage complet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis 1992, les activités cinématographiques et télévisuelles de Ralph Bakshi se sont restreintes. Quelques téléfilms (&lt;em&gt;Cool and the Crazy&lt;/em&gt;, 1994, avec un jeune Jared Leto), une série animée pour HBO vite annulée (&lt;em&gt;Spicy City&lt;/em&gt;, 1997). En février 2013, Bakshi a lancé une campagne de financement participatif pour un nouveau projet : &lt;em&gt;The Last Days of Coney Island&lt;/em&gt;. Le crowdfunding ayant réussi, on attend de voir…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Irregardable : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>La Bibliothèque Orbitale - Episode 62</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/29/La-Bibliotheque-Orbitale-Episode-62" rel="alternate" type="text/html" title="La Bibliothèque Orbitale - Episode 62" />
      <id>urn:md5:c0e5174287514bdc9de8461744edcecb</id>
      <published>2015-06-29T15:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-09-18T16:55:18+02:00</updated>
                  <author>
        <name>philippeboulier@aol.com</name>
      </author>
              <dc:subject>La Bibliothèque orbitale</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Boulier</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bibliorb-epi62-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi62-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après huit mois de vacances aux quatre coins du monde, de Colmar à Mulhouse, Philippe Boulier est enfin de retour aux commandes de sa station spatiale russe abandonnée. Et cette fois, il n'est pas seul. Il revient en compagnie d'un nombre considérables de caisses de boissons alcoolisées et de Wilfrid Tiedtke, que les plus vieux d'entre vous ont pu lire au siècle dernier dans le magazine Ciné-News. Ensemble, ils parlent donc séries TV, et plus particulièrement de deux séries super-héroïques : &lt;strong&gt;The Flash&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Arrow&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;bibliorb-epi62-heros.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Podcast/bibliorb-epi62-heros.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Accompagnement musical :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;- &lt;u&gt;&lt;strong&gt;Daniel Johnston&lt;/strong&gt; : Fun&lt;/u&gt;&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Love Wheel&lt;br /&gt;
&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; - Foxy Girl&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>B comme Bazaar Maniac n°7</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/26/B-comme-Bazaar-Maniac-7" rel="alternate" type="text/html" title="B comme Bazaar Maniac n°7" />
      <id>urn:md5:dc3bed954b8223bb01ef6d43b1c3476e</id>
      <published>2015-06-26T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-26T12:02:54+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-b-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-b-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on redécouvre les fanzines de SF avec &lt;strong&gt;Bazaar Maniac&lt;/strong&gt;, dont le premier numéro (à moins que ce ne soit le septième) est sorti en début d'année…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Bazaar Maniac, collectif (février 2015). Auto-édité. 64 pages A5.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Un fanzine ! Un vrai ! Soixante-quatre pages en noir et blanc agrafées ! Avec une couverture joliment monstrueuse de Stéphane Perger.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis Internet, les fanzines papier se font rares. Et l’on ne peut que s’étonner – et se réjouir – d’en voir naître un. Le sommaire de ce premier numéro de &lt;strong&gt;Bazaar Maniac&lt;/strong&gt; (numéroté septième, &lt;em&gt;parce que&lt;/em&gt;) se place sous l’égide des monstres et de l’utopie (en gros).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-b-numero7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-b-numero7.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Tremblez, pauvres mortels !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans « Symphonie déchirante », Simon Bouin nous présente un groupe, les Jaspin, dont chacun des membres joue d’un instrument bien particulier. Le cordophone pour Grattoir le cul-de-jatte, un aérophone en mâchoire pour le demi-siamois La Renifle, et des percussions en peaux humaines pour l’hénaurme Poussette… La nouvelle raconte l’un de leurs concerts, mortel, littéralement. (Ledit concert évoque passablement la fameuse prestation des Cramps à l’hôpital psychiatrique de Napa.) Un texte intéressant, à l’imaginaire pas éloigné des cruels esmoignés hantant &lt;strong&gt;Féerie pour les ténèbres&lt;/strong&gt; de Jérôme Noirez, mais un peu trop court…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Le Virus Stevenson » de Jérôme Spenlehauer souffre d’un même défaut de brièveté. L’histoire est celle de Lisa, cadre d’entreprise qui rentre chez elle pour découvrir son automate à tout faire, un androïde (sur)nommé Patrick, en mode « inappétence ». Il s’avère que le problème est plus grave que prévu, et un simple reboot n’y changera rien.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas grave à dire sur « Virgo Vestalis Maxima » de luvan : la nouvelle est superbement écrite, il n’y a pas à tergiverser sur la plume de l’auteure. Mais je suis passé totalement à côté de l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au cœur de &lt;strong&gt;Bazaar Maniac&lt;/strong&gt;, une courte BD adapte « La Fille du géant de gel » de Robert Howard. Conan est le seul survivant d’une bataille contre des Vanirs. Perdu dans des contrées enneigées, il rencontre une femme sublime, qui le nargue et l’attire plus loin dans les profondeurs de la forêt… Bien entendu, il s’agit d’un piège. À moins que — attention au twist !! — Conan n’ait fait que rêver, alors que le froid s’emparait de lui. L’histoire, fort brève, a acquis un petit goût d’éculé avec le temps : baston et re-baston, chute ramenant la nouvelle vers le fantastique. Les dessins de J.B. Casanova : mouais, peut mieux faire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un peu plus loin, Léo Henry propose une pochade avec « Waffen SF », où il est question de recherches entreprises par l’Ahnenerbe à la fin de la Seconde Guerre mondiale afin de produire une littérature propre à un Reich censé durer mille ans. Erudit et amusant. L’exercice en mystification se poursuit avec &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/06/26/B-comme-Bazaar-Maniac-7#&quot;&gt;Julius Wild&lt;span&gt;Philippe Boulier, tu es démasqué !&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;: « Django contre Godzilla » raconte, sous la forme d’un recueil d’entretiens, la carrière cinématographique de l’un des plus mauvais réalisateurs que le neuvième art ait connu, Edward Stampede. Mêlant western et nudies, son œuvre a culminé dans l’improbable crossover entre le monstre de la Tōhō et l’esclave évadé imaginé par Sergio Corbucci. Dommage que ce film s’avère fictif, il aurait trouvé sa place dans ce blog sans le moindre doute.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le sommaire des fictions se conclut avec « La Tempête » de Cyril Amourette, poème s’inscrivant dans le projet &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://ilyadesportes.fr/&quot;&gt;Il y a des portes&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. Intrigant, mais je ne saurai là non plus en dire plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois articles complètent &lt;strong&gt;Bazaar Maniac&lt;/strong&gt;. Le premier, « Alcool &amp;amp; Statistiques » d’un certain Grégoire est une étude… eh bien, statistique sur le rapport entre le nom des cocktails, leurs ingrédients et leur qualité. D’où il ressort que rien ne vaut le test in situ. Un peu court, cher Grégoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Plus loin, Thierry Jandrok propose un « Prélude à la fonction des utopies », article qui s’interroge sur la SF ainsi que les utopies et leur dévoiement au fil du XXe siècle. Tandis que les utopies, qu’elles soient américaines ou nazies, ne mènent qu’à l’inhumanité, la SF (quel que soit son médium d’expression) se consacre davantage à la description de dystopies. Thierry Jandrok voit ainsi dans Matrix des frères Wachowski la dernière œuvre marquante de la science-fiction. Intéressant, on attend la suite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, Philippe Boulier revient sur &lt;strong&gt;Le Cri du corps&lt;/strong&gt;, roman de Claude Ecken racontant la trouble relation entre une jeune médecin et un monstrueux patient. Un article pertinent que &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2014/09/23/Le-Cri-du-corps&quot;&gt;l’on peut lire ici&lt;/a&gt;. Et le roman en question &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/claude-ecken/le-cri-du-corps_numerique&quot;&gt;par là&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;In fine&lt;/em&gt; , ce premier numéro de &lt;strong&gt;Bazaar Maniac&lt;/strong&gt; s’avère globalement convaincant, et l’on ne peut que se déclarer impatient de lire le numéro 6, ou 8, ou 14, ou 777 – la suite, quoi – de ce fanzine. L’&lt;em&gt;old school&lt;/em&gt; a du bon…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui (mais on peut le dénicher dans quelques lieux méconnus du commun des mortels, comme la librairie Scylla à Paris ou Galaxy-bis à Strasbourg)&lt;br /&gt;
Illisible : non&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>A comme Assise devant un décor de tempête</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/24/A-comme-Assise-devant-un-decor-de-tempete" rel="alternate" type="text/html" title="A comme Assise devant un décor de tempête" />
      <id>urn:md5:10f914f104f335c9733802f67ba510c9</id>
      <published>2015-06-24T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-24T12:23:23+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-a-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-a-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à&amp;nbsp;&lt;strong&gt;Assise devant un décor de tempête&lt;/strong&gt;, étrange premier roman de Didier Pemerle, à qui l'on doit les traductions de &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; ou de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ian-watson/l-enchassement_belial&quot;&gt;L'Enchâssement&lt;/a&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Assise devant un décor de tempête, Didier Pemerle. Robert Laffont, coll. « L’Ecart », 1970. 146 pp., poche.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;En Bifrostie, l’on connaît surtout Didier Pemerle pour être l’émérite traducteur de quelques-uns des chefs d’œuvre du genre : &lt;strong&gt;L’Enchâssement&lt;/strong&gt; certes, que l’on vient de rééditer, mais aussi &lt;strong&gt;Tous à Zanzibar&lt;/strong&gt; ou &lt;strong&gt;Rendez-vous avec Rama&lt;/strong&gt;. Voilà qui en impose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-a-autres.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-a-autres.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais, chose moins connue, Pemerle est également l’auteur d’une poignée de romans, publiés dans les années 70 et 80. Le premier d’entre eux est le présent &lt;strong&gt;Assise devant un décor de tempête&lt;/strong&gt; (joli titre au demeurant), dont la quatrième de couverture ne fait pas dans l’humilité : « Lautréamont et Tex Avery au pays de James Bond ». Rien que ça !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-a-assise1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-a-assise1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tentons de résumer &lt;strong&gt;Assise…&lt;/strong&gt; Il y a Fred et Grabu, deux espions qui font leur boulot d’espionnage, quelque part en Afrique (??). A un moment donné, Grabu vide le chargeur de son flingue dans le ventre de Fred, parce qu’il le soupçonne de faire double jeu, et rentre en métropole. En réalité, Fred n’est pas mort, et entame une nouvelle mission. Dans ce coin d’Afrique, il y a un savant fou qui ôte les cerveaux de ses victimes pour les remplacer par un appareil de sa conception… Le sinistre individu et ses assistants ont déjà sévi sur plusieurs millions de personnes. Et puis il y a ce qu’on a appelé faute de mieux l’hydrotome, cette masse liquide formée du contenu des océans, qui s’est détaché de la Terre avant de s’écraser sur la Lune – de sorte que l’eau se fait rare sur notre globe.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Les navires envoyés en reconnaissance ne dépassèrent pas le cap de Magellan ou la Tasmanie : une montagne liquide, sillonnée de courants imprévisibles, se dressait devant eux. La montagne devint visible à toute une partie de l’hémisphère austral et envahit le ciel. Une gigantesque marée y affluait, asséchant les littoraux jusqu’au pôle Nord, dont la banquise reposait, penchée, sur le fond rocheux et les algues pauvres à découvert. Les photos enregistrées par les satellites montraient une goutte reliée au pôle Sud de la terre par un isthme qui chaque jour s’amenuisait. Une lune transparente s’éloigna dans le ciel. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le moins que l’on puisse dire est que le roman est luxuriant – autre manière de dire que c’est passablement le bazar. Encore que la seconde moitié du roman explicite par endroit les bizarreries de la première. Le style est volontiers complexe, surréaliste, rendant l’intrigue particulièrement ardue à suivre. Divisé en deux parties de taille quasi identique, &lt;strong&gt;Assise…&lt;/strong&gt; évite les paragraphes et les dialogues, tous ces marqueurs permettant au lecteur de se repérer aisément dans un livre. Passé et présent se mêlent, parfois au sein de la même phrase – à moins que ce ne soient les réalités qui entrent en collision. Les protagonistes meurent, ou pas. Parfois pour de faux, et parfois pour de vrai mais en fait non…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Il fut tué dans un accident de voiture mais n’en mourut pas. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Les personnages sont schématiques, plus des silhouettes qu’autre chose. L’important ne réside pas là. &lt;strong&gt;Assise devant un décor de tempête&lt;/strong&gt; s’aventure quelque peu en territoire science-fictif, à la manière de Maurice Leblanc ou Maurice Renard, dès lors qu’il est question de ce savant fou transplantant les cerveaux ou de cette masse aquatique quittant de manière inopinée la Terre et des conséquences funestes que cela implique. Dans le genre, &lt;strong&gt;Assise devant un décor de tempête&lt;/strong&gt; fait aussi irrésistiblement penser à &lt;strong&gt;Jerry Cornélius&lt;/strong&gt; de Michael Moorcock, ensemble de romans, parodies d’espionnage, plutôt foutraques et à peine lisibles.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Grabu ouvre la fenêtre et crie : qui veut voir le patron des services secrets de contre-espionnage, regardez bien, il va sortir de chez moi. Les passants fuient. Les commerçants baissent leurs rideaux de fer. Grabu voit le patron qui vient de dévaler les escaliers saisir la poignée de la portière au moment où le chauffeur fait démarrer la voiture. Il est traîné sur quelques dizaines de mètres puis lâche la poignée et reste allongé sur la chaussée au milieu d’une tache qui s’étend, sèche et se craquelle sous le soleil. Une jeune femme enjambe le corps avec grâce et rejoint un groupe de touristes qui lui demandent de répéter ce mouvement et qui la photographient enjambant le corps du patron.&lt;br /&gt;
Plus tard, les pompiers arrivent, aspergent d’eau glacée le patron qui se redresse, s’ébroue, et demande qu’on le ramène à son bureau avant toute chose. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-a-influences.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-a-influences.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’intérêt du roman se situe essentiellement dans son style. Ici, l’écriture se fait effective : au lieu de &lt;em&gt;décrire&lt;/em&gt; les événements étranges, elle-même se fait l’instigatrice de ces bizarreries. Une écriture &lt;em&gt;magique&lt;/em&gt;, en somme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Une curiosité. Pourquoi pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui&lt;br /&gt;
Illisible : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>1 comme 1</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/22/1-comme-1" rel="alternate" type="text/html" title="1 comme 1" />
      <id>urn:md5:128e37ba0d5d61d578f7358c4bbfee43</id>
      <published>2015-06-22T14:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-06-22T14:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Et c'est reparti pour un tour d'alphabet… mais l'on commence par un chiffre&amp;nbsp;: &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;. En ce qui nous concerne, c'est le titre d'un récent film hongrois, qui adapte de manière curieuse une nouvelle de Stanislas Lem.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;1, Pater Sparrow, 2009. 91 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt; a beau porter un titre qui a la grandeur de la simplicité, ce n’en est pas un film simple pour autant. Il s’agit de l’adaptation d’une nouvelle de Stanislas Lem, « Une minute de l’humanité », parue dans le désormais introuvable recueil &lt;strong&gt;Bibliothèque du XXIe siècle&lt;/strong&gt;, par le cinéaste hongrois Pater Sparrow, dont il s’agit du premier (et seul pour le moment) long-métrage après plusieurs courts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« This book is no joke. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Le générique montre des images de records humains, digne du livre Guiness des records. Une voix off nous parle d’un livre, inadaptable en film : le fameux &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; dont il va être question.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un soir, dans une librairie spécialisée dans les livres rares… Ne restent plus que le patron, Al F. Evenson, son employée (et potentielle maîtresse), Maya Satin, et le mutique préposé au ménage, Agnus Andersen. Ainsi qu’un dernier client, Swan Tamel, émissaire du Vatican, qui demande à voir les livres les plus rares. C’est en se rendant dans la réserve qu’Evenson constate que &lt;em&gt;tous&lt;/em&gt; les livres ont été remplacés par les centaines d'exemplaires de &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;. Cet ouvrage, un véritable pavé, est rempli de colonnes de chiffres. Evenson prévient la police, mais c’est Phil Pitch, de l’Institut de Défense de la Réalité, qui prend l’enquête en charge. Pitch, qui a déjà résolu avec brio quelques affaires mystérieuses par le passé, et qui est sans nul doute la personne la plus habilitée à s’occuper de ce cas étrange. À moins qu’il ne s’agisse d’un canular.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-livre1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-livre1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les quatre personnes présentes dans la librairie au moment des faits – Evenson, Miss Satin, Agnus et Tamel – sont suspectes : il faut bien que l’une d’entre elles soit responsable. D’autant que dans le lot, Tamel a un comportement plutôt suspect. Pour faire bonne mesure, les voilà tout quatre bien vite enfermé à l’IDR, en compagnie d’enfants spéciaux, et où Phil Pitch tente de les casser. Dans le même temps, à l’extérieur, &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; se répand : à croire que les autres disparaissent, ou sont plus précisément remplacés par des exemplaires de &lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;. La folie gagne le monde…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-rdi.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-rdi.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’analyse des données du livre montrent peu de chose : impossible d’en retrouver l’auteur (les auteurs ?), pas plus que l’imprimeur ou le fabricant de papier. En revanche, les enquêteurs constatent que les colonnes de chiffres y décrivent de manière très précise une minute (future ?) dans la vie de l'humanité. Quant à Phil Pitch, il s’y perd, et certains voient là une occasion de le mettre sur la touche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis il y a des poires, qui apparaissent sans raison. Je soupçonne un jeu de mots idiot en anglais : &lt;em&gt;a pear&lt;/em&gt; / &lt;em&gt;appear&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-poires.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-poires.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt; est un film curieux, sorte d’ovni cinématographique à l'ambiance glauque, sale, vieillie. Complot, paranoïa et réalité truquable (truquée ?) y règnent en maîtres. La première heure du long-métrage, intrigante et paranoïaque à souhait, est réussie, riche de promesses : les enfants enfermés à l’Institut de Défense de la Réalité (tout un programme), l’origine du livre, les manigances d’un collègue de Pitch… Malheureusement, &lt;em&gt;1&lt;/em&gt; s’égare dans sa dernière demi-heure, perdant le spectateur dans la foulée. Le film ne fait que soulever des mystères, prend soin de ne répondre à rien, et se conclut… bon, pas grand-chose à dire de la fin. Dommage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-vica1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-vica1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Maya Satin&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-philpitch.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-philpitch.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Phil Pitch, chiffonné&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-tamel.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-tamel.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Tamel et ses faux airs de Francis Valéry&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelques mots sur les acteurs… Zoltán Mucsi (Phil Pitch) a des faux airs d’Homme à la cigarette – mais entre complotistes, c’est sûrement normal… László Sinkó (Tamel) ressemble étrangement à Francis Valéry, avec quelques années de plus. Encore un complot ? Mais c’est surtout Vica Kerekes (Maya Satin) qui illumine &lt;em&gt;1&lt;/em&gt; de sa présence – quoique de manière moins incendiaire que dans &lt;em&gt;Muzi v nadeji&lt;/em&gt; (2011). Cependant, Pater Sparrow abuse un chouïa de la plastique de la jolie rouquine, au travers de quelques scènes de cul pas forcément justifiées par le scénario.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-lem.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-lem.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;1&lt;/em&gt; s’avère une adaptation très libre de la nouvelle de Stanislas Lem. Ladite nouvelle consiste en la critique, par Lem, d’un ouvrage fictif intitulé &lt;strong&gt;Une minute de l’humanité&lt;/strong&gt;, pavé à faire rougir de jalousie le livre Guiness des records, et qui balance tout au long de ses pages des statistiques pour établir &lt;em&gt;tout&lt;/em&gt; qui se passe chez nous autres humains en soixante secondes : morts, naissances, conceptions… Lem fait mine de s’interroger sur l’origine de ce livre, ses deux réimpressions, et en profite pour livrer une de ces satires acerbes, misanthropes, dont il a le secret.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-livre2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-livre2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les adaptations des œuvres de Stanislas Lem (auteur sur lequel on reviendra) produisent toujours des résultats étranges, peu susceptibles de mettre tout le monde d’accord. &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; dans ses deux adaptations : les uns trouveront la version d’Andrei Tarkovski (1972) splendide ou bien longue et creuse ; celle de Steven Soderbergh (2002) se focalise sur l’histoire d’amour au détriment de l’exercice de xénopensée, dommage. Plus récemment, &lt;em&gt;Le Congrès&lt;/em&gt; (2013) d’Ari Folman, d’après &lt;strong&gt;Le Congrès de Futurologie&lt;/strong&gt;, a le mérite d’exister et de proposer quelque chose de différent… La partie en prises de vues réelles est la plus réussie, avec une Robyn Wright éclatante. Le passage en dessin animé convainc un peu moins. Sans oublier l’adaptation à la télé allemande des aventures d’Ijon Tichy (2007) : l’humour, comme on dit, est l’une des choses les moins partagées au monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol1-1-vica2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol1-1-vica2.jpg&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;1&lt;/em&gt; , comme on l’a dit plus haut, est le premier long-métrage de Pater Sparrow. Depuis, le réalisateur a entre autres travaillé sur &lt;em&gt;aurA&lt;/em&gt; (2011), une mini-série hongroise en 4 épisodes, &lt;em&gt;The Dead Poet&lt;/em&gt; (2015), un film à sketches. Il a été récemment été annoncé qu’il allait adapter &lt;strong&gt;L’Arrache-cœur&lt;/strong&gt;, le roman de Boris Vian. À suivre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui (&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=5VorGmTXe84&quot;&gt;non&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;
Irregardable : faut s’accrocher un peu&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 16 juin 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/19/Journal-d-un-homme-des-bois-16-06-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 16 juin 2015" />
      <id>urn:md5:31526b3f50e78a7701701fb7ded6ebeb</id>
      <published>2015-06-19T16:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-19T16:18:06+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;Où Francis Valéry nous explique sa rencontre avec le Silence, le vrai silence. Et avec nul autre disque que le &lt;strong&gt;Rouge&lt;/strong&gt; de Goldman, Fredericks &amp;amp; Jones…&lt;img alt=&quot;jhb-20150616-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150616-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois que c’est à la toute fin de l’année 1993 que j’ai entendu le silence pour la première fois. C’est arrivé alors que je venais de glisser dans le lecteur de CD le nouvel album du trio Goldman-Frederiks-Jones : &lt;em&gt;Rouge&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Jusqu’à ce jour, je pensais que le silence, c’était simplement l’absence de bruit – ou, plus prosaïquement, un niveau de bruit suffisamment faible pour ne pas attirer l’attention du cerveau. Nous savons tous, par expérience, qu’il suffit que le bruit en question prenne un peu de volume ou qu’une personne à nos côtés attire notre attention sur lui, pour que notre cerveau soudain s’y intéresse, l’analyse, le décrypte, le rende intelligible, lui confère un sens… et du coup notre conscience s’en empare. Enfin, il me semble que ça fonctionne un peu comme je viens de dire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais en fait, dans le vrai monde, le silence absolu, le néant acoustique, la totale privation sensorielle – on appellera ça comme on veut – ça n’existe pas ! Il y a toujours un infime bourdonnement, un bruissement de feuille, le ronronnement d’un appareil électrique… c’est le son de la vie ; et même quand ça s’arrête (on au moins quand on a l’impression que ça s’est arrêté), il reste quelque chose : comme la pulsation de l’univers, le fait qu’une conscience globale nous entoure de sa bienveillante attention (désolé, là, c’est mon côté écolo-bouddhiste…)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En musique, le silence, c’est quand les musiciens arrêtent de jouer – et avant que le public (si c’est en public) ne se manifeste ; ou avant que le guitariste engueule le batteur parce qu’il a chié un roulement l’empêchant de par le fait d’envoyer son accord quand il aurait fallu, à moins que le batteur engueule le guitariste parce qu’il n’a pas plaqué l’accord qu’il fallait sur le coup de cymbale pourtant annoncé par un roulement. Ou avant que l’ingénieur du son ne suggère de tout arrêter et de reprendre demain, parce que là, les gars, franchement, vous êtes trop nazes – d’autant que le stock de substances est épuisé. Bon. On a tous connu ça.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais ce silence-là, il est encombré de mille ronflettes – des micros, des amplis, des pédales d’effet, etc. Si vous écoutez la musique chez vous, vous savez bien que le meilleur ampli a toujours un petit bruit de fond (même tout rikiki) qui passe dans les enceintes, même si vous avez un super équaliseur avec plusieurs dizaines de bandes de fréquences à atténuer, voire à couper. Surtout si votre matériel a été acheté sur eBay – je pense en particulier aux lampes déstockées par carton de vingt par des membres de l’ex-armée soviétique ayant pillé les stocks après la chute du mur de Berlin, ce qui ne nous rajeunit pas. En même temps, tout le monde n’utilise pas une tri-amplification à tubes, ça va tout de même chercher son client. Et, soyons honnêtes, vu le prix auquel on touche de tels cartons, même si les trois quarts des lampes ne valent pas tripette, le quart restant n’en est pas moins une super affaire – quand on sait combien ça coûte pour changer les tubes d’un double push-pull de quatre EL34 ou autres 6L6 (c’est quasiment les mêmes caractéristiques) de l’étage de puissance des graves, de 100 watts RMS en classe A, si vous voyez ce que je veux dire ; mais peut-être que je m’égare un peu…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, il y a du bruit. Et vous l’entendez, pour peu que vous ayez l’oreille vraiment fine – et en principe c’est le cas des musiciens, à moins que comme Beethoven vous ne soyez tellement sourd que vous pensez être peintre et non pianiste, mais c’est un cas vraiment limite. Et je sens que je m’égare à nouveau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, voilà : le silence absolu, ça n’existe pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, j’en étais arrivé à cette conclusion…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150616-rouge.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150616-rouge.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis, à la toute fin de l’année 1993 – ou peut-être dans les premiers jours du mois de janvier 1994 – j’ai glissé dans un lecteur de CD l’album &lt;em&gt;Rouge&lt;/em&gt;, tout frais sorti. C’était l’époque où je plaçais Jean-Jacques Goldman au sein du trio des plus immenses compositeurs français de musique populaire, avec Michel Berger et Serge Gainsbourg – mais ne le répétez pas, les mauvaises langues en concluraient que j’estime le talent consubstantiel à la judéité. Alors, il y a eu ce premier morceau sobrement intitulé « Serre-moi ». Avec la voix de Goldman, enrobée d’un effet façon cabine Leslie sur la guitare de Jimi Hendrix à la fin du dernier morceau de l’album &lt;em&gt;Axis: Bold as Love&lt;/em&gt;. En moins bien, toutefois. Et autour de cette voix, il y a comme un nappage de musique, une discrète bruine de synthétiseur, un peu vaporeuse et traversée d’effets de déphasage. Et puis, tout soudain, il a le Silence – aussi bref qu’inattendu. Godferdoum ! À quatre reprises, au cours de la première minute, la musique s’arrête tout soudain comme on dit en Helvétie – d’une manière tellement abrupte qu’on en a le vertige ! Comme si la matière sonore avait été tranchée net pour vous laisser au bord d’un gouffre. Le Silence ! C’est donc ça, le silence…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passé le choc, j’ai écouté la chanson jusqu’à la fin, puis je l’ai remise au début, encore et encore… jusqu’à ce que je me mette à trépigner en me demandant « Mais comment ils font ça ! » À l’époque, ça faisait vingt-cinq ans que j’avais commencé à gratouiller sur une guitare, et pas loin de vingt ans que j’avais l’habitude de travailler en studio, pour les uns ou pour les autres, parfois pour moi-même. Jamais je n’avais entendu un tel silence – même sur les meilleures enceintes de monitoring. Comment faisaient-ils cela ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors, j’ai écrit un petit mot dans ma tête, sur une feuille de papier. Et j’ai plié et glissé cette feuille de papier dans une enveloppe imaginaire. Et je l’ai déposée dans une boite aux lettres tout aussi imaginaire, aux bons soins de l’univers. Adressée à moi-même, aussi loin dans le futur qu’il serait nécessaire pour que je dispose alors de la réponse à la question : comment font-ils cela ? Ou, pour le moins, que je sois capable de la trouver – au cas où j’aurais cessé depuis belle lurette de la chercher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et la nuit dernière, la lettre est arrivée. Ça m’a arraché de mon sommeil ! Je me suis levé, façon zombie, les bras en croix comme un catamaran ivre. J’ai été cherché &lt;em&gt;Rouge&lt;/em&gt; dans ma discothèque – j’ai toujours ce somptueux coffret en métal moulé, glissé à l’intérieur d’un livre d’art grand format (du coup, je le range avec les vinyles), reçu en cadeau de Noël ou d’anniversaire, je ne sais plus, à la toute fin de l’année 1993 – ou peut-être dans les premiers jours du mois de janvier 1994. Merveilleux souvenir d’une époque qu’il m’arrive de regretter…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n’avais pas réécouté &lt;em&gt;Rouge&lt;/em&gt; depuis peut-être dix ou quinze ans. J’ai allumé ma chaîne principale – celle avec des enceintes monstrueuses de l’époque où on savait fabriquer du matériel Hi-Fi en privilégiant le son et pas le look. (Et en se foutant du poids et de l’encombrement !) J’ai glissé le CD dans un des lecteurs, j’ai appuyé sur play après avoir, à titre préventif, poussé le volume de l’ampli sur le repère « vibration des murs », peu avant le repère « explosion des vitres ». Et à une puissance sonore qu’on peut se permettre uniquement lorsque l’on vit à la campagne, à la lisière du trou du cul du monde, j’ai entendu le Silence comme je ne me souvenais pas l’avoir jamais entendu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avec vingt ans d’expérience de plus, j’ai intuitivement compris comment on pouvait sans doute susciter un tel silence – j’avais cessé depuis longtemps d’y penser. C’est une question de pur mixage, non de prise de son. Ça m’a pris deux bonnes heures, assis devant mon écran à tripoter un vieux mixe d’une des chansons qui n’en demandait pas tant, pour y creuser un tel vertige – enlever de la chiure de décibel là où il est supposé ne plus y en avoir, en somme. Ça a un côté homéopathique : diluer le son au-delà du pourcentage où, matériellement parlant, il ne peut plus y avoir ne serait-ce qu’une molécule de produit sonore actif. Aller jusqu’au fond de la mémoire des choses. À ce niveau-là, la musique ressemble à la mécanique quantique. Lorsque l’électron devient l’un des passages, en creux, vers l’Envers du Monde. Là où réside le Silence.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et puis je suis retourné dormir une paire d’heures – la nuit avait été un peu courte, tout de même.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au matin, je me suis souvenu que mon vieux copain Jean-Jacques Girardot, acousmaticien et scribe de miracles de son état, organisait avec sa compagne, Annie, organisatrice de plein de trucs, et la sémillante Laurence Bourdin, électro-vielliste alto de son état, praticienne d’une 4XB, la Rolls de la vielle à roue sortie des ateliers de notre ami Philippe Mousnier (« une vielle de qualité s’achète chez Philippe Mousnier », disait déjà en son temps le regretté Coluche, enfin, il me semble), donc, bref, tous ces gens parfaitement aimables organisent cet été un stage de plusieurs jours autour de la pratique de l’instrument (mais pas que) et de l’improvisation (mais pas seulement). Laurence est une vielliste volontiers avant-gardiste et de grand talent ; Jiji distille, par ailleurs et entre autres, un cours au Conservatoire de Saint-Etienne sur Reaper, la Rolls des séquenceurs. Que du bel et bon. Les places sont très limitées – à l’heure qu’il est, je ne suis pas certain qu’il en reste plus de deux ou trois. Alors si la musique à la montagne (ça se passe dans un hameau en Ardèche, entièrement retapé où l’on peut loger peinard et bénéficier d’un studio d’enregistrement sur place) avec des gens talentueux et bons pédagogues vous intéresse, &lt;a href=&quot;http://www.ciegraindeson.net/index.php/interventions-pedagogiques/stages &quot;&gt;c’est là qu’il faut vous renseigner&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Ursula fait son cinéma : Terremer</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/18/Ursula-fait-son-cinema-2" rel="alternate" type="text/html" title="Ursula fait son cinéma : Terremer" />
      <id>urn:md5:b870b555f964eb55974d1e303e6f25fe</id>
