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	<description>L'art de tout m�ler�� la politique</description>
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		<title>Retrouver le plancher commun</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Apr 2026 13:59:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Conférence]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie-politique]]></category>
		<category><![CDATA[AQUR]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans ce texte, je reviens sur la perte d’un plancher commun dans notre débat public.<br />
À travers le féminisme, le wokisme et le racialisme, j’explore ce qui fragmente notre capacité à faire société.<br />
C’est aussi une invitation à ma conférence au forum de l’AQUR, où je poursuivrai cette réflexion.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_17338" style="width: 1546px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/db102e72-03e5-4506-8e7f-60d9fb8a91de.png"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17338" class="wp-image-17338 size-full" title="Retrouver le plancher commun" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/db102e72-03e5-4506-8e7f-60d9fb8a91de.png" alt="Crise du débat public au Québec, féminisme, wokisme et universalisme, une réflexion sur la perte d’un cadre commun et de l’égalité." width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/db102e72-03e5-4506-8e7f-60d9fb8a91de.png 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/db102e72-03e5-4506-8e7f-60d9fb8a91de-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/db102e72-03e5-4506-8e7f-60d9fb8a91de-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/db102e72-03e5-4506-8e7f-60d9fb8a91de-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/db102e72-03e5-4506-8e7f-60d9fb8a91de-140x94.png 140w" sizes="(max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /></a><p id="caption-attachment-17338" class="wp-caption-text">Ce texte se veut une introduction à la réflexion que je développerai lors de <a href="https://www.aqur.org/post/forum-sur-l-universalisme-11-et-12-avril-2026">ma prochaine conférence</a>, en partant du constat d’un débat public qui a perdu son plancher commun. J’y pose les bases d’un retour à un universalisme capable de rassembler au-delà des fractures actuelles.</p></div>
<p>Depuis quelque temps, mes textes politiques semblent tourner autour des mêmes foyers de tension. Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9minisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">féminisme</a>. Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Woke" target="_blank" rel="noopener noreferrer">wokisme</a>. Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Racialisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">racialisme</a>. La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Polarisation_politique" target="_blank" rel="noopener noreferrer">polarisation</a>. La <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFcit%C3%A9" target="_blank" rel="noopener noreferrer">laïcité</a>. L’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universalisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">universalisme</a>. Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%C3%A9bec" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Québec</a>. Vu de loin, cela pourrait donner l’impression d’une dispersion. D’une série de réactions à l’actualité. D’un fil blogué au gré des irritants et des secousses du moment. Mais plus j’écris, plus je vois se dessiner autre chose. Un sens commun. Une cohérence. Peut-être même, tranquillement, une plate-forme.<br />
<span id="more-17334"></span></p>
<p>Car au fond, tous ces textes parlent du même problème.</p>
<p>Ils parlent d’<strong>un monde politique qui a perdu son plancher commun.</strong></p>
<p>Ils parlent d’un espace public où l’on ne commence plus par regarder les faits, mais d’abord les appartenances. Où l’on ne demande plus en premier si une chose est vraie, mais si celui qui la dit a le droit moral de la dire. Où l’on ne débat plus d’un désaccord comme d’un désaccord, mais comme d’un indice de contamination. Où la mise en scène finit par remplacer le principe, et où la performance morale prend souvent le pas sur la recherche du vrai.</p>
<p>C’est cela, je crois, que j’essaie de cerner depuis des mois.</p>
<p>Non pas simplement le dérèglement de quelques militants exaltés, ni la fatigue passagère d’un cycle médiatique. Mais une crise plus profonde. Une crise du cadre. Une crise du langage commun. Une crise de la conversation démocratique elle-même.</p>
<p>J’ai longtemps été un homme de gauche sans avoir besoin de me définir chaque matin. C’était ma culture politique naturelle. J’ai été le premier élu de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Montr%C3%A9al" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Projet Montréal</a> en 2005. Je viens d’une tradition progressiste, écologiste, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Social-d%C3%A9mocratie" target="_blank" rel="noopener noreferrer">sociale-démocrate</a>. Une tradition qui croyait encore que la justice sociale, l’égalité civique, la laïcité, le bien commun et l’émancipation nationale pouvaient cohabiter dans une même maison. Cette maison n’était pas parfaite. Elle avait ses contradictions. Mais elle tenait debout.</p>
<p>Or quelque chose s’est déplacé.</p>
<p>Pas mes valeurs. Le cadre qui prétend désormais les porter.</p>
<p>J’ai vu apparaître, d’abord par touches, puis de plus en plus frontalement, une nouvelle manière de penser le politique. Une manière qui ne cherche plus d’abord à construire un commun, mais à administrer des identités. Une manière qui remplace l’égalité par la hiérarchie morale, la solidarité par le tri, la citoyenneté par l’assignation, le débat par la disqualification. Une manière, aussi, qui ne se contente pas de nommer les injustices, ce qu’il faut évidemment continuer de faire, mais qui vit de leur amplification permanente, de leur mise en scène, de leur rentabilité symbolique.</p>
<p>C’est là qu’une intuition s’est imposée à moi.</p>
<p>Ce que nous appelons couramment le wokisme n’est pas seulement un excès culturel, ni même une simple dérive idéologique de campus. C’est devenu une mécanique. Une manière d’occuper l’espace. Une manière de produire du pouvoir, du statut, de la visibilité, de la respectabilité, en transformant toute question politique en procès moral. Et cette mécanique a une conséquence très concrète. Elle fragmente le camp progressiste, court-circuite le langage populaire, pousse hors du cercle de la légitimité des voix parfaitement démocratiques et, ce faisant, stabilise objectivement l’ordre établi.</p>
<p>Voilà le paradoxe central qui hante mes derniers textes.</p>
<p>Plus une partie de la gauche se radicalise dans le langage de l’assignation, plus elle prétend combattre les dominations, mais plus elle contribue aussi à empêcher la reconstitution d’un bloc politique cohérent capable de parler au commun. Plus elle remplace la lutte sociale par la guerre des identités, plus elle détourne l’attention des rapports de force matériels. Plus elle moralise le débat, plus elle rend impossible le rassemblement. Et plus elle rend impossible le rassemblement, plus elle travaille, consciemment ou non, au maintien du régime.</p>
<p>Car il faut bien nommer ce qui se joue derrière ce brouillard.</p>
<p>Le brouillard n’est pas neutre.</p>
<p>Pendant que le débat public s’épuise dans les indignations sélectives, les mises en accusation symboliques et les hiérarchies de souffrance, les structures de pouvoir continuent d’agir. Le régime fédéral continue de bénéficier d’un Québec divisé contre lui-même. Le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Multiculturalisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">multiculturalisme</a> canadien continue d’avancer comme cadre moral dominant, pendant que le modèle québécois de laïcité, d’intégration civique et d’égalité républicaine est constamment sommé de se justifier comme s’il était, par nature, suspect. Et la gauche contemporaine, ou du moins une part croissante de ses porte-voix, se fait l’avant-garde involontaire de cette neutralisation.</p>
<p>C’est pour cela que j’ai tant écrit sur le féminisme dans la dernière année.</p>
<p>Parce que c’est là que le glissement m’a semblé le plus visible.</p>
<p>Je demeure profondément attaché à un féminisme de l’égalité réelle. Un féminisme qui vise la dignité, la liberté, la sécurité, la pleine citoyenneté des femmes. Un féminisme universaliste, donc. Mais ce féminisme-là cohabite aujourd’hui avec un autre, plus médiatique, plus performatif, plus rentable aussi. Un féminisme de positionnement, de signalement, parfois de carrière, où l’important n’est plus seulement de transformer le réel, mais d’occuper la scène morale, de se montrer du bon côté, de désigner les impurs, de produire la bonne indignation au bon moment.</p>
<p>Le problème n’est pas mince.</p>
<p><strong>Dès que l’égalité cesse d’être symétrique, elle cesse d’être l’égalité</strong>. Dès qu’un propos devient tolérable contre un groupe, mais impensable contre un autre, nous avons quitté le terrain de l’universel. Dès qu’une femme n’est plus défendue parce qu’elle n’est pas idéologiquement du bon camp, nous avons cessé de faire du féminisme un principe pour en faire une loyauté conditionnelle. Dès que l’indignation dépend du pedigree identitaire de l’agresseur, du prestige moral de la victime ou de l’utilité stratégique du scandale, nous ne sommes plus dans la justice, mais dans sa gestion variable.</p>
<p>Et le <a href="https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/racialisme/">racialisme</a> pousse encore plus loin cette logique.</p>
<p>Il ne s’agit plus seulement de constater qu’il existe des discriminations, ce qui est vrai. Il s’agit de réorganiser entièrement la sphère morale autour des appartenances. De lire chaque interaction comme une mise en scène de privilèges. De juger la valeur d’une parole à partir de l’identité de celui qui l’énonce. De faire de la race, du sexe, de la religion ou de l’origine non plus des réalités parmi d’autres, mais les matrices mêmes de la légitimité politique.</p>
<p>Or c’est précisément cela que l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universalisme_r%C3%A9publicain" target="_blank" rel="noopener noreferrer">universalisme républicain</a> refuse.</p>
<p>Il ne refuse pas de voir les différences. Il refuse d’en faire le fondement de la citoyenneté.</p>
<p>Il ne nie pas les blessures particulières. Il refuse de bâtir la vie commune sur leur concurrence.</p>
<p>Il ne prétend pas que tous vivent la même chose. Il affirme que tous doivent relever du même cadre politique, des mêmes droits, des mêmes devoirs, de la même dignité fondamentale.</p>
<p>Dans le contexte québécois, cette position n’a rien d’un vieux réflexe abstrait. Elle est au contraire profondément concrète. Elle touche à notre histoire, à notre combat pour la laïcité, à notre manière de concevoir l’intégration, à notre refus du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Communautarisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">communautarisme</a>, à notre volonté de faire exister ici autre chose qu’une mosaïque de clientèles administrées depuis <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ottawa" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ottawa</a>. Elle touche aussi à la question nationale, parce qu’un peuple incapable de se penser comme peuple civique, comme sujet politique commun, devient très vite un simple terrain d’arbitrage entre identités concurrentes.</p>
<p>C’est pourquoi il devient urgent de reconstruire un espace politique à gauche qui ne soit ni honteux de l’universalisme, ni tétanisé par la laïcité, ni prisonnier du racialisme, ni fasciné par les codes importés du wokisme nord-américain.</p>
<p><strong>Il nous faut retrouver un plancher commun.</strong></p>
<p>Un plancher où l’égalité n’est pas une faveur mais un principe.</p>
<p>Un plancher où la laïcité redevient un cadre de coexistence et non un objet de culpabilisation permanente.</p>
<p>Un plancher où la justice sociale retrouve ses ancrages matériels, économiques, territoriaux, au lieu d’être dissoute dans la compétition des identités blessées.</p>
<p>Un plancher où le féminisme redevient une exigence de dignité universelle, et non une dramaturgie variable selon l’origine de l’agresseur ou l’utilité politique de la victime.</p>
<p>Un plancher, enfin, à partir duquel une gauche québécoise digne de ce nom pourrait recommencer à parler au peuple tel qu’il est, au lieu de le surveiller comme un élève moralement à risque.</p>
<p>C’est cette réflexion que je pousserai plus loin dans ma prochaine conférence.</p>
<p>J’y parlerai ouvertement de féminisme, de vertu et de carriérisme. J’essaierai d’y montrer comment certaines causes justes ont été absorbées dans une économie de la visibilité et de la disqualification. J’essaierai aussi d’y dégager, au-delà du diagnostic, quelques pistes de sortie. Car il ne suffit pas de dénoncer le brouillard. Il faut commencer à rouvrir des chemins.</p>
<p>Ces chemins, à mes yeux, passent par une réaffirmation nette de l’universalisme. Par une gauche qui cesse de se définir par sa capacité à s’auto-flageller ou à excommunier, et qui recommence à proposer. Par une réconciliation entre la social-démocratie, la laïcité, l’égalité civique et la question nationale. Par une volonté de sortir de la dramaturgie morale pour revenir au terrain du réel. Par une parole politique qui ne demande plus la permission d’exister aux gardiens de la pureté contemporaine.</p>
<p>Je ne prétends pas que la tâche sera simple.</p>
<p>Mais je crois qu’elle est désormais nécessaire.</p>
<p>Parce qu’une société commence à se défaire au moment précis où elle ne sait plus comment se dire à elle-même ce qu’elle est en train de vivre. Et parce qu’une gauche commence à s’effacer quand elle ne sait plus distinguer la justice de la posture, le principe du décor, l’universel de la mise en scène.</p>
<p>Le Québec mérite mieux que cette confusion administrée.</p>
<p>Il mérite qu’on retrouve enfin le courage de parler clair.</p>
<p>Et c’est dans cet esprit que je prendrai la parole.</p>
<p>Je donnerai la conférence <em>Féminisme, vertu et carriérisme. Plaidoyer pour un universalisme de gauche face à la polarisation dans le cadre du Forum sur l’universalisme de l’<a href="https://www.aqur.org/">AQUR</a></em>.</p>
<p><a href="https://www.aqur.org/post/forum-sur-l-universalisme-11-et-12-avril-2026"><img decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-17336" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-10-094128.png" alt="" width="725" height="407" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-10-094128.png 725w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-10-094128-400x225.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/Capture-decran-2026-04-10-094128-136x77.png 136w" sizes="(max-width: 725px) 100vw, 725px" /></a></p>
<p>J’y poursuivrai ce travail de clarification, non pas pour flatter le ressentiment ou nourrir une autre guerre de camps, mais pour contribuer, à ma mesure, à la reconstruction d’un espace politique commun, laïque, républicain, sociale-démocrate et québécois.</p>
<p>Si mes derniers textes vous ont parlé, cette conférence en sera le prolongement naturel. Et si, comme moi, vous avez parfois eu le sentiment d’assister au grand déraillement du débat public sans toujours trouver les mots justes pour le nommer, alors peut-être que cette prise de parole pourra, au moins, aider à remettre quelques repères en place.</p>
<blockquote><p>Il n’y a qu’une seule façon d’être citoyen, c’est de l’être pour tous<br />
— Jean Jaurès</p></blockquote>
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		<title>Qui veut la peau de Paul St-Pierre Plamondon&#8230; et pourquoi ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Apr 2026 21:43:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parti Québécois]]></category>
		<category><![CDATA[Politique nationale]]></category>
		<category><![CDATA[élection provinciale 2026]]></category>
		<category><![CDATA[manipulation médiatique]]></category>
		<category><![CDATA[Paul St-Pierre Plamondon]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[PQ]]></category>
		<category><![CDATA[souveraineté du Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans ce texte, je réaffirme ma solidarité envers Paul St-Pierre Plamondon dans un moment critique où les attaques se multiplient. J’y décrypte les mécanismes médiatiques et idéologiques qui cherchent à disqualifier le PQ au moment même où il redevient crédible. Je propose surtout une lecture lucide du rapport de force dans lequel nous sommes engagés.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/bd2ecd03-5fa2-4b24-9b26-7e11fc1a60e8.png"><img decoding="async" class="aligncenter wp-image-17313 size-full" title="Qui veut la peau de Paul St-Pierre Plamondon... et pourquoi ?" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/bd2ecd03-5fa2-4b24-9b26-7e11fc1a60e8.png" alt="Analyse des attaques contre PSPP et le PQ, entre médias biaisés, guerre des perceptions et retour de l’idée indépendantiste." width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/bd2ecd03-5fa2-4b24-9b26-7e11fc1a60e8.png 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/bd2ecd03-5fa2-4b24-9b26-7e11fc1a60e8-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/bd2ecd03-5fa2-4b24-9b26-7e11fc1a60e8-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/bd2ecd03-5fa2-4b24-9b26-7e11fc1a60e8-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/bd2ecd03-5fa2-4b24-9b26-7e11fc1a60e8-140x94.png 140w" sizes="(max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /></a><br />
Je tiens d’abord à me situer, sans masque et sans détour. <a href="https://carlboileau.com/paul-st-pierre-plamondon-a-la-direction-du-parti-quebecois/">J’ai été l’un des premiers membres du Parti Québécois à écrire, noir sur blanc dans ce blogue, que Paul St-Pierre Plamondon était le bon candidat pour relever le parti</a>, alors qu’il était encore perçu comme un <em>outsider</em> marginal, presque condamné d’avance à l’élégance stérile des candidatures lucides mais sans avenir. En janvier 2020, au moment où le PQ ressemblait moins à un parti d’avenir qu’à un meuble fatigué qu’on n’osait pas encore sortir de la maison, j’écrivais déjà que PSPP en était le dernier espoir. Je n’ai donc pas à me découvrir aujourd’hui une loyauté tardive. <strong>Je suis un partisan indéfectible de mon chef</strong>, et je le dis avec la franchise de ceux qui ont choisi leur camp avant que cela redevienne confortable.<br />
<span id="more-17285"></span></p>
<div id="attachment_13232" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/paul-st-pierre-plamondon-a-la-direction-du-parti-quebecois/" target="_blank" rel="noopener"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-13232" class="wp-image-13232 size-medium" title="Pourquoi j’appuie Paul St-Pierre Plamondon à la direction du Parti Québécois" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2020/01/paul-st-pierre-plamondon-400x261.jpg" alt="Paul St-Pierre Plamondon" width="400" height="261" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2020/01/paul-st-pierre-plamondon-400x261.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2020/01/paul-st-pierre-plamondon-207x136.jpg 207w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2020/01/paul-st-pierre-plamondon-260x170.jpg 260w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2020/01/paul-st-pierre-plamondon.jpg 550w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-13232" class="wp-caption-text">Bien avant que PSPP ne remonte dans les sondages, j’avais déjà pris position. Aujourd’hui, en voyant le chemin parcouru, ce texte prend un tout autre sens. Pour comprendre d’où l’on part, et pourquoi ce qui se joue aujourd’hui n’a rien d’un hasard</p></div>
<p>Le calendrier, cette fois, offre même une image qu’il serait dommage de laisser passer. Je publie ce texte un lundi de Pâques. Or il faut bien appeler les choses par leur nom, il y a, dans le parcours récent du Parti Québécois, quelque chose qui ressemble à une résurrection. PSPP a repris un parti que beaucoup regardaient déjà comme un organisme moribond, une vieille structure vidée de son sang, de sa foi et de sa fonction. Il ne s’est pas contenté de lui redonner un peu de pouls. Il lui a rendu une ossature, une parole, une direction, un sens du temps long. Il l’a remis debout. Il l’a ramené au centre du jeu politique. Et c’est précisément pour cela qu’on veut désormais lui faire la peau.</p>
<p>Car il faut cesser d’être naïf deux minutes. Ce qui se passe autour de PSPP n’est pas la simple conséquence normale d’une vie politique un peu rude, ni le lot ordinaire d’un chef exposé. Et l’argument voulant que le commentariat soit seulement plus sévère avec lui parce qu’il monte dans les sondages ne tient pas. Il ne tient même pas deux secondes. D’autres chefs, dans des contextes eux aussi sensibles, n’ont jamais droit à ce niveau d’obsession, de torsion, de malveillance interprétative. Ce qui se joue ici n’est pas la vigilance saine d’un écosystème démocratique. C’est autre chose. C’est une entreprise de disqualification politique, méthodique, cumulative, parfois grossière, parfois plus raffinée, mais toujours orientée vers le même objectif, empêcher qu’un chef indépendantiste crédible devienne, pour une majorité de Québécois, l’incarnation naturelle de la prochaine étape.</p>
<p>Ce que plusieurs refusent encore de voir, ou feignent de ne pas voir, c’est que <strong>PSPP n’est pas attaqué parce qu’il serait faible. Il est attaqué parce qu’il est fort</strong>. Il n’est pas attaqué parce qu’il serait confus. Il est attaqué parce qu’il est clair. Parce qu’il parle directement à l’intelligence des citoyens, sans langue de bois, avec une forme d’honnêteté intellectuelle devenue presque dérangeante dans un paysage saturé de calculs et d’ambiguïtés. Il n’est pas attaqué parce qu’il serait insignifiant. Il est attaqué parce qu’il remet en circulation une possibilité que le régime croyait à moitié neutralisée, celle d’un Québec qui recommence à se penser comme sujet politique, sérieusement, lucidement, sans demander pardon.</p>
<p>Et il faut ici nommer une évidence trop souvent contournée. <strong>Le Parti Québécois est aujourd’hui le seul parti qui incarne sans détour la rupture avec l’État canadien</strong>. C’est ce qui en fait, structurellement, l’adversaire désigné du régime. Les autres partis peuvent bien se chamailler entre eux, se relayer, se remplacer, se critiquer sur le ton, sur le dosage, sur la vitesse, sur la méthode. Ils demeurent, au fond, à l’intérieur du cadre. Ils disputent la gestion provinciale du Québec, mais non la légitimité de l’ordre canadien. Le PQ, lui, remet en cause le cadre lui-même. Il ne cherche pas à mieux occuper la cage. Il veut en sortir. Et c’est pour cela que le régime le traite autrement.</p>
<p>On a d’abord tenté la vieille recette, celle qu’on sort chaque fois que le système sent remonter l’odeur du pays. Réduire PSPP au référendum, puis réduire le référendum à un saut dans le vide, à une scène d’apocalypse, à un précipice, à une crise fabriquée dont le simple mot devrait suffire à figer l’électorat dans la peur. Or cette méthode ne mord plus comme avant. Elle continue de faire du bruit, bien sûr, mais elle ne parvient plus à étouffer entièrement le reste. Elle ne réussit plus à cacher le fait que la survie politique, culturelle et linguistique du Québec devient de plus en plus difficile à penser à l’intérieur du cadre canadien. Et comme cet argument-là gagne du terrain, il a fallu changer d’outil.</p>
<p><strong>Quand on ne peut plus vraiment vaincre un homme sur le fond, on fabrique autour de lui un personnage de remplacement</strong>. Voilà où nous en sommes.</p>
<p>PSPP ne doit plus être vu pour ce qu’il est, un chef rigoureux, cohérent, discipliné, travailleur, capable d’argumenter, de tenir une ligne, de nommer le réel sans se dissoudre dans le bavardage tactique. Il faut désormais le transformer en autre chose. En homme arrogant. En homme colérique. En gaffeur. En chef inquiétant. En esprit fermé. En figure vaguement trumpiste pour les paresseux du raccourci, vaguement fascisante pour les pyromanes de l’amalgame. Peu importe le ridicule des comparaisons. Peu importe l’indécence des procès. Peu importe la disproportion des mots. L’essentiel est ailleurs. Il faut salir la perception avant même que le débat n’ait lieu.</p>
<p>C’est toujours la même méthode. On prend une phrase, on lui retire son contexte. On prend une idée, on la décale d’un cran. On prend un propos rationnel sur l’immigration, puis on le reformule comme une hostilité envers les immigrants. On prend une défense de l’identité québécoise, puis on la fait glisser du côté de la crispation ethnique. On prend une critique du wokisme, puis on la repeint en pulsion réactionnaire. On prend une parole nationale, puis on l’enveloppe d’un soupçon moral. Et lorsque même cela ne suffit plus, on ajoute des couches, de petites falsifications, des insinuations, des comparaisons grotesques, des titres calibrés pour intoxiquer l’ambiance, assez pour créer une impression diffuse, assez pour que le citoyen pressé retienne une impression sale même s’il n’a jamais vraiment lu, jamais vraiment entendu, jamais vraiment vérifié.</p>
<p>Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas une suite de coïncidences. Ce n’est pas davantage la preuve d’une vie démocratique particulièrement vigoureuse. <strong>C’est le comportement d’un régime qui se défend</strong>.</p>
<p>Et un régime qui se défend ne s’embarrasse pas toujours des principes qu’il prétend célébrer. Il ne faut pas se raconter d’histoires. L’État canadien investit depuis longtemps des ressources colossales, politiques, symboliques, institutionnelles, médiatiques, pour combattre la menace que représente l’indépendance du Québec. Le respect abstrait du<em> fair play</em> démocratique est le cadet de ses soucis dès lors qu’il s’agit de protéger sa continuité historique, son intégrité territoriale, son récit national et son rapport de domination sur notre peuple. Le système est prêt à déformer les faits, à déplacer le sens, à exagérer, à caricaturer, parfois à mentir sans gêne, parce qu’il sait qu’en démocratie la bataille décisive n’oppose pas toujours la réalité à la fiction, mais la perception dominante à ce qui s’est réellement passé. Et quand la majorité en vient à croire une version tordue des faits, cette version acquiert vite, politiquement, le statut de vérité.</p>
<p>Voilà pourquoi il faut parler franchement de l’environnement médiatique dans lequel nous évoluons. <strong>Il n’est pas neutre. Il ne l’a jamais été</strong>. Outre les partis fédéralistes, qui ne sont au fond que des déclinaisons concurrentes d’un même régime, il faut cesser d’imaginer Radio-Canada, La Presse et, <a href="https://carlboileau.com/christian-rioux/">désormais, même Le Devoir</a> comme des lieux d’arbitrage. Ce sont des voix situées, chacune avec son registre, son style, sa manière de dire, mais toutes inscrites dans un même horizon où l’indépendantisme n’apparaît jamais simplement comme une option, mais toujours comme un problème, un risque, une dérive possible, quelque chose qu’il faudrait, au fond, contenir.</p>
<p>Ce constat ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une continuité. Au fil des derniers mois, il est devenu difficile de ne pas voir à quel point certains médias, de La Presse au Montreal Gazette, de Radio-Canada à CTV Montreal, de Noovo à Global, en passant par les grands réseaux liés à Bell et à Cogeco, participent, chacun à leur manière, à un même travail de cadrage. Non pas forcément par coordination explicite, mais par réflexe partagé, par culture commune, par alignement implicite sur ce qui peut être dit, et sur ce qui doit être neutralisé.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/FxWH5tiIgvM" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">On appelle cela du « spin politique ». Une manière de tordre légèrement le réel, de déplacer les mots, de reconfigurer les intentions, de transformer une parole en problème. Pris isolément, chaque geste peut sembler anodin. Mais accumulés, répétés, amplifiés, ils finissent par produire une atmosphère. Et c’est dans cette atmosphère que se fabrique l’opinion.</div>
</div>
<p>Plus nous en serons conscients, plus nous pourrons nous affranchir de leur influence.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/wB2WFAr3LTI" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Il n’est pas inutile de se rappeler ce que révélait déjà le documentaire <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%80_hauteur_d%27homme_(film,_2003)" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>À hauteur d’homme</em></a>. On y voyait, en temps réel, comment un chef péquiste Bernard Landry pouvait être scruté, cadré, interprété, parfois réduit à des impressions plutôt qu’à la substance de son propos. Plus de vingt ans plus tard, la leçon demeure. L’environnement médiatique n’est pas un simple miroir du réel, c’est un filtre. Et si nous ne prenons pas la peine de regarder au-delà de ce filtre, nous risquons de confondre perception fabriquée et réalité politique.</div>
</div>
<p>Cela ne veut pas dire qu’il faille cesser de les lire ou de les écouter. Cela veut dire qu’il faut les lire pour ce qu’ils sont, non comme des tribunaux impartiaux, mais comme des acteurs engagés dans une guerre de perceptions. Et dans cette guerre, une discipline de salubrité démocratique s’impose. <strong>Aller aux sources originales</strong>. Écouter le discours complet de PSPP. Lire ses propos entiers. Regarder les extraits non montés. Vérifier le sens avant d’avaler le cadrage. Revenir à la matière première des faits. Car ce qui est systématiquement déformé, ce ne sont pas seulement ses idées, mais l’atmosphère même dans laquelle elles sont reçues.</p>
<p>Le régime canadien, ses relais médiatiques, ses gardiens moraux, une partie du personnel politique, une certaine gauche profondément aliénée par un discours qui lui fait croire que l’ouverture au monde passe par l’effacement de sa propre nation, tous ces milieux n’ont pas besoin de se réunir pour agir en bloc. Ils participent à un même climat. Ils partagent des réflexes communs. Ils sentent instinctivement où se trouve le danger. Et le danger, pour eux, n’est pas qu’un homme parle fort. Le danger, c’est qu’un homme parle juste, qu’il parle clair, et que cela commence à rejoindre le monde.</p>
<p><strong>Car PSPP est dangereux pour le Canada</strong>.</p>
<p>Il l’est au sens le plus politique, le plus fondamental, et il faudrait presque dire, le plus sain du terme. Il est dangereux parce qu’il ne traite pas le Canada comme une simple structure administrative avec laquelle le Québec aurait quelques divergences de gestion. Il le pense comme ce qu’il est, un cadre politique concurrent, un régime dont les intérêts ne coïncident pas naturellement avec les nôtres, un pouvoir qui n’a jamais cessé de travailler à l’intégration, à la dilution et au contournement de la volonté nationale québécoise. Il est dangereux parce qu’il n’est pas prisonnier de la mentalité provincialiste. Il est dangereux parce qu’il refuse le petit confort des demi-mesures. Il est dangereux parce qu’il parle dans le temps long. Il est dangereux parce qu’il fait le pari de la clarté là où tant d’autres ont bâti leur carrière sur l’ambiguïté, le flou, le report perpétuel, la prudence molle et l’art de survivre en ne décidant jamais rien.</p>
<p>Et c’est là que la panique des adversaires devient la plus révélatrice. Plus PSPP apparaît honnête, plus on l’accuse d’arrière-pensées. Plus il apparaît discipliné, plus on le traite d’obsédé. Plus il apparaît cohérent, plus on le dépeint comme rigide. Plus il apparaît sympathique, plus on s’acharne à lui greffer une personnalité de rechange, plus agressive, plus détestable, plus facile à vendre au marché de l’indignation. On dirait parfois qu’une partie du système médiatique québécois supporte mal qu’un chef indépendantiste puisse à la fois être sérieux, convaincant, articulé et humain. Comme s’il fallait absolument que la figure du souverainiste redevienne soit grotesque, soit archaïque, soit inquiétante, pour que le vieux récit canadien continue de tenir.</p>
<p>Mais le problème n’est pas seulement médiatique. Il est aussi idéologique. Et c’est ici que l’on touche à une des grandes hypocrisies de notre époque.</p>
<p>Nous vivons dans un univers discursif où toutes les identités semblent devoir être reconnues, protégées, validées, parfois sanctifiées, sauf la nôtre. Les identités particulières sont les bienvenues tant qu’elles ne remettent pas en cause l’ordre général. Les revendications sont nobles tant qu’elles restent compatibles avec le récit canadien. Les différences sont célébrées tant qu’elles ne débouchent pas sur une volonté de rupture politique. Mais qu’un peuple comme le nôtre ose rappeler qu’il ne se réduit pas à une couleur locale dans un empire postnational, qu’il réclame non seulement le respect, mais l’existence politique pleine, et soudain le vocabulaire change. Ce qui était ailleurs diversité devient ici fermeture. Ce qui était ailleurs affirmation devient ici crispation. Ce qui était ailleurs dignité devient ici soupçon.</p>
<p>Voilà pourquoi la défense de l’identité québécoise pose tant problème à certains. Non pas parce qu’elle serait moins légitime que les autres, mais parce qu’elle entre en collision avec une autre allégeance, celle au Canada. Une identité autochtone, une identité de genre, une identité religieuse, une identité racisée, toutes ces réalités peuvent encore être absorbées, encadrées, reconnues dans le grand récit multiculturel canadien, tant qu’elles ne menacent pas la souveraineté du cadre lui-même. L’identité québécoise, elle, pose problème pour une raison simple, elle est de nature politique. Elle ne peut pas pleinement s’affirmer sans mettre en cause le régime qui l’enferme. Voilà la vraie ligne rouge.</p>
<p>Et c’est ici qu’une partie de la gauche québécoise a perdu le nord.</p>
<p>Je ne parle pas de tous les progressistes, évidemment. Je parle d’une gauche partisane, culturelle et médiatique qui se croit toujours du côté de l’émancipation, mais qui semble incapable de reconnaître une domination lorsque celle-ci prend la forme du régime canadien. Une gauche qui parle sans arrêt de rapports de pouvoir, de marginalisation, de violence symbolique, de reconnaissance, mais qui devient subitement nerveuse dès que le Québec comme peuple demande à être pensé autrement que comme une simple composante folklorique d’un ensemble postnational plus vaste. Cette gauche-là ne sait plus quoi faire de PSPP. Elle ne peut pas l’ignorer, parce qu’il monte. Elle ne peut pas vraiment le réfuter sur le fond, parce qu’il est plus rigoureux qu’elle voudrait le croire. Alors elle le contamine. Elle l’associe à Trump. Elle le rapproche du fascisme. Elle laisse traîner dans l’air des mots sales, racisme, extrême droite, fermeture, peur de l’autre, peu importe. L’essentiel n’est pas d’avoir raison. L’essentiel est d’imprégner.</p>
<p>Et ce désalignement ne se limite pas à une seule famille politique.</p>
<p>Mais il faut aussi avoir la lucidité de regarder ce qui se joue chez nous. Ce réflexe bien ancré de nous surveiller nous-mêmes avec plus de sévérité que nos adversaires. Cette tentation de critiquer stérilement au lieu d’appuyer, de tempérer au lieu de porter, de chercher la faille au moment précis où un élan devient possible. Ce que plusieurs appellent, non sans ironie, les “belles-mères péquistes”, ces voix d’un autre temps toujours promptes à rappeler à l’ordre leur propre camp, souvent avec plus de dureté que celle qu’elles réservent à ses adversaires. Or ce réflexe a changé de nature. Il ne relève plus toujours de la lucidité ni de la sagesse, mais d’un désalignement. À force de répéter les mêmes mises en garde, certaines voix en viennent à reprendre, parfois sans même s’en rendre compte, les cadrages du régime. D’autres ont simplement fait un autre choix. Lucien Bouchard lui-même, autrefois figure centrale du mouvement, incarne aujourd’hui cette rupture. Une critique qui ne corrige plus, mais qui affaiblit. Qui ne protège plus, mais qui désarme.</p>
<p>À un moment donné, il faudra que cela cesse. Soit ces voix acceptent de se remettre en phase avec le moment politique que nous traversons, soit elles devront accepter de laisser la place. Car un mouvement ne peut pas avancer s’il est constamment freiné de l’intérieur au moment précis où il retrouve sa force.</p>
<p>Mais il faut aller plus loin encore. Outre les médias officiels, les adversaires les plus pernicieux du PQ sont souvent des agents de désinformation prétendument progressistes, qui opèrent à l’intérieur de chambres d’écho hermétiques où la contradiction n’entre plus. Leur fonction n’est pas seulement de convaincre, mais de formater. Il faut sans cesse réassocier PSPP à Trump, le mouvement indépendantiste au fascisme, la défense du Québec à une pulsion xénophobe. Et ce travail de contamination a une autre utilité. Il accentue la polarisation ambiante de manière à protéger les citoyens captifs dans ces univers fermés contre la possibilité même d’une discussion démocratique avec des gens encore libres de penser autrement.</p>
<p>Les étiquettes jouent ici un rôle central. Elles ne décrivent pas le réel, elles le court-circuitent. Elles divisent l’espace civique entre les bons citoyens, ceux qui consentent au régime, et les mauvais, ceux qu’on peut salir à coups de mots infamants. Fasciste. Trumpiste. Réactionnaire. Xénophobe. Peu importe la justesse, pourvu que la marque colle. Ce langage n’est pas une dérive. C’est une technique. <strong>On ne réfute plus une idée, on invalide celui qui la porte</strong>. Une fois l’étiquette posée, le débat disparaît.</p>
<div id="attachment_17005" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/guerre-etiquettes-democratie/" target="_blank" rel="noopener"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17005" class="wp-image-17005 size-medium" title="La guerre des étiquettes comme arme politique" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-400x267.jpg" alt="La guerre des étiquettes comme arme politique" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17005" class="wp-caption-text">Une fois l’étiquette posée, le débat disparaît. J’ai déjà exploré cette mécanique dans un texte précédent, où je montre comment cette guerre des étiquettes sert à déplacer les frontières du pensable et à neutraliser la dissidence. (Lire :<a href="https://carlboileau.com/guerre-etiquettes-democratie/"> La guerre des étiquettes comme arme politique</a>)</p></div>
<p>J’y reviendrai sous un angle plus précis dans un prochain texte, consacré à ces acteurs fédéralistes masqués qui gravitent dans certains réseaux progressistes et y diffusent, à coups de procédés diffamatoires, une grille obsédée par un fascisme largement fantasmé, afin de détourner une partie de la gauche de PSPP et du PQ.</p>
<div id="attachment_17290" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/634814852_10164535080858554_3742164699564116777_n.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17290" class="wp-image-17290" title="Michel C. Auger et Frédéric Bérard, unis dans leur mission commune de maintenir leur peuple asservi au régime fédéral." src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/634814852_10164535080858554_3742164699564116777_n.jpg" alt="Michel C. Auger et Frédéric Bérard, unis dans leur mission commune de maintenir leur peuple asservi au régime fédéral." width="400" height="371" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/634814852_10164535080858554_3742164699564116777_n.jpg 1320w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/634814852_10164535080858554_3742164699564116777_n-324x300.jpg 324w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/634814852_10164535080858554_3742164699564116777_n-1024x950.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/634814852_10164535080858554_3742164699564116777_n-768x712.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17290" class="wp-caption-text">Au moment où on réalise que des individu sont intellectuellement malhonnête dans la mesure de la mission fédéraliste qu&#8217;ils desservent, on devrait devoir arrêter de les considérer crédible dans la discussion démocratique</p></div>
<p>On ne débat plus. On recadre. On suggère. On soupçonne. On souille.</p>
<p>Et bien sûr, lorsque les militants péquistes réagissent, lorsqu’ils nomment la mauvaise foi, lorsqu’ils refusent de se laisser piétiner en silence, les mêmes procureurs de vertu découvrent soudain l’importance du ton, de la modération, du vivre-ensemble verbal, et viennent expliquer que les péquistes seraient agressifs. C’est la vieille technique, on frappe en dessous de la ceinture, puis on se scandalise du bruit produit par la riposte.</p>
<p>Tout cela révèle au fond la même chose. Le Parti Québécois redevient menaçant. Pas parce qu’il aurait basculé dans l’excès. Pas parce qu’il flatterait une base sombre. Pas parce qu’il jouerait à l’apprenti sorcier. Il redevient menaçant parce qu’il recommence à parler au Québec réel. À ce Québec qui voit bien que quelque chose se défait. Le déclin du français. L’érosion culturelle. Le coût de la vie. Les classes moyennes pressurisées. L’incapacité de l’État canadien à penser autre chose que sa propre expansion. Les flux migratoires gérés comme une variable économique abstraite sans réelle considération pour la capacité d’intégration nationale. L’épuisement des services publics. L’impression diffuse, mais de moins en moins diffuse justement, que nos élites vivent dans un autre monde et administrent le nôtre comme on gère une annexe.</p>
<p>Dans ce contexte, <strong>l’indépendance recommence à apparaître non pas comme une nostalgie, mais comme une sortie</strong>. Une sortie du brouillard. Une sortie du déni. Une sortie de la dépendance élégamment présentée comme maturité politique. Et c’est précisément pour cela que les fédéralistes ressortent l’artillerie lourde. Ils ne sentent pas seulement un parti remonter. Ils sentent un alignement des conditions, un moment où plusieurs contradictions du régime canadien deviennent visibles en même temps, et où un chef indépendantiste suffisamment solide pourrait faire le pont entre ce malaise diffus et une proposition politique nette.</p>
<p>Il faut donc saisir lucidement la nature du combat qui s’ouvre. Nous sommes dans une guerre plus ou moins démocratique. <strong>Nous ne nous battons pas à armes égales</strong>. Le système dispose de relais, de moyens, d’institutions, d’une capacité de cadrage infiniment supérieure à la nôtre. Il est prêt à tout pour maintenir sa domination sur notre peuple et poursuivre, sous des habits modernes, son agenda colonial d’assimilation à notre égard. Voilà le vrai décor. Et ce décor commande à la fois le courage et la discipline.</p>
<p>Alors oui, les attaques vont continuer. Elles vont probablement empirer. Plus le PQ s’approchera du pouvoir, plus la propagande deviendra fébrile. Plus l’idée d’un référendum retrouvera une existence concrète dans l’espace public, plus les procès d’intention, les scénarios de peur, les caricatures et les diffamations se multiplieront. Ceux qui n’ont jamais vécu ce genre de moment doivent s’y préparer. Ce sera sale. Très sale. On dira tout et n’importe quoi. On invoquera la catastrophe économique, la guerre, la fuite des capitaux, l’isolement, la folie, les heures les plus sombres, la responsabilité, l’amour, la peur, tout y passera. On nous menacera en nous expliquant que c’est pour notre bien.</p>
<p>Il faudra donc tenir.</p>
<p><strong>Tenir, d’abord, intellectuellement</strong>. Ne pas se laisser entraîner dans l’économie affective de l’adversaire. Ne pas réagir à chaque provocation comme s’il fallait entrer dans chaque piège. Revenir aux mots justes. Revenir aux faits. Revenir aux sources originales. Revenir à cette vérité élémentaire que le mouvement indépendantiste est un mouvement d’émancipation, pas de haine, un mouvement de libération politique, pas d’exclusion ethnique, un mouvement anti-impérialiste dans son fond, même si tant de gens ont intérêt à le faire passer pour son contraire.</p>
<p><strong>Tenir, ensuite, stratégiquement</strong>. Comprendre que nous n’évoluons pas dans un espace neutre où le meilleur argument triomphe par miracle. Comprendre que les réseaux sociaux, le terrain, les conversations directes, la patience militante, l’obstination à nommer les mensonges et à demander des comptes à ceux qui les répètent seront des lieux décisifs de la bataille à venir. Comprendre enfin que les perroquets du régime ne sont pas l’opinion publique, seulement ses gardiens autoproclamés.</p>
<p><strong>Et tenir, surtout, moralement</strong>. Ne pas répondre à la saleté par une autre saleté. Ne pas sombrer dans la caricature symétrique. Ne pas perdre cette supériorité tranquille qui vient du fait d’être adossé à quelque chose de plus grand que soi, un peuple, une mémoire, une volonté inachevée, une possibilité historique.</p>
<p>Alors, qui veut la peau de PSPP, et du PQ.</p>
<p>Le système fédéraliste, bien sûr. Ses relais. Ses moralistes sélectifs. Ses chroniqueurs de garde. Ses recadreurs professionnels. Une partie de la gauche qui traite la nation québécoise comme une gêne plutôt que comme une question démocratique centrale, et une partie de la droite colonisée, empressée de défendre le cadre qui la maintient dans sa propre minorisation. Tous ceux qui pressentent qu’avec PSPP, le Québec pourrait cesser de consentir à sa propre diminution.</p>
<p>Mais il y a peut-être une réponse plus lourde encore, parce qu’elle nous concerne intimement. Ce qui veut la peau de PSPP, ce n’est pas seulement l’hostilité de ses adversaires. C’est aussi cette fatigue ancienne qui habite notre peuple. Cette lassitude accumulée. Cette tendance à croire, au moment même où une brèche s’ouvre, qu’elle se refermera de toute façon. Cette tentation de rentrer dans le rang avant même d’avoir vraiment essayé d’en sortir.</p>
<p>Et c’est peut-être cela que PSPP a commencé à défaire.</p>
<p>Voilà pourquoi il dérange autant. Non seulement par ce qu’il dit, mais par ce qu’il remet en mouvement. Il rappelle au Québec une vérité que plusieurs voulaient voir disparaître, nous ne sommes pas condamnés à survivre dans la dépendance, ni à quémander éternellement notre place dans l’ordre des autres.</p>
<p>Parce qu’il n’a pas seulement ressuscité un parti, ni même remis celui-ci sur les rails de la victoire.</p>
<p>Il a rendu à beaucoup de Québécois quelque chose de plus fragile, mais aussi de plus décisif qu’un programme&#8230; concrètement la possibilité de croire à nouveau que notre histoire n’est pas terminée.</p>
<p>Et c’est précisément pour cela qu’ils veulent l’abattre. C’est pour cela qu’on le frappe avec autant d’acharnement.</p>
<p><strong>Parce qu’au fond, il a réveillé une possibilité</strong>.</p>
<p>Celle d’un Québec enfin libre du Canada.</p>
<p>Rien n’est encore joué. Rien n’est garanti. Et tout peut encore être refermé, étouffé, détourné, comme tant de fois avant. Mais une brèche existe. Elle est fragile. Elle exige de nous plus que de l’indignation, plus que des réflexes, elle exige de la tenue, de la lucidité, et une forme de fidélité à nous-mêmes que nous avons trop souvent abandonnée en chemin.</p>
<p>Car ce moment n’appelle pas seulement à comprendre, il appelle à tenir. À ne pas céder au brouillard. À ne pas se laisser diviser. À reconnaître, derrière le vacarme, ce qui se joue réellement.</p>
<p>Et peut-être est-ce là, au fond, le pari le plus simple et le plus exigeant à la fois, celui que PSPP assume depuis le début… celui de faire confiance à l’intelligence collective des Québécois.</p>
<blockquote><p>En temps de tromperie, dire la vérité est un acte révolutionnaire.<br />
&#8211; George Orwel</p></blockquote>
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		<title>Une policière cible de misogynie. Le féminisme contemporain face à ses angles morts</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Apr 2026 15:31:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie-politique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Alexandre Dumas]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme]]></category>
		<category><![CDATA[laïcité]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Bekkali]]></category>
		<category><![CDATA[SPVM]]></category>
		<category><![CDATA[universalisme]]></category>
		<category><![CDATA[wokisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une vidéo violente, impossible à ignorer, devient le point de départ d’une réflexion plus large sur la misogynie et ses angles morts. À travers ce fait divers, j’explore la fracture entre féminisme universaliste et néo-progressisme, là où l’égalité cesse parfois d’être un principe évident. Ce texte propose un regard critique sur notre manière de juger, d’intégrer et de défendre concrètement les femmes dans l’espace public.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/5696b8b0-4553-46c6-8886-751d2bdbf186.png"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-17273 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/5696b8b0-4553-46c6-8886-751d2bdbf186.png" alt="Misogynie, féminisme et universalisme au Québec, un regard critique sur les angles morts du féminisme contemporain face au réel." width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/5696b8b0-4553-46c6-8886-751d2bdbf186.png 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/5696b8b0-4553-46c6-8886-751d2bdbf186-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/5696b8b0-4553-46c6-8886-751d2bdbf186-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/5696b8b0-4553-46c6-8886-751d2bdbf186-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/5696b8b0-4553-46c6-8886-751d2bdbf186-140x94.png 140w" sizes="auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /></a><br />
Une vidéo tourne en boucle. Elle devient virale. Elle circule partout, traverse les fils Facebook, s’impose dans les conversations, s’invite dans l’actualité, au point de devenir impossible à éviter. Elle ne vient pourtant pas d’être tournée, mais elle refait surface avec une telle force qu’elle perce la couche de commentaires, de filtres et de recadrages qui enveloppe d’ordinaire ce genre de scène.</p>
<p><a href="https://www.youtube.com/shorts/YLPLHgGA9ko">On y voit une policière du SPVM prise à partie, filmée, insultée avec une violence qui ne se dilue pas dans le contexte. Les mots sont directs, bruts, dirigés contre la femme autant que contre la fonction. « Ferme ta gueule, sale p*te » ; « T’es mon esclave. Si je veux, t’es mon esclave. »</a> Il n’y a là ni ambiguïté ni zone grise, seulement une scène de misogynie assumée, avec un surplus de mépris culturel qui fait qu’on ne se trouve plus devant une simple altercation, mais devant quelque chose de plus cru, de plus révélateur et de plus dérangeant.<br />
<span id="more-17272"></span></p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Short YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/YLPLHgGA9ko" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Une policière visée par une pluie d’insultes misogynes</div>
</div>
<p>Si cette vidéo s’impose autant aujourd’hui, ce n’est pas seulement en raison de sa brutalité, mais parce qu’elle ne peut plus être ignorée. Sa viralité la rend incontournable, y compris pour les médias institutionnels, la classe politique, et ces nouveaux gardiens moraux du récit, largement issus du courant néo-progressiste, qui s’emploient à en recadrer le sens dans une lecture alignée sur le discours dominant et les intérêts du régime fédéral. Elle circule trop largement, trop rapidement, et oblige à regarder ce que beaucoup préféreraient contourner, voire nier. Ce genre de moment est toujours inconfortable pour l’ordre établi, non seulement parce qu’il montre quelque chose de choquant, mais parce qu’il échappe, pendant un instant au moins, au cadrage habituel et complique le travail de réinterprétation qui permet si souvent d’en neutraliser la portée.</p>
<p>C’est précisément à partir de là que tout recommence à se jouer.</p>
<p>Parlant de curés contemporains,<a href="https://www.facebook.com/Alexandre.Dumas.Historien/posts/pfbid0p6sZsJ55cGDcRySitKMCER8rukE8PU6jBDJUxX4ttJkjxrUKWzuDrEumkoV55Fwfl"> le 1er avril, l’ineffable Alexandre Dumas, fidèle au poste, publie l’un de ces longs statuts Facebook dont il a fait sa spécialité</a>. À première vue, on aurait presque pu croire à un poisson d’avril, tant le procédé paraît grossier. Mais il n’en est rien. Des textes qui s’attachent moins à décrire l’événement qu’à en orienter politiquement la lecture. Il ne s’agit pas, chez lui, d’une simple opinion jetée dans le flux. Il joue encore une fois ce rôle devenu familier, celui du <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Spin_(propaganda)"><em>spin doctor</em></a> du narratif fédéraliste, chargé de recadrer ce que le réel vient de rendre trop visible pour le faire rentrer dans la bonne grille, dans la bonne morale, dans la bonne histoire. On commence à reconnaître la mécanique. Lorsqu’un fait divers menace d’ouvrir une brèche vers une réflexion sur l’intégration, sur les tensions culturelles, sur les limites du multiculturalisme d’État et sur la fragilité de notre cadre commun, il faut très vite déplacer le regard, suggérer que le véritable enjeu se situe ailleurs, puis réinstaller la scène dans le confort idéologique de l’ordre canadien.</p>
<p><a href="https://www.facebook.com/Alexandre.Dumas.Historien/posts/pfbid0p6sZsJ55cGDcRySitKMCER8rukE8PU6jBDJUxX4ttJkjxrUKWzuDrEumkoV55Fwfl"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-17282 size-large" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/FB_IMG_1775458212341-569x1024.jpg" alt="" width="569" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/FB_IMG_1775458212341-569x1024.jpg 569w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/FB_IMG_1775458212341-167x300.jpg 167w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/04/FB_IMG_1775458212341.jpg 706w" sizes="auto, (max-width: 569px) 100vw, 569px" /></a></p>
<p>C’est exactement ce qui se passe ici. La misogynie n’est plus un fait à constater, mais une matière à redistribuer selon les besoins du moment. Elle cesse d’être évidente dès lors qu’elle dérange certaines sensibilités, puis redevient centrale lorsqu’elle permet de confirmer un cadre déjà établi, en l’occurrence celui d’une supposée montée de la misogynie chez les hommes québécois. L’homme québécois lambda a, dans cette configuration, le dos large. Il devient ce point de chute commode où viennent s’accumuler les maux contemporains, ce bouc émissaire récurrent que l’on mobilise dès que le réel résiste au cadrage attendu. Une telle désignation n’est jamais neutre. Elle relève d’un choix, et ce choix s’inscrit nécessairement dans une logique politique.</p>
<div id="attachment_16880" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/radio-wokanada/" target="_blank" rel="noopener"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16880" class="wp-image-16880 size-medium" title="Pour en finir avec l’égalité à géométrie variable de la SRC" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/woke_SRC-400x267.jpg" alt="" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/woke_SRC-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/woke_SRC-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/woke_SRC-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/woke_SRC-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/woke_SRC.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-16880" class="wp-caption-text">Pour approfondir cette logique de recadrage du réel et comprendre comment certains récits s’imposent jusqu’à redéfinir ce que l’on voit, je reviens plus en détail sur cette mécanique dans cet article : <a href="https://carlboileau.com/radio-wokanada/">Pour en finir avec l’égalité à géométrie variable de la SRC</a></p></div>
<p>C’est précisément là que le fait divers commence à rejoindre un débat plus large, celui qui traverse aujourd’hui le féminisme lui-même. Car derrière la querelle d’interprétation se profile un conflit plus profond entre deux façons de penser l’émancipation. D’un côté, un féminisme universaliste, pour lequel l’égalité entre les hommes et les femmes constitue un principe fondamental, non négociable, qui doit s’appliquer également à tous. De l’autre, un féminisme néo-progressiste ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Intersectionnalit%C3%A9" target="_blank" rel="noopener noreferrer">intersectionnel</a>, qui tend à réinscrire chaque situation dans une hiérarchie des dominations supposées, au point de faire parfois passer l’appartenance racisée, religieuse ou minoritaire avant la réalité immédiate de la violence subie par une femme.</p>
<p>Ce sentiment d’impunité soulève d’ailleurs une question que l’on évite soigneusement de poser. <a href="https://ici.radio-canada.ca/info/videos/1-10632537/policiere-insultee-mohamed-bekkali-aurait-il-pu-etre-accuse">Comment se fait-il que de tels propos, explicitement misogynes et déshumanisants, puissent être diffusés publiquement sans entraîner de conséquences juridiques sérieuses, notamment en matière d’incitation à la haine ?</a> Et comment expliquer, à l’inverse, que des propos bien moins violents, lorsqu’ils remettent en question certains dogmes du néo-progressisme, soient si rapidement qualifiés de haineux ? Ce décalage n’est pas neutre. Il révèle une asymétrie dans ce que notre société choisit de tolérer, et dans ce qu’elle choisit de condamner.</p>
<p>C’est ici que le nœud du problème apparaît avec le plus de netteté. Jamais un Québécois d’origine n’aurait pu s’exprimer de cette façon envers une policière sans être immédiatement perçu, à juste raison, comme ayant franchi un seuil inacceptable. Or, dans le climat actuel, l’appartenance identitaire de certains contrevenants semble parfois produire un effet révélateur, celui d’une protection symbolique, ou du moins d’une hésitation supplémentaire dans la manière de juger, comme si l’ordre politique ambiant introduisait déjà autour d’eux une zone de précaution, et donc, indirectement, une forme de privilège narratif. Il serait trop simple de réduire cela à une simple explosion de vulgarité. Ce qui frappe ici, c’est aussi la forme particulière que prend cette misogynie, sa manière d’être décomplexée, presque insolente, comme si les limites implicites de l’espace public québécois, celles qui découlent d’une certaine idée de l’égalité entre les hommes et les femmes, ne s’imposaient plus avec la même évidence. La référence à l’esclavage, surtout, n’a rien d’anodin. Elle n’humilie pas seulement une femme, elle introduit un rapport de domination total, une inversion symbolique de l’autorité, un mépris qui vise à la fois la personne, la fonction et, derrière elle, la société qui l’investit de cette autorité.</p>
<p><iframe loading="lazy" title="«Arrogant et baveux!»: Benoit Dutrizac interpelle les parents de Mohamed Bekkali" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/I6XaXs1Xruk?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></p>
<p>C’est cela, le cœur du problème, et non pas la diversion commode d’une misogynie québécoise soudain invoquée pour faire écran. Car ce qui choque ici, au-delà même des propos, c’est l’inversion du rapport de force qu’ils révèlent. Ce n’est pas seulement une insulte, c’est l’étalage d’un sentiment de supériorité, la manifestation d’un privilège implicite, celui de pouvoir exprimer ouvertement le mépris, non seulement envers une femme, mais envers la société qui l’investit d’autorité et les valeurs d’égalité qu’elle incarne. Ce type de posture ne surgit pas dans le vide. Il devient possible parce qu’un cadre le permet, consciemment ou non, parce qu’il suggère à certains qu’ils seront protégés, excusés, ou réinterprétés. C’est là qu’un seuil est franchi. Car si ce type de comportement est toléré, relativisé ou déplacé, il cesse d’apparaître comme une aberration individuelle pour devenir un précédent. Et tout précédent contient déjà en lui la possibilité d’un modèle à suivre. Encore faut-il accepter de le voir. Encore faut-il disposer d’un minimum de conscience sociale pour comprendre ce qui est en train de se jouer.</p>
<p>C’est à cet endroit que l’intervention de Dumas devient révélatrice, non pas parce qu’elle serait particulièrement originale, mais parce qu’elle condense parfaitement le réflexe dominant. Dans son statut, il ne s’agit pas de décrire ce qui s’est produit dans sa singularité, mais d’en rediriger immédiatement le sens. Le geste disparaît derrière une lecture plus générale, où l’enjeu ne serait plus cette scène précise, ni ce qu’elle révèle quant à notre modèle d’intégration, mais une tendance diffuse et déjà prête à l’emploi, celle de la « montée de la misogynie » chez les hommes québécois. L’acrobatie est habile, mais elle n’a rien d’innocent. Elle permet d’éviter la question qui dérange, celle que cette vidéo rend soudain beaucoup plus difficile à esquiver.</p>