      <published>2015-06-18T11:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-06-18T11:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/27/Ursula-fait-son-cinema-1&quot;&gt;L'Autre Côté du rêve&lt;/a&gt; et les deux films TV qui s'en inspire, terminons — toujours en complément du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;Bifrost 78&lt;/a&gt; consacrée à l'auteure — notre exploration des adaptations télévisuelles des œuvres d'&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ursula-k-le-guin/&quot;&gt;Ursula K. Le Guin&lt;/a&gt;, avec le &lt;strong&gt;cycle de Terremer&lt;/strong&gt;, porté sur petit (&lt;em&gt;La Prophétie du sorcier&lt;/em&gt;) et grand écran (&lt;em&gt;Les Contes de Terremer&lt;/em&gt;)…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans un premier article, l’on s’est intéressé aux deux adaptations télévisuelles de &lt;strong&gt;L’Autre Côté du rêve&lt;/strong&gt; d’Ursula Le Guin, l’une intéressante mais vieillie, l’autre récente mais aussi fade que soporifique. Il est temps maintenant de passer à un autre pan de l’œuvre de l’auteure : le « cycle de Terremer », lui aussi porté à deux reprises à l’écran, pour des résultats variables.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Les romans&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-livre7.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-livre7.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Couverture d'Alain Brion, pour l'omnibus le plus récent…&quot; /&gt;Pour ceux qui, dans le fond de la salle, n’auraient pas suivi ou qui auraient vécu en hibernation depuis quarante-cinq ans, le cycle de Terremer se compose de six livres. Les trois premiers romans, assez brefs, sont parus au tournant des années 70. &lt;strong&gt;Le Sorcier de Terremer&lt;/strong&gt; (1968) raconte l’histoire d’Epervier, jeune homme qui se révèle des dons pour la magie. Le magicien Ogion le prend sous son aile, mais Epervier est d’une nature impatiente et impulsive. Bientôt le voilà sur l’île de Roke, à l’école de magie pour y perfectionner son art. Un défi avec un condisciple provoque l’apparition d’une créature maléfique, le gebbeth, qui rompt l’équilibre des choses et n’aura de cesse de poursuivre le jeune magicien. &lt;strong&gt;Les Tombaux d’Atuan&lt;/strong&gt; (1971) se focalise sur Tenar, jeune fille supposée être la réincarnation de la grande-prêtresse d’un culte d’êtres chtoniens, les Innommables. Confinée dans cette religion, prisonnière même, elle va découvrir avec l’arrivée d’Epervier que le monde est plus riche que tout ce qu’elle a pu croire. Enfin, &lt;strong&gt;L’Ultime Rivage&lt;/strong&gt; (1972) clôt temporairement le cycle. Voilà Epervier devenu Archimage, mais l’équilibre de l’archipel est à nouveau en péril ; les frontières entre le séjour des vivants et celui des morts se fait poreux. Accompagné du jeune Arren, en qui il pressent un grand destin, Epervier va se lancer dans une odyssée jusqu’aux portes de la mort.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-livre123.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-livre123.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les trois premiers romans du cycle, illustrés par W. Siudmak.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après une pause de presque vingt ans, Ursula K. Le Guin est retournée dans le monde de Terremer avec &lt;strong&gt;Tehanu&lt;/strong&gt; (1990). Sous-titré trompeusement « le dernier livre de Terremer », le roman voit Tenar adopter une fillette, rejetée par ses parents : Therru. Dans le même temps, Ged revient, malade et épuisé après les événements de &lt;strong&gt;L’Ultime Rivage&lt;/strong&gt;. &lt;strong&gt;Les Contes de Terremer&lt;/strong&gt; (2001), comme son titre l’indique, est un recueil de nouvelles approfondissant l’univers ; la novella « Libellule » en particulier fait le lien entre &lt;strong&gt;Tehanu&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Le Vent d’ailleurs&lt;/strong&gt; (2001). Dans cet ultime (pour de bon, cette fois ?) roman, tous les protagonistes des textes précédents sont convoqués, afin de mettre fin à la menace représentée soudain par les dragons…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-livre456.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-livre456.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les trois derniers romans, illustré avec moins de bonheur par J. Paternoster…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si la &lt;em&gt;fantasy&lt;/em&gt; de la première moitié du cycle apparaît classique (encore que bien loin du canon tolkiennien), celle de la seconde moitié voit Le Guin se consacrer à des thématiques plus personnelles. Rôles et fonctions des personnages s’inversent, pour un résultat peut-être plus déstabilisant et plus difficile d’accès.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour plus de détails sur ce cycle, on pourra se reporter au &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 78, à l’article de fond que Laurent Leleu consacre aux livres le composant et à leurs thématiques.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Terremer, La Prophétie du sorcier (2004)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Terremer, La Prophétie du sorcier&lt;/em&gt; est une mini-série en deux parties de 90 minutes, diffusée sur SyFy fin 2004, qui reprend les deux premiers romans du cycle : &lt;strong&gt;Le Sorcier de Terremer&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Les Tombeaux d’Atuan&lt;/strong&gt;. Cette mini-série souffre d’une très mauvaise réputation… amplement justifiée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-poster2004.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-poster2004.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.le-guin-cinema-2-poster2004_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le téléfilm raconte l’histoire de Ged, jeune homme peu satisfait de son destin de forgeron. Doté de pouvoirs magiques, il est rapidement pris sous l’aile du mage Ogion, mais Ged est impatient. Dans le même temps, le roi des îles kargades, Tygath, a entrepris la conquête de Terremer et veut libérer les Innommables, des démons qui, croit-il, lui accorderont l’immortalité. Les Innommables demeurent pour le moment enfermés dans le temple d’Atuan, mais Tygath escompte bien que son amante, l’intrigante Kossil, devienne l’héritière de la grande-prêtresse. Bientôt, Ged part pour l’île de Roke, où il poursuit son apprentissage. Il s’attire vite l’inimitié de Jasper, un autre magicien, et dans un geste de défi, invoque un mort : le voilà poursuivi par un gebbeth (qui n’est autre qu’un Innommable). Quant à Kossil, elle voit ses plans contrariés lorsque la grande-prêtresse choisit la jeune Ténar pour lui succéder. Ténar, que Ged voit régulièrement dans ses rêves…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-galere.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-galere.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Shawn Ashmore se demande ce qu'il est venu faire dans cette galère…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur la forme, les éléments centraux de l’intrigue des deux romans sont globalement présents, quoique condensés et remixés pour que le téléfilm possède un minimum de substance pour durer ses 2h40.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur le fond, c’est autre chose. Le téléfilm perd tout ce qui fait l’essence du cycle de Le Guin : aucune subtilité dans l’intrigue, un « word-building » affreusement sommaire, des acteurs fades ou caricaturaux, des effets spéciaux ayant pris un méchant coup de vieux… L’inspiration est balbutiante : particulièrement les quelques scènes à l’école de sorcellerie de Roke, qui sont un décalque consternant de Poudlard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-poudlard.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-poudlard.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Non, Roke n'est PAS Poudlard…&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-dragon2004.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-dragon2004.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ah oui : et il y a un dragon (moche).&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que les images de synthèses ne soient pas de grande qualité, on peut admettre ; pareil pour le jeu des acteurs. Plus gênant est le scénario qui dénature complètement les romans de Le Guin, et transforme Terremer en une bouillie de fantasy sans inspiration.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le Guin décrit d’ailleurs cette adaptation comme « un film McMagic, générique, avec un scénario basé sur le sexe et la violence ». Dans un article publié sur Locus, l’auteure a d’ailleurs expliqué sa non-implication dans le processus de création de cette mini-série : consultante créative, Le Guin était consciente de son influence minime sur le résultat final, mais a tout de même proposé un guide de prononciation des noms. Le script, qu’elle a lue alors que le tournage avait déjà débuté, ne lui a laissé aucun doute sur le résultat final : « ce que le scénariste a fait a été de tuer les livres, de les découper, de prendre un morceau ici, un autre là, et de les assembler pour former une histoire totalement différente, avec des fadaises pour faire tenir l’ensemble. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-ogion.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-ogion.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ogion&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-tenar2004.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-tenar2004.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;À gauche, la jeune Tenar.&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-tygath.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-tygath.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Oh, qu'il a l'air méchant, le vilain roi Tygath…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La principale trahison du téléfilm réside dans le « white-washing » : dans le monde de Terremer tel que décrit par Le Guin, seuls les Kargades sont blancs. Ailleurs, les habitants des autres îles ont la peau sombre : Ged a une peau de couleur brun-rouge, son ami Vetch est noir. Dans le téléfilm, Ged (Shawn Ashmore) est blanc bon tient ; seul le mage Ogion, interprété par Danny Glover, est noir, et l’actrice canadienne Kristin Kreuk (Ténar) a des origines chinoises : deux petites concessions à la diversité ethnique du roman, sans que cependant cela ne se justifie d’un point de vue scénaristique.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« “Allez”, écrit Le Guin, “ce n’est pas la réalité. C’est de la fantasy. C’est un film. Ça n’a pas d’importance.” Si, cela en a. Beaucoup. Je vis dans un pays intolérant quant à la couleur de peau. Depuis le début, j’ai perçu Terremer comme un refus délibéré de suivre ce préjugé, celui qui fait de la couleur de peau blanche la norme, et, partant, la fantasy qui accepte ce préjugé. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-desespoir.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-desespoir.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Danny Glover se demande lui aussi ce qu'il fait dans ce téléfilm désastreux. Et en plus, il pleut.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, il n’y pas grand-chose à sauver de &lt;em&gt;Terremer, La Prophétie du sorcier &lt;/em&gt;(pas même la BO soporifique d’Angelo Badalamenti), téléfilm qui a tout du désastre complet.&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Les Contes de Terremer (2006)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Au cours des années 80, alors que le cycle de Terremer n’était encore qu’une trilogie, Hayao Miyazaki avait écrit à Ursula K. Le Guin pour lui exprimer son envie d’adapter en film ces livres. Ne connaissant pas les œuvres du cinéaste, Le Guin avait refusé. Ce n’est que près de vingt ans plus tard, après avoir découvert le studio Ghibli et ses réalisations de qualité, que l’auteure renoua contact avec Miyazaki pour lui signifier son accord de principe pour une adaptation de Terremer. Et apprit finalement, avec une certaine déception, que ce serait son fils Goro qui s’en chargerait.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait,&lt;em&gt; Les Contes de Terremer&lt;/em&gt; porte un titre trompeur : ce n’est aucunement l’adaptation du recueil éponyme. Comme pour &lt;em&gt;La Prophétie du sorcier&lt;/em&gt;, le scénario condense deux romans ; en l’occurrence, &lt;strong&gt;L’Ultime Rivage&lt;/strong&gt; et &lt;strong&gt;Tehanu&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-poster2006.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-poster2006.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/.le-guin-cinema-2-poster2006_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque le film débute, le monde d’Ea va mal : sécheresses et maladies affligent le royaume, les magiciens voient leurs pouvoirs s’amenuiser, et les dragons vont jusqu’à s’entretuer. La Lumière de l’Equilibre soutenant le monde diminue… Un soir, Arren, le fils du roi, possédé par une rage intérieure parfois irrépressible, tue son père sans raison apparente avant de fuir. Alors qu’il se trouve en mauvaise posture, il est secouru par l’Archimage Epervier. Celui-ci propose au jeune homme de faire un bout de chemin avec lui, persuadé que leur rencontre n’a rien d’un hasard.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Parvenus à la cité de Hort, les deux compagnons de voyage constatent que les gens ne croient plus en la magie, certains préférant même les paradis artificiels offerts par les drogues. Epervier en est certain, quelqu’un veut détruire l’équilibre. Serait-ce le seigneur Aranéide, androgyne aussi suave que dangereux ?…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En des circonstances particulières, Arren fait la connaissance d’une étrange jeune fille, Therru, au visage brûlé. Therru vit chez Ténar, une vieille amie d’Epervier, chez qui les deux voyageurs vont passer quelque temps… avant que les événements ne se mettent en branle, tout convergeant vers la forteresse d’Aranéide…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-ged-arren.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-ged-arren.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Épervier et Arren&quot; /&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-therru.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-therru.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Therru&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En tant que film, &lt;em&gt;Les Contes de Terremer&lt;/em&gt; s’avère plaisant à regarder. Personnages et décors sont réussis, l’animation est fluide. Dans le dessin, Goro Miyazaki s’inscrit en plein dans la continuité du travail de son père : le faciès de certains personnages et la présence d’une gelée noire, visqueuse et maléfique ont des airs de déjà-vu. La bande-originale, aux accents celtiques, est elle aussi agréable, et se situe moins hors-sujet que la harpe de Cécile Corbel dans &lt;em&gt;Arrietty et le petit monde des chapardeurs&lt;/em&gt; (les morceaux ont beau être eux aussi agréables, ils ne collent jamais aux images).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-decor.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-decor.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Néanmoins, la construction de l’histoire surprend : le titre japonais du film signifie(rait) &lt;em&gt;Chroniques des guerres de Ged&lt;/em&gt;, lequel personnage est le personnage principal… mais seulement de la moitié du film. Car passé dès qu’il devient le prisonnier d’Aranéide, le voilà alors en retrait, simple spectateur de l’action, tandis que l’accent se déporte sur Arren. Et le combat final entre le prince et Aranéide s’avère faiblard. Aranéide : au fait, d’où sort ce nom ? Le sorcier se nomme Cygne dans les livres, et la version anglophone du film l’appelle Cob, ce qui signifie « cygne mâle ». Certes, Aranéide sonne de manière plus maléfique que Cygne, mais tout de même… on change de branche dans le règne animal.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-araneide.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-araneide.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'androgyne seigneur Aranéide… dont l'aspect maléfique ne fait guère de doute.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En tant qu’adaptation d’une œuvre littéraire, &lt;em&gt;Les Contes de Terremer&lt;/em&gt; tient mieux la route que &lt;em&gt;La Prophétie du sorcier&lt;/em&gt; (mais, avouons-le, ce n’était guère difficile). Si l’on peut regretter une nouvelle fois le « white-washing » des personnages, au moins l’univers et les romans sont-ils chez le réalisateur japonais un tant soit peu respectés. Encore qu’il y ait à redire… De &lt;strong&gt;Tehanu&lt;/strong&gt;, le film ne retient que le personnage de Therru. Le passé d’Epervier et de Ténar est peu explicité : leur rencontre dans &lt;strong&gt;Les Tombeaux d’Atuan&lt;/strong&gt; est expédié en une ligne de dialogue, quelque peu obscure pour qui n’a pas lu les livres. Certains points d’intrigue demeurent vagues : pourquoi Arren tue-t-il son père ; le double fantomatique du garçon est-il un Gebbeth ? La transformation de Therru/Tehanu en dragon arrive comme un cheveu sur la soupe, et soulève le problème des superpouvoirs super-mal exploités.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;le-guin-cinema-2-tenar2006.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/le-guin-cinema-2-tenar2006.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Tenar, réduite ici à une fermière paisible…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La réaction de Le Guin au film de Goro Miyzaki : « Ce n’est pas mon livre. C’est votre film. Et c’est un bon film. » Pour notre part, l’avis reste plus mitigé : ce n’est pas un mauvais film.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il en reste que l’œuvre de Le Guin convient mal au médium cinématographique. Trop vaste, trop dense pour tenir en deux ou trois heures de film, le « cycle de Terremer » s’adapterait probablement bien mieux – s’il fallait à tout prix l’adapter – au format d’une mini-série. Quelque chose de plus ample et plus respectueux que &lt;em&gt;La Prophétie de sorcier&lt;/em&gt;. Lorsque l’on voit &lt;em&gt;Game of Thrones&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Jonathan Strange &amp;amp; Mr Norrel&lt;/em&gt;, qui prennent le temps de mettre en image l’essentiel du matériau littéraire de base, ainsi que les projets d’adaptions des &lt;strong&gt;Enfants d’Icare&lt;/strong&gt; d’Arthur C. Clarke, à l’engageante bande-annonce, ou, plus lointainement, &lt;em&gt;Hypérion&lt;/em&gt; (l’un et l’autre sur Syfy… comme &lt;em&gt;La Prophétie du sorcier&lt;/em&gt; mais dix ans plus tard, et avec davantage de moyens), on peut garder un brin d’espoir.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>( )†&amp;&amp;&amp;&amp;&amp;~||||</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/17/typos" rel="alternate" type="text/html" title="( )†&amp;&amp;&amp;&amp;&amp;~||||" />
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      <published>2015-06-17T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2016-05-23T12:26:37+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Histoire de former une transition entre le « zéroième » et le premier volet de l’Abécédaire, penchons-nous sur un regroupement disparate d’albums. Deux points communs : être inécoutable, si l’on force un peu le trait, et surtout porter un titre &lt;em&gt;imprononçable&lt;/em&gt; : un titre consistant en symbole(s) typographique(s)…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-parentheses.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-parentheses.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La parenthèse ouatée de Sigur Ros…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;( ), Sigur Ros, Fatcat/Bad Taste (2002). 72 minutes, 8 morceaux.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On ne présente plus Sigur Ros. Si ? Groupe islandais ayant acquis renommée grâce à ses albums où il développe une musique tantôt vaporeuse, tantôt tellurique – notamment sur son dernier effort, &lt;em&gt;Kveikur&lt;/em&gt; (2013). &lt;strong&gt;( )&lt;/strong&gt; est le troisième disque de Sigur Ros, que d’aucuns le qualifient de chef d’œuvre. Le titre est des plus significatif : &lt;strong&gt;( )&lt;/strong&gt; est un véritable cocon sonore… Une parenthèse (ben oui, désolé) longue d’une heure, au sein de laquelle l’auditeur est invité à se blottir. Le disque se divise lui-même en deux parties : les quatre premiers morceaux (aucun ne porte de titre) sont d’une ambiance lumineuse ; suit une trentaine de secondes de silence (à comparer avec le temps nécessaire pour changer la face d’un disque 33 tours ?) ; les quatre morceaux suivants, plus longs, plus amples, sont également d’une humeur bien plus mélancolique. Le sommet de l’album est l’avant-dernier morceau, une plongée de treize minutes dans un monde éthéré et déchirant. Un disque à écouter surtout au plus profond de l’hiver, en particulier lorsqu’il fait sombre et qu’il neige dehors. Cela étant dit, en été, il est tout à fait permis de trouver la voix plaintive de Jon Birgisson particulièrement insupportable et les morceaux relativement répétitifs entre eux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/gnv_WReUN24&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;justice&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-cross.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-cross.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'electro-pop sombre (et grandiloquente) de Justice…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;†, Justice, Ed Banger Records (2007). 48 minutes, 12 morceaux.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Inutile non plus de présenter le duo Justice, un temps pressenti comme hérauts de la French Touch 2.0. Lorsque &lt;strong&gt;† &lt;/strong&gt;(à lire « cross »), leur premier disque est sorti en 2007, la critique musicale les a volontiers intronisé comme successeurs des Daft Punk, ces derniers donnant alors l’apparence d’être entré en pré-retraite (il allait falloir alors patienter trois ans pour écouter la BO, discutée et discutable, de &lt;em&gt;Tron: Legacy&lt;/em&gt;, et trois ans encore avant le très discuté et très discutable &lt;em&gt;Random Access Memories&lt;/em&gt;). Bref. &lt;strong&gt;†&lt;/strong&gt; s’est fait connaître par un malentendu : le single « D.A.N.C.E. », hommage sincère à Michael Jackson mais véritable scie musicale (désolé). Et qui fait tache au sein du disque. Celui-ci, volontiers sombre, suit une véritable montée en puissance au fil des morceaux. « Genesis » jusqu’à « One Minute to Midnight », c’est une montée dans l’épouvante. « Phantom pt. II », qui se base sur un sample des Goblins pour la bande originale de &lt;em&gt;Tenebrae&lt;/em&gt; de Dario Argento, ou « Stress » forment sans conteste les sommets de l’album. Mais, en troisième position, après deux morceaux introductifs très efficaces, il y a « D.A.N.C.E. », que le matraquage sur les ondes radio a fini de rendre insupportable au-delà du manque de qualité intrinsèque du titre. Heureusement que la suite tient mieux la route. &lt;strong&gt;† &lt;/strong&gt;est également un représentant parfait du son du label Ed Banger : du gros son bien gras bien crade, un véritable mur sonore en somme, qui ne laisse que peu de répit aux oreilles de l’auditeur. Un peu, ça passe. (&lt;em&gt;Audio, Video, Disco&lt;/em&gt;, deuxième disque de Justice, si l’on omet les lives, n’est pas aussi mauvais qu’on a pu le dire lors de sa sortie en 2011, mais n’est pas non plus des plus convaincants. Depuis, Justice semble suivre la voie daftpunkienne : le silence, avant un retour dans quelques années ?)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/5QCBkwmsOk0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sigur Ros et Justice ayant leur public et une notoriété déjà acquise, inutile de s’y attarder davantage. Penchons-nous sur des disques un tantinet plus obscurs.&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-esperluettes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-esperluettes.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'electro mutante d'Arca…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;, Arca, mixtape autoproduite (2013). 25 minutes, 14 morceaux réunis sur une piste. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On parlait du jeune producteur prodige Arca &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/06/05/X-comme-Xen&quot;&gt;tout récemment&lt;/a&gt;. En début d’année, le musicien a (res)sorti en douce une mixtape titrée &lt;strong&gt;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&lt;/strong&gt;. Et comment prononce-t-on cela, hein ? je vous le demande… Et et et et et ?? Esperluette esperluette esperluette esperluette esperluette ? Blague à part, &lt;strong&gt;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;,&lt;/strong&gt; longue de vingt-cinq minutes, brasse les sonorités déjà entendue dans &lt;em&gt;Xen &lt;/em&gt;et de nouvelles. Quinze morceaux inventifs s’y enchaînent à toute vitesse : un hip-hop tantôt mutant tantôt urbain y côtoie des mélodies fragiles en provenance d’une autre planète ; des voix distordues se posent sur des fonds électroniques instables. Les machines y règnent en maître, mais on croise un piano déglingué au détour d’un morceau. Et, comme sur &lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt;, l’humanité demeure présente dans cet ensemble de vignettes musicales. Bref, &lt;strong&gt;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&amp;amp;&lt;/strong&gt; est un EP brillant et virtuose, et Arca est grand. (Est-ce un effet voulu ou une conséquence de la compression ? Par endroit, le son est saturé et assez crade. Dommage.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/2JDuPCj0NKg&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-tilde.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-tilde.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L et son ambient sibérienne (qualification trop facile, mais bon…)&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;~, &lt;sup&gt;K&lt;/sup&gt;, Bandcamp (2013). 33 minutes, 3 morceaux. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;~&lt;/strong&gt; est le premier disque d’un jeune musicien russe, &lt;sup&gt;K&lt;/sup&gt;. Et comment prononce-t-on cela au fait ? Tilde ? d’exposant K ? Blague à part, &lt;sup&gt;K&lt;/sup&gt; est un jeune musicien russe, Ivan Kamaldinov, âgé de même pas vingt ans et déjà auteur de trois disques en autant d’années, dont le tout dernier, &lt;em&gt;Lumi&lt;/em&gt;, est sorti en février dernier sur Bandcamp (ce site est une mine d’or). &lt;strong&gt;~&lt;/strong&gt;, symbole à lire, ou plutôt à voir comme une vague. Trois morceaux seulement composent &lt;strong&gt;~&lt;/strong&gt;, trois pièces d’ambient mêlée de drones. Des sonorités minimalistes, des pièces instrumentales se déployant sur la durée – aucun des trois morceaux n’est inférieur à dix minutes –, une ambiance propre à faire baisser la température de dix degrés… (Parfait pour les périodes de canicule.) Les mauvaises langues pourront arguer que faire de l’ambient est simple : quelques nappes de synthés très lentes, une atmosphère réfrigérante, une pochette de disque sobre, et le tour est joué. Faire de l’ambient qui vaille le coup d’être écouté sur la durée demande cependant un minimum de talent, et &lt;sup&gt;K&lt;/sup&gt; est loin d’être dénué. Biosphere, alias le pape de l’ambient, paraissant en semi-retraite depuis quelques années (depuis 2012, il n’a guère réédité que ses vieux albums avec des fonds de tiroirs [pas dégueus, certes]), il y a sûrement une place à prendre…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://kamaldinov.bandcamp.com/album/tilde&quot;&gt;La page de l’album.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je pensais finir ce billet sur un groupe nommé &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;, trio mêlant chanson française et rock sévèrement teinté d’électronique, mais &lt;strong&gt;|||| &lt;/strong&gt;s’étant renommé Dernière Transmission pile au moment de la rédaction de cette partie-ci du billet (&lt;a href=&quot;https://www.facebook.com/dernieretransmission/posts/710909315687923&quot;&gt;mercredi 10 juin 2015, 18h15&lt;/a&gt;, je ne plaisante pas…), la pertinence de l’inclure dans cette billet en a pris un coup. Il est vrai que &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;, ce n’est pas très facile à prononcer et Dernière Transmission, c’est carrément plus faisable pour n'importe quel organe buccal. Mais écoutez quand même &lt;a href=&quot;http://dernieretransmission.bandcamp.com/&quot;&gt;Dernière Transmission&lt;/a&gt; : les trois morceaux mis en ligne sur Bandcamp sont intéressants, droit dans la lignée de Mendelson. (Pas convaincu par la voix du chanteur, cela étant dit.) Et en cherchant &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;, je suis tombé sur autre chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’on va donc parler à la place de &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;,&lt;strong&gt; |||| &lt;/strong&gt;et&lt;strong&gt; ||||&lt;/strong&gt;. Attention, méfiez-vous des apparences, ce n’est &lt;em&gt;pas du tout&lt;/em&gt; la même chose… Ce sont là trois albums, de trois artistes différents publiant sur &lt;a href=&quot;http://bandcamp.com/&quot;&gt;Bandcamp&lt;/a&gt; mais portant le même titre (c’est en partant à la recherche du groupe &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt; et ne le retrouvant pas que j’ai trouvé à la place ces disques-ci).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-4barresobliques1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-4barresobliques1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'ambient inquiétante de Mi Or and the Pedestals…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;||||, Mi Or and the Pedestals, Bandcamp (2009). 40 minutes, 2 morceaux.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’abord, il y a &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;. Il s’agit du quatrième album du musicien/groupe new-yorkais Mi Or and the Pedestals. Le troisième s’appelle &lt;em&gt;^^^&lt;/em&gt;, le deuxième &lt;em&gt;---&lt;/em&gt;. Quant au premier, son titre est &lt;em&gt;Sarah Lyddon Morrison &lt;/em&gt;(parce que). Les noms des morceaux sont à l’avenant, forcément. &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt; ne compte que deux morceaux, titrés « Side A » et « Side B », longs d’une vingtaine de minutes chacun. « Side A » est porté par un son strident, tandis que des frottements de cordes retentissent çà et là ; peu à peu, le rythme s’accélère (oui, c’est un morceau &lt;em&gt;un peu&lt;/em&gt; stressant), une voix puis plusieurs se font entendre. Le Ligeti de « Lux Aeterna » n’est pas loin. « Side B » poursuit dans la lignée grinçante et inquiétante…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://miorandthepedestals.bandcamp.com/album/--2&quot;&gt;La page de l’album.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-4barresobliques2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; du=&quot;&quot; field=&quot;&quot; house=&quot;&quot; mais=&quot;&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-4barresobliques2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les expérimentations de Francesco Calandrino, non pas du &quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;||||, Francesco Calandrino, Bandcamp (2012). 49 minutes, 8 morceaux.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ensuite, &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;. Quatrième album (là aussi) de l’italien Francesco Calandrino. Le disque s’ouvre sur une piste titrée « 27.05.12 », que l’on imagine volontiers enregistrée ce même jour, quatre jours avant la mise en ligne de l’album sur Bandcamp. &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;,&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;ce sont essentiellement des improvisations « à la maison », faites de cordes triturées. « Comme si un gamin de quatre ans faisait joujou », diront les mauvaises langues à l’écoute, avant d’ajouter : « et s’enregistrait sur son dictaphone ». Pas faux. De fait, là aussi, on imagine le musicien enregistrer ces morceaux dans son jardin ou son salon, tandis que les habitants de la maisonnée vaquent à leurs occupations sans chercher à faire preuve de la moindre discrétion. Sans surprise, la prise de son est moche, ce qui n’aide pas à apprécier des morceaux chiants comme la pluie… On peut faire l’impasse sans regrets. (Calandrino ne semble pas dépourvu d’humour. Le morceau « S. Chiara », dont la couverture est tirée de l’&lt;strong&gt;Enfer&lt;/strong&gt; de Dante par Giotto, est vendu 666€.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://francescocalandrino.bandcamp.com/album/-&quot;&gt;La page de l’album.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p align=&quot;center&quot;&gt;*&lt;/p&gt;

&lt;p&gt; &lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-az-4barresobliques3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-az-4barresobliques3.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'electro détraquée d'Astrosuka !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;||||, Astrosuka, Bandcamp (2014). 27 minutes, 7 morceaux.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, le plus récent de ces trois disques homonymes est paru en novembre 2014 et est l’œuvre du groupe argentin (?) Astrosuka. Et non seulement le titre de l’album est imprononçable, mais celui des morceaux l’est &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt;. (A en juger par la discographie, cela semble une marque de fabrique du groupe.) Qu’on en juge : ᏨᗋД, Տ㐎⊛Ɓ⊛㐎Ꝛ ou [ΞΞ]… Astrosuka propose dans cet EP sept morceaux des plus expérimentaux, sur un mode pop pas déplaisant. Sonorités étranges, voix déformées, rythmiques technoïdes déglinguées, mais une efficacité pop étonnante. Quoique furieusement déviante. Pour un peu, certains morceaux de &lt;strong&gt;|||| &lt;/strong&gt;s’avèrent &lt;em&gt;même&lt;/em&gt; dansants. Si s’on s’appelle Nao le petit robot et qu’on a chopé un virus dans le cerveau positronique, c’est juste impeccable. Des trois disques titrés &lt;strong&gt;||||&lt;/strong&gt;, c’est celui-ci qui s’avère le plus convaincant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://auralsects.bandcamp.com/album/--4&quot;&gt;La page de l’album.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Chroniques de l'ère xénozoïque</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/16/Chroniques-de-l-ere-xenozoique" rel="alternate" type="text/html" title="Chroniques de l'ère xénozoïque" />
      <id>urn:md5:9bb79a218e76745cfcc2bb5c8bb514f9</id>
      <published>2015-06-16T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-16T12:24:01+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Super les héros !</dc:subject>