<p>Il y a ici un paradoxe qu’il faut enfin nommer. Une partie du féminisme contemporain prétend combattre toutes les dominations, mais se montre soudain hésitante dès lors qu’une femme est prise pour cible par un homme dont l’origine, l’appartenance religieuse ou la position dans la hiérarchie intersectionnelle vient brouiller le script prévu. Comme si l’égalité cessait d’être le point de départ pour devenir une variable dépendante du contexte, du pedigree idéologique des protagonistes, ou de la place qu’ils occupent dans la cartographie militante des victimes et des coupables. C’est cette dissonance qui frappe ici de plein fouet. Là où l’on devrait entendre une condamnation nette et immédiate, on voit plutôt se mettre en branle une série de prudences, de détours, d’acrobaties conceptuelles, parfois même un silence presque total. Sur le réel, pourtant brutal et limpide, cette fraction du féminisme devient soudain aphone. Et ce silence n’est pas accidentel. Il révèle une hiérarchie implicite dans laquelle le racialisme identitaire finit par passer avant l’égalité universelle entre les hommes et les femmes.</p>
<p>Car il y a des situations où cela ne devrait pas être compliqué. On voit une femme insultée, rabaissée, défiée dans ce qu’elle représente d’autorité publique, et la réaction devrait être immédiate. Elle l’a d’ailleurs été chez une majorité de gens. Mais presque aussitôt, un autre réflexe s’impose, celui qui consiste à soupçonner l’indignation elle-même, à suggérer qu’elle serait biaisée, orientée, suspecte, que si l’on est choqué, ce n’est pas tant pour ce que l’on voit que pour ce que l’on projette sur celui qui parle. C’est précisément là que le narratif néo-progressiste ambiant déploie sa fonction la plus pernicieuse, non pas défendre les femmes ni protéger l’égalité, mais déplacer la faute vers le mauvais objet. Au lieu d’interroger ce que cette scène révèle sur l’intégration, sur l’autorité, sur le rapport à la société d’accueil et sur la misogynie décomplexée qu’elle expose, on dévie presque mécaniquement vers un autre récit, celui de la prétendue misogynie des hommes québécois, devenus depuis longtemps le bouc émissaire de prédilection du narratif canadien dominant. C’est une cible commode, déjà offerte par le pouvoir, déjà moralement disponible, sur laquelle les tenants du wokisme peuvent frapper à peu de frais, avec la certitude de trouver dans l’ordre établi non pas une résistance, mais une forme de permission implicite. À partir de là, on ne parle plus du geste, mais de ceux qui s’en indignent. On ne juge plus la scène, on la recode.</p>
<p>Pourtant, si l’on veut vraiment prendre au sérieux ce fait divers, il faut accepter d’aller là où le narratif dominant refuse d’aller. La question n’est pas de savoir si les Québécois seraient exempts de misogynie, ni de nier l’existence d’autres formes de violence dans la société. La question est de comprendre ce que révèle précisément cette scène-ci, pourquoi elle a frappé si fort, et pourquoi tant d’efforts sont déployés pour éviter qu’on en tire certaines conclusions.</p>
<p>Ce qu’elle révèle, d’abord, c’est un problème d’intégration plus profond qu’on ne veut bien l’admettre. Non pas au sens bureaucratique ou statistique du terme, mais au sens d’une adhésion réelle à un cadre commun. Le simple fait qu’une figure comme Bekkali puisse apparaître à certains comme quelqu’un qui a osé défier l’autorité de la société québécoise, tenu tête à notre système, et le faire sans honte apparente, dit déjà quelque chose. Il ne s’agit plus seulement d’un débordement individuel, mais d’un comportement perçu comme socialement tolérable, voire valorisable.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Short YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/1jablEYEpa8" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Une deuxième vidéo de Mohamed Bekkali circule. Cette fois, ce ne sont plus seulement les femmes qui sont visées, mais les Québécois eux-mêmes. Le même mépris, assumé, exposé. Et une question qui ne peut plus être évitée.</div>
</div>
<p>Mais ce qui apparaît ici dépasse peut-être même la seule question de l’intégration. Car ce que donne à voir cette posture, c’est aussi l’adhésion à un autre modèle de réussite. Une voiture de luxe, affichée sans retenue, un rapport décomplexé aux règles, illustré notamment par une accumulation de contraventions de vitesse, et un discours qui va jusqu’à qualifier les Québécois de “paysans”. Il ne s’agit plus simplement de rejeter la société d’accueil, mais d’exposer une autre hiérarchie de valeurs, où la réussite se mesure à l’argent, à la domination et à la capacité de s’affranchir des règles communes.</p>
<p>Dans cette perspective, le geste ne relève pas uniquement d’un défaut d’intégration, mais de l’importation et de l’adhésion à un imaginaire concurrent, largement façonné par une culture capitaliste de type américain, où l’individu tend à se définir comme unité de consommation et de puissance, plutôt que comme citoyen inscrit dans un cadre commun.</p>
<p>C’est précisément là que le malaise s’approfondit. Car lorsque ce modèle entre en collision avec celui que le Québec tente encore de maintenir, fondé sur l’égalité, la retenue et un certain sens du commun, ce n’est plus seulement une tension culturelle qui apparaît, mais une incompatibilité plus fondamentale entre deux façons d’habiter la société. Et dans ce contexte, ce qui est en jeu n’est plus simplement l’intégration, mais la capacité même de faire tenir un cadre commun.</p>
<p>Dans cette scène, le rapport de force est d’ailleurs inversé d’une manière particulièrement troublante. La policière, censée représenter la loi et l’ordre public, se retrouve pendant un instant à la merci du contrevenant, qui joue contre elle non seulement la carte de l’injure sexiste, mais aussi celle du soupçon systémique, comme si l’accusation potentielle de racisme suffisait déjà à fragiliser l’autorité qu’elle représente. Ce renversement n’est pas accessoire. Il montre à quel point certaines catégories idéologiques, lorsqu’elles deviennent des armes de délégitimation automatique, peuvent servir à défier nos règles communes au lieu de les éclairer. C’est aussi ce renversement qui éclaire le clash entre les deux féminismes. Le féminisme universaliste voit d’abord une femme prise pour cible, puis cherche à comprendre le reste sans jamais renoncer au principe d’égalité. Le féminisme intersectionnel, lui, commence trop souvent par cartographier les identités en présence, au risque de relativiser ensuite ce qu’il devrait pourtant condamner sans réserve. Dans un cas, la réalité brute des faits demeure première. Dans l’autre, elle peut devenir secondaire face à la convergence théorique des luttes et à la gestion militante des sensibilités.</p>
<p>Et c’est ici que la question québécoise réapparaît avec toute sa force. Car cette difficulté à nommer clairement le problème ne vient pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un conflit plus vaste entre deux modèles. D’un côté, un Québec qui, depuis des années, tente tant bien que mal d’affirmer un cadre laïque, de défendre une conception universaliste de la citoyenneté, de rappeler que l’égalité entre les hommes et les femmes ne peut pas devenir relative. De l’autre, un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Canada" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Canada</a> officiel, hostile à la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_sur_la_la%C3%AFcit%C3%A9_de_l%27%C3%89tat" target="_blank" rel="noopener noreferrer">loi 21</a>, hostile à cette distinction québécoise, attaché à un multiculturalisme d’État qui accepte plus volontiers la juxtaposition des appartenances que l’affirmation d’un cadre commun exigeant. Tant que cette lutte politique demeure inachevée, tant que le Québec reste contraint de défendre son propre modèle dans un espace canadien qui le conteste moralement, il ne faut pas s’étonner que ce genre de tensions s’accumule et ressurgisse sous forme de faits divers révélateurs.</p>
<p>Le plus grave, au fond, n’est peut-être même pas le fait que le problème existe, mais le fait que le pouvoir en place refuse encore de le reconnaître. Car tant qu’on refuse de voir que certaines dérives relèvent aussi d’un échec de l’intégration, tant qu’on préfère parler d’autre chose, tant qu’on recadre tout en fonction de la doxa intersectionnelle et du récit confortable produit par l’ordre établi, aucune solution politique sérieuse ne peut émerger. On n’offre alors ni diagnostic clair, ni horizon commun, ni correctif réel. On nous laisse avec la diversion, avec la polarisation, ou avec la résignation, autrement dit avec le choix entre japper avec la meute woke ou se taire pendant que le cadre québécois continue de s’effriter.</p>
<p>C’est aussi pourquoi le féminisme woke, malgré sa prétention à incarner l’avant-garde morale, ne propose au fond aucune issue politique réelle à ce type de situation. Il administre les perceptions, distribue les permissions de parler, hiérarchise les blessures légitimes, mais il n’offre ni principe d’arbitrage stable, ni cadre commun réellement partageable. Surtout, il ne fait plus de la défense concrète des femmes sa priorité première. Celle-ci devient conditionnelle, subordonnée à d’autres impératifs idéologiques, au point d’entrer parfois en contradiction avec ce qu’il prétend défendre.</p>
<p>À force de privilégier les postures, il a fini par se perdre lui-même. Il se veut radical, mais devient incohérent. Il se veut lucide, mais paraît enfermé dans un système d’interprétation qui filtre le réel plutôt qu’il ne l’éclaire, un système qui fonctionne de plus en plus comme une morale fermée, avec ses réflexes, ses interdits et ses angles morts.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/2rraI53PtLI" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Une analogie qui fait sourire… mais qui éclaire assez bien une réalité. Comme dans RoboCop et sa « directive 4 », certaines grilles idéologiques semblent aujourd’hui empêcher toute critique dès que certaines identités sont en jeu, même lorsque le réel l’exigerait.</div>
</div>
<p>Il se veut progressiste, mais se montre incapable de défendre, avec la constance requise, la réalité la plus élémentaire de l’émancipation féminine, celle qui commence par le refus net de l’abaissement, c’est-à-dire le refus d’être insultée, rabaissée, humiliée ou traitée comme un objet sans valeur dans l’espace public, comme l’a illustré sans détour la scène mettant justement en cause Mohamed Bekkali.</p>
<p>Le paradoxe est là, et il est de plus en plus difficile à contourner. Un féminisme qui ne tient plus sur cette base minimale cesse d’être un outil d’émancipation pour devenir une posture parmi d’autres, parfois même un discours d’apparat. Pour redonner un second souffle au féminisme contemporain, il faudra peut-être d’abord combattre ce féminisme de façade, si prompt à parler au nom de toutes les femmes, mais si hésitant lorsqu’il faudrait se tenir simplement, immédiatement, publiquement, du côté de l’égalité concrète. Le progrès, le vrai, ne consiste pas à raffiner indéfiniment les catégories militantes, mais à reconstruire une solidarité politique autour de bases universalistes, capables de défendre concrètement les droits des femmes, l’égalité civique et le refus absolu de la domination.</p>
<p>C’est en cela que ce fait divers dépasse largement sa dimension immédiate. Il agit comme un révélateur, non seulement d’une dérive individuelle, mais d’un désordre plus profond dans notre manière collective de juger, d’intégrer, de faire société. Il montre où nous en sommes rendus, et il indique aussi ce qui doit être réaffirmé avec plus de fermeté.</p>
<p>Revenir à une forme d’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universalisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">universalisme</a>, dans ce contexte, ne signifie pas nier les différences ni effacer les tensions réelles qui traversent la société. Cela signifie au contraire rétablir un socle commun à partir duquel certaines limites peuvent encore être posées clairement, sans être sans cesse renégociées. Cela signifie réaffirmer que la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFcit%C3%A9" target="_blank" rel="noopener noreferrer">laïcité</a> n’est pas une lubie identitaire, mais une condition de coexistence dans une société pluraliste. Cela signifie rappeler que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas une variable d’ajustement, ni une valeur locale parmi d’autres, mais un principe non négociable. Cela signifie aussi retrouver les bases historiques du féminisme, celles qui plaçaient la dignité, l’autonomie, l’égalité civile et la liberté des femmes au-dessus des accommodements idéologiques.</p>
<p>Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de choisir une méthode d’analyse, mais de choisir le type de société que nous voulons défendre. Une société où les femmes doivent encore attendre que les logiciels militants aient fini de calculer la hiérarchie des causes avant que leur situation soit pleinement reconnue, ou une société où l’égalité parle d’abord, clairement, et sans permission à demander. Une société où les tensions indues et les inégalités produites par le cadrage identitaire continuent d’alimenter le stress collectif, ou une société qui choisit de ramener l’égalité universaliste au centre, non pas comme abstraction morale, mais comme logique constitutionnelle simple, commune et pacificatrice.</p>
<p>Car une égalité qui dépend du contexte, des origines, des croyances ou des rapports de force n’est déjà plus tout à fait une égalité.</p>
<p>Et une solidarité qui ne sait plus se tenir aux côtés d’une femme lorsqu’il le faudrait immédiatement n’est déjà plus tout à fait une solidarité.</p>
<p>C’est là que le débat cesse d’être théorique. Car ce que révèle cette scène, au-delà du choc qu’elle provoque, c’est une ligne de fracture bien réelle entre deux visions du féminisme, l’une qui tient, l’autre qui hésite, l’une qui nomme, l’autre qui contourne.</p>
<p>On peut continuer à détourner le regard, à empiler les grilles d’analyse, à déplacer le problème vers des terrains plus confortables. Mais à force de ne plus savoir dire clairement ce qui est inacceptable, on finit par désarmer ce que l’on prétend défendre.</p>
<p>C’est en cela que ce fait divers oblige à sortir des postures. Il impose un choix qui ne recoupe pas les clivages habituels. Non pas entre la droite et la gauche, mais entre deux façons d’habiter l’égalité, soit comme principe réel, soit comme variable d’ajustement. Et c’est précisément parce que ce clivage traverse aujourd’hui la gauche elle-même qu’il devient impossible de l’éviter.</p>
<p>Soyons clairs, je ne fais pas ici du féminisme ma cause première. Mais comme tout principe d’égalité, il devient une ligne de lecture incontournable dès lors qu’il est confronté au réel. C’est à ce titre, comme allié d’un féminisme ancré dans l’universalisme, que je prends la parole. Non pas pour parler à la place de qui que ce soit, mais pour refuser que l’égalité soit relativisée, déplacée ou conditionnée par les grilles idéologiques du moment.</p>
<p>C’est cette tension que j’explorerai dans <a href="https://www.aqur.org/post/forum-sur-l-universalisme-11-et-12-avril-2026">ma prochaine conférence, Féminisme, vertu et carriérisme. Plaidoyer pour un universalisme de gauche face à la polarisation.</a> Car au fond, ce que cette scène met à nu dépasse largement le seul cadre du féminisme. Elle révèle une fracture interne à la gauche contemporaine elle-même, entre un universalisme exigeant, héritier de ses bases historiques, et un néo-progressisme qui fragmente, hiérarchise et finit par perdre de vue l’essentiel.</p>
<p>Et c’est peut-être précisément à partir de scènes comme celle-ci, aussi dérangeantes soient-elles, que cette vérité redevient visible.</p>
<blockquote><p>Le féminisme ne peut pas être à géométrie variable<br />
-Élisabeth Badinter</p></blockquote>
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		<title>L’affaire de l’Université Laval et la mécanique de disqualification woke au Québec</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Mar 2026 20:03:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie-politique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique nationale]]></category>
		<category><![CDATA[7 jours sur Terre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je reviens sur la controverse de l’Université Laval pour montrer qu’elle dépasse largement un simple conflit ponctuel. À travers cette affaire, j’analyse une mécanique de disqualification morale qui transforme en profondeur notre rapport au débat public. Entre chambres d’écho, surenchère symbolique et affaiblissement des médiateurs, c’est la capacité même de débattre qui vacille. Une réflexion sur ce qui se joue réellement derrière ce basculement.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_17214" style="width: 1546px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/f22137fd-1e33-4c4b-937d-b6870aa584f7.png"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17214" class="wp-image-17214 size-full" title="Quand le débat bascule. L’affaire de l’Université Laval et la mécanique de disqualification morale" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/f22137fd-1e33-4c4b-937d-b6870aa584f7.png" alt="Analyse de la controverse à l’Université Laval et de la disqualification woke qui transforme le débat public au Québec." width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/f22137fd-1e33-4c4b-937d-b6870aa584f7.png 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/f22137fd-1e33-4c4b-937d-b6870aa584f7-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/f22137fd-1e33-4c4b-937d-b6870aa584f7-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/f22137fd-1e33-4c4b-937d-b6870aa584f7-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/f22137fd-1e33-4c4b-937d-b6870aa584f7-140x94.png 140w" sizes="auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /></a><p id="caption-attachment-17214" class="wp-caption-text"><strong>Ou bien quand le débat bascule&#8230;</strong></p></div>
<p>Il y a quelques jours, <a href="https://www.facebook.com/levraibentremblay/posts/pfbid0M3BjowZ3qofWe74LNEs7ZMzk5ykTku8NnHxk7GF4FzwFopbV4Abu3zinx8LDiF98l">Benjamin Tremblay publiait sur Facebook un commentaire moqueur à l’endroit du Parti québécois</a>, tournant en dérision l’attention accordée à Marie-Ève Cotton et à Alexandre Dumas. Comme je vais intégrer ici la capture d’écran de cet échange, il n’est pas nécessaire d’en reprendre chaque mot. Mais il faut en rappeler l’esprit. Il suggérait, au fond, que le PQ accordait trop d’importance à ce qui pouvait sembler n’être qu’une agitation périphérique, peu digne d’un parti qui aspire au pouvoir.</p>
<p>C’est précisément là que se logeait, à mes yeux, une erreur de lecture.<br />
<span id="more-17207"></span></p>
<p><a href="https://www.facebook.com/levraibentremblay/posts/pfbid0M3BjowZ3qofWe74LNEs7ZMzk5ykTku8NnHxk7GF4FzwFopbV4Abu3zinx8LDiF98l"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-17209 size-full" title="Benjamin Tremblay" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-19-164227.png" alt="" width="658" height="518" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-19-164227.png 658w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-19-164227-381x300.png 381w" sizes="auto, (max-width: 658px) 100vw, 658px" /></a></p>
<p>Car ce qui était présenté comme un simple bruit de fond relevait déjà d’un autre registre. Des officiers du parti, des militants, des élus, et plus largement l’option indépendantiste elle-même, se retrouvaient exposés à un feu nourri d’attaques fallacieuses, d’amalgames, d’hyperboles et, par moments, de franche calomnie. À ce niveau d’intensité, on ne parle plus seulement de polémique. On entre dans un climat où la répétition remplace la démonstration, où l’exagération tient lieu d’argument, et où l’adversaire cesse peu à peu d’être contredit pour être disqualifié.</p>
<p>Si je me suis arrêté au commentaire de Tremblay, ce n’est pas parce que je le considère comme un adversaire. Bien au contraire. Je le connais à travers <a href="https://www.7jourssurterre.com/">le média indépendant 7 jours sur Terre</a>, <a href="https://www.youtube.com/c/7jourssurTerre">et surtout sa chaîne</a> que j’estime au point de l’avoir déjà recommandée dans un ancien <a href="https://carlboileau.com/top-15-youtube/">texte de mon blogue consacré à mes chaînes YouTube préférées en français</a>. Je lui reconnais une réelle capacité d’analyse géopolitique et un souci de vulgarisation qu’on retrouve trop rarement dans l’espace public. C’est précisément pour cette raison que sa sortie m’avait surpris. Elle me donnait l’impression qu’il ne mesurait pas encore pleinement l’ampleur d’un phénomène qui, à force de mensonges, de surenchère morale et de contamination symbolique, ne vise plus seulement à contredire le PQ, mais à user sa légitimité même dans l’espace public.</p>
<div id="attachment_13838" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/top-15-youtube/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-13838" class="wp-image-13838 size-medium" title="cliquez sur l'image pour lire mon texte &quot;15 vidéastes francophones à suivre sur YouTube&quot;" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2023/03/top15-TouTube-400x267.jpg" alt="15 VIDÉASTES FRANCOPHONES À SUIVRE SUR YOUTUBE" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2023/03/top15-TouTube-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2023/03/top15-TouTube-1024x684.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2023/03/top15-TouTube-768x513.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2023/03/top15-TouTube-1536x1025.jpg 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2023/03/top15-TouTube-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2023/03/top15-TouTube.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-13838" class="wp-caption-text"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f449.png" alt="👉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /> cliquez sur l&#8217;image pour lire mon texte &#8220;<a href="https://carlboileau.com/top-15-youtube/">15 vidéastes francophones à suivre sur YouTube&#8221;</a></p></div>
<p>Sur le moment, j’ai choisi de lui répondre. Non pas pour lui faire un procès d’intention, mais parce qu’il se jouait là quelque chose de plus profond que la joute du jour. À première vue, son réflexe peut sembler sain, ignorer le bruit, refuser de s’abaisser aux querelles virtuelles, ne pas donner d’importance à ce qui paraît marginal. Mais ce réflexe devient problématique lorsque ce « bruit » n’est plus seulement du bruit.</p>
<p>Autour de ce type de controverse, ce n’est plus une agitation spontanée qui se déploie, mais un écosystème. Les insinuations, les déformations et les récits y circulent en boucle, se renforcent mutuellement, puis finissent par s’imposer comme une réalité parallèle. Dans un tel contexte, ne pas répondre ne signifie plus élever le débat, mais laisser le terrain libre. Une calomnie répétée, relayée, amplifiée dans des chambres d’écho, finit par produire ses effets, non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle n’est plus contestée.</p>
<p><strong>C’est là que le débat bascule.<br />
</strong><br />
Ce basculement tient aussi à une faille plus large. Les médiateurs traditionnels, journalistes, commentateurs professionnels et institutions, ne jouent plus toujours pleinement leur rôle de mise à l’épreuve des faits, quand ils ne se contentent pas d’épouser le climat ambiant. On se retrouve alors dans un espace où la vérité n’est plus arbitrée avec la rigueur nécessaire, où les perceptions se substituent aux faits, et où certains acteurs politiques apprennent à exploiter cette zone grise avec une redoutable efficacité. À ce moment-là, je n’y voyais encore qu’un déséquilibre. Aujourd’hui, il apparaît de plus en plus clairement qu’il existe là un système politique en parallèle, qui agit librement en marge de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie" target="_blank" rel="noopener noreferrer">démocratie</a> parlementaire tout en influençant profondément ses conditions d’exercice.</p>
<p>La controverse entourant la conférence prévue le 26 mars à l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_Laval" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Université Laval</a>, où doivent intervenir Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard, est venue confirmer presque point par point ce que je cherchais déjà à nommer. <a href="https://www.facebook.com/femulaval">Le groupe Féministes en mouvement de l’Université Laval</a> (évidement d&#8217;obédience intersectionnel) <a href="https://docs.google.com/document/d/1d_0Qt9pD5nkI5gT4sQH0EPNS5so4HdFZDvWEPg8vjHA/mobilebasic?fbclid=IwY2xjawQqbHFleHRuA2FlbQIxMABicmlkETF5S3BZYnlPdUFBVUlXZ3lPc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHmFyuszydoeLQDK6qJoSeGQfgV4zLpNA0v3Himnh09mNZ5jcAsg0Y_VUbKJ__aem__v2cx5-UYUYuMUggmXArSw">a explicitement demandé l’annulation de l’événement et a présenté les trois panélistes comme porteurs d’un discours « traditionaliste », « discriminatoire » et « voire haineux ». On a ensuite vu se greffer à cette séquence une série d’appuis, de relais, de commentaires et de surenchères dans les réseaux</a>.</p>
<div id="attachment_17211" style="width: 829px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654015760_18383620300087912_3179983454344953437_n.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17211" class="wp-image-17211 size-large" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654015760_18383620300087912_3179983454344953437_n-819x1024.jpg" alt="" width="819" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654015760_18383620300087912_3179983454344953437_n-819x1024.jpg 819w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654015760_18383620300087912_3179983454344953437_n-240x300.jpg 240w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654015760_18383620300087912_3179983454344953437_n-768x960.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654015760_18383620300087912_3179983454344953437_n-1228x1536.jpg 1228w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654015760_18383620300087912_3179983454344953437_n.jpg 1350w" sizes="auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px" /></a><p id="caption-attachment-17211" class="wp-caption-text">Dixit Réjean Bergeron : &#8220;Les mêmes personnes qui voient du fascisme partout, mais qui veulent censurer tous ceux qui ne pensent pas comme elles. Trouvez l&#8217;erreur&#8230;&#8221;</p></div>
<p>Ce qui donne à l’affaire une portée particulière, c’est que Benjamin Tremblay lui-même, qui observait d’abord ce phénomène avec une distance teintée d’ironie, se retrouve aujourd’hui pris dans la mécanique qu’il minimisait. Celui qui croyait n’y voir qu’une agitation marginale en subit désormais les effets, pris à son tour dans ce processus de disqualification morale qu’il jugeait secondaire.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/-Adk5bfWaTU" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Dans cet extrait, Lagacé et Trudeau dénoncent la tentative d’annulation d’une conférence du PQ à l’Université Laval, révélatrice d’un glissement où la notion de « haine » s’élargit au point de fragiliser la liberté d’expression et le débat démocratique.</div>
</div>
<p>Autrement dit, le problème n’était peut-être pas que le PQ accordait trop d’importance à ce réseau sournois, mais que plusieurs n’avaient pas encore mesuré à quel point il peut dégrader notre rapport collectif aux faits, au débat et à la légitimité même de l’adversaire en démocratie.</p>
<div id="attachment_17216" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://lactualite.com/actualites/conference-controversee-alex-boissonneault-deplore-lintimidation-ideologique/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17216" class="size-medium wp-image-17216" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/43a8d54a8f4336dabad29c4241373519-400x267.jpg" alt="" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/43a8d54a8f4336dabad29c4241373519-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/43a8d54a8f4336dabad29c4241373519-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/43a8d54a8f4336dabad29c4241373519-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/43a8d54a8f4336dabad29c4241373519.jpg 924w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17216" class="wp-caption-text">Conférence controversée: <a href="https://lactualite.com/actualites/conference-controversee-alex-boissonneault-deplore-lintimidation-ideologique/">Alex Boissonneault déplore l’«intimidation idéologique»</a></p></div>
<p>Depuis le tout début de son émergence au Québec, je me suis opposé au <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Wokisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">wokisme</a>. Non pas par réflexe de camp, ni parce que la traditionnelle géographie gauche-droite suffirait à saisir ce phénomène, mais parce que j’y ai reconnu très tôt une culture dogmatique qui substitue l’annulation à la réfutation, l’excommunication à la discussion, et la pureté morale au patient travail de la pensée.</p>
<p>Ce qui m’a toujours frappé dans cette « logique », c’est qu’elle ne commence pas par se demander si une idée est vraie, fondée ou conforme aux faits, mais si elle est moralement acceptable. Là où une démarche scientifique confronte ses hypothèses au réel, quitte à se corriger, cette « logique » procède à l’inverse, elle tend à plier le réel pour le faire entrer dans ses croyances. On n’y cherche pas à comprendre, mais à trier. Et c’est précisément là que le problème déborde la simple querelle idéologique. Une démocratie digne de ce nom suppose que le conflit puisse exister sans que l’adversaire soit traité en hérétique, ni que le débat soit réduit à un filtrage moral préalable.</p>
<p>C’est pourquoi le milieu universitaire me préoccupe depuis longtemps. L’université ne devrait pas devenir un sanctuaire érigé en<em> <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Safe_space" target="_blank" rel="noopener noreferrer">safe space</a></em>, où la protection des sensibilités prime sur la recherche de la vérité. À force de soustraire certaines idées à la contradiction, on ne protège plus des individus, on protège des croyances. Elle devrait au contraire demeurer l’un des derniers lieux où le doute conserve ses droits, où les certitudes sont contraintes de se justifier, et où la pensée progresse par mise à l’épreuve du réel.</p>
<div id="attachment_17237" style="width: 1190px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=pfbid02KR9zch78mHEBEi6U7ahHEbMHG2wLX64MnpuTur5D1VP9yTG4Ej3YSjbDSqfmXFg5l&amp;id=61564404944374"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17237" class="wp-image-17237 size-full" title="Le Réseau féministe québécois" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-093751.png" alt="Le Réseau féministe québécois" width="1180" height="443" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-093751.png 1180w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-093751-400x150.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-093751-1024x384.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-093751-768x288.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-093751-960x360.png 960w" sizes="auto, (max-width: 1180px) 100vw, 1180px" /></a><p id="caption-attachment-17237" class="wp-caption-text">Le Réseau féministe québécois rappelle qu’une université doit demeurer un lieu de confrontation des idées, et que censurer un débat au nom de critères identitaires n’élève pas la discussion, mais fragilise la démocratie. Cliquez sur l’image pour <a href="https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=pfbid02KR9zch78mHEBEi6U7ahHEbMHG2wLX64MnpuTur5D1VP9yTG4Ej3YSjbDSqfmXFg5l&amp;id=61564404944374">lire leur dernier communiqué sur la controverse à l’Université Laval</a> et constater à quel point la fracture entre féminisme universaliste et intersectionnel apparaît aujourd’hui au grand jour au Québec.</p></div>
<p>Lorsqu’une culture d’annulation s’y installe, elle transforme la nature même de l’institution. Elle l’éloigne de sa mission première, celle du savoir et du questionnement, pour la rapprocher d’un espace de conformité, où l’enjeu n’est plus de penser juste, mais de penser correctement. On n’y apprend plus à argumenter, mais à éviter certains mots, certaines idées, certaines présences.</p>
<div id="attachment_17213" style="width: 260px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.amazon.fr/Dictionary-Woke-Orwellian-Destroying-Societies/dp/1922810096"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17213" class="wp-image-17213" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/81WJTUax4KL._UF10001000_QL80_.jpg" alt="" width="250" height="381" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/81WJTUax4KL._UF10001000_QL80_.jpg 657w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/81WJTUax4KL._UF10001000_QL80_-197x300.jpg 197w" sizes="auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px" /></a><p id="caption-attachment-17213" class="wp-caption-text">cliquez sur l&#8217;image pour commander ce livre</p></div>
<p>La comparaison avec la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Religion" target="_blank" rel="noopener noreferrer">religion</a> me paraît éclairante. Non pas parce que le wokisme serait une religion au sens strict, mais parce qu’on y retrouve plusieurs de ses mécanismes. Des dogmes implicites, des interdits de langage, une séparation croissante entre les purs et les impurs, des fautes symboliques qui appellent moins la discussion que la pénitence. Dans un tel climat, la recherche de la vérité s’efface derrière l’obsession de l’orthodoxie.</p>
<p>Le pouvoir de nuisance démocratique de cette logique est désormais visible. On le voit dans l’intolérance croissante à l’égard du dissensus, dans la facilité avec laquelle des étudiants, des professeurs, des chroniqueurs ou des conférenciers deviennent suspects dès qu’ils dérogent à certains présupposés tenus pour sacrés, et dans cette culture de l’annulation qui vise moins à contredire qu’à intimider, isoler et décourager.</p>
<p>L’affaire de l’Université Laval ne surgit donc pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une trajectoire plus ancienne. Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que cette logique ne se contente plus d’imposer son propre code. Elle semble désormais se concentrer sur une cible politique étonnamment bien définie, le Parti québécois, soit dans le contexte actuel le seul parti à assumer clairement l’option indépendantiste. À travers lui, c’est plus largement le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_qu%C3%A9b%C3%A9cois" target="_blank" rel="noopener noreferrer">nationalisme québécois</a> qui est visé, et avec lui la possibilité même de penser le Québec comme sujet politique distinct.</p>
<p>C’est là que le phénomène devient plus grave. On n’est plus seulement devant une culture de l’annulation qui fragilise les conditions du débat. On assiste à une reconfiguration de ses réflexes au service du statu quo fédéraliste. Chaque fois qu’un discours national québécois un peu affirmé est recodé comme suspect, réactionnaire, xénophobe ou vaguement fascisant, ce n’est pas seulement une sensibilité militante qui s’exprime. C’est un mécanisme de neutralisation politique.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
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<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/9l26N0eWAYQ" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">
<div class="text-base my-auto mx-auto [--thread-content-margin:var(--thread-content-margin-xs,calc(var(--spacing)*4))] @w-sm/main:[--thread-content-margin:var(--thread-content-margin-sm,calc(var(--spacing)*6))] @w-lg/main:[--thread-content-margin:var(--thread-content-margin-lg,calc(var(--spacing)*16))] px-(--thread-content-margin)">
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<p data-start="19" data-end="363" data-is-last-node="" data-is-only-node="">Dans cette entrevue, la présidente du Réseau féministe québécois, Alexandra Houle, dénonce la tentative d’annulation de la conférence à l’Université Laval et rappelle qu’une université doit demeurer un lieu de confrontation des idées. Une prise de position qui recentre le débat sur l’essentiel, la liberté d’entendre et de contredire, plutôt que de faire taire.</p>
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<p>Il faut toutefois tenir compte de l’évolution récente des faits. Alexandre Dumas a pris soin aujourd’hui de préciser publiquement ne pas avoir demandé l’annulation de la conférence et ne pas être une « figure » de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%C3%A9bec_solidaire">Québec solidaire</a> (et ça fait un bail que je dis à mes camarades du PQ d’arrêter de présenter ce type comme un représentant de QS, ce n’est pas parce qu’il parvient à en influencer certains membres qu’il en est le porte-parole). Il faut en prendre acte. Mais cela oblige surtout à déplacer le regard. Le cœur du problème n’est pas un individu isolé. Il réside dans un réseau plus diffus de relais, d’approbations, de partages et de surenchères.</p>
<div id="attachment_17224" style="width: 270px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655461175_122174094482788902_2028405265328205986_n-1.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17224" class="size-medium wp-image-17224" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655461175_122174094482788902_2028405265328205986_n-1-260x300.jpg" alt="" width="260" height="300" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655461175_122174094482788902_2028405265328205986_n-1-260x300.jpg 260w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655461175_122174094482788902_2028405265328205986_n-1-887x1024.jpg 887w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655461175_122174094482788902_2028405265328205986_n-1-768x887.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655461175_122174094482788902_2028405265328205986_n-1-1331x1536.jpg 1331w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655461175_122174094482788902_2028405265328205986_n-1.jpg 1774w" sizes="auto, (max-width: 260px) 100vw, 260px" /></a><p id="caption-attachment-17224" class="wp-caption-text">Cliquez sur l&#8217;image pour aller lire la propagande de cet agent perturbateur</p></div>
<p>On voit justement ce réseau à l’œuvre. Le FEMUL appelle explicitement à l’action et réclame l’annulation de la conférence. Annie-Pierre Bélanger, porte-parole de QS dans Montmorency, salue l’initiative et évoque même l’idée d’aller « <em>trasher</em> » l’événement avec une gang de militant-e-s. Kim Lévesque-Lizotte, sympathisante de QS et professionnellement active dans l’écosystème de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Radio-Canada" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Radio-Canada</a>, relaie l’appel, signe que ce type de discours ne se limite plus aux marges militantes.</p>
<div id="attachment_17220" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17220" class="size-medium wp-image-17220" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-151412-400x262.png" alt="" width="400" height="262" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-151412-400x262.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-151412-207x136.png 207w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-151412-260x170.png 260w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-151412-430x283.png 430w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-151412.png 625w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /><p id="caption-attachment-17220" class="wp-caption-text">Kim Lévesque-Lizotte a relayé la campagne visant à faire annuler la conférence avant de la retirer sous pression.</p></div>
<p>Le cas d’Éli San est particulièrement révélateur de cette dynamique. Dans une publication largement diffusée, cumulant des centaines d’approbations et de partages, cette excitée du bocal reprend une rhétorique de disqualification totale en affirmant que le Parti québécois serait désormais engagé dans une forme d’alliance avec l’extrême droite. On ne cherche plus ici à débattre ni à critiquer des positions précises, mais à frapper un camp entier d’illégitimité morale, par une logique de contamination symbolique où les amalgames finissent par remplacer l’argument. Que ce type de propos puisse circuler aussi largement et être repris sans véritable mise à distance en dit long sur l’état du débat, où la fabulation importe parfois moins que le cadre moral qui la rend acceptable et en permet la banalisation.</p>
<div id="attachment_17222" style="width: 695px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.facebook.com/eli.opinionista/posts/pfbid02fgansY3F8EPAssdAStQ8fK88zpH3rDhQeJNVYD6TR43VLPinpQ6V6Rq1iWMy7169l"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17222" class="wp-image-17222 size-full" title="Eli San" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-152402.png" alt="" width="685" height="203" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-152402.png 685w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-20-152402-400x119.png 400w" sizes="auto, (max-width: 685px) 100vw, 685px" /></a><p id="caption-attachment-17222" class="wp-caption-text">Cliquez sur l&#8217;image pour aller lire <a href="https://www.facebook.com/eli.opinionista/posts/pfbid02fgansY3F8EPAssdAStQ8fK88zpH3rDhQeJNVYD6TR43VLPinpQ6V6Rq1iWMy7169l">son statut au complet</a></p></div>
<p>Car ce réseau ne se contente pas de critiquer. Il construit une atmosphère. Il normalise les glissements. Il installe un univers mental dans lequel l’adversaire n’est plus simplement contredit, mais entouré de soupçon avant même d’avoir parlé. Une fois ce travail accompli, le débat devient presque superflu. Pourquoi confronter une idée qu’on a déjà réussi à rendre honteuse ?</p>
<div id="attachment_17217" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17217" class="size-medium wp-image-17217" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654886283_122174094632788902_8369889047137484152_n-1-400x216.jpg" alt="" width="400" height="216" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654886283_122174094632788902_8369889047137484152_n-1-400x216.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654886283_122174094632788902_8369889047137484152_n-1-220x120.jpg 220w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654886283_122174094632788902_8369889047137484152_n-1-768x415.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654886283_122174094632788902_8369889047137484152_n-1.jpg 1022w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /><p id="caption-attachment-17217" class="wp-caption-text">Marie-Ève Cotton, toujours fidèle à son obsession d’associer le Parti québécois au nazisme.</p></div>
<p>À ce stade, il devient difficile de ne pas s’interroger sur les effets concrets d’un tel processus. Chaque fois qu’une partie du mouvement woke est conditionnée, voire carrément orientée, à concentrer son énergie contre le nationalisme québécois, elle se détourne, de fait, des structures qui maintiennent le Québec dans son impuissance politique. Chaque fois qu’elle en vient à considérer l’indépendantisme comme un danger plus pressant que le régime colonial qui l’encadre et tend à le dissoudre, elle contribue, souvent sans en prendre pleinement la mesure, à perpétuer le maintient de l’ordre établi qu’elle prétend combattre.</p>
<p>Et c’est peut-être ici qu’il faudrait regarder plus sérieusement lorsqu’on prétend traquer partout les signes d’une dérive autoritaire.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/Qn9J0SnkPio" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">L’un des premiers au Québec à avoir eu le courage de dénoncer publiquement le wokisme, bien avant que ce &#8220;débat&#8221; dégénère à son égard dans les médias sociaux.</div>
</div>
<p>Car, paradoxalement, à force de pourchasser ce spectre du fascisme, certains finissent par en adopter eux-mêmes les réflexes, bannissement, soupçon, intimidation morale, mise au ban, refus du débat contradictoire. La dérive autoritaire qu’ils croient déceler partout ailleurs se manifeste finalement dans leurs propres méthodes.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Short YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/4vrovib3zEs" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"> </iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Dans cet extrait du podcast de droite Ian &amp; Frank, les animateurs offrent un regard critique et humoristique sur la controverse de l’Université Laval, en questionnant l’usage souvent réflexe de l’étiquette « extrême droite », notamment dans le traitement médiatique de Radio-Canada..</div>
</div>
<p>C’est précisément ici qu’apparaît l’un des procédés les plus toxiques de notre époque, cette inflation verbale qui transforme peu à peu l’adversaire en monstre par simple contamination associative. Le mécanisme est désormais bien connu par les Alexandre Dumas de ce monde. On ne prouve rien, on rapproche. On n’argumente pas, on suggère. On n’analyse plus, on contamine.</p>
<div id="attachment_17236" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://alexandredumashistorien4.wordpress.com/2026/02/23/pspp-a-t-il-rencontre-eric-zemmour/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17236" class="wp-image-17236 size-medium" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-092800-400x218.png" alt="" width="400" height="218" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-092800-400x218.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-092800-220x120.png 220w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-092800-768x419.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/Capture-decran-2026-03-21-092800.png 830w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17236" class="wp-caption-text">Méthode d’enquête de Dumas et cie : 1- Prendre une rumeur sans source; 2- Envoyer un message au principal intéressé; 3- Pas de réponse; 4- Conclusion : donc c’est vrai. Scandale !</p></div>
<p>Depuis des mois, on voit se déployer la même séquence. Trump assimilé à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Hitler" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Hitler</a>. Le PQ présenté comme « trumpisé ». Puis, par glissements successifs, l’idée qu’il existerait une continuité entre ce parti, le fascisme, voire le nazisme. C’est une forme particulièrement pernicieuse de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Reductio_ad_Hitlerum" target="_blank" rel="noopener noreferrer">reductio ad Hitlerum</a>. Non pas la comparaison frontale, trop grossière pour être toujours assumée, mais la suggestion par couches successives, la fabrication d’une atmosphère où certaines conclusions n’ont même plus besoin d’être prononcées pour agir.</p>
<div id="attachment_17223" style="width: 510px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17223" class="wp-image-17223" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655511481_122174094434788902_5162378829973537403_n.jpg" alt="" width="500" height="454" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655511481_122174094434788902_5162378829973537403_n.jpg 1779w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655511481_122174094434788902_5162378829973537403_n-330x300.jpg 330w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655511481_122174094434788902_5162378829973537403_n-1024x930.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655511481_122174094434788902_5162378829973537403_n-768x698.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/655511481_122174094434788902_5162378829973537403_n-1536x1395.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px" /><p id="caption-attachment-17223" class="wp-caption-text">Ne riez pas, ce type est pris au sérieux par les milieux wokes qu’il formate et manipule</p></div>
<p>Le plus troublant, c’est que ce procédé finit par produire ses effets bien au-delà de sa cible initiale. Une fois la machine lancée, elle étend son périmètre. Ceux qui, hier encore, ironisaient sur l’attention accordée à ce phénomène peuvent à leur tour être happés par lui. C’est exactement ce qui rend la situation actuelle de Benjamin Tremblay si révélatrice. Il se retrouve lui aussi pris dans cette zone de suspicion, non pas parce qu’il partagerait nécessairement toutes les positions du PQ, mais parce qu’il a accepté de participer à une même tribune.</p>
<p>Autrement dit, la logique que je pointais il y a quelques jours se confirme sous nos yeux. Dans un tel climat, il ne suffit plus d’avoir ses nuances, ses distances ou ses désaccords. Il suffit d’être là, d’accepter de participer à un même échange, de ne pas se soumettre au réflexe d’annulation, pour se voir à son tour recodé.</p>
<p><strong>Quand le débat bascule, il ne s’agit plus de départager le vrai du faux, mais de trier les voix recevables des voix à bannir.</strong></p>
<div id="attachment_17219" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.facebook.com/jocelyn.desjardins/posts/pfbid02KsUV14icpZSGtJb9DpFuuUpDE7e68V7PNoDkb2cnsTH6oVENimHJPUWahnP8zN9nl"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17219" class="wp-image-17219 size-medium" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654818463_10162157092646050_7035702755599218690_n-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654818463_10162157092646050_7035702755599218690_n-300x300.jpg 300w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654818463_10162157092646050_7035702755599218690_n-144x144.jpg 144w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654818463_10162157092646050_7035702755599218690_n-37x37.jpg 37w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654818463_10162157092646050_7035702755599218690_n-128x128.jpg 128w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654818463_10162157092646050_7035702755599218690_n-184x184.jpg 184w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/654818463_10162157092646050_7035702755599218690_n.jpg 526w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><p id="caption-attachment-17219" class="wp-caption-text">Cette logique ne m’apparaît pas isolée. Elle est de plus en plus nommée, y compris ailleurs. <a href="https://www.facebook.com/jocelyn.desjardins/posts/pfbid02KsUV14icpZSGtJb9DpFuuUpDE7e68V7PNoDkb2cnsTH6oVENimHJPUWahnP8zN9nl">La réflexion suivante de Jocelyn Desjardins en offre une lecture particulièrement éclairante.</a></p></div>
<p>Voilà pourquoi cette controverse me paraît si révélatrice. Elle ne nous parle pas seulement d’une conférence contestée à l’Université Laval. Elle met au jour quelque chose de plus large, de plus diffus, de plus inquiétant aussi. Elle montre comment un univers fabriqué dans les réseaux, entretenu par des relais militants et amplifié dans certaines chambres d’écho, finit par déborder dans le réel, jusqu’à peser concrètement sur notre capacité collective à débattre.</p>
<p>Ce qui se joue ici dépasse donc de loin le sort d’un seul événement. Lorsqu’une société commence à tolérer qu’un panel réunissant Alex Boissonneault, Benjamin Tremblay et Étienne-Alexandre Beauregard puisse être entouré d’un tel soupçon avant même d’avoir parlé, elle envoie un message qui excède largement les trois personnes concernées. Elle dit, en creux, qu’il existe désormais des sujets trop risqués, des mots trop contaminés, des perspectives trop suspectes pour être simplement mises en discussion.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/jRz_EzjCG4w" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Dans cette entrevue avec Richard Martineau, Étienne-Alexandre Beauregard avance que la gauche radicale tend à fuir le débat intellectuel, prise de panique à mesure qu’elle perd du terrain auprès de l’électorat moyen.</div>
</div>
<p>C’est ainsi que naît un véritable problème de société. Une partie de l’espace public semble de moins en moins capable de distinguer entre contester une idée et travailler à rendre impossible son expression, entre combattre un argument et organiser la dégradation de celui qui le porte, entre la contradiction, normale en démocratie, et la disqualification, qui en ronge les fondements.</p>
<p>Je reviens alors au commentaire de Benjamin Tremblay. Non pas pour lui reprocher d’avoir été ironique, ni pour transformer ce texte en règlement de comptes. Mais parce que toute cette séquence donne aujourd’hui à ma réponse de l’époque une résonance nouvelle. Ce que j’essayais de nommer alors, ce n’était pas seulement l’existence de quelques attaques excessives ou de quelques militants trop emportés. C’était un problème plus profond, celui d’un espace public où des chambres d’écho finissent par produire leur propre réalité, où la répétition tient lieu de preuve, et où l’adversaire doit être sali avant d’être entendu.</p>
<div id="attachment_17005" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17005" class="size-medium wp-image-17005" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-400x267.jpg" alt="" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17005" class="wp-caption-text">Polarisation, confusion lexicale et crise de la conversation démocratique. <a href="https://carlboileau.com/guerre-etiquettes-democratie/">Mon dernier appel à la raison est demeuré marginal</a></p></div>
<p>Or voilà que Benjamin Tremblay lui-même se retrouve maintenant touché par cette mécanique. C’est peut-être la meilleure démonstration que le problème était réel depuis le départ.</p>
<p>Mais la suite logique de cette affaire ne consiste pas seulement à résister à la censure woke ou à protéger la tenue d’une conférence. Cela demeure nécessaire. Le véritable enjeu est ailleurs, comprendre comment contrer une mécanique de fabrication calomnieuse qui prospère dans les chambres d’écho, exploite l’asymétrie morale du débat public et finit par s’imposer faute d’être sérieusement contestée. Il faudra bien, tôt ou tard, s’attaquer à cette question. Je m’y attarderai dans un prochain texte.</p>
<p>Car lorsqu’une démocratie commence à se refermer, ce n’est pas d’abord par l’interdiction, mais par le rétrécissement du pensable. Lorsque certaines idées deviennent moralement suspectes avant même d’être discutées, ce n’est pas seulement le débat qui recule. C’est la capacité d’un peuple à se concevoir, à se projeter et à exister politiquement qui s’érode. Pour une nation inachevée, ce glissement est décisif. On ne censure plus frontalement, mais on rend certaines idées impossibles à exprimer, en les frappant d’illégitimité avant même qu’elles soient débattues.</p>
<p>Une démocratie ne meurt pas seulement quand on interdit de parler.</p>
<p>Elle commence à s’abîmer lorsque l’on en vient à croire qu’il est plus noble de faire taire que de débattre.</p>
<p>Elle commence à mourir lorsque débattre devient suspect.</p>
<p>Et une nation s’efface lorsque, peu à peu, elle cesse même de se croire légitime d’exister.</p>
<p>Ce travail ne se fait pas toujours de manière frontale. Il progresse par relais, par imprégnation, par des logiques qui, sous couvert de vertu morale, finissent par produire des effets qui convergent avec les intérêts du pouvoir en place. C’est ainsi que, dans les faits, certains réseaux d’activistes, dont ceux qui gravitent autour de figures comme Alexandre Dumas et Marie-Eve Cotton, participent à une dynamique de disqualification politique dont la cohérence et la direction interrogent, tant elle converge systématiquement vers la perpétuation d’un cadre colonial qui continue de structurer le Québec.</p>
<p>Dès lors, une question s’impose. Dans cette histoire, qui incarne réellement le progrès pour notre avenir ? Ceux qui ferment les débats au nom d’une vertu proclamée, en traçant les frontières du pensable&#8230; ou ceux qui persistent à maintenir l’espace intellectuel ouvert, malgré le coût social et le risque de stigmatisation politique que cela implique.</p>
<blockquote><p>Un système fondé sur le mensonge ne tient que s’il est partagé par tous. Dès qu’un seul s’en affranchit, c’est tout l’édifice qui vacille<br />
&#8211; Václav Havel</p></blockquote>
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		<title>Lancement de ma filmothèque, la nouvelle section cinéma du blogue</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Mar 2026 14:03:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[critique de film]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je lance aujourd’hui une nouvelle section consacrée au cinéma sur mon blogue. Autour de la page Analyses critiques de films et de sa filmothèque, vous pouvez désormais parcourir près d’une centaine de critiques écrites au fil de mes visionnements. Une manière pour moi de prolonger l’expérience des films, entre observation de la mise en scène, réflexion sur les récits et plaisir de cinéphile.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critiques_de_films.png"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-17154 size-large" title="Lancement de ma filmothèque, la nouvelle section cinéma du blogue" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critiques_de_films-1024x683.png" alt="Lancement de ma filmothèque, une section cinéma rassemblant près de 100 analyses critiques de films, classées et accessibles sur mon blogue." width="1024" height="683" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critiques_de_films-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critiques_de_films-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critiques_de_films-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critiques_de_films-140x94.png 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critiques_de_films.png 1536w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></p>
<p>Ce soir, pendant que le monde du cinéma aura les yeux tournés vers la cérémonie des Oscars, j’en profite pour souligner le lancement officiel d’un petit projet personnel auquel je viens de consacrer plusieurs heures de programmation.</p>
<p>Depuis aujourd’hui, mon blogue possède désormais une véritable section consacrée au cinéma. Elle prend forme autour d’une page qui rassemble mes analyses critiques les plus récentes, un espace pensé comme la porte d’entrée vers les films que je prends le temps d’observer, de décortiquer et de commenter.<br />
<span id="more-17153"></span></p>
<div id="attachment_17042" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/critique-de-film/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17042" class="wp-image-17042 size-medium" title="Analyses critiques de films par Carl Boileau" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critique-de-films-400x267.png" alt="Salle de cinéma avec écran affichant &quot;Analyses critiques de films par Carl Boileau&quot;" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critique-de-films-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critique-de-films-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critique-de-films-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critique-de-films-140x94.png 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/critique-de-films.png 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17042" class="wp-caption-text"><a href="https://carlboileau.com/critique-de-film/">Une section consacrée aux critiques et analyses de films publiées ici dans mon blogue</a></p></div>
<p>Cette page présente les dix dernières critiques publiées, dans une mise en page qui reprend volontairement l’architecture de mes articles habituels. J’ai passé plusieurs jours à programmer cette section afin qu’elle s’intègre naturellement à la logique du site, comme si ces textes avaient toujours fait partie de son paysage.</p>
<p>Au fil du temps, une autre idée s’est imposée. Puisque ces analyses commençaient à s’accumuler, il devenait utile de pouvoir les parcourir autrement que par ordre chronologique. C’est ainsi qu’est née la filmothèque, qui agit comme l’extension naturelle de cette section cinéma.</p>
<div id="attachment_17127" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/filmotheque/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17127" class="wp-image-17127 size-medium" title="Filmothèque de Carl Boileau" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque-300x300.png" alt="Illustration d’une filmothèque de critiques de films avec clap de cinéma, pellicule, projecteur et ambiance de salle de cinéma." width="300" height="300" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque-300x300.png 300w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque-768x768.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque-144x144.png 144w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque-37x37.png 37w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque-128x128.png 128w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque-184x184.png 184w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/filmotheque.png 1024w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><p id="caption-attachment-17127" class="wp-caption-text">Cliquez sur l&#8217;image pour <a href="https://carlboileau.com/filmotheque/">consulter les archives de mes critiques cinématographiques</a></p></div>
<p>La filmothèque rassemble maintenant près d’une centaine de critiques, classées par réalisateur, acteur, genre, collection et note. Elle permet de naviguer dans cet ensemble de textes comme on feuillette une archive personnelle du cinéma que j’ai regardé au cours des deux dernières années.</p>
<p>Car ce projet n’est pas né tout à fait par hasard. <a href="https://carlboileau.com/mon-palmares-des-films-de-2024-un-cadeau-cinematographique-pour-le-jour-de-lan/">Il y a deux ans, j’ai finalement mis en pratique une résolution du Jour de l’An que je mijotais depuis plus d’une décennie</a>. Celle de commencer à écrire quelques notes critiques après certains visionnements.</p>