                    <dc:subject>Philippe Paygnard</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;La sortie toute récente de &lt;strong&gt;Jurassic World&lt;/strong&gt; nous offre sur un plateau l'occasion de replonger dans les archives de &lt;strong&gt;Bifrost&lt;/strong&gt; et d'en ressortir l'article que Philippe Paygnard avait consacré dans le &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-17&quot;&gt;numéro 17&lt;/a&gt; de la revue à &lt;strong&gt;Chroniques de l'ère xénozoïque&lt;/strong&gt;, série de comics créée par Mark Schultz, dont le pitch fait rêver : un monde post-apocalyptique futur, des dinosaures et des cadillacs !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les dinosaures ont disparu depuis longtemps. C'est ce que l'on apprend à l'école. Pourtant, en deux films, Steven Spielberg a réussi à nous convaincre qu'ils pouvaient toujours être parmi nous et qu'ils étaient capables de menacer l'hégémonie de la race humaine. Quant à Mark Schultz, quelques comics de plus lui suffirent pour nous entraîner dans un monde où les dinosaures font la loi : le monde mythique des &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-integrale.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-integrale.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-integrale_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Couverture de l'intégrale parue chez Akileos en 2013.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Xenozoic Tales, le nouveau monde des dinosaures&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-issue1-4-13.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-issue1-4-13.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-issue1-4-13_m.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Couvertures des numéros 1, 4 et 13.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;La vie s'écoule, paisible et calme, dans cette grande ville près de l'océan connue sous le nom de Cité dans la mer (The City in the Sea). Tout va pour le mieux. La pêche est fructueuse et les chasseurs ne rentrent jamais bredouilles. Mais un jour, une voile inconnue apparaît à l'horizon. C'est une felouque Wassoon. Vient-elle en amie ou en ennemie ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est ce que Jack Tenrec va devoir découvrir, tout en déjouant le complot de quelques têtes brûlées prêtes à tout pour empêcher le contact entre deux des dernières communautés humaines de l'ère Xénozoïque. Pourtant, dans un monde où les dinosaures ont repris du poil de la bête, il semble naturel que les hommes se serrent les coudes, même si tout le monde ne semble pas être du même avis. Avec l'aide de quelques amis, Jack parvient ainsi à sauver la vie de l'ambassadeur Wassoon. Il ne se doute pas que ce coup d'éclat va le transformer, bon gré mal gré et sur les ordres express du gouverneur, en garde du corps de l'ambassadeur Hannah Dundee. Et même si le corps en question est charmant, Jack a bien d'autres choses à faire. En digne héritier des vieux-sangs, il lui faut s'occuper des ultimes vestiges d'un monde passé : une dizaine de Cadillacs qu'il bichonne et répare avec amour. Il lui faut aussi empêcher les braconniers de décimer certaines espèces de dinosaures qui participent à l'équilibre écologique de ce nouveau monde. Il lui faut enfin garder le secret sur ses relations avec le peuple des Griths, d'étranges reptiles humanoïdes dotés d'une intelligence très spéciale. Autant de tâches qui lui laissent bien peu de temps pour chaperonner un quelconque ambassadeur, fut il en mission diplomatique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'ailleurs, le caractère têtu et impulsif de Jack va rapidement se heurter à celui d'Hannah. Fort heureusement, les frictions du début laissent vite place à une réelle amitié lorsqu'ils se découvrent des motivations communes. Tous deux ont en effet compris que le retour vers une civilisation humaine et technologique n'est plus possible. Désormais, l'être humain doit s'adapter à l'environnement. Et sans le détruire, car la réaction de Mère Nature pourrait être terrifiante. Hélas, ils ne sont qu'une poignée à penser ainsi, une minorité confrontée à l'incompréhension des pouvoirs en place. Aussi, lorsque le gouverneur Wilhelmina Scharnhorst prend la direction à la Cité dans la mer, il ne reste plus qu'une solution à Jack et Hannah : la fuite. Car Scharnhorst prône le retour aux valeurs anciennes, celles de la technologie triomphante et de la conquête des territoires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Abandonnant toute illusion sur certains de ses anciens amis, Jack Tenrec quitte donc la Cité dans la mer pour rejoindre les terres wassoons. Accompagné d’Hannah, il va hélas découvrir que l'homme de l'ère Xénozoïque est le même partout et que les complots wassoon valent bien les trahisons de sa patrie d’origine.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-akileos.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-akileos.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-akileos_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Couverture des deux volumes parus chez Akileos en 2006.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Mark Schultz, l'homme derrière la Cadillac&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Issu du monde de la publicité, Mark Schultz fait ses débuts de dessinateur de bandes dessinées grâce à l'éditeur indépendant Denis Kitchen. Celui-ci, impressionné par une courte histoire que lui a envoyé Schultz, la publie dans le huitième numéro de son anthologie &lt;em&gt;Death Rattle&lt;/em&gt;. La première aventure de Jack Tenrec dans le monde du Xénozoïque paraît ainsi à l'automne 1986 et il ne faut pas attendre longtemps pour qu'il obtienne son propre titre : &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt;, en février 1987. Annoncé comme bimestriel, le comics de Mark Schultz se fait rapidement plus rare que prévu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-planche1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-planche1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-planche1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et ce principalement du fait même de la qualité du trait de Mark Schultz. Car si on retrouve en effet dans son dessin soigné l'influence des grands artistes de l'époque des EC Comics (Frank Frazetta, Al Williamson, Wallace Wood), la recherche de cette qualité graphique prend du temps, énormément de temps. Ceci explique la faible productivité de Schultz et le nombre restreint (une douzaine) d’épisodes de &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt;… Et justifie également le fait que les lecteurs aient, parfois, dû attendre jusqu’à deux longues années entre certains épisodes de la série !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Car, à l'inverse de beaucoup d'autres dessinateurs américains, Mark Schultz se charge en principe de tout : scénario, dessin et encrage. Il prend le temps de parfaire chacune de ses histoires, au grand dam de ses éditeurs. Un perfectionnisme qui lui permettra néanmoins d'obtenir, au fil des ans, plusieurs récompenses délivrées tant par ses pairs que par la critique : quatre Harvey Awards et deux Eisner Awards.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-planche2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-planche2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-planche2_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un seul autre artiste collabore régulièrement à &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt;. Il s'agit de Steve Stiles, qui se charge de l'encrage de certaines aventures de Jack et Hannah et illustre parfois d'autres histoires de l'ère Xénozoïque (comme cette intéressante &lt;em&gt;« Vie de chien »&lt;/em&gt; en &lt;em&gt;back-up feature&lt;/em&gt; du cinquième numéro).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt; est également un titre rare par le sujet abordé. Nous sommes ici très loin des classiques aventures de super-héros costumés, des &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; dont raffolent certains jeunes lecteurs, ou bien même d’ailleurs d'une simple rencontre entre humains et dinosaures. Car &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt; est avant tout une œuvre de réflexion poussée, une approche réfléchie sur les liens ambigus liants Homme et Nature.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les fans des aventures de Jack et Hannah, initialement publiées en noir et blanc, ont pu redécouvrir leurs héros préférés en couleurs dès 1990, dans une série de rééditions orchestrée par un grand éditeur. En effet, le succès de &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt; ne laisse pas indifférent Marvel Comics, qui s'empare bientôt de la série. La compagnie de Stan Lee offre donc à Mark Schultz l’opportunité d’une réédition en couleurs, sous le label Epic Comics et sous le titre &lt;strong&gt;Cadillacs and Dinosaurs&lt;/strong&gt;. Schultz participe personnellement à la réédition en livrant de superbes couvertures inédites.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-cadillacs.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-cadillacs.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Ce n’est un secret pour personne : les dinosaures passent très bien à l'écran, que ce dernier soit grand ou petit. Ainsi les cadillacs et les dinosaures de Mark Schultz se retrouvent tout naturellement à la télévision par la grâce de Nelvana. C'est en effet sous forme d'une série d'animation de grande qualité que &lt;strong&gt;Cadillacs and Dinosaurs&lt;/strong&gt; touche un nouveau public, celui des jeunes téléspectateurs du samedi matin. Ce dessin animé bénéficie d'une animation de grande qualité et de scénarios de même niveau signés Steven E. DeSouza (&lt;em&gt;Piège de cristal&lt;/em&gt; le film), Herbert J. Wright ( &lt;em&gt;Rick Hunter&lt;/em&gt; la série TV), Martin Pasko (&lt;em&gt;Batman&lt;/em&gt; le dessin animé), Marv Wolfman (&lt;em&gt;La Guerre des planètes&lt;/em&gt; le dessin animé) ou Harlan Ellison (&lt;em&gt;Babylon 5&lt;/em&gt; la série TV). Toutefois, il est bien évident que le dessin animé ne peut qu'imparfaitement reproduire les splendides dessins de Schultz. De plus, la bande dessinée d’origine est plutôt destinée à un public adulte et contient quelques scènes violentes qui sont forcément absentes de la série animée naturellement destinée à un jeune public. C’est pourquoi, à choisir, on s'intéressera plus volontiers à la bande dessinée initiale, et ce même si le dessin animé reste une bonne introduction au monde du Xénozoïque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/gr2iQ96em2w&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Profitant du succès de la série d’origine et du dessin animé, un autre éditeur se lance dans l'aventure &lt;strong&gt;Cadillacs and Dinosaurs&lt;/strong&gt; avec, cette fois, une participation limitée de Mark Schultz, mais en réunissant quelques artistes talentueux : Dick Giordano (&lt;em&gt;The Power of Shazam&lt;/em&gt;), Esteban Maroto (&lt;em&gt;Cinq pour l'infini&lt;/em&gt;), Sam Kieth (&lt;em&gt;Maxx&lt;/em&gt;), Moebius (&lt;em&gt;Le Garage hermétique&lt;/em&gt;) et même Steve Stiles. Déclinant le monde du Xénozoïque sous forme de mini-séries, Topps Comics propose des histoires variées, écrites avec talent par Roy Thomas (&lt;em&gt;Conan the Barbarian&lt;/em&gt;), mais qui perdent bien vite le ton percutant qu’insuffle Mark Schultz à ses propres histoires.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On notera enfin qu’à l'occasion de son passage chez Topps, Schultz livre également quelques illustrations, toujours remarquables, pour &lt;em&gt;Universal Monsters&lt;/em&gt;, une série de cartes à collectionner inspirées de célèbres films d'horreur.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;De Kitchen Sink jusqu'à Dark Horse, et au-delà&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Auréolé du succès de &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt;, Mark Schultz ne tarde pas à démontrer qu'il possède bien d'autres cordes à son arc. Dessinateur talentueux mais d'une exaspérante lenteur, tant pour ses fans que pour ses “Editors”, Schultz est également un scénariste inventif. C'est à ce titre, et comme auteur de sublimes illustrations de couverture, qu'il rejoint l'équipe de Dark Horse Comics.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après les monstres de l'ère Xénozoïque, Mark Schultz s'intéresse alors aux créatures qui viennent sur Terre à la recherche de trophées : les Prédateurs. Il signe ainsi, en 1997, les scénarios des trois épisodes de &lt;em&gt;Predator: Hell &amp;amp; Hot Water&lt;/em&gt;, mis en images par le vétéran Gene Colan ( &lt;em&gt;Tomb of Dracula&lt;/em&gt;), le tout sous des couvertures superbes de Schultz himself.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-predator.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-predator.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-predator_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Après les Prédateurs, ce sont les Aliens qui deviennent la cible de la prose de Mark Schultz, avec les deux épisodes d'&lt;em&gt;Aliens: Havoc&lt;/em&gt;. Pas moins de quarante dessinateurs participent à l'illustration de cette histoire de station spatiale infestée par les tueurs d’outre-espace. Parmi ceux-ci, on citera pour mémoire : Art Adams (&lt;em&gt;Monkeyman &amp;amp; O'Brien&lt;/em&gt;), Geof Darrow (&lt;em&gt;The Big Guy and Rusty the Boy Robot&lt;/em&gt;), Gary Gianni (&lt;em&gt;MonsterMen&lt;/em&gt;), Kelley Jones (&lt;em&gt;Aliens Hives&lt;/em&gt;), Igor Kordey (&lt;em&gt;Star Wars: The Protocol Offensive&lt;/em&gt;), John K. Snyder (&lt;em&gt;The Prowler&lt;/em&gt;) et John Totleben ( &lt;em&gt;Swamp Thing&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Toujours en 1997, Schultz trouve le temps de signer les couvertures d'&lt;em&gt;Edgar Rice Burroughs's Tarzan&lt;/em&gt; n°15 et 16, deux numéros illustrés par des artistes français, les duettistes Stan &amp;amp; Vince (&lt;em&gt;Tess Wood &amp;amp; Campbell&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'année suivante, Schultz revient à la création avec les quatre épisodes de &lt;em&gt;SubHuman &lt;/em&gt;(co-écrits par Michael Ryan et illustrés par Roger Petersen), qui nous entraînent dans ces mondes mystérieux cachés au fond des océans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-planche3.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-planche3.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-planche3_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1999 semble être l'année de la consécration professionnelle pour Mark Schultz, puisqu'il rejoint l'équipe de DC Comics en tant que scénariste de &lt;em&gt;Man of Steel&lt;/em&gt;. Déjà, l'année précédente, Schultz avait bien failli intégrer les rangs de cette maison avec une mini-série de S-F illustrée par Tom Grindberg (&lt;em&gt;Silver Surfer&lt;/em&gt;). Hélas, ce projet ne voit pas le jour. Ce qui n’empêche pas Eddie Berganza, “Editor” des titres &lt;em&gt;Superman &lt;/em&gt;pour DC Comics, de voir en Mark Schultz l'un des membres de l'équipe de choc qu'il est en train de réunir pour faire passer l'an 2000 au personnage créé par Jerry Siegel et Joe Shuster en 1938. Schultz succède ainsi à Louise Simonson (&lt;em&gt;X-Factor&lt;/em&gt;) en tant que chroniqueur des exploits de &lt;em&gt;Superman : The Man of Steel&lt;/em&gt;, illustrés par Doug Mahnke (&lt;em&gt;Major Bummer&lt;/em&gt;) et Dennis Janke (&lt;em&gt;Phantom Stranger&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le même temps, il signe les scénarios et les couvertures des quatre chapitres d'&lt;em&gt;Aliens: Apocalypse - The Destroying Angels&lt;/em&gt;, mis en images par Doug Wheatley (&lt;em&gt;Blade the Vampire-Hunter&lt;/em&gt;). Il collabore également à la vague &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; de Dark Horse en écrivant le texte de&lt;em&gt;Young Queen&lt;/em&gt; (illustré par Galen Showman &amp;amp; P. Craig Russell), l'un des nombreux &lt;em&gt;one-shots &lt;/em&gt;célébrant la sortie de &lt;em&gt;Star Wars Episode 1 : The Phantom Menace&lt;/em&gt;. Il trouve aussi le temps de signer l'une des illustrations de &lt;em&gt;Robert E. Howard: Myth Maker&lt;/em&gt;, un ouvrage concocté par Cross Plains Comics, éditeur qui se propose de publier l'adaptation en bandes dessinées de l'intégralité de l'œuvre de Robert E. Howard (sauf &lt;em&gt;Conan&lt;/em&gt;, dont les droits restent détenus par Marvel).&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;D'autres dinosaures&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Mark Schultz n'est ni le premier, ni le dernier à avoir utilisé des dinosaures dans ses bandes dessinées. Ces monstrueuses créatures, qu'elles soient décongelées, reconstituées grâce au génie génétique ou encore mécaniquement créées, jouent ainsi régulièrement les méchants dans les productions de nos amis éditeurs de comics. À commencer par &lt;em&gt;Godzilla&lt;/em&gt;, aperçu aussi bien chez Dark Horse que chez Marvel, qui s’impose comme le symbole d’une méchanceté animale et froidement reptilienne armée par Mère Nature pour punir les hommes, pollueurs et destructeurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-devildino.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-devildino.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-devildino_s.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Certains dinosaures sont néanmoins plus sympathiques. Ainsi, bien des années avant Schultz, Jack “The King” Kirby avait fait d'un Tyrannosaur Rex le compagnon de jeu d'un petit garçon des cavernes. Proposé par Marvel Comics, en 1978, ce &lt;em&gt;Devil Dinosaur&lt;/em&gt; n'a connu que neuf aventures. Ce qui n’empêche pas ce personnage de faire, de temps à autre, de curieuses apparitions dans l'univers Marvel, croisant parfois les dinosaures de la vallée préservée de &lt;em&gt;Ka-Zar&lt;/em&gt;. Ce monde perdu n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui imaginé par le romancier Sir Arthur Conan Doyle, créateur du célèbre détective Sherlock Holmes mais aussi du Professeur Challenger, héros du livre &lt;em&gt;The Lost World&lt;/em&gt;. Ecrit en 1912, ce roman précède de quelques décennies celui, homonyme, de Michael Crichton, que Steven Spielberg a porté à l'écran sous le titre &lt;em&gt;The Lost World : Jurassic Park&lt;/em&gt;. Il anticipe également de quelques années celui d'Henri Vernes qui entraîne ses héros, Bob Morane et Bill Ballantine, dans &lt;em&gt;Le Temple des dinosaures&lt;/em&gt;, avant d'en faire des &lt;em&gt;Chasseurs de dinosaures&lt;/em&gt;. Des aventures qui, bien évidemment, ont été adaptées en bandes dessinées par William Vance (&lt;em&gt;XIII&lt;/em&gt;) aux Editions du Lombard. De quoi constater, une fois encore, que rien ne se perd, rien ne se crée tout à fait… et tout se recycle !&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-temple.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-temple.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-temple_s.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D'ailleurs, dans la droite ligne du phénomène &lt;em&gt;Teenage Mutant Ninja Turtles&lt;/em&gt; de Kevin Eastman et Peter Laird, l'éditeur Eternity Comics a « inventé » le concept des &lt;em&gt;Dinosaurs for Hire&lt;/em&gt;. Écrite par Tom Mason (&lt;em&gt;The Ex-Mutants&lt;/em&gt;) et illustrée par pas mal de monde, cette série se voulait forcément parodique et ne fut pas nécessairement inoubliable. Chuck Wojtkiewicz (&lt;em&gt;Imperial Guard&lt;/em&gt;), Terry Pallot (&lt;em&gt;Star Trek : Deep Space Nine&lt;/em&gt;), Mitch Byrd (&lt;em&gt;Guy Gardner&lt;/em&gt;), Bruce McCorkindale (&lt;em&gt;Rune vs. Venom&lt;/em&gt;), Ben Dunn ( &lt;em&gt;Ninja High School&lt;/em&gt;), Doug Hazlewood (&lt;em&gt;Superboy&lt;/em&gt;), Craig Taillefer (&lt;em&gt;Dracula's Guest&lt;/em&gt;), Dale McKeown (&lt;em&gt;Pïtt&lt;/em&gt;) et même Paul Gulacy (&lt;em&gt;Star Wars: Crimson Empire&lt;/em&gt;) ont, le temps d'une couverture, participé à l'aventure graphique des &lt;em&gt;Dinosaurs for Hire&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-dinoforhire.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-dinoforhire.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-dinoforhire_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-jurassic.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-jurassic.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-jurassic_s.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Profitant du succès cinématographique du premier &lt;em&gt;Jurassic Park&lt;/em&gt;, Topps Comics en a fort logiquement proposé, en 1993, une adaptation en bandes dessinées. Réalisée par Walter Simonson (&lt;em&gt;Weapon Zero&lt;/em&gt;), Gil Kane (&lt;em&gt;Isaac Asimov's I•Bots&lt;/em&gt;) et George Pérez (&lt;em&gt;The Avengers&lt;/em&gt;), cette mini-série précède de peu une suite orchestrée par d'autres auteurs et un étrange numéro spécial, &lt;em&gt;Jurassic Jam&lt;/em&gt;, réunissant une pléiade de vedettes de la BD US, ainsi qu'une série régulière illustrée par Kane, sur un scénario de Steve Englehart (&lt;em&gt;NightMan&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/slh-xeno-feud.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-feud.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-feud_s.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Voguant sur la vague &lt;em&gt;Jurassic Park&lt;/em&gt;, mais pour une fois sans la copier, Mike Baron (&lt;em&gt;Nexus&lt;/em&gt;) et Mark A. Nelson ( &lt;em&gt;Tales from the Clonezone&lt;/em&gt;), ont créé en 1993, pour Epic Comics, le surprenant monde reptilien de &lt;em&gt;Feud&lt;/em&gt;, avec des néo-dinos et bien peu d'êtres humains. Epic Comics a également proposé, en 1992, d'autres dino-aventures, notamment celles des &lt;em&gt;Dinosaurs &lt;/em&gt;de Steve White, Dan Abnett et John McCrea.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quelle que soit la profusion du thème des dinosaures dans le monde des comics — un thème à ce point usé qu’il en devient irritant —, aucune de ces productions n’approche véritablement l’élégance et l'innovation des &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt; de Mark Schultz. De fait, après avoir passé en revue la plupart de ces travaux, le doute n’est plus permis : les &lt;strong&gt;Xenozoic Tales&lt;/strong&gt; sont à faire figurer en bonne place au panthéon des œuvres majeures de la bande dessinée américaine.&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Xenozoic Tales en V. F.&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Plusieurs des aventures de Jack Tenrec et Hannah Dundee ont été publiées dans &lt;em&gt;USA Magazine&lt;/em&gt;, entre le numéro 32 de février 1988 et le numéro 66 de janvier 1993 — on notera au passage que Jack et Hannah ont eu les honneurs de la couverture du trente-deuxième numéro d'&lt;em&gt;USA Magazine&lt;/em&gt;, une couverture qui, hélas, n'est pas signée par Mark Schultz mais par Tanino Liberatore, illustrateur certes talentueux mais plus connu pour ses androïdes ( &lt;em&gt;Ranxerox&lt;/em&gt;) que pour ses dinosaures.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L'intégrale de &lt;strong&gt;Xenozoïque &lt;/strong&gt;a été éditée, en six volumes, de 1989 à 1993, par les Editions Comics USA/Glénat sous le titre générique des&lt;strong&gt; Chroniques de l'Ere Xénozoïque&lt;/strong&gt;. Cette édition française a pu voir le jour grâce à Fershid Bharucha (rédacteur en chef d' &lt;em&gt;USA Magazine&lt;/em&gt; et directeur de la collection « Comics USA »), Janine Bharucha (traductrice), Martine Segard (responsable du lettrage) et Christine Couturier (coloriste). Qu’ils en soient ici remerciés.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;slh-xeno-vol1-6.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/SLH/.slh-xeno-vol1-6_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h3&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;

&lt;p&gt;Albums parus aux Editions Comics USA :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1 - Jack Cadillac (1988)&lt;br /&gt;
2 - Hannah Dundee (1989)&lt;br /&gt;
3 – Xénozoïque (1990)&lt;br /&gt;
4 - Cadillacs &amp;amp; dinosaures (1990)&lt;br /&gt;
5 - Destination Wassoon ! (1991)&lt;br /&gt;
6 - Tenrec est mort ! (1993)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Albums réédités chez Akileos en 2006 :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;1 - Après la fin (2006)&lt;br /&gt;
2 - Le nouveau monde (2006)&lt;br /&gt;
Intégrale (2013)&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 9 juin 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/12/Journal-d-un-homme-des-bois-09-06-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 9 juin 2015" />
      <id>urn:md5:1e5df6b50169c612abdede128f1b3e48</id>
      <published>2015-06-12T14:42:00+02:00</published>
                    <updated>2015-06-12T14:42:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150609-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150609-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous parle de son éthique de vie, de tout l'intérêt qu'il porte à la politique et des arrangements musicaux des chansons de Jean Ferrat…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque j’étais un jeune homme encore assez idiot pour croire que voter servait à quelque chose, j’avais l’habitude, au premier tour, de glisser dans l’urne un bulletin pour le candidat du mouvement Fédéraliste, puis au second tour je votais Socialiste. Je vous parle là de la seconde moitié des années septante. Le mouvement Fédéraliste tendant à une progressive invisibilité, je me mis à changer mon vote : au premier tour, je votais Écolo – c’était de toute façon le début de l’époque où, de moins en moins idiot, je commençais à réaliser qu’une Europe fédérale ne pouvait être autre chose qu’une Europe « libérale avancée », comme disait le joueur d’accordéon présidentiel, et donc un projet tout pourri. Et au second tour je votais pour « le con de gauche », tant le choix se résumait entre accorder sa voix à un con de droite ou à un con de gauche. Et puis, à la fin des années quatre-vingt, j’ai cessé d’aller voter, ne parvenant plus à faire la différence entre la connerie des uns et celle des autres, et refusant de prendre le risque de malencontreusement voter pour un con de droite à l’insu de mon plein gré.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au début du nouveau millénaire, j’ai découvert que ma manière générale de vivre portait un nom : la frugalité volontaire ; et qu’elle ressortissait à une idéologie (une philosophie, une éthique, une vision politique, un projet socio-économique… si le mot idéologie vous gêne) nommée Décroissance. J’étais sans le savoir plus écolo que la plupart des écolos – pour autant qu’on puisse considérer comme des écolos les politiciens qui viennent à la télévision parler au nom de l’écologie, mais c’est un autre débat, comme disait mon grand-père.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis, je regarde d’un œil à la fois rageur et désespéré, mes « concitoyens » (en un seul mot, contrairement à ce que l’on pourrait croire) porter au pouvoir, alternativement, un con de droite revendiqué ou bien un con de droite mais de gauche. Et je décroisse gentiment, dans mon coin. Je frugalise à qui mieux mieux, voire à qui moins moins, car, pour tout dire, sans réel autre choix que de frugaliser – je ne suis pas un héros des temps à venir, juste un saltimbanque d’aujourd’hui qui essaie de survivre dans un monde effrayant…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hier soir, comme tout le monde, j’ai regardé la télévision. Il y avait une émission sur Jean Ferrat, disparu il y a tout juste cinq ans. Je me suis aperçu à quel point ce type était formidable. Voix magnifique, remarquablement placée et d’une profondeur incroyable. Une présence. Et à quel point je suis passé à côté de Jean Ferrat. Quand j’étais un ado hirsute et un peu abruti qui se prenait pour le fils caché de Jimi Hendrix – et le neveu à la fois d’Eric Clapton et de John Mayall – tout ce qui, de près ou de loin, ressemblait à de la variété française me faisait fuir à toute allure. Ce n’est pas que ça me rentrait par une oreille pour sortir par l’autre, même pas ! Je me débrouillais pour que ça ne rentre &lt;em&gt;pas du tout&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En fait, hier soir, en visionnant ces enregistrements des années soixante et septante, j’ai compris pourquoi je n’avais – en ce temps-là – aucune envie d’écouter Jean Ferrat : c’était à cause des arrangements musicaux, de ces hordes de violons tour à tour hystériques et pitoyables, dégoulinant de bons sentiments et d’harmonies aussi creuses qu’envahissantes. Peste et choléra, que ces « grands orchestres » utilisés tant en studio pour noyer le talent sous des nappes de cordes, qu’en direct par les chaînes de télévision pour leurs émissions de variétés. À cause de ces violoneux cravatés et moustachus, la quasi-totalité de la musique populaire française de l’après-guerre aux années quatre-vingt, est un immense lac de vomis. Aucun chanteur n’y a échappé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’Âge venu, lorsque je vois des extraits de ces anciennes émissions de télévision, je parviens désormais à « ne pas entendre » ces arrangements grotesques et bouffis, pour me concentrer sur la mélodie et la voix du chanteur – et je me prends à rêver d’écrire de nouveaux arrangements tout en finesse et en subtilité. Et je finis par penser que si la chanson française d’aujourd’hui est souvent extrêmement convaincante et intéressante, c’est peut-être parce qu’elle a pris conscience, elle aussi, de cette nécessaire frugalité en toute chose y compris dans la pratique artistique – et que cela suscite une manière d’esthétique volontairement décroissante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Grâce à Jean Ferrat, ce fut une bien bonne soirée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hélas, je n’ai pas eu le réflexe d’éteindre à la fin de l’émission. Et tandis que je bouquinais gentiment sur fond de journal télévisé, mon oreille a été attirée par un échange entre deux je-ne-sais-trop-quoi (économistes, journalistes, spécialistes ?) qui parlaient de l’air du temps. Le temps de lever le nez de mon livre et je tombe sur une courbe ascendante supposée témoigner de l’augmentation régulière du revenu des ménages, au cours des dernières années. Le montreur de courbe devait sans doute appartenir à la mouvance « con de droite mais de gauche ». Du moins, c’est ce que suggérait la courbe : un type qui vient à la télé pour nous démontrer que les ménages ont de plus en plus d’argent à leur disposition doit être vaguement hollandiste. Je n’ai pas eu le temps de voir la tête de l’autre type – sans doute un représentant de la mouvance « con de droite revendiqué » – car, tout soudain, le montreur de courbe s’est exclamé : « Bien entendu, il vaudrait mieux que chacun ait beaucoup plus d’argent ! » Là, j’ai noté la phrase avec les références (France 3, 23h15) et puis j’ai éteins la télé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Avoir « beaucoup plus d’argent » ? Mais pour quoi faire ? Acheter beaucoup plus d’objets fabriqués par des esclaves et des enfants à l’autre bout du monde, qui vous pourrissent l’esprit quand vous ne les possédez pas (tant on vous répète à quel point ils sont indispensables) puis quand vous les possédez (tant vous finissez par croire que vous ne pouvez pas vivre sans eux) ? Des objets dont la production épuise chaque jour un peu plus les ressources de la planète tout en la mettant toujours davantage en surchauffe ? Des objets dont on ne sait que faire une fois qu’ils sont remplacés par d’autres dont on vous explique qu’ils sont beaucoup plus enviables (et encore plus parfaitement indispensables) ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il n’y a vraiment aucun moyen de réformer ce monde ! Tout est verrouillé. Les stupidités sont répétées – matraquées – par les uns et les autres. Les mêmes mensonges, les mêmes manipulations. Il n’y a d’autre choix que de construire sa bulle, dans son coin. D’y accueillir les siens, d’y mettre à l’abri ce qui est important et témoigne un peu de la grandeur humaine passée – une denrée de plus en plus rare. Il faut ménager des ouvertures dans ces bulles afin qu’elles puissent communiquer entre elles. Et il puis, il faut attendre que tout s’effondre, tout autour de nous. Avec l’espoir qu’une partie des bulles survivent à la prochaine apocalypse. Et que, peut-être, les survivants puissent reconstruire quelque chose.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et sur ces bonnes paroles – qui témoignent tout de même un peu, voire un peu beaucoup, de la fascination que la SF post-apocalyptique a exercée sur le cerveau alors juvénile de l’homme des bois – je vous souhaite une bonne journée. Et souvenez-vous : il faut cultiver notre jardin.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Z comme Zeroville</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/11/Z-comme-Zeroville" rel="alternate" type="text/html" title="Z comme Zeroville" />
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      <published>2015-06-11T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-11T14:36:50+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-z-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-z-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où, pour cette dernière entrée de l'Abécédaire — avant le prochain tour —, on joue les cinéphiles en compagnie de Vikar Jerome, protagoniste de l'excellent &lt;strong&gt;Zeroville&lt;/strong&gt; de Steve Erickson…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Zéroville (Zeroville), Steve Erickson, roman taduit de l’anglais (US) par Clément Baude, Actes Sud, 2010 (2007). 368 pages. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Dites donc, c’est pas Alphaville qu’il faut appeler votre patelin, c’est Zéroville. » J.-L. Godard&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Août 1969. Vikar Jerome débarque à Hollywood. D’abord promis à des études d’architecture, le jeune homme âgé de vingt-quatre ans a fui l’influence écrasante de son père après sa toute-première sortie – tardive – au cinéma. Deux séances qui furent pour lui une véritable épiphanie, et qui l’ont convaincu de se faire tatouer le crâne. Sur l’hémisphère droit, Montgomery Cliff ; sur le gauche, Elizabeth Taylor – et qu’on n’aille pas les confondre avec James Dean et Natalie Wood, cela met Jerome en rogne ! – dans une scène tirée de &lt;em&gt;Une place au soleil&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-z-films.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-z-films.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Jalons et épiphanies de Vikar Jerome.&quot; /&gt;Malheureusement, les illusions de Vikar disparaissent vite. Son problème est que, à Hollywood, pas grand-monde n’éprouve le même intérêt que lui pour le cinéma. Vu sous un autre angle, la passion, la dévotion de Vikar pour le septième art a quelque chose de dingue, et le bonhomme n’est pas loin d’être un « ciné-autiste ». D’abord pris pour un fou, membre de la famille Manson, le jeune homme va toutefois rencontrer au fil du temps des individus qui partagent son intérêt, autant de jalons importants dans son parcours – un cambrioleur black, cinéphile averti&amp;nbsp;; une actrice à la filmographie bis, Soledad Palladin, qui vit sur le fil du rasoir, malgré sa fille en bas âge ; une monteuse, Dotty Langer, qui va lui permettre de se faire sa place dans ce milieu ; Viking Man a.k.a. John Milius… Car pour aussi déconcertant que soit Vikar, le jeune homme s’avère un monteur de génie, avec sa propre vision des choses. Personne ne le comprend, pas même lui, mais cela marche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Chaque scène est dans tous les temps, se dit Vikar, et tous les temps sont dans chaque scène. Chaque plan, chaque angle de vue, chaque séquence est dans tous les temps, tous les temps sont dans chaque plan, chaque angle de vue, chaque séquence. Les scènes d’un film peuvent être filmées dans le désordre, pas parce que c’est plus pratique, mais parce que toutes les scènes ont lieu véritablement au même moment. La “continuité” est un des mythes du cinéma ; au cinéma, le temps est circulaire, comme une bobine. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;S’étalant sur une douzaine d’années, de l’assassinat de Sharon Tate par la famille Manson jusqu’à la sortie de &lt;em&gt;Blade Runner&lt;/em&gt;, &lt;strong&gt;Zéroville&lt;/strong&gt; brosse tout à la fois le portrait fascinant d’un individu hors-norme, cinéphile jusqu’à l’obsession, et celui, non moins passionnant, d’Hollywood et de son évolution : la fin d’un âge d’or, l’émergence du Nouvel Hollywood, une Amérique par endroit perdue dans sa propre contre-culture. Dans cette Mecque du cinéma, Vikar connaît une ascension fulgurante, mais s’obstine à déjouer les pronostics et l’avenir brillant que les autres lui prédisent en suivant sa propre trajectoire, éminemment personnelle, qui ne tient compte que de ses manies. Trajectoire en forme de spirale descendante pour le personnage de Vikar, et qui finit par amener le roman sur des territoires proches du fantastique. L’épigraphe de Josef von Sternberg est à ce titre particulièrement lumineuse :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Je crois que le cinéma existe depuis l’origine du monde. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;La chute du roman est des plus fascinante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour autant, le roman n’en adopte pas moins une structure particulière (mais pas aussi corsetée que &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions&quot;&gt;Ô Révolutions&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, roman lui aussi cinéphile) : 454 chapitres de longueur inégale (de trois pages à seulement un mot), numérotés de 1 à 226, le 227 formant le chapitre central avant le décompte jusqu’à zéro. Autant de bouts de pellicules… L’écriture est au diapason, chaque chapitre formant comme un plan cinématographique. Il est dit qu'un film connaît trois écritures : le scénario, la mise en scène et le montage, cette dernière étant d'une importance cruciale. Vikar le sait bien, Steve Erickson aussi.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Roman éminemment cinéphilique, &lt;strong&gt;Zéroville&lt;/strong&gt; tire son titre d’une réplique d&lt;em&gt;e &lt;/em&gt;l'&lt;em&gt;Alphaville&lt;/em&gt; de Jean-Luc Godard, et regorge de références. Vikar croise ainsi une bonne part du gotha hollywoodien des années 70, et visionne bon nombre de films, dont Steve Erickson se garde souvent de donner le titre : charge au lecteur de deviner ce qu’a vu le protagoniste. (Heureusement, &lt;a href=&quot;http://letterboxd.com/ch_williamson/list/films-referenced-in-steve-ericksons-zeroville/&quot;&gt;un site&lt;/a&gt; s’est chargé de répertorier les films en question.) L’occasion de voir que la culture du personnage ne se restreint pas aux seuls chefs d’œuvre classiques, mais s’étend jusqu’aux cinémas de genre : western, science-fiction, fantastique, pornographique (c’est en regardant un film pornographique horrifique que Vikar a sa seconde épiphanie).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Huitième roman de l’auteur américain Steve Erickson, &lt;strong&gt;Zéroville&lt;/strong&gt; est un coup de maître fascinant, cinéphilique mais pas destiné aux seuls amateurs de cinéma.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-z-zeroville.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-z-zeroville.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De manière somme toute logique, voire inévitable pour un livre parlant d’Hollywood, &lt;strong&gt;Zeroville&lt;/strong&gt; va être adapté au cinéma. A la réalisation, James Franco, l’acteur-réalisateur interprétant Vikar. Pour le reste du casting : Megan Fox (Soledad Paladin), Jacki Weaver (Dotty Langer), Seth Rogen (Viking Man), Dave Franco (Montgomery Clift). La sortie est prévue fin 2015…&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 8 juin 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/10/Journal-d-un-homme-des-bois-08-06-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 8 juin 2015" />