<div id="attachment_15282" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/mon-palmares-des-films-de-2024-un-cadeau-cinematographique-pour-le-jour-de-lan/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-15282" class="wp-image-15282 size-medium" title="Mon palmarès des films de 2024 : un cadeau cinématographique pour le Jour de l’An" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/12/bf308ef7-bb02-414e-94aa-9ee462435aae-400x229.webp" alt="Mon palmarès des films de 2024 : un cadeau cinématographique pour le Jour de l'An" width="400" height="229" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/12/bf308ef7-bb02-414e-94aa-9ee462435aae-400x229.webp 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/12/bf308ef7-bb02-414e-94aa-9ee462435aae-1024x585.webp 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/12/bf308ef7-bb02-414e-94aa-9ee462435aae-768x439.webp 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/12/bf308ef7-bb02-414e-94aa-9ee462435aae-1536x878.webp 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/12/bf308ef7-bb02-414e-94aa-9ee462435aae-136x77.webp 136w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/12/bf308ef7-bb02-414e-94aa-9ee462435aae.webp 1792w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-15282" class="wp-caption-text">Cliquez sur l&#8217;image pour <a href="https://carlboileau.com/mon-palmares-des-films-de-2024-un-cadeau-cinematographique-pour-le-jour-de-lan/">consulter mon palmarès des films de 2024 : un cadeau cinématographique pour le Jour de l’An</a></p></div>
<p>L’idée était simple, prolonger un peu l’expérience d’un film en prenant le temps d’en noter les impressions. Peu à peu, regarder un film ne m’a plus tout à fait suffi. J’ai commencé à prendre des notes pendant les projections, à observer davantage la mise en scène, la construction du scénario, le rythme du récit ou encore les idées que le film tente de faire circuler.</p>
<p>Avec le temps, ces notes sont devenues des critiques. Et ces critiques ont fini par former un ensemble de textes qui, tranquillement, s’est mis à prendre la forme d’un petit corpus. C’est justement ce corpus que la filmothèque permet maintenant de parcourir plus facilement.</p>
<p>Derrière ces analyses, il y a aussi un petit parcours personnel. Au tournant des années 2000, j’ai obtenu un diplôme en multimédia, motivé à l’époque par l’envie très concrète de fabriquer des sites web et d’explorer ce nouveau territoire numérique qui s’ouvrait alors. Quelques années plus tard, en 2004, cette curiosité m’a aussi conduit vers une année d’<a href="https://etudier.uqam.ca/programme?code=4327">études universitaires en scénarisation cinématographique</a>, une expérience qui a nourri ma manière de regarder les films et d’en comprendre les mécanismes narratifs.</p>
<p>Aujourd’hui, ces deux fils se rejoignent. Le plaisir d’analyser les films d’un côté, et celui de construire les outils numériques qui permettent de partager ces analyses de l’autre.</p>
<p>La section cinéma n’est d’ailleurs pas encore tout à fait terminée. Je travaille présentement à modifier le thème afin d’ajouter une barre latérale qui permettra de naviguer plus facilement dans la filmothèque. Mais même dans cet état encore en construction, je dois avouer éprouver un certain plaisir à voir fonctionner ce qui n’était au départ qu’une idée un peu abstraite.</p>
<p>Fait amusant, deux de mes coups de cœur récents se retrouvent justement en lice ce soir pour l’Oscar du meilleur film, et je les avais tous les deux cotés très haut bien avant de savoir qu’ils seraient nommés.</p>
<p>D’abord F1, un drame sportif étonnamment humain dans lequel Brad Pitt incarne un pilote vétéran confronté au poids du temps et à la transmission entre générations. Derrière le spectacle de la Formule 1, le film raconte surtout ce moment fragile où l’expérience doit apprendre à se transformer en héritage.</p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vPHK9XmeAi"><p><a href="https://carlboileau.com/critique-de-film/f1/">F1 de Joseph Kosinski, quand Brad Pitt réinvente le drame sportif</a></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« F1 de Joseph Kosinski, quand Brad Pitt réinvente le drame sportif » &#8212; CarlBoileau.com" src="https://carlboileau.com/critique-de-film/f1/embed/#?secret=p7qGsZAufU#?secret=vPHK9XmeAi" data-secret="vPHK9XmeAi" width="500" height="282" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>Et surtout Sinners, l’œuvre audacieuse de Ryan Coogler, qui mélange horreur, blues et mémoire américaine. Sous son récit de vampires dans le Mississippi des années 1930 se cache une fable étrange et hypnotique où la musique, et particulièrement le blues, devient une mémoire vivante de l’histoire afro-américaine.</p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="qn0Ii6Sd9r"><p><a href="https://carlboileau.com/critique-de-film/sinners-quand-la-musique-exorcise-lhistoire/">Sinners, quand la musique exorcise l’histoire américaine</a></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Sinners, quand la musique exorcise l’histoire américaine » &#8212; CarlBoileau.com" src="https://carlboileau.com/critique-de-film/sinners-quand-la-musique-exorcise-lhistoire/embed/#?secret=MUanPlMS28#?secret=qn0Ii6Sd9r" data-secret="qn0Ii6Sd9r" width="500" height="282" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>Bref, si vous aimez le cinéma, les analyses de films ou simplement découvrir des œuvres marquantes, je vous invite à aller explorer cette nouvelle section du blogue.</p>
<p>Et puisque c’est la soirée des Oscars, la question est presque inévitable.</p>
<p>Quel film vous a le plus marqué cette année ?</p>
<blockquote><p>Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs<br />
&#8211; André Bazin</p></blockquote>
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		<title>Angine de Poitrine and Québec’s Strange Cultural Controversy</title>
		<link>https://carlboileau.com/angine-de-poitrine-and-quebecs-strange-cultural-controversy/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 15:15:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[in english]]></category>
		<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Angine de Poitrine]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>I revisit a surprising controversy in Québec surrounding an emerging music duo, whose reception reveals more about us than about their work. Through this reaction, I explore a cultural reflex often unsettled by experimentation. A reflection on art, identity, and our relationship to what falls outside familiar boundaries.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_poitrine.png"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-17202 size-full" title="Angine de Poitrine and Québec’s Strange Cultural Controversy" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_poitrine.png" alt="" width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_poitrine.png 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_poitrine-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_poitrine-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_poitrine-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_poitrine-140x94.png 140w" sizes="auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /></a></p>
<p>Over the past few days, a rather unusual controversy has been unfolding in <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Quebec" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Québec</a> around a music duo called <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Angine_de_Poitrine" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Angine de Poitrine</a>, following their appearance on a popular TV talk show, <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tout_le_monde_en_parle" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Tout le monde en parle</a></em>. For many outside the province, this might seem surprising, especially considering the growing international attention the group is receiving.<br />
<span id="more-17199"></span></p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/cznI1f3s8hM" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">The frenzied microtonal rock orchestra of the Klec and Khn brothers of Poitrine</div>
</div>
<p>What’s interesting here is not so much the band itself, but the reaction it triggered locally. Some commentators, particularly in more reactionary online circles, interpreted their performance through a lens of cultural anxiety, even suspicion. Symbols, aesthetics, and artistic choices were dissected as if they carried hidden meanings, which says a lot about the current climate of interpretation.</p>
<p>From my perspective, this tells us more about <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Quebec" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Québec</a> than about the band. We are a small cultural ecosystem, deeply aware of our identity, sometimes to the point of overreacting when something doesn’t fit familiar patterns. When an artistic project emerges that is strange, experimental, or simply different, it can quickly become a point of tension.</p>
<p>And yet, this is precisely what makes Angine de Poitrine interesting. Their music, often described as <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Microtonal_music" target="_blank" rel="noopener noreferrer">microtonal music</a> and <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Math_rock" target="_blank" rel="noopener noreferrer">math rock</a>, is complex, unconventional, and clearly not designed to appeal to everyone. Their visual universe, with its oversized masks and chaotic energy, reinforces that sense of disorientation. But beneath that apparent chaos lies a remarkable level of precision and craftsmanship.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube" src="https://www.youtube.com/embed/zO8bt94-ybg" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">When Rick Beato, a global reference with 5.5 million subscribers, gets excited about a duo from Saguenay that people keep sending him, it means something is happening. A rare form of recognition for a kind of music that stands out precisely because it refuses to fit into familiar formats.</div>
</div>
<p>In a global music landscape that often favors predictability and algorithm-friendly formats, their approach feels almost refreshing. They are not trying to be accessible at all costs. They are not trying to send a clear political message. They are simply making music, on their own terms.</p>
<p>Ironically, part of the backlash comes from groups that usually criticize what they call “woke culture”. Yet their reaction mirrors the same kind of moral outrage they often denounce. This strange symmetry is, in itself, one of the most revealing aspects of the whole situation.</p>
<p>At the same time, there is something worth celebrating here. A duo from a relatively small region of Québec is attracting global curiosity, generating millions of views, and even catching the attention of influential figures in the music world. That alone should be a source of pride.</p>
<p>You don’t have to like their music. It can feel chaotic, intense, even unsettling. But perhaps that’s the point. Art doesn’t always need to comfort. Sometimes, it just needs to exist, to explore, to push boundaries.</p>
<p>And from where I stand, it’s encouraging to see something unpredictable emerging from <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Quebec" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Québec</a> and resonating beyond its borders.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="font-size: 18px; font-weight: bold; margin-bottom: 10px;">The YouTube channel of Angine de Poitrine</div>
<div style="border-radius: 10px; background: #fff; border: 1px solid #e5e5e5; padding: 16px;">
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222; margin-bottom: 12px;">Explore the official YouTube channel of Angine de Poitrine to discover their musical universe, performances, and video releases.</div>
<p><a style="display: inline-block; background: #111; color: #fff; text-decoration: none; padding: 10px 14px; border-radius: 8px; font-size: 14px; font-weight: bold;" href="https://www.youtube.com/channel/UCX6REY5w2ZRmSOSbibakqnQ" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><br />
Visit the YouTube channel<br />
</a></p>
</div>
</div>
<blockquote><p>Without deviation from the norm, progress is not possible.<br data-start="744" data-end="747" />&#8211; Frank Zappa</p></blockquote>
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		<title>Angine de Poitrine et la panique morale du conspivers droitard</title>
		<link>https://carlboileau.com/angine-de-poitrine/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 14:58:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Musique]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[Angine de Poitrine]]></category>
		<category><![CDATA[David Saucier]]></category>
		<category><![CDATA[gauche vs droite]]></category>
		<category><![CDATA[Philippe Sauro Cinq-Mars]]></category>
		<category><![CDATA[Tout le monde en parle]]></category>
		<category><![CDATA[wokisme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une controverse inattendue s’est déclenchée après le passage du duo Angine de Poitrine à Tout le monde en parle. À travers cette réaction outrée, cet article explore un phénomène plus large. Quand la critique de la culture woke finit par adopter les mêmes réflexes de panique morale. Et si le vrai enjeu était simplement notre difficulté à accueillir l’étrange et l’expérimental dans la culture québécoise.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_17159" style="width: 1034px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_de_poitrine.png"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17159" class="wp-image-17159 size-large" title="Angine de Poitrine et la panique morale du conspivers droitard" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_de_poitrine-1024x683.png" alt="Analyse de la controverse autour d’Angine de Poitrine et de la panique morale déclenchée dans certains milieux du conspivers québécois." width="1024" height="683" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_de_poitrine-1024x683.png 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_de_poitrine-400x267.png 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_de_poitrine-768x512.png 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_de_poitrine-140x94.png 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/angine_de_poitrine.png 1536w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><p id="caption-attachment-17159" class="wp-caption-text"><strong>Un triangle sur le plateau de TLMEP, et soudain le conspivers s’emballe</strong></p></div>
<p>Depuis quelques jours, une étrange controverse circule autour du duo québécois <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Angine_de_Poitrine" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Angine de Poitrine</a>, à la suite de leur passage à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Tout_le_monde_en_parle" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>Tout le monde en parle</em></a>. Devant certaines réactions, j’ai choisi de partager sur <em>Facebook</em> un statut de <a href="https://www.facebook.com/david.saucier.589" target="_blank" rel="noopener">mon contact David Saucier</a> que je trouvais particulièrement pertinent. Mais en prenant un peu de recul, ce qui m’intéresse surtout dans cette histoire n’est pas tant le groupe lui-même que la réaction qu’il a provoquée.<br />
<span id="more-17156"></span></p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/imgaMF8g4wo" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Angine de poitrine à Tout le monde en parle : le duo mystérieux Khn et Klek devient un phénomène viral mondial.</div>
</div>
<p>Dans son statut, David résumait assez bien l’ironie de la situation en posant une question simple. La droite anti-<em>woke</em> est-elle devenue <em>woke</em> à son tour. Depuis quelques jours, certains réseaux passent leur temps à chialer contre ce petit duo québécois comme si un drame culturel venait de se produire.</p>
<div style="max-width: 700px; margin: 20px auto; padding: 0 10px; text-align: center;">
<div style="font-size: 20px; line-height: 1.5; color: #111; font-weight: 500;">« Ça fait deux jours que je vois des gens réagir au groupe de musique Angine de Poitrine comme un <em>woke</em> réagit à la réalité biologique du sexe. Ils disent que ce groupe de musique est absurde, qu’il n’aurait pas dû être invité à <em>Tout le monde en parle</em> et que l’argent de nos impôts devrait être mieux utilisé. »</div>
<div style="margin-top: 14px; font-size: 14px; color: #666;">David Saucier</div>
</div>
<p>Son intuition est assez juste. Entre une droite anti-Québec qui carbure à longueur de journée à cracher sur la culture québécoise pour faire des vues et des <em>likes</em>, et un duo de musiciens qui explore une proposition artistique étrange et décalée, le choix n’est pas très difficile. Dans le doute, autant choisir la création.</p>
<p>David rappelait aussi, avec un certain humour, qu’entre Angine de Poitrine et certains humoristes obsédés par l’idée de répéter que les Québécois seraient irrémédiablement racistes, son choix allait encore une fois au duo du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Saguenay%E2%80%93Lac-Saint-Jean" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Saguenay</a>. Non pas par adhésion idéologique, mais simplement parce que leur univers absurde a au moins le mérite de faire sourire.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube, extrait à découvrir" src="https://www.youtube.com/embed/cznI1f3s8hM" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">L&#8217;orchestre rock microtonal frénétique des frères Klec et Khn de Poitrine</div>
</div>
<p>Et il faut reconnaître que l’objet culturel lui-même est plutôt singulier. Un <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Math_rock" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><em>math-rock</em></a> microtonal complètement barré, des masques en <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Papier_m%C3%A2ch%C3%A9" target="_blank" rel="noopener noreferrer">papier mâché</a> géants, une énergie presque hypnotique. Tout dans leur univers semble chaotique, presque grotesque. Pourtant, c’est là que réside le paradoxe. <a href="https://www.facebook.com/reel/953654210454611">Derrière cette mise en scène déjantée se cache une musique d’une précision chirurgicale, exécutée au quart de tour. Une mécanique sonore d’une complexité remarquable qui trahit le génie, la performance et parfois même l’exploit</a>. Bref, exactement le genre de proposition artistique qui ne cherche pas à plaire à tout le monde.</p>
<div style="max-width: 700px; margin: 20px auto; padding: 0 10px; text-align: center;">
<div style="font-size: 20px; line-height: 1.5; color: #111; font-weight: 500;">« Angine de Poitrine ont 2,4 millions de vues en un mois pour leur dernier vidéo. C’est mondial. Ils font des festivals partout sur la planète et des gens sont prêts à payer jusqu’à 1500 $ pour acheter leur album Volume 1. Ce qui aurait été complètement imbécile, c’est d’avoir deux artistes de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chicoutimi" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Chicoutimi</a> qui mettent le Québec sur la <em>map</em> à l’international et de ne pas les inviter. »</div>
</div>
<div style="max-width: 700px; margin: 2px auto; padding: 0 10px; text-align: center;">
<div style="margin-top: 14px; font-size: 14px; color: #666;">David Saucier</div>
<div></div>
</div>
<p>Ce qui me fascine dans cette controverse, si controverse il y a vraiment, ce n’est donc pas tant Angine de Poitrine que la réaction qu’ils provoquent. On dirait que toute une faune réactionnaire, qu’on n’avait presque plus vue depuis la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Pand%C3%A9mie_de_Covid-19" target="_blank" rel="noopener noreferrer">pandémie de Covid-19</a>, ressort soudainement du sous-sol du conspivers pour analyser des triangles, des masques et des symboles comme si un rituel satanique venait d’être diffusé en direct à la télévision.</p>
<p>La scène est presque comique. Mais ce qui frappe surtout dans cette histoire, c’est notre mémoire collective étonnamment courte.</p>
<p>Parce que jouer avec l’imagerie ésotérique ou occulte fait partie depuis longtemps de l’arsenal du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Rock" target="_blank" rel="noopener noreferrer">rock</a> et de l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Art_performatif" target="_blank" rel="noopener noreferrer">art performatif</a>. Depuis les années 1970, des artistes comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/David_Bowie" target="_blank" rel="noopener noreferrer">David Bowie</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ozzy_Osbourne" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Ozzy Osbourne</a>, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiss_(groupe)" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Kiss</a> ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marilyn_Manson" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marilyn Manson</a> ont utilisé ces codes visuels pour provoquer, intriguer ou simplement attirer l’attention. Souvent avec une bonne dose d’ironie.</p>
<p>Ce type de symbolique fonctionne d’ailleurs toujours pour la même raison. Il suffit de quelques images un peu mystérieuses pour déclencher une avalanche d’interprétations chez ceux qui prennent tout cela au premier degré.</p>
<p>Je dois l’avouer, voir certains réseaux complotistes entrer immédiatement en mode panique devant quelques triangles stylisés a quelque chose de franchement amusant. On dirait presque une performance artistique involontaire.</p>
<p><a href="https://www.facebook.com/philippe.s.cinqmars/posts/pfbid0g8uHrfGgwGW2Xo8BfjpBeXsZgmtvhGDiUUNWbeEaVNNXR1RSPv9AJnzK9dVmmFFwl">Dans un autre commentaire qui circulait sur Facebook, l’essayiste Philippe Sauro Cinq-Mars formulait d’ailleurs une réflexion intéressante sur cette étrange symétrie idéologique</a>. Pendant longtemps, écrit-il, il avait lui-même résisté à l’expression « droite woke », estimant que le wokisme relevait d’une logique intellectuelle bien particulière, issue notamment du postmodernisme et nourrie de concepts comme la déconstruction, l’intersectionnalité ou encore le pouvoir symbolique. À ses yeux, les réactions outrées de la droite face à certains phénomènes culturels ne relevaient pas de la même dynamique.</p>
<p>Mais il reconnaît aujourd’hui voir apparaître un phénomène nouveau. Lorsque certains militants se présentent eux-mêmes comme des gens « éveillés » face à une masse de « dômiens », tout en se disant constamment « <em>trigger</em> » par la moindre provocation culturelle, l’ironie devient difficile à ignorer. Comme il le résume avec humour, « éveillé », en anglais, se dit justement <em>woke</em>.</p>
<p>Cinq-Mars pousse même la réflexion plus loin en posant une question assez simple. Si l’on critique constamment l’état culturel du Québec au nom d’un certain dynamisme national, ne devrait-on pas se réjouir lorsqu’un projet artistique singulier réussit à attirer l’attention à l’international. Autrement dit, faut-il vraiment s’indigner chaque fois qu’un objet culturel sort un peu des sentiers battus.</p>
<p>« <em>On peux-tu juste être fiers que quelque chose d’un peu différent se produise pour une fois dans notre province et que ça intéresse à l’international ?</em> » demande-t-il, avant d’ajouter avec une pointe d’ironie qu’il aurait peut-être fallu, pour éviter la controverse, un autre « <em>chanteur à voix</em> » dans la tradition de Céline Dion, de Jean Lapointe ou de Jean Ferrat.</p>
<p><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-17162 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n.jpg" alt="meme Angine de Poitrine" width="1080" height="1080" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n.jpg 1080w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n-300x300.jpg 300w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n-1024x1024.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n-768x768.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n-144x144.jpg 144w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n-37x37.jpg 37w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n-128x128.jpg 128w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/650849502_10163920493852510_2874456900193598584_n-184x184.jpg 184w" sizes="auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /></a></p>
<p>L’étrange, l’expérimental et l’absurde ont toujours fait partie de l’histoire de la musique. Pourtant, on dirait que certains découvrent soudainement que la culture peut parfois sortir du moule. Comme si l’art devait désormais rester dans un corridor étroit, parfaitement conforme et rassurant.</p>
<div style="max-width: 700px; margin: 20px auto; padding: 0 10px; text-align: center;">
<div style="font-size: 20px; line-height: 1.5; color: #111; font-weight: 500;">« Ce qui me renverse, c’est que t’as deux Québécois qui n’ont rien volé pour réussir. Ils ont inventé un style de musique, des personnages et un univers musical, mais il faut quand même tenter de les rabaisser parce que ça fait des sons et des bruits qu’on ne comprend pas. »</div>
<div style="margin-top: 14px; font-size: 14px; color: #666;">David Saucier</div>
</div>
<p>Il y a donc une ironie assez savoureuse dans tout cela. Ainsi,  plusieurs critiques virulentes viennent justement de milieux qui passent leur temps à dénoncer la culture « <em>woke</em> ». Pourtant, devant une proposition artistique un peu étrange, la réaction est exactement la même que celle des moralistes qu’ils prétendent combattre.</p>
<div style="max-width: 700px; margin: 20px auto; padding: 0 10px; text-align: center;">
<div style="font-size: 20px; line-height: 1.5; color: #111; font-weight: 500;">« La quasi-totalité des gens qui ont craché leur petit venin sur Angine de Poitrine sont de droite et semblent croire que ce groupe reflète une espèce de décadence de l’époque induite par les <em>wokes</em>. Une belle démonstration de la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_fer_%C3%A0_cheval" target="_blank" rel="noopener noreferrer">théorie du fer à cheval</a> où la droite peut être aussi <em>woke</em> que la gauche quand une situation choque leur petite vision du monde. »</div>
<div style="margin-top: 14px; font-size: 14px; color: #666;">David Saucier</div>
</div>
<p>Pendant ce temps, on a ainsi deux musiciens de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Chicoutimi" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Chicoutimi</a> qui inventent un univers étrange, explorent une musique qui échappe aux formats habituels, accumulent des millions de vues et font rayonner quelque chose d’un peu imprévisible venant du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%C3%A9bec" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Québec</a>.</p>
<p>Je dois d’ailleurs dire que j’apprécie un détail symbolique dans leur démarche. Le groupe assume pleinement un nom francophone, Angine de Poitrine. Ce simple choix oblige déjà une partie du public international à faire une recherche pour comprendre ou traduire le nom. Dans un monde culturel largement dominé par l’anglais, c’est déjà beaucoup.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="position: relative; padding-bottom: 56.25%; height: 0; overflow: hidden; border-radius: 10px; background: #000; margin-bottom: 12px;"><iframe style="position: absolute; top: 0; left: 0; width: 100%; height: 100%;" title="Vidéo YouTube" src="https://www.youtube.com/embed/zO8bt94-ybg" frameborder="0" allowfullscreen="allowfullscreen"><br />
</iframe></div>
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222;">Quand Rick Beato, référence mondiale avec 5,5 millions d’abonnés, s’enthousiasme pour un duo du Saguenay qu’on lui envoie sans arrêt, c’est qu’il se passe quelque chose. Une reconnaissance rare pour une musique qui dérange justement parce qu’elle échappe aux formats habituels.</div>
</div>
<p>Et il faudrait peut-être rappeler une chose toute simple. Les artistes ne sont pas obligés d’avoir un message à transmettre.</p>
<p>Dans le cas de ces deux énergumènes éclectiques, je ne <em>trip </em>pas particulièrement sur le concept absurde. Mais je respecte leur démarche, à commencer par leur choix de maintenir l’anonymat et de laisser la musique parler avant le reste.</p>
<p>Ce sont des musiciens, pas des porte-paroles politiques ni des ambassadeurs culturels. Ils font de la musique instrumentale originale. Le reste, les masques, les symboles, l’univers visuel, c’est du <em>marketing</em>, de l’emballage, du théâtre.</p>
<p>Au moins, ces deux-là ne passeront pas leur temps dans les médias institutionnels à expliquer au reste de la société comment elle devrait penser, parler ou se comporter. Et c’est peut-être là l’ironie la plus savoureuse de toute cette histoire. Ceux qui s’indignent le plus de leur présence semblent oublier que ces musiciens ne prétendent justement pas nous faire la morale.</p>
<p>Et pour être bien clair, si l’on doit comparer ce type de proposition artistique à certains artistes obsédés par la politique identitaire, mon choix est vite fait. Je préfère cent fois plus d’excellents musiciens qui s’expriment dans un langage inventé qui ne veut rien dire que des artistes qui désertent la musique pour occuper la sphère publique avec des discours de victimisation permanente, à l’instar de l’exécrable <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Safia_Nolin" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Safia Nolin</a> en passant.</p>
<div id="attachment_17196" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/saphia-nolin.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17196" class="size-medium wp-image-17196" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/saphia-nolin-400x217.jpg" alt="" width="400" height="217" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/saphia-nolin-400x217.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/saphia-nolin-220x120.jpg 220w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/saphia-nolin-768x416.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/03/saphia-nolin.jpg 960w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17196" class="wp-caption-text">Chaque fois que Safia Nolin va à Radio-Canada pour exprimer son opinion woke et nous dire comment voir les choses, elle le fait avec un cachet financé, en partie, par nos impôts.</p></div>
<p>À choisir entre la posture militante et la musique, je choisis la musique.</p>
<div style="max-width: 900px; margin: 24px auto; padding: 18px 18px 14px; border: 1px solid #ddd; border-left: 6px solid #111; background: #fafafa; border-radius: 10px;">
<div style="font-size: 18px; font-weight: bold; margin-bottom: 10px;">La chaîne YouTube du groupe Angine de poitrine</div>
<div style="border-radius: 10px; background: #fff; border: 1px solid #e5e5e5; padding: 16px;">
<div style="font-size: 14px; line-height: 1.55; color: #222; margin-bottom: 12px;">Retrouvez ici la chaîne YouTube officielle d’<em>Angine de poitrine</em>, pour explorer leur univers musical, leurs performances et leurs publications vidéo.</div>
<p><a style="display: inline-block; background: #111; color: #fff; text-decoration: none; padding: 10px 14px; border-radius: 8px; font-size: 14px; font-weight: bold;" href="https://www.youtube.com/channel/UCX6REY5w2ZRmSOSbibakqnQ" target="_blank" rel="noopener noreferrer"><br />
Visiter la chaîne YouTube<br />
</a></p>
</div>
</div>
<p>On peut aimer ou non. Les goûts musicaux ne sont pas une obligation collective. Mais dans un petit peuple comme le nôtre, voir des créateurs d’ici expérimenter, provoquer et se faire remarquer ailleurs devrait au moins susciter un peu de curiosité.</p>
<p>Par simple curiosité, et aussi par solidarité nationale, je vais probablement acheter leur album. Question de découvrir davantage ce qui sonne déjà à mes oreilles comme une musique originale, audacieuse et rafraîchissante.</p>
<p>Et parfois, en musique, l’essentiel est simplement là.</p>
<p>Faire de la musique.</p>
<blockquote><p>Sans déviation par rapport à la norme, le progrès n’est pas possible<br />
&#8211; Frank Zappa</p></blockquote>
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		<title>La guerre des étiquettes comme arme politique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Feb 2026 14:29:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie-politique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique nationale]]></category>
		<category><![CDATA[Alexandre Dumas]]></category>
		<category><![CDATA[débat]]></category>
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		<category><![CDATA[fenêtre d’Overton]]></category>
		<category><![CDATA[polarisation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans ce texte, je m’interroge sur la guerre des étiquettes qui empoisonne notre débat public et fragilise la démocratie québécoise. J’analyse comment la polarisation, les chambres d’écho et la dérive du vocabulaire politique transforment nos désaccords en procès moraux. Et je propose de reprendre prise sur les mots pour rouvrir un espace de discussion exigeant et pluraliste.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_17005" style="width: 1546px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17005" class="wp-image-17005 size-full" title="La guerre des étiquettes comme arme politique" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88.jpg" alt="Polarisation, chambres d’écho et dérive du vocabulaire politique, à qui profite la crise du débat démocratique ?" width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88.jpg 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/9950149a-5c46-441f-aee1-f15821326d88-140x94.jpg 140w" sizes="auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /><p id="caption-attachment-17005" class="wp-caption-text"><strong>Polarisation, langage et affaiblissement de la démocratie québécoise</strong></p></div>
<p><a href="https://carlboileau.com/quand-lannulation-devient-antifeministe/">L’épisode Karima Brikh a servi de déclencheur</a>. Il a exposé, à ciel ouvert, une mécanique devenue familière sur les réseaux sociaux québécois, celle où l’on ne cherche pas d’abord à discuter ce qui est dit, mais à cadrer moralement celui ou celle qui le dit, jusqu’à rendre la discussion elle-même impossible. Et si cet épisode a tant résonné, c’est qu’il s’inscrit dans une dynamique plus large, déjà nommée frontalement par Réjean Bergeron et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Normand_Baillargeon" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Normand Baillargeon</a>, « nous traversons en ce moment une troublante et inédite crise de la conversation démocratique ».<br />
<span id="more-17004"></span></p>
<div id="attachment_17010" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/02/05/malaise-dans-la-conversation-democratique"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17010" class="wp-image-17010 size-medium" title="Réjean Bergeron et Normand Baillargeon" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/maxresdefault-400x225.jpg" alt="Malaise dans la conversation démocratique" width="400" height="225" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/maxresdefault-400x225.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/maxresdefault-1024x576.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/maxresdefault-768x432.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/maxresdefault-136x77.jpg 136w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/maxresdefault.jpg 1280w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-17010" class="wp-caption-text">Cliquez sur l&#8217;image pour aller lire le texte commun de Réjean Bergeron et Normand Baillargeon : <a href="https://www.journaldemontreal.com/2026/02/05/malaise-dans-la-conversation-democratique">Malaise dans la conversation démocratique </a></p></div>
<p><a href="https://carlboileau.com/quand-lannulation-devient-antifeministe/">Dans un de mes textes précédents ce mois-ci, j’ai pris position sur la séquence, et sur ce qu’elle révélait d’une culture de disqualification</a>. Ici, je repars du même épisode, mais pour en dévoiler l’arrière-plan. Car derrière l’affaire Brikh, ce qui se joue réellement dépasse la controverse ponctuelle. Il s’agit d’une tentative répétée de marquer le Parti québécois au fer rouge d’étiquettes lourdes et infamantes, politiquement redoutables. « Fasciste ». « Extrême droite ».</p>
<div id="attachment_16849" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16849" class="wp-image-16849 size-medium" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/7e5085fc-e523-46b0-9352-6f5ccb6ed994-400x267.jpg" alt="" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/7e5085fc-e523-46b0-9352-6f5ccb6ed994-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/7e5085fc-e523-46b0-9352-6f5ccb6ed994-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/7e5085fc-e523-46b0-9352-6f5ccb6ed994-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/7e5085fc-e523-46b0-9352-6f5ccb6ed994-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/7e5085fc-e523-46b0-9352-6f5ccb6ed994.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /><p id="caption-attachment-16849" class="wp-caption-text">Le cas Karima Brikh et la logique de la disqualification par association</p></div>
<p>L’usage du mot « extrême » n’est jamais neutre. Il agit souvent, dans l’inconscient collectif, comme un levier pour repousser la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fen%C3%AAtre_d%27Overton" target="_blank" rel="noopener noreferrer">fenêtre d’Overton</a> d’un côté puis de l’autre, il déplace la zone du dicible, il redessine la carte de ce qui serait “acceptable” avant même que les arguments aient été entendus. C’est pour ça qu’on devrait toujours être sur nos gardes quand ce qualificatif apparaît, et, surtout, se demander quelle intention politique il sert chez celui qui l’émet.</p>
<div id="attachment_15114" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/quand-le-wokisme-pousse-la-fenetre-doverton-vers-la-droite/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-15114" class="wp-image-15114 size-medium" title="Quand le wokisme pousse la fenêtre d'Overton vers la droite" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/11/Quand-le-wokisme-pousse-la-fenetre-dOverton-vers-la-droite-400x219.jpg" alt="Quand le wokisme pousse la fenêtre d'Overton vers la droite" width="400" height="219" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/11/Quand-le-wokisme-pousse-la-fenetre-dOverton-vers-la-droite-400x219.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/11/Quand-le-wokisme-pousse-la-fenetre-dOverton-vers-la-droite-220x120.jpg 220w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/11/Quand-le-wokisme-pousse-la-fenetre-dOverton-vers-la-droite-768x421.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2024/11/Quand-le-wokisme-pousse-la-fenetre-dOverton-vers-la-droite.jpg 977w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-15114" class="wp-caption-text">Quand le wokisme fait le jeu des conservateurs :<a href="https://carlboileau.com/quand-le-wokisme-pousse-la-fenetre-doverton-vers-la-droite/"> ma réflexion sur la dérive identitaire et le déplacement de la fenêtre d’Overton.</a></p></div>
<h4>Une accusation qui remplace l’argument</h4>
<p data-start="112" data-end="777">Dans la politique québécoise actuelle, il ne s’agit plus seulement d’être en désaccord avec le Parti Québécois. Il s’agit de le rendre moralement illégitime. On ne discute plus d’un programme, on sous-entend une indignité. On n’examine plus une position, on la transforme en symptôme. Les questionnements sur l’immigration deviennent une preuve de racisme. Le débat sur la laïcité devient une preuve d’islamophobie. La discussion sur la théorie du genre devient une preuve de transphobie. Et le débat constitutionnel, lui, est recodé comme un flirt avec un trumpisme local. Chaque enjeu cesse d’être un objet de délibération pour devenir un test de pureté morale.</p>
<p data-start="784" data-end="1412" data-is-last-node="">Ce glissement est profond. Il ne porte pas seulement sur les idées, mais sur l’intention supposée de ceux qui les formulent. L’adversaire n’est plus quelqu’un avec qui l’on est en désaccord, il devient quelqu’un que l’on soupçonne. Le désaccord politique se mue en procès d’intention. Et lorsque la qualification morale remplace l’argument, le moindre débat de société prend la forme d’un tribunal. Bergeron et Baillargeon le disent crûment, « traiter quelqu’un de transphobe, de raciste, de partisan de l’extrême droite, d’islamophobe ou de fasciste devient monnaie courante et surtout sans conséquence pour les diffamateurs ».</p>
<p>La force de ces accusations ne tient pas à leur précision, mais à leur rendement immédiat. Elles ferment le débat avant même qu’il commence. Elles transforment l’interlocuteur en suspect et l’échange en épreuve de respectabilité. Dans cet environnement, l’insulte devient raccourci, « elle prend trop souvent la place de l’argumentation dont devrait faire usage un citoyen digne de ce nom ».</p>
<div id="attachment_17025" style="width: 657px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17025" class="size-full wp-image-17025" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-26-090115.png" alt="" width="647" height="165" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-26-090115.png 647w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-26-090115-400x102.png 400w" sizes="auto, (max-width: 647px) 100vw, 647px" /><p id="caption-attachment-17025" class="wp-caption-text">Voilà précisément le type d’hyperbole que je décris dans mon article. Un esprit partisan préfère coller une étiquette infamante plutôt que de discuter des arguments. Me qualifier bêtement d’« extrême droite radicale » est non seulement irresponsable, mais permet surtout d’éviter de répondre intellectuellement sur le fond. <a href="https://carlboileau.com/fracture-rentable-avortement/">Allez lire mon texte auquel réfère ce type pour aller juger par vous-même de quoi il en retourne.</a></p></div>
<p>Or, cette opération est d’autant plus troublante qu’elle vise un parti qui, dans les faits, n’entre pas dans la caricature. Le Parti québécois a toujours été, à travers ses cycles, une coalition indépendantiste couvrant un large spectre, du centre gauche au centre droit, avec ses tensions, ses débats, ses contradictions, bref une formation politique normale. Le décrire comme une “extrême droite” n’est pas une analyse, c’est une stratégie de cadrage.</p>
<div id="attachment_17011" style="width: 976px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17011" class="wp-image-17011 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-15-202520.png" alt="" width="966" height="771" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-15-202520.png 966w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-15-202520-376x300.png 376w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-15-202520-768x613.png 768w" sizes="auto, (max-width: 966px) 100vw, 966px" /><p id="caption-attachment-17011" class="wp-caption-text">À l’opposé des perceptions formatées dans des chambres d’écho hermétiques, <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_g%C3%A9n%C3%A9rales_qu%C3%A9b%C3%A9coises_de_2022">le Parti québécois est actuellement qualifié de parti de centre gauche sur Wikipédia.</a></p></div>
<h4>Se tenir au-dessus de la mêlée, sans être neutre</h4>
<p>Je le dis d’emblée. Défendre le PQ contre ce type d’étiquetage ne signifie pas épouser toutes ses positions. Cela signifie refuser le procédé. Refuser la substitution du débat par l’amalgame. Refuser l’idée qu’on puisse classer un parti comme moralement expulsable sans démonstration, sans nuance, sans discussion.</p>
<p>Et j’assume aussi ma propre distance critique envers un réflexe de riposte symétrique. J’utilise rarement l’expression « gauche radicale », même si je comprends pourquoi Karima Brikh l’a employée et pourquoi certains dans mon camp constitutionnel la reprennent. Je la comprends, mais je m’en méfie. Parce que répondre à une étiquette par une autre, c’est rester prisonnier du même jeu. Bergeron et Baillargeon décrivent très bien la psychologie qui s’installe, ce moment où l’on croit pouvoir tout prédire, « pourquoi l’écouter ou le lire si je connais déjà ses positions », jusqu’à cette formule qui résume l’époque, « vive le débat d’idées, mais seulement avec ceux qui pensent comme moi ».</p>
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<div id="attachment_17017" style="width: 864px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17017" class="size-full wp-image-17017" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/f08b6ed_1649201942294-2ftmp-2fb08dc7b8-edf8-4403-8389-203e020a532e.jpg" alt="" width="854" height="480" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/f08b6ed_1649201942294-2ftmp-2fb08dc7b8-edf8-4403-8389-203e020a532e.jpg 854w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/f08b6ed_1649201942294-2ftmp-2fb08dc7b8-edf8-4403-8389-203e020a532e-400x225.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/f08b6ed_1649201942294-2ftmp-2fb08dc7b8-edf8-4403-8389-203e020a532e-768x432.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/f08b6ed_1649201942294-2ftmp-2fb08dc7b8-edf8-4403-8389-203e020a532e-136x77.jpg 136w" sizes="auto, (max-width: 854px) 100vw, 854px" /><p id="caption-attachment-17017" class="wp-caption-text">Une remarque s’impose ici, justement parce qu’elle touche au cœur de mon propos sur la précision des mots. Dans l’histoire politique, la « gauche radicale » renvoie d’abord à des traditions bien identifiées, anarchistes, trotskistes, marxistes révolutionnaires, encore visibles dans l’espace public jusqu’aux années 1990, mais largement marginalisées depuis. Autrement dit, employer aujourd’hui cette étiquette comme un terme passe-partout, appliqué indistinctement à des acteurs qui relèvent plutôt d’un progressisme contemporain, revient à importer un cadrage rhétorique qui a déjà fait ses preuves ailleurs, notamment dans le discours trumpien sur la « radical left », où le centre gauche est caricaturé pour être rendu suspect. Et c’est précisément ce type de glissement sémantique, à la fois facile et stratégique, que je veux éviter.</p></div>
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<p>À contrario, je suis beaucoup plus à l’aise avec le mot « radical», parce que le radicalisme n’est pas l’extrémisme. Le radical cherche les racines, l’extrémisme cherche souvent la sortie de route. Et je suis parfaitement à l’aise de m’affirmer comme un indépendantiste radical, dans le sens où je veux aller au bout de l’émancipation politique, alors que je demeure essentiellement modéré par mes valeurs démocratiques sur la majorité des autres spectres politiques. Normaliser ce mot, le sortir de l’insulte, c’est aussi se redonner une marge pour penser sans s’excommunier.</p>
<div id="attachment_10548" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/normaliser-le-radicalisme/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-10548" class="wp-image-10548 size-medium" title="Normaliser le radicalisme pour oxygéner notre démocratie" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2019/01/racine-400x206.jpg" alt="" width="400" height="206" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2019/01/racine-400x206.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2019/01/racine.jpg 550w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-10548" class="wp-caption-text">Dans cet ancien article<a href="https://carlboileau.com/normaliser-le-radicalisme/">,</a> <a href="https://carlboileau.com/normaliser-le-radicalisme/"><strong>Normaliser le radicalisme pour oxygéner notre démocratie,</strong></a> j&#8217;explique en quoi le radicalisme est un aspect normal dans tout mouvement idéologique.</p></div>
<p data-start="2591" data-end="3068">Contrairement à certains intervenants de mon propre camp, généralement plus à droite que moi, je n’associe pas spontanément l’activisme dit « woke » à une supposée gauche radicale. En démocratie, le radicalisme peut être une posture légitime, nécessaire même, dès lors qu’il vise les causes profondes et qu’il respecte les règles du jeu pluraliste. Une conversation démocratique vivante suppose d’ailleurs cette capacité d’évolution et de déplacement, loin des identités figées.</p>
<p data-start="3070" data-end="3666">C’est pourquoi je privilégie, dans des textes d’analyse comme celui-ci, le terme « néo-progressisme » pour désigner plus précisément l’idéologie intersectionnelle associée au wokisme. Ce choix n’est pas cosmétique. Il vise à éviter la polarisation paresseuse entre une prétendue « gauche radicale » et un « fascisme » omniprésent. Surtout, il traduit ma conviction que nous tombons collectivement dans un piège stratégique lorsque nous accordons trop d’attention à cette mise en scène morale permanente, au détriment d’un débat structuré sur les enjeux institutionnels et démocratiques réels.</p>
<p data-start="3668" data-end="4426">Dans cette optique, parler de « gauche radicale » pour étiqueter le petit réseau d’activistes essentiellement anti-péquiste autour de Frédéric Bérard, Alexandre Dumas, Marie-Ève Cotton et cie, c’est, à mon sens, faire fausse route. Non seulement je questionne leur appartenance à la gauche, du moins celle historique (ce sera le sujet d’un prochain article), mais je les vois bien davantage en concordance avec une logique de défense du régime canadien et son multiculturalisme d&#8217;État, dont ils incarnent l’expression la plus agressive dans l’espace public francophone. Ce qui peut être radical, chez eux, c’est l’utilisation de certains dogmes néo-progressistes (souvent désignés comme « woke ») pour appuyer leur offensive, mais encore là, j’y reviendrai.</p>
<h4>Ce que fait une étiquette, concrètement</h4>
<p>Une étiquette politique n’est presque jamais un simple mot descriptif. Dans l’espace public actuel, elle agit comme un instrument de cadrage plus rapide et plus efficace que n’importe quel argument. Elle réduit, elle moralise, elle inverse la charge.</p>
<p>Elle réduit. Elle compresse une position complexe en signal moral, ce qui autorise la réaction avant la compréhension, « sans recul ni réflexion », en laissant parler « nos émotions ou nos préjugés ».</p>
<p>Elle moralise. Elle transforme un désaccord en soupçon. L’autre cesse d’être un interlocuteur, il devient un problème.</p>
<p>Elle inverse la charge. Au lieu d’exiger de l’accusateur qu’il démontre, on exige de l’accusé qu’il se disculpe. On ne parle plus de ce qui a été dit, on parle de ce que la personne est censée être. Et, dans cette pente, les mots se déforment, on « travestit le sens des mots » pour que l’étiquette fasse le travail à la place de l’argument.</p>
<p>C’est exactement ce qui se produit quand on traite le PQ de « fasciste » ou d’« extrême droite ». L’accusation est si lourde qu’elle dispense d’argumenter. Elle impose un terrain où la nuance devient suspecte, puis où la discussion elle-même devient un signe de faiblesse morale.</p>
<div id="attachment_17027" style="width: 692px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17027" class="size-full wp-image-17027" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-26-094258.png" alt="" width="682" height="475" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-26-094258.png 682w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-26-094258-400x279.png 400w" sizes="auto, (max-width: 682px) 100vw, 682px" /><p id="caption-attachment-17027" class="wp-caption-text">Point Godwin atteint. Traiter des commentateurs québécois de « nazis », littéralement, n’est plus une métaphore mais une disqualification totale. En quoi être souverainiste, écouter certains médias ou ne pas aimer le PM canadien ferait-il de quelqu’un un nazi ? Le plus inquiétant n’est pas l’exagération elle-même, mais son succès. Des centaine de mentions « j’aime » et de partages, un écho que peu d’intellectuels souverainistes pourraient espérer atteindre avec une analyse nuancée. Voilà l’illustration parfaite d’une conversation démocratique qui se détériore. L’indignation circule mieux que l’argument, l’étiquette plus vite que la réflexion. Pendant que l’on diabolise, on évite de penser aux causes réelles et aux désaccords de fond.</p></div>
<h4>Pourquoi l’usage inflationniste d’« extrême droite » est un poison</h4>
<p>Les catégories « extrême gauche » et « extrême droite » ne sont pas des injures. Ce sont des concepts historiquement lourds qui renvoient à des phénomènes précis. Les banaliser, c’est commettre une faute intellectuelle et, plus grave encore, affaiblir notre capacité collective à reconnaître l’extrémisme réel quand il surgit.</p>
<p>À force de voir de l’extrême droite partout, on finit par ne plus savoir ce que le mot veut dire. À force de traiter un chef démocratique de « petit Trump », on finit par transformer l’histoire en métaphore permanente, et le débat en théâtre. <strong>Ce n’est pas seulement mauvais pour le PQ. C’est mauvais pour la démocratie, pour notre vitalité civique, pour notre capacité de réfléchir en tant que société, puis pour notre intelligence collective à résoudre des problèmes complexes sans les réduire à des procès d’intention</strong>.</p>
<div id="attachment_16506" style="width: 698px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16506" class="size-full wp-image-16506" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-05-160157.png" alt="" width="688" height="336" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-05-160157.png 688w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Capture-decran-2026-01-05-160157-400x195.png 400w" sizes="auto, (max-width: 688px) 100vw, 688px" /><p id="caption-attachment-16506" class="wp-caption-text">En rappel : <a href="https://carlboileau.com/christian-rioux/">Les signataire d&#8217;une lettre en appui à Chrisitian Rioux</a> font partie de « L&#8217;extrême droite fascisante du Québec » selon Marie-Hélène Guay</p></div>
<p>Et il faut alors se demander ce que vaut encore la démocratie et ses valeurs intrinsèques pour ces nouveaux inquisiteurs moralistes, intolérants à la diversité d’opinion, prompts à disqualifier plutôt qu’à convaincre, et parfois tentés de bloquer, au nom du Bien proclamé, l’expression d’une volonté démocratique qu’ils jugent déjà fautive ou contaminée. À force de fasciser l’adversaire, on banalise le mot fascisme tout en flirtant soi-même avec une tentation totalisante, celle qui consiste à croire que certaines positions devraient être exclues du débat avant même d’être entendues. Ce glissement révèle moins une inquiétude face à l’autoritarisme qu’un malaise devant la démocratie elle-même, donc devant le fait qu’un peuple puisse choisir autrement que ce que prescrit l’orthodoxie morale dominante. Et lorsque la social-démocratie incarnée par un PQ populaire est traitée comme une menace existentielle plutôt que comme une option politique discutable, c’est peut-être le pluralisme démocratique qui est, silencieusement, tenu pour suspect.</p>
<p>Mais on ne peut pas lire cette dégradation comme une simple querelle locale. Elle s’inscrit dans un climat occidental plus large, marqué par la polarisation importée des États-Unis, par la logique des camps qui s’étend dans nos médias et nos plateformes, puis par l’effet mécanique des réseaux sociaux et de leurs chambres d’écho. Or, ces chambres d’écho ne sont pas seulement un accident technologique. Elles deviennent, pour certains, un environnement politique utile, un espace où l’on peut conditionner des réflexes, simplifier le monde en deux couleurs, puis rendre la discussion elle-même suspecte. Dans ce contexte, <strong>il faut prendre au sérieux l’idée qu’il existe des forces politiques qui ont intérêt à faire déraper notre capacité collective à discuter et à échanger des idées, à rendre toxique l’espace de délibération, puis à maintenir la population dans un état de division permanente</strong>. Un peuple qui ne se parle plus devient un peuple plus facile à gouverner par symboles, par peur, par indignations programmées. Et c’est là que l’enjeu dépasse le simple climat ambiant. La dégradation du débat devient une ressource stratégique. Elle fragilise les solidarités, fracture les coalitions possibles et enferme chacun dans un couloir moral où l’autre n’est plus un adversaire, mais un danger. Autrement dit, plus l’atmosphère devient irrespirable, plus il devient facile de monter les camps les uns contre les autres, et plus il devient difficile de construire un projet commun, surtout lorsqu’un projet, comme l’indépendance, suppose justement de parler ensemble, longtemps, et sérieusement.</p>
<div id="attachment_17022" style="width: 1546px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17022" class="size-full wp-image-17022" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/793eb46e-798b-4705-bdf4-77da2e4e7062.jpg" alt="" width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/793eb46e-798b-4705-bdf4-77da2e4e7062.jpg 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/793eb46e-798b-4705-bdf4-77da2e4e7062-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/793eb46e-798b-4705-bdf4-77da2e4e7062-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/793eb46e-798b-4705-bdf4-77da2e4e7062-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/793eb46e-798b-4705-bdf4-77da2e4e7062-140x94.jpg 140w" sizes="auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /><p id="caption-attachment-17022" class="wp-caption-text">Dans cet esprit, et précisément en opposition à cette culture polarisante qui prospère dans des chambres d’écho hermétiques, je me fais un devoir personnel d’adopter une posture d’ouverture sur mes propres plateformes, notamment sur mon mur Facebook. J’y tolère la diversité d’opinion, j’y laisse place à la contradiction, et j’essaie, autant que possible, de donner l’exemple d’une discussion ferme mais respectueuse. Cette attitude n’est peut-être pas la plus rentable à l’ère de la polarisation accélérée, où l’appartenance tribale et l’exutoire émotionnel sont souvent plus valorisés que la nuance. Elle crée parfois des échanges plus lents, moins spectaculaires, mais plus posés. C’est du moins l’ambition. Je considère mes adversaires politiques non pas comme des ennemis à abattre, mais comme des partenaires d’une discussion démocratique élargie. Nous ne partageons pas les mêmes conclusions, mais nous partageons un espace commun. Et cet espace mérite d’être protégé.</p></div>
<h4 data-start="273" data-end="321">Le malaise dans la conversation démocratique</h4>
<p data-start="323" data-end="846">Ce diagnostic n’est pas seulement intuitif. Bergeron et Baillargeon décrivent une polarisation devenue quotidienne, nourrie par une « incroyable prolifération d’insultes », mais aussi par les réseaux sociaux qui « nous enferment dans des chambres d’écho » et nous incitent à réagir trop vite. Ils ajoutent un point qui devrait nous inquiéter, cette dynamique peut devenir rentable, une manière d’acquérir un « capital symbolique » en se mettant en scène dans sa communauté, avec l’appui implicite de certaines institutions.</p>
<p data-start="848" data-end="1245">Dans ce contexte, le piège est clair. Une guerre d’étiquettes aspire tout. Répondre, c’est déjà accepter le cadre imposé. On vous accuse. Si vous ne répondez pas, vous êtes coupable. Si vous répondez, vous êtes suspect. Et si vous nuancez, vous êtes complice. Pendant ce temps, le fond s’éloigne, les enjeux concrets et les choix collectifs se font engloutir par une dramaturgie morale permanente.</p>
<p data-start="1247" data-end="1583">C’est précisément pour cette raison qu’il devient urgent de ralentir et de rétablir un minimum de précision. Si l’on ne s’entend même plus sur le sens des mots, on ne parle ni le même langage politique, ni de la même réalité. La démocratie devient alors une suite de malentendus où l’on se frappe avec des sons plutôt qu’avec des idées.</p>
<p data-start="1585" data-end="1851">Avant d’argumenter, il faut s’entendre sur les mots. Le lexique qui suit n’a pas la prétention d’être exhaustif ni définitif. Il vise simplement à redonner aux termes un minimum de précision, et à éviter qu’ils servent uniquement à disqualifier plutôt qu’à débattre.</p>
<h4>Petit lexique pour temps confus</h4>
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<div class="lexique-title">Petit lexique pour temps confus</div>
<div class="lexique-sub">Avant d’argumenter, il faut s’entendre sur les mots. Ce lexique vise à redonner aux termes un minimum de précision, et à éviter qu’ils servent uniquement à disqualifier.</div>
<p><!-- 1 --></p>
<details class="lexique-section" open="">
<summary>1&#xfe0f;&#x20e3; Axes politiques fondamentaux<br />
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<div class="lexique-body">
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendantisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Indépendantisme</a></div>