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      <published>2015-06-10T08:45:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-10T08:48:27+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150608-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150608-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous explique son rapport tout particulier à sa boîte mail — et a besoin de &lt;strong&gt;votre&lt;/strong&gt; aide, au passage…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a quelques années, alors que je discutais gentiment avec un vieux copain et que, tout soudain, je lui fis remarquer qu’il faudrait que je note son adresse mail pour pouvoir donner bonne suite à une requête qu’il venait de formuler (genre lui envoyer à mon retour chez moi je ne sais plus quel document), il me fit remarquer quelque chose comme : «&amp;nbsp;dans la mesure où, la semaine dernière, je t’ai envoyé un mail auquel tu as répondu , ton logiciel de messagerie a enregistré mon adresse et elle est déjà dans ton carnet d’adresses.&amp;nbsp;» «&amp;nbsp;Ah bon&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» fis-je, un peu étonné – mais pas plus que cela, puisque je m’efforce d’utiliser avec une remarquable parcimonie toute technologie postérieure à la séparation des Beatles. Que mon logiciel de messagerie prit sur lui d’enregistrer les adresses de mes correspondants, je l’ignorais. Mais pourquoi pas.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Afin de comprendre ce qui va suivre, il faut savoir que je n’envoie quasiment jamais de mail de ma propre initiative. Je suis quelqu’un qui répond assez facilement aux demandes, mais qui n’a pas l’habitude d’en formuler. Et quand il arrive que je doive tout soudain demander un truc à un copain, je me plonge alors dans les enfers de ma boîte mail (un vrai bordel !) pour y retrouver un mail plus ou moins récent de la personne en question, je l’ouvre et là, simplement impérial, une attitude qui somme toute me sied assez bien, j’utilise l’option «&amp;nbsp;répondre&amp;nbsp;» : l’outil le plus génial de toute l’informatique, depuis le regretté grand bogue de l’an 2000 (à ne pas confondre avec les petits bogues de mon châtaigner).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hélas, il n’y a pas très longtemps, j’ai effacé involontairement la totalité de la partie de ma messagerie réservée aux «&amp;nbsp;messages reçus&amp;nbsp;». C’est benêt. C’est même très benêt puisque, en corrélation logique avec ce que je viens d’expliquer, je n’ai plus la possibilité de faire « répondre » quand je veux écrire à quelqu’un de ma connaissance. Ah oui, parce que j’ai oublié de préciser que l’histoire de la messagerie qui enregistre automatiquement les adresses des gens qui vous écrivent, ce n’est évidemment pas vrai – en tout cas pas avec mail.be, la messagerie belge et gratuite que j’utilise depuis largement avant la fin du précédent millénaire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De par le fait, vous l’aurez compris, je suis dirons-nous légèrement dans la zoubia – pour parler pataouète, ce remarquable argot pied noir d’avant l’indépendance de l’Algérie. Puisque tout bonnement incapable de contacter environ 95% de mon petit «&amp;nbsp;réseau&amp;nbsp;» de plus ou moins vieux copains du monde de la SF et de la musique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Or, et pour la première fois depuis bien longtemps, pour ne pas dire pour la première fois depuis toujours, j’ai justement besoin de faire un lâcher massif de mails en direction de mes vieux potos…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Donc, avant toute chose, si vous me lisez et considérez que vous faites partie de ma bande de plus ou moins amis, copains, contacts, collègues, ex ou autres, juste envoyez moi un mail – même si c’est pour me dire que je suis un gros blaireau – afin que je puisse vous réintégrer dans mon carnet d’adresses, que cette fois je réalise en pour de vrai, avec du papier et un crayon (putain de technologie !). Merci d’avance. Ça urge.&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Y comme Year Zero</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/09/Y-comme-Year-Zero" rel="alternate" type="text/html" title="Y comme Year Zero" />
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      <published>2015-06-09T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-09T12:04:07+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;L'on continue en musique pour cette avant-dernière lettre de l'alpabet (mais nullement l'avant-dernier billet de cet Abécédaire), en s'intéressant à &lt;strong&gt;Year Zero&lt;/strong&gt;, l'album-concept dystopique (pour faire vite) de Nine Inch Nails…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Year Zero, Nine Inch Nails, Interscope (2007). 16 morceaux, 63 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;San conteste, Nine Inch Nails est l’un des groupes les plus intéressants de la décennie 90 dans le genre du metal industriel. Quoique la dénomination « groupe » ne s’avère pas forcément pertinente, Nine Inch Nails étant essentiellement le projet d’un seul individu, Trent Reznor.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-nin-discog1.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-nin-discog1.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-y-nin-discog1_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;1989-1999, Nine Inch Nails première période…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Entre 1989 et 1999, NIN a sorti quatre albums : le séminal et colérique &lt;em&gt;Pretty Hate Machine&lt;/em&gt; (1989), le furieux &lt;em&gt;Broken&lt;/em&gt; (1992), le dépressif &lt;em&gt;The Downward Spiral&lt;/em&gt; (1994), et le cathartique &lt;em&gt;The Fragile&lt;/em&gt; (1999). À sa manière, chacun de ces disques a fait date.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-nin-discog2.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-nin-discog2.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-y-nin-discog2_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;2005-2008, Nine Inch Nails deuxième époque…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais… Reznor ayant eu quelques soucis d’addictions diverses, il a fallu attendre six ans après &lt;em&gt;The Fragile&lt;/em&gt; pour entendre de nouvelles chansons : &lt;em&gt;With Teeth&lt;/em&gt; est sorti en 2005, une manière de résurrection… qui manquait un peu de mordant (pardon). La suite, il n’a cette fois pas fallu un lustre pour l’écouter : le &lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt; dont il est ici question est sorti en 2007 – avant un recueil d’instrumentaux, &lt;em&gt;Ghosts I-IV&lt;/em&gt;, et un autre album, &lt;em&gt;The Slip&lt;/em&gt;, sortis tous deux la même année 2008. (La première moitié de sa discographie d’alors est sortie sur une durée de dix ans ; la seconde sur quatre ans seulement.) Si Reznor a mis ensuite NIN en sommeil, cela n’a été que pour lancer un side-project, How to destroy angels, de la pop-indus (?), et pour composer les (excellentes) bandes originales des trois derniers films de David Fincher. Bref, le bonhomme est entré voici dix ans dans une période de grande prolixité ; cela au détriment de la qualité, d’aucuns estiment.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-ost.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-ost.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-y-ost_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Depuis 2010, la collaboration fructueuse avec David Fincher.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt; donc, un album concept.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lors d’interviews, Reznor s’en est expliqué : désireux de changer de méthodologie, il ne souhaitait plus piocher dans son journal de quoi composer ses nouvelles chansons, raison pour laquelle il s’est lancé dans l’histoire d’un futur dystopique. On peut retracer la généalogie de ce concept jusqu’à 1974 et le &lt;em&gt;Diamond Dogs&lt;/em&gt; de David Bowie, disque très inspiré de &lt;strong&gt;1984&lt;/strong&gt; (à l’origine, Bowie voulait d’ailleurs adapter le roman d’Orwell en comédie musicale, mais les ayant-droits de l’auteur s’y sont opposés) (des liens existaient déjà entre Bowie et Reznor : le second a remixé une chanson du premier, &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=u7APmRkatEU&quot;&gt;« I’m afraid of Americans »&lt;/a&gt;, et joue un inquiétant stalker [pléonasme !] dans le clip ; les deux ont ensuite fait une tournée ensemble en 1997, Nine Inch Nails assurant la première partie des concerts). L’on peut citer également, en Francophonie, la comédie musicale &lt;em&gt;Starmania&lt;/em&gt;. Et, postérieur à &lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt;, le double album &lt;em&gt;Controlling Crowds&lt;/em&gt; (2009) du groupe britannique Archive, dont le titre est tout un programme.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-ddcc.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-ddcc.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-y-ddcc_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;David Bowie, Archive, même combat.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme bon nombre d’œuvres sorties durant les années Bush (&lt;em&gt;Southland Tales&lt;/em&gt;, sorti aussi en 2007, par exemple et dont on parlait récemment &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/25/S-comme-Southland-Tales&quot;&gt;dans cet Abécédaire&lt;/a&gt;), &lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt; se veut une critique de l’administration Bush Jr d’alors et de ses tendances liberticides (le Patriot Act, etc.) et fondamentaliste. L’année zéro du titre de l’album est 2022, année où les USA renaissent, après une série d’attentats, sous la forme d’une théocratie chrétienne ; la population y est sévèrement contrôlée par le Bureau de la Moralité, et maintenue dans un état d’hébétude constant par l’adjonction de drogues dans l’eau courante. Sans oublier la Présence, phénomène inexpliqué (hallucination due aux drogues ? autre chose ? la vérité est ailleurs…) se manifestant sous la forme d’une main fantomatique descendant du ciel (cf. la pochette de l’album)…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-yearzero.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-yearzero.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Mais que font Mulder et Scully ?&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’album a été doublé par un jeu en réalité alternée, créé par 42 Entertainment – ses membres fondateurs avaient déjà travaillé sur un JRA pour &lt;em&gt;A.I.&lt;/em&gt; de Steven Spielberg, et ont bossé plus tard sur des projets semblables pour &lt;em&gt;The Dark Knight&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Tron: Legacy&lt;/em&gt;. Dans l’histoire fictive de &lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt;, un groupe de scientifiques envoie clandestinement des sites à rebrousse-temps : avant et après la parution du disque (avril 2007 dans le monde réel), ç’a aura été tout un festival : découvertes de clefs USB contenant chansons, liens vers des sites web, numéros de téléphones, le tout afin de créer un univers des plus crédibles. (Ce qui semble avoir marché, ce JRA ayant remporté un prix lors du Festival international de la créativité de Cannes en 2008.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-presence.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-presence.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; the=&quot;&quot; title=&quot;La Présence se dissimule dans les audiogrammes, ici dans le bruit blanc à la fin de la chanson &quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-art.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-art.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-y-art_s.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;Et résister est-il un art ?&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Et la musique dans tout ça ? C’est malheureusement là que &lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt; pèche… Pourtant, l’entrée en matière est foutrement efficace : « Hyperpower! » est un court instrumental, porté par une rythmique martiale et des guitares saturées bientôt englouties par les cris d’une foule. « The Beginning » poursuit sur cette lancée : rentre-dedans, la chanson gagne en puissance jusqu’à s’achever sur un solo de synthé distordu. Plus tubesque, « Survivalism » est structuré de manière similaire, avec un refrain agressif. « The Good Soldier » est plus léger musicalement, en contraste avec les paroles, évoquant un soldat taraudé par le doute alors qu’il patrouille dans les rues où il a vécu enfant. « Vessel », volontiers bruitiste, contient des paroles plus cryptiques. « Me I’m not » se caractérise par une ambiance lourde et hypnotique plutôt réussie. « My Violent Heart » alterne calme et violence ; des sons mécaniques/industrielles soutiennent le refrain, pour un résultat un chouïa retro-eighties. Titre assez dansant, « The Warning » lorgne vers les chansons vaguement rappées, et désormais très datée, de &lt;em&gt;Pretty Hate Machine&lt;/em&gt; près de vingt ans plus tôt – bof.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/qSsRt_1l740&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pas grand-chose à dire sur « God Given » et « Meet your master », morceaux rentre-dedans mais peu mémorables, voire un tantinet embarrassant en ce qui concerne le second. En revanche, « The Greater Good » est un nouveau morceau très atmosphérique, à l’ambiance poisseuse ; la voix de Reznor est réduite à des murmures tandis que se font entendre grésillements et autres bleeps. D’autres bruitages parasitent également, et pas de manière très utile, la seconde moitié de « The Great Destroyer », chanson traitant de la surveillance généralisée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-avt.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-avt.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-y-avt_s.png&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;Vues d'un site web viral créé pour l'occasion par 42 Entertainment.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;« Another version of the truth » préfigure avec succès les expérimentations de &lt;em&gt;Ghosts I-IV&lt;/em&gt; : une mélodie au piano sur fond de grésillements, formant un morceau aussi inquiet dans sa première moitié que contemplatif dans la seconde, pour une impression de désolation générale. « In this twilight » se caractérise par une ambiance crépusculaire, forcément, mais manque de force. Enfin, « Zero-sum » conclut l’album : des murmures alternent avec des chœurs désenchantés, sur une petite mélodie au piano soutenue par des beats concassés. Mais il y a un semblant de lumière dans ce titre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-y-back.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-y-back.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le dos de la pochette donne le ton elle aussi.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt; se différencie des précédents albums de Nine Inch Nails par une profusion de sonorités électroniques : pourquoi pas, mais cela peine à masquer la pauvreté relative des compositions. La première moitié du disque tient à peu près la route tout en étant loin des grandes heures des albums précédents, la seconde peine à retenir l’attention, et malgré quelques passages instrumentaux réussis, aucune bonne chanson ne se distingue. L’album se situe un cran en-dessous de &lt;em&gt;With Teeth&lt;/em&gt;, lui-même moins réussi que les disques de la décennie 90 de NIN. A croire que Trent Reznor n’est jamais aussi bon que lorsqu’il parle de son nombril. On ne peut dénier au musicien l’honnêteté de ses intentions, la pertinence du concept (même si la dénonciation demeure ici un peu facile), la volonté de se renouveler, mais le résultat peine à convaincre et à rester dans la mémoire. In fine, l’intérêt de &lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt; se situe moins dans la musique que dans le jeu en réalité alternée. Malheureusement, huit ans après sa sortie, plus aucun des sites web mis en place n’est accessible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un temps, il a été question de porter &lt;em&gt;Year Zero&lt;/em&gt; à l’écran, sous la forme d’une mini-série, produite par HBO et la BBC, et co-écrite avec Daniel Knauf, le scénariste de &lt;em&gt;La Caravane de l’étrange&lt;/em&gt;. Le projet est cependant tombé définitivement à l’eau. Dommage, il aurait été intéressant, voire inédit (pour autant que je sache), qu’un album devienne une série télé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Inécoutable : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>X comme Xen</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/05/X-comme-Xen" rel="alternate" type="text/html" title="X comme Xen" />
      <id>urn:md5:00570b057a48245a184751eb504cac05</id>
      <published>2015-06-05T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-05T12:19:54+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-x-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-x-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on retrace une brève histoire des musiques électroniques avant de s'intéresser à &lt;strong&gt;Xen&lt;/strong&gt;, premier album du jeune et prometteur musicien Arca.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Xen, Arca, Mute Records (2015). 39 minutes, 15 morceaux.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/05/07/M-comme-Les-Musiques-de-la-mort#sf&quot;&gt;Dans un précédent billet&lt;/a&gt;, votre serviteur évoquait son amour inconditionnel pour l’electro. Les musiques électroniques, devrais-je plutôt dire. Il y a autant de ressemblance entre David Guetta et le musicien dont il sera question ici qu’entre Bernard Werber et les frères Strougatsky (pour donner un exemple facile et grossier). Les musiques électroniques se situent à la conjonction de l’art musical et de la science, ce qui suffit d’emblée à les rendre passionnante. Certes, le terme est fourre-tout, et recouvre plusieurs genres musicaux assez différents…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, les musiques électroniques naissent en même temps qu’apparaissent les premiers instruments de musiques électroniques (dont Francis Valéry faisait un historique &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/01/28/Nouveaux-sons&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;). Lourds et encombrants, ils sont d’abord réservés à une élite, celle qui, au cours des années 1950, fait ses recherches dans les studios radiophoniques. En France par exemple, ce sera Pierre Schaeffer et Pierre Henry, au sein du Groupe de Recherche de Musique Concrète. Ces deux musiciens – notamment le second – sont réputés pour avoir inventé (comme le nom de leur labo l’indique) la musique concrète, qui utilise des sons d’objets du quotidien, et la musique électroacoustique, qui mêle musique concrète et électronique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://blog.belial.fr/media/nouveauxsons-minimoog.jpg&quot; src=&quot;http://blog.belial.fr/media/nouveauxsons-minimoog.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Peu à peu, les appareils perdent en taille ce qu’ils gagnent en maniabilité : dès lors, ils ne sont plus réservés à une seule élite, mais s’incorporent au cours des années 60 dans la musique populaire. Le synthétiseur mis au point par Robert Moog en 1964 participe grandement à ce mouvement. Walter Carlos (qui deviendra plus tard Wendy Carlos, celle qui composera la BO d’&lt;em&gt;Orange mécanique&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;Tron&lt;/em&gt;) sort des albums de reprises de musique baroque joués au Moog : si le geste sert à légitimer le synthétiseur, il pèche du côté de l’éventail de possibilités offert par cet instrument ; en ne cherchant qu’à reproduire le plus fidèlement possible des sons d’instruments existant déjà. Ailleurs, les Beatles puis les Pink Floyd utilisent des synthés sur leurs albums ; Jimmy Page s’empare d’un thérémin sur « Whole Lotta Love »…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De ce côté-ci de la Manche et de l’Atlantique, les choses évoluent aussi : le krautrock fait son apparition en Allemagne au début des années 70 : des musiques planantes, volontiers électroniques, qui délaissent les guitares. Si certains groupes, comme Tangerine Dream ou Amon Düül, planent très haut, le plus pertinent représentant de ce genre est le quatuor Kraftwerk, dont la musique devient bien vite exclusivement électronique et se fait volontiers la bande-son idéale du monde moderne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À partir de la fin des années 70, sampleurs et synthétiseurs descendent vers des prix de plus en plus abordables, ce qui continue à démocratiser ces instruments ; dans le même temps, les genres électroniques se diversifient — disco, new wave, musique industrielle — et se mêlent avec le rock, la pop, le jazz, le reggae pour accoucher de nouveaux rejetons, chacun souvent propre à un pays, une région, une ville. Les années 80/90, avec l’explosion de la house et de la techno achèvent de populariser les musiques électroniques. Si le rock a fait un retour remarqué dans les années 2000, force est de constater que les musiques électroniques sont presque partout : sonorités, arrangements, techniques d’enregistrement…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur ce dernier point, l’on peut d’ailleurs continuer à tracer un parallèle entre SF et musiques électroniques : de même que la science-fiction infuse désormais dans la littérature blanche, l’electro elle aussi fait partie intégrante des musiques populaires. La guerre est gagnée, pour ainsi dire. Ainsi se pose cette question : que faire ensuite ? La SF est rattrapée par le présent et se trouve taxée de manque d’idées, les musiques électroniques imprègnent rock et pop … L’une des réponses est de continuer à aller de l’avant, à poursuivre les recherches. Recherches sonores dans le cas qui nous intéresse : Arca et son premier album, &lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arca fait figure d’exception : les musiques électroniques proviennent généralement de lieux ayant un passé industriel : les villes de Detroit ou Chicago, la Ruhr en Allemagne (Versailles et Paris, d’où viennent respectivement Air et Daft Punk, est un contre-exemple français)… Nouveau venu sur la scène electro, Arca, alias Alejandro Ghersi, est originaire du Venezuela, quoique résidant désormais à Londres.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-x-xen.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-x-xen.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-x-xen_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Trois EP, deux mixtapes, un disque (le présent &lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt;), et cinq productions — et pas pour les moindres, comme le clown Kanye West (&lt;em&gt;Yeezus&lt;/em&gt;, 2013) ou l’impeccable Björk (le somptueux &lt;em&gt;Vulnicura&lt;/em&gt;, 2015 : son album le plus convaincant depuis &lt;em&gt;Vespertine&lt;/em&gt; voici quatorze ans) –, rien qu’entre 2012 et 2015 : le bonhomme a un début de carrière aussi prolifique que prometteur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt; donc. L’album fait suite à trois EP (&lt;em&gt;Baron Libre&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Stretch 1&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Stretch 2&lt;/em&gt;, tous trois parus en 2012), où Arca concassait âprement ambient et breakbeats distordus. Dès « Now you know », le morceau introductif de &lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt;, l’évolution est perceptible : un son cristallin – de verre pourrait-on dire, avec tout ce que cela a de coupant – dans un espace sonore d’une grande profondeur. Des sonorités stridentes, fragiles, réverbérantes parcourent les quinze morceaux du disque. Celui-ci est bref pourtant : les morceaux vont à l’essentiel, et seuls trois dépassent la barre des trois minutes. On retiendra en particulier les superbes « Xen » (morceau porté par un mouvement ascendant contrarié), « Slit thru », « Failed » (dépourvu de percussion, tout en délicatesse), « Thievery » (tubesque en diable, si l’on puit dire), « Lonely Thugg » (terriblement mélancolique). Dommage que le disque, sur la fin, peine à retenir l’attention.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Par endroit fourre-tout, manquant peut-être d'une structure solide, &lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt; n'en reste pas moins d'une écoute stimulante, et l'on comprend pourquoi Björk, qui a toujours su bien s'entourer (même sur ses décevants derniers albums), a fait appel à lui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le titre est significatif : Xen comme le préfixe grec indiquant l’étranger. Quoique ici le terme idoine serait plutôt l’étrangeté, voire la mutation. La pochette de l’album est à l’avenant : créée par l’artiste Jesse Kenda, la difforme figure féminine qui l’orne provoque fascination et répulsion – et sûrement les deux à la fois. Kenda a par ailleurs réalisé les clips qui accompagnent quelques-uns des morceaux de l’album : « Thievery » réinvente le twerk par une créature en CGI ; « Xen » fait muter les corps (on pense à « Rubber Johnny », le morceau d’Aphex Twin mis en image par Chris Cunnigham, mais en bien moins terrifiant). Manière de redonner ce qu’on reproche souvent à l’electro de manquer dans ses déclinaisons les plus expérimentales : l’humain.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/pcNG-zMlB8Q&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, avec &lt;em&gt;Xen&lt;/em&gt;, Arca nous offre un premier album des plus convaincants, qui le propulse au rang des artistes à suivre de près…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Inécoutable : oui, mais ça dépend des oreilles…&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 3 juin 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/03/Journal-d-un-homme-des-bois-03-06-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 3 juin 2015" />
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      <published>2015-06-03T15:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-06-03T15:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150603-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150603-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où notre Francis Valéry nous parle de sa découverte du financement participatif et de son &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/maitre-zacharius-poeme-symphonique-sur-texte-de-ju&quot;&gt;projet&lt;/a&gt;, lancé sur Kickstarter : un poème symphonique d'après &lt;strong&gt;Maître Zacharius&lt;/strong&gt;, court roman de Jules Verne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Hier, j’ai lancé &lt;a href=&quot;https://www.kickstarter.com/projects/1937565962/maitre-zacharius-poeme-symphonique-sur-texte-de-ju&quot;&gt;un projet sur Kickstarter&lt;/a&gt;, un site de financement participatif (je crois que c’est comme cela que l’on dit). Comment le cousin, réfractaire à toute technologie dépassant celle du taille-crayon à pile, a-t-il pu se lancer sur l’internet dans une opération ressortissant à cette fameuse « nouvelle économie » dont il ne comprend rien ? D’autant qu’entre le moment où le cousin a entendu pour la première fois de sa vie le mot « kickstarter » et celui où son projet, dûment décrit, argumenté et budgétisé, a été mis en ligne sur le site en question, il s’est écoulé moins de vingt-quatre heures. Le cousin souffrirait-il d’une forme pernicieuse de gastro-entérite neuronale ? Il ne lui semble pas… mais sait-on jamais ! Bref. Il m’a semblé intéressant de faire un point sur ce nouveau mode de financement d’un projet culturel : en l’occurrence un Poème Symphonique inspiré d’un court roman de Jules Verne.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout a commencé non pas le jour où David Vincent s’est égaré en cherchant un raccourci qu’il n’a jamais trouvé, mais plus prosaïquement par un mail en réponse à l’opération &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/22/Journal-d-un-homme-des-bois-13-04-2015&quot;&gt;« Adoptez un Artiste »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, de l’un de mes vieux camarades de classe – de l’époque où nous éclusions force godets (de champagne) aux Utopiales – me disant ceci :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Puisque tu frappes à ma porte pour demander une aide financière, je vais partager mon point de vue sur ton projet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tu reprends une idée qui est déjà dans l'air du temps en sollicitant tes proches pour une entreprise de crowd-sourcing.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je n'envisage pas de te donner de l'argent ni de devenir ton mécène particulier.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Il m'arrive pourtant de donner de l'argent pour des projets.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C'est pourquoi je suggère que tu lances un kickstarter, sur Kickstarter justement, ça tombe bien : ils viennent de s'implanter en France et sont disponibles depuis le 11 mai (ou toute autre plate-forme de financement collaboratif à ton goût si tu n'aimes pas kickstarter). Un Kickstarter donc, autour d'une idée, d'un projet – par exemple un roman.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je serai prêt à verser 100 euros pour un tel projet dans le cadre d'un kickstarter. Et même à réitérer l'expérience si l’œuvre m'a plu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pourquoi dans ce cas ne pas te verser directement 100 euros, pourrais-tu objecter ? Parce que je pense qu'il faut que cela participe d'un phénomène culturel qui est en plein essor en ce moment. C'est du moins ma vision de la culture aujourd'hui. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;C’était clair, net et précis. Sauf peut-être l’expression « crowd-sourcing », car à en lire mon correspondant, tel un Monsieur Jourdain des temps modernes, je faisais du crowd-sourcing sans le savoir. Il est des révélations plus douloureuses – encore que le mot sonnât comme une mâchoire se refermant sur l’innocence d’un écrivain désargenté. Mais peu importe. N’écoutant que ma curiosité, je suis donc allé voir ce qu’était Kickstarter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors voilà : on y expose un projet, on indique la somme d’argent nécessaire pour monter ce projet, on décrit aux donateurs potentiels les « récompenses » (c’est le mot utilisé) qu’ils recevront en échange, puis on attend. Si au bout de trente jours, les promesses de dons atteignent la somme demandée, on touche les sous. Si la somme n’est pas atteinte, tout est annulé et on n’a que ses yeux pour pleurer – en se disant que ce fut bien du temps et de l’énergie dépensée pour rien. Oui, parce que juste pour s’inscrire, il en faut du temps ! Il faut aussi comprendre l’anglo-américain grommelé au centre d’une chambre d’écho et transmis par un téléphone tout pourri (parce qu’à un moment il faudra recopier un code transmis depuis un ordinateur anglosaxophone, bien que vous soyez sur la toute nouvelle branche supposée « française » du site…). Et puis il faut aussi scanner sa carte d’identité et l’envoyer. Ah oui, il faut une photo. Enfin, bon, au bout de trois heures (je jure que je n’exagère pas) vous lancez votre projet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et là, juste le temps d’aller voir votre boîte mail, et vous découvrez un message de Kickstarter vous annonçant que vous avez déjà récolté cinquante mille dollars ! (non, là je déconne).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Kickstarter est donc un site qui peut permettre à quelqu’un qui envisage de « fabriquer » quelque chose, de lancer une souscription pour en financer la réalisation. Exemple : vous demandez 1000€ pour que votre groupe puisse aller passer deux jours en studio, afin d’enregistrer vite fait quatre morceaux + une troisième journée pour le mixage à oreilles reposées (s’il vous reste des oreilles, tout dépend du style de musique). Puis pour fabriquer à l’arrache cent exemplaires d’un CD quatre titres et financer son envoi via la Poste (même pas peur !) aux souscripteurs. Cent personnes souscrivent en envoyant 10€ : ce peut être des personnes qui suivent vos concerts, et n’ont donc déjà plus d’oreilles, ou des inconnus à qui votre manager a fait croire que vous faisiez de la musique. Peu importe. L’important est d’en convaincre un nombre suffisant – car souvenez-vous, c’est « tout ou rien » : si vous récoltez des promesses de dons pour 998€ et que vous avez demandé 1000€, vous n’avez rien. Ah, c’est benêt ! Il vaut donc mieux être modeste et tout serré dans ses petits souliers quand on fixe la somme…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un simple site pour lancer des souscriptions, alors ? Non. Car vous ne demandez pas 10€ pour recevoir votre CD mais « 10€ et plus ». Et dans la pratique, il y a des personnes qui ont envie de vous aider, au-delà du simple achat d’un futur CD, et qui vont faire une promesse de don supérieure à dix euros – voire très supérieure. Il y a donc aussi une vraie dimension de mécénat pour qui le souhaite. Et vous pouvez créer plusieurs types de « récompenses » et assortir certaines d’un nombre maximal de personnes pouvant jouer dans cette catégorie. Ainsi, vous pouvez par exemple promettre une photo dédicacée du chanteur tout nu avec son numéro de téléphone, à qui versera cent euros « et plus », et limiter le nombre d’heureux bénéficiaires de ladite photo (cinq, par exemple). Et on peut imaginer pire (peut-être avez-vous des choristes ?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Intéressant, &lt;em&gt;a priori&lt;/em&gt;. J’ai donc eu envie de savoir un peu ce qu’était Kickstarter. Ces gens semblent n’avoir rien à cacher et ils répondent à vos questions avant que vous ayez eu le temps de les poser. Oui, ils ont des frais et prélèvent donc un pourcentage : 5%. Il faut y ajouter les frais bancaires qui dépendent des modes de paiement des donateurs – mais ils précisent que ça sera entre 3% et 5% (à un autre endroit, ils disent entre 4% et 5%). Bon, déjà, attendez-vous à recevoir « seulement » 90% de la somme prévue. Rien à dire sur les frais bancaires sur les transferts et virements d’argent, c’est à vous de les payer, normal. Réfléchissons un instant à la commission de 5%. Kickstarter a été fondé en 2009. Ils annoncent avoir permis à plus de 80 000 projets de voir le jour, financés par 8,7 millions de personnes (on ne sait s’il s’agit de personnes différentes ou si les personnes ayant participé à plusieurs projets sont comptées plusieurs fois), pour un total de fonds récoltés de 1,7 milliard de dollars. La part nette revenant à Kickstarter (leur commission de 5%) représente donc quatre-vingt cinq millions de dollars…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Nous n’avons donc pas vraiment à faire à des militants purs et durs d’une certaine alter-mondialité mais bel et bien à un big business – avec un zeste de méchanceté on pourrait même dire une véritable pompe à fric. Quatre-vingt cinq millions de dollars sur 6 ou 7 ans, ça fait tout de même largement plus d’un million de dollars de bénéfice par mois…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Alors ? On entend souvent dire que la « nouvelle économie » reste du Capitalisme, mais sans capital – et le plus souvent sans salariés ou avec très peu de salariés. Kickstarter fait d’énormes bénéfices. Les gens qui ont lancé ce business ont fait preuve d’intelligence, ils ont su saisir l’air du temps – lorsqu’ils ne l’ont pas façonné – et plutôt que vendre des saloperies inutiles fabriquées par des esclaves dans le quart-monde, ils participent à inventer un nouveau monde. Ce n’est qu’un intermédiaire, une simple plateforme, une « ressource » comme on dit aujourd’hui. Mais &lt;em&gt;in fine&lt;/em&gt;, ce sont effectivement des dizaines de milliers de personnes qui peuvent monter des projets qu’aucune banque ne soutiendrait !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Cela mérite réflexion. Et comme des temps-ci je suis un peu dans l’urgence – à titre personnel – j’ai réflexionné très vite (moins de vingt-quatre heures). Et j’ai décidé de signer avec Kickstarter. Non pas pour financer un roman comme me le suggérait mon correspondant, car cela me semble extrêmement compliqué – mais je reviendrai longuement sur cette possibilité dans un prochain billet. Mais pour financer le prochain livre-audio que je projette de réaliser pour la collection &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt; au Bélial.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ce n’est pas un secret de dire que cette collection marche tout doucement – il n’est pas utile de se faire greffer des bras additionnels en quantité significative pour disposer du nombre de mains nécessaire pour compter les ventes. Ah, quand c’est gratuit, c’est une autre paire de manches, comme disait ma grand-mère – Ainsi &lt;em&gt;« Bal à l’Ambassade »&lt;/em&gt;, en téléchargement gratuit, est en train de devenir un bestseller – mais c’est une autre discussion comme disait plutôt mon grand-père, avant d’ajouter « de toute façon, il n’y a pas à tortiller du cul pour chier droit » (j’avoue m’être souvent demandé ce que cela voulait dire…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et face à ce non-secret, il y a cette évidence : il m’arrive de manger. Si !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150603-maitrezach.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150603-maitrezach.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Or, mon prochain livre audio est une lecture de &lt;strong&gt;Maître Zacharius&lt;/strong&gt;, un court roman de Jules Verne. Et son habillage sonore et musical va consister en un Poème Symphonique – pour les incultes ou ceux qui n’ont pas accès à Wikipédia, un Poème Symphonique est une longue pièce musicale inspirée par une œuvre extérieure, le plus souvent une œuvre littéraire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Je compose donc un Poème Symphonique. Rien moins ! Et cette composition cannibalise un mini-opéra que j’avais composé il y a huit ans et que j’ai plusieurs fois évoqué dans ce blog et le complète d’un matériel inédit que j’ai commencé à composer – les abonnés à &lt;em&gt;Chic Planète&lt;/em&gt;, ma newsletter personnelle, ont reçu en bonus de la livraison de mai un extrait de ce nouveau matériel et toute modestie mise à part, et les chevilles par sécurité préemballées tout serré tel un couple de hamsters de double bande Velpeau avant une intervention que la morale réprouve, je dois dire que les retours critiques m’ont fortement encouragé à poursuivre mes petites aventures musicales.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Evidemment, en sus de composer, j’interprète, j’enregistre et je mixe. Après avoir lu, enregistré, monté le texte de Verne. Et comme cette petite aventure devrait au final durer environ 90 minutes, ma foi, cela représente au bas mot deux mois de travail à temps plein, enfermé dans mon studio d’où je sortirai juste pour aller me coucher – et encore, je suis capable de dormir sur la moquette et sous les synthétiseurs. Oui, bien sûr, je sortirai aussi pour aller manger… et c’est là que je boucle la démonstration commencée avec la phrase ci-avant : « Et face à ce non-secret, il y a cette évidence : il m’arrive de manger. »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mon éditeur ne peut évidemment pas financer ce projet. Je n’ai plus de revenus professionnels et, à ce jour, aucune suite à une demande de RSA déposée il y plus d’un mois. Ca commence à être chaud. C’est dans ce contexte que ma découverte de Kickstarter a été une sorte de révélation ! Avec la nécessité de faire en sorte que la souscription via Kickstarter n’entre pas en conflit avec une exploitation ultérieure dans la collection &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt;. Il fallait donc proposer des choses différentes – des « récompenses » différentes, pour utiliser le langage de Kickstarter. Et monter une opération sur un temps limité – en l’occurrence pendant le mois de juin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le cœur de l’offre, si l’on peut dire, consiste en une souscription d’un montant de « vingt euros (et plus) » permettant de recevoir un coffret de 2 CD, réalisé artisanalement, au meilleure format sonore possible. Edition signée, strictement limitée au nombre de personnes choisissant cette possibilité, et numérotée.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’offre d’entrée car il en faut une permettant à tout un chacun d’apporter sa contribution, est une souscription d’un montant de « dix euros (et plus) » permettant de recevoir une version dématérialisée via We Transfer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Enfin, il y a une offre que l’on peut qualifier de « pour mécène » qui permet de recevoir, en sus du coffret, un chapitre de la partition originale. On y trouve le texte de Verne, avec force annotations – indication de lignes harmoniques, portées musicales, réglages des séquenceurs et des effets, réglages des générateurs de son… Comme le texte original est en cinq chapitres, la partition du Poème Symphonique est également en cinq parties. Pour « deux cents euros (et plus) » le souscripteur peut acquérir un des chapitres – il a donc cinq lots de cette sorte. Là, c’est vraiment du mécénat… car sur le marché des manuscrits originaux, le cousin n’est pas encore coté ! ;o)))&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’allais oublier : la somme globale demandée est 2000 euros. J’y intègre la commission Kickstarter et les frais bancaires (8 à 10%), les frais de fabrication des CDs et leur envoi par la Poste (quelques euros par personne). Ce qu’il restera – si l’opération se fait – me permettra de travailler l’esprit libre, pendant deux mois. Il me semble être raisonnable quant à mes souhaits financiers, je n’ai pas de gros besoin ! (mais n’hésitez pas à réagir, si vous trouvez que je me surévalue !).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’espère vraiment qu’un nombre suffisant de personnes seront intéressées par cette expérience de financement de ce livre audio un peu particulier, ne serait-ce par la notoriété de son auteur (je parle de Jules Verne !) et par l’ampleur du projet musical en soi. Et rappelez-vous, la règle Kickstarter est « tout ou rien » ! Donc, j’ai vraiment besoin de toutes les bonnes volontés : les petits ruisseaux font les grands fleuves, comme disait… mon grand-père ou ma grand-mère, je ne me souviens plus. Peut-être le disaient-ils tous les deux ?&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>W comme The Wind's Twelve Quarters</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/03/W-comme-The-Wind-s-Twelve-Quarters" rel="alternate" type="text/html" title="W comme The Wind's Twelve Quarters" />