<p class="lexique-def">Projet d’émancipation politique collective visant à faire du Québec un État souverain. L’indépendantisme n’est pas intrinsèquement de droite ou de gauche. Il constitue un cadre démocratique à l’intérieur duquel des orientations idéologiques différentes peuvent s’affronter sur un terrain commun, celui de la souveraineté populaire.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nationalisme</a></div>
<p class="lexique-def">Doctrine politique affirmant l’existence d’un peuple comme sujet politique légitime, porteur d’une culture, d’une langue et d’institutions propres. Le nationalisme peut être civique, culturel ou ethnique. Dans le contexte québécois, il renvoie historiquement à une volonté d’autonomie collective et de reconnaissance démocratique, et non à une hiérarchisation des peuples.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publicanisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Républicanisme</a></div>
<p class="lexique-def">Courant politique mettant l’accent sur la souveraineté populaire, le bien commun, la citoyenneté, la laïcité des institutions et la primauté de l’intérêt général sur les appartenances particulières. Il insiste sur la responsabilité civique et la participation active des citoyens à la vie politique.</p>
</div>
</div>
</details>
<p><!-- 2 --></p>
<details class="lexique-section">
<summary>2&#xfe0f;&#x20e3; Grandes familles idéologiques<br />
<span class="lexique-chip">ouvrir</span></summary>
<div class="lexique-body">
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gauche" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Gauche</a></div>
<p class="lexique-def">Historiquement, la gauche se définit par son rapport aux inégalités matérielles et au pouvoir économique. Redistribution, protection des classes populaires, réduction des écarts, universalité des droits. La gauche n’est pas d’abord une posture morale. Elle est une volonté de transformer des rapports sociaux concrets.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Droite_(politique)" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Droite</a></div>
<p class="lexique-def">La droite regroupe des courants variés, souvent attachés au marché comme régulateur central, à la responsabilité individuelle, à une intervention plus limitée de l’État redistributif, et à une certaine acceptation des hiérarchies sociales. Tout ce qui n’est pas de gauche n’est pas extrémiste, et prétendre le contraire relève de la caricature.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Conservatisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Conservatisme</a></div>
<p class="lexique-def">Courant politique valorisant la continuité historique, les traditions, la prudence face aux transformations rapides et une certaine méfiance envers les ruptures brutales. Il peut cohabiter avec des positions démocratiques et ne se confond pas automatiquement avec l’autoritarisme.</p>
</div>
</div>
</details>
<p><!-- 3 --></p>
<details class="lexique-section">
<summary>3&#xfe0f;&#x20e3; Courants de transformation sociale<br />
<span class="lexique-chip">ouvrir</span></summary>
<div class="lexique-body">
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Socialisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Socialisme</a></div>
<p class="lexique-def">Courant visant une transformation structurelle du système économique afin de réduire, voire abolir, les inégalités produites par le capitalisme. Il privilégie la propriété collective ou sociale des moyens de production et une planification démocratique de l’économie.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Social-d%C3%A9mocratie" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Social-démocratie</a></div>
<p class="lexique-def">Courant réformiste de gauche cherchant à corriger les effets du capitalisme par des politiques de redistribution, un État-providence fort, des services publics universels et la protection des droits sociaux, sans abolir l’économie de marché.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Progressisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Progressisme</a></div>
<p class="lexique-def">Idée générale de progrès social et politique. Le terme est aujourd’hui éclaté. Il peut désigner des réformes concrètes visant l’égalité réelle, ou une approche essentiellement symbolique du changement. Sans précision, il devient un mot-valise.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Radicalisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Radicalisme</a></div>
<p class="lexique-def">Le radicalisme désigne la volonté de s’attaquer aux causes profondes d’un problème, donc à ses racines, à ce qui est fondamental, plutôt qu’à ses symptômes. En démocratie, être radical ne signifie pas être violent ou extrémiste. On peut être radical sur certains enjeux et modéré sur d’autres, et évoluer dans le temps.</p>
</div>
</div>
</details>
<p><!-- 4 --></p>
<details class="lexique-section">
<summary>4&#xfe0f;&#x20e3; Courants contemporains et dérivés<br />
<span class="lexique-chip">ouvrir</span></summary>
<div class="lexique-body">
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Progressisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Néo-progressisme</a></div>
<p class="lexique-def">Courant récent centré sur la morale publique, la reconnaissance identitaire, la surveillance du langage et la sanction symbolique. Il privilégie souvent la dénonciation et la disqualification au détriment du débat et de l’analyse des rapports matériels de pouvoir. Il peut se revendiquer de gauche tout en s’éloignant de ses fondements historiques.</p>
<div class="lexique-note">Note : Wikipédia n’a pas toujours une page dédiée à « néo-progressisme ». Le lien pointe vers « progressisme » pour fournir un repère général.</div>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Woke" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Wokisme</a></div>
<p class="lexique-def">Courant idéologique issu du monde universitaire anglo-américain, fondé sur une vigilance morale permanente à l’égard des rapports de domination symboliques. Dans sa forme militante, il privilégie l’indignation, la dénonciation publique et la sanction symbolique, avec une tendance à réduire des conflits politiques à des fautes morales.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fen%C3%AAtre_d%27Overton" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Fenêtre d’Overton</a></div>
<p class="lexique-def">Concept décrivant la zone des idées jugées socialement et médiatiquement « acceptables » à un moment donné. La fenêtre n’est pas fixe, elle se déplace. Qualifier une position d’« extrême » sert souvent à pousser cette fenêtre, en rendant certaines options indicibles et d’autres, par contraste, soudainement raisonnables, avant même que le débat ait eu lieu.</p>
</div>
</div>
</details>
<p><!-- 5 --></p>
<details class="lexique-section">
<summary>5&#xfe0f;&#x20e3; Concepts économiques structurants<br />
<span class="lexique-chip">ouvrir</span></summary>
<div class="lexique-body">
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ralisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Libéralisme</a></div>
<p class="lexique-def">Sur le plan politique, il renvoie aux libertés individuelles et à l’État de droit. Sur le plan économique, il défend le marché comme mécanisme central d’allocation des ressources. Confondre ces deux dimensions entretient une confusion majeure.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9olib%C3%A9ralisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Néolibéralisme</a></div>
<p class="lexique-def">Doctrine visant à étendre la logique du marché à l’ensemble de la société. Privatisation, déréglementation, compression de l’État social, affaiblissement des contre-pouvoirs collectifs. Il constitue un socle structurant du régime contemporain, souvent au-delà des alternances partisanes.</p>
</div>
</div>
</details>
<p><!-- 6 --></p>
<details class="lexique-section">
<summary>6&#xfe0f;&#x20e3; Catégories extrêmes et termes à usage délicat<br />
<span class="lexique-chip">ouvrir</span></summary>
<div class="lexique-body">
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Extr%C3%AAme_gauche" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Extrême gauche</a></div>
<p class="lexique-def">Terme flou et souvent instrumentalisé. Il désigne historiquement des courants révolutionnaires rejetant la démocratie libérale au profit de modèles autoritaires ou insurrectionnels. Son usage extensif pour disqualifier toute critique radicale du système contribue à la confusion et à la banalisation.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Extr%C3%AAme_droite" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Extrême droite</a></div>
<p class="lexique-def">Terme lourd, à réserver à des phénomènes précis. Autoritarisme, culte du chef, rejet du pluralisme, hiérarchisation des citoyens, parfois acceptation de la violence politique. Le banaliser en l’appliquant à tout ce qui déplaît le rend inutilisable lorsqu’il faut réellement le nommer.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Communisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Communisme</a></div>
<p class="lexique-def">Courant visant l’abolition de la propriété privée des moyens de production et l’établissement d’une société sans classes. Historiquement décliné en modèles très différents, allant de projets égalitaires à des régimes autoritaires. Le terme mérite une contextualisation rigoureuse.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fascisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Fascisme</a></div>
<p class="lexique-def">Idéologie autoritaire fondée sur le culte du chef, la violence politique, le rejet du pluralisme, l’écrasement des contre-pouvoirs et la mobilisation totalisante. Le fascisme réel est un phénomène historique précis. Son usage inflationniste contribue à sa banalisation et empêche d’identifier les véritables dérives autoritaires.</p>
</div>
<div class="lexique-item">
<div class="lexique-term"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Antifascisme" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Antifascisme, Antifa</a></div>
<p class="lexique-def">Courant se définissant par l’opposition au fascisme. Historiquement pluriel, il peut aller de la vigilance démocratique légitime à des formes militantes cherchant à disqualifier ou censurer toute opposition idéologique perçue comme suspecte. Sans définition rigoureuse du fascisme, l’antifascisme peut devenir un outil de polarisation plutôt qu’un rempart démocratique.</p>
</div>
</div>
</details>
</div>
<h4>Conclusion, reprendre prise sur les mots pour reprendre prise sur le réel</h4>
<p>Cette guerre des étiquettes a une fonction simple et redoutablement efficace. Elle empêche la politique de redevenir politique. Elle remplace le débat par la suspicion, transforme l’adversaire en suspect moral, et enferme ceux qui veulent encore parler du réel dans une posture défensive. À ce rythme, il ne s’agit même plus de convaincre. Il s’agit de survivre médiatiquement, de passer au travers du prochain amalgame, de supporter le prochain procès, et de prouver encore qu’on a le droit d’exister politiquement.</p>
<p>Tant que le débat public reste coincé dans la lutte des étiquettes, les enjeux concrets passent au second plan. Pendant que nous nous disputons sur des qualificatifs, les grandes orientations politiques, économiques et institutionnelles continuent de s’imposer presque sans discussion.</p>
<p>Mais il faut aller plus loin et poser la question que l’on évite trop souvent : à qui profite cette dérive ? À qui sert un espace public saturé d’accusations, fragmenté en réalités parallèles, où le vocabulaire politique est poussé toujours plus loin vers l’hyperbole et la caricature ? Certainement pas aux citoyens ordinaires, ni à la vitalité démocratique. En revanche, un débat fragmenté affaiblit la capacité collective de formuler des alternatives cohérentes. Il détourne l’attention des rapports de pouvoir concrets, économiques, institutionnels, constitutionnels. Il laisse intactes les structures dominantes pendant que les camps s’épuisent à se dénoncer mutuellement. Une société qui ne parvient plus à nommer clairement les enjeux finit par subir l’ordre existant faute d’avoir pu le contester lucidement. La polarisation permanente devient alors moins un accident qu’un avantage stratégique pour ceux qui occupent déjà le centre du pouvoir.</p>
<h5><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Aron" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Raymond Aron</a> le rappelait avec une simplicité désarmante : <em>« La démocratie, c’est l’organisation du débat. » Lorsque le débat est remplacé par l’étiquetage, ce n’est pas seulement le ton qui se dégrade, c’est la démocratie elle-même qui cesse de fonctionner normalement.</em></h5>
<p>C’est précisément pour cela que la question des mots n’est pas secondaire. Elle est centrale. Les étiquettes sont devenues un instrument de gouvernement symbolique. Elles permettent d’éviter de parler du réel en remplaçant la politique par une dramaturgie morale permanente. Dans un tel climat, nuancer devient suspect, penser devient risqué, et la conversation commune devient fragile. C’est aussi ce qui m’a conduit à proposer ce lexique, non pas pour figer les concepts, mais pour réinstaller un plancher commun.</p>
<p>Bergeron et Baillargeon suggèrent des gestes modestes, mais essentiels, se modérer, cultiver une modestie intellectuelle, se demander quel serait le meilleur argument contre la position qu’on défend, puis se méfier des étiquettes dégradantes. Et, dans le même esprit, le rappel à l’ordre de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Marie-France_Bazzo" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Marie-France Bazzo</a>, tel qu’il circule ces jours-ci, revient à une idée simple, <strong>on a besoin de baisser le feu, de sortir du réflexe, de se redonner une conversation qui vise le bien commun plutôt que l’humiliation de l’autre.</strong></p>
<div id="attachment_17007" style="width: 758px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-02-24/de-quoi-le-quebec-a-t-il-besoin.php"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-17007" class="size-full wp-image-17007" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-25-160528.png" alt="" width="748" height="283" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-25-160528.png 748w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-25-160528-400x151.png 400w" sizes="auto, (max-width: 748px) 100vw, 748px" /></a><p id="caption-attachment-17007" class="wp-caption-text">Cliquez sur l&#8217;image pour lire le texte : <a href="https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-02-24/de-quoi-le-quebec-a-t-il-besoin.php">De quoi le Québec a-t-il besoin ?</a></p></div>
<p>Si l’on veut sortir de cette impasse, il faudra cesser de courir derrière les accusations préfabriquées et se recentrer sur notre propre message politique, refuser les pièges tendus par ceux qui contestent jusqu’à l’existence même d’une intelligence démocratique au Québec et qui ont tout intérêt à nous diviser, voire à nous entraîner dans des dynamiques de polarisation étrangères à nos intérêts collectifs réels. Moins se défendre. Plus argumenter. Moins réagir. Plus construire. Parce qu’au bout du compte, comme le rappellent Bergeron et Baillargeon, « c’est la vigueur de la vie démocratique qui en dépend ». Et cette vigueur ne se mesure pas à notre capacité d’indignation, mais à notre capacité de discuter, lucidement, avec ceux qui ne pensent pas comme nous.</p>
<p>Construisons donc. Ensemble. Réouvrons des espaces de conversation démocratique exigeants, balisés par des mots justes, par la nuance et par le respect du pluralisme. Laissons les esprits négatifs s’épuiser dans les méandres de leurs chambres d’écho toxiques. Pendant qu’ils s’enferment, à nous d’élargir. Pendant qu’ils caricaturent, à nous d’expliquer. Pendant qu’ils divisent, à nous de rassembler. Une démocratie ne se protège pas par le vacarme, mais par la maturité collective.</p>
<p>Comme l’écrivait <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Camus" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Albert Camus</a> :</p>
<blockquote><p>Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde</p></blockquote>
<p>À nous maintenant de les nommer avec rigueur.</p>
<p>The post <a href="https://carlboileau.com/guerre-etiquettes-democratie/">La guerre des étiquettes comme arme politique</a> appeared first on <a href="https://carlboileau.com">CarlBoileau.com</a>.</p>
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		<title>Carriérisme « à gauche » : L’archétype Alexandre Boulerice</title>
		<link>https://carlboileau.com/alexandre-boulerice/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Feb 2026 00:05:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique nationale]]></category>
		<category><![CDATA[élection provinciale 2026]]></category>
		<category><![CDATA[Alexandre Boulerice]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-François Lessard]]></category>
		<category><![CDATA[NPD]]></category>
		<category><![CDATA[Québec solidaire]]></category>
		<category><![CDATA[souveraineté du Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans ce texte, je revisite un vieux débat avec Jean-François Lessard sur une question simple, le carriérisme est-il vraiment impossible à gauche. À travers la candidature d’Alexandre Boulerice chez Québec solidaire, j’examine les incitations matérielles, les contorsions stratégiques et leurs conséquences pour l’avenir d’une éventuelle coalition du OUI. Car derrière le cas individuel se joue peut-être l’équilibre futur du camp indépendantiste.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_16946" style="width: 1546px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16946" class="wp-image-16946 size-full" title="Carriérisme à gauche : L’archétype Alexandre Boulerice" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8.jpg" alt="Une analyse critique du cas Boulerice, du carriérisme à gauche et des contradictions stratégiques de Québec solidaire." width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8.jpg 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-140x94.jpg 140w" sizes="auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /><p id="caption-attachment-16946" class="wp-caption-text"><strong>Alexandre Boulerice pour QS dans Gouin : exception stratégique ou conflit d’intérêt politique.</strong></p></div>
<p><a href="https://carlboileau.com/la-vertu-comme-capital-politique/">Dans le texte précédent, j’ai posé le cadre</a>. J’ai parlé d’innocence militante, de vertu transformée en capital politique, de cette mécanique par laquelle un appareil finit par protéger ses propres trajectoires tout en continuant de parler d’émancipation.</p>
<p>Il est maintenant temps de quitter l’abstraction, parce qu’il arrive qu’un seul cas mette à nu tout un système. Quand un parti plie ses règles pour accueillir une vedette, on voit soudain ce qu’on refusait de regarder, la stratégie, l’appareil, l’exception. Et derrière le vocabulaire noble, une question simple, mais décisive. Qui sert qui.</p>
<p>C’est ici que le nom s’impose : <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Boulerice" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Alexandre Boulerice</a>.<br />
<span id="more-16968"></span></p>
<div id="attachment_16942" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/la-vertu-comme-capital-politique/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16942" class="wp-image-16942 size-medium" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-400x267.jpg" alt="" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-16942" class="wp-caption-text">La réflexion qui suit prolonge mon texte<a href="https://carlboileau.com/la-vertu-comme-capital-politique/"> La vertu comme capital politique</a>, né d’un désaccord ancien avec Jean-François Lessard sur une question simple, le carriérisme est-il vraiment impossible à gauche. Ici, l’hypothèse quitte la théorie pour affronter un cas concret.</p></div>
<p>Alexandre Boulerice siège depuis 2011 comme député fédéral du <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouveau_Parti_d%C3%A9mocratique" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Nouveau Parti démocratique</a>, élu dans le contexte exceptionnel de la vague orange qui a propulsé le NPD au Québec cette année-là. Quinze ans au service d’un parti explicitement fédéraliste, <a href="https://www.journaldequebec.com/2026/02/18/boulerice-possible-candidat-de-qs-ghazal-defend-la-candidature-dun-homme-dans-gouin">puis maintenant un retour envisagé vers Québec solidaire</a>, un parti qui se définit encore comme indépendantiste. Oui, il a voté <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9f%C3%A9rendum_qu%C3%A9b%C3%A9cois_de_1995" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Oui en 1995</a>, comme la majorité des progressistes à cette époque. Mais depuis son engagement au NPD, dans la foulée de cette percée historique, il a défendu publiquement le maintien du Québec dans le Canada, il s’est inscrit dans la ligne fédérale de son parti et a même affirmé ouvertement ne plus être indépendantiste. Interrogé sur d’éventuelles compromissions liées à son appartenance nationale lors de son adhésion au NPD, il a répondu que cela s’était fait très facilement. Ce « très facilement » n’est pas un détail. Il révèle une absence de tension, comme si la question de l’émancipation politique du Québec pouvait être tenue à distance sans coût, au moment même où une fenêtre d’opportunité politique s’ouvrait à Ottawa.</p>
<div id="attachment_16971" style="width: 853px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16971" class="wp-image-16971 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/634377737_908758885083332_585852394941358559_n.jpg" alt="" width="843" height="524" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/634377737_908758885083332_585852394941358559_n.jpg 843w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/634377737_908758885083332_585852394941358559_n-400x249.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/634377737_908758885083332_585852394941358559_n-768x477.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 843px) 100vw, 843px" /><p id="caption-attachment-16971" class="wp-caption-text">Il faut rappeler un fait qui n’a rien d’anodin. Alexandre Boulerice a déjà été indépendantiste avant de s’inscrire durablement dans la machine néo-démocrate. Dans un Québec où la question nationale continue de structurer des lignes de fracture profondes, cette trajectoire n’est pas neutre. Il a pu construire, pendant quinze ans, une carrière stable au sein d’un parti fédéraliste, puis chercher aujourd’hui à revenir dans une formation qui se réclame de l’indépendance, comme si cette oscillation allait de soi, au gré des bannières politiques successivement endossées.</p></div>
<p>Aujourd’hui, il souhaite donc briguer l’investiture de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%C3%A9bec_solidaire" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Québec solidaire</a> dans <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouin_(circonscription_provinciale)" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Gouin</a>, comté emblématique associé à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7oise_David" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Françoise David</a> puis à <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_Nadeau-Dubois" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Gabriel Nadeau-Dubois</a>, un bastion relativement sûr. Changer de palier politique n’est pas en soi condamnable. Mais le contexte interroge, parce que ce passage n’est pas seulement un déplacement géographique, c’est un déplacement symbolique, et la gymnastique est réelle. Si elle venait d’un politicien de droite, elle serait dénoncée sans hésitation comme de l’opportunisme. Ici, elle se présente sous une lumière plus douce, presque naturelle, comme si les étiquettes pouvaient se remplacer sans laisser de trace.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-16975 size-medium" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/FB_IMG_1771436666266-400x279.jpg" alt="" width="400" height="279" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/FB_IMG_1771436666266-400x279.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/FB_IMG_1771436666266-1024x714.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/FB_IMG_1771436666266-768x536.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/FB_IMG_1771436666266-1536x1071.jpg 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/FB_IMG_1771436666266.jpg 1822w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></p>
<p>Pour permettre cette candidature, <a href="https://www.journaldequebec.com/2026/02/19/qs-fait-marchera-doublement-sur-ses-principes-dans-gouin">Québec solidaire marchera sur ses principes</a> et devra proposer une entorse à ses propres règles adoptées en 2023 et renforcées en 2025, des règles qui limitaient l’accès aux investitures dans les circonscriptions déjà gagnées, notamment au nom de la parité et de la représentativité. Gouin est un comté gagné, la règle est claire, mais une exception serait envisagée pour accueillir un homme de grande notoriété. Et c’est là que le mécanisme se donne à voir, la notoriété devient plus déterminante que le principe, puis la règle devient malléable dès que le capital politique est suffisant.</p>
<p><iframe loading="lazy" title="Empêché de se présenter car c’est un homme: QS veut finalement faire une exception" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/Jy2TCQcaahc?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Ce renversement prend un relief particulier si l’on se rappelle que Québec solidaire s’est donné, ces dernières années, une dramaturgie interne fortement morale, où les règles ne sont pas seulement administratives, mais présentées comme l’expression d’un progrès éthique. Elles ne seraient pas de simples mécanismes organisationnels, mais des balises principielle. Or dès qu’un candidat vedette entre en scène, ce cadre moral devient modulable. Ce qui était présenté comme une exigence éthique se transforme en variable stratégique. L’exception cesse d’être une entorse pour devenir une démonstration de maturité politique. Ce boomerang n’échappe pas à tous. <a href="https://www.facebook.com/nic.payne.33/posts/pfbid0372s5LpeXP3t71iWZZUN4rMMhAW2zLRGNCaaYTbrgjV7vmbZyAji1GJgkZvUvqbK7l">Nic Payne l’a formulé avec une lucidité brutale</a>, en parlant d’une règle justifiée au nom de la nécessité historique dans son mur Facebook, puis contournée dès la première occasion «payante ».</p>
<p><a href="https://www.facebook.com/nic.payne.33/posts/pfbid0372s5LpeXP3t71iWZZUN4rMMhAW2zLRGNCaaYTbrgjV7vmbZyAji1GJgkZvUvqbK7l"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-16974 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-144612.png" alt="" width="668" height="246" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-144612.png 668w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-144612-400x147.png 400w" sizes="auto, (max-width: 668px) 100vw, 668px" /></a></p>
<p data-start="973" data-end="1381">Or Québec solidaire se définit toujours comme un parti souverainiste, du moins officiellement. Accueillir comme candidat vedette un député néodémocrate de longue date, qui a défendu le fédéralisme pendant quinze ans et déclaré ne plus être indépendantiste, soulève une question élémentaire. L’indépendance pour ce Parti constitue-t-elle réellement un principe structurant, ou simplement un marqueur symbolique ajustable selon les circonstances.</p>
<p><a href="https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/632670/libre-opinion-le-npd-plaque-tournante-du-i-quebec-bashing-i"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter wp-image-16986 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-180903.jpg" alt="" width="701" height="909" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-180903.jpg 701w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-180903-231x300.jpg 231w" sizes="auto, (max-width: 701px) 100vw, 701px" /></a></p>
<p data-start="1383" data-end="1924">On peut toujours supposer qu’Alexandre Boulerice ait évolué intérieurement et soit redevenu un indépendantiste sincère. Cela demeure possible. Mais si l’émancipation politique d’un peuple peut être reléguée pendant quinze ans sans tension apparente, puis redevenir compatible avec une candidature provinciale dans un bastion relativement assuré, ce n’est pas seulement la cohérence d’un homme qui est en jeu. C’est aussi la capacité d’un appareil à absorber les contradictions dès lors que la trajectoire individuelle et l’intérêt stratégique convergent.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-16980" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083056.png" alt="" width="684" height="349" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083056.png 684w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083056-400x204.png 400w" sizes="auto, (max-width: 684px) 100vw, 684px" /></p>
<p>Ajoutons un élément rarement évoqué dans les discours nobles, la logique des pensions publiques et de la continuité institutionnelle. Je le dis avec prudence, parce qu’il ne s’agit pas de lire dans les intentions, mais de regarder les incitations. Après quinze ans au fédéral, un passage stratégique au provincial n’est pas seulement un choix idéologique, c’est aussi une consolidation matérielle. Rien d’illégal, mais un parcours qui épouse remarquablement bien ce que le système récompense.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-16976" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083344.png" alt="" width="679" height="208" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083344.png 679w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083344-400x123.png 400w" sizes="auto, (max-width: 679px) 100vw, 679px" /></p>
<div style="max-width: 900px; margin: 32px auto; padding: 24px; background: #f4f4f4; border: 1px solid #dddddd; border-left: 6px solid #222222; border-radius: 10px; box-shadow: 0 4px 12px rgba(0,0,0,0.05);">
<div style="font-size: 20px; font-weight: bold; margin-bottom: 16px;">Ordre de grandeur financier (données publiques)</div>
<div style="margin-bottom: 14px; font-weight: 600;">Sur la base des chiffres publics disponibles :</div>
<div style="margin-left: 12px; margin-bottom: 8px;"><strong>• Salaire de base d’un député fédéral en 2011 :</strong> environ 157 731 $</div>
<div style="margin-left: 12px; margin-bottom: 8px;"><strong>• Salaire de base récent :</strong> environ 203 100 $</div>
<div style="margin-left: 12px; margin-bottom: 18px;"><strong>• Sur quinze ans :</strong> cumul brut estimé autour de 2,6 à 3,0 millions en salaire de base seulement</div>
<div style="margin-bottom: 14px; font-weight: 600;">Régime de pension :</div>