      <id>urn:md5:aee10a9b240681cd56d905ddae8e44cf</id>
      <published>2015-06-03T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-03T13:11:39+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Dans la continuité du guide de lecture &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ursula-k-le-guin/&quot;&gt;Ursula K. Le Guin&lt;/a&gt; et de l'article consacré par Bruno Para aux nouvelles de l'auteure de &lt;strong&gt;Terremer&lt;/strong&gt; dans le &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;Bifrost 78&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, l'on s'intéresse ici plus spécifiquement au recueil &lt;strong&gt;The Wind's Twelve Quarters&lt;/strong&gt;, dont les dix-sept nouvelles, en France, se sont mystérieusement retrouvées éparpillées dans plusieurs recueils et anthologies…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Le Livre d’or de la science-fiction Ursula K. Le Guin, Ursula K. Le Guin, recueil réuni et présenté par Gérard Klein, traduit de l’anglais (US) par Jean Bailhache, Claude Saunier, Henri-Luc Planchat, Jacques Polanis et Jean-Pierre Pugi. Presses Pocket, coll. « Le Livre d’or », 1978. 384 pp. Poche&lt;/h5&gt;

&lt;h5&gt;The Wind’s Twelve Quarters, Ursula K. Le GUin, recueil réuni et présenté par l’auteure. Harper &amp;amp; Row, 1975. 240 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Voilà un cas particulier que l’existence de ce recueil d’Ursula K. Le Guin en France : techniquement, il existe. En pratique, c’est plus &lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/06/03/W-comme-The-Wind-s-Twelve-Quarters#&quot;&gt;compliqué&lt;span&gt;Un recueil de Schrödinger ?&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Lorsque Gérard Klein a publié le Livre d’Or de la science-fiction consacré à l’auteure de Terremer (plus tard réédité sous le titre &lt;strong&gt;Étoile des profondeurs&lt;/strong&gt;), il n’a pas réellement fait œuvre d’anthologiste. Pourquoi s’embarrasser à compulser consciencieusement des dizaines de nouvelles éparpillées entre magazines et anthologies, alors que le travail a déjà été accompli, et par nulle autre personne que l’auteure ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-windfrancais.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-windfrancais.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Oui, la couverture du Livre d'Or est proprement hideuse…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Paru aux USA en 1975, &lt;strong&gt;The Wind’s Twelve Quarters&lt;/strong&gt; contient dix-sept nouvelles qui représentent la crème de la crème de la production d’Ursula K. Le Guin. Couvrant une douzaine d’années d’écriture, le recueil, que Le Guin considère comme une rétrospective, propose des textes anciens, dont ses premières nouvelles, comme d’autres plus récents, qui forment un échantillonnage de son œuvre — un peu de Terremer, un peu d’Ekumen, et des textes autonomes… Manière de tourner une page aussi : le recueil paraît alors que Le Guin a, et pour une quinzaine d’années, conclu son cycle de Terremer et délaissé le domaine ékuménique. Ses romans et nouvelles ultérieurs seront indépendants et aborderont d’autres thématiques. Preuve de sa qualité, le livre a été couronné en 1976 par le prix Locus du meilleur recueil.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-cover1975.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-cover1975.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Couverture de l'édition originale de 1975&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour l’édition française, Gérard Klein a donc sélectionné onze nouvelles parmi les dix-sept du recueil, et a rédigé une préface et des chapôs aux nouvelles (remplaçant ceux de l’auteure dans l’édition américaine), ainsi qu’une bibliographie. La préface se révèle d’une lecture tout à fait passionnante et pertinente, et l’on ne va pas s’en plaindre. À elle seule, elle justifie l’achat du livre. Et les six nouvelles restantes ? Elles sont parues à leur tour, au fil des années : « La Boîte d’ombre » et « Les Maîtres » sont parus dans d’autres &lt;strong&gt;Livres d’or&lt;/strong&gt;, respectivement&lt;strong&gt;Le Manoir des roses&lt;/strong&gt; (1978) et &lt;strong&gt;La Cathédrale de sang&lt;/strong&gt; (1982), « Les Choses » dans&lt;strong&gt;La Grande Anthologie de la science-fiction – Histoires de catastrophes&lt;/strong&gt; (1985), « La Forêt de l’oubli » dans l’anthologie &lt;strong&gt;Les Fenêtres internes&lt;/strong&gt; (1978, anthologie proposée par Henri-Luc Planchat, par ailleurs traducteur de l’auteure). Quant à « Voyage », elle était déjà parue en français dans le n° 4 de la revue &lt;em&gt;L’Aube enclavée&lt;/em&gt; (1972), reprise dans l’anthologie &lt;strong&gt;Derrière le néant&lt;/strong&gt; (1973), mais pas dans le &lt;strong&gt;Livre d’or&lt;/strong&gt;. Enfin, « Le Mot de déliement » est paru dans le tout récent &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n° 78 consacré à l’auteure. Virtuellement, &lt;strong&gt;The Wind’s Twelve Quarters&lt;/strong&gt; existe donc, mais en mode éparpillé…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-eparses.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-eparses.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-w-eparses_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les ouvrages accueillant les nouvelles non-retenues dans le Livre d'or&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Raison pour laquelle les nouvelles seront traitées dans cet article dans le désordre (non mais). A noter que je me base à la fois sur le &lt;strong&gt;Livre d’or&lt;/strong&gt; et sur &lt;strong&gt;The Wind’s…&lt;/strong&gt; de l’édition Harper Collins de 1975 pour les nouvelles éparses.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Avril à Paris » a ceci de particulier qu’il s’agit, pour Ursula K. Le Guin, de sa première nouvelle publiée professionnellement. Elle raconte l’histoire de Barry Pennywither, historien spécialiste de François Villon, propulsé en plein Moyen-Âge suite à un sortilège prononcé par un alchimiste du XVIe siècle, Jehan Lenoir. Le temps réunit les âmes esseulées. Un joli texte. Comme le souligne Gérard Klein dans le chapô, « Avril… » préfigure Terremer avec sa magie traitée rationnellement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-cover1976.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-cover1976.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;La couverture de l'édition 1976 chez Bantam&quot; /&gt;Terremer justement. « La Règle des noms » et « Le Mot de déliement » nous amènent dans l’archipel : ce sont les toutes premières nouvelles que Le Guin a consacré au cycle. L’univers est encore flou, mais s’y trouve déjà mis au point le système de magie, fondé sur le nom des choses, et le pouvoir qu’apporte leur connaissance. Le premier de ces deux textes nous amène sur un îlot, où habite M. Taupin. Un individu bienveillant, jusqu’à ce qu’on découvre son nom véritable – et donc sa nature. Le second texte (que l’on peut lire dans le dernier &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; : lisez-le) raconte un affrontement entre deux sorciers, qui les amène près de l’ultime rivage…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’Ekumen n’est pas non plus en reste, avec quatre nouvelles (Gérard Klein en compte six, avec deux textes que rien ne permet de rattacher au cycle). « Le Collier de Semlé » introduit superbement le recueil, dans ses versions américaines et françaises : conte sur substrat science-fictif, la nouvelle narre l’histoire de Semlé, qui partit récupérer un collier et revint chez elle des siècles plus tard. À noter qu’il s’agit du tout premier texte se déroulant dans l’univers de l’Ekumen, et qui formera le prologue du &lt;strong&gt;Monde de Rocannon&lt;/strong&gt;. « Le Roi de Nivôse » se déroule avant les événements racontés dans &lt;strong&gt;La Main gauche de la nuit&lt;/strong&gt;, et si l’histoire peut sembler une redite, du moins thématiquement, du « Collier de Semlé », elle se détache des autres avec ce léger détail stylistique : en réponse aux protestations féministes, les pronoms personnels, relatifs aux personnages, sont ici féminins par défauts.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-cover1978.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-cover1978.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Couvertures de l'édition anglaise de 1978, en deux volumes chez Panther Granada&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Plus vaste qu’un empire » confronte l’équipage multiracial d’un vaisseau ékuménique à une forme d’intelligence inédite, avec laquelle – une fois ladite intelligence identifiée – toute communication s’avère ardue. On pense inévitablement à &lt;strong&gt;Solaris&lt;/strong&gt; de Stanislas Lem. À noter que la version française de la nouvelle comprend quelques paragraphes initiaux, considérations mystiques sur l’hyperespace, que Le Guin a coupé dans la version originale. Enfin, « À la veille de la Révolution » est une préquelle aux &lt;strong&gt;Dépossédés,&lt;/strong&gt; centrée sur la personne de la fameuse Odo, la théoricienne anarchiste à l’origine de l’émigration des révolutionnaires urrastis vers le satellite Anarres. Odo : « une de ceux qui sont partis d’Omelas », selon Le Guin. La réflexion politique des &lt;strong&gt;Dépossédés&lt;/strong&gt; est cependant quasi-absente de cette nouvelle, au ton poignant. Odo est une vieille femme, fatiguée, autant prisonnière de l’A-Io que de son corps, sa réputation et son passé. (On pourra regretter que la traduction de cette nouvelle contienne quelques noms de lieux demeurés en anglais : « River Street », « Capitol Square », dommage pour un récit censé se dérouler sur une autre planète.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-cover1979.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-cover1979.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Réédition britannique en deux volumes en 1979, toujours chez Panther Granada&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Gérard Klein associe « Neuf Vies » et « Étoile des profondeurs » au cycle de l’Ekumen, de manière quelque peu abusive. Le premier de ces deux textes se déroule dans un contexte d’épuisement des ressources sur Terre. Sur une planète minière, deux ingénieurs se voient épaulés par un décaclone (dix clones d’un même individu). Mais cette entité est bientôt privée de neuf dixièmes de ses membres : pour le dernier membre, comment vivre ensuite ? Le second se passe à l’inverse dans un contexte moyenâgeux, et met en scène un astronome, esprit éclairé confronté à l’obscurantisme général, qui trouvera la lumière au plus profond des mines…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On reste dans la SF avec « Champ de vision », où trois astronautes reviennent d’une mission d’exploration sur Mars. L’équipage a étudié les ruines de ce qui est, peut-être, une ville, mais en est revenu affligé de divers maux : l’un est aveugle, l’autre sourd, le dernier mort… Pourtant, en ce qui concerne les survivants, leurs organes sont fonctionnels. Quelque chose, sur la planète rouge, a altéré, ou saturé, leurs perceptions. Une nouvelle à chute, vertigineuse, glaçante.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à « Le Chêne et la mort », ce texte adopte un point de vue original – mais ce serait spoiler que de dire celui de qui. Le narrateur explique sa perception du monde et de ceux qui le voient. Un intéressant exercice de xéno-pensée. (Ou dendro-pensée…) La chute est cruelle à souhait.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;« “D’où vous viennent vos idées, madame Le Guin ?” Oublier Dostoïevski et lire les panneaux routiers à l’envers, bien sûr. D’où sinon ? »&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Que dire qui n’ait été dit sur « Ceux qui partent d’Omelas », qui conclut superbement les éditions françaises du recueil ? Ambigu, glaçant, son rang de classique n’est en rien usurpé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-cover1987.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-cover1987.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Réédition de 1987 chez Harper &amp; Row&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Passons maintenant aux nouvelles « rares » :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Les Maîtres » prend un contexte similaire à « Étoile des profondeurs » : sur une Terre aux cieux constamment voilés et au Soleil à peine visible, le jeune Ganil est hissé au rang de Maître. De lui-même, puis épaulé par un confrère, il va découvrir le secret des chiffres… et risquer l’hérésie. Dans le chapô, Le Guin se montre passablement sévère avec ce texte, qu’elle considère comme sa « première histoire de science-fiction pure laine publiée » : « Je suis revenue plus tard sur le thème de cette histoire, mieux équipée. Mais cette nouvelle contient néanmoins une phrase réussie : “Il avait tenté de mesurer la distance entre la terre et Dieu.” »&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-w-cover1989.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-w-cover1989.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;Réédition dans la collection &quot;Classics&quot; de Gollancz en 1989&quot; /&gt;« Les Choses » : dans une ville en plein abandon, un individu s’entête à bâtir une jetée en briques sur la mer. Pour aller vers les îles lointaines qu’il a vues en rêve… Où se situe l’intérêt ? Celui-ci n’est-il pas de faire le premier pas ? Peut-être pas aussi puissante que « Ceux qui partent d’Omelas », cette nouvelle n’en reste pas moins superbe.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« La Boîte d’ombre » revisite le mythe de Pandore, dans un cadre de fantasy. Les prémices sont intéressantes : que contient une boîte vide et fermée, sinon des ténèbres ? Autour de cette boîte mystérieuses gravitent une sorcière, un roi revêche et ses deux fils rivaux. Un texte sympathique, sans plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Voyage » raconte un trip sous LSD, avec un ton légèrement réprobateur : « Selon moi, dit Le Guin, les gens qui élargissent leur conscience par l’expérience vécue au lieu de prendre des substances chimiques reviennent avec des comptes rendus plus intéressants… » Pas inoubliable, mais tout de même plus intéressant que « La Forêt de l’oubli », récit bref mais confus (pour le lecteur, à tout le moins).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En conclusion, si les textes essentiels se situent dans &lt;strong&gt;Le Livre d’or&lt;/strong&gt;, il serait dommage de dédaigner les autres, éparpillés çà et là. « Le Mot de déliement », « Les Choses » et « Les Maîtres » valent clairement la lecture. &lt;strong&gt;Le Livre d’or Ursula K. Le Guin&lt;/strong&gt; étant indisponible depuis longtemps (quoique aisément trouvable d’occasion), on ne peut qu’espérer de voir un jour réédité – et de manière complète – &lt;strong&gt;The Wind’s Twelve Quarters&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant au titre, quelque peu énigmatique, il provient d’un poème d’Alfred Edward Housman, « XXXII » in &lt;em&gt;Un gars du Shropshire&lt;/em&gt; (1896) :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;« Speak now, and I will answer&lt;br /&gt;
How shall I help you, say;&lt;br /&gt;
Ere to the wind’s twelve quarters&lt;br /&gt;
I take my endless way »&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;(On peut en trouver une traduction française &lt;a href=&quot;http://ratatoulha.chez-alice.fr/anglais/aehousman_1896.html&quot;&gt;par là&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui&lt;br /&gt;
Illisible : nullement&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>L'Horloge de l'émir</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/06/01/L-Horloge-de-l-emir" rel="alternate" type="text/html" title="L'Horloge de l'émir" />
      <id>urn:md5:62b2b766d3a9bad7db881d4724d9b5e0</id>
      <published>2015-06-01T10:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-07-01T06:52:21+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Interstyles</dc:subject>
                    <dc:subject>Ian Watson</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;watson-horloge-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watson-horloge-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;En attendant le 11 juin et la réédition de&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ian-watson/l-enchassement_belial&quot;&gt; &lt;strong&gt;L'Enchâssement&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;, le roman-culte de linguistique-fiction de Ian Watson, (re)découvrez &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ian-watson/l-horloge-de-l-emir&quot;&gt;«&amp;nbsp;L'Horloge de l'émir&amp;nbsp;»&lt;/a&gt;. Dans cette nouvelle, Watson nous emmène en Angleterre, sur les traces d'une ancienne horloge, miracle d'ingénierie loin d'avoir livré tous ses secrets, surtout ceux les plus futurs...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ian-watson/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Ian Watson&lt;/a&gt;, issue de l'anthologie périodique &lt;strong&gt;Univers 1989&lt;/strong&gt; et traduite de l'anglais (UK) par Pierre-Paul Durastanti, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ian-watson/l-holorge-de-l-emir&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1er au 30 juin 2015. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;watson-horloge-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/watson-horloge-titre.jpg&quot; title=&quot;L'ancêtre de la divinité ?&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;« &lt;a href=&quot;https://www.flickr.com/photos/kellarwilson/15876712023/&quot;&gt;Watch Gears: Golden&lt;/a&gt; »&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by/2.0/deed.fr&quot;&gt;CC-BY 2.0&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.flickr.com/photos/kellarwilson/&quot;&gt;KellarW&lt;/a&gt;&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>V comme Vincent n'a pas d'écailles</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/29/V-comme-Vincent-n-a-pas-d-ecailles" rel="alternate" type="text/html" title="V comme Vincent n'a pas d'écailles" />
      <id>urn:md5:3c574845ae290ae883d928be0e514fc2</id>
      <published>2015-05-29T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-03T13:56:08+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-v-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-v-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on visionne &lt;strong&gt;Vincent n'a pas d'écailles&lt;/strong&gt;, film français de super-héros estampillé bio, sorti sur les écrans un peu plus tôt cette année… L'antithèse d'&lt;strong&gt;Avengers&lt;/strong&gt; en somme.&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Vincent n’a pas d’écailles, Thomas Salvador (2015), 78 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La bande-annonce pour &lt;em&gt;Vincent n’a pas d’écailles&lt;/em&gt; était plutôt alléchante. Elle présentait un extrait du film plutôt amusant, et vantait ce dernier comme « le premier film de super-héros français », « 100% bio ». Certes, on pourra toujours arguer sur le fait que &lt;em&gt;Vincent…&lt;/em&gt; soit ou non le premier film super-héroïque français. Mais son aspect « bio » ne souffre guère de contradiction.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/SsTr05nuXuM&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Vincent a un super-pouvoir : le contact de l’eau décuple ses forces. Mais Vincent est quelqu’un de discret, qui cultive une apparence normale. Pas vraiment un héros. Le début du film le montre quittant Paris pour gagner le sud de la France, où il vit alors d’expédients. La journée, il bosse sur les chantiers, passe son temps libre à se baigner dans les rivières ou les lacs. La nuit, on supposera qu’il dort. Lors d’un concert, il rencontre la jolie Lucie, avec qui il finit par sortir, et à qui il explique son pouvoir – ce qui donne lieu à l’une des meilleures scènes du film. Sur un chantier, une rixe amène Vincent à user de sa super-force ; pas de chance, il blesse un collègue. Prévenue, la gendarmerie voudrait l’interroger, mais Vincent, peu désireux de s’expliquer sur ses pouvoirs, décide de fuir. Grosso modo, voilà pour l’histoire.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Vincent n’a pas d’écailles&lt;/em&gt; s’affirme bio dans le sens où, d’une part, il repose sur des effets spéciaux à l’ancienne. Aucun trucage numérique, rien que de bon vieux câbles (effacés à l’écran) ou trampolines. Mine de rien, ça fonctionne quand même : une modestie bienvenue. Une modestie qui se retrouve dans le scénario, très léger. La première moitié du film alterne les scènes : Vincent nage, Vincent drague, Vincent bosse… Amusant par moment, mais peu palpitant, jusqu’à ce que s’engage la course-poursuite. Et c’est tout (à peu près).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-v-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-v-poster.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Hormis le postulat de départ, &lt;em&gt;Vincent…&lt;/em&gt; s’affirme donc comme un film réaliste, ancré dans le quotidien normal de son héros pas si super que ça. Sur le principe, le film est effectivement intéressant, change des productions DC/Marvel dopées aux effets spéciaux, et s’avère plaisant à regarder, porté par ses interprètes très nature. Un film que l’on peut inscrire dans la lignée de ces longs-métrages proposant un regard non-héroïque sur ces personnages dotés de pouvoirs hors-normes – ou étant persuadés de l’être, ou se croyant investi d’une mission : &lt;em&gt;Incassable&lt;/em&gt; de M. Night Shyamalan en tête, mais &lt;em&gt;Special&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Super&lt;/em&gt;, voire &lt;em&gt;The Green Hornet&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;Kick-Ass&lt;/em&gt; dans une certaine mesure aussi. Mais &lt;em&gt;Vincent…&lt;/em&gt; se concentre sur la seule figure du héros, et prend le contrepied de la quincaillerie qui entoure habituellement la figure super-héroïque : pas de sidekick (encore que le personnage de Lucie puisse s’en rapprocher), pas de super-vilain (mais des gendarmes), pas de ville dont il s’érigerait en gardien (au contraire, Vincent passe son temps à bouger), pas de trauma initial expliquant l'apparition des pouvoirs ou l'envie d'un désir de justice (juste un gars presque normal, quoi)… Toutefois, les scènes finales prennent le contrepied du contrepied : au terme de sa fuite, Vincent arrive de l’autre côté de l’Atlantique, sur la terre où les super-héros sont nés…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-v-lac.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-v-lac.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La durée du film, assez courte (moins de 90 minutes), est optimale : intrigue minimale, concept peu développé, avec un film plus long l’ennui serait proche. Malgré ses qualités intrinsèques, &lt;em&gt;Vincent…&lt;/em&gt; laisse cependant quelque peu sur sa faim. Un scénario plus étoffé aurait été le bienvenu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-v-lucie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-v-lucie.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Grossièrement résumé,&lt;em&gt; Vincent n’a pas d’écailles&lt;/em&gt; est au film de super-héros hollywoodien ce que la cuisine bio est à la junkfood. Un plat de boulgour ou de quinoa est sûrement plus sain qu’un hamburger de chez McQuick. Mais fait moins saliver. Et il existe de très bons burgers.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui, en attendant la sortie du DVD&lt;br /&gt;
Irregardable : non&lt;br /&gt;
Inoubliable : non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>U comme Under the Hood</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/28/U-comme-Under-the-Hood" rel="alternate" type="text/html" title="U comme Under the Hood" />
      <id>urn:md5:4be691350a83aa51e237bf7b355af0a6</id>
      <published>2015-05-28T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2024-04-13T18:41:16+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on se repenche sur le cas de l'adaptation cinématographique de &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2009/08/01/Adapter-une-oeuvre-litteraire-au-cinema-le-cas-Watchmen&quot;&gt;Watchmen&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, la BD culte d'Alan Moore et Dave Gibbons, au travers de deux compléments au film de Zack Snyder : le dessin animé &lt;strong&gt;Tales of the Black Freighter&lt;/strong&gt; et le moyen-métrage &lt;strong&gt;Under the hood&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Sous le masque [Under the hood], Eric Mathies (2009), 38 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;L’adaptation en 2009 du comics culte &lt;strong&gt;Watchmen&lt;/strong&gt; par Zack Snyder a fait couler pas mal d’encre. Bonne ou mauvaise adaptation ? &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2009/08/01/Adapter-une-oeuvre-litteraire-au-cinema-le-cas-Watchmen&quot;&gt;Dans un long article&lt;/a&gt;, notre ami Clément s’était interrogé, au début de ce blog, sur la qualité de cette adaptation — pour un verdict positif (que votre serviteur partage) — et sur ce qui fait la qualité d’une adaptation en règle générale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;http://www.nokto.net/media/watchmen_vigilantes.jpg&quot; src=&quot;http://www.nokto.net/media/.watchmen_vigilantes_m.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Depuis sont sortis les versions « director’s cut » (environ trois heures au compteur) puis « ultimate cut », que l’on pourrait qualifier de super-longue : il s’agit de la version longue agrémentée du dessin animé tiré du comic book fictif, lu par l’un des personnages secondaires de &lt;strong&gt;Watchmen&lt;/strong&gt;, &lt;em&gt;Tales of the Black Freighter&lt;/em&gt;. Cette glauque histoire de pirates rythme le récit, tant dans le comics de Moore et Gibbons que le film de Snyder. À l’origine, &lt;em&gt;Tales…&lt;/em&gt; est sorti directement en DVD, avant d’être intégré (plutôt finement, cela dit) au film dans un souci d’exhaustivité et de fidélité au comic originel. Chose sur laquelle on pourra batailler : chez Moore &amp;amp; Gibbons, Max Shea, le dessinateur fictif de &lt;em&gt;Tales of the Black Freighter&lt;/em&gt;, possède une importance cruciale dans le plan ourdi par Ozymandias ; absent du film de Snyder, la pertinence de la présence du comics est faible.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-tales.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-tales.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une histoire pleine de bruit et de fureur…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Chaque chapitre du &lt;strong&gt;Watchmen&lt;/strong&gt; de Moore &amp;amp; Gibbons se termine par un appendice : rapport de police, lettres, livres, et surtout l’autobiographie de Hollis Mason, alias le premier Hibou, intitulée &lt;strong&gt;Under the hood&lt;/strong&gt;/&lt;strong&gt;Sous le masque&lt;/strong&gt;. Cet ouvrage fictif, dont on peut lire les cinq premiers chapitres dans le comic originel, a lui aussi bénéficié d’une adaptation, sortie sur le même DVD que le dessin animé &lt;em&gt;Tales of the Black Freighter&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-cover.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-cover.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Sous le masque&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Under the Hood&lt;/em&gt; , donc. À l’inverse de &lt;em&gt;Tales…&lt;/em&gt;, l’adaptation n’est ici pas littérale : en ce cas, il se serait agi d’un documentaire voire d’un biopic. À la place, on a une émission télévisée, &lt;em&gt;The Culpeper Minute&lt;/em&gt;, qui propose un retour dans ses archives et sur l’interview donnée en 1975 par Mason au présentateur, Culpeper. Hollis Mason revient sur la formation des Minutemen, la raison pour laquelle il a rejoint le groupe, son intérêt amoureux pour Sally Jupiter. D’autres intervenants (Sally Jupiter, son ex-époux Laurent Schexnayder, des gens de la rue) sont également interviewés. Cette émission fictive prend un soin aussi charmant que maniaque à adopter le grain télévisé de l’époque, ainsi que l’habillement graphique ou les tenues vestimentaires typiques des années 70 ou 80.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-intro.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-intro.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-culpepper.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-culpepper.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Culpeper&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Under the Hood&lt;/em&gt; abonde en références plus ou moins évidentes : les acteurs reprennent leur rôle ; parmi les gens de la rue qui donne leur avis sur les Watchmen, on revoit ce vendeur de journaux et comics (qui possède &lt;em&gt;Tales of the Black Freighter&lt;/em&gt; dans son stock) ; l’interview de Mason a lieu au Gunga Diner, restaurant que l’on aperçoit déjà dans le film ; l’émission est entrecoupée de publicités (fictives) d’époque, dont une sponsorisée par Adrian Veidt/Ozymandias. Et le fait que le présentateur s’appelle Culpeper n’a rien d’anodin : en 1775, il a existé une milice (des « minutemen » donc) formée nulle part ailleurs qu’à Culpeper, Virginie…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-hollis.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-hollis.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Hollis Mason&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-sally.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-sally.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Sally Jupiter&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En définitive, &lt;em&gt;Under the Hood&lt;/em&gt; s’avère un tantinet redondant avec le film : bon nombre d’information donnée dans le long-métrage sont répétées ici. Néanmoins, cette vraie-fausse émission forme un complément intéressant, et surtout original, au film de Zack Snyder (pour les gens, comme votre serviteur, atteints de complétionite chronique).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-u-pub.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-u-pub.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un peu de pub…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui, sauf dans les DVD comprenant tout &lt;em&gt;Watchmen&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Irregardable : oui, pour ceux qui ont détesté le film&lt;br /&gt;
Inoubliable : non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Ursula fait son cinéma : L'Autre Côté du rêve</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/27/Ursula-fait-son-cinema-1" rel="alternate" type="text/html" title="Ursula fait son cinéma : L'Autre Côté du rêve" />
      <id>urn:md5:c43de5ad5e037fc4fcf58cbc6217e406</id>
      <published>2015-05-27T15:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-05-27T15:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Cinéma et séries</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;En complément au dossier &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/ursula-k-le-guin/&quot;&gt;Ursula Le Guin&lt;/a&gt; du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-78&quot;&gt;Bifrost 78&lt;/a&gt;, le blog se penche sur les quatre (et pas une de plus) adaptations télévisuelles et cinématographiques des récits de notre auteure. Le premier billet de cette rétrospective se penche sur les deux adaptations, au bonheur variable, de &lt;strong&gt;L'Autre Côté du Rêve&lt;/strong&gt;, le roman le plus dickien de Le Guin…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certains auteurs de SF ont l’heur (parfois posthume) de voir leurs œuvres adaptées pour la télévision ou le grand écran : Philip K. Dick par exemple, avec pas loin d’une dizaine d’adaptations, par des réalisateurs réputés et dont certaines ont fait date. À l’inverse, d’autres auteurs, pas moins prolifiques, restent cantonnés au papier : Isaac Asimov, adapté trois fois sur grand écran pour des résultats n’ayant jamais emporté l’adhésion ; Michael Moorcock, dont seul un « Jerry Cornelius » a été adapté en téléfilm (&lt;em&gt;Les décimales du futur&lt;/em&gt;) ; ou Jack Vance, par exemple, dont le cycle de « Tschaï » a été mis en image sous la forme d’une BD – et rien de plus. Et il y a des entre-deux, comme Ursula Le Guin : deux de ses romans ont été adaptés, deux fois chacun. &lt;strong&gt;L’autre côté du rêve&lt;/strong&gt;, et &lt;strong&gt;Terremer&lt;/strong&gt;. L’on va d’abord se pencher sur le plus dickien des textes de l’auteure (avec quelques spoilers).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;Le roman&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-livre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-livre.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;Roman sous influence dickienne, &lt;strong&gt;L’autre côté du rêve&lt;/strong&gt; (&lt;strong&gt;The Lathe of Heaven&lt;/strong&gt;, 1971) raconte l’histoire de George Orr, individu vivant dans un monde en pleine déliquescence. Surpopulation, climat déréglé, gouvernement coercitif… Après le vol de médicaments, Orr est contraint d’aller voir le docteur Haber, un psychiatre. Et le patient d’expliquer qu’il fait des rêves effectifs, des rêves ayant le pouvoir de changer la réalité… mais Orr demeure le seul à se souvenir de l’ancienne réalité. Un pouvoir qui gêne Orr, et dont il voudrait se débarrasser. Haber n’est pas de cet avis, et va tenter d’utiliser le don de son patient pour améliorer le monde. Mais – réticence de Orr ou incompétence de Haber ? – chaque rêve produit des conséquences inattendues, et désastreuses…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;(On pourra bien sûr se reporter à l’excellente critique d’Eric Picholle dans le &lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; 78.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;L’Autre Côté du rêve (1980)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L’autre côté du rêve&lt;/strong&gt; a donc été adapté à deux reprises. La première est un téléfilm de 1980, inédit en France, dû à un certain Fred Barzyk, qui n’a guère réalisé que des téléfilms au cours de sa carrière. Dans le rôle de George Orr : Bruce Davison, que l’on verra ensuite dans divers rôle à la TV et au cinéma : la sitcom &lt;em&gt;Harry et les Henderson&lt;/em&gt;, la série &lt;em&gt;Kingdom Hospital&lt;/em&gt; ou &lt;em&gt;X-Men&lt;/em&gt; (le sénateur Kelly). Le docteur Haber est joué par Kevin Conway, à qui il ne manque presque rien pour être parfait dans le rôle du bon docteur démiurgique. Conway a joué dans des séries ou des téléfilms, et s’est fait surtout entendre comme la « voix de contrôle » dans &lt;em&gt;Au-delà du réel – l’aventure continue&lt;/em&gt;. Quant à Heather Lelache, elle est interprétée par Margaret Avery, que l’on verra notamment dans &lt;em&gt;La Couleur pourpre&lt;/em&gt; de Spielberg. (En bref : ce &lt;em&gt;Lathe of Heaven &lt;/em&gt;ne semble avoir lancé aucune carrière. Inversement : ni avoir mis fin à aucune.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-poster1980.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-poster1980.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour ceux qui ont lu le livre, le film n’offre guère de surprises, hormis les intrigantes premières minutes : des scènes de désastre se suivent, avant que l’on se rende compte qu’il s’agit d’un rêve de George Orr. Celui-ci se réveille, se lève, fait ses ablutions… Avant de &lt;em&gt;se&lt;/em&gt; &lt;em&gt;réveiller&lt;/em&gt; – le premier réveil faisait encore partie du rêve – pour de bon. Un rêve dans un rêve… Philip K. Dick, on vous dit. En ce qui concerne la suite, elle s’avère très fidèle au roman d’Ursula Le Guin. Rien d’étonnant : si l’auteure n’a pas signé le scénario, elle était cependant consultante créative. Pas de trahison. Mais pas de surprises non plus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-orr1980.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-orr1980.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;George Orr&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-heather1980.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-heather1980.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Heather Lelache&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-haber1980.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-haber1980.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le docteur Haber&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-appareil1980.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-appareil1980.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La machine à enregistrer les rêves…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-reve1980.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-reve1980.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un alien rêvé&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;The Lathe of Heaven&lt;/em&gt; est un téléfilm qui n’a pas bénéficié d’un grand budget, ce qui s’en ressent par moments. Le roman de Le Guin a beau demeurer peu spectaculaire, il dépeint cependant une invasion extraterrestre, d’abord sur la Lune puis sur Terre, et les aliens arborent une apparence particulière. À l’écran, le résultat s’avère quelque peu &lt;em&gt;cheap&lt;/em&gt; (&lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Rencontre du Troisième Type&lt;/em&gt; étaient sortis une poignée d’années plus tôt), mais n’a rien de honteux toutefois : une réalisation avec un minimum d’ambition, le rendu réussi d’un monde déliquescent.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En définitive, on a là une adaptation honnête de &lt;strong&gt;L’autre côté du rêve&lt;/strong&gt;. Pas forcément inoubliable, mais loin d’être déplaisante à regarder.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;h2&gt;L’Autre Côté du rêve (2002)&lt;/h2&gt;

&lt;p&gt;Vingt-deux ans plus tard, &lt;strong&gt;L’Autre Côté du rêve&lt;/strong&gt; a été adapté une seconde fois, à nouveau pour la télévision. Philip Haas, le réalisateur, a d’abord surtout œuvré du côté des documentaires, avant de bifurquer un temps vers le grand écran, avec l’adaptation de &lt;strong&gt;La Musique du hasard&lt;/strong&gt; de Paul Auster (1993). Les années 2000 ont vu un net ralentissement de sa production cinématographique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-poster2002.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-poster2002.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Côté casting, James Caan, qu’on ne présente plus, joue un Dr Haber des plus convaincants : bougon, roublard, ambitieux, il lui manque juste la barbe de prophète que lui attribue Le Guin dans le roman. Lukas Haas (pas de lien de parenté avec le réalisateur) campe George Orr, avec un jeu très apathique ; la constante moue boudeuse de l’acteur n’aide guère à le rendre sympathique, et l’on préfèrera de loin Bruce Davison dans la version de 1980. Quant à Heather Lelache, elle est jouée par Lisa Bonet, actrice certes pourvue d’un joli minois, mais pour qui jouer consiste à s’exprimer en murmurant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le téléfilm de 1980 s’ouvrait sur la vue d’une rivière étincelant au soleil. Ici, une méduse flottant entre deux eaux, tandis qu’une voix off déclame quelques vers du poète anglais Andrew Marvell :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« The mind, that ocean where each kind Does straight its own resemblance find; Yet it creates, transcending these, Far other worlds, and other seas. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Avec une telle introduction, le film semble s’imposer un minimum d’ambition. Malheureusement, la suite ne tient pas vraiment les promesses. Le problème de cet &lt;em&gt;Autre Côté du rêve&lt;/em&gt; millésime 2002 est qu’il aurait dû être titré « L’Autre Côté de l’assoupissement ». Ou « L’Autre Côté de pas grand-chose ». De fait, le roman de Le Guin se retrouve ici vidé de toute sa substance, et provoque un ennui tenace.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-orr2002.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-orr2002.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;George Orr, grognon&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-heather2002.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-heather2002.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Heather Lelache&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-haber2002.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-haber2002.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le docteur Haber&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-appareil2002.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-appareil2002.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La machine à enregistrer les rêves…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;leguin-cinema-1-reve2002.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/leguin-cinema-1-reve2002.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Orr rêve de méduses&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ses prémisses, l’intrigue ne diffère pourtant pas grandement du téléfilm de 1980, ni du roman de Le Guin. Les premières images présentent un George Orr au bout du rouleau, faisant tout son possible pour ne pas rêver, dans un monde surpeuplé, pollué et pluvieux. Par chance, il peut compter sur le soutien de son voisin. Bientôt, Orr se retrouve à consulter le Dr Haber et à lui expliquer son problème ; Haber va en profiter pour tenter, un peu, de rectifier le monde (toujours sans grand succès). Ce qui ennuie quelque peu Orr, qui fait appel à Heather Lelache pour le défendre contre le praticien. Mais bien vite, Orr va commencer à draguer la jolie Heather et se désintéresser du reste…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si &lt;em&gt;The Lathe of Heaven&lt;/em&gt; de 1980 semblait &lt;em&gt;cheap&lt;/em&gt;, que dire de cette version 2002 ? Tout en bénéficiant de plus grands moyens, elle parvient à paraître encore plus fauchée, mais surtout plus timorée. Ici, la plupart des scènes se déroulent en intérieurs, et tout le budget semble avoir été absorbé par les costumes (plutôt réussis au demeurant).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Que les rêves ne soient pas représentés, à l’inverse du téléfilm de 2002, est un choix assumé. En lieu et place de courtes séquences oniriques, on observe de petites méduses : pourquoi pas, mais la prise de risque est moindre (à l’image du téléfilm entier). Plus gênant est le fait que des pans entiers de l’intrigue passent à la trappe (à savoir : le dernier tiers du roman), pour être remplacés par des romances d’un intérêt plus que mineur.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, le roman de Le Guin ne brille pas par son aspect pyrotechnique, mais tout de même, le &lt;em&gt;sense of wonder&lt;/em&gt; n’en est pas absent : rappelons que des extraterrestres finissent par débarquer et s’installer sur Terre. Cette partie-là disparaît entièrement du téléfilm de 2002, qui conserve cependant une vague réminiscence que le roman se termine de manière apocalyptique. Mais quand surviennent les émeutes, au moment où Haber tente de s’imprégner des ondes cérébrales de George Orr, c’est ici de manière soudaine et sans beaucoup d’explications. Et c’est déjà la fin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans le roman, l’intrigue repose sur ce trio de personnages : George Orr, Heather Lelache et le Dr Haber. Le téléfilm de Haas donne davantage de consistance au personnage de la secrétaire de Haber, qui ici éprouve un intérêt romantique pour le praticien. Surtout, Haas rajoute un cinquième protagoniste, Mannie, à la fois personnage vaguement humoristique et ange gardien veillant sur Orr (et cela permet aussi, via leurs échanges dialogués, de donner des infos sur le contexte). Et à trop se concentrer sur les romances, le téléfilm oublie la réflexion sur le pouvoir démiurgique de Orr, les responsabilités qui incombent à qui veut les utiliser, et les conséquences qui en découlent. Quant aux changements provoqués par les rêves effectifs de Orr, souvent désastreuses, ils perdent toute intensité dramatique.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour parachever le tout, &lt;em&gt;L’Autre Côté du rêve&lt;/em&gt; s’avère un soporifique efficace. Les acteurs murmurent en permanence. Cela, couplé à l’intrigue anémique, au rythme lent et à la musique planante d’Angelo Badalamenti, est à même de plonger le spectateur le plus tenace dans l’engourdissement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En conclusion, on peut ignorer sans le moindre remord cette seconde adaptation du roman d’Ursula Le Guin – et tenter à la place de retrouver la première version. Ou de lire et relire le livre, ce qui est tout aussi bien.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>T comme Tilt</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/26/T-comme-Tilt" rel="alternate" type="text/html" title="T comme Tilt" />
      <id>urn:md5:ec494e372ef62836371e1769e32e9a53</id>
      <published>2015-05-26T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-26T12:40:01+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-t-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-t-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Après &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/07/C-comme-Climate-of-Hunter&quot;&gt;Climate of Hunter&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, on poursuit l'exploration de la discographie solo de Scott Walker, inquiétant crooner à l'insuccès tel qu'il ne sort qu'un album par décennie. Celui des années 90 est &lt;strong&gt;Tilt&lt;/strong&gt;, disque ample et ténébreux…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Tilt, Scott Walker, Fontana (1995). 57 minutes, 9 morceaux.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Onze ans, c’est long. Entre 1984 et 1995, bon nombre de choses se sont passées : la chute du Rideau de fer, Internet, le début du boom de l’informatique domestique. C’est aussi le temps qu’il a fallu à Scott Walker pour pouvoir enregistrer un nouveau disque, après l’insuccès du gris &lt;em&gt;Climate of Hunter&lt;/em&gt; (dont il était question &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/07/C-comme-Climate-of-Hunter&quot;&gt;dans un précédent billet&lt;/a&gt;). Non pas que le présent &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt; ait nécessité onze ans d’enregistrement : juste que Scott Walker s’est tenu éloigné des studios durant une demi-douzaine d’années, avant de composer et d’enregistrer sans hâte aucune le successeur de &lt;em&gt;Climate of Hunter&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-c-climate.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-c-climate_s.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Climate of hunter. &quot;N'ayez pas peur&quot;, semble dire l'ami Scott…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La pochette annonce la couleur : pour la première fois dans la discographie de Walker, le visage du chanteur n’apparaît pas en couverture. Au lieu de quoi, on trouve un foisonnement hybride : yeux, mains, plumes, écailles peut-être. Bref, ce sera sombre, et mutant. (Le livret contient une photo de Walker, au noir et blanc granuleux.) Et le titre, qui peut se traduire par &amp;laquo;&amp;nbsp;pencher/penchant/inclinaison&amp;nbsp;&amp;raquo;, ne rassure guère sur la santé mentale de Walker.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-t-tilt.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-t-tilt.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-t-tilt_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Tilt&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt; creuse le sillon entamé par &lt;em&gt;Climate of Hunter&lt;/em&gt;, mais double la mise : un disque presque deux fois plus long avec neuf titres amples, une noirceur musicale plus prononcée, des textes encore plus cryptiques… Et poursuit également le jeu entamé avec David Bowie : le « Nite Flights » de Walker avait inspiré le « African Night Flight » de Bowie (sur &lt;em&gt;Lodger&lt;/em&gt; (1979), et Bowie reprendra également « Nite Flights » sur &lt;em&gt;Black Tie White Noise&lt;/em&gt; (1993)) ; ce &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt; influencera également Bowie pour &lt;em&gt;Outside&lt;/em&gt; (1995)… Plus récemment, « Heat », la chanson qui conclut &lt;em&gt;The Next Day&lt;/em&gt; (2013) sur une note particulièrement inquiète, pastiche volontiers Walker, lequel s’inquiétait quelques mois plus tôt, au moment de la sortie de son dernier album solo en date, &lt;em&gt;Bisch Bosch&lt;/em&gt; (2012), de n’avoir plus guère de concurrence, Bowie semblant retiré des affaires. De fait, il est notoire que les deux musiciens nourrissent une admiration réciproque.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref. Les hostilités (à nouveau) débutent avec « Farmer in the city (Remembering Pasolini) », chanson qui se déploie sur près de sept minutes sur des arrangements de cordes somptueuses. Suit « The Cockfighter », qui voit Walker revenir à l’une de ses marottes : les figures du mal. Sur &lt;em&gt;Scott 4&lt;/em&gt; (1969), « The Old Man’s back again » faisait référence à Staline sans trop d’ambiguïtés. Ici, les notes de production indiquent que ce titre contient des fragments des procès de la reine Caroline de Brunswick, accusée d’adultère par son mari, George V, et jugée en 1806 et 1820, et d’Adolf Eichmann, le responsable de la logistique de la Solution finale… La chanson débute par quelques longues secondes de quasi silence, perturbé par de petits bruitages à la lisière de la perception, façon grouillement de vermine, avant une explosion de bruit blanc. « The Cockfighter » alterne ainsi entre tranquillité et violence pure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Face on breast » ressemble à une douloureuse escalade : un grincement continu de guitare, une rythmique inexorable, syncopée qui pousse la chanson vers on ne sait quoi mais toujours plus avant… Jusqu’au moment libérateur où Walker promet son amour à un cygne (?).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;« Bolivia ‘95 » fait peut-être référence à la situation en Bolivie au milieu des années 90. Ou pas. Allez savoir… La chanson commence par quelques secondes aériennes, surplombées par le son fragile d’un bawu (une flûte de roseau asiatique), avant qu’une guitare n’intervienne, tranquille. Bon nombre de petits bruits parasitent cette tranquillité, avant une explosion incongrue au beau milieu de la chanson :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Save the crops / and the bodies / from illness / from pestilence / hunger and war »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Quoique &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt; soit long et peu guilleret, Scott Walker n’est pour autant pas dénué d’un humour pince-sans-rire. La plus longue chanson du disque (près de neuf minutes), « Patriot » est sous-titré « a single » ; effectivement, elle fait partie des titres envoyés en éclaireurs sur les ondes. Surtout, « Patriot » préfigure les expérimentations futures de Walker avec les « blocs de son ». Des cordes aussi dissonantes que somptueuses s’élèvent puis s’évanouissent, percussions et flûte piccolo incongrues… Comme un jeu de (dé)construction.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« the good news / you cannot / refuse / the bad news / is there is / no news »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/BEl1_mTihNc&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En revanche, « Tilt » est ce qui s’apparente le plus à un single : une rythmique qui accroche l’oreille, quelques petites notes de guitare répétées. Cela dure une poignée de secondes, avant que des cordes lointaines, dissonantes (je suppose) n’interviennent. Plus loin, il y a un solo de guitare distordue…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En écho à &lt;em&gt;Climate of Hunter&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt; se termine lui aussi par une tendre ballade à la guitare sèche : « Rosary ». Oh, c’est à peine rassurant.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« And I gotta / quit »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Rassurante, la suite le sera encore moins, même s’il faudra à nouveau (à l’époque) attendre onze années pour l’écouter.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mais cette durée ne sera pas de trop pour digérer &lt;em&gt;Tilt&lt;/em&gt;, disque inquiet et passionnant.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Inécoutable : là encore, ça passe, &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>S comme Southland Tales - The Prequel Saga</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/25/S-comme-Southland-Tales" rel="alternate" type="text/html" title="S comme Southland Tales - The Prequel Saga" />
      <id>urn:md5:5c117fa10a2bcb43f75bd9a8e51eeb41</id>
      <published>2015-05-25T12:10:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-25T12:25:38+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-s-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-s-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on plonge dans les prémices brumeuses de &lt;strong&gt;Southland Tales&lt;/strong&gt;, le deuxième film de Richard Kelly, en s'intéressant à &lt;strong&gt;The Prequel Saga&lt;/strong&gt;, le comic book qui sert censément d'introduction au long-métrage…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Southland Tales – The Prequel Saga, Richard Kelly (scénario) et Brett Weldele (dessins). Graphittis Designs, 2007, 320 pp.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Richard Kelly est un cinéaste aux films et à la trajectoire étranges… Son premier long-métrage, &lt;em&gt;Donnie Darko&lt;/em&gt; (2001), l’a propulsé sous les feux de la rampe. Teen-movie désaxé, hanté par un lapin géant particulièrement flippant, &lt;em&gt;Donnie Darko&lt;/em&gt; était un coup d’essai qui ressemblait fort à un coup de maître. Un film culte aujourd’hui.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La suite ? C’est un peu plus compliqué. Lors de sa présentation au festival de Cannes 2006, son deuxième long-métrage, &lt;em&gt;Southland Tales&lt;/em&gt;, s’est fait méchamment avoiné par la critique. Long, creux, moche… Peu l’ont apprécié, ce qui a d’ailleurs compromis sa sortie sur les écrans français (il est paru dans nos contrées en direct-to-dvd).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/vtp14ikRvxo&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film&lt;em&gt; Southland Tales&lt;/em&gt; se découpe en trois chapitres, et, après un bref prologue de présentation du contexte, commence avec le chapitre numéroté 4 (un peu façon &lt;em&gt;Star Wars&lt;/em&gt; !). De fait, les prémisses de l’intrigue et du contexte sont présentées dans un comic book en trois numéros : &lt;em&gt;Southland Tales, The Prequel Saga&lt;/em&gt;. Le premier volume a paru au moment de la présentation du film à Cannes, en mai 2006 ; les deuxième et troisième sont sortis respectivement en septembre 2006 et janvier 2007, tandis que le film &lt;em&gt;Southland Tales&lt;/em&gt; a finalement débarqué sur les écrans américains en novembre 2007 (dans un montage différent de celui montré à Cannes, plus court d’un bon quart d’heure).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-s-tpb.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-s-tpb.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La couverture de l'intégrale&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;« Scientists are saying the future is going to be far more futuristic than they originally predicted. »&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;De quoi ça parle ? L’intrigue a pour cadre l’Amérique de l’été 2008 (le futur au moment de la sortie du film (ce qui le rend désormais uchronique)) post 11-Septembre, post guerre d’Irak. Un double attentat nucléaire sur deux villes du Texas a conduit le gouvernement à rayer de la carte les pays dits terroristes, à restreindre les déplacements de ses citoyens entre les états, et à instituer un outil de surveillance du Web, USIdent. Le conflit au Moyen-Orient ayant créé une crise pétrolière sans précédent, Baron von Westphalen, un scientifique allemand, est parti en quête de sources d’énergies alternatives, et a mis au point une machine à mouvement perpétuel, qui tire de l’énergie du mouvement des vagues – ce qui a pour néfaste conséquence de ralentir infinitésimalement la rotation de la Terre – ce qui a pour conséquence encore plus funeste d’augmenter les comportements criminels…&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;« This is how the world ends. Not with a whimper but with a bang. »&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Dans ce contexte étrange et liberticide, plusieurs personnages se croisent… Il y a d’abord Boxer Santaros (Dwayne Johnson), acteur et gendre du candidat républicain à la présidentielle, qui se perd dans le désert de Mojave et en revient amnésique – et que la belle-famille veut retrouver. Il y a Krysta Now (Sarah Michelle Gellar), pornstar désireuse de lancer un show télé. Il y a Ronald Taverner (Seann William Scott), chargé de prendre la place de son frère jumeau Roland, vétéran d’Irak…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En résumé, les trois chapitres du comics voient Boxer Santaros revenir à Los Angeles et retrouver Krysta Now. Boxer est censé avoir écrit le scénario d’un film, &lt;em&gt;The Power&lt;/em&gt; (en réalité rédigé par Krysta dans des circonstances particulières), qu’il veut tourner et interpréter. Il y joue le rôle d’un flic, Jericho Cane (ce qui peut se lire Jerry Cocaine ?), confronté à des événements étranges – comme la rencontre avec un bébé ne produisant aucun excrément. Le script s’avère étrangement prophétique, et annonce la fin du monde.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-s-st123.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-s-st123.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-s-st123_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les trois numéros du comics&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;« Ladies and gentlemen, the party is over. Have a nice apocalypse. »&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Southland Tales&lt;/em&gt; mêle les thématiques : libertés vs. lois sécuritaires et surveillance du web, groupuscules d’extrême gauche vs. les réacs du parti républicain, apocalypse biblique et fin du monde, fin des énergies fossiles, quête de sources alternatives, folie douce… Le film est un foutoir improbable, lucide et paranoïaque, aérien et onirique (aidé en cela par la BO diaphane de Moby), confus mais inspiré, sous influences diverses : les poètes Robert Frost et T.S. Eliot en tête, mais aussi Philip K. Dick (« Flow my tears », dit un policier) et David Lynch.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-s-boxer.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-s-boxer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-s-boxer_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Boxer Santaros a une épiphanie. Mine de rien, c'est l'une des pages les plus colorées du comics.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le but du comic book était de rendre le film plus accessible, c’est raté. Les trois parties ajoutent de la confusion à la confusion mais n’apportent aucun point d’intrigue véritablement essentiel, et les sept minutes d’introduction du film (où l’on aperçoit d’ailleurs des images de la BD), qui résument &lt;em&gt;The Prequel Saga&lt;/em&gt; et le contexte, se révèlent bien plus claires que les trois cents pages. Lire le comics puis visionner le film dans la foulée donne une impression de redite. (À tout le moins peut-on s’amuser à repérer les liens entre les deux supports lors de ces quelques minutes introductives.)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-s-baron.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-s-baron.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-s-baron_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Introducing Baron Harkonnen&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Pour le dessin, Weldele opte pour un style brut : des décors simples, des personnages aux traits vite esquissés, des fonds en camaïeux de couleurs ternes, rendant parfois indistinct les couleurs de peau. Un style en décalage avec le film, fourmillant de détails et d’inserts divers (écrans d’ordinateurs, de surveillance). Plusieurs pages permettent de lire in extenso le script du film dans le film, &lt;em&gt;The Power&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-s-scenario.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-s-scenario.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-s-scenario_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; the=&quot;&quot; title=&quot;Une page du script de &quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Surtout, le comic book souffre aussi d’un problème quant à son exécution : le style de Brett Weldele, très personnel, se prête affreusement mal à la retranscription des traits des acteurs. Très souvent, il est difficile de distinguer les personnages. Que les personnages de la BD ne ressemblent pas aux acteurs est une chose assez gênante lors que celle-ci est censée compléter le film, qu’on les confonde entre eux l’est davantage.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-s-nb.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-s-nb.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-s-nb_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Quelques pages sortent du lot, comme ce récapitulatif très graphique sur le contexte.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La publication en graphic novel de &lt;em&gt;Southland Tales&lt;/em&gt; répondait au souhait de Richard Kelly d’introduire une dimension interactive/plurimédia. Il en reste que le film fonctionne comme unité autonome, à la différence du comic book. En somme, &lt;em&gt;Southland Tales – The Prequel Saga&lt;/em&gt; demeure une déception certaine, qui n’éclaire que peu le long-métrage. Un complément très dispensable, en somme. Et l’on préfèrera — de loin — le film. D’aucuns l’ont considéré comme un ratage ; peut-être, mais un ratage magnifique comme on n’en voit peu.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En 2009, Richard Kelly a réalisé &lt;em&gt;The Box&lt;/em&gt;, film accueilli par des critiques mitigées. Depuis… on attend du nouveau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui en France&lt;br /&gt;
Illisible : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : non&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>R comme Retour à zéro</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/22/R-comme-Retour-a-zero" rel="alternate" type="text/html" title="R comme Retour à zéro" />
      <id>urn:md5:0546b6d08415d6fdcf11b5e0ae6e61ec</id>
      <published>2015-05-22T11:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-22T14:02:01+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on s'intéresse à &lt;strong&gt;Retour à zéro&lt;/strong&gt;, l'adaptation en bande dessinée du tout premier roman de Stefan Wul par Thierry Smolderen et Laurent Bourlaud, et à sa superbe esthétique rétro-futuriste…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Retour à Zéro, d’après Retour à « 0 » de Stefan Wul, Laurent Bourlaud (dessins) et Thierry Smolderen (scénario), Ankama, coll. « Les Univers de Stefan Wul », 2015.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;À l’automne 2012, les éditions Ankama ont eu la bonne idée de lancer les adaptations en bandes dessinées des romans de Stefan Wul : &lt;strong&gt;Niourk&lt;/strong&gt; , &lt;strong&gt;Piège sur Zarkass&lt;/strong&gt;, &lt;strong&gt;La Peur géante&lt;/strong&gt;… Adaptations en deux ou trois volumes des romans, faisant appel à des scénaristes et dessinateurs différents pour chaque œuvre adaptée : citons Olivier Vatine, J.-D. Morvan ou Valérie Mangin.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-livre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-livre.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; title=&quot;L'édition originale du roman, avec une couverture de Brantonne&quot; /&gt;Et en janvier 2015 est paru &lt;strong&gt;Retour à Zéro&lt;/strong&gt;, album qui mérite une attention toute particulière à plusieurs titres. D’une part, il s’agit là d’un one-shot, ce qui tranche au sein de cet ensemble d’adaptations, qui fonctionnent pour la plupart en diptyques ou triptyques. D’autre part, &lt;strong&gt;Retour à « 0 »&lt;/strong&gt; (oui, la graphie du titre change suivant le support) n’est autre que le tout premier roman de Stefan Wul, écrit après une boutade du genre « mais je peux faire mieux que ce bouquin de SF tout nul que ma femme vient de lire ». Enfin et surtout, le scénario de l’adaptation est signé Thierry Smolderen, à qui l’on doit une très intéressante monographie sur les origines de la BD : &lt;strong&gt;Naissances de la Bande Dessinée&lt;/strong&gt;, et avec Alexandre Clérisse, l’excellent &lt;strong&gt;Souvenirs de l’Empire de l’atome&lt;/strong&gt;, roman graphique se caractérisant par son esthétique 50s. Une valeur sûre, c’est peu de le dire. Et &lt;strong&gt;Retour à Zéro&lt;/strong&gt;, quoique avec un dessinateur différent — Laurent Bourlaud —, poursuit dans cette même voie entamée par &lt;strong&gt;Souvenirs de l’Empire de l’atome&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-smolderen.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-smolderen.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire est celle de Jâ Benal, individu condamné à l’exil sur la Lune pour avoir censément provoqué une explosion dévastatrice sur Terre. Depuis plusieurs siècles, une colonie humaine existe sur le satellite de la Terre, mais vit en autarcie : cela fait longtemps que les communications sont coupées entre les deux astres. La seule forme d’échange consiste en l’expédition des criminels. En réalité, Benal est un espion, dont la mission consiste à enquêter sur les intentions belliqueuses des lunaires… et si possible éviter la guerre.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La BD se conclut par une postface éclairante des auteurs, où sont explicités les références et le choix de Smolderen et Bourlaud de tirer parti du caractère désordonné du roman. De fait, écrit par Wul au fil de la plume, celui-ci part volontiers dans tous les sens.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-couverture.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-couverture.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-r-couverture_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Graphiquement, &lt;strong&gt;Retour à zéro&lt;/strong&gt; fait la part belle à une esthétique rétro dans les décors et le dessin des personnages. Un trait relativement naïf, au crayon gris (je suppose), contrebalancé par des compositions de pages travaillées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme les auteurs l’indiquent dans leur postface, le roman de Stefan Wul s’inspire des textes de science-fiction des années 20 ou 30. Chose qui s’en ressent dans l’adaptation. Au travers des pages, l’on trouve ainsi des références à Marcel Duchamp, avec son « &lt;em&gt;Nu descendant l’escalier&lt;/em&gt; », ou à Oskar Schlemmer, professeur du Bauhaus, créateur des ballets triadiques. L’esthétique globale emprunte au cubisme, avec des réminiscences de Fernand Léger dans le traitement des ombrages.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-nu.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-nu.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Clin d'œil à Marcel Duchamp.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-triadique.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-triadique.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-r-triadique_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Clin d'œil à Oskar Schlemmer ici.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-leger.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-leger.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-r-leger_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une esthétique influencée par Fernand Léger&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;La palette colorée de la BD se restreint à une demi-douzaine de teintes, avec leurs nuances. Le choix des couleurs se révèle significatif : la Terre est bicolore (rouge et écru), terne. Quant à la Lune, elle comporte davantage de tons, qui varient suivant les lieux. Si le gris domine, l’on a aussi du jaune, du rouge et du bleu (avec un peu de vert et de rose). Enfin (attention spoiler), la Terre d’après l’apocalypse reprend l’ensemble des couleurs de la palette.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-lune.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-lune.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-r-lune_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La mise en page s'autorise tout (et c'est tant mieux)&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-r-lune.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-r-bataille.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-r-bataille_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une véritable bataille se livre dans le corps du héros, préfigurant &amp;lt;em&amp;gt;Le Voyage fantastique&amp;lt;/em&amp;gt;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour à « 0 »&lt;/strong&gt; , premier roman de Stefan Wul, reste loin d’être son œuvre la plus marquante – on y préfèrera son deuxième texte, le fameux &lt;strong&gt;Niourk&lt;/strong&gt;. Il n’empêche&amp;nbsp;: cette adaptation en bande dessinée lui rend un bien bel hommage, intelligent et respectueux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une &lt;a href=&quot;http://bdzoom.com/83698/interviews/interviews-de-laurent-bourlaud-et-thierry-smolderen-pour-%C2%AB-retour-a-zero-%C2%BB/&quot;&gt; interview donnée à BDzoom&lt;/a&gt;, Thierry Smolderen et Laurent Bourlaud ont annoncé leur intention de poursuivre leur collaboration, cette fois sur un scénario original mais également orienté rétro-SF. On a hâte.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.retourazero.com/&quot;&gt;Le site officiel de la BD.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Illisible : non&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>Q comme Que crois-tu qu'il arriva ?</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/20/Q-comme-Que-crois-tu-qu-il-arriva" rel="alternate" type="text/html" title="Q comme Que crois-tu qu'il arriva ?" />
      <id>urn:md5:5a1f68a4efdc3d8510e3fdc6e1d25aad</id>