<div style="margin-left: 12px; margin-bottom: 8px;"><strong>• Accumulation :</strong> 3 % par année de service</div>
<div style="margin-left: 12px; margin-bottom: 8px;"><strong>• Après quinze ans :</strong> environ 45 % de la moyenne des cinq meilleures années</div>
<div style="margin-left: 12px;"><strong>• Estimation de la rente annuelle :</strong> si la moyenne avoisine 200 000 $, la rente se situe autour de 90 000 $ par an, selon les règles publiques</div>
</div>
<p data-start="96" data-end="608">On peut appeler ça autrement, mais le résultat existe, une carrière publique qui produit un patrimoine futur important, et qui crée, au minimum, une zone grise politique. Et si un passage au provincial venait s’ajouter à cette trajectoire fédérale, une seconde pension publique pourrait mécaniquement s’accumuler à la première. Rien d&#8217;exceptionnelle pour un politicien de carrière, mais une consolidation supplémentaire d’une situation déjà très enviable. On peut débattre des intentions, car on ne peut pas nier les incitations.</p>
<p data-start="610" data-end="1233">À ce moment précis, le conflit d’intérêt cesse d’être une abstraction. Il prend la forme d’une question simple, presque brutale. Pour Alexandre Boulerice, l’indépendance du Québec vaudra-t-elle concrètement le risque de compromettre une pension fédérale d’environ 100 000 $ par année, à vie, et de fragiliser un ordre institutionnel qui a déjà récompensé quinze ans de loyauté. Si ce prix est réel, si la perte est envisageable, quelle est la probabilité qu’un acteur rationnel de son acabit choisisse l’indépendance politique plutôt que la continuité institutionnelle.</p>
<p data-start="1235" data-end="1591">Plus l’enjeu constitutionnel se précise, plus la tentation de préserver le régime qui rémunère devient tangible. Il ne s’agit pas d’illégalité. Il s’agit d’incitation. D’un conflit d’intérêt politique au sens large, parce qu’il place un homme au croisement de deux fidélités possibles, l’une historique et nationale, l’autre institutionnelle et matérielle.</p>
<div id="attachment_16979" style="width: 669px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16979" class="wp-image-16979 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083439.png" alt="" width="659" height="317" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083439.png 659w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-20-083439-400x192.png 400w" sizes="auto, (max-width: 659px) 100vw, 659px" /><p id="caption-attachment-16979" class="wp-caption-text">Jimmy Thibodeau l’a formulé de manière beaucoup plus directe, et sa lecture mérite d’être citée, parce qu’elle met des mots sur ce que plusieurs ressentent sans oser l’articuler :</p></div>
<p>Mais le nœud, au fond, n’est pas l’homme seul. C’est le parti qui se regarde dans un miroir et décide que ses règles deviennent flexibles lorsque l’atout est séduisant. Et c’est ici que<a href="https://carlboileau.com/la-vertu-comme-capital-politique/"> je reviens explicitement à Jean-François Lessard, parce que cette série est née d’un désaccord ancien avec lui</a>.</p>
<p>Il y a près de dix ans, notre débat portait sur une question simple, presque ontologique. Le carriérisme peut-il exister à gauche. Ma réponse était oui, parce que les appareils politiques obéissent à des logiques humaines, pas à des étiquettes morales. La sienne était beaucoup plus «naïve». La gauche, par nature, n’était pas faite de ce bois-là. L’engagement sincère constituait un rempart.</p>
<p data-start="154" data-end="825">Or aujourd’hui, Jean-François Lessard ne nie plus l’existence d’une logique stratégique par rapport à la candidature d’Alexandre Boulerice pour QS. Il l’assume. Il parle de gouvernabilité, de maturité politique, de la nécessité de ne pas donner l’image d’un parti incapable d’exercer le pouvoir. Il affirme encore ne pas aimer les politiciens de carrière… mais soutient sans hésitation qu’Alexandre Boulerice n’en est pas un. Comme si quinze années passées à Ottawa, au cœur de l’appareil fédéral, avec des revenus cumulés se chiffrant en millions de dollars, l’influence acquise et les avantages institutionnels associés, pouvaient encore relever du simple militantisme.</p>
<p data-start="827" data-end="1139">Autrement dit, pour Lessard le problème n’est plus nié en principe, il est redéfini au cas par cas. Le principe ne disparaît pas, il se reconfigure. Le carriérisme n’est donc plus impensable pour lui à gauche; il devient simplement ce qui ne s’applique pas lorsque la trajectoire paraît légitime ou stratégiquement utile. La règle demeure vertueuse tant qu’elle ne contrarie pas l’objectif immédiat. Ce qui était jadis jugé incompatible avec « la gauche » devient admissible, pourvu qu’on puisse maintenant le présenter sous l’étiquette du pragmatisme.</p>
<p>C’est tout de même une évolution considérable dans le discours de Jean-François Lessard. Celui qui m’affirmait autrefois, avec une certitude presque dogmatique, que le carriérisme était pratiquement impossible à gauche, en vient aujourd’hui à en moduler les contours au nom du réalisme. On appelle cela comment déjà ? L’effet Boulerice, je présume.</p>
<p>Bref, l’argument de la naïveté ne tient plus ici devant les faits.</p>
<p>Reste le point que je juge décisif, et que j’aimerais voir Jean-François regarder en face, sans le vernis moral qui rend tout acceptable à l&#8217;intérieure de la gauche partisane. Si l’on se projette dans un scénario plausible où un gouvernement péquiste remettrait sur la table un référendum sur l’indépendance du Québec, quelle position adopterait alors Québec solidaire. Et surtout, quelle posture prendrait Alexandre Boulerice, lui qui a construit sa carrière dans un parti dont l’ADN politique a souvent consisté à neutraliser, marginaliser ou relativiser la question nationale québécoise.</p>
<div id="attachment_16982" style="width: 604px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://x.com/alexboulerice/status/1859313291488788730"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16982" class="wp-image-16982 size-full" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-153108.jpg" alt="" width="594" height="505" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-153108.jpg 594w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/Capture-decran-2026-02-21-153108-353x300.jpg 353w" sizes="auto, (max-width: 594px) 100vw, 594px" /></a><p id="caption-attachment-16982" class="wp-caption-text">Plutôt que de rejoindre une éventuelle convergence indépendantiste, il est permis de se demander si Boulerice ne choisira pas de reconduire les réflexes du discours fédéraliste, en disqualifiant le mouvement et son chef à coups d’anathèmes moraux. Le refrain est connu. On ne débat pas, on pathologise. On ne contredit pas, on étiquette.</p></div>
<p>Or dans un contexte où Québec solidaire pourrait se retrouver, à la prochaine élection, réduit à une poignée de députés concentrés à Montréal, <strong>un seul élu pourrait devenir stratégiquement décisif pour l&#8217;avenir constitutionnel du Québec</strong>. À ce moment-là, la question de la loyauté nationale d’Alexandre Boulerice ne relèvera plus du débat théorique. Elle deviendra une variable de calcul. Elle se traduira en chiffres, en rapports de force, en majorité ou en blocage. Et le dilemme apparaîtra dans sa forme la plus simple.</p>
<div id="attachment_16981" style="width: 970px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16981" class="size-full wp-image-16981" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/2208943.jpg" alt="" width="960" height="540" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/2208943.jpg 960w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/2208943-400x225.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/2208943-768x432.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/2208943-136x77.jpg 136w" sizes="auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px" /><p id="caption-attachment-16981" class="wp-caption-text">L’indépendance du Québec vaudra-t-elle réellement, à ses yeux, le risque de fragiliser un ordre institutionnel qui lui garantit déjà près de 100 000 $ par année à vie, récompense quinze années de loyauté fédérale et ouvre la voie à l’accumulation d’une seconde pension provinciale. Vaudra-t-elle la mise en jeu d’un confort assuré à vie. Au regard de son parcours, poser la question revient déjà, pour moi, à y répondre.</p></div>
<p>Et c’est là que la boucle se referme.</p>
<p>Dix ans plus tard, la question demeure intacte. Le carriérisme est-il toujours pratiquement impossible dans le champ politique de gauche, comme me l’affirmait alors Jean-François Lessard. Ou bien fallait-il simplement que les circonstances deviennent assez concrètes pour que la théorie se fissure.</p>
<p>Si nous rejouions aujourd’hui notre débat d&#8217;il y a maintenant une décennie, avec les faits de 2026 sous les yeux, une autre question s’imposerait. Que dirait le Jean-François Lessard de 2017 au Jean-François Lessard de 2026. Celui qui affirmait alors que le carriérisme était pratiquement impossible à gauche verrait-il dans l’appui actuel à la trajectoire de Boulerice une simple maturité stratégique. Ou reconnaîtrait-il, au contraire, ce qu’il jugeait jadis impensable.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter size-full wp-image-16983" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/b37a185913823e5382bb25e173e5f151.jpg" alt="" width="924" height="798" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/b37a185913823e5382bb25e173e5f151.jpg 924w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/b37a185913823e5382bb25e173e5f151-347x300.jpg 347w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/b37a185913823e5382bb25e173e5f151-768x663.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 924px) 100vw, 924px" /></p>
<p>Maintiendrait-il encore que la gauche est naturellement immunisée au carriérisme politique. Ou reconnaîtrait-il que mon doute d’hier n’était pas une trahison&#8230; mais une lucidité précoce.</p>
<p data-start="0" data-end="281">Au moment décisif, l’histoire ne retiendra ni les intentions proclamées ni les rationalisations stratégiques. Elle retiendra le camp choisi. Celui du pays à naître. Ou celui de l’ordre institutionnel qui sécurise les trajectoires, consolide les carrières et protège les privilèges.</p>
<p data-start="283" data-end="609" data-is-last-node="" data-is-only-node="">On peut l’habiller du vocabulaire du progrès. Mais lorsque la priorité devient la stabilité de l’appareil et la préservation des acquis personnels, ce n’est plus la gauche qui parle. C’est une logique de conservation. Et cette logique, qu’on le veuille ou non, ressemble étrangement à ce que l’on appelait autrefois&#8230; la droite <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f609.png" alt="😉" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /></p>
<blockquote><p>Le pouvoir symbolique est un pouvoir invisible qui ne peut s’exercer qu’avec la complicité de ceux qui ne veulent pas savoir qu’ils le subissent<br />
— Pierre Bourdieu</p></blockquote>
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		<title>La vertu comme capital politique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Carl Boileau]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Feb 2026 23:35:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Philosophie-politique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique nationale]]></category>
		<category><![CDATA[gauche vs droite]]></category>
		<category><![CDATA[Jean-François Lessard]]></category>
		<category><![CDATA[manipulation médiatique]]></category>
		<category><![CDATA[néolibéralisme]]></category>
		<category><![CDATA[Québec solidaire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une réflexion sur l’illusion d’une gauche naturellement vertueuse et immunisée contre les logiques du pouvoir. À partir de mon propre parcours militant, j’explore comment la morale peut devenir un capital politique. Quand la théorie rencontre le réel, certaines certitudes se fissurent.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_16942" style="width: 1546px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16942" class="wp-image-16942 size-full" title="La vertu comme capital politique. Pourquoi la gauche n’est pas immunisée contre le carriérisme" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital.jpg" alt="" width="1536" height="1024" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital.jpg 1536w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/la_vertu_comme_capital-140x94.jpg 140w" sizes="auto, (max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /></a><p id="caption-attachment-16942" class="wp-caption-text"><strong>Pourquoi la gauche n’est pas immunisée contre le carriérisme</strong></p></div>
<p>Il y a quelques années, j’ai eu un échange corsé avec <a href="https://www.facebook.com/lessardchante">Jean-François Lessard</a> sur mon mur Facebook. Je me permets de le nommer ici, et même de le taguer, parce que la discussion était publique, assumée, et révélatrice de quelque chose de plus large que nous deux. À l’époque, <a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1034161/quebec-solidaire-candidat-co-porte-parole-gabriel-nadeau-dubois-jean-francois-lessard">Lessard se présentait au poste de co-porte-parole masculin de Québec solidaire</a>. Sa candidature avait peu de chances d’aboutir, mais elle était fidèle à ce qu’il incarne, brasser les idées, nourrir la démocratie interne, porter un idéal militant même lorsque l’appareil du parti semble déjà avoir tracé sa route.<br />
<span id="more-16941"></span><br />
Je le dis franchement, Lessard est, à mes yeux, l’archétype du militant de gauche sincère. Un gars de cœur, profondément révolté par les inégalités, habité par une exigence morale et par l’idée de justice. Je l’ai souvent vu manifester lors des marches nocturnes du <a href="https://carlboileau.com/tag/printemps-erable/">Printemps érable en 2012</a>, généreux dans ses prises de parole, toujours disponible pour une entrevue, prêt à occuper l’espace public au nom d’une cause qu’il juge juste. Et puis, <a href="https://www.jeanfrancoislessard.com/musique/">c’est un excellent chansonnier</a>, le genre de personne dont on se dit qu’il faudrait aller voir le spectacle un jour, ne serait-ce que pour se rappeler qu’une colère sociale peut aussi se transformer en poésie. Quand un type comme lui parle de « combattre le fascisme », je peux esquisser un sourire, parce que cela sonne parfois romantique, presque naïf. Mais je ne doute pas une seconde de sa sincérité, et cette naïveté-là, lorsqu’elle est authentique, est souvent une force, même si elle peut, à l’occasion&#8230; être instrumentalisée.</p>
<p>Notre divergence, à l’époque, portait sur une idée précise, et elle revient aujourd’hui avec une ironie froide. Lessard rejetait mes critiques qui devenaient, à mes yeux, de plus en plus difficiles à éviter. Il rejetait surtout l’idée même que le carriérisme puisse exister à gauche. Dans sa logique, voire dans ses croyances, oserais-je dire, la gauche se tient naturellement du côté du bien commun et contre les injustices. À partir de là, elle ne peut pas être carriériste. La droite, elle, serait fondamentalement du côté de l’ordre établi, de l’enrichissement personnel et des intérêts individuels. Je comprends cette vision manichéenne, je l’ai moi-même portée, moi aussi j’ai déjà cru à ce partage simple du monde, rassurant, presque moralement hygiénique, comme si la vertu politique était une propriété stable, attachée à une étiquette.</p>
<div id="attachment_16944" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/ma-premiere-annee-comme-conseiller-municipal/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16944" class="wp-image-16944 size-medium" title="Une première année comme conseiller municipal" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/projet_plateau_2010-400x285.jpg" alt="" width="400" height="285" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/projet_plateau_2010-400x285.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/projet_plateau_2010.jpg 550w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-16944" class="wp-caption-text">En relisant <a href="https://carlboileau.com/ma-premiere-annee-comme-conseiller-municipal/">mon bilan de première année comme conseiller municipal</a>, publié il y a déjà plus de quinze ans, je mesure le chemin parcouru. On y sent encore une foi presque intacte dans la pureté du camps progressiste, dans l’idée que certaines étiquettes politiques garantissent à elles seules la vertu. Il témoigne d’une époque où je croyais encore que le clivage gauche-droite suffisait à distinguer les motivations nobles des ambitions plus stratégiques.</p></div>
<p>Mais à mesure que je formulais des critiques envers certains réflexes et certaines figures dites de gauche, certains camarades progressistes se demandaient pourquoi je m’éloignais de la solidarité partisane, pourquoi je devenais une voix toujours plus critique des partis qu’on désigne <strong>« </strong>de gauche <strong>»</strong>. Dans mon for intérieur, la droite classique demeure encore mon adversaire idéologique, je ne me suis pas converti, je n’ai pas changé de valeurs fondamentales. Ce que j’ai perdu, avec le temps, ce sont mes illusions sur ce que la gauche peut réellement poursuivre, parfois, à commencer par la poursuite et la défense de carrières politiques, et donc, d’une hypocrisie particulière, parce qu’elle se présente sous les habits de la vertu, elle parle d’émancipation, elle parle de justice, elle parle d’égalité, tout en jouant, très concrètement, la même pièce que les autres, celle où l’on apprend à tenir un rôle, à porter un costume, à être crédible dans la scène qu’on occupe.</p>
<p>Ce que j’ai compris plus tard, c’est que la gauche partisane n’est pas une communauté morale, mais une organisation humaine, et qu’une organisation humaine, même nourrie des plus beaux principes, développe inévitablement des intérêts propres, des réflexes de protection, des dynamiques de reproduction de ses élites, exactement comme celles qu’elle prétend dénoncer ailleurs.</p>
<p>Et c’est là que Lessard devient, paradoxalement, une clé de lecture. Parce qu’il ne me semblait pas projeter par cynisme, il projetait par sincérité. Il croyait à une gauche <strong>« </strong>pure <strong>»</strong>, parce qu’il incarnait lui-même cette pureté militante, et c’est précisément ce type de militant, sincère, généreux, moral, qui peut servir, sans le vouloir&#8230; de décor moral à un autre profil, plus stratégique, plus adaptable, plus habile à se maintenir, celui qui sait quoi dire, quand le dire, et à qui le dire, afin de rester au centre de la scène.</p>
<p>Le militant croit au projet. Le professionnel apprend à croire à sa place dans le projet. La nuance est subtile, mais elle change tout.</p>
<h4>La vertu comme capital politique</h4>
<p>Il existe une croyance tenace chez l’électeur progressiste moyen, une idée rassurante, presque consolante, le carriérisme serait ainsi l’apanage des autres, des conservateurs, des gestionnaires froids, des politiciens qui embrassent le système pour y grimper. À gauche, pense-t-on, on résiste, et cette résistance, parce qu’elle s’enveloppe de valeurs morales, donne l’impression d’être naturellement protégée contre les mécanismes les plus ordinaires du pouvoir, comme si l’ambition n’osait pas franchir la frontière du <strong>« </strong>camp du bien <strong>»</strong>.</p>
<p>Je ne parle pas ici en observateur extérieur. J’ai milité, j’ai organisé, j’ai siégé dans des partis de gauche, j’ai vu de l’intérieur la mécanique de ces partis, les investitures, les calculs derrière les envolées morales. J’ai vu comment une conviction sincère peut devenir une trajectoire, lentement, sans fracas, sans rupture, et comment une trajectoire peut finir par dominer la conviction, non pas parce qu’on est <strong>« </strong>mauvais <strong>»,</strong> mais parce que le pouvoir, comme l’eau, trouve toujours son chemin, il use les résistances, il récompense la discipline, il encourage l’ajustement, il transforme la posture en réflexe.</p>
<div id="attachment_16945" style="width: 310px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2025/03/max-weber-une-vie-mouvementee-dans-une-epoque-agitee/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16945" class="wp-image-16945 size-medium" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-300x300.webp" alt="" width="300" height="300" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-300x300.webp 300w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-1024x1024.webp 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-768x767.webp 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-144x144.webp 144w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-37x37.webp 37w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-128x128.webp 128w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek-184x184.webp 184w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/max-weber-bibliothek.webp 1200w" sizes="auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><p id="caption-attachment-16945" class="wp-caption-text">Le conseiller fédéral <a href="https://blog.nationalmuseum.ch/fr/2025/03/max-weber-une-vie-mouvementee-dans-une-epoque-agitee/">Max Weber dans sa bibliothèque privée</a>, 1953.</p></div>
<p>Max Weber parlait déjà de la professionnalisation de la politique, de cette transformation du militant en homme politique de métier, vivant pour la politique ou vivant de la politique. La distinction est fondamentale. On peut commencer par vivre pour une cause, puis, imperceptiblement, en venir à vivre d’elle. À partir de là, la défense du principe se confond avec la défense de la position qui permet d’en parler.</p>
<p>Le système n’est pas seulement une abstraction néolibérale. Ce n’est pas uniquement Bay Street, les grandes entreprises ou Ottawa. Le système, c’est aussi l’appareil partisan, les budgets publics, les cabinets, les équipes, les réseaux médiatiques, les comités stratégiques, les nominations, la manière dont une tribune se gagne, se conserve, puis se justifie. On peut très bien y faire carrière tout en prétendant le combattre, et parfois même, le combattre devient la manière la plus stable d’y faire carrière, parce que la contestation, quand elle est bien maîtrisée, devient une fonction, presque un métier.</p>
<div id="attachment_16724" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/catherine-dorion/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16724" class="wp-image-16724 size-medium" title="La théâtralisation politique de Catherine Dorion" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Catherine_Dorion-400x274.jpg" alt="" width="400" height="274" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Catherine_Dorion-400x274.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Catherine_Dorion-1024x702.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Catherine_Dorion-768x527.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/01/Catherine_Dorion.jpg 1493w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-16724" class="wp-caption-text">Le parcours politico-artistique de Catherine Dorion est à mes yeux un exemple type d&#8217;une carrière publique s&#8217;appuyant sur une image de contestataire du système. Cliquez sur l&#8217;image pour lire mon ancien texte à cet effet : <a href="https://carlboileau.com/catherine-dorion/">La théâtralisation politique de Catherine Dorion</a></p></div>
<p>Dans une certaine gauche contemporaine, la posture d’opposition s’est transformée en capital. Le combat finit par devenir une identité, et l’indignation, une signature. Or cette signature a une valeur, parce qu’elle garantit de la visibilité médiatique, elle soude une base militante, elle évite aussi une question plus délicate, celle des résultats concrets, puis elle offre une protection morale redoutable, on ne peut pas être carriériste si l’on se présente comme un combattant permanent contre le système, n’est-ce pas. C’est là que se loge l’hypocrisie particulière du carriérisme à gauche, parce qu’il peut se cacher derrière un discours qui le nie, et plus le discours est élevé, plus il devient difficile, pour le public, de concevoir qu’il puisse être instrumentalisé.</p>
<p>La droite, elle, affiche souvent une franchise brutale. Elle assume plus facilement sa proximité avec l’ordre, avec la hiérarchie, avec la « réalité » telle qu’elle la raconte. Elle parle de gestion, d’efficacité, de prudence, de stabilité, et lorsqu’elle fait carrière, elle ne prétend pas toujours être en train de renverser la table. Le carriérisme de droite peut être cynique, mais il est parfois moins dissimulé. Le carriérisme de gauche, lui, cède à une tentation plus sophistiquée. Il s’enrobe de morale, s’habille de compassion, adopte des airs de rupture tout en protégeant soigneusement sa place au cœur du dispositif. Il n’a pas besoin de mentir frontalement. Il lui suffit d’entretenir une ambiguïté, une zone grise où l’on peut se dire « contre le système » tout en bénéficiant pleinement de ce qu’il offre, salaire, statut, tribune, réseau, permanence, reconnaissance sociale&#8230; voire essentiellement du pouvoir d&#8217;ordre individuel.</p>
<p>Et c’est précisément cette dissimulation morale qui le rend plus corrosif, parce qu’elle affaiblit la capacité critique de son propre camp. La droite peut être attaquée frontalement pour son cynisme, elle finit même parfois par en faire une posture assumée. La gauche, lorsqu’elle dérive, est souvent protégée par l’idée qu’elle reste du bon côté de l’histoire, et c’est ainsi que l’hypocrisie devient plus difficile à nommer, presque un tabou, alors même qu’elle fait des ravages dans la confiance populaire.</p>
<p>C’est pour cela que je refuse l’idée que le camp progressiste serait immunisé contre les logiques humaines du pouvoir. La droite peut produire des carriéristes cyniques, la gauche peut produire des carriéristes convaincus de leur propre vertu, et parfois, c’est encore plus dangereux, parce qu’on ne les critique pas seulement comme des politiciens, on les défend comme des symboles. À partir de là, l’autocritique devient trahison, la nuance devient suspecte, la cohérence devient un luxe, puis la politique se referme sur elle-même, comme un théâtre qui protège ses acteurs parce qu’ils “représentent” la bonne cause.</p>
<p>Je demeure de centre-gauche. Je demeure attaché à l’égalité réelle, à la solidarité, à l’idée qu’une société peut s’élever en réduisant la violence sociale de ses inégalités. Mais je refuse de confondre ces valeurs avec la psychologie des appareils, parce que les appareils, même quand ils brandissent de belles idées, obéissent aussi à des intérêts très concrets, et l’un de ces intérêts, c’est la reproduction de leurs élites, leur capacité à se maintenir, à s’imposer, à se récompenser, à s’excuser, parfois même, à se sanctifier.</p>
<div id="attachment_15469" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/boussole-electorale-recentrer-le-debat/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-15469" class="wp-image-15469 size-medium" title="Recentrer le débat : ma gauche n’est plus la leur" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2025/04/recentrer_le-debat_au_quebec-400x267.jpg" alt="" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2025/04/recentrer_le-debat_au_quebec-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2025/04/recentrer_le-debat_au_quebec-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2025/04/recentrer_le-debat_au_quebec-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2025/04/recentrer_le-debat_au_quebec-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2025/04/recentrer_le-debat_au_quebec.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-15469" class="wp-caption-text">L&#8217;année dernière, j&#8217;ai fais mon <em>comming out</em> au &#8220;centre&#8221; dans mon article : <a href="https://carlboileau.com/boussole-electorale-recentrer-le-debat/">Recentrer le débat : ma gauche n’est plus la leur</a></p></div>
<p>Et c’est là que le piège se referme. À force de parler au nom du bien, on finit par croire que le bien nous protège de nous-mêmes. On finit par confondre la cause avec l’appareil, la justice avec la stratégie, la vertu avec la discipline. Et quand cette confusion s’installe, le carriérisme n’a même plus besoin de se cacher. Il lui suffit de se présenter comme nécessaire.</p>
<p>Reste alors une question simple, et elle ne se règle pas en congrès. Comment reconnaître, au cœur même du camp progressiste, le moment où la morale devient un capital. Et le moment où ce capital commence à choisir, à notre place, qui mérite la scène, qui mérite l’exception, et qui doit rester dans l’ombre.</p>
<p>Parce qu’une théorie n’a de valeur que si elle survit au réel. Tant qu’elle demeure abstraite, elle rassure. Elle éclaire. Elle semble cohérente. Mais c’est toujours le réel qui tranche.</p>
<p>Or le réel ne se présente pas sous forme de concepts. Il se présente sous forme de trajectoires, de décisions, de règlements qu’on ajuste, de candidatures qu’on justifie.</p>
<p>Si la vertu peut devenir un capital politique, alors il doit exister des moments où ce capital se matérialise, où il s’active, où il protège.</p>
<p>C’est précisément là que la théorie rencontre le réel.</p>
<p>Et ce réel a un nom&#8230;</p>
<p>Il est temps maintenant de regarder ce cas de face; ici dans la suite directe de ce premier texte : <a href="https://carlboileau.com/alexandre-boulerice/">Carriérisme à gauche, l’archétype Boulerice</a></p>
<div id="attachment_16946" style="width: 410px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://carlboileau.com/alexandre-boulerice/"><img loading="lazy" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-16946" class="wp-image-16946 size-medium" src="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-400x267.jpg" alt="" width="400" height="267" srcset="https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-400x267.jpg 400w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-1024x683.jpg 1024w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-768x512.jpg 768w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8-140x94.jpg 140w, https://carlboileau.com/wp-content/uploads/2026/02/d8352b9f-818f-49d8-bdb6-9719056cd9f8.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /></a><p id="caption-attachment-16946" class="wp-caption-text">Alexandre Boulerice pour QS dans Gouin : exception stratégique ou conflit d’intérêt politique.</p></div>
<blockquote><p>Celui qui fait de la politique aspire au pouvoir<br />
&#8211; Max Weber (Le Savant et le politique)</p></blockquote>
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