      <published>2015-05-20T14:20:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-20T15:02:53+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-q-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Que croyez-vous qu'il se passe ? Le blog Bifrost s'intéresse aux adorables Moumines, la création la plus attachante de l'auteure-illustratrice finnoise Tove Jansson, au travers de l'album &lt;strong&gt;Que crois-tu qu'il arriva ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Que crois-tu qu’il arriva ? (Hur gick det sen?), Tove Jansson (texte et dessins), traduit du suédois (Finlande) par Catherine Renaud. Glénat, coll. « p’titGlénat », 2009. 26 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;La création la plus fameuse de Tove Jansson, auteure finnoise d’expression suédoise, sont les Moumines (ou Moomins, la graphie change suivant les supports et les traductions), une adorable série de romans et comic strips pour la jeunesse, adaptés plusieurs fois en dessins animés ou film d’animation, pour le grand ou le petit écran — un film, &lt;em&gt;Les Moomins sur la riviera&lt;/em&gt;, est sorti en février. Les histoires des Moumines s’adressent a priori en particulier à un jeune public (encore que certains textes tranchent par leur ton adulte, notamment &lt;strong&gt;Papa Moumine et la mer&lt;/strong&gt;), mais les grands auraient bien tort de les dédaigner.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;D’ailleurs, clamons-le en quelques mots : les Moumines, c’est excellent !&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-famille.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-q-famille.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Les Moumines au complet !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Un univers et un imaginaire à nuls autres pareils, un ton plein de tendresse mais pas dénué d’ironie, mignon, intelligent, original, à mille lieues du formatage Disney. Les Moumines n’ont probablement pas en France tout l’écho qu’ils devraient avoir, mais cela viendra peut-être un jour. À Angoulême, une exposition leur est d'ailleurs dédiée jusqu'à octobre 2015.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-livre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-q-livre.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Que crois-tu qu'il arriva ?&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que crois-tu qu’il arriva ?&lt;/strong&gt; s’inscrit dans cet ensemble d’histoires. Publié en 1952, entre deux romans jeunesse Moumines, cet album n’a été traduit en français qu’en 2009 (et publié en même temps que la retraduction de l’album &lt;strong&gt;Qui va rassurer le tibou ?&lt;/strong&gt;, autrefois paru sous le titre &lt;strong&gt;Qui va rassurer Tounet ?&lt;/strong&gt;).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire est toute simple : Moumine le troll rentre chez lui avec un pot de lait, et lors de la traversée d’une forêt obscure, rencontre Mumla, qui ne sait plus où est passée sa jeune sœur, l’insupportable petite Mu. Partant à sa recherche, Moumine et Mumla vont croiser bon nombre de bestioles étranges au cours de leur route… et ressortiront grandi de leur aventure.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-q-petitemu.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-petitemu.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-q-petitemu_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La Petite Mu se cache dans cette image ; sauras-tu la retrouver ?&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tove Jansson convoque dans cet album des figures récurrentes de son univers : Moumine le troll naturellement, protagoniste de la plupart des aventures, créature un tantinet timorée mais au cœur tendre ; Mumla, personnage qui n’a guère d’autre fonction que d’être la grande sœur attentionnée de la Petite Mu ; cette dernière, aussi minuscule que malicieuse et effrontée, se base sur la fillette que l’auteure a été (comme il me semble l’avoir lu quelque part). Sans oublier d’autres créatures, telles que les électriques hattifnattes ou l’Hémule. Le charme de l’univers des Moumines tient d’ailleurs beaucoup à cette profusion de créatures improbables, étranges mais jamais méchantes.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À la différence des romans ou des comic-strips, &lt;strong&gt;Que crois-tu qu’il arriva ?&lt;/strong&gt; est entièrement illustré, le texte s’en retrouve réduit à la portion congrue. Chaque double page offre des compositions amples, avec une palette colorée réduite (noir, gris, blanc, plus deux autres couleurs différant selon les planches), jamais avares de petits détails.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-q-foret.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-foret.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-q-foret_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Au milieu du chemin de sa vie, Moumine le troll se retrouva par une forêt obscure car la voie droite était perdue…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ainsi relégué en périphérie des planches, le texte adopte la forme de petits poèmes, rimés, qui se concluent invariablement par cette phrase-là : « Et que crois-tu qu’il arriva ? » Manière d’inviter à tourner la page suivante, en plus du dispositif qui fait la particularité de l’album.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-q-hublot.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-hublot.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-q-hublot_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À savoir : des trous ! Cela, dès la couverture où un hublot, découpé dans le carton, invite à passer de l’autre côté. Chaque page comporte un découpage, laissant entrevoir la page suivante. La plupart du temps, l’aperçu de la page suivante est lié avec la page présente, moins en ce qui concerne la page précédente. Comme de juste, un trou de serrure conclut l’aventure…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, une excellente porte d’entrée pour l’univers des Moumines.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-q-serrure.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-q-serrure.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-q-serrure_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Illisible : non&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 14 mai 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/19/Journal-d-un-homme-des-bois-14-05-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 14 mai 2015" />
      <id>urn:md5:3772e845d702253f30d0aa5be783fbc9</id>
      <published>2015-05-19T10:57:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-22T14:36:10+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150514-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150514-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où Francis Valéry nous reparle de l'opération &lt;strong&gt;Adoptez un artiste&lt;/strong&gt; (lancée il y a un peu plus d'un mois &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/22/Journal-d-un-homme-des-bois-13-04-2015&quot;&gt;dans ce billet-ci&lt;/a&gt;), nous donne des précisions sur les modalités ainsi que ses projets futurs, et poursuit ses réflexions sur la rémunération des artistes et l'état du «&amp;nbsp;marché de la culture&amp;nbsp;».&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L’opération &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/22/Journal-d-un-homme-des-bois-13-04-2015&quot;&gt;Adoptez un Artiste&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; a démarré. Je viens de préparer les envois du premier numéro de ma &lt;em&gt;newsletter&lt;/em&gt; – en français : lettre d’informations – à l’intention des abonnés, souscripteurs, donateurs et mécènes qui ont répondu favorablement à mon billet du 22 avril dernier. Cette newsletter mensuelle s’accompagne, comme promis, d’un bonus sous la forme d’un CD titré &lt;em&gt;Zacharius, une fantaisie horlogère&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;http://blog.belial.fr/media/JHB/adopte_un_artiste-presentation_projet.pdf&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;adopte-un-artiste-projet.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/adopte-un-artiste-projet.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Cliquer pour accéder à la présentation du projet&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;http://blog.belial.fr/media/JHB/adopte_un_artiste-formulaire5.pdf&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;adopte-un-artiste-s_abonner.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/adopte-un-artiste-s_abonner.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Cliquer pour accéder au formulaire d'abonnement&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Les premières critiques de ce projet de soutien direct au travail d’un créateur ont concerné la forme que j’ai voulu lui donner : trop compliqué car trop ouvert, m’a-t-on fait remarquer. Laisser les souscripteurs choisir le montant mensuel de leur soutien (au risque de passer pour un radin !), la durée de leur engagement (sans trop savoir ce que l’on finance, ce que cela permettra de réaliser, ce que l’on recevra en retour), la périodicité et le mode du paiement (virement bancaire, virement via Paypal ou autre, envoi d’un chèque…), c’est un peu trop de possibles…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Message bien reçu. D’où la reformulation qui suit (désolé si je donne l’impression de radoter – hum… l’âge aidant, peut-être que je radote effectivement un peu, mais bon…).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le projet &lt;strong&gt;Adoptez un Artiste&lt;/strong&gt; s’appuie sur un double constat. D’une part, le « marché de la culture » a évolué de manière telle que les retombées financières que peut espérer un artiste en retour de son travail (pour un écrivain cela sera les droits d’auteur versés par son éditeur) en regard du temps nécessaire à la réalisation de ce travail, ne peuvent absolument pas permettre de vivre, même au fin fond de la campagne et de la manière la plus spartiate. D’autre part, les « politiques de subventions » ayant, à tous les niveaux, été revues à la baisse de façon très significative – lorsqu’elles n’ont pas purement et simplement disparu – les artistes ont perdu la plupart, lorsque ce n’est pas la totalité, de leurs « revenus annexes » (pour un écrivain cela sera par exemple les ateliers d’écriture en milieu scolaire, les rencontres avec le public en bibliothèques, les conférences, etc.) ; or, ces « revenus annexes » sont doublement indispensables, d’abord sur le plan financier car ils complètent les droits d’auteur, ensuite parce qu’additionnés à ces derniers, ils permettent à la personne d’atteindre le seuil minimal de maintien au régime dit des « artistes-auteurs », ce qui lui permet de conserver des droits sociaux (en particulier la sécurité sociale) et de générer des trimestres de cotisation, comptabilisés pour la retraite.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De ce double constat découle une idée simple : si l’existence d’artistes au sein de la société vous semble une bonne idée, alors il faut, comme on dit, mettre la main à la pâte de manière directe. Dans mon billet précédent, j’ai évoqué le fait qu’un nombre croissant de personnes abandonnent les pratiques culturelles classiques (achat de livres, de CD) pour se tourner vers une consommation de produits dématérialisés, souvent sans que les créateurs ne touchent quoi que ce soit pour leur travail. À ce sujet, j’ai reçu plusieurs commentaires de personnes me faisant remarquer, en substance : « Moi, j’achète mes livres donc je ne me sens pas concerné par vos propos : ce n’est pas à moi de passer à la caisse une seconde fois. » Au risque de donner l’image de quelqu’un qui manque de reconnaissance, je dirai, avec tristesse, que les personnes qui ont conservé l’habitude d’acheter des supports culturels plutôt que les télécharger illégalement, sont &lt;em&gt;justement&lt;/em&gt; quasiment les seules à qui je peux m’adresser, au moins dans un premier temps. Parce que ce sont les seules, me semble-t-il, qui peuvent comprendre et déplorer l’état de délabrement, d’épuisement, d’abandon… dans lequel la culture se trouve. Donc passer une seconde fois à la caisse ? Oui, c’est un peu ce que je vous demande de faire… avec cette remarque, toutefois, que consacrer, par exemple, trois euros chaque mois, pour un « soutien direct » à un écrivain ne représente sans doute pas une somme très significative par rapport à votre budget culturel global. On reste tout de même très largement dans le soutien symbolique – du point de vue de la personne qui soutient ; mais du côté de la personne soutenue, quelques dizaines de soutiens symboliques peuvent constituer un soutien global bien réel.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;On m’a aussi fait la remarque suivante : « Vous demandez une aide financière, certes, mais pour en faire quoi, au juste ? » C’est vrai que je n’avais pas précisé, me contentant d’expliquer que c’était pour me permettre de continuer de travailler.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les douze mois qui viennent, ma priorité sera d’écrire un assez gros roman de SF – quelque chose qui relèvera à la fois du &lt;em&gt;space opera&lt;/em&gt; et de la &lt;em&gt;science fantasy&lt;/em&gt;, spatial et exotique, avec une certaine dose de hard science ; le plan est bien avancé, les notes s’accumulent ; un grand merci à Roland Lehoucq qui fait office de « conseiller scientifique » et me donne son avis, toujours très éclairé et éclairant, sur la « vraisemblance » (disons-le comme ça, faute de mieux) du cadre dans lequel j’inscris peu à peu mon récit. Merci aussi à Olivier Girard qui s’épuise à entretenir la petite flamme de l’envie d’écrire – le besoin a disparu depuis bien longtemps – et à me convaincre que j’ai toujours quelque chose à dire dans le domaine de l’écriture romanesque. Du coup, un éditeur – devinez qui ! – a une option sur ce projet. Chic planète tout de même ! ;o))&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Ma seconde priorité consiste à poursuivre les arrangements et les enregistrements d’une douzaine de titres destinés à être réunis sur un CD – il s’agit, pour le dire brièvement, de chanson française (puisque les textes sont en français) dans une esthétique folk-rock (il y a plein de guitares), néo-psychédélique (pour le son et les ambiances) et crypto-hippie (flûtes, percussions, sitar…), avec toutefois un brin de modernité (les claviers n’y sont pas pour rien). Si vous voyez ce dont il s’agit, contactez-moi et réexpliquez-moi la chose avec vos mots à vous, que j’y vois plus clair… Plusieurs titres sont quasiment en boîte, il reste juste à enregistrer les pistes de chant définitives à la place des pistes de voix témoin : chanter, c’est ce qui m’éclate le moins, sur scène pas de souci, mais en studio ça me gonfle. Les autres morceaux sont depuis des années à l’état de partitions et de projets d’arrangement dans un gros classeur – je n’ai jamais eu le temps de m’en occuper. Troisième et quatrième priorités : poursuivre ce blog de manière plus régulière (mais la, encore faut-il avoir trois bêtises à raconter…) et sortir d’autres titres dans la collection &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt;. Et au registre de la cerise sur le gâteau des priorités, je devrais écrire une nouvelle à la demande d’un vieux copain qui réunit une anthologie.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150514-zach.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150514-zach.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Cadeau !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Voilà. Tout cela en douze mois. Donc à temps plein. Et il ne vous aura pas échappé que si la priorité n°1 devrait générer quelques retombées financières, ce sera après parution – donc quand tout le boulot aura été fait ; et que les priorités n°2 et suivantes sont à considérer, pour l’essentiel, comme relevant de l’art pour l’art…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Sur un plan encore plus personnel, mon mandat à la Maison d’Ailleurs – où je faisais pas mal de choses depuis pas mal d’années – n’a pas été renouvelé. Nouvelles orientations, nouvelles priorités. En janvier et février, j’ai écrit un long article qui fera l’essentiel du prochain catalogue d’exposition – sur les robots. L’audio guide que je devais réaliser en mars et avril a été annulé – mais à la place, je réalise une recherche curatoriale sur le thème de l’exposition suivante. Dans la pratique, il s’agit de trouver, dans l’immense corpus de la SF littéraire, cinématographique, illustrée et bédessinée, des œuvres – ou des fragments d’œuvres – dans lesquelles sont utilisés des motifs ressortissant au thème (très original) de l’expo en question. J’en reparlerai, dans un autre billet de ce blog, car l’expérience est intéressante. J’ai donc été payé pour cette recherche – assimilée à l’écriture d’une bibliographie thématique – et mars et avril dernier. D’un point de vue légal, mes revenus provenant de la Maison d’Ailleurs consistaient en une mensualisation d’un forfait de droits d’auteur, correspondant lui-même à un travail bien défini sur une exposition temporaire donnée, et non d’un « salaire » découlant d’un contrat de type CDI. La perte de ce travail n’ouvre donc droit à aucune indemnité de chômage. Et comme le donneur d’ordre est non français et règle les « notes de droits d’auteur » que j’établis, chaque mois, il n’est pas assujetti aux charges sociales (ni en Suisse, ni en France) – j’ai donc l’obligation de « régulariser » l’ensemble des charges sociales, y compris la part patronale, ce qui fait assez lourd, dirons-nous, et explique le fait que mon « salaire » était, dans les faits, très en-dessous du SMIG. Le décalage entre les paiements, leur déclaration au fisc et à l’AGESSA, le calcul de régularisation et l’appel de cotisations, fait que je vais, au cours des prochains mois, devoir régler à l’AGESSA environ deux mille euros – alors que je n’aurai plus aucun revenu professionnel. Ce qui risque de s’avérer un rien problématique…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;J’ai fini par déposer une demande de RSA – après une longue réflexion… C’est aussi un sujet que je compte aborder dans ce blog : comment, après avoir passé toute sa vie à travailler en indépendant, dont les dix-neuf dernières années comme artiste-auteur déclaré à l’AGESSA (« écrivain professionnel » en somme, avec plus de soixante-dix bouquins publiés à son actif, des prix littéraires, des traductions, des dossiers de presse plutôt flatteurs…), devient-on, presque du jour au lendemain, une simple merde – puisque c’est bien le message que vous adresse la Société : arrête d’écrire puisque personne ne veut plus te lire (du moins en payant !), ferme ta gueule et débrouille-toi avec 452 euros pour vivre. Enfin… 452 euros, c’est dans le meilleur des cas : quand on vous attribue le RSA complet, mais rien ne dit qu’on me l’attribuera.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, je ne nie pas que la perspective de cette situation a grandement contribué à nourrir ma réflexion, au cours des derniers mois, sur ce projet &lt;em&gt;Adoptez un Artiste&lt;/em&gt; ! Revenons-y, d’ailleurs.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans ma première présentation du projet, j’ai indiqué ce que les personnes abonnées pourraient recevoir, à titre de remerciement direct. Ma proposition n’a pas changé. Je m’engage à vous envoyer chaque mois une lettre d’informations sur l’état de ce projet (le soutien financier réellement reçu, en toute transparence), sur l’avancement de mes petits travaux d’écriture et de composition, et éventuellement sur mon actualité visible (parutions, participation à des événements). Et je m’engage à joindre à cette lettre, au moins six fois dans l’année, un bonus : une réalisation inédite et hors commerce.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier bonus qui vient d’être envoyé aux actuels abonnés est un CD musical titré &lt;em&gt;Zacharius, une fantaisie horlogère&lt;/em&gt;. Au cours de l’été 2008, j’ai composé environ quarante minutes de musique, en quadriphonie, pour accompagner une conteuse sur scène, dans une adaptation de la nouvelle de Jules Verne, « Maître Zacharius ». Ce spectacle était une commande de la part de Patrick Gyger, alors Directeur de la Maison d’Ailleurs, pour l’inauguration de l’Espace Jules Verne. Courant 2014, j’ai commencé à composer d’autres morceaux et ambiances, dans le but d’enregistrer non pas une adaptation de l’œuvre de Verne, mais cette fois l’œuvre originale lue dans son intégralité. Ce projet de livre audio, destiné à la collection &lt;em&gt;CyberDreams&lt;/em&gt;, a pris du retard – pour diverses raisons. Il est actuellement en pause. En novembre 2014, alors que je travaillais dessus, j’ai passé pas mal de temps à enregistrer plusieurs dizaines de pistes de guitare, en sculptant mon son avec des effets assez simples – et pour tout dire, d’entrée de gamme puisqu’il s’agit de deux pédales de la marque Behringer (un delay et une reverb) : vraiment du tout petit matériel acheté une vingtaine d’euros chez Thomann il y a quelques années et beaucoup utilisé dans les livres audio mis en ligne sur le site du Bélial ! Mais en poussant ce matériel aux limites – voire en l’utilisant de manière non prévue dans le règlement, pardon, je veux dire dans le mode d’emploi – je suis parvenu, avec une simple guitare, à obtenir des sons assez étonnants en cela que l’on jurerait qu’il s’agit de percussions, de séquenceurs ou de synthétiseurs. Mais non ! C’est juste de la bonne vieille guitare à six cordes et sans accordage particulier (jouée mais aussi tapotée, grattée, frottée, bidouillée, tripotée… dans la limite des bonnes mœurs) avec ces deux pédales d’effets à deux balles ! Ces jours-ci, j’ai sélectionné quinze de ces pistes et je les ai mixées ensemble – en réalité, il n’y a jamais plus de quatre pistes à la fois : elles vont et viennent, apparaissent ça et là quand d’autres disparaissent, se développent... Cela donne quelque chose qui n’est pas sans évoquer la technique que Terry Riley avait expérimentée dans son œuvre fondatrice « In C ». Le morceau fait tout juste cinq minutes. Si vous voulez l’écouter, il n’y a qu’une solution : abonnez-vous ! ;o))&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et j’en arrive à la conclusion pratique de cette intervention : s’abonner c’est bien beau, mais comment ? Inspiré par vos commentaires, j’ai repensé la chose et propose donc un système plus « directif » mais avec tout de même pas mal d’options.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En gros, il y a trois cas de figure :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;L’abonnement dématérialisé&lt;/u&gt; : vous recevez la newsletter mensuelle par mail + vous recevez le contenu du CD (son, image, texte, vidéo, etc.) via We Tranfer (ça fonctionne bien et c’est gratuit).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Coût&lt;/u&gt; : 3€ par mois / 18€ pour six mois / 36€ pour un an.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;L’abonnement objet&lt;/u&gt; : vous recevez la newsletter par la poste, accompagnée d’un CD dans un boitier illustré (envoi bien protégé).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Coût&lt;/u&gt; : 5€ par mois / 30€ pour six mois / 60€ pour un an.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans les deux types d’abonnement, vous pouvez régler en envoyant un chèque ou en procédant à un virement bancaire (pour les personnes résidant hors de France). Ou vous pouvez mettre en place un système de versement mensuel (3€ ou 5€) en demandant à votre banque de le faire ou en utilisant un intermédiaire comme Payname (gratuit).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;L’abonnement mécène&lt;/u&gt; : vous avez la possibilité de devenir mécène si vos finances vous le permettent ; c’est comme un abonnement objet… mais c’est plus cher.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;u&gt;Coût&lt;/u&gt; : 100€ pour l’année (ou plus, c’est vous qui voyez) par chèque ou virement. Je suppose qu’il y a aura des super-bonus réservés aux mécènes – difficile de préciser à l’avance, tant cela dépendra des opportunités et autres clins d’œil de l’univers. Genre venir passer un week-end chez moi en septembre pour ramasser les figues et faire des tonnes de confiture, et repartir après s’être partagés les pots. Pas cool, ça ? Ouais, allez, les pas mécènes pourront aussi venir ! L’intérêt d’être mécène, alors ? Ben, je ne sais pas trop… Faut creuser le sujet.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En attendant la relation de mes prochaines aventures (vous croyez que négocier avec l’Administration pour avoir le RSA, c’est pas une aventure ? J’en suis terrorisé à l’avance !), une dernière précision : mon adresse postale n’a pas changé. C’est toujours : Francis Valéry, 3 lieu-dit Le Canton, 33620 Cubnezais.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À vous lire !&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>P comme Polyester</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/14/P-comme-Polyester" rel="alternate" type="text/html" title="P comme Polyester" />
      <id>urn:md5:cbf1d44e3ac087d1f4f9777e0e0118d4</id>
      <published>2015-05-14T08:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-05-14T08:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-p-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-p-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on poursuit, après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/25/K-comme-Kiddie-Flamingos&quot;&gt;&lt;em&gt;Kiddie&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;Pink Flamingos&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, notre exploration du cinéma improbable de John Waters, avec son premier long-métrage axé grand public, présenté en odorama : &lt;strong&gt;Polyester&lt;/strong&gt;… Tout est possible&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Polyester, John Waters (1981), 90 minutes.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/nrAkQ923Wk0&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; (1981) représente la huitième et avant-dernière collaboration entre John Waters et Divine, après le crade &lt;em&gt;Mondo Trasho&lt;/em&gt; et le culte &amp;amp; non moins crade &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/25/K-comme-Kiddie-Flamingos&quot;&gt;Pink Flamingos&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, et avant le plus accessible &lt;em&gt;Hairspray&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; débute par une séquence où un certain Docteur Quackenshaw explique le principe de sa révolutionnaire invention, l’odorama. Car &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; est en odorama : avant la séance est remise à chaque spectateur du film une plaquette comportant dix pastilles, à gratter au moment opportun afin de libérer l’effluve et d’illustrer olfactivement ce que sentent les personnages. Quackenshaw, donc, invite ainsi les spectateurs à gratter le numéro 1 et sentir la rose que lui-même vient de humer.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-p-quack.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-p-quack.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le bon docteur Quackenshaw heureux de présenter au spectateur son indispensable invention…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Place à l’histoire : Francine Fishpaw (patte de poisson) est une Américaine normale, bon chrétienne, un peu (beaucoup) enrobée, au nez sensible, qui a le malheur d’être affligée d’une famille peu commune. Son mari Elmer, qui tient l’unique cinéma porno de la ville, est un connard invétéré qui la trompe avec (c’est si commun) sa secrétaire ; sa fille Lu-Lu traverse sa crise d’adolescence, ce qui l’amène à se trémousser en permanence et à sortir, malgré l’interdiction parentale, avec Bo-Bo, petite frappe locale ; quant à son fils Dexter, fétichiste des pieds, il est le terrible Écraseur de pieds qui terrorise la ville ; sa mère n’a de cesse de l’humilier tout en vivant à ses dépens. Heureusement que Francine peut compter sur sa bonne amie Cuddles. Lorsque Elmer la quitte pour sa secrétaire et se met à la harceler, que Lu-Lu annonce être enceinte des œuvres de Bo-Bo mais souhaite d’avorter, que Dexter est appréhendé par la police, Francine finit par craquer et sombre dans l’alcoolisme le plus débilitant. C’est alors qu’elle rencontre le beau Todd Tomorrow, véritable playboy, qui semble sincèrement épris d’elle… Mais n’est-ce pas &lt;em&gt;trop&lt;/em&gt; beau ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-p-idylle.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-p-idylle.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ne sont-ils pas mignons ?&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le cinéma de John Waters a quelque chose de curieux, qui ne laisse pas de fasciner votre serviteur. Pas que ses films soient pourtant intrinsèquement formidables. &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; continue la mue amorcée quelques films plus tôt vers un cinéma axé davantage vers le grand public, sans que Waters ne renonce au passé pour autant. Preuve de cette évolution, &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; est son premier long-métrage à bénéficier d’un classement R (« restricted » selon la Motion Picture Association of America, à savoir : les moins de 17 ans doivent être accompagnés), ce qui changeait des habituels NC ou X que collectionnait Waters… De fait, &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt; s’avère étonnamment soft.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-p-elmer.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-p-elmer.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ce n'est pas Elmer qui dira le contraire.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le film fait appel à la troupe habituelle de Waters : Divine dans le rôle de Francine, l’inénarrable Edith Massey (l’Egg-Lady de &lt;em&gt;Pink Flamingos&lt;/em&gt;, c’est elle) dans celui de Cuddles, et dans un second rôle, Mink Stole ; le vétéran Tab Hunter les rejoint – et il collaborera une seconde fois avec Divine dans le western parodique &lt;em&gt;Lust in the dust&lt;/em&gt; (sur lequel on reviendra sûrement). Enfin, un jeune Michael Kamen compose la partition musicale.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-p-divine.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-p-divine.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Divine vs. Mink Stole.&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Film curieux : hormis Divine, dont le jeu est au-delà du bien et du mal (divin, en somme) et Tab Hunter, les acteurs ont tendance à en faire des tonnes, sûrement à cause d’un script posant des personnages &lt;em&gt;over the top&lt;/em&gt;. Quoiqu’Edith Massey demeure égale à elle-même dans sa manière surréaliste de jouer. L’histoire est caricaturale, fait la part belle à un humour pas très léger, mais en définitive on ne sait jamais trop si c’est du lard ou du cochon.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Et il y a l’odorama donc, prétexte amusant au film. Francine Fishpaw passe une partie du film à humer bruyamment l’air – occasion pour le spectateur de gratter sa carte (ou pas) pour sentir parfums de rose, pizza, chaussures, pets…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-p-odorama.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-p-odorama.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-p-odorama_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Curieusement à une croyance répandue, le numéro 10 n'est pas une odeur d'excréments.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le cinéma a régulièrement voulu s’affranchir de ses deux dimensions. En témoigne la mode de la 3D, qui remonte aux tout débuts de ce médium et qui revient au fil des décennies : le premier film en 3D, &lt;em&gt;The Power of Love&lt;/em&gt;, date de 1922… Et quand la 3D n’a plus suffi, la 4D est intervenue. La plupart du temps, la 4D – qui n’a pas de définition officielle – consiste en des effets physiques ayant lieu dans la salle (mouvement des sièges par exemple). La diffusion d’odeurs forme aussi l’un des avatars de cette quatrième dimension, et a adopté plusieurs noms au fil des procédés : Smell-O-Vision (dans &lt;em&gt;Scent of Mystery&lt;/em&gt;, 1960) ou Odorama dans le présent &lt;em&gt;Polyester&lt;/em&gt;. Un gadget, mais qui est devenu indissociable du film de Waters, au point que les rééditions DVD comportent même un jeu de deux cartes Odorama. Lors de sa rediffusion au studio Galande à Paris en février, ces mêmes cartes étaient également fournies. Un plaisir ! (Mais oui…)&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-p-poster1.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-p-poster1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-p-poster1_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Divine et Tab se tapent l'affiche.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Irregardable : non&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>O comme Ô Révolutions</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/12/O-comme-O-Revolutions" rel="alternate" type="text/html" title="O comme Ô Révolutions" />
      <id>urn:md5:f409a1d3a5b9bf587df8984f12cab34c</id>
      <published>2015-05-12T14:18:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-12T16:28:50+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;C'est aujourd'hui, 12 mai, que sort aux USA le tome 1 de &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;, le nouvel opus longuement attendu de Mark Z. Danielewski. Profitons de l'occasion pour relire (en boucle, forcément) son précédent ouvrage, le très-circulaire &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt;…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns (&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;O&lt;/font&gt;nly Rev&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns, Mark Z. Danielewski, roman (?) traduit de l'anglais (US) par Claro. Denoël, coll. «&amp;nbsp;&amp;amp; d'ailleurs&amp;nbsp;», 2007 (2006), 384 pp. GdF.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Avec &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/15/G-comme-GiG&quot;&gt;GiG&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; de James Lovegrove, on évoquait les livres tête-bêche, et de leur lien avec le disque vinyle, objet biface par excellence. La forme du disque (qu’il soit compact ou vinyle) nous ramène à la figure du cercle, et donc à un roman entièrement bâti sur cette forme, &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; de Mark Z. Danielewski. Est-ce utile de rappeler que Danieleswki est l’auteur du monstrueux &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt; – roman-labyrinthe culte dont on ne parlera pas, le texte étant aisément trouvable depuis sa récente parution en poche –, de &lt;strong&gt;L'Épée des cinquante ans&lt;/strong&gt;, paru en français l'an passé, et que sa série en vingt-sept (27 !!) tomes, &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt;, dont la publication commence en ce mois de mai, est particulièrement attendue ?&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-fr-edition.gif&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-fr-edition.gif&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'édition française du livre&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’histoire de &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt;, pour autant qu’elle puisse être résumée, c’est celle de Sam et Hailey, deux ados âgés éternellement de seize ans. Quand ils se rencontrent, c’est l’amour fou et inconditionnel. À bord d’une kyrielle de voitures, ils traversent à fond de caisse les États-Unis, de Gettysburg jusqu’au fin fond du Montana, en passant par La Nouvelle Orléans, Saint Louis et Rapid City. Leur quotidien ? Rouler et baiser. Jusqu’à ce que la mort les sépare. Et échapper au &lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Fêlé&lt;/font&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-us-edition2.gif&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-us-edition2.gif&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'édition américaine originale&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; est à la croisée de plusieurs genres. C’est un double poème en vers libres. C’est du flux de conscience, à la Virginia Woolf ou à la James Joyce, de telle sorte que l’intrigue est malaisée à suivre — mais l’intérêt ne se situe pas forcément là. C’est aussi une romance, très Roméo et Juliette – est-ce spoiler que de dire qu’elle finit mal, forcément ? C’est aussi un &lt;em&gt;road-novel&lt;/em&gt; ; à vrai dire, on n’est pas si loin de &lt;strong&gt;Sur la route&lt;/strong&gt;. Les voitures (volées) se succèdent, des vieilles caisses pour Hailey, des modèles récents voire restant à inventer pour Hailey. C’est aussi un &lt;em&gt;nature writing&lt;/em&gt; d’un genre particulier — l’histoire de Sam est ponctuée d’animaux, celle d’Hailey de végétaux.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-ppb.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-ppb.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-o-ppb_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;L'édition de poche américaine&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Si le précédent roman de Mark Z. Danielewski, &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;, était une œuvre centrée sur les espaces intérieurs, aussi infinis qu’ils soient, &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; est au contraire ouvert, tant sur la géographie que l’histoire. On parcourt dans ce texte les grands espaces de l’Amérique du Nord et deux siècles d’histoire mondiale (quoique américano-centrée), de 1863 à 2063 avec l’assassinat de John F. Kennedy comme pivot. De fait, le texte (narratif) coexiste à côté d’une « chronomosaïque », située dans la marge, listant les événements, importants ou non, des époques traversées.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-samhailey.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-samhailey.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-o-samhailey_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Sam &lt;3 Hailey&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Comme dans &lt;strong&gt;La &lt;font color=&quot;0000FF&quot;&gt;Maison&lt;/font&gt; des feuilles&lt;/strong&gt;, le roman fourmille de jeux typographiques. (Un roman de MZD qui en serait dépourvu ne serait pas un roman de MZD, pourrait-on se dire…) Ou plutôt : &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; est un immense jeu romano-typographique basé sur la figure du cercle. À la différence de &lt;strong&gt;GiG&lt;/strong&gt;, où 1) le choix d’un livre biface a été opéré par l’éditeur et 2) le cercle est celui d’un disque vinyle, &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; se base sur 1) un choix de l’auteur et 2) la figure de la bobine de film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Tout y est subordonné au cercle. À commencer par celui qu’accomplit le livre quand on le retourne pour passer de l’histoire de Sam à celle de Hailey. Le titre (qui comporte trois « O » comme autant de cercles) renvoie au geste que le lecteur doit accomplir : retourner le livre. Lui faire effectuer précisément une &lt;em&gt;révolution&lt;/em&gt;. Trois cent soixante pages comme autant de degré dans un cercle ; les O et 0 en vert (Sam) ou en doré (Hailey) ; double numérotation de page ; les pastilles qui interviennent à intervalles réguliers en bas de page, comme les « brûlures de cigarette » au cinéma, indiquant le changement de bobine. La fin de l’histoire renvoie à son début. Et la double page centrale propose en regard deux pages identiques : un instant de fusion au moment où Sam et Hailey sont, dans l’histoire, les plus éloignés l’un de l’autre. Le couple, justement, comme cercle parfait : « noUS ». La mise en capitale de « US » n’a rien d’anodin, signifiant tout à fois « nous » en anglais, mais désignant aussi (désolé de l'évidence) les États-Unis.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-brulure.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-brulure.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-o-brulure_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Une brûlure de cigarette…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Mise en page tête-bêche oblige, la symétrie régit les récits de Sam et Hailey, qui se font écho tout en divergent l’un de l’autre. Les deux protagonistes vivent des événements similaires, mais l’un et l’autre les perçoivent différemment. Visuellement aussi : les mêmes pages de chaque histoire se renvoie l’une l’autre, mais l’écho se fait parfois sur une seule double page, des détails apparaissant dans le récit de Sam comme dans celui de Hailey – éloignés dans le temps du récit mais adjacents sur l’espace de la page.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-www-fele.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-www-fele.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-o-www-fele_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un Fêlé rôde…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’écriture du roman est volontiers cryptique. Individuellement, de très belles phrases (chapeau au traducteur Claro : en anglais, le roman est d’une lecture des plus ardues et m’est tombé des mains), un texte riche en néologismes et en jeux de mots.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que l'édition américaine est pourvue d'une concordance (cliquer sur les images pour les voir à l'endroit) :&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-concordance-inv.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-concordance.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-o-concordance_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;La concordance&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-www-inv.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-www.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-www.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Le monde en tant que mots.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-maison-inv.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-o-maison.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-o-maison.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Si vous regardez bien, vous verrez que le mot &amp;laquo;&amp;nbsp;maison&amp;nbsp;&amp;raquo; est en bleu.&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;L’éditeur conseille d’alterner huit pages du récit de Sam avec huit pages du récit d’Hailey. Pour ma part, vingt-quatre me semble idéal, interrompt moins le flux de lecture (et fatigue moins les mains).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En somme, d’un point de vue conceptuel, &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; est un livre-objet superbement abouti, une véritable réussite formelle, qui ne laisse peu de place à l'improvisation, comme en témoignent ces posters réalisés par Danielewski (&lt;a href=&quot;http://people.duke.edu/~abr10/onlyrev/onlyrevolutions_spoiler_poster_1of2.jpg&quot;&gt;les contraintes formelles par ici&lt;/a&gt; et le &lt;a href=&quot;http://people.duke.edu/~abr10/onlyrev/onlyrevolutions_spoiler_poster_2of2.jpg&quot;&gt;déroulé de l'histoire par là&lt;/a&gt;). (Cf. aussi &lt;a href=&quot;https://flic.kr/p/dtEDz1&quot;&gt;cette infographie&lt;/a&gt; du roman.) Mais pour le plaisir de lecture ? Il faut s’accrocher pour ne pas être laissé sur le bord de la route…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En définitive, &lt;strong&gt;&lt;font color=&quot;#b915cf&quot;&gt;Ô&lt;/font&gt; Rév&lt;font color=&quot;#B99D1E&quot;&gt;o&lt;/font&gt;luti&lt;font color=&quot;#3E8146&quot;&gt;o&lt;/font&gt;ns&lt;/strong&gt; nécessiterait, pour expliciter chaque phrase des récits de Sam et Hailey et chaque entrée de la chronomosaïque, une exégèse encore plus longue que le roman. Pour notre part, on s’en tiendra là. En attendant le premier volume de &lt;strong&gt;The &lt;font color=&quot;FFBFFF&quot;&gt;Familiar&lt;/font&gt;&lt;/strong&gt; (dont il sera prochainement question)…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Illisible : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>N comme Nonfilm</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/11/N-comme-Nonfilm" rel="alternate" type="text/html" title="N comme Nonfilm" />
      <id>urn:md5:dcf6e2df4f5d86cf2632e76be9db53d2</id>
      <published>2015-05-11T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-11T12:28:33+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-n-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-n-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on se penche sur &lt;strong&gt;Nonfilm&lt;/strong&gt;, moyen-métrage de Quentin Dupieux autrement connu sous le nom de Mr Oizo, un film qui prétend ne pas en être un et qui s'interroge avec malice sur son propre support…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Nonfilm, Quentin Dupieux (2001), 44 minutes (mais il existerait une version de 75 minutes).&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Mr Oizo, alias Quentin Dupieux s’est fait connaître dès 1999, avec l’étrange tube house « Flat Beat ». Peut-être plus encore que la musique, c’est le clip et son personnage de Flat Eric, peluche d’un jaune improbable, qui lui assuré quelque renommée (ainsi que la présence dudit Flat Eric dans une pub pour Levy’s).&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;338&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/qmsbP13xu6k&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Des clips, Quentin Dupieux est vite passé au format supérieur, les longs-métrages – une trajectoire suivie par des prédécesseurs aussi méconnus et mésestimés que David Fincher ou Michel Gondry. Ou que Daft Punk, duo ayant flirté longtemps avec le cinéma avant de passer derrière la caméra avec &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/11/E-comme-Electroma&quot;&gt;Electroma&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;. Le premier essai filmique, un moyen-métrage, de Quentin Dupieux s’intitule &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est un film. Ou pas, justement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-n-scn1.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-n-scn1.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Dans une voiture, un type, appellé Pat (Vincent Belorgey, aka Kavinsky) se réveille. Il sort du véhicule, marche dans une rue d’une ville abandonnée. Et se rend compte qu’il est filmé par une équipe de tournage. Il leur demande ce qu’ils font, mais les gars ne sont pas très loquaces. Alors Pat s’en va. Ah mais non, ça ne va pas : on l’assomme, on le ramène dans sa voiture. Pat se réveille à nouveau, sort de son véhicule, marche dans la rue de la ville abandonnée, et se rend compte qu’il est filmé par cette équipe de tournage. À partir de là, tout va mieux. Un temps seulement. Pat suit les instructions du réalisateur, tourne quelques scènes avec un barbu, un type crédité au générique sous le nom de 144, qui semble content d’apparaître à l’écran. Tous ces gens tournent un film, semble-t-il, où même les techniciens font partie du casting. Pat lit son scénario, où il est justement précisé qu’il le lit.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-n-scn4.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-n-scn4.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Au bout d’un moment, les choses dérapent. Méchamment. En anglais, « to shoot » ne signifie pas seulement « filmer ».&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bientôt, ce qu’il reste de l’équipe se retrouve dans le désert, sous la direction de 144 (Sébastien Tellier, messianique et halluciné), à tourner un film aveugle et muet sans matériel. Ou pas : il y a toujours une caméra de présente, quoique invisible pour les acteurs, pour nous montrer ce qu’il se passe. Sinon, eh bien, il est à craindre qu’il n’y aurait pas de film du tout…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-n-scn2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-n-scn2.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;En permanence, &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt; questionne la nature-même de son médium, avec un dispositif d’une simplicité exemplaire. Un unique point de vue, celui d’une caméra, portée à l’épaule (et filmant constamment les personnages en contre-plongée : un choix particulier, pas le plus agréable qui soit). Le vide de la ville puis du désert correspond au vide des personnages, réduits à leur plus simple expression et n’ayant, à l’instar de Pat, aucune existence en-dehors du scénario. Ce qui ne semble pas les déranger. Il n’y a pas d’autre réalité, dans &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt;, que celle du film. Fût-ce un anti-film.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Là où &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt; aurait pu donner un pensum potentiellement prétentieux, le médium s’interrogeant sur sa propre nature, on se retrouve avec une blague, absurde et nonchalante – et moins bête qu’elle n’en a l’air. La courte durée de &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt; y participe aussi : comme on dit, les blagues les plus courtes…&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;À noter que, pour un film faisant figurant autant de musiciens (Mr Oizo, Kavinsky et Sébastien Tellier), &lt;em&gt;Nonfilm&lt;/em&gt; est paradoxalement dépourvu de musique.&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;« C’est sympa de faire un film. J’attends de voir la réaction des gens. » (144)&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-n-poster.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-n-poster_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Nonfilm&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : oui (ou &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=3LG_jXAkRNo&quot;&gt;non&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;
Irregardable : ça dépendra des goûts&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>M comme Les Musiques de la mort</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/07/M-comme-Les-Musiques-de-la-mort" rel="alternate" type="text/html" title="M comme Les Musiques de la mort" />
      <id>urn:md5:93c3560f3507f7c0a0193612f41edf76</id>
      <published>2015-05-07T12:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-06-05T11:55:35+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on se sert du roman &lt;strong&gt;Les Musiques de la mort&lt;/strong&gt;, oubliable aventure de Flash Gordon, comme prétexte pour s'intéresser à son auteur, le prolifique Ron Goulart, avant de proposer quelques débuts d'ébauches de pistes de réflexions sur les liens entre musiques électroniques et science-fiction — rien que ça.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les Musiques de la mort (The Plague of sound), Con Steffanson, traduit de l’anglais (US) par Pascal Manoukian. Eurédif, coll. « Flash Gordon », 1981. 192 pp, poche.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Musiques de la Mort&lt;/strong&gt; , aventure de Flash Gordon rédigée par Con Steffanson (non, on ne se moque pas du prénom), commence fort dès sa quatrième de couverture :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Une vague de sons dissonants et insoutenables résonné à travers le hall immense, pétrifiant sur place la foule stupéfaite. L’avant-garde des MUSIQUES DE LA MORT venaient de frapper ! Chargés de l’enquête, Flash, Dale et le Docteur Zarkov se heurtent alors à PAN, le musicien fou à l’esprit torturé. Inventeur d’un machiavélique clavier, PAN ne réclame ni plus ni moins que le contrôle de la planète. Et il a mis au service de son ambition l’arme la plus meurtrière, la plus douloureuse et la plus perfide que Flash Gordon n’ait jamais eu à affronter. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-musiquesdelamort-vf.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-musiquesdelamort-vf.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Tad-ah !&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-musiquesdelamort-vo2.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-musiquesdelamort-vo2.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-m-musiquesdelamort-vo2_s.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0 0 1em 1em;&quot; title=&quot;La deuxième édition US du roman&quot; /&gt;&lt;/a&gt;Pas besoin d’y aller par quatre chemins, l’histoire s’avère aussi inepte que le laisse supposer le résumé. Si l’on était mauvaise longue, l’on pourrait dire que Steffanson (déjà auteur de quelques autres novélisations de Flash Gordon) a torché le roman en moins de temps qu’il ne faut pour le lire. Ce n’est pas vrai : vraiment, il faut du temps, du courage, de l’abnégation pour venir à bout des 182 pages que compte &lt;em&gt;Les Musiques de la mort&lt;/em&gt;. Le roman enfile les clichés et l’absence de style. Les personnages ne savent comment moduler leur voix : ils ne cessent de claironner, crier, hurler. Passer par les nuances intermédiaires : à quoi bon ?&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Docteur Zarkov, je suppose ? − Un peu, oui ! tonna Zarkov. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;Et l’orthographe ? Si un personnage s’appelle tantôt Bétancourt, tantôt Bétencourt, c’est ici la licence poétique de l’auteur (ou du traducteur, ou du correcteur si d’aventure le roman a été corrigé). La ponctuation, par endroit défaillante, autorise l’apparition de jolis doubles sens, comme ici :&lt;/p&gt;

&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Vous chauffez Flash. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-flash.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-flash.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Flash, a-ah, savior of the universe…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Arrêtons-là de tirer sur l’ambulance. Ce roman est tristement mauvais et c’est tout — à moins que l'humour sous-jacent me soit passé inaperçu. La collection de romans &lt;em&gt;Flash Gordon&lt;/em&gt; n’a d’ailleurs pas eu grand succès : six romans publiés aux éditions Eurédif (qui ont publié par ailleurs des textes de Norman Spinrad ou Robert Howard dans une collection titrée « Playboy » – sans surprise, comme le magazine – et aux couvertures des plus affriolantes quoique totalement hors sujet) en 1981.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-playboy.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-playboy.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-m-playboy_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Des couvertures qui attirent l'œil, c'est sûr…&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Quant à l’auteur, attardons quelques instants sur lui : Con Steffanson (on ne rigole pas) est en réalité le pseudonyme de Ron Goulart, écrivain américain né en 1933. Con Steffanson est l’alias qu’il a utilisé uniquement pour ses romans Flash Gordon ; parmi ses autres alias, on trouve Kenneth Robeson (le pseudonyme collectif des auteurs des aventures de Doc Savage ; dans le cas de Goulart, il s'agit de romans mettant en scène le personnage de l'Avenger, sorte de mix entre Doc Savage et The Shadow) ou encore William Shatner – l’interprète du capitaine Kirk a censément écrit une série, « TekWar », dont seuls les trois premiers volumes (sur cinq) sont parus (vous n’imaginiez quand même pas que c’était Shatner qui les avait vraiment écrits ?). Goulart a également œuvré pour quelques autres franchises (BattleStar Galactica, Vampirella, Marvel Metaverse), a écrit également des romans mettant en scène Groucho Marx (sérieusement), ainsi que, &lt;em&gt;aussi&lt;/em&gt;, des romans originaux, dont une demi-douzaine a paru en français, en Futurama ou chez Opta/Galaxie-bis. Des romans originaux donc, faisant la part belle au space opera et à l'humour. Auteur prolifique, quoique méconnu en France, Ron Goulart continue encore aujourd'hui à publier — essentiellement des nouvelles, dans &lt;em&gt;Fantasy &amp;amp; Science-Fiction&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-goulart-some.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-goulart-some.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-m-goulart-some_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ron Goulart en force&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Retour aux &lt;strong&gt;Musiques de la mort&lt;/strong&gt; : malgré tous ses défauts, ce roman a cependant ceci d’intéressant que lesdites « musiques de la mort » émanent d’un synthétiseur. Un instrument dont les ancêtres ont permis l’essor des musiques électroniques tout au long du XXe siècle. Et justement : il a été (un peu) et il sera (davantage) question d’electro dans cet Abécédaire.&lt;/p&gt;

&lt;p id=&quot;sf&quot;&gt;Comme on l’a vu dans le gros dossier du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-69&quot;&gt;Bifrost 69&lt;/a&gt;, le rock et les littératures de l’imaginaire (fantasy et science-fiction) ont de nombreux liens. Que ce soit dans le rock psychédélique (King Crimson) ou, plus récemment, le metal ou le rock progressif (Stratovarius, Blind Guardian, Ayreon — ce dernier que Richard Comballot interviewait &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2013/02/13/Entretien-avec-Arjen-Anthony-Lucassen&quot;&gt;par ici&lt;/a&gt;). Mais ce genre de rock prog ne sera guère abordé dans l’Abécédaire : (&lt;a class=&quot;tooltip&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/post/2015/05/07/M-comme-Les-Musiques-de-la-mort#&quot;&gt;désolé&lt;span&gt;Musicalement, ça me donne envie d’éclater d’un rire nerveux au bout de trente secondes. Et, bien naturellement, les bleep-bleep de l’electro ne sont JAMAIS ridicules.&lt;/span&gt;, c’est au-dessus des forces de votre serviteur.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-goulart-others.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-goulart-others.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-m-goulart-others_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Ron Goulart, encore&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;De fait, l’electro n’est pas non plus en reste quand il s’agit de SF, que ce soit dans un sens – la musique inspirant la littérature, comme avec le présent &lt;em&gt;Les Musiques de la mort&lt;/em&gt;, dans une certaine mesure – ou l’autre – à savoir, la SF inspirant l’electro. À vue de nez, il apparaît cependant que le rock a davantage infusé dans la SF, qu’elle soit cinématographique ou littéraire, que l’electro. Inversement, bon nombre d’albums ou de morceaux d’electro s’inspirent à divers degrés de la SF. De fait, les sonorités de ce dernier genre musical me semblant en meilleure adéquation avec la science-fiction : l’electro est essentiellement une musique de machines et d’ordinateurs, capable d’évoquer tour à tour les espaces intersidéraux ou le microcosme des particules élémentaires, l’altérité extraterrestre (ou autre) ou encore une société dominée par l’informatique. On tâchera de s’intéresser aux liens entre ces genres musicaux, littéraires et cinématographiques dans de prochains billets, histoire de voir comment le corpus litteraro-cinématographique considère les synthétiseurs et autres générateurs électroniques de sons et les musiques qui en découlent, de voir aussi comme l'electro s'imprègne de la SF.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Attention les oreilles néanmoins : bien souvent, les musiques sont mortelles. Stay tuned.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-m-musiquesdelamort-vo.jpg&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-m-musiquesdelamort-vo.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-m-musiquesdelamort-vo_m.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Un synthétiseur maléfique se cache dans cette image. Sauras-tu le retrouver ?&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : vous voulez &lt;em&gt;vraiment&lt;/em&gt; trouver ce &lt;em&gt;Flash Gordon&lt;/em&gt; ?&lt;br /&gt;
Illisible : oui&lt;br /&gt;
Inoubliable : à sa manière&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
      <entry>
      <title>Journal d'un homme des bois, 4 mai 2015</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/06/Journal-d-un-homme-des-bois-04-05-2015" rel="alternate" type="text/html" title="Journal d'un homme des bois, 4 mai 2015" />
      <id>urn:md5:6d6dbcbce0c12da5d95b33b2a3a89164</id>
      <published>2015-05-06T10:00:00+02:00</published>
                    <updated>2015-05-06T10:00:00+02:00</updated>
            <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>Journal d'un homme des bois</dc:subject>
                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150504-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150504-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où, après &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/24/Journal-d-un-homme-des-bois-23-04-2015&quot;&gt;Fujigirl&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/28/Journal-d-un-homme-des-bois-26-04-2015&quot;&gt;Angie&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/30/Journal-d-un-homme-des-bois-27-04-2015&quot;&gt;Bob&lt;/a&gt;, Francis Valéry nous présente Bubbie, une guitare hybride, si l'on puis dire…&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bubbie est une guitare assemblée à partir de composants de marque Fender ou fabriqués sous licence Fender.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Elle a un corps de Stratocaster en aulne habillé d’une peinture Olympic White – et un manche de… Telecaster ! Celui-ci est en bubinga, un bois exotique d’une forte densité (0,8) provenant, pour l’essentiel, du Cameroun et du Gabon. Si on prend soin de le laisser sécher lentement et longuement, le bubinga acquiert une très bonne stabilité et une réelle solidité. Il a été un temps utilisé pour des fûts de batterie et pour des corps de guitare basse haut de gamme – en raison de sa propension à donner de la consistance et de la profondeur au son, en particulier dans les graves et les bas-médiums. En novembre 2012, le gouvernement du Cameroun a interdit toute exploitation du bubinga, et a engagé une procédure d'introduction de cette essence (ainsi que le wengué, autre bois africain magnifique) dans les annexes de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. Du coup le bubinga est devenu un bois rare et très cher. Il est aujourd’hui quasiment impossible d’en trouver sur le marché légal – un peu comme le palissandre de Rio, le meilleur bois en ce qui concerne les touches d’instruments à cordes, interdit d’exploitation depuis plus de vingt ans et dont les rares (petits) stocks valent de vraies fortunes. Le manche de Bubbie sort de l’atelier de MusiKraft, une petite entreprise de lutherie artisanale étasunienne qui, sous licence Fender, fabrique des manches et des corps de guitares (et de basses) à la demande. A partir d’un devis standard (modèle, année, etc.) le client peut introduire des modifications (essence, profil de manche, etc.) et se faire réaliser le manche Fender de ses rêves. Aujourd’hui, MusiKraft ne peut plus fabriquer des manches en bubinga, comme celui-ci.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bubbie est équipée de mécaniques Fender de la série « Master Relic », des copies fidèles des modèles des années 1950, d’un chevalet flottant Fender US original, à deux points et monté sur couteaux, et d’une série de trois micros à simple bobinage « Texas Squier Japan » qui sont des copies fidèles de ceux qui équipaient les premières Fender/Squier made in Japan, avec un gros son, plus musclé que le son habituel des Stratocasters. En finition, Bubbie possède un magnifique pickguard à un seul pli en bois huilé.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150504-bubbie.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150504-bubbie.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Please introduce Bubbie&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bubbie ne conviendrait pas à tous les guitaristes ! Son manche est en effet très épais – vraiment très épais… avec un profil arrondi en C. Son action (ce que les profanes appellent la hauteur des cordes sur le manche) est extrêmement basse, il convient donc d’avoir une attaque parfaite de la main droite pour éviter les vibrations parasites et autres claquements des cordes contre les frettes. D’autant que Bubbie est montée avec des cordes très souples qui permettent des tirés sur un ton, voire au-delà, sans aucun problème. Ce manche a été conçu pour donner à la guitare un gros sustain – relayé par les micros.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bubbie est entrée dans la famille au début de l’année 2010, à l’issue d’une belle bagarre sur E-Bay ! C’est une guitare parfaite pour jouer du blues-rock à la manière d’un Stevie Ray Vaughan. Ces jours-ci je suis justement en train d’enregistrer des chorus et, ma foi, je suis toujours aussi heureux que Bubbie partage ma vie.&lt;/p&gt;</content>
      
          </entry>
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      <title>L comme Lost Themes</title>
      <link href="https://blog.belial.fr/post/2015/05/05/L-comme-Lost-Themes" rel="alternate" type="text/html" title="L comme Lost Themes" />
      <id>urn:md5:c45cd91cf975dc32612efa1350c40135</id>
      <published>2015-05-05T15:05:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-07T12:10:19+02:00</updated>
                  <author>
        <name>Clément</name>
      </author>
              <dc:subject>L'Abécédaire</dc:subject>
                    <dc:subject>Erwann Perchoc</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-l-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-l-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où l'on tend une oreille intéressée vers &lt;strong&gt;Lost Themes&lt;/strong&gt; de John Carpenter. Cinéaste accompli, compositeur de ses propres bandes originales, le réalisateur d'Halloween signe là son premier véritable disque…&lt;/p&gt; &lt;h5&gt;Lost Themes, John Carpenter, Sacred Bones (2015). 47 minutes, 9 morceaux.&lt;/h5&gt;

&lt;p&gt;Les films de John Carpenter ne seraient pas ce qu’ils sont sans leur musique – &lt;em&gt;Halloween &lt;/em&gt;surtout, mais aussi &lt;em&gt;Assault&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;New York 1997&lt;/em&gt;… Des bandes originales &lt;em&gt;originales&lt;/em&gt;, signées Carpenter himself, qui fait partie de ces rares cinéastes à composer les musiques de leurs propres films — à l'instar de Clint Eastwood par exemple (mais qui se souvient des BO de Clint Eastwood ?). Depuis quelques années, John Carpenter semble malheureusement en semi-retraite – hormis deux épisodes pour la série &lt;em&gt;Masters of Horror&lt;/em&gt; et le film &lt;em&gt;The Ward&lt;/em&gt;, sorti en 2011 après dix ans de silence cinématographique, qui faisait suite à une série de longs-métrages peu mémorables. Fin 2014 a été annoncé la parution d’un disque, intitulé &lt;em&gt;Lost Themes&lt;/em&gt;, avec un premier morceau lancé en éclaireur : « Vortex ». Très cinématographique (mais reconnaissons que le contraire se serait avéré étonnant), irrésistible quoique porteur d’une ambiance inquiète, ce titre laissait augurer du meilleur pour l’album entier si celui-ci demeurait de cette eau.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;iframe allowfullscreen=&quot;&quot; frameborder=&quot;0&quot; height=&quot;253&quot; src=&quot;https://www.youtube.com/embed/3YZ60mQA4Q8&quot; width=&quot;450&quot;&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;Lost Themes&lt;/em&gt; est paru – enfin – en février 2015. Une pochette d’un noir d’encre, où le visage chenu de Carpenter se dédouble. Neuf titres, pour près d’une heure de musique. Et ? Le résultat tend vers l’excellence – pour peu que l’on ne soit pas allergique aux synthés. « Vortex » introduit brillamment l’album, suivi des huit minutes de « Obsidian », qui passent par différentes humeurs – un véritable périple. « Fallen » : hymne tragique aux déchus, qui à mi-chemin oscille entre héroïsme et sonorités aiguës, acides, pleines de malaise. « Domain » débute calmement avant de virer à la charge héroïque au bout d’une minute – mais le danger rôde –, évoquant « Obsidian » dans sa succession très narrative de mélodies. « Mystery » fait la part belle aux ambiances évoquant, eh bien, le mystère. Les premières secondes de « Wraith » rappellent « Sea of simulation », morceau des Daft Punk pour la BO de &lt;em&gt;Tron: Legacy&lt;/em&gt;, avant de trouver sa propre identité. Enfin, « Purgatory » et « Night » terminent le disque sur des tempos plus tranquilles et des ambiances plus mélancoliques.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-l-lostthemes.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-l-lostthemes.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Lost Themes&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Reconnaissons que, dans &lt;em&gt;Lost Themes&lt;/em&gt;, les synthés sonnent parfois comme des claviers Bontempi, ou que certains airs sont un chouïa ridicules. Cela picote un peu les tympans, même lorsqu’on adore se vautrer dans les sons synthétiques (comme votre serviteur). Malgré ses fautes de goût mineures, &lt;em&gt;Lost Themes&lt;/em&gt; est dans l’ensemble une véritable réussite. Neuf morceaux seulement, mais généreux tant musicalement que narrativement.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C’est bien simple : dans &lt;em&gt;Lost Themes&lt;/em&gt;, il ne manque souvent que les images. Encore que celles-ci se révéleraient inutiles. La musique se suffit ici à elle-même dans son ambition narrative ; la structure des morceaux rappelle le découpage de séquences filmiques en plusieurs scènes et plans.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-l-previousost.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-l-previousost.jpg&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;Parmi les œuvres musicales précédentes de Carpenter…&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Certes, Carpenter n’est pas le premier à proposer des musiques pour films inexistants. À ce titre, Brian Eno a sorti plusieurs disques évocateurs voici quelques décennies : &lt;em&gt;Music for films&lt;/em&gt; (1978), &lt;em&gt;Apollo: Atmospheres and Soundtracks&lt;/em&gt; (1983), &lt;em&gt;More Music for films&lt;/em&gt; (1983), &lt;em&gt;Music for films III&lt;/em&gt; (1988), ainsi que &lt;em&gt;Original Soundtracks 1&lt;/em&gt; avec U2 (1995). Citons aussi Nine Inch Nails avec &lt;em&gt;Ghosts I-IV&lt;/em&gt; (2008), dont la trentaine de morceaux forment une « bande-son pour rêves éveillés » d’après Trent Reznor. Des ambiances inquiétantes qui ont conduit le musicien à poursuivre dans cette veine pour de véritables films : les bandes originales réussies de &lt;em&gt;The Social Network&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;Millenium&lt;/em&gt; et&lt;em&gt;Gone Girl&lt;/em&gt; de David Fincher. Ou encore, plus récemment, &lt;em&gt;OutRun&lt;/em&gt; (2013) de Kavinsky : si le tube « Night Call » a illustré le générique de &lt;em&gt;Drive&lt;/em&gt;, le reste de l’album forme un album-concept.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;a class=&quot;media-link&quot; href=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/vol0-l-fictiveost.png&quot;&gt;&lt;img alt=&quot;vol0-l-fictiveost.png&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/ABCDR/.vol0-l-fictiveost_m.png&quot; style=&quot;margin: 0 auto; display: block;&quot; title=&quot;D'autres bandes originales sans films&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Bref, l’avantage des bandes originales de films inexistants consiste justement à ne pas s’appuyer sur un film, et d’être donc indépendantes des images. Des images que rappellent irrésistiblement les musiques de films véritables – un parasitage potentiel (quoique ce qu’on recherche, à l’écoute des BO, soit précisément d’avoir en tête les images du film). Avec Eno ou Carpenter, charge à l’auditeur ensuite d’imaginer : littéralement de mettre des images sur ce qu’il entend. Un bien bel exercice.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;em&gt;In fine&lt;/em&gt;, à entendre John Carpenter dans une telle forme, on ne peut qu’espérer qu’il retrouve sans tarder de nouveaux thèmes perdus.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Introuvable : non&lt;br /&gt;
Inécoutable : bien au contraire&lt;br /&gt;
Inoubliable : oui&lt;/p&gt;</content>
      
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      <title>La Fin de l'hiver</title>
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      <published>2015-05-01T08:00:00+02:00</published>
              <updated>2015-05-31T23:57:19+02:00</updated>
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        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Laurent Genefort</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;genefort-hiver-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/genefort-hiver-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; title=&quot;La Fin de l'hiver&quot; /&gt;Ce n'est que le 13 mai que paraît, dans toutes les bonnes librairies de la Terre et d'ailleurs, &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/lumen&quot;&gt;Lum'en&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, le nouveau roman de Laurent Genefort. En attendant, embarquez, le temps d'une nouvelle, tirée du &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-10&quot;&gt;Bifrost n° 10&lt;/a&gt;, dans le monde de Canyon que fige un hiver un hiver en passe de devenir éternel. A moins que &lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/la-fin-de-l-hiver&quot;&gt;« La Fin de l'hiver »&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; soit possible&amp;nbsp;?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette nouvelle de &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Laurent Genefort&lt;/a&gt;, issue du désormais épuisé &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/revue/bifrost-10&quot;&gt;&lt;em&gt;Bifrost&lt;/em&gt; n°&amp;nbsp;10&lt;/a&gt;, vous a été proposée gratuitement à la lecture et au &lt;a href=&quot;http://www.belial.fr/laurent-genefort/la-fin-de-l-hiver&quot;&gt;téléchargement&lt;/a&gt; du 1er au 31 mai 2015. Retrouvez chaque mois une nouvelle gratuite dans la rubrique &lt;a href=&quot;https://blog.belial.fr/category/Interstyles&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Interstyles&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;genefort-hiver-titre.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/Interstyles/genefort-hiver-titre.jpg&quot; title=&quot;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h5 align=&quot;center&quot;&gt;Illustration © &lt;a href=&quot;https://www.belial.fr/olivier-fraisier/&quot;&gt;Olivier Fraisier&lt;/a&gt;, 1998&lt;/h5&gt;</content>
      
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      <title>Journal d'un homme des bois, 27 avril 2015</title>
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      <published>2015-04-30T11:00:00+02:00</published>
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        <name>Clément</name>
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                    <dc:subject>Francis Valéry</dc:subject>
            <content type="html">&lt;p&gt;&lt;img alt=&quot;jhb-20150427-une.jpg&quot; class=&quot;media&quot; src=&quot;https://blog.belial.fr/media/JHB/jhb-20150427-une.jpg&quot; style=&quot;display:none;&quot; /&gt;Où, après nous avoir entretenu de ses Stratocasters, la &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/24/Journal-d-un-homme-des-bois-23-04-2015&quot;&gt;Fujigirl&lt;/a&gt; et celle baptisée &lt;a href=&quot;http://blog.belial.fr/post/2015/04/28/Journal-d-un-homme-des-bois-26-04-2015&quot;&gt;Angie&lt;/a&gt;, Francis Valéry nous parle de leur indissociable corollaire&amp;nbsp;: l'ampli&amp;nbsp;!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bob est un Bronco de marque Fender, de seconde génération.&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;Le premier Bronco a été lancé en 1967. C’était un amplificateur à tubes, d’une puissance de cinq watts et de classe A, de la série des Silver Face (en référence à la couleur de fond du panneau de contrôle, placé à l’avant). Il fut le plus petit amplificateur, en termes de puissance, proposé par Fender. Il existait aussi une guitare d’entrée de gamme nommée Bronco. L’ensemble constituait en quelque s